PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

le site est en congé, rendez-vous vers le 15 septembre 2021

publié le 16 juillet 2021

 

Une intervention présidentielle « hors sol »

et pleine de contradictions

sur le site www.cgt.fr

Lors de son intervention télévisée du 12 juillet, le président de la République a fait la démonstration de son décalage avec la réalité sociale du pays et a multiplié les contradictions. Un discours où la démagogie n’a d’égale que la visée populiste du propos.

Alors que « la terre brule » – littéralement en Amérique du Nord en ce moment – pas un mot sur le climat et les enjeux environnementaux !

Alors que les violences faites aux femmes s’accroissent, pas un mot sur la situation, pas une mesure de protection, pas un projet, rien…

Alors que de nombreux travailleur·se·s ne bouclent pas les fins de mois et que l’économie ne pourra véritablement repartir que grâce à la consommation des ménages, pas un mot sur les salaires, pas de propositions pour augmenter significativement le Smic, les minima sociaux, les pensions…

Alors que la jeunesse paie un lourd tribut en termes d’emploi, d’accroissement sans précédent de la précarité, d’isolement, de renoncement aux études, de non accès à l’alternance, à l’emploi, etc., pas un mot pour viser un retour au « plein emploi »…

Toutes les réalités sociales du quotidien ont été éludées par un président bien plus préoccupé par sa réélection que par une réponse véritable aux préoccupations du monde du travail.

Des contradictions qui confinent à l’absurde.
Il porte l’idée d’une politique industrielle en France. Pourtant, ces dernières années, les exemples ne manquent pas de fermeture de sites, de délocalisation et, à chaque fois, le même discours : « Nous n’y pouvons rien… »

Sans attendre, pourquoi alors le gouvernement n’intervient-il pas en imposant un moratoire sur les fermetures de sites industriels ? Pourquoi n’intervient-il pas, par exemple, pour maintenir l’entreprise Luxfer qui fabrique du matériel médical ? Les exemples similaires sont nombreux.

Il valorise le CDI alors même que le gouvernement n’a de cesse de le remettre en cause et de vouloir lui substituer des formes de contrat toujours plus précaires, afin de répondre aux attentes d’un patronat qui voit dans la stabilité du contrat de travail des freins à l’embauche…

Il promeut notre système de protection sociale qui nous a permis d’amortir les grandes crises (financière de 2008 et sanitaire depuis 2020), alors même que sa politique n’a de cesse de casser la Sécurité sociale, de fragiliser son financement, qu’il tente d’imposer une nouvelle réforme de l’assurance chômage, qu’il vise un nouveau recul de l’âge de départ en retraite…

Il encourage le « dialogue social », alors même qu’il tente d’imposer, au 1er octobre, une réforme de l’assurance chômage combattue par l’ensemble des organisations syndicales françaises et par le Conseil d’État lui-même…

Il présente son projet de réforme des retraites comme « particulièrement juste et nécessaire ». Pourtant, il le temporise en le reportant post Covid, autant dire dans la perspective d’un nouveau mandat…

Il encense les personnels soignants, alors même qu’il les stigmatise en les faisant passer pour des rétifs à la vaccination, de dangereux inconscients face à la situation sanitaire qu’il faut contraindre à se faire vacciner. Pourtant, les soignants sont vaccinés à ce jour à 91 %, soit deux fois plus que la moyenne de la population française…

Face à cette politique gouvernementale qui ne vise que la remise en cause des acquis sociaux, la CGT appelle l’ensemble du monde du travail à se réunir et à se mobiliser pour que la rentrée sociale soit synonyme de luttes gagnantes pour le progrès social !

Pour voir les propositions de la CGT sur l’emploi, vous pouvez consulter : https://www.cgt.fr/contact-emploi?utm_source=email&utm_campaign=Newsletter_n186_du_16_juillet_2021_nouvelle_version&utm_medium=email


 

Notre protection sociale, « joyau de notre modèle social »… que Macron voudrait pourtant détruire !

Sur le site www.cgt.fr

Le président de la République, lors de son allocution télévisée du 12 juillet, a notamment annoncé la poursuite de sa politique libérale et de casse des conquis sociaux, en voulant imposer une réforme de l’assurance chômage au 1er octobre 2021, sans tenir compte de l’opposition de l’ensemble des confédérations syndicales à ce projet.

Que faut-il de plus qu’une position unanime des organisations syndicales contre la réforme de l’assurance chômage et une censure du Conseil d’État pour que le président de la République prenne en compte la dimension profondément injuste, inégalitaire et antisociale de sa réforme ?

Cette posture politique ne sert qu’à envoyer des messages à sa droite, dans la perspective des prochaines élections présidentielles et à donner encore plus de gages au patronat qui ne cesse de recevoir des cadeaux sans conditionnalité ni efficacité : plan de relance, baisse des impôts de production et société !

Malgré les puissantes mobilisations qui se sont déroulées entre décembre 2019 et mars 2020, Emmanuel Macron a aussi annoncé une réforme des retraites visant à travailler plus longtemps et à partir à la retraite plus tard. Allonger les carrières alors qu’aujourd’hui un.e salarié.e sur deux n’est pas en activité est une aberration. Cela va mécaniquement abaisser le niveau des pensions, accroitre les inégalités et appauvrir des centaines de milliers de retraité.e.s… Qui peut décemment affirmer qu’une pseudo-garantie de retraite à 1 000 euros est suffisante pour vivre dignement ?

L’annonce de la suppression des régimes spéciaux est également de retour. Le Président, dans une visée populiste et électoraliste, loin de tenter de rassembler, joue de nouveau la carte de la division, de la fracture et de l’opposition entre travailleurs et travailleuses.

Pour lutter contre le fléau du chômage, il faut permettre à toutes et tous de trouver un emploi et ce n’est pas en forçant les plus âgé.e.s à rester plus longtemps au travail que cela sera possible.

Avec la CGT, pour gagner le retour au « plein emploi », cela passe par un âge de départ en retraite à taux plein à 60 ans, des dispositifs de départs anticipés pour les métiers pénibles et par l’instauration des 32 heures, pour travailler moins, mieux et travailler toutes et tous !

La CGT appelle les salarié.e.s, les privé.e.s d’emploi, les retraité.e.s et la jeunesse à se mobiliser contre ces projets de réformes et à gagner le progrès social !

Montreuil, le 13 juillet 2021

publié le 15 juillet 2021

COVID-19. Macron décide, l’intendance et les Français ont du mal à suivre

Par Oivier Chartrain, Stéphane Guérard et Julia Hamlaoui sur www.humanite.fr

La stratégie annoncée par le chef de l’État est claire : sans obligation, hormis pour les soignants, il s’agit de contraindre la plus grande part de la population à se faire vacciner. Au risque de générer inégalités, injustices et insécurité juridique.

Après l’intervention du président de la République et l’afflux de prises de rendez-vous vaccinaux qui a suivi, on pourrait ironiser, comme le font certains, sur ces Français qu’il suffit de menacer de priver de restaurant pour qu’ils rentrent dans le rang. C’est facile. Sauf que la méthode choisie risque de doubler l’inégalité dans l’accès au vaccin d’une inégalité dans le droit à une vie normale. Ensuite parce que la précipitation avec laquelle se met en place le passe sanitaire va mettre nombre de secteurs en tension. De quoi fragiliser l’édifice juridique qui doit donner un cadre légal à cette nouvelle phase de la lutte contre la pandémie.

1) Passe sanitaire : incohérences et culpabilisation

Le 12 juillet, 41,7 % de la population française était vaccinée. Loin des 90 % à atteindre pour parvenir, selon le Conseil scientifique, à l’immunité collective face au virus. Mais, trente-six heures après les annonces présidentielles, le site Doctolib enregistrait 2,24 millions de rendez-vous. À ce rythme, notait son fondateur, la cadence pourrait « monter vite à quatre, cinq millions d’injections par semaine ». Les « neuf millions de doses » mises en avant par Emmanuel Macron assureraient donc environ deux semaines de vaccination. À condition que celle-ci soit réellement à la portée de tous, ce qui n’a jamais été le cas jusqu’à présent.

Les populations à risques et/ou ignorées du système de santé conservent un taux de couverture vaccinale en deçà des besoins, et rien de concret n’est prévu pour y remédier. En outre, le choix de vaccinodromes hypercentralisés, laissant de côté la médecine de proximité, risque de se payer au prix fort en période d’égayement estival. À ces inégalités s’ajoutent de multiples incohérences. Comme d’en exempter les policiers et gendarmes… qui devront en contrôler l’application ! La situation des 12-17 ans est tout aussi incohérente. Exemptés du passe sanitaire jusqu’au 30 août, ils y seront soumis dès la rentrée scolaire… sauf pour se rendre au collège ou au lycée. Ils pourront donc retourner s’entasser joyeusement dans des salles de classe sans détecteurs de CO2 ni purificateurs d’air. En fait, les Français sont sommés de se débrouiller pour rentrer dans les clous de ces nouvelles contraintes, culpabilisation à la clé. Le gouvernement, lui, laisse entendre qu’il en a fait assez. Et annonce que les tests PCR – seule voie d’accès au passe en l’absence de vaccination – deviendront payants cet automne.

2) Le Code du travail, victime collatérale ?

Faudra-t-il trafiquer le Code du travail pour appliquer les nouvelles mesures sanitaires aux travailleurs en contact avec du public ? Consciente de l’insécurité juridique créée par certaines des mesures annoncées le 12 juillet, la Confédération des petites et moyennes entreprises a sonné l’alarme : «  Il est impératif que les pouvoirs publics indiquent clairement la marche à suivre face à ceux, et en particulier les salariés, qui refuseraient de se soumettre à ces nouvelles règles. »

Pour l’heure, seule est claire la situation des personnels soignants et non soignants des hôpitaux, cliniques et Ehpad, de l’aide et du soin à domicile, des ambulanciers et des pompiers : tous devront se faire vacciner d’ici au 15 septembre. Le gouvernement peut élargir au Covid-19 l’article 1311-4 du Code de la santé, qui impose l’immunisation contre l’hépatite B, la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite et la grippe. Parmi le 1,5 million de professionnels non vaccinés, les réfractaires seront, indique le projet de loi en préparation, interdits d’exercer dès mi-septembre, avec suspension de leur contrat de travail pour quelques semaines, avant « une mise à pied », voire « un licenciement », dixit la ministre du Travail, Élisabeth Borne.

La situation est plus floue dans les lieux où le passe sanitaire ou un test PCR négatif de deux jours sera exigé des salariés. Soit dès mercredi 21 juillet, pour les « lieux de loisirs et de culture », et, à partir du 1er août, pour les cafés, restaurants, centres commerciaux, mais aussi les transports longue distance. Les fédérations d’employeurs de ces secteurs ont déjà obtenu un report au 30 août. Ce qui implique que leurs employés aient reçu leur première dose d’ici à fin juillet.

Mais, en l’état du droit, les employeurs ne peuvent ni exiger de leurs employés de se faire vacciner, ni contrôler qu’ils l’ont fait, secret médical oblige. La dernière version du protocole sanitaire en entreprise les incite juste à « favoriser la vaccination des salariés en autorisant leur absence, y compris sur leur temps de travail ».

Même mystère pour le contrôle des usagers ou clients. Faute de le faire, les entreprises de tous les secteurs touchés par les restrictions sanitaires encourraient un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. Mais, dans le détail, rien n’est réglé. « Concernant les contrôles en gare et dans les trains, qui sera en charge de les réaliser ? Quelle organisation et renforts pour la gestion des flux en gare ? » demande la CGT cheminots, qui a déposé une « alerte sociale ». Même inquiétude au Festival d’Avignon : « Cela va être d’une difficulté extrême en termes de personnel et de matériel pour valider le passe », souffle Olivier Py, directeur artistique du Festival.

3) Des mesures à la constitutionnalité incertaine

L’ensemble de ces dispositions et le projet de loi, dont l’examen au Parlement doit débuter dès la semaine prochaine, seront-ils retoqués ? Les spécialistes sont partagés. La protection de la santé publique étant inscrite dans la Constitution, « un gouvernement peut imposer la vaccination obligatoire et le passe sanitaire », juge le constitutionnaliste Dominique Rousseau. À l’inverse, le professeur de droit public Serge Slama estime que « les mesures censées entrer en vigueur le 21 juillet sont contraires à la loi relative à la gestion de la sortie de crise sanitaire, promulguée le 31 mai 2021 » et que « celles annoncées pour début août risquent d’être largement déclarées inconstitutionnelles ». Il pointe le risque d’une « rupture d’égalité » entre les personnes déjà vaccinées et les « 30 millions de Français qui vont être écartés de facto » d’activités du quotidien. À gauche aussi, les points de vue varient. « Emmanuel Macron dessine une société du contrôle et de la discrimination généralisés », dénonce le député FI Éric Coquerel, tandis que la présidente du groupe PS, Valérie Rabault, « souscri(t) à l’extension du passe sanitaire ». Si ce dernier « peut se révéler nécessaire pour endiguer la nouvelle vague épidémique, une telle mesure ne peut être que transitoire, sous peine d’accroître les fractures dont souffre déjà notre société », met en garde, de son côté, le PCF. Le 6 juillet, le Conseil d’État avait donné quitus à ce dispositif, mais insistait sur le fait que « son usage a été restreint aux déplacements avec l’étranger, la Corse et l’outre-mer, d’une part, et à l’accès à des lieux de loisirs, d’autre part, sans que soient concernés les activités quotidiennes ou l’exercice des libertés de culte, de réunion ou de manifestation ». De même, le Conseil constitutionnel, le 31 mai, n’a pas donné suite au recours sur le risque de violation du « principe d’égalité ». Mais les dispositions alors contestées ne portaient pas directement sur le « caractère payant ou non des actes donnant lieu à la délivrance des documents » nécessaires au passe sanitaire. Dans un cas comme dans l’autre, la donne a changé.


 

publié le 14 juillet 2021

 

 Inégalités. Ces familles qui valent 1000 milliards

Pierric Marissal sur www.humanite.fr

La mouture 2021 du classement des plus grandes fortunes de France a été publiée jeudi par Challenges. Leur enrichissement, en temps de crise sanitaire et économique, dépasse le stade de l’indécence.

C’est la première fois que le magazine Challenges semble embarrassé par son propre classement des 500 plus grandes fortunes de France. Les ultrariches ont tellement profité de la crise que ça en devient flagrant. Leur patrimoine cumulé a ainsi augmenté de 30 % en un an, pour frôler les 1 000 milliards d’euros.

Sur dix ans, la fortune des milliardaires français a gonflé de 439 %.

Il y a désormais 109 milliardaires, contre 95 l’an dernier. Rappelons qu’il y a dix ans, en 2011, ils étaient 51 à dépasser le milliard d’euros. « Ce sont les plus fortes progressions annuelles jamais enregistrées par notre palmarès, mis en place en 1996 », a indiqué Challenges. Sur dix ans, la fortune des milliardaires français a gonflé de 439 %.

Tout en haut de la pyramide

Comme chaque année depuis 2017, Bernard Arnault et sa famille sont en tête, avec une fortune estimée à plus de 157 milliards d’euros. Une progression de 57 % par rapport à juin 2020. « Les crises nous rendent plus forts », avait déclaré fin avril le PDG de LVMH en commentant les résultats financiers de son groupe. Suivent la famille Hermès (81,5 milliards d’euros), celle des Bettencourt (71,4 milliards) et en quatrième et cinquième positions celles d’Alain et Gérard Wertheimer, héritiers de Chanel, et de François Pinault, fondateur de Kering.

« L’enrichissement est particulièrement fort en haut de la pyramide. La fortune des 10 Français les plus riches est désormais supérieure de presque 100 milliards à celle des 490 autres grandes fortunes françaises, explique Quentin Parrinello, le porte-parole d’Oxfam. Un constat similaire à celui que nous dressions un an après la pandémie : entre mars 2020 et mars 2021, les milliardaires français ont gagné 170 milliards d’euros – soit deux fois le budget de l’hôpital public ! »

Profiteurs de crise

Ces grandes fortunes ont profité des plans de secours à l’économie : des milliers de milliards d’euros ont été injectés par les banques centrales et une bonne partie a fini sur les marchés financiers pour venir gonfler la capitalisation des groupes du luxe, des technologies et de l’industrie pharmaceutique. Le patrimoine des principaux actionnaires a grossi d’autant. En outre, malgré la crise, ils ne se sont pas privés de dividendes. La famille Arnault a touché la moitié de ceux versés par LVMH, soit près de 1,5 milliard d’euros ; 750 millions pour les Bettencourt ; 415 millions pour Pinault.

Des cascades d'argent public

Les croissances de patrimoine financier les plus importantes se retrouvent dans les entreprises technologiques, les licornes françaises, qui ont opéré des levées de fonds énormes, soutenues par une cascade d’argent public en soutien. Les dirigeants de Snowflake, société d’hébergement de données, ont vu leur fortune exploser de 400 % en un an. Le fondateur de Snapchat, jeune trentenaire naturalisé français par Emmanuel Macron, dépasse désormais les 10 milliards d’euros (+ 115 %). Côté Big Pharma, le PDG français de Moderna a vu son patrimoine tripler, les fondateurs du laboratoire Ethyfarm se contenteront d’une hausse de 114 % de leur fortune.

Même pour un média comme Challenges que la richesse fascine, ces résultats paraissent indécents alors que la crise a fait un million de nouveaux pauvres en France et 150 millions dans le monde. « Pourquoi le capitalisme accroît les inégalités », titre en page intérieure l’hebdomadaire. Un éditorial demande même à taxer les plus riches. Un sondage vient enfoncer le clou : les deux tiers des Français demandent au gouvernement de taxer les grandes fortunes.


 

publié le 13 juillet 2021

Intervention d'Emmanuel Macron :
un tour de vis sanitaire et social

Sur le site www.humanite.fr

À neuf mois de sa fin de mandat, le chef de l’État renforce la lutte contre le Covid-19, avec la vaccination obligatoire des soignants et l’extension du passe sanitaire. Des décisions prises pour « bloquer le virus », avec pour ligne de mire la poursuite de la reprise économique.

Le plan devait se dérouler sans accroc avec une intervention présidentielle « avant le 14 juillet », annoncée de longue date, pour dérouler la feuille de route de la fin du quinquennat. Mais le variant Delta est venu perturber le scénario bien orchestré. L’allocution présidentielle prend donc un air de déjà-vu et se recentre sur la gestion sanitaire. Après un énième Conseil de défense, Emmanuel Macron a annoncé de nouvelles restrictions qui feront l’objet d’un projet de loi examiné par le Parlement à partir du 21 juillet. Le président n’a toutefois pas totalement abandonné ses ambitions initiales. « Je vous l’avais dit l’année dernière, nous allons devoir vivre avec le virus. Les semaines à venir seront donc celles de la mobilisation contre l’épidémie et pour la relance », a lancé le chef de l’État depuis l’Élysée. Sur l’un des sujets les plus attendus, la réforme des retraites (lire ci-contre), le chef de l’État a tout de même temporisé : « Je ne lancerai pas cette réforme tant que l’épidémie ne sera pas sous contrôle et la relance bien assurée », a-t-il déclaré tout en assurant qu’il faudrait mettre fin aux régimes spéciaux et « travailler plus longtemps ».

Vaccin : « Une course contre la montre »

C’était attendu : le président de la République a annoncé d’emblée dès le début de son allocution que la vaccination sera obligatoire pour « les personnels soignants et non soignants des hôpitaux, des cliniques, des maisons de retraite, des établissements pour personnes en situation handicap, pour tous les professionnels ou bénévoles qui travaillent au contact des personnes fragiles, y compris à domicile. ». Une décision motivée, a-t-il justifié, par la « reprise forte de l’épidémie sur tout le territoire » du fait de la progression du variant Delta, exigeant « un été de mobilisation pour la vaccination » afin d’éviter une forte augmentation « dès le mois d’août » des contaminations et des hospitalisations. Toutes les personnes concernées devront être vaccinées avant le 15 septembre. À partir de cette date, « des contrôles et des sanctions » seront mis en œuvre. Ces décisions (et celles concernant le passe sanitaire) seront portées par un projet de loi présenté dès ce mardi en Conseil d’État, en Conseil des ministres le 19 juillet puis débattu à l’Assemblée nationale le 21. Le chef de l’État a enfin annoncé des campagnes de vaccination dès cet été, « au plus près du terrain » et à la rentrée dans les établissements scolaires et universitaires. « 9 millions de doses vous attendent », a-t-il lancé, laissant finalement entendre qu’au cas où ces mesures ne suffiraient pas à obtenir une couverture vaccinale suffisante, la vaccination obligatoire pour tous n’était plus un tabou.

Le passe sanitaire, un sésame bientôt incontournable

Le chef de l’État a annoncé lundi soir d’autres mesures destinées à freiner le redémarrage de l’épidémie, dopée par le variant Delta. Parmi celles-ci, la plus importante est sans doute l’extension du passe sanitaire, dont l’objectif est de « faire peser les restrictions sur les non vaccinés ». Jusqu’ici exigé pour les événements rassemblant plus de 1 000 personnes (dans les stades par exemple) ou à l’entrée des discothèques accueillant plus de 50 personnes, ce passe va devenir obligatoire pour accéder à de nombreux autres lieux accueillant du public : dès le 21 juillet, ce sera le cas, pour les personnes de plus de 12 ans, « des lieux de culture et de loisirs » (parcs d’attractions, théâtres, cinémas…). Le temps de faire voter une loi en ce sens, cette extension concernera aussi, début août, les bars et restaurants, mais aussi les centres commerciaux, les hôpitaux, les maisons de retraite, les avions, les trains et les cars effectuant de longues distances, « pour les clients, les usagers, comme les salariés », a précisé Emmanuel Macron. Objectif : inciter les derniers récalcitrants à se faire enfin vacciner. Dans le même ordre d’idées, les tests PCR seront aussi rendus payants cet automne, sauf prescription médicale. Par ailleurs, deux territoires vont subir des mesures de freinage plus drastiques encore, avec le retour ce mardi de l’état d’urgence sanitaire et du couvre-feu : la Martinique et La Réunion.

Économie : la relance du satisfecit

Sur le bilan économique et social de la crise, Emmanuel Macron a joué du satisfecit : « le quoi qu’il en coûte a protégé nos entreprises et nos emplois ». Avec « une croissance de 6 % attendue en 2021, la France est en tête des grandes économies européennes », a ainsi fait valoir le président de la République. Selon lui, « l’emploi a résisté » à la crise, malgré la « destruction de près de 300 000 emplois » en 2020. La preuve que « les plans de soutien ont permis d’envisager une reprise sereine ». Mais il entend « aller plus loin », sans jamais donner plus de détails. « Nous resterons pleinement mobilisés pour aider les jeunes, les indépendants et ceux dont l’entreprise n’a pas résisté à la crise », a-t-il tout juste évoqué.

Quant au plan de relance de 100 milliards d’euros, là aussi, l’autosatisfaction est de rigueur, « mais nous devons faire plus », affirme Emmanuel Macron via, pêle-mêle, la « levée des contraintes » pour les entreprises qui souffrent de la pénurie de matières premières ou de main-d’œuvre. « Notre priorité est de nous réinscrire dans une trajectoire de plein-emploi », a-t-il martelé, évoquant un futur « plan d’investissements pour bâtir la France de 2030 ».

Enfin, en matière de production industrielle, Emmanuel Macron a insisté sur « la nécessité de recouvrer le chemin de l’indépendance française et européenne ». La présidence tournante de l’Union européenne qui incombe à la France devant être, selon lui, l’occasion d’acter un « agenda commun d’indépendance industrielle et technologique », là encore, sans plus de détails.

Passage en force sur l’assurance chômage

Quoi de mieux, pour vanter le modèle social français, ce « joyau à préserver », que de maintenir coûte que coûte la réforme de l’assurance-chômage dont l’objectif est de sabrer 2,5 milliards d’euros dans les indemnités des privés d’emploi ? Le en même temps macronien permet de s’accommoder de toutes les incohérences. Son auteur n’a pas hésité à en user pour affirmer que cette réforme « sera mise en œuvre au 1er  octobre ». Avec toujours le même argument : « On doit gagner sa vie en travaillant plutôt qu’en restant chez soi ». Profiteurs de chômeurs !

L’Élysée compte passer en force sur le sujet. Peu importe que le Conseil d’État ait par deux fois bloqué l’application d’une partie du texte du fait de ses incohérences, ou que cette même haute juridiction administrative doive encore se prononcer sur le fond. Il en va de la parole du gouvernement qui a fait de cette réforme un donnant-donnant contre les mesures structurelles demandées par Bruxelles en échange des 40 millions d’euros du plan de relance tricolore.

En revanche, rien de tangible n’a été annoncé pour renforcer le modèle social. Pas de généralisation de la garantie jeunes à un million de moins de 26 ans, comme chuchotée dans les couloirs du ministère du Travail. Il faudra se contenter de l’évocation d’un « revenu d’engagement pour les jeunes sans emploi ni formation, avec des droits et des devoirs ». Mêmes promesse creuse d’un « accompagnement renforcé » pour les aînés et les personnes en situation de handicap (lire page 11).


 


 

Éditorial. Fracture vaccinale

Par Maud Vergnol

Le goût, savoureux, de la liberté retrouvée n’aura été que de courte durée. Alors que les plus chanceux commencent à profiter des vacances tant attendues, l’été commence sous l’ombre d’une quatrième vague épidémique. L’exécutif a crié victoire trop vite et perdu son pari. Contraint une nouvelle fois de revoir sa copie, le président, qui comptait consacrer son allocution d’hier soir à sa feuille de route des derniers mois de son quinquennat, a dû se résoudre à annoncer les mauvaises nouvelles. Après une introduction bouffie d’autosatisfaction, Emmanuel Macron, qui a trop souvent péché par optimisme sur l’évolution de la pandémie, s’est résolu à annoncer un nouveau serrage de vis. Certes, point de retour au masque dans les rues, ni de couvre-feu généralisé, mais une extension massive du passe sanitaire, qui risque d’engendrer une rupture d’égalité entre les citoyens.

À la différence des précédentes vagues, nous disposons d’une chance extraordinaire, le vaccin, dont toutes les récentes études démontrent l’efficacité pour éviter les formes graves. Pourtant, nombre de concitoyens restent aujourd’hui réticents à recevoir le précieux sérum, échaudés par les errements de l’exécutif dans la gestion de la crise, défiants face au règne du tout-puissant lobby pharmaceutique. Après valses-hésitations, le couperet est tombé : la vaccination sera obligatoire pour les soignants, sanctions à la clé.

Cet arbitrage signe le renoncement du « convaincre plutôt que contraindre » et risque d’accabler des soignants à bout de forces après dix-huit mois de pandémie. Le danger existe que, faute de soignants vaccinés, le vrai sujet ne devienne le manque de soignants « tout court », tant leurs métiers sont peu rémunérés, leurs conditions de travail indignes et inacceptables. Primes et avantages aux vaccinés, fin de la gratuité des tests PCR, passage en force sur les retraites et feuille de route ultralibérale… cette nouvelle stratégie dit tout du macronisme en action, qui risque de laisser du monde au bord de la route et fracturer toujours plus la société français


 

publié le 12 juillet 2021

Délinquance financière : quand l’État laisse filer l’argent

Par Loïc Le Clerc | sur le site www.regards.fr

Le constat est « accablant » : chaque année, ce sont plusieurs dizaines, voire des centaines de milliards d’euros qui échappent totalement à l’État. Et l’État, justement, semble s’en moquer.

Ce mardi 6 juillet, Ugo Bernalicis, député La France insoumise, faisait à l’Assemblée nationale la présentation de son rapport de suivi de l’évaluation de la lutte contre la délinquance financière – un travail de deux ans mené avec son collègue LREM Jacques Maire.

 Ainsi avance Ugo Bernalicis : « L’efficacité de l’action publique contre la délinquance économique et financière reste très insuffisante [...] Les retards pris sont la démonstration que le gouvernement n’a pas de volonté réelle d’une part de lutter contre cette délinquance qui touche de plus en plus de nos concitoyens et d’autre part de récupérer l’argent qui manque cruellement à nos services publics ».

Ce rapport de suivi fait suite à un premier rapport, publié en 2019. L’idée était de suivre l’action gouvernementale en matière de lutte contre la délinquance financière, qu’il s’agisse de fraude fiscale, fraude à la TVA ou encore de grand banditisme. Deux ans plus tard, « la France est à la ramasse », quasiment rien n’a bougé, si ce n’est une vingtaine d’enquêteurs en plus – sachant que, dans le même temps, le nombre de dossiers par enquêteurs a augmenté car, oui, « c’est la délinquance la plus dynamique, mais ce n’est pas celle qui occupe les plateaux télé », déplore le député insoumis.

Manque de moyens

Le premier problème de la France, c’est – une fois n’est pas coutume – le manque de moyens, humains surtout. Si on prend le total des effectifs spécialisés dans ces affaires (police, douane, magistrats), on arrive difficilement à 700 personnes chargées de poursuivre ces 80-100 milliards de fraude fiscale, mais aussi ces quelques autres milliards de blanchiment, trafic, etc. Car la tendance des effectifs est à la baisse depuis des décennies. Le pire, c’est que l’Intérieur n’est même pas en mesure de dire le nombre d’effectifs précis dans cette lutte contre la délinquance financière, assure Ugo Bernalicis.

Tout ça n’a qu’une raison : le manque de volonté politique. La décision politique la plus éclatante, c’est la création de la Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée (Junalco). Concrètement, avant, il y avait 20 magistrats au parquet de Paris, et désormais ils sont 13 à la Junalco et 7 sont restés au parquet. Magie administrative…

Manque de transparence

Après les gilets jaunes et leur revendication d’une plus grande justice fiscale, l’exécutif avait lancé un processus d’évaluation, finalement confié à la Cour des comptes. Et là, patatras, les barrières sont restées closes. La Cour n’aura pas accès à l’intégralité des données des ministères concernés – Bercy, Beauvau et la Chancellerie – et ne pourra que pondre un rapport sur la fraude à la TVA. C’est déjà ça, direz-vous. Résultats : 15 milliards d’euros annuels qui échappent à l’État.

Au-delà du fait que les ministères ne donnent pas les moyens d’avoir accès aux informations, ni aux députés, ni à la Cour des comptes, Ugo Bernalicis rappelle les exercices de com’ de Gérald Darmanin, quand il fut aux Finances : si l’État récupère plus de la fraude fiscale, cocorico, s’il récupère moins, c’est qu’il y a moins de fraudeurs...

L’argent déconfiné

Autre sujet soulevé par le rapport des deux parlementaires : l’explosion des arnaques pendant le confinement. Et là encore, l’État est aux abonnés absents. Car les arnaques en ligne – concrètement, vous achetez quelque chose sur Internet et le site disparaît l’instant d’après – sont en dessous de tous les radars. Les services de l’État n’ont rien d’exhaustif à présenter à ce propos, alors que le nombre de plaintes pour escroquerie a explosé en 2020 : 362.000 victimes, soit 1,2 million de foyers touchés. Pour autant, le taux de plainte reste très faible pour des vols de 50 ou 100 euros. Et quand plainte il y a, on est autour des 90% de classement sans suite. Pourquoi ? Parce que dans ce cas-là, les autorités compétentes pensent le préjudice au cas par cas. Et c’est là que tout s’écroule : trop de moyens pour des trop petites arnaques. Alors qu’au total, le préjudice est énorme. Mis bout à bout, on est sur de « l’escroquerie de masse », lance Ugo Bernalicis.

La première des réponses à apporter à la lutte contre la délinquance financière, nous dit Ugo Bernalicis, c’est de doubler, voire tripler tous les effectifs. Oui, mais ça va coûter un pognon de dingue ! Sauf que, pour le coup, voilà une politique publique qui, au-delà de son aspect juste et de la responsabilité de l’État vis-à-vis du consentement à l’impôt, est difficile de ne pas qualifier de rentable.
 

 

publié le 11 juillet 2021

À gauche, chacun s’affirme
et s’éloigne de l’union

Par Fabien Escalona et Pauline Graulle sur /ww.mediapart.fr

La parenthèse des régionales à peine refermée, plusieurs candidats se sont positionnés sur la ligne de départ présidentielle. La dispersion comme étrange enseignement de la séquence électorale, qui révèle un défaut de confiance mutuelle et de convergence sur le fond.

Elles étaient censées être l’aiguillon pour préparer 2022. Les élections régionales et départementales n’auront même pas eu droit à un début d’analyse à froid que la bataille présidentielle à gauche déjà fait rage. Dès le lendemain du 27 juin, second tour du scrutin, sur les cendres encore fumantes d'une séquence électorale pourtant peu réjouissante pour elle (lire notre dossier), c’est un embouteillage de candidatures qui s'est formé, face à un chemin sinueux.

La semaine dernière, chaque jour ou presque a vu un nouveau « présidentiable » sortir du bois. Lors d’une conférence de presse jeudi, Jean-Luc Mélenchon était à deux doigts de s’en amuser : « Nous en sommes à treize candidats déclarés », soit « à trois candidats du nombre constaté en 2002 », a-t-il rappelé, avant de faire les comptes à gauche, où une demi-douzaine d'impétrants se bousculent déjà au portillon : lui, des écologistes, le communiste Fabien Roussel, mais aussi deux voire trois d’extrême gauche (NPA, Lutte ouvrière), au moins une côté socialiste, et celle du Parti animaliste.

Du côté des écologistes, qui doivent passer par les fourches caudines de leur primaire organisée en septembre prochain, trois candidatures ont été officialisées cette semaine, sans attendre la date limite du dépôt des candidatures, fixée au 12 juillet. Mardi, c’est le maire de Grenoble Éric Piolle qui s’est déclaré, suivi mercredi par l’eurodéputé, lui aussi membre d’Europe Écologie-Les Verts (EELV), Yannick Jadot, puis par le coprésident de Cap écologie Jean-Marc Governatori ce samedi. Elles viennent s'ajouter à celle de Sandrine Rousseau, déjà déclarée de longue date.

Côté PS, la réélection des sortants aux régionales, et le triomphe de Carole Delga en Occitanie en particulier – laquelle laisse dorénavant planer le doute sur ses ambitions –, semble là encore avoir accéléré le calendrier. Alors qu’Anne Hidalgo avait indiqué vouloir attendre l’automne pour se décider, plusieurs maires socialistes ont publié mercredi une tribune appelant « avec enthousiasme, conviction et promesse de soutien déterminé » la maire socialiste de Paris « à être candidate à l’élection présidentielle ».

Quant à Jean-Luc Mélenchon, candidat déclaré, lui, depuis huit mois, il a prétexté l’ouverture officielle des comptes de campagne pour lancer, le 1er juillet, sa nouvelle « marque » présidentielle. Au menu : une nouvelle affiche déclinée sur les réseaux sociaux, sur laquelle l’Insoumis s’installe comme la force tranquille devant une mer d’huile, et un nouveau slogan aux inspirations chiliennes, « l’Union populaire » qui pourrait préfigurer la création d’un nouveau mouvement homonyme.

La course de petits chevaux de la présidentielle est donc bel et bien lancée à gauche. Certes, il n’est pas exclu que des rapprochements et des fusions se produisent dans la dernière ligne droite, d'ici avril 2022. Mais l’éparpillement actuel des offres en dit long sur l’état de fragmentation de ce camp qui se cherche depuis la fin du quinquennat Hollande.

Qu’il semble loin le printemps unitaire, lorsque la réunion du 17 avril avait rassemblé les principales têtes de pont de la gauche et de l’écologie. Même dans l’entourage de Yannick Jadot, grand organisateur du raout, on reconnaît désormais que l’initiative n’était peut-être pas la meilleure manière de s’y prendre…

Préserver des situations acquises dans un océan d’abstention est une chose, conquérir le trophée présidentiel cinq ans après la désastreuse expérience Hollande en est une autre.

Fini aussi – momentanément, du moins – le temps où Olivier Faure annonçait que le parti à la rose pourrait se ranger derrière un écologiste. Les socialistes, qui se rêvent plus que jamais la « force motrice » de la social-écologie, estiment dorénavant que seule une candidate issue de leurs rangs serait crédible pour arracher une victoire au niveau national. Signe d’une prise de confiance négligeant allègrement le niveau atteint par l’abstention et des résultats nationaux en baisse comparés à 2015, le parti a même produit une vidéo pour remercier les électeurs d’avoir « réveillé l’espoir ».

« On nous disait morts, on ne l’est pas », avance le maire de Bourg-en-Bresse Jean-François Debat, qui assure qu’il y a « une forme d’évidence » à la candidature d’une socialiste en 2022 : « D’abord, on a vu que la composante PS de la gauche est arrivée devant l’écologie, invalidant l’idée que le PS est sur une pente résiduelle. Ensuite, les régionales ont montré que le PS a remonté par rapport aux européennes [où le PS avait fait 6 % – ndlr]. » Conclusion : « Aujourd’hui, le PS, et Anne Hidalgo en particulier, est dans la meilleure situation pour porter un projet dans lequel la transition écologique est un outil de justice sociale. »

De la part des socialistes, c’est cependant oublier leur recul de sept points par rapport à 2015, mais aussi leur rétrogradation derrière les écologistes partout où ils étaient dans l’opposition et en compétition avec ces derniers. Dans les deux seules régions d’outre-mer qui ont basculé de droite à gauche, ce sont par ailleurs des figures non socialistes, issues de la gauche radicale, qui ont pris la tête des exécutifs. Préserver des situations acquises dans un océan d’abstention est une chose, conquérir le trophée présidentiel cinq ans après la désastreuse expérience Hollande en est une autre.

Ce que n’a pas manqué de rappeler EELV, qui a, là aussi, tiré des conclusions des scrutins de juin à l’aune de ses propres ambitions : malgré l’absence de victoire, le parti au tournesol se targue d’avoir doublé le nombre de ses élus dans les régions, et même de l’avoir triplé dans les départements depuis 2015. Alors, qui mieux qu’un Vert pourrait prendre la tête de l’attelage ? 

Le directeur de campagne de Yannick Jadot, Mounir Satouri, repasse le film de l’élection en Île-de-France : « On est passés de 8 % en 2015 à 13 % en 2021, et La France insoumise de 6 à 10 %. Le PS, en revanche, a chuté de 25 % à 11 % ! Certes, les Verts ne sont pas encore assez forts pour prendre des régions, mais une chose est sûre : le PS n’est pas la “force motrice” ! La seule chose qui peut créer de la nouveauté dans le débat présidentiel, c’est une candidature écolo ! » Reste que le saut de la crédibilité nationale reste à opérer, alors même que les conquêtes d’EELV, jusqu’à présent, ont surtout eu lieu dans des territoires à la sociologie ultra-favorable.

Candidat pour la troisième fois consécutive, Jean-Luc Mélenchon fait davantage le pari de la stabilité et de la cohérence que celui de la nouveauté. Celui qui se voit comme le « rocher dans le paysage » se dit certain d’incarner, « pour l’instant », la « figure emblématique » du « pôle de résistance » à la lente dérive « d’une gauche qui [est allée] manifester avec les policiers factieux » le 19 mai dernier. Son mouvement, qui figurait déjà derrière les écologistes aux européennes, manque cependant d’un ancrage local solide, comme en témoignent ses scores souvent marginaux aux régionales et aux départementales.

Seuls compteraient, cependant, les « 235 000 parrainages » citoyens à sa candidature enregistrés sur le site. Le pari repose en fait entièrement sur la dynamique de campagne que serait capable de lancer le député de Marseille, qui a pour lui la notoriété et l’expérience, mais qui ne dispose pas de la même fenêtre d’opportunité qu’il y a cinq ans (lorsque le PS venait tout juste de s’effondrer) et dont l’image publique a été entre-temps abîmée par une série de controverses.

De façon générale, chacun est d’autant plus tenté d’avancer ses propres pions qu’à première vue, les résultats des régionales ont jeté un doute sur l’efficacité de l’union de la gauche et des écologistes. Interrogé par Le Figaro entre les deux tours, l’eurodéputé David Cormand a ainsi estimé qu’« il n’y a pas de prime à l’unité ». Les deux seules listes uniques de rassemblement, dans les Hauts-de-France et en Paca, ont de fait engrangé des scores particulièrement modestes. Et dans l’Hexagone, aucune fusion n’a été en mesure de renverser la tendance face aux sortants de droite.

De quoi justifier des stratégies de distinction en vue de la présidentielle ? Les leçons du scrutin sont en fait plus complexes. Comme l’a remarqué le politiste Simon Persico (notamment sur le plateau d’« À l’air libre »), les Hauts-de-France et Paca étaient les deux régions où la défaite était quasi assurée : le niveau total de la gauche, particulièrement bas au scrutin des européennes, le laissait facilement deviner. Ailleurs, aucun miracle ne pouvait être raisonnablement attendu des rassemblements célébrés entre les deux tours : quelques jours de campagne commune s’avéraient trop courts pour effacer les séquelles des semaines précédentes, et la mobilisation était trop difficile à relancer au regard d’un écart de points massif entre le candidat de droite et le premier candidat de gauche.

Surtout, le mode de scrutin des régionales a tout de même offert la possibilité de se maintenir, y compris en cas de troisième position. Le défi de l’élection présidentielle de 2022, qui ne laisse leur chance qu’à deux candidats au second tour, ressemble davantage, à cet égard, à celui que devaient relever les binômes candidats aux élections départementales. Le seuil de maintien était tellement élevé dans les cantons qu’il fallait arriver en première ou deuxième place pour ne pas être éliminé. Or, l’union s’est pour le coup révélée un bon viatique pour placer des élus ou éviter un effacement dès le premier tour (un scénario qui s’était davantage produit il y a six ans).

Équilibre des impuissances et défiance mutuelle

Évacuer la dernière séquence électorale ou bien en tordre l’interprétation : deux façons différentes de justifier des départs en solo à une élection présidentielle incertaine, sur laquelle beaucoup ont déjà fait une croix (pour tout miser sur les législatives) sans l’avouer publiquement.

S’il y a des raisons de douter de la pertinence et de la faisabilité de l’union des gauches, ce n’est en réalité pas dans les résultats des élections du mois de juin qu’il faut les trouver. D’autant qu’à ce stade, le problème n’a pas changé : aucune force ne semble en mesure de se détacher suffisamment des autres pour accéder au second tour de la présidentielle. Ce n’est pas seulement une lecture dans le marc de café sondagier qui permet de l’affirmer.

D’autres indices sont offerts par des résultats réels : ceux de la présidentielle de 2017, bien sûr, qui reste comme le scénario à conjurer ; mais aussi ceux des européennes de 2019, seul scrutin intermédiaire à portée nationale du quinquennat, qui a vu se reproduire une structure de compétition largement dominée par la majorité présidentielle et le Rassemblement national.

Les vrais problèmes résident dans la volonté réelle, les obstacles de fond et les ressources à disposition pour réaliser un rassemblement des gauches dès le premier tour. 

La première chose qui manque est le temps. Faute d’anticipation et d’un travail précoce, une éventuelle union risque de se faire de manière précipitée : de quoi maximiser les risques de malentendus et réduire les occasions de la défendre auprès de l’opinion.

Certains interlocuteurs ont beau assurer que le rassemblement se fera bon an mal an en janvier ou février, ce sera beaucoup trop tard pour qu’il soit effectué sur des bases saines et efficaces. Le retard pris est lié à une autre difficulté : la faiblesse de tous les appareils concernés. Ceux-ci ont des moyens matériels et humains limités, et ne disposent pas de directions fortes, dotées d’un mandat clair et d’une méthode précise pour atteindre l’objectif d’un rassemblement ambitieux.

Aucune force politique n’a par ailleurs de raison de s’effacer derrière une autre. C’est le résultat d’un équilibre des impuissances : les atouts et handicaps sont assez équitablement répartis pour que personne ne puisse « naturellement » emporter le leadership.

Aux législatives, cela peut encore se régler par un accord répartissant de manière égalitaire les circonscriptions. La présidentielle, en revanche, exige une figure unique. Or, en cas de victoire, celle-ci obtiendra des pouvoirs significatifs, qui créeront une situation forcément asymétrique. Et en cas de défaite, le risque encouru de diluer son identité dans une construction fragile sera vécu d’autant plus amèrement.

Il est très difficile de nouer des alliances solides si les tenants d’une culture politique donnée pensent qu’elle est danger.

Car même si les différences idéologiques ne sont pas plus insurmontables que lors du Front populaire ou des années 1970, elles existent bien, et sont adossées à des cultures politiques distinctes. L’an dernier, l’historien Sébastien Repaire expliquait dans un entretien à Mediapart qu’« il est très difficile de nouer des alliances solides si les tenants d’une culture politique donnée pensent qu’elle est danger. C’est cette crainte que doit dépasser une entente électorale, dans laquelle chacun pèse forcément le pour et le contre avant d’y consentir. Il faut que chacun des protagonistes soit convaincu qu’un programme commun est possible sans risque d’effacement de sa propre culture ».  

À cet égard, les amabilités échangées de part et d’autre ces dernières semaines renseignent sur le niveau élevé de défiance qui règne. Là encore, rien de nouveau. Pour de nombreux socialistes et certains écologistes, la personnalité et les polémiques régulières qui entourent Jean-Luc Mélenchon sont rédhibitoires, quand les Insoumis leur reprochent de masquer, sous ce prétexte, le refus d’une radicalité programmatique dont ils seraient les garants.

Dans sa dernière note de blog, Mélenchon leur reproche de concourir à un « bashing » à son endroit, fomenté par les milieux les plus réactionnaires. Surtout, il considère qu’ils n’adhèrent pas à la « rupture avec les règles du jeu de ce monde qui épuise les êtres humains et la nature ». Concluant : « Puisque l’union de la gauche n’existera pas parce que les programmes sont faiblement compatibles et que nous le savons tous depuis des mois, tournons la page dans la dignité d’un divorce par consentement mutuel ! »

Le quinquennat Hollande ayant érodé comme jamais le sentiment de proximité des citoyens avec un quelconque parti de « gauche », le leader insoumis reste persuadé qu’une stratégie de mobilisation différente doit être adoptée. L’objectif, en cas de défaite, étant d’avoir préservé une force de transformation sociale identifiée et vierge de toute compromission avec les partisans d’un statu quo aménagé. 

L’absence de confiance et le constat de différences difficilement surmontables sont également au cœur de la réflexion de David Cormand. « Ce n’est pas un problème d’ego ou de chapelles, c’est juste que ce sont tous des projets politiques tellement différents », a-t-il affirmé cette semaine au Monde.

L’ancien patron d’EELV s’est expliqué davantage, et sans fard, dans un texte au vitriol contre le PS sur son site personnel : « Chacun sait que l’union est un combat. Mais, décidément l’union de la gauche n’est pas le nôtre. Courir après cette perspective, c’est prendre le risque de devoir passer sous les fourches caudines de celles et ceux qui ne s’en réclament que pour restaurer l’ordre ancien où l’écologie ne serait tolérée que secondaire, décorative. […] Je plaide pour un bloc de la transition, réunissant celles et ceux qui considèrent que l’urgence écologique est cardinale. » 

La primaire du pôle écologiste, en septembre, sera l’occasion d’observer comment les candidats négocient cette quadrature du cercle, entre affirmation identitaire et prétention à gagner l’élection centrale de la vie politique. Mais même ici, et alors que cet espace politique avait été pensé pour éviter la dispersion des candidatures et une concurrence externe, l’union finale derrière un candidat unique n’est pas certaine.

Le climat s’est beaucoup tendu à propos du positionnement politique de la coalition : l’écologie doit-elle être associée à la gauche ou doit-elle être autonome ? Le débat n’est pas encore tranché.

Dans LObs de cette semaine, Jadot a prévenu : estimant avoir « tendu la main » à Mélenchon, il ne « lui tendr[a] pas la joue ». Tout en défendant la nécessité d’un rassemblement des « progressistes », il affirme que celui-ci devra se faire autour de lui : « Une candidature écologiste est inéluctable. » Piolle, de son côté, prétend pouvoir tenir les deux bouts d’un vaste « arc humaniste » allant de La France insoumise à Matthieu Orphelin, un écologiste séduit un temps par les sirènes macronistes – avant d'en revenir –, en passant par les socialistes municipaux enthousiasmés par Anne Hidalgo. Et quand Sandrine Rousseau campe sur un écoféminisme la rapprochant le plus d’une gauche radicale, Jean-Marc Governatori a un parcours résolument centriste.

Pendant ce temps, le collectif « 2022 ou jamais » a réuni jeudi dernier des figures de la société civile désireuses d’un vaste rassemblement à gauche, qui estiment que seule une primaire permettra de stopper la multiplication des candidatures et d’éviter cinq années supplémentaires de droite au gouvernement. Mais sans moyen de contrainte sur les états-majors partisans, ils ne pourront compter que sur la bonne volonté de ces derniers


 

publié le 10 juillet 2021

Covid-19. Les soignants refusent la vaccination obligatoire

Cécile Rousseau sur www.humanite.fr

Alors que le gouvernement multiplie les déclarations sous forme d’injonctions envers les professionnels, les acteurs de terrain soulignent le caractère inefficace d’une politique vaccinale soumise à des sanctions.

Un jour héros, le lendemain vecteur de la pandémie. Depuis que le gouvernement envisage de rendre obligatoire leur vaccination, les soignants se sentent pointés du doigt. Alors que le très contagieux variant Delta monte en puissance et que la quatrième vague menace, les paramédicaux et médecins, éprouvés par un an et demi de Covid, vivent mal cette situation. Pour Noémie Banes, présidente du Collectif inter-urgences (CIU), ce discours est insupportable : « Ce n’est pas la bonne méthode alors qu’on continue de fermer des lits avec le sous-effectif, ce qui engendre des pertes de chances pour les patients. Mes collègues sont globalement réceptifs à la vaccination. Je connais peu de gens qui n’ont pas été vaccinés et ceux qui ne le font pas ont peur. Il y a plutôt un échec de communication autour de cette question alors qu’elle est importante. »

« On a beaucoup de mal à recruter, après cela va être encore pire »

Pourtant, le ton se durcit de jour en jour. Élisabeth Borne, la ministre du Travail, recevra ce vendredi syndicats et patronat pour aborder ce sujet et celui de possibles sanctions en cas de refus, avant une probable annonce en début de semaine prochaine. Mais d’autres voix s’élèvent. Une tribune de soignants publiée sur le site de l’Express rappelle l’importance cruciale de la vaccination mais en rejetant son caractère imposé. « Peut-on vraiment affirmer que l’absence de vaccination de certains personnels soignants traduit un refus ? Ne s’agit-il pas plutôt d’une perte de confiance vis-à-vis des institutions ? Comment se fier à un management qui n’a pas de marge de manœuvre pour redonner du sens aux métiers du soin ? Comment se fier à des tutelles qui durant cette crise ont multiplié les incohérences auprès des soignant s ? », interroge la vingtaine de signataires. L’un d’entre eux, Jean Ruiz, chef d’unité réanimation à l’Institut universitaire du cancer de Toulouse, y voit aussi un paradoxe. « Des paramédicaux ont continué à travailler en réanimation même testés positifs au Covid et ça ne posait pas de problème nosocomial à ce moment-là… Quand ça arrang e, ils sont envoyés au casse-pipe. En Italie, les soignants qui refusent les injonctions sont suspendus et chaque jour est décompté de leur salaire. On a déjà beaucoup de mal à recruter, après cela va être encore pire. » Dans son service, la discussion a porté ses fruits : de 10 % de personnels non médicaux vaccinés en mars, il est passé à 68 % aujourd’hui. « J’ai passé du temps à expliquer et rattraper les informations pas claires du gouvernement. Lequel manque cruellement de bienveillance envers ceux à qui il n’arrête pas de demander des efforts. »

Si l’exécutif souhaite que 80 % de personnels aient reçu une dose d’ici septembre, seuls 60,2 % des professionnels en Ehpad et en unité de soins de longue durée étaient dans cette situation au 5 juillet, selon les derniers chiffres publiés par Santé publique France. Dans les cliniques et les hôpitaux, ce taux atteint 63,5 % (41,9 % en vaccination complète) et jusqu’à 80 % pour les soignants libéraux. Si ces données permettent de se faire une idée de la situation, elles ne sont pas exhaustives. Comme le rapportait le Monde, à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), n’étaient ainsi comptabilisés que les soignants se faisant vacciner en interne.

Les multiples errements stratégiques ont laissé des traces

Dans les Hauts-de-Seine, Malika Belarbi, secrétaire de l’union départementale CGT santé et action sociale, a lancé une étude sur la vaccination des paramédicaux en unité gériatrique. Sur les 287 personnes ayant répondu pour l’instant, 52 % sont vaccinées et 47 % pas du tout. Parmi les non-vaccinés, 29 % envisagent de le faire et 43 % « peut-être ». « Certains précisent que si on les oblige, ils vont changer de métier, détaille la cégétiste. Cela m’inquiète beaucoup. D’autres demandent des recrutements supplémentaires avant tout. » La syndicaliste a elle-même réfléchi un moment avant de franchir le pas. « À force de parler avec ma pharmacienne, j’ai été convaincue. Il faut de la pédagogie. Nous sommes restés marqués par la désorganisation de la première vague, l’absence de protection et ensuite, le flou du début de la campagne vaccinale. Les soignants sont épuisés et n’ont pas toujours la motivation pour aller recevoir leur injection après le travail. Il y a des endroits où le turn-over et le flu x tendu sont tels que la vaccination est difficile à mettre en place en interne. Quand c’est bien organisé, on constate que le taux de vaccination est supérieur. »

Ces « premières lignes » sont certes soumises à des vaccins obligatoires pour d’autres pathologies, mais les multiples errements stratégiques, notamment la vaccination par AstraZeneca puis la recommandation de la Haute Autorité de santé de ne l’utiliser que pour les plus de 55 ans en mars, ont laissé des traces. Touria, aide-soignante en unité gériatrique, a hésité avant d’accepter l’injection. « J’ai attendu d’y voir plus clair. Je l’ai fait pour protéger la santé de ma fille et pour les patients. J’ai aussi vu dans quel état arrivaient les personnes atteintes du Covid. Mais nous devons rester libres de notre choix. » En revanche, Martine, infirmière auprès des personnes âgées, y est, elle, totalement opposée. « Je suis choquée qu’on veuille nous forcer. J’ai une maladie qui occasionne une baisse des défenses immunitaires. Si jamais cela devient obligatoire, je demanderais une dérogation. Je ne comprends pas pourquoi on n’exige pas aussi la vaccination pour les familles qui viennent visiter les patients. On préfère nous culpabiliser. »

En attendant, de nombreux spécialistes exhortent l’ensemble des Français à passer le cap, comme la pneumologue Irène Frachon, à l’origine de l’éclatement de l’affaire du Mediator. À ce jour, 52,1 % de la population, soit 35,1 millions de personnes, a reçu au moins une injection. L’objectif des autorités est d’atteindre 40 millions d’ici fin août. Pour Christophe Jacquinet, responsable du cabinet de conseil en santé Care Insight et ancien directeur d’ARS (agence régionale de santé), le problème est plus vaste. « Pourquoi vacciner les soignants plus que d’autres métiers ? interroge-t-il. S’il s’agit de ne l’imposer qu’à ces professionnels, un paquet de directeurs d’hôpitaux n’est pas d’accord avec ça. Toutes les enquêtes montrent qu’il y a une souffrance des personnels. Les vrais “antivaccins” ne concernent que 10 à 20 % d’entre eux. Les endroits dans lesquels il y a une qualité de dialogue social et un bien-être au travail sont ceux qui ont un taux plus élevé de vaccination. »

Certaines structures ont d’ailleurs atteint l’immunité collective. C’est le cas du centre hospitalier de Saint-Nazaire, qui vient de fermer son centre de vaccination, ouvert avec la clinique mutualiste de l’Estuaire. 78 % des soignants ont reçu au moins une injection depuis le mois de janvier. « On a mis tout cela en place dans un contexte de forte tension sur les doses disponibles, souligne Jean-Baptiste Perret, directeur adjoint du centre hospitalier.  Nous sommes ensuite montés en puissance. On a très vite communiqué en interne sur les bénéfices pour soi et les autres. Les craintes ont diminué au fur et à mesure que certains voyaient leurs collègues se faire vacciner. L’approche des vacances a aussi joué. C’est important de valoriser les professionnels qui jouent le jeu. Le plus compliqué était de mobiliser des professionnels suffisants pour ce centre. Nous avons fait appel, entre autres, aux infirmières libérales et aux médecins retraités. »

Mais derrière la vaccination obligatoire émerge une crainte tout aussi vive : l’hôpital public sera-t-il en capacité de faire face à cette quatrième vague ? Pour les soignants, après des années de manque de moyens, des effectifs en baisse et un Ségur de la santé insuffisamment attractif, cette question devrait être une des priorités du gouvernement.

L’avancée du variant delta préoccupe de plus en plus

Après une baisse des cas fin juin, les inquiétudes grandissent face au variant Delta. Alors qu’Olivier Véran a déjà évoqué une possible 4e vague « fin juillet », la menace se précise, avec 4 081 cas relevés le 7 juillet, contre 2 457 le mercredi d’avant. « On estime qu’une personne atteinte peut en contaminer sept en moyenne », alerte l’infectiologue Nathan Peiffer-Smadja. Il doute que les mesures barrières suffisent à maintenir la situation sous contrôle, même si, pour l’heure, le nombre d’hospitalisations continue de baisser. Par ailleurs, d’autres variants inquiètent les autorités sanitaires, comme le Lambda ou l’Epsilon, jugés « à suivre » par l’OMS. La situation est aussi préoccupante dans d’autres pays, comme au Royaume-Uni, qui a de nouveau atteint une moyenne de 27 144 cas par jour cette semaine.


 

publié le 9 juillet 2021

Sortir de la pénurie sanitaire pour aller vers une souveraineté sanitaire

 

par Union syndicale Solidaires sur leur site : https://solidaires.org/

 

 

Constats de la pénurie sanitaire. En 2020, l’arrivée du virus a montré un manque de chambres, de lits, de respirateurs, de personnels, de matériels de protection, de gel hydro-alcoolique... Le gouvernement, et d’autres, ont menti sur l’utilité des masques (non disponibles). Le manque de tests n’a pas permis d’isoler les personnes porteuses du virus. Le confinement restait le seul moyen d’éviter un engorgement dans les services hospitaliers.

La vaccination a dû être ouverte progressivement, EHPAD, professionnels de santé de plus de 50 ans ou fragiles, pompiers, aides à domicile, puis aux 5 millions de personnes de plus de 75 ans et aux 800 000 personnes présentant des pathologies à « haut risque ». Mais, partout dès les premières semaines, les prises de rendez-vous sont difficiles, notamment du fait de l’insuffisance de doses de vaccins.

Le constat est clair : notre pays n’a aucune autonomie sanitaire et nous dépendons totalement des multinationales du médicament. Il nous faut « marchander les prix », alimenter les profits des laboratoires.


 

Causes de la pénurie sanitaire. Le Plan Juppé de 1995 accélère la casse de l’hôpital public en lui imposant une enveloppe budgétaire préfixée et contrainte (Objectif National des Dépenses d’Assurance Maladie ONDAM) votée chaque année dans la Loi de Financement de la Sécurité Sociale (LFSS). Les Agences Régionales de Santé (ARS en 2010 avec Roselyne Bachelot) cadrent cette limitation de l’hôpital public afin de favoriser la rentabilité des capitaux privés. La tarification à l’activité pousse à la rentabilité des services hospitaliers. Chaque lit non supprimé (moins 100 000 lits en dix ans) doit être occupé et rentable, ce qui a conduit à un développement de la médecine ambulatoire et à la très rapide rotation des malades dans les lits.

Le Président de la République a laissé croire, le 12 mars 2020, qu’il avait pris la mesure des erreurs passées et qu’il en tirait déjà des leçons pour demain, « il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché ». Il ment, la LFSS 2021 a réduit les budgets publics consacrés à l’hôpital public, des fermetures de lits restent programmées.

Les entreprises du CAC40 sont championnes dans la distribution de dividendes. En 2019, Sanofi a fait 7 milliards d’euros de profits et a distribué 4 milliards d’euros de dividendes, tout en fermant sites et labos en France, tout en licenciant, notamment dans le secteur « Recherche et Développement » (-45 % en 12 ans) ... tout en empochant en dix ans 1,5 milliard d’euros de Crédit Impôt Recherche. Les États se sont privés de tout pouvoir, le PDG de Sanofi peut annoncer que les États-Unis seront prioritaires pour leur éventuel vaccin, car ils ont plus investi dans la recherche. La concurrence «libre et non faussée » joue pleinement pour la marchandise médicaments.

Chaque pays est dépendant des prix du marché des vaccins, ceux qui y mettent le prix sont les premiers servis. Israël, les monarchies du Golfe, etc. vaccinent en masse. Israël paie 22 € la dose et l’Europe 12 à 15 €, dans des contrats semblant relever du « secret défense ». Quant aux pays sous-développés…


 

Conséquences de la pénurie sanitaire. La pénurie « oblige » le gouvernement à prendre des mesures pour ralentir la propagation du virus, les gestes barrière, les confinements et couvre-feu qui coûtent 10 points de PIB, bien plus cher que les économies des années passées. Chômage partiel, aides aux entreprises, prêts garantis, etc. augmentent les dépenses. Pour rembourser, ils nous diront demain qu’il faut réduire le train de vie de l’État, accepter une cure d’austérité pour le plus grand nombre ... pendant que les capitaux continueront de se multiplier.

Le gouvernement et son Conseil de Défense décident du sort de millions de personnes, sans cohérence, par des fermetures de boutiques, de lieux culturels, d’écoles, etc., par une interdiction traumatisante des visites dans les Ehpad. Aux nombreux morts du virus, s’ajoutent les décès à cause de la solitude, de l’angoisse, du stress et probablement bientôt du report d’opérations dans les hôpitaux.

Le gouvernement profite de cette situation pour accélérer le contrôle des populations, rogner les libertés publiques, parfois sans passer par le Parlement.

L’exécutif est tout puissant : il gère la pandémie, planifie l’économie en décidant quels secteurs sont en activité ou fermés, contrôle les populations, rogne les libertés publiques, restreint les droits fondamentaux tels que les droits de réunion, de rassemblement, de manifestation, de circulation, de déplacement, etc.


 

Pour aller vers une souveraineté sanitaire. Le 12 mars 2020, le Président de la République disait qu’il nous fallait reprendre le contrôle de notre alimentation, de notre protection, de notre capacité à soigner, etc. Ça voudrait dire que la France disposerait, sur son territoire, d’usines en capacité de produire des médicaments, des vaccins.

La première étape serait déjà que les aides publiques soient conditionnées et que leur usage soit contrôlé, mais cette remise en cause de la concurrence libre et non faussée se heurterait au Medef et à la Commission de Bruxelles. Une étape plus efficace serait d’interdire à une entreprise privée de délocaliser une activité ou de l’obliger à faire des recherches et ensuite à produire sur le territoire national ... en contradiction avec le principe de totale liberté de circulation des capitaux sur la planète, en s’attaquant aux choix économiques dictés par la rentabilité financière, en dénonçant certains traités commerciaux de libre-échange, en faisant entrer l’État au capital des sociétés dont il veut pouvoir maîtriser les choix essentiels... Ce n’est pas du tout dans l’air du temps, ni dans la volonté de la majorité présidentielle. C’est plus certainement à la population de les imposer.

C’est bien une inversion des normes qu’il faut imposer : la vie vaut plus que leurs profits !

publié le 8 juillet 2021

 

Vaccination : convaincre et donner les moyens

plutôt que de contraindre

note de la CGT du 8 juillet 2021

Le variant Delta qui se diffuse aujourd’hui en France fait craindre une 4 ème vague. Face à cette situation, le gouvernement de nouveau mal préparé et incapable de revenir sur sa doctrine néolibérale, fait diversion en lançant un débat sur l’obligation de vacciner les soignants, stigmatisant toute une profession pourtant déjà bien abîmée par la crise. Ce débat suscite des interrogations et des inquiétudes chez les soignants, mais interpelle plus largement l’ensemble de la population.

La CGT l’a souvent écrit et énoncé ici, la vaccination est un progrès sanitaire et social et est essentielle pour sortir de cette pandémie. Cependant, la situation actuelle relève bien plus d’une crise de confiance envers les institutions et d’un problème de moyens que de la responsabilité des soignants. L’obligation de vaccination dans les conditions actuelles risque d’être contre-productive et pose des questions importantes.

Une stigmatisation insupportable des soignants

Alors que les soignants ont subi de plein fouet la crise, qu’ils ont été abandonnés à leur propre sort pendant ses premiers temps, allant jusqu’à fabriquer eux même les équipements de protection que la puissance publique était incapable de leur fournir, alors qu’ils n’ont pas compté leurs heures pour sauver les vies qu’ils pouvaient, malgré le manque de moyens, alors qu’ils étaient sous le feu d’injonctions contradictoires en permanence comme lorsqu’ils avaient l’obligation de travailler la peur au ventre malgré leur positivité au virus, le gouvernement les présente aujourd’hui comme « bouc émissaire » de la 4 ème vague ! Il est vrai que le taux de vaccination des soignants reste en deçà de ce qu’il faudrait, notamment dans les EHPAD. Cependant, les professionnels de santé montrés du doigt, ne sont pas responsables de cette situation. Les soignants ne sont globalement pas contre la vaccination (qui fait partie des conditions de leur travail), ils sont face à des injonctions contradictoires liées au manque de moyens.

D’autre part, pour une politique vaccinale efficace, c’est l’ensemble de la population qu’il faut cibler. Quel intérêt de stigmatiser les soignants ? Nous sommes toutes et tous en contact avec des personnes à risque ! Le problème de la faiblesse de la couverture vaccinale ne concerne pas que les soignants.

Des moyens insuffisants et une organisation ubuesque de la vaccination

Les soignants comme le reste de la population, se confrontent à une organisation de la politique vaccinale complètement ubuesque. Comment se faire vacciner lorsque que les RDV ne correspondent pas à nos horaires ? Comment, après des gardes de plus de 12h aller refaire la queue 2h pour se faire vacciner ? Comment prendre deux heures sur son temps de travail, alors même que les effectifs sont insuffisants pour prendre soin des patients ? Comme pour beaucoup de professions, les conditions de vaccination ne correspondent pas aux conditions de vie des soignants.

De plus, la vaccination demande un effort individuel important pour l’intérêt général, mais quel sens à cette vaccination quand les autres pans de la politique sanitaire ne sont pas développés ? Comment par exemple respecter les protocoles, les gestes barrières dans l’urgence permanente et sans nouveaux personnels ?

La priorité pour redonner confiance aux soignants et pour sortir de cette crise qui est surtout celle du système de santé, c’est de lui redonner les moyens de fonctionner tant du côté de la politique vaccinale que du côté de la politique d’embauche.

La vaccination concerne l’ensemble de la population et non uniquement les soignants

Le problème de confiance dans les institutions, semble toucher l’ensemble de la population. La question que nous soulevions en décembre sur le manque de transparence et la levée des brevets reste d’actualité. Une bonne manière de développer la vaccination serait de clarifier les relations avec le secteur pharmaceutique et d’empêcher les profits sur les vaccins, notamment au moyen d’un pôle public de santé.

De même, il existe toujours de très fortes disparités géographiques et selon les classes sociales. L’accès au vaccin est toujours réparti de manière très inégalitaire. Ainsi par exemple la population du 93 accuse un retard de près de 15 % par rapport au 92 pour la 1 ère dose et de 10 % pour la 2 ème dose, y compris chez les personnes âgées. Le gouvernement n’est donc toujours pas capable, d’organiser une politique vaccinale efficace sur l’ensemble du territoire. Cela suppose d’ouvrir des centres de vaccination sans RDV et sur des plages horaires élargies, de développer les bus de vaccination partout où il le faut, de donner plus de moyens à la médecine du travail et d’obliger les entreprises à dégager une demi-journée travail pour chaque dose.

La vaccination est une question mondialisée

Enfin, et nous l’avons aussi déjà développé à plusieurs reprises (ici et ici) , nous n’arriverons pas à bout de cette crise en ne vaccinant que dans les populations des pays les plus riches. Sans une politique globale et mondiale de vaccination qui suppose la levée des brevets et la mise en action partout dans le monde des usines capables de produire ces vaccins, les nouveaux variants se développeront et se diffuseront.

publié le 7 juillet

« Anne Hidalgo s’indigne davantage du litre de peinture versée sur une vitrine que des injustices »

Sur le site www.regards.fr

Après l’action symbolique d’Attac à la Samaritaine, l’organisation altermondialiste fait l’objet de nombreuses critiques à droite, LREM et d’Anne Hidalgo. A gauche, on fait bloc derrière Attac pour dénoncer l’enrichissement des milliardaires pendant la crise sanitaire. Raphaël Pradeau, porte-parole d’Attac, est l’invité de #LaMidinale.

Quelques phrases  extraites de la vidéo :


 

Sur Anne Hidalgo à propos de l’action d’Attac sur la Samaritaine

« Anne Hidalgo était présente avec Emmanuel Macron pour inaugurer la Samaritaine. »

« Les médias ont dit que notre action avait créé beaucoup de polémiques à droite comme à gauche. Je n’ai pas l’impression que l’on puisse dire ça puisqu’à gauche, on a reçu énormément de soutiens de la part du NPA, de LFI, du PCF, d’EELV, de Génération.s, d’organisations, d’associations et de syndicats. »

« Anne Hidalgo a eu des positions assez similaires à celles exprimées par LREM, LR ou même Alexandre Bennalla qui nous a tapé dessus : sous nos yeux s’est constitué ce qu’on appelle un bloc bourgeois. Pour ces personnes, dont Hidalgo qui se dit de gauche, s’indigne davantage du litre de peinture noire versée sur une vitrine que des inégalités et des injustices et de l’enrichissement des milliardaires. »

« Le fait que Bernard Arnault soit propriétaire du Parisien joue dans la réaction aussi vive d’Anne Hidalgo. »

Sur l’action de la Samaritaine

« Notre mode d’action était symbolique. On l’avait déjà fait sur Apple, la Société générale ou Total, mais avec la Samaritaine on s’est rendu compte qu’on avait touché un totem : il ne faut pas, en France, s’attaquer à Bernard Arnault, première fortune de France. »

« On a parlé de vandalisme, de saccage : les gens pensent qu’on a tout cassé alors qu’il suffit de passer devant la Samaritaine et voir qu’il n’y aucune trace de notre action. »

« Toute l’année, on fait des rapports, des pétitions, des actions symboliques et personne n’en parle. Là on s’indigne d’un pot de peinture sans arrêter à ce que l’on dénonce. »

« On veut nier l’action politique de notre action. »

« LVMH a versé 3 milliards d’euros de dividendes en 2021 ce qui veut dire 1,5 milliards d’euros pour Bernard Arnault puisqu’il détient la moitié des actions et en même temps, LVMH a supprimé des emplois : c’est 888 emplois en France. »

« L’action a été menée avant l’ouverture de la Samaritaine et n’a pas empêché les salariés de travailler. »

Sur le rapport de la crise sanitaire et l’enrichissement

« On a voulu pointer l’enrichissement indécent des milliardaires. »

« Le gouvernement veut faire des économies sur les plus précaires : en rognant sur les APL, les allocations chômage. Il refuse d’aller prendre l’argent où il est. »

« Pendant la crise il y a eu enrichissement par les aides publiques d’Etat, par le chômage partiel - qui était une bonne chose - mais ça s’est aussi traduit par des aides sans aucune conditionnalité. La BCE a aussi racheté massivement des actions ce qui a dopé le cours des actions. »

« La suppression de l’ISF et de la flat tax a contribué à favoriser le versement de dividendes. Il y a cette logique de toujours plus de revenus financiers et des revenus financiers qui sont toujours moins taxés. »

Sur la croissance

« Il est certain qu’il va falloir faire décroitre un certain nombre de production et de consommation qui n’apportent rien et dégradent l’environnement. On pourrait s’interroger sur l’utilité du luxe. »

« Les plus riches sont ceux qui dégradent le plus la planète. »

« Il faut se passer des énergies fossiles. »

« Il y a des besoins qui vont croître : on parle beaucoup de la dépendance donc il faut créer un service public pour les personnes dépendantes. »

« Le mot décroissance est un mot obstacle. »

« Il faut concilier les objectifs climatiques et les objectifs sociaux. »

« Pour arriver à financer les besoins sociaux et les besoins écologiques, il y a besoin de recettes publiques et donc que chacun paie sa juste part d’impôts. »

Sur les actions de désobéissance civile

« Ca fait 20 ans qu’ATTAC existe, 20 ans que j’y suis, 20 ans que l’on demande la fermeture des paradis fiscaux… et qu’est-ce qui a été fait ? Rien. Donc à un moment donné, il est assez légitime d’utiliser d’autres modes d’action. »

« Bien sûr que c’est illégal d’aller piquer des chaises à la BNP ou de recouvrir de peinture la Samaritaine. Mais cela permet de poser des questions et de faire avancer la loi. »

« On est prêt à prendre un certain nombre de risques pour une cause qui nous semble juste. Mais elle ne nous semble pas juste qu’à nous : qui peut trouver normal de demander aux plus précaires de faire des efforts et ne rien faire pour que les plus riches paient leur juste part d’impôts ? »

« Si ATTAC ne faisait que balancer de la peinture sur des vitrines toutes les semaines, ça serait certainement contre-productif mais là par exemple, on peut parler de la note qu’on avait publiée avec Oxfam sur l’enrichissement des milliardaires, du rapport de l’Observatoire des multinationales qui montre que les entreprises du CAC40 se sont gavées d’aides publiques tout en licenciant et en versant des dividendes. »

« Quand on a à ce point-là des médias et des responsables politiques qui nous traitent de vandales, ça peut brouiller le message. »

 Nous, on a assumé le clivage. »

« La sympathie pour ATTAC a fortement augmenté depuis samedi. »

« Si on dit à Bernard Arnault de payer ses impôts ou à Emmanuel Macron de mener une politique de justice fiscale, on ne va pas réussir à les convaincre, même avec les meilleurs arguments du monde. »

Sur les risques de plainte voire de dissolution

« J’ai envie de dire à LVMH et à Bernard Arnault : allez-y, portez plainte. Ils ont dit à l’AFP qu’ils envisageaient de le faire mais ils ne le feront pas parce qu’ils savent très bien que s’il y avait un procès, ce serait une nouvelle tribune et ce serait un procès pour LVMH et Bernard Arnault. »

« Je pense qu’il ne faut pas prendre la menace de dissolution à la légère. »

« On est dans un contexte où le gouvernement sait qu’il mène une politique injuste et n’offre à la colère sociale que la répression policière et des tentatives d’intimidation. »

« On ne va pas se laisser intimider et on va mener, dès la rentrée prochaine, une grande opération de désobéissance civile où l’on va prélever à la source des multinationales qui ne paient pas leur juste part d’impôt. »

publié le 6 juillet 2021

Réforme. La retraite à 64 ans, une mesure inutile, injuste et impopulaire

Cyprien Boganda sur le site www.humanite.fr

Emmanuel Macron n’aurait pas renoncé à allonger la durée de la vie professionnelle, malgré l’absence de justification économique. Explications.

À ce niveau-là, ce n’est plus de l’ardeur mais de l’acharnement. Malgré l’opposition des syndicats et de l’opinion publique ; malgré la crise sociale qui menace toujours ; malgré les réticences de plusieurs députés de la majorité, la réforme des retraites pourrait faire son grand retour avant la présidentielle. C’est ce qu’affirment certains médias, à la suite des Échos du 28 juin. Difficile de savoir s’il s’agit d’un énième ballon d’essai ou d’une intention ferme et définitive, mais Emmanuel Macron, qui doit recevoir les syndicats et le patronat ce mardi, hésiterait entre plusieurs scénarios. Première option, un recul de l’âge légal de départ, de 62 ans aujourd’hui à 64 ans. Seraient concernées la génération née en 1961 (qui partirait à 62 ans et demi), puis celles de 1962 (63 ans), 1963 (63 ans et demi) et, enfin, celle de 1964 (64 ans). Gain financier espéré : 14 milliards d’euros dès 2026.

Autre option, l’accélération du calendrier de la réforme Touraine de 2014, qui porte progressivement la durée de cotisation pour une retraite à taux plein de 41 annuités et trois trimestres aujourd’hui à 43 annuités en 2032.

Dans tous les cas, c’est bien un allongement de la durée du travail qui serait programmé.

1 - UNE RÉFORME INUTILE

Depuis des années, la justification d’un tel recul tient en une phrase : « il faut sauver un régime au bord de l’implosion. » Problème : l’argument ne tient pas la route et c’est le Conseil d’orientation des retraites (COR) lui-même qui le dit, dans son rapport annuel de juin : « Malgré le contexte de la crise sanitaire et le vieillissement progressif de la population, les évolutions de la part des dépenses de retraite dans le PIB resteraient sur une trajectoire maîtrisée à l’horizon 2070. » En effet, le vieillissement de la population serait compensé par la baisse programmée du niveau des pensions rapportée aux revenus d’activité : en clair, ces dernières augmenteraient moins vite que les salaires, du fait des réformes précédentes (indexation des pensions sur les prix et non plus sur les salaires à partir de 1987, hausse de la CSG, etc.).

Résultat logique, le poids économique des retraites dans le PIB diminuerait, passant de 14,7 % l’an dernier à 13,7 % environ d’ici à 2030, et jusqu’à 11,3 % seulement en 2070 (fourchette basse de l’estimation) ou 13 % (fourchette haute). Autrement dit, même si le déficit du régime s’est creusé sous le choc de la crise actuelle, ce trou d’air n’est que temporaire.

2 - UNE RÉFORME INJUSTE

L’allongement de la durée d’activité entraîne toujours des effets pervers. Il renforce tout d’abord les inégalités liées à l’espérance de vie : les ouvriers vivant en moyenne six ans de moins que les cadres (l’écart est de trois ans chez les femmes), ils profiteront moins de leur retraite.

Par ailleurs, lorsqu’on allonge la durée d’activité, on prend le risque d’augmenter la précarité des seniors, met en garde l’économiste Michaël Zemmour : « Il semble que le gouvernement veuille reculer l’âge légal à un rythme très brutal : six mois de plus par an, c’est inédit à ma connaissance. Or, quand on déplace l’âge légal, cela a pour effet d’accroître la précarité des personnes âgées. En effet, la moitié des personnes qui prennent leur retraite ne sont plus dans l’emploi à ce moment-là, soit parce qu’elles ont perdu leur poste, soit pour des raisons de santé. Elles peuvent alors se retrouver au chômage, au RSA ou en situation d’inactivité, etc. »

La réforme Fillon de 2010 (augmentation de deux ans de l’âge d’ouverture des droits, à raison de quatre puis cinq mois par an entre les générations 1951 et 1955) s’est bien traduite par une augmentation du chômage des seniors. Selon l’Insee, la probabilité de se retrouver sans emploi à 60 ans s’est accrue de 7 points pour les hommes (à 0,11 %) et de 6 points pour les femmes (à 0,10 %) à l’issue de la réforme.

« Le gouvernement veut concentrer ses économies sur les personnes qui se retrouvent aujourd’hui aux portes de la retraite, souligne Michaël Zemmour. Ce sont des personnes qui, pour certaines, sont à deux ans du départ et qui seraient condamnées à patienter six mois de plus, alors même qu’elles ont déjà des projets. »

3 - UNE RÉFORME impopulaire

Pour l’exécutif, la bataille de l’opinion est (très) loin d’être gagnée : 66 % des Français se disent toujours opposés à un recul de l’âge de départ à la retraite, dont 72 % des 50-64 ans, selon un récent sondage BVA pour Orange et RTL. Quant à l’ensemble des syndicats, ils continuent de tirer à boulets rouges sur une réforme d’ici à la fin du quinquennat. « Ce serait une erreur de la part du président de la République, estimait Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, début juin, sur RMC. Il y a d’autres problématiques plus urgentes, les questions d’emploi, de salaire, la question de la jeunesse. » Avant de conclure : « Reculer l’âge de la retraite, cotiser plus de trimestres… le résultat est le même, ils veulent nous faire travailler plus longtemps. Donc, il faut rester mobilisés. »

Même son de cloche du côté des autres organisations syndicales. « Nous ne resterons pas l’arme au pied, prévient Michel Beaugas, secrétaire confédéral de FO. Si le gouvernement décide de persister, nous appellerons à la manifestation sans hésiter. »


 

publié le 5 juillet 2021

SNCF. Ces erreurs d’aiguillage qui menacent le service public

Marion d'Allard sur le site www.humanite.fr

À l’appel de la CGT, les cheminots seront en grève, ce jeudi (1er juillet). Ils dénoncent la libéralisation à marche forcée, l’absence d’un État stratège, la dégradation du service et de leurs conditions de travail. Décryptage

À l’orée des grands départs, les cheminots n’auront pas la tête aux vacances d’été. À l’appel de la CGT, les agents de la SNCF ­seront en grève, ce jeudi. Un mouvement national pour exiger l’amélioration de leurs conditions de travail, de leur rémunération, l’arrêt des restructurations et le développement du service public ferroviaire. Car, malgré leur présence tout au long de la crise sanitaire, les cheminots voient leur contexte social se tendre. « Nous affrontons les dernières étapes d’un projet de société qui vise à déréguler les chemins de fer », déplore la CGT.

1. La SNCF malmenée par la crise, abandonnée par l’État

Plombée par la crise sanitaire et les confinements, la SNCF affiche des pertes de près de 4 milliards d’euros pour 2020. Pourtant, l’opérateur public reste soumis à la réalisation d’objectifs financiers stricts, imposés par la réforme de 2018. « Ces objectifs étaient déjà intenables, ils le sont d’autant moins ­aujourd’hui », souligne Sébastien Gasc. Le secrétaire fédéral CGT en charge du pôle économie rappelle que, si la crise a dégradé les comptes du groupe, « les pertes sont très différentes d’une activité à l’autre ». Ainsi, « les TER, largement subventionnés, n’ont pas tellement souffert dans la période. Le trafic fret s’est également maintenu. Mais l’activité TGV, elle, s’est écroulée, tout comme le trafic Eurostar », détaille le syndicaliste. Regarder cette donnée de près oblige à interroger le modèle de la SNCF, « trop sensible aux aléas du TGV, son activité la plus rentable », souligne Sébastien Gasc, « d’autant plus que la clientèle d’affaires, encore largement en télétravail, n’a pas encore repris le chemin des gares ».

À l’automne dernier, le gouvernement a dégainé son « plan de relance ferroviaire ». Doté d’une enveloppe de 4,7 milliards ­d’euros, il est décrié pour sa faiblesse par la CGT. « Pour ne compenser que les pertes sur deux ans liées au Covid, la SNCF elle-même estimait ses besoins à 10 milliards d’euros », relève Sébastien Gasc. Quant à la dette du système ferroviaire, évaluée avant la réforme de 2018 à plus de 50 milliards d’euros ­cumulés, elle continue de se creuser et la reprise par l’État de 35 milliards d’euros demeure une demi-mesure, estime le syndicat qui plaide pour une reprise à 100 % de la dette de la SNCF par l’État.

2. L’entreprise historique éclatée

Loin de n’être qu’une simple équation économique dictée par des objectifs de rentabilité, la réforme ferroviaire de 2018 a profondément remodelé la SNCF, de sa structure juridique à son organisation sociale. Depuis le 1er janvier 2020, les trois établissements (Epic) qui constituaient le groupe ont laissé place à cinq sociétés anonymes. Désormais cloisonnée et filialisée, l’entreprise publique historique est affaiblie, assure la CGT, qui dénonce une « SNCF (qui) continue de se transformer par mimétisme du fonctionnement des entreprises privées ». Sur le terrain, les impacts d’un tel bouleversement sont concrets. Car « contrairement à un établissement, une filiale impose des barrières juridiques, de la bureaucratie, des cloisons et interfaces pour une efficacité médiocre », relève le syndicat CGT des agents de maîtrise et cadres de la SNCF. Sur ce point-là, la deuxième organisation syndicale de la SNCF rejoint d’ailleurs la première. Dans une longue lettre au président du groupe Jean-Pierre Farandou, le secrétaire général de l’Unsa ferroviaire évoque les réorganisations « incessantes à la SNCF depuis 2002 », qui font « perdre le sens » de leur travail aux cheminots. « Nous assistons à un compartimentage de plus en plus étanche des organisations du groupe, à des tensions dans les relations ­sociales et, enfin, à des cloisonnements des parcours professionnels qui ­faisaient pourtant la force et l’attractivité d’un groupe comme la SNCF », note ainsi Didier Mathis.

3. Mise en concurrence dangereuse

Menée sous l’impulsion de Bruxelles depuis les années 1990, la libéralisation du ferroviaire en Europe s’est traduite, en France, par la casse progressive de l’unité de ­l’entreprise publique. En somme, résume-t-on à la CGT , « l’objectif des libéraux est de transformer le système ferroviaire en un ensemble de petites concessions soumises à concurrence ». Un modèle inefficace, assure l’organisation, car « la spécificité du mode ferroviaire – un transport guidé sur un réseau interconnecté – n’est pas prise en compte. Cette balkanisation créée de l’inefficacité dans l’exploitation ». Vendue par ses promoteurs comme la garantie d’une meilleure offre à moindre coût pour les usagers, la mise en concurrence est un échec. Émis avec enthousiasme par les régions Hauts-de-France, Paca ou Grand-Est, par exemple, les appels d’offres révèlent surtout que les candidats ne se pressent pas au portillon. Pour les lignes dites subventionnées, comme les Trains d’équilibre du territoire (TET), l’État, qui les opère, a même déclaré sans suite ceux émis sur les lignes Nantes-Lyon et Nantes-Bordeaux, la SNCF s’étant retrouvée seule en lice.

4. Le fret ferroviaire laissé à quai

Ouvert à la concurrence en 2006, le transport ferroviaire de marchandises n’a non seulement jamais regagné de parts de marché, mais en a perdu. Ainsi, de 17 % en 2000, sa part modale n’est plus que de 9,5 % aujourd’hui, dont 5 % seulement assurés par Fret SNCF, rappelle la CGT cheminots. Pour promouvoir son plan de relance ferroviaire, Jean Castex a pourtant appelé à la « reconquête » du transport de marchandise par rail. La réalité du terrain contredit, là encore, les belles déclarations.

Pour assurer le redressement des comptes du groupe public, la direction de la SNCF, sous pression de Bercy, a par exemple ­entrepris de vendre ses actifs pour faire rentrer du cash. Il en fut ainsi, en avril, de la filiale Ermewa, spécialisée dans la location de wagons fret. « Comment, dès lors, relancer le fret quand on vend ses wagons à deux fonds de pension qui vont assurément augmenter les prix de la location ? » interroge Sébastien Gasc. Dans le même temps, la mise au rebut du dernier train de produits frais, le Perpignan-Rungis, met à elle seule sur les routes 20 000 poids lourds supplémentaires chaque année. Quant aux autoroutes ferroviaires, ces « corridors longue distance », elles « ne permettent d’extraire environ que 120 000 semi-remorques par an de nos routes, quand des dizaines de millions les parcourent chaque année », rappelle la CGT cheminots. « La réalité du fret ferroviaire, c’est un service public qui n’a plus les moyens de mener sa mission, un gouvernement qui subventionne la demande alors que les effectifs s’effondrent et que les fermetures d’installations ferroviaires se multiplient », conclut son secrétaire général, Laurent Brun.

5. Une convention collective inachevée

Face à une stratégie mortifère et à une pression accrue sur la productivité des agents, l’exaspération gagne le corps social à la SNCF. Localement, les actions se multiplient. L’arrêt des recrutements au statut, imposé par la réforme de 2018, a créé une inégalité de traitement entre cheminots. Or, les négociations relatives à l’élaboration de la Convention collective nationale de la branche ferroviaire patinent. Son volet « classification et rémunération » a d’ailleurs été dénoncé par la CGT, SUD et FO. En parallèle, « depuis 2015, les cheminots ne bénéficient d’aucune augmentation générale, alors que l’inflation grignote leur pouvoir d’achat », relève la CGT, qui dénonce, en outre, le recours « abusif » aux contrats courts et à l’intérim. Les plans de suppressions de postes dégradent les conditions de travail des agents, alors que la sous-traitance gagne partout du terrain.

En somme, la mobilisation de ce 1er juillet « est une étape du calendrier revendicatif », assure Sébastien Gasc. Elle « est le résultat d’une certaine montée en pression sur ­plusieurs sites en mai et juin, qui illustre l’accentuation de la tension interne », précise Laurent Brun, rappelant aussi qu’elle inter­vient à « une période charnière de discussions sur le futur statut social du groupe ». 


 


 

SNCF. La CGT porte un contre-projet

Opposé aux plans du gouvernement et de la direction du groupe public ferroviaire, le syndicat met sur la table 21 propositions concrètes.

Un bond attendu de 65 % des transports longue distance tous modes confondus d’ici 2050. Une réduction de moitié des émissions carbone de l’Europe d’ici 2030… Pour la CGT, aucun doute : le rail a l’avenir devant lui. Le syndicat fixe donc l’objectif minimal de 25 % d’augmentation de la part modale du ferroviaire. Pour ce faire, « une maîtrise publique comme outil de régulation et contrôle » est indispensable, assortie d’ « une politique nationale des transports (…), pensée en cohérence avec la politique industrielle, l’emploi, le cadre de vie et l’urbanisme », détaille l’organisation.

Alors que « la modernisation du réseau exige plus de 3 milliards d’euros d’investissement par an », le syndicat, qui rappelle que le système ferroviaire ne peut pas s’auto­financer, en appelle à l’augmentation des subventions publiques, à la reprise de 100 % de la dette ferroviaire par l’État et à la recherche de recette nouvelles : nationalisation des sociétés d’autoroutes, arrêt des partenariats public-privé (PPP), création d’un pôle financier public et mobilisation de l’épargne populaire entre autres.

Un « réseau européen de trains de nuit »

Les régions, qui gèrent le réseau TER, doivent elles aussi disposer de « ressources spécifiques et pérennes pour financer de nouveaux développements », souligne le syndicat. Idem pour la régénération du réseau et les travaux sur voies. Le réseau doit aussi être pensé en dehors des frontières nationales, estime la CGT. Ainsi, l’établissement de « partenariats avec les pays frontaliers » et l’élaboration d’un « réseau européen de trains de nuit » font partie des revendications du syndicat.

La stratégie nationale ferroviaire, qui fait défaut aujourd’hui, doit être définie avec le concours des usagers, des cheminots, de la représentation nationale et des autorités organisatrices de transport, « tout en maintenant la cohérence nationale du ­système », préconise également la CGT. De même qu’une « politique industrielle ­planifiée et cohérente » doit permettre ­l’innovation et l’efficacité en ce qui concerne les nouveaux matériels roulants.

En interne, enfin, la CGT plaide pour que l’organisation du travail réponde aux impératifs de qualité du service public. Ce qui exige, selon le syndicat, la réinternalisation des tâches sous-traitées et l’embauche au sein de la SNCF des « nombreux salariés gravitant autour du ferroviaire ». Des salariés qui doivent être protégés par une convention collective nationale de haut niveau afin d’ « empêcher le dumping » et d’ « assurer l’égalité »


 


 

Éditorial. Diabolique Par Cédric Clérin

Que ne va-t-on pas encore entendre à propos de la grève des cheminots ? Des soi-disant privilégiés qui ne pensent qu’à embêter les citoyens avec leurs actions. En réalité, y compris parmi les éditorialistes avisés qui tirent dessus à boulets rouges, qui accepterait la moitié de ce que subissent les salariés de la SNCF depuis vingt-cinq ans ? On leur a tout fait : diviser l’entreprise publique en deux puis en trois puis en cinq. Fermer les « petites lignes » et les trains de nuit avant de s’apercevoir qu’il faut les rétablir. Ouvrir à la concurrence pour réduire la dette en vertu d’un dogme éculé dont, même outre-Manche, on a compris qu’il est absurde. Comme dit l’adage : « L’erreur est humaine, l’entêtement est diabolique. »

Par exemple, le Fret SNCF a été ouvert à la concurrence dès 2006 « pour le développer ». Or, que constate-t-on aujourd’hui ? Ses parts de marché ont été divisées par deux ! C’est un comble quand on sait à quel point les besoins écologiques se sont aiguisés depuis. Mais le pire est que l’État, pour soulager la dette, a fait vendre à la SNCF sa filiale wagons Fret à des fonds de pension : cela implique qu’elle devra désormais louer des wagons au privé, à un prix plus élevé, pour développer le Fret. La SNCF devra donc s’endetter davantage ! Moins de parts de marché pour plus cher, bravo la concurrence ! Le fiasco pointe également pour la libéralisation des trains régionaux pourtant annoncée à grand renfort de tambours et trompettes. Ajoutez à cela la suppression du statut des cheminots qui constitue indubitablement une précarisation de la profession. Mais aussi le cloisonnement organisé qui fait, entre autres absurdités, qu’un vendeur de billets de transilien ne peut pas vendre de billets TGV, TER, ou intercités… On comprend la perte de sens d’un métier dans une entreprise qu’on est en train de faire dérailler. Et tout ça sans rien apporter aux usagers ! Si avec tout ça les cheminots ne se mobilisaient pas…

 

publié le 4 juillet 2021

Le recul de l’âge de départ crée des personnes « ni en retraite ni en emploi »

Stéphane Ortega sur le site https://rapportsdeforce.fr/

La question d’un allongement à 64 ans de l’âge légal de départ à la retraite est sur la table d’Emmanuel Macron et pourrait être annoncée lors de son allocation du 14 juillet. Mais il ne suffit pas de répéter à l’envi qu’il faut travailler plus longtemps pour que cela devienne une réalité. À ce jour, le recul à 62 ans de l’âge de départ en 2010 a eu pour effet de précipiter nombre d’actifs dans la pauvreté et les minima sociaux.

 
« Il faut travailler plus longtemps », c’est « le sens de l’histoire » expliquait il y a trois semaines sur les ondes de Sud Radio le délégué général de LREM Stanislas Guerini, prenant ainsi le contre-pied d’une histoire sociale, longue d’un siècle, où réduction du temps contraint rimait avec progrès et émancipation.

Mais cette affirmation selon laquelle il faudrait travailler plus longtemps, assortie généralement d’arguments autour de l’allongement de la durée de vie, des déficits de la protection sociale ou du ratio entre nombre d’actifs et de retraité, butte sur une réalité crue : une personne sur deux n’est plus en activité au moment de faire valoir ses droits à la retraite. Et donc, ne travaille pas plus longtemps, malgré l’allongement à 62 ans de l’âge légal de départ à la retraite sous la présidence de Nicolas Sarkozy en 2010.

Le taux d’emploi des 60-64 ans est de 32,2 %, contre 52,3 % pour la tranche élargie des 55-64 ans, selon un document de la Cour des comptes de juillet 2019. Et la chute du taux n’est que partiellement liée au départ à la retraite d’une partie des salariés au-delà de 62 ans, dans la mesure où nombre de salariés travaillent au-delà, afin d’obtenir tous les trimestres requis pour bénéficier d’une retraite à taux plein. En réalité, l’âge moyen de départ des salariés du privé, les plus nombreux, était même de 63,4 ans en 2017 selon le ministère du Travail. 

Vieux travailleurs pauvres

 L’argument de faire travailler plus longtemps les Français ne tient donc pas l’épreuve des faits. Même si les raisons sont multiples, le nombre de chômeurs de plus de 50 ans a été multiplié par deux depuis 2008 selon les données de l’Insee. Et même par trois pour ce qui est des demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en catégorie A. Ainsi, le recul de l’âge de départ à 64 ans cache mal « une mesure budgétaire brutale et injuste », selon les mots de Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, sur l’antenne de France Info mercredi 30 juin.

À n’en pas douter, un nouvel allongement de la durée de travail, avant de pouvoir partir à la retraite, aura le même effet que le recul de 60 à 62 ans en 2010 de l’âge légal de départ : augmenter le nombre de seniors « ni en retraite ni en emploi ». C’est-à-dire en attente de liquider leurs droits pour bénéficier d’une pension. Ce nombre est évalué à 30 % des plus de 60 ans pour la période 2016-2018 par le journal Capital. Ce qui fait dire à la Cour des comptes que « les performances sont restées médiocres, jusqu’à présent, en termes de maintien dans l’emploi des seniors de 60 ans et plus ». Et ce pour une raison assez simple : les employeurs préfèrent se séparer de leurs salariés les plus âgés, considérés moins productifs et plus onéreux. Ce que tend à confirmer le nombre de ruptures conventionnelles. Il correspond à 25 % des fins de contrats en CDI des seniors contre 16 % des jeunes.

Avec pour conséquence une « forte augmentation des effectifs de la tranche d’âge des 60-64 ans parmi les bénéficiaires de l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) et de l’allocation de solidarité spécifique (ASS), ainsi que des minimas sociaux ». Ce qui constitue une « trappe à précarité » selon la juridiction financière du Palais Cambon. Ainsi depuis 2010, date du dernier recul de l’âge légal de départ à la retraite, les allocations versées au titre de l’ARE aux 60-64 ans ont augmenté de 45 %. Celles concernant l’ASS de 75 % et enfin celles correspondant au RSA de 157 %. 

Transfert de coûts

 Aujourd’hui, le basculement d’une partie des salariés âgés de 60 à 64 ans vers les minima sociaux ou les allocations chômage coûte 1,5 milliard d’euros par an à la protection sociale et à la solidarité nationale, selon la Cour des comptes. Et encore, cette somme ne prend pas en compte l’augmentation des invalidités liées à une durée de travail plus longue et à l’usure plus intense des corps : les sommes allouées au titre de l’allocation adulte handicapé (AAH) ont bondi de 288 % entre 2010 et 2018. Des sommes appelées à croître si Emmanuel Macron confirme le relèvement de l’âge légal de départ à 64 ans.

Mais surtout un coût social et humain terrifiant pour des centaines de milliers de salariés ayant travaillé près de 40 ans, selon leur parcours sur un marché de l’emploi impitoyable. Une sorte de « quoi qu’il en coûte » inversée si exécutif confirme ses intentions austéritaires, alors que le pays n’est même pas encore réellement sorti de la crise sanitaire.


 

publié le 3 juillet 2021

Inventer une démocratie nouvelle

 

L’éditorial de L’Humanité Dimanche du 01 au 04 juillet 2021 – par Patrick Le Hyaric.

Si nous nous contentions de constater la reconduction des présidents de région sortants, nous nous aveuglerions sur la profondeur des manifestations de défiance qui tourmentent le pays. Sans évidemment contester la légitimité de celles et ceux qui ont gagné les élections, force est de constater qu’ils ne le doivent qu’à une minorité d’inscrits sur les listes électorales.

Songeons que les candidats soutenus par le président de la République n’ont rassemblé sur leur nom que… 3% des inscrits lors du premier tour. Ajoutons qu’une démocratie qui laisse si massivement sa jeunesse se détourner de la vie de la cité se condamne à moyen terme.

Ce terrible désaveu n’est en aucun cas la manifestation d’un désintérêt pour la politique. L’abstention devient pour beaucoup un acte politique pour être écouté et entendu. C’est parce que les pouvoirs restent sourds à la multitude des mouvements syndicaux, sociaux, citoyens, aux luttes pour une réforme juste du système de retraite comme pour la défense de la sécurité sociale, aux mouvements des Gilets jaunes comme aux « nuits debout », aux combats unitaires pour empêcher la privatisation d’EDF ou de la SNCF, aux actions des jeunes pour le climat, des femmes pour l’égalité, ou encore à la diversité des actions des travailleurs pour défendre l’industrie, l’emploi et les services publics, qu’en conscience une majorité de nos concitoyens organisent le silence des urnes.

Toutes ces manifestations de la volonté populaire se heurtent aux pouvoirs successifs qui, refusant d’écouter ces exigences, accélèrent la mise aux normes du pays aux canons de la mondialisation capitaliste.  Le système représentatif est ainsi englué dans une « alternance » qui perpétue les mêmes politiques au service des puissances d’argent. Mais le fameux duo Macron-le Pen, qui ne sert qu’à verrouiller le paysage politique, est ébranlé. D’évidence, notre peuple cherche une autre voie.

Ce qui tend à devenir une farce démocratique trouve parmi ses causes premières le poids exorbitant des institutions européennes sur les politiques nationales et locales qui fixent le cadre d’un consensus libéral dévastateur pour le modèle républicain, notamment la conception républicaine des services publics, et empêchent son déploiement vers une République sociale démocratique et écologique, réellement protectrice.

Le système institutionnel agonise ainsi dangereusement. Le pouvoir, qui prend appui sur les classes supérieures bien plus mobilisées que la moyenne, subit une déroute d’ampleur qui laisse augurer un redoublement de la crise de légitimité des institutions. Mais si l’extrême droite ne sort pas renforcée du scrutin, gare à en tirer des conclusions trop hâtives car ses idées nauséabondes, derrière lesquelles court une bonne partie des droites et du pouvoir, sont toujours là : aux présidentielles qui concentrent toute l’attention pourrait s’exprimer tout autre chose… Au point de déliquescence où se trouve la démocratie, il faudra plus que des rustines pour la  faire revivre. Le présidentialisme grotesque et les politiques libérales menées sous les auspices de l’Union européenne produisent un cocktail amer qui mine l’ensemble de l’architecture démocratique.

L’enjeu réclame d’engager un processus de transformation radicale des institutions portant une souveraineté populaire sur les choix politiques et économiques. Une nouvelle République, la sixième, qui devrait devenir la première République sociale, démocratique et écologique. Partout, de l’usine à l’université jusqu’au Parlement et au plus haut niveau de l’Etat, l’urgence est d’inventer de nouvelles formes de démocratie et d’interventions conférant de réels pouvoirs aux citoyens. C’est ce que demandent celles et ceux qui souffrent de ne pouvoir correctement se nourrir, se loger, travailler avec des bons salaires ou des revenus corrects pour les paysans et les artisans. La 5ème République se meurt. Il faut, avec les citoyens, en inventer une nouvelle.

Patrick Le Hyaric

publié le 2 juillet 2021

Revenus, patrimoine, accès aux études, travail… Les inégalités s’accentuent en France

par la rédaction du site www.bastamag.net

L’Observatoire des inégalités publie son nouveau rapport sur les inégalités en France. L’organisation a scruté le logement, le niveau de vie, la pénibilité au travail, l’accès des jeunes à l’emploi... La situation a encore empiré avec la pandémie.

Dès le début de la crise du Covid-19, il a été clair que la pandémie et ses conséquences ne toucheraient pas toute la population de manière égale. Les plus riches ont pu vivre le confinement en se retranchant dans leurs maisons de campagnes pour y télétravailler ou profiter de leurs rentes, tandis que les travailleurs pauvres s’exposaient au virus tout en étant confinés dans des logements bien trop petits. « Nous sommes loin de subir à égalité la pénibilité du travail, le chômage et les confinements que nous impose la pandémie », constate l’Observatoire des inégalités, qui a décidé de dresser, après un an de pandémie, un état des lieux des inégalités en France. Salaires, patrimoine, espérance de vie, conditions de travail, taille du logement, accès aux études… son dernier Rapport des inégalités en France dresse un bilan complet. En voici quelques points clé.

Revenus : les inégalités se sont accrues en dix ans

L’Observatoire des inégalités situe le niveau de vie médian en France à 1771 euros mensuels pour une personne seule, après impôts et prestations sociales (selon les données de 2018). Un revenu médian signifie qu’il partage la population en deux : la moitié touche moins, la moitié davantage.

En bas de l’échelle des revenus, 5,3 millions de personnes vivent en France avec moins de 885 euros par mois. En moyenne, les 10 % les plus pauvres ont un niveau de vie de 715 euros par mois. Alors que le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches est de 5090 euros mensuels.

L’écart entre le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches et celui des 10 % les plus pauvres est au même niveau en 2018 qu’en 2008, dix ans plus tôt. Le taux de pauvreté a quant à lui augmenté, de 7,7 % en 2009 à 8,2 % en 2019. Pour les 18-29 ans, le taux de pauvreté est même passé de 8,2 % en 2002 à 12,5 % en 2018. « Les jeunes adultes constituent la tranche d’âge où le risque d’être pauvre est le plus grand, et pour qui la situation s’est le plus dégradée en quinze ans », pointe le rapport. Les jeunes adultes sont aussi plus touchés par la précarité du travail : « 52,7 % des jeunes de 15 à 24 ans qui travaillent ont un contrat précaire en 2019, soit 5,7 points de plus qu’en 2009. »

La pauvreté touche également plus particulièrement les personnes en situation de handicap : « Un quart des adultes de moins de 60 ans en situation de handicap vivent avec moins de 1000 euros par mois », rappelle l’Observatoire des inégalités.

Loin de se réduire, ces inégalités de revenus se sont accrues en dix ans : « Tous les indicateurs d’inégalités de revenus sont plus élevés que dix ans plus tôt. La tendance repart à la hausse sous l’effet, d’une part, de mesures fiscales qui ont favorisé les plus aisés et, d’autre part, de mesures sociales qui ont appauvri les plus démunis. » Ces chiffres, poursuit l’Observatoire, « sont d’autant plus inquiétants que la crise économique, liée à la crise sanitaire de 2020, risque de frapper durement les plus modestes. » Les riches retraités et les cadres du privé ou du public n’ont pas vu leurs revenus vraiment affectés par les confinements. La réforme de l’assurance-chômage qui entre en vigueur ce 1er juillet aggravera très probablement ces inégalités persistantes.

Tout en haut de l’échelle des salaires, il y a les grands patrons : « Les cinq patrons les mieux payés en France parmi les 120 plus grandes entreprises cotées en bourse touchent entre 680 et 1700 années de Smic par an », rappelle le rapport. Eux non plus n’ont pas souffert de la crise sanitaire, comme l’Observatoire des multinationales le rappelle dans son décryptage Allô Becry ? Pas d’aides publiques aux grandes entreprises sans conditions.

Patrimoine : pendant la crise sanitaire, le patrimoine des plus riches a encore gonflé

En France, les 10 % les plus fortunés possèdent près de la moitié de l’ensemble du patrimoine des ménages. « Le patrimoine médian des ouvriers non qualifiés est de 12 300 euros, endettement déduit. Chez les cadres supérieurs retraités, il est de 397 000 euros, soit 32 fois plus », souligne l’Observatoire des inégalités. Des fortunes immenses s’accumulent au sein d’une poignée de familles. Et pendant la crise sanitaire, le patrimoine des plus riches a encore gonflé : « Entre février et décembre 2020, le seuil des 10 % des patrimoines financiers les plus hauts (environ 116 000 euros) a grimpé de 8 400 euros et celui des 30 % les plus élevés a progressé de 4 300 euros. En dix mois, les plus fortunés ont mis de côté au minimum ce qu’un smicard touche en sept mois de travail. » Quand certains médias et journaux télévisés évoquent « l’épargne des Français » s’élevant désormais à 142 milliards d’euros, il s’agit principalement de l’épargne des plus riches.

Accès aux études supérieures : zéro enfant d’ouvrier à Polytechnique

La moitié des étudiants d’école de commerce sont des enfants de cadres supérieurs. Seulement 9 % des enfants d’employés, et 4,5 % des enfants d’ouvrières et d’ouvriers accèdent à ces formations. Ce sont es étudiants d’écoles de commerce qui sont les futurs managers et cadres des grandes entreprises. Dans les écoles d’ingénieurs, 54 % des étudiants sont enfants de cadres sup, 51 % dans les classes préparatoires aux grandes écoles. À l’université, la part des fils de cadres sup tombe à un tiers, 15 % en BTS. Les enfants d’ouvrières et d’ouvriers sont en revanche plus présents à l’université, où elles et ils représentent 14 % des étudiants, plus de 15 % en BTS. Mais même à l’université, « les étudiants originaires de milieux populaires sont sous-représentés », pointe le rapport.

Et plus le niveau d’étude augmente, moins il reste d’enfants d’ouvriers : « Les enfants d’ouvriers ne représentent que 8,5 % des étudiants en master et 5,9 % en doctorat. À ce niveau d’études, l’université opère pratiquement le même tri social que les grandes écoles. Le système des grandes écoles est, quant à lui, élitiste dès l’entrée en classe préparatoire : seuls 7 % des élèves de prépa ont des parents ouvriers. Après le concours d’entrée, leur part passe à 5 % dans les écoles d’ingénieurs, 4 % à l’ENA et elle est même nulle à Polytechnique. » Là encore, les inégalités restent les mêmes depuis des décennies. « Il y a 40 ans, les enfants de cadres supérieurs représentaient 42 % des élèves des classes préparatoires aux grandes écoles, contre 52 % aujourd’hui. La part des enfants d’ouvriers y a, elle, baissé de 9 % à 7 %. »

Pénibilité du travail : la moitié des ouvriers au contact de produits dangereux

Même si les burnouts touchent les cadres, le travail reste physiquement plus pénible pour les ouvriers : « Plus de 60 % des ouvriers ont un travail pénible physiquement, dix fois plus que les cadres supérieurs. Plus de 65 % des ouvriers respirent des fumées ou des poussières (contre moins de 10 % des cadres), et plus d’un sur deux travaille au contact de produits dangereux, informe l’observatoire des inégalités. Un ouvrier sur six est victime d’au moins un accident du travail chaque année, un risque quatre fois plus élevé que chez les cadres supérieurs. » La moitié des ouvriers sont au contact de produits dangereux au travail, contre 13,3 % des cadres. Les personnes connaissant ces conditions de travail pénibles sont doublement pénalisés : cette pénibilité est très peu prise en compte par la réforme des retraites, pour l’instant suspendue.

Logement : deux millions de personnes dans un logement inconfortable

La Fondation Abbé-Pierre le rappelle chaque année : le mal-logement est un mal endémique en France. « Deux millions de personnes vivent dans un logement inconfortable et 900 000 dans une surface trop petite, souligne également l’Observatoire des inégalités. Plus grave encore, près de 300 000 personnes n’ont d’autre logement qu’une place, parfois à la nuit, dans une structure d’accueil pour les sans domicile ou les demandeurs d’asile. Les conditions de logement sont très inégales selon les niveaux de revenus. 29% des couples et familles parmi les 10 % les plus pauvres ont un logement trop petit. Cette part est inférieure à 5 % chez les 10 % les plus riches. »

Espérance de vie : six années en moins

On vit en France en 2021 en moyenne six année de moins selon que l’on soit ouvrier ou cadre : « À 35 ans, un ouvrier peut espérer vivre jusqu’à 77,6 ans. Soit six années de moins qu’un cadre supérieur (84 ans). »

Racisme : plus d’un demi-million de personnes subissent au moins une injure raciste chaque année

L’expérience du racisme est peu évaluée par les pouvoirs publics en France. Elle est pourtant bien réelle, quotidienne, et discriminatoire, rappelle le rapport : « Des discriminations, à la fois illégales et particulièrement violentes par leur injustice, affectent la vie quotidienne des immigrés et des personnes non blanches. Plus de 500 000 personnes subissent au moins une injure raciste chaque année. Même les services de l’État, censés être exemplaires, sont concernés par les pratiques discriminatoires. 22 % des hommes qui se disent perçus comme Arabes déclarent avoir été contrôlés par la police plus de cinq fois au cours des cinq dernières années, selon une étude du Défenseur des droits menée en 2016, soit dix fois plus que les hommes blancs. De leur côté, les hommes noirs sont 13 % à indiquer avoir été contrôlés plus de cinq fois également. »

L’intégralité du Rapport sur les inégalités en France, édition 2021, est à retrouver sur le site de l’Observatoire des inégalités.


 

publié le 1° juillet 2021

Denis Gravouil : « La réforme de l’assurance chômage voulue par le gouvernement est absurde »

Ce jeudi 1er juillet, alors que le Conseil d’État a rejeté une partie des dispositions de la réforme du chômage, entre en vigueur une partie de la réforme de l’assurance chômage et notamment la dégressivité des allocations pour les hauts revenus. Denis Gravouil, secrétaire général de la CGT Culture, chargé des négociations de l’assurance chômage, est l’invité de #LaMidinale.

Vidéo à voir sur le site de www.regards.fr

Et voici quelques phrases qui en sont extraites :


 

 Sur la grève des cheminots 

« Les cheminots ont raison de se mettre en grève. »
« On est en train de voir tous les effets de la réforme ferroviaire. »
« La réorganisation interne de la SNCF se fait au détriment des cheminots et donc du service public. »
« Si certains pensent que ça n’est pas bien de faire grève, on peut aussi considérer que ça n’est pas bien de faire passer des réformes en se servant du Covid et du soi-disant retour à la normale. »

 Sur la réforme de l’assurance chômage 

« On fait semblant que c’est une réforme équilibrée alors qu’on tape très fort sur les chômeurs en faisant comme s’ils étaient responsables d’accepter des contrats courts parce qu’ils n’ont pas le choix que de les accepter alors qu’en fait c’est les recruteurs sur lesquels il faut regarder. »
« La tartufferie se révèle entière quand on voit que ce qui a permis la recrudescence des contrats courts, c’est la dérégulation du code du travail, les différents aménagements de la loi travail qui ont favorisé les recours aux CDD. La vraie pression devrait se faire par un renforcement du code du travail et un malus sur les recours à tous les contrats précaires. »

 Sur la dégressivité des allocations 

« On pourrait se dire que la dégressivité ne concerne que les hauts salaires et que c’est déjà pas si mal. »
« La dégressivité touche aussi des gens qui vont avoir du mal à retrouver du travail - comme si c’était de leur faute. Les gens recherchent du boulot à la hauteur de leurs qualifications. La dégressivité est absurde parce que ça ne crée pas d’emploi et ça ne fait que pousser des gens à accepter des emplois en dessous de leur qualification. Ils prennent le travail de quelqu’un de moins qualifié et ainsi de suite en cascade ce qui fait que c’est les moins qualifiés qui se retrouvent à avoir plus de difficultés à trouver un emploi. » 

 Sur le nouveau mode de calcul des indemnités et son entrée en vigueur 

« Le mode de calcul des indemnités chômage a été suspendu par référé de suspension du Conseil d’Etat. »
« La décision du Conseil d’Etat est une vraie baffe infligée au gouvernement. Et c’est surtout une bonne nouvelle pour 1,15 millions de personnes. »
« L’argumentaire du ministère du travail consiste à dire qu’on va baisser les allocations des chômeurs pour les inciter à prendre un CDI. C’est absurde et il suffit de regarder les 3,5 millions de chômeurs qui n’ont pas d’allocation. »

 Sur la fin du quoiqu’il en coûte 

« L’activité partielle n’a pas couvert les contrats en CDD : ils étaient donc précarisés, à Pôle Emploi sans indemnités ou très faibles. »
« Il y a un risque de baisse de salaire, différenciée selon les secteurs : on maintient les emplois avec les aides de l’Etat et de l’Unédic qui paie un tiers de l’activité partielle mais on ne garantit pas des niveaux de revenus. On utilise donc la crise pour baisser les rémunérations et faire des économies sur le dos des salariés en faisant du chantage à l’emploi. »
« Des dizaines de milliers de personnes vont se retrouver en fin de droits d’un seul coup en juillet comme si tout était retourné à la normale alors que l’on sait très bien que c’est plus dur de retrouver du boulot quand on était chômeur et pas d’en trouver un autre quand on était en CDI. »

Sur la réouverture des théâtres et le début des festivals estivaux 
« Tout le monde est content que cela rouvre… même si tout n’a pas rouvert : beaucoup de gros événements et de concerts sont annulés par des préfets. »
« Le gouvernement a prétendu que tout était réglé pour la reprise or il n’y a pas de plan de reprise pour le spectacle vivant. »

 

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Construire des alternatives au capitalisme

sur le site www.cgt.fr

Du 14 au 19 juin s'est tenu le Forum syndical international des transitions écologiques et sociales. En vue de la COP 26, il a adressé un appel unitaire à l’ensemble des forces sociales engagées dans la construction d’une transformation écologique et sociale.

9 000 personnes inscrites pour suivre à distance les 19 ateliers organisés pendant six jours par plus de 130 organisations venues des 5 continents, dont la CGT.

Le nombre d'inscriptions dit à lui seul l'intérêt et les attentes suscités par l'intitulé de la conférence.

Comment assurer une transition juste ?

Aujourd'hui, les plans de relance financés par de l'argent public se multiplient. Comment veut-on que notre argent soit utilisé ? Le mouvement syndical est aujourd'hui face à une alternative : se battre pour une reprise ancrée sur des changements profonds et systémiques ou se concentrer sur la protection des emplois dans le cadre du système capitaliste.

La réponse du Forum syndical des transitions écologiques et sociales est très claire : les plans de transition écologique et sociale doivent mettre l'humain et la planète au cœur de leur projet.

Pour être pertinents, ils doivent s'élaborer à partir des connaissances et savoir-faire de tous les travailleurs. Si la réorientation nécessaire vers des énergies renouvelables et des processus neutres en carbone auront des effets sur l'emploi, les travailleurs des secteurs concernés ne doivent pas payer les coûts de choix que nous devons faire collectivement.

Les multinationales font obstacle à la mise en place d'une transition sérieuse, souvent avec la complicité des gouvernements.

Une maîtrise publique de la production et des activités qui ont un impact sur l'environnement est nécessaire à la préservation de l'intérêt général, ainsi que la propriété publique des ressources et de l'énergie, surveillées par le contrôle démocratique.

À problèmes systémiques, solutions systémiques.

Les pouvoirs publics doivent planifier une réponse globale aux crises climatiques et sociales. Sur tous les continents, ce changement de cap passera par un renouveau démocratique.

Partout, les plans de relance doivent s'accompagner de critères de conditionnalité stricts. Des règles environnementales et sociales contraignantes au service du bien-être social et environnemental doivent être rendues effectives.

Le forum a abouti à un appel commun pour faire entendre la voix des travailleurs en lutte sur les fronts social et écologique lors de la COP 26 qui aura lieu à Glasgow en novembre prochain.

Les alliances et échanges des organisations qui luttent pour l'accès de tous au bien-être social et environnemental doivent se renforcer pour parler des alternatives avec plus d'autorité.


 


 


 

appel du Forum syndical international des transitions écologiques et sociales.

A l’issue de ce Forum Syndical International des Transitions Écologiques et Sociales, co-construit depuis plusieurs mois avec plus de 130 organisations de tous les continents, nous souhaitons adresser un appel à nos frères et sœurs du mouvement syndical et aux alliées avec qui nous luttons. Cet appel, basé sur nos expériences concrètes et les propositions venues de nos pratiques, nous invite à réaffirmer une série d’axes revendicatifs que nous estimons fondamentaux pour une transition juste et solidaire.Nous affirmons donc:

1. La voix des travailleuses et travailleurs qui s’expriment sur les défis auxquels ils sont confrontés dans leurs vies de salariés comme de citoyens, doit être entendue. C’est en partant du lieu de travail, des connaissances et savoir-faire de celles et ceux qui produisent, que nous parviendrons à construire des plans de transitions écologiques et sociales qui respectent l’humain comme la planète.Nous devons nous appuyer sur les connaissances de tous les travailleurs, y compris les femmes et les jeunes travailleurs qui sont actuellement marginalisés sur le lieu de travail.Nous exigeons une transition juste, préventive, incluant les travailleuses et les travailleurs dans les processus de décisions.

2. Le rôle, l’impact, le poids et le cynisme des multinationales face à l’urgence écologique et sociale, souvent en connivence avec les gouvernements,sont un obstacle fondamental à la mise en place d’une transition sérieuse. La lutte contre le changement climatique est illusoire sans une propriété publique des ressources et de l’énergie et de leurs gouvernances et contrôle démocratiques. Il est essentiel de porter le mot d’ordre d’une maîtrise publique de la production et des activités qui ont un impact sur l’environnement, et ce afin de préserver l’intérêt général.

3. La crise écologique mondiale implique et touche tous les secteurs de notre économie et de notre système productif, approfondissant les inégalités existantes et faisant payer le prix le plus lourd aux plus précaires d’entre nous. C’est à la sphère publique de planifier une réponse globale, d’anticiper les changements et reconstructions à opérer.Ces changements doivent s’opérer au niveau mondial, avec comme objectif la justice et l’égalité réelle entre les peuples.

4. Les luttes des travailleuses et travailleurs pour protéger la planète se joignent à celles contre les gouvernements libéral-autoritaires et néo-fascistes. Ces unions dans la luttes ont la démonstration qu’il ne pourra pas y avoir de changements de cap sans un renouveau démocratique. Luttes pour la démocratie et luttes pour le progrès social et environnemental sont intrinsèquement liées et sont portées de front par nombre d’organisations sur tous les continents.

5. Le travail se situe au centre de l’équation de la nécessaire transition écologique et sociale. Une réelle transition doit garantir à celles et ceux qui perdent leurs emplois aujourd’hui qu’ils puissent en trouver un demain d’une qualité égale ou supérieure. Cela implique de rééquilibrer les arbitrages qui prévalent actuellement, notamment dans le commerce international, afin de rendre effectives les normes environnementales et sociales globalement absentes, et d’imposer des critères de conditionnalité strictes aux plans de relance à travers le monde.

6. Il est nécessaire de poursuivre et d’amplifier nos échanges, nos débats,nos alliances pour porter nos revendications de manière unie et large et les faire advenir. C’est en construisant une solidarité effective et des espaces de coordination à l’échelle internationale que nous pourrons proposer des alternatives viables et rassembleuses face aux puissances que représentent les intérêts économiques et financiers organisés, soutenus par des rapports de forces politiques souvent défavorables à l’intérêt général. Ces alliances s'articulent aux luttes pour une égalité de genre et de lutte au racisme systémique. Tous et toutes ont droit à un accès égalitaire à des emplois de qualité permettant de réduire les GES.

Et maintenant ?

Pour nous, le travail entrepris ne s’arrête pas ici. Nous savons que la lutte sera encore longue et qu’elle requiert toute notre implication, nous obligeant à dépasser nos contradictions, par la mise en commun de nos expériences, le débat entre nos propositions et enfin, toute la force de notre mobilisation.

Nous prenons donc l’engagement de continuer notre coopération, avec en ligne de mire une première étape : la COP26 de Glasgow en novembre de cette année. Nous y porterons nos revendications et travailleront avec d’autres forces à la construction d’un mouvement large et unitaire vers une alternative écologique, sociale et démocratique.

publié le 29 juin 2021

Luc Rouban : « Pour la plupart des Français, l’organisation de la politique ne fonctionne plus »

Emilio Meslet sur le site www.humanite.fr

Le politiste Luc Rouban voit dans ces records d’abstention la suite du mouvement des gilets jaunes, qui réclamait aux élus plus d’efficacité. Entretien.

Luc Rouban Directeur de recherche au Cevipof

Contrairement aux régionales de 2015, la participation n’a pas connu un rebond significatif entre les deux tours. Comment l’expliquez-vous ?

Luc Rouban Dès le premier tour, le RN a marqué le pas. En 2015, il y avait eu une mobilisation pour éviter qu’une grande région ne tombe dans les mains de l’extrême droite. Là, il n’y avait de risque qu’en Paca. Pour les électeurs de gauche, l’enjeu n’était plus aussi important. D’autant plus qu’un certain nombre de sortants, comme Laurent Wauquiez ou Xavier Bertrand, étaient déjà quasiment assurés d’être réélus. Mais, derrière, il y a une lame de fond plus inquiétante avec une abstention record. La loi NOTRe a permis de créer d’immenses régions où le conseil régional peut être à plusieurs centaines de kilomètres. Elles sont perçues comme des instances de gestion, avec des compétences réduites et techniques. Ces élections mettent aussi en scène des professionnels de la politique. Avec les fusions de listes, tout cela peut donner l’impression d’une démocratie de l’entre-soi.

Dans quel contexte plus large s’inscrit cette abstention ?

Luc Rouban Il ne faut pas oublier que, entre 2015 et 2021, il y a eu la crise des gilets jaunes et le grand débat national. C’était aussi des contestations de la démocratie représentative : il y avait une demande d’efficacité, parfois autoritaire, à l’égard des élus. Cette idée est maintenant très ancrée : 42 % des interrogés disent qu’en démocratie rien n’avance et qu’il vaudrait mieux moins de démocratie et plus d’efficacité. Il y a l’idée que la démocratie, c’est bien, mais qu’elle ne résout pas les problèmes de fond (égalité, justice sociale…). La demande d’équité est très présente en France et détermine la confiance dans les institutions et la démocratie représentative. Selon moi, c’est le principal moteur de l’abstention.

Pourquoi, cette fois, l’électorat du RN s’est-il plus abstenu que d’habitude ?

Luc Rouban L’abstention touche essentiellement des jeunes non diplômés. Or, c’est le cœur de l’électorat du RN. C’est aussi le résultat d’un populisme de droite qui a consisté à dire, pendant des années, que le système est corrompu avec des gens qui ne méritent pas qu’on les soutienne. Marine Le Pen a été entendue, mais ça se retourne contre elle. S’ajoute à cela que l’éventail de compétences de ces collectivités ne permet pas de traiter les sujets au cœur de l’électorat du RN comme l’immigration ou les frontières. Il ne faut donc pas projeter ces résultats sur la présidentielle.

La majorité présidentielle propose des ajustements techniques sur les modes de scrutin pour répondre à l’abstention. Est-ce vraiment le cœur du problème ?

Luc Rouban Pas du tout. Il ne faut pas se tromper : les trois quarts des Français s’intéressent à la politique. Mais, pour eux, l’organisation de cette politique ne fonctionne plus : ils ne voient pas l’impact au quotidien.

À quoi doit-on s’attendre pour 2022 ?

Luc Rouban Tout va dépendre de la campagne. Les Français ne veulent pas d’un nouveau duel entre Macron et Le Pen. On peut penser qu’il y a un renouvellement de l’offre de la droite parlementaire, notamment autour de Xavier Bertrand, et de la gauche, avec peut-être une alliance socialo-écologiste. Le potentiel électoral à gauche, aujourd’hui, est plus important qu’en avril 2017 : l’électorat qui avait suivi Macron en est revenu. Sans oublier que le clivage droite-gauche n’a jamais disparu, mais il faut qu’il soit incarné. À ce moment-là, l’abstention ne sera pas la même, puisque ce ne seront pas des candidats par défaut.

publié le 28 juin 2021

Procès de CRS : « Parce que vous êtes policier, vous avez tous les droits ? »

Ce mardi 22 juin, trois CRS comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer accusés de violences sur un associatif venu en aide aux migrants à Calais, et faux en écriture publique. Une histoire de violences policières camouflées, qui met en exergue les fragilités du système judiciaire.

Bienvenu au procès des violences policières du quotidien ! « Une affaire à deux balles, un non-événement pour des gens qui font ça tous les jours et qui passent leur temps à courir derrière les migrants », plaide même Maitre Liénard, qui défend l’un des prévenus.

C'est aussi une affaire d’une banalité confondante pour tous ceux qui ont déjà été confrontés aux CRS : celle des coups de tonfa pour presser le pas d’une évacuation jugée trop lente, du coup de pied par derrière censé « accompagner » les « dégage ! » lancé au groupe qui ne présente aucune menace directe mais qui, ce 31 juillet 2018 aux abords de Calais, rechigne à abandonner toutes les affaires des migrants qui dormaient sous le pont, le long de la rocade. Ces mêmes affaires nommées « les immondices » par M., la cinquantaine, chef de la compagnie de CRS en charge de l’intervention, aujourd’hui accusé de violences. Un terme qui semble tout droit tiré de l’ordre qu’il avait reçu de sa hiérarchie. En ce petit matin de juillet, il faut évacuer des migrants rassemblés sous un pont, « pour que les services municipaux puissent nettoyer les immondices », raconte-t-il à la barre. Vient en tête les images des tentes lacérées par des hommes en combinaison de désinfection, tels des dératiseurs.

En ce milieu d’été, la hiérarchie demande au chef d’aller vite. Avec son équipage, il presse donc migrants et associatif. Coups de pieds et de tonfa partent, notamment sur une jeune femme. Thomas Ciotkowski, bénévole anglais de l’ONG « Help Refugee », s’écrit : « Ne frappez pas une femme ! » au chef M. qui le pousse sèchement. Le bénévole tombe de l’autre côté de la rambarde de sécurité, près des camions et voitures qui passent. Dans sa chute, il agrippe le chef qui dit avoir été entraîné à terre. Le bénévole anglais est interpellé pour outrage et violences volontaires sur personne dépositaire de l’autorité publique. Il risque trois ans de prison et 45 000 euros d’amende.

Pour justifier cette interpellation, le chef M. porte plainte contre le militant, appuyé par deux collègues qui dénoncent insultes et agressivité de la part des bénévoles. Tous parlent d’une grande tension alimentée par les ONG, appelées globalement les « no borders » - en référence à un groupe anarchiste, sous-entendant qu’il s’agit exclusivement d’une lutte idéologique.

En 2019, Thomas Ciotkowski se retrouve donc devant le juge. Quelques semaines avant son procès, excédé par les mensonges des policiers, il porte aussi plainte pour violences, saisi l’IGPN, et surtout, transmets des vidéos… Et là, stupéfaction : le tribunal découvre que ce jour-là, il n’y avait aucune tension particulière, bénévoles et migrants prennent le chemin indiqué par les CRS qui les chassent avec brutalité. Les deux policiers témoins, venus en soutien de leur chef, sont bien obligés de reconnaître que rien ne justifiait, ni l’interpellation ni les coups. Mais refusant de reconnaître son erreur, le parquet demande quand même une condamnation du bénévole. Le juge ne suit pas : Thomas Ciotkowski est relaxé.

Deux ans plus tard, les trois policiers sont désormais sur le banc des prévenus, accusés de violences et de faux en écriture publique. Le bénévole n’a pas pu venir : coincé en Angleterre par la crise sanitaire. L’IGPN de son côté, a rendu un rapport au vitriol : il n’y avait aucune tension particulière pendant l’intervention, les faits de violences policières sont constituées.

À la barre, le chef M. reste pourtant droit dans ses bottes. Il ne comprend pas ce qu’il fait là. Il évoque la pression de sa hiérarchie pour que l’évacuation aille vite :

  • Si ces personnes avaient été coopérantes il nous aurait fallu moins de 5 minutes pour les évacuer.

- Ils ont le droit de ne pas être ravis de vous voir, Vous pouvez l’entendre ? demande le ministère public.

  • Leur rôle n’est pas de s’opposer

La procureur le questionne :

Vous donnez des coups, vous insultez (dans la vidéo, on entend dire « putain d’anglais ») et, en plus, vous avez le droit d’interpeller parce que vous êtes policier : donc vous avez tous les droits ?! Vous vous rendez compte de l’image que ça renvoie ?

Alors que le chef campe sur ses positions, prétend, même après visionnage des vidéos qui réfutent sa version, que le bénévole a bien tenté de l’agripper et donc maintien qu’il s’est défendu, les deux autres sont moins catégoriques. D’autant qu’on finit par apprendre qu’ils étaient à plusieurs dizaines de mètres de la scène et que, par conséquent, ils n’ont pas pu voir grand-chose.

La perception, le ressenti et le rapport à la réalité, ont été au cœur des débats. Les policiers semblent avoir développé un grand sentiment de persécution qui induit un laxisme dans leur évaluation de la légitimité de leur violence et une facilité à considérer que les bénévoles sont agressifs, et eux, en légitime défense. Ils parlent de « coups montés » organisés par les ONG pour les « piéger » en les filmant et semblent tout à fait sincères lorsqu’ils minimisent la violence des coups lancés pour évacuer.

  • Pour moi il y a des degrés de violence, explique l’un des CRS témoins, accusé de faux. Ce n’est pas fait pour violenter, frapper ou nuire, mais pour accélérer la cadence.

- Un coup de pied c’est violent, s'étouffe Madame le procureur. Jamais ce n’est un geste bienveillant ! ça serait donc pour vous, la force strictement nécessaire ?

- Non, finit-il par répondre.

Puis elle reprend.

  • Vous étiez au volant d'un camion à 50 mètres. Dans votre déposition – en soutien à la plainte du Chef M., ndlr - Vous dites des choses que vous n’avez pas vu !

- Je vois de loin M. Ciotkowski très proche de mon chef, se souvient-il. Alors quand mon chef me dit « il m’a poussé » je fais le lien malgré moi.

- Donc, on affirme sans avoir vu et on poursuit ! s’agace le parquet. Vous pensez quoi des poursuites contre M. Ciotkowski ?

- Je comprends sa relaxe.

- Mais vous avez joué un rôle dans sa poursuite…

- Malgré moi. J’étais persuadé de ce qu’il s‘était passé. Quand j’ai vu la vidéo, je suis tombé de haut.

La vengeance du parquet ?

Cette torsion de la vérité par les policiers, met le ministère public dans une position particulièrement inconfortable. « J’ai un appel, on me dit qu’il y a eu des insultes, qu’il y a des témoins policiers qui attestent des faits, qu’il n’y a pas de doute : que suis-je censé faire ? s’énerve la procureur en s’adressant aux prévenus. En qui suis-je suis censé avoir confiance ? » La fragilité du système judiciaire tout entier apparaît alors béante. « Ils sont nos yeux et nos oreilles : on doit être en mesure d’avoir des saisines claires et objectives pour prendre des décisions grave de conséquences : là il s’agissait de poursuites contre un individu. Or cette saisine ne reflète pas la réalité. » Plaide-t-elle.

La situation du parquet est d’autant plus inconfortable que c’est sur les mêmes éléments – les vidéos transmises par les bénévoles – qui l’avait conduit, deux années plus tôt, à demander la condamnation du bénévole, qu’aujourd’hui, il réclame six mois de sursis et un an d’interdiction d’exercer pour les deux témoins CRS accusés de faux, ainsi que douze mois de sursis et cinq ans d’interdiction d’exercer pour le chef M.. « Le parquet s’est planté, il se venge sur les policiers », en déduit Maitre Liénard, en défense.

Verdict : le 2 septembre.


 

publié le 27 juin 2027

« Pôle emploi m’a radié et
                       on m’a supprimé le RSA » :
la pression s’intensifie contre les chômeurs

par Rachel Knaebel sur le site www.bastamag.net

Écrit avant la décision du Conseil d’État qui a invalidé de nombreux points de la réforme de l’assurance chômage, cet article illustre la situation de nombreux chômeurs : contrôlés, menacés de radiation, bloqués dans leur démarches de formation, les chômeurs font déjà l’objet d’une pression toujours plus grande. Témoignages.

Le 10 juin, le Conseil d’État a examiné la légalité de la réforme de l’assurance chômage, suite à sa saisie par les syndicats CGT, Solidaires et FSU. Cette réforme très contestée a été repoussée à plusieurs reprises depuis le début de la pandémie. Sauf si le Conseil d’État la retoque, elle devrait entrer en vigueur 1er juillet, avec pour conséquence d’importantes baisses d’indemnités pour une grande partie des chômeurs, en particulier ceux qui ont enchaîné les contrats précaires. La nouvelle manière de calculer le salaire journalier de référence (l’indemnité que perçoivent les chômeurs sur la base de leurs anciens emplois) entraînera une baisse des allocations pour près de la moitié des futurs inscrits à Pôle emploi [1].

Les chômeurs font déjà l’expérience de contrôles accrus de Pôle emploi, avec menace de radiation à la clé. « Fin mai, je reçois un mail sur mon espace en ligne Pôle emploi me disant que je fais l’objet d’un contrôle renforcé et que j’ai une quinzaine de jours pour répondre à un questionnaire sinon je suis radié », témoigne Jean*. En tant que cadre approchant de la cinquantaine, son âge est déjà un frein dans ses démarches pour trouver un poste. Jean est aujourd’hui au RSA. Auparavant, il avait travaillé plus de dix ans en recherche et développement dans une multinationale, avant de se faire licencier. « À la suite de cela, j’ai été près de cinq ans au chômage entrecoupé par des périodes en tant que professeur en collège et de formation payée par Pôle emploi. » Puis il s’est retrouvé aux minima sociaux.

« J’avais encore, à cette période, un suivi plus ou moins régulier avec une conseillère de Pôle emploi. À la fin d’un contrat d’enseignant, j’ai réussi à intégrer un grand organisme de recherche fondamentale publique. J’y ai cumulé plusieurs CDD pendant plus de trois ans. Mon dernier contrat s’est terminé fin 2019, détaille Jean. Je me suis à nouveau inscrit comme demandeur d’emploi. Mais la pandémie est arrivée et le premier confinement avec. Le marché de l’emploi s’est alors effondré de manière spectaculaire. J’ai eu un contact par mail avec ma nouvelle conseillère en octobre 2020. Elle devait me recontacter en février 2021, ce qui n’a jamais eu lieu. Je continuais toujours à chercher du boulot. »

« Après plus d’un an de pandémie, de marché du travail en berne, on demande aux gens de justifier de leur recherche »

Jusqu’à ce qu’il reçoive cette annonce de contrôle fin mai. Sans que personne ne lui ait jamais expliqué, assure-t-il, ce qu’il est supposé apporter comme éléments pour un tel contrôle. « Lorsque vous avez rempli votre questionnaire de contrôle et que vous l’avez envoyé, vous n’avez plus qu’à attendre. Votre conseiller ne sait pas quand vous allez recevoir une réponse à cette enquête. Après plus d’un an de pandémie, de marché du travail en berne, on demande aux gens de justifier de leur recherche d’une aiguille dans une botte de foin », dénonce Jean.

Pour Yann*, les contrôles sont devenus récurrents. L’homme est au chômage depuis plusieurs années, « à la suite d’une perte d’emploi, et des soucis de santé ». Il vit dans un village isolé. « Je viens de subir mon troisième contrôle en moins de deux ans », nous écrit-il. Résultat de cette nouvelle vérification ? « Je suis radié de Pôle emploi et on m’a supprimé mes allocations RSA. » Les contrôles des allocataires de minima sociaux se sont également durcis depuis quelques années. Et ceuxde Pôle emploi peuvent aussi avoir des effets sur l’allocation du RSA (le montant pour une personne seule est de 565 euros). « On m’avait déjà supprimé mon RSA à la suite d’un contrôle il y a plusieurs années, je n’ai eu plus aucun revenu pendant dix mois. Depuis, je faisais mes recherches d’emploi, j’ai toujours effectué toutes les démarches que l’on me demandait de faire, je me suis plié aux multiples contrôles, de Pôle emploi et du conseil général pour le RSA. J’essaie en même temps d’économiser de l’argent pour passer le permis de conduire, mais avec les confinements et les couvre-feux, il a été difficile pour moi de me déplacer en bus. » Après sa radiation en avril, il s’est vu supprimer 80 % de son RSA en mai. « J’ai été obligé de retourné vivre chez mes parents, qui sont âgés. »

Pôle emploi est plus prompt à radier qu’à donner des rendez-vous de recherche d’emploi aux nouveaux inscrits, accuse aussi Jérémy, qui a travaillé pendant six ans comme enseignant vacataire pour l’Éducation nationale. Il est titulaire d’un master. Au chômage depuis avril, il a reçu son indemnité en temps et en heure, même si personne n’a pu lui expliquer comment elle avait été calculée. Il a cependant dû attendre deux mois pour avoir un premier rendez-vous avec une conseillère. Alors qu’il a engagé dès son inscription au chômage une formation pour devenir comptable, il s’est retrouvé bloqué. « Je ne sais pas si je peux poursuivre ma formation de comptable ou si cela va faire que Pôle emploi me radie, considérant que je ne suis plus en recherche d’emploi. »

« Une catastrophe pour tous les saisonniers »

Maxime, lui, est travailleur saisonnier dans le tourisme depuis des années. Comme il passe d’un CDD précaire à un autre, il reste inscrit à Pôle emploi. « Tant qu’on est pas en CDI, on est considéré comme sans emploi, donc on reste inscrit et on doit s’actualiser chaque mois. Quand j’arrive à la fin d’un contrat, mes droits au chômage sont recalculés. Ma situation roule bien depuis des années, j’ai des contrats réguliers, mêle si j’alterne les saisons et les périodes non travaillées. J’ai donc peu de contact avec Pôle emploi. » Son dernier contrat s’est achevé le 25 avril. « En général, quand je reçois une convocation après un contrat, c’est avec mon agence locale. Là, je reçois une convocation à un entretien intitulé "Rendez-vous d’accompagnement : toutes les clefs pour mon emploi durable". Mais la date du rendez-vous est avant la fin de mon contrat. » Maxime ne peut donc pas s’y rendre, puisqu’il travaille.

« Quand j’ai appelé le numéro indiqué, la personne ne connaissait pas du tout mon dossier. C’était en fait une entreprise privée, Solérys, qui m’a répondu. » L’entreprise est en effet prestataire de Pôle emploi [2]. « La personne m’a dit que ne pas venir à la convocation allait donner lieu à un avertissement, et que je devais régler la situation directement auprès de mon conseiller Pôle emploi. Or, au bout de deux avertissements, vous risquez la radiation », rappelle Maxime. Il a finalement réussi à faire supprimer l’avertissement. Désormais, il pense à quitter le travail saisonnier. « Avec cette réforme de l’assurance chômage, cela va être très dur, une catastrophe pour tous les saisonniers. C’est très angoissant. Toute une population va s’appauvrir. Moi, je vais arrêter. »

Notes

[1] Selon l’estimation de l’Unédic, l’organisme gestionnaire de l’assurance-chômage.

[2] Voir sur son site.

publié le 26 juin 2021

Démantèlement d’EDF : au bon plaisir d’Emmanuel Macron

Par Martine Orange sur le site www.mediapart.fr

L’Élysée va-t-il décider seul, en toute opacité, de réformer EDF, clef de voûte du système électrique, du service public énergétique, de la transition écologique ? Les syndicats du groupe redoutent un projet de loi en catimini à l’été.  

Jusqu’à quand l’exécutif va-t-il continuer à amuser la galerie sur EDF ? Pendant combien de temps va-t-il tenir à l’écart les salariés, les élus, les citoyens, du débat sur le sort qu’il entend réserver à l’électricien public ? Car réformer EDF, ce n’est pas seulement toucher à une entreprise publique, changer une organisation actionnariale, ou redresser un bilan, comme veut le faire croire le gouvernement.

C’est aussi et surtout prendre le risque de déséquilibrer l’ensemble du système électrique français dont EDF est la clef de voûte. C’est poser des problèmes aussi fondamentaux que la transition énergétique, la sécurité, l’approvisionnement, la compétitivité, l’aménagement du territoire, l’accès à l’énergie pour tous. Des sujets qui concernent tout le monde et pour des années.

Pourtant, deux ans et demi après le début des premières fuites sur le projet de réorganisation d’EDF (lire ici, ici ou là), l’exécutif continue d’avancer en toute opacité. Se cachant derrière des négociations avec la Commission européenne, sur lesquelles le gouvernement se refuse à donner la moindre indication, il joue cartes sous table.

D’abord, il y a eu le projet Hercule, puis Hercule plus. Constatant l’hostilité grandissante, le gouvernement a changé de nom et parle désormais du « grand EDF ». « Quel que soit le nom, il s’agit toujours du même projet », a dénoncé l’intersyndicale (CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC ) d’EDF vent debout depuis des mois face à ces plans de réorganisation. De fait, il s’agit toujours d’éclater façon puzzle l’organisation intégrée d’EDF en un EDF bleu (censé regrouper les activités nucléaires), un EDF bleu Azur (reprenant les activités hydroélectriques) et un EDF vert (reprenant Enedis qui détient le monopole de la distribution, les énergies renouvelables, les services, les activités de commercialisation) – appelé à être privatisé.

Pourquoi une telle séparation industrielle qui porte en elle le risque de désoptimiser gravement l’ensemble du réseau électrique, de casser toutes les logiques industrielles et de surenchérir les coûts de l’électricité ? En dehors de quelques arguments de banquiers d’affaires qui sont désormais la marque de fabrique de l’Agence des participations (APE) de l’État, le gouvernement est incapable d’articuler la moindre explication cohérente, de tracer un début de stratégie qui justifierait le grand chamboule-tout qu’il ambitionne de mener dans le secteur énergétique. 

Le gouvernement va-t-il quand même aller jusqu’au bout de ce projet ? La question hantait les manifestations de la fédération CGT énergie Mines qui avait appelé mardi 22 juin à une nouvelle journée en défense du groupe, du service public et contre le projet Hercule. Tous les syndicats d’EDF redoutent un coup fourré de dernière minute : selon des rumeurs récurrentes, un projet de loi portant sur la réorganisation d’EDF pourrait être présenté dès juillet en conseil des ministres, et discuté – une formalité – en octobre à l’Assemblée nationale.

Chargé de déminer le dossier depuis plusieurs mois, le ministre des finances entretient lui-même le flou. Alors que les discussions avec la Commission européenne sur le sort réservé à EDF dans le cadre d’une réforme sont toujours en suspens – Bruxelles exigeant son quasi-démantèlement en contrepartie d’une hausse du tarif de l’électricité nucléaire –, Bruno Le Maire a indiqué aux syndicats lors de réunions bilatérales qu’il avait transmis trois scénarios à l’Élysée. Soit l’abandon de la réforme parce que les contreparties exigées par la Commission sont jugées trop élevées, soit le lancement de la réforme en dépit des demandes européennes, soit un projet de loi tout de suite entérinant la renationalisation complète d’EDF et le passage de la branche hydraulique (barrages) en quasi-régie. Ces mesures-là sont censées faire consensus chez EDF, toutes les questions difficiles (augmentation des tarifs, séparation des différentes activités, privatisation de la branche distribution Enedis…) seraient renvoyées à plus tard.

Sortir EDF de la Bourse impliquerait le démantèlement du groupe

« Ce sera Emmanuel Macron qui tranchera », ont expliqué plusieurs responsables aux syndicats d’EDF. Selon quelques critères ? À la lumière de quels travaux ou études ? Mystère.

Au-delà de la convention citoyenne qui a fait des recommandations, superbement ignorées par le gouvernement, toutes les instances qui auraient pu être associées à la très complexe question de l’évolution du système électrique français, et donc de l’avenir d’EDF, ont été écartées de la réflexion.

Le nouveau Commissariat au plan, qui aurait pu, voire aurait dû, être associé de près à ces travaux, ne l’a été que de façon marginale et furtive. François Bayrou , le haut commissaire, s’est prudemment tenu à distance du dossier. Sa seule intervention a été pour prendre la défense du nucléaire, et de prôner la construction de nouveaux réacteurs, seul moyen, selon sa note publiée en mars, de promouvoir une énergie décarbonée et de soutenir le système. Pur hasard : cette recommandation est parfaitement en ligne avec les options gouvernementales.

De même, l’exécutif a décidé d’arbitrer le dossier EDF sans attendre les conclusions des travaux essentiels menés par RTE, le gestionnaire des réseaux de transports électriques en France. La publication récente de ses premières études donne un premier aperçu des défis auxquels va être confronté le système électrique, appelé à être de plus en plus sollicité en raison de la montée des usages de l’électricité face à l’effacement des énergies fossiles, courant le risque de perturbations fortes en raison de l’intermittence des énergies renouvelables, et aussi des changements climatiques. Tout cela requiert de repenser l’ensemble de l’architecture et de l’organisation du système électrique, de définir la place et le rôle d’EDF dans cet ensemble.

Mais Emmanuel Macron a décidé de se dispenser d’attendre les conclusions de tels travaux. De toute façon, comme pour la crise du Covid, comme pour les autres sujets, il a réponse à tout. Il sait déjà et depuis longtemps ce qu’il convient de faire pour EDF. Dès 2016, alors qu’il était ministre de l’économie, il l’a expliqué longuement devant la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale : « La solution d’une sortie d’EDF de la Bourse n’est pas privilégiée aujourd’hui. Je suis prêt à en examiner le principe, mais j’appelle votre attention sur le fait qu’elle n’aurait de sens que pour la partie “nucléaire France”, et pas pour le reste d’EDF : elle impliquerait donc un démantèlement du groupe. » 

Détruire tout le programme du CNR

Depuis, en dépit de nombreux bouleversements intervenus dans le secteur de l’énergie, Emmanuel Macron n’a pas varié sur le sujet. Parce que sa position est d’abord idéologique. Tout en usurpant l’appellation des « jours heureux », son projet se résume à celui établi par Denis Kessler en 2007 : « Détruire tout le programme du CNR [Conseil national de la Résistance – ndlr]. » Après avoir mis en pièces la SNCF, mis à genoux la Sécurité sociale, commencer à mettre à bas les retraites et l’assurance-chômage, en finir avec EDF serait le point d’orgue de son quinquennat. Il serait l’homme politique qui a osé « faire les réformes », la contre-révolution du capital que tous les autres n’ont pas osé mener à bien à ce point.

Ce démantèlement serait enfin le moyen de permettre au privé de mettre la main sur le nucléaire sans avoir à en assumer le coût ni les risques. La faillite d’Areva, l’écroulement de la filière nucléaire, le poids insupportable pour EDF n’ont donné aucun coup d’arrêt à cette vision. Même la donne économique et financière est ignorée : alors que les coûts des renouvelables ne cessent de baisser, le choix d’une énergie nucléaire de plus en plus chère et longue à amortir va devenir difficile à justifier. Mais Emmanuel Macron a décidé de balayer tous ces arguments. Parce qu’en matière d’énergie, il n’y en a qu’une seule qui compte vraiment à ses yeux : le nucléaire, l’énergie jupitérienne par définition.

Dans cette fuite en avant dans le nucléaire pour justifier le saccage d’EDF, une question cependant risque de ne pas pouvoir être éludée longtemps. Avec quel réacteur, le président, lui qui a réponse à tout, compte-t-il poursuivre cette aventure nucléaire ? Le fiasco de l’EPR , qui enchaîne retards, surcoûts, accidents depuis des années, rend impossible d’envisager de continuer avec lui.

Sans le dire publiquement, la filière nucléaire française comptait beaucoup sur la coopération avec les Chinois pour développer une nouvelle technologie. Et cela devait commencer par les sites britanniques d’Hinkley Point et de Bradwell. Ce qui s’est passé la semaine dernière à Taishan risque de compromettre cette ambition : les autorités chinoises ont très mal pris les révélations américaines, après le signalement d’incident de Framatome aux autorités américaines, sur les fuites radioactives du premier EPR chinois. La coopération, vieille de plus de cinquante ans, entre EDF et la Chine a du plomb dans l’aile, alors que les tensions géopolitiques entre Pékin et l’Occident s’accentuent.

Mais rien ne va arrêter Emmanuel Macron, pensent certains observateurs. Pour montrer qu’il reste le maître des horloges, pour prouver qu’il continue à réformer quoi qu’il en coûte, ceux-ci parient qu’il va engager un projet de loi sur EDF à l’été. Selon son bon plaisir. Pour prouver qu’il reste le grand réformateur, adepte de la destruction créatrice.

En tant que secrétaire général adjoint de l’Elysée, puis ministre de l’économie et désormais président de la République, cela fait près de douze ans désormais qu’Emmanuel Macron préside au destin de dossiers industriels. D’Alstom à Technip, des autoroutes aux aéroports, il a su démontrer sa capacité de destruction, jamais de création. Il a tout à craindre qu’il en soit de même pour EDF.


 

publié le 25 juin 2021

TRIBUNE. « Jeunes, votons dimanche
pour sauver notre futur »

Sur le site www.regards.fr

Une dizaine d’organisations politiques de jeunesse de gauche appellent à voter pour le second tour des élections régionales et départementales.

Au premier tour des élections régionales et départementales ce 20 juin, plus de quatre jeunes sur cinq ne sont pas allés voter. A celles et ceux qui reprochent aux jeunes cette abstention, nous avons une réponse. Culpabiliser c’est mépriser. Pour comprendre la désertion des bureaux de vote des jeunes, il faut tendre l’oreille et écouter, les colères comme les espoirs.

Nous devons analyser cette abstention massive. Nous vivons une crise démocratique majeure. En toile de fond de ce désaveu démocratique : des mois de polémiques stériles, haineuses et le désengagement de l’Etat dans l’organisation de la démocratie. Comment croire encore en nos institutions quand on choisit d’ignorer la Convention citoyenne pour le climat ? Comment croire en la démocratie quand on brade à des entreprises privées, comme Adrexo, son organisation la plus basique ? Des milliers de concitoyennes et de concitoyens n’ont pas pu s’informer avant d’aller voter, c’est un scandale. Et dans tout ça, les jeunes se sont deux fois plus abstenus que le reste de la société.

Génération climat, génération précaire, génération sacrifiée

Nous sommes pourtant de la génération climat, la génération précaire, la génération sacrifiée, la génération désenchantée. Celle pour qui le tic-tac climatique s’accélère. Celle qui assiste à une montée des océans aussi inexorable que la dégradation de ses conditions de vie et de travail, mais qui ne cesse de se mobiliser.

La situation de la jeunesse de France est catastrophique. Les 18-25 ans sont celles et ceux qui subissent le plus la précarité, la crise sociale et qui sont les plus en dépression, à la sortie de cette année confinée. Est-elle pourtant écoutée, prise en compte et respectée par les variants de la droite au pouvoir ? De toute évidence, non.

Dans les hémicycles politiques, des assemblées régionales au Parlement, les élu-e-s ont un âge moyen largement supérieur à la population. L’accès aux moyens d’expressions publiques conventionnelles est rare. Lorsqu’Emmanuel Macron souhaite redorer son image, il invite Justin Bieber plutôt que des syndicalistes étudiants élu·e·s ou des jeunes d’organisations politiques.
Dans le même temps, les jeunes étaient réprimés pendant la fête de la musique alors qu’après des mois confinés nous voulions juste respirer. Au delà du 21 juin, ce gouvernement a réprimé de manière systématique et violente toutes les mobilisations impulsées par la jeunesse.

Nous voulons respirer. L’unique réponse à notre besoin de culture semble cependant être la violence, comme celle exercée contre les jeunes qui dansaient lors de la fête de la musique. Votre mépris nous assomme. Votre politique de précarisation, de l’instauration du SNU à la diminution des APL, est claire et ne saurait être oubliée par l’invitation de Youtubeurs appréciés et dépolitisés, qui ne remplacera pas le débat contradictoire que vous avez refusé.

Placer son espoir dans le bulletin de vote

Pourtant, nous gardons espoir pour le futur ! Les jeunes sont parfaitement conscient·e·s des enjeux politiques qui concernent leur vie. Nous sommes nombreu·x·ses à nous engager dans le bénévolat associatif, à signer des pétitions, à participer à des mobilisations sociales, à nous exprimer… Qui peut nier que les mobilisations à dimension planétaire de la génération climat, du mouvement #MeeToo, ou encore de la dénonciation des violences policières, des mouvements antiracistes sont les preuves d’une conscience politique aiguisée ?

L’abstention est l’expression d’un mécontentement face à une Ve République verrouillée qui ne laisse pas place à nos voix et notre enthousiasme à changer la vie.

Cette colère est légitime et nous la partageons. Mais nous gardons aussi espoir, car nous savons qu’un bulletin dans l’urne peut changer la vie : le PACS, les congés payés, les 35 heures, l’école gratuite, laïque et obligatoire, le mariage pour tous et la création de la sécurité sociale : tous ces acquis sociaux ont été obtenus de haute lutte à la suite d’élections. C’est pourquoi nous appelons les jeunes à se déplacer voter dimanche !

Nous jeunes engagé·e·s, appelons notre génération à s’emparer de notre système politique rigide pour y permettre l’expression et l’engagement du plus grand nombre et notamment des plus jeunes. C’est cette raison qui nous pousse à voter dimanche pour les candidat·e·s qui portent un projet écologiste et solidaire, de transformation sociale et de lutte contre les inégalités, à la hauteur des enjeux environnementaux de notre temps. C’est le seul moyen de sauver notre futur par des politiques ambitieuses, en luttant contre les intérêts d’une minorité qui capte les richesses, en incluant des jeunes dans le débat et la décision publique. Dimanche, ne laissons plus les autres décider pour nous ! Votons !

Signataires :
Mélanie Luce, présidente de l’Union Nationale des Etudiants de France
Mathieu Devlaminck, président de l’Union Nationale Lycéenne
Aneth Hembert, co-secrétaire fédérale des Jeunes Écologistes
Marc Méric de Bellefon, co-secrétaire fédéral des Jeunes Écologistes
Aurélien Le Coq, animateur des Jeunes Insoumis
Emma Salley, animatrice des Jeunes Insoumis
Léon Deffontaines, Secrétaire Général du Mouvement des Jeunes Communistes de France
Jeanne Péchon, secrétaire national de l’Union des Etudiants Communistes
Tristan Péglion, coordinateur national des Jeunes Génération.s
Emma Rafowicz, Déléguée Nationale du PS en charge de la mobilisation des jeunes
Claire Lejeune, co-coordinatrice de Résilience Commune
Lola Yaïche, co-référente de Place Publique Jeunes
Jules Najman, co-référent de Place Publique Jeunes

publié le 24 juin 2021

Éditorial. « À droite toute » sur les ondes

Par Cathy Dos Santos sur le site www.humanite.fr

La présence de Vincent Bolloré dans les murs d’Europe 1 fait souffler un vent de protestation inédit. Les salariés de cette radio emblématique craignent que leur micro ne se transforme en un mégaphone de propagande et de fake news dont l’unique finalité serait de continuer à façonner les esprits pour le pire. On les comprend. L’arrimage de la station à CNews, vitrine d’un prosélytisme fascisant, a déjà trouvé ses visages et ses voix : un ancien de Valeurs actuelles en la personne de Louis de Raguenel et, à la matinale, Dimitri Pavlenko, connu pour tendre la perche à Éric Zemmour sans opposer la moindre contradiction aux logorrhées de ce sinistre personnage.

Des journalistes sont rappelés à l’ordre, sanctionnés. Comme ce fut le cas à I-Télé avant l’enterrement de cette chaîne pour laisser place à CNews. Telle est la loi dans les monopoles médiatiques qui matraquent en continu une information uniformisée, repeinte en brun. Ces empires sont en train de tuer le pluralisme, le débat d’idées et les espaces d’expression démocratique. Nous ne sommes pas condamnés à supporter les torrents de boue et d’incitation à la haine que déversent désormais trop de médias. Il existe un cahier des charges entre le CSA et les chaînes de radio et de télévision : le matraquage d’idées toxiques peut donc être stoppé.

Certains nous rétorqueront que la liberté d’expression est intouchable. Le racisme éructé par les chroniqueurs de CNews et consorts n’a rien à voir avec le droit, les libertés, ni même avec les opinions : il constitue un délit au regard de la loi. Ne nous voilons pas la face. La refondation médiatique de ces deux dernières décennies a servi le virage « à droite toute » du paysage politique. Il faut mettre un terme à cette dérive, sauf à revivre cette terrible prophétie d’Albert Camus : « Faites attention, quand une démocratie est malade, le fascisme vient à son chevet mais ce n’est pas pour prendre de ses nouvelles. »


 


 

Médias. Face à Bolloré, silence radio du CSA et de l’État

Caroline Constant et Grégory Marin sur le site www.humanite.fr

Vincent Bolloré apparaît comme tout-puissant dans le paysage médiatique. Il existe pourtant des leviers que la puissance publique pourrait décider d’actionner pour empêcher les concentrations et garantir le pluralisme des idées.

Un grand magnat des médias fond sur sa proie, la dépèce, sans que la société, sidérée, n’ait le temps de réagir. Sommes-nous condamnés à voir se répéter indéfiniment cette scène macabre ? Car, c’est ce qui s’est passé en 2016, quand Vincent Bolloré, déjà, avait mis la main sur I-Télé. Chacun se souvient de la brutalité de cette séquence, de cette grève de trente et un jours achevée par une vague de départs, suivis ou choisis, d’une chaîne de télévision débaptisée pour donner naissance à CNews, où se déverse depuis la haine de Zemmour, Praud et consorts. Est-ce à cette sauce que vont être mangés les salariés d’Europe 1 ?

Mobilisés depuis vendredi, ils protestent contre le rapprochement éditorial entre leur station et CNews. Un rapprochement idéologique soutenu par une opération de terreur dans les couloirs, puisqu’un journaliste a été mis à pied en attente d’une sanction le 30 juin et plusieurs personnalités poussées vers la sortie. La grève a été levée mercredi après-midi, mais la question du devenir de ces salariés, et de la station, reste entière. Face aux appétits de Vincent Bolloré, Patrick Drahi ou autre Reworld Media, il existe pourtant des leviers d’action légaux.

« On pourrait carrément couper les fréquences »

Les salariés d’Europe 1 ont raison d’être inquiets. Pour David Assouline, vice-président de la commission des Affaires culturelles du Sénat, Vincent Bolloré a fait « un coup d’essai » en s’en prenant à I-Télé. « Il savait très bien qu’il y aurait conflit, ça lui permettait même de repérer un peu plus amplement qui va dégager.  À ce moment, certains hésitaient sur le réel projet de Bolloré : asseoir une puissance ? une direction ou une rédaction à sa botte ? » Aujourd’hui, son but est clair : fonder « un grand groupe de médias d’extrême droite », estime l’élu. Et « ce qui est le plus dangereux, en termes médiatiques, ce sont les valeurs antirépublicaines qu’il instille tous les jours », reprend le sénateur. Pierre Laurent, sénateur communiste de Paris, est tout aussi sévère sur le danger. Ce qui se joue, selon lui, « ce ne sont donc pas seulement des mouvements économiques, mais aussi des mouvements de quadrillage politique du paysage informationnel. Ces mouvements politiques correspondent en parallèle à une radicalisation d’une partie des forces de droite et des forces du capital » (1).

Quelles solutions, alors, face à cette situation ? Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pourrait être un levier. C’est d’ailleurs cette instance qui a condamné CNews à payer 200 000 euros d’amende à la suite des propos racistes de son éditorialiste vedette, Éric Zemmour. L’instance dispose par ailleurs d’un catalogue de sanctions importantes. Pour David Assouline, « on pourrait carrément couper les fréquences de ceux qui ne respectent pas le jeu démocratique. Le problème est structurel : il y a une convention entre le CSA et la chaîne ou la radio pour avoir le droit d’émettre. Les médias audiovisuels occupent des fréquences qui sont un bien public. Ces fréquences sont louées, en quelque sorte, à partir d’engagements établis dans une convention. Quand on lit bien la convention qui lie CNews au CSA, il est dit qu’il faut œuvrer à la concorde républicaine et aux valeurs antidiscriminatoires ». CNews dérape régulièrement ? On est loin d’un « manquement isolé, c’est donc un choix ». La sanction devrait pouvoir tomber, sans gradation. Idem pour Europe 1. « Il y a un changement de projet. Il faut donc que le CSA s’en mêle. Et s’il y a un changement éditorial, la clause de conscience des journalistes doit pouvoir s’effectuer. »

Droit d’opposition des journalistes

Mais le tempo de Bolloré, qui fait appliquer au pas de charge ses décisions, et le temps long du CSA sont-ils compatibles ? Emmanuel Vire, du SNJ-CGT, n’est guère confiant : « La grille de rentrée, avec les nouveaux acteurs dépêchés par CNews, est calée. » Pourtant, explique le journaliste, le CSA pourrait jouer un tout autre rôle, « intervenir en amont, sur les cahiers des charges des chaînes. Rien que sur l’égalité hommes-femmes, il n’intervient pas… L’organisme ne se donne pas les moyens parce que la puissance publique ne dit rien, sur ce sujet comme sur les autres, le pluralisme des idées par exemple ». Pierre Laurent reprend cette idée au vol : « On a mis en place des notions d’équité extrêmement vagues qui permettent de contourner déjà beaucoup les règles d’égalité de temps de parole. Mais là, on passe à autre chose. Parce que les chaînes militantes comme CNews s’affranchissent justement de toutes les règles et, pour le moment, dans une très grande impunité. » Pour lui, la question médiatique doit « devenir une question démocratique, dans un moment où il y a une telle crise politique et démocratique, le débat politique et le débat législatif devraient se saisir à nouveau de la question du pluralisme de l’information. » David Assouline note, en défense du CSA, que la garantie démocratique exige, comme dans un procès, d’avoir du temps. Pour autant, dit-il, « il faut permettre que les menaces lourdes s’exercent. Certains pensaient que taper au portefeuille aurait un écho. Mais ce n’est pas assez. Ce qui compte pour Bolloré, c’est le projet politique, et il a sans doute déjà intégré des amendes. » Il faut donc taper autrement. Sur le droit d’émettre, donc, ou d’acquisition de nouveaux médias.

Les médias français sont-ils tous destinés à finir dans les mains de milliardaires ? Emmanuel Poupard, secrétaire général du Syndicat national des journalistes, avoue sa colère : « En tant que journalistes, on a une liberté et des droits individuels, statut et convention collective, carte de presse, etc. Mais ce n’est pas suffisant. Nous demandons l’indépendance juridique des équipes rédactionnelles, c’est-à-dire un droit d’opposition collectif aux décisions de l’actionnaire majoritaire. » Il rappelle que la sénatrice Nathalie Goulet avait déposé, en 2014, une proposition de loi en ce sens, prévoyant notamment la suspension des aides publiques en cas d’entrave au bon fonctionnement de la rédaction. Elle n’a jamais été examinée.

Un débat législatif et citoyen pour un vrai contre-pouvoir

« Certes, il s’agit d’une entreprise privée, mais il n’y a pas de condamnation de la concentration. Le gouvernement ne l’a fait ni pour Prisma, ni pour Europe 1. Bolloré va devenir tout puissant, ça doit interroger notre démocratie, le législateur, la ministre de la Culture, le premier ministre, le président… » s’agace le syndicaliste. Même ton chez Emmanuel Vire, du SNJ-CGT, qui plaide pour un renforcement des lois anticoncentration : « Jusqu’où l’État subventionnera-t-il des médias détenus par des milliardaires ? Roselyne Bachelot ne réagit pas quand on lui demande d’intervenir sur cette question, parce qu’elle n’est pas d’accord. »

La sanction, d’un côté, le débat législatif et citoyen, de l’autre. À la clef, une possibilité de contre-pouvoir, que pointe Pierre Laurent : « La condition des journalistes, de leur travail, du respect des règles déontologiques doit aussi redevenir un sujet de mobilisation de la profession, en dialogue avec les citoyens. On aurait besoin d’états généraux citoyens et professionnels du pluralisme de l’information. Parce que, sinon, la dégradation du débat politique, sa violence, va malmener beaucoup de médias et de journalistes. » Dans les médias indépendants, bien sûr. Et dans le service public, aussi, dont David Assouline regrette qu’il soit « asséché ». Les leviers existent pour garantir leurs droits aux rédactions, le premier étant de pouvoir informer le public sans contrainte. Pour les actionner, encore faut-il avoir confiance en la puissance publique. Et la volonté de ne pas laisser un Vincent Bolloré, au nom de sa fortune, décider de repeindre en brun un des piliers de la démocratie…

(1) Les entretiens de David Assouline et Pierre Laurent sont à retrouver sur l’Humanité.fr

Motion de défiance

Les salariés d’Europe 1 ont voté, mardi 22 juin, une motion de défiance en assemblée générale contre Donat Vidal-Revel, le directeur de l’information. Pour eux, « tordre les faits, proposer des faits alternatifs, ce n’est pas l’esprit d’Europe 1. La grande tradition de rigueur, de mesure, d’indépendance intellectuelle de notre radio mérite mieux. Nos auditeurs aussi ». Ils dénoncent « plusieurs cas de burn-out », des « mensonges » sur le rapprochement avec CNews, et l’arrivée d’un transfuge de Valeurs actuelles à la tête du service politique. Enfin, estiment les salariés, Donat Vidal-Revel « porte la responsabilité des changements incessants de la ligne éditoriale et de leurs échecs successifs ».


 

 

publié le 23 juin 2021

 

L’État à nouveau condamné pour contrôle au faciès

sur le site www.cgt.fr

En mars 2017, trois lycéens étaient contrôlés par des policiers alors qu'ils rentraient de sortie scolaire. La cour d'appel vient de condamner l'Etat pour faute lourde suite à ce contrôle discriminatoire.

Le 1er mars 2017, la classe de Ilyas, Mamadou et Zakaria rentre d'un voyage scolaire à Bruxelles.

Arrivés à Paris, en descendant du train à la gare du Nord, les trois lycéens subissent deux contrôles d'identité. La classe comprend cinq garçons, les trois seuls à être contrôlés sont ceux qui ont la peau la plus foncée.

Zakaria et Mamadou doivent ouvrir leurs valises à la vue de tous.

La situation est « très humiliante », se rappelle Elise Boscherel, leur professeure qui les accompagne. Elle tente à plusieurs reprises d'intervenir sans être écoutée par les policiers. Lorsque ceux-ci haussent le ton, les élèves se mettent devant leur professeure, enceinte, pour la protéger.
Ils lui diront par la suite que ces contrôles font tellement partie de leur quotidien, qu'ils ne se rendent parfois même plus compte qu'ils ne devraient pas avoir lieu. Ce jour-là, ce qui les choque, c'est de voir les policiers manquer de respect à leur professeure.

Elise Boscherel met finalement un terme au contrôle en demandant à ses élèves de la suivre. Très choquée, elle se rend au commissariat mais les policiers lui répondent qu'« il est hors de question qu'on prenne une plainte contre nos collègues. »
Elle entre en contact avec l'avocat Slim Ben Achour, qui a obtenu en 2016 la seule condamnation de l’Etat dans une affaire de contrôle au faciès. Les trois élèves sont d'accord pour porter plainte.

En première instance, le tribunal déboute les trois lycéens, estimant que le contrôle n'était pas discriminatoire dans la mesure où tous les élèves de la classe étaient issus de « minorités visibles ».

La cour d'appel, elle, a « jaugé l’échantillon contrôlé non pas par rapport à l’effectif de la classe entière, mais par rapport à l’ensemble de la population qui, descendant du train, se trouvait sur le quai et n’a pas été contrôlée ». Elle a donc considéré qu'il y avait « dans le ciblage de ces trois garçons un indice suffisant d’une sélection fondée sur leurs seules caractéristiques physiques ».

La CGT salue cette décision de justice.

« En tant que syndicat, on s'est toujours battu contre le racisme, on condamne ces contrôles au faciès où qu'ils se passent. » commente Céline Verzeletti, secrétaire confédérale, avant de préciser « Les policiers sont censés être là pour protéger la population, pas être coupables de discrimination envers les jeunes ! »

Elle rappelle la première condamnation de l'Etat en 2016 : « c'est ce qui nous a permis de dire, à la CGT, qu'on était face à un racisme systémique, qui n'est pas le fait de quelques personnes isolées. Ces contrôles au faciès sont une déclinaison du racisme d'Etat. »

Suite à cette condamnation, l'Etat aurait dû prendre des mesures telles que la remise d'une preuve à l'issue du contrôle ainsi que des possibilités de recours simples et efficaces pour les personnes contrôlées. Ce n'est toujours pas le cas. Amnesty International et cinq autres ONG ont lancé une action de groupe en janvier 2021, mettant l'Etat en demeure d'agir.


 

publié le 22 juin 2021

Régionales 2021 :
l’extrême droite à la peine

| Analyse par Thomas Portes sur le site www.regards.fr

Contre-performance pour le Rassemblement national lors du premier tour des élections régionales. Analyse des causes et des conséquences du vote de dimanche par Thomas Portes, président de l’Observatoire national de l’extrême droite et porte-parole de Génération.s.

3.273.703 voix. Voilà le nombre de suffrages qu’il a manqué au Rassemblement National lors du premier tour de dimanche aux élections régionales pour égaler son score de 2015. Aucun institut de sondage n’avait prédit un tel recul, et pour être honnête au regard de l’hystérisation du débat ces dernières semaines autour de thèmes chers à l’extrême droite, nous avons tous été surpris. Alors que l’on parle à longueur de journée d’insécurité, d’immigration et d’identité nationale, qu’une chaine comme CNEWS déroule son antenne à Eric Zemmour et aux idéologues de l’extrême droite, le CSA a même dû se fendre d’un rappel à l’ordre concernant l’équilibre des temps de paroles, les électeurs du Rassemblement National ont massivement boudé les urnes.

Selon une enquête réalisée par l’IFOP, 73% des électeurs de Marine Le Pen en 2017 se sont abstenus ce dimanche lors du premier tour des élections régionales. L’abstention qui a frappé avec encore plus de force les jeunes - 83% des 25-34 ans ne sont pas allés voter - a lourdement pénalisé le RN. Le même phénomène s’observe chez les ouvriers. Alors que ceux-ci ont voté pour Marine Le Pen à plus de 55% aux présidentielles de 2017, seuls 25% d’entre eux se sont déplacés aux urnes le 20 juin. Si l’abstention apparait indéniablement préjudiciable à l’extrême droite, c’est la première fois que le RN en pâtit aussi lourdement.

Pourquoi le RN a-t-il fait une telle contre-performance ce dimanche ?

L’extrême droite entretient une relation particulière avec l’abstention. Contrairement à ce que certains affirment, elle ne prospère pas en cas d’abstention massive, ni lors de mobilisation importante. Son terrain de jeu favori se situe entre les deux. Pour faire des scores très hauts, elle doit à la fois mobiliser massivement son électorat et espérer une abstention des autres partis. En 2015 lors du premier tour, les 25-34 ans avaient par exemple voté à 35%, soit 18% de plus et des milliers de voix supplémentaires pour le FN. Premier parti des ouvriers, le RN subit là aussi une abstention massive (75%) contre seulement 61% en 2015.

Plusieurs raisons objectives expliquent que le Rassemblement National ait subi de plein fouet cette abstention. D’abord le contexte politique et social : si la rhétorique du RN est désormais installée dans l’espace médiatique - je pense aux termes d’islamogauchisme ou d’ensauvagement de la société -, aucun événement extérieur n’est venu s’agglomérer durant la dernière semaine de campagne électorale. Il faut se rappeler que le premier tour des régionales de 2015 a eu lieu seulement quelques semaines après les attentats du 13 novembre. Selon un sondage réalisé par IPSOS en novembre 2013, 52% des sympathisants du Front National annonçaient vouloir davantage voter suite aux attentats contre 30% pour l’ensemble des sondés. Les thèmes de campagne avaient également été bouleversés, 80% des Français considérant à l’époque que les candidats aux élections régionales devaient faire des propositions concernant les réponses à apporter aux attentats. Au regard de ces éléments, on comprend aussi pourquoi l’extrême droite a réalisé des scores historiques aux régionales de 2015.

L’autre élément qui peut expliquer la baisse des scores du Rassemblement National, est la double orientation mise en œuvre par la direction du parti, à savoir la dédiabolisation et l’union des droites. Depuis plusieurs mois on observe une mue importante de Marine Le Pen, notamment sur les thèmes de l’Europe, de l’immigration et de l’islam où elle laisse les vieilles rhétoriques guerrières et racistes de son père au profit d’un langage apaisé, présidentiable diront certains. Mais à force de trop lisser son discours- Éric Zemmour parle même « d’un renoncement sans précédent sur l’immigration et l’islam » - il est possible que les électeurs du Rassemblement National ne se reconnaissent plus dans un parti qualifié autrefois de transgressif. Cette normalisation, stratégie assumée de Marine Le Pen, mais remise en cause en interne par de nombreux cadres proches des identitaires, se traduit par une volonté d’ouverture avec des têtes de listes non issues du sérail frontiste. Le pari étant d’aller chercher les voix de la droite traditionnelle et casser l’image repoussoir du parti fondé par Jean-Marie Le Pen. C’est pour le moment un échec total.

Un ancrage local difficile

Si on prend les Hauts-de-France, Marine Le Pen, candidate en 2015, avait choisi de confier la tête de liste à Sébastien Chenu, un ancien de l’UMP censé incarner cette stratégie d’union des droites. Le constat est sans appel. Par rapport à 2015 il perd 584.748 voix quand Xavier Bertrand n’en perd que 7.660. En PACA, là aussi la tête de liste a été offerte à un ancien de la droite, et récent adhérent, Thierry Marini. S’il arrive en tête au premier tour, les scores sont loin d’être à la hauteur de la liste conduite en 2015 par Marion Marechal Le Pen. Dans cette région le RN perd quasiment 300.000 voix. Autre région où l’ouverture a été de mise, la région Auvergne-Rhône-Alpes. Ici c’est Andréa Kotarac, ex-La France insoumise, qui conduisait la liste amenée en 2015 par Christophe Boudot. Résultat : une perte de plus de 428.000 voix.

Si l’extrême droite, et en particulier le Rassemblement National, a été victime d’une abstention massive, cela témoigne aussi d’une véritable difficulté à constituer un ancrage local. Alors qu’il comptait 257 conseillers régionaux élus au soir du deuxième tour en 2015, une centaine avait à la veille du premier tour quitté le parti. Si les motifs sont variés, cela montre l’incapacité du RN à fidéliser ses élus et assurer une politique de territorialisation efficace des cadres. Alors que les autres partis se servent de ces mandats pour construire à l’échelle locale un ancrage de proximité, le RN peine à mettre en place une telle stratégie et se retrouve à chaque fois avec de candidats qui sont soit des des prises de guerre pour incarner l’ouverture, soit des parachutages de la direction du parti. Sur des scrutins comme les régionales ou les départementales, la reconnaissance par les électeurs locaux est cruciale et la prime au sortant, souvent identifié par les populations, l’illustre à merveille.

Enfin dans certains territoires, les candidates et candidats de droite sont des copiés-collés de l’extrême droite, et les différences idéologiques sont quasi inexistantes. Ils suffit de regarder les propos de Xavier Bertrand qui veut s’attaquer à « la poussée de l’islam politique en entreprise », de Valérie Pécresse pour qui « l’ennemi, c’est l’islamisme, lié à l’islam politique, cette idéologie qui lave le cerveau de Français et de migrants et les pousse à prendre les armes contre la France », ou encore de Laurent Wauquiez qui annonce vouloir expérimenter « un système de reconnaissance faciale ». On se rappelle qu’à l’époque Nicolas Sarkozy avait siphonné les voix du FN en reprenant ses mots, et ses idées.

Et demain ?

Pour autant, il serait faux - et irresponsable - de croire que la vague d’extrême droite est endiguée en se basant uniquement sur les chiffres du premier tour des régionales. D’abord le parti de Marine Le Pen continue à être très haut, et a réalisé sur ce premier tour 2.743.228 voix et une victoire en région PACA est toujours possible. Ensuite la lepénisation des esprits, qui parfois gangrène une partie de la gauche perdue dans des dérives sécuritaires, continue de tisser sa toile et la récente OPA de Vincent Bolloré sur Europe 1 pour un faire une radio au service de son projet politique a de quoi inquiéter. Enfin, Marine Le Pen, et le RN, sont toujours en position plus favorable quand il s’agit d’un scrutin national, où l’identification à la candidate est un facteur décisif du vite. Face à ce danger, la gauche porte une responsabilité, celle d’incarner un projet politique de rassemblement, clair et identifiable, qui permette aux citoyens de se projeter vers de nouveaux jours heureux.

publié le 21 juin 2021

Abstention : 50 ans de montée vers les sommets

Par Camille Renard sur me site www.franceculture.fr de juin 2017

c'est un article ancien mais qui peut nous aider à réfléchir au vu de l'abstention massive de ce week-end (1° tour des Départementales et Régionales 2021)

Avec 51,29% d'abstention au premier tour et plus de 57% au second, les législatives de 2017 battent tous les records. Le silence des urnes retentit de plus en plus fort à chaque élection. Voici une comparaison historique des évolutions du "plus grand parti de France", en cartes et graphiques.

C'est un chiffre très symbolique : l'abstention a dépassé les 50% pour le premier tour des élections législatives : 51,29% selon les résultats définitifs. Plus d'un électeur sur deux a renoncé à se rendre aux urnes, le plus fort taux depuis 1958 et le début de la Ve République. En 2012, l'abstention, déjà élevée, avait atteint 42,78%. Et au second tour, ce dimanche 18 juin, l'abstention est encore plus forte: 57,36% selon les résultats officiels du ministère de l'Intérieur.

Symptôme d'une crise de la représentation démocratique, le retrait de la décision électorale est un mouvement de fond de long terme. Les abstentionnistes ne forment pourtant pas un bloc homogène d’électeurs restés en dehors de l’isoloir : indifférence globale, désintérêt ponctuel, rejet ostentatoire, acte militant... les raisons du silence sont nombreuses, et varient selon le type d'élection, et sur la durée. Voici quatre cartes et graphiques, pour mieux comprendre l'évolution et les ruptures de l'abstention depuis le début de la Ve République, mais aussi ses constantes, sociales et géographiques.

Ce qui change : la rupture des années 1980

Qu'elles soient législatives, présidentielles, municipales, européennes, régionales ou cantonales, les élections voient leur participation chuter depuis la fin des années 1980. Même lors des élections municipales, symboles d'une proximité avec les problèmes publics, le silence des urnes devient assourdissant : aux municipales de 1989, l’abstention passe à 27% au premier tour. Fin de la Guerre froide, alternances politiques, poursuite de l’intégration communautaire avec Maastricht, la fin des années 1980 est un moment charnière d'entrée en crise des démocraties européennes. Anne Muxel, politologue au CNRS, avance ces données dans une note du Cevipof consacrée à l'abstention lors d'élections municipales : au début de la Ve République, on se situait à un quart d'abstention (entre 20 et 25%), à un tiers dans les années 1990 (30 - 33 %), et à près de la moitié aujourd'hui (quatre électeurs sur dix dans les années 2010).

Comme le montre ce graphique, l'augmentation de l'abstention n'est pas linéaire dans le temps. La participation est volatile et dépend du type d'élection, du mode de scrutin, de l'incarnation de l'enjeu, d'un débat sur des questions décisionnelles. Les élections présidentielles sont toujours plus suivies, car le scrutin majoritaire à deux tours favorise le choix clair du "chef". Les élections européennes, elles, perçues comme abstraites, battent les records d'abstention, avec 6 électeurs sur 10 mobilisés en 2009. Les variations entre types d'élections s'expliquent aussi par l'instrumentalisation des élections intermédiaires comme sanction de la majorité en exercice.

Pour les législatives : l'inversion du calendrier électoral

Dans le cas particulier des législatives, cette chute de la participation se renforce d’une logique institutionnelle : lorsque les législatives suivent juste l'élection présidentielle, soit parce que le Président dissout l'Assemblée comme en 1981 ou en 1988, soit depuis 2002 parce que le calendrier électoral s'inverse suite au passage au quinquennat, la participation baisse par rapport à la présidentielle. En 1974 et en 1995, la différence entre l'abstention à la présidentielle et celle des législatives passe sous les 10 points. Alors que pour toutes les autres élections où la législative suit de près la présidentielle, le différentiel dépasse largement les 10 points d'écart (plus de 15 points en 1988 : 16,5% d'abstention à la présidentielle, contre 32,2 % à la législative ; près de 24 points en 2007 : 16 % à la présidentielle puis 39,9% à la législative).


 

Ce qui ne change pas : les constantes sociologique et géographiques

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A l'intérieur de cette évolution sur le long terme, certains invariants sont structurels : les profils sociodémographiques et la géographie électorale de l'abstention. L’abstention est traditionnellement plus importante dans le Nord de la France, même si au fil des élections elle gagne du terrain, tout particulièrement dans l’Ouest et le Nord-Est. Elle est aussi nettement plus marquée dans les zones urbaines que dans les zones rurales. Dans les communes de plus de 1000 habitants, l'abstention s’élève à 38,8 % au second tour des municipales de 2014, alors qu’elle n’atteint que 26,9 % dans les communes de moins de 1000 habitants.

Les paramètres sociodémographiques, liés aux conditions d’insertion sociale et économique, sont également constants : les jeunes, qui ont un comportement électoral de plus en plus intermittent, comme le souligne le politologue Vincent Tiberj dans La Grande Table, et les classes populaires votent moins. Si les milieux populaires constituent une majorité sociale, c'est paradoxalement de plus en plus une minorité électorale. "Dans la région parisienne, la courbe de participation épouse celle des prix au mètre carré", précise Céline Braconnier dans son essai de sociologie électorale La démocratie de l'abstention (Gallimard, 2007). Pour ne s'en tenir qu'à Paris intra-muros, les très huppés Ve, VIe et VIIe arrondissements voient régulièrement la participation culminer à des niveaux exceptionnels, tandis qu'elle atteint son minimum parisien dans les plus populaires XVIIIe, XIX et XXe arrondissements. Les catégories socioprofessionnelles supérieures des quartiers privilégiés, disposant d'un niveau d'études et de diplôme plus élevé que la moyenne, se trouvent ainsi surreprésentés dans les urnes. A l'inverse, c'est, par la conjonction de ces facteurs, parmi l'électorat populaire du Front national (FN) qu'on trouve le plus d'abstentionnistes.

L'abstention n'est pas le seul symptôme de la crise démocratique

Pour se faire une idée plus précise du déficit de représentativité des élections, il faut ajouter les non-inscrits à cette abstention, qui est, elle, calculée à partir du nombre d'inscrits sur les listes électorales. Parmi les individus pouvant voter, c'est à dire majeurs, de nationalité française, et pouvant jouir de ses droits civils et politiques, en 2012, ils étaient 3,5 millions à n'être même pas inscrits sur les listes électorales. Ceux-là ne sont pas comptés parmi les abstentionnistes.

L'augmentation constante de l'abstention au fil de la Ve République modifie l'analyse de sa nature : elle ne peut plus être considérée comme une seule apathie ou indifférence, mais bien comme une sanction politique. La prise en compte du vote blanc peut constituer une réponse, mais non suffisante. Difficile pourtant de prêter l'oreille à ce silence des urnes quand cette diffusion s'accompagne d'une banalisation du phénomène dans le débat public.

publié le 20 juin 2021

Voter, ça compte ! L'éditorial de l'Humanité-Dimanche par Patrick Le Hyaric

Patrick Le Hyaric sur le site www.humanite.fr

Dimanche, chacune, chacun pourra, avec son bulletin de vote, peser sur l’avenir de son département, de sa région comme sur celui du pays. S’abstenir reviendrait pour tout homme ou femme de progrès à conforter le pouvoir patronal et la droite extrémisée, qui ont considérablement raffermi leurs positions pendant la pandémie.

Ces élections départementales et régionales seront les premières expressions démocratiques après une année éprouvante pour l’ensemble des Français. Une année désas­treuse pour le débat public, alors qu’écrans et réseaux sociaux, et souvent les silences inquiétants, ont remplacé la discussion vivante et le débat contradictoire qui font le sel de la vie démocratique.

Un tel contexte n’est guère propice à la participation électorale, ni aux discussions de fond sur les politiques régionales et départementales qui déterminent pourtant, pour beaucoup, la vie quotidienne de nos concitoyens. Et nombre de celles et ceux qui sont décidés à aller voter pourraient le faire pour conforter des dynamiques politiques qui se retourneraient contre elles et eux. L’ambiance de banalisation de l’extrême droite n’a strictement rien à voir avec les compétences de ces collectivités, la vie des territoires ou le renforcement de la République sociale, mais tout à voir avec la recomposition politique visant à préparer le second tour de l’élection présidentielle entre le pouvoir droitisé et l’extrême droite.

Un score important de celle-ci, outre qu’il signerait un pas supplémentaire dans le basculement du pays vers la pire des réactions, ferait écran aux enjeux sociaux, de santé, de solidarité, d’emploi, d’égalité sociale et territoriale qui sont par ailleurs plébiscités par les Français. Ces élections sont pourtant la première occasion de dire haut et fort à ceux qui nous gouvernent aujourd’hui ce à quoi doit ressembler la France de l’après-Covid. Les puissances d’argent ont déjà leur petite idée sur la question et veulent éviter tout débat, et encore plus toute mobilisation sur les enjeux d’avenir.

Voulons-nous des régions branchées sur les politiques libérales promues par l’Union européenne, ou des régions qui conditionnent l’argent public à la création d’emplois, à la réindustrialisation, au développement écologique et à la vie des territoires ? Des régions et des départements qui financent le logement pour tous, ou qui divisent par trois les crédits du logement social et organisent la promotion immobilière comme s’y emploie la droite en Île-de-France ? Des départements qui assurent le développement des services publics, des politiques de santé publique contre les déserts médicaux, ou qui sont laissés à la merci de métropoles qui vampirisent en leurs centres les moyens et les capitaux ? Voulons-nous enfin perpétuer les délégations de service public aux appétits privés ou renforcer considérablement des services pour tous, modernisés, dans la santé, la petite enfance, les transports ?

Se rendre aux urnes ce dimanche est d’autant plus important que les scores de l’extrême droite sont prédits très hauts. Nul doute que, si elle parvient à ses fins dans quelques régions, elle se fondra dans le moule des gestions libérales en poussant à fond les politiques antisociales et discriminatoires qu’elle envisage pour le pays, contre le logement social, contre la culture, contre la solidarité, contre les étrangers vivant et travaillant sur notre sol et leurs enfants, quitte à créer les conditions d’une guerre civile.

Dans un paysage politique sinistré, des listes d’union de forces de gauche comprenant des candidats communistes se sont formées partout sur le territoire. Elles sont des garanties pour peser sur les exécutifs régionaux et départementaux, résister ou animer des politiques de progrès et préparer la résistance à la politique gouvernementale comme à l’influence des droites extrémisées. Porter ses suffrages sur l’une de ces listes ou l’une de ces candidatures est vital pour chacun comme pour tous, pour sa vie, celle de ses enfants, comme pour celle du pays. 

publié le 18 juin 2021

Sébastien Jumel : « Il faut donner du souffle à gauche, rallumer l’espoir »

Florent LE DU sur la site www.humanite.fr

À la tête d’une liste PCF-FI-PRG et d’un projet tourné vers les services publics et le renouveau industriel, Sébastien Jumel promet d’être la surprise de ces élections en Normandie. Entretien.

Sébastien Jumel rêve de créer la surprise en Normandie et de devenir le premier communiste à diriger la région. L’affaire ne sera pas aisée : avant d’espérer battre le président sortant Hervé Morin (les Centristes, soutenu par LR), grand favori, et le RN de Nicolas Bay, le député dieppois va devoir mobiliser davantage que la liste PS-EELV de Mélanie Boulanger avant d’envisager une fusion. Crédité de 10 % dans les derniers sondages, contre 16 % pour la socialiste, l’élu PCF pense néanmoins que son projet, axé notamment sur le renforcement des services publics de proximité, va convaincre le peuple de gauche.

Malgré les restrictions sanitaires, vous avez été très présent sur le terrain ces dernières semaines pour mobiliser autour de votre candidature. Quel bilan tirez-vous de cette campagne particulière ?

Sébastien Jumel Cette campagne a été pour moi un tour de Normandie à la Jules Verne à la rencontre des entreprises, des salariés, des agriculteurs, des pêcheurs, des maires ruraux, de la Normandie dans sa diversité. C’est une campagne que je qualifierais de « déconfinée », avec l’idée de déconfiner la démocratie, en faisant des réunions publiques presque tous les soirs. Nous sommes dans une belle dynamique, ça se voit aussi dans les sondages, qui évoluent dans le bon sens et montrent que nous avons pour le second tour une capacité de rassemblement supérieure à celle du PS, avec 31 % au lieu de 26. Les retours sur notre programme sont aussi très bons, avec des thématiques de campagne qui correspondent aux préoccupations des Normands.

Lesquelles ?

Sébastien Jumel Nous avons notamment placé la santé au cœur des priorités, alors qu’un plan de rattrapage pour nos hôpitaux publics est nécessaire, pour corriger le déficit de moyens humains en particulier. Nous voulons aussi recruter 200 médecins salariés pour combler les déserts médicaux, augmenter de 50 % les places en formation pour les aides-soignants et infirmiers, quand Hervé Morin a supprimé six instituts ou écoles. L’objectif sur la formation, c’est aussi de développer l’offre d’enseignement supérieur à partir du réseau des villes moyennes, qui est un moyen de lutter contre le renoncement à la poursuite d’études.

Sur la formation, comme sur l’emploi ou le ferroviaire, c’est une vision propre de l’aménagement du territoire, moins tournée vers les grandes villes qu’actuellement, qui a dicté votre programme ?

Sébastien Jumel Oui, ce que je souhaite mettre en place, c’est une région qui prend soin, dans laquelle chaque vie compte, chaque territoire compte. Le conseil régional doit être au service d’un réaménagement qui considère la ruralité vivante, avec un meilleur maillage concernant l’accès aux soins, aux formations. La crise sanitaire a révélé le besoin de proximité, le besoin d’avoir des services publics humanisés, notamment dans les milieux ruraux. Hervé Morin a fermé seize guichets de gare, 300 postes de cheminots et renoncé à développer ce que j’appelle les lignes de vie, ces lignes du quotidien nécessaires pour aller bosser, se soigner, se former, respirer la mer… Une région qui prend soin, c’est aussi une région qui parie sur la jeunesse. On propose la gratuité des transports pour les moins de 26 ans, la mise en place d’une allocation d’autonomie jeunesse, d’agir sur les problématiques de logement, d’accès aux stages, aux formations.

Un des points de désaccord ayant empêché un rassemblement avec le PS et EELV concerne l’industrie, quel est votre projet dans ce domaine ?

Sébastien Jumel Ce qu’a aussi révélé la crise, et la Normandie n’y a pas échappé, c’est notre incapacité à produire des masques, des tests, des respirateurs ou même un vaccin. Alors que depuis une dizaine d’années 13 500 emplois industriels ont été supprimés en Normandie, il faut placer le renouveau industriel au cœur du projet régional. Si on prend le temps d’écouter l’intelligence ouvrière, les projets alternatifs portés par les salariés, alors on pourra recouvrer les éléments de souveraineté industrielle made in Normandie. En conditionnant aussi les aides régionales au respect de règles sociales, environnementales, territoriales, tout en veillant à ce que les fonds capitalistiques étrangers ne siphonnent pas nos savoir-faire.

Un de vos premiers objectifs sera de réunir plus de suffrages que la socialiste Mélanie Boulanger. « Nous sommes la seule liste de gauche », avez-vous répété pendant la campagne, pourquoi ?

Sébastien Jumel Vu la situation, on n’a pas besoin d’un Hollande en vert, et la liste PS-EELV a fait le choix d’une campagne au centre. Moi j’ai fait le choix de m’adresser au peuple de gauche, c’est pour cela que je dis que nous sommes la seule liste de gauche. Si on veut que les jours d’après ne ressemblent pas aux jours d’avant, il faut tirer les enseignements de ce qui a conduit à abîmer la capacité d’un État et d’une région qui prennent soin, qui protègent. C’est nécessaire aujourd’hui de crédibiliser l’idée qu’il existe une alternative à l’extrême droite de Marine Le Pen et à l’extrême argent d’Emmanuel Macron. Et nous ferons la démonstration au second tour qu’autour d’un projet ambitieux, rassemblés nous sommes plus forts. Il faut donner du souffle à gauche, rallumer des étoiles d’espoir.


 

publié le 17 juin 2021

Pourquoi Pfizer refuse de livrer ses vaccins à l'Argentine

 

Rosa Moussaoui sur le site www.humanite.fr


 

Le géant pharmaceutique refuse de livrer à Buenos Aires les doses de vaccin dont le pays a besoin. En cause : le refus du gouvernement de changer sa loi pour se plier aux exigences juridiques de Pfizer. Explications.

 

Plus de 15 000 volontaires s’étaient manifestés, voilà un an, pour participer à la phase 3 des tests du vaccin contre le Covid-19 mis au point par le géant pharmaceutique américain Pfizer, en coopération avec son partenaire allemand BioNTech.

 

Confrontée à la première vague de la pandémie, l’Argentine devenait, alors, le premier pays à accueillir ces essais cliniques à grande échelle. Le bon niveau scientifique de ses chercheurs, sa position dans l’hémisphère Sud avec des saisons inversées et, plus prosaïquement, le coût des opérations, bien moins élevé qu’en Europe ou aux États-Unis, désignaient le pays comme un théâtre privilégié de ces expérimentations, dans la course de vitesse contre le nouveau coronavirus.

 

« Le choix d’un centre en Argentine pour mener à bien ces essais est basé sur plusieurs facteurs, dont l’expérience scientifique (…), les capacités opérationnelles, ainsi que l’expérience passée de l’Argentine pour réaliser des essais cliniques », expliquait à l’époque la firme.

 

S’assurer une solide immunité juridique en cas d’effets nocifs

Le président argentin Alberto Fernandez espérait, avec cette implication de son pays, simplifier les négociations contractuelles en vue d’obtenir des doses du futur vaccin, et des pourparlers s’étaient aussitôt ouverts pour l’achat de 13,2 millions de doses, dont 1 million avant la fin de l’année 2020. Dès le 25 juillet, une première proposition, assortie d’un calendrier, était sur la table. Une seconde offre, portant sur un contrat préliminaire, avait été ratifiée entre les deux parties en octobre.

Pourtant, le marché n’a jamais été conclu. En cause : les conditions posées par Pfizer, qui exigeait que la loi argentine soit amendée pour s’assurer une solide immunité juridique en cas d’effets nocifs du vaccin et même en cas de négligence, de fraude ou de malveillance. En clair, le laboratoire exigeait l’inscription dans la législation de clauses l’exonérant de toute responsabilité juridique ou financière, au cas où ses produits présenteraient, à long terme, des effets encore non identifiés à ce jour.

 

Dans un premier temps, le gouvernement argentin a bien consenti à quelques concessions ; une loi entérinant certaines conditions réglementaires requises par Pfizer et par d’autres fournisseurs pour faciliter le processus a même été adoptée. Parmi elles, le renvoi vers des tribunaux arbitraux ou judiciaires basés à l’étranger, au détriment de la justice argentine, d’éventuels litiges portant sur l’exécution des contrats et sur le processus d’achat des vaccins. Mais ce n’était pas encore assez. Le laboratoire pharmaceutique « s’est très mal comporté » avec l’Argentine en posant des « conditions inacceptables », résume le ministre de la Santé de l’époque, Ginés González García.

 

La multinationale confirme les raisons de l’échec de ces négociations. « Aujourd’hui, le cadre juridique n’est compatible avec aucun des aspects contractuels que Pfizer propose », lesquels « incluent des clauses d’immunité et d’autres protections dans tous leurs contrats qui sont cohérentes à travers le monde », a expliqué le directeur général de Pfizer en Argentine, Nicolás Vaquer, le 8 juin dernier, lors d’une audition à la Chambre des députés. Interrogé plus en détail par le député Pablo Yedlin (Frente de todos), président de la commission de la Santé, sur les supposés « obstacles » législatifs à la conclusion du contrat, Vaquer a encore cité, sans plus de précision, la question des « indemnisations ».

 

«Intimidation » et « harcèlement de haut niveau »

En fait, la loi argentine prévoit jusqu’ici que l’industriel, et non l’État, indemnise en cas d’incident ou d’accident ceux qui participent à la recherche, au développement et à la fabrication de traitements et de vaccins. Or le géant pharmaceutique veut desserrer cette contrainte : en 2009, il avait dû débourser 75 millions de dollars d’indemnités pour avoir testé, au Nigeria, un médicament contre la méningite ayant causé la mort de 11 enfants, et des dommages graves à 189 autres…

 

Par la voix de son représentant en Argentine, Pfizer a démenti, en revanche, avoir demandé à l’État de mettre en gage des biens publics. « Pfizer n’a aucun intérêt à intervenir sur les actifs de l’État, cela inclut les actifs naturels, les réserves de la Banque centrale, les actifs culturels », a-t-il insisté devant les parlementaires. Au mois de février, le Bureau of investigative Journalism, une ONG basée à Londres, dédiée à la production d’articles d’investigation, accusait au contraire le laboratoire d’avoir manié « l’intimidation » et le « harcèlement de haut niveau » dans ses négociations avec des gouvernements latino-américains « pris en otage ». Si on en croit cette enquête, Pfizer aurait exigé des gouvernements argentin et brésilien, en contrepartie de la livraison de vaccins, qu’ils mettent en gage des actifs souverains, y compris des bases militaires et des réserves de leurs banques centrales, en garantie de potentiels frais juridiques futurs.

 

Face à ce chantage, Buenos Aires s’est approvisionné en vaccins russes et chinois, mais aussi en Astrazeneca. Sans parvenir à endiguer la seconde vague meurtrière qui affecte aujourd’hui le pays. Des négociations sont en cours avec Johnson & Johnson. Les exigences juridiques de Pfizer valent aussi pour ses doses distribuées à travers le mécanisme Covax que coordonne l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : Buenos Aires en est donc privé. « Nous sommes prêts à discuter. Mais nous n’allons pas changer la loi à chaque fois qu’un laboratoire refuse de signer  ! » tranche Pablo Yedlin. Pendant que Big Pharma maquignonne, le virus sème la mort. En Argentine, depuis le début de la pandémie, le Covid-19 est responsable, selon les chiffres officiels, de 87 000 décès.

 

publié le 16 juin 2021

Les ambiguïtés calculées de Mélenchon

par Denis Sieffert sur le site www.politis.fr

Peut-être Mélenchon pense-t-il qu’une fois « la poussière retombée », il tirera profit de la polémique. L’ennui avec cette stratégie, c’est que l’on façonne une psychologie collective, rebelle sans doute, mais incontrôlable, et qui finit plus souvent à l’extrême droite qu’à gauche.
 

Les discours de Mélenchon ont ça de commun avec les textes religieux qu’ils invitent souvent à l’exégèse. Son intervention sur France Inter, le 6 juin, est un cas d’école. Depuis, partisans et adversaires se querellent pour imposer leur interprétation. On sait ce que Mélenchon a dit, mais on ne sait pas ce qu’il « a voulu dire ». Et, surtout, ce qu’il a voulu faire. En cause, une prophétie : « Vous verrez, a-t-il dit, que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle nous aurons un grave incident ou un meurtre. » Et le leader de La France insoumise a étayé son accusation en citant les meurtres de Mohammed Merah, survenu peu avant la présidentielle de 2012, l’assassinat d’un policier sur les Champs Elysées à quelques jours de l’élection de 2017, et l’affaire « Papy Voise », du nom de ce retraité dont le visage tuméfié avait été montré avec insistance par la télévision à la veille du premier tour de 2002. Puis Mélenchon a ramassé le tout d’une formule aussi ambiguë que scabreuse : « Tout ça, c’est écrit d’avance […]. Nous aurons [en 2022] l’événement gravissime qui va, une fois de plus, permettre de montrer du doigt les musulmans et d’inventer une guerre civile. » Propos au minimum maladroits qui alimentent les pires pensées complotistes, et qui, au passage, ramènent la sanglante entreprise de Merah au rang d’incident. Les détracteurs les plus zélés de Mélenchon, de droite et de gauche, se sont empressés d’imposer leur interprétation : le candidat à la présidentielle voit derrière ces crimes l’ombre d’un deus ex machina au service d’une oligarchie omnipotente.

Si telle est la thèse de Mélenchon, elle est évidemment insupportable. Comment imaginer un seul instant que la main de Merah, assassin de sept personnes, dont trois enfants juifs, aurait pu être téléguidée à des fins électorales ? Comment imaginer que ce petit délinquant déjanté, converti au terrorisme islamiste, aurait pu programmer son entreprise criminelle en fonction d’un calendrier politique ? Mélenchon ne pense évidemment pas ainsi. Mais alors, pourquoi l’a-t-il suggéré ? Simple et terrible maladresse ou signal opportuniste envoyé à une population pour laquelle « il n’y a jamais de hasard » ? Dérapage ou calcul ? La question a de quoi encore alimenter la querelle des exégètes. Mais si l’on veut sortir des sables mouvants du conspirationnisme, une autre interprétation est possible. Plus banale, sans doute, mais plus proche de la réalité. Mélenchon aurait tout simplement voulu dénoncer ce qu’on appelle la politique du fait divers. En cohérence avec son refus de participer le 19 mai à la manifestation des policiers à laquelle ont pris part plusieurs leaders de la gauche. L’usage surabondant qui est fait des crimes de sang, en particulier sur les chaînes d’information en continu, et leur exploitation politique, le plus souvent contre les musulmans en effet, et contre les migrants, est un fait indéniable. On ne se situe plus là dans le complot, mais dans une sorte d’effet d’aubaine sordide, visant, à partir du crime d’un individu, à couvrir d’opprobre toute une communauté. Ce sont les choux gras des Le Pen, Ciotti, Retailleau, Darmanin, Blanquer, et tant d’autres. C’est le fondement de la fumeuse théorie sur le séparatisme chère à Emmanuel Macron. C’est le socle de la politique du tout-sécuritaire destinée à chasser du débat les problématiques sociales.

Alors oui, on peut prévoir qu’un fait divers particulièrement révoltant fera les gros titres à proximité de la présidentielle. Il ne sera ni téléguidé ni inventé, il sera là, tout simplement, parce que c’est hélas l’état de notre société. Et on peut prédire que des politiques ne se priveront pas de l’instrumentaliser. Mais Mélenchon ne l’a pas dit comme ça. Il a laissé planer une lourde ambiguïté. Il a confondu causes et conséquences. C’est sans aucun doute une faute politique. Malgré cela, la horde de certains qui se sont jetés sur lui ne nous inspire aucune sympathie. Inutile d’ajouter que le reste du propos de Mélenchon, social et écologique, est passé à l’as. C’est la loi du genre. Un homme politique d’expérience doit le savoir. Mais peut-être pense-t-il qu’une fois « la poussière retombée » (expression qu’il affectionne), il en tirera profit. L’ennui avec cette stratégie, c’est que l’on façonne une psychologie collective, rebelle sans doute, mais incontrôlable, et qui finit plus souvent à l’extrême droite qu’à gauche.

La polémique était loin d’être éteinte qu’un autre événement est survenu qui témoigne aussi, dans un registre très différent, de la crise morale de notre société. Un youtubeur d’extrême droite, qui se fait appeler Papacito, a posté sur son site une vidéo le montrant, lui et un acolyte, mitraillant puis poignardant un mannequin de tissu censé représenter un électeur de la France insoumise ou communiste. L’image a beau être un simulacre, elle est effrayante de violence. « Un appel au meurtre », a dénoncé Mélenchon, qui a lancé, avec d’autres, l’appel à manifester « pour les libertés et contre les idées d’extrême droite », le 12 juin. Ce Papacito, ami revendiqué d’Éric Zemmour, pratique couramment, paraît-il, cette sorte d’humour très spécial dont les victimes, encore symboliques, sont dans son langage des « islamo-gauchistes », ou des immigrés. Mais humour et fascisme ne font pas bon ménage. On reste donc stupéfait que ce personnage puisse ainsi sévir en toute impunité, déverser sa bile raciste dans les studios de Sud Radio. On imagine ce que ferait Darmanin si un musulman s’adonnait à ce genre de facéties. Mais là, rien ! Jusqu’à ce qu’un jour…

 

publié le 15 juin 2021

Fiscalité. L’impôt sur les multinationales a du plomb dans l’aile

Pierric Marissal sur le site www.humanite.fr
 

À peine annoncée, l’inoffensive taxe mondiale sur les profits des très grandes entreprises est attaquée de toutes parts. Des paradis fiscaux européens, Irlande en tête, s’y opposent, tandis que les Britanniques veulent épargner la City.

 

À ce train-là, la taxe minimale sur les profits des multinationales se résumera à un éphémère coup de communication. Seulement quelques jours après son annonce en grande pompe par les ministres des Finances des pays du G7, son avenir est plus qu’incertain. Déjà, parce qu’elle est censée reposer sur un consensus afin de faire l’objet d’un accord international et que, en Europe, l’Irlande organise la fronde. Son ministre des Finances, Paschal Donohoe, a déjà prévenu qu’il allait défendre « la compétition fiscale légitime ».

 

Ce pays au taux d’imposition symbolique sur les bénéfices des entreprises de 12,5 % – le plus souvent, dans les faits, inférieur à 1 % pour les multinationales, on se souvient du 0,005 % d’Apple – ne veut pas renoncer à son modèle pour attirer les sièges des entreprises, au détriment de tous ses voisins européens. Si l’Irlande est un paradis fiscal si accueillant malgré ce taux vitrine de 12,5 %, c’est qu’elle permettait, jusqu’à fin 2020, de créer des structures hybrides, un pied à Dublin, l’autre aux Bermudes ou aux Caïmans, pour échapper à tout impôt.

 

C’est ainsi que les trésors de guerre des Gafam ou des Big Pharma se sont accumulés dans ces petites îles des Caraïbes, après être passés par l’Irlande où transitent les profits mondiaux. L’île offre aussi désormais une exemption de taxe sur les revenus liés à la propriété intellectuelle, permettant de nouveaux montages fiscaux toujours plus ingénieux. La filiale de Microsoft à Dublin a ainsi déclaré plus de 260 milliards d’euros (315 milliards de dollars) de profits en 2020, transférés sans payer le moindre impôt aux Bermudes, selon le Guardian.

La Chine refuse qu’on mette le nez dans sa politique fiscale

Dans sa croisade contre cette taxation mondiale, l’Irlande peut compter sur les plus modestes paradis fiscaux d’Europe de l’Est qui ont suivi sa voie, comme la Hongrie de Viktor Orban ou la Pologne, qui cherchent à attirer les groupes allemands en baissant leur taxation sur les entreprises. Plus étonnant, un pays du G7 vient aussi d’enfoncer un clou dans le cercueil de cet impôt qu’il a lui-même négocié. Le ministre britannique des Finances, Rishi Sunak, fait d’ores et déjà pression pour que la City de Londres en soit exemptée, cédant au lobbying des grandes banques, HSBC en tête. D’autres éminents paradis comme Singapour ont fait part de leur désaccord. La Chine, de son côté, refuse qu’on mette le nez dans sa politique fiscale. Enfin, les pays africains, qui ne profiteraient en rien de cette taxe et sont globalement exclus des négociations, sont légitimement frileux.

 

À l’inverse, les Pays-Bas, spécialisés dans l’exemption fiscale des revenus sur la propriété intellectuelle, certainement rassurés par la portée purement symbolique dès l’origine de cet impôt, ne s’opposent pas aux négociations. Il faut rappeler que les bases posées pour cette taxation sont tellement bancales qu’une centaine de multinationales seulement pourraient être concernées, selon les premières estimations. Ainsi, seules les entreprises dont les marges sont supérieures à 10 % seraient ciblées, et seulement 20 % des bénéfices supérieurs à cette marge seraient taxés à 15 %. Un véritable permis de continuer à frauder les administrations fiscales des différents pays, puisque l’impôt moyen sur les bénéfices tourne autour de 23 % dans le monde – il était de 40 % en 1980.

 

Preuve de l’inefficacité de cette taxation telle qu’elle est pour l’heure définie : de nombreux géants du numérique en seraient exemptés, alors qu’ils étaient pourtant les premiers ciblés. Tesla, Twitter ou Uber, par exemple, ne rentrent pas dans les cases, tout comme Amazon. Le géant du e-commerce a beau réaliser près de 50 milliards d’euros de profits par an rien qu’en Europe, sa marge bénéficiaire tourne autour de 6 % du fait de sa politique tarifaire agressive et des frais de logistique. Ses milliards resteront donc à l’abri au Luxembourg.

 

Les pays riches, dans le cadre de l’OCDE – donc en excluant encore les pays en voie de développement –, se réuniront à nouveau les 9 et 10 juillet à Venise pour avancer sur les négociations. Ils devront se mettre d’accord sur les deux piliers : la base taxable et le taux, ainsi que sur les exemptions. Et l’optimisme n’est guère de mise. La Sérénissime a toutes les chances d’être le théâtre d’un nouveau drame et que cet impôt soit retrouvé mort à Venise.

 

<publié le 14 juin 2021

 

Conseil d’État : meilleur ennemi du gouvernement

 

Pierre Jacquemain sur le site www.regards.fr

 

L’État de droit, d’autant plus sous le quinquennat Macron, agit comme un réel rempart contre les tentatives grossières de mise en pièces de nos droits et libertés. Jusqu’à quand ?

 

En l’espace de quelques jours, le Conseil d’État a rendu plusieurs décisions qui ne vont pas faciliter la tâche du gouvernement. Des jugements attendus tant sur la question des droits de tous à bénéficier d’une assurance chômage digne, sur la question des libertés – de manifester notamment – et sur la question des violences policières.

 

Ainsi le Conseil d’État avait-il annulé, dès novembre dernier, plusieurs dispositions de la réforme de l’assurance chômage considérant qu’elles portaient « atteintes aux principes d’égalité ». S’agissant du nouveau mode de calcul du chômage – qui doit entrer en vigueur dès le 1er juillet prochain, avec des baisses significatives des montants des indemnités –, le juge des référés a estimé que les explications du gouvernement pour justifier l’application de ces nouvelles dispositions, étaient insuffisantes. Il s’est dit « dubitatif » après avoir entendu les arguments du gouvernement. Tous les syndicats s’accordent pour dénoncer une réforme qui va accroitre profondément les inégalités. Et la précarité. Le Conseil d’État devra rendre une nouvelle décision au cours de la semaine, après que le gouvernement aura complété son argumentaire, visiblement peu convaincant.

 

 C’est aussi la semaine dernière que le Conseil d’État s’est penché sur le recours controversé, par les forces de l’ordre, de la technique dite « des nasses », lors des manifestations. Une technique qui conduit à l’encerclement des manifestants et, le plus souvent, de procéder à des arrestations en masse. On se souvient notamment de la manifestation des gilets jaunes de mai 2019, où la technique avait été abondamment utilisée, provoquant la panique chez les manifestants et avaient, pour certains, forcé les grilles de la Pitié-Salpêtrière pour s’y réfugier. Saisis par plusieurs associations, les juges ont jugé « illégales » ces techniques non justifiées et « susceptibles d’affecter significativement la liberté de manifester et de porter atteinte à la liberté d’aller et venir », indiquent-ils. C’est aussi trois autres points du schéma du maintien gouvernemental du maintien de l’ordre qui ont été retoqués – consacrant ainsi les libertés pour les journalistes, d’informer : « l’éloignement des journalistes en cas de dispersion, l’obligation d’accréditation pour les journalistes pour des informations en temps réel et l’obligation faite aux journalistes de ports de protection », précise le Conseil d’État. « Le Conseil d’État met une gifle à Darmanin », titre Libé. Terrible désaveu, en effet, pour le ministre de l’intérieur.

 

Autre polémique. Autre recours auprès du Conseil d’État et dont les conclusions seront observées de près. Quatre mois après les accusations en « islamo-gauchisme » au sein de l’université française, la ministre Frédérique Vidal avait demandé une enquête au CNRS et se voit aujourd’hui poursuivi par six enseignants chercheurs pour « abus de pouvoir ». Les avocats William Bourdon et Vincent Brengarth ont sollicité une procédure de référé et un recours en annulation devant la plus haute juridiction administrative. Si le Conseil d’État a rejeté le référé, la requête en annulation a été transmise au ministère de l’Enseignement supérieur qui devra, dans les deux mois, démontrer « que sa décision ne constitue pas un détournement des pouvoirs et des attributions qui lui sont confiés », confient les deux avocats au journal Le Monde. Le CNRS ayant refusé publiquement de répondre à la « commande » de la ministre, reste à savoir si la conduite de cette enquête, compte tenu des vives critiques qu’elle avait suscité, est sur les rails. Au Monde, Fabien Jobard, semble comprendre qu’aucune enquête n’est en cours. Et d’en conclure : « Cela voudrait dire qu’on gouverne à coups de propos comminatoires et de menaces et ce n’est pas tolérable ». En effet !

 

Même quand il rend un avis négatif, à l’instar du référé déposé par Clémentine Autain pour obtenir le droit de tenir meeting en Seine-Saint-Denis – qui avait été rendu impossible par décret du ministre de l’Intérieur et qui s’est malgré tout tenu hier à Montreuil sous forme de manifestation revendicative –, le Conseil d’État se voit obligé de réaffirmer « la nécessité que les libertés publiques soient garanties en période de Covid ». Comme si la Haute juridiction envoyait des signaux au gouvernement. Sous forme d’alerte permanente. Et comme nous l’écrivions ici en décembre 2020, de projets de loi en ordonnances, la politique menée par le gouvernement depuis le début du quinquennat se heurte régulièrement au mur de l’État de droit : le nombre des recours est en forte augmentation, singulièrement depuis la crise sanitaire. Vigilance !
 

 

publié le 13 juin 2021

Yaya Karamoko, 28 ans, meurt noyé
à la frontière franco-espagnole

Par Nejma Brahim sur le site www.mediapart.fr

 

Il avait 28 ans et rêvait de rejoindre la France dans l’espoir d’un avenir meilleur. Yaya Karamoko, originaire de Mankono en Côte d’Ivoire, est mort noyé dans la Bidassoa en voulant traverser le fleuve à la frontière franco-espagnole, le 22 mai. Mediapart retrace son parcours.

 

«Il avait l’intention de s’installer en France… Il voulait travailler et sortir sa famille de la galère », souffle Hervé Zoumoul. Depuis deux semaines, cet activiste des droits humains, bénévole à Amnesty International France, remue ciel et terre pour mettre un nom et un visage sur celui qui s’est noyé le 22 mai dernier, à l’âge de 28 ans, en traversant la Bidassoa, un fleuve à la frontière franco-espagnole, dans le Pays basque. Il s’appelait Yaya Karamoko et avait commencé son périple depuis la Côte d’Ivoire, en passant par le Maroc, les Canaries et l’Espagne continentale.

 

Selon Xabier Legarreta Gabilondo, responsable chargé des migrations et de l’asile au Pays basque espagnol, c’est la première fois qu’une personne exilée meurt dans la Bidassoa en empruntant cette route migratoire. « La police autonome de l’Euskadi m’a appelé le 22 mai pour m’apprendre que le corps de Yaya avait été retrouvé dans le fleuve. Le gouvernement basque souhaite dire toute sa consternation face à un événement si triste : il est choquant qu’une personne perde la vie en essayant de rechercher une opportunité. »

 

Dans les jours qui suivent le décès, les autorités semblent perdues. « C’est moi qui ai appelé les proches de Yaya, avec l’aide de la communauté ivoirienne, pour les mettre au courant de son décès », confie l’écrivaine et militante Marie Cosnay, qui découvre avec surprise qu’aucune « information officielle » ne leur est parvenue en Côte d’Ivoire. La voix brisée et les silences songeurs, elle est encore sous le choc. Usée, aussi, par ses efforts d’investigation.

 

« J’ai appelé la police basque et la cour d’Irun, mais ils ne savent rien. Je n’arrive pas à connaître le protocole dans un tel cas, tout le monde est très démuni. Il y a une faillite des États et des institutions légales », pointe-t-elle dix jours après le drame, avant de préciser que le corps du jeune homme était, à ce stade, toujours à l’institut médicolégal de San Sebastián, et que les proches présents sur le territoire français devaient « se constituer parties civiles » pour pouvoir le voir. « Nous avons tenté de faciliter les échanges entre le juge en charge du dossier de Yaya et les membres de sa famille, afin que le contact puisse être établi », assure de son côté le responsable des migrations et de l’asile du gouvernement basque, sans donner plus de détails.

 

Au lendemain du drame, alors que la presse locale évoque le corps d’un « migrant » retrouvé dans la Bidassoa, un collectif de soutien aux exilés organise un rassemblement spontané sur le pont Santiago aux abords du fleuve. Près de 1 000 personnes sont là pour protester contre les frontières et les politiques migratoires qui conduisent à la mort les personnes en exil, à la recherche d’un pays sûr ou de meilleures conditions de vie. À cet instant, pour Marie Cosnay, présente dans la foule, l’urgence est aussi de retracer l’histoire de Yaya afin qu’il ne tombe pas dans l’oubli.

 

« Son seul objectif était d’aller en Europe »

 

Le visage rond et le regard vif, le jeune Ivoirien rêvait « d’une vie meilleure », confie un ami à lui, qui a partagé sa chambre durant plusieurs mois à Dakhla, au Maroc. « Comme tout jeune Africain, il était passionné de football. Ici, on n’a pas la télévision alors on allait voir les matchs dans un café. Il adorait le club de Chelsea ! », se souvient-il. Et d’ajouter : « C’était quelqu’un de sympa, tranquille, qui ne parlait pas beaucoup. Il était souvent triste, son seul objectif était d’aller en Europe. »

 

Originaire de Mankono (Côte d’Ivoire), où il grandit et quitte le lycée en classe de terminale, il travaille un temps comme chauffeur de taxi à Abidjan, puis dans le BTP. « On a grandi ensemble dans le même village, raconte son cousin Bakary tout en convoquant ses souvenirs. On partageait tout, même nos habits et nos chaussures. Il était ouvert aux autres et aimait rassembler les gens. » Souriant, drôle et taquin, aussi. « Il aimait beaucoup jouer au foot mais ne marquait jamais », ajoute-t-il dans un éclat de rire teinté de tristesse.

 

Son père décédé, c’est pour aider sa famille qu’il décide de tenter sa chance en Europe début 2021, rapporte Hervé Zoumoul qui a retrouvé un certain nombre de ses proches pour remonter le fil de sa courte vie. Yaya s’envole au Maroc, où il travaille durant plusieurs mois d’abord comme maçon, puis dans une usine de conservation de poissons pour financer la traversée auprès d’un passeur qui lui demande 2 500 euros. À ses côtés, dans la pirogue qui lui promet une vie nouvelle, il prend soin de son neveu, âgé de seulement 11 ans. Ses parents ont fourni à Yaya une autorisation parentale, que Mediapart a pu consulter, l’autorisant à « effectuer un voyage [au] Maroc » en sa compagnie.

 

« Il m’a raconté la traversée du Maroc aux Canaries et ce n’était vraiment pas facile, poursuit l’ami de Yaya basé à Dakhla. Ils se sont perdus et sont restés cinq jours en mer. Des personnes se sont jetées à l’eau, il y a eu des morts. Selon ses dires, le capitaine du convoi et plusieurs autres ont été arrêtés parce qu’ils n’ont pas déclaré les disparus aux autorités à leur arrivée [le 16 mars – ndlr]. » Depuis 2020, cette route particulièrement dangereuse via les Canaries s’est réactivée, notamment depuis le Sénégal et le sud du Sahara occidental, faisant gonfler le nombre d’arrivées sur l’archipel espagnol (lire ici notre entretien, ou là notre reportage).

 

« L’enfant qui accompagnait Yaya a finalement été pris en charge dans un centre pour mineurs aux Canaries et y est resté », explique Marie Cosnay. « Yaya a poursuivi sa route, enchaîne Hervé Zoumoul. Il était avec un groupe de personnes transféré le 22 avril en Espagne continentale. » Lui et trois de ses compagnons de route arrivent d’abord à Malaga et remontent petit à petit vers le nord, de Grenade à Madrid, jusqu’à atteindre Irun dans le Pays basque le 15 mai.

 

Ils sont accueillis dans un centre d’accueil pour migrants de la Croix-Rouge, placé sous l’autorité de la communauté autonome du Pays basque espagnol. Ils quittent les lieux le 16 mai, précise Hervé Zoumoul, également à l’origine de la plateforme « Protégeons les migrants, pas les frontières ». « À partir de là, ni ses amis ni sa famille n’ont réussi à joindre Yaya. Ils ont supposé qu’il avait changé de numéro ou perdu son téléphone... » Jusqu’à la terrible nouvelle.

 

Les trois amis de Yaya, avec qui il a traversé l’océan Atlantique depuis Dakhla jusqu’aux Canaries, puis rejoint l’Espagne continentale un mois plus tard, ont tous gagné la France. Contacté par Mediapart, l’un d’entre eux a préféré rester silencieux. « C’est très difficile pour eux. Ils ont été obligés de se séparer pour ne pas être repérés par la police. Yaya n’a pas réussi à traverser, eux ont survécu », résume Hervé Zoumoul.

 

Yaya Karamoko laisse derrière lui une mère âgée et plusieurs frères et sœurs sans ressources. « Il représentait tous mes espoirs. C’est grâce à lui que je suis ici, il m’a aidée à fuir mon domicile au pays car j’étais victime de violences conjugales, sanglote Aminata, une cousine de Yaya, actuellement au Maroc. Il devait m’aider pour la suite... Comment je vais faire sil ne vit plus ? »

 

Celle qui avait pour projet de le rejoindre en France se dit aujourd’hui perdue. « Les gens à Mankono n’arrivent pas à croire qu’il est décédé, complète son cousin Bakary. Je ne sais pas si sa mère tiendra longtemps avec cette nouvelle. Je ne pourrai jamais l’oublier. » Faute de moyens, le corps de Yaya ne pourra pas être rapatrié en Côte d’Ivoire. « Sa famille ne peut pas se permettre de payer pour cela. Il sera donc enterré en Espagne », précise Hervé Zoumoul.

 

Combien de morts devra-t-il encore y avoir aux portes de l’Europe et de la France pour espérer voir une once de changement dans nos politiques migratoires ? « Il est temps d’exiger des engagements collectifs tant au Pays basque qu’en Espagne et en Europe. Il est temps de revendiquer de l’humanité et des droits dans les politiques migratoires, d’accueil et de transit », conclut Xabier Legarreta Gabilondo. Le gouvernement basque a demandé au gouvernement espagnol l’organisation d’une réunion pour en discuter. »

 

publié le 12 juin 2021

La réforme des retraites de nouveau à l’agenda

Par La rédaction de Mediapart

 

Depuis quelques jours, les déclarations se multiplient en faveur du retour de la réforme des retraites, peut-être même avant la fin du quinquennat.

 

Elle avait disparu des radars, la voilà de retour. La réforme des retraites, dont le système à points avait été vivement contesté par des semaines de mobilisation sociale pendant l’hiver 2019-2020, est de nouveau à l’agenda : l’exécutif mise sur la reprise économique pour revenir sur ses ambitions réformatrices, balayées depuis un an et demi par l’épidémie de Covid.

 

Ce dimanche 6 juin, c’est Bruno Le Maire qui a enfoncé le clou dans Le Journal du dimanche, après les déclarations d’Emmanuel Macron, jeudi, préparant les esprits à une réouverture du dossier. « Il faudra poursuivre les réformes structurelles : la priorité, ce sont les retraites », a indiqué le ministre de l’économie dans l’interview politique dominicale.

 

Sans s’exprimer clairement sur un éventuel report de l’âge légal de départ à la retraite, Bruno Le Maire plaide pour un « volume global de travail plus important ». Cette réforme doit-elle se faire d’ici la fin du quinquennat ? Le locataire de Bercy pense que oui, il l’avait déjà fait savoir, mardi, dans une interview vidéo au Figaro : « Je suis favorable à ce qu’on ne perde pas de temps sur ce sujet-là, qui est un sujet majeur et qui doit s’inscrire dans une réflexion sur le volume de travail et la qualité de travail qu’on offre aux Français. »

 

Dans le détail, le ministre ne répond pas sur la question du maintien ou non du système de retraite à points, adopté en première lecture avec le recours au 49-3, en mars 2020. Il se contente d’insister sur la nécessité d’« équilibrer » le système actuel.

 

La réforme ne pourra toutefois pas être reprise en l’état, a fait savoir le président. À Martel, dans le Lot, où il était en déplacement jeudi, Emmanuel Macron a été interpellé par un retraité sur le sujet. La réforme était « très ambitieuse, extrêmement complexe et porteuse d’inquiétudes, il faut le reconnaître, être lucide sur la manière dont le pays l’a vécue », dira ensuite le président aux journalistes qui l’accompagnent. « Rien n’est exclu », mais « ce ne sera pas la même réforme ».

 

Selon Le Parisien, le système à points serait abandonné, mais le recul de l’âge légal de départ est à nouveau envisagé, à 64 ans contre 62 actuellement. L’Élysée songerait à une grande conférence sociale au début de l’été pour dévoiler les contours de cette nouvelle réforme.

 

Signe, s’il en fallait, de la porosité entre les thèses de la Macronie et de la droite : le report de l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans est précisément ce que plaide Éric Woerth, président Les Républicains de la commission des finances de l’Assemblée nationale.

 

Mais la réforme peut-elle se faire avant la fin du quinquennat ? L’opportunité de relancer le sujet avant la présidentielle divise la majorité, si l’on en croit Le Monde. Si, au gouvernement, le ministre des comptes publics Olivier Dussopt ou le porte-parole Gabriel Attal y sont, comme Bruno Le Maire, favorables, d’autres, à l’Assemblée, y sont opposés. C’est le cas de son président, Richard Ferrand, qui estime que les retraites constitueraient une « excellente première réforme de deuxième quinquennat ».

 

Le porte-parole de La République en marche Roland Lescure s’en remet à la décision du président, mais il a lui aussi apporté de l’eau au moulin, dimanche matin, sur France Info, reprenant la petite musique du « il faudra travailler plus » distillée ces dernières semaines par la majorité présidentielle. À la question du journaliste sur l’allongement possible de la durée de cotisation et la hausse de l’âge légal de départ à la retraite, le député répond : « La manière de sortir de cette crise, c’est qu’on travaille tous plus. »

 

« Il fallait réformer les retraites avant la crise, il faut d’autant mieux les réformer après, dit encore Roland Lescure. […] Parce que les déficits ont gonflé, et parce qu’on n’est pas tous égaux face au modèle social. »

Le Conseil d’orientation des retraites estime le déficit des caisses de retraites à 30 milliards d’euros en 2020. « On devra prendre des mesures qui seront peut-être impopulaires », a assuré samedi, au micro de LCI, celui qui avait porté la réforme et reste l’un des plus offensifs sur le sujet, l’ancien premier ministre Édouard Philippe.

 

Si les uns et les autres assurent que la décision du président dépendra des consultations qu’il va mener dans les prochaines semaines, une fin de non-recevoir a d’ores et déjà été envoyée par la CGT. « La CGT reste extrêmement vigilante et ne souhaite pas qu’on remette sur la table des ajustements que paieraient les actifs ou les retraités », a affirmé jeudi sur France Info Catherine Perret, secrétaire confédérale du syndicat chargée des retraites et de la protection sociale.

 

« Je pense que la réforme des retraites à points est morte et enterrée, et ça, le président de la République l’a bien compris. La mobilisation a été forte en 2019-2020. Je rappelle quand même que deux tiers des Français étaient contre cette réforme, parce qu'ils avaient bien compris que c’était destiné à faire baisser les pensions », a encore dit la syndicaliste. Elle entend demander au président de ne plus toucher aux retraites d’ici la fin de son mandat.

 

 

publié le 10 juin 2021

Banalisation de l’extrême droite :

la cote d'alerte est franchie


 

Aurélien SoucheyreDiego Chauvet sur www.humanite.fr

 

La dédiabolisation du Rassemblement national et de la fachosphère a atteint des sommets tels que la gauche est aujourd’hui présentée comme étant plus dangereuse que Marine Le Pen par des intellectuels et des élus. Même les mises en scène macabres sur le Web ne suscitent pas un tollé général.

Une saine réaction est attendue dans la rue ce samedi 12 juin .

 

Marine Le Pen est donnée qualifiée une seconde fois au second tour de l’élection présidentielle. Et beaucoup détournent les yeux. Le Rassemblement national est en passe de remporter la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Et beaucoup détournent les yeux. De plus en plus de chaînes télévisées déroulent le tapis rouge à l’extrême droite. Et beaucoup détournent les yeux. Des militaires factieux appellent au coup de main. Et beaucoup détournent les yeux. La Macronie reprend les éléments de langage du RN. Et beaucoup détournent les yeux. Des intellectuels ayant pignon sur rue apportent, l’air de rien, un soutien à Marine Le Pen. Et beaucoup détournent les yeux… mais pas tous. Certaines voix s’élèvent. Mais il faut bien mesurer le niveau d’apathie du pays face à la montée permanente des idées et candidats d’extrême droite dans notre République.

 

Le dernier épisode en date ? Dans une vidéo d’une violence inouïe, les youtubeurs fascistes Papacito et Code Reinho mitraillent et poignardent un mannequin déguisé en militant de gauche. Jean-Luc Mélenchon dénonce cette ignoble mise en scène dans une conférence de presse. Mais qu’écrit alors Valeurs actuelles ? Il s’agirait d’un « contre-feu », selon le journal. Rien de surprenant venant de cette publication d’extrême droite. Mais que font dans la foulée l’AFP et une foule de journaux, dont Libération ? Ils qualifient eux aussi le point presse de l’insoumis de « diversion ». Certes, le candidat à l’Élysée avait créé auparavant une polémique avec ses propos sur les « graves incidents ou meurtres » qui se déroulent, selon lui, à chaque dernière semaine d’une élection présidentielle. Mais a-t-il décidé de la date de publication, ce week-end, de cette vidéo appelant à tirer sur les militants de gauche ? L’a-t-il exhumée d’archives anciennes ? Non.

« Tout ce qui peut détruire cette République est une chance »

Il convient ainsi de la prendre pour ce qu’elle est : un document filmé dans lequel deux fascistes s’acharnent sur ce qu’ils présentent comme un adversaire politique, en plus d’appeler massivement tout un chacun à s’armer pour faire de même. L’humour prétendu a bon dos. Un dos criblé de balles et de coups de couteau. « Il faut lire entre les lignes », déclare Papacito sur TV Libertés au sujet de ses productions, qui ne cachent rien de la réalité de son projet. « Tout ce qui peut détruire cette République est une chance », affirme-t-il sur les réseaux sociaux. Avant d’être plus explicite : « On fusille pendant des semaines des millions de salopes, on coupe les subventions à Libé et autres collabos à base de procès et humiliations publiques, puis on renoue avec la France d’avant 1789. » Ou encore : « Si tuer 20 000 journalistes sauve 70 millions de Français, il ne faut plus hésiter. »

 

Face à cette vidéo insupportable, Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel ont décidé de porter plainte. « Il faut mettre fin à ce climat de violence. Au nom des communistes, je saisis le procureur de la République », a annoncé le secrétaire national du PCF. Mais qu’a dit le gouvernement ? Le silence assourdissant, comme après la tribune des militaires factieux soutenus par Marine Le Pen, a duré plusieurs jours. Il a fallu attendre qu’Emmanuel Macron, le président de la République lui-même, soit giflé, lundi, à Tain-l’Hermitage (Drôme), par un individu poussant le cri royaliste de « Montjoie ! Saint Denis ! » pour entendre une réaction. Le premier ministre Jean Castex a ainsi estimé qu’ « à travers le chef de l’État, c’est la démocratie qui est visée », avant de condamner « sans réserve la vidéo simulant le meurtre d’un militant de la FI ».

Papacito se dit prêt à voter Zemmour en 2022

Reste que, d’une gifle au premier personnage de l’État à des balles réelles tirées sur des allégories de militants de gauche, force est de constater que l’extrême droite se sent de plus en plus autorisée à se mettre en scène et à passer à l’acte. « Papacito est un pur produit de la galaxie Soral/Dieudonné dans le ton ultraviriliste et la violence revendiquée. Il est dans une continuité manifeste avec le fascisme historique », note Ugo Palheta. Mais le sociologue considère qu’un pas significatif a été franchi récemment puisque la fachosphère « s’est encore plus radicalisée sur les réseaux sociaux et YouTube : elle assume de plus en plus ouvertement un projet d’épuration raciale et politique ». Le tout alors même qu’elle bénéficie de soutiens de poids sur les grandes chaînes et journaux. À l’image d’Éric Zemmour, qui se définit comme un ami de Papacito et lui a confirmé son soutien après la diffusion de la vidéo. Un échange de bons procédés, puisque Papacito se dit de son côté prêt à voter Zemmour en 2022, afin de mettre la République à terre.

Minimiser volontairement le danger représenté par Marine Le Pen

C’est dans ce climat où le fascisme se montre pour ce qu’il est que des intellectuels ont franchi le Rubicon en apportant leur soutien à Marine Le Pen. Le philosophe Raphaël Enthoven a ainsi imaginé, lundi, un duel entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen au second tour de 2022, avant de donner sa préférence en pareil cas. « Je peux encore changer d’avis, mais je crois que, s’il fallait choisir entre les deux, et si le vote blanc n’était pas une option, j’irais à 19 h 59 voter pour Marine Le Pen en me disant, sans y croire, “Plutôt Trump que Chavez”. » Le Pen plutôt que Mélenchon, en somme. Une nouvelle version, toutes proportions gardées, du célèbre « Hitler plutôt que le Front populaire ! » lancé par le patronat français à la fin des années 1930. Enthoven a depuis fait machine arrière. Ses amis du Printemps républicain lui ont publiquement écrit « qu’avec l’extrême droite, il faut s’en tenir à un principe simple : jamais. Jamais on ne la soutient, jamais on ne l’approuve, jamais on ne finasse. Et, bien entendu, jamais on ne lui apporte son suffrage. En aucune circonstance. Il n’y a aucun mais, aucun si, aucun cependant, aucun peut-être. L’extrême droite politique, pour tout républicain, pour tout démocrate, c’est l’adversaire ».

 

Le Printemps républicain, tout en fustigeant vertement Jean-Luc Mélenchon, a également rappelé que « les intellectuels ont une responsabilité : celle de ne pas cautionner, de ne jamais légitimer » l’extrême droite. Enthoven dit désormais qu’il choisira le vote blanc, mais se targue d’avoir « étendu le front républicain ». « Le RN et la FI sont des jumeaux qu’il faut désormais traiter et combattre de la même manière ! » assène-t-il. Une façon de plus d’entretenir le confusionnisme et de minimiser volontairement le danger représenté par l’extrême droite. Il n’est pas le seul à faire ce choix gravissime. La journaliste à l’Opinion Emmanuelle Ducros a développé, lundi, sur Twitter (avant de supprimer son message), que la fonction publique résisterait davantage à Le Pen qu’à Mélenchon, et donc qu’elle représentait un péril moindre. Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, considère, elle, que le « vrai danger » sur son territoire n’est pas le candidat RN Jordan Bardella, mais « la gauche radicale décroissante, indigéniste et communautariste, qui a perdu sa boussole républicaine ».

 

Valérie Boyer, sénatrice LR, appelle pour sa part à un « front républicain contre l’extrême gauche » et même le socialiste Julien Dray relativise à outrance en lançant qu’ « on diabolisait le Front national de Jean-Marie Le Pen parce qu’il faisait lui-même référence à des parties de l’histoire qui étaient diaboliques. Ce n’est pas le cas de Marine Le Pen ». Ugo Palheta alerte : « On pourrait croire qu’il s’agit d’épiphénomènes, de la sortie d’Enthoven à celle de Luc Ferry, pour qui il fallait faire usage des armes des policiers contre les gilets jaunes. Mais ces personnages ne sont pas associés à l’extrême droite traditionnelle et c’est pour cela que leurs déclarations sont significatives. » Le maître de conférences analyse que, d’un côté, « Marine Le Pen a donné des gages au patronat sur le plan économique, au moment même où la droite s’est radicalisée pour être globalement d’accord sur toute une série de choses avec l’extrême droite traditionnelle ». De l’autre côté, il observe que « les classes dominantes sont inquiètes car le capitalisme est en crise et n’arrive pas à rebondir après le choc de la pandémie. Le pire qui puisse leur arriver est qu’un projet alternatif émerge à gauche ».

 

Un cocktail explosif, alors même que la Macronie joue à faire monter l’extrême droite, reprend ses thématiques sur l’islamo-gauchisme et réprime violemment les mouvements populaires, qui fait que « nous avons en quelque sorte une phase qui prépare ou peut préparer le fascisme, ou une forme ajustée à notre temps de fascisme », s’inquiète Ugo Palheta. Il sonne l’alerte d’autant plus que « Papacito est celui qui dit le plus clairement à quel type de projet nous avons à faire », et que « les prochaines années vont être difficiles à gauche, sans sursaut ou émergence d’une alternative crédible aux yeux des Français ». C’est tout l’enjeu pour éviter le pire.


 

Face au climat délétère, dans la rue le 12 juin

Face à un « climat de haine, raciste et attentatoire aux libertés individuelles et collectives », plus de 90 organisations, collectifs et médias ont appelé à une journée de manifestations samedi 12 juin. L’appel compte comme signataires des syndicats (CGT, FSU, Solidaires…), de nombreuses associations (d’Attac à Oxfam en passant par la LDH, la FCPE, Alternatiba, la CNL, les Amis de la Terre…), des médias, dont l’Humanité, ou encore des formations politiques de gauche (FI, EELV, Génération.s, MJCF, NPA…). Le PCF a relayé la journée de mobilisation sur la base de son propre texte et les porte-parole du PS ont fait savoir qu’ils s’y joindront également. Les signataires dénoncent un contexte « politique et social alarmant » où « s’allier avec l’extrême droite ou reprendre ses idées ne constituent plus un interdit » et où, avec la crise,  « les injustices explosent et génèrent une forte misère sociale ». La manifestation parisienne partira de la place de Clichy à 14 heures, tandis que des dizaines de rassemblements (à retrouver sur marchedeslibertes.fr) seront organisées partout en France.

publié le 9 juin 2021

Il y a urgence ! 
Le billet du Dr Christophe Prudhomme. Recalé.e.s

 

Christophe Prudhomme sur le site www.humanite.fr

 

Christophe Prudhomme est médecin au Samu 93. Il publie, chaque semaine, une chronique dans nos colonnes.

Alors que nous manquons cruellement d’infirmier.e.s dans les hôpitaux, et plus particulièrement à l’AP-HP, plusieurs dizaines de salarié.e.s, en grande majorité des aides-soignant.e.s qui ont réussi l’épreuve de sélection, avec des notes allant de 13 à 20 pour poursuivre des études d’infirmier.e, sont recalé.e.s au motif de crédits insuffisants. Ce mécanisme, appelé promotion professionnelle, est un atout majeur pour les hôpitaux publics puisqu’il s’agit de former du personnel déjà en exercice qui pourra être affecté dès la fin de la formation sur les postes vacants.

 

Que des raisons financières soient évoquées par le directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch, est proprement scandaleux, car lui-même s’est répandu sur les ondes depuis plus d’un an pour expliquer qu’il aimerait bien ouvrir des lits supplémentaires pour prendre en charge les malades atteints du Covid-19, mais que c’était impossible, faute de personnels disponibles. Quel Ponce Pilate !

 

Aujourd’hui, alors qu’il est justement possible de former ces professionnel.le.s, il ne s’en donne pas les moyens et explique aux personnes concernées qu’elles doivent se payer elles-mêmes leurs études, si elles souhaitent les poursuivre. Mais comment imaginer qu’un.e aide-soignant.e qui gagne 1 500 euros par mois va pouvoir vivre en arrêtant son travail et en payant ses études pendant trois ans ?

 

La CGT, avec les agent.e.s concerné.e.s, se bat pour obtenir ce financement. Mais, au-delà de cette affaire qui montre bien la duplicité du gouvernement et de ses relais à la tête des hôpitaux, il est urgent de former massivement des professionnels de santé, en leur donnant les moyens de suivre leurs études dans les meilleures conditions.

 

Nous proposons ainsi de généraliser les contrats de formation qui permettent de payer les étudiant.e.s au Smic pendant leurs études, contre un engagement à servir un certain nombre d’années dans un établissement désigné où des emplois sont disponibles.

 

publié le 8 juin 2021

Joséphine Delpeyrat :
« On nous fait remonter,
un peu partout sur le territoire,
des agressions racistes quotidiennes »

Enthoven qui préfère Le Pen à Mélenchon. Banalisation de l’extrême droite. Hausse des agressions à caractères racistes. Zemmour bientôt candidat en 2022. Appels au meurtre du youtubeur Papacito. Quand est-ce que ça s’arrête ? Joséphine Delpeyrat, cofondatrice de l’Observatoire national de l’extrême droite, est l’invitée de #LaMidinale.

 

 

...Phrases extraites de la vidéo :


 

 Sur les propos de Raphaël Enthoven 

« La digue avec Raphaël Enthoven est depuis longtemps rompue, déjà en tant que féministe. Ça fait bien longtemps que je sens le danger chez lui. »

« La banalisation de l’extrême droite a inversé le sentiment de danger qui se retrouve à gauche. »

« Enthoven entend surtout protéger son petit statut de grand bourgeois. » 

« Avec les déclarations du ministre Cédric O, contrairement à des personnalités comme Valérie Pécresse qui sont capables de déclarer publiquement que le vrai danger ce sont les islamogauchistes et écolos, on voit bien que certains sont encore capables de bon sens. Malheureusement Cédric O n’est pas le plus représentatif de ce gouvernement. »


 

 Sur les accusations de complotisme à l’endroit de Mélenchon  

« L’union des gauches à du mal à se serrer les coudes et à venir en soutien à Jean-Luc Mélenchon. »

« Ce qu’il s’est passé hier avec l’appel au meurtre du youtubeur a permis à la plupart de la gauche de recouvrer ses esprits. »


 

 Sur l’appel au meurtre du youtubeur d’extrême droite 

« Quand Mélenchon est victime d’un appel au meurtre, on prend tous cette menace en plein coeur. Faire croire qu’il ferait diversion avec cette affaire est effroyable. On doit tous s’alarmer de ce type de menace. »

« On est dans un contexte où l’extrême droite a cessé de s’inscrire dans des idées et appelle à des violences de toutes sortes. Personne ne s’en offusque et ça m’inquiète beaucoup. »


 

 Sur le front républicain 

« Je ne sais pas quelle forme prendrait ce front républicain. »

« On voit bien dans les derniers sondages que c’est la gauche qui est prête à jouer le rôle de ce front républicain contrairement à ce que l’on veut faire croire. La droite, pour partie, a laissé tomber ce front et serait prête à envisager une Marine Le Pen plutôt qu’une alternative de gauche. »

« Il faut convaincre de la nécessité de ce front républicain chez les citoyens plus que dans les partis. »

« Si la gauche est loin derrière aux régionales et que l’union de la gauche et des écologistes n’est pas suffisante, il faudra probablement imaginer s’effacer au second tour et appeler à voter pour le candidat le mieux placé pour battre le RN. »


 

 Sur Eric Zemmour 2022 

« La candidature d’Eric Zemmour à l’élection présidentielle me paraît extrêmement inquiétante et crédible aujourd’hui. »

« Le profil d’Eric Zemmour excite beaucoup une partie de la population qui n’irait pas naturellement se tourner vers une candidature classique du Rassemblement national. »

« Eric Zemmour incarne autre chose, quelque chose vu à la télé, notamment dans ces médias qui deviennent des références pour trop de gens : Cnews transcende une partie de la population qui ne se tourne plus vers les urnes aujourd’hui. »

« En France, pour se présenter à l’élection présidentielle, il faut recueillir des parrainages et j’ose espérer que nos maires français et françaises auront le bon sens de ne pas lui donner le ticket d’entrée. »


 

 Sur l’Observatoire national de l’extrême droite 

« On nous fait remonter, un peu partout sur le territoire, des agressions racistes quotidiennes. »

« On reçoit beaucoup d’appels à l’aide de certaines villes. »

« La majorité silencieuse est très inquiète de la montée en puissance de l’extrême droite. »


 

 Sur la marche du 12 juin pour les libertés et contre l’extrême droite 

« Ce sont plus de 98 organisations et collectifs sont signataires qui viennent de bords très différents. »

« Ce n’est pas une énième manif contre le Rassemblement national : quand on parle des idées d’extrême droite, on va bien au-delà de la réponse au RN pour s’attaquer à la loi sur le séparatisme, la loi sur la sécurité globale, que c’est une réaction à la manifestation des policiers du 19 mai dernier… »


 

 Sur le duo Emmanuel Macron - Marine Le Pen 

« Emmanuel Macron et Marine Le Pen se nourrissent assurément l’un l’autre. »

« LREM est le premier agent de l’extrême droite en France aujourd’hui. »

« Macron et Le Pen, ce n’est pas bonnet blanc, blanc bonnet. »

« Je fais partie de celles qui, si jamais on devait avoir un second tour Marine Le Pen - Emmanuel Macron, à aller voter : je ne laisserai pas passer Le Pen, peu importe la configuration et même si je sais que Macron a considérablement nourri ce qui se passe aujourd’hui dans notre pays. »


 

                              pour voir l’intégralité de l’interview en vidéo (15 minutes) :

 

http://www.regards.fr/la-midinale/article/josephine-delpeyrat-on-nous-fait-remonter-un-peu-partout-sur-le-territoire-des

publié le 7 juin 2021

Extrême droite. Au RN, le retour des vieux démons du Front

 

Florent LE DU et Cyprien CADDEO sur le site www.humanite.fr

 

Soutien aux militaires factieux, candidats racistes, programme plus néolibéral qu’il n’en a l’air… malgré la dédiabolisation, le parti n’en a pas fini avec ses casseroles historiques.

Trois, peut-être quatre. C’est le nombre de régions où existe un vrai risque que le Rassemblement national l’emporte, le 27 juin prochain : Paca, Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire et Hauts-de-France.

Le RN peut donc sourire, d’autant qu’il bénéficie désormais d’un certain nombre d’officines qui relaient et amplifient son discours : de la fachosphère à des médias installés comme CNews ou Valeurs actuelles. Sans compter les partis politiques qui se sont mis à puiser dans son vocabulaire, en témoigne la chasse aux « islamo-gauchistes » initiée par le gouvernement et reprise par LR comme par une partie de la gauche, tendance Printemps républicain. Pour autant, derrière la vitrine ripolinée du Rassemblement national, les vieux démons du Front, historiquement nationaliste, xénophobe et néolibéral, ne sont jamais loin. Tour d’horizon.

1. Le vernis antisystème

« Je suis la candidate antisystème », a répété Marine Le Pen lors des campagnes de 2012 et 2017. Un positionnement démenti par les votes des parlementaires et eurodéputés frontistes en matière économique. Depuis quatre ans, la ligne protectionniste chère à Florian Philippot a été abandonnée, et avec elle la plupart des dénonciations concernant la politique économique européenne, dont la sortie de l’euro.

Marine Le Pen finit même par crier son amour au néolibéralisme. Avec comme un variant de la « start-up nation » lorsqu’elle a annoncé, le 1er mai, son plan pour « aider les jeunes », dont le premier point consiste à « accompagner la création d’entreprise ». Elle promet ainsi aux moins de 30 ans une exonération d’impôt sur les sociétés et sur le revenu pendant cinq ans tout en prévoyant « une réforme de la fiscalité sur les successions et les donations, vers une plus grande mobilité du capital entre les générations en faveur de la croissance et l’emploi ».

Autre preuve de ce virage libéral, le 21 février, elle se fendait d’un plaidoyer pour le remboursement de la dette publique dans une tribune publiée par l’Opinion. « C’est une adresse  à l’électorat de droite traditionnelle, aux hommes d’affaires, aux publics cultivés, à certains étudiants, analysait la philosophe Juliette Grange. Elle tente ainsi de conquérir un nouvel électorat et a en même temps la conviction que ceux qui ont déjà voté pour elle, quelles que soient les raisons, lui seront fidèles. » Tout en flattant les milieux bourgeois, son programme n’est donc pas totalement dénué de propositions ­sociales, comme la retraite à 60 ans ou le refus annoncé de mener une politique d’austérité. Promettre de ne pas augmenter les impôts tout en assurant arrêter les coupes budgétaires en passant par un « grand plan d’emprunt national » : quand Le Pen revisite le « en même temps ».

2. Les bonnets d’âne de la respectabilité

Ils sont près de 4 000 à être candidats RN pour les élections de juin. Il y a les investitures très médiatisées de transfuges de LR, dont Thierry Mariani en Paca ou Jean-Paul Garraud en Occitanie. Mais d’autres candidats contreviennent à la stratégie de dédiabolisation du parti et rappellent sa nature profonde. En Corrèze, Danièle Delavaud a été la première à se faire épingler. Le 21 mai, elle est désinvestie par le parti après que des internautes ont exhumé d’anciens tweets, publiés en 2017. « Qu’on arrête de construire des mosquées, je suis O.K. pour les faire sauter », écrit celle qui propose aussi de « bombarder » les manifestants.

Le 31 mai, France 2 révélait que Geneviève Veslin, candidate aux départementales dans la Creuse, était une adepte de publications « racistes et antisémites » – une cinquantaine recensées – sur le réseau social russe VK. Outre de nombreux relais de théories du complot, notamment sur la « finance juive », on y retrouve plusieurs propos tombant sous le coup de la loi tels que « les juifs niquent la France » ou un hommage au négationniste Robert Faurisson, assorti de la citation suivante : « Les prétendues chambres à gaz hitlériennes et le prétendu génocide des juifs forment un seul et même mensonge historique. » Face à ces révélations, le RN a décidé de lui retirer son investiture. Thierry Morin, lui, la conservait à l’heure où nous écrivions ces lignes. Ce candidat creusois dont le compte est en grande partie dédié à montrer des photos pornographiques de femmes russes s’emporte aussi sur VK contre « ces saloperies de migrants de merde ». « Cela rappelle la vraie nature de nombreux ­militants frontistes, estime Thomas Portes, fondateur de l’Observatoire de l’extrême droite. Il ne faut jamais perdre de vue que le RN est un parti xénophobe, haineux. »

Au sein même du RN, certains ­profils font grincer des dents. Fondateur du Rassemblement national juif (renommé Cercle national juif France-Israël), Jean-Richard Sulzer a fait part de ses craintes dans un mail adressé à la présidente du parti, le 5 mai. Sont ainsi cités comme problématiques : la tête de liste en Bretagne Gilles Pennelle, ex-militant du groupuscule néopaïen ­racialiste Terre et peuple ; le conseiller ­régional sortant en Île-de-France Axel Loustau (qui n’a finalement pas été investi candidat), ancien du syndicat étudiant ultraviolent GUD ; Philippe Vardon, directeur de campagne en Paca et ancien membre d’Unité radicale et des Identitaires ; ou encore Philippe Eymery, président du groupe RN dans les Hauts-de-France, proche des identitaires lillois. « Il est clair que tous ces ­personnages, souvent adhérents de longue date, ont été mis très en avant malgré un passé sulfureux (écrits, vidéos, tweets, posts, condamnations) », écrit Jean-Richard Sulzer. On ajouterait volontiers Damien Rieu, ­candidat RN dans la Somme et cofondateur de Génération identitaire – dissoute en mai dernier pour « provocation à la haine ».

3. Toujours obsédés par la guerre civile

Quand Valeurs actuelles a publié, le 21 avril, sa tribune des généraux aux relents putschistes, le RN s’est empressé de les soutenir. Mieux, Marine Le Pen, saluant « un constat de lucidité », n’a pas oublié que 40 % des militaires votent pour elle et les a appelés « à se joindre à (son) action pour 2022 ». « Il y a un risque de guerre civile qui couve », a ajouté la présidente du RN, reprenant les mots des militaires factieux, qui, rappelons-le, menacent d’intervenir par la force contre « les hordes de banlieue ». Le parti, qui se rêverait pleinement inscrit dans le champ républicain, cède à nouveau à ses antiennes putschistes, comme au temps de l’OAS (la tribune des militaires marquait les 60 ans du putsch d’Alger). Il faut dire que le spectre d’une guerre civile reste un thème cher à l’extrême droite, et pas seulement chez les groupuscules identitaires. « La guerre civile est déjà là », c’est celle de « l’insécurité », estime ainsi Thierry Mariani, transfuge de LR. « S’il y a une guerre civile demain, on la gagne », a assuré pour sa part Marion Maréchal le 16 mai au site « alternatif » Livre noir, souhaitant donc à demi-mot qu’elle advienne.

Désormais globalement accepté dans le champ politique et médiatique, toujours haut dans les sondages, le RN estime avoir achevé son œuvre de dédiabolisation. L’heure est maintenant à la banalisation : puisqu’il n’est plus systématiquement suspect aux yeux des électeurs, comme il pouvait l’être jadis, il peut se permettre à nouveau ses outrances traditionnelles. À ceci près que, désormais, il y a de moins en moins de gens pour s’en émouvoir. 
 

 

 

publié le 6 juin 2021

 

Entreprises du CAC 40 :
                        que font-elles de notre argent ?

 

Sur le site www.cgt.fr

 

100 % des entreprises du CAC 40 touchent des aides publiques liées à la crise sanitaire. La grande majorité de ces aides ont été accordées sans que l'Etat exige de contrepartie sociale, fiscale ou environnementale.

Seulement six groupes sur 40 qui ont enregistré des pertes en 2020

« Allô Bercy ? Pas d'aides publiques aux grandes entreprises sans conditions » est le titre du rapport très instructif et documenté que publie l'Observatoire des multinationales.

Se basant sur les chiffres de documents officiels émis par les entreprises du CAC 40, le rapport dresse un état des lieux des sommes considérables versées par l'Etat à tous ces grands groupes, sans que la plupart de ceux-ci n'aient cessé de verser des dividendes à leurs actionnaires et de licencier.

Si le chiffre d'affaires cumulé des entreprises du CAC 40 a chuté de 12 % en 2020 par rapport à l'année précédente, le CAC 40 dans son ensemble reste largement bénéficiaire : ce sont seulement six groupes sur 40 qui ont enregistré des pertes en 2020.

Dix autres groupes présentent des profits de plus de 2 milliards. Parmi eux, certains ont été largement aidés par l'Etat. Selon la Commission européenne, la France est le pays européen qui a versé le plus d'argent (155 milliards d'euros) pour venir en aide aux entreprises.

L'Observatoire des multinationales nous apprend que « malgré les nombreux appels à suspendre le versement des dividendes, seule une minorité d'entreprises qui y étaient plus ou moins obligées les ont supprimés ».

En 2020, 51 milliards ont été versés par les entreprises du CAC40 à leurs actionnaires.

Un chiffre en hausse de 22 %, qui représente 140 % des profits réalisés par ces groupes en 2020. Afin de rendre ces chiffres exorbitants plus concrets, les auteurs du rapport les accompagnent de comparaisons.

Ces 51 milliards représentent « l'équivalent de la construction de 100 hôpitaux publics ou 1300 lycées, ou encore 36000 km de ligne ferrée TER, ou encore la rémunération des 960000 personnels soignants et non-soignants des hôpitaux publics. »

Ces aides publiques n'ont pas servi à sauver des emplois

Les géants du CAC 40 ont même annoncé plus de 60 000 suppressions de postes, dont la moitié en France. Le rapport cite les exemples de Renault, Airbus ou Safran parmi les entreprises qui ont été les plus soutenues tout en supprimant le plus d'emplois.

Même Sanofi, qui a enregistré des bénéfices records, a annoncé des suppressions d'emplois peu après s'être vu attribuer une aide publique de plusieurs centaines de millions d'euros.

Le gouvernement refuse d'imposer des conditions sociales, fiscales mais aussi écologiques aux entreprises qu'il aide.

L'Observatoire montre qu'au moins la moitié du CAC 40 continue d'augmenter ses émissions de CO2. Ces aides ne sont pas non plus soumises à une quelconque condition relative à l'égalité hommes-femmes, alors même que les femmes sont les premières victimes de la pandémie.

La CGT n'accepte pas que l'argent public, c'est-à-dire notre argent à tous, soit versé sans condition. Ce rapport apporte une nouvelle fois la preuve que, sans exigence du gouvernement, les entreprises n'utilisent pas les aides publiques pour investir et créer de l'emploi.

La CGT demande que les sommes versées par l'Etat servent directement les salariés et la transition écologique.

publié le 5 juin 2021

Élections départementales :
les propositions innovantes de la gauche

 

Diego ChauvetNaïm Sakhi sur le site www.humanite.fr


 

Un revenu pour les jeunes précaires de moins de 25 ans ? Une mutuelle universelle à moins de 30 euros par mois ? C’est, parmi d’autres propositions, ce que des candidats de gauche mettent sur la table pour les scrutins des 20 et 27 juin.

Les élections départementales vont peser concrètement dans la vie des citoyens appelés aux urnes, mais leur participation pourrait être « inférieure de dix points » à celle de 2015, selon le politologue Frédéric Dabi. La gauche a donc choisi de passer à l’offensive avec de nouvelles propositions en matière de politiques sociales.

Un rôle de « bouclier social »

Alors que la crise a considérablement aggravé la précarité de millions de personnes, les départements peuvent jouer un rôle de « bouclier social », à en croire les programmes de ses candidats. Car, justement, l’action sociale est une des toutes premières compétences de ces collectivités, et reste un vrai marqueur du clivage gauche/droite. Avec l’explosion progressive de la pauvreté due à la crise sanitaire et économique, les conseils départementaux ont déjà fort à faire. Pour la suite, ils vont devoir innover sur leurs politiques sociales, et les candidats de la gauche ne sont pas avares de propositions.

1. Pour la jeunesse

Tout d’abord, en direction de la jeunesse, fortement touchée et précarisée par la crise. Dans plusieurs départements, qu’ils soient gérés par la gauche ou que celle-ci espère y obtenir une majorité de sièges, une proposition phare émerge, et elle aura une portée nationale : celle d’un « RSA jeunes », bien qu’il soit baptisé autrement, étant donné qu’une loi serait nécessaire pour qu’il existe en tant que tel.

Depuis le début de la crise du Covid, les organisations de jeunesse n’ont de cesse de réclamer, en vain, l’ouverture du RSA aux moins de 26 ans. Si la loi n’autorise pas aux départements une telle mesure, « des outils, comme le Fonds d’aide aux jeunes, peuvent être mobilisés », assure le président PS de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, qui prévoit de porter le budget de ce fonds de 200 000 euros à un million d’euros par an.

Carte interactive Régionales et départementales : les enjeux des élections des 20 et 27 juin

Il n’est pas le seul à défendre une telle mesure. Dans le Vaucluse, la gauche rassemblée a fait de « l’extension du RSA aux moins de 25 ans à titre expérimental » un pilier de sa campagne, assure Patrick Savignan, candidat de la « société civile » soutenu par le PCF sur le canton de Caderousse-Orange-Piolenc.

En Isère, la gauche défend une proposition similaire. « Dès le budget 2022, nous créerons un revenu de solidarité jeunes (RSJ), d’un montant de 300 à 400 euros mensuels, pour tous les jeunes sans ressource et sans soutien familial », explique la candidate communiste Claudine Didier. Dans le département, cette proposition est portée par toute la gauche, qui est partie unie aux départementales sous la bannière du « Printemps isérois » (PS-EELV-PCF-FI), et chiffrée à environ un million d’euros annuels.

Dans le Nord, le chef de file des socialistes Didier Manier envisage, pour sa part, l’expérimentation d’une allocation pour 500 jeunes sur dix-huit mois. « L’idée est de donner 500 à 600 euros à des jeunes qui ont un engagement citoyen, associatif ou qui suivent une formation », détaille le Nordiste, motivant cette mesure par le fait que son département « est l’un des plus jeunes et des plus précaires de France ».

2. Pour l'accès aux soins et à la santé

La crise sanitaire a également mis en relief les problèmes d’accès à la santé et aux soins. Dans le Val-de-Marne, le président et candidat Christian Favier (PCF) souhaite instaurer une mutuelle universelle à moins de 30 euros par mois. « Jamais le besoin de protection n’a été ressenti de manière aussi forte par les habitants », assure le président du Val-de-Marne, qui souligne aussi le besoin de « redévelopper les maisons de santé dans les quartiers qui en sont le plus dépourvus ».

Une proposition également défendue dans le Nord par Didier Manier et son rassemblement (PS-PCF-EELV), avec le recrutement de médecins salariés, ou encore en Isère, où le « Printemps isérois » entend « déployer des centres de santé publics ou associatifs, avec l’opération “Mon médecin près de chez moi” ». Le tout dans un double objectif selon Claudine Didier : « Assurer la prévention et l’éducation à la santé, et garantir la permanence des soins quel que soit le lieu du domicile. »

En Seine-Saint-Denis, c’est l’expérience du bus itinérant assurant des soins dentaires qui sera développée si la gauche est réélue à la tête du département. Avec le Covid, le conseil départemental a mis en route des bus de vaccination. « On compte élargir à des pathologies telles que le diabète et l’obésité », explique Stéphane Troussel.

3. Pour les plus démunis

Dans le Nord, les dispositifs d’urgence mis en place au plus dur de la crise sanitaire sont source d’inspiration. La gauche y propose un plan d’urgence de 10 millions d’euros qui permettrait de « pérenniser l’aide départementale aux foyers les plus démunis en partenariat avec les associations caritatives ».

Ce plan d’urgence comprendrait des mesures allant d’une subvention exceptionnelle à la Banque alimentaire et aux épiceries sociales et solidaires, à la distribution de bons alimentaires, ou encore au prolongement des mesures au titre du Fonds de solidarité logement. « L’idée est de reprendre ce qui a été fait en Haute-Garonne où la majorité de gauche a développé un fonds social dédié aux habitants pour faire face à la crise », précise Didier Manier.

4. Pour un accès à la culture et au sport

Alors que les clubs sportifs et le milieu culturel ont aussi payé un lourd tribut, Christian Favier et « Val-de-Marne en commun » (PCF-PS-FI) souhaitent proposer un chèque « culture-sport » de 50 euros pour tous les collégiens. De quoi redonner du « pouvoir d’achat à toutes les familles même si nous gardons en tête que la crise touche d’abord les plus modestes », assure Christian Favier.

De son côté, le « Printemps isérois » porte une proposition semblable avec un bon de 100 euros pour les collégiens, dès la rentrée 2021, pour s’inscrire en activité sportive et culturelle. Quant à la fracture numérique, dont les conséquences en termes d’inégalités n’ont pas manqué de se faire sentir ces derniers mois, elle n’est pas en reste. Si, depuis une décennie, le Val-de-Marne distribue des ordinateurs à tous les collégiens qui entrent en classe de 6e, la gauche souhaite élargir ce dispositif à chaque jeune en insertion professionnelle.

Une bataille politique

Si les candidats ont pris soin d’assurer le financement de leurs propositions, la bataille n’en sera pas moins vive avec l’État dans le mandat à venir. Depuis de nombreuses années, les départements doivent faire face à la baisse des dotations de l’État et aux transferts de nouvelles compétences.

Plus encore, depuis 2017, les collectivités sont contraintes par la loi de limiter leurs dépenses. « Il faut continuer de mener la bataille politique pour que les allocations universelles de solidarité (RSA, aides personnalisées à l’autonomie…) soient intégralement prises en charge par l’État », affirme Christian Favier, qui assure que, « si nous gagnons, nous retrouverons des marges de manœuvre et nous pourrons répondre à d’autres besoins ». En outre, sur la question du RSA, les expérimentations que la gauche veut mener dans les départements ont aussi l’ambition de servir de points d’appui pour poursuivre le débat et la mobilisation au niveau national. Le rapport de forces issu du scrutin pèsera ainsi à plus d’un titre.

 

publié le 4 juin 2021

Chapelle-Darblay, un combat d’avenir

par Thomas Coutrot sur www.politis.fr

 

La papeterie pourrait être reprise par une société coopérative d’intérêt collectif.

Tous unis pour sauver la papeterie de la Chapelle-Darblay : syndicats et associations citoyennes et écologistes, fédérés dans la coalition Plus jamais ça, ainsi que les élus locaux de Normandie, ont mis le gouvernement sous pression pour empêcher la multinationale finlandaise UPM de démanteler la dernière usine de papier recyclé en France. Bien que l’usine soit arrêtée depuis un an, les savoir-faire et les machines, fleurons de l’industrie papetière, ont pu être préservés grâce au délai arraché par les salariés « Pap-Chap » et leur syndicat CGT. Mais le délai expire en juin, date à laquelle UPM va annoncer s’il retient l’une des offres de reprise et laquelle.

 

Tout le monde en convient : l’usine est performante, les besoins régionaux de recyclage sont massifs, l’envoi de 350 000 tonnes de déchets par camion vers l’Allemagne ou l’Italie est une absurdité écologique. Les salariés sont légitimement fiers à la fois de leur savoir-faire technique et de leur contribution environnementale. Ils refusent tout projet de reprise du site qui détruirait les machines et abandonnerait l’activité de recyclage.

Pourtant, même si un repreneur portant un projet papetier se présente, il n’est pas certain qu’UPM accepte de lui vendre de si belles capacités de production. Le droit de propriété capitaliste – usus, fructus et surtout abusus – autorise UPM à vendre le terrain à n’importe qui pour faire n’importe quoi. Au cas où un accord sur un projet de reprise ne pourrait malheureusement pas être trouvé dans l’immédiat, tout ne serait pas fini pour autant. L’intérêt général – au nom duquel le ministère du Travail a déjà refusé le licenciement des représentants du personnel – pourrait être invoqué pour inventer du neuf.

 

La coalition Plus jamais ça le propose dans sa récente publication « Pas d’emplois sur une planète morte » : « Pour reprendre la main sur les choix productifs et l’organisation du travail, il faut multiplier les expériences de gestion directe des entreprises par les travailleur·euses et les collectivités (publiques ou associatives) concernées par leur activité. On peut poser et organiser différemment l’accès au capital nécessaire pour les entreprises que via des grands investisseurs capitalistes. »

 

La papeterie pourrait être reprise par une société coopérative d’intérêt collectif (Scic), portée par des investisseurs publics et individuels, les salariés, des associations. La Banque publique d’investissement et les collectivités territoriales pourraient apporter le capital – rien d’extravagant – nécessaire à la relance de l’usine, complété éventuellement par une souscription citoyenne, comme à la Coopérative des masques en Bretagne. S’il s’avérait dans les mois qui viennent que la loi du marché capitaliste veut une nouvelle fois sacrifier à la fois l’emploi et l’environnement, le combat pour une alternative coopérative pourrait ouvrir de nouvelles perspectives aux Pap-Chap et bien au-delà.

 

               Par Thomas Coutrot Économiste, membre d’Attac.

 

publié le 3 juin 2021

Quinze militants en situation de handicap condamnés à de la prison avec sursis


 

par Rachel Knaebel sur le site www.bastamag.net


 

Seize militants toulousains pour l’accessibilité étaient jugés pour deux actions de 2018. Quinze ont été condamnés le 19 mai à de la prison avec sursis. Ils dénoncent les conditions de leur jugement, sans aucun aménagement prévu face à leurs handicaps.

 

« Ils veulent nous faire taire, mais ce n’est pas comme cela qu’il vont y parvenir. » Odile Maurin, conseillère municipale d’opposition à Toulouse, Gilet jaune et militante pour les droits des personnes en situation de handicap a encore une fois été condamnée par la justice pour son activisme. Ce 19 mai, le tribunal de Toulouse a rendu son jugement à l’encontre des seize prévenus jugés le 23 mars dernier pour des actions visant à dénoncer le manque d’accessibilité des transports. La majorité de ces personnes jugées sont elles-mêmes en situation de handicap. Elles étaient poursuivies pour « entrave à la circulation » pour deux actions datant de 2018 : une échappée sur les pistes de l’aéroport de Toulouse-Blagnac et le blocage d’un TGV Toulouse-Paris. Quinze d’entre elles ont été condamnées à de la prison avec sursis pour cela.

 

Odile Maurin écope de la plus lourde peine, six mois de sursis. Un autre activiste qui était présent sur les deux actions a reçu quatre mois de sursis, les autres deux mois. Une prévenue qui n’avait participé qu’au blocage du TGV a été condamnée à une amende de 750 euros. Tous comptent faire appel.

 

Pour Odile Maurin, c’est la troisième condamnation pour des actions militantes en moins de deux ans. L’élue locale (sur la liste participative Archipel citoyen) a déjà été jugée en décembre 2019 pour des accusations de « violences sur personne dépositaire de l’autorité publique avec arme par destination », en l’occurrence son fauteuil roulant. Elle s’était placée face au camion de police, dont le canon à eau aspergeait les manifestants, pour l’empêcher d’avancer. Un policier s’était emparé de la commande du fauteuil pour la faire partir, le fauteuil s’était retrouvé propulsé sur le véhicule de police (voir notre article). Odile Maurin avait alors été condamnée à deux mois de prison avec sursis, un an d’interdiction de manifester et 2000 euros de dommages au policier. Elle a fait appel, la procédure est toujours en cours. En novembre 2020, elle était retournée à une manifestation en soutien au personnel hospitalier, et a été de nouveau jugée en février dernier pour avoir ce jour-là enfreint son interdiction de manifester. Elle a alors écopé de 1500 euros d’amende, dont 1000 avec sursis. Odile Maurin repasse en procès le 8 juin prochain pour « entrave à la circulation » pour une opération dite de « péage gratuit » organisée en 2019 pour défendre les droits des personnes en situation de handicap. « Nous étions 150 lors de cette opération, je suis la seule à être poursuivie », pointe-t-elle.

 

« Une volonté de ne pas adapter la justice aux personnes en situation de handicap »

 

Le procès du 23 mars a aussi mis en lumière le manque d’accessibilité de la justice elle-même. Le tribunal n’avait prévu aucun aménagement nécessaire pour accueillir les personnes prévenues qui sont en situation de handicap. « Le tribunal les a reçues sans interprète, sans micros opérationnels, avec pour faire office d’ascenseur un monte-charge inconfortable et mal odorant. Les documents n’étaient pas lisibles pour la synthèse vocale utilisée par l’accusée aveugle…. Pour dire le droit, la justice les a ainsi mis dans une situation indigne et en rupture d’égalité. Dans l’impossibilité de se rendre aux toilettes, ces femmes et ces hommes ont été forcés de porter des couches, de s’uriner dessus. Qui accepterait cela ? » a dénoncé l’association Droit pluriel, qui s’engage pour une justice accessible et a accompagné les activistes toulousains lors du rendu du jugement.

 

L’accessibilité n’était pas plus assurée pour le jugement ce 19 mai. « Le jugement a été rendu dans une salle où les débats n’étaient pas audibles, où les règles sanitaires n’étaient pas respectées », raconte Odile Maurin. Pour l’élue toulousaine, il y a une volonté de ne pas adapter la justice aux personnes en situation de handicap ».

 

publié le 1° juin 2021

Impôts. Petit guide de combat
contre les intox libérales

Pierric Marissal sur le site www.humanite.fr

 

« Les riches croulent sous les impôts », « les pauvres n’en paient pas », « les paradis fiscaux, c’est fini ! »... Pas moins de 17 contrevérités sur la fiscalité, répétées tels des mantras par les libéraux, sont décortiquées et battues en brèche par Attac dans un ouvrage collectif qui vient de paraître. Un outil de salubrité démocratique.


 

Les impôts, tout le monde s’en préoccupe, mais personne ne veut vraiment en parler. Cela en fait un terrain privilégié pour les croyances et les prédicateurs qui viennent d’un même aplomb assurer qu’existe un enfer peuplé de créatures cornues, ou que les paradis fiscaux ne sont qu’une vue de l’esprit. Attac s’est attelée à remettre de la rationalité dans la question fiscale, avec beaucoup de pédagogie, des données sourcées et un soupçon d’humour. L’association vient de publier un ouvrage collectif, un véritable manuel de désintox à destination de tous : « Impôts : idées fausses et vraies injustices », aux Éditions Les Liens qui libèrent, rassemblant des économistes, militants, spécialistes de Solidaires Finances publiques et un dessinateur très inspiré – Fred Sochard – pour illustrer le tout.

La genèse du projet vient du mouvement des gilets jaunes, et de ce « ras-le-bol fiscal » mis en exergue par les libéraux au pouvoir, qui était plutôt une colère contre l’injustice fiscale, en témoigne le mot d’ordre : « Rendez l’ISF d’abord ». « C’est pourtant ce ras-le-bol fiscal que le gouvernement nous ressort pour justifier son tournant austéritaire et refuser toute hausse d’impôt sur ceux qui ont profité de la crise, déplore Raphaël Pradeau, porte-parole d’Attac et coauteur de l’ouvrage. Et à force de les rabâcher sur les grands médias, propriétés de milliardaires, de nombreuses idées fausses deviennent des évidences : l’argent des riches ruisselle et crée de l’emploi, trop d’impôts font fuir les investisseurs, la France est la championne des prélèvements obligatoires, les pauvres ne paient pas d’impôts… » Même lorsque les évaluations commandées par le gouvernement lui-même montrent que la fin de l’ISF et la création de la taxe forfaitaire sur les revenus du capital n’ont eu comme seul effet que d’augmenter les dividendes et que l’argent n’a en rien ruisselé, le discours perdure à la radio, sur les plateaux de télévision.

En partant de 17 citations publiques d’éditorialistes ou d’élus politiques libéraux, autant d’idées fausses sur la fiscalité sont ainsi savamment battues en brèche dans l’ouvrage. « Nous pensons que le débat fiscal sera central lors des prochaines élections, notamment lorsqu’il faudra débattre des conséquences de la pandémie : faut-il baisser les dépenses et réduire la protection sociale, ou avons-nous besoin de plus de services publics de qualité, dans la santé comme dans l’école, et donc de les financer ? » interroge Raphaël Pradeau. Et comme il n’y a pas de débat démocratique fondé sur des idées fausses, ce livre est bien une œuvre de salubrité publique. 

« Impôts : idées fausses et vraies injustices », Éditions Les Liens qui libèrent, 144 pages, 10 euros

 


Morceaux choisis Idées fausses, vraies injustices, la preuve par quatre

 

Idée fausse 5 : les riches sont écrasés par les impôts !

« D’aucuns prétendent qu’il faudrait éradiquer les paradis fiscaux. Ne faudrait-il pas plutôt réformer les enfers fiscaux tels que la France ? » Virginie Pradel, sur le site de l’Iref, think tank libéral, en 2017.

« En réalité, le système fiscal français est peu progressif et les plus riches ne paient pas tant d’impôts qu’on veut bien le faire croire en proportion de leurs revenus. La première raison réside dans le poids de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), un impôt indirect payé par toutes et tous, qui est de loin l’impôt le plus rentable pour l’État. (…)

L’impôt sur le revenu est quant à lui beaucoup moins progressif aujourd’hui que dans les années d’après-guerre. Et son poids dans les prélèvements fiscaux est désormais moindre en France que dans la moyenne des pays de l’OCDE. Cela s’explique notamment par l’existence de multiples niches fiscales, ces mesures dérogatoires pouvant prendre la forme de crédits d’impôt, de réduction de l’assiette fiscale ou de régimes particuliers, qui profitent surtout aux riches. La moitié de ces niches (parfois aussi appelées “dépenses fiscales”) concernent l’impôt sur le revenu. (…)

Le Laboratoire sur les inégalités mondiales nous apprend ainsi que, en France, tous impôts confondus, le taux global d’imposition augmente progressivement au fur et à mesure que le revenu augmente, mais diminue quand on atteint les 5 % les plus riches. Les 0,1 % les plus riches ont même un taux d’imposition global comparable aux 20 % les plus pauvres, cette tendance s’aggravant depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017. (…)

L’enquête dite “OpenLux” a par exemple mis en évidence que 37 des 50 familles françaises les plus fortunées possèdent une ou plusieurs sociétés offshore au Luxembourg. » (…)

 

Idée fausse 8 : les pauvres ne paient pas d’impôts

« Chacun pourrait contribuer à la hauteur de ses moyens, y compris les plus modestes, même de manière très symbolique, (…) il faut redonner à chacun le sens de l’impôt, qui est un acte citoyen. » Jacqueline Gourault, alors ministre de la Cohésion des territoires, au « JDD » en 2019.

« Les pauvres paient des impôts et souvent proportionnellement plus que les plus riches ! Comme tout le monde, ils et elles paient en effet des impôts sur la consommation, notamment la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). Ils et elles contribuent aux ressources sociales par les cotisations sociales ou encore, pour beaucoup, à la contribution sociale généralisée (CSG) et à la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS). (…)

Le taux d’effort des ménages (la proportion du revenu destinée à payer la TVA) s’élève à 12,5 % pour les 10 % des ménages les plus pauvres et seulement à 4,7 % pour les 10 % des ménages les plus riches. La TVA est donc l’inverse d’un impôt progressif : c’est un impôt régressif. Plus on gagne et moins on paie proportionnellement au revenu. (…)

Les libéraux ont beau crier l’inverse sur tous les toits, les faits sont têtus : les prélèvements et impôts que les “pauvres” paient représentent une part majoritaire. Ils “paient” également la rigueur budgétaire via la hausse de certains prélèvements, mais aussi l’impact des coupes budgétaires, soit la baisse de certaines prestations et la dégradation des services publics. (…) »

 

 

IDÉE FAUSSE 13 : LES PARADIS FISCAUX,C'EST DU PASSÉ

 

« Miracle, en six mois, on a obtenu la fin des paradis fiscaux ! Extraordinaire ! » Nicolas Sarkozy, alors président de la République, dans un discours en 2009.

« Ces territoires existent de très longue date, mais ils ont vu leur rôle s’accroître avec la mondialisation financière. Ils présentent des traits communs en matière de coopération internationale faible, voire inexistante, et de taux d’imposition faibles, voire nuls. Il existe aussi des spécificités : certains offrent la possibilité de créer aisément des sociétés écrans, d’autres sont adeptes des “rescrits” avantageux, d’autres encore facilitent le transit de bénéfices vers d’autres territoires, etc. Ces caractéristiques favorisent non seulement l’évitement de l’impôt, mais également les activités illégales et criminelles en permettant aux revenus tirés de ces activités de transiter par eux pour en ressortir blanchis. (…)


 

C’est la réaction des populations qui a incité les gouvernements à prendre des mesures. Par exemple, au plan international, on a vu la mise en œuvre d’un système d’échange automatique d’informations bancaires et la création de registres publics des sociétés dans l’Union européenne. Il y a cependant un écart entre l’affichage et la réalité. (…)

En avril 2009, Nicolas Sarkozy déclarait, péremptoire : “Les paradis fiscaux, c’est fini !” On en est encore loin : les paradis fiscaux sont toujours présents et actifs. Les montants qui échappent aux finances publiques ont de quoi donner le vertige. Le Centre d’études prospectives et d’informations internationales estimait à 36 milliards d’euros de profits des multinationales non déclarés en France en 2015, soit “1,6 % du PIB, un montant 30 fois supérieur à ce qu’il était au début des années 2000”. (…) »


 

Idée fausse 16 : l’essentiel des niches fiscales contribue efficacement à la transition écologique !

« Pour moi, ce qu’on doit assurer, dans une loi de finances, c’est une stabilité fiscale et réglementaire pour nos entreprises. (…) Je porte la parole de nos industries et des emplois qu’il faut défendre. » Mohamed Laqhila, député Modem, dans une interview à Franceinfo, après avoir tenté de retarder l’effacement de l’huile de palme de la liste des biocarburants concernés par une niche fiscale en 2019.

« En matière de protection de l’environnement, la politique fiscale combine l’utilisation de deux outils : la taxation visant (en théorie) à pénaliser les comportements ayant un impact négatif sur l’environnement et les niches fiscales (crédits d’impôt, exonérations…) censées favoriser des comportements plus respectueux de l’environnement. (…)

Parmi les 475 dépenses fiscales qui parsèment le système fiscal en 2021, le gouvernement en identifie 107 ayant un impact sur l’environnement pour un coût de 11 milliards d’euros. Or, leur utilité écologique pose question : le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO, rattaché à la Cour des comptes) précise que, parmi ces dispositifs qui concernent notamment la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), “la majorité de ces dépenses fiscales sont défavorables à l’environnement et peuvent être considérées comme des soutiens à la consommation d’énergies fossiles”. Il en va de même de celles qui encouragent l’usage des véhicules diesel ou qui soutiennent des secteurs d’activité polluants (transports de sociétés, filière automobile, agriculture…).

Ces mesures pèsent par ailleurs sur les budgets publics. Le CPO précise que les dépenses fiscales défavorables à l’environnement sont deux fois plus coûteuses pour le budget de l’État que celles favorables à l’environnement (7,5 milliards d’euros, contre 3,1 milliards en 2017). »

 

 

publié le 31 mai 2021

La Commune : 150 ans après, des combats brûlants d’actualité

Aurélien Soucheyre sur le site www.humanite.fr

 

La révolution de 1871 n’a duré que 72 jours. Si beaucoup de ses aspirations ont fini par obtenir gain de cause, d’autres restent inaccomplies mais gardent une puissante modernité. Travail, salaires, logement, égalité... L’écho de ses batailles, en phase avec notre époque, retentit encore et nous inspire. En témoigne la foule rassemblée samedi pour la traditionnelle montée au Mur des fédérés, à Paris.


 

Le 28 mai 1871, il y a cent cinquante ans, les troupes versaillaises achèvent d’écraser dans le sang la Commune de Paris. Cette formidable expérience populaire, démocratique et sociale est terminée. Adolphe Thiers et le « parti de l’ordre » s’acharnent même sur les survivants, afin de leur faire passer le goût de la révolution et d’intimider les générations futures.

Mais qu’a donc fait la Commune de Paris pour susciter une telle haine et une telle violence ? Qu’a-t-elle donc proposé, sur une période d’uniquement soixante-douze jours, pour que son souvenir ait une place si prépondérante dans l’histoire du mouvement ouvrier ?

Des basculements sociaux, voire civilisationnels

« Jamais sans doute événement aussi court n’a laissé tant de traces dans les représentations collectives », mesure l’historien Roger Martelli, président de l’association des Amis de la Commune de Paris. « Jamais révolution n’avait plus surpris les révolutionnaires », considérait même le communard Benoît Malon. Car l’insurrection du 18 mars, spontanée et impromptue, fait immédiatement face à une double menace : la présence de l’armée prussienne aux portes de Paris et celle des troupes de Thiers, qui attaquent la capitale dès le mois d’avril. La Commune de Paris, à peine installée, est donc confrontée à une guerre permanente.

Sur les 42 millions de francs qu’elle dépense, 33 millions sont attribués à la délégation à la guerre. Près de 75 % de son budget passent donc dans le soutien aux combats ! Que peut-elle bien réaliser à côté et inscrire au panthéon de notre histoire politique et sociale ? Le maximum possible ! « Malgré sa situation précaire, la Commune lance des basculements sociaux et parfois même civilisationnels », note Roger Martelli. Nombre des décrets qu’elle prend et des réformes qu’elle ébauche sont encore aujourd’hui d’une incroyable modernité et d’une brûlante actualité.

Paris, capitale du progrès

Paris redevient pour quelques semaines la capitale mondiale du progrès et de la citoyenneté. En pleine ébullition démocratique, les communards et les communardes se prononcent pour la séparation de l’Église et de l’État, qui ne reviendra qu’en 1905. Ils se mobilisent pour l’instruction laïque, gratuite et obligatoire, à destination des enfants des deux sexes, dix ans avant les lois Ferry. Ils brûlent les guillotines et se prononcent contre la peine de mort, sans pour autant légiférer. Elle ne sera abolie en France qu’en 1981. Autant de mesures phares qui seront ensuite reprises peu à peu, de la IIIe à la Ve République.

Mais la Commune va aussi s’attaquer à la question du travail et de la répartition de ses fruits. Elle met en place le tout premier ministère du Travail (dont le retour ne s’effectuera qu’en 1906). Elle interdit les amendes et retenues sur salaire opérées par le patronat. Elle fixe la journée de travail à 10 heures, contre 15 auparavant. Elle réglemente le travail de nuit, augmente les salaires pour les agents communaux et fixe un salaire minimum. Rien d’inconnu aujourd’hui ? Attendez : la Commune se prononce aussi pour une échelle des salaires afin de stopper les écarts de rémunération affolants. Ils sont actuellement de 1 à 860 dans plusieurs entreprises…

La Commune impose de plus l’égalité salariale entre les institutrices et les instituteurs. On attend toujours qu’elle s’étende à toutes les femmes et tous les hommes quelle que soit la profession. Elle organise enfin la réquisition des ateliers de production abandonnés par les patrons, et les remet aux travailleurs, qui se constituent en société coopérative. On parle aujourd’hui de Scop, où les salariés possèdent eux-mêmes les moyens de production et gèrent collectivement leur entreprise.

Le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple

La Commune se distingue surtout par son fonctionnement en démocratie directe pour l’ensemble de la société. Un pouvoir réellement du peuple, par le peuple et pour le peuple. « L’assemblée communale voulait répondre aux aspirations immédiates de la population, tout en refondant un nouvel ordre social dans le domaine économique, judiciaire et scolaire », note l’historien Pierre-Henri Zaidman. C’est ce qui la conduit à organiser un moratoire sur les dettes privées et à instituer la fin de la vénalité des offices pour assurer une justice indépendante et gratuite. Ou encore à attribuer des postes de ministres et de commandants à des citoyens étrangers, sur le simple critère de la compétence. Elle réquisitionne enfin les logements vacants pour les sans-abri, ce que nous sommes toujours incapables de faire.

À une heure où le gouvernement et la droite appellent à « éviter tout anachronisme » dès lors qu’il s’agit de lier politique et mémoire (que l’on parle de 1871 ou de Napoléon…), force est de constater toute la modernité de la Commune, dont les mesures prises il y a cent cinquante ans sont encore en phase avec les problèmes de notre époque. « Cela témoigne de la force d’anticipation de la Commune, de son caractère profondément novateur. Au final, elle s’est heurtée à un Adolphe Thiers qui défendait de façon absolue la propriété privée et donc la domination des possédants », note le député PCF Pierre Dharréville.

La République doit être pleinement démocratique

« La question démocratique et sociale a traversé les siècles et reste d’une violente actualité. Ce que nous dit la Commune, c’est que la République doit être sociale pour être pleine et entière. Elle nous dit aussi qu’elle doit être pleinement démocratique : lors de la Commune, l’acteur qui bouleverse le cours des événements, c’est le peuple de Paris », analyse le député FI Alexis Corbière. « Elle ouvre le champ des possibles grâce à l’implication pleine et entière des hommes et des femmes. Elle a été balayée, mais ce qu’elle proposait est peu à peu revenu. Il faut continuer de s’en inspirer », insiste Pierre Dharréville.

Où en sont aujourd’hui les questions du mal-logement, de la citoyenneté des étrangers, du temps de travail, des écarts de rémunération et de la propriété des moyens de production ? C’est cette actualité qu’a souhaité interroger « l’Humanité Dimanche », juste avant la traditionnelle montée au mur au Père-Lachaise, qui a lieu tous les ans en hommage à la Commune. Avec deux citations à l’esprit. L’une d’Eugène Varlin : « Tant qu’un homme pourra mourir de faim à la porte d’un palais où tout regorge, il n’y aura rien de stable dans les institutions humaines. » L’autre de Marx : « Les principes de la Commune sont éternels et ne peuvent être détruits ; ils seront toujours mis à nouveau à l’ordre du jour, aussi longtemps que la classe ouvrière n’aura pas conquis sa libération. »

 

<publié le 30 mai 2021

En France, deux millions de personnes

vivent dans la grande pauvreté

Par Faïza Zerouala sur le site www.mediapart.fr

 

L’Insee dénombre environ deux millions de personnes vivant dans la grande pauvreté en France en 2018. La majorité vivent dans un logement ordinaire, ont de très faibles revenus et se privent de tout. L’institut souligne la répartition territoriale inégalitaire de la pauvreté et les difficultés à en sortir.


 

L’épidémie de Covid-19 a ramené la question de la pauvreté dans le débat public. La crise sociale, et ses conséquences sur ceux qui la subissent, commence à être documentée. Les récits sur l’aggravation de la pauvreté se multiplient dans la presse et dans divers rapports, comme celui livré récemment par le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté.

Les alertes des associations caritatives ont elles aussi attiré la lumière sur la situation de plus en plus critique pour certaines franges de la population comme les étudiants ou les familles monoparentales, déjà éprouvées par les difficultés avant l’apparition du virus.

 

En revanche, les données statistiques précises manquent pour qualifier la pauvreté et établir un portrait net des réalités qu’elle recouvre.

L’Insee s’est attelé à la tâche et s’est penché sur la grande pauvreté dans sa dernière étude annuelle rendue publique ce jour.

 

Les chiffres mis en avant datent de 2018 mais quelques données de 2020 ont été introduites dans l’analyse, comme la hausse du nombre de bénéficiaires du RSA (+ 165 000 personnes en comparant les chiffres de septembre 2019 à ceux de septembre 2020).

 

Pour la première fois, l’institut propose une définition statistique de la grande pauvreté et établit un distinguo entre pauvreté monétaire et pauvreté matérielle, tout en les croisant. Les définitions utilisées à l’échelle européenne, explique l’Insee, se fondent soit sur la faiblesse des revenus, soit sur l’existence de nombreuses privations matérielles ou sociales dans la vie quotidienne. « Il n’existe en revanche pas de définition partagée de la grande pauvreté, et ce en dépit de son importance dans le débat social. »

 

Or les données sont importantes pour objectiver les situations vécues. Déjà en 1987, dans son rapport fondateur « Grande pauvreté et précarité économique et sociale » présenté au Conseil économique et social, Joseph Wresinski, d’ATD Quart monde, parle de grande pauvreté « quand elle affecte plusieurs domaines de l’existence, qu’elle devient persistante, qu’elle compromet les chances […] de reconquérir ses droits par soimême, dans un avenir prévisible ».

C’est pour aboutir à une mesure plus fine que l’Insee a choisi de prendre en compte le cumul des deux facteurs, la pauvreté monétaire et les privations induites par celle-ci. Il distingue aussi le fait d’habiter un logement ordinaire ou de bénéficier d’un autre type d’hébergement. 

 

En France en 2018, 1,9 million de personnes sont en situation de grande pauvreté et 170 000 sont susceptibles de l’être. Parmi ces 1,9 million de personnes, 1,8 million vivent en logement ordinaire, 153 000 sont sans domicile ou résident en habitation mobile et 165 000 vivent en communauté susceptible d’être en situation de grande pauvreté.

En 2018, en France métropolitaine, sur le champ des personnes en logement ordinaire, la moitié de la population a un niveau de vie inférieur à 1 771 euros par mois. Le seuil de pauvreté est de 1 063 euros par mois. 14,8 % de la population de France métropolitaine vit en dessous de ce seuil.

« Sur le champ de la France entière, et en comptabilisant à la fois les personnes en logement ordinaire mais aussi, pour la première fois, celles vivant hors logement ordinaire, on estime à environ 10 millions le nombre de personnes pauvres en 2018. Sur ce champ, le seuil de pauvreté est un peu plus bas que le seuil sur la France métropolitaine (1 031 €) », écrit encore l’Insee.

Ainsi, selon cette définition, 2,4 % de la population vivant en France hors Mayotte en logement ordinaire est en situation de grande pauvreté.

 

À cela s’ajoute le fait que les personnes pauvres accumulent les privations dans leur vie quotidienne. Elles ne peuvent pas, par exemple, maintenir leur logement à bonne température, s’offrir des vêtements, des sorties ou ne consomment pas de repas comprenant des protéines au moins une fois tous les deux jours. « 81 % des personnes en grande pauvreté déclarent ne pas pouvoir s’acheter de vêtements neufs, contre seulement 6 % des nonpauvres. De même, 53 % des personnes en grande pauvreté ne peuvent s’acheter deux paires de bonnes chaussures, contre moins de 4 % des nonpauvres. »

 

La pauvreté s’insinue dans tous les pans de la vie de ceux qui la subissent. L’Insee souligne qu’au-delà des privations matérielles de base, le chauffage ou les repas, ces personnes pauvres ne peuvent s’offrir une semaine de vacances ou de loisirs pour agrémenter leur quotidien. Boire un verre ou aller au restaurant pour retrouver des amis ou de la famille est hors de portée pour sept personnes sur dix. Ce manque de moyens aggrave l’isolement des plus précaires.

 

Outre la faiblesse de revenus et les privations matérielles et sociales, les adultes pauvres sont en moins bonne santé au regard du reste de la population. Ils sont deux fois plus nombreux que les autres à se considérer en mauvaise santé. Un tiers d’entre eux expliquent être limités dans leur quotidien à cause de ces soucis.

 

35 % des adultes en situation de grande pauvreté sont en recherche d’emploi. Mais avoir un travail ne prémunit pas contre la grande pauvreté car un tiers des adultes pauvres ont eu un emploi dans l’année. Les prestations sociales représentent plus de la moitié du revenu des personnes en grande pauvreté.

« 21 % des revenus en grande pauvreté proviennent de minima sociaux  (revenu de solidarité active (RSA),  allocation aux adultes handicapés ou minimum vieillesse). » Ces personnes ont des difficultés à faire face aux imprévus et coups du sort. 90 % des personnes en grande pauvreté n’ont pas d’épargne ou seulement un livret d’épargne exonéré (type livret A). Plus de 40 % des adultes en situation de grande pauvreté ne peuvent demander une aide financière ou matérielle à un proche.

 

Dans son étude, l’Insee met en exergue le cas de Mayotte. L’institut de statistiques explique que faute de données équivalentes disponibles, il est difficile d’y comparer la pauvreté là-bas avec celle de France métropolitaine. La pauvreté y est prégnante. 194 000 personnes y vivent avec un niveau de vie inférieur à 50 % de la médiane nationale, soit 74 % de la population mahoraise.

Par exemple, en 2017, 164 000 Mahorais vivaient dans un logement ne disposant pas d’accès à un point d’eau à l’intérieur, de toilettes, d’une baignoire ou d’une douche. En outre, 4 logements sur 10 sont en tôle, et non en dur.

Ces éléments permettent ainsi à l’Insee de conclure que ces presque 200 000 personnes habitant à Mayotte sont dans une situation de grande pauvreté.

Plus largement, 24 % des personnes en grande pauvreté en logement ordinaire vivent dans les DOM (départements d'outre-mer), dont 10 % à Mayotte et 14 % dans les quatre autres DOM (Martinique, Guadeloupe, Guyane ou La Réunion).

 

De manière générale, les inégalités territoriales sont fortes. En métropole, les poches de pauvreté sont concentrées en Île-de-France dans les centres urbains, dans le pourtour méditerranéen, le Nord et le Pas-de-Calais et les DOM. La Bretagne et les Pays de la Loire sont plus épargnés.

 

L’Insee souligne aussi que les enfants sont surreprésentés dans la grande pauvreté : 35 % des personnes en grande pauvreté vivant en logement ordinaire ont moins de 18 ans, alors qu’elles représentent 20 % de la population.

Les personnes en grande pauvreté ont moins souvent 65 ans ou plus : c’est le cas de 7 % d’entre elles en logement ordinaire, alors qu’elles représentent 20 % de la population totale.

 

Dans la population vivant en logement ordinaire, hors Mayotte, les femmes sont plus nombreuses : 590 000 femmes de 18 ans ou plus sont en grande pauvreté, pour 460 000 hommes du même âge. 35 % des personnes en situation de grande pauvreté sont issues de familles monoparentales. 

 

Enfin, l’Insee souligne qu’il est difficile de sortir de la pauvreté, malgré les efforts des associations et services sociaux. Seules 13 % des personnes en situation de grande pauvreté ne sont plus en situation de pauvreté, ni monétaire, ni matérielle et sociale trois ans plus tard.

 

publié le 28 mai 2021

Impôts: en finir avec les idées fausses et poser les termes d’un débat rigoureux

par ATTAC FRANCE sur le site de Médiapart

 

L’association ATTAC publie un livre qui déconstruit 17 des principales idées fausses sur la fiscalité. Illustré par Fred Sochard, et édité par Les Liens qui libèrent, il livre également des propositions de justice fiscale dans un contexte qui pourrait voir quelques « lignes » bouger. En effet, en déclarant « le ruissellement, ça n’a jamais fonctionné », Joe Biden a récemment balayé l’une des idées fausses les plus marquantes et emblématiques du néolibéralisme : celle selon laquelle baisser l’impôt des plus riches et des grandes entreprises relancerait l’investissement, la croissance et l’emploi. Le Fonds monétaire international (FMI) s’est déclaré partisan d’une contribution, certes temporaire, des plus riches. Enfin, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) prône un renforcement de la fiscalité des donations et des successions.

Le nombre d’idées fausses auxquelles il faut tordre le cou reste cependant toutefois important en matière de fiscalité. En finir avec elles est nécessaire pour améliorer l’information citoyenne et montrer qu’une autre politique fiscale est souhaitable et possible. Son orientation se résume ainsi : la justice fiscale est indissociable du progrès social et écologique, sans être pour autant l’ennemie de l’activité économique.

 

Les idées fausses au service d’une idéologie à déconstruire

N’avez-vous jamais entendu que la France était la championne du monde des prélèvements obligatoires et qu’il fallait les réduire pour être compétitifs ? Qu’augmenter l’impôt des plus riches les incitait à s’exiler ? Que le système fiscal et social encourageait l’assistanat ? La liste est hélas longue…

Ces assertions, martelées de longue date, sont parfois considérées comme des évidences. Elles font florès mais elles biaisent l’information des citoyens et dégradent le débat démocratique. Car en réalité, elles servent une idéologie qui martèle le « moins d’impôt, moins de dépense publique » et promeut l’extension du secteur marchand à des pans relevant aujourd’hui du service public et de la protection sociale. Tout cela, sans faire cas des injustices et des inégalités. Or, celles-ci sont bien réelles, elles suscitent d’ailleurs de nombreux mécontentements et nourrissent la crise démocratique.

Il est donc indispensable de déconstruire ce discours en rétablissant des vérités fiscales dont la liste est aussi longue que celle des idées fausses !

Ainsi, comparer les niveaux de prélèvements obligatoires des pays n’enseigne par grand chose si l’on tient pas compte des services publics et des systèmes de protection sociale qu’ils financent. Car, là où les prélèvements obligatoires sont plus faibles qu’en France, les ménages doivent payer des assurances santé, des fonds de pension ou l’éducation de leurs enfants sur leurs deniers propres.

De même, prétendre que l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) a fait fuir les riches est pour le moins excessif : entre 0,2 et 0,5 % des redevables de l’ISF seulement quittaient la France, et certains y revenaient même après quelques années passées à l’étranger. Contrairement à ce qui était invoqué en 2017, la suppression de l’ISF et la mise en place du prélèvement forfaitaire unique sur les revenus financiers n’ont pas favorisé l’investissement, mais la distribution de dividendes…

Par ailleurs, affirmer que les pauvres ne paient pas d’impôt et reçoivent des transferts sociaux qui favorisent l’assistanat est mensonger : les pauvres paient en effet la TVA (43 % des recettes de l’État) et, pour la plupart, la contribution sociale généralisée (50 milliards d’euros de plus que l’impôt sur le revenu) et la contribution au remboursement de la dette sociale. Par ailleurs, 75 % des prestations sociales bénéficient à tous, riches, classes moyennes et pauvres...

Les grandes entreprises restent favorisées par rapport aux PME puisque leur taux réel d’imposition est inférieur et qu’elles se livrent plus massivement à l’évasion fiscale.

Enfin, la fiscalité écologique n’est pas à la hauteur : elle frappe peu les activités polluantes, et les « niches fiscales écologiques » sont inefficaces et surtout utilisées par les plus aisés.


 

Des propositions pour une vraie justice fiscale

Déconstruire les idées fausses implique de porter des propositions de justice fiscale, sociale et écologique. C’est une demande forte d’une large partie de la population qui a pris conscience des injustices fiscales et sociales et de l’urgence d’engager une bifurcation écologique.

Au plan national, cela passe par : une véritable progressivité du système fiscal, notamment de l’imposition des revenus ; la mise en place d’un impôt sur la fortune rénové et mieux construit que l’ancien impôt de solidarité sur la fortune ; une revue des niches fiscales ou encore une fiscalité écologique qui tiendrait compte des inégalités (de revenus et territoriales). Au plan international, cela passerait notamment par l’instauration d’une taxation unitaire sur les multinationales (qui appréhenderait également les enjeux liés à la numérisation de l’économie), une harmonisation fiscale européenne et une véritable taxe sur les transactions financières. Tout cela devant s’accompagner d’une lutte résolue contre l’évasion fiscale.

La justice fiscale n’est plus une option, c’est désormais une nécessité sociale, écologique, économique et démocratique.


L'ouvrage est disponible dès aujourd'hui en librairie, et à la commande en ligne, sur le site d'Attac. (10€, 144 pages)

 

<publié le 27 mai 2021

 

Avec près de 1,7 milliard d’euros, BlackRock est le premier bénéficiaire des dividendes du CAC40


 

sur le site www.bastamag.net


 

Qui sont les premiers profiteurs des 51 milliards d’euros de dividendes versés cette année par les sociétés du CAC40 malgré la crise ? Le gestionnaire d’actifs BlackRock mais aussi Bernard Arnault, Vincent Bolloré ou l’État.

 

À qui vont bénéficier les 51 milliards que les groupes du CAC40 vont verser malgré une épidémie qui se prolonge et les nombreuses aides publiques dont ils bénéficient ?

 

Sans surprise, le principal bénéficiaire de la cuvée 2021 des dividendes du CAC40 est… BlackRock. Le gestionnaire d’actifs est présent au capital de la quasi-totalité des grandes entreprises françaises, et notamment de celles qui versent le plus de dividendes comme Total et Sanofi. Il touchera à ce titre près de 1,7 milliard d’euros de la part des grands groupes français, selon les informations publiquement disponibles.

 

La somme touchée par BlackRock représente l’équivalent de la rémunération de près de 35 000 personnels hospitaliers (soignants et non soignants) sur une année, ou de quoi payer l’hospitalisation en réanimation d’environ 33 000 personnes infectées par le Covid-19 et souffrant de symptômes graves. Cela correspond aussi à l’équivalent de la construction de 42 lycées ou 1200 kilomètres de lignes TER, ou à la mise en place d’une aide sociale de 1000 € par étudiant.e. Le puissant gestionnaire d’actifs est également connu pour influencer des politiques publiques, comme la récente réforme des retraites.

 

Le second grand bénéficiaire des dividendes du CAC40 est l’État lui-même, à travers ses différents bras armés financiers (Agence des participations de l’État, Bpifrance, Caisse des dépôts et consignations), alors que le gouvernement avait demandé aux entreprises dont il est actionnaire (Orange, ST MicroElectronics, Thales, Veolia, Vivendi) de ne pas verser de dividendes en temps de pandémie.

 

On trouve ensuite le groupe de Bernard Arnault, à un niveau presque équivalent aux deux premiers grâce à ses participations dans Carrefour et surtout LVMH, puis les grandes familles du CAC40 : Bolloré (Vivendi), Bettencourt (L’Oréal), Hermès (groupe éponyme), Pinault (Kering), del Vecchio (EssilorLuxottica), ainsi que deux multinationales (Nestlé, actionnaire de L’Oréal, et L’Oréal, actionnaire de Sanofi). Ils sont suivis par un autre gestionnaire d’actifs, MFS (Massachusetts Financial Services).


 

Pour aller plus loin :

<publié le 26 mai 2021

 

TRIBUNE. Appel pour les libertés et contre les idées d’extrême droite

Sur le site www.regards.fr

 

Organisations syndicales, politiques, associations et autres collectifs appellent à manifester samedi 12 juin pour défendre les libertés et les droits sociaux.

Depuis maintenant plusieurs mois nous constatons un climat politique et social alarmant. S’allier avec l’extrême droite ou reprendre ses idées ne constituent plus un interdit. Les propos et actes racistes et sexistes au travail et dans la vie se propagent. Les attaques contre les libertés et les droits sociaux s’accentuent gravement. Dans ce contexte politique, économique, social et sanitaire les injustices explosent et génèrent une forte misère sociale.

Plusieurs lois liberticides organisent une société autoritaire de surveillance et de contrôle qui empêcheraient d’informer sur des violences policières, déjà trop importantes. De plus, si certaines de ces lois stigmatisent une partie de la population en raison de sa religion, d’autres en ciblent en raison de leur activité militante.

Comme les signataires de l’appel pour les libertés et contre les idées mortifères de d’extrême droite, nous ressentons toutes et tous l’urgence de construire une réponse forte et unitaire qui dessine l’alliance des libertés, du travail et d’un avenir durable.

Face à ce climat de haine, raciste et attentatoire aux libertés individuelles et collectives, nous avons décidé collectivement d’organiser le samedi 12 juin une première grande journée nationale de manifestation et de mobilisations qui se déclinera localement.

Cette journée fait partie des initiatives unitaires qui se multiplient. D’ores et déjà, nos organisations syndicales, politiques, associations, collectifs, signataires de l’appel, ont décidé de co-construire ce combat dans la durée.

Les premiers signataires :

Syndicats : CGT, FSU, Union syndicale Solidaires, Syndicat des Avocats De France, Syndicat de la Magistrature, Unef (Union nationale des Étudiants de France), UNL (Union nationale des Lycéens), Fidl, MNL (Mouvement national Lycéen), FSE (Fédération Syndicale Etudiante, l’Alternative, Confédération Paysanne, USP (Union Syndicale de la Psychiatrie).

Associations et collectifs : Attac, LDH, FCPE, Fondation Copernic, Oxfam, Alternatiba, Amis de la terre, Résilience commune, DAL, CNL (Confédération nationale du Logement), Emancipation collective, Rencontre des justices, Coexister, MRAP, CRAN, SOS Racisme, Comité Justice pour Ibo, QNQF (Quartiers nord, Quartiers forts Marseille), Observatoire contre l’extrême droite, Association ViSA, Femmes égalité, Collectif National pour les Droits des Femmes, Collectif féministe Les Rosies, Les effronté.e.s, JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne), AFPS, Conseil démocratique Kurde France, FTCR, CRLDHT, UTAC, France Amérique Latine

Médias : Regards, L’humanité, Politis, Contretemps

Organisations politiques : Ensemble !, Génération.s, La France Insoumise, GDS, Nouveaux Démocrates, NPA, Place Publique, les jeunes écologistes, MJCF (Mouvement des Jeunes Communistes), UEC, PEPS, Jeunes Génération.s, Rassemblement Communiste, UCL (Union Communiste Libertaire)

 

publié le 24 mai 2021

 

Mobilisés, les salariés de la SAM (Aveyron)


obtiennent une victoire importante

 

sur le site www.cgt.fr

 

Dans l'Aveyron, la SAM, une fonderie qui travaille essentiellement pour Renault, a obtenu des engagements de son principal donneur d'ordre. Une victoire importante qui ouvre la porte à une reprise dans de meilleures conditions.

Renault représente 95 % du chiffre d'affaire de la SAM, qui fabrique des pièces en aluminium pour automobiles. Le constructeur vient de s'engager à respecter plusieurs revendications des salariés de son sous-traitant, mobilisés depuis trois mois. Renault augmentera ses achats de 10 millions d'euros, ce qui permettra de maintenir au moins 250 emplois, ainsi que le bureau d'étude et de maintenance de la SAM. Renault, qui jusqu'à présent n'acceptait d'étudier que les offres de reprise de grands groupes, prendra aussi en considération celles de PME comme le groupe Alty. Les salariés seront associés au choix du repreneur. Le constructeur s'est également engagé à aider financièrement l'entreprise jusqu'à la fin d'année si un repreneur se faisait attendre.

La CGT s'est inspirée du modèle allemand pour porter la demande d'un engagement du donneur d'ordre envers son sous-traitant. En Allemagne, le constructeur Volkswagen traite prioritairement avec les fournisseurs allemands. « On propose que Renault privilégie les usines situées en France, comme la SAM, pour les pérenniser » précise David Gistau, secrétaire de l'UD et élu dans cette entreprise.

Alors que leur entreprise est en redressement judiciaire depuis un an, les ouvriers de la SAM avaient vu arriver un repreneur, le groupe espagnol CIE Automotive, qui proposait de garder seulement 150 des 357 salariés et remettait en question les 35 heures ou le 13e mois. Mobilisés depuis le 4 février, les salariés avaient cessé la production le 14 avril et occupé leur entreprise pendant 23 jours, week-ends compris, 24 heures sur 24. Plusieurs manifestations de soutien ont eu lieu.

Le plan de licenciements de GIE Automotive aurait eu des conséquences bien au-delà des portes de l'usine car « un emploi industriel représente 4 emplois induits », rappelle David Gistau, heureux de cette victoire mais qui « reste plein d'humilité : on a sauvé 250 emplois, mais on est 357. On va faire en sorte d'éviter le plus de départs contraints possible. »

publié le 23 mai 2021

 

Mettons fin au
système de brevets privés !

sur le site du CADTM (Comité pour l’abolition des dettes illégitimes)

 

Pour une industrie pharmaceutique sous contrôle social et un système de vaccination public, universel et gratuit.

 

À l’initiative du CADTM International, deux cents organisations sociales, syndicats, ONG et autres mouvements actifs dans les cinq continents ont signé un appel international.

Grâce à un énorme effort scientifique basé sur une collaboration internationale et des sommes historiques d’argent public, l’humanité a pu développer plusieurs vaccins efficaces contre la Covid-19 en moins d’un an.

Toutefois, cette grande réussite pourrait être totalement éclipsée par la cupidité de l’industrie pharmaceutique qui met les gouvernements et l’OMC sous pression pour éviter la suspension des brevets. Dans une situation aussi critique que celle que nous vivons, le caractère exceptionnel des mesures exigées de la majorité de la population doit également s’appliquer à l’industrie pharmaceutique privée et à sa soif permanente de profit. La suspension des brevets liés au Covid-19 doit être une priorité et une première étape.

Mais nous ne pouvons pas nous arrêter là. Des initiatives telles que COVAX ou C-TAP ont échoué lamentablement, non seulement en raison de leur inadéquation, mais surtout parce qu’elles répondent à l’échec du système actuel de gouvernance mondiale par des initiatives où les pays riches et les multinationales, souvent sous la forme de fondations, cherchent à remodeler l’ordre mondial à leur guise. La philanthropie et les initiatives public-privé en plein essor ne sont pas la solution. Elles le sont encore moins face aux défis planétaires actuels dans un monde dominé par des États et des industries guidées par la seule loi du marché et du profit maximum.

La crise sanitaire est loin d’être résolue. Le système capitaliste et les politiques néolibérales ont joué un rôle fondamental à toutes les étapes. À l’origine de ce virus, il y a la transformation effrénée de la relation entre l’espèce humaine et la nature. La crise écologique et la crise sanitaire sont intimement liées. Et la même logique néolibérale prédatrice a exacerbé les conséquences des deux en appliquant une gestion privée et concurrentielle de la crise. Le résultat est plus d’inégalités, plus de souffrance et plus de morts au nom des intérêts d’une minorité privilégiée.

La pandémie a accéléré et approfondi des tendances dangereuses, des écarts sociaux et des phénomènes multidimensionnels que nous observons depuis des décennies et dont souffrent principalement les classes populaires, en particulier les femmes et les personnes racisées. Les femmes sont majoritaires parmi les personnels de santé qui ont été en première ligne dans la lutte contre la pandémie, mais aussi dans le maintien de la vie face aux réductions des services publics et des droits sociaux dont elles sont les premières victimes.

La santé et l’accès à la santé et à la vaccination sont un droit humain universel. Par conséquent, les vaccins doivent être considérés comme un bien commun mondial. Et pour assurer leur accessibilité universelle, la suspension nécessaire et urgente des brevets doit s’accompagner de mécanismes de nationalisation des industries pharmaceutiques privées et d’un fort investissement dans le développement d’industries pharmaceutiques publiques dans tous les pays. Il faut une action décisive qui permette une planification publique de la production et de la distribution des vaccins, en développant les capacités de production locales lorsque cela est possible et en les complétant par une solidarité internationale contraignante dans les autres cas.

Si les virus n’ont pas de frontières, la lutte contre ces derniers ne doit pas en avoir. Le chauvinisme sanitaire est un autre visage de la dérive réactionnaire d’exclusion qui balaie le monde. Les peuples du Sud doivent avoir accès aux vaccins sur un pied d’égalité avec le reste des habitant·es de la planète. Nous saluons les efforts de Cuba pour développer des vaccins et des traitements pour affronter la pandémie et pour mettre à la disposition de l’humanité les résultats de ceux-ci. Les défis planétaires tels qu’une pandémie nécessitent des réponses mondiales qui soient appropriées.

L’économie privée, la foi aveugle dans le marché et la recherche du profit se sont révélées incompatibles avec la vie. La santé ne peut être une marchandise. La réactivation de l’activité économique ne peut se faire au détriment de la santé ou des droits de la majorité. Il faut choisir : le capital ou la vie. Nous devons agir rapidement et avec force, en pensant à une stratégie globale d’égalité d’accès et de garantie universelle du droit à la santé.
Pour toutes ces raisons, nous demandons :

  • La suspension des brevets privés sur toutes les technologies, connaissances, traitements et vaccins liés à la Covid-19.

  • L’élimination des secrets commerciaux et la publication d’informations sur les coûts de production et les investissements publics utilisés, de manière claire et accessible à l’ensemble de la population.

  • La transparence et le contrôle public à tous les stades du développement du vaccin.

  • L’accès universel, libre et gratuit à la vaccination et au traitement.

  • L’expropriation et la socialisation sous contrôle social de l’industrie pharmaceutique privée comme base d’un système public et universel de santé qui favorise la production de traitements et de médicaments génériques.

  • L’augmentation des investissements et des budgets publics alloués aux politiques publiques de santé et de soins de proximité, incluant une augmentation de l’embauche, des salaires et une amélioration des conditions de travail du personnel de ces secteurs.

  • L’introduction de taxes sur la richesse (patrimoine et revenus du 1 % les plus riches) pour financer la lutte contre la pandémie et assurer une sortie socialement juste et écologiquement pérenne des différentes crises du capitalisme mondial.

  • La suspension du paiement des dettes pendant la durée de la pandémie et l’annulation des dettes illégitimes et de celles contractées pour financer la lutte contre le virus.

Liste des signataires de ce manifeste

Ce manifeste est signé par des dizaines d’associations et syndicats partout dans le monde. Parmi les signataires en France : ATTAC, Cedetim, Cerises la coopérative, CGT Sanofi, Fondation Copernic, Association INDECOSA-CGT, Syndicat de la médecine générale, Union syndicale Solidaires. Voir la liste complète sur http://www.cadtm.org/Mettons-fin-au-systeme-de-brevets-prives

 

<publié le 22 mai 2021

 

Drogues. Les impasses du tout-répressif

Paul Ricaud sur le site www.humanite.fr

 

En recourant à une rhétorique droitière à la visée électoraliste, l’exécutif semble oublier que sa « guerre contre la drogue » n’est ni nouvelle ni efficace. Au contraire, elle semble causer plus d’effets délétères que la consommation elle-même.

Éric Masson avait 36 ans. Policier depuis quatorze ans, c’est lors d’une opération « antistups » que ce brigadier, père de deux enfants, a été tué à Avignon, le 5 mai. À un an de l’élection présidentielle, le drame représente une aubaine pour la ligne sécuritaire du gouvernement, renforcée depuis des mois et promouvant le durcissement de « la guerre contre la drogue ». Le terme n’est plus tabou pour le ministre de l’Intérieur. Gérald Darmanin assume un discours martial contre « cette merde qu’est la drogue », reprenant un slogan et une politique éculés depuis des décennies.

Sur le terrain, associations, professionnels et observateurs s’accordent à dire que cette rhétorique guerrière n’a eu d’effet ni sur la prévalence de la consommation de drogue, ni sur l’ampleur des trafics. « Clairement, ce policier mort est une victime de la guerre contre la drogue », tranche Yann Bisiou, juriste et expert en matière de lutte contre les drogues auprès d’instances nationales et internationales. « On met les policiers dans des situations impossibles, ajoute-t-il. Depuis cinquante ans, une loi est votée tous les six mois au Parlement pour renforcer la répression mais elle ne donne aucun résultat. La consommation a explosé, la prévalence est massive et on n’a pas réussi à faire de prévention sérieuse. »

Multiplication des sanctions pénales

Dès l’instauration des premières politiques publiques en la matière, la France conçoit la consommation de drogue comme un problème sécuritaire et sanitaire. La loi du 31 décembre 1970 fixe le cadre. Elle considère le consommateur à la fois comme un délinquant, condamnable à un an d’emprisonnement, et un malade que le système de soin peut suivre et prendre en charge. « Elle fait suite à Mai 68 et à la guerre contre la drogue déclarée par Nixon aux États-Unis », décrypte le sociologue Michel Kokoreff, pour qui cette pénalisation des usagers s’inscrit dans un contexte de « panique morale » et une « stratégie de disqualification de la jeunesse, en partie contestataire », sous la présidence Pompidou

Depuis sa proclamation, le texte a plus servi à punir les simples consommateurs (80 % des infractions) qu’à proposer un accompagnement médico-social. Dans sa dernière étude, l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) note que les sanctions pénales se sont multipliées, quand les mesures à caractère sanitaire ne représentent plus que 7 % des alternatives prescrites.

4 000 points de deal recensés par les autorités

Si la France est le pays avec la politique la plus répressive d’Europe en la matière, le nombre de consommateurs y est aussi parmi les plus élevés : 45 % des 18-64 ans ont déjà essayé le cannabis, selon Santé publique France, et 11 % en ont consommé dans l’année – presque trois fois plus qu’en 1992 –, selon l’OFDT. Devant ce constat d’échec, certains choisissent de prendre le contre-pied de cette politique aussi nocive qu’inefficace.

« C’est l’interdit qui crée la fraude, rappelle Yann Bisiou. Le système prohibitionniste crée un marché capitaliste ultradérégulé. Ceux qui y travaillent ne sont pas protégés et c’est celui qui réussira à passer entre les mailles du filet qui gagnera le plus d’argent. Plus il y a d’interdits, plus le marché s’adapte et se développe. » Le chercheur a fait le calcul : avec 4 000 points de deal recensés par les autorités, dont un ferme chaque jour comme l’affirme Emmanuel Macron, onze ans seraient nécessaires pour tous les éradiquer du territoire, en supposant qu’aucun ne rouvre ou ne se déplace. Ce vœu pieux s’accompagne de la promesse d’intensifier les opérations de police et les contrôles, autant d’actions qui ne démontrent pas d’efficacité sur la réduction des trafics mais dont les effets néfastes sont connus.

Ni pédagogique, ni dissuasif

Depuis décembre, l’usage de stupéfiants peut être puni par une amende de 200 euros, dressée directement par les agents. Son instauration a permis à Yann Bisiou d’effectuer un autre calcul sur l’efficacité des sanctions. « Au rythme actuel, on peut estimer qu’on atteint 200 000 amendes par an. Cela reste très marginal ! Si on considère qu’il y a 900 000 usagers quotidiens, on verbalise un joint sur 1 650. Cela n’a aucun effet, ni pédagogique, ni dissuasif », affirme le professeur de droit.

" La poursuite des usages de drogue est aussi un outil de répression et de contrôle, en particulier de la jeunesse populaire et racisée ". Michel Kokoreff Sociologue

 

D’autant plus que ces sanctions, tout comme les contrôles, ne touchent pas tous les citoyens de la même manière. « La poursuite des usages de drogue est aussi un outil de répression et de contrôle, en particulier de la jeunesse populaire et racisée. Les usages des classes moyenne et supérieure sont beaucoup moins réprimés », affirme Michel Kokoreff, auteur de la Catastrophe invisible. Histoire sociale de l’héroïne. S’il ne minore pas l’insécurité que créent les trafics dans les milieux populaires qu’ils touchent, le sociologue considère que la réponse répressive à ce problème ne le règle pas.

Pour l’exécutif en campagne, pourtant, pas question de changer d’approche. « On se roule un joint dans son salon et à la fin on alimente la plus importante des sources d’insécurité », accusait ainsi Emmanuel Macron dans un entretien au Figaro en avril. « Derrière la guerre contre la drogue, il y a une guerre aux drogués assumée, réagit Nathalie Latour, déléguée générale de la Fédération addiction. On fait porter ce poids sur les épaules d’individus, alors que la drogue est un problème bien plus global. Il nécessite des réponses bien plus ambitieuses et fermes, en matière de sécurité mais aussi de santé, d’éducation, de justice, etc. »

« Plutôt que d’être punie, notre jeunesse mérite d’être protégée »

Pour le réseau de professionnels de la prise en charge des addictions qu’elle représente, une réponse adaptée commencerait par des mesures de soutien aux usagers plutôt qu’une condamnation morale. « Il est clair que la sanction pénale ne permet pas de s’engager dans des démarches d’accompagnement et retarde l’accès aux soins. Plutôt que d’être punie, notre jeunesse mérite d’être protégée par les adultes que nous sommes », estime-t-elle. Pour la Fédération addiction, comme pour d’autres organisations, la régulation du marché du cannabis apparaît comme une sortie de l’impasse sécuritaire et une approche intéressante pour régler le problème, tant du point de vue de la sécurité que de la santé publique.

La question de la légalisation de la drogue illicite la plus répandue de France n’est plus l’apanage des militants pro- et anti-cannabis. « La proposition part du constat que cela fait cinquante ans que la drogue n’a jamais été aussi répandue, qu’elle génère de l’insécurité et qu’elle tue des petites mains du trafic, des habitants et des policiers », explique le député Éric Coquerel (FI). Élu dans une circonscription marquée par les ravages du trafic, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), il a rédigé une proposition de loi après la mort de deux jeunes dans une fusillade en septembre 2020. En proposant, dès le 25 mai, de légaliser et de réguler la vente de cannabis, elle cherchera à poser de nouveaux termes dans le débat.

Au début du mois déjà, le rapport d’une mission parlementaire, porté par des députés de l’opposition mais aussi de la majorité, entrouvrait la porte à une possible légalisation. Elle a aussitôt été refermée par l’exécutif, Gérald Darmanin qualifiant l’idée d’un « drôle de raisonnement ». Pour Éric Coquerel, soulever la question permettrait de faire un premier pas vers la dépénalisation de l’usage des autres produits, à laquelle il est personnellement favorable. « Les esprits ne sont pas mûrs, mais on voudrait qu’un travail sérieux soit fait là-dessus », ajoute-t-il. L’horizon semble bien éloigné, tant Emmanuel Macron se borne à la même vision prohibitionniste et conservatrice que ses prédécesseurs. Le président avait annoncé « un grand débat national sur la consommation de drogue », il y a un mois. Il semble avoir trouvé les réponses à ses questions.

 

publié le 21 mai 2021

Police. Sarah Massoud : « Un cap a été franchi dans les attaques contre les institutions »

Emilio Meslet sur le site www.humanite.fr

 

Mobilisés mercredi, des milliers de policiers ont accusé la justice d’être « laxiste », notamment pour les crimes qui les visent directement. Un procès en laisser-faire que conteste Sarah Massoud, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature. Entretien.

Mercredi, devant l’Assemblée nationale, les fonctionnaires de police – épaulés par des responsables politiques de droite – s’en sont donné à cœur joie pour attaquer la justice, qu’ils jugent responsable de leurs maux. La gauche, venue en soutien des policiers, est quant à elle tombée dans le piège de la surenchère sécuritaire, à l’image du premier secrétaire du PS, Olivier Faure, qui a proposé un « droit de regard » des policiers sur les décisions de justice, avant de rétropédaler le lendemain. Face à ce coup de pression organisé par les syndicats de police, la secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature, Sarah Massoud, répond.

Comment avez-vous perçu la manifestation des policiers devant le Palais Bourbon ?

Sarah Massoud Nous avons été sidérés : faire pression sur la représentation nationale, sur fond d’instrumentalisation politique d’affaires dramatiques que sont les assassinats de deux fonctionnaires de police, représente un danger pour la démocratie. Nous avons été atterrés que le ministre de l’Intérieur participe à un rassemblement orchestré par des syndicats de police majoritairement d’extrême droite, de même que des élus de tous bords s’y associent par opportunisme électoral, au mépris notamment de la séparation des pouvoirs qui est un pilier essentiel d’un État de droit.

Que répondez-vous aux attaques contre la justice, jugée « laxiste » par les syndicats ?

Sarah Massoud Quand on analyse les chiffres de la délinquance et de la criminalité, on constate qu’ils stagnent sur les vingt dernières années. En parallèle, les chiffres de la surpopulation carcérale et du nombre de peines d’emprisonnement ferme augmentent. Ces attaques sont donc infondées. Mais une étape a été franchie avec des slogans affirmant que « le problème de la police, c’est la justice » . Dans notre démocratie, il y a une séparation entre les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. La police n’appartient ni au pouvoir législatif ni au pouvoir judiciaire, et n’a pas à s’y substituer. Elle n’est pas un pouvoir autonome, mais un corps au service des citoyens. Ces slogans remettent en cause cet équilibre pour faire de la police une entité toute-puissante. Lorsqu’on en arrive là, on appelle cela un État policier.

Mercredi, le gouvernement a dégainé un amendement visant à instaurer une peine de sûreté de trente ans pour les crimes commis sur des policiers et des gendarmes. Quelle est votre position ?

Sarah Massoud Ce n’est pas parce que vous renforcez la répression que ça va dissuader les personnes de commettre des infractions. Quelqu’un qui compte s’en prendre à des policiers ne va pas réfléchir avant de passer à l’acte pour savoir s’il encourt vingt-deux ou trente ans de sûreté. Depuis vingt ans, les gouvernements successifs ont mis en place des lois de plus en plus répressives et ça n’a pas eu de conséquences sur le niveau de la délinquance.

Comment améliorer les relations entre la police et la justice ?

Sarah Massoud Nous ne més­estimons pas le malaise des policiers : ils travaillent dans des conditions dégradées, doivent appliquer des instructions de politiques pénales incohérentes, faire face à une hiérarchie déconnectée du terrain et mener des affaires psychologiquement dures. Si on veut réconcilier une certaine police avec l’institution judiciaire, il faut s’attaquer à ces questions via une formation différente, qui ne soit pas centrée sur le répressif, mais visant à retrouver des gardiens de la paix. Les politiques jouent les pyromanes. Ce qui se passe n’est pas nouveau : les prédécesseurs de Gérald Darmanin se posaient déjà en premiers flics de France, en imposant un rapport de forces à la justice. Tant qu’on sera dans l’affichage, on n’y arrivera pas.

Êtes-vous d’accord avec Jean Castex lorsqu’il dit qu’il faut « réparer le service public de la justice » ?

Sarah Massoud S’il y a besoin de réparation, c’est parce que les différents gouvernements nous ont cassés. Tant qu’on n’aura pas plusieurs centaines de nouveaux juges, procureurs et greffiers, la justice ne pourra ni fonctionner sereinement ni être plus rapide. Il faut en finir avec cette vision court-­termiste et précarisante. Former des magistrats prend du temps : c’est maintenant qu’il faut mettre le paquet.

 

publié le 20 mai 2021

Conflit à Gaza:
les gauches françaises entre indignation et tétanie

par Fabien Escalona et Pauline Graulle du site Mediapart

 

Alors que volent les allégations d’antisémitisme et que le sentiment d’impuissance face à cet interminable conflit s’accroît, la cause palestinienne ne semble plus portée par la gauche avec autant de vigueur qu’il y a dix ans. Certains réclament davantage de « courage ».


 

La gauche française a-t-elle encore quelque chose à dire sur l’interminable conflit israélo-palestinien ? Depuis une semaine, les bombes pleuvent sur Gaza. Mais, à gauche, peu de voix fortes se sont publiquement élevées pour porter une lecture politique du conflit.

Vu des réseaux sociaux, le week-end dernier offrait un contraste saisissant : alors que les bâtiment de l’agence américaine Associated Press et de la chaîne télévision qatarie Al Jazeera étaient pulvérisés par l’armée israélienne, défilaient des images des principaux responsables de gauche et de l’écologie faisant campagne, tout sourire, pour les élections régionales.

Des morts par dizaines, une guerre qui pourrait embraser la région, un gouvernement français passif qui ne condamne pas la politique de colonisation du gouvernement israélien et une gauche atone ?

Depuis le (re)surgissement des violences, tous les partis, des Verts au PS en passant par le PCF, ont publié des communiqués condamnant la « colonisation » des territoires palestiniens par Israël, appelant au respect du droit international et invoquant la solution des deux États comme voie de sortie de ce conflit vieux de sept décennies.

Plus prolixe que les autres, le groupe parlementaire de La France insoumise (LFI) a produit trois textes sur le sujet. « On veut tenir la tranchée et Jean-Luc Mélenchon ne se cache pas sur ce sujet, ce qui n’est pas le cas de tout le monde », martèle le député insoumis Éric Coquerel, qui explique que si son candidat n’a pas abordé la question lors de son meeting en Aveyron ce dimanche, c’était pour ne pas masquer par des questions d’actualité la problématique sociale au cœur de son discours.

Reste qu’à gauche aucune (ré)action collective n’a encore eu lieu. Certes, à l’inverse de la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, qui a qualifié de « sage » la décision de Gérald Darmanin d’interdire la manifestation propalestinienne de samedi à Paris, les chefs de parti – Olivier Faure pour le PS, Jean-Luc Mélenchon pour LFI, Julien Bayou pour les Verts et Fabien Roussel pour le PCF – se sont élevés contre cette mesure jugée anticonstitutionnelle. Et Fabien Roussel a été manifester à Lille.

Mais, contrairement au NPA, à Lutte ouvrière et au l’union syndicale Solidaires, aucun n’a bravé l’interdit pour se rendre dans le quartier parisien de Barbès et tous ont refusé de signer l’appel à la manifestation « interdite » aux côtés du NPA et d’Attac.

Une prudence qui n’a pas échappé à bon nombre de militants propalestiniens. « C’est vrai que, dans les rangs des collectifs de soutien à la Palestine, cette “timidité” a été remarquée, témoigne Julien Salingue, du NPA. On sent qu’il reste encore des réflexes au niveau des organisations nationales pour condamner les bombardements. Mais revendiquer un pacifisme abstrait en demandant “l'arrêt des violences” et dénoncer la colonisation, ce n’est pas s’engager clairement dans le soutien aux Palestiniens face à Israël. »

« À gauche, on n’est pas nombreux à parler haut et fort sur ce sujet, qui est pourtant capital », pointe de même la députée de LFI Clémentine Autain, qui s’étonne que les Verts, par exemple, « qui ont pourtant une tradition forte sur le sujet », ne soient pas davantage à l’offensive.

« On voit que la tendance actuelle, aussi bien à droite qu’à La République en marche, voire chez certains à gauche, c’est de dire qu’il faut défendre la démocratie israélienne contre les islamistes du Hamas, ou a minima, de renvoyer dos à dos Israéliens et Palestiniens, ce qui est insupportable », ajoute la candidate LFI en Île-de-France.

La députée communiste Elsa Faucillon a été la seule, avec Clémentine Autain, à intervenir sur le sujet à l’Assemblée mardi dernier lors de la séance de questions au gouvernement. Elle renchérit : « Ce n’est pas en marchant sur des œufs qu’on va s’en sortir, il faut au contraire assumer de mener la bataille au lieu de bégayer. La gauche a normalement en son cœur les valeurs pour l’amitié entre les peuples, la lutte pour les opprimés et l’anticolonialisme. Or, certains se réfugient en évitant le sujet ou en en parlant de manière dépolitisée. »

Panne stratégique

Il faut dire que les temps ne sont pas simples. Fini, la décennie 2000-2010, lorsque le conflit faisait partie du vade-mecum de base des militants de la gauche « de gauche ». Marginalisée par l’espoir suscité par le Printemps arabe, la question palestinienne a peu à peu disparu des radars médiatiques et politiques, même si les campagnes de boycott et les réunions de comités locaux se sont poursuivies loin des caméras.

« L’affaiblissement du mouvement de solidarité est aussi le reflet de la crise du mouvement national palestinien et des difficultés de mobilisation dans les territoires occupés, avec une population palestinienne qui a essayé de vivre comme elle pouvait l’occupation », souligne Julien Salingue.

Face à ce conflit aussi inextricable qu’ancien, un sentiment d’impuissance a, en outre, gagné les représentants nationaux de la politique partisane. « En réalité, la gauche n’a pas réfléchi à ce sujet depuis des années et elle n’a rien à proposer, regrette la sénatrice (EELV) et historienne du judaïsme Esther Benbassa. Signer des lettres et des tribunes, c’est bien, mais, dans le fond, à quoi cela sert-il ? »

« Que peut-on faire ? », interroge, lui aussi, le candidat écologiste à la candidature présidentielle, Yannick Jadot. « En tant que député européen, je me suis battu pour bloquer les préférences dont bénéficient les produits issus des colonies, j’ai soutenu la Cour pénale internationale… Mais ni la France ni l’Europe ne sont à la hauteur face à la dégradation des relations ces dernières années, entre un Mahmoud Abbas d’une faiblesse crasse et un Netanyahou qui construit une majorité avec l’extrême droite », ajoute, un peu désespéré, l’eurodéputé.

« Nous sommes nombreux à être dans une panne stratégique vis-à-vis de la question palestinienne, abonde le militant altermondialiste Christophe Aguiton. Depuis les accords d’Oslo [signés en 1993 par le premier ministre israélien, Yitzhak Rabin, et le leader palestinien Yasser Arafat – ndlr], la ligne c’était en quelque sorte “la paix des braves”, basée sur la solution des deux États. Mais, aujourd’hui, plus personne n’y croit vraiment. Les politiques successives des gouvernements israéliens ont rendu extrêmement compliqué l’avènement d’un État palestinien, tant son territoire supposé est aujourd’hui morcelé, désarticulé. »

L’option d’un État laïc plurinational, avec des droits égaux pour tous, commence certes à gagner du terrain dans certains milieux militants. Comparant cette stratégie à une réclamation de droits civiques telle qu’elle a pu être portée par Nelson Mandela et son mouvement en Afrique du Sud, Christophe Aguiton la juge encore trop peu crédible : « Les haines sont tellement recuites qu’il est difficile d’envisager une Israélo-Palestine sereine. »

Par ailleurs, fait-il remarquer, une telle stratégie exigerait dans un premier temps que l’Autorité palestinienne se saborde, en refusant de jouer le jeu des Israéliens. Or de nombreuses personnes vivent aujourd’hui du statu quo financé par l’aide internationale.

À la complexité politique du terrain s’ajoutent des cultures différentes à gauche, qui ne facilitent pas des actions communes ni des expressions identiques. Si le PCF est de longue date très engagé auprès des Palestiniens, le PS est historiquement marqué par une tradition pro-israélienne, tardivement tempérée. « L’ancêtre du PS est la SFIO de Guy Mollet, qui, en tant que chef de gouvernement en 1956, est tout de même celui qui a entraîné la France dans l’expédition de Suez contre le régime de Nasser en Égypte », rappelle Jean-Paul Chagnollaud, président de l’Institut de recherches et d’études Méditerranée/Moyen-Orient (Iremmo).

« Plus tard, poursuit-il, c’est seulement après être devenu président de la République que Mitterrand a pris des initiatives allant dans le sens de la cause palestinienne, en évoquant la création d’un État palestinien à la Knesset ou en contribuant à légitimer Yasser Arafat comme interlocuteur. Et, au tournant des années 1990, le processus de paix et l’évolution des travaillistes israéliens eux-mêmes ont encouragé les socialistes français à tenir une position équilibrée. En résumé, il y a eu un passage de l’ignorance des Palestiniens à l’adoption de la solution des deux États. Mais des sensibilités différentes n’ont cessé de coexister à l’intérieur du parti, d’où des positions officielles assez molles. »

De quoi expliquer la pondération d’Olivier Faure, qui, interrogé par Mediapart, ne veut pas « entrer dans l’argumentaire des parties en présence, ce qui reviendrait à se condamner à ce que la solution ne puisse venir que de la victoire d’un camp sur l’autre ». Le premier secrétaire du PS dénonce aussi bien « la politique de colonisation dans les territoires occupés que l’instrumentalisation du peuple palestinien par le Hamas et les tirs de roquettes sur Israël ».

Chasse aux sorcières

Outre l’affaiblissement structurel de la gauche, la lassitude et les divisions historiques, c’est enfin le contexte politique actuel, fait d’extrême-droitisation des débats et de confusionnisme ambiant, qui entrave la mobilisation.

La hantise d’être accusé d’antisémitisme n’est pas nouvelle. Le risque d’amalgame avec l’antisionisme a déjà été soulevé à l’occasion du vote d’une résolution controversée par l’Assemblée nationale le 3 décembre 2019, ceci deux ans après une déclaration d’Emmanuel Macron en ce sens, en présence du premier ministre israélien, Netanyahou.

Déjà en 2014, lors des précédentes mobilisations pour Gaza, Manuel Valls avait justifié des restrictions au droit de manifester au moyen de cette rhétorique. Mais, plus récemment, les débats sur le séparatisme, sur la Marche contre l’islamophobie ou la traque gouvernementale d’un prétendu « islamogauchisme » ont été traumatiques. 

Au point que certains de ceux qui avaient embarqué, dans les années 2010, sur les flottilles pour Gaza afin de dénoncer le blocus israélien aimeraient dorénavant ne pas trop rafraîchir les mémoires. Trop peur de se prendre une flambée d’accusations et de menaces. « La pression est terrible : dès qu’on s’engage pour les Palestiniens, on est soit taxé d’antisémitisme, soit, si on est juif, d’être des traîtres. Après, pour qu’on avance, il faut aussi que les associations de défense des Palestiniens soient totalement clean », soupire Esther Benbassa, qui avait subi les foudres d’une partie de la classe politique pour avoir participé à la Marche contre l’islamophobie en octobre 2019.

« Ces accusations d’islamogauchisme, c’est une tache indélébile. Il est très difficile de s’en relever », dit avec une émotion contenue la sénatrice, qui vient de publier une tribune sur le sujet dans Libération. « L’ambiance est dingue, la disqualification des concurrents politiques est devenue la règle. Or la question israélo-palestinienne est sans cesse instrumentalisée dans des enjeux de politique nationale », s’exaspère Yannick Jadot, qui trouve « insupportable que le débat politique se résume à 280 caractères sur Twitter, surtout sur des sujets aussi complexes, avec tout le harcèlement qui s’ensuit ».

D’où cette fébrilité, voire cette « autocensure », estime Jean-Paul Le Coq, député communiste du Havre, qui a hurlé un « Rendez-nous Chirac ! » remarqué dans l’hémicycle la semaine dernière lors des QAG. « Il y avait un temps où dire que le droit des Palestiniens, c’est notre droit à tous, était commun à gauche, et même dans une partie de la droite, rappelle-t-il. Mais, en pleine séquence électorale et dans cette époque où les contestations, quelles qu’elles soient, sont criminalisées, il faut plus de courage pour dire les choses comme elles sont. »

Un point de vue partagé par Eva Sas, porte-parole d’EELV, qui réclame le retour aux frontières de 1967 avec Jérusalem comme capitale. « Il peut y avoir des dérives antisémites dans certains mouvements propalestiniens, reconnaît-elle. Mais il ne faut pas que cela nous empêche de nous exprimer sur une question de politique internationale. Au contraire, c’est en s’exprimant qu’on évitera les affrontements entre communautés. Mettre la poussière sous le tapis ou dire aux gens de se taire, cela ne fait que jeter de l’huile sur le feu. »

« Oui, les temps sont durs, et oui, il y a une offensive de gens qui reprennent les discours d’extrême droite, mais on ne va pas se laisser impressionner », avance, de son côté, Éric Coquerel. Clémentine Autain ne dit pas autre chose : « On ne fait que perdre des plumes en perdant notre âme ! »

Samedi prochain, un appel à manifester pourrait néanmoins être lancé par le Collectif national pour une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens. Existant depuis novembre 2000, ce rassemblement de 52 organisations est respecté des responsables politiques, du moins ceux des partis de gauche qui en font partie, dont EELV, le PCF et le Parti de gauche (membre de LFI). À voir si, cette fois, ils seront présents au rendez-vous.

publié le 19 mai 2021

Proche-orient. La grève générale ou l’unité retrouvée des Palestiniens

par Pierre Barbancey sur le site www.humanite.fr

 

En Cisjordanie, à Gaza, à Jérusalem-Est et dans les villes mixtes d’Israël, les boutiques étaient fermées et le travail a cessé pour exiger l’arrêt des bombardements et protester contre l’occupation et la colonisation. Une unification politique et mémorielle.

L’idée avait d’abord été lancée par le Haut Comité arabe de suivi, une instance visant à regrouper l’ensemble de la représentation sociale et politique des Arabes israéliens, c’est-à-dire les Palestiniens de 1948. Actuellement dirigé par Mohammad Barakeh, ancien député communiste, ce comité entendait ainsi exiger l’arrêt des bombardements israéliens sur la bande de Gaza mais également protester contre les expulsions de familles palestiniennes à Jérusalem-Est, la répression policière sur l’esplanade des Mosquées et les violences des colons et de l’extrême droite dans les villes dites mixtes.

Dans les territoires occupés, les Palestiniens ont longtemps utilisé les grèves générales comme un outil pour exprimer leur rejet des pratiques israéliennes. Une grève générale a eu lieu lors de la première Intifada de 1987-1993, lorsque les Palestiniens ont répondu aux attaques israéliennes en paralysant l’économie et en refusant de traiter avec l’establishment israélien en charge des affaires en Cisjordanie et à Gaza, avant la création de l’Autorité palestinienne.

Une mobilisation historique

Un appel du Haut Comité largement entendu, répercuté sur les réseaux sociaux, est devenu viral dans les territoires occupés. Ce qui a amené les organisations politiques palestiniennes, du Fatah au Hamas en passant par la gauche, à prôner également la grève de tous les citoyens. L’Autorité palestinienne elle-même, pouvant difficilement être en reste, avertissait les fonctionnaires qu’ils pouvaient cesser le travail.

« C’est un véritable succès », se félicite Mohammad, un commerçant de Kfar Qassem, en Israël. Une ville symbole : en octobre 1956, quarante-huit civils, arabes, dont 15 femmes et 11 enfants, avaient été tués par la police des frontières israéliennes, le sinistre Magav. Cette même unité qui a été envoyée en « renfort » ces derniers jours dans ces mêmes villes mixtes, au prétexte de rétablir l’ordre. « C’est la première fois depuis longtemps que nous arrivons à mobiliser ainsi, souligne Sayyid Issa, membre d’un comité d’action en charge de l’organisation de la grève. Il y a bien eu des tentatives dans le passé mais c’était difficile. Là, l’adhésion à la grève est presque totale. »

À Jérusalem-Est, les commerçants ont tiré leurs volets pour protester contre l’occupation et qui n’est pas sans rappeler certaines scènes de la Bataille d’Alger, de Gillo Pontecorvo, relatant la lutte contre la colonisation française dans la Casbah. Les ruelles de la vieille ville sont étrangement vides et les abords de la porte de Damas incroyablement silencieux. À Hébron, où les colons sont particulièrement agressifs et violents, en plein cœur de la ville, les Palestiniens ont aussi fermé boutique pour brandir haut dans le ciel leur drapeau national. Et à Ramallah, ils étaient des milliers, des jeunes surtout, qui avaient remis – ce qu’on voyait moins ces dernières années – le keffieh noir et blanc que portait en permanence Yasser Arafat, au point d’en devenir un étendard.

Ce qui s’est passé mardi n’est pas anecdotique. Il faut y ajouter Gaza, où les pages Facebook, Instagram, Twitter et autres ont aussi résonné de cette action commune. Au-delà des bombardements, des grenades assourdissantes, des confessions, de la gouvernance (Hamas à Gaza, Autorité palestinienne en Cisjordanie, force d’occupation à Jérusalem-Est ou gouvernement colonisateur en Israël), les Palestiniens se sont rejoints.

Comme « une “Nakba continue” »

Tel « un retour à l’histoire, à une histoire commune de la Nakba », ainsi que l’écrit Stéphanie Latte Abdallah (1). Comme « une “Nakba continue” qui est ainsi à l’œuvre des deux côtés de la “ligne verte” (tracé de l’armistice de 1949 – NDLR) et unifie un territoire politique et mémoriel fragmenté par l’histoire, la colonisation israélienne et les divisions intrapalestiniennes ». (1) Dans un même élan, les Palestiniens entendent mettre fin à cette phase de l’histoire qui les a dépossédés.

« Il est important de s’élever en tant qu’un seul et d’essayer de transcender la fragmentation forcée imposée aux Palestiniens par Israël », explique Salem Barahmeh, directeur exécutif de l’Institut de Palestine pour la diplomatie publique. Pour lui, les Palestiniens dans les rues et les médias sociaux secouent « le discours dominant et incontesté d’Israël », l’exposant comme le « régime d’apartheid qu’il est ». Ce qui fait écho au rapport de l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch publié fin avril et que son directeur exécutif, Kenneth Roth, commentait ainsi : « Depuis des années, des voix éminentes ont averti du risque d’apartheid si la domination d’Israël sur les Palestiniens se poursuivait. Cette étude détaillée révèle que les autorités israéliennes ont déjà franchi ce seuil et commettent aujourd’hui les crimes contre l’humanité d’apartheid et de persécution. »

Ce qui se passe secoue également la société israélienne, c’est-à-dire les juifs d’Israël. « Et maintenant, comme les mouvements féministes et la protestation noire aux États-Unis, le temps est venu pour les femmes et les hommes arabes en Israël de nous forcer à les entendre et à les voir briser le plafond de verre écrasant leurs aspirations – un plafond qui pour nous est vraiment transparent », écrit la journaliste Noa Landau, dans un éditorial du Haaretz. Elle poursuit : « Quiconque essaie d’écouter vraiment entendra, parce que la vérité éclate de toutes les fissures et les brèches dans les rues et nos cœurs. »

Washington n’entend rien

Tout le monde n’entend visiblement pas. Alors qu’au Conseil de sécurité de l’ONU les États-Unis bloquent toute résolution visant à faire cesser les bombardements (plus de 220 morts à Gaza et 12 en Israël), Joe Biden évoque un « cessez-le-feu » tout en laissant Netanyahou permettre à son armée de se déchaîner. Et ce malgré un arrêt de tout tir de roquettes en provenance de la bande de Gaza pendant six heures. Une tentative palestinienne brisée dans l’œuf par la force israélienne. Dans le même temps, Washington annonçait de nouvelles ventes d’armes à Israël pour un montant de 735 millions de dollars. Voilà pourtant le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, présentant, depuis l’Islande, ses comptes d’apothicaire : « Israël a, je pense, d’après le dernier décompte, lancé environ 2 000 attaques contre des cibles terroristes à Gaza. Il y a eu plus de 3 000 roquettes lancées par le Hamas depuis Gaza vers Israël. » Un déséquilibre évident à ses yeux au détriment d’Israël. Mais, la main sur le cœur, il prétend : « Nous voulons voir la possibilité de se concentrer sur l’amélioration des conditions de vie et l’amélioration matérielle de la vie des Palestiniens. Les gens doivent avoir l’espoir d’un avenir meilleur, et nous devons tous y travailler. » Sans parler ni de colonisation ni d’occupation. Malgré les espoirs, la nouvelle administration américaine n’essaie pas d’écouter et donc n’entend pas.

Mardi, en Cisjordanie, à Gaza, à Jérusalem-Est et en Israël, il s’est pourtant passé quelque chose dont l’ampleur et les conséquences pourraient bien surprendre.

 

(1) La Toile carcérale. Une histoire de l’enfermement en Palestine. Stéphanie Latte Abdallah, Bayard, 496 pages, 31,90 euros.

 

publié le 18 mai 2021

Quand l’extrême droite renoue avec l’attaque des mouvements sociaux

 

La rédaction du site rapportsdeforce.fr


 

L’extrême droite se sent-elle pousser des ailes ? L’ambiance du moment lui donne-t-elle des idées ? En tout cas, deux théâtres occupés par des intermittents du spectacle luttant pour l’abandon de la réforme du chômage ont été pris pour cible dans le week-end. Le premier à Orléans, le second à Clermont-Ferrand.

Dans la nuit de samedi à dimanche, cinq à six individus ont fait irruption par effraction dans le théâtre d’Orléans et agressé le vigile du lieu à coups de poings, expliquent les occupants du théâtre dans un communiqué publié dimanche. L’altercation qui a suivi a mis en fuite les agresseurs, mais envoyé trois des occupants aux urgences pour des blessures légères. Sans nommer explicitement l’extrême droite, le communiqué de presse condamne « ces méthodes fascisantes » et considère que leurs origines « ne font aucun doute ». Dans un autre communiqué, SUD Éducation Loiret rappelle de son côté que ce jour-là se tenait dans la ville un rassemblement d’extrême droite, en hommage à Jeanne d’Arc.

À Clermont-Ferrand, où l’extrême droite s’était aussi regroupée samedi pour rendre hommage à Jeanne d’Arc, un petit groupe a tenté sa chance dans la soirée à la Comédie, le théâtre occupé. Trouvant porte close – les occupants s’étant enfermés à l’intérieur – les nervis d’extrême droite se sont rabattus sur les banderoles déployées sur la scène nationale clermontoise. Pas de blessés ici, mais un signal envoyé : celui de mouvements sociaux sous la menace d’attaques de groupes violents d’extrême droite. Avec une réplique dès le lendemain, à la fin de la marche pour le climat, où un militant antifasciste a été molesté par plusieurs personnes.

Le tout, dans un contexte troublant, après l’agression subie par la CGT à la fin de la manifestation parisienne du 1er mai. Si toute la lumière n’a pas été faite sur cet événement, ce jour-là, bien loin de la capitale, des militants d’extrême droite sont également venus rôder aux abords du défilé montpelliérain du 1er mai. Quelques coups ont été distribués à des syndicalistes étudiants et des drapeaux dérobés, avant que les assaillants ne s’éclipsent. Des attaques contre les mobilisations sociales à mettre en parallèle avec d’autres.

Le 24 avril à Lyon, une grosse cinquantaine de militants d’extrême droite ont lancé une razzia contre une manifestation pour la fierté lesbienne, organisée par des collectifs féministes. Juste un mois après une autre agression, cette fois dirigée contre la librairie La Plume noire qui accueillait une distribution de nourriture. Là encore, une cinquantaine de militants d’extrême droite lyonnais étaient impliqués. Trait commun à toutes ces attaques : des mouvements sociaux pris pour cible. Comme il y a trois ans, lors de l’attaque de la fac de droit de Montpellier par un commando cagoulé, pendant le mouvement étudiant contre la sélection à l’université, pour laquelle sept personnes seront jugées les 20 et 21 mai prochain

 

Oui, les Français veulent des mesures sociales !

 

Cédric Clérin sur le cite www.humanite.fr

Le sondage réalisé par l'Ifop pour l'Humanité révèle que les Français, dans leur immense majorité, attendent des propositions sociales fortes pour la prochaine présidentielle. Saura-t-on s’en saisir à gauche ? EXCLUSIF

Si on considère le climat ambiant, cela s’apparenterait presque à un scoop. À désormais moins d’un an de l’élection présidentielle et alors que le débat a déjà débuté (a-t-il jamais cessé ?), les préoccupations sociales du pays sont comme le feu qui couve sous la cendre.

Notre sondage le révèle : que ce soit l’augmentation du Smic, l’investissement dans les services publics, le contrôle de la finance et des entreprises ou encore la justice fiscale, les Français sont pour voir figurer des mesures fortes dans les programmes présidentiels. Ce n’est pas tout à fait nouveau en réalité, mais le climat politique actuel a réussi à faire passer ses aspirations au second plan. La crise sanitaire est aussi passée par là.

Les Français disent stop !

L’idée même que les moyens n’existent pas pour mener d’autres politiques est battue en brèche. L’argent débloqué par milliards pour faire face à la pandémie, partout dans le monde, démonte la fable libérale qu’il n’y a pas d’alternative. Cela se traduit concrètement dans les aspirations des citoyens : d’abord, le besoin de services publics. Là où l’austérité libérale et la part du privé ne cessaient de progresser, les Français disent stop.

Ensuite, le pouvoir d’achat. On nous répète qu’on ne peut pas augmenter les salaires en général et le Smic en particulier, pourtant l’idée ne passe pas. C’est tout un système de pensée qu’on voudrait nous imposer, qui est en fait minoritaire dans notre pays : la théorie du ruissellement, ou l’idée selon laquelle aider les riches permettrait d’aider tout le monde. Le niveau d’approbation des mesures visant à taxer les revenus financiers, contrôler les aides publiques et rétablir l’ISF démontre que les Français n’y croient pas. C’est la matrice du macronisme qui est en échec.

L’approbation des mesures que nous avons testées montre qu’il y a un espace important pour les idées visant le contrôle de la finance, la justice fiscale et la revalorisation des salaires… Bref, des idées de gauche. Ces mesures ne constituent pas un projet en elles-mêmes, mais elles indiquent une direction : vers plus de justice sociale et de contrôle démocratique de l’économie.

Un gouffre entre les aspirations et les intentions de vote

Elles sont largement approuvées, mais ni le président en exercice, ni l’extrême droite qui voudrait s’imposer comme seule offre nouvelle, ni la droite ne proposent de prendre ce chemin. On notera que, pourtant, les mesures sont approuvées jusque dans chacun de ces électorats.

C’est la cendre d’un débat idéologique dominé par la droite qui couvre le feu social. L’espace politique et médiatique est, à dessein, trusté par ses sujets préférés : sécurité, immigration, terrorisme. Entre Macron, LR et RN, tout le monde s’entend pour mettre ces thèmes en avant. Mais, on le voit, d’autres sujets intéressent les citoyens. C’est un point d’appui décisif pour reconquérir notamment les classes populaires. Le gouffre est en effet saisissant entre les aspirations des Français et les intentions de vote à gauche. Voilà la contradiction que les acteurs de cette campagne vont devoir résoudre pour déjouer le scénario du pire. 

 

 

 

 

 

Sondage exclusif. Ce qui préoccupe réellement les Français

Par Diego Chauvet toujours sur le site www.humanite.fr

 

Quand on leur pose la question, le résulat est sans appel. La plupart des Français souhaite une amélioration de leurs services publics et de leur pouvoir d’achat. Décryptage de notre sondage réalisé avec l’Ifop.

À force d’écouter les polémiques qui alimentent le débat public, on serait tenté de croire que les sujets sécuritaires préoccupent les Français du matin au soir au moindre quart d’heure de cerveau disponible. Le résultat de notre sondage réalisé par l’Ifop montre une réalité bien différente. À l’heure de la crise sanitaire, dans une économie en récession historique, les Français semblent avoir autre chose à penser que l’« islamo-gauchisme » et autres « séparatismes », imposés par le brouhaha médiatique. L’enquête réalisée par l’Ifop pour « l’Humanité Dimanche » en apporte une démonstration implacable : il existe d’autres sujets beaucoup plus consensuels qui préoccupent la société française, à partir du moment où ils sont mis sur la table.

Le directeur général de l’Ifop, Frédéric Dabi, se dit d’ailleurs « frappé par le décalage entre les sujets dominants de ce début de campagne et les préoccupations exprimées dans cette enquête ». Pour le politologue, les services publics et le pouvoir d’achat sont « deux thèmes qui sont présents à bas bruit dans le débat médiatique mais qui pourraient devenir très importants ».

 

L’ADHÉSION AUX DIFFÉRENTES MESURES
Question : Pour chacune des mesures suivantes qui pourraient être proposées par un candidat à l’élection présidentielle, y êtes-vous favorable ou opposé ?

Tous bords confondus

En effet, notre enquête révèle de très larges consensus sur des thématiques économiques et sociales, et des priorités qui devraient interpeller le monde politique, tout particulièrement à gauche. 93 % des sondés sont ainsi favorables à l’instauration d’un « grand plan de réinvestissement dans les services publics, en particulier la santé ». C’est un souhait qui transcende toutes les appartenances politiques : 95 % des sympathisants de gauche, 96 % de ceux de la majorité présidentielle, 99 % et 94 % pour ceux de la droite et du RN. La baisse de la TVA sur les produits de la vie rencontre également un franc succès, avec 92 % des sondés favorables. Là encore, les clivages politiques ne pèsent pas lourd, de 91 % en faveur de cette mesure chez les sympathisants de gauche à 89 % au plus bas chez ceux qui se réclament proches de la majorité présidentielle.

L’ADHÉSION AUX DIFFÉRENTES MESURES

Source : enquête IFOP pour L'Humanité menée, du 4 au 5 mai 2021, auprès d'un échantillon de 1 110 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Arrive une question a priori un peu plus clivante : faut-il contrôler l’utilisation des aides aux entreprises et les réorienter vers les PME et les TPE ? 91 % des sondés y sont favorables. Les moins enthousiastes se disent « sans sympathie partisane », mais ils sont tout de même 86 % à plébisciter cette mesure sur les aides publiques aux entreprises. Taxer les dividendes des actionnaires des grandes entreprises récolte l’approbation de 85 % des sondés, alors que même les sympathisants de la droite s’y déclarent favorables à 76 % (83 % du côté des macronistes et 91 % pour la gauche). 81 % des personnes interrogées dans cette enquête se prononcent également en faveur d’une augmentation du Smic de 250 euros brut, soit 200 euros net. Près de trois électeurs de droite sur quatre (73 %) y sont également favorables, contre 67 % du côté de la majorité présidentielle, 90 % pour la gauche (dont 91 % pour les sympathisants du PCF et de la France insoumise), et 84 % pour les proches du RN.

C’est le rétablissement de l’ISF qui est le plus timidement plébiscité et, c’est donc très relatif, ne récolte l’approbation « que » de 78 % des sondés. Et là encore, c’est la droite qui crée la surprise avec des sympathisants favorables à l’impôt sur la fortune pour 67 % d’entre eux. Les macronistes cèdent en revanche du terrain en passant sous la barre des 50 %, avec 49 % d’avis favorables… Les sympathisants du RN, ceux du PCF et de la France insoumise accueillent cette idée favorablement à 87 %.

LA PRIORITÉ DE MISE EN OEUVRE
Question : Et pour chacune des mesures suivantes, pensez-vousque leur mise en oeuvre après l’élection présidentielle soit tout à faitprioritaire, importante mais pas prioritaire ou secondaire ?

Le discours antifonctionnaire ne fait plus recette

Le deuxième volet de notre enquête priorise également ces mesures soumises aux sondés. Comme nous l’indique Frédéric Dabi, ce sont bien les services publics et le pouvoir d’achat qui sont prioritaires. En tête, l’instauration d’un grand plan de réinvestissement dans les services publics et notamment la santé, à 72 % qui le considèrent « tout à fait prioritaire ». C’est le cas pour 80 % des sympathisants de gauche. Mais la droite et les marcheurs (73 % et 72 %) font presque jeu égal avec les sympathisants PCF et FI à 75 %. Cette priorité numéro 1 indique clairement, selon Frédéric Dabi, que « le plan de relance doit être drainé sur les services publics ». Sa popularité au sein de l’électorat de la droite indique également que les discours ciblant les fonctionnaires ont perdu de leur effet. « Même les gens de droite se rendent compte que le discours selon lequel il y aurait trop de fonctionnaires n’est pas efficient pour eux. »

Viennent ensuite deux mesures concernant directement le pouvoir d’achat : la baisse de la TVA, tout à fait prioritaire pour 63 % des sondés, et l’augmentation du Smic, pour 52 % d’entre eux. Pour cette dernière, les clivages réapparaissent davantage, avec 62 % de sympathisants de gauche pour qui il s’agit d’une priorité, contre 38 % à droite et 32 % dans la majorité présidentielle. Au sein de la gauche, ce sont les sympathisants du PCF et de la FI qui l’érigent en plus forte priorité, à 70 % (contre 49 % chez EELV). Avec 60 % de sympathisants qui considèrent que l’augmentation du Smic est tout à fait prioritaire, le RN montre qu’il séduit bel et bien une partie des classes populaires.

La taxation des actionnaires et des dividendes reste tout à fait prioritaire pour une majorité de sondés, à 51 %. En revanche, le rétablissement de l’ISF et le contrôle des aides publiques aux entreprises sont moins prioritaires, à respectivement 48 % et 45 % des personnes interrogées dans notre enquête. Frédéric Dabi note toutefois que peu de sondés les jugent « secondaires » : 24 % pour l’ISF, 11 % pour le contrôle des aides publiques. Ils sont 28 % à considérer comme « importantes mais pas prioritaires » la mesure concernant l’ISF et 44 % celle se rapportant au contrôle des aides publiques aux entreprises.

« une offre qui tend les bras à la gauche »

Pour le directeur général de l’Ifop, cette enquête interpelle donc prioritairement la gauche. « Il s’agit d’une offre programmatique qui lui tend les bras », estime le politologue, qui évoque même un « cahier des charges pour les candidats de gauche ». Et d’ajouter : « Ces mesures sont un moyen de mobiliser le peuple de gauche. » À condition qu’elle parvienne à les imposer dans le débat public… « C’est l’agenda médiatique qui dicte sa loi », reconnaît Frédéric Dabi. « Mais lorsque la gauche parle de mécanique électorale, sur l’union ou pas, on l’entend moins. La focalisation des débats sur les questions de race, de racialisme, de réunions non mixtes, ça peut intéresser, mais c’est tellement loin des préoccupations des Français que ça rend la gauche peu audible », estime encore le directeur général de l’Ifop. Dans une précédente enquête de l’institut pour le « JDD », les sondés plaçaient en tête les questions sanitaires et d’éducation de leurs enfants en tête de leurs préoccupations, devant les questions sécuritaires. La question sociale pourrait-elle revenir au centre de la campagne de la présidentielle.

 

publié le 17 mai 2021

Le CAC40 s’apprête à verser 51 milliards d’euros à ses actionnaires malgré la poursuite de la pandémie

par Maxime Combes, Olivier Petitjean sur le site www.bastamag.net

Gros actionnaires et fonds d’investissement vont bénéficier d’un dividende record, en pleine pandémie. L’Observatoire des multinationales lance la campagne “Allô Bercy ?” pour que les aides publiques aux entreprises soient enfin soumises à condition.

 

« Vous avez besoin d’argent, je vous en donne »

Prêts garantis, chômage partiel, fonds de soutien, aide au financement sur les marchés, reports de charge, apports en capital, plan de relance… Depuis le début de la pandémie de Covid-19, les aides publiques ruissellent sans limite sur le secteur privé ! « C’est dans ces moments de crise qu’il faut profiter de l’argent de l’État, croyez moi ce n’est pas tous les jours que vous verrez un ministre des Finances vous dire : vous avez besoin d’argent, je vous en donne ! » s’enflammait Bruno Le Maire devant un parterre d’entrepreneurs en octobre 2020.


 

Les étudiant.e.s font la queue devant les banques alimentaires, les soignant.e.s sont épuisé.e.s par un système hospitalier asphyxié, les caissières et toutes les autres premières de corvée attendent toujours d’être revalorisées, les services publics s’étiolent par manque de moyens, le monde de la culture dépérit, les petites entreprises et le secteur non lucratif souffrent, tout comme l’essentiel des salariés, tandis que les pauvres s’appauvrissent et les précaires se précarisent. Le CAC40, lui, bat des records de valorisation boursière, va une nouvelle fois verser des dividendes massifs malgré la poursuite de la pandémie, et profite toujours d’un soutien inconditionnel des pouvoirs publics.

Nous l’avions montré dans notre rapport AlloBercy ? Aides publiques : les corona-profiteurs du CAC40 publié en octobre dernier : en 2020, 100 % des multinationales du CAC40 ont touché des aides publiques liées au Covid-19. Y compris les 26 d’entre elles qui ont versé un généreux dividende en 2020. Parmi elles, Carrefour, LVMH, Veolia ou Vinci, ont profité du chômage partiel, payé sur fonds publics, pour rémunérer leurs salariés. En ce printemps 2021, les aides publiques aux entreprises continuent, et les dividendes repartent de plus belle : dans une nouvelle note publiée ce mardi 27 avril, l’Observatoire des multinationales montre que le CAC40 s’apprête à approuver le versement de 51 milliards d’euros à ses actionnaires. Une hausse de 22 % par rapport à l’année dernière, enterrant toutes les promesses de « modération des dividendes » pendant la pandémie de Covid-19.

51 milliards, c’est l’équivalent de l’ensemble des dépenses de personnel annuelles des hôpitaux publics (soit les rémunérations de 960 000 personnes, soignantes et non soignantes) ! 51 milliards, cela équivaut également à construire près de 1300 lycées d’un millier de place. Cela représente aussi un millier de fois le montant du plan d’aide au secteur culturel !

 

La spirale des aides publiques aux entreprises : 65 milliards en 2007, 155 milliards en 2020

Cette inflation galopante d’aides publiques aux entreprises privées n’est pas nouvelle. Elle s’accroît massivement et rapidement. Presque 7 % de croissance par an en moyenne depuis plus de quinze ans, bien plus que la croissance du produit intérieur brut (PIB), des aides sociales ou des salaires. Depuis le début de la crise sanitaire, elle atteint de nouveaux sommets.

Avant la crise de 2008-2009, ces aides ne représentaient « que » 65 milliards d’euros par an [1] puis 110 milliards d’euros par an en 2012 [2]. François Hollande et Emmanuel Macron les ont fait grimper jusqu’à 150 milliards d’euros par an avec le pacte de responsabilité et le CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi). Soit un bond de 230 % en moins de quinze ans : l’équivalent désormais de deux fois le budget de l’Éducation nationale. Et près de cinq fois le montant de l’impôt sur les sociétés (31,5 milliards € en 2019).

Selon la Commission européenne, entre mars et décembre 2020, la France a encore versé plus de 155 milliards d’euros supplémentaires aux entreprises sous prétexte de lutter contre le Covid-19. Ce qui place notre pays au premier rang en Europe.

Suivre à la trace ces milliards d’euros d’argent public est un travail fastidieux et délicat tant la confidentialité des affaires et le secret fiscal sont brandis pour écarter toute transparence : il n’existe aucun suivi précis et public des bénéficiaires, des montants et de ce qui les justifient. Sans transparence et contrôle possible, comment avoir un débat de qualité sur les conditions d’attribution des aides publiques aux grandes entreprises ?

 

Carte blanche pour licencier, polluer et dépouiller le Trésor public ?

Abreuvé d’argent public, le CAC40 est en effet dispensé de rendre des comptes et d’œuvrer en faveur de l’intérêt général. Les suppressions d’emplois s’accumulent dans les secteurs mêmes qui ont été maintenus à flot par les pouvoirs publics. Dans le même temps, ces multinationales restent fortement présentes dans les paradis fiscaux et s’activent pour saper toute velléité, comme celle de la Convention citoyenne pour le climat, de leur imposer une véritable réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre.

Ce constat n’est pas uniquement le nôtre. Un rapport d’information parlementaire sur la conditionnalité de ces aides vient de statuer que « les aides publiques ne sont ni conditionnées à l’interdiction de licencier, ni à l’obligation de rembourser des aides en cas de licenciement », jugeant « immoral que l’usine de Bridgestone à Béthune ait fermé après avoir reçu 1,8 million euros du CICE et 620 000 euros d’aides régionales », et déplorant qu’ « aucune législation ne lui impose de rembourser ces aides ».

Non conditionnées, peu contrôlées, octroyées sans transparence, ces aides publiques au secteur privé – près de 2000 dispositifs différents existent ! – transforment la nature de l’action publique. Derrière ces milliards d’euros d’argent public, parfois présentés comme le « retour de l’État », se pérennise en fait le détournement sans condition des ressources publiques au profit des intérêts privés. L’État-providence a été construit pour prendre en charge collectivement les besoins sociaux et financer les services publics. Il est aujourd’hui détourné de sa fonction pour garantir et sécuriser les intérêts des grands groupes et de leurs actionnaires.

Est-il juste que les gagnants d’une année de pandémie soient le CAC40, et ses actionnaires que sont les grandes familles du capitalisme français – Bettencourt, Arnault, Pinault... – ainsi que les gros fonds d’investissement – Blackrock, Vanguard, et autres Amundi ? Pendant que les uns – le plus grand nombre – assurent le bon fonctionnement de la société, tentent de pallier aux pénuries de moyens, au risque de s’épuiser, une infime minorité s’engraisse, quoi qu’il en coûte. Au dévouement et à l’esprit de sacrifice des soignant.e.s et premières de cordée répondent les appétits grossiers des multinationales et de leurs actionnaires : nul ne devrait pourtant être autorisé à édifier sa fortune et son pouvoir sur le cataclysme de la pandémie.

 

Une campagne de financement participatif pour faire la transparence sur les aides publiques et ouvrir le débat de leurs contreparties

Alors que les gouvernements successifs ne cessent de mettre en exergue les devoirs du chômeur, du bénéficiaire des minimas sociaux ou des aides de la CAF, pour quels motifs sérieux les multinationales seraient-elles dispensées de devoir satisfaire des conditions d’intérêt général dans l’usage des aides publiques qui leur sont octroyées ? Pourquoi ne devraient-elles pas rendre des comptes en matière d’emploi et de conditions de travail ? Pourquoi n’ont-elles pas obligation d’investir dans la décarbonation de leurs processus de production ? Pourquoi ne devraient-elles pas quitter les paradis fiscaux pour avoir accès aux aides publiques ? Ces propositions ont été systématiquement rejetées par le gouvernement et sa majorité parlementaire. Le nécessaire débat sur la conditionnalité des aides publiques doit pourtant se tenir. Il en va de notre capacité collective à décider de notre avenir commun sans se le laisser dicter par les acteurs privés.

Depuis le printemps 2020, l’Observatoire des multinationales est mobilisé pour traquer les profiteurs de la crise sanitaire et informer sur les pratiques du CAC40. Le rapport Allô Bercy ?, publié en octobre 2020, dressait un bilan sans appel de cette première année sous le signe du Covid-19. Nous nous proposons aujourd’hui de poursuivre ce travail et de le porter à une nouvelle échelle : compléter notre travail d’enquête d’une campagne citoyenne, en lien avec nos partenaires associatifs et syndicaux, visant à forcer le pouvoir exécutif et les entreprises à rendre des comptes.

À cette fin, l’Observatoire des multinationales lance une campagne de financement participatif sur la plateforme Kisskissbankbank. Avec votre aide, nous pourrons : 
 Traquer les corona-profiteurs qui bénéficient d’aides publiques sans rien changer à leurs pratiques abusives.
 Nous battre pour la transparence de toutes les aides publiques et pour de vraies contreparties.
 Mettre en lumière les stratégies de lobbying des grands groupes pour s’accaparer le soutien inconditionnel des pouvoirs publics, au détriment de ceux qui méritent vraiment d’être soutenus.
 Publier une première série d’enquêtes fin mai 2021.

Si nous atteignons nos objectifs les plus ambitieux, nous pourrons mener ce travail de fond jusqu’aux élections de 2022, en élaborant et en portant auprès des candidats des propositions concrètes pour mettre fin à cette spirale infernale.

 

publié le 16 mai 2021

Bertrand Heilbronn : «On a l’impression que Darmanin veut créer des incidents»

Par Justine Brabant du site www.mediapart.fr


 

Face aux rassemblements de soutien aux Palestiniens qui s’organisent en France, l’exécutif emploie la méthode forte. Le ministre de l’Intérieur interdit des manifestations prévues samedi. Mercredi, le président de l’Association France Palestine Solidarité, Bertrand Heilbronn, a été interpellé à la sortie d’un rendez-vous au ministère des affaires étrangères, pour organisation d’un rassemblement «interdit». Il revient pour Mediapart sur sa garde à vue.


 

La stratégie de l’exécutif se précise. Après l’invraisemblable arrestation, mercredi 12 mai, du président de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) devant le Quai d’Orsay, le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin a fait savoir, jeudi 13 mai, qu’il avait demandé aux préfets l’interdiction des manifestations pour la Palestine prévues samedi, après une semaine de violences à Jérusalem et à Gaza.

Pour le président de l’AFPS, Bertrand Heilbronn, interpellé mercredi après-midi puis libéré dans la nuit, la méthode dure choisie par l’exécutif marque une rupture et une volonté de faire taire « particulièrement grave ».

À l’issue d’un week-end de violences à Jérusalem et Gaza, votre organisation (l’AFPS) et le collectif dont elle fait partie commencent à réfléchir à l’organisation d’un rassemblement de soutien au peuple palestinien. Comment se passent les échanges avec la préfecture ?

Bertrand Heilbronn. Dans la journée de lundi, le Collectif [pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens – ndlr] a des échanges tout à fait habituels avec la direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC) de la préfecture de police de Paris.

Quand on sait qu’il y a une forte émotion dans le pays, il est très courant de leur dire : « On sait qu’il va sans doute y avoir un rassemblement. » C’est ce qu’on fait. Ce sont vraiment des négociations très classiques. Et étant président de l’association la plus impliquée du collectif, c’est moi qui suis le « négociateur », en quelque sorte.

Le lundi soir, nous avons une réunion du collectif au niveau national, et le lendemain matin je peux donc leur confirmer la tenue de ce rassemblement le mercredi. Le mardi en fin de matinée tombe d’abord une décision de « non prise en compte » de notre déclaration. Des députés du collectif se mobilisent alors et écrivent à la préfecture pour leur dire qu’il est vraiment important que ce rassemblement puisse se tenir.

Je rappelle la préfecture le mercredi matin, où l’on me répond que la décision n’a pas été prise, que le sujet est en cours de discussion au cabinet du préfet. Puis mercredi, à 13 heures [alors que le rassemblement devait se tenir à 15 heures – ndlr], l’arrêté d’interdiction tombe. Je leur dis que c’est irresponsable de leur part, que l’appel a déjà circulé partout sur les réseaux sociaux, que ça nous met dans une situation impossible, qu’on va prévenir nos adhérents mais qu’il faut quand même qu’on aille sur place.

Entre-temps, nous avions pris rendez-vous au ministère des affaires étrangères. L’idée était de discuter de notre inquiétude par rapport à la gravité de la situation et de la position de la France.

Le jour J, vous vous rendez à cet entretien au ministère des affaires étrangères et, fait inédit et rarissime, vous êtes arrêté à la sortie du Quai d’Orsay.

Oui. On va à cette sorte de non-rassemblement [où le collectif demande aux présents de rentrer chez eux – ndlr]. On attend notre rendez-vous au ministère, qui a lieu à 17 heures. J’échange avec les forces de l’ordre, à qui je dis que nous allons être reçus au Quai d’Orsay. Ils me demandent avec qui j’y vais, la liste de la délégation, appellent le ministère pour vérifier… C’est pointilleux mais habituel, et plutôt cordial.

Nous allons ensuite au ministère avec trois parlementaires (la députée PC Elsa Faucillon, la sénatrice EELV Raymonde Poncet, la députée France insoumise Sabine Rubin), le coordinateur du secteur international de la CGT Pierre Coutaz et Jean-Guy Greilsamer de l’Union juive française pour la paix. Deux policiers en civil nous escortent.

Nous sommes reçus par un conseiller du ministère, avec qui nous avons une conversation ferme mais courtoise. L’entretien dure 1 h 15, 1 h 30. Puis à 18 h 30, nous sortons ensemble du ministère. On voit des policiers à la sortie, on n’y prête pas particulièrement attention : on discute du rendez-vous et de ce qu’on va en faire. Puis tout d’un coup, trois policiers me prennent à part et me disent de les suivre : « Nous sommes là pour vous interpeller. »

Je suis placé en garde à vue au commissariat du VIIe arrondissement de Paris pour « organisation d’un rassemblement interdit ». Apparemment, la procédure du commissariat du VIIe est de menotter les gens sur un banc. On me menotte donc pendant cinq à dix minutes, en attendant que l’officier de police judiciaire me signifie ma garde à vue.

Je pense que l’intervention qu’il y a ensuite de partout [plusieurs communiqués et appels sont publiés dans la soirée – ndlr] fait que j’ai pu être entendu vers 23 h-23 h30 par une officière de police judiciaire. Peu après l’audition, on me signifie ma libération. Je suis libéré vers 0 h 15.

Quel est votre état d’esprit à la sortie ?

Ce qui m’a particulièrement frappé, c’est qu’on est dans une rupture complète des pratiques habituelles entre associations « responsables » et forces de l’ordre. Jusqu’à présent, il y avait toujours des relations courtoises.

Mais avec ce qui s’est passé mercredi, et avec les décisions de Gérald Darmanin aujourd’hui, on est dans une rupture. Il y a, pour moi, une volonté de faire taire l’ensemble de forces démocratiques, dont l’AFPS. C’est particulièrement grave.

L’un des arguments avancés par la préfecture est que votre rassemblement n’a pas été déclaré dans les délais légaux (trois jours avant)…

Cela arrive régulièrement d’obtenir une autorisation même si l’on est hors délai. En particulier dans les périodes de grande émotion, il y a une sorte de consensus sur le fait qu’il vaut mieux que les choses s’expriment dans cadre organisé, c’est très classique.

C’est pour cela que j’estime que l’on assiste à une rupture dans les relations entre les forces de police et les organisations, qui fait que me suis retrouvé en quelque sorte dans la position d’un négociateur qu’on arrête à l’issue d’une négociation…

L’arrêté d’interdiction mentionne le risque d’incidents autour de la manifestation.

Oui, le préfet parle de risques d’importation du conflit et risque d’incidents. On hallucine. En agissant comme ils l’ont fait, qui provoque le conflit ?

Plus généralement, la situation à la suite des déclarations de Gérald Darmanin est inquiétante, non seulement à Paris mais aussi ailleurs. D’après les quelques remontées que j’ai de nos groupes locaux, on a l’impression que les préfets reviennent sur leurs décisions [d’autoriser les manifestations de samedi 15 mai – ndlr] ou sur l’ampleur de ce qu’on peut organiser.

C’est quelque chose de grave. On a l’impression que Darmanin veut créer les incidents. Ceux qui crient à l’importation du conflit sont ceux qui les provoquent.

L’AFPS ira-t-elle manifester samedi, en dépit des interdictions ?

Nous réfléchissons avec nos partenaires sur la meilleure attitude à prendre face aux attaques aux libertés que constituent les directives de Gérald Darmanin. Il ne s’agit pas seulement d’y aller ou pas, mais aussi de voir comment les contester.

 

publié le 16 mai 2021

Présidentielle 2022. Le « pas de côté » de Jean-Luc Mélenchon

 

Diego Chauvet sur le site www.humanite.fr


 

Le leader insoumis place l’écologie au cœur de sa campagne, laissant de côté le « populisme », et invoque 1981 pour croire en ses chances de l’emporter.

«J ’ai été contraint de faire un pas de côté. » Dans le Monde, le candidat de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, ne met plus le « populisme de gauche » en avant. En 2017, il en avait été le principal porte-étendard en France. Mais le fondateur de la FI semble acter un changement de discours. Il le fait tout en disant regretter la situation politique de la gauche française : « Toutes les mains tendues sont restées dans le vide. Le PS ne veut pas d’une ligne de rupture. Leur but n’est pas de me contourner mais de m’effacer du tableau. »

Selon lui, c’est « peine perdue ». « Les aventures des départementales dans les Hauts-de-France et en région Paca nous poussent à assumer ce que nous sommes sans nous soucier des postures des autres. S’il y a moyen de s’accorder sur une vraie rupture, on le fera », déclare-t-il, avant de préciser qu’il n’en voit « les prémices nulle part ».

L’artillerie lourde contre les socialistes et EELV

Avec la sortie de son nouveau livre, le 12 mai, intitulé Députés du peuple humain, il place également l’écologie comme fil conducteur de son programme et de sa candidature pour 2022. Dans cet ouvrage, il rappelle que les insoumis se sentent « forts » sur ce thème depuis l’écriture de leur programme en 2016, et « encore mieux aguerris maintenant ». « Le point de départ fondamental de notre analyse sur notre société reste la question sociale », écrit-il, rappelant que le mode de production d’accumulation et de distribution des richesses est à l’origine de « tous nos maux ». En remettant ce discours en avant, Jean-Luc Mélenchon s’adresse ainsi à la gauche, tout en disputant le leadership de l’écologie à EELV. Le pacte de non-agression passé il y a quelques semaines ne semble plus à l’ordre du jour avec cette formation. « Les écologistes ont un avenir aussi longtemps qu’on ne les voit pas à l’œuvre », lance-t-il.

Il n’est pas plus amène à l’égard des autres qui, à gauche, prônent l’unité : « Pour la gauche traditionnelle, l’essentiel c’est de se partager des places et faire un texte qui n’empêche personne de dormir. Ça ne sert à rien, sinon à dégoûter les gens. » Et sur BFMTV, le leader insoumis a sorti l’artillerie lourde contre les socialistes et EELV, qualifiés de « menteurs, hypocrites et faux jetons »… Seuls les communistes essuient des critiques moins virulentes, alors qu’ils viennent de désigner leur propre candidat à la présidentielle, Fabien Roussel. « Un crève-cœur » pour Jean-Luc Mélenchon, qui estime cependant que « des milliers de communistes vont continuer le combat avec nous jusqu’à la victoire ». Député FI, Éric Coquerel rappelle que « les priorités que donne Fabien Roussel sont les mêmes que les nôtres. On ne peut pas voir le PCF comme les autres formations de gauche ».

Une « révolution suspendue » par le tournant de 1983, et qu’il souhaite reprendre

Le livre et ces déclarations précèdent également un moment clé de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, alors que les divisions de la gauche sont actées. Ce dimanche 16 mai, il tient son premier meeting en plein air à Aubin, dans l’Aveyron. Il sera consacré au « progrès social et humain », six jours après une conférence numérique sur le quarantième anniversaire de la victoire de François Mitterrand à la présidentielle.

Le député des Bouches-du-Rhône y disserte longuement sur ce qu’il qualifie de « révolution suspendue » par le tournant de 1983, et invite à la reprendre pour la mener à son terme. Une façon pour lui de se placer en possible vainqueur l’année prochaine, alors que les sondages le situent pour l’instant loin de son score de 2017. Et d’entériner les divisions de la gauche, en ne les plaçant pas comme un obstacle. L’insoumis ne manque jamais de rappeler que François Mitterrand avait remporté l’élection de 1981 alors que la gauche était divisée au premier tour. Un rappel à l’histoire pour tenter de renverser le cours d’une campagne qui s’annonce compliquée ?

 

 

<publié le 13 mai 2021

Palestine. Cette guerre coloniale qu’il faut nommer

par Denis Sieffert sur le site www.politis.fr

 

La cause des affrontements de ces derniers jours tient en un mot bien connu, toujours le même : colonisation. Ou si l’on veut être plus précis : judéïsation et même purification ethnique. Car c’est de cela qu’il s’agit à Jérusalem-Est.


 

Un peu partout on semble s’en étonner. Le conflit israélo-palestinien n’était donc pas réglé ! Depuis une semaine, les images d’affrontements sur l’esplanade des Mosquées ont de nouveau envahi nos écrans, comme les bombes israéliennes sur Gaza en réponse aux roquettes du Hamas. Le feu, en réalité, n’avait jamais cessé de couver sous la braise. Mais il n’y a pas si longtemps, Benyamin Netanyahou pouvait tenir ses conférences de presse sans dire un mot du conflit. Goguenard, il cédait ensuite la parole aux journalistes : « Et maintenant, vous pouvez me poser vos questions sur le conflit israélo-palestinien. » Fanfaronnade d’un homme qui était sûr d’avoir enterré cette affaire de sang et de larmes vieille de plus d’un siècle. Plus question d’État palestinien, mais d’un peuple réduit à une somme d’individus, abandonné par une Autorité palestinienne fantomatique qui vient, une fois encore, d’annuler des élections.

Il ne restait plus dans le discours officiel israélien que des « Arabes » sur un territoire qui n’est plus « occupé », ni même « disputé », mais « annexé ». En quelques mots, le Premier ministre israélien croyait entériner le triomphe du sionisme révisionniste, celui de ses ancêtres en politique, Zeev Jabotinsky et Menahem Begin, qui rêvaient d’un Grand Israël, de la Méditerranée au Jourdain, voire au-delà. C’était aussi le temps d’un Donald Trump qui croyait que tout pouvait s’acheter, même l’âme d’un peuple. Le sujet était à ce point marginalisé que M. Netanyahou, comme d’ailleurs ses principaux rivaux, pouvait mener quatre campagnes électorales en deux ans, sans presque l’évoquer. Or, voilà que ledit conflit est de retour. Et, en son lieu le plus sensible : Jérusalem. La Ville sainte, que les Israéliens ont annexée après la victoire militaire de juin 1967.

En quelques jours, cinq cents blessés, presque tous palestiniens, et à Gaza, une vingtaine de morts dont beaucoup d’enfants tombés sous les bombes israéliennes. Aussitôt, les grandes capitales ont repris leurs mauvaises habitudes et leurs communiqués faussement équilibrés. Comme ces journalistes (surtout d’audiovisuel) qui se lamentent devant les violences « de part et d’autre »… Répugnance à nommer les causes. On aimerait faire lire à ceux qui s’y essaient le livre remarquable, en forme de profession de foi, de Charles Enderlin, ancien correspondant de France 2 dans la Ville sainte (1). Car la vérité n’est pas symétrique. Le courage n’est pas de chercher la fausse objectivité du renvoi « dos à dos ». La cause des affrontements de ces derniers jours tient en un mot bien connu, toujours le même : colonisation. Ou si l’on veut être plus précis : judéïsation et même purification ethnique. Car c’est de cela qu’il s’agit à Cheikh Jarrah, ce quartier palestinien de Jérusalem-Est sur lequel les bandes du colon suprémaciste juif Itamar Ben-Gvir ont jeté leur dévolu. Ces gens peuvent arpenter les ruelles colorées et fleuries de ce faubourg aux cris de « mort aux Arabes » sans grands risques. S’ils viennent à être menacés, l’armée vole à leur secours. Car il y a un continuum idéologique entre ces milices racistes, un Premier ministre israélien qui vient de faire entrer leur chef à la Knesset, et un État régi depuis juillet 2018 par la loi de « l’État-nation du peuple juif » qui légalise l’apartheid. Avec cet outillage fascisant, fait d’arsenal juridique à sens unique, et de terreur, quelque 140 familles ont été chassées de Jérusalem-Est depuis début 2020, et des milliers de maisons sont sous la menace de destruction. Pour Cheikh Jarrah, la Cour suprême doit statuer. Mais, la loi n’est pas faite pour les Palestiniens. En toile de fond, bien sûr, il y a la crise politique. Quatre élections en deux ans, un gouvernement introuvable, et la fuite en avant d’un homme, Benyamin Netanyahou, qui doit se maintenir au pouvoir pour échapper à son sort devant des tribunaux qui le jugent pour plusieurs affaires de corruption. Ce faisant, il est lui-même l’otage consentant de ce que son pays compte de plus extrémiste et de plus raciste. Des gens qui étaient interdits en Israël il y a quelques années encore.

On en vient à la question hélas rituelle de l’attitude de la communauté internationale. À peu près les mêmes mots viennent de toutes les capitales occidentales. On invite Israël « à la retenue » et on fait part de sa « profonde préoccupation ». Courage, fuyons ! Le pire, c’est qu’Israël est sans doute le pays qui dépend le plus de ses soutiens internationaux, militaires et financiers, et donc le plus perméable aux sanctions. Mais l’État hébreu jouit d’une impunité qui ferait pâlir de jalousie Vladimir Poutine. Et ce n’est pas la France qui risque d’élever le ton. Notre pays est le plus prompt à poursuivre les militants qui demandent des sanctions. On se souvient même que François Hollande était allé jusqu’à déclarer son « amour aux dirigeants israéliens » lors d’un dîner offert par Netanyahou… Quant à Emmanuel Macron, il est trop soucieux d’entretenir le spectre de « l’islamo-gauchisme » pour se hasarder à défendre les Palestiniens. Car les connexions sont spectaculaires. Entre les inconditionnels de la droite israélienne et les contempteurs d’un supposé « islamo-gauchisme », le casting est souvent le même. Reste l’espoir Biden. Le Président états-unien a aujourd’hui le courage des mots quand il s’agit des Ouïgours et de Navalny. Aura-t-il celui d’affronter le lobby pro-israélien ? Et, pour lui, le jeu en vaut-il la chandelle ?


 

(1) Dans son livre De notre correspondant à Jérusalem (éditions Don Quichotte), Charles Enderlin se souvient des menaces et du harcèlement judiciaire dont il a été la cible. Le prix de la vérité.


 


 

Jérusalem-est. Les jeunes Palestiniens brisent le mur du silence

 

Pierre Barbancey - www humanite.fr

 

Malgré la répression israélienne ayant fait plus de 500 blessés et les raids meurtriers sur Gaza, la colère ne retombe pas face à l’occupation et la colonisation.

 

Étudiant en psychologie à l’université de Bir Zeit, non loin de Ramallah, en Cisjordanie, Judeh, 27 ans, vit à Jérusalem-Est. L’occupation et la colonisation israéliennes, il sait ce que cela signifie dans sa chair. Pour pouvoir suivre ses cours, il lui faut, tous les jours, emprunter un bus réservé aux Palestiniens – ainsi qu’en ont décidé les autorités israéliennes – régulièrement ciblé par les contrôles de la police et bloqué plus que de raison au checkpoint à franchir. De quoi alimenter la colère. D’autant qu’il lui arrive régulièrement de subir les provocations des colons, de plus en plus nombreux dans la partie orientale de la ville. Le triste quotidien d’un jeune à Jérusalem-Est. « La vie est difficile », dit avec colère l’étudiant contacté par téléphone.

Judeh le dit tout de go : « Je ne suis pas musulman. » Ce qui ne l’empêche pas, en cette période de ramadan, d’être tous les soirs avec ses copains pour l’iftar, cette rupture du jeûne lorsque le soleil s’est couché. Un moment convivial où tout le monde se retrouve, au-delà de ses convictions religieuses. D’ailleurs, l’armée israélienne n’a pas posé ce type de question lorsqu’elle a évacué à plusieurs reprises tous les jeunes assis pacifiquement sur les marches formant agora devant la porte de Damas, l’une des entrées de la vieille ville.

Cheikh Jarrah, cœur du plan de colonisation de la ville

Mais c’est sans doute ce qui se passe dans le quartier de Cheikh Jarrah qui a fait éclater ce trop-plein d’humiliations. Vingt-huit familles palestiniennes ont reçu un ordre d’expulsion. Il y a une dizaine de jours, des centaines de jeunes sont alors spontanément venus manifester leur opposition à cette éviction et à l’installation de colons. « On ne veut pas laisser ces familles seules face à l’occupant, souligne Judeh . Si on est là, les colons osent moins provoquer. » Si Cheikh Jarrah est ainsi visé, ce n’est pas anodin. L’argument d’une présence juive il y a plus d’un siècle, sans doute réelle, ne tient pas. En revanche, on comprend mieux cet acharnement lorsqu’on sait que ce quartier – qui ne dépend pas de la vieille ville – s’étend jusqu’à la route numéro 1. Celle-ci désigne la ligne verte, où les combats s’étaient arrêtés en 1949 et franchie par les troupes israéliennes en 1967. Vider Cheikh Jarrah de ses habitants palestiniens, c’est ouvrir la voie à une continuation « ethniquement » homogène entre Jérusalem-Ouest et Jérusalem-Est, but ultime de la colonisation de la ville (lire ci-contre).

Maral Qutteine, une ancienne journaliste qui vit dans la vieille ville, que nous avons pu joindre, témoigne aussi. « Les gens ne supportent plus la présence des colons et la pesanteur de l’occupation. » Si Israël parle de Jérusalem comme de sa « capitale une et indivisible », en réalité le traitement n’est pas le même entre l’ouest et l’est. Les services municipaux sont pratiquement inexistants dans la partie occupée malgré les taxes toujours plus nombreuses que paient les Palestiniens.

«  Ce n’est pas une guerre inévitable, mais une politique délibérée »

Comme cela se produit souvent dans l’histoire des révoltes et des révolutions, arrive un moment où la goutte d’eau… « Les jeunes se révoltent car ils sentent bien qu’ils n’ont pas d’avenir, souligne Maral Qutteine. Rien ne change pour eux. Des résolutions sont votées à l’ONU, il y a beaucoup de déclarations mais les jours se suivent et se ressemblent. Les jeunes réalisent que la seule solution qui se présente à eux est de se libérer eux-mêmes, sans l’aide de quiconque, ni des pays arabes, ni de l’Union européenne et pas plus de l’Autorité palestinienne, qui est très faible. »

Phénomène intéressant : à Cheikh Jarrah, ce ne sont pas seulement les Palestiniens de l’Est qui manifestent. Ils sont rejoints par ceux que l’on appelle les Arabes palestiniens, qui vivent en Israël. Les députés de la Liste unie, conduite par le communiste Ayman Odeh, sont venus les soutenir. Mais des dizaines de juifs sont aussi présents. Certains sont là à l’appel de Standing Together, qui regroupe juifs et Arabes pour la paix et l’égalité. « Nous rendons le gouvernement responsable de ce qui se passe. Ce n’est pas une guerre inévitable, comme veulent le faire croire les autorités, mais une politique délibérée », affirme Uri Weltmann, animateur de l’association. Celle-ci agit aussi à Tel-Aviv, Haïfa, Jaffa ou Nazareth pour « mobiliser autant que possible les citoyens d’Israël ».

L’enjeu est d’autant plus important que l’extrême droite israélienne, qui a le vent en poupe, s’agite et tente de créer un climat de violence contre les Palestiniens, et pas seulement à Jérusalem-Est mais partout en Israël. Lundi, un Palestinien a été tué à Lod. « C’est une “hébronisation”de la situation », dit Uri Weltmann en référence à la ville d’Hébron, en Cisjordanie, où les colons terrorisent les Palestiniens. Une extrême droite et un Netanyahou qui trouvent dans la tactique destructrice du Hamas les justifications d’un massacre à Gaza. « Deux faces d’une même pièce », comme l’ose un jeune Palestinien qui ne veut pas dire son nom.

À Jérusalem, la répression a fait plus de 500 blessés. Judeh craint cette violence des colons. « Mais nous resterons aussi longtemps que possible pour empêcher l’expulsion des familles de Cheikh Jarrah », prévient-il. Quoi qu’il arrive maintenant, les Palestiniens de Jérusalem-Est ont brisé au moins un mur, celui du silence.

 

 

publié le 11 mai 2021

Vaccin. comment Macron trompe son monde

sur la levée des brevets

par Thomas Lemahieu sur www.humanite.fr


 

Échaudé par le revirement des États-Unis, le président français tente de se remettre en selle à la tête du mouvement pour faire du vaccin un « bien public mondial ». Mais il reprend tous les poncifs de Big Pharma. Notre décryptage dans le texte des six fourberies d'Emmanuel Macron.

Manifestement, Emmanuel Macron ne goûte guère l’ironie cruelle de la situation. Par leur volte-face spectaculaire sur la levée des brevets pour les vaccins contre le Covid-19, les États-Unis viennent d’expédier l’Union européenne et la France dans les cordes du nationalisme vaccinal. Passablement irrité, murmure-t-on à l’Élysée, par la « Bidenmania », le président français entend aujourd’hui rétablir les faits.

Il s’y est employé notamment, le week-end dernier, à Porto (Lisbonne), en marge du sommet social de l’Union européenne. Son plaidoyer mérite un examen approfondi, car, derrière l’opportunisme hypocrite des États-Unis, se nichent des apories et des simagrées fabriquées en France – à la différence du vaccin lui-même – depuis le début de la pandémie.

 

Ce qu'affirme Emmanuel Macron

 Je suis ouvert sur ces questions de levée des brevets, je l’ai déjà dit, mais nous, les Européens, nous nous battons pour que le vaccin soit un bien public mondial depuis maintenant un an. Et je suis heureux que l’on nous suive.

Décryptage

Dans les discours, ça ne fait pas un pli : l’Union européenne et la France sont imbattables. Sous Donald Trump, sans surprise, mais aussi sous Joe Biden, jamais les Américains n’ont utilisé l’expression « bien public mondial », consacrée par Emmanuel Macron lui-même au printemps de l’année dernière. Le problème, c’est que, derrière les envolées rhétoriques, le président français et ses homologues sur le continent n’ont pas fait grand-chose pour faire advenir cette grande et belle ambition. Bruxelles comme Paris ont, par exemple, boycotté purement et simplement le « Covid-19 Technology Access Pool » (C-Tap), ce mécanisme volontaire de mutualisation des brevets, des technologies et des savoir-faire mis en place, dès mai 2020, au sein de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). De la parole aux actes, en réalité, l’Union européenne s’ébroue dans les eaux glacées du calcul égoïste, car c’est elle qui a suivi Washington dans la course folle aux préachats de vaccins par les grandes puissances capitalistes. À l’automne dernier, les États-Unis, les pays européens, le Canada, le Royaume-Uni, le Japon et l’Australie avaient déjà confisqué près de 6 milliards de doses (lire notre édition du 18 novembre 2020). Et l’Europe ne renonce pas à cette mainmise, comme en atteste la nouvelle commande record de 1,8 milliard de doses à Pfizer, signée dimanche dernier…

 

 

Ce qu'affirme Emmanuel Macron

Ensuite, quel est le sujet actuellement ? Ce n’est pas vraiment la propriété intellectuelle. Vous pouvez donner la propriété intellectuelle à des laboratoires qui ne savent pas produire, ils ne le produiront pas demain.

Décryptage

Attention, tour de passe-passe : après avoir bloqué avec les Européens toute avancée depuis l’introduction de la proposition de l’Inde et de l’Afrique du Sud à l’OMC, ­Emmanuel Macron n’est, dit-il à présent, pas fermé sur les brevets, mais ça ne sert à rien d’y toucher, conclut-il dans la même phrase. À la Commission, Thierry Breton, chargé de la production des vaccins pour l’UE, tente une esquive complémentaire. « Cette question de la levée des brevets, il faudra qu’on se la pose, mais en son temps », exposait-il ce week-end. Autrement dit : on a déjà perdu du temps, continuons de retarder l’accroissement indispensable de la production mondiale ! Avec de tels arguments, on comprend que, comme il vient de le confier en présentant ses milliards de dollars de profits trimestriels devant les marchés financiers, Stéphane Bancel, le PDG de Moderna, n’ait pas « perdu une minute de sommeil ». Or, alors que des dizaines de laboratoires se déclarent prêts à participer, mais se voient opposer des refus des monopoles qui décident seuls de leurs chaînes de sous-traitance, le cas de la start-up américaine fournit la démonstration même qu’à partir du moment où on détient les brevets, on peut tout à fait amplifier massivement la production. Avant la pandémie, l’entreprise ne disposait pas de circuits pour produire en quantité son ARN messager ; ils ont été créés de but en blanc, grâce aux fonds publics américains, suisses, ou encore, pour un tout petit bout du conditionnement dans l’Hexagone, français… Ce qui démontre de manière implacable qu’il est largement possible de faire mieux, à condition de ne pas perdre plus de temps !

 

 

Ce qu'affirme Emmanuel Macron

 Le premier sujet pour la solidarité vaccinale, c’est le don de doses. Ce que nous avons lancé avec Act-A, au sein duquel il y a le véhicule Covax et sur lequel les Européens avancent. On a commencé à donner des doses il y a plusieurs semaines. Le don de doses, c’est la clé… 

Décryptage

Une clé, peut-être, mais alors, une clé qu’Emmanuel Macron viendrait opportunément de retrouver… Là encore, le président français ne manque pas d’air en présentant comme sa propre initiative les dispositifs (Act-A et Covax) visant à garantir l’accès aux vaccins à 20 % de la population dans les pays les plus pauvres. Plus grave : à ce stade, le Sud n’a pas vraiment vu la couleur des doses promises, car les producteurs de vaccins à ARN messager réservent leurs livraisons aux États qui paient le prix fort. Et AstraZeneca, central dans le mécanisme Covax, a revu drastiquement à la baisse ses prévisions, du fait des difficultés chez son sous-traitant indien. Alors que la Suède en promet un million, que l’Espagne et le Portugal s’engagent à partager entre 5 % et 10 % de leurs stocks avec l’Amérique latine, la France n’a donné aujourd’hui que 106 000 doses au titre de la « solidarité ». Et encore, comme les autres grandes puissances du Nord, États-Unis en tête, elle est d’autant plus généreuse qu’avec l’hésitation propre au vaccin AstraZeneca, des millions de doses risquent aujourd’hui de lui rester sur les bras…

 

 

Ce qu'affirme Emmanuel Macron

  Le deuxième pilier de cette solidarité pour que le vaccin circule, c’est de ne pas bloquer les ingrédients et les vaccins eux-mêmes. Aujourd’hui les Anglo-Saxons bloquent beaucoup de ces ingrédients et de ces vaccins. 100 % des vaccins produits aux États-Unis d’Amérique vont pour le marché américain. En Europe, sur à peu près 110 millions de doses produites à date, nous en avons exporté 45 et gardé 65. Nous sommes les plus généreux au monde dans le camp des pays développés. 

Décryptage

Difficile de donner tort au président de la République quand il fustige l’égoïsme des Américains. À travers l’activation d’un texte législatif sur la production en temps de guerre – le Defense Production Act daté de 1950 –, la Maison-Blanche a rétabli une planification protectionniste en constituant des stocks de principes actifs et de matériaux indispensables à la fabrication de leurs sérums. Maintenant qu’il est sur le point d’achever sa propre campagne de vaccination, Joe Biden tend la main, la bouche en cœur, au reste du monde…

En revanche, on n’est pas obligé de suivre Emmanuel Macron sur le terrain de l’exception européenne : jusqu’ici, ce sont la Chine, la Russie et l’Inde qui ont, de très loin, certes avec des visées géopolitiques et commerciales, fourni les pays du Sud en vaccins. Car si la production en Europe des multinationales a bel et bien été exportée en partie, elle l’a été, pour l’écrasante majorité des stocks, sur une base purement mercantile, celle des contrats de préachats bilatéraux : d’après les derniers chiffrages de la Commission européenne, sur les 200 millions de doses exportées au total – un chiffre bien supérieur à celui du président français, mais ça ne change rien, au fond –, 70 millions sont partis vers le Japon, 19 millions pour le Royaume-Uni, 18 pour le Canada, 10 pour le Mexique, 7 pour l’Arabie saoudite, 5 pour la Suisse et la Turquie, 3 pour Singapour et 3 pour la Corée du Sud. Plus que de la « générosité », il s’agit de simple libre-échange, en fait, qui ne règle rien à l’accès universel aux vaccins…

 

 

Ce qu'affirme Emmanuel Macron

  La troisième chose, c’est le transfert de technologies. Ce qu’il faut réussir à faire, c’est transférer au maximum les technologies pour produire la substance active ou réaliser le conditionnement, au service des pays en développement.

Décryptage

Jusqu’ici, les Européens ont, à l’instar des Américains, largement financé l’augmentation des capacités de production des grands labos pharmaceutiques et poussé les multinationales en retard dans la course aux vaccins, comme Sanofi, ou absentes, comme Novartis ou Merck, à aider les producteurs actuels. Mais, malgré les flots d’argent public déversés, l’Union européenne, France comprise, s’interdit d’intervenir directement et laisse le secteur privé s’organiser comme il veut. Ce qui explique pourquoi Emmanuel Macron fait mine de croire que levée des brevets et transferts de technologies s’opposent, alors que ces deux mouvements peuvent et doivent être articulés… Il est même possible de le faire, comme y invite désormais Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS, en offrant des « incitations » supplémentaires aux multinationales pour qu’elles partagent leur savoir-faire et leurs recettes.

 

 

Ce qu'affirme Emmanuel Macron

  Je suis favorable à ce qu’on ait ce débat (sur la levée des brevets – NDLR), mais il ne faut pas tuer la rémunération de l’innovation. Il faut toujours rémunérer les chercheurs, c’est important. Oui à la solidarité, mais elle passe aussi par ces mécanismes.

Décryptage

Dans la queue, le venin : à la fin de sa démonstration, le président français remet sa veste à l’endroit, et reprend le refrain de Big Pharma… « Bien public mondial », le vaccin ? Jusqu’ici, avec de tels promoteurs, il se révèle surtout être une gigantesque machine à cash pour les multinationales. L’« innovation », parlons-en ! En exploitant des décennies de recherches publiques sur l’ARN messager ou les adénovirus, sur la séquence génétique des coronavirus ou sur la description de la protéine spike, en bénéficiant d’un financement public global pour le développement, la fabrication et la logistique estimé à plus de 10 milliards d’euros, en profitant d’une liberté totale pour la fixation de leurs prix de vente, les géants du secteur engrangent des bénéfices vertigineux grâce à l’empire des brevets. Comme l’Humanité l’a établi récemment (lire notre édition du 28 avril), plus de 70 milliards d’euros ont été brûlés en dividendes et rachats d’actions par les grands groupes pharmaceutiques depuis le début de la pandémie. Emmanuel Macron serait bien avisé de jeter un œil à leurs principaux actionnaires, qui ressemblent furieusement, non pas à des chercheurs ou des innovateurs, mais plutôt à des spéculateurs…


 

 

La commission européenne ne prête l’oreille qu’à l’industrie pharmaceutique

 Quand elle veut parler de la production pharmaceutique et des vaccins contre le Covid-19, qui la Commission européenne choisit-elle comme interlocuteurs privilégiés ? D’après un décompte du Corporate Europe Observatory (CEO), une petite équipe spécialisée dans la surveillance du lobbying à Bruxelles, l’exécutif européen a, depuis le début de la pandémie, organisé 44 rencontres avec les dirigeants de grandes entreprises du secteur, 117  avec des représentants de leurs associations professionnelles et 41 avec des philanthropes liés à la Fondation Gates. Toutes ces entités sont de fervents opposants à un quelconque aménagement de l’empire des brevets. Dans le même temps, les portes de la Commission restent hermétiquement closes pour les partisans de l’intérêt général et de la santé publique mondiale. Ainsi, les rendez-vous demandés par Médecins sans frontières, la célèbre ONG très engagée sur les questions d’accès universel aux médicaments, ont été refusés par plusieurs commissaires européens. « La Commission est la chambre d’écho de Big Pharma », dénoncent les chercheurs du CEO

 

 

 

publié le 10 mai 2021

 

Les lycéens victimes de la répression policière le mercredi 5 mai à Béziers,
 
Communiqué de la section SNES-FSU  du lycée Henri IV de Béziers

 

Ce matin mercredi 5 mai une manifestation de lycéens des établissements de Béziers a marché du lycée Jean Moulin au lycée Henri IV. Arrivés devant le lycée Henri IV, les lycéens ont été accueillis par un important et inhabituel déploiement de forces de l’ordre avec casques, gilets, matraques, flash balls et gaz lacrymogènes. Les rues autour du lycée étaient bloquées. Au cours du rassemblement, les flash balls ont été pointés vers les jeunes, qui ont reculé par peur. Un lycéen a reçu un coup de matraque, puis dans un mouvement de foule est tombé et on lui a marché dessus. Les gaz lacrymogènes ont été utilisés. A 11 heures, l’établissement a décidé de faire sortir les élèves par la porte au bas de la rue Forcadel sans se soucier de leur sécurité,  puisqu’ ils sont tombés sur des policiers qui les ont pris en chasse devant l’école primaire

 

Les lycéens ont le droit de manifester sans se retrouver face à une armada, qui est un encouragement aux provocations. La section SNES-FSU refuse ce déploiement complètement disproportionné de forces de l’ordre devant le lycée, qui est source de provocation et d’incidents. D’ailleurs cela n’a pas manqué, trois jeunes se sont retrouvés en garde à vue.  

 

Aussi, la section SNES lycée Henri IV  exprime son indignation devant ce nouvel épisode de répression. Nous demandons à ce que la lumière soit faite sur les ordres ou les demandes de déploiements d’agents de police armés. Nous condamnons l’usage de la violence en direction des lycéens.

 

L’escalade de la violence n’est pas la réponse qu’on doit apporter aux lycéens. Il est urgent au contraire  que le Ministre entendre les inquiétudes légitimes des lycéens qui doivent se présenter aux examens dans des conditions de préparation incomplètes et inégalitaires, du fait de la gestion de l’épidémie de COVID 19 par le gouvernement, qui a laissé les établissements mettre en place des organisations des enseignements totalement éclatées, sans moyens suffisants dans la plus grande disparité, source d’inégalités. Depuis le 2 novembre le fonctionnement hybride a conduit à l’alternance de cours en distanciel et en présentiel. Nous ne pouvons pas considérer que les conditions d’apprentissage ont été « normales », que les programmes ont été traités dans des conditions sereines, que les élèves ont été préparés à l’épreuve du grand oral. Les mesures d’ajustement annoncées tardivement par le Ministre ne règlent pas tout.

 Les lycéens ont besoin d’être rassurés quant à leur avenir, ils ont besoin de l’abrogation de Parcoursup, ils ont besoin de profs, de salles de cours, de bonnes conditions d’études et de travail, pas de répression.

 

Pour la section SNES-FSU du lycée Henri IV : Christophe Benoit ;  Patrick Andrieu ;  Saïd Bridai.

Publié le 07/05/2021

 

 

UN quart du budget de l’Etat s'évapore en sous-traitance

 

Par Erwan Manac'h sur www.politis.fr

 

 

 

Une centaine d’agents et cadres de la fonction publique publient une étude sur l’externalisation de l’action publique à des entreprises privées.

Le coût de celle-ci est évalué à 160 milliards d’euros par an.

 

 

 

C’est la partie immergée d’un iceberg qu’on savait gigantesque, évaluée pour la première fois, et malgré le peu de données disponibles, par un collectif naissant de hauts fonctionnaires et d’agents publics : en additionnant les différentes formes de sous-traitance (1), à tous les échelons de l’État et des collectivités locales, le phénomène d’externalisation de l’action publique représente 160 milliards d’euros par an. C’est 7 % du PIB et l’équivalent du quart du budget de l’État.

 

Cette estimation est le fruit d’un travail de recoupement révélé ce vendredi par le collectif « Nos services publics », qui regroupe une centaine d’agents et cadres de la fonction publique, pour la plupart anonymes mais résolus à « alerter » de l’intérieur sur les dysfonctionnements de la puissance publique.

 

 

Une accélération considérable du phénomène

 

 

La note de 13 pages retrace l’histoire du phénomène, de sa première éclosion dès le XVIIe siècle à l’accélération considérable observée à partir du milieu des années 1990. Une série de « réformes de l’État » dessine alors un arsenal de normes budgétaires et juridiques qui rendent progressivement l’externalisation incontournable. À tel point qu’aujourd’hui les lois « limitent la capacité des pouvoirs publics à confier des missions à leurs propres opérateurs publics » afin de favoriser la mise en concurrence, souligne le collectif.

 

Cette note pointe également l’impact de la forte réduction du nombre d’emplois publics, à tous les échelons de l’administration. Avec une décentralisation opérée avec des dotations en baisse ou insuffisantes, ce rétrécissement de l’État et des collectivités locales les contraint in fine à déléguer au privé des fractions de plus en plus diverses de leurs missions.

 

Sous différentes formes juridiques (2), l’externalisation concerne aujourd’hui tous les pans de l'action publique, du nettoyage des locaux à l’élaboration des politiques, constate le collectif. Y compris des missions à caractère stratégique comme la sécurité informatique.

 

Sous François Hollande, le plan de « modernisation de l’action publique » a ainsi offert la délivrance de titres officiels aux entreprises privées (visas, cartes grises). Tandis que le projet Action publique 2022 d’Emmanuel Macron élargit la sous-traitance à l’accompagnement des demandeurs d’emploi, au contrôle réglementaire, à la protection du consommateur et à la répression des fraudes.

 

 

Un modèle coûteux et désarmant pour l'Etat

 

 

Ce phénomène a plusieurs effets pervers, selon l’analyse du groupe de fonctionnaires : une perte de compétences et même de « souveraineté », sur des actions que la puissance publique a pourtant elle-même décidées ; un risque de dévoiement de l’intérêt général et de dégradation du service public ; un nivellement par le bas des conditions de travail...

 

Elle représente également un surcoût financier souvent important sur le temps long. Car les entreprises privées sont redevables de la TVA et doivent rémunérer leurs banques ou leurs actionnaires, ce qui n’est pas le cas pour des prestations réalisées en interne, souligne la note. Une externalisation induit également des « coûts de transferts » au moment de sa mise en place et annule toute possibilité de mutualiser les compétences entre territoires. Un paradoxe, pour une politique dictée officiellement par une volonté de « maîtrise de la dépense publique ». Avec ce résultat que déplore Nos services publics : Plutôt que de diminuer le coût pour du service tout en maintenant sa qualité, on en réduit la qualité tout en dégradant les finances publiques.

 

Ce constat conduit le collectif à formuler une série de conditions, qui devraient selon lui présider au choix d’externaliser ou non une action publique. Le recours au privé devrait toujours être choisi et réversible, ne pas hypothéquer la capacité d’action future de l’acteur public et constituer un gain sur le temps long en tenant compte de toutes les facettes du problème.

 

 

L’urgence de reprendre la parole

 

 

Cette première note doit en appeler d’autres, sur les sujets ayant trait aux « dysfonctionnements institutionnalisés de l’appareil d’État ou des collectivités publiques », promet le collectif. Il a également lancé une enquête auprès des fo