PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

janvier 2022

publié le 17 février 2022

Mélenchon à Nantes : un show pour satelliser ses adversaires

Pauline Graulle sur www.mediapart.fr

Dans une salle entourée d’écrans projetant des images de l’espace, le candidat insoumis à la présidentielle a évoqué sa ligne en matière de politique spatiale et numérique. Il a aussi beaucoup parlé d’écologie et, un peu, d’union de la gauche.

Nantes (Loire-Atlantique).-  Écouter une virulente critique du capitalisme tout en humant, derrière son masque FFP2, des effluves de bergamote, le tout face à l’infinité du ciel… L’expérience politico-sensorielle restera longtemps dans les mémoires des quatre mille personnes qui se sont rendues, ce dimanche 16 janvier, au palais des expositions de Nantes.

À son arrivée dans la salle entourée de quatre murs-écrans de 50 mètres de long et de 6 mètres de haut, Jean-Luc Mélenchon n’a pas boudé son plaisir : « Après le meeting en réalité augmentée, voici le meeting immersif et olfactif ! », a-t-il lancé comme s’il n’en revenait pas lui-même.

Pendant des semaines, les rumeurs les plus folles étaient allées bon train sur ce qui allait advenir lors de ce fameux rendez-vous nantais : que cachait cette affiche aux faux airs de Rencontres du troisième type, où l’on nous promettait d’assister à une « Première mondiale » ? Jean-Luc Mélenchon, virtuose de l’hologramme, serait-il présent IRL (« in real life ») ? Organiser un meeting olfactif alors qu’une pandémie s’attaquant à l’odorat s’abat depuis deux ans sur la planète relevait-il de la provocation ?

En définitive, pas d’atterrissage de l’Insoumis en vaisseau spatial sur la scène du palais des expositions. Tout juste s’est-il livré, en costume bleu nuit et cravate rouge, à un discours classique de candidat à la présidentielle, dans un décor teinté de poésie et de science destiné à l’imposer comme Monsieur « ès modernité » de la politique française. Loin d’un Éric Zemmour qui découvrait, ce même week-end, en direct à la télévision, que Java Script était le nom d’un langage informatique.

Mais avant les effets spéciaux, un peu de patience. Le Parlement de l’union populaire, collectif de soutien lancé fin 2021, avait préparé une première partie consacrée à la culture : dans une mise en scène signée Clémentine Autain et Christian Benedetti, directeur (insoumis) du théâtre d’Alfortville (Val-de-Marne), la comédienne Mireille Perrier, l’acteur Olivier Rabourdin et l’écrivain Abdourahman Waberi, se sont relayés pour lire du Ernaux, du Pasolini, du Despentes, et du Glissant.

Puis un petit bain de senteurs a commencé à titiller les narines, et Mélenchon s’est lancé dans une virulente critique du « système capitaliste ». « Ils inventent des passes sanitaires, et des vaccins à une, deux, trois, quatre, cinq doses ! », sans jamais engager le début d’un changement de modèle, a-t-il déploré, arguant que la « cupidité » du système était directement responsable du Covid. 

C’est vu de l’espace qu’on comprend ce qu’il y a à faire sur la Terre.

Sur fond de village champêtre projeté sur les écrans géants, le fer de lance de la « règle verte » (ne pas prendre à la nature davantage que ce qu’elle peut donner) n’a pas oublié de revenir sur les points forts de son programme en matière sociale : le Smic à 1 400 euros « dès le premier jour » du quinquennat, la retraite à 60 ans, la limitation des frais bancaires… « Alors oui, nous allons plonger dans la pauvreté des gens qui vivront avec seulement 12 millions d’euros », a-t-il ironisé, en référence à la réforme qu’il envisage sur les frais de succession, sous les rires d’une salle en pleine tentative d’identification d’un arôme citronné.

Une allusion à Gagarine, et la salle est devenue un ciel étoilé. D’un côté, la lune à la clarté diaphane, de l’autre, la planète bleue se dévoilant sous les nuages de l’atmosphère. « C’est vu de l’espace qu’on comprend mieux tout ce qu’il y a à faire sur la Terre », a dit joliment Mélenchon, avant d’enchaîner sur la diplomatie « altermondialiste » qu’il veut mettre en œuvre quand il arrivera à l’Élysée.

Entre une référence aux « astéroïdes Tchouri » et à Don’t look up, le film qui a réveillé, à grands coups de météorite, la conscience écolo des abonné·es de Netflix cet hiver, il a esquissé, en deux mots – « démilitarisation » et « démarchandisation » – les grandes lignes de sa politique spatiale.

Des réseaux Internet qui s’agitent en arrière-fond pour disserter sur la maîtrise des serveurs, la relocalisation de l’industrie électronique et l’intelligence artificielle dont il ne « faut pas avoir peur »… et une nouvelle ambiance.

Cette fois, c’est la grande bleue qui a rempli les écrans, avec en bande-son, le chant du roulis des vagues. Pendant qu’on croyait déceler quelques effluves d’iode, Mélenchon a enchaîné sur les éoliennes, l’interdiction des objets en plastique jetable, l’accès à l’eau, et la recherche fondamentale qu’il veut relancer avec force financements publics.

Puis, le sketch final : l’union du « centre-gauche ». « Écoutez-moi, faites confiance à une tortue électorale sagace, comme moi. Rien ne sert de courir, il faut partir à point, et j’ai déjà épuisé quelques lièvres », a-t-il glissé, moquant l’inextricable situation de Christiane Taubira, Anne Hidalgo et Yannick Jadot. « Épargnez à ces gens la souffrance du ridicule : regroupez-vous avec nous ; et moi au deuxième tour, j’en ferai mon affaire [de l’union – ndlr], vous verrez que j’arriverai à les convaincre, je les connais ! », a-t-il ri, alors qu’une fragrance florale s’infiltrait délicatement sous le FFP2.

Justement, le mouvement mélenchoniste ajoutait ce dimanche deux belles prises à son tableau. Le populaire maire de Trappes et très proche de Benoît Hamon, Ali Rabeh, d’abord, qui, en prologue du « show », est monté sur la scène pour dire tout le bien qu’il pensait du « projet de société audacieux et mobilisateur » de son nouveau champion.

Le député communiste Sébastien Jumel, ensuite, est apparu en vidéo sur les quatre écrans géants de la salle, recourant à Baudelaire (« Homme libre, toujours tu chériras la mer ! ») et à Audiard (« La gauche éparpillée façon puzzle ») pour justifier sa décision de rejoindre Mélenchon. Pendant ce temps-là, en coulisses, l’Insoumis avait déjà la tête dans les étoiles.

publié le 17 janvier 2022

Oxfam. Pendant la pandémie, la pauvreté s’étend
et les fortunes s’envolent

Bruno Odent sur www.humanite.fr

Le rapport rendu public par l’ONG Oxfam ce lundi vient confirmer un creusement abyssal des inégalités en France et dans le monde, au moment même où le coronavirus répandait son lot de souffrances.

La misère explose, les dividendes s’éclatent. Le rapport que rend public l’ONG Oxfam ce 17 janvier est accablant pour l’ordre capitaliste dominant. Dans la période où le coronavirus étend ses ravages, les inégalités se sont creusées comme jamais. Des dizaines de millions de personnes au bas de l’échelle des classes moyennes ont été propulsées sous tous les seuils de pauvreté. Parallèlement, le nombre des milliardaires et la fortune des principales figures du capital dans le monde ont gonflé dans des proportions jamais vues jusqu’ici. Le « quoi qu’il en coûte », l’argent gratuit distribué massivement par les banques centrales et exclusivement réservé à l’usage des ténors des Bourses et de la haute finance a constitué le principal vecteur de cet enrichissement sans précédent. Changer radicalement les paradigmes et réorienter l’attribution des crédits non plus pour sauver le capital mais pour développer toute l’humanité et ses biens communs est ainsi devenu aussi crucial que vital.

À trois mois de l’élection présidentielle, Oxfam fait un zoom sur la France. À elles seules, les cinq premières fortunes de l’Hexagone ont doublé durant la pandémie, « augmentant de 173 milliards d’euros en dix-neuf mois ». Elles possèdent désormais « autant que les 40 % des Français les plus précaires », pour qui la même période fut synonyme de dégringolade accélérée. Oxfam relève que 7 millions de citoyens, soit 10 % de la population française, sont désormais dépendants de l’aide alimentaire.

Les logiques politiques qui ont conduit à inonder les marchés financiers et ces gros détenteurs de capitaux de crédits gratuits, sous prétexte que cela aurait par effet de ruissellement un impact salutaire sur l’ensemble de l’économie, sont contredites en permanence par la réalité à laquelle est confrontée l’immense majorité des citoyens de France et du monde.

Aux États-Unis, la méthode a fait les beaux jours d’un Elon Musk, l’homme devenu le plus riche de la planète, car elle a encouragé les opérations les plus spéculatives, fondées sur une vaste arnaque écolo à l’automobile électrique. Avec pour corollaire un bilan carbone de Tesla inversement proportionnel à la montée en flèche des titres du groupe du milliardaire, dont la valeur de la capitalisation boursière dépasse désormais celle de… l’ensemble des constructeurs automobiles mondiaux. Le gonflement de ces « bulles » exprime une inflation financière qui a commencé à diffuser vers l’économie réelle. Ce qui augure une sévère gueule de bois après l’orgie d’argent gratuit à laquelle ont goûté les champions du CAC 40 parisien, comme du Dow Jones new-yorkais ou du DAX de Francfort.

Facture austéritaire

La maîtrise de la hausse des prix passerait, selon les canons de l’orthodoxie libérale, par une augmentation des taux d’intérêt. Traduisez : une programmation de politiques d’austérité destinées à faire payer la crise aux travailleurs, en s’efforçant de les empêcher de réclamer des hausses de salaire pour compenser l’amputation de leur niveau de vie. La Réserve fédérale états-unienne a commencé à l’appliquer. La France et la zone euro s’y préparent. Mais couper ce flot de la création monétaire et des crédits bon marché est une manœuvre à très haut risque pour les banques centrales. Tant une hausse prochaine des taux pourrait précipiter le monde sur le mur d’un krach de dimension historique.

Oxfam, qui identifie « des ressorts systémiques » dans l’apparition de la faille sociale mondiale, avance des solutions surtout fiscales pour «taxer les milliardaires ». Pour vraiment réduire l’explosion des inégalités, « on ne saurait en rester là », soulignent les économistes communistes en France. Le maintien d’une politique de crédits gratuits par la Banque centrale européenne est indispensable pour éviter un désastre. Mais il faut, précisent-ils, en organiser le contrôle public et social pour que soient ainsi irrigués non plus les marchés financiers, mais des investissements utiles, et donc non inflationnistes, pour « les services publics, l’emploi, la formation, la lutte contre le changement climatique ». Ce qui suppose l’accès des citoyens et des salariés, et non plus des actionnaires les plus démesurément riches, aux manettes stratégiques de la gestion des entreprises. Un enjeu de civilisation.


 


 

Moderna. Stéphane Bancel, le nouveau riche qui assure ne pas s’intéresser à l’argent

Cyprien Boganda sur www.humanite.fr

Stéphane Bancel PDG de Moderna. En 2021, la pandémie de Covid lui a permis de faire une entrée fracassante dans le club des plus riches, avec une fortune évaluée à 3,5 milliards d’euros. Stéphane Bancel, PDG de Moderna, en pointe dans l’ARN messager, profite à plein des 83 milliards de dollars de capitalisation boursière du laboratoire dont il détient environ 8 % du capital. De quoi faire les affaires du dirigeant, ingénieur né à Marseille en 1972, passé par l’université Harvard, où il a décroché un MBA (master of business administration).

Comme beaucoup de milliardaires, Bancel donne dans le caritatif, mais il va encore plus loin que ses collègues : lui n’aime pas l’argent. C’est du moins ce qu’il jurait lors d’un entretien au Parisien, en octobre 2021 : « Nos enfants le savent, on leur a dit, on vous paye vos études, on vous léguera une maison familiale, à vous de vous débrouiller ensuite. (…) L’argent ne m’a jamais intéressé. »

Pourtant, l’entreprise qu’il dirige ne s’est jamais signalée par sa philanthropie. L’été 2021, en pleine pandémie, Moderna augmente le tarif de son vaccin de 13 % (à 21,5 euros la dose), en même temps que Pfizer, avec lequel il partage le peu de goût à faire profiter ses brevets. Par ailleurs, le laboratoire a été épinglé par la presse belge en juillet 2021 pour avoir transféré ses bénéfices vers la Suisse et l’État américain du Delaware, connus pour leur fiscalité extrêmement avantageuse


 


 

Emploi. En 2020, le Covid a entraîné la destruction de 275 800 postes dans le privé

Marie Toulgoat sur www.humanite.fr

L’année 2020 aura été marquée par une fonte du nombre d’emplois salariés dans tout le secteur privé. C’est ce que relève une note de l’Urssaf, publiée vendredi. L’Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales (Urssaf) calcule en effet que le nombre de salariés du privé a diminué de 1,5 % sur l’année 2020, soit 275 800 postes détruits. En 2019, le nombre de postes avait au contraire progressé de 1,6 %.

Les effectifs intérimaires ont le plus fondu

Face à la crise du Covid, ce sont les effectifs intérimaires qui ont fondu le plus, amorçant une baisse de 18,7 % sur l’année. « Étant le premier levier d’ajustement de la main-d’œuvre, ils ont commencé à diminuer dès le déclenchement de la crise, en mars 2020 », explique les auteurs de la note. L’hébergement-restauration compte également parmi les secteurs ayant perdu le plus d’emplois salariés, avec un recul de 5,3 % sur l’année. Excepté La Réunion et la Guyane, ce repli de l’emploi salarié a concerné l’ensemble du territoire. M. T.

publié le 16 janvier 2022

L’Assemblée nationale réhabilite les « fusillés pour l’exemple » de la Grande Guerre

Cyprien Caddeo sur www.humanite.fr

Les députés ont adopté, jeudi soir, une proposition de loi à l’initiative de la France insoumise rendant justice aux soldats exécutés pour « désobéissance militaire » lors de 14-18.

Entre 1914 et 1918, la justice militaire française a condamné à mort 639 soldats coupables à ses yeux de désobéissance, de désertion ou d’automutilation afin de quitter le front. Ces hommes ont été envoyés au peloton d’exécution sans jugement équitable, afin de « montrer l’exemple », dans le cadre d’une guerre d’usure brutale et meurtrière. Et que les soldats aient in fine plus peur d’être exécutés par leur propre armée que d’être fauchés par les obus allemands en sortant de la tranchée.

Jeudi 13 janvier, l’Assemblée nationale a voté, à 39 voix contre 26, une proposition de loi visant à réhabiliter la mémoire de ces soldats. « Un siècle après les premières réhabilitations, la justice est enfin rendue à ces hommes qui sont morts pour la France », s’est réjoui le député France insoumise Bastien Lachaud, à l’initiative de la proposition de loi présentée lors de la niche parlementaire de la FI. Elle est co-signée par le groupe insoumis, mais aussi des députés communistes et d’autres élus comme Cédric Villani (non inscrit, proche des écologistes) ou Jean Lassalle (Libertés et territoires).

Concrètement, la loi dispose que « la Nation reconnaît que ces soldats ont été victimes d’une justice expéditive, instrument d’une politique répressive, qui ne respectait pas les droits de la défense et ne prenait pas en compte le contexte de brutalisation extrême auquel les soldats étaient soumis. » Elle prévoit la création d’un monument national aux morts rendant hommage aux 639 « fusillés pour l’exemple ».

La loi intervient après plusieurs séquences de reconnaissance mémorielle de ces soldats, par le premier ministre Lionel Jospin en 1998, par le président Nicolas Sarkozy en 2008 et son successeur François Hollande en 2013.

Le texte a été voté avec le concours des communistes, des socialistes mais aussi quelques députés LR, LaREM et Modem, même si l’essentiel des voix contre provient précisément des bancs macronistes et Modem.

publié le 16 janvier 2022

Dans les cliniques, les sales méthodes de l’entreprise de nettoyage Biomega

Guillaume Bernard (Médiacités) repris par www.mediapart.fr

Des licenciements pour des motifs dérisoires, des effectifs en constante diminution… Chargé de la propreté à la clinique du Val d’Ouest, près de Lyon, ou à l’hôpital toulousain Joseph-Ducuing, le sous-traitant Biomega Hygiène malmène ses salariés, parfois jusqu’à l’épuisement et au détriment de la qualité de ses prestations.

Virée pour « deux bouteilles d’eau, deux madeleines et un petit pain appartenant à l’établissement » : jamais Sophie* n’aurait pensé perdre son emploi de cette façon. « Nous avons retrouvé ces aliments dans un sac plastique qui se trouvait dans la housse de votre chariot », reproche la lettre de licenciement adressée le 26 avril 2021 à cette trentenaire, agente de service hospitalier (ASH) au Val d’Ouest depuis novembre 2015.

Dans cette clinique implantée à Écully, près de Lyon, comme dans beaucoup d’autres établissements hospitaliers, le marché du nettoyage est sous-traité. Au Val d’Ouest, c’est l’entreprise Biomega qui officie depuis février 2021.

Outre le prétendu vol de gâteaux et de bouteilles d’eau que l’ASH réfute (lire plus bas), l’entreprise de propreté accuse Sophie d’avoir utilisé des « lavettes bleues » qui appartiennent à la clinique, au lieu de celles fournies par Biomega, et d’avoir un jour oublié sa fiche de poste et son document de traçabilité sur lequel elle note les tâches effectuées. « C’est n’importe quoi, se défend l’ASH, la bouteille d’eau, c’était la mienne et les gâteaux, on les récupère quand les patients n’en veulent pas pour les rendre à la clinique. On ne va quand même pas les jeter ! »

Le cas de Sophie n’est pas isolé. Ce même 26 avril 2021, Hilda*, la vingtaine, agente de nettoyage dans la même clinique depuis 2017, reçoit elle aussi une lettre de licenciement de la part de Biomega Hygiène. Basé à Toulouse, son employeur lui reproche d’avoir refusé de laisser son téléphone portable aux vestiaires, comme cela lui aurait été indiqué à l’oral et dans des notes internes. Il l’accuse également d’oublis de matériel et d’avoir adopté un ton insolent « aussi bien en parole que par la posture » pour répondre à ses supérieurs, décrit le courrier.

La salariée reconnaît les faits, mais elle précise être sujette à des crises d’épilepsie, raison pour laquelle son médecin lui a conseillé de ne pas se séparer de son téléphone « en cas de sensation de malaise ». Malgré une crise qui l’a frappée en plein service dans le courant du mois d’avril, sa direction a fait la sourde oreille : tout comme Sophie, Hilda a été licenciée pour faute grave. Les deux salariées contestent aujourd’hui leurs licenciements devant les prud’hommes de Lyon. La date du jugement n’est pas encore fixée.

Le ménage dans les effectifs

Deux salariées expérimentées et jamais sanctionnées auparavant, une même sanction. Faut-il lire dans ces limogeages pour des motifs a priori futiles une méthode Biomega pour réduire ses effectifs ? Marion Alcazar, juriste au syndicat CNT-Solidarité ouvrière (CNT-SO), accompagne Sophie et Hilda dans leurs démarches juridiques et ne doute pas de la réponse : « Ces licenciements sont des prétextes pour réduire les coûts de la masse salariale. » Pour la syndicaliste, si le sous-traitant fait le ménage au Val d’Ouest, c’est avant tout dans ses propres effectifs. Contacté à plusieurs reprises, Biomega n’a pas répondu à nos questions (lire notre Boîte noire).

En 2018, Jean-Michel Diener, le fondateur et dirigeant de l’entreprise, se targuait dans le magazine toulousain Touléco « de redonner du sens aux mots partenariat et qualité ». « Notre approche n’est pas purement économique, soutenait-il. Sans être philanthropes, bien entendu, nous nous différencions en mettant l’accent sur notre capital humain, nos équipes, qui sont notre première force. » Sa rhétorique se révèle en profond décalage avec la réalité que nous avons découverte au fil de notre enquête…

Biomega a repris le marché du nettoyage de la clinique d’Écully au sous-traitant Samsic en février 2021. Celui-ci avait lui-même succédé au groupe Elior en février 2017. Spécificité de la convention collective du nettoyage et de son annexe numéro 7 : lorsqu’une entreprise perd un marché au profit d’une concurrente, ses salariés sont automatiquement transférés à la nouvelle venue. En six ans passés à la clinique Val d’Ouest, Sophie a ainsi été salariée par trois employeurs différents.

Les agents dont le contrat se termine sont remplacés par d’autres avec un nombre d’heures inférieur ou pas du tout. Ceux qui restent ont toujours plus de tâches à accomplir.

À chaque reprise, la qualification et l’ancienneté des salariés doivent être conservées. Dès lors, pour réduire les coûts, les repreneurs taillent dans les effectifs. « Les agents dont le contrat se termine sont remplacés par d’autres avec un nombre d’heures inférieur ou ne sont pas remplacés du tout. Ceux qui restent ont toujours plus de tâches à accomplir », constate Laurence*, également ASH à la clinique du Val d’Ouest depuis l’époque d’Elior.

Déjà insatisfaisantes sous Samsic, groupe épinglé dans une précédente enquête de Mediacités sur l’aéroport de Nantes, les conditions de travail se dégradent encore avec l’arrivée de Biomega. Durant les trois brefs mois où elle est employée par ce sous-traitant, Sophie travaille à un rythme insoutenable. « Je devais parfois nettoyer jusqu’à 45 chambres en une soirée. En plus de ça, j’étais responsable du 3801 », raconte-t-elle.

Le « 3801 » ? C’est la ligne téléphonique des urgences sanitaires utilisée par le personnel soignant, par exemple quand un patient vomit. Lorsqu’elle est activée, un agent de nettoyage doit intervenir expressément, ce qui implique d’interrompre son travail en cours. « Je partais souvent de la clinique après 23 heures, poursuit Sophie. Je suis professionnelle, je ne pouvais pas laisser des chambres sales, mais je prenais beaucoup sur moi. »

Emplois du temps chamboulés

Autre conséquence du changement d’employeur : les nouveaux responsables d’équipes et de sites, supérieurs hiérarchiques des agents, bousculent les habitudes de travail. Sophie est ainsi fortement incitée à changer son emploi du temps. « Travailler en soirée, c’était mon équilibre de vie, alors j’ai refusé de modifier mon contrat, confie-t-elle. Ils n’ont pas du tout apprécié. Ils n’aiment que les gens qui disent oui à tout. »

Cette pression sur les agents de nettoyage affecte également le personnel soignant. « Lorsqu’il y avait Samsic, les employées, dans l’immense majorité des femmes, se plaignaient d’une surcharge de travail. Mais avec Biomega, c’est encore pire. Elles doivent se dépêcher de tout faire, vider les poubelles, laver les sols… Alors forcément, des fois, elles n’ont pas le temps et c’est le personnel soignant qui doit nettoyer ce qui reste sale », déplore Thierry Monichon, délégué syndical CGT et préparateur en pharmacie à la clinique du Val d’Ouest. « Nous avons formulé un signalement sur ce point à notre direction lors d’un CSE [comité social et économique – ndlr]. On nous dit : “On va taper du poing sur la table.” Mais rien n’a bougé ! La direction se fiche pas mal des salariés prestataires », conclut le syndicaliste. Contactée, la direction de la clinique du Val d’Ouest n’a pas répondu à nos questions.

Là où les ténors du nettoyage, Onet, Derichebourg ou Elior, récupèrent des marchés aussi bien dans les gares que dans les hôtels ou les hôpitaux, l’entreprise Biomega Hygiène, d’une taille bien plus modeste (environ 360 salariés), officie surtout dans les cliniques, les Ehpad et les foyers handicap. À Toulouse, elle assure le nettoyage de l’hôpital Joseph-Ducuing depuis août 2018, un marché jusque-là internalisé. Cinquante-deux agents, dont 29 en CDD, passent alors sous le pavillon de cette société.

À l’époque, la décision de l’hôpital fait grand bruit et une grève contre l’externalisation éclate parmi les ASH. En vain. Comme à la clinique du Val d’Ouest, le changement de sous-traitant est synonyme de baisse des effectifs. « Avec Biomega, on a dû passer de 50 salariés à 25. Les agents sont en sous-effectif, ils sont mal formés et ils s’épuisent. En plus, comme c’est mal payé, les responsables de site ont de vrais problèmes de recrutement », constate Djilali Mazouzi, délégué syndical CGT à l’hôpital Joseph-Ducuing.

Thomas* a commencé à travailler dans cette clinique en 2017, l’année de son baccalauréat. Il fait partie de ces 29 employés en CDD finalement transférés à Biomega. Repris au départ aux mêmes conditions que lorsqu’il était salarié de l’hôpital, il enchaîne ensuite les contrats courts… selon les modalités du sous-traitant. « Quand j’étais employé par l’hôpital, je faisais des journées complètes, huit heures payées huit heures », explique-t-il. Avec Biomega, sa pause ne lui est plus payée : « Je passais douze heures à l’hôpital, mais on ne m’en payait que dix. Et je n’avais plus le droit de parler aux soignants car c’était mal vu par mes supérieurs. »

« J’avais sans cesse la pression. Dès que j’avais terminé quelque chose, on me donnait de nouveau du travail, ce qui n’encourageait pas le travail bien fait. Les responsables censés me former connaissaient moins bien le métier que moi. Aujourd’hui, je me dis que j’ai eu de la chance d’avoir eu, pendant une période, la clinique pour employeur », conclut Thomas. Il a arrêté de travailler pour Biomega à l’été 2019, après deux malaises pendant son service, et projette aujourd’hui de devenir infirmier.

On a affaire à une main-d’œuvre éloignée des syndicats, qui enchaîne les contrats courts auprès de plusieurs employeurs.

Comme elle l’a revendiqué à l’époque dans la presse, l’association des Amis de la médecine sociale, qui gère l’hôpital Joseph-Ducuing, a choisi l’externalisation en 2018 pour sortir les agents de nettoyage de la masse salariale de l’hôpital et dégager des économies. Objectif atteint : selon un rapport de la chambre régionale des comptes de 2020, ce choix lui aurait permis d’effectuer environ 280 000 euros d’économies à la fin de l’année 2019.

Revers de la médaille, la qualité du nettoyage s’en ressent, jusque dans les endroits les plus sensibles de l’hôpital. « Le nettoyage des blocs demande une vraie vigilance et une vraie connaissance du métier car tout doit être aseptisé. Or les ASH changent tout le temps. Il y a trois mois, on en avait une nouvelle toutes les deux semaines… Parfois il reste du sang sur le matériel et il faut que l’on repasse derrière. Ce n’est pas pour incriminer les agents eux-mêmes mais on a vraiment l’impression qu’ils ne sont pas formés et découvrent le métier, témoigne Julie*, infirmière de bloc à Ducuing. Résultat, cela crée des tensions avec l’équipe médicale. » Sollicitée, la direction de l’établissement n’a, elle non plus, pas donné suite à nos questions.

Du Val d’Ouest à Joseph-Ducuing, la réduction continue des effectifs et son corollaire, la dégradation des conditions de travail, s’inscrivent dans un contexte plus général. « Lorsqu’un hôpital ou une clinique change de sous-traitant, c’est souvent parce qu’il a trouvé une entreprise qui lui propose une prestation moins chère. Et comme dans ce secteur le matériel coûte peu, pour effectuer des économies et être compétitif, on rogne sur la masse salariale, on réduit les effectifs, le nombre d’heures, on travaille à flux tendu. Les agents sont les premiers à en subir les conséquences », décrypte la sociologue Frédérique Barnier, spécialiste des conditions de travail dans le secteur du nettoyage.

Primes Covid

Face au phénomène, les salariés sont bien souvent démunis. « On a affaire à une main-d’œuvre éloignée des syndicats, qui enchaîne les contrats courts auprès de plusieurs employeurs, ce qui ne facilite pas l’action collective », souligne la sociologue. De fait, en 2015, 44 % des salariés du nettoyage travaillaient à temps partiel, selon une enquête de l’Insee publiée en 2018.

Malgré tout, des mobilisations émergent dans le secteur. Début novembre 2021, les agents de nettoyage de la clinique de l’Union, près de Toulouse, sont entrés en grève reconductible contre Samsic, leur employeur et sous-traitant de la clinique. Ils réclamaient une prime panier, le paiement de leurs heures supplémentaires et la prime Covid. Ils n’ont pas obtenu gain de cause.

À la clinique du Val d’Ouest, en 2017, Laurence, Hilda et Sophie ont compté parmi les grévistes qui demandaient – encore à Samsic – une amélioration des conditions de travail et des rémunérations. En octobre 2020, ces agents ont menacé ce même employeur d’une grève s’ils n’obtenaient pas la prime Covid. Silence du côté de la direction de Samsic. C’est finalement la clinique elle-même qui leur a versé ce coup de pouce de 500 euros brut. « Biomega savait qu’on ne se laissait pas faire, analyse Sophie avec du recul. C’est aussi pour ça qu’on s’est fait virer. »

publié le 15 janvier 2022

Palestine. Omar, 80 ans, mort sous les coups de l’occupation

Pierre Barbancey sur www.humanite.fr

Le vieil homme rentrait chez lui. Interpellé et battu par les soldats israéliens, il a été retrouvé sans vie et menotté. À l’université de Beir-Zeit, quatre syndicalistes étudiants ont été arrêtés. Depuis un an, 86 enfants palestiniens ont été tués.

Omar Abdalmajeed As’ad rentrait chez lui dans la nuit de mardi à mercredi. À 80 ans, ce Palestinien toujours alerte venait de rendre visite à des proches lorsqu’il s’est retrouvé bloqué par un escadron de l’armée israélienne. Trente à quarante soldats qui tenaient une embuscade dans cette Cisjordanie occupée. Un Palestinien, sur ses propres terres, qui se déplace à une heure aussi tardive ne peut être qu’un « terroriste » à leurs yeux. Les militaires bloquent sa voiture et le tabassent alors qu’il est menotté. Puis, ils l’abandonnent dans un bâtiment en construction, dans le froid hivernal, dans l’agglomération de Jiljiliia, au nord de la ville palestinienne de Ramallah. Il a été retrouvé mort quelques heures plus tard. « Ils ont arrêté les voitures au milieu du village puis les passagers qui étaient à l’intérieur et les ont menottés », a dénoncé Fouad Moutee, le chef du village. Le ministère palestinien de la Santé a confirmé ce récit, précisant que le vieil homme était mort d’une « crise cardiaque ».

L’armée israélienne se dit « la plus morale au monde »...

L’armée israélienne a avancé dans un communiqué qu’une « opération antiterroriste avait été menée » dans ce village. « Une enquête initiale montre qu’un Palestinien qui avait résisté aux soldats a été arrêté puis relâché plus tard dans la nuit »... « Quand ce Palestinien a été libéré par les troupes, il était vivant », conclut l’armée. Rien que de très normal, donc, à en croire cette déclaration de l’armée israélienne, qui s’autoproclame par ailleurs « la plus morale au monde ». La preuve par son porte-parole, le lieutenant-colonel Amnon Shefler, qui a indiqué que l’armée « enquêtera sur cet événement de manière approfondie et professionnelle, en agissant conformément à (nos) valeurs et à (nos) protocoles ». Quand on sait que pratiquement aucune des enquêtes de ce genre n’a abouti à une quelconque inculpation et encore moins à un jugement, ce type de déclaration ne vise qu’à calmer l’émotion qui a suivi la mort de ce vieil homme. Même si le cas de ce dernier, possédant la nationalité américaine, a poussé Washington à exhorter Tel-Aviv à mener une enquête « minutieuse ».

Lundi, cette même armée israélienne a mené un raid sur le campus de l’université de Beir-Zeit, près de Ramallah, dirigé par un groupe d’agents israéliens, déguisés en Palestiniens, connu sous le nom de Mustarebeen. À l’intérieur des locaux, ils ont tiré à balles réelles sur les étudiants, blessant deux jeunes, selon l’administration de l’université, qui a appelé les groupes internationaux et de défense des droits de l’homme à protéger les établissements d’enseignement supérieur palestiniens. Quatre étudiants syndicalistes ont été arrêtés. Le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) a qualifié l’attaque d’ « incursion israélienne barbare » et a appelé à « la protection des étudiants et des institutions universitaires ».

2021, l’année la plus meurtrière pour les enfants palestiniens

Des journées malheureusement banales pour les Palestiniens. Les forces israéliennes procèdent régulièrement à des arrestations dans les localités palestiniennes de Cisjordanie, territoire occupé depuis 1967 où vivent aujourd’hui 2,9 millions de Palestiniens et 475 000 Israéliens dans des colonies illégales au regard du droit international. Dans un récent rapport, l’ONG Defense for Children International-Palestine notait que 86 enfants palestiniens avaient été tués depuis janvier de l’année dernière, faisant de 2021 l’année la plus meurtrière jamais enregistrée pour les enfants palestiniens depuis 2014. Selon la même organisation, 500 à 700 enfants palestiniens sont détenus chaque année par Israël. Selon la chaîne de télévision officielle KAN 11, le ministre de la Défense Benny Gantz et le chef d’état-major de l’armée viennent de publier des instructions stipulant que l’armée autorise désormais ses soldats à tirer sur des Palestiniens qui lancent des pierres et des cocktails Molotov. Pour le premier ministre israélien Naftali Bennett, ces nouvelles instructions « permettront aux soldats de se défendre ».

« Les États-Unis, l’Union européenne et la France doivent arrêter le bras des bourreaux, sous peine que leur lâcheté ne se transforme en complicité avérée », dénonce l’Association France Palestine Solidarité.

publié le 15 janvier 2022

Électricité : le cynisme électoral du gouvernement

Martine Orange sur www.mediapart.fr

Alors que les prix de l’énergie flambent, le gouvernement, en pleine campagne présidentielle, a choisi de faire les poches d’EDF, au nom de la défense du pouvoir d’achat. L’opération pourrait coûter 8 milliards à l’entreprise publique, alors que l’urgence serait de financer le renouvellement et l’entretien du parc productif.

Tout le monde l’a compris : la réponse à la flambée des prix de l’énergie apportée par le gouvernement et annoncée par le ministre des finances, Bruno Le Maire, le 13 janvier relève du cynisme électoral. À quelques semaines de l’élection présidentielle, le pouvoir ne pouvait entériner une augmentation substantielle des tarifs de l’électricité à partir du 1er février. Il s’était imprudemment engagé à l’automne à ce que la hausse des tarifs régulés ne dépasse pas 4 %. Fidèle à sa ligne de conduite du chiffre économique magique, ce sera donc 4 %. Quel que soit le coût futur, quelles que soient les conséquences.

Comprenant que les mesures de gel et le chèque de 100 euros distribué aux ménages les plus vulnérables ne sauraient suffire à endiguer les effets ravageurs de la flambée des coûts des énergies, le gouvernement a cherché d’autres dispositifs. Il aurait pu, comme cela a été fait dans d’autres pays européens, l’Espagne et l’Allemagne notamment, abaisser la TVA sur les prix du gaz et de l’électricité, la ramenant de 20 % à 5,5 %, comme cela était le cas jusqu’en 2014. Mais cela aurait été priver les finances publiques de rentrées fiscales substantielles, de l’ordre de plusieurs dizaines de milliards.

Il a préféré le bidouillage. Officiellement, l’État accepte de se priver d’une taxe payée sur les consommations d’électricité : celle-ci est ramenée de 22,5 euros sur le mégawattheure à 50 centimes. Ce qui représente un effort d’environ 5 à 6 milliards d’euros. Mais l’essentiel de la charge de ces mesures d’allègement en faveur des ménages est transféré à EDF. Car ce sera bien à l’électricien, incarnant les derniers vestiges du service public de l’énergie, de payer en premier l’addition de cette campagne gouvernementale.

Invoquant l’urgence du moment, le gouvernement semble avoir réussi à obtenir l’accord de Bruxelles pour faire sauter l’essentiel des dispositifs qui encadrent le marché de l’électricité en France et qu’il cherche depuis un moment à contourner. En commençant par la loi Nome.

Le texte adopté en 2010 encadre précisément l’approvisionnement à prix réduit des fournisseurs alternatifs en électricité produite par le parc nucléaire français : ceux-ci ne peuvent pas obtenir plus de 100 térawattheures (TWh) par an. Le gouvernement entend que ceux-ci profitent de 20 TWh supplémentaires. Plus du tiers de la production d’électricité produite par l’électricien public va donc être mis à disposition de ses concurrents.

Maigre consolation pour EDF : l’entreprise publique, qui n’a jamais pu obtenir une hausse des prix de revente de son électricité, ne serait-ce que pour compenser l’inflation, depuis 2012, va pouvoir augmenter ses tarifs. De 42 euros le mégawattheure, ils vont passer à 46,2 euros, ce qui couvre à peine les coûts de production actuels du parc nucléaire.

EDF risque donc de devoir acheter de l’électricité au prix fort du marché pour la revendre à perte à ses concurrents.

Pour les fournisseurs alternatifs, le cadeau est immense. Alors que le mégawattheure en France tourne autour de 250 euros –c’est actuellement le prix européen le plus élevé –, ils vont pouvoir bénéficier d’un approvisionnement à un prix inférieur de plus de 70 % à ceux du marché. Pour EDF, la charge est gigantesque. Car l’électricien public, comme tout producteur industriel, travaille à long terme. Il a déjà vendu l’essentiel de sa production pour 2022 ; il risque donc de devoir acheter de l’électricité au prix fort pour la revendre à perte à ses concurrents. C’est sans doute ce qui s’appelle la concurrence libre et non faussée.

La direction d’EDF a déjà fait une première estimation des surcoûts qui lui sont imposés par le gouvernement. Elle a annoncé qu’ils devraient représenter entre 7,7 et 8,4 milliards d’euros. À elle seule, l’entreprise publique va donc se retrouver à financer près des deux tiers des dispositifs d’endiguement des prix de l’énergie décidés par le gouvernement.

« Le gouvernement fait le choix de tuer EDF », accuse la CGT Énergie dans un communiqué publié le 14 janvier, accusant le gouvernement de spolier l’entreprise, de soutenir la spéculation financière au détriment de la production industrielle. « Qui veut tuer le soldat EDF ? », renchérit la CGC Énergie, dénonçant le saccage d’EDF et le bradage de l’intérêt général. Pour une fois, les acteurs financiers semblent partager leur analyse : le cours de Bourse a décroché de 15 % ce 14 janvier.

Concurrence factice

Face aux choix du gouvernement, certaines questions ne peuvent être évitées : jusqu’à quand va-t-on continuer à subventionner une concurrence factice au mépris de l’intérêt général, qui ne contribue qu’à l’enrichissement privé ? Combien de temps encore va-t-il falloir supporter une politique énergétique européenne en faillite, alors que l’urgence des dérèglements climatiques impose une politique de transition énergétique d’autant plus discutée, acceptée et planifiée qu’elle va être immensément coûteuse ?

Au moment de l’ouverture à la concurrence des marchés de l’énergie en 2010, il avait été prévu l’instauration d’une période de transition. Le temps que les concurrents d’EDF se mettent à niveau de production et de prix, ils pourraient disposer d’une partie de la production de l’entreprise publique. Cela est censé durer jusqu’en 2025.

Plus de douze ans se sont écoulés. Et il ne s’est rien passé. Le marché de l’électricité en France est devenu le royaume de la financiarisation, sans que le parc de production électrique ne soit sensiblement agrandi ni amélioré, sans que le développement des énergies renouvelables soit assuré, en dépit des subventions et des garanties accordées – parfois à prix d’or, comme l’a pointé un rapport de la Cour des comptes –, et prélevées sur chaque facture d’électricité (160 milliards d’euros en dix ans).

Fournisseurs virtuels

Sur les quarante fournisseurs alternatifs recensés, plus de trente-cinq sont des fournisseurs virtuels. Ils disposent d’une plateforme de trading, d’une équipe de commerciaux pour démarcher les clients éventuels, parfois d’un service client, mais ne produisent pas un kilowatt. Leur métier ? Acheter et vendre minute par minute des mégawattheures sur les marchés de gros de l’électricité en Europe, en spéculant à partir des approvisionnements garantis par EDF et en empochant la différence.

Aucune contrepartie n’est exigée en échange. Une grande partie d’entre eux ont officiellement des sièges sociaux au Luxembourg, en Irlande ou dans quelque autre paradis fiscal, car il ne saurait être question pour eux de payer des impôts en France. Ils ne se sentent pas vraiment tenus de participer à l’effort général. Un seul fournisseur alternatif a accepté de se joindre à EDF et d’assurer un service minimum d’électricité en cas d’impayés, comme le demande depuis des années le médiateur de l’énergie.

Pendant des années, ces fournisseurs ont pu ainsi prospérer sans apporter aucune innovation, sans démontrer la moindre différenciation. Le seul apport : un démarchage agressif auprès des clients en leur proposant un dumping sur les prix de l’électricité. Ceux-ci se sont alors vu proposer des prix inférieurs parfois de 10 à 15 % par rapport à des tarifs réglementés, établis de façon assumée par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) à des niveaux élevés afin de favoriser la concurrence face à EDF.

L’entreprise publique, elle, payait l’ardoise : quand le prix de son mégawattheure était moins cher que celui du marché, il lui fallait revendre à perte sur le marché de gros une production qu’elle avait immobilisée pour servir les fournisseurs alternatifs. Quand il était plus élevé, il lui fallait accepter de voir une partie des approvisionnements destinés à ses concurrents vendus par ces derniers sur le marché, qui s’empressaient de ramasser les profits.

La formidable martingale construite sur le dos d’EDF s’est écroulée cet été.

À en croire les thuriféraires de l’ouverture à la concurrence telle que conçue par Bruxelles, tout allait bien dans le meilleur des mondes. On frisait presque la perfection. Le régulateur était content : la concurrence fonctionnait puisque EDF perdait chaque jour des clients. Les fournisseurs alternatifs étaient persuadés de friser le génie. Beaucoup se voyaient déjà marcher sur les traces des fondateurs de Poweo et Direct Energie qui avaient revendu leur entreprise pour plusieurs milliards , bien que constituée pour l’essentiel d’un fichier clients. Le bénéfice de l’ouverture à la concurrence pour les consommateurs, lui, restait difficile à mesurer : en dix ans, les tarifs de l’électricité avaient augmenté de 70 %.

La formidable martingale construite sur le dos d’EDF s’est écroulée cet été. Le marché de gros de l’électricité en Europe étant indexé sur le prix du gaz, le mégawattheure électrique s’est envolé en même temps que celui du gaz. En quelques semaines, il a été multiplié par trois.

« C’est quand la marée se retire que l’on voit si les baigneurs sont nus », dit un adage connu de tous les acteurs financiers. À partir d’août, il est devenu évident que certains fournisseurs alternatifs étaient totalement à poil, n’ayant ni les contrats long terme, ni la couverture nécessaire pour assurer la fourniture en électricité de leurs clients, ni la surface financière pour acheter en urgence et au prix fort sur le marché, le temps de traverser ce qui aurait pu passer, à l’époque, pour un trou d’air. À aucun moment, la Commission de régulation de l’énergie, dont la mission est pourtant de s’assurer des conditions de sécurité d’approvisionnement du marché, ne semble s’être émue de la situation. A-t-elle même fait un début de contrôle ?

Cette stratégie court-termiste et risquée était pourtant parfaitement connue et assumée par certains, au nom de la maximisation du profit. Lors de son introduction en Bourse fin 2020, le fournisseur alternatif Mint Energie expliquait ainsi dans son prospectus d’offres qu’il avait délibérément adopté « une politique de couverture de ses achats partielle et à court terme », afin de profiter au mieux des « opportunités » de marché. À l’époque, les prix de l’électricité s’étaient écroulés en raison du Covid-19. Cela lui avait permis de porter sa marge brute à 19 % au premier semestre.

Le mécanisme fonctionne à rebours quand le marché s’inverse. Dès septembre, le château de cartes s’est écroulé. Leclerc, qui se présentait comme le fournisseur alternatif qui allait casser les prix, a été le premier à jeter l’éponge, laissant quelque 200 000 clients sur le carreau. À charge pour EDF de les récupérer et de leur fournir de l’électricité au nom du service public. CDiscount Energie, qui compte près de 170 000 clients, a annoncé la semaine dernière qu’il abandonnait son statut de fournisseur d’énergie. L’électricien suédois Vattenfall a aussi fait part de son intention de quitter le marché français.

Les pratiques limites de certains fournisseurs

À l’exception de Total, de l’italien Eni et d’Engie, qui ont tous des capacités de production, tous les autres ont suspendu leurs offres, comme Enercop, Alterna ou Barry, augmenté leurs prix parfois de façon spectaculaire (de 20 à 30 %), et acceptent de perdre des clients. En quelques mois, ekWateur a vu ainsi son portefeuille de clientèle tomber de 300 000 à 227 000 clients. Une fuite qui risque de s’aggraver au fil des mois, au fur et à mesure que les clients portent attention à leurs mensualités, que les fournisseurs procéderont à des rattrapages.

Car c’est souvent par un mail noyé dans le flot de la boîte de réception ou par un relevé bancaire que les clients découvrent que leur fournisseur a brusquement changé la nature de leur contrat, sans les prévenir ni encore moins leur demander leur consentement. Début décembre, un client d’ekWateur a ainsi eu la surprise de voir ses mensualités passer de 240 à 358 euros, avec comme explication dans un mail que « les prix de l’énergie avaient augmenté ».

Fin septembre, un client de Mint Energie a découvert par mail que son contrat avait changé : indexé jusqu’alors sur les tarifs régulés, celui-ci allait être désormais calculé sur les prix du marché de l’électricité. Le marché le plus volatil du monde ! Alors qu’il se croyait consommateur d’une ressource essentielle de base, le voilà à devoir assumer le risque de marché et de la spéculation boursière en lieu et place de son fournisseur. Le coût de ce changement ? Sa facture est passée de 165 à 362 euros par mois, après un prélèvement exceptionnel de 680 euros au titre de la régularisation pour les mois précédents.

Les mêmes mauvaises surprises attendent les commerçants, les pharmaciens, les petites entreprises, les ateliers. Tous ont été exclus des tarifs réglementés depuis ces dernières années, au nom de la concurrence. Ceux qui ont vu leur contrat arriver à échéance ces derniers mois ont les plus grandes difficultés à trouver des fournisseurs. Ils se voient souvent proposer des contrats avec des prix multipliés par deux ou trois. Et à l’inverse des ménages qui ont toujours la possibilité de retrouver les tarifs réglementés d’EDF avec un prix relativement bas, ils n’ont aucune solution et se retrouvent condamnés à être exposés au « tout marché ».

Alertée par les mauvaises pratiques de certains fournisseurs, l’association de consommateurs CLCV (Consommation, logement et cadre de vie) a porté plainte contre quatre fournisseurs alternatifs (ekWateur, Mint Energie, Green Yellow et Ovo Energy) pour modification substantielle des contrats de leurs clients, pratiques commerciales trompeuses, voire vente forcée.

Les concurrents d’EDF à l’abri de tout risque

Les associations de consommateurs sont bien les seules à se préoccuper des règles et des principes. Car du côté de la Commission de régulation de l’énergie et des pouvoirs publics, c’est le silence absolu. Alors que tout indique que les prix de l’énergie – au moins du gaz et de l’électricité – vont rester élevés tout au long de l’année 2022 et sans doute en 2023 (les contrats d’électricité pour 2023 se négocient déjà à plus de 150 euros le mégawattheure), que les révisions de prix risquent de s’accélérer une fois les mesures de gel arrêtées – normalement fin mars –, ni l’une ni les autres n’éprouvent le besoin de rappeler les fournisseurs alternatifs à l’ordre et de leur remettre en mémoire les principes généraux de la consommation. Au contraire. Leur préoccupation première est d’abord de s’enquérir de la situation des concurrents d’EDF, de les mettre à l’abri de tout risque.

En décembre, la CRE insistait ainsi auprès du gouvernement pour que toutes les mesures de gel sur les tarifs gaziers et les difficultés sur le marché de l’électricité soient compensées par les finances publiques. Elle demandait de « prévoir un dispositif d’aide complémentaire aux fournisseurs qui se retrouveraient en grave difficulté du fait du gel tarifaire ». Ce qui a été fait. Dans le cadre de la loi de finances 2022, une ligne budgétaire a été prévue afin de voler au secours des fournisseurs alternatifs.

Alors que plusieurs fournisseurs alternatifs en Grande-Bretagne, qui a servi de modèle néolibéral à la dérégulation du secteur de l’énergie en Europe et en France, se sont déjà déclarés en faillite, le gouvernement français, pourtant adepte dans les mots de la destruction créatrice schumpeterienne, choisit de les subventionner encore plus. Naturellement sans aucune contrepartie. Car, au vu des pratiques en cours, comment le gouvernement va-t-il s’assurer que les rabais consentis par EDF seront bien reversés aux clients finaux ?

L’urgence de l’entretien et du renouvellement du parc productif existant

Plutôt que de repenser le cadre d’une ouverture à la concurrence qui manifestement ne fonctionne pas, puisqu’elle n’a pas permis de développer d’autres modes de production électrique, le gouvernement préfère au contraire, à la faveur de la crise des marchés de l’énergie, accélérer la mise en pièces du système existant. Car il ne faut pas s’y tromper. L’augmentation de la part de l’électricité nucléaire produite par EDF pour les fournisseurs alternatifs n’est pas une mesure provisoire, pour faire face à l’urgence du moment. C’est la brèche qu’Emmanuel Macron souhaite ouvrir depuis des années.

Dès son passage au ministère de l’économie, il n’a eu de cesse de trouver les moyens de contourner la loi Nome et de mettre l’ensemble du parc nucléaire d’EDF à disposition des intérêts privés, le public assumant tous les risques et tous les coûts. Ce grand dessein s’est retrouvé résumé dans le projet Hercule. Emmanuel Macron n’a pas pu l’imposer du fait des résistances à la fois européennes et internes à l’entreprise. Il y revient par la fenêtre, en invoquant la défense du pouvoir d’achat des ménages.

Cet appauvrissement imposé d’EDF au profit d’intérêts privés risque d’être lourd de conséquences. Il fait peser une menace sur toute la sécurité d’approvisionnement énergétique du pays et la sécurité des territoires. Il ne s’agit pas là d’évoquer la construction fantasmée par l’Élysée de six EPR – irréalisables dans les conditions financières et techniques actuelles de l’entreprise – à partir de 2030. Il s’agit de l’entretien et de la mise aux normes du parc existant. Car même si la France décide à un moment ou un autre d’abandonner le nucléaire, il faudra bien assurer la transition, exploiter les capacités de production installées pour fournir l’électricité indispensable à tous, le temps que d’autres modes de production, que des énergies renouvelables soient déployées.

Dans ce contexte, l’arrêt de dix réacteurs sur 56, soit 20 % de la base installée, aurait normalement dû alarmer les pouvoirs publics. Des problèmes de corrosion sur les systèmes de sécurité ont été détectés dans six réacteurs. Les fuites sur le site de Tricastin dénoncées par un lanceur d’alerte sont une autre mise en garde. Pendant des années, EDF, avec les encouragements répétés des différents gouvernements, a tiré tant et plus sur ses centrales nucléaires, limitant toutes les dépenses d’entretien, de renouvellement, y compris de personnel (85 % des personnels travaillant dans les centrales sont des sous-traitants ou des intérimaires). Aujourd’hui, ces économies se paient : le parc nucléaire d’EDF est vieillissant, fragile et parfois dangereux.

L’hydraulique aussi

Ce qui est vrai pour le nucléaire l’est aussi pour l’hydraulique. Certains barrages, selon les salariés et les représentants du personnel, ont un besoin urgent de rénovation, de consolidation. Mais rien n’est fait : EDF ne veut pas engager de travaux tant qu’il n’est pas assuré de pouvoir reprendre les concessions hydrauliques, toujours contestées par Bruxelles. Plus le temps passe, plus le risque d’un incident grave s’accroît.

Selon les estimations, l’électricien public a besoin de 50 à 100 milliards d’euros pour renouveler et entretenir son parc de production, achever les chantiers cauchemardesques de l’EPR à Flamanville et Hinkley Point, et développer enfin les énergies renouvelables autres que l’hydraulique. C’est dans ce moment de tensions stratégiques et financières que l’État vient demander à EDF, qui a subventionné pendant des années une concurrence factice et inefficace sur ses fonds propres, de sacrifier encore une dizaine de milliards.

Cette décision est tout simplement une monstruosité politique, une aberration économique. Mais elle s’inscrit dans un projet théorisé et programmé de longue date : la mise à sac d’un service public, la spoliation d’un bien commun essentiel. Comme pour l’hôpital et l’Éducation nationale, eux aussi présentés jadis comme des fleurons français, la population se rendra compte un jour que celui-ci a été dévasté. Mais il sera peut-être trop tard.

publié le 14 janvier 2022

A Montpellier, l’éducation nationalese paye 3000 personnes en manif pour
une grève historique

sur https://lepoing.net

Une journée de grève et de manifestation particulièrement suivie dans l’éducation a mis près de 3000 personnes dans les rues de Montpellier ce jeudi 13 janvier. Récit de cette journée avec Le Poing.

Une mobilisation historique

Dès 13h une petite foule se masse derrière les grilles du jardin du Peyrou, pour une assemblée générale appelée par l’ensemble des syndicats participants au mouvement à Montpellier. Soit onze organisations, sans compter les associations de parents d’élèves.

S’y expriment de belles congratulations, alors que les premiers chiffres de la participation à la grève dans l’éducation nationale sont déjà tombés. C’est qu’ils impressionnent : les syndicats annoncent, à l’échelle du pays, 75% d’enseignants grévistes dans le primaire, 62% dans le secondaire ( le ministère avance respectivement 38,4% et 23,7 % ). “En 23 ans de carrière, je n’ai jamais vu ça, avec en plus une telle unité syndicale, c’est extraordinaire”, nous confie Sabine, enseignante à l’école élémentaire Sigmund Freud de Montpellier, syndiquée à Force Ouvrière.

Précarité, absurdistan protocolaire et austérité budgétaire

On y égrène aussi les raisons de la colère. On parle des successions abracadabrantesques de protocoles sanitaires. “On en est à plusieurs dizaines de protocoles différents depuis le début de la crise sanitaire !”, s’exclame un instit. Il faut dire que le ministère n’a pas un don inné pour la communication : un des tout récents changements de protocole a été annoncé, avant même que l’info ne circule en interne dans l’institution, dans les colonnes du Parisien… dans un papier réservé aux abonnés. 

Mais la colère liée à la gestion de la situation sanitaire trouve des racines bien plus profondes. Dans le sentiment que les moyens ne sont pas mis là où il faut, que l’agitation ministérielle cherche à grand peine à masquer un désastre que personne ne peut plus ignorer dans l’éducation nationale. “Des milliers d’heures de cours ont sauté l’année scolaire précédente, faute de remplacements des profs isolés ou absents. Et plutôt que d’investir des moyens à la hauteur de la situation en créant les postes nécessaires, le ministère préfère embaucher des étudiants précaires pour faire la garderie, ou se reposer sur les familles via les cours à distance”, tonne un tribun au milieu de l’assemblée. Même constat de désinvestissement de l’Etat au niveau du matériel de protection sanitaire : les professionnels présents se plaignent d’avoir dû tout au long des différentes vagues de Covid acheter eux-mêmes leurs masques, après avoir été laissés complètement livrés à eux même pendant le douloureux premier confinement. 

Le pire c’est qu’alors même que sur le terrain ça craque de tous les côtés faute de moyens, Blanquer rend chaque année une partie du budget alloué à son ministère à l’État. Il n’en a pas besoin, soi-disant. On parle de 75 millions en 2021, 600 millions pour 2020 !”, s’exclame un gréviste.

Un ressurgissement des luttes des mois précédents

On retrouve aussi tout ce qui ce qui s’était déjà manifesté de colères dans le monde de l’éducation ces derniers mois, ces dernières années. Les collectifs de parents-profs-personnels des différents collèges de la ville, qui à force de mobilisation locale avaient fini par arracher au rectorat la création de quelques postes supplémentaires, ressortent les banderoles. On recroise un des moteurs de la lutte, historique elle aussi, des AEDs ( les pions comme on les appelle plus souvent ), qui nous assure que les collègues sont très mobilisés, et que beaucoup de vies scolaires sont fermées dans la région. Avec les AESHs, ils sont les fers de lance de la lutte contre l’utilisation croissante de contrats précaires dans l’éducation nationale. Les associations de parents d’élèves sont de la partie.  

Une large plateforme de revendications, portée par une large unité syndicale

Cette mobilisation générale, tous statuts confondus, mêlant associations, syndicats, collectifs de lutte, parents, profs et personnels d’encadrement, débouche tout naturellement sur de très larges revendications. Liste non exhaustive.

La hausse du point d’indice, qui doit venir compenser la montée tous azimuts des prix, et qui sera au cœur des enjeux d’une journée de mobilisation interprofessionnelle le 27 janvier. La titularisation des nombreux précaires qu’emploie désormais l’institution, dont les AEDs et les AESHs ( Accompagnants des Élèves en Situation de Handicap, qui ont eux aussi connu leur mouvement local récemment ). Le réabondemment des listes de professeurs dispos pour des remplacements, pour pallier aux nombreuses absences sanitaires, et des embauches massives à tous les niveaux pour réparer les dégâts causés par les coupes budgétaires successives des dernières décennies. Des protections sanitaires, auto-tests, masques, doses de gel hydroalcoolique, en quantité décente pour se mettre à l’abri du virus, sans devoir payer de sa poche pour travailler dans des conditions raisonnables. Le rétablissement de tous les postes de RASED supprimés (les réseaux d’aide spécialisés aux élèves en difficulté rassemblent des psychologues et des profs spécialisés, qui travaillent avec les enfants en groupes nettement plus petits que dans les classes classiques, et s’adressent à des élèves qui ne peuvent qu’être complètement perdus dans un système éducatif à flux tendu).

Le tout porté avec une unité rarement vue dans l’éducation nationale. Au côté des différents collectifs d’établissement ou de précaires, et des associations de parents d’élèves, onze syndicats sont de la partie. Dont certains ne sont pas parmi les plus porteurs d’une tradition de lutte sociale, comme le Snalc, présent en masse et incontestablement vecteur de dynamisme dans la manif montpelliéraine. Un symptôme de la profondeur des racines de ce mouvement social. 

Plan d’économie ou Plandémie ?

Parmi les gens présents à l’assemblée au Peyrou, on retrouve bien quelques têtes connues des manifs contre le pass sanitaire/vaccinal, et l’obligation vaccinale. Certains sont par exemple des syndicalistes de l’enseignement, opposés au pass comme contraire aux libertés publiques, à l’obligation vaccinale comme contraire au code du travail. 

On retrouve aussi quelques pancartes du collectif des “Mamans Louves”, qui militent par exemple contre le port du masque obligatoire pour les enfants dans les écoles, mettant en avant les dégâts psychologiques que cela engendrerait. La contradiction commence à se faire sentir avec la teneur des discours syndicaux, qui ont plutôt tendance à souligner l’incapacité de l’Etat ( et pour certains plus largement de notre économie capitaliste) à fournir à la population le matériel nécessaire pour se protéger. 

La même contradiction devient à priori indépassable, quand on tombe sur certaines des personnes qui remettent un à un en question à grands renforts de tracts “argumentés” tous les moyens de protection sanitaire, toutes les mesures de restriction. On bascule dans le cocasse quand on croise le très controversé Denis Agret, très en avant dans les manifs du samedi, en train de haranguer la foule : “Vous n’avez rien compris, enlevez vos masques !” Certains lui jettent des regards amusés… 

Si beaucoup sont attirés par l’idée de contester les protocoles sanitaires du ministère Blanquer, une partie du mouvement anti-pass aura à priori beaucoup de mal à trouver sa place dans ce mouvement naissant dans l’Education Nationale… 

Une délégation envoyée au rectorat

Quand le cortège se met en route, environ trois mille personnes sont au rendez-vous. Le trajet, déposé en préfecture, et scrupuleusement respecté, est très classique : boulevard du Jeu de Paume, grand rue Jean Moulin, Comédie, rue de la Loge, et enfin rue de l’Université.

Le cortège, dynamique, énergique, n’est pas disposé à attendre que sorte la délégation attendue au rectorat pour 16h. C’est la dispersion.

Et après ? 

Alors que l’Education Nationale a pu être un véritable bastion pour des grèves longues et soutenues, les grands mouvements sociaux d’ensemble s’y font rares ces dernières années. Le terrain des luttes y est plutôt occupé par différents collectifs de précaires, types AED/AESH, qui luttent courageusement avec les moyens du bord, limités puisqu’ils sont en attente perpétuelle de renouvellement de leur contrat, et abonnés aux bas salaires.

Mais ce jeudi 13 marque un taux de participation à la grève tout simplement historique, d’autant que la grève a été préparée au tout dernier moment, ces cinq derniers jours. Alors, vers un grand réveil de l’éducation ? Le gouvernement stresse très visiblement à ce propos, et a déjà accordé dès ce jeudi 13 au soir une entrevue aux syndicats représentatifs. Quoi qu’il en soit, la lutte n’en est qu’à ses débuts. 

Pour commencer, les associations de parents d’élèves montpelliérains organiseront une marche le 26 janvier. Autre échéance : le 20 janvier sera discutée à l’assemblée nationale une proposition de loi déposée par la députée PS Michèle Victory, qui propose de recruter les AESHs et les AEDs déjà mentionnés plus hauts en CDI, et de les faire bénéficier de la prime REP+ que touchent presque tous les autres personnels qui travaillent dans des établissements difficiles. Les premiers concernés seront donc en grève ce jour-ci, pour mettre la pression sur les parlementaires. Enfin, le 27 tout le monde participera à la journée de grève et de manifestation interprofessionnelle, qui porte principalement sur les salaires et le coût de la vie.

Parlons maintenant stratégie syndicale. L’intersyndicale nationale se réunira de nouveau demain, vendredi 14 janvier. Malgré le succès historique de cette grève, la grève reconductible n’est pas mise à l’ordre du jour pour le moment. Même les assemblées générales qui sont traditionnellement les plus combatives, comme celles de Paris, Nantes ou Saint-Denis, optent plutôt pour une nouvelle journée de grève dès la semaine prochaine. Option clairement défendue aussi par Sud Education et la CGT. Mais le syndicat majoritaire dans l’éducation est la FSU. Laquelle ne se prononce pas clairement, évoque d’autres modes d’action possibles comme des occupations ou des happenings, et attend à la fois de prendre la température auprès du gouvernement dès ce soir, et de discuter avec le reste de l’intersyndicale, pour prendre une décision. En interne, une autre proposition émerge à la FSU : une journée de manif samedi 22, sans grève. Il s’agirait ainsi de ménager l’unité syndicale : le second syndicat de l’éducation nationale, l’Unsa, peut être habituellement assez frileux sur le recours à la grève. 

Enfin, autre inconnue : les lycéens, qui se sont illustrés par des blocages d’établissement réprimés par les forces de l’ordre comme à Nantes ou Paris.


 


 

Éditorial. Au piquet !

Cathy Dos Santos sur ww.humanite.fr

Jean-Michel Blanquer était hier encore le bon élève du gouvernement, celui que l’on montrait en exemple. ...

Depuis le début du quinquennat, le ministre de l’Éducation nationale a imposé avec un zèle sans pareil l’orthodoxie macronienne. Intraitable, inflexible, il a toujours privilégié le passage en force plutôt que le dialogue. La pandémie a creusé le divorce entre la Rue de Grenelle et une communauté éducative médusée par des procédures kafkaïennes. Le dernier protocole sanitaire balancé dans un entretien payant chez un de nos confrères, à la veille d’une rentrée qui s’annonçait catastrophique, a été la goutte qui a fait déborder le vase après des années de casse de ce service public, pourtant pilier de notre pays. Non, les enseignants, les parents d’élèves n’ont pas défilé contre un virus mais contre un ministre hors-sol à l’arrogance sans limite.

La grève dans l’éducation nationale du 13 janvier restera gravée dans les annales. Inédite par son ampleur et sa détermination, suivie par 75 % des personnels, selon les syndicats, cette journée d’action est la première démonstration de force contre l’exécutif depuis le début de l’épidémie. Elle en dit long sur la souffrance, l’exaspération ; elle est limpide sur les revendications : des maques FFP2 et des locaux décents, des embauches massives, le dégel du point et du respect ! Le gouvernement devrait en prendre bonne note, car rien ne dit que cette colère accumulée ne se poursuive sous d’autres formes.

À trois mois de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron se serait bien passé de cette mauvaise publicité. Une grève de cette nature dans un contexte historique fait tache. Le chef de l’État ne devrait pas pour autant démettre de ses fonctions ce pilier de son exécutif, comme le réclament plusieurs candidats. Mais d’ores et déjà, et malgré les déclarations officielles affirmant le contraire, Jean-Michel Blanquer a été mis au piquet. Le premier ministre, Jean Castex, assure depuis lundi le service après-vente. C’est lui encore qui a reçu les syndicats de l’éducation dans l’espoir d’apaiser une fronde gonflée de légitimité

publié le 14 janvier 2022

Victoire des Luxfer : histoire d’une
résurrection industrielle

Nicolas Cheviron sur www.mediapart.fr

Abandonnés par leur maison mère, les ex-salariés de l’usine de Gerzat, spécialisée dans les bouteilles d’oxygène en aluminium, se sont battus pendant trois ans. Avec le Français Europlasma et les pouvoirs publics, ils annoncent la création d’une nouvelle unité de production, pour 2024.

Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).– Axel Peronczyk a le triomphe modeste. Pendant trois ans, le représentant syndical CGT a livré un combat de David contre Goliath face à Luxfer Holdings, l’entreprise qui, en novembre 2018, a décidé de le jeter à la poubelle avec les 135 autres employé·es de l’usine de Gerzat, dans la banlieue de Clermont-Ferrand, et de s’asseoir sur le couvercle.

Aujourd’hui, à contre-courant des annonces de fermetures de site qui font le quotidien de l’actualité sociale française, Axel a enfin une bonne nouvelle à communiquer : l’industriel français Europlasma, avec qui les ex-Luxfer étaient en pourparlers depuis des mois, accompagné des pouvoirs publics, s’est engagé à monter une nouvelle usine, Les Forges de Gerzat, qui embaucheront en priorité les laissés-pour-compte du groupe britannique.

L’unité de production sera bâtie sur un terrain de quelque 12 hectares, fourni par la métropole de Clermont-Ferrand à Cébazat, une commune voisine de Gerzat. La métropole va également financer, à hauteur de 34 millions d’euros, la construction du bâtiment industriel.

L’État et la Région Auvergne-Rhône-Alpes mettent aussi au pot, avec 15 millions d’euros de prêt et 4,5 millions de subventions d’investissement pour le premier, trois millions d’euros de subventions et le financement d’un plan de formation des ex-Luxfer pour la seconde. Europlasma s’engage pour sa part à apporter 25 millions en fonds propres, et autant en dette. Soit au total un tour de table de 100 millions d’euros.

Du côté des pouvoirs publics, l’investissement se justifie, outre la préservation de l’emploi, par « l’importance du maintien d’une capacité de production de bouteilles de gaz haute pression en France et en Europe – notamment à la suite du Brexit qui a privé l’Union européenne de la seule usine de production en Europe continentale », selon le communiqué conjoint diffusé vendredi dernier par le ministère de l’économie, la région et la métropole. Le caractère stratégique de cette production est apparu clairement au début de la pandémie de Covid-19, quand les besoins en bonbonnes d’oxygène ont brutalement explosé.

L’obstination des salarié·es a tapé dans l’œil de Jérôme Garnache-Creuillot, le PDG d’Europlasma. « On a affaire à des gens qui sont très impliqués, et qui ont un savoir-faire unique au monde, mondialement reconnu, dans une filière stratégique », explique-t-il. Son entreprise, basée dans la région bordelaise, s’est spécialisée dans la dépollution de déchets dangereux, en s’appuyant sur une technologie qu’elle a développée, la torche à plasma, qui fonctionne à l’électricité et permet d’obtenir de très hautes températures. La production devrait démarrer en 2024.

Parmi les ex-Luxfer, huit ont été recrutés au sein d’un bureau d’études pour organiser le développement de l’usine. Leur nombre devrait atteindre 20 au cours des deux ans à venir, jusqu’à la livraison des bâtiments de l’usine. « 2024-25 sera une année de transition, avec 70 salariés, essentiellement des anciens de Gerzat, indique le PDG. À l’optimal, nous serons à 200 personnels pour une production bien plus élevée qu’auparavant à Gerzat. »

Le site est resté rentable jusqu’à la fermeture

Au téléphone, Axel Peronczyk reste pourtant prudent. Il évoque sobrement la « page enfin tournée » de Luxfer, sa joie de collaborer avec « un industriel profondément impliqué », un « nouveau départ ». Mais sa voix trahit un immense soulagement. Et l’exultation est perceptible quand il parle de « revanche » contre les décideurs londoniens.

Le syndicaliste a de quoi avoir la dent dure. Avec son centre de recherche et développement et ses activités diversifiées – ses corps creux alimentaient l’armée, la filière nucléaire, l’aéronautique –, l’usine de Gerzat était l’un des fleurons du géant français de l’aluminium Pechiney quand elle a été rachetée au début des années 2000 par la filiale britannique du groupe canadien Alcan. En 2007, l’usine a été reprise par Luxfer Holdings, créée par d’anciens cadres dirigeants de cette filiale.

Les retours sur investissement de Gerzat sont insuffisants aux yeux des actionnaires.

Rapidement, Luxfer a recentré les activités de l’usine sur les bouteilles de gaz à haute pression. « La grande série est partie à Nottingham, et nous, nous avons hérité de toute l’innovation. Toutes les innovations mondiales dans la filière venaient de Gerzat », se souvient le syndicaliste. Mais les années passant, les investissements diminuent sur le site auvergnat.

Les retours sur investissement de Gerzat sont insuffisants aux yeux des actionnaires, même si le site est resté rentable jusqu’au bout. Le 26 novembre 2018, les employé·es apprennent, de la pire des manières, que leur usine est condamnée. « Ils ont annoncé le plan aux médias en même temps qu’à la première équipe. Il y a des gars qui ont appris à la télé qu’ils se faisaient foutre dehors », rappelle Axel Peronczyk.

Le plan en question prévoit un maintien de l’activité jusqu’à l’été 2019, et un accompagnement a minima des futures personnes licenciées. Immédiatement, le personnel débraye, pour deux semaines. Puis se ravise.

« Avec une centaine d’employés, on a pris la prime pour la mettre de côté et bâtir notre propre projet. On a essayé de prouver que cela rapporterait plus d’argent aux actionnaires de nous garder que de nous licencier », explique le représentant du personnel. « Notre contre-proposition reposait sur des investissements en matériels qui nous auraient permis d’accroître la compétitivité et la rentabilité sans suppression de poste. »

Parfois, quand on arrivait à l’usine, les dirigeants nous insultaient depuis leurs fenêtres et déclenchaient leur téléphone pour enregistrer notre réaction.

En pure perte. En février 2019, Luxfer rejette l’offre du personnel, et durcit le ton. « Ils ont fait appel à une société de sécurité, dont les agents nous suivaient en voiture jusqu’à notre domicile, histoire de nous faire comprendre qu’ils nous avaient à l’œil, indique Adrien Ducrous, un des anciens salariés. Ils organisaient des mises en scène pour tenter de nous faire passer pour des gens violents. »

« Parfois, quand on arrivait à l’usine, les dirigeants nous insultaient depuis leurs fenêtres et déclenchaient leur téléphone pour enregistrer notre réaction », complète Axel Peronczyk. Mais les salarié·es ne renoncent pas. Ils et elles prennent langue avec plusieurs entreprises potentiellement repreneuses. Mais les offres sont toutes repoussées par Luxfer, qui rejette de la même façon, en décembre 2019, une proposition de rachat de l’entreprise formulée par les salariées et salariés eux-mêmes.

L’État jette l’éponge, mais les négociations continuent

« Ils ne voulaient pas qu’on reprenne parce qu’ils avaient peur de notre concurrence. On avait tout le savoir-faire, toutes les capacités en matière de recherche et développement », analyse le représentant CGT. À partir de la mi-janvier 2020, les ex-salarié·es occupent leur usine pendant 53 jours, pour empêcher un démantèlement clandestin des machines.

L’irruption du Covid-19 réveille l’intérêt des politiques pour l’usine de Gerzat. L’opposition parle de nationalisation, le gouvernement répond droit sacré de la propriété privée, protection de la concurrence. Toutes et tous s’accrochent à l’espoir d’un revirement de Luxfer Holdings, avant de jeter l’éponge en décembre 2020, et de toucher le fond. « En juin 2021, à peine 40 personnes avaient retrouvé du travail, les gars n’avaient pas de revenus. De tous les côtés, on avait des dépressions. On a aussi eu un drame, et deux autres cas où on n’est pas passés loin », commente le syndicaliste. Quant à l’usine, elle n’est plus qu’une friche industrielle polluée de 4,5 hectares en pleine ville de Gerzat.

Pourtant, la lutte continue, et elle finit par porter ses fruits, après des mois de négociations discrètes, et l’annonce, le 7 janvier, de la construction d’une nouvelle usine. « Luxfer a voulu nous faire craquer, mais ils n’ont pas compris qu’on était en Auvergne et qu’on était têtus », plaisante Adrien.

On a beaucoup d’idées pour le centre de recherche et développement : des bouteilles plus résistantes et plus légères, mais aussi d’autres choses.

À partir de 2024, à l’instar des Forges de Tarbes, spécialisées dans les corps creux en acier et rachetées par Europlasma l’an dernier, Les Forges de Gerzat auront une double fonction. La première sera d’écouler l’aluminium récupéré à l’issue des processus de dépollution à travers une vaste gamme de produits.

« On a beaucoup d’idées pour le centre de recherche et développement de Gerzat : des bouteilles plus résistantes et plus légères, mais aussi d’autres choses. On envisage de travailler sur la mobilité verte, le stockage d’hydrogène », indique Jérôme Garnache-Creuillot.

La seconde sera de contribuer à l’autonomie de l’entreprise dans le domaine de la production des torches à plasma. « Les torches à plasma sont de plus en plus vues comme des alternatives électriques aux chauffes carbonées, souligne l’homme d’affaires. Le marché pourrait évoluer très vite quand les gens voudront passer du charbon à l’électrique, et nous voulons accompagner ce développement. »

publié le 13 janvier 2022

Industrie. La SAM, un caillou dans la chaussure de Macron

Bruno Vincens sur www.humanite.fr

Les salariés de la fonderie manifestent ce mercredi, devant Bercy, à Paris, pour exiger une reprise de leur activité. Leur situation, emblématique, fait irruption dans la campagne présidentielle.

Viviez (Aveyron), envoyé spécial.

La production est à l’arrêt, et pourtant, les salariés s’activent. Ils sont une bonne centaine, ce lundi matin, à investir l’usine. Les conversations vont bon train. À l’extérieur, certains se réchauffent autour d’un brasero. À l’intérieur, des tables ont été dressées dans le bâtiment de maintenance, où trône un arbre de Noël, une étoile scintillante à son sommet. Vers midi, le repas est servi. Toute la journée de dimanche, Ghislaine Gistau a œuvré aux fourneaux. « Nous prenons un repas en commun midi et soir », raconte la secrétaire du syndicat CGT de la SAM, applaudie par les convives en guise de remerciements. En ce 49e jour d’occupation du site, la détermination reste intacte. La mobilisation, loin d’être anarchique, est méticuleusement organisée.

Un impératif : préserver l’outil de production

Avant de passer à table, Philippe nous fait visiter la très vaste usine où il travaille depuis 1987. Le four est toujours allumé et la température s’affiche sur un écran : 742°C. L’aluminium est en fusion mais reste désormais à l’intérieur du four sans être coulé dans les moules. Ceux-ci permettaient de façonner des carters et autres pièces pour les Clio, Zoe, Mégane et toute la gamme des véhicules Renault thermiques, hybrides ou électriques… avant que la firme au losange abandonne la SAM. Philippe explique, avec une pointe de fierté, que son travail consiste à installer les moules sur les machines quand une série débute et à les enlever quand elle s’achève. La SAM, c’est une fonderie, mais aussi de l’usinage de précision. Pour l’heure, pourtant, les bâtiments de magasinage abritent un imposant stock de pièces en aluminium inutilisées.

« En une heure à peine, on peut redémarrer l’usine », assure Ghislaine Gistau. Même à l’arrêt, les machines à usinage, les presses à injecter sont bichonnées par les ouvriers. Un impératif : préserver l’outil de production. Un projet industriel est-il en vue pour l’entreprise en liquidation judiciaire ? « Nous n’avons aucun retour » des pouvoirs publics, répond David Gistau, l’un des animateurs de la lutte. Les contacts que la région ­Occitanie aurait établis avec d’éventuels investisseurs restent strictement confidentiels. Quant au ministre Bruno Le Maire, dont les SAM sont sans nouvelles depuis bientôt un mois, il va recevoir aujourd’hui leur visite : un rassemblement est prévu à partir de 13 heures sous ses fenêtres, à Bercy. Deux cents salariés de la fonderie et habitants du bassin de Decazeville feront le déplacement. La CGT Île-de-France, le PCF et EELV appellent à se joindre à eux.

David Gistau prévient : « Nous voulons être reçus par le ministre de l’Économie et de l’Industrie (il insiste sur ce mot – NDLR) et à condition qu’il nous annonce de bonnes nouvelles. Nous demandons des indemnités supralégales versées par Renault, mais notre première revendication, c’est le redémarrage de l’usine. » Ghislaine Gistau ajoute : « Nous pouvons travailler pour la filière automobile, mais aussi pour l’aéronautique, le ferroviaire, tous les secteurs qui utilisent de l’aluminium. »

Jean-Pierre Floris, missionné par l’État et la région pour trouver une solution industrielle, était resté lui aussi discret depuis une visite éclair de l’usine, il y a un mois. Mardi, il a fait sa réapparition dans le bassin de Decazeville, mais la rencontre avec les représentants syndicaux de la SAM a vite tourné court : le chargé de mission n’avait aucune piste industrielle à leur proposer. « La réunion a été houleuse et nous sommes partis au bout de dix minutes », raconte David Gistau.

« On aimerait que le président “emmerde” Renault ! »

Alors que le gouvernement n’a que le mot réindustrialisation à la bouche, la SAM veut être un cas emblématique, à trois mois de l’élection présidentielle. « Dans notre pays, le métier de la fonderie et tout un savoir-faire sont en train de disparaître, souligne David Gistau. Durant cette période électorale, on ne va pas se gêner pour dire que le gouvernement laisse Renault avoir droit de vie et de mort sur tout un territoire. La SAM est le premier employeur privé du bassin de Decazeville et si on supprime ces 333 emplois, nous aurons pour seul horizon Pôle emploi et les Restos du cœur. Alors, on aimerait que Macron “emmerde” Renault ! » En novembre 2021, une centaine de salariés de la SAM ont brûlé leur carte d’électeur. « Je le regrette, je dis à mes camarades qu’il faut voter, mais en même temps, je les comprends, confie David Gistau. Ici, on se sent abandonnés. La maternité a fermé. Pour Bercy, nous sommes des bouseux, des citoyens de seconde zone. Le gouvernement valide la mort sociale de 333 femmes et hommes et de leur famille. »

Pour les ouvriers fondeurs de Viviez, la SAM est bien un dossier d’ampleur nationale et peut devenir un thème de campagne lors de cette élection présidentielle. « Nous sommes prêts à rencontrer les candidats progressistes, à échanger avec eux », annonce le syndicaliste. Fabien Roussel et Yannick Jadot sont annoncés au rassemblement de ce mercredi. Pour David Gistau, des choix politiques pourraient émerger à l’approche des élections : « Il faut des lois contraignantes pour obliger les constructeurs, tel Renault, à se fournir pour moitié chez des sous-traitants français. » Aujourd’hui, une partie des pièces automobiles sorties naguère de l’usine occitane sont d’ores et déjà produites en Roumanie. Les ouvriers fondeurs aveyronnais occuperont l’usine tant qu’aucune solution industrielle n’émergera. « On souhaite redémarrer cette usine, qu’elle s’appelle SAM ou autrement ! » martèle Ghislaine Gistau.


 

 


 

Mobilisation. Les SAM portent
leur colère jusqu’à Bercy

Marie Toulgoat sur www.humanite.fr

Alors qu’ils occupent leur usine depuis 51 jours, les fondeurs aveyronnais espèrent que le gouvernement s’engagera à chercher des solutions de reprise pour le site, pour le moment condamné à la fermeture.

Ce mercredi, des airs enjoués percent quelque peu le brouillard froid parisien du mois de janvier. Une poignée de musiciens font sonner leurs instruments, quelques spectateurs esquissent de pudiques pas de danse. Tous arborent leur même message de soutien, épinglé sur leur manteau : « Je suis SAM. » À quelques encablures du ministère de l’Économie, des centaines de personnes rassemblées attendent impatiemment l’arrivée des travailleurs de la Société aveyronnaise de métallurgie (SAM). Après avoir réveillonné dans leur usine, ces derniers ont grimpé, mercredi matin, dans un bus pour huit heures de route, direction Bercy. C’est que la colère, qui monte depuis des mois, vient de passer un nouveau cran. Après la liquidation judiciaire définitive de la SAM, lâchée par Renault, leur unique donneur d’ordres, en novembre 2021, les derniers salariés ont reçu leur lettre de licenciement le 2 janvier 2022.

Soudain, les voilà : des dizaines et dizaines de travailleurs débarquent dans la capitale. Cliquetant des pièces métalliques – qu’ils ne produisent désormais plus – entre elles, les fondeurs font s’élever jusqu’aux fenêtres du ministre un curieux tintamarre, accompagné presque aussitôt de bruyants applaudissements.

« On nous dit qu’il faut relocaliser et Renault part en Roumanie »

Si l’ambiance est à la fête, les Aveyronnais peinent à masquer leur dégoût. Car, si le gouvernement martèle à qui veut l’entendre son attachement à l’industrie, c’est bien au sabotage de leur fonderie qu’assistent les travailleurs. « On nous dit qu’il faut relocaliser, et pourtant, on laisse Renault partir en Roumanie et en Espagne, alors que ça fait trois ans que nous avons commencé à produire des pièces pour les véhicules électriques », souffle Michel Caballero, manutentionnaire salarié de la SAM depuis trente-quatre ans, bleu de travail sur le dos. Convaincu que son industrie a de l’avenir, l’Aveyronnais refuse de baisser les bras. Depuis cinquante et un jours, il se relaie, avec ses camarades, pour occuper l’usine.

« Il y a du monde sept jours sur sept qui vérifie le bon état du matériel et des fours. Rien qu’aujourd’hui, il doit y avoir 60-70 personnes restées sur place. Le but est de conserver notre outil de travail », confirme Joris Lasfargues, élu CGT de la SAM. Pour le représentant du personnel, la mobilisation est indispensable à l’avenir du secteur. Noyés dans l’épaisse foule, les quelques employés de la Fonderie du Poitou, venus apporter leur soutien, peinent à le contredire. Ces derniers ont appris, mardi, en CSE, qu’aucun repreneur n’avait été trouvé pour poursuivre leur activité. L’activité sera placée en redressement judiciaire.

Tout le bassin de Decazeville, en Aveyron, souffrira de cette situation

Sur la petite place, les fondeurs ont désormais éparpillé, ici et là, des composants métalliques, comme une métaphore de leur vie disséminée. Car, en plus d’avoir été lâchés par Renault, ils ont le sentiment d’avoir été méprisés. Tous licenciés, ils n’auront le droit qu’aux indemnités légales, même avec quarante années d’ancienneté. « On veut le maximum d’argent, des vraies indemnités supralégales. Renault a reçu 5 milliards d’euros d’aide pendant la crise, ils doivent nous payer ! » martèle Magali, responsable d’équipe et salariée de la fonderie depuis six ans.

À force d’efforts, une délégation de représentants de travailleurs de la SAM a décroché un rendez-vous dans l’après-midi avec le cabinet du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Tous espèrent que l’État obligera Renault à verser ce précieux supplément et s’engagera à rechercher activement de nouvelles solutions de reprise de l’activité de la fonderie.

Dans le cas contraire, les salariés de la SAM ne seront pas les seuls à payer les pots cassés. Tout le bassin de Decazeville, en Aveyron, souffrira de cette situation. « J’ai déjà connu la fermeture des aciéries, comme Vallourec, dans le bassin en 1986-1987. Ça avait complètement vidé l’emploi. C’est sur le point de recommencer, la SAM est la dernière entreprise », prédit Philippe Jalbert, trente-quatre années d’ancienneté. Une blouse blanche sur le dos, Sabrina Burdack, acheteuse à la SAM, abonde : « Maintenant qu’on est licenciés, retrouver un emploi dans le coin ne va pas être facile, il n’y a plus de travail ici. » Une chose est sûre, les fondeurs ne partiront pas sans lutter

publié le 13 janvier 2022

Pour en finir avec une écologie sans ennemis

sur https://cqfd-journal.org/

Face au dérèglement climatique et à l’effondrement de la biodiversité, il conviendrait que chacun fasse sa part. C’est oublier que nous n’avons pas tous la même responsabilité dans la crise écologique : États et grandes entreprises climaticides sont infiniment plus coupables que le Gilet jaune lambda. Au vrai, c’est tout un système qui pose problème…


 

On nous l’a dit et répété : la survie de la planète dépend de chacun d’entre nous. À l’image du colibri de la fable de feu Pierre Rabhi – cet oisillon qui, tel un minuscule Canadair, tente de résorber le grand incendie de la forêt à coups d’anecdotiques gouttes d’eau –, il conviendrait que chacun fasse sa part. Sauf que non, ça ne marchera pas comme ça : pour filer la métaphore, disons que le colibri peut bien participer à son échelle, si l’éléphant avec sa trompe de pompier ne l’aide pas à lutter contre les flammes, le combat est perdu d’avance. Surtout quand, dans le même temps, des hyènes avides de profit continuent d’alimenter le brasier. En janvier 2022, nous en sommes là.

Imaginons un instant un illusoire monde idéal. Chaque Français est devenu strictement végétarien ; pour tout petit trajet, il a troqué sa voiture contre un vélo ; pour le moindre déplacement un peu plus long, il fait du covoiturage ; plus jamais, au grand jamais il ne prend l’avion ; il achète trois fois moins de vêtements neufs ; l’ensemble de sa nourriture, conditionnée en vrac, provient de circuits courts ; il ne quitte plus sa gourde et bannit forever les bouteilles en plastique ; il baisse de 20 % sa conso de chauffage ; il achète d’occasion l’intégralité de son électroménager et autres produits high-tech ; il éclaire tout son logement avec des Led.

En termes d’empreinte carbone, quelle efficacité ? En 2019, dans une étude intitulée « Faire sa part ? », le cabinet de conseil Carbone 4 a fait le calcul. Conclusion : « L’impact des gestes individuels est loin d’être négligeable. » Ainsi, le passage au régime végétarien aurait des répercussions particulièrement positives1. Mais au global, la portée de cette « écologie des petits gestes » reste très limitée : « Même avec un comportement individuel proprement héroïque, c’est-à-dire l’activation quotidienne et sans concession de tous ces leviers, un Français ne peut espérer réduire son empreinte [carbone personnelle] de plus de 2,8  tonnes par an, soit environ 25 % ». Une baisse absolument insuffisante pour maintenir l’augmentation de la température du globe sous la barre des 2°C.

La bataille pour le climat ne se gagnera pas à l’échelle des individus, qui restent piégés, comme l’écrit Carbone 4, dans un « environnement social et technique dont nous avons hérité, bâti sur la promesse d’une énergie fossile bon marché et illimitée ». Parmi ceux qui, il y a un peu plus de trois ans, ont enfilé le gilet jaune, beaucoup n’avaient pas choisi en conscience de prendre leur voiture tous les jours pour aller bosser depuis leurs périphéries ; c’est le prix des loyers du centre-ville conjugué à l’insuffisance des transports publics – au vrai, l’organisation socio-économique en général – qui les avaient poussés vers cette dépendance quotidienne au pétrole.

Face à la crise écologique, c’est tout un système qu’il faut renverser. Collectivement.

Et pour commencer, on peut nommer quelques-uns des principaux responsables du désastre. C’est ce que fait le journaliste (et ami) Mickaël Correia, qui publie le 13 janvier à La Découverte un livre-enquête intitulé Criminels climatiques. Partant d’une étude montrant que depuis 1988, 71 % des émissions de gaz à effet de serre sont imputables à cent entreprises, il s’est intéressé aux trois plus polluantes d’entre elles. Ce sont trois multinationales des énergies fossiles, basées respectivement en Arabie saoudite, en Russie et en Chine : Saudi Aramco (production de pétrole), Gazprom (gaz) et China Energy (charbon). « Depuis 2015, nous dit l’auteur [lire notre entretien pp. II & III], on sait que pour limiter le chaos lié au dérèglement climatique, il faudrait laisser dans le sous-sol 80 % des réserves de charbon, la moitié de celles de gaz et un tiers de celles de pétrole. Alors qu’on devrait déjà être dans une dynamique de freinage assez radical des énergies fossiles, ces sociétés ont des projets d’extension de plus 20 % d’ici 2030. »

Et elles font preuve d’un cynisme sans bornes : le secteur charbonnier chinois va jusqu’à vendre des centrales thermiques surdimensionnées au Bangladesh, pays d’ores et déjà touché par la montée des eaux liée au réchauffement climatique [lire un extrait de Criminels climatiques p. IV]. Même avidité sans scrupule chez Perenco, discrète multinationale française spécialisée dans l’exploitation des vieux puits de pétrole, qu’elle essore jusqu’à la dernière goutte au prix de conséquences écologiques et humaines parfois gravissimes [p. V], notamment en Afrique. Et tout ce beau monde s’en va gentiment faire du greenwashing aux grandes conférences mondiales sur le climat : en novembre à la Cop26 de Glasgow, le lobby des énergies fossiles était la plus importante délégation. Et un espace appelé Resilience Hub (le « hub de la résilience ») était sponsorisé, entre autres, par la banque JP Morgan, qui compte parmi les championnes mondiales des investissements climaticides.

Autant d’exemples qui permettent de persister à penser que contrairement à ce que certains suggèrent, la crise écologique est moins imputable à la « nature humaine » qu’à « un problème de culture et d’organisation sociale » [p. VII]. Organisation sociale si problématique que certains chercheurs ont dépassé la notion d’Anthropocène (âge géologique où les grands équilibres terrestres sont bouleversés par l’être humain) pour introduire le concept de Capitalocène (le système capitaliste est la principale cause de ces grands chamboulements) [p. VI].

Enfin, il est tout sauf anodin de noter que les extrêmes droites ont à l’égard de la question climatique une approche mêlant déni et instrumentalisation [p. VIII]. Quant au bilan carbone des armées, il est comme de juste désastreux [p. IX]. L’occasion de rappeler que les énergies fossiles, ça sert (aussi) à faire la guerre. Pour nous, c’est clair : c’est à leurs promoteurs qu’il faut la faire.

Note

1 « Parmi les actions individuelles à plus fort impact, le passage d’un régime carné à un régime végétarien, voire végétalien, est significatif. Il permet de limiter les émissions issues de l’élevage (émissions de méthane par les ruminants) et de la déforestation (déstockage du carbone sous l’effet du changement d’affectation des sols). Il représente à lui seul 10 % de baisse de l’empreinte, soit 40 % du total de la baisse maximale induite par les changements de comportements étudiés. »

publié le 12 janvier 2022

Télévision. Notre santé rongée par les intérêts privés

Laurent Etre sur www.humanite.fr

Pour son premier numéro de l’année, le magazine d’enquête de France 2 dévoile les écarts criants dans l’accès des citoyennes et citoyens aux soins médicaux.

Cash Investigation. « Liberté, santé, inégalités » France 2, jeudi 13 janvier à 21 h 10.

Le magazine présenté par Élise Lucet prend la température de notre système de santé. Et livre un diagnostic révoltant, bien qu’attendu, après des décennies de néolibéralisme : rongé par des logiques de rentabilité, pris en étau entre le manque de courage des gouvernants et le peu d’appétence de certains praticiens pour la notion d’intérêt général, notre fameux modèle serait de moins en moins égalitaire.

Les chiffres avancés par nos deux confrères, Gabriel Garcia et Julien Beccu, coauteurs de l’enquête, sont édifiants. Sait-on, par exemple, que huit millions de Français vivent aujourd’hui dans un désert médical ? Entre Biarritz, avec ses plages prisées des surfeurs, et La Ferté-Macé dans l’Orne, le décalage est patent : 22 médecins pour 10 000 habitants dans la station balnéaire des Landes, contre seulement 4 pour la même proportion d’administrés dans la petite commune du bocage normand.

Un business éhonté

En cause : l’absence d’encadrement de la liberté d’installation des généralistes. Un principe dont on croit encore souvent, à tort, qu’il est inhérent au fait d’exercer une profession libérale, alors qu’en réalité, pharmaciens, kinésithérapeutes ou infirmières ont depuis longtemps accepté de localiser leurs cabinets en tenant compte des données démographiques. Le duo de journalistes se penche également sur les inégalités dans l’accès aux soins pour les personnes atteintes de cancer. Et révèle, entre autres, qu’en 2018, 812 cliniques et hôpitaux ont opéré ces pathologies sans les autorisations administratives requises. Pour accéder à de telles informations, Gabriel Garcia et Julien Beccu ont dû rédiger un véritable protocole scientifique.

Autre moment fort de ce numéro : le reportage en caméra cachée dans le service d’un néphrologue, qui dénonce lui-même, à visage couvert toutefois, le business éhonté autour des dialyses, traitement de base contre l’insuffisance rénale. Maniant l’ironie face aux puissants, tout en déployant des trésors de pédagogie à l’intention du public, l’équipe de Cash Investigation éclaire une nouvelle fois avec brio un sujet de société brûlant.

publié le 12 janvier 2022

« L’exposition à l’environnement est
une cause majeure
de maladies humaines »

Jade Lindgaard sur www.mediapart.fr

Des milliers de produits chimiques se trouvent dans l’environnement sans que l’on ne sache souvent les mesurer ni évaluer leurs impacts. C’est pourquoi des chercheurs ont créé la notion d’« exposome », focalisée sur l’exposition des organismes à ces substances. Entretien avec l’un de ses spécialistes en Europe, Paolo Vineis. 

Inquiétude pour la qualité de l’air fin décembre après un incendie de déchets industriels à Saint-Chamas, au bord de l’étang de Berre (Bouches-du-Rhône) ; contamination de l’environnement jusqu’à 30 km de l’épicentre du sinistre après l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen, en 2019 ; rejets routiniers de substances radioactives dans les fleuves par les centrales nucléaires ; épisodes récurrents de pollution de l’air dans les grandes villes françaises, liés au trafic routier. 

La présence de produits chimiques dans l’air et dans l’eau est un marqueur de nos civilisations industrielles contemporaines. Pourtant, leurs impacts sur les organismes vivants et sur la santé des humains restent peu connus. Pour pallier ce manque de savoir, des chercheurs ont forgé il y a dix ans la notion d’exposome. Un colloque lui a récemment été consacré à Paris. 

À cette occasionMediapart a interviewé Paolo Vineis, à la tête de la chaire d’épidémiologie environnementale à l’Imperial College de Londres, où il dirige des recherches sur l’exposome et la santé, dans le cadre du projet EXPOsOMICS

Vous êtes un spécialiste d’épidémiologie environnementale, et à la tête d’un projet de recherche européen sur l’« exposome ». Que signifie cette notion et qu’apporte-t-elle à la compréhension des impacts des pollutions sur les organismes vivants ?

Paolo Vineis : Cette notion a été forgée il y a une quinzaine d’années par Christopher Wild, directeur de l’Institut international de recherche sur le cancer (CIRC). Elle désigne deux phénomènes. D’abord, que l’exposition à l’environnement est une cause majeure des maladies humaines. Après beaucoup de recherches sur le génome (l’ensemble des chromosomes et des gènes d’un individu), on sait que seules 5 à 10 % des maladies que nous développons sont d’origine génétique. Tout le reste est dû à l’environnement auquel on est exposé. 

En dépit de cette réalité, les recherches pour mieux comprendre les effets des expositions à l’environnement sont moins développées que celles pour la recherche sur le génome. Christopher Wild a donc appelé à conduire plus de recherches sur ce qui pourrait s’appeler « l’exposome », en référence au génome. Cette expression a rencontré pas mal de succès en Europe et aux États-Unis – la Commission européenne a été la première à faire des investissements en ce sens. Des bourses de recherche ont été créées et j’ai été l’un des premiers à en bénéficier pour un projet intitulé « Exposomics ».

L’idée avec cette notion d’exposome est donc de mieux évaluer les impacts de notre  environnement sur nos corps et sur les maladies qui peuvent en découler. Pour cela, nous captons la présence de substances chimiques dans l’air ou dans l’eau, et nous les analysons avec de la spectrométrie de masse, une méthode qui utilise la chimie. 

Mon collègue Leon Barron, de l’Imperial College à Londres, utilise une approche très intéressante en mesurant les substances chimiques présentes dans l’eau (via la spectrométrie de masse). Cela permet d’identifier les antibiotiques, pesticides, effluents chimiques d’usines… Cela donne une sorte de photographie de tout ce qui se trouve dans une rivière, et de ce qui se retrouve dans l’eau potable. C’est parti d’une enquête qui avait mesuré la présence de traces de drogues illicites – on se souvient que des traces de cocaïne avaient été trouvées dans les toilettes du Parlement britannique. Tout cela constitue ce qu’on appelle « l’exposome externe ». 

Un autre  aspect de l’exposome est d’enquêter sur ce qui se passe dans le corps : c’est « l’exposome interne ». On peut utiliser les mêmes méthodes, par exemple la spectrométrie de masse dans le sang ou l’urine, ce qu’on appelle en anglais « metabolomics », ou par la recherche des protéines (« proteomics »). En gros, il s’agit de chercher des changements dans les molécules qui se trouvent dans le corps afin de voir quels sont les effets de l’exposition à l’environnement. Ensuite, on essaie de voir quels liens peuvent être tracés entre ces changements internes et des maladies déclarées : asthme, maladie cardiovasculaires, cancer, etc.

Biologie, chimie, médecine : plusieurs disciplines scientifiques sont mobilisées dans ces recherches. Lors d’un récent colloque à Paris, vous avez défendu l’idée d’« exposome social ». Pourquoi ?

Cela vient de l’observation que les personnes de catégories socio-économiques défavorisées ont plus de risques de développer une maladie que les personnes privilégiées, et présentent un taux de mortalité supérieur. Le différentiel d’espérance de vie peut atteindre 9 ou 10 ans entre les extrêmes socio-économiques. 

Une partie de l’explication se trouve dans les comportements individuels. Les catégories sociales plus défavorisées fument plus. Mais ce n’est pas la seule explication. Michael Marmot, un chercheur en santé publique, pense que c’est lié au stress psycho-social, causé par les salaires trop faibles, la précarité de l’emploi, les conditions de vie. Cela est encore peu exploré scientifiquement. On ne sait pas pourquoi le statut socio-économique et les conditions de vie difficiles augmentent le risque de maladie et de mortalité. 

J’ai donc sollicité des chercheurs en sciences sociales pour travailler ensemble et combler le vide séparant sciences sociales et sciences du vivant. Il existe une sorte de préjugé entre ces domaines : les chercheurs en sciences sociales ont tendance à ne pas s’intéresser à la biologie, pensant que les biologistes et les chercheurs en médecine sont réductionnistes et ramènent la réalité à des histoires de molécules. De leur côté, les chercheurs en médecine ont aussi des préjugés vis-à-vis des sciences sociales, pensant que cela flotte en l’air et que ce n’est pas concret. 

Nous nous sommes appuyés sur le travail d’une chercheuse états-unienne, Nancy Krieger, professeure d’épidémiologie sociale, qui a forgé la notion d’« incorporation » (« embodiment »). Nous cherchons à comprendre comment le stress psycho-social, les problèmes de l’existence, les positions socio-économiques entraînent des changements biologiques.

Nous avons travaillé surtout sur l’épigénétique, qui est l’étude des changements dans l’activité des gènes qui n’impliquent pas de modification de l’ADN, et ce qu’on a appelé « l’horloge génétique ». C’est la mesure de « l’accélération de l’âge », une façon d’enquêter sur les étapes intermédiaires entre le stress psycho-social et les problèmes de santé, qui se manifestent par un phénomène d’accélération de l’âge biologique.

Ces méthodes et ces recherches permettent-elles de progresser dans la compréhension des impacts de la pollution atmosphérique sur la santé ?

Nous entendons souvent que plus de 4 milllions de personnes meurent chaque année à cause de la pollution de l’air, selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais il faut faire attention car il y a une énorme différence entre pays pauvres et pays riches. La pollution de l’air a beaucoup diminué dans les pays riches depuis 50 ans. Elle continue de se réduire, grâce aux progrès dans la technologie des moteurs à combustion, l’augmentation du nombre de contrôles, le renforcement des réglementations, la création de zones limitant la circulation automobile dans les villes. Cela ne signifie pas que cela suffit. La pollution de l’air contribue aussi aux dérèglements du climat. 

Mais la situation est beaucoup plus dramatique dans les pays à faible revenu, où se concentre la majorité des morts de la pollution. Cela dit, nous avons travaillé sur la pollution atmosphérique avec des biomarqueurs et établi des preuves solides de ces impacts. Nous avons surtout mis en évidence des effets inflammatoires causés par la pollution de l’air, et des conséquences sur l’asthme, les maladies cardio-vasculaires et le cancer du poumon. 

Les réglementations environnementales établissent des seuils d’innocuité pour les substances toxiques autorisées : en deçà d’un certain seuil, ces produits chimiques ne seraient pas dangereux. Est-ce justifié scientifiquement ?

C’est probablement la question la plus difficile sur les pollutions environnementales. Les seuils d’exposition sont en général basés sur des expériences réalisées sur des animaux. On les expose à des substances chimiques, on analyse ce qu’il se passe et à partir de cela, des niveaux de sécurité sont décidés. C’est une manière empirique d’établir des valeurs de seuil d’exposition. 

Mais il y a aussi les observations épidémiologiques. Si vous regardez ce qui se passe avec des faibles niveaux d’exposition pour les produits cancérigènes, dans la plupart des cas, la relation est linéaire. Cela veut dire qu’il n’y a pas de seuil d’exposition en deçà duquel la substance n’a aucun effet. Le problème, c’est qu’il faut un très grand nombre de personnes pour faire apparaître statistiquement l’existence de faibles impacts. Car si votre groupe de personnes est restreint, et les niveaux d’exposition bas, vous ne verrez que très peu de cas de cancer. Et vous ne pourrez pas en déduire une relation correcte et crédible entre la dose d’exposition et l’effet sur le corps. 

Si vous prenez l’exemple du tabagisme, y compris du tabagisme indirect : la relation entre la dose et l’effet est linéaire. Être exposé à un faible niveau de tabac, même très faible, augmente le risque de cancer. Les raisons sont diverses : vous pouvez avoir une vulnérabilité génétique ou être exposé à d’autres substances par ailleurs. Par exemple, si vous êtes fumeur et que vous avez une inflammation chronique des poumons, si vous êtes exposé à autre chose, par exemple à de l’amiante, votre risque de cancer augmente.

Cela explique pourquoi être exposé à une faible ou même très faible dose de produits cancérigènes peut tout de même augmenter le risque d’une personne de développer un cancer. Nous sommes encore tout au début des recherches à ce sujet. Nous espérons obtenir des résultats sur le sujet des expositions à des substances multiples. 

L’air des pays riches est de moins en moins pollué par les gaz des voitures, du charbon et des usines mais n’y a-t-il pas de plus en plus de substances chimiques dans l’environnement ?

Oui. Les chercheurs se sont concentrés sur un petit nombre de substances chimiques dans le passé. Aux États-Unis, ils parlent de « legacy chemicals », les produits chimiques dont on hérite, car ils sont réglementés depuis de nombreuses années par l’Agence de protection de l’environnement, l’EPA. Ce sont les PCBs, l’amiante, ou plus récemment les PFAS. Mais la capacité de les mesurer dans l’environnement, et encore plus de les mesurer dans le corps, était limitée. 

C’est probablement l’un des principaux objectifs de la recherche sur l’exposome. Nous savons qu’il y a des milliers de produits chimiques dans l’environnement. D’où viennent-ils ? Cela pose notamment la question des mouvements transnationaux des produits chimiques. Ils passent les frontières dans l’air. Par exemple, les centrales à charbon en Pologne polluent l’air du reste de l’Europe. Il y a des raisons de soupçonner que des produits chimiques présents dans l’air européen proviennent de Chine et voyagent dans l’air ou même via des biens importés.

Comment détecter ces substances ? Cela fait partie des sujets sur lesquels la connaissance pourrait s’améliorer, grâce à l’usage de capteurs en extérieur et de mesures à l’intérieur du corps. En résumé, sur la plupart de ces substances, on sait très peu de choses.

publié le 11 janvier 2022

Exaspération.
Submergée par Omicron, l’Education nationale appelle à la grève

Olivier Chartrain sur www.humanite.fr

Après une semaine où le chaos dans les établissements a fait monter la colère, une large intersyndicale lance un appel à une mobilisation nationale jeudi 13 janvier.

C’est parti comme une traînée de poudre, au point que certains n’ont pas attendu l’intersyndicale du vendredi 7 janvier pour l’annoncer : la quasi-totalité des acteurs de l’éducation appellent à une grève nationale le jeudi 13 janvier.

Confrontée depuis des mois à une situation difficile, devenue totalement ingérable depuis la rentrée du 3 janvier avec le nouveau protocole sanitaire, censé accompagner le tsunami de contaminations engendré par le variant Omicron, l’école menace d’imploser à tous les niveaux et a décidé de dire stop.

Profs, parents d'élèves, inspecteurs, lycéens...

« L’épuisement et l’exaspération de toute la communauté éducative atteignent un niveau inédit », expose l’appel intersyndical à la grève. Un appel signé, il faut le souligner, par l’ensemble des organisations syndicales et associations du secteur: tous les syndicats de la FSU (Fédération syndicale unitaire) – y compris ceux des inspecteurs ou des personnels territoriaux intervenants à l’école –, l’Unsa éducation, SUD éducation, la CGT Éduc’action, la Fnec-FP-FO, le Snalc, le SNE, rejoints par la première fédération de parents d’élèves, la FCPE, et des syndicats lycéens (Fidl, MNL et la Voix lycéenne). Seul le Sgen-CFDT n’a pas suivi l’appel national, laissant ses fédérations locales décider si elles se joignaient au mouvement.

Certains établissements, notamment en Seine-Saint-Denis, avaient pris les devants dès la semaine dernière. Des fédérations, comme SUD éducation, appellent à une grève reconductible dès aujourd’hui. Dans l’académie de Créteil, ce sont les AESH (accompagnants d’élèves en situation de handicap) qui devraient répondre à partir de ce lundi à l’appel à une grève illimitée lancé par une intersyndicale CGT, FSU, SUD et FO. Même un syndicat comme le SNPDEN-Unsa (syndicat majoritaire chez les personnels de direction), traditionnel accompagnateur des politiques de Jean-­Michel Blanquer, s’il n’appelle pas à la grève, déclare s’y associer.

Protocoles intenables et absence de moyens

Jean-Michel Blanquer risque donc de se trouver confronté à une vague de colère assez inédite sous son exercice. L’explication en est donnée par l’intersyndicale  : « L’école ne bénéficie pas de l’organisation protectrice qui serait nécessaire pour assurer la sécurité des élèves, des personnels et de leurs familles. »

Or « la responsabilité du ministre et du gouvernement (…) est totale du fait de changements de pied incessants, de protocoles intenables et d’absence de moyens donnés pour assurer le fonctionnement de l’éducation ». Le protocole sanitaire, en vigueur depuis le 3 janvier, est jugé inapplicable et, dans sa dernière version (à partir de ce lundi), « allégée » des autotests à J+2 et J+4, encore moins protecteur. Sur le terrain, pénurie de remplaçants pour les nombreux personnels positifs ou cas contacts, gestion impossible des tests et désorganisation pédagogique due aux allers et retours des élèves ont rendu la situation explosive.

Le 8 janvier, une tribune publiée dans le JDD et signée par plus de « 2 700 acteurs de l’éducation et des médecins » dénonçait les économies faites sur le budget de l’éducation nationale (600 millions d’euros en 2020 et 75 millions en 2021), les rapportant au crédit de… 20 millions ouvert pour aider les collectivités à équiper les établissements en capteurs de CO2. « Écoles, collèges et lycées doivent avoir les moyens de fonctionner en toute sécurité », rappelle l’intersyndicale. Et d’exiger « les moyens et les protections nécessaires pour faire face à la crise » en dotant « d’équipements de protection les personnels, les écoles et les établissements » et en leur attribuant « les moyens humains nécessaires ».


 


 

Éducation.
Plus la pandémie avance, plus le protocole s’allège

Olivier Chartrain sur www.humanite.fr

Des taux d’incidence record chez les moins de 19 ans, plus de 10 000 classes fermées, mais Jean Castex a annoncé de nouvelles règles sanitaires en milieu scolaire.

Une semaine de cours, trois versions du protocole sanitaire. La volonté du gouvernement d’être « au plus près de la réalité », comme l’a justifié Jean-Michel Blanquer, a de quoi rendre chèvre les personnels de l’éducation nationale comme les familles. Lundi 10 janvier, c’est le premier ministre, Jean Castex lui-même qui s’est ainsi invité au journal de  20 heures de France 2 pour présenter les nouvelles règles, après la version initiale du 3 janvier (annoncée le 2) et les aménagements du 10 (annoncés le 6).

Premier changement à effet immédiat : quand un cas positif est avéré dans une classe, les élèves cas contacts n’ont plus à quitter l’école ou l’établissement au plus vite, ils peuvent y rester jusqu’à la fin de la journée. Et continuer à côtoyer leurs camarades – par exemple, manger à la cantine le midi, donc en retirant leur masque. Pas de souci pour le gouvernement : le respect des gestes barrières suffit à assurer la sécurité de tous…

Autre modification, plus de premier test PCR ou antigénique (suivi d’autotests à J + 2 et J + 4) pour les cas contacts : trois autotests suffiront. Ces autotests seront retirables gratuitement en pharmacie sur présentation d’une « attestation de cas contact », censée être délivrée par des établissements déjà submergés par la gestion de la pandémie. Ce changement doit entrer en vigueur à partir de vendredi 14 janvier : faute de précision du gouvernement à ce sujet, on peut donc supposer que, d’ici là, le premier test à faire reste un PCR ou antigénique. Troisième et dernière évolution : au lieu d’une attestation pour chaque autotest à J + 2 et J + 4, à partir de vendredi, les parents n’ont plus à fournir qu’une seule attestation sur l’honneur prouvant que le premier des trois autotests est négatif, pour que leur enfant réintègre sa classe.

Au risque de laisser le virus prendre encore plus ses aises

On voit assez nettement l’objectif principal de ces aménagements : faire disparaître les files d’attente devant les pharmacies, visibles dans tout le pays, qui pour certaines atteignaient cinq heures et faisaient vraiment mauvais genre pendant que le gouvernement affirmait que la situation était « sous contrôle ». L’autre objectif évident est de simplifier la vie des familles, au risque de laisser le virus prendre encore plus ses aises en milieu scolaire. Qui peut garantir en effet que les autotests, outre leur fiabilité intrinsèque moins bonne que celle des PCR, soient correctement réalisés ? Ou que, face aux difficultés d’obtention et de réalisation de ces autotests, certains parents fournissent des attestations sur l’honneur… sans test ? Bref, ce ne sont pas ces aménagements, qui risquent de calmer la colère des personnels de l’éducation avant la journée de grève nationale le jeudi 13.

publié le 11 janvier2022

Yannick Jadot :
une écologie
sans colonne vertébrale ?

Florent R sur le site https://lvsl.fr

On l’aura compris : Yannick Jadot n’a rien d’un radical. Il tient à représenter une « écologie de gouvernement » susceptible de rassembler un large électorat. On peut comprendre que face au désastre climatique, la nécessité d’unir différents milieux sociaux en faveur d’une politique écologiste le conduise à tenir un discours modéré. On comprend moins que face à ce même désastre climatique, Europe-Écologie les Verts (EELV) ne dispose d’aucun agenda sérieux de rupture avec le mode de production et de consommation dominant. Refus de la planification étatique, absence de plan pour faire décroître les activités économiques polluantes, adhésion sans réserve aux institutions de l’Union européenne, alignement géopolitique sur l’Allemagne – pourtant fer de lance du libre-échangisme en Europe… Les incohérences du programme porté par Yannick Jadot sont nombreuses.

Vainqueur de la primaire écologiste le 28 septembre dernier, cet ancien directeur de programmes chez Greenpeace jouit d’une certaine légitimité chez ceux qui ont participé à l’exercice ainsi que d’une importante visibilité médiatique. Toutefois, son aura ne s’étend nullement au-delà du camp des Verts et des mouvements voisins. À l’heure où une partie croissante de la population française prend conscience que la préservation de conditions de vie acceptables sur Terre va dépendre de notre capacité à lutter efficacement contre le réchauffement climatique, on serait en droit d’attendre d’un candidat qui souhaite devenir le « président du climat » qu’il profite de cette tendance pour défendre une véritable transformation de l’économie ayant pour but ultime de préserver, voire d’améliorer la qualité de vie de l’ensemble des citoyens.

Ce mot d’ordre-là, qu’il s’agirait bien évidemment de concrétiser en mettant en œuvre une stratégie cohérente, serait parfaitement en mesure de séduire un large électorat. Mais au lieu de cela, M. Jadot se contente de lister « 15 propositions pour une République écologique et sociale », floues pour certaines d’entre elles, stratégiquement douteuses pour d’autres. Il s’appuie sur un « projet pour une République écologique » – concocté par EELV – fort imprécis quand il s’agit de définir les moyens à même d’atteindre les fins. Yannick Jadot n’évoque donc, à l’heure actuelle, qu’un homme politique lambda portant le projet défendu par un parti, et crédité de 8 à 9% des intentions de vote à l’élection présidentielle de 2022.

Monsieur Jadot est critiqué par ses adversaires pour sa volonté affichée de concilier écologie et économie de marché, le flou des mesures de transformation structurelle qu’il défend, ainsi que sa rhétorique consensuelle. De fait, il effectue peu de passages médias sans rendre un hommage appuyé aux « entrepreneurs » qui, « sur les territoires » (ou « le terrain ») luttent « au quotidien contre le changement climatique » avec une « énergie formidable ». Au point que l’on se demande pourquoi, avec tant de « bonnes volontés » l’économie ne s’est pas décarbonée d’elle-même !

Trois décennies de globalisation, d’intégration européenne et de décentralisation ont affaibli les prérogatives souveraines de l’État, indispensables à tout projet de planification écologique ; pourtant, loin de déplorer ce processus, Yannick Jadot en appelle à davantage « d’Europe », de « démocratie à l’échelle internationale » et… « de décentralisation » pour mener à bien cette planification.

S’il pointe bien du doigt les entreprises les plus ouvertement polluantes – souvent réduites à des « lobbies » -, il ne met pas en cause le système économique dominant. Faute d’identifier une cause au désastre environnemental – le régime d’accumulation néolibéral – et de présenter l’État comme un acteur central capable de conduire un changement structurel, il se condamne à une succession de vœux pieux.

L’éléphant dans la pièce

« Rendre la rénovation thermique des logements accessible à tous » (proposition n°1 de son programme), « approvisionner 100% des cantines des écoles, des hôpitaux et des universités et des autres établissements publics avec des produits biologiques, de qualité et locaux » (proposition n°4), « interdire l’importation des produits issus ou contribuant à la destruction des forêts primaires » (proposition n°5), sont des idées salutaires qu’il s’agirait de mettre en oeuvre au plus vite. Cependant, elles ne peuvent remplacer un programme de transformation économique qui s’attacherait à évaluer les besoins et exposer les outils de la transition pour chaque secteur.

Matthieu Auzanneau, directeur du Shift Project, déclarait il y a peu : « La première nation qui saura bâtir un plan cohérent pour sortir du pétrole aura gagné l’avenir » [1]. M. Jadot prévoit certes la subvention des énergies renouvelables… mais c’est le plan cohérent qui fait défaut. « Entrepreneurs », « territoires », « société civile », « tissu associatif », « citoyennes et citoyens »… on n’en finirait pas d’égrener la liste d’acteurs sur lesquels le candidat compte s’appuyer pour mener à bien la transition écologique. L’absence de l’un d’entre eux fait cruellement défaut : l’État. Ce dernier est pourtant indispensable pour mener un changement structurel d’ampleur. Seul l’État peut impulser une mutation du mode de production et conduire la France vers un nouveau paradigme économique.

Comme l’a déjà souligné Laure Després, professeure émérite de sciences économiques à l’Université de Nantes, sous la présidence du Général de Gaulle « la planification indicative à la Française a fait l’objet d’un réel consensus national […]. Le but était d’orienter les investissements des entreprises publiques et privées vers les secteurs prioritaires pour la croissance » [2]. Au vu des évolutions observées depuis les Trente glorieuses, l’enjeu est précisément de créer un nouveau consensus national autour d’un nouveau mode de production qui prenne acte de la finitude des ressources et du désastre climatique. La finalité la planification écologique serait ainsi d’orienter les investissements vers les secteurs prioritaires, non pour tendre vers une croissance maximale mais pour mener à bien la transition énergétique.

L’économiste Cédric Durand et le sociologue Razmig Keucheyan, rappellent à juste titre que cela demande un contrôle public du crédit et de l’investissement qui défasse l’immense pouvoir que les créanciers et investisseurs privés ont accumulé depuis les années 1980 [3]. Une idée qui n’a rien d’utopique puisque ce contrôle existait en France dans les années 1950-1960. Le dispositif alors en place, nommé « circuit du trésor », conduisait les institutions publiques, les entreprises publiques ainsi que de nombreux ménages à déposer leurs avoirs monétaires au Trésor public, ce qui permettait à l’État de financer ses dépenses [4].

Une fois libérés de l’emprise des marchés de capitaux, il conviendrait d’organiser l’action à différents niveaux afin d’éviter une centralisation trop importante susceptible de menacer la dimension démocratique du plan. Mme Després, qu’il convient de citer assez longuement, a bien précisé en quoi consistait une planification multiniveau : « Les grandes orientations du Plan national sont discutées à l’occasion des campagnes électorales, votées par le Parlement et s’imposent à tous. La manière de les atteindre localement compte tenu des caractéristiques écologiques et sociales du territoire est laissée à l’appréciation des collectivités territoriales. Cependant, la région doit élaborer son propre plan en tenant compte des projets élaborés au niveau local et inversement, de même les niveaux national et régional doivent coopérer : des négociations sont donc indispensables pour adopter une démarche globale qui couvre l’ensemble des investissements réalisés par les différentes instances de la puissance publique ainsi que ceux qu’elles peuvent influencer sur leur territoire » [5].

Cette manière de procéder accompagnerait la relocalisation et le protectionnisme nécessaires à la reprise de contrôle de notre appareil productif. Précisons que la France serait dans l’obligation d’entamer un rapport de force avec les institutions européennes qui ne pourraient accepter de telles entorses aux règles de « concurrence libre et non faussée » sanctuarisées dans les traités de l’Union européenne. Il lui faudrait alors chercher le soutien du maximum d’États membres possibles, à savoir ceux qui seraient prêt à s’engager à leur tour dans une véritable planification écologique.

Si l’on veut que l’écologie soit autre chose qu’une succession de propos convenus, il est primordial de poser comme objectif décroissance de larges pans de notre économie, à savoir ceux qui contribuent à satisfaire ou créer des besoins jugés artificiels

Le candidat écologiste a choisi d’aller en sens inverse en prônant une « Union » avec l’Allemagne (proposition n°15), qui défend avec la plus grande ferveur l’ordre néolibéral actuel. Militer quotidiennement pour un « protectionnisme vert » tout en cherchant à renforcer ses liens avec un système de pouvoir structurellement attaché au libre-échange relève à tout le moins de la contradiction.

En cela, l’eurodéputé prend le risque de ruiner sa crédibilité auprès de quiconque ne lui est par encore acquis. La France ne peut faire l’économie d’un rapport de force avec l’Union européenne et l’Allemagne, et d’une affirmation claire des intérêts qu’elle tient à ne pas sacrifier si elle souhaite reprendre son destin en main. Si Monsieur Jadot défend verbalement la « planification écologique », il déclarait en 2016 qu’elle « ne [marcherait] que dans un cadre européen ». Trois décennies de globalisation, d’intégration européenne et de décentralisation ont affaibli les prérogatives souveraines de l’État, indispensables à tout projet de planification écologique ; pourtant, loin de déplorer ce processus, Yannick Jadot en appelait à davantage « d’Europe », de « démocratie à l’échelle internationale » et… « de décentralisation » pour mener à bien cette planification.

Aussi, il ignore que « la reconquête de nos souverainetés alimentaire, sanitaire, énergétique, numérique, industrielle » qu’il entend amorcer – à raison – ne pourra pas se faire « dans une Europe (sous-entendu, une Union européenne) enfin fière d’être un continent social ». Il est fondamental de rappeler que la Commission européenne et la Banque centrale européenne ont fait pression de manière répétée sur les États membres les moins « disciplinés » afin qu’ils diminuent les coûts de leur système de protection sociale, ce qui a mécaniquement porté atteinte à leur capacité à protéger l’ensemble des citoyens contre les risques de la vie (maladie, chômage…). Si l’éclatement de la pandémie de COVID-19 a mené à la suspension de certaines normes de discipline budgétaire – notamment celles du Pacte de stabilité et de croissance –, il n’est pas prévu que cela s’inscrive dans la durée. En 2009, François Denord et Antoine Schwartz publiaient déjà un livre intitulé L’Europe sociale n’aura pas lieu. La décennie qui a suivi a indéniablement confirmé leur analyse, et il n’y a aucune raison de penser que la tendance va s’inverser.

Enfin, s’il propose de « conditionner 100% des aides publiques aux entreprises au respect du climat, du progrès social et de l’égalité entre les femmes et les hommes » (proposition n°3), il est fort dommage que le candidat écologiste n’ait pas songé à préciser les normes à respecter. Dans le projet pour la République écologique, on peut lire que les aides seront mises en place « dans le cadre d’accords d’entreprise ou de branche pour les PME, fixant les progrès à atteindre en matière climatique et sociale ». Or, l’ère néolibérale que nous traversons actuellement se caractérise par une très nette domination du capital sur le travail. Sans normalisation imposée par la puissance publique, il est certain qu’une grande part des entreprises, à commencer par les multinationales, ne va pas réellement agir pour décarboner ses activités. Il existe donc un risque important qu’en l’absence d’une telle prise d’initiative étatique, les entreprises en question passent à travers les mailles du filet par de simples opérations d’écoblanchiment (greenwashing) et autres chartes incantatoires. La planification, en plus de remédier à cela, orienterait de manière claire les investissements qui doivent accompagner la transition énergétique, donnant ainsi la visibilité nécessaire aux entreprises.

L’épineuse question de la croissance

Aux impensés de Monsieur Jadot concernant la mutation de nos modes de production, répondent ceux qui ont trait à la mutation de nos modes de consommation.

Si l’on veut que l’écologie soit autre chose qu’une succession de propos convenus, il est primordial de poser comme objectif décroissance de larges pans de notre économie, à savoir ceux qui contribuent à satisfaire ou créer des besoins jugés artificiels – assortie d’un développement des secteurs peu carbonés et socialement utiles tels que l’agroécologie, le service à la personne ou la réparation d’objets. Une telle perspective implique de rompre avec le régime d’accumulation dominant – caractérisé par une financiarisation et une globalisation sans précédent du capital, et indexé sur la croissance des industries polluantes

Contrairement à une idée répandue, la décroissance de nombreux pans dominants de notre économie n’est aucunement incompatible avec la création d’emplois si elle s’accompagne d’un plan structuré de décarbonation de l’économie et du développement organisé des secteurs – répondant à des besoins jugés plus importants réels – où les travailleurs manquent. En effet, il est tout à fait possible de fixer un quota d’importation de téléviseurs et d’objets connectés, de faire dégonfler progressivement les grandes surfaces et d’interdire la création de nouveaux centres commerciaux tout en créant une garantie à l’emploi. Cette dernière correspondrait au financement de l’emploi en dernier ressort par l’État qui recruterait massivement pour mettre en œuvre la décarbonation ainsi que pour renforcer les secteurs que le plan viserait à élargir.

Logiquement, elle serait financée en partie grâce à la cessation du versement de la quasi-totalité des allocations chômages (qui ont représenté 35,4 milliards d’euros en 2019). Sur les cinq candidats à la primaire écologiste de septembre, une seule a mis en avant de manière assumée le terme de décroissance : il s’agit de Delphine Batho. La députée fait certes désormais partie de l’équipe de campagne de M. Jadot, mais la décroissance ne tient aucune pas de place dans les discours de ce dernier, qui réduit cette question à un simple « débat théorique » [6].

Si la pertinence du terme de décroissance peut être débattue, le coup de pied dans la fourmilière de la candidate était bienvenu. En effet, comme l’explique notamment Jean-Marc Jancovici, polytechnicien et président du Shift Project, le fonctionnement des machines sur lesquelles repose notre économie dépend en grande partie des ressources fossiles dont les réserves se contractent au fur et à mesure que nous les extrayons. D’après un graphique en courbe que M. Jancovici a réalisé à partir de données publiées par British Petroleum (BP), le dernier pic d’approvisionnement pétrolier des États membres de l’UE et de la Norvège a été atteint en 2006. Entre cette année et 2018, l’approvisionnement en pétrole a globalement baissé de 14% malgré une légère remontée au début de la dernière décennie due au boom du pétrole de roche mère (communément appelé pétrole de schiste) aux États-Unis.

Néanmoins, les sociétés spécialisées dans l’extraction de ce type d’hydrocarbure sont structurellement déficitaires, ce qui rend très incertain l’avenir de la production [7]. Il semblerait à tout le moins audacieux d’exclure que cette diminution de la quantité de ressources énergétiques disponibles n’ait pas pour implications une chute du PIB…

Si M. Jancovici analyse très peu les fondements purement économiques de la croissance pour se focaliser essentiellement sur ses fondements énergétiques, on ne saurait balayer d’un revers de main sa conclusion, tant elle trace les contours d’un avenir qui ne semble pas improbable : nous avons le choix entre une décroissance choisie et une décroissance subie. La première option consisterait à diminuer drastiquement, voire à stopper les investissements dans les secteurs qui visent à satisfaire des besoins jugés artificiels (5G, robotique, intelligence artificielle…) responsables d’une bonne partie des émissions de gaz à effet de serre, et à les réorienter vers ceux permettant de remplir des besoins jugés primordiaux (agriculture, textile, logement, sans parler des activités culturelles…) tout en cherchant les décarboner le plus possible. La seconde impliquerait des conflits dus à l’écart de plus en plus important entre la demande de ressources naturelles et l’offre disponible. Elle adviendrait d’ailleurs dans un monde où la qualité de vie aurait déjà sensiblement baissé par endroits (épisodes caniculaires répétés, manque de végétation…).

Il est fort dommage que Monsieur Jadot n’ait pas songé à prendre en compte ces contraintes. Celui pour qui l’écologie est « un projet d’émancipation », « un projet de liberté individuelle et collective » a omis d’inclure le consumérisme et les besoins artificiels comme facteurs d’aliénation. Si l’écologie est un projet de société, autant assumer les changements radicaux à porter si l’on ne tient pas à connaître une dégradation marquée de notre qualité de vie dans les décennies à venir. 

Notes :

[1] Cédric Garrofé, « Matthieu AUZANNEAU : “La première nation qui bâtira un plan cohérent pour sortir du pétrole aura gagné” », Le Temps, 22 septembre 2021.

[2] Laure Després, « Une planification écologique et sociale : un impératif ! », Actuel Marx, 2019/1.

[3] Cédric Durant et Razmig Keucheyan, « L’heure de la planification écologique », Le Monde diplomatique, mai 2020.

[4] Benjamin Lemoine, « Refaire de la dette une chose publique », Comité pour l’abolition des dettes illégitimes, 27 juillet 2016.

[5] Laure Després, art. cit.

[6] La Décroissance, n° 182, Lyon, septembre 2021

[7] Matthieu Auzanneau, « L’inexorable déclin du pétrole. L’Union européenne, première victime de la pénurie ? », Futuribles, 2021/4

publié le 10 janvier 2022

Mobilisation. Les oubliés du Ségur de retour dans la rue

Loan Nguyen sur ww.humanite.fr

Personnels de santé, travailleurs sociaux et médico-sociaux exclus du Ségur de la santé défilent partout en France ce mardi à l’appel de la CGT et de SUD pour exiger la reconnaissance de leurs métiers et la revalorisation de leurs salaires.

Dans l’ombre des vagues épidémiques, les travailleurs du lien et du soin continuent de voir leur situation se détériorer. Malgré leur caractère « essentiel » maintes et maintes fois prouvé, les salariés et agents de la santé, du social et du médico-social constatent que l’absence de reconnaissance salariale de leur utilité sociale produit toujours les mêmes effets : sous-effectif, surcharge de travail, dégradation de la qualité de l’accompagnement des publics. Des hospitaliers aux éducateurs spécialisés, en passant par les assistantes sociales et les agents de la protection judiciaire de la jeunesse, les travailleurs de la santé, du social et du médico-social, du public comme du privé, ont décidé de retourner dans la rue aujourd’hui pour exiger une revalorisation de leurs métiers.

Un système, débordé, qui tient par le dévouement de son personnel

Bien que largement insuffisant, le Ségur de la santé avait acté, à l’été 2020, une hausse des salaires des personnels soignants (infirmiers, aides-soignants, cadres de santé), puis des professionnels médico-­techniques et de la rééducation l’été suivant (kinésithérapeutes, manipulateurs radio, ergothérapeutes, orthoptistes, orthophonistes, psychomotriciens ou encore pédicures-­podologues) à hauteur de 183 euros mensuels. Un pansement sur une jambe de bois à l’heure où le système de santé, débordé par l’afflux de patients covidés, ne tenait que par le dévouement de ses personnels. Surtout, ce geste parcimonieux a aggravé les inégalités de traitement et laissé de nombreux travailleurs sur le bord du chemin.

« Comment expliquer que le gouvernement promette 500 euros d’augmentation aux sages-femmes de la fonction publique hospitalière et seulement 72 euros à celles de la fonction publique territoriale ? » soulève Sophie Herlin, membre de la direction de la fédération CGT des services publics. « Quand on fait le même métier, on devrait avoir les mêmes droits », précise-t-elle, rappelant que, pour ce qui concerne les agents de la fonction publique, seul un dégel du point d’indice avec rattrapage des onze dernières années serait une mesure à la hauteur des besoins.

Mais les lésés du Ségur existent aussi à l’hôpital. « Les secrétaires médicales, tout comme les techniciens ou les ouvriers des hôpitaux, se sentent complètement oubliés », témoigne Kahadjija Ibrahim, secrétaire médicale et élue CGT à l’hôpital psychiatrique du Vinatier, à Lyon. Alors que certaines de ses collègues en catégorie C commencent en dessous du Smic et sous un statut précaire de contractuelles, rien n’est fait pour renforcer l’attractivité de ces métiers qui peinent à trouver preneurs. « On est tellement en sous-effectif qu’on doit parfois être remplacées par des infirmières », déplore Kahadjija Ibrahim, qui appelle ses collègues à se mobiliser dans la rue ce mardi.

Face à la colère, le gouvernement reste très flou

En outre, malgré une extension partielle du Ségur, la précarité perdure pour tout un pan de travailleurs sociaux et médico-sociaux qui exigent à leur tour d’obtenir une reconnaissance en termes de salaires et de moyens accordés à leurs établissements et leurs métiers. « Le gouvernement essaie de morceler la population en lâchant un peu à certaines catégories et pas à d’autres », déplore Sophie Herlin, qui précise que la somme de 300 euros d’augmentation fait consensus auprès des personnels mobilisés.

« Il y a de grosses difficultés de recrutement chez les travailleurs sociaux. Du côté des assistants familiaux, qu’on appelle plus communément familles d’accueil, on constate même que beaucoup rendent leur agrément. Habituellement, ce sont des travailleurs qui ne se mobilisent pas beaucoup parce qu’il y a un fort sentiment de culpabilité, mais depuis la précédente journée d’action nationale du 7 d écembre, on sent que ça bouge », estime Sophie Herlin.

Face à la colère qui gronde, le gouvernement, qui se dit conscient des difficultés d’attractivité de ces professions, avait promis l’ouverture d’une conférence des métiers et de l’accompagnement social et médico­-social sous la houlette de l’inspection générale des affaires sociales (Igas) mi-janvier, avant de la repousser à l’échéance très floue du « premier trimestre 2022 ».

« Il n’y a pas que le Ségur », souligne de son côté Christine Sovrano, formatrice en travail social et responsable CGT à la fédération santé-action sociale. « On fait aussi face à un chantage suite à la mission Laforcade qui consiste à dire : on peut vous augmenter un peu les salaires à condition de fusionner les différentes conventions collectives… et évidemment pas en harmonisant vers le haut ! » précise-t-elle. « On fait aussi face à une déqualification du travail social, avec des employeurs qui font pression pour découper nos métiers en compétences », déplore la syndicaliste. Elle dénonce en outre la tendance des politiques publiques actuelles à renvoyer de plus en plus la responsabilité de l’accompagnement des personnes dépendantes sur des proches aidants ainsi que le développement de logiques d’efficience (tarification à l’acte), avec à la clé une mise en concurrence des établissement


 


 


 

Médico-social. Robin Pruvost : « On n’a pas applaudi les éduc »

Loan Nguyen sur www.humanite.fr

Robin Pruvost cadre dans un institut médico-éducatif à Vénissieux, manifeste pour la reconnaissance des travailleurs du secteur social.

Il est cadre mais syndiqué CGT, chef de service mais resté « éduc » dans l’âme. Après un master en Staps (sciences et techniques des activités sportives) et une première expérience comme éducateur sportif, Robin Pruvost a décidé de se former à nouveau pour se spécialiser dans le travail social afin d’ « essayer de soutenir un peu plus les gens face aux difficultés ». Aujourd’hui, à 37 ans, il est l’équivalent d’un proviseur adjoint à l’institut médico-éducatif (IME) Jean-Jacques-Rousseau, à Vénissieux (métropole de Lyon). « Au bout du bout des Minguettes », précise-t-il.

Dans cette banlieue populaire où les besoins sociaux ont toujours été très forts, l’accompagnement des jeunes en situation de déficience intellectuelle reste un enjeu crucial pour éviter leur marginalisation. « Les gamins arrivent ici quand les dispositifs Ulis (unités localisées pour l’inclusion scolaire, dédiées à l’accompagnement des enfants handicapés en milieu ordinaire – NDLR) ne sont plus adaptés ou sont sous-financés, comme au lycée », explique-t-il. « On n’est pas uniquement confrontés à la fatalité du handicap, mais aussi à des problèmes sociaux et des parcours d’immigration chaotiques qui peuvent causer des troubles psy », souligne Robin. Destiné aux jeunes de 12 à 20 ans, son établissement propose du soutien à la scolarisation pour ceux qui suivent un parcours en milieu ordinaire, mais aussi un parcours de formation interne adapté et un internat pour ceux qui présentent des troubles trop importants. Pour les grands adolescents et jeunes majeurs, l’IME prépare au monde du travail à travers un enseignement professionnel adapté. Assurer les passerelles entre milieu ordinaire et institut, tenir l’équilibre entre inclusion et accompagnement : un travail au plus près des jeunes qui demande des moyens et des compétences.

« Nous sommes à flux tendu »

« On n’est pas les plus mal lotis en termes de financements de l’agence régionale de santé, de respect des taux d’encadrement –  par rapport à l’accompagnement des handicapés adultes –, mais on est à flux tendu : dès qu’il y a un ou deux absents, c’est la merde. Les salaires sont tellement bas qu’on a du mal à recruter. Et comme dans les Ehpad, on se retrouve avec des phénomènes de course à la toil ette. Le fait que dans nos établissements, certains comme les orthophonistes aient reçu des augmentations liées au Ségur et d’autres, comme les éduc, rien, ça aggrave les choses », concède-t-il. L’établissement souffre aussi de l’affaiblissement de tout l’écosystème du soin et de l’accompagnement social dans lequel il s’insère. « On manque de créations d’établissements. Comme on doit parfois attendre un an ou deux pour pouvoir orienter certains de nos jeunes adultes en foyer d’accueil médicalisé ou en maison d’accueil ­spécialisé, ça crée des “ bouchons” et notre liste d’attente s’allonge. Tout ce temps où les jeunes ne sont pas accompagnés, c’est la famille qui trinque, souvent des mères seules, parce qu’il faut bien sou vent déscolariser cet enfant et arrêter de travailler pour s’en occuper. »

Farouche opposant à l’importation des logiques managériales du privé dans le médico-­social, Robin défend notamment le droit aux congés des travailleurs ­sociaux et médico-sociaux, qui se ­retrouvent sous le feu des critiques du patronat du secteur, qui espère bien remettre en cause les conventions collectives. « On fait des métiers difficiles, on a besoin de ces repos pour bien faire notre boulot. On devrait même passer à la semaine de 32 heures et mettre en place des retraites anti­cipées », soutient-il. L. N.

publié le 10 janvier 2022

Covid : les vrais combats de la gauche

par Denis Sieffert sur www.politis.fr

À ceux qui se demandent où est la gauche, elle est dans la redéfinition d’un grand service public de santé dont les dirigeants calculent moins et soignent plus. Puissent les leçons de cette pandémie être tirées en profondeur.

On connaît la parabole de l’âne de Buridan, mort de faim pour n’avoir pas su choisir entre deux picotins d’avoine. Depuis le début de la pandémie, le président de la République – sauf le respect que je lui dois – est un peu à l’image de l’équidé de Jean Buridan. Il navigue entre deux injonctions contradictoires : suivre médecins et épidémiologistes dans le tout sanitaire – confinement, couvre-feu, fermeture des écoles –, ou privilégier l’impératif économique et social, et maintenir le pays en état de marche. Voilà qu’en cette rentrée, c’est nettement la seconde option qui a la préférence de l’exécutif, au grand dam particulièrement des praticiens hospitaliers. C’est un choix évidemment politique. Celui qui déplaît le moins à des agents économiques, et qui, dans l’instant, déplaît le moins à une opinion fatiguée préférant se résigner à quelques contraintes, comme le passe sanitaire. Ou vaccinal. Le pari est risqué. Mais on se gardera bien ici de jouer les oracles. Si ce mois de janvier, pour lequel les prévisionnistes nous prédisent l’enfer, passe sans trop d’encombres, Emmanuel Macron s’en tirera à bon compte. S’il advenait que des gamins soient gravement touchés après avoir été contaminés à l’école, l’opinion, à n’en pas douter, se retournerait violemment contre le pouvoir. Ce pari est encore plus risqué qu’il y paraît. Car le variant omicron, à raison de plus d’un million de contaminations par semaine, pourrait tout de même finir par désorganiser l’Éducation nationale et paralyser l’économie pour conduire à l’option que le gouvernement n’a pas voulue. L’âne de Buridan, vous dis-je.

Et la gauche dans tout ça ? Je ne crois pas que l’opposition systématique soit de bon aloi dans une situation aussi complexe. Macron tient bon dans les sondages. Comme si le caractère systématique des critiques avait un effet paradoxal. À lui l’ingratitude du pouvoir, aux autres les beaux discours. Le principe de responsabilité doit donc prévaloir. Ne pas chercher à flatter les ignorances, ni à politiser à l’excès ce qui n’est pas politisable. Le vaccin par exemple. La responsabilité dicte d’y encourager nos concitoyens les plus réticents. Christiane Taubira s’est semble-t-il rendu compte de sa bévue après avoir refusé d’appeler ses compatriotes guyanais à la vaccination. Jean-Luc Mélenchon lui-même ne parvient toujours pas à être clair sur le sujet, jusqu’à affirmer le 3 janvier sur France Inter qu’« il n’y a pas d’argument rationnel » en faveur de la vaccination… L’exemple nous vient des États-Unis, où Alexandria Ocasio-Cortez et Bernie Sanders mènent une intense campagne en faveur du recours aux vaccins.

Il est vrai que le gouvernement a répandu, un temps, l’illusion que les produits de Pfizer, Moderna, Johnson & Johnson et autre AstraZeneca constituaient des remèdes magiques. Ils ne le sont pas. Mais leurs vertus sont considérables. Les non-vaccinés ont 9 fois plus de risques d’être hospitalisés, et 14 fois plus de finir en soins critiques. Le but est non seulement d’épargner des vies mais aussi d’éviter l’effondrement de notre système hospitalier. Une expression lourde de drames humains et de cas de conscience pour le personnel soignant. Invoquer la liberté individuelle relève donc du contresens. Pour paraphraser Robespierre, disons que la liberté des antivax s’arrête là où commence celle des soignants à prendre en charge des victimes d’autres pathologies. Je n’irai pas jusqu’à emboîter le pas au professeur André Grimaldi qui se demande si les antivax ne devraient pas assumer leur libre choix en s’engageant à ne pas être ranimés. Formule que je veux entendre comme rhétorique, mais qui exprime la colère d’un homme qui est une conscience dans le domaine médical. La gauche ne devrait ni se diviser ni perdre son temps dans un débat qui n’a plus lieu d’être alors que la science a tranché.

Elle doit en revanche continuer le combat pour la levée universelle des brevets des Big Pharma. Ce à quoi s’oppose l’Union européenne qui replace là où il lui convient son curseur. Les profits d’abord. On entend que Pfizer s’y serait finalement résigné pour l’accès à sa nouvelle molécule antivirale. Médecins sans frontières corrige : en fait, l’accord conclu avec l’agence Unitaid exclut les grandes puissances émergentes, Chine, Brésil ou Argentine, qui, comme par hasard, ont une vraie capacité de production. Or, le covid-19 ne sera ni éradiqué ni même ramené à l’état de simple grippe tant qu’il continuera de circuler sur une grande partie de la planète. La gauche doit surtout repenser globalement la politique de santé. Le professeur Grimaldi s’y est essayé dans son Manifeste pour la santé 2022, qui peut venir en renfort des programmes de Mélenchon, Jadot ou Roussel, déjà très élaborés (1). Lire en particulier les pages consacrées à « l’heure des managers » et à « l’étranglement de l’hôpital public par l’austérité » (les années 2010-2019). Un massacre vécu de l’intérieur. À ceux qui se demandent où est la gauche, elle est là dans cette redéfinition d’un grand service public dont les dirigeants calculent moins et soignent plus. Puissent les leçons de cette pandémie être tirées en profondeur. Car ce n’est pas seulement affaire de lits. Ce sont aujourd’hui les personnels qualifiés dans toutes les spécialités qui manquent. C’est toute la pyramide sociale qui vacille, quand on redécouvre que ce sont les fonctions les plus essentielles, les soignants, les enseignants, qui sont les moins considérées. Et puisque c’est l’heure des vœux, formons celui que les responsables de ces deux décennies calamiteuses soient sanctionnés. Il y a, paraît-il, une échéance pour ça. Alors bonne année de mobilisation à toutes et à tous. a

(1) Manifeste pour la santé 2022, André Grimaldi, Odile Jacob..

 

publié le 9 janvier 2022

Guadeloupe. Le « Kollectif » attend l’Etat à la table des négociations

par Pierre-Henri Lab sur www.humanite.fr

Le refus de discuter opposé par le gouvernement a envenimé la situation sur l’archipel, provoquant plusieurs incidents. Le Collectif des organisations en lutte relance meetings et manifestations pour convaincre les élus à reprendre le dialogue.

Le « Kollectif », à l’origine du mouvement social qui secoue la Guadeloupe depuis mai 2021, veut relancer la mobilisation. Cette semaine, il organise plusieurs initiatives. Mardi 11 et jeudi 13 janvier se tiendront deux meetings, à Sainte-Rose et au Gosier. Il appelle également à manifester le samedi 15 à Pointe-à-Pitre.

L’UGTG, la CGTG, la FSU et le LKP, ainsi que l’ensemble des associations qui composent le Collectif des organisations en lutte, espèrent ainsi obtenir la reprise des négociations. Malgré un accord de méthode intervenu début décembre entre le « ­Kollectif » et les élus locaux, celles-ci sont au point mort en raison du refus de l’État d’y participer. L’accord prévoyait de les organiser en deux temps. La première discussion devait porter sur «les revendications urgentes» concernant la suspension des professionnels de santé ayant refusé l’obligation vaccinale. La seconde devait aborder les autres revendications au cœur de la mobilisation, comme le lancement d’un «plan massif d’embauche et de formation» des jeunes durement frappés par le chômage (60 % des 15-25 ans sont sans emploi) et d’un plan d’aide à la population, dont la pauvreté s’est aggravée avec le confinement (33 % de la population de l’archipel vit en dessous du seuil de pauvreté).

Une « logique de pourrissement »

Le refus du gouvernement de négocier, au prétexte que les organisateurs du conflit ont refusé de condamner les violences commises en marge de certaines manifestations en 2021, a stoppé le processus. «Sous couvert qu’ils ne sont pas compétents sur la vaccination, les élus ont profité du retrait de l’État pour suspendre leur participation. C’est une manœuvre pour ne rien négocier alors que le département et la région ont des compétences sur l’emploi, l’économie ou encore l’éducation», accuse Eddy Ségur, secrétaire général de la FSU.

Bloquée, la situation s’envenime. Plusieurs incidents ont ainsi eu lieu depuis fin décembre. Le 30 décembre, le porte-parole du LKP, Élie Domota, a été interpellé alors qu’il participait à une manifestation. Il est convoqué le 7 avril devant le tribunal pour « violences volontaires sur personne dépositaire de l’autorité publique ». Lui-même a déposé plainte à son tour, le 7 janvier, pour « violence en réunion par personnes dépositaires de l’autorité publique ». Le « Kollectif » a dénoncé «une provocation» et Élie Domota a reçu le soutien de plusieurs candidats à l’élection présidentielle, dont Fabien Roussel et Jean-Luc Mélenchon.

Le 4 janvier, le directeur général du CHU de Pointe-à-Pitre, Gérard Cotellon, et son adjoint ont été blessés lors de l’intervention de la police visant à les exfiltrer des locaux de l’établissement, dont les issues étaient bloquées par des manifestants. Le directeur affirme avoir reçu «un coup violent à la tête», tandis que son adjoint a eu ses «vêtements déchirés». Alors que l’UGTG est mise en cause par certains élus locaux, sa secrétaire générale, Maïté Hubert M’Toumo, réfute toute violence de la part de son organisation et de ses militants. «Nous n’avons ni séquestré, ni molesté, ni frappé qui que ce soit», assure-t-elle. La syndicaliste renvoie la responsabilité des «débordements» sur l’État. «Les Guadeloupéens manifestent depuis des mois et le gouvernement refuse toujours de négocier. Il crée ainsi de l’exaspération», explique-t-elle. Elle dénonce également les propos d’Emmanuel Macron : «Quand il dit qu’il veut emmerder les non-vaccinés, il ajoute de l’huile sur le feu. C’est irresponsable!»

Professeur de science politique à l’université des Antilles, Fred Reno estime que le conflit est entré dans «une logique de pourrissement». «L’État refuse de négocier, au motif des violences commises et du refus du “Kollectif” de les condamner. Cela renforce le sentiment d’exaspération de certains manifestants, et donc le risque de voir de nouveaux incidents se produire.» Le chercheur pense que seul un changement du rapport de forces en faveur des manifestants pourrait conduire à la réouverture des négociations. C’est l’objectif que poursuit le collectif en renouant avec meetings et manifestations, après un début d’année marqué par des actions coups de poing comme l’occupation du siège de la région ou des opérations escargot.

publié le 9 janvier 2022

Citoyenneté migrants : 

Deux jours pour les droits humains

Par J-F ARNICHAND sur https://altermidi.org

"Réfléchir et décider ensemble des valeurs que nous voulons revendiquer, c'est le contraire de la fatalité"

Rassemblement devant le foyer des demandeurs d’asile, rencontre avec Pia Klemp, capitaine d’un navire de sauvetage des exilé.e.s, et Claire Fiaggianelli, sauveteuse, réflexions de philosophes et débat sur l’anti-racisme : plusieurs associations de Martigues ont célébré l’hospitalité à l’occasion de l’anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, en décembre.

 « Nous ne sommes pas des héros ou des héroïnes, nous faisons notre part » : ces mots sont de Pia Klemp, capitaine du navire de sauvetage, le Louise Michel, financé par le célèbre street-artist Banksy. Parce que « ce n’est pas par accident que les frontières sont mortelles, c’est fait exprès » : le constat, sans colère apparente, est énoncé en anglais par une jeune femme allemande invitée par un collectif d’associations françaises. Nul besoin d’héroïsation, donc, pour « faire sa part ». Pia Klemp a d’ailleurs refusé une médaille que voulait lui décerner la ville de Paris… À ses côtés, le 11 décembre à la MJC de Martigues, Claire Fiaggianelli, sauveteuse, rappelle humblement : « Quand on rentre chez nous, on a une famille, notre privilège c’est d’avoir accès à tout en matière de santé ». Côtoyer celles et ceux qui ont dû tout quitter aide à relativiser.

« Personne ne quitte sa maison, à moins d’habiter dans la gueule d’un requin »

Dans la matinée, lors d’une conférence proposée par la Ligue des Droits de l’Homme qui avait pour thème De l’humanitaire à l’humain : en quoi la question migratoire interroge notre manière de faire société ?, Hélène Laulan, membre du collectif Philosophes publics citait une poétesse britannique d’origine somalienne : « Personne ne quitte sa maison, à moins d’habiter dans la gueule d’un requin ».

C’est peut être pour « ne pas laisser le désespoir gagner », selon la belle formule de Claire Fiaggianelli, que certains et certaines choisissent d’agir. Le désespoir et le sentiment d’impuissance qui peuvent en gagner d’autres, au vu des nouveaux drames qui se jouent en Manche, après tant d’autres en Méditerranée ? « Le Louise Michel répond aux SOS de quiconque est en péril, indépendamment de sa nationalité. Durant sa première mission, le Louise Michel a sauvé plus de trois cents personnes. Et nous a sauvés avec. Il ne s’agit pas uniquement de recherche et de sauvetage, mais aussi de solidarité et de résistance. Au rythme des moteurs, accompagnés par les harmonies du vent et le claquement des vagues, portés par le battement de nos cœurs. Une chanson d’amitié, de poésie et de rébellion », écrit Pia Klemp1.

« On leur demande d’aller ailleurs, mais ailleurs c’est nulle part »

Si les drames se jouent en mer, leur genèse est à terre. Pour “gérer” les personnes migrantes, « la France a mis en place la politique du “zéro point de fixation” en leur demandant d’aller ailleurs, mais ailleurs c’est nulle part », constate la philosophe Hélène Laulan. Ces situations absurdes, sept demandeurs et demandeuses d’asile de Martigues les ont vécues en septembre : « non expulsables du territoire, ces personnes ont été expulsées du foyer, ce qui fait que l’on doit faire appel à des hébergeurs solidaires ou que notre association gère seule les frais d’hôtel selon les cas », précise Georges Fournier, responsable local de la Ligue des Droits de l’Homme et membre de l’association La Maison de l’hospitalité. Cela sans subvention mais avec le soutien de la Fondation de France.

« Beaucoup de villes adhérentes à l’Association nationale des villes et territoires accueillants [Martigues fait partie de cette association, Ndlr] mettent en place des partenariats avec des associations pour déléguer l’hébergement, poursuit-il, l’article 2 de la charte nationale prévoit l’accueil inconditionnel : quelle que soit la situation administrative, personne ne doit être à la rue ». L’hébergement chez des particuliers n’étant qu’une solution provisoire, c’est pourtant ce qui s’est produit pour une famille avec quatre enfants qui a dormi dans sa voiture avant que des citoyens décident d’investir un logement vide. Les plus grands des quatre enfants vont à l’école à Martigues : « La scolarisation est une étape essentielle et il est indispensable qu’ils aient un logement salubre, nous ne pouvons pas accepter que des gens dorment dans des voitures », souligne Valérie Dussol-Zika, responsable locale du SNU-Ipp, syndicat des enseignant.e.s du premier degré. Depuis ce jour-là, une solution provisoire a été trouvée par les militant.e.s des droits humains regroupés dans le collectif Personne sans toit.

En outre, une quinzaine de personnes exilées résidant au foyer Adoma2 — où un rassemblement de soutien s’est tenu le 11 décembre — sont susceptibles d’en être expulsées sur décision préfectorale.

Venir en aide aux personnes migrantes, pour les associations ce n’est pas seulement tenter de leur trouver un toit, c’est aussi se débattre au milieu de situations administratives souvent inextricables : « nous avons du faire des formations en droit des étrangers, parfois  sur internet, pour les aider à se retrouver dans ce dédale ; c’est déjà très compliqué pour nous qui sommes français et francophones », témoigne Frédérique, de la Maison de l’hospitalité, une association fondée il y a un peu plus d’un an et demi qui a déjà reçu plus de 200 personnes. « Avec les dossiers de titres de séjour, les demandes d’asile, les entretiens à l’OFPRA3, les recours à la CNDA4, ce sont des procédures très complexes, très longues, où sans les associations comme nous, la Cimade ou d’autres à Marseille, les personnes ne peuvent pas s’en sortir d’un point de vue administratif ou juridique, poursuit-elle, on travaille beaucoup avec des avocats, à Aix, aux Pennes-Mirabeau et à Marseille, on se demande si tout n’est pas fait pour les empêcher d’obtenir l’asile, d’ailleurs je ne me le demande même plus ».

À Martigues, le collectif Le Pontformé de professionnels de santé et de psychologues, propose des accueils réguliers pour les exilé.e.s : « Nous rencontrons des personnes qui ont subi des violences extrêmes, des ruptures, des deuils, nous les recevons individuellement, on peut aussi les recevoir en famille ou en couples, mais chacun raconte son histoire. » Pour certains ou certaines, la mer n’a rien d’un espace de loisirs estivaux…

 Changer les représentations

« Notre travail, celui de la LDH et des associations est de réinclure ces humains dans l’humanité d’un monde commun », souligne la philosophe Louisa Marquès dos Santos. Car si le « monde commun » est un fait, c’est aussi un choix. Et c’est bien là que l’affaire se corse, si l’on peut dire, tant certains ne veulent même pas commencer à envisager l’existence d’un monde commun. Pourtant, remarque l’intervenante, « d’un point de vue strictement intéressé, ériger des murs n’a jamais empêché la migration ».

Pour comprendre ce phénomène des migrations — que ni le froid glacial à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, ni la dureté et la promiscuité des camps en Grèce ne peut endiguer — il importe de bien peser chacun des mots de la poétesse britannique : « Il faut que tu comprennes que personne ne pousse ses enfants sur un bateau avant que la mer ne lui paraisse plus sûre que la terre. » Et quand Hélène Laulan souligne le fait qu’« en comprenant ce qui arrive, on peut changer les représentations », il ne s’agit pas seulement de lutter contre les jugements dépréciatifs sur « les demandeurs d’asile, en situation d’aumône qui sucent le sang de notre pays ». Mais aussi, peut-être, de  s’interroger sur le thème Et si cela nous arrivait ?

« Réfléchir et décider ensemble des valeurs que nous voulons revendiquer, c’est le contraire de la fatalité, note Louisa Marquès dos Santos, il serait temps de redonner au politique cette valeur de lutte contre la fatalité, temps de comprendre que la politique ce n’est pas la gestion administrative de faits qui sont là et seront toujours là ».

Ne pas se résoudre à la fatalité, c’est aussi pour les militants associatifs, syndicaux ou politiques qui ont échangé durant ces deux jours, ne pas considérer que le glissement vers les thématiques d’extrême droite, en Europe et ailleurs, serait inéluctable. Sur le terrain syndical, plusieurs organisations (Solidaires, FSU, CGT, CFDT, CNT, Syndicat de la Magistrature) ont ainsi créé un outil commun dénommé Visa (Vigilance et initiatives syndicales antifascistes) dont l’objectif est de combattre l’influence des idées d’extrême droite dans le “monde du travail”. Visa organise notamment des formations sur le décryptage du programme économique et social du Rassemblement national (ex-FN). Cette pénétration des thèses fascisantes s’est faite, selon le militant libertaire franco-grec Yannis Youlountas, sur fond de “confusionnisme”5 et de désindustrialisation. « Le confusionnisme est un mélange de sources idéologiques de gauche, d’extrême gauche et d’extrême droite pour faire comme si tout se valait, c’est comme un immense shaker où on peut par exemple utiliser une citation sans savoir dans quel contexte elle a été produite », précise Yannis Youlountas. Avec l’année électorale qui s’annonce, celles et ceux qui refusent ce confusionnisme auront encore davantage de travail de démystification à accomplir.

Notes:
  1. Pia Klemp : Les vivants, les morts et les marins (roman, Fleuve éditions, 2020).

  2. Adoma (anciennement Sonacotra), société d’économie mixte, filiale du groupe CDC Habitat (Caisse des Dépôts), a été créée en 1956 par les pouvoirs publics pour accueillir les travailleurs migrants.

  3. Office français de protection des réfugiés et apatrides.

  4. Cour nationale du droit d’asile.

  5. Phénomène étudié notamment par le sociologue Philippe Corcuff : La grande confusion. Comment l’extrême droite gagne la bataille des idées (Textuel, 2021, 672 p., 26 euros).


 


 

Calais. Répression sans fin

Émilien Urbach sur www.humanite.fr

Les associations dénoncent des violences policières répétées à l’encontre de leurs bénévoles et des exilés.

Les associations de défense des droits des exilés bloqués à la frontière franco-­britannique ont refusé de participer, ce vendredi 7 janvier, à la réunion mensuelle organisée avec les autorités à la sous-préfecture de Calais. «Lors de ces rendez-vous, des personnes vivant dans les campements sont habituellement conviées, explique Pierre Roques, coordinateur de l’Auberge des migrants. La veille, ceux qui devaient participer ont été expulsés de leur lieu de vie et déplacés de force vers Nice ou Laon. Tout cela est d’une grande hypocrisie.» Les solidaires entendent également dénoncer les violences policières qui se multiplient, en ce moment, dans le Calaisis.

Gaz lacrymogènes et matraques

Depuis le début du mois, trois campements ont été démantelés. À chaque fois, les forces de sécurité ont employé des gaz lacrymogènes et ont usé de matraques. Jeudi 6 janvier, 150 CRS sont violemment intervenus, à Coquelles, pour expulser 100 exilés. 80 tentes ont été confisquées.

Ces violences visent aussi les acteurs de la solidarité. Mardi 4 janvier, une bénévole de l’Auberge des migrants a été violemment interpellée et placée en garde à vue. Elle était venue prévenir les habitants d’un campement de l’intervention imminente de la police, afin qu’ils mettent leurs affaires à l’abri. Accusée d’avoir frappé un policier en armure, elle sera jugée au printemps. «Un CRS l’a attrapée par le col, explique Pierre Roques. Elle a levé les mains pour se protéger.» Pour l’ONG Human Rights Observers (HRO), les exilés et leurs soutiens font face à une véritable «violence d’État».

 

publié le 8 janvier 2022

Droits et devoirs selon Macron

par Michel Soudais sur www.politis.fr

Proclamer des droits en les assortissant de devoirs qui leur serviraient de correctifs est une vieille obsession d’Ancien Régime.

Dans la logorrhée des vœux présidentiels adressés aux Français, une phrase aurait dû résonner comme une sirène d’alarme démocratique. « Aurait dû ». Car chacun conviendra qu’elle n’a pas été relevée comme il conviendrait s’agissant d’une hérésie dans « la patrie des droits de l’Homme », qui n’est plus depuis longtemps que « le pays de la proclamation des droits de l’Homme » (ainsi que l’a fort bien dit un jour Badinter, Robert pas Élisabeth), plus rarement encore critiquée. Sans doute faut-il y voir un signe supplémentaire de l’affaissement de la culture républicaine. « Les devoirs valent avant les droits », a donc cru bon de nous asséner Emmanuel Macron pour justifier, sans le nommer explicitement, le futur passe vaccinal.

Si cette pseudo-leçon de civisme s’adressait aux non-vaccinés dont le gouvernement entend un peu plus « pourrir la vie », selon le mot d’un ministre, en attentant à leur liberté d’aller et venir, on aurait tort de croire qu’elle ne s’applique qu’à eux. « Vous avez des devoirs avant d’avoir des droits », avait déjà déclaré le Président en réplique à l’interpellation d’un migrant sans-papiers, lors d’un déplacement à Nevers le 21 mai. Ce mantra liberticide, qui guide aussi la réforme de l’assurance chômage, s’oppose à l’héritage émancipateur de la Révolution française. Si nul n’a jamais prétendu que les citoyens n’avaient pas de devoirs, ce sont des droits qu’énonce la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, étant entendu pour ses rédacteurs que ceux-ci sont « naturels et imprescriptibles » et que leur seul énoncé permet à chacun de connaître ses devoirs. Et non l’inverse. Car, de même qu’un droit sans pouvoir n’est pas un droit mais un mirage, un droit qui dépendrait de la bonne exécution d’un devoir ne saurait être un droit puisque ce serait une récompense qui ne dépendrait que du bon vouloir d’un maître (monarque, empereur, président…) qui aurait décidé du devoir à accomplir. Il serait soumis à l’arbitraire.

Proclamer des droits en les assortissant de devoirs qui leur serviraient de correctifs est une vieille obsession d’Ancien Régime. Une bonne partie de la noblesse et la majorité du clergé, dont l’abbé Grégoire, en avaient défendu l’idée dans un amendement repoussé par l’assemblée constituante le 4 août 1789. Leurs descendants n’ont eu de cesse de revenir à la charge depuis, parfois avec succès, rappelait en 2008, Me Henri Leclerc dans un texte lumineux, republié par Mediapart. « Ce sont les sociétés totalitaires qui reposent d’abord sur l’obéissance à des impératifs non négociables », rappelait-il. Il serait bon de s’en souvenir au mois d’avril.

publié le 8 janvier 2022

Catherine Tricot : « Regards ne fait la campagne de personne,
ça n’est pas son rôle »

sur www.regards.fr

C’est la première midinale de l’année 2022 ! Catherine Tricot, directrice de la revue Regards, revient sur l’état de la gauche à la veille de l’élection présidentielle. Et précise la place que Regards va occuper durant cette année très politique, avec l’arrivée de nouveaux rendez-vous. Elle est l’invitée de #LaMidinale.


 

Une vidéo à voir sur :

..https://youtu.be/leY2eiHY_VE

 

 

dont voici quelques extraits :


 

Sur le drapeau de l’UE sous l’Arc de Triomphe

« La politique, c’est des symboles. En l’occurrence, chacun choisit ses symboles. Macron a décidé de marquer le coup en mettant ce drapeau européen, il n’a pas choisi par hasard d’exercer la présidence de l’Union européenne pendant cette période électorale. Il veut faire de la question européenne un point de clivage, de positionnement et d’identification de sa campagne. Il a réussi son coup puisque tout le monde s’est positionné sur le sujet. »

« Il faut aller un peu plus sur le fond, on ne va pas s’en tenir à une question sur le symbole. La question du rapport de la France à l’Europe et au monde est un sujet. Que ça s’enflamme autour de la présence du drapeau, ça ne m’étonne pas complètement. Il en faudrait un petit peu plus pour savoir comment faire face aux défis dans le monde où on est. »

« Emmanuel Macron fait une proposition assez puissante : après avoir fait la France 2030, il a fait un discours le 30 décembre, l’Europe 2030, dans lequel il dessine les axes stratégiques. Les questions d’orientation de l’Europe et de la France méritent d’être discutées. On ne peut pas laisser à Emmanuel Macron le débat sur la stratégie. »

Sur la gauche et la présidentielle

« Il y a un espoir ! Il y a un sondage dans Libération jeudi dernier qui dit que 41% des Français se situent à droite et 41% à gauche. Le problème, c’est qu’on entend que ceux qui se situent à droite, au point qu’on croit qu’ils sont 75% ! »

« Il faut faire entendre la gauche et décrocher les électeurs de gauche qui continuent de voter Emmanuel Macron. »

« On est dans une situation où le choix se fait parmi les quatre candidats de droite. Quand on en est là, c’est pas terrible. »

« Il faudrait être plus simple dans les propos pour qu’on identifie mieux quels sont les axes des différents candidats. Peut-être nous rendrons-nous compte qu’il n’y a pas tant d’écart. »

Sur Regards et son positionnement vis-à-vis des candidats

« Regards n’habite nulle part. C’est un journal. Ce qui n’est pas sérieux, c’est de ne pas discuter. Les candidats font leur campagne, c’est tout à fait légitime, mais on a besoin d’avoir des lieux où on est dans un rapport à la fois bienveillant et critique. C’est ça, exactement, la position de Regards. Nous sommes un journal de gauche, nous assumons l’identification à la gauche, à son histoire et à son futur. Nous pensons que tout ce qui se dit peut être discuté. Et quand on le discute, on ne le discute pas avec un mauvais esprit. Quand on émet une critique, c’est pas parce qu’on veut être méchant, c’est pas parce qu’on veut déglinguer qui que ce soit, c’est que, sincèrement, c’est ce qu’on pense. Nous exprimons nos doutes parce que, des certitudes, on n’en a pas tant que ça. »

« Nous ne faisons la campagne de personne. Ce n’est pas notre rôle. »

« Regards n’est pas homogène, ni ses lecteurs, parce que la situation politique ne l’est pas. Il n’y a pas une ligne qui s’impose, qui rassemble tout le monde. »

Sur le prochain numéro de Regards : « La gauche grand-remplacée. Comment en est-on arrivé là ? »

« C’est un constat. C’est un peu provocateur, un cri d’alarme, de désespoir, mais on a vraiment le sentiment qu’aujourd’hui la gauche ne parvient plus à se faire entendre et qu’elle est submergée par des idées de droite et d’extrême droite. Notre idée, c’était de dire notre colère devant cette situation et d’apporter des réflexions – sans faire offense à personne et surtout pas aux militants qui se battent pour faire entendre les positions de leur candidat. »

« Il y a un sérieux problème, qui n’est pas circonstanciel. Quand on titre "Comment en est-on arrivé là ?", on veut dire de manière subliminale que ça s’installe dans le temps long, au moins 40 ans, et assurément les 20 dernières années. »

Sur les nouveautés à venir pour Regards

« On a plusieurs chantiers qui seront prêts courant janvier. On garde un peu de surprise mais il y aura deux personnalités qu’on aime beaucoup à Regards qu’on va mettre en débat et une autre pastille sur l’histoire. »

« On a déjà installé deux rendez-vous qui ont trouvé leur place : le débrief du dimanche soir où Pablo, toi et moi discutons de l’actualité de la semaine. Il y a aussi "Des bières, des chips et des gauchistes", chaque samedi, avec des personnes qui sont très engagées et qui affirment avec brio leurs convictions politiques. C’est un peu un contrepoint du débrief. »

« On va s’installer sur Tik Tok afin de parler à la jeune génération. »

« En partenariat avec les journaux indépendants, on va interroger l’ensemble des candidats de gauche à la présidentielle. Ça s’appellera "Face aux indés". »

Comment aider Regards ?

« La première des manières de nous aider, c’est de s’abonner. La deuxième façon, c’est de verser régulièrement cinq euros par mois, par exemple. Enfin, vous pouvez utiliser "Presse et pluralisme", qui permet de défiscaliser les 2/3 de ce que vous nous verser – c’est une part non-négligeable de nos ressources. Je trouverais plus normal que le gouvernement s’engage vis-à-vis des sites Internet car aujourd’hui il n’y a d’aides qu’à la presse papier. Nous n’avons pas d’aides publiques. »

publié le 7 janvier 2022

Asie centrale. Au Kazakhstan, le pouvoir lance sa contre-révolution

Vadim Kamenka sur www.humanite.fr

Malgré l’état d’urgence, le déploiement de l’armée et l’arrivée de forces régionales, la contestation se poursuit dans le pays. La population veut désormais renverser le régime.

Dans l’ancienne capitale Almaty, une opération dite antiterroriste a été lancée dès l’aube sur ordre du président du Kazakhstan, Kassym-­Jomart Tokaïev. Des échanges de coups de feu ont continué toute la journée de jeudi. Mais rien ne semble faire plier le mouvement populaire qui s’est étendu à l’ensemble du pays en quelques jours. « Rien ne nous fera reculer, promet Nazgul, qui habite Almaty . De plus en plus de personnes sortent désormais dans la rue, sans aucune peur, pour mettre un terme à la corruption et à ce régime. La journée du 5 janvier a été décisive car les gens ont pris conscience d’un élan populaire. Ni la répression ni les arrestations ne les inquiètent. Il s’agit d’un mouvement pacifique déterminé à renverser ce système qui les étouffe. »

Le chef de l’État, en poste depuis 2019, a fait le choix de la répression. Face à cette révolte déjà historique et sans précédent depuis l’indépendance du pays, son intervention télévisée dans la nuit de mercredi à jeudi s’est révélée intransigeante. Dans cette adresse à la nation, Kassym-Jomart Tokaïev a imposé l’état d’urgence et réclamé l’aide militaire de Moscou et de ses alliés, qualifiant les manifestants de gangs « terroristes » ayant reçu « un entraînement approfondi à l’étranger ». « J’ai appelé les chefs des États de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) à aider le Kazakhstan à vaincre la menace terroriste », affirme-t-il en décrivant les manifestants. Les premiers soldats arméniens, biélorusses et russes sont arrivés au Kazakhstan.

L’exécutif craint le ralliement de soldats au mouvement populaire

Sur place, les habitants craignent des débordements comme les scènes de pillage à Almaty dans la nuit de mercredi et des provocations qui pourraient casser cette révolte tandis que les moyens de communication et d’information restaient bloqués. « Cette stratégie du président n’est pas anodine. Kassym-Jomart Tokaïev n’a tout simplement plus confiance en son armée et appelle des forces extérieures pour sauver le régime. Il craint des désertions et que les soldats rejoignent le mouvement. Cela s’est déjà produit mercredi un peu partout au Kazakhstan au sein des forces de sécurité », affirme une journaliste sur place.

Le ministère de l’Intérieur a confirmé jeudi l’arrestation d’environ 2 000 personnes dans les rues d’Almaty ces dernières heures et une vingtaine de morts parmi les forces de sécurité, qui dénombrent également 750 blessés. Du côté des manifestants, près de 30 personnes seraient décédées et un millier se trouveraient à l’hôpital, dont 62 en soins intensifs. « Le profil des protestataires est extrêmement large puisque le mouvement a lieu dans l’ensemble du pays, analyse Aïnour Kourmanov, qui dirige le mouvement socialiste au Kazakhstan . Les premières revendications étaient essentiellement sociales. Face à la hausse des prix et du gaz, les salariés, mineurs, camionneurs réclamaient une augmentation des salaires et de meilleures conditions de travail. Face au refus du gouvernement et des administrations locales, la contestation est devenue politique, notamment dans les grandes villes à NurSultan et Almaty. On y trouve des jeune s, des femmes, des retraités qui désormais réclament un changement de régime, des élections et une nouvelle constitution. »

La mosaïque ethnique instrumentalisée

La contestation ne faiblissait toujours pas ce jeudi à Aktioubé, Zhanaozen, Aktaou, Aralsk, Taraz… Mais le principal danger pour cette révolte populaire, c’est l’instrumentalisation de la mosaïque ethnique qui compose le Kazakhstan. Parmi les pays d’Asie centrale, il demeure le plus diversifié avec 20 % de Russes, 3 % d’Ouzbeks, 1,5 % d’Ukrainiens, des Ouïghours, des Tatars, des Arméniens, des Biélorusses, des Azéris, des Kurdes, des Polonais, des Lituaniens, des Allemands… « L’intervention d’une force étrangère comme celle de l’OTSC, même au nom d’une opération de maintien de la paix, pourrait dégénérer puisqu’elle comprend des soldats de ces diverses nationalités. Sachant que, dans la Constitution russe, il est prévu que le pays défende la vie et la dignité des citoyens russes où qu’ils se trouvent », craint Nazgul, qui travaille comme traductrice à Almaty.

Un premier convoi de l’OTSC est arrivé au Kazakhstan, une première depuis sa création en 2002, afin de contrebalancer l’élargissement de l’Otan. Sa mission sera de « protéger les installations étatiques et militaires » et d’ « aider les forces de l’ordre kazakhes à stabiliser la situation et rétablir l’État de droit », explique l’alliance de sécurité régionale et militaire. Cette version eurasiatique de l’Alliance atlantique rassemble autour de la Russie plusieurs anciennes républiques soviétiques : Biélorussie, Arménie, Tadjikistan, Kirghizstan. D’autres pays y coopèrent comme l’Ouzbékistan, l’Azerbaïdjan ou le Turkménistan. Ces forces de maintien de la paix resteront « pour une période de temps limitée dans le but de stabiliser et de normaliser la situation », a tenu à préciser le premier ministre arménien, Nikol Pachinyan, mercredi soir. La contre-révolution est déjà en route au Kazakhstan

 

publié le 7 janvier 2022

Omicron. L’école craque et
les mensonges de Blanquer éclatent

Olivier Chartrain sur www.humanite.fr

De la maternelle au lycée, la situation est vite devenue explosive depuis la rentrée pour les élèves, les familles et les personnels. Une réalité que le ministre de l’Éducation nationale a de plus en plus de mal à masquer. Encore moins avec son énième protocole, publié jeudi 6 janvier au soir. Des appels à la grève sont lancés pour le 13 janvier.

On a beau essayer, on ne trouve pas. On ne trouve pas d’autre mot pour qualifier tout ce qui remonte des écoles, collèges et lycées depuis le 3 janvier que celui-ci : le chaos. Et cela va bien au-delà des seuls problèmes posés par cette évolution du protocole sanitaire annoncée à la dernière minute, la veille de la rentrée – qui plus est dans un média privé et payant.

La très haute contagiosité du variant Omicron met tout le pays à rude épreuve, mais, à l’école, elle s’abat sur un système où des années d’austérité, d’affaiblissement dans tous les domaines démultiplient ses effets. Un peu comme à l’hôpital, un grand service public lui aussi en souffrance, lui aussi au bord de l’explosion. Ce n’est ni un hasard ni une coïncidence.

Quand il pleut, il est fréquent que les cours soient annulés...

Illustration en Seine-Saint-Denis. Jeudi 6 janvier, les enseignants des quatre collèges de Bobigny, la ville-préfecture aux plus de 50 000 habitants, étaient en grève. Parce que, dans ce département qui est le plus jeune et le plus pauvre de France métropolitaine, ils craquent.

Submergés par la vague Omicron, mais pas seulement. Ainsi, quand on dit que le collège Pierre-Sémard craque, il faut l’entendre au sens littéral : cet établissement de construction récente mais en bois est en proie aux termites et s’effondre littéralement. Quand il pleut, il est fréquent que les cours y soient annulés.

Le collège Auguste-Delaune, pour sa part, a été bloqué dès lundi par les parents d’élèves et des professeurs, avec en tête des préoccupations, les problèmes de violence qui s’y posent depuis trop longtemps. Même motif au collège République, déjà en grève une semaine avant les vacances de Noël.

La vie scolaire sur le point de craquer

Anne Régnier est professeure de mathématiques (et membre du syndicat CNT) dans le quatrième collège de la ville, Jean-Pierre-Timbaud. Mercredi après-midi, elle a pris le temps de nous décrire la situation de son établissement face à l’épidémie – celle que connaissent, en vérité, la plupart des collèges et lycées de France.

Au cœur du réacteur : la vie scolaire. CPE (conseillers principaux d’éducation) et AED (assistants d’éducation, les anciens surveillants) y assurent entre autres le pointage des absences et des retards ainsi que l’information aux familles – y compris pour la gestion des cas Covid et cas contacts –, la surveillance des entrées et sorties, de la cantine, des couloirs, des toilettes, de la cour, des salles d’étude… « Aujourd’hui, sur neuf AED, nous n’en avions qu’un seul, et il était cas contact, raconte l’enseignante. Nos deux CPE sont encore là, mais elles commencent à fatiguer. Ce sont elles qui assurent les entrées et sorties, du coup. » Pour la cantine, la direction de l’établissement se trouve dans l’obligation de « réquisitionner » le personnel administratif.

Oui, le ministre ment

Bien entendu, la vie scolaire n’est pas la seule touchée par les absences. Sur une quarantaine d’enseignants, une dizaine manque à l’appel, positifs ou cas contacts. Remplacés ? « On n’a jamais vu un remplaçant depuis le début de l’année ! » s’esclaffe Anne Régnier. Jean-Michel Blanquer aurait-il donc le front de mentir aux députés quand il leur assurait, ce même mercredi : « Nous sommes en ce moment en mesure de remplacer, avec bien entendu des exceptions, il y en a, je le reconnais » ? Oui, le ministre ment, car ses « exceptions » sont la règle. C’est particulièrement vrai en Seine-Saint-Denis, où, si l’embauche de contractuels est extrêmement courante, c’est pour les mettre sur des postes à l’année, rarement sur des remplacements.

Résultat : à Timbaud, quand un professeur manque, les élèves ne peuvent se rendre en étude, faute d’AED. « Ils se retrouvent tous dans la cour, qu’il pleuve ou qu’il vente, parfois à deux cents, pendant une heure, deux heures, surveillés par une seule personne », reprend la professeure de maths, qui relaie l’inquiétude de ses collègues : « Il n’y a pas assez de monde pour gérer les cas contacts, appeler les familles, leur répondre, les renseigner sur la procédure… La sécurité sanitaire des enfants et des personnels ne peut pas être assurée. »

Les retards individuels s’accumulent

La complexité de la procédure visant à maintenir l’apparence du dogme de l’« école ouverte », chère au ministre, avec son test PCR ou antigénique suivi d’autotests à J + 2 et J + 4, a aussi des conséquences pédagogiques : les élèves cas contact quittent la classe et reviennent… au compte-gouttes, le temps de faire les tests ou d’observer les périodes d’éviction. « Depuis le début de la semaine, je n’ai eu aucune classe en effectif complet, toujours quatre ou cinq absents au minimum », témoigne la professeure. La progression pédagogique est retardée, les retards individuels s’accumulent.

On voit des cas d’élèves qui viennent alors qu’ils sont symptomatiques, parce qu’ils ont peur de prendre du retard ! 

Sophie ­Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU

Répétons-le : le cas de Bobigny n’est ni caricatural ni exceptionnel. Sophie ­Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, le confirme : « Nos retours de terrain nous montrent une désorganisation totale, des établissements proches de l’implosion, où ça craque à tous les niveaux. » D’autant que, dans le secondaire, rappelle-t-elle, « depuis cinq-six ans, on ne remplace plus les absences de moins de quinze jours, ce qui aggrave les inégalités dans les apprentissages ».

Le report des épreuves de spécialité du bac demandé

Son syndicat, le premier dans le secondaire, demande d’ores et déjà le report des épreuves de spécialité du bac, prévues dans sept semaines de cours, à partir du 14 mars : « Les élèves concernés ont déjà passé la moitié de leur année de première en hybride, là, les cas positifs et les cas contacts partent, reviennent… il y a une évidente rupture d’égalité devant ces examens, dont le maintien entretient en plus une pression sur ces jeunes. On voit des cas d’élèves qui viennent alors qu’ils sont symptomatiques, parce qu’ils ont peur de prendre du retard ! »

Dans le primaire, ce n’est guère mieux. Le retard et le flou dans les consignes aggravent la désorganisation. Guislaine David, porte-parole du syndicat Snuipp-FSU, cite ainsi le cas de cet enseignant qui, avec un élève positif lundi, et sans réponse de sa hiérarchie ni de l’ARS sur l’attitude à tenir, a dû, pour éviter de créer un cluster, se résoudre à envoyer à 22 h 30 un mail aux parents de deux classes pour annuler le départ en classe de neige prévu le lendemain matin ! « Les directeurs, qui sont en classe de 8 h 30 à 16 h 30 comme les autres, ne peuvent pas gérer l’administratif, les cas contacts, les familles. Ils passent le peu de temps dont ils disposent à chercher des infos sur Internet… »

Certains recteurs se disent prêts à recruter… des parents d’élèves

Plus encore que dans le secondaire, les allers-retours des élèves positifs ou cas contacts handicapent la progression de la classe entière. Et le remplacement des professeurs absents est à peine mieux assuré : « Il arrive qu’on doive confier les classes aux Atsem (agents municipaux) ou aux AESH (accompagnants d’élèves en situation de handicap), relève Guislaine David, mais ce n’est pas réglementaire. Et les personnels municipaux ne sont pas épargnés par le Covid, donc le nettoyage-désinfection des locaux commence à avoir du mal à être assuré. On doit gérer un conflit permanent entre le protocole et la réalité. »

Alors que certains recteurs se disent prêts à recruter des contractuels à bac + 2, voire des… parents d’élèves titulaires d’un master, elle relève une contradiction béante : « Le ministre répète partout l’importance de l’école, des apprentissages, pour lutter contre les inégalités. En vérité, on recrute des gens juste pour garder les élèves, afin que les parents manquent le moins possible le travail ! »

Blanquer, « c’est un David  Copperfield  de bazar »

Cette réalité, sous-tendue par des années d’économies sur le dos de l’école – le Snes a calculé que les 7 500 postes supprimés depuis 2017 dans le secondaire équivalent à la disparition de 166 collèges –, c’est celle que le ministre connaît parfaitement, mais devant laquelle il joue les illusionnistes. « C’est un David Copperfield de bazar », tacle Rodrigo Arenas, de la FCPE : « Il a fait quoi depuis le début de la pandémie ? Pas d’aménagement des programmes, des examens aménagés à la dernière minute, aucune anticipation, et les élèves le paient cash. Il parle d’école ouverte mais dans la réalité, il organise la déscolarisation des enfants. »

Pour les syndicats : trop, c’est trop

Mais, on le sait depuis l’apparition de l’univers, le chaos peut être créateur. Après une réunion avec le ministère, jeudi 6 janvier, débouchant sur un énième aménagement du protocole, les syndicats ont commencé à trouver que trop, c’est trop. Dès vendredi 7 au matin, le Snuipp-FSU, dominant dans le primaire, appelait à une grève nationale « pour une école sécure sous Omicron », jeudi 13 janvier, en dénonçant « une pagaille indescriptible et un sentiment fort d’abandon et de colère parmi les personnels » qui « ne peuvent plus exercer correctement leurs missions d’enseignement ».

Peu après, le SE-Unsa lui emboîtait le pas, « pour faire entendre au ministre que l’école et ses personnels ne peuvent plus tenir ». Le Snudi-Fo n’a pas tardé à les rejoindre. En début d’après-midi, c’était au tour de la CGT Educ’Action d’appeler les personnels à se mobiliser à la même date, soulignant la « souffrance » de tous les personnels et rappelant qu’elle « a toujours déclaré qu’elle était favorable au maintien de l’ouverture des écoles mais pas à n’importe quel prix, et surtout pas au détriment de la santé et des conditions d’étude des élèves et des conditions de travail des personnels. »

Un peu plus tard c’est le Snes-FSU, majoritaire dans le secondaire, qui se lançait. « Comment croire à une quelconque considération pour notre système éducatif quand rien n’a été fait pour l’adapter à la crise sanitaire en 20 mois ? » demande le syndicat.

Dans ces conditions, l’intersyndicale prévue vendredi 7 au soir devrait permettre à ceux qui ne s’étaient pas encore positionnés de le faire, et à tous de s’accorder sur leurs revendications : report au nom des épreuves de spécialité du bac, recrutements de personnels, mesures de protection… Cette fois, pas sûr que quelques mensonges de plus suffisent au ministre pour échapper à ses responsabilités.

publié le 6 janvier 2022

Covid. Emmanuel Macron,
«irresponsable » en chef

Cyprien Caddeo sur ww.humanite.fr

Le président déclare avoir « très envie d’emmerder » les « non-vaccinés », en plein débat explosif sur le passe vaccinal. Une stratégie du clivage électoraliste, au détriment de la politique sanitaire et de la citoyenneté.

«L es non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder, et on va continuer de le faire jusqu’au bout. » Puis, un peu plus tard, à propos des antivax : « Quand ma liberté vient menacer celle des autres, je deviens un irresponsable. Un irresponsable n’est plus un citoyen. » En prononçant ces mots, dans un entretien au Parisien publié en ligne mardi 4 janvier dans la soirée, le président de la République a pris le parti de verser du sel sur les plaies du pays, tout en déclenchant rien de moins qu’une crise politique et institutionnelle, en plein débat parlementaire sur le passe vaccinal (lire page 6).

Le mea culpa sur les petites phrases qui ont émaillé le quinquennat aura donc fait long feu. « En guerre » contre le virus, Emmanuel Macron désigne désormais les non-vaccinés comme l’ennemi. Un cap est franchi dans le discours de stigmatisation et de culpabilisation. Le 14 décembre sur TF1, c’était pourtant le même Emmanuel Macron qui déclarait : « Dans certains de mes propos, j’ai blessé des gens. (…) On ne fait pas bouger les choses si on n’est pas pétri de respect pour les gens. » Pire, dans le même entretien au Parisien où il parle « d’emmerder les non-vaccinés », Emmanuel Macron déclare, à la question d’une étudiante réclamant le vote obligatoire : « Il faut réussir ensemble à bâtir de la confiance. Ce n’est pas quelque chose qui se décrète. » Schizophrénique.

Quelques éléments de contexte. Le chef de l’État a accordé deux heures et quart d’entretien « face aux lecteurs » du Parisien, mardi 4 janvier dans la matinée. Ce n’est pas aux journalistes du quotidien qu’a répondu Emmanuel Macron mais à six citoyens français, dont une infirmière de 54 ans. C’est elle qui pose la question des non-vaccinés au président, lequel évoque en réponse une « minorité réfractaire » qu’on « réduit en l’emmerdant davantage ». À ce moment, le passe vaccinal n’a pas encore été voté puisque les débats ont été suspendus la veille à l’Assemblée nationale, ce qu’Emmanuel Macron n’ignore pas. Le Parisien confirme par ailleurs que l’article était prévu pour parution en kiosques mercredi 5 janvier au matin et dès mardi 4 au soir pour la version numérique. Les équipes du président, qui était « très à l’aise » au moment de prononcer cette phrase, ont pu relire l’entretien « par courtoisie », précise le quotidien francilien, mais « sans possibilité d’y apporter des changements ».

Un mot d’ordre pour la majorité : le président « parle vrai »

Il ne s’agit donc pas de propos exprimés à l’emporte-pièce, mais au contraire bien réfléchis. La majorité macroniste, chargée d’assurer le service après-vente, assume sa déclaration (tout en confiant, parfois, son embarras en off). Le mot d’ordre est répété en boucle par les porte-flingues de la Macronie, du député Thomas Mesnier à la ministre Agnès Pannier-Runacher : le président « parle vrai » et « il dit tout haut ce que beaucoup de Français pensent tout bas. » Comprendre : ce serait démagogique donc vertueux. Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, va même plus loin, évoquant « des propos très en deçà de la colère d’une très grande majorité des Français ».

La sortie du président change la nature même du débat sanitaire, dénonce l’opposition. Le candidat communiste Fabien Roussel dénonce « des propos indignes et irresponsables » qui « ne doivent pas faire diversion sur les vrais problèmes qui se posent face à cette pandémie ». « Désormais, il ne s’agira plus d’être convaincu par la vaccination mais d’obéir à un homme qui veut vous emmerder », soupire le candidat France insoumise Jean-Luc Mélenchon, opposant au passe vaccinal, qui rappelle qu’en matière de vaccination l’OMS invite à « convaincre, pas contraindre ». « Les écologistes sont pour la vaccination. Les mots d’Emmanuel Macron utilisés envers les non-vaccinés confirment l’inutilité du passe vaccinal », juge pour sa part l’écologiste Yannick Jadot.

La droite LR, pourtant prête à voter le passe sanitaire, en profite pour jouer la carte du duel Pécresse-Macron pour 2022. La candidate LR estime ainsi « être la seule à pouvoir mettre fin à ce quinquennat de mépris » : « Nous avons besoin de réparer le pays, de rassembler et d’aimer les Français. » Quiconque a suivi les débats de la primaire LR, marqués par une surenchère sur l’immigration, l’insécurité et le terrorisme, ne manquera pas d’en relever l’ironie. Le RN n’est pas en reste. « On insulte des gens qui ne sont pas hors la loi (car le vaccin n’est pas obligatoire – NDLR), c’est absurde ! » fait mine de s’étrangler le porte-parole de Marine Le Pen, Laurent Jacobelli, alors que son parti est expert quand il s’agit de stigmatiser, entre autres exemples, les femmes voilées.

« Une manière de se dédouaner des conséquences de sa politique »

Derrière l’émotion qu’elle a suscitée, quel sens donner à une sortie aussi indigne et outrancière du président ? Il ne s’agit pas, à l’évidence, d’accélérer la vaccination. On voit mal comment l’injure pourrait convaincre qui que ce soit parmi ceux qui doutent encore des bienfaits du vaccin, et a fortiori parmi les antivax radicaux. Au contraire, Emmanuel Macron donne du biscuit aux marchands de complots de tout poil qui, sans honte ni respect pour l’histoire, parlent « d’apartheid vaccinal ». En évoquant des « irresponsables » qui ne seraient plus des citoyens, le président nourrit ce type de discours. En cela, c’est une double faute morale et politique.

Mais, pour Emmanuel Macron, l’enjeu est autre. Il cherche à faire des non-­vaccinés les seuls responsables de la pandémie. Et à réduire le débat sanitaire à la seule question du passe. « C’est une manière pour lui de se dédouaner des conséquences de sa politique de clochardisation de l’hôpital public, avec 17 500 lits supprimés depuis 2017 », complète le porte-parole du PCF, Ian Brossat. Évacuées, en outre, les questions des traitements, de la levée des brevets pour éviter l’apparition de nouveaux variants à l’étranger ou du manque de personnel hospitalier, lessivé par deux ans de crise.

« Ce sont les propos d’un candidat qui cherche à cliver pour consolider son socle électoral », analyse quant à lui le patron du PS Olivier Faure. Dans l’entretien au Parisien, Emmanuel Macron confie « avoir envie » de se représenter, et confirme qu’il « n’y a pas de faux suspense ». Son discours correspond dès lors aussi à une certaine attente d’autorité et d’implacabilité de son électorat le plus radical et conservateur. Celui-là même qui soutenait, en 2018 puis 2019, la répression policière contre les gilets jaunes. Le 31 décembre, Emmanuel Macron déclarait déjà que « les devoirs valent avant les droits », une formule typique des discours réactionnaires. Ce faisant, le chef de l’État a réduit le débat sanitaire à un bas calcul électoral, quitte à miner la confiance dans l’action du gouvernement en matière de santé, y compris auprès de la population vaccinée. Faisant de lui le premier des irresponsables.

 

publié le 6 janvier 2022

2021 n’est pas une année dont je me souviendrai avec un plaisir inaltéré mais…

Par Pablo Pillaud-Vivien | sur www.regards.fr

2021 se termine et on a envie de se dire que c’est pas trop tôt, qu’on vient de se taper une bonne année de merde et que vivement la suite parce qu’on n’en peut plus. Seulement, commence 2022 et l’on a déjà peur de ce qu’elle va nous réserver.

Il est probable que les manuels d’histoire, lorsqu’il s’agira de traiter de l’année 2021, ne parleront presque que du Covid. Qu’ils diront que ce fut une parenthèse dans la vie des gens à défaut d’être le point de départ pour le monde d’après comme certains ont aimé le penser à l’été 2020 (c’est drôle comme cette époque paraît lointaine). Pour les plus précis d’entre eux, on mentionnera la reprise du pouvoir par les Talibans en Afghanistan ou à la fin d’Angela Merkel en Allemagne. En zoomant sur la France, on parlera peut-être du grignotage de notre État de droit avec le vote de la loi Séparatisme ou l’affaiblissement de notre modèle social avec la réforme par décret de l’assurance chômage – mais faudra un manuel tatillon.

La droite donne le la et pète les plombs

Au-delà de ces pauvres manuels du futur, il y a ce que nous retenons, nous les vivants de 2021 : la dérive toujours plus à l’extrême droite de ce qu’on appelle le débat public. Les médias laissent de plus en plus de place à des paroles dont les fondements sont la haine et le ressentiment. Ils observent et commentent (j’allais écrire « analysent ») avec de plus en plus de bienveillance des projets les plus rances. Ils déroulent le tapis rouge à quiconque veut fracturer plus avant la société, surtout si c’est fait sur la simple base d’une conviction élaborée le matin même en buvant le café ou en naviguant sur Twitter. Que le pôle ouvertement raciste ait deux candidats qui, cumulés, avoisinent les 30% dans les sondages, n’est même plus un sujet d’étonnement – ni même d’inquiétude.

Pis, le déplacement progressif mais d’apparence inarrêtable de la fenêtre d’Overton emporte tout dans son sillage : les Républicains n’ont plus de républicain que leur nom. Lors de leurs campagnes pour l’investiture de leur parti, les différents candidats ont rivalisé d’inventivité pour marcher sur les terres de l’extrême droite. Pour tout dire, on a eu l’impression d’assister à des débats entre trolls qui n’a que faire de l’histoire de leur courant politique, des Droits humains, des textes ratifiés par la France et même de la Constitution, chacun y allant de ses remarques-propositions abominables sur le traitement des personnes exilées, sur l’immigration en général ou sur l’islam. De même, soi-disant plus au centre, le gouvernement et la majorité se sont aussi illustrés par des prises de position qui ont réussi à allier le pire de beaucoup de domaines : un discours de chasse aux sorcières mortifère à la fois dirigé contre les musulmans, sujets tristement boucs-émissaires de notre époque, et contre les intellectuels, les universitaires islamogauchistes, leurs alliés ; un je-m’en-foutisme et une fin de non-recevoir ahurissante, au vu de la pandémie que l’on traverse, quant au manque de moyens qui terrasse l’hôpital public ; un mépris du dialogue social et politique autant que des institutions (notamment le Conseil d’État et le Parlement) et de la population en général ; l’invention d’un monde parallèle où se déploie un discours sur la France qui va mieux, qui va presque bien..

Parallèlement, on a vu une montée en puissance de la pauvreté et de la précarité psychologique. Face auxquelles, que cela nous plaise ou non, Emmanuel Macron a réussi à faire croire qu’il répondait présent par la modération des mesures qu’il a prises (même s’il est tout à fait légitime de les critiquer à l’envi), intégrant intelligemment des considérations psychologiques premières, mais aussi parce qu’il n’y pas eu de tsunami social tel que beaucoup de commentateurs et acteurs de gauche l’annonçaient. Dans l’urgence sanitaire, le président de la République dans sa jupitarité exemplaire, a cornerisé ses opposants – et notamment sa gauche : ou bien vous êtes avec lui et vous luttez contre la pandémie, ou bien vous êtes contre ses mesures et vous êtes anti-sciences. Plus d’argent pour l’hôpital public ou la levée des brevets sont des mesures qui n’ont pas réussi à apparaître comme étant des nécessités absolues pour répondre à la crise – et nous ne pouvons que le déplorer.

La gauche post-2021 : la mort ou la renaissance

Mais 2021, c’est aussi l’année où les femmes de chambre de l’hôtel Ibis de Batignolles ont gagné et obtenu, après 22 mois de mobilisation, une hausse de salaire et une amélioration de leurs conditions de travail. De même pour les salariés de Leroy-Merlin au début du mois de décembre. La réouverture du train de marchandises, entre Perpignan et Rungis est aussi à mettre au crédit de nos luttes. Sur le plan parlementaire, Leila Chaïbi, députée européenne de la France insoumise, est parvenue à mettre sur la table un projet de directive européenne reconnaissant la présomption de salariat des travailleurs des plateformes. André Chassaigne, député communiste, lui, a permis de revaloriser les pensions des conjoint-es d’agriculteur-trices. On ne peut pas dire que l’année 2021 ait été complètement une annus horibilis.

Et puis 2021, ça a aussi été des grands films, des grands livres, de grandes pièces de théâtre, de grandes expositions, des exploits sportifs dans lesquels chacun pourra mettre ce qu’il veut en lisant ces lignes. La vie ne se limite pas aux événements politico-sociaux. C’est con à écrire mais un éclat de rire, une naissance, une rencontre ou un bon barbecue/chichas/bowling/ce-que-vous-voulez, entre vous et vos potes ou votre famille, c’est sûrement ça aussi qui a fait 2021. Oui il y a Éric Zemmour tout le temps à la télé, les fachos qui défilent dans la rue en mode pépère, les réseaux sociaux infestés de tout et n’importe quoi mais surtout emprunts d’une agressivité dévastatrice, Emmanuel Macron qui vous prend pour un idiot, le changement climatique pour lequel personne n’entend se bouger vraiment et le retour du port du masque dans la rue, mais au fond, on a encore de quoi se battre car de la ressource, il nous en reste.

Tout ça pour aboutir sur quoi ? Sur la gauche. En vérité, elle est un peu partout la gauche, autant dans nos défaites et les dangers qui nous guettent que dans les victoires de celles et ceux qui se battent. La gauche politique est en voie de disparition institutionnelle, médiatique et parlementaire, mais on n’est pas à l’abri d’un sursaut - j’écris cela pour tous les camarades qui militent, qui y croient dur comme fer et qui ont raison d’y croire. Alors voilà ce qu’il faut nous souhaiter, à gauche pour 2022 : la réconciliation de nos espérances, de nos luttes, de nos incarnations et de nos rires. Et d’arrêter avec les définitions de périmètres infranchissables : bien sûr que les insoumis sont des sectaires, les socialistes des traîtres et les écologistes des idiots utiles. Mais chacun de votre côté, vous avez vocation à prendre le pouvoir en France. Et faire donc avec tous les Français. Donc commencez par trouver un moyen de faire avec vos plus proches concurrents, même s’ils vous exaspèrent. Bref, y’a du pain sur la planche en 2022. Et pour après.

 

publié le 5 janvier 2022

Écologie. À Sète, le parking de la discorde embrase les Bancs publics

Caroline Constant sur www.humanite.fr

Le maire (divers droite) François Commeinhes veut, sans concertation, construire un nouveau parking en centre-ville, qualifié de crime écologique par un collectif d’habitants.

Sète (Hérault), envoyée spéciale.

«Là où Attila passe, les tilleuls s’escagassent. » Depuis plusieurs semaines, chaque jour, des petites mains collent sur les 63 arbres de la place Aristide-Briand, à Sète (Hérault), ces petites affiches écrites à la main. Attila, c’est le maire divers droite de la ville, François Commeinhes. Son projet : construire un parking souterrain de 300 places sous cette esplanade, au cœur de la ville. Un parking de plus, alors que le centre-ville en compte déjà deux, dont l’un à moins de 500 mètres. Un collectif, les Bancs publics, en référence à Georges Brassens, originaire et amoureux de Sète, s’est constitué. Il compte déjà 900 membres et a réuni près de 7 000 signatures contre le crime écologique représenté par ce projet.

Car la place Aristide-Briand est le poumon social de la ville. Les enfants s’égayent sur l’aire de jeux, leurs parents papotent sur les bancs alentour. Les terrasses de café et de restaurant s’y étalent, rarement désertes. Un kiosque à musique accueille régulièrement des artistes. Tous les jeudis, se tient une brocante, une partie des commerçants du marché s’y installent, le mercredi. Comme dans toute ville du Sud, les tilleuls argentés, qui ont remplacé il y a quelques années les platanes malades, apportent une ombre bienvenue au moment des pics de chaleur, en été. Le projet du maire met à mal toute cette structure.

Entre la lagune et une source d’eau potable

Car, François Commeinhes n’en démord pas : il a été élu avec ce projet dans sa besace et il ira jusqu’au bout, a-t-il réaffirmé lors d’une réunion publique en novembre 2021 : selon lui, le parking « n’a pas vocation à faire rentrer plus de véhicules, mais à libérer l’espace occupé par les voitures ». Pourtant, le centre-ville, aux étroites rues qui s’entrecroisent, est déjà saturé par une circulation très dense qui va être accrue par ce projet. Les arbres ? Selon François Piettre, l’un des animateurs des Bancs publics, « 23 % d’entre eux seulement vont être replantés. Le reste ira dans des pots. Or, cette espèce d’arbre ne peut pas se développer en pot ». D’autant que les pelleteuses vont devoir creuser sur sept mètres. Liberio Cenci, un autre membre du collectif, s’insurge. Cet architecte en retraite explique que, construit entre la lagune et une source d’eau potable, sur de la roche friable, ce parking est quasiment un crime écologique : les arbres actuels « retiennent l’eau qui s’écoule du mont Saint-Clair, juste au-dessus. Et ce rôle d’éponge, de fait, ne pourra plus exister ». Un comble dans une ville du Sud, au regard des ravages causés ailleurs par les inondations. Un autre parking, récemment construit, a d’ailleurs son deuxième niveau inondé, et c’est un problème récurrent à Sète, explique François Liberti, ancien maire communiste de la ville. Ce projet de nouveau parking est d’autant plus fou que, hors saison, des centaines de places sont libres en centre-ville. Sur les périodes où les touristes affluent, il suffirait de créer, à la lisière de la ville, des espaces, qui existent, pour garer les voitures. Et de développer les navettes gratuites, fluviales ou par bus, abonde le collectif.

Une action en justice a été lancée

Le maire souhaitait que, début janvier, les arbres soient arrachés et la place clôturée. Mais une action en justice a été lancée par une quinzaine de riverains et le collectif. Un référé a été déposé le 24 décembre au tribunal administratif de Montpellier par leur avocate, Gaëlle d’Albenas. « Le maire n’a déposé aucun permis de construire et aucun arrêté pour les travaux. Or, on est dans un site remarquable, avec des arbres et un site architectural protégés, il ne peut pas faire n’importe quoi », explique-t-elle. L’édile est aussi passé par-dessus « tout le processus de concertation avec les habitants ». Le référé suspend les travaux, en théorie, pour encore une dizaine de jours, ajoute-t-elle. Elle espère que la procédure judiciaire « va le faire réfléchir ». François Commeinhes a déjà été condamné à dix mois de prison avec sursis et 8 000 euros d’amende dans une affaire d’attribution de concessions de plage, le 3 décembre 2021.

Une pétition est en ligne : https://www.mesopinions.com.

publié le 5 janvier 2022

Postiers sans-papiers :
la grève tient, s’élargit et fait bloc

Stéphane Ortega sur https://rapportsdeforce.fr/

 La filiale de La Poste et son sous-traitant Derichebourg disent ne pas les connaître, mais depuis huit semaines plus de 70 travailleurs sans-papiers d’un entrepôt DPD dans l’Essonne tiennent un piquet de grève 24 heures sur 24. Ils ont été imités par une centaine de sans-papiers travaillant pour Chronopost à Alfortville, une autre filiale du groupe La Poste.

 Le 15 novembre, 70 sans-papiers travaillant pour DPD à Coudray-Monceau (91) décidaient de se mettre en grève pour obtenir la fin de la sous-traitance et la délivrance des documents de travail permettant leur régularisation (voir notre reportage). Huit semaines plus tard, ils sont près d’une centaine à se relayer sur le piquet de grève installé aux portes de l’entrepôt de livraison de colis, après avoir été délogés de l’intérieur du site par une décision de justice le 30 novembre. Certains avec des contrats de travail sont formellement en grève, d’autres en mission intérim pour l’entreprise Derichebourg ont arrêté d’accepter des missions pour cette entreprise. Non seulement aucun n’a cessé le mouvement, mais quelques intérimaires sans-papiers supplémentaires ont rejoint la mobilisation en cours de route.

Depuis 50 jours, ils s’organisent avec leurs soutiens pour assurer la logistique de leur présence : des repas, des boissons chaudes et le couchage. Et évidemment, la solidarité financière pour tenir. Le tout ponctué de manifestations et d’actions régulières pour mettre la pression sur leurs différents employeurs (filiale de La Poste et Derichebourg). Depuis le 3 décembre, une centaine d’autres travailleurs sans-papiers tiennent un second piquet de grève à Alfortville (94). Cette fois, devant le site de Chronopost qui avait connu un conflit similaire en 2019. Parmi eux : quelques anciens du conflit précédent qui n’avaient pas été régularisés et dont la situation n’a jamais été réexaminée malgré les promesses de la préfecture. Mais aussi des nouveaux travailleurs sans-papiers, embauchés par diverses agences d’intérim, dont encore et toujours Derichebourg.

 Une détermination sans faille

 « Ils sont tous partis sur la durée », certifie Giorgio Stassi du syndicat SUD-PTT 91 à propos des grévistes de DPD à Coudray-Monceau. « Personne n’envisage un pas en arrière. Comme ils le disent eux-mêmes, à partir du moment où ils sont sortis du bois et que maintenant cela fait un mois et demi, ils n’ont pas le choix. Dès le premier jour, ils avaient en tête l’exemple de Chronopost Alfortville en 2019 qui avait duré 7 mois », explique le syndicaliste. Par conséquent : un conflit potentiellement appelé à durer. Et une lutte qui s’est déjà élargie, avec l’entrée en action des sans-papiers de Chronopost à Alfortville.

« Le lien se fait de plus en plus entre la grève dans le 91 et celle dans le 94. Jeudi matin, nous faisons un rassemblement commun devant le siège de Chronopost à Paris, dans le 14e arrondissement », explique Adrien du syndicat SUD. Dans les deux départements, les postiers sans-papiers réclament la même chose à leurs employeurs : les documents de travail permettant de déposer une demande de régularisation auprès de la préfecture. Et par la suite, ne plus subir la surexploitation permise par leur condition de sans-papiers.

Si une extension du conflit à de nouveaux entrepôts de la région parisienne au sein des filiales de La Poste reste difficile – sans collectif de sans-papiers préalablement organisé localement – le Collectif des travailleurs sans-papiers de Vitry-sur-Seine (CTSPV94) sert de liant entre les différents piquets de grève déjà installés. Il permet que la solidarité se développe entre les postiers sans-papiers des différents sites. Et même au-delà. « Lorsqu’il y a une action à Chronopost, ceux de DPD ou de RSI à Gennevilliers [une agence intérim ne travaillant pas avec La PosteNDLR] envoient une délégation », confirme un militant de Solidaires du Val-de-Marne.

 Vers une résolution du conflit ?

 Jusqu’à ce début d’année, les directions de la filiale de La Poste et de Derichebourg n’ont pas répondu aux demandes des grévistes, préférant s’enferrer dans l’affirmation selon laquelle elles ne connaissent pas ces travailleurs. Mais leurs positions évoluent sensiblement en ce début d’année.

Un contrôle de l’inspection du travail sur le site DPD de Coudray-Monceau pendant les fêtes n’y est peut-être pas totalement étranger. En tout cas, après cette visite, l’inspection du travail a proposé une médiation aux représentants des grévistes mardi 4 janvier. Et ce coup-ci, des représentants de DPD et de Derichebourg logistique ont accepté de s’y rendre, reconnaissant implicitement qu’elles étaient concernées par ces travailleurs qu’elles ne « connaissent pas ».

Si la filiale de La Poste s’est drapée dans une indignation de circonstance en se présentant comme victime d’une tromperie, le sous-traitant Derichebourg logistique a fait un pas en avant en se disant ouvert à l’examen des situations de travail, selon un représentant des grévistes. Autre bruissement : la préfecture de l’Essonne a reçu fin décembre une délégation de grévistes du 91 pour évaluer les conditions d’un examen de leurs demandes. Une prise de contact relativement encourageante pour Adrien de SUD-PTT. Et probablement le signe que les lignes bougent un peu pour ces postiers sans-papiers, après sept semaines de conflit.

publié le 4 janvier 2022

Éducation.
Des « écoles ouvertes », surtout pour Omicron

Olivier Chartrain sur www.humanite.fr

C’est un protocole renforcé… en allègements que Jean-Michel Blanquer a présenté le 2 janvier. Au risque de laisser le virus s’installer dans les établissements scolaires.

Les personnels de l’éducation et les familles ont appris dimanche soir 2 janvier, via un article payant sur le site du Parisien, les conditions de la rentrée du 3 janvier. Le 29 août, c’est déjà dans une interview exclusive au Journal du dimanche, payante, que Jean-Michel ­Blanquer avait révélé le protocole sanitaire pour la rentrée.

« J’ai reçu un mail dimanche à 19 h 48... »

Mais qu’ils aient ou non payé pour voir, les uns comme les autres sont depuis hier confrontés à la réalité du tsunami Omicron. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le cadre sanitaire imposé par le ministre ne semble pas à la hauteur de la situation.

« J’ai reçu un mail dimanche à 19 h 48, raconte Sandrine, directrice d’une école primaire en Seine-Saint-Denis, pour m’informer d’un soi-disant renforcement du protocole. Mais les mesures décidées ne font que l’affaiblir ! » Lundi, un cinquième de ses collègues (trois sur quinze) étaient absents, testés positifs au Covid ou cas contacts. Sans remplaçants.

Du coup, cette directrice, qui avait réussi à limiter le brassage des élèves avant les vacances de Noël, va peut-être devoir y renoncer : « Depuis samedi, je préviens les parents. Mais, pour ceux qui n’ont pas de solution de garde, comment voulez-vous qu’on refuse l’accueil des enfants ? »

Deux phrases, autant de contradictions

Dans sa fameuse interview, le ministre de l’Éducation nationale l’affirme : « On tient compte de l’extrême contagiosité d’Omicron et de sa plus faible létalité. (…) L’objectif est de garder l’école ouverte dans des conditions sanitaires sécurisées au maximum. » Deux belles phrases dont chaque membre s’avère contradictoire sur le terrain. La première fait fi des taux d’incidence record enregistrés ces derniers jours, en particulier chez les 0-19 ans, et des risques auxquels ceux-ci exposent les enfants : hospitalisation, Covid long pédiatrique, Pims (syndrome inflammatoire multisystémique)…

La deuxième phrase, Guislaine David, porte-parole du syndicat Snuipp-FSU (premier syndicat du primaire), la résume : « On ne ferme plus les classes. Et on laisse le virus s’installer dans les écoles, puisque tout repose désormais sur des tests qui ne peuvent être faits qu’a posteriori. »

Les règles de la nouvelle usine à gaz

Cette stratégie repose en effet entièrement sur l’isolement individuel et les tests. Deux catégories sont définies :

  • Les moins de 12 ans : s'ils sont positifs, ils doivent, quel que soit leur statut vaccinal, observer un isolement de sept jours, réduit à cinq si au terme de ce délai ils peuvent présenter un test négatif ; les moins de 12 ans cas contact peuvent être exemptés d’isolement à condition de présenter le jour même un test PCR ou antigénique négatif, mais devront pratiquer deux autotests à J + 2 et J + 4, gratuitement obtenus en pharmacie et dont les résultats seront certifiés sur l’honneur par les parents.

  • Les adultes et les plus de 12 ans, si leur schéma vaccinal est complet, suivent les mêmes règles. Si leur vaccination n’est pas à jour, les périodes d’isolement sont fixées à dix jours en cas de positivité et à sept jours pour les cas contacts – qui doivent effectuer un test PCR au terme de cette période.

Moyennant cette usine à gaz, plus de fermeture de classe… à condition que les parents ne s’y perdent pas, qu’ils soient disponibles pour courir de laboratoires en pharmacies – et que celles-ci puissent fournir en quantité suffisante les autotests, dont elles manquent cruellement depuis que le gouvernement a autorisé (jusqu’au 31 janvier) les grandes surfaces à les vendre…

Les remplaçants et les détecteurs de CO2 se font rares

Pourtant, des classes vont bien fermer en primaire : là où les enseignants seront malades ou cas contacts. Car si le ministre promet des remplaçants, Guislaine David rappelle qu’en avril 2021, « il avait déjà ouvert les vannes pour embaucher des contractuels… qui ne sont jamais venus. Un contrat d’un mois ou deux quand on est en pleine préparation du concours, ça intéresse qui ? »

Quant aux retraités évoqués par le ministre, on les voit mal se ruer dans des écoles investies par le virus et où, au passage, les détecteurs de CO2 se font toujours rares. Le ministre met en avant, à ce propos, les 20 millions débloqués par l’État pour aider les collectivités locales à en acheter, et se permet de tancer celles qui ne l’ont pas fait… en « oubliant » qu’il y a six mois à peine, il répétait que ces matériels ne servent à rien !

« On a un ministre qui veut que les écoles restent ouvertes à tout prix parce que le gouvernement veut que l’économie reste ouverte », résume Sandrine. Ce « quoi qu’il en coûte »-là, ce sont les enfants qui vont le payer

publié le 4 janvier 2022

Le gouvernement a renoncé à toute réponse économique globale à la crise sanitaire

Romaric Godin sur ww.mediapart.fr

Face au variant Omicron, le gouvernement a relancé les mesures d’aide aux entreprises. Mais cette stratégie est avant tout la preuve que la réponse globale à la crise sanitaire n’a jamais été la vraie priorité du gouvernement.

Quoiqu’il s’en défende, le gouvernement n’est jamais sorti de la politique du « quoi qu’il en coûte » qui vise à compenser l’essentiel des pertes des entreprises liées à la crise sanitaire. Officiellement fermé en octobre 2021, ce dispositif a été remplacé par un autre qui, depuis l’émergence du variant Omicron, est compensé par d’autres mesures.

Lundi 3 janvier 2022, Bercy a ainsi annoncé l’élargissement du dispositif de prise en charge complète du chômage partiel. Désormais, toutes les entreprises ayant perdu 50 % de leur chiffre d’affaires, contre 65 % jusqu’ici, verront les salaires pris en charge par l’État. Des exonérations de cotisations sociales sont à l’étude pour ces mêmes entreprises. En parallèle, la compensation des coûts fixes pour les entreprises du tourisme est mise en place. Enfin, un étalement des remboursements des prêts garantis par l’État a été annoncé.

Toutes ces mesures sont présentées comme « modestes » par Bercy et estimées à 200 millions d’euros pour le mois de janvier. Si ces sommes n’ont rien à voir avec celles versées en 2020 et 2021, c’est aussi parce que le contexte est différent : il n’y a, pour l’instant, pas de confinement ou, à l’exception des seules discothèques, pas de fermetures administratives. Pourtant, ces mesures montrent bien que la politique entamée en mars 2020 de compensation des pertes des entreprises est toujours d’actualité. Et, en cela, elles trahissent un échec profond de la gestion économique de la crise sanitaire.

Le « quoi qu’il en coûte » et sa poursuite sont en effet des politiques d’urgence à vocation conservatrice qui se sont révélées utiles pour ce qu’elles visaient : la sauvegarde des rapports de production, de l’outil productif existant et de la valorisation du capital. Mais ces milliards d’euros versés ont oublié la crise sanitaire elle-même.

Tout s’est passé comme si cette politique avait permis, pour reprendre l’expression utilisée jadis par Emmanuel Macron, de « vivre avec le virus ». Non pas de vivre normalement, mais bien plutôt de maintenir la vie économique, centrée sur le marché et l’entreprise.

Ce que le virus menaçait, ou plutôt ce qu’il n’était pas possible de maintenir pendant les vagues épidémiques, c’était bien la circulation classique du capital dans l’économie marchande. Et c’est ce que la politique du « quoi qu’il en coûte » a permis. On assurait un semblant de normalité : là où les entreprises gagnaient habituellement du chiffre d’affaires pour payer les salaires, on injectait de l’argent public pour maintenir l’emploi.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre les cris de victoire du gouvernement sur la croissance, l’emploi et les profits de ces derniers mois. C’était la preuve que le retour au statu quo ante de l’ordre marchand, seule vraie priorité gouvernementale, était réussi. En octobre, la proclamation officielle de la fin du « quoi qu’il en coûte » était d’abord l’affichage d’une certitude d’avoir dompté le virus. Cette annonce trahissait cependant la réalité de cette politique : celle de n’être qu’une méthode d’urgence visant à préserver l’existant.

La société dirigée par la marchandise

Le problème de cette politique réside cependant dans ce qu’elle est. Lorsque l’urgence dure deux ans et lorsque la situation n’est pas aussi maîtrisable qu’on le croit, cette politique de conservation finit par devenir nuisible. Car conserver la logique marchande, c’est aussi conserver une organisation sociale où les besoins ne sont jamais aussi bien satisfaits que par le marché et l’initiative privée.

C’est préserver ce mythe du chaos organisé que serait le capitalisme. Et quand la crise sanitaire reprend une vigueur inédite avec le variant Omicron, la société doit logiquement gérer cette crise à nouveau avec ce même chaos qui, soudainement, n’est plus du tout organisé.

Le résultat est aujourd’hui visible pour chacun d’entre nous : la modification subite des besoins sanitaires conduit au vrai chaos. L’hôpital est de nouveau sous pression, les pénuries menacent, le risque de désorganisation des chaînes de production, de transport et de logistique refait surface. Autrement dit, deux ans et près de 400 milliards d’euros plus tard, les risques ressemblent étrangement à ceux de mars 2020.

Si, pour des raisons diverses (dont la proximité de l’élection présidentielle pourrait être une des principales), le gouvernement semble refuser tout confinement, la progression de l’épidémie pourrait bien conduire à un confinement de fait, où une grande partie de la population, infectée ou cas contact, est isolée.

Or, dans le monde qu’a sauvegardé le « quoi qu’il en coûte », c’est la loi de la valeur qui domine et cette loi exige de tout organiser au moins cher, au plus près, au plus économiquement efficace. C’est dans ce monde préservé que survient le variant Omicron. Dès lors, la désorganisation menace et l’argent public versé aux entreprises ne peut guère être utile aux urgences du moment. Il faut donc avoir recours à des subterfuges un peu grossiers et à la valeur sanitaire douteuse, comme cette décision de réduire les durées d’isolement prise à la demande du patronat.

Mais les effets de la sauvegarde de la société dirigée par la marchandise se reflètent aussi sur le plan sanitaire. L’argent pour la lutte concrète contre la pandémie semble manquer partout et l’impréparation règne. C’est le cas à l’hôpital bien sûr, mais aussi ailleurs, notamment dans l’Éducation nationale. Le 3 janvier, l’Assemblée nationale a ainsi refusé la mise en place systématique de purificateurs d’air. Les masques FFP2 ne sont pas mis à disposition des travailleurs au quotidien et les obligations de télétravail sont de façade.

Priorité a été donnée au maintien de l’ordre marchand et, pour le reste, « l’intendance suivra ».

Toute cette prudence ne peut manquer de surprendre face à la diligence du gouvernement pour sauvegarder chiffres d’affaires et profits, mais c’est la réalité de la gestion de la crise sanitaire. Priorité a été donnée au maintien de l’ordre marchand et, pour le reste, « l’intendance suivra ». C’est logique : on a maintenu les revenus, les profits et les marchés, autrement dit les conditions, dans l’esprit de nos gouvernants, de cette fameuse « intendance ».

L’émergence du variant Omicron vient rappeler que cette stratégie est de courte vue. La situation sanitaire présente exigerait enfin, après deux ans, une autre stratégie économique que celle de venir éteindre l’incendie à chaque vague à coup de milliards d’euros.

Au reste, le risque récurrent des zoonoses et le risque environnemental exigeraient un changement de cap durable. Mais il faudrait, pour cela, en finir avec le mythe selon lequel l’ordre marchand est toujours la solution à tout et que, partant, le plus important est de le sauver, coûte que coûte. En cela, l’aveuglement face au Covid est le même que face au risque climatique.

L’émergence du variant Omicron vient par conséquent rappeler cette évidence : rien n’a été fait jusqu’ici pour renforcer durablement la capacité de résistance de la société à un choc épidémique du type Covid-19. Mais c’est que, pour y répondre sérieusement, le fétichisme marchand ne suffit pas. La santé, comme l’environnement, ne peut se comprendre isolée de l’ordre économique dans lequel elle évolue. C’est ce que le « quoi qu’il en coûte » a voulu faire oublier et ce qu’il faut repenser.

Démarchandiser, planifier

Pour renforcer durablement le système hospitalier, il faut ainsi organiser et assumer sa surcapacité en temps normal. Il faut cesser la « rationalisation » fondée sur l’efficacité économique et privilégier la proximité et la disponibilité des soins. Cela implique de sortir la Sécurité sociale de la logique économique qui la mine et la ruine, et que des leurres comme le « Ségur de la santé » n’ont pas remise en cause.

La défense réelle contre des variants plus résistants ou contre de nouveaux désastres à venir ne peut se faire qu’à ce prix, que les gouvernants, si généreux envers le capital, ne semblent pas disposés à payer. De façon globale, la crise invite à une démarchandisation complète des services publics. La priorité donnée à l’efficacité économique ne peut que mener au désastre sanitaire.

Face à cette crise, l’obligation d’une planification sérieuse apparaît également au grand jour. Certes, on pourrait objecter qu’il n’est jamais possible de tout prévoir. Sans doute, mais doit-on en conclure, comme le faisaient Hayek et von Mises dans les années 1930, que l’instantanéité du marché est plus efficace ?

La réalité est bien que face à l’émergence de l’imprévu, la planification d’une production qui assume de ne pas être destinée uniquement à des besoins immédiats est la seule solution. Tout cela, bien entendu, doit s’accompagner d’une refonte complète des chaînes de production et d’approvisionnement.

Bref, le travail est immense. Sans doute n’est-ce pas la solution miracle, mais il y a là de quoi répondre directement aux besoins de la crise. En deux ans, rien n’a été commencé. On s’est contenté de baisser encore les impôts sur les entreprises et les plus riches. Mais il est vrai que tout cela suppose un renversement de logique auquel les gouvernements – car la France n’est ici pas isolée – ne sont sans doute pas prêts. Mais la situation actuelle rend ce conservatisme intenable à terme.

publié le 3 janvier 2022

Isolement et écoles :
le gouvernement précise les règles, quelques heures avant la rentrée

sur www.mediapart.fr

Nouvelles règles d’isolement pour les positifs et les cas contacts, nouvelles conditions pour le retour en classe des élèves du primaire : à la veille d’une rentrée « désorganisée », les décisions du gouvernement ont été précisées à la dernière minute et par voie de presse.

Pas de communication officielle mais une succession d’articles, à lire dans le Journal du dimanche du 2 janvier. Puis dans Le Parisien, quelques heures plus tard. Et une mise à jour des consignes en plein dimanche après-midi, sur les sites des ministères de la santé et de l’éducation nationale.

Olivier Véran a choisi l’hebdomadaire dominical pour préciser la nouvelle doctrine d’isolement pour les personnes positives et les cas contacts. Il dévoile également les grandes lignes des nouvelles règles à l’école, confirmées quelques heures plus tard, encore par voie de presse, par le ministre de l’éducation nationale. 

De nouvelles consignes, à la dernière minute et alors que le « raz-de-marée » Omicron déferle sur le pays et qu’une « désorganisation » est fortement redoutée dans les prochaines semaines. Le 1er janvier, selon les dernières données de Santé publique France, plus de 219 000 nouveaux cas ont été enregistrés.

« Le pic du nombre de cas devrait culminer mi-janvier, alerte l’épidémiologiste Arnaud Fontanet, également dans le JDD. Le pic hospitalier pourrait avoir lieu une semaine plus tard avec d’importantes variations régionales. L’Île-de-France sera la première touchée, ajoute le professeur à l’Institut Pasteur de Paris et membre du Conseil scientifique.

  • Plus de souplesse pour les positifs et cas contacts vaccinés

Le 27 décembre, à l’issue du Conseil de défense sanitaire et dans la foulée de ses demi-mesures risquées, Olivier Véran disait attendre les recommandations, « probablement le 31 décembre », du Haut Conseil de la santé publique pour ajuster la doctrine de durée d’isolement. Comprendre : assouplir les règles pour limiter l’impact sur la vie économique du pays.

Première nouveauté : dès le lundi 3 janvier, les personnes testées positives devront s’isoler sept jours, au lieu de dix. Cet isolement pourra même être levé « au bout de cinq jours en cas de test antigénique ou PCR négatif » et sans signe d’infection depuis 48 heures. L’isolement de dix jours est en revanche maintenu pour les non-vaccinés, « avec une sortie possible au bout de sept jours, selon les mêmes conditions » citées plus haut.

Quant aux soignants, déjà soumis à l’obligation vaccinale, ils pourront continuer à travailler même s’ils sont positifs, mais à condition d’avoir « peu ou pas de symptômes. »

Concernant les cas contacts, les règles seront harmonisées. Il n’y aura plus de différence, selon qu’on est contaminé par le variant Delta ou l’Omicron. Jusqu’ici, les cas contacts Omicron devaient s’isoler sept jours, même avec un schéma vaccinal complet.

Désormais, seuls les non-vaccinés, ou ceux n’ayant pas fait leur rappel dans les temps, devront s’isoler sept jours s’ils sont cas contacts. Les détenteurs d’un schéma vaccinal complet, eux, pourront aller et venir librement, « à condition de faire des tests réguliers », indique le ministre de la santé. Précisément, il faudra réaliser un PCR ou antigénique « à J-0, le jour où vous apprenez que vous êtes cas contact », puis un autotest « à J+2 et J+4 ». Ces autotests seront gratuits, délivrés en pharmacie, sur preuve du dépistage à J-0, précise encore Olivier Véran.

Il ne donne en revanche pas d’informations sur le sort des cas contacts résidant dans le même foyer qu’une personne contaminée. Jusqu’ici, l’isolement était de 17 jours pour les non-vaccinés (variants Delta et Omicron) et de 17 jours également, même vacciné, en cas de lieu de vie partagé avec un positif à Omicron.

Enfin, le ministre reconnaît à demi-mot que les équipes chargées du traçage des cas contacts n’arrivent plus à suivre les 200 000 contaminations quotidiennes. « Cela pèse évidemment sur notre capacité à effectuer le traçage des cas en temps et en heure ». Il mise donc sur la responsabilité de chacun : « L’essentiel de ce travail, ce sont les Français qui le mettent en œuvre, en prévenant spontanément toutes les personnes rencontrées dès qu’ils se savent positifs. » Il dit prioriser le suivi « de gros clusters potentiels ».

Sous-effectif, recours à du personnel précaire, règles obsolètes : dès début décembre, Mediapart alertait dans cet article sur le traçage, débordé par le coronavirus.

  • À l’école : les informations tombent quelques heures avant la rentrée

Un tiers des enseignants « au moins » pourraient être touchés par le coronavirus en janvier de manière « directe » ou « indirecte ». C’est la mise en garde du Conseil scientifique, émise pendant les vacances de Noël. Avant les congés, 3 000 classes étaient fermées.

En cette rentrée, les niveaux du protocole sanitaire devraient rester inchangés : les écoles sont en niveau 3, les collèges et les lycées en niveau 2. La nouveauté, c’est que les élèves de primaire devront présenter trois tests consécutifs, au lieu d’un seul, pour réintégrer la classe. Jean-Michel Blanquer avait évoqué cette piste le 28 décembre, sur France Inter, avant un rétropédalage de son cabinet.

Ces tests seront à réaliser le jour de l’apparition d’un cas, puis « à J+2 et J+4 », souligne la « foire aux questions » (FAQ) du ministère de l’éducation nationale, mise à jour tardivement au cœur de l’après-midi, dimanche 2 janvier. Le premier test sera à réaliser en pharmacie ou en laboratoire. Les deux suivants pourront être des autotests, là encore délivrés gratuitement. Les parents devront « présenter une attestation sur l’honneur » de la bonne réalisation de ces tests et leur résultat négatif pour permettre le maintien en classe de l’élève.

Dans cette FAQ mise à jour, on apprend également qu’il n’y aura « plus lieu de fermer automatiquement la classe si trois cas positifs sont identifiés ». L’accueil des élèves sera suspendu uniquement « en présence par exemple d’un très grand nombre de cas, et d’une analyse partagée entre les différents acteurs prenant part à la gestion de la situation ».  

Dans le JDD, Olivier Véran renvoyait à une prise de parole, attendue lundi 3 janvier, de Jean-Michel Blanquer « pour présenter le détail du protocole scolaire ». Finalement, le ministre a accordé, en toute hâte, une interview au journal Le Parisien, publiée vers 16 h 30... Quelques heures, donc, avant le retour en classe. 

  • En entreprise : pas de passe et du télétravail pas vraiment « obligatoire »

Le ministre de la santé le confirme : le passe sanitaire au travail est définitivement enterré. « Il aurait posé des questions juridiques délicates, et nous avons constaté le consensus des partenaires sociaux contre [son] extension au milieu professionnel. Nous en prenons acte. C’est pourquoi nous avons retenu la piste du télétravail obligatoire. »

Obligatoire, vraiment ? Pour l’heure, toujours pas. À compter du 3 janvier 2022, le protocole sanitaire en entreprise sera le seul outil en vigueur. Et il a seulement valeur de recommandation, comme tranché en octobre 2020 par le Conseil d’État. 

Mis à jour le 30 décembre, ce protocole demande aux employeurs de fixer, « pour une durée de trois semaines, un nombre minimal de trois jours de télétravail par semaine, pour les postes qui le permettent ». Et même quatre jours dans la mesure du possible.

La ministre du travail souhaite introduire des sanctions « pouvant aller jusqu’à 1 000 euros par salarié dont la situation n’est pas conforme, dans la limite de 50 000 euros », et devrait proposer, dans les prochains jours, un amendement au projet de loi gouvernemental qui doit transformer le passe sanitaire en passe vaccinal. L’examen a débuté juste avant la fin de l’année 2021 (voir notre article) et est censé entrer en vigueur le 15 janvier. C’est le douzième texte consacré à la gestion de la crise du Covid-19 depuis mars 2020.

« Cette cinquième vague sera peut-être la dernière », ose aujourd’hui avancer Olivier Véran, en une du Journal du dimanche. « Omicron est tellement contagieux qu’il va toucher toutes les populations du monde. Il va entraîner une immunité renforcée : on sera tous plus armés après son passage », précise le ministre.

En attendant, la vague monte. Deux Français sont diagnostiqués positifs chaque seconde et les 10 millions de contaminés, depuis le début de la pandémie, devraient bientôt être atteints. De quoi laisser craindre un raz-de-marée à l’hôpital, qui vacille, sans épargner aucune région.

ublié le 3 janvier 2022

Rémunérations. Les cinq bonnes raisons d’augmenter le Smic

Cyprien Boganda sur www.humanite.fr

2022 commence par un renoncement : celui d’un coup de pouce significatif au salaire minimum. La hausse ridicule de 0,9 % au 1er janvier, survenue dans un contexte de flambée des prix, relance le débat autour de la faiblesse des salaires.

Si la scène a des airs de déjà-vu, ce n’est pas un hasard : elle se répète inlassablement depuis 2012. Chaque année, entre novembre et décembre, un groupe d’« experts » nommés par le pouvoir mime un débat dont la conclusion est jouée d’avance : est-il souhaitable d’augmenter le salaire minimum au-delà de ce que prévoient les mécanismes de revalorisation automatique (1) ? Avant de répondre systématiquement par la négative. Le 1er janvier, le Smic a donc été revalorisé mécaniquement de 0,9 %, après un 2,2 % automatiques en octobre, pour atteindre 8,37 euros net de l’heure… soit quelque 1 269 euros net par mois. Service minimum, donc, face à l’envolée des prix du quotidien. Les arguments en faveur d’une franche augmentation ne manquent pas.

1 Une question de justice sociale

Emmanuel Macron se sera fait le champion des diagnostics jamais suivis d’effet. « Il faudra nous rappeler que notre pays, aujourd’hui, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal ! » lance-t-il le 13 avril 2020, en hommage aux travailleurs montés au front pendant le confinement. Huit mois plus tard, un rapport de France Stratégie sur les « seconde ligne » confirme ce constat. Oui, ces professions sont surreprésentées chez les quelque 3,1 millions de salariés payés jusqu’à 1,05 Smic. Y figurent notamment 567 000 aides à domicile et aides ménagères ; 307 000 caissières ; 123 000 agriculteurs et éleveurs ; 1,3 million d’agents d’entretien ; 218 000 agents de gardiennage et de sécurité… Depuis, le gouvernement a bien incité les branches professionnelles correspondantes à signer des accords visant à revaloriser les salaires, mais seule une poignée a joué le jeu (propreté, commerce de détail, sécurité…), en accordant de maigres augmentations vite rognées par l’inflation.

Comment peut-on féliciter des travailleurs, au nom du caractère « essentiel » de leur tâche, tout en leur refusant ensuite la rémunération qui leur permettrait d’en vivre décemment ? Une augmentation du Smic serait bien le minimum… La plupart des syndicats, CGT et FO en tête, en ont fait l’une de leurs revendications.

2 Pour réduire les inégalités hommes-femmes

Emmanuel Macron entendait faire de l’égalité entre les hommes et les femmes la « grande cause » de son quinquennat. La hausse du Smic, dont il ne veut pas entendre parler, constituerait pourtant un levier de choix. Dans une tribune parue en février 2021 dans Alternatives économiques, l’économiste Rachel Silvera rappelait quelques chiffres marquants : 59 % des salariés concernés par une hausse du Smic seraient des femmes, selon le ministère du Travail, alors qu’elles ne représentent que 44 % de l’ensemble des travailleurs du secteur privé. 13 % des femmes vivent avec le Smic, contre 5,5 % des hommes. Même à emploi similaire, la probabilité pour elles d’être rémunérées sur la base du salaire minimum est 1,7 fois supérieure à celle des hommes…

« Entre le niveau du Smic et les salaires d’un grand nombre de femmes, le lien est étroit, conclut-elle. Augmenter les bas salaires et lutter contre la pauvreté des travailleurs les moins rémunérés en général, c’est réduire les écarts de salaires entre femmes et hommes. De la même façon, une politique d’égalité salariale entre les genres ne peut se limiter à assurer la présence d’une poignée de femmes au sommet de l’entreprise. Elle passe aussi par une revalorisation sonnante et trébuchante des métie rs les moins rémunérés. »

3 Pour rendre plus attrayants des métiers désertés

Depuis des mois, les patrons se lamentent sur leurs difficultés de recrutement. Un problème réel : de plus en plus de salariés boudent les métiers dits en tension dans un grand nombre de secteurs – aide à domicile, routiers, serveurs… Faut-il s’étonner du fait qu’il s’agisse, bien souvent, de professions sous-payées ? Dans une étude parue en octobre 2021, la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) identifie un problème d’attractivité dans une trentaine de métiers, avant de rappeler cette évidence : « Si les actions d’amélioration de la formation (initiale comme continue) sont nécessaires pour résoudre les problèmes structurels de compétences, l’apaisement des difficultés de recrutement pourrait donc aussi passer par l’amélioration des conditions de travail et/ou la revalorisation des salaires dans certains métiers. »

4 Parce que c’est viable économiquement…

« Augmenter le Smic détruirait des emplois ! » martèlent les libéraux. Même si la question du lien entre « coût » du travail et volume d’emploi continue d’alimenter des débats passionnés entre économistes, l’argument tient de moins en moins. De nombreux pays ont fait le choix d’augmenter franchement leur salaire minimum au cours des trois dernières années (Espagne, Royaume-Uni, Pologne…), sans pour autant ruiner leur économie. Il y a deux ans, le gouvernement britannique a d’ailleurs demandé l’avis d’un des meilleurs spécialistes, Arindrajit Dube. Réponse de l’économiste américain : « Globalement, le corpus de recherche le plus récent aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans d’autres pays développés met en évidence un effet très modéré du salaire minimum sur l’emploi, tandis qu’il augmente de manière significative le revenu des travailleurs faiblement rémunérés. »

Quant à l’autre peur des libéraux, celle d’un effondrement de notre « compétitivité » en raison d’une hausse du Smic, elle est encore moins fondée. D’abord, parce que les travailleurs au salaire minimum sont surreprésentés dans des secteurs tels que l’hôtellerie-restauration (38 % des effectifs) ou les services à la personne (56 %), par définition très peu exposés à la concurrence internationale. Ensuite, parce que les récentes hausses du Smic décidées à l’étranger (+25 % en Allemagne en 2022, par exemple) donnent du grain à moudre aux partisans d’une augmentation. « L’argument de la perte de compétitivité s’effondre si tout le monde augmente son salaire minimum, observe l’économiste Dominique Plihon. Or, en Europe et aux États-Unis, les hausses sont considérables. »

5 … D’autant que ça soutient la demande

En règle générale, patronat et libéraux considèrent l’augmentation des salaires sous le seul angle de la hausse des coûts pour les entreprises. Mais, si on se place d’un point de vue macroéconomique, il faut tenir compte également des effets positifs d’une hausse du pouvoir d’achat : si la consommation augmente, les carnets de commandes des entreprises se remplissent, et elles embauchent davantage. Par ailleurs, les salariés les moins payés sont aussi ceux qui ont la propension marginale à consommer la plus forte : comme ils n’ont pas les moyens d’épargner, la quasi-totalité de leurs revenus sont dépensés. Une étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), parue en septembre 2020, le confirme : en 2017, le taux d’épargne plafonnait à 2,7 % (du revenu disponible) chez les 20 % des ménages les moins riches, contre plus de 28 % pour les 20 % les plus fortunés. Enfin, la flambée des prix observée ces derniers mois risque de peser sur le pouvoir d’achat des Français. Pour mémoire, entre décembre 2020 et octobre 2021, les tarifs du gaz et des carburants ont grimpé de 41 % et 21 %. Selon l’Insee, le pouvoir d’achat des ménages pourrait être amputé au premier trimestre 2022 (-1 %).

(1) Le montant du Smic est revalorisé automatiquement chaque année à partir de deux indicateurs : inflation constatée pour les 20 % des ménages les plus modestes ; moitié du gain de pouvoir d’achat du salaire horaire moyen des ouvriers et employés.

Une petite hausse déjà mangée par l’augmentation des prix

À chaque 1er janvier son lot d’augmentations des prix. Celui de 2022 n’échappe pas à la règle avec des tarifs postaux qui flambent (+ 8 centimes pour l’Écopli et le timbre vert, + 15 centimes pour le rouge), un nouveau « forfait patient urgences » à l’hôpital fixé à 19,61 euros remboursable par des complémentaires santé dont les cotisations s’élèvent elles aussi de + 7 à + 10 %. Sans compter la répercussion des augmentations des prix des matières premières dans les produits alimentaires, ni le rattrapage des tarifs réglementés de l’électricité et du gaz attendu à partir d’avril, après leur blocage en octobre… À gauche, plusieurs candidats militent donc pour une véritable hausse du Smic, dont Fabien Roussel (+ 20 %, à 1 500 euros net) et Jean-Luc Mélenchon (1 400 euros net).


 


 

Éditorial.
Salauds de pauvres…

Jean-Emmanuel Ducoin sur www.humanite.fr

Ainsi donc, les douceurs hérissées de ce début janvier annoncent déjà des froideurs coupantes pour les plus démunis. Salauds de pauvres : voilà à quoi se résume la pseudo-« revalorisation » du Smic pour la nouvelle année, cadeau amer d’un pouvoir exécutif à mille lieues des préoccupations véritables. Alors que les prix continuent de grimper allègrement et que l’inflation s’affiche à près de 3 % en 2021, la hausse automatique du salaire minimum a été fixée à 0,9 %. Pas de « coup de pouce ». Juste une aumône, qui constitue une fois encore un scandale. Doublé d’une honte : pas un mot d’Emmanuel Macron sur le sujet, lors de ses vœux aux Français. Plus grave, à en croire le chef de l’État, la France se porterait mieux qu’il y a un an, deux ans. Mais de quoi parle-t-il, en dressant un bilan panégyrique « à la cavalcade », tentant benoîtement de dessiner un paysage surréaliste d’« optimisme » et de « tolérance » qui tranche tant et tant avec celui qu’il nous propose depuis cinq ans ?

Ah, si ! le prince-président, tout hors-sol soit-il, a des lettres, et il le montre solennellement : « Pour ma part, quelles que soient ma place et les circonstances, je continuerai à vous servir. Et de la France, notre patrie, nul ne saura déraciner mon cœur. » À en croire la dernière expression, M. Macron a lu l’Étrange Défaite, de Marc Bloch. Nous aussi. L’historien français et résistant, torturé puis massacré par la Gestapo en 1944, écrivait également : « Tout malheur national appelle d’abord un examen de conscience. » Non, la France ne se porte pas « mieux » en 2022, et inutile de croire, comme en 1940, que nous disposons de la meilleure armée au monde, avant d’assister à son effondrement, pour comprendre que la crise et toutes les crises que nous traver­serons ici-et-maintenant devraient être l’occasion d’une épreuve de vérité. Pour regarder les choses en face.

Car, pendant qu’une grande partie de nos concitoyens crèvent de ne pas boucler les fins de mois, de ne pas se chauffer et de ne pas manger dignement, toute la presse économique vient de sabrer le champagne unanimement. Le CAC 40 a achevé 2021 sur une progression de près de 30 %, du jamais-vu depuis plus de vingt ans. Les 500 plus grandes fortunes françaises détiennent désormais 47 % du PIB national, contre 6 % il y a vingt-cinq ans. Une étrange défaite, assurément. Mais pas pour tout le monde…

publié le 2 janvier 2022

L’homme du jour.
Élie Domota,
une garde à vue arbitraire

Cécile Rousseau sur www.humanite.fr

Plus que jamais dans le viseur du gouvernement. Jeudi, en marge d’une manifestation contre l’obligation vaccinale et le passe sanitaire en Guadeloupe, Élie Domota, leader du collectif LKP, a été placé en garde à vue avant d’être remis en liberté.

Le syndicaliste, fer de lance du mouvement social qui agite l’île depuis novembre, sera convoqué devant le tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre le 7 avril 2022 pour «violences volontaires sur personne dépositaire de l’autorité publique et refus de se soumettre aux prélèvements obligatoires ». Selon la chaîne Guadeloupe 1 re, les manifestants auraient tenté de passer au travers des barrières installées par la police quand la situation a dégénéré avec des tirs de lacrymogène et des jets de pierre. Pour son avocate, M e Sarah Aristide, cette garde à vue est une « provocation » et un «  procès politique ». Elle a également provoqué un tollé politique.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, a exprimé son soutien sur Twitter : « Élie libéré ! Au lieu de mobiliser des moyens pour organiser l’arrestation violente d’Élie Domota et des militants du LKP, l’État doit ouvrir ses oreilles et apporter des réponses à la crise sanitaire et sociale. » Pour le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon : « La Guadeloupe sait se faire respecter ! Bonne année Élie ! Dechoukons la profitation !!! » Alors qu’Olivier Véran envisage de décaler la mise en place du passe vaccinal dans les territoires ultramarins, qui devait entrer en vigueur le 15 janvier, Élie Domota a appelé à encore amplifier la mobilisation.

publié le 2 janvier 2022

La lune

Maurice Ulrich sur www.humanite.fr

2022 comme 2021 ? Ah non, merci bien. Déjà, les choses changent. Par exemple, dimanche il n’y avait plus de drapeau sous l’Arc de triomphe. Ni européen, ni français, mais une ouverture sur le ciel à nulle autre pareille…

C’est un peu ce que nous a annoncé Emmanuel Macron lors de ses vœux. La France va bien, la France va mieux et va aller de mieux en mieux. Bon, c’est vrai, dans les hôpitaux ça ne s’arrange pas, mais Agnès Buzyn est décorée de la Légion d’honneur, sans doute pour son action au ministère de la Santé, à moins que ce ne soit pour son parcours de candidate à la mairie de Paris. C’est déjà ça…

Sinon, la presse économique l’atteste. La Bourse se porte comme jamais et le CAC 40 plus encore, le Smic va augmenter de 0,9 % et les retraites de 1,1 %. Un problème ?

publié le 1° janvier 2022

Les vœux hors-sol du candidat Macron

Ellen Salvi sur www.mediapart.fr

Emmanuel Macron a présenté les derniers vœux du quinquennat en dressant un bilan rapide et embelli de son action politique. Malgré la pandémie, il a tenté de dessiner un paysage d’« optimisme » et de « tolérance » qui tranche avec celui qu’il propose depuis cinq ans.

Un énième point sur la situation sanitaire, un bilan dressé « à la cavalcade », une citation cachée de Marc Bloch et quelques poncifs dignes des plus belles chansons de la variété française. Emmanuel Macron a présenté vendredi soir ses traditionnels vœux pour l’année 2022 – les derniers du quinquennat – en proposant un pot-pourri de ses dernières allocutions.

Dans quelques semaines, le président de la République sera officiellement candidat à sa réélection. En attendant, il profite des derniers exercices que lui offre sa fonction pour peaufiner son entrée en campagne et vanter son action politique. « 2022 sera pour la France une année décisive, d’action encore et toujours », a-t-il insisté.

Avant son allocution télévisée, le chef de l’État s’était déjà mis en scène dans une vidéo rétrospective, publiée sur les réseaux sociaux. Des blagues avec McFly et Carlito, des images léchées, une musique de blockbuster, mais rien sur le renoncement des engagements pris auprès de la convention citoyenne pour le climat, sur la stratégie de ventes d’armes à l’international ou sur la situation des migrants à Calais.

Emmanuel Macron continue de dessiner une réalité parallèle. Il appelle à rester « unis, bienveillants, solidaires » et à « respecter nos différences », parle de « l’esprit de tolérance » et d’« une certaine idée de l’Homme », se dit « résolument optimiste pour l’année qui vient » et souhaite que l’on « reste du côté de la vie ». Des formules d’autant plus creuses qu’elles dissonent avec celles qui ont ponctué 2021.

Qu’a entendu la candidate La République en marche (LREM) aux départementales de l’Hérault, écartée parce qu’elle portait le voile, derrière l’expression « respecter nos différences » ? Qu’ont pensé les universitaires taxé·es d’« islamo-gauchistes » par leur ministre Frédérique Vidal en le voyant évoquer « une certaine idée de l’Homme » ? Qu’ont pensé les milliers de jeunes précaires en l’écoutant expliquer que « la France, malgré les épreuves, est plus forte aujourd’hui qu’il y a deux ans » ?

S’il a pris soin, campagne présidentielle oblige, de brasser tous les sujets, le chef de l’État a tout de même consacré l’essentiel de son propos à la crise sanitaire, en insistant sur « l’arme du vaccin et les acquis de notre expérience collective ». « Les devoirs valent avant les droits », a-t-il indiqué à l’attention des non-vaccinés, comme il l’avait fait devant des migrants sans-papiers en mai.

Prévenant que « les semaines à venir [seraient] difficiles », Emmanuel Macron a néanmoins estimé qu’il y avait « de vraies raisons d’espérer ». « 2022 peut-être sera l’année de sortie de l’épidémie, je veux le croire avec vous ; l’année où nous pouvons voir l’issue de ce jour sans fin », a-t-il affirmé, en saluant les « mesures proportionnées » prises par son gouvernement ces derniers jours, alors même qu’elles constituent un risque immense pour les hôpitaux.

La deuxième partie de son allocution portait sur la présidence du Conseil de l’Union européenne (UE) qui démarre le 1er janvier pour un semestre. « Vous pouvez compter sur mon engagement total pour faire de ce moment […] un temps de progrès pour vous », a assuré le président de la République, en affichant de nouveau comme première priorité « la maîtrise de nos frontières ».

Le chef de l’État a conclu ses vœux pour l’année 2022 en évoquant pour la première fois les élections présidentielle et législatives, simplement pour dire qu’il « veillerai[t] tout particulièrement » à ce que ces deux scrutins puissent « se dérouler dans les meilleures conditions possible », malgré la pandémie. « J’agirai jusqu’au dernier jour du mandat pour lequel vous m’avez élu », a-t-il répété.

« Nous aurons donc cette année des choix majeurs à faire pour notre nation. Ces choix, nous les ferons avec la conviction que la France a un chemin singulier, unique, à poursuivre, a-t-il souligné, en s’inscrivant dans une forme de continuité, sans pour autant insulter l’avenir : « Pour ma part, quelle que soit ma place et les circonstances, je continuerai à vous servir. »

C’est à ce moment-là qu’il a choisi de faire sienne une formule de Marc Bloch, tirée de L’Étrange défaite : « Et de la France, notre patrie, nul ne saura déraciner mon cœur. » Un choix qui a suscité quelques réactions moqueuses de ses adversaires politiques : « Titre prémonitoire pour lui en 2022 ? », a notamment tweeté le député La France insoumise (LFI) Alexis Corbière.

Hormis ses soutiens qui ont logiquement applaudi leur champion, les vœux d’Emmanuel Macron ont déchaîné les critiques des oppositions, elles aussi en campagne. Toutes ont pointé l’« autosatisfaction » (Bruno Retailleau, Les Républicains – LR) d’un président de la République « déconnecté des réalités » (Marine Le Pen, Rassemblement nation – RN).

« Les vœux 2022 du président Macron sont ceux d’un président déjà candidat mais toujours hors-sol, d’un président enfermé dans le déni », a également écrit le secrétaire national d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) Julien Bayou. « Une chose est sûre : Macron n’est pas vacciné contre la déconnexion. Il vit dans un monde parallèle », a renchéri le candidat PCF Fabien Roussel.

 

publié le 1° janvier 2022

Les 21 bonnes nouvelles
qui ont marqué 2021

Sur ww.humanite.fr

Des batailles remportées, des victoires arrachées et parfois inattendues, des avancées, des exploits... Si l’année fut difficile, elle a aussi réservé son lot de bonnes surprises et de réussites qui n’en sont que plus belles ! La rédaction vous  propose ces 21 bonnes nouvelles qui ont marqué 2021... et en profite pour vous souhaiter une année 2022 pleine de solidarité, de luttes et bien sûr d'Humanité(s).

1. La belle victoire des guerrières de l'Ibis Batignolles

Le 25 mai 2021, après vingt-deux mois de lutte, les femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles ont pu crier victoire. Outre des revalorisations de qualifications et l’instauration de primes, leur mobilisation a mis fin à la pratique des heures supplémentaires non payées. Une pointeuse a été installée pour s’assurer du temps de travail réellement effectué. Au total, les salaires nets ont augmenté en moyenne de 40 % ! La lutte a aussi permis d’améliorer les conditions de travail en abaissant la cadence horaire de 3,5 à 3 chambres. ©

2. La remontada de la gauche en Amérique du Sud

Après un cycle marqué par le retour des droites en Amérique latine et les tentatives de dé- stabilisation institutionnelle et insurrectionnelle, l’Amérique latine renoue avec la gauche. Dans le sillage du Bolivien Luis Arce en 2020, c’était au tour du Pérou avec le défenseur des peuples autochtones, Pedro Castillo, du Honduras avec la première femme présidente, Xiomara Castro, du Venezuela avec la victoire des chavistes, de donner le ton avant la victoire de Gabriel Boric au Chili, le 19 décembre, face à l’extrême droite. Bientôt le Brésil ? En effet, en mars, toutes les condamnations pour corruption qui pesaient contre l’ex-président Lula ont été levées, le rétablissant dans ses droits politiques… 

3. Perpignan-Rungis, le retour du train des primeurs 

Le dernier coup de sifflet avait retenti à Perpignan en 2019, mais le train des primeurs a débuté un nouveau chapitre de son histoire le 22 octobre. Après deux années d’arrêt, la ligne reliant Perpignan à Rungis a repris du service, acheminant des milliers de tonnes de fruits et légumes de la Méditerranée au grand marché francilien. Une victoire pour les cheminots, qui n’ont eu de cesse de défendre le fret ferroviaire. La remise en marche des dizaines de wagons frigorifiques, exploités par une filiale de la SNCF, permet d’éviter le convoi de 21 350 camions par an. 

4. Sida, une deuxième guérison naturelle 

L’information a été révélée le 16 novembre, par une revue scientifique américaine des plus sérieuses : une trentenaire originaire d’Argentine, infectée par le VIH en 2013, a réussi à éliminer naturellement le virus de son organisme, sans aucun traitement. Un seul précédent avait jusqu’ici été répertorié, en 2020, en la personne d’une Californienne de 67 ans. Ces cas ouvrent de nouveaux axes de recherche contre le Sida, alors qu’il n’existe toujours aucun vaccin contre la maladie, quarante ans après son apparition. 

5. L’assassin de George Floyd condamné

Une fois n’est pas coutume, la justice américaine portait bien son nom en ce 20 avril 2021. Ce jour-là, un jury populaire a reconnu Derek Chauvin coupable de trois chefs d’accusation : meurtre, homicide involontaire et violences volontaires à l’encontre de George Floyd, décédé le 25 mai 2020, sous le genou du policier blanc. Le juge le condamnera à 22,5 années de prison. Un procès « exemplaire », selon Black Lives Matter.

6. « Le meilleur maire au monde » est français ET communiste

C’est une distinction qui couronne un combat acharné pour l’égalité et la solidarité. L’édile communiste de Grigny (91), Philippe Rio, s’est vu remettre en septembre le titre de… « meilleur maire au monde ». L’élu a remporté le prix, décerné par la City Mayors Foundation, en compagnie de son homologue de Rotterdam (Pays-Bas), Ahmed Aboutaleb. La distinction récompensait cette année leur gestion de la pandémie auprès « des sections les plus vulnérables de la société civile », mais aussi les élus « qui ont servi leurs concitoyens avec intégrité, courage et diligence ». 

7. Venise sauvée des monstres marins

Depuis le 1er août 2021, c’en est fini des monstres de croisière mouillant à quelques dizaines de mètres de la place Saint-Marc. À la mi-juillet, le Conseil des ministres italien a approuvé un décret interdisant l’entrée de la lagune aux paquebots gigantesques. C’est une grande victoire pour les habitants qui, à travers le collectif No Grandi Navi (Non aux grands bateaux), luttaient depuis des années afin de rendre sa sérénité à la Sérénissime et surtout sauver un patrimoine mondial de l’humanité directement menacé par l’hyper-industrie touristique. 

8. Les énergéticiens ont eu la peau d’Hercule

Deux années de patiente campagne de convictions menée par des syndicats d’EDF unis ont eu raison du colossal « projet Hercule » de découpe du groupe énergéticien. Emmanuel Macron et Bercy étaient pourtant proches de passer un marché avec la Commission européenne : dégager de nouveaux moyens nécessaires à EDF, via le nucléaire, contre une privatisation partielle des activités distribution et renouvelables, très rentables. CGT en tête, les représentants des salariés sont parvenus à édifier un mur sur lequel s’est fracassé cet été ce projet de vente à la découpe. 

9. En Europe, la pêche électrique enfin interdite

Depuis le 1er juillet 2021, la pêche électrique n'a plus cours en Europe. La Cour de justice européenne a ainsi débouté les Pays-Bas qui depuis 2019 tentaient d'empêcher la prohibition de cette pratique destructrice pour la biodiversité marine et pour les pêches artisanales. Ils ont eu beau tout faire pour l’empêcher, la pression environnementale et syndicale a été la plus forte.

10. En Inde, les paysans font plier Narendra Modi

Au terme d’un an d’une lutte admirable et malgré la répression meurtrière, les paysans indiens ont obtenu l’abrogation de la loi agricole ultralibérale portée par le premier ministre Narendra Modi. Majoritairement venues du Nord, les familles se sont relayées pour tenir le siège de New Delhi, assurer les récoltes et obtenir la fin des prix minimaux sur les marchés régionaux. Dans un pays où 70 % de la population dépend du travail paysan, les agriculteurs demandent désormais des prix rémunérateurs. La lutte continue. 

11. La Réunion repasse à gauche

À l’issue du second tour de juin, peu de régions ont échappé au statut quo. Mais c’est le cas de La Réunion, avec une victoire arrachée par la gauche. Avec un score de 51,85 %, Huguette Bello, ex du Parti communiste réunionnais et fondatrice du parti Pour La Réunion (PLR), l’emporte à la tête d’une liste d’union sur le président LR sortant, Didier Robert. « Un moment historique », souligne celle que la députée Marie-George Buffet (PCF), avec qui elle a siégé au sein du groupe GDR, décrit comme une « combattante ». 

12.  Condamné pour inaction climatique, l’État français sommé d'agir

Ce 3 février, ce que tout le monde pensait tout bas est devenu officiel. En matière de réduction de gaz à effet de serre, le gouvernement n’en fait pas assez. Dans l’Affaire du siècle, le tribunal administratif de Paris a jugé la France coupable de « carence fautive à mettre en oeuvre des politiques publiques lui permettant d’atteindre les objectifs de réduction des émissions de GES qu’elle s’est fixés ». En juillet, rebelote, cette fois dans l’affaire de Grande-Synthe : le Conseil d’État donne neuf mois au gouvernement pour agir, soit jusqu’au 31 mars
2022… il doit « prendre toutes mesures utiles permettant d’infléchir la courbe des émissions ». 

13. Coup de frein à l’ubérisation  en Europe

Les livreurs à vélo seront-ils bientôt des salariés comme les autres ? C’est dans ce sens qu’est allée, début décembre, la Commission européenne, inscrivant dans une directive encore en parcours législatif la présomption de salariat. Cela veut dire que, par défaut, les coursiers comme les chauffeurs VTC seront salariés, avec la protection sociale, le droit au chômage et tutti quanti. Les plateformes, de leur côté, devront enfin s’acquitter de cotisations patronales. Charge à elles, si elles contestent le statut, d’apporter les preuves.

14. Les bancs de thons reprennent leurs migrations

En 1991, les espèces de thon les plus pêchées étaient au bord de l’extinction, classées « en danger » sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature, sorte de baromètre du vivant. Trente ans plus tard, elles vont beaucoup mieux, a annoncé l’UICN en septembre dernier. Les bancs de thons rouges de l’Atlantique, de thons blancs et de thons albacores peuvent reprendre leurs routes à travers les océans grâce à « une politique de quotas de pêche durable et de lutte contre la pêche illégale ». 

15. Bye-bye ! Trump est débarqué de la Maison-Blanche

Dans le chaos et la fureur. Mais il est parti. Largement battu en novembre 2020 au vote populaire (7 millions de voix de retard sur Joe Biden), mais moins nettement au collège électoral (42 000 voix auraient suffi à faire pencher la balance dans le sens inverse), Donald Trump a dû se conformer aux institutions, non sans avoir lâché une partie de ses troupes sur le Capitole. Une enquête en cours déterminera s’il s’agissait d’une tentative de coup d’État préparée. 

16. Les handballeuses françaises impériales à Tokyo

Les sports « co » made in France nous ont régalés à Tokyo cet été. Enfin presque tous, on oubliera nos footballeurs ! Filles et garçons, que ce soit en hand, en basket, en volley ou en rugby à 7, nous ont offert de belles émotions et de grandes joies. Doublé en or pour les filles et les garçons du handball. Argent content pour les basketteurs et bronze massif pour les filles. En rugby à 7, ces dames ne se sont inclinées qu’en finale, l’argent en poche. Enfin les volleyeurs tricolores déchaînés ont filé vers un or bien mérité. pour les agricultrices

Après la loi Chassaigne 1 revalorisant les pensions de retraite des agriculteurs en 2020, la saison 2 a un goût de victoire pour leurs compagnes, qui, actuellement sous le statut de « conjoint collaborateur », ont en moyenne 570 euros de pension. Adoptée à l’unanimité en lecture définitive au Sénat en décembre, la nouvelle proposition de loi du député communiste du Puy-de-Dôme permettra à 214 000 d’entre elles de voir leur pension augmenter de près de 100 euros dès le 1er janvier. 

18. La France rend les oeuvres au Bénin

Des portes sculptées en bois polychrome, le trône du roi Béhanzin, des statues de personnages mi-hommes mi-animaux… Au total, 26 pièces pillées, en 1892, par l’armée coloniale française dans les trésors royaux d’Abomey (Bénin). Le 10 novembre, ces précieuses œuvres ont quitté le musée Branly pour retourner au Bénin. Intervenant à l’issue d’une patiente mobilisation et d’une procédure de plus de trois ans, ce premier geste de restitution en appelle d’autres, en France et dans toute l’Europe.

19. Tian, la torpille anti-armes nucléaires

En janvier, le traité sur l’interdiction des armes nucléaires (Tian), discuté et validé au sein des Nations unies, est entré en vigueur. Complétant les engagements du traité de non-prolifération nucléaire (TNP), c’est le premier texte juridiquement contraignant qui interdit la possession, la fabrication, l’usage, la menace d’utilisation, le commerce, le financement des armes nucléaires. Sous la conduite notamment de l’Ican France, la branche nationale de la campagne internationale pour abolir les armes nucléaires qui a obtenu le prix Nobel de la paix en 2017, le combat continue pour que notre pays cesse son obstruction et y adhère. 

20. Joséphine Baker au Panthéon

Sur 81 personnes, Joséphine Baker est la toute première femme noire, et aussi la toute première artiste de scène, à entrer au Panthéon. La résistante est la sixième femme à recevoir cet honneur, après Marie Curie, Sophie Berthelot, Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Simone Veil. Il s’agit de plus de l’une des rares personnes nées à l’étranger à y être transférée, et la troisième personnalité noire, après Félix Éboué et Alexandre Dumas. Aimé Césaire, enterré en Martinique, dispose pour sa part d’une plaque scellée dans la crypte du Panthéon.

21. Le Groeland met fin à l'exploration d'hydrocarbure

Longtemps, le pétrole a été la poule aux œufs d’or du Groenland : convoité, mais introuvable. En juillet, Nuuk a cessé de le chercher. L’exécutif local du territoire autonome danois a mis fin à l’exploration future d’hydrocarbures. Une décision prise dans l’intérêt du climat, de la nature et de la pêche, a-t-il fait valoir. Celle-ci a beau être symbolique – l’exploration pétrolière fait chou blanc au Groenland depuis des années –, elle n’en souligne pas moins la résolution du jeune gouvernement de gauche écologiste de chercher son futur ailleurs que dans le brut.

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