PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

publié le 31 mai 2021

La Commune : 150 ans après, des combats brûlants d’actualité

Aurélien Soucheyre sur le site www.humanite.fr

 

La révolution de 1871 n’a duré que 72 jours. Si beaucoup de ses aspirations ont fini par obtenir gain de cause, d’autres restent inaccomplies mais gardent une puissante modernité. Travail, salaires, logement, égalité... L’écho de ses batailles, en phase avec notre époque, retentit encore et nous inspire. En témoigne la foule rassemblée samedi pour la traditionnelle montée au Mur des fédérés, à Paris.


 

Le 28 mai 1871, il y a cent cinquante ans, les troupes versaillaises achèvent d’écraser dans le sang la Commune de Paris. Cette formidable expérience populaire, démocratique et sociale est terminée. Adolphe Thiers et le « parti de l’ordre » s’acharnent même sur les survivants, afin de leur faire passer le goût de la révolution et d’intimider les générations futures.

Mais qu’a donc fait la Commune de Paris pour susciter une telle haine et une telle violence ? Qu’a-t-elle donc proposé, sur une période d’uniquement soixante-douze jours, pour que son souvenir ait une place si prépondérante dans l’histoire du mouvement ouvrier ?

Des basculements sociaux, voire civilisationnels

« Jamais sans doute événement aussi court n’a laissé tant de traces dans les représentations collectives », mesure l’historien Roger Martelli, président de l’association des Amis de la Commune de Paris. « Jamais révolution n’avait plus surpris les révolutionnaires », considérait même le communard Benoît Malon. Car l’insurrection du 18 mars, spontanée et impromptue, fait immédiatement face à une double menace : la présence de l’armée prussienne aux portes de Paris et celle des troupes de Thiers, qui attaquent la capitale dès le mois d’avril. La Commune de Paris, à peine installée, est donc confrontée à une guerre permanente.

Sur les 42 millions de francs qu’elle dépense, 33 millions sont attribués à la délégation à la guerre. Près de 75 % de son budget passent donc dans le soutien aux combats ! Que peut-elle bien réaliser à côté et inscrire au panthéon de notre histoire politique et sociale ? Le maximum possible ! « Malgré sa situation précaire, la Commune lance des basculements sociaux et parfois même civilisationnels », note Roger Martelli. Nombre des décrets qu’elle prend et des réformes qu’elle ébauche sont encore aujourd’hui d’une incroyable modernité et d’une brûlante actualité.

Paris, capitale du progrès

Paris redevient pour quelques semaines la capitale mondiale du progrès et de la citoyenneté. En pleine ébullition démocratique, les communards et les communardes se prononcent pour la séparation de l’Église et de l’État, qui ne reviendra qu’en 1905. Ils se mobilisent pour l’instruction laïque, gratuite et obligatoire, à destination des enfants des deux sexes, dix ans avant les lois Ferry. Ils brûlent les guillotines et se prononcent contre la peine de mort, sans pour autant légiférer. Elle ne sera abolie en France qu’en 1981. Autant de mesures phares qui seront ensuite reprises peu à peu, de la IIIe à la Ve République.

Mais la Commune va aussi s’attaquer à la question du travail et de la répartition de ses fruits. Elle met en place le tout premier ministère du Travail (dont le retour ne s’effectuera qu’en 1906). Elle interdit les amendes et retenues sur salaire opérées par le patronat. Elle fixe la journée de travail à 10 heures, contre 15 auparavant. Elle réglemente le travail de nuit, augmente les salaires pour les agents communaux et fixe un salaire minimum. Rien d’inconnu aujourd’hui ? Attendez : la Commune se prononce aussi pour une échelle des salaires afin de stopper les écarts de rémunération affolants. Ils sont actuellement de 1 à 860 dans plusieurs entreprises…

La Commune impose de plus l’égalité salariale entre les institutrices et les instituteurs. On attend toujours qu’elle s’étende à toutes les femmes et tous les hommes quelle que soit la profession. Elle organise enfin la réquisition des ateliers de production abandonnés par les patrons, et les remet aux travailleurs, qui se constituent en société coopérative. On parle aujourd’hui de Scop, où les salariés possèdent eux-mêmes les moyens de production et gèrent collectivement leur entreprise.

Le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple

La Commune se distingue surtout par son fonctionnement en démocratie directe pour l’ensemble de la société. Un pouvoir réellement du peuple, par le peuple et pour le peuple. « L’assemblée communale voulait répondre aux aspirations immédiates de la population, tout en refondant un nouvel ordre social dans le domaine économique, judiciaire et scolaire », note l’historien Pierre-Henri Zaidman. C’est ce qui la conduit à organiser un moratoire sur les dettes privées et à instituer la fin de la vénalité des offices pour assurer une justice indépendante et gratuite. Ou encore à attribuer des postes de ministres et de commandants à des citoyens étrangers, sur le simple critère de la compétence. Elle réquisitionne enfin les logements vacants pour les sans-abri, ce que nous sommes toujours incapables de faire.

À une heure où le gouvernement et la droite appellent à « éviter tout anachronisme » dès lors qu’il s’agit de lier politique et mémoire (que l’on parle de 1871 ou de Napoléon…), force est de constater toute la modernité de la Commune, dont les mesures prises il y a cent cinquante ans sont encore en phase avec les problèmes de notre époque. « Cela témoigne de la force d’anticipation de la Commune, de son caractère profondément novateur. Au final, elle s’est heurtée à un Adolphe Thiers qui défendait de façon absolue la propriété privée et donc la domination des possédants », note le député PCF Pierre Dharréville.

La République doit être pleinement démocratique

« La question démocratique et sociale a traversé les siècles et reste d’une violente actualité. Ce que nous dit la Commune, c’est que la République doit être sociale pour être pleine et entière. Elle nous dit aussi qu’elle doit être pleinement démocratique : lors de la Commune, l’acteur qui bouleverse le cours des événements, c’est le peuple de Paris », analyse le député FI Alexis Corbière. « Elle ouvre le champ des possibles grâce à l’implication pleine et entière des hommes et des femmes. Elle a été balayée, mais ce qu’elle proposait est peu à peu revenu. Il faut continuer de s’en inspirer », insiste Pierre Dharréville.

Où en sont aujourd’hui les questions du mal-logement, de la citoyenneté des étrangers, du temps de travail, des écarts de rémunération et de la propriété des moyens de production ? C’est cette actualité qu’a souhaité interroger « l’Humanité Dimanche », juste avant la traditionnelle montée au mur au Père-Lachaise, qui a lieu tous les ans en hommage à la Commune. Avec deux citations à l’esprit. L’une d’Eugène Varlin : « Tant qu’un homme pourra mourir de faim à la porte d’un palais où tout regorge, il n’y aura rien de stable dans les institutions humaines. » L’autre de Marx : « Les principes de la Commune sont éternels et ne peuvent être détruits ; ils seront toujours mis à nouveau à l’ordre du jour, aussi longtemps que la classe ouvrière n’aura pas conquis sa libération. »


 

publié le 30 mai 2021

La CNL : « Je rêve d’un pays
avec une sécurité sociale du logement »

sur le site www.humanite.fr

 

La Confédération nationale du logement a manifesté devant le ministère chargé des expulsions pour protester contre la fin de la trêve hivernale.

 

Sur le boulevard Saint-Germain, à Paris, ce 28 mai, les terrasses des cafés commencent à se remplir. Le clocher de l’église du quartier annonce 10 heures. Au numéro 244, une vingtaine de personnes se regroupent devant le ministère du Logement et de la Transition écologique. Une grande banderole blanche et rouge est déployée avec pour inscription « Le ministère des Expulsions reprend du service ». Quelques jours plus tôt, la Confédération nationale du logement (CNL) avait appelé au rassemblement afin de protester contre la fin de la trêve hivernale. Au vu de la crise sanitaire et de l’appauvrissement des ménages qui l’accompagne, la ministre déléguée au logement, Emmanuelle Wargon, a décidé de prolonger cette période mais seulement jusqu’au 1er juin. « Le gouvernement va jeter des milliers de familles dans la rue. Il faut prolonger la trêve hivernale jusqu’au 31 octobre. Non aux expulsions ! » clame Eddie Jacquemart, président national de la CNL, dans son mégaphone. Le slogan est repris en chœur par la foule.

 

Trente mille expulsions pourraient avoir lieu à partir du 1er juin, le double d’une année normale en raison de l’accumulation des signalements. Les manifestants discutent en petits groupes des décisions prises par le gouvernement. L’inquiétude se lit sur leurs visages.

 

« La crise a précipité des gens dans la pauvreté, il faut protéger les plus fragiles », explique David Belliard, président du bailleur social parisien RIVP. D’après une enquête flash de la Fondation Abbé-Pierre, à la suite de la crise, 14 % des Français ont eu des difficultés liées au logement. Intermittents du spectacle, artisans, autoentrepreneurs, restaurateurs, ils affrontent pour beaucoup leurs premiers impayés de loyer et sont assignés en justice.

 

Claude, membre de la CNL depuis quarante ans, tient une pétition à la main. « Il faut qu’on la fasse circuler pour protester contre les expulsions », indique la syndiquée. Plusieurs élus en écharpe sont présents. Elsa Faucillon, députée PCF des Hauts-de-Seine, prend la parole. « C’est un ministère du Logement de la honte, dénonce-t-elle. Les différents ministres qui nous ont répondu ont eu l’audace de dire qu’il n’y aura pas d’année blanche sur les expulsions. Mais dans quel monde vivent-ils ? »

Les immeubles se dégradent et les loyers augmentent

« Nous ne devons jamais nous résigner au fait qu’il y ait des gens qui dorment dans la rue dans notre pays, déclare à son tour Mathilde Panot, vice-présidente du groupe FI à l’Assemblée nationale. Ce gouvernement a décidé que jusqu’au bout il ne servirait que les riches. » Les manifestants applaudissent chaudement ses interventions. « Ces procédures sont extrêmement violentes, c’est un traumatisme pour les personnes qui les subissent, explique le président de la CNL. Les huissiers arrivent, les serruriers changent les serrures et les déménageurs mettent toutes vos affaires dans des cartons. Ils repartent en ne vous laissant qu’une carte avec un numéro d’hébergement d’urgence, pour la plupart saturés. » Des vies balayées avec la crainte de finir à la rue.

Les difficultés de logement sont majoritairement liées au niveau des revenus et concernent 14 % des locataires de HLM. En plus de la fin de la trêve hivernale, plusieurs manifestants dénoncent la négligence et les taxations « massives » des bailleurs sociaux. « Pour compenser les impayés, on reporte ça sur les locataires qui ont plus de moyens », notifie Dominique. « On laisse nos immeubles se dégrader et on augmente nos loyers », ajoute Claude. Ce laxisme dans la prise en charge des réparations, Anita en a fait l’expérience « Pendant le premier confinement je n’étais pas chez moi. Je venais dans la semaine récupérer des affaires. Un jour, j’ai remarqué qu’un de mes carreaux était cassé. Après plus de neuf mois de relance et quatre courriers recommandés, mon bailleur a enfin daigné prendre en charge les frais engagés. »

 

Après plus d’une heure d’échanges, la manifestation se termine. La banderole est rangée. Et Eddie Jacquemart de conclure : « Je rêve d’un pays sans expulsions et avec une sécurité sociale du logement. 

<publié le 30 mai 2021

En France, deux millions de personnes

vivent dans la grande pauvreté

Par Faïza Zerouala sur le site www.mediapart.fr

 

L’Insee dénombre environ deux millions de personnes vivant dans la grande pauvreté en France en 2018. La majorité vivent dans un logement ordinaire, ont de très faibles revenus et se privent de tout. L’institut souligne la répartition territoriale inégalitaire de la pauvreté et les difficultés à en sortir.


 

L’épidémie de Covid-19 a ramené la question de la pauvreté dans le débat public. La crise sociale, et ses conséquences sur ceux qui la subissent, commence à être documentée. Les récits sur l’aggravation de la pauvreté se multiplient dans la presse et dans divers rapports, comme celui livré récemment par le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté.

Les alertes des associations caritatives ont elles aussi attiré la lumière sur la situation de plus en plus critique pour certaines franges de la population comme les étudiants ou les familles monoparentales, déjà éprouvées par les difficultés avant l’apparition du virus.

 

En revanche, les données statistiques précises manquent pour qualifier la pauvreté et établir un portrait net des réalités qu’elle recouvre.

L’Insee s’est attelé à la tâche et s’est penché sur la grande pauvreté dans sa dernière étude annuelle rendue publique ce jour.

 

Les chiffres mis en avant datent de 2018 mais quelques données de 2020 ont été introduites dans l’analyse, comme la hausse du nombre de bénéficiaires du RSA (+ 165 000 personnes en comparant les chiffres de septembre 2019 à ceux de septembre 2020).

 

Pour la première fois, l’institut propose une définition statistique de la grande pauvreté et établit un distinguo entre pauvreté monétaire et pauvreté matérielle, tout en les croisant. Les définitions utilisées à l’échelle européenne, explique l’Insee, se fondent soit sur la faiblesse des revenus, soit sur l’existence de nombreuses privations matérielles ou sociales dans la vie quotidienne. « Il n’existe en revanche pas de définition partagée de la grande pauvreté, et ce en dépit de son importance dans le débat social. »

 

Or les données sont importantes pour objectiver les situations vécues. Déjà en 1987, dans son rapport fondateur « Grande pauvreté et précarité économique et sociale » présenté au Conseil économique et social, Joseph Wresinski, d’ATD Quart monde, parle de grande pauvreté « quand elle affecte plusieurs domaines de l’existence, qu’elle devient persistante, qu’elle compromet les chances […] de reconquérir ses droits par soimême, dans un avenir prévisible ».

C’est pour aboutir à une mesure plus fine que l’Insee a choisi de prendre en compte le cumul des deux facteurs, la pauvreté monétaire et les privations induites par celle-ci. Il distingue aussi le fait d’habiter un logement ordinaire ou de bénéficier d’un autre type d’hébergement. 

 

En France en 2018, 1,9 million de personnes sont en situation de grande pauvreté et 170 000 sont susceptibles de l’être. Parmi ces 1,9 million de personnes, 1,8 million vivent en logement ordinaire, 153 000 sont sans domicile ou résident en habitation mobile et 165 000 vivent en communauté susceptible d’être en situation de grande pauvreté.

En 2018, en France métropolitaine, sur le champ des personnes en logement ordinaire, la moitié de la population a un niveau de vie inférieur à 1 771 euros par mois. Le seuil de pauvreté est de 1 063 euros par mois. 14,8 % de la population de France métropolitaine vit en dessous de ce seuil.

« Sur le champ de la France entière, et en comptabilisant à la fois les personnes en logement ordinaire mais aussi, pour la première fois, celles vivant hors logement ordinaire, on estime à environ 10 millions le nombre de personnes pauvres en 2018. Sur ce champ, le seuil de pauvreté est un peu plus bas que le seuil sur la France métropolitaine (1 031 €) », écrit encore l’Insee.

Ainsi, selon cette définition, 2,4 % de la population vivant en France hors Mayotte en logement ordinaire est en situation de grande pauvreté.

 

À cela s’ajoute le fait que les personnes pauvres accumulent les privations dans leur vie quotidienne. Elles ne peuvent pas, par exemple, maintenir leur logement à bonne température, s’offrir des vêtements, des sorties ou ne consomment pas de repas comprenant des protéines au moins une fois tous les deux jours. « 81 % des personnes en grande pauvreté déclarent ne pas pouvoir s’acheter de vêtements neufs, contre seulement 6 % des nonpauvres. De même, 53 % des personnes en grande pauvreté ne peuvent s’acheter deux paires de bonnes chaussures, contre moins de 4 % des nonpauvres. »

 

La pauvreté s’insinue dans tous les pans de la vie de ceux qui la subissent. L’Insee souligne qu’au-delà des privations matérielles de base, le chauffage ou les repas, ces personnes pauvres ne peuvent s’offrir une semaine de vacances ou de loisirs pour agrémenter leur quotidien. Boire un verre ou aller au restaurant pour retrouver des amis ou de la famille est hors de portée pour sept personnes sur dix. Ce manque de moyens aggrave l’isolement des plus précaires.

 

Outre la faiblesse de revenus et les privations matérielles et sociales, les adultes pauvres sont en moins bonne santé au regard du reste de la population. Ils sont deux fois plus nombreux que les autres à se considérer en mauvaise santé. Un tiers d’entre eux expliquent être limités dans leur quotidien à cause de ces soucis.

 

35 % des adultes en situation de grande pauvreté sont en recherche d’emploi. Mais avoir un travail ne prémunit pas contre la grande pauvreté car un tiers des adultes pauvres ont eu un emploi dans l’année. Les prestations sociales représentent plus de la moitié du revenu des personnes en grande pauvreté.

« 21 % des revenus en grande pauvreté proviennent de minima sociaux  (revenu de solidarité active (RSA),  allocation aux adultes handicapés ou minimum vieillesse). » Ces personnes ont des difficultés à faire face aux imprévus et coups du sort. 90 % des personnes en grande pauvreté n’ont pas d’épargne ou seulement un livret d’épargne exonéré (type livret A). Plus de 40 % des adultes en situation de grande pauvreté ne peuvent demander une aide financière ou matérielle à un proche.

 

Dans son étude, l’Insee met en exergue le cas de Mayotte. L’institut de statistiques explique que faute de données équivalentes disponibles, il est difficile d’y comparer la pauvreté là-bas avec celle de France métropolitaine. La pauvreté y est prégnante. 194 000 personnes y vivent avec un niveau de vie inférieur à 50 % de la médiane nationale, soit 74 % de la population mahoraise.

Par exemple, en 2017, 164 000 Mahorais vivaient dans un logement ne disposant pas d’accès à un point d’eau à l’intérieur, de toilettes, d’une baignoire ou d’une douche. En outre, 4 logements sur 10 sont en tôle, et non en dur.

Ces éléments permettent ainsi à l’Insee de conclure que ces presque 200 000 personnes habitant à Mayotte sont dans une situation de grande pauvreté.

Plus largement, 24 % des personnes en grande pauvreté en logement ordinaire vivent dans les DOM (départements d'outre-mer), dont 10 % à Mayotte et 14 % dans les quatre autres DOM (Martinique, Guadeloupe, Guyane ou La Réunion).

 

De manière générale, les inégalités territoriales sont fortes. En métropole, les poches de pauvreté sont concentrées en Île-de-France dans les centres urbains, dans le pourtour méditerranéen, le Nord et le Pas-de-Calais et les DOM. La Bretagne et les Pays de la Loire sont plus épargnés.

 

L’Insee souligne aussi que les enfants sont surreprésentés dans la grande pauvreté : 35 % des personnes en grande pauvreté vivant en logement ordinaire ont moins de 18 ans, alors qu’elles représentent 20 % de la population.

Les personnes en grande pauvreté ont moins souvent 65 ans ou plus : c’est le cas de 7 % d’entre elles en logement ordinaire, alors qu’elles représentent 20 % de la population totale.

 

Dans la population vivant en logement ordinaire, hors Mayotte, les femmes sont plus nombreuses : 590 000 femmes de 18 ans ou plus sont en grande pauvreté, pour 460 000 hommes du même âge. 35 % des personnes en situation de grande pauvreté sont issues de familles monoparentales. 

 

Enfin, l’Insee souligne qu’il est difficile de sortir de la pauvreté, malgré les efforts des associations et services sociaux. Seules 13 % des personnes en situation de grande pauvreté ne sont plus en situation de pauvreté, ni monétaire, ni matérielle et sociale trois ans plus tard.


 

publié le 28 mai 2021

Superyachts : objets favoris des super-riches, des évadés fiscaux et des fraudeurs de l’impôt

 

par Grégory Salle  sur le site www.bastamag.net


 

Dans son livre Superyachts - Luxe, calme et écocide, publié aux éditions Amsterdam, le chercheur Grégory Salle étudie cet objet apprécié des milliardaires et miroir grossissant des inégalités du capitalisme contemporain. Nous en publions ici un extrait.

Si la plaisance de luxe a suscité quelque attention médiatique dans la période récente, c’est à la faveur d’une « réforme » – il faudrait multiplier les guillemets, les épaissir, les faire clignoter – fiscale. Au 1er janvier 2018, exit ISF (impôt de solidarité sur la fortune), welcome IFI (impôt sur la fortune immobilière) et son acolyte PFU (prélèvement forfaitaire unique). Comme son nom l’indique, le nouvel impôt en vigueur exclut de son calcul les biens meubles, qu’ils soient terrestres, comme les voitures de luxe, ou maritimes. Les superyachts se trouvent en première ligne de l’abandon manifeste de solidarité. La catégorie des valeurs mobilières excède en fait largement ces seules matérialisations de la richesse : elle inclut les produits financiers, et c’est peut-être là que se joue l’essentiel. Reste que les superyachts objectivent l’injustice d’une décision qui, en excluant de tels supports et symboles mobiles de l’opulence, écarte de son champ d’application une part que des estimations évaluaient à environ trois quarts de l’assiette de l’ISF. Ceci dans un contexte où, on l’a dit, les inégalités de fortune se jouent dans le patrimoine plus encore que dans les revenus.

Le cadeau est si gros, si visible, si clairement inique qu’il passe mal même au sein d’une partie de la majorité parlementaire. Il faut dire que, pour faire accroire qu’Emmanuel Macron n’est pas le fondé de pouvoir du capital, ça n’aide pas vraiment. Membre du Parti radical de gauche adoubé par le parti présidentiel, le rapporteur général de la commission des finances trouve même que ça fait mauvais genre. « M’as-tu vu », le superyacht, « pas productif ». Il faut rattraper le coup. On négocie. En acceptant de transiger, Bercy tient bon sur l’essentiel : va pour des mesures d’accompagnement. Non pas un rétablissement de l’impôt, donc, mais une taxe additionnelle sur les biens de luxe. En l’espèce, un droit annuel de francisation et de navigation dont doit, en principe, s’acquitter tout propriétaire français (ou un droit de passeport, dans le cas d’une provenance étrangère) d’un yacht de plus de 30 mètres de long (c’est donc le critère supérieur, non celui des 24 mètres, qui est retenu, diminuant d’autant le champ d’intervention) et/ou excédant une certaine puissance. Compenser, corriger à la marge, histoire de sauver l’honneur. Ou pas.

 

Figurez-vous que l’échec est cuisant. On est même si loin du compte que la presse proche des milieux d’affaires, qu’on a connue moins moqueuse, s’amuse du flop. À l’été 2018, puis 2019, soit respectivement six mois puis dix-huit mois environ après la mise en place d’une mesure votée en 2017, les calculs font apparaître que la hausse des taxes rapporte autour de 85 000 euros deux années consécutives, alors que l’estimation budgétaire qui circulait était de dix millions d’euros – cent fois plus (de quoi s’acheter un superyacht, s’amuse un journaliste au courant des tarifs). La provenance de ce dernier chiffre n’est pas très claire. D’abord attribuée aux services de Bercy, qui ont démenti, elle viendrait du président du groupe parlementaire majoritaire. Quoi qu’il en soit, ça fait une petite différence. À la rentrée 2019, la somme a certes triplé, atteignant 288 000 euros, mais elle demeure très en deçà des effets d’annonce. Du reste, les deux organisations pressenties pour en toucher les fruits – Société nationale de sauvetage en mer, puis Conservatoire du littoral – déclarent n’avoir pas vu la couleur de l’argent.

 

Aucun contrôle douanier n’a été effectué dans la presqu’île de Saint-Tropez, lieu difficilement contournable en la matière

 

Vous vous dites sans doute qu’il faudrait être naïf pour être surpris, mais le rapporteur général de la commission des finances, lui, en est tombé de l’armoire. Il peine à comprendre les sommes, non seulement quantitativement, tant leur montant est faible, mais aussi qualitativement, tant sont curieux les arbitrages dont elles procèdent. Il s’étonne de ce que les douanes semblent aux abonnés absents sur le sujet, comme il a pu le constater en leur rendant une petite visite, apprenant à cette occasion que, d’une part, le logiciel n’était pas vraiment utilisé ni actualisé et, d’autre part, qu’aucun contrôle douanier n’avait été effectué dans la presqu’île de Saint-Tropez, lieu difficilement contournable en la matière. Il semble si sincèrement surpris qu’on aurait presque envie d’applaudir la performance. Car le fiasco n’en est évidemment pas un, au sens où il n’est pas accidentel, mais l’expression d’une politique.

 

Le rapporteur du budget n’a visiblement pas bien compris de quoi il retourne. C’est pourtant simple. Aux termes d’une analyse du premier exercice budgétaire, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) concluait à un impact redistributif largement au bénéfice des 2 % de ménages du haut de la distribution des revenus, soit ceux qui détiennent l’essentiel du capital mobilier ; à l’opposé, les ménages les plus modestes sont fortement affectés, à leur détriment bien sûr, par les hausses de la fiscalité indirecte. Trois exercices du même genre et le constat ne varie guère : entre 2018 et 2020, les plus riches sortent grands gagnants, les plus pauvres grands perdants. Le niveau de vie des 5 % de Français les plus modestes recule, celui des 5 % les plus aisés augmente. En octobre 2019, le premier rapport du comité d’évaluation de la réforme de la fiscalité du capital n’a pas vraiment produit d’évaluation proprement dite (il a même botté en touche), mais la « seule conclusion solide » qu’on peut en tirer, comme l’écrit le journaliste Romaric Godin, c’est « comme prévu » l’enrichissement des 5 % les plus riches. Même Le Monde, pas franchement en pointe dans la lutte contre le néolibéralisme et renâclant à la tâche en (dis)qualifiant à tort l’OFCE comme un « cercle de réflexion marqué à gauche », est bien obligé de le concéder : ce sont les plus riches qui tirent profit des « réformes » . Selon les calculs de l’Institut des politiques publiques sur la base des années 2018-2019, ce sont les 1 %, et, encore mieux, les 0,1 % les plus riches qui tirent leur épingle du jeu. Une chose est sûre par-delà ces variations : les plus modestes payent la facture.

 

« Jamais un gouvernement de la Ve République n’avait osé jusqu’ici décider d’une politique fiscale aussi clairement en faveur des riches et de la finance »

 

Rien de plus normal : c’est toute la politique économique et pas seulement fiscale du mandat qui, au-delà de la conversion ISF/IFI, est favorable au capital. On peut même parler d’un transfert de ressources vers les plus riches, à raison de la perte budgétaire pour l’État. Une politique antiredistributive ou, mieux, contre-redistributive, c’est-à-dire qui redistribue à l’envers, façon Robin des bois mis cul par-dessus tête. Observant la situation française comme mondiale, Attac et la Fondation Copernic constatent bien un mouvement, mais du bas vers le haut. « C’est même plus qu’un ruissellement, c’est un torrent qui porte tout vers les plus riches. » Comme ce n’est pas le genre de lecture qu’un rapporteur du budget est susceptible de goûter, on lui en redonne un extrait : « Jamais un gouvernement de la Ve République n’avait osé jusqu’ici décider d’une politique fiscale aussi clairement en faveur des riches et de la finance. » C’est plus clair, là, non ? Aux dernières nouvelles, notre rapporteur n’a pas claqué la porte. L’enrichissement des plus riches, en revanche, a reçu confirmation sur confirmation, depuis l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) jusqu’au très officiel organisme France Stratégie, placé auprès du Premier ministre.

 

Nul besoin d’ailleurs d’attendre la substitution de l’IFI à l’ISF, ou dispositions étrangères équivalentes, pour pouvoir contourner la contrainte fiscale. À l’évidence, qui dit fiscalité dit fraude fiscale – « optimisation », quand on a un peu de savoir-vivre et le sens du légalisme. Par définition, les bateaux profitent aisément de leur mobilité pour fuir les situations compromettantes. Poussant la logique jusqu’au bout, certains flottent toute l’année : pas d’enregistrement, pas d’impôts. Non seulement les superyachts sont immatriculés dans des places offshore et y font volontiers escale, mais ils sont eux-mêmes des paradis fiscaux flottants. (On ne dira jamais assez quel coup de maître symbolique est le triomphe du mot trompeur de « paradis » : pour la collectivité, c’est plutôt d’un enfer qu’il faudrait parler.) Leurs possesseurs n’ignorent pas que la délinquance d’affaires en général et la délinquance fiscale en particulier sont tout sauf une priorité politique. Ils ne lisent pas de sciences sociales mais ils ont le sens pratique de l’impunité fiscale. Certains sont même des artistes. Ainsi Bernard Tapie, qui louait son superyacht Reborn (alias Bodicea), battant pavillon de l’île de Man, autour de 600 000 euros la semaine, un bateau acquis avec une partie du pactole du procès Adidas à l’issue hautement controversée, de l’argent public, donc, plus de 400 millions d’euros généreusement financés par les contribuables. Quant au magnat des télécommunications Xavier Niel, acquéreur d’un autre bateau ayant appartenu au même Bernard Tapie, le Phocéa, manifestement, il déteste naviguer : c’est dire si son achat était mû par l’amour de la mer.

 

Pour rendre la TVA moins douloureuse, on peut ainsi, moyennant un montage bien rodé, se louer son yacht soi-même

 

L’amour des archipels, en revanche… L’engin est enregistré à Malte, lieu clé au sein de l’Union européenne, concurrent direct du réseau britannique. Pour qui l’ignorait, sincèrement ou non, les Malta files et autres Paradise papers ont levé un coin du voile sur les stratagèmes mis en place pour éviter ou diminuer le prélèvement fiscal, quel qu’il soit, de l’impôt sur la fortune à la taxe sur le carburant ou sur la valeur ajoutée. Pour rendre la TVA moins douloureuse, on peut ainsi, moyennant un montage bien rodé, se louer son yacht soi-même ou bien le faire passer pour un paquebot de croisière ou un navire commercial. En outre, la « souplesse » du droit du travail, comme on dit quand on travaille à le démanteler, et la faiblesse des cotisations sociales à Malte – avec droits au chômage et à la retraite au rabais – font la renommée du « contrat maltais », y compris pour l’embauche de personnels partant de France ou d’Italie. On a franchi depuis longtemps le cap du chantage à la délocalisation.

 

Un superyacht est décidément polyvalent. Rente ambulante par le truchement de la location, il peut servir de cachette (un collectionneur l’assure : c’est le superyacht Serene qui escamote l’introuvable tableau Salvator Mundi, attribué à Léonard de Vinci et réputé l’œuvre d’art la plus chère du monde), le cas échéant pour des biens précieux de provenance douteuse ou pour des pratiques louches, comme une forme plus ou moins déguisée de proxénétisme rarement désignée comme telle, ou faire office lui-même de machine à blanchir. Rien ne l’illustre mieux que l’affaire dite « 1MDB », du nom d’un fonds d’investissement malaisien ayant donné lieu à un scandale financier international au milieu duquel on trouvait le bien nommé Equanimity, tout en marbre et dorures, battant pavillon aux îles Caïman. D’une valeur estimée à 250 millions de dollars, il fut saisi en 2018 par le gouvernement malaisien, à la demande des autorités états-uniennes, dans une gigantesque affaire de blanchiment impliquant plusieurs pays (comptes bancaires à Singapour, aux États-Unis, en Suisse). Une affaire rocambolesque aux ramifications multiples, révélatrice de l’entrelacement entre la légalité et l’illégalité, loin d’une opposition bien commode. L’affaire tassée, Equanimity a été rebaptisé sans rire Tranquility. Nul doute que les citoyens contribuables passés à la caisse ont apprécié ce changement de nom rappelant le trop fameux adage selon lequel plus c’est gros, mieux ça passe.

 

Grégory Salle, chercheur en sciences sociales au CNRS.


 

publié le 28 mai 2021

Impôts: en finir avec les idées fausses et poser les termes d’un débat rigoureux

par ATTAC FRANCE sur le site de Médiapart

 

L’association ATTAC publie un livre qui déconstruit 17 des principales idées fausses sur la fiscalité. Illustré par Fred Sochard, et édité par Les Liens qui libèrent, il livre également des propositions de justice fiscale dans un contexte qui pourrait voir quelques « lignes » bouger. En effet, en déclarant « le ruissellement, ça n’a jamais fonctionné », Joe Biden a récemment balayé l’une des idées fausses les plus marquantes et emblématiques du néolibéralisme : celle selon laquelle baisser l’impôt des plus riches et des grandes entreprises relancerait l’investissement, la croissance et l’emploi. Le Fonds monétaire international (FMI) s’est déclaré partisan d’une contribution, certes temporaire, des plus riches. Enfin, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) prône un renforcement de la fiscalité des donations et des successions.

Le nombre d’idées fausses auxquelles il faut tordre le cou reste cependant toutefois important en matière de fiscalité. En finir avec elles est nécessaire pour améliorer l’information citoyenne et montrer qu’une autre politique fiscale est souhaitable et possible. Son orientation se résume ainsi : la justice fiscale est indissociable du progrès social et écologique, sans être pour autant l’ennemie de l’activité économique.

 

Les idées fausses au service d’une idéologie à déconstruire

N’avez-vous jamais entendu que la France était la championne du monde des prélèvements obligatoires et qu’il fallait les réduire pour être compétitifs ? Qu’augmenter l’impôt des plus riches les incitait à s’exiler ? Que le système fiscal et social encourageait l’assistanat ? La liste est hélas longue…

Ces assertions, martelées de longue date, sont parfois considérées comme des évidences. Elles font florès mais elles biaisent l’information des citoyens et dégradent le débat démocratique. Car en réalité, elles servent une idéologie qui martèle le « moins d’impôt, moins de dépense publique » et promeut l’extension du secteur marchand à des pans relevant aujourd’hui du service public et de la protection sociale. Tout cela, sans faire cas des injustices et des inégalités. Or, celles-ci sont bien réelles, elles suscitent d’ailleurs de nombreux mécontentements et nourrissent la crise démocratique.

Il est donc indispensable de déconstruire ce discours en rétablissant des vérités fiscales dont la liste est aussi longue que celle des idées fausses !

Ainsi, comparer les niveaux de prélèvements obligatoires des pays n’enseigne par grand chose si l’on tient pas compte des services publics et des systèmes de protection sociale qu’ils financent. Car, là où les prélèvements obligatoires sont plus faibles qu’en France, les ménages doivent payer des assurances santé, des fonds de pension ou l’éducation de leurs enfants sur leurs deniers propres.

De même, prétendre que l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) a fait fuir les riches est pour le moins excessif : entre 0,2 et 0,5 % des redevables de l’ISF seulement quittaient la France, et certains y revenaient même après quelques années passées à l’étranger. Contrairement à ce qui était invoqué en 2017, la suppression de l’ISF et la mise en place du prélèvement forfaitaire unique sur les revenus financiers n’ont pas favorisé l’investissement, mais la distribution de dividendes…

Par ailleurs, affirmer que les pauvres ne paient pas d’impôt et reçoivent des transferts sociaux qui favorisent l’assistanat est mensonger : les pauvres paient en effet la TVA (43 % des recettes de l’État) et, pour la plupart, la contribution sociale généralisée (50 milliards d’euros de plus que l’impôt sur le revenu) et la contribution au remboursement de la dette sociale. Par ailleurs, 75 % des prestations sociales bénéficient à tous, riches, classes moyennes et pauvres...

Les grandes entreprises restent favorisées par rapport aux PME puisque leur taux réel d’imposition est inférieur et qu’elles se livrent plus massivement à l’évasion fiscale.

Enfin, la fiscalité écologique n’est pas à la hauteur : elle frappe peu les activités polluantes, et les « niches fiscales écologiques » sont inefficaces et surtout utilisées par les plus aisés.


 

Des propositions pour une vraie justice fiscale

Déconstruire les idées fausses implique de porter des propositions de justice fiscale, sociale et écologique. C’est une demande forte d’une large partie de la population qui a pris conscience des injustices fiscales et sociales et de l’urgence d’engager une bifurcation écologique.

Au plan national, cela passe par : une véritable progressivité du système fiscal, notamment de l’imposition des revenus ; la mise en place d’un impôt sur la fortune rénové et mieux construit que l’ancien impôt de solidarité sur la fortune ; une revue des niches fiscales ou encore une fiscalité écologique qui tiendrait compte des inégalités (de revenus et territoriales). Au plan international, cela passerait notamment par l’instauration d’une taxation unitaire sur les multinationales (qui appréhenderait également les enjeux liés à la numérisation de l’économie), une harmonisation fiscale européenne et une véritable taxe sur les transactions financières. Tout cela devant s’accompagner d’une lutte résolue contre l’évasion fiscale.

La justice fiscale n’est plus une option, c’est désormais une nécessité sociale, écologique, économique et démocratique.


L'ouvrage est disponible dès aujourd'hui en librairie, et à la commande en ligne, sur le site d'Attac. (10€, 144 pages)


 

<publié le 27 mai 2021

 

Avec près de 1,7 milliard d’euros, BlackRock est le premier bénéficiaire des dividendes du CAC40


 

sur le site www.bastamag.net


 

Qui sont les premiers profiteurs des 51 milliards d’euros de dividendes versés cette année par les sociétés du CAC40 malgré la crise ? Le gestionnaire d’actifs BlackRock mais aussi Bernard Arnault, Vincent Bolloré ou l’État.

 

À qui vont bénéficier les 51 milliards que les groupes du CAC40 vont verser malgré une épidémie qui se prolonge et les nombreuses aides publiques dont ils bénéficient ?

 

Sans surprise, le principal bénéficiaire de la cuvée 2021 des dividendes du CAC40 est… BlackRock. Le gestionnaire d’actifs est présent au capital de la quasi-totalité des grandes entreprises françaises, et notamment de celles qui versent le plus de dividendes comme Total et Sanofi. Il touchera à ce titre près de 1,7 milliard d’euros de la part des grands groupes français, selon les informations publiquement disponibles.

 

La somme touchée par BlackRock représente l’équivalent de la rémunération de près de 35 000 personnels hospitaliers (soignants et non soignants) sur une année, ou de quoi payer l’hospitalisation en réanimation d’environ 33 000 personnes infectées par le Covid-19 et souffrant de symptômes graves. Cela correspond aussi à l’équivalent de la construction de 42 lycées ou 1200 kilomètres de lignes TER, ou à la mise en place d’une aide sociale de 1000 € par étudiant.e. Le puissant gestionnaire d’actifs est également connu pour influencer des politiques publiques, comme la récente réforme des retraites.

 

Le second grand bénéficiaire des dividendes du CAC40 est l’État lui-même, à travers ses différents bras armés financiers (Agence des participations de l’État, Bpifrance, Caisse des dépôts et consignations), alors que le gouvernement avait demandé aux entreprises dont il est actionnaire (Orange, ST MicroElectronics, Thales, Veolia, Vivendi) de ne pas verser de dividendes en temps de pandémie.

 

On trouve ensuite le groupe de Bernard Arnault, à un niveau presque équivalent aux deux premiers grâce à ses participations dans Carrefour et surtout LVMH, puis les grandes familles du CAC40 : Bolloré (Vivendi), Bettencourt (L’Oréal), Hermès (groupe éponyme), Pinault (Kering), del Vecchio (EssilorLuxottica), ainsi que deux multinationales (Nestlé, actionnaire de L’Oréal, et L’Oréal, actionnaire de Sanofi). Ils sont suivis par un autre gestionnaire d’actifs, MFS (Massachusetts Financial Services).


 

Pour aller plus loin :

publié le 26 mai 2021

 

Ibis Batignolles :

victoire des femmes de chambre après 22 mois de mobilisation

Marie Toulgoat sur le site www.humanite.fr


 

Mobilisées depuis près de deux ans, dont huit mois de grève, les salariées sous-traitées de l’hôtel parisien signent, ce mardi, un accord prévoyant une amélioration significative de leur rémunération et de leurs conditions de travail.

Depuis vingt-deux mois, sur le parvis de leur hôtel et en manifestation, les femmes de chambre de l’Ibis Batignolles chantaient inlassablement « frotter, frotter/il faut payer ». Cette fois-ci, le groupe Accor a finalement accepté de passer à la caisse.

Historique

Ce mardi, les dix-neuf femmes de chambre et gouvernantes de l’établissement du 17e arrondissement parisien ont rendez-vous avec la direction de STN, société de sous-traitance qui les emploie, pour signer un accord de sortie de conflit.

Les femmes de chambre ont enfin obtenu l’égalité de traitement entre les salariés de l’hôtel et les salariés sous-traités. Tiziri Kandi, animatrice CGT

Si l’internalisation des travailleuses dans le groupe Accor n’est a priori pas prévue, les concessions sont tellement importantes que toutes les grévistes et leurs soutiens saluent unanimement une victoire historique .

« L’internalisation ne sera pas pour cette fois, mais le protocole prévoit de très nombreuses avancées. Les femmes de chambre ont enfin obtenu l’égalité de traitement entre les salariés de l’hôtel et les salariés sous-traités », a réagi Tiziri Kandi, animatrice de la CGT hôtels de prestige et économiques (HPE), présente aux côtés des salariées depuis le début de leur mobilisation.

Cadences allégées

Selon le protocole d’accord signé vendredi, et qui dessine les contours des nouveaux contrats des femmes de chambre de l’Ibis Batignolles, celles-ci pourront bénéficier, dès leur retour à l’hôtel, d’une revalorisation significative de leur rémunération et d’une amélioration notable de leurs conditions de travail.

Revendication phare de leurs mois de lutte, les cadences des salariées de STN seront allégées. Alors qu’elles devaient nettoyer 3,5 chambres à l’heure avant d’entamer leur grève, les femmes de chambre pourront dorénavant se limiter à 3 pièces. Les gouvernantes, elles, ne superviseront plus que 80 chambres par jour contre plus de 100 auparavant.

Des salaires augmentés de 250 à 500 euros par mois

Côté fiche de paie, la victoire est aussi importante. Grâce à l’instauration d’une prime panier, l’augmentation de leur qualification et la revalorisation de leur mensualisation d’une heure par jour pour certaines, le salaire des grévistes sera augmenté de 250 à 500 euros par mois.

Deux travailleuses dont le CDD a été rompu pendant le mouvement de grève seront quant à elles réintégrées et deux délégués de site seront mis en place. Enfin, la mutation d’une dizaine de travailleuses sera annulée.

« C’est un énorme soulagement, elles vont enfin pouvoir retourner la tête haute au travail. C’est une immense satisfaction vis-à-vis de leurs collègues et de leur direction. Elles se sont battues contre Accor, qui n’est pourtant pas un adepte du dialogue social, et elles ont obtenu de superbes avancées. Cette victoire qu’elles ont arrachée est à la hauteur de leur lutte », se réjouit la syndicaliste Tiziri Kandi.

Donner à voir le calvaire de la sous-traitance

C’est en juillet 2019 que les salariées exploitées de l’hôtel Ibis décident de cesser le travail et d’entamer l’une des plus symboliques luttes sociales.

Cantonnées à des temps partiels imposés, collectionnant les douleurs physiques et victimes pour certaines d’entre elles de harcèlement et d’agressions sexuelles au travail, les salariées sont de toutes les manifestations et de tous les rassemblements pour faire entendre leur voix.

La fin d’un combat exemplaire

En grève jusqu’en mars 2020, lorsque leur hôtel est contraint par le confinement de fermer et qu’elles sont placées en chômage partiel, les femmes de chambre ne cessent pas pour autant de se battre pour leurs revendications et de donner à voir le calvaire de la sous-traitance dans l’hôtellerie.

Au début du mois d’avril, elles avaient tenté d’obtenir gain de cause devant les prud’hommes, mais la procédure de conciliation avait tourné court face aux propositions décevantes de leur direction. Près de deux mois plus tard, la volte-face du sous-traitant marque donc une victoire éclatante et la fin d’un combat exemplaire.

À la faveur du déconfinement et de la levée des restrictions sanitaires, les femmes de chambre de l’Ibis Batignolles reprendront le travail dès que l’hôtel rouvrira ses portes. Maintenant assurées de pouvoir travailler dans des conditions dignes, les travailleuses ne chanteront plus, l’espèrent-elles, le refrain entêtant de Dur, dur ménage.

 

 

 

 

 

s contraints possible. »

<publié le 26 mai 2021

 

TRIBUNE. Appel pour les libertés et contre les idées d’extrême droite

Sur le site www.regards.fr

 

Organisations syndicales, politiques, associations et autres collectifs appellent à manifester samedi 12 juin pour défendre les libertés et les droits sociaux.

Depuis maintenant plusieurs mois nous constatons un climat politique et social alarmant. S’allier avec l’extrême droite ou reprendre ses idées ne constituent plus un interdit. Les propos et actes racistes et sexistes au travail et dans la vie se propagent. Les attaques contre les libertés et les droits sociaux s’accentuent gravement. Dans ce contexte politique, économique, social et sanitaire les injustices explosent et génèrent une forte misère sociale.

Plusieurs lois liberticides organisent une société autoritaire de surveillance et de contrôle qui empêcheraient d’informer sur des violences policières, déjà trop importantes. De plus, si certaines de ces lois stigmatisent une partie de la population en raison de sa religion, d’autres en ciblent en raison de leur activité militante.

Comme les signataires de l’appel pour les libertés et contre les idées mortifères de d’extrême droite, nous ressentons toutes et tous l’urgence de construire une réponse forte et unitaire qui dessine l’alliance des libertés, du travail et d’un avenir durable.

Face à ce climat de haine, raciste et attentatoire aux libertés individuelles et collectives, nous avons décidé collectivement d’organiser le samedi 12 juin une première grande journée nationale de manifestation et de mobilisations qui se déclinera localement.

Cette journée fait partie des initiatives unitaires qui se multiplient. D’ores et déjà, nos organisations syndicales, politiques, associations, collectifs, signataires de l’appel, ont décidé de co-construire ce combat dans la durée.

Les premiers signataires :

Syndicats : CGT, FSU, Union syndicale Solidaires, Syndicat des Avocats De France, Syndicat de la Magistrature, Unef (Union nationale des Étudiants de France), UNL (Union nationale des Lycéens), Fidl, MNL (Mouvement national Lycéen), FSE (Fédération Syndicale Etudiante, l’Alternative, Confédération Paysanne, USP (Union Syndicale de la Psychiatrie).

Associations et collectifs : Attac, LDH, FCPE, Fondation Copernic, Oxfam, Alternatiba, Amis de la terre, Résilience commune, DAL, CNL (Confédération nationale du Logement), Emancipation collective, Rencontre des justices, Coexister, MRAP, CRAN, SOS Racisme, Comité Justice pour Ibo, QNQF (Quartiers nord, Quartiers forts Marseille), Observatoire contre l’extrême droite, Association ViSA, Femmes égalité, Collectif National pour les Droits des Femmes, Collectif féministe Les Rosies, Les effronté.e.s, JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne), AFPS, Conseil démocratique Kurde France, FTCR, CRLDHT, UTAC, France Amérique Latine

Médias : Regards, L’humanité, Politis, Contretemps

Organisations politiques : Ensemble !, Génération.s, La France Insoumise, GDS, Nouveaux Démocrates, NPA, Place Publique, les jeunes écologistes, MJCF (Mouvement des Jeunes Communistes), UEC, PEPS, Jeunes Génération.s, Rassemblement Communiste, UCL (Union Communiste Libertaire)


 

<publié le 24 mai 2021

 

Loi "séparatisme" : une « lettre ouverte unitaire » adressée aux parlementaires

Sur le site altermidi.org

 

Elle est plus connue sous le nom de « loi séparatisme », même si le gouvernement l’a rebaptisée loi « confortant les principes républicains ». Le changement de nom ne signifiant pas le changement des intentions, cette loi  continue d’inquiéter les associations et syndicats regroupés dans l’appel « Plus jamais ça » qui alertent une nouvelle fois les parlementaires.

 

À l’heure où une commission mixte paritaire examine le projet de loi « confortant les principes républicains », les organisations rassemblées dans la démarche de « Plus jamais ça » (appel né lors du premier confinement, au printemps 2020) pointent ce qu’elles considèrent comme des aspects particulièrement problématiques de ce projet de loi : « Nous partageons les critiques renouvelées par la Commission nationale consultative  des droits de l’homme, la Défenseure des droits ou celles exprimées le 20 avril dernier par le rapporteur général sur la lutte contre le racisme et l’intolérance du Conseil de l’Europe. »

 

Qualifiée de « loi fourre-tout » par les organisations très diverses qui ont signé cette lettre unitaire (parmi elles : la Ligue des droits de l’Homme, la Cimade, la CGT, la FSU, Solidaires, l’Unef, le Syndicat des avocats de France, Greenpeace…), cette loi destinée officiellement à conforter les principes républicains « propose des mesures imprécises ou largement disproportionnées, ouvrant droit à l’arbitraire et (…) dangereuses pour le respect des libertés fondamentales de toutes et tous. »

 

« Comme nous le craignions, cette loi jette une suspicion généralisée sur les personnes de confession musulmane ou supposées l’être », relèvent les signataires, jugeant que les dispositions relatives à l’organisation des cultes « relèvent plus d’une mise sous tutelle et d’une logique concordataire1 que du respect de la loi de 19052 ». Ce qui ne serait pas le moindre des paradoxes pour un gouvernement qui instrumentalise allègrement la laïcité.

 

Pour les organisations, « les dispositions prévues à l’article premier du projet, qui vise à étendre la neutralité applicable aux agents publics aux salariés de toute entreprise liée par un contrat de commande publique, ainsi qu’aux sous-traitants, sont également préoccupantes et les questions de la place des expressions, religieuses comme politiques, au sein des entreprises doivent trouver réponse dans le cadre d’un dialogue social serein et apaisé, sans polémiques importées ni transfert d’obligations qui relèvent par nature de l’État ».

 

« Mise au pas de toutes les associations »

Si la question (épineuse) des cultes a souvent été soulevée dans les approches critiques de cette loi, la « lettre ouverte unitaire » pointe également celle des associations. En l’occurrence, l’obligation de signature d’un « contrat d’engagement républicain » est jugée alarmante. « Le contrôle induit  sur les missions  générales de l’association, ainsi que sur ses modalités d’action, reviendrait sur les fondements mêmes de la liberté des associations qui repose sur le respect de leur indépendance, de leur fonction critique et de la libre conduite de leurs projets », analysent les organisations signataires. Pour elles, « il s’agit de fait d’un transfert aux associations locales d’un pouvoir de police morale et de la pensée, dans une logique de surveillance généralisée et de mise au pas de toutes les associations et de leurs membres ».

Notes:
  1. Le régime concordataire français est un ensemble de dispositions organisant les relations entre différentes religions et l’État en France, suite au traité de concordat conclu en 1801 par le gouvernement de Napoléon Bonaparte et le pape Pie VII. Ce régime qui a été en vigueur entre 1802 et 1905 perdure en Alsace-Moselle, région qui était un territoire allemand en 1905.

  2. Promulguée le 9 décembre 1905, la loi concernant la séparation des Églises et de l’État est l’aboutissement d’un long processus de laïcisation et de sécularisation engagé depuis la Révolution française. Elle proclame la liberté de conscience, garantit le libre exercice des cultes et met en place un nouveau régime des cultes.


 

publié le 24 mai 2021

 

Mobilisés, les salariés de la

SAM (Aveyron)


obtiennent une victoire importante

 

sur le site www.cgt.fr

 

Dans l'Aveyron, la SAM, une fonderie qui travaille essentiellement pour Renault, a obtenu des engagements de son principal donneur d'ordre. Une victoire importante qui ouvre la porte à une reprise dans de meilleures conditions.

Renault représente 95 % du chiffre d'affaire de la SAM, qui fabrique des pièces en aluminium pour automobiles. Le constructeur vient de s'engager à respecter plusieurs revendications des salariés de son sous-traitant, mobilisés depuis trois mois. Renault augmentera ses achats de 10 millions d'euros, ce qui permettra de maintenir au moins 250 emplois, ainsi que le bureau d'étude et de maintenance de la SAM. Renault, qui jusqu'à présent n'acceptait d'étudier que les offres de reprise de grands groupes, prendra aussi en considération celles de PME comme le groupe Alty. Les salariés seront associés au choix du repreneur. Le constructeur s'est également engagé à aider financièrement l'entreprise jusqu'à la fin d'année si un repreneur se faisait attendre.

La CGT s'est inspirée du modèle allemand pour porter la demande d'un engagement du donneur d'ordre envers son sous-traitant. En Allemagne, le constructeur Volkswagen traite prioritairement avec les fournisseurs allemands. « On propose que Renault privilégie les usines situées en France, comme la SAM, pour les pérenniser » précise David Gistau, secrétaire de l'UD et élu dans cette entreprise.

Alors que leur entreprise est en redressement judiciaire depuis un an, les ouvriers de la SAM avaient vu arriver un repreneur, le groupe espagnol CIE Automotive, qui proposait de garder seulement 150 des 357 salariés et remettait en question les 35 heures ou le 13e mois. Mobilisés depuis le 4 février, les salariés avaient cessé la production le 14 avril et occupé leur entreprise pendant 23 jours, week-ends compris, 24 heures sur 24. Plusieurs manifestations de soutien ont eu lieu.

Le plan de licenciements de GIE Automotive aurait eu des conséquences bien au-delà des portes de l'usine car « un emploi industriel représente 4 emplois induits », rappelle David Gistau, heureux de cette victoire mais qui « reste plein d'humilité : on a sauvé 250 emplois, mais on est 357. On va faire en sorte d'éviter le plus de départs contraints possible. »

publié le 23 mai 2021

 

Nouvelle manif pour la Palestine à Montpellier : une seule solution, la fin de l’occupation

Sur le site lepoing.net

 

Aujourd’hui 24h après « le cessez le feu » largement relayé par les médias comme une solution à ce qui se passe en Palestine depuis plus de 70 ans d’apartheid, d’occupation, de blocus et de destruction, de nombreuses manifestations de soutien à la résistance populaire palestinienne ont eu encore lieu dans les villes françaises et européennes. Plus de 1000 personnes ce matin à Toulouse et 6OO personnes cet après -midi à Montpellier. Une manifestation aussi jeune, dynamique et multiple que samedi dernier dans le quartier de la Paillade.

 

Manifestation appelée par l’Association des Palestiniens Languedoc-Roussillon (APLR), Campagne BDS France Montpellier, Campagne Civile pour la Protection du Peuple Palestinien (CCIPPP34), Collectif des Musulmans de Montpellier (CMM), Décolonial News, Front contre l’Islamophobie (FCI 34), Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP34),Mouvement pour une Alternative Non-violente (MAN),  Réseau de la Jeunesse Algérienne (RJA), Union Juive Française pour la Paix (UJFP34). Et soutenue par ATTAC Montpellier, Ensemble 34, La CIMADE, La Libre Pensée34, Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA 34), Parti de gauche (PG34), Union Communiste Libertaire (UCL34). Mais tout le mouvement de soutien à la Palestine était là accompagné par les occupant(e)s des lieux culturels et les gilets jaunes qui ont mis le drapeau palestinien en exergue lors de l’Assemblée Générale qui a eu lieu ensuite devant le Pavillon Populaire. Un article suivra….

 

C’est un véritable massacre que l’armée israélienne et les colons ont commis dans toute la Palestine ces derniers jours mais particulièrement à Gaza. Lire à ce sujet cet article du Poing. Même sur les chaînes d’infos, dans les flashs, les témoignages entendus détaillaient des violences et des destructions encore plus terribles que lors de l’agression militaire de 2014. Au début du rassemblement Place de la Comédie il a été question des massacres d’enfants à Gaza, un enfant de trois ans dont le corps a été pulvérisé par un missile tant et si bien qu’il n’était même pas possible de l’enterrer car plus de corps…..Les bombes envoyées dans le sol le sont si profondément, pour détruire les tunnels ! Qu’elles déstabilisent tout le socle qui permet aux habitations de ne pas s’écrouler. «  Nous n’avons plus de mots pour décrire la brutalité de l’armée israélienne et nous sommes la voix de ces enfants palestiniens ».

Alors ce « cessez le feu » ne règle rien, les pays – Europe et USA- qui s’engagent à participer au financement d’une prochaine reconstruction vont ils encore accepter que l’armée israélienne détruise une nouvelle fois sans être sanctionnée ?

 

Est ce que les choses peuvent encore continuer sur ce même modèle de déroulé sans s’attaquer aux racines de la dépossession, de l’apartheid, de la colonisation au mépris des conventions internationales ?

La manifestation a longuement et largement envahi les artères de Montpellier, de la Comédie à la gare puis au Plan Cabanes avant de revenir à La Comédie et on a beaucoup entendu : « Enfants de Gaza, enfants de Palestine, c’est l’humanité qu’on assassine » mais également «  Israël criminel, Macron complice ».

Mais ne serait il pas temps de se dire que si nous sommes outré(e)s par les crimes de l’apartheid israélien contre les Palestiniens nous pouvons répondre à l’appel de BDS qui propose 5 choses que nous pouvons faire ?

publié le 23 mai 2021

 

Mettons fin au
système de brevets privés !

sur le site du CADTM (Comité pour l’abolition des dettes illégitimes)

 

Pour une industrie pharmaceutique sous contrôle social et un système de vaccination public, universel et gratuit.

 

À l’initiative du CADTM International, deux cents organisations sociales, syndicats, ONG et autres mouvements actifs dans les cinq continents ont signé un appel international.

Grâce à un énorme effort scientifique basé sur une collaboration internationale et des sommes historiques d’argent public, l’humanité a pu développer plusieurs vaccins efficaces contre la Covid-19 en moins d’un an.

Toutefois, cette grande réussite pourrait être totalement éclipsée par la cupidité de l’industrie pharmaceutique qui met les gouvernements et l’OMC sous pression pour éviter la suspension des brevets. Dans une situation aussi critique que celle que nous vivons, le caractère exceptionnel des mesures exigées de la majorité de la population doit également s’appliquer à l’industrie pharmaceutique privée et à sa soif permanente de profit. La suspension des brevets liés au Covid-19 doit être une priorité et une première étape.

Mais nous ne pouvons pas nous arrêter là. Des initiatives telles que COVAX ou C-TAP ont échoué lamentablement, non seulement en raison de leur inadéquation, mais surtout parce qu’elles répondent à l’échec du système actuel de gouvernance mondiale par des initiatives où les pays riches et les multinationales, souvent sous la forme de fondations, cherchent à remodeler l’ordre mondial à leur guise. La philanthropie et les initiatives public-privé en plein essor ne sont pas la solution. Elles le sont encore moins face aux défis planétaires actuels dans un monde dominé par des États et des industries guidées par la seule loi du marché et du profit maximum.

La crise sanitaire est loin d’être résolue. Le système capitaliste et les politiques néolibérales ont joué un rôle fondamental à toutes les étapes. À l’origine de ce virus, il y a la transformation effrénée de la relation entre l’espèce humaine et la nature. La crise écologique et la crise sanitaire sont intimement liées. Et la même logique néolibérale prédatrice a exacerbé les conséquences des deux en appliquant une gestion privée et concurrentielle de la crise. Le résultat est plus d’inégalités, plus de souffrance et plus de morts au nom des intérêts d’une minorité privilégiée.

La pandémie a accéléré et approfondi des tendances dangereuses, des écarts sociaux et des phénomènes multidimensionnels que nous observons depuis des décennies et dont souffrent principalement les classes populaires, en particulier les femmes et les personnes racisées. Les femmes sont majoritaires parmi les personnels de santé qui ont été en première ligne dans la lutte contre la pandémie, mais aussi dans le maintien de la vie face aux réductions des services publics et des droits sociaux dont elles sont les premières victimes.

La santé et l’accès à la santé et à la vaccination sont un droit humain universel. Par conséquent, les vaccins doivent être considérés comme un bien commun mondial. Et pour assurer leur accessibilité universelle, la suspension nécessaire et urgente des brevets doit s’accompagner de mécanismes de nationalisation des industries pharmaceutiques privées et d’un fort investissement dans le développement d’industries pharmaceutiques publiques dans tous les pays. Il faut une action décisive qui permette une planification publique de la production et de la distribution des vaccins, en développant les capacités de production locales lorsque cela est possible et en les complétant par une solidarité internationale contraignante dans les autres cas.

Si les virus n’ont pas de frontières, la lutte contre ces derniers ne doit pas en avoir. Le chauvinisme sanitaire est un autre visage de la dérive réactionnaire d’exclusion qui balaie le monde. Les peuples du Sud doivent avoir accès aux vaccins sur un pied d’égalité avec le reste des habitant·es de la planète. Nous saluons les efforts de Cuba pour développer des vaccins et des traitements pour affronter la pandémie et pour mettre à la disposition de l’humanité les résultats de ceux-ci. Les défis planétaires tels qu’une pandémie nécessitent des réponses mondiales qui soient appropriées.

L’économie privée, la foi aveugle dans le marché et la recherche du profit se sont révélées incompatibles avec la vie. La santé ne peut être une marchandise. La réactivation de l’activité économique ne peut se faire au détriment de la santé ou des droits de la majorité. Il faut choisir : le capital ou la vie. Nous devons agir rapidement et avec force, en pensant à une stratégie globale d’égalité d’accès et de garantie universelle du droit à la santé.
Pour toutes ces raisons, nous demandons :

  • La suspension des brevets privés sur toutes les technologies, connaissances, traitements et vaccins liés à la Covid-19.

  • L’élimination des secrets commerciaux et la publication d’informations sur les coûts de production et les investissements publics utilisés, de manière claire et accessible à l’ensemble de la population.

  • La transparence et le contrôle public à tous les stades du développement du vaccin.

  • L’accès universel, libre et gratuit à la vaccination et au traitement.

  • L’expropriation et la socialisation sous contrôle social de l’industrie pharmaceutique privée comme base d’un système public et universel de santé qui favorise la production de traitements et de médicaments génériques.

  • L’augmentation des investissements et des budgets publics alloués aux politiques publiques de santé et de soins de proximité, incluant une augmentation de l’embauche, des salaires et une amélioration des conditions de travail du personnel de ces secteurs.

  • L’introduction de taxes sur la richesse (patrimoine et revenus du 1 % les plus riches) pour financer la lutte contre la pandémie et assurer une sortie socialement juste et écologiquement pérenne des différentes crises du capitalisme mondial.

  • La suspension du paiement des dettes pendant la durée de la pandémie et l’annulation des dettes illégitimes et de celles contractées pour financer la lutte contre le virus.

Liste des signataires de ce manifeste

Ce manifeste est signé par des dizaines d’associations et syndicats partout dans le monde. Parmi les signataires en France : ATTAC, Cedetim, Cerises la coopérative, CGT Sanofi, Fondation Copernic, Association INDECOSA-CGT, Syndicat de la médecine générale, Union syndicale Solidaires. Voir la liste complète sur http://www.cadtm.org/Mettons-fin-au-systeme-de-brevets-prives


 

<publié le 22 mai 2021

 

Drogues. Les impasses du tout-répressif

Paul Ricaud sur le site www.humanite.fr

 

En recourant à une rhétorique droitière à la visée électoraliste, l’exécutif semble oublier que sa « guerre contre la drogue » n’est ni nouvelle ni efficace. Au contraire, elle semble causer plus d’effets délétères que la consommation elle-même.

Éric Masson avait 36 ans. Policier depuis quatorze ans, c’est lors d’une opération « antistups » que ce brigadier, père de deux enfants, a été tué à Avignon, le 5 mai. À un an de l’élection présidentielle, le drame représente une aubaine pour la ligne sécuritaire du gouvernement, renforcée depuis des mois et promouvant le durcissement de « la guerre contre la drogue ». Le terme n’est plus tabou pour le ministre de l’Intérieur. Gérald Darmanin assume un discours martial contre « cette merde qu’est la drogue », reprenant un slogan et une politique éculés depuis des décennies.

Sur le terrain, associations, professionnels et observateurs s’accordent à dire que cette rhétorique guerrière n’a eu d’effet ni sur la prévalence de la consommation de drogue, ni sur l’ampleur des trafics. « Clairement, ce policier mort est une victime de la guerre contre la drogue », tranche Yann Bisiou, juriste et expert en matière de lutte contre les drogues auprès d’instances nationales et internationales. « On met les policiers dans des situations impossibles, ajoute-t-il. Depuis cinquante ans, une loi est votée tous les six mois au Parlement pour renforcer la répression mais elle ne donne aucun résultat. La consommation a explosé, la prévalence est massive et on n’a pas réussi à faire de prévention sérieuse. »

Multiplication des sanctions pénales

Dès l’instauration des premières politiques publiques en la matière, la France conçoit la consommation de drogue comme un problème sécuritaire et sanitaire. La loi du 31 décembre 1970 fixe le cadre. Elle considère le consommateur à la fois comme un délinquant, condamnable à un an d’emprisonnement, et un malade que le système de soin peut suivre et prendre en charge. « Elle fait suite à Mai 68 et à la guerre contre la drogue déclarée par Nixon aux États-Unis », décrypte le sociologue Michel Kokoreff, pour qui cette pénalisation des usagers s’inscrit dans un contexte de « panique morale » et une « stratégie de disqualification de la jeunesse, en partie contestataire », sous la présidence Pompidou

Depuis sa proclamation, le texte a plus servi à punir les simples consommateurs (80 % des infractions) qu’à proposer un accompagnement médico-social. Dans sa dernière étude, l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) note que les sanctions pénales se sont multipliées, quand les mesures à caractère sanitaire ne représentent plus que 7 % des alternatives prescrites.

4 000 points de deal recensés par les autorités

Si la France est le pays avec la politique la plus répressive d’Europe en la matière, le nombre de consommateurs y est aussi parmi les plus élevés : 45 % des 18-64 ans ont déjà essayé le cannabis, selon Santé publique France, et 11 % en ont consommé dans l’année – presque trois fois plus qu’en 1992 –, selon l’OFDT. Devant ce constat d’échec, certains choisissent de prendre le contre-pied de cette politique aussi nocive qu’inefficace.

« C’est l’interdit qui crée la fraude, rappelle Yann Bisiou. Le système prohibitionniste crée un marché capitaliste ultradérégulé. Ceux qui y travaillent ne sont pas protégés et c’est celui qui réussira à passer entre les mailles du filet qui gagnera le plus d’argent. Plus il y a d’interdits, plus le marché s’adapte et se développe. » Le chercheur a fait le calcul : avec 4 000 points de deal recensés par les autorités, dont un ferme chaque jour comme l’affirme Emmanuel Macron, onze ans seraient nécessaires pour tous les éradiquer du territoire, en supposant qu’aucun ne rouvre ou ne se déplace. Ce vœu pieux s’accompagne de la promesse d’intensifier les opérations de police et les contrôles, autant d’actions qui ne démontrent pas d’efficacité sur la réduction des trafics mais dont les effets néfastes sont connus.

Ni pédagogique, ni dissuasif

Depuis décembre, l’usage de stupéfiants peut être puni par une amende de 200 euros, dressée directement par les agents. Son instauration a permis à Yann Bisiou d’effectuer un autre calcul sur l’efficacité des sanctions. « Au rythme actuel, on peut estimer qu’on atteint 200 000 amendes par an. Cela reste très marginal ! Si on considère qu’il y a 900 000 usagers quotidiens, on verbalise un joint sur 1 650. Cela n’a aucun effet, ni pédagogique, ni dissuasif », affirme le professeur de droit.

" La poursuite des usages de drogue est aussi un outil de répression et de contrôle, en particulier de la jeunesse populaire et racisée ". Michel Kokoreff Sociologue

 

D’autant plus que ces sanctions, tout comme les contrôles, ne touchent pas tous les citoyens de la même manière. « La poursuite des usages de drogue est aussi un outil de répression et de contrôle, en particulier de la jeunesse populaire et racisée. Les usages des classes moyenne et supérieure sont beaucoup moins réprimés », affirme Michel Kokoreff, auteur de la Catastrophe invisible. Histoire sociale de l’héroïne. S’il ne minore pas l’insécurité que créent les trafics dans les milieux populaires qu’ils touchent, le sociologue considère que la réponse répressive à ce problème ne le règle pas.

Pour l’exécutif en campagne, pourtant, pas question de changer d’approche. « On se roule un joint dans son salon et à la fin on alimente la plus importante des sources d’insécurité », accusait ainsi Emmanuel Macron dans un entretien au Figaro en avril. « Derrière la guerre contre la drogue, il y a une guerre aux drogués assumée, réagit Nathalie Latour, déléguée générale de la Fédération addiction. On fait porter ce poids sur les épaules d’individus, alors que la drogue est un problème bien plus global. Il nécessite des réponses bien plus ambitieuses et fermes, en matière de sécurité mais aussi de santé, d’éducation, de justice, etc. »

« Plutôt que d’être punie, notre jeunesse mérite d’être protégée »

Pour le réseau de professionnels de la prise en charge des addictions qu’elle représente, une réponse adaptée commencerait par des mesures de soutien aux usagers plutôt qu’une condamnation morale. « Il est clair que la sanction pénale ne permet pas de s’engager dans des démarches d’accompagnement et retarde l’accès aux soins. Plutôt que d’être punie, notre jeunesse mérite d’être protégée par les adultes que nous sommes », estime-t-elle. Pour la Fédération addiction, comme pour d’autres organisations, la régulation du marché du cannabis apparaît comme une sortie de l’impasse sécuritaire et une approche intéressante pour régler le problème, tant du point de vue de la sécurité que de la santé publique.

La question de la légalisation de la drogue illicite la plus répandue de France n’est plus l’apanage des militants pro- et anti-cannabis. « La proposition part du constat que cela fait cinquante ans que la drogue n’a jamais été aussi répandue, qu’elle génère de l’insécurité et qu’elle tue des petites mains du trafic, des habitants et des policiers », explique le député Éric Coquerel (FI). Élu dans une circonscription marquée par les ravages du trafic, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), il a rédigé une proposition de loi après la mort de deux jeunes dans une fusillade en septembre 2020. En proposant, dès le 25 mai, de légaliser et de réguler la vente de cannabis, elle cherchera à poser de nouveaux termes dans le débat.

Au début du mois déjà, le rapport d’une mission parlementaire, porté par des députés de l’opposition mais aussi de la majorité, entrouvrait la porte à une possible légalisation. Elle a aussitôt été refermée par l’exécutif, Gérald Darmanin qualifiant l’idée d’un « drôle de raisonnement ». Pour Éric Coquerel, soulever la question permettrait de faire un premier pas vers la dépénalisation de l’usage des autres produits, à laquelle il est personnellement favorable. « Les esprits ne sont pas mûrs, mais on voudrait qu’un travail sérieux soit fait là-dessus », ajoute-t-il. L’horizon semble bien éloigné, tant Emmanuel Macron se borne à la même vision prohibitionniste et conservatrice que ses prédécesseurs. Le président avait annoncé « un grand débat national sur la consommation de drogue », il y a un mois. Il semble avoir trouvé les réponses à ses questions.


 

<publié le 22 mai 2021

 

Traiter les vraies causes du conflit israélo-palestinien

sur le site www.politis.fr

 

En se déplaçant sur le terrain militaire, la crise relègue la question coloniale à l’arrière-plan. Inlassablement, il faut donc revenir aux expulsions de Palestiniens de Jérusalem, et aux destructions de maisons, si on ne veut pas seulement arracher une « trêve », mais aller aux racines du mal.

 

Depuis vingt ans, nos mémoires sont saturées de ces images en provenance de Gaza. C’est le spectacle de la mort. Ces tours qui s’effondrent emportant des vies qui ne sont pas toutes, loin s’en faut, celles de dirigeants du Hamas, ces alignements de corps couverts de linceuls blancs, ces mères qui hurlent leur désespoir en implorant le ciel subjuguent nos médias et tétanisent les témoins impuissants que nous sommes. Mais si les morts de Gaza meurent à Gaza, c’est de Jérusalem dont ils meurent. Les bombes israéliennes comme les roquettes du Hamas sont la conséquence du conflit, et non la cause. En se déplaçant sur le terrain militaire, hautement favorable à la puissance israélienne, la crise relègue la question coloniale à l’arrière-plan. Inlassablement, il faut donc revenir aux expulsions de Palestiniens de Jérusalem, et aux destructions de maisons, si on ne veut pas seulement arracher une « trêve », mais aller aux racines du mal. Mais qui le veut, hormis la population palestinienne et une faible partie de l’opinion israélienne, privées l’une et l’autre de représentation politique honorable ? Car cette tragédie sans fin, c’est d’abord la défaite de la politique. Il ne serait pas difficile d’en faire la démonstration côté palestinien, mais c’est évidemment côté israélien qu’il faut chercher les principaux coupables, parce que là est la force, et là est le projet colonial.

 

Dans un essai édifiant, le politologue Samy Cohen retrace la dérive de la politique israélienne au cours des dernières décennies (1). L’entrée des troupes israéliennes dans Jérusalem-Est en juin 1967 en constitue le point de départ quand les colons les plus fanatiques ont cru voir l’accomplissement de la promesse divine. L’histoire est ensuite celle de la duplicité de la gauche, et de la complicité d’une droite impliquée moralement dans l’assassinat d’Itzhak Rabin en 1995. Le Bloc de la foi, le mouvement Kach du rabbin Kahane et aujourd’hui son héritier en racisme, Itamar Ben-Gvir, ont pu dicter leur volonté aux gouvernements successifs. Il n’est pas exagéré de dire que la région a sombré dans un délire mystique qui opère directement sur la réalité. Ce délire a d’abord été le fait des extrémistes juifs avant d’être islamiste. Des politiques pourtant doués de raison ont cru pouvoir jouer avec cette folie pour bricoler leurs petites majorités. Benyamin Netanyahou est évidemment le pire exemple de ce cynisme teinté d’idéologie coloniale. Capable de s’allier, à l’intérieur, avec les colons les plus racistes, il s’est rapproché, à l’extérieur, de Trump, de Bolsonaro et des illibéraux antisémites d’Europe de l’Est. Il a criminalisé les ONG de défense des droits humains, légalisé un apartheid affiché sans fard par une loi qui réserve le droit à l’autodétermination au seul peuple juif. Déjà victimes d’une discrimination économique et sociale, près de deux millions de Palestiniens israéliens sont désormais promis à une ségrégation politique. C’est ce système plongé dans une crise politique profonde et cette idéologie que soutiennent chez nous des politiques de droite et, souvent, de gauche, trop contents d’expliquer ce conflit par la première roquette du Hamas.

 

Ayant liquidé la solution à deux États, Israël doit maintenant faire face à une nouvelle donne qui pourrait tourner au cauchemar pour ce pays : l’émergence d’une solidarité interpalestinienne qui mobilise les Territoires occupés, les habitants des villes israéliennes à forte population arabe, et même la diaspora. Voir le mot d’ordre de grève conjointe lancé le 18 mai. Ce sont les prémices de cette reconfiguration auxquelles nous assistons. C’est la trace qui restera de ces événements de 2021, quelle qu’en soit l’issue. Mais à court terme, quelle solution ? Joe Biden subira-t-il sur ce sujet, comme sur les questions sociales, l’influence bénéfique de la gauche ? Bernie Sanders a signé dans le New York Times du 17 mai une tribune pour une nouvelle approche du rapport à Israël. Le sénateur du Vermont estime que les États-Unis, qui versent chaque année quatre milliards de dollars à Israël, ne peuvent être plus longtemps « les apologistes de l’aile droite du gouvernement Netanyahou et de son comportement antidémocratique et raciste ». « Les Palestiniens ont-ils le droit de survivre ? », demande de son côté la représentante démocrate de New York, Alexandria Ocasio-Cortez qui critique les nouvelles ventes d’armes à Israël. Dans l’immédiat, Washington pourrait au moins arrêter le bain de sang à Gaza. Quant à aborder la question coloniale, c’est plus douteux. Et pourtant, ne pas agir pour imposer les droits des Palestiniens, et laisser faire les colons, c’est se condamner à une tragique répétition de l’histoire. L’espoir vient peut-être d’une jeunesse palestinienne qui apprend à universaliser ses revendications devenues antiracistes et citoyennes autant que nationales.

 

De la France, hélas, il ne faut rien attendre. Elle produit ce qu’il y a de pire en Europe. Le ministre de l’Intérieur, soutenu par une camarilla d’intellectuels au discours bien rodé, a interdit à Paris la manifestation de solidarité au peuple palestinien. Le préfet de Paris est allé – comble du ridicule – jusqu’à faire arrêter le président de l’association France Palestine Solidarité au sortir d’une délégation que celui-ci conduisait au ministère des Affaires étrangères. Tout cela nous en dit plus sur l’extrême-droitisation et l’arabophobie ambiantes que sur la situation au Proche-Orient.

(1) Israël, une démocratie fragile, Samy Cohen, Fayard.


 

publié le 21 mai 2021

Police. Sarah Massoud : « Un cap a été franchi dans les attaques contre les institutions »

Emilio Meslet sur le site www.humanite.fr

 

Mobilisés mercredi, des milliers de policiers ont accusé la justice d’être « laxiste », notamment pour les crimes qui les visent directement. Un procès en laisser-faire que conteste Sarah Massoud, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature. Entretien.

Mercredi, devant l’Assemblée nationale, les fonctionnaires de police – épaulés par des responsables politiques de droite – s’en sont donné à cœur joie pour attaquer la justice, qu’ils jugent responsable de leurs maux. La gauche, venue en soutien des policiers, est quant à elle tombée dans le piège de la surenchère sécuritaire, à l’image du premier secrétaire du PS, Olivier Faure, qui a proposé un « droit de regard » des policiers sur les décisions de justice, avant de rétropédaler le lendemain. Face à ce coup de pression organisé par les syndicats de police, la secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature, Sarah Massoud, répond.

Comment avez-vous perçu la manifestation des policiers devant le Palais Bourbon ?

Sarah Massoud Nous avons été sidérés : faire pression sur la représentation nationale, sur fond d’instrumentalisation politique d’affaires dramatiques que sont les assassinats de deux fonctionnaires de police, représente un danger pour la démocratie. Nous avons été atterrés que le ministre de l’Intérieur participe à un rassemblement orchestré par des syndicats de police majoritairement d’extrême droite, de même que des élus de tous bords s’y associent par opportunisme électoral, au mépris notamment de la séparation des pouvoirs qui est un pilier essentiel d’un État de droit.

Que répondez-vous aux attaques contre la justice, jugée « laxiste » par les syndicats ?

Sarah Massoud Quand on analyse les chiffres de la délinquance et de la criminalité, on constate qu’ils stagnent sur les vingt dernières années. En parallèle, les chiffres de la surpopulation carcérale et du nombre de peines d’emprisonnement ferme augmentent. Ces attaques sont donc infondées. Mais une étape a été franchie avec des slogans affirmant que « le problème de la police, c’est la justice » . Dans notre démocratie, il y a une séparation entre les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. La police n’appartient ni au pouvoir législatif ni au pouvoir judiciaire, et n’a pas à s’y substituer. Elle n’est pas un pouvoir autonome, mais un corps au service des citoyens. Ces slogans remettent en cause cet équilibre pour faire de la police une entité toute-puissante. Lorsqu’on en arrive là, on appelle cela un État policier.

Mercredi, le gouvernement a dégainé un amendement visant à instaurer une peine de sûreté de trente ans pour les crimes commis sur des policiers et des gendarmes. Quelle est votre position ?

Sarah Massoud Ce n’est pas parce que vous renforcez la répression que ça va dissuader les personnes de commettre des infractions. Quelqu’un qui compte s’en prendre à des policiers ne va pas réfléchir avant de passer à l’acte pour savoir s’il encourt vingt-deux ou trente ans de sûreté. Depuis vingt ans, les gouvernements successifs ont mis en place des lois de plus en plus répressives et ça n’a pas eu de conséquences sur le niveau de la délinquance.

Comment améliorer les relations entre la police et la justice ?

Sarah Massoud Nous ne més­estimons pas le malaise des policiers : ils travaillent dans des conditions dégradées, doivent appliquer des instructions de politiques pénales incohérentes, faire face à une hiérarchie déconnectée du terrain et mener des affaires psychologiquement dures. Si on veut réconcilier une certaine police avec l’institution judiciaire, il faut s’attaquer à ces questions via une formation différente, qui ne soit pas centrée sur le répressif, mais visant à retrouver des gardiens de la paix. Les politiques jouent les pyromanes. Ce qui se passe n’est pas nouveau : les prédécesseurs de Gérald Darmanin se posaient déjà en premiers flics de France, en imposant un rapport de forces à la justice. Tant qu’on sera dans l’affichage, on n’y arrivera pas.

Êtes-vous d’accord avec Jean Castex lorsqu’il dit qu’il faut « réparer le service public de la justice » ?

Sarah Massoud S’il y a besoin de réparation, c’est parce que les différents gouvernements nous ont cassés. Tant qu’on n’aura pas plusieurs centaines de nouveaux juges, procureurs et greffiers, la justice ne pourra ni fonctionner sereinement ni être plus rapide. Il faut en finir avec cette vision court-­termiste et précarisante. Former des magistrats prend du temps : c’est maintenant qu’il faut mettre le paquet.


 

publié l 21 mai 2021

 

Censure partielle
de la loi 
« sécurité globale »
par le Conseil constitutionnel

Sur le site www.cgt.fr

 

Suite à une large mobilisation citoyenne contre la loi « sécurité globale » à laquelle la CGT a activement participé, le Conseil constitutionnel vient de rendre une décision de censure partielle de la loi. C’est un immense camouflet pour le gouvernement, puisqu’une grande partie des dispositions emblématiques sont censurées !

 

Plus de 1 000 pages de contributions extérieures, venant des associations, syndicats et forces politiques défendant les libertés fondamentales et le respect de l’État de droit, dénonçaient cette loi liberticide.
La CGT, aux côtés du SAF, du SM, de la Quadrature du Net, de la LDH, du DAL, de Solidaires, a pris toute sa part dans ce combat pour la liberté de manifester et pour les libertés publiques.
Le Conseil constitutionnel a censuré partiellement ou totalement sept articles et a émis de sérieuses réserves d’interprétation sur quatre d’entre eux :

  • censure totale du fameux article 24 qui prévoyait, au départ, l’interdiction de filmer les policiers, pour atteinte au principe de légalité et de peines du droit pénal car l'infraction de « provocation à l'identification » n'était pas suffisamment claire et définie ;

  • censure totale de l'expérimentation qui donnait à la police municipale les mêmes pouvoirs que la police judiciaire en matière délictuelle : le Conseil constitutionnel rappelle un principe fondamental d’un État de droit qui veut que seule l’autorité judiciaire est garante de la liberté individuelle alors que la police municipale n’y est pas soumise mais placée sous l'autorité politique d'un maire ;

  • censure d’une grande partie des dispositions concernant l'usage des drones pour atteinte au droit au respect de la vie privée ;

  • censure de la vidéosurveillance dans les cellules de garde à vue et d'isolement dans les centres de rétention administrative (étrangers sans papiers) pour atteinte au droit au respect de la vie privée ;

  • censure d'un article aggravant les peines pour occupation illicite de locaux industriels ou agricoles qui visait clairement les occupations comme moyen d’expression revendicative (usines, champs OGM, logements vacants, etc.), article jugé comme un « cavalier législatif » lorsque le gouvernement utilise une loi pour y insérer un article qui n'a rien à voir avec l'objectif de la loi.

Néanmoins, de nombreuses dispositions très problématiques demeurent :

  • l’extension à la police municipale de pouvoirs de vidéosurveillance (et à la SNCF et RATP) ;

  • la surveillance des halls d’immeubles ;

  • la transmission en temps réel des images des caméras-piétons ou leur usage pour les gardes-champêtres.

Néanmoins, pour la CGT, cette censure du Conseil constitutionnel est une belle victoire à mettre au crédit de la massive mobilisation citoyenne.
Dans le contexte socialement tendu et où les sirènes sécuritaires ont de plus en plus d’écho, il est heureux de constater que la lutte et les mobilisations paient et, ainsi, voir le gouvernement se faire sévèrement tacler par une leçon de droit sur la question des libertés fondamentales !

 

Montreuil, le 21 mai 2021


 

publié le 20 mai 2021

Conflit à Gaza:
les gauches françaises entre indignation et tétanie

par Fabien Escalona et Pauline Graulle du site Mediapart

 

Alors que volent les allégations d’antisémitisme et que le sentiment d’impuissance face à cet interminable conflit s’accroît, la cause palestinienne ne semble plus portée par la gauche avec autant de vigueur qu’il y a dix ans. Certains réclament davantage de « courage ».


 

La gauche française a-t-elle encore quelque chose à dire sur l’interminable conflit israélo-palestinien ? Depuis une semaine, les bombes pleuvent sur Gaza. Mais, à gauche, peu de voix fortes se sont publiquement élevées pour porter une lecture politique du conflit.

Vu des réseaux sociaux, le week-end dernier offrait un contraste saisissant : alors que les bâtiment de l’agence américaine Associated Press et de la chaîne télévision qatarie Al Jazeera étaient pulvérisés par l’armée israélienne, défilaient des images des principaux responsables de gauche et de l’écologie faisant campagne, tout sourire, pour les élections régionales.

Des morts par dizaines, une guerre qui pourrait embraser la région, un gouvernement français passif qui ne condamne pas la politique de colonisation du gouvernement israélien et une gauche atone ?

Depuis le (re)surgissement des violences, tous les partis, des Verts au PS en passant par le PCF, ont publié des communiqués condamnant la « colonisation » des territoires palestiniens par Israël, appelant au respect du droit international et invoquant la solution des deux États comme voie de sortie de ce conflit vieux de sept décennies.

Plus prolixe que les autres, le groupe parlementaire de La France insoumise (LFI) a produit trois textes sur le sujet. « On veut tenir la tranchée et Jean-Luc Mélenchon ne se cache pas sur ce sujet, ce qui n’est pas le cas de tout le monde », martèle le député insoumis Éric Coquerel, qui explique que si son candidat n’a pas abordé la question lors de son meeting en Aveyron ce dimanche, c’était pour ne pas masquer par des questions d’actualité la problématique sociale au cœur de son discours.

Reste qu’à gauche aucune (ré)action collective n’a encore eu lieu. Certes, à l’inverse de la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, qui a qualifié de « sage » la décision de Gérald Darmanin d’interdire la manifestation propalestinienne de samedi à Paris, les chefs de parti – Olivier Faure pour le PS, Jean-Luc Mélenchon pour LFI, Julien Bayou pour les Verts et Fabien Roussel pour le PCF – se sont élevés contre cette mesure jugée anticonstitutionnelle. Et Fabien Roussel a été manifester à Lille.

Mais, contrairement au NPA, à Lutte ouvrière et au l’union syndicale Solidaires, aucun n’a bravé l’interdit pour se rendre dans le quartier parisien de Barbès et tous ont refusé de signer l’appel à la manifestation « interdite » aux côtés du NPA et d’Attac.

Une prudence qui n’a pas échappé à bon nombre de militants propalestiniens. « C’est vrai que, dans les rangs des collectifs de soutien à la Palestine, cette “timidité” a été remarquée, témoigne Julien Salingue, du NPA. On sent qu’il reste encore des réflexes au niveau des organisations nationales pour condamner les bombardements. Mais revendiquer un pacifisme abstrait en demandant “l'arrêt des violences” et dénoncer la colonisation, ce n’est pas s’engager clairement dans le soutien aux Palestiniens face à Israël. »

« À gauche, on n’est pas nombreux à parler haut et fort sur ce sujet, qui est pourtant capital », pointe de même la députée de LFI Clémentine Autain, qui s’étonne que les Verts, par exemple, « qui ont pourtant une tradition forte sur le sujet », ne soient pas davantage à l’offensive.

« On voit que la tendance actuelle, aussi bien à droite qu’à La République en marche, voire chez certains à gauche, c’est de dire qu’il faut défendre la démocratie israélienne contre les islamistes du Hamas, ou a minima, de renvoyer dos à dos Israéliens et Palestiniens, ce qui est insupportable », ajoute la candidate LFI en Île-de-France.

La députée communiste Elsa Faucillon a été la seule, avec Clémentine Autain, à intervenir sur le sujet à l’Assemblée mardi dernier lors de la séance de questions au gouvernement. Elle renchérit : « Ce n’est pas en marchant sur des œufs qu’on va s’en sortir, il faut au contraire assumer de mener la bataille au lieu de bégayer. La gauche a normalement en son cœur les valeurs pour l’amitié entre les peuples, la lutte pour les opprimés et l’anticolonialisme. Or, certains se réfugient en évitant le sujet ou en en parlant de manière dépolitisée. »

Panne stratégique

Il faut dire que les temps ne sont pas simples. Fini, la décennie 2000-2010, lorsque le conflit faisait partie du vade-mecum de base des militants de la gauche « de gauche ». Marginalisée par l’espoir suscité par le Printemps arabe, la question palestinienne a peu à peu disparu des radars médiatiques et politiques, même si les campagnes de boycott et les réunions de comités locaux se sont poursuivies loin des caméras.

« L’affaiblissement du mouvement de solidarité est aussi le reflet de la crise du mouvement national palestinien et des difficultés de mobilisation dans les territoires occupés, avec une population palestinienne qui a essayé de vivre comme elle pouvait l’occupation », souligne Julien Salingue.

Face à ce conflit aussi inextricable qu’ancien, un sentiment d’impuissance a, en outre, gagné les représentants nationaux de la politique partisane. « En réalité, la gauche n’a pas réfléchi à ce sujet depuis des années et elle n’a rien à proposer, regrette la sénatrice (EELV) et historienne du judaïsme Esther Benbassa. Signer des lettres et des tribunes, c’est bien, mais, dans le fond, à quoi cela sert-il ? »

« Que peut-on faire ? », interroge, lui aussi, le candidat écologiste à la candidature présidentielle, Yannick Jadot. « En tant que député européen, je me suis battu pour bloquer les préférences dont bénéficient les produits issus des colonies, j’ai soutenu la Cour pénale internationale… Mais ni la France ni l’Europe ne sont à la hauteur face à la dégradation des relations ces dernières années, entre un Mahmoud Abbas d’une faiblesse crasse et un Netanyahou qui construit une majorité avec l’extrême droite », ajoute, un peu désespéré, l’eurodéputé.

« Nous sommes nombreux à être dans une panne stratégique vis-à-vis de la question palestinienne, abonde le militant altermondialiste Christophe Aguiton. Depuis les accords d’Oslo [signés en 1993 par le premier ministre israélien, Yitzhak Rabin, et le leader palestinien Yasser Arafat – ndlr], la ligne c’était en quelque sorte “la paix des braves”, basée sur la solution des deux États. Mais, aujourd’hui, plus personne n’y croit vraiment. Les politiques successives des gouvernements israéliens ont rendu extrêmement compliqué l’avènement d’un État palestinien, tant son territoire supposé est aujourd’hui morcelé, désarticulé. »

L’option d’un État laïc plurinational, avec des droits égaux pour tous, commence certes à gagner du terrain dans certains milieux militants. Comparant cette stratégie à une réclamation de droits civiques telle qu’elle a pu être portée par Nelson Mandela et son mouvement en Afrique du Sud, Christophe Aguiton la juge encore trop peu crédible : « Les haines sont tellement recuites qu’il est difficile d’envisager une Israélo-Palestine sereine. »

Par ailleurs, fait-il remarquer, une telle stratégie exigerait dans un premier temps que l’Autorité palestinienne se saborde, en refusant de jouer le jeu des Israéliens. Or de nombreuses personnes vivent aujourd’hui du statu quo financé par l’aide internationale.

À la complexité politique du terrain s’ajoutent des cultures différentes à gauche, qui ne facilitent pas des actions communes ni des expressions identiques. Si le PCF est de longue date très engagé auprès des Palestiniens, le PS est historiquement marqué par une tradition pro-israélienne, tardivement tempérée. « L’ancêtre du PS est la SFIO de Guy Mollet, qui, en tant que chef de gouvernement en 1956, est tout de même celui qui a entraîné la France dans l’expédition de Suez contre le régime de Nasser en Égypte », rappelle Jean-Paul Chagnollaud, président de l’Institut de recherches et d’études Méditerranée/Moyen-Orient (Iremmo).

« Plus tard, poursuit-il, c’est seulement après être devenu président de la République que Mitterrand a pris des initiatives allant dans le sens de la cause palestinienne, en évoquant la création d’un État palestinien à la Knesset ou en contribuant à légitimer Yasser Arafat comme interlocuteur. Et, au tournant des années 1990, le processus de paix et l’évolution des travaillistes israéliens eux-mêmes ont encouragé les socialistes français à tenir une position équilibrée. En résumé, il y a eu un passage de l’ignorance des Palestiniens à l’adoption de la solution des deux États. Mais des sensibilités différentes n’ont cessé de coexister à l’intérieur du parti, d’où des positions officielles assez molles. »

De quoi expliquer la pondération d’Olivier Faure, qui, interrogé par Mediapart, ne veut pas « entrer dans l’argumentaire des parties en présence, ce qui reviendrait à se condamner à ce que la solution ne puisse venir que de la victoire d’un camp sur l’autre ». Le premier secrétaire du PS dénonce aussi bien « la politique de colonisation dans les territoires occupés que l’instrumentalisation du peuple palestinien par le Hamas et les tirs de roquettes sur Israël ».

Chasse aux sorcières

Outre l’affaiblissement structurel de la gauche, la lassitude et les divisions historiques, c’est enfin le contexte politique actuel, fait d’extrême-droitisation des débats et de confusionnisme ambiant, qui entrave la mobilisation.

La hantise d’être accusé d’antisémitisme n’est pas nouvelle. Le risque d’amalgame avec l’antisionisme a déjà été soulevé à l’occasion du vote d’une résolution controversée par l’Assemblée nationale le 3 décembre 2019, ceci deux ans après une déclaration d’Emmanuel Macron en ce sens, en présence du premier ministre israélien, Netanyahou.

Déjà en 2014, lors des précédentes mobilisations pour Gaza, Manuel Valls avait justifié des restrictions au droit de manifester au moyen de cette rhétorique. Mais, plus récemment, les débats sur le séparatisme, sur la Marche contre l’islamophobie ou la traque gouvernementale d’un prétendu « islamogauchisme » ont été traumatiques. 

Au point que certains de ceux qui avaient embarqué, dans les années 2010, sur les flottilles pour Gaza afin de dénoncer le blocus israélien aimeraient dorénavant ne pas trop rafraîchir les mémoires. Trop peur de se prendre une flambée d’accusations et de menaces. « La pression est terrible : dès qu’on s’engage pour les Palestiniens, on est soit taxé d’antisémitisme, soit, si on est juif, d’être des traîtres. Après, pour qu’on avance, il faut aussi que les associations de défense des Palestiniens soient totalement clean », soupire Esther Benbassa, qui avait subi les foudres d’une partie de la classe politique pour avoir participé à la Marche contre l’islamophobie en octobre 2019.

« Ces accusations d’islamogauchisme, c’est une tache indélébile. Il est très difficile de s’en relever », dit avec une émotion contenue la sénatrice, qui vient de publier une tribune sur le sujet dans Libération. « L’ambiance est dingue, la disqualification des concurrents politiques est devenue la règle. Or la question israélo-palestinienne est sans cesse instrumentalisée dans des enjeux de politique nationale », s’exaspère Yannick Jadot, qui trouve « insupportable que le débat politique se résume à 280 caractères sur Twitter, surtout sur des sujets aussi complexes, avec tout le harcèlement qui s’ensuit ».

D’où cette fébrilité, voire cette « autocensure », estime Jean-Paul Le Coq, député communiste du Havre, qui a hurlé un « Rendez-nous Chirac ! » remarqué dans l’hémicycle la semaine dernière lors des QAG. « Il y avait un temps où dire que le droit des Palestiniens, c’est notre droit à tous, était commun à gauche, et même dans une partie de la droite, rappelle-t-il. Mais, en pleine séquence électorale et dans cette époque où les contestations, quelles qu’elles soient, sont criminalisées, il faut plus de courage pour dire les choses comme elles sont. »

Un point de vue partagé par Eva Sas, porte-parole d’EELV, qui réclame le retour aux frontières de 1967 avec Jérusalem comme capitale. « Il peut y avoir des dérives antisémites dans certains mouvements propalestiniens, reconnaît-elle. Mais il ne faut pas que cela nous empêche de nous exprimer sur une question de politique internationale. Au contraire, c’est en s’exprimant qu’on évitera les affrontements entre communautés. Mettre la poussière sous le tapis ou dire aux gens de se taire, cela ne fait que jeter de l’huile sur le feu. »

« Oui, les temps sont durs, et oui, il y a une offensive de gens qui reprennent les discours d’extrême droite, mais on ne va pas se laisser impressionner », avance, de son côté, Éric Coquerel. Clémentine Autain ne dit pas autre chose : « On ne fait que perdre des plumes en perdant notre âme ! »

Samedi prochain, un appel à manifester pourrait néanmoins être lancé par le Collectif national pour une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens. Existant depuis novembre 2000, ce rassemblement de 52 organisations est respecté des responsables politiques, du moins ceux des partis de gauche qui en font partie, dont EELV, le PCF et le Parti de gauche (membre de LFI). À voir si, cette fois, ils seront présents au rendez-vous.

<publié le 20 mai 2021

Renault. Guerre des nerfs à la Fonderie de Bretagne

envoyée spéciale sur le site www.humanite.fr

 

Alors que l’usine est occupée depuis le 27 avril, Renault, propriétaire du site et donneur d’ordres, persiste à vouloir la céder. Les salariés multiplient les actions coups de poing.


 

Des caisses de bras de suspension pour les véhicules utilitaires entravent l’entrée du site. Depuis le 27 avril, une grande majorité des 350 ouvriers occupent la Fonderie de Bretagne à Caudan (Morbihan), propriété de Renault, pour exiger de rester dans le giron du constructeur. Afin de se faire entendre, les grévistes ont haussé le ton ces derniers jours en multipliant les actions coups de poing : manifestation surprise devant la sous-préfecture, blocage de la voie ferrée à Lorient le 12 mai mais aussi de l’hôtel hébergeant les joueurs du FC Metz, dimanche dernier.

Ce lundi, l’opération escargot sur la voie rapide en vue de se rendre à une réunion à la sous-préfecture s’est, elle, soldée pour la première fois par un gazage des manifestants. Pour Maël Le Goff, délégué syndical CGT, la montée en tension va de pair avec le mur de mépris que la marque au losange leur oppose depuis l’annonce de la vente, le 11 mars. « Jean-Dominique Senard (président de Renault – NDLR), interviewé sur Europe 1, il y a quelques jours, ne parlait même plus de chercher un repreneur mais de mesures d’accompagnement social ! Il est dans une stratégie d’usure du mouvement. Nous savons pertinemment qu’il n’y aura jamais une autre entreprise acheteuse avec les reins aussi solides que Renault. Ça finirait par des licenciements. L’État, actionnaire du groupe, doit aussi intervenir. »

À la suite d’un incendie qui a ravagé le site en 2019, Renault avait transféré la fabrication de certaines pièces de la Zoé en Roumanie, en Slovénie ou encore en Turquie. Mais une fois les travaux effectués, le constructeur et premier client (90 % de la production lui sont destinés) a persisté à se fournir dans les pays à bas coût, orchestrant la sous-­activité sur place : « Nous travaillons en 1 × 8 au lieu des 3 × 8 habituels, ça ne ressemble à rien, poursuit Maël Le Goff. Ça joue sur le moral des gars. Il nous faut plus de commandes. Nous pouvons produire 30 000 tonnes par an en recrutant 90 personnes. On nous demande aussi de diversifier la production. Mais tout cela dépend du donneur d’ordres ! »

Renault a porté plainte contre les grévistes

Sur les grilles, le mot « trahison » est écrit en lettres blanches sur fond noir, tout comme la pancarte « Senard au placard ». En ce mardi après-midi, les dizaines d’ouvriers présents sur le parking n’en peuvent plus d’être baladés. Mis à part une réunion qui s’est tenue mercredi (voir encadré), la discussion est quasi inexistante avec le constructeur. Entre-temps, Renault s’est même payé le luxe de porter plainte contre les grévistes pour destruction de l’outil de travail. Avec son badge CGT « fondeur oui, chômeur non », Nicolas Guillemette, employé de nuit à la gestion des flux et délégué du personnel, oscille entre la colère et la haine : « Si 150 millions d’euros ont été investis en dix ans, avec notamment la mise en place d’une nouvelle ligne de production, c’est bien que l’opération était rentable ! Ça fait des années que nous faisons des efforts. Nous avons subi un plan de compétitivité, avec des horaires modulés parfois jusqu’à trois fois dans la même semaine. Pendant ce temps, la fonderie de Renault en Turquie tourne à 140  % et nous, à 40 %, sachant que nous n’avons pas les mêmes normes de qualité ! Cette usine, c’est notre bébé. Ça me fout en l’air de voir que l’on s’est fait avoir. » D’autant que des projets alternatifs existent : « Nous pourrions construire des pièces de A à Z avec la tôle de zinguerie recyclée de chez Renault. Il faudrait juste revoir l’aspiration des ateliers », souligne le syndicaliste.

Pour certains, l’histoire du site emblématique du pays de Lorient, sorti de terre en 1965, va de pair avec les conflits sociaux qui l’ont jalonné, parmi lesquels la victoire éclatante pour la réinternalisation de la fonderie au sein de Renault, en 2008. ­Philippe, vingt-sept ans d’ancienneté, essaie de garder la tête haute. Mais depuis que le Canard enchaîné a révélé les sombres desseins du constructeur, il y a un an, son moral flanche. « Je suis sous anxiolytiques. J’ai vraiment l’impression qu’on nous mène en barque. » Victime d’un accident du travail au poignet, le fondeur a ensuite développé une algodystrophie aggravée par le stress. « Si l’usine fermait, ça serait un échec dans mon parcours professionnel, assène-t-il. On se prendrait en plus la réforme de l’assurance-chômage sur le nez au 1 er  juillet. »

Malgré la guerre des nerfs menée par le groupe et des renforts de police envoyés dans la zone pour briser l’élan revendicatif, pas question de plier. En assemblée générale, les ouvriers reconduisent chaque jour la mobilisation. « Je sens que je pourrais devenir un peu explosif, prédit Stéphane, qui a passé quelques nuits à occuper son lieu de travail. Il faut aller jusqu’au bout. Je vais me bagarrer pour garder ce que j’ai. Je ne veux pas tout recommencer à 50 ans, avec un crédit à payer. Ça ne me choque pas que l’État verse de l’argent à Renault (5 milliards de prêt garanti – NDLR), mais à condition que cela ne serve pas à monter des industries ailleurs ! La parole donnée n’a plus de valeur. »

L’activité du site génère plus de 1 000 emplois indirects

Pour amortir un peu le choc de cette quatrième semaine sans salaire, tous peuvent compter sur la solidarité locale. 34 000 euros ont été récoltés pour la caisse de grève. Pour Olivier, employé en tant que couleur, la Fonderie de Bretagne, qui génère plus de 1 000 emplois indirects, est même une histoire de famille. Son père y a fait toute sa carrière. « On essaie de ne pas faire peser l’incertitude sur nos familles, avance-t-il. On vient ici pour vider notre sac entre nous. C’est normal de lutter, certains cadres nous appellent “la petite Moscou”. » Derrière les grévistes, un mannequin en bleu de travail est suspendu à une corde. Il représente un des dirigeants de la marque au losange. Pour Pierre Le Ménahès, ex-délégué syndical CGT et retraité de l’ancienne SBFM (Société bretonne de fonderie et mécanique), le message est clair : « On refuse de monter sur l’échafaud. Le métier de fondeur est noble et pointu. Ces emplois et ces compétences-là, on ne les retrouvera pas ailleurs. » 


 

publié le 19 mai 2021

Marche des policiers : pourquoi une partie de la gauche y participe, et l'autre pas

Lola Ruscio sur le site www.humanite.fr

 

Le PCF et le PS participeront au rassemblement des syndicats de policiers, tandis que la FI et une partie d’EELV ont décidé de boycotter l’événement. Le point sur les arguments avancés.

Rassemblement purement corporatiste, inutile et dangereux ou hommage indispensable après le décès d’agents pour mieux faire connaître la situation catastrophique du service public policier ? La manifestation policière du 19 mai suscite d’intenses débats et divise la gauche. Voilà plusieurs jours que les directions des partis politiques s’interrogent sur la bonne position à adopter face à ce rassemblement prévu devant l’Assemblée nationale.

La proposition de « 30 000 policiers supplémentaires »

L’ensemble des syndicats (gardiens de la paix, officiers et commissaires), à l’exception de SUD intérieur, sont à l’origine de cette « marche citoyenne » en réaction au meurtre du brigadier Éric Masson survenu le 5 mai à Avignon, soit à peine moins de quinze jours après l’attentat de Rambouillet. En soutien aux policiers, le PCF et le PS ont décidé de se joindre au rassemblement des syndicats, même si les sbires du RN ont fait savoir qu’ils s’y grefferont. « Il y a une vraie volonté, chez les responsables politiques mais aussi au sein des syndicats de police progressistes, de ne pas laisser ce sujet de la sécurité à la droite et à l’extrême droite », assume la direction du PCF.

Ce n’est donc pas un hasard si le candidat communiste à la présidentielle, Fabien Roussel, a fait de la sécurité son thème de campagne. « Ma gauche ne sera pas laxiste. La sécurité est une question populaire », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse, ajoutant que l’auteur de l’assassinat de « tout détenteur d’une autorité » devrait être puni d’une peine de « trente ans de prison ». Reprenant une revendication de la CGT police, il demande également le recrutement de « 30 000 policiers supplémentaires » et une meilleure formation.

De son côté, le PS a tenu à exprimer dans un communiqué « son attachement et son soutien plein et entier à la police républicaine ». Son premier secrétaire, Olivier Faure, « s’associera aux revendications portant sur l’amélioration des conditions de travail des policiers et des forces de l’ordre », a-t-il précisé.

Un schisme chez les écologistes

Si le PS et le PCF seront de cette mobilisation, la FI refuse catégoriquement de s’y rendre. Mardi 18 mai, Jean-Luc Mélenchon n’y est pas allé par quatre chemins : « C’est une manifestation pour un cahier de revendications corporatives, comme le montrent les tracts des organisations policières. » Dans un communiqué du 12 mai – que n’a pas signé la CGT police, qui appelle au rassemblement –, les syndicats de policiers, dont Alliance et Unité SGP police-FO, ont en effet demandé la « simplification de la procédure pénale », « la mise en œuvre de peines minimales pour les agresseurs de Forces de l’Ordre (sic) » et, surtout, une série de mesures visant à durcir « la réponse pénale » à l’égard des agresseurs de policiers.

« Pourtant, le Code pénal actuel prévoit déjà que le meurtre d’un fonctionnaire de police peut être puni de la réclusion criminelle à perpétuité », rappelle la FI. Jean-Luc Mélenchon voit également d’un mauvais œil la présence à cette mobilisation du parti lepéniste et du ministre Gérald Darmanin. « Nous ne cotiserons pas à l’ambiance générale de surenchère sécuritaire », ont fait savoir les insoumis.

Chez EELV, le flou persiste sur l’attitude à adopter : « Chacun est libre d’y aller ou non, il n’y a pas d’appel » particulier. Le député européen Yannick Jadot va finalement s’y rendre, quand la secrétaire nationale adjointe d’EELV, Sandra Régol, préfère prendre ses distances, estimant comme les insoumis que « les méthodes mises en place et qui doivent être revues ne fonctionnent ni pour la police ni pour les administrés ». « Il faut que les policiers entendent que la stratégie du maintien de l’ordre en place depuis près de dix ans en France est une stratégie qui renforce les tensions et qui exacerbe la défiance vis-à-vis des policiers », a abondé Sandrine Rousseau, candidate à la primaire écologiste.

 


 

publié le 19 mai 2021

Proche-orient. La grève générale ou l’unité retrouvée des Palestiniens

par Pierre Barbancey sur le site www.humanite.fr

 

En Cisjordanie, à Gaza, à Jérusalem-Est et dans les villes mixtes d’Israël, les boutiques étaient fermées et le travail a cessé pour exiger l’arrêt des bombardements et protester contre l’occupation et la colonisation. Une unification politique et mémorielle.

L’idée avait d’abord été lancée par le Haut Comité arabe de suivi, une instance visant à regrouper l’ensemble de la représentation sociale et politique des Arabes israéliens, c’est-à-dire les Palestiniens de 1948. Actuellement dirigé par Mohammad Barakeh, ancien député communiste, ce comité entendait ainsi exiger l’arrêt des bombardements israéliens sur la bande de Gaza mais également protester contre les expulsions de familles palestiniennes à Jérusalem-Est, la répression policière sur l’esplanade des Mosquées et les violences des colons et de l’extrême droite dans les villes dites mixtes.

Dans les territoires occupés, les Palestiniens ont longtemps utilisé les grèves générales comme un outil pour exprimer leur rejet des pratiques israéliennes. Une grève générale a eu lieu lors de la première Intifada de 1987-1993, lorsque les Palestiniens ont répondu aux attaques israéliennes en paralysant l’économie et en refusant de traiter avec l’establishment israélien en charge des affaires en Cisjordanie et à Gaza, avant la création de l’Autorité palestinienne.

Une mobilisation historique

Un appel du Haut Comité largement entendu, répercuté sur les réseaux sociaux, est devenu viral dans les territoires occupés. Ce qui a amené les organisations politiques palestiniennes, du Fatah au Hamas en passant par la gauche, à prôner également la grève de tous les citoyens. L’Autorité palestinienne elle-même, pouvant difficilement être en reste, avertissait les fonctionnaires qu’ils pouvaient cesser le travail.

« C’est un véritable succès », se félicite Mohammad, un commerçant de Kfar Qassem, en Israël. Une ville symbole : en octobre 1956, quarante-huit civils, arabes, dont 15 femmes et 11 enfants, avaient été tués par la police des frontières israéliennes, le sinistre Magav. Cette même unité qui a été envoyée en « renfort » ces derniers jours dans ces mêmes villes mixtes, au prétexte de rétablir l’ordre. « C’est la première fois depuis longtemps que nous arrivons à mobiliser ainsi, souligne Sayyid Issa, membre d’un comité d’action en charge de l’organisation de la grève. Il y a bien eu des tentatives dans le passé mais c’était difficile. Là, l’adhésion à la grève est presque totale. »

À Jérusalem-Est, les commerçants ont tiré leurs volets pour protester contre l’occupation et qui n’est pas sans rappeler certaines scènes de la Bataille d’Alger, de Gillo Pontecorvo, relatant la lutte contre la colonisation française dans la Casbah. Les ruelles de la vieille ville sont étrangement vides et les abords de la porte de Damas incroyablement silencieux. À Hébron, où les colons sont particulièrement agressifs et violents, en plein cœur de la ville, les Palestiniens ont aussi fermé boutique pour brandir haut dans le ciel leur drapeau national. Et à Ramallah, ils étaient des milliers, des jeunes surtout, qui avaient remis – ce qu’on voyait moins ces dernières années – le keffieh noir et blanc que portait en permanence Yasser Arafat, au point d’en devenir un étendard.

Ce qui s’est passé mardi n’est pas anecdotique. Il faut y ajouter Gaza, où les pages Facebook, Instagram, Twitter et autres ont aussi résonné de cette action commune. Au-delà des bombardements, des grenades assourdissantes, des confessions, de la gouvernance (Hamas à Gaza, Autorité palestinienne en Cisjordanie, force d’occupation à Jérusalem-Est ou gouvernement colonisateur en Israël), les Palestiniens se sont rejoints.

Comme « une “Nakba continue” »

Tel « un retour à l’histoire, à une histoire commune de la Nakba », ainsi que l’écrit Stéphanie Latte Abdallah (1). Comme « une “Nakba continue” qui est ainsi à l’œuvre des deux côtés de la “ligne verte” (tracé de l’armistice de 1949 – NDLR) et unifie un territoire politique et mémoriel fragmenté par l’histoire, la colonisation israélienne et les divisions intrapalestiniennes ». (1) Dans un même élan, les Palestiniens entendent mettre fin à cette phase de l’histoire qui les a dépossédés.

« Il est important de s’élever en tant qu’un seul et d’essayer de transcender la fragmentation forcée imposée aux Palestiniens par Israël », explique Salem Barahmeh, directeur exécutif de l’Institut de Palestine pour la diplomatie publique. Pour lui, les Palestiniens dans les rues et les médias sociaux secouent « le discours dominant et incontesté d’Israël », l’exposant comme le « régime d’apartheid qu’il est ». Ce qui fait écho au rapport de l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch publié fin avril et que son directeur exécutif, Kenneth Roth, commentait ainsi : « Depuis des années, des voix éminentes ont averti du risque d’apartheid si la domination d’Israël sur les Palestiniens se poursuivait. Cette étude détaillée révèle que les autorités israéliennes ont déjà franchi ce seuil et commettent aujourd’hui les crimes contre l’humanité d’apartheid et de persécution. »

Ce qui se passe secoue également la société israélienne, c’est-à-dire les juifs d’Israël. « Et maintenant, comme les mouvements féministes et la protestation noire aux États-Unis, le temps est venu pour les femmes et les hommes arabes en Israël de nous forcer à les entendre et à les voir briser le plafond de verre écrasant leurs aspirations – un plafond qui pour nous est vraiment transparent », écrit la journaliste Noa Landau, dans un éditorial du Haaretz. Elle poursuit : « Quiconque essaie d’écouter vraiment entendra, parce que la vérité éclate de toutes les fissures et les brèches dans les rues et nos cœurs. »

Washington n’entend rien

Tout le monde n’entend visiblement pas. Alors qu’au Conseil de sécurité de l’ONU les États-Unis bloquent toute résolution visant à faire cesser les bombardements (plus de 220 morts à Gaza et 12 en Israël), Joe Biden évoque un « cessez-le-feu » tout en laissant Netanyahou permettre à son armée de se déchaîner. Et ce malgré un arrêt de tout tir de roquettes en provenance de la bande de Gaza pendant six heures. Une tentative palestinienne brisée dans l’œuf par la force israélienne. Dans le même temps, Washington annonçait de nouvelles ventes d’armes à Israël pour un montant de 735 millions de dollars. Voilà pourtant le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, présentant, depuis l’Islande, ses comptes d’apothicaire : « Israël a, je pense, d’après le dernier décompte, lancé environ 2 000 attaques contre des cibles terroristes à Gaza. Il y a eu plus de 3 000 roquettes lancées par le Hamas depuis Gaza vers Israël. » Un déséquilibre évident à ses yeux au détriment d’Israël. Mais, la main sur le cœur, il prétend : « Nous voulons voir la possibilité de se concentrer sur l’amélioration des conditions de vie et l’amélioration matérielle de la vie des Palestiniens. Les gens doivent avoir l’espoir d’un avenir meilleur, et nous devons tous y travailler. » Sans parler ni de colonisation ni d’occupation. Malgré les espoirs, la nouvelle administration américaine n’essaie pas d’écouter et donc n’entend pas.

Mardi, en Cisjordanie, à Gaza, à Jérusalem-Est et en Israël, il s’est pourtant passé quelque chose dont l’ampleur et les conséquences pourraient bien surprendre.

 

(1) La Toile carcérale. Une histoire de l’enfermement en Palestine. Stéphanie Latte Abdallah, Bayard, 496 pages, 31,90 euros.


 

publié le 18 mai 2021

Aujourd’hui en Palestine : des bombes, une grève générale, et un rassemblement de soutien à Montpellier

Sur le site lepoing.net

 

Après la grande manifestation du 15 mai, un nouveau rassemblement de soutien à la Palestine a eu lieu ce mardi 18 mai devant la préfecture de Montpellier. Plus d’une centaine de personnes, des associations (AFPS, BDS…), organisations et syndicats. Le Poing fait avec vous à cette occasion un retour sur cette nouvelle journée de souffrances palestiniennes.

Aujourd’hui les Palestiniens de Jérusalem et de toute la Palestine historique observent une grèvegénérale pour protester contre les massacres perpétrés par Israël à Gaza, la répression coloniale et d’apartheid et le nettoyage ethnique contre les communautés palestiniennes partout dans le monde.

Aujourd’hui le bilan se monte à 222 morts à Gaza dont 67 enfants.

Aujourd’hui l’ONG Care déclare : «  L’urgence à Gaza ce n’est plus le Covid, la seule clinique faisant les tests a été bombardée, l’urgence c’est comment rester vivant… »

Aujourd’hui Netanyaohu a déclaré «  Nous continuerons de bombarder pour ramener le calme…. »

Aujourd’hui le bureau du BDS en Palestine déclare : « Dans le cadre de la guerre qu’elle mène actuellement contre les deux millions de Palestiniens de la bande de Gaza occupée et assiégée, l’armée de l’air israélienne a détruit, le 15 mai 2021, un « immeuble de 11 étages situé dans la ville de Gaza et abritant une soixantaine d’appartements résidentiels et un certain nombre de bureaux, dont ceux d’Al Jazeera Media Network et de l’Associated Press », après avoir averti ses habitants pendant une heure qu’ils devaient l’évacuer. 

Les responsables militaires israéliens ont affirmé que des responsables de la résistance palestinienne avaient pris des bureaux dans ce bâtiment, une affirmation de propagande réfutée par AP.

Indépendamment du discours d’Israël et du fait que les attaques d’Israël contre les journalistes sont routinières et systématiques, cette dernière attaque israélienne à Gaza, comme beaucoup d’autres, constitue une punition collective, un crime de guerre en vertu du droit international. La couverture par les médias principaux de l’assaut israélien contre Gaza jusqu’à ce jour porte une part de responsabilité dans la réalisation de ce crime…

Aujourd’hui comment nous citoyen(ne)s du monde et de France pouvons-nous agir pour que la France et l’Europe prennent des sanctions contre l’état d’ISRAEL, État criminel et mettent fin à leur coopération militaire et sécuritaire ?

En participant à toutes les prochaines initiatives qui iront dans ce sens…..


 

publié le 18 mai 2021

Quand l’extrême droite renoue avec l’attaque des mouvements sociaux

 

La rédaction du site rapportsdeforce.fr


 

L’extrême droite se sent-elle pousser des ailes ? L’ambiance du moment lui donne-t-elle des idées ? En tout cas, deux théâtres occupés par des intermittents du spectacle luttant pour l’abandon de la réforme du chômage ont été pris pour cible dans le week-end. Le premier à Orléans, le second à Clermont-Ferrand.

Dans la nuit de samedi à dimanche, cinq à six individus ont fait irruption par effraction dans le théâtre d’Orléans et agressé le vigile du lieu à coups de poings, expliquent les occupants du théâtre dans un communiqué publié dimanche. L’altercation qui a suivi a mis en fuite les agresseurs, mais envoyé trois des occupants aux urgences pour des blessures légères. Sans nommer explicitement l’extrême droite, le communiqué de presse condamne « ces méthodes fascisantes » et considère que leurs origines « ne font aucun doute ». Dans un autre communiqué, SUD Éducation Loiret rappelle de son côté que ce jour-là se tenait dans la ville un rassemblement d’extrême droite, en hommage à Jeanne d’Arc.

À Clermont-Ferrand, où l’extrême droite s’était aussi regroupée samedi pour rendre hommage à Jeanne d’Arc, un petit groupe a tenté sa chance dans la soirée à la Comédie, le théâtre occupé. Trouvant porte close – les occupants s’étant enfermés à l’intérieur – les nervis d’extrême droite se sont rabattus sur les banderoles déployées sur la scène nationale clermontoise. Pas de blessés ici, mais un signal envoyé : celui de mouvements sociaux sous la menace d’attaques de groupes violents d’extrême droite. Avec une réplique dès le lendemain, à la fin de la marche pour le climat, où un militant antifasciste a été molesté par plusieurs personnes.

Le tout, dans un contexte troublant, après l’agression subie par la CGT à la fin de la manifestation parisienne du 1er mai. Si toute la lumière n’a pas été faite sur cet événement, ce jour-là, bien loin de la capitale, des militants d’extrême droite sont également venus rôder aux abords du défilé montpelliérain du 1er mai. Quelques coups ont été distribués à des syndicalistes étudiants et des drapeaux dérobés, avant que les assaillants ne s’éclipsent. Des attaques contre les mobilisations sociales à mettre en parallèle avec d’autres.

Le 24 avril à Lyon, une grosse cinquantaine de militants d’extrême droite ont lancé une razzia contre une manifestation pour la fierté lesbienne, organisée par des collectifs féministes. Juste un mois après une autre agression, cette fois dirigée contre la librairie La Plume noire qui accueillait une distribution de nourriture. Là encore, une cinquantaine de militants d’extrême droite lyonnais étaient impliqués. Trait commun à toutes ces attaques : des mouvements sociaux pris pour cible. Comme il y a trois ans, lors de l’attaque de la fac de droit de Montpellier par un commando cagoulé, pendant le mouvement étudiant contre la sélection à l’université, pour laquelle sept personnes seront jugées les 20 et 21 mai prochain


 

publié le 17 mai 2021

Oui, les Français veulent des mesures sociales !

 

Cédric Clérin sur le cite www.humanite.fr

Le sondage réalisé par l'Ifop pour l'Humanité révèle que les Français, dans leur immense majorité, attendent des propositions sociales fortes pour la prochaine présidentielle. Saura-t-on s’en saisir à gauche ? EXCLUSIF

Si on considère le climat ambiant, cela s’apparenterait presque à un scoop. À désormais moins d’un an de l’élection présidentielle et alors que le débat a déjà débuté (a-t-il jamais cessé ?), les préoccupations sociales du pays sont comme le feu qui couve sous la cendre.

Notre sondage le révèle : que ce soit l’augmentation du Smic, l’investissement dans les services publics, le contrôle de la finance et des entreprises ou encore la justice fiscale, les Français sont pour voir figurer des mesures fortes dans les programmes présidentiels. Ce n’est pas tout à fait nouveau en réalité, mais le climat politique actuel a réussi à faire passer ses aspirations au second plan. La crise sanitaire est aussi passée par là.

Les Français disent stop !

L’idée même que les moyens n’existent pas pour mener d’autres politiques est battue en brèche. L’argent débloqué par milliards pour faire face à la pandémie, partout dans le monde, démonte la fable libérale qu’il n’y a pas d’alternative. Cela se traduit concrètement dans les aspirations des citoyens : d’abord, le besoin de services publics. Là où l’austérité libérale et la part du privé ne cessaient de progresser, les Français disent stop.

Ensuite, le pouvoir d’achat. On nous répète qu’on ne peut pas augmenter les salaires en général et le Smic en particulier, pourtant l’idée ne passe pas. C’est tout un système de pensée qu’on voudrait nous imposer, qui est en fait minoritaire dans notre pays : la théorie du ruissellement, ou l’idée selon laquelle aider les riches permettrait d’aider tout le monde. Le niveau d’approbation des mesures visant à taxer les revenus financiers, contrôler les aides publiques et rétablir l’ISF démontre que les Français n’y croient pas. C’est la matrice du macronisme qui est en échec.

L’approbation des mesures que nous avons testées montre qu’il y a un espace important pour les idées visant le contrôle de la finance, la justice fiscale et la revalorisation des salaires… Bref, des idées de gauche. Ces mesures ne constituent pas un projet en elles-mêmes, mais elles indiquent une direction : vers plus de justice sociale et de contrôle démocratique de l’économie.

Un gouffre entre les aspirations et les intentions de vote

Elles sont largement approuvées, mais ni le président en exercice, ni l’extrême droite qui voudrait s’imposer comme seule offre nouvelle, ni la droite ne proposent de prendre ce chemin. On notera que, pourtant, les mesures sont approuvées jusque dans chacun de ces électorats.

C’est la cendre d’un débat idéologique dominé par la droite qui couvre le feu social. L’espace politique et médiatique est, à dessein, trusté par ses sujets préférés : sécurité, immigration, terrorisme. Entre Macron, LR et RN, tout le monde s’entend pour mettre ces thèmes en avant. Mais, on le voit, d’autres sujets intéressent les citoyens. C’est un point d’appui décisif pour reconquérir notamment les classes populaires. Le gouffre est en effet saisissant entre les aspirations des Français et les intentions de vote à gauche. Voilà la contradiction que les acteurs de cette campagne vont devoir résoudre pour déjouer le scénario du pire. 

 

 

 

 

 

Sondage exclusif. Ce qui préoccupe réellement les Français

Par Diego Chauvet toujours sur le site www.humanite.fr

 

Quand on leur pose la question, le résulat est sans appel. La plupart des Français souhaite une amélioration de leurs services publics et de leur pouvoir d’achat. Décryptage de notre sondage réalisé avec l’Ifop.

À force d’écouter les polémiques qui alimentent le débat public, on serait tenté de croire que les sujets sécuritaires préoccupent les Français du matin au soir au moindre quart d’heure de cerveau disponible. Le résultat de notre sondage réalisé par l’Ifop montre une réalité bien différente. À l’heure de la crise sanitaire, dans une économie en récession historique, les Français semblent avoir autre chose à penser que l’« islamo-gauchisme » et autres « séparatismes », imposés par le brouhaha médiatique. L’enquête réalisée par l’Ifop pour « l’Humanité Dimanche » en apporte une démonstration implacable : il existe d’autres sujets beaucoup plus consensuels qui préoccupent la société française, à partir du moment où ils sont mis sur la table.

Le directeur général de l’Ifop, Frédéric Dabi, se dit d’ailleurs « frappé par le décalage entre les sujets dominants de ce début de campagne et les préoccupations exprimées dans cette enquête ». Pour le politologue, les services publics et le pouvoir d’achat sont « deux thèmes qui sont présents à bas bruit dans le débat médiatique mais qui pourraient devenir très importants ».

 

L’ADHÉSION AUX DIFFÉRENTES MESURES
Question : Pour chacune des mesures suivantes qui pourraient être proposées par un candidat à l’élection présidentielle, y êtes-vous favorable ou opposé ?

Tous bords confondus

En effet, notre enquête révèle de très larges consensus sur des thématiques économiques et sociales, et des priorités qui devraient interpeller le monde politique, tout particulièrement à gauche. 93 % des sondés sont ainsi favorables à l’instauration d’un « grand plan de réinvestissement dans les services publics, en particulier la santé ». C’est un souhait qui transcende toutes les appartenances politiques : 95 % des sympathisants de gauche, 96 % de ceux de la majorité présidentielle, 99 % et 94 % pour ceux de la droite et du RN. La baisse de la TVA sur les produits de la vie rencontre également un franc succès, avec 92 % des sondés favorables. Là encore, les clivages politiques ne pèsent pas lourd, de 91 % en faveur de cette mesure chez les sympathisants de gauche à 89 % au plus bas chez ceux qui se réclament proches de la majorité présidentielle.

L’ADHÉSION AUX DIFFÉRENTES MESURES

Source : enquête IFOP pour L'Humanité menée, du 4 au 5 mai 2021, auprès d'un échantillon de 1 110 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Arrive une question a priori un peu plus clivante : faut-il contrôler l’utilisation des aides aux entreprises et les réorienter vers les PME et les TPE ? 91 % des sondés y sont favorables. Les moins enthousiastes se disent « sans sympathie partisane », mais ils sont tout de même 86 % à plébisciter cette mesure sur les aides publiques aux entreprises. Taxer les dividendes des actionnaires des grandes entreprises récolte l’approbation de 85 % des sondés, alors que même les sympathisants de la droite s’y déclarent favorables à 76 % (83 % du côté des macronistes et 91 % pour la gauche). 81 % des personnes interrogées dans cette enquête se prononcent également en faveur d’une augmentation du Smic de 250 euros brut, soit 200 euros net. Près de trois électeurs de droite sur quatre (73 %) y sont également favorables, contre 67 % du côté de la majorité présidentielle, 90 % pour la gauche (dont 91 % pour les sympathisants du PCF et de la France insoumise), et 84 % pour les proches du RN.

C’est le rétablissement de l’ISF qui est le plus timidement plébiscité et, c’est donc très relatif, ne récolte l’approbation « que » de 78 % des sondés. Et là encore, c’est la droite qui crée la surprise avec des sympathisants favorables à l’impôt sur la fortune pour 67 % d’entre eux. Les macronistes cèdent en revanche du terrain en passant sous la barre des 50 %, avec 49 % d’avis favorables… Les sympathisants du RN, ceux du PCF et de la France insoumise accueillent cette idée favorablement à 87 %.

LA PRIORITÉ DE MISE EN OEUVRE
Question : Et pour chacune des mesures suivantes, pensez-vousque leur mise en oeuvre après l’élection présidentielle soit tout à faitprioritaire, importante mais pas prioritaire ou secondaire ?

Le discours antifonctionnaire ne fait plus recette

Le deuxième volet de notre enquête priorise également ces mesures soumises aux sondés. Comme nous l’indique Frédéric Dabi, ce sont bien les services publics et le pouvoir d’achat qui sont prioritaires. En tête, l’instauration d’un grand plan de réinvestissement dans les services publics et notamment la santé, à 72 % qui le considèrent « tout à fait prioritaire ». C’est le cas pour 80 % des sympathisants de gauche. Mais la droite et les marcheurs (73 % et 72 %) font presque jeu égal avec les sympathisants PCF et FI à 75 %. Cette priorité numéro 1 indique clairement, selon Frédéric Dabi, que « le plan de relance doit être drainé sur les services publics ». Sa popularité au sein de l’électorat de la droite indique également que les discours ciblant les fonctionnaires ont perdu de leur effet. « Même les gens de droite se rendent compte que le discours selon lequel il y aurait trop de fonctionnaires n’est pas efficient pour eux. »

Viennent ensuite deux mesures concernant directement le pouvoir d’achat : la baisse de la TVA, tout à fait prioritaire pour 63 % des sondés, et l’augmentation du Smic, pour 52 % d’entre eux. Pour cette dernière, les clivages réapparaissent davantage, avec 62 % de sympathisants de gauche pour qui il s’agit d’une priorité, contre 38 % à droite et 32 % dans la majorité présidentielle. Au sein de la gauche, ce sont les sympathisants du PCF et de la FI qui l’érigent en plus forte priorité, à 70 % (contre 49 % chez EELV). Avec 60 % de sympathisants qui considèrent que l’augmentation du Smic est tout à fait prioritaire, le RN montre qu’il séduit bel et bien une partie des classes populaires.

La taxation des actionnaires et des dividendes reste tout à fait prioritaire pour une majorité de sondés, à 51 %. En revanche, le rétablissement de l’ISF et le contrôle des aides publiques aux entreprises sont moins prioritaires, à respectivement 48 % et 45 % des personnes interrogées dans notre enquête. Frédéric Dabi note toutefois que peu de sondés les jugent « secondaires » : 24 % pour l’ISF, 11 % pour le contrôle des aides publiques. Ils sont 28 % à considérer comme « importantes mais pas prioritaires » la mesure concernant l’ISF et 44 % celle se rapportant au contrôle des aides publiques aux entreprises.

« une offre qui tend les bras à la gauche »

Pour le directeur général de l’Ifop, cette enquête interpelle donc prioritairement la gauche. « Il s’agit d’une offre programmatique qui lui tend les bras », estime le politologue, qui évoque même un « cahier des charges pour les candidats de gauche ». Et d’ajouter : « Ces mesures sont un moyen de mobiliser le peuple de gauche. » À condition qu’elle parvienne à les imposer dans le débat public… « C’est l’agenda médiatique qui dicte sa loi », reconnaît Frédéric Dabi. « Mais lorsque la gauche parle de mécanique électorale, sur l’union ou pas, on l’entend moins. La focalisation des débats sur les questions de race, de racialisme, de réunions non mixtes, ça peut intéresser, mais c’est tellement loin des préoccupations des Français que ça rend la gauche peu audible », estime encore le directeur général de l’Ifop. Dans une précédente enquête de l’institut pour le « JDD », les sondés plaçaient en tête les questions sanitaires et d’éducation de leurs enfants en tête de leurs préoccupations, devant les questions sécuritaires. La question sociale pourrait-elle revenir au centre de la campagne de la présidentielle.


 

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publié le 17 mai 2021

Grève à la Fonderie de Bretagne : malgré des milliards d’euros d’aides publiques, Renault roule ses salariés

par Guy Pichard sur la site www.bastamag.net


 

Depuis plus de deux semaines, la Fonderie de Bretagne, propriété de Renault est à l’arrêt. Les employés usent du blocage pour protester contre la mise en vente du site et l’absence de dialogue avec leur direction, et s’interrogent sur l’attitude du constructeur.

« Nous les avons questionnés sur notre sort et ils n’ont pas daigné nous répondre », explique Christophe, salarié depuis une trentaine d’années à la Fonderie de Bretagne de Caudan (Morbihan), et gréviste depuis le 27 avril. Sept membres de la direction de l’usine, qui fabrique des pièces pour les châssis, les moteurs ou les boîtes de vitesse de véhicules Renault, sont alors retenus sur le site par des salariés inquiets. « On les a alors seulement bloqués ! Ils ont été retenus jusqu’à 22 heures, pas séquestrés comme on a pu le lire... », rétablit l’ouvrier sur le parking du site. Depuis ce jour, plus d’une centaine de salariés se relaient quotidiennement pour occuper la fonderie, avec un roulement bien précis. « Personnellement, j’occupe tous les jours l’entreprise. Il y a trois groupes qui se relaient : le matin de 6 à 14 heures, puis de 14 à 22 et enfin de 22 à 6, ce sont les 3 x 8 en somme !  », détaille Christophe. « Rien ne sortira de la fonderie avant que l’on puisse dialoguer avec la direction », prévient-il.

Dernier bastion d’un savoir-faire et d’une vie ouvrière séculaires dans le pays de Lorient, la Fonderie de Bretagne est l’héritière d’une tradition sidérurgique locale au passé riche. L’usine bretonne a vu son nombre d’employés divisé par trois en une trentaine d’années (340 aujourd’hui). Elle n’est malheureusement pas la seule fonderie actuellement en difficulté. Ainsi, Jinjiang FVM (127 salariés) à Villiers-la-Montagne en Meurthe-et-Moselle a été placée en liquidation le 19 avril. Dimanche 25 avril, dans l’Aveyron, une manifestation a eu lieu pour le maintien de l’emploi à la SAM (357 salariés), en redressement judiciaire depuis fin 2019 et toujours sans repreneur... La liste est encore longue car la France dénombre près de 380 fonderies sur son territoire. Le 3 mai, le ministère de l’Économie annonçait encore un nouveau prêt de 10 millions d’euros à la société Alavance, propriétaire de trois fonderies dans la Vienne et l’Indre.

 

Pourtant l’argent coule à flots pour l’industrie automobile

Une étude sur le secteur de la fonderie automobile en France, datant de mai 2020 et commandée par le gouvernement et la filière automobile (PFA, qui rassemble Renault, Valeo ou Michelin), estime même que dans les dix prochaines années, 40 % des emplois du secteur pourraient être amenés à disparaître... soit environ 5000 postes sur les 13 500 que comptent la filière aujourd’hui ! À Caudan, cela fait un an environ que la situation est confuse, depuis qu’un article du Canard Enchaîné a révélé que le groupe Renault comptait – déjà – se séparer du site, alors même que le constructeur au losange venait de bénéficier d’un prêt de l’État de 5 milliards d’euros et d’une aide à la relance.
De quoi déclencher une première grève et une fronde des élus. Une semaine de négociation suffit alors pour que le sort de la Fonderie de Bretagne soit préservé et qu’une revue stratégique du site soit lancée. Mais un an plus tard, le 11 mars 2021, le couperet tombe : Renault annonce officiellement vouloir rechercher un repreneur.

C’est le grand paradoxe de la situation : l’argent coule à flots pour l’industrie automobile. Outre le prêt accordé à Renault, un plan de 8 milliards d’euros va soutenir le secteur, qui bénéficiera aussi de nouvelles aides prévues par le plan de relance. Un « comité stratégique de la filière automobile » a même été créé, avec un casting de choix affiché fièrement par le gouvernement : quatre ministres, deux patrons de l’industrie et un budget de 50 millions d’euros annoncé le 26 avril, la veille de l’occupation de la Fonderie de Bretagne, dont 20 millions versés par les constructeurs pour aider les employés licenciés à se reconvertir. Si la question des fonderies y est abordée, c’est l’absence de perspectives qui a décidé les employés de celle de Bretagne à relancer unegrève.

 

Renault félicite ses salariés, avant de d’en débarrasser

« Ce n’est pas la première grève à l’usine », explique Marie, qui a travaillé deux ans à la fonderie en intérim. « Je ne suis pas pessimiste pour l’avenir de l’usine car cela fait plusieurs fois que cette situation a lieu. Ce qui est étonnant, c’est qu’encore la semaine dernière, la direction a même congratulé les employés pour avoir battu un record de rendement ! », s’étonne la jeune femme.

Drôle d’ironie à l’intérieur du bâtiment. Certaines salles abritant les machines à l’arrêt sont ornées de panneaux sur lesquels la direction félicite les employés de leurs « records de production » établis quelques semaines avant l’annonce du groupe Renault de se séparer de l’usine ! « Après l’incendie qui avait ravagé notre outil de travail l’année dernière (en 2019, ndlr), Renault s’était engagé à nous donner plus de volume de travail à une condition : que l’on atteigne les objectifs imposés », s’est exclamé Maël Le Goff, secrétaire général de la CGT Fonderie de Bretagne, et figure médiatique de la contestation, lors du rassemblement du 1er mai à Hennebont, ajoutant : « Ces objectifs ont été atteints et dépassés mais ils veulent tout de même partir ! Sommes-nous sur une relation de maître à esclave ? »

Un mot revient sur les lèvres et les pancartes : trahison. « Cette décision de nous vendre nous rappelle à tous de très mauvais souvenirs. Comment Renault peut-il trahir ses salariés, les pouvoirs locaux et la population ? » L’amertume est grande chez les salariés et leurs proches, mais également au sein de la classe politique locale... Une partie d’entre elle avait donné rendez-vous aux salariés ce 1er mai, après le défilé, dans le centre d’Hennebont, au Parc botanique de Kerbihan. Si tous les politiques présents étaient d’accord pour soutenir le maintien de l’usine au sein du groupe Renault, certains avaient la partie plus difficile que d’autres... Jean-Michel Jacques par exemple, seul député LREM à s’être déplacé, a pu globalement dérouler son discours calmement, sauf quand il est tombé dans la caricature. « Les communistes souhaitaient la nationalisation de la fonderie, si vous voulez un régime soviétique c’est votre choix ! », a lâché le député de la majorité présidentielle au milieu de la foule, provoquant de vives réactions.

 

« Nous avons tous l’impression que ce sont les patrons qui décident et les politiques qui suivent »

Malgré le cadre bucolique de la réunion du 1er mai, les quelques élus bretons ont aussi montré des divergences dans leur soutien à l’usine. Un point a cristallisé les désaccords : une clause de confidentialité signée par certains élus de droite. « Quelques semaines après la revue stratégique, nous – élus de l’opposition – avons appris que des élus locaux, comme le président de l’agglomération mais aussi le maire de Caudan, avaient signé une clause de confidentialité », dénonce Damien Girard, candidat EELV malheureux à la mairie de Lorient. « Les documents qui ont été présentés aux élus n’étaient pas les mêmes que ceux présentés au syndicat, il y avait eu deux réunions différentes à deux moments ! À partir de là, il était clair que Renault menait en bateau les salariés de l’entreprise », détaille l’écologiste. Malheureusement, ces manœuvres politiciennes n’ont fait que renforcer le constat amer partagé par bon nombre de grévistes sur place : l’inégal rapport de force entre la classe politique et le patronat.

« Les politiques locaux soutiennent par la parole mais cela manque d’actes », regrette Marie, dont le mari travaille toujours à la fonderie. « Aujourd’hui nous avons tous l’impression que ce sont les patrons qui décident et les politiques qui suivent. Renault a pourtant bénéficié de milliards de subvention de la part de l’État ! », poursuit la jeune femme. En effet, depuis 2009, plus de 8 millions d’euros ont été injectés dans l’usine par l’État, la région Bretagne et Lorient-Agglomération. L’enjeu est de taille, car avec ses 350 salariés (et 1000 emplois indirects), la Fonderie de Bretagne est un outil industriel capital dans cette partie de la Bretagne.

 

« Nous aurons tous toujours besoin de fabriquer des voitures dans des conditions écologiques et sociales les meilleures possibles »

La deuxième semaine de grève étant bien entamée, ses premières conséquences se sont fait ressentir chez Renault... Ainsi, le 3 mai, Maël Le Goff annonçait qu’à l’usine du Mans, la ligne de production de la Zoé – la voiture électrique du constructeur – était stoppée, faute de pièces livrées par la fonderie. En effet, l’usine, qui fabrique notamment des bras de suspension et des différentiels de boîtes de vitesse, équipe aussi les voitures électriques de Renault, et l’affiche fièrement. Le modèle Zoé est brandie sur les pancartes de contestation, comme pour tordre le cou aux arguments qui feraient passer la fonderie comme obsolète. « C’est aussi l’enjeu de cette mobilisation », explique Dominique, présent dès le premier jour de la grève.

« Nous voulons faire comprendre à la population que nous fabriquons des pièces pour les voitures électriques. Il n’y a plus de fonte ici. Renault va juste délocaliser ailleurs pour engendrer plus de bénéfices ! » continue l’ouvrier. Espagne, Turquie ou encore Maroc, les pays visés semblent promettre toujours plus de travail à coût réduit, quitte à polluer davantage, que ce soit en termes de transport des marchandises ou via les équipements de fabrication. « Malgré la transition écologique, la France doit pouvoir conserver ce type d’usine », commente l’écologiste Damien Girard. « Nous aurons tous toujours besoin de fabriquer des voitures mais nous devons essayer de les fabriquer en France, dans des conditions écologiques et sociales les meilleures possibles », ajoute-t-il.

Cette nouvelle lutte pour la survie s’annonce délicate pour les ouvriers de la Fonderie de Bretagne, et le soutien de la population locale (une cagnotte en ligne existe d’ailleurs) ne sera pas de trop pour exiger du groupe Renault qu’il tienne ses promesses. « Renault pensait éteindre un foyer de perte comptable, ils attisent un foyer de colère nuisible à leur image », a clamé Maël Le Goff à la foule.

Guy Pichard

 

 

 

 

Industrie. L’ex-Joint français délocalisé

Gérard Le Puill sur le site www.humanite.fr


 

Depuis le 30 avril, les salariés de PPG Sealants occupent l’usine, à Bezons (Val-d’Oise). La direction américaine veut transférer la fabrication en Espagne et en Angleterre.

C’est une firme américaine dont le nom est PPG Sealants Europe. Elle veut fermer son usine sur la zone d’activité de Bezons, dans le Val-d’Oise. Pendant longtemps, le nom de cette entreprise était le Joint français. Bien plus tard, elle fut rachetée par Hutchinson, qui, en 2015, l’a revendue à PPG Sealants Europe. Ce nouveau patron a annoncé au début de l’automne vouloir fermer le site. L’usine fait travailler 208 personnes et produit du mastic pour l’industrie automobile et pour les avionneurs. Ses deux principaux clients sont Dassault et Airbus. Sa production est rentable, mais la direction estime qu’elle le deviendrait davantage en transférant en Espagne sa confection de mastic vendue aux firmes automobiles, ainsi qu’en fabriquant au Royaume-Uni celui qu’elle fournit aux constructeurs d’avions.

Alors que la direction entendait fermer le site avant l’été prochain, les travailleurs se sont mis en grève avec occupation de l’entreprise depuis le 30 avril, à l’initiative de la CGT et de la CFTC. Ici, le salaire brut moyen est de 1 700 euros en comptant les primes d’équipe et l’ancienneté. La moyenne d’âge des salariés se situe autour de 45 ans, mais 25 % d’entre eux ont 55 ans et plus. Une cellule de reclassement était promise au moment de l’annonce du projet de fermeture. Cela semblait convenir au ministère du Travail d’Élisabeth Borne. Mais, alors que la date annoncée pour la fermeture était prévue pour juin 2021, aucune politique de reclassement n’a été mise en route jusqu’à présent.

Le plan de licenciements refusé

La direction régionale et interdépartementale de l’économie, du travail, de l’emploi et des solidarités est donc intervenue en avril, refusant le plan de sauvegarde de l’emploi. L’autorité administrative mettait notamment en lumière l’information incomplète délivrée aux salariés quant aux risques psychosociaux de la cessation d’activité.

À Bezons, la militante CGT et son collègue CFTC que nous avons rencontrés ensemble nous ont fait part de leur indignation et du sentiment de révolte partagé par les 208 salariés. Tous refusent d’être traités comme des objets jetables après avoir été exploités des années durant. Mais les deux syndicalistes ont également souhaité qu’on ne publie pas leur nom dans la presse, afin de ne pas compromettre leurs chances de retrouver un travail. Pour l’heure, heureux d’avoir obtenu le blocage des licenciements jusqu’en septembre, délai pour que la direction revoie son plan social, ils espèrent obtenir un meilleur PSE, combinant des indemnités de départ plus favorables, des soutiens financiers pour les travailleurs proches de faire valoir leurs droits à la retraite, ainsi qu’un dispositif d’accompagnement vers l’emploi plus affûté.

La profonde injustice que subissent actuellement les salariés de PPG Sealants, guette aussi des dizaines de milliers d’autres hommes et femmes dans une multitude d’usines en France. D’Emmanuel Macron à Bruno Le Maire, les leçons à tirer de la pandémie pouvant aller jusqu’à des relocalisations industrielles ne durent que le temps d’un discours, tandis que le bilan carbone des délocalisations vient s’ajouter au bilan économique et social désastreux des politiques patronales. La part de l’industrie dans le produit intérieur brut de la France ne représente plus que 12 %, contre 23 % en l’Allemagne.



 

publié le 17 mai 2021

Le CAC40 s’apprête à verser 51 milliards d’euros à ses actionnaires malgré la poursuite de la pandémie

par Maxime Combes, Olivier Petitjean sur le site www.bastamag.net

Gros actionnaires et fonds d’investissement vont bénéficier d’un dividende record, en pleine pandémie. L’Observatoire des multinationales lance la campagne “Allô Bercy ?” pour que les aides publiques aux entreprises soient enfin soumises à condition.

 

« Vous avez besoin d’argent, je vous en donne »

Prêts garantis, chômage partiel, fonds de soutien, aide au financement sur les marchés, reports de charge, apports en capital, plan de relance… Depuis le début de la pandémie de Covid-19, les aides publiques ruissellent sans limite sur le secteur privé ! « C’est dans ces moments de crise qu’il faut profiter de l’argent de l’État, croyez moi ce n’est pas tous les jours que vous verrez un ministre des Finances vous dire : vous avez besoin d’argent, je vous en donne ! » s’enflammait Bruno Le Maire devant un parterre d’entrepreneurs en octobre 2020.


 

Les étudiant.e.s font la queue devant les banques alimentaires, les soignant.e.s sont épuisé.e.s par un système hospitalier asphyxié, les caissières et toutes les autres premières de corvée attendent toujours d’être revalorisées, les services publics s’étiolent par manque de moyens, le monde de la culture dépérit, les petites entreprises et le secteur non lucratif souffrent, tout comme l’essentiel des salariés, tandis que les pauvres s’appauvrissent et les précaires se précarisent. Le CAC40, lui, bat des records de valorisation boursière, va une nouvelle fois verser des dividendes massifs malgré la poursuite de la pandémie, et profite toujours d’un soutien inconditionnel des pouvoirs publics.

Nous l’avions montré dans notre rapport AlloBercy ? Aides publiques : les corona-profiteurs du CAC40 publié en octobre dernier : en 2020, 100 % des multinationales du CAC40 ont touché des aides publiques liées au Covid-19. Y compris les 26 d’entre elles qui ont versé un généreux dividende en 2020. Parmi elles, Carrefour, LVMH, Veolia ou Vinci, ont profité du chômage partiel, payé sur fonds publics, pour rémunérer leurs salariés. En ce printemps 2021, les aides publiques aux entreprises continuent, et les dividendes repartent de plus belle : dans une nouvelle note publiée ce mardi 27 avril, l’Observatoire des multinationales montre que le CAC40 s’apprête à approuver le versement de 51 milliards d’euros à ses actionnaires. Une hausse de 22 % par rapport à l’année dernière, enterrant toutes les promesses de « modération des dividendes » pendant la pandémie de Covid-19.

51 milliards, c’est l’équivalent de l’ensemble des dépenses de personnel annuelles des hôpitaux publics (soit les rémunérations de 960 000 personnes, soignantes et non soignantes) ! 51 milliards, cela équivaut également à construire près de 1300 lycées d’un millier de place. Cela représente aussi un millier de fois le montant du plan d’aide au secteur culturel !

 

La spirale des aides publiques aux entreprises : 65 milliards en 2007, 155 milliards en 2020

Cette inflation galopante d’aides publiques aux entreprises privées n’est pas nouvelle. Elle s’accroît massivement et rapidement. Presque 7 % de croissance par an en moyenne depuis plus de quinze ans, bien plus que la croissance du produit intérieur brut (PIB), des aides sociales ou des salaires. Depuis le début de la crise sanitaire, elle atteint de nouveaux sommets.

Avant la crise de 2008-2009, ces aides ne représentaient « que » 65 milliards d’euros par an [1] puis 110 milliards d’euros par an en 2012 [2]. François Hollande et Emmanuel Macron les ont fait grimper jusqu’à 150 milliards d’euros par an avec le pacte de responsabilité et le CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi). Soit un bond de 230 % en moins de quinze ans : l’équivalent désormais de deux fois le budget de l’Éducation nationale. Et près de cinq fois le montant de l’impôt sur les sociétés (31,5 milliards € en 2019).

Selon la Commission européenne, entre mars et décembre 2020, la France a encore versé plus de 155 milliards d’euros supplémentaires aux entreprises sous prétexte de lutter contre le Covid-19. Ce qui place notre pays au premier rang en Europe.

Suivre à la trace ces milliards d’euros d’argent public est un travail fastidieux et délicat tant la confidentialité des affaires et le secret fiscal sont brandis pour écarter toute transparence : il n’existe aucun suivi précis et public des bénéficiaires, des montants et de ce qui les justifient. Sans transparence et contrôle possible, comment avoir un débat de qualité sur les conditions d’attribution des aides publiques aux grandes entreprises ?

 

Carte blanche pour licencier, polluer et dépouiller le Trésor public ?

Abreuvé d’argent public, le CAC40 est en effet dispensé de rendre des comptes et d’œuvrer en faveur de l’intérêt général. Les suppressions d’emplois s’accumulent dans les secteurs mêmes qui ont été maintenus à flot par les pouvoirs publics. Dans le même temps, ces multinationales restent fortement présentes dans les paradis fiscaux et s’activent pour saper toute velléité, comme celle de la Convention citoyenne pour le climat, de leur imposer une véritable réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre.

Ce constat n’est pas uniquement le nôtre. Un rapport d’information parlementaire sur la conditionnalité de ces aides vient de statuer que « les aides publiques ne sont ni conditionnées à l’interdiction de licencier, ni à l’obligation de rembourser des aides en cas de licenciement », jugeant « immoral que l’usine de Bridgestone à Béthune ait fermé après avoir reçu 1,8 million euros du CICE et 620 000 euros d’aides régionales », et déplorant qu’ « aucune législation ne lui impose de rembourser ces aides ».

Non conditionnées, peu contrôlées, octroyées sans transparence, ces aides publiques au secteur privé – près de 2000 dispositifs différents existent ! – transforment la nature de l’action publique. Derrière ces milliards d’euros d’argent public, parfois présentés comme le « retour de l’État », se pérennise en fait le détournement sans condition des ressources publiques au profit des intérêts privés. L’État-providence a été construit pour prendre en charge collectivement les besoins sociaux et financer les services publics. Il est aujourd’hui détourné de sa fonction pour garantir et sécuriser les intérêts des grands groupes et de leurs actionnaires.

Est-il juste que les gagnants d’une année de pandémie soient le CAC40, et ses actionnaires que sont les grandes familles du capitalisme français – Bettencourt, Arnault, Pinault... – ainsi que les gros fonds d’investissement – Blackrock, Vanguard, et autres Amundi ? Pendant que les uns – le plus grand nombre – assurent le bon fonctionnement de la société, tentent de pallier aux pénuries de moyens, au risque de s’épuiser, une infime minorité s’engraisse, quoi qu’il en coûte. Au dévouement et à l’esprit de sacrifice des soignant.e.s et premières de cordée répondent les appétits grossiers des multinationales et de leurs actionnaires : nul ne devrait pourtant être autorisé à édifier sa fortune et son pouvoir sur le cataclysme de la pandémie.

 

Une campagne de financement participatif pour faire la transparence sur les aides publiques et ouvrir le débat de leurs contreparties

Alors que les gouvernements successifs ne cessent de mettre en exergue les devoirs du chômeur, du bénéficiaire des minimas sociaux ou des aides de la CAF, pour quels motifs sérieux les multinationales seraient-elles dispensées de devoir satisfaire des conditions d’intérêt général dans l’usage des aides publiques qui leur sont octroyées ? Pourquoi ne devraient-elles pas rendre des comptes en matière d’emploi et de conditions de travail ? Pourquoi n’ont-elles pas obligation d’investir dans la décarbonation de leurs processus de production ? Pourquoi ne devraient-elles pas quitter les paradis fiscaux pour avoir accès aux aides publiques ? Ces propositions ont été systématiquement rejetées par le gouvernement et sa majorité parlementaire. Le nécessaire débat sur la conditionnalité des aides publiques doit pourtant se tenir. Il en va de notre capacité collective à décider de notre avenir commun sans se le laisser dicter par les acteurs privés.

Depuis le printemps 2020, l’Observatoire des multinationales est mobilisé pour traquer les profiteurs de la crise sanitaire et informer sur les pratiques du CAC40. Le rapport Allô Bercy ?, publié en octobre 2020, dressait un bilan sans appel de cette première année sous le signe du Covid-19. Nous nous proposons aujourd’hui de poursuivre ce travail et de le porter à une nouvelle échelle : compléter notre travail d’enquête d’une campagne citoyenne, en lien avec nos partenaires associatifs et syndicaux, visant à forcer le pouvoir exécutif et les entreprises à rendre des comptes.

À cette fin, l’Observatoire des multinationales lance une campagne de financement participatif sur la plateforme Kisskissbankbank. Avec votre aide, nous pourrons : 
 Traquer les corona-profiteurs qui bénéficient d’aides publiques sans rien changer à leurs pratiques abusives.
 Nous battre pour la transparence de toutes les aides publiques et pour de vraies contreparties.
 Mettre en lumière les stratégies de lobbying des grands groupes pour s’accaparer le soutien inconditionnel des pouvoirs publics, au détriment de ceux qui méritent vraiment d’être soutenus.
 Publier une première série d’enquêtes fin mai 2021.

Si nous atteignons nos objectifs les plus ambitieux, nous pourrons mener ce travail de fond jusqu’aux élections de 2022, en élaborant et en portant auprès des candidats des propositions concrètes pour mettre fin à cette spirale infernale.


 

publié le 17 mai 2021

 

 

Tribune -

 

« La réforme de l’assurance-chomage

 

est injuste, absurde et indécente »

 

 

Des responsables associatifs et syndicaux, dont Philippe Martinez pour la CGT ont publié une tribune au « Monde » le 12 mai 2021 pour dénoncer la relance par gouvernemental du projet de réforme de l’assurance-chômage

 

Nous, associations et organisations syndicales de salariés, avions vigoureusement réagi contre la réforme de l’assurance-chômage, lorsqu’elle avait été annoncée en juin 2019 par le gouvernement. Du fait de la crise sanitaire, certains points de cette réforme avaient été opportunément mis en sommeil et les plus optimistes d’entre nous pouvaient les croire abandonnés. Le gouvernement vient pourtant d’annoncer sa mise en œuvre au 1er juillet 2021.

Cette entrée en vigueur, alors même que la crise sanitaire est loin d’être terminée et que ses conséquences sociales, déjà lourdes, ne vont aller qu’en s’accentuant, est à la fois injuste, absurde et indécente.

Injuste, parce qu’elle va frapper des personnes déjà fragilisées, qui comptent parmi celles qui ont été les plus touchées par la crise sanitaire et sociale. Selon les chiffres de l’Unédic, dès le 1er juillet 2021, 1,15 million de personnes vont voir leurs droits baisser drastiquement, en moyenne de 17 %, et jusqu’à 40 % pour les 400 000 les plus précaires. Les plus touchés seront justement celles et ceux qui ont des contrats courts ou espacés.

A une date encore non précisée, d’autres mesures devraient durcir l’accès aux droits, notamment par un relèvement du seuil d’accès à l’indemnisation, en exigeant une période de six mois travaillés, contre quatre aujourd’hui. Là encore, les plus touchés seront les travailleurs précaires, en particulier les jeunes de moins de 26 ans.

Absurde, notamment parce qu’elle intervient au pire moment. Les analyses du conseil scientifique du Conseil national de lutte contre l’exclusion sont éloquentes : elles montrent, d’une part, que les personnes les plus pauvres − notamment les personnes au chômage − ont été les plus durement touchées par les conséquences sociales de la crise sanitaire ; d’autre part, que de multiples couches de la société ont basculé ou vont basculer dans la pauvreté, la crise agissant comme un « descenseur social » ; enfin, que la force de notre système de protection sociale a évité une catastrophe pire encore.

Et c’est à ce moment, alors que nous sommes encore au cœur de la troisième vague de l’épidémie, que le gouvernement va, par son action même, accentuer les effets de la crise et faire plonger dans la pauvreté des personnes qui auraient pu rester la tête hors de l’eau si l’on avait maintenu le dispositif d’assurance-chômage.

Processus de stigmatisation

Indécente, enfin. Avant même la crise sanitaire, le pouvoir d’achat des ménages les plus pauvres avait déjà diminué, du fait notamment du gel des allocations-logement, des prestations familiales et du RSA ; les inégalités sociales s’étaient sensiblement creusées. La crise a accentué ce phénomène, les ménages les plus aisés pouvant épargner, quand les 10 % les plus pauvres ont dû le plus souvent s’endetter.

Si le gouvernement ne renonce pas à mettre en œuvre sa réforme de l’assurance-chômage, l’une des dernières réformes du quinquennat s’attaquera donc aux travailleurs précaires, en réduisant leurs droits et en fragilisant leur situation sociale. Alors qu’en parallèle, le pouvoir d’achat des plus riches n’aura cessé d’augmenter, du fait notamment des politiques fiscales ou sociales du gouvernement. Nous sommes loin de la justice sociale la plus élémentaire.

Cette réforme s’inscrit enfin dans un processus de stigmatisation des chômeurs, qui ne correspond à aucune réalité. Quiconque a vécu des périodes de chômage a senti son stress monter devant l’absence de réponse aux multiples candidatures, les entretiens décourageants, les sanctions injustifiées pour ne pas avoir pu prouver ces recherches infructueuses. Quiconque a vécu des périodes de chômage a vu arriver avec angoisse la fin de droits, avec le sentiment que la société vous considère comme inutile et qu’une partie de l’opinion vous soupçonne de tricher… au moment même où vous perdez vos dernières ressources.

Loin de l’intérêt des populations, le gouvernement peut-il s’obstiner à poursuivre une telle réforme, motivée essentiellement par des considérations financières et qui rencontre une opposition unanime des organisations syndicales comme du monde associatif, une réforme qui n’avait déjà aucun sens avant la crise sanitaire et qui, dans le contexte actuel, en devient encore plus injuste et absurde ?

 

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT ; Annick Berthier, présidente d’Emmaüs France ; Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité ; Christophe Devys, président du collectif Alerte ; Patrick Doutreligne, président de l’Uniopss (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux) ; Véronique Fayet, présidente du Secours catholique ; Marie- Aleth Grard, présidente d’ATD Quart Monde ; Paul Israël, président du CCSC-Vaincre le chômage ; Gilles de Labarre, président de Solidarités nouvelles face au chômage ; Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT ; Laurent Pinet, président du Coorace (fédération nationale de l’économie sociale et solidaire) ; Pascale Ribes, présidente d’APF France handicap ; Martine Vignau, secrétaire nationale de l’UNSA (Union nationale des syndicats autonomes).


 

publié le 16 mai 2021

Bertrand Heilbronn : «On a l’impression que Darmanin veut créer des incidents»

Par Justine Brabant du site www.mediapart.fr


 

Face aux rassemblements de soutien aux Palestiniens qui s’organisent en France, l’exécutif emploie la méthode forte. Le ministre de l’Intérieur interdit des manifestations prévues samedi. Mercredi, le président de l’Association France Palestine Solidarité, Bertrand Heilbronn, a été interpellé à la sortie d’un rendez-vous au ministère des affaires étrangères, pour organisation d’un rassemblement «interdit». Il revient pour Mediapart sur sa garde à vue.


 

La stratégie de l’exécutif se précise. Après l’invraisemblable arrestation, mercredi 12 mai, du président de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) devant le Quai d’Orsay, le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin a fait savoir, jeudi 13 mai, qu’il avait demandé aux préfets l’interdiction des manifestations pour la Palestine prévues samedi, après une semaine de violences à Jérusalem et à Gaza.

Pour le président de l’AFPS, Bertrand Heilbronn, interpellé mercredi après-midi puis libéré dans la nuit, la méthode dure choisie par l’exécutif marque une rupture et une volonté de faire taire « particulièrement grave ».

À l’issue d’un week-end de violences à Jérusalem et Gaza, votre organisation (l’AFPS) et le collectif dont elle fait partie commencent à réfléchir à l’organisation d’un rassemblement de soutien au peuple palestinien. Comment se passent les échanges avec la préfecture ?

Bertrand Heilbronn. Dans la journée de lundi, le Collectif [pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens – ndlr] a des échanges tout à fait habituels avec la direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC) de la préfecture de police de Paris.

Quand on sait qu’il y a une forte émotion dans le pays, il est très courant de leur dire : « On sait qu’il va sans doute y avoir un rassemblement. » C’est ce qu’on fait. Ce sont vraiment des négociations très classiques. Et étant président de l’association la plus impliquée du collectif, c’est moi qui suis le « négociateur », en quelque sorte.

Le lundi soir, nous avons une réunion du collectif au niveau national, et le lendemain matin je peux donc leur confirmer la tenue de ce rassemblement le mercredi. Le mardi en fin de matinée tombe d’abord une décision de « non prise en compte » de notre déclaration. Des députés du collectif se mobilisent alors et écrivent à la préfecture pour leur dire qu’il est vraiment important que ce rassemblement puisse se tenir.

Je rappelle la préfecture le mercredi matin, où l’on me répond que la décision n’a pas été prise, que le sujet est en cours de discussion au cabinet du préfet. Puis mercredi, à 13 heures [alors que le rassemblement devait se tenir à 15 heures – ndlr], l’arrêté d’interdiction tombe. Je leur dis que c’est irresponsable de leur part, que l’appel a déjà circulé partout sur les réseaux sociaux, que ça nous met dans une situation impossible, qu’on va prévenir nos adhérents mais qu’il faut quand même qu’on aille sur place.

Entre-temps, nous avions pris rendez-vous au ministère des affaires étrangères. L’idée était de discuter de notre inquiétude par rapport à la gravité de la situation et de la position de la France.

Le jour J, vous vous rendez à cet entretien au ministère des affaires étrangères et, fait inédit et rarissime, vous êtes arrêté à la sortie du Quai d’Orsay.

Oui. On va à cette sorte de non-rassemblement [où le collectif demande aux présents de rentrer chez eux – ndlr]. On attend notre rendez-vous au ministère, qui a lieu à 17 heures. J’échange avec les forces de l’ordre, à qui je dis que nous allons être reçus au Quai d’Orsay. Ils me demandent avec qui j’y vais, la liste de la délégation, appellent le ministère pour vérifier… C’est pointilleux mais habituel, et plutôt cordial.

Nous allons ensuite au ministère avec trois parlementaires (la députée PC Elsa Faucillon, la sénatrice EELV Raymonde Poncet, la députée France insoumise Sabine Rubin), le coordinateur du secteur international de la CGT Pierre Coutaz et Jean-Guy Greilsamer de l’Union juive française pour la paix. Deux policiers en civil nous escortent.

Nous sommes reçus par un conseiller du ministère, avec qui nous avons une conversation ferme mais courtoise. L’entretien dure 1 h 15, 1 h 30. Puis à 18 h 30, nous sortons ensemble du ministère. On voit des policiers à la sortie, on n’y prête pas particulièrement attention : on discute du rendez-vous et de ce qu’on va en faire. Puis tout d’un coup, trois policiers me prennent à part et me disent de les suivre : « Nous sommes là pour vous interpeller. »

Je suis placé en garde à vue au commissariat du VIIe arrondissement de Paris pour « organisation d’un rassemblement interdit ». Apparemment, la procédure du commissariat du VIIe est de menotter les gens sur un banc. On me menotte donc pendant cinq à dix minutes, en attendant que l’officier de police judiciaire me signifie ma garde à vue.

Je pense que l’intervention qu’il y a ensuite de partout [plusieurs communiqués et appels sont publiés dans la soirée – ndlr] fait que j’ai pu être entendu vers 23 h-23 h30 par une officière de police judiciaire. Peu après l’audition, on me signifie ma libération. Je suis libéré vers 0 h 15.

Quel est votre état d’esprit à la sortie ?

Ce qui m’a particulièrement frappé, c’est qu’on est dans une rupture complète des pratiques habituelles entre associations « responsables » et forces de l’ordre. Jusqu’à présent, il y avait toujours des relations courtoises.

Mais avec ce qui s’est passé mercredi, et avec les décisions de Gérald Darmanin aujourd’hui, on est dans une rupture. Il y a, pour moi, une volonté de faire taire l’ensemble de forces démocratiques, dont l’AFPS. C’est particulièrement grave.

L’un des arguments avancés par la préfecture est que votre rassemblement n’a pas été déclaré dans les délais légaux (trois jours avant)…

Cela arrive régulièrement d’obtenir une autorisation même si l’on est hors délai. En particulier dans les périodes de grande émotion, il y a une sorte de consensus sur le fait qu’il vaut mieux que les choses s’expriment dans cadre organisé, c’est très classique.

C’est pour cela que j’estime que l’on assiste à une rupture dans les relations entre les forces de police et les organisations, qui fait que me suis retrouvé en quelque sorte dans la position d’un négociateur qu’on arrête à l’issue d’une négociation…

L’arrêté d’interdiction mentionne le risque d’incidents autour de la manifestation.

Oui, le préfet parle de risques d’importation du conflit et risque d’incidents. On hallucine. En agissant comme ils l’ont fait, qui provoque le conflit ?

Plus généralement, la situation à la suite des déclarations de Gérald Darmanin est inquiétante, non seulement à Paris mais aussi ailleurs. D’après les quelques remontées que j’ai de nos groupes locaux, on a l’impression que les préfets reviennent sur leurs décisions [d’autoriser les manifestations de samedi 15 mai – ndlr] ou sur l’ampleur de ce qu’on peut organiser.

C’est quelque chose de grave. On a l’impression que Darmanin veut créer les incidents. Ceux qui crient à l’importation du conflit sont ceux qui les provoquent.

L’AFPS ira-t-elle manifester samedi, en dépit des interdictions ?

Nous réfléchissons avec nos partenaires sur la meilleure attitude à prendre face aux attaques aux libertés que constituent les directives de Gérald Darmanin. Il ne s’agit pas seulement d’y aller ou pas, mais aussi de voir comment les contester.


 

publié le 16 mai 2021

Présidentielle 2022. Le « pas de côté » de Jean-Luc Mélenchon

 

Diego Chauvet sur le site www.humanite.fr


 

Le leader insoumis place l’écologie au cœur de sa campagne, laissant de côté le « populisme », et invoque 1981 pour croire en ses chances de l’emporter.

«J ’ai été contraint de faire un pas de côté. » Dans le Monde, le candidat de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, ne met plus le « populisme de gauche » en avant. En 2017, il en avait été le principal porte-étendard en France. Mais le fondateur de la FI semble acter un changement de discours. Il le fait tout en disant regretter la situation politique de la gauche française : « Toutes les mains tendues sont restées dans le vide. Le PS ne veut pas d’une ligne de rupture. Leur but n’est pas de me contourner mais de m’effacer du tableau. »

Selon lui, c’est « peine perdue ». « Les aventures des départementales dans les Hauts-de-France et en région Paca nous poussent à assumer ce que nous sommes sans nous soucier des postures des autres. S’il y a moyen de s’accorder sur une vraie rupture, on le fera », déclare-t-il, avant de préciser qu’il n’en voit « les prémices nulle part ».

L’artillerie lourde contre les socialistes et EELV

Avec la sortie de son nouveau livre, le 12 mai, intitulé Députés du peuple humain, il place également l’écologie comme fil conducteur de son programme et de sa candidature pour 2022. Dans cet ouvrage, il rappelle que les insoumis se sentent « forts » sur ce thème depuis l’écriture de leur programme en 2016, et « encore mieux aguerris maintenant ». « Le point de départ fondamental de notre analyse sur notre société reste la question sociale », écrit-il, rappelant que le mode de production d’accumulation et de distribution des richesses est à l’origine de « tous nos maux ». En remettant ce discours en avant, Jean-Luc Mélenchon s’adresse ainsi à la gauche, tout en disputant le leadership de l’écologie à EELV. Le pacte de non-agression passé il y a quelques semaines ne semble plus à l’ordre du jour avec cette formation. « Les écologistes ont un avenir aussi longtemps qu’on ne les voit pas à l’œuvre », lance-t-il.

Il n’est pas plus amène à l’égard des autres qui, à gauche, prônent l’unité : « Pour la gauche traditionnelle, l’essentiel c’est de se partager des places et faire un texte qui n’empêche personne de dormir. Ça ne sert à rien, sinon à dégoûter les gens. » Et sur BFMTV, le leader insoumis a sorti l’artillerie lourde contre les socialistes et EELV, qualifiés de « menteurs, hypocrites et faux jetons »… Seuls les communistes essuient des critiques moins virulentes, alors qu’ils viennent de désigner leur propre candidat à la présidentielle, Fabien Roussel. « Un crève-cœur » pour Jean-Luc Mélenchon, qui estime cependant que « des milliers de communistes vont continuer le combat avec nous jusqu’à la victoire ». Député FI, Éric Coquerel rappelle que « les priorités que donne Fabien Roussel sont les mêmes que les nôtres. On ne peut pas voir le PCF comme les autres formations de gauche ».

Une « révolution suspendue » par le tournant de 1983, et qu’il souhaite reprendre

Le livre et ces déclarations précèdent également un moment clé de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, alors que les divisions de la gauche sont actées. Ce dimanche 16 mai, il tient son premier meeting en plein air à Aubin, dans l’Aveyron. Il sera consacré au « progrès social et humain », six jours après une conférence numérique sur le quarantième anniversaire de la victoire de François Mitterrand à la présidentielle.

Le député des Bouches-du-Rhône y disserte longuement sur ce qu’il qualifie de « révolution suspendue » par le tournant de 1983, et invite à la reprendre pour la mener à son terme. Une façon pour lui de se placer en possible vainqueur l’année prochaine, alors que les sondages le situent pour l’instant loin de son score de 2017. Et d’entériner les divisions de la gauche, en ne les plaçant pas comme un obstacle. L’insoumis ne manque jamais de rappeler que François Mitterrand avait remporté l’élection de 1981 alors que la gauche était divisée au premier tour. Un rappel à l’histoire pour tenter de renverser le cours d’une campagne qui s’annonce compliquée ?

 


 

publié le 16 mai 2021

 

À Montpellier, le quartier de la Paillade soutient la Palestine

 

sur le site lepoing.net

 

De nombreuses villes de France et du monde entier sont descendues dans la rue aujourd’hui et le feront dans les jours qui viennent pour soutenir la Palestine. De Paris à Sao Paulo, de Bologne à Sydney en passant par Londres : des manifestations de soutien au peuple palestinien se déroulent partout à travers le monde.

Aujourd’hui, ironie du sort, c’est le 15 mai l’anniversaire de la Nakba : la catastrophe, l’expulsion des Palestiniens de leurs terres et de leurs villages en 1948. Les palestiniens de Gaza à Jérusalem en passant par les palestiniens d’Israël appelaient ce samedi 15 Mai à être toutes et tous dehors dans la rue pour mettre fin à la Nakba qui ne cesse de continuer et au massacre de Gaza assiégée.

La manifestation a été interdite à Paris par Darmanin et son préfet Lallemand, les organisateurs(trices) ont employé tous les recours juridiques possibles pour la maintenir et dénoncent la criminalisation du droit à manifester.

À Montpellier le rassemblement était appelé à l’arrêt de tramway Saint-Paul dans le quartier populaire de la Paillade, et le pari fût plus que réussi : un rassemblement puis une manifestation composée de nombreu(ses)x habitant(e)s et jeunes du quartier et de Montpellier, la cause palestinienne a réalisé une véritable unité des associations, partis et mouvements dont celui des gilets jaunes et des occupant(e)s de lieux culturels. Entre deux cents et trois cents personnes étaient présentes au début du rassemblement, jusqu’à 600 au plus fort de la manifestation.

Le choix de La Paillade n’était pas anodin, il a permis de remettre au centre la loi sur « les principes républicains » et ses conséquences désastreuses dans les quartiers populaires. De nombreuses prises de paroles place Saint-Paul ont amorcé cette matinée de soutien à la Palestine. Le “Front Uni des Quartiers Populaires” qui a notamment dénoncé la gestion coloniale des quartiers populaires, le mouvement “Boycott Désinvestissement Sanctions” pour démontrer l’utilité du boycott des produits, évènements, marques et accords commerciaux comme moyen de lutte contre l’apartheid… Le collectif des musulmans de Montpellier a également rappelé “qu’à force des répéter des mensonges ils deviennent des vérités, les médias en sont parfois spécialistes”.

Puis se sont succédés l’Union Juive française pour la Paix, le Parti Communiste, le Parti Ouvrier International, les Gilets Jaunes, la Libre Pensée, le Nouveau Parti Anticapitaliste, l’association des Palestiniens du Languedoc-Roussillon et l’association “France Palestine Solidarité” qui appelle à un rassemblement devant la préfecture mardi 18 mai à 16H : en espérant n’avoir oublié personne !

La manifestation s’est ensuite mise en route vers les halles de la Paillade, la dalle du grand mail et quand elle est passée près des commerces des jeunes assis sur un banc se sont exclamés «  oh franchement il y a du monde ! » En remontant vers Saint-Paul elle s’est arrêtée devant la CAF où il n’y a pas si longtemps Macron et Darmanin étaient reçus par M. Delafosse, moment où un citoyen de la Paillade a expliqué comment les habitant(e)s de la Paillade n’avaient justement pas été reçu(e)s ce jour-là mais repoussé(e)s par les forces de l’ordre ! C’est là que le slogan «  Macron démission » s’est élevé de la foule après celui de «  Israël assassin Macron complice » d’ailleurs on peut en lire la confirmation dans la déclaration de Benjamin Netanhyaou au Times of Israël : « Je voudrais dire un mot de remerciement à mon ami le président Biden, à d’autres amis – le président de la France, le Premier ministre du Royaume-Uni, le chancelier de l’Autriche, le Premier ministre de l’Allemagne et d’autres. Ils ont défendu notre droit naturel et évident de nous défendre, d’agir en légitime défense contre ces terroristes qui attaquent à la fois des civils et se cachent derrière des civils. Cela ne les aidera pas, nous continuerons. »

La manifestation est finalement remontée sur Saint-Paul pour se dissoudre avec la promesse d’un agenda chargé d’actions et d’initiatives dans les jours qui viennent, il faudra se tenir au courant ! Pendant ce temps-là, la manifestation parisienne – interdit par le préfet de police sous ordre du Ministre de l’Intérieur – s’est vu infligé une répression brutale, avant même le début du rassemblement. Après de multiples charges de police, l’utilisation répétée de gaz lacrymogène, canon à eau et autres tirs de LBD, le pouvoir politique parvint finalement à obtenir les images de violence qu’il attendait. Seulement, une tâche vient assombrir le tableau : le rassemblement sur Paris a été le seul interdit, et le seul à prendre cette tournure – tandis que des milliers de personnes manifestaient pacifiquement dans tout le pays. Un calcul grossier de la part de Darmanin, laissant apparaitre au grand jour une minable stratégie de mise en tension, appliquée aux mouvements sociaux dès lors que le gouvernement ne cautionne pas les revendications portées par les contestataires.

Des mots résonnent encore dans le quartier de la Paillade «  Justice, justice en Palestine, la jeunesse soutient la Palestine » et surtout un slogan énoncé en arabe et largement repris qui disait «  Notre sang et notre âme pour Gaza ».

 


 

publié le 16 mai 2021

Colombie : l’appel des élus français à Macron pour condamner la répression policière

Dans une tribune adressée au président Macron et au ministre des Affaires étrangères, une centaine députés européens, français, maires, élus municipaux et régionaux expriment leur préoccupation au sujet des violences de l’Etat colombien contre la contestation sociale qui s’exprime dans la rue.

 

Par Guylaine Roujol Perez sur le site www.leparisien.fr

 

 

Au treizième jour de manifestations en Colombie contre le président Iván Duque, initiées le 28 avril pour protester contre un projet de réforme fiscale, depuis retiré, mais qui se poursuivent pour réclamer une amélioration des politiques de santé, d’éducation, de réduction de la pauvreté et l’arrêt des violences policières dénoncées par l’ONU, l’Union européenne et les États-Unis, la communauté internationale se mobilise.

Une centaine d’élus français, parmi lesquels des députés européens, des parlementaires, dont les Insoumis François Ruffin, Clémentine Autain, Adrien Quatennens, Jean-Luc Mélenchon, des maires, dont Grégory Doucet (Lyon), Éric Piolle (Grenoble), ou des adjoints au maire, avec notamment Michèle Rubirola (Marseille), Jean-Luc Romero (Paris), ainsi que des élus municipaux ou régionaux, s’apprêtent à envoyer au président français, Emmanuel Macron, et au ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, un courrier publié sous forme de tribune dans Médiapart ce lundi.

Garantir l’application des accords de paix

Ces élus, qui dénoncent la répression de la contestation sociale, estiment en outre que la France « se doit d’interpeller le président colombien, Iván Duque, afin qu’il garantisse l’application des accords de paix, ainsi que l’usage de fonds français dédiés, notamment dans le cadre de l’aide publique au développement ». Ils rappellent au passage que « la France et l’Union européenne ont soutenu politiquement et financièrement les accords de paix en Colombie » signés en 2016 entre le gouvernement de Juan Manuel Santos et la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), démobilisées depuis.

Dans la missive envoyée au président français, ils confient surtout leur préoccupation. « La réponse de l’État colombien face aux manifestations relève d’un usage excessif et disproportionné de la force, et s’accompagne d’atteintes graves aux droits humains », écrivent-ils, ajoutant être « profondément inquiets face à la recrudescence de la violence et l’affaiblissement de l’État de droit en Colombie ».

La porte-parole du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme, Marta Hurtado, s’est dite « alarmée », tandis que l’Union européenne a demandé « d’éviter tout usage disproportionné de la force par les forces de sécurité ». « Et la France ? Il est temps que le président Macron se prononce sur le sujet », estime Juan, qui a participé samedi dernier à 16 heures au rassemblement place de la République, à Paris, en réponse à l’appel du collectif #SOS Colombie Paris, constitué de sympathisants du parti de la Colombie Humaine et des associations TEJE et Ciudadanias por La Paz (Citoyens pour la paix).

Drapeaux et affiches dénonçant un « génocide » étaient brandis par plus d’un millier de manifestants qui ont érigé un autel de fortune avec les noms de leurs compatriotes tués ces derniers jours en Colombie « alors qu’ils n’étaient pas des terroristes, comme cherche à le faire croire l’ex président Uribe, mais des citoyens qui luttent pour leurs droits » dénonce Marta, dans le cortège. D’autres manifestations se sont déroulées un peu partout en Europe, ce qui a fait réagir l’ancien président Uribe, soutien de Ivan Duque, dans un tweet : « En Europe, ils déforment la démocratie colombienne, ils veulent ignorer que la protestation est respectée ici et que le terrorisme est prié de respecter la Colombie. Démocratie, politique sociale et autorité. »

Meurtres, disparitions, détentions arbitraires

Le bilan de la sanglante répression est incertain, mais serait d’au moins 26 morts et plus de 800 blessés, selon les derniers chiffres officiels de la semaine passée. Les organisations de défense des droits de l’homme signalaient de leur côté 47 morts dont 35 dans la seule ville de Cali selon l’ONG Temblores, le viol d’une femme par des membres des forces spéciales de maintien de l’ordre (Esmad) et près de 700 détentions arbitraires. Le Movice (mouvement national des crimes d’État) comptait vendredi dernier 379 disparus.

Alors qu’un dialogue s’est ouvert à l’initiative du président Iván Duque, dont la popularité est tombée à 33 %, avec les syndicats et des fédérations de divers secteurs économiques, des milliers de Colombiens sont une nouvelle fois sortis dans les rues ces derniers jours, appelant à la non-violence en chantant et en dansant, sans rien perdre de leur volonté de continuer de manifester tant qu’ils ne seront pas entendus. Les slogans appelant à la démission du président Duque, derrière lequel plane l’ombre de l’ex-président Álvaro Uribe Vélez, ayant appelé l’armée à tirer, fleurissent de plus en plus. Dimanche soir, un cortège d’Indigènes a été attaqué par armes à feu alors qu’ils atteignaient la ville de Cali. Et un SOS a été lancé depuis l’université publique de la ville : « On nous tue », comme un leitmotiv désolant.

<publié le 13 mai 2021

Palestine. Cette guerre coloniale qu’il faut nommer

par Denis Sieffert sur le site www.politis.fr

 

La cause des affrontements de ces derniers jours tient en un mot bien connu, toujours le même : colonisation. Ou si l’on veut être plus précis : judéïsation et même purification ethnique. Car c’est de cela qu’il s’agit à Jérusalem-Est.


 

Un peu partout on semble s’en étonner. Le conflit israélo-palestinien n’était donc pas réglé ! Depuis une semaine, les images d’affrontements sur l’esplanade des Mosquées ont de nouveau envahi nos écrans, comme les bombes israéliennes sur Gaza en réponse aux roquettes du Hamas. Le feu, en réalité, n’avait jamais cessé de couver sous la braise. Mais il n’y a pas si longtemps, Benyamin Netanyahou pouvait tenir ses conférences de presse sans dire un mot du conflit. Goguenard, il cédait ensuite la parole aux journalistes : « Et maintenant, vous pouvez me poser vos questions sur le conflit israélo-palestinien. » Fanfaronnade d’un homme qui était sûr d’avoir enterré cette affaire de sang et de larmes vieille de plus d’un siècle. Plus question d’État palestinien, mais d’un peuple réduit à une somme d’individus, abandonné par une Autorité palestinienne fantomatique qui vient, une fois encore, d’annuler des élections.

Il ne restait plus dans le discours officiel israélien que des « Arabes » sur un territoire qui n’est plus « occupé », ni même « disputé », mais « annexé ». En quelques mots, le Premier ministre israélien croyait entériner le triomphe du sionisme révisionniste, celui de ses ancêtres en politique, Zeev Jabotinsky et Menahem Begin, qui rêvaient d’un Grand Israël, de la Méditerranée au Jourdain, voire au-delà. C’était aussi le temps d’un Donald Trump qui croyait que tout pouvait s’acheter, même l’âme d’un peuple. Le sujet était à ce point marginalisé que M. Netanyahou, comme d’ailleurs ses principaux rivaux, pouvait mener quatre campagnes électorales en deux ans, sans presque l’évoquer. Or, voilà que ledit conflit est de retour. Et, en son lieu le plus sensible : Jérusalem. La Ville sainte, que les Israéliens ont annexée après la victoire militaire de juin 1967.

En quelques jours, cinq cents blessés, presque tous palestiniens, et à Gaza, une vingtaine de morts dont beaucoup d’enfants tombés sous les bombes israéliennes. Aussitôt, les grandes capitales ont repris leurs mauvaises habitudes et leurs communiqués faussement équilibrés. Comme ces journalistes (surtout d’audiovisuel) qui se lamentent devant les violences « de part et d’autre »… Répugnance à nommer les causes. On aimerait faire lire à ceux qui s’y essaient le livre remarquable, en forme de profession de foi, de Charles Enderlin, ancien correspondant de France 2 dans la Ville sainte (1). Car la vérité n’est pas symétrique. Le courage n’est pas de chercher la fausse objectivité du renvoi « dos à dos ». La cause des affrontements de ces derniers jours tient en un mot bien connu, toujours le même : colonisation. Ou si l’on veut être plus précis : judéïsation et même purification ethnique. Car c’est de cela qu’il s’agit à Cheikh Jarrah, ce quartier palestinien de Jérusalem-Est sur lequel les bandes du colon suprémaciste juif Itamar Ben-Gvir ont jeté leur dévolu. Ces gens peuvent arpenter les ruelles colorées et fleuries de ce faubourg aux cris de « mort aux Arabes » sans grands risques. S’ils viennent à être menacés, l’armée vole à leur secours. Car il y a un continuum idéologique entre ces milices racistes, un Premier ministre israélien qui vient de faire entrer leur chef à la Knesset, et un État régi depuis juillet 2018 par la loi de « l’État-nation du peuple juif » qui légalise l’apartheid. Avec cet outillage fascisant, fait d’arsenal juridique à sens unique, et de terreur, quelque 140 familles ont été chassées de Jérusalem-Est depuis début 2020, et des milliers de maisons sont sous la menace de destruction. Pour Cheikh Jarrah, la Cour suprême doit statuer. Mais, la loi n’est pas faite pour les Palestiniens. En toile de fond, bien sûr, il y a la crise politique. Quatre élections en deux ans, un gouvernement introuvable, et la fuite en avant d’un homme, Benyamin Netanyahou, qui doit se maintenir au pouvoir pour échapper à son sort devant des tribunaux qui le jugent pour plusieurs affaires de corruption. Ce faisant, il est lui-même l’otage consentant de ce que son pays compte de plus extrémiste et de plus raciste. Des gens qui étaient interdits en Israël il y a quelques années encore.

On en vient à la question hélas rituelle de l’attitude de la communauté internationale. À peu près les mêmes mots viennent de toutes les capitales occidentales. On invite Israël « à la retenue » et on fait part de sa « profonde préoccupation ». Courage, fuyons ! Le pire, c’est qu’Israël est sans doute le pays qui dépend le plus de ses soutiens internationaux, militaires et financiers, et donc le plus perméable aux sanctions. Mais l’État hébreu jouit d’une impunité qui ferait pâlir de jalousie Vladimir Poutine. Et ce n’est pas la France qui risque d’élever le ton. Notre pays est le plus prompt à poursuivre les militants qui demandent des sanctions. On se souvient même que François Hollande était allé jusqu’à déclarer son « amour aux dirigeants israéliens » lors d’un dîner offert par Netanyahou… Quant à Emmanuel Macron, il est trop soucieux d’entretenir le spectre de « l’islamo-gauchisme » pour se hasarder à défendre les Palestiniens. Car les connexions sont spectaculaires. Entre les inconditionnels de la droite israélienne et les contempteurs d’un supposé « islamo-gauchisme », le casting est souvent le même. Reste l’espoir Biden. Le Président états-unien a aujourd’hui le courage des mots quand il s’agit des Ouïgours et de Navalny. Aura-t-il celui d’affronter le lobby pro-israélien ? Et, pour lui, le jeu en vaut-il la chandelle ?


 

(1) Dans son livre De notre correspondant à Jérusalem (éditions Don Quichotte), Charles Enderlin se souvient des menaces et du harcèlement judiciaire dont il a été la cible. Le prix de la vérité.


 


 

Jérusalem-est. Les jeunes Palestiniens brisent le mur du silence

 

Pierre Barbancey - www humanite.fr

 

Malgré la répression israélienne ayant fait plus de 500 blessés et les raids meurtriers sur Gaza, la colère ne retombe pas face à l’occupation et la colonisation.

 

Étudiant en psychologie à l’université de Bir Zeit, non loin de Ramallah, en Cisjordanie, Judeh, 27 ans, vit à Jérusalem-Est. L’occupation et la colonisation israéliennes, il sait ce que cela signifie dans sa chair. Pour pouvoir suivre ses cours, il lui faut, tous les jours, emprunter un bus réservé aux Palestiniens – ainsi qu’en ont décidé les autorités israéliennes – régulièrement ciblé par les contrôles de la police et bloqué plus que de raison au checkpoint à franchir. De quoi alimenter la colère. D’autant qu’il lui arrive régulièrement de subir les provocations des colons, de plus en plus nombreux dans la partie orientale de la ville. Le triste quotidien d’un jeune à Jérusalem-Est. « La vie est difficile », dit avec colère l’étudiant contacté par téléphone.

Judeh le dit tout de go : « Je ne suis pas musulman. » Ce qui ne l’empêche pas, en cette période de ramadan, d’être tous les soirs avec ses copains pour l’iftar, cette rupture du jeûne lorsque le soleil s’est couché. Un moment convivial où tout le monde se retrouve, au-delà de ses convictions religieuses. D’ailleurs, l’armée israélienne n’a pas posé ce type de question lorsqu’elle a évacué à plusieurs reprises tous les jeunes assis pacifiquement sur les marches formant agora devant la porte de Damas, l’une des entrées de la vieille ville.

Cheikh Jarrah, cœur du plan de colonisation de la ville

Mais c’est sans doute ce qui se passe dans le quartier de Cheikh Jarrah qui a fait éclater ce trop-plein d’humiliations. Vingt-huit familles palestiniennes ont reçu un ordre d’expulsion. Il y a une dizaine de jours, des centaines de jeunes sont alors spontanément venus manifester leur opposition à cette éviction et à l’installation de colons. « On ne veut pas laisser ces familles seules face à l’occupant, souligne Judeh . Si on est là, les colons osent moins provoquer. » Si Cheikh Jarrah est ainsi visé, ce n’est pas anodin. L’argument d’une présence juive il y a plus d’un siècle, sans doute réelle, ne tient pas. En revanche, on comprend mieux cet acharnement lorsqu’on sait que ce quartier – qui ne dépend pas de la vieille ville – s’étend jusqu’à la route numéro 1. Celle-ci désigne la ligne verte, où les combats s’étaient arrêtés en 1949 et franchie par les troupes israéliennes en 1967. Vider Cheikh Jarrah de ses habitants palestiniens, c’est ouvrir la voie à une continuation « ethniquement » homogène entre Jérusalem-Ouest et Jérusalem-Est, but ultime de la colonisation de la ville (lire ci-contre).

Maral Qutteine, une ancienne journaliste qui vit dans la vieille ville, que nous avons pu joindre, témoigne aussi. « Les gens ne supportent plus la présence des colons et la pesanteur de l’occupation. » Si Israël parle de Jérusalem comme de sa « capitale une et indivisible », en réalité le traitement n’est pas le même entre l’ouest et l’est. Les services municipaux sont pratiquement inexistants dans la partie occupée malgré les taxes toujours plus nombreuses que paient les Palestiniens.

«  Ce n’est pas une guerre inévitable, mais une politique délibérée »

Comme cela se produit souvent dans l’histoire des révoltes et des révolutions, arrive un moment où la goutte d’eau… « Les jeunes se révoltent car ils sentent bien qu’ils n’ont pas d’avenir, souligne Maral Qutteine. Rien ne change pour eux. Des résolutions sont votées à l’ONU, il y a beaucoup de déclarations mais les jours se suivent et se ressemblent. Les jeunes réalisent que la seule solution qui se présente à eux est de se libérer eux-mêmes, sans l’aide de quiconque, ni des pays arabes, ni de l’Union européenne et pas plus de l’Autorité palestinienne, qui est très faible. »

Phénomène intéressant : à Cheikh Jarrah, ce ne sont pas seulement les Palestiniens de l’Est qui manifestent. Ils sont rejoints par ceux que l’on appelle les Arabes palestiniens, qui vivent en Israël. Les députés de la Liste unie, conduite par le communiste Ayman Odeh, sont venus les soutenir. Mais des dizaines de juifs sont aussi présents. Certains sont là à l’appel de Standing Together, qui regroupe juifs et Arabes pour la paix et l’égalité. « Nous rendons le gouvernement responsable de ce qui se passe. Ce n’est pas une guerre inévitable, comme veulent le faire croire les autorités, mais une politique délibérée », affirme Uri Weltmann, animateur de l’association. Celle-ci agit aussi à Tel-Aviv, Haïfa, Jaffa ou Nazareth pour « mobiliser autant que possible les citoyens d’Israël ».

L’enjeu est d’autant plus important que l’extrême droite israélienne, qui a le vent en poupe, s’agite et tente de créer un climat de violence contre les Palestiniens, et pas seulement à Jérusalem-Est mais partout en Israël. Lundi, un Palestinien a été tué à Lod. « C’est une “hébronisation”de la situation », dit Uri Weltmann en référence à la ville d’Hébron, en Cisjordanie, où les colons terrorisent les Palestiniens. Une extrême droite et un Netanyahou qui trouvent dans la tactique destructrice du Hamas les justifications d’un massacre à Gaza. « Deux faces d’une même pièce », comme l’ose un jeune Palestinien qui ne veut pas dire son nom.

À Jérusalem, la répression a fait plus de 500 blessés. Judeh craint cette violence des colons. « Mais nous resterons aussi longtemps que possible pour empêcher l’expulsion des familles de Cheikh Jarrah », prévient-il. Quoi qu’il arrive maintenant, les Palestiniens de Jérusalem-Est ont brisé au moins un mur, celui du silence.

 


 

publié le 13 mai 2021

Colombie. Un déchaînement de violence digne d’une dictature

Site www.humanite.fr

 

Syndicats, étudiants et mouvements sociaux appellent ce mercredi à une nouvelle journée de mobilisation contre la politique du gouvernement. Depuis le 28 avril, 47 personnes ont été tuées, dont 35 dans la seule ville de Cali.

Après les insultes, les coups, les tirs, les tanks, le « dialogue » mis en scène par le président colombien, Ivan Duque, pour tenter d’éteindre la crise sociale a fait long feu. Lundi, après quatre heures de réunion, les représentants du comité de grève, qui rassemble centrales syndicales, organisations étudiantes et mouvements sociaux, sont sortis du palais Nariño en appelant à une nouvelle journée d’action ce mercredi. « Nous demandons que le droit constitutionnel à la manifestation pacifique soit respecté », a prévenu Jennifer Pedraza, porte-parole des étudiants.

Il faut dire que le bilan de la répression depuis le début du mouvement populaire, le 28 avril, est effroyable, sombre miroir de l’impitoyable guerre sociale que livre au peuple colombien l’ultradroite d’Ivan Duque et de son mentor, l’ex-président Alvaro Uribe. Dans un communiqué commun, l’ONG de défense des droits humains Temblores et l’Institut d’études pour le développement et la paix (Indepaz) « alertent la communauté internationale sur la recrudescence de la violence de la part de l’État dans tout le pays ». Leur recensement fait état de 47 personnes tuées, dont 36 dans le seul Valle del Cauca, où la ville de Cali, épicentre de la révolte, paie le plus lourd tribut avec 35 morts. Au total, 1 816 cas de violences policières ont été enregistrés : 278 victimes de violences physiques, 963 détentions arbitraires de manifestants, 356 irruptions violentes dans les marches, 28 personnes atteintes de blessures oculaires, 111 blessés par arme à feu, 12 victimes de violences sexuelles. Plusieurs centaines de personnes sont portées disparues.

Liste interminable de violations des droits humains

Avec leur rhétorique du « vandalisme », de « l’invasion », du « terrorisme », des « dommages à la propriété privée », le président colombien et son camp ont encouragé ce déchaînement de violence. Dans les villes quadrillées par l’armée, le gouvernement a donné un blanc-seing à la police, en parti­culier à ses unités antiémeute, les escadrons mobiles antiperturbations, mais aussi à des civils armés qui s’en prennent aux protestataires. À Cali, une « minga », une caravane pacifique lancée par les organisations indigènes de tout le pays pour venir en soutien aux populations réprimées, est ainsi devenue la cible de brutales attaques.

Sur le plan politique, à un an de l’élection présidentielle, l’ultradroite au pouvoir est dans l’impasse. Sa stratégie consistant à faire passer les manifestants pour des criminels, des narcotrafiquants, des agents de pays étrangers ou de guérillas toujours actives ne prend pas. Ces jours-ci, les vidéoconférences données par Alvaro Uribe avec des Cubains de Miami pour expliquer que « le Venezuela et Cuba sont des dictatures sans espoir pour les jeunes » contrairement à la Colombie, « une démocratie » pleine de « chemins d’espoir pour les jeunes », avaient même quelque chose de décalé, d’archaïque, de ridicule. Après les imposantes mobilisations sociales de ces deux dernières années, le retrait, le 2 mai, de la réforme fiscale voulue par Duque n’a pas suffi à désamorcer la colère, dans un pays où les travailleurs, pour plus de la moitié d’entre eux, ne gagnent même pas le salaire minimum (à peine 250 dollars). «  Nous avons sûrement échoué dans la communication », concédait le président vendredi lors d’une conférence de presse.

Au-delà de l’explosion sociale, les Colombiens expriment, par leur soulèvement pacifique, un rejet viscéral de la violence érigée en mode de gouvernement par un pouvoir ayant piétiné les accords de paix conclus en 2016 entre Bogota et la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). De ce point de vue, même Washington n’épargne plus son principal allié dans la région. Un rapport du ­Département d’État, publié le 30 mars dernier (1), dresse une interminable liste de violations des droits humains : « homicides illégaux ou arbitraires ; rapports de torture et de détention arbitraire par les forces de sécurité gouvernementales (…) ; corruption généralisée ; violence et déplacement forcé des Afro-Colombiens et autochtones (…) ; meurtres et autres violences contre les syndicalistes », entraves à la liberté de la presse, avocats et défenseurs des droits humains placés sous surveillance, exécutions extrajudiciaires. Le document dessine clairement, sans jamais le nommer, les contours d’un régime autoritaire.

(1) 2020 Country Reports on Human Rights Practices : Colombia. Bureau of démocracy, Human Rights and Labor.

 

 

 

 

 

de la France et de l’Union Européenne en Amérique Latine.

 

Le bruit assourdissant du silence bien aligné

 

Les ayatollahs de droite et sociaux-démocrates du Parlement européen rivalisent dans l’art de l’hypocrisie. On se souvient qu’ils ont, sous les applaudissements des députés socialistes avec en tête Raphaël Glucksmann, approuvé une résolution plaçant à l’identique nazisme et communisme. Alors qu’ils ont soutenu le coup d’État en Bolivie contre Evo Morales, les voici demandant la libération de la cheffe des golpistes. Sauf que cette dame est accusée d’avoir couvert des répressions sanglantes et détournée à son profit 1 million de dollars.

Les mêmes feignent de s’étonner de la réaction de Moscou à leurs propres décisions d’expulsion et d’interdiction de responsables russes, prenant prétexte du sort planifié à l’Ouest d’Alexeï Navalny alors qu’ils font silence sur le sort de Julian Assange, des prisonniers palestiniens… Comme s’ils ne savaient pas que la Russie (quoi qu’on puisse penser de ses actuels dirigeants et de sa politique) ne reste jamais, l’Histoire en témoigne, sans réagir. Y compris quand les nazis étaient aux portes de Moscou.

Pareil pour la Chine, où les nains européens croient pouvoir faire la leçon à une nation qui, contrairement à l’Inde, a su maîtriser la pandémie et redémarrer son économie.

Les diplomaties française et européenne mériteraient un sérieux coup de ripolinage. Tenez, par exemple, la situation en Colombie. Dans la dernière période, des foules immenses manifestent dans le pays contre la réforme fiscale du gouvernement Duque et les violences commises par les tueurs à son service. L’armée tire à vue à Cali, quadrille ­plusieurs villes du pays. Des morts par dizaines. Pas un souffle, pas un mot à Washington du côté du « progressiste » Joe ­Biden, pas un mot de Macron et de l’Union européenne, silence médiatique général. Rien, nada. Bogota n’étant pas Caracas et la Colombie s’étant transformée en base d’agression militaire américaine contre le Venezuela, une seule règle domine à Paris et à Bruxelles : alignement sur les États-Unis.

L’ambassadeur de France à Caracas, M. Romain Nadal, a été prié de ne plus camper à l’aéroport international dans l’attente de son protégé, l’imbécile Guaido, dont même la CIA ne veut plus et à qui il ne reste comme destination européenne que l’Élysée, accessible désormais par la porte de derrière. Quant à l’ambassadeur de France à Bogota, M. Gautier Mignot, il est resté cloîtré dans sa résidence, bouche cousue. À tel point qu’on se demandait s’il n’avait pas été enlevé à son insu.

On ne peut se satisfaire de la déliquescence du prestige de la France dans le monde. Déjà raillée pour sa gestion des crises sociales, pour ses incohérences en matière sanitaire, pour son amateurisme favorisant une droite fascisante à l’affût, la France aurait tout à gagner à choisir la voie, cette fois réellement « progressiste », d’écoute du monde en mouvement. Avec Emmanuel Macron et sa bande, malheureusement, un vœu pieu.


 

publié le 11 mai 2021

Le rapport pour éviter une planète morte et sans emplois

par Marie-Noëlle Bertrand – sur www.humanite.fr

 

Ce vendredi, le collectif Plus jamais ça publie des revendications communes aux syndicats et ONG et fait la chasse aux idées reçues.

 

À l’avant-veille des manifestations de ce dimanche, le collectif Plus jamais ça publie un rapport visant à démontrer que la transition verte peut être créatrice d’emplois. Déconstruire l’image d’une écologie opposée aux exigences sociales : telle est l’ambition de cette structure inédite lancée début 2020. Attac, la Confédération paysanne, Greenpeace, la CGT, Oxfam, Solidaires, les Amis de la Terre et la FSU mettent ce document en débat et à disposition des mobilisations à venir. Morceaux choisis.

Étape n° 1 : faire la peau aux idées reçues

Face à la crise économique, la planète devrait attendre ? Faux, rétorque le collectif. Dans un rapport publié en décembre 2020, le Programme des Nations unies pour l’environnement lui-même indique que les plans de relance sont une occasion rêvée, « s’ils sont orientés vers la transition ou accompagnés d’une conditionnalité des aides ». Plus jamais ça casse aussi la figure à l’idée selon laquelle la transition écologique détruirait les emplois. Rénovation thermique des bâtiments, développement des transports en commun, des énergies renouvelables et de l’agriculture paysanne, recyclage… « L’Organisation internationale du travail considère que 60 millions d’emplois peuvent être créés dans le monde » par ce biais.

Étape n° 2 : transformer le travail et lui redonner du sens

Au sein des grands groupes, « seuls les états-majors décident quoi, où et comment produire », en ne se fiant qu’à une seule boussole, « la valorisation en Bourse ». Plus jamais ça propose à l’inverse de conférer de nouveaux pouvoirs aux salariés. « Dès lors (qu’ils) décident de peser sur les choix d’investissement et de production pour sauvegarder l’emploi et la biosphère, (ils) contestent la recherche unique de rentabilité à court terme. » La réhabilitation des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, « avec des droits d’intervention élargis aux questions environnementales », en est un des passages obligés, de même que la création « d’un droit de veto des comités sociaux et économiques sur les licenciements qui ne sont pas justifiés par des difficultés économiques graves et immédiates ».

Plus globalement, Plus jamais ça revendique de mieux partager le travail et, pour cela, de faire des 32 heures hebdomadaires la nouvelle référence. « La ­réduction du temps de travail, sans perte de salaire, permet d’améliorer la qualité de vie. » Dans la même veine, le collectif plaide pour fixer un plafond de revenu maximum. « S’il faut revaloriser les métiers “essentiels”, il faut aussi dégonfler les revenus excessifs sans justification ­sociale », afin « de redistribuer (…) et combattre l’imaginaire du luxe et de ­l’accumulation infinie ».

Étape n° 3 : miser sur la solidarité et la coopération

En 2018, 57 % des émissions de CO2 de la France étaient à mettre sur le compte de ses importations. Plus jamais ça place cette donnée en regard d’autres, économiques. « Depuis 1990, la part de l’industrie en France dans l’emploi salarié marchand est passée de près d’un tiers à tout juste 18 %. » Relocaliser une partie de la production permettrait de générer d’importantes créations d’emplois tout en produisant plus proprement, assure le collectif, qui tacle l’affirmation selon laquelle la mondialisation serait bénéfique aux pays pauvres. « L’industrie textile est responsable de 4,5 %à 8 % des émissions mondiales », cite-t-il, rappelant que le changement climatique pourrait faire basculer près de 100 millions de personnes dans l’extrême pauvreté en 2030. Plus jamais ça y voit plusieurs remèdes, entre autres celui de stopper la dérégulation du commerce international au profit d’une coopération solidaire autant qu’exigeante en matière environnementale et sociale. 


 

publié le 11 mai 2021

Vaccin. comment Macron trompe son monde

sur la levée des brevets

par Thomas Lemahieu sur www.humanite.fr


 

Échaudé par le revirement des États-Unis, le président français tente de se remettre en selle à la tête du mouvement pour faire du vaccin un « bien public mondial ». Mais il reprend tous les poncifs de Big Pharma. Notre décryptage dans le texte des six fourberies d'Emmanuel Macron.

Manifestement, Emmanuel Macron ne goûte guère l’ironie cruelle de la situation. Par leur volte-face spectaculaire sur la levée des brevets pour les vaccins contre le Covid-19, les États-Unis viennent d’expédier l’Union européenne et la France dans les cordes du nationalisme vaccinal. Passablement irrité, murmure-t-on à l’Élysée, par la « Bidenmania », le président français entend aujourd’hui rétablir les faits.

Il s’y est employé notamment, le week-end dernier, à Porto (Lisbonne), en marge du sommet social de l’Union européenne. Son plaidoyer mérite un examen approfondi, car, derrière l’opportunisme hypocrite des États-Unis, se nichent des apories et des simagrées fabriquées en France – à la différence du vaccin lui-même – depuis le début de la pandémie.

 

Ce qu'affirme Emmanuel Macron

 Je suis ouvert sur ces questions de levée des brevets, je l’ai déjà dit, mais nous, les Européens, nous nous battons pour que le vaccin soit un bien public mondial depuis maintenant un an. Et je suis heureux que l’on nous suive.

Décryptage

Dans les discours, ça ne fait pas un pli : l’Union européenne et la France sont imbattables. Sous Donald Trump, sans surprise, mais aussi sous Joe Biden, jamais les Américains n’ont utilisé l’expression « bien public mondial », consacrée par Emmanuel Macron lui-même au printemps de l’année dernière. Le problème, c’est que, derrière les envolées rhétoriques, le président français et ses homologues sur le continent n’ont pas fait grand-chose pour faire advenir cette grande et belle ambition. Bruxelles comme Paris ont, par exemple, boycotté purement et simplement le « Covid-19 Technology Access Pool » (C-Tap), ce mécanisme volontaire de mutualisation des brevets, des technologies et des savoir-faire mis en place, dès mai 2020, au sein de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). De la parole aux actes, en réalité, l’Union européenne s’ébroue dans les eaux glacées du calcul égoïste, car c’est elle qui a suivi Washington dans la course folle aux préachats de vaccins par les grandes puissances capitalistes. À l’automne dernier, les États-Unis, les pays européens, le Canada, le Royaume-Uni, le Japon et l’Australie avaient déjà confisqué près de 6 milliards de doses (lire notre édition du 18 novembre 2020). Et l’Europe ne renonce pas à cette mainmise, comme en atteste la nouvelle commande record de 1,8 milliard de doses à Pfizer, signée dimanche dernier…

 

 

Ce qu'affirme Emmanuel Macron

Ensuite, quel est le sujet actuellement ? Ce n’est pas vraiment la propriété intellectuelle. Vous pouvez donner la propriété intellectuelle à des laboratoires qui ne savent pas produire, ils ne le produiront pas demain.

Décryptage

Attention, tour de passe-passe : après avoir bloqué avec les Européens toute avancée depuis l’introduction de la proposition de l’Inde et de l’Afrique du Sud à l’OMC, ­Emmanuel Macron n’est, dit-il à présent, pas fermé sur les brevets, mais ça ne sert à rien d’y toucher, conclut-il dans la même phrase. À la Commission, Thierry Breton, chargé de la production des vaccins pour l’UE, tente une esquive complémentaire. « Cette question de la levée des brevets, il faudra qu’on se la pose, mais en son temps », exposait-il ce week-end. Autrement dit : on a déjà perdu du temps, continuons de retarder l’accroissement indispensable de la production mondiale ! Avec de tels arguments, on comprend que, comme il vient de le confier en présentant ses milliards de dollars de profits trimestriels devant les marchés financiers, Stéphane Bancel, le PDG de Moderna, n’ait pas « perdu une minute de sommeil ». Or, alors que des dizaines de laboratoires se déclarent prêts à participer, mais se voient opposer des refus des monopoles qui décident seuls de leurs chaînes de sous-traitance, le cas de la start-up américaine fournit la démonstration même qu’à partir du moment où on détient les brevets, on peut tout à fait amplifier massivement la production. Avant la pandémie, l’entreprise ne disposait pas de circuits pour produire en quantité son ARN messager ; ils ont été créés de but en blanc, grâce aux fonds publics américains, suisses, ou encore, pour un tout petit bout du conditionnement dans l’Hexagone, français… Ce qui démontre de manière implacable qu’il est largement possible de faire mieux, à condition de ne pas perdre plus de temps !

 

 

Ce qu'affirme Emmanuel Macron

 Le premier sujet pour la solidarité vaccinale, c’est le don de doses. Ce que nous avons lancé avec Act-A, au sein duquel il y a le véhicule Covax et sur lequel les Européens avancent. On a commencé à donner des doses il y a plusieurs semaines. Le don de doses, c’est la clé… 

Décryptage

Une clé, peut-être, mais alors, une clé qu’Emmanuel Macron viendrait opportunément de retrouver… Là encore, le président français ne manque pas d’air en présentant comme sa propre initiative les dispositifs (Act-A et Covax) visant à garantir l’accès aux vaccins à 20 % de la population dans les pays les plus pauvres. Plus grave : à ce stade, le Sud n’a pas vraiment vu la couleur des doses promises, car les producteurs de vaccins à ARN messager réservent leurs livraisons aux États qui paient le prix fort. Et AstraZeneca, central dans le mécanisme Covax, a revu drastiquement à la baisse ses prévisions, du fait des difficultés chez son sous-traitant indien. Alors que la Suède en promet un million, que l’Espagne et le Portugal s’engagent à partager entre 5 % et 10 % de leurs stocks avec l’Amérique latine, la France n’a donné aujourd’hui que 106 000 doses au titre de la « solidarité ». Et encore, comme les autres grandes puissances du Nord, États-Unis en tête, elle est d’autant plus généreuse qu’avec l’hésitation propre au vaccin AstraZeneca, des millions de doses risquent aujourd’hui de lui rester sur les bras…

 

 

Ce qu'affirme Emmanuel Macron

  Le deuxième pilier de cette solidarité pour que le vaccin circule, c’est de ne pas bloquer les ingrédients et les vaccins eux-mêmes. Aujourd’hui les Anglo-Saxons bloquent beaucoup de ces ingrédients et de ces vaccins. 100 % des vaccins produits aux États-Unis d’Amérique vont pour le marché américain. En Europe, sur à peu près 110 millions de doses produites à date, nous en avons exporté 45 et gardé 65. Nous sommes les plus généreux au monde dans le camp des pays développés. 

Décryptage

Difficile de donner tort au président de la République quand il fustige l’égoïsme des Américains. À travers l’activation d’un texte législatif sur la production en temps de guerre – le Defense Production Act daté de 1950 –, la Maison-Blanche a rétabli une planification protectionniste en constituant des stocks de principes actifs et de matériaux indispensables à la fabrication de leurs sérums. Maintenant qu’il est sur le point d’achever sa propre campagne de vaccination, Joe Biden tend la main, la bouche en cœur, au reste du monde…

En revanche, on n’est pas obligé de suivre Emmanuel Macron sur le terrain de l’exception européenne : jusqu’ici, ce sont la Chine, la Russie et l’Inde qui ont, de très loin, certes avec des visées géopolitiques et commerciales, fourni les pays du Sud en vaccins. Car si la production en Europe des multinationales a bel et bien été exportée en partie, elle l’a été, pour l’écrasante majorité des stocks, sur une base purement mercantile, celle des contrats de préachats bilatéraux : d’après les derniers chiffrages de la Commission européenne, sur les 200 millions de doses exportées au total – un chiffre bien supérieur à celui du président français, mais ça ne change rien, au fond –, 70 millions sont partis vers le Japon, 19 millions pour le Royaume-Uni, 18 pour le Canada, 10 pour le Mexique, 7 pour l’Arabie saoudite, 5 pour la Suisse et la Turquie, 3 pour Singapour et 3 pour la Corée du Sud. Plus que de la « générosité », il s’agit de simple libre-échange, en fait, qui ne règle rien à l’accès universel aux vaccins…

 

 

Ce qu'affirme Emmanuel Macron

  La troisième chose, c’est le transfert de technologies. Ce qu’il faut réussir à faire, c’est transférer au maximum les technologies pour produire la substance active ou réaliser le conditionnement, au service des pays en développement.

Décryptage

Jusqu’ici, les Européens ont, à l’instar des Américains, largement financé l’augmentation des capacités de production des grands labos pharmaceutiques et poussé les multinationales en retard dans la course aux vaccins, comme Sanofi, ou absentes, comme Novartis ou Merck, à aider les producteurs actuels. Mais, malgré les flots d’argent public déversés, l’Union européenne, France comprise, s’interdit d’intervenir directement et laisse le secteur privé s’organiser comme il veut. Ce qui explique pourquoi Emmanuel Macron fait mine de croire que levée des brevets et transferts de technologies s’opposent, alors que ces deux mouvements peuvent et doivent être articulés… Il est même possible de le faire, comme y invite désormais Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS, en offrant des « incitations » supplémentaires aux multinationales pour qu’elles partagent leur savoir-faire et leurs recettes.

 

 

Ce qu'affirme Emmanuel Macron

  Je suis favorable à ce qu’on ait ce débat (sur la levée des brevets – NDLR), mais il ne faut pas tuer la rémunération de l’innovation. Il faut toujours rémunérer les chercheurs, c’est important. Oui à la solidarité, mais elle passe aussi par ces mécanismes.

Décryptage

Dans la queue, le venin : à la fin de sa démonstration, le président français remet sa veste à l’endroit, et reprend le refrain de Big Pharma… « Bien public mondial », le vaccin ? Jusqu’ici, avec de tels promoteurs, il se révèle surtout être une gigantesque machine à cash pour les multinationales. L’« innovation », parlons-en ! En exploitant des décennies de recherches publiques sur l’ARN messager ou les adénovirus, sur la séquence génétique des coronavirus ou sur la description de la protéine spike, en bénéficiant d’un financement public global pour le développement, la fabrication et la logistique estimé à plus de 10 milliards d’euros, en profitant d’une liberté totale pour la fixation de leurs prix de vente, les géants du secteur engrangent des bénéfices vertigineux grâce à l’empire des brevets. Comme l’Humanité l’a établi récemment (lire notre édition du 28 avril), plus de 70 milliards d’euros ont été brûlés en dividendes et rachats d’actions par les grands groupes pharmaceutiques depuis le début de la pandémie. Emmanuel Macron serait bien avisé de jeter un œil à leurs principaux actionnaires, qui ressemblent furieusement, non pas à des chercheurs ou des innovateurs, mais plutôt à des spéculateurs…


 

 

La commission européenne ne prête l’oreille qu’à l’industrie pharmaceutique

 Quand elle veut parler de la production pharmaceutique et des vaccins contre le Covid-19, qui la Commission européenne choisit-elle comme interlocuteurs privilégiés ? D’après un décompte du Corporate Europe Observatory (CEO), une petite équipe spécialisée dans la surveillance du lobbying à Bruxelles, l’exécutif européen a, depuis le début de la pandémie, organisé 44 rencontres avec les dirigeants de grandes entreprises du secteur, 117  avec des représentants de leurs associations professionnelles et 41 avec des philanthropes liés à la Fondation Gates. Toutes ces entités sont de fervents opposants à un quelconque aménagement de l’empire des brevets. Dans le même temps, les portes de la Commission restent hermétiquement closes pour les partisans de l’intérêt général et de la santé publique mondiale. Ainsi, les rendez-vous demandés par Médecins sans frontières, la célèbre ONG très engagée sur les questions d’accès universel aux médicaments, ont été refusés par plusieurs commissaires européens. « La Commission est la chambre d’écho de Big Pharma », dénoncent les chercheurs du CEO

 

 


 

publié le 10 mai 2021

 

Les lycéens victimes de la répression policière le mercredi 5 mai à Béziers,
 
Communiqué de la section SNES-FSU  du lycée Henri IV de Béziers

 

Ce matin mercredi 5 mai une manifestation de lycéens des établissements de Béziers a marché du lycée Jean Moulin au lycée Henri IV. Arrivés devant le lycée Henri IV, les lycéens ont été accueillis par un important et inhabituel déploiement de forces de l’ordre avec casques, gilets, matraques, flash balls et gaz lacrymogènes. Les rues autour du lycée étaient bloquées. Au cours du rassemblement, les flash balls ont été pointés vers les jeunes, qui ont reculé par peur. Un lycéen a reçu un coup de matraque, puis dans un mouvement de foule est tombé et on lui a marché dessus. Les gaz lacrymogènes ont été utilisés. A 11 heures, l’établissement a décidé de faire sortir les élèves par la porte au bas de la rue Forcadel sans se soucier de leur sécurité,  puisqu’ ils sont tombés sur des policiers qui les ont pris en chasse devant l’école primaire

 

Les lycéens ont le droit de manifester sans se retrouver face à une armada, qui est un encouragement aux provocations. La section SNES-FSU refuse ce déploiement complètement disproportionné de forces de l’ordre devant le lycée, qui est source de provocation et d’incidents. D’ailleurs cela n’a pas manqué, trois jeunes se sont retrouvés en garde à vue.  

 

Aussi, la section SNES lycée Henri IV  exprime son indignation devant ce nouvel épisode de répression. Nous demandons à ce que la lumière soit faite sur les ordres ou les demandes de déploiements d’agents de police armés. Nous condamnons l’usage de la violence en direction des lycéens.

 

L’escalade de la violence n’est pas la réponse qu’on doit apporter aux lycéens. Il est urgent au contraire  que le Ministre entendre les inquiétudes légitimes des lycéens qui doivent se présenter aux examens dans des conditions de préparation incomplètes et inégalitaires, du fait de la gestion de l’épidémie de COVID 19 par le gouvernement, qui a laissé les établissements mettre en place des organisations des enseignements totalement éclatées, sans moyens suffisants dans la plus grande disparité, source d’inégalités. Depuis le 2 novembre le fonctionnement hybride a conduit à l’alternance de cours en distanciel et en présentiel. Nous ne pouvons pas considérer que les conditions d’apprentissage ont été « normales », que les programmes ont été traités dans des conditions sereines, que les élèves ont été préparés à l’épreuve du grand oral. Les mesures d’ajustement annoncées tardivement par le Ministre ne règlent pas tout.

 Les lycéens ont besoin d’être rassurés quant à leur avenir, ils ont besoin de l’abrogation de Parcoursup, ils ont besoin de profs, de salles de cours, de bonnes conditions d’études et de travail, pas de répression.

 

Pour la section SNES-FSU du lycée Henri IV : Christophe Benoit ;  Patrick Andrieu ;  Saïd Bridai.

Publié le 07/05/2021

 

 

UN quart du budget de l’Etat s'évapore en sous-traitance

 

Par Erwan Manac'h sur www.politis.fr

 

 

 

Une centaine d’agents et cadres de la fonction publique publient une étude sur l’externalisation de l’action publique à des entreprises privées.

Le coût de celle-ci est évalué à 160 milliards d’euros par an.

 

 

 

C’est la partie immergée d’un iceberg qu’on savait gigantesque, évaluée pour la première fois, et malgré le peu de données disponibles, par un collectif naissant de hauts fonctionnaires et d’agents publics : en additionnant les différentes formes de sous-traitance (1), à tous les échelons de l’État et des collectivités locales, le phénomène d’externalisation de l’action publique représente 160 milliards d’euros par an. C’est 7 % du PIB et l’équivalent du quart du budget de l’État.

 

Cette estimation est le fruit d’un travail de recoupement révélé ce vendredi par le collectif « Nos services publics », qui regroupe une centaine d’agents et cadres de la fonction publique, pour la plupart anonymes mais résolus à « alerter » de l’intérieur sur les dysfonctionnements de la puissance publique.

 

 

Une accélération considérable du phénomène

 

 

La note de 13 pages retrace l’histoire du phénomène, de sa première éclosion dès le XVIIe siècle à l’accélération considérable observée à partir du milieu des années 1990. Une série de « réformes de l’État » dessine alors un arsenal de normes budgétaires et juridiques qui rendent progressivement l’externalisation incontournable. À tel point qu’aujourd’hui les lois « limitent la capacité des pouvoirs publics à confier des missions à leurs propres opérateurs publics » afin de favoriser la mise en concurrence, souligne le collectif.

 

Cette note pointe également l’impact de la forte réduction du nombre d’emplois publics, à tous les échelons de l’administration. Avec une décentralisation opérée avec des dotations en baisse ou insuffisantes, ce rétrécissement de l’État et des collectivités locales les contraint in fine à déléguer au privé des fractions de plus en plus diverses de leurs missions.

 

Sous différentes formes juridiques (2), l’externalisation concerne aujourd’hui tous les pans de l'action publique, du nettoyage des locaux à l’élaboration des politiques, constate le collectif. Y compris des missions à caractère stratégique comme la sécurité informatique.

 

Sous François Hollande, le plan de « modernisation de l’action publique » a ainsi offert la délivrance de titres officiels aux entreprises privées (visas, cartes grises). Tandis que le projet Action publique 2022 d’Emmanuel Macron élargit la sous-traitance à l’accompagnement des demandeurs d’emploi, au contrôle réglementaire, à la protection du consommateur et à la répression des fraudes.

 

 

Un modèle coûteux et désarmant pour l'Etat

 

 

Ce phénomène a plusieurs effets pervers, selon l’analyse du groupe de fonctionnaires : une perte de compétences et même de « souveraineté », sur des actions que la puissance publique a pourtant elle-même décidées ; un risque de dévoiement de l’intérêt général et de dégradation du service public ; un nivellement par le bas des conditions de travail...

 

Elle représente également un surcoût financier souvent important sur le temps long. Car les entreprises privées sont redevables de la TVA et doivent rémunérer leurs banques ou leurs actionnaires, ce qui n’est pas le cas pour des prestations réalisées en interne, souligne la note. Une externalisation induit également des « coûts de transferts » au moment de sa mise en place et annule toute possibilité de mutualiser les compétences entre territoires. Un paradoxe, pour une politique dictée officiellement par une volonté de « maîtrise de la dépense publique ». Avec ce résultat que déplore Nos services publics : Plutôt que de diminuer le coût pour du service tout en maintenant sa qualité, on en réduit la qualité tout en dégradant les finances publiques.

 

Ce constat conduit le collectif à formuler une série de conditions, qui devraient selon lui présider au choix d’externaliser ou non une action publique. Le recours au privé devrait toujours être choisi et réversible, ne pas hypothéquer la capacité d’action future de l’acteur public et constituer un gain sur le temps long en tenant compte de toutes les facettes du problème.

 

 

L’urgence de reprendre la parole

 

 

Cette première note doit en appeler d’autres, sur les sujets ayant trait aux « dysfonctionnements institutionnalisés de l’appareil d’État ou des collectivités publiques », promet le collectif. Il a également lancé une enquête auprès des fonctionnaires sur « la perte de sens dans les services publics » et prépare différentes formes d’interpellations, pour tenter de briser le mur de silence qui occulte l’expression des fonctionnaires.

 

Par cet acte de naissance, il lance également un appel aux agents pour venir – anonymement – garnir ses rangs. « Nous voulons travailler à construire une pensée alternative sur les services publics et nous donner collectivement du courage pour progressivement reprendre la parole, parce qu’il est urgent de faire vivre le débat public sur ce sujet. Nous voulons également travailler à l’évolution de nos pratiques [en tant que fonctionnaires], résume l’un des porte-paroles du collectif, Arnaud Bontemps, magistrat de la Cour des comptes aujourd’hui en disponibilité. C’est un travail sur le temps long, qui dépasse l’horizon de l’agenda politique et nous ne sommes affiliés à aucun syndicat ni parti politique. » C’est aussi une démarche qui expose ses acteurs à des risques de répression, tant la parole des fonctionnaires est aujourd’hui muselée.

 

 

 

(1) Les délégations de service public représentent 120 Md€ selon un dossier de presse de 2019 du ministère de l’Industrie et les prestations de service sont évaluées à 40 Md€ dans le recensement économique de la commande publique.

 

(2) Délégation de service public depuis 1993, partenariat public-privé à partir de 2004, prestation de service.


 

Publié le 04/05/2021

 

 

1er mai 1906, nous ne travaillerons plus que huit heures !

 

 

 

Extraits de L'histoire du 1er mai de Maurice Dommanget

(http://www.theyliewedie.org/ressources/biblio/fr/Increvables_anarchistes_-_1_mai_1906_a_Paris_et_en_province.html)

 

 

 

Il faut avoir vécu ces jours angoisses et senti passer le souffle de l'affolement sur tant de visages, pour apprécier vraiment l'effroi de la bourgeoisie et la puissance acquise soudainement par l'organisation syndicale. Aux kiosques était accroché le magnifique et cinglant numéro spécial de l'Assiette au Beurre, dessiné par Grandjouan qui rappelait brutalement l'âpreté de l'enjeu.


Dans cette atmosphère à la fois étouffante et écœurante, où la bourgeoisie apeurée justifiait le mot qu'elle était " un ventre avant tout ", où les dirigeants affolés perdaient toute mesure et tout sens du ridicule, où les uns et les autres se trouvaient victimes de leur propre mystification, car aucun changement social n'était en vue, les leaders de la C.G.T. conservaient la tête froide. Ils ne prenaient point des spectres pour des réalités, des espérances limitées pour des résultats grandioses (…)

 

 

Le jour tant attendu, Paris s'éveilla par un beau soleil. Vers huit heures du matin, quand la brigade de réserve de l'officier de paix Jean fit son apparition sur la place de la République, le grand centre de polarisation des grévistes à cause de la proximité de la Bourse du Travail, beaucoup de boutiques restaient fermées.

 

Un certain nombre s'entrouvrait avec les précautions d'usage pour fermer à la moindre alerte. Bientôt les agents patrouillent par groupes de deux ou trois. Défense expresse de stationner. Interpellations, brutalités. A huit heures et demie, il y a déjà 146 arrestations (…)

 

 

En province, les incidents les plus violents se produisirent dans le Vimeux, à Brest, à Bordeaux, à Nice. Les autorités fermèrent quelques Bourses du Travail.


De fortes manifestations de rue au chant de l'Internationale se déroulèrent avec drapeaux rouges et bannières syndicales. A Brest, Toulon et Bordeaux, le drapeau noir fut même arboré. A Rive-de-Gier, les chômeurs parvinrent non seulement à faire arrêter le travail dans plusieurs usines, mais à faire licencier les élèves des écoles primaires et de l'Ecole pratique.


Le chômage fut considérable à Brest, Dunkerque, Firminy, Saint-Nazaire, Bordeaux, Saint-Claude, dans les verreries du Nord et les usines métallurgiques de la vallée de la Meuse. Les chantiers de construction navale de Nantes et Saint-Nazaire étaient abandonnés ainsi que les quais de nombreux ports par suite de la grève des dockers. C'est à Toulon et Rochefort que les ouvriers des arsenaux débrayèrent surtout.

 

Il n'y eut que 250 entrées sur 6000 ouvriers dans le premier port militaire et 325 sur 2852 l'après-midi à Rochefort. La grève fut presque unanime à la fonderie de Ruelle et dans les manufactures de tabac de Nancy, Châteauroux et Nantes. Elle ne fut que partielle à Fourmies, à Angoulême et dans nombre de localités des Ardennes. Dans plusieurs villes, les ouvriers ne se décidèrent à faire grève que le tantôt (…)

 

 

L'ampleur du mouvement dépassa les prévisions escomptées par les militants responsables et les sympathisants de toutes nuances. L'éveil formidable écrivit le blanquiste dissident Ernest Roche. Le mouvement a donné plus que l'on avait osé prévoir. Il a été le signe du réveil du prolétariat, dît l'anarchiste Jean Grave. Le nombre des chômeurs a été considérablement accru par rapport aux années précédentes et jamais, peut-être, le glorieux 1er Mai n'a mobilisé autant de forces ouvrières que cette année, reconnut le guesdiste Paul-Marius André. Même note sous la plume de Klemczynski, secrétaire des Syndicats de l'Oise : Jamais, on peut l'affirmer, le prolétariat n'a donné à la bourgeoisie une telle affirmation de sa force, jamais il n'a été plus combatif (...)


 

Publié le 01/05/2021

 

 

A Paris, dans la rue pour « les plus précaires » et contre une « réforme assassine »

 

Par Justine Guitton-Boussion et NnoMan Cadoret sur https://reporterre.net

 

 

Vendredi 23 avril, à l’appel des intermittents du spectacle, de la CGT et de l’union syndicale Solidaires, des milliers de personnes ont manifesté en France contre la réforme de l’assurance-chômage. Reportage.

 

 

Ils étaient venus montrer leur « colère noire » : des manifestations ont eu lieu dans toute la France, vendredi 23 avril, pour protester contre la réforme de l’assurance-chômage. Celle-ci doit entrer en vigueur le 1er juillet, et pourrait entraîner la précarisation de centaines de milliers de personnes. En cause : une modification du calcul des indemnités. Au lieu de prendre en compte seulement les revenus des périodes travaillées, la réforme prévoit d’inclure également ceux des périodes chômées. Ce qui entraînera mathématiquement une réduction des allocations mensuelles.

 

Dans une étude publiée début avril, l’Unédic a estimé qu’à cause de cette modification de calcul, 1,15 million d’allocataires toucheront moins d’indemnités (- 17 % en moyenne) pendant la première année. Ils devraient cependant les percevoir pendant plus longtemps (quatorze mois en moyenne, contre onze actuellement). En outre, après le 1er juillet, il faudra avoir travaillé pendant six mois (et non quatre actuellement) pour y prétendre : cela retardera l’accès des jeunes Français à l’assurance chômage.

 

A l’appel de la CGT et de l’union syndicale Solidaires — qui dénoncent une « réforme assassine » —, des milliers de personnes ont manifesté en France. D’après les organisateurs, la marche parisienne a rassemblé plus de 10 000 personnes. Elles étaient plusieurs centaines à Marseille, Lille ou encore à Lyon.

 

A Paris, la mobilisation avait commencé sur la place de l’Odéon, en fin de matinée, par une spectaculaire « flash-mob ».

 

Puis le cortège, dans lequel les intermittents du spectacle étaient les plus nombreux, est parti de la place d’Italie. Ils ne sont pas concernés directement par la réforme, mais luttent depuis plusieurs semaines (à l’image des lieux culturels occupés partout en France, dont le théâtre Odéon, à Paris) pour le retrait de cette mesure, et pour les droits des personnes précaires en général. « C’est hallucinant que le gouvernement essaie de faire passer cette réforme maintenant, alors que tout le monde est dans la merde, déplorait Christophe, 48 ans, membre de la compagnie de théâtre de rue Acidu. C’est injuste et dégueulasse. »

 

 

« Mon indemnité passera de 1 120 euros à 960 euros »

 

Tous les âges et toutes les professions étaient représentés au cœur de la manifestation. Des soignants, des enseignants, des intérimaires… Autant de métiers qui peuvent parfois connaître des contrats courts ponctués de périodes de chômage. Alexandre, 25 ans, était venu marcher avec ses collègues archéologues. « Cette réforme signe quasiment la fin de l’archéologie préventive [l’étude du patrimoine archéologique avant des travaux d’aménagement], affirmait-il. Les sociétés ont recours à des personnes employées en CDD, qui travaillent sur la durée du chantier, entre quinze jours et deux mois en moyenne. »

 

Et, forcément, il y a des pauses plus ou moins longues entre chaque chantier. « J’ai fait le calcul, disait son confrère Guillaume, 29 ans. Si la réforme entre en vigueur, l’indemnité que je perçois quand je ne travaille pas passera de 1 120 euros à 960 euros. On va se retrouver obligés de prendre un autre boulot à côté, ou de se reconvertir. Il y aura une perte de savoir-faire : c’est l’archéologie même qui est menacée. »

 

Plus encore que la protestation contre la réforme, certains manifestants s’étaient déplacés pour crier leur désarroi en cette période de crise sanitaire. « Je n’ai pas travaillé depuis le 6 mars 2020 », soupirait Benoît, 47 ans, « extra » dans l’événementiel. Quelques mètres plus loin, Sophie, 57 ans, n’a pas travaillé non plus depuis plus d’un an. Elle arborait à son cou un badge « Guides conférenciers en colère »« Nous faisons partie des grands oubliés des aides de l’État », déplorait-elle. Et de citer le chômage partiel accordé aux salariés, le fonds de solidarité pour les autoentrepreneurs, l’année blanche pour certains intermittents du spectacle… « Nous, on est laissés de côté », poursuivait-elle. « Un revenu universel garanti pour tous est nécessaire aujourd’hui », estimait aussi Jean-Manuel, guide-conférencier de 61 ans.

 

 

« Comment faire pour faire vivre nos familles ? »

 

Les marches organisées en France étaient également l’occasion de rappeler au gouvernement que des milliers de personnes veulent reprendre le travail. Perché à plus de trois mètres de hauteur, vêtu d’une livrée rouge, Clément, 45 ans, échassier membre de la compagnie Zizanie, était venu « réclamer la réouverture des lieux culturels » : « Nous, on est prêts à recommencer à travailler, on ne comprend pas pourquoi ça se fait à l’étranger et pas chez nous », s’interrogeait-il. « On est venus manifester pour demander de pouvoir jouer dehors, disait Christophe, le comédien de la compagnie Acidu. Avec les “gestes barrière” et le fait que le virus circule moins à l’extérieur, c’est possible. Pourquoi tout bloquer ? » Quelques pancartes volant au vent, siglées « Rends l’art, Jean » — en référence au Premier ministre, Jean Castex —, témoignaient que cette volonté était partagée dans les cortèges.

 

Les femmes de chambre de l’hôtel parisien Ibis Batignolles, qui se battent depuis une vingtaine de mois pour de meilleures conditions de travail, étaient également présentes dans la marche. Elles ne sont a priori pas concernées par la réforme de l’assurance chômage, mais voulaient témoigner leur soutien « à tous les précaires ». Et lancer un coup de gueule contre les différents plans de licenciements des groupes hôteliers (les groupes Accor, Marriott, Constellation…).

 

« C’est pourtant un des secteurs les plus aidés par l’État, fulminait Tiziri, animatrice syndicale CGT-HPE (hôtel de prestige et économique). Accor bénéficie d’un prêt garanti par l’État de 500 millions d’euros alors qu’il licencie ! C’est révoltant qu’il bénéficie autant et que l’État ne demande rien en retour. » « Il faut arrêter ces licenciements, insistait Rachel, 46 ans, femme de chambre à l’Ibis Batignolles. Nous sommes des mères, des pères, comment faire pour faire vivre nos familles ? »

 

On pouvait donc observer une multitude de profils, de revendications, d’histoires personnelles, parmi ces manifestations. Mais un objectif commun : « aider les plus précaires ». À la fin de la marche parisienne, pendant que des chanteurs lyriques faisaient entendre leur voix devant l’Opéra Bastille, « Val’ », cinéaste de 49 ans (elle fait partie des occupants du théâtre Odéon), formulait un rêve : « Si le monde de la culture réussit à se bouger pour tout le monde, c’est bon signe. Peut-être qu’on réussira à la faire, cette convergence des luttes. »


 

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