PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
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Publié le 28/02/2018

Il y a soixante ans paraissait «La Question» d'Henri Alleg

« Dans cette immense prison surpeuplée, dont chaque cellule abrite une souffrance, parler de soi est comme une indécence. Au rez-de-chaussée, c'est la " division " des condamnés à mort. Ils sont là quatre-vingts, les chevilles enchaînées, qui attendent leur grâce ou leur fin. »

·  Il y a soixante ans paraissait La Question.

À la mémoire d’Henri Alleg, Gilberte Alleg, Léo Matarasso et Jérôme Lindon.

« Dans cette immense prison surpeuplée, dont chaque cellule abrite une souffrance, parler de soi est comme une indécence. Au rez-de-chaussée, c’est la « division » des condamnés à mort. Ils sont là quatre-vingts, les chevilles enchaînées, qui attendent leur grâce ou leur fin. Et c’est à leur rythme que nous vivons tous. Pas un détenu qui ne se retourne le soir sur la paillasse à l’idée que l’aube peut être sinistre, qui ne s’endort sans souhaiter de toute sa force qu’il ne se passe rien. Mais c’est pourtant de leur quartier que montent chaque jour les chants interdits, les chants magnifiques qui jaillissent toujours du cœur des peuples en lutte pour leur liberté. » Ainsi commence La Question.

Henri Alleg est, depuis 1951, le directeur d’Alger républicain, en septembre 1955 le journal est interdit, décision reconnue illégale par le Tribunal administratif d’Alger, mais l’interdiction n’est pas levée. Henri Alleg poursuit son activité militante ; en novembre 1956, pour échapper aux mesures d’internement administratif prises contre les collaborateurs d’Alger républicain, il passe dans la clandestinité. Le 7 janvier 1957, Robert Lacoste, ministre résident, en vertu des pouvoirs spéciaux adoptés par l’Assemblée nationale, transfert les pouvoirs de police à l’armée, le 8 janvier, Massu entre dans Alger avec 8000 parachutistes et proclame la loi martiale. C’est le début de la bataille d’Alger ; la torture, de moyen de terreur devient méthode de guerre en application des thèses de la guerre contre-révolutionnaire du colonel Lacheroy.

D’El Biar à Barberousse

Le 12 juin 1957, Henri Alleg veut contacter Maurice Audin, il a été arrêté la veille, ce sont des policiers qui lui ouvrent la porte, transféré à El Biar, lieu de torture, Henri Alleg y est supplicié et soumis à un interrogatoire au pentothal. Il résiste à ses tortionnaires. Après un mois, il est transféré au camp de Lodi, lieu où l’on n’a plus d’existence ; il parvient à faire parvenir en France une copie de sa plainte pour torture remise au Procureur général d’Alger, sa femme Gilberte Alleg, alerte la presse et la Ligue des droits de l’homme. Les risques de « disparition lors d’une évasion » sont alors grands, Gilberte publie dans L’Humanité et L’Express une lettre ouverte « Si mon mari est encore vivant, il est en danger de mort ! » Son engagement et sa ténacité vont permettre le transfert d’Henri Alleg, fin août 1957, à la prison de Barberousse.

Là commence l’histoire de La Question. Léo Matarasso, l’un de ses avocats lui demande de témoigner sur les tortures subies. « Tous ici peuvent en témoigner » répond Henri Alleg, oui, mais tous ne savent et ne peuvent écrire rétorque Léo Matarasso qui le convainc de l’importance qu’il décrive les supplices infligés à de milliers d’Algériens. Des précautions doivent être prises ; la première, mettre au courant ses deux frères de cellules qui acceptent de protéger les temps où il écrit et aident à cacher les pages de papier de toilette sur lesquelles, d’une fine écriture, Henri relate la barbarie.

Sortir les « feuilles » de la prison va être le rôle du collectif des avocats communistes : Léo Matarasso, Roland Rappaport, Pierre Braun… En France, Gilberte Alleg déchiffre les petites lettres et tape le manuscrit, commence la recherche d’un éditeur - le témoin est incontestable, le texte de qualité, les faits avérés, les noms des tortionnaires désignés[i] - mais Gilberte Alleg et Léo Matarasso reçoivent une succession de refus bien intentionnés. Il est envisagé de publier le texte sous la forme d’un cahier du Secours populaire, Léo Matarasso s’obstine, il faut trouver un éditeur ; le manuscrit est remis à Jérôme Lindon qui dirige les Éditions de Minuit. Jérôme Lindon a publié en octobre 1957 Pour Djamila Bouhired. Dans ce livre, Georges Arnaud et Jacques Vergès, dénoncent les tortures subies par une militante algérienne. Ce document ouvre le front éditorial contre la guerre d’Algérie, les saisies asphyxiant les quotidiens, les hebdomadaires et les revues s’opposant à la guerre, le livre va dès lors jouer un rôle d’information sur les « événements d’Algérie normalement dévolu aux médias. »

De l’édition à la saisie 

Jérôme Lindon accepte de publier « avec empressement » le témoignage d’Henri Alleg, « Interrogatoire sous la torture », qu’adepte des titres courts, il intitule La Question. Soulignons que sans Jérôme Lindon aucun éditeur n’aurait alors publié le livre qui fut à la guerre d’Algérie ce que fut la photo de Nick Up d’enfants brûlés au napalm lors de la guerre du Vietnam. Longtemps après, Jérôme Lindon me dira : « Les éditeurs français engagés lors de la guerre d’Algérie se comptent sur les doigts de la main »[ii].

Le livre paraît le 18 février 1958 ; désignant des tortionnaires, des poursuites judiciaires sont certaines, Jérôme Lindon engage là le sort de sa maison d’édition encore fragile. Ayant connaissance du dossier de Djamila Bouhired, travaillant dans ce moment avec Pierre Vidal-Naquet sur « l’affaire Maurice Audin », un Français assassiné par ses tortionnaires, avec La Question, écrit Anne Simonin[iii],  « Jérôme Lindon va déployer toute son efficace pour donner une forme politique à la dénonciation de la torture ». Dès sa parution, une diffusion militante est organisée au travers du Comité Audin déjà en activité, du Centre du Landy[iv] qui publie Témoignages et documents, publication semi-clandestine, de la Ligue des droits de l’homme, du MRAP, de syndicats et de réseaux anticolonialistes.

Le 20 février, dans France Observateur, Edgar Morin écrit : « Ce n’est pas seulement la relation terrifiante de la torture, c’est aussi l’épopée vécue de la résistance à la torture ». Le 21 février, dans L’Humanité, André Wurmser appel à lire La Question, le 27 février, France Observateur publie des extraits, l’hebdomadaire et saisi. Le 6 mars, Jean-Paul Sartre publie dans L’Express « Une victoire », celle du torturé contre le tortionnaire, dans lequel il écrit : « Une seule chose nous paraissait impossible, qu’on pût faire crier un jour des hommes en notre nom. Impossible n’est pas français...

Alleg vient d’arracher la torture à la nuit qui la couvre ; approchons-nous pour la regarder en plein jour. » La presse de la « contre-propagande française », pour reprendre les termes de Jacques Soustelle, dénonce et commente. Le 15 mars ; 66 000 exemplaires ont été vendu, le 19 mars, le tirage global de La Question est de 73 000 exemplaires. Des traductions anglaise, italienne, suédoise et néerlandaise sont déjà parues. Le 20 mars, Jérôme Lindon fait afficher dans Paris des affiches grand format (5 m2), montrant le visage d’Henri Alleg, en noir la couverture du livre barrée avec la phrase de Sartre : « Henri Alleg a payé le prix le plus élevé pour avoir le droit de rester un homme ». Le 27 mars, le commandant Giraud, juge d’instruction au Tribunal des Forces armées fait saisir La Question « pour participation à une entreprise de démoralisation de l’armée, ayant pour objet de nuire à la défense nationale ». La police judiciaire procède aux éditions, chez l’imprimeur, le brocheur, le diffuseur et dans les librairies, à la saisie d’environ 8000 exemplaires.

L’impossible silence

André Malraux, Roger Martin du Gard, François Mauriac et Jean-Paul Sartre rendent publique une Adresse solennelle à M. le Président de la République dans laquelle les soussignés : « Protestent contre la saisie de l’ouvrage d’Henri Alleg La Question, et contre toutes les saisies et atteintes à la liberté d’opinion et d’expression qui l’ont récemment précédée ; Demandent que la lumière soit faite, dans des conditions d’impartialité et de publicité absolue, sur les faits rapportés par Henri Alleg ;

Somment les pouvoirs publics, au nom de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, de condamner sans équivoque l’usage de la torture, qui déshonore la cause qu’il prétend servir. » Absurde mesure du gouvernement pour faire taire la vérité, l’impossible silence sur La Question sera la seconde victoire d’Henri Alleg, mais aussi celle de Léo Matarasso, Gilberte Alleg et Jérôme Lindon.

La saisie de La Question ouvre un autre chapitre, malgré, la saisie et l’interdiction de plus de trente livres, malgré les poursuites, les condamnations, les pressions, les attentats, le front éditorial, notamment les Éditions de Minuit et les Éditions François Maspero, mettra la censure en échec. Demeure aujourd’hui encore l’interrogation de Pierre Vidal-Naquet dans La Raison d’État : « Comment fixer le rôle, dans l’État futur, de la magistrature ou de l’armée ou de la police si nous ne savons pas d’abord comment l’État, en tant que tel, s’est comporté devant les problèmes posés par la répression de l’insurrection algérienne, comment il a été informé par ceux dont c’était la mission de l’informer, comment il a réagi en présence de ces informations, comment il a informé à son tour les citoyens ? [v] »

  • Dernier ouvrage N.A. : Mémoire éclatée, de la décolonisation au déclin de l'occident, Éditions d'en-bas, Lausanne, Pollen diffusion, édition algérienne : Dar el Khettab.
  • Le 8 mars à 19 h est organisé à la Librairie La Petite Égypte, 35 Rue des Petits Carreaux, 75002 Paris, une réunion débat Anne Simonin, Julien Hage et Nils Andersson.

[i] Dans les éditions initiales seules les initiales figureront dans le texte.

[ii] Les Éditions François Maspero en premier lieu, les Éditions Pierre-Jean Oswald, La Petite bibliothèque républicaine...

[iii] Le droit de désobéissance, les Éditions de Minuit en guerre d’Algérie, Les Éditions de Minuit, 2012

[iv] Centre d'information et de coordination pour la défense des libertés et de la paix

[v] La Raison d’État, Les Éditions de Minuit, 1962, La Découverte, 2002

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Nils Andersson

Publié le 26/02/2018

 

Procès #AppleContreAttac : Apple condamnée, Attac agit pour « l’intérêt général » (site ATTAC)

 

 

Campagne 23 février 2018

 

 

L’ordonnance de référé opposant Apple à Attac a été rendue ce vendredi 23 février 2018 : Apple est déboutée de l’ensemble de ses demandes et est condamnée à verser 2 000 € à Attac !

Fin décembre, Apple nous assignait en référé pour empêcher toute future action d’Attac dans ses magasins. Le jugement rendu par le tribunal est limpide : « La simple pénétration de militants dans l’enceinte du magasin Apple Store Opéra, ou dans d’autres magasins situés en France, sans violence, sans dégradation, et sans blocage de l’accès du magasin à la clientèle, ne suffit pas à caractériser un dommage imminent justifiant de limiter le droit à la liberté d’expression et à la liberté de manifestation des militants de l’association Attac, qui agissaient conformément aux statuts de l’association, et dans le cadre d’une campagne d’intérêt général sur le paiement des impôts et l’évasion fiscale. »

Alors que l’évasion fiscale pratiquée par Apple affaiblit les finances publiques, il aurait été scandaleux que la justice protège Apple et épingle une association qui défend l’intérêt général, avec des actions citoyennes non violentes. Au final, non seulement les accusations d’Apple sont rejetées en bloc, – Apple « parle des “actes de vandalisme”, ou des actions ayant mis en péril la sécurité des employés et des clients […] sans en justifier par la production de pièces probantes » – mais le tribunal confirme le caractère d’intérêt général de la campagne d’Attac.

Nos actions visent à ce qu’Apple, la plus grande multinationale du monde, paie sa juste part d’impôts dans les pays où elle exerce réellement ses activités et accepte le redressement fiscal de 13 milliards d’euros que lui réclame la Commission européenne en retirant son recours devant la Cour de justice de l’Union européenne.

Avec la campagne #ApplePayeTesImpôts, nous avons constaté un ras-le-bol de la grande majorité de la population face à l’impunité fiscale des ultra riches et des multinationales. Au rassemblement du 12 février devant le TGI de Paris, l’ensemble des représentant·e·s associatifs, syndicaux et politiques ont accueilli positivement l’idée d’une « alliance pour la justice fiscale ». Ce jugement est donc un encouragement à poursuivre et amplifier la mobilisation pour que les multinationales paient enfin leur juste part d’impôts.

Nous attendons sereinement un éventuel appel d’Apple et nous allons désormais consacrer toute notre énergie à la préparation de nouvelles actions pour la justice fiscale à l’occasion de l’examen du projet de loi contre la fraude fiscale prévu avant cet été. Attac invite d’ores et déjà à se mobiliser pour le procès de Nicole Briend le 7 juin à Carpentras (suite à une plainte de BNP Paribas) et pour les 20 ans de notre association prévus le 2 juin prochain à la Bellevilloise à Paris.

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J’adhère à Attac pour l’année 2018

 

 

 


Attac France

21 ter rue Voltaire
75011 PARIS
France

 

 

Publié le 25/02/2018

Comment Jeremy Corbyn veut transformer le Labour en un mouvement social

23 février 2018 Par Amandine Alexandre (site Médiapart)

Huit mois après le bon score du parti travailliste aux législatives – 40 % des voix –, la popularité du chef de l’opposition britannique, Jeremy Corbyn, s’est un peu émoussée. Mais le leader de 68 ans cherche surtout à réformer le mode de fonctionnement de son parti, en s’appuyant sur la nébuleuse Momentum, au grand dam de l’aile droite du Labour.

·  Londres (Royaume-Uni), de notre correspondante.– Il a remisé son vélo. La faute à ses fans, qui l’assaillent constamment sur la voie publique. À 68 ans, Jeremy Corbyn a été obligé de se plier aux conventions. Désormais, c’est à bord d’une voiture officielle que le leader de l’opposition travailliste au gouvernement de Theresa May se rend chaque jour au palais de Westminster.

Si le bon score du Labour lors des dernières élections ne lui a pas permis de former un gouvernement, il a donné à son chef de file une incontestable aura, y compris en dehors de son parti. « Jeremy Corbyn, avec son allure de retraité d’obédience marxiste, dégage davantage d’autorité dans son rôle de premier ministrable que Theresa May au poste de cheffe du gouvernement », concédait fin janvier un éditorialiste de The Sun, un tabloïd qui n'a jamais été tendre avec le chef travailliste (jusqu'à lui inventer, récemment, un passé d'espion communiste).

Si l'on s'en tient à des sondages récents, qui restent à prendre avec d'infinies pincettes, l’ampleur du phénomène Corbyn est quelque peu retombée depuis l’été dernier et son apparition très acclamée, en rock star, sur la scène du mythique festival de Glastonbury. En dépit des déchirements qui minent le parti conservateur, en cas d’élection, Theresa May pourrait l’emporter d’une courte tête sur l’idole des Britanniques de moins de 40 ans. Mais les railleries et les sarcasmes dont le chef de file socialiste du parti travailliste a longtemps été la cible n’ont plus cours dans les médias traditionnels.

 

Même les organes de presse autoproclamés du bon goût semblent fascinés par ce sexagénaire chenu, légèrement bedonnant et allergique aux cravates, élu en 2015 à la tête du Labour, puis réélu en 2016. Le magazine masculin GQ, qui s’adresse aux hommes soucieux de leur apparence, lui trouve du sex-appeal. Au point de le mettre en couverture de son premier numéro de l’année – après l’avoir relooké dans un costume Marks & Spencer à 200 livres sterling. « Cela en ravit certains et suscite l’effroi chez d’autres personnes mais Jeremy Corbyn pourrait vraiment devenir notre premier ministre », estime Stuart McGurk, auteur de l’interview du leader travailliste parue en janvier et intitulée « Theresa... Il attend ».

Si tout se déroule comme prévu par la loi électorale, l’attente risque de durer longtemps. Les prochaines élections législatives britanniques doivent se dérouler le 5 mai 2022. Mais faute de posséder une majorité absolue aux Communes, le mandat de Theresa May est fragile. Et les négociations du Brexit avec l’Union européenne font planer une très grande incertitude sur le Royaume-Uni.

Dès l’été dernier, Jeremy Corbyn et les membres de son « gouvernement en devenir » sont donc partis en campagne dans une centaine de circonscriptions anglaises, galloises et écossaises. Dans certaines de ces circonscriptions jugées gagnables, le processus de sélection du ou de la candidate aux prochaines législatives a été lancé à l’automne 2017. Sur la centaine de circonscriptions que le Labour a bon espoir de remporter, fin janvier, 28 candidats avaient déjà été sélectionnés.

L’échéance est lointaine, mais les tensions provoquées par la sélection des futurs candidats au mandat de député sont vives. D’autant que cette sélection survient après celle, parfois très contestée, des candidats aux élections locales du 3 mai prochain. Dans les deux cas, Momentum, l’organisation pro-Corbyn créée en 2015 et désormais affiliée au Labour, est accusée par une partie des travaillistes de vouloir imposer ses candidats. L’aile droite du parti est vent debout contre ce qui est perçu comme une tentative de noyautage des structures du Labour.

« Momentum est désormais enraciné dans le parti travailliste », analyse Jessica Garland. Selon la chercheuse de l’université du Sussex, spécialiste de l’organisation interne du parti travailliste, la force de Momentum est d’avoir investi « de nouvelles personnes au sein d’anciennes structures ».

Un militant de Momentum, au congrès annuel du Labour, à Brighton, le 26 septembre 2017. © Reuters / Toby Melville.

La preuve ultime de la montée en puissance des corbynistas dans les rouages du Labour ? L’élection, le 15 janvier dernier, de Jon Lansman et de deux autres membres de Momentum au National Executive Committee (NEC), l’organe de décision du parti travailliste. Ces trois nouveaux membres du NEC, élus par les militants travaillistes, occupent un tiers des neuf sièges réservés aux représentants des sections de circonscription.

À l’échelle du NEC, qui compte 41 membres, leur pouvoir d’influence reste relativement restreint. Mais leur élection marque incontestablement un tournant : les trois sièges du NEC investis par Momentum ont été créés à l’automne dernier à l’issue du congrès annuel du Labour, à la demande notamment de Momentum qui souhaite voir la base du parti peser davantage dans les instances de direction.

Jon Lansman, une figure longtemps en marge du parti travailliste, peut désormais se prévaloir de représenter « presque 600 000 membres » du Labour. Jolie performance pour le fondateur d’une organisation qui n’a pas encore soufflé ses trois bougies et compte pour l’instant moins de 40 000 membres.

Publié le 23/02/2018

A Nancy, les agents de Pôle emploi brisent le cliché du chômeur-fraudeur

5 février 2018 Par Mathilde Goanec (site Médiapart.fr)

Le gouvernement veut durcir le contrôle des chômeurs. Confrontés de plein fouet au chômage de masse, les agents de Pôle emploi préfèrent résolument privilégier l'accompagnement plutôt que les radiations. Reportage dans un service de contrôle, à Nancy.

·  Envoyée spéciale à Nancy (Meurthe-et-Moselle). - Pauline, agent du service de contrôle de la recherche d’emploi, à Nancy, tourne les pages du dossier d'un demandeur d'emploi étalé sur son bureau. « Elle cherche, je vois bien qu’elle fait des démarches, mais elle ne joint aucun justificatif. Par trois fois, elle écrit dans son questionnaire être découragée. » Pour en avoir le cœur net, l’agent de Pôle emploi décroche son téléphone. Au bout du fil, une jeune femme habitant dans une ville moyenne de l’est de la France, inscrite au chômage depuis octobre 2016.

Dans le service de contrôle de la recherche effective d'emploi, à Nancy. © MG

À peine plus de dix minutes de discussion suffisent pour que la situation se dévoile à l’agent de Pôle emploi. Cette jeune femme cherche manifestement par tous les moyens à retrouver un travail, mais à 28 ans, sans qualification, mère célibataire d’une petite fille de trois ans, sans permis et sans voiture, les quelques rares offres qui existent lui passent sous le nez. Nasse classique des chômeurs de longue durée, dans une région qui compte plus de 460 000 demandeurs d’emploi. Et ce n’est pas faute de postuler. « Dans la vente, il faut passer directement en magasin, ce que je fais, mais j’ai quand même le plus souvent l’impression d’embêter les gens avec mon C.V., explique la jeune femme. Chez Auchan, pour faire des inventaires, on m’a répondu qu’ils cherchaient des étudiants. » Son dernier emploi ? Dans un kebab de la ville, pendant un mois. « Le patron buvait trop, je vous passe les détails, j’étais la seule femme… »

Sa fille bientôt scolarisée à temps plein, la jeune femme caresse l’espoir de se réorienter de la vente au service à la personne. Mais sans permis, ni argent pour le financer, impossible d’aller travailler à domicile. Pauline tire donc sur ce fil : « Vous pourriez travailler dans un Ehpad, ou à l’hôpital ? Une structure fixe que vous pourriez rejoindre en transport en commun ? » Elle finit par lui proposer l’atelier « Activ’ projet », délivré dans le cadre du conseil en évolution professionnelle de Pôle emploi et lui enjoint de contacter son conseiller. Pour ce dossier, le contrôle s’arrêtera là. Pauline s’excuse du dérangement avant de raccrocher. « Non, c’est normal », répond son interlocutrice.

Cette conversation illustre à merveille les chiffres fournis par Pôle emploi sur le contrôle des chômeurs, en décembre dernier, deux ans après la création de services de contrôle dédiés sur tout le territoire national. L’étude démontre que 86 % des demandeurs d’emplois contrôlés sont… effectivement à la recherche d’un emploi. De quoi tordre le coup au fantasme des chômeurs fraudeurs. Sur les 14 % des dossiers ayant abouti à une radiation, seuls 4 dossiers sur 10 concernaient des demandeurs d’emploi indemnisés par l'Unédic, les autres relevant soit du régime de solidarité, soit ne touchant plus rien.

Face à de tels résultats, la volonté du gouvernement de durcir les contrôles, dans le cadre de la réforme de l’assurance-chômage annoncée pour avril, paraît singulièrement décalée. D’après une note de travail confidentielle publiée fin décembre 2017 par Le Canard enchaîné, les pistes gouvernementales sont les suivantes : si Pôle emploi estime que le chômeur ne recherche pas assez activement du travail, s'il refuse une formation ou encore décline deux offres d'emploi jugées « raisonnables », ses allocations pourraient être directement réduites de moitié pour une durée de deux mois. Et s’il récidive, elles pourraient être supprimées pour la même durée. Outre la force et l’échelle des sanctions contre les « fraudeurs », l’exécutif envisage d’obliger les demandeurs d’emploi à consigner dans un carnet de bord numérique l’ensemble de leurs démarches, et enfin de multiplier par cinq les effectifs des services de contrôle au sein de Pôle emploi.

Pour le chercheur Jean-Marie Pillon, sociologue spécialiste des politiques de gestion du chômage, l’institution (ANPE, puis Pôle emploi) a historiquement été pensée pour être « un peu coercitive ». Une logique entravée par la culture professionnelle des agents, qui a toujours fait dévier le contrôle vers la « remobilisation », l’éloignant de la tentation purement comptable. Une « résistance » confirmée par Guillaume Bourdic, représentant CGT à Pôle emploi : « On essaie, par tous les moyens, de distiller aux agents une culture du résultat, qui s’oppose à nos missions de service public de l’emploi. Mais il y a un attachement fort au juste droit à l’indemnisation et à conserver le temps disponible pour atteindre un objectif partagé entre le conseiller et le demandeur d’emploi. »

Dans un tel contexte, les sorties des partisans les plus médiatiques du contrôle des chômeurs semblent bien loin de la réalité du travail mené actuellement par 215 agents à travers la France. Ainsi, Pierre Gattaz, le président du Medef, suggérait en octobre 2017 un contrôle « mensuel », « hebdomadaire », voire « journalier », des demandeurs d’emploi. Quelques jours auparavant, le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner avait fustigé ceux qui étaient tentés de « partir deux ans en vacances grâce à l’assurance-chômage ». Emmanuel Macron lui-même parlait, pendant sa campagne présidentielle, de contrôle « drastique » des demandeurs d’emploi, ce qui permettrait de réaliser, selon son programme d’alors, pas moins d’un milliard d'euros d’économies. Rien de neuf, selon Jean-Marie Pillon : « L’opinion est ainsi faite : pendant les périodes de reprises, les chômeurs sont accusés de travailler au noir, quand le chômage augmente, les chômeurs sont accusés de partir en vacances… »

« Les demandeurs d'emploi ne font pas les "difficiles"  »

En Lorraine, cette différence entre l’injonction politique et la mission que se donne la petite dizaine d’agentes du service contrôle saute aux yeux. Elles sont toutes d’anciennes conseillères, ayant quitté leur travail en agence pour rejoindre la « plateforme Grand Est », lors de la mise en place de contrôles partout en France après deux ans d’expérimentations locales. Des exemples de demandeurs d’emploi objectivement contraints dans leurs recherches, elles en ont plein les cartons. Pauline se souvient de ce boulanger, travailleur handicapé, toujours au chômage alors que les offres d’emploi pullulent dans ce secteur. « J’étais étonnée, il avait même des demandes d’employeurs qui tombaient sur son espace personnel et restaient sans réponse. En fait, ce monsieur ne savait pas utiliser le site internet de pole emploi.fr… » Après une formation aux outils numériques, le boulanger a signé un CDI.

Aziza Aifi (debout), responsable du service de contrôle de la recherche effective d'emploi pour le territoire lorrain. © MG

« La question du salaire ou du statut [CDD, intérim ou CDI – ndlr], on ne l’a presque jamais. Les demandeurs d’emploi ne font pas “les difficiles” », précise Aziza Aifi, responsable du service pour le territoire lorrain. D’après les dires de son équipe, les principaux freins à la recherche d’emploi sont la mobilité, l’accès au numérique, les problèmes de garde d’enfants et les problèmes de santé. « Nous sommes sur des départements parfois très ruraux, de vraies “zones blanches”, sans aucune connexion internet, sans beaucoup de transports publics non plus. Dix kilomètres, dans ce cas-là, ça peut être le bout du monde », poursuit Aziza Aifi.

« C’est le côté intéressant du contrôle, relève un employé de Pôle emploi dans un service de contrôle du nord de la France, qui souhaite rester anonyme. On prend le temps d’examiner la situation des gens en profondeur. » Et de citer l’exemple de ce demandeur d’emploi, dont la mère est devenue aveugle. « Il s’est mis à s’en occuper à plein temps. Il ne l’avait pas dit à son conseiller. Comme nous on se présente comme contrôleur, ça fait sans doute un peu peur, cela devient difficile de ne pas parler… Du coup, nous avons demandé à ce qu’il soit temporairement dégagé de ses obligations de recherche, le temps de trouver une solution sociale pour sa mère. »

Certains syndicats, la CGT notamment, regrettent que la menace du contrôle s’insère dans la relation de confiance entre le chômeur et le service public de l’emploi. « La difficulté, c’est qu’aujourd’hui on conseille, on indemnise et on sanctionne, s’inquiète Guillaume Bourdic. C’est un drôle de mélange des genres. » Les agents rencontrés assument au contraire leur statut « à part » au sein de Pôle emploi. « Le fait de ne pas avoir en même temps la casquette de conseiller, de réaliser le contrôle en s’appuyant sur des équipes dédiées, avec une procédure identique dans toute la France, permet d’avoir un traitement équitable et d’éviter l’arbitraire », détaille la responsable du service à Nancy.

Aujourd'hui, un tiers des contrôles se fait de manière aléatoire. Les autres sont piochés dans un groupe de demandeurs d'emploi inscrits depuis plus d'un an, toujours sans emploi après une formation ou un atelier, etc. Un signalement peut émaner du conseiller Pôle emploi lui-même, lorsqu’il estime que le demandeur d’emploi ne respecte pas son « contrat », signé lors de son inscription et qui indique le type de métier recherché, ses conditions de mobilité, le salaire espéré. Si à l’examen du dossier, les informations collectées prouvent une recherche, le contrôle s’arrête là. Sur le territoire lorrain par exemple, il s’agit de 40 % des dossiers.

Dans le cas contraire, un questionnaire sera envoyé au demandeur d’emploi, lui demandant de décrire sa méthode, ses difficultés mais aussi de joindre des justificatifs prouvant ses candidatures et ses démarches. « Quand c’est satisfaisant, on clôt, poursuit Aziza Aifi. À l’inverse, un demandeur d’emploi qui ne peut pas dire qui est l’employeur qu’il est censé avoir vu la veille, là on se pose des questions. »

Les agents de contrôle vont ensuite tenter de joindre le demandeur d’emploi, appel qui aboutit dans la grande majorité des cas à proposer des mesures d’accompagnement, soumises également au conseiller qui suit la personne contrôlée en agence. Restent les cas problématiques, qui s’exposent à une sanction, soit un avertissement puis une radiation de 15 jours, avec des droits suspendus si le demandeur d’emploi touche encore des indemnités (50 % des inscrits à Pôle emploi ne touchent aucune indemnité, mais peuvent néanmoins être contrôlés). « Sur 5 700 dossiers contrôlés en un an sur ma zone, note l’agent du nord de la France, nous avons procédé à 683 radiations. »

« Les employeurs, parfois, cherchent le mouton à cinq pattes »

La ministre du travail, un temps au diapason du discours sur la « remobilisation » portée par les agents, a confirmé la tonalité plutôt punitive du prochain dispositif, tout en renvoyant la responsabilité aux partenaires sociaux, qui planchent depuis plusieurs semaines sur le régime d’assurance-chômage. Il faudra que la « main ne tremble pas », a déclaré Muriel Pénicaud sur France Inter le 4 janvier 2018 : « C'est très intéressant de voir que sur ces 14 % [de radiés – ndlr], très, très peu de gens se sont réinscrits derrière, donc cela prouve qu'ils savaient qu'ils fraudaient », a insisté la ministre, qui a évoqué l’hypothèse de calquer la durée de radiation de deux mois en cas de manquement administratif (par exemple, ne pas aller à un rendez-vous, oublier de s’actualiser comme demandeur d’emploi, refuser une visite médicale pour aptitude) sur la radiation pour non-recherche effective d’emploi.

« Les conseillers ne sont pas là pour radier le chômeur, mais pour utiliser la menace de radiation pour réactiver le suivi, estime le chercheur Jean-Marie Pillon. Le contrôle n’est donc pas forcément une mesure idéologique, mais plutôt gestionnaire dans le sens où il s’agit d’une division du travail à moyens constants. » Si la grande majorité des contrôles aboutit effectivement à redynamiser le chômeur, par un atelier, un rendez-vous avec une assistance sociale ou une aide pour passer le permis ou se réorienter, pourquoi faut-il attendre le contrôle pour « repêcher » ainsi les découragés ? « Le chômage ne cesse d’augmenter alors que le nombre de conseillers se réduit, soulève aussi de son côté Guillaume Bourdic, à la CGT. Certains ont mille demandeurs d’emploi dans leur portefeuille ! Évidemment, on comprend les collègues contrôleurs, qui souhaitent participer à l‘accompagnement, par défaut. »

La segmentation joue aussi son rôle. Pour alléger le travail de ses agents, Pôle emploi a cessé depuis des années de convoquer régulièrement les demandeurs d’emploi. Désormais, ils sont classés dans trois catégories, “autonomes“, “guidés“ ou en “accompagnement renforcé“. Concrètement, quelques mois après la fin d’un contrat, un demandeur d’emploi peut se sentir suffisamment solide, entouré, pour se contenter, voire se satisfaire, d’une relation distanciée avec Pôle emploi. Si le chômage persiste, il peut aisément perdre pied, sans pour autant en avertir son conseiller, ni avoir de ses nouvelles. « Le conseiller fait son travail mais il a un portefeuille conséquent, concède Aziza Aifi. Et puis il y a aussi des gens qui vont se déclarer autonome au début de leur recherche mais qui, à l’usage, ne le sont pas ou plus. Notre rôle, c’est de changer les modalités de suivi. »

Autre sujet masqué par la polémique (récurrente) sur le contrôle des chômeurs, la qualité des offres disponibles. La règle, jusqu’ici, veut qu’on ne peut, sans raison valable, refuser deux « offres raisonnables » d’emploi, dont la loi dit ceci : « Après six mois d'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, une offre entraînant un temps de trajet, à l'aller comme au retour, en transport en commun entre le domicile et le lieu de travail, d'une durée maximale d'une heure ou une distance à parcourir d'au plus 30 km est considérée comme une offre raisonnable d'emploi. »

Dans les faits, c’est nettement plus compliqué à évaluer, et les radiations, demandées cette fois-ci directement par le conseiller du demandeur d’emploi, très rares. D’autant plus que le contrôle des offres, assuré par les « conseillers à dominante entreprise » de Pôle emploi (500 agents sur la région Grand-Est par exemple), ne suffit pas à éliminer totalement les propositions bancales, voire indignes. « Les employeurs, parfois, cherchent le mouton à cinq pattes, confirme Laurence Lefèvre-Corcy, directrice de la plateforme Grand-Est. Une expérience de 25 ans payée au Smic, ce n’est pas possible… Ces offres bien sûr restent non pourvues, c’est même le gros des offres non pourvues. Et après on vient nous dire “mais que fait Pôle emploi ?” » Selon une étude publiée en 2017 par Pôle emploi, sur les 300 000 offres restées non pourvues en 2016, 87 % ont pourtant « suscité des candidatures », que les employeurs ont jugées « trop peu nombreuses ou inadéquates ».

Les agents de contrôle disent n’avoir pour le moment aucune précision sur un éventuel changement de régime des sanctions, que ce soit pour le contrôle de la recherche effective, le refus des offres raisonnables d’emploi, ou encore les radiations « administratives ». Pas de confirmation non plus d’un accroissement des effectifs, même si, selon Guillaume Bourdic, le terrain a été préparé lors du dernier comité central de Pôle emploi en octobre. « Le directeur, Jean Bassères, à propos des orientations stratégiques, affirmait qu’il était prêt à rajouter des contrôleurs sur injonction de la tutelle, mais à effectif constant. » Quitte à accentuer des travers existants. « Même s'il a cotisé, le demandeur d’emploi a des droits et des devoirs, je n’ai aucun problème avec ça, explique l’agent de contrôle du nord de la France. Mais je pense qu’on va se rendre compte qu’on a surtout besoin de plus d’accompagnement. Croire qu’on va faire des économies en nous demandant de sanctionner davantage, c’est une erreur. »

Ioana Marinescu, professeure d’économie à la Harris School of Public Policy de l’université de Chicago, convoquant une série d’études internationales sur l’accroissement des contrôles, relevait les mêmes effets pervers dans Libération : « Quand le taux de chômage est élevé, la compétition est féroce, et pousser certains chômeurs à prendre un emploi en dessous de leurs compétences pour aller plus vite ne fait qu’ôter ces emplois à d’autres chômeurs moins qualifiés, dans un triste jeu de chaises musicales », écrit la chercheuse. « Les demandeurs d’emploi ont intégré que le contrat court, voire l’intérim, c’est déjà ça, cela permet de mettre un pied dans l’entreprise », souligne Aziza Aifi, à Nancy.

Plus fondamentalement, le marché du travail peut être profondément bouleversé par une révision de l’éventail de sanctions possibles. « L’une des conséquences d’un approfondissement du contrôle peut être de transformer encore davantage les chômeurs dans leur rapport au temps, ajouter de la pression pour qu’ils acceptent plus vite certaines offres qui ne correspondent ni à leur niveau de qualification, ni à leur zone géographique, ce que fait l’Allemagne par exemple », analyse Jean-Marie Pillon. Le chercheur craint que n’explosent les contrats “atypiques”, autrement dit des CDD de moins de 20 heures par semaine ou payés moins de 1 000 euros. Le gouvernement assure que la réforme de l'assurance-chômage a pour but de mieux protéger les salariés les plus fragilisés par sa récente réforme du marché du travail. Pas sûr qu'un contrôle accru des chômeurs lui permette d'atteindre cet objectif.

Publié le22/02/2018

Schneider Electric : une nouvelle vague de licenciements que les syndicats avaient prédit...

La direction du groupe a annoncé lundi la fermeture du site de Fabrègues dans l'Hérault ainsi que la suppression de 18 postes du service comptable de Lattes. Pour la CGT et FO, cette décision s'inscrit dans la continuité de la fermeture, en 2013, du site montpelliérain de la Pompignane et d'un premier PSE à Fabrègues un an et demi plus tard.

C'est hélas loin d'être une surprise. Voilà belle lurette que les syndicats l'avaient vu venir... Après la fermeture du site montpelliérain de la Pompignane en 2013, puis le licenciement, un an et demi après, de 90 personnes sur celui de Fabrègues, la direction de Schneider Electric a annoncé lundi, en Comité central d'entreprise, la fermeture définitive de Fabrègues (54 postes) ainsi que la suppression de 18 des 23 postes du service comptabilité basé à Lattes. Soit une nouvelle purge de 72 postes.

« On savait que ça allait se passer comme ça. Voilà déjà plusieurs mois qu'on est au chômage partiel, lequel fait suite à la réorganisation mise en place par le groupe et qui a conduit au PSE engagé il y a 2 ans et demi. De par les choix commerciaux et stratégiques de la direction, il était impossible que la situation se redresse », estime Sébastien Castiblanque, délégué syndical central CGT sur le site de Fabrègues, présent lundi au CCE à Paris.

 


Nouveau coup de massue chez Schneider

 


« Depuis qu'on a été rachetés [l'activité "Energy" de l'électricien est issue en partie du rachat, en 2010, de la branche distribution d'Areva T&D, NDLR], notre activité a été petit à petit déplacée vers d'autres entreprises historiques du groupe. Ce qui a conduit la direction à nous dire : regardez, votre chiffre d'affaires est en chute libre... Forcément, puisqu'on nous a enlevé l'activité ! », poursuit le représentant syndical CGT.

Début des négociations dans le cadre du PSE les 6 et 7 mars

Une analyse que partage le délégué syndical central FO. « Depuis 2010 on se fait vampiriser les emplois par la maison mère ou d'autres sites. Chaque année on a droit à notre petit cadeau de la part de la direction, ironise-t-il. Ils ne veulent pas maintenir l'emploi dans l'Hérault, c'est tout », dénonce Jean-Charles Bigotière. Comme Sébastien Castiblanque, il s'attendait à la fermeture du site de Fabrègues, selon lui orchestrée par la direction « depuis la première charge menée il y a deux ans et demi, où elle a choisi de rapatrier des activités qui fonctionnaient en laissant, ici, un nouveau produit qui était un produit mort né ».

Il ne s'attendait pas, en revanche, à la suppression annoncée du service comptable sur le site de Lattes (18 postes sur 23). « On a appris en CE que 20 intérimaires font ce travail sur la région grenobloise. On pourrait très bien muter les postes d'intérim sur le service de Lattes et on sauverait 18 emplois », considère-t-il. Une revendication portée dès hier matin auprès de la direction.

Alors que Schneider Electric serait en discussion avec plusieurs repreneurs potentiels - ce qui pourrait déboucher sur une reprise partielle du site - les négociations dans le cadre du PSE débuteront les 6 et 7 mars, à Paris (le plan social devrait prendre effet au mois de juin, la fermeture totale du site de Fabrègues étant prévue pour début 2019). « Nous allons essayer de faire en sorte que tout le monde se retrouve avec une solution en terme d'emploi sur la région montpelliéraine », assure le délégué syndical central FO.

Reste à voir, en matière notamment de reclassement, les solutions qui seront proposées. Alain Vitoz en sait quelque chose. A l'époque délégué syndical central CGT, il s'est battu sans relâche il y a deux ans et demi contre la première vague de licenciements sur le site de Fabrègues. Vague qui l'a emporté...

« Ils m'ont proposé une mutation à Belfort, que j'ai bien sûr refusée car j'étais à quelques années de la retraite et que j'ai toute ma vie ici. Ils m'ont finalement reclassé sur Mudaison, mais ils m'ont enlevé tous mes coefficients et je suis sur une ligne de montage. Autrement dit manutentionnaire, alors qu'à la base je suis dessinateur industriel », livre-t-il. « C'était ça ou aller au chômage ». Le plus fou, c'est que d'après lui, le site de Mudaison s'apprête à fermer à son tour. « Dès le mois de mars, tout le personnel sera transféré à Lattes, et les produits porteurs à Aubenas ».

Une logique du profit implacable, à laquelle les récentes ordonnances d'Emmanuel Macron réformant le code du travail ouvrent un boulevard.

Publié le 21/02/2018

20 février 2018 (site la Bibliothèque Fahrenheit 451)

LA QUESTION KURDE

Régulièrement sous les feux de l’actualité, le Kurdistan est pourtant mal connu. Son histoire est d’autant plus complexe qu’il est partagé entre quatre pays. Avec cet exposé Gérard Chaliand nous donne des clefs pour mieux saisir les tenants et les aboutissants de cette partie du Moyen-Orient.

Une bonne moitié de l’ouvrage, très modestement intitulée « brève histoire du Kurdistan », est réellement passionnante. Nous nous garderons d’en tenter un trop bref résumé, nous contentant de rapporter ici quelques grandes lignes.

Le territoire géographique nommé Kurdistan était autrefois partagé entre l’Empire Ottoman et l’Iran impérial, sur lequel vivent des population de différentes origines linguistiques (kurmandli, soprani, zaza) et religieuses (sunnites de rite chaféite en majorité mais aussi alévis, yézidis, chrétiens, juifs et d’autres chiites.
La fin de la première guerre mondiale est une période cruciale pour la région puisque le démantèlement de l’Empire Ottoman va recomposer les territoires et tracer les lignes de conflits futurs :
Mustafa Kémal sauve la Turquie du dépeçage prévu par le traité de Sèvres (1920) et parachève « l’homogénéisation religieuse et ethnique d’un État conçu sur le modèle de l’État-nation ». Les Kurdes deviennent alors des « Turcs des montagnes ». Ils ont le choix entre l’assimilation, l’exclusion ou la répression.
La Grande Bretagne, seule au courant que s’y trouve du pétrole, crée l’Irak en s’appuyant sur la minorité sunnite (20%) contre les chiites et les Kurdes qui auront cependant souvent une relative autonomie culturelle et administrative.
En Iran, si les Kurdes disposaient de droits culturels, la monarchie s’en prend à partir de 1935, violemment à toutes les langues minoritaires.
En Syrie, sous mandat français, leurs droits culturels sont aussi limités.

L’exposé se concentre essentiellement sur l’histoire de l’Irak et l’évolution de la partie Kurde au sein de laquelle deux mouvements d’indépendances, l’UPK et le PDK vont s’opposer, trouvant toutefois des alliances ponctuelles : insurrection entre 1961 et 1975, coup d’État de Saddam Hussein en 1968, début de la guerre contre l’Iran en 1980. Longtemps, l’Iran et l’Irak ont financé et armé les kurdes de leur voisin pour le déstabiliser. Saddam Hussein organisa des massacres à plusieurs reprises contre les Kurdes, utilisant des gaz de combat contre la ville d’Halabja reprise par les peshmergas en 1988. De nombreux charniers furent découverts en 2003.
En 1990, après l’invasion du Koweit et l’intervention américaine qui le maintient cependant au pouvoir pour tenir tête à l’Iran chiite, Saddam Hussein se retourna contre les Kurdes pour amplifier sa politique génocidaire, bombardant des colonnes de civiles en fuite, provoquant des centaines de milliers de morts. Le 5 avril 1991, l’ONU vote la résolution 688, consécration du principe de l’ingérence humanitaire, créant une zone de sécurité. La campagne était détruite à 90%, plus de 4500 villages avaient été rasés et 26 villes touchées mais l’autonomie politique allait pouvoir s’organiser. Les tensions entre l’UPK et le PDK déboucheront pourtant sur une guerre civile à partir de 1994.

En Turquie, la simple mention d’une société kurde distincte de celle des Turcs, est un crime conte l’État. En 1978, le PKK est fondé par Abdullah Öcalan avec l’indépendance pour objectif et la guérilla comme moyen. Des « escadrons de la mort » et d’autres organisations paramilitaires turcs sont responsables de plus de 45 000 morts. Plus de 4000 villages ont été détruits. Öcalan est arrêté par les services secrets turcs en février 1999 à Nairobi, au Kenya, avec l’aide des Américains et des Israéliens. Il purge une peine à perpétuité.

En mars 2003, la nouvelle intervention américaine en représailles aux attentats du 11 septembre 2001, déstabilise complètement l’Irak. L’armée d’occupation ne fera d’ailleurs rien pour défendre les biens publics, excepté le ministère du Pétrole ! Le Kurdistan est cependant relativement épargné, grâce à ses peshmergas. En 2005, Jalal Talabani devient président de la République, premier kurde a devenir chef d’État.
L’auteur développe également le rôle central de l’Arabie Saoudite, notamment dans le financement des mouvements djihadistes depuis plus de trente cinq ans. Il raconte l’irruption de Daech dont le caractère régressif et sanglant semble fasciner « certains spécialistes de monde arabe et musulmans » et souligne sa carence totale en solutions économiques ou sociales. «  À l’heure où la Chine cherche à s’affranchir de la tutelle du dollar, Daech en est encore à couper des têtes en prétendant restaurer un califat. »


Ouvrage majeur, clair et synthétique sur l’histoire de cette partie du Moyen-Orient, que l’on ne peut que trop conseiller à ceux que ces questions intéressent. On pourra toutefois s’étonner que Gérard Chaliand ne fasse strictement aucun mention de la conversion d’Abdullah Öcalan, au confédéralisme municipal et à l’application de celui-ci dans les enclaves kurdes de Syrie, ne retenant que l’efficacité de leurs troupes au combat ! C’est pourquoi nous proposons quelques lectures complémentaires à ce sujet.


LA QUESTION KURDE
Gérard Chaliand
Avec la collaboration de Sophie Mousset
162 pages – 18 euros
Éditions du Seuil – Paris – Mai 2015



Sur le même sujet :

 

Publié le 21/02/2018

Blanquer, France 2 et la télévision d'Etat

C'était l'ORTF mais avec de la couleur. L'Emission politique, jeudi soir sur France 2, a déroulé un interminable tapis rouge au ministre de l'éducation Jean-Michel Blanquer au terme d'une opération de communication à grande échelle. Et si Emmanuel Macron avait raison de décrire l'audiovisuel public comme «la honte de la République»?

·  C'est le charme vintage de la monarchie républicaine française. Pouvoir en 2018, sur une télévision publique transformée en chaîne d'Etat, produire d'invraisemblables émissions toutes entières dédiées à la gloire d'un ministre. L'éducation est pour cela un terrain de jeu idéal. Les questions sont complexes, parfois très techniques, l'écart entre le discours public et les réalités de terrain est abyssal, les effets de la moindre mesure se font attendre des années. Tout responsable politique peut ainsi s'en tenir à un discours hors-sol, prétendre une chose et faire son contraire, être assuré ou presque de ne pas être rattrapé par la réalité et ses faits têtus.

Jean-Michel Blanquer l'a compris, en vieux routier de l'éducation nationale. L'homme annonce réforme sur réforme, engage des mesures sans attendre que les lois soient votées et se démultiplie en interviews tonitruantes. L'émission de ce jeudi soir en a été une parfaite illustration. Un questionnement journalistique indigent, une méconnaissance stupéfiante des dossiers par ses différents interlocuteurs, et un méta-discours ministériel où la science des experts est régulièrement convoquée pour légitimer un charabia où tout est dans tout et inversement. Aimable et savant discours donc, qui enveloppe pourtant un projet politique clairement marqué et profondément inégalitaire (lire ici ce portrait «Jean-Michel Blanquer, «un conservateur 2.0» à l’Education nationale»).

Mais de ce décryptage politique il ne fut pas question, ou presque. Et nous avions presque de la peine pour ces deux lycéens de Terminale, l'un dans le privé et l'autre dans le public comme il se doit, bien proprets et tentant timidement d'émettre critiques et inquiétudes. Tonton Blanquer leur répondit poliment en brandissant des graphiques, cette bien vieille ficelle utilisée par Giscard dans les années 1970. Vintage toujours, ces critiques de Jack Lang, éphémère et immobile ministre de l'éducation il y a un quart de siècle... Il ne manquait qu'Alain Peyrefitte, le ministre Grandes Zoreilles de l'ORTF sous de Gaulle, pour nous confirmer qu'il ne s'agissait là ni de pédagogie ni d'information mais d'un long clip publicitaire.

Le terrain avait été d'ailleurs soigneusement balisé ces derniers jours par la presse, et tout particulièrement la presse de droite, séduite et fascinée par tant de talent ministériel. Exemples, les Unes du Point et de Valeurs actuelles:

 

Seul grain de sable dans cette belle machine communicationnelle: Alexis Corbière, député de la France insoumise et ancien prof. Il fit quelques rappels d'évidence à des journalistes tout enclins à nous vendre les nécessités de la réforme, avec le même enthousiasme qu'ils nous avaient vendu toutes ces années la soi-disant «dédiabolisation» de Marine Le Pen.

Car Jean-Michel Blanquer ne vient pas de nulle part et n'est en rien un «un expert de bonne volonté». Pour le comprendre, lisez le blog de l'historien de l'éducation Claude Lelièvre ou son billet «Blanquer: un «formidable» ministre; ça craint!». Homme-clé de la pensée de droite sur l'éducation nationale, il fut l'un des acteurs sous le quinquennat Sarkozy, comme directeur général de l'enseignement scolaire, du plus grand désastre commis dans la machine éducative: la suppression des IUFM et de la formation des maîtres; la suppression de dizaines de milliers de postes; les internats d'excellence (spectaculaire et ruineux fiasco). Un moment attiré par François Fillon avant de se rapprocher d'Alain Juppé pour lui murmurer à l'oreille, il réussit un spectaculaire retournement dans la Macronie.

De tout cela, il ne fut pas ou guère question et encore moins de ce que peuvent vivre enseignants et directeurs d'établissement. L'abandon de l'Etat dans certains quartiers voire dans des villes entières, comme par exemple la situation catastrophique des écoles primaires dans la troisième ville du pays, Marseille, ne fut pas plus évoqué. Le ministre préférait parler grandes réformes et long terme plutôt que de céder à cette «religion des moyens»: il est vrai qu'il est moins populaire d'évoquer la suppression des emplois aidés, le transferts des coûts sur les collectivités locales ou la régression des salaires des enseignants...

 

Et qui dit propos généraux et bonnes intentions... dit sondage bien sûr! Et voilà qu'en fin d'émission, 71% des téléspectateurs trouvaient convainquant le ministre Blanquer. «J'en suis presque ému...», a commenté le ministre.
Nous en étions presque consternés.

Publié le 20/02/2018

8 jours pour faire libérer

 

Salah Hamouri !

Réuni.e.s vendredi 16 février 2018 à Ivry-sur-Seine lors de la « Nuit de la Liberté », c’est plus de 500 personnes, avocat.e.s, élu.e.s, journalistes, intellectuel.le.s, militant.e.s des droits de l’Homme, responsables associatifs, citoyen.ne.s, qui se sont tenues aux côtés de la famille de Salah Hamouri, jeune avocat franco-palestinien, pour exiger sa libération à 10 jours de la fin écrite de sa période de détention administrative par les autorités israéliennes.
Arrêté dans la nuit du 23 août 2017 à son domicile de Jérusalem-Est et retenu sans la moindre preuve en détention administrative pour 6 mois, sur ordre d’Avigdor Lieberman, figure de l’extrême-droite israélienne et ministre de la défense, Salah Hamouri est une victime d’un arbitraire absolu de l’Etat d’Israël. En s’attaquant à un avocat, membre de l’association humanitaire « 
Adameer », qui exerçait légitimement sa profession, Israël fait preuve d’une détermination à entraver les défenseurs du droit, qui luttent contre l’occupation.
Depuis 6 mois, des milliers de personnes de tous horizons ont tenu à exprimer leur soutien à la famille de Salah Hamouri.
Lors de soirées de soutien, à l’occasion de vœux lors d’assemblées délibérantes de plus de 50 collectivités territoriales, via des questions aux médias jusqu’au sein de l’Assemblée Nationale et du Sénat.
Plus de
1600 élu.e.s se sont engagé.e.s dont trois candidats à l’élection Présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon et Philippe Poutou. De nombreuses personnalités françaises et étrangères se sont jointes au mouvement telles que Noam Chomsky, Ken Loach, Angela Davis, Roger Waters, Brian Eno, Christiane Hessel, Vald, Ernest Pignon-Ernest, Michel Warschawsky, Ilan Pappé, Jean Ziegler, Abou Diaby, Robert Guediguian, Michael Mansfield QC ou Susan George.
Le
Président français s’est lui aussi positionné contre la détention administrative illégale de Salah Hamouri et a demandé sa libération à Benjamin Netanyahou le 10 décembre dernier, sans résultat.
L’ordre de détention administrative porte les dates du 29 août au 28 février. Il est exclu que l’arbitraire se poursuive encore après cette date. Il nous reste donc aujourd’hui 10 jours pour réclamer plus fortement encore la libération de Salah Hamouri au plus tard le 28 février 2018 prochain.
Comme le déclarait Elsa Lefort, épouse de Salah et porte-parole du comité de soutien, vendredi soir : « 
Notre mobilisation doit s’accentuer pendant ces deux dernières semaines. Il est impensable que la diplomatie française n’obtienne pas la libération de notre concitoyen, comme elle a pu par le passé obtenir celle d’autres Français.e.s incarcéré.e.s arbitrairement de par le monde. Si sa détention était renouvelée ce serait dramatique pour Salah et ses proches, mais ce serait également un véritable affront fait à laFrance.».
Il en va de l’honneur de la diplomatie française, du respect des droits humains les plus élémentaires et du respect du droit international que notre pays doit défendre sans trembler.

Publié le 19/02/2018

Parlons (Inter) Net. (Site Le Grand Soir)

La vie duraille

1) Les cheminots sont très bien payés pour 25 heures de travail par semaine.

2) Il existe encore à la SNCF une « prime de charbon » (alors que les locomotives ne roulent plus au charbon depuis 1974).

3) Le pire est cette « prime pour absence de prime ».

4) Ces gabegies sont payées avec nos impôts.

Vous venez de lire quatre fausses nouvelles que des gens de votre entourage (pas vous, je sais) ont prises un jour ou l’autre pour quatre informations. Souffrez que j’en ajoute deux autres, tout aussi fausses mais qui devraient ne pas l’être si les quatre premières étaient vraies (vous suivez ?) :

5) Tous les jeunes de Neuilly-Auteuil-Passy rêvent de devenir cheminots.

6) Déjà, parmi les contrôleurs dans les trains, les réparateurs de voies, les conducteurs de TER, on compte par dizaines des planqués apparentés à nos ministres, à des dirigeants du MEDEF, à Jean-Michel Aphatie, David Pujadas, Léa Salamé et autres journalistes (sic).

Théophraste R.

PS. Quand passe le TGV, les cheminots qui entretiennent les voies se réfugient sur le ballast. Ce qui fit dire à mon voisin de siège : « Bande de fainéants, je passe ici depuis dix ans et je n’en ai jamais vu un travailler ! »

Publié le 19/02/2018

Exigeons "une Santé 100% Sécu"

Jeudi, 15 Février, 2018

Humanite.fr

Une tribune de Fabien Cohen, de la commission santé-protection sociale du PCF.

Luttes pour les EHPAD et luttes pour la défense des hôpitaux et maternités de proximité, sont deux facettes d’un même combat, celui de notre protection sociale. Comment répondre aux besoins exprimés par les personnels des établissements de retraites médicalisés, d’au moins un soignant/patient, si les moyens financiers ne sont pas mis à la hauteur des légitimes exigences des syndicats comme des citoyen-ne-s. Comment accéder à ces établissements, si nos retraites sont soumises au funeste projet Macron de retraite à points et notionnel. Un système qui a déjà sévit en Suède, entrainant une baisse de prés de 40% des pensions, et aucune lisibilité dans le temps. Il en est de même, en ce qui concerne les Hôpitaux, la Fédération hospitalière de France (FHF) a alerté, fin 2017, sur le niveau "dramatique et totalement inédit" du déficit 2017 des hôpitaux, qu'elle estime à 1,5 milliard €, ce qui correspond à 2% des budgets et à un triplement du déficit de 2016. Comment en serait-il autrement avec des réductions récurrentes de crédits pour les hôpitaux publics, et encore moins 1,4 milliards en 2018. Les communistes le disent depuis des années, "la ligne rouge est dépassée" et la qualité des soins est "aujourd'hui menacée".

Quant aux déserts médicaux, qu’ils soient ruraux ou urbains, le maintien d’un numérus clausus déconnecté des besoins est corrélé à une Université sélective et sans moyens suffisants pour accueillir plus d’étudiants médicaux ou paramédicaux.

Autant d’éléments qui, mis bout à bout, créent du renoncement aux soins, des inégalités sociales d’accès à la santé, un recul de l’Esperance de vie.

Cette situation n’est en rien fatale ! Elle relève depuis les années 67, de la remise en cause de la Sécurité sociale, et singulièrement avec la mise en place des ONDAM, d’une austérité pour les services publics de santé afin de plus et mieux financiariser l’assurance maladie et la santé.

Mais aujourd’hui, il nous faut sortir du constat ! Après les Etats-Généraux du Progrès Social, nous voulons aider à la convergence des centaines de luttes dans tous les territoires de France, pour proposer une alternative à cette politique de casse de notre système de protection sociale et se projeter dans celui du 21ème siècle.

Le Tour de France des Parlementaires communistes des Hôpitaux et EHPAD, à partir du 12 février prochain est une étape dans cet appel lancé le 3 février à se rassembler pour imposer d’autres choix.

Il est temps de montrer dans notre pays que l’argent existe : il faut mettre un terme aux cadeaux patronaux, aux évasions fiscales, aux inégalités salariales Femme/Homme, au chômage comme aux gâchis financiers …, qu’il existe une majorité pour sauver notre sécu.

Avec la Convergence nationale pour la défense des services publiques, nous voulons exiger « une Santé 100% Sécu », un manifeste a été élaboré, nous proposons qu’il soit rapidement mis en débat dans le pays.

Puisque « Notre Retraite est en Danger », ripostons ensemble sans attendre un projet de loi annoncé, et portons là encore, le débat partout en France sur les retraites, sur les EHPAD, sur la perte d’autonomie et les nouveaux services publics qu’il faudrait créer.

Il est temps de mettre un terme aux pointillismes des luttes en cours, et leur donner le visage d’une seule et même révolte ! Il est indispensable de faire front commun pour s’opposer à ce qui ne sont plus des coups de canifs ou de poignards dans notre système de protection sociale, mais des coups de sabre pour sa liquidation.

Qu’on ne se trompe pas, avec encore prés des deux tiers de notre Sécu financée par la cotisation sociale, ils ne sont pas encore arrivés à leur objectif. Emmanuel Macron le sait, mais il croit historiquement devenir le Président qui, avec sa large majorité présidentielle,  arrivera à concrétiser ce rêve du Patronat de reprendre aux travailleurs la part des richesses produites pour leur protection de la naissance à leurs derniers jours.

Ces prochains mois verront de nombreux mouvements syndicaux et sociaux, les communistes en seront de tous, mais ils veulent mettre leurs forces au service de la convergence des luttes et de la colère pour créer une dynamique alternative politique à tous ces combats et redonner aux quatre branches de la Sécurité sociale un nouvel avenir, incluant la continuité d’emploi et de formation, pour une Protection sociale du 21ème siècle.

Publié le 16/02/2018 (site Le Grand Soir)

15 février 2018

 

Nous assistons à une remontée des religions dans leurs aspects les plus réactionnaires

La gauche peut-elle être complice des religions ?

PAUL ARIES et YVON QUINIOU

Nous assistons à un retour catastrophique des religions. Que le pouvoir politique de Macron s’en accommode, voire s’en félicite, ne doit pas nous étonner. Mais que la gauche, dont l’identité est laïque et fondée sur une critique rationnelle et raisonnable des méfaits des religions dans l’histoire, s’en fasse la complice est surprenant. Nouvelle défaite de la pensée progressiste ?

La gauche a choisi de croire que les révoltes paysannes d’apparence religieuse au Moyen-Âge, les prêtre ralliés à la révolution française, les prêtres ouvriers et les curés rouges, et même les théologies de la libération pouvaient faire oublier que les Eglises, en tant qu’appareils, ont toujours été du côté des puissants, des dominants, des exploitants. Nous devons nous en souvenir deux ans après la manif contre l’égalité des droits face au mariage et quelques jours après la mal nommée « marche pour la vie ». Les religieux de toute croyance sont de retour et ceux qui reviennent aujourd’hui sont les pires.

La gauche dans le passé a constamment entretenu un rapport critique avec les religions, fondé sur son idéal d’émancipation intellectuelle, personnelle et collective, que celles-ci n’ont cessé de bafouer. Cette critique se fondait sur une valorisation de la raison en même temps que sur son projet de transformation progressiste de la société. Tout cela s’éloigne depuis la fin des illusions liées à la tragédie que fut l’expérience soviétique : le post-modernisme, complice du libéralisme triomphant, fait des ravages, jusqu’à mettre en doute l’idée de vérité et à remplacer le souci moral des autres par un « souci de soi » terriblement apolitique et narcissique. Le retour du religieux peut s’engouffrer dans cette brèche irrationaliste et proposer un sens de substitution.

Pourtant, cette même gauche avait pu négocier avec les religions, dans un cadre résolument laïque (qu’elles avaient d’ailleurs combattu), spécialement lorsque le PCF« tendait la main » aux ouvriers chrétiens : l’attention à la commune situation d’exploités des ouvriers croyants et incroyants permettait d’envisager leur alliance dans le combat de classe contre le capitalisme bien, au-delà de la résistance commune face au nazisme. Le facteur religieux passait au second plan, sans cesser d’être un objet de critique, dans laquelle la raison, à nouveau, était présente. On n’est plus dans ce contexte historique. Nous sommes face à une remontée des religions dans leurs aspects les plus réactionnaires. Intellectuellement le refus de la rationalité scientifique refait surface via, en particulier, un créationnisme intégral venant des Etats -Unis, refusant Darwin et sa thèse de l’origine naturelle de l’homme. Même l’Eglise catholique, prenant acte pourtant de cette théorie, a refusé de l’appliquer à l’esprit humain ! Et l’on n’insistera pas sur le cas de l’Islam, radicalement hostile aux sciences de l’homme. Intégrisme, fondamentalisme et sectarisme marchent de plus en plus d’un même pas ! Or, de tout cela, la gauche officielle et les écologistes ne paraissent guère s’émouvoir, voire manifestent une complaisance indigne, qui traduit une démission idéologique autant qu’un électoralisme à courte vue, les croyants étant des électeurs.

C’est pourquoi la gauche doit reprendre son flambeau théorique initial. Elle ne doit à aucun moment renoncer à sa défense intransigeante de la raison, même si, ce faisant, elle s’oppose aux mythes religieux les plus répandus. Comme elle ne doit pas accepter l’ambition des Eglises de vouloir influer sur le pouvoir politique : la loi de Dieu doit s’effacer, dans la Cité, devant les lois humaines et c’est en ce sens que la société doit aussi être laïque. De même, elle doit maintenir son lien essentiel avec la critique des religions qui nous vient de la philosophie des Lumières et des penseurs qui ont suivi (Feuerbach, Marx, Nietzsche, Freud), lesquels ont démontré définitivement que, issues du malheur humain, elles l’alimentent.

Derrière ce renoncement, Il y a le refus d’investir les questions morales, sinon spirituelles, de l’existence sur une base non religieuse, qui permettrait pourtant de leur apporter des réponses non partisanes, favorisant le vivre-ensemble. Mais il y a aussi un refus idéologique du rationalisme marxiste tel que le système soviétique a cru l’incarner. Un nouvel obscurantisme, insidieux, a alors entraîné une partie de la gauche à accepter l’idée que nombre de questions brûlantes, comme celles du féminisme ou de la crise écologique, pouvaient être traitées sans mettre en cause le capitalisme, ce qui est absurde. Seul un pouvoir démocratique de la collectivité sur elle-même, qu’on l’appelle éco-socialiste ou éco-communiste, en est capable, hors de la dictature de l’argent.

Cela implique aussi le refus de tous les intégrismes, au-delà du seul intégrisme religieux, car l’intégrisme politique ou l’intégrisme économique relèvent du même esprit. C’est le cas de l’économie érigée en valeur absolue, qui oublie la sphère de l’épanouissement personnel qu’une vraie politique de gauche doit au contraire favoriser, ou de la « religion » de la croissance, ce « nouvel opium du peuple ». Reste que c’est le totalitarisme religieux, au sens strict, qui nous importe ici, d’autant qu’il est couplé avec une apologie du libéralisme économique dont les théocraties islamiques sont le pire exemple, avec la complicité tacite de nos dirigeants. Ajoutons que le christianisme peut alimenter une anthropologie fondée sur le culte d’un individu libre et responsable, soustrait aux déterminismes sociaux que la raison sociologique révèle et sans que la référence à une transcendance aide en quoique ce soit à moraliser le jugement politique porté sur notre société, comme on le voit chez Macron. Une exigence démocratique complète implique donc que l’on dénonce la religiosité ambiante qui nous enfonce un peu plus dans ce qui est bien une crise de civilisation ! Une gauche authentique, laïque mais aussi sociale, doit rester irréligieuse dans tous les domaines.

Paul ARIES, directeur de la revue « Les Z’Indigné’(e)s et
Yvon QUINIOU, philosophe.

Paul Ariès a publié « Les rêves de la jeune Russie des soviets, une lecture antiproductiviste du stalinisme », Le Bord de l’eau, 1917, et « La face cachée du pape », Max Milo, 2016.

Yvon Quiniou a publié « Critique de la religion. Une imposture morale, intellectuelle et politique », La Ville brûle, et va faire paraître « Qu’il faut haïr le capitalisme. Brève déconstruction de l’idéologie néolibérale », H§O.

 

Publié le 15/02/2018

"Les salaires montent, la Bourse chute, cherchez l’erreur"

17h51 , le 10 février 2018 (site leJDD.fr)

TRIBUNE - Thomas Dallery, maître de conférences en économie à l’université du Littoral Côte-d’Opale-Clersé, évoque le mini-krach boursier qui a fait vaciller les marchés toute la semaine.

 

Lundi dernier, l’indice Dow Jones a vu sa valeur chuter de près de 5% en une journée. (Reuters)

"Parfois l’actualité nous fournit des révélations sur le fonctionnement du système économique, révélations qui valent des heures d’analyse fine des plus grandes théories économiques. À la manière d’un révélateur utilisé par les chaînes de télévision pour nous démontrer en plein match de football s’il y a hors-jeu ou non de manière définitive, en traçant une ligne qui identifierait la position illicite des attaquants pris au piège de la défense, l’actualité vient de clairement indiquer que la finance était mise hors jeu. Et on a envie de dire que cela fait un moment déjà qu’elle l’est, tels des attaquants du dimanche matin qui campent dans la surface adverse à la recherche de la moindre opportunité pour marquer.

Lundidernier, un mini-kracha eu lieu sur la Bourse de New York : l’indice Dow Jones, représentant les principales entreprises américaines, a vu sa valeur chuter de près de 5% en une journée. Jeudi, une réplique de cette secousse a de nouveau ébranlé Wall Street. La raison de cette semaine noire? La publication de statistiques sur la situation du marché du travail aux États-Unis. On imagine, apprenant cela, que les marchés boursiers ont été pris de panique par de mauvais chiffres indiquant une augmentation du chômage. C’est en réalité tout l’inverse qui a inquiété les marchés: des créations d’emplois supérieures aux attentes et, comble de malheur, une augmentation des salaires plus rapide que prévu. Voilà concrètement ce qui a précipité le mini-krach boursier: une amélioration de la conjoncture économique. Si l’on voulait montrer que la finance était déconnectée de l’économie réelle, on ne s’y prendrait pas autrement: ce qui est bon pour le travailleur américain (emploi, salaire) est donc mauvais pour les marchés financiers du même pays qui se plaisent à festoyer tant que les gueux souffrent, mais sont saisis d’effroi quand on leur annonce que des moins fortunés qu’eux pourraient connaître des jours meilleurs… ou un peu moins mauvais.

Ce qui est bon pour le travailleur américain est mauvais pour les marchés financiers du même pays.

On retrouve avec cette actualité boursière chaotique le même genre de liaisons malsaines que ce qu’on peut parfois observer au niveau d’une entreprise qui annonce un plan de licenciements. Celle-ci peut alors voir son cours de Bourse s’apprécier, les marchés saluant ainsi une décision 'courageuse'. Simplement, cette fois, au lieu de se réjouir des drames qui frappent des salariés, ils s’alarment de leur bonne fortune et de la belle santé de l’ensemble de l’économie américaine qui, par son dynamisme, les inquiète…

Bien sûr, derrière les créations d’emplois et la progression des salaires, ce qui préoccupe réellement les marchés financiers, c’est la perspective du retour de l’inflation, et donc d’une réaction des autorités monétaires qui augmenteraient leur taux d’intérêt, mettant ainsi un terme à une période prolongée d’argent bon marché, véritable antidépresseur pour les spéculateurs. Il n’empêche, ce télescopage entre une bonne nouvelle pour l’économie réelle et un plongeon des marchés financiers a de quoi questionner sur le rôle de la finance dans nos économies. Pendant très longtemps, jusqu’à la crise de 2008, nombre d’économistes louaient la finance dérégulée, prétendant qu’elle générait de la croissance économique. Une sorte de symbiose entre les marchés et l’économie réelle. À la suite de la crise de 2008, de nombreuses études ont montré, y compris dans des milieux peu à même d’être catalogués à gauche, que la dérégulation financière pouvait avoir été poussée trop loin, au point que la finance en vienne à être néfaste à l’économie réelle. Il avait quand même fallu attendre la pire crise financière depuis celle de 1929 pour que même les économistes croyant aux vertus d’une finance sans cesse dérégulée davantage en viennent à questionner les vertus de cette dérégulation.

Interrogé mercredi sur France Inter sur le mini-krach boursier du moment, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, a d’abord affirmé qu’il n’était pas inquiet. Il a même ajouté qu’il s’agissait d’un retour au réel des marchés financiers (ce qui est une façon de reconnaître qu’ils évoluent dans l’irréalité). Il a ensuite rappelé la nécessité de réguler la finance (on lui en sait gré). Il a enfin répété l’importance de réduire la dette publique. On en vient donc à une deuxième mise hors jeu: partant d’une question sur un mini-krach boursier aux États-Unis, Bruno Le Maire est retombé sur la rengaine de l’excès de dette publique, ce qui lui permet d’éviter d’affronter le problème des dérives de la finance privée. En plus de révéler les dysfonctionnements du système capitaliste, et de la place de la finance en son sein, l’actualité permet aussi de souligner les obsessions des gouvernants, toujours prompts à dénoncer les interventions jugées excessives d’un État qu’ils administrent pourtant."

Publié le 14/02/2018

Robin Renucci : « Nous déclarons à présent nous rendre coupables de délit de solidarité »

Robin renucci

Mardi, 13 Février, 2018

Humanite.fr

 

« Nous faisons, nous, artistes, acteurs et actrices culturelles, tout ce qui est en notre pouvoir pour soulager la misère.»

Lettre de l'acteur et réalisateur, Robin Renucci adressée à la ministre de la Culture, Françoise Nyssen.

Madame la ministre de la Culture,

Vous avez convié certain.e.s d’entre nous à la fin de l’automne à un dîner pour parler de nos différentes actions auprès des exilé.e.s qui cherchent actuellement refuge en France. Nous vous avons proposé alors d’organiser une commission dont nous étions prêt.e.s à prendre la charge, afin d’établir un dialogue avec le ministère de l’Intérieur. Nous avons insisté sur la nécessité et l’urgence d’ouvrir ce dialogue entre les artistes, les acteur.trice.s culturel.le.s et le ministère de l’Intérieur, dialogue sans lequel tous nos efforts, tout notre travail en direction des milliers d’éxilé.e.s restent une goutte d’eau dans l’océan des violences qu’ils et elles subissent aujourd’hui sur notre territoire, dans cette France qui pour elles et eux représentait pourtant la patrie des droits de l’homme, une terre d’asile et de refuge, et qui n’est plus aujourd’hui, pour ces femmes, ces enfants et ces hommes, qu’un endroit de violence et de rejet.

Notre demande est restée lettre morte.

Vous avez lancé récemment un appel au milieu culturel et artistique à faciliter aux éxilé.e.s l’accès à la culture, à développer des ateliers artistiques avec elles et eux, pour les aider à patienter le long des files d’attentes administratives.

Madame la ministre, sachez que voici des mois, des années, que nous menons ces actions, que nous faisons, nous, artistes, acteurs et actrices culturelles, tout ce qui est en notre pouvoir pour soulager la misère, l’impact des violences subies, à tous les endroits où nous pouvons agir, que ce soit en tant que directeur.trice.s de structures culturelles, de lieux de création, que ce soit en tant qu’artistes. Quels que soient nos moyens, nous sommes des milliers en France à tenter d’agir avec d’autres citoyen.e.s et des associations qui luttent quotidiennement, pour aider, soutenir, accompagner ces vies blessées, ces parcours meurtris, ces frères et sœurs humaines qui ont tout perdu, tout laissé derrière eux, non pas pour « profiter » des « pavés dorés » de notre République, mais par nécessité vitale. On ne quitte pas son pays, ceux qu’on aime, son histoire et sa vie, par envie de confort, mais parce qu’on ne peut pas faire autrement.

Nous ne menons pas ces actions parce que nous sommes artistes et gens de culture, nous le faisons, Madame la ministre, parce que nous sommes avant tout des citoyen.ne.s, qui, comme des milliers d’autres citoyen.ne.s, de tous bords, de tous milieux, voient en ces exilé.e.s des frères et sœurs humains en souffrance. Nous le faisons en ayant chaque jour un peu plus honte de notre pays, de la façon dont ce pays que nous aimons et dont nous défendons avec fierté et force l’expression culturelle, trahit ses engagements, sa devise et son histoire, ampute son avenir. Nous le faisons en ressentant de la honte devant l’étonnement et le désespoir de ces femmes et hommes qui ne parviennent pas à comprendre que ce soit ça, la France, un pays où on fait la chasse aux éxilé.e.s, aux réfugié.e.s, où on brutalise des enfants, où on use de la matraque contre eux, où on détruit les pauvres tentes dans lesquelles se réfugient des familles, ces tentes posées au milieu de l’hiver glacé sur l’asphalte de nos grandes villes, au milieu de nos illuminations de Noël.

On ne mène pas un atelier de théâtre, de danse, d’art plastique, d’écriture, de vidéo, avec des enfants en exil pour ensuite les remettre dehors dans le froid sans se soucier de ce qu’ils mangeront le soir et s’ils dormiront dans la rue. On n’accueille pas des femmes et des hommes à un spectacle ou à un film pour ensuite les mettre à la porte sans se soucier de la faim et de la peur qui les tenaillent. On ne monte pas une chorale avec des femmes et des enfants pendant des mois pour ensuite leur tourner le dos quand ils reçoivent contre toute attente une injonction de reconduite à la frontière, vers la prison, la faim, les tortures, le viol ou une mort certaine.

Non, Madame la ministre, on ne fait pas du théâtre ou de la musique avec des femmes, des enfants et des hommes dans cette situation, en se contentant de leur apporter un peu de la « culture française ». Et, non, Madame la ministre, on ne leur ouvre pas les portes de notre culture. Ce sont des rencontres, des échanges permanents, d’une richesse et d’une complexité infinie, qui nous bousculent autant qu’eux alors. C’est magnifique, puissant et fragile. Et dans cette rencontre, comme dans toutes formes d’art véritable, ce qu’on rencontre avant tout c’est l’humain. Chaque personne que nous rencontrons ainsi est une personne avec sa vie, son parcours, sa richesse, ses blessures, et pas un numéro ou une statistique. Chaque personne rencontrée alors devient un frère ou une sœur, et cela nous engage humainement.

Un frère ou une sœur, et encore d’avantage un enfant, on ne le laisse pas à la rue une fois la rencontre faite. On ne le laisse pas se débrouiller seul.e devant des policiers qui chargent, qui gazent, devant des circulaires qui font la chasse à l’homme. Non ! On l’aide comme on peut, on l’accompagne, on l’héberge, on lui ouvre nos théâtres, nos salles de répétition, nos maisons, pour le ou la protéger de la rue et de ses violences, on évite les contrôles de police avec lui ou elle, on le fait ou la fait changer de domicile en pleine nuit quand on sait qu’il va y avoir une descente de police, on monte des dossiers, des recours, on le ou la cache, on l’aide à circuler, à trouver de quoi manger. On noue des solidarités, avec tel.le policier.e qui vous prévient anonymement qu’un tel va être arrêté, avec tel.le enseignant.e qui fait l’impossible pour empêcher qu’un enfant soit retiré de son école, qui passe son temps libre à donner bénévolement des cours de français, avec telle famille qui va accueillir chez elle un mineur isolé sans papier et tenter de l’accompagner dans la jungle administrative actuelle, avec tel médecin, qui va soigner sans rien demander en retour, et surtout pas les «papiers».

Aujourd’hui il ne s’agit pas de faire des ateliers de théâtre ou de dessin. Aujourd’hui, Madame la ministre, nous luttons contre les pouvoirs publics, contre les injonctions et les blocages kafkaïens des administrations, contre les contrôles, contre les refus de protection des mineur.e.s, contre les violences policières.

Aujourd’hui, nous nous retrouvons dans l’obligation morale de désobéir pour compenser l’indignité d’une politique migratoire parmi les plus inhumaines de notre histoire contemporaine.

Aujourd’hui, nous sommes, nous, artistes, acteurs et actrices du monde de la culture, en lutte et en résistance contre l’état français, par solidarité humaine, par fierté d’être de ce pays, non pas de la France qui rejette et pourchasse, violente et opprime les plus démuni.e.s, les plus pauvres, celles et ceux qui demandent aide et assistance, mais la France terre d’asile, la France pays des droits humains, la France telle que l’ont imaginée ces milliers d’éxilé.e.s, ces milliers de personnes fuyant la violence sous toutes ses formes et qui trouvent ici une violence qu’ils ne comprennent pas et qui les terrorise. Nous le faisons aussi parce que l’histoire nous jugera et que le jugement de nos enfants et de nos petits enfants sera terrible si nous ne faisons rien.

Aujourd’hui nous sommes devenus, par la force des choses, coupables de délit de solidarité, nous sommes passibles de sanctions pour aider, soutenir, de toutes les manières possibles, des gens en souffrance qui sont pourchassés de manière inique par l’État français.

Aujourd’hui, donc, Madame la ministre, nous nous dénonçons.

Votre appel au milieu de la culture et de l’art nous permet de nous avancer à la lumière et d’affirmer haut et clair ce que nous faisons aujourd’hui. Nous sommes fier.e.s et heureux.ses de vous compter parmi nous, comme résistante à la violence actuelle instaurée par l’état, car nous comptons sur vous pour aller au bout de la logique de votre appel.

Ainsi nous vous invitons à nous prêter main forte en exigeant l’ouverture d’un réel dialogue avec le ministère de l’intérieur, d’exiger que ses circulaires ne viennent pas détruire tout ce que nous tentons de mener jour après jour, d’exiger au contraire que tous les moyens soient mis en place pour soutenir l’effort des citoyens et citoyennes qui chaque jour partout dans ce pays œuvrent pour tenter de suppléer avec leurs faibles moyens aux manquements criminels de l’État. Nous demandons à l’État d’ouvrir un véritable dialogue avec la société civile, avec toutes celles et tous ceux qui œuvrent auprès des réfugié.e.s dans notre pays, pour réfléchir et mettre en œuvre concrètement des solutions d’accueil.

Nous en appelons à un réveil de la conscience de celles et ceux qui ont été élu.e.s par le peuple face à ce drame humain et sociétal que l’État orchestre à l’intérieur de ses frontières. Nous vous appelons à soutenir nos actions en permettant qu’elles ne soient pas annihilées par des contre-mesures de répression d’État et à peser de tout votre poids pour cela.

Si notre appel n’est pas entendu, Madame la ministre, sachez que nous poursuivrons notre action et que nous déclarons à présent nous rendre coupables de délit de solidarité.

Robin Renucci

acteur et réalisateur

Publié le 13/02/2018

ÇA COCOGITE (CommunisteS supplément du mercredi à l’Humanité – site humanité.fr)

Populisme de gauche : l’impasse

L’intention de cette note n’est pas de proposer une analyse du/des populisme(s). Un phénomène mondial réémergeant fortement depuis la crise de 2008 prenant appui sur les frustrations des couches moyennes et populaires. Un phénomène nationaliste, voire identitaire, autoritaire et xénophobe porté par l’extrême droite et une partie de la droite. Et dont les traits marquants sont la référence au peuple, opposé aux « élites », la tentation de passer par dessus les corps intermédiaires, la mise en cause des pouvoirs judiciaires et l’accusation des médias, la valorisation d’une « culture » dite populaire mais en réalité aliénante, la réfutation de la lutte de classe, le culte du chef.

Un populisme de gauche ?

Notons que cette notion est utilisée certes par certains acteurs se trouvant à la gauche de l’échiquier politique, mais aussi par les tenants du système pour renvoyer sur le même plan les soi-disant deux extrêmes dans la même détestation et mépris des couches populaires. Et qui se moule aussi dans la campagne visant à rendre obsolète le clivage gauche/droite. Une campagne – et ce n’est pas injurier la vérité de constater qu’elle est déclinée, certes chacun à sa manière, par LREM, le FN, la FI. Mais c’est aussi - et c’est ce quinous préoccupe ici - une notion justifiée théoriquement.

Ce populisme prend ses racines dans les expériences latino-américaines des dernières décennies. Le populisme de gauche est devenu une référence théorique fondamentale pour différents mouvements progressistes, notamment Podemos et la France insoumise. Ce concept est notamment issu des travaux

de deux philosophes, Chantal Mouffe et Ernesto Laclau, dont l’ambition est de proposer une alternative aux théories libérales de la « troisième voie », mais aussi au marxisme.

Il s’agit de penser le politique à partir des multiples demandes et mouvements (de classe, féministes, minorités sexuelles, écologiques, nationaux, etc.). Renvoyé à une « essentialisation uniquement de classe », le marxisme « n’est pas suffisant » pour comprendre les nombreux mouvements politiques.

Comme l’affirme elle-même Chantal Mouffe : «Le populisme, ce n’est ni un idéal de société ni un régime. C’est une stratégie d’organisation du mouvement politique qui dépend de la conjoncture. Aujourd’hui en Europe, nous vivons un moment populiste en réaction à la post-démocratie, conséquence de la globalisation néolibérale dont l’ennemi est la souveraineté populaire. Derrière des formulations parfois xénophobes,c’est une réaction au libéralisme. C’est comme un cri qui dit “On veut être écoutés, on veut exister”, dans la mesure où le

Parti socialiste leur tourne le dos. C’est un terrain fertile pour le populisme de droite. Dans cette conjoncture, il faut développer un populisme de gauche. »

C’est un courant politique qui se fixe pour objectif de «construire un peuple» comme sujet politique en le posant comme un «nous» face à un «eux», selon la discrimination ami/ennemi chère à Carl Schmitt. Et « pour créer une volonté collective à partir de demandes hétérogènes, il faut un personnage qui puisse re-

présenter leur unité, je crois donc qu’il ne peut pas y avoir de moment populiste sans leader, c’est évident », ajoute-t-elle.

Ajoutons qu’est revendiquée la mobilisation des affects, des passions. Ces derniers construiraient la formation des volontés collectives susceptibles de faire peuple.

Une impasse

Faut-il voir dans le succès de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle, de l’installation de la FI comme première force à gauche (encore que le nombre de députés PS est quasiment l’équivalent de ceux du PCF et FI réunis) le résultat du pari populiste ? Quelle est la part du vote « utile » à gauche pour Jean-Luc Mélenchon aux dépens de Benoît Hamon ? Les dégâts de la politique libérale impulsée par Hollande et dans la foulée le rejet du PS et les difficultés rencontrées pour rendre crédibles le combat politique de classe expliquent certainement le succès du « dégagisme ». L’installation durable de la FI comme force politique s’accompagnera-t-elle de la poursuite de la stratégie populiste ? L’avenir nous le dira.

Mais il est certain que la stratégie d’opposition entre le peuple et l’oligarchie est dangereusement ambiguë. Si l’on construit le peuple autour d’un leader charismatique, on relègue nécessairement au dernier plan l’auto-organisation et

l’auto-éducation des citoyens. On subordonne la créativité populaire et l’innovation sociale à la cohérence supposée d’une direction unique. Comme le souligne Pierre Laurent dans son livre 99 %, il faut choisir entre «pouvoir citoyen» ou «culture du chef». La personnalisation contamine toute la vie démocratique,

comme si une personne seule comptait plus que l’intelligence collective sur tous les sujets. C’est une aberration et un anachronisme dans les sociétés complexes du XXIe siècle. Il y a besoin de collectif pour décider et contrôler.

Certes est posée la question d’unifier politiquement les « 99 % ». A l’inverse de la FI ce n’est pas dans la mobilisation des affects et la détestation de « l’autre » (oligarchie, médias, corps intermédiaires...), la recherche du clivage, que la construction d’une société émancipatrice verra le jour. Il n’y a pas de raccourci possible sauf à échouer devant les résistances multiples que le système saura mobiliser. Seule une volonté construite en commun autour de choix de civilisation, d’objectifs programmatiques construits collectivement, donc défendus collectivement, pourra annihiler les tentatives de sauvegarde de l‘ordre existant des forces multiples du « système ». On ne fait pas le bonheur du « peuple » à sa place. Il s’agit de construire un « peuple pour » et non un « peuple contre ».

Allons plus loin : devant les évolutions inquiétantes des politiques de domination à l’œuvre, l’urgence de résoudre les problèmes engendrés par la logique d’accumulation du capital, devant les défis (économiques, sociaux, culturels, démocratiques, écologiques...) posés à la planète, l’enjeu est d’aller plus loin que l’insoumission. Il est d’investir les pouvoirs partout où ils permettent d’amorcer une autre logique. En s’appuyant sur des mobilisations massives et majoritaires.

La réalité étant ce qu’elle est (sauf à entrevoir une possibilité d’imposer d’autres choix dans un cadre non démocratique), il n’y a pas d’autre voie ue celle d’une politique de rassemblements, dans les luttes, les confrontations électorales dans une perspective majoritaire, de toutes les forces mobilisables sur des objectifs progressistes en respectant leur pluralité.

De l’échelon local à l‘international, en passant par celui du cadrenational et bien entendu européen.

 

Patrick Coulon

 

Publié le 12/02/2018

Louis Gallois : "Je déplore une volonté politique de minorer le nombre de SDF"

Journal du dimanche – 12/02/2018

Le président de la Fédération des acteurs de la solidarité Louis Gallois évoque dans une interview au JDD la situation des sans-abris et n'hésite pas à épingler le gouvernement.

Louis Gallois revient sur les polémiques des derniers jours sur les SDF. (Eric Dessons/JDD)

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Ancien président de l'Aérospatiale, de la SNCF ou d'EADS, Louis Gallois préside aujourd'hui la Fédération des acteurs de la solidarité, qui réunit près de 900 associations engagées dans la lutte contre la pauvreté et l'exclusion et gèrent 80 à 90 % des centres d'hébergement. Il réagit aux polémiques des derniers jours sur les SDF. Revenant notamment sur la déclaration d’Emmanuel Macron qui ne voulait "plus personne dans les rues" avant la fin 2017, Louis Gallois demande au président de la République "d’entreprendre un travail de fond" plutôt que "de fixer un délai irréaliste".

Lire aussi : Julien Denormandie s’explique après ses propos polémiques sur les SDF

Peut-on dire, comme le secrétaire d'Etat Julien Denormandie, que le nombre de personnes isolées dormant à la rue en Île-de-France correspond à une cinquantaine?
Ces propos, repris par certains parlementaires, sont insupportables. Aucun Parisien ne peut donner foi à de telles déclarations. Il suffit de suivre une maraude ou de regarder les campements porte de la Chapelle! C'est tellement étranger à la réalité que cela décrédibilise la parole publique. Le Samu social de Paris estime à 2.000 à 3.000 le nombre de personnes durablement à la rue à Paris. Un comptage va être fait par un millier de bénévoles, le 15 février, pendant la Nuit de la solidarité initiée par la Ville de Paris. On verra bien quel est le chiffre. Mais je déplore une volonté politique de minorer le nombre de SDF.

C'est-à-dire?
Des préfets demandent aux Samu sociaux, qui organisent les maraudes pour les grands exclus, de vérifier si ceux qui appellent le 115, le numéro pour l'hébergement d'urgence, sont bien à la rue. Ce n'est pas leur métier. Et quand on sait quelle galère c'est d'appeler le 115, on imagine mal des gens faisant cela par plaisir. Certains préfets excluent les célibataires de leur comptage. D'autres écartent les personnes vivant sous une tente. Dans le Rhône, le préfet a demandé de ne pas compter un campement d'Albanais. Ces comptages n'ont pas grand sens. Je pense que les préfets se sentent liés par l'engagement pris par le Président, qu'il n'y ait plus personne à la rue fin 2017. Je ne crois pas qu'on résoudra le problème des SDF par un traitement comptable!

Le Samu social de Paris estime à 2.000 à 3.000 le nombre de personnes durablement à la rue à Paris

Le député parisien Sylvain Maillard estime que pour l'immense majorité des SDF passant la nuit dehors, c'est leur choix…
Lorsqu'un gymnase est ouvert, il est le plus souvent rempli en quelques heures. Ce qui prouve bien que les gens, lorsqu'on leur propose des solutions, même précaires, s'y précipitent. Bien sûr, certains SDF ne veulent pas aller en foyer : parce que leur chien n'est pas admis, parce qu'ils ont des problèmes psychiques ou parce qu'ils ne veulent pas perdre leur tente pour quelques jours d'hébergement. Mais ces cas restent marginaux. En faire une règle générale, c'est extrêmement choquant.

Que constate-t-on sur le terrain?
Les maraudes croisent énormément de personnes qui ne font plus le 115 car leurs appels précédents n'ont rien donné. Ce sont le plus souvent des célibataires, mais aussi des familles. Beaucoup d'étrangers ne connaissent pas le numéro d'urgence, ou craignent, s'ils sont en situation irrégulière, de se rendre en centre d'hébergement. La circulaire du 12 décembre, qui prévoit la possibilité de contrôler les situations administratives des personnes hébergées, n'a fait qu'amplifier le phénomène. Plusieurs associations ont constaté que des migrants ne venaient plus, par peur d'être identifiés avec un risque d'expulsion. Ce texte, contre lequel nous avons déposé un référé, va accroître la population à la rue.

Cette affaire de comptage, très choquante, vient polluer quelque chose de positif : le développement des places d'hébergement

Combien de SDF n'obtiennent pas de réponse en appelant le 115?
Entre 60 et 80% des demandes adressées au 115 reçoivent une réponse négative. Des départements franciliens comme Paris ou la Seine-Saint-Denis sont saturés (en novembre, respectivement 75% et 83% des demandes n'ont pas abouti à un hébergement). Mais le Rhône est également très chargé. Cela ne veut pas dire que les personnes ayant essuyé un refus ne réessayent pas le lendemain. On constate d'ailleurs un système de portes tournantes très préoccupant : les gens sont hébergés trois-quatre jours puis remis à la rue pour laisser la place à d'autres.

Combien manque-t-il de places d'hébergement?
Nous ne sommes pas en capacité de les chiffrer. D'autant que nous ne gérons plus la collecte des données remontant des 115. Depuis le début de l'année, c'est l'Etat qui le fait. Nous demandons malgré tout au gouvernement d'avoir accès aux chiffres bruts pour pouvoir les traiter, et non uniquement aux chiffres retraités par la Direction générale de la cohésion sociale.

Le Président ne voulait plus voir personne dans les rues à la fin 2017. C'est un échec?
Son objectif était extrêmement ambitieux. Moi, je ne veux pas nier les efforts du gouvernement. Cette affaire de comptage, très choquante, vient polluer quelque chose de positif : le développement des places d'hébergement. Au total, nous sommes passés de 131.300 (places pérennes et temporaires) en janvier 2017 à 145.800 cet hiver, sans compter le plan grand froid et ses 1.000 places. Soit une hausse de 11%. C'est significatif même si cela reste insuffisant.

Que faut-il faire de plus?
Il faudrait améliorer la qualité des nouvelles places. Car il s'agit souvent de gymnases, de structures très précaires. Nous souhaitons qu'il y ait plus d'accompagnement : une aide pour les formalités administratives, des consultations santé, un soutien moral… Ensuite se pose la question de la fin de la période hivernale. Le précédent gouvernement avait ouvert 10.800 places l'hiver dernier (contre 13.800 cette année) mais il en avait pérennisé la moitié au 31 mars 2017. Là, nous n'avons aucune information sur la suite. Nous demandons au gouvernement de pérenniser les places ouvertes cet hiver. Le sans-logement, ce n'est pas seulement l'hiver.

Il faut construire plus de logements très sociaux

Que pensez-vous du plan "Logement d'abord" présenté en septembre dernier?
Nous soutenons sa logique : faire en sorte qu'on puisse accéder directement au logement sans passer par la case hébergement. Les objectifs fixés par le Président vont dans le bon sens : 40.000 PLAI (logements très sociaux) par an (nous en réclamions 60.000), 10.000 places en pension de famille et 40.000 places en intermédiation locative d'ici à la fin du quinquennat. Nous sommes assez inquiets devant les moyens mis en œuvre – 10 millions d'euros pour 15 territoires pilotes – c'est très peu mais nous jugerons par rapport à la réalisation des objectifs. Nous regrettons aussi la chute, en parallèle, des constructions de PLAI en Île-de-France dans la deuxième partie de l'année (– 22%); ce sont les seuls logements réellement accessibles aux plus démunis. Est-ce que les offices HLM sont devenus prudents après l'affaire des APL? Nous attendons une réaction du gouvernement.

Combien y a-t-il de SDF en France?
Le dernier comptage de l'Insee dénombrait 143.000 SDF en France en 2012. Parmi eux, la population classique des sans-abri, mais aussi de plus en plus de familles, et beaucoup de migrants. Il faudrait mener une nouvelle enquête pour avoir des chiffres actualisés.

Comment faire, selon vous, pour qu'il n'y ait plus personne à la rue?
Il faut d'abord construire plus de logements très sociaux, s'assurer que leurs loyers restent accessibles aux plus précaires dans les zones tendues (où le foncier est cher), sortir les familles des chambres d'hôtel et, pour cela, désengorger les centres d'hébergement. Nous demandons en particulier au gouvernement de donner aux migrants qui sont en France depuis plus de deux ans un titre de séjour leur permettant de travailler et de se loger. A l'heure actuelle, ils sont obligés d'aller en centre d'hébergement ou dans des campements.

Nous attendons toujours un plan de résorption complète des personnes à la rue

Quel message aimeriez-vous adresser à Emmanuel Macron?
L'objectif annoncé par le chef de l'Etat – ne plus avoir de personne à la rue – est clairement positif, mais plutôt que de fixer un délai irréaliste et d'amener les préfets à faire de l'équilibrisme pour dégager des chiffres cohérents avec la promesse présidentielle, mieux vaut entreprendre un travail de fond, qui traite les problèmes des personnes à la rue, en campement, sous la tente, dans les squats. Cela prend du temps. Le plan "Logement d'abord" est une étape. Mais nous attendons toujours un plan de résorption complète des personnes à la rue.

Vous défendiez aussi un revenu minimum décent?
Une concertation sur la stratégie contre la pauvreté, centrée sur les enfants et leurs familles, est actuellement menée par Olivier Noblecourt, délégué interministériel à la prévention et à la lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes. C’est dans ce cadre que nous proposons un revenu minimum décent de 850 euros, pour tous, y compris les 18-25 ans. Ce ne serait pas un revenu universel, mais un revenu différentiel : si une personne touche 700 euros de ressources, elle reçoit 150 euros de plus. Cela permettrait, non pas de sortir de la pauvreté - le seuil est au-dessus -, mais de la très grande pauvreté. Les minima sociaux ont un effet extrêmement puissant : en 2016, la prime d’activité a permis une baisse de 0,4% du taux de pauvreté en France.

Faut-il réquisitionner le Val de Grâce comme le souhaite la maire de Paris?
Je ne sais pas quel est l’état du Val de Grâce, mais nous sommes favorables à ce qu’un certain nombre de bâtiments soient réquisitionnés pour constituer des centres d’hébergement. Il y a des précédents.

Sur le même sujet :

Publié le 10/02/2018 (SITE ENSEMBLE)

Mon interview dans Politis cette semaine

Clémentine Autain·vendredi 9 février 2018

Quelles leçons tirez-vous des législatives partielles à Belfort et dans le Val-d’Oise, où la droite l’a emporté dimanche dernier ?

Clémentine Autain : L’enseignement majeur, c’est l’abstention grimpante. Pour le reste, je ne vois pas comment on peut tirer de grandes conclusions stratégiques. Dans ces circonscriptions de droite, la baisse de La République en marche profite malheureusement au parti Les Républicains, qui engrange sur la chute du FN. Le PS s’effondre de façon impressionnante ! La France insoumise [FI] s’ancre, s’affirmant comme le seul mouvement qui tient debout sur le flan gauche, ce qui lui donne de grandes responsabilités pour l’avenir. Mais elle ne capitalise pas pour l’instant sur l’effacement des autres partis de gauche. Or, pour passer des près de 20 % de la présidentielle à la majorité, il nous faut devenir plus attractifs et convaincants pour les abstentionnistes mais aussi pour des électeurs de gauche qui désertent. La marche est haute.

Adrien Quatennens a estimé que, pour la partielle de Belfort, où la candidate de la FI était soutenue par le Mouvement républicain et citoyen (MRC) et le PCF, la “soupe de logos” avait agi comme un “repoussoir”. Est-ce aussi votre analyse ?

Clémentine Autain : Non. D’abord, parce que la candidate de la FI à Belfort avait un matériel de campagne siglé FI, loin de la kyrielle des logos. Ensuite, parce que le résultat dans le Val-d’Oise n’est pas meilleur. Enfin, parce que l’on pourrait voir les choses à l’inverse : le score de la candidate FI étant à peu près le même qu’en juin, où elle n’était soutenue par aucun autre parti, on pourrait aussi se dire que les électeurs du MRC et du PCF ne sont pas allés voter pour une candidate FI, pas plus que les anciens électeurs PS. Il faut s’interroger.

Sur la capacité de la FI à faire l’unité à gauche ?

Clémentine Autain : J’ai toujours prôné l’unité. Mais, si pas plus aujourd’hui qu’hier les militants et électeurs de notre gauche ne veulent la division, le cartel d’organisations a perdu sa force propulsive. Jean-Luc Mélenchon l’a compris en se lançant dans la présidentielle avec un nouveau mouvement, la France insoumise. L’addition de sigles n’est pas l’élément déclencheur de la dynamique politique. L’unité des partis existants ne suffit plus, ne serait-ce que parce qu’ils se sont terriblement affaiblis. Pour autant, je suis convaincue que le pluralisme politique est un atout indispensable pour nous faire grandir, que la diversité des parcours militants est une richesse. Une force à vocation majoritaire est nécessairement diverse, et non un bloc monolithique.

Jean-Luc Mélenchon s’est montré rude avec les syndicats cet automne...

Clémentine Autain : Sur le fond, il a posé la bonne question : comment peut-on construire un front social et politique ? Les syndicats y ont vu une forme d’arrogance ou de domination, je le regrette. Il faut travailler au dépassement du clivage entre syndicalisme et politique sans penser que cela signifiera la fin des distinctions entre les deux sphères. Depuis un siècle, les syndicats veulent, à raison, se défaire de leur inféodation aux partis politiques, mais cela nuit à tout le monde de penser le social et la politique comme deux univers distincts. Infliger une défaite à Macron suppose d’unir les forces qui n’acceptent pas ce mélange de libéralisme effréné et d’autoritarisme. La FI a un rôle moteur à jouer dans la constitution d’un front d’opposition sociale et politique.

Que dire de vos rapports avec le PCF ?

Clémentine Autain : La discussion stratégique doit être menée clairement avec eux mais sans humilier ou mépriser. Sur le fond, la FI et le PCF partagent l’essentiel, même s’il reste des désaccords, sur le nucléaire par exemple. D’ailleurs, le PCF a fini par soutenir Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle et les deux groupes à l’Assemblée nationale (FI et GDR) rament de concert contre la majorité. C’est sur la stratégie que le bât blesse aujourd’hui. Reste à savoir quelle est l’orientation du PCF pour les années à venir...

Celle de la FI semble claire, en tout cas. La boussole stratégique de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, qui s’est clairement démarqué du PS, a permis de crédibiliser notre proposition politique, totalement distincte du naufrage socialiste. Mélenchon a rempli le mot « gauche » au lieu de le brandir comme un étendard. Il a mis l’accent sur le mouvement, la nouveauté. Aujourd’hui, nous devons agréger plus encore pour bâtir l’alternative à Macron : des individus écœurés par la gauche et par la politique, mais aussi des courants historiques, des forces constituées, des intellectuels et des artistes, des corps intermédiaires. Une chose est de dire : on range les drapeaux rouges, c’est passé de mode. Une autre est de donner le sentiment qu’on jette dans les poubelles de l’histoire les acteurs et héritiers du mouvement ouvrier. Si le neuf doit dominer, l’histoire ne peut être balayée d’un revers de la main, et si l’on vise la constitution de majorités, aucune voix éprise de rupture sociale et écologiste ne peut manquer.

Dans son interview au JDD, Adrien Quatennens fustige le rassemblement mais affirme que la FI pourrait rebâtir des liens avec le PS si celui-ci se choisissait Emmanuel Maurel pour premier secrétaire. N’est-ce pas contradictoire ?

Clémentine Autain : La gauche est en lambeaux. Mais pas toutes ses composantes pour les mêmes raisons. Les socialistes s’étiolent de n’avoir pas su proposer une alternative au libéralisme débridé et généralisé. Nous nous séparons de la gauche qui s’est laissée prendre par le pouvoir et l’argent. Si nous voulons prendre le pouvoir à ces destructeurs de vie et de liens, il faudra bien refaire une majorité d’idée et des alliances politiques. Que chacun fasse son boulot. Et que le dialogue reprenne sur les bases de la rupture avec quarante ans de politiques néolibérales et productivistes. Je souhaite une stratégie cohérente et fédératrice. Porteuse de colère mais plus encore d’espoir. Il faut que nous passions plus nettement d’un statut d’opposant à un rôle de proposant.

À l’Assemblée, n’avez-vous pas peur d’être condamnés à l’impuissance comme l’étaient les frondeurs que vous critiquiez ?

Clémentine Autain : Notre présence à l’Assemblée permet de faire caisse de résonnance dans le pays. C’est un point d’appui. Nous apparaissons comme l’opposition principale à la macronie. La droite est pétrifiée devant ce gouvernement qui lui emprunte le cœur de son logiciel. Les socialistes, éclatés et déboussolés, peinent à frapper les esprits. Face à cette politique qui aggrave les précédentes mais leur ressemble, notre projet représente l’autre chemin. Et il se manifeste avec cohérence, énergie et créativité.

Quel bilan faites-vous de la construction du mouvement de la FI ?

Clémentine Autain : Je trouve très intéressant que le mouvement FI se garde de reproduire les schémas classiques des partis traditionnels, avec leur fonctionnement pyramidal. Je plaide pour une forme plus polycentrique, s’appuyant sur différentes légitimités, différents espaces d’impulsion. Inventer de nouvelles façons de faire mouvement commun est un pari nécessaire mais audacieux, et forcément fragile. Une fois que l’on s’émancipe des formes classiques, il faut encore trouver les mécanismes qui permettent la délibération collective. En période électorale, un candidat, un programme et les militants s’activent pour les défendre, les populariser. En dehors des élections, le temps vient du débat, des sujets à trancher. Comment faire vivre la conflictualité aussi inéluctable que souhaitable pour un mouvement démocratique ? Qui décide de la manière dont on dépense l’argent ? Comment se tranchent les grandes orientations stratégiques ? C’est précisément parce que la FI est une force vivante et non une secte que ces discussions émergent. On doit réfléchir à comment faire vivre le pluralisme en interne, sinon cela va finir par aller à l’encontre de l’efficacité.

 

Pauline Graulle

Publié le 09/02/2018 (SITE ACRIMED)

« La grogne » : dans le bestiaire des mobilisations sociales

par Julien Baldassarra, jeudi 8 février 2018

Depuis le 1er janvier 2018, le terme de « grogne » a le vent en poupe. Certains journalistes n’hésitent pas à l’utiliser pour décrire n’importe quelle lutte sociale. Des gardiens de prison aux aides soignantes, tous « grognent » comme des bêtes. Tour d’horizon de ce petit vocable qui, tout en prétendant rendre compte d’un « mécontentement », dépolitise et ridiculise les mobilisations sociales. Julien Brygo pointait déjà quelques articles le 29 janvier dernier sur Twitter, accompagnés d’un commentaire de son cru : « Groin \ɡʁwɛ̃\ masculin – (Zoologie) Museau du cochon, du sanglier. “Des porcs assoupis enfonçaient en terre leur groins.” — (Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1867) ».

Quel est le point commun entre les personnels soignants des EHPAD qui dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail, les professeurs et les étudiants opposés au Plan Étudiants du gouvernement et les gardiens de l’administration pénitentiaire mobilisés suite aux attaques physiques que certains d’entre eux ont subies ces dernières semaines dans l’exercice de leur travail ?

De nombreux médias ont trouvé la solution : tous « grognent ». Nous posions déjà la question en 2003 : « manifestants et grévistes sont-ils des animaux » ? Nous relevions à l’époque combien l’usage à outrance du terme « grogne », et ses connotations péjoratives, contribuaient non seulement à atténuer, dans l’imaginaire des lecteurs, l’ampleur des mobilisations sociales, mais également à les dépolitiser. Nous écrivions alors :

Les manifestants font du bruit, ils ne parlent pas. La « rue » « grogne » mais est incapable de produire une pensée, une parole, une action politique. On retrouve là aussi un des ressorts de disqualification de la dimension politique les plus à l’œuvre de nos jours : l’individualisation et la psychologisation des rapports sociaux.

Quinze ans plus tard, le constat n’a pas pris une ride, pas plus que les mauvais réflexes journalistiques. La « grogne » fait toujours partie du bingo médiatique en période de mobilisations sociales et le terme circule de médias en médias, au mépris des rapports sociaux, de l’ampleur des différentes vagues de contestation et des revendications portées par les salariés.

Passage en revue de ces médias de « démobilisation sociale », usant d’une terminologie dégradante devenue pourtant banale.
- Sur la mobilisation dans les EHPAD, les hôpitaux et les prisons :

Pour Paris Match, le 15 janvier 2018 :
Pour Europe 1, les 15 et 16 janvier 2018 :
Pour L’Express, le 16 janvier 2018 :
Pour Francetvinfo et le JT de France 2, le 21 janvier 2018 :

La grogne des surveillants : projet d’accord unanimement rejeté


Pour le Huffington Post, le 22 janvier 2018 :
Pour Le Point, le 25 janvier 2018 :
Pour Les Échos, le 25 janvier 2018 :
Pour Le Progrès, le 25 janvier 2018 :

AIN :

Grogne des surveillants :à Bourg-en-Bresse, levée des piquets


Pour La République du centre, le 30 janvier 2018 :
Pour La Dépêche, le 1er février 2018 :

Résidence « Les terrasses » ça grogne dans les EHPAD !


Pour Sud Radio, le 2 février 2018 :

POLITIQUE

Le gouvernement n’a pas entendu monter la grogne dans les prisons

Pour Orange avec l’AFP, le 2 février 2018 :
Un terme vraisemblablement chéri par les journalistes, qui n’hésitent pas à l’employer en vrac, pour traiter de mobilisations aussi diverses que celle des étudiants et des professeurs hostiles au Plan Étudiants du gouvernement, celle des salariés des grandes surfaces E. Leclerc contre les méthodes de management, celle des agriculteurs ou des automobilistes.

Ainsi de La Dépêche, le 27 janvier 2018 :
Du Figaro, le 29 janvier 2018 :

La grogne monte contre la limitation à 80 km/h


De La Voix du Nord, le 29 janvier 2018 :
De La République du Centre, le 29 janvier 2018 :
De Sud Radio, le 31 janvier 2018 :

A Toulouse, la grogne des agriculteurs exaspère les automobilistes


Du Parisien, le 3 février 2018 : sociale
Les exemples recensés sur la période du 1er janvier au 3 février 2018 montrent que le terme de « grogne » a été utilisé 21 fois en titre pour décrire pas moins de 10 mobilisations sociales [
1]. « Mobilisations » et « grèves » : deux termes aux significations politiques bien différentes qui ne figurent pas dans le lexique des journalistes, préférant plutôt renouer avec le cliché du « Français-qui-râle-tout-le-temps ». Et à en juger par un article du Figaro publié le 2 février 2018, c’est peu dire si le réflexe est tenace :

Les Français envisagent la généralisation de la grogne


Question taquine : comment les grands médias nommeront-ils la prochaine révolution ?


Julien Baldassarra

[1] Selon un décompte qui ne prétend pas à l’exhaustivité, réalisé à partir de « Google Actualités ».

Publié le 08/02/2018

Parlons (Inter) Net (site Le Grand Soir)

Agnès Verdier-Molinié, le loup télévisuel déguisé en mère-grand

 

Le lundi 5 février 2018, le « 28 minutes » d’Arte a mis en présence Xavier Timbeau, présenté comme « économiste et directeur de l’OFCE », Natacha Pommet, présentée comme « membre du bureau de la Fédération CGT des services » et Agnès Verdier-Molinié, coqueluche des médias, présentée comme « économiste et directrice du think tank libéral l’IFRAP. »

Il n’est pas précisé que l’IFRAP (Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques) est financée à 90 % par des dons de particuliers et de patrons dont les noms sont tenus secrets.

Débat truqué, escroquerie, mépris du téléspectateur

Ainsi, l’émission a donné lieu à un affrontement entre :
- Natacha Pommet qui affichait au nom de qui elle parlait : la CGT, les travailleurs (bref, une syndicaliste possiblement partisane, une idéologue),
- et Agnès Verdier-Molinié qui, masquée, n’est affiliée à rien du tout, tout juste directrice d’un think tank (c’est-à-dire un « laboratoire d’idée », une « fondation pour la recherche »), donc une économiste neutre, pragmatique, appuyée sur la science irréfutable des chiffres, des statistiques, sur des histogrammes et des graphiques.

Elle plaida en faveur de la douloureuse, mais nécessaire modernisation du pays, pour le bien de tous, et d’abord des plus pauvres. Et haro sur les fonctionnaires, ces pelés, ces galeux d’où nous vient tout le mal !

Les débats sont des enfumages de téléspectateurs quand des débatteurs nus affrontent des sicaires armés par le MEDEF et sobrement annoncés comme économistes, politologues, sondeurs, chercheurs, experts, spécialistes de…

Dans le théâtre antique, 250 ans avant notre ère, un personnage s’inquiétait : « De quel endroit parles-tu donc ? En quel pays le trouve-t-on ? ».

Tout journaliste qui ne pose pas ces questions à ses invités, qui cache et/ou laisse cacher l’information, commet une faute déontologique.

Théophraste R. (billettiste payé zéro euro et partisan affiché des petits, des obscurs, des sans-grades, des sans-dents et des pue-la-sueur).

 

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Publié le 08/02/2018

Idées. L’utopie au présent et en actes

Maurice Ulrich

Mercredi, 7 Février, 2018

L'Humanité

 

Le 7 février 1478 naissait Thomas More, le père moderne de l’Utopie, critique politique et modèle de société idéale. Aujourd’hui, loin de tout modèle, elle appelle un combat de la démocratie pour disputer le pouvoir au capital.

L’Utopie de Thomas More avait une évidente dimension politique. Sa dénonciation de la condition des paysans britanniques garde toute sa force et pourrait s’appliquer encore à nombre de régions dans le monde. Pourtant, les procès faits à l’idée même d’utopie ne manquent pas. Ou bien elle est le fait de doux rêveurs installés sur la Lune ou sur leur lopin de terre bio, ou bien elle vire nécessairement au cauchemar totalitaire. Les deux, d’ailleurs, pouvant aller de pair. Les rêveurs, quand ils arrivent au pouvoir, ne peuvent que devenir des tyrans. C’est évidemment l’argumentaire opposé à l’idée communiste, malheureusement conforté par la faillite matérielle et idéologique de ce qui en a tenu lieu au XXe siècle. Mais, plus largement, la critique porte sur tout projet visant à transformer le monde ou à changer la vie, pour reprendre les termes respectifs de Marx et de Rimbaud. On a même vu se développer, au milieu des années 1970, quand se profilait l’ère ultralibérale de Reagan et Thatcher, l’idée que la raison elle-même, depuis Aristote en passant par Descartes et la Révolution française, était grosse de la terreur et des dictatures. Ce n’est pas fini et, sous des formes diverses, qui concernent aussi bien Donald Trump qu’Emmanuel Macron et bien d’autres, la marée conservatrice continue à gagner du terrain autour d’une idée à maints égards dominante : il n’y a pas d’alternative au système.

Quand bien même on fait mine de déplorer les effarantes inégalités que l’on connaît, quand on s’inquiète pour l’environnement ou que l’on questionne le pouvoir démesuré des géants de la nouvelle économie, en termes financiers comme en termes de contrôle exercé sur les individus, devenus à la fois les usagers et le produit, la marchandise, la valeur d’échange des réseaux sociaux.

Paradoxalement, cette nouvelle économie semble aujourd’hui prendre pour une part la place de l’utopie. La lutte des classes étant décrétée morte, place à la start-up où se tutoient leaders et collaborateurs en manches de chemise. Le PDG du groupe géant Sodexo se déclare proche de l’écologiste Pierre Rabhi… On feint d’oublier qu’il existe toujours dans tous les pays des millions d’ouvriers. Place aux travailleurs libres que sont les jeunes chauffeurs Uber, au libre partage des réseaux Airbnb. Les anciens hippies de San Francisco sont devenus les cerveaux de la Silicon Valley en étant persuadés d’avoir inventé un nouveau monde. Ils ont alimenté les fortunes les plus colossales de toute l’histoire humaine en étant, tout autant que les anciens prolétaires, dépossédés des fruits de leur travail, ayant simplement oublié au passage que, là ou il y a du capital, il y a des capitalistes, et que ce sont eux les décideurs.

Mais, précisément, le capitalisme d’aujourd’hui s’appuie, consciemment ou non, sur le rejet des anciennes formes de l’exploitation, sur des aspirations grandissantes à la liberté, au « libre épanouissement des facultés créatrices de chacun », selon les mots de Marx. Y compris dans nombre d’entreprises traditionnelles, avec les formes nouvelles du management participatif, collaboratif ou de quelque nom qu’on l’appelle. En d’autres termes, le capitalisme d’aujourd’hui utilise à son profit les moteurs même de l’utopie. Aussi contradictoire que cela puisse paraître, ce sont sans doute les mêmes aspirations que l’on retrouve dans nombre d’expériences contestant les modes de vie et de consommation actuelle, mais, aussi bien, avec une conscience aiguë de l’urgence de vivre autrement et de changer le cours des choses, avec des mouvements comme les Indignés, Occupy Wall Street, Nuit debout, probablement ce qu’on a appelé les printemps arabes… L’utopie court dans les consciences plus que jamais, sans doute, mais pour partie à cloche-pied.

L’Utopie se voulait critique politique et modèle d’une société idéale. Il faut faire notre deuil des modèles, s’il y en eu. Il y a à inventer des pratiques nourries des multiples expériences, qui veulent imprimer un nouveau cours aux choses, utilisant précisément en les retournant comme une nouvelle terre les champs du numérique, de la gestion des entreprises ou des collectivités, mais avec la claire conscience qu’il s’agit bien aussi de pratiques et de luttes politiques. L’utopie appelle un combat permanent de la démocratie, à tous les niveaux, pour disputer le pouvoir au capital et à son personnel politique. Elle est ce combat démocratique même, au présent.

 

Maurice Ulrich

journaliste

Publié le 07/02/2018

Éric Toussaint* « La dette, une arme de domination politique depuis deux siècles »

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CYPRIEN BOGANDA ET LUCIE FOUGERON

Dimanche, 4 Février, 2018

Humanité Dimanche

 

« La crise des dettes publiques du sud de l'Europe est due au laxisme des gouvernements grecs et espagnols » ; « Annuler les dettes est une vue de l'esprit »... Ces idées reçues envahissent le débat public depuis dix ans. Dans son dernier livre, Éric Toussaint, historien et fondateur du CADTM international (Comité pour l'abolition des dettes illégitimes), s'attache à les déconstruire méthodiquement. 

Replaçant le problème de l'endettement public dans l'histoire longue du capitalisme, l'auteur montre comment les pays impérialistes utilisent la dette publique comme arme de domination des pays pauvres depuis le début du XIXe siècle, avec la complicité de leurs bourgeoisies respectives. Arguments juridiques et historiques à l'appui, il donne aussi des pistes pour se débarrasser de ce carcan. Entretien.

HD. Vous montrez dans votre livre comment la dette souveraine est utilisée par les puissances capitalistes (le « centre ») comme instrument de domination politique des pays pauvres (« périphériques »). À quand remonte ce phénomène ?

ÉRIC TOUSSAINT. Cela commence à faire système à partir des années 1820, au moment où de grandes puissances utilisent la dette souveraine d'autres États pour les soumettre, dans le cadre de politiques que l'on qualifiera ensuite d'impérialistes. Des États d'Amérique latine qui se sont arrachés au colonialisme re-

plongent malgré eux dans une nouvelle forme de dépendance, celle de la dette extérieure. Les jeunes États, en mal de financement, empruntent des montants considérables auprès des banquiers de Londres à des taux très élevés, mais ne reçoivent qu'une somme très faible en raison, notamment, du montant des commissions. Les pays périphériques se trouvent piégés par des logiques qui leur échappent et qui concernent le fonctionnement cyclique du capitalisme. Dans les périodes d'expansion économique, les banquiers des pays du centre investissent leurs capitaux excédentaires dans les dettes souveraines des pays périphériques. Lorsque les crises financières éclatent, comme la crise bancaire anglaise de 1825, ces mêmes banquiers coupent le robinet des prêts, privant les pays périphériques des moyens de rembourser ce qu'ils doivent. En réalité, ce sont presque toujours les pays du centre qui provoquent les crises économiques des pays périphériques, contrairement à ce que prétend la narration dominante. C'était le cas en 1825, ça l'est de nouveau avec la crise de la dette grecque, déclenchée dans la foulée du krach de 2008 à Wall Street.

HD. L'idée n'est pas non plus d'exonérer les pouvoirs locaux de leurs responsabilités : à chaque fois, vous soulignez que les bourgeoisies locales prospèrent elles aussi sur ces dettes extérieures...

E.T. : C'est bien pour cela que je parle d'un « système dette ». Il y a une complicité entre les classes dominantes des pays du centre et celles des pays périphériques. Ces dernières trouvent leur avantageE. T. C'est bien pour cela que je dans les stratégies d'endettement : leur gouvernement emprunte pour financer les politiques publiques, au lieu de les taxer ! Dans le même temps, les classes dominantes achètent des titres de dettes qui leur assurent une rente appréciable. C'est pour cela que les bourgeoisies locales ne se prononcent pas pour l'annulation des dettes de leur pays : elles en tirent profit !

« Les classes dominantes des pays créanciers et débiteurs prospèrent sur l'endettement public. »

HD. C'est toujours le cas aujourd'hui...

E. T. Les classes dominantes de pays tels que les États-Unis ou la France, même si elles peuvent tenir un discours démagogique sur les « excès » de l'endettement public, tirent profit de celui-ci. C'est un investissement parfaitement sûr, puisque garanti par l'État.

HD. Vous montrez que la dette, devenant système, occupe une place majeure dans le fonctionnement du capitalisme. Est-elle primordiale, selon vous ?

E. T. Oui, même si je ne me limite pas à la dette : les accords de libreéchange, par exemple, constituent un autre vecteur de domination, utilisé dès le XIXe siècle. Les puissances du centre obligeaient les pays périphériques à conclure ces accords, qui les privaient de fait d'une partie de leur souveraineté.

« Les citoyens acquièrent désormais les outils pour remettre en cause les dettes illégitimes. »

HD. Vous revenez aux origines de la doctrine de la dette odieuse : à quoi correspond-elle ?

E. T. Le juriste Alexandre Sack, enétudiant les jurisprudences sur la résolution des litiges en matière de dettes, a formulé cette doctrine en 1927 : si un prêt est accordé à un État manifestement à l'encontre de l'intérêt de sa population et si le créancier en était conscient ­ ou était en mesure de l'être ­, une dette peut être considérée comme odieuse et donc déclarée comme nulle. Il l'a élaborée pour défendre les intérêts des banquiers, qu'il prévenait ainsi des risques qu'ils prendraient, en particulier en cas de changement de régime dans le pays débiteur.

HD. Justement, vous développez de nombreux exemples historiques d'annulations de dettes...

E. T. En deux siècles, le systèmedette a produit de multiples réactions aboutissant à la répudiation de dettes sur la base du fait que le prêt n'avait pas servi aux intérêts de la population : c'est ce qu'ont fait, parmi beaucoup d'autres, quatre États des États-Unis dans les années 1830, le Mexique en 1861, ou encore le gouvernement soviétique en février 1918...

HD. En quoi la doctrine de Sack reste-t-elle pertinente ?

E. T. Ses deux critères sont tout à fait valables dans le cas de la Grèce aujourd'hui ! Les dettes réclamées par la troïka ont été contractées par ses gouvernements successifs pour mener des politiques contre les intérêts de sa population. Les gouvernements français et allemand, notamment, ont créé la troïka pour prêter de l'argent à la Grèce, à condition que celle-ci rembourse les intérêts aux banques privées de leurs pays respectifs et qu'elle privatise, réduise les salaires et les retraites, ferme des hôpitaux... En outre, les créanciers avaient tous les éléments pour savoir qu'ils dictaient des conditions allant à l'encontre des intérêts du peuple grec et violant la Constitution du pays, tout comme le droit international. On est presque face à une dette odieuse pure.

HD. Mais, n'est-il pas illusoire d'appeler à l'annulation de la dette grecque au vu du rapport des forces en Europe ?

E. T. N'est-il pas illusoire, en continuant à payer la dette, d'espérer obtenir justice ? Les gouvernements grecs l'ont fait, et la soumission n'est pas récompensée. La Grèce est une victime expiatoire, elle incarne la menace que font peser les grandes puissances sur d'autres peuples européens de la périphérie.

HD. Si l'annulation de la dette est un combat majeur, vous affirmez également qu'il n'est pas suffisant...

E. T. Annuler une dette sans toucheraux politiques monétaires, fiscales, au système bancaire, aux accords commerciaux et sans établir la démocratie politique condamnerait à un nouveau cycle d'endettement ­ de très nombreux exemples dans l'histoire le montrent.

HD. Du point de vue des combats que vous menez depuis plus de vingt-cinq ans en tant que fondateur et porte-parole du Comité pour l'abolition des dettes illégitimes, quelles avancées observez-vous ?

E. T. Les expériences antérieures de répudiation de dettes étaient des initiatives d'États avec le soutien populaire, mais les citoyens n'y participaient pas directement. Par ailleurs, le combat pour l'annulation de la dette du tiers-monde, à l'origine de notre action, s'est transformé : de plus en plus de citoyens du Nord prennent conscience que le système de la dette leur est également préjudiciable. Depuis une dizaine d'années, les citoyens acquièrent des outils pour mettre en cause le paiement des dettes illégitimes, avec notamment l'audit à participation citoyenne de l'Équateur auquel j'ai pris part en 2007-2008, la commission d'audit créée en Grèce en 2015 par la présidente du Parlement et que j'ai coordonnée, ou encore la centaine de municipalités espagnoles qui mènent des actions dans ce sens. Le mouvement se propage !

* Historien, porte-parole du CADTM international (comité pour l'abolition des dettes illégitimes)

Publié le 06/02/2018

Par Catherine Tricot | 5 février 2018(site « Regards »)

France insoumise : la cohérence discutable de Quatennens

Dans un entretien au JDD, Adrien Quatennens, jeune député en vue au sein de la France insoumise formule une étonnante conception de la rénovation politique à gauche.

Adrien Quatennens, le jeune député du Nord, remarqué lors du débat sur les ordonnances, livre un intéressant interview au JDD. Il évoque de façon "carrée" le trajet politique parcouru depuis 2012, du Front de gauche à la France Insoumise. Ses formules sont concises et claires.

« Nous voulons arrêter de revendiquer sans arrêt les codes de la gauche radicale. Le gros changement entre 2012 et 2017, c’est qu’on a rompu avec les fonds de scène rouge, avec cette imagerie. Notre seule trajectoire aujourd’hui, c’est l’intérêt général. »

« L’effet "rassemblement de la gauche" est plutôt un repoussoir qu’une dynamique. Les gens n’attendent pas que du vieux bois mort se rassemble pour faire le radeau de la méduse, qu’on ait une soupe de logos et une belle guirlande colorée. Ils attendent du contenu et une cohérence. »

« La recomposition politique n’est pas finie. À gauche, certaines composantes sont en phase de congrès. On observe ce qu’il se passe au Parti socialiste. Si quelqu’un comme Emmanuel Maurel l’emportait, la suite s’écrirait bien évidemment avec le PS. »

[À la question : "Il faut donc être d’accord sur tout avec la France insoumise ?] « Peut-être pas sur tout. On discute d’ailleurs avec Benoît Hamon. Mais il y a des points de désaccord de fond qu’il nous faut solder. Pour nous, la question européenne est centrale. »

Adrien Quatennens pose une vraie question, celle du rassemblement politique qui assurément ne peut pas être celui des structures dévitalisées de la gauche de gauche. Mais les réponses qu’il apporte, disons-le tout aussi carrément, laissent pantois.

Il vante les vertus de la rupture avec les vieilles imageries du mouvement ouvrier. Puis considère l’intérêt général comme seule boussole et termine par évoquer des perspectives d’alliance avec le PS en cas de victoire d’Emmanuel Maurel. On relève aussi dans cet entretien que seul Benoît Hamon a grâce aux yeux de Quatennens. Étonnant.

Risques et limites de la "rupture"

Reprenons. Adrien Quatennens veut en finir avec les imageries surannées. Je me souviens de tant de dirigeants communistes qui, depuis les années 2000, ont voulu rompre avec le passé. Il n’était que temps de jeter par-dessus bord ces vieilles histoires qui obligeaient à regarder et à se regarder en face. Ils ont espéré se débarrasser facilement du fardeau. Au final, ils n’ont rien su changer et le PCF est moribond faute d’avoir su se transformer radicalement.

Si l’on se situe encore du côté de la transformation sociale, la compréhension des échecs de la gauche radicale – en France et dans le monde entier – ne peut être renvoyée à une question de style, ni à une question subalterne. Pour ma part, j’explique le succès de Jean-Luc Mélenchon non comme un masque posé devant le passé, mais comme celui d’une réactualisation, d’une modernisation, d’un réveil de la gauche radicale que les reniements opportunistes ont failli faire mourir.

Le travail d’actualisation que la campagne de Jean-Luc Mélenchon a permis n’est qu’un début. Il s’est opéré magistralement sur les questions écologiques. Il n’a que peu avancé sur bien d’autres sujets comme le travail, la ville, les libertés publiques et individuelles, le retour de la guerre.

Il est aussi des sujets du champ politique qu’on ne pourra esquiver. Par exemple : inventer de nouvelles formes politiques larges et démocratiques, dépasser le vieux clivage partis/syndicats, repenser la communication, l’éducation populaire et l’information… Sur tous ces sujets, il faut poursuivre et parfois amorcer le travail. Il faut avoir la modestie de reconnaître que ce n’est pas toujours le cas et même que ce n’est pas toujours probant.

Invoquer l’intérêt général ne suffira pas

Le programme de Jean-Luc Mélenchon 2017, "L’avenir en commun", reprenait beaucoup celui de 2012, "L’Humain d’abord", qui lui-même s’appuyait sur les convergences établies dans les combats anti-libéraux de 2005 à 2007. Tout cela n’est pas rien. Mais n’est ni tout à fait actualisé, ni exhaustif. Et de loin. La dynamique de renouvellement ne se fera qu’avec un cap qui est celui de l’égalité, valeur cardinale pour l’humanisme depuis Rousseau, pour la gauche depuis la Révolution française et pour les mouvements émancipateurs.

Quitte à parler de bois mort, on évoquera le vieux Marx, qui expliquait que la classe dominante domine précisément parce qu’elle parvient à faire passer ses intérêts de classe pour l’intérêt général. La définition de l’intérêt général n’est rien d’autre que l’objet d’un combat politique… et son évocation n’est en rien une solution d’évidence. Même dans le Nouveau Monde.

Construire « du contenu et de la cohérence », ce pourrait donc conserver le cap de l’égalité et affirmer la nécessité de poursuivre collectivement la modernisation des idées, des pratiques et des symboles. Repenser le projet et les politiques de rassemblement ce qui ne passe pas forcément – c’est un euphémisme- par récuser ceux qui se battent dans ce sens, militants, intellectuels, médias... Les préventions politiques à l’égard de tout ce qui n’est pas ancien socialiste est de nature à gêner aux entournures les mobilisations, les convergences sociales et intellectuelles pourtant nécessaires. Et pour tout dire urgentes.

Pour finir, on pourrait objecter à Adrien Quatennens que, plus que « la soupe de logos », c’est le rejet de tous ceux qui ne sont pas born again avec la France insoumise qui explique un défaut d’allant dans les résultats des élections partielles de dimanche dernier. Mais on ne le dira pas tant l’abstention fut forte.

Publié le 05 février 2018

États généraux du progrès social. « Sans passion du rassemblement, rien de solide ne se construira »

Julia Hamlaoui

Lundi, 5 Février, 2018

L'Humanité

 

Samedi, à Montreuil, Bernard Thibault à la tribune des états généraux du progrès social. Julien Jaulin/hanslucas

Le rendez-vous initié par le PCF, samedi, en Île-de-France, a réuni plus de 1 000 participants du monde politique, syndical et associatif. Il a abouti à un appel pour « des fronts de lutte et de progrès pour la France ».

«Nous allons proposer au peuple des Hauts-de-France de se mettre lui aussi en marche vers l’Élysée, le 9 juin. Pour que ceux qui luttent contre les fermetures des maternités de Creil et de Clermont, les personnels et familles des Ehpad, les élus et agents communaux, les cheminots qui se battent pour les services publics, les locataires en lutte pour leur logement, les salariés d’Ascometal ou d’ailleurs, les collectifs d’aide aux migrants, et tant d’autres encore, se mobilisent ensemble pour dire stop au mépris. » L’invitation lancée samedi par le responsable du PCF de l’Oise, Thierry Aury, au nom des militants et élus de sa région, est à l’image de l’esprit qu’ont voulu insuffler ce week-end les états généraux du progrès social organisés par le Parti communiste. Plus de 1 000 personnes, selon les organisateurs, ont participé à ce rendez-vous qui a débouché sur un appel à développer « dans tout le pays des fronts de lutte et de progrès pour la France ». Face à la déferlante de réformes libérales, « cette journée n’est pas un rappel de principes généraux, aussi justes soient-ils ! C’est une étape, une méthode pour construire nos luttes dans la durée et pour gagner », a lancé le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, lors du discours de clôture. Cette méthode repose sur deux piliers : convergence des luttes et propositions alternatives à la politique gouvernementale, à qui les participants entendent bien disputer le concept de modernité. « Faire des profits, de la naissance, avec l’affaire Lactalis, jusqu’à la fin de vie, avec les Ehpad, voilà la modernité à la sauce Macron », a fustigé Pierre Laurent, y opposant une modernité « sociale et écologique, celle qui n’oblige pas à faire 100 km pour se soigner ou pour accoucher, celle qui n’interdit pas l’université aux enfants des couches populaires ».

Un tour de France des hôpitaux

De l’avis des militants politiques comme des syndicalistes, salariés en lutte ou associatifs, venus échanger à Montreuil l’après-midi ou dans l’un des quatre ateliers du matin, il y a urgence. « On a des conditions de travail pourries, mais on ne changera pas de métier. Alors on a aussi besoin d’alternatives politiques pour nos luttes dans un secteur sinistré depuis trente ans », a asséné Barbara Filhol, secrétaire générale CGT des Ehpad du Val-de-Marne. Invités peu après à s’exprimer, les parlementaires PCF ont répondu présent. « Nous avons engagé un tour de France des hôpitaux et évidemment des Ehpad, vous pouvez compter sur notre détermination », a assuré André Chassaigne, le président du groupe GDR, où siègent les communistes à l’Assemblée nationale. Un premier rendez-vous est pris à Lyon dès le 12 février.

Hôpitaux, Ehpad, école, police, prison… la défense et le développement des services publics ont été au cœur de nombreuses interventions de ce samedi. L’atelier qui y était consacré en matinée à Ivry-sur-Seine a d’ailleurs connu le plus gros succès, avec 350 participants. Parmi eux, beaucoup, impliqués dans les mobilisations en cours, ont insisté sur l’enjeu de la santé. « Chez nous, 680 lits, soit 66 %, vont être supprimés. Le tout au profit de la construction d’un hôpital super-nickel pour la future Silicon Valley du plateau de Saclay », a témoigné l’un des membres du comité de défense des hôpitaux du Nord-Essonne. « Dans la santé, 1 500 luttes environ ont été menées en 2017, comment les fédérer ? » a interrogé une militante du Jura. Dans l’après-midi, c’est la sénatrice Éliane Assassi qui a été chargée de rendre compte des échanges : « Quand ces luttes sont victorieuses, elles ont un dénominateur commun, c’est la convergence des usagers, des personnels, des syndicats et des élus », a-t-elle relevé. Dans le viseur commun également : le projet macronien engagé, sous le nom « action publique 2022 », avec l’annonce jeudi d’un « plan de départs volontaires » de 120 000 fonctionnaires. « Macron a mis sur pied une machine de guerre contre le service public », a analysé, via un message vidéo, l’ancien ministre PCF de la Fonction publique, Anicet Le Pors.

«Créer une dynamique de victoires»

Le pari de ne pas en rester au constat a bien des fois été relevé. Côté propositions, Bernard Thibault, ex-secrétaire général de la CGT désormais membre de l’Organisation international du travail (OIT), n’est pas venu les mains vides. « Dès lors qu’on parle de progrès social, l’un des arguments assez mécanique qui y est opposé est la compétitivité internationale, c’est-à-dire la situation des droits sociaux dans le monde », a-t-il d’abord expliqué. Une situation pas brillante que le syndicaliste a étayée par une série de données (les trois quarts de la population mondiale n’ont pas de protection sociale, par exemple), avant d’énoncer sa « suggestion » : « Un droit de veto supporté par la France qui consisterait à s’opposer aux commerces de produits conçus ou commercés par des entreprises ou des pays en infraction avec les droits humains et sociaux fondamentaux. » Mais il n’a pas été seul, sur chacun des sept thèmes de lutte listés par l’appel final (emploi, droits des femmes, accueil digne des migrants, industrie, services publics, logement, défense des communes et départements), les uns et les autres ont fait part de leurs propositions, souvent partagées. « Face aux offensives sécuritaires et répressives, nous demandons l’ouverture de 40 000 places en centre d’accueil, le droit au travail des demandeurs d’asile, l’accès à un titre de séjour au bout de deux ans, l’abrogation du délit de solidarité… Nous avons besoin de mener ces combats avec toutes les forces de gauche politiques, syndicales, associatives, et au-delà avec tous les humanistes qui refusent la concurrence entre les misères », a notamment lancé Florent Gueguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité, intervenu aux côtés notamment de Boris Amoroz de la CGT Alstom, Eddie Jacquemart de la Confédération nationale du logement (CNL), Lorraine Questiaux du Collectif national pour les droits des femmes (CNDF), ou encore Jérôme Voiturier de l’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux (Uniopss).

Des militants associatifs et syndicaux mais pas de personnalités d’autres formations de gauche ? « On ne pouvait pas commencer par une construction de sommet, notre priorité, c’est de rendre visibles les luttes qu’Emmanuel Macron essaie d’étouffer », répond le responsable du PCF parisien Igor Zamichiei, chargé de l’organisation des états généraux. « Sans cet ancrage de terrain, sans la bataille d’explications, de démonstrations, sans la construction de propositions alternatives, sans la passion du rassemblement, rien de solide ne se construira », a ajouté samedi Pierre Laurent, avant de promettre « une dynamique qui permettra d’arracher des victoires qui seront autant de jalons pour créer des majorités d’idées et d’actions, et demain une nouvelle majorité politique ».

Julia Hamlaoui

 

Publié le 04/02/2018

Chroniques Latines

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Les chroniques Latines de Jean Ortiz portent un regard loin des clichés sur les luttes de libération du continent sud-américains... Toujours un oeil vif sur l'Espagne et les enjeux sous-jacents du quotidien...

 

Jean Ortiz

Dimanche, 28 Janvier, 2018 - 10:39

Plus les riches sont riches, moins les pauvres et les mietteux sont pauvres. CQFD. Imparable ! Le darwinisme, camarades !

Il était une fois un monde à l’envers... « Bona annada » et que le soleil n’éteigne jamais nos colères ! D’abord la colère.

Plus les inégalités se creusent, plus s’opère la sélection « naturelle », plus c’est bon pour l’économie et la société. Plus je m’esbaudis devant Macron. Les « meilleurs » gagnent. Chacun a la place qu’il mérite, elle s’obtient de haute lutte, quitte à écraser les autres, les « maillons faibles ». Le libéralisme, comme son nom l’indique, est une société de liberté. Ceux qui ne deviennent pas milliardaires, c’est qu’ils ne le veulent vraiment pas, préférant glander, dealer, à bosser. Ainsi s’opère la sélection entre premiers et derniers de cordée. Par la théorie du dromadaire (la bosse).

 

Une société sans patrons richissimes, sans actionnaires repus s’apparente à un cimetière. Concurrence à tout berzingue et exploitation quasi coloniale sont les deux mamelles fécondes du modèle libéral. Le seul, l’unique.

 

Le communisme, c’est pour les insectes...

 

Selon l’OXFAM et l’OBSERVATOIRE DES INEGALITES, officines bolchéviques s’il en est, en France 10% des plus riches possèdent plus de la moitié des richesses. Alors que 50 %, les plus pauvres, se partagent 5% de la pizza aux patates. Entre 2004 et 2014 leur modèle capitaliste (pardon : « libéral ») a produit en France un million de pauvres en plus. Ces fainéants, ces assistés, préfèrent vivre des minimas sociaux que trimer pour le bien commun, pour un Smic copieux. La stimulante pauvreté, chacun le sait, est un état naturel des sociétés libres. On peut y échapper en devenant actionnaire. En 2017, à l’échelle de la planète, la fortune des milliardaires qui, c’est bien connu, suent la chemise, a grandi (explosé) de 762 milliards de dollars. Sept fois plus qu’il ne faudrait pour en finir avec l’extrême pauvreté disent les cocos et beaucoup d’autres illuminés. Assez de misérabilisme, de balivernes ! Cet état salutaire de sélection biologique oxygène tout le monde. Tout cela démontre que les inégalités relèvent d’un phénomène normal, bénéfique. Le marché, le forum économique de Davos, régulent la jungle. Pas d’intérêt général, pas d’État, pas de république, hors la loi du marché. Il renforce la démocratie et la volonté politique n’y fait rien ; le partage, les besoins, la dignité, est le hochet de vieux soixante-huitards poussiéreux, attardés, attachés à des utopies totalitaires, anachroniques. L’idée communiste, l’exigence de biens communs, Cohn-Bendit, « Le Monde », « Libé » et moult intellectuels, en sont revenus. Le dérèglement climatique n’a rien à voir avec les logiques capitalistes ; ce n’est qu’une trumperie. Les « pulsations de leur folie », comme disait Jaurès, ont pourtant de quoi réchauffer la planète.

 

Et nous ? Et nous ? Et nous ?

 

Il était une fois un monde à l’envers... « Bona annada » et que le soleil n’éteigne jamais nos colères ! D’abord la colère.

 

Publié le 03/02/2018

Les aides publiques aux entreprises privées, c’est 200 milliards d’euros !

Daniel Roucous (l'Humanité.fr)

 

Oui vous avez bien lu, l’aide publique aux entreprises privées se monte chaque année à environ 200 milliards d’euros. Les grands groupes encaissent ces sommes astronomiques destinées à aider l’emploi, après avoir pleuré sur le coût du travail, ce qui ne les empêche pas de licencier, à l’exemple de Carrefour.

200 milliards d’euros, c’est à peine moins que le budget de l'Etat  qui se chiffre à 241,5 milliards d’euros en 2018… dont 15 millions seulement pour le Travail contre 16,68  millions en 2017 et 12 millions programmés pour 2019.

Ces chiffres sont confirmés par le pôle économique de la CGT dans un communiqué intitulé l'argent des contribuables dans les poches des actionnaires et par son secrétaire confédéral Mohammed Oussedik dans un interview qu'il nous a accordé.

Des milliers de dispositifs

Ce montant comprend les aides de l’Etat, les exonérations de cotisations sociales ainsi que les aides régionales et européennes, soit des milliers de dispositifs (6 000 selon certaines sources comme Deficreation)  dont la plupart se cumulent et dont on peut avoir une idée sur le site officiel du ministère de l’économie www.economie.gouv.fr/cedef/aides-publiques-entreprises ou encore celui de l’Urssaf https://www.urssaf.fr/portail/home/employeur/beneficier-dune-exoneration/exonerations-generales/la-modulation-assurance-chomage.html ou sur le site de la direction de l’information légale et administrative https://www.service-public.fr/professionnels-entreprises/vosdroits/F23922

Il existe même un site dédié http://www.aides-entreprises.fr/ En cliquant sur ce lien vous aurez le choix, souvent cumulable, de  1 624 aides publiques dans  10 domaines. Il suffit de taper son lieu d’implantation et le domaine concerné par la demande d’aide, par exemple emploi-formation ou gestion financière et exonération et s’affiche la liste des aides possibles.

Tout ça pour écrire que  l’info numérique sur les aides publiques (c’est-à-dire issues de nos impôts) abonde… bien plus que l’info sur les aides sociales aux personnes les plus nécessiteuses. En effet 1 personne sur 3 y a droit mais ne le sait pas !

Cice et cie

L’aide  qui fait le plus parler d’elle tant par son montant (plus de 20 milliards d’euros) que par son emploi controversé (destiné notamment à alléger le coût du paiement des salariés jusqu’à 2,5 SMIC) est le CICE - Crédit Impôt Compétitivité Emploi

Vous le lirez il est en baisse cette année et sera supprimé en 2019… pour être remplacé par un allègement de cotisations patronales de 6 points sur les salaires inférieurs à 2,5 SMIC complété par un allègement de 4,1 points du Smic à 1,6 SMIC !

Car le comble dans cette histoire de gros sous dont on s’interroge sur leurs utilisations finales est que l’Etat aide les entreprises (d’autres aides existent pour cela) à payer leurs salariés un peu plus que le SMIC alors que c’est une obligation légale de les payer au moins au SMIC ! Notre article SMIC 2018-cest-1498-euros-bruts-par-mois-et-pas-moins-pour-toutes-et-tous-les-salarie-e-s

Depuis le 1er janvier 2017 et jusqu’à la fin de cette année, les entreprises peuvent également bénéficier du CITS-crédit-d'impot-sur-la-taxe-sur-les-salaires

Ce coup de pouce permet aux entreprises d’allèger la taxe sur les salaires parce qu’elles ne paient pas la TVA. Il se cumule avec le CICE et autres allègemetns fiscaux notamment sur les cotisations sociales.

Dans le même temps, la loi de finances pour 2018 (article 84) poursuit le programme de la baisse progressive du taux l'IS - impôt sur les sociétés jusqu'à 25 % en 2022.

Aides à l'emploi ou aux bénéfices ?

Destinées à soutenir l'emploi par un « allègement du coût du travail »,  il n'existe aucun contrôle et aucune sanction en cas de non respect des conditions quand elles existent (certaines aides sont données sans condition). De plus, si la plupart des aides sont imposables, des dérogations permettent d’alléger ou d’exonérer cette imposition.

Par exemple :

- la déduction forfaitaire pour paiement des heures supplémentaires (parce que les employeurs sont aidés à payer les heures sup !) doit respecter deux conditions : respect par l’employeur des dispositions légales et conventionnelles relatives à la durée du travail et les rémunérations afférentes aux heures supplémentaires ne se substituent pas à d’autres éléments de rémunération, sauf si un délai de douze mois s’est écoulé entre le dernier versement de l’élément en tout ou partie supprimé et le premier versement des éléments de rémunération relatifs aux heures supplémentaires.

- pas de conditions pour bénéficier du CICE comme expliqué sur le site du ministère de l'économie Qui a droit au CICE ?

- pas de conditions pour l’aide à l'embauche des travailleurs handicapés

Certes ces aides sont bienvenues pour aider les TPME, PME et PMI, les agriculteurs, artisans et commerçants en difficulté ou encore pour s’installer auto-entrepreneur. Or ce sont surtout les grosses entreprises, affichant d’énormes bénéfices, comme carrefour qui en profitent.

Le cas Carrefour

Ce groupe vient d'annoncer 4 500 suppressions d'emplois et d'empocher 400 millions d'aides publiques par an pour l'essentiel destinées à diminuer les charges salariales. Alors que ses bénéfices tournent autour d’un milliard d’euros !

Se plaindre du cout du travail, la belle et juteuse affaire.

Questionnés à ce sujet,  Philippe Allard, délégué syndical du groupe Carrefour et Amar Lagha, secrétaire général de la CGT commerce, nous ont confirmé que « Carrefour  a touché successivement 350 millions d’euros d’aides publiques consistant en exonération de cotisations salariales et en CICE (crédit d’impôt compétitivité emploi) en 2018, 380 millions en 2017, 390 millions en 2016, 423 millions en 2015, 400 millions en 2014, soit un total de près de 2 milliards d'aide publique en 5 ans dont 744 millions au titre du CICE  ! »

Dans le même temps ils nous expliquent que « le groupe Carrefour, 1er employeur de France avec 115 000 salariés, c’est 88 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2017 et 980 millions de bénéfice (6 milliards de 2012 à 2016) dont 500 millions ont été distribués aux actionnaires (2,379 milliards de 2012 à 2016). »

2 milliards d'aide publique en 5 ans ont servi à verser 2 milliards de dividendes aux actionnaires. Pour faire court les 2 milliards d'aide publique sont allés directs dans la poche des actionnaires, pas de l'emploi ni de la compétitivité.

« Le CICE destiné au maintien de l’emploi, c’est en fait 2 400 suppression de poste au siège social, 2 100 emplois menacés  par la fermeture de magasins DIA si pas de repreneurs.  Ajoutons les menaces qui pèsent sur les salariés des magasins qui vont passer en location-gérance, les vendeurs concernés par la réduction de 100 000 m2 des surfaces des hypermarchés etc. Déjà les effectifs avaient baissé de 2 050 salariés », précise Philippe Allard.

Ces chiffres il n’a pas manqué de les rappeler avec la délégation CGT Carrefour au représentant du ministère du travail qui les recevait ce mercredi 31 janvier.

Conclusion d’Amar Lagha : « c’est avec nos impôts qu’on licencie aujourd’hui en France».

C'est pour toutes ces raisons que la CGT Commerce et Services appelle tous et toutes les salarié-e-s du groupe Carrefour à un rassemblement devant Carrefour à la Porte de Montreuil lundi 5 février à 10 heures.

En lien

- analyse du budget 2018 par la CGT

- Notre article carrefour-solde-l-emploi-pour-ses-profits

Daniel Roucous

Journaliste, rubrique "Vos droits"

 

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