PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
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luttes sociales depuis juillet 2022

publié le 2 décembre 2022

Des salaires ras des pâquerettes à la clinique Floréal de Bagnolet

Samuel Eyene sur www.humanite.fr

En grève depuis le 23 novembre, les personnels mobilisés militent pour une hausse de leurs rémunérations mais font face à une direction inflexible et des réquisitions de personnels.

La colère ne faiblit pas à Floréal. Depuis le 23 novembre, des salariés de ce centre médico-chirurgical privé situé à Bagnolet (Seine-Saint-Denis) se sont mis en grève afin d’obtenir une revalorisation de leur salaire pour faire face à l’inflation. « Nous avons commencé les négociations annuelles obligatoires (NAO) il y a deux mois, avec une demande d’augmentation de salaires entre 5 et 15 %, pour tous, mais la direction a refusé », explique Marie Milgère, déléguée CGT et responsable des admissions à la clinique. Selon elle, leurs nombreuses tentatives de négociations sont restées lettres mortes.

Comme Marie, ils sont nombreux à avoir rejoint les rangs des grévistes. La CGT précisait la semaine dernière que la mobilisation était suivie par plus de « 65 % des salariés ». « Nous sommes 146 à la clinique et nous avons commencé le premier jour de grève à 80 personnes. Mais dès le lendemain du début de la grève, les réquisitions ont commencé. Elles continuent d’ailleurs ». La CGT avait en effet précisé le 24 novembre que l’Agence Régionale de la Santé (ARS) avait « décidé de réquisitionner des personnels ». Une décision contestée par les salariés en lutte pour qui les griefs ne s’arrêtent pas là.

Marie Milgère déplore une gestion désastreuse des personnels depuis le rachat de la clinique par le groupe Almaviva Santé en 2021. « Depuis que le groupe est arrivé, on a eu une quarantaine de démissions. Alors qu’on n’en avait jamais eu avant. En plus de cela, les postes ne sont pas remplacés parce que la clinique n’est pas attractive. C’est un vrai problème. » Isabelle Savasta, dresse également un constat amer. « Certains sont en grève depuis huit jours mais ils ne vont pas continuer longtemps. Ce sont des jours de salaire en moins », déplore cette infirmière. En vingt-trois années passées dans la clinique, c’est la première fois qu’elle fait la grève et se dit « écœurée » par l’attitude de ses patrons. « On a eu un retour pitoyable face à nos demandes », explique-t-elle. Lors des dernières négociations, leur direction leur aurait notamment proposé une prime d’ancienneté de « 40 euros bruts par mois » à condition que les salariés jouissent de trois ans d’ancienneté. Pas en reste, elle aurait, en supplément proposé le don « d’un pull en polaire et de Crocs », selon un communiqué de la CGT.

Élus locaux et députés en soutien aux grévistes

Plusieurs élus ont soutenu le mouvement des grévistes, dont les députés Insoumis de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière et Aurélie Trouvé. Une lettre adressée aux communes de Bagnolet, Romainville et Les Lilas a également recueilli plusieurs signatures de poids, dont celle de Lionel Benharous, maire de Romainville ou encore celle de Mohamed Djennane, conseiller municipal et secrétaire PCF à Bagnolet. « La clinique de Floréal exerce une mission de service public de santé, les pouvoirs publics doivent utiliser tous les leviers qu’ils détiennent pour permettre une sortie par le haut de ce conflit, et ce, dans l’intérêt des salarié.e.s et des patients », souligne-t-elle.

Les grèves s’enchaînent pour le groupe d’Almaviva Santé. Le mois dernier, les salariés d’un établissement privé lui appartenant à Manosque (Alpes-de-Haute-Provence) avaient cessé de travailler pendant quelques jours pour obtenir une revalorisation salariale. Ils avaient obtenu une augmentation de 110 euros bruts sur leurs salaires.

Ce vendredi matin, la direction n’avait pas répondu à nos questions.

publié le 26 novembre 2022

Quand un marché public déraille à la gare de Lyon Perrache

Samuel Eyene sur www.humanite.fr

SOUS-TRAITANCE Depuis le 10 octobre, les salariés de la société de nettoyage Arc-en-ciel se mobilisent pour leurs emplois, qu’ils risquent de perdre le 1er janvier prochain à la suite d’un changement d’attribution du marché public par la collectivité.

C’est comme si une tornade était passée dans la gare routière de Lyon Perrache. Des déchets éparpillés partout aux arrêts de bus, des détritus qui habillent le sol, des emballages plastiques qui font partie du décor. « Voir la gare où nous travaillons depuis des années dans cet état nous fait mal au cœur mais nous n’avons pas le choix », se désole Saber Barchouchi, chef du site et délégué FO. Cette situation n’est pas sans raisons. « Imaginez-vous quelqu’un qui vient travailler ici de 6 heures à 13 heures, tous les jours pendant 33 ans puis, du jour au lendemain, on lui dit qu’il sera licencié. C’est un coup de massue », confie-t-il.

Ce mercredi 23 novembre marque la 43e journée de mobilisation consécutive pour les salariés de la société Arc-en-Ciel, filiale du groupe T2MC, au centre d’échange Lyon Perrache (CELP). La collectivité a décidé d’accorder le marché public, jusqu’à présent détenu par l’entreprise de nettoyage, à une structure d’insertion afin « d’accompagner dans l’emploi des personnes prises en charge au titre de l’action sociale ». Dans ces conditions, le futur repreneur ne peut donc garder les employés actuels. Résultat : au 1er janvier prochain, les 22 salariés du site risquent d’être licenciés.

«Nous voulons juste travailler»

Ce matin-là, ils sont une dizaine à occuper le piquet de grève dans la gare de Perrache. Devant les passants qui défilent, deux tables sont alignées de sorte que puisse s’y lire « En grève pour nos emplois ! » sur une banderole déployée. « La métropole veut se diriger vers des marchés responsables, écologiques, sociaux mais 22 salariés vont être licenciés et on parle de social ? Ils vont ramener d’autres personnes à notre place qui vont faire le même boulot », fulmine le représentant FO.

Un constat partagé pour Tewfik. Les cheveux grisonnants et vêtu d’un survêtement de l’équipe de foot du Bayern de Munich, il s’étonne de l’absurdité de la situation : « Je n’avais jamais vu une grève pour le travail. Nous ne demandons même pas d’augmentation de salaire, nous voulons juste travailler », peste-t-il. Et qui dit mobilisation dit retenue sur salaire. Pour ce père de quatre enfants, la fin du mois risque d’être difficile : « Nous allons passer les mois de novembre et décembre avec la caisse de grève. Tu images, toi, 22 salariés se partager 500 ou 1 000 euros ? »

Les acteurs se renvoient la balle

À l’intérieur de la gare, des voyageurs s’arrêtent autour du piquet par intervalle régulier. « C’est quand l’échéance ? » interroge furtivement une dame. « Que se passe-t-il », demande un passant. D’autres, tiennent parfois des propos plus méprisants. « C’est ici Marseille Saint Charles ? Ça y ressemble quand les éboueurs font la grève », ricane un jeune homme. Les salariés en lutte encaissent, pris au piège entre leur employeur et le donneur d’ordre, la Métropole de Lyon. Les deux parties ne cessent de se renvoyer la balle. L’une estime que c’est à l’autre de proposer une solution de reclassement à ses salariés tandis que l’autre soupçonne la colléctivité de jouer sur ses dépenses avec ce nouvel appel d’offres. « La métropole cherche à enlever les salariés pour réaliser des économies  en passant par un marché d’insertion. Comme elle fait appel à une société qui bénéficie de subventions, les coûts seront nettement moins importants », suspecte Mohamed Tandert, président du groupe T2MC.

Une affirmation que rejette la collectivité. Le marché attribué à la structure d’insertion coûte effectivement « moins cher », reconnaît Bertrand Artigny. Mais son attribution n’a rien à voir une logique de « rentabilité économique ». Le vice-président de la métropole de Lyon souhaite accompagner des personnes en difficulté avec cette initiative. « Si on veut que toute la population qui habite la métropole puisse bénéficier du regain économique, il faut que la commande publique agisse. Ce n’est pas une entreprise privée qui agira (…) La stratégie, c’est de faire en sorte qu’on puisse aider les populations qui sont le plus éloignées de l’emploi », se défend-il.

Quitte à laisser les agents de nettoyage au chômage ? À en croire l’employeur, Mohamed Tandert, le licenciement économique est la seule solution. « Nous sommes obligés de passer par un PSE (plan de sauvegarde de l’emploi). Le problème est que notre activité dans le nettoyage s’effectue essentiellement en temps partiel. Nous ne disposons donc que de ce genre de postes sur nos autres sites à Lyon pour des reclassements. Certains salariés n’en veulent pas. »

Communistes et Insoumis contre les supression d’emplois

Mais la porte semble toutefois s’entrouvrir du côté de la métropole. « Si une bonne négociation se produit en interne, dans le cas où le groupe T2MC veut lancer un PSE, alors je vous fais le pari qu’il n’y aura aucun chômeur », raisonne Bertrand Artigny. Avant de souligner qu’il « devrait avoir d’ici quelque temps des propositions » faites à la DRH du groupe T2MC, en fonction des « gens qui resteraient sur le carreau ».

Le sort de ces salariés ne laisse pas les èlus de la collectivité insensibles. Lors d’un conseil de la Métropole le 21 novembre, les groupes «Métropole Insoumise, Résiliente et Solidaire», ainsi que «Communiste et Républicain», ont interpellé le président de Grand Lyon, Bruno Bernard. « Nous savions que la réorganisation du Centre d’échanges Lyon Perrache allait conduire dans un an à la fin des marchés de nettoyage sous leur forme actuelle, mais cela ne doit pas conduire, ni maintenant ni dans un an, à supprimer des emplois », explique les élus communistes sur leur site. Pierre-Alain Millet, conseiller métropolitain PCF, précise : « Le vice-président Bertrand Artigny a expliqué que la métropole assumerait ses responsabilités. Ça veut dire qu’elle proposera des solutions, évidemment dans le cadre de l’emploi public (…) Mais le directeur d’Arc-en-Ciel doit contribuer à la solution » estime-t-il.

Le mouvement de grève a débuté le 10 octobre et les salariés sont donc toujours dans le flou. « Il faut que la rencontre entre la Métropole et le patron d’Arc-en-Ciel conduise à des solutions » affirme l’élu. Et celles-ci pressent, parce que l’on se rapproche rapidement du 1er janvier, date fatidique pour les agents de nettoyage.

publié le 19 octobre 2022

Toujours plus mobilisés pour l’augmentation générale des salaires et pensions - Communiqué de la CGT

sur www.cgt.fr

Ce 18 octobre 2022, journée de mobilisation interprofessionnelle unitaire, pour l’augmentation des salaires, des pensions et minima sociaux, pour la défense de nos retraites et du droit grève, près de 180 manifestations de proximité ont permis à 300 000 personnes de se rassembler, partout en France. 450 à Gap, 2500 à Pau, 7000 à Bordeaux, 10 000 au Havre, 70 000 à Paris.

Dans les suites de la journée du 29 septembre, les salariés des raffineries ont décidé de la poursuite de leur mouvement face aux propositions insuffisantes de leur direction.

Leur haut niveau de mobilisation a contraint le gouvernement à recourir à des réquisitions absolument inacceptables portant atteinte au droit constitutionnel de grève. Les ministres comme les médias ont tenté en vain de discréditer ces grèves plus que légitimes. Les salariés ont donc aussi manifesté, ce jour, pour défendre le droit de grève de toutes et tous.

La question centrale, remise au cœur du débat par la CGT depuis des mois, l’augmentation générale des salaires, a donc mobilisé de nombreux salariés, issus de secteurs très différents : livreurs chez Amazon, aides à domicile en ADMR, ouvriers chez Nestlé Purina, agente clientèle à la SNCF, décoratrice au théâtre d’Annecy…

Leur point commun, c’est leur détermination à être entendu par le gouvernement et le patronat pour imposer un autre partage des richesses créées par leur travail. Leur message est clair : il faut arrêter d’enrichir le capital au détriment des salariés qui, eux, portent l’économie du pays.

Cela s’est vérifié avec des taux forts de grève, comme 95% chez VISKSE à Compiègne, 97% chez MAGNETI MARELLI, à Argentan, la fermeture de tous les accueils CAF en Haute-Garonne ou bien encore 60% de grévistes dans les lycées professionnels et bien d’autres.

Si les premières victoires nous remontent – avec, par exemple, les 50% de grévistes des transports Breger à Laval qui, dès leur premier jour de grève, ont obtenu une augmentation générale de 6,9% – nous devons enfoncer le clou pour mobiliser et gagner partout.

En effet, nos salaires, pensions et allocations ne suffisent plus, aujourd’hui, pour faire face aux différentes hausses : +8% dans l’alimentaire, +15% pour les transports et +22% pour l’énergie.

Pour faire face à nos besoins immédiats mais aussi pour financer nos retraites ou notre système de protection sociale, c’est bien le niveau de nos salaires qui compte.

À l’heure où les premières factures d’électricité vont arriver, la précarité gagne du terrain. L’urgence sociale ne semble pas être le logiciel de la majorité qui préfère durcir les conditions d’accès à l’assurance-chômage et refuse de taxer les super-profits.

Les solutions immédiates passent par l’augmentation générale des salaires, pensions et minima sociaux. Cela passe par la revalorisation immédiate du Smic à 2000 euros brut, la remise en place d’une échelle mobile des salaires et, a minima, une indexation des salaires et pensions sur l’inflation.

La CGT continue sans attendre à travailler au rassemblement de tous les travailleurs et travailleuses, pour donner des suites rapides à cette mobilisation d’ampleur et décider, avec eux, des modalités d’action à venir. Il est de notre responsabilité de gagner pour toutes et tous des augmentations générales de salaire conséquentes.

 

 

Solidarité financière
avec les salariés mobilisés

 

La CGT apporte sa solidarité financière aux salariés mobilisés via son fonds de solidarité aux luttes.

 

Nombreux sont celles et ceux qui expriment leurs soutiens et leurs encouragements aux salariés en lutte et qui souhaitent participer, avec leurs moyens, à la solidarité financière mise en place par la CGT. 

Les dons sont à adresser à :

  • Par chèque :

Confédération générale du travail
"Solidarité CGT Luttes 2022"

Service comptabilité
263, rue de Paris
93100 Montreuil

Les chèques sont à libeller à l’ordre suivant : « solidarité financière CGT »


 

  • Par virement bancaire :

RIB en téléchargement sur https://www.cgt.fr/sites/default/files/2022-10/RIB%20SOLIDARITE%20%20FINANCIERE%20CGT_0.PDF

publié le 19 octobre 2022

Dans l’agroalimentaire,
la mobilisation
porte ses fruits

Pierric Marissal sur www.humanite.fr

Salaires En ce mardi de manifestations, la CGT a mis en avant trois luttes victorieuses récentes dans le secteur, qui ont permis chacune des hausses de rémunération.

En préambule, Maryse Treton, secrétaire de la fédération nationale agroalimentaire et forestière (Fnaf) de la CGT, précise bien que « ce n’est pas parce qu’ils ont obtenu des avancées salariales significatives que les travailleurs ne sont pas en grève, ce mardi, pour les salaires et le respect du droit de grève ». Elle rappelle aussi que les salariés du secteur ont travaillé très dur pendant les périodes de confinement. En tout cas, que ce soit chez Tereos, Marie Surgelés ou sur le site de Lactalis à Lons-le-Saunier (Jura), ces militants sont bien la preuve que la lutte pour les salaires paie.

Dans les sucreries, cela a commencé dès mars. La direction de Tereos proposait unilatéralement 3,2 % d’augmentation. Clairement insuffisant pour ces salariés à faibles revenus. « La CGT et la CFDT sont allées dans 9 usines organiser une importante consultation auprès des salariés, explique Maryse Treton. Le ton est monté à l’été quand il y a eu l’annonce de la suppression d’un emploi. Les syndicats ont menacé de faire grève, alors que la campagne sucrière allait débuter. » Non seulement les salariés ont obtenu le maintien dans l’emploi, mais aussi une augmentation de 70 euros par mois, en plus des 3,2 % promis par la direction. Pour les plus bas salaires, cela représente une hausse de 7,7 % et de 6,5 % pour les techniciens et agents de maîtrise. « Cette victoire a permis le renforcement de la CGT, il y a eu une bonne soixantaine de nouvelles adhésions dans les sucreries », se réjouit la cégétiste.

augmentations, embauches...

La lutte chez Lactalis devrait permettre aussi à la CGT de devenir représentative aux prochaines élections du personnel. « Suite à la bataille sur le site de Lons-le-Saunier, où il n’y avait pas eu de grève depuis quarante ans, notre jeune équipe de militants reçoit des appels de salariés du groupe pour adhérer quasiment tous les jours », assure Maryse Treton. C’est qu’ils n’ont pas plié, malgré une direction qui persistait à les renvoyer dans le mur : les négociations salariales se font à l’échelle du groupe, pas des sites. Leur grève, qui s’est achevée le 11 octobre, a finalement poussé le directeur général à venir discuter à Lons-le-Saunier, et ils ont obtenu 7,2 % d’augmentation contre les 5,2 négociés à l’échelle du groupe. Lactalis a tout de même accumulé près de 500 millions d’euros de bénéfice net en 2021, et la famille de son PDG, le multimilliardaire Emmanuel Besnier, dispose de la neuvième fortune française.

Le groupe Marie va très bien aussi et a enregistré, sur 2022, une hausse de 10 % de ses ventes sur la quasi-totalité des catégories sur lesquelles elle opère (plats cuisinés, snacking…). Demandant leur part du gâteau, les salariés de la branche Surgelés de Mirebeau (86) et d’Airvault (79) se sont mis en grève du 26 au 30 septembre à l’appel de la CGT. Ils ont obtenu 6,9 % d’augmentation, mais aussi 8 embauches en CDI et une modification substantielle de l’organisation du travail, leur permettant de ne plus travailler qu’un samedi par mois, au lieu de trois, sans perte de salaire. « Les entreprises du secteur ont aussi largement profité de la crise, avec les luttes, les salariés qui ont travaillé comme des damnés en prennent conscience, assure Maryse Treton. C’est aussi pourquoi nous avons réalisé plusieurs centaines d’adhésions sur la période.  »

publié le 18 octobre 2022

L’économie morale
de la grève

Didier Fassin Anthropologue, Professeur au Collège de France et à l’Institute for Advanced Study de Princeton sur https://www.alternatives-economiques.fr

Il y a un demi-siècle, l’historien britannique Edward Palmer Thompson publiait un article intitulé « The Moral Economy of the English Crowd in the Eighteenth Century » qui bouleversa la manière dont on pensait les luttes sociales. Analysant les soulèvements populaires dans l’Angleterre du XVIIIe siècle lors de hausses des prix, il y récusait les explications simplistes qui les réduisaient à des émeutes de la faim liées à des conjonctures économiques difficiles.

Rejetant ces interprétations mécaniques, voire biologiques, il soulignait que ces actions, parfois violentes, répondaient aux pratiques spéculatives des fermiers qui raréfiaient les céréales sur les marchés pour en faire monter les prix. Les pauvres qui se révoltaient ne demandaient pas seulement du pain, ils voulaient plus de justice.

Leurs protestations trouvaient leur légitimité dans ce qu’ils considéraient comme une rupture du contrat social selon lequel il était intolérable que certains s’enrichissent aux dépens des plus vulnérables dont ils rendaient les conditions de vie plus dures. C’est ce qui explique que la population soutenait souvent ces insurrections.

Alors que monte le mécontentement en France, que des journées de mobilisation se préparent et que des grèves se développent dans différents secteurs d’activité, les gouvernants et les commentateurs gagneraient à se souvenir de cette analyse. Au cours des deux derniers trimestres, le pouvoir d’achat moyen a successivement baissé de 1,8 % et 1,2 %, selon l’Insee.

Dans un contexte de forte inflation, dont la stabilisation autour de 6 % grâce au bouclier tarifaire n’a guère de chances de se maintenir une fois qu’il sera supprimé, les augmentations moyennes du salaire de base ont été de 3 % cette année, ne rattrapant donc que la moitié de la hausse des prix.

Parallèlement, la fortune des plus riches, qui avait déjà bénéficié de l’épreuve de la pandémie, a continué de progresser à un rythme rapide, alors que les plus précaires voyaient leur quotidien se dégrader. Les réactions à cette situation mêlent inquiétude face à un niveau de vie de plus en plus menacé par le coût de l’énergie et indignation face au creusement des inégalités.

Sentiment d’injustice

L’interruption du travail dans les raffineries est significative de cette conjonction. Pendant que TotalEnergies redistribue à ses actionnaires, au premier rang desquels BlackRock, le plus grand gestionnaire d’actifs au monde, une part de ses bénéfices – les plus importants jamais réalisés par une entreprise française –, les salariés ont vu leurs demandes d’augmentation de leurs rémunérations refusées dans un premier temps par le groupe.

On ne saurait pourtant résumer le soutien massif des ouvriers des raffineries à la grève à la seule question de leur pouvoir d’achat entamé par l’inflation, car il se nourrit aussi de la colère suscitée par le déséquilibre entre les rétributions du capital et du travail. C’est le sentiment d’une profonde injustice qui anime les salariés des groupes pétroliers, conscients que les gains produits par leur labeur sont reversés aux investisseurs, à hauteur de 2,6 milliards au premier semestre de 2022. Pour eux, c’est le contrat social qui est rompu par les excès d’un capitalisme financiarisé.

Cette injustice, beaucoup la ressentent dans le pays. Alors que la pénurie de carburants pénalise les deux tiers de la population et qu’une partie des médias s’évertue à discréditer le mouvement en parlant de la gêne pour les automobilistes plutôt que des droits des ouvriers, la proportion des personnes affirmant soutenir les grévistes ou ressentir de la sympathie à leur égard est supérieure à celle des personnes se déclarant opposés voire hostiles. Au total, la moitié des personnes interrogées continuent de vouloir protéger le droit de grève contre les réquisitions.

Certains journalistes mettent en avant le fait que ces chiffres sont inférieurs à ceux observés lors de mobilisations précédentes, par exemple celle du personnel des urgences hospitalières. Mais les personnels grévistes assuraient alors les soins en manifestant leur protestation par le port de brassards, l’accrochage de banderoles et la distribution de tracts. Cette fois, le blocage des pompes à essence a des conséquences sur la vie des usagers, ce qui le rend plus impopulaire.

Droits et dignité

Un fait saillant de la brève histoire du mouvement social actuel a été l’annonce par la direction du groupe TotalEnergies que les opérateurs de raffinerie avaient une rémunération mensuelle de 5 000 euros, en espérant ainsi disqualifier leurs revendications. Cette annonce est toutefois apparue à beaucoup trompeuse et révélatrice.

Trompeuse, car le salaire brut en début de carrière est de 2 200 euros, à quoi s’ajoute une prime de 540 euros liée à l’activité permanente en rotation 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. La somme rendue publique par la direction de TotalEnergies correspondait ainsi à une minorité d’opérateurs expérimentés de plus de vingt ans d’ancienneté. On a d’ailleurs appris à cette occasion que les salariés des stations-service du groupe, qui ont eux aussi cessé le travail, ne gagnaient que 1 750 euros brut à l’embauche.

Cette annonce est révélatrice, aussi, car quand bien même le chiffre donné par la direction serait vrai, il demeurerait 100 fois inférieur à la rémunération du PDG du groupe qui est d’environ 6 millions d’euros par an. Le message est donc qu’un bon ouvrier est un ouvrier qui gagne peu, ne demande pas plus et sait rester à sa place. On comprend comment la communication du groupe peut alors être vécue par ses employés comme une atteinte à leur dignité. En lançant le débat sur ce terrain, la direction de l’entreprise laisse ainsi entendre qu’à partir d’un certain salaire, une demande d’ajustement à l’inflation devient inacceptable et le droit de grève illégitime.

Factuellement, les mobilisations des pauvres dans les campagnes anglaises et des ouvriers dans les raffineries sont bien différentes : ni le niveau d’indigence ni le degré de véhémence d’hier n’ont aujourd’hui d’équivalent. Structurellement pourtant, l’économie morale de l’émeute a beaucoup à voir avec l’économie morale de la grève, car dans les deux cas, ce qui est en jeu, c’est une exigence de justice, une attente à l’égard du contrat social et, in fine, une demande de respect de la dignité et des droits des travailleurs. À méconnaître cette réalité, le gouvernement et le patronat s’exposent à de nouveaux affrontements sociaux.

publié le 17 octobre 2022

Hausse des salaires et défense du droit de grève : l’appel des syndicats pour la journée d’action du 18 octobre

par Maÿlis Dudouet sur https://basta.media

Après la réquisition des raffineurs de TotalEnergies et Esso-ExxonMobil par l’État, syndicats et organisations de jeunesse ont appelé à la grève interprofessionnelle. Des actions sont prévues le mardi 18 octobre.

« Pour l’augmentation des salaires et la défense du droit de grève. » C’est le mot d’ordre lancé par plusieurs syndicats et organisations représentantes de la jeunesse (les syndicats CGT, FO, Solidaires et des organisations étudiantes dont l’Unef) dans un communiqué commun. Les organisations appellent aux mobilisations et à la grève ce mardi 18 octobre « pour l’augmentation des salaires, des pensions et minima sociaux, l’amélioration des conditions de vie et d’études ».

Mobilisations interprofessionnelles

Salarié.e.s RATP, cheminots, enseignant.e.s, mais aussi chauffeurs routiers ont confirmé leur participation au mouvement de grève à partir de mardi. D’autres secteurs, déjà en grève, devraient poursuivre leur mouvement, à l’exemple des salariés des centrales nucléaires EDF et des employés de Pôle emploi, ou encore au théâtre de l’Odéon, dont le personnel est en grève depuis le 30 septembre. À Lyon, un rassemblement aura lieu à 16 h 30 sur le parvis de l’opéra à l’initiative des professionnels du spectacle, du cinéma et de l’audiovisuel. Des appels à bloquer des lycées circulent également sur les réseaux sociaux.

À Paris, une manifestation est prévue place d’Italie à 14 h à l’initiative de la CGT Île-de-France. Des rassemblements sont prévus aussi dans toute la France (voir la carte des mobilisations).TotalEnergies : le maillon faible

Mobilisations du 18 octobre

La fédération syndicale Solidaires appelle à une grève sur l’ensemble du territoire tout en incitant à des assemblées générales de reconduction pour prolonger le mouvement. « C’est dans tous les secteurs que les réponses aux attentes salariales sont largement insuffisantes. Que ce soient les négociations annuelles collectives qui aboutissent à des augmentations inférieures à l’inflation, ou le relèvement minime du point d’indice dans la fonction publique, des pensions, des bourses et des minima sociaux qui ne compensent pas les années de gel », défend Solidaires.

Selon l’Insee, les prix à la consommation ont augmenté de 5,6 % en septembre contre 5,9 % au mois d’août. Mais derrière cette décélération apparente, les prix de l’alimentation ont encore augmenté de 9,9 % en septembre, après une hausse de 7,9 % en août. Autre enjeu pointé par certains syndicats : la question des retraites, qu’Emmanuel Macron veut relancer.

À l’origine, la réquisition des raffineurs

C’est aussi la réquisition des grévistes des raffineries TotalEnergies et Esso-ExxonMobil, en grève depuis le 27 septembre, qui a conduit à cette grève interprofessionnelle. Vendredi 14 octobre, le tribunal administratif de Rouen a rejeté le recours en référé de la CGT à la suite des réquisitions de quatre salariés de la raffinerie de Port-Jérôme-sur-Seine (Seine-Maritime), au motif que cette dernière présente un « caractère nécessaire pour prévenir les risques d’atteinte à l’ordre public eu égard à la durée des défaillances d’approvisionnement causées par la grève ».

« Cette procédure [la réquisition des raffineurs, ndlr], déjà condamnée par l’Organisation internationale du travail, constitue une atteinte inacceptable au droit constitutionnel de grève et aux libertés fondamentales », défendent les syndicats dans leur texte conjoint.

Dans les raffineries Esso-ExxonMobil, la grève a pris fin vendredi. La direction de l’entreprise états-unienne a affirmé avoir conclu un accord avec la CFE-CGC et la CFDT autour pour une hausse de 6,5 % des salaires. Mais le mouvement continue sur les sites de Total, même après l’accord signé jeudi entre la direction de TotalEnergies et les syndicats CFDT et CFTC. Le texte prévoit une hausse de 5% à 7% des rémunérations (salaires et primes individuelles). La CGT ne l’a pas signé et demande une hausse de 10 % pour répondre à l’inflation.


 


 

« Demain, nous marcherons
pour nos salaires, pour nos retraites et pour le droit de grève »

À la veille d’une grande grève interprofessionnelle, Vincent Gautheron, membre de la commission exécutive de la CGT, est l’invité de #LaMidinale

sur : http://www.regards.fr/la-midinale/article/demain-nous-marcherons-pour-nos-salaires-pour-nos-retraites-et-pour-le-droit-de

une vidéo : https://youtu.be/kBez9Mk3hLw

publié le 16 octobre 2022

Grève de 4 syndicats
le 18 octobre :
vers une généralisation ?

Guillaume Bernard sur https://rapportsdeforce.fr/

Coup de tonnerre. En quelques jours, le patronat et le gouvernement ont réussi le tour de force d’unir contre eux 4 organisations syndicales. Ce 18 octobre, la CGT, Solidaires, la FSU mais aussi Force Ouvrière lancent une grève interprofessionnelle pour l’augmentation des salaires. Une journée qui en appelle d’autres, à condition que la mobilisation soit puissante dans les entreprises. Tour d’horizon des forces en présence.

Grève qui dure dans les raffineries, flot de mépris répandu par Total, réquisition des grévistes par le gouvernement. Depuis une semaine, la bataille pour les augmentations de salaire s’emballe. Jusqu’à ce que la CGT tente un coup et fixe une prochaine date de grève interprofessionnelle le 18 octobre. Cette fois la perspective d’un mouvement long semble plausible. Les communiqués d’appel à la grève émanant des diverses fédérations CGT engagées dans la lutte essaiment, ils évoquent des grèves reconductibles.

Si la CGT, à la manœuvre dans les raffineries, se veut la locomotive du mouvement, elle est déjà rejointe par l’union syndicale Solidaires, puis par la FSU, les organisations de jeunesse et par Force Ouvrière. Le ralliement de FO au mouvement est une nouvelle de taille puisque le syndicat n’avait pas participé à la dernière journée de grève interprofessionnelle, le 29 septembre.

Alors, déjà, l’idée d’une grève générale nait dans les esprits les plus échauffés. « Mais on n’appelle pas à la grève générale », répète inlassablement Philippe Martinez au micro de BFM TV ce jeudi matin. Le conflit larvé pour les augmentations de salaire a certes changé de nature, mais une mobilisation forte reste à construire. Certains secteurs sont plus engagés que d’autres dans la batailles. Certains sortent déjà de longs mois de conflit. Sans parler des déserts syndicaux, difficiles à mobiliser.

 Les raffineries tiennent

Fer de lance de la lutte contre les salaires, les raffineries restent en grande majorité en grève, malgré l’annonce des réquisitions. Chez ExxonMobil, où le mouvement dure depuis le 20 septembre, les travailleurs de la raffinerie de Fos-sur-mer ont voté la reprise du travail. En revanche, chez TotalEnergies, la raffinerie de Donges est entrée en grève ce 12 octobre. « C’est l’annonce des réquisitions qui a clairement mis le feu aux poudres », nous explique David Arnould, raffineur cégétiste à Donges. Le syndicat FO du groupe Total a également rejoint la CGT, exaspéré par les manœuvres de sa direction. Après avoir éhontément menti sur les salaires des raffineurs, celle-ci a annoncé dans la presse concéder des augmentations de salaire de 6% pour 2023…quand la CGT demande 10% dès 2022. Malgré les premières réquisitions, les raffineries restent donc dans la lutte. Des négociations doivent avoir lieu avec la direction de Total ce soir à 20h.

L’énergie se veut à l’impulsion

Dans la foulée de l’annonce des réquisitions dans les raffineries, les yeux se sont naturellement tournés vers l’énergie, où huit réacteurs nucléaires sont touchés par des mouvements de grève. Ce matin, la Fédération Nationale des Mines et Énergies de la CGT (FNME-CGT) a publié un communiqué appelant à l’élargissement de la grève dans toutes les entreprises de l’énergie dès le 18 octobre. Mais la FNME-CGT était-elle prête à rentrer dans la bataille ? La puissante fédération CGT de l’énergie semblait en effet plutôt en train de clore un conflit mené depuis plusieurs mois avec les patrons du secteur.

Il ne faut pas oublier une chose. Dans la branche des industries électriques et gazières (IEG) qui concentre plus de 160 entreprises et près de 140 000 salariés, les grèves durent depuis déjà des mois. « On ne sait pas si c’est nous qui rejoignons les raffineurs ou si c’est eux qui nous ont rejoint », fait remarquer Frédéric Ben, responsable fédéral de la CGT-FME en charge des industries gazières.

En effet, le 2 juin, la CGT, la CFE-CGC, la CFDT et FO ont entamé une séquence de lutte en appelant à une journée de grève au niveau de la branche. Objectif : obtenir 4,5% d’augmentation du salaire national de base (SNB). Après plusieurs journées de grèves fortement suivies, comme souvent dans ce secteur, les deux syndicats patronaux de la branche ont finalement proposé 3,6% d’augmentation du SNB. Une offre supérieure aux dernières augmentations obtenues (le SNB n’augmentant habituellement que de 0 à 0,3% par an) mais toujours en deçà de l’inflation. Les syndicats ont jusqu’au 17 octobre pour donner leur accord. La FNME-CGT était donc en train de consulter ses adhérents lorsque l’idée de venir rejoindre la grève des raffineries est venue la percuter. « Depuis le départ nous sommes pour la convergence des secteurs en lutte, il nous semblait normal de soutenir nos camarades », explique Fabrice Coudour, secrétaire fédéral FNME.

En plus de se battre pour des revalorisations dans leur branche, les salariés des IEG ont aussi mené des luttes spécifiques à leurs entreprises. C’est pourquoi, avant même le 2 juin, une multitude de conflits avaient lieu dans des entreprises comme RTE, Storengy, Elengy, Grdf… Dans certaines d’entre-elles, les grévistes ont déjà remporté des batailles conséquentes. C’est le cas chez Storengy, où un protocole de fin de conflit a été signé le 22 juillet. Dans cette entreprise, qui ne gère rien de moins que les stocks de gaz français, les augmentations négociées culminent à près de 10%. « Ça pourrait paraître compliqué de redémarrer la grève après la victoire du 22 juillet, mais rien n’est joué. De nouvelles négociations vont démarrer fin octobre », explique Frédéric Ben, secrétaire général FNME. En revanche, d’autres entreprises de la branche sont toujours en grève, comme GRDF.

 La SNCF retourne au charbon

 A la SNCF, la dernière journée de grève nationale pour les salaires remonte au 6 juillet à l’appel de la CGT-Cheminots, de Sud-Rail, mais aussi de la CFDT. Depuis huit ans, les travailleurs de la SNCF n’avaient pas bénéficié d’une augmentation de salaire. Ce jour-là, ils ont finalement obtenu une augmentation moyenne de 3,7% pour les petits salaires et 2,2% pour les cadres. Un résultat toujours en deçà de l’inflation. Il reste difficile de mesurer a priori le niveau de mobilisation des cheminots. Mais pour ce 18 octobre la fédération CGT-Cheminot, premier syndicat de l’entreprise, ne veut pas rater le coche. « Nous allons répondre à l’appel à l’élargissement de la mobilisation », a déclaré à l’AFP Laurent Brun, son secrétaire général.  « Les cheminots se projettent beaucoup dans les revendications salariales et ils sont aussi révulsés par la réquisition. Ils se disent : les prochains, c’est nous. Nous serons en grève le mardi 18 octobre et peut-être même au-delà », continue le secrétaire général. A la SNCF, d’autres syndicats sont susceptibles de prendre part à la grève du 18 octobre. SUD-Rail a déjà annoncé entrer en grève reconductible dès le lundi 17 octobre sur le technicentre du Landy. La fédération SUD-Rail appelle également à la grève du 18 octobre et appelle les grévistes à se réunir en assemblées générales pour décider de la suite du mouvement.

La RATP en embuscade

 Secteur fer de lance de la dernière grande mobilisation contre la réforme des retraites, en 2020, les syndicats de la RATP ne se sont pas fait particulièrement remarquer sur la question des salaires. Il faut rappeler qu’ils sont engagés sur deux fronts : celui de l’inflation, certes, mais aussi sur celui de l’ouverture à la concurrence du secteur des bus et tramways. Le 23, 24 et 25 mai les salariés avaient observé une grève particulièrement suivie à ce sujet.

Cela n’empêche pas la CGT-RATP d’appeler à la grève pour les augmentations de salaire ce 18 octobre. Mais elle n’est pas majoritaire dans tous les secteurs du groupe. Chez les conducteurs de métro par exemple, c’est Force ouvrière qui est le premier syndicat. Le ralliement de FO à l’intersyndical pourrait donc augmenter fortement la mobilisation à la RATP. Toujours est-il que les annonces d’une grève le 18 octobre ont mis en branle plusieurs piquets, comme celui du dépôt de bus des Lilas (Seine-Saint-Denis), entré en grève dès aujourd’hui.

 L’ éducation professionnelle lance une grève inédite

 De façon inédite, l’ensemble des fédérations syndicales de l’enseignement professionnel appellent à la grève mardi 18 octobre. Leur appel a été déposé bien avant le conflit dans les raffineries. Elles s’opposent au projet de réforme de la voie professionnelle mené par le gouvernement. Si celui-ci n’a pas encore été clairement exposé, il a fait l’objet de nombreuses déclarations. Les enseignants se doutent donc de son contenu. La réforme ferait la part belle aux entreprises dans la formation de jeunes majoritairement issue des milieux les moins favorisés. Tout cela dans un contexte de « pénurie » de main-d’œuvre dans certains secteurs d’activité. Les personnels craignent ainsi que la dimension citoyenne ou émancipatrice de l’éducation soit vidée de sa substance et que cette réforme signe à moyen terme la fin de l’enseignement professionnel.

Les enseignants pourraient donc être fortement mobilisés ce 18 octobre. Rappelons que le 29 septembre, les taux de grévistes ont avoisiné les 20% et 30% dans le premier et second degré respectivement « Entre les augmentations de salaire qui ne viennent pas, les classes sans profs et la réforme des retraites, on a un cocktail explosif qui met les enseignants dans la rue », expliquait alors Sophie Venetitay, secrétaire générale du SNES-FSU.

Grande distribution discrète mais présente

Secteur discret, car épars, l’agro-alimentaire est pourtant particulièrement mobilisé sur la question des salaires. Le 29 septembre, la CGT recensait près de 400 appels à la grève. « Le taux de grévistes allant de 30% à 100% des salariés dans les entreprises de ce secteur, cela représente, au bas mot, 50 000 grévistes », précisait la CGT.

Du mouvement dans l’automobile et l’aéronautique

Dans certaines entreprises de l’industrie automobile, le conflit sur les salaire dure depuis des mois. C’est le cas notamment chez Stellantis (fusion de PSA Peugeot-Citroën et FCA Fiat-Chrysler) où les salariés étaient en grève à Rennes ces derniers jours. De multiples batailles ont également lieu dans l’aéronautique, où les salariés de Daher et de Sabenas Technics, sous-traitants d’Airbus, sont eux aussi entrés en grève cette semaine à Toulouse.

publié le 14 octobre 2022

Mobilisations et grèves le 18 octobre pour l’augmentation des salaires
et la défense du droit de grève

sur www.cgt.fr

Communiqué intersyndical : le CGT, FO, FSU, Solidaires, FIDL, MNL, UNEF et VL.

Que ce soit dans les raffineries, l’agroalimentaire, les crèches, les transports publics, l’énergie et nucléaire, les organismes sociaux, les banque-assurances, les services informatiques, la maintenance industrielle, l’éducation, la santé, le commerce, la métallurgie… les salarié.e.s de très nombreux secteurs professionnels se mobilisent depuis des mois dans leurs entreprises ou leurs services pour revendiquer et gagner de légitimes augmentations de salaire, de meilleures conditions de travail, des emplois de qualité. Les jeunes se mobilisent aussi, pour leurs conditions de vie et d’études ainsi que pour une réforme des bourses ambitieuse.

Le mouvement des lycées professionnels, d’ores et déjà décidé pour le 18 octobre, s’inscrit dans cette dynamique.

Pourtant et alors qu’elles réalisent d’énormes profits, les entreprises de la branche Pétrole, en particulier Total ou Exxon, refusent d’accéder, aux exigences des salarié.e.s massivement mobilisés par l’ouverture immédiate d’une négociation sérieuse. Ces dernier.e.s réclament avant tout le rattrapage de l’inflation et une meilleure répartition des richesses créées par les travailleuses et travailleurs, alors que des milliards d’euros de dividendes ont été versés aux actionnaires.

C’est cette situation de blocage patronal qui crée aujourd’hui la pénurie de carburants. Mardi dernier, une limite a été franchie par le gouvernement, annonçant faire procéder aux réquisitions des salarié.e.s des raffineries et dépôts par les préfectures. Elles sont en cours depuis hier. Cette procédure déjà condamnée par l’OIT constitue une atteinte inacceptable au droit constitutionnel de grève et aux libertés fondamentales.

La mobilisation gagne des secteurs de plus en plus nombreux dans le privé comme dans le public. Elles et ils obtiennent par leurs actions avec leurs organisations syndicales l’ouverture de nouvelles négociations et des avancées salariales significatives. C’est aujourd’hui qu’il faut se mobiliser dans tous les secteurs professionnels, public comme privé.

C’est pourquoi les organisations syndicales et les organisations de jeunesse signataires décident d’appeler ensemble les travailleuses et travailleurs et la jeunesse à la mobilisation y compris par la grève le mardi 18 octobre pour l’augmentation des salaires, des pensions et minima sociaux, et l’amélioration des conditions de vie et d’études.

Elles appellent également les salarié.e.s, les retraité.e.s, les privé.e.s d’emploi et la jeunesse à se mobiliser pour la défense du droit de grève en participant aux rassemblements organisés devant les préfectures et sous-préfectures.

Le 18 octobre, elles s’engagent à organiser partout avec les jeunes et les salarié.e.s des différents secteurs professionnels des mobilisations et actions, dans les entreprises et les services.

Montreuil le 13 octobre 2022

 

 

 

 

Journée de grève du 18 octobre.
Philippe Martinez : « Pourquoi nous appelons à généraliser le mouvement »

Cyprien Boganda sur www.humanite.fr

Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, revient sur les revendications et les mobilisations des salariés du secteur. Avec d’autres syndicats, la CGT lance une journée d’action interprofessionnelle le mardi 18 octobre.


 

Le conflit social commence à faire tache d’huile. Démarrée le 20 septembre, la mobi­lisation dans les raffineries s’étend peu à peu à d’autres secteurs, alors que ­redoublent les attaques gouvernementales. Avec d’autres syndicats, la CGT lance une journée d’action interprofessionnelle le mardi 18 octobre.

Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, interpelle la CGT : « Le blocage de tout le pays, c’est parfaitement inacceptable », assure-t-il. Par ailleurs, de nombreuses professions se plaignent de ne plus pouvoir travailler en raison du manque d’essence. Que répondez-vous aux critiques ?

Philippe Martinez : La CGT a demandé l’ouverture de négociations depuis plusieurs semaines sur la question des salaires et, jusqu’à présent, ni la direction de Total ni le gouvernement n’avaient jugé bon d’y répondre. Il a fallu attendre un conflit, dont l’exécutif a d’ailleurs minimisé l’impact au départ, en expliquant qu’il n’y avait aucun problème d’approvisionnement, pour qu’il se réveille. Le gouvernement et la direction de Total inversent les rôles : ce sont eux qui sont responsables de la situation.

Ce conflit revêt un caractère symbolique au vu de la situation financière du groupe : face à un PDG qui s’augmente de 52 % en un an mais qui refuse de partager les bénéfices réalisés, nous avons besoin d’un gouvernement qui fasse preuve de fermeté politique, pas qu’il renvoie dos à dos syndicats et direction…

Bien sûr, nous comprenons la colère des services d’urgences et des citoyens en général, mais il ne faut pas tomber dans le piège de la division : la faiblesse des salaires touche tout le monde dans notre pays, d’où la multiplication des grèves dans de nombreuses entreprises. Des procédures doivent être mises en place pour permettre aux professions du soin et du médico-social de travailler correctement, mais c’est au gouvernement de les organiser.

La direction de Total a fait, ce jeudi, une nouvelle offre aux grévistes, avec une augmentation des salaires de 6 % en 2023, ainsi qu’une prime équivalant à un mois de salaire. Suffisant, selon vous ?

Philippe Martinez : C’est aux salariés d’en décider, mais, ce qui est sûr, c’est que cette proposition ne correspond pas à la demande des syndicats de Total. La CGT réclame 10 % d’augmentation. Une négociation salariale ne se déroule pas de cette manière : en principe, direction et syndicats signent un accord de fin de conflit, qui prévoit des avancées et, ensuite, on demande aux salariés si cela leur convient.

Mais une direction qui dialogue toute seule et transmet ses propositions par voie de communiqué, cela n’a rien de démocratique. Que de temps et d’énergie perdus pour les salariés et les citoyens qui galèrent pour enfin ouvrir les négociations !

S’appuyant sur l’accord signé chez ExxonMobil par les syndicats majoritaires de l’entreprise, le gouvernement dénonce une grève minoritaire ...

Je rappelle que l’accord signé chez ExxonMobil ne correspond visiblement pas aux attentes des salariés, puisque ces derniers sont en grève ! Par ailleurs, je ne pense pas que l’exécutif soit le mieux placé pour donner des leçons de démocratie : les trois quarts de la population sont opposés au recul de l’âge de départ en retraite, ce qui ne l’empêche pas de maintenir son projet de réforme. Le gouvernement invoque la règle de la majorité quand ça l’arrange.

On assiste à une campagne de dénigrement des grévistes ces derniers jours. Comment l’analysez-vous ?

Philippe Martinez : C’est un classique des mobilisations : pour dresser les salariés les uns contre les autres, on fait passer les grévistes pour des privilégiés. Les cheminots connaissent ça par cœur. J’ai relu la grille des salaires de la branche chimie : elle montre que, dans ce secteur, deux niveaux de salaire démarrent en dessous du Smic et six coefficients en dessous de 2 000 euros.

Par ailleurs, il faut prendre en compte la réalité du travail : équipes de nuit, astreintes les week-ends, exposition aux produits dangereux, etc. Les chiffres de rémunération avancés par certains, de 5 000 euros brut par mois pour des opérateurs de raffinerie, sont totalement fantaisistes. Cependant, si les salariés de Total sont un peu mieux payés que d’autres, la CGT s’en félicite : nous réclamons une hausse de l’ensemble des salaires, pas un nivellement par le bas !

Vous appelez à une journée de grève dans toutes les entreprises, publiques comme privées, la semaine prochaine. Pourquoi ?

Philippe Martinez : Lors de la journée du 29 septembre, nous avons prévenu qu’il y aurait des suites. Nous y sommes. La question de la grève doit être débattue dans toutes les entreprises. Nous appelons d’ores et déjà à généraliser le mouvement démarré chez Total, même si nous connaissons la difficulté de faire grève pour de nombreux salariés, abonnés aux bas salaires. La colère sociale qui s’exprime dans le pays est légitime. Les mots d’ordre de la journée de la semaine prochaine y répondront : ils tourneront logiquement autour des salaires et du partage des richesses.

La problématique de la taxation des profits est plus que jamais posée, elle apparaît de manière plus prégnante chez Total, mais ce n’est pas le seul exemple. Je veux rappeler ici l’importance des mobilisations nationales : tout ne peut pas se régler au niveau des entreprises. La question de la hausse du Smic, par exemple, doit se décider à l’échelle du pays.

De même, nous réclamons le retour de l’échelle mobile des salaires, c’est-à-dire l’indexation des rémunérations sur l’inflation, afin que les salaires suivent la hausse des prix.

Comment jugez-vous la décision du gouvernement de procéder à des réquisitions de grévistes ?

Philippe Martinez : Nicolas Sarkozy avait fait de même lors des grèves de raffineries de 2010, sur fond de réforme des retraites. Nous disons que cette mesure contrevient au droit international. En 2010, l’Organisation internationale du travail (OIT), émanation de l’ONU, avait d’ailleurs critiqué la France pour cela, en estimant qu’il s’agissait d’une attaque contre le droit de grève. Bien sûr, elle n’a pas les moyens juridiques de condamner la France, puisqu’elle ne peut faire que des recommandations. Mais cela a du poids.

L’utilisation par l’actuel gouvernement de l’arme des réquisitions nous inquiète d’autant plus que cela s’inscrit dans un mouvement plus global, en Europe, pour restreindre le droit de grève. Nous nous battons contre cette remise en cause.

 

ublié le 12 octobre 2022

Réquisition des raffineries ExxonMobil : le droit de grève piétiné

Guillaume Bernard sur https://rapportsdeforce.fr

Elisabeth Borne a annoncé la réquisition des raffineries ExxonMobil. La négociation salariale, louée jusqu’alors par le gouvernement, ne convient plus lorsqu’elle se fait avec un rapport de force réel. A ce moment-là, l’Etat révèle son vrai visage et foule aux pieds le droit de grève.

« J’ai demandé aux préfets d’engager la procédure de réquisition des personnels indispensables au fonctionnement des dépôts d’EssoxxonMobil », a déclaré Elisabeth Borne ce mardi, depuis l’Assemblée nationale. Le coup de force du gouvernement planait sur la grève des raffineurs depuis 24h déjà, le voilà établi et assumé.

Réunis aujourd’hui sur les piquets des raffineries à l’appel de la FNIC-CGT (fédération CGT des industries chimiques), les militants s’y attendaient et n’avaient pas hésité à mettre en garde le gouvernement. « S’il font cela ce sera pris comme une déclaration de guerre », a-t-on répété du côté de la CGT TotalEnergies, mais aussi de la FNIC-CGT et de l’Union départementale des Bouches-du-Rhône. Pas de quoi inquiéter le gouvernement, ni même le faire réfléchir à la quasi illégalité du procédé. Quelques heures plus tard, la guerre était effectivement déclarée et la première ministre tentait déjà de la légitimer, voire de l’étendre. Car si aucun accord avec la direction n’est trouvé chez TotalEnergies, les grévistes sont les prochains sur la liste. L’Etat est clairement passé à la vitesse supérieure.

S’appuyer sur le revirement de la CFDT

Jusqu’alors, le gouvernement avait toujours refusé de s’immiscer dans les négociations salariales. Bien souvent à l’avantage des employeurs. Mais lorsque le pouvoir de blocage des travailleurs devient trop gênant, comme dans le cas des raffineries ExxonMobil en grève depuis 20 jours, force est de constater que le non interventionnisme ne tient plus. Non. Lorsque les pompes à essence sont vides, Elisabeth Borne sait mieux que les salariés eux-mêmes quelles conditions de rémunération ils doivent accepter. Et elle ne se prive pas de le rappeler devant les députés : « Ce ne sont pas des accords à minima que proposent la direction d’ExxonMobil ». Sous-entendu : acceptez-les. Forte de cette déclaration la première ministre, n’a plus qu’à attribuer la responsabilité des désagréments liés à la grèves aux grévistes eux-mêmes, voire directement à leurs syndicats, pour les décrédibiliser. « Une partie des organisations syndicales veut continuer ce blocage, alors qu’un accord a été trouvé, nous ne pouvons pas l’accepter », continue l’ex-ministre du travail.

De fait, hier soir, la CFDT ExxonMobil a annoncé qu’elle signerait bien l’accord proposé par la direction dans l’après-midi. A savoir : 5,5% d’augmentation générale des salaires (plancher de 125€), 0,5% d’augmentation individuelle. 3000€ de prime Macron et 750€ de prime transport. Par cette décision, elle rejoignait la CFE-CGC, premier syndicat du groupe. Ce dernier avait déjà fait part de sa volonté d’accepter ces propositions dès septembre. A eux deux, les syndicats se retrouvent majoritaires et l’accord est validé. Mais la grève n’est pas levée pour autant. Quelques heures plus tôt, sa reconduction était votée sur les piquets de Notre-Dame-de-Gravenchon et de Fos-sur-Mer. Les grévistes continuaient à demander 6% d’augmentation générale (plancher de 170€) et 1,5% d’augmentations individuelles. Une décision inacceptable pour Elisabeth Borne, qui selon elle, délégitimait la grève.

Mais la ministre oublie sans doute une chose : en France une grève n’a nullement besoin d’être majoritaire pour être légitime, encore moins pour être légale. Et si une mobilisation est suffisamment massive pour empêcher une raffinerie de tourner, il ne s’agit pas là d’un « blocage », comme l’assure Elisabeth Borne, mais du simple exercice du droit de grève. Rien à faire, le gouvernement ne l’entend pas ainsi et demande la réquisition des grévistes.

 La réquisition chez ExxonMobil, un procédé illégal ?

La réquisition ? « Sarkozy l’a déjà fait en 2010 », nous rappelle Sébastien Saliba, secrétaire général CGT de la raffinerie de Feyzin. En pleine bataille contre la réforme des retraites, sur ordre du gouvernement, les préfectures avaient ainsi pris des arrêtés pour que les grévistes des raffineries se remettent au travail. Pour établir ces arrêtés, toute la subtilité juridique consistait alors à évaluer combien de salariés étaient nécessaires pour que les raffineries puissent assurer le fonctionnement de services jugés essentiels. La santé, la police notamment. Il ne fallait pas non plus remettre tous les raffineurs au travail, auquel cas on portait atteinte au droit de grève.

Dans cette bataille juridique, la CGT avait saisi le Conseil d’Etat et avait réussi à faire annuler certaines réquisitions, d’autres non, rappelle France Info. A l’issue de cette séquence, l’Organisation Internationale du Travail (OIT) avait critiqué le comportement de l’Etat français, lui reprochant d’avoir tranché le conflit trop unilatéralement.

Comment les choses vont-elles se passer cette fois-ci ? Impossible de le prévoir, mais outre la bataille juridique à venir, les grévistes des raffineries ont déjà fait part de leur volonté d’obtenir du soutien de la part des autres salariés du pays, eux-aussi touchés par l’inflation. La bataille n’est donc pas terminée.

Le recours à la réquisition reste un véritable aveu de faiblesse de la part de l’Etat. Tant dans son incapacité à faire respecter le droit de grève, que dans son inaptitude à peser sur les choix des multinationales du pétrole. Rappelons tout de même que les grévistes d’ExxonMobil demandaient simplement une augmentation générale des salaires d’à peine 1,5 point supérieure à ce que voulait bien leur donner leurs patrons. Patrons dont l’entreprise a réalisé 17,5 milliards de dollars au seul second trimestre 2022.


 


 

Fébrilité et servilité

Stéphane Sahuc sur www.humanite.fr

Le gouvernement redoute un effet d’entraînement d’une victoire de la lutte sociale dans les raffineries et s’aligne sur les intérêts des actionnaires des multinationales pétrolières et verse dans l’illégalité.

Présenter les grévistes des raffineries comme des nantis égoïstes qui prendraient en otage des salariés pauvres et dépendants de leur véhicule est aussi original que dénoncer ces « privilégiés de cheminots qui bloquent la France ». Mais la dialectique de la prise d’otages a ceci de pratique qu’elle justifie a priori toutes les actions pour libérer lesdits otages. Réquisition des salariés, déblocage de sites par la force, rien ne serait illégitime aux yeux d’un gouvernement plus facilement disposé à s’asseoir sur le droit de grève qu’à s’en prendre aux superprofits.

Pour mémoire, outre les augmentations pour ses hauts dirigeants, Total a gratifié ses actionnaires de 2,6 milliards d’euros, en plus des dividendes réguliers. Un « pognon de dingue » qui ne ruisselle pas plus dans les poches des salariés que dans les caisses de l’État. Les exigences des grévistes ne sont pas de nature à mettre les pétroliers sur la paille. FO estime ainsi à 11 millions d’euros le coût des revendications chez ExxonMobil. Or, chaque jour de grève prive le groupe de 3 millions d’euros.

Pourtant, ce n’est pas sur les directions que le gouvernement met la pression. L’annonce par Élisabeth Borne de la réquisition des personnels du groupe ExxonMobil prouve la fébrilité et la servilité du gouvernement. La réquisition des salariés grévistes est notamment encadrée par le Code de la défense, dans des situations rares comme un contexte de guerre. En 2010, le tribunal administratif de Melun avait d’ailleurs estimé que la réquisition de la quasi-totalité du personnel de la raffinerie Total de Grandpuits (Seine-et-Marne) par le préfet avait porté une « atteinte grave et manifestement illégale au droit de grève ». Si le gouvernement, applaudi par la droite et le RN, est prêt à faire feu de tout bois pour casser la grève, délégitimer le mouvement social et opposer entre eux les salariés de notre pays, c’est parce qu’il a une peur bleue de l’effet d’entraînement que pourrait avoir une victoire sociale en cette rentrée. L’enjeu pour le pouvoir est d’en finir avant la marche du 16 octobre. Quoi qu’il en coûte, y compris en versant dans l’illégalité.

publié le 10 octobre 2022

À Ganges les populations exigent le maintien
de leur maternité

Par Jean-Marie DINH sur https://altermidi.org/

Plus de 500 personnes, Gangeoises, Gangeois et populations des communes alentours, bien souvent accompagnées de leurs élu.e.s locaux.ales se sont rassemblées jeudi 6 octobre devant la clinique Saint-Louis de Ganges pour exiger le maintient de la maternité.

Les déserts médicaux sont devenus un vrai mal de la société française. On le mesure concrètement quand on réalise, comme à Ganges, que le départ d’un gynécologue à la retraite peut soudainement faire disparaître un service public essentiel à 30 000 personnes. La mobilisation citoyenne unitaire qui a rassemblé hier plus de 500 personnes permet aussi d’observer comment la défense d’une maternité en zone rurale fédère les populations et les élu.e.s locaux.ales autour du droit à disposer d’un service public, quand bien même il est géré par une clinique privée.

L’établissement est menacé de fermeture faute de médecin : après qu’un gynécologue-obstétricien a fait valoir ses droits à la retraite, l’appel à candidature lancé en juin dernier par la clinique n’a jusqu’à présent reçu aucune candidature. La direction de l’établissement a annoncée qu’elle fermerait le service si elle se trouvait dans l’impossibilité de pourvoir le poste d’ici la fin de l’année.

Devant la maternité, les prises de paroles se sont succédé pour évoquer le droit d’être informé.e : « Pourquoi apprend-on cela dans la presse ? Dans une situation comme celle-là, le maire ne peut pas prendre les décisions tout seul dans son coin ; ceux sont tous.tes les citoyen.ne.s qui sont concerné.e.s. Ils.elles doivent prendre part aux décisions. »

Depuis le début de l’année, près de 200 bébés sont nés dans la maternité, 250 devraient voir le jour d’ici la fin de l’année. « Pense-t-on à toutes les femmes enceintes actuellement et à leurs familles qui ne savent pas ce qu’il va advenir ? Elles ne savent pas s’il faudra qu’elles se rendent à Montpellier, à Nîmes ou à Alès en prenant la route à la dernière minute. (…) Nos têtes sont pleines de questions sur les nombreuses conséquences qu’occasionnerait la fermeture », confie une membre du personnel, « va-t-on saturer les pompiers ? »

Un représentant syndical évoque l’impact d’une fermeture sur les salarié.e.s : « Que vont devenir des 14 salarié.e.s de l’étage de la maternité ? Conserveront-ils.elles leurs postes ? Vont-ils.elles être muté.e.s dans d’autres établissements loin de chez eux.elles ? »

Alerte des personnels sur les risques liés à la fermeture

Le témoignage des sage-femmes de la Clinique Saint-Louis pointe quand à lui les nombreux risques qu’induirait la fermeture. « Un centre IVG-maternité à plus d’une heure de transport accroît les risques d’accouchement inopiné, mais aussi s’il y a la nécessité d’une prise en charge d’urgence. La fermeture aura aussi des conséquences sur les IVG puisque les IVG médicamenteuses ne seront plus assurées par l’établissement. À plus d’une heure de route cela peut peser sur la décision des jeunes femmes. Cela peut également créer des situations de détresse pour les femmes enceintes qui seraient déplacées en ville sur 15 jours. Les accouchements seront-ils déclenchés ? — ce qui est considéré comme de la violence obstétricale. Enfin, il y a actuellement une recrudescence d’accouchements à domicile qui sont accompagnés par une sage-femme. Si la maternité ferme, cela ne sera plus possible. Certaines nous ont déjà fait savoir qu’elles accoucheraient sans assistance, ce qui représente un risque en cas d’hémorragie. »

« Ce n’est pas un problème d’argent »

Face à tous ces tourments parfois mêlés de colère, Lamine Gharbi, le président du groupe Cap Santé1 est apparu magnanime et pragmatique : « Le service nécessite trois gynécologues-obstétriciens, il est aujourd’hui clairement menacé. Durant 60 jours j’ai eu recours à des remplaçants qui viennent sur des missions courtes. Ils remplissent leur mission sans connaissance de l’établissement et du service, et repartent. On les appelle des mercenaires2. Je ne peux pas prendre le risque médical d’avoir une équipe avec laquelle je ne suis pas en confiance. »

Un appel à candidature a été lancé en juin dernier. M. Lamine Gharbi affirme n’avoir reçu aucune candidature pour des postes dont le salaire s’élève à 10 000 euros mensuel. « Je cherche des gynécologues-chirurgiens. Ce n’est pas un problème d’argent, précise-t-il, la maternité a toujours été déficitaire et c’est l’ARS (l’Agence régionale de Santé) qui compense. Il n’y a plus de médecin, c’est tout. C’est simple, c’est triste, affreux, mon devoir est de vous informer que si nous ne trouvons pas de candidats, le risque pour les femmes est plus important que celui de prendre la route… »

La politique de santé mise en question

Alors que le maire de Ganges, Michel Fratissier, et le sénateur Henri Cabanel s’attachent à gérer l’urgence en organisant un tour de table, les habitant.e.s du bassin de vie mobilisé.e.s distinguent les causes des conséquences. Au micro un élu met en question les politiques publiques de santé : « La question des déserts médicaux n’a pas été traité comme elle le devrait. Il faut analyser comment les choses se passent, comment elles se sont dégradées, et quelles sont aujourd’hui les solutions. »

Au delà du cas par cas qui consiste à gérer la pénurie, les solutions existent mais elles ne peuvent être que structurelles et nécessitent un changement de cap politique. L’absence de candidats ou le caractère isolé du territoire ne sont pas les seules explications. Le recours à la télémédecine, qu’il est nécessaire de développer, n’est en rien un remède à la désertification médicale, ce qui apparaît clairement dans le cas d’une maternité. La télémédecine ne remplace pas un service. Seule une réforme structurelle de l’ensemble du système de santé, à partir de ses valeurs fondamentales qui en ont fait son succès, résoudra la question des déserts médicaux. Cela passe par le renforcement de la responsabilité et de l’autonomie des professionnel.elle.s de santé et des usager.ère.s.

Rétablir l’équité territoriale

Partout dans l’hexagone, les inégalités territoriales d’accès aux soins ne cessent de se creuser. Une partie croissante de la population peine à organiser son parcours de soins. Les menaces qui pèsent sur la maternité de Ganges s’ancre très concrètement dans la réalité des habitant.e.s. Elles comportent aussi une dimension symbolique touchant à l’avenir du territoire.

Dans la soirée du 6 octobre, après la mobilisation, une réunion était programmée à huis clos sur l’avenir de la maternité, qui réunissait élu.e.s locaux.ales, parlementaires, patron de l’ARS et le président du groupe Cap Santé, mais aucun représentant des citoyens.

Le comité d’action a prévu de suivre l’affaire de près. Il n’entend pas baisser les bras et porte bien haut le slogan : “Une maternité qui disparaît, c’est un territoire qu’on stérilise”.

Notes :

  1. Le groupe Cap Santé comporte aujourd’hui 18 établissements, organisés en filières, avec des cliniques chirurgicales, une clinique psychiatrique, un service d’hospitalisation à domicile, des établissements de soins de suite et de réadaptation, des EHPAD, une crèche ainsi que des sociétés d’ambulances et un service de télémédecine. Il dispose de 900 lits dans la région, et emploie 1 552 salariés dont 300 médecins.

  2. Ces personnels exigent jusqu’à 3 000 euros pour 24 heures.

publié le 8 oct 2022

Grèves à TotalEnergies:
la CGT prête à limiter ses revendications aux salaires
et négocier dès lundi

Agence France-Presse repris par www.mediaprt.fr

Samedi 8 octobre 2022 à 17h33. La CGT, qui mène les grèves en cours chez TotalEnergies, se dit prête à entamer des négociations dès lundi sur la question unique de la hausse des salaires, laissant de côté ses revendications d’embauches et d’investissements, selon une lettre ouverte adressée samedi au PDG du groupe.

« Dans le but de sortir de la situation de blocage, nous réitérons notre demande d’ouverture de négociations, en espérant que vous l’entendiez enfin. Nous nous tenons prêts pour les entamer dès lundi sur la base de notre revendication salariale seule », écrit Éric Sellini, coordinateur CGT chez TotalEnergies, dans cette lettre adressée au PDG du groupe, Patrick Pouyanné et diffusée sur Twitter.

La CGT réclame 10% d’augmentation sur 2022 - 7% pour l’inflation, 3% pour « le partage de la richesse » alors que le groupe a réalisé 10,6 milliards de dollars de bénéfice au premier semestre.

De son côté, la direction rappelle qu’elle a octroyé des mesures salariales représentant une augmentation moyenne de 3,5% en 2022 et renvoie à une séance de négociations prévue le 15 novembre pour les salaires de 2023. Elle semble inflexible sur ce calendrier.

Outre la hausse des salaires, la CGT réclamait depuis plusieurs mois un « dégel des embauches » en France et « un plan massif d’investissements » dans l’Hexagone.

« Si ça peut faire avancer les choses, on laisse de côté pour l’instant la problématique des emplois et celle des investissements », a précisé M. Sellini à l’AFP.

Le syndicat demandait notamment « de revoir en profondeur la question de l’intérim et des contrats courts », a ajouté M. Sellini.

« La situation de pénurie du pays, conséquence de l’impossibilité de discuter de mesures salariales avec la direction, provoque un fort mécontentement, et menace de ralentir l’économie du pays », ajoute le courrier pour justifier cette concession, rappelant également le soutien du gouvernement aux hausses de salaires.

« Les salariés de notre entreprise, par leur travail, ont permis au Groupe d’obtenir des bénéfices stratosphériques », poursuit sa lettre. « Pour preuve la capacité de la direction générale à dégager extrêmement rapidement une enveloppe exceptionnelle de 2,62 milliards d’euros à destination des actionnaires. »

« On est allé très vite pour rémunérer les actionnaires mais on dit aux salariés qu’il est urgent d’attendre : pourquoi cette différence de traitement ? », s’est interrogé Thierry Defresne, secrétaire CGT du comité européen TotalEnergies, joint par l’AFP.

Le PDG de TotalEnergies Patrick Pouyanné ne s’est pas exprimé publiquement à ce jour sur la grève, mais dans une vidéo interne au groupe mardi, il a reconnu que « les résultats de la compagnie sont exceptionnels en 2022 » et déclaré « nous ne vous oublierons pas ».

Interrogé samedi sur France Inter, le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger a pour sa part désapprouvé ces « grèves préventives », jugeant nécessaire de passer d’abord par la négociation.

publié le 6 octobre 2022

Montpellier : les pros de la petite enfance mobilisées pour la reconnaissance de leur travail

sur https://lepoing.net/

Comme partout en France, les professionnelles de la petite enfance de Montpellier sont en grève ce jeudi 6 octobre. De nombreux établissements de la ville sont impactés par le mouvement, et un rassemblement a eu lieu devant l’Hôtel de Ville dans la mâtinée.

Le mouvement, national, est appuyé sur les préavis de grève déposés par la CGT, SUD, le SNUTER-FSU, la FNAS FO et la CFDT, et est porté par le collectif Pas de bébés à la consigne, qui revendique dans son appel à la grève l’ouverture de places supplémentaires dans les centres de formation, la revalorisation des salaires, l’amélioration des conditions de travail. Mais ce qui remet le feu aux poudres, après de nombreuses mobilisations en 2020 et 2021, c’est la publication le 29 juillet d’un arrêté autorisant les établissements qui connaissent des difficultés de recrutement à embaucher des personnes du secteur sanitaire, médico-social et éducatif n’ayant pas nécessairement d’expérience auprès des jeunes enfants et surtout pas les diplômes requis pour travailler en crèche, qui bénéficieront seulement de 120 heures d’accompagnement dans l’emploi, assurées par des collègues déjà débordées. Qu’il s’agisse des éducatrices de jeunes enfants ou des auxiliaires puéricultrices, la pénurie de personnel se fait effectivement sentir dans les crèches, associatives comme municipales.

Les précédentes mobilisations en mars et mai 2019, en janvier 2020, puis en février 2021, à la fin du mois de mars 2021, et en juin de la même année, n’avaient pas réussi à empêcher la réforme des modes d’accueil dans les crèches, portée par Adrien Taquet, entrée en vigueur en septembre 2021.

Laquelle a notamment permis de réduire le taux d’encadrement professionnel des enfants, de diminuer la surface d’accueil par enfant et de déqualifier les personnels en autorisant l’administration de médicaments par du personnel non qualifié, et en faisant passer les ratios diplômés/qualifiés au sein du même établissement à 40%/60%.

Les grévistes dénoncent donc une même logique poussée toujours plus loin, au détriment à la fois de la reconnaissance de la pénibilité du métier (ports de charges répétitifs avec des enfants de plus de dix kilos, nuisances sonores, risques psychosociaux), des salaires, lesquels n’ont augmenté que de 0,54% entre le 1er janvier 2020 et le 1er janvier 2022 (une auxiliaire puéricultrice en public avec 20 ans d’ancienneté gagne 1600€ net mensuel environ ), et des conditions d’accueil des enfants. Déjà la CGT Services Publics compte davantage d’accidents de services, d’arrêts maladies, de burn-out, de démissions depuis l’entrée en vigueur de la réforme Taquet.

Seuls bénéficiaires de la réforme : les crèches privées, dont certaines sont cotées en Bourse. La Fédération Française des Entreprises de Crèche s’est félicité dans un communiqué de l’arrêté du 29 septembre. Médiacités vient d’ailleurs de publier une série d’enquêtes sur la montée en puissance des crèches privées. La logique est similaire à ce qui s’applique à de nombreux pans du service public sous gestion néo-libérale : dégrader le service, puis favoriser la marchandisation à tout va pour pallier à ces dégradations.

Devant l’Hôtel de Ville ce matin du 6 octobre, les quelques dizaines de grévistes présentes avaient elles de toutes autres solutions en tête : rendre son attractivité au métier par des hausses de salaires et des améliorations des conditions de travail, et par là même améliorer la qualité du service public pour enfants et parents.

Sur Montpellier, la grève a impacté de nombreux établissements. Les crèches Agropolis, La Galineta, Françoise Dolto, Clénonice Pouzin, Therese Sentis, Edelweiss, Robin des bois, les haltes-garderies L’oustal dou caganis, Mowgli, Europa Assas, Pitchot Nanet, Les Chats Bottés, André Chamson et Mary Poppins ainsi que le jardin d’enfants Les Boutons d’or étaient complètement fermées. Les crèches Le Petit Prince de Boutonnet, Louise Guiraud, La Petite Sirène, Pinocchio, Les Sept Nains, Adélaïde Cambon, Blanche Neige, les haltes-garderies Les Copains d’abord, La Coupole et L’île au trésor ont vu certaines de leurs sections fermées en raison du mouvement.
 

Pour le moment la seule réponse de Jean-Christophe Combe, ministre des Solidarités et de l’autonomie, est de demander en une réflexion de neuf mois sur la question des salaires. Certainement pas de quoi satisfaire les professionnelles en grève aujourd’hui…


 


 

Entre microcrèches
et crèches collectives,
un financement inégal

Loan Nguyen sur www.humanite.fr

Il n’y a pas qu’au niveau du taux d’encadrement que les microstructures bénéficient de dérogations : souvent investies par de grands groupes privés, elles sont avantagées sur le plan du financement par la CAF.

Elles ont le vent en poupe : alors que tous les autres types d’accueil de jeunes enfants (assistantes maternelles, crèches collectives, crèches parentales et familiales) déclinent dans le nombre de places fournies, les microcrèches, elles, progressent. Elles peuvent être publiques ou privées, mais bien souvent, elles appartiennent à des groupes de type Babilou ou People & Baby. D’après les derniers chiffres fournis par la CAF en 2021, ces petites structures proposaient, en 2019, 12,2 % des places d’accueil des tout-petits, contre 10,6 % l’année précédente ; 7 900 des 10 800 places créées en établissements d’accueil de jeunes enfants concernaient des microcrèches, plus spécifiquement des microcrèches financées par la prestation d’accueil du jeune enfant (Paje). Une subtilité technique qu’envient nombre d’autres structures, qui, elles, ne disposent pas d’autre choix que d’être financées par la prestation de service unique (PSU). « C’est inéquitable, il devrait y avoir un mode de financement égalitaire », déplore Émilie, directrice d’une crèche municipale, passée avant cela par deux crèches associatives.

Exigence de rentabilité

Concrètement, les professionnels de la petite enfance soumis à la PSU reprochent à ce type de financement une exigence de rentabilité à l’heure. « Nous ne sommes plus rémunérés à l’heure facturée mais à l’heure réelle, donc si une famille préfère faire 10 heures-16 heures au lieu de 7 heures-19 heures, ou si un enfant est malade ou absent, on n’est plus financés que pour ces heures-là », explique Cyrille Godfroy, cosecrétaire général du Syndicat national des professionnels de la petite enfance (SNPPE). Résultat : des changements de planning incessants et un vrai casse-tête pour les directeurs des structures. « On est obligés de faire du “tetris” en permanence, alors que c’est impossible d’optimiser la présence des enfants pour être rentables », dénonce Émilie. Les microcrèches, elles, ne sont pas soumises à une telle pression, puisqu’elles peuvent opter pour un financement Paje, c’est-à-dire que la structure facture l’intégralité des heures aux parents, qui eux touchent en compensation une aide de la CAF. Avec un reste à charge bien souvent plus important que dans les crèches collectives. « La tarification à l’heure dans les crèches, c’est un peu l’équivalent de la tarification à l’activité à l’hôpital », résume Julie Marty-Pichon, coprésidente de la Fneje (Fédération nationale des éducateurs de jeunes enfants). « Une des manœuvres pour empocher deux fois plus, pour les microcrèches, c’est la réservation de berceaux d’entreprise : la structure facture à la fois aux entreprises – qui elles se font défrayer par un crédit d’impôt familles – et aux familles, qui touchent des aides de la CAF », explique-t-elle.

« À l’origine, la création en 2007 des microcrèches devait répondre à des besoins dans les secteurs ruraux, mais c’est surtout le privé lucratif qui s’en est emparé pour ouvrir des structures dans des zones à forte demande », souligne Cyrille Godfroy. Au final, la petite enfance semble surtout être devenue un marché comme un autre. D’après l’Observatoire de la franchise, la taille du marché des crèches privées a pratiquement quadruplé depuis 2010 pour se rapprocher des 2 milliards d’euros en 2019. « Les collectivités ne sont pas suffisamment soutenues pour investir dans la petite enfance », déplore Julie Marty-Pichon. L. N.

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publié le 5 octobre 2022

Chez Camaïeu, l’heure des comptes

Ludovic Finez sur www.humanite.fr

Après une assemblée générale organisée mardi par la CGT, des salariés de l’enseigne, liquidée le 28 septembre, ont investi le siège de l’entreprise.

Sept jours après l’annonce de la liquidation de leur entreprise, les salariés de Camaïeu ont toujours besoin d’explications. C’est pour cela qu’ils se massent, ce mardi matin, devant les grilles du siège, à Roubaix, pour l’assemblée générale organisée par la CGT. Pour comprendre comment, deux ans après un premier redressement judiciaire, suivi d’une reprise déjà accompagnée de 500 licenciements et 120 disparitions de magasins, le tribunal de commerce a pu annoncer mercredi 28 septembre la fermeture, le samedi soir suivant, des 510 dernières boutiques et le licenciement des 2 600 salariés.

« L’actionnaire (HPB, le groupe de l’homme d’affaires bordelais Michel Ohayon – NDLR) n’avait aucun plan de financement, hormis la vente du siège et de l’entrepôt pour récupérer 14 millions d’euros », décrypte Thierry Siwik, délégué syndical CGT. « L’actionnaire demande à l’État de prendre en charge plus de deux tiers de l’apport nécessaire au plan de reprise, en plus de l’abandon de l’ensemble des dettes publiques existantes », avait réagi, de son côté, le ministère de l’Économie, interrogé par l’AFP. Les trois derniers jours d’ouverture des magasins ont généré 25 millions d’euros de chiffre d’affaires. Les salariés ont cru que cette somme pourrait alimenter une prime extralégale de licenciement. Elle ira plus probablement au remboursement d’une petite partie de la dette colossale de l’entreprise, évaluée à 250 millions d’euros.

Pister les transferts de fonds entre sociétés du groupe

« Les liquidateurs sont en train de recenser les actifs (de l’entreprise) pour les revendre au plus offrant », précise Thierry Siwik. Le délégué CGT veut croire que la messe n’est pas dite, évoquant « un projet de reprise chiffré et innovant, travaillé par une équipe rattachée à la directrice générale ». « Des partenaires financiers sont prêts à investir mais ce n’est pas suffisant, détaille-t-il. Nous faisons appel à l’État, à la région, aux entrepreneurs de la région… Il n’est pas question de baisser les bras. Cela fait trente-huit ans que cette entreprise existe et elle est toujours leader dans le prêt-à-porter féminin, elle ne peut pas disparaître comme ça ! »

La CGT a convié l’avocat Fiodor Rilov, connu pour son combat avec les Goodyear et les Conti. « Les chances d’une solution de reprise fiable et crédible sont extrêmement minces et le plan social sera au ras des pâquerettes. L’argent récupéré servira prioritairement aux créanciers », avertit d’emblée l’avocat. « C’est une raison supplémentaire de lancer une action en justice pour faire condamner les responsables de cette catastrophe », poursuit-il, en présentant un plan en deux temps. D’abord, une action en référé pour récupérer « les centaines ou milliers de documents qui dessinent une photo complète de ce qui s’est passé depuis trois ans, notamment les transferts de fonds entre Camaïeu et les autres sociétés du groupe ». Et, une fois certains faits établis, attaquer en justice pour obtenir réparation. « Je suis convaincu qu’un certain nombre d’engagements n’ont pas été respectés et même qu’on a fait le contraire », résume l’avocat.

« On ne va rien casser, c’est notre outil de travail »

Il a besoin, pour lancer le référé, du mandat individuel des salariés qui le souhaitent. Cette stratégie nécessite également leur mobilisation, insiste Fiodor Rilov : « Personne ne vous aidera, sinon vous-mêmes. Les larmes de crocodile de l’État, du gouvernement, de la région, je les vois à chaque fermeture. » En revanche, il espère que le comité social et économique (CSE), où la CGT n’est majoritaire que chez les employés, votera la désignation d’un expert qui poursuivra les mêmes objectifs. « Pour l’action en justice, on n’a rien à perdre », nous confie Paulo Miranda, 50 ans, employé à la logistique après un licenciement pour inaptitude d’une boîte du BTP, il y a dix ans. « J’ai travaillé en abattoir et en charpente-construction, je me suis donc déjà reconverti », commente-t-il.

« On ne sauvera des emplois que si on se mobilise », reprend Thierry Siwik, qui reste persuadé qu’une reprise est possible. Des rassemblements à Paris « devant les ministères » et une manifestation à Roubaix seraient déjà en préparation. La première action symbolique ne se fait pas attendre. À peine les prises de parole achevées, un groupe de salariés se dirige vers le portail d’entrée. Devant le refus de les laisser passer, une grille est forcée et le hall de l’entreprise investi dans le calme. « On ne va rien casser, puisque c’est notre outil de travail », insiste Thierry Siwik, avant d’organiser une présence tournante dans l’entreprise.

publié le 5 octobre 2022

En cinq ans,
comment la vague #MeToo
a changé le monde

Alexandre Fache sur www.humanite.fr

Sexisme. Fin 2017, l’affaire Weinstein déclenchait une libération massive de la parole des femmes victimes de violences sexuelles. Mais, en France, faute de volonté politique, la réponse judiciaire n’est toujours pas à la hauteur de cette révolution.

Une vague, une révolution, un séisme, une déflagration… Le mouvement, né en octobre 2017, des révélations sur le comportement de prédateur sexuel du producteur hollywoodien Harvey Weinstein, a été affublé de bien des qualificatifs. Tous décrivent l’onde de choc massive qu’a constituée cette affaire, à l’origine d’une libération de la parole inédite et (quasi) planétaire des femmes victimes de violences sexuelles, symbolisée par le mot-dièse #MeToo.

Qu’en reste-t-il, cinq ans après, en France singulièrement, où un autre mot-clé a été lancé au même moment, #BalanceTonPorc, par la journaliste Sandra Muller ? Les femmes se sentent-elles plus légitimes à dénoncer harcèlement, agressions ou viols ? Et surtout, cette parole est-elle mieux prise en compte par la police et la justice ? Plus largement, l’égalité femmes-hommes, instituée en « grande cause » du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, et la lutte contre les violences ont-elles connu des avancées à la hauteur de la déflagration d’octobre 2017 ?

Octobre 2017, une révolution s’enclenche

C’est la presse américaine qui allume la première mèche de ce feu qui brûle encore aujourd’hui. Le 5 octobre 2017, le New York Times publie de premières révélations sur la façon dont Harvey Weinstein utilisait sa position de producteur influent pour obtenir des faveurs sexuelles. Cinq jours plus tard, le magazine New Yorker enfonce le clou avec une enquête signée Ronan Farrow, dans laquelle Asia Argento et deux autres actrices accusent le producteur-prédateur de les avoir violées.

Le 15 octobre, un tweet de la comédienne Alyssa Milano lance définitivement la vague, en offrant à cette libération de la parole la puissance des réseaux sociaux, au-­delà du cas Weinstein. « Si vous avez été harcelée ou agressée sexuellement, écrivez “me too” (moi aussi) en réponse à ce tweet », invite l’actrice révélée par la sitcom Madame est servie.

Le mot-dièse #MeToo, créé dès 2006 par la militante afro-américaine Tarana Burke, discret jusque-là, devient alors viral et les témoignages affluent par milliers. « Ce n’est que le début. Ce n’est pas un moment, c’est un mouvement », promet Tarana Burke à la télévision américaine, en décembre 2017. Elle avait raison.

En France, la journaliste Sandra Muller utilise aussi Twitter, dès le 13 octobre, pour encourager les victimes à dénoncer leurs agresseurs : « #BalanceTonPorc ! Toi aussi raconte en donnant le nom et les détails un harcèlement sexuel que tu as connu dans ton boulot. » Avant, quelques heures plus tard, de pointer son harceleur, Éric Brion, l’ex-patron de la chaîne Equidia. Poursuivie pour diffamation, Sandra Muller sera d’abord condamnée en première instance, mais blanchie en appel et en cassation, au « bénéfice de la bonne foi ».

Interrogée par l’AFP, elle dit aujourd’hui ne pas regretter son tweet. « Ça a complètement ruiné cinq années de ma vie, mais quand on a les moyens de faire changer une société pour installer de meilleures règles, (…) oui, c’est une satisfaction », confie celle qui « commence à peine à retrouver sa vie d’avant ».

De quoi #MeToo est-il le nom ?

De fait, la vague lancée fin 2017 n’a pas cessé de déferler. Dans la foulée de l’affaire Weinstein, des mots-dièses ont été déclinés dans de nombreux pays, pour encourager les prises de parole : #EnaZeda (moi aussi) en Tunisie, #Cuéntalo (raconte-le) en Espagne, #QuellaVoltaChe (cette fois où) en Italie…

En France, ce sont les différents lieux de pouvoir qui ont vu, tour à tour, les témoignages affluer : #MeToo ­cinéma, théâtre, médias, politique… Pas du tout une coïncidence pour la sénatrice PS et ex-ministre des Droits des femmes, Laurence Rossignol. « Les violences sexuelles infligées aux femmes résultent de la facilité donnée aux hommes de pouvoir en abuser ; mais c’est aussi pour eux une façon de rappeler aux femmes que si elles évoluent dans ces milieux-là, c’est à leurs risques et périls. » Pour l’élue, qui vient de cosigner un rapport choc sur « L’industrie de la pornographie », « #MeToo, c’est la troisième révolution féministe, celle du corps. Celle qui permet de faire le lien entre ces violences et la persistance des inégalités ».

Présidente de la Fondation des femmes, Anne-Cécile Mailfert salue, elle aussi, cette « révolution culturelle » qui a « touché en profondeur la société, dans tous les milieux ». « Jusqu’à #MeToo, on avait beau dire aux femmes “il faut porter plainte”, cela ne marchait pas. Depuis, le sujet des violences sexuelles s’est imposé partout : à la machine à café, dans les repas de famille, dans les médias… Et beaucoup de femmes n’hésitent plus à témoigner. »

Elle aussi coautrice du rapport sur la pornographie, la sénatrice PCF Laurence Cohen y voit rien de moins qu’ « un mouvement historique ». « En témoignant, en exprimant leur ras-le-bol face aux violences, des femmes du monde entier ont démontré qu’elles n’étaient pas des cas isolés, mais les victimes d’un problème systémique. C’est un acquis fondamental. »

D’innombrables classements sans suite

Résultat : depuis cinq ans, le silence n’est plus forcément la règle dans ces affaires. Selon un bilan présenté en début d’année par le ministère de l’Intérieur, le nombre de signalements pour des violences sexuelles a progressé de 82 % depuis 2017.

Mi-septembre, la procureure de la République de Paris, Laure Beccuau, évoquait aussi un nombre de plaintes, pour ce type de violences, en hausse de 30 % dans la capitale en 2022, par rapport à l’an dernier. « Cette évolution peut avoir deux sources, une hausse objective des faits, mais aussi une hausse liée à la libération de la parole », précise la procureure, qui y voit un effet de la vague #MeToo.

La Fondation des femmes estime que moins d’un agresseur sur trois fait l’objet de poursuites.

Le problème, c’est la prise en compte de cette parole ­libérée. « Face à cette vague, la justice reste encore bien trop lente et inefficace, faute d’une réelle volonté politique », regrette Anne-Cécile Mailfert, de la Fondation des femmes. Selon les calculs de l’organisation, moins d’un agresseur sur trois fait l’objet de poursuites.

« On estime à 94 000 le nombre de femmes majeures victimes de viol ou de tentative de viol chaque année. Le nombre de plaintes et de signalements progresse, mais les condamnations, elles, sont en baisse. On a atteint en 2020 un plus-bas historique avec seulement 732  condamnations… Cela s’explique en partie par la crise Covid, mais pas seulement. C’est une tendance lourde. »

En cause, le manque de moyens d’une institution submergée, qui conduit à d’innombrables « classements sans suite », faute de possibilités d’enquêter. Et quand des poursuites sont finalement engagées, les victimes doivent s’armer de patience : le délai moyen pour obtenir un premier jugement dans une affaire de viol sur majeur est de… 77 mois, soit près de six ans et demi !

« Le délai le plus court auquel j’ai assisté, c’est trois ans. Comment inciter les femmes à se lancer dans des procédures aussi longues et coûteuses ? » interroge Emmanuelle Piet, la présidente du Collectif féministe contre le viol (CFCV), qui gère la ligne d’écoute Viols Femmes Informations (0 800 05 95 95), toujours sous-dotée par rapport au nombre d’appels.

Si les associations féministes reconnaissent que certains progrès ont été réalisés depuis 2017 par la justice et la police, « la réalité que vivent les femmes, c’est encore massivement des refus de dépôt de plainte, une minimisation des faits ou des viols requalifiés en simples agressions sexuelles », énumère Clémence Pajot, la directrice de la Fédération nationale des centres d’information des droits des femmes et des familles, qui a accompagné l’an passé près de 46 000 femmes victimes de violences sexistes.

Un manque évident de volonté politique

Pour l’ex-ministre Laurence Rossignol, « il y a certes davantage de monde aujourd’hui pour croire les femmes qui dénoncent des violences, mais la règle générale reste la suspicion ». La sénatrice souligne la responsabilité du président de la République dans ce statu quo. « Le 25 novembre 2017, Emmanuel Macron réunit les associations féministes à l’Élysée et lance sa “grande cause”, en pleine affaire Weinstein. Et que dit-il ? “Je ne veux pas d’une société de la délation.” Dès que des femmes parlent, on leur oppose l’argument de la “délation”. »

Des mots repris à l’identique, il y a tout juste une semaine, par le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti, affirmant sa volonté de « siffler la fin de la récré » dans l’affaire Bayou, fustigeant les cellules d’enquête mises en place par certains partis politiques, ou niant tout « problème de tempo de la justice » dans les affaires de violences sexuelles. Circulez, mesdames, y a rien à faire de plus contre ces violences !

« On ne demande pas la fin de la présomption d’innocence, mais simplement une présomption de crédibilité de la parole des femmes », précise Emmanuelle Piet, du CFCV, à l’unisson de l’ensemble des militantes féministes. Pour cela, il faut des professionnels dûment formés au recueil de cette parole, dans les commissariats, les gendarmeries ou les tribunaux, mais aussi des moyens plus conséquents octroyés aux associations, qui sont en première ligne auprès des victimes.

Or, sur ces deux points, le compte n’y est pas. « Dès la fin 2017, on a alerté sur l’afflux massif de témoignages qui déferlaient sur ces structures, mais les subventions n’ont été revalorisées que très faiblement », accuse Anne-Cécile Mailfert, qui dresse un constat similaire pour la police et la justice. « Au commissariat de Sarcelles, le nombre d’enquêteurs de la brigade de protection de la famille est passé de 5 à 10 en novembre 2021. C’est très bien… mais encore largement insuffisant pour traiter les 1 000 à 1 500 plaintes qui leur sont adressées », relève la militante.

La demande de tribunaux spécialisés

Pour améliorer le traitement judiciaire des violences faites aux femmes, de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer la mise en place de tribunaux spécialisés, comme en Espagne ou au Québec. « En France, les dysfonctionnements sont aujourd’hui trop nombreux, il faut en passer par là », plaide ainsi la sénatrice Laurence Cohen.

Des expérimentations existent dans certains tribunaux autour des violences conjugales (Reims, Rennes, Chartres) et une mission parlementaire doit être lancée sur le sujet à la demande d’Élisabeth Borne. Mais, au sein de l’institution, tout le monde ne soutient pas forcément cette idée. Pour la vice-présidente de l’Union syndicale des magistrats, Cécile Mamelin, « c’est la place qu’on accorde à la femme dans la société qu’il faut revoir, et ça passe d’abord par l’éducation ».

Depuis 2001, la loi qui prévoit trois séances annuelles d’éducation à la vie affective et sexuelle dans les écoles, collèges et lycées est largement ignorée. Un immense chantier à rouvrir pour tuer dans l’œuf les violences sexuelles de demain.


 


 

Le travail attend
sa révolution #MeToo

Rosa Moussaoui sur www.humanite.fr

Les syndicats s’emparent plus résolument, depuis cinq ans, des luttes contre les violences sexuelles et les comportements sexistes, en créant des outils de prévention, de formation, d’appui aux salariées concernées.

« C’est dommage que vous ne vous soyez pas mise en jupe, en même temps, ce qu’il y a de mieux chez vous, ce sont vos seins. » Ou encore, pendant un dîner entre collègues : « Je suis tout seul ce soir à la maison » ; « Je ne peux chasser que dans le cadre du travail » ; « Elle est quand même super bien gaulée, il lui manque juste un peu de seins, pas comme vous. » Pendant quinze ans, Nathalie, cadre dans la grande distribution, a enduré les assauts d’un supérieur hiérarchique, ses propos sexistes, son harcèlement sans trêve, ses agressions sexuelles.

Jusqu’à sa rencontre avec ce « toxique », comme elle le désigne, elle adorait son métier : « J’étais comme un poisson dans l’eau. » Très vite, cette femme  épanouie , reconnue dans sa profession, finit par perdre le sommeil, perturbé par d’incessants cauchemars. Des anxiolytiques lui sont prescrits. En 2020, lorsque survient la pandémie de Covid, elle accueille le confinement comme une pause salvatrice. Mais le télétravail ne résout rien : son agresseur profite de son absence physique pour l’isoler, l’humilier, poser des entraves à son travail, le dénigrer, tisser sa toile de représailles.

Elle saisit la direction et... elle sera licenciée

En septembre 2020, lors d’un séminaire, elle s’effondre en pleurs. En arrêt de travail, elle saisit la direction, rédige une lettre retraçant les faits. Son directeur lui promet son soutien : « Avec tout ce que vous m’avez dit, je ne peux que vous croire. » Mais l’enquête interne conduite en maintenant l’agresseur à son poste conclut contre l’évidence à l’absence de harcèlement sexuel. En mars 2021, Nathalie est licenciée pour « inaptitude » malgré l’opposition du CSE de l’entreprise.

Son témoignage a été recueilli par l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT), créée en 1985 par des femmes juristes qui ont joué un rôle décisif en faveur de l’adoption des premiers textes de loi reconnaissant le harcèlement sexuel en France, en 1992. Un cas d’école de ces violences sexistes et sexuelles au travail dont l’ampleur est telle qu’elles sont constitutives d’un fait social majeur.

L’outrage sexiste est une infraction

L’arsenal juridique pour combattre ces violences s’est certes enrichi, ces dernières décennies, sous l’impulsion des luttes féministes. Le Code du travail prohibe ainsi depuis 2015 les comportements sexistes, c’est-à-dire visant une personne en raison de son sexe, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant.

Et depuis la loi du 3 août 2018 renforçant la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, les définitions du harcèlement sexuel par le Code pénal et le Code du travail se sont précisées. Quant à l’outrage sexiste, il est désormais tenu pour une infraction sanctionnant sifflements, propos sur l’apparence physique ou l’habillement, compliments dits astreignants ou faussement élogieux.

De nouveaux outils de prévention

Mais, comme dans tous les champs de la vie sociale, ces violences restent sous-déclarées, sous-évaluées, invisibilisées, euphémisées, voire mises en doute, enracinant chez les agresseurs un solide sentiment d’impunité.

Les travailleuses occupant les emplois les moins qualifiés, au bas des hiérarchies, apparaissent comme les plus vulnérables. « La révolution #MeToo n’a pas eu lieu au travail. Cinq ans après, 80 % des employeurs n’ont pas de plan de prévention, alors que c’est une obligation légale », résume Raphaëlle Manière, du collectif confédéral femmes-mixité de la CGT.

Cette situation a poussé les confédérations syndicales à s’emparer plus fermement de ces enjeux, à créer de nouveaux outils de prévention, de lutte et d’appui aux salariées concernées : affiches, livrets, cycles de formation destinés aux militants ou aux référents en matière de violences sexuelles et sexistes dont la loi rend obligatoire la désignation au sein des CSE.

Codéléguée générale de l’Union syndicale Solidaires, Murielle Guilbert constate que des syndicats toujours plus nombreux s’impliquent. «  Le problème, c’est qu’on reste dans un système patriarcal où la parole de la victime est jaugée, où le continuum de violences est nié, où la tentation de crier au complot contre l’agresseur qui serait victime de femmes hystériques et avides de pouvoir reste prégnante, remarque-t-elle . Les femmes qui dénoncent des violences sexistes et sexuelles au travail s’engagent dans un parcours de la combattante, même lorsqu’elles sont entourées. »

Une défaillance des employeurs sur leur obligation

Conséquence : 70 % des victimes préfèrent se résoudre au silence. Le miroir d’une défaillance des employeurs sur leur obligation de mise en sécurité des salariées ! tranche Raphaëlle Manière : « À quoi bon parler si le résultat, c’est la mise à l’écart, la stigmatisation ? Démissions, licenciements : les femmes encourent la double peine. » Sortir de cette impasse, insiste-t-elle, implique «l’invention de cadres protecteurs, de protocoles de signalement pour mettre les femmes en confiance, de procédures pour restaurer, ensuite, les collectifs de travail ».

Tout un champ  revendicatif, dont le syndicalisme a le devoir de s’emparer, estime cette cheminote qui juge l’égalité professionnelle « hors de portée si les violences ne cessent pas, au travail comme dans la sphère domestique. Éradiquer les violences au travail, faire cesser ces atteintes massives à la dignité des femmes, c’est contribuer à transformer  les rapports sociaux de classe et de sexe », conclut-elle.

publié le 30 septembre 2022

29 septembre : encourageante mobilisation héraultaise contre « une dégradation historique
des conditions de vie »

sur https://lepoing.net/

1000 personnes à Béziers, 3500 à Montpellier : pour une mobilisation de rentrée, les cortèges héraultais organisés en lien avec la journée de grève interprofessionnelle du 29 septembre ont été relativement fournis.

Dès le milieu de matinée, environ un millier de manifestants se sont rassemblés devant la Bourse du Travail de Béziers pour défiler en cette journée de grève interprofessionnelle appelée par la CGT, la FSU, l’Union syndicale Solidaires et les syndicats étudiants et lycéens UNEF et FIDL.

Plus tard dans la journée, le cortège montpelliérain a lui aussi marqué une mobilisation encourageante dans la rue. Ni raz de marée, ni défilé de cadres syndicaux, puisque 3500 personnes ont battu le pavé entre la gare Saint-Roch et la place de la Comédie, via le boulevard du Jeu de Paume, le Peyrou et la rue Foch.

Coût de la vie et de l’énergie en nette augmentation, augmentations des salaires, des minimas sociaux et des pensions insuffisantes pour rattraper l’inflation : les représentants des confédérations syndicales présentes sont venus rappeler lors d’une prise de parole en clôture de manif que la guerre n’est pour rien dans cette « dégradation historique des conditions de vie », à l’heure où les grandes entreprises distribuent des dividendes records à leurs actionnaires. Dans le viseur également, la réforme des retraites, que le gouvernement Macron entend faire passer en force à grand renfort de concertations dans lesquelles personnes ne semble croire dans le cortège.

Encourageante journée de manifestation donc, surtout quand on prend en compte un contexte plus général. Cette journée du 29 septembre n’était effectivement pour les syndicats qu’une mobilisation de rentrée, une manière de prendre la température alors que l’envolée des coûts de l’énergie prépare un hiver particulièrement difficile pour toutes celles et ceux qui déjà ont du mal à boucler les fins de mois. Elle n’était appelée que par trois des grands syndicats, même si certaines fédérations comme la CFDT Cheminots ont pu rejoindre la grève. Elle s’adosse à un nombre très importants de luttes locales dans les entreprises, comme dans de nombreux autres pays européens, qui ne se traduisent pas forcément par une participation aux grandes journées interprofessionnelles mais offrent des victoires aux salariés. A titre d’exemple, le site d’Enedis Béziers est bloqué à l’appel d’une intersyndicale depuis cette matinée du 29 septembre par ses salariés, et ce jusqu’à nouvel ordre, pour des augmentations de salaires et des embauches. Notons également que la manif montpelliéraine était beaucoup structurée autour de cortèges de secteurs plus qu’autour des cortège de confédérations, signe que la lutte a un important ancrage dans les entreprises et les différents services publics.

A l’échelle nationale, les syndicats se félicitent de l’ampleur de la mobilisation. Si les cortèges n’étaient pas parmi les plus fournis de ces dernières années, le taux de grévistes est important dans certains secteurs, le nucléaire par exemple. Dans l’Éducation Nationale, le SNES-FSU compte 30% de grévistes en collèges et lycées. Le privé aura été également parti prenante de la mobilisation, avec de nombreux débrayages et des grèves importantes, que ce soit chez le constructeur automobile Stellaris, ou dans la chimie et la pétro-chimie.

Prélude à de grandes luttes nationales pour l’automne et l’hiver ? Possible. En attendant, le 3 octobre prochain seront invités dans les locaux de l’UNSA l’ensemble des syndicats français pour une intersyndicale qui décidera des modalités des mobilisations unitaires à venir. Des journées d’actions sont aussi prévues dans certaines branches, comme dans le secteur de l’énergie le 6 octobre. Et on ignore encore l’ampleur et l’impact que pourrait avoir la marche contre la vie chère programmée par la coalition de gauche NUPES le 16 octobre. Laquelle devra se passer de l’appui direct des confédérations syndicales, malgré de profondes divisions sur le sujet chez les syndicalistes.

Retrouvez dès demain notre reportage réalisé dans le cortège montpelliérain sur les perspectives de mobilisation à venir.

 

 

 

 

Montpellier, 29 septembre : une large colère qui se cherche des perspectives

sur https://lepoing.net/

La manif de ce jeudi 29 septembre aura rassemblé près de 3500 personnes dans les rues de Montpellier

Avec 250 000 manifestants revendiqués par la CGT, et des grèves importantes dans certains secteurs, la journée de grève et de manifestation interprofessionnelle du 29 septembre aura été plutôt encourageante, en tout cas sur Montpellier. Le Poing s’est entretenu avec quelques manifestants dans le cortège montpelliérain, fort de 3500 personnes, entre témoignages sur une dégradation historique des conditions de vie et de travail et perspectives de résistances à venir.

Une colère profonde et large

Appelée par la CGT, la FSU, Solidaires, les syndicats étudiants et lycéens UNEF et FIDL, et localement par le Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier (SCUM), la journée de mobilisation interpro du 29 septembre peut être qualifiée de succès relatif, en tout cas à Montpellier. Si les salaires étaient cette fois-ci au cœur des préoccupations syndicales, personne n’oublie que se préparent d’autres grands reculs sociaux, dans la droite ligne du premier mandat Macron et de plusieurs décennies néo-libérales. Dans les rangs des manifestants, la colère est grande, le constat est fait d’une société laminée par les offensives capitalistes et réactionnaires.

Valérie, ancienne employée de l’hôtellerie aujourd’hui en invalidité à 56 ans, arbore un badge de la coalition de gauche NUPES dont elle est sympathisante. « Je suis écœurée. », commence-t-elle. « Écœurée  par l’injustice de la réforme des retraites qui vient [NDLR : pour des explications sur la communication dont le gouvernement enrobe son projet antisocial, lire cet article du média Rapports de Force], écœurée par l’évasion fiscale, par l’absence de barrage au Rassemblement National de la part des macronistes aux élections législatives, pour éviter la NUPES. Écœurée aussi des reculs en matière de droit à l’IVG, aux USA, peut-être bientôt en Italie : il nous faut inscrire le droit à l’avortement dans la Constitution française. »

Laurence, psychologue syndiquée à la CGT du CHU de Montpellier, a participé à un rassemblement en préambule de la manif du jour avec une cinquantaine de collègues, devant l’Opéra Comédie, pour rendre plus visible les revendications de sa profession. Elle s’indigne que les salaires ne suivent pas l’inflation, avec tout ce que la chose inclut de recul du niveau de vie : « Ces dernières années nous les psys ont a été moins revalorisés que les aides-soignants, alors que notre niveau de diplôme est supérieur. »

Dans le cortège, des salariés de l’Éducation Nationale, bastion syndical qui voit de plus se multiplier les luttes de personnels précaires ces dernières années, témoignent de l’état de délabrement du service public. « C’est une catastrophe, le service public est en lambeaux. », constate Mylène, syndiquée à la CGT, et qui tient la banderole de tête du cortège des ATSEM. [NDLR : l’Agent Territorial Spécialisé des Écoles Maternelles, qualifié par l’obtention d’un CAP Petite Enfance est en théorie chargé de seconder les enseignants dans les classes maternelles, de préparer les activités scolaires, de veiller au bien-être des enfants, d’animer certains ateliers. Le métier, largement féminin, est aussi l’un des postes les plus mal payés et les plus précaires de l’Éducation Nationale. D’importants mouvements sociaux des ATSEM ont eu lieu récemment dans les écoles de Montpellier contre le passage aux 1607 heures de travail par an, soit 70 de plus qu’avant la loi de transformation de la Fonction Publique du 6 août 2019. ] « On se retrouve avec une multitude de casquettes qu’on ne devrait pas avoir. Les ATSEM servent à absorber le manque de postes, le manque d’AESH [NDLR : Accompagnant des Élèves en Situation de Handicap] et d’AVS [NDLR : Auxiliaires de Vie Scolaire]. Encore plus depuis que l’école a été rendue obligatoire dès l’âge de trois ans. Si on s’en tenait aux missions incluses en théorie sur la fiche de poste des ATSEM, le service ne tournerait plus. En plus de ça on a toujours pas été incluses au Ségur. Alors la grève aujourd’hui a été,assez,bien suivie : sur les 400 ATSEM de Montpellier, 20% sont en grève. »


 

Et il n’y a pas que chez les précaires des écoles que la coupe est pleine. Même si la mobilisation dans l’Éducation Nationale reste bien plus faible que celle du 13 janvier 2022 (75% de grévistes dans le primaire), Magalie, instit syndiquée au SNUIPP-FSU, témoigne de la lassitude de nombre de ses collègues : « La rentrée a été difficile, la colère est grande dans les écoles avec en plus l’inflation et la réforme des retraites qui arrive… »

Et la résignation semble un obstacle plus grand que la communication libérale de la majorité au pouvoir, qui a de moins en moins de prise. « L’argent, on le trouve. », résume Valérie. Lucide, quand on sait que la fraude fiscale représente environ 100 milliards d’euros de manque à gagner pour l’État chaque année, et que des records historiques ont été battus ces dernières années dans le montant des dividendes distribués aux actionnaires des grandes entreprises.

Marche de la NUPES contre la vie chère du 16 octobre : les syndicats à priori absents, avec des bases peu au courant

Sur une proposition de la France Insoumise au mois de juillet, la coalition de gauche NUPES organise le 16 octobre une marche contre la vie chère et l’inaction climatique dans les rues de Paris. Si la thématique de cette mobilisation est ostensiblement liée à cette journée d’action du 29 septembre, les organisations syndicales se montrent réticentes à y appeler clairement. L’Union Syndicale Solidaires a refusé de signer l’appel de la NUPES, après un vote de ses fédérations adhérentes favorable à une participation, mais sur une majorité jugée trop courte pour ne pas diviser les troupes. Mi-septembre le secrétaire général de la FSU Benoît Teste décrivait son organisation syndicale comme peu encline à signer un appel à rejoindre la marche. Quant à la CGT, elle déclarait dans le même temps attendre de voir le succès de la mobilisation du 29 septembre avant de prendre une décision. Au cours des réunions préparatoires de l’été, l’attitude et les déclarations des leaders de la NUPES, et notamment de Jean-Luc Mélenchon, ont confirmé les craintes de nombreux syndicalistes, à savoir une inféodation de l’agenda social à un agenda politique. Il est en fait probable que l’objectif de la NUPES en cas de crise sociale importante soit de pousser à la dissolution de l ‘Assemblée Nationale et à l’organisation de nouvelles élections législatives.

Un tel mélange des genres contrarie les tendances à l’indépendance syndicale. Bien que des pans entiers de la CGT aient clairement appelé à envoyer des députés progressistes à l’Assemblée lors des dernières législatives, Mylène nous rappelle dans le cortège montpelliéraine que « la CGT est assez méfiante par rapport à la politique ». Ce sur quoi renchérit Magalie de la FSU : « la situation entre syndicats et partis politiques est actuellement assez tendue. »

Les enjeux autour de la participation syndicale à cette marche ne semblent pas avoir été débattus largement dans la base militante. Laurence n’est même pas au courant qu’une manif est organisée par la gauche le 16 octobre. « En ce qui concerne le 16 octobre, l’info n’est pas arrivée aux syndicats de base. Certains syndicats, certaines fédérations, certaines unions locales appelleront néanmoins à y participer », diagnostique Lénaïc, éducateur dans la protection de l’enfance syndiqué à la CGT, pour laquelle il exerce un mandat, et qui se décrit lui-même comme « radicalisé parce qu’épuisé. »

Dans le cortège on croise Richard, inspecteur du travail à la retraite passé par à peu près toutes les organisations syndicales possibles et imaginables. Aujourd’hui il participe à l’animation du groupe de gilets jaunes du rond-point du Près d’Arènes, qui continue des diffusions de tracts tous les mardis et les tous les samedis. « On a quelques copains du rond-point qui monteront à Paris pour la marche du 16 octobre. », annonce-t-il. Un positionnement qui ne fait pas l’unanimité au sein de ce qu’il reste du mouvement entamé à l’automne 2018, tant celui-ci se retrouve tiraillé entre l’évidente préoccupation des fins de mois de plus en plus dures à boucler, et les profondes méfiances qu’on lui connaît envers les politiciens de tous bords…

Comment mettre fin à cette « dégradation inédite des conditions de vie et de travail » ?

Mais alors comment mettre fin à cette « dégradation inédite des conditions de vie  et de travail» pointée du doigt par la CGT à la fin du cortège montpelliérain de ce jeudi 29 septembre ?

Même pour Valérie, la sympathisante NUPES, c’est la lutte sociale qui semble primer sur l’agenda de la politique institutionnalisée. « Il ne nous reste que la rue », nous lance-t-elle dans le défilé. Même son de cloche chez Mylène, pour qui il faudrait se mettre à « bloquer le pays pour de bon. » Néanmoins chacun reste bien conscient des difficultés rencontrées. Ce sont les échecs du passé, et le poids d’une répression de plus en plus brutale, qui freine l’émergence d’une véritable révolte sociale pour Valérie. «Beaucoup de gens ne veulent plus descendre en manif à cause de la peur des violences policières », analyse-t-elle, « surtout avec les proportions que ça a pris depuis le mouvement des gilets jaunes. »

Mylène voit un autre aspect du problème : « Trop de personnes vivent encore dans trop de confort pour réellement s’engager dans une lutte dure et accepter les sacrifices qui vont avec. » Dans l’univers de syndicaliste de Lénaïc, la thèse de Mylène a un certain succès. « De nombreux camarades du syndicat pensent que les choses vont s’accélérer dès la fin du bouclier tarifaire mis en place sur l’énergie, prévue pour le mois de novembre. », nous confie-il. Dans la foulée, le voilà qui nuance la perception qu’on peut avoir du syndicalisme actuel comme une force capable à elle seule de renverser la vapeur : « La CGT en ce moment est traversée par beaucoup de courants contradictoires. Beaucoup de syndiqués sont excédés par les journées d’action isolées, mais dès qu’il s’agit de se mettre d’accord sur d’autres modalités d’action les divergences ressortent. Là on est face à une difficulté supplémentaire pour la mobilisation des syndicats sur des bases efficaces : les élections professionnelles arrivent, ce qui brouille les pistes dans la mobilisation par une superposition d’enjeux différents… Ça ressemble à un concours de quéquettes parfois… »

Au milieu de ce mélange de colère, d’inconfort, d’inquiétudes et de manque de perspectives nettes, grandit aussi le spectre du ressentiment. Amanda*, 70 ans, porte son drapeau de la FSU fièrement, « pour les enfants et les petits-enfants, parce que pour moi c’est déjà un peu fini. » Après avoir accueillie par de chaleureux encouragements notre présentation de la dernière version papier du Poing, elle concède : « Moi je fais toutes les manifs depuis plusieurs décennies. Et je vais continuer. Mais sincèrement, je ne crois plus en leur efficacité. A lors j’ai réfléchis ces dernières années, et je me suis choisis d’autres options politiques que les vôtres. Ce qu’il faudrait c’est que tous les pays de l’Union Européenne restent soudés, mais qu’on ferme les frontières. Ça ça emmerderait bien nos dirigeants. Il faut se réjouir de la victoire de Giorgia Meloni en Italie !» [Giorgia Méloni est la cheffe de file de la coalition dite de centre droit, en fait coalition d’extrême-droite regroupant l’ancien président Silvio Berlusconi, Salvini de la Ligue du Nord et le parti Fratelli d’Italie, que dirige Georgia Meloni et qui ne cache que depuis quelques mois sa sympathie pour l’ère fasciste de Benito Mussolini. Elle a été élue avec le soutien d’une part importante du patronat italien, sur la base d’un programme conservateur et ultra-libéral proche de celui d’un Zemmour et très hostile aux salariés, auxquels elle promet des lendemains qui chantent par la privation de droits pour les étrangers.]

publié le 27 septembre 2022

Jeudi 29 septembre : grève nationale interprofessionnelle

Paru sur http://www.communcommune.com

Pour les salaires, les pensions, les bourses d’études, les minima sociaux, de vrais services publics : la CGT, la FSU , Solidaires ainsi que les syndicats étudiants et lycéens appellent à une journée de grève et de manifestation le jeudi 29 septembre.

Les mesures gouvernementales annoncées sur le pouvoir d’achat sont en dessous de la situation de paupérisation de la population. La loi votée cet été se contente de poser quelques rustines et, à travers les exonérations de cotisations, ampute le salaire socialisé, fragilisant la protection sociale.

Dans la fonction publique, la revalorisation de 3,5% de la valeur du point d’indice est en deçà de l’urgence à relever l’ensemble des rémunérations de 10% au moins tout de suite pour préserver les conditions de vie de tous.

De même pour les retraités, les 4% de revalorisation des pensions ne correspondent pas à l’inflation, la situation des retraités continue donc de se dégrader.

La crise énergétique pèse déjà fortement sur la population, particulièrement les plus précaires, tandis qu’aucune mesure réelle n’est prise pour une transition écologique juste. Le gouvernement se contente d’incitations à des économies d’énergies culpabilisantes, tandis que d’autres pays européens s’engagent dans la taxation des superprofits des entreprises du secteur énergétique et que d’autres mettent en place des passes ferroviaires gratuits !

Le gouvernement poursuit aussi une politique fiscale qui assèche les comptes de l’Etat au profit des grandes entreprises et au détriment des services publics (santé, éducation,) et du financement de la transformation écologique.

Par ailleurs, il prévoit une réforme de l’assurance chômage qui va à l’encontre du droit des travailleurs de la possibilité d’avoir des indemnisations du chômage justes, une réforme du RSA qui le conditionnerait à une obligation de travailler de 15 à 20h hebdomadaires, et continue d’envisager une réforme des retraites qui exigerait de travailler davantage et pourrait conduire à amputer encore davantage le montant des pensions.

En ce qui concerne les jeunes et leurs familles, les aides (bourses, ARS) ne sont pas suffisantes pour compenser l’inflation. Une revalorisation significative des bourses scolaires et de l’ARS est nécessaire pour pallier le prix de la rentrée (qui avec l’inflation a grimpé de 5 à 10 %). De plus, trop peu de familles bénéficient de cette aide en raison du plafond de ressources à ne pas dépasser. 

C’est pourquoi la CGT, l’Union syndicale Solidaires, la FSU, l’UNEF, la VL, la FIDL et le MNL appellent dès à présent à une journée de grève interprofessionnelle le jeudi 29 septembre qui doit s’inscrire dans une mobilisation large et dans la durée.

publié le 22 septembre 2022

Pour les salaires, les pensions, les bourses d’études, les minima sociaux :

en grève le 29 septembre !

sur www.cgt.fr

Communiqué commun de CGT, Solidaires, FSU, UNEF, VL, FIDL et MNL

Les mesures gouvernementales annoncées sur le pouvoir d’achat sont en dessous de la situation de paupérisation de la population. La loi votée cet été se contente de poser quelques rustines et, à travers les exonérations de cotisations, ampute le salaire socialisé, fragilisant la protection sociale. Dans la fonction publique, la revalorisation de 3,5% de la valeur du point d’indice est en deçà de l’urgence à relever l’ensemble des rémunérations de 10% au moins tout de suite pour préserver les conditions de vie de tou-tes. De même pour les retraité-es, les 4% de revalorisation des pensions ne correspondent pas à l’inflation, la situation des retraité-es continue donc de se dégrader.

La crise énergétique pèse déjà fortement sur la population, particulièrement les plus précaires, tandis qu’aucune mesure réelle n’est prise pour une transition écologique juste. Le gouvernement se contente d’incitations à des économies d’énergies culpabilisantes, tandis que d’autres pays européens s’engagent dans la taxation des superprofits des entreprises du secteur énergétique et que d’autres mettent en place des passes ferroviaires gratuits !

Le gouvernement poursuit aussi une politique fiscale qui assèche les comptes de l’Etat au profit des grandes entreprises et au détriment des services publics (santé, éducation,) et du financement de la transformation écologique. Par ailleurs, il prévoit une réforme de l’assurance chômage qui va à l’encontre du droit des travailleur-euses de la possibilité d’avoir des indemnisations du chômage justes, une réforme du RSA qui le conditionnerait à une obligation de travailler de 15 à 20h hebdomadaires, et continue d’envisager une réforme des retraites qui exigerait de travailler davantage et pourrait conduire à amputer encore davantage le montant des pensions.

En ce qui concerne les jeunes et leurs familles, les aides (bourses, ARS) ne sont pas suffisantes pour compenser l’inflation. Une revalorisation significative des bourses scolaires et de l’ARS est nécessaire pour pallier le prix de la rentrée (qui avec l’inflation a grimpé de 5 à 10 %). De plus, trop peu de familles bénéficient de cette aide en raison du plafond de ressources à ne pas dépasser.

C’est pourquoi la CGT, l’Union syndicale Solidaires, la FSU, l’UNEF, la VL, la FIDL et le MNL appellent dès à présent à une journée de grève interprofessionnelle le jeudi 29 septembre qui doit s’inscrire dans une mobilisation large et dans la durée.

 publié le 16 juillet 2022

Pour une répartition des richesses et l’augmentation des salaires

sur https://altermidi.org/

Mardi 12 juillet, huit syndicats et cinq organisations de défense de la jeunesse ont diffusé un communiqué afin d’exiger « une meilleure répartition des richesses au profit des salariés »

Les signataires du texte cherchent à faire entendre leur voix, vingt-quatre heures après le début de l’examen du projet de loi « pour la protection du pouvoir d’achat » par trois commissions de l’Assemblée nationale (affaires sociales, affaires économiques et finances). Le message s’adresse à la fois aux dirigeants du patronat, qui négocient dans les branches professionnelles, aux chefs d’entreprise et aux employeurs publics.

Cet appel à un rééquilibrage du partage des profits est paraphé par les cinq confédérations représentatives à l’échelon interprofessionnel : CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT et Force ouvrière. S’y ajoutent la FSU, Solidaires et l’UNSA ainsi que des mouvements représentant les étudiants et les lycéens (UNEF, FAGE, FIDL, MNL, Voix lycéenne). Leur démarche vise à souligner que le projet de loi, actuellement débattu par les députés, est insuffisant « pour répondre à l’urgence »

Le communiqué intersyndical :

À l’heure où les conflits sociaux se multiplient pour obtenir des revalorisations salariales légitimes au moins à la hauteur du taux d’inflation, la question du pouvoir d’achat est centrale pour les travailleurs et travailleuses. Alors que les débats commencent à l’Assemblée nationale sur cet enjeu prioritaire, nos organisations respectives réaffirment ensemble que le sujet relève également des politiques salariales dans les branches, les entreprises et la Fonction publique. Parce qu’elles considèrent que le salaire relève du partage des richesses, les organisations syndicales et de jeunesse sont unanimes sur le fait que le sujet prioritaire doit être l’augmentation des salaires, des retraites et pensions, des minima sociaux et des bourses d’études.

Une succession de mesures ponctuelles et majoritairement financées par l’État ne peut constituer un ensemble suffisant pour répondre à l’urgence. Réduire les inégalités, notamment entre les femmes et les hommes, exige avant tout des mesures visant à une meilleure répartition des richesses au profit des salariés. Le salaire doit demeurer la base d’un partage des richesses rééquilibré en faveur des salariés. La prise en charge de mesures de pouvoir d’achat est aussi de la responsabilité des employeurs privés comme publics.

Les organisations syndicales et de jeunesse réaffirment que le Smic doit demeurer un salaire d’embauche et qu’il ne peut pas être une trappe à bas salaires maintenant les salariés au Smic toute leur carrière professionnelle.

La conditionnalité des aides aux entreprises est aujourd’hui un impératif. Elle doit permettre aux branches professionnelles et aux entreprises de mener des politiques plus concrètes en matière sociale et environnementale, notamment par le dialogue social. Le futur débat parlementaire doit permettre d’avancer notamment sur cette conditionnalité des aides aux entreprises qui ne jouent pas le jeu en matière salariale.

Les organisations syndicales et de jeunesse rappellent que ces exonérations et allègements de cotisations mettent à mal notre système de protection sociale collective.

Nos organisations conviennent de se réunir à nouveau début septembre afin de poursuivre leurs échanges.

Paris, le 12 juillet 2022

 

publié le 14 juillet 2022

Uber Files. « Nous exigeons des protections pour les salariés victimes de l’ubérisation »

Rosa Moussaoui sur www.humanite.fr

Pour Philippe Martinez, les dessous de l’affaire mise au jour par les « Uber Files » sont l’affirmation mensongère selon laquelle les garanties collectives seraient un frein à l’activité économique et à l’emploi. Entretien


 

Que vous inspirent les révélations des « Uber Files » sur le rôle d’Emmanuel Macron pour ouvrir la voie en France à cette plateforme ?

Philippe Martinez : Si ce n’était pas si grave, cela pourrait prêter à rire : voilà qui montre que le politique peut avoir du poids sur les questions économiques et sociales quand il le décide. Problème : la démonstration est faite que lorsque Macron s’engage, c’est toujours en faveur des grands groupes, jamais en faveur des salariés. Ce scandale commande de la transparence. De la part de Macron, de son prédécesseur à l’Élysée et de tous ses collègues du gouvernement de l’époque, qui prétendent aujourd’hui n’avoir été au courant de rien. Quand on favorise l’implantation d’une entreprise, et pas n’importe laquelle, en France, en l’accompagnant de dérogations, voire de la casse d’une partie du Code du travail, ça mérite des explications.

Quels rôles ont joué Uber et d’autres plateformes dans l’entreprise récente de détricotage du Code du travail, des garanties collectives des salariés ?

Philippe Martinez : Uber a inventé le refus de reconnaître le lien de subordination d’un salarié vis-à-vis de son employeur, ce qui permet de casser toute notion d’accord collectif, de convention collective. Cela s’est traduit, on le savait, par la remise en cause du droit à la santé, du droit à la formation pour les salariés.

Ce niveau de collusion entre décideurs politiques et intérêts privés se limite-t-il à Uber ?

Philippe Martinez : Nous pensons que non. Le lobbying des grands groupes sur des ministres, sur certains députés est un secret de Polichinelle. Des conseillers juridiques des entreprises rédigent pour des députés des amendements clés en main pour que les lois soient faites en leur faveur. Nous dénonçons ces pratiques depuis longtemps. Quand on les prend la main dans le sac comme aujourd’hui, c’est la démonstration que cela se fait à grande échelle.

Selon vous, quelles suites doivent être données à cette affaire ?

Philippe Martinez : Nous allons réagir, interpeller sur le terrain syndical. Il faut une enquête parlementaire. Les présidents de la République en activité sont intouchables, paraît-il. Cela dit, cette affaire mérite que le président en exercice, ex-ministre de l’Économie (de 2014 à 2016 – NDLR), donne des explications de son propre chef. Et que soient auditionnés les ministres qui ont côtoyé Emmanuel Macron au gouvernement, voire, pourquoi pas, François Hollande, pour que toute la lumière soit faite. Je suis assez surpris qu’un ministre seul puisse berner l’ensemble d’un gouvernement, le premier ministre et le président de la République.

Ces révélations surviennent dans un contexte social hautement inflammable. Peuvent-elles contribuer à attiser l’exaspération ?

Philippe Martinez : Oui, bien sûr. Le plus préoccupant, c’est que ce type d’affaire jette le discrédit sur l’action politique. Ce genre de magouille, il n’y a pas d’autre mot, suscite chez les citoyens de la colère et de la défiance. D’un point de vue syndical, nous devons tout faire pour que cette colère sociale trouve son expression dans des mobilisations ouvrant la voie à des garanties collectives pour tous. On nous répète que ces garanties seraient un frein à l’activité économique, c’est faux. Nous exigeons des protections pour tous ceux qui sont victimes de l’ubérisation des relations sociales et de l’économie. Je pense aux livreurs à vélo qui ont gagné des avancées, et à d’autres professions qui se trouvent dans la même situation. Nous voulons conforter, avec ces travailleurs, l’idée selon laquelle des mobilisations sont nécessaires pour obtenir des droits, quelle que soit la nature de l’emploi concerné.

 publié le 8 juillet 2022

Grève salaires dans l’énergie :
prochain round en septembre

Guillaume Bernard surhttps://rapportsdeforce.fr

Débuté il y a un mois et organisé autour de 4 journées de grève, le premier round de la bataille pour l’augmentation des salaires dans l’énergie prend fin ce vendredi. De concert, les membres de l’intersyndicale refusent les propositions patronales. La CGT annonce déjà une journée de lutte le 13 septembre.

Tout au long de l’année, les grèves pour les augmentations de salaire ont essaimé dans les entreprises. Face à l’inflation, qui pourrait atteindre 6,8% en septembre selon les dernières estimations de l’INSEE, les conflits se sont naturellement concentrés dans les boîtes. Sur la séquence septembre 2021-juillet 2022, les luttes au niveau des branches professionnelles ont en revanche été rares et les convergences interprofessionnelles exceptionnelles.

Or la grève dans les IEG (industries électriques et gazières) est justement un exemple de convergence. Les organisations syndicales du secteur ont lancé tout au long du mois de juin des journées de grèves dans pas moins de 150 entreprises, touchant 160 000 salariés. Elles ont été suivies par 40% à 20% des salariés selon la CGT.

Une convergence plus évidente qu’ailleurs, certes, puisque les travailleurs et travailleuses des IEG sont fédérés par un statut et par un salaire national de base (SNB) communs. « Sur les piquets des sites de gaz bloqués ces dernières semaines des salariés de toutes les entreprises des IEG sont passés nous voir. On a installé des piscines et des transats pour que les enfants de ceux qui ne partent pas en vacances puissent en profiter », décrit Frédéric Ben, délégué syndical CGT chez Storengy, basé sur le site de Gournay-sur-Aronde (Oise).

Mais une convergence tout de même, avec son lot d’obstacles, notamment la difficulté d’articuler batailles dans les boîtes et exigences collectives de branche. C’est pourquoi début juin nous annoncions que « la plus grosse grève pour les salaire » se préparait dans l’énergie (voir notre article). De par sa taille et sa forte syndicalisation, le secteur des IEG est évidemment une pièce importante sur l’échiquier de la bataille des salaires.

4 jours de grève des salaires dans l’énergie

Engagé le 2 juin au niveau de la branche – des grèves étaient déjà en cours dans certaines entreprises – le conflit est finalement loin d’être réglé à l’approche de la période estivale. Après 4 journées de grève pour les salaires dans l’énergie le 2, le 20, le 28 juin et le 4 juillet, ce vendredi 8 juillet apparaît comme le dernier jour pour accepter l’accord présenté par les organisations patronales de la branche. Mais l’intersyndicale CFE-CGC, FO, CFDT, CGT a décidé de refuser la signature.

« On est très loin du compte », estime Stéphane Chérigié, délégué de branche CFE-Energies. « Ces propositions sont indécentes, c’est une provocation des employeurs. Tous les syndicats s’attendaient à plus », renchérit Fabrice Coudour, secrétaire fédéral de la Fédération Nationale des Mines et de l’Énergie (FNME) CGT.

Alors que les fédérations syndicales demandaient 4,5% d’augmentation du SNB, les patrons ont proposé 1%, valable dès le 1er juillet, ainsi qu’une prime de 400€, exemptée de cotisation patronale. « Oui, cette prime ce n’est pas rien pour des salariés qui peine à boucler leurs fins de mois, mais elle ne peut venir qu’en complément d’augmentations salariales plus pérennes. La preuve : les salariés ne s’en sont pas contentés », juge Fabrice Coudour de la CGT.

Pour rappel, ces dernières années le SNB n’a augmenté que de 0% à 0,3%. « Les employeurs ont l’habitude de considérer que la hausse du SNB, ajoutée à l’évolution normale du salaire due à l’ancienneté, comble l’inflation. Or depuis que celle-ci explose, ce n’est plus le cas », explique Stéphane Chérigié, de la CFE-CGC. « Sur les 10 dernières années, on considère que les salariés des IEG ont perdu 15% de pouvoir d’achat », abonde Fabrice Coudour. Pour y remédier, la CGT appelle d’ores et déjà à une journée de mobilisation le 13 septembre. « On ne s’interdit pas non plus de mener des actions cet été, même si elles seront plus disparates », conclut le cégétiste.

De fait, la colère ne redescend pas dans certaines entreprises. Les salariés de Storengy, qui bloquaient ce jeudi encore pas moins de 10 sites de stockage de gaz, affectant la capacité de la France à constituer des réserves pour l’hiver, ont déjà voté la reconduction de leur mouvement jusqu’à lundi sur le site de Gournay-sur-Aronde. « En un jour de blocage d’un seul site, notre employeur perd 2 millions d’euros. Or pour augmenter chacun des 700 salariés de l’entreprise de 15%, avec une prime de 300€, cela coûte 2,1 millions d’euros par an. Pourtant Storengy ne lâche rien. Ils savent que s’ils cèdent, tout les patrons des IEG devront céder », analyse Frédéric Ben, délégué syndical CGT chez Storengy. Un signe, déjà, que la bataille de la rentrée sera ardue.

 publié le 5 juillet 2022

Le personnel des urgences montpelliéraines au premier jour d’une grève illimitée

sur https://lepoing.net

Alors que les grèves dans les services d’urgence des hôpitaux se poursuivent dans tout le pays, c’est au tour des services d’urgences adultes et pédiatriques de Lapeyronie et des UTEC de Guy de Chauliac à Montpellier de rentrer dans la danse. Ce lundi 4 juillet marque le début d’un mouvement de grève illimité pour les agents de ces services, couverts par un préavis déposé par la CGT et FO.

Une grosse soixantaine de grévistes des services d’urgences adultes et pédiatriques de Lapeyronie et des UTEC de Guy de Chauliac à Montpellier étaient rassemblés ce lundi 4 juillet à midi devant l’entrée du centre André Benech, sur le site de Lapeyronie. Le rassemblement, appuyé par certains élus locaux Nous Sommes et par une poignée de députés de la coalition de gauche NUPES, marque le début d’une grève illimité à l’appel des syndicats CGT et FO.

Comme partout dans le pays, avec d’autres mouvements de grèves dans d’autres services sur le territoire, la situation dans les services d’urgence de Montpellier est devenue intenable. En témoignent ces extraits d’un communiqué de presse publié sur le site de la CGT CHU Montpellier : « A ce jour, les agents sont épuisés. Les équipes sont à bout de souffle. Les heures supplémentaires ne trouvent plus de public et régulièrement certains secteurs sont sans agents. L’attente et les pertes de chance sont nombreuses pour les patients. Les arrêts maladie pour épuisement professionnel se multiplient, les demandes de mutation, disponibilités, démissions également. Il n’est plus acceptable, tenable de croiser des collègues en pleurs ou sidérés lors des prises ou fin de garde. […] Que ce soit aux urgences adultes, pédiatriques de Lapeyronie ou tête et cou de Guy De Chauliac la situation est désormais critique et ce, aux portes de l’été. Les personnels de ces unités redoutent des situations de perte de chance pour les patients y compris au niveau de la pédiatrie où même la gestion de la douleur s’avère précaire »

Une situation d’autant plus préoccupante pour les usagers et les travailleurs qu’une nouvelle vague de Covid-19 se profile. Santé publique France faisait état, mardi 28 juin, d’un fort rebond des nouveaux cas de Covid-19. Les nouvelles contaminations ont atteint 147 248, soit 54 % de plus que durant la semaine précédente. La région Occitanie est particulièrement touchée, avec une hausse de 64% des contaminations sur la même période, et le département de l’Hérault affiche un des taux de progression de la nouvelle vague les plus élevé de France.

Face à cette vague de grèves, Élisabeth Borne s’est déplacée dans un hôpital de Pontoise dans le Val-d’Oise ce vendredi 1er juillet. Son intervention, et la liste d’annonces qu’elle y a faite pour endiguer la crise, immédiatement relayée par l’ARS Occitanie, repose sur deux versants.

D’une main, satisfaire temporairement une toute petite partie des revendications des soignants grévistes, via une revalorisation du point d’indice, la titularisation de certains personnels en contrats précaires. Et une majoration des heures de nuit et des heures supplémentaires, entérinées pour trois mois seulement.

De l’autre, expliquer que la crise des urgences est avant tout liée aux mauvaise habitudes des français. « Les urgences ne peuvent pas faire face à tous les besoins de soins des Français », a-t-elle doctement expliqué face caméra. Trois jours plus tard, ce lundi 4 juillet, le nouveau ministre de la Santé François Braun déclare dans un style tout à fait macronien que le système de santé « n’est plus compris par nos concitoyens ni par nos soignants ». On est priés de croire que la responsabilité des dégâts de l’épidémie de Covid repose principalement sur les citoyens rétifs à la vaccination, ou qui voudraient attendre d’y voir plus clair, et certainement pas sur le détricotage méthodique et radical du service public hospitalier, dans la foulée d’une crise sanitaire parmi les plus graves de l’histoire. On est priés de croire que la responsabilité de la crise majeure des services d’urgences repose principalement sur le mésusage que les français en font, et sur les défauts de compréhension des soignants grévistes, certainement pas sur les politiques libérales menées depuis des décennies contre l’hôpital public, et qui s’accéllèrent.

De ce versant du positionnement gouvernemental résulte tout un panel d’autres mesures annoncées par Elisabeth Borne, elles aussi valides trois mois pour le moment : tri renforcé entre les urgences vitales et les autres cas pour les appels au 15, mobilisation de médecins généralistes retraités et de pharmaciens, augmentation du recours aux services de télémédecine (par téléphone donc), ouverture des maisons de garde le samedi matin. Et sur du plus long terme une hausse du prix des consultations chez les généralistes de 15 euros, pour favoriser leur installation.

Pourtant la CGT dresse un constat tout autre quant aux raisons de la saturation des urgences. En tout premier lieu, les coupes budgétaires, le manque de personnel, les conditions de travail précaires et déplorables qui entraînent de grande difficulté dans la stabilisation et le recrutement du personnel, surtout après ces dernières années d’une dureté inouïe, insolemment récompensées après grèves et manifs par une petite prime de 183 euros acquise sous la menace du mouvement social. A titre d’exemple, le CHU de Montpellier ouvrait mi-juin 130 nouveaux CDI d’infirmiers et d’aides soigants après un accord signé avec les syndicats, lequel prévoyait notamment des hausses de salaires. Encore faut-il que les améliorations apportées soit suffisantes pour que ces métiers continuent à susciter des vocations heureuses.

Les syndicats pointent également du doigt les effets des politiques libérales sur la fréquentation des urgences. D’après eux, les déserts médicaux et le manque de médecins libéraux aux heures de nuits et pendant les week-ends, la politique du « toujours plus » de médecine et de chirurgie ambulatoire avec la réduction toujours plus poussée des durées moyennes de séjours obligent nombres de patients à se rendre ou à revenir aux services d’urgences. Pendant que les fermetures de lits entrainent redéploiements, épuisement des personnels et diminution du nombre de lits mis à disposition pour désengorger les services d’urgence.

Face à ce constat, les grévistes montpelliérains avaient leurs revendications toutes prêtes pour un rendez-vous en préfecture dans la foulée du rassemblement, à 15h. Pour les services d’urgences : une forte réactivité pour rendre participatifs tous les acteurs du soin dans la régulation des flux d’amont, des mesures permettant des parcours de soins sécuritaires pour les usagers et les soignants, une régulation des flux d’aval qui permette d’hospitaliser les patients qui en ont besoin, une refondation de la prise en charge des urgences et des soins non programmés. Et pour l’ensemble des personnels hospitaliers paramédicaux et médicaux : une revalorisation plus conséquente du point d’indice, des salaires et des indemnités pour contraintes et pénibilités horaires (la nuit, les dimanches, les jours fériés), un plan de formation du personnel soignant qui permette réellement des embauches massives, lesquelles devraient permettre à chacun de se consacrer pleinement aux tâches que sont censées recouvrir son métier, un renforcement des moyens budgétaires pour les établissements, un ratio de personnels adaptés à la charge en soins et des mesures salariales pour fidéliser les médecins et prioriser leur affectation à l’hôpital.

Si le rassemblement de ce lundi midi n’a compté que quelques dizaines personnes, le même type de mobilisations avait fini par mener au printemps 2020, au moment des mardis de la colère et du mouvement pour les primes Ségur, à de beaux coups d’éclats après quelques semaines d’efforts. Et le mouvement va se poursuivre, comme dans de nombreux autres hôpitaux.

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