PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

Publié le 30/03/2021

 

 

Essai. La Commune républicaine et révolutionnaire

 

 

Par Aurélien Soucheyre sur www.humanite.fr

 

 

L’historien Roger Martelli publie un essai dédié à la révolution de 1871, ses causes, son déroulement, ses inventions et son héritage jusqu’à nos jours.

 

 

« Commune 1871. La révolution impromptue »

De Roger Martelli (éditions Arcane 17, 107 pages, 18 euros)

 

 

 

Roger Martelli a été élève au lycée Thiers, à Marseille. En mai 1968, il fait partie des étudiants qui le rebaptisent un temps « lycée de la Commune de Paris ». Ce n’est donc pas d’hier que l’historien s’intéresse à cette période passionnante. « Jamais sans doute événement aussi court – soixante-treize jours – n’a laissé tant de traces dans les représentations collectives », écrit-il dans son dernier ouvrage. Avec cet essai baptisé Commune 1871. La révolution impromptue, celui qui est aussi coprésident de l’association des Amies et Amis de la Commune de Paris dresse un regard à la fois scientifique et ­citoyen sur la révolution de 1871.

 

« Jamais sans doute événement aussi court – soixante-treize jours – n’a laissé tant de traces dans les représentations collectives. Roger Martelli

 

Il se livre bien sûr à un résumé précis des faits, dans toute leur complexité, permettant de comprendre toujours plus comment est née la Commune, comment elle a gouverné, ce qu’elle a réalisé, comment elle a été massacrée et pourquoi son souvenir est aussi fort au moment de commémorer son 150 e anniversaire.

 

 

 

D’où vient que le souffle de la Commune est toujours dans notre dos ?

 

En 1980, les étudiants coréens de Gwangju se constituent en commune, tout comme les mexicains d’Oaxaca en 2006 et les universitaires d’Oakland en 2011. Les Kurdes installent aussi une commune du Rojava en 2014. En France, son nom refleurit lors de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, pendant Nuit debout puis lors du mouvement des gilets jaunes. D’où vient que le souffle de la Commune est toujours dans notre dos ? Roger Martelli nous raconte qui sont les communards : en 1870, 45 % des Parisiens sont des ouvriers, pour beaucoup pauvres, et hostiles à un Napoléon III qui vient de tomber. Paris est aussi la ville des révolutions : 1789, 1830, 1848. Éreintés par le siège de l’armée prussienne, les habitants de la capitale sont scandalisés par le risque croissant de voir la III e République sombrer, après la victoire des monarchistes lors d’élections commandées par l’Empire allemand pour traiter du prix de la défaite.

 

« Jamais révolution n’avait plus surpris les révolutionnaires. Benoît Malon, communard

 

 

 

La Commune débouche sur le gouvernement le plus ouvrier de l’histoire du pays

 

Paris se soulève quand Thiers tente de lui prendre ses canons. « Jamais révolution n’avait plus surpris les révolutionnaires », écrit le communard Benoît Malon, tant le scénario des années 1870-1871 paraît inimaginable d’un rebondissement à l’autre. Paris est pourtant en ébullition depuis des mois, traversée par une très forte politisation et les prémices du mouvement ouvrier. À l’analyse ­sociologique de la ville, Roger Martelli ajoute la vitalité du débat démocratique, dans les quartiers, dans les clubs, la presse, entre hommes et femmes et au sein même de la garde nationale. La Commune débouche sur le gouvernement le plus ouvrier de l’histoire du pays, quand l’assemblée de Versailles est la plus aristocratique jamais connue en France…

 

 

 

La lutte des classes devient guerre civile

 

Les tentatives de médiation échouent. La lutte des classes devient guerre civile. Sur les 42 millions de francs dépensés par la Commune, 33 millions sont attribués à la délégation à la guerre. Ce qui ne l’empêche pas de procéder aussi à des « basculements sociaux et parfois même civilisationnels », note Roger Martelli, en ouvrant la porte à l’égalité hommes-femmes, à l’encadrement des salaires, à l’école gratuite et laïque… Le martyre de la Commune a achevé de la propulser dans les mémoires. D’horribles procès lui sont pourtant faits, alors que c’est elle qui a été noyée dans le sang. Mais l’essai de Roger Martelli démontre une fois de plus que « l’horizon de la Commune n’est rien d’autre que celui de la République ». Sociale et non conservatrice.

 

 

L’Assemblée Citoyenne vous recommande la chanson « La Commune »

(paroles de Georges Coulonges, musique et interprétation de Jean Ferrat).

 

A écouter dans nos vidéos !

Publié le 26/03/2021

 

 

 

La SNCF condamnée pour avoir empêché des cheminots de faire grève

 

 

Par Dan Israel sur www.mediapart.fr

 

 

 

Les agents grévistes de SNCF Réseau avaient été déplacés de leur horaire de nuit habituel à un horaire de jour. Le tribunal de Bobigny a jugé que cette décision avait « pour objet de limiter l’exercice de leur droit de grève ».

 

 

 

Pour éviter qu’une quarantaine de ses salariés ne fassent grève, la SNCF avait trouvé une méthode créative, qui vient d’être condamnée, le 12 mars, par le tribunal judiciaire de Bobigny, saisi en référé (la procédure d’urgence) par le syndicat Sud Rail.

 

 

Le 18 janvier, deux « brigades » de SNCF Réseau, chargées de la maintenance pour le secteur de la gare du Nord et travaillant de nuit, avaient entamé une grève, arrêtant le travail tous les jours une heure, de 1 h 30 à 2 h 29, conformément à un préavis de grève, déposé pour la période du 18 janvier au 18 juin.

 

 

Au bout d’une dizaine de jours, les salariés ont été transférés par leur direction en horaires de jour. Le motif officiellement avancé était le ralentissement trop important de la maintenance de nuit. Mais cette décision empêchait surtout les cheminots de poursuivre leur grève.

 

 

Le tribunal de Bobigny a jugé que « les mesures de changement d’horaire litigieuses, appliquées de manière collective à des salariés identifiés comme grévistes, ont […] pour objet de limiter l’exercice de leur droit de grève ». Cette politique constitue donc « un trouble manifestement illicite auquel il convient de mettre fin en ordonnant à l’employeur de rétablir l’organisation de travail antérieure à la grève ».

 

 

« Nous travaillons dans le noir et l’insalubrité, dans des conditions très difficiles. Pendant le premier confinement, nous avons eu droit à une visite de notre directeur d’établissement, ce qui est très rare. Il nous a dit que nous méritions “une petite prime”, et ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, raconte l’un des agents, Younès Baberrih. Mais malgré plusieurs demandes suivant cette promesse, nous n’avons rien obtenu d’autre que ses demandes de lui “faire confiance”. Alors, on a décidé de bouger. On s’est syndiqués chez Sud Rail et on s’est lancés dans la grève. »

 

 

Les cheminots demandent « une prime de 20 euros par jour travaillé », le renouvellement de leur matériel de travail et une amélioration de leurs conditions de travail réellement dures. « Nous aimerions aussi devenir une “brigade pilote”, pour pouvoir tester du nouveau matériel », indique Younès Baberrih. Leur grève a été pensée pour ralentir très fortement la « production ».

 

 

« Avec cette grève de 59 minutes exactement par jour, nous empêchons toutes les grosses opérations de maintenance, comme les changements de rail et d’aiguillage, détaille un autre agent. En effet, les trains partant de la gare du Nord cessent de circuler seulement de 1 h 10 à 4 h 50 du matin. Et deux heures de travail ne suffisent pas pour effectuer les travaux nécessaires. D’autant que la quasi-totalité des membres de notre brigade ont participé au mouvement. »

 

 

C’est sans doute pour cela que la SNCF a décidé de ne pas traîner, en affectant la quasi-totalité des salariés des deux brigades en horaires de jour, là où habituellement seules deux ou trois personnes par brigade travaillent en journée. Conséquence directe de cette décision : les cheminots concernés n’avaient rien à faire, comme le souligne le tribunal. « Les tâches attribuées aux intéressés pendant ces nouveaux horaires correspondent soit à des “travaux” qui n’étaient pas répertoriés avant la grève (ramassage de menus matériels), soit à des travaux auxquels se trouvent affectés six ou onze agents, contre un pour la période précédant la grève (relevé de géométrie), si bien que les salariés dont les horaires ont été modifiés semblent affectés à des activités occupationnelles plus qu’à un véritable travail. »

 

 

Ce n’est pas tout, souligne Savine Bernard, l’avocate de Sud Rail : « Outre l’impossibilité de faire leur grève sur l’heure de nuit, ils ont perdu toutes les primes liées au travail de nuit, soit de 600 à 800 euros par mois. »

 

 

Pour le juge, la manœuvre est limpide, il s’agit de « soustraire des salariés identifiés comme grévistes au créneau de travail visé par le préavis ». La SNCF a donc été condamnée à réaffecter ses agents sur leurs horaires habituels de travail. Si elle ne le faisait pas, elle risquerait de devoir payer 5 000 euros par jour et par agent concerné… « À cette heure, la société SNCF Réseau examine l’opportunité de relever appel de cette décision », indique l’entreprise à Mediapart.

 

 

La SNCF avait tenté d’argumenter devant le juge que les cheminots de ses brigades de nuit n’ont pas été empêchés d’exercer leur droit constitutionnel, au motif qu’il existait d’autres préavis de grève, sur d’autres motifs, déposés dans l’entreprise, et que les cheminots de nuit auraient ainsi pu se lancer dans une autre grève. « L’entreprise leur déniait donc leur droit à leur propre grève sur leurs propres revendications », traduit l’avocate Savine Bernard.

 

 

Depuis le 12 mars, la grève a repris. Et les tensions ne se sont pas apaisées : une quinzaine de salariés ont reçu des convocations pour des entretiens pouvant mener à des sanctions dans les prochains jours. La SNCF leur reproche une photo prise pendant la grève où l’on en voit certains sans masque ou sans chaussures de sécurité. D’autres se voient reprocher un déplacement pour aller voir des collègues pendant un arrêt de travail. Aux dernières nouvelles, après intervention de Sud Rail, l’idée de les sanctionner pour ces raisons aurait été abandonnée.

ublié le 19/03/2021

 

 

Occupation du CCN de Montpellier :
« Il n’est pas question de rouvrir des lieux sur des cendres et des gens dévastés »

 

 

Parce que le spectacle vivant ne veut pas mourir, le secteur se mobilise partout en France comme à Montpellier. Au-delà de la réouverture des lieux, l'avenir inquiète.

 

 

Par Cédric Nithard sur actu.fr/occitanie

 

 

Plus que la réouverture des lieux culturels, les acteurs du spectacle vivant sont inquiets quant à leur avenir. L’occupation du théâtre Odéon a lancé un mouvement qui, avec la réaction du gouvernement, s’étend dans toute la France avec aujourd’hui une trentaine de lieux occupés. A Montpellierle Centre Chorégraphique National accueille depuis vendredi dernier (note : le 12 mars au soir) les représentants d’une vaste mobilisation qui va bien au-delà de la réouverture des lieux culturels.

 

Le Mouvement Unitaire Languedoc Roussillon, composé des artistes, technicien.ne.s, enseignant.e.s artistiques, auteur.ice.s, administrateur.ice.s, Syndicats d’Employeur.e.s et d’Employé.e.s (Synavi, CGT Spectacle, Fédération Régionale des Arts de la Rue, Coordination des Intermittent.e.s et Précaires du Languedoc Roussillon…), étudiant.e.s de l’ENSAD Montpellier, du CRR de Montpellier… est réuni, comme dans de nombreux lieux culturels en France, pour faire entendre une inquiétude accentuée par la crise sanitaire traversée depuis un an.

 

 

« Rien ne justifie encore nos fermetures »

 

 

« Cette occupation va au-delà de la réouverture des lieux. Elle vise à élargir le champ des possibles et des réflexions sur les problèmes que va poser la crise actuelle », explique Stéphanie Marc de la Coordination des Intermittent.e.s et Précaires du Languedoc Roussillon.

 

Reste qu’il s’agit d’une question essentielle pour la reprise de l’activité. David Cherpin, de la Fédération Régionale des Arts de la Rue, qui a vu les annulations arriver dès février 2020, détaille : « Nous sommes pleinement conscients de la réalité sanitaire des choses et nous ne sommes pas des irresponsables qui appelons à faire tout et n’importe quoi dans nos lieux ». Il met notamment en avant la capacité des lieux à faire respecter les gestes barrières pour préserver la santé de tous. « Dès le début du mois de mars, l’ensemble des organisations a fait en sorte de travailler à des protocoles, des méthodologies pour pouvoir laisser les lieux ouverts » précise-t-il.

 

En croisant les données des autres pays, il observe : « Les lieux de culture en tout genre ne sont pas plus contaminants que le reste des lieux où la population vit au quotidien aujourd’hui : centres commerciaux, métro, rues…  Nous savons donc que les lieux de culture ne posent pas de problèmes à la réouverture ». S’appuyant sur un rapport du conseil d’état de décembre, David Cherpin en arrive à la conclusion : « La fermeture des lieux de culture est une décision politique et pas sanitaire. Rien ne justifie encore nos fermetures ».

 

 

Retrait de la réforme de l’assurance chômage

 

 

Alors s’ils veulent voir reprendre l’activité des théâtres et autres salles de spectacle, Stéphanie Marc résume l’ambiance : « On ne va pas rouvrir des lieux avec des gens totalement précarisés, sortis du système de ce secteur puisque le chômage est inhérent au secteur. Il n’est pas question de rouvrir des lieux sur des cendres et des gens dévastés ».

 

La première demande est que l’année blanche s’arrêtant le 31 août 2021 soit reconduite car « près de 50% des intermittents du spectacle ne pourraient pas ouvrir de droits au chômage à cette date. Cela représente 40 000 personnes ». La deuxième vise au retrait de la réforme de l’assurance chômage : « Ce sera un raz de marée social et d’une injustice atroce. Ce n’est d’autant plus pas le moment de réduire les indemnités des gens et les mettre dans une précarité insupportable ».

 

Un combat qui va au-delà du monde de la culture et s’étend à « l’ensemble des précaires et des demandeurs d’emploi avec des contrats très courts que l’on appelle maintenant les intermittents de l’emploi et qui ont été très pénalisés au fil des confinements ». C’est pourquoi, Stéphanie Marc entend « réclamer que le système même de l’intermittence et d’une couverture de droits sociaux, dont le chômage pour les personnes avec des contrats à durée très courte, soit appliqué à tous les intermittents de l’emploi ».

 

 

Les jeunes, les femmes et les précaires

 

 

Dans ce contexte, comme bien souvent, se sont les jeunes, les femmes et les plus précaires qui sont davantage touchés par les injustices. Isabelle Dangerfield du Syndicat Français des Artistes Interprètes, rattaché à la CGT Spectacle, pointe la problématique des congés maternités et des congés maladie : « On constate que plus la crise avance, plus les conditions d’accès aux indemnités journalières de la sécurité sociale se durcissent ».

 

Elle regrette ainsi que « la discontinuité du travail n’a absolument pas été prévue dans les textes de loi. Nous sommes évincés, rien n’est prévu dans le code de la Sécurité Sociale pour les travailleurs en CCDU, en CDD, les vacataires ou les pigistes ». Un combat pour combler ce vide législatif mené par le collectif de Matermittentes.

 

Rémy Chabrolle, du collectif Dedans/Dehors, se fait la voix des artistes émergents et des étudiants, comme il l’était il y a encore six mois. « C’est déjà un milieu difficile dans lequel s’insérer mais là il y a peu de perspectives. On a du mal à trouver la motivation et on se demande pourquoi on fait. Certains pensent à se reconvertir » témoigne-t-il. C’est pourquoi il demande à ce qu’une solution soit trouvée pour donner aux jeunes artistes du travail rapidement. D’autant que ces jeunes ne pourront pas bénéficier de l’année blanche des intermittents et devront partir de zéro au 31 août.

 

 

Alerte au gouvernement

 

 

Elie Golgevit du Synavi, regroupant les lieux de production et les compagnies, appelle « à un changement de paradigme en ce qui concerne la politique culturelle en France. Il s’agit de commencer par le bas » et demande « un soutien massif à l’emploi dans les équipes artistiques et techniques car c’est la seule manière de soutenir la création, la diffusion culturelle sur les territoires ». C’est dans ce sens, qu’il souhaite que soit portée « une attention particulière aux lieux intermédiaires et indépendants car « c’est là où les compagnies peuvent vivre, travailler, créer et produire des spectacles en lien étroit avec les habitants ».

 

Un enjeu impératif dans un instant où de nombreuses personnes et structures risquent de ne pas voir la reprise. « La sauvegarde du secteur culturel n’est pas uniquement une question économique, c’est aussi une question existentielle », insiste Elie Golgevot, « L’être humain pour vivre à besoin de chanter, de danser, de rire… de pouvoir partager avec d’autres êtres humains des émotions, des questionnements, des interrogations. Donc l’art et la culture sont essentiels à notre survie psychique et sociale. Il serait temps que notre gouvernement en prenne conscience ».

 

Avec la colère qui risque de supplanter rapidement l’inquiétude, et de plus en plus de secteurs mécontents du gouvernement, David Cherpin alerte : « Plus ils nous mépriserons et plus ils voudront être autoritaire, plus ils risquent un embrasement encore plus total. C’est maintenant le temps pour eux, c’est leur chance, à vraiment se saisir de ce moment pour se calmer et nous écouter. Il en va de l’intérêt de tous que ceci s’arrête maintenant si on veux aller vers une reprise où on s’y retrouve un peu tous ».

Publié le 09/03/2021

 

 

Sète : un collectif se mobilise contre le mal-logement

 

 

Lu sur lepoing.net

 

 

 

Entre mal-logement, rénovations pour gentrification (note 100-paroles : il s'agit de transformations visant à proposer les logements à des catégories de population plus favorisées) et illégalités, quel avenir pour habiter la ville ? Un bel exemple dans la ville de Sète.

 

Ce mercredi matin, pour la 4ème fois depuis novembre 2020, le collectif logement de Sète a appelé à se retrouver devant la Mairie, sans même demander un rendez-vous, car « à quoi cela sert-il de se faire balader encore une fois ? Nous sommes là pour dire des logements maintenant ! On est toujours là ! »

 

 

La naissance d’un collectif logement

 

 

Ce sont des citoyen·ne·s qui se préoccupent de leurs voisins et qui œuvrent à faire valoir les droits de toutes et tous. Dans le quartier des 4 ponts, en plein centre de Sète, au 8 rue de Tunis (rue particulièrement appréciée pour les tournages de films et séries !), dans un petit immeuble que la propriétaire et ses héritiers laissé se dégrader au fil des ans, habitent depuis des décennies Abdallah (77 ans), Driss (58 ans) et Abdelaziz (87 ans), qui paient un loyer pour des taudis. Une pièce insalubre de 20 m2 sans chauffage, sans eau chaude, sans gaz de ville, avec les WC sur le palier. Pour 250 euros par mois, réglés chacun rubis sur l’ongle depuis qu’ils y habitent.

 

 

Le collectif logement, un accompagnement juridique

 

 

Aujourd’hui, pour des raisons de remise aux normes de logements indécents, et de requalification du quartier, ces trois personnes sont sommées d’aller habiter ailleurs. Ils ont reçu une lettre des propriétaires leur demandant de partir sans se préoccuper d’aucune façon de leur relogement. Or ces locataires, avec des baux, ont des droits qui doivent être respectés dans leur totalité́ : relogement, provisoire ou définitif, accompagné des mesures financières réglementaires, voire réintégration, dans leurs logements, la rénovation terminée, jusqu’à la fin du bail.

 

Après 2 arrêtés de mise en sécurité, 1 arrêté d’insalubrité (pour 1 logement), 2 rencontres à la mairie avec les services concernés, un nombre certain de rendez-vous avec notamment l’office HLM et l’OPAH – opération programmée d’amélioration de l’habitat - et des propriétaires qui ne veulent rien savoir, la situation semble bloquée, pour le moment.

 

Lors de sa prise de parole, une membre du collectif détaille la procédure : « Bien que l’arrêté de mise en sécurité, du 02/02/2021, enjoint les propriétaires d’assurer l’hébergement des occupants, un mois plus tard, nous en sommes toujours là. Devant, la défaillance évidente et le mépris des propriétaires, nous attendons que la mairie, comme prévu dans la loi, prenne le relais. »  En effet, c’est à la puissance publique de reloger les personnes protégées par la loi si les propriétaires ne le font pas.

 

 

Rappeler la mairie à ses obligations

 

 

Ce matin un des locataires, Abdelaziz, le plus âgé, qui se déplace difficilement avec une canne était là, assis sur le muret, nous avons discuté. « La propriétaire qui est morte maintenant était gentille, mais la maison est vieille, pourrie même, la fenêtre ne ferme pas, elle réparait un petit peu… et maintenant ses enfants m’ont dit sortez ! Je ne marche pas, je ne peux pas aller à la corniche (qui est à plusieurs kilomètres du centre-ville), je suis prêt à accepter n’importe quel logement temporaire mais en ville, même une chambre dans un foyer, qu’il est d’ailleurs aller voir… »

 

En effet, la mairie lui a proposé un logement social mais à la Corniche, ce qui représente pour lui une expulsion de son quartier, l’éloigne de son médecin de ses attaches et habitudes de vie, mais surtout signifie un arrêt définitif de ses déplacements urbains vu son âge et ses difficultés physiques (une infirmière passe le voir chaque jour). Le paradoxe c’est qu’un des autres locataires serait prêt à accepter cette solution de relogement qui ne peut pas marcher pour lui ! « Ce sont des HLM soumis à commission d’attribution et la mairie n’est pas distributrice de logements ». « Il y a des règles dans ce pays » ose même l’élue de la ville de Sète déléguée aux logements sociaux. De l’inacceptable, encore une farce administrative kafkaïenne !

 

 

Seule la lutte paie, écrit le collectif logement

 

 

Le collectif a fait en sorte que ces trois locataires aient l’aide juridictionnelle et, quand les délais seront dépassés, il saisira la justice. A quel moment les délais seront ils dépassés ? Seront-ils juridiques ou humains ? Aujourd’hui Abdelaziz ne dort plus...


 

Publié le 16/01/2021

 

 

Schneider Electric : « On nous vire pour 400 000 euros de bénéfice »


Par Jérôme Duval sur rapportsdeforce.fr


 

Les salariés du site de Lattes, au sud de Montpellier, étaient en grève vendredi 8 janvier. Ce jour-là, ils se sont invités à la réunion du comité social et économique dont l’ordre du jour portait sur les conditions de la fermeture du site, annoncée le 16 septembre 2020 par Schneider Electric.


 

Il est 7 h du matin devant le site de l’usine. La nuit est glaçante. Une fumée blanche à peine éclairée par les phares de voitures coiffe la voie rapide. Une quarantaine de personnes résistent au froid autour d’un feu de palettes. Depuis l’annonce de la fermeture du site, le 16 septembre, les salariés sont en lutte. Ce jour-là, le groupe Schneider Electric actait la fermeture des sites de Saumur (Maine-et-Loire) et de l’un de ses deux sites à Lattes, spécialisé dans les ampoules à vide et disjoncteurs moyenne tension. La nouvelle, tranchante comme un couperet, avait noué les gorges, croisé les bras aux mains abîmées, noyé le regard dans le désespoir et l’amertume d’avoir été trahi. Encore une fois.

 

Depuis, cinq mois sont passés. Cinq mois durant lesquels la production tourne au ralenti, à 10 % de la normale selon un délégué syndical qui estime à deux mois le retard pris. Derrière cette décision, 80 personnes sont mises sur le carreau. Autant à Saumur où le maire Jackie Goulet a été averti par un appel de l’entreprise, la veille de l’annonce. Même pressenti de longue date, tout semble se précipiter. Le plan de restructuration prévoit l’arrêt définitif au second semestre 2021.

Compréhension et encouragement des automobilistes

Le jour pointe à l’horizon. Une bonne partie du groupe se dirige vers le rond-point le plus proche pour diffuser les tracts annonçant la mauvaise nouvelle. La file de voitures s’étire depuis l’autoroute et ralentit au gré des discussions entre automobilistes et grévistes. Malgré le ralentissement occasionné, l’accueil est plutôt chaleureux. Des chauffeurs routiers encouragent l’action après avoir immobilisé complètement leurs camions. L’ambiance est bonne et les tracts disparaissent, parfois en échange d’un sourire complice, quelques fois par un juron, une mine contrainte, crispée ou pas encore réveillée.

 

Pour les salariés de Lattes éreintés, il s’agit de la cinquième restructuration dans la région en moins de dix ans. Il y a d’abord eu la fermeture progressive dès 2013 de l’atelier de La Pompignane à Montpellier. Puis, les deux plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) de Fabrègues en 2015 et 2018 qui ont débouché sur la fermeture du site. Et enfin, Mudaison, fermé en 2017 pour transférer ses activités sur les sites de Mâcon (Saône-et-Loire) et d’Aubenas (Ardèche). Toutes ces fermetures successives ont fini par éroder la confiance. Les salariés ne croient plus aux belles paroles patronales.

Un groupe bénéficiaire qui détruit des emplois

Pourtant, avec un bénéfice net de 2,4 milliards d’euros en 2019, le groupe se porte bien. Et la crise du coronavirus ne semble pas affecter le cours de l’action qui a doublé en quelques mois, passant de 67 euros en mars dernier, en plein confinement, à 127 euros aujourd’hui. À la bourse, Schneider Electric signe même la deuxième meilleure performance du CAC 40 derrière Hermès, et termine l’année 2020 en hausse de 29,3 %. En mai 2020, malgré les appels à la retenue en période de crise, l’entreprise du PDG Jean-Pascal Tricoire verse un dividende à ses actionnaires en hausse de 8,50 % sur un an.

 

Si tout va bien pour les actionnaires, c’est la soupe à la grimace pour les salariés. Philippe, 54 ans, 28 ans d’ancienneté, syn- diqué Force Ouvrière, se prépare à un départ à la retraite. Il s’inquiète pour d’autres, plus jeunes que lui. « Nous n’en sommes pas à notre premier PSE. Où allons-nous aller ? Il n’y a plus de site Schneider dans la région à part Lattes et Alès. J’ai déjà vécu le GPEC (Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences) en 2014 à Pompignane. Nous étions 200 », explique-t-il. Le site a fermé. « Moi, le reclassement je ne pourrais pas, c’est 200 kilomètres minimum. C’est tout le système qu’il faut revoir. Ils investissent en Hongrie [12,5 millions d’euros selon la CFDT] avant même d’avoir finalisé le PSE, c’est dire ! »

 

L’alternative pour les salariés qui ont encore des années à tirer avant la retraite, est d’aller sur le site d’Aubenas à plus de 200 kilomètres, où seuls quinze postes leur sont proposés. Voire d’être reclassé plus loin encore comme à Grenoble… « Des humains qui massacrent d’autres humains pour le business. Et ce n’est pas fini », s’exclame un ouvrier qui nourrit le feu d’une nouvelle palette. « On arrive au bout d’un système, ils nous ont cramé. Les courants durs de la CGT ont sauté en premier, maintenant c’est plus facile pour dégraisser le personnel » explique Jean-Marc, élu CGT de 60 ans.

 

Pauline, 48 ans, assise sur une pile de palettes, bonnet vissé sur la tête et masque sur la bouche, regarde le feu la réchauffer, impassible. Elle fait partie des dernières arrivées, lors des embauches opérées en 2008. Elle a connu la fermeture de La Pompignane et le transfert de Mudaison vers Lattes en 2017. « J’ai le sentiment qu’on nous harcèle. Tous les trois ans, ils nous bougent. Là, c’est le terminus. J’ai encore plus de 20 ans à bosser. Je n’irai ni à Aubenas ni à Mâcon, Grenoble ou Alès. J’ai toute ma famille ici dans le bassin méditerranéen », lance-t-elle comme un défi avant d’asséner : « je ne sais pas où je vais atterrir, je suis perdue. Nous ne sommes que des numéros pour Schneider, que des « SESA », ces matricules que la boîte nous attribue. On a une colère monstre contre la direction et ça ne date pas d’hier. »

 

Un poids lourd s’arrête soudainement. « Mais, je dis quoi moi ? » s’exclame le livreur devant l’entrée de l’usine bloquée par le piquet de grève. « C’est pour un petit carton », tente-t-il de négocier en ouvrant son haillon. « T’as qu’à prendre une photo pour expliquer. C’est fermé ! On est en grève », lui rétorque-t-on. « Allez, bon courage les gars », lance-t-il finalement, tout en démarrant son camion au son de quelques pétards qui crépitent dans le feu. Olivier fume sa cigarette devant l’entrepôt. Il est chauffeur livreur pour l’entreprise américaine XPO Logistics. Son camion, garé à l’extérieur n’a pas pu livrer ni recevoir la marchandise prévue. Il a envoyé un message pour prévenir sa direction. Il attend, discute avec les grévistes, puis rallume une cigarette.

Délocalisations à marche forcée

Depuis le rachat des sites Areva par Schneider Electric en 2010, l’entreprise est en perpétuelle restructuration. Et aujourd’hui clairement à contre-courant des annonces ministérielles de relocalisation en France de productions sensibles. Le scénario se répète jusqu’à épuisement du tissu industriel français. Les dirigeants préfèrent implanter leurs usines à l’étranger pour profiter d’une main d’œuvre meilleure marché, aux dépens des travailleurs abandonnés ici ou sous-payés là-bas. Cette fois, l’activité de production des ampoules à vide de Lattes sera rapatriée sur les sites d’Aubenas et en Inde (Salt Lake City), les disjoncteurs délocalisés à Grenoble et en Turquie. « Pour Schneider Electric, la France n’a plus vocation à être un pays industriel » confie Éric Perrin, de la CGT. Les investissements sont dirigés vers la Chine, l’Inde, la Turquie et la Hongrie, des pays dont le modèle démocratique laisse à désirer.

Une réunion sous tension

Sur le piquet de grève, la quarantaine de présents se regroupent, puis forme un arc de cercle autour des délégués syndicaux, non loin du feu maintenant alimenté par des pneus. Le délégué syndical FO, Jean-Charles Bigotière, prend la parole. « On nous vire pour 400 000 euros de bénéfice espéré d’ici trois ans à Aubenas. Ils n’en ont rien à foutre de nous. » Une quinzaine de personnes décident d’accompagner les délégués syndicaux pour se rendre à la réunion du PSE, dans un hôtel à proximité. Un syndicaliste FO fait irruption dans la salle où un diaporama est exposé : « pour beaucoup ici, on a vécu trois PSE. Je suis écœuré de l’état des propositions avancées par l’entreprise. Des propositions en deçà de celles présentées à Fabrègues, indignes d’une structure comme Schneider Electric. Nous voulons une prime Covid, nous voulons une prime préjudice, prime qui existait auparavant. Révisez vos copies, vous verrez. »

 

La personne chargée des ressources humaines aux côtés du directeur Patrick Verne, tente de calmer la situation. « J’entends votre colère. Aujourd’hui, il y a des négociations, il y en aura deux autres la semaine prochaine. On ne fera pas de miracles… » Mais Jean-Luc, un ancien de la boîte, ne tient plus, il interrompt : « il y a 2 ans, on nous a promis la pérennité des emplois, on nous a bernés. Maintenant, il faut payer ! » Jean-Charles, assis à la table des négociations enchaîne : « maintenant, ça suffit, on va se mettre en grève de la faim si vous ne ramenez pas du concret ». Assis à quelques chaises de là, Éric Perrin, secrétaire du comité social économique (CSE) prévient : « j’espère que la direction a pris la mesure de la détresse des salariés qui subissent la pression des PSE successifs. » La petite délégation sort vite rejoint par les élus salariés du CSE. La direction a demandé une interruption de séance lui permettant de rendre compte de la situation à ses supérieurs et d’orienter le débat.

 

Pour Jean Charles, le sentiment de haine reste palpable à l’issue de cette réunion. « Les négociations démarrent au ras des pâquerettes. » Le reclassement d’une quinzaine de postes sur Aubenas en vue d’un bénéfice supposé de 400 000 euros d’ici trois ans, n’est que de la poudre aux yeux. « Il ne faut pas s’attendre à aller jusqu’à la retraite là-bas. Aubenas va subir le même sort. » La prochaine réunion devant sceller la destinée des salariés est fixée au 29 janvier, mais d’ici là deux réunions de négociations sont prévues les 12 et 15 janvier prochains. Deux nouvelles occasions pour les salariés de porter haut leurs revendications.

Publié le 11/01/2021

 

 

Fermeture de Schneider Electric près de Montpellier : "On sacrifie des talents, un savoir-faire"

 

Par Fabien ARNAUD sur www.midilibre.fr

 

 

Le groupe industriel a prévu de fermer son site de Lattes. Des salariés réagissent.

 

Réunis autour d’un feu, des salariés de Schneider Electric, à Lattes, occupaient l’entrée de leur usine, vendredi dernier.

 

Une action menée par les syndicats CGT et FO, alors que se tenait une réunion des partenaires sociaux et de la direction, dans le cadre du plan social qui frappe cette entité de 80 salariés. En septembre dernier, le groupe industriel a annoncé qu’il réorganisait son activité "moyenne tension", pour la concentrer sur trois pôles compétitifs à Mâcon, Aubenas et dans l’Isère.

 

L’arrêt de la production sur l’unité de Lattes, qui fabrique des ampoules à vide et des disjoncteurs, est prévu "pour le second semestre 2021", indique Schneider Electric.

 

 

Jean-Marc, depuis 32 ans dans l’entreprise

 

Parmi les manifestants, plusieurs anciens de l’entreprise dénoncent la fermeture progressive, ces dernières années, des sites de production présents sur Montpellier et sa région : La Pompignane, Fabrègues, et aujourd’hui, Lattes. "Avant, cela représentait 800 salariés", souligne Jean-Marc Prieur, élu au conseil social et économique, employé depuis 32 ans.

 

"L’entreprise appartenait à Alsthom, elle a été reprise par Areva, puis par Schneider en 2013. Ça a été le début des fermetures." "Depuis le rachat par Schneider, il y a eu trois PSE successifs, poursuit Didier, salarié cadre, secrétaire du syndicat FO Schneider Electric à l’union départementale. Le groupe a racheté l’activité moyenne tension d’Alsthom, tout ça pour nous fermer."

 

Amertume, parmi les salariés. "Notre site a toujours été bénéficiaire, rappelle l’un d’entre eux. À l’époque, on renflouait Alsthom, on développait nos propres produits, on vendait en Angleterre, au Mexique, en Arabie Saoudite." "Il y avait un vrai savoir-faire local", confirme Jean-Marc Prieur. Didier ressent lui aussi un gâchis : "On sacrifie des talents, un savoir-faire. Cette restructuration va faire beaucoup de dégâts."


 

 Publié le 26/12/2020

À Valenciennes, Noël victorieux pour les salariées d’Onet

 

Stéphane Guérard (site humanite.fr)

 

Au bout d’une lutte longue de neuf mois, ces travailleuses du nettoyage, en première ligne face au Covid, sont en passe d’obtenir des CDI, un changement de convention collective plus en rapport avec leur profession et de meilleures rémunérations.

Ce beau cadeau de Noël, elles ne le doivent qu’à elles-mêmes. Mobilisées depuis fin mars contre des conditions de travail déplorables, des cadences infernales et des rémunérations au ras de pâquerettes, les 150 salariées du nettoyage de l’hôpital de Valenciennes, employées par Onet (97 % sont des femmes), sont en passe de signer un protocole de fin de mouvement social satisfaisant l’essentiel de leurs revendications. « Victoire ! Les filles d’Onet qui nettoient les chambres de l’hôpital de Valenciennes, viennent d’arracher une victoire importante : CDD transformé en CDI, prime de 800 euros, temps de travail en plus de temps pour nettoyer les chambres… bravo à vous toutes ! », s’est félicité, sur Twitter, Fabien Roussel, député PCF du Nord, qui a soutenu leur lutte.

Le sort de ces travailleuses avait suscité l’indignation après la diffusion d’un récent reportage de Cash Investigation. Ces femmes de chambre devaient réaliser en une heure le nettoyage quotidien de cinq chambres ou de trois chambres de fond en comble après la sortie d’un patient. Le tout sous la pression d’un directeur d’agence d’Onet, d’un chef d’exploitation et de multiples chefs d’équipe censés faire respecter ces cadences intenables. À l’issue du premier confinement, ces salariés aux tâches externalisées par la direction de l’hôpital en 2014 n’avaient pas eu droit à la prime Covid de 1 500 euros, alors qu’elles estimaient avoir pris les mêmes risques que les agents de service hospitalier.

Profession en « milieu sensible »

Après un premier mouvement de grève, la direction d’Onet leur avait consenti une prime de 150 euros. Une gratification vécue comme un affront par des femmes de chambre qui avaient alors organisé plusieurs autres journées de mobilisation et de grève afin d’obtenir, outre des augmentations de salaires, leur changement de convention collective afin de tenir compte de l’exercice de leur profession en « milieu sensible », ainsi que des requalifications de CDD en CDI. Elles revendiquaient de même de disposer des moyens pour exercer correctement leurs tâches, le reportage de Cash Investigation ayant mis en lumière un manque flagrant de balai, de serviettes propres…

Soutenues par des élus communistes, de la France insoumise (François Ruffin avait déposé au printemps dernier une proposition de loi pour « cesser la maltraitance » des femmes de chambre, les prenant pour exemple) et du Parti socialiste, les salariées d’Onet sont en passe d’avoir gain de cause sur toute la ligne.

Publié le 04/12/2020

“C’est historique !” : les “pions” de l’Hérault font une entrée fracassante sur la scène sociale

 

Publié par Le poing (site le poing.net)

 

C’est une première : depuis la création de leur statut en 2003, les assistants d’éducation (AED), plus connus sous le nom de « pions », se sont mis en grève dans toute la France ce mardi 1er décembre. Le Poing vous propose une prise de température, depuis Montpellier, de ce mouvement inédit, vivifiant et prometteur.
Grève, chants et délégation au rectorat
Plusieurs dizaines d’AED se sont retrouvés ce 1er décembre devant le rectorat de Montpellier. Avec un sentiment de liesse palpable, entretenu à grand renfort de chants, et appuyé sur un incontestable succès. Des centaines d’établissements sont touchés par la grève en France, dont au moins une quarantaine sur le département de l’Hérault, avec des rassemblements à Montpellier et Béziers.
Organisé au sein d’un collectif autogéré récemment créé, Vie S’Colère 34, les grévistes ont porté leurs revendications (voir ci-dessous), hiérarchisées, auprès de rectorat de Montpellier. Lequel, tout en assurant de faire remonter les doléances, argue de son impuissance, tout en justifiant la précarité de la profession par la disparité des besoins selon les zones. Réponse bien acclamée d’un gréviste : « Que ce soit dans les établissements ruraux, urbains ou REP [Réseau d’Éducation Prioritaire], tout le monde est en grève, c’est bien que c’est la merde partout ! » Autre parade du rectorat : AED serait avant tout un job étudiant (comme si cela rendait la précarité plus tolérable), ce qui est faux. Le profil des AED s’est diversifié et les plus de trente ans n’y sont plus une espère rare depuis bien longtemps.
Le mouvement a aussi l’ambition d’intégrer les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) et les assistants pédagogiques (AP).
Multi-tout, toujours pauvre
Payés au SMIC, les chefs d’établissements font signer aux AED des contrats d’un an renouvelable, sans pouvoir exercer plus de six années d’affilée. Leur temps de travail est annualisé : ils travaillent 40 à 42 heures par semaine payés 35 heures, mais sont rémunérés pendant les vacances pour compenser (ils font office de banque en somme). « On nous demande d’être psy, médiateur, éducateur, standardiste, parfois gendarme, et toujours précaire ». C’est formule d’un gréviste résume bien le métier, pour lequel aucune formation n’est prévue. Les difficultés rencontrées changent d’un établissement à l’autre. « On me donne mon emploi du temps au dernier moment » témoigne l’un d’eux. « On ne me paye pas mes temps de repas alors que je surveille les élèves pendant que je mange » constate un autre. Un mépris entériné par l’absence de service dédié aux AED dans les rectorats.
S’ajoutent aux malaises les injonctions liées à la pandémie, qui ont tendance – manque de personnels oblige – à encore plus placer les AED dans une perspective disciplinaire, au détriment de leurs missions pédagogiques. « Les gosses se retrouvent parqués par classe entre quatre barrières » s’indigne un gréviste. Le climat post-attentat n’arrange pas les choses : des AED se sont vus demander de repérer les « mauvais » comportements.
Pressions de la direction
« On subit des pressions depuis le début de la mobilisation ! » s’insurge un gréviste. Ce n’est pas pour rien si cette profession était jusqu’alors peu mobilisée : la menace au non-renouvellement du contrat pèse lourdement sur la capacité à s’organiser, et la faible rémunération dissuade de se mettre en grève. Il en aura fallu de la détermination à ces oubliés de l’Éducation nationale pour se lancer dans la grande aventure d’un mouvement social ! Les chefs d’établissements ont manœuvré pour décourager la mobilisation, notamment en recourant à des agents territoriaux et des jeunes en service civique pour remplacer les grévistes. En toute illégalité. Ces personnels ne sont d’ailleurs pas couverts en cas de problème avec les élèves.
Qu’importe, la machine est lancée, et à en croire les échanges lors de l’assemblée générale place Candolle, pas facile désormais de décourager ces ardeurs toutes grisées de leur audace. Les syndicats locaux de l’éducation – CGT, FSU et Sud – sont venus apporter leur soutien, par un partage d’expérience, et une documentation fournie sur les droits des salariés sur leurs sites respectifs. Dans le respect de l’autonomie du mouvement. Autre arme de solidarité : les caisses de grève. « Sur Fontcarrade [collège montpelliérain], on a pu dédommager nos cinq grévistes et verser de l’argent à la caisse départementale », s’enthousiasme un participant à l’assemblée.
Enraciner la grève
Si tout ce beau monde met en place autant outils, c’est bien pour s’inscrire dans la durée. « En seulement dix jours, on a réussi à mobiliser comme jamais dans la profession. C’est historique ! On a les moyens d’engager un rapport de force dans la durée ! » clame un sétois. L’idée est donc de continuer à structurer le mouvement, de le faire vivre à travers des débats, agitations et rassemblements hors des temps de travail, et de contacter les AED d’autres régions. Avec comme perspective une nouvelle journée de grève, autour de la rentrée de janvier, potentiellement reconductible cette fois-ci. Les modalités concrètes de ce plan seront décidées le 9 décembre, dans la foulée d’une nouvelle action au rectorat de Montpellier liée à la campagne de Sud Éducation 34 pour l’obtention par les AED et AESH de la prime REP. Les « pions » mettront-ils en échec le roi Blanquer ? La suite au prochain épisode !

 Publié le 06/11/2020

Les collèges et les lycées parisiens vers une lutte victorieuse pour le dédoublement ?

 

Guillaume Bernard  (site rapportsdeforce.fr)

 

Depuis la rentrée des vacances de la Toussaint, de nombreux enseignants et enseignantes des collèges et lycées d’Île-de-France se sont mis en grève ou ont fait valoir leur droit de retrait, exigeant un dédoublement des classes. Alors que le ministère de l’Éducation Nationale a pris l’habitude de ne rien leur lâcher, jouant la sourde oreille et minimisant les mouvements de grève, le contexte sanitaire et social inédit semble cette fois changer la donne : certains établissements ont d’ores et déjà obtenu le dédoublement.

Ce matin, ils n’étaient pas moins de 25 lycées, dans la grande majorité situés en Île-de-France, à avoir obtenu l’accord du rectorat ou de leur direction* pour dédoubler leurs classes. Et la liste, fournie par les « Bahuts En Lutte », n’était pas exhaustive.

Jean-Michel Blanquer ne les avait pas habitués à cela. Alors que le ministère de l’Éducation Nationale a réaffirmé sa volonté de laisser ouverts les établissements scolaires et de généraliser les cours en présentiel, pourquoi les digues semblent-elles craquer dès le premier jour de la rentrée ?

L’explication pourrait se trouver tout en bas de la sixième page du nouveau protocole sanitaire. Ce dernier prévoit en effet qu’un enseignement à distance soit partiellement mis en œuvre si « un établissement au regard de sa taille et de son organisation n’est pas en mesure de respecter les règles posées par le présent protocole ».  La formule soulève plusieurs questions essentielles. Parmi elles : qui devra tirer la sonnette d’alarme ? Et qui évaluera si le protocole ne peut pas être respecté ?

Une première réponse grâce à la grève

Quelques jours avant la rentrée, la plupart des syndicats d’enseignants avaient déjà déposé des préavis de grève. Ils avaient pour but d’alerter sur les failles du protocole et de permettre aux personnels de ne pas se rendre dans leurs établissements s’ils estimaient cela trop dangereux.

En Île-de-France une première mobilisation le 2 novembre permet d’obtenir des réactions rapides de la part des chefs d’établissements.  « Nous avons fait grève hier après-midi et avons obtenu que les classes de 35 élèves soient divisées par deux à partir de lundi prochain. Un premier groupe d’élèves restera à la maison avec du travail à faire et un autre sera en présentiel au lycée », explique Béatriz Gutierrez, secrétaire départementale de Sud Education 77 et enseignante au lycée Thibaut-de-Champagne à Provins.

« Nous avons une direction qui est plutôt à l’écoute, comparativement à d’autres endroits, mais je pense surtout qu’ils avaient peur qu’on prolonge notre grève », estime Béatriz Gutierrez. Car ce même jour, les mouvements de grève et les dépôts de droits de retrait se multiplient dans les établissements parisiens.

Grèves « massives »

En effet ce lundi 2 novembre, les comptes twitter du SNES-FSU 93 ou de la coordination des grévistes d’Île-de-France n’en finissent plus d’égrener les chiffres des grévistes, à tel point que Le Parisien parle de grèves « massives ».

Aurélien, enseignant d’histoire et de français dans un lycée professionnel du 93 raconte les prémices de la grève dans son établissement. « Le weekend avant la rentrée, nous avons tenu une AG numérique. Les collègues étaient outrés qu’on leur annonce quelques jours avant la rentrée qu’il n’y aurait pas d’heures banalisées pour parler de l’hommage à Samuel Paty et nous avons donc demandé le report de la rentrée des élèves à 10h, comme prévu au départ. Cela nous a été refusé et lundi matin, nous avons donc fait grève et organisé une assemblée générale pour exposer nos revendications. »

Parmi elles : le renfort en agents de service, en nombre insuffisants pour assurer le respect du protocole sanitaire (voir notre article) mais surtout, la possibilité de dédoubler les classes. « 30 dans une classe alors que l’épidémie a dépassé le niveau de mars dernier c’est une aberration », continue Aurélien, dont l’établissement a reconduit la grève ce mardi.

La lutte pour le dédoublement s’amorce. Le 3 novembres, de nombreux enseignants grévistes du département se réunissent devant les bureaux de la DSDEN 93 (Direction des services départementaux de l’Éducation Nationale de la Seine-Saint-Denis) pour exiger massivement le dédoublement. Elle ne donnera pas de suite à leur demande d’audience.

Un mouvement qui peut s’étendre ?

Reconnaître le droit à certains établissements à dédoubler leurs effectifs pose pourtant de nombreuses questions : pourquoi eux et pas les autres ?  N’y a-t-il pas rupture d’égalité ? Et on voit mal le gouvernement laisser ces exceptions se propager. Interrogé par nos soins, le rectorat de l’académie de Créteil ne répondra pas ces questions. Il démentira même avoir donné son accord pour que les classes soient dédoublées au lycée Thibaut-de-Champagne à Provins, prétextant que le dossier est à l’étude. Face à la réaction ulcérée des enseignants, le ministère compte-t-il revenir sur ses promesses de dédoublement une fois que la vague de grèves sera passée ?

D’autant plus que le mouvement pourrait avoir du mal à dépasser les frontières de l’Île de France. Si des grèves ont bien eu lieu ailleurs, comme au collège Alice de Guy à Lyon, au lycée Malraux à Voreppe (38) ou encore au lycée de Gap, elles semblent bien plus éparses qu’en région parisienne. Enfin les grévistes pourraient bien avoir le soutien des lycéens qui ont parfois tenté de bloquer leurs établissements, comme le documente Révolution Permanente. Mais leurs actions se heurtent bien souvent aux interventions musclées de la police.

 *La décision de dédoubler les classes revient au rectorat, reste à savoir si les accords oraux des chefs d’établissements seront tous suivis d’effets.

Version imprimable Version imprimable | Plan du site
© pcf cellule st Georges d'Orques