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publié le 12 juin 2021

La réforme des retraites de nouveau à l’agenda

Par La rédaction de Mediapart

 

Depuis quelques jours, les déclarations se multiplient en faveur du retour de la réforme des retraites, peut-être même avant la fin du quinquennat.

 

Elle avait disparu des radars, la voilà de retour. La réforme des retraites, dont le système à points avait été vivement contesté par des semaines de mobilisation sociale pendant l’hiver 2019-2020, est de nouveau à l’agenda : l’exécutif mise sur la reprise économique pour revenir sur ses ambitions réformatrices, balayées depuis un an et demi par l’épidémie de Covid.

 

Ce dimanche 6 juin, c’est Bruno Le Maire qui a enfoncé le clou dans Le Journal du dimanche, après les déclarations d’Emmanuel Macron, jeudi, préparant les esprits à une réouverture du dossier. « Il faudra poursuivre les réformes structurelles : la priorité, ce sont les retraites », a indiqué le ministre de l’économie dans l’interview politique dominicale.

 

Sans s’exprimer clairement sur un éventuel report de l’âge légal de départ à la retraite, Bruno Le Maire plaide pour un « volume global de travail plus important ». Cette réforme doit-elle se faire d’ici la fin du quinquennat ? Le locataire de Bercy pense que oui, il l’avait déjà fait savoir, mardi, dans une interview vidéo au Figaro : « Je suis favorable à ce qu’on ne perde pas de temps sur ce sujet-là, qui est un sujet majeur et qui doit s’inscrire dans une réflexion sur le volume de travail et la qualité de travail qu’on offre aux Français. »

 

Dans le détail, le ministre ne répond pas sur la question du maintien ou non du système de retraite à points, adopté en première lecture avec le recours au 49-3, en mars 2020. Il se contente d’insister sur la nécessité d’« équilibrer » le système actuel.

 

La réforme ne pourra toutefois pas être reprise en l’état, a fait savoir le président. À Martel, dans le Lot, où il était en déplacement jeudi, Emmanuel Macron a été interpellé par un retraité sur le sujet. La réforme était « très ambitieuse, extrêmement complexe et porteuse d’inquiétudes, il faut le reconnaître, être lucide sur la manière dont le pays l’a vécue », dira ensuite le président aux journalistes qui l’accompagnent. « Rien n’est exclu », mais « ce ne sera pas la même réforme ».

 

Selon Le Parisien, le système à points serait abandonné, mais le recul de l’âge légal de départ est à nouveau envisagé, à 64 ans contre 62 actuellement. L’Élysée songerait à une grande conférence sociale au début de l’été pour dévoiler les contours de cette nouvelle réforme.

 

Signe, s’il en fallait, de la porosité entre les thèses de la Macronie et de la droite : le report de l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans est précisément ce que plaide Éric Woerth, président Les Républicains de la commission des finances de l’Assemblée nationale.

 

Mais la réforme peut-elle se faire avant la fin du quinquennat ? L’opportunité de relancer le sujet avant la présidentielle divise la majorité, si l’on en croit Le Monde. Si, au gouvernement, le ministre des comptes publics Olivier Dussopt ou le porte-parole Gabriel Attal y sont, comme Bruno Le Maire, favorables, d’autres, à l’Assemblée, y sont opposés. C’est le cas de son président, Richard Ferrand, qui estime que les retraites constitueraient une « excellente première réforme de deuxième quinquennat ».

 

Le porte-parole de La République en marche Roland Lescure s’en remet à la décision du président, mais il a lui aussi apporté de l’eau au moulin, dimanche matin, sur France Info, reprenant la petite musique du « il faudra travailler plus » distillée ces dernières semaines par la majorité présidentielle. À la question du journaliste sur l’allongement possible de la durée de cotisation et la hausse de l’âge légal de départ à la retraite, le député répond : « La manière de sortir de cette crise, c’est qu’on travaille tous plus. »

 

« Il fallait réformer les retraites avant la crise, il faut d’autant mieux les réformer après, dit encore Roland Lescure. […] Parce que les déficits ont gonflé, et parce qu’on n’est pas tous égaux face au modèle social. »

Le Conseil d’orientation des retraites estime le déficit des caisses de retraites à 30 milliards d’euros en 2020. « On devra prendre des mesures qui seront peut-être impopulaires », a assuré samedi, au micro de LCI, celui qui avait porté la réforme et reste l’un des plus offensifs sur le sujet, l’ancien premier ministre Édouard Philippe.

 

Si les uns et les autres assurent que la décision du président dépendra des consultations qu’il va mener dans les prochaines semaines, une fin de non-recevoir a d’ores et déjà été envoyée par la CGT. « La CGT reste extrêmement vigilante et ne souhaite pas qu’on remette sur la table des ajustements que paieraient les actifs ou les retraités », a affirmé jeudi sur France Info Catherine Perret, secrétaire confédérale du syndicat chargée des retraites et de la protection sociale.

 

« Je pense que la réforme des retraites à points est morte et enterrée, et ça, le président de la République l’a bien compris. La mobilisation a été forte en 2019-2020. Je rappelle quand même que deux tiers des Français étaient contre cette réforme, parce qu'ils avaient bien compris que c’était destiné à faire baisser les pensions », a encore dit la syndicaliste. Elle entend demander au président de ne plus toucher aux retraites d’ici la fin de son mandat.

 


 

publié le 13 octobre 2021

Austérité. Comment la Macronie fait
main basse sur la Sécurité sociale

Cyprien Boganda sur www.humanite.fr

Vider les caisses, puis étatiser. Alors que le projet de loi de financement de la Sécurité sociale est présenté en Conseil des ministres, ce mercredi, des voix s’élèvent pour dénoncer la mise à mal de notre système de protection sociale par le pouvoir.

«  Qui veut noyer son chien, l'accuse de la rage », dit l'adage populaire. Appliqué à notre système de protection sociale, cela signifie que les gouvernements s’évertuent à en assécher le financement à coups d’exonérations, pour mieux justifier ensuite les tours de vis destinés à rééquilibrer les comptes. Cette tactique n’a rien de neuf : elle était déjà appliquée par la droite américaine dès les années 1970, au point d’être résumée par un mot d’ordre très imagé, « starve the beast » (littéralement, « affamer la bête ») (1). À croire que métaphores animalières et Sécurité sociale font bon ménage…

Nul ne sait si la présentation du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) en Conseil des ministres, ce mercredi, lui vaudra des noms d’oiseaux. Mais, syndicats et partis de gauche entendent profiter de l’occasion pour dénoncer la politique menée par le pouvoir en place, qui prend la Sécurité sociale en tenaille : l’assèchement des caisses, d’une part, la reprise en main et l’étatisation, d’autre part.

Aucun de ces deux mouvements n’a été initié par le président actuel, mais ce dernier compte bien boucler le travail de ses prédécesseurs. Pour ce qui est des exonérations, elles atteignaient le montant colossal de 60 milliards d’euros, fin 2019 : allègement de cotisations « Fillon », pacte de responsabilité, Cice, etc. Emmanuel Macron a ajouté sa pierre à l’édifice avec 3,5 milliards d’euros d’allègement de cotisations supplémentaires, principalement au niveau du Smic. Autant d’abattements qui ravissent le patronat mais qui coûtent très cher à l’État.

Parachever un processus en cours depuis trente ans

En théorie, ce dernier a l’obligation de compenser à l’euro près toute nouvelle exonération de cotisations sociales, en application de la loi dite Veil de juillet 1994. Mais le pouvoir actuel a décidé de s’affranchir allègrement de cette obligation dès 2019 : désormais, les allègements ne sont plus compensés, ce qui aboutit mécaniquement à un creusement du « trou » de la Sécurité sociale. Et prépare le terrain à de nouvelles réformes « structurelles ». D’ailleurs, le gouvernement a encore contribué à dégrader les comptes en décidant de faire endosser aux organismes sociaux le fardeau de la « dette Covid » (51 milliards d’euros), constituée de mesures de soutien à l’économie (chômage partiel, report de cotisations, etc).

Mais assécher la Sécurité sociale ne suffit pas, il faut aussi reprendre en main son pilotage. Le pouvoir macroniste cherche à parachever un processus en cours depuis trente ans, qui est celui de l’étatisation de notre système de protection sociale. À partir de 1967, ce dernier était géré de manière paritaire, c’est-à-dire que les organisations syndicales et patronales siégeant au sein des conseils d’administration (Sécurité sociale, assurance-chômage, retraites complémentaires) tenaient les rênes.

Les premiers coups de canif sont donnés par la droite, avec le plan Juppé, de 1995-1996, qui confère au Parlement la responsabilité de l’élaboration de la loi de financement de la Sécurité sociale. Ce denier fixe dorénavant tous les ans l’objectif national d’évolution des dépenses d’assurance-maladie (Ondam). Officiellement, les syndicats siègent toujours au sein des conseils d’administration des différentes caisses (assurance-vieillesse, assurance-maladie, allocations familiales, etc.), mais leur rôle effectif dans le pilotage du système a été réduit comme peau de chagrin.

Voilà donc quelle était la situation avant l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron : le paritarisme primait encore dans deux organismes, l’Agirc-Arrco (retraites complémentaires) et l’Unédic (assurance-chômage). Mais l’ancien banquier d’affaires a la ferme intention de liquider ces derniers bastions, ce qu’il annonce d’ailleurs clairement au détour de son programme électoral : « Parce qu’il assume en dernier ressort la responsabilité du chômage et de la précarité, l’État prendra en charge le système d’assurance-chômage », revendique-t-il, tout en assurant qu’il « associera l’ensemble des parties prenantes et en particulier les partenaires sociaux ».

« Associer » ne signifie pas « respecter ». Les syndicats en font l’amère expérience dès 2018, avec les négociations sur l’assurance- chômage. « La lettre de cadrage du premier ministre nous mettait en pratique dans l’impossibilité de négocier, rappelle Michel Beaugas, secrétaire confédéral FO. Le gouvernement nous r éclamait 3,5 milliards d’euros d’économies sur le régime, soit plus d’un milliard par an ! D’une certaine manière, il savait pertinemment que nous n’accepterions jamais un tel coup de massue, et qu’il reprendrait la main derrière. »

Le risque de voir triompher la logique austéritaire

Il n’est pas question de s’arrêter en si bon chemin. Pour Pierre-Yves Chanu, vice-président CGT de l’Agence centrale des organismes de la Sécurité sociale, deux nouvelles menaces pointent à l’horizon : « Le premier danger vient de la proposition de loi organique portée par Thomas Mesnier, député LaREM, adoptée par le Sénat le 28 septembre dernier. Ce texte vise à intégrer le financement de l’assurance-chômage au PLFSS. Autrement dit, ce serait l’État qui reprendrait entièrement la main, alors même que c’est l’Unédic qui commande aujourd’hui. Le deuxième danger vient d’un changement profond du mo de de financement de la Sécurité sociale. L’objectif poursuivi par le gouvernement est clair : diminuer la part des cotisations patronales, payées par les employeurs, et les remplacer par de la TVA, payée par l’ensemble des ménages. Concrètement, depuis 2018, on a divisé par deux les cotisations patronales d’assurance-maladie. Et le PLFSS 2022 prévoit que, dorénavant, 28 % de la TVA seront affecté s au budget de la Sécurité sociale. »

L’étatisation de notre système de protection sociale, dénoncée unanimement par les syndicats et une partie de la gauche, risque de voir triompher la logique austéritaire, comme l’expliquait le sociologue Frédéric Pierru, dans nos colonnes : « C’est une logique purement budgétaire : on glisse d’une logique de droits associés au travail à une logique de solidarité qui passe par l’impôt. Dès lors, les dépenses de protection sociale sont comprises dans la loi de finances. Elles deviennent des lignes budgétaires au sein du budget global de l’État. Ce dernier décide de tout, en fonction de sa trajectoire de dépenses publiques contrainte pa r les règles européennes de contraction des… dépenses publiques. »

(1) Reprise à son compte par le président Ronald Reagan (1981-1989), cette stratégie vise à tailler dans les recettes de l’État, pour justifier par la suite des coupes drastiques dans les dépenses.

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