PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
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Publié le 28/01/2018

20 Heures : Le Media esquisse un contre-modèle
de : Daniel Schneidermann
vendredi 26 janvier 2018 - 15h08 - 

Seuls les imbéciles ne changeant pas d’avis, j’ai bien peur de devoir revenir sur ce que je disais l’autre semaine, à propos de l’adoption par Le Media des Insoumis, de cette forme ringarde et dépassée qu’est un journal de 20 Heures.

Soir après soir, comme dans un bain de révélateur, ce choix prend son sens. Et son sens, c’est l’émergence, dans la forme classique de la grand messe du soir, d’une véritable contre-hiérarchie de l’info. Jeudi 25 janvier, le journal s’ouvre ainsi sur la relaxe, au Palais de justice de Paris, d’un militant de Nuit debout, Loïc Canitrot, poursuivi par le MEDEF pour de prétendues violences lors d’une occupation du siège du patronat, violences dont la réalité n’a jamais été étayée. Le deuxième sujet est consacré à un discret bras de fer entre le ministère des transports et Bercy, à propos des exonérations fiscales sur l’achat des vélos électriques. Plus loin dans le journal, un long plateau est consacré à la condamnation en appel de l’ex-président brésilien Lula, avec une invitée brésilienne, qui revient sur le détail des accusations de corruption.

Au même moment, sur France 2, comme prévu, 17 minutes sont consacrées aux crues, et à l’attente languissante de la grande crue de la Seine et de ses affluents (les fleuves non affluents sont priés de faire la queue comme tout le monde). Au même moment, sur France 2, ce n’est qu’à la 14e de ces 17 minutes, après 14 minutes de barques et de parpaings sous les canapés, que sont abordées les causes de ces crues (changement des pratiques agricoles, pesticides qui appauvrissent la terre, etc). Et évidemment, chez Anne-Sophie Lapix, pas un mot sur la relaxe de Canitrot, ni sur le plan vélo.

A l’inverse, chez Aude Rossigneux et ses collègues, les inondations et l’accident d’un car de collégiens dans le Sud-Ouest, sont ramenés au rang de brèves, dans les entrailles du journal -la guirlande de brèves qui plombait le journal les premiers soirs, a d’ailleurs subi un ratiboisage bienvenu. Ah comme ça fait du bien, de voir se déployer une contre-hiérarchie de l’information, qui s’affranchit radicalement des paresseux empilements habituels !

Alors, bien sûr, on n’y est pas encore. Les moyens manquent cruellement. Pas de reporter au Palais de Justice pour la relaxe du militant de Nuit debout, qu’on se contente d’interviewer au téléphone. Le reportage à l’Assemblée sur les secousses du plan vélo ne montre que des images-prétextes, et ne dégage clairement ni les éléments précis, énoncés par Libé au début du mois (la réduction par Bercy, à compter du 31 janvier, d’une aide de 200 euros pour l’achat d’un vélo électrique), ni les enjeux stratégiques : la transition énergétique.D’autres sujets développés sont confus, et manquent de rythme. Ah, si Le Media disposait du dixième du budget de France 2 !

Mais ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est de montrer, par l’exemple, qu’il n’y a pas de fatalité du chien écrasé, et qu’on peut sortir enfin de l’attraction pour le modèle canonique de la télé privée. Car c’est une chose d’enrager soir après soir de voir la chaîne publique décalquer la hiérarchie de l’info des chaînes privées. Mais il manquait, pour rendre ces critiques crédibles, un contre-modèle, même à l’état d’esquisse. On dirait bien qu’il prend forme.

 

Publié le 28/01/2018

Parlons (Inter) Net (site"Le Grand Soir)

Une jolie fille de 17 ans a fait quelque chose de grave…

 

Sale temps pour le chanteur poète israélien Jonathan Geffen qui a osé écrire un poème (1) en faveur d’Ahed Tamimi.

Le site Infos-Israël.News nous dit « le choc » (sic) ressenti en Israël et ce qu’il en résulte : le ministre de la défense a demandé à tous les médias de boycotter le chanteur, cet « ivrogne » et « gauchiste » dont les propos « écoeurants » en faveur d’Ahed Tamimi (« une provocatrice ») sont du niveau « d’Al-Manar appartenant au Hezbollah ».

Le site nous rappelle que « la terroriste » (sic) est coupable de plusieurs « attaques » (re-sic) contre des soldats.

Hélas, le manque de place empêche Infos-Israël.News de préciser qu’il s’agissait de pichenettes à main nue contre des étrangers armés entrés illégalement dans son pays et jusque dans sa maison. La dernière intrusion s’est soldée par son enlèvement nocturne le 19 décembre et son emprisonnement, avec sa mère, chez le colonisateur qui les relâchera dans des semaines, mois ou années : à sa guise.

Théophraste R. (Auteur du roman à venir : « Et Anne Frank tomba dans les bras d’Ahed Tamimi »).

Note. (1) Le poème :
« Une jolie fille de 17 ans a fait quelque chose de grave
Et lorsqu’un fier officier israélien
A perquisitionné sa maison
Elle lui a foutu une baffe
Elle est née dans cette situation et avec cette gifle
50 ans d’occupation et humiliation
Et le jour où l’histoire de ce combat sera racontée
Toi Ahed Tamimi,
Aux cheveux rouges
Comme David qui a giflé Goliath
Tu seras au même rang que
Jeanne d’Arc, Hannah Senesh et Anne Frank ».

 

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Publié le 25/01/2018

Monsieur le Président, vous avez instauré à Calais un protocole de la bavure 

Par Yann Moix, écrivain, chroniqueur notamment à "On n'est pas couché" — 21 janvier 2018 à 20:36 

Une semaine après la charge d’Emmanuel Macron à Calais contre les associations de soutien aux migrants, l’écrivain et réalisateur interpelle le chef de l’Etat, dont il dénonce la politique migratoire. Il affirme avoir filmé, dans le cadre d’un documentaire qu’il est en train de réaliser sur place, des «actes de barbarie».

Monsieur le Président de la République,

Chaque jour, vous humiliez la France en humiliant les exilés. Vous les nommez «migrants» : ce sont des exilés. La migration est un chiffre, l’exil est un destin. Réchappés du pire, ils représentent cet avenir que vous leur obstruez, ils incarnent cet espoir que vous leur refusez. C’est à leur sujet que je vous écris.

Vous avez affirmé, dans votre discours de Calais, que «ceux qui ont quelque chose à reprocher au gouvernement s’attaquent à sa politique, mais qu’ils ne s’attaquent pas à ses fonctionnaires». Je ne m’en prendrai ici qu’à vous. Et à vous seul.

Je ne suis pas, comme vous dites, un «commentateur du verbe» : je suis un témoin de vos actes. Quant à votre verbe, il est creux, comme votre parole est fausse et votre discours, double.

J’affirme, monsieur le Président, que vous laissez perpétrer à Calais des actes criminels envers les exilés. Je l’ai vu et je l’ai filmé.

J’affirme, monsieur le Président, que des fonctionnaires de la République française frappent, gazent, caillassent, briment, humilient des adolescents, des jeunes femmes et des jeunes hommes dans la détresse et le dénuement. Je l’ai vu et je l’ai filmé.

J’affirme, monsieur le Président, que des exilés non seulement innocents, mais inoffensifs, subissent sur notre territoire des atteintes aux droits fondamentaux de la personne. Je l’ai vu et je l’ai filmé.

Vous menacez de saisir la justice si les «faits dénoncés» ne sont pas «avérés». Voici donc, monsieur le Président, les images des conséquences obscènes de votre politique.

Ces actes de barbarie, soit vous les connaissiez et vous êtes indigne de votre fonction ; soit vous les ignoriez et vous êtes indigne de votre fonction. Ces preuves, si vous les demandez, les voici ; si vous faites semblant de les demander, les voici quand même. Les Français constateront ce que vous commettez en leur nom.

«Je ne peux pas laisser accréditer l’idée que les forces de l’ordre exercent des violences physiques», avez-vous dit. Ajoutant : «Si cela est fait et prouvé, cela sera sanctionné». D’abord, vous menacez de procès en diffamation ceux qui démasquent votre politique ; ensuite, vous menacez de procédures de sanction ceux qui l’appliquent.

«La brutalité du monde»

Journalistes, policiers : avec vous, tout le monde a tort à tour de rôle. Les uns d’avoir vu, les autres d’avoir fait. Tout le monde a tort sauf vous, qui êtes le seul à n’avoir rien vu et le seul à n’avoir rien fait. On attendait Bonaparte, arrive Tartuffe.

Soit les forces de l’ordre obéissent à des ordres précis, et vous êtes impardonnable ; soit les forces de l’ordre obéissent à des ordres imprécis, et vous êtes incompétent. Ou bien les directives sont données par vous, et vous nous trahissez ; ou bien les directives sont données par d’autres, et l’on vous trahit.

Quand un policier, individuellement, dépasse les bornes, on appelle cela une bavure. Quand des brigades entières, groupées, dépassent les bornes, on appelle cela un protocole. Vous avez instauré à Calais, monsieur le Président, un protocole de la bavure.

Quand une police agit aussi unie, pendant si longtemps, elle ne peut le faire sans se plier à un commandement. Est-ce bien vous, monsieur le Président, qui intimez aux policiers l’ordre de déclencher ces actions souillant la dignité de l’homme ? Vous y avez répondu vous-même : «Dans la République, les fonctionnaires appliquent la politique du gouvernement.»

L’histoire a montré qu’on peut parfois reprocher à un policier de trop bien obéir. Mais elle a surtout montré qu’on doit toujours reprocher à un président de mal commander, précisément quand le respect humain est bafoué. En dénonçant les violences policières, en cherchant à savoir qui est le donneur de ces ordres, je ne fais que défendre la police, parce que lui donner de tels ordres, c’est justement porter atteinte à son honneur.

«La situation est ce qu’elle est par la brutalité du monde qui est le nôtre», dites-vous. Peut-on attendre, monsieur le Président, qu’une situation aussi complexe soit démêlée par une pensée aussi simpliste ? Que des décisions si lourdes soient compatibles avec des propos si légers ? On attendait Bonaparte, arrive La Palisse.

Serez-vous plus enclin à l’émotion qu’à la réflexion ? Ecoutez la voix de ces jeunes qui, fuyant les assassins et la dictature, rançonnés puis suppliciés en Libye, traversent la Méditerranée sur des embarcations douteuses pour accoster, à bout de forces, dans une Europe que vous défendez par vos formules et qu’ils atteignent par leur courage.

Vous avez osé dire : «Notre honneur est d’aider sur le terrain celles et ceux qui apportent l’humanité durable dans la République.» Au vu de ce qui semblerait être votre conception de «l’humanité», les associations préfèrent l’aide que vous leur avez refusée à celle que vous leur promettez. A Calais, on vous trouve plus efficace dans la distribution des coups que dans la distribution des repas.

Ces associations, monsieur le Président, font non seulement le travail que vous ne faites pas, mais également le travail que vous défaites. Quant à votre promesse de prendre en charge la nourriture, elle n’est pas généreuse : elle est élémentaire. Vous nous vendez comme un progrès la fin d’une aberration.

La colonisation en Algérie, monsieur le Président, vous apparut un jour comme un «crime contre l’humanité». Ne prenez pas la peine de vous rendre si loin dans l’espace et dans le temps, quand d’autres atrocités sont commises ici et maintenant, sous votre présidence. Sous votre responsabilité.

Faites, monsieur le Président, avant que l’avenir n’ait honte de vous, ce qui est en votre pouvoir pour que plus un seul de ces jeunes qui ne possèdent rien d’autre que leur vie ne soit jamais plus violenté par la République sur le sol de la nation. Mettez un terme à l’ignominie. La décision est difficile à prendre ? On ne vous demande pas tant d’être courageux, que de cesser d’être lâche.

Saccages d’abris, confiscations d’effets personnels, pulvérisation de sacs de couchage, entraves à l’aide humanitaire. Tel est le quotidien des exilés à Calais, monsieur le Président. Hélas, vous ne connaissez rien de Calais. Le Calais que vous avez visité mardi dernier n’existe pas : c’était un Calais pipé ; c’était un Calais imaginaire et vide ; c’était un Calais sans «migrants». Un Calais sur mesure, un Calais de carton-pâte. Le Calais que vous avez visité, monsieur le Président, ne se trouve pas à Calais.

Crime

Le Défenseur des droits a dénoncé, lui aussi, le «caractère exceptionnellement grave de la situation», qu’il n’hésite pas à décrire comme étant «de nature inédite dans l’histoire calaisienne». Une instance de la République, monsieur le Président, donne ainsi raison à ceux à qui vous donnez tort. Mais je vous sais capable de ne pas croire vos propres services, tant vous donnez si souvent l’impression de ne pas croire vos propres propos.

Comme on se demande à partir de combien de pierres commence un tas, je vous demande, monsieur le Président, à partir de combien de preuves commence un crime.

Je citerai enfin les conclusions de la «mission IGA-IGPN-IGGN relative à l’évaluation de l’action des forces de l’ordre à Calais et dans le Dunkerquois» d’octobre 2017 - mission qui dépend du ministère de l’Intérieur : « L’accumulation des témoignages écrits et oraux, bien que ne pouvant tenir lieu de preuves formelles, conduit à considérer comme plausibles des manquements à la doctrine d’emploi de la force et à la déontologie policière, principalement à Calais. Ces manquements portent sur des faits de violences, sur un usage disproportionné des aérosols lacrymogènes, la destruction d’affaires appartenant aux migrants ainsi que le non-respect de l’obligation du matricule RIO [le référentiel des identités et de l’organisation]

Permettez-moi, monsieur le Président, de traduire cette phrase dans un français non policier : «Nous croulons sous les preuves de violences policières, notamment de gazages, mais nous refusons de les considérer comme des preuves au sens strict, car cela risquerait de froisser monsieur le ministre de l’Intérieur, qui serait obligé d’enquêter sur l’épidémie d’anonymat qui saisit ses troupes au moment de l’assaut contre les migrants.»

Vous dites : « Je ne peux laisser accréditer l’idée que les forces de l’ordre utilisent la violence.» Les violences vous dérangeraient-elles moins que le fait qu’on les laisse accréditer ?

A l’heure, monsieur le Président, où vous décrétez ce qui est, ou n’est pas, une «fake news», vous nous rappelez de manière salutaire que vous êtes prompt au mensonge éhonté. On attendait Bonaparte, arrive Pinocchio.

Mesures antimigratoires

Je ne sais exactement de quoi vous êtes responsable ; je sais seulement en quoi vous êtes irresponsable. Le grand mérite de votre politique, c’est qu’on peut la voir à l’œil nu.

Surtout à Calais, où tout est fait pour rendre impossible aux exilés l’accès à l’Angleterre. Non seulement ils n’ont pas le droit de rester, mais ils n’ont pas la possibilité de partir. Que doivent-ils faire ? Attendre qu’on leur brûle la rétine ? Ou bien jouer leur destin en tentant la traversée ?

Vous menacez en tout, monsieur le Président, des gens qui ne nous menacent en rien. Votre politique ne fait pas que trahir nos valeurs, elle les insulte. Les mesures antimigratoires sont toujours populaires. Mais voulant faire plaisir à la foule, vous trahissez le peuple.

Le préfet du Pas-de-Calais m’a appelé, furieux, osant se réclamer de Jean Moulin ; mais Jean Moulin s’est battu pour faire cesser la barbarie, non pour intimider ceux qui la dénoncent. Les exilés sont des victimes. Laissez les martyrs morts en paix ; cessez de faire la guerre aux martyrs vivants.

Jean Moulin fut supplicié pour une France qui accueille les hommes, pas pour une France qui les chasse. Dites à votre préfet que se réclamer d’un héros de la Résistance quand, dans sa sous-préfecture, Erythréens, Afghans et Soudanais sont harcelés, délogés, gazés nuit et jour, c’est prendre Jean Moulin en otage. Et c’est le trahir une deuxième fois.

Ce n’est plus vous qui êtes en marche, monsieur le Président, c’est la vérité. Vous pouvez porter plainte contre moi pour diffamation ; la postérité portera plainte contre vous pour infamie.

Yann Moix écrivain, chroniqueur notamment à "On n'est pas couché"

Publié le 16/01/2018

Vaincre Macron et ses ordonnances

                  jeudi 18 janvier, à 20 heures,

salle Guillaume de Nogaret , espace Pitot, à Montpellier

Conférence-débat avec Bernard Friot, et Richard Abauzit.

                        organisé par les Amis du Monde Diplomatique

 

Bernard Friot, sociologue et économiste, professeur émérite à l'université Paris-Nanterre. Il est l'auteur de Vaincre Macron (Ed. La Dispute). Présentation de l’éditeur

Comment vaincre Macron, et donc le Medef ?

En retrouvant la fierté de notre histoire populaire, qui est une histoire d’émancipation du travail, pour sortir le débat public de la fange de la xénophobie et prolonger les conquêtes du mouvement ouvrier au XXe siècle.

Le temps est venu de donner un contenu économique concret à l’audace démocratique de l’article premier de la Déclaration des droits de l’homme de 1789 : les humains naissent et demeurent libres et égaux en droits. Toute personne majeure résidant sur le territoire national doit être dotée de trois droits inaliénables :

  • la propriété d’usage de l’outil de travail afin de faire les choix majeurs dans l’entreprise ;
  • la participation à la délibération des caisses chargées de subventionner l’investissement à la place du crédit bancaire et des groupes capitalistes ;
  • le salaire à vie afin que, assurés de notre reconnaissance sociale, nous décidions au travail en toute liberté.

En prenant en main l’investissement et les entreprises, nous vaincrons Macron, et nous sortirons la production de la folie écologique, anthropologique et territoriale du capitalisme.

On peut lire son article "En finir avec les luttes défensives" dans le Monde Diplomatique de novembre 2017. C'est une synthèse des idées présentées dans le livre.

 

Richard Abauzit, bien connu dans notre région, est un ancien inspecteur du travail, actuellement conseiller du salarié pour l'Union Syndicale Solidaires de l'Hérault

Son dernier livre, coécrit avec Gérard Filoche : "Décortiquer les ordonnances Macron pour mieux les combattre" d'aout 2017. Voici la présentation en quatrième de couverture.

Dans son jusqu’auboutisme contre le Code du travail, son acharnement contre « le coût du travail », la casse des droits, protections et dignité des salariés, Emmanuel Macron n’a pas de mandat. Personne n’en était demandeur à part le Medef.

80 % de l’opinion est contre ces « ordonnances ». Ce sont des ordonnances anti travail. Elles sont contre les salaires et pour la hausse des dividendes.

25 millions de salariés sont concernés, privés et publics. Il faut des mois pour que ces ordonnances soient «ratifiées». Elles peuvent être battues.

En juin 36, en mai 68, quand leurs entreprises furent occupées, patronat et gouvernement ont bien été obligés de négocier. Ayons confiance, ils y seront obligés à nouveau si nous agissons dans l’unité.

En 2016, 2017, 2018, les salariés n’ont jamais été aussi nombreux, aussi puissants mais aussi menacés, aussi obligés à agir. A

gir : cela commence inlassablement par expliquer, expliquer, expliquer.

Décortiquer à une échelle de masse, le contenu de ces textes scélérats, en démontrer la dangerosité, ce livre le fait en détail, argument après argument, article par article.

Ce livre est une arme pour lutter.

TEXTE DU PÔLE ECONOMIQUE DE LA CGT ; (Publié le 13/01/2018)

 

 CAC 40 : 30 ans d’enrichissement des actionnaires

Plusieurs fois par jour, voire par heure, les média, y compris les média publics, nous informent sur les variations du CAC 40.

Une telle présentation est intimement liée à une idée fausse, entretenue par les libéraux et le patronat, selon laquelle le coeur de l’économie se bat la Bourse.

Qu’en est-il en réalité ?

C’est quoi le CAC 40 ?

Le CAC est l’abréviation de « cotation assistée en continu ».

Le CAC 40 constitue le principal indice de la Bourse de Paris. Il est calculé sur la base de la valeur (« cours ») des actions des 40 sociétés (entreprises industrielles et de services, y compris banques et assurances) les plus importantes présentes à la Bourse de Paris.

Le CAC 40 a été créé en décembre 1987, quelques mois après le fameux « krach de 1987 ».

Lors de sa création, la valeur de cet indice était de 1 000 (« 1.000 points de base »). Trente ans plus tard, au 31 décembre 2017, le CAC 40 dépassait les 5.300 (5.312 points exactement).

Un indicateur de la financiarisation de l’économie

Les actions des entreprises cotées à la Bourse font l’objet de transactions permanentes. De ce fait, la « capitalisation boursière » d’une entreprise cotée à la Bourse peut varier, et varie effectivement, dans le temps.

La capitalisation boursière résulte de la multiplication du nombre d’actions composant le capital d’une société par le cours de bourse de ces actions à une date donnée.

La capitalisation du CAC 40 représente la somme de la capitalisation boursière des sociétés qui composent cet indice.

La capitalisation du CAC 40 a été multipliée par plus de 20 en l’espace de trente ans : en 1987, lors de la création du CAC 40, sa capitalisation boursière était de 56,5 milliards d’euros ; elle a atteint 1.179 milliards en 2017.

Par comparaison, le produit intérieur brut (PIB) de la France était de 860 milliards d’euros en 1987 ; il est de l’ordre de 2.270 milliards en 2017.

La comparaison de l’évolution du CAC 40 qui témoigne de l’état de la Bourse et celle du PIB qui exprime la capacité réelle de la production des biens et services est très instructive.

Entre 1987-2017, le PIB a été multiplié par 2,6. Sur la même période, la capitalisation boursière du CAC 40 a été multipliée par 21, presque dix fois plus vite que la hausse du PIB.

Cet écart impressionnant entre l’évolution de la valeur ajoutée générée à travers la production des biens et services (PIB) et celle de la capitalisation boursière du CAC 40 est un indicateur important de la financiarisation de notre économie.

Un gonflement de la capitalisation boursière des sociétés du CAC 40

En 2017, la première capitalisation boursière du CAC 40 revient à LVMH avec 128 milliards d’euros. Lors de la création du CAC 40 en 1987, la capitalisation boursière de LVMH était de 2,63 milliards et cette entreprise occupait la 7ème place en termes de capitalisation boursière. Sa capitalisation boursière a été donc multipliée par presque 50 (48,7 plus exactement) en l’espace de trente ans.

Il convient aussi de rappeler le cas d’Elf Aquitaine avec une capitalisation boursière de 3,51 milliards en 1987 (1ère place). Le pétrolier Total occupe la 2ème place en 2017 avec une capitalisation boursière de 116,7 milliards. Même s’il ne s’agit pas de la même société, on note une capitalisation boursière multipliée par 33.

Trois autres sociétés se trouvent parmi les dix premières capitalisations boursières du CAC 40 aussi bien en 1987 qu’en 2017 : BNP-Paribas (Paribas en 1987), AXA (Compagnie du Midi en 1987) et Danone (BSN en 1987).

La capitalisation boursière de BSN (Danone) est passée de 3 milliards d’euros (3ème place en 1987) à 47,6 milliards en 2017 (10ème place). Elle a été multipliée par 16.

La capitalisation boursière de Paribas est passée de 2,7 milliards d’euros (6ème place en 1987) à 78,8 milliards en 2017 (4ème place). Elle a été multipliée par 29.

Enfin, la capitalisation boursière d’AXA est passée de 2,35 milliards (9ème place en 1987) à 62,3 milliards (7ème place en 2017). Elle a été multipliée par 26.

Au total, en l’espace de trente ans la capitalisation boursière des dix premières sociétés du CAC 40 a été multipliée par 29, passant de 28 à 800 milliards d’euros (précisons que la composition des « dix premiers de la classe » n’est pas la même en 1987 et en 2017).

 

La Capitalisation boursière des dix premières sociétés du CAC 40 (en mds €)

1987

2017

Société

Capitalisation

Société

Capitalisation

El f Aqui taine

3,51

LVMH

128,1

Peugeot

3,16

Total

116,7

BSN (Danone)

2,99

L'Oréal

105,8

Ai r Liquide

2,97

Sanofi-Aventi

92,5

Saint-Gobain

2,79

BNP Paribas

78,8

Paribas

2,69

Airbus

66,4

LVMH

2,63

AXA

62,3

Société Générale

2,49

Vinci

52,1

Comagnie du Midi (AXA)

2,35

Kering

50

CGE (Alcatel )

2,31

Danone

47,6

Total des dix premières

27,89

Total des dix premières

800,3

               

Source : Les Echos, 22-23/12/2017

               

 

Un contraste impressionnant avec ce que vivent les travailleurs

Selon les libéraux et le patronat, le développement des marchés financiers dont les évolutions de la Bourse est un indicateur serait nécessaire pour le bon fonctionnement de l’économie.

Effectivement, nous constatons une forte hausse de la Bourse et de sa place dans l’économie. Qu’en est-il alors en ce qui concerne les indicateurs économiques et sociaux ?

Les actionnaires ont largement profité de ces évolutions. Ainsi, les sociétés du CAC 40 ont versé plus de 540 milliards d’euros à leurs actionnaires au cours des dernières années.

Mais pour le monde du travail, le développement des marchés et la financiarisation de l’économie auront été synonyme de plus de souffrances.

Pour déconstruire le discours idéologique des libéraux et du patronat selon lequel pour améliorer la situation économique il faut favoriser le développement des marchés financiers, il suffit de comparer l’évolution du CAC 40 avec celles de quelques indicateurs économiques et sociaux comme l’emploi, le chômage et la précarité.

Rappelons que l’indice CAC 40 est passé de 1.000 en 1987 à 5.312 en 2017, après avoir atteint un sommet de 6.922 en septembre 2000.

Pendant ce temps, la part de l’industrie dans l’emploi total a chuté de 18 % en 1987 à 10 % en 2017. Autre indicateur important : sur la base de l’indice de 100 en 2010, la production industrielle est passée de 111 en 1990 à 105 en 2017. Sur la même période, dans l’industrie manufacturière la production est passée de 112 à 107. Ces chiffres attestent d’un recul de l’industrie en termes d’emploi et de production, avec des conséquences néfastes pour les salariés et les territoires. Ce recul va de pair avec la financiarisation de l’économie et la permanence d’un chômage massif et le développement de la précarité et des inégalités.

En effet, le nombre de demandeurs d’emploi selon la définition du Bureau international du travail (BIT) est passé de 2,1 millions en 1987 à 2,7 millions en 2017, le taux de chômage passant de 9 à 9,7 %, après avoir atteint 11 % en 1997.

Pendant ce temps, le taux d’emploi à temps partiel qui est un indicateur de la précarité de l’emploi est passé de 11,7 % en 1987 à 19,2 % en 2016, dernière année pour laquelle les données sont disponibles.

Enfin, le smic horaire était de 4,24 euros au 31/12/1987 et de 9,76 euros au 31/12/2017.

En l’espace de trente ans, les actionnaires du CAC 40 ont vu la valeur moyenne de leurs actions multipliée par cinq, alors que le smic n’a été multiplié que par deux.

En résumé, au cours des trente dernières années les actionnaires du

Publié le 06/01/2018

Chroniques Latines

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Jean Ortiz

Jeudi, 4 Janvier, 2018 - 09:55

Quelques éléments d’histoire de la Catalogne et du sentiment national catalan

On oublie souvent que la République fut proclamée à trois reprises en Espagne et à cinq en Catalogne.

La « Première République » le fut, en 1873, sur tout le territoire espagnol. Le sentiment national a des racines profondes. Il vient de loin. En 1640, les Catalans se soulèvent contre « l’Etat central » lors de la « Guerre dels segadors (faucheurs ») soutenus par la France. Ils proclament alors la « République » indépendante, sous protectorat français. Au XVIIIe, Felipe V abolit les « privilèges » (droits spécifiques ancestraux, reconnus par la loi) catalans. La Catalogne commence à connaître un essor économique et industriel. Toutes les tentatives républicaines ont prôné et commencé à réaliser (ou réalisé) la séparation de l’Eglise et de l’Etat, sa laïcisation... Autant de thèmes insupportables pour la richissime Eglise espagnole, propriétaire de banques et de grandes propriétés entre autres, pour l’oligarchie des « terratenientes », pour la finance, pour de nombreux officiers...

 

Les listes républicaines l’emportent contre toute attente partout en Espagne, aux élections municipales d’avril 1931 ; le roi Alfonso XIII, qui embaucha le dictateur Primo de Rivera, fait ses valises et la République est proclamée le 14 avril, quasi simultanément, à Barcelone et à Madrid.

 

A Barcelone, elle est décrétée même une heure avant Madrid par les maires, et du haut du balcon de l’actuelle Generalitat, par Francesc Maciá, (leader de centre-gauche de l’ERC, la Gauche républicaine de Catalogne). Il devient le premier président de la Generalitat. La proclamation espère « que les autres peuples d’Espagne se constituent en République ». En août 1931, les forces progressistes et révolutionnaires, puissantes et combattives en Catalogne, instaurent un gouvernement catalan, un parlement, une  langue officielle , etc. L’aspiration républicaine porte en elle une forte exigence sociétale et sociale. Ici, majoritairement, on est Espagnol et Catalan, ou Catalan et Espagnol... La revendication d’autonomie englobe surtout la reconnaissance des droits, de la spécificité catalane, de la culture et de la langue...

 

L’ERC, qui a gagné les municipales, porte un projet de « République fédérale » ; il sera négocié à la baisse, et deviendra le « Statut spécifique » de 1932, plus modéré. En Catalogne comme ailleurs, des milliers de journaliers ne possèdent aucun arpent de terre. Dans les usines, les patrons n’hésitent pas à recruter des tueurs pour liquider les « meneurs » des grèves et des luttes sans quartier. Les anarchistes, le groupe « Los Solidarios », pratiquent l’auto-défense.

 

En décembre 1933, le président de la Generalitat, Luis Maciá, décède, et un autre « républicain modéré », une grande figure, Lluís Companys, lui succède. Il est déjà à cette étape, difficile d’étiqueter le mouvement autonomiste, l’exigence identitaire. Pour beaucoup, ils sont « globalement de gauche ». Il existe deux puissantes forces populaires : les anarchistes de la CNT-FAI et la socialiste UGT. Les communistes du PSUC, pour qui va primer la défense de cette République contre le fascisme, se renforceront plus tard.... Le trotskisant POUM et les anarchistes considèrent la Deuxième République comme « bourgeoise ». Les deux logiques en présence sont irréconciliables et vont s’affronter durement. En août 1937, le gouvernement envoie la Onzième division de l’Armée populaire républicaine pour mettre au pas, par les armes, le libertaire « Conseil d’Aragon », après avoir en mai réprimé l’insurrection populaire anarcho-syndicale à Barcelone (Telefónica), au moment où siègent au gouvernement trois ministres anarchistes. Les unités qui firent le « sale boulot » étaient pour la plupart commandées par des communistes. Ce sang versé, entre antifascistes, reste encore aujourd’hui objet de ressentiments fratricides, ineffaçables, du moins difficiles à dépasser...

 

En octobre 1934, les conservateurs avaient gagné les élections générales, conséquence des promesses sociales non tenues par la République. Face à « l’incumplimiento », les engagements non respectés, l’UGT et le PSOE appellent à la grève générale. Les mineurs de Asturies se soulèvent. La « révolution des Asturies » s’organise en « République socialiste des Asturies ». En réponse, l’armée massacre les mineurs. Pour protester contre la « fascisation, la restauration en marche », le 6 octobre 1934, Lluís Companys, président de la Generalitat, proclame l’Etat catalan, au sein de la République fédérale espagnole. Un éphémère Etat qui sera, lui aussi, noyé dans le sang. Le président Companys est arrêté, emprisonné, et le gouvernement autonome catalan suspendu. Lluís Companys est condamné à 30 ans de prison. A Madrid, le gouvernement est aux mains des forces les plus conservatrices : la CEDA, les « Radicaux », Rénovation nationale... A Barcelone, le général Domingo Batet a étouffé l’initiative du président de la Generalitat, Lluís Companys.

 

Force majoritaire , enracinée depuis des décennies en Catalogne, l’anarchiste CNT-FAI mène, depuis la fin du XIXe, une lutte des classes frontale. Elle engage, surtout après février 1936, (victoire électorale du Front populaire) un processus révolutionnaire de « collectivisations », particulièrement à la campagne, d’appropriation collective et sociale des moyens de production, y compris du petit commerce et de l’artisanat. Mais elle refuse de prendre le pouvoir politique, à la tête de la Generalitat. Le « golpe » civico-militaire de juillet 1936 accélère le mouvement.

 

Les « collectivités », (« début de révolution » selon les libertaires), leur opportunité, se trouvent contestées par les communistes, par de larges secteurs du PSOE, des « azagnistes », des nationalistes catalans, et par les autres petits partis républicains modérés. Ils les considèrent comme une dispersion de forces face à la prioritaire et urgente résistance antifasciste, afin de « gagner d’abord la guerre » par la consolidation d’une Armée populaire républicaine. Pour que, notamment, la Catalogne retrouve un statut d’autonomie. Pour des milliers de pauvres, d’ouvriers, de sans terre, la révolution esquisse une société nouvelle, solidaire : le communisme libertaire. L’identité ne va pas sans la « question sociale ». Les miliciens luttent à la fois contre le fascisme et pour la révolution.

 

C’est seulement en février 1936, lorsque le Front populaire gagne les élections, que des milliers de prisonniers politiques, dont Lluís Companys, sont libérés. Ce dernier redevient Président de la Generalitat, le parlement et les autorités catalanes. Le « statut catalan », démocratique, adopté en octobre par les « cortés », garantit l’autonomie. Lors de la défaite militaire des Républicains, en janvier-février 1939 (Barcelone tombe le 26 janvier), la Generalitat est abolie par les franquistes victorieux, et le président Companys se réfugie en France. Là, avec la complicité de Vichy, la Gestapo l’arrête le 13 octobre 1940, et le livre à Franco. Ce dernier le fusille le 15 octobre 1940 au Château de Montjuic.

 

La revendication d’autonomie des catalanistes est, dans ces années 1930, globalement « de gauche », comme elle le sera, beaucoup plus, sous le franquisme. Elle implique le mouvement ouvrier. Aujourd’hui, les principaux leaders du mouvement indépendantiste, qui est devenu majoritaire pour la première fois en 2015, appartiennent pour la plupart à la cossue bourgeoisie catalane, très libérale et « européiste ». L’indépendantisme est teinté d’aspects « patriotards ». Mais l’essentiel est ailleurs. La République, celle que voudrait la bourgeoisie catalane, n’est pas la nôtre, mais elle ouvre une brèche au peuple et la monarchie se retrouve frappée d’illégitimité, elle qui reste la pièce maîtresse du continuisme franquiste.

 

Parler catalan conduisait, sous le franquisme, à la torture et à la prison. Communistes du PSUC, anarchistes, groupes de lutte armée, catalanistes, chanteurs, menèrent alors une résistance irréductible et quotidienne. Les « 33 tours » de Luis Llach , María del Mar Bonnet (des Canaries), Raimón, Pi de la Serra... circulent clandestinement.

 

En 1979, la Catalogne retrouve son statut d’autonomie, repris dans la constitution de 1978. Cette dernière garantit, par son article 137, le paiement de la dette bancaire privée avec des moyens publics, dans son article 38, la liberté d’entreprise dans le cadre de l’économie de marché, et dans l’article 8, stipule que l’armée est garante de l’unité nationale. Toujours selon la constitution de 1978, l’Espagne s’organise en 17 « communautés autonomes », dont trois « historiques ». Les forces de droite ont dû céder sur la vision centraliste, uniforme, uninationale, de l’Etat espagnol, dont le centre est, selon elles, Madrid. La démocratisation de l’Etat espagnol, même si elle reste à réaliser, pour une Espagne plurinationale, a toutefois marqué des points.

 

En mars 2006, les parlements catalan et espagnol votent un texte comportant la notion de « nation » à propos de la Catalogne, au sein d’un ensemble fédéral, ainsi qu’un « statut catalan élargi » (ouvrant plus de compétences).

 

Rajoy et le PP mettent le feu aux poudres. Ils affichent mépris et intransigeance. En 2010, le néo-franquiste Rajoy fait annuler par le Tribunal Constitutionnel, la notion de « nation » ainsi que le nouveau statut. Le 11 septembre 2012, jour de la « Diada », fête nationale catalane, un flot humain réclame le droit de décider, le retour au statut élargi. Pour la première fois, lors du référendum de 2015, le mouvement, jusqu’ici « autonomiste », devient majoritairement « indépendantiste ».

 

On connaît la suite. Madrid persiste dans son refus de négocier, de prendre en compte l’aspiration sociale et démocratique des Catalans. Quelles qu’en soient les conséquences.

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Services Publics

Le conseil régional d’Occitanie a décidé d’augmenter le temps de travail de ses agents

Publié le vendredi 5 janvier 2018 (site la cgt)

 

La Fédération CGT des Services publics a appris avec stupéfaction la décision prise par le Conseil Régional d’Occitanie Pyrénées Méditerranée d’augmenter le temps de travail de ses agents. Issus d’une majorité qui se revendiquait du progrès social, les élus soutenant l’exécutif ont voté majoritairement pour cette régression le 21 décembre dernier.

Prenant le prétexte de restrictions budgétaires les élus ont encore une fois cédé aux sirènes des politiques d’austérité. Et ce sont encore les agents, la masse salariale, qui en font les frais. Il est faux de penser que l’augmentation du temps de travail va permettre de réaliser des économies. Il est faux de prétendre que les fonctionnaires territoriaux travaillent moins que les autres salariés. Il est injuste de faire porter sur les services publics locaux les choix économiques d’un gouvernement aux ordres du Capital. Il est enfin affligeant de constater que parmi les élus qui n’ont pas voté contre cette décision inique se trouvent des salariés qui se battent, dans leur entreprise, avec leur organisation syndicale, pour la diminution du temps de travail.

La Fédération CGT des Services publics réaffirme que les 1 607 heures sont un maximum et non pas une obligation de conformité à mettre en œuvre impérativement ! Elle revendique, pour tous les salariés la diminution du temps de travail à 32 heures.

Alors que l’Allemagne est sans cesse citée en exemple, les syndicalistes d’IG Metall revendiquent les 28 heures, car ils vont dans le sens de l’histoire ! Force est de constater que les élus d’Occitanie ne vont pas dans le sens de l’histoire. La Fédération CGT des Services publics apporte son soutien plein et entier aux agents qui se sont battus et qui se battront encore contre ce vote !

Pour rappel, les personnels de la Région Occitanie ont réalisé, le 30 juin 2017 au Cap-d’Agde, la fusion des syndicats CGT qui pré-existaient dans les deux anciennes collectivités, dotant ainsi les fonctionnaires et agents territoriaux d’un syndicat à l’échelle de la nouvelle région.

Le syndicat CGT-Région Occitanie a pour vocation de fédérer plus de 6700 agents territoriaux répartis sur 13 départements et sur plus de 250 sites, aux profils professionnels aussi variés que divers dans les lycées, les services généraux, les ports, les musées, les maisons de région, les bureaux territoriaux, les Centres de ressources, d’expertise et de performance sportives (CREPS)…

 

Publié le 04/01/2018 (site « Le Grand Soir »)

Quand Anne-Sophie Lapix voit nos salaires s’envoler

Philippe ARNAUD

Le journal télévisé de 20 h de France 2 de ce jour annonce en entrée, comme deuxième sujet, après la tempête : "Votre salaire va augmenter ; vous le découvrirez à la fin du mois, c’est l’effet de la baisse des cotisations chômage et maladie. Nous verrons qui en bénéficiera le plus".

Le sujet

Anne-Sophie Lapix : "Dans quelques semaines, les employés recevront leur tout premier bulletin de salaire de l’année 2018 et une bonne surprise les attend : une petite hausse du chiffre du bas. Elle est due à la baisse des cotisations-chômage et maladie, atténuée malgré tout par la hausse de la CSG. Reportage dans une entreprise de Laurent Desbonnet et Olivier Gardette."

Le reportage

"L’heure des calculs dans cette entreprise pour établir les prochaines fiches de paye. Car ce mois-ci plusieurs lignes vont bouger. La CSG, d’abord, va augmenter : plus 1,7 point. Une hausse qui sera plus que compensée par des baisses de cotisations : moins 0,75 points pour la maladie et pour l’assurance-chômage moins 1,45 point. Résultat : une augmentation du salaire net. Un changement simple et rapide, selon le patron."

Le patron : "Pour nous, ça ne nous coûte rien. C’est quelque chose qui me semble très positif puisque encore une fois, ça donne du pouvoir d’achat aux salariés sans peser sur les entreprises."

Le journaliste : "Pour ce salarié, par exemple, payé 1275 euros nets, une augmentation d’environ 8 euros par mois. Dans cette agence de photo et vidéo, c’est donc une bonne nouvelle."

Un salarié : "C’est toujours bon à prendre, c’est toujours du pouvoir d’achat supplémentaire. Donc.. non, non, je suis pour..."

Le journaliste : "Et les cotisations baisseront à nouveau en octobre prochain".

Anne-Sophie Lapix : "Bonsoir Jean-Paul Chapel. Évidemment, on a envie de savoir combien la réforme peut nous faire gagner."

Jean-Paul Chapel : "Alors, effectivement, première étape en janvier. Pour un salarié au SMIC, le gain de pouvoir d’achat sera de 7,34 euros nets par mois grâce à la baisse de cotisations. Il bénéficiera par ailleurs de la revalorisation du SMIC en début d’année. Deuxième étape en octobre. Là, le salaire net va augmenter de 14,23 euros, 14 euros supplémentaires. Au total, la réforme représentera donc un gain de 21,57 euros pour un smicard. La baisse des cotisations est proportionnelle au salaire. Donc, pour un employé qui gagne deux fois le SMIC, c’est un peu plus de 2300 euros nets par mois, le gain en janvier sera de 14,86 euros. En octobre, il verra son salaire net augmenter encore : 28,47 euros.

Anne-Sophie Lapix : " Il y a quand même des Français qui vont perdre, dans la réforme ?"

Jean-Paul Chapel : "Oui, les très hauts revenus [sur l’écran : très hauts revenus, à partir de 32 000 euros par mois] perdent un petit peu puisque la baisse des cotisations est plafonnée mais les grands perdants sont les retraités. Hausse de la CSG sans baisse de cotisation. Alors pour une pension de 1400 euros, c’est la moyenne en France, la baisse sera de de 23,80 euros par mois pour une personne seule. Au-dessous de 1200 euros par mois, ils ne perdront rien. Quant aux fonctionnaires, ils ne perdront rien mais ils ne gagneront rien. La réforme sera neutre pour eux".

Remarque liminaire. Anne-Sophie Lapix utilise le terme "employé", qui désigne une catégorie de salariés exerçant plutôt un travail intellectuel que manuel (donc qui s’oppose au terme ouvrier), et non le terme de "salarié", qui désigne la très grande majorité des actifs français, quel que soit leur genre de travail, et qui représente un statut juridique. Ce glissement de termes, apparemment anodin, suggère deux choses : d’abord que, pour Anne-Sophie Lapix, les ouvriers ont disparu du paysage, et, d’autre part, que le statut s’efface devant le type d’activité exercé (ouvrier, employé du commerce, fonctionnaire). Ce qui ouvre la porte à toute une série d’activités... bien moins encadrées et protégées : auto-entrepreneur, prestataire payé à la tâche, chauffeurs "ubérisés", etc.

Remarque 1. Cette somme de 21,57 euros dont va "bénéficier" un smicard (et encore, en fin d’année) est à mettre en regard du cadeau fiscal que le gouvernement offre aux 1000 premiers contributeurs de l’ISF, soit 400 millions d’euros, c’est-à-dire 400 000 euros par foyer fiscal. Ce qui, par rapport à un SMIC brut (1498,47 euros), représente 22 ans et 3 mois de salaire. Si on calcule le "gain" d’un smicard sur un an, ce gain est de 258,84 euros. Emmanuel Macron fait donc un cadeau aux très riches qui représente plus de 1545 fois le cadeau fait aux pauvres...

Remarque 2. La somme de 21,57 euros, "généreusement" accordée par. Macron aux smicards représente 72 centimes d’euro par jour sur un mois de 30 jours, c’est-à-dire pas même le prix d’une baguette ! C’est ce qu’un clochard peut se payer, pour ne pas mourir de faim, quand il a collecté toutes les pièces jaunes de sa sébile. [Et, bien entendu, j’exclus la tranche de jambon...].

Remarque 3. Dire que les salariés vont y gagner est une double supercherie : d’abord parce que les cotisations (maladie, retraite, chômage, prestations familiales) sont aussi une partie intégrante du salaire. C’est du salaire socialisé, du salaire différé, que le salarié touche quand il est malade, quand il est licencié ou quand il prend sa retraite. On dit qu’on va augmenter les salariés alors qu’on ne fait que prendre de l’argent dans leur poche gauche pour le leur glisser dans leur poche droite. Même un enfant de CM1 le comprendrait... [Mais cette atteinte aux prestations sociales fait partie d’une opération idéologique de longue haleine qui vise à délégitimer toutes les prestations sociales comme étant des dépenses publiques "indues"].

Remarque 4. C’est aussi une supercherie car cela signifie que lorsque les salariés seront remboursés, ils seront moins pris en charge, moins bien remboursés et, quand ils seront au chômage, qu’ ils toucheront moins d’indemnités et moins longtemps. Ou, s’ils souscrivent à des assurances privées (ce qui est des buts à long terme de la manœuvre), qu’ils les paieront bien plus cher. Comme cela se pratique, par exemple, aux États-Unis...

Remarque 5. Jean-Paul Chapel prend comme référence le montant moyen de la retraite, ce qui, là aussi, est une supercherie. Alors que la véritable valeur référence est la médiane des pensions de retraite (50 % de retraités touchent plus et 50 % touchent moins). Or, en règle générale, la médiane est toujours plus basse que la retraite.

Remarque 6. Lorsque Jean-Paul Chapel dit que les très hauts revenus vont perdre, il se moque du monde [et il s’en rend bien compte d’ailleurs, puisqu’il tempère par "un petit peu" et qu’il se garde de dire à combien est ce plafonnement]. En fait, les très hauts revenus ne perdent rien du tout, car, pour eux aussi, on baisse les cotisations ! Donc, eux aussi y gagnent... mais moins que ce qu’ils pourraient gagner. Lorsqu’on augmente tout le monde, et les riches encore plus que les autres, une diminution potentielle de cette augmentation ne peut pas être considérée comme une perte ! C’est une perte par rapport à un gain hypothétique, pas par rapport à un revenu réel.

Remarque 7. Lorsque Jean-Paul Chapel dit que la réforme sera neutre pour les fonctionnaires, il suscite indirectement une jalousie latente envers les fonctionnaires (d’ailleurs bien entretenue par la presse de droite), car l’opinion majoritaire va moins retenir l’idée que les fonctionnaires ne gagneront rien que celle qu’ils ne perdront rien (par rapport au très grand nombre de ceux qui perdront quelque chose), notamment les retraités à 1400 euros, somme qui n’est tout de même pas une fortune...

Remarque 8. Présenter ces "augmentations" comme des gains est une malhonnêteté lorsqu’on fait la liste de tout ce qui va augmenter en début d’année : le prix du gaz (pour se chauffer, se laver, laver les vêtements et la vaisselle et faire la cuisine), le prix des carburants, notamment du diesel, pour garnir les réservoirs des pauvres qui habitent loin des villes. Le prix du contrôle technique des voitures, le prix des amendes de stationnement irrégulier, le prix des parcmètres, et toutes les taxes indirectes (lesquelles sont des taxes sur les pauvres) qui vont dévorer - et bien au-delà - les gains "mirifiques" présentés par les journalistes lors de ce sujet en trompe-l’œil...

Philippe Arnaud

 

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