PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

juin 2021

publié le 30 juin 2021

Construire des alternatives au capitalisme

sur le site www.cgt.fr

Du 14 au 19 juin s'est tenu le Forum syndical international des transitions écologiques et sociales. En vue de la COP 26, il a adressé un appel unitaire à l’ensemble des forces sociales engagées dans la construction d’une transformation écologique et sociale.

9 000 personnes inscrites pour suivre à distance les 19 ateliers organisés pendant six jours par plus de 130 organisations venues des 5 continents, dont la CGT.

Le nombre d'inscriptions dit à lui seul l'intérêt et les attentes suscités par l'intitulé de la conférence.

Comment assurer une transition juste ?

Aujourd'hui, les plans de relance financés par de l'argent public se multiplient. Comment veut-on que notre argent soit utilisé ? Le mouvement syndical est aujourd'hui face à une alternative : se battre pour une reprise ancrée sur des changements profonds et systémiques ou se concentrer sur la protection des emplois dans le cadre du système capitaliste.

La réponse du Forum syndical des transitions écologiques et sociales est très claire : les plans de transition écologique et sociale doivent mettre l'humain et la planète au cœur de leur projet.

Pour être pertinents, ils doivent s'élaborer à partir des connaissances et savoir-faire de tous les travailleurs. Si la réorientation nécessaire vers des énergies renouvelables et des processus neutres en carbone auront des effets sur l'emploi, les travailleurs des secteurs concernés ne doivent pas payer les coûts de choix que nous devons faire collectivement.

Les multinationales font obstacle à la mise en place d'une transition sérieuse, souvent avec la complicité des gouvernements.

Une maîtrise publique de la production et des activités qui ont un impact sur l'environnement est nécessaire à la préservation de l'intérêt général, ainsi que la propriété publique des ressources et de l'énergie, surveillées par le contrôle démocratique.

À problèmes systémiques, solutions systémiques.

Les pouvoirs publics doivent planifier une réponse globale aux crises climatiques et sociales. Sur tous les continents, ce changement de cap passera par un renouveau démocratique.

Partout, les plans de relance doivent s'accompagner de critères de conditionnalité stricts. Des règles environnementales et sociales contraignantes au service du bien-être social et environnemental doivent être rendues effectives.

Le forum a abouti à un appel commun pour faire entendre la voix des travailleurs en lutte sur les fronts social et écologique lors de la COP 26 qui aura lieu à Glasgow en novembre prochain.

Les alliances et échanges des organisations qui luttent pour l'accès de tous au bien-être social et environnemental doivent se renforcer pour parler des alternatives avec plus d'autorité.


 


 


 

appel du Forum syndical international des transitions écologiques et sociales.

A l’issue de ce Forum Syndical International des Transitions Écologiques et Sociales, co-construit depuis plusieurs mois avec plus de 130 organisations de tous les continents, nous souhaitons adresser un appel à nos frères et sœurs du mouvement syndical et aux alliées avec qui nous luttons. Cet appel, basé sur nos expériences concrètes et les propositions venues de nos pratiques, nous invite à réaffirmer une série d’axes revendicatifs que nous estimons fondamentaux pour une transition juste et solidaire.Nous affirmons donc:

1. La voix des travailleuses et travailleurs qui s’expriment sur les défis auxquels ils sont confrontés dans leurs vies de salariés comme de citoyens, doit être entendue. C’est en partant du lieu de travail, des connaissances et savoir-faire de celles et ceux qui produisent, que nous parviendrons à construire des plans de transitions écologiques et sociales qui respectent l’humain comme la planète.Nous devons nous appuyer sur les connaissances de tous les travailleurs, y compris les femmes et les jeunes travailleurs qui sont actuellement marginalisés sur le lieu de travail.Nous exigeons une transition juste, préventive, incluant les travailleuses et les travailleurs dans les processus de décisions.

2. Le rôle, l’impact, le poids et le cynisme des multinationales face à l’urgence écologique et sociale, souvent en connivence avec les gouvernements,sont un obstacle fondamental à la mise en place d’une transition sérieuse. La lutte contre le changement climatique est illusoire sans une propriété publique des ressources et de l’énergie et de leurs gouvernances et contrôle démocratiques. Il est essentiel de porter le mot d’ordre d’une maîtrise publique de la production et des activités qui ont un impact sur l’environnement, et ce afin de préserver l’intérêt général.

3. La crise écologique mondiale implique et touche tous les secteurs de notre économie et de notre système productif, approfondissant les inégalités existantes et faisant payer le prix le plus lourd aux plus précaires d’entre nous. C’est à la sphère publique de planifier une réponse globale, d’anticiper les changements et reconstructions à opérer.Ces changements doivent s’opérer au niveau mondial, avec comme objectif la justice et l’égalité réelle entre les peuples.

4. Les luttes des travailleuses et travailleurs pour protéger la planète se joignent à celles contre les gouvernements libéral-autoritaires et néo-fascistes. Ces unions dans la luttes ont la démonstration qu’il ne pourra pas y avoir de changements de cap sans un renouveau démocratique. Luttes pour la démocratie et luttes pour le progrès social et environnemental sont intrinsèquement liées et sont portées de front par nombre d’organisations sur tous les continents.

5. Le travail se situe au centre de l’équation de la nécessaire transition écologique et sociale. Une réelle transition doit garantir à celles et ceux qui perdent leurs emplois aujourd’hui qu’ils puissent en trouver un demain d’une qualité égale ou supérieure. Cela implique de rééquilibrer les arbitrages qui prévalent actuellement, notamment dans le commerce international, afin de rendre effectives les normes environnementales et sociales globalement absentes, et d’imposer des critères de conditionnalité strictes aux plans de relance à travers le monde.

6. Il est nécessaire de poursuivre et d’amplifier nos échanges, nos débats,nos alliances pour porter nos revendications de manière unie et large et les faire advenir. C’est en construisant une solidarité effective et des espaces de coordination à l’échelle internationale que nous pourrons proposer des alternatives viables et rassembleuses face aux puissances que représentent les intérêts économiques et financiers organisés, soutenus par des rapports de forces politiques souvent défavorables à l’intérêt général. Ces alliances s'articulent aux luttes pour une égalité de genre et de lutte au racisme systémique. Tous et toutes ont droit à un accès égalitaire à des emplois de qualité permettant de réduire les GES.

Et maintenant ?

Pour nous, le travail entrepris ne s’arrête pas ici. Nous savons que la lutte sera encore longue et qu’elle requiert toute notre implication, nous obligeant à dépasser nos contradictions, par la mise en commun de nos expériences, le débat entre nos propositions et enfin, toute la force de notre mobilisation.

Nous prenons donc l’engagement de continuer notre coopération, avec en ligne de mire une première étape : la COP26 de Glasgow en novembre de cette année. Nous y porterons nos revendications et travailleront avec d’autres forces à la construction d’un mouvement large et unitaire vers une alternative écologique, sociale et démocratique.

publié le 30 juin 2021

Expulsion d’un père de famille :
« Notre pays se déshonore par de tels actes de violence »

par Rédaction du site www.bastamag.net

Dimitri Barbakadzé avait fui des persécutions en Géorgie, et s’était réfugié en Ardèche avec son épouse et leurs quatre enfants. Il a été arrêté et expulsé par surprise. Des associations adressent une lettre ouverte au Président Macron.

Lettre ouverte à Monsieur le préfet de l’Ardèche, Monsieur le ministre de l’Intérieur, Monsieur le président de la République,

« Mercredi 23 juin au matin, en France, un père de quatre enfants âgés de 16, 14, 6 et 4 ans, dont deux nés sur le sol français, tous scolarisés, a été mis dans un avion contre son gré pour rentrer dans un pays qu’il avait quitté huit ans plus tôt.

Il y a huit ans, pour échapper à des persécutions familiales, sa femme et lui avaient fui leur pays avec leurs deux aînés alors âgés de 8 et 6 ans.

Arrivés en Ardèche, ils avaient confiance dans le gouvernement français à leur reconnaître le droit de choisir un lieu de vie où leurs enfants pourraient se restaurer psychologiquement et grandir sereinement. Mais L’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) ne l’a pas vu de la sorte et le statut de réfugié leur a été refusé. Depuis, ils ont cherché à régulariser leur situation en formant plusieurs demandes de titre de séjour, sans succès.

Dans une période d’égarement, cet homme a succombé à l’emprise de l’alcool et a eu deux fois à faire à la justice française : pour vol d’une bouteille d’alcool d’abord, puis pour conduite en état d’ivresse. Il a répondu de ces deux faits, a payé son dû, s’est soigné et n’a pas retouché une goutte d’alcool depuis six ans.

Installés dans un petit village d’Ardèche, lui et sa femme ont appris le français, scolarisé leurs enfants dans l’école de la commune, et se sont intégrés petit à petit, développant des amitiés solides avec les habitants. Ils ont travaillé au sein d’associations caritatives, il cultivait un potager, et sa femme effectue des heures de travail en tant qu’aide-ménagère déclarées et rémunérées via le Cesu (Chèque emploi service Universel).

Respectueux des lois et reconnaissants de l’accueil et de l’aide qu’ils ont trouvés auprès d’associations et de leurs amis, la seule chose qui leur est reprochée est d’avoir choisi de se maintenir sur le sol français après la décision de l’Ofpra et de la CNDA (Cour nationale du droit d’asile), dans l’espoir de voir leur situation administrative régularisée et de pouvoir construire une nouvelle vie. Fort d’une promesse d’embauche, un dossier de demande de régularisation a été déposé à la préfecture par son employeur. Mais l’entreprise et lui-même ont reçu une fin de non recevoir.

« Après huit années passées en France, cet homme est parti sans valise, sans affaire, et sans pouvoir prévoir de quoi subvenir à ses besoins »

Sous le coup d’une nouvelle obligation de quitter le territoire français (OQTF), sa femme et lui se sont, sans discuter, soumis à l’assignation à résidence, se présentant deux fois par semaine à l’heure dite à la gendarmerie de leur circonscription en toute confiance.

Mais, mardi matin, alors qu’ils étaient tous les deux à la gendarmerie pour pointer dans le cadre de leurs obligations d’assignation à résidence, Monsieur a été retenu par les gendarmes qui lui ont notifié un arrêté de placement en centre de rétention parfaitement irrégulier et ce, de manière parfaitement déloyale. En effet, lorsqu’un étranger fait l’objet d’une assignation à résidence, il ne peut être placé en rétention que s’il ne respecte pas les obligations de son assignation à résidence. Et la préfecture le savait, puisqu’elle a pris le soin d’organiser un vol tôt le matin suivant, afin d’empêcher la saisine du juge des libertés et de la détention dans les 48 h du placement.

Après huit années passées en France, cet homme est parti sans valise, sans affaire, et sans pouvoir prévoir de quoi subvenir à ses besoins.

Il laisse en France son épouse, et ses quatre enfants mineurs.

Qu’est-ce qui peut justifier la séparation d’un père de ses enfants ? Quel motif impérieux a pu décider un préfet de la République, qui n’a qu’une connaissance administrative de ce dossier n’ayant jamais répondu à nos demandes de rendez-vous pour exposer la situation de cette famille, à laisser une femme seule avec quatre enfants ? Qu’ont-ils fait pour subir un tel châtiment ?

Si les enfants ne peuvent pas être expulsés, pourquoi leurs parents ne sont-ils pas régularisés pour pouvoir enfin travailler, vivre tranquillement, et leur construire un avenir, comme tout autre parent ?

Ce matin, nous sommes nombreux à être en colère et à nous insurger contre ces décisions inhumaines, prises par un préfet de la République, ayant le pouvoir de briser une famille, qui selon ses propres mots « ne présente pas de risque pour la société française », au mépris de la déclaration universelle des Droits de l’Homme, de la déclaration des Droits de l’Enfant, et de la loi française.

Notre pays se déshonore par de tels actes de violence qui déstructurent le tissu social et liquéfient nos lois. Que reste-t-il du pays des droits de l’humain ? Nous demandons le retour sans condition de Dimitri Barbakadzé et sa régularisation rapide ainsi que celle de sa compagne. »

Les signataires : Réseau Éducation sans frontières (RESF), CCFD Terre solidaire, Secours populaire français, Secours catholique Caritas France, Fédération entraide protestante et Paroisse Saint-Luc des coteaux et de Tournon.

Une pétition est en ligne sur change.org

publié le 29 juin 2021

Allemagne. Un référendum contre les requins de l’immobilier

Odile Tsan sur le site www.humanite.fr

Les locataires berlinois obtiennent l’organisation d’une consultation d’initiative populaire visant la nationalisation des gros propriétaires de logements privés.

Les locataires repassent à l’offensive dans la capitale allemande. Leur initiative citoyenne baptisée « Exproprier Deutsche Wohnen et compagnie », du nom de la plus grosse société immobilière privée de la ville, a recueilli près de 350 000 signatures pour la convocation d’un référendum appelé à se prononcer sur la « communalisation » des logements. Les associations de locataires réunies dans cette initiative avec le parti Die Linke luttent depuis plusieurs années contre l’explosion du prix des loyers.

Le jugement de la Cour constitutionnel contre le plafonnement des loyers, décidé par le gouvernement de gauche de la ­cité-État (SPD/Verts/Die Linke), avait soulevé l’indignation et la colère (l’Humanité du 19 avril). Il a stimulé aussi la combativité des locataires. «Le succès de l’ultime phase de la collecte des signatures montre combien les Berlinois veulent des logements accessibles et gérés comme des biens communs », a relevé, vendredi 25 juin, Jenny Stupka, la porte-parole d’une vaste initiative citoyenne dans la capitale. Le seuil légal de 175 000 signatures (7 % de l’électorat) pour l’organisation d’un référendum d’initiative populaire au niveau du Land a été pulvérisé. Et cela, en dépit des conditions de collecte des signatures rendues difficiles par la pandémie de Covid-19.

Exode massif vers la périphérie

La directrice du bureau berlinois des élections, Petra Michaelis, a reconnu que le nombre requis de signatures avait été « selon toute vraisemblance franchi ». Une comptabilisation définitive est attendue d’ici à début juillet. Ce qui pourrait conduire à la convocation de la consultation, le 26 septembre, en même temps que deux autres scrutins majeurs, l’élection du Bundestag et celle du renouvellement du parlement du Land de Berlin.

La question de l’envolée des loyers (+ 60 % sur dix ans) est devenue ultrasensible pour une majorité d’habitants de la cité. Car les Berlinois comme la grande majorité des Allemands sont généralement locataires de leur logement. Leur pouvoir d’achat a été amputé. Les plus modestes ont été chassés des quartiers les plus prisés et contraints à un exode massif vers la périphérie. Et ces phénomènes s’accélèrent sans cesse avec la prise de contrôle de l’immobilier par les requins de la Bourse comme Deutsche Wohnen (115 000 logements berlinois), contrôlé en grande partie par le champion de Wall Street BlackRock.

Pour Die Linke, qui s’est pleinement investie dans le recueil de signatures, c’est un incontestable succès politique. Critiquée de toutes parts, y compris à gauche par le SPD et les Verts, très en retrait sur la nécessité de nationaliser les logements, le parti apparaît comme la force dynamique du rassemblement avec les locataires. La Cour constitutionnelle avait rejeté le plafonnement des loyers à Berlin au prétexte que ce type de décision incomberait à la fédération et non au Land. La mesure incriminée avait réduit, début 2021, le loyer de dizaines de milliers de locataires de façon spectaculaire, jusqu’à plus d’une centaine d’euros. Die Linke prend désormais les juges de la Cour constitutionnelle au mot : il suffit de décréter un plafonnement des loyers mais au niveau national, cette fois, pour régler la question en soulageant au passage les locataires pris à la gorge dans toutes les grandes agglomérations du pays. Le parti en a fait l’une de ses grandes priorités dans son programme électoral.

publié le 29 juin 2021

Luc Rouban : « Pour la plupart des Français, l’organisation de la politique ne fonctionne plus »

Emilio Meslet sur le site www.humanite.fr

Le politiste Luc Rouban voit dans ces records d’abstention la suite du mouvement des gilets jaunes, qui réclamait aux élus plus d’efficacité. Entretien.

Luc Rouban Directeur de recherche au Cevipof

Contrairement aux régionales de 2015, la participation n’a pas connu un rebond significatif entre les deux tours. Comment l’expliquez-vous ?

Luc Rouban Dès le premier tour, le RN a marqué le pas. En 2015, il y avait eu une mobilisation pour éviter qu’une grande région ne tombe dans les mains de l’extrême droite. Là, il n’y avait de risque qu’en Paca. Pour les électeurs de gauche, l’enjeu n’était plus aussi important. D’autant plus qu’un certain nombre de sortants, comme Laurent Wauquiez ou Xavier Bertrand, étaient déjà quasiment assurés d’être réélus. Mais, derrière, il y a une lame de fond plus inquiétante avec une abstention record. La loi NOTRe a permis de créer d’immenses régions où le conseil régional peut être à plusieurs centaines de kilomètres. Elles sont perçues comme des instances de gestion, avec des compétences réduites et techniques. Ces élections mettent aussi en scène des professionnels de la politique. Avec les fusions de listes, tout cela peut donner l’impression d’une démocratie de l’entre-soi.

Dans quel contexte plus large s’inscrit cette abstention ?

Luc Rouban Il ne faut pas oublier que, entre 2015 et 2021, il y a eu la crise des gilets jaunes et le grand débat national. C’était aussi des contestations de la démocratie représentative : il y avait une demande d’efficacité, parfois autoritaire, à l’égard des élus. Cette idée est maintenant très ancrée : 42 % des interrogés disent qu’en démocratie rien n’avance et qu’il vaudrait mieux moins de démocratie et plus d’efficacité. Il y a l’idée que la démocratie, c’est bien, mais qu’elle ne résout pas les problèmes de fond (égalité, justice sociale…). La demande d’équité est très présente en France et détermine la confiance dans les institutions et la démocratie représentative. Selon moi, c’est le principal moteur de l’abstention.

Pourquoi, cette fois, l’électorat du RN s’est-il plus abstenu que d’habitude ?

Luc Rouban L’abstention touche essentiellement des jeunes non diplômés. Or, c’est le cœur de l’électorat du RN. C’est aussi le résultat d’un populisme de droite qui a consisté à dire, pendant des années, que le système est corrompu avec des gens qui ne méritent pas qu’on les soutienne. Marine Le Pen a été entendue, mais ça se retourne contre elle. S’ajoute à cela que l’éventail de compétences de ces collectivités ne permet pas de traiter les sujets au cœur de l’électorat du RN comme l’immigration ou les frontières. Il ne faut donc pas projeter ces résultats sur la présidentielle.

La majorité présidentielle propose des ajustements techniques sur les modes de scrutin pour répondre à l’abstention. Est-ce vraiment le cœur du problème ?

Luc Rouban Pas du tout. Il ne faut pas se tromper : les trois quarts des Français s’intéressent à la politique. Mais, pour eux, l’organisation de cette politique ne fonctionne plus : ils ne voient pas l’impact au quotidien.

À quoi doit-on s’attendre pour 2022 ?

Luc Rouban Tout va dépendre de la campagne. Les Français ne veulent pas d’un nouveau duel entre Macron et Le Pen. On peut penser qu’il y a un renouvellement de l’offre de la droite parlementaire, notamment autour de Xavier Bertrand, et de la gauche, avec peut-être une alliance socialo-écologiste. Le potentiel électoral à gauche, aujourd’hui, est plus important qu’en avril 2017 : l’électorat qui avait suivi Macron en est revenu. Sans oublier que le clivage droite-gauche n’a jamais disparu, mais il faut qu’il soit incarné. À ce moment-là, l’abstention ne sera pas la même, puisque ce ne seront pas des candidats par défaut.

publié le 28 juin 2021

Procès de CRS : « Parce que vous êtes policier, vous avez tous les droits ? »

Ce mardi 22 juin, trois CRS comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer accusés de violences sur un associatif venu en aide aux migrants à Calais, et faux en écriture publique. Une histoire de violences policières camouflées, qui met en exergue les fragilités du système judiciaire.

Bienvenu au procès des violences policières du quotidien ! « Une affaire à deux balles, un non-événement pour des gens qui font ça tous les jours et qui passent leur temps à courir derrière les migrants », plaide même Maitre Liénard, qui défend l’un des prévenus.

C'est aussi une affaire d’une banalité confondante pour tous ceux qui ont déjà été confrontés aux CRS : celle des coups de tonfa pour presser le pas d’une évacuation jugée trop lente, du coup de pied par derrière censé « accompagner » les « dégage ! » lancé au groupe qui ne présente aucune menace directe mais qui, ce 31 juillet 2018 aux abords de Calais, rechigne à abandonner toutes les affaires des migrants qui dormaient sous le pont, le long de la rocade. Ces mêmes affaires nommées « les immondices » par M., la cinquantaine, chef de la compagnie de CRS en charge de l’intervention, aujourd’hui accusé de violences. Un terme qui semble tout droit tiré de l’ordre qu’il avait reçu de sa hiérarchie. En ce petit matin de juillet, il faut évacuer des migrants rassemblés sous un pont, « pour que les services municipaux puissent nettoyer les immondices », raconte-t-il à la barre. Vient en tête les images des tentes lacérées par des hommes en combinaison de désinfection, tels des dératiseurs.

En ce milieu d’été, la hiérarchie demande au chef d’aller vite. Avec son équipage, il presse donc migrants et associatif. Coups de pieds et de tonfa partent, notamment sur une jeune femme. Thomas Ciotkowski, bénévole anglais de l’ONG « Help Refugee », s’écrit : « Ne frappez pas une femme ! » au chef M. qui le pousse sèchement. Le bénévole tombe de l’autre côté de la rambarde de sécurité, près des camions et voitures qui passent. Dans sa chute, il agrippe le chef qui dit avoir été entraîné à terre. Le bénévole anglais est interpellé pour outrage et violences volontaires sur personne dépositaire de l’autorité publique. Il risque trois ans de prison et 45 000 euros d’amende.

Pour justifier cette interpellation, le chef M. porte plainte contre le militant, appuyé par deux collègues qui dénoncent insultes et agressivité de la part des bénévoles. Tous parlent d’une grande tension alimentée par les ONG, appelées globalement les « no borders » - en référence à un groupe anarchiste, sous-entendant qu’il s’agit exclusivement d’une lutte idéologique.

En 2019, Thomas Ciotkowski se retrouve donc devant le juge. Quelques semaines avant son procès, excédé par les mensonges des policiers, il porte aussi plainte pour violences, saisi l’IGPN, et surtout, transmets des vidéos… Et là, stupéfaction : le tribunal découvre que ce jour-là, il n’y avait aucune tension particulière, bénévoles et migrants prennent le chemin indiqué par les CRS qui les chassent avec brutalité. Les deux policiers témoins, venus en soutien de leur chef, sont bien obligés de reconnaître que rien ne justifiait, ni l’interpellation ni les coups. Mais refusant de reconnaître son erreur, le parquet demande quand même une condamnation du bénévole. Le juge ne suit pas : Thomas Ciotkowski est relaxé.

Deux ans plus tard, les trois policiers sont désormais sur le banc des prévenus, accusés de violences et de faux en écriture publique. Le bénévole n’a pas pu venir : coincé en Angleterre par la crise sanitaire. L’IGPN de son côté, a rendu un rapport au vitriol : il n’y avait aucune tension particulière pendant l’intervention, les faits de violences policières sont constituées.

À la barre, le chef M. reste pourtant droit dans ses bottes. Il ne comprend pas ce qu’il fait là. Il évoque la pression de sa hiérarchie pour que l’évacuation aille vite :

  • Si ces personnes avaient été coopérantes il nous aurait fallu moins de 5 minutes pour les évacuer.

- Ils ont le droit de ne pas être ravis de vous voir, Vous pouvez l’entendre ? demande le ministère public.

  • Leur rôle n’est pas de s’opposer

La procureur le questionne :

Vous donnez des coups, vous insultez (dans la vidéo, on entend dire « putain d’anglais ») et, en plus, vous avez le droit d’interpeller parce que vous êtes policier : donc vous avez tous les droits ?! Vous vous rendez compte de l’image que ça renvoie ?

Alors que le chef campe sur ses positions, prétend, même après visionnage des vidéos qui réfutent sa version, que le bénévole a bien tenté de l’agripper et donc maintien qu’il s’est défendu, les deux autres sont moins catégoriques. D’autant qu’on finit par apprendre qu’ils étaient à plusieurs dizaines de mètres de la scène et que, par conséquent, ils n’ont pas pu voir grand-chose.

La perception, le ressenti et le rapport à la réalité, ont été au cœur des débats. Les policiers semblent avoir développé un grand sentiment de persécution qui induit un laxisme dans leur évaluation de la légitimité de leur violence et une facilité à considérer que les bénévoles sont agressifs, et eux, en légitime défense. Ils parlent de « coups montés » organisés par les ONG pour les « piéger » en les filmant et semblent tout à fait sincères lorsqu’ils minimisent la violence des coups lancés pour évacuer.

  • Pour moi il y a des degrés de violence, explique l’un des CRS témoins, accusé de faux. Ce n’est pas fait pour violenter, frapper ou nuire, mais pour accélérer la cadence.

- Un coup de pied c’est violent, s'étouffe Madame le procureur. Jamais ce n’est un geste bienveillant ! ça serait donc pour vous, la force strictement nécessaire ?

- Non, finit-il par répondre.

Puis elle reprend.

  • Vous étiez au volant d'un camion à 50 mètres. Dans votre déposition – en soutien à la plainte du Chef M., ndlr - Vous dites des choses que vous n’avez pas vu !

- Je vois de loin M. Ciotkowski très proche de mon chef, se souvient-il. Alors quand mon chef me dit « il m’a poussé » je fais le lien malgré moi.

- Donc, on affirme sans avoir vu et on poursuit ! s’agace le parquet. Vous pensez quoi des poursuites contre M. Ciotkowski ?

- Je comprends sa relaxe.

- Mais vous avez joué un rôle dans sa poursuite…

- Malgré moi. J’étais persuadé de ce qu’il s‘était passé. Quand j’ai vu la vidéo, je suis tombé de haut.

La vengeance du parquet ?

Cette torsion de la vérité par les policiers, met le ministère public dans une position particulièrement inconfortable. « J’ai un appel, on me dit qu’il y a eu des insultes, qu’il y a des témoins policiers qui attestent des faits, qu’il n’y a pas de doute : que suis-je censé faire ? s’énerve la procureur en s’adressant aux prévenus. En qui suis-je suis censé avoir confiance ? » La fragilité du système judiciaire tout entier apparaît alors béante. « Ils sont nos yeux et nos oreilles : on doit être en mesure d’avoir des saisines claires et objectives pour prendre des décisions grave de conséquences : là il s’agissait de poursuites contre un individu. Or cette saisine ne reflète pas la réalité. » Plaide-t-elle.

La situation du parquet est d’autant plus inconfortable que c’est sur les mêmes éléments – les vidéos transmises par les bénévoles – qui l’avait conduit, deux années plus tôt, à demander la condamnation du bénévole, qu’aujourd’hui, il réclame six mois de sursis et un an d’interdiction d’exercer pour les deux témoins CRS accusés de faux, ainsi que douze mois de sursis et cinq ans d’interdiction d’exercer pour le chef M.. « Le parquet s’est planté, il se venge sur les policiers », en déduit Maitre Liénard, en défense.

Verdict : le 2 septembre.

 

ublié le 28 juin 2021

Évacuation violente d’une rave-party : l’Observatoire rennais des libertés pointe la « responsabilité » de Darmanin

Par Pascale Pascariello sur le site www.mediapart.fr

À la suite de la violente intervention des gendarmes près de Redon, les 18 et 19 juin, au cours de laquelle un jeune homme a perdu sa main, l’Observatoire rennais des libertés publiques interpelle, dans une lettre, le ministre de l’intérieur et le préfet d’Ille-et-Vilaine dont la « responsabilité est engagée ». Mediapart publie ce courrier.

Dans une lettre ouverte datée du 22 juin, que Mediapart publie, l’Observatoire rennais des libertés publiques (Orlib) rappelle au ministre de l’intérieur et au préfet d’Ille-et-Vilaine, Emmanuel Berthier, que leur « responsabilité est engagée » dans la violente opération des gendarmes les 18 et 19 juin, près de Redon, au cours de laquelle un jeune homme de 22 ans a perdu une main (à lire ici).

Intervenues, sur ordre du préfet, pour empêcher l’organisation d’une free party interdite dans un ancien hippodrome situé en pleine campagne, les forces de l’ordre ont fait un usage massif, dans la nuit, de grenades lacrymogènes, de grenades de désencerclement et des grenades de type GM2L (élaborées avec une composition pyrotechnique) ainsi que de lanceurs de balles de défense (LBD).

Les organisations qui composent l’Observatoire - la Ligue des droits de l’homme (LDH), le syndicat des avocats de France (SAF), la Fédération syndicale unitaire (FSU), le syndicat Solidaire ainsi que la Libre Pensée - s’interrogent sur les raisons d’une telle opération.

« Comment une fête musicale peut-elle aboutir à de telles conséquences ? Était-il nécessaire et indispensable d’inonder de gaz lacrymogènes la prairie occupée par ces jeunes ; de lancer des grenades de désencerclement dont la dangerosité n’a cessé d’être dénoncée depuis les premières manifestations de gilets jaunes au cours desquelles il y eu une multitude de mutilations graves ? »

L’Observatoire soulève également la question de l’accès des secours au site, qui « n’ont pu pénétrer sur le terrain qu’après le retrait des forces de l’ordre ».

Gérald Darmanin et le préfet d’Ille-et-Vilaine « devront apporter des réponses claires et nous expliquer pourquoi le dialogue avec une jeunesse, enfermée depuis 18 mois, est-il impossible ? »

Ces organisations ont d’ailleurs choisi comme épitaphe à leur courrier : « Une main arrachée pour avoir dansé, la vengeance sera. »

« Tous les événements de la rave-party de ce samedi à Redon et leurs conséquences semblent résumés dans cette phrase inachevée, inscrite par un tagueur sur le mur blanc d’un immeuble rennais » quelques jours après les faits, explique l’Observatoire.

« Les jeunes présents à Redon sont nos enfants. Nous ne pouvons pas les voir ainsi maltraités », rappelle-t-il. « Et si nous leur disons : “Ne cherchez pas la vengeance et ayez confiance en la justice !”, y compris sur ce volet, votre responsabilité est engagée. »

En effet, l’Observatoire exige que le ministre de l'intérieur et le préfet fassent toute la lumière sur la chaîne de commandement ayant abouti à un tel désastre et qu’ils apportent « toute la transparence sur l’enquête diligentée » par le parquet de Rennes sur les circonstances et l’origine des graves blessures du jeune homme, qui a dû subir l’amputation de sa main.

Pour l'heure, le ministère de l’intérieur et la préfecture ne cessent de communiquer sur le nombre de gendarmes blessés au cours de l’opération, passant de 5 à 11 pour atteindre 22, près de trois jours après les faits et sans aucune précision sur la nature de ces blessures.

En revanche, pas un seul mot de soutien n’a été adressé publiquement au jeune homme mutilé. « Un jeune a été mutilé et toutes nos pensées vont vers lui. C’est triste et ça met en colère qu’on mutile gratuitement un jeune. Rien ne justifiait cela », déclare auprès de Mediapart le président de la LDH-Rennes, Patrick Rothkegel.

Concernant le matériel (tables de mixage et enceintes notamment) saccagé à coups de masse par les gendarmes, le ministère de l’intérieur comme la préfecture ont déclaré ne pas en avoir donné l’ordre.

L’Observatoire a été créé en mars 2021 pour documenter les violences policières lors des manifestations. Mais la « première mission de l’Observatoire concerne une fête musicale », déplore Patrick Rothkegel, qui rappelle que cette free party avait été organisée en hommage à Steve Maia Caniço, décédé à la suite d’une opération de police sur les quais de la Loire à Nantes, le 21 juin 2019. « Nous recueillons les témoignages et des documents sur les violences commises par les gendarmes que nous transmettrons à la justice », explique-t-il.

Lorsque le président Emmanuel Macron déclare « “faites la fête”, il faut comprendre que seules les personnes dans l’enceinte de l’Élysée ont le droit de la faire. Les jeunes ont intérêt à se taire, c’est ce qu’il faut comprendre avec les violences de Redon », constate le président de la LDH et rappelle que l’ONU comme le Défenseur des droits dénoncent régulièrement les violences policières (à lire ici)

Il insiste sur « la nécessité de faire toute la transparence sur les responsabilités dans les violences commises. Sur le matériel détruit, on entend déjà le ministère et la préfecture déclarer ne pas en avoir donné l’ordre. Ce qui veut dire que personne ne dirige les forces de l’ordre ? C’est extrêmement inquiétant », conclut-il.  

« Je suis sidéré par cette extrême violence des forces de l’ordre sur toute une jeunesse », réagit Pascal Trochet, secrétaire adjoint de Solidaires 35. Le syndicaliste est d’autant plus touché qu’il connaît bien les jeunes qui participent à ces fêtes. « Qu’on ne s’étonne pas que cette jeunesse qu’on opprime n’aille pas voter », déclare-t-il, particulièrement scandalisé par « l’image qu’on fait passer de ces jeunes. Contrairement à ce qui est dit, ils travaillent, paient leur impôt et avec leur argent investissent dans du matériel pour faire la fête. Est-ce un crime ? Aucun parti politique ne réagit contre cette répression », déplore-t-il.

publié le 27 juin 2027

« Pôle emploi m’a radié et
                       on m’a supprimé le RSA » :
la pression s’intensifie contre les chômeurs

par Rachel Knaebel sur le site www.bastamag.net

Écrit avant la décision du Conseil d’État qui a invalidé de nombreux points de la réforme de l’assurance chômage, cet article illustre la situation de nombreux chômeurs : contrôlés, menacés de radiation, bloqués dans leur démarches de formation, les chômeurs font déjà l’objet d’une pression toujours plus grande. Témoignages.

Le 10 juin, le Conseil d’État a examiné la légalité de la réforme de l’assurance chômage, suite à sa saisie par les syndicats CGT, Solidaires et FSU. Cette réforme très contestée a été repoussée à plusieurs reprises depuis le début de la pandémie. Sauf si le Conseil d’État la retoque, elle devrait entrer en vigueur 1er juillet, avec pour conséquence d’importantes baisses d’indemnités pour une grande partie des chômeurs, en particulier ceux qui ont enchaîné les contrats précaires. La nouvelle manière de calculer le salaire journalier de référence (l’indemnité que perçoivent les chômeurs sur la base de leurs anciens emplois) entraînera une baisse des allocations pour près de la moitié des futurs inscrits à Pôle emploi [1].

Les chômeurs font déjà l’expérience de contrôles accrus de Pôle emploi, avec menace de radiation à la clé. « Fin mai, je reçois un mail sur mon espace en ligne Pôle emploi me disant que je fais l’objet d’un contrôle renforcé et que j’ai une quinzaine de jours pour répondre à un questionnaire sinon je suis radié », témoigne Jean*. En tant que cadre approchant de la cinquantaine, son âge est déjà un frein dans ses démarches pour trouver un poste. Jean est aujourd’hui au RSA. Auparavant, il avait travaillé plus de dix ans en recherche et développement dans une multinationale, avant de se faire licencier. « À la suite de cela, j’ai été près de cinq ans au chômage entrecoupé par des périodes en tant que professeur en collège et de formation payée par Pôle emploi. » Puis il s’est retrouvé aux minima sociaux.

« J’avais encore, à cette période, un suivi plus ou moins régulier avec une conseillère de Pôle emploi. À la fin d’un contrat d’enseignant, j’ai réussi à intégrer un grand organisme de recherche fondamentale publique. J’y ai cumulé plusieurs CDD pendant plus de trois ans. Mon dernier contrat s’est terminé fin 2019, détaille Jean. Je me suis à nouveau inscrit comme demandeur d’emploi. Mais la pandémie est arrivée et le premier confinement avec. Le marché de l’emploi s’est alors effondré de manière spectaculaire. J’ai eu un contact par mail avec ma nouvelle conseillère en octobre 2020. Elle devait me recontacter en février 2021, ce qui n’a jamais eu lieu. Je continuais toujours à chercher du boulot. »

« Après plus d’un an de pandémie, de marché du travail en berne, on demande aux gens de justifier de leur recherche »

Jusqu’à ce qu’il reçoive cette annonce de contrôle fin mai. Sans que personne ne lui ait jamais expliqué, assure-t-il, ce qu’il est supposé apporter comme éléments pour un tel contrôle. « Lorsque vous avez rempli votre questionnaire de contrôle et que vous l’avez envoyé, vous n’avez plus qu’à attendre. Votre conseiller ne sait pas quand vous allez recevoir une réponse à cette enquête. Après plus d’un an de pandémie, de marché du travail en berne, on demande aux gens de justifier de leur recherche d’une aiguille dans une botte de foin », dénonce Jean.

Pour Yann*, les contrôles sont devenus récurrents. L’homme est au chômage depuis plusieurs années, « à la suite d’une perte d’emploi, et des soucis de santé ». Il vit dans un village isolé. « Je viens de subir mon troisième contrôle en moins de deux ans », nous écrit-il. Résultat de cette nouvelle vérification ? « Je suis radié de Pôle emploi et on m’a supprimé mes allocations RSA. » Les contrôles des allocataires de minima sociaux se sont également durcis depuis quelques années. Et ceuxde Pôle emploi peuvent aussi avoir des effets sur l’allocation du RSA (le montant pour une personne seule est de 565 euros). « On m’avait déjà supprimé mon RSA à la suite d’un contrôle il y a plusieurs années, je n’ai eu plus aucun revenu pendant dix mois. Depuis, je faisais mes recherches d’emploi, j’ai toujours effectué toutes les démarches que l’on me demandait de faire, je me suis plié aux multiples contrôles, de Pôle emploi et du conseil général pour le RSA. J’essaie en même temps d’économiser de l’argent pour passer le permis de conduire, mais avec les confinements et les couvre-feux, il a été difficile pour moi de me déplacer en bus. » Après sa radiation en avril, il s’est vu supprimer 80 % de son RSA en mai. « J’ai été obligé de retourné vivre chez mes parents, qui sont âgés. »

Pôle emploi est plus prompt à radier qu’à donner des rendez-vous de recherche d’emploi aux nouveaux inscrits, accuse aussi Jérémy, qui a travaillé pendant six ans comme enseignant vacataire pour l’Éducation nationale. Il est titulaire d’un master. Au chômage depuis avril, il a reçu son indemnité en temps et en heure, même si personne n’a pu lui expliquer comment elle avait été calculée. Il a cependant dû attendre deux mois pour avoir un premier rendez-vous avec une conseillère. Alors qu’il a engagé dès son inscription au chômage une formation pour devenir comptable, il s’est retrouvé bloqué. « Je ne sais pas si je peux poursuivre ma formation de comptable ou si cela va faire que Pôle emploi me radie, considérant que je ne suis plus en recherche d’emploi. »

« Une catastrophe pour tous les saisonniers »

Maxime, lui, est travailleur saisonnier dans le tourisme depuis des années. Comme il passe d’un CDD précaire à un autre, il reste inscrit à Pôle emploi. « Tant qu’on est pas en CDI, on est considéré comme sans emploi, donc on reste inscrit et on doit s’actualiser chaque mois. Quand j’arrive à la fin d’un contrat, mes droits au chômage sont recalculés. Ma situation roule bien depuis des années, j’ai des contrats réguliers, mêle si j’alterne les saisons et les périodes non travaillées. J’ai donc peu de contact avec Pôle emploi. » Son dernier contrat s’est achevé le 25 avril. « En général, quand je reçois une convocation après un contrat, c’est avec mon agence locale. Là, je reçois une convocation à un entretien intitulé "Rendez-vous d’accompagnement : toutes les clefs pour mon emploi durable". Mais la date du rendez-vous est avant la fin de mon contrat. » Maxime ne peut donc pas s’y rendre, puisqu’il travaille.

« Quand j’ai appelé le numéro indiqué, la personne ne connaissait pas du tout mon dossier. C’était en fait une entreprise privée, Solérys, qui m’a répondu. » L’entreprise est en effet prestataire de Pôle emploi [2]. « La personne m’a dit que ne pas venir à la convocation allait donner lieu à un avertissement, et que je devais régler la situation directement auprès de mon conseiller Pôle emploi. Or, au bout de deux avertissements, vous risquez la radiation », rappelle Maxime. Il a finalement réussi à faire supprimer l’avertissement. Désormais, il pense à quitter le travail saisonnier. « Avec cette réforme de l’assurance chômage, cela va être très dur, une catastrophe pour tous les saisonniers. C’est très angoissant. Toute une population va s’appauvrir. Moi, je vais arrêter. »

Notes

[1] Selon l’estimation de l’Unédic, l’organisme gestionnaire de l’assurance-chômage.

[2] Voir sur son site.

publié le 27 juin 2021

Mairie de Montpellier. 1607 heures :
« Je confirme que les négociations
sont terminées »

Par Gil Martin publié par le Métropolitain actu.fr/occitanie/montpellier

Adjoint au maire de Montpellier, Michel Aslanian, en charge notamment du dialogue social, confirme que les négociations sur les 1697 heures touchent à leur fin. Les Atsem sont punies…

En février dernier, dans les colonnes de Métropolitain, Fanny Dombre-Coste, adjointe à l’éducation, évoquait, à propos de la situation des Atsem « le mal-être d’agents qui se disent fatigués, usés… Nous en sommes parfaitement conscients. Nous menons actuellement des études pour cerner au plus près les problèmes et apporter des réponses pour améliorer les conditions de travail ».

Depuis, la Ville de Montpellier a fait ses propositions aux agents des écoles, dont les Atsem, dans le cadre de la loi des 1607 heures, proposant de nouveaux horaires pour que chaque fonctionnaire atteigne ce quota horaire fixé par l’État.

Les Atsem, particulièrement impactées

Plusieurs métiers inhérents aux écoles et gérés par les municipalités sont impactés par ces mesures : Atsem, AERS, animateurs, et les « cadres » du dispositif municipal : RALAE, RTGS, RALSH… A Montpellier, pour tous ces métiers, les horaires changent, la durée de travail quotidienne augmente, mais une catégorie est particulièrement touchée : les Atsem.

Outre une augmentation du temps de travail, de 9h45 à 10h/jour, elles vont devoir aussi, puisque telle est la volonté de la Ville, assurer en fin de journée la prise en charge des ateliers après l’école, les TAAC, assurés jusqu’ici par des animateurs.

La pénibilité pas prise en compte

Le choix de la Ville intrigue. Il vient lourdement surcharger des salariés (dont 98% de femmes) dont le métier est reconnu pour sa pénibilité, y compris, donc, par la Ville de Montpellier et son élue en charge de l’éducation.

Le grève des Atsem fortement suivie

Pourquoi ce choix, rejeté par les Atsem, et qui a déjà provoqué une journée de grève fortement suivie et qui devrait se prolonger à la rentrée ? Cette décision apparait en totale contradiction avec les propos de Fanny Dombre-Coste et avec les promesses du maire…

Dans ce contexte tendu, que le communiqué du Maire dénonçant des « violences » a durci, c’est l’Adjoint au maire Michel Aslanian, en charge notamment du dialogue social, qui a accepté de revenir sur les choix de la Ville. Et d’évoquer les deux points les plus critiques : les nouveaux horaires des AERS (agents d’entretien), et ces fameux ateliers périscolaires (les TAAC) confiés aux Atsem.

Métropolitain : Il y a eu des frictions avec les syndicats sur les horaires des AERS qui doivent commencer plus tôt (6h15 au lieu de 6h45). Quelle est la position de la Ville ?

Michel Aslanian : Les AERS commenceront plus tôt car cela répond à une demande de leur part. En effet, ils veulent plus de temps avant l’arrivée des enfants pour travailler, d’où une prise de fonction plus tôt. Je précise que nous sommes conscients que quelques agents ne pourront pas venir travailler à cet horaire faute de transports en commun. Je me suis engagé personnellement à étudier chaque cas pour que les agents dans cette situation bénéficient d’une dérogation pour commencer plus tard.

L’autre sujet qui fâche concerne le cas des Atsem, contraintes d’assurer les TAAC en fin de journée à la place des animateurs. C’est le seul métier qui voit sa charge de travail alourdie par une nouvelle mission. Pourquoi ce choix ?

Nous avons fait ce choix que nous assumons parce qu’il nous semble absolument nécessaire et indispensable. Les Atsem connaissent bien les enfants : il est donc logique qu’elles assurent les TAAC. De plus, les parents seront rassurés de retrouver les Atsem et ils pourront faire le point avec elles sur la journée de l’enfant.

"La prise en charge des TAAC par les Atsem fait partie du projet éducatif initial de la Ville. Je confirme ce vendredi que les négociations sont terminées" Michel Aslanian

Les Atsem déplorent l’ajout inattendu de cette grosse charge de travail alors même que la pénibilité de leur profession est reconnue. Ce choix de la Ville laisse perplexe…

Pour moi, ce n’est pas une aberration. D’autant plus que nous avons proposé des compensations : deux jours de congés annuels supplémentaires pour les Atsem, et la prime de 300 € accordée à tous les agents du service éducation.

Ce choix est clairement rejeté par l’ensemble des Atsem. Vous n’avez pas l’impression de leur saper le moral ? Et de jouer avec leur santé ?

Nous menons également une réflexion sur la pénibilité de ce métier difficile qui provoque, on le sait, des pathologies (mal de dos par exemple) et qui est atteint aussi par le problème de l’âge. Le problème est plus profond : l’enjeu consiste d’ailleurs, aussi, à mettre en place des dispositifs pour faire évoluer les agents. Si nous nous trompons, si les Atsem explosent, nous étudierons cela et nous prendrons des décisions. Mais je ne suis pas inquiet.

Lundi, vous allez rencontrer les syndicats. Discuterez-vous de cette mesure concernant les Atsem ?

Non. Suite aux violences lors de la manifestation du 22 juin, le maire a été clair. Pour les Atsem, les négociations s’arrêtent là. On ne peut pas négocier sous la menace. Sinon, j’estime que nous avons plutôt bien négocié ces 1607 heures, et ce dans un climat tendu…

On a l’impression que la maire s’arc-boute sur cette prétendue « violence » pour faire passer une mesure impopulaire et très critiquable. Le véritable enjeu, depuis le départ, n’était-il pas de remplacer les animateurs par les Atsem ?

Oui, cela faisait partie du projet. La manifestation du 22 juin, de toute façon, n’aurait pas changé grand-chose.

Dans ce cas, sur ce point, les discussions avec les syndicats n’auraient servi à rien ?

Sur ce point, non. La prise en charge des TAAC par les Atsem fait partie du projet éducatif initial de la Ville. Je confirme ce vendredi que les négociations sont terminées : la Direction de l’Éducation a d’ailleurs produit un document qui est quasiment achevé. Tout comme le maire, le DGS a été très clair lui aussi. Maintenant, nous nous tournons vers la rentrée : le maire a promis des états généraux dès septembre pour revoir tous les métiers de l’éducation afin de les faire évoluer. Donc rendez-vous en septembre…

Les Atsem sur les TAAC : au final, juste une histoire de budget ?

L'élu répond à toutes les questions et défend la position de la Ville, mais sur ce "point de blocage" des TAAC, même les arguments éducatifs développés peinent à convaincre. On précise par exemple que les Atsem ne pourront pas faire un rapport de la journée aux parents lors des TAAC : cette tâche est exclusivement réservée aux enseignants, une mesure imposée par l’Education nationale et qui ne devrait pas changer de sitôt… Et si la Ville, tout simplement, avait fait le choix de remplacer les animateurs par les Atsem pour faire des économies ?


 

 

Message de la Fédération des Services Publics CGT au syndicat CGT des territoriaux de la ville de Montpellier . Le 25 juin 2021

La répression, toujours la répression, rien que la répression !

Message de la permanence fédérale au syndicat CGT des territoriaux de la ville de Montpellier.

À Montpellier, le 22 juin lors de la journée de grève convoquée par une large intersyndicale, des ATSEM grévistes, en colère face au refus de la mairie de recevoir une délégation ont poussé une grille pour pénétrer dans l’enceinte de la mairie.

La mairie a indiqué qu’un dépôt de plainte a été déposé contre les grévistes et que tou.te.s les agent.e.s concerné.e.s seront traduit.e.s en conseil de discipline.

Voilà comment la mairie de Montpellier - comme de nombreux exécutifs locaux - traite ses « premier.ère.s de corvées ».

Avec la loi de « transformation de la Fonction publique », ils voudraient faire des agent.e.s territoriaux.ales des travailleur.euse.s flexibles, corvéables, qui acceptent de travailler plus en gagnant moins. Face à de telles mesures, face à de tels comportements de la part des exécutifs, qui voudraient gérer leurs mairies comme des entreprises ubérisées, il n’est pas étonnant que la colère monte.

La Fédération apporte son soutien aux agent.e.s menacé.e.s et demande la levée immédiate de toutes les menaces proférées à l’encontre des agent.e.s grévistes et invite la municipalité de Montpellier, comme toutes les collectivités qui s’enferment dans un même comportement antisocial, à écouter les revendications des personnels et ouvrir les négociations demandées.

La Fédération réaffirme son soutien à toutes les luttes en cours, et considère que les autorités territoriales qui refusent d’entendre les revendications des personnels sont les seules responsables de la détérioration du "climat social".

 

publié le 26 juin 2021

Démantèlement d’EDF : au bon plaisir d’Emmanuel Macron

Par Martine Orange sur le site www.mediapart.fr

L’Élysée va-t-il décider seul, en toute opacité, de réformer EDF, clef de voûte du système électrique, du service public énergétique, de la transition écologique ? Les syndicats du groupe redoutent un projet de loi en catimini à l’été.  

Jusqu’à quand l’exécutif va-t-il continuer à amuser la galerie sur EDF ? Pendant combien de temps va-t-il tenir à l’écart les salariés, les élus, les citoyens, du débat sur le sort qu’il entend réserver à l’électricien public ? Car réformer EDF, ce n’est pas seulement toucher à une entreprise publique, changer une organisation actionnariale, ou redresser un bilan, comme veut le faire croire le gouvernement.

C’est aussi et surtout prendre le risque de déséquilibrer l’ensemble du système électrique français dont EDF est la clef de voûte. C’est poser des problèmes aussi fondamentaux que la transition énergétique, la sécurité, l’approvisionnement, la compétitivité, l’aménagement du territoire, l’accès à l’énergie pour tous. Des sujets qui concernent tout le monde et pour des années.

Pourtant, deux ans et demi après le début des premières fuites sur le projet de réorganisation d’EDF (lire ici, ici ou là), l’exécutif continue d’avancer en toute opacité. Se cachant derrière des négociations avec la Commission européenne, sur lesquelles le gouvernement se refuse à donner la moindre indication, il joue cartes sous table.

D’abord, il y a eu le projet Hercule, puis Hercule plus. Constatant l’hostilité grandissante, le gouvernement a changé de nom et parle désormais du « grand EDF ». « Quel que soit le nom, il s’agit toujours du même projet », a dénoncé l’intersyndicale (CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC ) d’EDF vent debout depuis des mois face à ces plans de réorganisation. De fait, il s’agit toujours d’éclater façon puzzle l’organisation intégrée d’EDF en un EDF bleu (censé regrouper les activités nucléaires), un EDF bleu Azur (reprenant les activités hydroélectriques) et un EDF vert (reprenant Enedis qui détient le monopole de la distribution, les énergies renouvelables, les services, les activités de commercialisation) – appelé à être privatisé.

Pourquoi une telle séparation industrielle qui porte en elle le risque de désoptimiser gravement l’ensemble du réseau électrique, de casser toutes les logiques industrielles et de surenchérir les coûts de l’électricité ? En dehors de quelques arguments de banquiers d’affaires qui sont désormais la marque de fabrique de l’Agence des participations (APE) de l’État, le gouvernement est incapable d’articuler la moindre explication cohérente, de tracer un début de stratégie qui justifierait le grand chamboule-tout qu’il ambitionne de mener dans le secteur énergétique. 

Le gouvernement va-t-il quand même aller jusqu’au bout de ce projet ? La question hantait les manifestations de la fédération CGT énergie Mines qui avait appelé mardi 22 juin à une nouvelle journée en défense du groupe, du service public et contre le projet Hercule. Tous les syndicats d’EDF redoutent un coup fourré de dernière minute : selon des rumeurs récurrentes, un projet de loi portant sur la réorganisation d’EDF pourrait être présenté dès juillet en conseil des ministres, et discuté – une formalité – en octobre à l’Assemblée nationale.

Chargé de déminer le dossier depuis plusieurs mois, le ministre des finances entretient lui-même le flou. Alors que les discussions avec la Commission européenne sur le sort réservé à EDF dans le cadre d’une réforme sont toujours en suspens – Bruxelles exigeant son quasi-démantèlement en contrepartie d’une hausse du tarif de l’électricité nucléaire –, Bruno Le Maire a indiqué aux syndicats lors de réunions bilatérales qu’il avait transmis trois scénarios à l’Élysée. Soit l’abandon de la réforme parce que les contreparties exigées par la Commission sont jugées trop élevées, soit le lancement de la réforme en dépit des demandes européennes, soit un projet de loi tout de suite entérinant la renationalisation complète d’EDF et le passage de la branche hydraulique (barrages) en quasi-régie. Ces mesures-là sont censées faire consensus chez EDF, toutes les questions difficiles (augmentation des tarifs, séparation des différentes activités, privatisation de la branche distribution Enedis…) seraient renvoyées à plus tard.

Sortir EDF de la Bourse impliquerait le démantèlement du groupe

« Ce sera Emmanuel Macron qui tranchera », ont expliqué plusieurs responsables aux syndicats d’EDF. Selon quelques critères ? À la lumière de quels travaux ou études ? Mystère.

Au-delà de la convention citoyenne qui a fait des recommandations, superbement ignorées par le gouvernement, toutes les instances qui auraient pu être associées à la très complexe question de l’évolution du système électrique français, et donc de l’avenir d’EDF, ont été écartées de la réflexion.

Le nouveau Commissariat au plan, qui aurait pu, voire aurait dû, être associé de près à ces travaux, ne l’a été que de façon marginale et furtive. François Bayrou , le haut commissaire, s’est prudemment tenu à distance du dossier. Sa seule intervention a été pour prendre la défense du nucléaire, et de prôner la construction de nouveaux réacteurs, seul moyen, selon sa note publiée en mars, de promouvoir une énergie décarbonée et de soutenir le système. Pur hasard : cette recommandation est parfaitement en ligne avec les options gouvernementales.

De même, l’exécutif a décidé d’arbitrer le dossier EDF sans attendre les conclusions des travaux essentiels menés par RTE, le gestionnaire des réseaux de transports électriques en France. La publication récente de ses premières études donne un premier aperçu des défis auxquels va être confronté le système électrique, appelé à être de plus en plus sollicité en raison de la montée des usages de l’électricité face à l’effacement des énergies fossiles, courant le risque de perturbations fortes en raison de l’intermittence des énergies renouvelables, et aussi des changements climatiques. Tout cela requiert de repenser l’ensemble de l’architecture et de l’organisation du système électrique, de définir la place et le rôle d’EDF dans cet ensemble.

Mais Emmanuel Macron a décidé de se dispenser d’attendre les conclusions de tels travaux. De toute façon, comme pour la crise du Covid, comme pour les autres sujets, il a réponse à tout. Il sait déjà et depuis longtemps ce qu’il convient de faire pour EDF. Dès 2016, alors qu’il était ministre de l’économie, il l’a expliqué longuement devant la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale : « La solution d’une sortie d’EDF de la Bourse n’est pas privilégiée aujourd’hui. Je suis prêt à en examiner le principe, mais j’appelle votre attention sur le fait qu’elle n’aurait de sens que pour la partie “nucléaire France”, et pas pour le reste d’EDF : elle impliquerait donc un démantèlement du groupe. » 

Détruire tout le programme du CNR

Depuis, en dépit de nombreux bouleversements intervenus dans le secteur de l’énergie, Emmanuel Macron n’a pas varié sur le sujet. Parce que sa position est d’abord idéologique. Tout en usurpant l’appellation des « jours heureux », son projet se résume à celui établi par Denis Kessler en 2007 : « Détruire tout le programme du CNR [Conseil national de la Résistance – ndlr]. » Après avoir mis en pièces la SNCF, mis à genoux la Sécurité sociale, commencer à mettre à bas les retraites et l’assurance-chômage, en finir avec EDF serait le point d’orgue de son quinquennat. Il serait l’homme politique qui a osé « faire les réformes », la contre-révolution du capital que tous les autres n’ont pas osé mener à bien à ce point.

Ce démantèlement serait enfin le moyen de permettre au privé de mettre la main sur le nucléaire sans avoir à en assumer le coût ni les risques. La faillite d’Areva, l’écroulement de la filière nucléaire, le poids insupportable pour EDF n’ont donné aucun coup d’arrêt à cette vision. Même la donne économique et financière est ignorée : alors que les coûts des renouvelables ne cessent de baisser, le choix d’une énergie nucléaire de plus en plus chère et longue à amortir va devenir difficile à justifier. Mais Emmanuel Macron a décidé de balayer tous ces arguments. Parce qu’en matière d’énergie, il n’y en a qu’une seule qui compte vraiment à ses yeux : le nucléaire, l’énergie jupitérienne par définition.

Dans cette fuite en avant dans le nucléaire pour justifier le saccage d’EDF, une question cependant risque de ne pas pouvoir être éludée longtemps. Avec quel réacteur, le président, lui qui a réponse à tout, compte-t-il poursuivre cette aventure nucléaire ? Le fiasco de l’EPR , qui enchaîne retards, surcoûts, accidents depuis des années, rend impossible d’envisager de continuer avec lui.

Sans le dire publiquement, la filière nucléaire française comptait beaucoup sur la coopération avec les Chinois pour développer une nouvelle technologie. Et cela devait commencer par les sites britanniques d’Hinkley Point et de Bradwell. Ce qui s’est passé la semaine dernière à Taishan risque de compromettre cette ambition : les autorités chinoises ont très mal pris les révélations américaines, après le signalement d’incident de Framatome aux autorités américaines, sur les fuites radioactives du premier EPR chinois. La coopération, vieille de plus de cinquante ans, entre EDF et la Chine a du plomb dans l’aile, alors que les tensions géopolitiques entre Pékin et l’Occident s’accentuent.

Mais rien ne va arrêter Emmanuel Macron, pensent certains observateurs. Pour montrer qu’il reste le maître des horloges, pour prouver qu’il continue à réformer quoi qu’il en coûte, ceux-ci parient qu’il va engager un projet de loi sur EDF à l’été. Selon son bon plaisir. Pour prouver qu’il reste le grand réformateur, adepte de la destruction créatrice.

En tant que secrétaire général adjoint de l’Elysée, puis ministre de l’économie et désormais président de la République, cela fait près de douze ans désormais qu’Emmanuel Macron préside au destin de dossiers industriels. D’Alstom à Technip, des autoroutes aux aéroports, il a su démontrer sa capacité de destruction, jamais de création. Il a tout à craindre qu’il en soit de même pour EDF.

publié le 26 juin 2021

Onu. Le monde s’élève contre le blocus imposé à Cuba

Rosa Moussaoui sur le site www.humanite.fr

L’Assemblée générale des Nations unies a adopté, mercredi, à la quasi-unanimité, une résolution demandant la levée des sanctions imposées depuis 1962 par Washington à La Havane.

Comme les 28 précédentes, la résolution adoptée mercredi par l’Assemblée géné­rale des Nations unies sur la « nécessité de mettre fin à l’embargo économique, commercial et ­ financier imposé par les États-Unis à Cuba » a recueilli le soutien de  184 pays. Sans surprise, seuls Washington et Tel Aviv ont voté contre ce texte réaffirmant, entre autres principes, « l’égalité souveraine des États, la non-ingérence dans leurs affaires intérieures et la liberté du commerce international ». Trois pays se sont abstenus : L'Ukraine et la Colombie, comme en 2019, et le Brésil, qui avait voté contre la résolution adoptée voilà deux ans. 

Cette résolution onusienne exhorte l’adminis­tration américaine « à prendre les mesures nécessaires pour abroger ou invalider dans les meilleurs délais » les lois et règlements perpétuant un régime de sanctions « dont les effets extraterritoriaux affectent la souveraineté d’autres États, les intérêts légitimes des entités ou des personnes relevant de leur juridiction et la liberté du commerce et de la navigation ».

« Des entraves au développement »

Le blocus décrété par les États-Unis contre Cuba perdure depuis le 3 février 1962. Si les dommages humains liés à ces mesures arbitraires sont inquantifiables, La Havane évalue à plus de 144 milliards de dollars les pertes causées, depuis six décennies, à l’économie cubaine. Entre avril 2019 et mars 2020, le préjudice économique du blocus s’élevait, pour l’île, à 5 milliards de dollars. « Aucun citoyen cubain, aucun secteur de l’économie cubaine n’échappe aux effets du blocus, qui entrave le développement que tout pays souverain est en droit de poursuivre », font valoir les autorités cubaines. Cette politique unilatérale, insistent-elles, constitue le principal obstacle au déploiement des réformes économiques engagées depuis 2008.

Pour le peuple cubain, les effets désastreux et même criminels de ces sanctions se font ressentir plus cruellement encore dans le contexte de la pandémie de ­Covid-19, puisqu’elles n’épargnent ni les denrées de base, ni les médicaments, ni le matériel et les matières premières dont le pays a besoin pour développer et produire les vaccins qu’il a mis au point contre le nouveau coronavirus. « Comme le virus, le blocus asphyxie et tue. Cela doit cesser ! » a lancé à la tribune de l’ONU le chef de la diplomatie cubaine, Bruno Rodriguez Parrilla.

L’ultime coup tordu de Trump

Il faut rappeler qu’après la relative ouverture initiée par l’administration Obama, Donald Trump avait considérablement durci ce blocus avec un attirail kafkaïen de 243 nouvelles mesures. Un pas supplémentaire avait déjà été franchi avec l’activation pour la première fois, en mai 2019, du titre III de la loi Helms-Burton, une clause qui ouvre la voie à des poursuites en justice contre les entreprises étrangères présentes à Cuba. Cette loi, promulguée en 1996 sous la présidence de Bill Clinton après sa rédaction par des ­avocats du producteur de rhum exilé aux États-Unis, Bacardi, tient, avec ce volet, les ­investisseurs étrangers pour des « trafiquants » susceptibles de tirer profit des biens ayant appartenu à des ressortissants américains (ou à des exilés cubains ayant acquis la nationalité américaine) et nationalisés par le gouvernement après la révolution de 1959.

Donald Trump est allé jusqu’à clore son mandat avec un ultime coup tordu : la réinscription de Cuba sur la liste dressée par Washington des États soutenant le terrorisme. Comble du cynisme, quand on sait que les attentats perpétrés en territoire cubain sous parapluie états-unien ont fait, au total, 3 478 victimes décédées et 2 099 infirmes. La réintégration de La Havane dans cette liste implique des entraves aux aides économiques, l’interdiction faite aux institutions internationales d’y financer des projets, ainsi que des mesures de rétorsion fiscale et douanière contre les ­entreprises et les personnes y développant des activités.

L’incertitude demeure quant aux orientations qui seront celles de l’administration Biden mais jusque-là, le nouveau président des États-Unis n’a jamais affiché l’intention de mettre un terme à la guerre économique, politique et stratégique livrée à Cuba. Son plan ? « Suivre une politique qui donne au peuple cubain le pouvoir de déterminer librement son propre avenir. »

Comme les années précédentes, la France a voté en faveur de la résolution onusienne pour la levée du blocus. Mais son action diplomatique, sur ce terrain, s’est faite, sous le mandat d’Emmanuel Macron, plutôt discrète. Loin des propos de son prédécesseur, qui, lors d’une visite dans la Grande Île, en 2015, qualifiait ce blocus de « vestige de la guerre froide ».

Sanctions « inacceptables »

Hier, lors d’une conférence de presse au Palais Bourbon, les députés François-Michel Lambert (ex-LaREM), Stéphane Viry (LR), André Chassaigne (PCF) et Éric Coquerel (FI) ont appelé l’exécutif à une action résolue en faveur de la levée du blocus états-unien contre Cuba, qui a déjà causé aux entreprises françaises des milliards de dollars de préjudice, depuis 2008, entre amendes et investissements bloqués. Avec leur portée extraterritoriale, ces sanctions « inacceptables » portent atteinte à l’indépendance de l’île et à la souveraineté française, ont-ils estimé, dénonçant leurs effets tragiques sur le peuple cubain, dans un contexte de crise sanitaire mondiale.

publié le 25 juin 2021

Chaos dans la distribution des plis électoraux : les syndicats dénoncent la loi du marché

Stéphane Ortega sur le site rapportsdeforce.fr

Avec deux français.e sur trois qui s’abstiennent lors du premier tour des élections régionales et départementales ce dimanche, la polémique sur les trous dans la distribution des plis électoraux n’a cessé d’enfler. Ce lundi, alors que les patrons d’Adrexo et de La Poste étaient convoqués au ministère de l’Intérieur, des syndicats de La Poste dénoncent à leur tour, un « dysfonctionnement majeur » pour la CGT FAPT et une « gabegie » pour SUD-PTT.

Alors que les deux formations syndicales rendent pour responsables la privatisation et la mise en concurrence des activités postales, entamée il y a une vingtaine d’années, SUD-PTT étrille de concert l’État, la direction d’Adrexo et celle de La Poste. Le premier pour avoir « confié à Adrexo une partie de la distribution du matériel électoral pour tenter de sauver le groupe Hopps, dont l’entreprise fait partie ». Et de façon opaque selon le syndicat qui réclame que soient connues « les sommes allouées aux deux opérateurs », alors qu’elles étaient selon lui de 84 millions d’euros au bénéfice de La Poste en 2017 pour les deux tours des élections présidentielles et législatives.

La seconde, la direction d’Adrexo, pour avoir « pris en charge une activité surdimensionnée par rapport à ses capacités ». Le tout en embauchant à la va-vite et sans formation des intérimaires pour organiser en catastrophe « la production ». Enfin, la direction de La Poste n’est pas épargnée. Le syndicat lui reproche d’avoir dégradé la distribution des plis électoraux à sa charge pour un « profit maximum ».

En quelques années, l’opérateur postal a supprimé son organisation spécifique : un tri et une distribution à part, prioritaire, en plus de la tournée quotidienne, et compensée financièrement en redistribuant aux factrices et facteurs une part de l’enveloppe financière allouée à La Poste. Depuis, les plis ont été intégrés dans les tournées, ne sont plus compensés et sont devenus nettement moins prioritaires.

En résumé pour la CGT : « la logique de privatisation des activités postales ; le choix assumé de la mise en concurrence et du moins-disant social, contre celui du service public qui répond aux besoins de la société avant ceux des actionnaires ».

publié le 25 juin 2021

TRIBUNE. « Jeunes, votons dimanche
pour sauver notre futur »

Sur le site www.regards.fr

Une dizaine d’organisations politiques de jeunesse de gauche appellent à voter pour le second tour des élections régionales et départementales.

Au premier tour des élections régionales et départementales ce 20 juin, plus de quatre jeunes sur cinq ne sont pas allés voter. A celles et ceux qui reprochent aux jeunes cette abstention, nous avons une réponse. Culpabiliser c’est mépriser. Pour comprendre la désertion des bureaux de vote des jeunes, il faut tendre l’oreille et écouter, les colères comme les espoirs.

Nous devons analyser cette abstention massive. Nous vivons une crise démocratique majeure. En toile de fond de ce désaveu démocratique : des mois de polémiques stériles, haineuses et le désengagement de l’Etat dans l’organisation de la démocratie. Comment croire encore en nos institutions quand on choisit d’ignorer la Convention citoyenne pour le climat ? Comment croire en la démocratie quand on brade à des entreprises privées, comme Adrexo, son organisation la plus basique ? Des milliers de concitoyennes et de concitoyens n’ont pas pu s’informer avant d’aller voter, c’est un scandale. Et dans tout ça, les jeunes se sont deux fois plus abstenus que le reste de la société.

Génération climat, génération précaire, génération sacrifiée

Nous sommes pourtant de la génération climat, la génération précaire, la génération sacrifiée, la génération désenchantée. Celle pour qui le tic-tac climatique s’accélère. Celle qui assiste à une montée des océans aussi inexorable que la dégradation de ses conditions de vie et de travail, mais qui ne cesse de se mobiliser.

La situation de la jeunesse de France est catastrophique. Les 18-25 ans sont celles et ceux qui subissent le plus la précarité, la crise sociale et qui sont les plus en dépression, à la sortie de cette année confinée. Est-elle pourtant écoutée, prise en compte et respectée par les variants de la droite au pouvoir ? De toute évidence, non.

Dans les hémicycles politiques, des assemblées régionales au Parlement, les élu-e-s ont un âge moyen largement supérieur à la population. L’accès aux moyens d’expressions publiques conventionnelles est rare. Lorsqu’Emmanuel Macron souhaite redorer son image, il invite Justin Bieber plutôt que des syndicalistes étudiants élu·e·s ou des jeunes d’organisations politiques.
Dans le même temps, les jeunes étaient réprimés pendant la fête de la musique alors qu’après des mois confinés nous voulions juste respirer. Au delà du 21 juin, ce gouvernement a réprimé de manière systématique et violente toutes les mobilisations impulsées par la jeunesse.

Nous voulons respirer. L’unique réponse à notre besoin de culture semble cependant être la violence, comme celle exercée contre les jeunes qui dansaient lors de la fête de la musique. Votre mépris nous assomme. Votre politique de précarisation, de l’instauration du SNU à la diminution des APL, est claire et ne saurait être oubliée par l’invitation de Youtubeurs appréciés et dépolitisés, qui ne remplacera pas le débat contradictoire que vous avez refusé.

Placer son espoir dans le bulletin de vote

Pourtant, nous gardons espoir pour le futur ! Les jeunes sont parfaitement conscient·e·s des enjeux politiques qui concernent leur vie. Nous sommes nombreu·x·ses à nous engager dans le bénévolat associatif, à signer des pétitions, à participer à des mobilisations sociales, à nous exprimer… Qui peut nier que les mobilisations à dimension planétaire de la génération climat, du mouvement #MeeToo, ou encore de la dénonciation des violences policières, des mouvements antiracistes sont les preuves d’une conscience politique aiguisée ?

L’abstention est l’expression d’un mécontentement face à une Ve République verrouillée qui ne laisse pas place à nos voix et notre enthousiasme à changer la vie.

Cette colère est légitime et nous la partageons. Mais nous gardons aussi espoir, car nous savons qu’un bulletin dans l’urne peut changer la vie : le PACS, les congés payés, les 35 heures, l’école gratuite, laïque et obligatoire, le mariage pour tous et la création de la sécurité sociale : tous ces acquis sociaux ont été obtenus de haute lutte à la suite d’élections. C’est pourquoi nous appelons les jeunes à se déplacer voter dimanche !

Nous jeunes engagé·e·s, appelons notre génération à s’emparer de notre système politique rigide pour y permettre l’expression et l’engagement du plus grand nombre et notamment des plus jeunes. C’est cette raison qui nous pousse à voter dimanche pour les candidat·e·s qui portent un projet écologiste et solidaire, de transformation sociale et de lutte contre les inégalités, à la hauteur des enjeux environnementaux de notre temps. C’est le seul moyen de sauver notre futur par des politiques ambitieuses, en luttant contre les intérêts d’une minorité qui capte les richesses, en incluant des jeunes dans le débat et la décision publique. Dimanche, ne laissons plus les autres décider pour nous ! Votons !

Signataires :
Mélanie Luce, présidente de l’Union Nationale des Etudiants de France
Mathieu Devlaminck, président de l’Union Nationale Lycéenne
Aneth Hembert, co-secrétaire fédérale des Jeunes Écologistes
Marc Méric de Bellefon, co-secrétaire fédéral des Jeunes Écologistes
Aurélien Le Coq, animateur des Jeunes Insoumis
Emma Salley, animatrice des Jeunes Insoumis
Léon Deffontaines, Secrétaire Général du Mouvement des Jeunes Communistes de France
Jeanne Péchon, secrétaire national de l’Union des Etudiants Communistes
Tristan Péglion, coordinateur national des Jeunes Génération.s
Emma Rafowicz, Déléguée Nationale du PS en charge de la mobilisation des jeunes
Claire Lejeune, co-coordinatrice de Résilience Commune
Lola Yaïche, co-référente de Place Publique Jeunes
Jules Najman, co-référent de Place Publique Jeunes

publié le 24 juin 2021

La Grèce construit des camps barricadés pour isoler les réfugiés

Par Elisa Perrigueur sur le site www.mediapart.fr

L’Union européenne a investi cette année 276 millions d’euros pour la construction de camps de réfugiés sur cinq îles grecques. À Leros, où un camp de 1 800 places ouvrira bientôt, habitants et ONG s’indignent contre cet édifice barricadé. Le gouvernement assume.

Leros, Athènes (Grèce).– Le champ de conteneurs blancs s’étale sur 63 000 mètres carrés sur une colline inhabitée. Depuis les bateaux de plaisance qui pénètrent dans la baie de Lakki, dans le sud de Leros, on ne voit qu’eux. Ils forment le tout nouveau camp de réfugiés de 1 860 places, interdit d’accès au public, qui doit ouvrir ses portes d’ici à la rentrée sur cette île grecque de 8 000 habitants, qui compte aujourd’hui 75 demandeurs d’asile.

« Il sera doté de mini-supermarchés, restaurants, laveries, écoles, distributeurs d’argent, terrains de basket », détaille Filio Kyprizoglou, sa future directrice. Soit un « village, avec tous les services compris pour les demandeurs d’asile ! », s’emballe-t-elle.

Mais le « village » sera cerné de hauts murs, puis d’une route périphérique destinée aux patrouilles de police, elle aussi entourée d’un mur surplombé de barbelés. Depuis sa taverne sur le port de Lakki, Theodoros Kosmopoulou observe avec amertume cette « nouvelle prison », dont la construction a démarré en février, sur des terres appartenant à l’État grec.

Ce nouveau centre barricadé est l’un des cinq camps de réfugiés grecs en construction sur les îles à proximité de la Turquie et ayant connu des arrivées ces dernières années. Ces structures sont financées à hauteur de 276 millions d’euros par l’Union européenne (UE). Si celui de Leros est bien visible dans la baie de Lakki, les centres qui s’élèveront à Kos, Samos, Chios et Lesbos seront, eux, souvent isolés des villes.

Ces camps dits éphémères pourront héberger au total 15 000 demandeurs d’asile ou des personnes déboutées. Ils seront tous opérationnels à la fin de l’année, espère la Commission européenne. Celui de Samos, 3 600 places, sera ouvert cet été, suivi de Kos, 2 000 places, et Leros. L’appel d’offres pour la construction des camps de Chios (de 1 800 à 3 000 places) et Lesbos (5 000 places) a été publié en mai.

Si l’Europe les qualifie de « centres de premier accueil multifonctionnels », le ministère grec de l’immigration parle, lui, de « structures contrôlées fermées ». Elles doivent remplacer les anciens camps dits « hotspots », déjà présents sur ces îles, qui abritent maintenant 9 000 migrants. Souvent surpeuplés depuis leur création en 2016, ils sont décriés pour leurs conditions de vie indignes. Le traitement des demandes d’asile peut y prendre des mois.

Des compagnies privées pour gérer les camps ?

Dans ces nouveaux camps, les réfugiés auront une réponse à leur demande dans les cinq jours, assure le ministère grec de l’immigration. Les personnes déboutées seront détenues dans des parties fermées – seulement les hommes seuls - dans l’attente de leur renvoi.

Un membre d’une organisation d’aide internationale, qui s’exprime anonymement, craint que les procédures de demande d’asile ne soient « expédiées plus rapidement et qu’il y ait plus de rejets ». « Le gouvernement de droite est de plus en plus dur avec les réfugiés », estime-t-il. Athènes, qui compte aujourd’hui quelque 100 000 demandeurs d’asile (chiffre de mai 2021 donné par l’UNHCR), a en effet durci sa politique migratoire durant la pandémie.

La Grèce vient aussi d’élargir la liste des nationalités pouvant être renvoyées vers le pays voisin. La Turquie est désormais considérée comme un « pays sûr » pour les Syriens, Bangladais, Afghans, Somaliens et Pakistanais.

Pour la mise en œuvre de cette procédure d’asile, le gouvernement compte sur l’organisation et surtout la surveillance de ces camps, au regard des plans détaillés que Manos Logothetis, secrétaire général du ministère de l’immigration, déplie fièrement dans son bureau d’Athènes. Chaque centre, cerné de murs, sera divisé en zones compartimentées pour les mineurs non accompagnés, les familles, etc. Les demandeurs d’asile ne pourront circuler entre ces espaces séparés qu’avec une carte magnétique « d’identité ».

Je doute qu’une organisation de défense des droits humains ou de la société civile soit autorisée à témoigner de ce qui se passe dans ce nouveau camp

Celle-ci leur permettra également de sortir du camp, en journée uniquement, avertit Manos Logothetis : « S’ils reviennent après la tombée de la nuit, les réfugiés resteront à l’extérieur jusqu’au lendemain, dans un lieu prévu à cet effet. Ils devront justifier leur retard auprès des autorités du centre. » Les « autorités » présentes à l’ouverture seront l’UNHCR, les services de santé et de l’asile grec, Europol, l’OIM, Frontex et quelques ONG « bienvenues », affirme le secrétaire général - ce que réfutent les ONG, visiblement sous pression.

Le gouvernement souhaite néanmoins un changement dans la gestion des camps. « Dans d’autres États, cette fonction est à la charge de compagnies privées […]. Nous y songeons aussi. Dans certains camps grecs, tout a été sous le contrôle de l’OIM et de l’UNHCR […], critique Manos Logothetis. Nous pensons qu’il est temps qu’elles fassent un pas en arrière. Nous devrions diriger ces camps via une compagnie privée, sous l’égide du gouvernement. »

« Qui va venir dans ces centres ? »

À Leros, à des centaines de kilomètres au nord-ouest d’Athènes, ces propos inquiètent. « Je doute qu’une organisation de défense des droits humains ou de la société civile soit autorisée à témoigner de ce qui se passe dans ce nouveau camp, dit Catharina Kahane, cofondatrice de l’ONG autrichienne Echo100Plus. Nous n’avons jamais été invités à le visiter. Toutes les ONG enregistrées auprès du gouvernement précédent [de la gauche Syriza jusqu’en 2019 – ndlr] ont dû s’inscrire à nouveau auprès de la nouvelle administration [il y a deux ans - ndlr]. Très peu d’organisations ont réussi, beaucoup ont été rejetées. »

La municipalité de Leros s’interroge, pour sa part, sur la finalité de ce camp. Michael Kolias, maire sans étiquette de l’île, ne croit pas à son caractère « éphémère » vendu aux insulaires. « Les autorités détruisent la nature pour le construire ! », argumente celui-ci. La municipalité a déposé un recours auprès du Conseil d’État pour empêcher son ouverture.

Ce camp aux allures de centre de détention ravive également de douloureux souvenirs pour les riverains. Leros porte, en effet, le surnom de l’île des damnés. La profonde baie de Lakki a longtemps caché ceux que la Grèce ne voulait pas voir. Sous la junte (1967-1974), ses bâtiments d’architecture italienne sont devenus des prisons pour des milliers de communistes. D’autres édifices néoclassiques ont également été transformés en hôpital psychiatrique, critiqué pour ses mauvais traitements jusque dans les années 1980.

C’est d’ailleurs dans l’enceinte même de l’hôpital psychiatrique, qui compte toujours quelques patients, qu’a été construit un premier « hotspot » de réfugiés de 860 places, en 2016. Aujourd’hui, 75 demandeurs d’asile syriens et irakiens y sont parqués. Ils s’expriment peu, sous la surveillance permanente des policiers.

Il n’y a presque plus d’arrivées de migrants de la Turquie depuis deux ans. « Mais qui va donc venir occuper les 1 800 places du nouveau camp ?, interpelle le maire de Leros. Est-ce que les personnes dublinées rejetées d’autres pays de l’UE vont être placées ici ? » Le ministère de l’immigration assure que le nouveau camp n’abritera que les primo-arrivants des côtes turques. Il n’y aura aucun transfert d’une autre région ou pays dans ces centres des îles, dit-il.

La Turquie, voisin « ennemi »

Le gouvernement maintient que la capacité importante de ces nouveaux camps se justifie par la « menace permanente » d’arrivées massives de migrants de la Turquie, voisin « ennemi », comme le souligne le secrétaire général Manos Logothetis. « En Grèce, nous avons souffert, elle nous a attaqués en mars 2020 ! », lâche le responsable, en référence à l’annonce de l’ouverture de la frontière gréco-turque par le président turc Erdogan, qui avait alors entraîné l’arrivée de milliers de demandeurs d’asile aux portes de la Grèce.

Selon l’accord controversé UE-Turquie de 2016, Ankara doit, en échange de 6 milliards d’euros, réintégrer les déboutés de l’asile - pour lesquels la Turquie est jugée « pays sûr » - et empêcher les départs de migrants de ses côtes. « Elle ne collabore pas […]. Il faut utiliser tous les moyens possibles et légaux pour protéger le territoire national ! », avance Manos Logothetis.

Pour le gouvernement, cela passe apparemment par la fortification de sa frontière en vue de dissuader la venue de migrants, notamment dans le nord-est du pays. Deux canons sonores viennent d’être installés sur un nouveau mur en acier, le long de cette lisière terrestre gréco-turque.

De l’autre côté de cette barrière, la Turquie, qui compte près de quatre millions de réfugiés, n’accepte plus de retours de migrants de Grèce depuis le début de la pandémie. Elle aura « l’obligation de les reprendre », répète fermement Manos Logothetis. Auquel cas de nombreux réfugiés déboutés pourraient rester longtemps prisonniers des nouveaux « villages » de l’UE.

publié le 24 juin 2021

Éditorial. « À droite toute » sur les ondes

Par Cathy Dos Santos sur le site www.humanite.fr

La présence de Vincent Bolloré dans les murs d’Europe 1 fait souffler un vent de protestation inédit. Les salariés de cette radio emblématique craignent que leur micro ne se transforme en un mégaphone de propagande et de fake news dont l’unique finalité serait de continuer à façonner les esprits pour le pire. On les comprend. L’arrimage de la station à CNews, vitrine d’un prosélytisme fascisant, a déjà trouvé ses visages et ses voix : un ancien de Valeurs actuelles en la personne de Louis de Raguenel et, à la matinale, Dimitri Pavlenko, connu pour tendre la perche à Éric Zemmour sans opposer la moindre contradiction aux logorrhées de ce sinistre personnage.

Des journalistes sont rappelés à l’ordre, sanctionnés. Comme ce fut le cas à I-Télé avant l’enterrement de cette chaîne pour laisser place à CNews. Telle est la loi dans les monopoles médiatiques qui matraquent en continu une information uniformisée, repeinte en brun. Ces empires sont en train de tuer le pluralisme, le débat d’idées et les espaces d’expression démocratique. Nous ne sommes pas condamnés à supporter les torrents de boue et d’incitation à la haine que déversent désormais trop de médias. Il existe un cahier des charges entre le CSA et les chaînes de radio et de télévision : le matraquage d’idées toxiques peut donc être stoppé.

Certains nous rétorqueront que la liberté d’expression est intouchable. Le racisme éructé par les chroniqueurs de CNews et consorts n’a rien à voir avec le droit, les libertés, ni même avec les opinions : il constitue un délit au regard de la loi. Ne nous voilons pas la face. La refondation médiatique de ces deux dernières décennies a servi le virage « à droite toute » du paysage politique. Il faut mettre un terme à cette dérive, sauf à revivre cette terrible prophétie d’Albert Camus : « Faites attention, quand une démocratie est malade, le fascisme vient à son chevet mais ce n’est pas pour prendre de ses nouvelles. »


 


 

Médias. Face à Bolloré, silence radio du CSA et de l’État

Caroline Constant et Grégory Marin sur le site www.humanite.fr

Vincent Bolloré apparaît comme tout-puissant dans le paysage médiatique. Il existe pourtant des leviers que la puissance publique pourrait décider d’actionner pour empêcher les concentrations et garantir le pluralisme des idées.

Un grand magnat des médias fond sur sa proie, la dépèce, sans que la société, sidérée, n’ait le temps de réagir. Sommes-nous condamnés à voir se répéter indéfiniment cette scène macabre ? Car, c’est ce qui s’est passé en 2016, quand Vincent Bolloré, déjà, avait mis la main sur I-Télé. Chacun se souvient de la brutalité de cette séquence, de cette grève de trente et un jours achevée par une vague de départs, suivis ou choisis, d’une chaîne de télévision débaptisée pour donner naissance à CNews, où se déverse depuis la haine de Zemmour, Praud et consorts. Est-ce à cette sauce que vont être mangés les salariés d’Europe 1 ?

Mobilisés depuis vendredi, ils protestent contre le rapprochement éditorial entre leur station et CNews. Un rapprochement idéologique soutenu par une opération de terreur dans les couloirs, puisqu’un journaliste a été mis à pied en attente d’une sanction le 30 juin et plusieurs personnalités poussées vers la sortie. La grève a été levée mercredi après-midi, mais la question du devenir de ces salariés, et de la station, reste entière. Face aux appétits de Vincent Bolloré, Patrick Drahi ou autre Reworld Media, il existe pourtant des leviers d’action légaux.

« On pourrait carrément couper les fréquences »

Les salariés d’Europe 1 ont raison d’être inquiets. Pour David Assouline, vice-président de la commission des Affaires culturelles du Sénat, Vincent Bolloré a fait « un coup d’essai » en s’en prenant à I-Télé. « Il savait très bien qu’il y aurait conflit, ça lui permettait même de repérer un peu plus amplement qui va dégager.  À ce moment, certains hésitaient sur le réel projet de Bolloré : asseoir une puissance ? une direction ou une rédaction à sa botte ? » Aujourd’hui, son but est clair : fonder « un grand groupe de médias d’extrême droite », estime l’élu. Et « ce qui est le plus dangereux, en termes médiatiques, ce sont les valeurs antirépublicaines qu’il instille tous les jours », reprend le sénateur. Pierre Laurent, sénateur communiste de Paris, est tout aussi sévère sur le danger. Ce qui se joue, selon lui, « ce ne sont donc pas seulement des mouvements économiques, mais aussi des mouvements de quadrillage politique du paysage informationnel. Ces mouvements politiques correspondent en parallèle à une radicalisation d’une partie des forces de droite et des forces du capital » (1).

Quelles solutions, alors, face à cette situation ? Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pourrait être un levier. C’est d’ailleurs cette instance qui a condamné CNews à payer 200 000 euros d’amende à la suite des propos racistes de son éditorialiste vedette, Éric Zemmour. L’instance dispose par ailleurs d’un catalogue de sanctions importantes. Pour David Assouline, « on pourrait carrément couper les fréquences de ceux qui ne respectent pas le jeu démocratique. Le problème est structurel : il y a une convention entre le CSA et la chaîne ou la radio pour avoir le droit d’émettre. Les médias audiovisuels occupent des fréquences qui sont un bien public. Ces fréquences sont louées, en quelque sorte, à partir d’engagements établis dans une convention. Quand on lit bien la convention qui lie CNews au CSA, il est dit qu’il faut œuvrer à la concorde républicaine et aux valeurs antidiscriminatoires ». CNews dérape régulièrement ? On est loin d’un « manquement isolé, c’est donc un choix ». La sanction devrait pouvoir tomber, sans gradation. Idem pour Europe 1. « Il y a un changement de projet. Il faut donc que le CSA s’en mêle. Et s’il y a un changement éditorial, la clause de conscience des journalistes doit pouvoir s’effectuer. »

Droit d’opposition des journalistes

Mais le tempo de Bolloré, qui fait appliquer au pas de charge ses décisions, et le temps long du CSA sont-ils compatibles ? Emmanuel Vire, du SNJ-CGT, n’est guère confiant : « La grille de rentrée, avec les nouveaux acteurs dépêchés par CNews, est calée. » Pourtant, explique le journaliste, le CSA pourrait jouer un tout autre rôle, « intervenir en amont, sur les cahiers des charges des chaînes. Rien que sur l’égalité hommes-femmes, il n’intervient pas… L’organisme ne se donne pas les moyens parce que la puissance publique ne dit rien, sur ce sujet comme sur les autres, le pluralisme des idées par exemple ». Pierre Laurent reprend cette idée au vol : « On a mis en place des notions d’équité extrêmement vagues qui permettent de contourner déjà beaucoup les règles d’égalité de temps de parole. Mais là, on passe à autre chose. Parce que les chaînes militantes comme CNews s’affranchissent justement de toutes les règles et, pour le moment, dans une très grande impunité. » Pour lui, la question médiatique doit « devenir une question démocratique, dans un moment où il y a une telle crise politique et démocratique, le débat politique et le débat législatif devraient se saisir à nouveau de la question du pluralisme de l’information. » David Assouline note, en défense du CSA, que la garantie démocratique exige, comme dans un procès, d’avoir du temps. Pour autant, dit-il, « il faut permettre que les menaces lourdes s’exercent. Certains pensaient que taper au portefeuille aurait un écho. Mais ce n’est pas assez. Ce qui compte pour Bolloré, c’est le projet politique, et il a sans doute déjà intégré des amendes. » Il faut donc taper autrement. Sur le droit d’émettre, donc, ou d’acquisition de nouveaux médias.

Les médias français sont-ils tous destinés à finir dans les mains de milliardaires ? Emmanuel Poupard, secrétaire général du Syndicat national des journalistes, avoue sa colère : « En tant que journalistes, on a une liberté et des droits individuels, statut et convention collective, carte de presse, etc. Mais ce n’est pas suffisant. Nous demandons l’indépendance juridique des équipes rédactionnelles, c’est-à-dire un droit d’opposition collectif aux décisions de l’actionnaire majoritaire. » Il rappelle que la sénatrice Nathalie Goulet avait déposé, en 2014, une proposition de loi en ce sens, prévoyant notamment la suspension des aides publiques en cas d’entrave au bon fonctionnement de la rédaction. Elle n’a jamais été examinée.

Un débat législatif et citoyen pour un vrai contre-pouvoir

« Certes, il s’agit d’une entreprise privée, mais il n’y a pas de condamnation de la concentration. Le gouvernement ne l’a fait ni pour Prisma, ni pour Europe 1. Bolloré va devenir tout puissant, ça doit interroger notre démocratie, le législateur, la ministre de la Culture, le premier ministre, le président… » s’agace le syndicaliste. Même ton chez Emmanuel Vire, du SNJ-CGT, qui plaide pour un renforcement des lois anticoncentration : « Jusqu’où l’État subventionnera-t-il des médias détenus par des milliardaires ? Roselyne Bachelot ne réagit pas quand on lui demande d’intervenir sur cette question, parce qu’elle n’est pas d’accord. »

La sanction, d’un côté, le débat législatif et citoyen, de l’autre. À la clef, une possibilité de contre-pouvoir, que pointe Pierre Laurent : « La condition des journalistes, de leur travail, du respect des règles déontologiques doit aussi redevenir un sujet de mobilisation de la profession, en dialogue avec les citoyens. On aurait besoin d’états généraux citoyens et professionnels du pluralisme de l’information. Parce que, sinon, la dégradation du débat politique, sa violence, va malmener beaucoup de médias et de journalistes. » Dans les médias indépendants, bien sûr. Et dans le service public, aussi, dont David Assouline regrette qu’il soit « asséché ». Les leviers existent pour garantir leurs droits aux rédactions, le premier étant de pouvoir informer le public sans contrainte. Pour les actionner, encore faut-il avoir confiance en la puissance publique. Et la volonté de ne pas laisser un Vincent Bolloré, au nom de sa fortune, décider de repeindre en brun un des piliers de la démocratie…

(1) Les entretiens de David Assouline et Pierre Laurent sont à retrouver sur l’Humanité.fr

Motion de défiance

Les salariés d’Europe 1 ont voté, mardi 22 juin, une motion de défiance en assemblée générale contre Donat Vidal-Revel, le directeur de l’information. Pour eux, « tordre les faits, proposer des faits alternatifs, ce n’est pas l’esprit d’Europe 1. La grande tradition de rigueur, de mesure, d’indépendance intellectuelle de notre radio mérite mieux. Nos auditeurs aussi ». Ils dénoncent « plusieurs cas de burn-out », des « mensonges » sur le rapprochement avec CNews, et l’arrivée d’un transfuge de Valeurs actuelles à la tête du service politique. Enfin, estiment les salariés, Donat Vidal-Revel « porte la responsabilité des changements incessants de la ligne éditoriale et de leurs échecs successifs ».


 


 

publié le 23 juin 2021

 

L’État à nouveau condamné pour contrôle au faciès

sur le site www.cgt.fr

En mars 2017, trois lycéens étaient contrôlés par des policiers alors qu'ils rentraient de sortie scolaire. La cour d'appel vient de condamner l'Etat pour faute lourde suite à ce contrôle discriminatoire.

Le 1er mars 2017, la classe de Ilyas, Mamadou et Zakaria rentre d'un voyage scolaire à Bruxelles.

Arrivés à Paris, en descendant du train à la gare du Nord, les trois lycéens subissent deux contrôles d'identité. La classe comprend cinq garçons, les trois seuls à être contrôlés sont ceux qui ont la peau la plus foncée.

Zakaria et Mamadou doivent ouvrir leurs valises à la vue de tous.

La situation est « très humiliante », se rappelle Elise Boscherel, leur professeure qui les accompagne. Elle tente à plusieurs reprises d'intervenir sans être écoutée par les policiers. Lorsque ceux-ci haussent le ton, les élèves se mettent devant leur professeure, enceinte, pour la protéger.
Ils lui diront par la suite que ces contrôles font tellement partie de leur quotidien, qu'ils ne se rendent parfois même plus compte qu'ils ne devraient pas avoir lieu. Ce jour-là, ce qui les choque, c'est de voir les policiers manquer de respect à leur professeure.

Elise Boscherel met finalement un terme au contrôle en demandant à ses élèves de la suivre. Très choquée, elle se rend au commissariat mais les policiers lui répondent qu'« il est hors de question qu'on prenne une plainte contre nos collègues. »
Elle entre en contact avec l'avocat Slim Ben Achour, qui a obtenu en 2016 la seule condamnation de l’Etat dans une affaire de contrôle au faciès. Les trois élèves sont d'accord pour porter plainte.

En première instance, le tribunal déboute les trois lycéens, estimant que le contrôle n'était pas discriminatoire dans la mesure où tous les élèves de la classe étaient issus de « minorités visibles ».

La cour d'appel, elle, a « jaugé l’échantillon contrôlé non pas par rapport à l’effectif de la classe entière, mais par rapport à l’ensemble de la population qui, descendant du train, se trouvait sur le quai et n’a pas été contrôlée ». Elle a donc considéré qu'il y avait « dans le ciblage de ces trois garçons un indice suffisant d’une sélection fondée sur leurs seules caractéristiques physiques ».

La CGT salue cette décision de justice.

« En tant que syndicat, on s'est toujours battu contre le racisme, on condamne ces contrôles au faciès où qu'ils se passent. » commente Céline Verzeletti, secrétaire confédérale, avant de préciser « Les policiers sont censés être là pour protéger la population, pas être coupables de discrimination envers les jeunes ! »

Elle rappelle la première condamnation de l'Etat en 2016 : « c'est ce qui nous a permis de dire, à la CGT, qu'on était face à un racisme systémique, qui n'est pas le fait de quelques personnes isolées. Ces contrôles au faciès sont une déclinaison du racisme d'Etat. »

Suite à cette condamnation, l'Etat aurait dû prendre des mesures telles que la remise d'une preuve à l'issue du contrôle ainsi que des possibilités de recours simples et efficaces pour les personnes contrôlées. Ce n'est toujours pas le cas. Amnesty International et cinq autres ONG ont lancé une action de groupe en janvier 2021, mettant l'Etat en demeure d'agir.

publié le 23 juin 2021

Les couleurs perdues de Gérard Fromanger

Maurice Ulrich sur le site www.humanite.fr

Grande figure de ce que l’on a appelé la Figuration narrative attachée pour beaucoup aux aspirations révolutionnaires et critiques il est décédé à 81 ans.

La dernière grande exposition qui lui avait été consacrée était à Landerneau, au fonds Hélène et Edouard Leclerc en 2012. Elle redonnait au propre comme au figuré ses couleurs à l’une des grandes figures de ce que l’on a appelé dans les années soixante La figuration narrative, en démontrant en même que son œuvre, loin s’en faut, ne se limitait pas à cette même décennie avec le grand tournant de mai 68, où il avait été l’un des créateurs et animateurs de l’atelier populaire des Beaux-arts de Paris, voué à l’expression contestataire de l’époque. Il y réalise entre autres une série de vingt sérigraphies intitulées Le rouge, prolongées par un film avec Jean-Luc Godart, Rouge, puis un autre avec Marin Karmitz deux ans plus tard.

Mort vendredi, Gérard Fromanger avait 81 ans. Né à Pontchartrain, dans les Yvelines il travaille dès ses vingt ans, après un bref passage aux beaux-arts, dans l’atelier du sculpteur César. Il se lie avec ceux qui vont devenir les figures importantes de l’époque et de cette nouvelle figuration qui va réagir à l’abstraction dite lyrique de l’école de Paris, aussi bien qu’au Nouveau réalisme. Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo, puis Erro, Monory, Adami… En 1965, Jacques Prévert préface son travail, influencé pour partie par Giacometti dont il a également fait la connaissance, des portraits, le plus souvent dans des dominantes de gris. Il passe à la couleur avec cinq portraits de Gérard Philippe dans Le prince de Hombourg mais c’est bien à partir de mai 68 qu’il va développer son univers de silhouettes en rouge dans les rues de Paris, comme en rendant les passants anonymes dans la grande machine uniformisante de la politique et de la consommation. La figuration narrative n’est pas un retour au réalisme de la représentation. Elle entend être un récit, remettant en cause de manière formelle et conceptuelle les représentations et l’idéologie dominantes.

Fromanger, comme Rancillac, mais aussi d’autres comme Cueco, le groupe des Malassis, vont se situer du côté des aspirations révolutionnaires de l’époque, souvent et non sans illusions du côté de la chine de Mao. Mais ce qui fait leur force c’est l’invention plastique sans laquelle elle ne serait que discours. De ce point de vue, Fromanger fut sans aucun doute l’un des plus novateurs. Ses portraits de Foucault, Prévert, Sartre dans les années soixante-dix, comme sa série Tout est allumé font date en mêlant précisément les jeux abstraits de la forme et de la couleur au réalisme quasi photographique des figures. Dans les années 2000, il réinvente ses silhouettes colorées sur des fonds noirs et joue de la couleur « dans tous ses états » dit-il avec des drapeaux et des noms de pays. En 2008, une rétrospective au centre Pompidou avait remis en avant son œuvre et rendu justice du même coup à la figuration narrative occultée dans les années quatre-vingt dix. On garde le souvenir d’un homme souriant et affable. Gérard Fromanger était un grand peintre.

publié le 22 juin 2021

Assurance chômage : la réforme
semi-enterrée par le Conseil d’État

Stéphane Ortega sur le site rapportsdeforce.fr

Le 21 mai dernier, sept organisations syndicales de salariés attaquaient devant le Conseil d’État le décret du 30 mars 2021 sur l’assurance chômage. Principale cible des syndicats : la modification du salaire journalier de référence servant au calcul des allocations. Selon une étude de l’Unédic, celui-ci pourrait entraîner à parcours équivalent des écarts d’indemnisation de 1 à 47. Et une baisse des allocations pour 1,15 million de chômeurs.

 

C’est un nouveau revers pour le gouvernement : le Conseil d’État a suspendu ce mardi 22 juin plusieurs articles de son décret du 30 mars 2021 sur la réforme de l’assurance chômage. En l’occurrence, ceux fixant au 1er juillet, la mise en place du nouveau mode de calcul du salaire journalier de référence (SJR) qui sert au calcul du montant des allocations.

La confiance affichée par l’exécutif sur un retour rapide à une situation économique normale, permettant à ses yeux de raboter les allocations pour inciter les chômeurs à travailler, n’a pas convaincu la haute autorité administrative. Pas plus que les arguments du ministère du Travail faisant porter une partie de la responsabilité de l’explosion des contrats courts, coûteux pour l’assurance chômage, aux demandeurs d’emploi, transformés par le gouvernement en stratèges du chômage. Sur ce point, le Conseil d’État n’a pas manqué de pointer une contradiction manifeste avec l’entrée en vigueur, seulement fin 2022, du bonus-malus pour les entreprises abusant des contrats de moins d’un mois.

Mais si le Conseil d’État considère qu’il n’y a pas « d’éléments suffisants permettant de considérer que les conditions du marché du travail sont à ce jour réunies pour atteindre l’objectif d’intérêt général poursuivi », il a plutôt ménagé le gouvernement sur son appréciation des écarts induits par la réforme entre les demandeurs d’emploi. À ce stade de l’instruction, il n’a pas mis en avant d’éléments d’illégalité, contrairement au mois de novembre 2020. Une façon pour l’heure de ne pas trop charger la barque en attendant un jugement plus complet sur le fond ? 

Une réforme exclusivement régressive

 Initialement, la réforme devait s’appliquer en deux temps. Le premier en novembre 2019, avec un allongement de la durée de travail nécessaire à l’ouverture de droits au chômage. De quatre mois sur 28 mois à six mois sur 24 mois. De même pour le rechargement des droits : de 1 mois à quatre mois travaillés. En prime, les cadres aux plus hauts revenus voient le retour de la dégressivité des allocations. Le second temps en avril 2020, avec un changement du mode de calcul du salaire journalier de référence qui sert au calcul du montant des allocations des demandeurs d’emploi.

Mais le Covid-19 est passé par là. Le premier volet a été allégé pour rendre moins insoutenable la crise sanitaire et une mise à arrêt de l’économie qui a enregistré un recul du PIB 9 % en 2020. Une contraction de l’activité rendant illusoire la recherche d’emploi. Le second volet a lui été repoussé de trois mois en trois mois. Mais entre temps, le Conseil d’État saisi un an plus tôt par plusieurs organisations syndicales rendait une décision défavorable au gouvernement le 25 novembre 2020.

« Le montant du salaire journalier de référence peut désormais, pour un même nombre d’heures de travail, varier du simple au quadruple en fonction de la répartition des périodes d’emploi au cours de la période de référence […] une différence de traitement manifestement disproportionnée au regard du motif d’intérêt général poursuivi », taclait le Conseil d’État fin novembre 2020 en annulant plusieurs points de la réforme. Le gouvernement a donc été contraint de revoir sa copie. Ainsi, nouveau round de discussion et nouveau décret le 30 mars qui tente de corriger un peu les effets du nouveau mode de calcul du SJR.

Mais nouvelle volée de bois vert. L’Unédic contredit d’abord les chiffres du gouvernement. Le gestionnaire de l’assurance chômage avance le chiffre de 1,15 million de chômeurs avec des allocations réduites comme conséquence de la réforme, au lieu de 800 000 avancés par le gouvernement. Des chiffres contestés par l’exécutif qui s’est pourtant bien gardé de présenter une étude d’impact, affaiblissant ainsi sa tentative de contre-feu. Puis le journal Les Échos révèle que le gouvernement a oublié de prendre en compte les congés maternité, les arrêts maladie ou l’activité partielle, alors qu’il avait été alerté sur ce point plusieurs mois plus tôt.

Du coup : premier projet de correction fourni en mai aux partenaires sociaux. Mais de nouveau étrillé par l’Unédic qui considère qu’il est fragile juridiquement en présentant un risque d’illégalité au regard du Code du travail. Le cabinet d’Élisabeth Borne attendra le 8 juin, trois semaines avant la date officielle de mise en route de la réforme etdeux jours avant l’audience au Conseil d’État, pour produireau journal officiel un correctif sur le décret du 30 mars.

Cependant, la copie du gouvernement ne convainc pas la juge du Conseil d’État lors de l’audience du 10 juin examinant les recours des syndicats. Celle-ci a longuement interrogé le représentant du ministère du Travail sans obtenir toutes les réponses attendues. À tel point que la juge a demandé des éléments supplémentaires par écrits sur trois points : « la pertinence et la possibilité d’atteindre les objectifs du document de cadrage dans le contexte actuel, l’ampleur des différences de traitement susceptibles d’apparaître entre salariés en activité réduite » et « la situation particulière des guides conférenciers », dont l’association professionnelle a déposé son propre recours.

Ceux-ci ont été fournis par le cabinet d’Élisabeth Borne mardi. Mais manifestement sans totalement convaincre.

Quel avenir pour la réforme de l’assurance chômage

 Le cœur de la réforme, à savoir le nouveau mode de calcul du SJR, est suspendu. Les autres éléments ne doivent s’appliquer que plus tard, après un « retour à meilleure fortune ». C’est à dire une fois que le nombre de demandeurs d’emploi baisse et le nombre d’embauches augmente sur une période de six mois. Soit pas avant la fin de l’année. Maintenant, le Conseil d’État qui a statué en urgence doit se déterminer sur le fond. Peut-être à l’automne, peut-être début 2022.

Une nouvelle partie relativement incertaine se jouera alors. En effet, dans sa décision d’aujourd’hui en procédure d’urgence, le Conseil d’État n’a pas étrillé le gouvernement sur la disproportion des écarts d’allocations entre chômeurs aux parcours équivalents. Pour autant, la partie ne sera pas simple à jouer pour l’exécutif. Outre qu’elle se situera en pleine campagne électorale de la présidentielle, elle pourrait être rendue caduque par l’ouverture de négociations en fin d’année sur la nouvelle convention de l’assurance chômage en 2022, venant remplacer celle de 2017.

Si ce n’est pas déjà un enterrement, pour les demandeurs d’emploi, c’est déjà un répit supplémentaire.

publié le 21 juin 2021

Pont-Scorff (56). Les fondeurs de Caudan portent plainte contre Renault et brûlent leur carte d’électeur

 

 

Sur le site www.breizh-info.com

 

 

Les délégués syndicaux ont rencontré mercredi la direction du site des Fonderies de Bretagne de Caudan, à la chambre de commerce de Lorient, pour négocier un accord de fin du conflit, entamé le 27 avril. Ces derniers ont rejeté mercredi les propositions de Renault pour « mettre fin au conflit » contre la vente de l’usine de Caudan (Morbihan), entamé il y a plus de sept semaines, jugeant les propositions inacceptables (uniquement sur le court terme, c’est à dire 2021, aucune garantie pour la suite).

 

Puis jeudi 17 juin, à la gendarmerie de Pont-Scorff (56), les salariés grévistes de la Fonderie de Bretagne sont venus déposer plainte contre Renault pour « harcèlement moral ». Symboliquement, ils ont ensuite brûlé leur carte d’électeur, pour dénoncer « l’impuissance des politiques ».

publié le 21 juin 2021

Abstention : 50 ans de montée vers les sommets

Par Camille Renard sur me site www.franceculture.fr de juin 2017

c'est un article ancien mais qui peut nous aider à réfléchir au vu de l'abstention massive de ce week-end (1° tour des Départementales et Régionales 2021)

Avec 51,29% d'abstention au premier tour et plus de 57% au second, les législatives de 2017 battent tous les records. Le silence des urnes retentit de plus en plus fort à chaque élection. Voici une comparaison historique des évolutions du "plus grand parti de France", en cartes et graphiques.

C'est un chiffre très symbolique : l'abstention a dépassé les 50% pour le premier tour des élections législatives : 51,29% selon les résultats définitifs. Plus d'un électeur sur deux a renoncé à se rendre aux urnes, le plus fort taux depuis 1958 et le début de la Ve République. En 2012, l'abstention, déjà élevée, avait atteint 42,78%. Et au second tour, ce dimanche 18 juin, l'abstention est encore plus forte: 57,36% selon les résultats officiels du ministère de l'Intérieur.

Symptôme d'une crise de la représentation démocratique, le retrait de la décision électorale est un mouvement de fond de long terme. Les abstentionnistes ne forment pourtant pas un bloc homogène d’électeurs restés en dehors de l’isoloir : indifférence globale, désintérêt ponctuel, rejet ostentatoire, acte militant... les raisons du silence sont nombreuses, et varient selon le type d'élection, et sur la durée. Voici quatre cartes et graphiques, pour mieux comprendre l'évolution et les ruptures de l'abstention depuis le début de la Ve République, mais aussi ses constantes, sociales et géographiques.

Qu'elles soient législatives, présidentielles, municipales, européennes, régionales ou cantonales, les élections voient leur participation chuter depuis la fin des années 1980. Même lors des élections municipales, symboles d'une proximité avec les problèmes publics, le silence des urnes devient assourdissant : aux municipales de 1989, l’abstention passe à 27% au premier tour. Fin de la Guerre froide, alternances politiques, poursuite de l’intégration communautaire avec Maastricht, la fin des années 1980 est un moment charnière d'entrée en crise des démocraties européennes. Anne Muxel, politologue au CNRS, avance ces données dans une note du Cevipof consacrée à l'abstention lors d'élections municipales : au début de la Ve République, on se situait à un quart d'abstention (entre 20 et 25%), à un tiers dans les années 1990 (30 - 33 %), et à près de la moitié aujourd'hui (quatre électeurs sur dix dans les années 2010).

 

Comme le montre ce graphique, l'augmentation de l'abstention n'est pas linéaire dans le temps. La participation est volatile et dépend du type d'élection, du mode de scrutin, de l'incarnation de l'enjeu, d'un débat sur des questions décisionnelles. Les élections présidentielles sont toujours plus suivies, car le scrutin majoritaire à deux tours favorise le choix clair du "chef". Les élections européennes, elles, perçues comme abstraites, battent les records d'abstention, avec 6 électeurs sur 10 mobilisés en 2009. Les variations entre types d'élections s'expliquent aussi par l'instrumentalisation des élections intermédiaires comme sanction de la majorité en exercice.

Pour les législatives : l'inversion du calendrier électoral

Dans le cas particulier des législatives, cette chute de la participation se renforce d’une logique institutionnelle : lorsque les législatives suivent juste l'élection présidentielle, soit parce que le Président dissout l'Assemblée comme en 1981 ou en 1988, soit depuis 2002 parce que le calendrier électoral s'inverse suite au passage au quinquennat, la participation baisse par rapport à la présidentielle. En 1974 et en 1995, la différence entre l'abstention à la présidentielle et celle des législatives passe sous les 10 points. Alors que pour toutes les autres élections où la législative suit de près la présidentielle, le différentiel dépasse largement les 10 points d'écart (plus de 15 points en 1988 : 16,5% d'abstention à la présidentielle, contre 32,2 % à la législative ; près de 24 points en 2007 : 16 % à la présidentielle puis 39,9% à la législative).


 

Ce qui ne change pas : les constantes sociologique et géographiques

A l'intérieur de cette évolution sur le long terme, certains invariants sont structurels : les profils sociodémographiques et la géographie électorale de l'abstention. L’abstention est traditionnellement plus importante dans le Nord de la France, même si au fil des élections elle gagne du terrain, tout particulièrement dans l’Ouest et le Nord-Est. Elle est aussi nettement plus marquée dans les zones urbaines que dans les zones rurales. Dans les communes de plus de 1000 habitants, l'abstention s’élève à 38,8 % au second tour des municipales de 2014, alors qu’elle n’atteint que 26,9 % dans les communes de moins de 1000 habitants.

Les paramètres sociodémographiques, liés aux conditions d’insertion sociale et économique, sont également constants : les jeunes, qui ont un comportement électoral de plus en plus intermittent, comme le souligne le politologue Vincent Tiberj dans La Grande Table, et les classes populaires votent moins. Si les milieux populaires constituent une majorité sociale, c'est paradoxalement de plus en plus une minorité électorale. "Dans la région parisienne, la courbe de participation épouse celle des prix au mètre carré", précise Céline Braconnier dans son essai de sociologie électorale La démocratie de l'abstention (Gallimard, 2007). Pour ne s'en tenir qu'à Paris intra-muros, les très huppés Ve, VIe et VIIe arrondissements voient régulièrement la participation culminer à des niveaux exceptionnels, tandis qu'elle atteint son minimum parisien dans les plus populaires XVIIIe, XIX et XXe arrondissements. Les catégories socioprofessionnelles supérieures des quartiers privilégiés, disposant d'un niveau d'études et de diplôme plus élevé que la moyenne, se trouvent ainsi surreprésentés dans les urnes. A l'inverse, c'est, par la conjonction de ces facteurs, parmi l'électorat populaire du Front national (FN) qu'on trouve le plus d'abstentionnistes.

L'abstention n'est pas le seul symptôme de la crise démocratique

Pour se faire une idée plus précise du déficit de représentativité des élections, il faut ajouter les non-inscrits à cette abstention, qui est, elle, calculée à partir du nombre d'inscrits sur les listes électorales. Parmi les individus pouvant voter, c'est à dire majeurs, de nationalité française, et pouvant jouir de ses droits civils et politiques, en 2012, ils étaient 3,5 millions à n'être même pas inscrits sur les listes électorales. Ceux-là ne sont pas comptés parmi les abstentionnistes.

L'augmentation constante de l'abstention au fil de la Ve République modifie l'analyse de sa nature : elle ne peut plus être considérée comme une seule apathie ou indifférence, mais bien comme une sanction politique. La prise en compte du vote blanc peut constituer une réponse, mais non suffisante. Difficile pourtant de prêter l'oreille à ce silence des urnes quand cette diffusion s'accompagne d'une banalisation du phénomène dans le débat public.

publié le 20 juin 2021

Voter, ça compte ! L'éditorial de l'Humanité-Dimanche par Patrick Le Hyaric

Patrick Le Hyaric sur le site www.humanite.fr

Dimanche, chacune, chacun pourra, avec son bulletin de vote, peser sur l’avenir de son département, de sa région comme sur celui du pays. S’abstenir reviendrait pour tout homme ou femme de progrès à conforter le pouvoir patronal et la droite extrémisée, qui ont considérablement raffermi leurs positions pendant la pandémie.

Ces élections départementales et régionales seront les premières expressions démocratiques après une année éprouvante pour l’ensemble des Français. Une année désas­treuse pour le débat public, alors qu’écrans et réseaux sociaux, et souvent les silences inquiétants, ont remplacé la discussion vivante et le débat contradictoire qui font le sel de la vie démocratique.

Un tel contexte n’est guère propice à la participation électorale, ni aux discussions de fond sur les politiques régionales et départementales qui déterminent pourtant, pour beaucoup, la vie quotidienne de nos concitoyens. Et nombre de celles et ceux qui sont décidés à aller voter pourraient le faire pour conforter des dynamiques politiques qui se retourneraient contre elles et eux. L’ambiance de banalisation de l’extrême droite n’a strictement rien à voir avec les compétences de ces collectivités, la vie des territoires ou le renforcement de la République sociale, mais tout à voir avec la recomposition politique visant à préparer le second tour de l’élection présidentielle entre le pouvoir droitisé et l’extrême droite.

Un score important de celle-ci, outre qu’il signerait un pas supplémentaire dans le basculement du pays vers la pire des réactions, ferait écran aux enjeux sociaux, de santé, de solidarité, d’emploi, d’égalité sociale et territoriale qui sont par ailleurs plébiscités par les Français. Ces élections sont pourtant la première occasion de dire haut et fort à ceux qui nous gouvernent aujourd’hui ce à quoi doit ressembler la France de l’après-Covid. Les puissances d’argent ont déjà leur petite idée sur la question et veulent éviter tout débat, et encore plus toute mobilisation sur les enjeux d’avenir.

Voulons-nous des régions branchées sur les politiques libérales promues par l’Union européenne, ou des régions qui conditionnent l’argent public à la création d’emplois, à la réindustrialisation, au développement écologique et à la vie des territoires ? Des régions et des départements qui financent le logement pour tous, ou qui divisent par trois les crédits du logement social et organisent la promotion immobilière comme s’y emploie la droite en Île-de-France ? Des départements qui assurent le développement des services publics, des politiques de santé publique contre les déserts médicaux, ou qui sont laissés à la merci de métropoles qui vampirisent en leurs centres les moyens et les capitaux ? Voulons-nous enfin perpétuer les délégations de service public aux appétits privés ou renforcer considérablement des services pour tous, modernisés, dans la santé, la petite enfance, les transports ?

Se rendre aux urnes ce dimanche est d’autant plus important que les scores de l’extrême droite sont prédits très hauts. Nul doute que, si elle parvient à ses fins dans quelques régions, elle se fondra dans le moule des gestions libérales en poussant à fond les politiques antisociales et discriminatoires qu’elle envisage pour le pays, contre le logement social, contre la culture, contre la solidarité, contre les étrangers vivant et travaillant sur notre sol et leurs enfants, quitte à créer les conditions d’une guerre civile.

Dans un paysage politique sinistré, des listes d’union de forces de gauche comprenant des candidats communistes se sont formées partout sur le territoire. Elles sont des garanties pour peser sur les exécutifs régionaux et départementaux, résister ou animer des politiques de progrès et préparer la résistance à la politique gouvernementale comme à l’influence des droites extrémisées. Porter ses suffrages sur l’une de ces listes ou l’une de ces candidatures est vital pour chacun comme pour tous, pour sa vie, celle de ses enfants, comme pour celle du pays. 

publié le 20 juin 2021

Ikéa condamné définitivement

Sur le site www.cgt.fr

Après plus de 8 ans de procédures judiciaires, l’affaire dite « Ikéa » arrive à son terme. Elle fait suite à un combat mené depuis très longtemps par les salarié.e.s et notamment les militant.e.s syndicaux exerçant dans les enseignes Ikea.

Plus d’une dizaine de personnes, directeurs et PDG d’Ikéa, fonctionnaires de Police ainsi que l’enseigne Ikéa France, se sont retrouvés devant la juge pendant plusieurs jours, du 22 mars au  2 avril derniers. Ils et elles ont dû rendre compte de leur participation à un système de surveillance généralisé illégal du personnel, à de la discrimination à l’embauche systématique, à l’obtention de données personnelles de manière illégale.

Le délibéré a été rendu ce jour, mardi 15 juin 2021, au tribunal judiciaire de Versailles.

La condamnation est sans appel : l’enseigne Ikéa est reconnue responsable et coupable des faits de collectes personnelles illégales. Elle devra payer 1 million d’euros d’amendes et des centaines de milliers d’euros aux parties civiles.
La plupart des dirigeant.e.s et cadres dirigeants ont écopé de condamnation de prisons avec sursis avec des amendes allant de 5 000 euros à 50 000 euros.
Pour rappel, les faits sont gravissimes : recherche d’antécédents judiciaires par des procédés illégaux, surveillance de comptes en banque, enquête sur le train de vie, faux salarié.e.s  engagés par Ikéa pour surveiller les salarié.e.s et notamment les syndicalistes…. des faits illicites commis au moins depuis 2000 et ayant été révélés en 2012 à la justice par des syndicalistes, mis en lumière par des journalistes.

Ikéa est une enseigne qui a toujours soigné son image et qui a toujours souhaité afficher une éthique sociale qui n’est que façade et simulacre. Les millions d’euros investis pour surveiller et empêcher toutes contestations et organisations des salarié.e.s n’auront pas suffi à bâillonner les militant.e.s qui lutteront, quoi qu’il en coûte, avec courage et détermination.
Les luttes et les grèves historiques de 2012 pour des revendications notamment salariales ont été une étape essentielle pour mettre à jour les agissements d’Ikéa.

La CGT avec différentes de ses composantes, parties civiles dans ce procès, auront eu à cœur de dénoncer lors du procès le terrible préjudice qu’ont pu subir les syndicalistes et les salarié.e.s de cette enseigne. Au-delà de l’irrespect total de la vie privée des personnes, de nombreux droits individuels et collectifs ont été bafoués, piétinés, réduisant les salarié.e.s à de simples machines exploitables à souhait. Certains auront été licenciés voire condamnés pour harcèlement sans jamais être rétablis dans leurs droits.
Si les peines et amendes sont légères au regard des préjudices, nous pouvons nous féliciter de cette première condamnation d’une multinationale pour de tels faits.

La CGT continuera d’être aux côtés de celles et ceux qui bataillent au quotidien pour exercer leur profession dans des conditions dignes, pour bénéficier des droits élémentaires comme celui de la protection de la vie privée, de la liberté d’exercer une activité syndicale et du droit de s’organiser et de lutter collectivement.

Montreuil, le 15 juin 2021

 

publié le 18 juin 2021

Sébastien Jumel : « Il faut donner du souffle à gauche, rallumer l’espoir »

Florent LE DU sur la site www.humanite.fr

À la tête d’une liste PCF-FI-PRG et d’un projet tourné vers les services publics et le renouveau industriel, Sébastien Jumel promet d’être la surprise de ces élections en Normandie. Entretien.

Sébastien Jumel rêve de créer la surprise en Normandie et de devenir le premier communiste à diriger la région. L’affaire ne sera pas aisée : avant d’espérer battre le président sortant Hervé Morin (les Centristes, soutenu par LR), grand favori, et le RN de Nicolas Bay, le député dieppois va devoir mobiliser davantage que la liste PS-EELV de Mélanie Boulanger avant d’envisager une fusion. Crédité de 10 % dans les derniers sondages, contre 16 % pour la socialiste, l’élu PCF pense néanmoins que son projet, axé notamment sur le renforcement des services publics de proximité, va convaincre le peuple de gauche.

Malgré les restrictions sanitaires, vous avez été très présent sur le terrain ces dernières semaines pour mobiliser autour de votre candidature. Quel bilan tirez-vous de cette campagne particulière ?

Sébastien Jumel Cette campagne a été pour moi un tour de Normandie à la Jules Verne à la rencontre des entreprises, des salariés, des agriculteurs, des pêcheurs, des maires ruraux, de la Normandie dans sa diversité. C’est une campagne que je qualifierais de « déconfinée », avec l’idée de déconfiner la démocratie, en faisant des réunions publiques presque tous les soirs. Nous sommes dans une belle dynamique, ça se voit aussi dans les sondages, qui évoluent dans le bon sens et montrent que nous avons pour le second tour une capacité de rassemblement supérieure à celle du PS, avec 31 % au lieu de 26. Les retours sur notre programme sont aussi très bons, avec des thématiques de campagne qui correspondent aux préoccupations des Normands.

Lesquelles ?

Sébastien Jumel Nous avons notamment placé la santé au cœur des priorités, alors qu’un plan de rattrapage pour nos hôpitaux publics est nécessaire, pour corriger le déficit de moyens humains en particulier. Nous voulons aussi recruter 200 médecins salariés pour combler les déserts médicaux, augmenter de 50 % les places en formation pour les aides-soignants et infirmiers, quand Hervé Morin a supprimé six instituts ou écoles. L’objectif sur la formation, c’est aussi de développer l’offre d’enseignement supérieur à partir du réseau des villes moyennes, qui est un moyen de lutter contre le renoncement à la poursuite d’études.

Sur la formation, comme sur l’emploi ou le ferroviaire, c’est une vision propre de l’aménagement du territoire, moins tournée vers les grandes villes qu’actuellement, qui a dicté votre programme ?

Sébastien Jumel Oui, ce que je souhaite mettre en place, c’est une région qui prend soin, dans laquelle chaque vie compte, chaque territoire compte. Le conseil régional doit être au service d’un réaménagement qui considère la ruralité vivante, avec un meilleur maillage concernant l’accès aux soins, aux formations. La crise sanitaire a révélé le besoin de proximité, le besoin d’avoir des services publics humanisés, notamment dans les milieux ruraux. Hervé Morin a fermé seize guichets de gare, 300 postes de cheminots et renoncé à développer ce que j’appelle les lignes de vie, ces lignes du quotidien nécessaires pour aller bosser, se soigner, se former, respirer la mer… Une région qui prend soin, c’est aussi une région qui parie sur la jeunesse. On propose la gratuité des transports pour les moins de 26 ans, la mise en place d’une allocation d’autonomie jeunesse, d’agir sur les problématiques de logement, d’accès aux stages, aux formations.

Un des points de désaccord ayant empêché un rassemblement avec le PS et EELV concerne l’industrie, quel est votre projet dans ce domaine ?

Sébastien Jumel Ce qu’a aussi révélé la crise, et la Normandie n’y a pas échappé, c’est notre incapacité à produire des masques, des tests, des respirateurs ou même un vaccin. Alors que depuis une dizaine d’années 13 500 emplois industriels ont été supprimés en Normandie, il faut placer le renouveau industriel au cœur du projet régional. Si on prend le temps d’écouter l’intelligence ouvrière, les projets alternatifs portés par les salariés, alors on pourra recouvrer les éléments de souveraineté industrielle made in Normandie. En conditionnant aussi les aides régionales au respect de règles sociales, environnementales, territoriales, tout en veillant à ce que les fonds capitalistiques étrangers ne siphonnent pas nos savoir-faire.

Un de vos premiers objectifs sera de réunir plus de suffrages que la socialiste Mélanie Boulanger. « Nous sommes la seule liste de gauche », avez-vous répété pendant la campagne, pourquoi ?

Sébastien Jumel Vu la situation, on n’a pas besoin d’un Hollande en vert, et la liste PS-EELV a fait le choix d’une campagne au centre. Moi j’ai fait le choix de m’adresser au peuple de gauche, c’est pour cela que je dis que nous sommes la seule liste de gauche. Si on veut que les jours d’après ne ressemblent pas aux jours d’avant, il faut tirer les enseignements de ce qui a conduit à abîmer la capacité d’un État et d’une région qui prennent soin, qui protègent. C’est nécessaire aujourd’hui de crédibiliser l’idée qu’il existe une alternative à l’extrême droite de Marine Le Pen et à l’extrême argent d’Emmanuel Macron. Et nous ferons la démonstration au second tour qu’autour d’un projet ambitieux, rassemblés nous sommes plus forts. Il faut donner du souffle à gauche, rallumer des étoiles d’espoir.

publié le 18 juin 2021

Grabels : la mairie dénonce l’expulsion annoncée d’un squat sans solution de relogement

Sur le site lepoing.net

Ce vendredi 11 juin, les habitant·e·s du squat de la Valsière à Grabels (au nord-ouest de Montpellier) ont reçu une surprise malheureusement de plus en plus courante : un avis d’expulsion, avec un délai d’une semaine pour quitter les lieux. Cependant, rien ne justifie l’expulsion, ni la quasi-immédiateté de l’application.

Comme chaque année, à la fin de la trêve hivernale (qui cette année s’est terminée exceptionnellement tard – le 31 mai –, confinement oblige), les expulsions tombent en grappe. Comme chaque année, la plupart ne seront pas accompagnées d’une proposition alternative, pourtant obligatoire dans le protocole d’expulsion. À la Valsière, occupée depuis octobre dernier par environ 25 personnes dont trois mineures, cela signifie principalement un approfondissement de la précarité de ses habitants actuels. Sept d’entre eux ont obtenu des chambres d’hôtel à mi-temps, mais pour les autres, la date buttoir de ce 18 juin s’annonce comme un vendredi noir. On prépare déjà les tentes.

Comme l’on pouvait s’y attendre, la préfecture de l’Hérault a oublié malencontreusement d’expliquer les motifs de cette expulsion, alors que la réalité des faits contredit totalement tous les motifs bateau utilisés habituellement. La cohabitation avec le voisinage n’est pas conflictuelle, bien au contraire. Aucun cas de plainte n’a été porté à notre connaissance par la mairie ou les habitants, et la mairie a même précisé que cet espace était particulièrement calme, accueillant et ordonné. Étant un centre d’accueil de personne en situation de précarité extrême, la préfecture ne peut pas brandir une supposée alternative supposée.

Répondant à nos questions ‘‘Ana’’ nous a notamment raconté que ses appels quotidiens depuis deux ans et demi au 115 de Montpellier aboutissaient toujours sur un bref ‘‘Il n’y a pas de place. Rappelez demain’’. « Au final, j’appelle l’après-midi, pour éviter qu’ils ne disent de rappeler plus tard dans la journée » nous confie-t-elle, désespérée. Depuis plusieurs semaines, sinon des mois, le logement est pour elle comme pour ses colocataire une question centrale, qui guide leur conduite et leurs préoccupation tous les jours. « Vous croyez qu’ils vont m’embarquer vendredi si je suis encore là ? On n’a rien fait nous, et on ne veut pas de problèmes. Il y en a qui voudraient avoir un travail, un logement, … Mais ils ne peuvent pas en avoir » ajoute-t-elle. Peu renseignés sur leurs droits par les différentes institutions, notamment à cause d’un manque de suivi et de fonds de l’assistance sociale, leur anxiété est palpable à chaque instant.

Une absence de diagnostic social et médical

Ce centre est vital pour ses habitants et ses bénéficiaires. Une des raisons de la bienveillance de la mairie de Grabels, expliquée de la bouche même du maire René Revol (France insoumise), est justement que cet espace occupé est le dernier recours pour ses habitants, pour la plupart venant d’un autre squat au sud de Montpellier expulsé plus tôt en 2020, n’ayant accès qu’à une couverture maladie partielle (une habitante nous racontait que sa facture santé s’élevait à plus de 160€ le mois dernier), aucun accès à un travail déclaré ou à un suivi institutionnel de leur situation (assistance sociale, sécurité sociale, …) pour des raisons administratives.

Certains militants des abords de Montpellier (notamment les opposants au projet du LIEN) participaient à des dons de nourriture, et l’espace sert de tremplin aux associations d’attention et de soutien dans leur travail d’accompagnement et surtout de soutien. Yann, de Médecins du Monde, une des ONGs présente depuis des mois sur le site, nous explique que l’association y promeut un accès à l’information sur les soins et les droits médicaux des personnes sur le site. Ce sont eux et non pas les services publics compétents qui, durant cette année, ont démarché et sensibilisé les habitants sur les actions à entreprendre pour éviter d’attraper le covid-19, en collaborant à élaborer le protocole de l’espace, etc. « On fait de notre mieux. Notre idée, c’est de les orienter vers des organismes institutionnels au maximum pour régulariser leur situation. Le problème, c’est qu’ici, il y a des gens qu’on n’aperçoit qu’une fois, et qui ensuite disparaissent. » Le délogement signifie l’arrêt de cet appui associatif et de l’expertise sanitaire et  légale des ONGs et associations de soutien. Ce soutien ne bénéficiait pas qu’aux résidents fixes : le centre permet aux personnes dans le besoin (principalement logées par le 115 à l’hôtel ou en logement précaire, voire sans logement) d’effectuer un certain nombre de tâches domestiques (cuisine, laverie, …). Autant de personnes qui perdent un point d’ancrage et d’information primordial pour l’amélioration de leur situation.

Une expulsion qui cache des motifs économiques

Ce qui nous amène au point le plus important : cette expulsion ne va pas mettre en lumière des situations précaires, mais les invisibiliser, faire passer plusieurs dizaines de personnes sous les radars des associations qui leur viennent en aide au mépris et (rappelons-le) à la place des autorités publiques compétente. La Ligue des Droits de l’Homme (LDH) de Montpellier, tout comme la mairie de Grabels, sont claires sur leur position : « nous nous opposons à une expulsion sans proposition d’alternative, car c’est indécent » insiste le maire René Revol, aussi vice-président de la Métropole de Montpellier. « C’est surtout illégal ! », rappelle une militante de la LDH présente au rassemblement médiatique qui s’est tenu ce mercredi 16 juin. Elle ajoute, de concert avec Yann de Médecins du Monde, que les préconisations de la loi du 26 août 2012, à savoir la réalisation d’un diagnostic social en amont de l’avis d’expulsion, afin notamment de déterminer la situation des personnes touchées et les principaux débouchés envisagé.

On ne s’étonnera pas de savoir que la préfecture n’en a pas esquissé ni l’ébauche.  La véritable raison de cette expulsion n’est donc ni sociale, ni politique (du moins au niveau de la commune), mais bel et bien économique. Un panneau de chantier à l’entrée annonce la construction prochaine de nouveaux locaux, destinés à la spéculation immobilière. Situation similaire à des centaines d’expulsions en France et dans le monde, le motif caché est économique, et ne profitera qu’aux grandes compagnies qui achètent le terrain et attendent l’augmentation du prix au mètre carré. Seulement deux semaines après la fin de la trêve hivernale, les priorités du gouvernement se font ressentir sur le dernier secteur qui ne pouvait être touché durant le confinement. Ce qui laisse un été de lutte en perspective…

publié le 17 juin 2021

Pourquoi Pfizer refuse de livrer ses vaccins à l'Argentine

 

Rosa Moussaoui sur le site www.humanite.fr


 

Le géant pharmaceutique refuse de livrer à Buenos Aires les doses de vaccin dont le pays a besoin. En cause : le refus du gouvernement de changer sa loi pour se plier aux exigences juridiques de Pfizer. Explications.

 

Plus de 15 000 volontaires s’étaient manifestés, voilà un an, pour participer à la phase 3 des tests du vaccin contre le Covid-19 mis au point par le géant pharmaceutique américain Pfizer, en coopération avec son partenaire allemand BioNTech.

 

Confrontée à la première vague de la pandémie, l’Argentine devenait, alors, le premier pays à accueillir ces essais cliniques à grande échelle. Le bon niveau scientifique de ses chercheurs, sa position dans l’hémisphère Sud avec des saisons inversées et, plus prosaïquement, le coût des opérations, bien moins élevé qu’en Europe ou aux États-Unis, désignaient le pays comme un théâtre privilégié de ces expérimentations, dans la course de vitesse contre le nouveau coronavirus.

 

« Le choix d’un centre en Argentine pour mener à bien ces essais est basé sur plusieurs facteurs, dont l’expérience scientifique (…), les capacités opérationnelles, ainsi que l’expérience passée de l’Argentine pour réaliser des essais cliniques », expliquait à l’époque la firme.

 

S’assurer une solide immunité juridique en cas d’effets nocifs

Le président argentin Alberto Fernandez espérait, avec cette implication de son pays, simplifier les négociations contractuelles en vue d’obtenir des doses du futur vaccin, et des pourparlers s’étaient aussitôt ouverts pour l’achat de 13,2 millions de doses, dont 1 million avant la fin de l’année 2020. Dès le 25 juillet, une première proposition, assortie d’un calendrier, était sur la table. Une seconde offre, portant sur un contrat préliminaire, avait été ratifiée entre les deux parties en octobre.

Pourtant, le marché n’a jamais été conclu. En cause : les conditions posées par Pfizer, qui exigeait que la loi argentine soit amendée pour s’assurer une solide immunité juridique en cas d’effets nocifs du vaccin et même en cas de négligence, de fraude ou de malveillance. En clair, le laboratoire exigeait l’inscription dans la législation de clauses l’exonérant de toute responsabilité juridique ou financière, au cas où ses produits présenteraient, à long terme, des effets encore non identifiés à ce jour.

 

Dans un premier temps, le gouvernement argentin a bien consenti à quelques concessions ; une loi entérinant certaines conditions réglementaires requises par Pfizer et par d’autres fournisseurs pour faciliter le processus a même été adoptée. Parmi elles, le renvoi vers des tribunaux arbitraux ou judiciaires basés à l’étranger, au détriment de la justice argentine, d’éventuels litiges portant sur l’exécution des contrats et sur le processus d’achat des vaccins. Mais ce n’était pas encore assez. Le laboratoire pharmaceutique « s’est très mal comporté » avec l’Argentine en posant des « conditions inacceptables », résume le ministre de la Santé de l’époque, Ginés González García.

 

La multinationale confirme les raisons de l’échec de ces négociations. « Aujourd’hui, le cadre juridique n’est compatible avec aucun des aspects contractuels que Pfizer propose », lesquels « incluent des clauses d’immunité et d’autres protections dans tous leurs contrats qui sont cohérentes à travers le monde », a expliqué le directeur général de Pfizer en Argentine, Nicolás Vaquer, le 8 juin dernier, lors d’une audition à la Chambre des députés. Interrogé plus en détail par le député Pablo Yedlin (Frente de todos), président de la commission de la Santé, sur les supposés « obstacles » législatifs à la conclusion du contrat, Vaquer a encore cité, sans plus de précision, la question des « indemnisations ».

 

«Intimidation » et « harcèlement de haut niveau »

En fait, la loi argentine prévoit jusqu’ici que l’industriel, et non l’État, indemnise en cas d’incident ou d’accident ceux qui participent à la recherche, au développement et à la fabrication de traitements et de vaccins. Or le géant pharmaceutique veut desserrer cette contrainte : en 2009, il avait dû débourser 75 millions de dollars d’indemnités pour avoir testé, au Nigeria, un médicament contre la méningite ayant causé la mort de 11 enfants, et des dommages graves à 189 autres…

 

Par la voix de son représentant en Argentine, Pfizer a démenti, en revanche, avoir demandé à l’État de mettre en gage des biens publics. « Pfizer n’a aucun intérêt à intervenir sur les actifs de l’État, cela inclut les actifs naturels, les réserves de la Banque centrale, les actifs culturels », a-t-il insisté devant les parlementaires. Au mois de février, le Bureau of investigative Journalism, une ONG basée à Londres, dédiée à la production d’articles d’investigation, accusait au contraire le laboratoire d’avoir manié « l’intimidation » et le « harcèlement de haut niveau » dans ses négociations avec des gouvernements latino-américains « pris en otage ». Si on en croit cette enquête, Pfizer aurait exigé des gouvernements argentin et brésilien, en contrepartie de la livraison de vaccins, qu’ils mettent en gage des actifs souverains, y compris des bases militaires et des réserves de leurs banques centrales, en garantie de potentiels frais juridiques futurs.

 

Face à ce chantage, Buenos Aires s’est approvisionné en vaccins russes et chinois, mais aussi en Astrazeneca. Sans parvenir à endiguer la seconde vague meurtrière qui affecte aujourd’hui le pays. Des négociations sont en cours avec Johnson & Johnson. Les exigences juridiques de Pfizer valent aussi pour ses doses distribuées à travers le mécanisme Covax que coordonne l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : Buenos Aires en est donc privé. « Nous sommes prêts à discuter. Mais nous n’allons pas changer la loi à chaque fois qu’un laboratoire refuse de signer  ! » tranche Pablo Yedlin. Pendant que Big Pharma maquignonne, le virus sème la mort. En Argentine, depuis le début de la pandémie, le Covid-19 est responsable, selon les chiffres officiels, de 87 000 décès.

publié le 17 juin 2021

Pour l’emploi, la gauche veut marier l’écologie au social

Naïm Sakhi sur le site www.humanite.fr

De la relocalisation industrielle aux plans de formation professionnelle, les candidats de gauche aux régionales aiguisent leurs propositions alors que la crise provoque une aggravation de la précarité.

Ils comptent parmi les plus importantes compétences de la région, mais le développement économique et la formation professionnelle sont relégués au second plan de la campagne par les discours sécuritaires. Et pourtant, les futurs présidents de région auront fort à faire pour le prochain mandat dans un contexte de relance des activités après la crise du Covid. Pour faire face, la gauche, dans ses différentes composantes, met sur la table des propositions alliant impératifs économiques et justice sociale et environnementale.

Et l’enjeu est de taille tant les conséquences économiques du Covid continuent à faire des ravages. « En Île-de-France, nous avons perdu 100 000 emplois en un an avec la crise sanitaire », rappelle Clémentine Autain. À la tête d’une liste regroupant insoumis et communistes, la députée FI souhaite « changer de modèle de développement ». Et cela passe notamment par un soutien aux acteurs de l’économie sociale et solidaire en « réorientant les aides économiques ».

Une volonté de produire localement

Une mesure que partage Sébastien Jumel (PCF-FI) en Normandie où la part du budget de la région pour l’heure allouée à l’économie s’élève à 500 millions d’euros. Ce dernier promet de conditionner les aides aux entreprises au respect de critères sociaux et environnementaux. Dans la région voisine du Centre-Val de Loire, le président François Bonneau, candidat à sa succession à la tête d’une liste PS-PCF, entend « relocaliser des entreprises » (lire page 5), afin de concrétiser la création de « 20 000 postes d’emploi de demain ». Une volonté de produire localement qui est portée par les différentes listes de gauche. « Le made in Normandie et le made in France sont au cœur de notre projet pour une région qui prend soin», affirme Sébastien Jumel qui veut pour cela organiser des « assises de l’emploi » en lien avec les chefs d’entreprise et les représentants des salariés. De son côté, Clémentine Autain propose un label « produit en IDF », afin d’aider l’implantation du petit commerce, notamment en zone rurale et dans les quartiers populaires à travers des locations de locaux régionaux à prix réduit.

Et, face à l’urgence climatique, la gauche assume de porter des propositions allant dans le sens d’une transition écologique des emplois. À la tête d’une liste d’union de la gauche (EELV-PS-FI-PCF), Karima Delli veut marcher sur ses deux pieds « pour le climat et pour l’emploi ». Et c’est au secteur du textile, une filière historique des Hauts-de-France aujourd’hui en déperdition, que l’écologiste souhaite s’attaquer en priorité. D’abord en relocalisant 30 000 emplois, mais aussi en investissant dans la recherche et l’innovation sur les matières recyclées et biosourcées. Une volonté de repenser les circuits de production, tout en soutenant l’emploi local, que partage Clémentine Autain pour l’agriculture francilienne. La candidate veut instaurer des circuits courts et un label dans les cantines des lycées.

Mais l’emploi passe aussi par la formation professionnelle, autre compétence clé des régions. En Normandie, Sébastien Jumel propose un plan de formation s’appuyant sur les acteurs éducatifs et économiques pour prioriser le recrutement des Normands. Le communiste ambitionne également d’augmenter de 50 % le nombre de places dans les instituts de formation d’infirmiers et d’aides-soignants, dont sept ont été fermés sous la présidence d’Hervé Morin (les Centristes-LR). De son côté, pour la région Centre-Val de Loire, François Bonneau veut proposer 300 000 formations personnalisées à tous les âges de la vie et en lien avec les territoires.

publié le 16 juin 2021

 

Une journée coloniale soutenue par des collectivités territoriales !

Communiqué de l’Association France Palestine Solidarité 34


 

Cette année encore, le Centre Culturel Communautaire Juif, appelé maintenant Centre Culturel Juif Simone Veil (CCJ) de Montpellier organise dans le Parc municipal Grammont, le 20 juin 2021 sa 44ème "Journée de Jérusalem" intitulée cette année « Étonnante Jérusalem, le défi de la modernité ».


C’est que les organisateurs veulent présenter l’événement comme culturel. Pure hypocrisie pour masquer leur soutien aux partis d’extrême-droite et aux colons israéliens, soutien qu’ils savent être impopulaire et indéfendable.

En effet, sur le site du consistoire israélite de Montpellier https://montpellier.consistoire.org/etonnante-jerusalem-les-defis-de-la-modernite/ la présidente du CCJ ne mâche pas ses mots : « Nous fêtons au parc Grammont la réunification de Jérusalem intervenue après la guerre des six jourspour souligner le soutien de notre communauté à Israël et à sa capitale Jérusalem ». Déclaration limpide : il s’agit d’un soutien politique à la colonisation, et l’annexion de Jérusalem-Est et à son nettoyage ethnique condamnée par de multiples résolutions de l’ONU et par la France. Nettoyage ethnique plus que jamais à l’œuvre, avec l’expulsion de familles palestiniennes des quartiers de Sheikh Jarrah, Silwan et plus généralement de Jérusalem-Est pour les remplacer par des colons.

 

 L’annexion de Jérusalem équivaut à un refus de l’existence d’un État palestinien sur les frontières de 1967. Le CCJ rejoint les déclarations de Donald Trump qui, le 6 décembre 2017, décidait le déménagement de l’ambassade étasunienne de Tel-Aviv à Jérusalem, la qualifiant de capitale d’Israël. Rappelons que deux semaines plus tard, l’Assemblée générale de l’ONU votait, à une très large majorité (128 pour et 9 contre), une résolution condamnant la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël par Washington.

Le CCJ assume la violation du droit international par Israël et s’oppose frontalement à la politique officielle de la France et de l’Union européenne.

 

 Mais alors que viennent faire dans cet événement éminemment politique et partisan la Région Occitanie, le Département de l’Hérault, la Ville de Montpellier dont on trouve les trois logos en soutien à cette « Journée de Jérusalem » ? Comment ces collectivités territoriales peuvent-elles cautionner cette opération qui appuie les forces bellicistes et coloniales israéliennes ? Qu’ont à dire les élu.e.s de ces collectivités territoriales dont Mme Delga, M. Mesquida, M. Delafosse et les groupes politiques qui y sont représentés ?

 

Ces collectivités, en apportant leur soutien à cette opposition ouverte à la politique de la France, violent le principe de neutralité qui s’impose à elles. L’aide publique importante accordée au CCJ sert-elle à financer des événements politiques violant le droit international ?

 

Nous réitérons notre demande que cesse tout soutien, sous n’importe quelle forme, à cette dite « Journée de Jérusalem ». Que cesse cette hypocrisie prétendant vouloir le respect du droit tout en soutenant une politique colonialiste et d’apartheid.

Association France Palestine Solidarité 34
Montpellier, le 12 juin 2021


 

publié le 16 juin 2021

Les ambiguïtés calculées de Mélenchon

par Denis Sieffert sur le site www.politis.fr

Peut-être Mélenchon pense-t-il qu’une fois « la poussière retombée », il tirera profit de la polémique. L’ennui avec cette stratégie, c’est que l’on façonne une psychologie collective, rebelle sans doute, mais incontrôlable, et qui finit plus souvent à l’extrême droite qu’à gauche.
 

Les discours de Mélenchon ont ça de commun avec les textes religieux qu’ils invitent souvent à l’exégèse. Son intervention sur France Inter, le 6 juin, est un cas d’école. Depuis, partisans et adversaires se querellent pour imposer leur interprétation. On sait ce que Mélenchon a dit, mais on ne sait pas ce qu’il « a voulu dire ». Et, surtout, ce qu’il a voulu faire. En cause, une prophétie : « Vous verrez, a-t-il dit, que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle nous aurons un grave incident ou un meurtre. » Et le leader de La France insoumise a étayé son accusation en citant les meurtres de Mohammed Merah, survenu peu avant la présidentielle de 2012, l’assassinat d’un policier sur les Champs Elysées à quelques jours de l’élection de 2017, et l’affaire « Papy Voise », du nom de ce retraité dont le visage tuméfié avait été montré avec insistance par la télévision à la veille du premier tour de 2002. Puis Mélenchon a ramassé le tout d’une formule aussi ambiguë que scabreuse : « Tout ça, c’est écrit d’avance […]. Nous aurons [en 2022] l’événement gravissime qui va, une fois de plus, permettre de montrer du doigt les musulmans et d’inventer une guerre civile. » Propos au minimum maladroits qui alimentent les pires pensées complotistes, et qui, au passage, ramènent la sanglante entreprise de Merah au rang d’incident. Les détracteurs les plus zélés de Mélenchon, de droite et de gauche, se sont empressés d’imposer leur interprétation : le candidat à la présidentielle voit derrière ces crimes l’ombre d’un deus ex machina au service d’une oligarchie omnipotente.

Si telle est la thèse de Mélenchon, elle est évidemment insupportable. Comment imaginer un seul instant que la main de Merah, assassin de sept personnes, dont trois enfants juifs, aurait pu être téléguidée à des fins électorales ? Comment imaginer que ce petit délinquant déjanté, converti au terrorisme islamiste, aurait pu programmer son entreprise criminelle en fonction d’un calendrier politique ? Mélenchon ne pense évidemment pas ainsi. Mais alors, pourquoi l’a-t-il suggéré ? Simple et terrible maladresse ou signal opportuniste envoyé à une population pour laquelle « il n’y a jamais de hasard » ? Dérapage ou calcul ? La question a de quoi encore alimenter la querelle des exégètes. Mais si l’on veut sortir des sables mouvants du conspirationnisme, une autre interprétation est possible. Plus banale, sans doute, mais plus proche de la réalité. Mélenchon aurait tout simplement voulu dénoncer ce qu’on appelle la politique du fait divers. En cohérence avec son refus de participer le 19 mai à la manifestation des policiers à laquelle ont pris part plusieurs leaders de la gauche. L’usage surabondant qui est fait des crimes de sang, en particulier sur les chaînes d’information en continu, et leur exploitation politique, le plus souvent contre les musulmans en effet, et contre les migrants, est un fait indéniable. On ne se situe plus là dans le complot, mais dans une sorte d’effet d’aubaine sordide, visant, à partir du crime d’un individu, à couvrir d’opprobre toute une communauté. Ce sont les choux gras des Le Pen, Ciotti, Retailleau, Darmanin, Blanquer, et tant d’autres. C’est le fondement de la fumeuse théorie sur le séparatisme chère à Emmanuel Macron. C’est le socle de la politique du tout-sécuritaire destinée à chasser du débat les problématiques sociales.

Alors oui, on peut prévoir qu’un fait divers particulièrement révoltant fera les gros titres à proximité de la présidentielle. Il ne sera ni téléguidé ni inventé, il sera là, tout simplement, parce que c’est hélas l’état de notre société. Et on peut prédire que des politiques ne se priveront pas de l’instrumentaliser. Mais Mélenchon ne l’a pas dit comme ça. Il a laissé planer une lourde ambiguïté. Il a confondu causes et conséquences. C’est sans aucun doute une faute politique. Malgré cela, la horde de certains qui se sont jetés sur lui ne nous inspire aucune sympathie. Inutile d’ajouter que le reste du propos de Mélenchon, social et écologique, est passé à l’as. C’est la loi du genre. Un homme politique d’expérience doit le savoir. Mais peut-être pense-t-il qu’une fois « la poussière retombée » (expression qu’il affectionne), il en tirera profit. L’ennui avec cette stratégie, c’est que l’on façonne une psychologie collective, rebelle sans doute, mais incontrôlable, et qui finit plus souvent à l’extrême droite qu’à gauche.

La polémique était loin d’être éteinte qu’un autre événement est survenu qui témoigne aussi, dans un registre très différent, de la crise morale de notre société. Un youtubeur d’extrême droite, qui se fait appeler Papacito, a posté sur son site une vidéo le montrant, lui et un acolyte, mitraillant puis poignardant un mannequin de tissu censé représenter un électeur de la France insoumise ou communiste. L’image a beau être un simulacre, elle est effrayante de violence. « Un appel au meurtre », a dénoncé Mélenchon, qui a lancé, avec d’autres, l’appel à manifester « pour les libertés et contre les idées d’extrême droite », le 12 juin. Ce Papacito, ami revendiqué d’Éric Zemmour, pratique couramment, paraît-il, cette sorte d’humour très spécial dont les victimes, encore symboliques, sont dans son langage des « islamo-gauchistes », ou des immigrés. Mais humour et fascisme ne font pas bon ménage. On reste donc stupéfait que ce personnage puisse ainsi sévir en toute impunité, déverser sa bile raciste dans les studios de Sud Radio. On imagine ce que ferait Darmanin si un musulman s’adonnait à ce genre de facéties. Mais là, rien ! Jusqu’à ce qu’un jour…

publié le 15 juin 2021

Dans une usine normande, l’alliance rouge et verte se heurte aux logiques partisanes

Par Jean Mazé sur le site www.mediapart.fr

 

Fin juin, la papeterie de Chapelle-Darblay risque d’être démantelée pour cause de délocalisation. Une coalition d’organisations syndicales et écologistes s’est formée pour soutenir ses 230 salariés. Mais à l’heure des élections, ce front social n’a pas suffi à inspirer sa réplique au niveau politique.


 

Grand-Couronne (Seine-Maritime).– En arrivant dans l’immense salle de la machine 6, Julien Sénécal a un pincement au cœur. « Pour nous, c’est très étrange d’être ici, dans ce silence et ce froid. En temps normal, on est en tee-shirt, et le bruit est assourdissant », explique le jeune secrétaire CGT du comité social et économique (CSE) de Chapelle-Darblay, usine papetière emblématique de Grand-Couronne, au sud de Rouen.

« D’habitude, il y a 90 décibels, on a des bouchons médicaux et on parle avec des gestes ! », abonde avec nostalgie Cyril Briffault, délégué syndical CGT de l’usine. Arnaud Dauxerre, représentant sans étiquette du collège des cadres au CSE et troisième membre de cette bande d’inséparables, ajoute : « Je vous avais bien dit que cette usine était un monstre endormi. »

 

C’est vrai : l’outil industriel, qui s’étend sur 33 hectares, a des allures de Léviathan tranquille. Jusqu’en juin 2020, ses cylindres massifs alimentés par une chaudière biomasse tournaient à 90 km/h en continu. Des stocks de vieux papiers issus des poubelles jaunes – en Normandie, Picardie, dans le Grand Ouest et en Île-de-France – entraient d’un côté. Ils passaient à l’égouttage, au pressage et au séchage à 95 degrés. Et ressortaient sous forme de bobines de l’autre côté, direction les imprimeries.

 

Avec un peu de chance, vous avez tenu du papier Chapelle-Darblay entre vos mains. Tous les quotidiens nationaux ont eu recours, à un moment ou un autre, à cet exemple rare d’économie circulaire. L’usine quasi centenaire, fondée en 1928 avec les dommages de guerre, était la seule en France à faire du papier 100 % recyclé. Désormais, dans ses hangars frigorifiques, seul un souffle d’air comprimé signale que la machine est seulement assoupie, prête à redémarrer.

 

Le groupe finlandais UPM, propriétaire du site, a décidé de le fermer il y a bientôt un an, prétextant une crise du papier journal, alors que l’usine était bénéficiaire, et préférant ouvrir une usine de papier bois nettement moins écologique en Uruguay.

 

UPM a licencié les 230 salariés de l’usine et accordé un moratoire d’un an aux trois représentants du personnel – Arnaud Dauxerre, Cyril Briffault et Julien Sénécal. À défaut de repreneur, l’usine sera démontée et ferraillée le 30 juin, au lendemain des régionales.

 

Des deux échéances, le trio se concentre évidemment sur la première. « Le Bon, la Brute et le Truand », ainsi qu’on les appelle ici en référence à leur style de négociation, se battent pour échafauder un projet de reprise. Plusieurs candidats papetiers sont en lice. Ils n’ignorent pas cependant l’imminence du scrutin régional. Comment le pourraient-ils ? Autour d’eux, les candidats de gauche défilent depuis le début de la campagne.

Le 6 juin, devant le bâtiment du comité d’entreprise, où les trois hommes tiennent une conférence de presse sommaire après un énième coup de massue – le désistement d’un potentiel repreneur, le belge VPK –, l’éventail complet des gauches est là : la maire PS de Grand-Couronne, Julie Lesage, le député communiste de Seine-Maritime, Hubert Wulfranc, et la co-secrétaire régionale d’Europe Écologie-Les Verts (EELV), Véronique Bérégovoy. Mais les regards qu’ils échangent en disent long.

 

Alors que leurs partis respectifs prônaient l’union dès le premier tour, dans ces terres où le centriste Hervé Morin règne en baron local et où le Rassemblement national (RN) est en embuscade avec le député européen Nicolas Bay, ils partent finalement séparés.

 

La maire socialiste de Canteleu, Mélanie Boulanger, mène la liste PS-EELV, et le député communiste de Seine-Maritime, Sébastien Jumel, la liste PCF-LFI. L’alchimie des Hauts-de-France, où l’union s’est faite autour de Karima Delli, ne s’est pas reproduite. Chapelle-Darblay aurait pourtant pu être un catalyseur parfait.


 

L’« écologie populaire » enfin réalisée

 

Située en plein cœur de la vallée de la Seine, qui a longtemps hébergé des géants de l’industrie lourde, cette usine en avance sur son temps – elle recycle depuis 1986 – a déjà fait naître une alliance improbable. Le 16 octobre 2020, une réunion inédite entre huit organisations syndicales et écologistes (la CGT, Attac, Oxfam, la Confédération paysanne, les Amis de la Terre, la FSU, Solidaires et Greenpeace) perturbe le sommeil de la machine 6.

 

Le tout nouveau collectif Plus jamais ça vient de trouver une lutte à sa taille« Jean-François Julliard, le directeur général de Greenpeace, m’a dit que c’était le premier déplacement de son organisation pour une industrie », se souvient Cyril Briffault.

 

Les arguments à l’appui de cette convergence ne manquent pas. Ce qui se pratique quotidiennement à Chapelle-Darblay, véritable citadelle cégétiste (50 % des ouvriers y étaient syndiqués avant le plan social), c’est l’« écologie populaire » enfin réalisée. Sans cette usine, une partie du papier trié en France est condamnée à être transportée en Allemagne en camion.

 

Preuve que les « rouges » et les « verts » ont intérêt à dépasser leurs vieux antagonismes. « Le gros souci en France, c’est qu’il y a beaucoup de produits qui sont entièrement recyclables, mais il n’y a pas l’industrie pour les recycler. C’est pour ça aussi qu’on se bat », observe Cyril Briffault.

 

Sur la porte du local syndical de l’usine, l’ouvrier au physique de rugbyman a collé une affiche de Nouvelle Vie ouvrière, le magazine de la CGT, avec cette phrase de Philippe Martinez qu’il répète comme un mantra : « Cultiver ce qui nous rassemble ». Au niveau politique, ce mot d’ordre est encore onirique.

 

Le 7 juin au matin, entre deux « checks » du poing sur le marché de la place Saint-Marc, à Rouen, le député communiste Sébastien Jumel le dit pourtant : « Chapelle-Darblay, c’est la démonstration qu’on peut se préoccuper de l’industrie et être au service d’une économie circulaire, exemplaire au plan environnemental. » Mais ce constat partagé n’a pas eu raison des rapports de force partisans.

 

Présenté comme le favori à gauche, l’ancien maire de Dieppe (de 2008 à 2017), fils de métallo ayant grandi dans la cité ouvrière de Gonfreville-l’Orcher, en banlieue du Havre, a cru pouvoir fédérer autour de lui. Mais les appareils socialistes et écologistes locaux lui ont tourné le dos.

 

« Cette union, je l’ai souhaitée, j’y ai travaillé. Notre feuille de route quand on est de gauche, c’est de travailler à une alternative entre l’extrême droite et l’extrême argent, plaide-t-il. Mais le PS et les écolos se sont dit que si j’arrivais à cimenter le rassemblement, je deviendrais le leader incontournable de la gauche en Normandie. Ils ont finalement fait le choix d’une campagne au centre. »

 

Le souvenir des réunions jusqu’au bout de la nuit pour mettre sur pied une alliance des gauches suscite des réactions épidermiques chez Véronique Bérégovoy. Alors qu’elle s’apprête à ratisser le département, des tracts fraîchement imprimés plein son coffre de voiture, la co-secrétaire régionale d’EELV, candidate sur la liste de Mélanie Boulanger, fait une pause à Rouen pour nous raconter cette occasion manquée.

 

« Dès la première réunion, on a proposé une alliance sans préalable sur la tête de liste, mais on a dit que si les communistes présentaient Jumel, ça poserait problème. Il n'est pas représentatif de porteurs d’un projet écologiste. Il est encore représentatif des communistes très productivistes », estime-t-elle.

 

De part et d’autre, les stigmates anti-« écolos-bobos » et anti-« cocos-productivistes » sont persistants. Fataliste, Véronique Bérégovoy lâche : « Ça fout les boules de ne pas avoir réussi, parce qu’on se dit que si ça se trouve, Morin va repasser. »

 

À l’approche de la présidentielle de 2022, l’ancien secrétaire de la CGT de Chapelle-Darblay, Gérard Sénécal, 65 ans, s’inquiète de voir ses ex-collègues basculer dans le puits sans fond d’une rage impuissante : « J’essaye de ne pas trop y penser, mais il y a beaucoup trop de gens qui sont écœurés par ce qu’on vit, et qui baissent les bras pour aller au RN. Il n’y a plus d’identité de gauche ou de droite, ni d’opposition sociale claire. Cette politique politicienne nous tue, et le rouleau compresseur du RN est là. Ça me fout les jetons. »

 

Chapelle-Darblay préfigure peut-être une société où l’antagonisme entre rouges et verts n’existera plus, mais elle n’est pas imperméable au climat ambiant.

publié le 15 juin 2021

Fiscalité. L’impôt sur les multinationales a du plomb dans l’aile

Pierric Marissal sur le site www.humanite.fr
 

À peine annoncée, l’inoffensive taxe mondiale sur les profits des très grandes entreprises est attaquée de toutes parts. Des paradis fiscaux européens, Irlande en tête, s’y opposent, tandis que les Britanniques veulent épargner la City.

 

À ce train-là, la taxe minimale sur les profits des multinationales se résumera à un éphémère coup de communication. Seulement quelques jours après son annonce en grande pompe par les ministres des Finances des pays du G7, son avenir est plus qu’incertain. Déjà, parce qu’elle est censée reposer sur un consensus afin de faire l’objet d’un accord international et que, en Europe, l’Irlande organise la fronde. Son ministre des Finances, Paschal Donohoe, a déjà prévenu qu’il allait défendre « la compétition fiscale légitime ».

 

Ce pays au taux d’imposition symbolique sur les bénéfices des entreprises de 12,5 % – le plus souvent, dans les faits, inférieur à 1 % pour les multinationales, on se souvient du 0,005 % d’Apple – ne veut pas renoncer à son modèle pour attirer les sièges des entreprises, au détriment de tous ses voisins européens. Si l’Irlande est un paradis fiscal si accueillant malgré ce taux vitrine de 12,5 %, c’est qu’elle permettait, jusqu’à fin 2020, de créer des structures hybrides, un pied à Dublin, l’autre aux Bermudes ou aux Caïmans, pour échapper à tout impôt.

 

C’est ainsi que les trésors de guerre des Gafam ou des Big Pharma se sont accumulés dans ces petites îles des Caraïbes, après être passés par l’Irlande où transitent les profits mondiaux. L’île offre aussi désormais une exemption de taxe sur les revenus liés à la propriété intellectuelle, permettant de nouveaux montages fiscaux toujours plus ingénieux. La filiale de Microsoft à Dublin a ainsi déclaré plus de 260 milliards d’euros (315 milliards de dollars) de profits en 2020, transférés sans payer le moindre impôt aux Bermudes, selon le Guardian.

La Chine refuse qu’on mette le nez dans sa politique fiscale

Dans sa croisade contre cette taxation mondiale, l’Irlande peut compter sur les plus modestes paradis fiscaux d’Europe de l’Est qui ont suivi sa voie, comme la Hongrie de Viktor Orban ou la Pologne, qui cherchent à attirer les groupes allemands en baissant leur taxation sur les entreprises. Plus étonnant, un pays du G7 vient aussi d’enfoncer un clou dans le cercueil de cet impôt qu’il a lui-même négocié. Le ministre britannique des Finances, Rishi Sunak, fait d’ores et déjà pression pour que la City de Londres en soit exemptée, cédant au lobbying des grandes banques, HSBC en tête. D’autres éminents paradis comme Singapour ont fait part de leur désaccord. La Chine, de son côté, refuse qu’on mette le nez dans sa politique fiscale. Enfin, les pays africains, qui ne profiteraient en rien de cette taxe et sont globalement exclus des négociations, sont légitimement frileux.

 

À l’inverse, les Pays-Bas, spécialisés dans l’exemption fiscale des revenus sur la propriété intellectuelle, certainement rassurés par la portée purement symbolique dès l’origine de cet impôt, ne s’opposent pas aux négociations. Il faut rappeler que les bases posées pour cette taxation sont tellement bancales qu’une centaine de multinationales seulement pourraient être concernées, selon les premières estimations. Ainsi, seules les entreprises dont les marges sont supérieures à 10 % seraient ciblées, et seulement 20 % des bénéfices supérieurs à cette marge seraient taxés à 15 %. Un véritable permis de continuer à frauder les administrations fiscales des différents pays, puisque l’impôt moyen sur les bénéfices tourne autour de 23 % dans le monde – il était de 40 % en 1980.

 

Preuve de l’inefficacité de cette taxation telle qu’elle est pour l’heure définie : de nombreux géants du numérique en seraient exemptés, alors qu’ils étaient pourtant les premiers ciblés. Tesla, Twitter ou Uber, par exemple, ne rentrent pas dans les cases, tout comme Amazon. Le géant du e-commerce a beau réaliser près de 50 milliards d’euros de profits par an rien qu’en Europe, sa marge bénéficiaire tourne autour de 6 % du fait de sa politique tarifaire agressive et des frais de logistique. Ses milliards resteront donc à l’abri au Luxembourg.

 

Les pays riches, dans le cadre de l’OCDE – donc en excluant encore les pays en voie de développement –, se réuniront à nouveau les 9 et 10 juillet à Venise pour avancer sur les négociations. Ils devront se mettre d’accord sur les deux piliers : la base taxable et le taux, ainsi que sur les exemptions. Et l’optimisme n’est guère de mise. La Sérénissime a toutes les chances d’être le théâtre d’un nouveau drame et que cet impôt soit retrouvé mort à Venise.


 

<publié le 14 juin 2021

 

Conseil d’État : meilleur ennemi du gouvernement

 

Pierre Jacquemain sur le site www.regards.fr

 

L’État de droit, d’autant plus sous le quinquennat Macron, agit comme un réel rempart contre les tentatives grossières de mise en pièces de nos droits et libertés. Jusqu’à quand ?

 

En l’espace de quelques jours, le Conseil d’État a rendu plusieurs décisions qui ne vont pas faciliter la tâche du gouvernement. Des jugements attendus tant sur la question des droits de tous à bénéficier d’une assurance chômage digne, sur la question des libertés – de manifester notamment – et sur la question des violences policières.

 

Ainsi le Conseil d’État avait-il annulé, dès novembre dernier, plusieurs dispositions de la réforme de l’assurance chômage considérant qu’elles portaient « atteintes aux principes d’égalité ». S’agissant du nouveau mode de calcul du chômage – qui doit entrer en vigueur dès le 1er juillet prochain, avec des baisses significatives des montants des indemnités –, le juge des référés a estimé que les explications du gouvernement pour justifier l’application de ces nouvelles dispositions, étaient insuffisantes. Il s’est dit « dubitatif » après avoir entendu les arguments du gouvernement. Tous les syndicats s’accordent pour dénoncer une réforme qui va accroitre profondément les inégalités. Et la précarité. Le Conseil d’État devra rendre une nouvelle décision au cours de la semaine, après que le gouvernement aura complété son argumentaire, visiblement peu convaincant.

 

 C’est aussi la semaine dernière que le Conseil d’État s’est penché sur le recours controversé, par les forces de l’ordre, de la technique dite « des nasses », lors des manifestations. Une technique qui conduit à l’encerclement des manifestants et, le plus souvent, de procéder à des arrestations en masse. On se souvient notamment de la manifestation des gilets jaunes de mai 2019, où la technique avait été abondamment utilisée, provoquant la panique chez les manifestants et avaient, pour certains, forcé les grilles de la Pitié-Salpêtrière pour s’y réfugier. Saisis par plusieurs associations, les juges ont jugé « illégales » ces techniques non justifiées et « susceptibles d’affecter significativement la liberté de manifester et de porter atteinte à la liberté d’aller et venir », indiquent-ils. C’est aussi trois autres points du schéma du maintien gouvernemental du maintien de l’ordre qui ont été retoqués – consacrant ainsi les libertés pour les journalistes, d’informer : « l’éloignement des journalistes en cas de dispersion, l’obligation d’accréditation pour les journalistes pour des informations en temps réel et l’obligation faite aux journalistes de ports de protection », précise le Conseil d’État. « Le Conseil d’État met une gifle à Darmanin », titre Libé. Terrible désaveu, en effet, pour le ministre de l’intérieur.

 

Autre polémique. Autre recours auprès du Conseil d’État et dont les conclusions seront observées de près. Quatre mois après les accusations en « islamo-gauchisme » au sein de l’université française, la ministre Frédérique Vidal avait demandé une enquête au CNRS et se voit aujourd’hui poursuivi par six enseignants chercheurs pour « abus de pouvoir ». Les avocats William Bourdon et Vincent Brengarth ont sollicité une procédure de référé et un recours en annulation devant la plus haute juridiction administrative. Si le Conseil d’État a rejeté le référé, la requête en annulation a été transmise au ministère de l’Enseignement supérieur qui devra, dans les deux mois, démontrer « que sa décision ne constitue pas un détournement des pouvoirs et des attributions qui lui sont confiés », confient les deux avocats au journal Le Monde. Le CNRS ayant refusé publiquement de répondre à la « commande » de la ministre, reste à savoir si la conduite de cette enquête, compte tenu des vives critiques qu’elle avait suscité, est sur les rails. Au Monde, Fabien Jobard, semble comprendre qu’aucune enquête n’est en cours. Et d’en conclure : « Cela voudrait dire qu’on gouverne à coups de propos comminatoires et de menaces et ce n’est pas tolérable ». En effet !

 

Même quand il rend un avis négatif, à l’instar du référé déposé par Clémentine Autain pour obtenir le droit de tenir meeting en Seine-Saint-Denis – qui avait été rendu impossible par décret du ministre de l’Intérieur et qui s’est malgré tout tenu hier à Montreuil sous forme de manifestation revendicative –, le Conseil d’État se voit obligé de réaffirmer « la nécessité que les libertés publiques soient garanties en période de Covid ». Comme si la Haute juridiction envoyait des signaux au gouvernement. Sous forme d’alerte permanente. Et comme nous l’écrivions ici en décembre 2020, de projets de loi en ordonnances, la politique menée par le gouvernement depuis le début du quinquennat se heurte régulièrement au mur de l’État de droit : le nombre des recours est en forte augmentation, singulièrement depuis la crise sanitaire. Vigilance !
 


 

publié le 14juin 2021

GM&S dégraissé en 2017, fermé en 2022 ?

Stéphane Ortega sur https://rapportsdeforce.fr

Dans une lettre ouverte aux présidents de la République, de la région et du département de la Creuse, le syndicat CGT de l’ex-usine GM&S demande aux représentants politiques d’agir contre les stratégies du repreneur GMD qui laissent planer la menace d’une fermeture du site pour l’an prochain. Et donc d’une nouvelle saignée d’emplois, après celle de 2017.

 

C’est encore et toujours l’histoire d’un Monopoly ou des entreprises s’achètent, se vendent, empochent des subventions publiques, investissent le moins possible, vident les caisses et laissent sur le carreau des salariés. Mais c’est aussi encore et toujours l’histoire de responsables politiques dont le rôle se limite à accompagner les vagues de licenciements sans broncher. Avec en prime, ici comme bien souvent, le mépris de celles et ceux qui luttent pour sauver leur peau et leur job.

« Je ne suis pas le Père Noël », répondait Emmanuel Macron, à peine élu président, aux 277 salariés de l’équipementier GM&S de La Souterraine dans la Creuse qui l’interpellaient en juin 2017. Ces derniers se démenaient depuis des mois contre la liquidation judiciaire de leur entreprise. Occupation d’usine, menace de la faire sauter, manifestation… déjà tous les ingrédients du désespoir dans un bassin d’emploi ou le travail ne se trouve pas simplement en traversant la rue. Et après avoir vu défiler de nombreux propriétaires en vingt ans : des revendications concernant les donneurs d’ordres (PSA et Renault), l’État et les potentiels repreneurs.

 Une saignée

 Mais la douche froide, malgré une lutte dure. En septembre 2017, le tribunal de commerce valide le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) de l’offre de reprise par le groupe GMD. Sur les 277 salariés, seulement 120 seront employés par la nouvelle entité : La Souterraine Industry (LSI) qui a repris l’activité pour un euro symbolique, plus les coûts de dépollution du site. De nouveau interpellé début octobre par des salariés, le chef de l’État se laisse aller à afficher son mépris devant une caméra : « Il y en a certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d’aller regarder s’ils peuvent avoir des postes là-bas ». Il fait ici référence à une fonderie qui recrute, mais située à deux heures de route de l’usine GM&S. Quelques heures plus tard, le discours se fait plus policé : « protéger vraiment les personnes, c’est pas leur faire des promesses en l’air ».

Pourtant, il s’est avéré un an plus tard devant la cour d’appel de Bordeaux que le PSE était entaché d’erreurs de droit, bien que validé par le ministère du Travail (Dirrecte). Jugement confirmé en 2020 par le Conseil d’État. Mais trop tard, même s’il vient éclairer amèrement les promesses, la main sur cœur, du ministre de l’Économie Bruno Le Maire de 2017, de ne laisser personne sur le bord de la route. Un an après, seul 21 des 156 licenciés avaient retrouvé un CDI. Quatre ans plus tard, la direction de l’usine laisse entendre que 2022 sera la date de la fermeture de l’usine à La Souterraine pour les 120 salariés restants.

 

Bis repetita

Macron a ouvert son mandat sur l’affaire GM&S, il pourrait bien le refermer sur le même dossier. Samedi 12 juin, le syndicat CGT LSI ex-GM&S lui a adressé une lettre ouverte. « Vendredi 11 juin, Mr Lacroix directeur du site LSI La Souterraine ex-GM&S a annoncé publiquement la fermeture du site en 2022 », écrit le syndicat qui se plaint que GMD n’ai pas affecté de production dans l’usine, malgré des marchés attribués. Une intention confirmée par le quotidien La Montage citant une source syndicale qui évoque une précédente annonce au cours d’un comité d’entreprise.

Une fermeture ou un coup de bluff ? Pour la CGT, le groupe GMD procède ainsi « pour faire pression sur la République pour avoir encore plus de subventions ». Et d’interpeller le chef de l’État dans son courrier : « Allez-vous laisser faire ça ». Pour ensuite interroger les conséquences d’une telle bienveillance à l’égard des entreprises. « Allez-vous accepter cela encore longtemps et vous “étonner” de voir monter des idées nauséabondes dans toutes nos villes, nos villages », souligne le syndicat qui réclame une intervention forte de l’État. État qui pourtant jusque-là a plutôt fait la démonstration de son mépris.

publié le 13 juin 2021

Yaya Karamoko, 28 ans, meurt noyé
à la frontière franco-espagnole

Par Nejma Brahim sur le site www.mediapart.fr

 

Il avait 28 ans et rêvait de rejoindre la France dans l’espoir d’un avenir meilleur. Yaya Karamoko, originaire de Mankono en Côte d’Ivoire, est mort noyé dans la Bidassoa en voulant traverser le fleuve à la frontière franco-espagnole, le 22 mai. Mediapart retrace son parcours.

 

«Il avait l’intention de s’installer en France… Il voulait travailler et sortir sa famille de la galère », souffle Hervé Zoumoul. Depuis deux semaines, cet activiste des droits humains, bénévole à Amnesty International France, remue ciel et terre pour mettre un nom et un visage sur celui qui s’est noyé le 22 mai dernier, à l’âge de 28 ans, en traversant la Bidassoa, un fleuve à la frontière franco-espagnole, dans le Pays basque. Il s’appelait Yaya Karamoko et avait commencé son périple depuis la Côte d’Ivoire, en passant par le Maroc, les Canaries et l’Espagne continentale.

 

Selon Xabier Legarreta Gabilondo, responsable chargé des migrations et de l’asile au Pays basque espagnol, c’est la première fois qu’une personne exilée meurt dans la Bidassoa en empruntant cette route migratoire. « La police autonome de l’Euskadi m’a appelé le 22 mai pour m’apprendre que le corps de Yaya avait été retrouvé dans le fleuve. Le gouvernement basque souhaite dire toute sa consternation face à un événement si triste : il est choquant qu’une personne perde la vie en essayant de rechercher une opportunité. »

 

Dans les jours qui suivent le décès, les autorités semblent perdues. « C’est moi qui ai appelé les proches de Yaya, avec l’aide de la communauté ivoirienne, pour les mettre au courant de son décès », confie l’écrivaine et militante Marie Cosnay, qui découvre avec surprise qu’aucune « information officielle » ne leur est parvenue en Côte d’Ivoire. La voix brisée et les silences songeurs, elle est encore sous le choc. Usée, aussi, par ses efforts d’investigation.

 

« J’ai appelé la police basque et la cour d’Irun, mais ils ne savent rien. Je n’arrive pas à connaître le protocole dans un tel cas, tout le monde est très démuni. Il y a une faillite des États et des institutions légales », pointe-t-elle dix jours après le drame, avant de préciser que le corps du jeune homme était, à ce stade, toujours à l’institut médicolégal de San Sebastián, et que les proches présents sur le territoire français devaient « se constituer parties civiles » pour pouvoir le voir. « Nous avons tenté de faciliter les échanges entre le juge en charge du dossier de Yaya et les membres de sa famille, afin que le contact puisse être établi », assure de son côté le responsable des migrations et de l’asile du gouvernement basque, sans donner plus de détails.

 

Au lendemain du drame, alors que la presse locale évoque le corps d’un « migrant » retrouvé dans la Bidassoa, un collectif de soutien aux exilés organise un rassemblement spontané sur le pont Santiago aux abords du fleuve. Près de 1 000 personnes sont là pour protester contre les frontières et les politiques migratoires qui conduisent à la mort les personnes en exil, à la recherche d’un pays sûr ou de meilleures conditions de vie. À cet instant, pour Marie Cosnay, présente dans la foule, l’urgence est aussi de retracer l’histoire de Yaya afin qu’il ne tombe pas dans l’oubli.

 

« Son seul objectif était d’aller en Europe »

 

Le visage rond et le regard vif, le jeune Ivoirien rêvait « d’une vie meilleure », confie un ami à lui, qui a partagé sa chambre durant plusieurs mois à Dakhla, au Maroc. « Comme tout jeune Africain, il était passionné de football. Ici, on n’a pas la télévision alors on allait voir les matchs dans un café. Il adorait le club de Chelsea ! », se souvient-il. Et d’ajouter : « C’était quelqu’un de sympa, tranquille, qui ne parlait pas beaucoup. Il était souvent triste, son seul objectif était d’aller en Europe. »

 

Originaire de Mankono (Côte d’Ivoire), où il grandit et quitte le lycée en classe de terminale, il travaille un temps comme chauffeur de taxi à Abidjan, puis dans le BTP. « On a grandi ensemble dans le même village, raconte son cousin Bakary tout en convoquant ses souvenirs. On partageait tout, même nos habits et nos chaussures. Il était ouvert aux autres et aimait rassembler les gens. » Souriant, drôle et taquin, aussi. « Il aimait beaucoup jouer au foot mais ne marquait jamais », ajoute-t-il dans un éclat de rire teinté de tristesse.

 

Son père décédé, c’est pour aider sa famille qu’il décide de tenter sa chance en Europe début 2021, rapporte Hervé Zoumoul qui a retrouvé un certain nombre de ses proches pour remonter le fil de sa courte vie. Yaya s’envole au Maroc, où il travaille durant plusieurs mois d’abord comme maçon, puis dans une usine de conservation de poissons pour financer la traversée auprès d’un passeur qui lui demande 2 500 euros. À ses côtés, dans la pirogue qui lui promet une vie nouvelle, il prend soin de son neveu, âgé de seulement 11 ans. Ses parents ont fourni à Yaya une autorisation parentale, que Mediapart a pu consulter, l’autorisant à « effectuer un voyage [au] Maroc » en sa compagnie.

 

« Il m’a raconté la traversée du Maroc aux Canaries et ce n’était vraiment pas facile, poursuit l’ami de Yaya basé à Dakhla. Ils se sont perdus et sont restés cinq jours en mer. Des personnes se sont jetées à l’eau, il y a eu des morts. Selon ses dires, le capitaine du convoi et plusieurs autres ont été arrêtés parce qu’ils n’ont pas déclaré les disparus aux autorités à leur arrivée [le 16 mars – ndlr]. » Depuis 2020, cette route particulièrement dangereuse via les Canaries s’est réactivée, notamment depuis le Sénégal et le sud du Sahara occidental, faisant gonfler le nombre d’arrivées sur l’archipel espagnol (lire ici notre entretien, ou là notre reportage).

 

« L’enfant qui accompagnait Yaya a finalement été pris en charge dans un centre pour mineurs aux Canaries et y est resté », explique Marie Cosnay. « Yaya a poursuivi sa route, enchaîne Hervé Zoumoul. Il était avec un groupe de personnes transféré le 22 avril en Espagne continentale. » Lui et trois de ses compagnons de route arrivent d’abord à Malaga et remontent petit à petit vers le nord, de Grenade à Madrid, jusqu’à atteindre Irun dans le Pays basque le 15 mai.

 

Ils sont accueillis dans un centre d’accueil pour migrants de la Croix-Rouge, placé sous l’autorité de la communauté autonome du Pays basque espagnol. Ils quittent les lieux le 16 mai, précise Hervé Zoumoul, également à l’origine de la plateforme « Protégeons les migrants, pas les frontières ». « À partir de là, ni ses amis ni sa famille n’ont réussi à joindre Yaya. Ils ont supposé qu’il avait changé de numéro ou perdu son téléphone... » Jusqu’à la terrible nouvelle.

 

Les trois amis de Yaya, avec qui il a traversé l’océan Atlantique depuis Dakhla jusqu’aux Canaries, puis rejoint l’Espagne continentale un mois plus tard, ont tous gagné la France. Contacté par Mediapart, l’un d’entre eux a préféré rester silencieux. « C’est très difficile pour eux. Ils ont été obligés de se séparer pour ne pas être repérés par la police. Yaya n’a pas réussi à traverser, eux ont survécu », résume Hervé Zoumoul.

 

Yaya Karamoko laisse derrière lui une mère âgée et plusieurs frères et sœurs sans ressources. « Il représentait tous mes espoirs. C’est grâce à lui que je suis ici, il m’a aidée à fuir mon domicile au pays car j’étais victime de violences conjugales, sanglote Aminata, une cousine de Yaya, actuellement au Maroc. Il devait m’aider pour la suite... Comment je vais faire sil ne vit plus ? »

 

Celle qui avait pour projet de le rejoindre en France se dit aujourd’hui perdue. « Les gens à Mankono n’arrivent pas à croire qu’il est décédé, complète son cousin Bakary. Je ne sais pas si sa mère tiendra longtemps avec cette nouvelle. Je ne pourrai jamais l’oublier. » Faute de moyens, le corps de Yaya ne pourra pas être rapatrié en Côte d’Ivoire. « Sa famille ne peut pas se permettre de payer pour cela. Il sera donc enterré en Espagne », précise Hervé Zoumoul.

 

Combien de morts devra-t-il encore y avoir aux portes de l’Europe et de la France pour espérer voir une once de changement dans nos politiques migratoires ? « Il est temps d’exiger des engagements collectifs tant au Pays basque qu’en Espagne et en Europe. Il est temps de revendiquer de l’humanité et des droits dans les politiques migratoires, d’accueil et de transit », conclut Xabier Legarreta Gabilondo. Le gouvernement basque a demandé au gouvernement espagnol l’organisation d’une réunion pour en discuter. »


 

<publié le 13 juin 2021

Riposte. Face à l’extrême droite et à un climat délétère, 150 000 manifestants dans les rues

 

Julia Hamlaoui sur le site www.humanite.fr


 

À l’appel de 120 syndicats, partis politiques, associations, médias et collectifs, 150 rassemblements et manifestations ont été organisés, samedi 12 juin, « pour les libertés et contre les idées d’extrême droite ». À Paris, dans une ambiance festive, 75 000 personnes ont défilé, selon les organisateurs. Reportage

 

« Ici nous sommes la République, ici nous portons les valeurs de liberté, d'égalité, de fraternité. » La formule, entendue au sein du cortège, résume l’état d’esprit de la manifestation qui s’est élancée ce samedi 12 juin de la place de Clichy à Paris. Un rendez-vous de riposte « pour les libertés et contre les idées d’extrême droite », à l’appel de 120 syndicats, associations, partis politiques, médias, dont l’Humanité, et collectifs qui a réuni 75 000 personnes à Paris. Et, au total, 150 000 manifestants dans 150 initiatives en France, selon les organisateurs.

« Cette manifestation permet de dire qu’il y a des millions de personnes qui aspirent à autre chose. Le camp de la liberté et du progrès prend des coups depuis des mois et des semaines, il est temps de relever la tête », assure Thomas Portes, président de l’Observatoire national de l’extrême droite, à quelques minutes du départ de la marche devant l’un des trois camions qui crachent de la musique. Car, après la tribune des militaires aux relents putschistes, les différentes lois liberticides, la vidéo d’appel au meurtre du youtubeur Papacito en début de la semaine ou la chasse aux « islamo-gauchistes » des derniers mois, la réplique se veut « joyeuse et populaire ». « Nous constatons que quand il n’y a pas de maintien de l’ordre agressif de la part des forces policières, les manifestations se déroulent dans une ambiance festive », se félicitent d’ailleurs les organisateurs.

Le climat n’en est pas moins inquiétant. « Les idées d’extrême droite ne sont plus dédiabolisées, elles sont banalisées, elles sont au centre du débat et les mots et les valeurs sont complètement inversés. Ce sont les antiracistes, les gens de gauche qui sont placés hors champ de la République », dénonce le sénateur communiste Fabien Gay, pointant la « respiration démocratique » que permet la marche à laquelle le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, participe de son côté depuis Lille.

« On revient installer des lignes rouges »

« Cette politique de division de la population, avec la stigmatisation en particulier des musulmans, et d’étouffement des libertés, avec les lois ‘’sécurité globale’’ ou ‘’séparatisme’’, vise à continuer un programme de plus en plus antisocial et antiécologique », ajoute Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac, qui a prononcé avec la présidente de l’Unef, Mélanie Luce, quelques mots au nom de tous les signataires de l’appel. « On revient installer des lignes rouges : le camp républicain, c’est tout sauf l’extrême droite, c’est ce qu’on vient dire aujourd’hui », insiste la syndicaliste étudiante.

D’ailleurs, un incident vient vite rappeler le climat délétère des dernières semaines. Quelques instants avant que le cortège ne s’ébranle, l’insoumis Jean-Luc Mélenchon est enfariné par un « souverainiste » revendiqué. « Il y a une grande tension. (…) La bonne réaction est de faire preuve de solidarité humaine et de sang-froid. Ils ne me font pas peur », réagit le député. « C’est, enchaîne-t-il, le grand bon signe du moment, dans une situation de division, de mesquinerie entre les organisations de la gauche traditionnelle, que tout d’un coup il y ait quelque chose qui vient de la société et qui veut s’opposer à cette vague des idées d’extrême droite qui ne rencontre que peu de résistance puisque les superstructures traditionnelles regardent ça avec bienveillance. »

Les militants sont au rendez-vous

Dans la foule, les militants, drapeaux en main, sont au rendez-vous. Éric, enseignant, chasuble de la FSU sur le dos, veut montrer que « les syndicalistes ne se font pas avoir par les sirènes de l’extrême droite : dans leur programme on retrouve la même volonté de satisfaire un patronat, peut-être plus national, mais en tout cas pas les salariés ». Quand bien même la supercherie n’est pas des plus simples à révéler : « Je n’ai pas la solution mais on la cherche ici », sourit Éric.

« Droit à l’avortement, droit au travail, conception patriarcale de la famille sur toutes ces thématiques-là, les femmes sont en première ligne. Quand on regarde l’extrême droite en Pologne ou au Brésil, il y a de quoi être inquiet », alerte aussi Anne, dans le cortège féministe.

 

Les militants ne sont pas seuls dans la rue. Julien vient manifester pour la toute première fois parce qu’il juge « important de reprendre le contrôle du débat public monopolisé par l’extrême droite » : « Les appels au meurtre sur les électeurs de gauche ça ne me plaît pas vraiment », euphémise l’étudiant de 20 ans, pourtant « pas très confiant » car « les médias qui orientent le débat en ce sens sont trop puissants ». « Tous les gens qui sont là aujourd’hui on ne les entend pas, ils sont invisibilisés parce qu’ils ne sont jamais dans les médias traditionnels », ajoutent Yasmine, Emma et Léna, venues entre copines après avoir vu circuler l’appel sur les réseaux sociaux. « La normalisation de la haine, du racisme, de l’islamophobie, c’est quelque chose qu’on ressent, pas seulement sur les plateaux, mais aussi dans la vie de tous les jours », raconte l’une d’elles.

Macron-Le Pen : 2017... « en pire »

La perspective de 2022 et du scénario Macron-Le Pen, promis pour l’heure par les sondages, revient souvent. « 2022, c’est le même design que 2017 », commence Emma. « Mais en pire, l’interrompt Yasmine. Maintenant on sait ce que c’est de vivre sous Macron et on sait qu’on ne peut pas l’accepter encore. » Un peu plus loin, Arianne prévient aussi : « Ce sera compliqué pour moi, comme pour beaucoup de gens, de voter Macron au 2e tour, autant je l’ai fait en 2017, autant là… » Alors, pour cette sympathisante, la « dispersion » de la gauche n’est pas « une stratégie gagnante », mais elle ne veut « pas que l’histoire du PS se répète parce que c’était vraiment une trahison ». La plaie du quinquennat Hollande est encore béante. « Une partie de la gauche récupère les idéaux de droite, c’est n’importe quoi », tacle Yasmine. Parmi beaucoup de pessimistes, Rémi, lui, veut encore y croire : « J’ai envie de me dire qu’on peut être encore raisonnable et que si on veut que quelqu’un passe au second tour, il faut s’unir ».

« L’enjeu c’est de construire un socle commun »

Mais pour l’heure, même rassemblés dans la rue, la perspective d’un rapprochement pour les élections n’est pas vraiment d’actualité. « Il faut une alternative. L’enjeu c’est de construire un socle commun, une coalition et je pense, personnellement, que c’est l’écologie qui peut rassembler, fédérer, qui coche toutes les cases : l’environnement, la justice sociale, la démocratie », explique Julien Bayou, le secrétaire national d’EELV. Quand Jean-Luc Mélenchon renvoie la balle : « Les partis de la gauche traditionnelle considèrent que l’élection présidentielle est perdue et que c’est le moment de se compter. »

 

J’espère que les partis politiques qui ont appelé avec nous à cette manifestation, vont aussi entendre ce message : il y a besoin de porter plus fort les questions économiques et sociales. Philippe Martinez Secrétaire général de la CGT

 

Du côté des syndicats, on pointe l’urgence de reprendre la main. Derrière la banderole de la CGT qui suit de près le camion des syndicats, Philippe Martinez estime qu’on « a besoin de rassembler les citoyens, le monde du travail plutôt que d’essayer de trouver des coupables, de s’opposer les uns aux autres alors qu’on devrait être tous unis contre ceux qui nous exploitent ». « J’espère que les partis politiques qui ont appelé avec nous à cette manifestation, poursuit le secrétaire général de la CGT, vont aussi entendre ce message : il y a besoin de porter plus fort les questions économiques et sociales, et ne pas se laisser entraîner sur un terrain, notamment de la sécurité, qui, même si c’est important, ne correspond pas aux premières exigences de ceux qui sont au chômage ». « On a toute notre place dans le combat contre l’extrême droite comme face à ce gouvernement », lance encore Murielle Guilbert, co-déléguée générale de Solidaires, au moment de la photo de famille dans le carré de tête.

En fin d’après-midi, pour la première fois depuis longtemps, le cortège atteint la place de la République sans heurts. « C’est le point de départ, j’espère », souhaite, parmi beaucoup d’autres, Benoît Hamon (Génération.s). Les organisations signataires ne comptent pas en rester là : « Le camp de la liberté et du combat contre l’extrême droite est passé à l’offensive. Nous allons le poursuivre tou.te.s ensemble », ont-ils promis à l’issue de la journée. Un prochain rendez-vous est d’ores et déjà fixé au premier week-end de juillet « face au congrès du Rassemblement national » à Perpignan.


 

publié le 12 juin 2021

La réforme des retraites de nouveau à l’agenda

Par La rédaction de Mediapart

 

Depuis quelques jours, les déclarations se multiplient en faveur du retour de la réforme des retraites, peut-être même avant la fin du quinquennat.

 

Elle avait disparu des radars, la voilà de retour. La réforme des retraites, dont le système à points avait été vivement contesté par des semaines de mobilisation sociale pendant l’hiver 2019-2020, est de nouveau à l’agenda : l’exécutif mise sur la reprise économique pour revenir sur ses ambitions réformatrices, balayées depuis un an et demi par l’épidémie de Covid.

 

Ce dimanche 6 juin, c’est Bruno Le Maire qui a enfoncé le clou dans Le Journal du dimanche, après les déclarations d’Emmanuel Macron, jeudi, préparant les esprits à une réouverture du dossier. « Il faudra poursuivre les réformes structurelles : la priorité, ce sont les retraites », a indiqué le ministre de l’économie dans l’interview politique dominicale.

 

Sans s’exprimer clairement sur un éventuel report de l’âge légal de départ à la retraite, Bruno Le Maire plaide pour un « volume global de travail plus important ». Cette réforme doit-elle se faire d’ici la fin du quinquennat ? Le locataire de Bercy pense que oui, il l’avait déjà fait savoir, mardi, dans une interview vidéo au Figaro : « Je suis favorable à ce qu’on ne perde pas de temps sur ce sujet-là, qui est un sujet majeur et qui doit s’inscrire dans une réflexion sur le volume de travail et la qualité de travail qu’on offre aux Français. »

 

Dans le détail, le ministre ne répond pas sur la question du maintien ou non du système de retraite à points, adopté en première lecture avec le recours au 49-3, en mars 2020. Il se contente d’insister sur la nécessité d’« équilibrer » le système actuel.

 

La réforme ne pourra toutefois pas être reprise en l’état, a fait savoir le président. À Martel, dans le Lot, où il était en déplacement jeudi, Emmanuel Macron a été interpellé par un retraité sur le sujet. La réforme était « très ambitieuse, extrêmement complexe et porteuse d’inquiétudes, il faut le reconnaître, être lucide sur la manière dont le pays l’a vécue », dira ensuite le président aux journalistes qui l’accompagnent. « Rien n’est exclu », mais « ce ne sera pas la même réforme ».

 

Selon Le Parisien, le système à points serait abandonné, mais le recul de l’âge légal de départ est à nouveau envisagé, à 64 ans contre 62 actuellement. L’Élysée songerait à une grande conférence sociale au début de l’été pour dévoiler les contours de cette nouvelle réforme.

 

Signe, s’il en fallait, de la porosité entre les thèses de la Macronie et de la droite : le report de l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans est précisément ce que plaide Éric Woerth, président Les Républicains de la commission des finances de l’Assemblée nationale.

 

Mais la réforme peut-elle se faire avant la fin du quinquennat ? L’opportunité de relancer le sujet avant la présidentielle divise la majorité, si l’on en croit Le Monde. Si, au gouvernement, le ministre des comptes publics Olivier Dussopt ou le porte-parole Gabriel Attal y sont, comme Bruno Le Maire, favorables, d’autres, à l’Assemblée, y sont opposés. C’est le cas de son président, Richard Ferrand, qui estime que les retraites constitueraient une « excellente première réforme de deuxième quinquennat ».

 

Le porte-parole de La République en marche Roland Lescure s’en remet à la décision du président, mais il a lui aussi apporté de l’eau au moulin, dimanche matin, sur France Info, reprenant la petite musique du « il faudra travailler plus » distillée ces dernières semaines par la majorité présidentielle. À la question du journaliste sur l’allongement possible de la durée de cotisation et la hausse de l’âge légal de départ à la retraite, le député répond : « La manière de sortir de cette crise, c’est qu’on travaille tous plus. »

 

« Il fallait réformer les retraites avant la crise, il faut d’autant mieux les réformer après, dit encore Roland Lescure. […] Parce que les déficits ont gonflé, et parce qu’on n’est pas tous égaux face au modèle social. »

Le Conseil d’orientation des retraites estime le déficit des caisses de retraites à 30 milliards d’euros en 2020. « On devra prendre des mesures qui seront peut-être impopulaires », a assuré samedi, au micro de LCI, celui qui avait porté la réforme et reste l’un des plus offensifs sur le sujet, l’ancien premier ministre Édouard Philippe.

 

Si les uns et les autres assurent que la décision du président dépendra des consultations qu’il va mener dans les prochaines semaines, une fin de non-recevoir a d’ores et déjà été envoyée par la CGT. « La CGT reste extrêmement vigilante et ne souhaite pas qu’on remette sur la table des ajustements que paieraient les actifs ou les retraités », a affirmé jeudi sur France Info Catherine Perret, secrétaire confédérale du syndicat chargée des retraites et de la protection sociale.

 

« Je pense que la réforme des retraites à points est morte et enterrée, et ça, le président de la République l’a bien compris. La mobilisation a été forte en 2019-2020. Je rappelle quand même que deux tiers des Français étaient contre cette réforme, parce qu'ils avaient bien compris que c’était destiné à faire baisser les pensions », a encore dit la syndicaliste. Elle entend demander au président de ne plus toucher aux retraites d’ici la fin de son mandat.

 


 

publié le 12 juin 2021

Présidentielle au Pérou : un séisme politique aux répliques régionales

 

Rosa Moussaoui sur le site www.humanite.fr


 

Le pays est devenu, ces dernières années, l’un des piliers du jeu d’influence de Washington en Amérique du Sud. Avec le basculement en cours, et la possible élection de Pedro Castillo à la tête de l'État, cette donne stratégique est bouleversée.

 

Mardi soir, au Pérou, alors que se poursuivait la compilation des procès-verbaux, le candidat de gauche au second tour de l’élection présidentielle, Pedro Castillo, creusait encore l’écart avec son adversaire d’ultradroite, Keiko Fujimori. Voyant se dessiner un troisième revers électoral, celle-ci crie désormais à la fraude ; sa défaite la dépasse : elle aurait des répliques régionales.

 

En 2011, l’ambassadrice des États-Unis à Lima, Rose Likins, n’avait guère opté pour la discrétion, dans sa campagne en faveur de la fille de l’ancien président Alberto Fujimori, tenant d’un ultralibéralisme autoritaire. La candidate, elle, avait enrôlé comme conseiller l’ex-maire républicain de New York Rudy Giuliani et des cercles ultraconservateurs lui manifestaient bruyamment leur appui depuis Miami.

Barrer la route à la Chine

Le basculement politique en cours au Pérou constitue un revers pour Washington, comme pour les élites pro-américaines qui détiennent dans le pays les leviers du pouvoir économique et politique. C’est que le pays occupe, avec la Colombie, une position stratégique clé dans le dispositif d’influence des États-Unis en Amérique du Sud.

Sur le terrain économique, d’abord, avec la volonté résolue de contrer la montée en puissance de la Chine sur la façade pacifique. Pékin s’est déjà hissé au rang de premier partenaire commercial de Lima, une escale des nouvelles routes de la soie, avec le projet d’une ligne ferroviaire devant relier les deux océans, via le Pérou et le Brésil. Les deux puissances rivales se disputent aussi, dans la région, un accès privilégié aux ressources minérales et énergétiques. «  Le Pérou affiche une gestion saine et prévisible de son économie fondée sur les principes du marché libre. Notre accord commercial bilatéral constitue la base d’une relation commerciale libre, équitable et réciproque, et le Pérou reste une destination importante pour les États-Unis en termes de commerce et d’investissement. Face à la concurrence croissante dans la région, les États-Unis cherchent à consolider leur position de partenaire commercial de choix au Pérou, tout en augmentant leurs avantages », résume un mémento du département d’État.

Une offensive contre le Venezuela

Sur le plan de la politique régionale, le Pérou, qui a noué avec les États-Unis une solide coopération militaire, est devenu, ces dernières années, l’un des pivots de l’offensive de Washington contre les « pays préoccupants », entendre le Venezuela. Point d’orgue de cette stratégie, la création sous l’impulsion de l’administration Trump, le 8 août 2017, du Groupe de Lima, conclave de pays dirigés par des gouvernements ultraconservateurs décidés, selon les termes de la diplomatie américaine, à promouvoir une « résolution pacifique de la crise au Venezuela, un objectif qui s’aligne sur la vision de la stratégie de sécurité nationale pour faire progresser l’influence américaine en faveur des nations souveraines qui coexistent dans la prospérité, la liberté et la paix ». « En soutenant les institutions démocratiques à l’intérieur et au-delà de ses frontières, le Pérou projette un rôle positif dans l’hémi sphère et les organismes internationaux. Cela façonne finalement un hémisphère réceptif aux États-Unis », estime-t-on à Washington.

 

L’alternance n’a pas fondamentalement bouleversé cette ligne : le 2 mai dernier, entre les deux tours de l’élection présidentielle, lors d’une conversation téléphonique, le secrétaire d’État états-unien, Antony Blinken, et le ministre péruvien des Affaires étrangères, Allan Wagner, « ont convenu de l’importance de collaborer pour restaurer la démocratie et la stabilité économique au Venezuela ». Tout au long de la campagne, Pedro Castillo a été désigné comme un « chaviste », un « communiste », un « terroriste », un dictateur en puissance, prêt à mener le Pérou à la ruine économique. « Nous ne sommes pas des terroristes. Nous sommes des travailleurs ordinaires », répond l’instituteur, qui plaide pour une révolution éducative consacrant 10 % du PIB à l’accès gratuit de tous à l’école et à l’université. La diabolisation du candidat de gauche, les attaques idéologiques dont il est la cible, l’hostilité de Washington n’auront pourtant pas endigué la mobilisation, autour de lui, de populations indigènes et paysannes exclues du mirage libéral et de la participation politique.

publié le 10 juin 2021

Banalisation de l’extrême droite :

la cote d'alerte est franchie


 

Aurélien SoucheyreDiego Chauvet sur www.humanite.fr

 

La dédiabolisation du Rassemblement national et de la fachosphère a atteint des sommets tels que la gauche est aujourd’hui présentée comme étant plus dangereuse que Marine Le Pen par des intellectuels et des élus. Même les mises en scène macabres sur le Web ne suscitent pas un tollé général.

Une saine réaction est attendue dans la rue ce samedi 12 juin .

 

Marine Le Pen est donnée qualifiée une seconde fois au second tour de l’élection présidentielle. Et beaucoup détournent les yeux. Le Rassemblement national est en passe de remporter la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Et beaucoup détournent les yeux. De plus en plus de chaînes télévisées déroulent le tapis rouge à l’extrême droite. Et beaucoup détournent les yeux. Des militaires factieux appellent au coup de main. Et beaucoup détournent les yeux. La Macronie reprend les éléments de langage du RN. Et beaucoup détournent les yeux. Des intellectuels ayant pignon sur rue apportent, l’air de rien, un soutien à Marine Le Pen. Et beaucoup détournent les yeux… mais pas tous. Certaines voix s’élèvent. Mais il faut bien mesurer le niveau d’apathie du pays face à la montée permanente des idées et candidats d’extrême droite dans notre République.

 

Le dernier épisode en date ? Dans une vidéo d’une violence inouïe, les youtubeurs fascistes Papacito et Code Reinho mitraillent et poignardent un mannequin déguisé en militant de gauche. Jean-Luc Mélenchon dénonce cette ignoble mise en scène dans une conférence de presse. Mais qu’écrit alors Valeurs actuelles ? Il s’agirait d’un « contre-feu », selon le journal. Rien de surprenant venant de cette publication d’extrême droite. Mais que font dans la foulée l’AFP et une foule de journaux, dont Libération ? Ils qualifient eux aussi le point presse de l’insoumis de « diversion ». Certes, le candidat à l’Élysée avait créé auparavant une polémique avec ses propos sur les « graves incidents ou meurtres » qui se déroulent, selon lui, à chaque dernière semaine d’une élection présidentielle. Mais a-t-il décidé de la date de publication, ce week-end, de cette vidéo appelant à tirer sur les militants de gauche ? L’a-t-il exhumée d’archives anciennes ? Non.

« Tout ce qui peut détruire cette République est une chance »

Il convient ainsi de la prendre pour ce qu’elle est : un document filmé dans lequel deux fascistes s’acharnent sur ce qu’ils présentent comme un adversaire politique, en plus d’appeler massivement tout un chacun à s’armer pour faire de même. L’humour prétendu a bon dos. Un dos criblé de balles et de coups de couteau. « Il faut lire entre les lignes », déclare Papacito sur TV Libertés au sujet de ses productions, qui ne cachent rien de la réalité de son projet. « Tout ce qui peut détruire cette République est une chance », affirme-t-il sur les réseaux sociaux. Avant d’être plus explicite : « On fusille pendant des semaines des millions de salopes, on coupe les subventions à Libé et autres collabos à base de procès et humiliations publiques, puis on renoue avec la France d’avant 1789. » Ou encore : « Si tuer 20 000 journalistes sauve 70 millions de Français, il ne faut plus hésiter. »

 

Face à cette vidéo insupportable, Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel ont décidé de porter plainte. « Il faut mettre fin à ce climat de violence. Au nom des communistes, je saisis le procureur de la République », a annoncé le secrétaire national du PCF. Mais qu’a dit le gouvernement ? Le silence assourdissant, comme après la tribune des militaires factieux soutenus par Marine Le Pen, a duré plusieurs jours. Il a fallu attendre qu’Emmanuel Macron, le président de la République lui-même, soit giflé, lundi, à Tain-l’Hermitage (Drôme), par un individu poussant le cri royaliste de « Montjoie ! Saint Denis ! » pour entendre une réaction. Le premier ministre Jean Castex a ainsi estimé qu’ « à travers le chef de l’État, c’est la démocratie qui est visée », avant de condamner « sans réserve la vidéo simulant le meurtre d’un militant de la FI ».

Papacito se dit prêt à voter Zemmour en 2022

Reste que, d’une gifle au premier personnage de l’État à des balles réelles tirées sur des allégories de militants de gauche, force est de constater que l’extrême droite se sent de plus en plus autorisée à se mettre en scène et à passer à l’acte. « Papacito est un pur produit de la galaxie Soral/Dieudonné dans le ton ultraviriliste et la violence revendiquée. Il est dans une continuité manifeste avec le fascisme historique », note Ugo Palheta. Mais le sociologue considère qu’un pas significatif a été franchi récemment puisque la fachosphère « s’est encore plus radicalisée sur les réseaux sociaux et YouTube : elle assume de plus en plus ouvertement un projet d’épuration raciale et politique ». Le tout alors même qu’elle bénéficie de soutiens de poids sur les grandes chaînes et journaux. À l’image d’Éric Zemmour, qui se définit comme un ami de Papacito et lui a confirmé son soutien après la diffusion de la vidéo. Un échange de bons procédés, puisque Papacito se dit de son côté prêt à voter Zemmour en 2022, afin de mettre la République à terre.

Minimiser volontairement le danger représenté par Marine Le Pen

C’est dans ce climat où le fascisme se montre pour ce qu’il est que des intellectuels ont franchi le Rubicon en apportant leur soutien à Marine Le Pen. Le philosophe Raphaël Enthoven a ainsi imaginé, lundi, un duel entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen au second tour de 2022, avant de donner sa préférence en pareil cas. « Je peux encore changer d’avis, mais je crois que, s’il fallait choisir entre les deux, et si le vote blanc n’était pas une option, j’irais à 19 h 59 voter pour Marine Le Pen en me disant, sans y croire, “Plutôt Trump que Chavez”. » Le Pen plutôt que Mélenchon, en somme. Une nouvelle version, toutes proportions gardées, du célèbre « Hitler plutôt que le Front populaire ! » lancé par le patronat français à la fin des années 1930. Enthoven a depuis fait machine arrière. Ses amis du Printemps républicain lui ont publiquement écrit « qu’avec l’extrême droite, il faut s’en tenir à un principe simple : jamais. Jamais on ne la soutient, jamais on ne l’approuve, jamais on ne finasse. Et, bien entendu, jamais on ne lui apporte son suffrage. En aucune circonstance. Il n’y a aucun mais, aucun si, aucun cependant, aucun peut-être. L’extrême droite politique, pour tout républicain, pour tout démocrate, c’est l’adversaire ».

 

Le Printemps républicain, tout en fustigeant vertement Jean-Luc Mélenchon, a également rappelé que « les intellectuels ont une responsabilité : celle de ne pas cautionner, de ne jamais légitimer » l’extrême droite. Enthoven dit désormais qu’il choisira le vote blanc, mais se targue d’avoir « étendu le front républicain ». « Le RN et la FI sont des jumeaux qu’il faut désormais traiter et combattre de la même manière ! » assène-t-il. Une façon de plus d’entretenir le confusionnisme et de minimiser volontairement le danger représenté par l’extrême droite. Il n’est pas le seul à faire ce choix gravissime. La journaliste à l’Opinion Emmanuelle Ducros a développé, lundi, sur Twitter (avant de supprimer son message), que la fonction publique résisterait davantage à Le Pen qu’à Mélenchon, et donc qu’elle représentait un péril moindre. Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, considère, elle, que le « vrai danger » sur son territoire n’est pas le candidat RN Jordan Bardella, mais « la gauche radicale décroissante, indigéniste et communautariste, qui a perdu sa boussole républicaine ».

 

Valérie Boyer, sénatrice LR, appelle pour sa part à un « front républicain contre l’extrême gauche » et même le socialiste Julien Dray relativise à outrance en lançant qu’ « on diabolisait le Front national de Jean-Marie Le Pen parce qu’il faisait lui-même référence à des parties de l’histoire qui étaient diaboliques. Ce n’est pas le cas de Marine Le Pen ». Ugo Palheta alerte : « On pourrait croire qu’il s’agit d’épiphénomènes, de la sortie d’Enthoven à celle de Luc Ferry, pour qui il fallait faire usage des armes des policiers contre les gilets jaunes. Mais ces personnages ne sont pas associés à l’extrême droite traditionnelle et c’est pour cela que leurs déclarations sont significatives. » Le maître de conférences analyse que, d’un côté, « Marine Le Pen a donné des gages au patronat sur le plan économique, au moment même où la droite s’est radicalisée pour être globalement d’accord sur toute une série de choses avec l’extrême droite traditionnelle ». De l’autre côté, il observe que « les classes dominantes sont inquiètes car le capitalisme est en crise et n’arrive pas à rebondir après le choc de la pandémie. Le pire qui puisse leur arriver est qu’un projet alternatif émerge à gauche ».

 

Un cocktail explosif, alors même que la Macronie joue à faire monter l’extrême droite, reprend ses thématiques sur l’islamo-gauchisme et réprime violemment les mouvements populaires, qui fait que « nous avons en quelque sorte une phase qui prépare ou peut préparer le fascisme, ou une forme ajustée à notre temps de fascisme », s’inquiète Ugo Palheta. Il sonne l’alerte d’autant plus que « Papacito est celui qui dit le plus clairement à quel type de projet nous avons à faire », et que « les prochaines années vont être difficiles à gauche, sans sursaut ou émergence d’une alternative crédible aux yeux des Français ». C’est tout l’enjeu pour éviter le pire.


 

Face au climat délétère, dans la rue le 12 juin

Face à un « climat de haine, raciste et attentatoire aux libertés individuelles et collectives », plus de 90 organisations, collectifs et médias ont appelé à une journée de manifestations samedi 12 juin. L’appel compte comme signataires des syndicats (CGT, FSU, Solidaires…), de nombreuses associations (d’Attac à Oxfam en passant par la LDH, la FCPE, Alternatiba, la CNL, les Amis de la Terre…), des médias, dont l’Humanité, ou encore des formations politiques de gauche (FI, EELV, Génération.s, MJCF, NPA…). Le PCF a relayé la journée de mobilisation sur la base de son propre texte et les porte-parole du PS ont fait savoir qu’ils s’y joindront également. Les signataires dénoncent un contexte « politique et social alarmant » où « s’allier avec l’extrême droite ou reprendre ses idées ne constituent plus un interdit » et où, avec la crise,  « les injustices explosent et génèrent une forte misère sociale ». La manifestation parisienne partira de la place de Clichy à 14 heures, tandis que des dizaines de rassemblements (à retrouver sur marchedeslibertes.fr) seront organisées partout en France.

publié le 9 juin 2021

Grève des manips radio
de la clinique Beausoleil à Montpellier
pour de meilleurs salaires

Par Salah Hamdaoui, France Bleu Hérault


 

Des manipulateurs radiologie de la clinique mutualiste Beausoleil de Montpellier sont en grève depuis lundi 7 juin. Ils demandent des augmentations de salaires pour deux raisons : moins d'effectifs et plus de travail.

 

C'est une grève des manipulateurs radiologie qui a commencé lundi 7 à l'appel de la CFDT et qui est reconductible. Ceux de la clinique Beausoleil à Montpellier qui se plaignent de ne pas être assez bien payés. "20 ans et on a jamais été augmenté, pourtant l'activité a été croissante, à part l'année dernière avec le Covid" témoigne Arnaud Brunet, un des 14 "manips" de la clinique mutualiste. D'autant qu'en un an, trois postes ont été supprimés selon les grévistes.

 

"La direction nous demande de travailler avec ces trois postes en moins et nous demande aussi d'augmenter conséquemment notre activité" confirme Mandy Taulard, salariée depuis 15 ans. "Ça veut dire augmenter le nombre passages au scanner, à l'IRM, à la radiologie, à l'échographie". 

Moins de personnel et plus de travail

Au cours des trois derniers mois, les différentes séances de négociations ont échoué, du point de vue des grévistes. "On n'a rien contre l'augmentation de l'activité mais on demande des compensations financières" soutient Marion Baudreu. "On est les moins payés de la région montpelliéraine. Toutes les cliniques privées sont au-dessus de nous et l'hôpital également mais à chaque fois qu'on nous reçoit on nous dit que la clinique est en faillite et qu'il n'y a pas d'argent pour les manips". 

 

Pour Arnaud Brunet, l'heure est grave. "En 20 ans, c'est la première fois que je fais grève. Et c'est même la première fois que j'ai eu besoin de faire grève parce que la direction est complètement sourde à nos revendications."

 

Sollicitée par France Bleu Hérault ce mardi, la direction de la clinique n'a pas encore donné suite.

publié le 9 juin 2021

Il y a urgence ! 
Le billet du Dr Christophe Prudhomme. Recalé.e.s

 

Christophe Prudhomme sur le site www.humanite.fr

 

Christophe Prudhomme est médecin au Samu 93. Il publie, chaque semaine, une chronique dans nos colonnes.

Alors que nous manquons cruellement d’infirmier.e.s dans les hôpitaux, et plus particulièrement à l’AP-HP, plusieurs dizaines de salarié.e.s, en grande majorité des aides-soignant.e.s qui ont réussi l’épreuve de sélection, avec des notes allant de 13 à 20 pour poursuivre des études d’infirmier.e, sont recalé.e.s au motif de crédits insuffisants. Ce mécanisme, appelé promotion professionnelle, est un atout majeur pour les hôpitaux publics puisqu’il s’agit de former du personnel déjà en exercice qui pourra être affecté dès la fin de la formation sur les postes vacants.

 

Que des raisons financières soient évoquées par le directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch, est proprement scandaleux, car lui-même s’est répandu sur les ondes depuis plus d’un an pour expliquer qu’il aimerait bien ouvrir des lits supplémentaires pour prendre en charge les malades atteints du Covid-19, mais que c’était impossible, faute de personnels disponibles. Quel Ponce Pilate !

 

Aujourd’hui, alors qu’il est justement possible de former ces professionnel.le.s, il ne s’en donne pas les moyens et explique aux personnes concernées qu’elles doivent se payer elles-mêmes leurs études, si elles souhaitent les poursuivre. Mais comment imaginer qu’un.e aide-soignant.e qui gagne 1 500 euros par mois va pouvoir vivre en arrêtant son travail et en payant ses études pendant trois ans ?

 

La CGT, avec les agent.e.s concerné.e.s, se bat pour obtenir ce financement. Mais, au-delà de cette affaire qui montre bien la duplicité du gouvernement et de ses relais à la tête des hôpitaux, il est urgent de former massivement des professionnels de santé, en leur donnant les moyens de suivre leurs études dans les meilleures conditions.

 

Nous proposons ainsi de généraliser les contrats de formation qui permettent de payer les étudiant.e.s au Smic pendant leurs études, contre un engagement à servir un certain nombre d’années dans un établissement désigné où des emplois sont disponibles.


 

publié le 8 juin 2021

Joséphine Delpeyrat :
« On nous fait remonter,
un peu partout sur le territoire,
des agressions racistes quotidiennes »

Enthoven qui préfère Le Pen à Mélenchon. Banalisation de l’extrême droite. Hausse des agressions à caractères racistes. Zemmour bientôt candidat en 2022. Appels au meurtre du youtubeur Papacito. Quand est-ce que ça s’arrête ? Joséphine Delpeyrat, cofondatrice de l’Observatoire national de l’extrême droite, est l’invitée de #LaMidinale.

 

 

...Phrases extraites de la vidéo :


 

 Sur les propos de Raphaël Enthoven 

« La digue avec Raphaël Enthoven est depuis longtemps rompue, déjà en tant que féministe. Ça fait bien longtemps que je sens le danger chez lui. »

« La banalisation de l’extrême droite a inversé le sentiment de danger qui se retrouve à gauche. »

« Enthoven entend surtout protéger son petit statut de grand bourgeois. » 

« Avec les déclarations du ministre Cédric O, contrairement à des personnalités comme Valérie Pécresse qui sont capables de déclarer publiquement que le vrai danger ce sont les islamogauchistes et écolos, on voit bien que certains sont encore capables de bon sens. Malheureusement Cédric O n’est pas le plus représentatif de ce gouvernement. »


 

 Sur les accusations de complotisme à l’endroit de Mélenchon  

« L’union des gauches à du mal à se serrer les coudes et à venir en soutien à Jean-Luc Mélenchon. »

« Ce qu’il s’est passé hier avec l’appel au meurtre du youtubeur a permis à la plupart de la gauche de recouvrer ses esprits. »


 

 Sur l’appel au meurtre du youtubeur d’extrême droite 

« Quand Mélenchon est victime d’un appel au meurtre, on prend tous cette menace en plein coeur. Faire croire qu’il ferait diversion avec cette affaire est effroyable. On doit tous s’alarmer de ce type de menace. »

« On est dans un contexte où l’extrême droite a cessé de s’inscrire dans des idées et appelle à des violences de toutes sortes. Personne ne s’en offusque et ça m’inquiète beaucoup. »


 

 Sur le front républicain 

« Je ne sais pas quelle forme prendrait ce front républicain. »

« On voit bien dans les derniers sondages que c’est la gauche qui est prête à jouer le rôle de ce front républicain contrairement à ce que l’on veut faire croire. La droite, pour partie, a laissé tomber ce front et serait prête à envisager une Marine Le Pen plutôt qu’une alternative de gauche. »

« Il faut convaincre de la nécessité de ce front républicain chez les citoyens plus que dans les partis. »

« Si la gauche est loin derrière aux régionales et que l’union de la gauche et des écologistes n’est pas suffisante, il faudra probablement imaginer s’effacer au second tour et appeler à voter pour le candidat le mieux placé pour battre le RN. »


 

 Sur Eric Zemmour 2022 

« La candidature d’Eric Zemmour à l’élection présidentielle me paraît extrêmement inquiétante et crédible aujourd’hui. »

« Le profil d’Eric Zemmour excite beaucoup une partie de la population qui n’irait pas naturellement se tourner vers une candidature classique du Rassemblement national. »

« Eric Zemmour incarne autre chose, quelque chose vu à la télé, notamment dans ces médias qui deviennent des références pour trop de gens : Cnews transcende une partie de la population qui ne se tourne plus vers les urnes aujourd’hui. »

« En France, pour se présenter à l’élection présidentielle, il faut recueillir des parrainages et j’ose espérer que nos maires français et françaises auront le bon sens de ne pas lui donner le ticket d’entrée. »


 

 Sur l’Observatoire national de l’extrême droite 

« On nous fait remonter, un peu partout sur le territoire, des agressions racistes quotidiennes. »

« On reçoit beaucoup d’appels à l’aide de certaines villes. »

« La majorité silencieuse est très inquiète de la montée en puissance de l’extrême droite. »


 

 Sur la marche du 12 juin pour les libertés et contre l’extrême droite 

« Ce sont plus de 98 organisations et collectifs sont signataires qui viennent de bords très différents. »

« Ce n’est pas une énième manif contre le Rassemblement national : quand on parle des idées d’extrême droite, on va bien au-delà de la réponse au RN pour s’attaquer à la loi sur le séparatisme, la loi sur la sécurité globale, que c’est une réaction à la manifestation des policiers du 19 mai dernier… »


 

 Sur le duo Emmanuel Macron - Marine Le Pen 

« Emmanuel Macron et Marine Le Pen se nourrissent assurément l’un l’autre. »

« LREM est le premier agent de l’extrême droite en France aujourd’hui. »

« Macron et Le Pen, ce n’est pas bonnet blanc, blanc bonnet. »

« Je fais partie de celles qui, si jamais on devait avoir un second tour Marine Le Pen - Emmanuel Macron, à aller voter : je ne laisserai pas passer Le Pen, peu importe la configuration et même si je sais que Macron a considérablement nourri ce qui se passe aujourd’hui dans notre pays. »


 

                              pour voir l’intégralité de l’interview en vidéo (15 minutes) :

 

http://www.regards.fr/la-midinale/article/josephine-delpeyrat-on-nous-fait-remonter-un-peu-partout-sur-le-territoire-des

publié le 8 juin 2021

Joséphine Delpeyrat :
« On nous fait remonter,
un peu partout sur le territoire,
des agressions racistes quotidiennes »

Enthoven qui préfère Le Pen à Mélenchon. Banalisation de l’extrême droite. Hausse des agressions à caractères racistes. Zemmour bientôt candidat en 2022. Appels au meurtre du youtubeur Papacito. Quand est-ce que ça s’arrête ? Joséphine Delpeyrat, cofondatrice de l’Observatoire national de l’extrême droite, est l’invitée de #LaMidinale.

 

 

...Phrases extraites de la vidéo :


 

 Sur les propos de Raphaël Enthoven 

« La digue avec Raphaël Enthoven est depuis longtemps rompue, déjà en tant que féministe. Ça fait bien longtemps que je sens le danger chez lui. »

« La banalisation de l’extrême droite a inversé le sentiment de danger qui se retrouve à gauche. »

« Enthoven entend surtout protéger son petit statut de grand bourgeois. » 

« Avec les déclarations du ministre Cédric O, contrairement à des personnalités comme Valérie Pécresse qui sont capables de déclarer publiquement que le vrai danger ce sont les islamogauchistes et écolos, on voit bien que certains sont encore capables de bon sens. Malheureusement Cédric O n’est pas le plus représentatif de ce gouvernement. »


 

 Sur les accusations de complotisme à l’endroit de Mélenchon  

« L’union des gauches à du mal à se serrer les coudes et à venir en soutien à Jean-Luc Mélenchon. »

« Ce qu’il s’est passé hier avec l’appel au meurtre du youtubeur a permis à la plupart de la gauche de recouvrer ses esprits. »


 

 Sur l’appel au meurtre du youtubeur d’extrême droite 

« Quand Mélenchon est victime d’un appel au meurtre, on prend tous cette menace en plein coeur. Faire croire qu’il ferait diversion avec cette affaire est effroyable. On doit tous s’alarmer de ce type de menace. »

« On est dans un contexte où l’extrême droite a cessé de s’inscrire dans des idées et appelle à des violences de toutes sortes. Personne ne s’en offusque et ça m’inquiète beaucoup. »


 

 Sur le front républicain 

« Je ne sais pas quelle forme prendrait ce front républicain. »

« On voit bien dans les derniers sondages que c’est la gauche qui est prête à jouer le rôle de ce front républicain contrairement à ce que l’on veut faire croire. La droite, pour partie, a laissé tomber ce front et serait prête à envisager une Marine Le Pen plutôt qu’une alternative de gauche. »

« Il faut convaincre de la nécessité de ce front républicain chez les citoyens plus que dans les partis. »

« Si la gauche est loin derrière aux régionales et que l’union de la gauche et des écologistes n’est pas suffisante, il faudra probablement imaginer s’effacer au second tour et appeler à voter pour le candidat le mieux placé pour battre le RN. »


 

 Sur Eric Zemmour 2022 

« La candidature d’Eric Zemmour à l’élection présidentielle me paraît extrêmement inquiétante et crédible aujourd’hui. »

« Le profil d’Eric Zemmour excite beaucoup une partie de la population qui n’irait pas naturellement se tourner vers une candidature classique du Rassemblement national. »

« Eric Zemmour incarne autre chose, quelque chose vu à la télé, notamment dans ces médias qui deviennent des références pour trop de gens : Cnews transcende une partie de la population qui ne se tourne plus vers les urnes aujourd’hui. »

« En France, pour se présenter à l’élection présidentielle, il faut recueillir des parrainages et j’ose espérer que nos maires français et françaises auront le bon sens de ne pas lui donner le ticket d’entrée. »


 

 Sur l’Observatoire national de l’extrême droite 

« On nous fait remonter, un peu partout sur le territoire, des agressions racistes quotidiennes. »

« On reçoit beaucoup d’appels à l’aide de certaines villes. »

« La majorité silencieuse est très inquiète de la montée en puissance de l’extrême droite. »


 

 Sur la marche du 12 juin pour les libertés et contre l’extrême droite 

« Ce sont plus de 98 organisations et collectifs sont signataires qui viennent de bords très différents. »

« Ce n’est pas une énième manif contre le Rassemblement national : quand on parle des idées d’extrême droite, on va bien au-delà de la réponse au RN pour s’attaquer à la loi sur le séparatisme, la loi sur la sécurité globale, que c’est une réaction à la manifestation des policiers du 19 mai dernier… »


 

 Sur le duo Emmanuel Macron - Marine Le Pen 

« Emmanuel Macron et Marine Le Pen se nourrissent assurément l’un l’autre. »

« LREM est le premier agent de l’extrême droite en France aujourd’hui. »

« Macron et Le Pen, ce n’est pas bonnet blanc, blanc bonnet. »

« Je fais partie de celles qui, si jamais on devait avoir un second tour Marine Le Pen - Emmanuel Macron, à aller voter : je ne laisserai pas passer Le Pen, peu importe la configuration et même si je sais que Macron a considérablement nourri ce qui se passe aujourd’hui dans notre pays. »


 

                              pour voir l’intégralité de l’interview en vidéo (15 minutes) :

 

http://www.regards.fr/la-midinale/article/josephine-delpeyrat-on-nous-fait-remonter-un-peu-partout-sur-le-territoire-des

publié le 7 juin 2021

Les parquets demandent plus de moyens contre les violences conjugales


 

Par Agence France-Presse

Les procureurs ont demandé lundi des moyens supplémentaires pour lutter contre les violences conjugales, exigeant notamment de doter chaque parquet d’un assistant spécialisé ou d’un juriste assistant dédié spécifiquement à « cette grande cause nationale ».


 

« Il faut plus de moyens pour pouvoir, par exemple, vérifier qu’une mesure d’interdiction d’entrer en contact est respectée, et pouvoir s’adapter rapidement, par exemple pour prescrire un bracelet si elle ne l’est pas. Il faut avoir moyen d’être réactif... », a indiqué à l’AFP Eric Mathais, procureur de la République de Dijon et président de la Conférence nationale des procureurs de la République (CNPR) à l’initiative de ce mouvement.

« La lutte contre les violences conjugales est une des priorités majeures des procureurs de la République », rappellent dans des communiqués distincts les procureurs des différents parquets de France.

« Il faut impérativement doter les parquets de moyens supplémentaires dédiés à cette grande cause nationale », soulignent-ils en rappelant que « les parquets traitent 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 des milliers d’affaires urgentes, dont beaucoup ont des conséquences importantes sur la vie des citoyens concernés ».

La procureure de Versailles, Maryvonne Caillibotte, constate « une augmentation très substantielle » depuis 2019 « du volume des procédures en matière de violences conjugales.  »Il n’y a pas forcément plus de violences mais elles remontent«  mieux, notamment  »grâce aux mouvements MeToo et BalanceTonPorc [qui] ont libéré la parole« , dit-elle à l’AFP.

Or  »la procédure pénale obéit à des règles, on a besoin de preuves, donc d’enquêteurs« , insiste la magistrate.  »Le téléphone grave danger, ce n’est pas seulement un boîtier, le bracelet anti-rapprochement pas seulement un bracelet: il y a un accompagnement et qui dit "accompagnement+ dit "des gens« .

 »Si l’écho donné aux récents féminicides semble axé sur le fait que l’institution judiciaire en porterait la responsabilité, les professionnels confrontés à ces drames savent bien que dans toute situation de violence ou d’abus intra-familial, le défaut de vigilance sur des signes avant-coureurs est toujours collectif et doit interroger la société dans son ensemble« , écrit ainsi le procureur de la République de Draguignan, Patrice Camberou.

La procureure de la République de Meaux (Seine-et-Marne), Laureline Peyrefitte, comme son collègue de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), Jérôme Bourrier, reprennent les mêmes mots dans leurs communiqués:  »Nous avons reçu pas moins de dix circulaires de politique pénale dans ce domaine depuis le début de l’année, toutes parfaitement légitimes dans leurs objectifs mais qui reposent pour l’essentiel sur les parquets. Pour les mettre en oeuvre (...) il nous faut des moyens supplémentaires« .

Le garde des Sceaux a rencontré la semaine dernière la conférence des procureurs de la République, a rappelé l’entourage du ministre contacté par l’AFP.  »Il est a l’écoute de leur demande de moyens« .

Les 1.000 bracelets anti-rapprochement dont dispose la Chancellerie  »n’ont pas vocation à rester dans les tiroirs« , avait déclaré Eric Dupond-Moretti après le féminicide de Mérignac, commis le 4 mai par un homme qui purgeait une peine pour violences conjugales mais n’avait pas été équipé du dispositif.

Des circulaires avaient ensuite été envoyées aux magistrats pour pousser au déploiement du dispositif, disponible en France depuis l’automne mais dont les juridictions peinaient à se saisir.

Le ministre demandait notamment à ce que  »tous les dossiers«  de personnes condamnées pour violences conjugales soient repris, afin de vérifier que  »les antécédents et la personnalité«  de ces hommes ne rendaient pas  »nécessaire«  la pose d’un bracelet.

Selon le collectif  »Féminicides par compagnons ou ex", 49 féminicides ont été recensés en 2021. En 2020, le ministère de l’Intérieur en avait décompté 90, contre 146 l’année précédente.

 

publié le 7 juin 2021

Extrême droite. Au RN, le retour des vieux démons du Front

 

Florent LE DU et Cyprien CADDEO sur le site www.humanite.fr

 

Soutien aux militaires factieux, candidats racistes, programme plus néolibéral qu’il n’en a l’air… malgré la dédiabolisation, le parti n’en a pas fini avec ses casseroles historiques.

Trois, peut-être quatre. C’est le nombre de régions où existe un vrai risque que le Rassemblement national l’emporte, le 27 juin prochain : Paca, Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire et Hauts-de-France.

Le RN peut donc sourire, d’autant qu’il bénéficie désormais d’un certain nombre d’officines qui relaient et amplifient son discours : de la fachosphère à des médias installés comme CNews ou Valeurs actuelles. Sans compter les partis politiques qui se sont mis à puiser dans son vocabulaire, en témoigne la chasse aux « islamo-gauchistes » initiée par le gouvernement et reprise par LR comme par une partie de la gauche, tendance Printemps républicain. Pour autant, derrière la vitrine ripolinée du Rassemblement national, les vieux démons du Front, historiquement nationaliste, xénophobe et néolibéral, ne sont jamais loin. Tour d’horizon.

1. Le vernis antisystème

« Je suis la candidate antisystème », a répété Marine Le Pen lors des campagnes de 2012 et 2017. Un positionnement démenti par les votes des parlementaires et eurodéputés frontistes en matière économique. Depuis quatre ans, la ligne protectionniste chère à Florian Philippot a été abandonnée, et avec elle la plupart des dénonciations concernant la politique économique européenne, dont la sortie de l’euro.

Marine Le Pen finit même par crier son amour au néolibéralisme. Avec comme un variant de la « start-up nation » lorsqu’elle a annoncé, le 1er mai, son plan pour « aider les jeunes », dont le premier point consiste à « accompagner la création d’entreprise ». Elle promet ainsi aux moins de 30 ans une exonération d’impôt sur les sociétés et sur le revenu pendant cinq ans tout en prévoyant « une réforme de la fiscalité sur les successions et les donations, vers une plus grande mobilité du capital entre les générations en faveur de la croissance et l’emploi ».

Autre preuve de ce virage libéral, le 21 février, elle se fendait d’un plaidoyer pour le remboursement de la dette publique dans une tribune publiée par l’Opinion. « C’est une adresse  à l’électorat de droite traditionnelle, aux hommes d’affaires, aux publics cultivés, à certains étudiants, analysait la philosophe Juliette Grange. Elle tente ainsi de conquérir un nouvel électorat et a en même temps la conviction que ceux qui ont déjà voté pour elle, quelles que soient les raisons, lui seront fidèles. » Tout en flattant les milieux bourgeois, son programme n’est donc pas totalement dénué de propositions ­sociales, comme la retraite à 60 ans ou le refus annoncé de mener une politique d’austérité. Promettre de ne pas augmenter les impôts tout en assurant arrêter les coupes budgétaires en passant par un « grand plan d’emprunt national » : quand Le Pen revisite le « en même temps ».

2. Les bonnets d’âne de la respectabilité

Ils sont près de 4 000 à être candidats RN pour les élections de juin. Il y a les investitures très médiatisées de transfuges de LR, dont Thierry Mariani en Paca ou Jean-Paul Garraud en Occitanie. Mais d’autres candidats contreviennent à la stratégie de dédiabolisation du parti et rappellent sa nature profonde. En Corrèze, Danièle Delavaud a été la première à se faire épingler. Le 21 mai, elle est désinvestie par le parti après que des internautes ont exhumé d’anciens tweets, publiés en 2017. « Qu’on arrête de construire des mosquées, je suis O.K. pour les faire sauter », écrit celle qui propose aussi de « bombarder » les manifestants.

Le 31 mai, France 2 révélait que Geneviève Veslin, candidate aux départementales dans la Creuse, était une adepte de publications « racistes et antisémites » – une cinquantaine recensées – sur le réseau social russe VK. Outre de nombreux relais de théories du complot, notamment sur la « finance juive », on y retrouve plusieurs propos tombant sous le coup de la loi tels que « les juifs niquent la France » ou un hommage au négationniste Robert Faurisson, assorti de la citation suivante : « Les prétendues chambres à gaz hitlériennes et le prétendu génocide des juifs forment un seul et même mensonge historique. » Face à ces révélations, le RN a décidé de lui retirer son investiture. Thierry Morin, lui, la conservait à l’heure où nous écrivions ces lignes. Ce candidat creusois dont le compte est en grande partie dédié à montrer des photos pornographiques de femmes russes s’emporte aussi sur VK contre « ces saloperies de migrants de merde ». « Cela rappelle la vraie nature de nombreux ­militants frontistes, estime Thomas Portes, fondateur de l’Observatoire de l’extrême droite. Il ne faut jamais perdre de vue que le RN est un parti xénophobe, haineux. »

Au sein même du RN, certains ­profils font grincer des dents. Fondateur du Rassemblement national juif (renommé Cercle national juif France-Israël), Jean-Richard Sulzer a fait part de ses craintes dans un mail adressé à la présidente du parti, le 5 mai. Sont ainsi cités comme problématiques : la tête de liste en Bretagne Gilles Pennelle, ex-militant du groupuscule néopaïen ­racialiste Terre et peuple ; le conseiller ­régional sortant en Île-de-France Axel Loustau (qui n’a finalement pas été investi candidat), ancien du syndicat étudiant ultraviolent GUD ; Philippe Vardon, directeur de campagne en Paca et ancien membre d’Unité radicale et des Identitaires ; ou encore Philippe Eymery, président du groupe RN dans les Hauts-de-France, proche des identitaires lillois. « Il est clair que tous ces ­personnages, souvent adhérents de longue date, ont été mis très en avant malgré un passé sulfureux (écrits, vidéos, tweets, posts, condamnations) », écrit Jean-Richard Sulzer. On ajouterait volontiers Damien Rieu, ­candidat RN dans la Somme et cofondateur de Génération identitaire – dissoute en mai dernier pour « provocation à la haine ».

3. Toujours obsédés par la guerre civile

Quand Valeurs actuelles a publié, le 21 avril, sa tribune des généraux aux relents putschistes, le RN s’est empressé de les soutenir. Mieux, Marine Le Pen, saluant « un constat de lucidité », n’a pas oublié que 40 % des militaires votent pour elle et les a appelés « à se joindre à (son) action pour 2022 ». « Il y a un risque de guerre civile qui couve », a ajouté la présidente du RN, reprenant les mots des militaires factieux, qui, rappelons-le, menacent d’intervenir par la force contre « les hordes de banlieue ». Le parti, qui se rêverait pleinement inscrit dans le champ républicain, cède à nouveau à ses antiennes putschistes, comme au temps de l’OAS (la tribune des militaires marquait les 60 ans du putsch d’Alger). Il faut dire que le spectre d’une guerre civile reste un thème cher à l’extrême droite, et pas seulement chez les groupuscules identitaires. « La guerre civile est déjà là », c’est celle de « l’insécurité », estime ainsi Thierry Mariani, transfuge de LR. « S’il y a une guerre civile demain, on la gagne », a assuré pour sa part Marion Maréchal le 16 mai au site « alternatif » Livre noir, souhaitant donc à demi-mot qu’elle advienne.

Désormais globalement accepté dans le champ politique et médiatique, toujours haut dans les sondages, le RN estime avoir achevé son œuvre de dédiabolisation. L’heure est maintenant à la banalisation : puisqu’il n’est plus systématiquement suspect aux yeux des électeurs, comme il pouvait l’être jadis, il peut se permettre à nouveau ses outrances traditionnelles. À ceci près que, désormais, il y a de moins en moins de gens pour s’en émouvoir. 
 

 


 

publié le 6 juin 2021

 

Télécoms. Chez Orange, la libéralisation des numéros d’urgence
au banc des accusés

 

Marion d'Allard sur le site www.humanite.fr


 

Si l’incident gravissime de l’accès aux numéros d’urgence interroge en interne, il n’est pourtant pas un cas isolé. « La déréglementation et la financiarisation du secteur sont à l’origine de ces problèmes », résume la CGT.

« Cette histoire est un trauma pour la boîte. Le malaise interne est extrêmement fort », confie d’emblée Sébastien Crozier. Certes, une enquête interne, ouverte chez Orange, tente de déterminer les causes exactes de la panne géante qui a affecté dramatiquement l’accès aux numéros d’urgence, mais pour le président de la CFE-CGC chez l’opérateur il est désormais urgent de « repenser tout le modèle et de comprendre, enfin, que les télécommunications sont un service vital pour la nation que l’on doit protéger de la logique de marché. »

Car si la gravité de l’incident justifie l’ampleur particulière qu’il a prise, ce type de panne n’est pas une exception, et « fait suite à une recrudescence d’incidents plus localisés mais de même type », rappelle la CGT qui cite en exemple l’Oise, la Haute-Savoie ou encore Narbonne où des événements similaires « ont récemment touché les services d’urgence ». Et pour le syndicat, « la multiplicité de ces situations ne peut pas être due à des erreurs humaines », mais révèle bien « une politique industrielle défaillante ». Ouverture à la concurrence, explosions de la mise en sous-traitance, sous-investissement chronique, plans massifs d’économies et de suppressions de postes, pertes de savoir faire, rallongement des délais d’intervention…, « la déréglementation et la financiarisation de notre secteur d’activité sont à l’origine de ces problèmes », affirme le syndicat.

Perte de compétences

En clair, la stratégie du groupe piloté par Stéphane Richard est clairement mise en cause par les représentants des salariés. La direction « a perdu depuis longtemps le sens du service public », déplore ainsi SUD-PTT. « Orange a fait le choix irresponsable et coupable de perdre la maîtrise de ses résultats, de ses processus et de ses compétences avec des dispositifs de contrôle de la qualité largement inopérants », poursuit le syndicat qui rappelle que « 70 % des emplois de techniciens n’ont pas été remplacés en 10 ans et (que) la chaîne technique d’Orange n’intervient quasiment plus ».

Mais il est un autre acteur majeur dont la stratégie mortifère est à mettre à l’index, soulignent les syndicats : l’État. Car si cette panne catastrophique résulte de la conjugaison de plusieurs facteurs technologiques et organisationnels, la libéralisation du secteur orchestré par les politiques publiques depuis des années a répondu à la question centrale de l’accès aux numéros d’urgence par l’absurde. « Ces numéros ont été attribués à Orange par appels d’offres avec un cahier des charges édicté directement par le ministère de l’Économie », rappelle Sébastien Crozier. Un système par essence inopérant : « La durée de l’appel d’offres court sur trois ans. Or, le moindre investissement qui permettrait d’améliorer le réseau et l’infrastructure est par définition bien supérieur à la durée de l’appel d’offres. Quel intérêt alors, un opérateur a-t-il d’investir ? », interroge, perplexe, le syndicaliste. À l’évidence, la complexité du système – qui doit permettre un accès rapide et sécurisé à la fois à la santé, la police, les pompiers -, la multiplication des opérateurs intervenants et le caractère vital du service, imposent un changement de braquet radical. « Force est de constater que la privatisation du secteur est un échec », en conclut pourtant la CGT qui milite pour que soit mise sur la table « la question de la reconquête d’un service public des télécommunications ». Mais pas seulement. « Il faut un responsable interministériel qui ait la responsabilité de ces numéros d’urgence », plaide la CFE-CGC : « Aucun opérateur, même public, ne devrait avoir à en assumer la charge ».

Retour de la maîtrise publique

Un retour de la maîtrise publique d’autant plus indispensable que « cette panne doit aussi interroger sur les procédures d’exploitation d’autres réseaux stratégiques, comme celle des centrales nucléaires ou des réseaux de transport », insiste SUD-PTT. D’autant plus indispensable aussi que ces incidents risquent de se multiplier. « À chaque fois qu’il y a des intempéries, une tempête, que les poteaux électriques sont arrachés, que les centraux sont inondés, à chaque fois que du fait de la concurrence, n’importe qui intervient sur les armoires électriques sans forcément savoir le faire… des centaines de personnes n’ont plus accès au téléphone et donc aux numéros d’urgence », souligne Sébastien Crozier. Pour le syndicaliste, la réflexion doit donc se porter bien au-delà de la seule affaire de la panne survenue chez Orange. « Il faut repenser tout ce système, mettre en place des plans d’urgence car on sait aussi que pendant le covid, l’accès aux numéros d’urgence a failli planter des tas de fois et que si un attentat survient, le système ne résistera pas… »


 

publié le 6 juin 2021

 

Entreprises du CAC 40 :
                        que font-elles de notre argent ?

 

Sur le site www.cgt.fr

 

100 % des entreprises du CAC 40 touchent des aides publiques liées à la crise sanitaire. La grande majorité de ces aides ont été accordées sans que l'Etat exige de contrepartie sociale, fiscale ou environnementale.

Seulement six groupes sur 40 qui ont enregistré des pertes en 2020

« Allô Bercy ? Pas d'aides publiques aux grandes entreprises sans conditions » est le titre du rapport très instructif et documenté que publie l'Observatoire des multinationales.

Se basant sur les chiffres de documents officiels émis par les entreprises du CAC 40, le rapport dresse un état des lieux des sommes considérables versées par l'Etat à tous ces grands groupes, sans que la plupart de ceux-ci n'aient cessé de verser des dividendes à leurs actionnaires et de licencier.

Si le chiffre d'affaires cumulé des entreprises du CAC 40 a chuté de 12 % en 2020 par rapport à l'année précédente, le CAC 40 dans son ensemble reste largement bénéficiaire : ce sont seulement six groupes sur 40 qui ont enregistré des pertes en 2020.

Dix autres groupes présentent des profits de plus de 2 milliards. Parmi eux, certains ont été largement aidés par l'Etat. Selon la Commission européenne, la France est le pays européen qui a versé le plus d'argent (155 milliards d'euros) pour venir en aide aux entreprises.

L'Observatoire des multinationales nous apprend que « malgré les nombreux appels à suspendre le versement des dividendes, seule une minorité d'entreprises qui y étaient plus ou moins obligées les ont supprimés ».

En 2020, 51 milliards ont été versés par les entreprises du CAC40 à leurs actionnaires.

Un chiffre en hausse de 22 %, qui représente 140 % des profits réalisés par ces groupes en 2020. Afin de rendre ces chiffres exorbitants plus concrets, les auteurs du rapport les accompagnent de comparaisons.

Ces 51 milliards représentent « l'équivalent de la construction de 100 hôpitaux publics ou 1300 lycées, ou encore 36000 km de ligne ferrée TER, ou encore la rémunération des 960000 personnels soignants et non-soignants des hôpitaux publics. »

Ces aides publiques n'ont pas servi à sauver des emplois

Les géants du CAC 40 ont même annoncé plus de 60 000 suppressions de postes, dont la moitié en France. Le rapport cite les exemples de Renault, Airbus ou Safran parmi les entreprises qui ont été les plus soutenues tout en supprimant le plus d'emplois.

Même Sanofi, qui a enregistré des bénéfices records, a annoncé des suppressions d'emplois peu après s'être vu attribuer une aide publique de plusieurs centaines de millions d'euros.

Le gouvernement refuse d'imposer des conditions sociales, fiscales mais aussi écologiques aux entreprises qu'il aide.

L'Observatoire montre qu'au moins la moitié du CAC 40 continue d'augmenter ses émissions de CO2. Ces aides ne sont pas non plus soumises à une quelconque condition relative à l'égalité hommes-femmes, alors même que les femmes sont les premières victimes de la pandémie.

La CGT n'accepte pas que l'argent public, c'est-à-dire notre argent à tous, soit versé sans condition. Ce rapport apporte une nouvelle fois la preuve que, sans exigence du gouvernement, les entreprises n'utilisent pas les aides publiques pour investir et créer de l'emploi.

La CGT demande que les sommes versées par l'Etat servent directement les salariés et la transition écologique.

publié le 5 juin 2021

Régionales 2021. Ce que les slogans choisis par les candidats
disent de ces élections

 

Cyprien Caddeo sur le site www.humanite.fr


 

Les slogans des candidats et intitulés retenus pour identifier les listes des élections régionales des 20 et 27 juin 2021 sont riches d'enseignements sur ce scrutin peu lisible. Les signatures politiques, en particulier, restent floues. Décryptage.

Certains veulent « la Région, partout et pour tous ». « Construisons la région de demain », enjoignent les autres. D’autres encore rêvent de « l’Alternative » ou d’« Un nouveau souffle ». Qui dit campagne électorale dit foire aux slogans. Car si la politique est affaire de convictions, de programme, de passion militante, elle est aussi une machinerie publicitaire. Une science en soi.

Le synthétisme, tout un programme

« Un bon slogan doit être à la fois assez marquant pour qu’on le retienne, assez pertinent pour porter un programme de manière synthétique, mais ne doit pas succomber à l’appauvrissement de la pensée. Tout ça en peu de caractères », résume la sémiologue Élodie Mielczareck.

Les listes pour les élections régionales des 20 et 27 juin, désormais bouclées, ont un nom. Et ce n’est pas rien : c’est lui qui figure sur les affiches, les tracts et les bulletins de vote. C’est lui, aussi, qui fait office de slogan de campagne et doit donner une clé de lecture du scrutin à l’électeur. Ce qui, dans une campagne sans meeting ou presque, en fait un élément d’identification important.

Le règne du générique

Alors que dire des slogans de cette cuvée électorale 2021 ? Un grand absent : les partis politiques. Affaiblis et impopulaires dans les enquêtes d’opinion, ceux-ci se font tout petits. Surtout si l’on ajoute les listes d’union, qui interdisent toute référence à un parti plutôt qu’à un autre. Rare contre-exemple parmi les principaux partis, la liste « Bretagne insoumise ».

Pour les autres, c’est le règne du générique, comme en témoignent les slogans cités plus hauts, et pour lesquels nous avons volontairement omis de préciser l’étiquette politique.

Dans ce festival du flou, on peut citer « la Région par cœur » (PS-PCF, en Bourgogne-Franche-Comté), l’étonnamment sobre « Rassembler l’Occitanie » (RN) ou l’improbable « Envie d’Île-de-France » (LaREM), qui ressemble davantage à une brochure d’office du tourisme ou à un tube de Peter et Sloane qu’à un marqueur politique. Ou encore « Plus forts ensemble », si abscons qu’il est à la fois le slogan des socialistes dans le Centre-Val de Loire et celui des « Républicains » dans le Grand-Est.

LaREM et l’idée abstraite de progrès

« Ces slogans sont dans leur ensemble symptomatiques du moment : ils ne renvoient plus à une signature politique ou à une vision du monde, juge Élodie Mielczareck. Leur vacuité porte en creux la défaite des idées, la manière dont elles sont devenues interchangeables entre les partis. »

Ce flou entretenu est particulièrement visible chez les marcheurs et leurs alliés, qui se contentent de références dépolitisées à l’idée abstraite de progrès : « Ensemble le meilleur est avenir » au Centre-Val de Loire ou « la Région de tous les progrès » dans les Pays de la Loire. Le Parti socialiste n’est pas en reste avec l’alambiqué « les Talents de nos territoires, l’union de nos énergies » (Nouvelle-Aquitaine) ou le passe-partout « la Normandie nous rassemble ».

Les mots « ensemble » ou « rassembler » reviennent d’ailleurs le plus dans les slogans, ignorant les frontières partisanes : « Ensemble pour notre région » (PCF-FI, en Auvergne-Rhône-Alpes), « l’Écologie ensemble » (EELV, dans les Pays de la Loire), « Ensemble faisons gagner nos territoires » (LR, en Centre-Val de Loire). Ironique à l’heure où le paysage politique n’avait jamais été autant éparpillé façon puzzle. « Plus un mot est utilisé, plus il est dénaturé et perd de sa charge sémantique », ajoute Élodie Mielczareck.

EELV, l’écologie en vert et... partout

D’autres partis en revanche ont fait le choix de résumer leur candidature à un motif relativement concret. Les Verts brandissent sans surprise le totem « écologie » dans tous leurs slogans, comme « l’Écologie évidemment ! », la liste de Julien Bayou en Île-de-France. « On voulait l’idée de l’urgence, la force de l’évidence, puisqu’on entre dans la décennie où il faut agir, tout de suite. Et il y a aussi l’idée que c’est l’écologie par les écologistes, et que nous parlons d’écologie tout le temps », précise-t-on dans son équipe de campagne.

La liste FI-PCF a préféré « Pouvoir vivre en Île-de-France » : « Il fallait que le slogan propose une rupture par rapport au coût de la vie et du logement, au temps passé dans les transports, aux inégalités qui abîment la vie », raconte la communiste Céline Malaisé.

Vocabulaire guerrier

Chez LR, le vocabulaire guerrier est plébiscité : « la Région de toutes ses forces » pour Laurent Wauquiez, « Pour vous, de toutes mes forces » pour Valérie Pécresse, « Se battre pour vous » pour Xavier Bertrand.

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Quant au RN, il décline, dans la plupart des régions, un slogan unique : « la Région qui vous protège », parfois agrémenté d’un « Français, réveillez-vous ! ». Un choix aussi malin qu’il est malhonnête, puisqu’il ancre le slogan dans quelque chose de concret pour l’électeur – se sentir en sécurité – tout en faisant semblant d’ignorer que la sécurité n’est pas une compétence directe des régions.

« On est là ! »

Dernière tendance des slogans 2021 : ne pas trop mettre en avant le nom des nouvelles régions, auxquelles les électeurs ne se sentent pas attachés.

Ainsi, la liste FI-NPA avait pensé à « Nouvelle-Aquitaine populaire », avant de se raviser. « On s’est dit que pour les gens du Limousin ou du Poitou, ça ne voulait rien dire », glisse-t-on en interne, où l’on a finalement opté pour « On est là ! », référence à un des cris de ralliement des gilets jaunes.

Double problème démocratique

« Il y a un double problème de fond sur l’identification, reprend Élodie Mielczareck. Un problème d’identité à l’intérieur des partis, et un problème d’identification à la région à laquelle les électeurs s’imaginent appartenir. » Et donc un double problème démocratique.

Exception faite des régions historiques comme la Bretagne et la Normandie. Les noms des listes, tous courants confondus, qui concourent dans ces régions y font toujours référence. Mais comme en témoigne la liste « Vivre la Normandie » du sortant Hervé Morin, cela ne rend pas forcément les slogans beaucoup plus clairs…


 

publié le 5 juin 2021

Élections départementales :
les propositions innovantes de la gauche

 

Diego ChauvetNaïm Sakhi sur le site www.humanite.fr


 

Un revenu pour les jeunes précaires de moins de 25 ans ? Une mutuelle universelle à moins de 30 euros par mois ? C’est, parmi d’autres propositions, ce que des candidats de gauche mettent sur la table pour les scrutins des 20 et 27 juin.

Les élections départementales vont peser concrètement dans la vie des citoyens appelés aux urnes, mais leur participation pourrait être « inférieure de dix points » à celle de 2015, selon le politologue Frédéric Dabi. La gauche a donc choisi de passer à l’offensive avec de nouvelles propositions en matière de politiques sociales.

Un rôle de « bouclier social »

Alors que la crise a considérablement aggravé la précarité de millions de personnes, les départements peuvent jouer un rôle de « bouclier social », à en croire les programmes de ses candidats. Car, justement, l’action sociale est une des toutes premières compétences de ces collectivités, et reste un vrai marqueur du clivage gauche/droite. Avec l’explosion progressive de la pauvreté due à la crise sanitaire et économique, les conseils départementaux ont déjà fort à faire. Pour la suite, ils vont devoir innover sur leurs politiques sociales, et les candidats de la gauche ne sont pas avares de propositions.

1. Pour la jeunesse

Tout d’abord, en direction de la jeunesse, fortement touchée et précarisée par la crise. Dans plusieurs départements, qu’ils soient gérés par la gauche ou que celle-ci espère y obtenir une majorité de sièges, une proposition phare émerge, et elle aura une portée nationale : celle d’un « RSA jeunes », bien qu’il soit baptisé autrement, étant donné qu’une loi serait nécessaire pour qu’il existe en tant que tel.

Depuis le début de la crise du Covid, les organisations de jeunesse n’ont de cesse de réclamer, en vain, l’ouverture du RSA aux moins de 26 ans. Si la loi n’autorise pas aux départements une telle mesure, « des outils, comme le Fonds d’aide aux jeunes, peuvent être mobilisés », assure le président PS de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, qui prévoit de porter le budget de ce fonds de 200 000 euros à un million d’euros par an.

Carte interactive Régionales et départementales : les enjeux des élections des 20 et 27 juin

Il n’est pas le seul à défendre une telle mesure. Dans le Vaucluse, la gauche rassemblée a fait de « l’extension du RSA aux moins de 25 ans à titre expérimental » un pilier de sa campagne, assure Patrick Savignan, candidat de la « société civile » soutenu par le PCF sur le canton de Caderousse-Orange-Piolenc.

En Isère, la gauche défend une proposition similaire. « Dès le budget 2022, nous créerons un revenu de solidarité jeunes (RSJ), d’un montant de 300 à 400 euros mensuels, pour tous les jeunes sans ressource et sans soutien familial », explique la candidate communiste Claudine Didier. Dans le département, cette proposition est portée par toute la gauche, qui est partie unie aux départementales sous la bannière du « Printemps isérois » (PS-EELV-PCF-FI), et chiffrée à environ un million d’euros annuels.

Dans le Nord, le chef de file des socialistes Didier Manier envisage, pour sa part, l’expérimentation d’une allocation pour 500 jeunes sur dix-huit mois. « L’idée est de donner 500 à 600 euros à des jeunes qui ont un engagement citoyen, associatif ou qui suivent une formation », détaille le Nordiste, motivant cette mesure par le fait que son département « est l’un des plus jeunes et des plus précaires de France ».

2. Pour l'accès aux soins et à la santé

La crise sanitaire a également mis en relief les problèmes d’accès à la santé et aux soins. Dans le Val-de-Marne, le président et candidat Christian Favier (PCF) souhaite instaurer une mutuelle universelle à moins de 30 euros par mois. « Jamais le besoin de protection n’a été ressenti de manière aussi forte par les habitants », assure le président du Val-de-Marne, qui souligne aussi le besoin de « redévelopper les maisons de santé dans les quartiers qui en sont le plus dépourvus ».

Une proposition également défendue dans le Nord par Didier Manier et son rassemblement (PS-PCF-EELV), avec le recrutement de médecins salariés, ou encore en Isère, où le « Printemps isérois » entend « déployer des centres de santé publics ou associatifs, avec l’opération “Mon médecin près de chez moi” ». Le tout dans un double objectif selon Claudine Didier : « Assurer la prévention et l’éducation à la santé, et garantir la permanence des soins quel que soit le lieu du domicile. »

En Seine-Saint-Denis, c’est l’expérience du bus itinérant assurant des soins dentaires qui sera développée si la gauche est réélue à la tête du département. Avec le Covid, le conseil départemental a mis en route des bus de vaccination. « On compte élargir à des pathologies telles que le diabète et l’obésité », explique Stéphane Troussel.

3. Pour les plus démunis

Dans le Nord, les dispositifs d’urgence mis en place au plus dur de la crise sanitaire sont source d’inspiration. La gauche y propose un plan d’urgence de 10 millions d’euros qui permettrait de « pérenniser l’aide départementale aux foyers les plus démunis en partenariat avec les associations caritatives ».

Ce plan d’urgence comprendrait des mesures allant d’une subvention exceptionnelle à la Banque alimentaire et aux épiceries sociales et solidaires, à la distribution de bons alimentaires, ou encore au prolongement des mesures au titre du Fonds de solidarité logement. « L’idée est de reprendre ce qui a été fait en Haute-Garonne où la majorité de gauche a développé un fonds social dédié aux habitants pour faire face à la crise », précise Didier Manier.

4. Pour un accès à la culture et au sport

Alors que les clubs sportifs et le milieu culturel ont aussi payé un lourd tribut, Christian Favier et « Val-de-Marne en commun » (PCF-PS-FI) souhaitent proposer un chèque « culture-sport » de 50 euros pour tous les collégiens. De quoi redonner du « pouvoir d’achat à toutes les familles même si nous gardons en tête que la crise touche d’abord les plus modestes », assure Christian Favier.

De son côté, le « Printemps isérois » porte une proposition semblable avec un bon de 100 euros pour les collégiens, dès la rentrée 2021, pour s’inscrire en activité sportive et culturelle. Quant à la fracture numérique, dont les conséquences en termes d’inégalités n’ont pas manqué de se faire sentir ces derniers mois, elle n’est pas en reste. Si, depuis une décennie, le Val-de-Marne distribue des ordinateurs à tous les collégiens qui entrent en classe de 6e, la gauche souhaite élargir ce dispositif à chaque jeune en insertion professionnelle.

Une bataille politique

Si les candidats ont pris soin d’assurer le financement de leurs propositions, la bataille n’en sera pas moins vive avec l’État dans le mandat à venir. Depuis de nombreuses années, les départements doivent faire face à la baisse des dotations de l’État et aux transferts de nouvelles compétences.

Plus encore, depuis 2017, les collectivités sont contraintes par la loi de limiter leurs dépenses. « Il faut continuer de mener la bataille politique pour que les allocations universelles de solidarité (RSA, aides personnalisées à l’autonomie…) soient intégralement prises en charge par l’État », affirme Christian Favier, qui assure que, « si nous gagnons, nous retrouverons des marges de manœuvre et nous pourrons répondre à d’autres besoins ». En outre, sur la question du RSA, les expérimentations que la gauche veut mener dans les départements ont aussi l’ambition de servir de points d’appui pour poursuivre le débat et la mobilisation au niveau national. Le rapport de forces issu du scrutin pèsera ainsi à plus d’un titre.


 

publié le 4 juin 2021

Montpellier : troisième journée nationale de grève des AESH

Sur le site lepoing.net

 

Environ 200 personnes se sont réunies ce jeudi devant le rectorat pour soutenir les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), en grève pour protester contre la précarité et l’absence de reconnaissance de leur profession.

 

Mobilisés depuis le 26 janvier, les AESH n’en ont pas fini de faire entendre leurs revendications face à un gouvernement qui « les méprise», comme l’explique en rage l’une des déléguées syndicales lors du rassemblement : « L’éducation nationale organise un grenelle de l’éducation et ils parlent à peine de nous ! ». Pourtant, ces travailleurs, et surtout ces travailleuses, représentent 115 000 postes dans l’éducation nationale, soit un dixième des effectifs.  93%, des AESH sont des femmes et seules 17% sont en CDI. Elles travaillent dans leur immense majorité à temps partiel, en moyenne 24 heures par semaine avec un salaire d’environ 760 euros par mois. Leurs contrats, en CDD, durent 3 ans, renouvelables une fois, avec possibilité d’accès à un CDI, mais sans le statut de fonctionnaire. À ce statut déjà précaire s’ajoute le pôle inclusif d’accompagnement localisé (PIAL), La dernière réforme du gouvernement pour « flexibiliser » l’éducation nationale, qui a récemment mis le feu aux poudres.


«  Ce sont nos enfants qui vont en pâtir »  

Un PIAL regroupe plusieurs établissements scolaires sur un territoire donné. Ses responsables, fonctionnaires de l’Éducation nationale, déterminent l’emploi du temps des AESH en les répartissant sur ces établissements, en fonction des besoins repérés. Une mission jusqu’alors confiée aux Maisons départementales de l’autonomie (MDA), anciennement Maisons Départementales des Personnes Handicapées. Cette politique managériale censée apporter plus de souplesse face à des besoins grandissants se heurte à la précarité agents, qui déplorent un manque de moyens pour s’occuper correctement des enfants handicapés qu’ils suivent.

 

Laetitia, AESH en grève à l’école André Boulloche à Montpellier et syndiquée SUD, voit déjà au quotidien les effets de ces politiques de flexibilisation : « Le système actuel pénalise les élèves. J’accompagne 4 enfants, 30 heures par semaines. Il y a des élèves où je suis avec trois autres AESH, 2 heures chacune sur un seul enfant, pour un total de dix heures par semaine, alors que l’enfant, il est handicapé tout le temps, pas uniquement dix heures par semaines ! C’est dur pour eux, ils doivent s’adapter à plusieurs adultes et ils ne sont pas tout le temps encadrés ». Elle-même mère d’un enfant handicapé, elle constate la précarisation qu’a subie sa profession ces dernières années ; « Quand mon fils était à l’école en 2005, il avait une seule AESH qui était avec lui 35 heures par semaines ». Elle est venue aujourd’hui pour demander la démission de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, l’abandon des PIAL, un salaire à plein temps pour 24h d’accompagnement et les heures connexes et un statut de fonctionnaire.    

 

Ces revendications seront portées par une délégation au rectorat de Montpellier en début d’après-midi. Dans la rue de l’Université, un cortège largement composé de femmes scande « AESH en colère, les PIAL c’est la misère ! AESH en colère, on va pas s’laisser faire ! »      

      
Après presque une heure de discussion, la délégation syndicale sort du rectorat mitigée: « Le positif, c’est qu’ils ont compris nos revendications autour des écarts de salaires par rapport à l’ancienneté, mais pour la création d’un statut de fonctionnaire, ils ne veulent pas en entendre parler. Pour eux, les PIAL c’est très bien ».           
Les syndicats ont cependant obtenu la création d’un groupe de travail, pour que les AESH, jusqu’alors absents des négociations avec le gouvernement, puissent y participer et faire entendre leur quotidien et leurs revendications.

publié le 4 juin 2021

Chapelle-Darblay, un combat d’avenir

par Thomas Coutrot sur www.politis.fr

 

La papeterie pourrait être reprise par une société coopérative d’intérêt collectif.

Tous unis pour sauver la papeterie de la Chapelle-Darblay : syndicats et associations citoyennes et écologistes, fédérés dans la coalition Plus jamais ça, ainsi que les élus locaux de Normandie, ont mis le gouvernement sous pression pour empêcher la multinationale finlandaise UPM de démanteler la dernière usine de papier recyclé en France. Bien que l’usine soit arrêtée depuis un an, les savoir-faire et les machines, fleurons de l’industrie papetière, ont pu être préservés grâce au délai arraché par les salariés « Pap-Chap » et leur syndicat CGT. Mais le délai expire en juin, date à laquelle UPM va annoncer s’il retient l’une des offres de reprise et laquelle.

 

Tout le monde en convient : l’usine est performante, les besoins régionaux de recyclage sont massifs, l’envoi de 350 000 tonnes de déchets par camion vers l’Allemagne ou l’Italie est une absurdité écologique. Les salariés sont légitimement fiers à la fois de leur savoir-faire technique et de leur contribution environnementale. Ils refusent tout projet de reprise du site qui détruirait les machines et abandonnerait l’activité de recyclage.

Pourtant, même si un repreneur portant un projet papetier se présente, il n’est pas certain qu’UPM accepte de lui vendre de si belles capacités de production. Le droit de propriété capitaliste – usus, fructus et surtout abusus – autorise UPM à vendre le terrain à n’importe qui pour faire n’importe quoi. Au cas où un accord sur un projet de reprise ne pourrait malheureusement pas être trouvé dans l’immédiat, tout ne serait pas fini pour autant. L’intérêt général – au nom duquel le ministère du Travail a déjà refusé le licenciement des représentants du personnel – pourrait être invoqué pour inventer du neuf.

 

La coalition Plus jamais ça le propose dans sa récente publication « Pas d’emplois sur une planète morte » : « Pour reprendre la main sur les choix productifs et l’organisation du travail, il faut multiplier les expériences de gestion directe des entreprises par les travailleur·euses et les collectivités (publiques ou associatives) concernées par leur activité. On peut poser et organiser différemment l’accès au capital nécessaire pour les entreprises que via des grands investisseurs capitalistes. »

 

La papeterie pourrait être reprise par une société coopérative d’intérêt collectif (Scic), portée par des investisseurs publics et individuels, les salariés, des associations. La Banque publique d’investissement et les collectivités territoriales pourraient apporter le capital – rien d’extravagant – nécessaire à la relance de l’usine, complété éventuellement par une souscription citoyenne, comme à la Coopérative des masques en Bretagne. S’il s’avérait dans les mois qui viennent que la loi du marché capitaliste veut une nouvelle fois sacrifier à la fois l’emploi et l’environnement, le combat pour une alternative coopérative pourrait ouvrir de nouvelles perspectives aux Pap-Chap et bien au-delà.

 

               Par Thomas Coutrot Économiste, membre d’Attac.


 

publié le 3 juin 2021

Procès des "7 de Briançon" : manifestation à Grenoble
contre la "répression de la solidarité" envers les migrants


 

Sur la site france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes


 

Sept personnes étaient jugées en appel jeudi 27 mai à Grenoble pour avoir facilité l'entrée en France d'une vingtaine de migrants. Une manifestation s'est tenue devant le palais de justice avant le début de ce procès devenu un symbole.

 

Une manifestation a été organisée le 27 juin 2021 devant le palais de justice de Grenoble pour dénoncer la "répression de la solidarité" envers les migrants. • © Damien Borrelly / France 3 Alpes

Isère Grenoble

Un rassemblement a été organisé jeudi 27 mai devant le palais de justice de Grenoble pour dénoncer la "répression de la solidarité" envers les migrants et les sans-papiers. Le même jour, sept prévenus comparaissaient devant la cour d'appel de Grenoble pour avoir facilité l'entrée en France d'une vingtaine de migrants.

En première instance, les "sept de Briançon" ont été condamnés à des peines allant jusqu'à quatre mois d'emprisonnement. Le tribunal correctionnel de Gap avait prononcé le 13 décembre 2018 une peine de six mois de prison avec sursis à l'encontre de cinq d'entre eux : deux Français, une Italienne, un Suisse et un Belgo-Suisse aux casiers judiciaires vierges. Les deux autres, des Français déjà condamnés par le passé - dont un est également poursuivi pour rébellion dans ce dossier - avaient écopé de douze mois de prison, dont quatre ferme.

"On entrave les humanitaires dans leur mission d'assistance"

Ce procès est devenu un symbole dans les Hautes-Alpes où les réfugiés affluent. "L'enjeu est de taille puisque c'est un des plus gros procès concernant la répression de la solidarité envers les personnes exilées. Leurs propres droits sont bafoués et on est confrontés à des mesures d'intimidation, de pressions qui peuvent aller jusqu'à des poursuites judiciaires, ce qui est vraiment le monde à l'envers", estime Michel Rousseau, membre du comité de soutien aux prévenus.

"On habite dans ces montagnes. C'est insupportable pour nous d'accepter que notre propre pays utilise les montagnes comme des cimetières pour empêcher les gens de venir", complète-t-il. Depuis quelques années, le col de l'Echelle, entre Italie et France, est devenu un point de passage. La solidarité s'est organisée pour porter assistance aux réfugiés. Et les associations de dénoncer la militarisation de la frontière.

"Depuis 2018, on subit une répression constante à la frontière, constate Agnès Antoine, coordinatrice du comité de soutien aux prévenus. Les humanitaires sont entravés dans leur mission d'assistance. C'est vrai en France, en Grèce, en Turquie, en Croatie. C'est partout pareil, on entrave les humanitaires dans leur mission d'assistance. C'est scandaleux (...) Ce qui se joue, c'est le rejet de l'autre. La déshumanisation d'une partie de l'humanité à qui on refuse le droit même de respirer." 

Procès politique

En avril 2018, les sept prévenus participaient à une manifestation contre le groupuscule d'extrême-droite Génération identitaire. C'est dans ce cadre, alors que le cortège avait franchi la frontière franco-italienne, que le ministère public leur reproche d'avoir facilité l'entrée en France d'une vingtaine de migrants. Au terme du procès en première instance, les militants avaient dénoncé "l'extrême sévérité" des peines prononcées et "un coup d'arrêt" à "une plus grande humanisation du délit de solidarité" avant d'interjeter appel. L'un des avocats de la défense parle d'un procès politique.

"Ces jeunes gens payent une forme d'asymétrie de traitement des pouvoirs publics, c'est-à-dire, à l'époque, la bienveillance vis-à-vis de ce mouvement néofasciste (Génération identitaire, NDLR). Et en même temps, le soupçon permanent à leur endroit alors qu'ils mettent toute leur vie en jeu pour porter secours à des personnes en danger", estime Me William Bourdon, avocat de cinq prévenus. A l'heure de la publication de cet article, l'audience était toujours en cours. Des concerts de soutien ont lieu jusqu'à 20 heures aux abords du palais de justice.

publié le 3 juin 2021

Quinze militants en situation de handicap condamnés à de la prison avec sursis


 

par Rachel Knaebel sur le site www.bastamag.net


 

Seize militants toulousains pour l’accessibilité étaient jugés pour deux actions de 2018. Quinze ont été condamnés le 19 mai à de la prison avec sursis. Ils dénoncent les conditions de leur jugement, sans aucun aménagement prévu face à leurs handicaps.

 

« Ils veulent nous faire taire, mais ce n’est pas comme cela qu’il vont y parvenir. » Odile Maurin, conseillère municipale d’opposition à Toulouse, Gilet jaune et militante pour les droits des personnes en situation de handicap a encore une fois été condamnée par la justice pour son activisme. Ce 19 mai, le tribunal de Toulouse a rendu son jugement à l’encontre des seize prévenus jugés le 23 mars dernier pour des actions visant à dénoncer le manque d’accessibilité des transports. La majorité de ces personnes jugées sont elles-mêmes en situation de handicap. Elles étaient poursuivies pour « entrave à la circulation » pour deux actions datant de 2018 : une échappée sur les pistes de l’aéroport de Toulouse-Blagnac et le blocage d’un TGV Toulouse-Paris. Quinze d’entre elles ont été condamnées à de la prison avec sursis pour cela.

 

Odile Maurin écope de la plus lourde peine, six mois de sursis. Un autre activiste qui était présent sur les deux actions a reçu quatre mois de sursis, les autres deux mois. Une prévenue qui n’avait participé qu’au blocage du TGV a été condamnée à une amende de 750 euros. Tous comptent faire appel.

 

Pour Odile Maurin, c’est la troisième condamnation pour des actions militantes en moins de deux ans. L’élue locale (sur la liste participative Archipel citoyen) a déjà été jugée en décembre 2019 pour des accusations de « violences sur personne dépositaire de l’autorité publique avec arme par destination », en l’occurrence son fauteuil roulant. Elle s’était placée face au camion de police, dont le canon à eau aspergeait les manifestants, pour l’empêcher d’avancer. Un policier s’était emparé de la commande du fauteuil pour la faire partir, le fauteuil s’était retrouvé propulsé sur le véhicule de police (voir notre article). Odile Maurin avait alors été condamnée à deux mois de prison avec sursis, un an d’interdiction de manifester et 2000 euros de dommages au policier. Elle a fait appel, la procédure est toujours en cours. En novembre 2020, elle était retournée à une manifestation en soutien au personnel hospitalier, et a été de nouveau jugée en février dernier pour avoir ce jour-là enfreint son interdiction de manifester. Elle a alors écopé de 1500 euros d’amende, dont 1000 avec sursis. Odile Maurin repasse en procès le 8 juin prochain pour « entrave à la circulation » pour une opération dite de « péage gratuit » organisée en 2019 pour défendre les droits des personnes en situation de handicap. « Nous étions 150 lors de cette opération, je suis la seule à être poursuivie », pointe-t-elle.

 

« Une volonté de ne pas adapter la justice aux personnes en situation de handicap »

 

Le procès du 23 mars a aussi mis en lumière le manque d’accessibilité de la justice elle-même. Le tribunal n’avait prévu aucun aménagement nécessaire pour accueillir les personnes prévenues qui sont en situation de handicap. « Le tribunal les a reçues sans interprète, sans micros opérationnels, avec pour faire office d’ascenseur un monte-charge inconfortable et mal odorant. Les documents n’étaient pas lisibles pour la synthèse vocale utilisée par l’accusée aveugle…. Pour dire le droit, la justice les a ainsi mis dans une situation indigne et en rupture d’égalité. Dans l’impossibilité de se rendre aux toilettes, ces femmes et ces hommes ont été forcés de porter des couches, de s’uriner dessus. Qui accepterait cela ? » a dénoncé l’association Droit pluriel, qui s’engage pour une justice accessible et a accompagné les activistes toulousains lors du rendu du jugement.

 

L’accessibilité n’était pas plus assurée pour le jugement ce 19 mai. « Le jugement a été rendu dans une salle où les débats n’étaient pas audibles, où les règles sanitaires n’étaient pas respectées », raconte Odile Maurin. Pour l’élue toulousaine, il y a une volonté de ne pas adapter la justice aux personnes en situation de handicap ».


 

PUBLIÉ LE 1° JUIN 2021

L’hOpital public dans la rue
pour l’accès aux soins et à la santé

 

Par Caroline Coq-Chodorge sur www.mediapart.fr

 

Un collectif international d’hospitaliers a appelé à manifester, samedi, dans de nombreuses villes. À Paris, le cortège était petit mais joyeux. Les soignants promettent d’être présents dans le débat public dans les prochains mois, en vue de la présidentielle.

Ils sont une centaine, mais ils sont tous là, ceux qui parlent au nom de l’hôpital public depuis qu’il s’est mis en branle, il y a deux ans. Ce samedi 29 mai, à Paris, ils sont confiants : « On se remobilise un beau week-end où tout le monde veut profiter des terrasses », reconnaît le docteur Anne Gervais, hépatologue à l’hôpital Bichat à Paris et membre du collectif Inter-hôpitaux. « Mais il y a un élan, de nombreux contacts avec le monde associatif, des projets de mobilisation, vous allez entendre parler de nous », promet-elle. 

Tous les partis politiques, à l’exception de La France insoumise, étaient présents à la manifestation des policiers le 19 mai, jusqu’au ministre de l’intérieur. Avec les soignants, ce 29 mai, il n’y avait ni ministre ni partis, une seule écharpe tricolore au milieu du cortège, « peut-être un élu parisien », se demande le neurologue François Salachas.

« De toute façon, on ne les a pas invités. On est allés au bout de ce qu’on peut demander aux politiques. On veut construire un mouvement plus large, citoyen, interpeller les Français sur l’état de l’hôpital public, qui est en grand danger. Notre objectif est de poser ce débat pour la présidentielle. »

« On cherche la mobilisation de la société civile, au-delà de la gauche qui se déchire », renchérit Anne Gervais. « L’hôpital dépasse les partis. Pendant le grand débat national, 30 % des contributions portaient sur la santé, 12 % sur l’hôpital public. Si les politiques ne le comprennent pas, ils seront rejetés, au profit des extrêmes », met-elle en garde.

L’appel à la mobilisation, ce samedi, est « un SOS international pour la santé ». Les soignants ont manifesté à Paris, La Rochelle et Marseille, mais aussi à Bruxelles, Madrid, Rome ou Milan, à l’appel d’un nouveau collectif, La Santé en lutte, né à Bruxelles, en septembre 2020, de la rencontre entre les Français et les Belges, auxquels se sont joints une soixantaine de collectifs en Europe, au Royaume-Uni et en Amérique du Nord. Tous constatent la même « dégradation de l’accès, de la qualité et de la sécurité des soins », une même « perte de sens des métiers ».

En France, pour le collectif Inter-urgences, qui porte la voix des paramédicaux des urgences, la question n’est plus salariale. Ils se satisfont des 183 euros net d’augmentation obtenus en juillet 2020, au moment du Ségur de la santé. Mais sur tous les autres volets du Ségur, « on ne peut pas en rester là », dit Noémie Banes, présidente du collectif et infirmière à Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques) : « On veut que les soignants et les usagers soient associés à la gouvernance de l’hôpital. »

En France, le débat sur l’hôpital public va se cristalliser, dans les prochains mois, autour des grands projets hospitaliers, en particulier la construction du grand hôpital Nord à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), où doivent fusionner les hôpitaux Bichat (Paris) et Beaujon (Clichy). La fusion est aussi une restructuration, puisque 300 lits doivent être supprimés dans l’opération.

Ailleurs en France, d’autres suppressions de lits d’hôpitaux sont prévues, dans d’autres grands projets hospitaliers, à Paris-Saclay (Essonne), Nantes (Loire-Atlantique) ou encore Tours (Indre-et-Loire). La politique de rationalisation de l’hôpital – qui vise à poursuivre l’augmentation de la productivité par la suppression des lits – se poursuit donc sur l’ensemble du territoire.

L’hépatologue Anne Gervais voit quelques raisons d’espérer, comme à Reims, « où la mobilisation des élus, aux côtés des hospitaliers, a permis de préserver les lits dans le projet du nouvel hôpital ».

La question des lits est étroitement liée à celle des effectifs : « Dans de nombreux hôpitaux, on ferme aussi des lits parce qu’il n’y a plus assez d’infirmières, d’aides-soignantes, explique Noémie Banes. C’est le chat qui se mord la queue. Pendant le Covid, les soignants se sont épuisés, ils quittent l’hôpital, qui ne fait rien pour les retenir. »

Les hospitaliers réclament des « ratios de soignants », explique Anne Gervais : « Aux États-Unis, il y a une infirmière pour six patients. En France, il y a une infirmière pour quatorze patients. On veut discuter, service par service, du juste nombre de soignants. » 

Agnès Hartemann, professeur de diabétologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, explique que, dans son service, « il y a trois postes d’infirmières vacants, en raison d’un arrêt maladie et de deux congés de maternité » : « On n’arrive pas à recruter pour les remplacer. Des infirmières qui voulaient venir à la manifestation ont finalement accepté de travailler 12 heures, sur un jour de repos. Des infirmières très qualifiées, formées par l’hôpital public, partent dans le privé, parce qu’elles y gagnent plus d’argent et ne travaillent pas le week-end. Pendant le Covid, on a eu des renforts, mais c’étaient des intérimaires beaucoup mieux payés. Tout cela crée des tensions, de la rancœur. »

Le « quoi qu’il en coûte » est terminé, les soignants voient revenir les restrictions budgétaires : « Nos collègues de Lorient et de Rennes nous ont raconté que leur direction leur a fait comprendre que les 183 euros net d’augmentation devaient se traduire par une augmentation de la productivité, rapporte Agnès Hartemann. Le budget de l’assurance-maladie augmente, mais moins que les besoins de santé. Au final, l’hôpital doit encore faire un milliard d’euros d’économies en 2021. C’est compliqué, mais il faut le faire comprendre aux Français. »

La psychiatrie est également bien représentée dans le cortège. Laurent Vassal, psychiatre à l’hôpital de Ville-Évrard (Seine-Saint-Denis), explique, avec lassitude, « tirer la sonnette depuis longtemps, sans effet » : « On nous annonçait un grand plan autisme, on n’a rien vu. On nous promettait un rattrapage en Seine-Saint-Denis, [département] notoirement sous-doté, on n’a rien vu. On va bientôt avoir des assises de la psychiatrie, mais franchement, je suis pessimiste. On a une population qui souffre de l’isolement, on voit plus de troubles dépressifs, de bouffées délirantes. Mais on a six services hospitaliers en grande difficulté, une dizaine de médecins manquent, 60 à 70 infirmières. Il y a six mois d’attente pour obtenir une consultation en centre médico-psychologique pour un adulte. Nos patients ne vont pas bien, certains se suicident. On n’a pas de lits pour ceux qui arrivent aux urgences. On doit les sédater, les contentionner, parce qu’on ne peut pas les laisser déambuler, en crise, dans les couloirs. Cela nous désespère. »


 

publié le 1° juin 2021

Impôts. Petit guide de combat
contre les intox libérales

Pierric Marissal sur le site www.humanite.fr

 

« Les riches croulent sous les impôts », « les pauvres n’en paient pas », « les paradis fiscaux, c’est fini ! »... Pas moins de 17 contrevérités sur la fiscalité, répétées tels des mantras par les libéraux, sont décortiquées et battues en brèche par Attac dans un ouvrage collectif qui vient de paraître. Un outil de salubrité démocratique.


 

Les impôts, tout le monde s’en préoccupe, mais personne ne veut vraiment en parler. Cela en fait un terrain privilégié pour les croyances et les prédicateurs qui viennent d’un même aplomb assurer qu’existe un enfer peuplé de créatures cornues, ou que les paradis fiscaux ne sont qu’une vue de l’esprit. Attac s’est attelée à remettre de la rationalité dans la question fiscale, avec beaucoup de pédagogie, des données sourcées et un soupçon d’humour. L’association vient de publier un ouvrage collectif, un véritable manuel de désintox à destination de tous : « Impôts : idées fausses et vraies injustices », aux Éditions Les Liens qui libèrent, rassemblant des économistes, militants, spécialistes de Solidaires Finances publiques et un dessinateur très inspiré – Fred Sochard – pour illustrer le tout.

La genèse du projet vient du mouvement des gilets jaunes, et de ce « ras-le-bol fiscal » mis en exergue par les libéraux au pouvoir, qui était plutôt une colère contre l’injustice fiscale, en témoigne le mot d’ordre : « Rendez l’ISF d’abord ». « C’est pourtant ce ras-le-bol fiscal que le gouvernement nous ressort pour justifier son tournant austéritaire et refuser toute hausse d’impôt sur ceux qui ont profité de la crise, déplore Raphaël Pradeau, porte-parole d’Attac et coauteur de l’ouvrage. Et à force de les rabâcher sur les grands médias, propriétés de milliardaires, de nombreuses idées fausses deviennent des évidences : l’argent des riches ruisselle et crée de l’emploi, trop d’impôts font fuir les investisseurs, la France est la championne des prélèvements obligatoires, les pauvres ne paient pas d’impôts… » Même lorsque les évaluations commandées par le gouvernement lui-même montrent que la fin de l’ISF et la création de la taxe forfaitaire sur les revenus du capital n’ont eu comme seul effet que d’augmenter les dividendes et que l’argent n’a en rien ruisselé, le discours perdure à la radio, sur les plateaux de télévision.

En partant de 17 citations publiques d’éditorialistes ou d’élus politiques libéraux, autant d’idées fausses sur la fiscalité sont ainsi savamment battues en brèche dans l’ouvrage. « Nous pensons que le débat fiscal sera central lors des prochaines élections, notamment lorsqu’il faudra débattre des conséquences de la pandémie : faut-il baisser les dépenses et réduire la protection sociale, ou avons-nous besoin de plus de services publics de qualité, dans la santé comme dans l’école, et donc de les financer ? » interroge Raphaël Pradeau. Et comme il n’y a pas de débat démocratique fondé sur des idées fausses, ce livre est bien une œuvre de salubrité publique. 

« Impôts : idées fausses et vraies injustices », Éditions Les Liens qui libèrent, 144 pages, 10 euros

 


Morceaux choisis Idées fausses, vraies injustices, la preuve par quatre

 

Idée fausse 5 : les riches sont écrasés par les impôts !

« D’aucuns prétendent qu’il faudrait éradiquer les paradis fiscaux. Ne faudrait-il pas plutôt réformer les enfers fiscaux tels que la France ? » Virginie Pradel, sur le site de l’Iref, think tank libéral, en 2017.

« En réalité, le système fiscal français est peu progressif et les plus riches ne paient pas tant d’impôts qu’on veut bien le faire croire en proportion de leurs revenus. La première raison réside dans le poids de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), un impôt indirect payé par toutes et tous, qui est de loin l’impôt le plus rentable pour l’État. (…)

L’impôt sur le revenu est quant à lui beaucoup moins progressif aujourd’hui que dans les années d’après-guerre. Et son poids dans les prélèvements fiscaux est désormais moindre en France que dans la moyenne des pays de l’OCDE. Cela s’explique notamment par l’existence de multiples niches fiscales, ces mesures dérogatoires pouvant prendre la forme de crédits d’impôt, de réduction de l’assiette fiscale ou de régimes particuliers, qui profitent surtout aux riches. La moitié de ces niches (parfois aussi appelées “dépenses fiscales”) concernent l’impôt sur le revenu. (…)

Le Laboratoire sur les inégalités mondiales nous apprend ainsi que, en France, tous impôts confondus, le taux global d’imposition augmente progressivement au fur et à mesure que le revenu augmente, mais diminue quand on atteint les 5 % les plus riches. Les 0,1 % les plus riches ont même un taux d’imposition global comparable aux 20 % les plus pauvres, cette tendance s’aggravant depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017. (…)

L’enquête dite “OpenLux” a par exemple mis en évidence que 37 des 50 familles françaises les plus fortunées possèdent une ou plusieurs sociétés offshore au Luxembourg. » (…)

 

Idée fausse 8 : les pauvres ne paient pas d’impôts

« Chacun pourrait contribuer à la hauteur de ses moyens, y compris les plus modestes, même de manière très symbolique, (…) il faut redonner à chacun le sens de l’impôt, qui est un acte citoyen. » Jacqueline Gourault, alors ministre de la Cohésion des territoires, au « JDD » en 2019.

« Les pauvres paient des impôts et souvent proportionnellement plus que les plus riches ! Comme tout le monde, ils et elles paient en effet des impôts sur la consommation, notamment la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). Ils et elles contribuent aux ressources sociales par les cotisations sociales ou encore, pour beaucoup, à la contribution sociale généralisée (CSG) et à la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS). (…)

Le taux d’effort des ménages (la proportion du revenu destinée à payer la TVA) s’élève à 12,5 % pour les 10 % des ménages les plus pauvres et seulement à 4,7 % pour les 10 % des ménages les plus riches. La TVA est donc l’inverse d’un impôt progressif : c’est un impôt régressif. Plus on gagne et moins on paie proportionnellement au revenu. (…)

Les libéraux ont beau crier l’inverse sur tous les toits, les faits sont têtus : les prélèvements et impôts que les “pauvres” paient représentent une part majoritaire. Ils “paient” également la rigueur budgétaire via la hausse de certains prélèvements, mais aussi l’impact des coupes budgétaires, soit la baisse de certaines prestations et la dégradation des services publics. (…) »

 

 

IDÉE FAUSSE 13 : LES PARADIS FISCAUX,C'EST DU PASSÉ

 

« Miracle, en six mois, on a obtenu la fin des paradis fiscaux ! Extraordinaire ! » Nicolas Sarkozy, alors président de la République, dans un discours en 2009.

« Ces territoires existent de très longue date, mais ils ont vu leur rôle s’accroître avec la mondialisation financière. Ils présentent des traits communs en matière de coopération internationale faible, voire inexistante, et de taux d’imposition faibles, voire nuls. Il existe aussi des spécificités : certains offrent la possibilité de créer aisément des sociétés écrans, d’autres sont adeptes des “rescrits” avantageux, d’autres encore facilitent le transit de bénéfices vers d’autres territoires, etc. Ces caractéristiques favorisent non seulement l’évitement de l’impôt, mais également les activités illégales et criminelles en permettant aux revenus tirés de ces activités de transiter par eux pour en ressortir blanchis. (…)


 

C’est la réaction des populations qui a incité les gouvernements à prendre des mesures. Par exemple, au plan international, on a vu la mise en œuvre d’un système d’échange automatique d’informations bancaires et la création de registres publics des sociétés dans l’Union européenne. Il y a cependant un écart entre l’affichage et la réalité. (…)

En avril 2009, Nicolas Sarkozy déclarait, péremptoire : “Les paradis fiscaux, c’est fini !” On en est encore loin : les paradis fiscaux sont toujours présents et actifs. Les montants qui échappent aux finances publiques ont de quoi donner le vertige. Le Centre d’études prospectives et d’informations internationales estimait à 36 milliards d’euros de profits des multinationales non déclarés en France en 2015, soit “1,6 % du PIB, un montant 30 fois supérieur à ce qu’il était au début des années 2000”. (…) »


 

Idée fausse 16 : l’essentiel des niches fiscales contribue efficacement à la transition écologique !

« Pour moi, ce qu’on doit assurer, dans une loi de finances, c’est une stabilité fiscale et réglementaire pour nos entreprises. (…) Je porte la parole de nos industries et des emplois qu’il faut défendre. » Mohamed Laqhila, député Modem, dans une interview à Franceinfo, après avoir tenté de retarder l’effacement de l’huile de palme de la liste des biocarburants concernés par une niche fiscale en 2019.

« En matière de protection de l’environnement, la politique fiscale combine l’utilisation de deux outils : la taxation visant (en théorie) à pénaliser les comportements ayant un impact négatif sur l’environnement et les niches fiscales (crédits d’impôt, exonérations…) censées favoriser des comportements plus respectueux de l’environnement. (…)

Parmi les 475 dépenses fiscales qui parsèment le système fiscal en 2021, le gouvernement en identifie 107 ayant un impact sur l’environnement pour un coût de 11 milliards d’euros. Or, leur utilité écologique pose question : le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO, rattaché à la Cour des comptes) précise que, parmi ces dispositifs qui concernent notamment la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), “la majorité de ces dépenses fiscales sont défavorables à l’environnement et peuvent être considérées comme des soutiens à la consommation d’énergies fossiles”. Il en va de même de celles qui encouragent l’usage des véhicules diesel ou qui soutiennent des secteurs d’activité polluants (transports de sociétés, filière automobile, agriculture…).

Ces mesures pèsent par ailleurs sur les budgets publics. Le CPO précise que les dépenses fiscales défavorables à l’environnement sont deux fois plus coûteuses pour le budget de l’État que celles favorables à l’environnement (7,5 milliards d’euros, contre 3,1 milliards en 2017). »

 

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