PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
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société depuis janvier 2023

  publié le 6 février 2023

Derrière la réforme,
un enjeu de civilisation

Emilio Meslet et iego Chauvet sur www.humanite.fr

Retraite Le projet de loi arrive ce 6 février à l'Assemblée nationale. Deux visions s'affrontent. En décidant d’augmenter l’âge légal de départ à 64 ans, le gouvernement se met, une fois de plus, au service du capital. À l’inverse, la gauche entend promouvoir une société où travailler moins permet de travailler mieux. Analyse

Sortir la tête des lignes de comptes, des tableurs Excel et de la gestion des recettes et des dépenses dans lesquels les libéraux veulent enfermer le débat qui s’ouvre à l’Assemblée nationale ce lundi. Au-delà du sujet crucial de son financement, le thème des retraites devrait impliquer un questionnement autrement plus large que les seules vues budgétaires de la Macronie. Chaque député, comme chacun des Français, est confronté à un choix de société, voire de civilisation. D’un côté, le projet de faire travailler toujours plus au nom d’une compétitivité économique insatiable. De l’autre, celui d’élargir le temps libre hors marché pour permettre l’émancipation.

60, 62, 64, 65, 67 ans… Derrière le recul ou l’avancée de l’âge légal de départ à la retraite, il n’est pas seulement question de l’équilibre financier de la branche retraite de la Sécurité sociale. Toute l’organisation sociale est interrogée, à commencer par le travail. « Emmanuel Macron et la classe dominante veulent nous enfermer comme des hamsters dans la cage de la production-consommation, prisonniers des marchés et des supermarchés ! » tance l’insoumis François Ruffin. Or le sens de l’histoire, poussé par les mouvements ouvriers depuis des décennies, a toujours été, notamment grâce à la hausse continue de la productivité, de « libérer du temps hors travail, et de le rendre le plus émancipateur possible », rappelle Ian Brossat, porte-parole communiste. « C’est l’un des enjeux de la bataille en cours : permettre à tous d’avoir accès à un travail et de l’exercer moins longtemps », résume-t-il, en écho à la proposition d’une large partie de la gauche, dont le PCF, de passer aux 32 heures hebdomadaires au lieu des 35 heures actuelles.

Intuitivement, on pourrait penser que, au fil des ans, la pénibilité s’est réduite grâce à la robotique, au numérique et surtout aux gains de productivité. « C’est faux, répond François Ruffin. En 1984, 12 % des salariés subissaient une triple contrainte physique. Aujourd’hui, le chiffre atteint 34 %. À l’époque, 6 % subissaient une triple contrainte psychique contre 35 % aujourd’hui. » D’où la nécessité d’une retraite qui n’empiète pas sur les années en bonne santé dans ce nouvel âge de la vie qu’est l’après-travail.

Faire le choix de l’augmentation du temps de travail plutôt que de le partager pour mieux le répartir, c’est faire le choix du chômage, notamment pour les plus jeunes et les plus vieux. De la précarité, en particulier pour les femmes, et de la pénibilité pour les plus pauvres. Et c’est aussi « cornériser » les non-salariés dans un statut d’ « inactif », comme s’ils étaient peu « utiles » à la vie de la cité. Comme si seule la production issue du « marché du travail » était vertueuse.

Un système de solidarité par répartition, hors des griffes de la capitalisation privée

« On imagine encore que les retraités seraient, comme au XIXe  siècle, des vieillards qui touchent leur retraite comme une pension d’invalidité », pointe le député PS Arthur Delaporte, également historien. « La retraite est une conquête récente sur la vie. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale s’opère la bascule vers la valorisation d’autres formes d’activités qui sont un apport indéniable à la société », poursuit-il. L’élu appelle à protéger ce « bijou qui permet de profiter de la vie sans être réduit à l’extrême pauvreté », bâti par le ministre communiste du Travail d’alors, Ambroise Croizat.

Un précieux système de solidarité par répartition, hors des griffes de la capitalisation privée, qui autorise le repos et les loisirs. « Le temps libre, c’est le temps de la vie, non pas inactive, mais dont on dispose soi-même, où l’on décide de ce que l’on va faire. Vivre, aimer, s’occuper des siens, lire de la poésie, faire de la peinture, chanter ou ne rien faire », explique Jean-Luc Mélenchon.

Preuve que la retraite n’est pas synonyme de mise en retrait du monde : 40 % des maires et 50 % des présidents d’association ne sont plus des travailleurs. Les grands-parents, en France, cumulent par ailleurs près de 23 millions d’heures de garde d’enfants, soit l’équivalent de 650 000 emplois à plein-temps, d’après le réseau Silver Valley. Reculer l’âge légal de départ de deux années reviendrait à bouleverser cet écosystème. « Il y a un profond désir populaire de l’a-capitalisme, pense François Ruffin. Quand on s’occupe des gamins au foot ou du comité des fêtes, on n’attend pas d’être rémunéré mais on sort ce temps de la concurrence et du marché. » D’autant plus que rien ne dit que les futurs retraités s’engageront davantage après leurs deux années supplémentaires à trimer, la réforme rognant leurs années en bonne santé.

Les responsables de gauche voient donc dans les desseins de l’exécutif un « impôt sur la vie » visant à ne surtout pas bouleverser l’actuelle répartition des richesses. La réforme « répond à une logique de lutte des classes et à une volonté du capital d’élargir son emprise sans fin », assure Ian Brossat. Elle « prélève sur les corps des plus précaires de quoi financer les exonérations de cotisations », selon Arthur Delaporte, qui alerte sur le fait que « le rallongement de la durée de travail va plus vite que l’augmentation de l’espérance de vie ». Pour le député communiste Pierre Dharréville, un « choix très simple » s’offre au pays : « S’occuper soit du capital, soit du travail.» Les gouvernants ont choisi, continue-t-il, « de faire casquer les salariés, et très fort. À l’un, on distribue les milliards ; aux autres, on vole des années de retraite. »

« Une taxe de 2 % sur la fortune des milliardaires français rapporterait 12 milliards »

« La retraite à 64 ans, c’est une réforme du partage de la valeur au détriment du travail. Plus vous augmentez le chômage (une des conséquences de la réforme – NDLR), plus vous faites pression sur les salaires », attaque Aurélie Trouvé, parlementaire insoumise et économiste. À l’inverse, avancer l’âge légal de départ à la retraite, par exemple à 60 ans, c’est reprendre une partie de la valeur ajoutée qui est allée dans les poches des actionnaires plutôt que des salariés.

La gauche propose d’inverser le rapport de forces, qui voit le capital grignoter, année après année, du terrain sur le travail. La Nupes suggère de le ponctionner pour abonder le salaire socialisé/différé/continué (c’est selon). « Une taxe de 2 % sur la fortune des milliardaires français rapporterait 12 milliards à notre système de retraite, exactement la somme que le gouvernement prétend économiser », met sur la table Fabien Roussel, secrétaire national du PCF. « Et un relèvement de 0,8 % sur les cotisations salariales, ajoute par ailleurs la députée écologiste Sandra Regol à la liste des propositions. En commission, le gouvernement a tout balayé. » Car l’exécutif a déjà choisi son modèle de société, où l’on doit travailler toujours plus, au mépris des limites planétaires et des corps de travailleurs.

  publié le 30 janvier 2023

Des tribunes contre
la réforme Borne-Macron des retraites

sur www.humanite.fr

La mobilisation des salariés du privé et du public, des jeunes, lycéens ou étudiants, des chômeurs, des retraités, à l’appel des organisations syndicales et de jeunesse, est soutenue par toute la société.


 

Pas une nécessité économique mais une forme d’acharnement

Éric Vuillard, écrivain, prix Goncourt 2017

Dans un reportage des années 1950, on interroge une vieille dame, elle raconte sa vie simplement, une vie de retraitée pauvre, après de longues années de labeur, et, à la fin, le journaliste lui demande : « Et quand ça ne va pas, qu’est-ce que vous faites ? » La vieille dame hausse les épaules et répond calmement : « Eh bien, quand ça ne va pas, je pleure. » Les gens ne veulent plus pleurer. Deux millions de personnes ont défilé l’autre jour, ils ne veulent plus pleurer. Ça n’est pas rien le temps, ça n’est pas rien la retraite, ça n’est pas rien les congés. La vie, ça n’est pas rien.

Et je ne peux songer au travail, à la retraite, au temps voué au labeur tout au long d’une vie, sans que me vienne à l’esprit Enfance, ​​​​​​​de Maxime Gorki, et la dernière phrase de ce livre terrible : « Et je partis gagner mon pain. » Gorki avait 12 ans. C’était en 1880. Cela nous semble loin, si loin. Mais, après tout, aujourd’hui, en France, certains commencent le travail à 16 ans, et parmi ceux qui attendent la retraite certains ont commencé plus tôt. Il n’est jamais si loin que l’on croit, le passé. Il nous talonne, impatient de revenir, revanchard.

Cette austérité qui n’en finit pas, la dette souveraine, le déficit, cette mortification éternelle imposée aux autres, et à présent cette nouvelle réforme des retraites, ce n’est pas une affaire de comptes publics, ce n’est pas une nécessité économique. Cela est à présent bien clair, il s’agit d’autre chose, une forme d’acharnement. Il suffit d’écouter la première ministre parler de sa réforme pour surprendre dans son visage paisible une sorte de jubilation. Au fond, le langage des responsabilités est un langage de canailles. Et Mauriac, qui n’était pas un enragé, n’écrivait-il pas : « La vérité est que plus on approche du pouvoir, moins on se sent responsable. »


 

Travailler toujours… et se retrouver à la rue

Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au logement

Elles sont souvent là, à la permanence de Droit au logement (DAL), ces dames qui ont passé la cinquantaine et portent sur leur visage et leur posture les marques de la fatigue et de l’usure physique. Certaines sont au service d’une famille de riches des beaux quartiers, à cirer les planchers, dépoussiérer, cuisiner, accompagner la fin de vie… travailler sans compter les heures.

Elles attendent la retraite, qui s’éloigne encore, si la réforme passe, promettant des années difficiles, douloureuses, car la santé se dégrade. Elles sont logées dans une chambre de bonne, perchée au 7 e étage sans ascenseur sous les toits, certaines depuis des décennies. Une lucarne pour seul horizon, des toilettes communes qui sentent, un petit réchaud pour se nourrir… Cette chambre qui fait à peine 9 m 2 au sol est un frigo l’hiver et une fournaise l’été. Les poumons sont fatigués. L’arthrose ralentit la cadence. Bientôt, elle ne pourra plus travailler, sa patronne l’a prévenue, elle doit partir, rendre la chambre. Si elle est reconnue locataire par le juge mais qu’elle reste après le jugement d’expulsion, selon la proposition de loi Kasbarian-Bergé, elle devra quitter le logement, se mettre à la rue, pour échapper à une condamnation de six mois de prison.

La loi Kasbarian-Bergé va toucher les salariés usés impactés par une retraite au rabais.

Si elle ne peut démontrer sa bonne foi, car elle n’a ni bail ni quittance, elle est passible d’une expulsion immédiate, sans jugement, de trois ans de prison et 45 000 euros d’amende. ​​​​​​​Cette loi cruelle, qui accélère aussi les procédures d’expulsion, va toucher les salariés usés impactés par la baisse de leurs revenus, et une retraite au rabais.


 

Le refus d’un travail sous domination managériale

Danièle Linhart, sociologue

Ce que nous révèlent les mobilisations contre la réforme des retraites n’a rien à voir avec une propension à la paresse des Français·es qu’autorise l’allongement de la durée de vie. Elles sont le révélateur de l’évolution du travail dans le cadre de la modernisation managériale. Si les travailleur·euses, massivement, ne veulent pas continuer au-delà de 62 ans, c’est qu’ils et elles estiment ne pas être en mesure de faire un travail qui ait du sens, une finalité sociale et une qualité dont ils et elles puissent être fier·ère·s. Les enquêtes le montrent : les Français·es ont un rapport particulier au travail, et y mettent leur honneur, comme l’écrit Philippe d’Iribarne.

Mais l’organisation du travail qui domine, dans le privé comme le public, reste inspirée des logiques tayloriennes. Elles cantonnent les salarié·e·s dans un rôle d’exécutant·e·s, prescrit par des protocoles et normes pensés par des cabinets de consultants, à distance de la réalité du travail, et de la professionnalité de celles et ceux qui doivent les suivre. Et cela, dans un contexte d’individualisation qui les met en concurrence avec les autres, et avec soi-même, car il faut se dépasser et viser l’excellence.

Le tout s’effectue dans un changement permanent destiné, entre autres, à mettre l’expérience et les savoirs de métiers en obsolescence, précisément pour dénier aux salarié·e·s toute légitimité à influer sur la définition de leur travail et de leurs missions. Ils et elles sont soumis·es à une rhétorique managériale encensant leurs responsabilité, autonomie, réactivité, intuition, et prétendant veiller à leurs bien-être et bonheur…

Non, les salarié·e·s n’en peuvent plus car il ne leur est pas permis de réaliser un travail dans lequel ils et elles pourraient se reconnaître, et parce que, entravé·e·s par le lien de subordination inscrit au cœur de la relation salariale, ils et elles sont réduit·e·s à une impuissance qui rend toute évolution impossible.

publié le 17 janvier 2023

Ehpad. La Défenseure des droits, Claire Hédon, estime que « les droits des résidents ne sont toujours pas respectés »

Nadège Dubessay sur www.humanite.fr

Dans un rapport publié lundi, la Défenseure des droits, Claire Hédon, estime que l’exécutif n’a pas apporté de réponse aux alertes lancées depuis 18 mois sur les maltraitances en maisons de retraite.

D’abord, il y a eu le rapport de la Défenseure des droits sur « les droits fondamentaux des personnes âgées accueillies en Ehpad », publié en mai 2021, qui contenait 64 recommandations pour améliorer les droits et les conditions de prise en charge des résidents. Puis il y a eu, en janvier 2022, la parution des Fossoyeurs, le livre-coup de poing du journaliste indépendant Victor Castanet. Une enquête révélant les méthodes frauduleuses pratiquées de manière systémique par le leader mondial des maisons de retraite Orpea, qui a valu à son auteur le prestigieux prix Albert-Londres. Le gouvernement l’avait alors assuré : il allait s’attaquer d’arrache-pied au problème, en renforçant, notamment, les contrôles dans les Ehpad.

Entraves à la vie privée et familiale et à la liberté d’aller et venir

Mais, un an et demi après la publication du rapport, et un an après la parution des Fossoyeurs, le constat est sans appel : la situation dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes ne s’est pas améliorée. Ce qui fait dire à Claire Hédon, la Défenseure des droits, que « la réponse des pouvoirs publics n’est pas à la hauteur des réclamations que nous recevons ». Dans un nouveau document publié lundi 16 janvier, on découvre que, depuis mai 2021, 281 nouvelles réclamations ont été reçues, dénonçant les atteintes aux droits, particulièrement celui de la prise en charge et d’un accompagnement adapté. Plus de 46 % de ces saisines alertent sur les entraves à la vie privée et familiale et à la liberté d’aller et venir des résidents. Une situation qui « confirme le caractère systémique du problème de maltraitance au sein des Ehpad », dénonce le rapport. « Cela ne signifie pas que la situation est pire qu’avant, précise Claire Hédon dans un entretien accordé au Journal du dimanche, car la parole s’est libérée. Mais cela montre que le phénomène perdure. » Et si, depuis le 7 février 2022, la maltraitance est définie dans la loi, ce qui devrait normalement faciliter la mise en place d’une politique publique plus efficace, « les droits fondamentaux des résidents ne sont toujours pas respectés », poursuit le rapport. D’autant qu’il n’existe aucun outil de mesure fiable et partagé par l’ensemble des autorités de régulation et de contrôle. Au micro de Sud Radio lundi, la Défenseure des droits évoque pêle-mêle des cas de « personnes âgées douchées tous les quinze jours, ou laissées dans leur lit sans être préparées deux jours par semaine. Ou encore des personnes qui ne sont pas habillées, ou à qui on met des protections alors qu’elles ne sont pas incontinentes ».

Un dispositif de « vigilance médico-sociale »

Face à l’urgence, le rapport met en avant cinq recommandations à élaborer, cette fois, « sans tarder ». D’abord, il demande au ministre des Solidarités et de la Santé de fixer un ratio d’encadrement d’au minimum 8 équivalents temps plein pour 10 résidents (contre une moyenne de 6,6 actuellement). Car « on ne peut pas demander à une aide-soignante de faire 15 toilettes en deux heures », insiste Claire Hédon. Idem pour la liberté d’aller et venir, qui doit être assurée pour les ­résidents, grâce à « un encadrement suffisant ». Le rapport plaide aussi pour la création d’un dispositif de « vigilance médico-sociale » afin de renforcer l’identification, le signalement et l’analyse des situations de maltraitance, avec, à la clé, une formation à la bientraitance pour l’ensemble des personnels. Enfin, revient l’épineuse question des contrôles. L’État a prévu le recrutement de 120 postes supplémentaires. « Insuffisant pour couvrir les 7 500 Ehpad », rétorque la Défenseure des droits. D’autant qu’il faudrait procéder à « des investigations sur place, et de manière inopinée ».

C’est aussi l’avis de Victor Castanet. Le journaliste affirmait dans les colonnes de notre magazine, en décembre dernier: « Qu’il faille plus de contrôles des agences régionales de santé, c’est une évidence. Mais si les contrôleurs n’ont pas de compétences spécifiques financières, ça ne sert à rien, car les fraudes d’Orpea étaient financières et comptables. » D’autant qu’au siège d’Orpea, plus d’une dizaine d’anciens hauts fonctionnaires des ARS travaillent au développement du groupe… Enfin, pour restaurer la confiance des résidents et de leurs familles, le rapport recommande d’instaurer « un dispositif de médiation », de mener chaque année des enquêtes de satisfaction et de renforcer la transparence. Surtout, insiste Claire Hédon, il faudrait d’urgence plancher sur un plan national digne de ce nom. Or, la loi « grand âge et autonomie » promise à maintes reprises par le gouvernement demeure toujours lettre morte.

   publié le 11 janvier 2023

2022 : une belle année de merde,
en quelques chiffres

Par Loïc Le Clerc sur www.regards.fr

On va pas se mentir, 2022, c’était pas ouf. La guerre en Ukraine, la crise de l’énergie, l’inflation, la finale de la coupe du monde, etc. Mais il y a des données qui vous ont sûrement échappées. En voici quelques-unes, et pas des plus réjouissantes...

Tous les chiffres qui suivent concernent uniquement la France, pour l’année 2022.

34 personnes tuées par la police

Selon le recensement du collectif Désarmons-les, parmi ces 34 décès, on dénombre :

  • 24 personnes mortes suite à des tirs à balles réelles, dont 14 dans un véhicule suite à un « refus d’obtempérer » et 9 en raison de la présence d’une arme blanche.

  • 4 personnes mortes lors d’un accident routier ou ferroviaire impliquant les forces de l’ordre (renversées par la police ou au cours d’une course poursuite)

  • 3 personnes mortes suite à des suspicions de coups ou dans des circonstances troubles (arrêt cardiaque, mort en cellule).

  • 3 personnes mortes noyées, électrocutées ou en raison d’une chute mortelle.

Entre 1977 et 2020, 676 personnes suite à l’action des forces de l’ordre, selon une enquête de Basta Mag. Soit une moyenne de 15 victimes par an.

146 féminicides

Selon le décompte de #NousToutes, « au 31 décembre 2022, on dénombrait 146 féminicides depuis le début de l’année 2022 ». À titre de comparaison, il y avait eu 102 féminicides en 2020 et 122 féminicides en 2021.

Cependant, il se passe bel et bien quelque chose depuis #MeToo, comme le tweete la Fondation des femmes : « Depuis #MeToo, les femmes prennent la parole, si bien qu’entrehttp://www.regards.fr/actu/article/2022-une-belle-annee-de-merde-en-quelques-chiffres 2012 et 2021, le nombre de plaintes pour violences sexuelles a augmenté de 63% ! Ces femmes ont désormais besoin d’être entendues ».

339 accidents du travail mortels

Il s’agit du bilan annuel des accidents du travail recensés dans la presse régionale par le compte Twitter « Accident du travail : silence des ouvriers meurent » (@DuAccident). Le premier corps de métier concerné est celui du bâtiment : 78 ouvriers et artisans du BTP sont morts au travail. Les victimes étaient âgées de 14 à 70 ans. 35 d’entre elles avaient 60 ans ou plus.

L’auteur précise : « Ce bilan ne prend en compte ni les suicides, ni les accidents de trajet. Il est basé sur la PQR en ligne ou des témoignages et n’est donc absolument pas exhaustif. »

40.000 morts du covid

On a tendance à l’oublier, à croire qu’il est resté coincé en 2020 ou en 2021, perdu dans les couloirs du temps, mais non : le covid est toujours là. 40.000 morts, ça reste un bilan assez haut. Pour rappel, en 2021 et 2020, le covid avait causé la mort d’environ 60.000 personnes par an.

Selon les chiffres de Santé publique France, la France a enregistré plus de 160.000 morts du covid depuis mars 2020. En 2023, soit depuis 10 jours, il y a déjà eu plus de 1000 morts liées au covid.

+27% de plaintes contre des actes homophobes et transphobes

Cette hausse significative des dépôts de plaintes s’expliquerait « en partie par un "effet MeToo" et une amélioration de la prise des plaintes, selon l’officier de liaison LGBT à la préfecture de police de Paris » cité par Aude Lorriaux sur le site de 20 Minutes. Notre consoeur écrit : « Durant les onze premiers mois de 2022, 573 plaintes à motif homophobe ou transphobe ont été déposées à Paris et petite couronne. C’est dans le Val-de-Marne que la hausse est la plus importante, avec une augmentation de 89% des plaintes. »

80 milliards de dividendes

La crise, ça a du bon quand on veut s’enrichir sans vergogne. On le savait avant le covid, on le savait avant la guerre en Ukraine, mais ça n’a rien changé de le savoir… Ainsi, 2022 signe une nouvelle année record en la matière : jamais autant de dividendes n’ont été versés aux actionnaires des entreprises du CAC 40.

Heureusement, Emmanuel Macron les a tous à l’œil (non). En juin 2022, il dénonçait les « profiteurs de guerre », en janvier 2023, il fustige : « J’en ai assez que des gens profitent de la crise ». Des mots a contrario des actes. Non, il préfère chercher des milliards d’euros en réformant le système des retraites.

« Année la plus chaude jamais enregistrée »

Tout est dit par Reporterre : « Selon un bilan publié par Météofrance vendredi 6 janvier, 2022 a été l’année la plus chaude en France jamais enregistrée depuis 1900. Avec une température en moyenne de 14,5 °C sur le territoire métropolitain ».

Et au niveau global ? « L’année 2022 se classe à la cinquième place de ce classement, à quasi-égalité avec 2014, 2015, 2018 et 2021. Depuis le milieu du XIXème siècle, la température globale a augmenté d’environ 1,2°C », écrit Reporterre dans un autre article.

Bon, on va s’arrêter là pour 2022, qu’en dites-vous ? Et bonne année

publié le 1° janvier 2023

Emmanuel Macron, un funambule sur le fil du déni pour ses vœux présidentiels

Ilyes Ramdani sur www.mediapart.fr

Pour ses sixièmes vœux de la Saint-Sylvestre, le président de la République a confirmé sa volonté de mener à bout la réforme des retraites. Avare en annonces, muet sur les salaires ou le logement et inconséquent sur la catastrophe climatique, le chef de l’État a surtout voulu faire la part belle, dans son allocution, aux promesses d’avenir radieux.

FaceFace aux colères qui montent et aux difficultés qui s’amoncellent, Emmanuel Macron a tenté de s’ériger en président « bâtisseur », samedi 31 décembre à l’occasion de ses vœux aux Français·es. Le président de la République a consacré les dix-huit minutes de son allocution à convaincre le pays qu’il était à l’action, invoquant une demi-douzaine de fois son « travail » et son « engagement ».

Au nom de son « ambition intacte » de « continuer » à « transformer le pays », Emmanuel Macron a confirmé sa volonté de réformer le système de retraites. « Il nous faut travailler davantage », a-t-il redit. Malgré la vive opposition des organisations syndicales, l’exécutif n’a visiblement pas changé de cap. « Les nouvelles règles s’appliqueront dès la fin de l’été », a indiqué le chef de l’État, avant de confirmer qu’elles mèneraient à « l’allongement de nos carrières », « par étapes sur dix ans ».

Le détail de la réforme, lui, ne sera connu que le 10 janvier. Après avoir reporté sa présentation, initialement prévue le 20 décembre, Emmanuel Macron a laissé à sa première ministre, Élisabeth Borne, le soin d’annoncer les mauvaises nouvelles. Les modalités de la réforme sont encore soumises à l’arbitrage présidentiel, à commencer par le nouvel âge légal de départ à la retraite (64 ou 65 ans).

Plus généralement, Emmanuel Macron a tout tenté pour convaincre les Français·es que son second quinquennat ne sera pas celui de l’inaction. D’anaphore en anaphore, le chef de l’État a martelé sa soif de « transformation », face aux « pesanteurs », aux « bonnes raisons de faire comme avant » et à « la tentation de l’esprit de défaite ». « C’est parfois trop peu, encore souvent trop lent, a-t-il esquissé. Et comme vous, je m’impatiente. » Une rhétorique de l’auto-insatisfaction maintes fois jouée mais toujours plébiscitée.

Las de voir son action réduite à la gestion des crises, le président réélu a tenté de s’inscrire lui-même dans la longue marche de l’histoire. « Il y eut des générations pour résister, d’autres pour reconstruire, d’autres encore pour étendre la prospérité conquise », a-t-il énuméré. Et la sienne ? « Soyons cette génération de bâtisseurs », a exhorté Emmanuel Macron, soulignant sa « charge » de « refonder nombre des piliers de notre nation », à l’aube du « nouveau chapitre d’une rude époque ».

Les salaires et le logement, absents éloquents des vœux présidentiels

L’allocution présidentielle a ensuite pris la forme d’une feuille de route pour l’année qui vient, de l’immigration à la planification écologique en passant par la « refonte des services publics » et le combat pour la laïcité , l’égalité femmes-hommes et « contre toutes les discriminations ». Dans une succession de déclarations d’intention suffisamment vastes pour ne mécontenter personne, le locataire de l’Élysée a tout de même rappelé que, pour lui, la lutte pour une « société plus juste » ne passait « pas par plus d’impôts ».

Rappelant en creux son opposition à la taxation des profits des plus riches, Emmanuel Macron a limité ses engagements sociaux à l’amélioration du champ scolaire et universitaire ainsi qu’à la réindustrialisation du pays. Comme souvent, ce sont les silences du président de la République qui se sont révélés les plus bavards.

Il n’a pas eu un mot sur les salaires, par exemple, alors que les grèves se succèdent et que les manifestations se préparent. La question du logement, elle aussi, a brillé par son absence. En crise notoire, menacé (y compris par le ministre des comptes publics) de coupes budgétaires, le secteur n’a pas eu le réconfort d’un petit mot présidentiel. Pas plus que les enfants à la rue, dont le nombre est estimé à deux mille par les associations, ou que les locataires précaires, visés par une loi adoptée en décembre avec l’aval de son gouvernement.

L’heure n’était pas aux mauvaises nouvelles, semble-t-il, pour un chef de l’État décidé à esquisser un horizon meilleur. Son ton a bien changé, par exemple, au sujet de la crise énergétique. Fin août, il annonçait « la fin de l’abondance et de l’insouciance » et demandait au pays de se préparer au pire. Ce samedi, il a voulu se montrer rassurant. « Si nous continuons comme ça, nous y arriverons » sans coupure d’électricité, a-t-il promis. Même optimisme sur le retour du Covid-19 : « Nous pourrons faire face. »

La cure d’optimisme présidentiel a toutefois frisé la dissonance cognitive. Les grèves de décembre, la hausse des prix de l’essence et de l’alimentation, les mobilisations sociales à venir, la crise aiguë de l’hôpital et de l’école, l’état exécrable de ses relations avec les forces d’opposition, les affaires toujours plus nombreuses à viser ses proches : tous ces boulets n’existaient pas, samedi soir, comme emportés par la magie des fêtes de fin d’année.

Les élections législatives qui l’ont privé, en juin, de majorité absolue à l’Assemblée nationale, ont également semblé disparues de la mémoire présidentielle. Emmanuel Macron s’est contenté de rappeler que les Français·es ont « renouvelé notre Assemblée nationale » puis insisté sur l’élection présidentielle au cours de laquelle ils et elles ont « décidé de [lui] confier un nouveau mandat ».

Qui aurait pu prédire la crise climatique aux effets spectaculaires, encore cet été dans notre pays ?

Dans une formule que les esprits les plus mal intentionnés prendront pour une provocation, le président de la République a même évoqué « une année démocratique intense ». Sans préciser s’il avait en tête le score historique de l’extrême droite à l’élection présidentielle, l’élection de 89 de ses représentant·es à l’Assemblée nationale, sa propre défaite électorale ou le recours par dix fois de son gouvernement à l’article 49-3 de la Constitution pour passer en force au Parlement.

Une autre formule de son allocution a fait réagir – et même « tomber de [sa] chaise » Marine Tondelier, la secrétaire nationale d’Europe Écologie-Les Verts (EELV). « Qui aurait pu prédire la crise climatique aux effets spectaculaires, encore cet été dans notre pays ? », s’est demandé Emmanuel Macron. « Évidemment, personne ne l’avait prévenu », a ironisé sur Europe 1 la cheffe de file du parti écologiste. Sur Twitter, elle a critiqué un « président déconnecté », rappelant les multiples alertes scientifiques depuis « des décennies ».

Jean-Luc Mélenchon, le leader de La France insoumise, a commenté avec une pointe d’indifférence l’allocution présidentielle, renvoyant l’attention aux mobilisations de rentrée. « Au bout de cinq ans de vœux de Macron, je crois qu’ils portent la poisse, a écrit l’ancien candidat à la présidentielle. 16 degrés à Paris le 31 décembre. Ça va chauffer en janvier ! Bonne année. » Pas plus d’enthousiasme à droite, où Éric Ciotti, le président du parti Les Républicains (LR), a évoqué les « vœux pieux » d’un président « commentateur de ses pseudo-réussites et de ses vrais échecs ».

Sur le plan international, enfin, Emmanuel Macron a réservé un pan de son discours aux suites de l’invasion russe en Ukraine. Critiqué, notamment en Europe centrale et orientale, pour sa position d’ouverture à l’égard de Vladimir Poutine, le chef de l’État français a tenté de rassurer ses alliés. « Durant l’année qui s’ouvre, nous serons sans faillir à vos côtés », a-t-il promis à ses « amis ukrainiens ». « Votre combat pour la défense de votre nation est héroïque et il nous inspire […] Nous vous aiderons jusqu’à la victoire et nous serons ensemble pour bâtir une paix juste et durable. »


 


 

Emmanuel Macron
conjure les Français
de travailler vieux

Cyprien Caddeo, Julia Hamlaoui et Aurélien Soucheyre sur www.humanite.fr

Vœux présidentiels Le chef de l’État, lors de son allocation annuelle, a défendu le report de l’âge de départ à la retraite et la casse des droits des chômeurs. Les buts, sous couvert de « travailler plus », toujours moins payer le travail et gaver le capital.

Pour 2023, beaucoup se souhaitent la santé, la joie, la quiétude, l’amour… Emmanuel Macron, lui, a demandé aux Français d’aller davantage au turbin et de faire tourner plus vite la nation. Pour sa sixième allocution de vœux annuels en tant que président de la République, le chef de l’État a axé son discours autour du « travailler plus ». Depuis l’Élysée, il a notamment insisté sur la réforme des retraites : « Oui, il nous faut travailler davantage. » 2023 sera ainsi l’année de « l’allongement de nos carrières de travail », promet-il. Pourquoi ? « Pour consolider le régime des retraites, équilibrer le financement et améliorer la retraite minimale », assure-t-il. Un objectif pourtant atteignable sans repousser l’âge de départ à 64 ou 65 ans… Mais Emmanuel Macron a d’autres arguments dans sa poche : les crises. « Dans la longue histoire de notre nation, il y eut des générations pour résister, d’autres pour reconstruire, d’autres encore pour étendre la prospérité conquise. En ce qui nous concerne, il nous revient d’affronter ce nouveau chapitre d’une rude époque. »

À entendre le président, les difficultés sanitaires, économiques, diplomatiques, énergétiques, sociales et écologiques appellent aux efforts et non aux « corporations et à l’esprit de défaite ». Ce ne serait tout de même pas le moment de se poser des questions. Par exemple, sur qui récolte aujourd’hui les fruits du travail : les travailleurs ou le capital ? Sur l’origine des manques énergétiques : fatalité ou choix erratiques couplés à des marchandisations contraires à l’intérêt général ? Sur les moyens de résoudre la crise sociale : une société « plus juste » ne l’est « pas par plus d’impôt, non », explique Emmanuel Macron. « Ni en léguant plus de dette aux générations suivantes », poursuit-il. Pour taxer les plus riches et financer réellement la solidarité nationale selon les moyens de chacun, il faudra repasser. Le président préfère repousser l’âge de départ à la retraite à 64 ou 65 ans. C’est-à-dire retirer des droits et faire des économies sur le dos du plus grand nombre.

Le gouvernement souhaite transformer Pôle emploi en « France Travail »

Même son de cloche concernant les chômeurs. « Il nous faut travailler davantage, c’est le sens même de la réforme de l’assurance-chômage ! » assène-t-il. Aucune étude ne prouve pourtant que sabrer les droits des citoyens à la recherche d’un emploi leur permet d’en trouver effectivement un. Le nouveau décret, tombé la veille du réveillon de Noël (joli cadeau), prévoit une baisse de 25 % de la durée d’allocation lorsque le taux de chômage est sous les 9 %, et même une réduction de 40 % pour un taux sous les 6 %. En parallèle, le gouvernement souhaite transformer cette année Pôle emploi en « France Travail ». Au cœur du projet, une fusion de l’instance avec les missions locales, au risque de régionaliser le service public de l’emploi, sans parler d’une éventuelle réduction des moyens alloués. Autre « cadeau » de Macron pour 2023 : l’expérimentation d’un RSA sous condition de 15 à 20 heures d’activité par semaine, qui sera mise en place dans 19 collectivités, philosophie que l’exécutif pourrait étendre aux allocations chômage…Autant de projets, sur le front social et de l’activité, qui provoquent l’hostilité des organisations syndicales. La secrétaire confédérale de la CGT, Céline Verzeletti, a ainsi souhaité à toutes et à tous de « la détermination pour se réapproprier tout ce qu’on nous a volé » pour la nouvelle année.

La gauche a elle aussi sévèrement tancé le discours présidentiel. Le chef d’État a beau prétendre vouloir « réindustrialiser plus vite et plus fort notre pays », comment le croire quand il accomplit en réalité l’inverse ? Idem au sujet de l’école, ou de la transition écologique...  « Qui aurait pu prédire, il y a un an, la vague de l’inflation ou la crise climatique de cet été ? » a même osé le président. « Je suis tombée de ma chaise. Cela fait des décennies que les scientifiques alertent, rapport du Giec après rapport du Giec… » s’est indignée Marine Tondelier, secrétaire nationale d’EELV. Défendant une politique inégalitaire, le président a plusieurs fois appelé à « rester unis ». Le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, a donc fustigé le « numéro d’autosatisfaction d’un président obligé d’en appeler à l’unité des Français tellement sa politique nous divise et nous fait mal. Nous ne laisserons pas passer une réforme des retraites ». « Propagande et fausse promesse », ajoute l’insoumis Éric Coquerel, résumant le discours ainsi : « Il vous souhaite de travailler vieux. »

Quant aux travailleurs sans papiers, il leur souhaite l’expulsion dès la corvée accomplie. La énième réforme de l’immigration prévoit le retour de la double peine, la suppression de la possibilité de recours, la facilitation des expulsions et le fichage des étrangers… En 2023, Macron veut encore et toujours aller plus à droite.

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