PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

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Publié le 30/03/2021

 

 

Essai. La Commune républicaine et révolutionnaire

 

 

Par Aurélien Soucheyre sur www.humanite.fr

 

 

L’historien Roger Martelli publie un essai dédié à la révolution de 1871, ses causes, son déroulement, ses inventions et son héritage jusqu’à nos jours.

 

 

« Commune 1871. La révolution impromptue »

De Roger Martelli (éditions Arcane 17, 107 pages, 18 euros)

 

 

 

Roger Martelli a été élève au lycée Thiers, à Marseille. En mai 1968, il fait partie des étudiants qui le rebaptisent un temps « lycée de la Commune de Paris ». Ce n’est donc pas d’hier que l’historien s’intéresse à cette période passionnante. « Jamais sans doute événement aussi court – soixante-treize jours – n’a laissé tant de traces dans les représentations collectives », écrit-il dans son dernier ouvrage. Avec cet essai baptisé Commune 1871. La révolution impromptue, celui qui est aussi coprésident de l’association des Amies et Amis de la Commune de Paris dresse un regard à la fois scientifique et ­citoyen sur la révolution de 1871.

 

« Jamais sans doute événement aussi court – soixante-treize jours – n’a laissé tant de traces dans les représentations collectives. Roger Martelli

 

Il se livre bien sûr à un résumé précis des faits, dans toute leur complexité, permettant de comprendre toujours plus comment est née la Commune, comment elle a gouverné, ce qu’elle a réalisé, comment elle a été massacrée et pourquoi son souvenir est aussi fort au moment de commémorer son 150 e anniversaire.

 

 

 

D’où vient que le souffle de la Commune est toujours dans notre dos ?

 

En 1980, les étudiants coréens de Gwangju se constituent en commune, tout comme les mexicains d’Oaxaca en 2006 et les universitaires d’Oakland en 2011. Les Kurdes installent aussi une commune du Rojava en 2014. En France, son nom refleurit lors de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, pendant Nuit debout puis lors du mouvement des gilets jaunes. D’où vient que le souffle de la Commune est toujours dans notre dos ? Roger Martelli nous raconte qui sont les communards : en 1870, 45 % des Parisiens sont des ouvriers, pour beaucoup pauvres, et hostiles à un Napoléon III qui vient de tomber. Paris est aussi la ville des révolutions : 1789, 1830, 1848. Éreintés par le siège de l’armée prussienne, les habitants de la capitale sont scandalisés par le risque croissant de voir la III e République sombrer, après la victoire des monarchistes lors d’élections commandées par l’Empire allemand pour traiter du prix de la défaite.

 

« Jamais révolution n’avait plus surpris les révolutionnaires. Benoît Malon, communard

 

 

 

La Commune débouche sur le gouvernement le plus ouvrier de l’histoire du pays

 

Paris se soulève quand Thiers tente de lui prendre ses canons. « Jamais révolution n’avait plus surpris les révolutionnaires », écrit le communard Benoît Malon, tant le scénario des années 1870-1871 paraît inimaginable d’un rebondissement à l’autre. Paris est pourtant en ébullition depuis des mois, traversée par une très forte politisation et les prémices du mouvement ouvrier. À l’analyse ­sociologique de la ville, Roger Martelli ajoute la vitalité du débat démocratique, dans les quartiers, dans les clubs, la presse, entre hommes et femmes et au sein même de la garde nationale. La Commune débouche sur le gouvernement le plus ouvrier de l’histoire du pays, quand l’assemblée de Versailles est la plus aristocratique jamais connue en France…

 

 

 

La lutte des classes devient guerre civile

 

Les tentatives de médiation échouent. La lutte des classes devient guerre civile. Sur les 42 millions de francs dépensés par la Commune, 33 millions sont attribués à la délégation à la guerre. Ce qui ne l’empêche pas de procéder aussi à des « basculements sociaux et parfois même civilisationnels », note Roger Martelli, en ouvrant la porte à l’égalité hommes-femmes, à l’encadrement des salaires, à l’école gratuite et laïque… Le martyre de la Commune a achevé de la propulser dans les mémoires. D’horribles procès lui sont pourtant faits, alors que c’est elle qui a été noyée dans le sang. Mais l’essai de Roger Martelli démontre une fois de plus que « l’horizon de la Commune n’est rien d’autre que celui de la République ». Sociale et non conservatrice.

 

 

L’Assemblée Citoyenne vous recommande la chanson « La Commune »

(paroles de Georges Coulonges, musique et interprétation de Jean Ferrat).

 

A écouter dans nos vidéos !

Publié le 26/03/2021

 

 

Pour la réouverture immédiate, totale et définitive de tous les lieux de culture

 

 

Appel du collectif citoyen « Ami entends-tu »

Si vous souhaitez signer leur pétition : https://petition.amientendstu.fr

 

 

 

Nous citoyens, artistes, musiciens, comédiens, chanteurs, auteurs, compositeurs, écrivains, danseurs, circassiens, techniciens, costumières, chargés de productions, producteurs, diffuseurs, attachés de presse, agence d’événementiels, directeurs de salles, organisateurs de festivals, spectateurs, amoureux de la culture…

 

Nous refusons cette dictature sanitaire.

 

Bien sûr nous compatissons avec ceux qui de près ou de loin ont été touchés par ce virus. Cependant, depuis 11 mois notre secteur d’activité a été directement impacté par la gestion de cette situation qui ruine les entreprises culturelles, plonge dans la précarité la grande majorité des artistes et techniciens et met gravement en danger les théâtres, salles de spectacles, festivals et l’ensemble des acteurs culturels de notre pays sans qu’aucune perspective d’assouplissement soit envisagée. Entre faux espoirs et discours anxiogènes ces mesures se prolongent de mois en mois.

 

Nous valons mieux que ça !

 

Ces décisions entraînent des dégâts psychologiques de plus en plus importants dans la population et détruisent le lien social. L’être humain n’est pas un robot. Sa vie ne peut se résumer à travailler, manger et dormir.

 

Or depuis le 17 Mars 2020, vous avez privé les Français en grande partie de leur droit constitutionnel d’accès à la culture en imposant la fermeture des lieux culturels.

 

L’article 13 du préambule de la constitution du 27 Octobre 1946 qui fait partie intégrante de la constitution Française stipule : « La nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture ».

 

Les biens culturels et notamment le spectacle vivant, la liberté de circuler, d’assister à des spectacles sont indispensables à sa bonne santé psychique et physique. Cette bonne santé est la meilleure garantie contre toutes les maladies ou virus qui la menacent.

 

Nous sommes des milliers, des centaines de milliers à faire notre métier la passion chevillée au corps pour transmettre la culture, le rêve, la force, l’énergie… tout ce qui fait qu’un peuple se sent fort et en appartenance avec son époque.

 

La question est : Que faisons-nous de la culture, de la libre création qui font rayonner la France dans le monde ? Nous représentons une des activités économiques qui génère le plus de revenus dans notre pays. Plus que l’industrie automobile.

 

Nous exigeons de pouvoir exercer nos métiers comme cela doit être la règle dans toute démocratie qui se respecte. Même pendant la seconde guerre mondiale, une vraie guerre, à Londres et à Paris, à l’apogée des bombardements, les théâtres, les cabarets et les lieux de culture sont restés ouverts.

 

Les décisions prises contre les activités culturelles dans notre pays sont incompréhensibles, injustifiées et inacceptables. Pendant le mois et demi où il nous a été permis de faire notre métier, aucun cluster n’a été signalé dans un lieu de culture.

 

Nous exigeons aujourd’hui la réouverture de tous les lieux de culture : théâtres, salles de spectacles, musées, bibliothèques… la levée de l’interdiction des représentations culturelles et la reprise immédiate de nos activités.

 

Nous refusons d’être gouvernés par la peur. Nous valons mieux que ça !

 

Nous choisissons de prendre le risque de vivre libre et en bonne santé.

 

La peur de mourir n’empêche pas de mourir, elle empêche de vivre.

Publié le 26/03/2021

 

 

 

La SNCF condamnée pour avoir empêché des cheminots de faire grève

 

 

Par Dan Israel sur www.mediapart.fr

 

 

 

Les agents grévistes de SNCF Réseau avaient été déplacés de leur horaire de nuit habituel à un horaire de jour. Le tribunal de Bobigny a jugé que cette décision avait « pour objet de limiter l’exercice de leur droit de grève ».

 

 

 

Pour éviter qu’une quarantaine de ses salariés ne fassent grève, la SNCF avait trouvé une méthode créative, qui vient d’être condamnée, le 12 mars, par le tribunal judiciaire de Bobigny, saisi en référé (la procédure d’urgence) par le syndicat Sud Rail.

 

 

Le 18 janvier, deux « brigades » de SNCF Réseau, chargées de la maintenance pour le secteur de la gare du Nord et travaillant de nuit, avaient entamé une grève, arrêtant le travail tous les jours une heure, de 1 h 30 à 2 h 29, conformément à un préavis de grève, déposé pour la période du 18 janvier au 18 juin.

 

 

Au bout d’une dizaine de jours, les salariés ont été transférés par leur direction en horaires de jour. Le motif officiellement avancé était le ralentissement trop important de la maintenance de nuit. Mais cette décision empêchait surtout les cheminots de poursuivre leur grève.

 

 

Le tribunal de Bobigny a jugé que « les mesures de changement d’horaire litigieuses, appliquées de manière collective à des salariés identifiés comme grévistes, ont […] pour objet de limiter l’exercice de leur droit de grève ». Cette politique constitue donc « un trouble manifestement illicite auquel il convient de mettre fin en ordonnant à l’employeur de rétablir l’organisation de travail antérieure à la grève ».

 

 

« Nous travaillons dans le noir et l’insalubrité, dans des conditions très difficiles. Pendant le premier confinement, nous avons eu droit à une visite de notre directeur d’établissement, ce qui est très rare. Il nous a dit que nous méritions “une petite prime”, et ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, raconte l’un des agents, Younès Baberrih. Mais malgré plusieurs demandes suivant cette promesse, nous n’avons rien obtenu d’autre que ses demandes de lui “faire confiance”. Alors, on a décidé de bouger. On s’est syndiqués chez Sud Rail et on s’est lancés dans la grève. »

 

 

Les cheminots demandent « une prime de 20 euros par jour travaillé », le renouvellement de leur matériel de travail et une amélioration de leurs conditions de travail réellement dures. « Nous aimerions aussi devenir une “brigade pilote”, pour pouvoir tester du nouveau matériel », indique Younès Baberrih. Leur grève a été pensée pour ralentir très fortement la « production ».

 

 

« Avec cette grève de 59 minutes exactement par jour, nous empêchons toutes les grosses opérations de maintenance, comme les changements de rail et d’aiguillage, détaille un autre agent. En effet, les trains partant de la gare du Nord cessent de circuler seulement de 1 h 10 à 4 h 50 du matin. Et deux heures de travail ne suffisent pas pour effectuer les travaux nécessaires. D’autant que la quasi-totalité des membres de notre brigade ont participé au mouvement. »

 

 

C’est sans doute pour cela que la SNCF a décidé de ne pas traîner, en affectant la quasi-totalité des salariés des deux brigades en horaires de jour, là où habituellement seules deux ou trois personnes par brigade travaillent en journée. Conséquence directe de cette décision : les cheminots concernés n’avaient rien à faire, comme le souligne le tribunal. « Les tâches attribuées aux intéressés pendant ces nouveaux horaires correspondent soit à des “travaux” qui n’étaient pas répertoriés avant la grève (ramassage de menus matériels), soit à des travaux auxquels se trouvent affectés six ou onze agents, contre un pour la période précédant la grève (relevé de géométrie), si bien que les salariés dont les horaires ont été modifiés semblent affectés à des activités occupationnelles plus qu’à un véritable travail. »

 

 

Ce n’est pas tout, souligne Savine Bernard, l’avocate de Sud Rail : « Outre l’impossibilité de faire leur grève sur l’heure de nuit, ils ont perdu toutes les primes liées au travail de nuit, soit de 600 à 800 euros par mois. »

 

 

Pour le juge, la manœuvre est limpide, il s’agit de « soustraire des salariés identifiés comme grévistes au créneau de travail visé par le préavis ». La SNCF a donc été condamnée à réaffecter ses agents sur leurs horaires habituels de travail. Si elle ne le faisait pas, elle risquerait de devoir payer 5 000 euros par jour et par agent concerné… « À cette heure, la société SNCF Réseau examine l’opportunité de relever appel de cette décision », indique l’entreprise à Mediapart.

 

 

La SNCF avait tenté d’argumenter devant le juge que les cheminots de ses brigades de nuit n’ont pas été empêchés d’exercer leur droit constitutionnel, au motif qu’il existait d’autres préavis de grève, sur d’autres motifs, déposés dans l’entreprise, et que les cheminots de nuit auraient ainsi pu se lancer dans une autre grève. « L’entreprise leur déniait donc leur droit à leur propre grève sur leurs propres revendications », traduit l’avocate Savine Bernard.

 

 

Depuis le 12 mars, la grève a repris. Et les tensions ne se sont pas apaisées : une quinzaine de salariés ont reçu des convocations pour des entretiens pouvant mener à des sanctions dans les prochains jours. La SNCF leur reproche une photo prise pendant la grève où l’on en voit certains sans masque ou sans chaussures de sécurité. D’autres se voient reprocher un déplacement pour aller voir des collègues pendant un arrêt de travail. Aux dernières nouvelles, après intervention de Sud Rail, l’idée de les sanctionner pour ces raisons aurait été abandonnée.

Publié le 23/03/2021

 

 

Faire bloc derrière l'Unef

 

 

Depuis plusieurs jours, le syndicat étudiant Unef – et notamment sa présidente Mélanie Luce – encaisse les violentes attaques d’une grande partie de la classe politique et médiatique. En cause : les réunions non-mixtes. La gauche se doit de réagir.

 

 

Editorial de Pierre Jacquemain sur www.regards.fr

 

 

Marine Le Pen caracole en tête des sondages mais l’urgence du moment, le problème du moment, ce sont les réunions non-mixtes. Les étudiants crèvent la dalle et le mal à abattre, c’est un syndicat étudiant qui œuvre au quotidien contre la précarité étudiante. Les Français subissent chaque jour toujours plus l’incompétence politique de leurs gouvernants dans une crise sanitaire sans précédent – dans laquelle on s’abstient désormais de compter les morts –, mais l’ennemi numéro un, c’est l’islamo-gauchiste.

 

Que se passe-t-il dans leur tête ? Quel est le dessein de ces vaines polémiques ? Qu’est-ce qui se joue à travers ces artifices politiques dans lesquels s’engouffrent une bien trop large partie de la classe politique et médiatique ? En fin de semaine dernière, un déferlement de haine s’est abattu sur Mélanie Luce, présidente du syndicat étudiant Unef pour avoir défendu le principe des réunions non-mixtes. Des élus, des représentations de la nation de gauche et de de droite, jusqu’à la maire de Paris, s’en sont violemment pris à cette jeune syndicaliste qu’ils ont délibérément mise en danger, faisant depuis quelques jours l’objet de menaces de mort.

 

Il est des espaces de non-mixité qui, visiblement, seraient plus contestables que d’autres. A-t-on déjà entendu les Jean-Michel Blanquer, Christophe Castaner et autres Rachid Temal – qui s’en sont pris violemment aux propos de Mélanie Luce allant jusqu’à parler de dissolution du syndicat étudiant – contester ou s’indigner de l’interdiction faite aux femmes d’adhérer au très pompeux Automobile Club de France ou encore le Travellers Club et le Jockey Club ? Jamais. Ils ne s’indigent pas plus d’ailleurs des réunions très testostéronées au sommet de l’État, qu’il s’agisse du conseil de défense, ou plus largement des lieux de pouvoir et d’argent – à l’instar des entreprises du CAC 40. Si les réunions non-mixtes revendiquées aujourd’hui par des personnes racisées dérangent, la question du « qui ça dérange » devient hautement intéressante.

 

 

Qui est-ce que ça dérange ?

 

Observez-les ces indignés à géométrie variable : tous dans des positions de dominants. Tous dans des positions où les portes s’ouvrent à eux, partout. Ils ne connaissent ni ne subissent le racisme, le sexisme, la discrimination à l’emploi ou encore n’ont jamais fait l’expérience des arrestations au faciès. En réalité, l’organisation des personnes racisées touche un point sensible : la remise en cause de leur position de pouvoir, celle de leur domination structurelle mais aussi leur/notre racisme inconscient. Ce racisme systémique.

 

Comme le rappelle très justement Caroline De Haas sur Twitter : « Les réunions non-mixtes, qu’elles soient féministes ou anti-racistes sont des outils indispensables, notamment pour parler des violences subies. Vouloir les interdire, c’est mépriser les victimes. Et méconnaître l’ampleur des violences et des discriminations ». Ces réunions non-mixtes ne datent pas d’hier. Le sociologue Kevin Vacher rappelle quelques dates clefs : « 1833, 1884, 1895, 1899, ces grandes dates de la non mixité », écrit-il sur Twitter. En 1833, rappelle-t-il, « bravant l’interdiction des #Blanquer de l’époque, des ouvriers typographes s’organisent eux-mêmes en association ». Autre exemple, en 1899, Marie-Louise Rochebillard, une militante catholique crée un syndicat de femme, doublement non mixte, chez les ouvrières de la soie. « Ces syndicats ont donc pratiqué les premières formes de non mixité, d’autonomie. Non pas qu’ils voulaient absolument préparer un complot meurtrier contre leurs patrons, mais parce qu’ils ne pouvaient pas se défendre autrement, en leur présence au sein des corporations », conclue le sociologue.

 

Ainsi, la dissolution du syndicat étudiant, l’Unef, serait en débat. C’est extrêmement grave. La mobilisation doit être totale. Et la gauche, après avoir disparue lors de la dissolution du CCIF, doit réagir. Faire bloc derrière ce syndicat et sa présidente, visiblement très esseulée aujourd’hui. Cette affaire n’est pas une petite affaire. Le moment est grave alors que la haine apparaît comme un moteur sain du débat public. Quand on fait de la politique, c’est parce qu’on aime les gens. On ne les déteste pas a priori. Quand on est un représentant de la nation, a fortiori de gauche, il n’est pas admissible de « vomir » la tête d’une jeune femme qui défend chaque jour les plus faibles et les plus précaires parmi les jeunes. Leur haine est aussi à l’image de leur ignorance, c’est-à-dire coupée de la réalité sociale du pays et du débat intellectuel foisonnant dont ils feraient bien de s’inspirer. Leur ressentiment – parce qu’il s’agit bien là de ressentiment – est aussi le reflet de leur paresse intellectuelle en refusant la complexité du débat d’idées et en lui préférant la caricature. En témoigne, par exemple, l’obsession que génère chez eux l’approche intersectionnelle.

 

« Tout commence par un sentiment d’oppression. Il fallait nommer cette évidence. Dans les controverses publiques comme dans les discussions entre amis, chacun est désormais sommé de rejoindre tel ou tel camp, les arguments sont de plus en plus manichéens, la polarisation idéologique annule d’emblée la possibilité même d’une position nuancée. "Nous étouffons parmi des gens qui pensent avoir absolument raison", disait naguère Albert Camus, et nous sommes nombreux à ressentir la même chose aujourd’hui, tant l’air est irrespirable. » Ainsi commence le nouvel ouvrage de Jean Birnbaum, Le courage de la nuance (éditions du Seuil). Haineux de tous poils, lisez-le ! Place au doute. Place à la nuance.


 

ublié le 19/03/2021

 

 

Occupation du CCN de Montpellier :
« Il n’est pas question de rouvrir des lieux sur des cendres et des gens dévastés »

 

 

Parce que le spectacle vivant ne veut pas mourir, le secteur se mobilise partout en France comme à Montpellier. Au-delà de la réouverture des lieux, l'avenir inquiète.

 

 

Par Cédric Nithard sur actu.fr/occitanie

 

 

Plus que la réouverture des lieux culturels, les acteurs du spectacle vivant sont inquiets quant à leur avenir. L’occupation du théâtre Odéon a lancé un mouvement qui, avec la réaction du gouvernement, s’étend dans toute la France avec aujourd’hui une trentaine de lieux occupés. A Montpellierle Centre Chorégraphique National accueille depuis vendredi dernier (note : le 12 mars au soir) les représentants d’une vaste mobilisation qui va bien au-delà de la réouverture des lieux culturels.

 

Le Mouvement Unitaire Languedoc Roussillon, composé des artistes, technicien.ne.s, enseignant.e.s artistiques, auteur.ice.s, administrateur.ice.s, Syndicats d’Employeur.e.s et d’Employé.e.s (Synavi, CGT Spectacle, Fédération Régionale des Arts de la Rue, Coordination des Intermittent.e.s et Précaires du Languedoc Roussillon…), étudiant.e.s de l’ENSAD Montpellier, du CRR de Montpellier… est réuni, comme dans de nombreux lieux culturels en France, pour faire entendre une inquiétude accentuée par la crise sanitaire traversée depuis un an.

 

 

« Rien ne justifie encore nos fermetures »

 

 

« Cette occupation va au-delà de la réouverture des lieux. Elle vise à élargir le champ des possibles et des réflexions sur les problèmes que va poser la crise actuelle », explique Stéphanie Marc de la Coordination des Intermittent.e.s et Précaires du Languedoc Roussillon.

 

Reste qu’il s’agit d’une question essentielle pour la reprise de l’activité. David Cherpin, de la Fédération Régionale des Arts de la Rue, qui a vu les annulations arriver dès février 2020, détaille : « Nous sommes pleinement conscients de la réalité sanitaire des choses et nous ne sommes pas des irresponsables qui appelons à faire tout et n’importe quoi dans nos lieux ». Il met notamment en avant la capacité des lieux à faire respecter les gestes barrières pour préserver la santé de tous. « Dès le début du mois de mars, l’ensemble des organisations a fait en sorte de travailler à des protocoles, des méthodologies pour pouvoir laisser les lieux ouverts » précise-t-il.

 

En croisant les données des autres pays, il observe : « Les lieux de culture en tout genre ne sont pas plus contaminants que le reste des lieux où la population vit au quotidien aujourd’hui : centres commerciaux, métro, rues…  Nous savons donc que les lieux de culture ne posent pas de problèmes à la réouverture ». S’appuyant sur un rapport du conseil d’état de décembre, David Cherpin en arrive à la conclusion : « La fermeture des lieux de culture est une décision politique et pas sanitaire. Rien ne justifie encore nos fermetures ».

 

 

Retrait de la réforme de l’assurance chômage

 

 

Alors s’ils veulent voir reprendre l’activité des théâtres et autres salles de spectacle, Stéphanie Marc résume l’ambiance : « On ne va pas rouvrir des lieux avec des gens totalement précarisés, sortis du système de ce secteur puisque le chômage est inhérent au secteur. Il n’est pas question de rouvrir des lieux sur des cendres et des gens dévastés ».

 

La première demande est que l’année blanche s’arrêtant le 31 août 2021 soit reconduite car « près de 50% des intermittents du spectacle ne pourraient pas ouvrir de droits au chômage à cette date. Cela représente 40 000 personnes ». La deuxième vise au retrait de la réforme de l’assurance chômage : « Ce sera un raz de marée social et d’une injustice atroce. Ce n’est d’autant plus pas le moment de réduire les indemnités des gens et les mettre dans une précarité insupportable ».

 

Un combat qui va au-delà du monde de la culture et s’étend à « l’ensemble des précaires et des demandeurs d’emploi avec des contrats très courts que l’on appelle maintenant les intermittents de l’emploi et qui ont été très pénalisés au fil des confinements ». C’est pourquoi, Stéphanie Marc entend « réclamer que le système même de l’intermittence et d’une couverture de droits sociaux, dont le chômage pour les personnes avec des contrats à durée très courte, soit appliqué à tous les intermittents de l’emploi ».

 

 

Les jeunes, les femmes et les précaires

 

 

Dans ce contexte, comme bien souvent, se sont les jeunes, les femmes et les plus précaires qui sont davantage touchés par les injustices. Isabelle Dangerfield du Syndicat Français des Artistes Interprètes, rattaché à la CGT Spectacle, pointe la problématique des congés maternités et des congés maladie : « On constate que plus la crise avance, plus les conditions d’accès aux indemnités journalières de la sécurité sociale se durcissent ».

 

Elle regrette ainsi que « la discontinuité du travail n’a absolument pas été prévue dans les textes de loi. Nous sommes évincés, rien n’est prévu dans le code de la Sécurité Sociale pour les travailleurs en CCDU, en CDD, les vacataires ou les pigistes ». Un combat pour combler ce vide législatif mené par le collectif de Matermittentes.

 

Rémy Chabrolle, du collectif Dedans/Dehors, se fait la voix des artistes émergents et des étudiants, comme il l’était il y a encore six mois. « C’est déjà un milieu difficile dans lequel s’insérer mais là il y a peu de perspectives. On a du mal à trouver la motivation et on se demande pourquoi on fait. Certains pensent à se reconvertir » témoigne-t-il. C’est pourquoi il demande à ce qu’une solution soit trouvée pour donner aux jeunes artistes du travail rapidement. D’autant que ces jeunes ne pourront pas bénéficier de l’année blanche des intermittents et devront partir de zéro au 31 août.

 

 

Alerte au gouvernement

 

 

Elie Golgevit du Synavi, regroupant les lieux de production et les compagnies, appelle « à un changement de paradigme en ce qui concerne la politique culturelle en France. Il s’agit de commencer par le bas » et demande « un soutien massif à l’emploi dans les équipes artistiques et techniques car c’est la seule manière de soutenir la création, la diffusion culturelle sur les territoires ». C’est dans ce sens, qu’il souhaite que soit portée « une attention particulière aux lieux intermédiaires et indépendants car « c’est là où les compagnies peuvent vivre, travailler, créer et produire des spectacles en lien étroit avec les habitants ».

 

Un enjeu impératif dans un instant où de nombreuses personnes et structures risquent de ne pas voir la reprise. « La sauvegarde du secteur culturel n’est pas uniquement une question économique, c’est aussi une question existentielle », insiste Elie Golgevot, « L’être humain pour vivre à besoin de chanter, de danser, de rire… de pouvoir partager avec d’autres êtres humains des émotions, des questionnements, des interrogations. Donc l’art et la culture sont essentiels à notre survie psychique et sociale. Il serait temps que notre gouvernement en prenne conscience ».

 

Avec la colère qui risque de supplanter rapidement l’inquiétude, et de plus en plus de secteurs mécontents du gouvernement, David Cherpin alerte : « Plus ils nous mépriserons et plus ils voudront être autoritaire, plus ils risquent un embrasement encore plus total. C’est maintenant le temps pour eux, c’est leur chance, à vraiment se saisir de ce moment pour se calmer et nous écouter. Il en va de l’intérêt de tous que ceci s’arrête maintenant si on veux aller vers une reprise où on s’y retrouve un peu tous ».

ublié le 16/03/2021

 

 

Islamo-gauchisme : après les propos de Frédérique Vidal, le débat reprend parmi les universitaires

 

 

Par Sarah Nafti sur www.letudiant.fr/educpros/enquetes

 

 

Frédérique Vidal a demandé au CNRS une enquête sur "l’islamo-gauchisme" à l’université, le 14 février, susci-tant une nouvelle polémique au sein de la communauté académique. Si pour certains acteurs les dérives sont réelles, pour d’autres, de nouveaux axes de recherche émergent et doivent être considérés en tant que tels.

 

 

 

En dénonçant "l'islamo-gauchisme" qui "gangrènerait" l'université, Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, a déclenché un vaste mouvement de protestation. La ministre a demandé, le 14 février, au CNRS de mener "un bilan de l'ensemble des recherches", afin de distinguer ce qui relève du militantisme de la recherche scientifique.

 

Dans un communiqué, le CNRS s'est insurgé contre l'utilisation de ce terme qui "ne correspond à aucune réalité scientifique". Tout en acceptant de participer à l'étude demandée, il condamne notamment "les tentatives de délégitimation de différents champs de recherche comme les études postcoloniales, intersectionnelles ou les travaux sur le terme de 'race'". De son côté, la CPU (Conférence des présidents d'université) a fait part de "sa stupeur" face "à une nouvelle polémique stérile", jugeant qu'il "conviendrait de laisser [le terme d'islamo-gauchisme] à l'extrême-droite qui l'a popularisé".

 

Depuis, une pétition demandant la démission de Frédérique Vidal a réuni plus de 20.000 signatures. Dans une tribune parue dans le Monde, 130 universitaires ont, eux, soutenu la ministre dans sa volonté d'enquête, fustigeant "le dévoiement militant de l'enseignement et de la recherche".

 

 

Une polémique ancienne

 

Le feu couvait depuis un certain temps au sein du monde académique. Déjà, fin octobre, le "manifeste des 100" défendait les propos de Jean-Michel Blanquer, qui parlait de "courants islamo-gauchistes très puissants dans l'enseignement supérieur".

 

Après la création, en 2016, du collectif Vigilances Université, avec comme objectif de "lutter contre le racisme et l'antisémitisme, le communautarisme et le racialisme", c'est dernièrement l'observatoire du décolonialisme qui est monté au créneau : "les tenants de cette idéologie [décoloniale] diffusent dans l'université des éléments de discours qui […] préparent une forme de séparatisme d'avec les institutions essentielles à l'universalisme républicain : l'école, la langue et la laïcité".

 

Et le collectif d'insister sur "l'enjeu fondamental" derrière la polémique : "l'emprise croissante des idéologies qui entrave la libre création des savoirs et censure la transmission des connaissances."

 

 

Des champs de recherche contestés

 

Car au-delà du terme clivant – et contesté scientifiquement – d'islamo-gauchisme, la question porte bien sur des champs de recherche tels que les études postcoloniales, l’intersectionnalité, la race… "Ces champs permettent d'investir des thématiques comme les discriminations raciales de manière raisonnée. Ils sont articulés avec sérieux et menés avec les outils des sciences humaines et sociales, rappelle Nacira Guénif-Souilamas, sociologue et anthropologue, professeure des universités à Paris 8. Pourtant, on essaie de les rendre illégitimes en prétextant qu’il s’agit de recherches militantes avec une apparence scientifique".

 

Elle estime aussi qu’"il existe des axes de recherche qui heurtent des sensibilités", ce qui explique des "résistances" à l'apparition de nouveaux champs universitaires, comme cela a été le cas pour les études de genre. "Nous sommes à un cap où certains tentent de marginaliser ces questions pour maintenir leur position de pouvoir."

 

La recherche en sciences sociales "est traversée par un débat qui oppose les partisans d'un universalisme des Lumières qui récusent l'usage social du concept de 'race', et ceux qui mobilisent les approches intersectionnelles pour montrer les interactions que l'on peut observer entre plusieurs dimensions de l'identité des personnes discriminées", explique Daniel Verba, sociologue à Sorbonne-Paris Nord et chercheur à l'Iris (Institut de relations internationales et stratégiques).

 

Il estime cependant que "les promoteurs de l'intersectionnalité ont formé de nombreux étudiants, qui se sont emparés du thème comme d'un nouveau paradigme explicatif, certains brillamment, d'autres de façon plus caricaturale ou militante".

 

 

L’université, un lieu de vifs débats

 

Selon lui, si les universités "ont toujours été le lieu de vifs débats indispensables à la vie démocratique et scientifique", "le débat acceptable s'arrête là où commencent les menaces, la censure, la diffamation, etc.". Pour lui, l'assassinat de Samuel Paty, qui a, légitimement, ébranlé le monde enseignant, a aussi "créé les conditions favorables à l'expression de tous ceux qui fantasment un grand complot musulman".

 

François Sarfati, professeur des universités à Paris-Saclay, s'inquiète de son côté de l'émergence d'une "police de la pensée" qui déciderait "qui fait de la bonne ou de la mauvaise recherche", et ce, "dans un contexte où l'université n'était, déjà avant la crise sanitaire, pas dans un bon état".

 

"Nous voyons des étudiants en situation de grande précarité, et la ministre, quasiment invisible pendant la crise, lance un anathème". Le chercheur estime que cette polémique sert à masquer "une situation explosive" dans l'enseignement supérieur, avec une baisse constante des postes et des moyens.

 

Il rappelle par ailleurs qu’"il existe une instance d'évaluation par les pairs sur tous les travaux scientifiques, le CNU [Conseil national des universités]. Pourquoi lancer une enquête plutôt que de laisser le travail d'évaluation par les pairs fonctionner comme c'était le cas auparavant ?"

Publié le 13/03/2021

 

 

Politique-fiction

 

 

Editorial www.politis.fr du 03 mars 2021

 

 

Avec de fortes candidatures à droite, le candidat président risque plus l’élimination au premier tour que sa rivale frontiste. Comment la gauche pourrait-elle exister dans ce paysage ? Tous les protagonistes devraient y songer.

 

 

On connaît la formule fameuse de Marx : « L’histoire ne repasse pas les plats. » C’est un peu ce que nous disent de nombreux électeurs de gauche qui ont voté pour Macron au deuxième tour de la présidentielle de 2017 pour faire barrage à la candidate du Front national. A supposer que nous ayons les deux mêmes finalistes en 2022, il est improbable que le scénario se répète à l’identique.

 

En quatre ans, chacun a travaillé son image. Celle de Marine Le Pen apparaît plus lisse, tandis qu’Emmanuel Macron a fortement dégradé la sienne, surtout sur les questions sociétales. D’où ces sondages qui mettent les deux protagonistes au coude-à-coude. Les météorologues parleraient d’un « ressenti ». Car, en vérité, le Rassemblement national n’a pas changé. Et la macronie n’a changé qu’aux yeux de ceux, souvent de gauche, qui lui prêtaient des vertus sociales qu’elle n’a pas. Il n’a jamais été question que Macron soit autre chose qu’un homme de droite accomplissant le rêve du Medef, et dirigeant le pays comme on manage une entreprise. S’il n’a pas pu réaliser tout son projet, c’est en partie en raison de la résistance populaire, et en partie, il faut le dire humblement, en raison de la pandémie. Mais il n’a pas renoncé, comme en témoigne l’indécente relance de la réforme de l’assurance chômage en pleine crise sanitaire et sociale.

 

 

En 2017, voter pour Macron au deuxième tour ne pouvait donc être, comme nous l’avions expliqué ici même, qu’un « geste technique » pour empêcher le FN d’accéder au pouvoir, et en rien un acte d’adhésion. Il n’y a donc pas lieu d’être déçu sauf à avoir nourri de sérieuses illusions. Du côté des élus, le lamento des transfuges du parti socialiste, s’il ne se traduit pas en franche rupture, ressemble à une amertume d’opportunistes qui ont raté leur reconversion professionnelle.

 

Quant au Front national, il nous a fait le coup du « born again » en se donnant en 2018 un nouveau nom de baptême, sans rien changer à son corpus idéologique d’extrême droite. S’il est aujourd’hui inscrit profondément dans notre paysage politique, non plus comme un groupuscule fascisant mais comme postulant au pouvoir, c’est que les thématiques raciales et identitaires, qui constituent son fonds de commerce, ont été imposées par d’autres au cœur du débat politique. Sarkozy d’abord, Valls ensuite. Le premier n’a pas eu beaucoup à se forcer. Le second a emporté dans son naufrage personnel une partie de la gauche. Les deux ont fait plus pour la banalisation du Rassemblement national que tous les relookages imaginés par Marine Le Pen et ses amis. Et c’est sur ces thèmes de dévoiement de la laïcité après les attentats islamistes qu’Emmanuel Macron s’est le plus éloigné d’un discours initial qui brillait surtout par son imprécision.

 

Au sein de l’actuel gouvernement, il a laissé les émules de Sarkozy et de Valls, comme Darmanin, Blanquer ou, dernièrement, Frédérique Vidal, prendre idéologiquement le pouvoir. Le récent duel télévisé entre Marine Le Pen et Gérald Darmanin visait sans doute à imprimer dans l’inconscient collectif la fatalité d’un second tour déjà programmé, mais il a eu finalement pour effet de mettre en évidence le rapprochement des analyses jusqu’à ce stupéfiant chassé-croisé lorsque le ministre de l’Intérieur a accusé Marine Le Pen de « mollesse ». Une islamophobie obsessionnelle leur servant de point de convergence. Le discours historique du RN ainsi validé, la candidate peut camper sur un socle électoral de 25 %, malgré la grande misère de sa pensée économique.

 

 

La situation de Marine Le Pen est d’autant plus confortable que c’est Macron qui prend les coups. Un paratonnerre de luxe, en quelque sorte. Le piège est là pour la gauche : faute d’une candidature commune, les coups portés à Macron profitent silencieusement à Le Pen. Le tableau n’est donc guère réjouissant. Sauf que nous sommes encore en pleine fiction. A quatorze mois de l’échéance électorale, tant d’inconnues subsistent. D’autant plus que le contexte est extrêmement mouvant. Le bilan français de la pandémie sera inévitablement imputé à l’actuel président de la République. Et nous serons sans doute plongés dans une crise économique et sociale sans précédent depuis le début des années 1930. Avec de fortes candidatures à droite, le candidat président risque plus l’élimination au premier tour que sa rivale frontiste. Comment la gauche pourrait-elle exister dans ce paysage ?

 

Il est grand temps de jouer une autre carte que celle du césarisme gaullien. Seule une offre éco-sociale qui apparaîtrait clairement comme une émanation collective soutenant une candidate ou un candidat pourrait renverser une logique mortifère. Il faut subvertir la constitution de la Ve République dès avant l’élection pour pouvoir l’abolir après. Tous les protagonistes de la gauche devraient y songer. Mais vite. Jamais sans doute une gauche écologiste et sociale n’a été aussi nécessaire face aux défis existentiels qui se présentent.

 

Paradoxalement, le péril peut être une chance. Encore faut-il créer un choc psychologique par la nature résolument collective et pluraliste de la campagne. Hors de quoi, nous serons encore sommés de choisir « le moindre mal ». Un choix d’autant plus douloureux que, tôt ou tard, il conduit au pire.

Publié le 12/03/2021

 

 

PSA : ce que cachent les 2,2 milliards de bénéfices

 

 

Par Stéphane Guérard sur www.humanite.fr

 

 

Malgré le Covid, PSA a dégagé un bénéfice net de 2,2 milliards d’euros. Selon Jean-Pierre Mercier, délégué CGT, cela s’explique par la stratégie de dumping social interne. Le versement de 3 000 euros d’intéressement n’est qu’une faible contrepartie.

Entretien avec Jean-Pierre Mercier, délégué central CGT chez PSA.

 

 

Insolente, malgré le Covid. Telle est la santé financière qu’affiche PSA pour 2020. Malgré un chiffre d’affaires en recul de 18,7 % par rapport à 2019, le groupe français, qui communiquait ses derniers chiffres avant sa fusion effective avec Fiat Chrysler dans Stellantis, affiche une rentabilité de + 7,1 %, et surtout un bénéfice net de 2,2 milliards d’euros. Avant d’annoncer la distribution de 2,5 milliards d’euros aux actionnaires du nouveau mastodonte de l’automobile, le PDG Carlos Tavares s’est enorgueilli du versement de 3 000 euros d’intéressement aux salariés de France. Il n’a pas parlé de la pauvre augmentation de salaire collective de 1,2 %.

 

 

Comment expliquez-vous ces résultats financiers impressionnants ?

 

Jean-Pierre Mercier : Ils sont le résultat d’une politique d’économies tous azimuts mise en place depuis des années, à base de coupes dans les emplois, de blocages des salaires et d’explosion des contrats précaires. PSA va toujours vers le moins-disant social. À Kénitra, au Maroc, les ouvriers sont payés 240 euros par mois pour produire les 208, vendues en France aux alentours de 20 000 euros. On comprend comment le groupe dégage ces 2 milliards d’euros.

 

 

3 000 euros d’intéressement sont-ils la juste rétribution des efforts des salariés ?

 

Jean-Pierre Mercier : Notons d’abord que l’écrasante majorité des salariés ne touchera pas ces 3 000 euros, puisque leur versement est conditionné au fait d’avoir travaillé à temps plein toute l’année. On ne crache pas sur cette prime, mais elle constitue un écran de fumée qui tente de cacher la honteuse augmentation salariale collective de 1,2 % pour 2021. Cela fera 12 euros mensuels pour ceux qui touchent 1 500 euros par mois ! La politique de rémunération de PSA remplace le salaire par l’intéressement. Mais ce n’est pas cette prime qui remplit les chariots de course chaque mois. Ce n’est pas elle non plus qui entre en compte dans le calcul des retraites. Avec nos salaires planchers, nous allons avoir des pensions de misère.

 

 

Quel bilan social tirez-vous de l’année 2020 ?

 

Jean-Pierre Mercier : Tous les contrats précaires ont été mis à la porte avec le Covid. Les diminutions de postes se sont poursuivies à coups de mises en retraite de moins en moins volontaires. Les sous-effectifs sont si patents que les cadres viennent renforcer la production. Et le mariage avec Fiat sonne comme une intensification de la mise en concurrence des sites et des travailleurs les uns contre les autres. En Italie, Carlos Tavares vient d’accuser les ouvriers d’une usine Fiat d’être moins rentables que leurs collègues français. Mais il nous explique aussi que nous sommes moins performants que nos homologues de Hongrie, qui le sont eux-mêmes moins que les ouvriers marocains. La création de Stellantis lui permet de décupler cette stratégie de dumping social débutée avec la fusion avec Opel. Il va même plus loin. En faisant venir des ouvriers polonais l’été dernier à PSA Hordain, Carlos Tavares instille dans les têtes des salariés qu’ils sont des travailleurs nomades. En plus de flexibiliser les salaires, il flexibilise les emplois.

 

 

Quel avenir voyez-vous pour les usines françaises du groupe ?

 

Jean-Pierre Mercier : L’intéressement sert aussi à cacher la fermeture programmée de l’usine de Douvrin, avec ses 1 500 salariés. La semaine dernière, PSA a fait le choix de confier le futur moteur essence hybride de troisième génération au site Opel de Szentgotthard. Les coûts de production sont forcément plus favorables en Hongrie depuis que le président Orban a fait adopter cette loi qui permet aux employeurs de ne payer les heures supplémentaires que trois ans plus tard.

 

 

De quelles marges de manœuvre disposent les salariés et leurs syndicats ?

 

Jean-Pierre Mercier : La mise en concurrence des salariés entre eux est un piège mortel qui ne doit pas nous faire basculer dans le nationalisme. Les travailleurs ont des intérêts communs à défendre, par-delà les frontières, des valeurs de solidarité internationale. Nous prenons donc contact avec nos collègues dans les autres pays. Nous l’avons fait avec ceux de Kénitra, récemment en grève, malgré l’interdiction des syndicats au Maroc. On fait circuler les informations. Qu’il soit en Angleterre, où Tavares menace de fermer une usine Vauxhall avec l’alibi du Brexit, en France ou ailleurs, un salarié de PSA n’est jamais assuré de l’avenir de son usine, même si elle affiche les plus hauts rendements.


 

Publié le 09/03/2021

 

 

Sète : un collectif se mobilise contre le mal-logement

 

 

Lu sur lepoing.net

 

 

 

Entre mal-logement, rénovations pour gentrification (note 100-paroles : il s'agit de transformations visant à proposer les logements à des catégories de population plus favorisées) et illégalités, quel avenir pour habiter la ville ? Un bel exemple dans la ville de Sète.

 

Ce mercredi matin, pour la 4ème fois depuis novembre 2020, le collectif logement de Sète a appelé à se retrouver devant la Mairie, sans même demander un rendez-vous, car « à quoi cela sert-il de se faire balader encore une fois ? Nous sommes là pour dire des logements maintenant ! On est toujours là ! »

 

 

La naissance d’un collectif logement

 

 

Ce sont des citoyen·ne·s qui se préoccupent de leurs voisins et qui œuvrent à faire valoir les droits de toutes et tous. Dans le quartier des 4 ponts, en plein centre de Sète, au 8 rue de Tunis (rue particulièrement appréciée pour les tournages de films et séries !), dans un petit immeuble que la propriétaire et ses héritiers laissé se dégrader au fil des ans, habitent depuis des décennies Abdallah (77 ans), Driss (58 ans) et Abdelaziz (87 ans), qui paient un loyer pour des taudis. Une pièce insalubre de 20 m2 sans chauffage, sans eau chaude, sans gaz de ville, avec les WC sur le palier. Pour 250 euros par mois, réglés chacun rubis sur l’ongle depuis qu’ils y habitent.

 

 

Le collectif logement, un accompagnement juridique

 

 

Aujourd’hui, pour des raisons de remise aux normes de logements indécents, et de requalification du quartier, ces trois personnes sont sommées d’aller habiter ailleurs. Ils ont reçu une lettre des propriétaires leur demandant de partir sans se préoccuper d’aucune façon de leur relogement. Or ces locataires, avec des baux, ont des droits qui doivent être respectés dans leur totalité́ : relogement, provisoire ou définitif, accompagné des mesures financières réglementaires, voire réintégration, dans leurs logements, la rénovation terminée, jusqu’à la fin du bail.

 

Après 2 arrêtés de mise en sécurité, 1 arrêté d’insalubrité (pour 1 logement), 2 rencontres à la mairie avec les services concernés, un nombre certain de rendez-vous avec notamment l’office HLM et l’OPAH – opération programmée d’amélioration de l’habitat - et des propriétaires qui ne veulent rien savoir, la situation semble bloquée, pour le moment.

 

Lors de sa prise de parole, une membre du collectif détaille la procédure : « Bien que l’arrêté de mise en sécurité, du 02/02/2021, enjoint les propriétaires d’assurer l’hébergement des occupants, un mois plus tard, nous en sommes toujours là. Devant, la défaillance évidente et le mépris des propriétaires, nous attendons que la mairie, comme prévu dans la loi, prenne le relais. »  En effet, c’est à la puissance publique de reloger les personnes protégées par la loi si les propriétaires ne le font pas.

 

 

Rappeler la mairie à ses obligations

 

 

Ce matin un des locataires, Abdelaziz, le plus âgé, qui se déplace difficilement avec une canne était là, assis sur le muret, nous avons discuté. « La propriétaire qui est morte maintenant était gentille, mais la maison est vieille, pourrie même, la fenêtre ne ferme pas, elle réparait un petit peu… et maintenant ses enfants m’ont dit sortez ! Je ne marche pas, je ne peux pas aller à la corniche (qui est à plusieurs kilomètres du centre-ville), je suis prêt à accepter n’importe quel logement temporaire mais en ville, même une chambre dans un foyer, qu’il est d’ailleurs aller voir… »

 

En effet, la mairie lui a proposé un logement social mais à la Corniche, ce qui représente pour lui une expulsion de son quartier, l’éloigne de son médecin de ses attaches et habitudes de vie, mais surtout signifie un arrêt définitif de ses déplacements urbains vu son âge et ses difficultés physiques (une infirmière passe le voir chaque jour). Le paradoxe c’est qu’un des autres locataires serait prêt à accepter cette solution de relogement qui ne peut pas marcher pour lui ! « Ce sont des HLM soumis à commission d’attribution et la mairie n’est pas distributrice de logements ». « Il y a des règles dans ce pays » ose même l’élue de la ville de Sète déléguée aux logements sociaux. De l’inacceptable, encore une farce administrative kafkaïenne !

 

 

Seule la lutte paie, écrit le collectif logement

 

 

Le collectif a fait en sorte que ces trois locataires aient l’aide juridictionnelle et, quand les délais seront dépassés, il saisira la justice. A quel moment les délais seront ils dépassés ? Seront-ils juridiques ou humains ? Aujourd’hui Abdelaziz ne dort plus...


 

Publié le 06/03/2021

 

 

Petits secrets entre amis A Sciences Po

 

 

Par Alain Garrigou sur www.monde-diplomatique.fr

 

 

Accusé d’inceste, le politologue Olivier Duhamel est subitement passé de la lumière à l’ombre. Habitué des cérémonies officielles et des plateaux de télévision, il y est devenu persona non grata. A Sciences Po, certains connaissaient pourtant l’affaire depuis plusieurs années, et ils continuaient de célébrer leur collègue. Dans cette institution où règnent l’entre-soi et la cooptation, les secrets sont bien gardés…

 

 

A quoi tient l’importance d’un scandale sexuel ? A la gravité de la faute ? A la personnalité de l’accusé ? A l’information sensationnelle ? Ou aux effets collatéraux ? Dans l’affaire Olivier Duhamel, la révélation d’un inceste commis il y a trente ans s’inscrit dans le mouvement de dénonciation des violences sexuelles qui, avec #MeToo (« moi aussi »), a mis en cause des prédateurs longtemps ignorés. Cette fois, c’est un personnage d’influence, dont l’affaire souligne l’accumulation des titres et des positions : diplômé de Sciences Po, agrégé de droit public, professeur de droit constitutionnel, fondateur de la revue Pouvoirs, membre puis président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), président du club Le Siècle, membre du Club des juristes, conseiller de dirigeants politiques ou de chefs de parti…

 

Lorsque l’affaire éclate, cet homme d’influence n’est pas un homme de l’ombre, puisqu’il intervient régulièrement à la télévision et à la radio, sans oublier des activités ponctuelles telles que la participation à des commissions d’enquête composées de « sages », si on en croit la presse. Duhamel avait besoin de la lumière. Elle l’a probablement trahi quand, lassée de le voir chercher les honneurs, sa belle-fille Camille Kouchner a publié un livre l’accusant d’inceste sur son frère jumeau. S’agissant d’une personnalité qui a accumulé autant de relations, la charge rejaillit forcément sur les amis et les institutions, soupçonnés d’une sorte de délit d’initiés. En première ligne : Sciences Po.

 

« L’école du pouvoir » — on ne compte plus ses anciens élèves devenus présidents de la République, premiers ministres ou ministres — essuie une nouvelle tempête après la mort, en 2012, de son directeur Richard Descoings, lors de laquelle avaient été révélées ses relations sexuelles avec des étudiants de son établissement. Un « secret » bien connu rue Saint-Guillaume. Un successeur fut choisi pour retourner à la quiétude. Pourtant, le 4 janvier 2021, l’affaire Duhamel survient. Sonné, le directeur, M. Frédéric Mion, proteste de son ignorance et envisage d’assumer ses responsabilités. Sur les deux points, il se ravise le lendemain : il admet qu’il savait depuis deux ans, mais il ne démissionnera pas pour autant. En espérant que les choses « se tassent ». Elles ne se sont pas tassées, et M. Mion a fini par quitter son poste le 9 février. Au même moment, un nouveau mot-clic apparaissait sur les réseaux sociaux : #SciencesPorcs. Des élèves des dix instituts d’études politiques (IEP) évoquent des viols et des agressions sexuelles subis par eux et dénoncent la passivité coupable des administrations.

 

 

Des intérêts enchevêtrés

 

 

Comme huit ans plus tôt, Sciences Po annonce réfléchir à une réforme de sa gouvernance. Le ministère de l’enseignement supérieur lance une enquête pour trouver d’éventuelles failles. On devine que la solution choisie consiste à prétendre que le coupable aurait aussi abusé… de l’institution. Mais, si Duhamel s’est bien servi de Sciences Po pour réaliser ses ambitions, il en a également été un serviteur.

 

L’enquête devrait revenir au point de départ : Sciences Po n’a pas été nationalisée en 1945. Du moins, pas complètement. L’École libre des sciences politiques, alors école privée régnant sur le recrutement de la haute fonction publique, était disqualifiée par les défaillances de l’État sous la IIIe République, par son pétainisme et par de menus faits de collaboration. Elle eut la chance de négocier avec un État représenté par deux anciens élèves : Michel Debré et Jean-Marcel Jeanneney. « Sciences Po », comme on l’appelait déjà, fut bien traitée. Une concession apparente fut accordée aux anciens propriétaires avec la création de la FNSP, fondation de statut privé mais financée par l’État. Les fondateurs disposaient d’un nombre de sièges suffisant au conseil d’administration (aujourd’hui, dix sur vingt-cinq) pour contrôler cette instance qui nomme le directeur de Sciences Po, décide de ses orientations et supervise les IEP de province. Le président de la FNSP sélectionne les représentants des fondateurs, hauts fonctionnaires, anciens dirigeants politiques, membres éminents du patronat, parmi ses connaissances dans les clubs, think tanks et organismes publics. Cette cooptation élitiste est censée apporter des ressources à la « grande école ».

 

Sans administration propre, la FNSP est gérée par celle de l’école, à laquelle on attribue communément le titre de « Sciences Po ». Ce nom, par accord entre les IEP, est réservé à l’IEP de Paris, ceux de province devant y accoler le nom de leur ville. La gestion est globalement fluide entre des gens qui se connaissent si bien que l’entre-soi est installé. Feu l’historien René Rémond se montrait ainsi paternel avec son « cher Richard », de même que son successeur à la tête de la FNSP, l’économiste Jean-Claude Casanova. En 2012, à la mort de Descoings, la désignation du nouveau directeur suscita des candidatures aux titres de compétence assurés, comme celle de M. Jean-Michel Blanquer, l’actuel ministre de l’éducation nationale, ou du directeur de l’IEP de Lille, M. Pierre Mathiot. Aucune n’emporta la décision. M. Mion, conseiller d’État en situation de pantouflage, fut sollicité pour un second tour ; Duhamel compta au nombre de ses soutiens puissants au sein du conseil d’administration de la FNSP. Quatre ans plus tard, M. Mion appuya évidemment la candidature de Duhamel à sa présidence.

Le jeu des échanges de bons procédés s’étend au-delà de Sciences Po. Ainsi, c’est avec le soutien de Duhamel que M. Marc Guillaume, secrétaire général du Conseil constitutionnel, puis du gouvernement, est entré au conseil d’administration de la FNSP. Et le second a parrainé le premier pour entrer au club Le Siècle, avant de l’aider à en devenir président en 2020. Recenser les renvois d’ascenseur qui composent un réseau est une entreprise de longue haleine…

 

A tous les niveaux, tel est le mode courant de fonctionnement de Sciences Po, où la plupart des enseignants ne sont pas universitaires, mais vacataires. À côté d’une pléiade d’enseignants « ordinaires », des personnalités de la politique, de la presse ou de la haute administration apportent leur prestige à l’institution, et réciproquement. Pas avec les mêmes émoluments, mais c’est une distinction symbolique que d’être « professeur à Sciences Po ». Comme d’autres, Duhamel a placé des amis de plateau bien connus. Et il a poussé des collègues de Sciences Po dans des médias ou des cénacles d’influence.

 

Dès lors, les intérêts sont si enchevêtrés que la vie professionnelle se mêle étroitement à la vie personnelle. Si, aujourd’hui, l’information politique se lit de plus en plus dans la presse people, et si la presse généraliste fait à l’inverse plus de place à l’information people, ce n’est pas à cause de changements de ligne éditoriale, mais parce que les personnalités politiques évoluent dans un univers d’interconnaissances où les affaires officielles sont aussi souvent des affaires intimes. On n’en finirait pas non plus de compter les « coups », petites opérations ponctuelles pour faire passer une idée, une émission, un documentaire, qui lient les personnes ponctuellement et amorcent de longues complicités, tantôt continues, tantôt intermittentes.

 

Quand des journalistes s’étonnent d’un fonctionnement opaque, il y a matière à s’en étonner. Souvent eux-mêmes anciens élèves de l’institution, ils y ont dispensé ou y dispensent un enseignement, ils interviewent ou invitent sur leur plateau des spécialistes de Sciences Po… Ne savaient-ils pas ? Étaient-ils mal informés ? Quoi qu’il en soit, l’omerta participe banalement au fonctionnement de l’institution. Les bruits circulent, mais ce ne sont que des rumeurs, qu’on peut à sa guise croire ou non. On échange sur le mode de la confidence. De là à protester, comme cela aurait déjà pu être le cas face à la conduite de Descoings ? Les informateurs, puisqu’il en faut, se cachent derrière l’anonymat et les rendez-vous secrets. D’autres s’abritent derrière le loyalisme, méfiants à l’égard des curieux, érigés en véritables ennemis extérieurs. La rumeur ne suffit pas, on en convient. S’en contenter est plus confortable. En somme, la vertu, c’est le silence. Membre du conseil d’administration de la FNSP, président de l’association des anciens étudiants Alumni, le politologue Pascal Perrineau en livrait une version ambiguë, immédiatement après les accusations portées contre Duhamel : « Seuls ceux qui savaient les faits dans leur réalité nue peuvent être accusés de les avoir dissimulés. Il faut donc éviter d’ajouter la crise au scandale et s’abstenir de tout faux procès. » La « réalité nue », une formule alambiquée qui pourrait suggérer que l’on connaissait la rumeur, mais que ce savoir ne fondait pas une complicité.

 

Les affaires sexuelles révèlent moins de véritables secrets que de « petits secrets ». Les petits secrets ne sont pas si secrets. Ils vivent dans un silence diffus, qui ne doit rien à la vertu publique. « Si Frédéric Mion m’avait appelée, je n’aurais pas menti, avoua benoîtement la politologue et sociologue Janine Mossuz-Lavau, amie de Duhamel et auteure d’un livre sur la sexualité des Français. Je lui aurais même confirmé [la rumeur], mais je peux vous dire qu’il ne l’a pas fait. » Très vite, on apprit que l’information circulait déjà en 2000, lors de l’assemblée générale de l’association des anciens étudiants. C’est dire qu’on en a beaucoup parlé entre initiés, dirigeants politiques, journalistes influents, collègues réunis par ce qu’ils savent. Les petits secrets contribuent à la cohésion de petits groupes où l’on se reconnaît par la confidence.

 

En l’occurrence, le scandale ne nous en apprend guère sur l’existence d’une loi du silence à Sciences Po : c’est le fonctionnement normal d’une institution de pouvoir qui perpétue une logique oligarchique. L’affaire Descoings l’avait mise en évidence, mais il suffisait d’observer les choix des dirigeants, les intrigues, pour repérer les liens étroits et discrets avec les sommets de l’État. Les réformes de Descoings ont toujours été validées par le pouvoir. Les ministres, mais aussi les anciens élèves peuplant les cabinets ministériels et la haute administration, ne pouvaient rien refuser au conseiller d’État qui dirigeait leur ancienne école. Les secrets de famille ont une affinité élémentaire avec les univers d’initiés, régis par la confidentialité et métaphoriquement décrits dans les termes de la consanguinité, de l’endogamie ou même de l’inceste.

 

Contrairement à ce que pourrait laisser croire une vision spontanée de la politique partisane, ce n’est pas tant en fonction des opinions que les relations sont choisies et les conduites calculées. Fidèle à sa tradition d’origine de conservatisme éclairé, Sciences Po garde le cap d’un pluralisme souple, familier aux élites. Les voies de passage transpartisanes sont nombreuses. Les ralliements et les abandons n’offusquent guère. On est censé dialoguer entre gens courtois, selon les principes affichés des clubs élitistes, mais aussi des plateaux médiatiques. Cela ne va pas sans arrogance envers le monde profane. Les cours des professeurs issus du pouvoir et des médias sont immanquablement qualifiés de « classiques » ou de « grands ». Tant pis si l’œuvre est souvent modeste, tant il est difficile de cumuler une vie mondaine intense et l’austère travail intellectuel.

 

L’accès facile à la parole médiatique ne flatte pas seulement le narcissisme, mais permet également d’imposer des idées et des modes de pensée. Et ceux-ci visent aussi à la marginalisation de la concurrence. Les qualités intellectuelles requises sont plus celles du légitimisme et du sens commun que de l’originalité et de la profondeur. Rien de catastrophique, au demeurant, si ces qualités médiatiques ne l’emportaient que sur les plateaux, et pas dans les amphithéâtres, où les universitaires de pouvoir aiment pouvoir briller en évoquant leurs relations intimes avec les puissants et les célébrités.

 

 

« Modestie » et « humilité »

 

 

Dans une institution comme Sciences Po, où les relations professionnelles sont enchantées, le fonctionnement est permissif. La réussite sociale, l’appartenance à la caste des « importants » (comme les qualifiait le philosophe Alain) se manifestent à travers des démonstrations de hauteur intellectuelle ou de scepticisme moral, ponctuées de mots osés, parfois d’outrecuidance à l’égard des femmes et de jugements à contre-pied du conformisme ordinaire. Cela n’a rien à voir avec une « gauche caviar » ou une « génération 68 », comme des commentateurs pressés le prétendent en ignorant l’histoire sociale des aristocraties depuis l’Ancien Régime. Il s’agit plutôt d’une conduite récurrente liée à un sentiment de supériorité sociale. À l’évocation des plaintes relatives aux opérations de séduction de Descoings en direction de ses étudiants, Duhamel objectait que ceux-ci étaient « majeurs » (Le Monde, 9 janvier 2021). Il fut encore à la manœuvre pour recruter M. Dominique Strauss-Kahn à Sciences Po, alors que l’ancien ministre traînait une réputation sulfureuse. Il arrive que le sentiment de supériorité qui s’exprime en paroles se double de transgressions dans les conduites.

 

A l’occasion de la rentrée 2020 des campus Sciences Po, M. Mion introduisait la leçon inaugurale de Duhamel par un hommage appuyé à celui qui était au « confluent des mondes », malgré ses qualités « de modestie et d’humilité » (sic). Dans la foulée, l’orateur prononça une leçon sur la démocratie, l’amitié et l’amour. Les enseignants de Sciences Po continueront à célébrer la démocratie, le droit, la citoyenneté et le service public, la transparence et l’intégrité, la vertu publique. Ils continueront aussi à s’inquiéter des dangers pesant sur cette même démocratie, de la défiance des électeurs, du copinage, des délits d’initiés, de l’autoritarisme. In actu et in situ, l’affaire Duhamel aura donné aux étudiants une leçon réaliste à ce point éloignée de leurs enseignements universitaires qu’ils risquent de n’y voir, selon la formule du cardinal de Retz, que « verdures et pastourelles ».


 

Publié le 03/03/2021

L’affaire de Trappes : les faux amis de la laïcité

Par Denis Sieffert sur www.politis.fr

 

 

L’affaire de Trappes est, si j’ose dire, un cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire. À supposer que Didier Lemaire ne soit qu’un idéologue, redoutable mais sincère, l’enseignant illustre une laïcité de la dénonciation publique, et une République désincarnée, abstraite de toute réalité sociale, et d’une grande violence.


 

Nos librairies manquent-elles d’ouvrages décrivant les « territoires perdus de la République », et nos kiosques de unes anxiogènes dénonçant la montée de l’islamisme dans « les quartiers » ? Sommes-nous privés de débats télévisés sur la menace séparatiste ? Les noms Le Pen, Zemmour, Retailleau, Ciotti sont-ils trop méconnus ? Un professeur de philosophie d’un lycée de Trappes a dû le penser en tout cas, et se convaincre qu’il manquait quelqu’un – lui – dans le long cortège des « lanceurs d’alerte » – puisque c’est ainsi qu’il se définit. L’Obs, Le Point, et pas mal de télés lui ont aussitôt ouvert leurs pages ou leurs micros. Il y a dénoncé « la progression d’une emprise communautaire toujours plus forte sur les consciences et les corps ». Pour preuves, « les coiffeurs non mixtes » et « les cafés interdits aux jeunes filles d’origine maghrébine ». On connaît la litanie. Il ne s’agit pas ici de nier cette part de réalité mille fois décrite par maints « spécialistes » sur les plateaux de télévision, mais de s’interroger sur l’efficacité de ce ressassement et, plus profondément, sur les vertus de cette guérilla idéologique. Didier Lemaire, l’enseignant, donne d’ailleurs lui-même la réponse à cette question quand il rapporte la réaction de ses élèves qui lui ont demandé « pourquoi il avait écrit une lettre contre eux ». Que son propos ait été ressenti comme agressif en dit long sur la valeur pédagogique de cette stratégie de l’affrontement. Nombre de ses collègues usent d’une tout autre pédagogie dans la discrétion de leurs classes et de leur établissement.

 

En se lançant dans une croisade dans les médias, Didier Lemaire s’est comporté en politique. Ce qu’il est, puisqu’il fut secrétaire national du très radical mouvement Forces laïques, transformé en « parti républicain laïque » puis « solidariste ». Un courant qui appartient plutôt à la mouvance la plus laïcarde de la franc-maçonnerie qu’à l’extrême droite. Le vieux radicalisme Troisième République en somme. Didier Lemaire est en guerre contre l’islam comme le petit père Combes l’était contre le catholicisme. Or – faut-il le rappeler ? – ce n’est pas Combes qui a fait triompher la laïcité, mais Jaurès et Briand. Des esprits ouverts, militant pour la paix des consciences. Aujourd’hui, la politisation voulue par le professeur tourne au désastre. Le préfet des Yvelines a lui-même, et de façon assez inhabituelle, jugé « contre-productif de sembler stigmatiser les 32 000 habitants de cette ville [Trappes] qui, pour la très grande majorité d’entre eux, sont attachés aux valeurs républicaines ». Avant de devoir mettre en sourdine sa sincérité, sans doute tancé par sa hiérarchie gouvernementale. Mais, c’est le maire de Trappes qui a le plus mal vécu l’affaire. Ali Rabeh, un proche de Benoît Hamon, a dénoncé sans détour les « mensonges » du prof de philo. Et, la colère étant mauvaise conseillère, il est allé jusqu’à mettre un orteil dans l’enceinte du lycée pour y diffuser un tract de soutien aux élèves. Crime de lèse-laïcité ! La présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, demande la révocation de l’édile, et Jean-Michel Blanquer a mis l’élu dans le même sac des « pressions religieuses et politiques ».

 

On serait très incomplet si on omettait de préciser que l’élection d’Ali Rabeh risque de faire l’objet d’une annulation (sans rapport avec l’affaire) et que nous sommes donc possiblement à la veille d’une nouvelle campagne électorale. Ce qui explique l’empressement de Valérie Pécresse, qui a un « bon candidat » pour la mairie de Trappes, à condamner Ali Rabeh. Quant au professeur de philo, dans quelle galère il s’est mis ! Et dans quelle galère il a mis ses élèves ! Le voilà amené à quitter son lycée, mais assuré (dieu merci !), par un ministre bienveillant, d’un poste hors enseignement dans l’Éducation nationale. Pourquoi pas conseiller sur les questions de laïcité ? Honni soit qui mal y pense.

 

Mais ce n’est pas tout. Didier Lemaire dit avoir reçu des menaces de mort, et le voilà sous protection policière rapprochée. Puis, c’est Ali Rabeh qui, lui aussi, a été menacé. Cette affaire est, si j’ose dire, un cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire. J’ignore le degré d’opportunisme du prof de philo, mais je ne doute pas que celui des deux ministres qui sont intervenus dans cette affaire, Jean-Michel Blanquer et Gérald Darmanin, soit très élevé. En plein débat sur la loi contre le séparatisme, et alors que l’on tente à toute force d’installer dans les consciences l’inéluctabilité d’un nouveau duel Macron-Le Pen en 2022, un déballage de plus sur cette thématique est une aubaine. À supposer qu’il ne soit qu’un idéologue, redoutable mais sincère, l’enseignant illustre une laïcité de la dénonciation publique, et une République désincarnée, abstraite de toute réalité sociale, et d’une grande violence. Ne va-t-il pas jusqu’à souhaiter que l’on retire ces adolescents à leurs parents en cas de contestation des règles de laïcité ? Créer un conflit insoluble dans la conscience de ces jeunes gens entre l’école et leur famille, est-ce vraiment le bon chemin ? En attendant, deux hommes vivent aujourd’hui dans la crainte d’une agression. À tort ou à raison. Mais après l’assassinat de Samuel Paty, les menaces, réelles ou exagérées, ne peuvent être prises à la légère.

 


 

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