PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
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ÉCONOMIE - CAPITALISME DEPUIS JUILLET 2022

publié le 18 juillet 2022

« Macron veut créer des travailleurs pauvres » : démonstration !

Stéphane Guérard sur www.humanite.fr

Le président de la République accélère sur l’Assurance chômage, la formation professionnelle et le RSA, en annonçant un projet de loi de réforme dès la rentrée. Pour Denis Gravouil, de la CGT, le locataire de l’Élysée surfe sur « l’idée fausse qu’un chômeur ou un allocataire est un fainéant » pour réduire la protection sociale à un tout petit filet de sécurité.

Lors de son allocution du 14 juillet, Emmanuel Macron a annoncé une réforme de l’assurance chômage et de la formation professionnelle « dès cet été ». Un texte de loi « sera soumis à la rentrée » aux représentants patronaux et syndicaux. Si ces contours sont très flous, on comprend que ces projets de loi visent à diminuer le taux de chômage des 7 % actuels à 5 %, en allant plus loin que la précédente réforme de l’assurance chômage qui, via la diminution des montants d’allocations et de l’accès aux droits à indemnisation, compte réalise 2 milliards d’euros d’économies sur le dos des chômeurs en année pleine.

« Il n’y a pas aujourd’hui un endroit en France où les gens ne nous disent pas : « J’ai besoin de travail, je cherche des gens pour travailler ». Il m’est arrivé parfois (…) de dire qu’il fallait traverser la rue (pour trouver du travail). C’est encore plus vrai (aujourd’hui), » s’est justifié le président de la République. Denis Gravouil, négociateur CGT à l’Unédic, réagit à ce tour de vis annoncé.

Qu’avez-vous pensé des annonces d’Emmanuel Macron, sur la forme ?

Constatons déjà que la verticalité demeure. Pour un président qui avait affirmé vouloir changer… Il n’a rien discuté avec qui que ce soit de ses annonces d’hier. Il reste agrippé à son agenda libéral, avec les réformes des retraites et de l’Assurance chômage. De nouvelles violences sont à craindre à l’encontre des chercheurs d’emploi. Il reprend le mensonge des libéraux sur le fait qu’un bon niveau de protection n’incite pas les chômeurs à retrouver vite un emploi. C’est totalement faux. Reprenons les statistiques : quatre chômeurs sur dix ne sont pas indemnisés. Le montant moyen des allocations versées se situe aux alentours du seuil de pauvreté et 30 % des demandeurs d’emploi vivent avec 30 euros par jour.

Certains secteurs ne souffrent-ils pas de difficulté de recrutement ?

Sans doute. Mais le fait de diminuer l’accès aux droits ou de baisser les allocations va-t-il changer quelque chose à la situation des hôpitaux, qui manquent de médecins et d’infirmiers ? Supprimer les allocations d’une infirmière va-t-il la pousser à prendre un poste ? Non. Ce secteur souffre d’un problème de reconnaissance du travail et des niveaux trop bas des salaires pratiqués. De même, supprimer les allocations à un saisonnier va-t-il le pousser à prendre un poste dans un restaurant ou un hôtel où les conditions salariales et de travail sont misérables, dans une région où les prix d’un logement absorbent quasiment l’intégralité du salaire gagné ? Non. Dans tous les secteurs en prise avec des difficultés de recruter, les employeurs qui s’en sortent sont ceux qui ont procédé à l’augmentation des salaires et à l’amélioration des conditions de travail. Mais ça, Emmanuel Macron n’en parle pas. C’est contraire à son logiciel libéral.

En annonçant une nouvelle réforme de l’Assurance chômage, quel objectif se fixe le président ?

On connaît ses objectifs depuis 2015 et un rapport qu’il avait commandé alors qu’il était ministre de l’Économie sur les différences des marchés de l’emploi en Allemagne et en France. Son but est de suivre les lois Hartz qui avaient réformé en profondeur l’assurance chômage allemande en diminuant les droits des demandeurs d’emploi. Il est resté évasif lors de son intervention du 14 juillet, mais ce que vise Macron, c’est de faire comme la loi Hartz 4, en rapprochant le système d’assurance chômage des minima sociaux. Dans ce système, l’allocataire ne peut plus rien refuser. Là encore, tout est fondé sur l’idée mensongère que le chômeur ou l’allocataire est un fainéant, qu’il faut l’obliger à prendre n’importe quel emploi qui se propose à lui, y compris un temps partiel, un contrat mal payé, avec des conditions de travail dégradées. Cela revient à créer des travailleurs pauvres. Dans la même logique, Emmanuel Macron pourrait instaurer une dégressivité de l’allocation en fonction du niveau de chômage. Plus ce niveau est bas, plus on réduit la durée d’allocation.

Comment s’articule le RSA (revenu de solidarité active) nouvelle formule annoncée par le candidat Macron, conditionné à des heures de travail gratuit ?

Cela revient à ramener la protection sociale à un filet de sécurité le plus minimal possible. Macron ne reparle pas de son revenu universel d’activité, fusionnant plusieurs allocations. Mais il pourrait ressortir pour niveler les protections vers le bas.

Que savez-vous de la transformation de Pôle emploi en France Travail ?

C’est la question en suspend. On sait qu’un groupe de travail a été monté autour du directeur de Pôle emploi. Nous ne savons pas si l’Unédic sera absorbé par France Travail. On comprend que cette agence récupérerait le RSA, que les Missions locales seraient concernées. La visée est là encore de resserrer le suivi des demandeurs d’emploi et allocataires.

Quelle serait la place des syndicats dans France Travail ?

Nous participons à la gestion de l’Unédic comme des organismes de formation professionnelle en tant que représentants des salariés. Nous allons nous battre pour faire entendre leurs voix dans ce nouveau système envisagé. Emmanuel Macron veut peut-être continuer de décider de tout, tout seul, en nous réservant un strapontin dans un Haut conseil pour l’assurance chômage. Là encore, on sent un flottement au sein du gouvernement. Cette semaine, le ministère du Travail nous affirmait avoir besoin de temps pour la renégociation de la convention de l’Assurance chômage, dont la dernière réforme s’achève au 31 octobre. Ce 14 juillet, Macron a accéléré sur ces sujets de façon très droitière. On comprend bien l’opération politique qu’il y a pour lui de se rapprocher des LR, voire de flirter avec le Rassemblement national en annonçant des mesures qui entameront la protection sociale et les services publics de l’emploi et des solidarités.

 publié le 15 juillet 2022

Macron visite STMicroelectronics :
pas d'impôt
mais des millions d'aides publiques
?

Maxime Combes sur https://blogs.mediapart.fr

Ce 12 juillet, Emmanuel Macron et plusieurs ministres se rendent à Crolles (Isère) pour saluer les promesses d'investissement de STMicroelectronics dans une nouvelle usine de semi-conducteurs. Y seront annoncés des millions d'euros d'aides publiques supplémentaires alors que le groupe, pour partie détenu par l'État et qui fait des milliards de profits, ne paie quasiment pas d'impôts en France

C'est de loin le plus important des projets annoncés en grande pompe à l'occasion du sommet Choose France de ce lundi 11 juillet où Emmanuel Macron a déroulé le tapis rouge aux PDG d'entreprises multinationales au château de Versailles (voir ci-dessous) : une usine de production de semi-conducteurs à Crolles, en Isère, portée par les multinationales franco-italienne STMicroelectronics et américaine Global Foundries. L'investissement serait de l'ordre de 5,7 milliards euros pour un millier d'emploi créé, avec un « soutien financier important de l'État français », sans que le montant ne soit révélé à ce stade.

Ce mardi 12 juillet, Emmanuel Macron et plusieurs ministres (Bruno Le Maire, Sylvie Retailleau, Olivier Becht, Olivier Véran), ainsi que le commissaire européen pour le marché intérieur Thierry Breton, se rendent donc à Crolles (Isère), sur le site où STMicroelectronics et son partenaire US veulent construire la nouvelle usine avec le soutien de l'argent public. A cette occasion, Emmanuel Macron annoncera un plan de 5 milliards d'euros de soutien au développement de la filière microélectronique, en lien avec le ChipsAct de l'Union européenne (paquet législatif de l'UE sur les semi-conducteurs) qui est doté de 50 milliards € d'ici 2030.

Alors que les Etats français et italiens détiennent 27,5% des parts de STMicroelectronics (via une holding basée aux Pays-Bas), ce nouveau soutien public et ce déplacement soulèvent de nombreuses questions :

Les données financières qui suivent sont généralement issues du travail de l'Observatoire des multinationales (https://multinationales.org/) qui ont notamment permis de rédiger ce rapport : "CAC40, tout va très bien madame la marquise".

➡️ alors que STMicroelectronics a fait 1,77 milliard euros de profits en 2021, et près d'un milliard par an les années précédentes, pourquoi le groupe ne paie-t-il pas, ou presque pas, d'impôt sur les sociétés en France (données syndicales) ? Le groupe, co-détenu par l'Etat français, pratique-t-il l'évasion fiscale ? A savoir : un quart de ses effectifs sont basés en France et la contribution des activités françaises aux résultats du groupe seraient d'environ 40%, mais l'imposition serait nulle ou presque. 

➡️ combien d'argent public STMicroelectronics va-t-il toucher pour l'implantation de cette nouvelle usine à Crolles ? Y a-t-il des conditionnalités sur l'emploi, la transition écologique, l'égalité femmes-hommes, l'usage de l'eau et des ressources en général ? Y a-t-il une garantie sur la pérennité du site et des emplois ?

➡️ pourquoi STmicroelectronics a augmenté de 78% par rapport à 2019 la rémunération de ses actionnaires (200 millions euros de dividendes + 438 millions euros de rachats d'action = 638 millions €), et son PDG de 10% (7 millions d'euros) alors que le groupe a bénéficié du chômage partiel, du plan numérisation et du plan de relance pendant la pandémie ?

➡️ pourquoi Nicolas Dufourcq, le directeur général de la Banque publique d'investissement (bras armé de l'Etat en matière d'investissement), et qui est toujours vice-président du conseil de surveillance de STMicroelectronics, laisse-t-il au nom de l'Etat l'entreprise augmenter la rémunération des actionnaires et du PDG alors que le groupe ne paie quasiment pas d'impôts sur les sociétés en France ?

Autant de questions dont nous ne sommes pas certains d'obtenir la réponse si elles ne sont pas largement relayées auprès de l'Elysée, des ministres, des parlementaires et des journalistes. (voici un thread sur twitter pour y contribuer)

Maxime Combes, économiste et auteur de Sortons de l'âge des fossiles ! Manifeste pour la transition (Seuil, 2015) et co-auteur de « Un pognon de dingue mais pour qui ? L’argent magique de la pandémie » (Seuil, 2022). 

 

Quelques commentaires sur le sommet Choose France (thread à retrouver ici)

A écouter Emmanuel Macron et les ministres, il faudrait sauter au plafond pour les 6,7 Mds € d'investissements et 4 000 emplois annoncés lors du sommet Choose France de ce lundi 11 juillet à Versailles. Sauf que :

- plusieurs projets ont déjà été annoncés en janvier (Mars x3, Merck etc) 

- jamais n'est indiqué combien d'argent public a été donné pour chacun de ces projets

Sans doute faut-il aussi se souvenir que plusieurs entreprises qui annoncent des créations de postes en ont supprimé récemment : 

  • Amadeus (entreprise de gestion pour la distribution et la vente de services de voyages), qui annonce 800 emplois, en a supprimé 1800 en France en 2020

  • FedEx, qui annonce 1000 emplois à Roissy, a annoncé en supprimer entre 5 500 et 6 300 en Europe en janvier 2021

Le plus gros projet ChooseFrance du jour est une usine de semi-conducteurs des multinationales franco-italienne STMicroelectronics et américaine Global Foundries (cf. ci-dessus)

A titre de comparaison, les annonces de #ChooseFrance de janvier 2022 prévoyaient la construction d'une usine de batteries Envision de technologie japonaise à capitaux chinois (promesse de 1000 emplois d’ici à 2024 & 2 500 en 2030) : 200 M€ d'aides publiques annoncées, soit 200 000 € par emploi. 200 000 € d'argent public par emploi promis, cela fait cher de l'emploi ChooseFrance.

Surtout si aucune conditionnalité (pérennité des emplois, objectifs écologiques, égalité femmes-hommes etc) n'est associée, comme c'est le cas habituellement, à chacune de ces aides. 

Autre question : les engagements pris lors de ChooseFrance ne sont que des promesses, qui ne sont pas toujours suivies d'effets. En mai 2018, l'ex-PDG d'IBM, Ginni Romett, s'était engagée à créer 1800 emplois en France, lors de l'évènement TechForGood organisé par l'Elysée. Résultat : IBM France veut supprimer 25% de ses effectifs en France (1400 emplois) alors qu'elle a pourtant reçu au moins 130 millions € d'argent public (CICE & CIR) et qu'elle a versé 4,9 milliards de dividendes (voir ici pour plus de détails)

Selon plusieurs articles de presse, on apprend que sur les 80 projets d'investissements ChooseFrance annoncés en 4 ans (soit des promesses de 12 milliards d'euros d'investissements et 21.000 emplois créés), ce qui est peu, seuls 25 projets ont été complètement réalisés, 50 sont en cours, et 5 ont été abandonnés. 

Selon les mêmes articles de presse, on apprend que les aides publiques représenteraient entre 5 et 10 % de chacun des projets. Soit entre 600 M€ et 1,2 Md€. Soit entre 30 000€ et 60 000€ par emploi : un véritable #PognonDeDingue sans transparence et sans conditionnalité.

publié le 12 juillet 2022

La vérité des prix

Maud Vergnol sur www.humanite.fr

Douloureux tickets de caisse. Les prix s’envolent, les salaires sont trop bas, la pauvreté s’étend. La hausse des prix à la consommation, qui atteint déjà 5,2 % par rapport à juin 2021, pourrait atteindre 7 % en septembre. Du jamais-vu depuis 1985.

Qui n’a pas tiqué devant l’addition salée du plein de courses, qui entraîne dans le rouge de nombreuses familles dès le 10 du mois ? « La faute à la guerre en Ukraine », nous explique-t-on tranquillement, comme si cette inflation historique était inéluctable. Olivier De Schutter, rapporteur spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté, rappelle que « les bulles spéculatives sont l’explication essentielle de l’augmentation des prix des denrées alimentaires sur les marchés mondiaux ».

En France, avant prise en compte de l’inflation, le revenu des ménages a progressé de 3,7 % en 2021. Celui des patrons du CAC 40 a augmenté l’an dernier de 67 %, pour une moyenne de 8,7 millions d’euros. Eux ne connaissent pas la crise. C’est bien là tout le problème, auquel refuse de s’attaquer le pouvoir macroniste. Ce dernier s’obstine à faire payer l’État sans rien demander aux grandes entreprises, pour qui la pandémie et la guerre ont représenté une formidable machine à cash. Le CAC 40 va distribuer 80 milliards de dividendes et de rachats d’actions cette année. Une hausse de 80 % en deux ans. Le géant français des hydrocarbures, TotalEnergies, pourrait annoncer jusqu’à 20 milliards d’euros de bénéfices pour les six premiers mois de l’année… mais refuse d’augmenter les salaires de ses 35 000 salariés.

Le pouvoir macroniste reste bien silencieux sur les causes réelles de l’inflation. Jeudi dernier, même Michel-Édouard Leclerc, patron des supermarchés du même nom, a affirmé que « la moitié des hausses de prix demandées sont suspectes », réclamant l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire. Une initiative prise par les sénateurs communistes Éliane Assassi et Fabien Gay, qui ont saisi dans la foulée la commission des Affaires économiques.

Dans ce contexte, le nouveau gouvernement devait présenter cette semaine en Conseil des ministres son projet de loi censé regonfler le portefeuille des Français. Ces mesures du « paquet pouvoir d’achat », dévoilées au compte-gouttes ces dernières semaines dans la presse, sont autant de pansements sur une jambe de bois.

Mais le dégel du point d’indice des fonctionnaires, avec une revalorisation de 3,5 %, bien insuffisant à ce niveau pour compenser l’inflation, sonne tout de même comme une première victoire idéologique, marquant l’échec des politiques salariales fondées sur l’individualisation et la multiplication des mesures parcellaires. Oui, il faut augmenter tous les revenus ! Avec ce dégel, Emmanuel Macron revient ainsi sur l’erreur fondamentale qu’a constituée le maintien du gel depuis le début de son quinquennat.

C’est une première victoire, qui en appelle d’autres. Nourrie par la multiplication des luttes sociales dans les entreprises, la bataille se jouera aussi cet été dans l’Hémicycle, où les députés de la Nupes comptent ferrailler pour arracher beaucoup plus à ce « paquet pouvoir d’achat ». C’est ce qu’attendent les électeurs qui ont privé le président d’une majorité nette pour mener ses politiques de casse sociale. Deux visions vont s’affronter : d’un côté des aides conjoncturelles financées par l’État pour ne surtout pas toucher au coût du capital, de l’autre une augmentation des revenus et une lutte contre les inégalités salariales pour améliorer durablement nos conditions de vie. Dans ce combat, les députés d’extrême droite, contre la hausse du Smic, vont s’avérer des alliés de poids pour l’exécutif. C’est maintenant que les masques vont tomber.

publié le 8 juillet 2022

« La taxation des surprofits liés
à la crise serait
une bonne mesure »
par Dominique Plihon

par Jonathan Baudoin sur https://qg.media

Le scénario d’une inflation à la fois forte et durable se précise désormais. L’économiste Dominique Plihon, membre du conseil scientifique d’ATTAC, expose les mécanismes d’une hausse des prix qui nous promet un automne extrêmement difficile, dans le sillage de la pandémie et des secousses géopolitiques. Une commission d’enquête et une taxation des surprofits s’imposent selon lui. Entretien sur QG

Le 1er juillet dernier, la Banque centrale européenne a fait relever son taux directeur pour la première fois depuis plus de 10 ans, sachant qu’une nouvelle hausse de ce même taux est prévue pour le mois de septembre, afin de lutter contre l’inflation qui s’accroît dans les pays de la zone euro, notamment en France. Selon Dominique Plihon, membre du conseil scientifique d’ATTAC et du collectif les Économistes Atterrés, cette réponse monétaire ne permettra cependant pas de lutter contre l’inflation, et il faudrait plutôt privilégier la fiscalité ou le contrôle des prix. En outre, il estime que la crainte d’une boucle prix-salaires en France est infondée (1), en raison notamment du rapport de force favorable au patronat. L’économiste appuie également la proposition d’une commission d’enquête parlementaire sur les origines de l’inflation que nous subissons actuellement et une surtaxation des « profiteurs de guerre ». Interview par Jonathan Baudoin

QG: Selon une note de l’Insee, le taux d’inflation, enregistré à 5,8% en juin, pourrait atteindre 7% en septembre et se stabiliser entre 6,5% et 7% sur le dernier trimestre. Peut-on considérer ce scénario comme crédible ?

Dominique Plihon : Rien n’est encore écrit. En France, on sait que la raison pour laquelle l’inflation est moins forte que dans le reste de la zone euro, où on est à 10% et plus en moyenne, c’est qu’on a mis en place des dispositifs pour bloquer les prix, notamment ceux de l’énergie. Si le nouveau gouvernement maintient ces mesures-là, on peut très bien imaginer que d’ici la fin de l’année, on ait un niveau d’inflation proche de ceux indiqués par l’Insee. Cela dépend de la politique qui va être décidée.

QG : En ce mois de juillet, la Banque centrale européenne a relevé son taux directeur, sachant qu’une hausse supplémentaire est prévue pour septembre prochain. Quel regard portez-vous sur cette décision de la BCE ? N’est-ce pas trop tardif, sachant que la FED américaine et la Banque d’Angleterre ont déjà relevé leur taux directeur depuis plusieurs semaines ?

Dominique Plihon : C’est assez complexe comme situation parce que l’inflation que nous avons maintenant peut difficilement être combattue par la politique monétaire. Elle a une origine qui n’a rien à voir avec un excédent de création monétaire ou une demande qui serait excessive. Elle est liée à des pénuries, de matériaux ou de main-d’œuvre, à un effondrement de l’offre dans un certain nombre de domaines. Donc, la politique monétaire n’est pas efficace face à ce genre d’inflation. C’est une inflation particulière, liée à l’offre et aux pénuries.

Que la BCE tarde à monter ses taux d’intérêt, de ce point de vue-là, n’est pas dramatique parce que ce n’est pas l’instrument principal à utiliser. C’est soit le contrôle des prix, soit une introduction d’instruments comme la fiscalité, etc. La BCE a commencé et va continuer à faire monter ses taux pour suivre le mouvement, parce qu’elle y est obligée, puisque les autres grandes banques centrales le font, pour qu’il n’y ait pas un écart de différentiel d’intérêt trop important entre les principales monnaies. Mais pour moi, ce n’est pas un problème, d’autant plus que si on veut limiter le ralentissement de l’activité, il faut absolument que le coût du crédit n’augmente pas trop. Or si la BCE augmentait sensiblement ses taux d’intérêt directeurs, ça aurait un impact sur les taux du crédit. Ce qui n’est pas forcément une bonne chose pour l’économie. Je suis souvent très critique à l’égard de la BCE, mais là, je pense que sa prudence quant à la hausse des taux d’intérêt est compréhensible.

QG : Le 22 juin dernier, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a déclaré que « l’inflation devrait revenir à 2% en 2024 » et qu’un scénario de récession n’était pas certain. Mais peut-on faire fi d’un scénario similaire à celui de la stagflation des années 1970, selon vous ?

Dominique Plihon : Quand François Villeroy de Galhau dit qu’on va revenir à une inflation à 2% en 2024, je pense qu’il est extrêmement optimiste, pour ne pas dire assez irréaliste. Évidemment, c’est le rôle d’un banquier central, qui est supposé veiller à l’inflation, que d’essayer de faire croire aux acteurs économiques et sociaux que l’inflation va baisser fortement. Mais cette prédiction-là n’est pas du tout crédible. Quand il affirme que la récession n’est pas d’actualité, c’est pareil. Malheureusement, on peut craindre que non seulement l’impact de la pandémie, mais aussi celui de la situation politique internationale, affectent grandement l’activité et qu’on ait un ralentissement marqué de l’activité économique. Le scénario de stagflation, en effet, me paraît tout à fait probable.

QG: N’y a-t-il pas eu une erreur d’appréciation des économistes, orthodoxes comme hétérodoxes, sur la durabilité de la spirale inflationniste dans laquelle nous sommes, liée aux effets économiques de la crise sanitaire et de la guerre russo-ukrainienne ?

Dominique Plihon : On pouvait difficilement prévoir, par exemple, que la pandémie en serait à sa septième vague, et qu’il y aurait l’invasion de l’Ukraine. On ne peut pas reprocher aux économistes de ne pas avoir anticipé cette guerre, même si certains politistes disent que c’était tout à fait prévisible.

Je pense que l’une des raisons pour laquelle ils pensaient que l’inflation ne durerait pas, c’est qu’ils comparaient la situation dans l’Union européenne, et dans la zone euro en particulier, à celle des États-Unis. Outre-Atlantique, l’inflation est beaucoup plus forte parce qu’il y a eu des hausses de salaires plus importantes et par conséquent, une spirale prix-salaires qui a joué sensiblement. Alors qu’en Europe, je dirais, malheureusement, l’austérité salariale s’est maintenue. Il y a eu quelques hausses de salaires, des coups de pouce qui ont été donnés à des salaires minimaux. Mais cela n’a rien à voir avec ce qui s’est passé aux États-Unis. On peut penser qu’on ne retrouvera pas les niveaux d’inflation de 15% et plus enregistrés au moment des deux chocs pétroliers des années 1970. Mais il est certain que la majorité des économistes s’est trompée sur la durabilité de l’inflation.

On peut craindre désormais une inflation durable, avec les informations dont on dispose, tant sur le front de la pandémie que sur le front géopolitique.

QG: Le 28 juin dernier, Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, a affirmé que « si on augmente les salaires au niveau de l’inflation, on nourrit l’inflation », craignant ainsi la fameuse boucle prix-salaires que vous évoquiez. Qu’en dites-vous dans le contexte actuel en Europe, et plus précisément en France ?

Dominique Plihon : Ce n’est pas une crainte fondée aujourd’hui, à mon avis. La détermination des salaires est extrêmement différente aux États-Unis et en Europe. Outre-Atlantique, le salaire est à la fois le revenu et la protection sociale. Les salaires sont beaucoup plus volatiles. Les salariés sont plus précaires, en moyenne, qu’en Europe. Notamment en France. Je crois qu’en France, aujourd’hui, la boucle prix-salaires est pour le moment très improbable, compte tenu, hélas, du rapport de force qui existe entre les salariés, leurs représentations, notamment les syndicats, et d’autre part, le patronat, soutenu par Macron. Le rapport de force est défavorable aux salariés. Mais cela pourrait changer, du fait de la pénurie de main d’œuvre dans de nombreux secteurs, liée notamment à la faiblesse des rémunérations. Le phénomène de « grande démission » des travailleurs, observé aux Etats-Unis, de véritable contagion de départs, pourrait se produire de ce côté-ci de l’Atlantique

QG: Le 30 juin dernier, Michel-Édouard Leclerc, président de l’entreprise de grande distribution Leclerc, a demandé à ce que soit établie une commission d’enquête parlementaire sur les origines de l’inflation actuelle, la considérant comme « suspecte ». Souscrivez-vous à cette démarche et considérez-vous qu’elle pourrait aboutir à quelque chose par rapport aux origines de l’inflation ?

Dominique Plihon : Vous avez peut-être remarqué que la Nupes a également demandé l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur l’inflation, à laquelle le gouvernement actuel ne serait pas opposé, à l’heure où nous parlons. Le pouvoir sent la pression parce qu’on sait qu’il y a des entreprises, dans la distribution, mais aussi dans d’autres secteurs comme l’énergie ou l’alimentaire, par exemple, qui profitent de la situation de pénurie, qui empochent des profits tout à fait considérables. Sachant qu’il y a en particulier des comportements spéculatifs. Il y a des opérateurs qui stockent, par exemple, des produits énergétiques et alimentaires, pour faire monter les prix afin de les revendre à des prix plus intéressants. Il y a des comportements à éclaircir. Je crois que c’est important de le faire.

QG: Soutenez-vous également l’idée de surtaxer les « profiteurs de guerre », à commencer par les compagnies pétrolières dont les profits augmentent avec la guerre russo-ukrainienne ? Faut-il même aller plus loin ?

Dominique Plihon : Je n’emploierai pas le terme « profiteur de guerre », même s’il n’est pas totalement faux. Quand on regarde les données, les courbes, on voit que les prix de l’énergie, en particulier le pétrole et le gaz, avaient sensiblement augmenté avant la guerre en Ukraine. Déjà, il y avait des comportements des multinationales du pétrole et de l’énergie qui donnaient à penser qu’elles profitaient clairement de cette situation. Je crois d’ailleurs que cette enquête, qu’il est nécessaire de faire sur l’inflation et ses origines, permettrait d’éclaircir cela. Une des conclusions auxquelles elle pourrait aboutir cette enquête serait de taxer les surprofits réalisés par un certain nombre d’acteurs à l’occasion de la crise actuelle. Il n’y a pas que la guerre: il y a eu également la pandémie. Ce qui a entraîné des phénomènes de ruptures de chaînes valeur et de pénuries qui ont conduit à des hausses de prix, dont un certain nombre d’entreprises ont profité.

Je suis favorable à cette mesure de surtaxation. Je suis également pour la politique suivante, très simple et qui serait approuvée par l’ensemble de la population : d’une part, taxer tous ces superprofits, et d’autre part, que le gouvernement s’engage à redistribuer les recettes fiscales ainsi collectées pour aider les populations les plus touchées par ces hausses de prix, dans l’énergie et l’agroalimentaire en particulier. Faire une sorte de redistribution entre les profiteurs et ceux qui sont les plus défavorisés, c’est-à-dire les populations qui sont en bas de l’échelle des revenus, qui sont les plus fragilisées par les hausses de prix sur les biens essentiels. Je sais que Macron est opposé à cette surtaxation, alors que même qu’elle a été mise en œuvre par d’autres gouvernements libéraux, par exemple au Royaume-Uni, dirigé il y a quelques jours encore par le conservateur Boris Johnson.

QG: Peut-on dire que si la spirale inflationniste perdure, voire même se renforce, ce sont les classes populaires et les petites entreprises qui en subiront le plus les conséquences ? Si oui, quels en seront les effets économiques et sociaux ?

Dominique Plihon : Il y a déjà eu, depuis la crise financière de 2008, une augmentation des inégalités, notamment les inégalités de revenu. Il y en a qui se sont enrichis, en haut de la pyramide. Mais il y en a beaucoup qui, au contraire, ont été précarisés, qui sont dans des métiers très difficiles et peu rémunérateurs. Ces gens-là sont extrêmement précaires parce qu’au minimum neuf millions d’entre eux sont en-dessous du seuil de pauvreté. C’est-à-dire que si les prix continuent de monter fortement, ce qui est très probable, les gens qui vivent difficilement aujourd’hui tomberont dans une trappe à pauvreté. Il y aura des conséquences dramatiques pour ces populations-là.

Il peut aussi y avoir des conséquences politiques. On aura, peut-être, des nouveaux mouvements du type Gilets jaunes. C’est-à-dire des populations précarisées, en grande souffrance, qui se révolteront dans la rue. On aura, peut-être, des mouvements sociaux importants et politiquement. Ce qui est à craindre aussi, c’est que tout cela soit favorable à certains partis comme le Rassemblement National, qui a axé une grande partie de sa stratégie, ces derniers mois, pendant la présidentielle et les législatives, sur la question du pouvoir d’achat. Politiquement, ceci peut être très dangereux. Ça peut donner encore plus de poids à ce parti extrêmement dangereux pour la démocratie.

(1) Le mécanisme de la « boucle prix-salaires » est en gros le suivant: une hausse des salaires pour suivre la montée des prix, qui conduirait à une nouvelle hausse des prix, le tout en entraînant une spirale inflationniste sans fin.

Dominique Plihon est économiste, professeur émérite à l’Université Sorbonne Paris Nord, membre du conseil scientifique d’ATTAC, membre du collectif les Économistes atterrés. Il est notamment l’auteur de: Le nouveau capitalisme (La Découverte, 2016), Les taux de change (La Découverte, 2017), ou encore La monnaie et ses mécanismes (La Découverte, 2022)

publié le 7 juillet 2022

Des mesures en trompe l’œil pour un pouvoir d’achat en berne

Jean-Christophe le Duigou sur www.humanite.fr

Des mesures pour parer la perte de pouvoir d’achat seront-elles le baptême du feu pour la nouvelle Assemblée nationale élue en juin ? La porte-parole du gouvernement a parlé « d’heure de vérité » concernant l’examen du projet de loi annoncé. Qui pourrait s’opposer à « des mesures fortes pour protéger le pouvoir d’achat des Français ? » feint de s’interroger Elisabeth Borne. Sinon les partisans du « dénigrement systématique » qui s’excluraient ainsi de l’effort collectif de construction de réponses adaptées à la crise. La tactique est claire, forcer au moins une partie des opposants au gouvernement minoritaire à rejoindre les députés macroniens afin de former une première majorité de circonstance.

Depuis la campagne présidentielle le gouvernement n’a pas lésiné sur l’affichage : revalorisation des retraites, revalorisation des minima sociaux, blocage temporaire des prix du gaz et de l'électricité, indemnité inflation, baisse du prix de l’essence à la pompe, suppression de la redevance TV, chèque énergie…Au total avec « la loi pouvoir d’achat » pas moins de 50 milliards d’euros de crédits publics pour 2021 et 2022 ont ainsi été mobilisés, dont 18 milliards rien que pour la baisse de la taxe sur l’électricité et le gel des tarifs du gaz. « La France a pris les mesures les plus massives et les plus complètes des grands pays européens » souligne le magazine macronien Challenges qui met en exergue le montant de l’effort budgétaire consenti sur la période en points de PIB, le 1,9% français, face au petit 0,7% allemand.

Ce plan aux dires de l’Insee, se veut LA « protection du portefeuille des ménages » contre les hausses de prix. Pas si sûr ! Si l’organisme public dans sa dernière note de conjoncture, estime que ces mesures mises bout à bout, contribueront bien à rehausser le revenu disponible brut (RDB) des ménages d’environ 1 point de pourcentage en 2022 il estime que cela sera insuffisant pour garantir le maintien du pouvoir d’achat. Ce dernier baissera en moyenne sur l’ensemble de l’année 2022 de 1 % par unité de consommation.

Le Président du MEDEF vent la mèche dévoilant le double discours gouvernemental : « Officiellement il faut augmenter les salaires mais en coulisse le gouvernement nous dit de faire attention …avec trop de hausse »[1].On concède quelques compensations aux ménages y compris par un simili blocage des baux immobiliers, alors que leur consommation a été amputée par une inflation de 5 à 8 % l’an. L’opération dissimule un nouveau coup de pouce aux entreprises. D’abord en orientant les revendications salariales vers des primes générales ou vers de l’intéressement. Ensuite en refusant tout coup de pouce au SMIC pourtant basé sur l’indice des prix à la consommation qui minore le cout de la vie. Enfin en déchargeant les entreprises d’une partie des couts induits par la hausse des salaires, notamment à travers le dispositif de « prime Macron » qui prolonge la logique désormais de grande ampleur d’exonération de cotisations sociales.

Depuis deux ans les aides aux entreprises, sous forme de chômage partiel pour les unes, de compensation financière pour les autres ont été massives.  Malgré le choc de la double crise pandémique et économique, le taux de marge[2] des entreprises est ainsi demeuré à un niveau élevé : 31,6%. In fine, au travers de ce « plan d’urgence », gouvernement et patronat convergent une nouvelle fois dans leur volonté de préserver la rentabilité attendue par les actionnaires. La bonne stratégie ? les salariés en doutent. Des arrêts de travail éclatent  autour du même mot d’ordre : « Tout augmente sauf nos salaires. » Après des négociations qui n’aboutissent pas les travailleurs se mobilisent à juste raison pour obtenir une taxation des profits exceptionnels des grandes firmes de l’énergie et du commerce et des augmentations de salaires à la hauteur de l’inflation subie.

 [1] Les Echos, 28 juin 2022

[2] Dans le partage de la Valeur Ajoutée, le taux de marge rend compte de ce qui reste à disposition des entreprises pour rémunérer le capital et investir, une fois déduites les rémunérations salariales.


 


 

Gouvernement Borne.
« Nous avons déjà vu que
vous gouvernez contre le peuple ! »

Aurélien Soucheyre sur www.humanite.fr

Assemblée nationale. La première ministre n’a pas convaincu les députés de gauche, mercredi, lors de sa déclaration de politique générale, traînant comme un boulet le bilan d’Emmanuel Macron. Sans majorité absolue, elle a formulé des promesses aux oppositions, sans convaincre.

Élisabeth Borne n’a pas encore pris la parole que les députés de gauche, d’emblée, lui font part de leur opposition déterminée. Mercredi, les élus de la Nupes (FI, PCF, PS et EELV) ont déposé une motion de censure du gouvernement avant même que la première ministre ne prononce sa déclaration de politique générale.

La raison ? L’hôte de Matignon a décidé qu’il n’y aurait aucun vote de confiance suite à son discours. « Dès lors, nous n’avons d’autre choix que de soumettre cette motion de défiance », expliquent les parlementaires de la Nupes, qui estiment qu’il en va du « respect du Parlement », et précisent qu’un vote permet solennellement de savoir qui se situe « dans l’opposition ou dans le soutien au gouvernement ». « La confiance ne se décrète pas a priori, elle se forgera texte après texte, projet après projet », a répondu Élisabeth Borne.

Plusieurs fois huée

La première ministre, qui ne dispose que d’une majorité relative, sait qu’elle devra convaincre des élus d’opposition si jamais elle compte faire adopter ne serait-ce qu’une seule loi. C’est pourquoi elle s’est adressée directement à eux. « Je veux qu’ensemble nous redonnions un sens et une vertu au mot de compromis, depuis trop longtemps oublié », a-t-elle lancé aux députés. « Trop longtemps, notre vie politique n’a été faite que de blocs qui s’affrontent. Il est temps d’entrer dans l’ère des forces qui bâtissent ensemble. »

Invitant à « faire chacun un pas vers l’autre », elle a ajouté croire « fermement au dépassement entamé il y a cinq ans par le président de la République », affirmant qu’une « nouvelle page de notre histoire politique et parlementaire commence : celle des majorités de projets ». Mais comment s’entendre quand la Macronie et les différents groupes d’opposition défendent des projets de société et des visions du monde totalement opposés ?

Élisabeth Borne a eu beau citer les noms de l’ensemble des présidents de groupes d’opposition (hormis ceux de Mathilde Panot pour la FI et de Marine Le Pen pour le RN, alimentant à nouveau un parallèle indigne entre une formation de gauche et l’extrême droite, en plus d’exclure une partie de la gauche du champ républicain), elle n’en a pas moins été huée plusieurs fois pendant son discours.

Des exemples ? Lorsqu’elle appelle à ramener le déficit à 3 % de PIB en 2027, ce qui passera par une nouvelle cure d’austérité. Lorsqu’elle invite à baisser à nouveau les impôts de production de 8 milliards d’euros, en forme de cadeau inconditionnel au patronat. Ou encore lorsqu’elle assène qu’un report de l’âge de départ à la retraite est « indispensable ». « Notre modèle social souffre d’un paradoxe. Il est à la fois le plus généreux d’Europe et celui où l’on travaille le moins longtemps », a-t-elle insisté, avant de confirmer que la Macronie présentera une loi visant à « travailler plus longtemps ».

Des annonces qui sonnent creux

Mais la cheffe du gouvernement a aussi suscité des vagues de protestations lorsqu’elle a confirmé vouloir conditionner le versement du RSA à un « travail ». Ou lorsqu’elle s’est félicitée du bilan du premier quinquennat d’Emmanuel Macron en matière de lutte contre le chômage, alors même qu’elle avait, en tant que ministre du Travail, sabré brutalement dans les droits des chômeurs. À ce sujet, la première ministre a annoncé vouloir « transformer Pôle emploi en “France travail” ».

Les députés de gauche ont également plus que haussé les yeux quand Élisabeth Borne a fait part de « l’intention de l’État de détenir 100 % du capital d’EDF », Emmanuel Macron ayant jusqu’ici défendu la casse de nos grands services publics de l’énergie, en plus de la vente de plusieurs de nos fleurons technologiques et industriels.

Des « Enfin, c’est pas trop tôt ! » ont en outre retenti quand la première ministre a dit vouloir déconjugaliser l’allocation adulte handicapé, ce qui aurait déjà été fait de longue date si la Macronie ne s’était pas arc-boutée contre lors du précédent mandat. Un geste attendu, mais insuffisant.

La bronca a d’ailleurs repris dès que la cheffe du gouvernement a asséné vouloir « continuer la refondation de l’école entamée lors du dernier quinquennat », quand le bilan laissé par Jean-Michel Blanquer est celui d’une destruction organisée.

Et force est de constater que plusieurs annonces, dans la bouche d’une macroniste, sonnaient creux à force de promesses jetées aux orties. À l’image de celle sur la création d’une « commission transpartisane sur nos institutions ». De celle « d’associer davantage » les élus locaux et les responsables syndicaux. De celle de provoquer une « révolution écologique » et d’organiser une « souveraineté alimentaire ». Sans oublier, évidemment, celle de solliciter « les entreprises qui génèrent des marges » afin qu’elles « prennent leur part » à l’effort collectif, ou encore celle de « soutenir les soignants »

Les députés de gauche ont ainsi tancé le bilan et le programme de la première ministre. « Le chef d’État a fixé comme ligne rouge de n’augmenter ni les impôts ni la dette, condamnant votre gouvernement à l’immobilisme dès le début du quinquennat. Vous n’avez les mains libres que pour reprendre d’une main ce que vous donnez de l’autre, opérer des coupes sombres dans les dépenses publiques et détricoter notre système de protection sociale et de retraite », s’est ému le communiste André Chassaigne, se disant convaincu que la feuille de route présentée n’est « pas à la hauteur de l’urgence sociale et des enjeux ».

« Nous vous avons déjà vu à l’œuvre, vous n’êtes pas à votre premier méfait : vous avez été l’artisan zélé de la casse du service public ferroviaire et de la casse de l’assurance-chômage. Vous n’avez jamais dévié : vous souhaitez, toujours, gouverner contre le peuple. Sauf que votre pouvoir est en voie de décomposition », a accusé l’insoumise Mathilde Panot.

Mesurant que l’hypertrophie présidentielle a vécu et que le pouvoir, désormais, n’est plus à l’Élysée mais à l’Assemblée, le socialiste Boris Vallaud a invité la première ministre à « desserrer l’étreinte » de l’exécutif sur le Parlement, en partageant avec lui la composition de l’ordre du jour, plutôt que de le lui imposer, et en lui laissant davantage l’initiative de la loi.

Rien de tel n’est pour l’heure au programme. Et les échanges à venir sur le projet concernant le pouvoir d’achat s’annoncent déjà tendus. Une fois que l’Assemblée aura décidé de censurer ou non le gouvernement. Le vote est prévu la semaine prochaine.

publié le 2 juillet 2022

Pouvoir d’achat :
la Macronie bricole encore

Florent LE DU surwww.humanite.fr

Précarité Le gouvernement Borne doit présenter son projet de loi censé regonfler les portefeuilles des Français la semaine prochaine. Des mesures loin de contrecarrer l’inflation et de remettre en question un logiciel libéral qui a montré ses limites.

Pas à la hauteur. Le gouvernement a-t-il au moins pris la mesure de l’inflation qui s’abat sur les Français et leurs budgets ? Plein de gazole à plus de 100 euros, prix de l’alimentation qui s’envolent comme ceux de l’énergie… La hausse des prix à la consommation, qui se situe déjà à 5,2 % par rapport à juin 2021, pourrait atteindre 7 % en septembre 2022. Le fruit, principalement, de spéculations. Jeudi, même Michel-Édouard Leclerc, patron des supermarchés du même nom, a expliqué sur BFMTV que « la moitié des hausses de prix demandées sont suspectes », réclamant même l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire et une « obligation de transparence ». « Chiche », ont réagi de suite les sénateurs communistes Fabien Gay et Éliane Assassi, qui ont saisi jeudi la commission des Affaires économiques.

De son côté, le gouvernement refuse de se pencher sur ces phénomènes spéculatifs. Alors qu’un changement de logiciel s’impose, la Macronie poursuit son atelier bricolage. Le 6 juillet, Élisabeth Borne doit enfin présenter son fameux « paquet pouvoir d’achat », envisagé dès le lendemain de l’élection présidentielle. Sauf surprise, ses projets de lois ne devraient comporter ni augmentation des salaires ni blocage des prix, mais de petites aides insuffisantes, tardives et souvent temporaires.

Énergie : des coups de pouce, rien de durable

Parmi la kyrielle de mesures qui doivent être présentées mercredi, deux symbolisent la philosophie macronienne en matière de lutte contre l’inflation : la prolongation de la remise carburant et celle du bouclier tarifaire. Côté pompe, l’exécutif veut prolonger jusqu’à fin août la remise de 18 centimes par litre instaurée le 1er avril, en demandant «  un effort aux pétroliers pour faire baisser les prix », a indiqué Clément Beaune, ministre délégué chargé de l’Europe. « On a eu Bernadette Chirac avec l’opération pièces jaunes, maintenant on a Patrick Pouyanné et Macron avec leurs 18 centimes », a réagi François Ruffin. Le député FI fait ainsi référence au PDG de TotalÉnergies, qui a vu son salaire augmenter de 52 % en 2021. Dans le même sens, le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, a annoncé mercredi avoir déposé « un texte de loi visant à baisser immédiatement de 35 centimes les taxes sur l’essence », financé par son corollaire : « Taxer de manière exceptionnelle sur 2021-2022 les bénéfices des compagnies pétrolières, dont Total. » « Il n’est pas question d’instaurer une taxe », a déjà balayé Clément Beaune.

Par ailleurs, le gouvernement veut prolonger jusqu’à la fin de l’année son « bouclier tarifaire », soit le plafonnement des prix de l’électricité et du gaz. « Des primes et des chéquounets ! s’emporte François Ruffin. Ce ne sont pas des mesures qui améliorent durablement le pouvoir d’achat. » Car cette fausse solution ne ferait que repousser la note. Contrairement au gouvernement, la Commission de régulation de l’énergie (CRE), autorité administrative indépendante, estime qu’en 2023 un rattrapage tarifaire aura lieu. Les prix du gaz et de l’électricité pourraient alors exploser, d’au moins 8 % d’un coup, une fois le bouclier baissé.

Des hausses nécessaires mais insuffisantes

Attendues et indispensables, plusieurs hausses seront proposées dans le projet de loi du gouvernement. 4 % de plus pour le RSA, l’allocation de solidarité aux personnes âgées et l’allocation aux adultes handicapés. 4 %, c’est aussi la revalorisation des pensions de retraite de base, à partir de ce vendredi 1er juillet. Un chiffre clé, donc, qui reste inférieur à celui de l’inflation . « Nous ne voterons pas contre ces mesures, mais c’est évidemment insuffisant, juge Sophie Taillé-Polian, députée du groupe écologiste. Pourquoi sont-elles aussi tardives et pas à la hauteur de l’inflation ? Il y a un manque de volonté politique et une incapacité à remettre en cause leur logiciel. »

À partir de ce vendredi 1er juillet, le point d’indice des fonctionnaires augmente aussi, de 3,5 %. Un léger rattrapage pour un lourd retard pris depuis 2000, dont se félicite ouvertement l’exécutif : « Cette augmentation est la plus importante depuis 1985 », s’est réjoui Stanislas Guerini, ministre de la Fonction publique, qui se targue de « dégager 7,5 milliards d’euros pour cette mesure ». « Face aux 180 milliards donnés aux entreprises pendant la crise, ça montre bien que les fonctionnaires valent peu à leurs yeux », s’agace Céline Verzeletti, de l’UFSE-CGT, qui demandait, comme les députés de la Nupes, une augmentation de 10 % pour pallier un gel qui durait depuis 2010.

Parmi les autres « coups de pouce » prévus par le gouvernement, la fin de la redevance, qui promet de fragiliser l’audiovisuel public, ou encore un chèque alimentaire de 100 euros par foyer et 50 euros par enfant, distribués à environ 9 millions de familles. « Un chèque, une fois, alors que le surcoût de l’inflation est de 220 euros par famille et par mois… », calcule Boris Vallaud, président du groupe PS.

Logement : un bouclier percé

Premier poste de dépense des Français, à hauteur de 30 à 40 % de leur budget, les loyers continuent d’augmenter. Le gouvernement a prévu de se pencher dessus, tout en prenant soin de ne pas froisser les propriétaires… La ministre de la Transition écologique, Amélie de Montchalin, a annoncé un « bouclier loyer » qui prévoit d’empêcher leur augmentation… mais seulement après une hausse de 3,5 % de l’indice de référence. « C’est en fait une manière d’annoncer une hausse inacceptable des loyers de 3,5 % parce que le gouvernement a refusé de geler l’indice de référence », s’indigne l’insoumis Adrien Quatennens. Amélie de Montchalin a répondu, mardi, à ces attaques : «  Un gel des loyers indifférencié aurait pénalisé un propriétaire modeste, ce ne serait pas juste. » L’argument ne passe pas : « C’est une fable ridicule et un outil politique pour masquer la réalité : 3,5 % des propriétaires détiennent plus de la moitié du parc locatif, s’agace Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France. Quant aux “petits” propriétaires bailleurs, leur charge est essentiellement un remboursement d’emprunt, ils ne sont donc pas touchés par l’inflation. »

Au rayon logement, le gouvernement Borne promet aussi une hausse des aides personnalisées au logement (APL) de 3,5 %, trois ans après les avoir baissées. Le communiste Ian Brossat ironise : «  Dans sa grande générosité, le gouvernement envisage de revaloriser les APL de 168 millions d’euros. Après les avoir réduites de 15 milliards d’euros dans les cinq dernières années. Je te prends 100, je te rends 1. »

Des propositions alternatives balayées ?

Ces mesures pour le pouvoir d’achat feront figure de premier test pour la Macronie. Avec deux questions : saura-t-elle trouver une majorité absolue et écoutera-t-elle les alternatives des oppositions ? Celles de la Nupes notamment, qui posera sur la table une dizaine de propositions, dont le blocage des prix, le Smic à 1 500 euros net ou la mise en place d’une « garantie dignité pour qu’aucun Français ne vive sous le seuil de pauvreté »… Des mesures financées notamment par des cotisations en hausse grâce à celle des salaires, le rétablissement de l’ISF et l’instauration d’un impôt universel pour les entreprises. Sans surprise, la Macronie s’y oppose avec force : « On est prêt à regarder toutes les mesures si elles n’amènent pas de hausse des impôts ou de la dette », a répondu le ministre des Comptes publics, Gabriel Attal.

Pourtant, alors que le gouvernement prévoit une enveloppe totale de 9 milliards d’euros, une cagnotte fiscale inattendue de plus de 50 milliards d’euros est apparue ces derniers jours, due à des recettes supérieures aux prévisions sur les impôts sur les sociétés. « C’est le véritable sujet, ces 50 à 55 milliards d’euros n’étaient pas prévus au budget, insiste la députée Sophie Taillé-Polian. Ils doivent être redistribués aux ménages qui souffrent de l’inflation et des salaires trop bas. » Un vœu pieux ? Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a déjà pris les devants, en insistant sur « l’impératif de réduire l’endettement public ». Tandis que les députés LR ont insisté ces derniers jours sur « la fin nécessaire du quoi qu’il en coûte », selon leur chef de file, Olivier Marleix, la Macronie devrait aller dans leur sens pour s’assurer leurs voix. Spécialiste de la mauvaise foi, le ministre des Relations avec le Parlement, Olivier Véran, a déjà pris les devants : « Qui pourrait voter contre nos propositions qui renforceront le pouvoir d’achat des Français ? »

publié le 1° juillet 2022

Union européenne :
le libre-échange tue 

Pierre Jacquemain sur www.regards.fr

Depuis plusieurs années, l’Union européenne ne ménage pas ses efforts pour faire la part belle au marché mondial au mépris des conséquences sociales, environnementales et climatiques.

une vidéo est consultable sur :
 https://youtu.be/P8_5XsG7VGc

La présidence française de l’Union européenne s’achève. Et pour fêter ça, quoi de mieux qu’un accord de libre échange ? C’est ce que l’Europe sait faire de mieux. Pour le meilleur… et pour le pire ! Après quatre ans de négociations, l’Union européenne vient de signer un accord de libre-échange avec la Nouvelle Zélande. 18000 kilomètres nous séparent des Néo-Zélandais mais on sera ravis d’apprendre que l’on pourra bientôt consommer de la viande néo-zélandaise. Et peu importe si les normes de production agricole diffèrent de nous. Peu importe si les pesticides ou herbicides utilisés en Nouvelle-Zélande sont interdits en Europe. Peu importe la planète. Peu importe les transports de marchandises. Peu importe le climat et l’environnement. Peu importe tout ça puisqu’il est question de plusieurs milliards d’euros par an.

Depuis plusieurs années, l’Union européenne ne ménage pas ses efforts pour faire la part belle au marché mondial. L’objectif : réduire les droits de douane entre les Etats pour favoriser les échanges commerciaux. Lever les blocages, ce qu’on appelle notamment les « obstacles non-tarifaires ». Des accords qui concernent le commerce, les services, les marchés publics – souvent pour en faciliter la libre concurrence – ou encore la propriété intellectuelle. Canada, Japon, Singapour, Mercosur… L’Union européenne signe à tout va. Seules les négociations avec les Etats-Unis, l’Inde et le Maroc sont suspendues. Des accords aux conséquences catastrophiques sur le plan climatique et environnemental. Mais tout aussi catastrophique sur le plan social avec des secteurs d’activité gravement affectés. Et des emplois menacés.

Le monde vit une crise alimentaire inédite. Près d’un milliard d’êtres humains luttent pour la faim. 20% de la production alimentaire est jetée à la poubelle. 30% de cette production est destinée à l’alimentation animale et à la production de biocarburant. Mais l’urgence pour l’Union européenne, c’est que les européens puissent manger du bœuf Néo-Zélandais bourré aux hormones. L’urgence pour l’Union européenne, c’est de produire plus pour consommer plus. Et peu importe si les terres sont surexploitées. Peu importe si nous créons les conditions de la mort à petit feu de notre biodiversité. Nous n’avons pas voix au chapitre : 70% des terres agricoles appartiennent à 1% des exploitants. La financiarisation de nos terres s’accélère et en Europe la taille des exploitations a doublé en un demi-siècle.

Alors on va nous dire : « Oui mais avec la guerre en Ukraine, il y a pénurie des produits alimentaires ». La pénurie a bon dos. De pénurie il n’y a pas. La crise alimentaire ne date pas d’hier. La guerre en Ukraine ne fait qu’accélérer la crise alimentaire. Et dont les premières victimes sont les pays du Sud qui luttent pour la faim. L’enjeu n’est pas la production. L’enjeu est dans la maitrise des prix. Et dans l’accès de tous à une alimentation. Ça devrait être notre obsession. Une obsession européenne. Une obsession mondiale. Hélas, comme dirait Macron paraphrasant Macron : nos vies valent plus que leurs profits.

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