PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
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environnement depuis juillet 2022

 publié le 22 novembre 2022

« La COP montre que l’on n’est pas tous ensemble pour sauver le climat »

Mickaël Correia sur www.mediapart.fr

Alors que la COP27 s’achève par un accord minimaliste, Amy Dahan, chercheuse émérite au CNRS, revient sur la « fabrique de la lenteur » que sont devenus ces sommets sur le climat. Elle appelle à rénover les institutions et les règles qui organisent la mondialisation, pour contraindre les pays à respecter leurs engagements climatiques, sous peine de sanctions.

FautFaut-il mettre fin aux COP, ces grands sommets sur le climat, qui incarnent désormais plus une foire expo du greenwashing qu’une enceinte de coopération internationale face au plus grand défi de l’humanité au XXIe siècle ? 

Alors que la première COP s’est déroulée en 1995 et que les émissions globales augmentent irrémédiablement, l’utilité même de ces réunions est à questionner. Et ce, d’autant plus que limiter le réchauffement global à + 1,5 °C, objectif phare de l’accord de Paris de 2015, est en passe de devenir irréalisable.

Amy Dahan, directrice de recherche émérite au CNRS, étudie l’histoire des négociations climatiques et est la coautrice de Gouverner le climat ? 20 ans de négociations climatiques (avec Stefan C. Aykut, Presses de Sciences Po, 2015). Elle estime que la gouvernance du climat ne devrait plus être enclavée au sein des COP, mais être discutée au sein de divers sommets diplomatiques et des institutions économiques mondiales.

Depuis 30 ans, le droit international économique l’emporte sur l’urgence climatique. Amy Dahan demande que les instances de régulation internationale de la mondialisation, comme l’Organisation mondiale du commerce ou la Banque mondiale, soient rénovées pour – a contrario des COP – créer des mécanismes contraignant les pays à respecter leurs engagements climatiques.

Mediapart : En 2015 dans votre livre , vous parliez d’un « schisme de réalité » entre la gouvernance du climat via les COP et la dégradation inexorable du climat. On a l’impression, après cette COP27 et en pleine crise énergétique, que ce hiatus s’est depuis énormément creusé...

Amy Dahan : Effectivement, alors que les émissions globales ne cessent d’augmenter, les COP n’arrivent même pas à ce que les États les plus riches tiennent leur promesse de verser chaque année 100 milliards de dollars aux pays du Sud. C’est une somme très modeste eu égard aux capitaux énormes mobilisés dans l’économie mondiale, mais ces engagements, pris en 2009 lors de la COP15, n’avaient atteint que 83 milliards de dollars en 2020.

La prise en main du péril climatique a été très longtemps isolée des problèmes (et des investissements) de politiques industrielles, énergétiques et économiques, tant globales que nationales, indispensables pour relever ce défi. Les COP ne sont basées que sur des consensus et des engagements volontaires sans jamais questionner les règles de la mondialisation économique et financière débridée, à l’origine de la catastrophe climatique.

A contrario, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et d’autres accords bilatéraux font appliquer des règles contraignantes et des sanctions qui protègent l’économie mondialisée. En somme, depuis 30 ans, le droit international du commerce et de l’investissement l’emporte sur l’urgence climatique.

Nous parlons donc d’un « schisme de réalité » pour nommer l’écart entre la gouvernance onusienne des COP censée se saisir du risque climatique et une réalité du monde multiforme faite de compétitions et de concurrences féroces, qui lui échappe en très grande partie. Ce hiatus se traduit aussi de façon temporelle entre la dégradation accélérée du climat et une fabrique de la lenteur dans les négociations.

Sortir des énergies fossiles ne se passera pas dans les COP.

Pour vous donner un exemple, le traité sur la charte de l’énergie, entré en vigueur en 1998, vise à protéger les investissements étrangers du secteur de l’énergie. Mais il a surtout restreint le déploiement de politiques climatiques. Il a permis aux industriels de poursuivre les Pays-Bas qui souhaitaient fermer des centrales au charbon, ou encore l’Italie qui voulait interdire des forages pétroliers offshore.

La France et plusieurs autres pays européens comme l’Allemagne, l’Espagne ou la Pologne viennent d’annoncer leur décision de se retirer de ce traité : c’est une des toutes premières fois que des règles nées de la mondialisation sont reconnues comme antinomiques avec la lutte contre le changement climatique.

Cela nous montre que sortir des énergies fossiles ne se passera pas dans les COP. Et que pour que le monde effectue sa transition écologique, il faut radicalement modifier le paysage politique et économique de la régulation mondiale.

Mediapart : C’est-à-dire qu’il faut mettre en œuvre des mécanismes contraignants pour mettre fin aux énergies fossiles ?

Amy Dahan : Le mot « énergie » ne figure même pas dans l’accord de Paris de 2015. La sortie des énergies fossiles n’a été évoquée qu’à la COP de Glasgow en 2021, sans que les modalités concrètes ou les difficultés des pays pour cette sortie aient jamais été l’objet de discussions.

Et ce « schisme de réalité » s’est encore plus creusé à l’aune de la guerre en Ukraine, de la crise énergétique, qui a mis à nu le fait que l’on n’est pas tous ensemble pour sauver le climat, qu’on n’avait pas tous les mêmes intérêts.

Il faut que la sortie des énergies fossiles soit prise en main en dehors des COP, devenues une enceinte d’une lenteur incroyable, et ayant peu de prise avec le réel. Tous les mécanismes de contrôle, de rehaussement et de vérification des engagements des pays sont en panne. Entre le G7 et le G20, il y a sans doute davantage de possibilités dans ces institutions d’avancer sur la sortie du charbon.

L’énergie pourrait faire par exemple l’objet d’un traité international qui encourage et protège l’investissement public dans les énergies renouvelables et sanctionne l’utilisation du charbon.

Mediapart : Une autre limite des COP est celle de l’objectif des + 1,5 °C, inscrit dans l’accord de Paris mais qui apparaît désormais inatteignable. Récemment, plus de mille scientifiques ont déclaré qu’il n’est « plus acceptable d’affirmer publiquement » que limiter le réchauffement global à + 1,5 °C soit possible. Qu’en pensez-vous ?

Amy Dahan : Depuis 20 ans, l’idée de ne pas atteindre le seuil dangereux de 2 °C était un objectif coproduit par les scientifiques et les politiques et disposait ainsi d’une double légitimité. Il s’était imposé depuis la COP de Copenhague en 2009 et paraissait aller de soi. Pourtant, dans les revues scientifiques, en 2015, il y avait déjà un débat entre chercheurs, climatologues et sciences économiques et sociales, sur la possibilité ou non de limiter d’ici la fin du siècle le réchauffement à 2 °C.

Dans les réunions intermédiaires en vue de préparer la COP21 de Paris, on a vu monter avec surprise la volonté des pays du Sud les plus vulnérables de voir inscrire dans les accords climatiques internationaux ce chiffre de limitation du réchauffement de + 1,5 °C. Pour ces pays, + 1,5 °C signifie des impacts climatiques énormes, voire la disparition de certains États insulaires du Pacifique. Ce seuil avait donc une légitimité politique incontestable. Il a été inscrit dans le texte de l’accord.

L’objectif de 1,5 °C de réchauffement, déjà inatteignable en pratique, est finalement contreproductif, car conduisant à l’inaction.

Mais dans la négociation, ce fut une monnaie de singe, car toute compensation ou velléité de judiciarisation des dégâts pour les pays vulnérables a été supprimée, interdite par un veto américain. Surtout l’objectif de 1,5 °C ne paraît pas réaliste.

Pour le respecter, tous les scientifiques soulignent qu’il faudrait des efforts massifs et immédiats. Et cela aurait inévitablement des conséquences sociales, politiques et économiques majeures. Or tout le problème est que le texte de l’accord ne dit justement rien de ces conséquences, c’est-à-dire rien des modalités concrètes des transformations colossales qu’il faut enclencher.

Afficher ce chiffre irréaliste, ou encore asséner comme certains, après la sortie du dernier rapport du Giec, en août 2021, que « l’humanité dispose de trois ans pour réduire ses émissions de CO» n’est pas un bon message. L’objectif déjà inatteignable en pratique est finalement contreproductif, car conduisant à l’inaction.

Mediapart : Quel serait alors le bon message à véhiculer ?

Amy Dahan : Le message du Giec est meilleur. Il martèle depuis 2018 que « chaque demi-degré compte ». Passer de 1,5 à 2 °C de réchauffement engage des conséquences climatiques bien plus catastrophiques pour la planète et les sociétés humaines. Abandonner le slogan des 1,5 °C aurait un fort retentissement symbolique, clament certains. Mais en réalité, qu’a-t-on vraiment fait pour ne pas dépasser ce seuil d’ici à la fin du siècle, alors que nous sommes déjà à 1,1 °C de réchauffement aujourd’hui ?

Par ailleurs, cette notion de température moyenne globale génère de fausses compréhensions : il faut réaliser que lorsqu’on parle de 1,5 °C à 2 °C de réchauffement global, cela signifie, vu l’inertie thermique des océans, en réalité + 4 °C sur les surfaces continentales. Et les climatologues sont en train de se rendre compte que ce ne sont pas forcément les régions intertropicales qui sont les plus menacées par les dérèglements climatiques. L’Europe de l’Ouest a connu un réchauffement beaucoup plus rapide que prévu.

Mediapart : Faut-il mettre fin aux COP ou bien les « réinventer » ?

Amy Dahan : La prochaine COP s’annonce encore pire : elle sera à nouveau organisée dans un pays non démocratique, à Dubaï aux Émirats arabes unis, qui font partie avec l’Arabie saoudite des forces d’obstruction régulières dans les négociations climatiques ou lors de la validation onusienne des rapports du Giec.

Je crois qu’il ne faut pas tuer les COP, ne serait-ce que parce que c’est un espace diplomatique crucial pour les pays du Sud. Mais elles ne vont pas résoudre le problème. L’essentiel selon moi, depuis l’accord de Paris, c’est qu’il faut reterritorialiser la question climatique. La transformation écologique qui s’impose est titanesque. Chaque gouvernement, région et ville doit s’atteler à implanter des politiques climatiques, à déployer un mix énergétique écologique.

Cette transformation ne pourra pas se faire en catimini. Elle devra être largement débattue et socialement juste, pour rencontrer une adhésion sociale et populaire. La sobriété ne peut plus être considérée comme liberticide et punitive. Elle est le premier pas pour un raccourcissement des horizons et une localisation des enjeux, car le dérèglement est ici et maintenant.

L’Union européenne doit mettre en conformité sa volonté d’être un leader climatique international avec une vision d’une nouvelle économie qui prenne en compte les limites planétaires. Dans notre monde aujourd’hui disloqué, on ne peut plus fonctionner avec l’économie libérale mise en place depuis les années 1990 et qui a fait le lit de la crise climatique.

On doit, par exemple, faire en sorte que les bénéfices gigantesques des majors énergétiques servent à financer la décarbonation de nos sociétés. Il faut casser cette dynamique économique libérale et lever définitivement les pare-feux qui ont été mis en place entre la réalité du climat aujourd’hui et les traités et mécanismes économiques internationaux qui contraignent l’action climatique.

publié le 19 novembre 2022

Climat : les liens inextricables du CAC40 avec les énergies fossiles

Observatoire des Multinationales sur https://multinationales.org/fr/

En matière de climat, l’ennemi numéro un, ce sont les énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz) - c’est-à-dire, parmi les grandes entreprises françaises, TotalEnergies. Mais beaucoup d’autres groupes ont des liens étroits et des intérêts partagés avec le géant pétrolier et le secteur des énergies fossiles en général. Ce qui explique leur opposition à un action climatique décisive.

En matière de lutte contre le réchauffement climatique, le secteur des énergie fossiles – charbon, pétrole et gaz – est de loin la première source d’émission de gaz à effet de serre au niveau global, et donc aussi la première cible des régulateurs que des activistes. En France, c’est principalement TotalEnergies, l’une des premières majors pétrolières et gazières au monde, qui se retrouve sous le feu des projecteurs et des critiques. Rien de plus normal, si l’on veut s’attaquer au problème à la racine. Mais ne faut pas oublier que les énergies fossiles sont profondément enracinées et intégrées dans tout le reste de l’économie, quel que soit le secteur d’activité.

Aujourd’hui, les défenseurs du climat s’efforcent de couper les flux de financement du secteur des énergies fossiles, de saper son crédit politique, et plus largement de le rendre « infréquentable ». En retour, les géants du charbon, du pétrole et du gaz (ayant renoncé au moins publiquement à la posture climato-sceptique qui a longtemps été la leur) s’efforcent de convaincre le public et leurs décideurs qu’ils sont engagés dans une transition vers des sources d’énergie moins polluantes et qu’ils « font partie de la solution ». Dans ce combat, les multinationales comme TotalEnergies peuvent compter sur les solides appuis dont il bénéfice parmi les entreprises des autres secteurs économiques, grâce aux liens commerciaux et personnels tissés avec elles, et plus largement dans la société à travers leur politique de financement et de mécénat.

Le CAC40 compte deux groupes relevant directement du secteur des énergies fossiles, la major pétrolière TotalEnergies et le groupe gazier Engie. Tous deux ne communiquent aujourd’hui que sur leurs investissements dans les énergies vertes, mais leur activité reste très largement ancrée dans l’exploitation du pétrole et du gaz.

Par le jeu des liens croisés entre entreprises via les sièges aux conseils d’administration, les dirigeants de TotalEnergies sont également impliqués (ou l’ont été récemment) dans la gouvernance de 17 autres groupes, et ceux d’Engie dans 8 autres groupes du CAC. Quasiment toutes les sociétés de l’indice ont dans leurs instances de gouvernance une personne employée par le secteur des énergies fossiles.

Ces liens personnels au niveau des instances de gouvernance des entreprises reflètent des liens économiques plus profonds. Quasiment tous les autres groupes du CAC40 ont un modèle industriel et commercial reposant sur l’utilisation massive de charbon, de pétrole et de gaz, ou ont des intérêts partagés avec le secteur des énergies fossiles.

C’est le cas des groupes des secteurs automobile et aérien (Airbus, Renault, Safran, Stellantis, Thales) dont l’activité et la croissance, en dépit de leurs promesses vertes, continuent de reposer sur une consommation massive de carburants fossiles et qui génèrent également des émissions importantes via les pneumatiques ou les systèmes de freinage. C’est le cas des groupes financiers (BNP Paribas, Axa, Crédit agricole, Société générale) qui alimentent en fonds le secteur des fossiles et qui en tirent des revenus substantiels. De nombreux industriels utilisent le pétrole et le gaz comme matière première (chimie, engrais) ou bien ont des activités importantes de services au secteur des hydrocarbures. Même les groupes du CAC40 spécialisés dans la communication, la publicité et les relations publiques – Publicis et Vivendi (Havas) notamment – sont régulièrement pointés du doigt pour leurs missions au service du secteur des énergies fossiles ou de pays pétroliers comme l’Arabie saoudite.

Aucune de ces entreprises n’a un intérêt réel à une sortie des énergies fossiles – condition pourtant indispensable pour éviter une élévation catastrophique des températures globales. Elles tendent donc à s’aligner sur les positions et les discours des multinationales du pétrole et du gaz dans le cadre d’une « coalition de l’inertie climatique » : il ne faut pas aller trop vite, il ne faut surtout pas prendre de mesures ambitieuses pour réduire certains usages (comme l’a proposé la Convention citoyenne pour le climat, à laquelle le CAC40 s’est opposé en bloc), il faut miser sur le développement d’hypothétiques technologies « vertes » qui permettront de régler peut-être le problème un jour...

Il est légitime de cibler les énergies fossiles et les multinationales dont c’est le cœur d’activité. Mais il ne faut pas sous-estimer les soutiens sur lesquels ils peuvent compter dans l’ensemble du monde économique.

 publié le 20 octobre 2022

« La France doit
sortir du Traité
sur la charte de l'énergie »

Tribune collective publié sur www.politis.fr

Politis publie une lettre aux membres du gouvernement endossée par les organisations de la société civile. Elles demandent à la France de se retirer, comme l'Espagne, du traité entré en vigueur en 1988, jugé nocif, et de voter contre sa version rénovée, à quelques semaines du début de la COP27.

Le gouvernement français va devoir se prononcer d'ici à mi-novembre sur le maintien de la France au sein du très décrié Traité sur la charte de l'énergie, ce Traité nocif qui retarde, renchérit ou bloque la transition énergétique.

Alors que le Haut conseil pour le climat vient de publier un avis qui recommande « un retrait coordonné du TCE et par la France et les Etats-membres de l'UE », que l'Espagne, les Pays-Bas et la Pologne ont annoncé s'en retirer – après l'Italie dès 2015 – et que la France est désormais poursuivie par un investisseur allemand au titre du TCE, plus d'une trentaine d'organisations de la société civile écrivent à plusieurs ministres du gouvernement pour les appeler à ce que la France se retire au plus vite du Traité sur la charte de l'énergie et vote contre le projet de TCE rénové lors du prochain vote du Conseil des ministres de l'UE.

À quelques semaines de la COP27 sur le climat (6 novembre-18 novembre), et alors que le GIEC a mis à l'index le TCE comme un frein aux politiques climatiques ambitieuses, les organisations invitent également toutes celles et ceux qui le souhaitent à se joindre à cette action en envoyant la même lettre par cet outil électronique.


« La France doit sortir du Traité sur la charte de l'énergie »

Le 19 octobre 2022

Destinataires :

  • Bruno Le Maire, Ministre de l'économie et des finances

  • Christophe Béchu, Ministre de la transition écologique

  • Agnès Pannier-Runacher, Ministre de la transition énergétique

  • Olivier Becht, Ministre délégué au commerce extérieur

  • Laurence Boone, secrétaire d'Etat chargée de l'Europe

A l'heure où la catastrophe climatique s'aggrave, les tensions géopolitiques s'accentuent et les prix de l'énergie s'envolent, comment la France pourrait-elle rester membre d'un traité, le Traité sur la charte de l'énergie, qui retarde, renchérit ou bloque la transition énergétique d'ampleur dont le besoin et l'urgence se font sentir de toute part ?

Comment accepter de rester membre d'un traité qui permet à des industriels de poursuivre des États pour leurs politiques de fermeture de centrales au charbon (Pays-Bas), d'interdiction de forages pétroliers (Italie), de restriction sur l'utilisation des techniques d'exploitation les plus néfastes (Slovénie), ou d'adaptation des mesures de soutien aux énergies renouvelables (Espagne, France) (1) ?

Cela fait désormais de nombreuses années que nos organisations alertent quant aux dangers que représente le Traité sur la charte de l'énergie (2), et plus d'un million de personnes en Europe ont signé une pétition pour demander l'UE et les États-membres à se retirer du TCE (3). Après avoir été menacée de poursuites au moment de l'examen de la Loi Hulot sur les hydrocarbures, au point que celle-ci soit édulcorée, la France est désormais poursuivie par un investisseur allemand suite à la révision à la baisse des tarifs d’achat de l’électricité photovoltaïque, décidée en 2020 (4).

La France va-t-elle rester sans réagir face à ce traité nocif tant pour la transition énergétique que pour la capacité des pouvoirs publics de réguler finement le secteur ? Nos organisations invitent toutes celles et ceux que ce Traité révolte à nous rejoindre (https://s.42l.fr/Exit-TCE-Maintenant) pour appeler solennellement le gouvernement français à ce que la France :

  • se retire du Traité sur la Charte de l'énergie

  • vote contre le projet de nouveau Traité sur la charte de l'énergie lors du prochain vote du Conseil des ministres de l'UE

  • intervienne pour empêcher l'intégration d'autres pays du Sud à ce Traité nocif

Signé en 1994 et entré en vigueur en 1998, le TCE est un vestige du passé : il visait à encourager et à protéger les investissements directs étrangers (IDE) dans le secteur de l'énergie, en particulier dans les pays de l'ex-Union soviétique. Trente ans plus tard, cela n'a plus aucun sens : alors que l'urgence climatique impose une fermeture accélérée d'un certain nombre d'infrastructures fossiles existantes et une régulation fine du secteur de l'énergie, le TCE fragilise considérablement la capacité des pouvoirs publics à assurer à la fois la sécurité énergétique et climatique des populations.

Les principes qui fondent le TCE (protection des investisseurs, non-prise en compte des enjeux climatiques, etc) ne tiennent aucun compte des immenses défis climatiques et énergétiques auxquels nous sommes confrontés.

Face aux critiques, l'Union européenne a consenti à accepter un processus de modernisation du TCE. Après plusieurs années de négociations, loin de régler les problèmes soulevés, ce traité modernisé prévoit de prolonger la protection des investissements dans les énergies fossiles sur une trop longue période, ainsi que d’étendre la protection des investisseurs à de nouveaux investissements dans l’énergie (captage et stockage du carbone, biomasse, hydrogène, combustibles synthétiques, etc.), et donc, les risques de litiges.

Alors que ces nouvelles dispositions pourraient être entérinées d'ici mi-novembre par le Conseil de l’UE, puis lors d’une conférence des États-membres du TCE le 22 novembre prochain, il est plus que nécessaire que le gouvernement français annonce voter contre ce nouveau TCE et, en suivant l'exemple d'autres pays européens tels que l'Espagne, se retire du TCE.

Veuillez recevoir l'expression de nos plus sincères salutations.

Organisations signataires :

350.org, Alternatiba, Attac France, Bloom, CADTM France, CCFD-Terre Solidaire, Comité Pauvreté et Politique, Confédération Paysanne, Droit Au Logement, Emmaüs International, Energie de Nantes, Escape-jobs, France Nature Environnement, GAFE-FRANCE, Générations Futures, GERES, Greenpeace, Institut Veblen, LDH (Ligue des droits de l'Homme), Les Amis du Monde Diplomatique, Makesense, Notre Affaire A Tous, Reclaim Finance, Réseau Roosevelt IDF, Sherpa, Pour un réveil écologique, Union syndicale Solidaires, Unis Pour Le Climat et la biodiversité, Youth For Climate, Pour un réveil écologique,


 

  1. Voir ces liens pour avoir plus de détails sur le cas des Pays-Bas, de l'Italie, de la Slovénie.

  2. 280 organisations appellent les États de l’UE à sortir du Traité sur la charte de l’énergie, décembre 2019.

  3. Pétition « Sortez du TCE maintenant » signée par plus d'un million de personnes en Europe.

  4. Voir ces liens sur les pressions de l'entreprise canadienne Vermilion sur la Loi Hulot et sur les poursuites par un investisseur allemand contre la France



 

 

 

Les Pays-Bas
annoncent à leur tour
leur retrait du traité
sur la charte de l’énergie

Marion d'Allard sur www.humanite.fr

Les Pays-Bas viennent d’annoncer leur retrait du TCE, qui offre aux géants des énergies fossiles la possibilité de se retourner contre des États si ces derniers optent pour des politiques contraires à leurs intérêts. Une victoire pour le climat.

Rotterdam (Pays-Bas). En 2019, l’entreprise allemande Uniper avait attaqué le pays, s’estimant lésée par la fermeture programmée des centrales à charbon d’ici à 2030. T

Après l’Espagne il y a quelques jours et avant la Pologne, les Pays-Bas viennent d’annoncer, par la voix du ministre néerlandais de l’Environnement, la sortie du pays du traité sur la charte de l’énergie (TCE). Ce texte, a simplement déclaré Rob Jetten, « ne peut pas être concilié avec l’accord de Paris ».

Une victoire pour la société civile et les défenseurs de l’environnement, un pas de plus vers l’abandon de ce texte d’un autre âge qui offre aux géants des énergies fossiles une arme juridique puissante pour protéger leurs intérêts privés au détriment de l’intérêt général et de la lutte contre le réchauffement climatique.

Un tribunal d’arbitrage

Pour comprendre de quoi il est question, il faut remonter au mitan des années 1990. En 1994 précisément, lorsque, à peine sortie de la guerre froide, l’Europe, craignant pour ses approvisionnements en pétrole et en gaz, va créer un arsenal légal visant à une « intégration harmonieuse » des marchés de l’énergie entre l’Union européenne et l’ex-bloc soviétique.

Entré en vigueur en 1998, le TCE est à ce jour signé par 53 pays dont l’ensemble de l’Union européenne (à l’exception de l’Italie), les anciens États soviétiques, le Yémen, le Japon ou encore l’Afghanistan. Contraignant, cet accord comprend, entre autres leviers, la possibilité offerte à une entreprise énergétique de se tourner vers un tribunal d’arbitrage – une justice privée parallèle – et d’attaquer un État qui viendrait à prendre des mesures susceptibles d’affecter la rentabilité de ses investissements. Une aubaine pour les géants des énergies fossiles qui trouvent là le moyen de poursuivre leurs activités climaticides.

L’Europe sort peu à peu de sa cécité

En 2020, relevait Attac, 131 cas de litige opposant des sociétés privées à des États au nom du TCE étaient ainsi recensés, « dont 67 % portant sur des cas intra-UE ». Parmi eux, l’entreprise allemande Uniper qui, en 2019, a attaqué les Pays-Bas s’estimant lésée par la fermeture programmée des centrales à charbon d’ici à 2030. Trois ans auparavant, l’Italie, sortie du TCE en 2016, en avait également fait les frais, condamnée à verser 180 millions d’euros à la compagnie britannique Rockhopper à la suite d’un moratoire décrété sur les forages offshore. Et la France n’est pas épargnée. Pour la première fois de son histoire, Paris est mis devant un tribunal d’arbitrage au nom du TCE par la firme allemande Encavis AG pour avoir modifié les tarifs de rachat de l’électricité photovoltaïque.

Face à l’incompatibilité notoire du TCE avec le vote et l’application de politiques énergétiques qui répondent enfin au défi climatique, un vaste chantier de « modernisation » du traité a été lancé il y a quatre ans. Trop lentes, trop peu ambitieuses, les discussions patinent et l’Europe sort peu à peu de sa cécité. C’est dans ce contexte que le retrait des Pays-Bas accentue encore la pression sur la France. Alors que le vote solennel sur la nouvelle mouture du TCE doit avoir lieu le 22 novembre, en Mongolie, les États ont jusqu’à fin octobre pour déterminer leur position. L’occasion pour Emmanuel Macron de poser des actes sur ses grands discours.

publié le 6 octobre 2022

Sobriété :
le gouvernement a un plan,
mais qui pour l’appliquer ?

Jade Lindgaard sur www.mediapart.fr

L’exécutif annonce de nombreuses mesures pour réduire la consommation d’énergie de 10 % d’ici à 2024. Mais presque tout est basé sur le volontariat et les moyens de mise en œuvre restent flous. 

LeLe gouvernement a dévoilé au matin du jeudi 6 octobre les mesures de son plan de sobriété. L’objectif, déjà fixé par la cheffe du gouvernement, Elisabeth Borne, est de réduire de 10 % les consommations énergétiques d’ici à 2024. Issues de groupes de travail qui réunissent depuis juin dernier des représentantes et représentants patronaux et syndicaux, des collectivités locales et des services de l’État, des feuilles de route sont proposées par secteur : État, entreprises, tertiaire, industries, transports, logement, numérique, sport et collectivités locales.

L’exécutif mise tout sur la chasse au gaspillage, et entend concilier trois principes à ses yeux fondamentaux : la souveraineté nationale, en se libérant du gaz russe, la maîtrise du pouvoir d’achat, en limitant les factures énergétiques des Français·es, et l’enjeu climatique, en accélérant la réduction des gaz à effet de serre – le pays est en retard sur ses engagements. « Ce n’est pas un plan de réduction de l’activité économique de la France », a tenu à préciser le cabinet de la première ministre. Depuis un salon d’entrepreneurs, le Bpifrance Inno Génération (Big), Emmanuel Macron a enfoncé le clou : « Cela ne veut pas dire “produire moins” ou “aller vers une économie de la décroissance”. Pas du tout, la sobriété ça veut juste dire “gagner en efficacité” en traquant à chaque instant les coûts cachés [...] tout ce qu’on peut faire pour produire encore davantage mais en dépensant moins. » 

Parmi les mesures annoncées, qui avaient été éventées par Le Parisien : limitation de la température à 19 °C – et à 18 °C les jours de tension sur le réseau d’électricité –, suppression de l’eau chaude dans les bâtiments publics, plafond à 110 km/h pour les fonctionnaires en déplacement professionnel, hausse de l’indemnité de télétravail ainsi que du forfait de mobilité durable pour 80 000 agent·es de la fonction publique, réduction du chauffage dans les gymnases et les piscines, bonus sobriété pour les ménages qui baissent leur consommation, aide pour remplacer sa chaudière à gaz par une pompe à chaleur, etc.

Pas d’obligation réglementaire, peu de décrets – ceux sur l’extinction de la publicité lumineuse la nuit et sur l’interdiction de la climatisation et du chauffage en cas de porte ouverte ont été publiés jeudi matin. Selon le gouvernement, le plan sobriété repose sur la « co-construction » et la libre initiative des acteurs économiques, qui sont invités à communiquer sur une plateforme les mesures qu’ils ont l’intention d’appliquer. « Si la nation tout entière arrive à tenir cet objectif, qui est purement volontariste – il ne faut pas de décret, de loi, de choses compliquées–, si on se mobilise tous pour le tenir, dans les pires scénarios on passe l’hiver », a affirmé Emmanuel Macron jeudi matin. Le 10 octobre, le gouvernement va lancer une campagne d’information sur les écogestes : « Chaque geste compte »

Tout cela suffira-t-il à baisser de 10 % les consommations énergétiques ? Tout va dépendre de la réalité de la mise en œuvre des mesures et de leur échelle d’application. Quel suivi sera mis en place ? Avec quel système de contrôle ? Qui pour conseiller les ménages et quels moyens humains pour aller régler les chaudières et les thermostats du pays ? Si l’exécutif est sérieux dans ses intentions d’économies d’énergie, il va lui falloir déployer d’importants moyens humains et matériels d’accompagnement concret et local des ménages et des acteurs économiques.


 


 

Sobriété énergétique : Greenpeace réclame
un plan juste et ambitieux

Sur www.greenpeace.fr

Jeudi 4 octobre, le gouvernement doit présenter son plan de sobriété énergétique qui a pour objectif de réduire la consommation énergétique du pays de 10% d’ici 2024 dans un contexte de risque de pénurie cet hiver et de forte inflation des prix de l’électricité.

Pour Greenpeace France, ce plan, qui se fait attendre depuis des années, doit être à la hauteur du défi énergétique et de l’urgence climatique. S’il se cantonne à une campagne de communication et à un guide de petits gestes purement incitatifs, en faisant l’impasse sur des mesures structurantes et pérennes en faveur de la justice sociale et de la protection du climat, le gouvernement ratera le coche.

 

Sensibiliser à la sobriété est essentiel, surtout si cela permet de faire baisser la facture des ménages, mais on ne réglera ni la crise énergétique ni la crise climatique uniquement avec des gestes individuels et des incantations. Pour être efficace, ce plan doit proposer des mesures ambitieuses et être guidé par le souci d’une juste répartition de l’effort.

Il doit par exemple s’accompagner d’une rénovation globale des passoires énergétiques qui doit bénéficier en premier lieu aux plus précaires.
Enfin, si l’intention du gouvernement est réellement de faire “la chasse au gaspi”, pourquoi ne pas interdire complètement les écrans publicitaires comme nous le demandons?[1] commente
Nicolas Nace, chargé de campagne transition énergétique pour Greenpeace France.

 Plus globalement, Greenpeace France réaffirme la nécessité d’engager une vraie transition énergétique basée sur la sobriété et l’efficacité énergétique et le 100% renouvelables.

L’association souscrit également aux huit conditions du Réseau Action Climat pour un plan de sobriété efficace et juste.

 1] Un récent décret du gouvernement propose une extinction des écrans publicitaires uniquement entre 1h et 6h du matin (soit en dehors des pointes de consommation) et comporte de nombreuses exceptions

 publié le 4 juillet 2022

Sciences. La forêt de Puéchabon à l'épreuve des sécheresses du futur

Marine Cygler sur www.humanite.fr

Des chênes verts qui s’adaptent pour produire moins de feuilles et moins de glands, voici les premiers résultats d’une étude menée dans l’Hérault depuis 2003 pour évaluer la réponse de la forêt méditerranéenne aux conséquences du changement climatique.

Jean-Marc Orcival mesure le carbone qui entre dans la forêt lors de la photosynthèse et celui qui en sort lors de la respiration. Photo Hemis via AFP

Parcourir la forêt de chênes verts située à quelques encâblures du village de Puéchabon, dans l’Hérault, c’est entrer dans une expérience scientifique à ciel ouvert. Ici, grâce à un dispositif de gouttières qui interceptent 30 % des précipitations, des chercheurs ont créé artificiellement une aridification du climat à laquelle devra faire face la forêt méditerranéenne avec le changement climatique. Comment réagira-t-elle à la sécheresse ?

Cette expérience d’exclusion de pluie qui se déroule depuis presque vingt ans est l’une des plus longues au monde. Aussi, elle apporte déjà quelques précieux éléments : dans les parcelles partiellement privées de pluie, les arbres ont moins de feuilles et produisent moins de fruits, ce qui interroge les écologues sur la capacité de régénération de la forêt du futur.

Le futur s’est dangereusement rapproché

En 2000, les prévisionnistes tablaient sur une réduction de 30 % des précipitations à la fin du siècle. En 2003 a commencé une expérience au long cours consistant à couvrir un tiers de la surface de trois parcelles de 100 m2 par des gouttières qui récupéraient l’eau de pluie, laquelle n’atteignait donc jamais le sol. L’objectif : simuler la sécheresse future.

Sauf que le futur s’est en fait dangereusement rapproché. « Au début de l’expérience, on imaginait simuler le climat de 2100. On se rend compte aujourd’hui qu’étant donné l’augmentation des températures ce sera le climat de 2035 », explique Jean-Marc Limousin, chercheur au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive du CNRS

Au fur et à mesure des travaux de prévision, il est devenu évident que le Bassin méditerranéen serait particulièrement impacté par le changement climatique. Les températures y augmentent et les précipitations y diminuent bien plus vite que la moyenne mondiale. « Cela n’a pas d’intérêt de se pencher sur les précipitations telles quelles : ce qui est important pour les arbres, c’est la vitesse à laquelle le réservoir dans le sol va s’évaporer. Et pour ça, c’est la température qui compte », poursuit-il.

Moins de transpiration et de photosynthèse

Avec son collègue Jean-Marc Ourcival, ils suivent certains arbres en particulier, marqués par des rubans colorés. Depuis un réseau de passerelles aériennes qui permet d’accéder à la cime des arbres, à environ 4 mètres du sol, ils comptent les feuilles et récoltent les fruits dans des filets. « La réaction principale des arbres à la sécheresse imposée est la réduction de 20 à 25 % du nombre de feuilles », constate Jean-Marc Limousin. « En 2003, on pensait que les feuilles allaient changer de forme et de taille, alors que c’est leur nombre qui est impacté par l’aridification », fait remarquer Jean-Marc Ourcival, qui voit là un bon exemple de l’importance de l’expérimentation.

Réduire ce que les scientifiques appellent l’indice foliaire est une stratégie d’adaptation car, s’il y a moins de feuilles, il y a moins de perte d’eau par transpiration. « Mais cela veut dire aussi qu’il y a moins de photosynthèse : au bout de deux-trois ans, on a vu que les arbres s’acclimataient en devenant plus économes, plus lents », poursuit Jean-Marc Limousin. De fait, la photosynthèse, qui permet aux végétaux de fabriquer leur matière organique, est un ensemble de réactions biochimiques se déroulant dans les feuilles.

Que les parcelles soient privées d’eau ou non, les chercheurs se sont rendu compte qu’une sécheresse printanière avait un impact particulièrement négatif sur la croissance des chênes verts. En effet, c’est normalement durant cette saison, quand il fait assez chaud sans que le climat soit trop sec, que les arbres poussent. La croissance s’arrête en revanche l’été, quand les arbres ferment les stomates de leurs feuilles pour éviter la perte d’eau par la transpiration, ce qui empêche aussi la photosynthèse.

L’enjeu de la régénération

« La question qui se pose déjà aujourd’hui, c’est de savoir si les arbres vont s’arrêter de pousser en juin ou fin juillet… », indique Jean-Marc Limousin. Cela dit, pour l’instant, la privation d’eau n’empêche pas les arbres de pousser. Ils ont moins de feuilles, certes, mais ils croissent. « Si le bois ne pousse pas, il meurt. L’arbre n’a pas le choix, il est obligé de grandir chaque année. C’est donc la priorité absolue », détaille le chercheur.

En revanche, le chercheur s’inquiète que les arbres des parcelles sèches produisent moins de fleurs et de fruits que les parcelles qui ne sont pas privées d’eau. 40 % de glands en moins : c’est loin d’être anecdotique. « C’est une information importante pour l’avenir de la forêt. Dans quelques années, avec l’aridification, pourra-t-elle se régénérer ? » interroge-t-il.

Une forêt domaniale transformée en laboratoire grandeur nature

La forêt domaniale de Puéchabon est étudiée depuis 1984 par des chercheurs du Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier, rattaché au CNRS. « C’est une forêt qui n’est plus exploitée depuis quatre-vingts ans. Lorsque nous en avons fait un site expérimental, une problématique d’écologie pure s’est imposée. L’idée : observer ce que devient une forêt sans gestion, coupe ni intervention humaine », explique Jean-Marc Ourcival.

Puis, en 1998, quand la communauté scientifique a été convaincue de la réalité du changement climatique, se souvient le chercheur, l’Union européenne a lancé de grands projets de recherche. À Puéchabon, il s’est agi de savoir combien un écosystème laissé à sa libre évolution était capable de pomper de carbone.

Aussi des tours de flux que l’on entend siffler mesurent en permanence le carbone qui entre dans la forêt lors de la photosynthèse et celui qui sort lors de la respiration. Résultat : la forêt de Puéchabon fixe 2,5 tonnes de carbone par hectare et par an. Las, une sécheresse printanière, comme il s’en produit de plus en plus souvent, et ce bilan s’effondre à 1 tonne de carbone par hectare et par an.

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