PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
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Publié le 07/08/2018

Parcoursup: l'interminable attente des laissés-pour-compte

Par Faïza Zerouala (site mediapart.fr)

En ce début août, un peu moins de 70 000 candidats sont en attente d'une place dans l'enseignement supérieur. Si le ministère assure que le procédé se déroule à merveille, les bacheliers encore dans l'expectative trouvent le temps long et doivent échafauder des stratégies pour ne pas se retrouver démunis à la rentrée. Quitte à accepter une affectation par défaut. 

  Sitôt le bac passé, Florian Poitout, 19 ans, a pris l’habitude de se coucher très tard. Nulle volonté pour l’adolescent de profiter d’une quelconque vie nocturne trépidante. Le jeune homme veillait simplement à ne pas s’endormir avant deux heures du matin pour pouvoir rafraîchir l’application Parcoursup. Il a pu suivre en temps réel l’avancée de son dossier et ainsi vérifier s’il avait pu grignoter quelques places dans la longue file d’attente. En effet, les candidats ont vite remarqué que le logiciel se mettait à jour la nuit. Cette activité n’a pas spécialement plu au jeune homme, loin s’en faut. « En vacances, il y a quand même mieux comme motivation pour rester éveillé après 2 heures du matin que Parcoursup », commente-t-il. 

En ce début août, un peu moins de 70 000 élèves sont encore en attente d’une place dans l’enseignement supérieur sur la plateforme Parcoursup. Cette dernière était censée pallier les difficultés d’Admission post-bac, l’ancêtre de Parcoursup. Le ministère (voir notre Boîte noire) a expliqué le lundi 30 juillet sur LCI que seuls 17 000 élèves étaient encore en attente là où, à la même période l’année dernière, ils étaient 65 000. À l'époque, la ministre tout juste nommée parlait d'un « immense gâchis ». Ce qui avait justifié une réforme d'ampleur destinée à mettre fin au tirage au sort, bien marginal. Et surtout permis de mettre en place ce nouveau système d'affectation. 

La différence entre les deux chiffres – 17 000 et 70 000 – tient à la refonte du tableau de bord quotidien. S’affichent désormais, depuis le 23 juillet, les candidats ayant accepté une proposition définitive. Ils sont un peu moins de 500 000 à l’avoir fait, sur 800 000 candidats. 151 697 ont déjà quitté la procédure, c’est-à-dire qu’ils ont opté pour une autre voie hors Parcoursup, école privée ou autre.

La case « candidats n’ayant pas encore reçu de proposition » s’appelle dorénavant « candidats qui souhaitent s’inscrire dans l’enseignement supérieur via Parcoursup », intitulé moins défaitiste. Les fameux 17 000 élèves. Auxquels il convient d’ajouter les 51 333 élèves ayant demandé à être accompagnés par le recteur ou inscrits en phase complémentaire et le nombre de candidats « inactifs ». Cette catégorie regroupe les candidats en attente de proposition, mais qui n’ont pas sollicité l’aide du rectorat ou ne sont pas passés à la phase complémentaire. Ces candidats fantômes que le ministère a choisi de ne pas mentionner ne doivent pas être oubliés car quoi qu’il advienne, il faut bien que ceux-ci aillent quelque part à la rentrée.

Avec cette astuce, le ministère parvient à brandir un chiffre moins élevé de candidats non satisfaits et peut laisser entendre que la procédure fonctionne mieux et est plus fluide qu’auparavant. Il faut dire que le chiffre baissait doucement, très doucement.

« C’est un cache-misère qui témoigne d’une certaine nervosité de la part du ministère », critique Guillaume Ouattara, étudiant ingénieur et auteur d’un blog sur le site du Monde.

Autre tour de passe-passe du ministère pour faire baisser les statistiques, le surbooking. Le Figaro a révélé le 25 juillet que la rue Descartes avait demandé aux présidents d’université d’augmenter artificiellement de 10 % leur capacité d’accueil. « Habituellement, en septembre, il y a environ 10 % de défections. Des places que les universités réaffectent par la suite. Cette année, nous avons demandé aux établissements parisiens de faire, dès maintenant, le “surbooking” qu'ils font habituellement à la rentrée », explique le ministère. Le risque étant que, dans certaines filières, les inscrits décident de venir suivre le cours.

Depuis le départ, Frédérique Vidal a défendu Parcoursup en assurant que le processus serait « plus humain ». Or pour les candidats, les aléas de la procédure et sa lenteur créent un stress difficilement explicable.

Parmi les élèves à l’avenir incertain, il y a 118 000 candidats qui ont un oui et un vœu en attente. Souvent, une réponse positive qui ne correspond pas à leur vœu préféré. L’une des nouveautés de Parcoursup concerne la suppression de la hiérarchie des demandes. De fait, il sera impossible de mesurer à l’issue de la procédure le 5 septembre le degré de satisfaction réel des élèves.

C’est assez visible, ceux-ci se perdent en conjectures et en stratégies diverses pour être certains d’avoir une place quelque part à la rentrée. Et souvent, ils se sont résolus à accepter un choix par défaut. Pourtant, l’une des causes connues de l’échec à l’université est l’orientation inadaptée. Exactement ce que Parcoursup semble favoriser au regard des différents témoignages de jeunes en attente dont la hantise est de se retrouver sans rien.

Depuis cinq jours, Florian Poitout est de ceux-là. Il respire un peu, il a quitté le groupe des « en attente ». Il a obtenu une réponse favorable en droit à l’université Paris-Descartes. Il a validé ce vœu, même si en réalité ce n’est pas son premier choix. Il rêve d’intégrer la prestigieuse université d’Assas dont les méthodes d’enseignement lui plaisent beaucoup plus mais pour l’instant, impossible pour lui de faire la fine bouche : l’administration est fermée, il ne peut effectuer aucune démarche d’inscription avant le 20 août. Dans l’intervalle, Florian espère de tout son cœur qu’il va réussir à quitter la liste d’attente et aller là où il souhaite vraiment commencer sa licence.

Le 22 mai, date de divulgation des premiers résultats sur Parcoursup, il voit qu’il est refusé dans les deux BTS auxquels il a postulé et obtient sept réponses en attente. Le droit fait partie des filières les plus demandées et, donc, les plus engorgées. « On nous a vendu du rêve avec Parcoursup et en réalité c’est du vent, on devrait donner sa chance à tout le monde. Là, on ne se demande plus dans quelle université on aimerait aller mais plutôt dans laquelle on a la possibilité d’aller. On nous oblige à nous responsabiliser. »

 

César Martin commence à désespérer. Il rêve d’intégrer une licence de sciences humaines appliquées. Le soir du dévoilement des premiers résultats, le lycéen pousse un soupir de soulagement. Il est accepté d’office en sociologie. Mais après réflexion, il réalise que cela ne correspond pas à son désir profond. En effet, le jeune homme ne souhaite pas réaliser d’enquêtes comme le réclame cette discipline mais préfère se concentrer sur « l’analyse de la société ».

De toute façon, il a décrété qu’il consacrerait son année à faire un service civique si la sociologie se révélait être finalement sa seule option. Le jeune homme avait d’abord placé ses espoirs sur Sciences-Po Grenoble. Il a été refusé dans ce cursus et, depuis, « Parcoursup est devenu mon plan A ». Il est premier sur liste d’attente pour la licence qu’il convoite en sciences humaines appliquées. Au départ, il était 400e. Sans possibilité d’anticiper quoi que ce soit. Le dispositif est nouveau, personne ne sait comment vont évoluer les listes d’attente. « Je ne sais pas comment cela va avancer, on n’a pas d’éléments de comparaison. » 

« Un gros coup au moral »

Ce stress mobilise toute son énergie. « Dès que je suis sur mon téléphone, je ne réponds pas aux snaps [les messages que s’échangent les utilisateurs de Snapchat, un réseau social très populaire chez les adolescents – ndlr] de mes potes mais je regarde Parcoursup au moins cinq fois par jour », explique César. Du reste, n’ayant pas la tête à la détente, le jeune homme a annulé des vacances dans le sud de la France prévues avec ses amis. Il devait partir le 22 juillet.

Pour lui, l’assurance du ministère sur le fonctionnement de Parcoursup témoigne de la déconnexion des hauts fonctionnaires, qu’il juge « hors-sol ». « Ils n’imaginent pas ce que c’est, cette attente. Au début, avec mes amis, on rigolait sur Twitter en se disant que “si on n’avait pas Parcoursup, ce serait Parcourstups”, mais comme ça dure on rigole de moins en moins. J’aimerais avoir l’esprit libéré, surtout que ces dernières semaines cela avance de moins en moins vite et le site bogue. »

Il est indéniable à ses yeux que la célérité – « moins d’un an » – avec laquelle le gouvernement a mis en place la réforme est responsable de ces dysfonctionnements que le ministère de l’enseignement supérieur ne veut pas reconnaître.

Guillaume Ouattara avait identifié très tôt les risques de cette procédure. « Les systèmes sont comparables dans leurs objectifs, affecter les jeunes dans le supérieur. Mais leurs philosophies sont différentes. L’attente était prévisible dès lors que la hiérarchisation des vœux a été supprimée. »

 

Le fonctionnement de l'algorithme d'APB était assez simple. Les futurs bacheliers saisissaient vingt-quatre vœux selon leur ordre de préférence. Pour les formations non sélectives, l’algorithme utilisait les trois critères mis en œuvre par le code de l’éducation : l’académie du candidat, l’ordre des vœux et la situation familiale. Puis ces critères étaient mêlés avec les rangs de classement des candidats et le nombre de places disponibles dans chaque filière.

Il n’y avait alors pas de problème pour réaliser l’appariement entre un élève et un établissement, mais plutôt dans le classement des dossiers. D’où le recours au tirage au sort. Car APB reposait sur un système contradictoire. Il ne fallait pas sélectionner, mais les capacités d’accueil restaient limitées.

Aujourd’hui, les candidats décident d’eux-mêmes quelle formation ils vont conserver ou remettre en jeu dans le circuit. « Il y a un effet Tinder. Les candidats collectionnent les réponses positives, même s’ils n’ont pas envie d’y aller. Ils sont pris là où ils le désirent, mais attendent quand même de voir comment ça évolue. C’est un phénomène parasite que le ministère n’a pas anticipé vu qu’il table sur la solidarité. » Même si les candidats ne sont pas les seuls responsables de cet effet pervers du système.

Claire Mathieu, créatrice de l’algorithme Parcoursup et chargée de mission au ministère depuis l’automne (voir ici un entretien avec elle) a expliqué sur Twitter les raisons du blocage. « Si le candidat A a accepté un vœu d'une formation F1 en maintenant son vœu pour F2 en attente, et que le candidat B a accepté un vœu d'une formation F2 en maintenant son vœu pour F1 en attente, il ne se passera rien de plus. Les candidats A et B ont fini, et les formations F1 et F2 ont fini de recruter. Ils ont fini mais ils ne savent pas qu'ils ont fini. »

En clair, deux élèves peuvent attendre sans le savoir parce que chacun escompte que l’autre se désiste. Les formations ont en réalité fini de recruter, mais ne le savent pas encore.

Pour sa part, Guillaume Ouattara considère que le problème fondamental n’a pas été anticipé en réalité : « Personne ne dit aux candidats d’arrêter d’espérer. Ils attendent parfois dans le vide, car il n’y a pas de visibilité. Au bout de combien de semaines les candidats doivent-ils renoncer ? »

Sans compter que certaines formations de fait n’ont pas pu boucler avant les vacances leurs promotions. Pour l’élève ingénieur, cela est aussi dû au fait que des candidats « moyens » se sont déjà détournés de classes préparatoires qui auraient pu les accueillir depuis le début de la procédure complémentaire, le 26 juin.

Une nouvelle information a fait son apparition sur Parcoursup, le 12 juillet : le « pourcentage de candidats ayant accepté la proposition ». Cette case jaune affiche des taux compris entre 95 et 100 %. Il s’agit du pourcentage de candidats qui ont accepté définitivement la formation ou qui l’ont acceptée en maintenant des vœux en attente. Forcément, le résultat est élevé, quand bien même une partie de ce taux n’est pas encore définitif et certains candidats ne vont pas intégrer la formation. Astrid Sentis, une bachelière, a écrit le 31 juillet une tribune dans Libération, où elle explique les malentendus générés par une telle information : « Ce jaune, vif, trompeur, a entraîné des désistements et a incité des élèves à accepter une formation même si elle leur plaisait peu, voire leur déplaisait complètement, et ce même s’ils auraient pu en obtenir une autre. Pour le dire simplement : l’encadré n’a pas aidé les candidats. »

Certains ont interprété cela comme une manière de décourager les jeunes et de les forcer à abandonner leurs vœux.

Les jeunes gens doivent composer avec ces délais à rallonge et gérer de manière pragmatique l’attente. Théo, 20 ans, n’est pas un néobachelier. Il a obtenu ce diplôme il y a deux ans et, juste après, est parti en année sabbatique dans les pays nordiques. À son retour en France, il souhaite reprendre un cursus classique et renseigne ses vœux dans APB, l’ancien système d’affectation. Il souhaite déjà intégrer un BTS en audiovisuel. Il n’est pas pris, donc direction la fac d’économie à Toulouse, « histoire de ne pas avoir une année blanche ». Mais de son propre aveu, ce n’était pas un domaine qui l’intéressait spécialement, juste un vœu de secours.

Depuis la fin de l’année universitaire, le jeune homme a rendu son appartement et est retourné chez ses parents, dans le centre de la France. Il ne sait toujours pas où il va s’installer à la rentrée et ne peut pas encore se lancer dans sa quête immobilière. Il se targue pourtant d’avoir un « bon dossier avec un bac S mention assez bien » et d’avoir pris le temps de rédiger des lettres de motivation pour remplir les rubriques dédiées dans Parcoursup.

Il est huitième sur la liste d’attente du BTS audiovisuel qu’il convoite. Ses autres vœux analogues ont tous été refusés. Théo, avec un père sans emploi, n’a pas les moyens d’intégrer une école privée à plusieurs milliers d’euros l’année. Au pire, se dit-il, il ira en informatique et SVT à Orléans, là où il est accepté. Mais encore une fois, le jeune homme se demande s’il est judicieux de multiplier les premières années de licence ainsi. Il pourrait continuer son cursus en économie, mais il n’a pas forcément envie de poursuivre sur cette voie.

Il a expérimenté les deux systèmes d’affectation, APB et Parcoursup. Pour lui, l’un n’est pas meilleur que l’autre, même s’il juge le second plus stressant que le premier. C’est son deuxième été dans l’inconnu. Il a préféré ne pas installer l’application de la plateforme d’affectation sur son téléphone. « C’est trop anxiogène, je ne voulais pas passer mon temps à la rafraîchir. Si ça devait bouger, je recevrai l’email qui me le dira. »

L’année dernière, il n’a été affecté à Toulouse qu’in extremis. Il a commencé avec une semaine de retard et n’a pas trouvé de logement avant novembre. Dans l’intervalle, il a dormi chez des amis de la famille, au gré des opportunités. Théo essaye donc de voir s’il est possible de s’expatrier en Belgique. Il attend encore un peu pour enclencher la procédure complémentaire. Il ne s’est pas encore penché sur la possibilité de saisir la commission rectorale. Le jeune homme n’a pas pris de vacances. Pour s’occuper et gagner de l’argent, il fait des petits boulots de dépannage informatique ou de jardinage.

Le bilan de l’expérience n’est pas très reluisant, selon Florian Poitout. Le bachelier est militant aux Républicains (LR). À l’origine, il était donc pro-sélection. Son expérience l’a fait changer d’avis « radicalement ». Notamment quand il a découvert au début de la procédure qu’il était 4 000e sur liste d’attente. « Ça met un gros coup au moral. » Le jeune homme attend encore de décrocher son Graal, même s’il s’est résolu à aller à l’université Paris-Descartes. Il s’estime toutefois mieux loti que certains camarades, qui se sont réorientés vers le privé ou d’autres voies comme l’alternance.

Pour lui, la communication du gouvernement, qu’il reconnaît très efficace, n’arrive pas néanmoins à effacer le raté de cette attente interminable.

Publié le 28/05/2018

Parcoursup : un algorithme absurde qui renforce les inégalités sociales

par Mathieu Paris (site bastamag.net)

L’algorithme Parcoursup a rendu ses premières sentences : la moitié des 810 000 potentiels bacheliers n’ont pas reçu de proposition d’affectations, un mois avant le début des épreuves du bac. Ce fiasco était pourtant attendu, tant la logique opaque et élitiste du nouvel algorithme était critiquée. Explications.

Plus de 810 000 lycéens et étudiants avaient jusqu’au 31 mars pour confirmer leurs vœux sur la nouvelle plateforme Parcoursup et choisir parmi les 13 000 formations et filières proposées sur cette plateforme. Au 22 mai, 400 000 demeurent sans propositions d’affectation, dont une proportion encore inconnue se verront refuser toutes leurs options.

Avec APB, 80 % des étudiants disposaient d’une affectation avant le bac

De 2009 à 2017, les élèves de terminale indiquaient leurs vœux par préférence, avec un maximum de 24 filières. À l’exception des cursus annoncés comme sélectifs, les responsables d’une formation ne pouvaient pas classer les candidats ni examiner les dossiers scolaires. Ils annonçaient le nombre de places disponibles dans tel cursus et laissaient ensuite les affectations se faire. Entrait alors en jeu l’algorithme d’Admission post-bac (APB) pour répartir les candidats. Quand la demande était supérieure à l’offre, et après avoir épuisé tous les critères – académie, niveau de préférence, situation familiale –, l’algorithme procédait à un tirage au sort pour départager les élèves ayant obtenu le même classement.

Malgré ses défauts, ce mécanisme était alors perçu comme plus cohérent avec le principe de libre accès à l’université. Autre avantage : lorsqu’un candidat était accepté pour l’un de ses premiers vœux, toutes ses autres demandes moins prioritaires étaient annulées, libérant rapidement des places pour d’autres. Par exemple, si le troisième vœu d’un futur bachelier était accepté, et qu’il était donc sûr d’être au moins inscrit dans la troisième filière de son choix, ses quatrième, cinquième et vœux suivants étaient annulés. Ce qui n’est plus le cas avec Parcoursup, chaque candidat pouvant initialement obtenir plusieurs affectations, empêchant ainsi, jusqu’à ce qu’il détermine définitivement son choix, d’autres bacheliers d’y accéder.

Résultat : avec APB, à la mi-juillet 2017, 85 % des futurs étudiants avaient reçu une proposition d’affectation (80 % début juin). 87 000 demeuraient en attente, principalement pour des filières en forte tension comme Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives), la première année commune aux études de santé (Paces), le droit ou la psychologie. Au final, à la rentrée 2017, 3000 candidats (0,35 % des candidats) se sont retrouvés sans affectation. Moins d’1 % ont été concernés par le tirage au sort en 2017. La Cour des comptes, opposée au tirage au sort, souligne elle-même dans un rapport d’octobre 2017 que : « Les effets réels de ce tirage au sort dans l’éviction de certains candidats restent circonscrits si on considère les volumes traités par l’outil APB. » L’algorithme d’APB, dit de « Gale Shapley », est toujours reconnu comme le meilleur algorithme d’affectation. Les grandes écoles d’ingénieurs l’utilisent encore pour répartir les candidats à la suite des concours d’entrée.

300 000 étudiants de plus en 2026

Même « circonscrit », ce tirage au sort a attiré les critiques. Le nouveau gouvernement fraichement nommé dénonce alors APB comme à l’origine de ce « scandaleux » dernier recours. Or, comme l’explique David Cayla, maître de conférences et membre des économistes atterrés, sur Médiapart, le problème ne vient pas d’APB mais du manque de moyens alloués à des universités saturées. « APB avait été pensée en fonction d’une logique qui postulait que l’offre de formation des universités était infinie et que tout étudiant refusé dans les formations sélectives pourrait de toute façon s’inscrire en fac. »

Cette logique est devenue insoutenable pour les universités à partir de 2015, avec des moyens en baisse, tant dans la capacité d’accueil qu’en nombre de professeurs (voir notre article). Elles ont donc été obligées de décréter des capacités maximales dans certaines filières. Autre problème majeur : l’augmentation continuelle d’étudiants arrivant dans le secondaire. Ce que résume Thomas Piketty sur son blog dans une équation simple : depuis 2008, le budget de l’enseignement supérieur a augmenté de 10 %, le nombre d’étudiants de 20 %. À la rentrée 2018, 28 300 étudiants supplémentaires sont attendus rien que dans l’enseignement supérieur public selon une note du ministère. Dans les dix prochaines années, près de 300 000 jeunes supplémentaires souhaiteront suivre des études supérieures, soit 2,9 millions d’étudiants contre 2,6 millions pour la rentrée 2018. Le tirage au sort est le résultat de la pénurie de places dans l’enseignement supérieur public.

Comment fonctionne Parcoursup ?

À la différence d’APB, l’algorithme Parcoursup laisse la possibilité à chaque formation d’introduire ses propres critères pour sélectionner ses candidats. Au lieu de classer leurs vœux selon leur préférence, les futurs étudiants doivent donc écrire des lettres de motivation et joindre des CV – un « projet de formation motivé ». Il n’est même pas sûr que ces dossiers soient vraiment étudiés par les commissions de chaque établissement et université : consacrer 3 minutes pour chacun des 7 millions de vœux représente 350 000 heures de travail, soit l’équivalent de 2300 postes à temps plein pendant un mois. « Ce temps de travail n’étant pas financé, ce seront (d’obscures) algorithmes locaux qui réaliseront ce classement. Les CV et lettres de motivations seront classés par le très efficace algorithme de classement vertical, c’est à dire à la poubelle », prévenait un ingénieur (lire ici).

Quand bien même les commissions auraient le temps de lire tous ces documents, seules se démarquent les lettres de ceux disposant de ressources familiales plus importantes ou pouvant payer des coachs privés pour le faire. Comme l’expliquent près de 200 personnels d’université dans une tribune publiée sur Médiapart : « Conscient qu’il serait humainement impossible de procéder à tel classement ([…] quel cerveau pourrait comparer puis hiérarchiser, aussi rationnellement qu’équitablement, 3000 voire 5000 dossiers selon les filières ?), le ministère a mis à la disposition des équipes pédagogiques un outil informatique dit d’"aide à la décision". »

Sélectionner selon le lycée d’origine

Quel est cet outil « d’aide à la décision » ? Une commission des vœux, regroupant enseignants et responsables de formation, utilise alors Parcoursup comme un algorithme local pour sélectionner les « attendus » – notes dans telle matière, activités extra-scolaires, motivation affichée, etc. – qu’elle souhaite prendre en compte et la pondération de chacun d’eux. En plus des bulletins de note de première et de terminale, certaines formations peuvent prendre en compte des critères comme une inscription dans un club de sport, à des cours de musique ou même des séjours à l’étranger. La fréquence de ces activités extra-scolaires dépend bien évidemment du milieu social et des ressources familiales et financières de chaque jeune. Les universités ne sont pas tenues légalement de dévoiler ces algorithmes locaux et donc, leurs critères de sélection.

Pire : pour sélectionner les candidats à des études de santé, l’université Paris-Descartes prend, par exemple, en compte le taux de réussite au bac du lycée d’origine. Un bachelier provenant d’un quartier défavorisé, dont le lycée affiche un taux de réussite au bac très moyen, sera donc défavorisé par rapport à un élève d’un établissement plus prestigieux, et socialement plus sélectif. Un lycéen potentiellement brillant, mais dit « turbulent » pendant sa scolarité, pourra également être écarté si les appréciations des chefs d’établissement (inscrites dans des « fiches Avenir », sic) sont prises en compte. Cela explique en partie pourquoi les lycéens ont craint de se mobiliser de peur de se faire remarquer.

Des files d’attente démesurées

L’ensemble de ces critères, pondérés à la discrétion des établissements, sont alors convertis en note de 0 à 20 pour classer les élèves avant que l’algorithme national ne rentre en jeu [1]. Hormis dans les filières sélectives qui peuvent répondre « non », les universités décident alors de répondre « oui » et d’accepter le candidat, « oui, si » lorsque qu’un candidat sera accepté sous condition de suivre un parcours individualisé pour combler certaines lacunes, ou mettre « en attente » un candidat jusqu’à que ce qu’une place se libère. Les universités attendent d’ailleurs toujours les nouveaux moyens financiers mis à leur disposition pour assurer ces parcours personnalisés.

Dernière différence, les résultats d’affectation ne sont plus donnés en bloc mais « au fil de l’eau ». À la différence d’APB qui répartissait en fonction des préférences des candidats, le fonctionnement de Parcoursup a pour conséquence de voir une élite lycéenne « truster » les premières places. Ces candidats, bien classés, seront systématiquement acceptés par plusieurs universités, bloquant autant de places dans l’attente de leur choix définitif.

Un candidat moyen venant d’un lycée moyen risque donc de patienter longtemps pour obtenir au moins une première proposition d’affectation, sans doute peu désirée, le contraignant à donner une réponse par défaut. Un candidat d’un lycée bien côté de centre-ville pourra, au contraire, attendre pendant plusieurs jours [2], l’obtention d’une meilleure formation qui l’a mis en attente et bloquer une ou plusieurs places dans un autre cursus « au cas où ». De quoi provoquer immanquablement de gigantesques files d’attentes et une pression accrue pour les « mis en attente », à quelques jours du bac…

La tentation du sur-booking

Comble du mécanisme de Parcoursup, en plus des files d’attentes, certaines formations craignent de se retrouver en sous-effectif au moment des choix définitifs des candidats. Avec APB, les équipes pédagogiques pouvaient, grâce aux classements des vœux par les candidats eux-mêmes, estimer assez précisément le nombre de « oui » à attribuer. Elles tablaient sur le fait qu’un certain nombre de candidats auxquels elles répondaient favorablement – mais pour qui ce vœu n’était pas prioritaire – allaient finalement s’orienter ailleurs. Ce que faisait automatiquement l’algorithme d’affectation d’APB avant même la première phase.

Cette évaluation est impossible à réaliser avec Parcoursup. Exemple : si une formation dispose de 100 places, et qu’elle ne répond oui qu’aux 100 candidats les mieux classés – sans connaître leurs propres priorités –, elle risque d’en voir partir 50 ailleurs, vers des vœux plus intéressants pour eux, et de ne se retrouver finalement qu’avec 50 étudiants pour 100 places. Certains cursus risquent donc d’être tentées par le « sur-booking » pour éviter cette situation et atténuer la taille des files d’attente, en acceptant par exemple 200 candidats pour 100 places, puis en espérant que 100 candidats préféreront finalement s’inscrire ailleurs. Un coup de poker qui déplace la responsabilité du ministère pour le manque de places, en cas de sur-effectif, vers les chefs d’établissements.

Un système qui risque encore d’amplifier les inégalités

La ministre de l’Enseignement supérieur avait promis en mars qu’« aucun candidat à l’université ne recevra un "non" ». Un mois plus tard une note du ministère explique qu’à l’issue la procédure, le 6 septembre, des élèves « en attente » pourront recevoir une « notification de décision négative ». « Le dispositif Parcoursup a ceci de pervers qu’il aboutit à ce que des étudiants, qui n’ont officiellement été refusés nulle part, se retrouvent sans formation à la rentrée », estime l’économiste David Cayla. « Va-t-on voir les médias évoquer la situation de milliers d’étudiants sans affectation à la rentrée ? Cela est en réalité très peu probable. Car à l’inverse de ce qu’il se passait pour APB, les candidats non affectés auront tous été classés et triés préalablement, et ceux qui seront exclus de l’enseignement supérieur seront vraisemblablement les titulaires de bacs professionnels ou technologiques avec des dossiers scolaires faibles. »

Un rapport du Conseil national d’évaluation du système scolaire indiquait, en septembre 2016, que la France était le pays le plus inégalitaire en matière d’éducation parmi les 35 membres de l’OCDE [3]. Si les prévisions sur le mode de sélection de Parcoursup se confirment, la situation ne s’améliorera pas, les bacheliers avec des parcours scolaires compliqués ayant une forte probabilité d’être, de fait, exclus de l’enseignement supérieur, sans même avoir l’occasion d’y tenter leur chance. Des universités et des enseignants ont cependant résisté à ce système implacable. Le syndicat Snesup-FSU avait appelé, dès le 27 mars, les enseignants à classer les candidats selon seulement deux critères : l’obtention future du bac, qui « prouvera que les attendus sont possédés », et la demande d’inscription, qui « témoigne de la motivation suffisante ». Ce qu’ont fait plusieurs dizaines de commissions à Nantes, Paris 1, Rouen ou Lille. Des personnels universitaires se sont également mis en grève pour protester contre Parcoursup et les interventions policières réprimant la contestation étudiante.

Mathieu Paris

Publié le 16/04/2018

Accueil > Actualités et humeurs > Montpellier encore accablée - récit de la manifestation étudiante du 14 (...) (page Facebook : paulva lève toi)

Montpellier encore accablée - récit de la manifestation étudiante du 14 avril, par un enseignant de Montpellier 3.

lundi 16 avril 2018, par Laurence

La manifestation du samedi 14 avril à Montpellier à l’appel des étudiants mobilisés, pour la « convergence des luttes » et contre la « casse sociale », a réuni autour de 2000 personnes (étudiants, enseignants, syndicats, partis politiques, associations, familles, retraités) mais a très vite dégénéré : les CRS ont bloqué le départ du défilé sur le haut des boulevards (arguant du fait que le parcours n’avait pas été déposé en préfecture, sans que la manifestation soit pour autant interdite). Aux premiers jets de peaux de bananes et de pochons de peinture par le premier rang encapuchonné du cortège, les CRS ont répondu par des salves nourries de lacrymogènes sur l’ensemble des manifestants, entrainant le reflux puis l’affrontement. Malgré une médiation de la députée de l’Hérault Muriel Ressiguier, et contraints par le barrage policier, les manifestants ont dû défiler selon un autre parcours, dans le centre historique et ses rues piétonnes commerçantes, d’abord « paisiblement » selon le mot de France 3.

Étrangement, aucune force de police n’était présente le long de ce circuit (sauf pour interdire la préfecture et la fac de droit puis la place de la Comédie, lieux où d’importants effectifs de CRS étaient stationnés), pas plus que sur les boulevards commerçants où le cortège est revenu, avec les dégâts (vitrines de banques, assurances… taggées ou brisées) qu’on pouvait attendre vue la tension installée d’emblée par les forces de l’ordre face aux éléments autonomes. Pendant la dispersion de la manifestation par les CRS revenus en force, des policiers de la BAC cagoulés postés en embuscade ont ciblé aux bombes lacrymogènes et aux grenades assourdissantes les petits groupes d’étudiants qui remontaient dans les rues de la vieille ville.

En fin de journée, le reste du cortège étudiant qui revenait vers l’université Paul Valéry pour tenir une Coordination Nationale a été encerclé par un important dispositif policier. L’intervention des CRS et de la BAC a été particulièrement violente : tirs de flashball, nombreux blessés (groupe d’étudiants coincés et matraqués contre les grilles d’un supermarché, personnes inconscientes traînées au sol, au moins 9 blessés pris en charge par les secours, 2 ambulances sur place) et 51 arrestations, dénoncées par un communiqué de la Ligue des Droits de l’Homme : « ces interpellations ont eu lieu alors que les manifestants étaient calmes et sans dégradations visibles aux alentours ».Une vidéo de l’intervention policière.
La stratégie policière pose bien des questions.

C’est à se demander si les « professionnels du désordre » ne sont pas les forces aux ordres d’un gouvernement sourd aux revendications des étudiants et des organisations syndicales.

(Compte rendu d’un enseignant de l’Université Paul Valéry Montpellier 3).

Publié le 03/04/2018

Fac de droit de Montpellier : réouverture sous tension après l’agression du 22 mars

1 avril 2018 Stéphane Ortega (site rapportdeforce.fr)

Un seul enseignant sur la dizaine d’hommes armés et cagoulés ayant participé à la violente agression contre des étudiants à la fac de droit de Montpellier a été identifié et mis en examen en même temps que le doyen Philippe Pétel. Les cours reprennent mardi 3 avril alors que les étudiants mobilisés contre la loi Vidal accusent d’autres membres du corps enseignant d’avoir participé aux violences. Ambiance 

Agresseurs et agressés reprennent le chemin de la fac. C’est dans un climat de tension lourde que l’université de droit de Montpellier rouvre ses portes mardi aux seuls étudiants inscrits dans les filières juridiques et politiques de la rue de l’École Mage. Elle avait été fermée par son président, Philippe Augé, au lendemain de l’agression violente du 22 mars ayant conduit trois étudiants à l’hôpital.

Les images tournent en boucle depuis dix jours. Une dizaine d’hommes armés de bâtons font irruption dans l’amphithéâtre de l’université de droit de Montpellier. Ils tabassent les étudiants présents, les délogent et les évacuent jusque dans la rue, puis ferment les grilles. Le doyen de l’université est présent derrière les grilles avec quelques enseignants, ainsi que des membres de la sécurité de la fac et des étudiants hostiles au blocage. Les hommes du commando sont cagoulés. En fait, pas tous.

La plupart des agresseurs ne sont toujours pas inquiétés

À visage découvert pendant l’attaque, Jean-Luc Coronel de Boissezon a été identifié. Convoqué au commissariat, interrogé, placé en garde à vue, il a été mis en examen, avant d’être relâché sous contrôle judiciaire. Il a admis avoir donné des coups à des étudiants, reconnaissant ainsi sa participation au commando. De son côté, le doyen Philippe Pétel a admis avoir laissé entrer le commando pensant qu’il s’agissait de policiers. Une défense étonnante pour un juriste. Il a été mis en examen également. Par contre, les autres membres du commando n’ont pas été inquiétés pour l’heure.

En dehors des deux personnes mises en examen, aucune autre garde à vue à l’horizon. Le parquet considère qu’aucun élément ne permet d’identifier d’autres personnes. L’affaire a été confiée directement à un juge d’instruction, sans investigations préalables supplémentaires. Un temps long commence : celui de l’instruction. Pourtant, Jean-Luc Coronel de Boissezon n’est pas le seul à pénétrer sans sa cagoule à l’intérieur de l’amphithéâtre, comme le montre une vidéo mise en ligne. De plus, une autre vidéo montre des membres du commando se réjouissant de leur opération une fois les étudiants contestataires expulsés et les grilles fermées. Une jubilation en communion avec des membres de l’université, eux à visage découvert et reconnaissable. Des noms circulent d’ailleurs sur les réseaux sociaux accusant des enseignants et des chargés de TD.

Mais aucune autre poursuite pour le moment malgré les neuf plaintes déposées au total. Les agents de l’entreprise de sécurité présents de bout en bout sans montrer, sur les images, un empressement à s’interposer, ont été interrogés. Sans suites. Enfin, pointée par une photo publiée sur la page Facebook de « Paul Va lève toi », la présence de militants d’extrême droite devant l’université pour un rassemblement en soutien au doyen le lendemain n’a pas non plus, semble-t-il, aiguillé les enquêteurs. Pourtant au moins un d’entre eux, Martial Roudier, fils du patron de la Ligue du Midi, a été condamné en 2013 à quatre ans de prison dont deux fermes pour avoir poignardé un jeune antifasciste de 16 ans à Nîmes.

Fac de non-droit ?

Violence et sentiment d’impunité laissent une impression étrange au sein d’une institution comme l’université, de plus en droit. Un climat malsain qui inquiète les étudiants en droit molestés le 22 mars avant la reprise des cours et des examens à compter du mardi 3 avril. Certains d’entre eux ont porté plainte, d’autres témoigné. Ils angoissent de se retrouver face à face avec des professeurs qu’ils soupçonnent de les avoir molestés dix jours plus tôt. La volonté d’un professeur de droit civil, Rémy Cabrillac, de prononcer un discours soutenant son ex-doyen mardi matin à 8 h n’étant pas de nature à les rassurer sur la bienveillance à leur égard. Autre motif d’inquiétude, les étudiants hostiles au blocage, notamment les plus virulents d’entre eux à l’extrême droite.

Outre la présence devant l’université, le lendemain de l’attaque, de membres de Génération identitaire et de la Ligue du Midi, un obscur Cercle Guilhem V semble agir à son aise au sein de l’université. Depuis plusieurs mois, il organise des conférences assez peu ambiguës. La dernière en date sur Carl Schmitt, théoricien du droit et président de l’Union des juristes nationaux-socialistes en 1933, laisse peu planer le doute. Pas plus que leur invitation de Steven Bissuel, ex-patron du GUD lyonnais et président du Bastion social. Dans le même goût, une conférence sur le 6 février 1934 puis l’invitation du général François Gaubert, élu du Front national.

Alors, les conditions d’une réouverture sereine de l’université de droit sont-elles réunies ? En tout cas, le comité d’hygiène et de sécurité a demandé à Philippe Augé, le président de l’université, d’avoir accès aux enregistrements des caméras de vidéosurveillance. Mais pour ce qui est de l’amphithéâtre A, il n’y en a pas selon la présidence. Les membres du CHSCT, où siègent les organisations syndicales, ont malgré tout réclamé de visiter cet amphi mardi matin pour vérifier par eux-mêmes. Il pourrait par ailleurs déclencher une procédure de droit d’alerte pour danger grave et imminent (GDI), permettant un droit de retrait. Pour les étudiants mobilisés contre la sélection, leur droit de retrait mardi 3 avril sera probablement la grève. Cette date-là étant une journée de mobilisation étudiante en convergence avec les cheminots. La mobilisation étudiante contre la sélection prend son envol avec la répression.

 

Publié le 29/03/2018

Faculté de Montpellier: les témoignages qui accusent, la vidéo qui accable

28 mars 2018 Par Antton Rouget (Médiapart.fr)

Neuf occupants de la faculté de droit de Montpellier ont déposé plainte après les violents incidents de la semaine dernière. Leurs témoignages interrogent sur les éventuelles complicités dont a bénéficié le groupe armé qui a attaqué les étudiants. Une nouvelle vidéo que publie Mediapart montre le doyen de la faculté en train d’applaudir les hommes cagoulés.

·  Montpellier (Hérault), envoyé spécial.- Les grilles de la faculté de droit de Montpellier sont encore restées baissées, ce mercredi 28 mars. Pour le cinquième jour consécutif, Philippe Augé, le président de l’Université, a prolongé la fermeture administrative de l’UFR qui a été le théâtre d’une violente attaque contre des étudiants la semaine dernière. L’établissement ne devrait pas rouvrir avant le mardi 3 avril.

Dans la nuit du jeudi 22 au vendredi 23 mars, un groupe d’hommes cagoulés et armés de planches en bois a fait irruption dans les locaux pour déloger les occupants mobilisés contre la réforme de l’accès à l’université, envoyant trois personnes à l’hôpital. La communauté universitaire est encore sous le choc. Elle attend que les autorités administratives et judiciaires fassent la lumière sur les circonstances de l’intervention de ce groupuscule non identifié, alors que les étudiants ont voté le blocage « illimité » de l’Université Paul-Valéry (sciences humaines et de lettres).

Depuis vendredi, les plaintes s’empilent sur le bureau du procureur de la République de Montpellier, Christophe Barret. Six étudiants ont saisi la justice dès le lendemain de l’agression. Mais, selon nos informations, le nombre de plaignants s’élève désormais à neuf. Pour la plupart d’entre elles, les plaintes concernent des faits de violences volontaires, avec les circonstances aggravantes qu’elles auraient été commises avec arme et en réunion. Les étudiants doivent être examinés jeudi par un médecin légiste pour évaluer leur incapacité totale de travail (ITT), même si aucun d’entre eux ne présente de séquelles physiques majeures. Tous restent en revanche profondément marqués par cette expédition punitive dans une faculté logée au cœur de la ville.

Près d’une semaine après les faits, les étudiants souhaitent à tout prix que les enquêtes en cours – administrative et judiciaire – n’occultent pas le rôle des responsables de l’UFR présents sur les lieux, dont le doyen Philippe Pétel. Ce professeur de droit aguerri et jusqu'ici bien considéré par ses pairs, à la tête de la faculté depuis juin seulement, a démissionné de ses fonctions de doyen samedi après avoir tout juste reconnu une erreur de « communication » dans le traitement des événements.

Pourtant, il semblerait que les problèmes liés à sa gouvernance ne se limitent pas à un déficit d’information : une vidéo que révèle Mediapart montre en effet le doyen en train d’applaudir les agresseurs juste après leur assaut sur les étudiants.

Philippe Pétel applaudit la fermeture des portes de l’établissement après son évacuation par des hommes encagoulés et armés. © Document Mediapart

Il est un peu plus de minuit, dans la nuit de jeudi à vendredi, quand la scène a été tournée. En quelques minutes, le groupe d’hommes armés est parvenu à repousser les quelques dizaines d'occupants de l’amphithéâtre A en dehors des murs de la faculté. Les grilles se referment. Et les assaillants se retirent à l’intérieur du hall d’entrée, cagoules sur la tête et planches de bois à la main, sous le regard bienveillant d’étudiants et professeurs anti-occupation qui étaient sur place depuis plusieurs heures. 

Des extraits de cette séquence montrant la fin de l’agression ont déjà été diffusés dans l’émission Quotidien. Mais le fichier source – en intégralité et de meilleure qualité – que nous publions ici permet d’identifier les personnes qui se sont massées autour des agresseurs pour… les féliciter vigoureusement une fois les grilles fermées. On y voit notamment le doyen Philippe Pétel, mais aussi plusieurs membres du personnel de la faculté (service administratif et corps enseignant) applaudir des deux mains les assaillants.

Invité à commenter ces images accablantes, Philippe Pétel n’a pas répondu à nos multiples sollicitations (voir boîte noire). Selon Le Point, l’ex-doyen de la fac de droit, qui est la cible de menaces depuis plusieurs jours, a déposé une plainte pour diffamation. « Alors que le résultat de l’enquête n'est pas connu, Philippe Pétel est mis sur le pilori du tribunal 2.0 », dénonce, dans les colonnes de l’hebdomadaire, Me Romain Subirats, enseignant à la fac de droit et ancien élu au conseil de l’UFR.

Le président de l’Université, Philippe Augé, a lui accepté de répondre à nos sollicitations par écrit. Il affirme que « ce n'est pas (son) rôle » de commenter les vidéos et les messages diffusés sur les réseaux sociaux. « Je dois assurer la stabilité de l'université et la continuité du service public. Mon souci est avant tout d'apaiser et de revenir à un climat le plus serein possible à la réouverture », poursuit-il. À propos des caméras évoquées plus haut, il nie leur existence. Il n'y en aurait, d'après lui, ni dans les bâtiments, ni sur les parkings. « La manière dont les assaillants ont pu pénétrer dans la faculté fait partie des questions auxquelles l'enquête devra répondre, de même que celle de l'identité des agresseurs », indique-t-il.

Cette nouvelle vidéo renforce les soupçons sur la proximité des agresseurs avec des représentants de la faculté. Vendredi, devant les caméras de France 3, Philippe Pétel avait déjà laissé entendre qu’il avait a minima cautionné cette intervention : « Les étudiants ont voulu se défendre, je ne peux pas les en blâmer. Les étudiants en droit qui étaient là étaient tous contre l’occupation. (...) Je suis assez fier de mes étudiants. Je les approuve totalement. »

L’ancien doyen n’a en revanche jusqu’ici pas levé le voile sur les coulisses de l’intervention de ces personnes masquées. « Tout cela a l’air diablement organisé. Cela ne me semble pas être seulement une réaction épidermique de quelques étudiants ou enseignants à une occupation qu’ils contestaient », relève Me Jean-Louis Demersseman, qui défend huit des neuf plaignants. « Un enseignant n’a pas un Taser et une cagoule dans son matériel quotidien », ajoute l'avocat, qui préside par ailleurs la commission « accès au droit » du SAF (Syndicat des avocats de France).

D’autres étudiants ont confirmé à Mediapart le côté « militaire » et « préparé » de l’opération. Deux plaignants, Pierre et Olivier, en master en sciences humaines à l’Université Paul-Valéry-Montpellier, étaient en bas de l’amphithéâtre, assis au bureau, quand ils ont vu les assaillants investir les lieux, aux cris de « Cassez-vous ! », « Dégagez ! » « Deux d’entre eux sont descendus par les escaliers de droite pour faire remonter les étudiants vers l’entrée opposée, celle de gauche, où d’autres agresseurs attendaient. Là, ça tapait fort ! » racontent-ils. Des vidéos diffusées dès vendredi sur les réseaux sociaux confirment ce scénario. Par contre les témoignages fluctuent sur le nombre d’agresseurs en cagoule, armés de planches de palette de bois : de quatre à sept hommes, selon les témoins et plaignants rencontrés. 

Pierre et Olivier expliquent aussi avoir repéré la personne qui aurait tenu la porte de l’amphithéâtre aux assaillants. Son identité, selon eux ? Le doyen Philippe Pétel en personne. José Luis Torres, 45 ans, secrétaire départemental « Solidaires » présent lors du blocage, soutient la même version : « J’étais en haut de l’amphi, à quelques mètres de l’entrée. Et je suis formel : Pétel tenait la porte pour les agresseurs, il était à l’embrasure de la porte », expose-t-il à Mediapart, après avoir, lui aussi, déposé une plainte mardi matin.

Un autre point taraude les manifestants : qui a fait entrer les hommes armés et cagoulés dans l’enceinte de la faculté ? L’accès principal au hall d’accès était occupé par des étudiants et du personnel de sécurité. Et toutes les autres issues avaient été condamnées dans la journée par l'administration avec chaînes et cadenas. « On ne pouvait donc pas accéder au hall d'entrée sans intervention d’un responsable de la faculté », expose M. Torres.  

Des professeurs entendus par les enquêteurs

Le rôle de plusieurs professeurs, dont les noms reviennent en boucle sur le campus, est aussi au coeur des discussions. Selon Midi-Libre, quatre enseignants de la faculté de droit ont été entendus ce mardi 27 mars comme témoins dans le cadre de l’enquête. 

Un des enseignants publiquement mis en cause, François Vialla, s’estime victime d’une cabale. Interrogé par Mediapart, ce spécialiste en droit de la santé, conteste vigoureusement les accusations dont il fait l’objet. « Je pense que toute la communauté universitaire, étudiants, personnels, enseignants chercheurs peuvent être considérés comme victimes des exactions perpétrées », précise-t-il d’abord par écrit. Avant de se considérer « victime d’une campagne diffamatoire d’une violence inouïe sur les réseaux sociaux » : « Mon nom a été jeté en pâture sans aucune autre raison que le plaisir de nuire à ma réputation et celle de la faculté de droit. » Le professeur annonce avoir déposé plainte pour ces « mises en cause diffamatoires et les menaces qui s’en sont suivies : “Ça va être compliqué de donner des cours, je conseille à ces cibles de changer de métier. Cours petit lapin cours”. » Relancé pour savoir s’il connaissait le groupe armé et les circonstances de leur arrivée, M. Vialla n’a pas répondu, réservant « [ses] déclarations aux différentes enquêtes diligentées ».

Un autre enseignant est lui nommément cité dans au moins une des neuf plaintes : selon le récit d'un étudiant, Jean-Luc Coronel de Boissezon, professeur d’histoire du droit, n’était pas cagoulé mais aurait participé à l'opération dans l’amphithéâtre. « Je l’ai reconnu a posteriori sur des photos, je suis formel », explique à Mediapart ce jeune homme, qui dit avoir reçu des coups de poing de la part du professeur, alors qu’il se trouvait en bas de la salle. Les gants en cuir de M. Coronel de Boissezon (voir photo ci-dessous) ont aussi marqué les esprits.

Sollicité par Mediapart, le professeur d’histoire du droit reconnaît s’être « défendu » après avoir « reçu » lui-même des coups. Par écrit, il expose la version des faits suivante, qui détonne avec les récits des étudiants qui manifestaient sur place : « Rentré chez moi après mes cours, je ne suis revenu à la faculté que vers dix heures et demie du soir, en raison de toutes sortes d’inquiétantes nouvelles, dont celles d’un collègue professeur frappé, de chargés de T.D. molestés et d’étudiantes attouchées. Il va sans dire que je n’étais évidemment pas “cagoulé”, comme cela a pu circuler dans les plus folles rumeurs de l’Internet. »

Jean-Luc Coronel de Boissezon confirme ensuite avoir été « présent dans l’amphithéâtre A vers minuit dix, lorsqu’un tout petit groupe de personnes masquées y a soudain pénétré, en frappant immédiatement sur les tables, manifestement pour effrayer les occupants ». Selon son témoignage, l’enseignant se serait « précipité pour évacuer les étudiants présents, car la situation devenait à l’évidence dangereuse. La plupart sont partis très vite dans la panique ainsi produite ; quelques occupants cependant ne voulaient pas quitter les lieux qu’ils avaient occupés par la force. Certains m’ont porté des coups dont a témoigné un médecin légiste ; il m’a parfois fallu me défendre. Cependant l’évacuation se termina très rapidement, non sans difficultés toutefois lorsqu’il fallut parvenir à refermer la grille de l’établissement, tandis que les occupants tentaient de revenir et jetaient divers projectiles dangereux dans notre direction, dont des bouteilles de verre cassées. Tout fut terminé aux alentours de minuit et quart. »

M. Coronel de Boissezon s’est-il joint spontanément à un groupe d'hommes cagoulés et armés qu'il ne connaissait pas ? A-t-il eu des échanges avec ces personnes avant de pénétrer dans l’amphithéâtre ? Le professeur n'a pas répondu à nos nouvelles questions, qui portaient également sur ses liens éventuels, évoqués dans un article de Libération, avec la Ligue du Midi, groupuscule identitaire actif à Montpellier.

« La justice doit adresser un signal fort à ces groupes d’extrême droite »

Pour l’avocat Jean-Louis Demersseman, les investigations judiciaires doivent permettre de répondre rapidement aux deux questions fondamentales que pose l’enquête : qui composait le groupe d’assaillants, et quelle était sa relation exacte avec les enseignants, étudiants et représentants de la faculté opposés à l’occupation ?

« La première des choses à faire serait de recenser les numéros de téléphone “entrée” et “sortie” entre 23h et 1h du matin aux alentours de la faculté. Qui a appelé qui ? Qui a envoyé un SMS à qui ? On comprendrait rapidement les différentes interactions », défend l’avocat, qui réclame aussi une exploitation rapide des caméras de vidéosurveillance.

Si Me Demersseman rappelle ces évidences, c’est qu’il ne cache pas son « inquiétude » quant à l’évolution du dossier : « Je n’ai aucun retour sur l’évolution de l’enquête, je crains qu’il ne se passe pas grand-chose depuis vendredi. » L’avocat en veut pour preuve la liste de dix témoins qu’il a adressée au procureur de la République dès vendredi et qui n’avaient toujours pas été contactés par les services enquêteurs mardi soir.

Une quinzaine d’autres étudiants prêts à témoigner se sont retrouvés, mardi après-midi, devant les portes du commissariat central de Montpellier, à l’appel de la section locale de la Ligue des droits de l’homme (LDH), très impliquée depuis le début de l’affaire. Sophie Mazas, avocate et présidente de la fédération départementale de la LDH, a déjà remis une dizaine de témoignages écrits aux deux membres de la mission d’inspection générale de l’administration de l’Éducation nationale et de la recherche (IGAENR), l’enquête administrative lancée par la ministre Frédérique Vidal. Mais Me Mazas, qui faisait partie d’une délégation reçue par le préfet de l’Hérault dès le lendemain de l’agression, attend désormais que la justice s’empare fermement du dossier : « Il faut adresser un signal fort à ces groupes d’extrême droite. On ne peut pas agresser des étudiants en toute impunité. »

Extrait de la Gazette de Montpellier du 23 janvier 1998. © DR

Les étudiants de Montpellier n’ont eux pas attendu pour agir. Poursuivant le mouvement de grève contre le processus de sélection à l’entrée à l’université, une assemblée générale réunissant mardi près de 3 000 étudiants, professeurs et personnels a voté un « blocus illimité » de l’Université Paul-Valéry. Dans les rangs des manifestants, certains dressent un parallèle avec une précédente mobilisation qui a marqué l’histoire universitaire montpelliéraine. En janvier 1998, l’évacuation violente sous les yeux du président de l’Université d'alors, d’une quarantaine d’étudiants de droit et sciences économiques, qui occupaient les locaux de la présidence de l’établissement, par un « commando » armé, composé de professeurs et de personnels administratifs, mais à visages découverts. Et sans téléphone portable filmant la scène.

Publié le 27/03/2018

Fascisme chic à la Fac de Droit

Les évènements qui viennent de se dérouler à la Faculté de Droit de Montpellier ont conduit à la démission de son doyen. Leur violence semble en faire des faits exceptionnels, relevant de la délinquance plus que de la politique. On soutiendra ici une version exactement contraire où on rappellera ses racines historiques et ses incidences nationales.

·  La Fac de Droit de Montpellier d’abord : elle a toujours vécu le « syndrome Paul-Va », du nom de l’Université Paul Valéry, la Fac des Lettres considérée comme l’autre nom de Sodome et Gomorrhe ou à peu-près (la droite y avait dénoncé en Mai 68 des orgies en tout genre « bénies par le père Cardonnel », ce père dominicain connu pour ses engagements tiers-mondistes et anti-autoritaires). A l’époque elle avait fait le choix, dans le cadre de la loi Faure, d’une coalition avec les facs conservatrices (Médecine, Odontologie…) formant l’Université Montpellier I. Une coalition qui s’est vite transformée en guérilla corporatiste dans la répartition inégale des budgets. A chaque mouvement étudiant, les doyens étaient saisis d’une angoisse : l’invasion de leur établissement par "les hordes" venant de Paul-Va. D’où des fermetures, des « protections » policières, des contre-manifestations (avec des profs en robe académique)…

Seuls les trois doyens de gauche (en un demi-siècle) – dont l’auteur de ces lignes – firent exception à ce traitement paranoïaque et réactionnaire de leur environnement. Le problème n’a pas disparu pour autant. Il s’est même aggravé avec la décision de la Faculté au tournant des années 90 de demeurer totalement isolée dans le centre historique quand toutes ses homologues (dont la Fac de médecine toute proche) décidaient de le quitter. La voilà donc à un jet de pierre du Rectorat, devenue un refuge naturel des manifestations qui s’y rendent. C’est à l’évidence le scénario qui s’est joué jeudi dernier avec une occupation du grand amphi par « des étudiants venus d’ailleurs », véritable obsession du doyen Petel.

Celui-ci en démissionnant, a expliqué n’avoir commis « aucune faute si ce n’est de communication ». Or demeurent ses déclarations publiques où il se dit « fier de ses étudiants en droit » qui auraient « défendu la Faculté », les assimilant ainsi aux nervis qui sévirent dans la soirée. La justice aura à faire l’état des responsabilités (dont celle du doyen) dans ces violences. Point n’est besoin d’en parler ici pour mesurer la gravité de ce qui s’est passé.

Ce qui s’est passé fait remonter à la surface une histoire politique locale dans laquelle la Fac de droit de Montpellier a joué un grand rôle. C’est celle d’une version notabiliaire de la droite extrême sous ses diverses formes à Montpellier et dans le Languedoc. Celle des Mistraliens de « l’Ode à la race latine » (voir la plaque « commémorant » cette louange en 1878 de Frédéric Mistral à l’Arc de Triomphe de Montpellier), celle des Félibres (un mouvement provençalo-regionaliste) anti-dreyfusards, celle des nostalgiques de Léon Daudet et de l’Action Française, celle des pétainistes qui firent si mauvais accueil en 1940 au professeur de droit Pierre-Henri Teitgen , grand résistant démocrate-chrétien (il fallu s’y prendre à deux fois pour qu’une plaque sur les murs de la Fac rappelle son passage et sa mémoire).

Il y a toujours eu dans ce Midi blanc, une droite extrême échappant aux classifications nationales. Et cela continue. Pour ne prendre que la partie émergée de l’iceberg, on évoquera la Ligue du Midi, un groupe raciste qui défraie la chronique judiciaire depuis des décennies (un de ses responsables vient d’être condamné par le tribunal correctionnel de Montpellier le 12 décembre dernier pour avoir saccagé en juin 2017 les locaux d’une association s’occupant de l’accueil et de la protection des mineurs étrangers isolés). Ils font école avec les guillerettes « Brigandes », ce groupe identitaire basé à La Salvetat-sur-Agout (Hérault) qui chante ici et là le « grand remplacement ». Cette droite-extrême là ne se connaît pas, de limites, ni dans les différentes versions du Front National, ni dans ses épigones, ni dans ses méthodes. Il est gravissime que la droite « établie » (à laquelle appartient Philippe Petel) les couvre et les cautionne.

On a donc à faire à un scénario bien connu depuis les années Trente mais toujours aussi peu légitime chez les historiens pourfendeurs de Zev Sternhell ou Michel Dobry : la France serait toujours une exception en Europe ; elle n’aurait pas connu le vrai fascisme, protégée par ses « traductions » nationales dans le sillage de Maurras dont une large partie de ses élites avait fait sa référence littéraire, mondaine, chic en quelque sorte. Pas dangereuse: Maurras, après avoir appelé à prendre d'assaut l'Assemblée Nationale le 6 février 34, n'avait-il pas replié ses troupes ?

Maurras justement. Voilà que dix des douze membres du Haut comité aux commémorations nationales viennent de démissionner pour protester contre le retrait de son nom de la liste des « promus » pour cette année 2018 (150° anniversaire de sa naissance). En leur nom, Jean-Noël Jeanneney et Pascal Ory expliquent que « commémorer, ce n’est pas célébrer ». Antienne qu’on retrouve à propos de Jacques Chardonne, lui aussi sur la liste (il fut un écrivain antisémite choyé par Goebbels) ou de Céline (en-deçà de la question de la publication de ses « pamphlets »). Au diable pour ces « savants » le contexte et plus encore ses configurations locales.

La sanctuarisation de cette France rance, antisémite, pétainiste, identitaire est une opération qui a ses interprètes dans l’université, dans la magistrature, dans les médias. C’est ce qui est en cause dans les violences de la Fac de Droit de Montpellier. Leur condamnation ne doit pas s’arrêter à la démission d’un doyen. Elles appellent de la part du gouvernement, des autorités universitaires, de notre part, la plus grande vigilance. Et un droit de suite.

 

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