PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

luttes sociales depuis janvier 2023

ublié le 5 février 2023

Mobilisons-nous ce mardi 7 et

samedi 11 février pour dire

non à la réforme des retraites

https://r.newsletter.cgt.fr/

Rejoindre la lutte

 

Même pas peur” a rétorqué le gouvernement à la levée en masse des 2,8 millions de manifestant·es le 31 janvier. Un moyen de se rassurer ? Une astuce pour décourager la contestation ? Un peu des deux probablement.

Le gouvernement est borné.

Faire l’autruche n’est jamais bon signe. La méthode “circulez, il n’y a rien à voir” est un pari risqué. Derrière le discours de fermeté, les faux airs de sérénité et les provocations se cache une certaine fébrilité.

L’ampleur de la contestation met en échec la stratégie gouvernementale.

La pression augmente. Le pouvoir reste sourd, mais tout le monde ne chante plus à l’unisson. Le doute s’installe dans le camp des pourfendeurs de la réforme. Pas sur le fond, mais sur le passage en force.

À défaut d’être entendue, la mobilisation ne peut être étouffée.

La puissance et l’enracinement géographique de la contestation dans les territoires souligne l’élargissement du mouvement au-delà des “bastions” syndicaux.

La balle est dans notre camp.

Alors que 60% des Français·es déclarent comprendre le blocage par la grève pour faire capoter le projet, sur le terrain, les militant·es de la CGT s’emploient à convaincre du rôle que chacun·e peut jouer dans cette bataille.

 

C’est l’enjeu pour gagner le succès des deux prochaines journées de mobilisation les 7 et 11 février et mettre en échec le projet du gouvernement.


 

publié le 4 février 2023

En plein mouvement social,
le médico-social
veut se faire entendre

Victor Fernandez sur https://rapportsdeforce.fr/

Ce jeudi 2 février, Sud Santé Sociaux et la CGT organisaient une manifestation des salariés du secteur médico-social à Paris, pour exiger de meilleures conditions de travail. Dans leur ligne de mire : le destin de la future convention collective du secteur et la prime Ségur.

 Organiser une manifestation sectorielle entre deux grosses journées de mobilisation contre la réforme des retraites : le pari des organisations syndicales du médico-social pouvait paraître risqué. Mais ce rendez-vous du 2 février était planifié depuis plusieurs semaines, et les salariés du secteur ne souhaitaient pas voir la réforme des retraites, qui les affectera tout particulièrement, éclipser leurs autres revendications.

C’est donc devant les locaux de Nexem, l’une des deux organisations patronales représentant les employeurs du secteur associatif, que se réunissent des aides soignantes, infirmières, assistantes sociales ou aides à domicile, ce jeudi matin. Entre 1 000 et 2 000 personnes sont présentes. Le lieu du rassemblement n’a pas été choisi au hasard, pas plus que la date du rendez-vous. Ce jour-là, des négociations ont lieu entre représentants syndicaux et employeurs, à propos de la future convention collective étendue.

La future convention a pour objectif de rassembler derrière un même accord tous les salariés du secteur médico-social, actuellement partagés entre deux conventions, la 51 et la 66, chacune ayant certains avantages et inconvénients. Si l’objectif de fusion est partagé par les deux camps, ce sont ses modalités qui font débat. Alors que les salariés demandent une convention collective étendue « de haut niveau », prenant appui sur les avantages des deux conventions, les organisations patronales jouent plutôt la carte de la régression sociale.

« C’est la merde »

A l’heure du déjeuner, l’ambiance est à la fête au cœur du 3e arrondissement de Paris. Des salariés venus de toute la France et exerçant des métiers variés sont réunis. Les drapeaux de la CGT et de Sud s’agitent sous le regard des passants, pas forcément au courant de l’enjeu de cette mobilisation.

Mais cette joie militante cache une colère bien vive. « Nexem, on a besoin d’aide. C’est la merde ! », s’exclame une femme à la tribune, sous les fenêtres de l’organisation patronale. Une autre, venue des Alpes-Maritimes, lui succède : « On n’acceptera pas de négocier la convention bloc par bloc », explique-t-elle avec force, avant de demander à la foule : « qui veut exprimer sa colère ? ». Au fil des interventions, c’est le portrait d’un secteur fracassé par les contraintes budgétaires qui se dessine. Xavier, venu de Poitiers avec 90 de ses collègues, désespère : « on est aussi invisible que les personnes qu’on accompagne ». Un slogan tourne alors en boucle dans la bouche des personnes présentes : « Le social, il se bat pour tout le monde. Et tout le monde se bat pour le social ».

Le gouvernement dans leur ligne de mire

Sur les coups de 14h, la place se vide et les personnes présentes se tournent vers leur nouvel objectif : Matignon. Leur colère n’est pas seulement dirigée vers leurs employeurs, mais également vers le gouvernement. Dans la catégorie des patrons peu scrupuleux, l’Etat se taille une bonne place comme le rappellent des salariées de l’Education Nationale ou de l’hôpital public. Et sans surprise, il n’hésite pas à soutenir les propositions au rabais des employeurs du secteur privé non lucratif.

Mais c’est surtout la prime Ségur qui fait figure de symbole d’injustice aux yeux de beaucoup. Si certaines professions du secteur médico-social y ont droit, d’autres en restent exclus, alors même qu’ils sont au contact quotidien de personnes fragiles et dès lors assume un rôle social dans leur travail. « N’oubliez pas de parler de la prime Ségur ! », nous apostrophe une femme en passant à côté de nous. Pour ces salariés, ces 183€ mensuels viennent compléter de faibles salaires, mais jouent aussi un rôle symbolique : pour beaucoup, elle est un signe de reconnaissance de leur abnégation au travail.

Une valeur sociale non reconnue financièrement, mais sur laquelle n’hésitent pourtant pas à jouer les employeurs lorsque les salariés se mobilisent. « La culpabilité doit changer de camp. Moi quand je me mets en grève, c’est pour moi mais c’est aussi pour ceux que j’aide, pas contre eux » , explique Thibault, éducateur de rue dans l’Essonne et adhérent de la CGT.

Médico-social : une manifestation contre la précarité

Dans le cortège, Angélique raconte les restrictions budgétaires. « Dans ma structure, on a 500€ par an pour organiser des activités. Qu’est ce qu’on fait avec 500€ ? Rien .» Après 25 ans en tant qu’aide-soignante, elle a jugé nécessaire de venir à Paris depuis le Calvados pour exprimer son désarroi. « A chaque fois, on se mobilise dans nos établissements mais on n’est pas visibles. Là, à Paris, on est davantage visibles ». Pascale et David, eux, sont venus d’Eure-et-Loire, « pour des augmentations de salaire, pour la convention, pour de meilleures conditions de travail ». Tous deux accompagnent des travailleurs handicapés, au sein d’une structure dédiée. En 23 ans de carrière, David l’assure : les conditions de travail se sont empirées. Pascale, elle, a rejoint le secteur il y a seulement 5 ans. Elle fait partie de ces salariées qui voient leur salaire stagner au Smic à cause d’une grille dont les premiers échelons sont en dessous du salaire minimum.

Précaires mais déterminés à se faire entendre, tous l’assurent : ce rendez-vous ne sera pas le dernier. Les 25 et 26 mars, la rencontre nationale du travail social en lutte aura lieu à Lille. D’ici là, les syndicats appellent à se mobiliser les 7 et 11 février contre la réforme des retraites

publié le 1er février 2023

La mobilisation du 31 janvier, « un uppercut dans la tête du gouvernement »

Pierre Jequier-Zalc  sur www.politis.fr

Entre 1,27 et 2,8 millions de personnes ont manifesté ce mardi pour protester contre le projet de réforme de retraites du gouvernement. Prochaines dates de mobilisations interprofessionnelles : les mardi 7 et samedi 11 février.

« 6 000 à Saint-Omer, 4 600 à Auch, 9 000 à Saint-Quentin. Même sur la petite île de Groix, il y a eu 300 personnes ! » Au soir de la seconde journée de mobilisation interprofessionnelle contre la réforme des retraites, les différentes organisations syndicales se réjouissaient de son succès écrasant.

Douze jours après celle du 19 janvier qui avait déjà largement mobilisé, entre 1,27 (selon le ministère de l’Intérieur) et 2,8 (selon les syndicats) millions de personnes ont manifesté partout en France, un record depuis 1995 pour une mobilisation contre une réforme sociale.

« Et ça augmente partout », souligne Catherine Perret, secrétaire confédérale de la CGT, « entre 15 et 30 % dans presque toutes les villes ». « Ce 31 janvier a confirmé la très forte détermination à refuser le projet de réforme des retraites présenté par le gouvernement » affirme le communiqué de l’intersyndicale publié dans la soirée, à l’issue d’une réunion qui a rassemblé des représentants de chaque organisation.

« Les députés feraient bien d’entendre cette colère avant de voter n’importe quoi »

À l’issue de celle-ci, tous mettent d’ailleurs l’accent sur cette très forte mobilisation en région – que Politis vous raconte dans ce reportage à Laon. « Ça montre que les gens ont envie de se mobiliser chez eux, sans forcément aller dans les grandes villes », analyse Marylise Léon, secrétaire générale adjointe de la CFDT.

Surtout, alors que le projet de loi a commencé à être examiné en commission au Parlement, les syndicalistes souhaitent que ces fortes participations mettent la pression sur les députés. « Ils sont élus localement. Ils doivent aussi rendre des comptes aux électeurs locaux » poursuit Marylise Léon. « Les députés ont vu les chiffres dans leur circonscription. Ils feraient bien d’entendre cette colère avant de voter n’importe quoi » abonde Catherine Perret.

Car c’est ce qui ressort de cette seconde journée de mobilisation : le gouvernement a bel et bien perdu la bataille de l’opinion. « Personne ne s’est laissé tromper par la propagande du gouvernement », assène ainsi le communiqué. Dans le cortège parisien, on n’hésite pas, par exemple, à railler la petite phrase de Franck Riester, ministre chargé des relations avec le Parlement, qui a reconnu que « les femmes seront pénalisées par le report de l’âge légal ».

 Il suffit de les laisser parler, à chaque fois qu’ils prennent la parole, ils s’enfoncent un peu plus.

« Regardez, c’est eux-mêmes qui le disent » lit-on sur une pancarte dans le cortège. « Il suffit de les laisser parler, à chaque fois qu’ils prennent la parole, ils s’enfoncent un peu plus » rit Simon Duteil, co-secrétaire national de Solidaires, « cette journée est clairement un uppercut dans la tête du gouvernement ».

Rendez-vous les 7 et le 11 février

Afin de poursuivre sur cette lancée, l’intersyndicale appelle à deux nouvelles journées de mobilisations interprofessionnelles, mardi 7 et samedi 11 février. Deux dates rapprochées, dont une un samedi, que Catherine Perret explique : « On veut être accordé avec le monde du travail. On a conscience que faire grève, perdre une journée de salaire, c’est parfois compliqué, surtout en ce moment. Cette journée du samedi permettra à des gens, bien souvent des invisibles, de se rassembler en dehors du temps de travail pour s’opposer à cette réforme. Les invisibles doivent pouvoir compter dans ce mouvement. »

Au risque d’avoir des chiffres en baisse le mardi ? « On verra, mais il faudra tirer les enseignements le samedi au soir, pas avant » souffle Marylise Léon qui rappelle l’importance de « faire masse ».

Une grève générale et reconductible, elle, ne semble pas être encore à l’ordre du jour de l’intersyndicale. « On aura sans doute une réflexion là-dessus d’ici la mi-février » assure Simon Duteil. « Après, il peut y avoir des secteurs qui décident de partir en grève reconductible. Ce serait un appui supplémentaire », poursuit-il, évoquant différents préavis de grève, notamment chez les cheminots.

Un avis pas forcément partagé à la CFDT où l’on craint de voir basculer l’opinion publique en cas de blocage important, notamment en période de vacances. « C’est normal qu’on ne soit pas d’accord sur tout, sinon on ne serait qu’une seule et même organisation. Cette intersyndicale a été réfléchie depuis des mois. Elle est forte, soudée et chacun assume ses différences » assure Murielle Guilbert, co-secrétaire national de Solidaires.

Pour l’instant la mobilisation est très bon enfant. Mais si on ne nous entend pas, ça risque de se durcir.

Des mots partagés par l’ensemble des représentants syndicaux sur place. Fort de ces deux succès consécutifs, ils sentent que c’est aussi leur union qui rassemble et inquiète le gouvernement. « On se parle très régulièrement, et franchement. L’ambiance est vraiment bonne » affirme Dominique Corona, secrétaire général adjoint de l’UNSA.

Silence gouvernemental

Ce mardi soir, c’est surtout le silence du gouvernement qui interroge. Aucune des organisations syndicales n’a été contacté pour d’éventuelles négociations. « Y’a plus de son, plus d’image » commente, un peu ahuri, Dominique Corona. « Pour l’instant la mobilisation est très bon enfant. Mais si on ne nous entend pas, ça risque de se durcir. » Même son de cloche côté cégétiste : « On en a encore beaucoup sous la pédale. Si le gouvernement passe en force, il sera responsable de l’embrasement du pays. »

En début de soirée, au moment de l’annonce des futures dates de mobilisations, la Première ministre, Élisabeth Borne, s’est fendue d’un tweet. « La réforme des retraites suscite des interrogations et des doutes. Nous les entendons » a-t-elle notamment écrit, poursuivant : « Le débat parlementaire s’ouvre. Il permettra, dans la transparence, d’enrichir notre projet avec un cap : assurer l’avenir de notre système par répartition. C’est notre responsabilité ! »

Un tweet sans concession, mais en forme de première perche vers des discussions de la part de la Première ministre qui craint, sans doute, la même défiance dans l’hémicycle que dans la rue.


 


 

Partout en France, un raz-de-marée populaire contre la réforme des retraites

Marie Toulgoat sur www.humanite.fr

L’opposition au projet régressif du gouvernement a soulevé les foules, partout en France, ce mardi. Avec 2,8 millions de manifestants, selon la CGT, dont 500 000 à Paris, la lutte a dépassé le niveau du 19 janvier, soulignant le rejet massif de ce texte. Reportages

Une démonstration de force. Partout en France, les manifestants ont déferlé pour rappeler leur opposition, très largement majoritaire, au projet de réforme des retraites régressif d’Emmanuel Macron et d’Élisabeth Borne. « C’est une des plus grandes manifestations organisées dans notre pays depuis des dizaines d’années », s’est félicité Laurent Berger, numéro un de la CFDT.

Les huit organisations syndicales qui appelaient à la mobilisation (CFDT, CGT, FO, CFDTC, Unsa, CFE-CGC, FSU et Solidaires) s’attendaient à faire aussi bien qu’il y a dix jours, mais la réalité a dépassé leurs espérances. « Dans tous les retours que j’ai, c’est plus que le 19 », confirme Philippe Martinez de la CGT. Avec 500 000 personnes à Paris au départ de la place d’Italie, 65 000 à Nantes, 10 000 personnes à La Réunion, 80 000 personnes à Toulouse, la mobilisation de ce mardi 31 janvier a atteint une ampleur monstre, qui pourrait titiller les records des grèves de 1995.

Face à ce raz-de-marée, la première ministre, Élisabeth Borne, a assené que « la majorité sera unie ». Méthode Coué ? En tout cas, pour l’instant, l’unité est surtout du côté de la rue, où tous les manifestants ont clamé en chœur leur mécontentement face à une réforme injuste.

C’est le cas de Fabrice. À 59 ans, le maître-nageur sauveteur attendait patiemment son départ à la retraite prévu à 60 ans et 7 mois, grâce à une carrière commencée jeune. Si la réforme entre en vigueur, il devra finalement continuer à travailler jusqu’à 62 ans passés. « C’est comme si on courait un marathon, et à quelques pas de la ligne d’arrivée, on rajoutait 3 kilomètres », déplore celui qui n’avait jamais battu le pavé avant le 19 janvier. « Est-ce que j’arriverai encore à exercer mes missions de sauveteur à 62 ans ? Ma santé ne sera pas excellente avec tout le chlore que j’inhale », se questionne-t-il.

La logique du recul de l’âge légal échappe aussi à Farid Borsali, secrétaire général SUD à Stellantis, à Poissy (Yvelines). « Le travail sur une chaîne de montage, c’est usant. Les ouvriers sont à bout à 50 ans, alors aller jusqu’à 64 ? C’est impensable », tranche le salarié, affecté sur la ligne de production des Opel Mokka.

La « propagande gouverne mentale » ne prend pas

Face à la férocité du mouvement social, les ministres de Macron ont multiplié les allocutions pour tenter de convaincre du bien-fondé de la réforme. Avant de hausser le ton : Borne a ainsi déclaré que le report à 64 ans de l’âge légal n’était plus « négociable ».

Mais, dans le cortège parisien, la « propagande gouvernementale » ne prend pas. « On nous explique qu’il n’y a pas de sous pour les retraites, alors qu’on parle de proposer 400 milliards de matériels militaires à l’Ukraine ? Je n’y crois pas une seconde. On n’a pas eu autant de mal à trouver des sous lors de la crise sanitaire », constate, amer, Cédric Soltani, éducateur de la protection judiciaire de la jeunesse, secrétaire interrégional au SNPES-FSU. Lydie, employée à la préfecture de l’Essonne, ne décolère pas après avoir reçu, sur son adresse électronique personnelle, une vidéo de son ministre de tutelle, Stanislas Guerini, vantant les mérites de la réforme. « C’est un scandale. Il n’a fait que nous répéter à quel point cette réforme allait être bonne pour nous, c’est de la propagande », s’agace la fonctionnaire, une chasuble floquée FO sur le dos.

Comme eux, de nombreux agents de la fonction publique étaient en grève ce mardi : ils étaient un peu moins de 20 %, et plus de 50 % parmi les professeurs du primaire et du secondaire. À EDF, le taux de grévistes s’élevait à la mi-journée à 40,3 % de l’effectif global. Les chiffres, légèrement en retrait par rapport à la semaine passée, témoignent tout de même de « la même dynamique », assure la CGT mines et énergie. Les raffineries ont maintenu la pression avec de 75 % à 100 % de grévistes, selon les sites. Lycéens et étudiants ont également été très nombreux dans les cortèges.

Cristelle, mêlée à l’impressionnant cortège bleu de la CFTC, n’avait pas manifesté depuis 2010 et le projet de réforme de Woerth, mais s’enorgueillit de participer à une si grande mobilisation. « J’ai commencé à travailler tard, alors, pour avoir une pension décente, il faudrait déjà que je travaille jusqu’à 70 ans », regrette la vendeuse en magasin de jouets. Bien que déterminée, la Seine-et-Marnaise redoute que ses finances ne l’empêchent de multiplier les journées de mobilisation. « Je crains que le gouvernement ne joue sur ce facteur, qu’il profite que la grève s’essouffle », s’alarme-t-elle. « Mais il faut rester démocratique, il faut tenir compte de la mobilisation ! » enjoint-elle, sans cesser de remuer son drapeau bleu ciel. À ses côtés, et ailleurs en France, des centaines de milliers de Français sont décidés à continuer le mouvement.

 


 

Mobilisation retraites le 7 et 11 février : la stratégie de l’intersyndicale décryptée

sur https://rapportsdeforce.fr/

Plusieurs options étaient sur la table de l’intersyndicale contre la réforme des retraites, au soir d’une journée de mobilisation très réussie dans la rue ce 31 janvier. Finalement, les huit syndicats annoncent ensemble une prochaine journée de grève le mardi 7 février et une manifestation le samedi suivant. Décryptage.

 Le choix de l’accélération l’a plutôt emporté lors de la réunion de l’intersyndicale contre la réforme des retraites. Les huit syndicats qui la composent ont décidé que la prochaine journée de grève aurait lieu mardi 7 février, soit dans une semaine exactement. Mais ce n’est pas tout. Dans la foulée, le samedi 11, ils organisent également une journée de manifestation pour rassembler les salariés pour qui il est difficile de se mettre en grève.

Des stratégies syndicales différentes à concilier

Laurent Berger de la CFDT n’en a pas fait mystère : son syndicat n’est pas partisan d’un appel à la grève reconductible et fonde plutôt sa stratégie sur des démonstrations de force dans la rue pour faire flancher l’exécutif et fragiliser la possibilité d’une majorité parlementaire votant le projet de loi. A l’inverse, au moins la CGT et Solidaires poussent à la grève et à sa possible reconduction pour contraindre le gouvernement à abandonner tout recul de l’âge de départ à la retraite.

Mais une chose est certaine : les huit syndicats sont quasiment condamnés à se mettre d’accord. Tous sont convaincus que leur union a été un levier important du succès des deux premières journées de mobilisations. C’est probablement ce qui explique que chacun accepte des compromis. D’abord la CFDT, en acceptant la date du 19 janvier, alors qu’elle préférait laisser passer le Conseil des ministres du 23 janvier avant de se mobiliser. Puis, les syndicats de transformation sociale, qui ont accepté à leur tour le 31 janvier, plutôt que le 26 janvier, alors que la CGT avait cette date en tête.

En outre, une troisième stratégie est sur la table. Elle est portée par 4 fédérations de la CGT. Celle de la chimie (FNIC), celle de l’énergie (FNME), les cheminots ainsi que les ports et docks. Toutes ont d’ores et déjà fait part de leurs volonté d’observer plusieurs jours de grèves entre le 6 et le 8 février.

Une mobilisation historique dans la rue

C’est pourquoi ce 31 janvier au soir, l’équation permettant de trouver le bon calendrier de mobilisation était difficile à résoudre. Surfer sur des manifestations énormes pourrait apparaître comme une évidence.

Le nombre de manifestants à battu tous les records des grandes mobilisations sociales. Avec 2,8 millions de manifestants dans tout le pays selon la CGT (1 272 000 selon le ministère de l’intérieur), il y avait plus de monde ce 31 janvier qu’en 1995, en 2010 ou en 2019.

Les cortèges ont été très importants dans la capitale avec 500 000 personnes dans les cortèges (87 000 selon la police), dans les grandes villes et plus encore dans des villes moyennes. Les 14 000 manifestants de Saint-Nazaire ou les 20 000 de Brest, selon Ouest France, en sont une démonstration nette. De la même façon, le nombre de points de rassemblements a presque atteint les 300 sur l’ensemble du territoire. Là aussi, un niveau très important.

Autre élément notable, même si c’est loin d’être une déferlante, la jeunesse a participé aux mobilisations du jour. Le syndicat L’Alternative affirme que 150 000 jeunes étaient présents dans la rue cette fois-ci : au moins deux fois plus que le 19 janvier. De son côté, le syndicat La Voix lycéenne revendique 200 blocages et 300 lycées mobilisés. Des chiffres contredits par le ministère de l’Éducation nationale qui compte 11 lycées bloqués, 4 tentatives et 17 filtrages. Pour autant, les actions lycéenne se sont élargies au-delà de la capitale, contrairement au 19 janvier.

Pourtant, malgré un succès majeur dans la rue, les taux de grève dans les secteurs traditionnels et le niveau de fréquentation des assemblées générales ne traduisent pas une poussée de la grève.

Les secteurs traditionnels légèrement moins mobilisés

Une chose est sûre, les raffineurs sont au rendez-vous lors des journées de grève. La CGT TotalEnergies a annoncé, ce mardi 31 janvier, 75 à 100 % de grévistes dans les raffineries et dépôts de l’entreprise. La raffinerie de Normandie compte 75% de grévistes, celles de Feyzin (Rhône) et Donges (Loire-atlantique) respectivement 80 et 90% de grévistes.

Mais outre ce secteur fer de lance, la mobilisation est légèrement plus faible dans les secteurs les plus habitués à la grève. Du côté des énergéticiens, la mobilisation est massive mais légèrement moins forte que le 19 janvier. Selon les chiffres de la direction, le taux de gréviste à la mi-journée s’élève à 40,3 % chez EDF, en très légère baisse par rapport au 19 janvier où il était de de 44,5 %.

A la SNCF, le taux de gréviste est également important : 36,5% pour cette deuxième journée de mobilisation contre la réforme des retraites, a appris l’AFP de source syndicale. Toutefois, le 19 janvier, ils étaient 46,3%. Pour l’heure, la direction de la SNCF n’a pas annoncé ses chiffres.

Petit affaissement également chez les enseignants. Le SNES-FSU (syndicat majoritaire) annonce 55% de grévistes dans l’enseignement secondaire. Dans le premier degré, le SNUipp-FSU (également majoritaire) avait déjà annoncé 50% de grévistes lundi 30 janvier. C’est légèrement moins que le 19 janvier, où les deux syndicats avaient respectivement annoncé 65% et 70% de grévistes. De son côté, le ministère annonce 26,65% de grévistes dans le premier degré et 25,22% dans le second degré. Le 19 janvier, il déclarait respectivement 42,35% et 34,66%. Les chiffres du gouvernement sous-évaluent souvent la mobilisation du fait de la méthode de calcul utilisée.

Enfin, selon le ministère de la Transformation et de la Fonction publiques, le nombre de grévistes à la mi-journée dans la fonction publique d’État passe de 28 % le 19 janvier à 19,4 % ce 31 janvier. Cela confirme une mobilisation un peu moins exceptionnelle dans l’Éducation nationale, qui constitue le gros des effectifs de ce versant de la fonction publique. Petite baisse également dans la territoriale (7,9 % contre 11,3 % le 19 janvier) et l’hospitalière (8,5 % contre 9,9%), soumise à réquisition.

L’inconnu du privé

Comment dès lors expliquer que, malgré des chiffres de grève légèrement plus bas, les mobilisations soient encore plus massives dans la rue ce 31 janvier ? Sur ce point, on ne peut faire que des hypothèses. La première, c’est que de nombreuses grèves ont lieu dans des secteurs faiblement syndiqués, dans lesquels il n’est donc pas possible d’obtenir de remontées chiffrées du nombre de grévistes. En somme, une sorte de grève invisible du privé.

Nathalie Cagny, secrétaire régionale CFDT en charge du département de la Somme et salariée au centre d’appel Coriolis d’Amiens, observe un fort taux de gréviste dans sa boîte, complètement resté sous les radars. « Au centre d’appel Coriolis d’Amiens, on a plus de 50% de grévistes, sur 700 à 800 salariés », souligne-t-elle.

Du côté de la CGT, on confesse aussi volontiers ce manque d’ancrage et de remontées. Une partie du travail de construction de la grève, effectué ces derniers jours, consistait d’ailleurs à recontacter les mandatés CGT pour leur demander d’effectuer ce travail de documentation tout en mobilisant leurs collègues (voir notre article). La confédération annonce toutefois quelques données : 5 000 grévistes chez Airbus, plus de 90% de grévistes dans les ports et 100% des dockers, du Havre à Ajaccio, de Brest à Bayonne, de Cherbourg à Marseille.

La possibilité que de nombreux salariés aient posé des jours de RTT pour participer à la manifestation n’est pas non plus à exclure. D’abord parce que l’étiquette gréviste peut être stigmatisante dans certaines entreprises. Ensuite, parce que certains salariés peuvent essayer de limiter le coût de leur participation aux mobilisations dans un contexte de forte inflation. Un choix que l’on retrouve aussi parfois dans la fonction publique : « plusieurs de mes collègues ont préféré poser des RTT pour aller manifester, au vu de la crise actuelle… », confiait ainsi Éric, de la CGT Territoriaux, lors d’une AG ce matin au Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis).


 


 

Face à la réforme des retraites, le retour de la « joie militante » pour faire des manifestations une fête

par Ivan du Roy, Yann Lévy sur https://basta.media

Déguisements, jeux de mots, slogans inventifs, musiques ou maquillages : les grandes manifestations contre le recul de l’âge de départ à la retraite voient refleurir la joie de se retrouver et de se faire entendre. Notre reportage en images.

Mobilisation massive

Environ deux millions de personnes ont manifesté dans toute la France ce 31 janvier, lors de cette deuxième grande journée de mobilisation contre la réforme des retraites portée par Élisabeth Borne et Emmanuel Macron. Deux millions si l’on retient la moyenne entre les chiffres du ministère de l’Intérieur (1,3 million) et ceux de la CGT (2,8 millions). L’écart entre ces deux sources est le plus fort à Paris, où les organisations syndicales annoncent un demi-million de manifestants et manifestantes, contre seulement 87 000 comptabilisés par la préfecture.

Près de 300 manifestations et rassemblements se sont tenus sur l’ensemble du territoire, avec de très fortes participations dans plusieurs villes moyennes. C’est la plus grosse mobilisation sociale sur les retraites depuis trente ans, y compris lors des grandes et longues grèves de novembre-décembre 1995. Le nombre de grévistes a été important dans l’Éducation nationale, les transports en commun, le secteur de l’énergie, chez les dockers (voir le détail sur le site Rapports de force). Plusieurs dizaines de lycées ont par ailleurs connu des actions de blocages.

Comment installer le mouvement dans la durée, voir même l’intensifier, sans épuiser manifestants et grévistes ? Telle est la question qui se pose désormais aux animateurs de la contestation sociale. Rendre les cortèges revendicatifs plus festifs, en faire des moments où l’on se rencontre et l’on s’amuse, est peut-être l’un des moyens pour continuer à attirer les foules.

Des collectifs, des artistes, des grévistes ou des citoyens imaginatifs tentent déjà de rompre avec le risque de défilés syndicaux routiniers, et parfois un peu tristes. Et avec la crainte d’une répression débridée et aveugle qui planait sur les participants aux manifestations depuis le mouvement contre la loi Travail puis le celui des Gilets jaunes.

Le photographe Yann Lévy était dans la manifestation parisienne du 31 janvier pour saisir des instants de cette « joie militante » [1].

Zombies

Grimées en zombies pour dénoncer le recul de l’âge de départ à la retraite, le collectif des Rosies s’est créé en 2019 lors de la précédente tentative de remise en cause du système de retraites par répartition pour dénoncer ses conséquences négatives pour les femmes, déjà maltraitées par le système actuel. Et organise des ateliers de maquillage en plein air.

Bourgeois

Un manifestant s’est déguisé en caricature de bourgeois pour dénoncer les milliardaires et revendiquer qu’ils soient mis à contribution pour le financement des retraites. Pour l’ONG Oxfam, une taxation du patrimoine des 42 milliardaires français – dont la fortune cumulée atteint 544 milliards d’euros – à hauteur de 2 % suffirait à combler le déficit attendu du système des retraites (12 milliards d’euros en 2027 selon le Conseil d’orientation des retraites).

Inégalités de genre

Les femmes, particulièrement affectées par le projet de réforme de retraite, étaient très nombreuses dans le cortège parisien. Actuellement, une femme perçoit une pension inférieure en moyenne de 30 % à 40 % à celle des hommes. Cette inégalité de genre perdure depuis toutes les précédentes réformes des retraites.

Born to be...

« Un mouvement massif ça donne la pêche aux gens », pense John, qui est postier. « La manifestation, c’est une façon de s’organiser, l’occasion de se rencontrer, d’échanger, de discuter. On se rend compte que si on est nombreux, des choses sont possibles, que l’on peut inverser le rapport de force avec le patronat. Ce n’est pas que la réforme des retraites : l’inflation, les salaires trop bas, on en a marre. » Admirez le jeu de mots. Sa revendication est claire.

Batucada

Emma travaille dans l’Éducation nationale. « Je fais partie d’une batucada. Je joue souvent en manifestation. Je ne sais pas si la musique correspond à ce genre de manifestation où on est là pour revendiquer. Mais créer une ambiance festive, ça aide à se rassembler, faire bloc et se solidariser. »

Cool

« Je viens avec mon fils, le côté joyeux comme aujourd’hui c’est cool, ça ressemble à une grosse fête pour lui », raconte Damien, qui est artiste. « C’est important de pouvoir l’emmener et qu’il découvre ce qu’est manifester, ce que signifie nous faire entendre. » Avec la réforme, les nouvelles générations ne seront pas à la fête. Elles devront travailler jusqu’à 64 ans pour percevoir une pension complète, et cotiser pendant 43 ans ans minimum (donc commencer à travailler à 21 ans pour prendre sa retraite sans baisse de pension).

Margaret Macron

Emmanuel Macron mixé avec Margaret Tatcher, fossoyeuse de l’industrie, des services publics et des mouvements sociaux britanniques dans les années 1980. Le Royaume-Uni est actuellement confronté à une très forte inflation qui pénalise les salariés et les familles modestes. Le pays connaît également un mouvement social de grande ampleur, avec une grève massive ce 1er février.

  publié le 31 janvier 2023 à 20h20

  

en attendant les articles plus complets sur cette journée de mobilisation du 31 janvier contre la réforme des retraites, voici quellques titres de la presse :

 


 


 

sur www.mediapart.fr

« Noir de monde » : le record de mobilisation de 2010 est battu

Près de 250 rassemblements étaient organisés mardi à l’appel des syndicats pour contester le projet de réforme des retraites. Dans nombre de villes, les cortèges étaient encore plus nourris que le 19 janvier, avec 87 000 personnes comptabilisées par la police à paris, 500 000 par la CGT.


 


 

Sur www.humanite.fr

Partout en France, le raz-de-marée populaire contre la réforme

Retraites L’opposition au projet régressif du gouvernement a soulevé les foules, partout en France, ce mardi. Avec 2,8 millions de manifestants, selon la CGT, dont 500 000 à Paris, la lutte a dépassé le niveau du 19 janvier, soulignant le rejet massif de ce texte.


 


 

Sur www.midilibre.fr

DIRECT. Grève du 31 janvier : 1,27 million de manifestants pour la police,
de nouvelles mobilisations
les 7 et 11 février

19 h 10 : La CGT parle de 2,8 millions de manifestants dans le pays

Le chiffre est bien évidemment à prendre avec les précautions d'usage. Mais la CGT avance le chiffre de 2,8 millions de personnes qui ont manifesté dans tout le pays. Le 19 janvier, les syndicats avaient parlé de plus de 2 millions de manifestants.

L'intersyndicale vient d'annoncer deux nouvelles journées d'action, à savoir le mardi 7 et le samedi 11 février.


 


 

Sur https://actu.fr/occitanie/montpellier

Montpellier : 30 000 manifestants contre la réforme des retraites

La mobilisation se renforce. Les Héraultais étaient plus nombreux dans la rue ce mardi que le 19 janvier. Le mot d’ordre des manifestants : le retrait de la réforme.

 

publié le 29 janvier 2023

Les paris stupides

Cédric Clérin sur www.humanite.fr

La réponse des citoyens au projet du gouvernement de reculer l’âge légal de la retraite à 64 ans a été franche et massive. Deux millions de personnes à travers le pays ont choisi de descendre dans la rue pour protester contre cette réforme injuste. Jamais une première journée de mobilisation contre une réforme des retraites n’avait réuni autant de monde. Dans certaines petites villes de France, c’est un nombre inédit de manifestants qui se sont retrouvés.

Aucun des arguments du gouvernement ne parvient à convaincre, et pour cause : ils sont soit trompeurs, soit carrément mensongers. «Il n’y a pas de perdants» avec cette réforme, a même osé le ministre Olivier Dussopt, en charge du dossier, alors que tout le monde a compris qu’il n’y aurait, au contraire, aucun gagnant : travail allongé pour tous et décote plus forte, surcote moindre ou pension plus faible, selon les cas.

Si la réforme venait à être appliquée, ce serait au sens propre un passage en force puisqu’elle ne s’appuie sur rien de solide. Le gouvernement n’a pas de légitimité politique, puisque la grande majorité des Français y sont opposés et qu’Emmanuel Macron a été élu essentiellement pour faire barrage à l’extrême droite. Aucune légitimité sociale, puisque le président du Conseil d’orientation des retraites, Pierre-Louis Bras, explique lui-même que «les dépenses de retraite sont globalement stabilisées et, même à très long terme, elles diminuent dans trois hypothèses sur quatre». Aucune légitimité économique enfin, puisque le gouvernement explique que cette réforme servirait à financer d’autres besoins en termes d’éducation ou de santé. Argument presque lunaire au moment où l’on apprend le montant des profits record du CAC 40 (172 milliards d’euros), celui du versement des dividendes (80 milliards), et pour couronner le tout l’augmentation sans précédent de la fortune des milliardaires français depuis le Covid (+ 173 milliards rien que pour les cinq plus riches d’entre eux). De l’argent, il y en a donc (beaucoup), et ailleurs que dans les poches des futurs retraités.

La ficelle est grosse et c’est une des raisons du succès du 19 janvier : le gouvernement se fout du monde et ça se voit. Car, au-delà de l’appréhension de la nocivité du projet gouvernemental, la mobilisation et son soutien par l’opinion disent également le ras-le-bol qui sourd depuis des mois dans les tréfonds du pays. Comment subir la hausse de l’énergie due au bradage du service public, la hausse des prix des produits de première nécessité sans aides significatives du gouvernement et les affres quotidiennes dans les transports ou la santé sans réagir ? Le mouvement des retraites peut être le catalyseur des colères et de la volonté de changement contre un système qui craque.

Mais, non content de vouloir aller au bout d’une réforme massivement rejetée, l’exécutif envisage l’utilisation de l’article 47-1, artifice constitutionnel pour faire passer un texte et l’appliquer par décret sans motion de censure possible. Il ferait pourtant bien de se souvenir que bafouer les institutions républicaines dans un contexte de crise sociale peut mener au pire. Le président a semble-t-il oublié qu’il a été élu face à l’extrême droite et qu’elle est aujourd’hui plus menaçante que jamais.

À trop vouloir imposer un projet illégitime en pariant sur le pourrissement, c’est la République qu’il met en danger. S’il faut trouver des acteurs publics responsables, c’est bien du côté des syndicats et de l’opposition de gauche qu’il faut chercher. Le succès du 19 janvier appelle à construire une mobilisation dans la durée, forte avec la justice sociale et la taxation du capital comme alternative. Un pas vers la République sociale, en somme. Dans la rue, il faudra encore de nombreux pas pour y arriver. Des millions de Français y sont prêts.


 


 

Réforme des retraites : l’exécutif s’enfonce,
la majorité panique

Pauline Graulle et Ilyes Ramdani sur www.mediapart.fr

Déjà en proie à une mobilisation sociale qu’il n’imaginait pas si forte, le gouvernement se retrouve confronté aux critiques de plus en plus audibles de son propre camp. Les faux pas de communication viennent assombrir un peu plus l’horizon de l’exécutif. La semaine parlementaire et sociale qui s’ouvre pourrait lui être fatale.

La consigne est pourtant explicite, venue du plus haut sommet de l’État. Pour les soutiens du président de la République, l’urgence est à « se déployer » pour « expliquer, expliquer et encore expliquer les enjeux » de la réforme des retraites, comme il l’a martelé en conseil des ministres le 18 janvier. Mardi soir, la première ministre a demandé aux parlementaires de la majorité de « faire vivre l’esprit d’équipage ». « Nous aurons besoin de vous au Parlement, sur les plateaux, dans la PQR [presse quotidienne régionale – ndlr], sur le terrain. »

L’auditoire n’a rien dit, mais il n’en pensait pas moins. Une élue influente de la majorité résume l’état d’esprit ambiant : « Franchement, qui a envie d’aller se prendre des gifles pour défendre cette réforme ? » Dans la majorité, la pluie de réunions publiques dont rêvait Matignon a laissé place à un grand concours de discrétion. Si bien que trouver des parlementaires prêts à « vendre » la réforme dans leur circonscription relève de la quête du Graal.

« Franchement, j’ai déjà toutes les cérémonies de vœux qui s’enchaînent, plaide le député Horizons Frédéric Valletoux. Je n’ai pas le temps. » Comme plusieurs de ses collègues, l’ancien maire de Fontainebleau (Seine-et-Marne) assure qu’il a reçu « dix mails à tout casser » sur le sujet et que personne ne l’interpelle là-dessus sur le terrain. Nadia Hai, élue Renaissance des Yvelines, jure qu’elle organisera des réunions ouvertes au public et à la presse. Mais pas tout de suite : « Pour l’instant, on est en procédure d’amendement, il faut attendre un peu. »

Certains s’y hasardent toutefois, non sans précaution. Le président de la commission des affaires économiques, Guillaume Kasbarian, a organisé une réunion publique à Chartres (Eure-et-Loir) jeudi soir, sous la protection de quatre agents de sécurité. Benjamin Haddad, son collègue Renaissance, a privatisé un bar-tabac du XVIe arrondissement de Paris pour y défendre la réforme – dans une circonscription qui a voté à 81 % pour Emmanuel Macron le 24 avril 2022. Une autre encore, réputée de l’aile « sociale » du groupe, a préféré annuler la réunion initialement ouverte à la presse pour la transformer en « réunion d’information aux militants » en petit comité. Moins risqué.

Au gouvernement, la tendance est la même. Malgré l’appel à la mobilisation du chef de l’État, rares sont les ministres à porter le fer. Olivier Véran, le porte-parole du gouvernement, a fait savoir qu’il n’organiserait pas de réunions publiques sur le sujet – uniquement des « déplacements thématiques », plus simples à baliser. Gabriel Attal, son collègue chargé des comptes publics, est pour l’instant le seul à se plier à l’exercice. Non sans assurer ses arrières.

À Olivet (Loiret), où il animait le 19 janvier une réunion sur le sujet, le ministre est sorti ravi des échanges. Et pour cause : « Aucun opposant à la réforme ne s’est exprimé », relève France Bleu, qui y était. Mieux, les 80 personnes présentes avaient été « exclusivement invitées » par la députée Renaissance de la circonscription, Stéphanie Rist. Et la station locale de conclure : « Une sorte de réunion privée, plus que publique. »

Conscient de la réticence collective à défendre la réforme, un ministre se veut compréhensif. « Tout le monde se souvient des législatives, où nos candidats se sont fait pilonner sur le sujet », explique-t-il. Dans une boucle de messagerie qu’il partage avec des député·es, un autre membre du gouvernement raconte avoir vu monter l’inquiétude ces derniers jours.

À la question d’un badaud, croisé en circonscription, un élu de la majorité y raconte par exemple à ses collègues qu’il n’a « même pas su quoi lui répondre ». « On n’y arrive pas, on s’en rend compte sur le terrain, reconnaît une députée Renaissance. La réforme est inexplicable en moins de trois heures, les gens ne pensent qu’à la mesure d’âge. C’est impossible de leur expliquer qu’il y a des avancées. »

Plus inquiétant encore, des voix de plus en plus nombreuses dans la majorité font entendre leurs réserves quant à la réforme. À ce jeu-là, François Bayrou n’est pas en reste. Le président du MoDem, par ailleurs haut-commissaire au Plan, a redit lors de ses vœux à la presse mercredi toutes ses réserves sur une réforme « améliorable », évoquant les « difficultés » qu’elle soulève. Deux jours plus tôt, Élisabeth Borne avait ironisé sur la « créativité » du MoDem et sèchement balayé la proposition formulée par des députés du groupe centriste de rouvrir le débat sur les 35 heures.

Le MoDem et Horizons assument le rapport de force

Dans le groupe dirigé par Jean-Paul Mattei, une poignée d’élu·es ont même fait savoir qu’ils et elles ne se voyaient pas voter le texte « en l’état ». C’est le cas de Richard Ramos, qui se dit favorable à une réforme « mais pas celle-là et pas comme ça ». Le député du Loiret ne mâche pas ses mots sur la communication du gouvernement et les éléments de langage « hors sol » distillés lors des réunions de travail. « Olivier Dussopt n’a rien compris, cingle-t-il. Se contenter de dire qu’il faut faire de la “pédagogie” et asséner des chiffres comme un tracteur, ça ne fait pas de la politique ! »

« Contrairement à ce que croient certains, les Français sont un peuple mature politiquement, qui ne fait pas la gueule pour faire la gueule, poursuit le député MoDem. Mais quand ils se rendent compte qu’ils vont finir leur vie professionnelle au RSA – car ils savent bien que les boîtes vont continuer à virer les gens –, c’est une humiliation… »

Chez l’autre partenaire de la majorité, Horizons, la réception de la réforme n’est pas plus rassurante pour le pouvoir. Sur les trente membres que compte le groupe, six envisagent de s’abstenir ou de voter contre le texte, selon un comptage de La Chaîne parlementaire (LCP). Parmi eux, Jean-Charles Larsonneur s’est dit « guère enthousiaste » devant une réforme qu’il juge « assez brutale » et trop peu « ambitieuse ». Son collègue Yannick Favennec n’a pas caché non plus son opposition à un texte dont il regrette l’absence de « justice sociale ».

En réunion de groupe, le président des député·es Horizons, Laurent Marcangeli, a promis de porter auprès d’Élisabeth Borne une série de revendications, parmi lesquelles l’instauration d’une clause de revoyure en 2027, une meilleure prise en compte des carrières longues ou une amélioration de la situation des femmes. « Le message qu’il va lui tenir, c’est : soit on avance sur ces sujets, soit je ne répondrai pas de mon groupe », décrypte un cadre du parti. Les fidèles du chef de l’État rient jaune : c’est l’ancien premier ministre, favorable à une retraite à 65, 66 ou 67 ans, qui vient les titiller sur la brutalité de leur réforme.

Plus ça avance, plus ceux qui doutent sont nombreux. Il y a un effet de contagion.

Comme le MoDem, le parti d’Édouard Philippe semble décidé à faire entendre sa voix dans la séquence ; quitte à laisser l’exécutif à ses galères. « On finira par voter le texte, très majoritairement, pense un cadre du groupe. Mais on ne va certainement pas se griller là-dessus. Ce n’est pas notre réforme, ce n’est pas celle qu’Édouard aurait faite, et personne n’a l’intention de prendre des baffes pour ce gouvernement. En séance, on va faire le strict minimum. » 

D’où l’appel à « l’esprit d’équipage » lancé par Élisabeth Borne aux trois groupes de la majorité. Car la mer est agitée en interne. Lors d’un déjeuner récent, une passe d’armes a opposé Olivier Dussopt à plusieurs député·es, dont l’élu Horizons Thierry Benoit, qui réclamaient l’instauration d’une clause de revoyure en 2027. « Mais quel est le problème, franchement, à mettre une clause de revoyure ? Si c’est comme ça, moi, je ne voterai pas ! », a fini par s’emporter le parlementaire d’Ille-et-Vilaine.

« Franchement, aucun président de groupe de la majorité, que ce soit à Renaissance, à Horizons ou au MoDem, n’est en mesure de tenir ses troupes », glisse un proche d’Édouard Philippe. Même au sein du parti présidentiel, les critiques se font de plus en plus audibles. Elles émanent des élu·es du petit parti En Commun, dont l’ancienne ministre Barbara Pompili, mais pas seulement. « S’ils vous disent que tout va bien, ils mentent, observe le même interlocuteur philippiste. Ça ne va pas fort dans la majo, et plus ça avance, plus ceux qui doutent sont nombreux. Il y a un effet de contagion. »

Le récit du gouvernement s’écroule au fil des jours

Une contagion facilitée par l’incapacité du gouvernement à convaincre du bien-fondé de sa réforme. En milieu de semaine, les boucles de messagerie ont diffusé à toute vitesse un sondage commandé par BFMTV. Les soutiens du chef de l’État y ont relevé un chiffre cruel : depuis qu’ils ont présenté leurs mesures le 10 janvier, le soutien à la réforme a perdu 14 points dans les enquêtes d’opinion. « Pour nous, c’était spectaculaire », souffle un ministre.

Après avoir vu le conseil d’orientation des retraites saper l’argument budgétaire – avancé comme le fondement même de la réforme –, la stratégie de l’exécutif et de la majorité consistant à vanter les (maigres) améliorations contenues dans le projet de loi s’est peu à peu fracassée sur l’analyse minutieuse des mesures.

Avec pour conséquence de lever de nouveaux lièvres en matière d’égalité entre les hommes et les femmes – la « grande cause » du quinquennat –, les 44 années cotisées pour un certain nombre de travailleurs et travailleuses précoces, le peu de volontarisme déployé pour obliger les entreprises à garder les seniors en emploi…

« Le problème, c’est que quoi qu’on dise sur la revalorisation des petites retraites, c’est de la littérature, car les gens n’ont qu’une seule chose en tête : ils devront bosser deux ans de plus », affirme un député Renaissance. « Il faut dire que plus on ausculte le système de retraites, plus les injustices qui avaient été créées par les réformes précédentes, et qui ne sont donc pas de notre fait, nous explosent à la figure », regrettait, jeudi soir, le député de Paris Benjamin Haddad, en marge de sa réunion publique dans le XVIe arrondissement.

Les faux pas de communication aggravent encore un peu plus l’horizon élyséen. Invité de LCP et Public Sénat lundi, Franck Riester a reconnu que les femmes seraient « un peu pénalisées » par la réforme du gouvernement. « On n’en disconvient absolument pas », a même dit le ministre des relations avec le Parlement, suscitant un vent de panique dans le camp présidentiel. Et une réaction immédiate : « Matignon verrouille tout maintenant, glisse un conseiller ministériel. Ils ne sont plus que quatre ou cinq à avoir le droit de s’exprimer sur le sujet. »

Dont Stanislas Guérini, chargé de la fonction publique, qui s’est pris les pieds dans le tapis de la réglementation sur les données personnelles. En fin de semaine, des milliers de fonctionnaires en poste – ou même ayant quitté leurs fonctions – ont reçu sur leur mail personnel une vidéo où leur ministre de tutelle, s’emploie, face caméra, à vanter les bienfaits de la réforme des retraites. Du jamais vu, selon un fonctionnaire des finances publiques contacté par Mediapart, qui suppose comme beaucoup que les adresses mail personnelles auraient été directement récupérées via les déclarations fiscales des agent·es ou par la plateforme dédiée à leur fiche de paie.

L’affaire a en tout cas ému bon nombre d’intéressé·es qui sont allés fissa déposer plainte auprès de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL). Laquelle a annoncé qu’elle instruisait ces plaintes et procédait actuellement à des « vérifications ». Le syndicat Force ouvrière a dénoncé « l’utilisation des adresses mail personnelles des agents à des fins de propagande politique » et appelé à ce que la CNIL « fasse le nécessaire afin de faire respecter la protection des données personnelles de l’ensemble des agents »

Dans un tel contexte, l’arrivée du texte en commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, lundi 30 janvier, s’annonce particulièrement tendue. Les toutes premières heures d’examen du texte, pour avis, en commission des finances ont déjà donné lieu à une polémique. La députée Renaissance Claire Guichard a fait parler d’elle en refusant une meilleure prise en compte de la situation des accompagnant·es d’élèves en situation de handicap (AESH). « Vous oubliez, chers collègues, que la vie est faite de choix, a dit l’élue, suppléante de Gabriel Attal. Les AESH choisissent ce statut pour avoir les mercredis et les vacances scolaires, et elles assument, c’est un choix. »

Les errements de communication et les turbulences internes viennent s’ajouter à une pile de difficultés déjà encombrante pour l’exécutif. Initialement rassuré par l’accord scellé avec le parti Les Républicains (LR), le gouvernement n’est absolument pas certain de disposer d’une majorité à l’Assemblée et compte les défections, chez LR comme dans ses rangs. La mobilisation du mardi 31 janvier s’annonce, à cette aune, particulièrement suivie… et périlleuse pour le pouvoir. « Ce qui va se passer pendant les prochaines semaines est totalement imprévisible, reconnaît une cadre de la majorité. À l’instant T, ils sont dans le pétrin. »

publié le 27 janvier 2023

Retraites. Les syndicats investissent le terrain pour convaincre les Français

Stéphane Guérard, Cécile Rousseau, Naïm Sakhi et Samuel Ravier-Regnat sur www.humanite.fr

Après la réussite de la journée de mobilisation du 19 janvier contre la réforme du gouvernement, grèves et initiatives se multiplient localement pour emporter le soutien de la population, avant le deuxième acte, le 21 janvier. 

Au soir du 19 janvier, fort des deux millions de personnes défilant dans les rues de France contre le projet de réforme des retraites, les leaders des huit organisations syndicales unies contre le texte Borne-Dussopt s’étaient donné du temps pour évaluer l’impact de l’incroyable élan populaire né de cette première journée de mobilisation. Sur la route conduisant au retrait de la réforme, il y aura bien une deuxième étape : le 31 janvier.

Entre-temps, le gouvernement a présenté les détails des mesures accompagnant la régression de l’âge de départ, de 62 ans à 64 ans, ainsi que l’accélération du tempo des économies prévues sur le dos des travailleurs, avec le passage subito presto de 41 à 43 annuités de cotisations pour espérer une pension à taux plein. L’Assemblée nationale se saisit, le 30 janvier, du projet de loi. Pas grave. Dans ce long combat social arbitré par les Français, qui ne peut se régler que par KO, les syndicats ont misé sur un long et patient travail de conviction et de contre-argumentation avant le second round de mardi.

D’entreprises en administrations, de distributions de tracts en « retraites aux flambeaux », de journées de grève en opérations coups de pouce des électriciens aux boulangers, les initiatives se sont multipliées. Est-ce ce travail de fond qui commence à payer ? 72 % des Français se prononcent désormais (sondage Elabe pour BFMTV) contre le projet gouvernemental ; 57 % déclarent même qu’ils comprendraient que « les grévistes bloquent le pays, car c’est le seul moyen pour que le gouvernement retire ou modifie sa réforme ». L’Humanité a suivi ces préparatifs et pris le pouls de cette mobilisation qui monte.

A Paris, chez les gaziers, aller jusqu'au retrait

Ils sont une petite quarantaine à monter les étages du siège régional de GRDF pour soutenir deux de leurs collègues menacés de procédures disciplinaires à la suite des huit semaines de grèves victorieuses pour les salaires, fin 2022. Malek Bouakkaz fait le point sur l’autre grand sujet : la réforme des retraites. « En ce qui concerne les AG, nous avons terminé le tour des sites », se félicite le secrétaire général adjoint de la CGT énergie 93.

Cette réforme n’est pas un petit sujet. Le régime spécial de ces 140 000 agents reconnaît la pénibilité de certains de leurs métiers avec un départ possible dès 57 ans. Une contrepartie qui ne concernerait plus les nouveaux embauchés. Or « un électricien ou un gazier ont 5 à 7 ans d’espérance de vie en moins que la moyenne », rétorque Malek, qui promet de rester « déterminé jusqu’au retrait ».

A Saint-Denis, les étudiants votent la grève à l'unanimité

À l’université Paris-VIII de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), rendez-vous a été donné pour une assemblée générale, le 25 janvier, à l’heure du déjeuner. L’affluence rappelle les grands jours qui ont fait la réputation militante de la fac dionysienne : amphithéâtre bondé, étudiants assis à même le sol, entre les travées qui séparent les bancs couleur de miel, ou debout, en haut des escaliers. Plus de 250 personnes sont présentes. « On a la plus grande AG étudiante de France ! » fanfaronne une participante. L’heure est à l’enthousiasme et à la projection dans la suite. Désarçonnés par le choix d’attendre le 31 janvier pour une nouvelle journée de mobilisation nationale après la démonstration de force du 19 janvier, les étudiants entendent accélérer le mouvement contre un projet fortement rejeté par les jeunes, selon les sondages (71 % des moins de 35 ans y sont défavorables, d’après une étude Ifop du 16 janvier).

« Nous devons réfléchir à un vrai plan d’action, pas seulement à des journées de mobilisation toutes les deux semaines. L’histoire nous a montré que, quand les étudiants se mobilisent largement, ça peut être l’étincelle qui allume le feu », lance Irène, étudiante et militante du collectif le Poing levé. « Il faut massifier la grève et partir en reconductible », lui répond un autre. Les propositions fusent, consciencieusement consignées sur le tableau blanc par la modératrice. Les étudiants espèrent des convergences avec les autres facs, mais aussi avec les lycées et les travailleurs.

Un appel à une assemblée générale interprofessionnelle vendredi est voté, ainsi qu’une autre le lundi, interfacs et avec les lycées cette fois. Le principe d’une grève mardi est adopté à la quasi-unanimité. Un ancien de Paris-VIII, désormais salarié de l’énergie et syndiqué à la CGT, harangue le public : « Si on veut gagner cette lutte, il faut que tout le monde fasse la grève, pas seulement les travailleurs des secteurs qu’on appelle stratégiques ! Mardi, il faut qu’il y ait des taux de grévistes énormes ! » Tonnerre d’applaudissements.

A Evry, ouvriers et instits marchent aux flambeaux

Le froid glacial de cette fin janvier n’a pas entamé la détermination des 250 manifestants réunis place des Terrasses-de-l’Agora, à Évry (Essonne). Dans la nuit, la marche aux flambeaux organisée par l’intersyndicale de l’Essonne fait son effet. Antonio, drapeaux de la CFDT à la main, est électrotechnicien chez le fabricant de câbles Nexans. « Quand on travaille sous les machines, à les réparer à genoux et à les déménager à la force de nos bras, la retraite à 64 ans, nous n’y arriverons jamais. À 60 ans nous sommes déjà cassés. » À ses côtés dans le cortège, son collègue Patrick poursuit : « Je pouvais partir au 1er janvier 2024. Mais, avec la réforme, je devrais cotiser plus de trimestres. »

Avec 40 ans d’ancienneté dans la même entreprise, Patrick manifestera le 31 janvier, « avant tout pour (s)es enfants et petits-enfants ». Selon lui , « leur avenir est incertain, car à chaque mandat les gouvernements font adopter une réforme des retraites toujours plus contraignante ». Le 19 janvier, à Nexans, 80 des 220 salariés du site Draveil étaient en grève. « Avec les camarades de FO, nous nous cotisons pour payer un bus pour le 31 janvier », assure Antonio, pour qui « l’intersyndicale est un atout, d’autant que les salariés comptent sur cette unité ».

Plus loin dans le cortège, Sonia, une enseignante de maternelle, fulmine. « Je n’ai que 52 ans et je suis rincée. Physiquement, deux ans de plus à se pencher sur les petits pour leur apprendre à écrire ou les porter quand ils ont un bobo, ce n’est pas tenable. » Le 19 janvier, le taux de grévistes atteignait 70 % dans le primaire en Essonne. « Des collègues se tâtent encore à faire grève » le 31 janvier, souligne cette militante FSU. Comment les convaincre ? « En leur démontrant que cette réforme est injuste. Il va falloir travailler plus longtemps, sacrifiant ainsi les corps et par la même occasion les enfants. »

À la sortie du RER, tracter pour « se donner confiance »

«Tous les syndicats unis contre la réforme des retraites ! On va les faire plier ! » Ils sont une vingtaine, estampillés CFDT, CGT, FO ou Solidaires, à braver le froid, ce jeudi matin, pour dénoncer le projet gouvernemental et appeler à participer à la manifestation nationale du 31 janvier. Six mille tracts ont été imprimés, que distribuent les militants postés à diverses sorties du RER B et du RER D, à Saint-Denis. « On va voir les gens pour les convaincre et leur donner confiance dans la possibilité de gagner. Il s’agit de construire un climat de mobilisation », explique Kamel, secrétaire général de la CGT 93. Reza, son homologue de FO, ne dit pas autre chose : « Ici, c’est un département très populaire. Tout le monde a compris qu’il allait falloir travailler deux ans de plus, et les gens trouvent ça dégueulasse. Maintenant, il faut que ça se traduise par de la mobilisation. »

À 7 heures arrivent les ouvriers et les agents d’entretien   « la France qui se lève tôt ». Un peu plus tard, c’est au tour des cadres de descendre des trains. Tout le monde ne s’arrête pas : il faut se presser pour aller au travail. Mais les syndicalistes sont optimistes. « On sent qu’on a le soutien de la population. Les gens sont contents de nous voir », s’enthousiasme Jules, militant CGT, conforté par les résultats d’un sondage Elabe qui a montré, la veille, l’hostilité croissante de l’opinion publique à la réforme des retraites. Au même moment, une femme blonde emmitouflée dans son manteau passe en levant le poing : « On est avec vous ! »

Les dockers, les portuaires… et les clowns du gouvernement

Dès 6 h 30, une cinquantaine de dockers, en grève, ont bloqué l’entrée du plus gros céréalier du port de Rouen (Seine-Maritime), Sénalia, répondant à l’appel de la CGT des ports et docks. « On a presque dix ans d’espérance de vie en moins que le reste de la population, ce n’est même pas envisageable de décharger les bateaux deux ans de plus », tranche Judicaël Jibon, secrétaire adjoint de la CGT des ouvriers dockers et assimilés.

De l’autre côté de la Seine, plus d’une centaine d’agents portuaires ont, entre autres, bloqué le siège du Grand Port maritime de Rouen. Une énorme pancarte a été soudée sur le bitume représentant Olivier Dussopt, Élisabeth Borne et Emmanuel Macron en clowns. Fabrice Lottin, secrétaire général de la CGT portuaires, contemple : « Comme ils mentent sur tous les sujets, ils ne sont absolument pas crédibles. On est prêts à monter crescendo dans la lutte pour garder nos acquis. »

Chez  Enedis, une jeune génération prête à se battre pour un service maximum

Hervé (1) s’est mis en grève, ce jeudi. Dans le local syndical de la CGT, au siège d’Enedis à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), il s’informe sur le parcours parlementaire de la réforme des retraites : « Mais, au fait, c’est quoi cet article 47.1 ? » Les détails comptent dans cette lutte qui a le vent en poupe : « Les gens veulent relever la tête. Le Covid a endormi les colères, mais elles repartent avec l’inflation et cette réforme. »

Salarié d’une entreprise des industries électriques et gazières, il pourrait partir à 58 ans. « Uniquement parce que j’ai quinze ans de travail actif avec de la pénibilité », précise-t-il. Avant d’œuvrer dans les bureaux, Hervé a débuté « en bas de l’échelle », comme releveur de compteurs EDF-GDF. Puis il est devenu technicien clientèle. « Quand il y a un black-out, on intervient, même de nuit où l’appréhension n’est pas la même et nécessite une meilleure concentration, explique l’agent Enedis. Si un pompier appelle à 3 heures du matin, c’est une vraie pression. Dans nos métiers, nous sommes responsables des gens, tout en étant tributaire des contraintes climatiques. » Aujourd’hui, l’agent est opérateur dans un centre d’appels et dépannage (CAD). En service discontinu, il travaille en 3 × 8. « Le travail de nuit, même si on est devant un ordinateur et un téléphone, c’est pénible. Le corps est fait pour dormir la nuit », mesure Didier Hamelin, lui aussi opérateur.

Ce jeudi 26 janvier, 50 % des agents du CAD ont répondu à l’appel à la grève de la CGT énergie. « Au-delà, nous pouvons être réquisitionnés, car il faut assurer le service d’urgence », poursuit le délégué syndical CGT. Sur le site, une assemblée générale, toutes professions confondues, s’est tenue le week-end dernier. « La nouveauté, c’est que les jeunes sont prêts à se battre et ne disent plus qu’ils n’auront pas de retraite, note le responsable syndical. Pour certains, âgés entre 25 et 35 ans, le 19 janvier était leur première manifestation. » Sans doute pas la dernière. L’union locale CGT avait rempli deux cars le 19 janvier. Au moins quatre sont prévus pour le 31 janvier.

(1) Le prénom a été modifié.


 

Loi kasbarian-bergé des occupations d’usines hors la loi ?

La proposition de loi dite antisquat, présentée par les députés de la majorité Guillaume Kasbarian et Aurore Bergé, ne se contente pas de criminaliser les locataires en situation d’impayés et les sans-abri qui cherchent un refuge. Tel qu’il a été réécrit par les députés LR et RN lors du passage à l’Assemblée, son article 1 permet de sanctionner de trois ans de prison et jusqu’à 45 000 euros d’amende « toute introduction ou tout maintien dans un local à usage économique sans être titulaire d’un contrat de bail ». « Ça signifie que tout gréviste qui ferait un piquet de grève dans son entreprise pourrait être condamné », résume Véronique Martin, de la CGT. Pour elle, pas de doute : « Cette nouvelle écriture de l’article 1 remet en cause l’exercice constitutionnel du droit de grève et criminalise encore plus l’action syndicale et revendicative. »


 


 

 

 

Retraites. Les femmes seront davantage pénalisées

Alexandra Chaignon sur www.humanite.fr

Cette réforme, comme les précédentes, va accroître les inégalités sociales en général et, en particulier, celles de genre, décrypte l’économiste Rachel Silvera.


 

En quoi cette réforme risque-t-elle d’aggraver les inégalités de genre ?

Rachel Silvera : L’allongement des durées de cotisation déjà entérinées dans la précédente réforme Touraine et le recul de l’âge de la retraite vont pénaliser davantage les femmes que les hommes. C’est mathématique. Parce qu’elles ont des carrières incomplètes en raison d’inégalités sur le marché du travail, et des montants de pension beaucoup plus faibles. Pour rappel, celles-ci sont en moyenne inférieures de 40 % à celles des hommes.

Le gouvernement a fini par concéder que les femmes seraient « un peu pénalisées ». Un peu…

Rachel Silvera : L’âge moyen de départ en retraite recouvrirait en effet de fortes disparités, avec un écart allant du simple au double : si on prend la génération 1980, les hommes travailleraient 4 mois supplémentaires contre 8 mois pour les femmes. Le gouvernement part du principe que les gens prolongent naturellement leur départ. Évidemment que les femmes prolongent ! Une grande majorité d’entre elles n’ayant pas de carrière complète, elles essayent de faire une ou plusieurs années de plus, voire attendre 67 ans la fin de la décote, parce que leurs pensions sont trop faibles. Lors de la conférence de presse de présentation de la réforme, Élisabeth Borne a osé dire et répété trois fois que cette réforme serait « juste pour les femmes car l’âge d’annulation de la décote restera à 67 ans ». Mais en quoi est-ce un progrès, alors que cette décote restera en vigueur et pénalisera davantage les femmes ? Si la durée de carrière des femmes s’allonge progressivement, elle reste inférieure à celle des hommes…

Pourtant, le gouvernement continue d’affirmer que cette réforme permettra de réduire les écarts de pension entre les femmes et les hommes...

Rachel Silvera : C’est scandaleux ! Comme elles vont travailler plus longtemps, elles vont cotiser plus longtemps, elles vont donc percevoir une pension un petit peu plus élevée. C’est mécanique. On nous dit aussi que la pension moyenne des femmes sera revalorisée de 1 à 2,2 %, contre 0,2 à 0,9 % pour celle des hommes. Le message envoyé, c’est : « Mesdames, vous allez travailler plus longtemps, mais ne vous inquiétez pas, l’écart entre pensions, qui est de 40 % actuellement, va se réduire. » Mais de qui se moque-t-on ? Et ce n’est pas la revalorisation des minimums de pension qui changera la donne. Le gouvernement fait miroiter un minimum de 1 200 euros brut. Mais, pour percevoir ce montant, il faudra avoir une carrière complète. Or, les femmes qui sont nombreuses à avoir des carrières incomplètes, toucheront ce minimum au prorata de leur durée de cotisation. Donc, non, contrairement à ce qu’affirme le gouvernement, les femmes ne sont pas les grandes gagnantes.

Y a-t-il une meilleure prise en compte de la pénibilité ?

Rachel Silvera : Depuis la mise en place du compte professionnel de prévention (C2P), en 2017, la pénibilité est moins prise en compte, car les critères sont plus restrictifs. Peu de personnes ont pu bénéficier de trimestres cotisés en bonus grâce à ce système. On estime que seulement 3 % des salariés en auraient bénéficié dont 75 % d’hommes. Le gouvernement dit qu’il va améliorer les seuils. Mais, pour les emplois très féminisés, les facteurs de pénibilité ne sont absolument pas pris en compte, notamment ceux liés aux contraintes physiques mais aussi « émotionnelles » : faire face à la souffrance d’un patient en fin de vie, à la violence de personnes qu’on accompagne… Toutes ces dimensions sont totalement invisibles.

Ce n’est même plus une double peine…

Rachel Silvera : Au départ, il y a deux inégalités principales : les montants des pensions et les contraintes familiales qui font que, encore aujourd’hui, une femme sur deux, au moment de la naissance d’un enfant, va réduire ou même stopper son activité professionnelle. Par comparaison, c’est un homme sur 9. Il y a donc une double pénalité à la fois dans le calcul sur les durées qui va jouer, ensuite sur les montants. Montants qui vont dépendre des carrières, etc.

Faudrait-il lutter en amont contre les inégalités de genre ?

Rachel Silvera : C’est ce qui conditionne les montants des pensions. Il faudrait commencer par réduire, voire supprimer les inégalités salariales, s’attaquer à la question des pénalités que subissent les femmes quand elles sont mères, etc.

   publié le 26 janvier 2023

Les leaders syndicaux surfent sur l’impopularité record de la réforme

Marie Toulgoat sur www.humanite.fr

Unis devant l’Assemblée nationale avant une audition par les parlementaires, les représentants des huit organisations syndicales œuvrent pour une mobilisation massive, le 31 janvier, contre le projet de réforme des retraites, dont 72 % des Français ne veulent pas.

Rien ne semble ébrécher ce front commun. Devant l’Assemblée nationale, ce mercredi, les numéros un des huit organisations syndicales (CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC, Unsa, FSU, Solidaires) ont réitéré d’une même voix leur opposition au projet gouvernemental de réforme des retraites. « Cette réforme est d’autant plus injuste qu’elle va frapper de plein fouet l’ensemble des travailleurs et travailleuses, et plus particulièrement celles et ceux qui ont commencé à travailler tôt, les plus précaires, mais aussi celles et ceux dont la pénibilité des métiers n’est pas reconnue », a clamé Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, au nom de l’intersyndicale.

Si les dirigeants syndicaux se sont réunis devant le Palais Bourbon pour soutenir leur délégation, reçue par la commission des Affaires sociales pour une table ronde au sujet de la réforme, l’objectif pour les centrales était également de prouver que l’union de leurs forces est partie pour durer. « Cette intersyndicale est pleine, entière et déterminée », a assuré le secrétaire général de FO, Frédéric Souillot. Mais aussi, de continuer à impulser des dynamiques de lutte, à quelques jours de la deuxième journée de mobilisation interprofessionnelle du 31 janvier.

Dans cette optique, les syndicats ont le vent en poupe. Selon la dernière enquête d’opinion publiée ce mercredi par Elabe pour BFMTV, jamais ce projet de réforme des retraites n’a été jugé aussi impopulaire (72 % de Français défavorables, + 6 points en une semaine, + 13 en quinze jours), si injuste (74 %, + 16 en quinze jours), inefficace (+ 11 en deux semaines) et inutile ( « non nécessaire » pour 54 %). Ils sont même 57 % (+ 2 points en une semaine) à déclarer qu’ils comprendraient « que les grévistes bloquent le pays, car c’est le seul moyen pour que le gouvernement retire ou modifie sa réforme des retraites ».

Une semaine après la franche réussite de la première journée de lutte du 19 janvier, rien ne semble donc entacher l’optimisme des huit organisations. « Beaucoup de personnes hésitaient à se mobiliser le 19, et quand elles ont vu le succès que ça a été, elles nous ont dit qu’elles seraient dans la rue le 31 », confie Philippe Martinez. « Toute la semaine, il y a eu des assemblées générales, des rassemblements devant les préfectures, nos militants ont rencontré des députés pour les alerter sur l’injustice de la réforme », ajoute Frédéric Souillot.

Les préavis de grève se multiplient

« De plus en plus de secteurs commencent à parler d’une grève reconductible », se réjouit Murielle Guilbert, codéléguée générale de Solidaires. Les préavis de grève se multiplient. La fédération CGT de la chimie lance les hostilités dès ce jeudi, avec deux jours de grève dans les raffineries, puis les 6, 7 et 8 février. Les 6 et 7 février, les cheminots cesseront également le travail, à l’appel de la CGT et de SUD rail. Les agents de la RATP, de leur côté, seront en grève le 31 janvier, et décideront dès le lendemain de la suite à donner au mouvement. Les professeurs, appelés à la mobilisation par SUD éducation, débuteront mardi prochain une grève reconductible, tout comme les saisonniers des remontées mécaniques.

Alors que la lutte monte en puissance, les leaders syndicaux gardent la tête froide face aux appels du gouvernement à la « responsabilité » et à ne pas handicaper les Français pendant les vacances scolaires. « Ils s’affolent, constate Simon Duteil, codélégué général de Solidaires. Tout le monde préférerait que les choses fonctionnent correctement, mais c’est de la responsabilité du gouvernement. Il n’a qu’à retirer sa réforme. »


 


 

Vieillissement, coût du travail, compétitivité : les anti-retraites utilisent les mêmes arguments depuis 1945

par Rachel Knaebel sur https://basta.media

Pourquoi réformer les retraites ? Vieillissement de la population, compétitivité, coût du travail : ces arguments sont déployés à l’envi depuis... la création du système de retraite par répartition en 1945 ! Entretien avec le sociologue Ilias Naji.


 

Basta!  : Les débats sur de nécessaires « réformes » des retraites sont-ils arrivés rapidement après la mise en place du système général de retraite dans l’immédiat après-Deuxième Guerre mondiale ?

Ilias Naji [1] : Le régime général des retraites par répartition est installé en France à partir de 1945. Dès le début, des controverses sur les retraites et la Sécurité sociale de manière plus générale apparaissent. On retrouve alors des arguments qui existent encore aujourd’hui, notamment celui du vieillissement démographique. À l’époque, les démographes n’anticipent pas du tout le baby-boom qui se profile. Pour eux, la France est un pays vieillissant. Selon eux, cela coûterait beaucoup trop cher de généraliser les retraites par répartition.

On entend aussi l’argument lié au coût du travail, mis en avant par le patronat et repris par des acteurs de la classe politique. Leur raisonnement est : si on généralise la retraite et la Sécurité sociale, cela fera augmenter les cotisations, donc le coût du travail, donc les entreprises françaises vont être moins compétitives par rapport aux pays voisins, cela sera mauvais pour l’économie.

Basta!  :Comment a été mise en place la retraite à 60 ans à taux plein ?

Ilias Naji : La retraite à 60 ans existe avant 1945 dans certains types de régimes de retraite. Dans le régime général du secteur privé conçu à la Libération, l’âge de départ à taux plein est fixé à 65 ans, à cause de cet argument du vieillissement de la population. Il existe déjà alors une forte revendication syndicale, de la CGT notamment, pour la retraite à 60 ans.

La revendication de la retraite à taux plein à 60 ans est annoncée très vite en 1981

Puis, à la fin des années 1960, s’ouvrent de nouveaux débats sur ce que cela coûterait d’établir la retraite à 60 ans pour tout le monde. Finalement, ce sont les préretraites, appelées alors « garantie de ressources », qui se développent beaucoup dans la décennie suivante. Ce système n’est pas décidé par le gouvernement de l’époque, mais par les partenaires sociaux, les syndicats et le patronat. C’est une prestation de l’Assurance chômage qui est elle-même gouvernée de manière paritaire par les partenaires sociaux.

Un accord est trouvé en 1972 sur les préretraites en cas de licenciements économiques, et en 1977 sur les préretraites pour démission. Il était alors possible de démissionner à l’âge de 60 ans et de disposer d’une préretraite jusqu’à 65 ans. Comme le montant des préretraites est alors plus important que celui de la retraite, ce dispositif a beaucoup de succès. La « préretraite démission » est largement utilisée notamment par les cadres. De grandes entreprises industrielles se servent aussi de ce système pour licencier de manière déguisée, car ce n’étaient pas elles qui payaient les préretraites, mais l’Assurance chômage.

Basta!  :La situation change-t-elle avec l’arrivée au pouvoir de François Mitterand en 1981 ?

Ilias Naji : Avec le « succès » des préretraites, le taux d’activité des personnes de plus de 60 ans se retrouve à un niveau très bas au début des années 1980. La revendication de la retraite à taux plein à 60 ans, présente dans le programme commun du Parti socialiste et du Parti communiste, est annoncée très vite en 1981. Cette demande est, d’une certaine manière, déjà réalisée, sauf pour une partie de la population qui n’a pas droit aux préretraites. La mise en place de la retraite à 60 ans à taux plein s’est ensuite faite en deux étapes.

Pour le régime général, cela est fixé par ordonnances à l’automne 1981. Le régime général couvre deux-tiers du montant de la retraite pour le secteur privé. S’y ajoutent des retraites complémentaires obligatoires, qui, elles, sont gérées paritairement par les syndicats et le patronat. Il faut donc que ceux-ci trouvent un accord pour réformer également les retraites complémentaires. Comme les préretraites restent alors plus avantageuses que la retraite, les syndicats n’y sont pas trop favorables au début. Le patronat refuse, lui, la retraite à 60 ans dans les régimes complémentaires car il milite déjà contre toute hausse des cotisations.

Suite à des négociations, on parvient en 1983 à un accord et à un montage financier sur la retraite à 60 ans pour les retraites complémentaires, sans hausse du taux de constatation en utilisant l’argent prévu pour les préretraites de garanties de ressources qui sont progressivement éteintes.

Basta!  : Que s’est-il passé pour que, suite à la mise en place de la retraite à 60 ans, débute une série de réformes qui vont dans le sens contraire ?

Ilias Naji : En 1982, c’est le tournant de la rigueur, aussi appelé plus tard politique de « désinflation compétitive ». L’idée est de maîtriser le coût du travail avec l’espoir que in fine, cela créera de l’emploi. Ce coût du travail inclut les taux de cotisations qui financent la Sécurité sociale et notamment les retraites.

Le mot d’ordre est donc la surveillance des taux de cotisations. Cela s’applique aussi aux retraites. Le raisonnement est que, si on veut que le coût du travail n’augmente pas, les dépenses des retraites ne doivent pas trop augmenter. Dès 1983, l’indexation des pensions de retraite change. Avant, elles étaient indexées sur les salaires nets. Après, elles sont beaucoup moins revalorisées, en dessous même de l’inflation. À partir de 1987, elles sont indexées sur les prix, soit à un niveau moindre que si elles étaient revalorisées au niveau des salaires. Le gouvernement choisit de modifier le mode d’indexation des retraites pour faire des économies sur les dépenses et ne pas avoir à augmenter le taux de cotisation. C’est une réforme peu perçue à l’époque.

Ensuite, tout au long de la décennie, différents projets de réforme sont formulés par le ministère des Affaires sociales d’un côté et le ministère de l’Économie de l’autre. Ces deux administrations s’accordent pour continuer la désinflation compétitive, donc faire en sorte que les dépenses de retraites n’augmentent pas trop vite.

Un gouvernement de droite est élu en 1993. À partir

de là, ça va très vite. C'est la réforme Balladur qui

augmente la durée de cotisation à 40 ans

Si l’administration budgétaire est plus radicale dans la compression des dépenses que l’administration sociale, les deux sont favorables à l’ augmentation de la durée de cotisation. La durée de cotisation minimale pour obtenir le taux plein est à l’époque de 37,5 années [entre 42 et 43 ans ans aujourd’hui en fonction de votre année de naissance, ndlr]. Les ministères veulent alors l’allonger à 40 ans, voire plus. En 1991 sort le « Livre blanc sur les retraites » qui reprend globalement les positions de la direction du budget. Puis, un gouvernement de droite est élu en 1993. À partir de là, ça va très vite. Les lois sont votées dès l’été 1993. C’est la réforme Balladur qui augmente la durée de cotisation à 40 ans et qui change aussi la durée du salaire de référence [le nombre de meilleures années prises en compte pour le calcul de la pension] de 10 à 25 ans.

À cette époque est aussi créé le fonds de solidarité vieillesse, pour financer le minimum vieillesse. Ce fonds est abondé par la CSG, pas par des cotisations. À la création de ce fonds est aussi associée l’idée de financer des dépenses de solidarité par des taxes et par l’impôt et non plus par des cotisations, avec derrière la volonté de faire baisser le coût du travail.

Basta!  : L’argument le plus visible dans le débat public autour des retraites, c’est la question démographique : « On vit plus longtemps ». Est-ce en fait la question du coût du travail qui reste centrale dans toutes les réformes ?

Ilias Naji : L’argument démographique est présent dès 1945. Il vient s’opposer à des réformes des retraites avantageuses pour les retraités au prétexte de la charge que ferait peser sur l’économie la part âgée de la population. Puis, dans les rapports de l’administration sur les retraites de la décennie 1970, cet argument est critiqué : le vieillissement ne serait pas si grave, d’autant que si on résonne sur le plan du ratio de la part inactive en fonction de la part de la population active, il n’y a pas de différence entre jeunes et vieux. Il peut ensuite y avoir des débats pour déterminer si une personne âgée coûte plus cher qu’une personne jeune inactive.

L’argument du coût du travail qu'il faudrait réduire est

très ancien pour justifier les réformes des retraites

Une deuxième argument dans les débats établit un lien entre retraites, coût du travail et chômage. Par exemple, une grande réforme de l’organisation de la Sécurité sociale est mise en œuvre en 1967, car on a un problème de déficit. Dans les débats politiques revient l’idée que la Sécurité sociale coûterait trop cher dans un contexte économique de compétition internationale où il faudrait réduire le coût du travail. L’argument du coût du travail, qu’il faudrait réduire pour faire baisser le chômage, est très ancien. Les réformes des retraites sont justifiées par cet argument au moins depuis les années 1980. Ce n’est pas pour autant que le chômage baisse fortement[le taux de chômage oscille entre 5,4% et 10,8 % depuis 1982, il est à 7,3 % en 2022, ndlr].

Basta!  : Percevez-vous une ligne de partage politique continue dans ces débats entre libéraux et partisans de la solidarité nationale, entre patronats et syndicats ?

Ilias Naji : Jusque dans les années 1970, deux visions de l’organisation de la Sécurité sociale s’opposent. Certains défendent la caisse unique, qui revient à centraliser l’argent de toutes les branches de la Sécurité sociale : retraites, famille, maladie. Ensuite, cet argent est utilisé pour répondre à des risques et des besoins sociaux, comme les retraites, et parfois aussi pour répondre à des objectifs de réduction des inégalités sociales et de redistribution.

Ce projet de généralisation de la Sécurité sociale s’arrête en 1946-1947 du fait des oppositions, notamment des régimes de retraite de la fonction publique, mais aussi des agriculteurs, des professions libérales, des indépendants, des cadres, qui ne veulent pas se retrouver avec le régime général, car ils ont l’impression qu’ils y perdraient.

Des oppositions existent aussi sur ce que devrait être un bon système de protection sociale. Certains disent que la Sécurité sociale ne devrait pas financer la redistribution dans le but de réduire des inégalités sociales. Cette vision défend une approche plus « assurantielle » qui lie la prestation au fait d’avoir cotisé. Dans les années 1970, des syndicats demandent le retour à la caisse unique. Il y a encore alors cette controverse sur les finalités de la protection sociale : est-ce seulement une assurance sociale [face au risque de la maladie ou du chômage, ndlr] ou est-ce aussi un instrument de redistribution qui vise à lutter contre les inégalités ?

Basta!  : Le système de retraite par répartition est-il régulièrement remis en cause pour aller vers un système par capitalisation ?

Ilias Naji : Dans le programme du CNR [Conseil national de la Résistance qui réfléchit avant même la Libération à un nouveau modèle social français], aucun choix n’est vraiment fait sur le mode de financement des retraites. Les retraites d’avant-guerre qui fonctionnaient en partie par capitalisation ont beaucoup pâti de l’inflation liée à la crise économique et financière des années 1930 puis à la Seconde Guerre mondiale. Les retraités se sont retrouvés appauvris, car leur pension était devenue très faible par rapport à l’évolution des prix. Dans cette situation, le choix fait en 1945 d’un système par répartition était avant tout pragmatique.

Après l'inflation liée à la crise économique et

financière des années 1930, le choix fait en 1945 d'un

système par répartition était avant tout pragmatique

Le système par répartition a plusieurs fois été remis en cause par la suite. Un projet de généralisation des fonds de pension est discuté en France dès 1965. Face aux oppositions, il est abandonné. Ensuite, Raymond Barre [ministre de l’Économie, puis Premier ministre entre 1976 et 1981, ndlr] fait des déclarations favorables à la retraite par capitalisation, avec le lobby des assurances qui pousse au développement de la capitalisation. Cela ne s’est pas concrétisé. On retrouve ces mêmes tentatives dans les années 1980 et 1990. En plus du levier « coût du travail », la politique de rigueur des années 1980 active celui des « investissements », pour que les entreprises investissent pour devenir plus compétitives.

Une manière d’attirer les investissements est de créer des fonds de pension, donc de favoriser la retraite par capitalisation. Des projets sont alors menés au ministère de l’Économie avec la création d’un plan d’épargne retraite à la fin des années 1980. Finalement, les épargnants préfèrent l’assurance vie, car c’est plus facile d’en retirer son argent. Dominique Strauss-Kahn (PS), ministre de l’Économie, relance le projet de retraites par capitalisation en 1998. La bulle internet en 2001, puis la crise des subprimes en 2007-2008 ont atténué ce débat parmi les économistes.

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[1Ilias Naji est docteur en sociologue, chercheur postdoctoral à l’université Johannes-Kepler de Linz. Il a consacré sa thèse au retournement des réformes des retraites dans les années 1980.

publié le 25 janvier 2023

Retraites : des AG pour
« aller chercher
les étudiants un par un » avant le 31

Maïa Courtois sur ttps://rapportsdeforce.fr/

Dans les campus, partout en France, des étudiants et enseignants syndiqués tentent d’informer le plus massivement possible sur le contenu de la réforme des retraites afin de grossir les rangs des manifestants dans la rue. En attendant le rendez-vous du 31 janvier, des AG ont lieu tout au long de la semaine. 

 Il faut le reconnaître : ce mardi, à l’université d’Évry, le rendez-vous donné sur la pause de midi ressemble « plus à une intersyndicale qu’à une AG ». Adrien, co-secrétaire de Sud dans l’Essonne, l’admet avec le sourire. Il lance tout de même la question du jour à la volée : « quel peut être notre rôle dans cette mobilisation contre la réforme des retraites ? ». En face de lui se tiennent une dizaine d’enseignants et de personnels administratifs membres de l’intersyndicale locale. Au fond de l’amphi, quelques étudiants curieux, en cursus de sociologie et d’informatique, sont tout de même venus écouter.

À leur demande, Adrien déroule un diaporama exposant les grands axes de la réforme, et les principaux contre-arguments. L’un des étudiants, Ryan, engagé à La France Insoumise, a tracté devant sa fac… Et en a vu les limites : « beaucoup de jeunes ne se sentent pas concernés car ils ne travaillent pas encore. Ils restent concentrés sur leurs études ».  Ce n’est pas seulement le cas des étudiants. « Il y a encore des collègues qui pensent qu’ils ne sont pas touchés par la réforme », témoigne Heike, enseignante syndiquée SNESUP-FSU, à qui l’un d’eux a récemment rétorqué : « je suis né en 64, je ne suis pas concerné ».

Le besoin de mieux informer est donc incontestable, selon plusieurs participants à l’AG. Et puis, il y a aussi ceux qui « donne la priorité au présent : boucler les fins de mois, manger », témoigne Carine, syndiquée SNASUB-FSU. Parmi ses collègues du personnel administratif, technique et des bibliothèques, « il y a beaucoup de gens avec des petits salaires, qui survivent ».

« Les salaires, c’est aussi le sujet »

« Il faut aller leur dire que la misère étudiante, c’est aussi le sujet. Que les salaires, c’est aussi le sujet », insiste Jean-Renaud Pycke, secrétaire CGT de l’université d’Évry. La CGT est en dehors l’intersyndicale d’Évry, mais celui-ci a tenu à participer à l’AG du jour. « Il faut libérer la parole, demander aux gens, aux jeunes, leurs revendications : c’est la seule chance de massifier. Beaucoup se sentent bel et bien concernés mais se disent : je suis pauvre et à ma retraite je le serai encore plus, voilà tout ».

Mélissa, étudiante en sociologie, le concède : cela fait longtemps que la jeune femme pense que sa génération n’aura pas de retraite, et subira un système de capitalisation à l’américaine. « Le bon angle d’attaque pour les étudiants, ce serait par exemple le taux de chômage. Il faut qu’on puisse trouver un point de vue particulier, un angle d’analyse » qui mobilise ses pairs, abonde-t-elle.

« Cette réforme frappera de plein fouet l’ensemble des personnels de l’ESR et plus particulièrement les plus précaires déjà en difficulté (salaires faibles, carrières incomplètes, généralisation des vacations le plus souvent non mensualisées…) », déplore l’intersyndical de l’université d’Évry (SNASUB-FSU, CFDT, SNESUP-FSU, SNPTES-UNSA, SUD, UNEF).

« Aller chercher les étudiants un par un »

Le temps presse. Il ne reste que quelques jours avant la seconde journée nationale de mobilisation, le 31 janvier. Partout en France, des étudiants et personnels tractent, discutent, organisent des rassemblements. Au Mirail à Toulouse par exemple, « on diffuse tous les jours des tracts pour appeler à une nouvelle assemblée générale ce jeudi 26 », raconte une militante. Tous ont conscience de l’urgence du calendrier : la crainte du 49-3 ou d’un 47-1 plane. « Il faut réussir à taper très fort le 31 janvier, être extrêmement efficaces », presse un participant de l’AG d’Évry.

Comment s’adapter vite à la réalité du terrain ? « Si les gens ne viennent pas à nous, c’est à nous d’aller vers eux. Il n’y a qu’une solution : faire des tournées de bureaux, et des tournées d’amphi », propose Adrien de Sud.

Les étudiants dans la salle y sont tout à fait favorables. « Il faut aller chercher les étudiants un par un », appuie Ryan, qui suggère même d’organiser des AG dehors, devant la fac. Malgré le froid mordant de la période, cette suggestion remporte aussi l’adhésion générale.

Coordination d’AG dans plusieurs villes : vers des blocages ?

« Entre le SNU (service national universel), le projet de réforme des bourses qui ne sortira pas la jeunesse de la précarité, des services publics sous-financés, une sélection qui va être renforcée par la nouvelle réforme de l’entrée en Master, nos organisations se mobiliseront pour mettre en protection sociale la jeunesse, et faire de l’accès à l’enseignement supérieur un droit et non un privilège », défend la Coordination nationale étudiante dans son communiqué du 17 janvier. Cette coordination regroupe les syndicats UNEF et l’Alternative.

Elle rassemble des bases syndicales dans « une trentaine de villes. C’est un outil important de mobilisation », soutient Victor Mendez, président de l’UNEF-Tacle à l’université de Nanterre et membre du NPA. La coordination appelle à organiser, dans cette trentaine de villes, des AG ce mercredi.

« Notre but c’est de mettre totalement en grève la fac », soutient Victor Mendez. « Le 31 sera notre point d’appui. Là, on est dans une phase explicative : il s’agit de faire comprendre aux étudiants qu’ils ont un rôle à jouer. Celui de massifier les manifestations. Si la jeunesse rejoint, cela donnera énormément de confiance aux travailleurs ». 

Ce mercredi, les lycées aussi sont en mouvement. La Voix Lycéenne a aussi appelé à la tenue d’AG ce jour. En outre, « nos fédérations départementales seront très mobilisées jusqu’au 31 pour tracter, échanger devant les lycées, mener des actions diverses pour convaincre et amplifier le mouvement », indique le syndicat, à l’image de ce qu’il se passe chez les étudiants.

  publié le 24 janvier 2023

Les cheminots préparent leur entrée en grève reconductible
par étape pour mi-février

Stéphane Ortega sur https://rapportsdeforce.fr/

La CGT cheminots et SUD-Rail viennent d’annoncer un calendrier de mobilisation dans le ferroviaire. Les deux syndicats veulent faire de la journée de grèves et de manifestations du 31 janvier une rampe de lancement vers une grève reconductible, avec deux journées de grève dès la semaine suivante, en convergence avec les énergéticiens et les raffineurs.

 Monter d’un cran. C’est l’objectif de la CGT et de SUD-Rail avec un appel commun à élever « le rapport de force pour gagner le retrait » de la réforme des retraites. Les deux fédérations appellent les cheminots à se mettre en grève massivement le 31 janvier. Mais aussi à se « réunir en assemblée générale pour mettre en débat l’intensification de l’action ». Ainsi elles proposent à la discussion « une séquence de deux jours consécutifs de grève les 7 et 8 février à l’instar d’autres branches professionnelles ». Des dates modifiables selon les décisions de l’intersyndicale nationale, au soir du 31 janvier, assurent la CGT-Cheminots et SUD-Rail. Les deux syndicats proposent ensuite de passer à la grève reconductible mi-février, si le gouvernement ne retire pas son projet de loi.

Pourquoi un départ en grève reconductible dans 15 jours et non le 31 janvier ? En grande partie parce que la journée du 19 janvier est un peu paradoxale. Certes, le nombre de grévistes a été très important à la SNCF (46 % et même 77 % des conducteurs de TGV), mais les assemblées générales de la journée sont restées assez vides de cheminots. Or sans AG forte, pas de grève reconductible forte. De plus les cheminots n’ont pas envie de porter à aux seuls ou avec quelques rares professions l’ensemble de la contestation. Une date plus tardive pourrait ainsi permettre que de nouveaux secteurs s’organisent pour un conflit dur, espèrent-ils.

Par conséquent, l’option d’appeler à 48 h de grève les 30 et 31 janvier, un temps sur la table, a été abandonnée au profit d’un calendrier plus distendu, par crainte de griller une cartouche inutilement avec un jour où seuls les cheminots auraient été en grève le 30 janvier. De même, l’idée de deux jours d’arrêt de travail tous les cinq jours, comme lors du conflit sur la privatisation de la SNCF, n’a pas été retenue. Au lendemain des manifestations massives du 19 janvier, les quatre syndicats représentatifs de l’entreprise (CGT, UNSA, SUD, CFDT) se sont réunis une première fois. Depuis, les échanges se sont poursuivis par téléphone, jusqu’à chuter sur l’appel de deux syndicats sur quatre ce mardi 24 janvier.

L’unité syndicale mise sur pause chez les cheminots

Si l’ensemble des organisations syndicales de la SNCF sont d’accord pour amplifier la mobilisation cheminote le 31 janvier, elles n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur un calendrier pour durcir le mouvement après cette date. La CFDT cheminots, dont le conseil fédéral s’est réuni lundi 23 janvier, faisait savoir dans un communiqué de presse qu’elle « n’exclue pas de s’engager dans une reconductible, mais c’est trop tôt ». Pour le quatrième syndicat de la SNCF – 15,94 % aux élections professionnelles de décembre dernier – qui n’a pas attendu la fin des échanges entre fédérations cheminotes pour s’exprimer « la date du 31 janvier fixé par l’intersyndicale est une priorité ». Avec comme objectif pour elle de « surpasser le 19 janvier ».

L’Unsa, deuxième syndicat de l’entreprise, ne s’est pas joint à la CGT et à SUD non plus. Mais au même titre que la CFDT, elle pourrait raccrocher les wagons d’une grève reconductible après le 31 janvier, selon l’état de la mobilisation chez les cheminots et les perspectives données par l’intersyndicale nationale au soir de la seconde journée interprofessionnelle de mobilisation. « Les suites à donner après le 31 seront à donner après le 31 pour amplifier », écrit la CFDT, ne fermant ainsi pas la porte à un durcissement du mouvement. Une porte que ne ferme pas non plus la CGT-Cheminots et SUD-Rail qui assurent qu’elles « s’attacheront à maintenir un caractère le plus unitaire possible au conflit des retraites dans la branche ferroviaire ».

 

 

 

Retraites : la réforme
n’est pas « plus juste » pour les femmes

Cécile Hautefeuille sur www.mediapart.fr

Le projet de réforme des retraites a été présenté lundi 23 janvier en conseil des ministres. L’exécutif n’entend pas revenir sur le report de l’âge légal à 64 ans. Envers les femmes, la promesse passe d’une réforme « plus juste » à celle, plus modeste, d’un texte qui « ne creuse pas les inégalités ».

IlIl ne s’agit même plus de convaincre, mais d’esquiver les retours de bâton. En martelant pendant dix jours que les femmes seraient « mieux protégées » par la réforme des retraites, le gouvernement s’est enfermé dans son propre piège. Non seulement le projet, qui a été présenté lundi 23 janvier en conseil des ministres, remet en lumière les inégalités flagrantes entre les femmes et les hommes, mais il ne les règle en rien, malgré les « progrès concrets » avancés par Élisabeth Borne.

L’étude d’impact de la réforme, révélée lundi par Les Échos, est sans appel. Le report de l’âge de départ sera clairement plus marqué pour les femmes. « Les femmes nées en 1972 verront leur âge moyen de départ augmenter de neuf mois en moyenne contre cinq pour les hommes de la même génération, souligne le quotidien. Pour la génération 1980, l’effort est même deux fois plus important puisqu’elles partiraient huit mois plus tard contre quatre mois pour les hommes. »

Où est donc la réforme « plus juste » pour les femmes promise par la première ministre ? Face à la presse, à l’issue du conseil des ministres, Olivier Dussopt cachait mal son embarras. À propos des informations parues dans Les Échos, le ministre du travail a évoqué un document « provisoire » et tenté une pirouette : « Ce n’est pas une étude d’impact mais un rapport permettant aux parlementaires […] d’avoir les impacts et conséquences des mesures que nous présentons. »

Voilà qui s’appelle jouer sur les mots. Étude ou rapport, le document consulté par le quotidien économique mesure bien l’impact de la réforme, et son contenu n’est nullement contesté par le ministre. Olivier Dussopt a fini par le concéder : « Le fait de décaler légèrement l’âge de départ officiel, légal, à la retraite a cette conséquence que vous décrivez », a-t-il répondu, à propos de ce report de l’âge plus important pour les femmes.

Cette conséquence est toute simple et cruelle : les femmes vont perdre une partie de leurs « avantages » liés à la maternité. Dans le privé, elles peuvent obtenir jusqu’à huit trimestres supplémentaires : quatre en contrepartie de la maternité ou de l’adoption, et quatre autres pour l’éducation. Ces derniers peuvent d’ailleurs être répartis, pour les enfants nés après 2010, entre les deux parents. Dans le public, la bonification de durée peut aller jusqu’à quatre trimestres.

C’est donc mathématique : rehausser de deux ans l’âge légal de départ efface partiellement ces « bénéfices familiaux ».

Un écart de pension ramené à 20 %

Contraint d’admettre l’évidence, Olivier Dussopt a rapidement enchaîné sur les mesures du projet de loi « qui ne creusent pas les inégalités entre les hommes et les femmes ». Doit-on s’en réjouir, tant ces inégalités sont déjà béantes ? Le ministre lui-même en convient : « Nous ne pouvons pas demander à notre système de retraite de réparer les inégalités de carrière accumulées tout au long de la vie. » Il n’est donc plus question d’une réforme « qui protège les femmes », mais d’un projet de loi qui n’enfonce pas davantage le clou.

Selon l’Insee, le revenu salarial des femmes reste inférieur de 22 % en moyenne à celui des hommes. En toute logique, cela se répercute sur les pensions de retraite. En 2020, la pension moyenne de droit direct des femmes était encore inférieure de 40 % à celle des hommes, indique la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) dans son panorama 2022 sur « les retraites et les retraités ». Soit 1 154 euros par mois en moyenne pour les femmes contre 1 931 euros pour les hommes.

« Cet écart est en baisse continue », ajoute le rapport, rappelant qu’en 2004, il s’établissait à 50 %. Par ailleurs, « en tenant compte des pensions de réversion, dont les femmes bénéficient en majorité, les écarts se réduisent un peu, à 28 % ».

Ce fossé, l’exécutif entend le réduire encore. Vantant « une marche progressive vers l’égalité », Olivier Dussopt évoque un écart ramené à 20 % pour la génération 1971. « La pension moyenne des femmes sera revalorisée de 2,2 % alors que celle des hommes le sera de 0,9 % à horizon 2030 », indique le ministre du travail, avant d’ajouter : « du fait du différentiel du temps de cotisation ». Dit autrement : parce que les femmes vont travailler davantage.

De nouveaux droits dérisoires

Il insiste aussi sur de « nouveaux droits » ciblant particulièrement les femmes, parmi lesquels la « création d’une assurance-vieillesse pour les aidants » de manière à ce que les trimestres « consacrés à aider une personne handicapée ou malade » puissent être considérés comme des trimestres validés. Ou encore la prise en compte des périodes de congé parental dans la limite de quatre trimestres « pour être éligible soit au minimum de pension, soit au dispositif de départ anticipé en carrière longue ».

« Cette mesure ne devrait concerner que 3 000 femmes par an, de l’aveu même du gouvernement ! », s’étrangle l’économiste Rachel Silvera, maîtresse de conférences à l’université Paris-Nanterre et spécialiste des inégalités sociales et de genre. Elle ajoute ce rappel : « Concernant les départs anticipés, n’oublions pas que les carrières longues seront, elles aussi, taxées de deux années supplémentaires, en passant de 60 à 62 ans. » Selon elle, ce qui est vendu comme « de nouveaux droits » par le gouvernement reste donc « dérisoire ». Ce que le gouvernement accorde d’un côté, il le reprend de l’autre.

Concernant la garantie de pension minimale, elle s’appliquera à toutes et tous, confirme Olivier Dussopt, soit « 1,8 million de retraités actuels et 200 000 nouveaux retraités par an » qui « toucheront une hausse de leur pension pouvant aller jusqu’à 100 euros par mois ».

Élisabeth Borne nous regarde dans les yeux et répète à trois reprises que c’est “juste” et “favorable” aux femmes ?

Là encore, le ministre insiste : « Nous savons que beaucoup de bénéficiaires sont des femmes car elles ont des carrières hachées », et des salaires moindres durant leur carrière. Selon lui, cela va se traduire « pour les assurés de la génération 1962 par un gain beaucoup plus important, deux fois et demi supérieur, pour les femmes que pour les hommes ».

S’il y aura donc bien des revalorisations pour les plus modestes, les fameux 1 200 euros promis par le gouvernement resteront un mirage pour bon nombre de personnes, comme Mediapart l’a déjà écrit. Pour y avoir droit, les salarié·es concerné·es devront justifier à la fois d’une carrière complète à temps plein dans le privé et d’un niveau de salaire n’ayant jamais dépassé le Smic. Le premier critère excluant en premier lieu... les femmes.

Pour l’exécutif, la manœuvre n’est décidément pas aisée. Comment transformer en progrès une réforme qui retire plus de droits qu’elle n’en accorde ? Invitée sur France Inter le 14 janvier, la première ministre a ressorti son argument le plus étonnant : celui du statut quo. « Notre projet porte des progrès concrets pour les femmes : l’âge d’annulation de la décote est maintenu à 67 ans pour un départ à taux plein. » En clair : on ne touche à rien et c’est une bonne nouvelle.

« Élisabeth Borne nous regarde dans les yeux et répète à trois reprises que c’est “juste” et “favorable” aux femmes ? », s’indigne Rachel Silvera. « C’est un scandale, c’est dingue ! En gros, elle nous dit : “J’aurais pu décaler à 69 ans l’âge d’annulation de la décote, mais rassurez-vous, je ne vais pas le faire.” »

Le retour des « Rosies »

Selon l’économiste, 19 % des femmes attendent aujourd’hui d’avoir 67 ans pour prendre leur retraite « à taux plein » et échapper à la décote, contre 10 % des hommes. Maintenir cet âge à 67 ans, tout en accélérant le nombre de trimestres nécessaires, les pénalisera davantage, en diminuant le montant de leur pension.

En effet, un·e assuré·e qui part à l’âge du « taux plein » sans avoir réuni le nombre de trimestres suffisant voit le montant de sa pension touchée. À 67 ans, il n’y plus de décote mais le montant reste calculé au prorata du nombre de trimestres acquis. « Les femmes, qui ont des carrières interrompues et avec beaucoup de temps partiels seront les grandes perdantes », assure Rachel Silvera, agacée par la communication du gouvernement instrumentalisant la cause des femmes.

« Ça suffit !, lance à ce propos l’économiste. Le gouvernement actuel n’a rien entendu ? Ne tire aucune leçon ? », interroge-t-elle, en référence à la réforme des retraites abandonnée en 2020, laquelle érigeait déjà les femmes comme les « grandes gagnantes » du projet. Un argument battu en brèche et combattu dans la rue par des collectifs féministes.

Les « Rosies », militantes féministes d’Attac en bleu de travail, s’étaient illustrées dans les manifestations. Et sont d’ailleurs de retour pour la version 2023 du mouvement social. Le message est limpide : les femmes veulent faire valoir leurs droits, pas être des faire-valoir de la réforme.

  publié le 22 janvier 2023

Retraites :
les jeunes s’en mêlent

Mathieu Dejean et Khedidja Zerouali sur www.mediapart.fr

Au moins 14 000 personnes ont défilé samedi, à Paris, contre la réforme des retraites, à l’appel d’organisations de jeunesse et de La France insoumise. Une initiative pensée comme « complémentaire » des actions de l’intersyndicale. 

CeCe matin, Anna, Thaïs et Judith étaient en train de plancher sur un devoir surveillé pour leur prépa littéraire à Melun (Seine-et-Marne). À 14 heures, elles marchaient contre la réforme des retraites à Paris, aux côtés des organisations de jeunesse (L’Alternative, Voix lycéenne, les Jeunes insoumis, les Jeunes écolos, la Jeune Garde, entre autres) et de La France insoumise (LFI), qui revendiquaient dimanche soir 150 000 participant·es. Une source policière citée par Le Monde en a dénombré 12 000, tandis que le cabinet indépendant Occurrence (qui effectue un comptage indépendant pour un collectif de médias dont Mediapart) parle d’au moins 14 000 personnes.

Les trois amies n’avaient pas pu venir battre le pavé jeudi 19 janvier, à l’appel de l’intersyndicale. Alors cette fois-ci, à deux jours de la présentation en conseil des ministres du projet de loi, qui prévoit notamment le recul de l’âge de départ à la retraite de 62 à 64 ans, elles ont tout fait pour ne pas rater le départ du cortège, place de la Bastille.

« C’est une réforme qui, comme toutes les réformes de Macron, n’est pensée que pour les riches, estime Judith. Ils ne prennent pas en compte les travailleurs les plus précaires, ceux qui travaillent déjà tard et qui n’ont pas la possibilité de travailler jusqu’à 64 ans parce que c’est trop pénible. » Elles pensent à leur avenir, à leurs parents, à la masse des travailleurs et travailleuses au dos cassé. « On sait aussi que pour eux, faire beaucoup de jours de grève, c’est un vrai sacrifice, alors on y va aussi pour les soutenir », ajoute Anna. 

« Et puis, c’est aussi une question de démocratie, reprend Judith. Une majorité de Français est contre cette réforme. Nous sommes nombreux à manifester. Si elle passe encore avec un 49-3, qu’est-ce que ça voudra dire de l’état de notre démocratie ? » Les trois jeunes femmes évoquent d’autres alternatives, comme augmenter les cotisations des entreprises ou, disent-elles en chœur, « taxer les riches ». « Qu’ils remettent l’ISF ! », ajoute Thaïs.

Derrière les trois copines, un baffle retransmet les discours prononcés sur le camion-tribune devant le carré de tête. Au micro, Colin Champion, président du premier syndicat lycéen, Voix lycéenne : « Nous qui sommes jeunes, on ne se rappelle pas distinctement la retraite à 60 ans. Mais nous qui sommes si jeunes, nous nous rendons bien compte qu’en l’espace de douze ans, l’âge de la retraite a reculé de quatre ans. » 

Une réforme qui concerne aussi les jeunes 

Alors « jusqu’où ? », s’interrogent des étudiants et jeunes travailleurs dans le cortège. Parmi eux, Quentin, thésard, et Johan, ancien professeur de physique-chimie, au chômage après avoir démissionné de l’Éducation nationale. Les deux compères avaient fait leurs études ensemble, ils se sont retrouvés par hasard à la manifestation. « Les gens, ils en bavent déjà, balaye Quentin. Ils travaillent trop, trop longtemps. » 

Les deux manifestants de 27 ans trouvent honteux l’argument de la Macronie selon lequel cette réforme serait faite pour que les jeunes puissent avoir une retraite, comme le développait de manière mélodramatique la « première dame » sur TF1, le 9 janvier. « C’est un argument hypocrite, ajoute Johan, comme tous les arguments qu’ils utilisent pour cette réforme : ils mentent. Par ailleurs, si on allonge le temps du travail pour les seniors, l’accès au monde du travail pour les jeunes sera plus compliqué encore. Et puis, si on est jeune aujourd’hui, on sera vieux demain, donc on se bat aussi pour nos retraites à nous. » 

Aurélien Le Coq, co-animateur des Jeunes insoumis, ne dit pas autre chose et se félicite de cette initiative qui a vocation à servir de « déclencheur » de la mobilisation des jeunes dans les lycées et les universités (les étudiant·es étaient encore récemment en partiels). « Les jeunes seront parmi les premières victimes de cette réforme, argue-t-il. Ils ne veulent pas voir leurs parents ou leurs grands-parents mourir au travail. » Comme le représentant insoumis, Quentin et Johan préféreraient une retraite à 60 ans. 

Nous disons que le temps de la vie n’est pas seulement celui que vous croyez utile parce qu’il produit. C’est aussi le temps libre !

Le sujet est au centre du bref discours prononcé par Jean-Luc Mélenchon quelques instants plus tard : « Ils n’ont pas compris pourquoi nous sommes là. Nous disons que le temps de la vie n’est pas seulement celui que vous croyez utile parce qu’il produit. C’est aussi le temps libre ! Celui qui nous donne la possibilité d’être pleinement humains. » Si, des quatre partis membres de la Nouvelle Union populaire, écologique et sociale (Nupes), seule La France insoumise (LFI) soutenait officiellement – et a largement pris en main matériellement – cette marche, plusieurs figures de l’alliance (et au-delà, à l’instar d’Olivier Besancenot du Nouveau Parti anticapitaliste) y ont pris la parole tout au long de la manifestation. Un rite institué depuis la marche contre la vie chère, le 16 octobre dernier. 

La députée écologiste Sandrine Rousseau était du nombre. « Je soutiens toutes les mobilisations, il faut que tout converge, même s’il est évident que les syndicats sont en lead et donnent la cadence dans cette bataille », explique-t-elle. Pour l’économiste, l’enjeu est d’autant plus important pour les 18-25 ans que non seulement ils seraient impactés en termes d’emplois par l’allongement de l’âge légal de départ, mais en cas de passage en force, ils pourraient subir dans la foulée une hausse des frais d’université. « Macron a lancé un ballon d’essai en évoquant ce sujet pendant la campagne présidentielle, et quand il fait ça, on sait ce qu’il en est... », suggère-t-elle. 

Et elle n’est pas la seule à faire le constat de l’accumulation des réformes pénalisant les jeunes. Dans le cortège, elles et ils parlent de l’angoisse de Parcoursup, du manque de places à l’université, de la précarité.

Sofia, Basile et Lucie sont étudiant·es et membres de la Fédération des jeunes révolutionnaires. Ils distribuent un tract : « Passer de 62 à 64 ans, c’est nous voler deux ans de vie ! Quand cessera-t-on de nous exploiter ? » Et de faire le lien avec le service national universel (SNU), ersatz de service militaire pour les jeunes de 15 à 17 ans mis en place par Emmanuel Macron. « Alors que le gouvernement ne nous donne que les emplois précaires, le chômage et l’armée pour perspective, il entend encore mettre des milliards pour généraliser le SNU quand il brise nos retraites. »

À quelques mètres de là, d’autres jeunes tractent. Ils portent un gilet orange « Dernière rénovation ». Eux font le lien entre la réforme des retraites et la lutte écologiste : « Ces luttes sont liées parce que, dans les deux cas, il s’agit d’avoir un futur, non seulement désirable, mais aussi un futur tout court. On veut rester en vie mais aussi vivre dignement » (lire notre article sur les jeunes militants écolos mobilisés contre la réforme). 

Une Nupes à géométrie variable

Des écologistes étaient d’ailleurs présent·es dans la foule, comme les députées Sandra Regol, Sophie Taillé-Polian et Marie-Charlotte Garin. Les socialistes, eux, sont aux abonnés absents – trop occupés à régler leurs querelles internes à la suite de la victoire contestée d’Olivier Faure au congrès du Parti socialiste (PS) –, tout comme les communistes, opposés à cette marche qui « contrarie », selon eux, le calendrier syndical. C'est pour la même raison que l'Unef et les Jeunes communistes n'y participaient pas.

C’est donc une Nupes à géométrie variable qui a rejoint les cortèges samedi, en dépit du fait que le vent social devrait souffler dans ses voiles, après la journée historique du 19 janvier, qui a réuni plus d’un million de personnes. 

La gauche unie a l’avantage, dans cette séquence, d’avoir pris un engagement commun que rappelle la députée insoumise Raquel Garrido : « Nous avons stabilisé le programme commun de la Nupes sur la retraite à 60 ans, c’est un point d’appui majeur, car auparavant il y avait une dissonance à gauche sur cette question, notamment du côté social-démocrate. C’est un socle programmatique qui fait résonance avec l’unité syndicale. »

Sur le camion-tribune, comme dans le carré de tête, un jeune député insoumis s’impose comme une figure centrale de la journée. Louis Boyard, député du Val-de-Marne, 22 ans, était engagé à l’Union nationale lycéenne (UNL) avant son élection. Depuis des mois, il fait la tournée des facultés pour sensibiliser la jeunesse et nouer des liens avec ses organisations. La marche du 21 janvier en est le fruit. « Macron et ses amis ne s’attendaient pas à ce que vous soyez là ! Il vous méprise parce qu’il a peur de vous ! », clame-t-il du haut de l’estrade, ajoutant : « Ce qui a manqué aux “gilets jaunes”, c’est la jeunesse. Et aujourd’hui, voilà qu’elle est là ! » 

Juste avant les banderoles et les pancartes des Jeunes insoumis, celles du Pink bloc, regroupant les manifestant·es LGBTQI+. Elles, ils et iels ont des affiches qui ramènent un peu de paillettes dans cette journée froide de janvier. On y voit Dalida, sur fond coloré, chanter qu’« il venait d’avoir 60 ans, c’était le plus bel argument de sa retraiiiiteuh ». Et tout le monde de scander : « Trans, gouines, tapettes en grève pour les retraites » ; ou encore : « La retraite à 20 ans, pour baiser il faut du temps ».

Dans le Pink bloc, Gaëlle, salariée, et Colline, en recherche d’emploi, marchent en se dandinant au rythme des remix de Dalida. Si le cortège est joyeux, le sujet n’en est pas moins sérieux : « Les LGBT sont des travailleurs plus précaires que les autres et je pense notamment aux personnes trans qui subissent une vraie discrimination dans le monde du travail, explique Gaëlle. Cette précarité, c’est toute la vie qu’on la subit, et ça a un impact sur le niveau de nos retraites. La réforme ne va rien arranger. »

Derrière, défilent quelques militants syndicaux mais surtout de nombreux groupes d’Insoumis et Insoumises, chaque département avec sa banderole. Alors que la manière dont LFI a pris les devants de cette marche n’avait pas fait consensus au sein du mouvement, tiraillé ces derniers mois par des divergences internes, Manuel Bompard, le nouveau coordinateur (à la désignation contestée), espère que la page de ces turbulences est tournée. « Tout le monde a conscience que l’objectif est d’être les plus en avant et les plus unis dans la bataille, dit-il. La clé de la victoire, c’est l’unité syndicale et politique. »

Sur ce point, et sur le respect dû aux organisations syndicales, tout le monde semble d’accord. Prochaine étape : la journée d’action du 31 janvier convoquée par l’intersyndicale, à laquelle plusieurs des jeunes interrogé·es aujourd’hui comptent participer. « Le 31, la rivière doit sortir de son lit », clame le député François Ruffin.


 


 

Après la manifestation de la Nupes, quelle suite
pour la mobilisation des jeunes ?

Victor Fernandez sur https://rapportsdeforce.fr/

Deux jours après la mobilisation réussie des organisations syndicales, les jeunes de la Nupes appelaient à une seconde manifestation. Si elle est farouchement opposée au recul de l’âge de départ à la retraite, la jeunesse ne semble pas encore avoir trouvé de modalité d’organisation pour la suite.

 Après la manifestation historique du 19 janvier, les organisations de jeunesse de la Nupes appelaient à une seconde manifestation ce samedi 21 janvier. Dans l’étroite rue du faubourg Saint-Antoine, le cortège, qui ralliait Nation depuis Bastille, pouvait paraître fourni, mais faisait pâle figure face aux 400 000 manifestants annoncés par les syndicats deux jours plus tôt. Selon les organisations de jeunesse, 150 000 personnes ont répondu à l’appel. La police en a décompté 10 000 contre 80 000 à la manifestation de l’avant-veille.

Dans le cortège, on croise de nombreux manifestants ayant probablement quitté les bancs de l’école depuis longtemps. Mais la jeunesse constitue malgré tout une part importante des troupes. Si quelques syndicalistes interviennent pour expliquer leur combat au reste de la foule, les drapeaux des syndicats ont été remplacés par ceux des partis. Face à des jeunes et des moins jeunes, les logos de la France Insoumise, de la Nupes, du NPA ou encore du POI, sont nombreux à orner le ciel.

Pas de mobilisation au sein des universités

Pour certains, cette nouvelle date fait office de rattrapage. « J’habite près de Cergy donc je n’ai pas pu venir jeudi, avec la grève des transports », explique Milena, 21 ans. À côté d’elle, Maëlle, qui étudie, elle aussi, le droit à l’université de Nanterre, le confesse également : « je n’étais pas disponible pour venir jeudi ». Mais pour Milena, « c’est important d’être là pour montrer qu’on n’est pas content » face à une réforme que les deux étudiantes disent impopulaire auprès de leurs camarades de fac. Une colère qui ne se transformera pas pour autant en mouvement d’occupation de leur fac, prédisent-elles. « Macron fait ce qu’il veut », se désespère Milena.

Plus loin dans le cortège, Audrey, Yasmine et Cyril font le même constat. La première, étudiante de 23 ans à Agro Paris Tech, indique que certains de ses camarades circulent régulièrement au sein du campus pour parler de la réforme des retraites. Un petit groupe d’étudiants s’est même organisé pour venir ensemble à la manifestation. Mais le pas semble encore trop grand à franchir pour basculer vers une occupation du campus. « C’est déjà arrivé il y a deux ans, quand on a voulu vendre notre campus au privé. Mais pour l’instant, la question ne se pose pas », souligne-t-elle.

 Des jeunes pourtant opposés à la réforme

Faute d’organiser une mobilisation massive au sein de leur lieu d’étude, un certain nombre de jeunes n’exclut pas de participer à d’autres manifestations à l’avenir. « Je ne sais pas si on va faire plier le gouvernement, mais la bataille dans les esprits est déjà gagnée », se réjouit Arthur, 23 ans, qui était déjà présent lors de la mobilisation de 2019. Il se dit déterminé à « maintenir la pression sur le gouvernement » même si ses camarades de l’ENS, pourtant d’accord avec lui, n’ont pas non plus prévu de lancer un mouvement étudiant d’ampleur.

C’est donc peut-être en dehors des structures étudiantes que les jeunes se mobiliseront. Lors de cette manifestation, les organisations de jeunes antiracistes donnaient de la voix pour soutenir les sans-papiers et victimes du racisme d’État, que la réforme des retraites affectera tout particulièrement.

publié le 21 janvier 2023

Non, les jeunes ne se foutent pas de leurs retraites

Par Elisa Verbeke et Baptiste Villermet sur https://www.streetpress.com

Dix jeunes expliquent à StreetPress pourquoi ils ont marché dans Paris, ce 19 janvier. Certains pour leurs retraites et leur santé, d’autres pour celles de leurs proches.

« ​Les jeunes s’en foutent, de leur retraite, ce n’est pas un sujet », a assuré un ministre au JDD. Ils étaient pourtant présents dans les rues de Paris et partout en France ce jeudi 19 janvier 2023, pour protester contre la réforme des retraites. 10 étudiants, lycéens et jeunes salariés ont expliqué pourquoi ils ont décidé de descendre dans la rue.

Romane, 22 ans, étudiante en dernière année d’éduc’ spé’

Dans le cortège des travailleurs de l’hôpital, Romane est bien plus jeune que ses camarades de lutte. Cette étudiante de 22 ans, en dernière année d’éduc’ spé’ est particulièrement remontée : « Je suis ici avec mes parents. Ils travaillent avec des publics difficiles, à l’hôpital psychiatrique. Et moi aussi je vais travailler avec des publics difficiles. » En colère, elle reproche : « Ce sont des métiers pénibles, qui ne sont pas considérés comme tels. On est des travailleurs oubliés. Et pourtant, on va devoir travailler encore plus longtemps. »

Axel, 18 ans, étudiant en sociologie

C’est la première manifestation d’Axel. À seulement 18 ans, cet étudiant en première année de socio accompagne sa mère, syndiquée à Force Ouvrière Essonne. « Il y a une vraie différence à partir à 62 ou 64 ans. Quand tu exerces des métiers manuels ou des métiers avec moins de prestige, où tu gagnes moins, le corps est plus abîmé. Ils taffent et paient la retraite des riches, car eux vivent plus longtemps et plus confortablement. »

Colline, 22 ans, ingénieure agronome dans une fondation de recherche, et Chloé, 24 ans, mannequin

« Ma mère doit partir à la retraite plus tard que mon père, parce qu’elle était à 80% pour nous éduquer. Elle a une maladie professionnelle, à 52 ans. Dans quel état elle sera si elle doit travailler jusqu’à 65 ans ? », s’insurge Colline, 22 ans, avant d’ajouter : « Si on allonge cette durée-là, les gens vont vivre plus de pénibilité à la fin de leur carrière. » Cette ingénieure agronome est reconnue comme travailleuse handicapée : « J’ai peur qu’avec d’autres réformes, on me retire cette reconnaissance. » Chloé, 24 ans et mannequin, tient une brosse à toilettes à l’effigie de Macron. Elle ajoute : « C’est un ras-le-bol général. J’en ai ras le cul de ce gouvernement, ce foutage de gueule me rend malade. »

Chahine, 24 ans, étudiant en santé publique et épidémiologie

Chahine distribue des journaux marxistes nommés « Révolution » sur la place de la République. « Un mouvement politique qui compte beaucoup de partisans en Angleterre ! », certifie-t-il. L’étudiant en Master 2 de santé publique et en épidémiologie a 24 ans. Pour lui, cette réforme est « brutale » : « Si je finis mes études à 25 ans, ça m’emmènera à travailler jusqu’à 68 ans. C’est inimaginable ! La moyenne de l’espérance de vie en bonne santé tourne autour des 60 ans. Ce qu’on nous promet, c’est de travailler après cet âge. Il faut dire non tout de suite ! »

Noémie, 16 ans, lycéenne

Noémie, 16 ans, est la vice-présidente du syndicat FIDL Val-de-Marne. Pour la lycéenne, « cette réforme est anti-sociale ». « Les vieux vont travailler plus longtemps alors qu’un quart des plus pauvres sont morts avant leur départ à la retraite. » L’air déterminé, pancarte à la main, l’élève en première générale poursuit : « Les pauvres vont devoir cotiser pour que les plus riches touchent leurs retraites. » L’augmentation de l’âge de départ à la retraite l’inquiète. « Nos aînés seront plus longtemps sur le marché de l’emploi. *Ce sont des emplois qu’on n’aura pas, alors qu’on sait que le taux de chômage chez les 18 – 25 ans est de 18%. » Soit 11 points de plus que la moyenne nationale.

Naoufel, Axel et Maxime, 22, 23 et 21 ans, développeur et jeunes diplômés

La bande se prend en photo et pose avec leurs pancartes. Sur l’une d’entre elles, un « Pas content ». « Référence à Asterix », plaisante Naoufel, 22 ans et développeur depuis trois ans. « Je suis là pour défendre notre droit à la retraite, c’est une réforme injuste. » Axel, son comparse jeune diplômé, sans emploi, le rejoint : « Avec l’ISF, on pourrait faire des économies un peu partout. Mais c’est à nous qu’on demande de travailler plus longtemps plutôt que de taxer les hypers riches et les grosses entreprises. » Maxime, le dernier du trio, tient une pancarte avec un dessin détourné de Diable positif, un youtubeur qui décrypte l’actualité. Il n’a pas l’habitude de descendre dans la rue. Mais il raconte, touché, être là pour sa mère : « Elle a 62 ans et souffre déjà de problèmes de santé. On ne peut pas la laisser travailler deux ans de plus… »

Ugo, 20 ans, étudiant en droit, sciences politique, vice-président et trésorier de l’Unef Paris 1

Ugo a 20 ans et propose des pistes de solutions : « Le gouvernement veut faire payer des millions de personnes pour régler un problème de déficit temporaire. Il pourrait être réglé en taxant les milliardaires à hauteur de 2%, en augmentant les cotisations des entreprises. » Le trésorier et vice-président de l’Unef Paris 1 ajoute : « C’est un coût qu’on fait payer à une population qui travaille de plus en plus, qui ne voit pas ses salaires indexés à l’inflation et qui souffre d’un grand taux de chômage, surtout les jeunes. »

L’étudiant en droit et sciences politique en Licence 1, ne se sent pas concerné par la pénibilité du travail. Mais il conscientise : « Être prof par exemple, n’est pas considéré comme un métier pénible. Il n’y a pas d’aménagement, mais quand on doit se lever, s’accroupir, parler à des enfants qui ont trois ans et qui passent leur journée en mouvement, c’est absolument physique. » Pour lui, « le critère de la pénibilité est très lacunaire sur plein de points et n’est pas suffisant. »

Ce 19 janvier, 1,12 million de personnes ont manifesté dans toute la France contre la réforme des retraites, dont 80.000 à Paris, selon le ministère de l’Intérieur. La CGT avance, elle, « plus de 2 millions » de manifestants en France, dont 400.000 à Paris. Quant à Emmanuel Macron, il a annoncé, depuis Barcelone, que l’exécutif poursuivra sa réforme des retraites « avec détermination ».

   publié le 20 janvier 2023

À Paris, la plus grosse manifestation de l’ère Macron

Victor Fernandez https://rapportsdeforce.fr

400 000 personnes ont manifesté à Paris contre la réforme des retraites, selon les syndicats. Pour la police ils étaient 80 000. Malgré les écarts de chiffres, organisations syndicales et ministère de l’intérieur s’accordent sur un fait : ce 19 janvier a vu naître la plus grosse manifestation de l’ère Macron. La première étape d’un mouvement qui va s’ancrer dans la durée ? L’intersyndicale a déjà annoncé une prochaine journée de grève interprofessionnelle le 31 janvier.

 

A Paris, c’est un cortège massif qui s’est lentement élancé de la place de la République jusqu’à la place de la Nation. La CGT a annoncé 400 000 personnes, la police 80 000. Le 5 décembre 2019, lors de la première manifestation contre la retraite à points, les chiffres étaient en deçà du résultat du jour. Respectivement 250 000 pour les organisations syndicales et 65 000 pour la police. A l’échelle nationale, Philippe Martinez a déclaré 2 millions de manifestants, les forces de l’ordre 1,12 million. Tout le monde est donc d’accord : la manifestation du jour est bien la plus grosse jamais vue sous l’ère Macron.

« Je ne m’attendais pas à une mobilisation de cette taille »

Dans le cortège parisien, si  de nombreux manifestants s’attendaient à une forte mobilisation, ils se disent également agréablement surpris du nombre de personnes présentes. Le flux est si important qu’il alimente deux cortèges, l’un boulevard Voltaire, l’autre boulevard du Temple. « C’est fort, très fort, se réjouit Jacques Borensztejn, secrétaire adjoint de l’union départemental FO 75. Je ne m’attendais pas à une mobilisation de cette taille. Au-delà de la manifestation, les échos qui nous reviennent des premières assemblées générales (AG) sont encourageants. La grève continue et, dans certaines AG, ils ont appelé à la grève jusqu’au retrait. » 

Au jeu de la comparaison avec la mobilisation de décembre 2019, cette nouvelle date présente quelques avantages, assure l’élu syndical : le nombre mais aussi la rapidité de la mobilisation. « Le 5 décembre 2019, la mobilisation avait été préparée dès septembre. Là, en 9 jours seulement on a eu un mouvement assez fort. »

 Un levier pour le futur

Quelques centaines de mètres avant la place de la Bastille, un nombre assez important de manifestants ont affronté la police pendant plusieurs heures. En amont du parcours, l’ambiance s’avérait beaucoup plus conviviale : on y croisait des manifestants de tout âge, ce qui pouvait contraster avec les manifestations des dernières années. Une base sur laquelle construire de futures mobilisations, au-delà même du mouvement contre la réforme des retraites ? Pour Wag, étudiant à l’Université Paris 13, cette lutte peut être « un levier ». « Il y a eu beaucoup de lois dégueulasses : celles sur les expulsions des locataires, sur l’assurance chômage, sur la dissolution des associations. Par exemple, la lutte pour les travailleurs sans papiers mobilise moins de monde et ça ne veut pas dire que c’est moins important. » Dans son université, il assure que la mobilisation reste cependant à construire.

« Il y a des gens qui sont en retard. Ils ne sont pas vraiment politisés. » Laurent, comédien, fait le même constat dans son secteur. « Dans l’ensemble, c’est une profession peu syndiquée », souligne celui qui appartient au syndicat français des artistes interprètes et assure avoir une « longue histoire de syndicalisation ». « Les mobilisations sont bonnes pour faire avancer la lutte mais aussi en tant qu’outil d’éducation populaire », continue-t-il.

Les 60 ans, tout de suite ?

Dans le cortège parisien, de nombreuses pancartes revendiquent un retour à 60 ans de l’âge de la retraite. Mais les manifestants rencontrés au long du parcours, d’accord sur le fond de la revendication, se montrent sceptiques sur la possibilité de dépasser la stricte lutte défensive. « Oui, nous avons des propositions d’amélioration. Mais le premier objectif, c’est de faire tomber la réforme », assure Jacques Borensztejn. « Techniquement, on pourrait baisser l’âge à 55 ans et travailler 20 ou 25 heures par semaine, souligne Laurent. Mais politiquement, ce n’est pas évident de le demander là tout de suite. » Pour Wag, cette mobilisation est une « revanche ». « Pourquoi on a les 62 ans ? Car on a perdu en 2010. » Alors que le gouvernement mise sa crédibilité politique sur cette réforme, les prochaines semaines s’annoncent cruciales pour inverser le rapport de force. Prochain rendez-vous le 31 janvier.


 


 

 

 

Retraites : les syndicats appellent à une nouvelle mobilisation le 31 janvier 

Naïm Sakhi sur www.humanite.fr

Réunie au siège de Solidaires ce jeudi soir pour donner une suite aux manifestations du jour qui ont rassemblées plus de 2 millions de personnes, l’intersyndicale appelle à manifester de nouveau quelque jours avant le début de l’examen du projet de loi en séance à l’Assemblée nationale, le 6 février. D’ici-là, la CGT devrait mobiliser dans des secteurs clefs.

L’intersyndicale espérait un million de manifestants et de grévistes pour cette première journée de mobilisation contre la réforme des retraites. Ce jeudi 19 janvier, ils étaient plus de 2 millions à défiler partout en France, selon la CGT, dont 400000 à Paris, 140000 à Marseille et 40000 à Lyon.  «Les chiffres nous ont surpris, mais cela démontre que le mouvement est populaire», assure Catherine Perret, secrétaire confédérale CGT.

Les villes moyennes ont elles-aussi connu une affluence record: 12 000 à Saint-Nazaire, 6 000 à Troyes ou encore 3000 à Montargis. «Des niveaux de mobilisation qui correspondent au plus fort de la contestation de 2010», mesure Catherine Perret, alors que les représentants des huit organisations de travailleurs arrivaient au siège de Solidaires pour évaluer le mouvement social et lui donner une suite. Fort du succès du jour, l’intersyndicale a annoncé une nouvelle date de manifestations et de grèves interprofessionnelles: le lundi 31 janvier.

Douze jours pour convaincre

Douze jours pour convaincre plus largement les salariés à se mobiliser: le délai peut interroger alors que des rendez-vous plus rapprochés avaient été évoqués durant la journée.  «Il nous reste du travail pour expliquer la réforme, assure Benoît Teste (FSU). Ce matin dans les salles de professeurs, nous n’étions pas tous convaincu que l’on pouvait gagner. Ce soir nous le sommes.» A ses côtés, Simon Duteil (Solidaires) abonde:  «Il est important de multiplier les Assemblées générales dans les entreprises». D’ici là, les confédérations entendent maintenir la pression sur le gouvernement. «L’important est d’avoir un feu roulant d’action la semaine prochaine», insiste Catherine Perret (CGT). 

Les syndicats ont notamment coché la date du lundi 23 janvier, jour de la présentation du projet de loi au Conseil des ministres. «Nous laissons le soin aux équipes de choisir les formes d’actions adéquates sur le terrain. Mais il est hors de question de céder une journée entière au gouvernement», affirme Catherine Perret. Des fédérations de la CGT ont d’ores et déjà déposé des préavis dans des secteurs clefs de l’économie. Dans la chimie, une grève de 48 heures aura lieu à compter du 26 janvier, puis 72 heures la semaine suivante. Dans l’énergie, la CGT mines énergies entend, en plus des 26 et 27 janvier, mobiliser le 6 février avec un appel à la grève de 72 heures, suivi d’un possible mouvement reconductible. «Il n’est pas improbable que nous nous calquions sur ce calendrier», confiait un cadre de la CGT RATP, mardi. Ce vendredi après-midi, une réunion interfédérale devrait décider du calendrier dans les transports.

De son côté, la CFDT entend d’abord «réussir la journée du 31 janvier». Selon Marylise Léon, la confédération «ne donnera pas d’autre date d’ici là nos militants». La secrétaire générale adjointe cédétiste souligne «la forte réussite» de cette première journée, dont l’intersyndicale a été un «facteur essentiel.» Un avis partagé par l’ensemble des centrales, déterminées à obtenir le retrait du projet Borne. «Neuf travailleurs sur dix rejettent la réforme. Le message est très clair. Le gouvernement doit renoncer au 64 ans et à la hausse de la durée de cotisation», insiste Murielle Guilbert la co-déléguée de Solidaires.

publié le 19 janvier 2023

Ouvriers, jeunes, cadres, quinquas…
la retraite à 64 ans,
c’est non !

Cyprien Boganda sur www.humanite.fr

L’immense majorité des Français rejette la réforme du gouvernement, qui prévoit un recul de deux années supplémentaires de l’âge légal et un allongement de la durée de cotisation. Alors que la bataille des retraites a débuté, l'Humanité donne la parole aux salariés. Témoignages

Souvent présenté comme le roi de la division, il faut reconnaître à Emmanuel Macron un talent certain dans l’art de fédérer des pans entiers de la société… contre lui. Les sondages qui se suivent campent un pays farouchement opposé à la réforme des retraites et cette opposition transcende les appartenances de classe ou d’âge. Selon une étude Odoxa réalisée début janvier, 80 % des sondés s’opposent à un recul de l’âge légal à 64 ans.

En septembre 2022, une enquête de l’Ifop montrait que l’opposition aux 64 ans était majoritaire dans toutes les couches de la population, jeunes comme quinquagénaires, catégories populaires comme cadres, à trois exceptions près: les chefs d’entreprise (qui soutiennent la mesure à 54 %), les retraités (50 % de taux d’adhésion) et les plus riches (56 % d’adhésion). Ou pour résumer en caricaturant à peine, le cœur de l’électorat macroniste… En attendant, les annonces de l’exécutif, faites à la presse le 10 janvier, n’ont pas changé la donne: les salariés continuent, dans leur immense majorité, à s’opposer au « travailler plus » de l’Élysée.

MÉTIERS PÉNIBLES
« 60 ans c’est déjà trop tard. Alors, imaginez, deux ans supplémentaires ! »

David et Pedro travaillent tous les deux chez Total­Energies, dans la raffinerie de Feyzin (Rhône), un site qui fut le fer de lance de la grande grève des raffineurs à l’automne dernier. À l’époque, ils ont tous les deux eu du mal à encaisser les commentaires acerbes qui les dépeignaient en «privilégiés», trop bien payés pour se plaindre.

Calme et méthodique, Pedro Afonso (délégué CGT) dresse la liste impressionnante de tous les facteurs de pénibilité auxquels sont exposés les opérateurs de raffinerie: « Il y a d’abord les gaz que vous respirez (même si vous êtes protégé), comme l’hydrogène sulfuré, qui est létal au-delà d’un certain niveau de concentration. Il y a ensuite le travail posté, impliquant les horaires décalés. Parlons aussi de certaines plateformes situées à 60 mètres de hauteur, auxquelles vous accédez par des échelles. Accumulez tout ça, et vous comprendrez pourquoi la perspective de bosser deux ans de plus nous paraît impensable. »

Même constat pour David, 46 ans, qui travaille aux expéditions de carburant de la raffinerie. « Depuis vingt-trois ans que je suis ici, ça commence à chiffrer, sourit-il avec un brin de fatalisme. En principe, on dispose de masques individuels avec bouteilles d’air, pour éviter de respirer tous les gaz toxiques qui flottent dans l’air. Mais tu en inhales toujours un peu. On voit régulièrement des collègues mourir de cancer, deux ou trois ans après avoir pris leur retraite. »

« On travaille tout le temps en horaires décalés, poursuit-il. Les jours où tu bosses de nuit, tu dois te lever à 3 heures du matin. Quand tu subis ce régime-là cinq jours d’affilée, tu es tellement défoncé le vendredi qu’il te faut deux jours pour récupérer… » Aujourd’hui, explique-t-il, il peut espérer partir à 60 ans à la retraite, grâce à un dispositif pénibilité «maison», à condition d’avoir travaillé vingt-cinq ans en 3 x 8. « Mais 60 ans, pour nous, c’est déjà trop tard, prévient-il. Alors imaginez ce que ça voudrait dire de bosser deux ans supplémentaires, avec cette réforme… Cela nous semble simplement irréaliste. »

TRENTENAIRES
« J’adore mon métier, mais je ne tiendrai pas jusqu’à 64 ans. »

À 29 ans, Abdel se considère volontiers comme un salarié épanoui. Il est manager dans une société de conseil parisienne qui fournit des outils de stratégie organisationnelle à de grosses entreprises. Dans le fond, sa société occupe un peu le même créneau que le tant décrié cabinet McKinsey, à cela près que « nous, on ne vend pas des présentations à 1 million d’euros les trois slides ! », se marre-­ t-il. Il a calculé que, même sans la réforme, il devra travailler jusqu’à 67 ans au moins pour bénéficier d’une retraite à taux plein, au vu de son entrée tardive sur le marché du travail. Impensable, selon lui. « Je ne pourrai jamais tenir ce rythme jusqu’à cet âge-là, explique-t-il. C’est un métier très exigeant, qui comporte des astreintes, de grosses charges de travail. Il m’arrive souvent de faire des semaines à 70 heures, quand on déploie un nouvel outil informatique par exemple. Ce secteur est très touché par le burn-out: depuis que j’ai commencé, j’ai dû voir sept ou huit salariés craquer autour de moi. »

En septembre 2022, un sondage Ifop révélait que 73 % des 25-34 ans rejetaient un recul de l’âge légal à 64 ans. « Même si nous ne sommes pas directement concernés, nos parents le sont bien souvent, souligne Agathe Le Berder, 31 ans, qui anime le collectif des jeunes diplômés au sein de l’Ugict-CGT. Et on les voit tirer sur la corde: ma mère, assistante sociale, est actuellement en arrêt maladie. À mon âge, beaucoup doivent prendre conscience que leurs parents vont devoir subir, durant deux années supplémentaires, des conditions de travail qui les épuisent. Comment se projeter soi-même dans ces conditions? Pourquoi résisterais-je mieux que mes parents ? »

Par ailleurs, les jeunes ont toutes les raisons d’avoir une piètre image du marché du travail, auquel ils n’accèdent que par un long sas de précarité. « Le temps d’obtention d’un premier emploi en CDI, c’est deux ans et huit mois pour une jeune diplômée, rappelle Agathe. Lorsque nous finissons nos études, nous enchaînons bien souvent les CDD, qui n’ont pas forcément grand-chose à voir avec notre niveau de qualification. Sans compter les périodes de chômage, qui ne sont pas prises en compte pour le calcul des pensions… » Autant de facteurs qui rendent de plus en plus hasardeuse la perspective de pouvoir partir un jour à la retraite à taux plein.

CADRES
« Cette réforme va dégrader les conditions de travail de millions de salariés. »

Dociles, les cadres? L’adjectif fait bondir Alexis, 48 ans, ancien DRH pour une entreprise de taille intermédiaire, aujourd’hui en pleine reconversion. «Il y a une colère chez les cadres que mesure mal Emmanuel Macron, explique-t-il. Même si beaucoup d’entre eux ont voté pour lui, il y a des choses qui passent de moins en moins.» Les sondages en attestent. D’après l’Ifop (septembre 2022), 71 % de cette catégorie de population s’opposaient à l’allongement de la durée de cotisation: c’est bien l’accélération de la réforme Touraine (voir encadré) qui va les frapper de plein fouet, beaucoup plus que le recul de l’âge légal, au vu de leur entrée tardive sur le marché du travail.

Né en 1974, Alexis est directement concerné. Il a écouté attentivement les représentants du gouvernement dérouler leurs éléments de langage pour justifier la réforme, mais n’arrive pas à y adhérer : « On nous parle de réaliser des économies sur le dos de l’ensemble des salariés. L’État jette pourtant de l’argent par les fenêtres tous les ans, sans que Macron ne s’en émeuve! Au cours de ma carrière professionnelle, j’ai travaillé pour quatre sociétés différentes, j’ai vu les directions bidonner leurs chiffres en matière de dépenses de recherche pour toucher le crédit d’impôt recherche (CIR) plein pot. J’ai regardé les chiffres: cette niche fiscale nous coûte 7 milliards d’euros par an ! »

Comme de plus en plus de cadres, Alexis a décidé de jeter l’éponge, après plus de quinze années passées dans les ressources humaines. Alors même qu’il adorait le métier, au moins au début. « Je n’ai pas choisi cette carrière en étant contraint et forcé, raconte-t-il. C’était un choix qui correspondait à mes valeurs, à mon goût du contact humain. Mais les stratégies d’entreprise ont fini par m’écœurer: quand vous devez mettre en œuvre des plans de licenciement alors que la boîte pourrait très bien faire autrement, ce n’est pas tenable. »

Alexis admet volontiers que la pénibilité d’un métier de cadre n’a rien à voir avec celle d’un ouvrier à la chaîne, mais il évoque une «souffrance psychique» réelle, incompatible avec l’allongement des carrières imposé par l’exécutif. « Cette réforme n’a aucun sens, résume-t-il. Elle va dégrader les conditions de travail de millions de salariés, pour dégager quelques milliards d’euros d’économies qu’on pourrait très bien réaliser autrement. »

QUINQUAGÉNAIRES
À notre âge, les directions nous poussent vers la sortie. »

Après vingt-cinq ans de boîte, Marie considère que son métier est « devenu absurde » et, pourtant, sa direction déploie des trésors d’énergie pour lui prouver le contraire. « À Capgemini, nous avons droit à la totale, ironise-t-elle. Nous avons les “hapiness managers” (managers du bonheur), qui nous envoient des mails infantilisants ; nous avons les soirées bowling, pour resserrer les liens entre les équipes ; les photos rigolotes… Cela marche très bien chez les personnes les plus corporate, celles qui y croient encore. » Ce n’est pas le cas de Marie, technicienne informatique, qui estime que les petites attentions de la direction ne pèsent pas bien lourd face aux suppressions de postes, au collectif de travail parti en fumée, à l’enfer du lean management (chasse aux actions considérées comme sans valeur ajoutée).

À 59 ans, elle sait qu’elle va devoir patienter un peu pour pouvoir partir à la retraite : elle a commencé à travailler tôt, mais a connu une carrière en pointillé, avec une baisse d’activité de plus de dix ans pour pouvoir élever ses enfants. Le discours gouvernemental autour de la nécessité d’augmenter le taux d’emploi des seniors la laisse de marbre: « En pratique, les entreprises ne veulent plus de nous, passé un certain âge. Les directions considèrent que nous ne sommes plus assez efficaces, plus assez malléables. Cela se traduit par une mise au placard et, un jour, on nous pousse gentiment vers la sortie: “Tu sais, si tu veux partir, il va y avoir des ruptures conventionnelles. ” Les grands groupes comme le mien font des ruptures conventionnelles à tour de bras. »

Elle ne fait pas partie de ceux que l’inactivité professionnelle angoisse. Au contraire, elle voit la retraite comme un vaste territoire à explorer, où tout est possible: « Je n’aspire pas à être toujours en poste à 64 ans. J’ai hâte de profiter de la retraite pour faire tout ce que je n’ai pas le temps de faire aujourd’hui: découvrir les arts, dessiner, faire de la sculpture, etc. Et m’occuper de mes petits-enfants, profiter de ceux que j’aime. »

  publié le 18 janvier 2023

Retraites : « Tout le monde a le sentiment
de se faire avoir » 

Eva Leray sur www.humanite.fr

À Saint-Denis, ce mardi, devant le siège de l’Agence régionale de santé d’Île-de-France, la CGT incite les fonctionnaires et contractuels à se mobiliser, jeudi, pour défendre leurs droits, mais surtout ceux des femmes, nombreuses dans ce secteur.

Devant le siège de l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France, une fonctionnaire refuse poliment un tract distribué par la CGT. « Je suis gréviste, moi ! » lance-t-elle amusée. La réfractaire n’a pas besoin d’être convaincue. Elle sera dans la rue, jeudi, pour manifester contre la ­réforme des retraites. Pour les autres employés de l’ARS, ce n’est pas aussi évident. C’est pour cette raison que Gwendal Bars, délégué syndical CGT, et trois autres de ses collègues bravent le froid matinal de ce lundi d’hiver pour tracter auprès des fonctionnaires, contractuels et cadres de santé.

« Ce sont surtout les femmes qui en pâtiront »

À Saint-Denis, devant les locaux quasiment neufs du siège régional, ils interpellent chaque arrivant. Dans leurs mains, 500 tracts. Et à chaque rame de RER qui arrive, une vague d’employés débarquent sur le parvis et acceptent presque à tous les coups le document tendu. Certains fonctionnaires s’arrêtent même pour discuter avec eux, le temps de finir leur ­cigarette. L’un des syndicalistes s’étonne : « Traditionnellement, ça ne se passe pas comme ça. » Mais cette fois, les choses sont différentes. Si la réforme passe, « tout le monde y perd », fonctionnaires et cadres inclus, lance Gwendal Bars.

À ses côtés, Maya Mediouni, « fonctionnaire d’État », selon ses mots, tracte avec énergie. Si « tout le monde a le sentiment de se faire avoir, assure son collègue, ce sont surtout les femmes qui pâtiront de cette réforme, ainsi que les nombreux contractuels embauchés ». « Avec 80 % d’employées (à l’ARS – NDLR), l’arnaque, on va bien la sentir, lâche Maya Mediouni. La réforme pénalise les femmes, déjà touchées par de faibles ­rémunérations et des carrières hachées. » La salariée du public a déjà renoncé à partir à taux plein et ne se voit pas travailler au-delà de 62 ans. Mais avec la réforme, quitter le métier à cet âge entraînera une décote automatique du montant de sa pension. « Ils veulent encore me faire travailler, ça fait un moment que je fais ça, pourtant », soupire la fonctionnaire qui exerce dans le milieu de la santé depuis une vingtaine d’années.

De son côté, Gwendal Bars, amer, se moque de « la publicité interne » que le ministère du Travail leur a envoyée, la veille, par courriel. « À les écouter, il faudrait travailler jusqu’à 70 ans, c’est même encouragé ! » s’exclame-t-il, en référence à un exemple mis en évidence par le gouvernement dans sa communication. Une des pages du diaporama officiel explique: « La limite d’âge d’Éric, rédacteur territorial dans un service d’état civil d’une collectivité, est de 67 ans. Ne remplissant aucune des conditions dérogatoires requises, Éric devait cesser son activité le jour de ses 67 ans, alors qu’à titre personnel, il souhaitait rester en fonction. Avec la réforme, Éric pourra, avec l’accord de son employeur, poursuivre son activité jusqu’à l’âge de 70 ans. »

Mobilisés pour jeudi : « Les gens sont assez énervés »

L’exemple pourrait prêter à rire s’il n’était pas utilisé au premier degré. Il passe mal auprès des militants CGT. Alors, devant les locaux de l’ARS, Maya Mediouni se bat aux côtés de ses collègues syndicalistes, mais pas seulement. Les employés qui arrivent, en majorité des femmes, la saluent et échangent quelques mots. Les sourires sont nombreux sur les visages et donnent espoir pour la mobilisation de jeudi. « Les gens sont assez énervés », fait remarquer Gwendal Bars. Après les mobilisations de 2019-2020 contre le précédent projet de réforme des retraites, coupées dans leur élan par l’irruption de l’épidémie de Covid, et face au « choix de société » en jeu, le syndicaliste, optimiste, ironise : « En espérant que, cette fois, une pandémie mondiale ne viendra pas freiner la contestation. »

publié le 17 janvier 2023

Contre-réforme des retraites :
face à un projet massivement rejeté,
c’est l’heure de mobiliser

Léon Crémieux sur https://www.contretemps.eu

La question des retraites va devenir l’enjeu central d’une bataille sociale et politique dans les semaines à venir, alors que les classes populaires sont déjà lourdement touchées par les conséquences des années Covid, la crise du système de santé, une réforme des caisses chômage. À cela s’ajoute évidemment une attaque importante contre les salaires et revenus sociaux réels avec un haut niveau d’inflation .

Une régression sociale majeure

Emmanuel et Macron et sa première ministre Elisabeth Borne ont donc décidé une nouvelle attaque sociale contre les classes laborieuses en présentant le 10 janvier un plan de réforme des régimes de retraites qui prévoit d’allonger – globalement et rapidement – de deux ans l’âge légal de départ à la retraite qui passerait de 62 à 64 ans pour les salarié-es du public et du privé. Le projet doit être débattu et voté dans les deux mois qui viennent, en utilisant une procédure de débat accéléré (Art 47-1 de la Constitution, 20 jours seulement de débat à l’Assemblée à partir du 8 février, 50 jours au total pour l’adoption entre les deux chambres, Assemblée et Sénat).

Le projet du gouvernement vise aussi à supprimer toute une série de « régimes spéciaux » de retraite dans lesquels les conditions de départ sont plus favorables (EDF, RATP, etc.). Le but est également d’amener rapidement la durée nécessaire de cotisations à 43 annuités (années travaillées ou équivalent). La réforme antérieure, menée sous le gouvernement socialiste en 2013, prévoyait d’atteindre ce dernier objectif en 2035 (un trimestre d’allongement tous les trois ans). Avec le projet actuel l’objectif serait atteint huit ans plus tôt, en 2027 (un trimestre de plus chaque année).

Au total, c’est évidemment un projet global de régression sociale qui va encore aggraver les inégalités derrière un discours officiel de « justice sociale » et de « sauvetage du système français par répartition ». Dans la plupart des pays industrialisés, les régimes des retraites ont été l’objet de nombreuses attaques, notamment depuis le tournant libéral des années 1980.

La France n’a pas échappé à ce mouvement et, depuis 1993, les gouvernements successifs, dirigés par les socialistes et les gaullistes, ont mené quatre réformes contre le système des retraites. Il y a 30 ans, les salarié-es, fonctionnaires ou du secteur privé, avaient une retraite complète (taux plein) à 60 ans, en ayant versé 37,5 ans de cotisations. Si le projet passe, nous passerions très vite à 64 ans et 43 années de cotisations, 44 pour les carrières longues.

Cette contre-réforme frapperait notamment les salarié-es ayant eu des carrières entrecoupées de période de chômage ou de temps partiels, notamment les femmes et, en général, celles et ceux ayant commencé à travailler avant 20 ans, les salarié-es ayant peu de qualifications. Cela aurait comme double effet de les obliger à travailler au-delà de 64 ans et cela pour des pensions plus faibles.

Le plan d’ensemble de Macron

Ce projet de réforme s’intègre dans un plan d’ensemble de Macron visant à « travailler plus » selon un de ses thèmes de campagne de 2022, à augmenter – au moins sur le papier – le nombre d’actifs avec un recul de l’âge de départ à la retraite, à faire pression sur les chômeurs par la diminution des droits ainsi que sur les bénéficiaires du RSA (revenu de solidarité active-pour celles et ceux ayant épuisé leur droit au chômage, 1,88 millions de bénéficiaires en juin 2022), en conditionnant le RSA à une période de travail bénévole de 15h à 20h mensuels. Ces mesures exercent évidemment aussi une pression sur les salaires des actifs-ves, détériorant la qualité des emplois et augmentent les situations de chômage et de précarité pour les vieux travailleurs.

Concernant le passage de 62 à 64 ans de l’âge de départ, une note de l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) estime, à partir du bilan de la contre-réforme des retraites de 2010, que le passage à la retraite à 64 ans diminuerait de 600000 le nombre de retraité-es en 2027, parmi ceux-ci 240000 seraient alors en emploi, 215000 au chômage et le reste dans un « sas de précarité » fait d’invalidité, de maladie ou d’inactivité. Donc, cela entraînerait 75% de chômage et de précarité ! Ne resteraient dans un emploi stable que les cadres et les salarié-es les plus qualifié-es, les catégories les moins soumises aux travaux pénibles et aux carrières hachées.

Il en est de même en ce qui concerne les attaques contre les allocataires du chômage. Nous sommes passés de juin 2008 à juin 2021 de 68% à 47,4% des chômeurs indemnisés (d’après la DARES). Pire, en septembre 2021, la durée de la période travaillée pour avoir droit à indemnisation est passée de 4 à 6 mois. Et la dernière réforme, qui entre en vigueur début 2023, réduit de 25% la durée durant laquelle un-e chômeur-se pourra être indemnisé-e. Désormais la durée maximale sera de 18 mois et, pour les salarié-es de plus de 55 ans, de 27 mois au lieu de 36 auparavant.

Toutes ces décisions vont dans le même sens, frappant toujours plus durement les catégories des classes laborieuses déjà le plus touchées par les crises actuelles. Plus que l’augmentation réelle du nombre de salarié-es, prétendument, ce que vise Macron c’est une nouvelle diminution du coût du travail pour les entreprises et la diminution des dépenses publiques dans le budget de l’État.

Le dogme européen de la baisse des dépenses publiques

L’autre raison essentielle pour laquelle le gouvernement a remis si rapidement en avant ce projet de réforme des retraites n’est pas à chercher dans les perspectives à 10 ou 20 ans du régime des retraites mais bien plutôt dans la réduction des déficits des finances publiques d’ici 2027. En mai 2022, la Commission européenne a rétabli les règles du pacte de stabilité, les règles de Maastricht, suspendues pendant la pandémie. Le Commissaire européen à l’économie, Paolo Gentiloni a alors annoncé que, fin 2023, les États membres devront rentrer dans les règles des déficits publics et de la dette publique à un maximum respectivement de 3% et de 60% du PIB. La France, à cette occasion, a reçu le « conseil » de réduire sa dette et de réformer rapidement son système de retraite.

En juillet dernier, le gouvernement français a présenté, comme chaque année, à la Commission européenne son « programme de stabilité », perspectives économiques d’ici 2027. Là, Bruno Le Maire, ministre français de l’économie et des finances, s’est engagé à ce que le déficit public passe de 4,9% du PIB en 2022 à moins de 3% en 2027. La France s’est engagée à n’augmenter son budget que de 0,6% par an :

« La soutenabilité des finances publiques ne se fera pas par une hausse de prélèvements obligatoires…La maitrise des dépenses publiques repose principalement sur des réformes structurelles, la réforme des retraites notamment comme le Président de la République s’y est engagé au cours de la campagne électorale. »

La réforme des retraites est donc bien le pilier de la réduction des dépenses publiques pour se conformer aux règles européennes et maintenir un avis favorable des agences de notation. Bruno Le Maire espère dégager 17,7 milliards d’ici 2030, soit plus de 5% des dépenses de retraites. Car parallèlement, le gouvernement persiste dans ses allègements fiscaux auprès des entreprises. Ainsi la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises) payée par les entreprises faisant plus de 500000 euros de CA, qui rapportait 18 Milliards en 2019 disparaitra totalement en 2024.

Si les instances européennes et les capitalistes européens insistent tant sur la réforme des retraites en France, c’est que celles-ci ont la particularité d’avoir plus résisté à la mise en pièce que dans d’autres pays européens. Certes, les attaques antérieures ont déjà eu et vont avoir encore davantage de conséquences en termes de baisse de pouvoir d’achat des retraités, d’un moindre nombre d’années de vie à la retraite. Il n’en reste pas moins que la France est un des pays où l’on peut partir le plus tôt à la retraite et, avec l’Italie, un des pays dans lequel on consacre le plus d’argent pour les retraites, autour de 13,5% du PIB, essentiellement des dépenses publiques, dans le cadre des régimes de retraites collectifs et obligatoires.

Beaucoup d’experts capitalistes insistent sur ce « niveau intolérable » qui imposerait de niveaux de prélèvements obligatoires trop élevés aux entreprises. Ce qui est moins souvent relevé est que cette part importante consacrée aux retraites permet aussi que la France soit dans l’Union européenne un des pays dans lequel le taux de pauvreté des plus de 65 ans est le plus bas : 10,9% contre 16,8 en moyenne et 19,4% en Allemagne. Aussi, ce système représente encore un point de résistance important, une question de choix de société vécu comme tel, dans un pays où plus de 60% des salarié-es actifs-ves souhaiteraient partir à la retraite à 60 ans ou avant.

Un projet rejeté par la population

Ce choix de société s’affirme avec d’autant plus de force que les arguments assénés par Macron et les « experts » qui se succèdent dans les médias n’arrivent pas à convaincre. Le Conseil d’Orientation des retraites (COR), organisme officiel de surveillance du système, a lui-même sorti un rapport l’été dernier avançant des projections sur les quarante années à venir montrant un système équilibré. Le constat « de bon sens » disant qu’il y aurait de plus en plus de retraité-es et de moins en moins d’actifs-ves (ce qui est vrai) n’entraînant en rien un accroissement incontrôlable des dépenses. Au contraire, celles-ci en pourcentage du PIB resterait très stable entre 13 et 14% d’ici 2070. Ce sont les recettes qui baisseraient à cause de versements insuffisants de l’État pour les agents publics.

Dans toutes les hypothèses, les comptes ne présenteraient qu’un faible déficit au regard du montant des recettes et des dépenses. Le système a été excédentaire les deux dernières années (4 milliards au total) et présentera un déficit maximum de 10,7 milliards en 2027, à mettre en regard des 350 milliards de dépenses. Tout cela est dans le rapport du COR qui dit explicitement que la situation n’a rien de catastrophique… contrairement à ce que dit le gouvernement. De plus, le gouvernement prétend qu’il est nécessaire d’augmenter le nombre de salarié-es actifs-ves alors que de 50 à 65 ans le taux actuel d’emploi n’est que de 56%, du fait des plans de licenciements, des maladies, de l’impossibilité de retrouver un emploi.

Donc, d’ores et déjà, le gouvernement a perdu une bataille : celle de la justification d’une réforme pour préserver et « sauver » le système et il n’arrivera pas à convaincre dans les deux mois qui viennent. De même, il y a une profonde conviction que s’il fallait financer un déficit limité dans les années à venir, il n’y a aucune raison que cette charge pèse sur les salarié-es, et notamment sur les plus pauvres et celleux soumis-es aux conditions de travail les plus difficiles.

Pourtant, le gouvernement affiche régulièrement la volonté, pour « protéger la croissance », de ne pas augmenter les cotisations patronales aux Caisses de la Sécurité sociale (dont la Caisse vieillesse), de baisser les prélèvements obligatoires et de baisser tous les impôts pesant sur la production et les entreprises. Cela dans un contexte d’explosion des profits des grandes entreprises, de distribution massive de dividendes et d’enrichissement individuel de la catégorie la plus riche de la population. En 2022, les entreprises du CAC 40 ont engrangé 172 milliards de bénéfices (augmentation de 34% par rapport à 2021), et distribué 80 milliards à ses actionnaires sous forme de dividendes ou de rachats d’action. C’est donc bien une réforme de classe…et cela se voit.

Fondamentalement, tous les sondages réalisées ces derniers mois, y compris depuis l’annonce de la réforme, montrent une hostilité très majoritaire à cette réforme, moindre seulement parmi les cadres… et les retraité-es. 90% des actifs-ves sont hostiles au report de l’âge de départ à 64 ans, 60% approuvent la mobilisation syndicale contre ce projet et 46% sont prêts à se mobiliser.

L’unité syndicale contre ce projet

L’ensemble des syndicats (CGT, CFDT, FO, FSU, Solidaires, UNSA, CFTC) ont refusé le cadre de la loi lors des entretiens avec le gouvernement, même ceux qui comme la CFDT, l’UNSA, la CGC ou la CFTC sont enclins à accepter les réformes libérales et le soutien aux politiques gouvernementales. Tous les syndicats appellent à une première journée de grèves et de manifestation le 19 janvier, autour d’un seul mot d’ordre, le retrait du projet gouvernemental.

Lors de son dernier congrès confédéral, la direction CFDT avait même reçu un mandat exprès de refus de tout allongement de l’âge de départ, quelles que soient les contreparties. Lors d’autres projets de réformes des retraites, notamment en 2003 et 2010, les gouvernements s’étaient heurtés à un front syndical équivalent à celui réalisé actuellement, avec l’ensemble des centrales syndicales opposées frontalement au projet.

Il faut néanmoins noter qu’en 1995, la CFDT n’était pas dans le mouvement contre le « plan Juppé » visant à aligner les salarié-es du public au niveau des reculs imposés aux salarié-es du privé en 1993. Juppé dut néanmoins retirer son plan face à la mobilisation générale et à une longue grève de la SNCF. 1995 entraîna une crise profonde dans la CFDT et le départ de plusieurs syndicats à Solidaires ou à la FSU.

De même en 2003, le mouvement syndical partit uni contre la réforme Fillon ayant le même objectif, mais il se scinda ensuite, la CGC et la CFDT se ralliant au projet durant sa discussion parlementaire qui dura 6 mois. En 2010, la mobilisation dura 9 mois, de mars à novembre, émietté en 14 journées de grève et de manifestations. En 2013, la CFDT accompagna aussi la réforme Touraine du gouvernement socialiste. Depuis 1995, le mouvement social n’a pas réussi à bloquer une réforme des retraites, sauf en 2020 où Macron dut remiser son projet de réforme face aux mobilisations et à l’arrivée de la pandémie de Covid.

Le combat ne se jouera pas à l’assemblée mais dans la rue

Cette année, le cadre du débat parlementaire va être réduit à 50 jours, avec, au-delà la possibilité pour le gouvernement de passer par décrets et ordonnances. De plus, le gouvernement peut aussi utiliser l’article 49-3 qui permet de clore les débats et d’imposer un vote de confiance.

Dans tous les cas, la configuration du débat parlementaire est assez claire. La minorité macroniste (170 députés plus 80 alliés) peut compter sur au moins l’essentiel des députés du groupe des Républicains (62 députés). La majorité est de 286 voix. Donc, pratiquement aucun risque de rejet du texte puisque la politique de la direction des Républicains est de s’approprier ce projet qui correspond à leur programme et qu’ils ont même fait modifier, en le rendant « moins brutal », faisant passer l’âge de départ de 65 à 64 ans. Les autres oppositions, que ce soit la NUPES ou le RN, sont opposés au projet mais ne pourront que mener un débat écourté.

Donc la question restante est la capacité du mouvement social, syndical et politique, d’organiser une réelle mobilisation populaire unitaire, par des manifestations de rue, et la construction d’un rapport de force traduisant l’hostilité des couches populaires, par un mouvement de grève prolongé dans plusieurs secteurs professionnels. Cela veut dire construire consciemment ce mouvement et ne pas proposer une suite de journées de grève disjointes.

D’ailleurs, le court délai du débat parlementaire impose la construction d’un mouvement unitaire et offensif. L’heure devrait être à des intersyndicales élargies localement organisant la convergence des secteurs en grève, des structures unitaires rassemblant syndicats, associations, partis.

Quelle stratégie ?

La NUPES et le NPA ont pris l’initiative de meetings unitaires dans les villes. Une manifestation nationale les rassemblant aura lieu le 21 janvier deux jours après la première journée de grève intersyndicale. Le climat quasi-général dans les directions syndicales est le refus d’une coordination syndicats-partis. Les comportements de puissance dominante de la France insoumise n’ont pas aidé, depuis l’été dernier, à changer ce climat. Il va pourtant falloir arriver à construire, notamment localement un front unitaire. Cela est d’autant plus important que la large étendue du front syndical ne s’appuie pas sur une réelle pratique commune ni sur un corps commun d’exigences face au projet gouvernemental.

La grève du 19 janvier s’annonce d’ores et déjà massive et, dans plusieurs secteurs professionnels, les syndicats annoncent un calendrier de grèves reconductibles ou de plusieurs journées rapprochées. C’est le cas, des syndicats de la branche CGT Pétrole (24h le 19, 48h le 26, 72h le 6 février), syndicats qui avaient déjà fait plusieurs semaines de grève pour les salaires cet automne. Olivier Besancenot, porte-parole du NPA, a aussi avancé l’idée de plusieurs journées consécutives de grève générale interpro plutôt que d’un émiettement de journées saute-moutons.

Il est par ailleurs décisif que la mobilisation permette de rassembler sur les préoccupations immédiates que sont les salaires et le coût de la vie, les attaques contre les droits des chômeurs, liant la lutte contre le projet de loi aux revendications contre la vie chère, en ciblant les profits capitalistes.

Les dernières semaines de décembre, ont vu après un mouvement de grève des conducteurs RATP, un important mouvement catégoriel des contrôleurs SNCF, sur les salaires et les carrières. De nombreuses grèves pour les salaires ont eu lieu et vont se développer à nouveau avec un nouveau cycle de négociations annuelles obligatoires dans les entreprises. L’augmentation exponentielle des prix de l’énergie a vu aussi, ces derniers jours grandir le mécontentement avec même des mouvements venant des boulangers, des restaurateurs, d’autres petits commerçants et artisans dont beaucoup sont en faillite ou en cessation de paiement.

*

Le mouvement en construction doit pouvoir être le cadre d’expression du mécontentement grandissant des classes populaires tout en avançant des exigences anticapitalistes et en construisant un large mouvement de soutien dans la population. Le Rassemblement national voudrait polariser ce mécontentement tout en refusant évidemment ces exigences anticapitalistes et le développement des grèves ouvrières. Il y a donc là aussi un enjeu décisif pour diminuer son poids.

La construction de ce mouvement prolongé ne se fera pas sans que plusieurs secteurs professionnels construisent dans l’unité le rapport de force face au gouvernement alors qu’Olivier Véran, son porte-parole, se croit encore sûr de lui et « droit dans ses bottes ». Espérons que les jours qui viennent lui apportent un démenti.

  publié le 15 janvier 2023

Retraites. Les syndicats unis
contre une réforme injuste

Marie Toulgoat sur www.humanite.fr

Pour la première fois en treize ans, les représentants des huit principales organisations appellent ensemble à la mobilisation et à la grève contre le projet du gouvernement. Un front commun qui ouvre la voie à une lutte d’ampleur.

C’est inédit depuis 2010. Si le projet de réforme des retraites du gouvernement d’Emmanuel Macron a un mérite, c’est bien celui d’avoir uni l’ensemble des syndicats contre lui. Dès la révélation des contours du projet par Élisabeth Borne et trois autres ministres, le 10 janvier, l’ensemble des représentants des huit syndicats nationaux ont rassemblé leurs forces pour s’opposer à ce projet antisocial. Symboliquement réunies à la Bourse du travail de Paris, les têtes des unions et confédérations se sont accordées sur une première date de grèves et de manifestations, jeudi 19 janvier, espérant ensemble qu’elle «donne le départ d’une puissante mobilisation sur les retraites dans la durée».

La dernière fois que les syndicats avaient conclu une telle alliance offensive, c’était en 2010. Éric Woerth, ministre du Travail de Nicolas Sarkozy, ambitionnait alors de passer de 60 à 62 ans l’âge légal de départ à la retraite et de reculer de 65 ans à 67 ans l’âge d’annulation de la décote, permettant à tous de partir à la retraite avec une pension à taux plein. Le 12 octobre de cette année, plus d’un million de personnes, à l’appel unanime des organisations syndicales (y compris de la CFDT, pourtant peu habituée des démonstrations de force dans la rue), avaient battu le pavé.

Les Français ne sont pas dupes de l’immense recul social qui les menace

Cerné par cette menace d’une nouvelle mobilisation monstre et de nombreuses grèves dans des secteurs stratégiques (certaines sont déjà prévues dans les raffineries) et face au front syndical uni qui s’oppose à lui, le gouvernement n’a de cesse de répéter ses poncifs pour convaincre les Français du bien-fondé de sa réforme. «Laisser s’accumuler des déficits serait irresponsable», a ainsi martelé Élisabeth Borne lors de sa conférence de presse, affirmant qu’obliger les Français à travailler plus longtemps était nécessaire. Comprenant que cet argument financier – d’ailleurs contredit par les données du Conseil d’orientation des retraites – ne prend pas, la première ministre s’évertue depuis à persuader que la réforme, non seulement indispensable, est aussi bénéfique. «Je suis convaincue que le projet que j’ai présenté est un projet qui à la fois permet d’assurer l’avenir de notre système de retraites et que c’est un projet de justice et de progrès social», a-t-elle assuré, samedi, interrogée par France Inter.

Malgré cet infatigable effort de répétitions, les Français ne sont guère dupes de l’immense recul social qui les menace. Selon un sondage Ifop publié dans le JDD du 15 janvier, 68 % des citoyens sont défavorables au projet du gouvernement. Dans le détail, les diverses mesures louées par Élisabeth Borne ne remportent pas de faveurs. 62 % des Français sont également en désaccord avec la nécessité de travailler 43 annuités pour pouvoir bénéficier d’une retraite à taux plein. 71 % sont contre le recul de l’âge légal du départ à la retraite à 64 ans.

Ces nombreuses colères et frustrations devraient sans aucun doute alimenter un large mouvement de contestation, jeudi, dans les rues à l’appel des centrales et confédérations réunies en intersyndicale. Selon l’Ifop, 51 % des Français soutiennent le mouvement et seraient ainsi prêts à porter leurs désaccords dans la rue. Plus de 150 rassemblements, partout sur le territoire, sont d’ores et déjà prévus, comme à Marseille (10 h 30, métro Réformés-Canebière), Strasbourg (14 heures, place de la Bourse), Rennes (11 heures, esplanade Charles-de-Gaulle) ou encore Paris (14 heures, place de la République).


 


 

Retraites. Un front uni des syndicats 

Pour la première fois depuis 2010, les représentants des huit principaux syndicats présentent un front uni contre la réforme des retraites. Ils expriment les raisons de leur désaccord avec le gouvernement. 


 

Retraites. Philippe Martinez, CGT : « L’unité syndicale, meilleur indicateur de la nocivité de la réforme »

Cette réforme est inégalitaire, injuste, et à contresens de l’Histoire: depuis des décennies, c’est la réduction de la durée du travail qui est à l’œuvre dans nos sociétés. La réforme des retraites de l’exécutif va à l’encontre du principe de solidarité sur lequel se fondent notre Sécurité sociale et notre système de retraites par répartition qui en découle: dans la société qu’Emmanuel Macron nous propose, chacun reçoit selon ses moyens et non selon ses besoins, comme le voulait Ambroise Croizat. Dans toutes leurs prises de parole, Élisabeth Borne et ses ministres insistent sur la justice sociale, mais c’est évidemment l’inverse qu’ils proposent.

Cette réforme ne vient rien régler aux inégalités femmes-hommes, pas plus qu’elle ne va remédier au problème des carrières hachées par le chômage, la précarité ou les accidents professionnels. Au contraire, elle va accentuer les fractures dans la société, creuser les inégalités entre les générations, car les jeunes vont être pénalisés davantage que ceux qui sont déjà à la retraite. Le capital est épargné et c’est à nouveau le monde du travail qui va payer, alors que nous avons battu un nouveau record de dividendes versés aux actionnaires.

D’une certaine façon, l’unité syndicale est le meilleur indicateur de la nocivité de la réforme! Je suis extrêmement confiant quant à la capacité du mouvement social de faire plier le gouvernement. Il n’y a qu’à voir la manière dont les gens s’emparent du sujet. Un exemple parmi d’autres: la pétition lancée par les organisations syndicales sur change.org pour s’opposer à la réforme a déjà dépassé les 300 000 signatures (dimanche à midi – NDLR).


 

Retraites. François Hommeril, CFE-CGC : «Deux ans de plus à travailler, cela pèse sur l’espérance de vie en bonne santé»

Le système de retraite par répartition n’est pas en danger et rien ne justifie une réforme aussi brutale qu’inacceptable. Le gouvernement veut effectuer un transfert du système de retraite du privé vers le budget de l’État, ce dernier diminuant ainsi son engagement à verser des pensions aux agents de la fonction publique. C’est une augmentation de l’impôt des salariés et un tour de passe-passe: en voulant les faire travailler plus longtemps, l’État va capter ces ressources pour financer des projets de politique publique qui ne sont pas du ressort du régime de retraite. Dans le même temps, l’exécutif va baisser de 8 milliards d’euros la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), sans débat ni discernement sur la conditionnalité et le ciblage du dispositif. Certaines de ces entreprises affichent des résultats records après deux années d’aides massives de l’État.

Plus largement, cette réforme va frapper de plein fouet l’ensemble des salariés. Ainsi des millions de femmes qui sont entrées sur le marché du travail à 22 ans, qui sont devenues mères de famille et qui, grâce à la majoration de huit trimestres de cotisation par enfant, avaient jusqu’à aujourd’hui la possibilité de partir en retraite à 62 ans en dépit des interruptions de carrière. Demain, elles ne le pourront plus. Tout le monde est impacté, et deux ans de plus à travailler, cela pèse énormément à l’aune des indicateurs d’espérance de vie en bonne santé. Avec cette réforme, le temps passé en retraite, qui diminue déjà, va continuer de baisser et encore plus vite.


 

Retraites. Murielle Guilbert et Simon Duteil, Solidaires : « Leur réforme, c’est mourir au travail ou la retraite à l’hôpital »

Pour Solidaires, cette réforme est à combattre parce qu’il s’agit d’une nouvelle régression sociale. Elle va diminuer drastiquement la possibilité de bénéficier de sa retraite en «bonne santé» et va aggraver la situation de millions de personnes qui n’ont pas un niveau de retraite suffisant pour vivre correctement.

Le gouvernement veut faire croire qu’il se préoccupe de l’intérêt de l’ensemble de la population en annonçant quelques mesures d’accompagnement, mais le saupoudrage est quelque peu voyant: le minimum de pension reste insuffisant pour vivre et n’est applicable qu’aux carrières complètes, donc ni aux femmes aux carrières incomplètes, ni aux plus précaires qui subissent chômage, temps partiel. On bricole sur la pénibilité tandis que la médecine du travail manque cruellement de moyens et que quatre critères de pénibilité ont été supprimés par ce même gouvernement.

La prise en compte du congé parental ne suffira pas à résorber l’écart de 40 % de retraite entre les femmes et les hommes, notamment parce que les inégalités salariales persistent. Pour Solidaires, la réforme s’inscrit dans l’idéologie capitaliste qui vise à nous faire travailler toujours plus pour enrichir les actionnaires et les plus riches! Leur réforme, c’est mourir au travail ou la retraite à l’hôpital. Il faut imposer un autre partage des richesses et du temps de travail.

Cela passera obligatoirement par un mouvement social massif. Il commence le 19 janvier à l’appel de l’ensemble des organisations syndicales. En grève, dans la rue, mobilisé·es par millions, nous allons gagner!


 

Retraites. Philippe Louis, CFTC : « Nous n’avons pas d’autre choix que de frapper vite et fort »

Nous contestons les mesures, et particulièrement le report de l’âge légal à 64 ans, mais aussi l’argument qui consiste à affirmer que le régime est en danger. Sans se lancer dans une bataille de chiffres, en admettant que le régime sera déficitaire à partir de 2024, celui-ci ne le sera que très faiblement, à peine 3 % des pensions.

Nous avons mis d’autres propositions sur la table, comme revenir sur toutes les exonérations de cotisations qui n’ont aucune utilité au niveau de l’emploi, qui ne servent qu’à améliorer les profits, à verser des dividendes ou à acheter des actions de leur propre entreprise. Or, le recul de l’âge légal va particulièrement frapper les salariés les plus précaires, ceux des «deuxièmes lignes» que nous avons applaudis durant le Covid. Et les seniors, qui vont devoir travailler plus longtemps, alors que leur taux d’emploi est le plus mauvais de tous les pays européens.

À cela s’ajoute la réforme du chômage qu’ils prendront de plein fouet. C’est pour eux la triple peine. Face à la détermination du gouvernement, nous n’avons pas d’autre choix que de frapper vite et fort, en marquant un grand coup le 19 janvier. Pour réussir, nous pouvons nous appuyer sur notre unité syndicale. Cela n’était pas arrivé depuis douze ans. Si nous ne portons pas tous la même réforme, nous sommes tous contre le report de l’âge légal. Ensuite, nous avons des salariés qui sont très remontés.

À la CFTC, nous ne sommes pas habitués à descendre dans la rue tous les quatre matins. Et je sens chez mes adhérents une colère, une envie de mobilisation que je n’ai jamais ressentie. Même si le 19 ne sera pas la dernière date, car nous prévoyons de nous retrouver pour définir de prochains rendez-vous et des actions un peu tous les jours dans les entreprises, dans les branches, dans les filières, nous ne pouvons pas nous satisfaire d’un demi-succès. Cela nécessite la mobilisation de tous.


 

Retraites. Benoît Teste, FSU: « Les pensions des femmes sont de 40 % inférieures à celles des hommes »

Un élément de langage nous met particulièrement hors de nous et nous ferons tout pour le décrypter: le discours d’Élisabeth Borne sur les «femmes préservées» dans sa réforme, en s’appuyant notamment sur le fait que l’âge d’annulation de la décote est maintenu à 67 ans. Ainsi, ne pas dégrader encore davantage une situation déjà inégalitaire est présenté par le gouvernement comme un progrès. Curieuse argumentation!

Aujourd’hui, trois fois plus de femmes que d’hommes sont concernées par le fait d’avoir à attendre 67 ans pour annuler la décote, c’est bien le moins qui pouvait être fait de ne pas avoir reculé encore cette borne d’âge. En somme, le gouvernement dit: on aurait pu faire pire, estimez-vous heureux et heureuses qu’on maintienne l’existant, c’est-à-dire qu’on maintienne un système où les pensions des femmes sont de 40 % inférieures à celles des hommes, c’est scandaleux!

Autre élément emblématique de la réforme auquel nous allons nous opposer particulièrement: l’allongement des durées de cotisation, car, au fond, c’est une manière de dévaloriser le fait de faire des études et d’aller à rebours de l’intérêt général. Dans les métiers où le niveau de qualification nécessaire est élevé, comme les enseignantes et enseignants, on entre tard en emploi. Le fait d’exiger 43 annuités repousse d’autant la possibilité d’avoir une retraite correcte, pour beaucoup ce ne sera donc pas avant 67 ans, c’est une régression sans précédent!


 

Retraites. Frédéric Souillot, FO : «Il n’y a pas de problème de financement des retraites, mais un problème d’emploi»

FO est fermement opposée à la réforme des retraites qui repousse à nouveau l’âge légal de départ et accélère l’augmentation de la durée de cotisations. En 2030, ce sera 64 ans avec, au minimum, 43 années de cotisation pour une retraite complète. Pour FO, ce nouveau recul est inacceptable: 62 ans c’est déjà trop! Ce projet de réforme des retraites est particulièrement injuste.

Il va toucher en premier lieu celles et ceux qui ont commencé à travailler tôt, les plus précaires, celles et ceux dont l’espérance de vie est inférieure au reste de la population, ou dont la pénibilité des métiers n’est pas reconnue. Il va aggraver les difficultés de celles et ceux qui ne sont déjà plus en emploi avant leur retraite et accentuer les inégalités femmes-hommes. 

Cette réforme est également infondée. À chaque fois qu’un gouvernement modifie les paramètres du système de retraites, il dramatise la situation financière pour présenter sa réforme comme inévitable. Or il n’y a pas de problème de financement des retraites, mais un problème d’emploi. Il est nécessaire de développer des emplois pérennes, de mieux gérer les fins de carrière, ou encore d’augmenter les salaires, pour accroître le volume des cotisations. 

Aujourd’hui 50 % des personnes qui liquident leur retraite ne sont déjà plus en emploi. Elles sont au chômage, en arrêt maladie ou en invalidité ou bénéficient de minima sociaux. Reculer l’horizon de la retraite, c’est accroître encore plus les difficultés de ces populations.


 

Retraites. Laurent Escure, Unsa: « Pas un jour, pas un mois, pas un an de plus »

C’est fait, le gouvernement est sorti du bois. Il s’agit bien d’une réforme punitive et injuste! Les arguments contre cette réforme sont largement présentés. Le système est en faillite? Avec un déficit possible de 3,5 % dans quelques années, il n’y a ni péril en la demeure ni urgence à agir. L’Unsa avait des propositions alternatives (augmentations des cotisations, en particulier patronales, augmentation du taux d’emploi des seniors, tri dans les différentes exonérations…). Elles ne furent pas examinées.

La pénibilité? Il y a quelques avancées mais il aurait fallu rétablir les critères de pénibilité supprimés en 2017. L’emploi des seniors? On se bornera à un instrument de mesure. L’égalité salariale entre les femmes et les hommes? Rien, quand il y a tant à faire.

Ne reste donc que l’allongement de deux ans de la durée d’activité et l’augmentation du nombre de trimestres pour une retraite entière. Seuls les salariés sont obligés de fournir des efforts en travaillant plus longtemps. Ils se voient ainsi privés de la liberté de choisir de poursuivre ou pas leur activité après 62 ans.

Le gouvernement nous dit qu’il y a du «sucré» dans son texte. Le reste est tellement corsé que c’est bien une bonne louchée de sel que les salariés devront avaler.

Les Français ne s’y trompent d’ailleurs pas et rejettent largement la réforme. Un tel projet doit être combattu et l’unité des forces syndicales doit être préservée. Unis, on peut gagner, désunis on est sûrs de perdre. Le gouvernement doit retirer son projet, seule la mobilisation de toutes et de tous, le 19 janvier, évidemment, mais tous les jours par des initiatives multiples et diverses, permettra de faire reculer le gouvernement. Jamais les arguments du gouvernement ne sont apparus aussi faibles. Alors, comme l’Unsa, mobilisons-nous!


 

Retraites. Laurent Berger, CFDT: « Un projet de réforme profondément injuste »

Le système de retraite par répartition est un bien précieux. Il est porteur de solidarité et de justice. La CFDT s’est toujours battue pour le préserver et l’améliorer. Le préserver parce que sa survie dépend de son équilibre. L’améliorer car de nombreuses inégalités minent ce pacte de solidarité.

Aujourd’hui, ce que propose le gouvernement ne répond sûrement pas aux enjeux de justice sociale que la CFDT appelle de ses vœux. En faisant supporter la totalité des efforts sur les seuls travailleurs via le report de l’âge de départ à 64 ans, ce projet est injuste car il va toucher durement les travailleurs qui ont commencé à travailler tôt, ceux qui ont des métiers difficiles… En aucun cas, ce projet ne tient compte du travail réel de millions de travailleurs.

Injuste aussi car 40 % des travailleurs ne sont plus en emploi au moment de partir à la retraite et aucune réelle contribution n’est demandée aux employeurs pour assumer leurs responsabilités sur l’emploi des seniors.

La liste est longue des désaccords sur cette réforme, malgré quelques avancées que nous avons revendiquées, comme la prise en compte des périodes de contrat TUC. Ce dont il s’agit, ce n’est pas tant d’une réforme des retraites que d’une réforme des finances publiques supportée par les travailleurs.

Face à cette réforme, la CFDT se mobilise dans les actions intersyndicales. Il faut réussir les manifestations du 19 janvier prochain pour montrer la détermination à lutter contre le report de l’âge légal. Il faut faire signer massivement la pétition contre les 64 ans. Fidèle à son histoire, la CFDT se mobilise contre cette réforme car nous voulons un système de retraite par répartition juste et solidaire.

  publié le 13 janvier 2023

Montpellier : une unité syndicale retrouvée autant qu’espérée
dans la bataille
pour une retraite digne

sur https://lepoing.net/

A la tombée de la nuit de ce 12 janvier, ce sont 500 personnes qui se sont retrouvées devant la préfecture de Montpellier pour un rassemblement aux flambeaux à l’appel d’une intersyndicale complète et unie pour démarrer la bataille pour une retraite décente, et c’est que le début ! Les prises de paroles se sont enchaînées au titre des sections syndicales qui ont appelé à rejoindre le mouvement de grève qui démarre le 19 janvier sur tout le territoire.

Le Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier (SCUM) a évoqué une « catastrophe sociale », une « attaque contre les précaires et les plus pauvres qui travailleront jusqu’à la mort, sans n’avoir jamais connu la retraite » et a rappelé que « c’est dans la rue que la bataille se mène ». Solidaires a dénoncé une réforme « injuste et brutale » et a rappelé ses revendications : « pas un jour de plus, pas un euro de moins, pas 43 années de cotisations » au profit « d’autres solutions », comme « taper dans les exonérations aux grandes entreprises, au CAC 40 ». La CFDT s’est réjouie d’un « front syndical uni », représentatif de « citoyens et citoyennes majoritairement contre cette réforme », alors que le « déficit du système des retraites n’est pas insurmontable ». L’UNSA a parlé d’une « régression sociale qui peut mettre le feu à la plaine, avec des retraitées pour qui le compte n’y est pas. » Pour FO non plus, « pas question de cotiser une année de plus ou de travailler deux ans de plus alors que les plus de 55 ans sont majoritairement sans emploi et que les excédents sur les caisses de retraite existent. »

La dernière intervention revenait à la CGT qui a remercié, lors d’un discours teinté d’une combativité exceptionnelle, « la présence nombreuse des participants contre cette réforme de régression sociale nous ramenant 40 ans en arrière sans rien retirer au monde de la finance ou au patronat. Ne boudons pas notre plaisir, l’unité syndicale est là pour démarrer une grève reconductible dès le 19 janvier, pour des retraites solidaires par répartition. »

Peut-on espérer que la bataille pour les retraites soit l’étincelle qui mettra « le feu à la plaine » ? Rendez-vous est pris le 19 janvier place Zeus à 11h à Montpellier, avec des manifestations également à Béziers, Sète et partout ailleurs, en sachant que les secteurs des transports et de l’énergie ont déjà annoncé des grèves paralysantes. En dehors de l’intersyndicale, des réseaux de gilets jaunes et citoyens en colère, déjà mobilisés le samedi 7 janvier, appellent à une nouvelle manifestation montpelliéraine ce samedi 14 janvier à 14h place de la Comédie.

Notons également qu’une assemblée pour s’organiser contre la hausse des prix et la réforme des retraites aura lieu le 20 janvier à 19h30 au Barricade (5 rue Bonnie), à l’appel du local associatif et du groupe “Montpellier contre la vie chère”. Suivi d’un décryptage de la réforme des retraite et d’une discussion sur les perspectives de luttes, samedi 21 janvier à 19h30, toujours au Barricade, avec le média Rapports de Force. (événement Facebook pour ce début de week-end d’organisation des luttes ici).


 


 

Retraites : la CGT énergie pose un plan de bataille pour préparer la grève reconductible

Guillaume Bernard sur https://rapportsdeforce.fr/

Après la chimie, la fédération CGT de l’énergie propose elle aussi un plan de bataille. Avec un appel à la grève reconductible dès le 19 janvier. Une volonté de se positionner comme un secteur moteur dans le conflit à venir.

 Un « plan de bataille », voilà ce qui est proposé dans le communiqué de presse de la Fédération nationale des Mines et Énergie (FNME) de la CGT publié ce 13 janvier. Ce dernier se décline en plusieurs points… et le premier donne le ton : la grève reconductible dès le 19 janvier et jusqu’au retrait de la réforme des retraites.

« Dès le premier jour de grève interprofessionnelle, les salariés vont monter des piquets dans les entreprises de l’énergie et poser la question de la grève reconductible », détaille Fabrice Coudour, secrétaire fédéral de la FNME. Pour illustrer la fermeté de son appel, la puissante fédération CGT ajoute à son plan la rupture du dialogue avec l’employeur, le filtrage des piquets, la reprise en main de l’outil de travail ou encore la participation aux « actions citoyennes », qui pourraient avoir lieu dans la période.

Les longues grèves dans l’énergie qui ont eu en 2022 peuvent-elles nuire à la mobilisation ? « Quand on fait grève pendant longtemps et qu’on perd, oui, c’est difficile de repartir. Mais quand on gagne 200 € d’augmentation, comme ça a été le cas cette année, cela donne au contraire confiance », analyse Fabrice Coudour.

Les secteurs moteurs de la grève entrent en scène

Quelques jours plus tôt, les syndicats CGT du pétrole (dont ceux des raffineries) avaient déjà présenté leur plan de bataille, appelant à augmenter progressivement la durée de la grève avec 48 h de grève le 26 janvier et 72 h le 6 février, assortis d’une proposition d’entrée en grève reconductible. L’appel de la FNME est à replacer dans ce cadre. « Nous nous réunissons actuellement avec les fédérations CGT des Ports et docks, de la chimie à la RATP, avec les cheminots, pour voir quel plan de bataille nous pouvons mettre en place. Les dates proposées par les syndicats du pétrole pourraient être des dates fortes », explique Fabrice Coudour.

Une volonté de ces fédérations, considérées comme critiques de l’action de Philippe Martinez, de donner des premiers signaux de combativité à la confédération. Voire de damer le pion à la confédération à son secrétaire général avant le 53e congrès ? « Non, cet appel n’est absolument pas lié au congrès. Nous nous sommes réunis avec des fédérations fortes, qui ont un gros pouvoir de blocage, tout le monde va se jeter dans la bataille, mais l’intérêt de tout le monde c’est que la grève soit suivie partout », précise Fabrice Coudour. Une chose est sûre, la bataille contre la réforme des retraites est bien lancée à la CGT.

 


 


 

Retraites. Les organisations de salariés visent un conflit durable
à partir du 19 janvier

Samuel Ravier-Regnat sur www.humanite.fr

Des cheminots aux raffineurs en passant par les énergéticiens, les appels à la grève se sont enchaînés ce jeudi, émanant de tous les syndicats unanimement opposés à la réforme des retraites.

C’est la première échéance de la lutte contre la réforme des retraites, proposée par l’intersyndicale au complet, mardi soir, immédiatement après la présentation du projet du gouvernement : la manifestation du 19 janvier, à Paris et dans des dizaines d’autres villes en France. D’un bout à l’autre du pays, ce sera aussi une journée de grève, notamment dans des secteurs stratégiques comme les transports. À la SNCF, théâtre en décembre d’une mobilisation des contrôleurs en marge des organisations syndicales, un préavis a été déposé mercredi par la CFDT, la CGT, SUD rail et l’Unsa contre un texte jugé « injuste et porteur de reculs sociaux ». Les quatre structures appellent à « une grève puissante » le 19 janvier.

Le mouvement pourrait également être suivi à la RATP, sur laquelle plane la menace de la suppression d’un régime spécial qui permet à 40 000 salariés de compenser la pénibilité de leurs tâches par un départ anticipé à la retraite. Les syndicats ont promis de mettre « tout en œuvre pour s’opposer » aux desseins de l’exécutif, joignant ainsi leurs forces à celles d’autres réseaux de transport urbain qui se préparent à la mobilisation. À Grenoble, par exemple, le préavis déposé par l’intersyndicale de la Tag court du 19 janvier au 30 juin.

Le gouvernement martèle sa volonté d’aller « jusqu’au bout »

Dans le port, les dockers se joignent au mouvement dès le 19, prenant acte du fait que la réforme va les contraindre à travailleur eux aussi deux années de plus alors que leur convention collective acte la pénibilité de leurs métiers en leur permettant de partir quatre ans avant l’âge légal.

Globalement, les travailleurs se préparent à un conflit durable, face à un gouvernement qui a martelé, par la voix de son porte-parole, Olivier Véran, sa volonté d’aller « jusqu’au bout ». Parmi les salariés de la branche des industries électriques et gazières, qui regroupe près de 150 entreprises (dont EDF, RTE, Engie ou Enedis) et redoute elle aussi la suppression de son régime spécial, la question de la grève reconductible sera donc « posée », tout comme l’hypothèse d’ « actions sur les outils de travail », selon Sébastien Menesplier. « La grève commence le 19 et s’arrêtera quand la réforme aura été retirée. (…) Il faut qu’elle soit massive et d’ampleur », a plaidé le secrétaire général de la fédération mines-énergie de la CGT, mercredi sur France Info.

Une mobilisation structurée et ambitieuse

De leur côté, les ouvriers des raffineries entendent se manifester en nombre, comme lors de la grève pour des augmentations de salaires qu’avait connue le pays pendant près de cinquante jours, cet automne. Mercredi, la fédération nationale des industries chimiques de la CGT a rendu public son plan de bataille : appel à la grève de 24 heures le 19 janvier, appel à la grève de 48 heures le 26 janvier, appel à la grève de 72 heures le 6 février avec possibilité de poursuivre ensuite sur un mouvement reconductible. Une mobilisation structurée et ambitieuse qui ne pourra aboutir que si « les salariés de tous les secteurs économiques, public et privé, s’engagent dans les grèves et les manifestations », souligne l’organisation. Comme si elle sentait venir l’orage, la première ministre, Élisabeth Borne, a appelé les syndicats à « ne pas pénaliser les Français », au détour d’un déplacement à Disneyland, ce jeudi. Sans se demander qui, du gouvernement avec sa réforme des retraites ou des organisations de défense des travailleurs, pénalise vraiment les habitants de ce pays.

  publié le 11 janvier 2023

Réforme des retraites :
le bras de fer commence

Pierre Jequier-Zalc  sur www.politis.fr

Le gouvernement a présenté ce 10 janvier son projet de réforme des retraites en conférence de presse, qui prévoit d’augmenter l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans. Une première journée de mobilisation est prévue le 19 janvier.

« 64 ou 65 ans ? » Après plusieurs semaines de semi-annonces, de pseudo concertations et d’atermoiements, la Première ministre, accompagnée de Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, d’Olivier Dussopt, ministre du Travail, et Stanislas Guérini, ministre de la Fonction publique, a présenté son projet de réforme des retraites.

Et le secret de Polichinelle n’est plus : le gouvernement prévoit un report de l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans. « C’est pour préserver notre système des retraites que nous devons le faire évoluer […], nous l’avions annoncé, ce n’est donc une surprise pour personne » a souligné la Première ministre, Élisabeth Borne, ce mardi 10 janvier devant la presse.

En plus de ce relèvement de l’âge légal de départ, la réforme Touraine sera largement accélérée. Ainsi, la montée progressive à 43 annuités pour bénéficier d’une retraite à taux plein s’achèvera en 2027 (contre 2035 jusqu’à présent).

Deux ans de plus pour tout le monde… ou presque

Lors de la conférence de presse, la Première Ministre a beaucoup appuyé sur la « concertation » qui a eu lieu durant l’automne avec les partenaires sociaux pour expliquer cette décision de fixer l’âge de départ à 64 ans et non 65.  « Ce dialogue a été nourri, utile », a-t-elle ainsi insisté, avant de présenter les autres mesures de cette réforme.

Car si le report de l’âge légal était annoncé depuis de longues semaines, de nombreuses zones d’ombres résidaient encore sur le projet de réforme, notamment autour des carrières longues et de la pénibilité. Élisabeth Borne les a levées, sans rassurer un poil les organisations syndicales.

Tout le monde se prend deux ans, tout le monde est concerné, c’est ça le scandale.

Ainsi les personnes qui remplissent les conditions actuelles du dispositif « carrière longue » continueront de pouvoir partir plus tôt à la retraite… mais en travaillant aussi deux ans de plus. « Tout le monde se prend deux ans, tout le monde est concerné, c’est ça le scandale » peste, peu après les annonces, Michel Beaugas, secrétaire confédéral de Force Ouvrière.

De la même manière, les principaux régimes spéciaux (RATP, industries électriques et gazières…) seront supprimés pour les nouveaux entrants.

Pénibilité, le compte n’y est pas…

Sur la pénibilité non plus, le gouvernement n’a pas rassuré les oppositions. Comme nous vous l’expliquions dans Politis, plusieurs facteurs de risques (postures pénibles, vibrations mécaniques, port de charges lourdes) avaient été supprimés des critères de pénibilité pris en compte dans le compte personnel de prévention (C2P) à l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron.

Dans le projet actuel du gouvernement, ces critères ne seront pas particulièrement mieux pris en compte. Un fond d’investissement d’un milliard d’euros sur le quinquennat sera débloqué pour faire de la prévention sur le sujet, mais aucune modalité de départ anticipé n’est prévue pour les salariés exposés à ces risques. Pour rappel, selon la DARES, l’institut statistique du ministère du Travail, 34 % des salariés sont exposés à des contraintes physiques au travail, 22 points de plus qu’il y a 50 ans…

Parmi ces nombreuses mesures vivement critiquées à gauche, quelques petits rayons de soleil peinent à éclaircir le tableau global. Le minimum de pension augmentera de 100 euros par mois. Et dans le dispositif carrière longue, les trimestres validés en raison de congé parental (très souvent féminin) pourront être pris en compte.  

Des économies sur le dos des cotisants

Malgré cela, le sentiment qui habite tous les représentants syndicaux à la sortie de la conférence de presse est celui de la colère. Pour eux, cette réforme affectera, notamment, les salariés les plus modestes.

« La réforme consistant à repousser l’âge légal à 64 ou 65 ans n’aura par définition aucun impact » sur les plus diplômés, explique l’économiste Thomas Piketty dans une chronique publiée par Le Monde. Il souligne ainsi que les économies réalisées par cette réforme, évaluées à plusieurs milliards d’euros par an, « seront prélevées intégralement sur le reste de la population, notamment sur les ouvriers et employés ».

Interrogée sur ce point, la Première ministre a répondu : « Il faut arrêter de caricaturer, nous proposons un système qui tient compte de chaque âge. C’est un projet qui répartit le plus équitablement possible la contribution demandée à chacun. »

Elle a toutefois réaffirmé que cette réforme n’augmentera pas « le coût du travail pour les employeurs ». Manière détournée d’assumer que les économies réalisées se feront uniquement sur le dos des cotisants.

Le seul totem qu’ils ont, au gouvernement, c’est la profitabilité des entreprises, ça, ils n’y touchent jamais.

« Le seul totem qu’ils ont, au gouvernement, c’est la profitabilité des entreprises, ça, ils n’y touchent jamais », souligne Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT qui rappelle que les seules entreprises du CAC 40 ont versé plus de 80 milliards d’euros de dividendes à leurs actionnaires en 2022, un chiffre record.

19 janvier, première journée de mobilisation

Réunies à la bourse du Travail à Paris dans la foulée de la conférence de presse gouvernementale, les huit organisations syndicales (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, UNSA, Solidaires et FSU) ont annoncé une première grande journée de grèves et de manifestations le jeudi 19 janvier. Elles « appellent les salarié.es à se mobiliser fortement » contre une réforme jugée « brutale » et « injustifiée ».

Cette large intersyndicale, qui inclut la CFDT, est inédite depuis 12 ans. C’est d’ailleurs ce que souligne les différents représentants syndicaux interrogés, balayant les nombreuses références du gouvernement sur la concertation les incluant.

« Si on avait été entendus, on ne serait pas tous là, unis et vent debout contre cette réforme », confie Philippe Martinez. « La seule vraie concertation qu’il y a eu, c’est entre nous, pour fixer la date de cette première journée de mobilisation » raille le secrétaire confédéral de Force Ouvrière.

Tous espèrent que cette première mobilisation marquera le début d’un mouvement social dur et d’ampleur. Dès ce mardi, une nouvelle intersyndicale a été fixée au soir du 19 janvier pour prévoir la suite du mouvement.

  publié le 7 janvier 2023

Philippe Martinez (CGT) sur les retraites : « Après le travail, ce sera le cimetière »

sur https://www.mediapart.fr

« À l’air libre » reçoit Philippe Martinez, alors que le gouvernement annoncera le 10 janvier sa réforme des retraites, dans un contexte d’inflation et de services publics en déshérence. « Une réforme pour faire peur » et « un démantèlement de l’esprit de solidarité », selon le secrétaire général de la CGT. 

La vidéo d’une cinquantaine de minutes est en libre accés et visible sur le site de mediapart

ou bien sur :  https://youtu.be/sP5UK9RWKNY

   publié le 5 janvier 2023

Grève illimitée des chauffeurs de bus Keolis dans l’Isère

Guillaume Bernard sur https://rapportsdeforce.fr/

« À l’heure de la lutte contre le réchauffement climatique, la pénurie de chauffeur de bus est une absurdité et un crime », dénonce-t-on, depuis le piquet de grève de Keolis. Or, pour recruter, il faut augmenter les salaires et les conditions de travail. C’est pour cette raison que les salariés de cette filiale de la SNCF se sont massivement mis en grève dans l’Isère depuis le 3 janvier.

 Depuis mardi 3 janvier, les salariés de l’entreprise de transport Keolis Porte des Alpes (KPA), sont entrés massivement en grève en Isère. « On a décidé d’une action au mois de décembre. On avait prévu de faire trois jours, mais face à l’ampleur de la mobilisation on est finalement entrés en grève illimitée », explique Pierre Fabre, délégué syndical CGT chez KPA. Résultat, avec 90 grévistes sur près de 180 salariés, le trafic est très fortement mis à mal. Les lignes départementales de bus ne sont assurées « que de manière symbolique », expliquent les grévistes dans un communiqué, et des cars scolaires manquent à l’appel.

L’objectif ? Mettre fin à des salaires plutôt bas (entre 1800€ et 2000€) en dépit des amplitudes horaires très larges pendant lesquels exercent les chauffeurs. Pour ce faire, les grévistes revendiquent notamment une hausse du taux horaire à l’embauche de 13€, au lieu de 11,84€, une prime Macron de 1000€, mais également l’augmentation de la part patronale de la mutuelle ou le versement de la prime de repas pour chaque jour travaillé. « Pour l’heure, la direction nous a seulement proposé 200€ de prime ainsi qu’une ouverture des Négociations annuelles obligatoires (NAO) dès janvier. Or nos NAO, si elles ne se tiennent pas forcément en janvier, ont toujours été rétroactives. Cette proposition n’en est donc pas une », continue Pierre Fabre. Alors le mouvement continue et les grévistes s’organisent en comité de grève. Tous les syndicats impliqués dans la lutte (SUD, FO, CGT, CFDT), mais aussi les salariés non syndiqués, peuvent y être représentés.

Pénurie de chauffeurs de bus « à l’heure de la lutte contre le réchauffement climatique »

C’est loin d’être la première grève chez Keolis, filiale de la SNCF. En octobre 2022, les salariés de l’Essonne avaient obtenu des augmentations de salaires après dix jours de grève. Malheureusement, comme la boîte est découpée en différentes filiales en fonction des zones géographiques, les grèves des uns ne profitent pas aux autres.

En revanche, les luttes dans les réseaux de bus sont toutes renforcées par un même paramètre : la pénurie de main d’œuvre. Partout en France, les entreprises de transport par bus peinent à recruter et fonctionnent souvent à flux tendu. Ainsi, la moindre absence peut perturber considérablement le trafic, ce qui rend les directions vulnérables face aux grèves. « À l’heure de la lutte contre le réchauffement climatique, cette pénurie est une absurdité et un crime. La satisfaction de nos revendications serait le strict minimum pour attirer dans nos métiers les conducteurs de bus dont on a besoin », font habilement valoir les grévistes de KPA.

 

publié le 2 janvier 2023

Face à l’inflation qui dure,
l’urgence salariale

Cyprien Boganda sur www.humanite.fr

Les hausses de prix de janvier annoncent la couleur pour les mois à venir, rendant toujours plus nécessaire l’augmentation des salaires.

Cela fait partie des passages obligés, au même titre que la dinde aux marrons, le sapin de Noël ou la galette des rois : en cette période, les inventaires à la Prévert sur « ce qui change au 1er janvier » fleurissent invariablement dans la presse, brassant hausse du Smic et des produits de la vie quotidienne. Mais cette année, cet exercice prend un relief particulier, sur fond d’inflation galopante. En janvier, donc, les ménages savent déjà à quelle sauce ils vont être mangés. Ceux qui habitent en Île-de-France voient leur abonnement mensuel Navigo, nécessaire pour circuler dans les transports publics, grimper de 12 %, à 84,10 euros, tandis que le ticket à l’unité passe à 2,10 euros. Les conducteurs de tout le pays vont quant à eux devoir se passer de la ristourne générale sur les prix à la pompe décidée en 2022 par le gouvernement, remplacée par une indemnité de 100 euros réservée aux travailleurs les plus modestes (revenu fiscal annuel de référence inférieur à 14 700 euros par part) utilisant leur véhicule pour aller travailler. Les tarifs de l’énergie vont eux continuer à flamber (lire page 2).

Au-delà de cette liste, l’ensemble des prix devraient continuer de grimper en France dans les semaines à venir, si l’on en croit l’Insee : « L’évolution de l’inflation au cours des tout prochains mois dépend, entre autres, de celle des mesures de limitation des prix énergétiques et des fluctuations des cours du pétrole. La hausse programmée des tarifs réglementés du gaz et de l’électricité, ainsi que la fin de la remise à la pompe contribueraient à augmenter l’inflation d’ensemble, qui atteindrait 7 % sur un an en début d’année 2023. » L’institut anticipe un léger reflux à partir du printemps prochain, mais l’inflation arriverait malgré tout à 5,5 % en juin.

La théorie du gouvernement balayée par le FMI

Face à ces hausses, les smicards devront se contenter dans l’immédiat de 24 euros supplémentaires en début d’année, en vertu des mécanismes d’augmentation automatique, le gouvernement se refusant obstinément à revaloriser le salaire minimum. L’ensemble des salariés devraient voir leur fiche de paie augmenter en 2023, mais de manière insuffisante pour compenser l’inflation. Ainsi, l’Insee anticipe une baisse du pouvoir d’achat de 1,2 % au premier trimestre, puis 0,5 % au deuxième.

Néanmoins, l’exécutif continue de faire campagne contre une augmentation générale des salaires et leur indexation automatique sur les prix pour ne pas enclencher la fameuse spirale « prix-salaires ». Selon cette théorie, une hausse des rémunérations trop importante en période inflationniste entraîne mécaniquement une montée des prix qui incite les salariés à se battre pour de nouvelles augmentations qui alimentent à leur tour l’inflation, etc. Pourtant, cet effet boule de neige a été démenti de manière spectaculaire par le Fonds monétaire international (FMI), qu’on peut difficilement dépeindre en ramassis de gauchistes. En novembre, six économistes de l’institution ont publié une étude pour tester la véracité de cette hypothèse dans l’histoire récente. Verdict : après avoir étudié une quarantaine de pays depuis 1960, seuls 79 épisodes correspondent au scénario retenu. Par exemple, la fameuse spirale ne s’observe en France qu’à trois reprises (en 2001, 2008 et 2011), et encore, elle ne s’enclenche que durant quelques mois, sans être suivie d’une longue période inflationniste. Autant dire que le spectre de la « boucle » ne sert en réalité qu’à justifier des politiques de rigueur salariale et à inciter les patrons à rester inflexibles…

L’année 2022 a été marquée par de très nombreuses grèves pour un meilleur partage de la valeur ajoutée créée par les entreprises. Pour Céline Verzeletti, secrétaire confédérale de la CGT, il est à la fois probable et souhaitable que la situation se reproduise cette année. « Les augmentations de salaire (en 2022) n’ont pas été suffisantes, elles sont restées inférieures au taux d’inflation, rappelle-t-elle. En 2023, les effets de l’inflation risquent même d’atteindre les classes moyennes, donc je pense que cela va créer de gros mécontentements et que les mobilisations vont continuer. » Et la syndicaliste d’afficher la feuille de route pour les mois à venir : « Nous allons essayer – on n’a pas encore réussi – de créer des mobilisations massives pour obliger le gouvernement à prendre des mesures comme l’augmentation du Smic, des fonctionnaires et l’indexation de tous les salaires sur l’inflation. »

  publié le 1° janvier 2023

Faire vivre nos vœux en 2023

Les vœux de la CGT sur https://r.newsletter.cgt.f

J’ai bien l’impression que la magie de Noël restera au vestiaire encore cette année. Pourtant, on aurait bien besoin d’accrocher de nouvelles étoiles pas seulement dans le sapin ou sur un maillot.

Ni encouragement, ni consolation.

Macron et son gouvernement, avec l’aval de la droite et de l’extrême droite, précipite le pillage de la République sociale au profit du capital et de la finance.

Rêvons un peu, ça ne coûte rien !

Aussi, pour affronter l'année qui arrive, j'ai préféré faire ma liste au Père Noël plutôt qu'au père Cofidis.

Rêver, c’est imaginer le meilleur pour le monde d’après. C’est trouver de la force au milieu de toutes les raisons de désespérer. C’est rallumer la flamme pour dépasser nos colères. C’est forger le courage d'affronter l'adversité.

Partageons nos vœux et faisons-les vivre.

D’autant que nous sommes de plus en plus nombreux à nous battre pour un monde de paix, plus juste, plus solidaire, plus humain, plus fraternel.

Au cœur de ces combats, la CGT et ses militants s’engagent au quotidien à les renforcer et les élargir en partageant ses propositions pour rallumer les étoiles et organiser la mobilisation.

Car c’est en unissant nos vœux et nos forces que nous créerons le meilleur pour tous.

Bonne année de santé, de réussite et de bonheur à chacun·e d’entre vous.

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