PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
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democratie elections  depuis oct 2021

publié le 19 octobre 2021

A Montpellier, Génération Zemmour : un pot-pourri de l’extrême droite radicale locale

sur https://lepoing.net

Eric Zemmour, candidat à l’élection présidentielle ? L’hypothèse devient chaque jour plus probable, crédibilisée par une agitation médiatique incessante appuyée sur les sondages récents. Le polémiste condamné pour ses propos racistes entretient toujours le mystère sur ses véritables intentions. Mais en coulisse et sur le terrain, ses militants s’activent pour préparer la candidature du « Z ». On retrouve dans leurs rangs des militants accumulant les étiquettes au nom de « l’union des droites » – et tant pis pour la cohérence.

Du RN à Zemmour

Un petit rappel historique s’impose. Depuis les années 80 et jusqu’en 2017, le principal parti d’extrême droite français, le Front/Rassemblement National, occupe le terrain en comptant sur une certaine stabilité électorale. Pour Marine Le Pen, nouvelle dirigeante de la PME familiale, les choses sont simples : son score augmente d’élection en élection et si Emmanuel Macron a mis à mal les anciens partis de droite et de gauche, elle peut espérer apparaître comme la principale opposante au pouvoir en place. Il n’y a donc qu’à attendre le prochain scrutin pour récolter les fruits du macronisme.

Mais les choses ne se déroulent pas comme prévues. Suite au débat désastreux de l’entre-deux-tours de 2017, Marine Le Pen est pressée par son entourage de modifier son programme, pour apparaître comme une option crédible, capable de gouverner le pays. La tactique du charognard consistant à capitaliser sur les attentats et les crimes ne suffit pas pour passer le cap du second tour. Il faut encore convaincre les élites politiques et économiques… Le FN devient donc le RN et adopte un programme recentré, plus modéré en apparence. Exit le racisme décomplexé, la sortie de l’UE, le retour aux franc. Seulement voilà : après des décennies de discours ultra-réactionnaire, la base du parti est déçue, de nombreux électeurs, militants et cadres jugeant ce virage comme une trahison. Ce mécontentement ne tarde pas à être capté par Eric Zemmour qui y voit une formidable opportunité. Avec lui, pas de dédiabolisation, mais des outrances pour occuper l’espace de la droite radicale. Ce qui attire de nombreux jeunes tombés en désamour avec Marine Le Pen…

On prend les mêmes et on recommence

Cette « union des droites » fantasmée depuis des années, portée par divers médias, personnalités et influenceurs influents, s’illustre dans les faits à Montpellier. On retrouve dans la petite équipe portant la campagne Zemmour des membres du groupuscule antisémite et royaliste Action Française, des ex-RN, des militants du syndicat étudiant de droite (liée aux Républicains) l’UNI… Mais, surprise, il s’agit des mêmes individus.

Ainsi, des étudiants comme Riyan B. ou Pierre M. ont milité localement pour l’Action Française, participant aux activités et taguant la nuit croix celtiques et fleurs de lys (peut être sous l’emprise de l’alcool au regard du résultat). Rappelons que le principal dirigeant de l’AF, Charles Maurras, qualifiait la Résistance de « terroriste » et appuyait Pétain. Mais les deux mêmes étudiants sont également impliqués activement dans l’UNI Montpellier. On retrouve aussi Pierre M. au Rassemblement National, avant donc de rejoindre la campagne Zemmour. Une situation qui n’a rien d’une exception locale : à Nîmes, c’est un certain Robin C., ex-FN, qui anime l’UNI local, tout en agressant à coups de barre de fer des manifestants toulousains contre le pass sanitaire avec la bande fasciste « South Face ». Des grands écarts idéologiques prouvant à la fois l’ancrage dans l’extrême droite de l’UNI, démentant le discours officiel du syndicat, et la faiblesse des effectifs de tous ces groupes, qui en sont réduits à voir leurs adhérents multiplier les casquettes (au propre comme au figuré).

Un autre exemple montpelliérain : comme le prouvent les vidéos du meeting du 16 octobre d’Eric Zemmour à Béziers, de jeunes fascistes locaux déjà évoqués dans le Poing – Clément N., Florian L. et Athenais N., étaient également présents. Rien de surprenant après l’annulation du meeting montpelliérain (officiellement faute de salle appropriée, ce qui en dit long sur l’implantation du candidat) : si ces individus avaient lancé le groupe « Jeunesse Saint Roch » sur le modèle du Bastion Social, on les trouve également à l’Action Française, à la Ligue du Midi, avec la South Face, etc. Plus d’étiquettes que de membres et une confusion idéologique totale, entre catholicisme intégriste, paganisme, et références nazies.

Et les autres ?

Longtemps, le Front/Rassemblement national a pu garantir une rente à ses membres : postes d’élus, permanents… L’argent des subventions nourrissait l’appareil. L’affaiblissement de la marque Le Pen pousse les carriéristes et les radicaux à aller voir ailleurs. Il est donc possible que d’autres personnes et d’autres groupuscules soient entrainés dans la dynamique de la campagne Zemmour, au risque de multiplier les exactions, les scandales et le ridicule. La Ligue du Midi a ainsi eu jusque-là des positions plutôt favorables au candidat d’extrême droite. Il réalise le vieux fantasme du clan Roudier d’une candidature unitaire bien marquée à droite, sans programme social mais assumant l’outrance sur les classiques thèmes du triptyque Islam-Immigration-Insécurité.

Profitons-en pour noter que cela correspond tout à fait aux intérêts de classe des dirigeants de la Ligue. Le fait que la famille Roudier possède des propriétés telles que le château d’Isis est connu de tous. Il n’en va pas de même pour les seconds couteaux, tels que Florence V., suppléante de Richard Roudier lors des élections cantonales à Sumène, dans le Gard. Son mari est Stephan V., directeur général délégué du Casino de la Grande Motte au chiffre d’affaire de 14 millions d’euros pour l’année 2020. Une famille intéressante et représentative de ce milieu socio-politique, puisqu’un de leurs enfants, Tristan V., passionné d’armes à feu ayant tenté sans succès d’agresser des adversaires politiques, militait aussi à l’Action Française avant de rejoindre Jeunes d’Oc – nouvelle structure lancée par l’ex dirigeant de Génération Identitaire, Jérémy V. Et cela alors que plusieurs anciens cadres du mouvement identitaire s’engagent aujourd’hui dans la campagne Zemmour. Le monde est décidément petit.



 

publié le 16 octobre 2021

Covid. État d’urgence et passe sanitaire prolongés : la démocratie confisquée

Florent LE DU sur www.humanite.fr

Le gouvernement a présenté, mercredi, son « projet de loi de vigilance sanitaire » impliquant les prolongations du régime d’exception jusqu’au 31 juillet et du passe, sans que la situation sanitaire ne les justifie. 

L’exécutif veut garder le monopole de la gestion de crise et son arsenal de mesures liberticides. Mercredi, en Conseil des ministres, il a présenté un nouveau projet de loi dit de « vigilance sanitaire ». « De la sémantique pour ne pas parler d’état d’urgence », commente le député PCF Sébastien Jumel. Car ce projet prévoit surtout de maintenir le « régime de sortie de l’état d’urgence sanitaire », qui permet au gouvernement de prendre de nombreuses mesures (confinement, couvre-feu, limitations de circulation ou de rassemblement), sans besoin d’en informer le Parlement.

Parmi elles, l’obligation de présenter le passe sanitaire dans de nombreux lieux du quotidien, qui devait prendre fin le 15 novembre prochain. Finalement, ce dispositif controversé pourra être prolongé au-delà, et jusqu’au 31 juillet 2022. « Si et seulement si c’est nécessaire », a tenté de rassurer le porte-parole Gabriel Attal, sans démentir le fait que, le 16 novembre, le dispositif devrait toujours être appliqué. Car, en réalité, le gouvernement se donne plutôt la possibilité de suspendre l’obligation de présenter le passe après la date prévue. « Nous pourrons adapter le passe sanitaire, voire le suspendre si l’amélioration épidémique se poursuit », a-t-il finalement concédé.

Alors que la situation épidémique ne le justifie pas, l’exécutif s’approprie ainsi un attirail juridique d’exception « au cas où », au mépris de la démocratie et de la nécessaire adhésion de la population. Explications.

1. Une épidémie maîtrisée dans l’Hexagone

« Le passe sanitaire est l’outil grâce auquel nous ne devrions pas être contraints de confiner le pays alors que l’épidémie connaît une flambée », assurait le ministre de la Santé, Olivier Véran, à l’Assemblée nationale, le 21 juillet. Trois jours plus tard au Sénat, il ajoutait : « Dès que nous pourrons lever cette contrainte, nous le ferons sans attendre. » Dès lors, comment justifier aujourd’hui sa prolongation, alors même que la propagation du virus est en forte baisse ? « La quatrième vague épidémique est maîtrisée, avec un taux de reproduction du virus relativement faible en France, détaille l’épidémiologiste Antoine Flahault. Le taux d’incidence est aujourd’hui de 42 cas pour 100 000 habitants et la décrue devrait se prolonger dans les semaines à venir. » Or, le gouvernement et Santé publique France ont défini le seuil de 50 cas pour 100 000 habitants comme cote d’alerte. En dessous, la propagation du virus est jugée peu préoccupante et les mesures de freinage guère nécessaires.

Ainsi, selon le conseil scientifique, dans son avis du 6 octobre, « cette amélioration de la situation sanitaire permet la reprise d’activités économiques et sociales dans des conditions se rapprochant de la normale ». L’instance va même jusqu’à demander au gouvernement « une sortie rapide, voire immédiate de l’usage du passe sanitaire » et « tient à rappeler qu’il doit rester un outil temporaire et proportionné ». Cependant, tous les spécialistes mesurent le risque d’une cinquième vague, « la saison automnale et hivernale étant propice à la circulation et à la transmission des coronavirus », et alors que l’immunité apportée par le vaccin diminue. C’est ce qui permet au gouvernement de justifier la prolongation du régime d’exception, s’apparentant à des pleins pouvoirs en matière de politique sanitaire.

2. L’incitation à la vaccination accomplie

Le passe sanitaire étendu début août à de nombreux établissements recevant du public a eu un effet indéniable sur la campagne de vaccination, le taux de vaccination ayant connu un bond important directement après les annonces d’Emmanuel Macron, le 12 juillet. Mais cette incitation semble aujourd’hui avoir atteint son plafond. « Depuis début septembre, il y a une stagnation nette, avec très peu de premières doses injectées », explique Antoine Flahault. Dès lors, le dispositif n’apparaît plus justifié, d’autant que rien n’a prouvé son « efficacité pour freiner la propagation du virus » ou la création de clusters, comme le reconnaît le conseil scientifique.

L’intérêt du passe sanitaire pourrait toutefois revenir pour inciter l’administration d’une troisième dose. Le gouvernement, constatant une baisse de l’immunité produite par le vaccin après six mois, plaide pour ce rappel. Pour diverses raisons, seulement 35 % des personnes éligibles ont reçu à ce jour une troisième dose. L’exécutif pourrait donc être tenté d’intégrer ce rappel aux critères du passe sanitaire mais « cela n’est pas prévu dans le projet de loi », indique Matignon. « Il ne prévoit pas non plus de moyens pour lutter contre les déserts médicaux ou pour renforcer l’hôpital public… », ajoute le député insoumis Éric Coquerel.

3. Une gestion autoritaire et punitive

S’il n’incite plus à la vaccination et qu’il n’est pas efficace pour lutter contre la propagation du virus, le passe sanitaire ne devient-il pas simplement punitif ? D’autant qu’à partir de vendredi, les tests ne seront plus remboursés pour les personnes non vaccinées, en dépit de toute logique sanitaire (voir page 6). «  Comme on n’arrive pas à convaincre les réticents à la vaccination, on va leur pourrir la vie jusqu’à ce qu’ils cèdent, interprète Frédéric Pierru, sociologue au CNRS. C’est totalement contraire à ce que doit être une politique de santé publique, dont le but doit être d’obtenir l’adhésion des gens, la compréhension des mesures, et pour cela il faut du temps, du débat, du travail de proximité. »

Ces considérations sont valables même si l’exécutif décidait, demain, de renoncer au passe sanitaire. Avec le projet de loi de « vigilance sanitaire » prolongeant le régime d’exception, Emmanuel Macron choisit à nouveau une gestion ultraverticale de la crise. « Alors que cela ne marche pas pour améliorer la situation sanitaire, ces actes d’autorité comme le passe sanitaire, qui est plus que jamais un outil de discrimination sociale, territoriale et politique d’une certaine manière, sont contre-productifs », sanctionne Sébastien Jumel.

4. Une démocratie définitivement bafouée

Jusqu’à la fin du mandat d’Emmanuel Macron, celui-ci pourra donc décider quasiment seul de tout ce qui concerne la gestion de la crise sanitaire. C’est l’objet de ce projet de loi, qui s’apparente à un état d’urgence permanent (du moins jusqu’au 31 juillet). L’exécutif justifie notamment sa prorogation jusqu’à l’été par la suspension des travaux des chambres fin février (en raison de la campagne présidentielle), alors que le Parlement peut très bien être convoqué en session extraordinaire. « Nous devons garder à notre disposition des mesures de freinage, pouvoir les activer à tout moment si c’est nécessaire sans perdre de temps, n’exclure aucun scénario. Nous assumons notre refus d’un désarmement sanitaire qui serait plus que précipité », a indiqué Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement.

Ce discours, méprisant pour la démocratie et les parlementaires, n’est pas nouveau, il sous-entend que seul l’exécutif serait capable d’agir concrètement pour freiner l’épidémie. « Avec ce gouvernement, qui se présente en monsieur Je-sais-tout, il y a un risque de dérive certain, on pourrait s’habituer à ce que nos libertés fondamentales, individuelles et collectives soient amputées au quotidien comme si c’était normal », s’inquiète le député Sébastien Jumel, qui demande, par ailleurs, des garanties pour que les campagnes des élections présidentielle et législatives s’exercent pleinement. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a justifié le prolongement du régime d’exception par « la nécessité de réagir efficacement et rapidement si l’épidémie flambe ». Un argument qui fait bondir le sociologue Frédéric Pierru : « Au nom de l’efficacité, on justifie donc la marginalisation des instances démocratiques, des contre-pouvoirs, de la démocratie tout simplement. »


 

Le projet de loi au parlement dès mardi

 La confiscation des pouvoirs du Parlement devrait être actée au sein même des chambres, qui examinent le projet de loi à partir du mardi 19 octobre. Le président du Sénat, Gérard Larcher (LR), annonce déjà une résistance de la Chambre haute : « Il n’est pas question de donner un blanc-seing jusqu’au 31 juillet 2022, il faut que ça soit sous le contrôle du Parlement », explique-t-il. En revanche, les groupes majoritaires à l’Assemblée nationale (LaREM, Modem et Agir) ont déjà assuré au premier ministre, Jean Castex, leur soutien. La résistance des oppositions s’annonce donc complexe et les débats à nouveau houleux. D’autant que la Macronie, qui a l’habitude de stigmatiser ses opposants en les présentant comme des adversaires de la lutte contre l’épidémie, promet d’être encore méprisante envers les voix dissonantes.

publié le 9 octobre 2021

Vincent Tiberj : « Malgré les crispations, les Français
sont de plus en plus tolérants »

Aurélien Soucheyre sur www.humanite.fr

Les idées d’extrême droite progressent-elles dans la société française ? Pour le sociologue et professeur d'université à Sciences-Po Bordeaux, qui a travaillé sur le rapport annuel de la Commission nationale constitutive des droits de l’homme, elles sont indéniablement en recul. Leur surmédiatisation actuelle pourrait toutefois les faire progresser. Entretien.


 

Vous avez travaillé sur le rapport annuel de la Commission nationale constitutive des droits de l’homme (CNCDH) concernant les préjugés et la xénophobie. Indique-t-il que les Français sont de plus en plus d’extrême droite ?

Vincent Tiberj Non. Si l’on définit quelles sont les idées constitutives de l’extrême droite, par exemple le racisme, l’intolérance vis-à-vis de l’immigration et des préférences sexuelles, ou encore la défense d’un régime autoritaire, nous n’assistons pas du tout à une montée de l’extrême droite. C’est même l’inverse. Le baromètre annuel de la CNCDH, qui existe depuis 1990, montre que, s’il y a des hauts, des bas et des crispations dans l’évolution du racisme, de l’antisémitisme, de l’islamophobie, de l’homophobie et du rapport à la démocratie, nous avançons en réalité vers de plus en plus de tolérance. Le renouvellement générationnel est ici prépondérant puisque nous constatons à travers ces études que plus une génération est récente, plus elle est tolérante. Les baby-boomers sont plus tolérants que leurs parents, mais beaucoup moins que leurs enfants et petits-enfants. Autre exemple : en 1946, seulement 37 % des Français considéraient que les juifs sont des Français comme les autres. Ils sont désormais 92 % à le penser. Mais si nous pouvons estimer que le « racisme biologique » diminue, puisque seules 8 % des personnes interrogées considèrent « qu’il y a des races supérieures à d’autres », d’autres formes de racisme peuvent se développer, notamment vis-à-vis des personnes d’origine maghrébine et des musulmans.

Dans notre baromètre Ifop annuel pour la Fête de l’Humanité, seuls 48 % des sympathisants de gauche considèrent que « l’immigration rapporte plus à la France qu’elle ne lui coûte »… N’est-ce pas révélateur d’un glissement à droite sur ces questions ?

Vincent Tiberj L’indice longitudinal de tolérance mesuré à partir des enquêtes de la CNCDH est supérieur. Avec une seule question sortie du lot, l’effet est déformant et à prendre avec des pincettes. La formulation choisie joue aussi énormément. Si vous demandez : « L’immigration est-elle une source d’enrichissement culturel ? », vous obtenez des réponses très positives. Mais si vous posez une question sur le lien entre immigration et insécurité, c’est l’inverse. L’indice longitudinal a pour avantage de ne pas être réalisé dans le feu de l’actualité et bénéficie d’une méthodologie de long terme. Il s’agit d’une enquête annuelle, avec les mêmes paramètres et l’agrégation de 70 questions. Il montre que l’idée selon laquelle il y aurait trop d’étrangers en France diminue de génération en génération. Il montre aussi que le féminisme progresse et que la demande de démocratie augmente, même si le rapport au vote évolue. Si, dans un sondage, vous posez cette question : « Un leader fort obtient-il des résultats rapides ? », les Français vous diront oui. Mais si vous demandez s’il faut davantage partager les décisions et associer les citoyens, ils vous diront aussi oui. Il faut donc user de méthodologie permettant de décrypter l’évolution réelle. Depuis 1990, elle va vers un recul des idées d’extrême droite, grâce à un meilleur niveau d’éducation et une fréquentation plus importante de camarades de différentes origines.

L’extrême droite et Éric Zemmour sont pourtant surmédiatisés. Si cela va actuellement à contre-courant de l’évolution profonde de la société française, n’y a-t-il pas un risque de faire monter le danger dans les têtes et les votes ?

Vincent Tiberj Absolument. Il y a à la fois une hausse de la tolérance et une crispation. Il y a à la fois une « banalisation de la diversité », à l’œuvre dans la société et une banalisation du discours et des mythes d’extrême droite sur une chaîne comme CNews, qui a un effet d’entraînement sur les autres médias. On se retrouve, en réalité, dans la même situation que celle connue par les États-Unis dans les années 2000 avec la montée en puissance de Fox News. Ce genre de chaîne développe une grammaire politique qui polarise fortement le débat médiatique et le déplace à droite. Ce qui est très surprenant, c’est que cela fonctionne alors même que l’audience de CNews reste confidentielle, avec des parts de marché très faibles. Notamment parce qu’il n’existe pas de chaîne tentant d’entraîner le débat à gauche, ni de chaînes qui se préoccupent d’axer leurs contenus sur les priorités réelles des Français. Cela donne au final une place centrale à l’extrême droite, tout en ayant un effet profondément démobilisateur sur l’électorat de gauche.

C’est-à-dire ?

Vincent Tiberj Il n’y a pas plus de gens obsédés par l’immigration en France que de gens obsédés par le réchauffement climatique, l’éducation et l’insécurité sociale. Bien au contraire. Mais si vous ne parlez que d’immigration et d’insécurité, vous mettez Éric Zemmour au centre du jeu, et vous désabusez tous ceux qui, pourtant majoritaires, sont en demande de fortes politiques de redistribution des richesses, d’égalité, d’écologie et de social. Nous sommes un peu dans une situation similaire à celle de 2002, qui a vu Jean-Marie Le Pen accéder au second tour. Mais le vrai souci, ce n’est pas de parler d’insécurité et d’immigration, qui sont des sujets légitimes. Le vrai souci, c’est que tant que la gauche ne répond pas clairement, ne déconstruit pas le discours de droite sur l’insécurité et l’immigration et ne propose pas de politiques de gauche fortes sur le sujet, elle reste bloquée et ne peut pas dérouler le reste de son programme. Il y a tout un espace pour la gauche, mais, de manière fascinante, on ne l’entend pas pour l’instant. Il y a aussi une grande déconnexion entre les valeurs qui s’affirment chez les Français et la représentation politique. Dès lors, pourquoi iraient-ils voter ?

Malgré tout, une victoire de l’extrême droite reste-t-elle peu probable ?

Vincent Tiberj Au sujet des intentions de vote, il ne faut pas oublier que si les sondages donnent Éric Zemmour montant, ils donnent aussi Marine Le Pen descendant. Il apparaît clairement qu’il séduit une part importante de l’électorat RN et qu’ils peuvent s’autoneutraliser. Mais Zemmour attire aussi des personnes âgées des classes aisées qui ne s’autorisaient pas à voter RN. De ce point de vue, il permet à un nouvel électorat de basculer dans un vote d’extrême droite et potentiellement de s’y installer.



 

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