PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
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Publié le 25/02/2018

Comment Jeremy Corbyn veut transformer le Labour en un mouvement social

23 février 2018 Par Amandine Alexandre (site Médiapart)

Huit mois après le bon score du parti travailliste aux législatives – 40 % des voix –, la popularité du chef de l’opposition britannique, Jeremy Corbyn, s’est un peu émoussée. Mais le leader de 68 ans cherche surtout à réformer le mode de fonctionnement de son parti, en s’appuyant sur la nébuleuse Momentum, au grand dam de l’aile droite du Labour.

·  Londres (Royaume-Uni), de notre correspondante.– Il a remisé son vélo. La faute à ses fans, qui l’assaillent constamment sur la voie publique. À 68 ans, Jeremy Corbyn a été obligé de se plier aux conventions. Désormais, c’est à bord d’une voiture officielle que le leader de l’opposition travailliste au gouvernement de Theresa May se rend chaque jour au palais de Westminster.

Si le bon score du Labour lors des dernières élections ne lui a pas permis de former un gouvernement, il a donné à son chef de file une incontestable aura, y compris en dehors de son parti. « Jeremy Corbyn, avec son allure de retraité d’obédience marxiste, dégage davantage d’autorité dans son rôle de premier ministrable que Theresa May au poste de cheffe du gouvernement », concédait fin janvier un éditorialiste de The Sun, un tabloïd qui n'a jamais été tendre avec le chef travailliste (jusqu'à lui inventer, récemment, un passé d'espion communiste).

Si l'on s'en tient à des sondages récents, qui restent à prendre avec d'infinies pincettes, l’ampleur du phénomène Corbyn est quelque peu retombée depuis l’été dernier et son apparition très acclamée, en rock star, sur la scène du mythique festival de Glastonbury. En dépit des déchirements qui minent le parti conservateur, en cas d’élection, Theresa May pourrait l’emporter d’une courte tête sur l’idole des Britanniques de moins de 40 ans. Mais les railleries et les sarcasmes dont le chef de file socialiste du parti travailliste a longtemps été la cible n’ont plus cours dans les médias traditionnels.

 

Même les organes de presse autoproclamés du bon goût semblent fascinés par ce sexagénaire chenu, légèrement bedonnant et allergique aux cravates, élu en 2015 à la tête du Labour, puis réélu en 2016. Le magazine masculin GQ, qui s’adresse aux hommes soucieux de leur apparence, lui trouve du sex-appeal. Au point de le mettre en couverture de son premier numéro de l’année – après l’avoir relooké dans un costume Marks & Spencer à 200 livres sterling. « Cela en ravit certains et suscite l’effroi chez d’autres personnes mais Jeremy Corbyn pourrait vraiment devenir notre premier ministre », estime Stuart McGurk, auteur de l’interview du leader travailliste parue en janvier et intitulée « Theresa... Il attend ».

Si tout se déroule comme prévu par la loi électorale, l’attente risque de durer longtemps. Les prochaines élections législatives britanniques doivent se dérouler le 5 mai 2022. Mais faute de posséder une majorité absolue aux Communes, le mandat de Theresa May est fragile. Et les négociations du Brexit avec l’Union européenne font planer une très grande incertitude sur le Royaume-Uni.

Dès l’été dernier, Jeremy Corbyn et les membres de son « gouvernement en devenir » sont donc partis en campagne dans une centaine de circonscriptions anglaises, galloises et écossaises. Dans certaines de ces circonscriptions jugées gagnables, le processus de sélection du ou de la candidate aux prochaines législatives a été lancé à l’automne 2017. Sur la centaine de circonscriptions que le Labour a bon espoir de remporter, fin janvier, 28 candidats avaient déjà été sélectionnés.

L’échéance est lointaine, mais les tensions provoquées par la sélection des futurs candidats au mandat de député sont vives. D’autant que cette sélection survient après celle, parfois très contestée, des candidats aux élections locales du 3 mai prochain. Dans les deux cas, Momentum, l’organisation pro-Corbyn créée en 2015 et désormais affiliée au Labour, est accusée par une partie des travaillistes de vouloir imposer ses candidats. L’aile droite du parti est vent debout contre ce qui est perçu comme une tentative de noyautage des structures du Labour.

« Momentum est désormais enraciné dans le parti travailliste », analyse Jessica Garland. Selon la chercheuse de l’université du Sussex, spécialiste de l’organisation interne du parti travailliste, la force de Momentum est d’avoir investi « de nouvelles personnes au sein d’anciennes structures ».

Un militant de Momentum, au congrès annuel du Labour, à Brighton, le 26 septembre 2017. © Reuters / Toby Melville.

La preuve ultime de la montée en puissance des corbynistas dans les rouages du Labour ? L’élection, le 15 janvier dernier, de Jon Lansman et de deux autres membres de Momentum au National Executive Committee (NEC), l’organe de décision du parti travailliste. Ces trois nouveaux membres du NEC, élus par les militants travaillistes, occupent un tiers des neuf sièges réservés aux représentants des sections de circonscription.

À l’échelle du NEC, qui compte 41 membres, leur pouvoir d’influence reste relativement restreint. Mais leur élection marque incontestablement un tournant : les trois sièges du NEC investis par Momentum ont été créés à l’automne dernier à l’issue du congrès annuel du Labour, à la demande notamment de Momentum qui souhaite voir la base du parti peser davantage dans les instances de direction.

Jon Lansman, une figure longtemps en marge du parti travailliste, peut désormais se prévaloir de représenter « presque 600 000 membres » du Labour. Jolie performance pour le fondateur d’une organisation qui n’a pas encore soufflé ses trois bougies et compte pour l’instant moins de 40 000 membres.

Publié le 21/02/2018

20 février 2018 (site la Bibliothèque Fahrenheit 451)

LA QUESTION KURDE

Régulièrement sous les feux de l’actualité, le Kurdistan est pourtant mal connu. Son histoire est d’autant plus complexe qu’il est partagé entre quatre pays. Avec cet exposé Gérard Chaliand nous donne des clefs pour mieux saisir les tenants et les aboutissants de cette partie du Moyen-Orient.

Une bonne moitié de l’ouvrage, très modestement intitulée « brève histoire du Kurdistan », est réellement passionnante. Nous nous garderons d’en tenter un trop bref résumé, nous contentant de rapporter ici quelques grandes lignes.

Le territoire géographique nommé Kurdistan était autrefois partagé entre l’Empire Ottoman et l’Iran impérial, sur lequel vivent des population de différentes origines linguistiques (kurmandli, soprani, zaza) et religieuses (sunnites de rite chaféite en majorité mais aussi alévis, yézidis, chrétiens, juifs et d’autres chiites.
La fin de la première guerre mondiale est une période cruciale pour la région puisque le démantèlement de l’Empire Ottoman va recomposer les territoires et tracer les lignes de conflits futurs :
Mustafa Kémal sauve la Turquie du dépeçage prévu par le traité de Sèvres (1920) et parachève « l’homogénéisation religieuse et ethnique d’un État conçu sur le modèle de l’État-nation ». Les Kurdes deviennent alors des « Turcs des montagnes ». Ils ont le choix entre l’assimilation, l’exclusion ou la répression.
La Grande Bretagne, seule au courant que s’y trouve du pétrole, crée l’Irak en s’appuyant sur la minorité sunnite (20%) contre les chiites et les Kurdes qui auront cependant souvent une relative autonomie culturelle et administrative.
En Iran, si les Kurdes disposaient de droits culturels, la monarchie s’en prend à partir de 1935, violemment à toutes les langues minoritaires.
En Syrie, sous mandat français, leurs droits culturels sont aussi limités.

L’exposé se concentre essentiellement sur l’histoire de l’Irak et l’évolution de la partie Kurde au sein de laquelle deux mouvements d’indépendances, l’UPK et le PDK vont s’opposer, trouvant toutefois des alliances ponctuelles : insurrection entre 1961 et 1975, coup d’État de Saddam Hussein en 1968, début de la guerre contre l’Iran en 1980. Longtemps, l’Iran et l’Irak ont financé et armé les kurdes de leur voisin pour le déstabiliser. Saddam Hussein organisa des massacres à plusieurs reprises contre les Kurdes, utilisant des gaz de combat contre la ville d’Halabja reprise par les peshmergas en 1988. De nombreux charniers furent découverts en 2003.
En 1990, après l’invasion du Koweit et l’intervention américaine qui le maintient cependant au pouvoir pour tenir tête à l’Iran chiite, Saddam Hussein se retourna contre les Kurdes pour amplifier sa politique génocidaire, bombardant des colonnes de civiles en fuite, provoquant des centaines de milliers de morts. Le 5 avril 1991, l’ONU vote la résolution 688, consécration du principe de l’ingérence humanitaire, créant une zone de sécurité. La campagne était détruite à 90%, plus de 4500 villages avaient été rasés et 26 villes touchées mais l’autonomie politique allait pouvoir s’organiser. Les tensions entre l’UPK et le PDK déboucheront pourtant sur une guerre civile à partir de 1994.

En Turquie, la simple mention d’une société kurde distincte de celle des Turcs, est un crime conte l’État. En 1978, le PKK est fondé par Abdullah Öcalan avec l’indépendance pour objectif et la guérilla comme moyen. Des « escadrons de la mort » et d’autres organisations paramilitaires turcs sont responsables de plus de 45 000 morts. Plus de 4000 villages ont été détruits. Öcalan est arrêté par les services secrets turcs en février 1999 à Nairobi, au Kenya, avec l’aide des Américains et des Israéliens. Il purge une peine à perpétuité.

En mars 2003, la nouvelle intervention américaine en représailles aux attentats du 11 septembre 2001, déstabilise complètement l’Irak. L’armée d’occupation ne fera d’ailleurs rien pour défendre les biens publics, excepté le ministère du Pétrole ! Le Kurdistan est cependant relativement épargné, grâce à ses peshmergas. En 2005, Jalal Talabani devient président de la République, premier kurde a devenir chef d’État.
L’auteur développe également le rôle central de l’Arabie Saoudite, notamment dans le financement des mouvements djihadistes depuis plus de trente cinq ans. Il raconte l’irruption de Daech dont le caractère régressif et sanglant semble fasciner « certains spécialistes de monde arabe et musulmans » et souligne sa carence totale en solutions économiques ou sociales. «  À l’heure où la Chine cherche à s’affranchir de la tutelle du dollar, Daech en est encore à couper des têtes en prétendant restaurer un califat. »


Ouvrage majeur, clair et synthétique sur l’histoire de cette partie du Moyen-Orient, que l’on ne peut que trop conseiller à ceux que ces questions intéressent. On pourra toutefois s’étonner que Gérard Chaliand ne fasse strictement aucun mention de la conversion d’Abdullah Öcalan, au confédéralisme municipal et à l’application de celui-ci dans les enclaves kurdes de Syrie, ne retenant que l’efficacité de leurs troupes au combat ! C’est pourquoi nous proposons quelques lectures complémentaires à ce sujet.


LA QUESTION KURDE
Gérard Chaliand
Avec la collaboration de Sophie Mousset
162 pages – 18 euros
Éditions du Seuil – Paris – Mai 2015



Sur le même sujet :

Publié le 06/01/2018

Chroniques Latines

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Jean Ortiz

Jeudi, 4 Janvier, 2018 - 09:55

Quelques éléments d’histoire de la Catalogne et du sentiment national catalan

On oublie souvent que la République fut proclamée à trois reprises en Espagne et à cinq en Catalogne.

La « Première République » le fut, en 1873, sur tout le territoire espagnol. Le sentiment national a des racines profondes. Il vient de loin. En 1640, les Catalans se soulèvent contre « l’Etat central » lors de la « Guerre dels segadors (faucheurs ») soutenus par la France. Ils proclament alors la « République » indépendante, sous protectorat français. Au XVIIIe, Felipe V abolit les « privilèges » (droits spécifiques ancestraux, reconnus par la loi) catalans. La Catalogne commence à connaître un essor économique et industriel. Toutes les tentatives républicaines ont prôné et commencé à réaliser (ou réalisé) la séparation de l’Eglise et de l’Etat, sa laïcisation... Autant de thèmes insupportables pour la richissime Eglise espagnole, propriétaire de banques et de grandes propriétés entre autres, pour l’oligarchie des « terratenientes », pour la finance, pour de nombreux officiers...

 

Les listes républicaines l’emportent contre toute attente partout en Espagne, aux élections municipales d’avril 1931 ; le roi Alfonso XIII, qui embaucha le dictateur Primo de Rivera, fait ses valises et la République est proclamée le 14 avril, quasi simultanément, à Barcelone et à Madrid.

 

A Barcelone, elle est décrétée même une heure avant Madrid par les maires, et du haut du balcon de l’actuelle Generalitat, par Francesc Maciá, (leader de centre-gauche de l’ERC, la Gauche républicaine de Catalogne). Il devient le premier président de la Generalitat. La proclamation espère « que les autres peuples d’Espagne se constituent en République ». En août 1931, les forces progressistes et révolutionnaires, puissantes et combattives en Catalogne, instaurent un gouvernement catalan, un parlement, une  langue officielle , etc. L’aspiration républicaine porte en elle une forte exigence sociétale et sociale. Ici, majoritairement, on est Espagnol et Catalan, ou Catalan et Espagnol... La revendication d’autonomie englobe surtout la reconnaissance des droits, de la spécificité catalane, de la culture et de la langue...

 

L’ERC, qui a gagné les municipales, porte un projet de « République fédérale » ; il sera négocié à la baisse, et deviendra le « Statut spécifique » de 1932, plus modéré. En Catalogne comme ailleurs, des milliers de journaliers ne possèdent aucun arpent de terre. Dans les usines, les patrons n’hésitent pas à recruter des tueurs pour liquider les « meneurs » des grèves et des luttes sans quartier. Les anarchistes, le groupe « Los Solidarios », pratiquent l’auto-défense.

 

En décembre 1933, le président de la Generalitat, Luis Maciá, décède, et un autre « républicain modéré », une grande figure, Lluís Companys, lui succède. Il est déjà à cette étape, difficile d’étiqueter le mouvement autonomiste, l’exigence identitaire. Pour beaucoup, ils sont « globalement de gauche ». Il existe deux puissantes forces populaires : les anarchistes de la CNT-FAI et la socialiste UGT. Les communistes du PSUC, pour qui va primer la défense de cette République contre le fascisme, se renforceront plus tard.... Le trotskisant POUM et les anarchistes considèrent la Deuxième République comme « bourgeoise ». Les deux logiques en présence sont irréconciliables et vont s’affronter durement. En août 1937, le gouvernement envoie la Onzième division de l’Armée populaire républicaine pour mettre au pas, par les armes, le libertaire « Conseil d’Aragon », après avoir en mai réprimé l’insurrection populaire anarcho-syndicale à Barcelone (Telefónica), au moment où siègent au gouvernement trois ministres anarchistes. Les unités qui firent le « sale boulot » étaient pour la plupart commandées par des communistes. Ce sang versé, entre antifascistes, reste encore aujourd’hui objet de ressentiments fratricides, ineffaçables, du moins difficiles à dépasser...

 

En octobre 1934, les conservateurs avaient gagné les élections générales, conséquence des promesses sociales non tenues par la République. Face à « l’incumplimiento », les engagements non respectés, l’UGT et le PSOE appellent à la grève générale. Les mineurs de Asturies se soulèvent. La « révolution des Asturies » s’organise en « République socialiste des Asturies ». En réponse, l’armée massacre les mineurs. Pour protester contre la « fascisation, la restauration en marche », le 6 octobre 1934, Lluís Companys, président de la Generalitat, proclame l’Etat catalan, au sein de la République fédérale espagnole. Un éphémère Etat qui sera, lui aussi, noyé dans le sang. Le président Companys est arrêté, emprisonné, et le gouvernement autonome catalan suspendu. Lluís Companys est condamné à 30 ans de prison. A Madrid, le gouvernement est aux mains des forces les plus conservatrices : la CEDA, les « Radicaux », Rénovation nationale... A Barcelone, le général Domingo Batet a étouffé l’initiative du président de la Generalitat, Lluís Companys.

 

Force majoritaire , enracinée depuis des décennies en Catalogne, l’anarchiste CNT-FAI mène, depuis la fin du XIXe, une lutte des classes frontale. Elle engage, surtout après février 1936, (victoire électorale du Front populaire) un processus révolutionnaire de « collectivisations », particulièrement à la campagne, d’appropriation collective et sociale des moyens de production, y compris du petit commerce et de l’artisanat. Mais elle refuse de prendre le pouvoir politique, à la tête de la Generalitat. Le « golpe » civico-militaire de juillet 1936 accélère le mouvement.

 

Les « collectivités », (« début de révolution » selon les libertaires), leur opportunité, se trouvent contestées par les communistes, par de larges secteurs du PSOE, des « azagnistes », des nationalistes catalans, et par les autres petits partis républicains modérés. Ils les considèrent comme une dispersion de forces face à la prioritaire et urgente résistance antifasciste, afin de « gagner d’abord la guerre » par la consolidation d’une Armée populaire républicaine. Pour que, notamment, la Catalogne retrouve un statut d’autonomie. Pour des milliers de pauvres, d’ouvriers, de sans terre, la révolution esquisse une société nouvelle, solidaire : le communisme libertaire. L’identité ne va pas sans la « question sociale ». Les miliciens luttent à la fois contre le fascisme et pour la révolution.

 

C’est seulement en février 1936, lorsque le Front populaire gagne les élections, que des milliers de prisonniers politiques, dont Lluís Companys, sont libérés. Ce dernier redevient Président de la Generalitat, le parlement et les autorités catalanes. Le « statut catalan », démocratique, adopté en octobre par les « cortés », garantit l’autonomie. Lors de la défaite militaire des Républicains, en janvier-février 1939 (Barcelone tombe le 26 janvier), la Generalitat est abolie par les franquistes victorieux, et le président Companys se réfugie en France. Là, avec la complicité de Vichy, la Gestapo l’arrête le 13 octobre 1940, et le livre à Franco. Ce dernier le fusille le 15 octobre 1940 au Château de Montjuic.

 

La revendication d’autonomie des catalanistes est, dans ces années 1930, globalement « de gauche », comme elle le sera, beaucoup plus, sous le franquisme. Elle implique le mouvement ouvrier. Aujourd’hui, les principaux leaders du mouvement indépendantiste, qui est devenu majoritaire pour la première fois en 2015, appartiennent pour la plupart à la cossue bourgeoisie catalane, très libérale et « européiste ». L’indépendantisme est teinté d’aspects « patriotards ». Mais l’essentiel est ailleurs. La République, celle que voudrait la bourgeoisie catalane, n’est pas la nôtre, mais elle ouvre une brèche au peuple et la monarchie se retrouve frappée d’illégitimité, elle qui reste la pièce maîtresse du continuisme franquiste.

 

Parler catalan conduisait, sous le franquisme, à la torture et à la prison. Communistes du PSUC, anarchistes, groupes de lutte armée, catalanistes, chanteurs, menèrent alors une résistance irréductible et quotidienne. Les « 33 tours » de Luis Llach , María del Mar Bonnet (des Canaries), Raimón, Pi de la Serra... circulent clandestinement.

 

En 1979, la Catalogne retrouve son statut d’autonomie, repris dans la constitution de 1978. Cette dernière garantit, par son article 137, le paiement de la dette bancaire privée avec des moyens publics, dans son article 38, la liberté d’entreprise dans le cadre de l’économie de marché, et dans l’article 8, stipule que l’armée est garante de l’unité nationale. Toujours selon la constitution de 1978, l’Espagne s’organise en 17 « communautés autonomes », dont trois « historiques ». Les forces de droite ont dû céder sur la vision centraliste, uniforme, uninationale, de l’Etat espagnol, dont le centre est, selon elles, Madrid. La démocratisation de l’Etat espagnol, même si elle reste à réaliser, pour une Espagne plurinationale, a toutefois marqué des points.

 

En mars 2006, les parlements catalan et espagnol votent un texte comportant la notion de « nation » à propos de la Catalogne, au sein d’un ensemble fédéral, ainsi qu’un « statut catalan élargi » (ouvrant plus de compétences).

 

Rajoy et le PP mettent le feu aux poudres. Ils affichent mépris et intransigeance. En 2010, le néo-franquiste Rajoy fait annuler par le Tribunal Constitutionnel, la notion de « nation » ainsi que le nouveau statut. Le 11 septembre 2012, jour de la « Diada », fête nationale catalane, un flot humain réclame le droit de décider, le retour au statut élargi. Pour la première fois, lors du référendum de 2015, le mouvement, jusqu’ici « autonomiste », devient majoritairement « indépendantiste ».

 

On connaît la suite. Madrid persiste dans son refus de négocier, de prendre en compte l’aspiration sociale et démocratique des Catalans. Quelles qu’en soient les conséquences.

Publié le 22/12/17 (l'Humanité.fr)

Palestine: Pour un large mouvement de solidarité populaire internationale, à signer et faire signer d'urgence la pétition 2 Peuples 2 Etats

L'annonce du président américain Donald Trump, le 6 décembre dernier, de reconnaitre unilatéralement Jérusalem comme capitale d'Israël a pour objectif de mettre un point final à tout espoir d'une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens, fondée sur l'application des résolutions de l'ONU d'une solution à deux États et un processus de négociations sous égide multilatérale.

 

Ce 18 décembre les États-Unis ont opposé leur veto au Conseil de sécurité à une résolution condamnant leur reconnaissance unilatérale du 6 décembre mais c'est à la pression d'un très large mouvement de solidarité populaire internationale pour une solution politique pacifique respectueuse des droits humains et du droit international qu'ils seront contraints de reculer.



Pour cela, nous t'invitons à signer et faire signer autour de toi la pétition électronique : www.2peuples2etats.fr
 adressée dans un premier temps à Emmanuel Macron pour que notre pays donne ce signal en reconnaissant sans plus attendre l’État de Palestine dans les frontières de 1967 et avec Jérusalem-Est pour capitale

8 décembre 2017

Cuba : plus de coopération médicale que tout le « monde riche » réuni (Cubainformación TV)

Ivena Belén Ruiz, José Manzaneda

Avez-vous lu, dans un des grands médias du « monde libre », que 48 000 coopérants cubains sont actuellement à l’œuvre dans 66 pays du Sud, soit un nombre plus élevé que tous les coopérants des « pays riches » réunis ?

Avez-vous lu, dans notre grande presse, qu’au Venezuela la coopération cubaine a sauvé un million 500 000 vies en douze ans ?

Avez-vous lu qu’en 2017, la Brigade Médicale Cubaine « Henry Reeve » a été récompensée par l’Organisation Mondiale de la Santé pour les soins prodigués à plus de 3 millions 500 000 personnes dans 21 nations ?

Savez-vous que pour combattre l’épidémie d’Ebola, en Afrique, le Secrétaire Général de l’ONU a demandé de l’aide seulement aux États-Unis, à la France, au Royaume Uni et… à Cuba, laquelle a envoyé 256 coopérants médecins ?

Savez-vous que plus de 4 millions de personnes démunies, de 34 nations, ont été opérées gratuitement des yeux grâce au programme solidaire cubano-vénézuelien « Opération Miracle » ?

Eh bien, si vous n’avez pas lu un seul mot de tout cela dans la presse internationale, posez-vous un instant cette seule question : mais pourquoi donc vous le cache-t-on ?

Article de Ivena Belén Ruiz et José Manzaneda pour Cubainformación TV. (site le GrandSoir)

Traduction M. Colinas

Publié le 21 novembre 2017

Aux États-Unis, la gauche socialiste de Sanders remporte des élections.


La brillante campagne présidentielle de Bernie Sanders n’est pas restée sans lendemain malgré la victoire de Trump : les élections locales ont porté aux responsabilités nombre de ses partisans et autres figures de l’opposition au milliardaire-président.


Il faut savoir reconnaître les bonnes nouvelles quand elles pointent leur nez, même timidement et sans fanfare, au milieu de la nuit trumpienne : les résultats des élections locales du 7 novembre dernier aux États-Unis ne reflètent pas seulement un fort rejet du Parti républicain du président, ils laissent espérer que la construction d’une force politique radicale amorcée par Bernie Sanders ne s’est pas essoufflée à la fin de sa campagne.


Si les journaux ont titré sur la revanche des démocrates, et notamment leur victoire au poste de gouverneur dans le New Jersey et surtout en Virginie (un État traditionnellement républicain), l’analyse dans le détail des multiples scrutins locaux révèle en effet le succès de nombreux militants (vraiment) de gauche.


Our Revolution, un air de révolution


Sur les 59 candidats soutenus par Our Revolution, le mouvement créé il y a un an par le sénateur du Vermont peu après l’arrivée à la Maison blanche du milliardaire, 27 ont gagné, de même que 15 candidats issus des Democratic socialists of America. La principale organisation socialiste du pays, dont le nombre d’adhérents est passé de 6.000 à 30.000 depuis novembre dernier, affirme ainsi que 56% de ses candidats ont remporté des sièges, contre 20 % lors du cycle électoral précédent.


Parmi eux, Lee Carter, un ancien des marines de trente ans, qui a découvert le socialisme l’année dernière grâce à la campagne de Sanders. Malgré les tracts républicains le dépeignant en Staline et l’absence de soutien de l’appareil démocrate local – qui voyait d’un mauvais œil son engagement en faveur d’une assurance maladie publique et son opposition à un projet de gazoduc –, il a évincé le très puissant délégué républicain Jackson Miller de l’assemblée locale de Virginie.


Dans le Massachussetts, sept candidats appuyés par Our Revolution ont raflé des sièges au conseil municipal de Somerville. Des socialistes ont également remporté des sièges municipaux à Lakewookd dans l’Ohio, à Billings dans le Montana, à New Haven et à Hamden dans le Connecticut.


Mik Pappas, un avocat des droits civiques membre de DSA est devenu juge à Pittsburg, après une campagne contre l’incarcération de masse et notamment contre les peines de prison pour les délits liés à la drogue et pour le droit à un logement et des services juridiques abordables. Dans le Maine, les électeurs ont en outre approuvé par référendum l’élargissement du programme public de couverture maladie pour les plus modestes (Medicaid) à 70.000 personnes supplémentaires.


Figures de résistance


Pas forcément officiellement estampillées socialistes, d’autres figures incarnant la résistance aux positions racistes et réactionnaires de Trump ont été élues. Larry Krasner, un avocat engagé contre les violences policières et contre la peine de mort, ayant défendu bénévolement des militants Occupy Wall Street et Black Lives Matter, est devenu procureur à Philadelphie, la ville au taux le plus élevé d’incarcération par habitant.


Melvin Carter est devenu le premier maire noir de St. Paul, dans le Minnesota, après avoir promis de réformer la police et d’instaurer la gratuité dans les crèches. Militante du salaire minimum à quinze dollars de l’heure, Vi Lyles est devenue la première maire noire de Charlotte, en Caroline du Sud.


La démocrate Danica Roem est devenue la première femme ouvertement trans à accéder à une assemblée locale. La femme de trente-trois ans a en effet été élue à la Chambre des délégués de Virginie, où sont votées les lois de l’État, délogeant le républicain Robert Marshall, un farouche opposant aux droits LGBT qui refusait de la désigner par le pronom elle.


Seattle a élu sa première maire lesbienne tandis qu’un Sikh a remporté la mairie de Hoboken dans le New Jersey. À Helena, capitale du Montana, une réfugiée du Liberia qui avait dénoncé le muslim ban du gouvernement a été élue maire. À Iowa City, enfin, Mazahir Salih est la première américaine d’origine soudanaise à siéger dans le conseil municipal.


Des Démocrates immobilistes


Une petite liste qui confirme, après le succès inattendu de la campagne de Sanders, que l’étiquette socialiste ne fait plus peur à une nouvelle génération d’Américains, tout à fait réceptifs envers le projet de réduire les inégalités, d’étendre l’assurance maladie et de combattre l’emprise financière qu’exerce les multinationales sur la vie politique américaine.


Il est cependant probable que la direction du Parti démocrate, tenu par les attentes de ses donateurs de Wall Street, demeure sourde à la radicalisation de sa base, refusant toujours de comprendre que l’échec de Hillary Clinton à la présidentielle doit plus à la couleur ultralibérale de son programme qu’aux complots russes ou au sexisme des Américains.


Préférant retenir par exemple la victoire du centriste Ralph Northam au poste de gouverneur de Virginie, le parti de l’opposition semble se contenter, pour les élections législatives nationales de mi-mandat de l’année prochaine, de miser sur la seule détestation de Trump pour empocher mécaniquement les voix de la résistance.

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