PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
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"SI MONSIEUR MACRON VOUS ETIEZ PREVENU !"

Notre dossier spécial en accès libre. Depuis 10, 20 ans, les professionnels de santé sonnent l'alerte sur la dégradation de l'hôpital public. Le travail de l'Humanité, dans la durée, en témoigne. Emmanuel Macron a beau assurer que, « quand on vit quelque chose d’inédit, on ne peut pas demander à des gens de l’avoir prévu il y a dix ans », il a relayé les choix d’affaiblissement du système de santé qui révèlent les difficultés des hôpitaux face au Covid-19 aujourd’hui. La Commission européenne a elle demandé 63 fois  aux États membres de  réduire leurs dépenses de santé...

Publié le 07/04/2020

Il y a urgence ! Le billet du Dr Christophe Prudhomme. Aujourd’hui : Réquisition

 

Christophe Prudhomme est médecin au Samu 93(site humanite.fr)

 

« Nous subissons depuis le début de l’épidémie le manque de moyens de protection, notamment de masques, non seulement à l’hôpital, mais aussi en ville, où nos collègues médecins, infirmières, ambulanciers travaillent dans des conditions indignes, qui les mettent en danger. Aujourd’hui, la situation devient plus grave, avec un début de rupture d’approvisionnement en médicaments essentiels, notamment les anesthésiques, absolument indispensables pour endormir les patients intubés et ventilés en réanimation. Nous sommes là face à une mise en danger immédiate de la vie des patients. Cette situation était prévisible et rien n’a été fait. Depuis plusieurs années, nous avons été nombreux à protester et à demander au gouvernement de prendre des mesures face aux ruptures d’approvisionnement qui augmentent d’année en année dans les pharmacies. Il s’agit là de la conséquence directe des choix de l’industrie pharmaceutique, qui a privilégié sa rentabilité financière au détriment de la sécurisation de sa production. Tout cela est connu et a été largement analysé par des associations comme l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament, dont les appels auprès des pouvoirs publics sont restés sans réponse.

Il n’est plus possible, face à cette crise, de se contenter de faire appel à la bonne volonté des entreprises et d’organiser des visites à visée médiatique, Monsieur le président de la République. L’urgence est à la réquisition immédiate des entreprises, pour que la priorité soit donnée à la fabrication des produits indispensables au bon fonctionnement de notre système de santé. Le bricolage, c’est fini ! Seule la réquisition permet de prioriser les productions, de les répartir en fonction des priorités et de contrôler les prix. Il est par ailleurs insupportable de constater que la Communauté européenne ne sert à rien aujourd’hui. Chaque pays mène sa propre politique, s’est replié derrière ses frontières, et il existe même une concurrence brutale pour s’approprier les rares moyens disponibles sur place où qui sont commandés à l’étranger.

L’inhumanité de l’organisation de notre économie dans le cadre de la mondialisation libérale est mise en pleine lumière. Monsieur le président, vos belles paroles sur le thème » Demain, tout ne pourra plus être comme avant « ne peuvent suffire. L’urgence est là, et c’est maintenant que les choses doivent changer, avec une première étape : la réquisition par l’État des entreprises indispensables pour sauver des vies aujourd’hui. Car, demain, nous compterons les morts qui auraient pu être évitées. »

Retrouvez le précédent billet du Dr Prudhomme sur  l’Humanité.fr

Publié le 06/04/2020

« Gérer l’hôpital comme une entreprise, voilà ce qui a affaibli notre système face à la pandémie », analyse le Professeur Grimaldi

 

Stéphane Guérard (site humanite.fr)

 

Entretien. Professeur de médecine à la Pitié-Salpêtrière et cofondateur du Collectif inter-hôpitaux, André Grimaldi décrit l’idéologie qui a mis à genoux l’hôpital public. Et énumère toutes les alertes qui ont été ignorées...

Mardi, Emmanuel Macron a plaidé pour un « principe de justice à l’égard de tous les choix passés ». Comme le président, diriez-vous que l’épidémie à laquelle nous faisons face était imprévisible et que ces choix ne peuvent pas être questionnés ?

André Grimaldi. On ne pouvait effectivement pas prévoir ce coronavirus. Mais la survenue d’une épidémie était, elle, envisageable et envisagée depuis longtemps par de nombreux infectiologues et médecins. Des plans ont même été bâtis ces dernières décennies. La preuve : la France s’était dotée de centaines de millions de masques pour faire face au virus H1N1, en 2009. Dire qu’il nous était impossible de prévoir un certain nombre de mesures est donc faux. Le véritable problème, c’est que l’on a affaibli notre système de santé jusqu’à nous démunir face à une éventuelle pandémie.

Qui sont les responsables de cet affaiblissement ?

André Grimaldi. Cette inflexion politique remonte à la fin du XX e siècle, quand, à l’échelle mondiale et au sein de l’Organisation mondiale du commerce, s’est instillée l’idée que, si la santé relevait bien des compétences des États, son mode de gestion devait rejoindre celui des entreprises. Cette idéologie a été ensuite partagée, à droite comme à gauche. L’hôpital public s’est retrouvé à suivre le modèle commercial des cliniques privées, qui ne relèvent pas du service public et cherchent les activités les plus rentables, en travaillant à flux tendu. C’est tellement vrai que, en 2009, la loi Bachelot, qui met en place la gouvernance d’entreprise dans les hôpitaux, adopte la terminologie du commerce. On parle désormais de conseil de surveillance, de directoire… Le directeur n’est plus un médecin mais peut venir de n’importe quel secteur privé. Pour cette idéologie, les lits, les stocks de matériel…, c’est de l’argent perdu. On est passé d’un « hôpital de stocks » à un « hôpital de flux ».

Des inflexions sont-elles intervenues depuis dix ans ?

André Grimaldi. Après la crise de 2008, les déficits des banques sont devenus ceux des États. Il fallait donc assainir les dettes publiques. L’État ayant plus la main sur l’hôpital public que sur la médecine libérale de ville, les majorités successives, sous Sarkozy comme sous Hollande, ont contraint le budget du public, en diminuant les remboursements de la Sécurité sociale. Quelque 800 millions d’euros d’économies ont été demandés aux hôpitaux chaque année. Au début, cela s’est traduit par des réorganisations. À la fin, par la diminution du nombre de lits et de personnels. Le modèle, c’est celui de la médecine industrielle. Les activités programmées, standardisées et techniques sont payées à l’acte. Cela fonctionne très bien pour la prise en charge en ambulatoire de la cataracte, de la coloscopie, de la pose de pacemaker ou de prothèse de hanche. Autant d’actes normés, standardisés et chiffrés. Ce modèle convient parfaitement aux cliniques privées qui cherchent la rentabilité. Mais pas à l’hôpital public.

Y a-t-il eu des symptômes avant-coureurs de la crise actuelle ?

André Grimaldi. Bien sûr. Avant le coronavirus, l’hôpital public a dû faire face à plusieurs phénomènes de saturation. La première a trait à l’explosion du nombre de consultations sans rendez-vous aux urgences. Résultat : des patients qui se retrouvent pendant des heures dans des couloirs sur des brancards, parce qu’il n’y a plus de lits ni de personnels suffisants pour prendre les en charge. Ce phénomène a culminé à l’automne dernier avec l’épidémie de bronchiolite. Un phénomène pourtant attendu et programmé chaque année. Mais, pour la première fois, faute de lits et de personnels, une quarantaine d’enfants ont dû être transférés des hôpitaux parisiens vers des établissements à 200 kilomètres de là (lire notre édition du 13 décembre). La bronchiolite 2019 n’était pourtant pas plus grave que celle des années précédentes. Mais les services ont été débordés. Or nous sommes au cœur des missions de l’hôpital : la réanimation et la pédiatrie. Cette situation a conforté la colère et les revendications au sein des établissements. Comme ses prédécesseurs, la ministre de l’époque, Agnès Buzyn, a répondu par un sparadrap : l’octroi d’une prime pour les infirmières de l’AP-HP… Et, en même temps, elle faisait voter un budget de la Sécurité sociale prévoyant de nouvelles économies.

Y a-t-il eu d’autres alertes ?

André Grimaldi. Oui, avec une autre épidémie, qui démontre que notre système est totalement inadapté. Une épidémie qui tue lentement, sans bruit : les maladies chroniques. Vingt millions de Français sont touchés. Le modèle industriel de la médecine programmée et standardisée ne marche pas pour ces maladies car elles demandent une prise en charge globale, sur le temps long. Le plan santé 2022 présenté l’été dernier était censé mieux organiser la prise en charge de ces pathologies grâce à la médecine de ville et à l’hôpital-entreprise. Mais ni l’une ni l’autre ne peut faire face. Aujourd’hui, en guise de « rupture », on parle d’un service hospitalier qui comprendrait non plus seulement les établissements publics, mais aussi les hôpitaux privés lucratifs et non lucratifs. On mélangerait ainsi les personnels de ces établissements, qui relèvent du droit privé, avec ceux de la fonction publique… Les propos récents du premier ministre sur la fin du statut des agents des hôpitaux publics résonnent encore plus fort aujourd’hui. Il s’agit là que d’une évolution de l’idéologie à l’œuvre ces trente dernières années.

Entretien réalisé par Stéphane Guérard

Publié le 05/04/2020

Le tour de France des hôpitaux qui annonçait la catastrophe sanitaire

 

Diego Chauvet (site humanite.fr)

 

Les parlementaires communistes ont pu dresser un constat alarmant, mis en exergue par la pandémie du coronavirus, et élaborer une proposition de loi pour y remédier.

Depuis février 2018, les parlementaires communistes, députés et sénateurs, effectuent un tour de France des hôpitaux. En deux ans, ils ont pu visiter et rencontrer les personnels de quelque 150 établissements publics dans le pays. Ce qu’ils y ont entendu, ce qu’ils ont pu constater, prend une résonance toute particulière, alors que vient d’éclater une crise sanitaire historique. « Avant de commencer ce tour de France, nous avions effectué des visites dans nos départements respectifs, explique la présidente de la commission des Affaires ­sociales du Sénat, Laurence Cohen. Ce que nous avons constaté ensuite n’a fait que confirmer au plan national les situations locales. » Selon la parlementaire communiste, les soignants, et tout particulièrement les urgentistes, « tiraient la sonnette d’alarme ». « Ils nous expliquaient clairement qu’en cas d’épidémie de grippe plus importante ou d’épisodes de ­canicule, ils n’avaient plus les moyens de faire face. Ils nous répétaient tous qu’ils n’étaient plus assez nombreux, et qu’il n’y avait plus assez de lits. »

« On a cassé l’outil pour des considérations comptables »

Ce tour de France des hôpitaux a confirmé également que cette situation alarmante est bien le produit des politiques menées. « La gestion actuelle par Emmanuel Macron est en cause, mais le problème remonte bien plus loin dans le temps, assure Laurence Cohen. C’est le résultat de choix politiques continus depuis trente ans. » Des décisions qui sont toutes allées dans la même direction : « Réduire le nombre de lits, le nombre de personnels. Au lieu de partir des besoins de la population, on a cassé l’outil pour des considérations comptables, dénonce la sénatrice. Par exemple, lorsque l’on constate un manque de médecins, on “fédère les moyens”. Ce qui signifie que l’on éloigne les hôpitaux des populations qui en ont besoin, et par la même occasion, on multiplie les déserts médicaux. » Lors de leur tour de France, les parlementaires n’ont pas seulement rencontré les personnels soignants. « Nous avons eu également des entretiens avec les directions d’hôpitaux. Et au bout d’un moment, 90 % de ceux que nous avons rencontrés ont fini par nous exposer les problèmes. » Impossible pour les dirigeants de structures hospitalières de maintenir leur réserve… Laurence Cohen dénonce à partir de ces constats, les politiques conduites lors des quinquennats précédents : celle de Marisol Touraine comme celle de Roselyne Bachelot. La « réhabilitation » dont cette dernière bénéficie, à propos des commandes de vaccins contre la grippe A en 2009, ne doit pas faire oublier la loi à son nom, qui a créé des groupements hospitaliers sur les territoires, au détriment des hôpitaux publics de proximité.

Grâce à leur tournée, les parlementaires communistes ont préparé un projet de loi, « plus que jamais valable ». Ils proposent 100 000 créations de postes dans les hôpitaux publics, et 300 000 sur trois ans dans les Ehpad. « Nous avons remis cette proposition de loi à Agnès Buzyn, en mains propres, dit Laurence Cohen. Nous y faisons des propositions sur tout ce qui est mis en exergue par la crise du Covid-19 , y compris sur la question de la pénurie des médicaments. » Les déclarations d’intention du président ne rassurent pas l’élue. La note de la Caisse des dépôts et consignations, datée du 26 mars, sur un plan pour l’hôpital public, révélée le 1er avril par Mediapart, n’incite pas à l’optimisme : son orientation semble clairement néolibérale.

 

Diego Chauvet

Publié le 04/04/2020

Le Covid-19 est inédit... pas la déstructuration de notre système de santé

 

Stéphane Guérard (site humanite.fr)

 

Emmanuel Macron a beau assurer que, « quand on vit quelque chose d’inédit, on ne peut pas demander à des gens de l’avoir prévu il y a dix ans », il a relayé les choix d’affaiblissement du système de santé qui révèlent les difficultés des hôpitaux face au Covid-19 aujourd’hui.

Soudain, les tambours et trompettes accompagnant le chef de guerre se sont tus. Et Emmanuel Macron, tout à sa stratégie de reconstruction de « notre souveraineté nationale et européenne » industrielle à l’issue de la crise du coronavirus, a radouci son propos, lors de son déplacement de mardi près d’Angers, dès lors qu’il lui a fallu répondre aux premières interrogations sur les difficultés de notre système de santé à faire face à l’épidémie. « Toutes celles et ceux qui cherchent déjà à faire des procès, alors que nous n’avons pas gagné la guerre, sont irresponsables », a-t-il lancé, aigre. Avant de se radoucir : « Le temps de la responsabilité viendra. Ce temps est légitime et démocratique. À ce moment-là, la transparence complète devra être faite. » Puis de glisser : «  On devra le faire avec un principe de justice à l’égard de tous les choix passés, quels que soient les responsables politiques. Quand on vit quelque chose d’inédit, on ne peut pas demander à des gens de l’avoir prévu il y a dix ans. »

Solidaire des tours de vis de la majorité précédente

L’assertion a beau fleurer le bon sens, elle laisse entrevoir que le temps est venu pour le pouvoir de sortir parapluies et paratonnerres. Un simple petit tour dans nos archives (lire ici) démontre à quel point les professionnels de santé avaient alerté sur l’état déliquescent des hôpitaux publics après deux décennies de saignées budgétaires. Dans la situation actuelle, seul le Covid-19 est inédit. Pas la déstructuration de notre système de santé. Le temps est d’autant plus venu de sortir les parafoudres que le chef de l’État a promulgué les lois de finances de la Sécurité sociale 2018, 2019 et pour 2020 un objectif national de dépenses d’assurance-maladie (Ondam) sévèrement contraint. Auparavant, à l’Élysée, puis à Bercy, il avait été solidaire des tours de vis de la majorité précédente. Mais dès 2008, jeune inspecteur des finances, il avait en grande partie rédigé le rapport de la commission Attali « pour la libération de la croissance française ». Outre la « décision fondamentale 20 » prescrivant 20 milliards d’euros de réduction des dépenses publiques chaque année et pendant cinq ans, y était formulée « l’externalisation des services périphériques à l’offre de soins, dont les achats de matériel médical ». Douze ans plus tard, l’hôte de l’Élysée lance une grande offensive pour reconstituer les stocks de masques, gants et autres respirateurs…

 

Stéphane Guérard

« La Commission européenne a demandé 63 fois aux états de réduire les dépenses de santé » dénonce l’eurodéputé Martin Schirdewan

 

Samuel Ravier-Regnat (site humanite.fr)

 

Entretien avec Martin Schirdewan, coprésident de la Gauche unitaire européenne, sur le rôle des politiques d’austérité dans la dégradation du secteur public de la santé en Europe.

Vous dénoncez la responsabilité des politiques de l’Union européenne (UE) en matière de santé. Pourquoi ?

Martin Schirdewan À 63 reprises entre 2011 et 2018, la Commission européenne a recommandé aux États membres de l’UE de privatiser certains pans du secteur de la santé ou de réduire les dépenses publiques en matière de santé. Ces recommandations ont visé quasiment tous les États, qui ont en général obtempéré. Il y a évidemment un impact sur l’état des systèmes de santé nationaux, notamment dans les pays affectés par la crise financière (des années 2010 – NDLR). C’est d’autant plus grave aujourd’hui, avec la crise du coronavirus. La capacité de réaction des pays est affaiblie.

Ces recommandations expliquent-elles pourquoi les hôpitaux européens ne sont pas en mesure de faire face à la crise ?

Martin Schirdewan Elles témoignent du régime de gouvernance économique et révèlent que le modèle économique néolibéral de l’UE n’est pas capable de maintenir les services publics et de protéger les besoins fondamentaux des citoyens. Le problème, ce n’est pas les recommandations en soi, mais le fait que le modèle économique de l’UE repose sur l’austérité et pas sur la solidarité. Aujourd’hui, le manque de personnel, d’unités de soins et d’équipements médicaux dans les hôpitaux est un résultat direct des politiques d’austérité qui ont détourné l’argent du secteur public vers le secteur privé.

La santé publique relève du domaine de compétence des États membres. L’UE est-elle seule responsable ?

Martin Schirdewan Non, bien sûr, ce sont les États membres qui ont mené et appliqué les politiques d’austérité. Il faut demander des comptes aussi aux gouvernements nationaux. Cependant, les politiques nationales sont contraintes par le cadre européen. C’est ce à quoi nous devons réfléchir maintenant : nous devons nous débarrasser définitivement du pacte de stabilité et de croissance (qui a été suspendu le 20 mars – NDLR), qui limite les dépenses des États de manière totalement arbitraire. Il faut une nouvelle gouvernance économique, qui permette aux États membres de s’attaquer à la crise du secteur de la santé immédiatement et de faire face au dramatique impact socio-économique de la crise du coronavirus.

Justement, que serait une politique européenne progressiste en matière de santé ?

Martin Schirdewan Il faut d’abord redéfinir la notion de service public au niveau européen : les services publics doivent à nouveau servir les peuples. Plutôt que de réduire les dépenses publiques, les États membres doivent investir bien davantage dans le secteur de la santé. Il faudrait qu’ils puissent à tout moment dépenser autant d’argent qu’ils le souhaitent dans les services publics. Ensuite, je pense que la santé doit être administrée par l’État, notamment pour que tout le monde puisse y avoir accès. Nous devons renationaliser ce qui a été privatisé, c’est indispensable. La raison d’être des hôpitaux est de protéger la santé des gens, pas de faire du profit. Sortons les services publics, et la santé en particulier, de la logique capitaliste ! Ce n’est pas au marché de définir les politiques de santé.

L’échelon européen n’est-il pas le plus adapté pour répondre à la crise ?

Martin Schirdewan Je pense que les deux niveaux de réponse sont importants. Il faut une réponse européenne basée sur la solidarité. Et en même temps, il faut une réflexion nationale sur les structures de santé.

 

entretien réalisé par Samuel Ravier-Regnat

Dix ans d’alertes ignorées par les pouvoirs publics

Si l’on ne pouvait assurément pas prévoir l’apparition du coronavirus, personnels, élus et usagers n’ont cessé, avec l’ à leurs côtés, de dénoncer les dégâts des politiques libérales à l’hôpital. Extraits choisis de nos pages dans la dernière décennie.

Soudain, les tambours et trompettes accompagnant le chef de guerre se sont tus. Et Emmanuel Macron, tout à sa stratégie de reconstruction de « notre souveraineté nationale et européenne » industrielle à l’issue de la crise du coronavirus, a radouci son propos, lors de son déplacement de mardi près d’Angers, dès lors qu’il lui a fallu répondre aux premières interrogations sur les difficultés de notre système de santé à faire face à l’épidémie. « Toutes celles et ceux qui cherchent déjà à faire des procès, alors que nous n’avons pas gagné la guerre, sont irresponsables », a-t-il lancé, aigre. Avant de se radoucir : « Le temps de la responsabilité viendra. Ce temps est légitime et démocratique. À ce moment-là, la transparence complète devra être faite. » Puis de glisser : «  On devra le faire avec un principe de justice à l’égard de tous les choix passés, quels que soient les responsables politiques. Quand on vit quelque chose d’inédit, on ne peut pas demander à des gens de l’avoir prévu il y a dix ans. »

Solidaire des tours de vis de la majorité précédente

L’assertion a beau fleurer le bon sens, elle laisse entrevoir que le temps est venu pour le pouvoir de sortir parapluies et paratonnerres. Un simple petit tour dans nos archives (lire ci-contre) démontre à quel point les professionnels de santé avaient alerté sur l’état déliquescent des hôpitaux publics après deux décennies de saignées budgétaires. Dans la situation actuelle, seul le Covid-19 est inédit. Pas la déstructuration de notre système de santé. Le temps est d’autant plus venu de sortir les parafoudres que le chef de l’État a promulgué les lois de finances de la Sécurité sociale 2018, 2019 et pour 2020 un objectif national de dépenses d’assurance-maladie (Ondam) sévèrement contraint. Auparavant, à l’Élysée, puis à Bercy, il avait été solidaire des tours de vis de la majorité précédente. Mais dès 2008, jeune inspecteur des finances, il avait en grande partie rédigé le rapport de la commission Attali « pour la libération de la croissance française ». Outre la « décision fondamentale 20 » prescrivant 20 milliards d’euros de réduction des dépenses publiques chaque année et pendant cinq ans, y était formulée « l’externalisation des services périphériques à l’offre de soins, dont les achats de matériel médical ». Douze ans plus tard, l’hôte de l’Élysée lance une grande offensive pour reconstituer les stocks de masques, gants et autres respirateurs…

Stéphane Guérard

Extraits choisis de nos pages dans la dernière décennie :

 

L'Humanité du 14 novembre 2019. Le cri d’alarme des médecins : « L’hôpital va s’écrouler »

Entamée en mars, la mobilisation des personnels soignants vit un tournant ce jeudi. Médecins, infirmiers, tous se retrouvent dans la rue contre les politiques d’austérité qui mettent l’hôpital public en danger. Trois chefs de service parisiens témoignent. «  C’est un phénomène complètement nouveau. (…) De plus en plus de problèmes de sécurité se font jour, au quotidien, tels que des erreurs de soins (…). » Tous s’accordent à dire que l’hôpital paye cher les conséquences des réformes successives en matière de santé.

L'Humanité du 18 juilet 2018. Le personnel sous le choc après un suicide

Rien ne signale particulièrement l’hôpital d’Eaubonne. « Ici, nous partageons les mêmes difficultés qu’ailleurs : les repos et congés rognés pour compléter les équipes incomplètes, les moyens manquants, les blocs fermés faute de personnels spécialisés, tandis que les opérations se bousculent dans les blocs ouverts », déplore Julien Bonnouvrier (syndicaliste CGT).

L’Humanité du 11 janvier 2018. Le blues des blouses blanches à l’Assemblée

À écouter tous les participants, il y aurait de quoi remplir toute une Pléiade en récits de dysfonctionnements. « Dans le Jura, à force de suppressions de services, de lits, de postes, des opérations ont dû être reportées ces dernières semaines parce que, ô surprise, il a fallu faire face à l’épidémie de grippe », raconte une mairesse de petite commune proche de Dole. (…) Au CHU du Kremlin-­Bicêtre, durant les vacances de Noël, 70 patients ont été hospitalisés en service d’urgences. Sa capacité réglementaire est de 20 lits. « Ne nous demandez plus de faire de la qualité. On fait de l’abattage, s’indigne une infirmière. En cas de catastrophe, on ne pourra bientôt plus accueillir autant de victimes que celles des attentats de 2015, puisque tous les hôpitaux parisiens sont en train de fusionner. »

L’Humanité du 24 janvier 2017. La colère infirmière déborde dans la rue

« Désormais, seuls les chiffres comptent. Dans mon service, une réunion mensuelle est consacrée à la mesure de l’activité du bloc, confie Dominique Lanquetin, vice-présidente de l’Union nationale des associations des infirmier-ère-s de bloc opératoire diplômé-e-s d’État (Unaibode). On ne cherche même pas à savoir si le patient a eu un problème. Parfois, le bloc est fermé faute de personnel. » Le patient n’a plus qu’à patienter ! « Nous ne sommes même plus capables d’affronter une épidémie de grippe, renchérit Thierry Amouroux, du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI-CFE-CGC). Les politiques d’austérité nous poussent à l’erreur. » Les erreurs de soins ont fait un bond de 48 % en quatre ans, selon le responsable syndical.

L’Humanité du 13 janvier 2017. Les autorités minimisent leur rôle

À la sortie de leur rencontre avec le chef de l’État, jeudi matin, Marisol Touraine, la ministre de la Santé, et Martin Hirsch, le directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), affichaient les mines rassurantes de ceux qui ont la situation en main. Oubliées, les déclarations alarmantes de la veille. La « pression » liée à l’épidémie s’est un peu « relâchée » grâce aux mesures d’urgence, a expliqué la ministre (…). Peu importe la multiplication des témoignages inquiets, notamment des urgentistes. « Nous ne sommes pas dans une situation de déstabilisation mais de forte mobilisation », a insisté le directeur de l’AP-HP. Manque-t-il des lits d’hospitalisation ? Pas à ses yeux, alors même que la Fédération hospitalière de France déplore la suppression de 16 000 de ces derniers. L’épidémie a-t-elle été assez anticipée ? « La grippe ne dépose pas de préavis », rétorque le responsable de l’AP-HP.

 

L’Humanité du 13 janvier 2017. « Les virus se moquent de la loi du marché »

« La ministre ne peut pas dire qu’elle découvre qu’il y a des épidémies de grippe en hiver, a enchaîné Rose-May Rousseau de la CGT (…).  Les virus n’en ont rien à faire des lois du marché et du capital ». (…) Un problème structurel dans la gestion de l’épidémie de grippe ainsi qu’un souci de philosophie générale ont été dénoncés par les participants, alors qu’une coupe de 3 milliards d’euros de 2015 à 2017 et la suppression de 22 000 postes en trois ans sont prévus par la ministre de la Santé, ­Marisol Touraine, selon les syndicats.

L’Humanité du 13 janvier 2017. La FHF appelle à refonder le système de santé

La Fédération hospitalière de France (FHF), qui regroupe l’ensemble des établissements publics de santé, a appelé jeudi à tirer les enseignements de la crise. Elle souligne que l’ampleur prise par l’épidémie de grippe révèle un défaut d’anticipation mais aussi « les limites de la politique de suppression de lits et d’économies au rabot ».

L’Humanité du 2 mars 2015. 3 milliards d’économies programmées

Le gouvernement a-t-il entendu les professionnels de santé et notamment les urgentistes qui manifestaient cet hiver ? On pourrait en douter après avoir eu connaissance du document du ministère de la Santé. (…) Le journal révèle les détails du plan de 3 milliards d’euros d’économies programmé. (…) Plus précisément, la « maîtrise de la masse salariale » pourrait rapporter 860 millions d’euros. Une somme qui, traduite en nombre d’emplois, représenterait une économie de 22 000 postes. Pour l’instant, le ministère de la Santé avance sur des œufs et précisait samedi à l’AFP que « les économies doivent s’entendre non pas comme une réduction des dépenses mais comme une évolution maîtrisée de l’augmentation des dépenses ».

L’Humanité du 27 février 2015. La grippe, un révélateur gênant

L’épidémie hivernale a surtout mis en lumière les difficultés du système de santé, étranglé par les coupes budgétaires. (…) « Le problème, au fond, n’est pas l’anticipation insuffisante de l’épidémie, souligne Christophe Prudhomme, médecin urgentiste et responsable de la CGT santé, mais le fait que notre système n’est plus capable d’absorber une forte grippe comme celle de cette année. » « On a trop tiré sur la corde, et ça craque de partout », résume le syndicaliste, qui pointe la « responsabilité morale » des élus qui ont voté la loi de finances 2015.

 

L’Humanité Dimanche du 26 février 2015. Comment l’épidémie de grippe a démontré la faillite de l’hôpital public

Panique à la tête des agences régionales de santé. Comment une épidémie de grippe hivernale a-t-elle pu déborder les hôpitaux ? (…) L’Association des médecins urgentistes de France (Amuf) avertissait sur « le risque d’effondrement de nos structures par la fuite des praticiens devant ces conditions de travail dégradées ». Pour Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Amuf et de la CGT, la situation était « prévisible ». (…) En cause surtout : les politiques budgétaires qui ont supprimé 100 000 lits hospitaliers en quinze ans.

L’Humanité du 22 octobre 2013. Services d’urgences : ça explose

Aux urgences, quelles qu’elles soient, les jours se succèdent et se ressemblent, avec des patients « rangés » dans des couloirs encombrés, dans un alignement de brancards. (…) Le constat est d’autant plus inquiétant qu’avec la fermeture annoncée des urgences de l’Hôtel-Dieu (Paris 4e), tous les autres services vont imploser. (…) Patrick Pelloux, président de l’Amuf, le répète depuis des années : « Trop de lits ont été fermés. » De 313 451 lits d’hospitalisation en 2002, on est tombé à 255 758 en 2011 (source Dares), soit 57 693 lits supprimés dans les seuls hôpitaux publics.

L’Humanité Dimanche du 15 mars 2012. Saturation des services

La saturation, ces dernières semaines, des services d’urgences par l’épidémie de grippe l’a bien illustré : le désengagement de la médecine libérale, notamment en seconde partie de nuit, conduit à un déport de la permanence des soins vers les urgences des hôpitaux publics qui n’est plus tenable.

L'Humanité du 30 septembre 2011 Une spirale infernale

Deux millions d’euros d’économies sur les dépenses de personnel. Voilà ce que prévoit le nouveau budget présenté par le directeur du CHSF (Centre hospitalier sud-francilien). (…) « On risque d’avoir de grosses difficultés à faire tourner le service pédiatrique cet hiver, alors que l’activité triple en cette saison du fait des épidémies de gastro-entérites et de bronchiolites. »

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