PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
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économie - capitalisme depuis janvier 2023

  publié le 4 février 2023

Retraites. Le grand retour des cotisations sociales

Clotilde Mathieu sur www.humanite.fr

Pour éviter le recul de l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans, les Français se disent prêts à cotiser plus. Tailler dans les exonérations pourrait aussi assurer l’équilibre financier du régime général.

Le soutien à la hausse des cotisations pour financer la retraite est massif dans toutes les couches de la population, sauf du côté du patronat (40%). © Sameer Al-Doumy / AFP

Plutôt que de travailler plus longtemps, une majorité de Français (59 %) seraient prêts à cotiser plus. Le sondage publié dans « le JDD », réalisé par l’Ifop, juste avant la présentation du projet de réforme, signe le grand retour des cotisations sociales. Ce mécanisme solidaire consiste à prélever un pourcentage du salaire des actifs pour dégager des ressources visant à financer notamment les pensions du régime général, ainsi que les retraites complémentaires. Cette rémunération différée (actifs et cotisants d’hier, devenus retraités, voient leurs pensions financées par les actifs d’aujourd’hui) reste la première entrée d’argent pour le système (64,5 %), même si sa part ne cesse de se réduire. Celle-ci était de 83 % en 2003 et de 75 % en 2013.

Augmenter les cotisations permettrait d’échapper à la double peine inscrite dans le projet gouvernemental (recul de l’âge de départ à 64 ans plus accélération de la hausse de la durée de cotisation à 43 ans). L’économiste Michaël Zemmour l’affirme. En reprenant les hypothèses de l’exécutif d’un déficit du régime de 12 milliards d’euros en 2027, il a calculé ce que les salariés devraient payer « en jouant uniquement sur le levier des cotisations et sans mesure d’âge ». En prenant les projections du Conseil d’orientation des retraites (COR) sur la progression du salaire moyen, ainsi que l’hypothèse d’une hausse des cotisations de 0,8 point, l’effort demandé aux salariés serait en moyenne de 11 euros en 2024 pour atteindre 28 euros mensuels (336 euros annuels) en 2027. Quant à un smicard à temps plein, « sans coup de pouce », l’augmentation de ses cotisations se monterait à 14 euros par mois (168 par an). « Cette hausse pourrait ralentir très fortement entre 2027 et 2040 puis s’arrêter, à condition que l’État maintienne son niveau actuel d’engagement dans le système constant », poursuit l’économiste.

En finir avec les exonérations

La mesure a pour défaut de faire porter l’effort sur tout le monde, y compris les travailleurs pauvres. Mais les parades sont possibles. La CGT propose une hausse des salaires. Avec 5 % dans le privé, cette augmentation alimenterait de « 9 milliards de cotisations supplémentaires la branche retraites ». Soit « la moitié de ce que le gouvernement espère économiser avec sa réforme injuste ». De même, l’embauche de 400 000 fonctionnaires dans la fonction publique hospitalière permettrait de collecter 5 milliards d’euros de plus.

Une hausse légère (de 14 euros par mois pour un smicard) suffirait à générer 12 milliards de recettes.

Les cotisations patronales peuvent elles aussi être mises à contribution, d’autant que les entreprises ont bénéficié de nombreuses exonérations depuis trente ans. Initiée en 1993, poursuivie tout au long de la décennie 2000, l’utilisation de cet instrument a atteint son paroxysme en 2015 avec le pacte de responsabilité et de solidarité actant une baisse de 1,8 point des cotisations sociales, jusqu’à 1,6 Smic, étendue jusqu’à 3,5 Smic en 2016. Si bien qu’à ce jour, le manque à gagner atteint 75 milliards d’euros. Tout cela pour un résultat médiocre pour l’économie. Le Conseil d’analyse économique estime dans une récente étude que ces exonérations auraient surtout servi à améliorer la marge des entreprises.

Soumettre l’épargne salariale

Au minimum, Terra Nova, fondation proche du PS, propose de mettre fin aux exonérations de cotisation pour les salaires « entre 1,6 et 3,5 Smic, dont il a été démontré qu’elles n’ont pas d’effet significatif sur l’emploi et la compétitivité ». Ce qui permettrait de « générer près de 4 milliards d’euros d’économies », calcule le think tank. La CGT envisage d’aller plus loin, en examinant tous les dispositifs d’exonération de cotisations sociales.

Outre le niveau des cotisations, « l’assiette » qui sert de base sur laquelle sont appliqués les taux des différentes cotisations et contributions pourrait elle aussi subir une sérieuse révision. Soumettre à cotisations l’épargne salariale jusqu’ici exemptée, via la CSG (contribution sociale généralisée) et le forfait social, générerait 3,5 milliards d’euros supplémentaires par an. « En contrepartie, développe Michaël Zemmour, les salariés obtiendraient des droits à la retraite sur les sommes versées par l’employeur au titre de l’épargne salariale. » En revanche, à l’horizon 2070, prévient l’économiste, l’effet serait neutre, ces nouvelles cotisations finançant de nouveaux droits par les salariés.

Et pourquoi pas une « cotisation spéciale » ? Selon les calculs de l’économiste communiste Denis Durand, les cotisations sociales prélevées sur les revenus financiers pourraient rapporter un peu plus de 61 milliards d’euros la première année, si l’on prend en compte les dividendes, plus-values boursières, taux d’intérêt… Cette mesure aurait un double avantage, souligne l’auteur du calcul : « Désintoxiquer l’économie de la finance, mais aussi mieux faire contribuer les revenus du capital des ménages. » Ainsi, une réforme des retraites se parerait de vertus.

Aucune urgence à réformer

Les syndicats martèlent qu’il n’y a aucune « urgence financière » à réformer le système de retraite. Ce qui fut confirmé, jeudi 19 janvier, lors de la première journée d’action et de grève, par le président du Conseil d’orientation des retraites, Pierre-Louis Bras, auditionné par la commission des Finances de l’Assemblée nationale. « Les dépenses de retraite sont globalement stabilisées et même à très long terme, elles diminuent dans trois hypothèses sur quatre. (…) Donc, les dépenses de retraite ne dérapent pas, elles sont relativement maîtrisées », a-t-il expliqué.


 


 

Ces 3 solutions pour financer nos retraites que le gouvernement refuse

Cyprien Boganda et Clotilde Mathieu sur www.humanite.fr

Une réforme « sans tabou ». C’est ce que promettait Emmanuel Macron le 12 septembre 2022, avant de se lancer dans la bataille des retraites. Sauf que sur le point clé des sources de financement de notre systèmes de retraites, il y a beaucoup de tabous que l’exécutif refuse de faire tomber. Pourtant ces solutions sont valables. Démonstration.

Une réforme « sans tabou ». C’est ce que promettait Emmanuel Macron, devant des journalistes politiques réunis le 12 septembre2022, avant de se lancer dans la bataille des retraites. Dans le débat public, le concept de tabou est souvent utilisé par les promoteurs du libéralisme pour disqualifier leurs adversaires, caricaturés en défenseurs de vieilles lunes incompatibles avec l’entrée dans la modernité – au hasard : les 35 heures, le droit du travail, la retraite à 60 ans, etc.

Mais en matière de tabou, il en est un que, pour le coup, l’exécutif refuse de faire tomber : en Macronie, toute hausse des cotisations sociales est proscrite pour ne pas « alourdir le coût du travail ». Le déficit du régime des retraites, évalué à 12 milliards d’euros en 2027 par le gouvernement, devra donc être épongé en forçant les travailleurs à allonger leur vie professionnelle.

Les Français, pourtant, ne sont pas du même avis : non contents de rejeter massivement le projet gouvernemental, ils seraient disposés à explorer la piste écartée d’emblée par l’exécutif. Selon un sondage réalisé par l’Ifop pour le JDD, en janvier, 59 % des Français (non retraités) seraient « prêts personnellement à cotiser davantage pour éviter de partir plus tardivement à la retraite   ». Le chiffre grimpe même à 63 % chez les électeurs de Renaissance, le parti présidentiel.

La cotisation est un mécanisme solidaire consistant à prélever un pourcentage du salaire des actifs pour dégager des ressources visant à financer, notamment, les pensions du régime général, ainsi que les retraites complémentaires. Cette rémunération différée (actifs et cotisants d’hier, devenus retraités, voient leurs pensions financées par les actifs d’aujourd’hui) reste la première entrée d’argent pour le système (64,5 %), même si sa part ne cesse de se réduire. Celle-ci était de 83 % en 2003 et de 75 % en 2013.

Augmenter les cotisations sociales

De combien faudrait-il augmenter les cotisations des travailleurs pour dégager 12 milliards d’euros ? L’exercice a été réalisé par l’économiste Michaël Zemmour. En prenant les projections du Conseil d’orientation des retraites (COR) sur la progression du salaire moyen, ainsi que l’hypothèse d’une hausse des cotisations de 0,8 point, l’effort demandé aux salariés serait en moyenne de 11 euros en 2024 pour atteindre 28 euros mensuels (336 euros annuels) en 2027. Quant à un smicard à temps plein, « sans coup de pouce », l’augmentation de ses cotisations se monterait à 14 euros par mois (168 heures par an). « Cette hausse pourrait ralentir très fortement entre 2027 et 2040 puis s’arrêter, à condition que l’État maintienne son niveau actuel d’engagement dans le système constant   », note l’économiste. La mesure a pour défaut de faire porter l’effort sur les seuls salariés, y compris les travailleurs les plus pauvres.

L’autre moyen pour faire rentrer les cotisations sans amputer le pouvoir d’achat est bien d’augmenter les salaires. Avec 5 % de hausse salariale dans le privé, « 9 milliards de cotisations supplémentaires pour la branche retraites » entreraient dans les caisses de retraite, estime la CGT. Soit les trois quarts de ce que le gouvernement espère économiser avec sa réforme ! L’autre variable clé est celle de l’emploi. Par exemple, l’embauche de 400 000 fonctionnaires dans la fonction publique hospitalière permettrait de collecter 5 milliards d’euros de plus.

Réévaluer les exonérations aux entreprises

Les cotisations patronales peuvent elles aussi être mises à contribution. Depuis 1993 et sous la pression d’un lobbying efficace, la France a empilé les dispositifs fiscaux à destination des entreprises : allégements de cotisations en dessous de 1,2 Smic (1993-1998) ; exonérations liées au passage aux 35 heures (1998-2002) ; allégements « Fillon » (2003-2005) ; crédit d’impôt compétitivité emploi (2012), etc. En matière de réduction du « coût » du travail, l’objectif est atteint : « Au total, les cotisations sociales et patronales qui financent les régimes de Sécurité sociale sont désormais nulles au niveau du Smic », se félicitait France Stratégie en juillet 2017.

Mais l’empilement de ces dispositifs représente un coût exorbitant pour l’État, avec un manque à gagner estimé à 75 milliards d’euros. L’efficacité économique n’a, quant à elle, jamais été réellement démontrée. Selon la théorie économique libérale standard, une baisse du « coût du travail » permettrait de créer plus d’emplois. Dans une étude parue en octobre 2022 (« Un capitalisme sous perfusion »), plusieurs économistes ne vont vraiment pas dans ce sens (1).

Les premières mesures d’exonération ont surtout un effet de substitution, expliquent-ils. Ainsi, la « baisse relative du coût du travail encourage les entreprises à recourir à du travail (relativement peu cher) plutôt qu’à du capital. (…) Présentée comme une modification des facteurs de production qui favorise l’emploi, cette substitution signifie une baisse de l’incitation à investir dans du capital productif, ce qui dégrade la dynamique macroéconomique à court terme et réduit les gains de productivité et la compétitivité à moyen terme ». Autrement dit, même le raisonnement libéral de base (baisser le coût du travail permet de doper la compétitivité) ne se vérifie pas dans les faits.

L’autre argument était également de défendre l’idée que les dispositifs d’exonération permettaient de préserver les entreprises exportatrices et d’éviter les délocalisations. Le résultat de leur veille révèle qu’ «   aucun effet positif n’a pu être mis en évidence », l’effet serait même négatif, selon une étude citée dans le rapport. Pis, la mise en place du crédit d’impôt compétitivité emploi, transformé en exonération de cotisations sociales, aurait cette fois servi à améliorer les marges des entreprises, selon une analyse datant de 2019, réalisée par le Conseil d’analyse économique.

Au minimum, Terra Nova, fondation proche du PS, propose de mettre fin aux exonérations de cotisations pour les salaires « entre 1,6 et 3,5 Smic, dont il a été démontré qu’elles n’ont pas d’effet significatif sur l’emploi et la compétitivité » . Ce qui permettrait de « générer près de 4 milliards d’euros d’économies » . La CGT envisage d’aller plus loin, en examinant tous les dispositifs d’exonération de cotisations sociales. Le PCF préconise, lui, de moduler le taux des cotisations en fonction de l’attitude de l’entreprise, en définissant des critères précis d’emploi, d’investissement, de rémunération, d’environnement.

Ponctionner le capital

Outre le niveau des cotisations, « l’assiette » qui sert de base sur laquelle sont appliqués les taux des différentes cotisations et contributions pourrait elle aussi subir une sérieuse révision. Soumettre à cotisations l’épargne salariale jusqu’ici exemptée, via la CSG (contribution sociale généralisée) et le forfait social, générerait 3,5 milliards d’euros supplémentaires par an. « En contrepartie, développe Michaël Zemmour, les salariés obtiendraient des droits à la retraite sur les sommes versées par l’employeur au titre de l’épargne salariale  » En revanche, à l’horizon 2070, prévient l’économiste, l’effet serait neutre, ces nouvelles cotisations finançant de nouveaux droits par les salariés.

Une « cotisation spéciale » pourrait également toucher les revenus du capital. Denis Durand, économiste communiste, préconise de créer un prélèvement sur les revenus financiers des entreprises, « pour les dissuader de placer leurs profits en titres financiers et les pousser à les utiliser, plutôt, pour des investissements porteurs d’emplois et d’efficacité économique   ». Les sommes en jeu sont colossales. « Les revenus financiers des entreprises ont atteint 385 milliards d’euros en 2021, dont 98 milliards d’intérêts et 231 milliards de dividendes, écrit l’économiste. Si ces revenus étaient soumis à un prélèvement au même taux que celui des cotisations patronales vieillesse sur les salaires, cela rapporterait à la Sécurité sociale 40 milliards d’euros la première année. »

(1) Auteurs : Aïmane Abdelsalam, Florian Botte, Laurent Cordonnier, Thomas Dallery, Vincent Duwicquet, Jordan Melmies, Simon Nadel, Franck Van de Velde et Loïck Tange.

  publié le 3 février 2023

Logement cher :
le gouvernement
laisse faire

 Mathias Thépot sur www.mediapart.fr

Les prix de l’immobilier augmentent deux fois plus vite que les revenus, faisant ainsi craindre à la Fondation Abbé Pierre une aggravation du mal-logement. Hélas, le gouvernement ne fait rien pour juguler cette crise du logement cher.

Ce n’est pas le phénomène économique à l’œuvre le plus médiatisé de ces derniers mois, mais il a pourtant un impact certain : entre la fin 2019 et la fin 2022, les prix de l’immobilier ont bondi en France de 20 % dans l’ancien, selon les chiffres publiés en janvier par la Fédération nationale des agents immobiliers (Fnaim), soit deux fois plus vite que la hausse du revenu brut des ménages sur la même période (+ 10 % selon l’Insee).

Cette déconnexion importante entre prix des logements et évolution du niveau de vie inquiète. Surtout que l’inflation immobilière galopante ne se concentre plus sur les principales métropoles françaises, comme cela fut le cas lors de la précédente décennie.

En effet, la hausse des prix se répand désormais sur une large partie du territoire, que ce soit dans les « villes moyennes » proches de la région parisienne telles que « Le Mans, Tours, Chartres, Reims, Orléans ou Angers », mais aussi sur « toute la zone littorale qui va de Saint-Malo à Biarritz », et même sur « la quasi-totalité des métropoles et des secteurs à proximité de l’Allemagne, de la Suisse et du Luxembourg », constate la Fondation Abbé Pierre dans son dernier rapport sur l’état du mal-logement en France publié le 1er février. Dans les cent plus grandes « villes moyennes » de France, la hausse des prix atteint environ 25 % sur trois ans, selon la Fnaim.

Comment l’expliquer ? D’abord par les opportunités nouvelles données par le télétravail aux ménages aisés, qui ont réinvesti des zones moins denses que les grandes métropoles. Mais surtout, il faut savoir qu’en France, à chaque tressaillement de rebond économique, les ménages – qui ont le culte de la propriété chevillé au corps – se ruent sur l’achat immobilier : au deuxième trimestre 2021, le nombre de ventes dans l’ancien a par exemple atteint un record historique, à 1,2 million de transactions sur douze mois. Ruée certes dopée par les taux d’intérêts de crédits immobiliers qui sont restés très bas durant cette période. 

Incidences économiques et sociales 

La Fondation Abbé Pierre craint que le caractère brutal de cette augmentation généralisée des prix ne conduise à un « élargissement des territoires d’exclusion », et fasse, in fine, gonfler le chiffre de 15 millions de personnes en situation de fragilité par rapport à leur logement en France.

Elle précise : « Alors que le logement représente depuis plusieurs années le premier poste de dépense des Françaises et Français, à hauteur de 27,8 % de leurs revenus en 2021, contre 20 % en 1990 – une hausse qui impacte plus particulièrement les locataires du parc privé modestes dont les dépenses en logement représentaient 45 % de leurs revenus en 2017, contre 7 % pour les propriétaires aisés libérés de leur emprunt –, cette tendance tend à s’accentuer depuis 2019 où l’on assiste à une nouvelle envolée des prix de l’immobilier. »

L’accélération de l’inflation immobilière a, disons-le, des incidences sociales majeures. Elle contraint les ménages à la recherche d’un toit – et qui n’ont pas accès à une HLM – d’acheter ou de louer des logements inadaptés à leurs besoins : plus petits, moins bien isolés, ou éloignés des centres-villes. Dès lors, des situations de mal-logement se développent, avec des effets néfastes sur la santé des ménages et la réussite scolaire des enfants. 

Un coût trop élevé pour se loger a aussi des incidences économiques lourdes : c’est un facteur dégradant de la compétitivité de l’économie, car cela complique les recrutements pour les entreprises, éloigne les salarié·es de leur lieu de travail et nuit à leur productivité. Il y a aussi un lien établi entre le prix élevé du logement et le chômage : en effet, les petits propriétaires surendettés sont bloqués chez eux, ce qui limite la mobilité géographique et réduit leurs perspectives d’emploi. Enfin, un taux d’effort élevé pour se loger est autant de pouvoir d’achat en moins pour les ménages, ce qui obère la consommation. 

La hausse des prix de l’immobilier est aussi l’un des principaux facteurs d’inégalités économiques dans le pays. Citons les inégalités patrimoniales avec, d’un côté, les propriétaires qui bénéficient de la hausse des prix et, de l’autre, les locataires qui n’ont rien. Un chiffre donne le vertige : selon l’Insee, plus de la moitié des logements privés loués dans les grandes villes – là où les prix sont les plus élevés – appartiennent à des multipropriétaires d’au moins cinq logements. Pour eux, à chaque boom immobilier, c’est le jackpot. 

Bilan désastreux 

Ces conséquences connues des économistes préoccupent, du reste, peu le gouvernement. Comme nous l’expliquions dans cet article, Emmanuel Macron est en fait assez peu intéressé par la question du logement en général. Regardant ce sujet par le petit bout de la lorgnette, il partage avec les « technos » de Bercy l’idée qu’il y a un « pognon de dingue » à récupérer dans les 40 milliards d’euros du budget de l’État consacré chaque année au logement. Ainsi, lors de son premier quinquennat, il ne s’est pas privé pour sabrer dedans : le gouvernement a notamment abaissé de 10 milliards d’euros en cumulé les aides au logement (APL).

Une baisse qui a principalement pesé sur les finances des organismes HLM. En effet, pour compenser la réduction des APL des locataires de HLM, le gouvernement a imposé aux bailleurs sociaux de baisser leurs loyers d’autant. Ce qui a mécaniquement réduit leurs recettes – elles ont été grevées durablement de 1,5 milliard d’euros par an – et donc leurs marges de manœuvre financières pour lancer la production de nouvelles HLM. À cela il faut ajouter le passage de la TVA de 5,5 % à 10 % sur la construction de logements sociaux qui a également fragilisé leur modèle économique.

On ne peut dès lors s’empêcher de faire le lien entre ces réformes et les chiffres désastreux du logement social depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir : quand, entre 2008 et 2017, de 112 000 à 145 000 nouveaux logements sociaux étaient financés chaque année, il n’y en a eu qu’entre 87 000 et 108 000, de 2018 à 2022… soit une baisse de 22 % par an en moyenne !

Comprendre : Emmanuel Macron a coupé durablement l’un des rares leviers à disposition de la puissance publique pour proposer aux ménages une alternative abordable aux logements trop chers du secteur privé.

Guerre aux mal-logés, paix aux propriétaires 

En fait, hormis le prolongement de certains des dispositifs votés sous François Hollande comme la garantie « Visale » – qui permet aux jeunes précaires n’ayant pas les garanties financières suffisantes d’accéder au parc locatif privé – ou l’encadrement des loyers, rien de significatif n’a été mis en œuvre par le gouvernement pour juguler la crise du logement cher en France. 

Au contraire, alors qu’il avait promis en 2017 de lutter contre la « rente immobilière », Emmanuel Macron s’est ravisé et nourrit désormais le culte de l’achat immobilier des ménages français, qui est la principale explication à la hausse continue des prix de l’immobilier depuis les années 1990.

Lors de sa campagne de 2022, il a par exemple promis de relever les abattements fiscaux sur les successions – constituées pour beaucoup d’immobilier – alors que le système fiscal est déjà ultra-favorable aux héritiers en France : 1 % seulement des ­successions sont imposées à plus de 10 %. Et plus de 80 % des ménages échappent déjà à l’impôt. 

Plus récemment, sous la pression des lobbys immobiliers, le gouvernement a aussi consenti à lâcher du lest sur le « taux d’usure » pour les crédits immobiliers, le taux d’emprunt maximum fixé par la loi censé éviter les situations de surendettement. Les lobbys estiment que son niveau trop bas nuit à l’activité du secteur immobilier et à l’accès à la propriété. Le gouvernement a en partie accédé à leur demande, proposant une révision mensuelle. « L’accès au crédit est au cœur de notre pacte social en ce qu’il permet l’accès à la propriété », a justifié le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire. 

Et que dire de la proposition de loi antisquat portée par le groupe Renaissance à l’Assemblée nationale, et désormais défendue par le ministre du logement Olivier Klein ? Un texte d’une violence inouïe contre les mal-logés et construit sur une fable médiatique mettant en scène les déboires de « petits propriétaires », comme nous l’expliquions ici de manière détaillée.

L’exécutif s’est donc rangé derrière le consensus qui consiste à défendre la classe des propriétaires – près de 60 % des ménages le sont en France. Consensus historiquement entretenu par la majorité de la classe politique et des médias – telles la politique « la France des propriétaires » de Nicolas Sarkozy ou l’émission de Stéphane Plaza sur M6 – mais qui, de fait, entretient la boulimie pour l’achat immobilier et donc la hausse des prix. Autrement dit, le gouvernement a fait le choix politique du logement cher. Et peu importe s’il y a des laissés-pour-compte. Les locataires modestes notamment. 

publié le 28 janvier 2023

Chômage :
des « bugs » et un effet
de vases communicants
font baisser les chiffres

Cécile Hautefeuille sur www.mediapart.fr

Entre janvier et novembre 2022, 105 000 personnes sont sorties de la catégorie A du chômage après un changement de procédure de Pôle emploi. La majorité a basculé dans d’autres catégories, sur lesquelles le gouvernement est moins bavard. D’autres ont été provisoirement radiées.

IlIl faut toujours lire les petites lignes, comme dans les clauses d’un contrat. La publication, mercredi 25 janvier, des chiffres du chômage du quatrième trimestre 2022 s’accompagne d’un encadré très instructif, permettant une lecture plus avisée de la baisse.

Au quatrième trimestre, le nombre de demandeurs d'emploi en catégorie A (sans aucune activité) a diminué de 3,8 % par rapport au trimestre précédent et de 9,4 % sur un an. Une baisse présentée partout comme « forte » et « nette », et que s’est empressé de saluer le ministre Olivier Dussopt.

Le ministre s'est en revanche abstenu de commenter un point intrigant : dans le communiqué présentant les chiffres, la Dares, l’institut statistique du ministère du travail, a donc inséré un encadré signalant que 105 000 personnes, en cumulé entre janvier et novembre 2022, sont sorties de la catégorie A du seul fait « d’une évolution de procédure de Pôle emploi ». Cela représente tout de même 35 % de la baisse totale des inscrit·es sur un an en France métropolitaine dans la catégorie qui trouve grâce aux yeux de l’exécutif car regroupant les personnes sans aucune activité.

Où sont passé·es ces 105 000 demandeurs et demandeuses d’emploi ? 15 000 sont sorti·es des listes de Pôle emploi et 90 000 autres sont allé·es garnir les catégories B et C, intégrant les inscrit·es ayant une « activité réduite ». Autrement dit : qui ont travaillé.

Comment expliquer cet effet de vases communicants ? Entre janvier et novembre 2022, Pôle emploi a progressivement modifié, par tranches d’âge puis par régions, « l’actualisation » mensuelle des demandeurs et demandeuses d’emploi, c’est-à-dire le formulaire leur permettant, chaque fin de mois, de mettre à jour leur situation. Ce formulaire est désormais prérempli et permettrait une meilleure « classification » des inscrit·es, comme l’expliquait déjà Pôle emploi à Mediapart en août 2022.

Selon la Dares, « cette évolution a un impact pérenne à la baisse sur le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A, en contrepartie [...] d’une hausse pérenne des catégories B et C ». L’autre « contrepartie » évoquée par les services statistiques est une « une légère hausse des sorties des listes au moment du passage à l’actualisation rénovée ». Les fameuses « 15 000 sorties ».

Maintenant, des données préenregistrées de nos activités salariées s’affichent et il y a des erreurs dans celles-ci, donc difficile d’aller au bout de l’actualisation.

Sollicité par Mediapart, Pôle emploi explique « avoir observé lors du mois de déploiement [de l’actualisation rénovée –ndlr] une très légère hausse des sorties ». Le phénomène s’est produit dans chaque région « et uniquement le mois » concerné par le passage à la nouvelle formule, insiste l’opérateur, précisant : « Ces sorties supplémentaires peuvent être temporaires, une part importante des demandeurs d’emploi sortant des listes se réinscrivant dans les mois qui suivent. »

Si Pôle emploi confirme que 15 000 personnes sont « sorties » entre janvier et novembre, sa direction générale ne livre aucun détail sur les raisons de ce phénomène. L’opérateur serait-il embarrassé d’admettre que des « bugs » ont accompagné cette nouvelle procédure d’actualisation ?

En effet, à la suite de notre article sur le nombre record de radiations en novembre (+ 19 %), des demandeurs et demandeuses d’emploi ont témoigné, auprès de Mediapart, de leur grande difficulté à s’actualiser correctement. « Ils ont changé l’interface du site internet de Pôle emploi et la procédure pour s’actualiser », nous a par exemple raconté une lectrice.

« Maintenant, des données préenregistrées de nos activités salariées s’affichent et il y a des erreurs dans celles-ci, donc difficile d’aller au bout de l’actualisation. Des amis et moi-même avons dû écrire à notre conseiller pour avoir de l’aide, qui est différente selon les conseillers. » Selon elle, il paraît évident que « des personnes ont été radiées car elles n’ont pas réussi à s’actualiser comme d’habitude ».

Un avertissement passé inaperçu

Un utilisateur du réseau social Twitter racontait aussi ses difficultés, début décembre. Le formulaire prérempli indiquait qu’il avait travaillé, ce qui était inexact. Ne pouvant pas modifier les données, il exposait son dilemme : valider une erreur ou « manquer l’actualisation et donc se prendre une radiation ».

Un conseiller de Pôle emploi confirme à Mediapart ce « bug de l’actualisation rénovée qui obligeait des demandeurs d’emploi à indiquer quand même une heure de travail dans le mois écoulé, même si l’information était fausse ». « Sinon, impossible de valider l’actualisation », poursuit-il.

Si des inscrit·es à Pôle emploi ont pu renoncer à le faire, et donc sortir des listes, beaucoup ont, selon lui, validé cette heure de travail et artificiellement fait gonfler le nombre de personnes dans la catégorie B. En témoigne, souligne-t-il, la forte hausse des inscrit·es ayant travaillé moins de 20 heures dans le mois : + 13,5 % entre le troisième et le quatrième trimestre 2022. Et même + 30,4 % sur un an.

Le conseiller ironise : « Soit c’est lié à un développement de contrats très courts – mais il me semblait que le gouvernement militait pour l’inverse –, soit c’est l’effet du bug. Devinez vers quoi je penche ? »

Comme nous l’avions déjà précisé en août dernier, la nouvelle actualisation et ses conséquences n’ont jamais été cachées. La Dares a pris soin, chaque mois depuis début 2022, de rédiger un « avertissement » accompagnant les publications des chiffres du chômage et alertant sur la procédure « susceptible de modifier la répartition » entre les différentes catégories.

Une subtilité que les membres du gouvernement et leurs soutiens se sont cependant bien gardés de mettre en évidence en se félicitant de la baisse des inscrit·es sans aucune activité. Certes, le nombre de demandeurs et demandeuses d’emploi en catégories A, B et C a baissé de 5,1 % sur un an. Mais le poids du nouveau classement statistique n’est pas si dérisoire.

Auprès de Mediapart en août 2022, Pôle emploi avait anticipé pour l’ensemble de l’année « une diminution cumulée de 75 000 demandeurs d’emploi en catégorie A, en augmentant d’autant le nombre de demandeurs d’emploi en catégories B et C ». C’est finalement beaucoup plus : 105 000 personnes ont quitté la catégorie A. Mais ça passe toujours autant inaperçu.


 


 


 

La baisse
du nombre de chômeurs,
un leurre statistique

Marie Toulgoat sur www.humanite.fr

Désintox. Bonne nouvelle en apparence, la décrue des chiffres du chômage marque en réalité une explosion de l’emploi précaire et des radiations.

Voilà de quoi ravir le gouvernement et son obsession du plein-emploi. Selon la Dares, 6 134 100 personnes étaient inscrites à Pôle emploi au quatrième trimestre 2022, chiffre au plus bas depuis 2014. « Le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité baisse de 112 000 personnes au T4 2022. Le plein-emploi, c’est aussi le bon emploi. Nous poursuivons notre mobilisation », s’est réjoui le ministre du Travail, Olivier Dussopt, sur Twitter. Pourtant, à y regarder de plus près, les statistiques peinent à confirmer cette bonne nouvelle.

Explosion du nombre de chômeurs en catégorie B

Les données de la Dares montrent avant tout que la large baisse du nombre des chômeurs de la catégorie A (n’ayant pas du tout travaillé durant le mois) est compensée par un impressionnant bond des inscrits en catégorie B (moins de 78 heures dans le mois). Avec 2 834 000 privés d’emploi dans cette première catégorie au quatrième trimestre 2022, le nombre d’inscrits a ainsi diminué de 3,8 % en un trimestre, et de 9,4 % en un an.

Le nombre de chômeurs en catégorie B, occupant des emplois très précaires, a lui explosé : il a augmenté de 8,8 % en un an, et de plus de 30 % si l’on se concentre exclusivement sur les personnes ayant travaillé entre 1 et 20 heures dans le mois.

Un transfert qui pourrait être en partie expliqué par un bug informatique, explique la CGT : lors de la réactualisation de leurs droits, certains chômeurs ont été forcés de déclarer 1 heure travaillée au minimum, même sans activité. Mais pas que. « Il y a une vraie volonté de Pôle emploi de servir la soupe du gouvernement. Par exemple, de nombreuses personnes ont été désinscrites car en arrêt maladie, alors qu’elles auraient pu être transférées dans la catégorie D », explique Pierre Garnodier, du comité CGT chômeurs et précaires.

La réforme de l’assurance-chômage alourdira encore la tendance

Si le gouvernement se targue de la baisse du taux de chômage, les personnes ayant quitté les statistiques pour cause de reprise d’un emploi déclaré sont de moins en moins nombreuses : leur nombre a chuté de 30,1 % entre le quatrième trimestre 2021 et le dernier trimestre 2022. « Aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’on sort de Pôle emploi qu’on retrouve un boulot. La majorité des sorties s’explique parce que les gens ne peuvent pas recharger leurs droits et se retrouvent au RSA », fustige Pierre Garnodier.

Selon lui, la nouvelle réforme de l’assurance-chômage, qui entre en vigueur le 1er février, alourdira encore la tendance. En raccourcissant la durée d’indemnisation de 25 %, nombreux seront les privés d’emploi à disparaître des statistiques sans reprendre une activité.

Selon l’institut statistique, enfin, 52 900 personnes ont été tout bonnement radiées des listes de Pôle emploi. Bien plus qu’un seul accroissement du nombre de radiations (+ 2,3 % par rapport au trimestre précédent et + 16,5 % par rapport au dernier trimestre 2019), il s’agit tout simplement d’un record depuis la naissance de ces statistiques en 1996. Une « volonté » politique, pour Pierre Garnodier. « On peut être radié dès lors qu’on rate un appel téléphonique, c’est considéré comme une absence à un entretien », explique-t-il.

publié le 28 janvier 2023

L'enrichissement record
des milliardaires en temps
de crise et de guerre

Pierric Marissal sur www.humanite.fr

Un rapport annuel d'Oxfam démontre l'enrichissement indécent des plus riches. Depuis 2020, les 1 % les plus aisés ont capté les deux tiers des richesses produites à travers la planète. Un profit sans précédent et d’autant plus révoltant que de nouvelles mesures d’austérité se préparent pour le plus grand nombre.

En plein 53e Forum économique de Davos, où débarquent en jets et en masse grands patrons, oligarques et dirigeants politiques pour «améliorer l’état du monde», Oxfam propose un nouveau rapport baptisé «La loi du plus riche», toujours plus accablant, sur l’insoutenabilité des inégalités. Dans cette publication désormais annuelle, l’ONG s’efforce de trouver les plus impressionnantes comparaisons pour montrer l’indécence des grandes fortunes.

Et cette année est un bon cru, Oxfam en a concocté plusieurs très efficaces. Ainsi, après deux années de crise sanitaire et économique, le patrimoine de Bernard Arnault vaut celui de 20 millions de Français, soit près d’un tiers de la population du pays. Ou encore, si une personne avait gagné 2 millions d’euros à chaque édition du Loto depuis l’armistice de 1918, elle n’aurait même pas la moitié de la fortune du PDG de LVMH. «Les milliardaires ont été les premiers gagnants de la réponse au coronavirus. À eux seuls, les 10 premiers milliardaires français ont engrangé 189 milliards d’euros depuis 2020, assez pour couvrir les factures de gaz, d’électricité et de carburant de tous les ménages français pendant deux ans», renchérit Quentin Parrinello, porte-parole d’Oxfam France et coauteur du rapport, principalement sur son volet français.

Perenco et la guerre en Ukraine

Ce chapitre souligne notamment que, si on savait que le gouvernement était l’ami des nantis et des grosses entreprises, même ses quelques mesures «sociales» profitent avant tout aux plus riches. Comme le bouclier énergétique, par exemple : quand l’État dépense 100 euros pour plafonner le prix du gaz et de l’électricité, il distribue dans les faits 7 euros aux 10 % les plus précaires, contre 14 euros aux 10 % les plus riches, puisque ce sont ceux qui consomment le plus. Le résultat est le même sur la subvention sur les carburants et toutes les aides non ciblées affectionnées par le gouvernement. Si on ajoute les mesures spécifiquement destinées aux plus riches : fin de l’ISF, mise en place de la flat tax, baisse des impôts proportionnels… on comprend que la concentration des richesses bat tous les records.

Sur les dix dernières années, en moyenne, pour 100 euros de richesse créée en France, 35 euros ont été captés par les 1 % des Français.es les plus riches, 32 euros par les 9 % suivants. Les 50 % les plus précaires n’ont reçu que 8 euros. La logique préexistait au Covid, mais la crise n’a fait qu’aggraver cette tendance. La réponse publique à la crise du coronavirus a provoqué la hausse la plus importante jamais enregistrée de la fortune des milliardaires.

En France, ils ont ainsi gagné près de 220 milliards d’euros entre mars 2020 et mars 2021. Il y a ceux qui ont bénéficié des aides et ceux qui, en plus, ont su profiter des crises. En 2022, le milliardaire Rodolphe Saadé, PDG et actionnaire majoritaire de l’entreprise de fret maritime CMA CGM, a ainsi vu sa fortune augmenter de 28,5 milliards d’euros, son patrimoine a été multiplié par 5 ! De même, Carrie Perrodo, actionnaire majoritaire de l’entreprise pétrolière Perenco, a vu sa fortune augmenter de près de 40 % en 2022 grâce en particulier à la guerre en Ukraine. Depuis 2020, la fortune des milliardaires dans le monde a augmenté de 2,7 milliards de dollars par jour !

Une fracture entre fortunes décuplées et factures impayées

De l’autre côté de l’échelle sociale, les conséquences sont encore plus visibles. «En France, la fréquentation des Restos du cœur a augmenté de 12 % en six mois. Quatre Français.es sur dix ont le sentiment de devoir restreindre leur alimentation, tandis que deux Français.es sur dix n’ont pas réussi à payer l’ensemble de leurs factures en 2022», pointe le rapport d’Oxfam. L’explosion des prix de l’énergie et des biens de première nécessité a frappé en particulier les plus précaires : + 20 % pour les pâtes, + 29 % pour le steak haché, + 34 % pour les légumes frais. Et jusqu’à + 120 % pour l’huile de tournesol. Dans le monde, plus de 820 millions de personnes souffrent aujourd’hui de la faim ; 60 % d’entre elles sont des filles et des femmes.

Et ce n’est malheureusement pas fini, alarme Oxfam, selon qui les trois quarts des gouvernements dans le monde s’apprêtent à prendre de nouvelles mesures d’austérité en réduisant leurs dépenses de santé, d’éducation ou de protection sociale afin d’économiser plus de 7 500 milliards d’euros. En France, le gouvernement est aussi en train de faire payer la facture de la crise à ses premières victimes. La baisse des indemnités de chômage, juste votée, vise une économie de 4 milliards d’euros et le nombre de chômeurs indemnisés va baisser de 12 %. Quant au report de l’âge de départ à la retraite à 64 ans, il doit rapporter 13 milliards d’euros…

Création d’index, pour que rien ne change

Oxfam souligne que les femmes sont les premières victimes de l’inflation. «Les inégalités économiques entre les femmes et les hommes persistent et les réponses de l’État ne sont pas à la hauteur. Les femmes gagnent toujours en moyenne 28,5 % de moins que les hommes, tout temps de travail confondu, et 15,8 % de moins que les hommes à travail égal», elles souffrent davantage des hausses des prix. Pour lutter contre ces inégalités, le gouvernement a lancé un index pour l’égalité professionnelle. Sauf que, selon celui-ci, tout va bien : la moyenne des notes est de 86/100, et 9 entreprises sur 10 en France ont un score satisfaisant n’appelant pas à prendre des mesures correctrices. Car l’évaluation ne mesure aucunement les causes structurelles de cette inégalité. Le gouvernement vient d’annoncer sur ce même modèle un index seniors, pour demander aux employeurs redonner de «toute leur place aux seniors». Attendons-nous à un déluge de bonnes notes !

   publié le 23 janvier 2023

Quel contrôle des aides publiques aux entreprises ?

Sur www.humanite.fr

Subventions, crédit d’impôt, allègements de cotisations… représentent plus de 200 milliards d’euros par an. En cette période de forte inflation, de récession et de «fin de l’abondance», se pose la question de savoir où vont ces sommes.


 

Ces aides ne sont pas conditionnées à des objectifs. Des méthodes statistiques de comparaison peuvent être utilisées pour orienter des politiques publiques.

   François Ecalle, Président de Finances publiques et économie (Fipeco)

Les entreprises reçoivent souvent des aides publiques visant à soutenir l’emploi, la recherche, l’investissement, l’exportation… qui prennent différentes formes (subventions, crédit d’impôt, allègement de cotisations sociales, etc.) et dont l’efficacité est fréquemment mise en doute. La question de leur contrôle est donc essentielle, celui-ci pouvant être interne à l’entreprise (y compris par les représentants des salariés) ou externe à celle-ci. J’examine ici ce contrôle externe, que l’administration chargée d’attribuer ces aides devrait effectuer, en prenant l’exemple des aides à l’emploi.

Ces aides n’étant pas conditionnées par des objectifs d’évolution de l’emploi, il est impossible de dire que ces objectifs ont été ou non atteints, et qu’elles sont ou pas efficaces. Il est donc parfois proposé de poser de telles conditions dans la réglementation de ces aides, mais cela ne permettrait pas pour autant de contrôler leur efficacité.

En effet, supposons que la condition d’attribution de l’aide soit une augmentation de l’emploi. Elle pourrait être satisfaite par des entreprises dont le marché est dynamique et qui auraient créé des emplois sans aucune aide. En revanche, l’aide ne serait pas accordée à des entreprises en difficulté alors qu’elle pourrait leur permettre de moins diminuer leurs effectifs.

Le contrôle externe de l’efficacité des aides au niveau de l’entreprise est impossible.

Pour contrôler l’efficacité des aides, il faudrait savoir ce que les entreprises aidées feraient si elles n’étaient pas aidées. Or ce «contrefactuel», comme disent les économistes, n’est par définition jamais observable. Le contrôle externe de l’efficacité des aides au niveau de l’entreprise est donc impossible.

En revanche, des méthodes statistiques permettent d’évaluer cette efficacité sur des échantillons suffisamment importants d’entreprises. La méthode la plus pertinente consiste à comparer l’évolution de l’emploi dans deux échantillons significatifs d’entreprises ayant les mêmes caractéristiques mais les unes étant aidées et les autres non aidées, selon un tirage au sort. Il est toutefois difficile de laisser au hasard l’attribution d’une aide, et ces expériences sont donc rares.

Il existe heureusement d’autres méthodes statistiques permettant de les remplacer, au prix d’une moindre fiabilité des résultats. Par exemple, si les aides sont réservées aux établissements situés dans une zone géographique précise, il est possible de mesurer leur efficacité en comparant l’évolution de l’emploi dans des échantillons d’établissements semblables situés à proximité mais d’un côté et de l’autre de la frontière de cette zone.

Les observations précédentes sont généralisables à beaucoup de politiques publiques. Leur efficacité n’est pas contrôlable à un niveau individuel mais statistiquement dans le cadre de procédures d’évaluation de ces politiques.


 

Cet argent creuse la dette publique et va d’abord aux actionnaires. Il faudrait au contraire soutenir l’emploi, la formation et l’environnement.

   Jean-Marc Durand, Membre de la commission économique du PCF

L’accélération de la crise de système ouvre une phase nouvelle de la crise du capitalisme monopoliste d’État qui se traduit par une mise à disposition des entreprises de montants croissants d’argent public au détriment du financement des politiques publiques et sociales. Le capital dans sa quête de rentabilité et alors que la production réelle stagne, voire décroît, est avide d’argent frais dont celui de l’État, pour assurer sa rentabilité. En 2023, le bouclier tarifaire, ce sera 43 milliards d’euros qui tomberont dans les poches de qui?

Quant aux aides publiques «traditionnelles» , une étude de la CGT publiée en octobre 2022 montre qu’elles représentent 157 milliards d’euros. Elles s’incarnent dans des exonérations de cotisations sociales et des niches fiscales. Ne sont pas prises en compte dans leur comptabilisation les «sommes déclassées», c’est-à-dire celles devenues la «norme fiscale» et des aides conjoncturelles comme celles pour l’énergie. Au total, leur montant dépasse allègrement les 200 milliards d’euros.

De loin le premier poste de dépenses de l’État, cet argent va aux actionnaires, infligeant une double peine aux ménages. Non seulement ils subissent une réduction de l’offre de services publics, mais ils ne constatent aucun effet réel sur la création d’emploi, et supportent une hausse de 3 points du taux de leurs prélèvements obligatoires entre 1995 et 2019, alors que celui des entreprises empruntait le chemin inverse. Cerise sur le gâteau, ces sommes dépensées à l’aveugle creusent la dette publique, alors que la création de richesse stagne.

L’enjeu est la création nouvelle de richesse pour financer les budgets publics et sociaux. 

Si un contrôle strict et démocratique des aides publiques aux entreprises est nécessaire en conditionnant ces aides à la création d’emploi et à des normes environnementales, en interdisant le versement de dividendes en cas d’aides reçues, cela sous le contrôle des salariés disposant de pouvoirs d’intervention et de sanction, c’est la stratégie de financement du développement des entreprises qu’il faut changer.

Déshabiller Pierre, c’est-à-dire le budget de la Sécurité sociale et celui de l’État, pour habiller Paul, c’est-à-dire soutenir les dividendes, constitue un cercle vicieux qui pousse au gaspillage financier au détriment de dépenses utiles et saines, et assèche la croissance.

L’enjeu est la création nouvelle de richesse pour financer les budgets publics et sociaux. C’est donc créer des emplois formés et bien rémunérés. Les entreprises ont besoin d’argent pour cela. N’est-ce pas le rôle des banques que de leur accorder des crédits? Mais un crédit sur de nouveaux critères proposant des taux abaissés jusqu’à zéro, voire en dessous, selon que cet argent soutient des investissements pour l’emploi, la formation de nouvelles productions écologiques. Cela, avec des pouvoirs nouvconomiste indépendante, RF Researcheaux d’intervention des salariés dans les gestions et des fonds pour l’emploi et la formation adossés à un pôle public bancaire et financier.


 

Combien? Pour quelle stratégie? Et avec quels résultats? Ces questions légitimes en matière de financement public n’ont aujourd’hui pas de réponse.

   Véronique Riches-Flores, Économiste indépendante, RF Research

Investissement, développement, exportation, recherche, transition environnementale, formation, emploi, Covid, guerre, inflation… le chapelet des aides publiques aux entreprises n’en finit pas de s’allonger. L’ensemble est-il efficace, le coût en vaut-il la chandelle et quel est le risque de détournement des fonds publics à des fins privées improductives? Le bilan est difficile à établir. Les aides Covid ont permis à des milliers d’entreprises de rester en vie et chaque cause prise isolément est défendable, et ce, plus encore par temps de guerre, militaire et commerciale, quand s’entremêlent défis économiques et enjeux géo­stratégiques d’indépendance et de souveraineté.

Ces constats n’exonèrent pas des questions légitimes que pose tout financement public: combien, quels objectifs et quels résultats pour la collectivité qui en porte le coût? Nul, même les plus spécialisés, ne sait pourtant répondre.

«Les aides ne donnent pas lieu à contrepartie, procédure d’évaluation, obligation de résultat, ni de remboursement. Les stratégies déployées ne sont donc jamais évaluées.»

Combien? Résultat d’un travail fastidieux, l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires) a récemment estimé à 150 milliards d’euros le total des aides aux entreprises en 2019, avant la crise sanitaire, donc, laquelle a enflé cette enveloppe à 240 milliards d’aides directes, hors prêt garanti par l’État (300 milliards) et dépenses fiscales, exonérations et crédits d’impôt pour 200 milliards environ, soit, pour ce seul poste, plus que la collecte de TVA de 2020 et 2021. Pour quelle stratégie? Sauf les limites, essentiellement concurrentielles, imparties par Bruxelles, aucun cadre ni aucune feuille de route susceptible de veiller ne serait-ce qu’à la cohérence des dispositifs empilés au fil du temps et à la protection contre le risque de lobbying n’a jamais existé. Avec quelle efficacité? Nul, encore, n’est capable de le dire, et pour cause: sauf très rares cas, les aides ne donnent pas lieu à contrepartie, procédure d’évaluation, obligation de résultat, ni de remboursement. Les stratégies déployées ne sont donc jamais évaluées. Ni les effets d’aubaine qu’elles provoquent dès lors que seules les entreprises dotées de structures spécialisées ont la capacité de les mettre à profit.

Le sens des aides de l’État, qui devrait être de servir la cause commune, d’instiller plus d’égalité entre les entreprises selon leur capacité à se financer ou de les aider à franchir des transitions utiles à la société s’est transformé en un gouffre financier aux retombées plus néfastes que bénéfiques. À l’heure où les enjeux stratégiques appellent des interventions grandissantes de l’État dans l’économie, il est grand temps de fixer les objectifs et conditions de l’aide publique, de sortir des écueils qui empêchent de faire la part des choses entre la sphère publique et privée. Que les entreprises soient soutenues est normal et impératif. Que les axes de priorité soient définis et les octrois conditionnés à une exigence de résultats, traçables et rendus publics, est d’autant plus nécessaire.


 

Le contrôle est nécessaire pour des raisons économiques et morales. En même temps, son excès peut aussi conduire à des effets néfastes.

 

    Pascal de Lima Chef économiste d’Harwell Management

Il n’y a pas si longtemps, Bruno Le Maire exhortait les entreprises à demander des aides à l’État dans le cadre du plan de relance d’un montant de 100 milliards d’euros. Crise ou pas: aides au développement, au maintien de l’emploi, à la formation professionnelle, au soutien à des filières, subventions, prêts, avances non remboursables, exonérations de cotisations sociales, allègements fiscaux sont légion. Près de 2 000 aides peuvent être recensées, mais rares sont les acteurs publics à exiger un suivi strict des fonds versés. Hors plan de relance et hors Covid, aujourd’hui, 140 milliards sont versés annuellement aux entreprises, deux fois le budget de l’éducation nationale, autant que les salaires versés chaque année aux fonctionnaires. Mais l’État, c’est l’argent du contribuable et la dette des prochaines générations. Le contrôle devient donc nécessaire, pour des raisons économiques et morales.

En 2001, une commission de contrôle avait été créée sous le gouvernement Jospin et sous la pression des communistes. Elle a été supprimée par la droite car considérée comme trop dirigiste. Pour les aides Covid, un comité de suivi a été créé ; pour les autres, aucun cadre unifié n’existe. Il y a des contrôles disparates et pas automatiques. Le Cice, par exemple, a été évalué: on sait que les 18 milliards annuels ont permis de créer ou de préserver 100 000 emplois. Mais le gouvernement Hollande en promettait 400 000. La Commission européenne va commencer de plus en plus à veiller au grain. Pour les plans de relance, elle a déboursé 40 milliards sous conditions: les projets financiers doivent respecter les critères de la transition verte et de la création d’emplois. En cas d’irrégularités, les États devront récupérer l’argent versé. Efficacité de la dépense, déficit oblige. Pour des raisons morales aussi. Pour rappel, Bridgestone (et d’autres) avait fermé son usine après avoir perçu 1,9 million d’euros de l’État. Immoral! Aucune législation nationale n’oblige à rembourser les aides. Les aides publiques ne sont conditionnées ni à l’interdiction de licencier, ni à l’obligation de rembourser, même en cas de licenciements!

«Aujourd’hui, 140 milliards sont versés annuellement aux entreprises, deux fois le budget de l’éducation nationale, autant que les salaires versés chaque année aux fonctionnaires.»

En même temps, l’excès de contrôle peut conduire à des effets néfastes, et c’est bien là le problème. Trop de conditionnalité limite la capacité d’entreprendre. La menace des pouvoirs publics en cas de «réajustement économique des effectifs» est un frein à l’attractivité des territoires. En fait, l’obstacle n’est pas juridique mais politique. Les collectivités locales et les régions sont en concurrence pour attirer les investissements: plus de conditionnalité, c’est moins d’attractivité.

Un juste équilibre doit donc être trouvé. L’efficacité de la dépense publique doit être renforcée. Il s’agit de remplacer la vision quantitative et comptable par une vision qualitative et sociale dans un fonctionnement régalien et social-démocrate de l’État. Des contrôles oui, mais aussi débattre en amont sur l’efficacité de la dépense publique et quelle dépense rendra les contrôles moins utiles puisque les projets seront conformes à une vision d’avenir pondérée et débattue.

 

publié le 16 janvier 2023

La fortune des milliardaires a davantage augmenté depuis le début de la pandémie qu’en une décennie

Communiqué sur https://www.oxfamfrance.org

Davos 2022 : nouveau rapport d’Oxfam sur les inégalités mondiales : La fortune des milliardaires dans le monde a plus augmenté en 19 mois de pandémie qu’au cours de la dernière décennie. C’est la plus forte augmentation depuis que ce type de données est recensé. C’est le constat édifiant que révèle Oxfam dans son dernier rapport sur les inégalités mondiales publié le jour de l’ouverture du « Davos Agenda », une semaine de dialogues virtuels organisés par le Forum économique mondial.

Pour lire le rapport :

https://www.oxfamfrance.org/wp-content/uploads/2022/01/Rapport_Oxfam_Inegalites_mondiales_Davos_170122.pdf


 

pour lire le Zoom sur les inégalités en France :

https://www.oxfamfrance.org/wp-content/uploads/2022/01/Rapport_Oxfam_Davos_Zoom_France_170122.pdf

 

Chiffres clés du rapport :

  • La fortune des milliardaires dans le monde a plus augmenté en 19 mois de pandémie qu’au cours de la dernière décennie.

  • Depuis la pandémie, le monde compte un nouveau milliardaire toutes les 26 heures, alors que 160 millions de personnes sont tombées dans la pauvreté.

  • En France, de mars 2020 à octobre 2021, la fortune des milliardaires français a augmenté de 86%.

  • Avec les 236 milliards d’euros supplémentaires engrangés en 19 mois par les milliardaires français, on pourrait quadrupler le budget de l’hôpital public ou distribuer un chèque de 3500 euros à chaque Français-e-s.

  • Les 5 premières fortunes de France ont doublé leur richesse depuis le début de la pandémie. Elles possèdent à elles seules autant que les 40% les plus pauvres en France.

  • 7 millions de personnes ont besoin d’aide alimentaire pour vivre, soit 10% de la population française et 4 millions de personnes supplémentaires sont en situation de vulnérabilité à cause de la crise.

Un enrichissement historique des milliardaires français rendu possible grâce à la réponse gouvernementale à la crise

En France, c’est sans précédent également : la fortune des milliardaires a augmenté plus rapidement en 19 mois de pandémie qu’en plus de 10 ans. De mars 2020 à octobre 2021, les richesses des grandes fortunes françaises ont bondi de 86%, soit un gain de 236 milliards d’euros. A titre de comparaison, elles avaient augmenté de 231 milliards d’euros en 10 ans, entre 2009 et 2019.

A elles seules, les 5 premières fortunes de France ont doublé leur richesse depuis le début de la pandémie [1] : elles ont gagné 173 milliards d’euros. C’est près de ce que l’Etat a dépensé pour faire face au Covid-19 en un an. Ces 5 milliardaires possèdent désormais autant que les 40% les plus pauvres en France.

Pour Quentin Parrinello, porte-parole d’Oxfam France : « Pour les milliardaires, la pandémie a été une aubaine. S’ils se sont enrichis, ce n’est pas grâce à la main invisible du marché, ni par les choix stratégiques brillants mais principalement en raison de l’argent public versé sans condition par les gouvernements et les banques centrales dont ils ont pu profiter grâce à une montée en flèche des cours des actions.

« Cette concentration extrême des richesses est le résultat de choix politiques. Avec les 236 milliards supplémentaires engrangés en 19 mois par les milliardaires, on pourrait quadrupler le budget de l’hôpital public ou distribuer un chèque de 3500 euros à chaque Français-e-s ».

Des pauvres de plus en plus pauvres

Dans le même temps, la crise a provoqué une intensification de la pauvreté chez celles et ceux qui étaient déjà en difficulté avant la pandémie. Oublié-e-s des plans de relance – les travailleurs précaires (notamment les femmes), les personnes migrantes et les jeunes – ont vu leur situation se détériorer encore davantage. 7 millions de personnes ont besoin d’aide alimentaire pour vivre [2], soit 10% de la population française, et 4 millions de personnes supplémentaires sont en situation de vulnérabilité à cause de la crise [3].

Depuis le début de la crise : un nouveau milliardaire toutes les 26 heures dans le monde

L’explosion des inégalités sévit sur toute la planète. Depuis le début de la pandémie, le monde compte un nouveau milliardaire toutes les 26 heures alors que 160 millions de personnes sont tombées dans la pauvreté. Les femmes, les personnes racisées [4] et les habitant-e-s des pays en développement sont les plus impacté-e-s par la violence des inégalités.

La pandémie a fait reculer l’objectif de parité femmes-hommes à 135 ans, contre 99 ans auparavant. 252 hommes se partagent aujourd’hui plus de richesses que le milliard de filles et de femmes vivant en Afrique, en Amérique latine et aux Caraïbes réunies.

2022 : Remettre les politiques de lutte contre les inégalités au centre

Pour Quentin Parrinello : « Il est temps de tourner la page du quinquennat des inégalités et de remettre au cœur des débats de la présidentielle la question du partage des richesses et de la taxation des ultra riches. Les choix politiques d’Emmanuel Macron depuis cinq ans ont provoqué une sécession des plus riches et accablé les plus fragiles avec la baisse des APL, la réforme de l’assurance chômage, les coupes dans les budgets de l’hôpital public, dans l’éducation… »

Les analyses indépendantes menées par l’Institut des Politiques Publiques (IPP) confirment que le quinquennat a été un accélérateur des inégalités. Les 1% les plus riches ont vu leur niveau de vie augmenter de 2,8% en moyenne, quand les 5% des ménages les plus modestes ont perdu jusqu’à 0,5% de leur pouvoir d’achat.

Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France lance un appel : « Les inégalités ne sont pas une fatalité. Le futur ou la future Président-e de la République devra tirer les leçons de la crise, en faisant le choix de reconstruire un modèle économique plus juste, au service de l’ensemble des citoyen-ne-s, plus durable face à la crise climatique qui menace, et plus féministe pour s’attaquer véritablement aux inégalités femmes-hommes ».

L’urgence d’une grande réforme fiscale

« Alors que le gouvernement cherche à faire payer la note de la crise aux travailleur-se-s et aux chômeur-se-s, il est maintenant urgent de mettre à contribution ces milliardaires qui ont profité de l’argent public », conclut Quentin Parrinello.

Oxfam France appelle à un changement radical de politique fiscale pour réduire les inégalités et financer un ambitieux programme d’investissements publics. Oxfam France met sur la table des candidat-e-s à la présidentielle 15 réformes chiffrées [4] permettant de récolter au moins 65 milliards d’euros supplémentaires par an. Parmi elles : la mise en place d’un ISF rénové avec une surtaxe pour les patrimoines les plus polluants, une réforme de l’imposition de l’héritage, ou encore un impôt sur le revenu plus juste et plus féministe.

[1] Les 5 premières fortunes de France.

[2] Secours catholique, Etat de la pauvreté en France, 2021,

[3] CREDOC (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) https://www.credoc.fr/publications/quatre-millions-de-francais-fragilises-par-la-crise-sanitaire

[4] En Angleterre, pendant la deuxième vague de la pandémie, les personnes d’origine bangladaise étaient cinq fois plus susceptibles de mourir de la COVID-19 que la population britannique blanche. Au Brésil, les personnes issues des communautés noires sont 1,5 fois plus susceptibles de décéder du COVID-19 que celles issues des communautés blanches.

[5] Le Manifeste fiscal d’Oxfam France propose 15 mesures fiscales permettant de récolter au moins 65 milliards d’euros supplémentaires par an (sans pour autant augmenter la contribution des 70% des Français-e-s, c’est-à-dire les personnes seules gagnant moins de 2500 euros net par mois) pour financer des services publics de qualité, des prestations sociales renforcées et investir dans la transition bas-carbone pour faire baisser les dépenses contraintes des ménages les plus précaires. Retrouvez les 15 mesures en détails : https://www.oxfamfrance.org/rapports/manifeste-fiscal-juste-vert-et-feministe-quelles-reformes-pour-un-modele-fiscal-moins-inegalitaire/

Les calculs d’Oxfam sont fondés sur les données les plus complètes et les plus actuelles disponibles. Les données sur les personnes les plus fortunées de la société proviennent du classement des milliardaires de 2021 de Forbes. Les données sur la répartition des richesses dans le monde sont tirées du Global Wealth Databook 2021 du Credit Suisse Research Institute.


 


 


 

 

Quentin Parrinello, Oxfam :
« Les inégalités sont le résultat
d’un choix politique »

Eva Leray sur www.humanite.fr

Alors que s’ouvre, ce lundi, le forum économique de Davos, Oxfam publie un rapport montrant que, depuis 2020, les 1 % les plus riches ont capté les deux tiers des richesses produites dans le monde. Les explications de Quentin Parrinello, porte-parole de l’ONG.

La 53e édition du Forum économique mondial, qui réunit une grande partie des décideurs du monde capitaliste, s’est ouverte à Davos, en Suisse, ce lundi. Dans le même temps, l’ONG Oxfam publie un nouveau rapport accablant sur la concentration des richesses produites dans le monde. Depuis 2020, les 1 % les plus riches ont capté près de deux tiers des richesses créées, alors que la guerre en Ukraine, l’inflation, les différentes crises économiques et sanitaires ont accéléré les inégalités. Entretien avec Quentin Parrinello, qui a corédigé ce rapport.

Depuis dix ans, vous publiez un rapport annuel qui pointe les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres dans le monde. Cette année, la situation a-t-elle évolué ?

Quentin Parrinello, : On remarque que la concentration des richesses s’accélère. Les 1 % les plus riches ont capté, depuis deux ans, deux tiers des richesses créées. Sur la dernière décennie, il s’agissait plutôt de 54 % des richesses produites. Dans le même temps, on a vu pour la première fois depuis vingt-cinq ans une augmentation de l’extrême pauvreté dans toutes les régions du monde. Jusqu’à présent, elle restait localisée en Afrique subsaharienne.

Vous êtes également l’auteur de la partie consacrée à la France. Les inégalités y sont-elles aussi importantes ?

Quentin Parrinello, : La France est un bon cas d’étude de ce qui se passe à l’échelle internationale. Les milliardaires français vont très bien (voir notre infographie – NDLR). Depuis deux ans, les dix premiers ont gagné 189 milliards d’euros. C’est l’équivalent de deux années de factures d’énergie et de carburant de l’ensemble des ménages français. La fortune du Français Bernard Arnault, l’homme le plus riche du monde, s’élève à 204 milliards de dollars (selon les dernières données de Forbes – NDLR). Si une personne très chanceuse avait gagné tous les jours au loto depuis l’armistice de 1918, elle n’aurait même pas la moitié de sa fortune. L’enrichissement des milliardaires a été sans précédent en 2021 tandis qu’une succession de crises frappe les plus précaires. À cela s’ajoute la hausse des dépenses contraintes (loyer, factures d’eau, d’électricité, de gaz, de téléphone…) liée à l’augmentation du coût de l’énergie. Celles-ci pèsent plus dans le budget des plus précaires, 60 %, que dans le reste de la population, 30 % (selon le rapport annuel de l’état de la pauvreté en France réalisé par le Secours catholique – NDLR).

En 2022, 80 milliards d’euros ont été versés en divDepuis l’annonce de son projet de réforme des retraites, l’exécutif martèle que la seule solution possible pour financer un système menacé par un déficit annoncé de 12 milliards d’euros est de repousser le départ de l’âge légal...idendes aux actionnaires du CAC 40. C’est un record. La même année, selon l’Insee, un Français sur dix dit avoir sauté des repas faute de moyens…

Quentin Parrinello, : Face aux crises, beaucoup d’argent a été injecté dans les marchés financiers de la part des banques centrales pour éviter que ceux-ci ne s’écroulent, entraînant avec eux les entreprises appartenant aux milliardaires. Il y avait mille et une autres manières d’intervenir. Le gouvernement a choisi celle-là. L’intervention publique, et non pas des décisions stratégiques, a permis l’enrichissement des plus riches. Tout comme la mise en place de boucliers tarifaires et de remises à la pompe, qui ont aussi profité aux milliardaires et ce peu importe leurs revenus. Au total, pour ces mesures, la France a dépensé plus de 50 milliards d’euros. Il fallait les prendre, mais mieux les cibler.

Si les milliardaires s’enrichissent, qui paye ?

Quentin Parrinello, : La concentration des richesses s’est accélérée pendant la crise, et pour autant le gouvernement fait payer la facture aux plus précaires. Avec Macron, la baisse ou la suppression des impôts sur les plus riches (comme l’ISF) s’est accélérée. C’est un choix politique. Il existe plein d’alternatives qui ont déjà été testées dans le passé où les riches sont mis à contribution. Aujourd’hui, tous les gouvernements, pas seulement en France, font le choix inverse. Ils décident de réduire les dépenses publiques et de mettre en place des politiques d’austérité. En France, notre système de redistribution (éducation gratuite, système de santé en partie gratuit, protection sociale…) permet de limiter les inégalités, mais la diminution de ces dépenses met le système de plus en plus sous pression.

Si la taxation des plus riches a déjà fait ses preuves par le passé, pourquoi n’est-elle pas mise en place aujourd’hui ?

Quentin Parrinello, : Les inégalités ne sont pas une fatalité, mais le résultat d’un choix politique. Lorsqu’on a une concentration de la fortune des milliardaires qui s’accélère et qu’on ne met rien en place pour l’en empêcher, elle augmente. Alors même que le FMI assure que le ruissellement ne fonctionne pas, le gouvernement pense toujours que baisser l’impôt des plus riches va relancer la croissance. Ça ne fonctionne pas, surtout en situation de crise, et c’est encore plus problématique quand, par aveuglement idéologique, on fait payer la facture aux plus précaires.

Depuis l’annonce de son projet de réforme des retraites, l’exécutif martèle que la seule solution possible pour financer un système menacé par un déficit annoncé de 12 milliards d’euros est de repousser le départ de l’âge légal...

Quentin Parrinello, : Le fameux déficit des retraites, qui est annoncé comme incontrôlable par le gouvernement, pourrait être résorbé avec une taxe annuelle de 2 % sur la fortune des milliardaires français. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de réforme des retraites à faire. Il faut revaloriser les petites retraites, les bas salaires et réduire les inégalités de rémunération entre les femmes et les hommes. De cette façon, les travailleurs cotiseraient plus pour la retraite et le déficit pourrait être comblé. On a les moyens de faire contribuer les plus riches et ceux qui s’enrichissent.

  publié le 15 janvier 2023

Libéralisation de l’énergie :
retour sur un fiasco

Francis Wurtz sur www.humanite.fr

Les factures d’énergie explosent ; les fournisseurs privés mangent la laine sur le dos d’EDF ; le prix de l’électricité décarbonée est indexé sur celui des énergies fossiles… Mais à qui et à quoi devons-nous cette pagaille insensée dans un secteur aussi crucial que l’énergie? Le mal en question tient en quelques mots: la libéralisation du marché de l’énergie. Les responsables sont clairement identifiés: ce sont les deux colégislateurs européens, autrement dit les gouvernements européens successifs depuis une bonne vingtaine d’années ainsi que les majorités successives au Parlement européen, durant la même période. Retour sur un fiasco.

La première directive européenne sur ce dossier remonte à 1996. Elle instaura le principe de concurrence et entra en vigueur en France en 2000. Un autre moment clé de ce calendrier diabolique fut le sommet européen de Barcelone, en mars 2002. Bravant une impressionnante marée humaine, venue manifester son opposition au projet néolibéral, les chefs d’État et de gouvernement y ont lancé « la phase finale de l’ouverture des marchés de l’électricité et du gaz ». Les plus ultras furent l’Espagnol Aznar, l’Italien Berlusconi et le Britannique Blair.

Les deux leaders français présents, Jacques Chirac et Lionel Jospin, tous deux en pleine campagne électorale concurrente, et donc gênés aux entournures, firent assaut de précautions oratoires à usage national: « Nous sommes favorables à l’ouverture, mais pas au détriment de nos services publics, qui constituent un fondement de notre pacte républicain », osa, sans rire, le président de la République. Compréhensifs, ses collègues rappelèrent leur attachement au « modèle social européen »… Puis on passa aux choses sérieuses.

Avec, au cœur du processus, une obsession: supprimer par étapes les obstacles à la concurrence, dans chaque pays de l’UE comme au niveau européen. Dans le cas de la France, cela signifiait en particulier faire en sorte que des entreprises privées – même non productrices d’énergie – puissent concurrencer EDF (et Gaz de France, qui était encore, à l’époque, une entreprise publique). De ce principe découle, en particulier, la mise en place, en France, de « l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique » (Arenh) en 2011: EDF étant jugé en position de force, difficile à concurrencer par les « investisseurs » privés, il a fallu l’affaiblir artificiellement en l’obligeant à vendre à prix cassé (et fixe) une part considérable de sa production à ses concurrents privés, afin d’aider ceux-ci à gagner des « clients » au détriment de l’entreprise publique! (En 2022, Paris alourdit même à son initiative cette ponction scandaleuse du privé sur EDF!)

En outre, les prix de l’électricité sont désormais fixés non en fonction de ses coûts de production, mais de l’état du marché de l’ensemble des sources d’énergie. Dès lors, il suffit d’une crise du gaz pour faire s’emballer les prix de l’électricité! Faut-il que les aberrations des sacro-saintes « lois du marché » dans un domaine comme celui de l’électricité soient devenues évidentes pour que, depuis la présidente de la Commission européenne jusqu’au chef de l’État français, des néolibéraux patentés en arrivent à reconnaître la nécessité de remettre le « marché européen de l’énergie » sur le métier! À suivre de près…

  publié le 9 janvier 2023

CAC 40 :
tout pour le capital,
nouvelle saison

Martine Orange sur www.mediapart.fr

Même dans les temps difficiles, la spirale prix-profits-capital prospère allègrement. En 2022, les entreprises du CAC 40 ont reversé 80,5 milliards d’euros à leurs actionnaires. Un record. Le capitalisme de la rente croît et embellit.

Plus les années passent, plus elles se ressemblent. Alors que les économistes et les responsables politiques glosent depuis des mois, avec le retour de l’inflation, sur les dangers de voir se reconstituer la spirale prix-salaires, la spirale prix-profits-capital, elle, prospère allègrement.

Elle n’a même jamais été aussi élevée pour les sociétés du CAC 40, à s’en tenir aux résultats présentés par la lettre financière Vernimmen de janvier. D’après ses calculs, ces entreprises ont versé 80,5 milliards d’euros à leurs actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d’actions en 2022.

Ce montant constitue un record absolu. « Le niveau le plus haut jamais enregistré depuis que nous faisons cette étude [2003] », reconnaît la lettre financière. En 2021, Vernimmen avait calculé que les sociétés du CAC 40 avaient distribué 69,4 milliards d’euros à leurs actionnaires. En une année, alors que l’économie mondiale est soumise à de multiples chocs, ces groupes ont décidé qu’il était opportun d’augmenter de 16 % en moyenne leur distribution.

Même si les bénéfices distribués en 2022 sont la résultante des profits record de 2021, année de rebond après l’arrêt économique provoqué par la pandémie, ces chiffres illustrent la permanence de la stratégie adoptée par ces groupes : tout pour le capitalisme actionnarial.

« Ces chiffres, qui sont excellents, ne sont qu’à l’unisson d’autres tout aussi excellents enregistrés en 2022, malgré un contexte économique et géostratégique compliqué », observe Vernimmen.net, soulignant la baisse du taux de chômage, le nombre élevé des créations d’entreprises ou des levées de fonds à un niveau inédit par les start-up.

Figurant depuis des années au sommet des classements des groupes internationaux qui distribuent la plus grande partie de leurs bénéfices aux actionnaires, les sociétés françaises n’ont pas failli à la tradition : elles distribuent la moitié ou plus de leurs bénéfices à leurs actionnaires, quand les firmes allemandes sont autour du tiers.

Comme chaque année, les mêmes noms reviennent en tête des sociétés les plus généreuses. TotalEnergies arrive naturellement en tête avec 13,3 milliards d’euros suivi par LVMH (7,1 milliards), Sanofi (4,7 milliards), BNP Paribas, Stellantis (ex-PSA), AXA et Crédit agricole ne sont guère loin derrière.

Mais il y a plus frappant encore que la distribution des dividendes : c’est la part prise par les rachats d’actions. Année après année, cette pratique ne cesse de progresser pour atteindre des proportions qui atteignent là encore des sommets. En 2022, les groupes du CAC 40 ont dépensé 23,7 milliards d’euros pour racheter leurs propres d’actions avant de les annuler. Une pratique qui n’a pas pour seul objet de faire monter leurs cours.

« La France n’aime pas trop les profits (…) », éditorialise dans Les Échos le journaliste David Barroux, condamnant par avance jusqu’à la caricature tous les discours critiques sur les politiques actionnariales des grands groupes. « L’évidence devrait nous pousser à admettre tout d’abord que les profits sont déjà le meilleur carburant pour nourrir les investissements des entreprises », poursuit-il, en reprenant implicitement le fameux théorème « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain ». L’ennui est que ce théorème de novembre 1974 ne fonctionne plus depuis bien longtemps.

S’il existe un État-providence en France, c’est désormais pour le capital.

Comment justifier de telles redistributions de capital ? Car il ne faut pas se faire d’illusion. Au vu des résultats des groupes du CAC 40 au premier semestre 2022 (82 milliards d’euros), la débauche de dividendes va se poursuivre cette année. Dans le même temps, les dépenses d’investissement et de recherche et développement diminuent. Et les destructions d’emplois se poursuivent. Au nom de la maîtrise des coûts et des temps difficiles.

Les thuriféraires du capitalisme actionnarial justifient l’action des grands groupes au nom de la nécessité de savoir récompenser le risque. Mais où est le risque quand les banques centrales pendant une décennie ont injecté dans le système financier des centaines de milliards d’argent gratuit ? Quand le gouvernement, après avoir abaissé toute la fiscalité sur le capital – de l’impôt sur les sociétés à l’impôt sur la fortune en passant par la flat tax sur les dividendes –, continue à verser des centaines de milliards indistinctement et sans contrepartie à l’ensemble des sociétés travaillant sur le territoire ? Et les premières entreprises bénéficiaires sont les groupes du CAC 40.

D’après les travaux de l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires) et de la CGT, des chercheurs du Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques (Clersé), le total des aides publiques versées aux entreprises s’élevaient à 157 milliards d’euros en 2019. Un « pognon de dingue » qui a encore grossi avec la pandémie et la crise. Certains évoquent désormais la somme de 200 milliards d’euros, soit plus du tiers du budget de l’État.

S’il existe désormais un État-providence en France , c’est désormais pour les entreprises et plus largement pour le capital. Et là, personne n’évoque la question des fraudeurs et des assistés.

Le deuxième argument en défense du capitalisme actionnarial est que rendre le capital aux actionnaires permet une meilleure allocation des ressources, le marché étant bien plus apte que tout autre moyen pour sélectionner les investissements les plus prometteurs. La multiplication des bulles et des crises qui marquent les décennies du néolibéralisme en fait douter.

Et l’éclatement des bulles des valeurs technologiques, immobilières, et même des crypto-actifs qui est en cours actuellement illustre à nouveau le fonctionnement total erratique des marchés fonctionnant selon les modes entre l’euphorie et la déprime, et se livrant à toutes les spéculations.

En choisissant d’encourager ces mouvements, voire en les soutenant plutôt que de les corriger, le gouvernement favorise une concentration de richesses à des niveaux inégalés entre peu de mains. Au-delà de l’affichage, ce n’est pas son projet de dividende salarié qui va inverser la tendance. Le pouvoir a délibérément opté pour un capitalisme de rente. Et l’assume.

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