PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

Publié le 17/05/2019

Europe : pour une politique culturelle antilibérale et antinationaliste !

(site journalzibeline.fr)

Le Parlement européen va être renouvelé le 26 mai. Les partis de Gauche français y partent en ordre dispersé alors que les groupes progressistes européens tentent de se rassembler. Petit état des lieux !

Le désintérêt des Français pour les élections européennes est évident : depuis 2005, en particulier, ceux qui ont voté Non au traité et l’ont vu s’appliquer quand même s’offusquent de ce déni de démocratie, et pensent que l’Assemblée européenne, élue au suffrage direct à 1 tour, n’a aucun pouvoir face à la Commission européenne (composée d’1 commissaire nommé par chaque chef d’État) ou face au Conseil de l’UE (composé des ministres des États).

Dans la région, même si les intentions de vote sont un peu meilleures qu’ailleurs (63%, comme en Île de France, au lieu des 57% de la moyenne nationale, voire 52% en Bretagne), le désintérêt est patent. Au-delà de l’euroscepticisme, les Français semblent méconnaître le pouvoir de l’Assemblée européenne : les médias s’attachent pour la plupart aux enjeux français, considérant les élections européennes comme un test pour les municipales, voire les présidentielles, à venir. Or, non seulement le Parlement européen élabore et vote les lois, mais il a également, contrairement à la plupart des parlements nationaux, un pouvoir de surveillance de l’exécutif (la Commission) et une compétence budgétaire.

Exercice de démocratie

Étant donné qu’aucune majorité stable ne s’en dégage, il est le lieu des alliances : certains projets de lois rassemblent des groupes qui s’opposent sur d’autres points, et il faut sans cesse convaincre ses potentiels alliés. D’où les mots doux que certains s’attribuent en coulisse ou sur les ondes, qualifiant de « tambouilles » les alliances, ou d’« imbéciles utiles » les alliés d’un jour autour d’une loi précise. La France s’est débarrassée de ce type de démocratie malléable et protéiforme, fragile et ingouvernable diront certains, depuis la fin de la Quatrième République. Mais elle n’est pas pour déplaire aux parlementaires sortants. À Eva Joly qui déclarait en quittant l’Assemblée : « Ici c’est la culture du compromis qui règne, et j’ai adoré ça. » Ou à José Bové, plus clair encore « Les Français ne comprennent pas comment on travaille ici. On est un pays clivant. Si on construit une majorité sur un projet, on est considéré comme un traître. ». Quant à Bruno Gollnisch (Rassemblement National), sa déclaration est de bon augure (excepté le soviétisme…) : « Une nouvelle union soviétique mondialiste s’élabore ici », s’est-il effrayé… Et les députés communistes sortants ont l’impression d’avoir accompli « un travail considérable ». Et harassant !

Alliances européennes, divisions françaises

Aujourd’hui, pour former un groupe au Parlement européen, il faut réunir 25 députés issus de 7 pays membres au moins. Chaque groupe est donc composé de partis nationaux de sensibilité parfois différentes : ainsi les Communistes, la France Insoumise et Lutte Ouvrière, s’ils ont des députés, siégeront ensemble à la GUE (Gauche Unitaire européenne et parti écologiste nordique). Le PS fait partie du Groupe S&D (Social et Démocrates), EELV du groupe Verts, alors que Génération.s, s’il a des députés, veut défendre un projet fédérateur de gauche autour de la candidature de Yanis Varoufakis, ancien ministre des finances de Tsipras, transfuge de Syriza et de la GUE.

Une telle alliance, opportuniste, est possible au Parlement européen, pour peu que les électeurs de gauche se rendent aux urnes pour construire une autre Europe, contrer la montée des nationalismes la toute-puissance des lobbys libéraux, et mettre en place un Green new deal européen comme le souhaitent à la fois Benoît Hamon et les Verts.

Mais 5% des voix sont nécessaires pour que chacune des listes ait des députés : sans un sursaut des électeurs de gauche la division va fortement impacter sur le nombre de parlementaires français progressistes à l’Assemblée européenne. Que les listes FI, PS, Génération.s, EELV, PCF voire LO atteignent chacune 5% semble un objectif peu réaliste… et tout ce qui sera en dessous sera perdu pour la représentation.

Pourtant les programmes des candidats semblent aujourd’hui séparés par l’épaisseur d’un papier à cigarettes. Il n’est plus question de Plan B à FI, tous font de la lutte contre le libéralisme, voire le capitalisme, leur objectif principal, indissociable du combat écologique. Et chacun fustige les nationalismes et la politique anti-migratoire criminelle de l’Europe. Y compris l’actuel PS, qui un temps prônait la déchéance de nationalité.

Et la culture ?

Un autre point commun : penser une politique culturelle européenne est loin de leurs préoccupations premières. Pourtant les libéraux européens luttent pour « libérer » les industries culturelles de l’exception qui l’affranchit partiellement des lois du marché, et permet de l’abstraire de la concurrence. Et les droites nationalistes s’emparent de la question culturelle pour y développer leurs obsessions identitaires et l’exclusivité du patrimoine chrétien. Le fait que Tibor Navracsics, ministre de Viktor Orban, soit l’actuel Commissaire à la culture nommé par l’Assemblée, n’est pas seulement le signe d’un désintérêt de l’Europe pour ces questions : elle est la preuve que les nationalistes fascisants en font le cœur de leurs crédos rancis.

Ni les Libéraux ni les Nationalistes ne s’y trompent : c’est à l’Assemblée européenne que sont posés les fondements des droits culturels des citoyens, de la juste rémunération des auteurs et des interprètes, de la libre circulation des œuvres, de la liberté de création. Et de la possibilité de concevoir l’art non comme le luxe de l’élite mais comme le bien du peuple et un des piliers de l’intérêt général.

C’est ainsi qu’élire des parlementaires de Gauche susceptible de ne pas soumettre l’art et la culture à des intérêts économiques ou idéologiques devrait être, pour tous ceux que la culture et l’art préoccupent, une préoccupation première…

AGNÈS FRESCHEL
Retrouvez ici nos entretiens avec
Christian Benedetti, qui porte la question culturelle aux élections européennes pour la FI, et Denis Lanoy, candidat PCF.

La suite du dossier consacré à ces élections, avec d’autres entretiens (EELV, Génération.s et PS) est à paraître vendredi 17 mai dans le n°35-36 de Zibeline Hebdo.

https://www.journalzibeline.fr/europe-pour-une-politique-culturelle-antiliberale-et-antinatio

Publié le 08/04/2019

Européennes : EELV en marche vers le centre

Par Loïc Le Clerc (site regards.fr)

« L’écologie, ça n’est pas la gauche », dixit Yannick Jadot. Le mois de mars a été difficile sur le plan de la stratégie chez EELV. Erreurs de com’ ou repositionnement libéral inavoué ? Quoi qu’il en soit, EELV semble devenu la CFDT de l’écologie politique.

En mars, Yannick Jadot a frappé deux grands coups médiatiques : le 1er mars 2019 auprès du journal Le Point, et le 5 au Figaro. Le message de la tête de liste EELV aux élections européennes est on-ne-peut-plus-clair : il veut « dépasser les vieux clivages ». Pas tant le clivage gauche-droite que celui entre « les puissances de l’argent et l’écologie politique », pour citer David Cormand, secrétaire national du parti.

Ainsi Yannick Jadot se dit-il favorable à « l’économie de marché, la libre entreprise et l’innovation ». Et quand nos confrères du Figaro lui font remarquer que, dans les sondages, EELV est devant LFI ou le PS, il rétorque : « Vous voulez vraiment nous mettre à gauche, hein ! »

Depuis ces deux articles, c’est tout l’appareil qui rame à contre-courant. Yannick Jadot lui-même a dû s’auto-modérer dans Le Monde : « Je veux soumettre l’économie aux impératifs de la société : le climat, les droits sociaux, la solidarité ». Mais pour Jérôme Gleizes, conseiller EELV de Paris et prof d’économie à Paris XIII, « les interviews de Jadot sont des maladresses, des erreurs momentanées de communication. Il pensait qu’en parlant au Point, il ne serait lu que par les lecteurs du Point. Après, il doit revenir sur ses propos parce que les gens n’ont pas compris. » L’écologiste en chef donne surtout l’impression de trop adapter son discours à son interlocuteur. Et ça se voit. Suffisamment pour que la sénatrice écolo Esther Benbassa regrette que Yannick Jadot « nous implique dans ses mauvais calculs ».

EELV, virage libéral ?

C’est vrai qu’il y a un paquet de « déçus du macronisme » à aller chercher… Jadot ne se rêve-t-il pas en un Cohn-Bendit version 2019, dix ans après les fameux 16% ? Sauf que lui plafonne sous les 10% et que, entre temps, le centre français s’est largement fait truster par un certain Emmanuel Macron. Que ce soit le MoDem, l’UDI, le PRG, les radicaux valoisiens ou n’importe quel autre organe centriste, la survie n’implique aujourd’hui plus qu’un seul paramètre : une alliance avec LREM. EELV ne peut, consciencieusement, pas penser faire jeu égal avec le parti présidentiel. Ne leur reste alors que d’accepter le statut de satellite. Comme au bon vieux temps du « socialisme » triomphant.

Sergio Coronado, ex-député EELV, candidat LFI aux européennes, sait taper là où ça fait mal : « Il y a des macronistes convaincus à la tête d’EELV. L’espace dans lequel se construit EELV était "Hollando-compatible", il est Macron-compatible. Quand on vote EELV, on a une chance sur deux d’élire un macroniste. » Mais que signifierait un « virage libéral » alors que les écolo-libéraux sont déjà partis ? Quand, en ralliant la liste LREM, l’eurodéputé EELV Pascal Durant et l’ex-patron de WWF Pascal Canfin « ont préféré l’original », assène Esther Benbassa ?

Evidemment, au sein du parti écolo, ça crispe. David Cormand accuse Pascal Canfin d’avoir « capitulé en rase-campagne. Il intériorise que le combat électoral ne vaut même pas d’être mené, qu’il n’y a pas d’alternative entre les libéraux et les fachos. » Pour autant, « politiquement, il n’y a pas beaucoup de différences entre Durant, Canfin et Jadot », analyse le journaliste Arthur Nazaret [1]. Ex-membre du bureau exécutif « au nom de la sensibilité de gauche » pendant six ans, Elise Lowy en profite même pour les canarder : « La direction d’EELV et ceux qui ont rejoint Macron ont été dans la même tendance pendant plus de dix ans. Rien ne les différencie politiquement. »

Fâchés avec la gauche…

Et l’aile gauche, elle, s’en est allée aussi. Il y a bien longtemps. Elise Lowy, Sergio Coronado, entre autres. Que peut un avion sans ses deux ailes ? Face aux critiques de la gauche, Yannick Jadot n’a qu’une seule arme : « Le futur, c’est moi, les autres, c’est l’URSS, c’est le Venezuela ». Appréciez ce qu’il déclare au Figaro :

« Un paysan bio, il vend sa production sur un marché, pas dans un sovkhoz […] On veut faire de l’économie soviétique ? De l’économie à la Maduro ? Regardez où elle en est. »

Ou encore au micro de RTL :

« S’il y en a qui pensent qu’il faut revenir au soviétisme ou qui ont comme modèle l’économie de Monsieur Maduro, et bien tant mieux pour eux et tant pis pour nous. »

Voilà peut-être de quoi interpréter sa phrase « l’écologie, ça n’est pas la gauche ». Mais de là à caricaturer la gauche comme n’étant qu’un ramassis de vieux cocos productivistes… il y a un monde. « Nous, on n’est pas seulement anticapitaliste, on est aussi anti-productiviste », lance David Cormand. Et n’y voyez pas de langue de bois ici, il le pense vraiment ! Comme quoi quelques nuances de rouge peuvent faire de grandes différences politiques chez les verts. Ne caricaturons pas. Les écologistes ont une place à part au sein de la gauche française, si tant est qu’ils s’y inscrivent. Voici ce qu’en dit David Cormand :

« Quand le marxisme déboule, il gagne l’hégémonie à gauche. De notre point de vue, la concession historique faite au capitalisme, c’est l’acceptation du productivisme. La faillite de la gauche au XXème siècle, son échec historique face au capitalisme, elle est liée à cette faute originelle. Aujourd’hui, la gauche marxiste est morte, vive la gauche écologiste ! »

Aux dires d’Arthur Nazaret, « Cormand était plus favorable à un rapprochement avec Hamon. Il s’inscrit plus à gauche, à l’inverse de Jadot. » D’ailleurs, ce dernier n’essaye pas simplement d’endosser le rôle de leader du nouveau monde écolo (cela fait tout de même dix ans qu’il est eurodéputé et il est en campagne pour un troisième mandat). Non, il veut surtout se faire passer pour le chantre du camp des « responsabilités », du « réalisme », du « pragmatisme ». Aucune surprise pour Arthur Nazaret, qui rappelle que « les écolos ont toujours voulu se distinguer de la gauche. Comme disait Jean-Paul Besset : "L’écologie n’est pas une branche de l’arbre de la gauche mais un arbre à part entière". »

… en attendant les municipales

Si Yannick Jadot « réaffirme l’originalité de l’écologie en tant qu’idéologie à part entière », comme nous l’explique Arthur Nazaret, le souci est qu’il ne dit pas avec qui il fera alliance. Pour les européennes, le scrutin étant quasiment à la proportionnelle (à condition d’atteindre 5% des suffrages), le jeu des alliances pré-électorales est sans grande importance – même si chacun aime y jouer la tragi-comédie. Mais après ?

Les écolos visent une forme de coalition (minoritaire) avec les libéraux et les sociaux-démocrates. Un centre « soc-lib-dem-écolo », en somme. D’ailleurs, EELV ne voit pas de problème à s’accoquiner occasionnellement avec un Michel Barnier. Mais attention, pas question d’aller jusqu’à s’allier avec le PPE. C’est qu’on a des principes. Esther Benbassa, elle, « aurai[t] préféré une campagne avec des alliances, afin de préparer l’avenir ». Une prochaine fois peut-être.

C’est qu’il faut tenir compte de la réalité politique du Parlement européen : le modèle allemand gouverne. La porte-parole d’EELV Sandra Regol l’assure : « Pour faire avancer les dossiers, on fait passer le projet avant la posture. En France, on a du mal à comprendre que le Parlement européen fonctionne différemment. Ça ne veut pas dire qu’on y fait des "alliances". » Et Julien Bayou, porte-parole du parti lui aussi, de préciser : « Il n’y a pas de coalition envisageable pour une majorité avec les conservateurs ou les sociaux-démocrates. Mais on ne va pas refuser leurs votes sur nos combats. On appelle ça des majorités de projet. » Certes. Mais ce n’est pas tout à fait l’avis de Yves Contassot, ex-EELV, passé à Génération.s : « Ils sont en train d’adopter la ligne des Grünen [les écolos allemands, qui dirigent le groupe au Parlement européen, NDLR], qui permet des alliances sur le centre, pas sur la gauche ».

Ok. Mais alors, que se passera-t-il après les européennes, quand viendra le temps de la campagne des municipales ? « Ça va tanguer dans tous les sens », s’amuse Sergio Coronado. Car partout où EELV siège et/ou dirige, ils ne le peuvent que grâce aux soutiens du reste de la gauche. Pas de « ni droite, ni gauche » à cet échelon politique, il faut la jouer franc-jeu. Alors, David Cormand sort l’artillerie lourde : « On ne veut plus être les supplétifs d’appareils plus puissants. Mélenchon a préféré l’hégémonie, nous, on revendique le leadership. Les européennes sont une étape. » En effet, une fois le scrutin européen passé, il va y avoir un congrès des écologistes. Le parti devrait même « muter » vers une nouvelle forme. Pour Jérôme Gleizes, « en 2019, on va voir s’il y a une modification du positionnement d’EELV à gauche ». Même Esther Benbassa espère une « refonte, une gauche écologiste, ça aurait de la gueule ! »

D’ici là, LREM pourrait tout de même changer la donne en faisant grandement pencher la balance au centre. Là, au printemps 2020, peut-être verrons-nous finalement EELV imploser. C’est qu’à EELV, les seules tensions portent sur la stratégie, pas sur la ligne politique – ils sont tous d’accord ! Néanmois, il serait bon que cet unanimisme tranche enfin entre libéralisme, social-démocratie et gauche radicale. Et ce au nom de l’écologie !

Loïc Le Clerc

Notes

[1] Auteur d’Une histoire de l’écologie politique (La Tengo, 2019)

Publié le 21/03/2019

Europe : les impasses de Lordon

Par Roger Martelli (site regards.fr)

Le Monde diplomatique de mars 2019 publie un dossier sur l’Europe. L’article leader est confié à Frédéric Lordon qui, une fois de plus, plaide pour une rupture radicale avec le cadre institué de l’UE. Il assortit son argumentation d’une ébauche de stratégie pour y parvenir. Disons-le tout net : Lordon prétend «  sortir de l’impasse  »... pour se précipiter dans une autre.

Pour Frédéric Lordon, deux camps seulement sont face-à-face. D’un côté se trouvent les classes populaires, les grands perdants effectifs de la construction européenne : elles sont protégées des «  scrupules précieux de l’européisme  » et un «  Frexit  » ne leur ferait pas peur. De l’autre côté, ce que Lordon appelle, selon les moments, «  la classe éduquée  » ou «  la bourgeoisie éduquée de gauche  » (sic  !). Celle-là souffre d’un «  européisme génétique  »  ; c’est à cause d’elle que tout processus de sortie est bloqué.

Lordon, qui tient à cette sortie, sait qu’on ne quitte pas le marché unique et l’euro sans majorité pour le décider et donc sans raccord entre les «  populaires  » et les «  éduqués ». Il faut donc, nous dit-il, trouver ce qui peut faire passer la pilule amère du retrait à ceux qui n’en veulent pas. La solution qu’il suggère est toute simple : offrir à «  la bourgeoisie éduquée de gauche  » le miel d’une Europe de la culture maintenue et même renforcée.

Le premier problème, dans cette construction intellectuelle, est que la réalité ne met pas en présence deux camps, celui des «  europhobes  » et celui des «  europhiles  », ni même d’ailleurs celui des «  populaires  » et celui des «  éduqués  ». Il est vrai que la confiance à l’égard de l’Union augmente avec la longueur des études et l’importance des revenus. Mais si, à juste titre, les catégories populaires sont majoritairement méfiantes à l’égard de l’Union, elles ne se prononcent pas majoritairement pour un Frexit. En fait, les seuls à se prononcer nettement pour la sortie de l’UE sont les sympathisants de l’extrême droite. En revanche, seuls 30% des sondés, 25% des électeurs de feu le Front de gauche et 32% des électeurs Mélenchon d’avril 2017 sont pour la sortie. On ne savait pas la «  bourgeoisie éduquée  » si nombreuse. [1]

Au lieu de la division binaire, les sondages suggèrent plutôt que les «  europhobes  » et les «  europhiles  » convaincus ne sont que les minorités extrêmes d’une opinion qui oscille entre au moins trois attitudes : ceux qui pensent que l’Union a plus d’avantages que d’inconvénients, ceux qui pensent le contraire (chaque groupe est au-dessous de 40%) et ceux qui jugent qu’il y a autant d’avantages que d’inconvénients. À l’arrivée, l’opinion positive et l’opinion négative globales sont à égalité, mais la volonté de sortie est très minoritaire. Telle est la réalité : elle n’est pas et elle ne sera pas univoque, en tout cas pour longtemps.

Par ailleurs, Lordon nous propose de défaire l’édifice européen et d’en construire un autre, réservé à la culture. Mais avec qui  ? La Hongrie de Viktor Orban, l’Italie de Giuseppe Conte, l’Autriche de Sebastian Kurtz, la Pologne de « Droit et Justice »  ? Et, en admettant qu’elle soit souhaitable et possible, comment financer cette Europe-là  ? En augmentant le budget européen au-delà du seuil critique des 3% du PIB, nous dit l’article. Mais cela supposerait qu’il y ait un budget européen : on sortirait de l’Europe et de ses structures communes, mais en gardant un budget communautaire. Comment serait-il plus facile de construire demain, avec des majorités nationales éclatées et peu compatibles, ce qu’il est si difficile de réaliser aujourd’hui.

Le propre d’une stratégie politique n’est pas d’ignorer une contradiction, mais de la travailler. On ne le fait pas en invoquant un peuple fantasmé ou en pensant que l’on va convaincre les gogos en leur promettant la lune.

Penser le monde tel qu’il est

Factuellement, l’argumentaire de Frédéric Lordon a du mal à résister à l’examen d’une réalité politique et sociale plus contradictoire qu’il ne le suggère. Il y a pourtant plus que cela : la question du devenir de l’Union ne se pose pas dans n’importe quel contexte historique. Pour Lordon, l’ennemi numéro un est «  l’européisme abstrait  ». Faudrait-il pour autant lui préférer un «  nationalisme concret  »  ? Il fut certes un temps où l’on pouvait invoquer les mânes de la nation révolutionnaire et du patriotisme républicain, par exemple quand le fascisme en expansion rappelait ouvertement ses accointances avec la contre-révolution.

Mais ce temps-là n’est plus. Nous vivons dans un autre monde, celui des rapports de forces instables, des inégalités croissantes, des concurrences exacerbées, où la realpolitik du heurt des puissances – la méthode Trump – se substitue de plus en plus au jeu patient des diplomaties et des instances de régulation planétaires. Un monde, en outre, où l’obsession de l’identité et la peur «  de ne plus être chez soi  » poussent à la fermeture par crainte du «  grand remplacement  ». L’identité se substitue à l’égalité sur le terrain des représentations sociales. Sur celui des représentations politiques, l’affirmation de la puissance prend le pas sur le primat de la négociation. Enfin, l’exigence d’autorité recouvre peu à peu le désir d’implication démocratique. Les Français ne s’accordent pas sur l’Union européenne, mais quand on les sonde sur les mesures qu’ils attendraient de l’Europe, celles qui attirent le plus de réponses positives, toutes catégories sociales confondues, sont le renforcement des gardes-frontières et l’élection d’un Président de l’UE au suffrage universel  ! [2] Il n’y a pas à s’étonner si cette période se prête, un peu partout, à l’émergence d’options autoritaires et aux tentations du repli sur soi.

Alors que la nation était promise à la disparition progressive, il y a quelques décennies à peine, nous assistons aujourd’hui à l’émergence d’un monde que le politologue Bertrand Badie désigne justement comme «  néo-national  ». En soi, cela pourrait n’avoir rien d’inquiétant : tout esprit national n’implique pas sa perversion chauvine. Mais, précisément, l’air du temps est aussi à la dominante d’un véritable «  néo-nationalisme  », et pas seulement en Europe. Tout discours «  national  » s’enchâsse aujourd’hui dans cette dynamique, au risque d’être dévoré par elle. Lordon déteste le « mondialisme abstrait  »  ; mais jusqu’où peut conduire le «  nationalisme concret  » que l’on opposerait à lui  ?

Nation : une réalité à relativiser

Les pensées binaires aiment bien les alternatives simples : ou bien la nation est obsolète, ou bien elle est éternelle. Le problème est que les deux affirmations sont fausses isolément. La nation fait partie de ces «  communautés imaginées  » – elles sont à la fois fictives et concrètement agissantes – qui rendent supportable la violence propre aux sociétés de classes. Le territoire réunit horizontalement les êtres que la hiérarchie sociale sépare et oppose verticalement. Toute communauté imaginée, nation comprise, vaut parce que des êtres humains ont voulu qu’elle soit la leur. Elle dure tant qu’ils souhaitent et décident qu’elle reste la leur, jusqu’à ce que d’autres représentations leur permettent de se situer autrement dans l’espace et dans le temps. Nul ne peut donc décréter arbitrairement que le temps des nations est forclos ; en sens inverse, nul ne peut faire comme si la nation était vouée à la répétition et à l’immobilité.

Quand le fait national s’est imposé, le monde était une abstraction pour l’immense majorité des êtres humains. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. La poussée des échanges, l’urbanisation galopante, les révolutions informationnelles, l’essor des communications instantanées et la diffusion massive des savoirs n’ont pas annulé les frontières, mais les ont relativisées. Les enjeux économiques, écologiques et culturels tissent désormais la trame d’une communauté de destin planétaire. L’espace-monde n’est plus seulement celui de «  l’inter-nations  », mais celui des interdépendances et de la «  mondialité  ». Que cette mondialité soit aujourd’hui recouverte et parasitée par la mondialisation financière et capitaliste est une chose  ; qu’il faille lui tourner le dos, au nom de ce constat, en est une autre.

Or l’interconnexion des espaces économiques et les problèmes globaux affectent la dynamique territorialisée propre à l’âge industriel. Les régulations «  avant tout nationales  » ont perdu l’évidence qui était naguère la leur. En fait, seuls les États-continents disposent de la concentration de puissance qui en fait des acteurs capables d’orienter le cours mondial. Tous les autres, sans exception, sont contraints de s’aligner plus ou moins, au mieux de surfer sur les contradictions entre puissances dominantes. Inventer des alliances d’États qui se substituent à celles rassemblant aujourd’hui les pays de l’Union européenne  ? Mais les expériences, lointaines ou plus récentes, montrent que ces alliances sont fragiles, si elles ne peuvent pas s’appuyer sur une cohérence partagée des modèles de développement. Or aucun modèle alternatif ne fait consensus face à celui, toujours dominant, du marché, de ses normes et de ses «  contraintes  ». Sur quoi fonder donc une nouvelle Union des nations dégagées des cadres communs européens  ?

Lordon a l’habitude de dire que la sortie de l’Union est d’autant plus nécessaire que c’est l’Europe communautaire qui a imposé le cours néolibéral de nos sociétés. Il sous-entend que cette sortie permettra de contester cette imposition. Je ne pense pas comme lui, et d’abord pour une raison historique : c’est parce que le mouvement ouvrier et les forces les plus démocratiques ont été nationalement battus, y compris en France, que la vague libérale a déferlé sur notre continent, et pas l’inverse. L’offensive néoconservatrice avait de solides bases nationales, qu’aucune configuration nationale des classes, aucune tradition démocratique, aucun dispositif local des gauches politiques n’a été en mesure de contrecarrer. Penser qu’il suffit de sortir du cadre de l’Union pour relancer la grande contestation sociale et dégager la nation du cadre ultralibéral est une illusion. D’une certaine manière, ce que propose Lordon relève d’un «  nationalisme abstrait  ».

Se couler dans les contextes nationaux pour pousser en avant les courants de l’émancipation, user des traditions et des opportunités de chaque État : voilà qui relève de l’évidence. Cela ne justifie pas la tentation d’un raccourci national. Seule la contestation de la logique dominante, dans tous les territoires, ouvre la voie à une issue de crise. Faire un préalable du retour à une mythique «  indépendance nationale  » : là se trouve la véritable impasse. Ce présumé retour pourrait bien n’être que le masque de bien lourdes dépendances à l’ordre social dominant. Un processus émancipateur est aujourd’hui voué à l’échec, s’il se pense comme «  avant tout national  ».

Un projet européen [3]

Contrairement à ce que suggère Lordon, «  l’opinion publique  » n’est pas si stupide en laissant entendre à la fois son scepticisme devant l’Union telle qu’elle est et son désir de perpétuer son existence.

  1. Dans un monde instable et incertain, où le heurt des puissances fait courir un risque mortifère à l’humanité, la convergence des peuples européens et la synergie de leurs forces sont plus nécessaires que jamais. Mais l’Europe doit aussi prendre la mesure de son expérience et déceler ce qui contredit absolument la réalisation d’une union solide : la généralisation du principe de concurrence qui accroît les inégalités  ; la «  gouvernance  » technocratique qui anémie la démocratie jusqu’à la contredire  ; l’obsession de l’identité qui fait de notre continent soit une Europe-forteresse, soit un agrégat d’États-nations désunis. L’utopie néolibérale, le fédéralisme technocratique et la realpolitik du rapport de force sont les pires ennemis de la construction d’une Europe dynamique et solidaire.
  2. Dans des contextes différents, la Grèce et le Royaume-Uni montrent la double impasse de l’alignement sur la doxa «  ordo-libérale  » et de la sortie pure et simple du cadre communautaire. Dégager l’Union des traités qui l’étouffent est un objectif raisonnable. Mais «  sortir des traités  », ce qui équivaut de fait à sortir de l’Union, est au mieux une astuce linguistique bien opaque et au pire une impasse politique. Dès lors, la solution la moins coûteuse est de maintenir le cadre communautaire, de préserver les cadres d’un débat démocratique continu sur ses normes et sur ses possibles évolutions et de légitimer les marges de manœuvre – y compris la désobéissance – des États qui s’estiment corsetés indûment par le respect strict des normes communes. Sans devenir un objectif en lui-même, le droit à l’écart ne peut être tenu pour une violation a priori répréhensible du pacte commun.
  3. La source de la crise européenne est dans le décalage qui existe entre une construction qui repose avant tout sur les gouvernements des États et des citoyens qui ont le sentiment légitime d’être dessaisis des choix fondamentaux. Cette situation est due à la fois aux carences démocratiques des institutions et à la faiblesse des mobilisations collectives proprement continentales. Les dynamiques européennes des mouvements critiques existent et peuvent être développées pour y remédier. En revanche, malgré l’existence de partis européens – dont le Parti de la gauche européenne –, la conscience politique reste quasi exclusivement construite sur des bases nationales séparées. L’avenir de l’Europe passera donc à la fois par l’ampleur des mobilisations progressistes nationales et par l’émergence de formes de conscience européenne combative, sur tous les sujets, économiques, sociaux, écologiques, démocratiques qui conditionnent le devenir de l’Union.
  4. Le recul des normes sociales, la crise du mouvement ouvrier et le désarroi démocratique sont à la base de tous les dérèglements, dans chaque État et sur le continent tout entier. C’est cet état de fait dangereux qui doit être renversé. Cela suppose, non pas le repli prioritaire sur les nations, mais l’articulation plus grande des projets démocratiques, à toutes les échelles de territoire sans exception. Nul projet national n’est viable s’il n’inclut pas une dimension européenne majeure et, en sens inverse, aucun projet européen n’est crédible s’il ne s’ancre pas dans les exigences sociales et démocratiques de chaque peuple. En matière de construction continentale, le sens du commun et le respect de la spécificité sont les deux dimensions inséparables de toute avancée. Faute de cette liaison, l’universel mal compris nourrit le nationalisme, tandis que l’exacerbation de la différence conduit au séparatisme et à l’affrontement des esprits nationaux.
  5. À court terme, tout projet européen conséquent à gauche doit donc articuler quatre niveaux : la définition d’un objectif progressiste européen de long terme, même si sa réalisation immédiate est impossible  ; l’exigence persistante d’une refonte des traités ; la mobilisation des leviers sociaux et politiques sans lesquels aucune refondation n’est possible, ni à l’échelon national ni dans le cadre communautaire  ; l’affirmation conjointe que l’on veut une mise en commun européenne et que l’on mettra en œuvre les décisions nationalement prises, quand bien même elles contrediraient la norme légalement retenue dans l’Union.

 

Roger Martelli

Notes

[1] Sondage Elabe, «  Les Français et l’Union européenne  », 9 mars 2017

[2] Sondage Elabe, mars 2017

[3] Des approches intéressantes à débattre dans l’ouvrage d’Attac et Copernic, Cette Europe malade du libéralisme. L’urgence de désobéir (Les Liens qui Libèrent, 2018), ainsi que dans le Manifeste pour la démocratisation de l’Europe, coordonné par Manon Bouju, Lucas Chancel, Anne-Laure Delatte, Stéphanie Hennette, Thomas Piketty, Guillaume Sacriste et Antoine Vauchez (http://tdem.eu). On peut lire aussi la réflexion de Yanis Varoufakis, dans le dossier du Diplo évoqué ci-dessus («  Pour un printemps électoral  », mars 2018)

 

Publié le 18/03/2019

 « Sur l’UE, Mélenchon ne fait plus référence à la stratégie "plan A, plan B" »

 

Entretien par Loïc Le Clerc (site regards.fr)

 

En réponse à Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon a écrit une tribune intitulée « Sortez des traités, stupides   ! » et publiée par Libération le 10 mars. Pierre Khalfa, co-président de la Fondation Copernic, nous aide à la décrypter.

Regards. Qu’avez-vous pensé de cette tribune ?

Pierre Khalfa [1]. Fondamentalement, c’est une très bonne tribune. Elle pointe l’essentiel des enjeux européens : rompre avec l’Europe néolibérale et antidémocratique dans la perspective d’une Europe solidaire, respectant les impératifs écologiques. Cette Europe nous entraîne dans une spirale sans fin de récession économique et sociale. On voit bien que les dirigeants européens pensaient retrouver un cycle de croissance avec leurs programmes économiques, or, on est à la veille d’une stagnation économique, ou pire, d’une nouvelle récession.

Qu’est-ce qui a évolué dans le discours de Jean-Luc Mélenchon sur l’Union européenne (et qu’est-ce qui n’a pas changé) ?

Ce qui m’a frappé, c’est l’absence à toute référence à la stratégie « plan A, plan B » qui faisait l’objet d’interprétations contradictoires. Là, les choses sont assez claires, il s’agit de rompre avec les traités européens dans la perspective d’une refondation, d’une bifurcation dans la construction européenne.

Jean-Luc Mélenchon écrit que le « préalable » à toute autre politique européenne est la sortie « des traités qui organisent l’UE ». Est-ce possible sans quitter l’UE ?

Oui, c’est tout à fait possible. On peut désobéir à l’UE et aux traités. On peut aussi obtenir, dans le cadre de négociations, des dérogations par rapport à l’application des traités. Le Royaume-Uni a bien exigé de ne pas être soumis aux quelques petites règles sociales de l’UE. Il faut mettre en oeuvre un programme de rupture avec le néolibéralisme ce qui suppose créer un rapport de force avec les institutions européennes. Mais lorsqu’on engage un bras de fer, on ne peut pas en prévoir l’issue. Quitter l’UE ne peut pas être un préalable, ni un objectif, mais ça peut être une conséquence d’une bataille politique à un moment donné.

« Jean-Luc Mélenchon sous-estime l’expansionnisme russe. La Russie fait peser une menace sur les libertés démocratiques de ses voisins. »

Que penser des affirmations : « La peur des Russes est absurde  ! Ce sont des partenaires naturels. » et « il est possible de commencer un nouvel âge de la civilisation humaine. On le peut ici sur le continent le plus riche, le plus instruit. S’il assume un protectionnisme négocié avec le monde, il fera de telles normes humanistes une nouvelle ligne d’horizon commun pour des milliards d’êtres humains. » ?

Jean-Luc Mélenchon sous-estime l’expansionnisme et le nationalisme russe. La Russie, qui n’est pas aujourd’hui un Etat démocratique, fait peser une menace sur les libertés démocratiques de ses voisins. Évidemment, la Russie est un « partenaire », mais les Etats-Unis aussi et ça n’empêche pas de dénoncer l’impérialisme américain. On ne peut pas dire aujourd’hui que la Russie, tant en Europe qu’au niveau mondial, joue un rôle positif dans les rapports entre les nations.

Sur le protectionnisme, il y a là une vieille divergence. La mise en place de mesures protectionnistes aggraverait sensiblement la guerre commerciale entre les nations, car les pays qui y seraient confrontés mettraient en place des mesures de rétorsions et feraient payer d’une manière ou d’une autre aux salariés le différentiel de compétitivité ainsi créé. De plus, protéger, par exemple, les entreprises françaises des importations issues des pays à bas coût ne garantira en rien que la situation de leurs salariés s’améliorera. La déflation salariale et le chômage de masse n’ont pas attendu le développement du libre-échange mondialisé pour s’imposer et les délocalisations ne sont pas la principale cause du développement du chômage en France. Il faut sortir du dilemme entre protectionnisme et libre-échangisme avec, par exemple, des mesures comme des taxes sur la distance de transport des marchandises – au nom des coûts écologiques de transport – ou interdire l’importation de produits issus de processus de fabrication nocifs pour la santé.

Propos recueillis par Loïc Le Clerc

Notes

[1] Co-auteur du livre Cette Europe malade du néolibéralisme. L’urgence de désobéir. Editions Les liens qui libèrent, à paraître le 20 mars.

 

Publié le 02/03/2019

Européennes : qui seront les losers de la gauche ?

(site regards.fr)

La gauche française, combien de divisions ? Cinq, six, sept, huit listes ? À trois mois du scrutin européen, une seule chose est sûre : la gauche est dans un piètre état.

Il y en a eu des mains tendues pour ces élections européennes ! Pour prendre, jamais pour se faire prendre. Résultat des courses, à l’heure où nous écrivons ces lignes, les électeurs de gauche pourraient avoir à choisir, le 26 mai prochain, entre Lutte ouvrière, le NPA, La France insoumise, le PCF, Génération.s, Place publique, EELV ou le Parti socialiste. Sept partis de gauche, auxquels pourrait s’ajouter une liste "gilets jaunes", voire plusieurs…

Le pire dans tout cela, ça n’est pas tant l’embarras du choix que les perspectives quasi-nulles de voir une de ces listes dépasser les 10%. Seuls LFI et EELV semblent en mesure de challenger le leadership de la gauche. Mais pour quoi faire ? Être majoritaire parmi les minoritaires ? Certes, les sondages ne font pas une élection, mais la dynamique du "chacun pour soi" n’augure rien de très réjouissant.

Un pour tous, mais pas tous pour un

Pour le moment, les tractations sont toujours en cours, qu’il s’agisse des négociations entre partis pour d’éventuelles alliances, ou ne serait-ce que pour se choisir une tête de liste. Manon Aubry mène la liste La France insoumise, Ian Brossat celle du PCF, Nathalie Arthaud pour Lutte ouvrière, Yannick Jadot EELV et Benoît Hamon Génération.s. Le NPA est toujours en train de récolter des fonds pour financer sa campagne, mais sa présence aux européennes demeure hypothétique.

Au sein de ce peloton-là, les stratégies divergent. Quand EELV (qui se sent pousser des ailes comme à chaque élection européenne où les scores des Verts sont plutôt supérieurs à ce qu’ils font aux autres élections) et LFI (toujours arc-boutée sur le score de son leader aux dernières présidentielles) ont décidé clairement et depuis longtemps qu’ils ne voulaient aucune alliance, il n’en va pas de même pour les autres : Benoît Hamon n’a eu de cesse de vouloir tisser une alliance avec le PCF qui n’a, de son côté, eu de cesse de refuser la main tendue – alors même qu’il risque de rester sous la barre fatidique des 5%, et donc de n’avoir aucun élu.

Seulement, le PCF doit affronter une crise identitaire interne qui le mure dans une nécessaire impasse : d’un côté, il aimerait pouvoir faire des alliances de raison, basées sur une feuille de route commune avec ses partenaires traditionnels, d’un autre il y a eu un congrès en octobre dernier qui a vu la victoire de la ligne "on-se-présente-tout-seul-aux-élections-parce-que-c’est-à-cause-de-ça-qu’on-a-disparu". Alors Benoît Hamon a beau proposer toutes sortes de têtes de liste issues de la société civile, rien n’y fait. Le deal des communistes est clair : c’est tous derrière Ian Brossat ou rien.

Les limites de la méthode Coué

Reste alors Place publique et le PS. Olivier Faure, le patron des socialistes, est dans la mélasse. Personne ne veut prendre les commandes du Titanic. Ségolène Royal a refusé le poste. Des noms circulent – donc celui du secrétaire national –, mais pas de quoi renverser la table. Le PS pourrait finir par opter pour un eurodéputé sortant. En parallèle de ce dilemme, les sociaux-démocrates seraient sur le point de trouver un accord pour unir leurs "forces". Une alliance qui pourrait alors être emmenée par Olivier Faure ou Raphaël Glucksmann. Ce dernier n’aura donc pas réussi à convaincre la "gauche pro-européenne" à proposer une alternative crédible face à LFI.

De son côté, Benoît Hamon a dévoilé mardi 26 février les 30 premiers noms de sa liste aux européennes. Et il veut y croire : #Hopeisback (l’espoir est de retour, NDLR) était même le hashtag de la soirée d’hier. Mais ça reste qu’un hashtag.

La seule chose, finalement, qui rassemble tous ces partis de gauche, c’est leur unanimisme à déclarer : "Oui à l’union, mais derrière moi". Logique pour un scrutin à la proportionnelle. Mais, pour rappel, il faut réunir au moins 5% des suffrages pour commencer à obtenir des sièges au Parlement européen, et 3% pour être remboursé. Pas de quoi enchanter les électeurs.

 

Loïc Le Clerc & Pablo Pillaud-Vivien

 

Publié le 11/11/2018

FI entre officiellement en campagne avec ses nouveaux alliés

Julia Hamlaoui (site l’humanité.fr)

 

Les anciens de l’aile gauche socialiste ont officialisé ce mardi leur ralliement à la France insoumise pour les élections européennes de mai prochain.

Cette fois c’est pour de bon. Après, le parti des anciens de l’aile gauche du PS Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann, a tenu une conférence de presse commune ce mardi avec la France insoumise pour annoncer officiellement leur entrée dans une campagne commune en vue des européennes de mai prochain.

 

Déjà il y a 2 semaines, le leader de la FI et le fondateur d’Après avaient réuni la presse au parlement européen avec le même objectif. «L’idée est qu’on présente ensemble (avec les anciens de l’aile gauche du PS - NDLR) une liste aux élections européennes » mais cette « construction commune » se fera «dans le cadre du label France insoumise», avait alors déclaré Jean-Luc Mélenchon. « C'est une hypothèse envisagée et envisageable »,  temporisait pour sa part Emmanuel Maurel.

 

Plus de précaution verbale ce mardi. Après une ultime réunion en matinée, la campagne électorale autour d’une liste commune est désormais lancée. « Plus que la déploration sur une gauche qui serait en morceau ce que nous essayons de construire c’est une culture de l’action », s’est enthousiasmé Emmanuel Maurel soulignant les « convergences » de sa formation avec les vues de la France insoumise notamment en matière de stratégie européenne. « S’il y a une question sur laquelle nous avons un total accord, c’est celle-là » a répondu le député européen interrogé sur la stratégie plan A/plan B de FI. Après et le MRC participeront aux prochaines initiatives de campagne de FI : le meeting de Jean-Luc Mélenchon à Pau ce jeudi où l’insoumis partagera la tribune avec Emmanuel Maurel ; le lancement des comités d’appui à la liste insoumise pour les européennes le 14 novembre prochain ; ou encore des rassemblements citoyens les 24 et 25 novembre contre la privatisation des barrages hydro-électriques (« une des préconisations de la commission européenne », souligne Maurel pour faire le lien avec l’élection).

 

Mais leur alliance n’a pas vocation à prendre fin au lendemain du scrutin européen, l’élection présidentielle est déjà dans le viseur de ses initiateurs. « La liste européenne n’est qu’une première étape », a souligné l’ancien socialiste évoquant « la bataille centrale de 2022 » et une volonté commune d’ « accéder aux responsabilités » à cette occasion.

Publié le 26/07/2018

Européennes La France insoumise valide ses listes

Mathilde Picard (site l’humanité.fr)

Les résultats de la consultation des adhérents du mouvement sur les listes pour les élections de mai 2019 ont été rendus publics samedi. Les votants les ont approuvés.

La France insoumise a voté pour déterminer les candidats qu’elle présentera aux élections européennes de mai 2019. Dans son rapport du 30 juin, le comité électoral du parti a fixé la liste paritaire des 66 candidats retenus, après avoir reçu 637 candidatures. Une consultation a ensuite été ouverte du 4 au 20 juillet pour que les militants insoumis approuvent ou refusent le rapport. Sur le papier, c’est sans appel : le 21 juillet, 86,97 % des votants ont approuvé le rapport, contre 13,03 % qui le contestent. Mais ce fort taux d’adhésion est contredit par une abstention élevée (95 %).

 

Dès les résultats connus, le conseiller régional d’Occitanie Liêm Hoang-Ngoc, « socialiste insoumis », relève que, sur 580 000 militants revendiqués, seuls 33 000 ont voté. L’économiste voit là « un désaveu massif et puissant qui a été exprimé par les militants pour la composition de la liste européenne contestée », et ajoute, dans un communiqué publié sur son compte Facebook : « La direction du mouvement doit entendre la clarté de ce message et revoir sa copie d’urgence. » Il avait suspendu sa candidature FI aux élections européennes du fait de « sa mise à l’écart », ne figurant qu’en huitième position. Olivier Spinelli, ancien candidat FI aux élections législatives dans la 5e circonscription de la Somme, dénonce quant à lui un mode de scrutin qui manque de transparence, notamment à cause du mode de dépouillement numérique. Il mentionne, dans une lettre publiée par Liêm Hoang-Ngoc, un « scrutin dépouillé numériquement par on ne sait qui ni comment, aucune indication sur ces données élémentaires n’étant mentionnée sur la plateforme ». Il souligne que les militants ont voté pour une liste à laquelle il manque plus de dix noms, et que le vote blanc n’était pas autorisé, alors que la France insoumise revendique sa reconnaissance.

 

Le comité électoral a pourtant tenté de répondre à ces critiques dans son rapport du 30 juin. Il met notamment en avant « une méthode d’élaboration de la liste totalement innovante, en rupture avec les mécanismes des organisations politiques traditionnelles ». Celle-ci consistait à préparer une liste de 70 candidats, puis à écouter les remarques des militants insoumis à son propos, avant de fixer des listes ordonnées : 848 contributions des insoumis et insoumises ont été prises en compte pour faire de cette élaboration un processus « très exigeant », estime la FI, « loin d’être dans l’entre-soi ». Le rapport rappelle également que les 13 noms encore absents de la liste des candidats sont réservés à des candidatures ouvertes qui seront étudiées par le comité électoral.

 

Une représentation  de « la diversité sociale et des luttes de notre pays»

 

D’après le rapport, les candidats ont été choisis en vue de représenter « la diversité sociale et des luttes de notre pays au travers de leurs engagements associatifs, syndicaux ou politiques ». Apparaissent en tête des proches de Jean-Luc Mélenchon comme Charlotte Girard, responsable du programme de la FI, son coordinateur Manuel Bompard, Benoît Schneckenburger, philosophe-garde du corps de Mélenchon, Leïla Chaibi, militante associative et secrétaire nationale du Parti de gauche (PG), Gabriel Amard, également issu du PG, Younous Omarjee (seul député européen FI, il remet son mandat en jeu), ou Farida Amrani, ex-candidate aux législatives battue par Manuel Valls. Quant aux « luttes », elles sont imagées par la présence d’Anne-Sophie Pelletier, salariée d’un Ehpad et syndicaliste, Bernard Borgialli, un des leaders de la grève des cheminots à Marseille, ou la militante associative (ex-NPA) Laurence Lyonnais. 

 

 

Mathilde Picard

Publié le 18/07/2018

Jadot désigné tête de liste d'EELV pour les européennes

 Par Agence Reuters (site mediapart.fr)

Les militants Europe Ecologie-Les Verts (EELV) ont désigné le député européen Yannick Jadot comme tête de liste pour les élections européennes de mai 2019, a-t-on appris lundi auprès du parti.

 PARIS (Reuters) - Les militants Europe Ecologie-Les Verts (EELV) ont désigné le député européen Yannick Jadot comme tête de liste pour les élections européennes de mai 2019, a-t-on appris lundi auprès du parti.

Gagnant avec 58,7% des voix, il était opposé à l'eurodéputée Michèle Rivasi (35,6%), désormais deuxième sur la liste qui comporte 16 noms au total.

La liste EELV "sera ouverte à tous les acteurs et actrices de l'écologie de la société civile et aux mouvements politiques s’affirmant écologistes, régionalistes, afin d’essayer de composer une liste de rassemblement, pour refonder une Europe écologiste, solidaire et fédérale", peut-on lire dans un communiqué.

Yannick Jadot et Michèle Rivasi s'étaient déjà affrontés au deuxième tour de la primaire EELV de novembre 2016 pour l'élection présidentielle du printemps suivant.

Le vainqueur, Yannick Jadot, s'était désisté en faveur de Benoît Hamon, candidat socialiste dans la course à l'Elysée. Battu au premier tour, ce dernier a ensuite quitté le PS pour créer son propre mouvement, Génération.s.

Un éventuel rapprochement entre EELV et Génération.s en vue des élections européennes sera au menu des Journées d'été d'EELV prévues à Strasbourg du 23 au 25 août.

 

Publié le 09/07/2018

Le Parti de gauche quitte le Parti de la gauche européenne

Site politis.fr

Réunis en congrès ce week-end, le parti fondé par Jean-Luc Mélenchon ne veut plus appartenir au même parti européen qu’Alexis Tsipras, devenu le représentant de la ligne austéritaire en Grèce.

Au dernier jour de leur congrès, les délégués du Parti de gauche (PG) ont acté leur sortie du Parti de la gauche européenne (PGE) dans une déclaration approuvée dimanche par 208 voix contre 2 et 3 abstentions. Moins connu que le Parti populaire européen (PPE) ou le Parti socialiste européen (PSE), le PGE (ou European Left) est, au même titre qu’eux, un parti politique européen. Créé en 2003, il regroupe une trentaine de partis communistes, « rouge-vert », socialistes ou démocratiques de gauche, de 17 États membres de l’Union européenne et 4 pays hors de celle-ci. Le PG, apparu fin 2008, avait rejoint formellement le PGE en décembre 2010 à son troisième congrès, date à laquelle le communiste Pierre Laurent en avait pris la présidence.

À lire > Les gauches antilibérales se fédèrent

À l’issue du congrès suivant, fin 2013, le PG avait temporairement suspendu sa participation au PGE pour protester contre la reconduction à la tête de ce parti européen de Pierre Laurent, alors que ce dernier faisait campagne « derrière le PS » aux municipales à Paris. Avant de le réintégrer pour la campagne européenne de 2014 dont le candidat du PGE à la présidence de la Commission européenne était… Alexis Tsipras.

La déclaration adopté dimanche rappelle que « le PG a interpellé l’exécutif du PGE sur le maintien de Syriza au sein du PGE ». Sans succès. Le PG a donc pris acte du refus de sa demande et prends acte du refus de sa demande et acté sa sortie du PGE, considérant que « la période appelle plus que jamais à la clarification face à la politique austéritaire de l’UE » et que « toute application de cette politique par un parti membre du PGE déconsidère toute prise de position anti austéritaire des autres partis membres » tout en permettant « à l’extrême droite d’apparaître comme la seule issue au "système" ».

Illustrant lui-même l’ambiguïté qui lui est reprochée, le Premier ministre grec et leader de Syriza a fait part le 28 juin, dans un tweet, de sa participation à Bruxelles à la rencontre des leaders du Parti socialiste européen (PSE) préparatoire au Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement. Une réunion à laquelle participait également Olivier Faure, premier secrétaire du PS français, ainsi que Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires économiques et financières, Fiscalité et Douanes, et à ce titre un des bourreaux de la Grèce.

Un divorce devenu inéluctable

« À un an des élections européennes, il n’est plus possible de mêler dans le même parti européen des adversaires et des artisans de l’austérité », estime le PG dans sa déclaration. « Syriza est devenu le représentant de la ligne austéritaire en Grèce au point d’avoir attaqué le droit de grève, fait baisser drastiquement les pensions de retraite, privatisé des secteurs entiers de l’économie ; toutes mesures contre lesquelles nos partis se battent dans chacun de nos pays. »

La décision du PG de quitter le PGE était devenue inéluctable depuis le lancement par Jean-Luc Mélenchon et ses amis, à l’automne 2015, des sommets du plan B auxquels les partis communistes membres du PGE, à commencer par le PCF, n’ont jamais accepté de participer. Les contacts noués lors de ces sommets ont permis à la France insoumise, au sein de laquelle le PG est totalement engagé, de nouer des alliances avec d’autres partis européens autour d’une plateforme commune, « Maintenant le peuple ! ».

Constitué autour de la France insoumise, de Podemos (Espagne) et du Bloco de Izquierda (Portugal) sur la base de la sortie des traités européens, ce groupe, qui ambitionne de constituer un groupe l’an prochain au Parlement européen, a été rejoint le 27 juin par l’Alliance rouge-verte (Danemark), le Parti de gauche (Suède) et l’Alliance de gauche (Finlande). Ce lundi, alors que le PCF a invité les représentants de la gauche à se réunir en vue de la construction d'une liste aux élections européennes « la plus large possible », Jean-Luc Mélenchon tient une réunion publique à Madrid avec le leader de Podemos, Pablo Iglesias.


 

par Michel Soudais

Publié le 08/07/2018

Jean-Luc Mélenchon: «L’Europe est engagée dans une catastrophe»

 Par Lénaïg Bredoux et Pauline Graulle (site médiapart.fr)

À un an des élections européennes, et alors qu’il s’est lancé dans une tournée pour rencontrer des représentants de la gauche européenne et internationale, le leader de La France insoumise revient pour Mediapart sur sa stratégie. Il entend constituer une force mondialisée qui pourrait rivaliser avec le néolibéralisme.

Jean-Luc Mélenchon veut multiplier les alliances. Ce lundi 2 juillet, le leader de La France insoumise se rendait à Madrid pour une conférence, puis un meeting commun avec son homologue de Podemos, Pablo Iglesias. La semaine dernière (le 27 juin), il retrouvait au Parlement européen, à Bruxelles, des responsables de partis de gauche finlandais, suédois et danois afin d’élargir le mouvement « Et maintenant le peuple », créé le 12 avril avec Catarina Martins, responsable du « Bloco » portugais, et Pablo Iglesias.

Le 29 mai, toujours à Bruxelles, le député de Marseille allait célébrer le 13e anniversaire du « non » au référendum du Traité constitutionnel européen en compagnie de camarades italiens, allemands, portugais, espagnols ou grecs. Le 9 mai, il s’était envolé vers la Russie pour aller soutenir le leader du front de gauche russe, Sergueï Oudaltsov. En juillet, il devrait se rendre au Mexique, puis au Maghreb. À l’automne, il prendra la direction de l’Amérique du Nord où il rendra visite à Gabriel Nadeau-Dubois, l’ancien porte-parole étudiant devenu l’incarnation du renouvellement de la gauche québécoise…

À un an des élections européennes, le leader de La France insoumise affûte sa stratégie à l’international. Il l’a répété ce matin lors d’une conférence de presse qu’il a tenue en espagnol aux côtés de Pablo Iglesias, son partenaire européen le plus proche : la stratégie d’alliance européenne est la première pierre d’une alliance mondialisée. À terme, il espère voir naître un « club », lieu d’échanges où pourraient se retrouver les représentants de l’alternative au néolibéralisme.

En fin de semaine dernière, Jean-Luc Mélenchon nous recevait dans son bureau de l’Assemblée nationale pour faire le point sur les évolutions de la politique en Europe et à l’international. Il est revenu longuement sur sa stratégie de co-construction d’une force mondialisée pour tenir tête à un libéralisme qu’il juge mortifère, mais aussi sur ses positions concernant les migrants bloqués en Méditerranée ou les élections au Mexique où, pour la première fois, la gauche l’a emporté dimanche.

Jean-Luc Mélenchon et Charlotte Girard, pressentie pour conduire la liste de La France insoumise aux européennes de 2019, le 21 novembre 2017. © REUTERS/Philippe Wojazer

À un an des européennes, vous venez d’élargir votre coalition avec le Bloco portugais et les Espagnols de Podemos à de nouveaux partis de l’Europe du Nord (l’Alliance rouge-verte au Danemark, le Parti de gauche suédois et l’Alliance de gauche en Finlande). Quel est le sens politique de cette initiative ?

Jean-Luc Mélenchon : Elle est indispensable pour l’Histoire. Nous sommes dans une phase où la politique libérale a produit un monstre : en Europe, l’essentiel de la réplique à la politique néolibérale se fait aujourd’hui du côté de l’extrême droite, contrairement à l’Amérique latine où le souffle du volcan est allé de notre côté. En Europe, aujourd’hui, la vermine est partout. En France même, madame Le Pen a fait 10 millions de voix à la présidentielle, et elle a encore progressé entre les deux tours… Les Républicains et, sur certains points, Macron lui courent derrière.

Et l’Italie a un gouvernement d’extrême droite, comme la Hongrie ou l’Autriche…

Et la Pologne ! Le problème, c’est que l’émergence de l’extrême droite est directement liée à la politique socialement destructrice des libéraux et au machiavélisme des eurolâtres avec leur chantage permanent : « C’est nous ou l’extrême droite. » Sans compter l’absence d’une alternative politique humaniste crédible dans tous les pays. C’est pourquoi je milite pour ce « nouvel humanisme » – c’est-à-dire, pour le dire vite, la vocation des êtres humains à s’intégrer harmonieusement dans la société par l’égalité, et avec la nature et les animaux par l’écologie. C’est cet intérêt général humain qu’il faut opposer aux racistes et aux productivistes. La gauche, en France, s’est suicidée. C’est à nous [La France insoumise – ndlr] d’avancer, nous n’avons pas le choix, c’est notre responsabilité historique : il faut qu’existe coûte que coûte ce pôle humaniste en Europe. Et tout est à faire. Quand je pense à l’Italie, je me souviens de l’imagination, de l’inventivité, de l’enracinement du parti communiste italien. Tout cela a été détruit de manière sidérante. Il faut donc qu’on reprenne pied à toute vitesse, là, et dans nombre de pays. D’où cette coalition à l’échelle européenne qui amorce un point de rassemblement nouveau dans le paysage.

Comment voulez-vous mener cette « bataille culturelle », alors que c’est bien l’extrême droite qui a le vent en poupe ?

Certes, nous avançons dans des conditions effroyables. Notre adversaire n’est pas seulement idéologique, mais anthropologique, sociologique. Partout, le libéralisme a diffusé le venin de la fin des solidarités, de la compétition de chacun contre tous, l’accoutumance à la précarité et à la souffrance du vivant… Il faut donc affronter ce monde comme un tout, car il sape les fondamentaux de ce que nous sommes et de la civilisation humaine menacée de disparition. Depuis le début, je sais qu’il s’agit là d’un défi tragique. L’Europe est engagée dans une catastrophe de première grandeur et rien ne semble pouvoir l’empêcher. Le nouvel humanisme a donc besoin de gagner rapidement dans au moins un pays. Le nôtre allumerait un brasier mondial. Mais il faut entreprendre cette bataille, tout en sachant que la société qui nous intéresse, les fameux « 99 % », n’est pas une masse homogène.

Que voulez-vous dire ?

Nous devons bien sûr mobiliser les classes populaires, mais ne pas oublier ou repousser les classes moyennes supérieures « sachantes ». Or celles-ci ont horreur des décibels, alors que le cœur de notre stratégie, c’est la conflictualité, car sans conflictualité, pas de conscience. Il faut pourtant aller les chercher, ces « petits bourgeois gentilshommes », faire le pari de leur intelligence et de leur culture. Nous avons besoin d’eux, les ingénieurs, les architectes, les professeurs. Ils sont centraux pour porter l’avenir et notamment la transition écologique.

Notre combat a pris un sale coup il y a trois ans. Je me souviens très bien quelle fête on avait faite, parce que les Grecs venaient de voter « non » au référendum [sur l’acceptation ou non du plan d’austérité proposé par la Troïka – ndlr]. Pour nous, le scénario latino était en marche : la chaîne avait enfin craqué en Europe, un peuple éduqué par cinq mois de bataille politique au pouvoir avait résisté. C’était l’apothéose. Huit jours plus tard, avec l’annonce par Alexis Tsipras [le premier ministre grec – ndlr] qu’il signait quand même l’accord avec l’Union européenne, notre plan international s’est effondré, tué de l’intérieur. La décision de Tsipras nous a pris à revers, elle nous a cloués. On s’est entendu dire : « Ce que fait Tsipras montre que vous ne savez que faire les malins, car quand vous arrivez au pouvoir, vous pliez. »

Trois ans plus tard, Alexis Tsipras est toujours au pouvoir et il vous reproche de vous cantonner à une « posture révolutionnaire ». Nul autre pays européen n’a vu la gauche triompher aux élections. Qu’est-ce qui vous fait croire que votre stratégie européenne va fonctionner, cette fois ?

Tsipras ne gouverne pas. Il exécute le plan de la Troïka. Son pays est ruiné, la dette est plus importante qu’au départ, les libertés ont reculé. Ses reproches sont donc des aigreurs. On se passe de lui. Notre score de quasi 20 % à l’élection présidentielle a été un coup de tonnerre. L’expérience du mouvement de La France insoumise est désormais un modèle, comme le confirme l’interview de Sahra Wagenknecht dans vos colonnes. Une nouvelle séquence politique commence.

Il y avait eu Podemos, avant La France insoumise !

Bien sûr ! Ce fut un modèle de bien des façons. Podemos a essuyé les plâtres de ce deuxième temps « mouvementiste » de la gauche radicale, comme on nous appelle parfois – mais je n’aime pas ce mot. Notre campagne présidentielle a permis d’aller encore plus loin sur les plans théorique et pratique. On nous observe du monde entier. On est loin du temps où nous étions considérés comme les intransigeants, réunis autour d’un type un peu bizarre, qui ne veut parler avec personne – bref, toutes ces salades que l’on entend encore en France et qui se propageaient ailleurs. Nous avons fait la preuve que nous pouvions dépasser les sociaux-démocrates, dans la proportion de un à trois, ce qui était une première en Europe, la Grèce mise à part. Et ce résultat nous a rendus suffisamment forts pour construire un dialogue fécond avec Podemos et le Bloco.

Mais n’est-il pas obsolète ? Votre plan B, soit la possibilité de sortir de l’Union européenne en cas de désaccord, était une réponse politique à la crise grecque et à l’absence d’espoir dans une partie de la gauche…

Il est vrai que depuis la création du Forum du Plan B, il y a eu de nombreux changements : la social-démocratie a été battue en France ; le cœur de la social-démocratie européenne, le SPD allemand, est en train de s’effondrer après avoir choisi de rebâtir une coalition avec Angela Merkel ; en Europe du Nord, la social-démocratie est malade de son incapacité à avoir un partenaire patronal indépendant de la finance mondiale et de la pression allemande.

Parallèlement, la construction européenne est entrée dans une impasse irréversible : d’abord, parce que tout reposait jusqu’ici sur le fait que la France et l’Allemagne étaient interdépendantes. Aujourd’hui, la moitié du commerce extérieur de l’Allemagne se fait avec la Chine. Quant à Emmanuel Macron, il a échoué à apporter la moindre réponse à la crise européenne. Dix pays d’Europe du Nord et de l’Est se sont ligués contre ses propositions. Il n’a aucune autorité vis-à-vis de l’Europe de l’Est. Sa reprise des idées du PS sur le budget et le Parlement de la zone euro sont mortes dans les mains d’Angela Merkel. Glyphosates, travailleurs détachés, pacte social européen… il a tout raté !
Enfin, nous assistons à l’effondrement moral de l’Union européenne : la question de la migration. Après avoir laissé se développer une guerre économique entre les pays au sein même de l’UE, après avoir choisi de devenir une Europe de la défense et donc de la guerre, l’Europe finit par laisser mourir les gens en Méditerranée, qui sont aussi les réfugiés de ses guerres et de sa politique économique. Cet effondrement moral est au moins aussi important que la dislocation économique et l’écroulement de l’idée d’une Europe de la paix.

« Notre avenir est en Méditerranée »

Justement, sur la question migratoire, au moment de la crise de l’Aquarius, vous avez signé un communiqué des députés de La France insoumise et dénoncé la position de la France. Mais vous n’avez fait aucun commentaire sur votre blog, où vous développez l’actualité politique que vous jugez saillante. Pourquoi ce choix de ne pas entrer dans le débat ?

Je vous renvoie à la minute de silence de mon meeting de Marseille [pendant la campagne présidentielle de 2017 – ndlr], à nos interventions sur la loi asile immigration, à nos visites dans les camps de rétention, à notre soutien sans faille à ceux qui se sont engagés dans le combat, à mes passages dans les médias et à ma revue de la semaine, publiée avant-hier sur le sujet. Entrer dans ce débat, oui, mais s’y laisser enfermer par la droite et l’extrême droite, non. C’est la droite et l’extrême droite qui veulent faire de cette question l’alpha et l’oméga du débat politique. Que voulez-vous dire de plus, à part qu’il faut tout faire pour que les gens ne partent pas de chez eux et que, quand ils sont là, il faut les accueillir et s’en occuper dignement ? Je le répète depuis trois ans. Les mises en demeure d’en rajouter sont totalement contre-productives.

Que signifie pour vous « s’en occuper » ? Êtes-vous par exemple pour des régularisations massives ?

Il y a beaucoup de personnes à régulariser. Notamment les salariés sans papiers. Et ceux qui relèvent du droit d’asile. Et les réfugiés économiques des guerres et des politiques commerciales de l’Union européenne. Mais je veux dire tout aussi clairement que je n’ai jamais été pour la liberté d’installation, une idée qui ne vient pas de nos rangs dans l’Histoire. Ma position personnelle est assez traditionnelle dans notre famille idéologique. Jaurès a bien montré comment on utilisait la main-d’œuvre importée à bas prix contre les conquêtes sociales, et pourquoi il fallait garantir à tous les travailleurs les mêmes droits. De plus, on ne peut imaginer de « protectionnisme solidaire », comme le prévoit notre programme, sans frontières. Les frontières sont, dans mon esprit, des points d’appui pour notre projet. Je suis internationaliste et altermondialiste. Pas libre-échangiste et mondialiste.

Jean-Luc Mélenchon et le leader de Podemos, lundi 2 juillet, à Madrid. © Compte Twitter de Podemos.

Mais vous parlez de « responsabilité historique » face à « l’effondrement » de l’Europe. Pour vous, la question migratoire n’en fait pas partie ? N’êtes-vous pas « responsable » de mener la bataille culturelle sur ce sujet ?

Nous n’y avons jamais manqué ! Mais il ne faut pas se laisser entraîner là où l’extrême droite veut nous amener : c’est-à-dire nous faire dire que si l’on accepte un bateau, il faut accepter tout le monde. Il faut sortir du cadre imposé par l’extrême droite, pour que vienne l’heure de construire des ponts avec les pays de la Méditerranée. La vérité, c’est que nous sommes, nous Français, plus proches des Tunisiens, des Marocains ou des Algériens que des Lettons ou des Estoniens. Notre avenir est en Méditerranée et en francophonie. L’Europe allemande n’est pas notre destin.

Pour revenir à l’Europe : quelles sont les prochaines étapes de la construction de votre coalition ?

Deux discussions très approfondies sont en cours. Avec le PS hollandais d’un côté et le Sinn Féin en Irlande de l’autre. Ce sont des partis constitués, qui font plus de 10 % des voix aux élections. Nous avons également des contacts en Grèce avec le parti de Zoé Konstantopoúlou [ex-proche de Tsipras en rupture de ban – ndlr] et en Italie avec Potere al Popolo, Stefano Fassina [ancien ministre du gouvernement Letta, qui a quitté le Parti démocrate italien pour fonder Gauche italienne – ndlr] et sans doute le maire de Naples.

Discutez-vous avec le leader du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn ?

Nous avons des contacts. Mais avec Corbyn, je préfère « laisser retomber la poussière ». Je veux y voir clair. Le Labour est membre de l’Internationale socialiste… Et je ne comprends pas pourquoi les travaillistes ne parviennent pas à se positionner sur le Brexit.

À plus long terme, vous visez aussi la construction d’un « club mondial »… Quel regard portez-vous sur la victoire d’AMLO au Mexique, après une série de défaites de la gauche en Amérique du Sud et la dérive autoritaire de plusieurs pays comme le Venezuela et l’Équateur dont vous étiez proche ?

Il n’y a pas de dérive autoritaire au Venezuela, mais une lutte rendue explosive par les États-Unis et l’extrême droite locale. En Équateur, je désapprouve formellement la politique de coup de force judiciaire de la présidence. Je condamne aussi la dérive de la Colombie contre les accords de paix et la politique des assassinats ciblés. Je dénonce celle du Brésil contre la gauche et Lula aujourd’hui emprisonné. L’élection d’AMLO au Mexique, comme la présence, au second tour, de Petro en Colombie sont d’immenses nouvelles. Évidemment, la « gôche » sociale-démocrate a combattu partout contre nos candidats ! Et nous, le peuple, l’avons battue. On disait close la décennie démocratique et sociale, on voit que ce n’est pas vrai. Après AMLO, Lula sera élu au Brésil et Mauricio Macri chassé en Argentine. Nous sommes en train de reprendre la main.

Que pensez-vous du phénomène Sanders aux États-Unis ?

Il faut aussi regarder du côté de l’Amérique du Nord. Longtemps, je me suis désintéressé des États-Unis. Je ne les percevais que comme l’empire du mal ! C’était une erreur. Avec Bernie Sanders, nous devons nous voir en octobre ou novembre. Évidemment, des points doivent être éclaircis entretemps pour dissiper tous les malentendus – je veux notamment m’assurer qu’il a bien compris que je voulais que la France sorte de l’OTAN. Mais nous sommes raccord sur le reste, dans les grandes lignes. D’ici là, nous venons d’assister à une belle victoire à New York, avec la victoire surprise à la primaire démocrate d’une jeune femme, Alexandria Ocasio-Cortez, soutenue par Sanders, contre un baron du parti. Le dégagisme est une donnée mondiale. Il est la clef de compréhension des événements dans tous les pays que nous venons d’évoquer. Et le thème central des campagnes des nôtres. Pour moi, c’est le levier majeur de notre temps face à la crise écologique et sociale de la civilisation humaine.

Publié le 06/07/2018

Européennes. Liêm Hoang Ngoc suspend sa participation à la France insoumise

Julia Hamlaoui (site l’humanité.fr)

La liste FI pour les élections européennes doit être soumise à un vote interne jeudi mais les « socialistes insoumis », non contents des choix en cours, ont annoncé ce lundi la suspension de leur participation au mouvement.  

 

La liste France insoumise pour les européennes suscite de vifs débats au sein du mouvement. Si 70 noms ont été proposés début juin (9 places sont réservées à des « candidatures d’ouverture »), leur ordre de classement n’est pas encore public. Initialement programmé pour le 28 juin, le comité électoral de FI (composé de représentants de ses différents « espaces » et d’insoumis tirés au sort) a reporté la publication de cette liste ordonnée et l’ouverture du vote des insoumis à jeudi prochain. Et pour cause, des dissensions internes se font entendre sur les noms placés en position éligible. Ce lundi, les « socialistes insoumis » (ex Nouvelle Gauche Socialiste), l’une des composantes de « l’espace politique » de FI, ont « suspend(u) leur participation » au mouvement. « Nous constatons que la liste de candidats éligibles en voie d’être proposée écarte les candidats les plus compétents pour mener le très dur combat qui s’annonce sur le terrain spécifique et fondamental de la politique économique », écrivent-ils dans un communiqué regrettant l’absence de leur chef de file, Liêm Hoang Ngoc, en haut de la liste. Les soutiens de Sarah Soilihi ont eux envoyé une lettre au comité électoral pour que la championne de kickboxing figure également dans le top 10, selon le JDD. « Elle incarne parfaitement l’énergie et la combativité de la jeunesse et des plus précaires », arguent-ils.

Le journal dominical faisait aussi état d’une capture d’écran d’un mail interne comprenant les 10 premiers noms retenus et brièvement publiée sur les réseaux sociaux, suscitant des critiques notamment sur le nombre de membres du PG qui y figurent. « Cela n’a aucune réalité concrète car le travail du comité électoral continue », a balayé lundi, lors d’une conférence de presse, Manuel Bompard, coordinateur FI, défendant une liste composée en fonction de critères de « diversité sociale, politique et thématique ». « Le comité électoral n’a pas fait l’objet de tension, a-t-il ajouté. Au contraire, c’est un travail qui s’est fait dans une ambiance très cordiale et avec un grand sens des responsabilités.» Quant au cas de Liêm Hoang Noc, Manuel Bompard, qui refuse de dévoiler la liste avant jeudi, reconnaît qu’il « ne figure pas dans les premières places. Pour une raison simple : le comité électoral a jugé que les candidats qui avaient déjà un autre mandat – c’est son cas– ne devaient pas y figurer. C’est un critère garant d’une forme de renouvellement politique. On peut comprendre que cela ne lui convienne pas mais cette décision me paraît disproportionnée », commente-t-il.

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Publié le 06/07/2018

Élections européenes. Ian Brossat, chef de file des communistes

Julia Hamlaoui (site l’humanité.fr)

Le maire adjoint au logement à la ville de Paris, Ian Brossat a été désigné ce week-end chef de file du PCF pour les élections européennes de mai 2019. 

Face à une « offensive contre les droits sociaux conjointement menée par le gouvernement Macron et dans toute l’Europe », le Conseil national du Parti communiste a également lancé un appel pour « construire une liste de large rassemblement » porteuse des « attentes » et des « combats » de « la jeunesse » ou encore « des acteurs et actrices des mobilisations sociales en cours en métropole comme en Outre-mer ». 

Pour « porter cette démarche », l’élu parisien sera entouré d’une équipe comptant d’ores et déjà les députés européens sortants Patrick Le Hyaric, Marie-Pierre Vieu et Marie-Christine Vergiat, les sénateurs Eric Bocquet et Cécile Cukierman, le syndicaliste Gilbert Garrel, le maire de Grigny Philippe Rio, le président du groupe GDR de l’Assemblée nationale André Chassaigne, la responsable Europe du PCF Anne Sabourin, la secrétaire générale du Mouvement jeunes communistes Camille Lainé, et la militante féministe et antiraciste Mina Idir.

Si les candidatures seront soumises au vote de ses adhérents à l’automne,  la résolution adoptée ce week-end, réaffirme également la « disponibilité (du PCF) pour une liste qui unisse les forces de la gauche sociale, écologique et politique ». Avec, à la clé, une invitation qui leur est adressée pour un premier rendez-vous le 2 juillet.

Après avoir validé « 14 engagements » de campagne en mars dernier - de la défense du service public à la lutte contre le dumping social  en passant par le combat pour l’égalité femme-homme ou l’environnement-,  la formation se propose  aussi de préparer des « Etats généraux du progrès social en Europe avec plusieurs milliers de participants et des invités de toute l’Europe », les 2 et 3 février 2019 à Paris.

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