PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

Publié le 30/01/2021

 

 

Forum Davos : Nouveau rapport d’Oxfam sur les inégalités

 

Communiqué de presse < www.oxfamfrance.org > 25 janvier 2021

 

 

Les milliardaires de la planète ont récupéré les pertes dues à la crise en un temps record alors que des centaines de millions de personnes risquent de basculer dans la pauvreté pendant au moins 10 ans.

 

 

 

Les 1000 personnes les plus riches du monde ont retrouvé leur niveau richesse d’avant la pandémie en seulement 9 mois alors qu’il pourrait falloir plus de dix ans aux personnes les plus pauvres pour se relever des impacts économiques de la pandémie, selon le nouveau rapport d’Oxfam.

 

Le rapport d’Oxfam « Le virus des inégalités » est publié le jour de l’ouverture du « Davos Agenda », une semaine de dialogues virtuels organisés par le Forum économique mondial. Le rapport montre que la COVID-19 pourrait accroître les inégalités économiques simultanément dans la quasi-totalité des pays du monde, une situation sans précédent depuis plus d’un siècle.

 

Pour les plus riches, la récession est terminée. Le rapport révèle que les dix hommes les plus riches du monde – dont fait partie le français Bernard Arnault – ont vu leur fortune totale augmenter de 540 milliards de dollars depuis mars 2020, une somme qui serait amplement suffisante pour financer le vaccin contre la COVID-19 pour toutes et tous et éviter que quiconque sombre dans la pauvreté à cause de la pandémie. Au même moment, la pandémie a entraîné la crise de l’emploi la plus grave depuis plus de 90 ans, des centaines de millions de personnes étant désormais au chômage ou contraintes d’occuper des emplois précaires.

 

  • La France tourne elle aussi le dos à l’égalité. Les milliardaires français ont bénéficié d’une reprise exceptionnelle puisqu’ils ont gagné près de 175 milliards d’euros entre mars et décembre 2020, dépassant ainsi leur niveau de richesse d’avant la crise. C’est la 3ème plus forte progression, après les Etats-Unis et la Chine. 175 milliards d’euros, c’est l’équivalent de deux fois le budget de l’hôpital public français.

  • Sur l’ensemble de l’année 2020, malgré la crise, la fortune de Bernard Arnault a augmenté de 44 milliards d’euros soit un bond de 41 %. Pendant ce temps, un million de personnes seraient tombées dans la pauvreté en France en 2020, selon les associations caritatives, et en particulier les femmes, les travailleur-se-s précaires, les jeunes et les migrant-e-s.

  • Une fois de plus, les femmes sont les plus durement touchées. Dans le monde, comme en France, les femmes sont surreprésentées dans les professions précaires et peu rémunérées, notamment dans les secteurs de la santé et du social. Oxfam a calculé que si le taux de représentation des femmes était le même que celui des hommes dans ces secteurs, 112 millions de femmes ne risqueraient plus de perdre leurs revenus ou leur emploi. En France, la situation des mères isolées est particulièrement préoccupante.

  • De fortes inégalités raciales. Au Brésil, les personnes afrodescendantes sont 40% plus susceptibles de mourir de la COVID-19 que les personnes blanches. Aux États-Unis, les populations noires et hispaniques auraient déploré près de 22 000 morts de moins si leurs taux de mortalité face à la COVID-19 avaient été les mêmes que ceux des personnes blanches.

 

Pour Quentin Parrinello, porte-parole d’Oxfam France : « Cette crise arrive dans un monde déjà profondément inégal où une minorité de personnes, en majorité de très riches hommes blancs, accaparent l’essentiel des richesses mondiales. Le rapport d’Oxfam montre comment notre modèle économique permet à une élite d’amasser des richesses considérables pendant la récession la plus dramatique que nous ayons connue depuis la Grande Dépression, alors que des milliards de personnes, et notamment celles en première ligne de cette crise – peinent à payer leurs factures et à se nourrir. Nous risquons de faire face à une augmentation sans précédent des inégalités ».

 

En France, Oxfam alerte depuis 2017 sur l’impact des choix politiques du gouvernement actuel sur les inégalités, alors que jusqu’à récemment le modèle social français avait permis de contenir ce fléau. Résultat : les plus pauvres sont les grands perdants du quinquennat d’Emmanuel Macron. C’est ce que rappelle Quentin Parrinello : « La France est loin d’être épargnée. Alors que les inégalités repartaient déjà à la hausse depuis 2018, les milliardaires français ont bénéficié en 2020 d’une reprise économique ‘exceptionnelle’ en gagnant 175 milliards d’euros entre mars et décembre, soit l’équivalent de deux fois le budget de l’hôpital public. Pendant ce temps, les plus démunis et les travailleurs précaires, à commencer par les femmes, payent un très lourd tribut »

 

« Le virus a mis en lumière et amplifié les inégalités existantes. Partout dans le monde, les femmes, les jeunes, les personnes racisées et les migrant-e-s sont les plus touché-es mais sont malheureusement les grand-e-s oublié-e-s des plans de relance. L’explosion des inégalités n’est pas une fatalité et la responsabilité des gouvernements est au cœur du problème. Depuis des années, ils ignorent le problème et pire, ils aggravent ce fléau », explique Quentin Parrinello.

 

Pour Oxfam, la lutte contre les inégalités doit être au cœur des plans de relance et des économies post-Covid. Pour Quentin Parrinello : « Les gouvernements du monde entier ne doivent pas laisser passer cette opportunité de mettre en place un système économique plus juste et durable. Il faut à tout prix ne pas refaire les erreurs du passé, comme après la crise de 2008. Certains pays montrent qu’il existe des solutions, comme l’Argentine qui a adopté un impôt exceptionnel sur les grandes fortunes pour financer les politiques de réponses à la crise ».

 

En France, Oxfam demande à Emmanuel Macron de réorienter de toute urgence sa politique en faveur d’une réduction des inégalités, en prenant les mesures suivantes :

 

  1. Prolonger les dispositifs d’aides exceptionnelles pour les personnes précaires aussi longtemps que durera la crise et relever les minimas sociaux en sortie de crise.

  2. Financer les mesures d’urgence via une contribution exceptionnelle des plus hauts patrimoines précédant une refonte de l’impôt sur la fortune.

  3. Revaloriser dès cette année le salaire minimum dans toutes les branches de métiers, à commencer par les métiers du secteur du soin (social et santé) majoritairement occupés par des femmes et en première ligne de la crise.

  4. Rétablir une fiscalité plus équitable sur les contribuables les plus aisés. Notamment : en rétablissant un impôt sur les grandes fortunes en tenant compte des failles du précédent dispositif et en supprimant le Prélèvement forfaitaire unique (PFU), en luttant efficacement contre l’évasion fiscale.

  5. Des contreparties sociales et écologiques pour les grandes entreprises afin de créer un modèle économique qui partage mieux la richesse tout en tenant compte des limites de la planète.

publié le 26/01/2021

 

 

Défendre et développer l’assurance chômage

 

 

Par Henri Sterdyniak - Les Economistes Atterrés (voir lien Internet en fin de publication)

 

 

Alors que la réforme de l’assurance chômage imposée en 2019 a été suspendue du fait de la crise sanitaire, le CAE vient de produire en janvier 2021 une note qui prépare une nouvelle offensive contre les garanties futures des salariés privés d’emploi.

 

Le transfert en 2017 du financement des cotisations sociales des salariés vers la CSG, puis le cadrage gouvernemental de la négociation des partenaires sociaux en 2018 ont constitué les premières étapes. Le mode de calcul du SJR unilatéralement décidé par le gouvernement en 2019 réduisait fortement les droits des salariés les plus précaires ; il a été censuré par le Conseil d’Etat. Le CAE propose de moduler les indemnités, avec un niveau de garanties fortes en période de fort chômage et plus faibles lorsque celui-ci diminue, dans le but de diminuer leurs valeurs moyennes.

 

Il persiste dans le projet de réduire le calcul de l’indemnité chômage pour les chômeurs en activité partielle. Par ailleurs, il propose de financer Pôle Emploi par une dotation spécifique hors budget de l’Unédic. Les partenaires sociaux se verraient encore plus marginalisés par la création d’un Haut conseil de l’assurance chômage et l’intégration de l’assurance chômage dans la LFSS. Ces propositions s’inscrivent dans une continuité de pensée qui nie le caractère spécifique et assurantiel de l’indemnisation du chômage pour le rapprocher du mode de gestion des prestations sociales.

 

Face à ce nouveau ballon d’essai lâché par le CAE, nous réaffirmons l’objectif de rétablissement des cotisations sociales chômage. L’Etat devrait contribuer au financement de l’Unédic lorsque le chômage excède un seuil (7% sont une base de discussion). Aux objectifs du CAE, nous opposons ceux d’une couverture de tous les chômeurs, l’allocation devant être proportionnelle au salaire antérieur à temps complet pour les salariés ayant cotisé. Les plus éloignés de l’emploi devront bénéficier de dispositifs spécifiques, les TZCLD en test étant une piste de travail. Enfin, les syndicats de salariés doivent retrouver leur rôle de pilotage.

 

 

Pour aller plus avant que ce seul résumé, vous pouvez télécharger

l'intégralité de l'article au format PDF via le lien ci-dessous :

 

http://www.atterres.org/article/defendre-et-d%C3%A9velopper-lassurance-ch%C3%B4mag

publié le 23 janvier 2021

 

Nouveau rassemblement de soutien pour Souleymane

 

 

A l’appel du Comité de Soutien < soutien.souleymane@yahoo.com >, ce sont 150 personnes environ, qui se sont rassemblées ce samedi 23 janvier à Fabrègues, faisant suite au premier rassemblement du vendredi 15.

 

Rappel. Souleymane, jeune réfugié guinéen travaille depuis plus d’un an dans la boulangerie solidaire « Pain et Partage » à Fabrègues.

Sa demande d’asile a été repoussée. Et malgré son CDI, la Préfecture lui a refusé une carte de séjour au titre de salarié. Il est maintenant menacé d’expulsion.

 

Lors du rassemblement, Souleymane est intervenu au micro pour dire son souhait de continuer à vivre et travailler en France.

Sa « marraine » qui l’aide depuis son arrivée à Montpellier a décrit son itinéraire d’intégration au cours de ces 2 années.

Les représentants de la Ligue des Droits de l’Homme et de la Cimade ont expliqué la situation juridique de Souleymane et les raisons qui justifient son droit à séjourner et travailler en France.

 

Puis, les députés Patrick Vignal et Muriel Ressiguier, le sénateur et conseiller régional Hussein Bourgui, la maire de Murviel et vice-présidente de la Métropole Isabelle Touzard, ainsi que le conseiller métropolitain Serge Desseigne ont pris la parole pour soutenir la demande de régularisation de Souleymane et expliquer leurs démarches en ce sens auprès de la Préfecture.

 

Serge Ragazzaci, secrétaire de l’Union Départementale de la CGT a resitué le cas de Souleymane parmi les très nombreuses situations de réfugiés qui, après les épreuves de l’exil et les dangers vécus en Méditerranée, sont en butte aux tracasseries de l’administration.

 

Enfin, un animateur du Comité de Soutien a remercié les personnes venues soutenir Souleymane et a annoncé que d’autres actions seront organisées tant que la régularisation ne sera pas obtenue.

Et c'est le groupe de percussion de djembés, dont Souleymane est membre, qui a clôturé le rassemblement.

 

 

Rappel de la pétition demandant sa régularisation :

https://www.change.org/p/emmanuel-macron-contre-l-expulsion-de-souleyane-jeune-boulanger-guin%C3%A9en-en-cdi?recruited_by_id=860c06a0-4a7b-11eb-b7ac-d5254b44d8

Publié le 23/01/2021

 

 

Convention citoyenne pour le Climat.

Trop, c’est trop !

 

 

Par Patrice Cohen-Séat sur lefildescommuns.fr

 

 

 

Notre ministre de la transition écologique, avaleuse de couleuvres de son état, nous annonce sans vergogne le prochain dépôt d’un projet de loi sensé répondre aux propositions de la convention citoyenne pour le climat. Tout le monde sait pourtant qu’il n’en est rien et que le Président de la République n’a pas du tout l’intention de transmettre « sans filtre » au Parlement ou au Gouvernement, comme il s’y était engagé, les conclusions de ladite convention. Toutes les associations écologistes sont atterrées, et elles ont raison : une telle irresponsabilité aura pour conséquence que nous laissions aux générations à venir une « dette écologique »infiniment plus couteuse et catastrophique que la dette financière dont on nous a rebattu les oreilles pendant des lustres pour justifier l’austérité, mais qui semble pourtant aujourd’hui le dernier des soucis de l’Union européenne et même du CAC 40.

 

Cette forfaiture d’Etat – au sens propre : trahison d’un engagement pris par les plus hautes autorités publiques – devrait tomber sous le coup du « crime d’écocide » voulu par les citoyens. Par précaution – peut-être avec le souvenir de l’affaire du sang contaminé qui avait valu bien des frayeurs au Premier Ministre de l’époque – il semble que ce crime soit en voie d’être dégradé en un simple délit, davantage destiné à sanctionner des actes personnels de la vie courante que les scandales des grandes pollutions industrielles et agricoles, ou les atermoiements de la vitale politique de dé-carbonisation de notre économie. Mais les technocrates qui nous gouvernent désormais sans partage devraient se méfier : contrairement aux allégations d’un Maréchal félon, les Français n’ont pas la mémoire si courte que ça. D’une façon ou d’une autre, les peuples demandent toujours des comptes à ceux qui trompent leur confiance.

 

Mais il n’y a pas que ça. E. Macron n’a pas l’air de se rendre compte qu’il joue avec de l’explosif, et qu’il pourrait bien lui éclater à la figure. Car le fait qu’il trahisse les engagements qu’il avait pris en créant la convention citoyenne montre que c’était pour lui une pure et simple manipulation. Il a cru qu’il pouvait régler le problème de la taxe carbone – qui avait mis le feu aux poudres et fait se lever le mouvement des « gilets jaunes » – en faisant mine de s’en remettre au peuple tout en pensant que, comme pour le « grand débat », il s’en tirerait bien après en embobinant tout le monde avec un flot de paroles. Mais ça ne marchera pas. Il s’est lui-même mis dans un piège dont il ne sortira pas indemne. Car non seulement les Français ont de la mémoire, mais en plus elles et ils ne sont pas des imbéciles et sont au contraire parfaitement conscients qu’on est en train de les rouler.

 

Et ça ne se passera pas comme ça. La crise démocratique est d’une profondeur abyssale. Les françaises et les français n’ont plus confiance dans le personnel politique, ni dans les partis, ni même dans les institutions. A cause de décennies de promesses non tenues. Mais aussi parce que, lorsqu’elles et ils disent clairement « non », comme lors du référendum sur le traité constitutionnel européen, la « classe politique » trouve quand même le moyen de passer outre et de leur imposer son choix. C’est cela, notamment, qui nourrit leur exigence que les citoyen.nes aient davantage de pouvoirs de contrôle et de décision. Les gilets jaunes avaient fait pour cette raison du référendum d’initiative populaire une de leurs principales revendications. Or non seulement le pouvoir n’y donne pas suite, mais il assume cyniquement de se ficher complètement de ce que tout le monde avait pourtant reconnu être un excellent travail. Là, c’est le coup du mépris de trop !

 

Les peuples répugnent au désordre, dont l’histoire leur a montré qu’il se retournait toujours contre eux. Mais quand une situation devient réellement insupportable, ils se donnent les moyens d’y mettre fin. Et c’est ce qui est en train de se passer. Déjà, avant même la crise de la Covid-19, le quinquennat Macron a été bousculé par les gilets jaunes, les revendications des jeunes pour le climat, le rejet de la réforme du chômage puis celle des retraites, l’indignation contre les violences et les discriminations faites aux femmes ou les violences policières, etc. La société est éruptive et tout peut arriver : une révolte sociale, comme la rupture du supposé « plafond de verre » qui a jusqu’à maintenant empêché chez nous l’arrivée des néofascistes au pouvoir. Mais ce pourrait être aussi, si les forces de progrès le voulaient, une véritable alternative politique portant à la tête de l’Etat un Président, une majorité et un gouvernement d’une gauche digne de ce nom. Que les intéressé.es prennent conscience de la fenêtre historique aujourd’hui ouverte, et du risque majeur qui se dessine en cas d’échec, et qu’elles et ils prennent leurs responsabilités pour dépasser leurs petites querelles et réussir à se rassembler !


 

Publié le 19/01/2021

 

 

Un jeune réfugié menacé d’expulsion à Fabrègues


 

Communiqué du Comité de Soutien


 

Souleymane, Guinéen de 24 ans, travaille depuis plus d’un an dans une boulangerie bio (l’association d’insertion Pain et Partage) de Fabrègues (Hérault).

Il est arrivé en France il y a 2 ans et bénéficiait jusqu’à maintenant d’une autorisation de travailler qui va bientôt prendre fin car le statut de demandeur d'asile lui a été finalement refusé. Il a alors fait une demande de carte de séjour salarié auprès de la Préfecture de l’Hérault, puis, après un premier refus, un recours gracieux ; à ce jour il n’a reçu aucune réponse si ce n’est une OQTF (obligation de quitter le territoire français).

Il est donc susceptible d’être expulsé à tout moment. Il ne comprend pas ce rejet de la part du seul pays où il a pu commencer à construire une vie digne et libre.

De plus, il se trouve dans une impasse complète et risque de devenir apatride puisque, menacé d'expulsion, il ne peut retourner dans son pays d’origine, la Guinée, car il n'a pas de passeport lui permettant de rejoindre ce pays qui ne l'acceptera pas sans papiers.

Il a donc déposé un recours devant le tribunal administratif de Montpellier qui statuera fin février.

 

L’itinéraire de Souleymane

 

En Guinée, Souleymane était victime de violences familiales tant physiques que psychologiques qui l’ont notamment empêché d’être scolarisé. Il garde de lourdes séquelles physiques de ces violences. C’est la raison qui l’a poussé à quitter son pays d’origine.

Au cours d’un itinéraire long et compliqué comme tous les migrants, il est passé par le Maroc où il est resté quelques mois, survivant difficilement et préparant son passage en Europe. Puis, il a traversé la Méditerranée sur un zodiac. Débarqué en Espagne, il y est resté quelques temps et est arrivé en France en décembre 2018.

Avec l’aide d’un avocat de Ligue des Droits de l’Homme (Me Sophie Mazas), il dépose alors une demande d'asile Réfugié. Le dépôt de cette demande lui permet d'obtenir un hébergement et l’accès à des cours de français, langue qu’il maîtrisaît très mal n’ayant pas été scolarisé.

 

Une bonne intégration…

 

Grâce à ses efforts personnels, il parle maintenant parfaitement notre langue, condition nécessaire pour son intégration professionnelle. Parallèlement, il entre en contact avec une association l’AHM (Association Humanitaire de Montpellier) qui lui apporte un soutien matériel et l’aide à s’insérer.

C’est ainsi que son intérêt pour le métier de boulanger peut se matérialiser. Il débute par des stages, puis un CDD et depuis fin 2020 il obtient un CDI dans l’atelier de fabrication de l’entreprise d’insertion Pain et Partage à Fabrègues. Cette boulangerie solidaire approvisionne en pain bio les cantines, collectivités et association humanitaires de la région de Montpellier. Par son sérieux et son professionalisme, il est devenu rapidement un élément essentiel de l’entreprise, assurant la production et formant les nouveaux embauchés qui restent peu de temps vu la difficulté du métier.

Cette stabilisation professionnelle lui fournit l’occasion de mieux s’établir : il achète un scooter et passe le brevet pour le conduire ce qui lui facilite grandement ses trajets vers son travail de nuit à Fabrègues car il est toujours hébergé à Montpellier.

En accord avec son employeur, il projette maintenant une formation en alternance pour un CAP boulangerie.

 

 ...balayée par la Préfecture

 

Mais le refus de l’administration française de lui délivrer un titre de séjour de salarié et l’ordre de quitter le territoire lui interdisent désormais tout travail.

Avec son avocat, Souleymane a déposé un recours contre la décision de la Préfecture auprès du Tribunal Administratif qui statuera fin février. En attendant, l’obligation de quitter le territoire est suspendue mais il y a toujours interdiction de travailler.

Plus que son équilibre personnel, si durement acquis, c'est son existence même d'homme libre qui est mise en péril, puisque interdit de séjour en France et empêché d'entrer en Guinée. Par ailleurs, le bon fonctionnement de l’entreprise d’insertion Pain et Partage est gravement menacé car il lui sera quasi impossible de remplacer Souleymane tant il est difficile de recruter et garder des salariés dans ce secteur où le travail est dur.


 

Le soutien s’organise

 

 

Nous avons organisé un premier rassemblement de soutien à Souleymane le vendredi 15 janvier devant la boulangerie. Plus de quarante personnes étaient présentes, notamment un des responsables de la Cimade et un représentant de la Ligue des Droits de l’Homme.

 

Lors de cette matinée, le député Patrick Vignal est venu rencontrer Souleymane et son employeur. P. Vignal a annoncé qu’avec sa collègue députée Muriel Ressiguier, ils allaient intervenir auprès de la Préfecture. Un adjoint au Maire de Montpellier nous a contactés pour concrétiser un soutien de la municipalité.

 

Une pétition demandant sa régularisation est disponible :

https://www.change.org/p/emmanuel-macron-contre-l-expulsion-de-souleyane-jeune-boulanger-guin%C3%A9en-en-cdi?recruited_by_id=860c06a0-4a7b-11eb-b7ac-d5254b44d8

 

Un nouveau rassemblement de soutien est prévu le samedi 23 janvier à 10h00 devant la boulangerie, 71 rue Mézière Christin (zone industrielle) à Fabrègues.


 

Pour contacter le Comité de Soutien : soutien.souleymane@yahoo.com

Publié le 16/01/2021

 

 

Schneider Electric : « On nous vire pour 400 000 euros de bénéfice »


Par Jérôme Duval sur rapportsdeforce.fr


 

Les salariés du site de Lattes, au sud de Montpellier, étaient en grève vendredi 8 janvier. Ce jour-là, ils se sont invités à la réunion du comité social et économique dont l’ordre du jour portait sur les conditions de la fermeture du site, annoncée le 16 septembre 2020 par Schneider Electric.


 

Il est 7 h du matin devant le site de l’usine. La nuit est glaçante. Une fumée blanche à peine éclairée par les phares de voitures coiffe la voie rapide. Une quarantaine de personnes résistent au froid autour d’un feu de palettes. Depuis l’annonce de la fermeture du site, le 16 septembre, les salariés sont en lutte. Ce jour-là, le groupe Schneider Electric actait la fermeture des sites de Saumur (Maine-et-Loire) et de l’un de ses deux sites à Lattes, spécialisé dans les ampoules à vide et disjoncteurs moyenne tension. La nouvelle, tranchante comme un couperet, avait noué les gorges, croisé les bras aux mains abîmées, noyé le regard dans le désespoir et l’amertume d’avoir été trahi. Encore une fois.

 

Depuis, cinq mois sont passés. Cinq mois durant lesquels la production tourne au ralenti, à 10 % de la normale selon un délégué syndical qui estime à deux mois le retard pris. Derrière cette décision, 80 personnes sont mises sur le carreau. Autant à Saumur où le maire Jackie Goulet a été averti par un appel de l’entreprise, la veille de l’annonce. Même pressenti de longue date, tout semble se précipiter. Le plan de restructuration prévoit l’arrêt définitif au second semestre 2021.

Compréhension et encouragement des automobilistes

Le jour pointe à l’horizon. Une bonne partie du groupe se dirige vers le rond-point le plus proche pour diffuser les tracts annonçant la mauvaise nouvelle. La file de voitures s’étire depuis l’autoroute et ralentit au gré des discussions entre automobilistes et grévistes. Malgré le ralentissement occasionné, l’accueil est plutôt chaleureux. Des chauffeurs routiers encouragent l’action après avoir immobilisé complètement leurs camions. L’ambiance est bonne et les tracts disparaissent, parfois en échange d’un sourire complice, quelques fois par un juron, une mine contrainte, crispée ou pas encore réveillée.

 

Pour les salariés de Lattes éreintés, il s’agit de la cinquième restructuration dans la région en moins de dix ans. Il y a d’abord eu la fermeture progressive dès 2013 de l’atelier de La Pompignane à Montpellier. Puis, les deux plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) de Fabrègues en 2015 et 2018 qui ont débouché sur la fermeture du site. Et enfin, Mudaison, fermé en 2017 pour transférer ses activités sur les sites de Mâcon (Saône-et-Loire) et d’Aubenas (Ardèche). Toutes ces fermetures successives ont fini par éroder la confiance. Les salariés ne croient plus aux belles paroles patronales.

Un groupe bénéficiaire qui détruit des emplois

Pourtant, avec un bénéfice net de 2,4 milliards d’euros en 2019, le groupe se porte bien. Et la crise du coronavirus ne semble pas affecter le cours de l’action qui a doublé en quelques mois, passant de 67 euros en mars dernier, en plein confinement, à 127 euros aujourd’hui. À la bourse, Schneider Electric signe même la deuxième meilleure performance du CAC 40 derrière Hermès, et termine l’année 2020 en hausse de 29,3 %. En mai 2020, malgré les appels à la retenue en période de crise, l’entreprise du PDG Jean-Pascal Tricoire verse un dividende à ses actionnaires en hausse de 8,50 % sur un an.

 

Si tout va bien pour les actionnaires, c’est la soupe à la grimace pour les salariés. Philippe, 54 ans, 28 ans d’ancienneté, syn- diqué Force Ouvrière, se prépare à un départ à la retraite. Il s’inquiète pour d’autres, plus jeunes que lui. « Nous n’en sommes pas à notre premier PSE. Où allons-nous aller ? Il n’y a plus de site Schneider dans la région à part Lattes et Alès. J’ai déjà vécu le GPEC (Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences) en 2014 à Pompignane. Nous étions 200 », explique-t-il. Le site a fermé. « Moi, le reclassement je ne pourrais pas, c’est 200 kilomètres minimum. C’est tout le système qu’il faut revoir. Ils investissent en Hongrie [12,5 millions d’euros selon la CFDT] avant même d’avoir finalisé le PSE, c’est dire ! »

 

L’alternative pour les salariés qui ont encore des années à tirer avant la retraite, est d’aller sur le site d’Aubenas à plus de 200 kilomètres, où seuls quinze postes leur sont proposés. Voire d’être reclassé plus loin encore comme à Grenoble… « Des humains qui massacrent d’autres humains pour le business. Et ce n’est pas fini », s’exclame un ouvrier qui nourrit le feu d’une nouvelle palette. « On arrive au bout d’un système, ils nous ont cramé. Les courants durs de la CGT ont sauté en premier, maintenant c’est plus facile pour dégraisser le personnel » explique Jean-Marc, élu CGT de 60 ans.

 

Pauline, 48 ans, assise sur une pile de palettes, bonnet vissé sur la tête et masque sur la bouche, regarde le feu la réchauffer, impassible. Elle fait partie des dernières arrivées, lors des embauches opérées en 2008. Elle a connu la fermeture de La Pompignane et le transfert de Mudaison vers Lattes en 2017. « J’ai le sentiment qu’on nous harcèle. Tous les trois ans, ils nous bougent. Là, c’est le terminus. J’ai encore plus de 20 ans à bosser. Je n’irai ni à Aubenas ni à Mâcon, Grenoble ou Alès. J’ai toute ma famille ici dans le bassin méditerranéen », lance-t-elle comme un défi avant d’asséner : « je ne sais pas où je vais atterrir, je suis perdue. Nous ne sommes que des numéros pour Schneider, que des « SESA », ces matricules que la boîte nous attribue. On a une colère monstre contre la direction et ça ne date pas d’hier. »

 

Un poids lourd s’arrête soudainement. « Mais, je dis quoi moi ? » s’exclame le livreur devant l’entrée de l’usine bloquée par le piquet de grève. « C’est pour un petit carton », tente-t-il de négocier en ouvrant son haillon. « T’as qu’à prendre une photo pour expliquer. C’est fermé ! On est en grève », lui rétorque-t-on. « Allez, bon courage les gars », lance-t-il finalement, tout en démarrant son camion au son de quelques pétards qui crépitent dans le feu. Olivier fume sa cigarette devant l’entrepôt. Il est chauffeur livreur pour l’entreprise américaine XPO Logistics. Son camion, garé à l’extérieur n’a pas pu livrer ni recevoir la marchandise prévue. Il a envoyé un message pour prévenir sa direction. Il attend, discute avec les grévistes, puis rallume une cigarette.

Délocalisations à marche forcée

Depuis le rachat des sites Areva par Schneider Electric en 2010, l’entreprise est en perpétuelle restructuration. Et aujourd’hui clairement à contre-courant des annonces ministérielles de relocalisation en France de productions sensibles. Le scénario se répète jusqu’à épuisement du tissu industriel français. Les dirigeants préfèrent implanter leurs usines à l’étranger pour profiter d’une main d’œuvre meilleure marché, aux dépens des travailleurs abandonnés ici ou sous-payés là-bas. Cette fois, l’activité de production des ampoules à vide de Lattes sera rapatriée sur les sites d’Aubenas et en Inde (Salt Lake City), les disjoncteurs délocalisés à Grenoble et en Turquie. « Pour Schneider Electric, la France n’a plus vocation à être un pays industriel » confie Éric Perrin, de la CGT. Les investissements sont dirigés vers la Chine, l’Inde, la Turquie et la Hongrie, des pays dont le modèle démocratique laisse à désirer.

Une réunion sous tension

Sur le piquet de grève, la quarantaine de présents se regroupent, puis forme un arc de cercle autour des délégués syndicaux, non loin du feu maintenant alimenté par des pneus. Le délégué syndical FO, Jean-Charles Bigotière, prend la parole. « On nous vire pour 400 000 euros de bénéfice espéré d’ici trois ans à Aubenas. Ils n’en ont rien à foutre de nous. » Une quinzaine de personnes décident d’accompagner les délégués syndicaux pour se rendre à la réunion du PSE, dans un hôtel à proximité. Un syndicaliste FO fait irruption dans la salle où un diaporama est exposé : « pour beaucoup ici, on a vécu trois PSE. Je suis écœuré de l’état des propositions avancées par l’entreprise. Des propositions en deçà de celles présentées à Fabrègues, indignes d’une structure comme Schneider Electric. Nous voulons une prime Covid, nous voulons une prime préjudice, prime qui existait auparavant. Révisez vos copies, vous verrez. »

 

La personne chargée des ressources humaines aux côtés du directeur Patrick Verne, tente de calmer la situation. « J’entends votre colère. Aujourd’hui, il y a des négociations, il y en aura deux autres la semaine prochaine. On ne fera pas de miracles… » Mais Jean-Luc, un ancien de la boîte, ne tient plus, il interrompt : « il y a 2 ans, on nous a promis la pérennité des emplois, on nous a bernés. Maintenant, il faut payer ! » Jean-Charles, assis à la table des négociations enchaîne : « maintenant, ça suffit, on va se mettre en grève de la faim si vous ne ramenez pas du concret ». Assis à quelques chaises de là, Éric Perrin, secrétaire du comité social économique (CSE) prévient : « j’espère que la direction a pris la mesure de la détresse des salariés qui subissent la pression des PSE successifs. » La petite délégation sort vite rejoint par les élus salariés du CSE. La direction a demandé une interruption de séance lui permettant de rendre compte de la situation à ses supérieurs et d’orienter le débat.

 

Pour Jean Charles, le sentiment de haine reste palpable à l’issue de cette réunion. « Les négociations démarrent au ras des pâquerettes. » Le reclassement d’une quinzaine de postes sur Aubenas en vue d’un bénéfice supposé de 400 000 euros d’ici trois ans, n’est que de la poudre aux yeux. « Il ne faut pas s’attendre à aller jusqu’à la retraite là-bas. Aubenas va subir le même sort. » La prochaine réunion devant sceller la destinée des salariés est fixée au 29 janvier, mais d’ici là deux réunions de négociations sont prévues les 12 et 15 janvier prochains. Deux nouvelles occasions pour les salariés de porter haut leurs revendications.

Publié le 16/01/2021

 

 

« Leur folie, nos vies », le réquisitoire de François Ruffin en faveur de l’égalité

 

Par Marie-Claire Calmus (enseignante et autrice) sur www.humanite.fr


 

Dans son essai publié aux « Liens qui libèrent », le député insoumis de la Somme dresse une cartographie des injustices grâce à de nombreux entretiens, tout en accusant le pouvoir au service de l’argent.

 

Le livre de François Ruffin nous réveille en aiguisant notre regard sur l’état de la société en général, avec l’épidémie certes, mais au-delà d’elle.

 

Cette contrainte sur nos vies, comme l’auteur le dit dans l’épilogue, contraste avec l’absence totale de contrôle exercé sur l’économie : « Sur la vie, sur nos vies, ils sont capables d’instaurer d’immenses contraintes. Mais sur l’économie aucune, à aucun moment : elle doit se mouvoir librement, elle. Il faut la “libérer” toujours plus. Quand bien même elle ne servirait plus la vie, quand bien même elle lui nuirait… C’est avant tout une défaite intellectuelle cette histoire, une défaite de la pensée. »

 

Le plus saisissant dans ce livre militant est la variété des témoignages issus d’enquêtes obstinées et scrupuleuses qui ne sont pas sans rappeler celles de la Misère du monde, de Bourdieu. Les interviews révèlent la monstruosité des inégalités et malgré les belles promesses présidentielles, l’absence totale d’amélioration de la condition des plus pauvres – ces travailleurs de la base, souvent précaires, qui nous ont permis de survivre tous ces mois et continuent de le faire vaillamment – matériellement comme psychologiquement. « Quand les différences deviennent un fossé qui s’est creusé, qu’on a creusé, elles créent des dissemblables, elles rendent illusoire une société d’égaux, de citoyens. Elles installent une honte qui nous hante des deux côtés, les yeux qui s’évitent, la culpabilité qui ronge. C’est un refoulé social, et d’autant plus aisément refoulé que ces métiers, pour la plupart, sont invisibles, sont comme à l’arrière-plan de nos vies dont ils forment la trame. Ce Covid-19 c’est le retour du refoulé, c’est un “révélateur”. »

Collusion avec les grosses firmes

S’appuyant toujours sur les déclarations présidentielles aussi pompeuses que creuses, Ruffin éclaire l’autre volet de ce mépris du peuple : l’abandon de ceux que l’industrie met à la rue au profit des actionnaires, délocalisant ses usines les plus performantes.

 

L’auteur rappelle ses combats et ses dénonciations quant à la collusion du pouvoir avec les grosses firmes : « J’ai déjà trop écrit sur les commanditaires de son élection, sur le magot, le “hold-up tranquille”, ces “dix points de valeur ajoutée qui ont glissé de la poche du travail à celle du capital”, sur les “500 fortunes qui représentent 5 % du PIB il y a vingt ans, 30 % désormais'' sur le “triplement de la part des dividendes”, record battu cette année, 60 milliards pour le CAC 40, record mondial à plus de 1 400 milliards, sur cet immense magot qui doit rester caché, secret, que ça ne nous donne pas des idées… »

 

C’est pour réparer relativement tant d’abus que l’auteur réclame une hausse des impôts pour les riches et pour tous les gens de la base, un statut – ce statut qui exaspère ceux qui défendent le libéralisme –, les cheminots ou les enseignants, par exemple.

Engagement politico-social vibrant

Sans doute, cet engagement politico-social vibrant laisse-t-il dans l’ombre les aspects psychosociaux inquiétants de cette domination que nous avons les uns et les autres analysés : raréfaction des échanges, atteintes à la vie relationnelle, culturelle, affective, etc.

 

Les démunis en souffrent tout autant que nous et comme nous sont fort capables de les dénoncer.

Dans un défilé parisien de gilets jaunes à la mi-août 2020, propos et bannières témoignaient de cette critique des mesures liberticides. Mais il reste que l’urgence vitale est bien celle de s’en prendre à l’inégalité. Les combats de François Ruffin et ce livre courageux nous y incitent.


 

Publié le 11/01/2021

 

Aux racines de l’hésitation vaccinale en France (deuxième partie)

 

 

2010, la bascule de l’opinion publique française

 

 

 

Grippe A/H1N1, la fausse pandémie

 

Une alerte pandémique mondiale a été lancée par l’OMS après l’apparition, au printemps 2009, au Mexique, d’une grippe jugée alors sévère, et qui frappait un plus grand nombre de jeunes. Finalement, pendant l’hiver 2009-2010, cette grippe s’est révélée peu virulente, autant qu’une grippe habituelle.

 

Mais une campagne de vaccination d’ampleur mondiale a été lancée et a presque partout échoué.

 

La France a acheté 94 millions de doses de vaccins, pour vacciner 75 % de sa population avec deux doses. Finalement, la commande de plus de 50 millions de doses a été résiliée, car seuls 5,36 millions de Français se sont fait vacciner, 563 000 personnes seulement ont reçu les deux doses du vaccin.

 

« Il y a eu plusieurs niveaux de critiques à la suite de cette campagne vaccinale, analyse le psychosociologue Jocelyn Raude. Il y a d’abord une critique économique, sur le nombre de vaccins achetés, qui est tout de suite suivie par la critique sur les liens d’intérêts de plusieurs experts. Ce n’était pas une question nouvelle, mais elle n’avait pas émergé dans le débat public. 2009, c’est aussi le moment de l’explosion des réseaux sociaux, dont se saisissent les milieux conspirationnistes. La vaccination devient le cœur de leur récit, qui est déjà construit autour de la figure de Bill Gates. À l’époque, il est accusé de vouloir contrôler la population grâce à des nanoparticules dans les vaccins. On voit aussi émerger des figures vaccino-sceptiques issues du monde médical – les professeurs Luc Montagnier et Henri Joyeux – qui portent les questions autour des adjuvants dans les vaccins, en particulier les sels d’aluminium. Ces discours sont relayés par les grands médias, Henri Joyeux est invité au journal télévisé de grandes chaînes nationales. »

 

Très vite, la confiance dans le vaccin s’érode : « Au cours de cette période, on voit grimper le nombre de réticents à la vaccination de 10 à 40 %, poursuit le psychosociologue. Parmi eux, il n’y a pas que des complotistes ou des anti-vaccins, mais aussi des personnes inquiètes qui se posent des questions. Le scandale du Mediator, qui met au jour en 2010 les pratiques du laboratoire Servier, ferme cette séquence et installe l’idée que la vaccination est dangereuse. On voit le taux de vaccination contre la grippe s’effondrer de 66 % à 50 % parmi les personnes âgées. »

 

Au niveau politique, la vive polémique s’est soldée par des conclusions plutôt sages des deux commissions d’enquête parlementaire : elles ont estimé que le risque était difficile à cerner, et ont plutôt mis en cause les conflits d’intérêts au sein de l’OMS. La principale critique des sénateurs a porté sur les conditions commerciales des contrats passés avec les laboratoires. Roselyne Bachelot a défendu, bec et ongles, le principe de précaution. Il n’y a pas eu de suites judiciaires.

 

La gestion de la crise A/H1N1 est un traumatisme en France. À tel point qu’elle a égaré le gouvernement comme les médecins dans la gestion de la crise du coronavirus : celui-ci a été qualifié de « grippette », quand les Chinois confinaient strictement la région du Hubei. L’importance des stocks de masques, inutilisés en 2009, a été perdu de vue. Pour vacciner contre le Covid, le gouvernement a d’abord exclu la création de centres de vaccination : Olivier Véran a même raillé les « vaccinodromes », terme utilisé par les contempteurs des centres de vaccination déployés en 2009-2010. C’était pourtant le seul dispositif possible pour vacciner massivement et de la manière la plus sûre, admettaient députés et sénateurs en 2010 dans leurs rapports.

 

Une seule chose s’est bien passée pendant la campagne vaccinale contre la grippe A/H1N1 : le système de pharmacovigilance a permis de repérer une cinquantaine de cas de narcolepsie associés d’une manière significative à la vaccination : « Nous n’avions pas anticipé ces cas de narcolepsie, mais on a pu les repérer assez vite, se souvient le pharmacologue Bernard Bégaud. Dès lors que les effets indésirables ne sont pas cachés, que la balance bénéfice/risque reste favorable, il n’y a pas de scandale. Il faut tout dire. »

 

 

Les 12 vaccins rendus obligatoires pour les enfants

 

En 2016, est conduite par le professeur d’immunologie pédiatrique Alain Fischer, l’actuel « monsieur vaccin », une concertation citoyenne sur la vaccination qui s’est penchée sur les raisons de la baisse de la couverture vaccinale en France, en particulier des enfants. La concertation a auditionné de nombreux experts sur la question des effets secondaires, en particulier des adjuvants avec des sels d’aluminium qui occupent le débat public sur le vaccin. Elle se prononce en faveur de la vaccination, jugeant ses bénéfices certains. Mais elle insiste sur transparence des liens d’intérêts des experts, ainsi que sur la formation des médecins sur les vaccins, sommaire. Cependant, la concertation citoyenne ne se prononce pas sur les choix politiques.

 

La ministre Agnès Buzyn tranche : à partir du 1er janvier 2018, l’obligation vaccinale des enfants est étendue, ils doivent désormais être vaccinés contre onze maladies au lieu de trois pour pouvoir être admis en crèche ou rentrer à l’école. Cette décision est très efficace : la part des nourrissons vaccinés contre l’hépatite B augmente de 8 points, de 11 points pour le méningocoque.

 

Et paradoxalement, elle restaure un peu la confiance chez les Français. Selon une étude internationale publiée dans The Lancet sur la confiance dans le vaccin dans 149 pays entre 2015 et 2019, la France est le pays le plus défiant au monde, aux côtés de la Mongolie et du Japon. Mais entre 2015 et 2019, cette confiance remonte un peu.

 

 

Vaccination contre le Covid : la polarisation de société française

 

Elle s’annonce comme la plus grande campagne de vaccination jamais conduite dans le monde, et elle débute avec un vaccin faisant appel à une technologie nouvelle, l’ARN messager. Les défis sont nombreux : la négociation des contrats avec les laboratoires, la logistique, qui doit permettre une campagne massive et sûre, la pharmacovigilance.

 

Le pharmacologue Bernard Bégaud, préside aujourd’hui EPI-PHARE, le groupement public en épidémiologie des produits de santé, qui associe l’assurance-maladie et l’ANSM. Il n’est pas inquiet sur la qualité de la pharmacovigilance à venir : « Le Système national des données de santé est un outil exceptionnel, l’une des plus grandes bases de données de santé au monde. On va pouvoir suivre deux cohortes de patients comparables : l’une vaccinée, l’autre pas, et les comparer. Cela va bien fonctionner », assure-t-il.

 

Et la France bénéficie d’ores et déjà de l’expérience des Américains et des Britanniques, qui ont déjà vacciné plus de 3 millions de personnes : « Ils ont d’excellents systèmes de pharmacovigilance. Les questionnements sont en train d’être levés. Par rapport à la peur de la population française, c’est une bonne position. Et cela me paraît logique, et civique, de commencer par les personnes âgées, qui sont les plus fragiles. »

 

Le psychosociologue Jocelyn Raude met cependant en garde : « On assiste à une politisation de la question vaccinale : ceux qui sont proches des partis de gouvernement la soutiennent davantage ; ceux qui sont proches des extrêmes, à droite ou à gauche, sont méfiants. C’est devenu un marqueur identitaire. Ce qui est aussi très frappant, en France, c’est de voir le faible taux de confiance envers les institutions médicales et sanitaires. On ne voit pas ça dans d’autres pays. »

 

Caroline Coq-Chodorge sur www.mediapart.fr


 

Publié le 11/01/2021

 

 

Fermeture de Schneider Electric près de Montpellier : "On sacrifie des talents, un savoir-faire"

 

Par Fabien ARNAUD sur www.midilibre.fr

 

 

Le groupe industriel a prévu de fermer son site de Lattes. Des salariés réagissent.

 

Réunis autour d’un feu, des salariés de Schneider Electric, à Lattes, occupaient l’entrée de leur usine, vendredi dernier.

 

Une action menée par les syndicats CGT et FO, alors que se tenait une réunion des partenaires sociaux et de la direction, dans le cadre du plan social qui frappe cette entité de 80 salariés. En septembre dernier, le groupe industriel a annoncé qu’il réorganisait son activité "moyenne tension", pour la concentrer sur trois pôles compétitifs à Mâcon, Aubenas et dans l’Isère.

 

L’arrêt de la production sur l’unité de Lattes, qui fabrique des ampoules à vide et des disjoncteurs, est prévu "pour le second semestre 2021", indique Schneider Electric.

 

 

Jean-Marc, depuis 32 ans dans l’entreprise

 

Parmi les manifestants, plusieurs anciens de l’entreprise dénoncent la fermeture progressive, ces dernières années, des sites de production présents sur Montpellier et sa région : La Pompignane, Fabrègues, et aujourd’hui, Lattes. "Avant, cela représentait 800 salariés", souligne Jean-Marc Prieur, élu au conseil social et économique, employé depuis 32 ans.

 

"L’entreprise appartenait à Alsthom, elle a été reprise par Areva, puis par Schneider en 2013. Ça a été le début des fermetures." "Depuis le rachat par Schneider, il y a eu trois PSE successifs, poursuit Didier, salarié cadre, secrétaire du syndicat FO Schneider Electric à l’union départementale. Le groupe a racheté l’activité moyenne tension d’Alsthom, tout ça pour nous fermer."

 

Amertume, parmi les salariés. "Notre site a toujours été bénéficiaire, rappelle l’un d’entre eux. À l’époque, on renflouait Alsthom, on développait nos propres produits, on vendait en Angleterre, au Mexique, en Arabie Saoudite." "Il y avait un vrai savoir-faire local", confirme Jean-Marc Prieur. Didier ressent lui aussi un gâchis : "On sacrifie des talents, un savoir-faire. Cette restructuration va faire beaucoup de dégâts."


 

Publié le 10/01/2021

 

 

Aux racines de l’hésitation vaccinale en France (première partie)

 

Par Caroline Coq-Chodorge sur www.mediapart.fr

 

 

 

Au pays de Pasteur, le vaccin a longtemps été une fierté nationale. Mais la confiance s’est érodée. Les campagnes ratées ont fait le lit des discours anti-vaccins et complotistes. Les éclairages d’une philosophe, d’un sociologue et d’un pharmacologue.

 

 

La France a retrouvé un fragile contrôle de l’épidémie, déjà menacé par le variant anglais plus virulent. Et plus que tout autre pays, elle entre dans la campagne de vaccination dans l’hésitation. « Les politiques sont dans leurs petits souliers », dit l’historienne et philosophe des sciences Annick Opinel, chercheuse à l’Institut Pasteur et membre du comité technique des vaccinations à la Haute Autorité de santé, dont les recommandations guident les priorités de la campagne vaccinale.

 

« Le principe de précaution peut aller dans un sens, ou un autre : faut-il vacciner vite, ou prendre son temps ? Il n’y a pas de réponse précise, il faut une bonne dose d’humilité, c’est impossible d’être sûr de soi. » C’est ce qu’elle déclarait mi-décembre. Depuis, de nombreuses questions sont levées sur les risques du nouveau vaccin ARNm de BioNTech/Pfizer, et la polémique monte sur la lenteur de la vaccination en France : au 1er janvier, seules 332 personnes étaient vaccinées, contre 168 000 en Allemagne, 2,79 millions aux États-Unis, 1 million en Grande-Bretagne et en Israël.

 

Mais ces derniers jours, le principe de précaution semble basculer de la prudence devant un nouveau vaccin vers l’urgence de vacciner au plus vite pour protéger les plus fragiles et, à moyen terme, arrêter l’épidémie.

 

Le ministre de la santé Olivier Véran, qui assumait de prendre son temps au journal de France 2 le 30 décembre, a changé de pied : il a annoncé le 31 décembre que la campagne allait « prendre de l’ampleur » : dès lundi, la vaccination sera lancée pour les professionnels de santé de plus de cinquante ans ; début février seront ouverts pour les plus de 75 ans des « centres de vaccination ».

 

Cela n’a rien d’évident de s’inoculer un virus inactivé, ou désormais une molécule d’ARN contenant un code génétique, pour se protéger d’une maladie. Les vaccins ont toujours suscité des résistances, dès leur apparition à la fin du XIXsiècle : « C’était le cas dans la plupart des pays, explique le psychosociologue Jocelyn Raude. En Grande-Bretagne, aux États-Unis ou au Brésil, on a vu se former des brigades anti-vaccination, il y a eu des manifestations, des émeutes à Rio de Janeiro. »

 

Mais en France au contraire, il y a eu, pendant un siècle, « un consensus politique et culturel très fort dans l’opinion, qui a duré près d’un siècle », poursuit-il. « La vaccination moderne et la figure de Pasteur étaient des sources de fierté nationale. Les vaccins pouvaient même être considérés un instrument de soft power pour la France. »

 

Dans le monde, l’efficacité des vaccins a très vite emporté l’adhésion de la population : « La vaccination a fait disparaître la poliomyélite en quelques mois, c’était spectaculaire. Cette maladie infectieuse laissait handicapées de nombreuses personnes, qui étaient visibles dans la société. L’effet sur la rougeole a aussi été très net. Mais les personnes qui ont vu les conséquences de ces grandes maladies infectieuses ont aujourd’hui plus de 70 ans. Cette mémoire est en train de disparaître. »

 

Depuis la fin du XXe siècle, les controverses autour des vaccins se multiplient. En France, explique Jocelyn Raude, « elles apparaissent autour des vaccins au cours de la campagne vaccinale contre l’hépatite B ».

 

 

La vaccination contre l’hépatite B a raté sa cible, sous l’influence des laboratoires

 

A partir de 1994, sous l’impulsion du ministre de la santé Philippe Douste-Blazy, la France se lance dans une vaste campagne de vaccination contre ce virus, à l’origine de cirrhoses et de maladies du foie. Elle suit les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui, en 1992, recommande la vaccination universelle contre l’hépatite B, en privilégiant les nourrissons et les adolescents.

 

Si le virus est très présent dans les pays en développement, il l’est beaucoup moins dans les pays riches, la prévalence du virus y est inférieure à 2 %. Pourtant, les autorités françaises ont tenu « des discours alarmistes et mensongers sur la gravité de l’hépatite B en France », se souvient le professeur de pharmacologie bordelais Bernard Bégaud. « Bien sûr, ce virus est à l’origine d’infections hépatiques graves, parfois mortelles. Mais on a entendu que l’hépatite B se transmettait par la salive, que ce virus faisait plus d’un mort en un jour que le Sida en une année. Tout cela était faux. La campagne de communication a été démesurée, financée par les laboratoires. On a même fait appel à des animateurs de Fun Radio qui ont fait le tour de France en camion pour sensibiliser les jeunes. »

 

Bernard Bégaud dirigeait alors la pharmacovigilance au sein de l’Agence du médicament et a vu remonter « 640 signalements de sclérose en plaques. Au départ, on ne comprenait pas pourquoi : la campagne ne devait viser au départ, selon les recommandations de l’OMS, que les enfants et les adolescents. Or la sclérose en plaques se déclare chez les jeunes adultes. Je me suis battu à l’époque pour obtenir le nombre de personnes vaccinées : 33 millions de personnes, 10 millions d’enfants et 23 millions d’adultes ont été vaccinés ! La campagne vaccinale a raté sa cible, aucun pays au monde n’a vacciné autant d’adultes contre l’hépatite B !  C’est à cette époque que les médecins, les professionnels de santé ont commencé à douter ».

 

La France est le seul pays à avoir eu autant de signaux de pharmacovigilance inquiétants, de même qu’une controverse sur cette vaccination. Les autres pays se sont eux contentés de vacciner les enfants, avec beaucoup plus d’efficacité. Alors que la France visait un taux de 80 % d’enfants et d’adolescents vaccinés, seuls 30 % l’ont été à l’issue de la campagne.

 

Le pharmacologue reste, aujourd’hui encore, « troublé par cette histoire ». Il conserve, à rebours de la communauté scientifique, « un doute sur l’imputabilité de ces scléroses en plaques au vaccin contre l’hépatite B. C’était peut-être une coïncidence, les scléroses en plaques se révèlent souvent à l’occasion d’un stimulus immunitaire : un simple virus, mais aussi un vaccin. Mais il y a eu des cas troublants, où les poussées de la maladie survenaient juste après les injections. Les cas signalés à l’époque n’étaient pas plus nombreux que ceux attendus, mais tous les malades ne se sont sans doute pas signalés. Les études statistiques ne permettent pas de trancher, dans un sens ou dans l’autre. Une vaste étude épidémiologique aurait dû être conduite, pour lever le doute ».

 

La controverse est si vive que Bernard Kouchner, qui a succédé en 1997 à Douste-Blazy comme secrétaire d’État à la santé, décide d’interrompre la vaccination en milieu scolaire. Cette décision, ainsi que l’absence d’études approfondies de pharmacovigilance, a alors ancré le doute dans l’esprit des Français, y compris des professionnels de santé.

 

L’historienne et philosophe des sciences Annick Opinel a travaillé sur les archives du cabinet de Bernard Kouchner : « L’exécutif craint alors un scandale de santé publique. Bernard Kouchner a préféré mettre le holà. La responsabilité de vacciner contre l’hépatite B s’est retrouvée entre les mains des médecins généralistes. Cela a nourri des inquiétudes légitimes de parents, de la suspicion. C’est une forme d’abandon de la santé publique », regrette-t-elle.

 

Mais le doute ne gagne pas tout de suite l’opinion publique : « La première grande étude nationale sur la confiance dans les vaccins en France est lancée en 2000. Jusqu’en 2005, 90 % de la population française est encore très favorable au vaccin. Les doutes autour du vaccin de l’hépatite B n’ont pas encore gagné les autres vaccinations. Le basculement intervient avec la gestion de la grippe A/H1N1 », estime le sociologue Jocelyn Raude.

 

 

A suivre...

Publié le 09/01/2021

 

Les fichiers de police - trop peu - recadrés par le Conseil d’Etat

 

(communiqué intersyndical CGT-FO-FSU- Solidaires-Syndicat des Avocats de France-Syndicat de la Magistrature-Groupe d’Information et de Soutien des Immigrés)-UNEF / 05 janvier 2021)

 

Saisi d’un recours en référé par les organisations syndicales CGT, FO, FSU, SAF, SM, Solidaires, l’Unef, ainsi que par l’association GISTI contre les décrets qui élargissent considérablement le champ de trois fichiers de police et de gendarmerie, le Conseil d’Etat vient malheureusement de rendre une décision de rejet.

 

Bien maigre consolation, la décision du Conseil d’État vient simplement préciser que la mention des opinions politiques, des convictions philosophiques, religieuses ou une appartenance syndicale ainsi que des « données de santé révélant une dangerosité particulière » ne sauraient constituer en tant que telles des catégories de données pouvant faire l’objet d’un fichage mais que, dans l’hypothèse où des activités seraient susceptibles de porter atteinte à la sécurité publique ou à la sûreté de l’État, il sera possible de ficher ces activités, même si elles font apparaître les opinions politiques, les convictions philosophiques, religieuses, l’appartenance syndicale ou des données de santé de la personne. La nuance est importante et interdit donc « un enregistrement de personnes dans le traitement fondé sur la simple appartenance syndicale ». Il est heureux que le Conseil d’État l’ait précisé et nous veillerons à ce que la CNIL soit particulièrement attentive à faire respecter ce point.

 

Toutefois, l’atteinte portée aux droits et libertés reste conséquente car ces informations pourront toujours assez facilement apparaître dans les fichiers concernés et ce d’autant plus que parmi ces fameuses « activités susceptibles de porter atteinte à la sécurité publique ou à la sûreté de l’Etat», peuvent désormais figurer les « habitudes de vie », notion particulièrement floue, ou encore l’activité d’une personne sur les réseaux sociaux.

 

En outre, ces fichiers peuvent avoir des conséquences directes sur la situation professionnelle d’un bon nombre de salarié.es. Ils sont directement consultés pour toutes les enquêtes administratives préalables aux recrutements, affectations, mutations, décisions d’agrément ou d’habilitation pour certains emplois (emplois publics ou privés relevant du domaine de la sécurité ou de la défense, l'accès à des zones protégées comme les sites nucléaires, les sites militaires, aéroports, emplois au sein d’une entreprise de transport public de personnes…). Ils sont aussi consultés par les préfectures à l’occasion des demandes de titres de séjour ou de naturalisation par les étrangers.

 

Il est donc évident que le combat ne peut s’arrêter là : nos organisations reviendront donc devant le Conseil d’Etat pour obtenir l’annulation des dispositions les plus inquiétantes des décrets contestés.

Publié le 09/01/2021

 

Macron, meilleur allié des anti-vaccins

 

Par Pierre Jacquemain sur www.regards.fr (éditorial du 03 janvier 2021)

 

Nous allons de fiasco en fiasco, et nous voilà désormais dans celui du vaccin. La France est à la traîne. Le mot est faible. Mais ça n’est pas de l’avis du président de la République, irréprochable, selon lui, car la France est le pays qui gère le mieux la crise... toujours selon lui.

 

Emmanuel Macron est en colère : « Ça doit changer vite et fort », a-t-il prévenu lors de ses vœux aux Français. Dans le viseur, son ministre de la Santé, Olivier Véran, comptable des mauvais chiffres de la vaccination contre le virus du Covid. Près de 10 millions de personnes se sont déjà vues administrer une dose du vaccin à travers le monde : 4,5 millions en Chine, un million au Royaume-Uni, 150.000 en Allemagne, 60.000 en Russie, 25.000 au Mexique et… 340 en France. Des chiffres qui font mal. Et qui font peur aussi.

 

Sommes-nous gérés par des incompétents ? Des inconscients ? Des amateurs ? Leur responsabilité est immense. Mais Emmanuel Macron lâche les siens. Tout d’un coup, ça n’est plus de sa faute, c’est les autres. En l’occurrence le ministre de la Santé. Ça n’empêche pas le président Macron d’affirmer droit dans ses bottes un soir de réveillon que, l’air de rien, nous sommes sans doute le pays au monde qui a mieux géré la pandémie.

 

Pourtant, si l’on sondait la population, il n’est pas certain que l’écho d’en bas, celui des Français, soit aussi enthousiaste. Ça n’a échappé à personne – sauf peut-être à ceux d’en haut : qu’il s’agisse des masques – passés de inutiles à un peu utile pour terminer obligatoire dès six ans –, ou encore des tests – dès le 11 mai, jour de déconfinement, Emmanuel Macron avait juré que le gouvernement prévoyait jusqu’à 700.000 tests par semaine dès la fin mai pour ne devenir qu’une presque réalité en octobre (bien que les processus soient restés chaotiques) – et maintenant le vaccin – dont on ne comprend rien de la stratégie –, on ne peut pas dire que la gestion de cette crise ait été réussie.

 

Et à cette phrase satisfaite d’Emmanuel Macron, la communication gouvernementale reste la même, glorifiante : « Nous avons organisé la meilleure rentrée scolaire en Europe » (Jean-Michel Blanquer) ; « Pas un pays au monde n’a fait ce que nous avons fait pour sauver les entreprises » (Bruno Le Maire) ; « Nous sommes le seul pays à avoir autant testé la population » (Olivier Véran). Nous sommes peut-être les champions du monde de la communication mais certainement pas de la gestion de crise.

 

Ceux qui nous dirigent feraient mieux de nous dire pourquoi ça ne marche pas plutôt que nous expliquer que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. L’affaire est trop grave pour jouer les gros bras. Et ne vouloir que paraître. Paraître le meilleur aux yeux du monde, quitte à enrober la réalité. L’affaire est trop grave aussi pour ne pas voir que l’une de nos principales failles depuis le début de l’épidémie, c’est notre démocratie. Elle est plus que fragilisée. Elle est quasi inexistante. Il n’y a plus de débat. Tout se décide dans le plus grand des secrets, entre hommes, dans un conseil de Défense. « Il faut rendre la société co-responsable de la gestion de la pandémie », a déclaré Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale et président du Conseil pour l’éthique de la recherche et l’intégrité scientifique de l’Université Paris-Saclay. Il ajoute : « Après un an de pandémie, si on n’a pas compris comment gouverner une pandémie, c’est-à-dire en associant la société, en la rendant co-responsable, on échoue par nature. Et là, il y a un échec qui est dramatique […]. Nous avons maintenant besoin d’un débat mature. Il faut prendre des initiatives au niveau du Parlement, des différentes instances représentatives pour qu’il y ait du débat. Nous avons besoin de parole, besoin d’échanger, sur ce qui est essentiel par exemple. Nous avons aussi besoin, et c’est fondamental, d’admettre ce que va être la société du risque à laquelle nous allons être confrontés dans les années qui viennent. Et il n’y a pas que le risque d’une pandémie : le risque nucléaire, bactériologique, chimique, terroriste existe aussi. Donc il faut intégrer une culture de l’exposition à des risques, et discuter dans ce cadre de ce que l’on accepte et ce que l’on n’accepte pas, ce qui est proportionné, ce qui n’est l’est pas ».

 

Comme nous l’écrivions avec Catherine Tricot dans l’introduction de Dessine-moi un Pangolin : « Avons-nous les pastilles d’iodes en nombre suffisant si un accident nucléaire arrivait ? Avons-nous les stocks alimentaires pour faire face à des phénomènes extrêmes ? Disposons-nous des vaccins en quantité contre la variole ? Cette crise insinue une inquiétude redoutable ». Nous avons-là matière à nous inquiéter. Des questions aussi nécessaires que légitimes quand on s’aperçoit que dans le contexte sanitaire du Covid et alors que la grippe menace, nous n’avons pas les vaccins nécessaires contre la grippe, certains pharmaciens allant jusqu’à parler de pénurie. Nous allons de fiasco en fiasco. Et de l’incompréhension collective nous sommes passés à une défiance généralisée à la fois du politique – qui n’est pas nouvelle mais qui s’aggrave – et du monde scientifique.

 

Pourquoi sommes-nous l’un des pays les plus réticents face au vaccin ? Pourquoi, qui, comment a-t-on décidé de la stratégie de la vaccination ? D’où vient cette idée extravagante - et qui n’a pas manqué d’être largement moquée - de tirer 35 citoyens au sort pour se prononcer sur la stratégie vaccinale ? Quelle légitimité ? Quelle compétence ? Pourquoi 35 ? Y a-t-il eu consentement des soignants et des personnes âgées, vaccinés dans les Ehpad ? Pourquoi ne pas avoir ouvert l’accès au vaccin aux volontaires ? Longtemps, on nous a expliqué que la réussite de la Chine dans la sortie de la crise sanitaire était liée à l’autoritarisme du pouvoir central sur sa population. Rien n’est moins sûr – et pour en parler, Jean-Louis Rocca, sociologue, spécialiste de la Chine, sera ce lundi 4 janvier l’invité de #LaMidinale, dès 12h30. Une chose est sûre, c’est que l’autoritarisme de bureau, celui qu’exerce Emmanuel Macron depuis le Palais de l’Élysée, nous conduit tout droit dans le mur. Et donne aux anti-vaccins, de quoi se frotter les mains.

Publié le 05/01/2021

 

 

Après un an, les gauches espagnoles font le bilan d’une cohabitation chahutée

 

 

Par Ludovic Lamant sur www.mediapart.fr

 

 

Malgré la pandémie, les socialistes et leurs alliés d’Unidas Podemos, au pouvoir depuis un an, ont appliqué une partie de leur programme social et négocié un budget 2021 en nette hausse. Mais l’équilibre reste fragile, et les errements de la monarchie pourraient tendre la coalition.

 

Le gouvernement espagnol, investi il y a presque un an, le 13 janvier 2020, constitue une exception, à bien des égards. Dans l’histoire récente du pays d’abord, puisqu’il s’agit de la première expérience de coalition tentée depuis le retour de la démocratie au début des années 1980, après des décennies marquées par une alternance binaire entre conservateurs (PP) et socialistes (PSOE). À l’échelle européenne aussi, parce que c’est l’un des rares exécutifs, avec le Portugal voisin, marqués à gauche, sur un continent où les droites dominent et les extrêmes droites prolifèrent.

 

Quel premier bilan dresser de cette cohabitation entre le PSOE socialiste et la coalition Unidas Podemos, emmenée par Pedro Sánchez ? Le surgissement de la pandémie a bien sûr bousculé tous les plans, l’Espagne étant l’un des pays les plus touchés d’Europe. Mais ceux qui pronostiquaient un effondrement rapide de ce gouvernement minoritaire au Congrès des députés (il lui manque 20 sièges pour la majorité absolue) ont eu tort. Sánchez a assuré, lors d’une conférence de presse le 29 décembre, que l’exécutif avait réalisé 23 % du programme de la coalition présenté en janvier, et au moins enclenché le chantier de 90 % des promesses de départ.

 

La coalition n’a perdu que trois votes, à ce stade, au Congrès. Et à deux reprises, elle a prouvé sa – relative – solidité : elle a d’abord écarté, en octobre, une motion de censure déclenchée par le parti d’extrême droite Vox, qui n’a réuni que 52 voix (sur un total de 350 élus). Des cinq motions de censure déclenchées depuis les années de la Transition, c’est celle qui a obtenu le score le plus modeste.

 

Surtout, le gouvernement PSOE-Unidas Podemos est parvenu le 3 décembre à faire adopter un budget pour l’an prochain par une majorité bien plus large que celle qui l’avait soutenu, 11 mois plus tôt, pour l’investiture : 188 voix sur 350, grâce au soutien de la plupart des partis régionalistes ou indépendantistes (basques, catalans, etc.). Ce budget est en hausse de 10 % par rapport à 2019, pour soutenir la santé, la recherche et le social. En plus de l’enveloppe du plan de relance de l’UE, cet effort se trouve financé par des hausses d’impôts sur les revenus, le patrimoine et les sociétés, pour les tranches les plus hautes (mais dans des proportions inférieures à ce qui avait été prévu dans l’accord de gouvernement du 30 décembre 2019).

 

C’est à souligner : le gouvernement a obtenu le soutien des indépendantistes d’ERC (Gauche républicaine de Catalogne) sur ce texte, en reprenant l’une de leurs revendications phares : une harmonisation des fiscalités régionales (sur le patrimoine et les successions), ce qui va obliger la région de Madrid (tenue par la droite du PP) à relever ses taux, mettant un terme à ce qu’ERC nomme un « paradis fiscal construit par la droite madrilène » au sein de l’Espagne.

 

Des batailles internes parfois épiques, entre PSOE et Unidas Podemos, ont rythmé l’année écoulée. Certains observateurs y ont vu la preuve d’un gouvernement fragile, sur le point de tomber, d’autant que Pedro Sánchez a tenté un rapprochement l’été dernier avec Ciudadanos (libéraux), relançant les spéculations sur une majorité alternative qui ferait l’impasse sur Podemos. D’autres, moins impressionnés, rappellent que ces désaccords font partie du jeu, pour n’importe quelle coalition. À la tête de Podemos, Pablo Iglesias, par ailleurs l’un des trois vice-présidents de l’exécutif, a plaidé mi-décembre pour « normaliser » ces « tensions », qu’il juge saines, parce qu’elles permettent souvent, d’après lui, d’en revenir à l’application stricte du programme de la coalition.

 

Le gouvernement a augmenté en début d’année le salaire minimum de 50 euros (à 950 euros) et relevé les barèmes pour les aides sociales et les retraites. Mais le PSOE bloquait ces jours-ci la perspective d’une nouvelle hausse, dès 2021, sur fond d’affrontement entre Yolanda Díaz, la ministre du travail (alliée de Podemos et très populaire), et la vice-présidente Nadia Calviño, aux affaires économiques (aile « réaliste » du PSOE, qui insiste sur la nouvelle équation budgétaire provoquée par la pandémie). Sous la pression d’Unidas Podemos, l’exécutif a adopté en septembre un « revenu minimum vital », une aide censée profiter aux 850 000 ménages les plus pauvres du pays – mais qui s’avère, à ce stade, très peu distribuée.

 

À la demande de Podemos et d’autres partis régionalistes de gauche, le gouvernement a fini par adopter un décret empêchant les expulsions durant la période de l’état d’alarme sanitaire, tout comme les interruptions dans l’approvisionnement en lumière, eau et gaz, pour les ménages les plus précaires. PSOE et Podemos se sont divisés en septembre, lors du vote sur la régularisation massive des travailleurs en situation irrégulière, à l’aune de la pandémie (le texte a été rejeté, à cause de l’opposition du PSOE). L’Espagne est aussi devenue, le 18 décembre, le sixième pays du monde à autoriser l’euthanasie, lors d’un vote assez large au Congrès (opposition uniquement du PP et de Vox, soit 138 voix contre et 198 pour).

 

Sur le front des droits des femmes, l’examen du texte le plus emblématique du mandat en la matière, que la ministre Irene Montero a présenté à Mediapart en novembre, n’a toujours pas commencé au Congrès des députés. Quant à la loi sur les droits des personnes transgenres, elle semble, au mieux, retardée, en raison de vifs désaccords entre Unidas Podemos – qui la soutient ardemment – et certaines ministres PSOE, qui ne veulent pas en entendre parler (opposées à « l’autodétermination sexuelle »).

 

Impossible de dire à ce stade quelle sera l’issue de la bataille en cours sur la réforme de la justice, alors que la proposition du PSOE et Podemos est accusée de tous les côtés, et notamment depuis Bruxelles, de politiser encore plus l’institution judiciaire. Symbole des errements de la gestion du Parti populaire (PP), la « loi de protection de la sécurité citoyenne » entrée en vigueur en 2015, surnommée la loi bâillon par ses adversaires, et qui encadre notamment les relations entre manifestants et forces de l’ordre, n’a pas encore été abandonnée ni réformée, contrairement aux promesses répétées des deux formations au pouvoir.

 

« Qu’il y ait des désaccords ? Bien sûr. Parce que ce sont les patrons, les industries de l’énergie, les maisons mères des salles de jeu et Bruxelles qui appellent au téléphone [la vice-présidente socialiste] Nadia Calviño. Nous, ce sont les retraités, les expulsés, les marées blanche et verte [le nom des mouvements anti-austérité dans les secteurs de la santé et de l’éducation – ndlr] qui nous appellent », juge, dans un entretien récent à El Diario, Juan Carlos Monedero, l’un des cofondateurs de Podemos, et proche de Pablo Iglesias, un temps éclipsé à cause d’accusations de fraude fiscale.

 

 La ministre socialiste du budget María Jesús Montero, elle, met en garde contre un effet de loupe, dans un entretien récent à El País : « Les conseils des ministres sont bien plus pacifiques que l’apparence que certains en donnent, qui laissent penser que l’on n’est d’accord sur rien. Pas du tout… » Le spectacle des divisions sert l’opposition, du PP comme de Vox, deux formations engagées dans une surenchère et multipliant les attaques délétères contre un gouvernement vendu aux « Vénézuéliens ».

 

Si beaucoup des compromis obtenus au fil de l’année penchaient plutôt du côté de la ligne de Podemos, l’année 2021 pourrait s’annoncer plus difficile pour le mouvement d’Iglesias. Au-delà des élections en Catalogne le 14 février, où les résultats des deux partenaires de la coalition seront bien sûr scrutés de près, deux dossiers sont explosifs. D’abord, le projet défendu par le ministre socialiste de la sécurité sociale, qui vise à augmenter le nombre d’années prises en compte pour le calcul de la retraite – une réforme inattendue, qui ne figure pas dans le projet de coalition et pourrait braquer Unidas Podemos.

 

Mais c’est surtout l’avenir de la monarchie qui divise profondément les deux bords. Alors que l’ancien roi Juan Carlos a quitté l’Espagne en août, pour éviter la justice de son pays, et reste accusé de plusieurs fraudes fiscales de grande ampleur, le PSOE vient d’annoncer un projet de loi qui entend rénover le fonctionnement de l’institution, avec le soutien d’ores et déjà affiché du PP. La coalition Unidas Podemos, elle, se définit comme républicaine et n’a cessé de critiquer l’attitude de Juan Carlos. Pablo Iglesias a déjà prévenu qu’il ne voterait pas un texte destiné à renforcer la couronne.


 

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Publié le 02/01/2021

 

La génération de l’inquiétude

 

Par Agathe Mélinand sur www.monde-diplomatique.fr

 

 

Il y a un siècle, au sortir de la Grande Guerre, de jeunes écrivains américains qui cherchent le sens à donner à leur vie, à leur travail, forment une bande informelle, alcoolisée et inventive, entre Paris et New York.

 

« L'enfer, nom de Dieu, est un sacré stimulant (1). »

 

Mil neuf cent vingt et un. Ouverte deux ans auparavant, la conférence de la paix a redessiné l’Europe ; Paris semble la capitale artistique du monde. La Grande Guerre a massacré dix millions de soldats, la grippe espagnole fait cinquante millions de victimes. « Plus jamais ça ! » La vie humaine ne valait plus grand-chose, les vieilles valeurs s’étaient écroulées. Les Américains entraient sur la scène internationale, la révolution d’Octobre ouvrait un horizon nouveau et annonçait la polarisation des antagonismes. L’horreur des tranchées accouchait paradoxalement d’une explosion de fête et de créativité.

 

Dans la France du surréalisme et de dada, le neurasthénique président Paul Deschanel venait de démissionner, le premier congrès du Parti communiste se réunissait (2). Dans l’Amérique de la Prohibition, le président Warren G. Harding se noyait dans les scandales ; sur fond de grèves et d’attentats, un tribunal du Massachusetts condamnait à mort les anarchistes Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti ; une voiture piégée faisait sauter les bureaux de la banque JP Morgan à Wall Street — quarante morts, des centaines de blessés.

 

De jeunes écrivains américains, oscillant entre l’Europe et le pays natal, entre New York et Paris, interrogeaient : « Que ferons-nous demain ? Que ferons-nous jamais (3)  » ? C’est la question que posent ces années 1920. Comment répondre ? Nihilisme joyeux, esprit nouveau, luttes, communisme, alcool et délires, suicide, éclats de rire ? Engagement du propos, formes nouvelles ?

 

À New York, à Paris, les « enfants du jazz », comme les appellera Francis Scott Fitzgerald, se trémoussaient sur Duke Ellington ou Cole Porter en se soûlant superlativement. Entassés dans les « speakeasies » (bars clandestins) ou sur les terrasses du Sélect et de la Closerie, ils faisaient la légende des Années folles à Paris, si loin, si près des Roaring Twenties (les années « rugissantes ») d’outre-Atlantique. À Montparnasse, « les vrais artistes s’habillaient à l’américaine », comme l’avait dit Guillaume Apollinaire ; à Antibes, les milliardaires en dollars faisaient glisser sur leurs peaux bronzées des colliers de perles infinis. Ne parlez plus de guerre, de misère ; regardez plutôt ce taxi qui passe sur Broadway : Fitzgerald fait des claquettes sur le toit et sa femme Zelda chevauche le capot…

 

Ernest Hemingway a 22 ans. Correspondant du Toronto Star, il vit la vie de Paris, qui est « une fête ». Promenades, écriture, cuites, il emprunte des livres à Sylvia Beach, une Américaine qui a fondé la librairie Shakespeare and Company et va éditer Ulysse, de James Joyce. Il rend visite à Gertrude Stein, une autre Américaine, poétesse influente, collectionneuse d’art et homosexuelle affichée, qui, assise sous son portrait signé Pablo Picasso, reçoit tous les samedis. Autrefois, Georges Braque, Henri Matisse, les cubistes, puis, au début des années 1920, des écrivains américains. Une avant-garde à qui Stein va donner un nom : « Vous êtes tous une génération perdue (4).  »

 

Hemingway fera de cette phrase, en 1926, l’épigraphe de son premier roman Le soleil se lève aussi ; l’expression aura un succès considérable. Elle désigne tous ces exilés volontaires, ces inconfortables cherchant un sens à leur histoire, de Thomas Stearns Eliot, le poète missourien se choisissant anglais, aux familiers de Stein, Ezra Pound, le novateur lyrique vomissant l’Amérique, John Dos Passos, qui vient de publier son premier roman, Fitzgerald et Zelda, accompagnés de Dorothy Parker, « The Wit » (« l’esprit »), qui, par ses œuvres vitriolées, par sa vie — déprime et mondanités , sera l’une des grandes incarnations de la lost generation.

 

La voilà. Toujours chapeautée, les cheveux jamais lavés, c’est en tapant à deux doigts sur ses machines à écrire que Parker entre en littérature. De Vogue à Vanity Fair, du New Yorker à Life, en recueils ou réunis dans The Portable Dorothy Parker (The Viking Press), ses poèmes, ses nouvelles, ses critiques dessinent un univers aigu et romanesque, vache et généreux, atroce, marrant. Elle collabore d’abord à Vanity Fair, qui publie ses Hymnes à la haine (5). Elle y invente la critique théâtrale introspective — « Si vous ne tricotez pas, apportez un livre. » Elle est très amie avec le jeune Fitzgerald, 24 ans, dont le premier roman, L’Envers du paradis, connaît un grand succès.

 

En 1920, Alexander Woollcott, le critique dramatique du New York Times, réunit des amis à l’hôtel Algonquin, à Broadway. Parker est invitée. Souvenirs de guerre, perspectives de carrière, cocktails, médisances… Pendant dix ans, la « table ronde de l’Algonquin » réunira les chevaliers caustiques et provocants d’une époque sous tension. Discutant matérialisme, capitalisme, racisme, la « table ronde », vite connue comme le « cercle vicieux », excite la littérature, le théâtre, le journalisme américains. Parker, la plus intelligente des muses — elle déteste ce mot —, y scintille. L’actrice Louise Brooks viendra à l’Algonquin, et Harpo Marx, et Fitzgerald, et, plus tard, Hemingway…

 

« Make it new (6) ! » (« Faites du neuf ! »). En 1922, Eliot publie à Londres The Waste Land, dédié à Pound, son soutien, correcteur et ami. Il faut lire La Terre vaine, la « terre dévastée », cette révolution poétique, cette peinture cubiste de langues, d’époques, de citations, le tableau d’une Europe à bout : « Je te montrerai la peur dans une poignée de poussière. »

 

Dos Passos descend la 5e Avenue ; il vient de publier Trois Soldats. C’est la guerre crue au quotidien. Constat brutal, succès. En 1922, il déjeune avec les Fitzgerald au Plaza, où « les fleurs ressemblant à des billets de 10 dollars or (7)  » laissent le jeune écrivain aux idées communistes assez froid. Quelques cocktails, promenade dans la torpédo rouge. « Dos » et Zelda montent sur une grande roue, Scott finit le whisky. « Dos » dira : « Il émanait d’eux une atmosphère d’innocence dorée et ils étaient beaux à en désespérer. »

 

Il faut imaginer les Fitzgerald à Long Island. Orgies, manoirs et inspiration. Les fêtes insensées du richissime Herbert Bayard Swope, éditeur et journaliste, réunissent le tout-Hollywood et Broadway, et ceux qui comptent. Parker a sa chambre. Elle vient de publier sa première nouvelle, s’est un peu suicidée, fréquente les riches qu’elle déteste, découvre le whisky — « Allez, finis le tien qu’on en prenne un autre (8). » Scott, lui, englué de gin et de mondanités, écrit trois chapitres en deux ans…

 

Hemingway aussi vient de publier ses premières nouvelles. Il boit au Dingo Bar, en 1925, à Paris, quand le célèbre Fitzgerald passe la porte. La scène est connue. On sait que Le soleil se lève aussi, tableau d’un après-guerre émasculé, doit beaucoup à l’auteur de Gatsby. Corrections, suggestions. On sait qu’ils deviendront amis, iront chez Stein, à la Closerie et, sans bruit, se brouilleront. Curieuse et triste relation — admiration fascinée et semi-mépris jaloux sur fond de rivalité littéraire et d’alcool. William Faulkner résumera : « Ils ne se ressemblaient pas, ils occupaient seulement le même emplacement (9).  » Oui, ils étaient au même endroit.

 

Parker, elle, est surexcitée quand Hemingway vient à l’Algonquin, en 1926. « Sa prose dénudée jusqu’à l’os », comme elle dit, l’a bluffée. Elle a publié en un an dix poèmes et nouvelles dans le New Yorker. Les sujets ? Des ruptures, les fâcheux mondains, l’alcool, la pluie, sa vraie vie, le vide… et ce style au cordeau. Hemingway lui racontera sa guerre, son Espagne, son Paris. Elle s’embarquera sur un transatlantique avec son platonique héros.

 

Paris ! Tous les audacieux expatriés, comme elle dit, sont là. Elle vit au Lutetia, va chez Stein, admire le silencieux Joyce, de loin… Elle établit le premier recueil de ses poèmes, Enough Rope (« Assez de corde »), qui, quelques mois plus tard, fera l’événement. Les Fitzgerald lui présentent Sara et Gerald Murphy, un « couple en or » dont les fêtes réunissent le Paris des arts et de l’argent. Parker descend chez eux, sur la Riviera. Fitzgerald décrira dans Tendre est la nuit « les gens chics et célèbres, les flots de jazz qui ressemblent à des sanglots ». Il y a Dos Passos qui s’échoue en bateau, Hemingway, avec femme et maîtresse, Scott qui jette des tomates sur les duchesses… C’est comme un été de fin de rêve. Les Murphy seront les Dick et Nicole de Tendre est la nuit.

 

Le 24 octobre 1929, la Bourse s’écroule. Fin des Années folles. La Grande Dépression et ses millions de chômeurs trouveront peu d’écho dans les livres du groupe. Ce n’est pas leur société. Hemingway écrit sa guerre d’Espagne et ses corridas, Fitzgerald, cent nouvelles alimentaires, Eliot médite ses mystiques Quatre Quatuors. Seul Dos Passos, avec sa trilogie USA (1938), écrit politiquement son pays, invention formelle et inscription dans les combats du temps. Après l’assassinat en Espagne d’un de ses amis par les staliniens que soutient Hemingway, il se fâche définitivement avec ce dernier. On regrette de retrouver le rouge Dos Passos ultraréactionnaire et soutenant Joseph McCarthy pendant la guerre froide.

 

Autre choix politique. Pound, cherchant une « nouvelle civilisation », élaborant l’œuvre de sa vie, ses Cantos, soutiendra activement tous les fascismes et l’antisémitisme. Il sera interné pour maladie mentale aux États-Unis. À la fin, à Venise, il ne parlera plus.

 

Et Fitzgerald ? Il ira aussi mal que possible, mettra neuf ans à écrire son sublime Tendre est la nuit (1934). Puis, scénariste, il se laissera torturer par Hollywood et, à 44 ans, sera enfin lâché par son cœur. Plus personne ne savait qui il était.

 

Hemingway deviendra une icône. Il recevra le prix Nobel de littérature en 1954, après Le Vieil Homme et la mer. Sept ans plus tard, il se suicidera d’un coup de fusil.

 

La génération perdue disparaît sans même avoir pris le temps de créer un mouvement. Le moment les avait rassemblés, la politique, les mondanités… et leur regard désenchanté.

 

Parker ? Elle survivra. Les années 1930 la verront critique littéraire au New Yorker, elle publiera sa formidable nouvelle La Grande Blonde et n’écrira jamais de roman. Elle épousera deux fois le même homme, perdra luxueusement dix ans de sa vie à Hollywood, n’étant réellement créditée que pour deux films — La Vipère, de William Wyler, et Une étoile est née, de George Cukor. Autrefois manifestante à Boston contre la condamnation de Sacco et Vanzetti, elle adhérera au Parti communiste à Hollywood et à la Ligue antinazie. Elle boira comme ce n’est pas croyable, parfois avec Tennessee Williams, sera une irrégulière critique littéraire au magazine pour hommes Esquire, ratera la Beat Generation, tiendra une chaire de littérature en Californie, sera veuve, fauchée comme les blés, finira sa vie dans une chambre d’hôtel, bigleuse avec whisky. Et, en 1967, à 73 ans, après une dernière soirée sur la très chic Park Avenue, mourra devant sa télévision, son caniche noir sur les genoux.

 

Elle léguera tous ses droits à Martin Luther King.

 

 

(1) John Dos Passos, Trois Soldats, Le Castor astral, Bègles, 2018 (1re éd. : 1948).

(2) Lire Julian Mischi, « Il y a cent ans naissait un parti authentiquement populaire », Le Monde diplomatique, décembre 2020.

(3) Thomas Stearns Eliot, La Terre vaine et autres poèmes, Points, Paris, 2014 (1re éd. : 1922).

(4) Ernest Hemingway, Paris est une fête, Gallimard, coll. « Folio », Paris, 2012 (1re éd. : 1964).

(5) Dorothy Parker, Hymnes à la haine, Phébus, Paris, 2010 (1re éd. : 1967).

(6) Slogan moderniste d’Ezra Pound, 1928.

(7) John Dos Passos, La Belle Vie, Gallimard, coll. « L’étrangère », 2002 (1re éd. : 1966). La citation suivante est extraite du même livre.

(8) Dorothy Parker, Mauvaise journée, demain, 10/18, Paris, 2000 (1re éd. : 1928).

(9) William Faulkner, Le Domaine, Gallimard, coll. « Folio », 2004 (1re éd. : 1959).

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