PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

juillet --21

publié le 5 juillet 2021

"Plus Jamais Ça" à la Coop des masques le jeudi 24 juin 2021

Sur le site https://solidaires.org

Le collectif Plus Jamais Ça (regroupement syndical et associatif dont est membre Solidaires) s’est rendu jeudi 24 juin à la Coop des masques (Côtes d’Armor).

Le 26 mars 2020, en pleine crise sanitaire du coronavirus, Solidaires Côtes d’Armor dénonçait le scandale de la fermeture de l’usine Honeywell de Plaintel et lançait l’idée de créer une SCIC, pour relancer un site industriel de fabrication de masques sanitaires. Très vite des syndicats et des associations du département, Attac, CGT, Confédération paysanne et FSU notamment, rejoignent l’idée et portent le projet.

Un an après, la coopérative fonctionne et produit des masques.

Pour reprendre la main sur les choix productifs et l’organisation du travail, il faut multiplier les expériences de gestion directe des entreprises par les travailleur·euse·s et les collectivités (publiques ou associatives) concernées par leur activité. On peut poser et organiser différemment l’accès au capital nécessaire pour les entreprises que via des grands investisseurs capitalistes !

Aux côtés des ouvrier·e·s de l’usine Honeywell de Plaintel, l’intersyndicale CGT, FSU et Solidaires des Côtes-d’Armor et les associations ont soutenu la création à Grâces, près de Guingamp, de la « Coop des masques, bretonne et solidaire ».

Nous le revendiquons, il faut une véritable politique publique nationale et européenne de soutien aux initiatives de ce type, démocratiques, écologiques et solidaires.

(voir un autre article sur cette visite, un peu plus bas à la date du 1° juillet)

publié le 5 juillet 2021

SNCF. Ces erreurs d’aiguillage qui menacent le service public

Marion d'Allard sur le site www.humanite.fr

À l’appel de la CGT, les cheminots seront en grève, ce jeudi (1er juillet). Ils dénoncent la libéralisation à marche forcée, l’absence d’un État stratège, la dégradation du service et de leurs conditions de travail. Décryptage

À l’orée des grands départs, les cheminots n’auront pas la tête aux vacances d’été. À l’appel de la CGT, les agents de la SNCF ­seront en grève, ce jeudi. Un mouvement national pour exiger l’amélioration de leurs conditions de travail, de leur rémunération, l’arrêt des restructurations et le développement du service public ferroviaire. Car, malgré leur présence tout au long de la crise sanitaire, les cheminots voient leur contexte social se tendre. « Nous affrontons les dernières étapes d’un projet de société qui vise à déréguler les chemins de fer », déplore la CGT.

1. La SNCF malmenée par la crise, abandonnée par l’État

Plombée par la crise sanitaire et les confinements, la SNCF affiche des pertes de près de 4 milliards d’euros pour 2020. Pourtant, l’opérateur public reste soumis à la réalisation d’objectifs financiers stricts, imposés par la réforme de 2018. « Ces objectifs étaient déjà intenables, ils le sont d’autant moins ­aujourd’hui », souligne Sébastien Gasc. Le secrétaire fédéral CGT en charge du pôle économie rappelle que, si la crise a dégradé les comptes du groupe, « les pertes sont très différentes d’une activité à l’autre ». Ainsi, « les TER, largement subventionnés, n’ont pas tellement souffert dans la période. Le trafic fret s’est également maintenu. Mais l’activité TGV, elle, s’est écroulée, tout comme le trafic Eurostar », détaille le syndicaliste. Regarder cette donnée de près oblige à interroger le modèle de la SNCF, « trop sensible aux aléas du TGV, son activité la plus rentable », souligne Sébastien Gasc, « d’autant plus que la clientèle d’affaires, encore largement en télétravail, n’a pas encore repris le chemin des gares ».

À l’automne dernier, le gouvernement a dégainé son « plan de relance ferroviaire ». Doté d’une enveloppe de 4,7 milliards ­d’euros, il est décrié pour sa faiblesse par la CGT. « Pour ne compenser que les pertes sur deux ans liées au Covid, la SNCF elle-même estimait ses besoins à 10 milliards d’euros », relève Sébastien Gasc. Quant à la dette du système ferroviaire, évaluée avant la réforme de 2018 à plus de 50 milliards d’euros ­cumulés, elle continue de se creuser et la reprise par l’État de 35 milliards d’euros demeure une demi-mesure, estime le syndicat qui plaide pour une reprise à 100 % de la dette de la SNCF par l’État.

2. L’entreprise historique éclatée

Loin de n’être qu’une simple équation économique dictée par des objectifs de rentabilité, la réforme ferroviaire de 2018 a profondément remodelé la SNCF, de sa structure juridique à son organisation sociale. Depuis le 1er janvier 2020, les trois établissements (Epic) qui constituaient le groupe ont laissé place à cinq sociétés anonymes. Désormais cloisonnée et filialisée, l’entreprise publique historique est affaiblie, assure la CGT, qui dénonce une « SNCF (qui) continue de se transformer par mimétisme du fonctionnement des entreprises privées ». Sur le terrain, les impacts d’un tel bouleversement sont concrets. Car « contrairement à un établissement, une filiale impose des barrières juridiques, de la bureaucratie, des cloisons et interfaces pour une efficacité médiocre », relève le syndicat CGT des agents de maîtrise et cadres de la SNCF. Sur ce point-là, la deuxième organisation syndicale de la SNCF rejoint d’ailleurs la première. Dans une longue lettre au président du groupe Jean-Pierre Farandou, le secrétaire général de l’Unsa ferroviaire évoque les réorganisations « incessantes à la SNCF depuis 2002 », qui font « perdre le sens » de leur travail aux cheminots. « Nous assistons à un compartimentage de plus en plus étanche des organisations du groupe, à des tensions dans les relations ­sociales et, enfin, à des cloisonnements des parcours professionnels qui ­faisaient pourtant la force et l’attractivité d’un groupe comme la SNCF », note ainsi Didier Mathis.

3. Mise en concurrence dangereuse

Menée sous l’impulsion de Bruxelles depuis les années 1990, la libéralisation du ferroviaire en Europe s’est traduite, en France, par la casse progressive de l’unité de ­l’entreprise publique. En somme, résume-t-on à la CGT , « l’objectif des libéraux est de transformer le système ferroviaire en un ensemble de petites concessions soumises à concurrence ». Un modèle inefficace, assure l’organisation, car « la spécificité du mode ferroviaire – un transport guidé sur un réseau interconnecté – n’est pas prise en compte. Cette balkanisation créée de l’inefficacité dans l’exploitation ». Vendue par ses promoteurs comme la garantie d’une meilleure offre à moindre coût pour les usagers, la mise en concurrence est un échec. Émis avec enthousiasme par les régions Hauts-de-France, Paca ou Grand-Est, par exemple, les appels d’offres révèlent surtout que les candidats ne se pressent pas au portillon. Pour les lignes dites subventionnées, comme les Trains d’équilibre du territoire (TET), l’État, qui les opère, a même déclaré sans suite ceux émis sur les lignes Nantes-Lyon et Nantes-Bordeaux, la SNCF s’étant retrouvée seule en lice.

4. Le fret ferroviaire laissé à quai

Ouvert à la concurrence en 2006, le transport ferroviaire de marchandises n’a non seulement jamais regagné de parts de marché, mais en a perdu. Ainsi, de 17 % en 2000, sa part modale n’est plus que de 9,5 % aujourd’hui, dont 5 % seulement assurés par Fret SNCF, rappelle la CGT cheminots. Pour promouvoir son plan de relance ferroviaire, Jean Castex a pourtant appelé à la « reconquête » du transport de marchandise par rail. La réalité du terrain contredit, là encore, les belles déclarations.

Pour assurer le redressement des comptes du groupe public, la direction de la SNCF, sous pression de Bercy, a par exemple ­entrepris de vendre ses actifs pour faire rentrer du cash. Il en fut ainsi, en avril, de la filiale Ermewa, spécialisée dans la location de wagons fret. « Comment, dès lors, relancer le fret quand on vend ses wagons à deux fonds de pension qui vont assurément augmenter les prix de la location ? » interroge Sébastien Gasc. Dans le même temps, la mise au rebut du dernier train de produits frais, le Perpignan-Rungis, met à elle seule sur les routes 20 000 poids lourds supplémentaires chaque année. Quant aux autoroutes ferroviaires, ces « corridors longue distance », elles « ne permettent d’extraire environ que 120 000 semi-remorques par an de nos routes, quand des dizaines de millions les parcourent chaque année », rappelle la CGT cheminots. « La réalité du fret ferroviaire, c’est un service public qui n’a plus les moyens de mener sa mission, un gouvernement qui subventionne la demande alors que les effectifs s’effondrent et que les fermetures d’installations ferroviaires se multiplient », conclut son secrétaire général, Laurent Brun.

5. Une convention collective inachevée

Face à une stratégie mortifère et à une pression accrue sur la productivité des agents, l’exaspération gagne le corps social à la SNCF. Localement, les actions se multiplient. L’arrêt des recrutements au statut, imposé par la réforme de 2018, a créé une inégalité de traitement entre cheminots. Or, les négociations relatives à l’élaboration de la Convention collective nationale de la branche ferroviaire patinent. Son volet « classification et rémunération » a d’ailleurs été dénoncé par la CGT, SUD et FO. En parallèle, « depuis 2015, les cheminots ne bénéficient d’aucune augmentation générale, alors que l’inflation grignote leur pouvoir d’achat », relève la CGT, qui dénonce, en outre, le recours « abusif » aux contrats courts et à l’intérim. Les plans de suppressions de postes dégradent les conditions de travail des agents, alors que la sous-traitance gagne partout du terrain.

En somme, la mobilisation de ce 1er juillet « est une étape du calendrier revendicatif », assure Sébastien Gasc. Elle « est le résultat d’une certaine montée en pression sur ­plusieurs sites en mai et juin, qui illustre l’accentuation de la tension interne », précise Laurent Brun, rappelant aussi qu’elle inter­vient à « une période charnière de discussions sur le futur statut social du groupe ». 


 


 

SNCF. La CGT porte un contre-projet

Opposé aux plans du gouvernement et de la direction du groupe public ferroviaire, le syndicat met sur la table 21 propositions concrètes.

Un bond attendu de 65 % des transports longue distance tous modes confondus d’ici 2050. Une réduction de moitié des émissions carbone de l’Europe d’ici 2030… Pour la CGT, aucun doute : le rail a l’avenir devant lui. Le syndicat fixe donc l’objectif minimal de 25 % d’augmentation de la part modale du ferroviaire. Pour ce faire, « une maîtrise publique comme outil de régulation et contrôle » est indispensable, assortie d’ « une politique nationale des transports (…), pensée en cohérence avec la politique industrielle, l’emploi, le cadre de vie et l’urbanisme », détaille l’organisation.

Alors que « la modernisation du réseau exige plus de 3 milliards d’euros d’investissement par an », le syndicat, qui rappelle que le système ferroviaire ne peut pas s’auto­financer, en appelle à l’augmentation des subventions publiques, à la reprise de 100 % de la dette ferroviaire par l’État et à la recherche de recette nouvelles : nationalisation des sociétés d’autoroutes, arrêt des partenariats public-privé (PPP), création d’un pôle financier public et mobilisation de l’épargne populaire entre autres.

Un « réseau européen de trains de nuit »

Les régions, qui gèrent le réseau TER, doivent elles aussi disposer de « ressources spécifiques et pérennes pour financer de nouveaux développements », souligne le syndicat. Idem pour la régénération du réseau et les travaux sur voies. Le réseau doit aussi être pensé en dehors des frontières nationales, estime la CGT. Ainsi, l’établissement de « partenariats avec les pays frontaliers » et l’élaboration d’un « réseau européen de trains de nuit » font partie des revendications du syndicat.

La stratégie nationale ferroviaire, qui fait défaut aujourd’hui, doit être définie avec le concours des usagers, des cheminots, de la représentation nationale et des autorités organisatrices de transport, « tout en maintenant la cohérence nationale du ­système », préconise également la CGT. De même qu’une « politique industrielle ­planifiée et cohérente » doit permettre ­l’innovation et l’efficacité en ce qui concerne les nouveaux matériels roulants.

En interne, enfin, la CGT plaide pour que l’organisation du travail réponde aux impératifs de qualité du service public. Ce qui exige, selon le syndicat, la réinternalisation des tâches sous-traitées et l’embauche au sein de la SNCF des « nombreux salariés gravitant autour du ferroviaire ». Des salariés qui doivent être protégés par une convention collective nationale de haut niveau afin d’ « empêcher le dumping » et d’ « assurer l’égalité »


 


 

Éditorial. Diabolique Par Cédric Clérin

Que ne va-t-on pas encore entendre à propos de la grève des cheminots ? Des soi-disant privilégiés qui ne pensent qu’à embêter les citoyens avec leurs actions. En réalité, y compris parmi les éditorialistes avisés qui tirent dessus à boulets rouges, qui accepterait la moitié de ce que subissent les salariés de la SNCF depuis vingt-cinq ans ? On leur a tout fait : diviser l’entreprise publique en deux puis en trois puis en cinq. Fermer les « petites lignes » et les trains de nuit avant de s’apercevoir qu’il faut les rétablir. Ouvrir à la concurrence pour réduire la dette en vertu d’un dogme éculé dont, même outre-Manche, on a compris qu’il est absurde. Comme dit l’adage : « L’erreur est humaine, l’entêtement est diabolique. »

Par exemple, le Fret SNCF a été ouvert à la concurrence dès 2006 « pour le développer ». Or, que constate-t-on aujourd’hui ? Ses parts de marché ont été divisées par deux ! C’est un comble quand on sait à quel point les besoins écologiques se sont aiguisés depuis. Mais le pire est que l’État, pour soulager la dette, a fait vendre à la SNCF sa filiale wagons Fret à des fonds de pension : cela implique qu’elle devra désormais louer des wagons au privé, à un prix plus élevé, pour développer le Fret. La SNCF devra donc s’endetter davantage ! Moins de parts de marché pour plus cher, bravo la concurrence ! Le fiasco pointe également pour la libéralisation des trains régionaux pourtant annoncée à grand renfort de tambours et trompettes. Ajoutez à cela la suppression du statut des cheminots qui constitue indubitablement une précarisation de la profession. Mais aussi le cloisonnement organisé qui fait, entre autres absurdités, qu’un vendeur de billets de transilien ne peut pas vendre de billets TGV, TER, ou intercités… On comprend la perte de sens d’un métier dans une entreprise qu’on est en train de faire dérailler. Et tout ça sans rien apporter aux usagers ! Si avec tout ça les cheminots ne se mobilisaient pas…

publié le 4 juillet 2021

À Perpignan, contre le RN,
pas la foule mais une unité

Par Emmanuel Riondé sur www.mediapart.fr

L’appel à se mobiliser contre l’extrême droite samedi, à Perpignan, en marge du congrès du RN, a rassemblé autour de deux mille personnes. Un « succès » mitigé mais dont beaucoup se contentent.

Perpignan (Pyrénées-Orientales).– Il y a une quinzaine d’années, une mobilisation nationale contre l’extrême droite dans la ville où le Rassemblement national (RN) tenait son congrès aurait très probablement réuni bien plus de monde. Mais au terme d’une éreintante année Covid, en début d’été, une semaine après avoir entendu partout que le RN venait de connaître une sévère défaite, réunir autour de deux mille personnes (trois mille selon les organisateurs à qui les renseignements généraux avaient confié qu’ils attendaient 1 200 personnes), dans une ville aux confins des Pyrénées-Orientales, n’est pas si mal. C’est ce sentiment un peu mitigé qui habitait beaucoup de celles et ceux qui se sont retrouvés ce 3 juillet place de Catalogne au cœur de Perpignan, au terme d’une journée de mobilisation que ses organisateurs avaient voulu « conviviale, festive et revendicative ».

L’appel à se retrouver « ensemble contre l’extrême droite » à l’occasion du 17e congrès du RN qui se tient ces 3 et 4 juillet au Palais des congrès, avait été lancé depuis plusieurs semaines et signé par trente-trois organisations politiques, syndicales, associatives ou collectifs des Pyrénées-Orientales. Un caractère unitaire abouti sur le papier mais aussi, selon les concernés, dans la préparation concrète de la mobilisation qui ne s’est pas limitée à la manifestation : des prises de parole et des concerts étaient organisés en amont et en aval.

Le cortège, lui, s’est élancé en début d’après-midi, traçant une large boucle en ville, à bonne distance du Palais des congrès. Sous l’œil de policiers en civil et en uniforme et avec un service d’ordre CGT à l’ancienne bien fourni. « Même si on n’est pas taillé pour ça, on est quand même nombreux, et pas que de la CGT, c’est important », estimait un quinquagénaire goguenard, ceint d’un brassard SO.

Beaucoup plus nombreux en tout cas que les responsables politiques nationaux à la tribune de la conférence de presse organisée le matin. Seul Philippe Poutou du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) et Thomas Portes de Génération·s étaient présents. Ni La France insoumise (LFI), ni le Parti communiste français (PCF), ni Europe Écologie-Les Verts (EELV) n’avaient jugé utile de déplacer des cadres parisiens. À leur côté, en plus des représentantes et représentants locaux du PCF, de la CGT, de la Ligue des droits de l’homme, de la FSU et de Solidaires notamment, se trouvait aussi Carles Riera, député de la CUP, le parti indépendantiste siégeant au parlement de Catalogne à Barcelone. Venu en voisin proche, il a rappelé combien « l’antifascisme était un vecteur d’union et d’intégration » de l’ensemble des forces de gauche.

« Nous avons besoin dans ce pays d’avoir des moments et des temps forts pour offrir d’autres horizons et des perspectives émancipatrices. Il est important de ne jamais banaliser l’extrême droite », a pour sa part rappelé Thomas Portes, faisant le lien avec la mobilisation du 12 juin qui « n’était pas une initiative d’un jour ». Le candidat du NPA à la prochaine présidentielle s’est, lui, dit « satisfait de l’aspect unitaire de la mobilisation » avant d’avertir : « On parle de l’échec du RN depuis une semaine, mais en réalité, ce n’est pas vraiment le cas. Ils sont maintenant implantés dans le décor et il faut faire le lien avec ce qui se passe à l’international, en Hongrie, au Brésil… L’extrême droite est bien là, on le voit aussi en France avec les attaques sur les librairies par exemple. »

Une référence aux actions violentes fréquentes des groupes fascistes à Lyon. Des militants de la Jeune Garde lyonnaise, collectif antifasciste, étaient d’ailleurs présents dans un cortège où se succédaient les troupes de la CGT, celles des autres syndicats mêlés aux organisations politiques – grosse présence du NPA et de Vigilances et initiatives syndicales antifascistes (VISA), très actif dans le département – des drapeaux de l’Union communiste libertaire (UCL), de la Confédération nationale du travail (CNT), et enfin des collectifs, associations et organisations autonomes.

Dans cette petite foule déterminée, rassemblant très majoritairement des militants, Gaspard, 24 ans et Zoé étaient venus de Montpellier « On n’a pas une situation comme à Lyon, confiaient les deux jeunes, mais on reste vigilant. Parce que, vraiment aujourd’hui, partout, c’est l’extrême droite qui dicte l’agenda politique, c’est ça le problème. » Un peu plus loin, Romain et Wilfried, portant leur banderole de l’étoile sportive de Rosallio, un club omnisport « populaire, féministe, antisexiste, antifasciste », se félicitaient de la «bonne ambiance » du cortège tout en regrettant qu’il n’y ait « pas assez de monde ». Mais, précise Romain : « Il ne faut pas oublier qu’on est dans une ville du RN, ici… Et depuis qu’Aliot est aux affaires, on entend beaucoup de gens expliquer qu’il faut lui laisser un peu de temps pour voir ce qu’il fait vraiment. Mais nous, on sait : ça pue maintenant à Perpignan, il a déjà augmenté les effectifs de la police municipale. »

Secrétaire départemental de l’union départementale CGT, Julien Berthélemy confirme le discret virage autoritaire de la mairie : « Au début, elle ne s’est pas opposée à notre mobilisation et puis ils ont commencé à nous mettre des petites piques. Ils voulaient qu’on arrête tout à 16 heures. Il y a eu des arrêtés préfectoraux étonnants… » En l’occurrence un sur l’interdiction de consommation d’alcool (la CGT avait déployé ses buvettes sur la place de Catalogne) et l’interdiction de transporter des produits pyrotechniques et inflammables, juste sur la durée du week-end.

Dans la matinée, un militant du NPA venu du nord de la France a été interpellé par la police nationale alors qu’il avait rejoint ses camarades dans le local du parti en ville, avant d’être relâché deux heures plus tard. Des petites manœuvres d’intimidation qui n’ont impressionné personne mais qui ont conforté tout le monde : « Cette mobilisation n’est pas massive mais le cadre unitaire a fonctionné et au niveau local, ça va consolider les liens entre les militants qui veulent bosser ensemble », confiait Jean Boucher, l’un des organisateurs, un peu avant la fin de la manifestation. Et dans le contexte actuel, « c’est déjà pas si mal ».

publié le 4 juillet 2021

Le recul de l’âge de départ crée des personnes « ni en retraite ni en emploi »

Stéphane Ortega sur le site https://rapportsdeforce.fr/

La question d’un allongement à 64 ans de l’âge légal de départ à la retraite est sur la table d’Emmanuel Macron et pourrait être annoncée lors de son allocation du 14 juillet. Mais il ne suffit pas de répéter à l’envi qu’il faut travailler plus longtemps pour que cela devienne une réalité. À ce jour, le recul à 62 ans de l’âge de départ en 2010 a eu pour effet de précipiter nombre d’actifs dans la pauvreté et les minima sociaux.

 
« Il faut travailler plus longtemps », c’est « le sens de l’histoire » expliquait il y a trois semaines sur les ondes de Sud Radio le délégué général de LREM Stanislas Guerini, prenant ainsi le contre-pied d’une histoire sociale, longue d’un siècle, où réduction du temps contraint rimait avec progrès et émancipation.

Mais cette affirmation selon laquelle il faudrait travailler plus longtemps, assortie généralement d’arguments autour de l’allongement de la durée de vie, des déficits de la protection sociale ou du ratio entre nombre d’actifs et de retraité, butte sur une réalité crue : une personne sur deux n’est plus en activité au moment de faire valoir ses droits à la retraite. Et donc, ne travaille pas plus longtemps, malgré l’allongement à 62 ans de l’âge légal de départ à la retraite sous la présidence de Nicolas Sarkozy en 2010.

Le taux d’emploi des 60-64 ans est de 32,2 %, contre 52,3 % pour la tranche élargie des 55-64 ans, selon un document de la Cour des comptes de juillet 2019. Et la chute du taux n’est que partiellement liée au départ à la retraite d’une partie des salariés au-delà de 62 ans, dans la mesure où nombre de salariés travaillent au-delà, afin d’obtenir tous les trimestres requis pour bénéficier d’une retraite à taux plein. En réalité, l’âge moyen de départ des salariés du privé, les plus nombreux, était même de 63,4 ans en 2017 selon le ministère du Travail. 

Vieux travailleurs pauvres

 L’argument de faire travailler plus longtemps les Français ne tient donc pas l’épreuve des faits. Même si les raisons sont multiples, le nombre de chômeurs de plus de 50 ans a été multiplié par deux depuis 2008 selon les données de l’Insee. Et même par trois pour ce qui est des demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en catégorie A. Ainsi, le recul de l’âge de départ à 64 ans cache mal « une mesure budgétaire brutale et injuste », selon les mots de Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, sur l’antenne de France Info mercredi 30 juin.

À n’en pas douter, un nouvel allongement de la durée de travail, avant de pouvoir partir à la retraite, aura le même effet que le recul de 60 à 62 ans en 2010 de l’âge légal de départ : augmenter le nombre de seniors « ni en retraite ni en emploi ». C’est-à-dire en attente de liquider leurs droits pour bénéficier d’une pension. Ce nombre est évalué à 30 % des plus de 60 ans pour la période 2016-2018 par le journal Capital. Ce qui fait dire à la Cour des comptes que « les performances sont restées médiocres, jusqu’à présent, en termes de maintien dans l’emploi des seniors de 60 ans et plus ». Et ce pour une raison assez simple : les employeurs préfèrent se séparer de leurs salariés les plus âgés, considérés moins productifs et plus onéreux. Ce que tend à confirmer le nombre de ruptures conventionnelles. Il correspond à 25 % des fins de contrats en CDI des seniors contre 16 % des jeunes.

Avec pour conséquence une « forte augmentation des effectifs de la tranche d’âge des 60-64 ans parmi les bénéficiaires de l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) et de l’allocation de solidarité spécifique (ASS), ainsi que des minimas sociaux ». Ce qui constitue une « trappe à précarité » selon la juridiction financière du Palais Cambon. Ainsi depuis 2010, date du dernier recul de l’âge légal de départ à la retraite, les allocations versées au titre de l’ARE aux 60-64 ans ont augmenté de 45 %. Celles concernant l’ASS de 75 % et enfin celles correspondant au RSA de 157 %. 

Transfert de coûts

 Aujourd’hui, le basculement d’une partie des salariés âgés de 60 à 64 ans vers les minima sociaux ou les allocations chômage coûte 1,5 milliard d’euros par an à la protection sociale et à la solidarité nationale, selon la Cour des comptes. Et encore, cette somme ne prend pas en compte l’augmentation des invalidités liées à une durée de travail plus longue et à l’usure plus intense des corps : les sommes allouées au titre de l’allocation adulte handicapé (AAH) ont bondi de 288 % entre 2010 et 2018. Des sommes appelées à croître si Emmanuel Macron confirme le relèvement de l’âge légal de départ à 64 ans.

Mais surtout un coût social et humain terrifiant pour des centaines de milliers de salariés ayant travaillé près de 40 ans, selon leur parcours sur un marché de l’emploi impitoyable. Une sorte de « quoi qu’il en coûte » inversée si exécutif confirme ses intentions austéritaires, alors que le pays n’est même pas encore réellement sorti de la crise sanitaire.

 

publié le 3 juillet 2021

Des citoyens tentent de se réapproprier
un jeu politique verrouillé

Par Fabien Escalona et Mathilde Goanec sur le site www.mediapart.fr

Démobilisés par les partis traditionnels, les citoyens explorent d’autres formes d’activisme politique. Un phénomène qui va à l’encontre des déplorations sur l’abstention mais qui n’est pas encore une alternative. Recensions croisées des ouvrages d’Albert Ogien et Raphaël Challier.

À la seule lumière des chiffres, il y a bien de quoi s’affoler. Les Français se désintéressent largement du processus électoral, les plus jeunes en particulier. Presque toutes les dernières élections ont battu des records, l’exemple le plus récent étant celui des municipales (58 % d’abstention au second tour), la part de contexte sanitaire empêchant cependant une analyse définitive.

Seule la présidentielle reste épargnée, même si tendanciellement la courbe s’est légèrement affaissée depuis 2007. Au second tour en 2017, 25 % des électeurs ne se sont pas déplacés. Aux législatives, plus de la moitié des électeurs ont passé leur tour, reléguant l’élection des députés à un scrutin de deuxième rang.

Pour les régionales (les départementales sont dans le même étiage), la décrue des électeurs est continue, avec une légère inflexion en 2015, l’année du grand redécoupage ayant contribué à médiatiser davantage l’échelon et ses enjeux. Mais en trente ans, cette élection a perdu la moitié de ses votants.

Seulement, la panique à bord est un peu vaine si l’on s’obstine à voir dans les élections le seul signal viable de l’état de notre démocratie. C’est la thèse défendue par Albert Ogien dans son dernier essai sur les mouvements citoyens, Politique de l’activisme (PUF). Le sociologue, directeur de recherches au CNRS, appelle aussi à se départir du « discours geignard » sur l’abstention et son corollaire supposé, « la dépolitisation », un mot fourre-tout « rapporté uniquement au fait de suivre, par le vote, les indications d’un parti politique ».

Une réflexion qui fait suite à un premier ouvrage, écrit en 2011 avec Sandra Laugier, Pourquoi désobéir en démocratie ?, et à un second en 2014, Le Principe démocratie : enquête sur les nouvelles formes du politique, qui actaient déjà une forme d’effervescence politique, couplée au souhait d’un nombre grandissant de citoyens de contrôler plus directement l’action de leurs dirigeants.

Albert Ogien en est persuadé : « La société est en pleine ébullition, elle se mobilise mais en dehors des partis, à tel point que ces derniers tentent d’apparaître maintenant sans logo, sans étiquette, à pas feutrés même dans les mobilisations sociales ces dernières années, se plaçant derrière quand ils ont longtemps été devant ». D’autres associations et collectifs occupent les lieux et canalisent l’envie tout comme les idées. « Le champ politique s’en retrouve extrêmement rétréci et la caricature de cela est la position d’Emmanuel Macron, en duel avec Marine Le Pen, poursuit le chercheur. À la fin, le match se joue entre deux personnes, toutes deux à la tête de partis de votants, sans les militants. » 

Publié récemment, Simples militants (PUF) offre justement une étude instructive des mécanismes qui nourrissent la défiance à l’égard du champ électoral et de la vie politique conventionnelle. Le sociologue Raphaël Challier y délivre les résultats d’un travail doctoral de quatre années. Son enquête est une plongée ethnographique dans les sections locales de trois organisations de droite et de gauche : le FN (devenu Rassemblement national) en Lorraine, l’UMP (devenu Les Républicains) et les Jeunes Communistes en banlieue parisienne. Il montre comment, dans les partis, les membres des classes populaires éprouvent tout particulièrement les dispositifs qui creusent une distance entre les élites politiques et les citoyens ordinaires. 

Leur cas est d’autant plus intéressant qu’ils se situent à l’intersection entre les « profanes » et les « spécialistes » de la politique. L’intérêt de l’ouvrage réside en effet dans le dépassement des visions misérabilistes ou simplistes des militants populaires. Certes, ceux-ci sont « subalternes » dans l’espace politique étudié, comme dans l’espace social en général. Mais Raphaël Challier décrit aussi comment ils échappent à cette condition, en réévaluant leur autonomie et l’importance de leur rôle sur le terrain. « L’expérience des militants populaires ne saurait être réduite à la soumission passive à un ordre implacable, écrit-il en conclusion. Elle implique aussi des marges de manœuvre, qui s’appuient sur des traits culturels populaires et sur les spécificités des différentes organisations. » 

Tout au long de l’ouvrage, l’auteur s’appuie sur ses observations pour contester l’homogénéité supposée des milieux populaires dans certains diagnostics hâtifs sur leur dépolitisation ou leur ancrage du côté de la droite radicale. Les trajectoires familiales et professionnelles de ses enquêtés ont favorisé des « consciences sociales » distinctes, que l’exposition à des valeurs et des doctrines politiques singulières est venue encourager – un rappel bienvenu que les cultures et les idées politiques comptent, et ne sont pas que des jouets stratégiques dans les mains des chefs de partis. 

Un point de vue que partage Albert Ogien : « Il faut en finir avec le syndrome du dirigeant politique fin manœuvrier, quand il ne fait le plus souvent que composer avec la situation et les attentes sociales du moment. »

Pour ces raisons, Raphaël Challier parle des militants populaires qu’il a côtoyés comme d’« intermédiaires politiques » : un chaînon (qui pourrait devenir manquant) entre groupes sociaux subalternes et organisations politiques spécialisées. « Pourtant, relève-t-il aussitôt, ce rôle crucial […] se traduit rarement par leur accès à des positions dirigeantes ou à des mandats. » Car malgré les nuances apportées par l’auteur, le constat général des tendances oligarchiques du fait partisan n’est pas démenti. Il est même remarquable qu’en dépit de la diversité des organisations étudiées, ces « processus élitistes » se retrouvent de manière implacable. 

Les attentes placées en ceux qui pourraient exercer des responsabilités d’élu ou dans l’appareil ne sont pas socialement neutres. Il faut avoir assez de ressources économiques, de temps, d’autonomie et de stabilité dans sa vie pour s’engager durablement dans les arcanes du parti. « Mais la principale difficulté, analyse l’auteur, renvoie aux ressources culturelles. » Dès que l’on dépasse l’échelon local, il faut pouvoir naviguer entre plusieurs niveaux de langage, maîtriser sa propre image, des codes et des références abstraites, se faire accepter au sein de réseaux de sociabilité fermés, etc. Toutes ces ressources, résume Challier, « sont presque toujours celles des classes aisées ».

Le résultat est une somme de « luttes de classes » internes – au pluriel car susceptibles de concerner des groupes sociaux très proches – qui ont de quoi nourrir du découragement, un sentiment d’exclusion, voire un rejet de l’organisation. Les défections peuvent prendre la forme de pratiques sciemment alternatives, correspondant mieux aux intérêts et cultures populaires. Les dernières lignes de Simples militants font ainsi allusion au mouvement des « gilets jaunes », sur lequel l’auteur a également travaillé : « Quand, à force d’ethnocentrisme et d’élitisme ordinaire, on chasse les classes populaires des assemblées, des partis, des collectifs et des groupuscules, celles-ci reviennent parfois exiger leur part de citoyenneté. »

Dans son essai, Albert Ogien prend acte, quant à lui, de la disparition du monde militant d’hier et le confronte à l’activisme d’aujourd’hui, nettement désaffilié. « Cette fuite des militants s’étale en majesté à l’occasion des élections régionales, où l’on voit les partis dans un désarroi absolu face à cette absence d’expression politique. C’est le désarroi de gens qui pensent faire le bien face à une population qui ne leur prête plus guère d’attention. »

Un désarroi partagé par les commentateurs (experts sondagiers, journalistes, conseillers...), désarmés par l’absence des citoyens dans le champ électoral, au point de voir se forger le concept de la « rue contre les urnes », ou même du « peuple contre la démocratie », ignorant par là même d’autres mouvements et d’autres travaux, sur la montée en puissance de la démocratie délibérative et participative notamment. 

L’idée d’une démocratie seulement adossée à l’élection a la vie dure, au détriment d’une démocratie de la contestation ou « continue » qui offre des occasions d’intervention et de contrôle entre les scrutins. « Le mouvement #MeToo, celui contre les féminicides, Black Lives Matter, les jeunes en lutte pour le climat, à chaque nouveau projet d’infrastructure sa ZAD..., ça bouillonne de partout, liste Albert Ogien, qui insiste aussi pour regarder ce phénomène au-delà de nos frontières, citant le Hirak algérien, les révoltes hongkongaise ou biélorusse. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir cette ébullition. »

Pour décrire cette marmite contestataire, en dresser les stratégies et les écueils, Albert Ogien a forgé la notion de « pratiques politiques autonomes » et fait au passage un sort à l’expression de « société civile », « qui ne dit plus rien », instrumentalisée à l’envi par les élus eux-mêmes pour tenter de renouer le fil avec la population. En effet, quoi de commun entre l’experte sur le climat, celui qui va organiser une collecte alimentaire dans son quartier et le « noyau dur d’activistes sauvages » qui tentent, parfois par le biais de l’illégalité ou de la désobéissance civile, de remettre en cause les règles communes ? 

Une fois la clarification opérée, la gamme de pratiques et d’objectifs repérés, se pose la question d’après, celle du but poursuivi et des stratégies mises en œuvre pour le satisfaire. En particulier aux mouvements les plus fiévreux, comme Extinction Rebellion (XR), venu d’Angleterre et importé en France en 2019, et qui a depuis multiplié les actions coups de poing. « L’un des slogans de XR, c’est “Dites la vérité”. Les Pays-Bas, la Hollande, l’Angleterre reconnaissent désormais l’urgence climatique, et que se passe-t-il ensuite ? Pas grand-chose… On peut bien sûr imposer des termes et des combats dans l’espace public, et de ce point de vue, la mobilisation autour des féminicides ou sur le harcèlement sexuel est incroyable, mais ça n’empêche pas les femmes d’être assassinées. »

Le sociologue souligne la responsabilité du champ de l’activisme « à se doter d’une politique » et à lever les blocages sur le pouvoir, trop souvent considéré comme un corps étranger. « Une des limites de l’activisme aujourd’hui est clairement la conquête du pouvoir. Aux États-Unis, les écolos commencent à articuler sérieusement la question de la fin du capitalisme et de l’écologie, le mouvement Black Lives Matter assume de vouloir être à la Maison Blanche et au Congrès. » 

En France, le mur de séparation entre l’univers professionnel des politiques et l’activisme tient bon. « Cela va finir par sauter et c’est pour ça qu’il faut regarder de près ce qui s’est passé à Marseille lors des dernières  municipales, estime Albert Ogien. Il est temps de réfléchir à négocier les alliances entre les partis et les acteurs politiques autonomes. Mais, dans l’intervalle, vont perdurer des frictions entre ces deux mondes. »

Par une curieuse pirouette, la question élective se poserait donc sérieusement à l’activisme. Dans son livre, Albert Ogien rappelle la destinée d’Occupy Wall Street, qui a « décontenancé le pouvoir américain pendant 28 jours » en 2011, selon les mots d’un des leaders du mouvement, Micah White. « Ces mouvements ne sont pas faits pour durer. Il leur faut un relais. » Les expériences de Podemos en Espagne et surtout du Mouvement Cinq Étoiles en Italie, souligne le sociologue, « doivent être regardées et jugées comme telles ».

Les exemples d’Albert Ogien, pointant vers une réappropriation de la politique, sont cependant ancrés dans une sociologie qui n’est pas neutre, au sens où elle pointe davantage vers des catégories diplômées, sinon aisées, que vers des milieux populaires accumulant les désavantages matériels et symboliques. D’une certaine façon, cela confirme l’essoufflement du circuit représentatif des démocraties libérales contemporaines, jusqu’à concerner le môle de stabilité des classes moyennes.

Il reste que le phénomène d’éviction sociale peut tout à fait se produire au sein des groupes « insurgés » insatisfaits de la vie politique traditionnelle. Même dans les mouvements censés traduire le retour d’un peuple émancipé de son oligarchie élective, on peut constater l’invisibilisation des milieux populaires, par négligence de leurs attentes et intérêts, ou monopolisation de leur parole par des acteurs davantage dotés en codes et en ressources pour intervenir dans la sphère publique. En France, les gilets jaunes ainsi que les mobilisations climat n’ont pas complètement échappé à ce travers.

C’est ce que relève Raphaël Challier dans Simples militants. Au cours de son enquête, il a identifié des pratiques de la politique propres aux milieux populaires, ancrées dans le local et les enjeux concrets, éloignées des enjeux propres aux élus professionnalisés. Mais il émet une alerte : « Si ce livre porte un message politique, ce serait d’inciter les spécialistes de toutes obédiences (professionnels, élus, militants et activistes diplômés) à prendre conscience du caractère socialement situé de leurs discours et de leurs pratiques, qui démobilise souvent les citoyens moins bien dotés »

publié le 3 juillet 2021

Inventer une démocratie nouvelle

 

L’éditorial de L’Humanité Dimanche du 01 au 04 juillet 2021 – par Patrick Le Hyaric.

Si nous nous contentions de constater la reconduction des présidents de région sortants, nous nous aveuglerions sur la profondeur des manifestations de défiance qui tourmentent le pays. Sans évidemment contester la légitimité de celles et ceux qui ont gagné les élections, force est de constater qu’ils ne le doivent qu’à une minorité d’inscrits sur les listes électorales.

Songeons que les candidats soutenus par le président de la République n’ont rassemblé sur leur nom que… 3% des inscrits lors du premier tour. Ajoutons qu’une démocratie qui laisse si massivement sa jeunesse se détourner de la vie de la cité se condamne à moyen terme.

Ce terrible désaveu n’est en aucun cas la manifestation d’un désintérêt pour la politique. L’abstention devient pour beaucoup un acte politique pour être écouté et entendu. C’est parce que les pouvoirs restent sourds à la multitude des mouvements syndicaux, sociaux, citoyens, aux luttes pour une réforme juste du système de retraite comme pour la défense de la sécurité sociale, aux mouvements des Gilets jaunes comme aux « nuits debout », aux combats unitaires pour empêcher la privatisation d’EDF ou de la SNCF, aux actions des jeunes pour le climat, des femmes pour l’égalité, ou encore à la diversité des actions des travailleurs pour défendre l’industrie, l’emploi et les services publics, qu’en conscience une majorité de nos concitoyens organisent le silence des urnes.

Toutes ces manifestations de la volonté populaire se heurtent aux pouvoirs successifs qui, refusant d’écouter ces exigences, accélèrent la mise aux normes du pays aux canons de la mondialisation capitaliste.  Le système représentatif est ainsi englué dans une « alternance » qui perpétue les mêmes politiques au service des puissances d’argent. Mais le fameux duo Macron-le Pen, qui ne sert qu’à verrouiller le paysage politique, est ébranlé. D’évidence, notre peuple cherche une autre voie.

Ce qui tend à devenir une farce démocratique trouve parmi ses causes premières le poids exorbitant des institutions européennes sur les politiques nationales et locales qui fixent le cadre d’un consensus libéral dévastateur pour le modèle républicain, notamment la conception républicaine des services publics, et empêchent son déploiement vers une République sociale démocratique et écologique, réellement protectrice.

Le système institutionnel agonise ainsi dangereusement. Le pouvoir, qui prend appui sur les classes supérieures bien plus mobilisées que la moyenne, subit une déroute d’ampleur qui laisse augurer un redoublement de la crise de légitimité des institutions. Mais si l’extrême droite ne sort pas renforcée du scrutin, gare à en tirer des conclusions trop hâtives car ses idées nauséabondes, derrière lesquelles court une bonne partie des droites et du pouvoir, sont toujours là : aux présidentielles qui concentrent toute l’attention pourrait s’exprimer tout autre chose… Au point de déliquescence où se trouve la démocratie, il faudra plus que des rustines pour la  faire revivre. Le présidentialisme grotesque et les politiques libérales menées sous les auspices de l’Union européenne produisent un cocktail amer qui mine l’ensemble de l’architecture démocratique.

L’enjeu réclame d’engager un processus de transformation radicale des institutions portant une souveraineté populaire sur les choix politiques et économiques. Une nouvelle République, la sixième, qui devrait devenir la première République sociale, démocratique et écologique. Partout, de l’usine à l’université jusqu’au Parlement et au plus haut niveau de l’Etat, l’urgence est d’inventer de nouvelles formes de démocratie et d’interventions conférant de réels pouvoirs aux citoyens. C’est ce que demandent celles et ceux qui souffrent de ne pouvoir correctement se nourrir, se loger, travailler avec des bons salaires ou des revenus corrects pour les paysans et les artisans. La 5ème République se meurt. Il faut, avec les citoyens, en inventer une nouvelle.

Patrick Le Hyaric

publié le 2 juillet 2021

Anne Jadot : « Le brouillage de l’offre politique est conséquent »

Par Mathilde Goanec sur le sit www.mediapart.fr

L’abstention record lors du premier tour des élections régionales et départementales ravive les questions sur les raisons d’un tel désaveu démocratique. La politiste Anne Jadot répond à celles de Mediapart.

Même si le vote ne constitue pas l’alpha et l’oméga de la vie démocratique, l’abstention record constatée lors du premier tour des élections régionales et départementales inquiète sur le fossé qui se creuse entre les citoyens et le monde politique. La tendance est lourde, elle touche tous les partis.

À mesure que les chiffres montent, les différences s’estompent parmi les abstentionnistes, l’âge restant le seul élément vraiment déterminant. La réponse du personnel politique, qui crie au péril et à la remobilisation depuis une semaine, semble pour le moment décalée par rapport aux enjeux profonds du manque de participation. Les méthodes des sondages, déjà sujets à caution, sont pareillement emportées dans la tourmente.

Anne Jadot, maître de conférences en science politique à l’université de Lorraine, spécialiste de l’abstention, insiste sur la nécessité de réfléchir à l’offre et à la manière dont sont menées les campagnes, plutôt que de gronder comme des enfants les citoyens boudant les urnes.

Vous dressiez dans le passé une sorte de typologie des abstentionnistes, les « exclus du vote », « les votants intermittents », les « militants du vote blanc »… Est-ce que ces catégories tiennent encore, avec une abstention si élevée ?

Anne Jadot : Je continue de penser qu’il faut se méfier des métaphores à chaud sur « le premier parti de France » que constitueraient les abstentionnistes, tous mis dans le même sac. De même que celle des « pêcheurs à la ligne » ou les analyses sur l’impact de la météo ou de la fête des pères sur le scrutin… Les ressorts sont bien sûr plus complexes que cela. Mais si on a atteint un tel record, c’est quand même qu’une tendance lourde et inquiétante se dessine, une addition de plusieurs raisons qui ont pu renforcer ces différents profils. On constate un véritable lissage des inégalités de participation, à part l’âge, qui reste le seul élément réellement discriminant. Par exemple, le niveau de diplôme a désormais beaucoup moins d’effet, les cadres s’abstiennent presque autant que les ouvriers.

Il a beaucoup été question de l’abstention des jeunes pour ce scrutin, mais moins de celle des trentenaires, presque aussi massive…

Tout à fait, cela déborde largement la tranche des 18-24. Même chez les plus de 65 ans, on est à 40 ou 45 % de votants, ce qui a été un peu éclipsé également. L’âge reste cependant le meilleur prédicteur de la participation.

Quelles sont, selon vous, les raisons d’une si faible participation ?

Vous avez des raisons qui tiennent à la nature de l’élection ou aux enjeux de politique publique qu’elle soulève. Cette année, cette dimension était absente. Au lieu de jeter l’anathème sur les électeurs, que le personnel politique s’interroge sur la manière dont il a appréhendé cette campagne. Il y a bien sûr eu des effets conjoncturels, liés à la crise sanitaire – l’absence de réunions publiques, le faible porte-à-porte –, qui sont déterminants pour des élections locales, mais cela ne suffit pas à expliquer un tel record.

On a coutume de dire qu’une élection peut en cacher une autre. Les départementales étaient, avant leur réforme, un scrutin très personnalisé, de proximité. On votait pour son conseiller, que l’on connaissait à l’échelle du canton. Les départementales, couplées cette année aux régionales, sont passées inaperçues et n’ont pas joué le rôle d’entraînement qu’elles pouvaient avoir dans le passé. Les grandes régions créées en 2015 n’aident pas davantage les électeurs à avoir des repères.

Si on rajoute à cela le fait qu’une grande partie de la campagne s’est jouée sur des compétences qui ne sont pas régionales… Enfin, le brouillage de l’offre était conséquent, y compris entre les deux échelons. Sur le temps long, voir des partis, à droite comme à gauche, monter en permanence des alliances à géométrie variable, ne permet pas à l’électeur de s’y retrouver. Ce sont autant de moteurs de la participation qui s’éteignent.

Est-ce que cette élection intermédiaire n’a pas souffert également de l’absence, paradoxalement, de l’effet mobilisateur du « vote sanction » ?

Les élections intermédiaires peuvent effectivement servir de mécanismes d’alternance et de balancement vis-à-vis du pouvoir en place. Il y a traditionnellement une démobilisation des électeurs du président et une sur-mobilisation de l’opposition. Cette année, ce mécanisme était plus difficile à mettre en œuvre car il n’y a tout bonnement pas de sortants LREM (La République en marche) à la tête des régions. Il n’y avait pas vraiment pas de quoi « nationaliser le scrutin ».

Qu’est-ce qui vous semble brisé dans le ressort électoral, dans l’acte d’aller voter « en lui-même » ?

Au-delà de l’offre, on vote aussi pour des questions de principe. Les citoyens, souvent plutôt de gauche, votent pour honorer d’une certaine manière le droit de vote en lui-même. Avec des justifications sur le droit des femmes, par exemple, acquis récemment, ou en comparant la France avec d’autres régimes, moins démocratiques. À droite, on vote par devoir, éventuellement aussi par habitude. Dans des entretiens menés sur la question, des femmes disaient même, au masculin, voter pour être « un bon Français, un bon citoyen ».

Ces deux aspects s’érodent considérablement et ces ressorts deviennent très clivés entre générations. Si l’on considère l’évolution démographique qui est la nôtre, on peut craindre que la fracture générationnelle ne soit plus grande encore à l’avenir.

Pourquoi ces arguments de principe ne marchent plus aujourd’hui ?

Par des phénomènes de socialisation politique différents. Qu’est-ce que l’on constate chez les jeunes qui ont 15 ou 18 ans aujourd’hui, à l’âge où l’on peut commencer à se construire politiquement ? Peu de confiance dans les hommes et femmes politiques, de la désillusion, un profond désenchantement démocratique qui pousse à investir d’autres formes de participation politique. Deux générations plus tôt, le vote était central. Puis on a eu la « génération 68 » où les actions collectives se doublaient encore de l’exercice du droit de vote. Les plus jeunes vont s’engager dans des associations, des coordinations, des actions mais décrocher de la participation électorale.

Nous avons plusieurs fois constaté aussi, dans nos enquêtes qualitatives, que nombre d’électeurs considéraient que pour pouvoir « râler ensuite », pour avoir voix au chapitre en quelque sorte, il fallait quand même « aller voter ». Mais comme l’utilité perçue du vote diminue, cette pratique faiblit elle aussi.

Cette abstention, qui n’est pas le fait d’une masse d’individus uniforme, peut-on la définir comme un acte politique pour certains ?

On ne peut pas le quantifier pour cette élection, si rapidement après les résultats. Pour caractériser ceci correctement, il faudrait demander dans les études post-élections ce que les abstentionnistes de tel scrutin ont voté aux dernières élections, s’ils sont des abstentionnistes réguliers ou intermittents.

Mais je mets en garde dans tous les cas contre cette sorte de vœu pieux qui consisterait à penser que l’acte de s’abstenir est politique pour tout le monde. Peut-être chez la fraction des très diplômés, plus politisés que les autres, on peut imaginer un refus diffus du duel Le Pen-Macron annoncé, ou une manière de sanctionner la droite comme la gauche pour la faiblesse de l’offre politique, une manière de dire qu’on ne va pas « nous faire le coup à chaque fois ».

Mais pour tout un pan des abstentionnistes, en difficulté sociale et économique, les préoccupations les plus urgentes ne portent tout simplement pas sur la politique, qui n’est plus vue comme une réponse à leurs problèmes.

Il y a bien des effets de sur-mobilisation ou de démobilisation en fonction de l’enjeu politique ? La participation ne repose pas uniquement sur des données sociologiques (âge, métier, niveau de diplôme, lieu de vie, rémunération, etc.) ?

Prenons 2002 : il y a eu une sur-participation de 7 points au second tour, qui opposait Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen. Donc, quand l’enjeu est perçu comme grave, les électeurs se mobilisent. En 2017, même configuration ; c’est pourtant déjà beaucoup moins vrai. Il y a même eu pour la première fois depuis 1969, plus d’abstentionnistes au second tour qu’au premier. Si on compte ceux qui ne sont pas allés voter en 2017 ou ont voté nul ou blanc, c’est un tiers des inscrits. Ce n’est pas très engageant pour 2022.

L’abstention d’ordre « politique » est-elle de gauche ou de droite ?

Là encore, il y a un effet en trompe-l’œil sur l’abstention différenciée. Ceux qui se sont le plus mobilisés en 2017 au premier tour sont les électeurs de François Fillon. On pourrait monter une interprétation farfelue sur un désir de revanche sur 2012... Mais c’est surtout un effet d’âge ! Ces électeurs sont plus vieux, souvent catholiques pratiquants, la notion du « devoir » continue de bien marcher. Pour les dernières élections régionales et départementales, l’aspect conservateur ou légitimiste fonctionne aussi très bien puisqu’on va voter pour les sortants, de droite comme de gauche. Voter pour le sortant, ce n’est pas juste approuver une politique, c’est voter pour celui que l’on connaît. Or, dans cette campagne, à part quelques débats sur France 3 en soirée, les électeurs ont eu peu de chance de connaître et reconnaître les autres candidats.

Contrairement à ce que l’on a longtemps cru, l’abstention ne profite pas tant que cela au RN.

Pour vous donner une idée, en 2002, il a à peu près 200 000 voix d’écart entre Lionel Jospin et Jean-Marie Le Pen au premier tour. Le Pen fait 400 000 voix de plus qu’en 1995. Mais Jospin en perd lui 2 millions ! Donc, effectivement, l’abstention ne touche pas de manière égale les partisans des différents partis.

Cette fois-ci, cela n’a pas vraiment été le cas car il n’y avait pas non plus vraiment de têtes d’affiche à l’extrême droite pour cette élection. Par ailleurs, en 2015, nous étions peu de temps après les attentats du 13-Novembre, et la préoccupation sécuritaire était très haute. Marine Le Pen était tête de liste dans les Hauts-de-France et Marion Maréchal-Le Pen dans le Sud-Est. Il y avait un effet d’entraînement.

Est-ce que cela donne quand même une indication pour la présidentielle ou pas du tout ?

Attention à ne pas dupliquer les analyses d’une élection sur l’autre… La présidentielle 2022 sera une élection sans doute plus mobilisatrice, mais on n’a pas encore une offre claire pour le premier tour, et c’est déterminant pour la participation.

Est-ce que, d’une certaine manière, la normalisation du RN fait entrer ce parti, comme les autres, dans les affres de la démobilisation de ses électeurs ?

Oui, même si on ne peut toujours pas considérer le RN comme un parti tout à fait comme les autres. Pendant des années, les électeurs qui disaient vouloir voter pour le Front national ne souhaitaient pour autant pas voir le candidat FN gagner l’élection. Il s’agissait d’un vote contestataire. Le fait qu’aujourd’hui Marine Le Pen se pose comme une candidate crédible, qui veut le pouvoir, peut être repoussoir pour des électeurs qui l’utilisaient comme un réceptacle de leur colère. On peut penser aujourd’hui que ceux qui votent RN souhaitent voir ce parti au pouvoir, ce qui n’est pas moins inquiétant...

Par ailleurs, la théorie des vases communicants ne fonctionne pas : ce ne sont pas d’autres partis, apparaissant également « contestataires » comme La France insoumise, qui gagnent ces voix. L’abstention remplit, peut-être, ce rôle-là mais, encore une fois, c’est difficile de présumer de ce que les gens veulent vraiment dire ou faire, quand ils ne votent pas.

Y a-t-il encore des électorats moins volatils que d’autres ? Des électeurs dont la culture militante cadre le vote plus fortement ?

Disons déjà qu’il y a très peu de militants politiques en France, autour de 2 %. On a pu, notamment à travers des études sur la gauche plurielle à la fin des années 1990, élaborer ce genre de différence à propos du PS, du PCF et des Verts. Cette culture de fidélité partisane a existé dans tous les partis. Des gens savaient ce qu’ils allaient voter sans même connaître le nom du candidat. Une proportion plus importante d’électeurs savaient également plus longtemps à l’avance ce qu’ils allaient voter. Cela aussi s’érode car les partis ont des stratégies d’investiture différentes, ils peuvent désormais soutenir des candidats d’autres partis, le sentiment de proximité partisane s’effrite.

Du coup, l’électeur attend de voir qui se présente, peut même faire des infidélités à son parti « de cœur ». Les mobilités se développent à l’intérieur d’un bloc politique. Ils ne franchiront pas forcément la frontière gauche-droite, mais dans chacun des camps politiques, ces électeurs vont naviguer un peu.

Nous avons étudié par exemple la primaire de la gauche de 2017, et cela permettait de comprendre les germes de la victoire de Benoît Hamon à la primaire mais également les raisons de sa défaite à l’élection présidentielle. Benoît Hamon a gagné sur des thématiques et son électorat mettait en critère principal de son choix son appartenance claire à un camp, celui des convictions de gauche, sans attacher de grande importance à la figure du candidat en lui-même. Ce qui voulait dire que ce même électorat pouvait aussi voter pour un autre candidat de ce camp, comme Jean-Luc Mélenchon, et c’est ce qu’il a fait. Ceux qui votaient pour Valls au contraire accordaient de l’importance à la stature, au bilan, au caractère « présidentiable ». Dès le premier tour, ils n’ont alors eu guère de scrupule à voter Macron.

Les sondages sont-ils taillés pour une abstention si massive ? Et comment les croire encore ?

Le problème, c’est que les instituts de sondage ont énormément de mal à évaluer la certitude d’aller voter. Ils ont un gros travail à faire pour filtrer les intentions de vote selon le degré de certitude que les répondants y aillent vraiment. Mais raffiner les résultats à ce point est une vraie gageure, ils devraient donc être très prudents et s’en tenir à des fourchettes ou des potentiels électoraux. Ou encore publier des hypothèses, en fonction des taux d’abstention.

Ceci dit, en tant que chercheuse, mais aussi en tant que citoyenne, je note que malgré cette incertitude, depuis le changement des règles de pluralisme dans les médias, on prend aussi comme critères de l’équité les sondages ; c’est donc le serpent qui se mord la queue. Cela fausse vraiment le jeu, entre les « grands » candidats, qui sont testés dans les conditions que l’on sait et sans tenir suffisamment compte des erreurs que provoque l’abstention, et les « petits ». De la même manière, commencer à tester Éric Zemmour est aberrant. On se retrouve à imaginer des échafaudages et des constructions médiatiques sur des instruments qui ont prouvé qu’ils n’étaient pas toujours fiables.

Que penser des tentatives de remobilisation de cet entre-deux tours ?

Se fâcher contre les électeurs, c’est bien beau, mais pourquoi ne pas avoir lancé une campagne massive de mobilisation avant le premier tour ? On se doutait depuis plusieurs mois que les gens auraient la tête ailleurs. Les électeurs ont déjà le sentiment que les hommes politiques ne savent pas ce qu’ils vivent, alors les culpabiliser sur un angle moral ne me semble pas être le bon angle d’approche.

Ensuite, cette campagne de pub gouvernementale, qui vise les jeunes sur les réseaux sociaux et explique que voter ne prend pas plus de 15 minutes, ou les images dans la même veine diffusées par Les Républicains, me font dire qu’on prend vraiment les gens pour des imbéciles. Mais cela ne vient pas de nulle part. Tout un courant des sciences politiques fait une analyse de la participation électorale en termes de coût/bénéfice pour l’électeur, pensé comme un individu totalement rationnel. Si effectivement voter me « coûte » autant que boire un café, allons-y ! C’est la théorie des jeux économiques appliquée à la politique.

Mais c’est tellement déconnecté de la réalité sociologique et politique française ! En France, voter n’est pas coûteux, à part peut-être en temps d’information. L’électeur ne va pas se demander ce que cela lui coûte d’aller voter, mais ce que cela va lui rapporter, pour changer sa vie !

Que pensez-vous des propositions de vote électronique pour attirer les plus jeunes et simplifier le scrutin ?

Il y a un rituel électoral auquel les Français sont attachés. Ce n’est pas en simplifiant l’accès qu’on améliorera l’envie. Le vote par procuration a déjà été largement simplifié et les électeurs ne se déchaînent pas pour autant. Si voter revient à envoyer un SMS, comment les électeurs se rendront-ils compte de l’importance de leur choix ? Il faut redonner aux gens du respect pour le vote ou de l’envie pour l’offre et les propositions politiques. Pourquoi votent-ils et pas comment.

publié le 2 juillet 2021

Revenus, patrimoine, accès aux études, travail… Les inégalités s’accentuent en France

par la rédaction du site www.bastamag.net

L’Observatoire des inégalités publie son nouveau rapport sur les inégalités en France. L’organisation a scruté le logement, le niveau de vie, la pénibilité au travail, l’accès des jeunes à l’emploi... La situation a encore empiré avec la pandémie.

Dès le début de la crise du Covid-19, il a été clair que la pandémie et ses conséquences ne toucheraient pas toute la population de manière égale. Les plus riches ont pu vivre le confinement en se retranchant dans leurs maisons de campagnes pour y télétravailler ou profiter de leurs rentes, tandis que les travailleurs pauvres s’exposaient au virus tout en étant confinés dans des logements bien trop petits. « Nous sommes loin de subir à égalité la pénibilité du travail, le chômage et les confinements que nous impose la pandémie », constate l’Observatoire des inégalités, qui a décidé de dresser, après un an de pandémie, un état des lieux des inégalités en France. Salaires, patrimoine, espérance de vie, conditions de travail, taille du logement, accès aux études… son dernier Rapport des inégalités en France dresse un bilan complet. En voici quelques points clé.

Revenus : les inégalités se sont accrues en dix ans

L’Observatoire des inégalités situe le niveau de vie médian en France à 1771 euros mensuels pour une personne seule, après impôts et prestations sociales (selon les données de 2018). Un revenu médian signifie qu’il partage la population en deux : la moitié touche moins, la moitié davantage.

En bas de l’échelle des revenus, 5,3 millions de personnes vivent en France avec moins de 885 euros par mois. En moyenne, les 10 % les plus pauvres ont un niveau de vie de 715 euros par mois. Alors que le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches est de 5090 euros mensuels.

L’écart entre le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches et celui des 10 % les plus pauvres est au même niveau en 2018 qu’en 2008, dix ans plus tôt. Le taux de pauvreté a quant à lui augmenté, de 7,7 % en 2009 à 8,2 % en 2019. Pour les 18-29 ans, le taux de pauvreté est même passé de 8,2 % en 2002 à 12,5 % en 2018. « Les jeunes adultes constituent la tranche d’âge où le risque d’être pauvre est le plus grand, et pour qui la situation s’est le plus dégradée en quinze ans », pointe le rapport. Les jeunes adultes sont aussi plus touchés par la précarité du travail : « 52,7 % des jeunes de 15 à 24 ans qui travaillent ont un contrat précaire en 2019, soit 5,7 points de plus qu’en 2009. »

La pauvreté touche également plus particulièrement les personnes en situation de handicap : « Un quart des adultes de moins de 60 ans en situation de handicap vivent avec moins de 1000 euros par mois », rappelle l’Observatoire des inégalités.

Loin de se réduire, ces inégalités de revenus se sont accrues en dix ans : « Tous les indicateurs d’inégalités de revenus sont plus élevés que dix ans plus tôt. La tendance repart à la hausse sous l’effet, d’une part, de mesures fiscales qui ont favorisé les plus aisés et, d’autre part, de mesures sociales qui ont appauvri les plus démunis. » Ces chiffres, poursuit l’Observatoire, « sont d’autant plus inquiétants que la crise économique, liée à la crise sanitaire de 2020, risque de frapper durement les plus modestes. » Les riches retraités et les cadres du privé ou du public n’ont pas vu leurs revenus vraiment affectés par les confinements. La réforme de l’assurance-chômage qui entre en vigueur ce 1er juillet aggravera très probablement ces inégalités persistantes.

Tout en haut de l’échelle des salaires, il y a les grands patrons : « Les cinq patrons les mieux payés en France parmi les 120 plus grandes entreprises cotées en bourse touchent entre 680 et 1700 années de Smic par an », rappelle le rapport. Eux non plus n’ont pas souffert de la crise sanitaire, comme l’Observatoire des multinationales le rappelle dans son décryptage Allô Becry ? Pas d’aides publiques aux grandes entreprises sans conditions.

Patrimoine : pendant la crise sanitaire, le patrimoine des plus riches a encore gonflé

En France, les 10 % les plus fortunés possèdent près de la moitié de l’ensemble du patrimoine des ménages. « Le patrimoine médian des ouvriers non qualifiés est de 12 300 euros, endettement déduit. Chez les cadres supérieurs retraités, il est de 397 000 euros, soit 32 fois plus », souligne l’Observatoire des inégalités. Des fortunes immenses s’accumulent au sein d’une poignée de familles. Et pendant la crise sanitaire, le patrimoine des plus riches a encore gonflé : « Entre février et décembre 2020, le seuil des 10 % des patrimoines financiers les plus hauts (environ 116 000 euros) a grimpé de 8 400 euros et celui des 30 % les plus élevés a progressé de 4 300 euros. En dix mois, les plus fortunés ont mis de côté au minimum ce qu’un smicard touche en sept mois de travail. » Quand certains médias et journaux télévisés évoquent « l’épargne des Français » s’élevant désormais à 142 milliards d’euros, il s’agit principalement de l’épargne des plus riches.

Accès aux études supérieures : zéro enfant d’ouvrier à Polytechnique

La moitié des étudiants d’école de commerce sont des enfants de cadres supérieurs. Seulement 9 % des enfants d’employés, et 4,5 % des enfants d’ouvrières et d’ouvriers accèdent à ces formations. Ce sont es étudiants d’écoles de commerce qui sont les futurs managers et cadres des grandes entreprises. Dans les écoles d’ingénieurs, 54 % des étudiants sont enfants de cadres sup, 51 % dans les classes préparatoires aux grandes écoles. À l’université, la part des fils de cadres sup tombe à un tiers, 15 % en BTS. Les enfants d’ouvrières et d’ouvriers sont en revanche plus présents à l’université, où elles et ils représentent 14 % des étudiants, plus de 15 % en BTS. Mais même à l’université, « les étudiants originaires de milieux populaires sont sous-représentés », pointe le rapport.

Et plus le niveau d’étude augmente, moins il reste d’enfants d’ouvriers : « Les enfants d’ouvriers ne représentent que 8,5 % des étudiants en master et 5,9 % en doctorat. À ce niveau d’études, l’université opère pratiquement le même tri social que les grandes écoles. Le système des grandes écoles est, quant à lui, élitiste dès l’entrée en classe préparatoire : seuls 7 % des élèves de prépa ont des parents ouvriers. Après le concours d’entrée, leur part passe à 5 % dans les écoles d’ingénieurs, 4 % à l’ENA et elle est même nulle à Polytechnique. » Là encore, les inégalités restent les mêmes depuis des décennies. « Il y a 40 ans, les enfants de cadres supérieurs représentaient 42 % des élèves des classes préparatoires aux grandes écoles, contre 52 % aujourd’hui. La part des enfants d’ouvriers y a, elle, baissé de 9 % à 7 %. »

Pénibilité du travail : la moitié des ouvriers au contact de produits dangereux

Même si les burnouts touchent les cadres, le travail reste physiquement plus pénible pour les ouvriers : « Plus de 60 % des ouvriers ont un travail pénible physiquement, dix fois plus que les cadres supérieurs. Plus de 65 % des ouvriers respirent des fumées ou des poussières (contre moins de 10 % des cadres), et plus d’un sur deux travaille au contact de produits dangereux, informe l’observatoire des inégalités. Un ouvrier sur six est victime d’au moins un accident du travail chaque année, un risque quatre fois plus élevé que chez les cadres supérieurs. » La moitié des ouvriers sont au contact de produits dangereux au travail, contre 13,3 % des cadres. Les personnes connaissant ces conditions de travail pénibles sont doublement pénalisés : cette pénibilité est très peu prise en compte par la réforme des retraites, pour l’instant suspendue.

Logement : deux millions de personnes dans un logement inconfortable

La Fondation Abbé-Pierre le rappelle chaque année : le mal-logement est un mal endémique en France. « Deux millions de personnes vivent dans un logement inconfortable et 900 000 dans une surface trop petite, souligne également l’Observatoire des inégalités. Plus grave encore, près de 300 000 personnes n’ont d’autre logement qu’une place, parfois à la nuit, dans une structure d’accueil pour les sans domicile ou les demandeurs d’asile. Les conditions de logement sont très inégales selon les niveaux de revenus. 29% des couples et familles parmi les 10 % les plus pauvres ont un logement trop petit. Cette part est inférieure à 5 % chez les 10 % les plus riches. »

Espérance de vie : six années en moins

On vit en France en 2021 en moyenne six année de moins selon que l’on soit ouvrier ou cadre : « À 35 ans, un ouvrier peut espérer vivre jusqu’à 77,6 ans. Soit six années de moins qu’un cadre supérieur (84 ans). »

Racisme : plus d’un demi-million de personnes subissent au moins une injure raciste chaque année

L’expérience du racisme est peu évaluée par les pouvoirs publics en France. Elle est pourtant bien réelle, quotidienne, et discriminatoire, rappelle le rapport : « Des discriminations, à la fois illégales et particulièrement violentes par leur injustice, affectent la vie quotidienne des immigrés et des personnes non blanches. Plus de 500 000 personnes subissent au moins une injure raciste chaque année. Même les services de l’État, censés être exemplaires, sont concernés par les pratiques discriminatoires. 22 % des hommes qui se disent perçus comme Arabes déclarent avoir été contrôlés par la police plus de cinq fois au cours des cinq dernières années, selon une étude du Défenseur des droits menée en 2016, soit dix fois plus que les hommes blancs. De leur côté, les hommes noirs sont 13 % à indiquer avoir été contrôlés plus de cinq fois également. »

L’intégralité du Rapport sur les inégalités en France, édition 2021, est à retrouver sur le site de l’Observatoire des inégalités.

 

publié le 1° juillet 2021

Coop des masques Bretonne : reprendre un peu de pouvoir sur le capitalisme

Stéphane Ortega sur le site https://rapportsdeforce.fr/

Mars 2020, la France recherche désespérément des masques. En Bretagne, une initiative pour en produire localement, sous le statut de coopérative, s’immisce dans le débat public en avril, se concrétise en juin et se matérialise par un démarrage de la production en décembre 2020. Six mois plus tard, une délégation du collectif « Plus jamais ça » est venue soutenir et interroger l’expérience.

 

« Pour reprendre la main sur les choix productifs et l’organisation du travail, il faut multiplier les expériences de gestion directe des entreprises par les travailleur·euse·s et les collectivités (publiques ou associatives) concernées par leur activité » expliquait le collectif « Plus jamais ça », avant son déplacement ce jeudi à Grâces, près de Guingamp, dans les Côtes-d’Armor.

De la parole aux actes : une délégation du collectif, partie en train de Paris le matin même, a visité l’usine de la « Coop des masques, bretonne et solidaire », une de ces expériences dont la production a démarrée en fin d’année dernière. Fin mars 2020, en pleine pénurie de masques chirurgicaux et FFP2, Solidaires Côtes-d’Armor proposait la création d’une coopérative ou d’un EPIC sur les décombres de l’usine de masque de Plaintel en Bretagne, dont le propriétaire, le groupe Honeywell, avait mis la clef sous la porte en 2018. Et délocalisé les machines à l’étranger. Une bonne idée, au bon moment, qui avait rencontré un fort écho et avait fini par se concrétiser à l’issue d’une longue bataille.

La visite de ce jeudi a donc été l’occasion pour le collectif « Plus jamais ça » d’aller à la rencontre des salariés et des représentants des coopérants, un an après la victoire. S’il s’agit pour eux de montrer en exemple la création d’une coopérative (SCIC) associant salariés, clients, collectivités territoriales et citoyens, pour fabriquer localement une production socialement utile, ici 45 millions de masques chirurgicaux et FFP2 par an, la curiosité n’est pas absente des motivations du déplacement.

« Nous sommes intéressés de voir comment cela se passe concrètement, y compris d’en regarder les limites », expliquait Simon Duteil, un des porte-parole de l’Union syndicale Solidaires, avant la visite. Tout en rappelant que son syndicat est « pour la fin du salariat », il n’en fait pas un horizon indépassable et souhaite valoriser une expérience « bien meilleure que des multinationales qui viennent et partent » à leur guise, en laissant des salariés sur le carreau, et sans tenir compte des besoins des populations. Pour une fois, « on ne se bat pas que contre des boites qui ferment et licencient », se satisfaisait le syndicaliste.

 Reprendre du pouvoir

 Pour autant, cette visite de l’usine de Grâces est également l’occasion pour les membres du collectif qui portent « l’enjeu démocratique de la place des travailleuses et travailleurs dans les entreprises » de regarder de plus près si la réalité est en phase avec la promesse d’une reprise en main de la production par les salariés. Et sur ce plan, la délégation a été plutôt enthousiaste.

« Les salariés nous ont tous dit que ce n’est pas comme travailler ailleurs. Ils voient ce qu’ils font, pourquoi ils le font et pour qui ils travaillent », rapporte Marie Buisson de la CGT qui insiste sur la question du sens du travail pour la vingtaine de personnes qui ont commencé à produire. Une appréciation partagée par Simon Duteil de Solidaires. « Ça respire le bien être pour l’instant », avance-t-il, relatant la parole des salariés interrogés : « c’est vraiment mieux que partout où on a travaillé jusqu’à présent ». Et ce malgré que le collège salarié de la SCIC ne pèse que pour 25 % des votes dans les décisions de l’entreprise.

 D’autres batailles à mener pour la Coop des masques

 Cependant, des difficultés persistent pour travailler avec un autre modèle économique, en produisant localement et en fonction de besoins. Première d’entre elles : « beaucoup de productions ont déjà été délocalisées. Ils n’arrivent donc pas à se fournir en matières premières en totalité comme ils le voudraient et sont obligés de travailler avec des importations », explique Marie Buisson. Mais ce n’est pas le seul problème. La question du prix des masques, et donc des possibilités d’écouler la production, pèse sur le développement de la coopérative, qui devrait pourtant recruter une douzaine de nouveaux salariés au mois de juillet.

Ici, les pouvoirs publics sont directement en cause, alors qu’en avril 2020, Emmanuel Macron avait assuré que l’État passerait commande si le projet de réouverture d’une usine de masques voyait le jour. Mais l’attribution des marchés publics reste principalement déterminée par les prix proposés par les entreprises, regrette Marie Buisson. « Les collectivités locales ne prennent pas en compte les coûts induits. Ils oublient que des masques produits localement c’est aussi de l’emploi local, des ressources locales exploitées, c’est un cercle vertueux. Si on calcule l’ensemble des coûts, les masques un peu plus chers sont plus rentables », argumente la syndicaliste CGT.

Une raison pour laquelle le collectif « Plus jamais ça » revendique « une véritable politique publique nationale et européenne de soutien aux initiatives de ce type, démocratiques, écologiques et solidaires ».

publié le 1° juillet 2021

Denis Gravouil : « La réforme de l’assurance chômage voulue par le gouvernement est absurde »

Ce jeudi 1er juillet, alors que le Conseil d’État a rejeté une partie des dispositions de la réforme du chômage, entre en vigueur une partie de la réforme de l’assurance chômage et notamment la dégressivité des allocations pour les hauts revenus. Denis Gravouil, secrétaire général de la CGT Culture, chargé des négociations de l’assurance chômage, est l’invité de #LaMidinale.

Vidéo à voir sur le site de www.regards.fr

Et voici quelques phrases qui en sont extraites :


 

 Sur la grève des cheminots 

« Les cheminots ont raison de se mettre en grève. »
« On est en train de voir tous les effets de la réforme ferroviaire. »
« La réorganisation interne de la SNCF se fait au détriment des cheminots et donc du service public. »
« Si certains pensent que ça n’est pas bien de faire grève, on peut aussi considérer que ça n’est pas bien de faire passer des réformes en se servant du Covid et du soi-disant retour à la normale. »

 Sur la réforme de l’assurance chômage 

« On fait semblant que c’est une réforme équilibrée alors qu’on tape très fort sur les chômeurs en faisant comme s’ils étaient responsables d’accepter des contrats courts parce qu’ils n’ont pas le choix que de les accepter alors qu’en fait c’est les recruteurs sur lesquels il faut regarder. »
« La tartufferie se révèle entière quand on voit que ce qui a permis la recrudescence des contrats courts, c’est la dérégulation du code du travail, les différents aménagements de la loi travail qui ont favorisé les recours aux CDD. La vraie pression devrait se faire par un renforcement du code du travail et un malus sur les recours à tous les contrats précaires. »

 Sur la dégressivité des allocations 

« On pourrait se dire que la dégressivité ne concerne que les hauts salaires et que c’est déjà pas si mal. »
« La dégressivité touche aussi des gens qui vont avoir du mal à retrouver du travail - comme si c’était de leur faute. Les gens recherchent du boulot à la hauteur de leurs qualifications. La dégressivité est absurde parce que ça ne crée pas d’emploi et ça ne fait que pousser des gens à accepter des emplois en dessous de leur qualification. Ils prennent le travail de quelqu’un de moins qualifié et ainsi de suite en cascade ce qui fait que c’est les moins qualifiés qui se retrouvent à avoir plus de difficultés à trouver un emploi. » 

 Sur le nouveau mode de calcul des indemnités et son entrée en vigueur 

« Le mode de calcul des indemnités chômage a été suspendu par référé de suspension du Conseil d’Etat. »
« La décision du Conseil d’Etat est une vraie baffe infligée au gouvernement. Et c’est surtout une bonne nouvelle pour 1,15 millions de personnes. »
« L’argumentaire du ministère du travail consiste à dire qu’on va baisser les allocations des chômeurs pour les inciter à prendre un CDI. C’est absurde et il suffit de regarder les 3,5 millions de chômeurs qui n’ont pas d’allocation. »

 Sur la fin du quoiqu’il en coûte 

« L’activité partielle n’a pas couvert les contrats en CDD : ils étaient donc précarisés, à Pôle Emploi sans indemnités ou très faibles. »
« Il y a un risque de baisse de salaire, différenciée selon les secteurs : on maintient les emplois avec les aides de l’Etat et de l’Unédic qui paie un tiers de l’activité partielle mais on ne garantit pas des niveaux de revenus. On utilise donc la crise pour baisser les rémunérations et faire des économies sur le dos des salariés en faisant du chantage à l’emploi. »
« Des dizaines de milliers de personnes vont se retrouver en fin de droits d’un seul coup en juillet comme si tout était retourné à la normale alors que l’on sait très bien que c’est plus dur de retrouver du boulot quand on était chômeur et pas d’en trouver un autre quand on était en CDI. »

Sur la réouverture des théâtres et le début des festivals estivaux 
« Tout le monde est content que cela rouvre… même si tout n’a pas rouvert : beaucoup de gros événements et de concerts sont annulés par des préfets. »
« Le gouvernement a prétendu que tout était réglé pour la reprise or il n’y a pas de plan de reprise pour le spectacle vivant. »

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