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démocratie, élections, extême-droite   depuis juillet 2022

13 juillet 2022

« Uber Files » : un asservissement volontaire aux intérêts privés

Martine Orange sur www.mediapart.fr

L’enquête des « Uber Files » offre un dévoilement du mode de pensée de ce gouvernement : ce n’est pas tant une capitulation qu’un asservissement volontaire aux puissances de l’argent et à leurs modèles. Au nom de la start-up nation.  

C’était le premier grand discours de politique économique et industrielle, et peut-être pour tout dire de politique, d’Emmanuel Macron. Le président tout juste élu avait choisi de le délivrer à Vivatech, le rendez-vous des start-up et de l’innovation en France. Ce 15 juin 2017, Emmanuel Macron traça ce qu’il entendait faire de son mandat : « Je veux que la France soit une start-up nation. Une nation qui pense et agit comme une start-up. »

En quelques mots, il définissait sa vision de la nation, une vision mythifiée, fantasmée de l’économie « parfaite ». Un monde où il n’y a plus d’histoire, de corps social, mais juste une organisation qui répond à son conseil d’administration, ses actionnaires et ses fonds d’investissement, en recherche permanente d’un modèle de croissance et de revenus, quel qu’en soit le coût, quels que soient les échecs des solutions défendues à un moment.

Cinq ans plus tard, la formidable enquête sur les pratiques d’Uber mises à jour par le Consortium international des journalistes d’investigation (CIJI) , publiée notamment par Le Monde, Radio France et The Guardian, vient dévoiler l’envers de ce que sous-tendait ce discours. Bien sûr, il y avait déjà des bribes d’information qui émergeaient ici et là, au fil de certains dossiers, sur certaines pratiques occultes et peu avouables. Mais le dossier « Uber Files », avec ses milliers de mails, d’échanges, de textes, de notes nous offre un dévoilement de ce que ce pouvoir cherchait à masquer : ce n’est pas tant une capitulation qu’un asservissement volontaire aux puissances de l’argent.

La facilité avec laquelle Uber, à partir de 2015, a trouvé non pas une oreille attentive mais complaisante en la personne d’Emmanuel Macron, alors ministre de l’économie, démontre le degré de collusion intellectuelle qui sévit dans l’appareil d’État. Les dix-sept rendez-vous cachés entre Emmanuel Macron et le fondateur d’Uber, Tracy Kalanick, les 50 échanges pour faire lever les obstacles réglementaires, bloquer les investigations judiciaires et fiscales, les manœuvres pour réécrire la loi nous renvoient, pour notre plus grande honte, à des pratiques de république bananière, où certains, profitant de leur position, entendent favoriser les intérêts privés au détriment de l’intérêt général, où la duplicité et la déloyauté à l’égard de toutes les formes de démocratie deviennent la norme.

Bravache, Emmanuel Macron assume. Au nom de l’efficacité. « J’étais ministre. Le ministre que je suis a fait son travail. On a trop vu une espèce d’ambiance qui serait que voir les chefs d’entreprise, en particulier étrangers, ce serait mal. Je l’assume à fond. […] Cela a toujours été officiel, avec des collaborateurs. J’en suis fier. S’ils ont créé des emplois en France, je suis hyperfier de ça. Et vous savez quoi ? Je le referai demain et après-demain », a-t-il déclaré en marge d’un déplacement à Crolles (Isère), où le groupe STMicroelectronics doit investir 5,6 milliards d’euros pour développer de nouvelles productions de semi-conducteurs. Avant de déclarer vulgairement : « Ça m’en touche une sans faire bouger l’autre. » Preuve, malgré tout, d’une certaine nervosité sur un dossier censé « être vide ».

Être sur la photo

« La démocratie est par définition désordonnée. Si tout ce que je devais faire était de produire un widget [application web ou mobile – ndlr], sans m’inquiéter de savoir si les plus pauvres peuvent y accéder, ni me préoccuper d’éventuels dommages collatéraux, alors les recommandations des patrons de la Silicon Valley seraient formidables », expliquait Barack Obama devant un parterre de dirigeants de la high-tech en 2015. Cette prise de distance de l’ancien président américain traduit à l’époque un réveil tardif face à la constitution de géants du numérique qui, en quelques années, sont parvenus à se tailler des monopoles ou des oligopoles mondiaux, échappant à tout contrôle étatique. Depuis, après des années de laisser-faire, les représentants américains tentent de reprendre – un peu – la main.

Le réveil face au danger que peuvent constituer les géants du numérique – au-delà de la propagation d’informations fausses et extrémistes, le seul domaine qui préoccupe le gouvernement – n’a jamais eu lieu chez Emmanuel Macron. Au contraire. Il y a chez lui non seulement une adhésion mais une fascination pour ce monde de milliardaires qui dominent le monde. Il veut en être ou au moins être sur la photo avec les grands de ce monde-là, ceux qui ont réussi. Et pour cela, depuis ses débuts à la commission Attali en 2009, qui a forgé sa conception du monde économique, il est prêt à beaucoup.

Son voyage au salon high-tech de Las Vegas (Arizona) en 2016, alors qu’il préparait déjà en coulisse sa candidature à l’élection présidentielle, est à cet égard tout sauf anecdotique : il se devait d’être parmi les grands du numérique et de manifester son allégeance. Organisé par Business France, dirigé alors par Muriel Pénicaud, ce déplacement de plus de 230 000 euros se fit en dehors de toutes les règles des marchés publics. Mais Emmanuel Macron n’allait pas s’arrêter pour si peu. Depuis, le président n’a plus à s’embarrasser de ces détails d’intendance : il invite tout ce beau monde une ou deux fois par an à Versailles, aux frais de l’État.

Derrière cette attirance pour les dirigeants du numérique, il y a bien sûr l’attachement profond au néolibéralisme, dont Emmanuel Macron a embrassé toutes les composantes. Mais il y a un peu plus que cela : il semble adhérer à la croyance des libéraux les plus doctrinaires du XVIIIe siècle, pour lesquels l’argent vient en quelque sorte récompenser la vertu et la fortune est la manifestation de la « main invisible » de Dieu. En bref, leurs milliards sont la consécration de leurs qualités. Cela vaut aussi bien pour Bernard Arnault (LVMH) que pour Larry Fink (BlackRock) ou Jeff Bezos (Amazon).

La disruption, synonyme de casse sociale

Dans les écrits publiés dans le cadre de l’enquête « Uber Files », Emmanuel Macron insiste à plusieurs reprises sur le parallèle qu’il convient de dresser entre lui et le fondateur d’Uber, sur une sorte de communauté de destin entre les deux hommes. Comme Travis Kalanick, il est jeune – les deux hommes ont moins de 40 ans alors –, comme lui il ambitionne de changer le monde, il prône un modèle « disruptif ».

La « disruption » à laquelle se réfère Emmanuel Macron s’inscrit dans la tendance la plus libertarienne, la plus régressive du capitalisme. L’État n’est pas seulement le mal absolu mais toute règle, toute de loi est considérée comme néfaste. Loin d’être une entreprise de « libération », de « modernisation », Uber est le modèle d’un technoféodalisme, selon la définition de Cédric Durand, qui entend n’avoir aucune limite à sa volonté de puissance et de domination.

La casse du droit social, de toutes les règles de protection, est une composante essentielle de ce modèle. Y compris en passant par le recours à la violence. « Cela vaut le coup », prône son fondateur lorsque le groupe envisage des affrontements directs avec les taxis en France. Il sera débarqué par la suite, après des accusations de harcèlement et de maltraitance dans son groupe.

Si Uber a tellement intégré cette violence sociale, c’est que le groupe n’a pas d’autre moyen de différenciation. En dépit de ses algorithmes et de ses plateformes, la société n’offre pas d’avantages tels qu’ils lui permettent de s’imposer par rapport à ses concurrents. Sa seule marque de distinction par rapport à eux, c’est le cassage de prix, obtenu par la régression sociale. Et même cela ne suffit pas à affirmer le succès économique de son modèle : depuis sa création en 2019, Uber, malgré ses 17 milliards de dollars de chiffre d’affaires, ses 41 milliards de capitalisation boursière, n’a jamais gagné d’argent.

Emmanuel Macron a-t-il pris une fois le temps de regarder ces chiffres ? Des géants du numérique, il a retenu surtout la leçon que la régression sociale, le contrôle des personnes sont des dégâts collatéraux acceptables, voire justifiables, comme son quinquennat l’a prouvé à maintes reprises, s’ils permettent d’avancer. Non pas vers des lendemains qui chantent, vers le progrès – dans son discours à Vivatech de juin 2017, le mot n’est pas prononcé une seule fois –, mais vers « l’innovation » – terme prononcé 24 fois dans le même discours.

La politique du solutionnisme technologique

Pour le capitalisme financiarisé, l’innovation, c’est le Saint Graal du monde moderne, ce qui permet de justifier toutes les spéculations, tous les échecs aussi. Et pour le gouvernement, elle est la clé de la réponse à tous les défis, à commencer par l’immense question des dérèglements climatiques. À chaque problème, il y a une solution, une application, une plateforme numérique, un numéro vert.

La première marque de ce mode de gouvernement se retrouve dans le rapport Attali, dont Emmanuel Macron a été la principale plume. Derrière des thématiques ronflantes, comme la « libéralisation de la croissance », « la modernisation du dialogue social », « un État stratège et efficient », les participants avaient listé une série de sujets, censés être les points de blocage de la société, ressemblant à un inventaire à la Prévert. Tout y passait, de l’éducation aux professions réglementées, en passant, bien sûr, par les taxis.

Lors de sa loi « pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques », présentée en 2016, Emmanuel Macron reprit la formule. Là encore, le texte y parlait de tout, des bus Macron, de l’ouverture des commerces le dimanche ou de la réforme des prudhommes. Les « Uber Files » mettent en lumière l’intérêt du procédé : cela permet d’y inclure des amendements fournis « clés en main » par des groupes d’intérêts privés à quelques parlementaires convaincus pour introduire un sujet, sans risquer d’être accusés de faire quelque cavalier législatif. Fort de ces amendements tombés à point nommé, Emmanuel Macron a pu s’emparer du dossier Uber, et imposer ses vues, et surtout celles du groupe américain, malgré l’opposition du gouvernement et du Parlement.

Depuis plusieurs années, le Conseil constitutionnel et le Conseil d’État ne cessent d’alerter le gouvernement sur l’illisibilité de la loi, la mauvaise qualité des textes législatifs devenus de vrais fourre-tout, sur l’absence d’études d’impact, qui représentent autant d’atteintes au bon fonctionnement démocratique. Aucune de leurs remarques n’a entraîné de changement. De la loi Pacte à celle sur la sécurité intérieure, les textes et les mesures s’empilent sans ligne directrice, permettant l’introduction à tout moment d’amendements « clés en main » bienvenus pour la défense de quelques lobbies. Cela a été vrai pour la réforme du Code du travail, les différents changements fiscaux, la levée de l’interdiction des néonicotinoïdes, ou tant d’autres domaines. Car rien de ce qui touche à l’État n’échappe aux appétits privés, et le gouvernement n’entend pas y faire obstacle.

Une administration parallèle

« Tout était officiel », assure aujourd’hui Emmanuel Macron pour justifier son rôle auprès d’Uber. Pourtant, aucune des rencontres avec le fondateur d’Uber n’a été inscrite sur son agenda officiel. Interrogés, les ministres de l’époque et, parmi eux, les premiers concernés, Michel Sapin, alors ministre des finances, et Alain Vidalies, ministre des transports, disent « tomber des nues ». Jamais ils n’ont été informés des discussions et des démarches entreprises par le ministre de l’économie.

Ce n’est pas la première fois que l’existence d’une sorte d’« administration parallèle » est mise au jour dans le parcours d’Emmanuel Macron. Dès son arrivée au secrétariat adjoint de l’Élysée, il a institué des circuits opaques, en dehors du fonctionnement normal des institutions.

L’affaire Alstom est la plus emblématique : dès septembre 2012, en dehors de toute concertation avec les ministres concernés, le jeune secrétaire adjoint de l’Élysée commençait à organiser la cession des activités électriques du groupe français à General Electric, dans la plus totale opacité. Mais la façon dont ont été traités le rachat d’Alcatel par Nokia, le dépeçage de Technip par son concurrent américain FMC, l’exécution de Lafarge par le suisse Holcim, la fermeture d’une partie de la recherche du groupe Sanofi, tend à prouver que la pratique est bien ancrée.

Mais rien n’aurait été possible si Emmanuel Macron n’avait pas bénéficié de soutiens explicites au sein de l’appareil d’État. Cela fait des années, désormais, que des chercheurs et des universitaires alertent sur la décomposition de la haute administration, sur le minage intellectuel des élites. Définitivement convertie aux mérites du néolibéralisme, une majorité de ces hauts fonctionnaires ne voit l’État que comme une partie prenante comme les autres, qui doit se soumettre aux règles du privé. Mieux : l’État doit se mettre au service des intérêts privés, toute notion d’intérêt général ayant été balayé au passage

Désormais, les lobbies ont table ouverte dans les différents ministères, sans qu’il soit possible d’évaluer leur action : Bercy et l’Élysée s’opposent à toute mesure de transparence. Le privé s’est installé à tous les étages de l’action publique, comme l’a révélé la commission d’enquête sénatoriale sur les cabinets privés de conseil. La réforme de la haute fonction publique permettant les allers et retours entre public et privé, enterrant toute règle sur les conflits d’intérêts, vient parachever cette reddition en rase campagne.

En remerciement

Officiellement, la défense d’Uber comme de tous les géants du numérique ou d’autres groupes se justifie, aux yeux d’Emmanuel Macron, par l’emploi, la création de richesses, la transformation de la France. Mais est-ce la vraie raison ? Depuis la révélation des « Uber Files », la question revient, lancinante. Et elle se pose avec encore plus d’insistance depuis que le lanceur d’alerte Mark MacGann, ancien lobbyiste d’Uber, a dévoilé s’être mis au service d’Emmanuel Macron pendant sa campagne présidentielle de 2017.

Celui-ci dit avoir organisé plusieurs dîners destinés à lever des fonds en France et dans la Silicon Valley. Les participants à ces réunions y étaient invités à apporter jusqu’à 7 500 euros – seuil légal du financement politique - pour aider au financement de la campagne du candidat. De la même manière, McKinsey avait mis gratuitement à la disposition du ministre de l’économie une équipe pour l’aider à élaborer son programme de campagne. D’autres lui ont fourni des salles à des prix au rabais.

La commission des comptes de campagne n’a rien à trouver à redire à ces pratiques. Les dirigeants ont vite été remerciés cependant. Dès juillet 2017, à la suite de l’insistance de représentants du CAC 40 dont les noms n’ont jamais été révélés, Emmanuel Macron décidait d’accélérer la suppression de l’impôt sur la fortune et l’instauration de la flat tax sur les revenus financiers. Depuis, les mesures en faveur du capital s’additionnent. En dix ans, les grandes fortunes françaises sont celles qui ont connu la plus forte augmentation de leurs richesses dans le monde occidental, selon le rapport sur les richesses dans le monde établi par Crédit suisse.

publié le 12 juillet 2022

Macron a plus de raisons de démissionner
que Boris Johnson

sur https://www.frustrationmagazine.fr/

Le 7 juillet dernier, Boris Johnson, premier ministre britannique, annonçait sa démission. L’angle choisi par la presse française était peu explicatif : Peu d’articles titraient ou expliquaient dans leurs en-têtes les motifs de la démission de Boris Johnson. Ils restaient relativement vagues dans le meilleur des cas (“une suite de scandales”).  Cet article du Monde, par exemple, porte tout entier sur la démission de ce dernier, désigné comme “discrédité par les scandales”, mais ne prend pas la peine d’en expliciter un, et certainement pas le dernier en date. 

Pourtant Boris Johnson a démissionné à la suite de faits précis. Tout d’abord la pression mise par son propre gouvernement, dont une cinquantaine de membres ont démissionné, en signe de protestation.  Pourquoi toutes ces démissions ? Cela faisait suite à la nomination de Chris Pincher au gouvernement, parlementaire accusé d’agressions sexuelles. Il a été dévoilé que Boris Johnson était au courant de ces accusations au moment de la nomination.  Le lecteur attentif, qui suit la politique française, ne peut pas s’empêcher de trouver cette affaire familière. Un exécutif qui soutiendrait des ministres accusés de viols, ça ne vous rappelle pas quelque chose ? 

En France, Damien Abad et Gerard Darmanin ont tous deux été nommés ministres alors qu’ils étaient visés par des plaintes pour viol – des plaintes donc, pas de simples accusations verbales. Pire, ces accusations étaient de notoriété publique. Ce qui est donc un scandale absolu de l’autre côté de la Manche n’a pas ému grand monde du côté de la Macronie. 

Notre pays s’est tellement habitué à l’ignominie et à l’absence de décence de notre classe dirigeante que celle-ci ne se rend plus comptable de rien, ne se sent plus en besoin de se justifier de rien. A tel point qu’imaginer la même situation ici que là-bas, c’est-à-dire l’intégralité de notre gouvernement qui démissionnerait en signe de protestation pour la nomination de ministres explicitement accusés de viols relève de la science-fiction. 

La presse française a raison de dire que le scandale Pincher n’est, dans le cas de Boris Johnson, que le dernier en date d’une longue liste, même si c’est bien ce dernier qui aura entraîné sa démission. Parmi ces scandales : le “partygate”. Pour la faire courte, Boris Johnson allait faire la fête pendant les restrictions Covid qu’il imposait à sa population.

La France n’a d’ailleurs pas été étranger à ce type de scandales. Des allégations avaient été faites de participation de ministres à des dîners clandestins, y compris par le grand bourgeois Pierre-Jean Chalençon qui en organisait, qui avait fini par revenir sur ses propos devant le tollé en plaidant “l’humour”. Médiapart avait également permis d’en savoir plus sur l’organisation de déjeuners et de dîners illicites dans des palaces, à destination de la bourgeoisie et de notre classe politique. 

Le parallèle entre la situation britannique et la situation française, pourtant jamais relevé par nos médias, n’en est alors que plus frappant.  La nomination de ministres accusés de viols, en plus de ne pas faire réellement scandale en France, n’est pas le premier fait d’arme de la Macronie. Cela arrive, ici aussi, après une très longue liste d’ “affaires”. .  Pire, ces scandales et mensonges d’Etat sont d’une gravité et d’une ampleur bien plus grave que les scandales britanniques (du moins que ceux ayant précédés la nomination de Chris Pincher). 

Parmi ceux-là, on peut notamment citer :

  • L’affaire Benalla (mai 2018) : l’ami du président, Alexandre Benalla, se déguise en policier avec l’aval de la hiérarchie policière et violente un couple de manifestants lors du 1er mai. La vidéo sera révélée par Taha Bouhafs, à la suite de laquelle il sera régulièrement arrêté et violenté par la police. La veille de la perquisition chez lui, le coffre-fort d’Alexandre Benalla dans lequel il rangeait ses armes est “déménagé” par un ancien des forces spéciales, et ne sera jamais retrouvé. A la suite de cela, la police tentera de perquisitionner Médiapart qui avait enquêté sur l’affaire (l’Etat sera finalement condamné pour cette tentative illégale de perquisition). La réaction la plus célèbre de Macron à cette affaire d’une gravité inouïe, qui n’aura entraîné aucune démission d’importance, restera son adresse provocante à la population mécontente “qu’ils viennent me chercher” .

  • La mort de Zineb Redouane (décembre 2018) : Zineb Redouane, femme algérienne de 80 ans, est morte après avoir été atteinte par une grenade lancée par la police. La version du gouvernement aura été donnée par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Christophe Castaner : «Zineb Redouane est sur son balcon, elle ne manifeste pas, elle est atteinte par une grenade lacrymogène, elle va à l’hôpital parce qu’elle est blessée dans ce cadre-là, et l’enquête indique qu’elle meurt d’un choc opératoire. Alors je veux bien qu’on accuse la police de tout ! ». 

  • L’éborgnement de Jérôme Rodrigues (janvier 2019) : En plein live Facebook, Jérôme Rodrigues est blessé et perd son œil. Le secrétaire d’Etat à l’intérieur, Laurent Nunez, déclare qu’“aucun élément ne permet de dire qu’il a été blessé par un tir de LBD”. 

  • L’affaire Geneviève Legay (mars 2019) : Lors d’une manifestation un policier pousse une dame de 72 ans, lui fracassant le crâne. Une enquête est lancée, le procureur de Nice la confie à la compagne du policier incriminé. Le président Macron affirme que “cette dame n’a pas été en contact avec les forces de l’ordre”. Le procureur de Nice abonde dans le sens du Président, avant de se rétracter et de confirmer qu’il a menti pour ne pas embarrasser Macron. A la suite de tout cela, les journalistes de Médiapart seront convoqués à plusieurs reprises par la police en raison de leurs enquêtes ayant démontré les mensonges de la présidence de la République. 

  • L’affaire de la Salpêtrière (mai 2019) : Lors du 1er mai, des manifestants sont violentés par la police. Paniqués, ils tentent de se réfugier dans un bâtiment à proximité. Ce bâtiment se trouvera être un service de réanimation hospitalier (non-indiqué comme tel). Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, se saisit médiatiquement de l’affaire et fait passer cela pour “une attaque d’un hôpital » par des hordes d’extrême gauche. Les vidéos finiront par fuiter, ainsi que les témoignages du personnel hospitalier, démontrant l’énième mensonge d’Etat : les black blocs assoiffés de sang étaient finalement de simples manifestants apeurés, dont certains particulièrement âgés. Sans ces révélations les suites judiciaires à leur encontre auraient pu être très graves. 

  • L’affaire des masques (mars 2020) : en raison d’une impréparation totale aux risques pandémiques pourtant absolument documentés depuis des années, la France n’est pas équipée en masques lorsque la pandémie de Covid-19 frappe le pays. Plutôt que d’admettre la situation, le gouvernement dissimule la pénurie et ment sur l’absence d’efficacité des masques. Il faudra attendre que l’approvisionnement soit suffisant pour que soudain ceux-là deviennent pertinents et obligatoires. C’est encore un mensonge d’Etat, tout à fait grossier. 

  • L’ “affaire” Alexis Kohler (juin 2020) : En juin 2018, Alexis Kohler, fidèle de Macron, secrétaire générale de l’Elysée et ex-directeur de son cabinet lorsqu’il était ministre de l’Economie, est visé par une plainte d’Anticor (association de lutte contre la corruption) pour “prise illégale d’intérêt”, “trafic d’influence” et “corruption passive”. Il est soupçonné d’avoir favorisé l’entreprise Mediterranean Shipping Company (grosse entreprise italo-suisse de croisières et de porte-conteneurs). En effet, le cousin de Kohler se trouve être le propriétaire du groupe MSC et Alexis Kohler a lui-même travaillé pour la firme en tant que directeur financier. Macron est alors intervenu directement via une note remise à l’été 2019 au parquet national financier. Un mois plus tard l’enquête est classée sans suite.     

  • L’affaire McKinsey (mars 2022) : Le gouvernement français a fait appel pour près d’1 milliards d’euros par an aux services des cabinets de conseil pour concevoir sa politique, avec des résultats plus qu’incertains. Parmi ceux- là, le cabinet McKinsey dont on a appris qu’il ne payait pas d’impôts en France. Par ailleurs, le responsable des marchés public de McKinsey, Karim Tadjeddine, est un ami de Macron et a aidé gratuitement sa campagne de 2017. Voir notre vidéo pour en savoir plus. 

  • L’affaire des UberFiles (juillet 2022) : A l’époque où il était ministre de l’économie de François Hollande, Emmanuel Macron entretenait des relations secrètes avec l’entreprise Uber afin de faciliter son entrée sur le marché français, au détriment des taxis et de la réglementation française sur le droit du travail. A l’époque il affirmait que ce n’était jamais arrivé : encore un mensonge d’Etat. Par ailleurs, on a ensuite appris que le lobbyiste d’Uber, après avoir réussi à imposer son agenda au ministre Macron, l’a aidé à financer LREM, le parti qu’il créait pour sa campagne de 2017.  

Toutes choses égales par ailleurs, la nomination de ministres accusés de viols par Emmanuel Macron aurait donc dû être, ici aussi, l’énième scandale après une longue multitude d’autres qui aurait dû entraîner, enfin, sa destitution. A aucun moment le parallèle n’est fait dans la presse française qui choisit d’ailleurs des angles qui ne permettent pas spontanément de faire cette comparaison pourtant évidente. Les journaux français les plus audacieux parlant à propos de la démission de Boris Johnson de “scandales sexuels”, auxquels il faudrait rappeler qu’une orgie n’est pas du même ordre qu’une affaire d’agressions sexuelles. 

De ce point de vue la mise en perspective avec les titres choisis par la presse britannique est assez saisissante.

La presse française ne tait pas les scandales mais elle ne leur donne pas l’ampleur qu’ils méritent et qui devraient entraîner la destitution normale, dans un pays démocratique, d’un président et de gouvernements successifs couverts de honte par leurs multiples mensonges d’Etat. Mais cela n’a peut être pas rien à voir avec la propriété des médias, pour la plupart possédés par des milliardaires, plutôt avantagés par les politiques macronistes. 

Alors, si la méthode britannique pour exiger un semblant de respect démocratique ne fonctionne pas ici, peut-être faut-il chercher l’inspiration du côté du Sri Lanka ?

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