PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

luttes sociales  depuis oct 2021

publié le 27 octobre 2021

Mobilisation. Les ubérisés du monde entier préparent leur contre-attaque

Marie Toulgoat sur www.humanite.fr

Des activistes et syndicats de travailleurs des plateformes d’Europe et d’Amérique se sont donné rendez-vous à Bruxelles, ce mercredi. L’objectif : instaurer un rapport de forces international face aux sociétés pour faire enfin appliquer leurs droits.

Dans la salle de conférences bruxelloise, les bruissements des bavardages ont des sonorités internationales. Ce mercredi, les travailleurs ont débarqué du Brésil, d’Ukraine, d’Uruguay, du Portugal ou encore des Pays-Bas pour assister à la seconde édition du Forum international des alternatives à l’ubérisation, organisé par des élus du Groupe de la gauche au Parlement européen. Pour les députés, cette rencontre permet de préparer au mieux le terrain pour une éventuelle riposte à une directive sur les droits des employés des plateformes, que la Commission européenne devrait révéler en décembre. Pour les dizaines de coursiers et conducteurs ubérisés présents dans la capitale de l’Europe, l’enjeu est aussi de donner un élan mondial à leur mobilisation en alliant leurs forces. Puisque, si chacun évolue dans son propre pays avec des réglementations différentes, le constat du fléau que sont les plateformes numériques est largement partagé. Et, en premier lieu, celui de l’extrême précarité dans laquelle sont enfermés les travailleurs.

Une absence de transparence

« Au Brésil, mes collègues sont des hommes pauvres et noirs, en Europe ce sont des migrants sans papiers », lance d’emblée la coursière brésilienne et porte-parole du mouvement Livreurs antifascistes, Luciana Kasai. Cette facilité qu’ont les plateformes ubérisées, telles que Deliveroo, Stuart, Frichti ou Bolt, à maintenir ces personnes dans l’exploitation tient aussi à l’utilisation d’un algorithme, appuient les participants. En particulier, l’absence de transparence sur son fonctionnement est une « contrainte au dialogue social », explique l’auteur et chercheur français Florian Forestier, puisqu’elle crée des « asymétries » entre les plateformes et les employés.

Aux niveaux local et national, de nombreuses mobilisations ont déjà permis d’obtenir de premiers résultats. Le 19 février, la Cour suprême du Royaume-Uni a jugé que les personnes travaillant pour une plateforme de l’ubérisation, et malgré leur statut d’indépendant, étaient bel et bien des salariées et devaient pouvoir bénéficier à ce titre des protections permises par ce statut, notamment d’un salaire minimal. En Californie, un juge estimait récemment que le référendum de 2020, qui scellait le statut d’indépendant des chauffeurs Uber, était inconstitutionnel. En France, il y a un mois, Deliveroo était renvoyé en correctionnelle pour travail dissimulé. Si ces décisions de justice sont des premières victoires, les suites que les plateformes leur donnent désespèrent les employés. Malgré les condamnations, les sociétés persistent à utiliser des travailleurs sous le statut d’indépendant. « On a affaire à un véritable sentiment d’impunité », confirme la députée européenne la France insoumise Leïla Chaibi. Quant aux requalifications de statut en contrat de travail, celles-ci restent des décisions ponctuelles qui peinent à remodeler le système. « Ces plateformes sont criminelles. Il est important de gagner des batailles, mais je pense qu’Uber ne respectera jamais nos droits. On doit créer des alternatives pour ne plus avoir à travailler avec elles », s’emporte Alberto Alvarez, porte-parole de l’association Elite Taxi, en Espagne.

Des coopératives en alternative

À ce titre, de nombreuses coopératives ont déjà ouvert la voie en Europe. C’est le cas de Coopcycle, qui fédère en France plusieurs structures et propose une plateforme alternative à celles des sociétés de l’ubérisation. Si ces organisations sont saluées de toutes parts, « elles ne jouent pas à jeu égal » avec les grandes sociétés, regrette Martin Willems, syndicaliste belge à United Freelancers CNE/CSC. Et de poursuivre : « Si on accepte que les plateformes violent la loi, comment les coopératives pourraient-elles venir les concurrencer ? » Les travailleurs comptent ainsi ne pas baisser les armes dans leur combat contre les plateformes. Après un temps d’échanges à Bruxelles, les participants au forum se sont réunis en assemblée générale pour déterminer le cadre d’une mobilisation internationale. Ils ont d’ores et déjà décidé de défiler dans les rues de la capitale belge, tandis qu’un représentant de chaque délégation rencontrait le commissaire européen à l’Emploi.



 

publié le 25 octobre 2021

Mobilisation. Grèves coordonnées de travailleurs sans papiers

Luis Reygada sur www.humanite.fr

Plus de 300 travailleurs occupent leurs entreprises sur différents sites d’Île-de-France. La CGT exige leur régularisation immédiate.

Présents sur dix sites en Île-de-France, c’est sous la bannière de la CGT que 300 travailleurs sans papiers ont entamé hier matin un mouvement de grève, bien déterminés à obtenir leur régularisation. Ils sont livreurs, éboueurs, plongeurs, agents de sécurité, ouvriers dans le bâtiment ou encore manutentionnaires… Leurs métiers sont souvent pénibles, mal rémunérés, et leur imposent des horaires atypiques ; à ces difficultés – trop souvent accompagnées d’un manque de considération sociale – vient s’ajouter la pire des injustices : à cause de leur situation administrative, ces hommes et femmes sont traités comme des travailleurs de seconde classe par des patrons peu scrupuleux, qui ne se privent pas de leur imposer des conditions de travail dégradées.

«  Dans le secteur du bâtiment, nous explique Jean-Albert Guidou, on peut se retrouver avec des intérimaires qui ont des contrats de mission d’à peine trois, voire deux heures de travail par jour ! Qui pourrait accepter ça ? C’est un système de flexibilité absolu dans lequel toutes les contraintes disparaissent pour les employeurs, explique ce responsable pour la Seine-Saint-Denis du collectif Travailleurs migrants de la CGT. Pour leur part, les agences d’intérim y trouvent grassement leur compte grâce aux commissions qu’elles touchent sur le dos des sans-papiers. En retour, ces derniers subissent discriminations, surexploitation, se voient imposer les contrats les plus précaires.

« Une main-d’œuvre corvéable à merci, en dehors de toute règle et loi du travail »

«Nous occupons les lieux notamment pour f aire pression sur les employeurs pour qu’ils signent des promesses d’embauche », précise Jean-Albert Guidou, actif sur le piquet de grève de Bobigny (Seine-Saint-Denis) en soutien aux agents de voirie de la Sepur. Comme cette entreprise spécialisée dans la gestion de la propreté et des déchets, il signale d’autres enseignes, du luxueux Café Marly du Louvre aux grands groupes comme Monoprix, Bouygues ou Eiffage. «Ces entreprises s’appuient sur les différents types de statuts précarisés – intérimaires, autoentrepreneurs ou extras – tout en se dédouanant de leurs responsabilités, puisqu’elles passent par des agences d’intérim, tout en sachant que, s’agissant de sans-papiers, ces travailleurs n’iront pas se plaindre (de leurs conditions de travail). » Une situation qui fait d’eux «  une main-d’œuvre corvéable à merci, en dehors de toute règle et loi du travail », dénonce la CGT dans un communiqué, non sans rappeler que le combat des travailleurs sans papiers «  sert la lutte de tous les travailleurs (…) contre la précarisation de la société ».

publié le 23 octobre 2021

Tranquillement, les gilets jaunes draînent de plus en plus sur les ronds-points occitans

Sur https://lepoing.net/

Perpignan, Montpellier, Albi, Béziers, Nîmes : alors que certains médias se régalent d’annoncer l’échec du retour des gilets jaunes, les points de rendez-vous occitans drainent petit à petit de plus en plus en monde sur les ronds-points.

Près du magasin de moto Macadam, entre Saint-Jean de Védas et Montpellier, dès midi, une vingtaine de gilets jaunes se retrouvent à nouveau sur le rond-point. Amusés, on y évoque les nombreux souvenirs de la lutte qui a courue entre le mois de novembre 2018 et le premier confinement, en mars 2020. L’équipe se connaît déjà, peu de nouvelles tête, mais un joli sourire qui refleuri sur chaque visage à chaque coup de klaxon lancé par un automobiliste en signe de soutien. C’est que la mobilisation anti-pass, qui emporte l’adhésion de tous sur le principe, est perçue comme en stagnation, en voie de stérilité : la moitié des GJ présents au rond-point ne s’y rendront pas. “Ca ne sert plus à rien”, commente l’un d’eux. Si aucune perspective particulière, aucune stratégie de haute volée n’est élaborée pour relancer une contestation avide de justice sociale, tout le monde s’interroge sur la suite des évènements.

A contrecourant de nombreux médias, tiraillés entre l’effet buzz d’un retour des gilets et le plaisir d’annoncer l’échec de ce même retour. Ce type de publication se voudrait factuelle. Sur la base d’un parrallèle avec la mobilisation du 17 novembre 2018. Alors parlons en, des faits du passé. En 2018, la mobilisation historique des gilets jaunes n’a pas vraiment surgie de nulle part, même si elle a surpris. De nombreux mois d’agitation numérique ont précédé la déferlante. Sur Montpellier et ailleurs, des groupes s’étaient formés pour préparer cette première journée, par de petits rassemblements préalables, de nombreuses diffusions de tracts, des discussions avec les passants se concluant invariablement sur un “on vous attend le 17” Grande limite du commentaire médiatique.

Sur le rond-point de la Méridienne, à Béziers, les gilets jaunes étaient une quarantaine ce 23 octobre. Une des participante, elle aussi “historique” des GJ, nous lâche, avec un enthousiasme prudent : “C’est encourageant, on est plus que la semaine dernière, et on a l’impression de rencontrer un écho autour de nous”

Même schéma au rond-point d’accès sud à l’autoroute de Perpignan, qui est lui occupé occasionnellement en semaine. Sur Nîmes, la poignée de gilets jaunes remobilisés aux ronds-points du kilomètre delta et devant le Jardiland de la ville est fortement irriguée par la mobilisation contre le pass sanitaire et l’obligation vaccinale. Ils étaient quelques dizaines ce samedi présents sur leur lieu de rendez-vous, mais de plus petits groupes y viennent en semaine aussi, comme ce vendredi 22 au soir. Toujours dans le Gard, les GJ de Sint-Gilles organisaient un café citoyen sur leur rond-point dans la mâtinée.

Les comptages du collectif Le Nombre Jaune, qui indiquent les lieux de rassemblements et permettent de mesurer la présence aux ronds-points, ne sont pas encore achevés. Localement en tout cas, la remobilisation des gilets jaunes semble suivre son cours, tranquille pour le moment. De par les observations de la rédaction du Poing, de par les commentaires lâchés dans la presse par certaines des figures médiatiques du mouvement, le frémissement dans sa base de soutien la plus active n’est donc pas un fantasme. A un mois du troisième anniversaire du mouvement, des groupes de discussion se forment, discutent la stratégie à mettre en place. Jérôme Rodriguez appelle d’ors et déjà à des opérations escargot pour la journée du mercredi 17 novembre, et à d’importantes manifs le samedi 20. Plus évasive, Priscilla Ludovsky fait comprendre qu’en attendant une éventuelle réaction du gouvernement -les 100 euros de primes accordées à ceux qui touchent moins de 2000 euros par mois n’ont pas convaincu- des efforts de structuration seraient faits, et qu’elle pencherait pour une journée unique de grande mobilisation, prévue très à l’avance, et accompagnée d’une grande manif nationale sur Paris.

L’histoire ne se répète pas. Le gilet est devenu un symbole de lutte contre les inégalités, de persévérance. Mais aussi de la terrible répression dont la société bourgeoise est capable quand elle se sent menacée. Si mouvement social il doit y avoir dans les semaines ou les mois à venir, il sera très certainement différent de celui de l’automne 2018. Pour autant, les gilets restent un marqueur de la nouvelle culture des luttes sociales en France, et les aficionados du chasuble fluo ont très certainement leur rôle à jouer dans l’histoire. A suivre…

publié le 21 octobre 2021

Industrie. Chapelle-Darblay,
une bataille nationale

Cyprien Boganda sur www.humanite.fr

La métropole Rouen Normandie menace d’exercer son droit de préemption pour sauver la papeterie de Grand-Couronne, théâtre d’enjeux sociaux et environnementaux.

C’est l’un des combats emblématiques du collectif Plus jamais ça, cette alliance rouge et verte rassemblant syndicats et ONG écolos, qui s’est nouée en 2020 sur fond de pandémie mondiale. L’avenir de Chapelle-Darblay, papeterie aujourd’hui à l’arrêt, cristallise des enjeux à la fois sociaux (emplois industriels), environnementaux (transition énergétique) et politiques. Pour comprendre les derniers rebondissements de ce dossier mouvementé, il faut revenir aux sources du conflit.

À l’automne 2019, le groupe finlandais UPM, propriétaire du site situé à Grand-Couronne (Seine-Maritime), annonce son intention de s’en débarrasser. En mai 2020, il licencie les 228 salariés. Une hérésie pour les élus locaux et les syndicats, soutenus par le collectif Plus jamais ça (CGT, Greenpeace, les Amis de la Terre, etc.), qui se mobilise pour relancer le site. Ce dernier est en effet le seul en France à pouvoir produire du papier journal 100 % recyclé.

Que cache l’hydrogène ?

Depuis plusieurs mois, la direction d’UPM prépare la vente à un attelage de repreneurs – Samfi et Paprec –, désireux de développer une activité de tri de déchets en papier et en plastique, couplée d’ici quelques années à une production d’hydrogène. En théorie, le projet fait forte impression – après tout, l’hydrogène est un vecteur d’énergie furieusement « à la mode » –, mais les syndicalistes ne l’entendent Handicap. L’école inclusive est un sport de combat

pas de cette oreille. « On nous parle de 350 postes créés, explique Arnaud Dauxerre, représentant (sans étiquette) du collège cadres de la papeterie. Mais il s’agit là d’emplois directs et indirects, qui ne verraient pas le jour avant cinq ou six ans ! Et encore faut-il qu’ils arrivent à trouver des consommateurs finaux pour les 400  mégawatts d’hydrogène promis, ainsi que les financements pour monter leur projet. On n’a rien contre l’hydrogène en tant que tel, mais il faudrait nous prouver qu’il existe des débouchés crédibles à brève échéance. En attendant, ils vont détruire toutes les machines actuellement sur le site et ne garderont que le nom. »

Vu sous cet angle, le projet paraît beaucoup moins engageant. D’autant que, selon les syndicalistes, les 228 salariés licenciés n’ont a priori pas les compétences pour produire de l’hydrogène…

Les plus hostiles au projet redoutent que, derrière cette offre de reprise, ne se cachent des préoccupations bassement spéculatives : une partie du site sur lequel se trouve la papeterie,« La balle est dans le camp de l’État »

vaste de 33 hectares, pourrait être revendue par appartements par les futurs repreneurs.

Toutes ces inquiétudes ont poussé la métropole Rouen Normandie à passer à l’action, ce 15 octobre. Alors que le conseil de surveillance d’UPM vient de voter la cession de la papeterie à Samfi-Paprec, la métropole menace d’user de son droit de préemption. Autrement dit, elle pourrait racheter le site à ses frais, pour bloquer la vente. « Il ne s’agit pas d’un enjeu local, mais national ! martèle Nicolas Mayer-­Rossignol, président PS de la métropole. Va-t-on se résigner à abandonner le recyclage papier-carton en France ? Ou veut-on développer enfin l’économie circulaire et restaurer notre souveraineté industrielle nationale ? »

« La balle est dans le camp de l’État »

Syndicalistes, élus locaux et ONG espèrent bien faire capoter cette vente. D’autant que d’autres repreneurs se sont mis sur les rangs, comme Veolia et Fibre Excellence. Ces derniers promettent de créer 250 emplois directs en produisant 450 000 tonnes de papier pour emballages (sacs en papier et cartons), un marché en plein essor.

« Il n’y a aucune comparaison possible entre les deux projets ! tranche François Chartier, chargé de campagne pour Greenpeace. Celui de Veolia permet de maintenir les activités historiques du site, avec le même nombre d’emplois et les mêmes qualifications. Par ailleurs, nous sommes sur une industrie assez exemplaire, puisqu’on valorise des déchets pour fabriquer des produits écologiquement propres. »

La « menace » brandie par la métropole pourra peut-être débloquer la situation, mais elle ne suffira pas, selon Hubert Wulfranc, député PCF de Seine-Maritime : « La balle est dans le camp du gouvernement. Financièrement, le rachat d’un tel site industriel semble être à la portée de la métropole. Mais, derrière, il faudra que l’État mette la main à la poche pour que le projet de réindustrialisation se matérialise effectivement. »

Un site unique en son genre

Depuis un an, nombre d’élus locaux se sont mobilisés pour l’avenir de la papeterie, depuis le PCF à LaREM en passant par le PS. En général, tous soulignent l’importance de ce site menacé. « Chapelle-Darblay, c’est 250 emplois directs et au moins 800 emplois indirects avant fermeture, rappellent les élus de la métropole Rouen Normandie. L’usine dispose d’une puissance de recyclage de 480 000 tonnes par an, soit le résultat du tri de 24 millions d’habitants – un tiers de la France. Elle rayonne dans un périmètre de 400 km. Chapelle-Darblay est un acteur écologique de référence : sa chaudière biomasse représente 30 % de la consommation régionale normande. »


 

publié le 21 octobre 2021

Handicap.
L’école inclusive est un sport de combat

Olivier Chartrain sur www.humanite.fr

La journée d’action des AESH de ce 19 octobre, la troisième cette année, met en évidence les promesses non tenues d’une école proclamée « inclusive », mais à qui on ne donne pas les moyens de le devenir.

Elles et ils ne lâchent pas l’affaire. Les AESH (accompagnants d’élèves en situation de handicap) étaient dans la rue le 8 avril, dans une mobilisation qui a surpris par son ampleur ceux qui ne s’intéressent qu’épisodiquement à leur situation. Ils ont remis ça le 3 juin. Et comme ils n’obtiennent toujours pas ­satisfaction sur leurs revendications ­essentielles, ils y retournent ce mardi 19 octobre, avec une liste de manifestations et de rassemblements qui n’oublie aucun recoin de l’Hexagone (pour l’Île-de-France, rendez-vous à 13 heures à la station RER Luxembourg pour défiler en direction du ministère de l’Éducation nationale).

Tout irait pour le mieux, sauf que...

Mais leur malaise traduit une autre réalité, peut-être moins audible encore : celle d’une école décrétée « inclusive » par le gouvernement… et qui ne l’est toujours pas vraiment ; celle de familles et d’enfants dont les « besoins particuliers », selon la terminologie officielle, peinent à être pris en prise en compte. Au prix de souffrances multiples : celles des élèves, de leur famille et – à commencer par les AESH – de tous les personnels sommés d’endosser la difficile mutation de l’école française vers une inclusivité qui serait bien réelle, et pas seulement proclamée.

Les chiffres se veulent ronflants, les communiqués triomphants : 400 000 enfants en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire à la rentrée 2021, contre 321 500 en 2017 (+24 %) ; un budget accru de 250 millions d’euros en 2021 pour, au total, 3,3 milliards d’euros de financement annuel désormais consacré à « l’école inclusive », soit « une augmentation de moyens de plus de 60 % durant le quinquennat ! » proclame le secrétariat d’État aux Personnes handicapées. Les AESH sont désormais 125 000 –  une hausse de 37 % depuis 2017 – et, souligne le secrétariat d’État, elles et ils « sont désormais agents à part entière de l’éducation nationale ». Tout serait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Sauf que…

Contrats précaires et grilles de salaire au-dessous du Smic

Sauf qu’on joue sur les mots, déjà. «  Agents à part entière de l’éducation nationale », certes, mais toujours sous contrat de droit privé. Avec des CDD, au mieux, de trois ans, et une infime proportion de CDI. Avec, surtout, des contrats à temps partiel qui laissent leurs salaires flotter entre 700 et 800 euros, soit très nettement sous la barre du seuil de pauvreté, fixé à 1 100 euros. Nombre d’AESH cumulent d’ailleurs cet emploi avec un autre travail (par exemple, la surveillance des cantines le midi dans les écoles), pour tenter de joindre les deux bouts. Avec les conséquences que l’on imagine en termes de fatigue et sur leur vie personnelle.

Là aussi, la communication ronflante du ministère ne doit pas faire illusion. Arrachée de haute lutte après les premières mobilisations de cette année, la nouvelle grille indiciaire entrée en vigueur depuis la rentrée est présentée comme une quasi-révolution, promettant enfin une progression de carrière qui était jusqu’ici inaccessible aux AESH. Sauf que cette grille démarre… au-dessous du niveau du Smic. Celui-ci est en effet établi à 1 589 euros brut depuis le 1er octobre, alors que la grille de salaires des AESH démarre… 20 euros plus bas, à 1 569 euros brut. La première conséquence de cette situation, c’est que la colère des AESH ne faiblit pas, et qu’avec leurs organisations syndicales (CGT Educ’action, SUD éducation…), elles et ils continuent à exiger un véritable statut d’agent public, une rémunération au niveau des emplois équivalents de la fonction publique, une formation initiale qualifiante… bref, le minimum pour permettre de reconnaître qu’ils exercent un vrai métier.

Sans les AESH, on ne pourrait rien faire. Qu’ils puissent en vivre, que ce soit un métier reconnu et soutenu : nos enfants seraient les premiers à en bénéficier. Géraldine Pouy Mère d'une enfant détectée « multidys »

Car l’école inclusive, c’est eux. Géraldine Pouy, dont la fille détectée « multidys » (troubles multiples liés aux apprentissages) est scolarisée à Villeurbanne (Rhône), le formule sans ambages : « Sans eux, on ne pourrait rien faire. Qu’ils puissent en vivre, que ce soit un métier reconnu et soutenu : nos enfants seraient les premiers à en bénéficier. » Le parcours de Géraldine et de sa fille, similaire à celui de bien des familles, en dit plus long sur la réalité de « l’école inclusive » que les communiqués ministériels les plus alambiqués. La lourdeur des dossiers à présenter à la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées, le service des conseils ­départementaux en charge du handicap), « à refaire tous les deux ans, même si la situation n’a pas changé », le certificat médical refusé « alors qu’il était encore parfaitement valable », obligeant à une nouvelle visite chez le médecin…

« Il faut avoir les moyens »

Cette année, la fille de Géraldine Pouy entrait en sixième, un passage qui peut s’avérer délicat pour n’importe quel élève. « Début août, raconte la maman, l a MDPH nous a informés que nous aurions une ­réponse… dans quatre mois. » Autrement dit, pas d’AESH pour la rentrée et la crainte qu’il n’y en ait pas non plus après, car l’expérience montre que « si on n’a pas de notification d’accompagnement en septembre, on ne pourra pas avoir d’AESH après car les budgets sont très vite clos ». Pour Géraldine et sa fille, les conséquences sont lourdes. « C’est moi qui aide ma fille à faire ses devoirs tous les soirs », précise-t-elle. En plus de son travail. « C’est très fatigant mentalement, il y a des moments où je lui crie dessus… Mais on n’a pas le choix. »

Encore a-t-elle la « chance » d’être en ­capacité de le faire. « C’est encore plus dur pour les parents qui n’ont pas les moyens, financiers et culturels, de suivre leur enfant », remarque-t-elle, alors qu’ « une bonne prise en charge change tout. Mais il faut en avoir les moyens : il y a parfois des années d’attente pour avoir une place en CMPP (centre médico-psycho-­pédagogique), il faut trouver un ­médecin capable de poser le bon ­diagnostic »… À 50 euros la consultation chez l’ergothérapeute, 45 euros celle de la psycho­motricienne, le tout chaque semaine et non remboursé, les coûts finissent par être astronomiques. Et l’aide est minimale : 130 euros par mois, quand Géraldine chiffre le coût de la prise en charge à 300 euros mensuels…

La mutualisation n’est qu’un moyen de gérer la pénurie

L’arrivée des pôles inclusifs d’accompagnement localisés (Pial) a aggravé les problèmes. L’idée de départ était de mieux coordonner localement l’action des AESH en fonction des besoins, et de permettre la « mutualisation », dans le but d’une meilleure allocation des ressources. Dans la réalité, les Pial ne sont qu’un moyen de gérer la pénurie. Dans la région lyonnaise, le Collectif des parents d’élèves en faveur des AESH, dont fait partie Géraldine Pouy, relève que la mise en place des Pial a ainsi coïncidé avec une baisse terrible du nombre d’heures d’accompagnement effectivement alloué aux enfants, qui « se réduit trop souvent à 3,7 heures par semaine, quand il était auparavant de 6 à 9 heures ». Alors que les besoins des enfants, eux, n’ont pas changé…

Trop souvent aussi, les notifications d’accompagnement individuel (un enfant ­bénéficie d’un AESH pour lui seul) ne sont plus respectées. Certains AESH se retrouvent à devoir accompagner plusieurs enfants dans une même classe ; d’autres sont envoyés, la même semaine (voire le même jour) d’une école à un établissement secondaire, alors que ce n’est pas le même travail ; certains élèves sont « baladés » entre plusieurs AESH, alors que la stabilité et la sécurité affective sont au premier rang parmi les « besoins particuliers » de ces enfants…

Résultat : alors que, faute d’attractivité et de reconnaissance, il est déjà difficile de recruter des AESH, dans le Rhône l’année dernière, le taux d’absentéisme atteignait les 20 %, soit 1 000 absents sur les 4 000 postes… Des absences dues en partie au Covid (400, selon le collectif), mais surtout à l’épuisement et au mal-être des AESH… qui ne sont pas remplacés, laissant enfants et familles dans le désarroi le plus complet. Une réalité que les chiffres triomphants du gouvernement ont de plus en plus de mal à cacher. 

Les AESH s’invitent dans le débat budgétaire

À l’initiative de François Ruffin (FI), des députés de tous bords vont cosigner des amendements dans les projets de loi de finances 2022 et de financement de la Sécurité sociale visant à améliorer les conditions de travail des AESH, et plus largement des métiers du lien. Outre l’obligation de rémunérer ces professionnels « au minimum » au Smic, l’insoumis réclame la fin des pôles inclusifs d’accompagnement localisés (Pial), qui obligent les AESH à « faire du saute-mouton d’un élève à l’autre, d’une classe à l’autre, voire d’un établissement à l’autre ».

publié le 18 octobre 2021

Montpellier : la manif anti-pass fête les nouveaux appels de gilets jaunes comme il se doit

sur http://lepoing.net/

Si le nombre de participants ne repart pas à la hausse, la nouvelle manifestation montpelliéraine contre le pass sanitaire et l’obligation vaccinale de ce samedi 16 octobre a pris une coloration originale, de par sa concomitance avec les appels de gilets jaunes à reprendre les ronds-points face à la hausse des produits de première nécessité.

Comme tous les samedis, le rendez-vous est fixé à 14h sur la place de la Comédie. Même prises de parole, même diversité des participants. En remontant vers la préfecture, on mesure l’ampleur du rassemblement : environ 2000 personnes ont répondu présentes cette semaine, légèrement moins que les semaines précédentes.

L’originalité de la semaine se trouve plutôt dans la tournure des évènements une fois le cortège arrivé devant la gare Saint-Roch, via le Peyrou et le boulevard du Jeu de Paume.

Depuis quelques jours, les réseaux sociaux bruissent d’une alléchante rumeur : suite à la nouvelle flambée des prix des produits de première nécessité ( l’essence notamment a dépassé le prix moyen affiché à la pompe autour de l’automne 2018 ), les gilets jaunes prépareraient leur retour sur le devant de la scène politique et sociale. Plusieurs appels à des journées d’action tournent, la première pour ce samedi 16 octobre, avec pour mot d’ordre la reprise des ronds-points. Sans que l’émulsion collective n’atteigne l’intensité de l’agitation numérique des semaines précédents le 17 novembre 2018, la mayonnaise prend. Tant et si bien que le hashtag “#GiletsJaunesSaison2” se retrouve en première tendance politique sur Twitter, et que les médias de nos chers amis bourgeois s’emparent un à un de la question, pris par la “peur d’un retour des gilets jaunes”. Si sur Montpellier même peu d’initiatives suivent directement ces appels, ils auront une influence non-négligeable sur le déroulé de cette nouvelle manifestation contre le pass sanitaire et l’obligation vaccinale.

Plutôt que de remonter comme à l’accoutumée la rue Maguelone vers la place de la Comédie, le rassemblement une fois face à la gare Saint-Roch s’engage sur l’avenue du pont de Lattes. Qu’est ce qui peut bien venir perturber l’éternelle attraction des anti-pass pour les rues de l’Ecusson ? Une idée circule depuis le début de la manif : rejoindre le rond-point des gilets jaunes du Près d’Arènes, encore occupé deux fois par semaine presque trois ans après le début du mouvement fluo. Si l’initiative est lancée par une poignée de bonnes volontés, elle ne rencontre pas de résistance dans la foule. Et c’est tout naturellement que celle-ci emboîte le pas aux quelques irréductibles du mouvement né en novembre 2018. Proches ou pas du polémique groupe de gilets jaunes officiellement constitué près du rond-point Près d’Arènes, tous les pourfendeurs des fins de mois difficiles semblent se réjouir de la tournure prise par les évènements. Les autres aussi d’ailleurs.

Une demi-heure plus tard et malgré quelques défections, se sont donc près d’un millier de manifestants qui déboulent sur le fameux rond-point. Belle lurette que les lieux n’avaient pas retrouvés leurs foules ! Après un sage tour de giratoire, et alors que les musiciens s’activent à rendre l’ambiance festive, plusieurs centaines d’entre eux entreprennent un blocage de la circulation. On se croirais revenus en des temps socialement inflammables, quand sur un air de “Mort aux vaches, mort aux condés” joué aux cuivres, d’autres acclament des gendarmes pour avoir fait un salut de la main en direction de la manif. La contestation brasse de nouveaux publics chaque mois dans la France macronienne.

Plus loin, sur la voie rapide qui file direction Palavas, les collègues de la gendarmerie mobile intimident, par une présence importante, pour que la fête ne dure pas trop. Non casqués et assez tranquille, quelques dizaines de membres de ces unités de maintien de l’ordre avancent vers le rond-point et la manif. Si bien que celle-ci décide d’elle-même de suspendre le blocage, et de retourner vers le centre-ville.

Talonnés par les cinq ou six camions de la gendarmerie mobile, les quelques centaines de présents apparaissent galvanisés par ces petites audaces, et par la mémoire des gilets jaunes. A tel point que le cortège se transforme en liesse populaire sur la route du retour. Le petit nombre qu’il reste fait plus de bruit que certaines des manifs de ces dernières semaines chiffrant à quelques milliers de participants. Voilà plusieurs semaines qu’on avait pas vu telle ambiance dans les rues de Montpellier un samedi après-midi ! Des vieux slogans de gilets jaunes viennent s’ajouter au très repris “on est là”. “Emmanuel Macron, oh tête de con, on vient te chercher chez toi” connaît un franc succès, contrairement au plus guerrier “gilets jaunes, quel est votre métier ?”, qui fait de son côté un joli flop.

Pareil enthousiasme ne laisse pas indifférent : sur l’itinéraire du cortège, les commerçants sortent de leurs boutiques, comme à l’approche d’une foule innombrable. On peut même surprendre quelques sourires rêveurs sur le visage de certains coiffeurs autour du boulevard de Strasbourg.

Longue pause musicale rue de Verdun, l’occasion d’extérioriser toute cette euphorie par des danses endiablées. Avant que ce qu’il reste du cortège ne rejoigne à nouveau la place de la Comédie, pour dispersion rapide.

On retiendra plusieurs choses de cette journée. Premièrement, les appels à reprendre les ronds-points et à manifester contre les hausses de prix des produits de première nécessité pour ce samedi 16 octobre n’ont évidemment pas soulevé les masses comme à l’automne 2018. Pour le moment. Car il est bon d’avoir en tête que les appels ne circulent que depuis quelques jours. Si l’équipe du Poing n’a pas encore de vue d’ensemble sur la journée à une échelle nationale, quelques milliers de personnes au bas mot on répondu à l’appel. Pas mal pour de l’impro totale, et peut-être l’occasion de construire plus grand à l’approche du troisième anniversaire des gilets jaunes. Deuxièmement, les anti-pass de Montpellier ont très spontanément répondu à cette injonction giletjaunesque, jusqu’à en reprendre les slogans avec enthousiasme. N’en déplaise aux convaincus du caractère libéral, voir fascisant du mouvement, les anti-pass recrutent dans cette masse de soutiens des gilets jaunes, et une alliance plus ou moins lâche avec les pourfendeurs des inégalités sociales ne paraissait pas du tout aberrante cette après-midi à Montpellier.

S’apprête-t-on à revivre un mouvement des gilets jaunes bis ? Une assemblée de lutte était appelée ce soir à Grabels par les gilets jaunes de Près d’Arènes. Et les discussions vont bon train entre gilets jaunes de la région entière pour organiser des efforts de coordination. Mais si mouvement populaire il y a dans les semaines et les mois à venir, il y a fort à parier qu’il ne se choisisse pas le gilet comme symbole. Et c’est tant mieux : le pouvoir patine face à la nouveauté, à ce qui le surprend. Néanmoins, les frémissements de ces derniers jours, et la réaction des anti pass montpelliérains notamment, montrent que le mouvement des gilets jaunes a profondément marqué le peuple français. Que ses pratiques, ses réseaux de symbole, et l’influence des groupes constitués ou informels qui y ont acquis une précieuse expérience de la lutte sociale auront leur rôle à jouer dans la suite des évènements.

L’époque est faite ainsi : un bouillonnement contestataire larvé quasi-permanent, malgré sa mise sous cloche pendant les premiers confinements, aux contours parfois flous, confus et ambigües certes, mais qui a une indéniable capacité à surprendre. Et qui connaît des phases moins larvées que d’autres..

Alors, quid de l’hiver 2021 ? La colère est là, les actions d’agriculteurs et sur les ronds-points en métropole contre la hausse des prix font flipper nos gouvernants, et la situation en Martinique devient relativement explosive. Révolte ou dépression pré-électorale ? C’est en luttant qu’on aura nos réponses.



 

publié le 13 octobre 2021

Bergams : Un conflit du travail d’origine très macronienne

Editorial de www.politis.fr

Depuis le 13 septembre, les salariés de cette entreprise de restauration dite ultra-fraîche sont en grève illimitée.

La grève illimitée engagée depuis le 13 septembre par les salariés de Bergams, une société spécialisée dans la restauration dite ultra-fraîche située à Grigny (Essonne), est à verser au bilan de la politique d’Emmanuel Macron. À l’initiative d’une intersyndicale composée notamment de la CGT et de FO, 90 % des 280 employés de cette entreprise dénoncent principalement l’accord de performance collectif (APC) voté de justesse en septembre 2020, sous la menace de l’emploi, en plein cœur de la tourmente covid, la pandémie ayant impacté l’activité de l’usine de Grigny qui fournit des sandwichs et des plats préparés à des clients comme Air France, Relay ou Monoprix.

Créé par la réforme du code du travail conduite par Muriel Pénicaud en 2017, l’APC permet notamment d’aménager la durée du travail, son organisation et la répartition des heures de travail, de modifier la rémunération des salariés. Il peut être signé que l’entreprise soit confrontée ou non à des difficultés économiques provisoires. 

À son entrée en vigueur au 1er janvier, témoigne un délégué syndical FO, les salariés sont « passés de 35 à 37,5 heures, voire 40, par semaine » et ont « globalement perdu entre 100 et 1.000 euros brut par mois » ; toutes les primes et autres acquis ont en effet été supprimés. Et « des dizaines de collègues ont purement et simplement été licenciés », complète la CGT. Celle-ci dénonce « le comportement éhonté du groupe Norac » auquel appartient Bergams, dont « le fondateur, Bruno Caron, apparaît parmi les 400 plus grandes fortunes de France, cette année ». Et appuie les demandes de baisse du temps de travail, d’augmentations de salaire et de recrutements en CDI.




 

publié le 12 octobre 2021

Sixième semaine de grève à Transdev :
la direction joue la division

Maïa Courtois sur https://rapportsdeforce.fr

Le bras-de-fer promet de durer encore. Depuis six semaines pour certains, les conducteurs de bus de la société Transdev sont en grève, en Seine-et-Marne et dans le Val d’Oise. Face au refus d’appliquer les nouveaux accords liés à l’ouverture à la concurrence du réseau francilien, la direction tente de négocier… Au cas par cas. Pour mieux diviser, selon les syndicats.

 

Le mouvement de grève des salariés de la société Transdev, implanté en Seine-et-Marne et touchant le Val d’Oise, entame sa sixième semaine. De nouveaux dépôts ont récemment rejoint la lutte, dont celui de Rambouillet. Si certains privilégient des grèves perlées (comme à Nemours ou Rambouillet), beaucoup se maintiennent en grève continue (comme Chelles, Marne-la-Vallée, Saint-Gratien, Vulaines-sur-Seine, Vaux-le-Pénil)…

Face à la longévité et à l’extension du mouvement, l’employeur poursuit le bras-de-fer. « La stratégie de la direction est d’abord de jouer le pourrissement, en essayant d’essouffler le mouvement. Puis, de trouver des accords au cas par cas afin de faire reprendre le travail aux plus précaires », décrit Jamel Abdelmoumni, délégué central Transdev Île-de-France Sud Rail. Les organisations syndicales défendaient une négociation groupée, avec un protocole commun de sortie de conflit. Mais ils assurent avoir essuyé un refus catégorique de l’entreprise.

Conditions de travail. Grève suivie chez Transdev

Juliette Barot sur www.humanite.fr

Soutenus par la CGT, la CFDT et Solidaires, une centaine de salariés de l’entreprise de transport Transdev se sont rassemblés, selon l’AFP, mardi 14 septembre, devant le siège du conseil régional d’Île-de-France à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) pour protester contre la dégradation de leurs conditions de travail. Le nouveau contrat remporté par Transdev dans le cadre de l’appel d’offres pour l’exploitation du réseau Optile (bus de moyenne et grande couronne) conduit à des pertes de rémunérations. Auparavant, « on était à 39 heures payées 39 et on avait 22 jours de RTT. Maintenant, on est à 37 heures payées 37 et on nous a retiré 11 jours de RTT », a expliqué une salariée. Autre perte : les chèques-vacances sont passés « de 750 euros par an à 250 euros ». Les salariés, qui sont en grève depuis deux semaines, dénoncent également un allongement du temps de travail. Île-de-France Mobilités (IDFM), l’autorité organisatrice des transports en commun de la région parisienne, demande « une intensification du dialogue » pour mettre fin à un conflit suivi par 50 % des conducteurs.

Depuis, la direction commence à renégocier dépôt par dépôt. Déjà, à Sénart, un protocole a été signé, par deux organisations syndicales sur trois. Contactée par Rapports de Force, la direction de Transdev nous indique : « à Sénart, la direction et les organisations syndicales ont signé un protocole et le travail reprend progressivement… L’offre était à 80 % hier ». La direction mise sur une reprise normale du trafic, tandis qu’« une partie des conducteurs y est toujours en grève. Ils sont près d’une vingtaine », nuance Jamel Abdelmoumni. Une assemblée générale doit avoir lieu prochainement pour discuter du maintien de la mobilisation au dépôt de Sénart, mais aussi à ceux de Cesson et Combs-la-Ville qui lui sont rattachés. 

Le calendrier des négociations dépôt par dépôt s’intensifie. Lundi 11 octobre, une réunion pour le dépôt de Vaux-le-Pénil s’est tenue à la Cité administrative de Melun, avec un médiateur de l’Inspection du travail. Ce mardi 12 octobre, c’est au tour de Marne-la-Vallée, toujours en présence de l’Inspection du travail. Pour Vulaines-sur-Seine, deux rendez-vous sont programmés – l’un ce mardi 12 octobre, l’autre jeudi 14 -, sans médiateur cette fois. Pour le reste, « les rencontres avec les organisations syndicales se poursuivent à Fontainebleau, Melun et Marne la Vallée » nous précise Transdev. Pour l’heure, Sénart est le seul endroit où un protocole de sortie de conflit a été signé.

Pour Jamel Abdelmoumni, « la direction divise les centres. Quand l’un est en grève depuis une semaine, et l’autre depuis six semaines, forcément, les salariés de ce dernier ont envie de voir le bout… Ils ne peuvent pas se permettre d’attendre ».

 

Ile-de-France Mobilités confie une mission à Jean-Paul Bailly

 Pourtant, la grève à Transdev née en Seine-et-Marne est loin de ne concerner que ce département. Lundi, le conseil d’administration d’Ile-de-France Mobilités a lancé l’application de nouveaux accords à d’autres dépôts. À terme, c’est toute l’Ile-de-France qui est concernée. À l’origine de ces changements des conditions de travail : la renégociation de l’accord-cadre entre Transdev et Île-de-France Mobilités, avec l’ouverture à la concurrence du réseau de bus francilien impulsé par Valérie Pécresse (présidente de région et d’Île de France Mobilités). Là où les nouveaux accords commencent à être appliqués, « les conducteurs ont perdu de 200 à 500 euros net par mois. Et les amplitudes horaires ont augmenté, jusqu’à 14 heures par jour », expliquait Hakim, conducteur à Vulaines, à Rapports de Force.

Dans un communiqué paru ce lundi 11 également, l’autorité organisatrice des transports franciliens annonce avoir confié une mission à Jean-Paul Bailly, ancien Président de la RATP et ancien Président de la Poste. Le but ? « Faire converger les points de vue entre les représentants du personnel et les syndicats d’un côté, et les directions des différents réseaux concernés de l’autre. L’objectif est de faire aboutir rapidement les négociations sur les réseaux qui ne seraient pas parvenus à un accord ». Le président de cette mission sera assisté par Jean Bessiere, ancien président de la commission mixte paritaire de la branche ferroviaire ; ainsi que par Jean Grosset, ancien délégué général adjoint de l’UNSA.

 


 

publié le 5 octobre 2021

Salaires. « 300 euros par mois en plus,
ça serait justice »

Pierre-Henri Lab sur www.humanite.fr

La journée d’action interprofessionnelle de ce mardi a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes. Les syndicats sont satisfaits d’avoir remis la question salariale au cœur du débat actuel.

Pari réussi pour l’intersyndicale CGT, FO, FSU, Solidaires, Unef, FDL, UNL et MNL. Plusieurs dizaines de milliers de personnes, dont 25 000 à Paris, ont défilé « pour nos salaires, nos emplois et nos conditions de travail ». Une petite délégation a même fait le voyage de Belgique. « Nous venons soutenir nos amis français. Nous sommes aussi mobilisés contre le gel des salaires. C’est un problème européen », explique Estelle Ceulemans, secrétaire générale de FGTB pour la région de Bruxelles. À ses côtés, en tête de cortège, les responsables syndicaux ne cachent pas leur satisfaction. « Nous sommes parvenus à mettre la question salariale au cœur du débat », note Philippe Martinez.

Le secrétaire général de la CGT se montre prudent quant à l’annonce du patronat de l’hôtellerie d’une hausse de 6,5 à 9 % des salaires (lire ci-contre) : « Dans les palaces, les employeurs suppriment des emplois pour recourir à la sous-traitance, donc pour moins payer les salariés. » Néanmoins, l’annonce de la hausse souligne, selon lui, que la faiblesse des salaires est cause du peu d’attractivité de certains métiers. Et le syndicaliste de plaider à nouveau pour un Smic à 2 000 euros brut et pour une indexation des minimas de branche sur le Smic afin qu’ils augmentent automatiquement à chaque revalorisation du salaire minimum.

Dur de se projeter dans l’avenir

Anne-Marie et Frédérique, salariées chez Canon France, sont venues revendiquer au moins 3 % d’augmentation de salaire et 100 euros au minimum pour tous les salariés de la filiale française du groupe japonais. « Avec le confinement, les ventes d’imprimantes ont explosé. Les actionnaires se sont partagé 66 % du bénéfice. Et nous, rien ! » dénoncent les deux militantes CGT. Cadre, Anne-Marie a trente ans d’ancienneté et gagne 2 400 euros par mois. Frédérique, agente de maîtrise depuis vingt-six ans, qui touche 1 900 euros net et pas de treizième mois, explique : « On fait attention, on compte. J’ai renoncé à une formation. Il aurait fallu que je complète le financement par moi-même, mais on s’est déjà endettés pour aider notre fils qui fait des études supérieures. » Cheminot, aux ateliers de maintenance de Villeneuve-Saint-Georges, Robin compte lui aussi. Il gagne 1 800 euros par mois, dont 700 euros de prime « pour le travail de nuit, les week-ends et les jours fériés ». Avec sa compagne, agente territoriale, ils ont un revenu de 3 200 euros mensuels. « On s’en sort pas mal. On part en vacances dans la famille. On a un petit loyer de 500 euros. Mais on vit dans 25 m2  », explique le militant CGT. Le jeune couple, qui commence à se poser la question d’un enfant, fait ses calculs : « Il faudra un appartement plus grand, donc un plus gros loyer, alors ça fait réfléchir. » Dur de se projeter dans l’avenir. Robin estime que, pour vivre correctement, il faudrait 500 euros de plus par mois.

Professeure des écoles en Loire-Atlantique, militante au SNUipp, Jessica, gagne 2 200 euros par mois, après vingt ans de carrière. Elle est au neuvième échelon, peut en franchir encore deux avant d’avoir atteint la limite de l’avancement automatique. Progresser après, c’est plus difficile, il faut changer de grade, devenir « hors classe », mais seulement 10 à 15 % de la profession y parviennent. Jessica compte aussi. Divorcée, elle a puisé dans son épargne pour financer le permis de conduire de sa fille. « Honnêtement, 300 euros par mois de plus, ce serait bien et ça serait justice. » Comme tous les fonctionnaires, Jessica est privée d’augmentation générale depuis sept ans à cause du gel du point d’indice. Militante FO, bibliothécaire à l’université, Séverine gagne 1 600 euros. « J’ai l’impression que mon salaire fait du surplace depuis seize ans que je fais ce métier ».

Dans le cortège, de nombreux jeunes aussi. La présidente de la JOC, Chloé Corvée, dénonce « la réforme de l’assurance-chômage qui va frapper les plus jeunes abonnés aux contrats courts ». Elle alerte aussi sur la suppression du repas à 1 euro pour les étudiants : « Beaucoup ont faim. » Mais tout va bien, le CAC 40 a fait 57 milliards d’euros de bénéfices.



 

publié le 5 octobre 2021

Retour des mobilisations
contre les réformes du gouvernement,
un peu plus de 2.000 personnes à Montpellier

Jean-Philippe Vallespir sur https://lemouvement.info

L’intersyndicale à laquelle se sont associées plusieurs organisations étudiantes ou lycéennes avait appelé à une journée de grève interprofessionnelle et de manifestations ce mardi 5 octobre 2021. L’automne va-t-il relancer la mobilisation contre les réformes mises en place par le gouvernement ?


 

Vigilance orange, voire rouge pour les syndicats en ce dernier trimestre 2021, avec une nouvelle journée de mobilisation organisée dans plusieurs villes de France. La manifestation contre les réformes mises en place par le gouvernement, notamment des retraites et de l’assurance chômage, a mobilisé un peu plus de 2.000 personnes ce matin à Montpellier.

La grève et la mobilisation interprofessionnelle de ce 5 octobre initiées par l’intersyndicale : FO, CGT, FSU et Solidaires, ainsi que les organisations de jeunesse FIDL, MNL, UNEF et UNL, « s’opposent à ce que la situation sanitaire soit utilisée par le gouvernement et le patronat pour accélérer la remise en cause des droits et des acquis des salariés et des jeunes. »


 

« On ne demande pas l’aumône, on ne demande pas la charité. » Serge Ragazzacci

Face à l’augmentation du Gaz et de l’électricité, « on ne demande pas l’aumône, on ne demande pas la charité. Qu’ils les gardent les chèques énergie. Nous, ce que nous revendiquons, c’est que l’on sorte l’eau, le gaz, et l’électricité du secteur libéral, et des griffes de la spéculation. Retour à un pôle public de l’énergie, » lance Serge Ragazzacci sur la place de la Comédie à Montpellier.

Plusieurs revendications ont été scandées ce mardi matin : abandon de la réforme des retraites, lutte contre la précarité ou les inégalités entre les femmes et les hommes, hausse des salaires, et retrait de la réforme de l’assurance chômage. Mais l’accent a été mis par Serge Ragazzacci, Secrétaire départemental CGT34 sur l’affaire des « Pandora Papers » les nouvelles révélations d’évasion fiscale, pour illustrer toute la nécessité d’une lutte face à des « menteurs qui vont nous dire que ça coute cher, et qu’il n’y a pas d’argent. »

Pour le leader syndical, il s’agit d’argent « volé au travail, volé à la solidarité, volé au service public, volé aux retraités […] C’est bien un choix gouvernemental de favoriser la fraude fiscale, pour ensuite venir nous dire : pour les salaires y’en a pas, pour l’emploi y’en a plus, pour les cotisations sociales, c’est foutu. Non ! L’argent, il est là ! Il est dans les poches du Capital. Alors, dans les mois qui viennent, allons le chercher, toutes et tous ensemble dans l’unité. »

Retraites. L’autre point de vigilance de cet automne, déjà bien envahi médiatiquement par la prochaine élection présidentielle : le passage en deux temps de la réforme des retraites. Une réforme qu’Emmanuel Macron n’a pas enterrée. À noter : « fermeture » du parlement fin février, avant la Présidentielle des 10 et 24 avril, et des Législatives des 12 et 19 juin. Tout serait possible dans un rapide projet de loi. L’idée serait de supprimer les régimes spéciaux et de relever le minimum retraite à 1.000€, et après la Présidentielle, traiter le sujet plus sensible du recul de l’âge de départ à la retraite, avec une nouvelle assemblée.




 

publié le 4 octobre 2021

Mobilisation du 5 octobre :
les bas salaires tiennent le haut du pavé

Pierre-Henri Lab sur www.humanite.fr

À l’heure où flambent les dépenses du quotidien, l’intersyndicale CGT, FO, FSU, Solidaires, Fidl, Unef, UNL et MNL organise, ce mardi, plusieurs dizaines de manifestations pour exiger l’augmentation du Smic.

« Il faut que la colère s’exprime. » Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, a lancé un appel aux salariés à se mobiliser à l’occasion de la journée d’action interprofessionnelle organisée par la CGT, FO, la FSU, Solidaires, l’Unef et les syndicats lycéens Fidl, MNL et UNL, « pour nos salaires, nos emplois et nos conditions de travail ». Dans le collimateur de l’intersyndicale, la faiblesse des hausses de salaire. Alors que les Pandora Papers mettent en lumière l’étendue de l’évasion fiscale (lire page 4), le Smic n’a augmenté que de 35 euros brut au 1er octobre, en rattrapage de l’inflation. Ce montant est jugé nettement insuffisant par les organisations syndicales, qui pointent notamment l’explosion des dépenses des ménages en particulier en matière d’énergie (électricité, gaz et carburants).

La CGT revendique pour sa part que le Smic soit porté à 2 000 euros brut par mois pour 35 heures hebdomadaires. Philippe Martinez pointe également le sort des millions de salariés dont le montant du salaire minimum de branche est désormais inférieur au salaire minimum, et qui devront attendre de long mois avant d’être augmentés. Pour l’intersyndicale, la hausse doit concerner l’ensemble des salariés dans le public et le privé.

La réforme de l’assurance-chômage est aussi dans le viseur de l’intersyndicale. Entrée en vigueur vendredi, elle va aboutir à la réduction du droit à indemnisation des demandeurs d’emploi, en particulier les travailleurs enchaînant contrats de courte durée et périodes de chômage. La modification de la règle de calcul de l’allocation va entraîner une baisse en moyenne de 17 % de son montant pour au moins 1,15 million de privés d’emploi. « Avec cette réforme, le gouvernement va plonger 1,7 million de salariés dans la misère », accuse le secrétaire général de la CGT. L’ensemble des confédérations va déposer un nouveau recours devant le Conseil d’État d’ici à jeudi, afin de suspendre l’application de ce tour de vis, avant que la haute juridiction administrative, saisie il y a déjà plusieurs mois, par les syndicats, se prononce sur le fond.

Pour l’intersyndicale, le gel des salaires et le maintien des réformes visant à « faire des économies sur le dos des salariés », sont d’autant plus inacceptables que les profits du CAC 40 explosent. Au premier semestre 2021, les groupes ont engrangé 57 milliards d’euros, soit 41 % de plus qu’au premier semestre 2019, dont les résultats avaient été épargnés par le confinement. Le taux de marge des entreprises a atteint 35,9 % au premier trimestre.

Les manifestants mettront aussi l’accent sur les conditions de la rentrée universitaire. Alors que l’Unef chiffre à 2,5 % la hausse de son coût et que la pauvreté étudiante a bondi pendant la crise sanitaire, le gouvernement vient de décider de mettre fin au dispositif du repas à 1 euro. L’Unef et les syndicats lycéens dénoncent aussi les conditions de la rentrée. Alors qu’à l’université, les effectifs ont progressé de 2,1 %, le nombre de postes d’enseignants continue de baisser.

Plusieurs dizaines de manifestations sont prévues en région, souvent plusieurs par département. À Paris, l’intersyndicale a dénoncé « une nouvelle entrave au droit de manifester » de la part de la préfecture, qui s’est opposée à ce que le cortège se rende place de la Concorde. Au final, la manifestation qui partira de République arrivera Chaussée-d’Antin.




 

publié le 3 octobre 2021

 

Salaires. Pourquoi Le compte n’y est pas

Clotilde Mathieu sur www.humanite.fr

La reprise se confirme et les profits redécollent, mais les salariés n’en voient pas la couleur. Après avoir été soutenu sans conditions, le patronat ose refuser une plus juste répartition. Rendez-vous est donné le 5 octobre, par la CGT, FO, la FSU et Solidaires pour exiger, notamment, de meilleurs salaires.

La colère monte, la pression est palpable. Face à la pénurie de travailleurs dans les secteurs où œuvrent les première et seconde lignes, alors que l’économie « repart », la question des salaires s’impose. D’autant que la pandémie a réhabilité le travail. « La société et l’économie sont restées debout parce que les travailleurs ont continué de travailler, souvent au péril de leur vie », note l’économiste Jean-Marie Harribey. Mais également parce que « la crise sanitaire a montré que les travaux les plus essentiels étaient souvent les plus mal rémunérés », ajoute-t-il (1).

Primes et chèques pour éviter l’explosion

Ainsi, les revalorisations salariales ou les primes Macron sont jugées bien insuffisantes et les mécontentements s’expriment, au vu des 51 milliards d’euros de dividendes (+ 22 %) qui seront versés cette année aux actionnaires. Sans compter les 240 milliards d’euros d’aides publiques versées aux entreprises.

Les aides à domicile étaient d’ailleurs en grève le jeudi 23 septembre, mécontentes que les revalorisations négociées par le gouvernement ne concernent qu’une fraction d’entre elles. Idem dans plusieurs sociétés de l’agroalimentaire, chez Orange, ou encore chez les supermarchés discount Aldi : malgré les bénéfices de leur entreprise, les travailleurs n’en voient pas la couleur. Ces colères sont autant de prémices à la journée d’action prévue le 5 octobre à l’appel des syndicats CGT, FO, FSU et Solidaires qui, dixit la CGT, « se prépare bien ».


 

Pour éviter l’explosion sociale, depuis la rentrée, chaque semaine, un membre du gouvernement fait mine de s’emparer du problème et distribue des chèques (chèque énergie, hausse de l’allocation de rentrée scolaire…). Bruno Le Maire avait d’ailleurs ouvert le bal, fin août, en déclarant juste avant la reprise : « Il y a un sujet dont je ne démords pas, c’est une meilleure rémunération de ceux qui ont les rémunérations les plus faibles. » Pourtant, le gouvernement s’est refusé à tout coup de pouce au Smic. Au 1er octobre, celui-ci, grâce à la formule liée à l’inflation, se verra augmenté « automatiquement » de 34,20 euros. Et, dans la fonction publique, après plus de dix ans de gel du point d’indice, les négociations lancées la semaine dernière patinent .

Nous avons beaucoup de femmes isolées, en temps partiel subi, surendettées, en précarité énergétique quand leurs patrons trônent au top 10 des fortunes mondiales. » GÉRALD GAUTIER, FO commerce.

Ce petit jeu occupe l’espace public, mais il est loin d’amuser les salariés qui ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. La ministre du Travail, Élisabeth Borne, a donc à son tour joué les énervées, en exigeant que « toutes les branches qui ont des minima en dessous du Smic doivent revaloriser les salaires ». Et de promettre de suivre l’avancement des travaux. Pourtant, là aussi, les négociations sont au point mort. Le patronat n’est pas prêt à céder.

Dans l’hôtellerie-restauration, les trois premiers niveaux de la grille sont sous le Smic. Idem dans l’habillement.

Dans l’hôtellerie-restauration, les employeurs estiment être dans « une situation très inconfortable », explique Jean-François Blanchet, président de l’Umih 47. « Nous n’avons pas de visibilité sur notre activité. Il faudrait déjà qu’on se remette d’aplomb. Or, actuellement, nous tournons avec 20 % à 30 % de chiffre d’affaires en moins à cause du passe sanitaire », affirme le restaurateur. Ces chiffres ne sont pas confirmés par les institutions statistiques. Pour lui, « ce n’est pas le niveau des salaires qui a coupé l’envie de venir travailler, mais les aides », poursuit-il, en pointant le chômage partiel.

Pourtant, dans cette branche, les trois premiers niveaux de la grille sont sous le Smic, actuellement à 1 555,58 euros brut. Avec la hausse programmée au 1er octobre à 1 589,47 euros, de trois, ils passeront à cinq niveaux en deçà des minima. « Insupportable », explique Nabil Azzouz, secrétaire fédéral FO. Le syndicat a donc appelé à des négociations en urgence. « On est sans doute la branche la plus mal lotie. Depuis mars 2020, les salariés ont perdu 16 % de leur salaire, sans compter les pourboires », rappelle le syndicaliste, soit environ 300 euros par mois.

Un Smic à 2 000 euros brut par mois, chiche !

La mesure est souvent vilipendée, jugée impossible, mais elle fait mouche. Une enquête datant de 2019 du ministère des Solidarités et de la Santé estimait à 1 760 euros net le revenu décent souhaité par les Français. « En Espagne, cite la CGT, ce choix politique a été fait. En 2018, le salaire minimum a augmenté de 30 % avec l’objectif de porter le Smic à 60 % du salaire espagnol moyen. » Pour financer la mesure, la centrale syndicale propose de sortir des 230 milliards d’euros d’exonération de cotisations sociales et fiscales perçues « sans contrôle ni évaluation ». De plus, une hausse sensible du Smic représente un effort soutenable pour peu que l’on desserre la contrainte financière, en particulier pour les petites et moyennes entreprises ; déjà, en baissant le coût du capital, c’est-à-dire les prélèvements financiers (charges d’intérêts ou dividendes), qui pèsent entre 18 % et 77 % des coûts des entreprises, contre 14 à 31 % pour le travail. Mais aussi, en pensant « différemment la relation entre les donneurs d’ordres et les sous-traitants », propose Boris Plazzi, secrétaire confédéral CGT

Grands magasins, mini-payes

Dans les branches du commerce non alimentaire, entre 2008 et 2018, les salaires n’ont progressé que de 1,9 % contre 6,5 % en moyenne nationale. Dans l’habillement, secteur qui emploie entre 200 000 et 300 000 personnes, les trois premiers niveaux sont également sous le Smic. La branche a même été mise « sous surveillance du ministère », confie, de son côté, Gérald Gautier, secrétaire fédéral FO commerce. Pis, dans la branche grands magasins, magasins populaires, qui regroupent par exemple les groupes Kering et Zara, c’est l’ensemble des niveaux de la grille qui sont en deçà du Smic. Or, « nous avons beaucoup de femmes isolées en temps partiel subi, en surendettement, en précarité énergétique », poursuit le syndicaliste. Quand leurs patrons « trônent dans le top 10 des fortunes mondiales ». « Le gouvernement ne fait rien, absolument rien », alors qu’il aurait pu les contraindre, avec toutes les aides attribuées aux entreprises.

Si les syndicats exigent une revalorisation du salaire minimum brut à 2 000 euros pour éteindre la mèche, dans les entreprises, les directions « généralisent » les primes exceptionnelles, de participation ou d’intéressement. Or, ces rémunérations ponctuelles qui viennent se « substituer aux augmentations de salaires » sont « dangereuses », prévient Boris Plazzi, secrétaire confédéral CGT. « Ces primes non soumises aux cotisations sociales et défiscalisées sont autant de milliards d’euros qui ne retombent pas dans le budget des familles », explique le syndicaliste. En effet, sans cotisations sociales, sans impôt, pas de Sécurité sociale, ni d’écoles et d’hôpitaux publics. Tout serait laissé au privé. La droite n’a pas d’autre projet…

(1) « En finir avec le capitalovirus. L’alternative est possible ». Éditions Dunod.


 

---------------------- TEMOIGNAGES -----------------------------------------------


 

« En 15 ans, l’indice a gagné  6 centimes »

Lucie STIRER Chevrier, monitrice éducatrice en établissement pour adultes handicapés

«Mon métier a perdu du sens depuis le Covid. J’y suis toujours attaché. Mais beaucoup laissent tomber. Cette économie marchandise tout, y compris le médico-social. Début août, la valeur du point a augmenté de deux centimes. J’ai fait le calcul : depuis mon début de carrière, il y a quinze ans, ce point sur lequel est calculé mon salaire a augmenté de six centimes ! On est très loin d’un rattrapage de l’inflation. Un grand nombre de mes collègues ne touchent pas le Smic en salaire fixe. Comme nous avons des horaires atypiques, nous percevons une indemnité de sujétions spéciales qui permet de compenser. C’est mon cas : avec un bac + 3 et quinze ans d’ancienneté, je touche 1.350 euros par mois.

Nos métiers font partie des catégories des personnels soignants. Mais comme nous travaillons dans des établissements associatifs, nous n’avons pas été inclus dans les 183 euros d’augmentation en lien avec le Ségur de la santé. Nous voyons donc en ce moment des collègues aides médico-psychologiques (AMP) démissionner pour aller dans les Ehpad publics, où ils toucheront ces 183 euros. Leur métier perd un peu de son intérêt. Mais l’appel du salaire est plus fort. D’autant qu’on a affaire à un patronat, Nexem, à la dent dure, qui veut déclassifier les métiers pour qu’il n’y ait plus de différences entre un éducateur technique, spécialisé ou un AMP et que tous les salariés soient polyvalents pour être capables de tout faire, ce qui revient à tout mal faire. Il compte aussi jouer du rapprochement entre notre convention collective et une autre du secteur pour tirer tous les salaires vers le bas, avec l’accord de l’État qui finance une grande partie de nos établissements. C’est un vrai dumping social. »


 

« J’ai perdu 300 euros sur ma fiche de paie »

Fanny, 37 ans, contrôleuse qualité dans l’usine agroalimentaire Bergams, à Grigny (Essonne)

«J’ai vraiment atteint un ras-le-bol. Depuis la signature de l’accord de performance collective pour notre usine (entré en vigueur en janvier 2021 – NDLR), on a eu des journées de 9 heures ou 10 heures parfois. C’est un travail fatigant, alors le soir, quand je rentre chez moi, que mes enfants veulent passer du temps avec moi, je n’ai plus la force, je n’ai plus l’envie. Mais au lieu d’être reconnue, j’ai perdu presque 300 euros sur ma fiche de paie et je me retrouve à 1 600 euros par mois environ.

J’ai perdu la prime de nuit, alors que je travaille toujours de nuit, mais aussi la prime des dimanches et jours fériés. En plus, je subis également le chômage partiel. Heureusement, j’ai mon mari qui a son propre revenu. Mais on a dû s’adapter. On se fait moins souvent plaisir et on doit y réfléchir à deux fois avant de nouvelles dépenses.

Ce que je voudrais, c’est une augmentation de salaire, au moins retrouver mon ancien niveau de revenu. C’est pour ça que je suis en grève, en plus des conditions de travail qui se dégradent dans notre usine. Il n’y a aucun dialogue possible avec notre direction, qui se dit “humaniste” mais qui a quand même coupé dans nos salaires. J’ai six années d’ancienneté, mais c’est comme si elles ne comptaient plus. »


 

« Tout le monde est dans la même situation »

Corinne, 55 ans, aide-soignante à l’hôpital Saint-Louis et membre du collectif Inter-Urgences.

« À partir d’octobre, je vais toucher 20 euros de salaire en plus. Cela correspond à un nouveau volet du Ségur de la santé et c’est clairement en dessous de tout ! En fin d’année dernière, nous avons eu l’augmentation de 183 euros, mais avec la flambée du coût de la vie, nous avons à peine senti l’amélioration. Ça fait des années que nous revendiquons de meilleures rémunérations, mais aussi plus d’effectifs et de lits. En attendant, à partir du 22 de chaque mois, on guette le versement du salaire. Nous en discutons entre collègues car tout le monde est dans la même situation. Ça part vite entre les factures d’électricité et le loyer.

Je touche 2 000 euros, notamment parce que je suis de nuit et que j’ai droit à une prime de 118 euros car je travaille aux urgences. Mais, au bout de trente et un ans à l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP), ça pique ! Ce ne sont pas des niveaux de revenus suffisants pour attirer les jeunes. Nous avons du mal à les recruter et à les garder : soit ils partent pour faire autre chose, soit ils enchaînent les missions d’intérim, ce qui leur permet de mieux gagner leur vie.

Malgré la crise du Covid, nous faisons toujours partie des personnels de santé les plus mal rémunérés de l’OCDE. Sans compter les coups de pression que nous nous sommes pris pour se faire vacciner. Si le gouvernement veut fidéliser les soignants, il va falloir qu’il y mette les moyens. Mais aussi qu’il aplanisse les disparités. À Montpellier, une aide-soignante peut être payée moins que moi, alors que nous faisons le même travail. Pour toutes ces raisons, je vais essayer de manifester le 5 octobre. »


 

« Des millions ont été versés à LVMH mais nous, on n’a rien touché »

Jenny Urbina, déléguée syndicale CGT, 46 ans, employée chez Sephora

« Lors des dernières négociations annuelles obligatoires, nous n’avons eu que 0,5 % d’augmentation générale. En ce qui me concerne, ça fait 9 euros de plus en bas de la fiche de paie. Nous avons refusé de signer car ce n’est pas sérieux ! Nous avions pourtant demandé une hausse de 150 à 180 euros. Nous avons également touché zero euro de prime de participation alors que Sephora a réalisé 70 millions d’euros de bénéfices et que 93 millions ont été versés à la maison mère LVMH. Quand on voit les niveaux de fortune atteints par Bernard Arnault, PDG de LVHM, c’est scandaleux !

C’est anormal qu’il continue à s’enrichir alors que nous perdons toujours plus d’argent. Nous sommes, en ce moment, en train de négocier un accord sur l’aménagement du temps de travail. Dans le premier texte en vigueur depuis l’an 2000, les heures supplémentaires ne sont pas payées, mais récupérées. Or, il est toujours compliqué de poser des jours ou de prendre des congés. À quels reculs doit-on s’attendre dans cette nouvelle discussion ? Avec des rémunérations autour de 1.500 euros, les salariés se battent déjà pour travailler le dimanche.

C’est très compliqué de vivre avec cette somme en région parisienne. Tout le monde est dans la même galère. Quant aux conditions de travail, c’est devenu n’importe quoi ! On tourne à trois par magasin. Nous avons aussi alerté la direction sur la démotivation des employés. Il y a beaucoup d’abandon de postes et d’absentéisme. Il n’y a aucun avantage à travailler chez Sephora. »


 

Sur le pavé le 5 octobre pour mettre fin aux mesures dérogatoires et antisociales Si les revendications salariales tiendront le haut du pavé le 5 octobre, les colères sociales ne manquent pas et donneront encore plus de corps aux cortèges du jour, à l’appel de la CGT, FO, la FSU, Solidaires, l’Unef, la Fidl, le MNL et l’UNL. Le dernier grief en date, sans doute le plus aigu, a trait à l’assurance-chômage. Le gouvernement a fait le choix de passer en force en imposant sa réforme dès le 1er octobre avec l’allongement de la durée de cotisation pour avoir droit à une indemnisation et la baisse des allocations, via un nouveau mode de calcul. Les manifestants appelleront au retrait immédiat de ce tour de vis social comme à l’abandon du projet de réforme des retraites. Ils demanderont aussi la fin des mesures dérogatoires du Code du travail qui donnent les quasi pleins pouvoirs aux employeurs. La lutte contre la précarité sera au cœur des revendications des organisations de jeunesse. Ces dernières militeront aussi pour la fin des mesures dérogatoires à l’État de droit et le retour au droit et aux libertés publiques, pour les travailleurs comme pour les étudiants.




 

publié le 3 octobre 2021

Métallurgie. À la fonderie SAM,
235 jours de lutte pour une reprise digne

Pierric Marissal sur www.humanite.fr

Mobilisés pour sauver leur usine et ses 350 emplois directs, les salariés en appellent au premier ministre et à leur principal client, Renault, pour trouver un repreneur. Mais ce jeudi est la date limite de dépôt des candidatures.

Ce 30 septembre n’est pas le couperet que les salariés de Jinjiang SAM de Viviez (Aveyron) auraient pu craindre. Si le tribunal de commerce de Toulouse a fixé au 30 septembre la date limite de dépôt des offres de reprise, après avoir placé au début du mois la fonderie en liquidation judiciaire avec poursuite d’activité, tout porte à croire que le délai sera étendu. « Renault s’est engagé à nous soutenir et à nous passer des commandes jusqu’à mars 2022, il n’y a pas de raison à ce que la justice ferme les portes à des offres ou des intentions de reprise si tôt », espère David Gistau, élu CGT au CSE de la fonderie SAM et secrétaire de l’union départementale de l’Aveyron.

L’État et le constructeur automobile ont repoussé deux offres, qui, selon eux, n’apportaient pas assez de fonds propres. « C’étaient des acteurs français avec de vrais projets et il ne leur manquait que 5 millions d’euros, mais le gouvernement préfère la communication, plutôt que d’agir pour la réindustrialisation et les aider », déplore Pascal Mazet, conseiller régional PCF d’Occitanie et soutien de la première heure des salariés.

Une première vraie victoire

« Il y a aussi que Renault ne veut négocier qu’avec des gros acteurs, il l’a dit dès le début en poussant l’offre du groupe espagnol CIE Automotive. Ils travaillent d’ailleurs déjà ensemble », rappelle, de son côté, David Gistau. Sauf que celle-ci prévoyait la suppression de 200 postes, avec la fermeture du bureau d’études et du service support. « Nous serions devenus un simple atelier de production, condamné dans les cinq ans. C’était une provocation, dénonce l’élu CGT. Dans tous les cas, c’était se résoudre à disparaître, alors nous avons préféré rester debout et nous battre. » Après vingt-trois jours de grève et de blocage d’usine et des rassemblements qui ont réuni plusieurs milliers de personnes, le gouvernement a fini par admettre que, pour être viables, les offres de reprise devaient conserver au moins 250 salariés et le bureau d’études. Quant à Renault, il a promis 40 millions d’euros de commandes par an. De quoi rendre la SAM plus belle pour la reprise et, ce 30 septembre, une nouvelle offre de CIE Automotive n’est pas à écarter puisque les discussions avec l’industriel espagnol se poursuivent.

Mais c’est surtout une première vraie victoire pour les salariés, puisque, à l’origine, le constructeur automobile français voulait faire fabriquer ses carters d’huile et ses pièces pour moteur et culasse en aluminium en Roumanie, privant le site aveyronnais de 85 % de son chiffre d’affaires. Une aberration écologique – comme en termes de coût de transport –, puisque l’essentiel de ces pièces doit être livré, ensuite, par camions à l’usine espagnole de Valladolid. Une nouvelle qui avait attisé la colère des salariés de la SAM. Car, si le repreneur chinois, Jinjiang, n’a jamais tenu ses promesses d’investissement faites lorsque son offre de rachat du site a été validée en 2017 – pour preuve, le site est en redressement judiciaire depuis 2019 –, la SAM est clairement parée pour affronter les défis industriels de demain.

Le risque d’un drame humain

« Nous fabriquons déjà des pièces pour les moteurs hybrides et électriques, nous avons déjà pris le virage, et notre bureau d’études, comme notre service support ont une réelle expérience », assure David Gistau. « On nous dit que le moteur thermique est fini en 2035, certes, mais la SAM travaille déjà sur la Zoé électrique ! Et elle peut aussi œuvrer demain sur les moteurs des prochaines 4L et R5 électriques », ​​​​​​​renchérit Pascal Mazet. Une fermeture serait un véritable gâchis industriel. Mais aussi un drame humain... Avec une moyenne d’âge de 48 ans, les salariés auront beau traverser la rue, impossible de retrouver un emploi dans un département où il y a 13 fois plus de chômeurs que d’offres disponibles. « Le plus grand employeur du bassin est l’hôpital, et, ensuite, c’est la SAM, alerte l’élu local PCF. Et je rappelle que, dans le département, le site de Bosch Rodez est aussi en sursis ! »

Voilà pourquoi les salariés ne désarment pas. D’autant que le discours gouvernemental autour de la souveraineté industrielle et de la relocalisation résonne clairement avec leur lutte. « Notre principal client, Renault, a été aidé à hauteur de 5 milliards d’euros par le gouvernement, et l’État en est toujours actionnaire, il a tous les moyens d’agir », affirme David Gistau.



 

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