PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

 Publié le 30/09/2020

«Acharnement judiciaire» : Amnesty International dénonce le traitement des manifestants en France  -

 

Avec AFP (site francais.rt.com

 

Un rapport d'Amnesty International dénonce un système judiciaire destiné à «réprimer» des personnes qui n'ont pas commis d'infractions. Selon l'ONG, des dizaines de manifestants furent «arrêtés arbitrairement» et «victimes d'acharnement judiciaire». Les violences policières contre les manifestants en France ont largement été médiatisées, mais «l'acharnement judiciaire» dont ils ont ensuite fait l'objet, beaucoup moins. Dans un rapport accablant, publié ce 29 septembre, l'organisation non gouvernementale (ONG) Amnesty International dénonce un système destiné à «réprimer» des personnes qui, souvent, n'ont pas commis d'infractions. Amnesty International affirme qu'en 2018 et 2019 plus de 40 000 personnes ont été condamnées pour divers infractions et délits «sur la base de lois vagues», fréquemment «utilisées pour restreindre illégalement les droits à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d'expression». Lire aussi Un gilet jaune interpellé par les forces de l'ordre en marge de la manifestation du 23 février 2019 à Epinal (image d'illustration). «Illégales» : l'avocate Alexandra Dupuy dénonce les arrestations préventives de Gilets jaunes Son rapport de 56 pages documente des dizaines de cas de manifestants pacifiques «arrêtés arbitrairement» et «victimes d'acharnement judiciaire», selon l'ONG, pendant la période de mobilisation populaire des Gilets jaunes et contre la réforme des retraites. Frédéric Vuillaume, responsable syndical de Force ouvrière et Gilet jaune de la première heure à Besançon, raconte une «descente aux enfers» pour lui et sa famille, qui n'avaient pourtant jamais eu affaire «ni à la police, ni à la justice» avant les manifestations de novembre 2018. «C'est vrai que j'ai une grande gueule et que quand je parle au mégaphone, on m'entend, mais ça ne fait pas de moi un criminel, je n'ai jamais commis aucune violence», assure à l'AFP cet agent d'entretien de 48 ans. «Je ne faisais que relayer des messages sur Facebook appelant à la mobilisation, comme tout le monde», explique-t-il. Mais la préfecture et le parquet ne l'ont pas entendu de cette oreille. Accusé d'être un des «meneurs» du mouvement dans sa ville, il aurait dû, selon eux, déclarer les rassemblements. «Il y a une volonté politique de dissuader les gens de descendre dans la rue» Gardes à vue, perquisitions à leur domicile, convocations au tribunal... Un long cycle de «coups de pression» et d'«intimidations» qui va durer deux ans a alors démarré pour le militant et ses proches. Jugé trois fois pour entrave à la circulation et outrage à personne dépositaire de l'autorité publique – il avait crié «Castaner assassin» lors d'un déplacement du ministre de l'Intérieur de l'époque – Frédéric Vuillaume a été interdit de manifester et condamné à payer au total huit amendes. Lire aussi Manifestants à Bordeaux le 12 septembre 2020 (image d'illustration). Manifestants verbalisés pour un autocollant ou un tract ? Ce que dit le droit Sa femme a été mise en examen à deux reprises et son beau-fils de 22 ans, au casier judiciaire vierge, a écopé en février 2019 d'un an de prison dont six mois ferme pour avoir lancé un pétard mortier. «Les violences lors des manifestations sont une préoccupation légitime, mais il y a une volonté politique de faire des exemples et dissuader les gens de descendre dans la rue», affirme à l'AFP Marco Perolini, chercheur pour la France à Amnesty International. Selon ce dernier, les infractions, souvent formulées «de manière trop vague», amènent la justice à prononcer des sanctions «disproportionnées» contre des manifestants pacifiques. Par ailleurs, «les manifestants se retrouvent régulièrement arrêtés et poursuivis pour "regroupement en vue de participer à des violences" sur la base de simples soupçons», ajoute-t-il. Selon les statistiques officielles, 1 192 personnes ont été condamnées pour cette infraction en 2019. «On peut se retrouver en prison sans avoir rien fait» Julien et Gilles ont été arrêtés et fouillés le 17 février 2019 alors qu'ils rejoignaient un blocage de rond-point à Toulouse. Dans leurs poches, la police a trouvé des fusées de détresse, un masque de ski et un masque anti-poussière. Après vingt-quatre heures en garde à vue, les deux quarantenaires ont été poursuivis pour «participation à un attroupement en vue de préparer des violences» et «port de fumigènes sans but légitime». Lire aussi Echauffourées durant une manifestation contre la réforme des retraites à Nantes, le 9 janvier. (Image d'illustration) Le SNJ et la LDH déposent un référé contre le nouveau «schéma national de maintien de l’ordre» Libérés sous caution, ils n'ont plus eu le droit de mettre le pied à Toulouse dans l'attente de leur procès. Deux mois plus tard, le tribunal correctionnel a déclaré la procédure «nulle et non avenue». Mais là encore, le parquet a fait appel de la décision. Ils ont finalement été acquittés faute de preuves en décembre 2019. «Je réfléchis à deux fois avant d'assister à une manifestation, vu qu'aujourd'hui on peut se retrouver en prison sans avoir rien fait», témoigne Gilles, sous couvert d'anonymat, dans le rapport. Selon Amnesty, la répression des manifestants s'est accrue avec l'adoption de nouvelles lois, notamment celle d'avril 2019 pénalisant des comportements qui ne constituaient pas auparavant un délit, comme se couvrir le visage. En 2020, la crise sanitaire a été l'occasion d'étendre davantage les restrictions au droit de manifester : selon l'ONG, 85 personnes ont été condamnées à des amendes pour avoir manifesté en mai et juin.

En savoir plus sur RT France :
https://francais.rt.com/france/79219-acharnement-judiciaire-amnesty-international-denonce-traitement-manifestants-gilets-jaunes-france

 Publié le 29/09/2020

État d'urgence sanitaire: la Défenseure des droits alerte contre "une atteinte disproportionnée aux libertés"

 

Claire Hédon s'inquiète de mesures sanitaires qui “viennent considérablement limiter l’exercice des droits et libertés" fondamentales.

  •  
  • Anthony Berthelier Le HuffPost avec AFP (sire huffingtpnpost.fr)

 

POLITIQUE - La fronde ne vient pas que de Marseille. La Défenseure des droits Claire Hédon a mis en garde les députés contre le risque d’“atteinte disproportionnée” aux droits et libertés que présente le projet de loi prolongeant de six mois les restrictions de rassemblement et de déplacement imposées par l’épidémie de coronavirus.

Ce texte, bientôt examiné à l’Assemblée nationale, prévoit une prorogation jusqu’au 1er avril 2021 du “régime transitoire” institué à la sortie de l’état d’urgence sanitaire le 9 juillet pour limiter la propagation du Covid-19.

Il “se différencie peu de l’état d’urgence sanitaire décrété en mars 2020” et sa prorogation “présente le risque de banaliser et de pérenniser le recours à un régime d’exception” censé être temporaire, avertit la Défenseure dans un courrier au président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand et à deux autres députés consulté par l’AFP.

Prévisibilité, la nécessité et la proportionnalité

Les mesures sanitaires “viennent considérablement limiter l’exercice des droits et libertés tels que la liberté d’aller et venir, la liberté de réunion, le droit au respect de la vie privée et familiale”, avec des conséquences encore plus lourdes pour les personnes âgées en Ehpad, les détenus ou les plus précaires, rappelle la Défenseure des droits.

“Si elles peuvent être légitimes au regard de la crise sanitaire actuelle”, ces restrictions doivent toutefois répondre à “un certain nombre d’exigences fondamentales” comme “la prévisibilité, la nécessité et la proportionnalité”, ajoute Claire Hédon.

La loi doit être “claire et précise” pour éviter d’éventuels “abus” ou encore “atteintes au principe d’égalité de traitement”, selon la Défenseure, qui appelle les députés à “renforcer le contrôle parlementaire”.

Et Claire Hédon de faire un parallèle avec l’état d’urgence sécuritaire: “Cette situation n’est pas sans rappeler les prorogations successives de l’état d’urgence sécuritaire entre 2015 et 2017, qui ont conduit à l’adoption de la loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme du 30 octobre 2017 qui a intégré des mesures de l’état d’urgence dans le droit commun.

La colère à Marseille

Des inquiétudes que la nouvelle Défenseure des droits partage avec son prédécesseur. Jacques Toubon doutait même, dans une interview au HuffPost en juin dernier au moment de quitter son mandat, de l’utilité d’un état d’urgence sanitaire. 

“Beaucoup de gens l’ont dit, il existait déjà, dans le code de la santé publique, notamment depuis 2009, des dispositions qui auraient pu permettre de prendre les mesures nécessaires sans État d’urgence. L’opportunité a fait que cela a été choisi par le gouvernement, comme il a été choisi pour lutter contre le terrorisme”, constatait l’ancien ministre, en ajoutant: “La question est donc, est-ce que ces restrictions de liberté répondent aux quatre critères qui sont nécessaires si on ne veut pas porter atteinte à l’État de droit? Nécessité, proportionnalité, exceptionnalité et caractère temporaire.”

Face au rebond de l’épidémie dans le sud-est et les Antilles, le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé mercredi des mesures très strictes comme la fermeture des bars, restaurants et autres établissements ouverts au public à partir de samedi dans ces régions. Ces mesures suscitent l’incompréhension et

 Publié le 28/09/2020

« Séparatisme » : nous refusons une loi de stigmatisation, de division et une nouvelle attaque des principes de laïcité

 

 

 

Communiqué intersyndical CGT – FSU – Solidaires – Unef – UNL

 

Le ministère de l’intérieur, celui de la citoyenneté et l’Elysée ont annoncé préparer une loi sur le « séparatisme » présentée à l’automne pour un vote devant intervenir au début de l’année 2021.

Nos organisations souhaitent ici le dire ensemble et avec force : nous ne laisserons pas ainsi diviser, fracturer la société française et plus particulièrement les classes populaires par une nouvelle campagne islamophobe de stigmatisation des populations musulmanes ou perçues comme telles qui sont systématiquement visées dans les propos des ministres et au plus haut sommet de l’État.

Personne n’est dupe : ce sont nos concitoyennes et concitoyens de confession musulmane qui sont visés par ce projet de loi. Les exemples donnés dans les médias se réfèrent systématiquement à l’Islam, aux musulmanes et aux musulmans.

Ce projet de loi vise à désigner un « ennemi intérieur ».

Si l’on en croit les propos du ministre de l’intérieur il s’agit même de contrôler l’expression du dogme. Si des expressions religieuses contreviennent au droit, l’État dispose déjà du dispositif législatif pour agir mais il n’a pas à se mêler du dogme d’aucune religion.

Hérité du racisme colonial, ce projet est une nouvelle expression d’un débat public saturé de fantasmes xénophobes : l’usage du mot « ensauvagement » répété à l’envie par le ministre de l’intérieur, la monstrueuse mise en scène raciste de la députée Danièle Obono dans Valeurs actuelles, la « plaisanterie » d’un ancien président de la République assimilant « singe » et personnes noires, les humiliations publiques répétées de femmes qui portent le foulard… tout cela n’est pas le domaine réservé de l’extrême droite.

Récemment encore, des député·es ont exprimé, à l’égard de la Vice-Présidente de l’UNEF, des exigences qui outrepassaient les obligations légales et mettaient en cause des droits reconnus par le principe de liberté de conscience. Alors qu’elle s’exprimait au sujet des conditions étudiantes difficiles à cause de la crise sanitaire, certain·es ont préféré voir son voile avant ses valeurs et ont tenté de l’humilier.

La laïcité a pour objectif principal de garantir les libertés et l’égalité.

Si l’État se doit d’être neutre et laïc, c’est justement pour permettre à la citoyenne ou le citoyen de pouvoir être libre d’exprimer ses idées à partir du moment ou cette expression n’empiète pas sur la liberté d’autrui. Les principes laïques ne doivent pas être dévoyés ni être appliqués à géométrie variable.

Dupes d’aucune offensive réactionnaire, nos organisations rappellent leur attachement à la laïcité qui permet l’exercice réel de la liberté d’opinion, d’expression et de conscience. Cela impose d’investir massivement dans des services publics.

Modifier la loi de 1905, comme le projette l’exécutif avec sa loi sur le prétendu « séparatisme » risque de détruire cet équilibre et de renforcer l’instrumentalisation de la laïcité.

Nos organisations prendront leurs responsabilités, continueront de se mobiliser pour l’égalité des droits et seront attentives aux initiatives unitaires prises dans le cadre de l’examen de ce projet de loi.

Elles appellent toute la population à refuser ces divisions, à se battre ensemble contre tous les racismes, à faire face ensemble pour exiger et construire des réponses aux urgences sociales.

Le 25 septembre 2020

 Publié le 27/09/2020

Menace de guerre en Méditerranée et cynisme des grandes puissances

 

Patrick LE HYARIC (site legrandsoir.info)

 

L’Oruç Reis est enfin rentré au port mais le ministre Turc des affaires étrangères a prévenu : « N’y voyez surtout pas un pas en arrière ».

Dernier chapitre d’une longue série de bravades, voilà près d’un mois que ce navire de recherche d’hydrocarbure déployé par Ankara dans les eaux territoriales helléniques attisait les tensions entre la Grèce et la Turquie, pourtant supposées alliées puisque toutes deux membres de l’Otan.

Forages illégaux dans les eaux chypriotes, survol d’îles grecques par des chasseurs-bombardiers, le président Erdogan n’en est pas à ses premiers méfaits dans le secteur. Et celui qui avait déjà invectivé Emmanuel Macron en novembre dernier (« en état de mort cérébrale », 28/11/2019) n’hésite plus maintenant à le menacer directement (« Vous n’avez pas fini d’avoir des ennuis avec moi », 12/09/2020) pour mieux s’affirmer aux yeux du monde.

Fort d’un « régime de terreur » – pour reprendre les mots du prix Nobel de littérature Orhan Pamuk – instauré graduellement depuis son accession au poste de premier ministre en 2003, le réactionnaire Recep Tayyip Erdogan poursuit ses desseins impérialistes, après avoir purgé armée et administration publique, rempli ses prisons d’opposants (notamment les Kurdes qui sont traités comme des terroristes) et muselé la presse.

S’appuyant sur une rhétorique nationaliste néo-ottomane très agressive, la Turquie cherche avec lui à retrouver un rôle d’acteur de premier plan au niveau régional mais aussi sur la scène internationale, n’hésitant plus à défier les grandes puissances avec des positionnements audacieux sur des terrains explosifs tels que la Syrie, la Libye ou en Irak. Elle s’autorise à intimider des frégates françaises avec sa marine, violer l’embargo de livraisons d’armes en Libye, maintenir des mercenaires sur plusieurs théâtres d’opérations... Entre provocation et témérité affichée, la politique étrangère de voyou menée par Erdogan joue continuellement avec le feu au point d’agiter aujourd’hui le spectre de la guerre avec la Grèce.

En s’appuyant sur la brutalité, le chantage, la politique du fait accompli et le mépris du dialogue international, Erdogan se risque à jeu dangereux qui met en péril la stabilité régionale et exacerbe la crise que traversent les relations internationales.

L’Otan nous prouve pour la nième fois sa soumission totale aux intérêts étasuniens et son inutilité. Quant à la France et l’UE, elles payent à présent le prix d’un silence complice face à la dérive d’un dirigeant qu’on a laissé faire pendant des années en échange de la fermeture du « robinet migratoire ». C’est renforcé par une indulgence coupable des Européens et des Etats-Unis que celui qui a tant martyrisé son peuple peut s’afficher désormais avec tant de véhémence. Et comment pourrait se faire entendre l’UE face à lui ? Fondée sur la concurrence, n’a-t-elle pas mis elle-même la Grèce à genoux ? La France, qui n’a pas joué un moindre rôle dans cette affaire, court maintenant à sa rescousse... et se félicite de la commande de 18 Rafales par Athènes ! "Excellente nouvelle pour l’industrie aéronautique française" a tweeté la ministre des Armées Florence Parly. « Dans le même temps », l’administration française vient de livrer cette semaine le Kurde Mehmet Yalcin à Ankara, en claire violation des procédures et des droits de ce demandeur d’asile.

L’ombre de la guerre souligne bien le cynisme des grandes puissances, qui n’ont pas été capables d’instaurer une vision nouvelle et équilibrée des relations internationales. Comment attendre des puissances émergentes un comportement coopératif si la voie qui leur a été montrée pour peser dans le concert des nations a été celle de la force et du calcul égoïste ?

 

Patrick LE HYARIC

 Publié le 26/09/2020

Collectivités locales. Vierzon face à dix ans d’asphyxie financière

 

Benjamin König (site humanite.fr)

 

Comme toutes les communes, la ville du Cher va devoir assumer la suppression des principaux impôts économiques locaux. Le dernier chapitre d’une longue histoire.

«Cela fait vingt ans que la suppression de tout impôt économique territorial est le cheval de bataille du CNPF, puis du Medef. On arrive à la fin de l’histoire… » La sentence est de Nicolas Sansu, qui, comme maire (PCF) de Vierzon, dans le Cher, en a vécu les péripéties en première ligne. La dernière goutte d’eau, qui s’apparente à un torrent de 3,3 milliards d’euros, pourrait bien faire déborder le vase. La somme correspond à une mesure intégrée dans le bien mal nommé « plan de relance » gouvernemental : la suppression de la majeure partie des « impôts de production », un terme technique qui désigne en réalité la fiscalité économique territoriale. Sous couvert de relance, c’est donc encore une fois dans les poches des collectivités que le gouvernement puise. L’Association des maires de France, « en désaccord total », n’a pas manqué de réagir. Elle dénonce « une nouvelle coupe » budgétaire et « demande à l’État de mettre fin à sa stratégie d’affaiblissement financier et fiscal du bloc communal » (communes et intercommunalités).

Stratégie d’étranglement

Mais, en réalité, cette politique a débuté il y a près de dix ans. Maire depuis 2008, Nicolas Sansu connaît bien les différentes étapes de cette véritable stratégie d’étranglement : « La taxe professionnelle avait été supprimée en 2010, sous Sarkozy – après avoir été déjà un peu rabotée sous Jospin. Puis, il y a eu la baisse des dotations sous Hollande, la suppression de la taxe d’habitation par Macron, et maintenant la fiscalité économique locale. Et là, il n’y a rien qui la remplace ! » La réponse de l’État, en l’occurrence du ministre des Comptes publics, Olivier Dussopt, est toujours la même : la baisse « sera compensée pour les collectivités à l’euro près et de façon dynamique dans le temps ». Un mensonge éhonté, puisque déjà sous François Hollande, dont Olivier Dussopt fut membre du gouvernement, les dotations de l’État avaient été drastiquement baissées. Et, depuis 2017, Emmanuel Macron les a gelées : elles ne tiennent donc pas compte de l’inflation, et, au final, les collectivités perdent de leur capacité budgétaire. « C’est simple, entre 2013 et aujourd’hui, mes dotations pour Vierzon sont passées de 7,5 millions d’euros à 5,9. Si j’avais voulu garder le même niveau de budget, il aurait fallu augmenter les impôts de 12 % ! »

Au manque de moyens, aggravé d’année en année, s’ajoute un vice caché : la « perte d’autonomie fiscale ». Car les dotations sont décidées par le gouvernement et les élus locaux se retrouvent pieds et poings liés. « En 2010, pour Vierzon et la comcom (communauté de communes, l’intercommunalité – NDLR), on avait environ 40 % d’autonomie fiscale sur notre budget. Aujourd’hui, c’est moins de 20 % », détaille Nicolas Sansu. Conséquence : « Si on veut augmenter notre budget de 1 %, on doit augmenter les impôts de 5 %. C’est bien sûr inenvisageable. » L’objectif, pas clairement assumé : forcer les collectivités à l’austérité et à la réduction de la dépense publique locale. « C’est un moyen de la diminuer, c’est sûr, poursuit Nicolas Sansu. Surtout les dépenses de fonctionnement, et donc de personnels : c’est en réalité le seul levier que nous pouvons avoir. » Et de citer un exemple : « Aujourd’hui, raconte l’édile, si on veut faire un établissement scolaire dont on a besoin, on est obligé de réduire les dépenses de personnels. » Et donc les services rendus aux citoyens. « Bien sûr, il faut être rigoureux, mais là, ils ont réussi à nous mettre le garrot », déplore le maire de Vierzon. Selon André Laignel, vice-président de l’AMF, maire PS d’Issoudun (Indre) et président du comité des finances locales, cette politique a entraîné pour les communes « une perte de plus de 30 milliards d’euros » depuis 2010. L’AMF rappelle d’ailleurs que la dernière décision de l’exécutif relève du « même mécanisme que celui de la suppression de la taxe d’habitation », qui représentait une des principales sources de revenus fiscaux pour les communes, avec près de 23 milliards d’euros.

Une dépendance à l’état

À Vierzon, Nicolas Sansu se démène donc pour mener à bien des projets. D’autant que, partout en France, « le patrimoine collectif est en mauvais état : on le voit, les ponts, les routes se dégradent. Il faudrait donc pouvoir investir », ajoute l’édile, regrettant que les collectivités, et notamment les communes, deviennent de simples machines à répondre aux appels à projets. « On a créé une cellule rien que pour ça, précise Nicolas Sansu. C’est l’État qui décide aujourd’hui des fonds et des projets. Mais, souvent, ce n’est pas aberrant. Un exemple : à Vierzon, j’ai eu deux PRU (plan de renouvellement urbain – NDLR), un premier de 37 millions d’euros, puis un second, en 2017, qui nous a permis de refaire la médiathèque. Il faut se battre et essayer de rentrer le pied dans la chaussure… » Et, en 2018, il a été un des premiers à obtenir des crédits dans le cadre du plan Action cœur de ville, là encore pour revitaliser les commerces des villes moyennes. Ce qui lui avait valu une visite d’Édouard Philippe à l’époque. Et si les collectivités sont devenues dépendantes de l’État, le principal problème réside dans l’acceptation de l’impôt : « Cette base du contrat social est ébranlée : des entreprises me disent qu’elles n’ont pas besoin des collectivités locales. » Pour lui, la gauche progressiste a un combat à mener en la matière : « Réfléchir à un impôt économique territorial qui soit juste, avec une vraie péréquation. Il faut remettre l’ouvrage sur le métier. » Un travail crucial pour les collectivités.

 Publié le 25/09/2020

Le défi présidentiel des écolos

 

(site politis.fr)

 

Le vrai débat est peut-être là : ou bien subvertir la présidentielle par la force d’un vrai projet de société, convaincant et populaire ; ou, à l’inverse, épouser l’institution telle qu’elle est pour entrer dans un habit élimé.

On peut évidemment prendre le conseil fédéral d’Europe Écologie-Les Verts du week-end dernier par le petit bout de la lorgnette : Jadot contre la base. Ou encore : réalistes contre dogmatiques. Mais on aurait grand tort de ne voir dans cet épisode que l’une de ces querelles internes que l’on aime tellement railler. À deux ans de la présidentielle, le sujet devrait même interpeller toute la gauche parce qu’il pose des questions de fond, au-delà de la mouvance écolo. Alors, comment reformuler le débat qui traverse le mouvement et qui s’est traduit, dimanche, par l’adoption d’une motion qui ne fait pas le bonheur du (presque) candidat autoproclamé ? En apparence, c’est une histoire de calendrier. Jadot voulait une désignation du candidat à la présidentielle au plus tard en janvier ; la motion victorieuse, soutenue notamment par Julien Bayou, le secrétaire national du parti, ne veut pas de décision avant l’été prochain. Jadot a son argument. Il juge qu’il faut le temps d’installer le candidat (lui, évidemment) dans l’espace public. Une exigence qui n’est pas un luxe, alors que dans un récent sondage 52 % des Français se déclarent toujours « sans opinion » à son sujet (1). Pourtant très présent médiatiquement depuis les européennes, Yannick Jadot reste pour l’instant un célèbre inconnu. Mais son empressement heurte la culture et la tradition de son mouvement. Pour le dire d’une formule qui vous fait deux ennemis d’un coup, la « mélenchonisation » est impossible chez les Verts. Il faut donc à Jadot convaincre sa base, peu disposée à suivre son volontarisme solitaire.

Les auteurs de la motion majoritaire ont leurs arguments. On croit comprendre qu’il ne s’agit pas seulement de construire un projet collectif – on imagine qu’il existe déjà –, mais d’y associer leurs partenaires potentiels. Et peut-être, plus encore, d’en passer par l’utile tremplin des régionales avant de désigner leur candidat. Le temps d’une bataille culturelle dans l’opinion qui est loin d’être gagnée. Pour l’instant, d’incendies en inondations, de réchauffements climatiques en coronavirus, tout le monde, ou presque, est acquis à l’idée de la transition écologique, mais « not in my backyard ». Pas chez moi, et pas à mes dépens. Les gilets jaunes l’ont dit assez clairement. Les producteurs de betteraves le disent aussi quand il s’agit d’interdire les pesticides empoisonneurs d’abeilles. C’est donc sur la « transition sociale », les alternatives et les compensations qu’il faudra être audibles.

Mais les écologistes ont aussi à relever un défi institutionnel. Il leur faudra, en quelque sorte, déconstruire la présidentielle. Convaincre que ce contrat gaullien entre le « grand homme » et la France n’est plus de saison. Ce scrutin, qui a tendance à tout dépolitiser, et tout personnaliser, est non seulement contraire à leurs valeurs, mais démocratiquement insupportable au XXIe siècle. Le vrai débat est peut-être là : ou bien subvertir la présidentielle par la force d’un vrai projet de société, convaincant et populaire ; ou, à l’inverse, épouser l’institution telle qu’elle est pour entrer dans un habit élimé, mais toujours bien tentant dans la garde-robe élyséenne. Pour cette deuxième stratégie, Mélenchon a plusieurs coups d’avance. « La Marseillaise », le drapeau tricolore, la patrie sont au diapason. Il ne manque plus au leader de La France insoumise que la photo officielle.

Même la planification écologique s’harmonise avec une institution centralisatrice par nature. Mélenchon peut accepter la République telle qu’elle est, et promettre qu’une fois élu, il fera un sort à l’institution présidentielle en lançant un processus constituant à la manière des États généraux de 1789.

Et pourquoi pas ? Au contraire, une telle stratégie paraît difficile pour les Verts, parce qu’antagonique à ce qu’ils sont, et aux nécessités d’un discours qui ne parle pas seulement de ce que doit être l’État, mais de l’évolution des comportements collectifs, et de nos modes de vie. L’entretien de Yannick Jadot à L’Obs a déjà mis en évidence le piège tendu au candidat qu’il envisage d’être. Le burkini, et demain le voile et le séparatisme islamique, ce sont les mauvais débats. Les plus faciles pour mal plaire, et trop vite. La droitisation est un peu la loi du genre (à ce propos, on se demande quelle mouche a piqué Philippe Martinez lorsqu’il condamne la présence d’une syndicaliste de l’Unef voilée à une commission parlementaire…). En revanche, Yannick Jadot n’a pas tout à fait tort d’égratigner ses petits camarades qui s’en prennent au Tour de France. Le Tour de France est « polluant », c’est sûr, et « machiste », c’est probable. Mais est-il de la première urgence, quand on doit gagner la sympathie et la confiance des classes populaires, de brûler les photos de Poulidor et les disques d’Yvette Horner ? Entre la démagogie anti-voile des uns et l’intransigeance moralisatrice des autres, les Verts n’auront pas trop d’une pleine année pour apprendre à plaire, sans rien céder en profondeur de leur projet. Il sera temps alors de désigner leur candidat ou leur candidate. Jadot n’est pas le plus mal placé, loin de là. Ou une autre personnalité issue de la famille écolo, ou encore un ou une socialiste new-look. Ou Mélenchon, candidat unique de la gauche… On peut être incrédule et ne pas vouloir fermer le débat avant qu’il soit ouvert…

(1) Baromètre Elabe-Les Échos, des 8 et 9 septembre.

 

par Denis Sieffert

 Publié le 24/09/2020

Vers un permis de manifester ?

 

par Pierre Jacquemain (site regards.fr)

 

Pour le ministre de l’Intérieur, « la drogue, c’est de la merde ». Visiblement, il n’aime pas plus les journalistes et membres d’ONG qui couvrent les manifestations et y observent des violences policières. Le locataire de Beauvau croit avoir trouvé la parade : les contrôler pour mieux les museler.

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, veut exister. On l’a bien compris. « La France est malade de son insécurité », avait-il lancé il y a quelques semaines. « Les trafiquants de drogue vont arrêter de dormir », avait-il même juré. La consigne est passée. Et depuis quelques jours, à défaut d’avoir stoppé le grand banditisme, mis la main sur les grands réseaux de trafic de drogue, les préfectures jouent la communication. Les comptes Twitter des préfets diffusent tous azimuts, photos à l’appui, les trouvailles du jour. Et quelles trouvailles ! Quelques grammes de cocaïne, de résine ou de cannabis. Voilà qui semble suffire aux policiers pour montrer qu’ils sont sur le terrain et que leur présence paye. Des opérations de communication que n’ont pas manqué de moquer les utilisateurs du réseau social. Ridicule.

Ridicule, mais pas assez pour freiner celui qui se rêve déjà à Matignon. Voire à l’Élysée. Parce que dans la catégorie « maintien de l’ordre », c’est un autre dossier que Darmanin veut ouvrir. Celui des manifestations. Les manifestants n’ont qu’à bien se tenir. Les journalistes aussi. Ceux-là aussi pourraient bien arrêter de dormir tranquillement. Jeudi dernier, la place Beauvau a publié un texte de 29 pages pour réglementer la gestion des manifestations. Et quelques lignes de ce texte ont suffi pour alerter les associations de défense des libertés. Le texte prévoit que les journalistes seront autorisés « à porter des équipements de protection, dès lors que leur identification est confirmée et leur comportement exempt de toute infraction ou provocation ».

« Toutes les mentions, dans ce schéma, consiste à dire qu’il faut contrôler les journalistes. Le ministre de l’Intérieur bafoue la liberté de la presse », a aussitôt déclaré Dominique Pradalié, secrétaire générale du Syndicat national des journalistes (SNJ). Autre point clivant que n’a pas manqué de relever Pradalié, c’est l’obligation faite pour toutes personnes – morale ou physique – extérieure à la manifestation, en sa qualité d’observateur parmi lesquels des journalistes ou des membres d’ONG, d’obtempérer aux injonctions des représentants des forces de l’ordre. Une injonction qui contrevient notamment au droit des journalistes qui n’ont d’autres vocation qu’à informer ce qui se joue et ce qui se passe dans une manifestation. Des slogans scandés par les manifestants aux tirs de LBD tirés par la police.

Bouhafs, Dufresnes, Nnoman, Glanz : combien de journaliste ont été empêchés, intimidés et mis en garde à vue pour avoir exercé leur métier ?

Darmanin semble avoir été fâché par certaines révélations issues de manifestations précédentes, celles de journalistes indépendants, parfois non titulaires de la carte presse, qui ont pu mettre l’accent où ça fait mal : les violences policières. Bouhafs, Dufresnes, Nnoman : combien de journaliste ont été empêchés, intimidés et mis en garde à vue pour avoir exercé leur métier ? Gaspard Glanz en a encore fait les frais lors de la manifestation de jeudi dernier. Contrôlés par douze policiers, matériel saisi, conduit au poste de police. « On assiste au rêve de Gérald Darmanin qui veut embarquer les journalistes là où il veut », poursuit Dominique Pradalié. Après les journalistes, les ONG, les manifestants seront-ils à leur tour dans le viseur de la place Beauvau ? Faudra-t-il bientôt un permis de manifester ?

Allô la République, c’est pour un signalement : atteinte aux libertés fondamentales.

 

Pierre Jacquemain

 Publié le 23/09/2020

L'aberration de la privatisation des autoroutes enfin reconnue au Sénat

 

Cyprien Caddeo (site humanite.fr)

 

La commission d’enquête du Sénat a livré les conclusions de son rapport, vendredi, sur la gestion des autoroutes, dont les concessions ont été privatisées en 2006. Elle pointe les surprofits de Vinci et Eiffage, et un manque à gagner de 6,5 milliards d’euros pour l’État. L'erreur de cette privatisation semble désormais reconnue à droite comme à gauche. Comment dès lors en sortir ?

« Position de faiblesse de l’État dans les négociations », surrentabilité pour le privé et manque à gagner pour le public. Le rapport sénatorial de la « commission d’enquête sur le contrôle, la régulation et l’évolution des concessions autoroutières » dresse un bilan au vitriol de la gestion des autoroutes, dont les concessions ont été privatisées en 2006.

L’État aurait ainsi perdu environ 6,5 milliards d’euros de recettes potentielles depuis qu’il a ouvert le capital des sociétés d’autoroute au privé (une ouverture commencée en 2002 par l’intermédiaire de Lionel Jospin, puis achevée en 2006, sous Dominique de Villepin).

17,2 milliards de profits potentiels pour Vinci et Eiffage

Côté privé en revanche, l’opération s’avère juteuse. Si l’analyse «  tend à montrer que la rentabilité économique des concessions sur la période 2006-2019 se situe légèrement en deçà des attentes », dixit le rapport, Vinci et Eiffage, principaux acteurs du secteur, devraient en revanche atteindre leur rentabilité attendue dès 2023, soit dix ans avant la fin des concessions (entre 2032 et 2036). « Au-delà de 2022, les dividendes versés atteindraient environ 40 milliards d’euros, dont 32 milliards pour Vinci et Eiffage », explique Vincent Delahaye, sénateur UDI et rapporteur de la commission d’enquête. Le coût d’acquisition en 2006 étant de 14,8 milliards d’euros, l’affaire s’avère plus que profitable.

Le sénateur de l’Essonne est également revenu sur l’épisode des négociations « secrètes » de 2015, « un mauvais raisonnement qui a donné la sensation qu’il y avait quelque chose à cacher ». Ségolène Royal et Emmanuel Macron, ministres compétents à l’époque car titulaires des portefeuilles de l’Environnement et de l’Économie, avaient accepté, pour compenser le gel des tarifs autoroutiers en 2015 voulu par Ségolène Royal, que les hausses de tarifs prévues les 1er février de chaque année soient plus importantes entre 2019 et 2023. L’accord prévoit aussi un allongement des concessions au privé, en échange de travaux à réaliser.

La négociation avait eu lieu de manière opaque, selon le souhait des sociétés d’autoroute de préserver le secret des affaires. La commission d’enquête a aussi pu auditionner ceux qui ont négocié pour leurs ministères : la désormais ministre du Travail Élisabeth Borne, directrice de cabinet de Ségolène Royal en 2015 (c’est elle qui a mené toutes les négociations, l’ex-ministre ayant admis lors de son audition avoir signé sans y avoir participé), et le secrétaire général de l’Élysée Alexis Kohler, « dircab » de Macron à la même époque.

« Le statu quo n’est pas possible »

« Face à ces constats, le statu quo n’est pas possible, juge Vincent Delahaye. Il est impératif de mieux partager les profits des sociétés d’autoroute avec l’État et les usagers pour rééquilibrer les relations entre les concédants et les concessionnaires. » Avec un rachat des concessions par la puissance publique ? « La Commission n’a pas souhaité prendre position, même si mes collègues socialistes et communistes privilégient un retour à la gestion publique », balaie Vincent Delahaye. Le rapport plaide tout de même pour un « arrêt de la prolongation des durées de concessions », le temps de «  tout remettre à plat » lors d’un « sommet des autoroutes » qui réunirait les sociétés autoroutières, l’État, les parlementaires et l’Autorité de régulation des transports. « Tout le monde a intérêt à reprendre le dialogue et à faire des compromis raisonnables », veut croire le sénateur centriste.

Trop timoré pour le groupe CRCE, dont font partie les communistes. Ses sénateurs se sont abstenus de voter le rapport, jugeant « ses propositions insuffisantes ». « Tout le monde, y compris à droite, s’accorde à dire que c’était une erreur de les concéder en 2006, mais l’option de la renationalisation a été rejetée, au nom de la dette, regrette le sénateur PCF Eric Bocquet (voir ici son entretien). Cette solution serait trop chère, Bruno Le Maire évoque un coût entre 40 et 50 milliards d’euros, mais sans qu’on sache d’où sort ce chiffre. Cet argument est farfelu, c’est surtout une question de volonté politique. »

 Publié le 22/09/2020

Pollution : les ultra riches responsables de la moitié des émissions de CO2 mondiales

 

(site midilibre.fr)

 

Les 1 % les plus riches du monde émettent deux fois plus de gaz à effet de serre que la moitié la plus pauvre de la population, tandis que les 10 % les plus riches sont responsables de 52 % des émissions de CO2 selon un rapport d'Oxfam.

L'ONG s'est penchée sur la période 1990-2015, 25 années pendant lesquelles les émissions mondiales de CO2, responsables du réchauffement d'une planète qui a déjà gagné plus de +1°C depuis l'ère pré-industrielle, ont augmenté de près de 60%.

Selon son analyse, "les 1% les plus riches de la population (environ 63 millions de personnes) étaient responsables à eux seuls de 15 % des émissions cumulées", soit "deux fois plus que la moitié la plus pauvre de la population mondiale".

Les 10 % les plus riches émettent 52 % du CO2 cumulé

Et les 10% les plus riches de la population mondiale (environ 630 millions de personnes) étaient responsables de 52% des émissions de CO2 cumulées.

"Au cours des 20-30 dernières années, la crise climatique s'est amplifiée et le budget carbone mondial limité a été dilapidé au service d'une intensification de la consommation d'une population nantie, et non pour sortir des personnes de la pauvreté", dénonce Oxfam.

Justice sociale et relance post-Covid

Et les groupes qui "souffrent le plus de cette injustice sont les moins responsables de la crise climatique" : les plus pauvres et les générations futures, poursuit l'ONG, appelant les gouvernements du monde entier à rectifier le tir en plaçant justice sociale et lutte contre le climat au coeur des plans de relance économique post-Covid.

"Il est clair que le modèle de croissance économique très émetteur de carbone et très inégalitaire des 20-30 dernières années n'a pas bénéficié à la moitié la plus pauvre de l'humanité", a dénoncé auprès de l'AFP Tim Gore, expert de l'ONG. "C'est une dichotomie fallacieuse de suggérer que nous devons choisir entre la croissance économique et le climat", a-t-il ajouté.

"La pandémie de COVID-19 fait inévitablement ressortir la nécessité de reconstruire mieux et d'inscrire l'économie mondiale sur une voie plus juste, plus durable et plus résiliente", a réagi dans le rapport l'ancien secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.

"Cet engagement collectif doit avoir comme priorité de réduire les émissions de CO2 de la frange la plus riche de la société, qui pollue de manière disproportionnée".

 

 Publié le 21/09/2020

Marche des Sans-Papiers: lettre à Emmanuel Macron

«Des quatre coins du pays, pour l’égalité, nous marchons»: la Marche démarre ce samedi 19 septembre de Marseille et Montpellier. D'autres marches s'ajouteront dans les semaines qui viennent de Grenoble, Lille, Rouen, Rennes, Strasbourg. Toutes convergeront pour une manifestation nationale à Paris le samedi 17 octobre vers l'Elysée. Ci-dessous une lettre ouverte de la Marche à Emmanuel Macron.

 

Monsieur le président, nous marchons.

Des quatre coins du pays, pour l’égalité, nous marchons.

Plusieurs centaines d’entre nous, sans-papiers en tête, vont traverser ce pays où nous vivons, venus du sud, du nord, de l’est et de l’ouest appuyés par la solidarité des habitantes et habitants sur les ronds-points, les routes, les places de nos villages, les quartiers de nos villes.

Et nous serons des dizaines de milliers à Paris, à leur arrivée, le samedi 17 octobre pour aller vers le palais de l’Elysée.

De toutes les villes du pays et des quartiers où nous vivons, ensemble, des écoles où nous envoyons nos enfants, des lieux où nous travaillons, nous allons marcher.

Nous marcherons en hommage à nos anciens et anciennes, ces hommes et femmes venus d’Algérie tués par centaines par la police un 17 octobre 1961 alors qu’ils et elles marchaient pour la liberté.

Nous marcherons en hommage à nos milliers de frères et sœurs qui meurent chaque année sur les routes de la migration alors qu’ils et elles marchent avec l’espoir d’une vie meilleure et plus juste.

Sans-papiers en tête, nous marcherons avec nos centaines de collectifs de solidarité et de lutte, nos associations et nos syndicats, nos familles, nos amis et amies, nos voisins et voisines, nos collègues pour la régularisation de tous les sans-papiers.

Monsieur le président, nous ne marchons pas pour demander un cadeau ou implorer votre générosité. Nous savions depuis longtemps, avant même les milliards que vous distribuez actuellement, que la question des moyens n’était pas le problème. Nous marchons pour gagner l’égalité.

Nous vivons ici, ensemble, avec ou sans papiers. Et vous savez que l’absence de droits pour les sans-papiers et la précarité pour les demandeurs d’asile gangrènent toute la société, favorisent le racisme, légitiment les contrôles au faciès et toutes les inégalités et attaques sociales. Nous marchons pour l’avenir.

En ces temps de crise sanitaire où vous faites appel à la responsabilité de chacune et chacun, nous prenons les nôtres en marchant dans le respect des règles sanitaires. Votre responsabilité est de fermer les centres de rétention, donner accès à des logements décents pour toutes et tous les sans-abris et les mal-logéEs et garantir les droits qui permettent d’assurer la protection de toutes et tous, au travail comme dans la vie quotidienne, et l’accès égal à la santé. Nous marchons pour une société plus sûre pour toutes et tous.

Permettez-nous de vous rappeler que, pendant la crise sanitaire, de nombreux et nombreuses sans-papiers font partie des premières lignes, corvéables à merci et sur-exploités, sans droits et/ou perdant leur emploi sans chômage partiel.

Et nous marchons avec et pour cette jeunesse, ce futur que vous laissez à la rue, en proie à tous les trafics ou ces jeunes pour lesquels "reconnaissance de minorité" veut trop souvent dire solitude dans des chambres d'hôtels insalubres, sans accès à l'école, attendant leur majorité pour être remis à la rue et aller grossir les rangs des Sans-papiers.

Alors, monsieur le président, nous serons à votre porte le 17 octobre. Nous espérons qu'elle sera ouverte.

Monsieur le président, nous voulons l’égalité. Simplement l’égalité. Et vous ?

En l’attente de votre réponse, veuillez recevoir, Monsieur le président, l’expression de toute notre détermination à lutter pour une société plus sûre, plus juste et égale.

Les participantes et participants de l’Acte 3 des Sans-Papiers

 Publié le 20/09/2020

La vie des Palestiniens compte

 

(site politis.fr)

 

Certes, les Palestiniens sont isolés, mais ce serait une grave erreur de croire pour autant que le conflit est soldé. Il ne peut pas l’être parce qu’il existe un peuple de plus de cinq millions d’âmes. La géopolitique ne peut pas tout expliquer. La résistance intérieure a sa propre dynamique.

Est-ce la fin de l’histoire ? Le conflit israélo-palestinien est-il en train de s’achever non dans le fracas d’une intifada réprimée sous les bombes, mais par lente asphyxie, presque par obsolescence ? La question eût été indécente il y a quelques mois encore ; elle ne l’est plus aujourd’hui. La cérémonie de signature de l’accord de reconnaissance d’Israël par les Émirats arabes unis et le royaume de Bahrein, mardi, sous le « haut » patronage de Donald Trump (et sous les bravos de la France), est en tout cas un pas de plus dans l’abandon de la question palestinienne. L’émirat d’Oman devrait suivre. Et l’Arabie saoudite franchira le pas un jour ou l’autre. Pour l’instant, Riyad se contente d’orchestrer dans une demi-obscurité le ralliement de ses vassaux. Officiellement, le plus puissant, et le plus peuplé des pays du Golfe, continue de poser à la normalisation avec Israël la condition historique du monde arabe : la création d’un État palestinien, avec Jérusalem-Est pour capitale. C’est-à-dire la réaffirmation du plan de paix global offert par le roi Abdallah, en 2002, et rejeté à l’époque par Ariel Sharon. Entre ce plan et le processus en cours, il y a évidemment plus qu’un renversement de logique. La normalisation est là, mais les conditions ont quasiment disparu. Comment prendre au sérieux en effet cette « suspension » de l’annexion de la Cisjordanie qu’Israël fait mine de concéder ? L’accord fournit même à Netanyahou un alibi pour ne pas appliquer une promesse de campagne qu’il ne parvenait pas à mettre en œuvre. Et rien ne l’empêche de continuer de coloniser.

L’AG de Pour Politis

Lectrices et lecteurs, ne manquez pas votre rendez-vous annuel avec l’équipe de Politis. L’assemblée générale de l’association Pour Politis se tiendra samedi 26 septembre, à partir de 13 h 30 à l’Ageca (177, rue de Charonne, Paris XIe, M° Alexandre-Dumas). Participation possible à distance par visioconférence. Inscrivez-vous par courriel association@politis.fr

Mais alors, pourquoi cette soudaine accélération du processus de normalisation ? À court terme, le principal facteur explicatif nous ramène à la campagne électorale américaine. Donald Trump a bien besoin de ces succès dans le monde arabe. Et il conforte un électorat chrétien évangéliste qui entretient avec les colons israéliens un rapport plus que passionnel, mystique. C’est aussi l’empreinte de dirigeants arabes, dont l’Émirati Khalifa Ben Zayed est représentatif, plus intéressés par le business que par les luttes anticoloniales. À plus long terme, c’est la perspective d’une coalition anti-Iran qui se dessine en vertu de la vieille formule « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». Pour autant, peut-on dire que la question palestinienne est enterrée ? Non, bien sûr. L’accord dit « de paix » signé mardi n’a pas la portée qu’on lui prête dans beaucoup de médias. Les signataires font la paix, mais ils n’ont jamais fait la guerre. Aucune comparaison possible avec l’accord de Camp David, en 1979, entre l’Égypte et Israël, qui réunissait deux puissances régionales trois fois en guerre, en 1948, 1967 et 1973. Presque quatre, si l’on compte le fiasco israélo-franco-britannique contre Nasser en 1956.

Il faut ajouter qu’Abu Dhabi a, depuis de nombreuses années déjà, de discrètes relations commerciales et sécuritaires avec Israël. La violente répression à laquelle se livre le régime contre les Frères musulmans et les démocrates n’est pas pour déplaire à Netanyahou. On doit aussi se souvenir que si cet abandon de la question palestinienne par les pays du Golfe prend aujourd’hui un caractère spectaculaire, jamais, en vérité, leur soutien n’a dépassé le stade du discours. Hormis en 1973, lorsqu’au lendemain de la guerre du Kippour l’Arabie saoudite a joué de l’arme du pétrole. Il y a donc bien longtemps que les Palestiniens ont compris qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Et s’ils ont nourri des illusions, c’est à l’égard des États-Unis et de l’Europe. La prise du pouvoir d’Arafat à la tête du mouvement palestinien, après la guerre de 1967, avait d’ailleurs traduit cette volonté d’autonomie.

Certes, les Palestiniens sont isolés, mais ce serait une grave erreur de croire pour autant que le conflit est soldé. Il ne peut pas l’être parce qu’il existe un peuple de plus de cinq millions d’âmes. La géopolitique ne peut pas tout expliquer. La résistance intérieure a sa propre dynamique. Cela suppose évidemment que le mouvement palestinien sorte de son marasme actuel, paralysé par une Autorité vieillie et discréditée par sa fameuse « coopération sécuritaire » avec Israël. Paralysé surtout par la fracture entre Fatah et Hamas. Au fil des années, la lutte contre le mouvement islamiste est devenue prioritaire dans l’esprit des dirigeants de Ramallah. Il ne faut donc pas s’étonner de la présente situation. Sans doute, la perspective d’un État palestinien dans les frontières de 1967 n’est plus d’actualité. Mais cela non plus, ce n’est pas nouveau. Dans un proche avenir, le conflit pourrait se reconfigurer autour de la revendication de l’égalité des droits de tous les citoyens, de la Méditerranée au Jourdain. Il sera peut-être plus difficile à la communauté internationale – à l’Europe et à la France, par exemple – de rester indifférente à une situation d’apartheid manifeste. À l’époque de Black Lives Matter, ce serait un comble ! La vie des Palestiniens compte. Encore faut-il que le racisme des dirigeants israéliens soit identifié comme tel par des capitales occidentales peu pressées de sortir d’une confortable hypocrisie.

 

par Denis Sieffert

 Publié le 19/09/2020

Macron livre le Kurde Mehmet Yalcin à Erdogan

 

Pierre Barbancey (site humanite.fr)

 

Violant toutes les procédures et les droits de ce demandeur d’asile, les autorités françaises l’ont arrêté mardi à son domicile de Bordeaux et conduit mercredi à Roissy. Il a été expulsé vers Istanbul où il a été incarcéré.

Il s’appelle Mehmet Yalcin. Il est originaire de la ville de Varto, au Kurdistan turc. Il avait été incarcéré en 2005 en Turquie, puis libéré en attente de son procès instruit pour fait de « propagande en faveur d’une organisation terroriste ». Des procès qui se terminent immanquablement par de lourdes condamnations. C’est pourquoi Mehmet Yalcin, à ce moment-là, a choisi la voie de l’exil et arrive en France, à Bordeaux, en 2006. Un pays où il pensait trouver un havre de paix avec son épouse et ses trois enfants. C’était ignorer que, depuis 2011, les accords sécuritaires entre la France et la Turquie sont étroits.

Malgré ses demandes d’asile, il n’a eu de cesse de subir le harcèlement des autorités françaises et plus particulièrement de la préfecture de la Gironde. Alors qu’il devait être expulsé le 28 août dernier (voire l’Humanité du 3 août) et se trouvait dans un centre de rétention, à Bordeaux, le tribunal administratif de cette ville ordonne sa libération, considérant que Mehmet ayant fait une nouvelle demande d’asile, son maintien en rétention était illégal. La préfecture devait alors lui délivrer une attestation de demande d’asile lui donnant le droit de rester sur le territoire jusqu’à ce que la Cour nationale des droits d’asile (CNDA) rende son avis. En lieu et place, il reçoit une assignation à résidence. Une décision préfectorale là encore cassée par le tribunal administratif.

Aucune procédure n’a été respectée

Depuis le 13 août, Mehmet Yalcin se trouvait donc chez lui, attendant la fin de la procédure du CNDA. Jusqu’à ce que ce mardi 15 septembre, à 6 heures du matin, une vingtaine de policiers ne viennent l’appréhender. Selon les informations que nous avons recueillies, la raison officielle était un entretien administratif. En réalité, une fois au commissariat de l’aéroport de Mérignac et un interrogatoire sur sa situation administrative et son droit de séjour, il a été transféré, en voiture, jusqu’au centre de rétention du Mesnil-Amelot, près de l’aéroport de Roissy, en région parisienne. Aucune procédure n’a été respectée.

Pour maître Gabriel Lassort, son avocat bordelais, « tout cela ressemble à une mise en œuvre opaque, cachée pour aller vite ». Car, jusqu'à hier soir, personne n’avait plus la trace de Mehmet Yalcin. Ni ses défenseurs, ni les organisations qui s’occupent des demandeurs d’asile et encore moins sa famille. Il a été expulsé par un vol vers Istanbul où la police d’Erdogan l’attendait. Dans ces conditions, pourquoi les autorités françaises observent-elles un silence complice ? La députée communiste Elsa Faucillon a interpellé le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, mais, hier soir, elle n’avait reçu aucune réponse. Emmanuel Macron et Recep Erdogan - qui seraient au bord de la rupture sagissant de la Méditerranée orientale - auraient-ils trouvé un terrain d'entente dans la répression des Kurdes ?

« Son sort était scellé »

« C’est une mise à exécution forcée de quitter le territoire français alors que ce n’est pas possible car une demande d’asile est en cours », souligne maître Lassort. L’avocat fait remarquer que le juge des libertés et de la détention qu’il avait saisi avait fixé une audience pour aujourd’hui, jeudi 17 septembre. Aucun arrêté de placement ne lui a non plus été communiqué malgré ses demandes à la préfecture de Gironde et à la police de l’air et des frontières. Celle-ci n’aura pas lieu. La préfecture de Gironde ne répond pas au défenseur. Pour Gabriel Lassort,  « il est clair que, quand ils sont allés chercher Mehmet Yalcin à son domicile, son sort était scellé ». Certains voulaient refermer sans bruit le dossier Mehmet Yalcin. Pas sûr qu’ils y arrivent.

 Oublié le 18/09/2020

Les enjeux du débat sur le 5G : pourquoi Macron passe en force

 

service politique Planete (site humanite.fr)

 

 

Devant les patrons du numérique, le président de la République a caricaturé ceux qui, parmi les élus, exigent un moratoire sur la 5G, en attendant une meilleure connaissance de ses effets sur la santé. Certes, le gouvernement s’est vu remettre à point nommé, ce mardi, un rapport sur l’impact sanitaire de la 5G on ne peut plus rassurant. Mais pas de quoi dissiper les interrogations ni les demandes légitimes de débat public. Ni masquer une stratégie présidentielle de drague à droite qui frise le mensonge. Décryptage.

La 5G, ça sert à quoi ? À tout accélérer, à démultiplier la vidéo et à connecter tout ce qui ne l’est pas encore. Ou seulement à « regarder du porno en haute définition, même dans un ascenseur », ironise le maire EELV de Grenoble, Éric Piolle. En théorie, cette nouvelle génération de réseaux mobiles offre des débits jusqu’à 100 fois plus rapides que sa petite sœur, la 4G. Pour le gouvernement, elle représente surtout une manne financière. Quitte à discréditer tous ceux qui, depuis des mois, soulèvent des questions légitimes.

« J’entends beaucoup de voix qui s’élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait (répondre à) la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile. Je ne crois pas que le modèle amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine », s’est moqué Emmanuel Macron, le 14 septembre, devant des patrons du numérique.

Caricatural ? À dessin. Associations et élus de gauche et écologistes sont loin de rejeter le progrès. Ils exigent, en revanche, une évaluation sanitaire et environnementale de cette technologie, quand l’État voudrait, lui, provoquer la naissance avant terme.

1. Pourquoi le gouvernement accélère sur la 5G

Cela ressemble beaucoup à un retournement de veste. Le 29 juin, Emmanuel Macron ne tenait pas du tout le même discours. Face à lui, pas de patrons de start-up, mais les 150 citoyens de la Convention citoyenne pour le climat.

Il avait compris. C’était promis, juré, il reprenait tout de leurs 146 mesures, une fois exfiltrées, toutefois, les plus structurantes (la renégociation des traités internationaux et la taxe sur les dividendes). La 5G y figurait. Dès la première page de leur rapport, les 150 interrogeaient : «  Avons-nous besoin de la 5G ?  » Ils demandaient dans la foulée « d’instaurer un moratoire (…), en attendant les résultats de l’évaluation de la (technologie) sur la santé et le climat ». Septembre est venu, les résultats de l’évaluation, toujours pas.

Pourquoi à tout prix passer outre ? La 5G est aussi une affaire de gros sous. Son déploiement va de pair avec l’attribution de nouvelles fréquences radio aux opérateurs de télécom. Les enchères démarrent le 29 septembre. Au total, « cela devrait rapporter au minimum 2 milliards d’euros à l’État », chiffre Hugues Ferrebœuf, directeur des activités numériques au Shift Project, un think-tank qui œuvre pour une économie décarbonée.

Certes, les opérateurs craignent d’arriver, d’ici dix-huit mois, à des phénomènes de saturation des réseaux 4G dans les zones les plus densément peuplées. « Mais, à lui seul, ce phénomène ne justifie pas que l’on déploie la 5G sur tout le territoire », continue Hugues Ferrebœuf. Surtout, il existe d’autres technologies disponibles. La fibre, par exemple, qui ne nécessite pas la mise en place de 40 000 antennes-relais supplémentaires.

2.  Le « modèle amish » et le besoin de clivage

En habitué des propos outranciers et méprisants, depuis le « pognon de dingue », jusqu’aux « gens qui ne sont rien », Emmanuel Macron a choisi de caricaturer le débat, renvoyant les élus et l’ensemble des citoyens inquiets à des tenants de « la lampe à huile » et du « modèle amish ». Une formule manichéenne visant à discréditer toute pensée qui s’opposerait à la modernité, l’innovation et la technologie dont il se veut le représentant. Pour Damon Mayaffre, linguiste et historien au CNRS, « au XIX e siècle, on vendait l’industrialisme. Macron vend le digitalisme ».

Pas un hasard si le président de la République a prononcé ces mots devant son public préféré : le gratin de la French Tech. Surtout, le chef de l’État, à la façon d’un Trump, a besoin de cliver : après la poussée écologiste dans plusieurs grandes villes lors des dernières municipales, il avait voulu « verdir (s)on discours », tentant, grâce à quelques mesures symboliques, de récupérer un électorat qui lui semblait à portée de main. La stratégie semble déjà avoir fait long feu, avec un coup de barre à droite toute axé sur les thèmes du sécuritaire et du séparatisme. Il s’agit, à présent, de parler à un électorat très réactionnaire, adepte des anathèmes anti-écolos sur l’air du « retour à la bougie » et des « Khmers verts ». Tout en nuance.

3. Moratoire et débat public : les demandes légitimes des élus

Cette stigmatisation laisse croire que ses opposants seraient dans une position ferme de rejet de la 5G, donc du progrès. Entre autres, la soixantaine d’élus – dont Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin et Yannick Jadot – signataires d’une tribune publiée ce dimanche dans le JDD. Ils ne demandent pourtant pas au gouvernement de renoncer à la 5G, mais l’exhortent à décider d’un moratoire sur son déploiement. Ils regrettent, surtout, que les fréquences soient attribuées aux opérateurs « sans qu’aucun véritable débat n’ait jamais eu lieu », alors que « des questions environnementales, sanitaires et démocratiques sont posées » et que l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) doit rendre un rapport en 2021 (lire ci-dessous). Les impacts de la 5G – comme son utilité – étant incertains, la demande des élus est légitime. Le Sénat, d’ailleurs, l’avait formulée dès janvier, six mois avant la Convention citoyenne.

Face à l’inflation numérique, et alors que les inégalités territoriales restent criantes, un débat démocratique semble par ailleurs urgent quant aux besoins de la société en la matière. « Et ce choix ne doit être ni celui d’opérateurs, ni même celui d’experts, mais bien un choix de l’ensemble des citoyennes et citoyens afin de décider de façon éclairée et démocratique l’installation ou non de la 5G », concluent les signataires de la tribune.

4. Effets sanitaires : un rapport mais toujours autant d’inconnu

À point nommé, le gouvernement s’est vu remettre, ce mardi 15 septembre, un rapport sur l’impact sanitaire de la 5G on ne peut plus rassurant. Réalisé par la l’Inspection générale des finances (IGF), l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) et le Conseil général de l’économie (CGE), celui-ci restitue les données publiées dans 26 pays, dont 21 ont déjà lancé la téléphonie de nouvelle génération. Les effets sanitaires de cette dernière « sont non avérés dès lors que les valeurs limites d’exposition (aux ondes) sont respectées », conclut la synthèse, assurant qu’en la matière, « la France est dotée d’un solide dispositif de contrôle ».

Rien à voir, cependant, avec l’étude d’impact environnemental qu’appellent de leurs vœux élus et citoyens. Commandée en urgence le 2 juillet, cette analyse n’aura mis que deux mois à être réalisée. Une réelle évaluation des effets sanitaires de la 5G prendra, quant à elle, plus de temps.

Les projets de déploiement à court terme de la technologie se situent dans la bande 3,5 GHz. Or, concernant cette fréquence, « nous manquons d’informations », affirmait Olivier Merckel, chef de l’unité des risques physiques à l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) , lors d’une table ronde organisée par le Sénat en juillet. Les experts travaillent à combler les lacunes, mais leurs conclusions ne seront pas connues avant 2021.

 

Services Politique et Planète

 Publié le 17/09/2020

Les Gilets jaunes : toujours là, un peu las

 

(site lepoing.net)

 

Ce samedi 12 septembre 2020, les Gilets jaunes s’étaient donné rendez-vous dans la France entière pour relancer le mouvement dans la rue – après des mois confinés par des règles sanitaires changeantes et souvent incohérentes, pour ne pas dire arbitraires. Au final, si leurs revendications de justice sociale et de démocratie réelle n’ont pas pris une ride et paraissent même encore plus pressantes dans la crise actuelle, leur lutte, juste et nécessaire, semble marquer le pas, du moins dans sa forme initiale.

Un retour aux sources et des changements

Reprise des ronds-points dès le matin – principalement celui de Près d’Arènes, mais aussi ceux de Paulette et de Port-Marianne, ainsi que d’autres en région : Lunel, Gignac, Alès… – et manifestation l’après-midi. Quelques Gilets jaunes ont suivi un premier appel à se rassembler sur la place de la Comédie dès 13h. Mais, encerclés par un dispositif policier conséquent qui semblait décidé à faire pleuvoir les amendes en attendant une raison de pouvoir dégainer les matraques, la plupart se sont fait discrets jusqu’à 17h, un appel relayé par plusieurs groupes, dont l’AG reconstituée des Gilets jaunes Montpelliérains.

A l’heure dite, les Gilets jaunes éparpillés sur leurs ronds-points et certains venant de l’Hérault et du Gard se sont rassemblés en un cortège qui a serpenté dans l’Ecusson, bien décidé à braver l’interdiction du préfet et à faire entendre la colère d’un peuple dont aucune des revendications sociales, depuis deux ans, n’a été entendue.  C’est même pire encore, désormais, avec « l’état d’urgence sanitaire » prorogé ad nauseam qui, en plus d’instaurer un régime toujours plus intrusif et répressif, continue de rogner le droit du travail et les normes environnementales, mettant en œuvre la désormais bien connue « stratégie du choc » qui consiste à profiter des catastrophes diverses – crises financières, guerres, épidémies – pour accroître l’emprise de l’ordre capitaliste sur le monde.

La répression comme seule réponse

Après avoir surpris la police par un parcours sinueux dans les rues piétonnes et marchandes du centre-ville – on aurait presque pu se croire dans une manif ordinaire, mêlant rage de vaincre et joie de lutter tous ensemble–, l’inertie de la foule a fini par amener les Gilets jaunes vers leur point de chute traditionnel : la préfecture, où les premiers gaz se sont fait sentir, accompagnés d’interpellations extrêmement brutales.

Retour à la Comédie pour reformer le cortège divisé en plusieurs morceaux, puis quelques heures de face à face, de jeu du chat et de la souris, d’interpellations violentes, de coups de matraques, de LBD parfois armés quasiment à bout portant et de gaz balancés sans mesure ni précaution – les clients et les travailleurs des halles Castellane noyées sous le lacrymo s’en souviendront sans doute longtemps, comme ceux des cafés de la place de la Comédie et de l’Esplanade.

Toujours là, un peu las

Au final, le bilan de la journée semble mitigé. D’un côté, les Gilets jaunes ont fait preuve, une fois encore, de leur résilience et de leur détermination. Quasiment seuls depuis deux ans à faire face au gouvernement, à sa police, sa justice, ses médiacrates et ses élus haineux, et à la frilosité d’une partie des syndicats et de la gauche traditionnelle, qui semblent avoir définitivement perdu leur boussole de classe, les Gilets jaunes sont toujours là.

Pourtant, force est de constater que, dans sa forme première, le mouvement ne mobilise plus les masses. A Montpellier, ils étaient environ 800 au plus fort de la journée – pour 11 interpellations. Les violences de l’Etat, l’absence de victoires apparentes à mettre à leur actif (à nuancer), le manque de perspectives, les divisions intestines… Tout cela rend improbable un retour du mouvement dans sa forme initiale. En revanche, il y a fort à parier qu’il continuera de pénétrer dans toutes les couches de la société, où la révolte gronde de plus en plus, et qui n’attend peut-être qu’une étincelle pour s’enflammer de nouveau. La dernière fois, rappelons-le, une taxe a suffi à faire déborder la coupe. D’ailleurs, les Gilets jaunes seront évidemment présents dans les cortèges syndicaux du 17 septembre.

Les Gilets jaunes d’Occitanie organisent par ailleurs une Assemblée régionale le samedi 19 septembre 2020 pour discuter des suites à donner au mouvement. Il est donc clair que le mouvement est loin d’être mort, mais que sa mutation (enclenchée il y a déjà de nombreux mois mais forcément suspendue par la chape de plomb du confinement et des mois confus qui l’ont suivi, et par l’incertitude sanitaire qui règne désormais) est toujours en cours.

 Publié le 16/09/2020

Les inégalités économiques se sont creusées en 2018, selon l'Insee.

 

Aurore Mesenge (site français.rt.com)

 

 Dans sa dernière enquête sur les inégalités de niveau de vie, l'Insee a conclu à une augmentation des inégalités entre les ménages les plus riches et les plus pauvres en 2018. Des résultats notamment imputé aux réformes économiques du gouvernement. L'enquête du mois de septembre de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) sur les inégalités de niveau de vie portant sur l'année 2018 a conclu à une augmentation des inégalités entre les ménages les plus riches et les plus pauvres. Les statistiques de l'Insee sont tirées de l'enquête Revenus fiscaux et sociaux (ERFS) portant sur un échantillon de 50 300 ménages vivant en France métropolitaine. Particulièrement attendues, ces études permettent d'analyser les effets des premières réformes depuis qu'Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir en 2017. Le constat est sans appel : «En 2018, les niveaux de vie évoluent de façon contrastée. Celui des ménages les plus aisés augmente nettement. Il bénéficie de la progression des revenus du patrimoine, liée à la forte hausse des dividendes dans un contexte de fiscalité plus incitative à leur distribution plutôt qu'à leur capitalisation et d'une hausse des revenus d'activité. Celui des ménages les plus modeste se replie, principalement en raison d'une baisse des allocations logement.» Selon l'Insee, la réforme des allocations logement décidée par le gouvernement en juillet 2017 a engendré une baisse de revenus pour les foyers les plus modestes, timidement compensé par une baisse des loyers dans le parc social. En outre, l'Insee pointe l’impact des réformes de 2018 de la fiscalité du capital et en particulier de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et son remplacement par un impôt sur la fortune immobilière (IFI). Selon l'Insee, «le niveau de vie des plus aisés augmente du fait de la progression des revenus du patrimoine». Une évolution qui n'est pas nouvelle. Toujours selon l'Insee, en 2008, le dixième des ménages les moins favorisés disposaient d’un niveau de vie mensuel moyen de 745 euros (en euros constant de 2018, sans prise en compte de l'inflation). Dix ans après, le niveau de vie de ces mêmes ménages a diminué passant à 715 euros. Dans le même temps, le niveau de vie moyen dixième le plus favorisé est passé de 4960 euros en 2008 à 5090 euros en 2018. Baisse de 4% pour les plus démunis et une hausse de 3% pour les plus favorisés. Une accélération du phénomène Néanmoins, l'Insee constate une «nette hausse» des inégalités de niveau de vie entre 2017 et 2018. Pour le justifier, les chercheurs de l'Insee ont comparé l'indice de Gini (qui mesure les inégalités). Ce dernier est passé de 0,289 en 2017 à 0,298 en 2018. Ainsi les foyers les plus aisés perçoivent «une part des niveaux de vie 4,4 fois plus importante» que les ménages les plus modestes soit une augmentation de 0,13 points en un an. Lire aussi Façade de l’immeuble de logements sociaux La Maurelette lors d'une visite de la ministre française du Logement Emmanuelle Wargon [invisible sur cette photo] à Marseille, le 30 juillet 2020 (illustration). Le gouvernement s’apprête à ponctionner d’1 milliard d’euros les caisses d’Action Logement Un niveau historiquement haut. Là encore, l'Insee pointe la progression des revenus des plus aisés avant redistribution. En outre, les 20% de Français les plus aisés perçoivent près de 40 % de la masse totale des niveaux de vie la ou les Français les plus pauvres en prévoient un peu moins de 10%. Un phénomène qui concerne aussi les retraités. Alors que ces derniers sont sous-représentés parmi les français au niveau de vie les plus faibles, la proportion de retraités pauvres «progresse de 1,1 point entre 2017 et 2018 alors qu'elle était relativement stable depuis 2014». Une augmentation encore plus marquante à l'analyse du taux de pauvreté des personnes seules âgées de 65 ans ou plus (+ 2,1 points). Le niveau de vie des retraités a diminué de 1,9 % en euros constant en 2018. Ces évolutions sont expliquées par la hausse de la CSG et la non revalorisation des pensions soumises au régime général. Des chiffres révélés alors que le gouvernement a présenté le 3 septembre son plan de relance vivement critiqué par syndicats et opposition qui dénoncent des baisses de fiscalité pour les entreprises, sans contreparties.

 Publié le 15/09/2020

La nouvelle grenade de désencerclement reste une arme de guerre

 

Stéphane Ortega (site rapportsdeforce.fr)

 

Vendredi 11 septembre, à la veille d’une journée nationale des Gilets jaunes, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a anticipé de quelques jours la sortie publique du nouveau schéma du maintien de l’ordre. Parmi les changements, il a annoncé l’utilisation par les forces de l’ordre d’une nouvelle grenade « moins dangereuse » dans les manifestations. Une appréciation qui ne convainc guère.

La fiche technique ne prête pas à confusion. La grenade à éclats non létaux (GENL), qui remplacera maintenant les modèles de grenade de désencerclement DMP et BDB, est classée en catégorie A2 par son fabricant, la société Alsetex. C’est-à-dire en catégorie matériel de guerre, tel que défini par l’article R311-2 du Code de la Sécurité intérieure. De ce côté, rien ne change. Pourtant, le très contesté ministre de l’Intérieur a mis en avant « un nouveau modèle offrant moins de projectiles en hauteur » et donc « une moindre dangerosité » comparée aux grenades précédentes.

Qu’en est-il réellement ? À ce jour, il n’existe pas de tests comparatifs rendus publics. Ni par le fabricant ni par le ministère. Cependant, les caractéristiques techniques disponibles glanées ici ou font bien apparaître quelques différences. Contrairement à la BDB, le corps de la GENL reste intact avec son bouchon allumeur lors de l’explosion. Autre changement, la vitesse de projection et la force cinétique de chacun des 18 plots en plastique dur sont inférieures. Par contre, le nombre de plots n’évolue pas. De même, le caractère assourdissant est sensiblement identique : 160 décibels (dB) pour l’une, 144 dB pour l’autre sur une distance de 10 mètres. Soit toujours nettement au-dessus des seuils de dangerosité ou de douleur fixé à 120 bB.

Moins dangereuse que le modèle ayant blessé 100 personnes ?

« L’argument selon lequel la nouvelle grenade limiterait les projections en hauteur est tout bonnement fallacieux et mensonger », explique le collectif Désarmons-les. Pour ses membres, « la grenade une fois lancée rebondit et tourne sur elle-même, peut retomber dans n’importe quel sens ». De plus, elle n’est « jamais lancée par les policiers selon le protocole théorique défini ». Pour éviter les blessures graves, notamment à la tête elles doivent être lancées au ras du sol, indique le journaliste Maxime Reynier sur son blog Maintien de l’ordre. « Elles ne sont théoriquement utilisées que “dans le cadre d’autodéfense rapprochée et non pour le contrôle d’une foule à distance” », précise-t-il. Elles sont censées permettre à des policiers de se sortir d’une « situation d’encerclement ou de prise à partie par des bandes armées » explique leur code de déontologie.

Mais il ne nous a fallu que deux minutes pour trouver sur Twitter des vidéos dans lesquelles des policiers font un usage de grenades de désencerclement ne rentrant pas dans ce cadre. Lancé en cloche et donc potentiellement à hauteur de visage, usage offensif et non défensif, lancé en direction de journalistes ou de personnes filmant des affrontements entre la police et des manifestants : les exemples sont nombreux et concernent la plupart des unités engagées dans le maintien de l’ordre. De son côté, le journaliste David Dufresne a répertorié une centaine de personnes blessées gravement par des projectiles de grenade de désencerclement pendant le mouvement des gilets jaunes et celui contre la réforme des retraites.

Des blessures qui ajoutées à celles produites par les lanceurs de balles de défense et les grenades lacrymogènes explosives GLI-F4 sont responsables de milliers de blessés, dont 29 personnes éborgnées. Les nouvelles grenades feront-elles moins de blessés à l’avenir ? Les prochaines manifestations tendues répondront probablement à cette question. Mais d’ors-et-déjà, le collectif Désarmons-les en doute. « Encore une fois, on essaye de nous vendre ce mythe selon lequel une bonne formation et un bon protocole d’utilisation pourraient faire d’une arme autre chose que ce pour quoi elle a été conçue : blesser, voire tuer » écrit-il sur son site internet.

 Publié le 14/09/2020

Oxfam pointe les grandes entreprises qui ont profité de la crise

 

(site politis.fr)

 

La pandémie de Covid-19 n’a pas ralenti les profits d’une poignée de géants mondiaux, montre un rapport de l’ONG, qui les accuse d’en avoir exacerbé les effets économiques.

Voilà un rapport qui entend porter un coup au laïus misérabiliste que les patrons de grandes entreprises ne se lassent pas de seriner depuis le début de la crise du Covid-19. Non, toutes les entreprises n'ont pas souffert de la pandémie, et une poignée sont même parvenues à « tirer profit de la catastrophe ». C'est l'organisation caritative internationale Oxfam qui l'affirme aujourd'hui dans un rapport en anglais intitulé « Covid-19 : les profits de la crise ».

Au terme de ses recherches, l'organisation a identifié 32 entreprises qui « devraient engranger à elles seules 109 milliards de dollars de plus pendant la pandémie que ce qu’elles avaient engrangé en moyenne comme bénéfices pendant les quatre années précédentes ». Des profits considérables, à mille lieux des dures réalités économiques que connaissent nombre de petites et moyennes entreprises depuis le printemps. Pour beaucoup de géants mondiaux, la crise n'a pas ralenti les profits… ni les versements de dividendes.

Ce sont les dividendes qui sont au cœur des accusations portées par Oxfam tout au long de son rapport. Leur montant, plus important d'année en année, aurait fragilisé les entreprises. « Si elles n’avaient pas fait ce choix de privilégier leurs actionnaires, les plus grandes entreprises mondiales auraient pu disposer de beaucoup de liquidités et de réserves pour protéger leurs travailleur-se-s, ajuster leurs modèles économiques et éviter les renflouements publics coûteux lorsque la crise est arrivée », dénonce l'organisation internationale. Ces dix dernières années, plus de 90 % des bénéfices réalisés par les entreprises du Global Fortune 500 (500 plus grandes entreprises mondiales en termes de chiffre d'affaires) ont été versés à leurs actionnaires.

Or la crise n'a pas stoppé ces pratiques dont la vision court-termiste a plus que jamais montré ses limites en 2020. Depuis janvier, « Microsoft a versé plus de 21 milliards de dollars à ses actionnaires et Google 15 milliards », soulève le rapport d'Oxfam. Les dividendes pleuvent aussi dans les entreprises qui travaillent sur la mise au point de vaccins contre le Covid-19 comme Johnson & Johnson, Merck et Pfizer. Plus étonnant, même des entreprises ayant enregistré une perte nette depuis le début d'année ont continué à payer leurs actionnaires.

Pour autant, les grandes entreprises ont néanmoins su se montrer généreuses en cette période difficile, au travers de nombreux dons, pourraient penser les plus candides. Oxfam note dans son rapport « que les dons des plus grandes entreprises du monde au cours de la crise du Covid-19 équivalaient en moyenne à 0,32 % de leur résultat opérationnel pour 2019 ».

Plutôt que de compter sur d'hypothétiques actes de générosité de la part des grandes entreprises, Oxfam préconise l'instauration d'un « impôt sur les bénéfices exceptionnels », « nécessaire pour répondre à l’aggravation des inégalités économiques, raciales et de genre engendrées par la pandémie ». Gain potentiel ? « Si l'on se concentre uniquement sur les 32 entreprises mondiales qui profitent le plus du Covid-19, on estime qu’il serait possible de lever 104 milliards de dollars de fonds en 2020 pour lutter contre la pandémie », lance l'organisation. Une somme qui permettrait de payer les tests de dépistages et les vaccins contre le Covid-19 de tous les habitants de la planète et de disposer après ça d'un surplus de 33 milliards de dollars.

 

par Jules Peyron

 Publié le 13/09/2020

Quelle solidarité avec le Hirak en Algérie ?

 

(site politis.fr)

 

Alors que l’euphorie du printemps 2019 n’est plus qu’un lointain souvenir, Nedjib Sidi Moussa interpelle la gauche française. Elle s’est souvent contentée de relayer les orientations les plus tièdes, lui reproche-t-il.

Persécution du journaliste Khaled Drareni, 40 ans, correspondant de Reporters sans frontières, embastillement de Mohamed Tadjadit, 26 ans, surnommé le « poète du Hirak », condamnations pour la célébration d’un mariage homosexuel à El Khroub, licenciement de 196 travailleurs de Numilog-Cevital à Béjaïa, découverte de deux harraga asphyxiés dans un conteneur en route pour l’Espagne...

Nedjib Sidi Moussa est docteur en science politique, auteur d’Algérie, une autre histoire de l’indépendance (PUF, 2019) et de La Fabrique du Musulman (Libertalia, 2017).

Les nouvelles de « l’Algérie nouvelle » ne prêtent guère à l’optimisme. Ainsi, l’euphorie du printemps 2019 n’est plus qu’un lointain souvenir. En réalité, les célébrations du pacifisme ou de l’unanimisme s’étaient déjà muées en inquiétude à mesure que la décantation s’opérait au sein du mouvement populaire et que l’échéance présidentielle approchait.

De fait, l’élection d’Abdelmadjid Tebboune a marqué la fin d’un cycle pour un Hirak qui n’a pas su entrer dans une nouvelle phase à cause de la répression, de la Covid-19 ou de l’autolimitation d’une dynamique cadenassée par l’interclassisme et le nationalisme érigés en vertus cardinales par une petite bourgeoisie soucieuse de présenter des gages de respectabilité aux autorités.

Il suffisait d’arpenter les rues d’Algérie pour prendre la mesure des potentialités et des limites d’un mouvement qui exprimait les contradictions d’une société désireuse de tourner la page de la guerre civile des années 1990, pour mieux en finir avec les clivages artificiellement entretenus dans le champ politico-médiatique et, surtout, donner du contenu aux aspirations martelées durant les manifestations hebdomadaires : indépendance, dignité, justice, liberté...

À rebours d’une lecture défaitiste volontiers conspirationniste, il convient de rappeler que le surgissement du 22 février 2019 a permis d’entrevoir ce qui était longtemps impensable.

Certes, ce désir de rupture sans matérialisation pérenne ne pouvait satisfaire les partisans de la révolution sociale et de l’auto-organisation. Or, les exploités ne se contentent pas de mots d’ordre coupés de perspectives saisissables, dans une conjoncture où le mur de la peur s’effritait à peine tandis que la confusion atteignait son paroxysme, aidée par la propagande d’un complexe militaro-policier qui tendait la main à l’extrême droite arabo-islamiste.

Le PAD, un front ni ouvrier ni populaire

La décomposition du mouvement ouvrier et révolutionnaire, qui s’est opérée à l’échelle du globe, a pris des formes redoutables dans un pays passé de la domination coloniale à la dictature de parti unique. Et cela, avant un bref intermède de pluralisme tronqué, interrompu par la confrontation entre forces de l’ordre et groupes islamistes, prenant en étau les individus épris d’émancipation.

Si, au début des années 1990, le Parti socialiste des travailleurs (PST) pouvait se vanter d’être la première force d’extrême gauche, avec trois mille adhérents, le rapport de force a évolué au détriment des révolutionnaires. L’affaiblissement de la formation trotskiste, dont les militants participent néanmoins aux luttes sociales et animent des espaces de débat bien trop rares en Algérie, a sans doute conduit sa direction à pactiser avec ses anciens adversaires.

En effet, avec le Hirak, les dirigeants de la gauche officielle, du PST aux démocrates du Front des forces socialistes, lui-même en crise perpétuelle, ont choisi de s’allier à des éléments plus droitiers, et, pour certains, compromis à travers leur soutien à Abdelaziz Bouteflika, pour former le Pacte de l’alternative démocratique (PAD), qui s’est prononcé pour une « transition démocratique » et un « processus constituant ».

Mais ce nouveau front, qui n’est ni ouvrier ni populaire, a profité du reflux du Hirak pour mieux tourner le dos au slogan « yetnahaw gaâ » qui appelait pourtant au départ de tous : représentants du pouvoir comme de l’opposition, jugés coresponsables du désastre.

Attelage hétéroclite d’appareils sans ancrage dans la société, le PAD apparaît comme la volonté de politiciens discrédités de se refaire une virginité en profitant de la secousse du 22 février, sans toutefois en relayer les aspirations les plus radicales. Car il s’agit de rassurer la bourgeoisie libérale et l’opposition conservatrice qui bénéficie d’appuis plus conséquents.

À ses débuts, le Hirak a suscité l’enthousiasme d’activistes français qui ont cherché à s’informer sur la situation, à en discuter, à manifester leur soutien, voire à se rendre en Algérie pour prendre part aux manifestations, parfois à leurs risques et périls, comme en témoignent l’expulsion de Mathilde Panot (La France insoumise) et l’arrestation de Jean-François Le Dizès (Ensemble !), pour ne citer que ces deux cas.

Admettons tout de même que la gauche française, à de rares exceptions près, s’est pour l’essentiel cantonnée au service minimum sur le plan de l’internationalisme et s’est souvent contentée de relayer les orientations les plus tièdes. Comme si les travailleurs, femmes et jeunes d’Algérie ne méritaient pas mieux que les processions patriotiques ou les suppliques consensuelles en faveur d’un « État de droit », perspective que l’Armée nationale populaire peut reprendre à son compte, comme l’atteste le dernier éditorial de la revue El Djeich.

L’abdication de la pensée critique et de l’intransigeance émancipatrice pourrait avoir des conséquences néfastes des deux côtés de la Méditerranée. En effet, si « l’Algérie n’a jamais été la France », les deux pays demeurent toutefois connectés par d’innombrables liens. D’autant que réside en France une importante diaspora à laquelle s’ajoutent les personnes dont la famille est originaire de l’ancienne colonie. Mais l’existence d’un espace franco-algérien, au sein duquel circulent personnes, capitaux et idées, ne saurait demeurer la chasse gardée des réactionnaires capitalistes ou des promoteurs du modérantisme.

Ne pas alimenter les illusions réformistes

L’ensemble de ces éléments révèle l’extrême sensibilité de la question algérienne en France. Or, celle-ci ne doit plus rester entre les mains de spécialistes autoproclamés qui, dans les collectifs militants ou les comités de rédaction, s’échinent à imposer un point de vue partiel et partial, sans se soucier de le confronter aux faits pourtant vérifiables ou aux analyses divergentes, au risque d’alimenter des illusions réformistes aux conséquences funestes.

La responsabilité des internationalistes est donc énorme puisque tout ce qui se formule de ce côté de la mer est légitimement scruté sur l’autre rive par les générations montantes. Ces dernières font leur apprentissage, sans tabou ni préjugé, et cherchent à surmonter les obstacles que ne manquent pas de dresser sur leur chemin ceux de leurs aînés ayant intérêt à préserver l’ordre patriarcal et dont le régime actuel est un reflet.

Les individus, groupes ou périodiques prenant au sérieux les idéaux de liberté et d’égalité sont par conséquent fondés à exprimer leur solidarité avec les victimes de la répression en Algérie, en exigeant leur libération immédiate, et à soutenir celles et ceux qui luttent sur un terrain de classe comme les grévistes de GESI-TP, les travailleurs aéroportuaires de l’EGSA à Oran, les enseignants vacataires de Tizi Ouzou, etc.

Nul ne saurait prédire les modalités que revêtiront les prochaines étapes du mouvement populaire mais les contestataires d’Algérie doivent pouvoir compter sur leurs homologues de France, et de partout ailleurs, pour élaborer la riposte commune au capitalisme autoritaire.

 

par Nedjib Sidi Moussa

 Publié le 12/09/2020

Gilets jaunes : 12 septembre, rallumer la flamme ?

 

Guillaume Bernard (site rapportsdeforce.fr)

 

Relancer le mouvement des gilets jaunes le 12 septembre ? Une évidence au vu de la crise économique qui couve. Un pari risqué après deux ans de répression et deux mois de confinement. Le mouvement peut-il reprendre ? Tour d’horizon parmi les principaux intéressés.

« Le problème numéro 1 des français ce n’est pas la Covid, c’est les poches vides », assène Jérôme Rodrigues. Bientôt deux ans que la figure des gilets jaunes, barbe fournie et verbe haut, rodé à l’exercice de la joute verbale, multiplie les phrases coup de poing. « Mon rôle ça a longtemps été d’empêcher les médias de dégueulasser le mouvement en me rendant sur les plateaux télés », rappelle-t-il.

Un statut qui, s’il a changé lorsque les caméras se sont détournées du mouvement, lui a donné une audience qu’il est loin d’avoir perdue aujourd’hui. « J’ai acquis un statut d’influenceur, même si je déteste ce terme et je m’en sers pour faire en sorte qu’un maximum de gens participent à nos actions. »

Aussi, depuis une dizaine de jours, le quarantenaire multiplie les apparitions dans les médias qui accordent encore un intérêt à la question des gilets jaunes : le Média, RT, pour les plus gros et appelle à manifester le 12 septembre : « L’idée c’est de retrouver l’esprit du 17 novembre, premier jour des gilets jaunes, ce n’est pas un appel national à Paris, c’est un appel à ce que tout le monde manifeste où il le souhaite. Dans la capitale ou sur son rond point. »

Un mouvement toujours réprimé

Un pari osé en cette période. Les manifestations gilets jaunes, encore en capacité de rassembler plusieurs milliers de personnes en novembre 2019, ont été réduites à des cortèges de quelques centaines voire dizaines de personnes au moment du déconfinement, dans les villes où elles existaient encore.

« On venait le samedi au rendez-vous habituel mais il n’y avait plus que des policiers, ceux en moto, ils nous contrôlaient prenaient la photo de notre carte d’identité, collaient parfois 135 € d’amende », témoigne Francette, gilet jaune toulousaine historique.

De fait, le monde d’après a été un monde sans grosse manifestation pour les gilets jaunes. Dans la ville rose, plusieurs d’entre elles ont d’ailleurs été interdites au mois de mai à la demande des commerçants du centre-ville qui craignaient pour leurs affaires, à peine reprises. Par ses arrêtés d’interdiction, la préfecture renouait avec une technique déjà éprouvée pour juguler la contestation (notre enquête).

Dans ses conditions, il reste donc difficile de mobiliser. Jérôme Rodrigues, qui a perdu un œil en manifestant, suite à un tir de LBD, l’avoue lui-même : « On reste optimiste mais le 12 septembre ne sera pas forcément énorme. Aujourd’hui les gens ont peur de venir en manif et on les comprend, la flicaille ne nous a pas épargnés ». Les tribunaux non plus : près d’un après le début du mouvement, le ministère de la justice comptabilisait déjà plus de 3000 condamnations dont un tiers ayant donné lieu à des peines de prison ferme.

Retour des petits patrons ?

Ce n’est pas seulement « l’esprit du 17 novembre » que Jérôme Rodrigues souhaite voir revenir, c’est aussi sa sociologie. « Il faut faire revenir les petit patrons et les indépendants qui étaient là au début du mouvement. Pour ça j’ai de l’espoir, le confinement les a touchés de plein fouet et ils ont mille raisons d’être en colère ». Le plombier se réjouit ainsi de voir le collectif des « discothèques en colères », qui représente selon lui « 240 patrons et 1600 faillites », rejoindre l’appel du 12 septembre et même proposer une « nuit aux Champs-Elysées ». Jean-Marie Bigard a également dit qu’il participerait à la manifestation du 12.

Mais à Alès, Jean*, gilet jaune de la première heure, s’interroge sur cet éventuel retour des petits patrons. « Dans la ville ils étaient très présents au début du mouvement, certains ont plus ou moins essayé d’en prendre le contrôle en faisant élire des représentants, ce que la majorité des gilets jaunes ne voulaient pas… il y a parfois eu des bagarres. » D’après lui, leurs intérêts s’opposaient parfois à ceux des gilets jaunes. « Ils étaient contre les blocages économiques, ils voulaient s’attaquer uniquement aux impôts ou à la préfecture. » Dans la commune du Gard, ils sont finalement mis à l’écart et s’éloignent du mouvement. « Je ne pense pas qu’ils reviendront le 12 septembre même si c’est vrai qu’ils pourraient avoir leur place dans le mouvement : eux aussi ils sont paupérisés. »

S’accrocher au gilet ?

Jean, s’il participera au 12 septembre, ne pense cependant pas que le mouvement puisse retrouver l’énergie des mois de novembre et décembre 2018. « Il y a beaucoup de volontarisme de la part des gilets jaunes encore actifs, ils ne veulent pas voir le mouvement s’éteindre, mais on a perdu beaucoup de monde. »

« Je ne savais même pas qu’il y avait quelque chose le 12 », avoue Luc, gilet jaune présent presque tous les samedis entre novembre 2018 et juin 2019. « On a mené une belle bataille mais elle est finie. Par contre ce n’est pas la fin de la guerre, un autre mouvement viendra, l’objectif c’est toujours de détruire le capitalisme. Militant du RIC au sein de l’association article 3, il ne pense plus que la révolution viendra des gilets jaunes. « L’épisode des gilets jaunes ce n’était peut-être que des prémisses, autre chose viendra. Je ne pense pas qu’il faille être attaché au gilet au point de vouloir à tout prix relancer le mouvement. Mais je ne juge pas ceux qui le sont, je les comprends. »

Maria*, gilet jaune de 73 ans dont un enfant a été condamné à 8 mois de bracelet électronique à la suite d’une manifestation, fait partie de ceux qui ne veulent plus lâcher le gilet. « Le 12 septembre ? Je n’attendais que ça, rien n’a changé en France depuis le début des manifestations, c’est même pire qu’avant. Pourquoi on s’arrêterait ? ». Constat partagé par Francette : « Je ne peux plus m’arrêter, pas après toutes les violences policières subies, pas après toutes les insultes. On nous a fait passer pour des illettrés, des personnes sans culture politique, des violents. Moi ce que j’ai trouvé avant tout dans ce mouvement c’est beaucoup d’altruisme, des personnes qui n’avaient pas le même bord politique que moi mais qui se battaient à mes côtés pour la justice sociale. Il y a, parmi les gilets jaunes, des gens que je n’oublierai jamais. »

 

*Le prénom a été modifié à la demande des intéressés.

 Publié le 11/09/2020

« On va de nouveau assister à une instrumentalisation des chiffres de la délinquance »

 

Entretien par Loïc Le Clerc (site regards.fr)

 

Après avoir parlé d’ensauvagement, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin annonce qu’il va rendre publics les chiffres de la délinquance tous les mois. Une stratégie à la Sarkozy qui pose un grand nombre de questions quant à notre rapport à la réalité.

Laurent Mucchielli est sociologue, directeur de recherches au CNRS. Il vient de sortir aux éditions Fayard La France telle qu’elle est.

Regards. Quand vous voyez le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin parler d’« ensauvagement » de la société pour évoquer la hausse de la délinquance, qu’est-ce que cela vous fait ?

Laurent Mucchielli. Ça me donne une forte impression de déjà-vu. Ça fait 23 ans que je suis entré au CNRS, dans un laboratoire spécialisé sur ces questions de délinquance-police-justice, et je n’ai cessé de voir régulièrement dans le débat public des alertes sur le mode « l’insécurité est de plus en plus forte, la violence augmente, les chiffres explosent, les jeunes sont de pire en pire, etc. ». Avec parfois, en plus, la petite pointe d’extrême droite qui consiste à dire que c’est la faute des immigrés. C’est à ça que renvoie le mot « ensauvagement ». Qui sont les sauvages ? C’est la question qu’il faut se poser. C’est du Éric Zemmour en plus soft, puisque les sauvages, ce sont évidemment les Arabes et les Noirs. Ce terme a été repopularisé en 2013, dans un livre intitulé La France orange mécanique, rédigé par un jeune journaliste d’extrême droite caché sous un pseudonyme, préfacé par un intellectuel au passé d’extrême droite, également sous pseudonyme. Ce livre était à la Une du site internet du Front national et Marine Le Pen recommandait sa lecture à tous. C’est pour ça qu’il est extrêmement critiquable de voir un ministre, quel qu’il soit, reprendre ce vocabulaire d’extrême droite.

Gérald Darmanin a annoncé qu’il allait rendre publics les chiffres de la délinquance tous les mois. Qu’en dites-vous ?

Dénoncer l’insécurité pour mieux se poser en rempart, c’est une stratégie politique archi-classique. C’était déjà celle de Nicolas Sarkozy et il est clair que Gérald Darmanin ne fait que le copier. On va de nouveau assister à une instrumentalisation des chiffres. Ce qui, là aussi, est du déjà-vu et du copycat de Nicolas Sarkozy qui avait construit toute sa stratégie sur la communication des statistiques. C’est d’autant plus agaçant qu’il y a une longue histoire de polémiques autour des chiffres. En 2001, Lionel Jospin avait confié à deux parlementaires le soin de réfléchir à cette question des statistiques de la délinquance et de proposer une solution pour qu’on arrête leur instrumentalisation et qu’on puisse avoir quelque chose de fiable et régulier. Ils ont proposé la création d’un observatoire indépendant qui contrôlerait et diffuserait ces statistiques. Il en est résulté un projet que Nicolas Sarkozy a instrumentalisé en 2002, en mettant en place une communication mensuel destinée à montrer que sa seule force de caractère permettait de faire reculer la délinquance. Il y a eu toute une série de trafic autour des chiffres pour que, comme par magie, les objectifs demandés aux gendarmes et aux policiers en début d’année correspondent aux chiffres données en fin d’année. C’est écrit noir sur blanc dans un rapport de l’inspection générale de l’administration. Par la suite, sous Hollande, un service statistique a été recréé au ministère de l’Intérieur – Interstats – qui publie tout le temps des analyses sur les statistiques de police et de gendarmerie et des analyses sur les enquêtes en population générale. Par ailleurs, il existe toujours un Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales. Ces choses existent déjà, donc quand Gérald Darmanin dit qu’il va enfin diffuser les chiffres, c’est du bla-bla. Soit on donne du détail sur ce qui ne va pas et qu’il faut changer, soit on ne fait que parler à la télévision. J’ai peur que Gérald Darmanin ne soit que dans la posture, la com’.

« Fin 2017-début 2018, l’espace public est marqué par l’affaire Weinstein, le mouvement #MeToo, on assiste dans les statistiques de police et de gendarmerie a une augmentation très forte des agressions sexuelles. Mais ça n’est pas la réalité qui tout d’un coup est plus forte, c’est la dénonciation, c’est la plainte qui augmente. »

Dans toutes vos recherches, vous avez constaté que la violence n’augmente pas dans la société, contrairement à ce que porte le discours politique ambiant...

Je l’ai montré depuis longtemps, et je ne suis pas le seul. La chose fondamentale qu’il faut comprendre, c’est la différence de nature qui existe entre les statistiques de police et de gendarmerie et les enquêtes en population générale. Ces enquêtes, c’est le même principe que le sondage sur un échantillon représentatif de la population où l’on demande aux sondés s’ils ont été victimes d’une agression, d’un vol, etc. On appelle ça des enquêtes de victimation. La première de ces enquêtes a été faite en 1984, puis repris par l’INSEE au milieu des années 90. Depuis cette époque, on a des enquêtes annuelles, ce qui permet de faire une mise en série. Quand on regarde ça, le résultat majeur qui en sort est que, pour les violences « sérieuses » – qui ont eu une conséquence médicale, physique ou psychologique, et donné lieu à des jours d’interruption temporaire de travail –, l’allure générale de la courbe est à la stabilité parfaite. Le constat qu’on fait tous dans la recherche depuis une vingtaine d’années, c’est que ces enquêtes montrent un phénomène globalement stable, là où les statistiques de police et de gendarmerie – qui enregistrent les procès-verbaux – ont des évolutions différentes. Le principal mécanisme qui joue sur ces évolutions, c’est la judiciarisation. Exemple : fin 2017-début 2018, l’espace public est marqué par l’affaire Weinstein, le mouvement #MeToo, on assiste dans les statistiques de police et de gendarmerie a une augmentation très forte des agressions sexuelles. Mais ça n’est pas la réalité qui tout d’un coup est plus forte, c’est la dénonciation, c’est la plainte qui augmente. De la même manière, quand on change la loi, ça impacte les statistiques de police et de gendarmerie, pas la réalité. Ce sont ces phénomènes qui jouent un rôle majeur dans l’augmentation apparente des statistiques de l’administration. Chez les majeurs, ce sont surtout les violences conjugales qui augmentent depuis des années, et chez les mineurs ce sont les violences scolaires, parce qu’elles sont plus dénoncées, mais pas nouvelles dans la réalité. Autre phénomène, concernant les drogues par exemple, ce ne sont pas les plaintes qui augmentent mais l’action policière qui joue. Concrètement, si on décide de mettre le paquet sur le trafic de drogues, on va faire plus d’enquêtes et donc produire plus de chiffres. Ici les chiffres ne mesurent donc pas la réalité mais simplement l’intensité de l’action policière.

La manipulation opérée par Gérald Darmanin, entre autres, c’est justement de ne pas tenir compte des enquêtes en population de l’Insee, mais seulement des chiffres de l’administration…

C’est exactement ça, chez Gérald Darmanin comme chez d’autres comme Gilles Clavreul par exemple, sans parler de l’extrême droite évidemment.

Qu’est-ce qui explique alors la stabilité des chiffres de l’Insee ?

Le temps de la société n’est pas le temps politico-médiatique. Ce dernier est centré sur l’hyper-présent, l’urgence. Les politiciens n’ont pour horizon temporel que la prochaine élection, quand ce n’est pas le prochain sondage. La plupart des journalistes pensent au jour le jour, au mieux la semaine. La société, elle, a son propre rythme, sur un temps beaucoup plus long comme le rythme générationnel. Un certain nombre de gens oublie ça.

« Une chose est de demander aux gens s’ils croient que la société en général est plus violente, si ensauvagement est un terme justifié, etc. Une autre chose complètement différente est de leur demander si, dans leur vie personnelle, ils ont de plus en plus peur de sortir se promener par exemple. Quand on pose ce type de questions, on s’aperçoit que 85% des gens n’ont pas peur. »

L’Ifop a sorti un sondage cette semaine intitulé « Les Français, la montée de l’insécurité et "l’ensauvagement" de la société », où le chiffre principal est : « 70% des Français jugent justifié le terme "d’ensauvagement" pour qualifier l’évolution de la violence et de la délinquance en France ». Le politique a gagné la bataille de la vérité.

Ça sera toujours comme ça avec les questions d’opinion générale dite d’actualité. Ce type de sondage suscite des réponses d’un grand conformisme. Les gens entendent ça partout et ils se disent « oui, tout le monde à l’air de dire ça alors je le dis aussi ». L’erreur consiste à croire que cela correspond à leur vie personnelle, qu’il s’agit d’un sentiment d’insécurité personnel. Une chose est de demander aux gens s’ils croient que la société en général est plus violente, si ensauvagement est un terme justifié, etc. Une autre chose complètement différente est de leur demander si, dans leur vie personnelle, ils ont de plus en plus peur de sortir se promener par exemple. Quand on pose ce type de questions, on s’aperçoit que 85% des gens n’ont pas peur. Il y a une différence de nature entre des questions générales, impersonnelles, qui renvoie au débat public du moment, qui provoque un réflexe de conformisme chez la plupart des gens, et des questions personnelles où la plupart des gens ne se disent pas concernés.

Qu’est-ce que ça vous fait que tant d’années de recherche sur les faits, la réalité, puissent être balayé aussi facilement par un mot d’un ministre ?

Ça a un côté un peu déprimant, désespérant. On paie des gens pour faire de la recherche et on se moque du résultat de leur travail. Voilà.

 

Propos recueillis par Loïc Le Clerc

 Publié le 10/09/2020

Quand les militaires fauchent l’espoir d’une nouvelle voie vers le socialisme

(site monde-diplomatique.fr)

 

Chili, 11 septembre 1973. Le général Augusto Pinochet renverse le gouvernement de l’Unité populaire, un « régime à caractère marxiste » contre lequel la démocratie était « incapable de lutter », expliquera-t-il par la suite. En quoi le gouvernement de Salvador Allende avait-il bousculé les intérêts des puissants ? Comment le coup d’Etat fut-il orchestré ? De quelle façon le Chili se souvient-il du dirigeant socialiste et du dictateur néolibéral ? Voici certaines des questions auxquelles entend répondre « Le Monde diplomatique », à travers une sélection d’archives et d’articles récents.

par Renaud Lambert, (site monde-diplomatique.fr)

Le 4 septembre 1970, une coalition (allant des communistes aux socio-démocrates) porte Salvador Allende à la présidence du Chili avec un peu plus de 36 % des voix, contre 35 % pour le démocrate-chrétien Jorge Alessandri.

Dans son discours de victoire, le nouveau président promet : « Nous abolirons les monopoles qui accordent le contrôle de l’économie à quelques dizaines de familles. Nous abolirons un système fiscal (…) qui accable les pauvres et épargne les riches. Nous abolirons la grande propriété qui condamne des milliers de paysans à la servitude. Nous abolirons la mainmise étrangère sur notre industrie. » Il ajoute, ouvrant une voie encore peu fréquentée vers la transformation sociale : « Le socialisme passe par la démocratie, le pluralisme et la liberté ».

Le vent d’espoir qui souffle le long de la cordillère des Andes galvanise jusqu’aux rangs du parti socialiste français, qui a élu en 1971 un nouveau premier secrétaire : François Mitterrand. Celui-ci, particulièrement séduit par cette expérience de « Révolution dans la légalité » (1), réserve son premier voyage officiel au Chili.

A l’époque, « le fond de l’air est rouge » (2). Washington s’en émeut. Dès le 6 novembre 1970, le président américain Richard Nixon déclare devant le Conseil national de sécurité : « Notre principale préoccupation avec le Chili, c’est le fait qu’il [Allende] puisse consolider son pouvoir et que le monde ait l’impression qu’il en train de réussir. (…) Nous ne devons pas laisser l’Amérique latine penser qu’elle peut prendre ce chemin sans en subir les conséquences. » Allende a pris ses fonctions l’avant-veille.

Les jeux sont déjà faits. Le 7 octobre 1970, Richard Helms, directeur de la CIA, envoie une directive « urgente » à ses agents sur place : « Nous souhaitons que vous souteniez une action militaire qui aura lieu, dans la mesure du possible, dans un climat d’incertitude économique et politique. » Moins technique, le conseiller à la sécurité nationale, Henry Kissinger, résume : « Je ne vois pas pourquoi nous devrions laisser un pays devenir marxiste simplement parce que sa population est irresponsable. » (3) Le 11 septembre 1973, l’armée chilienne – soutenue par la presse, l’organisation fasciste Patrie et Liberté, le Parti national et les Etats-Unis – remet le peuple « dans le droit chemin ».

Trois ans, presque jour pour jour, après sa première allocution en tant que président du Chili, Allende prend la parole pour la dernière fois. La Moneda (le palais présidentiel) est sous les bombes : « Nos ennemis sont forts ; ils sont capables d’asservir le peuple. Mais ni les actes criminels ni la force des armes ne sauront contenir ce processus social. L’histoire nous appartient ; c’est le peuple qui fait l’histoire. »

En 1973 débute l’une des dictatures les plus violentes d’Amérique latine, qui fauche l’utopie de la « Révolution dans la légalité » et transforme le Chili en laboratoire planétaire du néolibéralisme. La même année, Henry Kissinger reçoit le Prix Nobel de la paix.

 

Renaud Lambert

 Publié le 09/09/2020

Ils parlent d’ensauvagement et rien ne vous choque ?

 

Par Loïc Le Clerc (site regards.fr)

 

S’il puise, historiquement, dans le champ lexical de l’extrême droite, le terme « ensauvagement » est aujourd’hui sereinement repris par une large partie du champ politique. Au risque, encore et encore, de banaliser les idées les plus abjectes.

Ensauvagement. C’est le mot de cette rentrée. Après une crise majeure, planétaire, totale comme celle du Covid-19, il n’est donc pas question de santé, du système hospitalier en perdition, du système économique mondial destructeur, ni de notre rapport suicidaire à la nature. Non, l’exécutif et sa majorité ont pris la porte au fond à droite – à droite toute – pour nous parler d’insécurité, d’identité.

Ensauvagement. Car, voyez-vous, « la France est malade de son insécurité », nous explique Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur. Qu’importe les faits, les chiffres, qui montrent tous une stabilité de la violence de la société depuis quinze ans. La vérité n’importe pas à ces gens-là. C’est le vraisemblable qui prime – regardez donc le traitement du clip de rap à Grenoble où l’Intérieur a mis le paquet pour soi-disant lutter contre les trafiquants de drogue, allant jusqu’à mettre en garde à vue le rappeur. Pendant que Marlène Schiappa assume les mots de son ministre de tutelle, la droite extrême se félicite. Ils ont gagné la bataille idéologique. Ceux-là même qui ont été élus pour leur faire « barrage » se roulent dans leur fange avec allégresse.

S’il est un ensauvagement dans notre société, c’est celui-ci. Celui d’Emmanuel Macron (et de sa clique) qui, un jour, donne une grande interview à Valeurs actuelles et, un autre jour, s’indigne de voir ce journal représenter la députée LFI Danièle Obono en esclave. Celui d’une « grande » journaliste du Figaro qui, pour feindre de ne pas comprendre le racisme de cette histoire, évoque le film « La planète des singes »

La chaîne d’info LCI a dû réagir fermement : « Cet excès de "Valeurs actuelles" contrevient à notre ligne et à nos valeurs. Il ne sera plus chroniqueur sur LCI ». « Il », c’est Geoffroy Lejeune, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire d’extrême droite. Il n’est jamais trop tard pour découvrir que le feu brûle. Mais le faire avec hypocrisie est un jeu dangereux. Si LCI flirte doucement avec cette idéologie nauséabonde – ils viennent de recruter Caroline Fourest et Alain Finkielkraut –, ça n’est que pour tenter de rattraper son concurrent CNews, lequel se rêve en FOX News à la française. Pascal Praud, le présentateur star de CNews, qualifie de « soumission » l’éviction de Geoffroy Lejeune par LCI. Soumission via-à-vis « des minorités qui réclament des têtes et déboulonnent des statues ». Le message est clair : il faut choisir son camp. CNews a choisi l’extrême droite.

Éric Zemmour, le maître à penser d’une large partie de l’extrême droite française, la superstar idéologique de cette mouvance, passe ses journées à déblatérer ses inepties sur CNews. Chaque jour avec lui est une incitation à la haine raciale. Mais qu’importe ! Il fait de l’audience. Il peut déclamer l’une des célèbrement fausses citations de Churchill créées par la propagande de Goebbels, tout le monde s’en fout. Par contre, que la France soit un des derniers pays à renommer le livre Dix petits nègres d’Agatha Christie, en voilà un débat de société. Quel rapport avec la liberté d’expression ou le politiquement correct ? Il s’agit-là de la volonté de l’autrice en 1940 ! Cela n’inquiète personne que l’on s’écharpe pour pouvoir utiliser le mot « nègre » en 2020 ? Cet ensauvagement raciste n’est donc que normal ?

Vous avez dit « dédiabolisation » du RN ?

La réponse à la dernière question semble être « oui ». L’extrême droite a souhaité se normaliser et, par le truchement médiatique, elle y est parvenu. Enfin, si l’on conserve bien à leur place les œillères que Marine Le Pen et compagnie nous ont données.

Le Rassemblement national est un parti comme les autres ? Dédiabolisé ? Même plus un parti d’extrême droite ? Mais alors comment qualifier ce moment où un assistant parlementaire – celui de Nicolas Bay en l’occurrence – se grime en juif ? Un dérapage ? C’est que si on cherche un peu, on en trouve pas mal des « dérapages » antisémites au RN – ici par exemple. Pire encore, quand un ancien candidat du parti – et fan d’Éric Zemmour – prend une arme, blesse plusieurs personnes dans la mosquée de Bayonne et tente de l’incendier, cela passe crème dans la société. Pas de polémique sur la radicalisation de l’extrême droite. Pas d’amalgame surtout !

Dernier exemple pour la route. Thierry Veyrier, délégué départemental adjoint du Rassemblement National dans le Val-de-Marne. Celui-ci peut menacer de pendre un syndicaliste ou de tondre « à la libération » Assa Traoré. Il faut attendre que l’affaire fasse polémique dans les médias pour que le RN réagisse. Et ce désormais ex-membre du RN se revendique de De Gaulle !

Au fond, l’ensauvagement de la droite est si profond qu’on ne sait où il s’arrêtera. Pendant que des étudiants se font agresser par des fachos à Nice, à Paris, la préfecture fait fermer un bar antifa au reproche d’une incursion violente de militants d’extrême droite en juin dernier. Qui protège qui ?

 

Loïc Le Clerc

 Publié le 08/09/2020

Procès de Julian Assange

[Annonce] Un mois décentralisé de solidarité avec les lanceurs d’alerte et la liberté de la presse dans le monde

 

paru dans lundimatin#252, (site lundi.am)

 

Ce 7 septembre, un nouvel épisode du procès pour l’extradition de Julian Assange vers les États-Unis débutera à Londres. Nous avions déjà insisté ici et sur les enjeux politiques de la répression qui frappe le leader de Wikileaks et la nécessité de le soutenir. Le texte que nous publions aujourd’hui et que l’on peut aussi considérer comme un appel, annonce une série de menées allant en ce sens. Dès lundi, nous proposerons un suivi de ce mois de solidarité et des actions qu’il appelle. Parallèlement, nous publierons différents textes plus théoriques qui permettent de mieux comprendre la généalogie de Wikileaks et les enjeux des différentes offensives de groupes de hackers contre les gouvernements.

MOIS DÉCENTRALISÉ DE SOLIDARITÉ AVEC ASSANGE, LES LANCEURS D’ALERTE ET LA LIBERTÉ DE LA PRESSE DANS LE MONDE

Le 7 septembre 2020, l’audience d’extradition grotesque de Julian Assange reprend pour 3-4 semaines. S’il est extradé vers les États-Unis - où il ne bénéficie pas de la protection du “Premier amendement” - il risque 175 ans dans une prison super-max. Les États-Unis et le Royaume-Uni, aidés par l’Équateur, la Suède et d’autres pays, tentent de faire taire Assange et WikiLeaks. Leur objectif est de créer un précédent qui nuira globalement à la capacité de publier des informations que les gouvernements veulent garder secrètes, ainsi qu’à notre capacité collective à nous organiser et à agir sur la base de ces informations.

Le simulacre de procès d’Assange annonce la destruction intentionnelle de notre droit à une presse libre, indépendante, incisive et d’investigation. Les États-Unis cherchent à criminaliser et à dissuader les enquêtes sur la sécurité nationale en particulier, ainsi que les mesures prises par les journalistes pour protéger leurs sources. La tentative d’étiqueter le journalisme et l’organisation de l’accès du public à l’information comme “conspiration pour l’espionnage” [1] par les États-Unis est inacceptable selon les normes démocratiques car elle paralyse le droit du public à savoir ce que les gouvernements font en leur nom.

Les documents publiés par WikiLeaks pour lesquels Assange est accusé fournissent des preuves exhaustives des crimes de guerre brutaux commis en Irak et en Afghanistan [2], accessibles sous une forme indéniable, authentique et recherchable. WikiLeaks fonctionne comme tout journaliste d’investigation devrait le faire au XXIe siècle, en protégeant ses sources et en sécurisant ses communications lorsqu’il s’agit de dénoncer les mensonges et la corruption du gouvernement.

Comme l’ont observé de nombreux experts internationaux, ONG, avocats, journalistes et rapporteurs spéciaux des Nations unies [3], les documents publiés par WikiLeaks présentent sans aucun doute un immense intérêt pour le public du monde entier. Ces publications ont valu à Assange et à WikiLeaks de nombreuses distinctions mondiales et des prix journalistiques prestigieux [4].

Il est maintenant temps de récupérer cette partie essentielle de notre histoire collective, en défendant Assange, les journalistes d’investigation et les dénonciateurs du monde entier.

Pendant les semaines de l’audition et au-delà [5], des groupes et des individus du monde entier utiliseront tous les moyens créatifs disponibles en ligne et hors ligne pour exprimer leur solidarité, dénoncer cette fraude parodique de justice, défendre Julian Assange et célébrer la protection des sources journalistiques.

Par des moyens joyeux et inventifs tels que la musique, les performances, l’occupation de l’espace public et les wikis, et par des moyens décentralisés, nous avons l’intention de rappeler à chacun notre droit et notre devoir collectifs de demander des comptes au pouvoir en exposant les secrets des gouvernements, leurs mensonges et leurs crimes.

La persécution d’Assange est la persécution d’une presse libre et indépendante, la persécution de la Vérité et de la Justice. C’est la persécution de chacun d’entre nous et de notre capacité future à dénoncer et à combattre les abus de pouvoir.

Défendre Assange, c’est défendre notre avenir ! Nous sommes solidaires et nous nous organisons partout pour raconter cette histoire au monde. À Londres, Berlin, Mexico, Paris, Brisbane, Vienne, Oslo, Toronto, Hambourg, Washington DC, Francfort, Adélaïde, Bruxelles, New York City, Rome, et ailleurs… Rejoignez-nous !

 

Plus d’informations et d’inspiration sur les actions et événements à venir dans le monde entier :

https://challengepower.info/sept2020hearingactions

Plus d’informations sur l’affaire :

https://defend.wikileaks.org

https://dontextraditeassange.com

https://challengepower.info

Publié le 07/09/2020

La République figée d’Emmanuel Macron

 

Par Ellen Salvi (site mediapart.fr)

 

L’estimant « menacée » par des « forces obscurantistes » et « séparatistes », le chef de l’État a livré sa vision de la République, vendredi, au Panthéon. Une approche conservatrice qui a tout pour satisfaire son nouvel électorat de droite.

  « Il y a urgence. » C’est en ces termes que l’Élysée a justifié le discours prononcé vendredi par Emmanuel Macron, depuis le Panthéon, à l’occasion des 150 ans de la proclamation de la IIIe République, le 4 septembre 1870, qui a marqué la chute du Second Empire. « Nous sommes dans un temps historique où il y a une coagulation étonnante de forces hétéroclites qui ont pour projet initial de s’en prendre à la République et ce qu’elle emporte avec elle », a fait valoir l’entourage du chef de l’État.

Le choix de cette date a interrogé bon nombre d’historiens, mais aussi certains responsables politiques, à l’instar du chef de file de La France insoumise (LFI) Jean-Luc Mélenchon, qui s’est longuement exprimé sur le sujet dans une vidéo et a tweeté : « Non, monsieur le président, la République française n’est pas ce que vous en dites. Je vous répondrai solennellement le 21 septembre, vrai anniversaire de la fondation de la #République en France. »

« La République n’a pas 150 ans, elle va avoir 228 ans le 21 septembre prochain... Célébrer le 4 septembre 1870 et ignorer le 21 septembre 1792, la République révolutionnaire, le 24 février 1848, les Première et Deuxième République : légère sidération du professeur et du citoyen », a écrit Thibaut Poirot, professeur agrégé d’histoire, rappelant que le général de Gaulle, dans son discours du 4 septembre 1958, avait lui bien « inscrit les trois dates (1792, 1848, 1870) dans une histoire commune ».

En décidant de « remettre cette date du 4 septembre à l’honneur », Emmanuel Macron a opté pour le choix le plus conservateur, puisque la proclamation de cette IIIe République a été suivie de la répression des tenants d’une République démocratique et sociale, à savoir les communards. Au-delà du seul aspect historique, cette cérémonie était surtout l’occasion, pour le chef de l’État, de s’exprimer sur ses nouvelles marottes, à commencer par ce qu’il qualifie de « séparatisme » – pour ne plus dire « communautarisme ».

Rappelant qu’un projet de loi sur le sujet sera présenté à l’automne, le président de la République a souligné qu’« il n’y aura jamais de place en France pour ceux qui, souvent au nom d’un Dieu, parfois avec l’aide de puissances étrangères, entendent imposer la loi d’un groupe ». Ce faisant, il a confirmé que derrière le mot « séparatisme », il entend surtout lutter contre ce que sa ministre en charge de la « citoyenneté » appelle « l’islam politique ». Ce projet de loi vise « principalement le séparatisme islamiste », a d’ailleurs assumé Marlène Schiappa sur France Inter, le 31 août.

Emmanuel Macron a insisté vendredi sur ce point : « La République, parce qu’elle est indivisible, n’admet aucune aventure séparatiste. » Il a également affirmé qu’« on ne choisit jamais une part de France, on choisit la France ». Ses valeurs, ses principes, sa culture et son histoire constituent, aux yeux du chef de l’État, un « bloc », présenté de telle façon qu’il exclut toute réflexion sur la diversité, grande absente d’un discours où fut pourtant cité le poète Aimé Césaire.

Loin du mouvement perpétuel qu’elle devrait constituer, inlassable conquête de nouveaux droits, Emmanuel Macron a livré, sur un ton d’homme d’église, une vision sanctuarisée de la République, renouant avec l’idée d’« éternel Français » qui lui est chère. Employant à plusieurs reprises le mot « combat », qu’il résume désormais sous l’expression de « patriotisme républicain », il a également souligné que chaque citoyen avait « des devoirs et des droits, mais toujours des devoirs d’abord ».

Comme il l’avait déjà fait au mois de juin, le président de la République a de nouveau rendu hommage aux forces de l’ordre, et à « toutes celles et ceux qui luttent contre la violence, contre le racisme et l’antisémitisme », sans faire ne serait-ce qu’un sous-entendu à la discrimination systémique pratiquée par la police, récemment dénoncée par le Défenseur des droits. Il n’a bien évidemment pas eu un mot sur les violences policières – expression dont il refuse jusqu’à l’emploi.

Le chef de l’État a toutefois rapidement évoqué, d’un point de vue très général, la question des discriminations, reconnaissant que nous étions « encore loin, trop loin » du principe fondamental d’égalité. « Nous irons plus loin, plus fort dans les semaines à venir, pour que la promesse républicaine soit tenue dans le concret des vies », a-t-il de nouveau promis, sans plus de précisions. Le même discours d’émancipation était tenu pendant la campagne de 2017. Mais après trois ans d’exercice du pouvoir, il sonne faux.

Surtout, ce discours est littéralement écrasé par les questions identitaires auxquelles Emmanuel Macron s’est converti depuis un an. Le candidat d’En Marche! qui défendait la diversité s’est métamorphosé en un farouche opposant au multiculturalisme, qu’il associe au communautarisme. Pour conserver l’électorat de droite qui est devenu le sien, le président de la République en a désormais adopté toutes les antiennes.

Reprenant à son compte le concept d’« archipellisation » de la société française, l’Élysée a confirmé que le discours du Panthéon constituait « l’acte 1 d’une série d’initiatives qui seront prises de manière à rappeler que dans ce pays, il y a une République qui garantit que nous vivons dans une société des droits de l’homme ». « À l’heure où c’est contesté par des forces qu’on peut qualifier très souvent d’obscurantistes, c’est un impératif qui s’imposait au président et à tous les Français », estime son entourage.

Publié le 06/09/2020

Les Israéliens veulent expulser Salah Hamouri

 

Pierre Barbancey (site humanite.fr)

 

Le ministre israélien de l’Intérieur veut annuler le titre de résident permanent de l’avocat franco-palestinien. Il est pourtant né Jérusalem où il a toujours vécu. Une mesure politique qui, si elle était appliquée, le contraindrait à quitter sa terre natale. Il est décidé, avec ses soutiens, à ne pas se laisser faire.

Les autorités israéliennes, une fois de plus, harcèlent Salah Hamouri. L’avocat franco-palestinien a été convoqué le 3 septembre au centre d’interrogatoire de Moskobiyeh, à Jérusalem. Là, une lettre signée du ministre de l’Intérieur, Aryé Deri, lui a été remise. Le ministre de Netanyahou y fait part de sa décision de retirer purement et simplement la carte de résidence permanente de Salah Hamouri, seul papier officiel lui permettant de vivre, chez lui, à Jérusalem.

Il invoque pour cela, ce que les Israéliens appellent la Loi sur l’Entrée (Law of Entry). Celle-ci, édictée en 1952 visait les personnes de nationalités étrangères désireuses d’obtenir un permis de résidence en Israël. Après l’occupation de Jérusalem-est en 1967 et l’annexion de ce territoire, les autorités israéliennes ont décidé d’appliquer cette loi aux Palestiniens vivant dans la partie orientale de la ville, en leur « offrant » le même statut que des étrangers, à savoir acquérir le statut de résident permanent ! Un statut qui, de plus, n’est pas automatiquement transmissible à ses enfants ou au conjoint non-résident et peut être annulé à la discrétion du Ministère de l’Intérieur. Cerise sur le gâteau, les Palestiniens ayant le statut de résidents permanents peuvent demander la nationalité israélienne. Ce que pratiquement aucun ne fait. D’abord parce que ce serait reconnaître l’occupation et partager l’idée que Jérusalem-est appartiendrait à Israël. Ensuite, acquérir cette nationalité oblige à faire serment d’allégeance à Israël, la puissance occupante. Depuis 1995, de nombreuses révocations du statut de résident ont eu lieu sous plusieurs prétextes, notamment en arguant que la résidence principale était faussement Jérusalem ou qu’ils étaient absents depuis trop longtemps. La construction du mur a également placé de nombreuses familles en dehors des nouvelles délimitations de Jérusalem qui se sont retrouvées arbitrairement en Cisjordanie. D’autres annulations ont eu lieu pour non-respect de «l’obligation minimale de loyauté envers l’État d’Israël ».

Le ministre israélien estime que Salah Hamouri utilise sa position de résident d’Israël pour agir contre cet État. Il évoque sa condamnation à sept ans de prison mais s’appuie aussi sur la détention administrative d’un an (en 2018-2019) alors qu’aucun procès n’a eu lieu et que les dossiers étant secrets, nul ne sait officiellement pourquoi celui qui est maintenant un avocat des droits de l’homme a été enfermé. On pourra également remarquer que ce ministre, Aryé Deri, né en 1959 à Marrakech, au Maroc donc, dénie à Salah Hamouri, né en 1985 à Jérusalem, en Palestine donc, de vivre sur la terre où il a vu le jour !

Autant dire que si cette mesure est appliquée, que le statut permanent de résident est annulé, Salah Hamouri sera obligé de quitter la Palestine. En effet, selon les accords d’Oslo, les Palestiniens de Jérusalem ne dépendent pas de l’Autorité palestinienne mais d’Israël. En clair, ils ne sont pas reconnus comme Palestiniens. Toute installation ailleurs qu’à Jérusalem où de quiconque n’est pas israélien, y compris à Ramallah, nécessite donc l’obtention d’un visa de la part d’Israël. Qui peut donc refuser. C’est déjà le cas pour l’épouse de Salah Hamouri qui ne peut plus se rendre ni en Israël ni dans les territoires palestiniens en vertu d’une décision discriminatoire.

Comme le fait remarquer l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW) dans un article publié sur son site en 2017 : « Les révocations du statut de résident forcent souvent les habitants palestiniens de Jérusalem-Est – qui sont pourtant en théorie protégés par les obligations incombant à toute puissance occupante dans le cadre de la Quatrième Convention de Genève – à quitter le territoire dans lequel ils habitent. Cela constitue des transferts forcés quand elles provoquent un déplacement vers d’autres parties des Territoires Palestiniens Occupés et des déportations quand le déplacement se produit vers l’extérieur du pays. La Convention autorise de telles mesures uniquement à titre temporaire en cas d’« impérieuses raisons militaires » (art. 49). »

Israël, qui avait de nouveau arrêté Salah Hamouri le 30 juin alors qu’il se trouvait dans un centre médical pour y effectuer un test de Coronavirus, avait été contrainte de le relâcher sous la pression internationale, témoignant d’un dossier vide de preuves. La solution trouvée est maintenant d’empêcher Salah Hamouri de rester. Sans sa carte de résident permanent, il n’a plus comme pièce d’identité que son passeport français. Et voilà une nouvelle fois la « Loi sur l’Entrée » qui s’appliquerait à un homme qui est né là et y a toujours vécu ! Il a trente jours pour contrer cette mesure politique.

 

salah hamouri

Publié le 05/09/2020

La gauche, combien de candidats ?

Si l’on a bien entendu Fabien Roussel, il y aura une candidature communiste en 2022. Cela fait déjà trois, avec Jadot (ou Piolle) et Mélenchon, qui devrait officialiser la sienne en octobre. Sans compter les chevaux de retour du PS. La machine à perdre est-elle déjà en marche ?

 

(site politis.fr)

 

Eugène Labiche est un auteur injustement oublié. Il a pourtant écrit une œuvre immortelle : Embrassons-nous, Folleville ! Il faut savoir gré à la gauche d’avoir rejoué cette opérette sur plusieurs scènes en cette fin d’été. Comme chez Labiche, on a soudain embrassé passionnément ce que l’on fustigeait la veille. La palme revient peut-être à Yannick Jadot, en visite à l’université d’été du PS à Blois. Lui qui ne voulait, pour rien au monde, être classé à gauche il y a encore quelques semaines, le voilà aujourd’hui « de gauche », et depuis toujours… Comme en amour, la séduction fait partie du jeu politique, mais point trop n’en faut. Le but de l’opération est transparent : il s’agissait de soutenir le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, partisan de listes communes aux régionales, et prêt, dit-il, à se placer derrière une candidature écolo à la présidentielle. Jadot prêchait donc un convaincu. Mais il ne s’adressait pas seulement à ce PS new-look, il visait aussi la base des Verts, solidement ancrée à gauche, et tentée par la précandidature de son rival, le maire de Grenoble, Éric Piolle. Nous serons évidemment les derniers à nous plaindre de cette évolution. Nous avons toujours défendu l’idée, à Politis, que l’écologie ne pouvait qu’être de gauche, et même anticapitaliste.

Côté PS, l’idée d’un dépassement du vieux parti, qui intégrerait l’écologie, tout en retrouvant le social, est heureuse. Mais elle est aussi diablement risquée. Sa concrétisation n’est possible qu’à deux conditions : l’accord des Verts, non pas comme le résultat d’une « tambouille » – pour parler le « Mélenchon » –, mais d’un engagement de tous les jours dans la lutte des classes. Les Verts sont pour la plupart acquis à cette idée. Mais il n’est pas toujours facile de la mettre en œuvre devant les nombreux dilemmes que pose la transition écologique dans une société organisée pour aller à rebours. En vérité, toute la gauche et les écologistes en premier lieu ont à résoudre la difficile équation posée par les gilets jaunes. Pas de transition écologique possible sans un autre partage des richesses (formule généreuse mais vague), et, surtout, des solutions immédiates pour ne pas rendre plus pénible un quotidien déjà rude. Car « l’écologie se suicide quand elle va contre le social », résume fort justement l’astrophysicien Aurélien Barrau. L’autre condition, c’est, pour les partisans d’Olivier Faure, de réussir à repousser la contre-offensive des chevaux de retour, François Hollande en tête, omniprésents ces jours-ci dans les médias. Sans parler de l’opération tout en dissimulation de Laurent Joffrin pour ramener l’ancien président au premier plan. L’argument de Hollande pour justifier aujourd’hui son opposition à Olivier Faure, et apparaître demain comme un recours, ne manque pas de culot. « Le PS, dit-il, a le devoir de jouer ce nouveau rôle de grande force centrale. » On voit l’aplomb du bonhomme. Car, central au sein de la gauche, le PS l’était au début de son mandat présidentiel. Et il ne l’était plus après cinq ans d’une politique de régression sociale conduite par lui sous l’étiquette socialiste. Il l’était encore moins quand François Hollande a fini par abandonner le pouvoir à Emmanuel Macron. Les militants socialistes sauront-ils s’en souvenir ?

Ce sont en vérité deux partis socialistes qui se font face. Celui d’Olivier Faure n’a certes rien prouvé. Il faut tout juste croire à la sincérité de son chef de file quand il affirme pour lui-même et ses amis : « Le productivisme, c’est fini ! »

Si l’on a bien entendu Fabien Roussel, aux journées d’été du PC à Dunkerque, il y aura également une candidature communiste en 2022. Cela fait déjà trois, avec Jadot (ou Piolle) et Mélenchon, qui devrait officialiser la sienne en octobre. La machine à perdre est-elle déjà en marche ? Sans doute, poser la question ainsi paraîtra pusillanime. Les convergences sur le fond sont si difficiles à trouver. Mais c’est une obligation pour ne pas tomber dans le piège éternel de cette Ve République. Mélenchon avait raison de rappeler, dimanche sur Inter/LCI, qu’il y a souvent eu plusieurs candidatures de gauche au premier tour, ce qui n’a pas empêché l’un d’entre eux de se qualifier, et même de l’emporter, comme Mitterrand en 1981 et 1988. Mais la bipolarité gauche-droite structurait alors solidement notre vie politique. Le séisme de 2002 est passé par là, installant l’extrême droite en haut de l’affiche. Aujourd’hui, le risque est énorme de voir se rejouer le match mortifère de 2017, Macron-Le Pen. On peut imaginer évidemment que la droite sera encore plus bête que la gauche et viendra poignarder Macron qui fait pourtant si bien le job, mais il est imprudent de compter sur cette hypothèse qui dépend plus de Xavier Bertrand ou François Baroin que de Jadot ou Mélenchon. D’autant plus qu’une petite musique commence à se faire entendre à droite : pourquoi ne pas rallier Macron ? Christian Estrosi, qui tient ce discours, a la logique pour lui. L’actuel Président ferait un beau champion pour la droite.

 

par Denis Sieffert

Publié le 04/09/2020

Covid-19 : la préfecture de l’Hérault met une centaine de migrants à la rue

 

Stéphane Ortega (site rapportsdeforce.fr)

 

Lundi 31 août, la police a expulsé un squat occupé par de nombreux demandeurs d’asile dans le quartier Euromédecine. Une cinquante de migrants ont occupé la place de la Préfecture toute la nuit avant d’être délogés mardi matin. Le responsable de l’association Solidarité partagée et un migrant ont été interpellés et placés en garde à vue. Un nouveau rassemblement au même endroit, sans les migrants cette fois, a réuni une poignée de militants mardi soir.

Le sens du timing pour Jacques Witkowski, le préfet de l’Hérault. Alors que le département est classé rouge sur la nouvelle carte de circulation du coronavirus, c’est le moment que le représentant de l’État a choisi pour faire intervenir la force publique, afin de procéder à l’expulsion de l’occupation par des migrants des locaux de l’ancien centre de vaccination Buisson Bertrand de Montpellier. Les occupants, soutenus par l’association Solidarité partagée, s’étaient vus notifier le 28 août 2019 l’obligation par le tribunal de quitter les lieux. Soit un an auparavant.

Selon un communiqué de la préfecture, lundi 31 août à 11 h, 90 personnes étaient présentes au moment de l’expulsion par la police du squat qui a accueilli 200 à 250 personnes sur l’année écoulée. Dix d’entre elles, en situation irrégulière selon le préfet de l’Hérault, ont été arrêtées et remises à la police de l’air et des frontières. Certaines auraient été libérées depuis, selon une proche de l’association Solidarité partagée. Deux familles se sont vues proposer une solution d’hébergement, selon le communiqué préfectoral. Pour les autres : rien.

Aucune solution d’hébergement

Dénonçant l’absence de solutions d’hébergement, l’association qui gérait jusque là le squat appelait à un rassemblement le soir même de l’expulsion. Pendant ce temps, une entrevue entre les services de la préfecture et Samuel Forest, le président de Solidarité partagée, accompagné de la députée Muriel Ressiguier, n’a pas permis de dégager la moindre solution d’hébergement. Le directeur de cabinet du préfet n’ayant eu, selon les dires de la délégation, qu’un appel au 115 comme proposition. Un service déjà débordé par les urgences. Du coup, faute de propositions de relogement, le rassemblement s’est rapidement transformé en une occupation de la place de la préfecture.

« L’État a le devoir de les héberger », assure Christelle qui donne bénévolement des cours de français dans le squat depuis six mois. Une obligation que confirme Christophe Perrin, délégué national de la Cimade pour le Languedoc-Roussillon. La plupart d’entre eux, originaires du Nigeria, de Gambie ou de Guinée Conakry, ont une procédure de demande d’asile en cours. Mais pas d’hébergement. L’ensemble des dispositifs d’accueil des réfugiés sont saturés et la préfecture n’a pas recherché jusqu’ici de plan B.

La cinquantaine de migrants qui ont passé la nuit devant la préfecture ont été délogés le lendemain matin par des policiers venus en nombre. C’est à ce moment-là que Samuel Forest et un des occupants du squat ont été arrêtés. Conduits au commissariat, ils ont été placés en garde à vue. Sans solutions, une trentaine de migrants ont installé leurs sacs de couchage et le reste de leurs affaires Place Krazucki, à deux pas des locaux montpelliérains de la Structure du premier accueil des demandeurs d’asile (SPADA). Objectif : solliciter à nouveau un hébergement d’urgence ou provisoire. Parallèlement, en plus d’un nouvel appel à se rassembler devant la préfecture mardi 1er septembre à 18 h, la Ligue des droits de l’homme et le collectif Migrants Bienvenue 34 ont réclamé à la municipalité nouvellement élue un hébergement provisoire dans un gymnase. Sans réponse en fin de journée, ce mardi.

Situation sanitaire aggravée

« Une partie des personnes qui étaient logées au squat sont maintenant dans la nature », explique Christelle. Sur les 90 personnes répertoriées par la préfecture, plutôt autour de 150 selon La Cimade, une cinquantaine seulement restent mobilisées ensemble pour obtenir un hébergement. Pour les autres : la débrouille individuelle, l’éparpillement et des options provisoires et précaires. Le tout en plein rebond de la crise sanitaire dans le département. « Au mois de juillet, les associations ont alerté la préfecture qu’il y avait un cluster dans le squat », assure Christophe Perrin de La Cimade. En vain ! Finalement, « c’est le secours catholique qui sur ses deniers a installé des douches dans les locaux occupés d’Euromédecine », explique le militant.

Aujourd’hui, pour justifier l’expulsion, en plus du respect de la propriété du lieu occupé, la préfecture évoque de vagues raisons sanitaires. « Ces occupations illicites placent les personnes qui s’y sont installées dans des conditions sanitaires et sociales indignes », avance le communiqué des autorités, sans s’embarrasser de scrupules. En tout cas, ce soir, plusieurs dizaines de migrants dormiront dans la rue. Dans des conditions sanitaires plus indignes que celles qu’ils vivaient dans le squat.

Publié le 03/09/2020

Faible condamnation pour le major croche-patte, «idiot utile» des violences policières

 

Par Emmanuel Riondé (site mediapart.fr)

 

Le policier auteur d’un croche-pied sur une manifestante en janvier à Toulouse a écopé lundi de quelques milliers d’euros d’amende après une enquête de l’IGPN. Une peine légère pour ce geste, filmé, qui avait permis au pouvoir de s’indigner à peu de frais, sans aller sur le fond des violences policières.

·  Toulouse (Haute-Garonne) –. Une condamnation pénale de 1 500 euros avec sursis, sans inscription au casier judiciaire, à laquelle s’ajoutent 800 euros pour préjudice moral et 800 euros pour frais de justice à verser à la partie civile. Lundi 31 août vers 15 heures, le major de police A.M., 46 ans, cravate rouge sur chemise blanche, pantalon trop court et chaussures bicolores, est sorti plutôt satisfait de la salle d’audience n° 1 du tribunal de grande instance de Toulouse.

Il y comparaissait dans le cadre d’une procédure en reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), un « plaider-coupable », à la suite de faits de « violence volontaire par personne dépositaire de l’autorité publique sans ITT ».

Des faits commis jeudi 9 janvier 2020, dans une petite rue du centre de Toulouse, au terme d’une journée de mobilisation contre la loi retraite. En début de soirée, alors que des manifestantes et des manifestants sont repoussés des alentours de la mairie du Capitole où le maire tient sa cérémonie de vœux, A.M. aperçoit une femme qui avance les mains levées, entourée de policiers progressant en colonne. Au moment où elle passe à sa hauteur et alors même qu’elle vient d’être poussée dans le dos par l’un de ses hommes, il tend son pied droit derrière lui : la manifestante chute lourdement au sol, se relève et s’en va. A.M., major de police affecté à la Compagnie de sécurisation et d’intervention (CSI) de Toulouse depuis mars 2009 après avoir passé quatre ans à la BAC de nuit de Paris, fait quelques pas avant de se retourner brièvement, comme si de rien n’était. Longue d’une dizaine de secondes, la séquence est entièrement filmée par Djemadine, un youtubeur toulousain et, en quelques heures, devient virale sur les réseaux sociaux.

Dimanche 12 janvier, Laurent Delahousse la diffuse à Édouard Philippe, son invité lors du JT de 20 heures sur France 2. Commentaire du premier ministre : « C’est une image évidemment violente et évidemment inacceptable. » Le lundi 13 janvier, Christophe Castaner, alors qu’il présente ses vœux à la police nationale estime que « c’est l’honneur de la police qui est en jeu, on ne fait pas de croche-pied à l’éthique, sauf à s’abaisser, à abaisser la police ». Enfin, le lendemain, Emmanuel Macron évoque des « comportements qui ne sont pas acceptables ».

Survenu quatre jours après la mort de Cédric Chouviat et alors que le pays est plongé dans un débat sur les violences policières où l’on parle de personnes éborgnées et mutilées en manifestations et de jeunes des quartiers populaires violentés ou tués lors d’intervention de la police, le trio de l’exécutif – qui réfute le terme de violences policières – est soudain unanime, à peu de frais : ce croche-pied est insupportable.

Le 15 janvier, le parquet de Toulouse charge l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) de Bordeaux d’ouvrir une enquête. Trois semaines plus tard, le 7 février, elle est clôturée et transmise au procureur du TGI de Toulouse. Le dossier pénal de 38 pages que Mediapart a pu consulter, contient notamment un PV de « l’exploitation » de la vidéo de Djemadine (d’une durée de 5 h 19), le rapport d’information rédigé par A.M. pour sa hiérarchie dès le 13 janvier, les PV de ses auditions des 15 et 21 janvier et celui de l’audition du policier qui a poussé la manifestante.

Dans son rapport et ses auditions, A.M. reconnaît un geste « stupide, irraisonné, déplacé » et « peu glorieux ». Avant de déployer un large éventail de circonstances atténuantes : la « virulence » du groupe de manifestants auquel appartient sa victime ; les insultes entendues toute la journée (« assassin », « fascho » (sic), « pute à macron ») ; son « épuisement physique et psychologique » ; et l’effet de loupe d’une « vidéo de 8 secondes bien loin de montrer tout ce qui se passe avant et après ». Le tout appuyé par les observations élogieuses de quatre supérieurs hiérarchiques vantant un « excellent gradé, calme et pondéré », un « fonctionnaire très volontaire », « courageux, disponible et très sérieux »… N’en jetez plus.

Lors de l’audience ce lundi, Julien Brel, l’un des deux avocats de Léa*, la manifestante victime du croche-pied a préféré, lui, s’interroger sur le caractère « idiot utile » du major : « S’il doit aujourd’hui répondre de ses actes, c’est parce qu’il y a eu une vidéo. Il est un peu livré en pâture, on utilise son geste pour ne pas interroger en profondeur les modalités du maintien de l’ordre en France. »

Benjamin Francos, l’autre avocat, a rappelé au président que sa cliente n’avait pas eu le loisir d’être entendue dans le cadre de l’enquête. En peu de mots, la jeune femme a fait part de son incompréhension face à cet acte et de sa peur rétroactive lorsqu’elle a vu qu’elle s’était effondrée à quelques centimètres d’un poteau. « Une incompréhension de mauvaise foi », ont répondu A.M. et son avocate qui a tenté, sans succès, de faire endosser les frais de justice de son client par un agent de l’État.

« Je n’ai pas été blessée mais j’ai vécu l’ensemble comme quelque chose de très violent, nous a confié Léa à l’issue du verdict. Sur le moment, déjà, j’ai fait quelques pas après m’être relevée et quand les flics m’ont lâchée, je me suis effondrée en larmes. Et puis ensuite, il y a eu cette récupération médiatique et politique. J’ai beaucoup hésité, je ne me sentais pas légitime pour aller me plaindre du haut de mon croche-patte, alors que des violences policières aux conséquences bien plus graves se passaient dans le pays depuis un an. Mais il y a quand même dans cet acte un sentiment d’impunité qui me révolte et c’est pour ça que je suis là aujourd’hui. Mais je ne suis pas dupe. Si ça n’avait pas été filmé et aussi, sûrement, si je n’étais pas une jeune femme blanche avançant les mains levées, il ne se serait rien passé. C’est cela qui me frustre : à aucun moment, la violence systémique de la police n’est remise en question. Et en s’indignant de cette histoire, l’État s’épargne le soin de la regarder en face. »

« C’est un policier condamné, ça n’arrive pas si souvent, soulignent ses avocats, mais à part ça, quelle majoration liée à son statut ? C’est quand même un gradé, il a fait ça devant ses troupes. Quel message leur envoie-t-il en faisant ce geste ? » Réponse du tribunal, après vidéo incontestable, enquête de l’IGPN et émoi élyséen : ça ne coûte que 1 600 euros au civil.

Publié le 02/09/2020

« Le Temps des humbles » : une BD pour célébrer la mémoire de l’Unité populaire au Chili

 

Lucie Servin (site humanite.fr)

 

Il y a cinquante ans, le 4 septembre 1970, Salvador Allende remportait l’élection présidentielle chilienne. Par la voix de Soledad, une réfugiée politique, Désirée et Alain Frappier éclaire dans un roman graphique en clair-obscur les mille jours de son mandat, « les espoirs enfouis sous dix-sept années de dictature ».

«Cette période entre l’élection d’Allende et le coup d’État témoigne de la puissance du mouvement populaire au même titre que les autres révolutions », souligne Alain Frappier. Il signe avec sa femme, Désirée, le deuxième volume d’une fresque consacrée à l’histoire du Chili, le Temps des humbles, qui revient sur les trois années du gouvernement d’Allende et son expérience révolutionnaire et légaliste unique.

L’histoire contemporaine conjuguée à l’intime, au social et au politique

« Ce titre reprend l’expression d’un témoin que nous avons rencontré. Il donne à comprendre ce qu’était l’Unité populaire, son programme, ses ambitions et ce qu’a représenté la victoire d’Allende pour les plus modestes : les “sin casa”, qui militent pour des logements dans les bidonvilles, comme les Mapuches, qui revendiquaient leur terre », confie Désirée. Depuis maintenant dix ans, le couple a trouvé dans le roman graphique le moyen d’incarner l’histoire contemporaine en conjuguant l’intime, le social et le politique. À partir de leur vécu, ils font revivre la douche froide des années 1980 dans la Vie sans mode d’emploi ou encore la bataille pour le droit à l’avortement avec . Rien ne les liait pourtant au Chili, « un pays dont ils aimaient la musique, mais dont ils ne connaissent même pas la langue ».

La justesse d’un réalisme sobre et digne

L’enquête commence un soir de Nouvel An, il y a huit ans, quand ils rencontrent Pedro Atías. Réfugié et installé en France depuis quarante ans, Pedro est le fils de l’écrivain socialiste Guillermo Atías. Le récit de son enfance inspire un premier volume, Là où se termine la terre, paru en 2017, sur la vingtaine d’années qui précèdent l’élection de Salvador Allende. Mais après le 4 septembre 1970, le fil se rompt. Pedro ne racontera pas la suite. La terreur qui s’abat sur le Chili avec la dictature, les assassinats, la torture et l’exil des militants, a créé dans la mémoire une entaille trop douloureuse, comme si « l’inouïe férocité de ce dénouement avait rendu incompatible la résurgence du souvenir », écrit Désirée, avec ses mots choisis et prêtés en porte-voix magnifique qui trouve dans l’épure en noir et nuances de gris d’Alain une résonance bouleversante : une évocation à la fois pudique et émouvante, la justesse d’un réalisme sobre et digne.

Des « passeurs d’histoire »

« L’imagination seule est trop pauvre pour appréhender toute la complexité du réel », explique Désirée. Avec modestie, les Frappier se présentent comme des « passeurs d’histoire », tout en travaillant à la manière de vrais chercheurs. L’histoire ne s’invente pas. Ils compilent les archives, les essais, collectent les témoignages. Pour construire ses planches, Alain réunit toutes sortes d’images. De la photographie au cinéma, il rend aussi hommage au bouillonnement artistique de l’UP et à son projet d’un accès à la culture pour tous. Outil indispensable pour se repérer dans ces trois années foisonnantes, en amont, le dessinateur s’appuie sur une frise où il épingle mois par mois tous les événements assortis de quelques repères bibliographiques, en traçant l’axe politique qui sépare la gauche de la droite jusqu’au coup d’État annoncé. « La vue rétrospective montre l’engrenage implacable qui a conduit à la dictature. La démonstration de l’ampleur du complot et le soutien des États-Unis, attesté par la déclassification des archives de la CIA, ont rendu dérisoires les discussions sur les querelles intestines de la coalition des gauches. Nous, dans ce livre, nous voulions surtout faire revivre l’UP au présent, en révéler les espoir s et les réussites du côté de ceux qui l’ont vécue comme une histoire d’amour », affirment-ils.

« La plus grande force du fascisme ou de n’importe quel pouvoir autoritaire et dominateur consiste à rejeter la culpabilité sur les victimes. Ceux qui ont survécu à la répression ont intériorisé la culpabilité de leur échec. » Désirée Frappier

Le couple s’envole à nouveau pour le Chili en 2018. À Santiago, le bâtiment emblématique de l’UNCTAD, redevenu centre culturel, s’élève comme un spectre alors que la contestation populaire s’amplifie. Les étudiants se mobilisent à nouveau dans l’ancien Instituto Pedagogico, « El Peda », rebaptisé l’UMCE, où se réfléchissaient hier les réformes de l’UP. Mais très vite, les auteurs font un premier constat : « Dès que nous questionnions sur l’Unité populaire, on nous répondait sur le coup d’État. » L’histoire de l’UP serait-elle devenue taboue ? « La plus grande force du fascisme ou de n’importe quel pouvoir autoritaire et dominateur consiste à rejeter la culpabilité sur les victimes. Ceux qui ont survécu à la répression ont intériorisé la culpabilité de leur échec. Mais aucun Chilien que nous avons rencontré n’a jamais remis en cause notre légitimité. Au contraire, ils apprécient que des étrangers s’emparent de cette histoire au-delà du traumatisme », répond Désirée. Au musée de la Mémoire et des Droits de l’homme de Santiago où sont réunis de nombreux renseignements sur les victimes et les actes de torture et de barbarie commis par la dictature, rien n’évoque la période qui a précédé, ramenant ainsi tacitement l’idée d’une violence inévitable : une manière de manipuler l’oubli et d’alimenter la peur.

Soledad, la mémoire à vif

C’est finalement de retour en France que le couple rentrera en contact avec Soledad, un nom comme un chagrin vivant, qui s’est réfugiée en Belgique en 1977 avec ses deux orphelins. À la veille de la victoire d’Allende, Soledad a 15 ans quand elle s’installe sur un de ces campements, nés de l’occupation d’un terrain pour exiger le droit au logement, où elle s’initie à la politique et tombe amoureuse d’un des dirigeants, un militant de la Gauche révolutionnaire (MIR), Ricardo, alias Alejandro. Pour elle, l’UP ouvrait tous les horizons. Grâce à leur combat, les 630 familles obtiendront leurs maisons. Mais Ricardo est arrêté et massacré au lendemain du coup d’État. « Quand quelqu’un vous confie son histoire, c’est un gage de confiance mais aussi une responsabilité. Travailler avec Soledad était idéal, car elle a une mémoire très vive des événements, dans la mesure où elle se bat en justice depuis des années pour poursuivre les tortionnaires et assassins de son mari », explique Désirée.

 

Le récit des luttes doit continuer

Avec Alain, elle retisse le témoignage dans ses perspectives historiques pour faire briller l’éclat bouleversant de cette tragique histoire d’amour à la lumière de ces mille jours d’espoirs et d’avancées. L’Unité populaire, occultée longtemps par son anéantissement, ressuscite à la lueur des rêves guillotinés. Bientôt pourtant il faudra aborder le coup d’État, poursuivre cette fresque sur le sort des humbles à l’ombre de la préméditation glaçante du 11 septembre 1973. « Après la mort d’Allende et dans la continuité de la dictature, le Chili est devenu un laboratoire de l’ultralibéralisme et reflète le modèle vers lequel nous allons : la précarisation et la perte de toutes garanties sociales essentielles pour la population en termes d’accès aux produits de première nécessité, de santé, d’éducation, de logement, de transports, de loisirs… Cette mémoire chilienne, c’est aussi la nôtre. Raconter l’histoire de ces luttes, c’est le seul moyen de les garder en vie », conclut Désirée.

Le Temps des humbles, Chili 1970-1973, de Désirée et Alain Frappier. Steinkis, 360 pages, 25 euros.

Publié le 01/09/2020

 

La COVID19 ne peut pas être le prétexte à un étouffement des manifestations prévues à la rentrée !

 

Les organisations sous signées constatent que le discours du gouvernement relayé par les préfets et certains médias, unilatéralement catastrophistes et alarmistes, prenant prétexte d'une recrudescence des contaminations, s’accompagnent de menaces de plus en plus nettes contre les libertés démocratiques.

 

En effet, le préfet de l’Hérault a interdit plusieurs manifestations festives et annonce de nouvelles mesures. Celles-ci sont prises sur le fondement du décret du 10 juillet 2020 « prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 ». Celui-ci édicte :

 

« Les organisateurs des rassemblements, réunions ou activités mentionnés au I mettant en présence de manière simultanée plus de dix personnes adressent au préfet… une déclaration contenant les mentions prévues… en y précisant, en outre, les mesures qu'ils mettent en œuvre afin de garantir le respect des dispositions de l'article 1er du présent décret. » C’est une première menace sur la possibilité de se rassembler, sans parler des manifestations de plus de 5000 personnes, qui sont toutes interdites a priori.

 

Nous apprenons maintenant que d'autres mesures restrictives vont venir.

 

Nous ne sommes pas des organisations scientifiques. Cependant, nous savons que le gouvernement fait face à un mécontentement populaire, et que deux manifestations sont annoncées, l’une par les Gilets Jaunes et citoyens le 12 septembre, l’autre par des organisations le 17 du même mois.

 

Le gouvernement et les préfets ne seront-ils pas tentés de les interdire, au nom de la lutte contre la Covid19au nom de la lutte contre la Covid19 ?

 

Par ailleurs, l'obligation du port du masque en ville n'est envisagée que sous l'angle répressif et risque fort d'être l'occasion de nouveaux abus de la part de la police, comme ce fut le cas récemment envers un employé de supermarché à Breil sur Roya dans les Alpes Maritimes.

 

Nous estimons que les indispensables précautions sanitaires à prendre ne doivent en aucun cas être un prétexte à remettre en cause les libertés collectives, en particulier celle de manifester. Elles ont été largement réduites dans les mois qui ont précédé, qu’il y ait eu épidémie ou non.

 

Nous en appelons à la plus grande vigilance, et nous nous opposerons à tout abus de pouvoir et à toute tentative d'interdire les rassemblements porteurs de revendications sociales, ouvrières ou démocratiques.

 

 

Premiers signataires : PCF34, PG34, NPA34, POI34, Fédération Unie 34 de la Libre Pensée, Campagne BDS France Montpellier, Convergence34, Gilets Jaunes du Rond-Point des Près d’Arènes, Gilets Jaunes Bittérois…

Publié le 31/08/2020

Le combat social, priorité de la rentrée pour le PCF

JuliaJulia Hamlaoui (site humanite.fr)

 

Fabien Roussel a appelé, samedi, à l’action contre les « plans de licenciement » et martelé, devant Jean-Luc Mélenchon, qu’il faudra compter avec les communistes aux prochaines élections.

Pour sa « journée d’été » à Dunkerque, ce week-end, le PCF n’a pas affiché les mêmes priorités que les autres forces de gauche. « Les élections, c’est dans sept mois, pour les régionales et départementales, vingt mois pour la présidentielle et les législatives. Mais les licenciements, c’est aujourd’hui, c’est donc maintenant qu’on doit se battre. C’est le cœur de notre université d’été », indique d’emblée son secrétaire national, Fabien Roussel, quelques minutes avant son discours dans le grand amphi du Kursaal de Malo-les-Bains.

Le député dénonce la « cascade de plans de licenciement financés par de l’argent public » et martèle que, contrairement aux messages anxiogènes du gouvernement, « il n’y a pas de fatalité au chômage et à la précarité ». « Le coronavirus est devenu le partenaire officiel du Medef. C’est honteux », fustige encore le parlementaire, qui multiplie les exemples de salariés contraints à la lutte, de Verallia à Simra en passant par Renault. Tandis que le gouvernement doit présenter son plan de relance la semaine prochaine, le PCF propose que ces « 100 milliards d’euros d’argent public soient placés sous le contrôle des citoyens, des élus, des salariés, dans chaque région ».

Pour Fabien Roussel, qui, au passage, torpille les traités européens et la tentation austéritaire déjà amorcée, il s’agit aussi de construire « l’unité dans l’action » : le PCF organisera le 10 octobre une journée de mobilisation « pour demander des comptes au gouvernement sur l’argent public distribué » avec des rassemblements devant les préfectures. « On pense qu’on peut construire l’alternative à Emmanuel Macron à partir de cet engagement pour la transformation de l’ordre productif et que cela se fera à la fois avec tous les travailleurs et toutes les forces sociales et politiques qui veulent s’y engager. Un Front populaire du XXI e siècle, c’est notre feuille de route », développe le responsable du PCF Paris Igor Zamichiei.

La priorité est aussi donnée à la jeunesse. « Nous mettons pour cette rentrée une proposition sur la table : pas un seul jeune au chômage », explique Fabien Roussel, détaillant la proposition de sa formation de « sécurisation » des parcours. C’est « un chantier immense qui doit mobiliser tout le gouvernement, les syndicats, nos services publics, nos collectivités, le Medef et les chefs d’entreprise », lance-t-il, raillant les 100 000 services civiques à 580 euros par mois proposés par l’exécutif pour 750 000 jeunes en fin d’études.

Un premier pas aussi vers la « rupture avec le capitalisme » qui, même repeint en vert, demeure une « impasse », car, en cette année de centenaire du PCF, il est bel et bien question de révolution. « Il faudra aller plus loin qu’un simple partage des richesses, comme nous sommes nombreux à le réclamer à gauche, argumente son secrétaire national. Notre projet de société est fondé sur un changement profond de nos modes production. Les richesses doivent être créées sans exploiter les hommes et les femmes et sans épuiser la planète. »

Dans la salle, un invité plutôt inattendu opine du chef. Jean-Luc Mélenchon en déplacement dans le Nord a tenu à faire le détour par la plage de Dunkerque. L’insoumis « s’enthousiasme » pour le discours de Fabien Roussel et fait mine de ne pas voir en quoi sa présence étonne. « Ici, je suis un peu chez moi. La famille est tumultueuse comme dans toutes les familles, mais bon, j’ai été deux fois leur candidat », explique le député de Marseille. Exit « la mort et le néant », l’heure est à une autre musique du côté de la FI : Jean-Luc Mélenchon, après avoir chanté main (hydroalcoolisée) dans la main l’Internationale avec les communistes, estime ainsi que « la distance est moins grande à cette étape-ci » du fait des « circonstances », avec « un véritable tsunami social » et un « changement climatique irréversible ».

La présidentielle de 2022 guette cependant : « Ne racontons pas d’histoire, les socialistes ont l’intention de soutenir un candidat EELV, (…) il y a un pôle de centre gauche qui se constitue là. Donc moi, j’estime – c’est ma vision stratégique – qu’il peut y avoir un pôle de la radicalité concrète et des causes communes » constitué d’insoumis et de communistes, détaille-t-il avant l’intervention de Fabien Roussel. Un changement de pied visant à rassembler des forces politiques que ne reconnaissent qu’à demi-mot les responsables de la FI. « S’il y a un léger changement, ce n’est pas par rapport à 2017 mais sur la manière dont on voit les départementales et les régionales. On a voulu aux municipales faire avant tout des listes citoyennes, on avait raison, sauf qu’il faut aussi constater qu’il y a eu un décalage », admet le député Éric Coquerel. La France insoumise a d’ailleurs adressé samedi un courrier à toute la gauche, en dehors du PS, en vue d’une « possible coalition ».

Si, pour le PCF, la présidentielle n’est vraiment pas la question du moment, Fabien Roussel en a profité pour envoyer un message à ses éventuels partenaires : « Si chaque force politique justifie sa candidature, les uns pensant que l’écologie est le centre de tout, d’autres pensant qu’ils sont légitimes par rapport à leur dernier résultat à l’élection présidentielle. Si d’autres pensent qu’il faut un candidat unique à tout prix, qu’importe le programme. Et si tous ceux-là pensent que le Parti communiste français ne présentera pas de candidat, je dis à tout le monde : “Vous vous trompez.” » Parmi les militants, certains, et notamment ceux qui ont soutenu l’élu du Nord lors du dernier congrès, n’ont pas d’hésitation : « Je me bats pour un candidat communiste », explique Hervé Poly, du Pas-de-Calais. Jean-Luc Mélenchon, lui, comprend que la question est tranchée. « C’est un paramètre qu’on va étudier », réagit-il, jugeant qu’ « il n’y a pas à dramatiser » et que plusieurs candidatures n’ont pas empêché la victoire de 1981. « Je n’ai pas dit qu’il y aurait un candidat, j’ai dit qu’ils se trompent s’ils pensaient qu’il n’y en aurait pas », précise cependant Fabien Roussel en marge des ateliers, arguant qu’il s’agit avant tout d’ouvrir les débats en « sort(ant) des idées préconçues ». Quant aux régionales et départementales, « ce ne sont pas des élections intermédiaires », martèle le secrétaire national du PCF, qui veut rassembler sur le fond avant de discuter de nom tout en espérant « faire élire un maximum d’élus communistes ».

L’interlude électoral est de courte durée, car l’autre temps fort de la journée ne tarde pas à démarrer avec l’arrivée de Philippe Martinez, invité à échanger avec le député du Nord sur le « mode de production du XXI e siècle » . « Nous ne proposons pas un plan de relance mais un plan de rupture avec les logiques financières », attaque le secrétaire général de la CGT, avec comme objectif « la réponse aux besoins sociaux et de la planète ». Plusieurs autres revendications font écho aux propositions présentées plus tôt dans la journée : l’augmentation des salaires alors que le Ségur de la santé est « loin de faire le compte » et que les salariés de la 2 ligne « sont toujours payés comme en février », ou encore la réduction du temps de travail. Hors de question de mélanger les genres pour autant. « Il y a besoin de passerelles entre monde associatif, syndical et politique mais on tient à notre indépendance. On est là pour contribuer au débat politique à partir de notre expérience », précise Philippe Martinez. Néanmoins, les uns et les autres devraient se retrouver dans la rue dès le 17 septembre pour la journée d’action de la CGT et de six autres syndicats que les communistes appellent à soutenir.

 

Julia Hamlaoui

Publié le 30/08/2020

Quand le gouvernement marche dans les pas de l’extrême droite

 

Florent LE DU (site humanite.fr)

 

Chacune de leur côté, Marlène Schiappa et Marion Maréchal ont fustigé, mercredi soir, la « culture de l’excuse ». Quand le gouvernement emprunte les termes de l’extrême droite, c’est cette dernière qui en tire profit. Analyse d'une stratégie dangereuse.

Une aubaine pour l’extrême droite. Depuis le remaniement du 6 juillet, le gouvernement de Jean Castex a décidé d’appuyer fort sur le sécuritaire et de jouer la carte identitaire, en attestent notamment l’hyperactivité et les débordements du ministre de l’Intérieur, ou encore la future loi sur le « séparatisme », prévue pour les prochaines semaines. Sur ces questions, la Macronie pénètre dangereusement sur le terrain du Rassemblement national, en empruntant son vocabulaire, d’abord. Exemple le plus marquant : le 24 juillet, dans le Figaro, Gérald Darmanin appelait à « stopper l’ensauvagement d’une partie de la société ». Le ministre légitime ainsi un terme clairement connoté à l’extrême droite. Celle-ci peut donc désormais le théoriser en toute impunité, comme l’a démontré Marion Maréchal, interrogée par Azur TV, mercredi : « Une fois de plus, je vais choquer les belles âmes. Cet ensauvagement de la société est le résultat de trois phénomènes : l’immigration, la culture de l’excuse et l’effondrement de la chaîne pénale », a-t-elle osé.

Les limites de ce qu’il est acceptable de dire

Mercredi, quelques minutes avant cette interview de Marion Maréchal, l’Express publiait sur son site un entretien de Marlène Schiappa dans lequel la ministre déléguée à la Citoyenneté déclarait : « Il existe maintenant une gauche identitaire qui porte une culture de l’excuse en fonction de l’identité face aux atteintes à la citoyenneté, à la délinquance, aux crimes. » C’est l’ex-premier ministre Manuel Valls qui résume le mieux le sens de cette critique, utilisée depuis plusieurs années par la droite et surtout par l’extrême droite et les réseaux les plus conservateurs. « Expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser », prétendait-il en 2016.

Le gouvernement, par son discours réactionnaire, repousse les limites de ce qu’il est acceptable de dire ou non. Ainsi, des mots comme ensauvagement, malgré leurs relents racistes, se banalisent. Tout comme les positions du RN, alors que son discours haineux envers les banlieues ou les immigrés est légitimé au plus haut sommet de l’État – « Le droit d’asile ne donne pas le droit à foutre le bordel  ! » déclarait encore Gérald Darmanin, le 16 août. « Marion Maréchal-Le Pen a elle-même conceptualisé l’idée de combat culturel, elle le dit clairement. C’est-à-dire l’idée qu’il faut d’abord influencer l’opinion publique avant de pouvoir gagner des élections, rendre des propos naguère jugés choquants aujourd’hui raisonnables », expliquait Clément Viktorovitch, professeur de rhétorique, en novembre 2019 dans l’émission Clique. La nièce de Marine Le Pen n’imaginait certainement pas que leur adversaire, Emmanuel Macron, les aiderait autant dans cette entreprise.

Les orphelins d’un parti aux abois

En faisant cela, le président de la République veut draguer les électeurs de droite, orphelins d’un parti, LR, aux abois, en allant sur ses thèmes historiques. « Or, si le ministre de l’Intérieur insiste sur le sécuritaire, le gouvernement ne présente pas de résultats satisfaisants, selon les électeurs de droite ou d’extrême-droite, concernant la délinquance, les incivilités », observe le politologue Jérôme Sainte-Marie. Une forme d’impunité lui est même systématiquement reprochée, par les médias conservateurs notamment, Valeurs actuelles en tête. À ce petit jeu, Emmanuel Macron prend un risque considérable : s’il espère remettre en selle son duel avec Marine Le Pen, focaliser le débat sur ces thèmes identitaires pourrait finir par profiter à son adversaire.

 

Florent Le Du

Publié le 29/08/2020

Pétition. Des masques pour tous, gratuits : l'appel lancé par l'Humanité

(site humanite.fr)

 

L’affaire des masques de protection devient le sparadrap rouge collant aux basques du pouvoir. Pour une famille, le budget peut atteindre plus de 200 euros par mois. Exigeons leur gratuité.

Par Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité. (site humanite.fr)

Une pétition à signer en suivant ce lien. 

ll y eut d’abord ces mensonges en série sur leur inutilité pour camoufler une pénurie qui n’a rien de naturelle. Celle-ci découle d’une part de la destruction de nos industries textiles considérées comme dépassées par les grands penseurs du libéralisme et leurs serviteurs au pouvoir depuis des décennies, et d’autre part des choix de réduction des crédits publics poussant au « zéro stock », également présenté comme le nec plus ultra de la modernité. Cette pénurie a mis en danger soignants comme patients. Elle est sans doute responsable de nombreuses contaminations et décès.

Puis, au fil des semaines, le masque est devenu utile, indispensable même, alors que les soignants continuaient d’en manquer. Et le pouvoir souhaite désormais le rendre obligatoire dans les transports publics.

Depuis quelques jours, ce qui n’existait pas tombe par paquets de millions, mais sur les étals des supermarchés, comme produit d’appel pour attirer le chaland qui devra demain reprendre les transports en commun. Le scandale est encore plus gros quand on sait que cette opération a été annoncée tambour battant il y a huit jours dans un communiqué commun de la Fédération du commerce et de la distribution et du secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, et présentée comme un haut fait d’armes. De qui se moque-t-on ? Une commission d’enquête parlementaire doit rapidement faire la clarté la plus nette sur une affaire qui a plus à voir avec le mercantilisme qu’avec la santé publique.

Les masques ne peuvent être des marchandises étalées aux caisses des supermarchés pour grossir le ticket de caisse, attirer et fidéliser les clients. Ils sont un moyen de protection civile et collective, et un outil de santé publique. À ce titre, ils devraient être assurés, en lien avec les collectivités, par les services de la Sécurité civile. Si les travailleurs contraints de reprendre leur activité venaient à contracter le virus faute d’avoir pu accéder à des masques de protection, l’État serait comptable d’une mise en danger délibérée de la vie d’autrui. Et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen nous rappelle que « la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration ». Et, l’article 11 du préambule de la Constitution confirme bien ce « droit à la protection ». En conséquence, les masques doivent être gratuits.

Certains pays européens l’ont décidé. Des collectivités locales également. Pourquoi le gouvernement de la sixième puissance mondiale ne le pourrait-il pas ? Ce pays ou l’argent des dividendes continue de couler à flots, ce pays où l’on peut en une nuit débloquer des milliards pour consolider des entreprises dont la trésorerie est loin d’être à sec. Pourquoi une famille de quatre personnes qui a déjà du mal à joindre les deux bouts doit encore alourdir ses dépenses du mois de 80 à 150 euros pour assurer sa santé et celle des autres ? On nous dit que les prix des masques seront bloqués en deçà de 1 euro, soit peu ou prou leur prix de revient. Pourtant, plusieurs témoignages indiquent que non seulement ce prix est pour l’instant fictif, mais qu’en plus on trouvait en janvier des masques à seulement 8 centimes. Une prise en main par l’État imposant la gratuité couperait court à toute tentative de spéculation.

Réclamons partout et par tous les moyens la gratuité des masques. Il en va de l’intérêt public. Et, pour une fois, appuyons-nous sur cette déclaration de Mme Agnès Buzyn le 29 janvier dernier : « Si un jour nous devions proposer à telle ou telle population ou personne à risque de porter des masques, les autorités sanitaires distribueraient ces masques aux personnes qui en auront besoin. » C’était certes pour cacher la pénurie. Mais, aux actes maintenant ! Lançons un grand mouvement pluraliste pour la gratuité des masques !

Signez ici la pétition : https://www.change.org/p/gouvernement-l-appel-du-journal-l-humanité-pour-la-gratuité-des-masques
 

Par Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité

Pour le budget masque d'une famille il faut compter 200 euros par mois, estime Alain Bazot

Tout le monde ne pourra pas s’offrir le masque arboré, mardi, par Emmanuel Macron dans une école des Yvelines. Fabriqué par la bonneterie Chanteclair, dans l’Aube, cette protection en tissu lavable est facturée 4,92 euros pièce. Très au-dessus du prix des masques chirurgicaux, plafonné à 95 centimes l’unité. Sauf que ces derniers ne sont pas réutilisables. « Avec un masque chirurgical, disons à 60 centimes d’euro, le budget pour une famille de quatre personnes peut s’élever à plus de 200 euros par mois », estime le président de l’UFC-Que choisir, Alain Bazot, qui réclame « une mise à disposition gratuite ou à vil prix » de ces masques dans les services publics, les écoles et les transports.

Publié le 28/08/2020

Justice : les avocats rappelés à la loi du marché

 

Par Renaud Lecadre — (site liberation.fr)

 

Les avocats avaient pris part au cortège contre la réforme des retraites le 3 février à Paris. Photo Albert Facelly

Le rapport Perben remis mercredi au ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, analyse l’avenir d’une profession fragilisée, où ténors du barreau et conseils d’entreprises font figure de privilégiés, et dénonce un monde trop éloigné du secteur privé.

Si l’avocature est une vocation, ce n’est pas forcément un sacerdoce, puisqu’il s’agit tout de même de gagner sa croûte. Voilà, en somme, la principale conclusion d’un nouveau rapport sur «l’avenir de la profession d’avocat» demandé en début d’année par l’ex-ministre de la Justice, Nicole Belloubet. C’est finalement son successeur, l’ancien avocat Eric Dupond-Moretti, qui a hérité du bébé, perturbé par une pandémie et une grève des avocats - les deux phénomènes ayant contribué à paralyser le fonctionnement normal des tribunaux durant plus d’un semestre.

L’auteur du rapport remis mercredi au garde des Sceaux, Dominique Perben (lui-même ancien ministre de la Justice), dresse un panorama financier de la profession entre ombre et lumière : «La conviction que le droit n’est pas une simple marchandise n’impose pas obligatoirement d’ignorer les règles du marché, ou d’imaginer qu’on peut y échapper.» Eric Dupond-Moretti, qui a écumé moult cours d’assises loin de la capitale avant de se recentrer sur une clientèle plus huppée, plus solvable, appréciera le propos.

«Effort budgétaire»

On le savait déjà : le droit est un business, du moins pour ceux qui peuvent s’en donner les moyens. Un premier constat, à l’image de l’ensemble de la société précarisée : 3,2 % des avocats concentrent à eux seuls 25 % des revenus de la profession. Les plus privilégiés sont, sans surprise, plutôt des avocats d’affaires, consultants pour des entreprises du CAC 40, revêtant bien plus souvent le costume-cravate en réunion que la robe noire à la barre d’un tribunal. Il y est alors davantage question de conseils que de plaidoiries. Et le rapport Perben d’enfoncer le clou : «L’avocat français se distingue du lawyer anglo-saxon, que l’idée d’un marché du droit n’effraie pas.» Avant de citer un récent arrêt de la Cour de cassation, analysant le simple conseil juridique comme une «prestation intellectuelle syllogistique», voire «téléologique»…

Cette frilosité vis-à-vis du business est profondément ancrée en France : si on endosse la robe noire, c’est pour défendre la veuve et l’orphelin, pas le PDG d’un grand groupe… Les avocats sont pourtant d’une très grande pudeur sur leurs honoraires, à géométrie plus que variable : la moitié des 68 500 avocats français ne cumulent que 16 % des revenus de la profession. Des «disparités considérables de revenus», pointe le rapport de l’ancien garde des Sceaux, qui «jouent notamment au détriment des collaborateurs, des femmes, des avocats de province, des avocats exerçant à titre individuel et des activités judiciaires».

A lire aussi«La pratique du métier exige de plus en plus du sur-mesure»

Pas de «Grand Soir» budgétaire en prévision, bien qu’il soit prévu une petite hausse de l’aide juridictionnelle, qui permet à un justiciable démuni de s’offrir la prestation d’un avocat en cas de besoin : avec tout juste 5 euros par habitant, la France est avant-dernière de la classe européenne, alors qu’elle est championne d’Europe de l’aide avec près de 825 000 missions par an. Il est donc question à cet égard d’un «effort budgétaire significatif qui ne saurait être inférieur à 100 millions d’euros», sur un budget actuel de 500 millions pour l’aide juridictionnelle. Soit une revalorisation qui passerait de 32 à 40 euros l’unité de valeur (demi-heure de temps de travail). Le milieu de l’avocature rechigne parfois à parler gros sous : ainsi, «de nombreux avocats ne souhaitent pas communiquer le montant des honoraires qu’ils facturent» à leurs clients.

Pour le reste, le rapport de Dominique Perben renvoie la profession à ce qu’il estime être ses propres insuffisances : elle n’aurait «pas su répondre aux nouveaux besoins de droits», dont auraient au contraire profité des «braconniers», ou «prestataires alternatifs qui ont imaginé de nouveaux services», parfois de «manière sauvage.» Car en cas de pépin judiciaire, seul un tiers des justiciables français peuvent s’offrir les services d’un défenseur. Les clients sont alors rois, faisant leur marché judiciaire sur le Web, à l’œil, d’autant plus qu’ils sont «pour la plupart dans l’incapacité de juger de la qualité intrinsèque d’une prestation» d’avocat. Au bout du compte, «seuls 10 % des personnes confrontées à un problème juridique s’adressent à un avocat pour le résoudre».

«Intrusions»

En guise de pommade, Dominique Perben ferme toutefois la porte aux «avocats d’entreprise», salariés d’un grand groupe, donc dépendants de leurs employeurs : une hérésie déontologique pourtant poussée par quelques hiérarques du patronat, mais qui suscite une «très vive opposition» des robes noires, avec des «objections relatives à l’indépendance et au secret».

Au plan plus strictement professionnel, le rapport pointe la féminisation accrue du métier (56 % des effectifs) mais aussi les discriminations qui vont avec (seulement 37 % d’entre elles bénéficient du statut d’associées au sein d’un cabinet). Et les avocates seraient davantage dédiées à des «domaines du droit peu rémunérateurs», comme le social ou la famille.

Un passage du rapport intéressera personnellement Eric Dupond-Moretti, à propos du secret professionnel des avocats - après la mise au dossier pénal de ses contacts ou conversations concernant plus ou moins Nicolas Sarkozy. «A l’occasion d’affaires médiatiques relatives à des mesures coercitives entreprises par des magistrats à l’encontre de certains avocats», entame prudemment le rapport Perben, qui prône de «limiter ces intrusions et leurs excès»… mais sans oser, toutefois, examiner davantage les «tensions déjà vives entre avocats et magistrats»

 

Renaud Lecadre

Publié le 27/08/2020

Comment 9 féministes ont lancé le MLF le 26 août 1970 sous l'Arc de Triomphe

Une gerbe pour la femme du Soldat inconnu fut l'acte de naissance du Mouvement de libération des femmes.

 

Le HuffPost avec AFP (site huffingtonpost.fr)

 

C’est le 26 août 1970, neuf femmes posent une gerbe pour la femme du Soldat inconnu. Sur leur bannière, on peut lire: "Un homme sur deux est une femme". C'est l'acte de naissance du MLF.

FÉMINISME - C’était il y a 50 ans. Le 26 août 1970, à Paris, plus précisément sous l’Arc de Triomphe, naissait un mouvement historique pour le féminisme français. Il s’agissait du MLF, le Mouvement de libération des femmes. Un mouvement qui était alors de tous les combats de la décennie 1970, dont celui pour l’avortement “libre et gratuit”.

Ce jour-là, neuf femmes tentaient de déposer sous l’Arc de Triomphe à Paris une gerbe pour la femme du Soldat inconnu, avant d’être arrêtées par les forces de l’ordre. Parmi elles, Christine Delphy, Monique Wittig, Cathy Bernheim, ou encore Christiane Rochefort.

Sur la gerbe qu’elles déposent pour la femme du Soldat inconnu, on peut alors lire ce message: “Il y a plus inconnu que le soldat inconnu: sa femme”. Sur une banderole déployée en parallèle, elles écrivent: “Un homme sur deux est une femme”.

Cette date du 26 août 1970 est souvent associée aux débuts du mouvement, qui fait irruption dans la sphère publique un jour de grève des femmes aux États-Unis. Ce même jour en effet, de l’autre côté de l’Atlantique, les Américaines célébraient les 50 ans du droit de vote des femmes. À New York, les femmes sont dans la rue et revendiquent l’égalité entre les femmes et les hommes.

“Envie de pousser les montagnes”

Les deux manifestations se font écho. Le lendemain, en France, les journaux titrent sur la naissance du MLF, souligne France Culture.

“Nous voulions montrer qu’il y avait en France des femmes qui réfléchissaient collectivement”, se souvient auprès de l’AFP Cathy Bernheim, militante historique et écrivaine alors âgée de 26 ans. “On avait une force, une envie de pousser les montagnes”, se souvient-elle.

Si le 26 août marque une première action visible du MLF, difficile pourtant d’attribuer un acte de naissance à ce mouvement très horizontal, galaxie de petits groupes appartenant à différents courants, que l’historienne des féminismes Bibia Pavard définit comme “une dynamique collective, qui prend forme à la fin des années 1960 et perdure jusqu’au début des années 1980”.

En effet, des groupes comme “Psychanalyse et Politique”, porté par Antoinette Fouque, Josiane Chanel et Monique Wittig, se réunissent déjà après Mai-68, avec un impératif de non-mixité: “Ces réunions entre femmes étaient bouleversantes”, se souvient la journaliste Catherine Guyot. “C’était pour nous une transgression, un nouvel espace pour penser”.

Avortemnt, libération des corps

Malgré leurs divergences stratégiques et politiques, les groupes se rapprochent autour du droit à l’avortement, de la libération des corps ou contre les violences conjugales, donnant un véritable élan au projet révolutionnaire du MLF.

Les activistes diffusent leurs idées dans des publications collectives, comme le “Torchon brûle”, et s’organisent lors d’assemblées générales dans l’amphithéâtre des Beaux-Arts. Les actions du MLF, provocatrices et médiatiques, lui donnent alors un “formidable essor, avec un afflux massif de nouvelles militantes”, souligne Bibia Pavard.

“Il y avait énormément de créativité, c’était très festif, joyeux”, raconte Cathy Bernheim, marquée par le souvenir de la marche internationale des femmes pour la contraception et l’avortement libre et gratuit à Paris, le 20 novembre 1971, avec des rues envahies par les banderoles, les slogans humoristiques et les chants féministes.

De nombreuses militantes du MLF ont d’ailleurs signé, quelques mois plus tôt, le “Manifeste des 343” publié dans le Nouvel Observateur, dans lequel 343 femmes - dont des personnalités comme Catherine Deneuve ou Simone de Beauvoir - affirment avoir avorté, s’exposant ainsi à des poursuites pénales.

Elles soutiennent aussi les adolescentes enceintes du foyer du Plessis-Robinson, qui mènent une grève de la faim en 1971 pour dénoncer leurs conditions de vie, et militent lors du procès de Bobigny en 1972, qui juge une adolescente ayant avorté à la suite d’un viol, défendue par Gisèle Halimi.

En 1973, la loi Veil vient finalement légaliser l’interruption volontaire de grossesse pour une durée provisoire de cinq ans, avant d’être définitivement reconduite en 1979, dans le sillage d’une grande marche co-organisée par le MLF et rassemblant des dizaines de milliers de manifestantes à Paris le 6 octobre 1979.

Divisions et polémiques

À cette époque, les divisions au sein du mouvement parisien sont de plus en plus difficiles à occulter. Pour sauver, dit-elle, le MLF de l’oubli, Antoinette Fouque dépose le sigle et crée une association en octobre 1979, déclenchant une violente polémique et la parution d’un livre, “Chronique d’une imposture”.

“Pour les autres militantes, surtout celles qui étaient là depuis le début, il s’agit d’une appropriation inacceptable de ce nom, qui qualifie un mouvement et non pas une association, propriété de quelques-unes”, précise l’historienne Bibia Pavard.

La dynamique du MLF s’essouffle, mais plusieurs groupes - notamment régionaux - poursuivent ses actions, en parallèle d’une phase “d’institutionnalisation” portée par l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, avec l’élection de François Mitterrand, et la création d’un ministère délégué aux Droits de la femme.

“À un moment donné le MLF n’a plus servi à grand-chose, et les unes et les autres sont parties continuer leur combat” ailleurs, résume Cathy Bernheim.

Publié le 26/08/2020

Méditerranée droits des femmes:
Tunisie. Le président enterre le projet d’égalité femmes-hommes en matière d’héritage

La fête nationale de la femme du 13 août s'inscrit comme un rendez-vous pour poursuivre le combat pour l’égalité et contre les forces réactionnaires et conservatrices.

 

Par Redaction (site altermidi.org)

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L’Association tunisienne des femmes démocrates dénonce les propos « réactionnaires » du président Kaïs Saïed, qui a défendu les valeurs musulmanes d’équité et de justice plutôt que d’égalité, à l’occasion de la fête de la femme, le 13 août. 

La Tunisie célèbre le 13 août la fête nationale de la femme qui coïncide avec le 63e anniversaire de la Promulgation du Code du statut personnel marquant la rupture avec des pratiques archaïques dévalorisant la femme tunisienne.

Depuis le soulèvement populaire de 2011, la journée de la femme célébrée le 13 août (déclaré jour férié) est devenue un rituel festif important auquel des femmes, des hommes, des associations, des organisations, et des partis politiques modernistes et démocrates prennent part en vue de rappeler les acquis de la femme tunisienne.

Le 31 juillet 2012, le gouvernement provisoire avait voté en commission un article qui avait déchaîné les foudres des Tunisiennes : il désignait la femme comme complémentaire de l’homme. Le 13 août, elles se sont rassemblées, largement accompagnées des Tunisiens, sur les avenues Bourguiba et Mohamed V pour crier leur indignation. Cet article a finalement été modifié le 24 septembre : le mot “complémentaire” a été remplacé par “égale”.

Chaque année les Tunisiennes ont donc deux anniversaires : le 8 mars, journée internationale des Droits de la Femme et le 13 août, anniversaire du code du statut personnel.

En Tunisie, la fête nationale de la femme du 13 août s’inscrit donc comme un rendez-vous pour poursuivre le combat pour l’égalité et contre les forces réactionnaires et conservatrices. Mais les récentes déclarations du président tunisien Kaïs Saïed ne vont visiblement pas dans ce sens. À l’occasion du jeudi 13 dernier à Tunis, il a qualifié l’égalité en matière d’héritage de « faux débat » qui « n’est guère innocent ».

L’Association tunisienne des femmes démocrates qui promeut l’égalité femmes-hommes dans les domaines civil et politique, social, économique et culturel pointe le choix du calendrier et dénonce les propos « réactionnaires » du président Kaïs Saïed. Selon l’organisation, Le président tunisien a choisi le jour de la Fête nationale de la femme, le 13 août, pour donner un dernier coup de boutoir au projet de loi sur l’égalité en matière d’héritage.

La question de l’égalité femmes-hommes n’a pas plus avancé sur le plan politique. À l’issue des élections législatives qui se sont tenues le 6 octobre 2019, les femmes ne représentaient que 22 % des députés élus au parlement alors qu’elles étaient 31 % en 2014.

Publié le 25/08/2020

Rentrée politique. La France insoumise dans les starting-blocks pour 2022

 

Florent LE DU (site humanite.fr)

 

Lors de ses universités d’été, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon s’est lancé dans une nouvelle phase, qui le mènera jusqu’à la présidentielle. Et pendant laquelle les discussions avec les autres partis s’annoncent difficiles.

Le mot « Résistance » résonne encore. Lors du meeting de Jean-Luc Mélenchon, qui clôturait hier le week-end de rentrée de la France insoumise, les AMFiS, les militants du mouvement se remémorent la ferveur de 2017, qui avait fait naître l’espoir d’une victoire de la gauche à la présidentielle. « Il fait lever les foules comme il y a trois ans, s’enthousiasme Maël, qui a adhéré à la FI en mars 2017. Quand on l’entend nous donner des solutions positives pour sortir de la crise, parler de planification, de réquisition, de nationalisation, de révolution citoyenne, on a envie de reprendre la bataille. »

Pendant deux heures, Jean-Luc Mélenchon a revêtu son costume de tribun, dimanche, devant les quelque 2 000 personnes présentes à Châteauneuf-sur-Isère (Drôme) pour ces AMFiS. Lors d’une allocution qui ressemblait clairement à un meeting de campagne, l’ancien candidat aux élections présidentielles de 2012 et 2017 a évoqué la crise sanitaire et économique, la transition écologique, les insurrections populaires au Liban et en Biélorussie, mais aussi l’échéance de 2022.

Le mouvement à la recherche d’un second souffle

Mélenchon et ses troupes assument : la campagne commence maintenant. Ne serait-ce que parce que la FI, qui semble s’affaiblir depuis trois ans, a besoin de trouver un second souffle. Ses représentants le minimisent, mais le mouvement n’a pas joué le rôle central qu’ils espéraient tenir lors des élections européennes (avec 6,31 % des voix) et des municipales (aucune tête de liste FI ne l’a emporté dans les grandes villes), pendant qu’Europe Écologie-les Verts (EELV) faisait basculer le rapport de forces à la gauche de Macron. « Les perquisitions de 2018 nous ont aussi fait mal, concède le député Éric Coquerel. Mais depuis les retraites, la période de la crise pendant laquelle sans arrêt nous avons proposé des réponses et des alternatives positives, nous remontons fortement. » Des propositions qui se poursuivent, Jean-Luc Mélenchon ayant demandé lors de son meeting d’embaucher « 100 000 jeunes, des étudiants, à un salaire décent, pour venir assister les enseignants qui auront la lourde tâche de rattraper le retard scolaire subi par les enfants ».

Pour peser davantage, la France insoumise mise justement sur de nouvelles mobilisations, dès la rentrée. « Notre premier rôle, c’est d’être utile au pays face à la crise sociale terrible qui arrive, détaille Mathilde Panot, vice-présidente du groupe parlementaire insoumis. Cela, nous le ferons à l’Assemblée mais aussi dans la rue, contre le plan de relance, contre la réforme des retraites. À travers ces mobilisations, nous devons créer un grand mouvement populaire, pour amorcer une rupture avec le modèle capitaliste. »

Une candidature à la présidentielle décidée à l’automne

L’heure est donc à la mobilisation et à la construction d’un programme, pas encore à une candidature. « Il y aurait une indécence, un ridicule absolu à se chercher des poux dans la tête sur la manière de désigner un candidat pendant que des millions de gens se demandent s’ils vont trouver du boulot », a déclaré Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci a toutefois annoncé qu’une décision sera prise à l’automne, lors de la prochaine convention du mouvement. Dans les allées des AMFiS, militants et dirigeants imaginent bien mal quelqu’un d’autre pour incarner leurs idées et un projet, « L’Avenir en commun », qui sera actualisé les prochains mois mais sur lequel ils ne semblent pas prêts à d’importants compromis.

« Nous voulons discuter avec tout le monde, mais bien sûr nous venons avec un programme qui a réuni sept millions de voix il y a trois ans et qui fédère, explique le député du Nord Adrien Quatennens. Nous ne gagnerons pas en additionnant les logos mais en ayant un projet clair, lisible et ambitieux. Même Europe Écologie-les Verts l’a compris. » C’est bien avec le parti écologiste que les discussions semblent les plus tendues, alors que la FI paraît confiante sur ses capacités à travailler avec le PCF et ne cherche pas, pour l’instant, à approcher le PS, jugé toujours trop libéral.

Des points de rupture avec une partie des Verts

Le dialogue entre insoumis et Verts, rompu depuis 2017, s’est rouvert cet été, à l’initiative de la FI et en vue des prochaines élections départementales et régionales de mars 2021. Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon espère une alliance nationale, EELV des accords par région. Si ces rapprochements se font, amorceront-ils une stratégie commune en 2022 ? « Il y a des points de rupture entre nous qui ne concernent pas les politiques locales, notamment l’Europe et les questions institutionnelles, tempère Éric Coquerel. Mais nous ne pourrons pas être ensemble en 2022 avec des désaccords sur des points structurants pour définir la politique à mener, ce ne serait pas crédible. Quand j’entends certains comme Yannick Jadot ou David Cormand parler d’Europe des régions, de girondisme, ne pas vouloir renégocier les traités, je me dis que ce n’est pas conciliable avec nos idées. »

Vendredi, la deuxième journée des AMFiS a toutefois été marquée par la présence d’Éric Piolle, qui a fait part de sa « détermination à rassembler l’ensemble de l’arc humaniste » pour « bâtir un projet positif pour la vie des gens ». Une visite qui, plutôt que de marquer un réel rapprochement entre les deux partis, pourrait créer des crispations à EELV. C’est peut-être même là un des objectifs de Jean-Luc Mélenchon. Conscient que s’accorder sur un programme commun sera difficile, voire impossible, le leader de la France insoumise pourrait s’accommoder d’une dislocation des écologistes et d’une candidature du libéral Yannick Jadot, qui ne semble pas l’inquiéter outre mesure.

 

Florent Le Du

Publié le 24/08/2020

EELV ou la tentation du grand écart

 

Emilio Meslet (site humanite.fr)

 

Le parti écologiste vise l’Élysée mais doit trancher entre les lignes Jadot et Piolle, duel sur toutes les lèvres lors de ses journées d’été, ce week-end.

Après deux succès électoraux aux européennes puis aux municipales, EELV ambitionne de transformer l’essai pour les régionales de 2021. Le parti a développé sa stratégie à l’occasion de ses journées d’été, qui se sont tenues ce week-end à Pantin. Pour son secrétaire national, Julien Bayou, il s’agit là d’une étape majeure pour « démontrer (la) crédibilité » des Verts, qui espèrent « prendre le pouvoir » en 2022. Quitte à réaliser un grand écart entre de potentielles alliances ponctuelles avec d’autres formations de gauche et d’anciens membres de la majorité macroniste, comme Corinne Lepage (Cap21) ou le député EDS Matthieu Orphelin, pressenti pour être tête de liste en Pays de la Loire.

Marine Tondelier, organisatrice des journées d’été, a beau répéter vouloir faire passer le « collectif » d’abord, des dissensions tant idéologiques que stratégiques existent aussi en interne. Il y a les partisans d’un rapprochement avec une gauche anticapitaliste tendance Mélenchon et ceux qui lorgnent plutôt le centre pour verdir le capitalisme. D’un côté, l’aile incarnée par le maire de Grenoble, Éric Piolle, de l’autre, celle portée par l’eurodéputé Yannick Jadot, qui veut un candidat à l’Élysée « avant janvier ». « Le programme d’abord, l’incarnation ensuite », martèle-t-on chez les cadres du mouvement, qui veulent parler d’ « écologie » avant de discuter des « désignations ». « Sur le fond, il n’y a pas de différence majeure entre Éric et Yannick. C’est sur la stratégie qu’ils divergent », veut même faire croire un cadre du mouvement.

Les militants n’y croient guère : « Dire qu’il n’y a pas deux lignes différentes, c’est faux ! » fustige une adhérente, amusée par la visite express d’Éric Piolle aux universités d’été des insoumis. Le premier édile grenoblois trouve qu’ « une certaine gauche essaye seulement de lutter contre les conséquences du système alors qu’il faut en changer ». Une idée qui correspond aux aspirations de la jeunesse, selon Claire Lejeune, cosecrétaire fédérale des Jeunes écologistes : « On ne pourra pas aller la chercher autrement qu’avec un projet de rupture. C’est-à-dire en finir avec un système ultralibéral, capitaliste et patriarcal. »

S’il se dit désormais « anticapitaliste », Yannick Jadot se prononçait, dans le ­Figaro en 2019, « pour l’économie de marché, la libre entreprise et l’innovation ». La sénatrice Esther Benbassa dénonce quant à elle la « folie capitaliste qui veut produire plus », qu’elle souhaite remplacer par un « post-capitalisme, une forme régulée qui ne veut pas que la croissance ».

Julien Bayou – qui a assuré vouloir « remplacer le désordre libéral par un ordre plus solidaire » – refuse de se laisser enfermer dans le piège du présidentialisme : « On a une chance avec le calendrier électoral. Il ne faut pas qu’on saute les étapes. Je veux parler du projet. » Le patron d’EELV vient de conclure un accord électoral avec Génération·s, le Mouvement des progressistes, Génération écologie, ­l’Alliance écologiste indépendante et Cap21 pour les régionales. Ils partiront ensemble à la conquête des collectivités territoriales et lancent un appel aux « citoyens ». Et aux autres formations de gauche ? « Oui, aussi », tend la main Julien Bayou.

 

Emilio Meslet

Publié le23/08/2020

Parlons (Inter) Net

Et si le mensonge photographique devenait trop difficile ?

 

(site legrandsoir.info)

 

Sale temps pour les photographes ou légendeurs enfumeurs. Naguère, il fallait des mois pour découvrir que la photo de (par exemple) soldats chinois tabassant des Tibétains avait été prise au Népal. Désormais, avec l’application InVID (In Video Veritas), le mensonge peut-être démenti sur le champ.

Quelques exemples d’actualité :
- Une ouïghoure ensanglantée à qui un bourreau Han arrache les ongles. InVid : vidéo tournée en 2004 à Chicago avec une actrice.
- Un bébé ouïghour tenu en laisse et mangeant dans une gamelle pour chien. InVid : photo diffusée en 2015 aux Philippines par la mère (indigne) de l’enfant.
- Un Ouïghour nu frappé au sol par un militaire ? InVid : tabassage d’un truand par un soldat indonésien en mai 2017.
- etc.

Le mensonge par la photo devenant pratiquement impossible, que reste-t-il ?
Au XVIIème siècle est né le dicton « A beau mentir qui vient de loin » (le mensonge est aisé quand ce qu’on dit n’est pas vérifiable). De nos jours, tout le monde « vient de loin ». Romain Migus, un journaliste du Grand Soir l’a magistralement rappelé à des journalistes de Libération : Pierre Haski (aujourd’hui chroniqueur matinal sur France Inter), Jean-Hébert Armengaud (aujourd’hui rédacteur en chef de « Courrier International »).

Il reste les témoignages d’inconnus non photographiés dont le nom a été changé et qui vous racontent en gros ce que montrent les photos citées plus haut et avec assez d’imprécision (date, lieu…) pour que nul ne puisse aller vérifier. Devant un tribunal, le plaignant serait débout ; bien beau s’il échappe à des poursuites pour outrage à magistrat.

Il n’y a pas pour l’instant d’InVid pour ce genre d’enfumages. Par conséquent, il prolifère et les porteurs de vérité sont désarmés (1), même si la Charte des journalistes oblige à « publier seulement les informations dont l’origine est connue ou à les accompagner, si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent… » et si elle interdit « … la calomnie, la diffamation, les accusations sans fondement… ».

Théophraste R. (Oui, j’ai déjà traité en partie ce sujet, mais pas comme ça et puis « bis repetita placent ».

Note (1). On a quand même vue une ouïghoure un peu embêtée pour justifier sa grossesse après avoir été stérilisée de force et des "disparus" retrouvés chez eux et apprenant en riant qu’ils n’y étaient pas.

Publié le 22/08/2020

Monde du travail : une vague de répression depuis la fin du confinement

 

Stéphane Ortega  (site rapportsdeforce.fr)

 

À la traditionnelle chasse aux sorcières faisant suite à un important mouvement social, ici celui contre la réforme des retraites, s’ajoute cette année la répression contre celles et ceux dont la tâche était de prendre soin de la santé et de la sécurité des salariés pendant l’épidémie de Covid-19. Les sanctions pleuvent depuis trois mois.

C’est à la fois la dernière en date et la plus ubuesque. Anthony Smith, inspecteur du travail dans la Marne et militant CGT, a été muté d’office vendredi 14 août sur décision du ministère dont Élisabeth Borne a récemment pris la tête. Son tort : avoir fait son travail en intentant une procédure contre une entreprise d’aide à domicile ne fournissant pas d’équipements de protection à ses salariés au plus fort de l’épidémie de Covid-19. Une action qui lui valut une interpellation de sa hiérarchie, puis une suspension de 136 jours, avant un conseil de discipline le 21 juillet. Et aujourd’hui, un déplacement forcé quelques jours avant que le port du masque ne soit rendu systématique dans toutes les entreprises.

C’est aussi la question des protections qui est au cœur d’un autre dossier disciplinaire. Celui du Centre hospitalier du Rouvray à Sotteville-lès-Rouen où une note interne de la direction en mars 2020 met le feu aux poudres. Elle indique que les masques des soignants doivent être réutilisés après séchage et que le port du masque pour les patients en psychiatrie potentiellement atteints du Covid-19 est inutile. Postée par des agents sur les réseaux sociaux et commentée en termes peu élogieux pour la direction de l’établissement, la note fait scandale. Démarre alors une chasse aux « lanceurs d’alerte » qui, après la convocation de neuf agents, aboutit fin juin à deux conseils de discipline pour « non-respect des obligations de réserve ». Le jury n’ayant pas réussi à se mettre d’accord, les sanctions de 10 et 15 jours d’exclusions temporaires sans traitement ont été prises par le directeur de l’hôpital.

À l’autre bout du pays, à Toulouse dans un Ehpad du groupe Domusvi, ce sont deux infirmiers qui en pleine crise sanitaire ont été mis à pied. Et même évacués par la police pour avoir réclamé avec insistance et répétition des masques afin de s’occuper de cas suspects de Covid-19 présents dans la maison de retraite. Cette fois-là, c’était avant le déconfinement.

Répression à l’encontre de grévistes de l’hiver

La répression contre des grévistes et des syndicalistes du long conflit contre la réforme des retraites n’a pas attendu l’arrêt des manifestations au moment du confinement. Plusieurs conseils de discipline se sont déjà tenus en janvier et février 2020 à la RATP. Après le déconfinement, les sanctions sont toujours de mise. Alexandre El Gamal, conducteur, syndicaliste CGT et secrétaire d’un CSE, a été convoqué le 22 juillet par sa direction à un entretien disciplinaire pour des blocages de dépôts ayant eu lieu pendant la grève cet hiver. La RAPT réclame sa révocation pure et simple. La décision devrait tomber en fin de semaine. Au mois de juin, un autre élu CGT du dépôt de bus de Pantin, Ahmed Berrahal, a lui écopé de deux mois de mise à pied pour les mêmes motifs.

L’Éducation nationale n’a pas été en reste pour engager ou menacer de procédures disciplinaires dans de nombreuses académies. La mobilisation contre la retraite à points s’est doublée chez les enseignants d’un rejet des réformes Blanquer. Celui-ci s’est notamment manifesté autour d’un inédit mouvement de blocage des E3C, ces nouvelles épreuves de contrôle continu comptant pour le baccalauréat. Dans l’académie de Poitiers, le rectorat n’y est pas allé de main morte. Juste avant le confinement, il convoque trois enseignants syndiqués à SUD Éducation pour un blocage des épreuves mené le 3 février avec 200 autres personnes. La sanction tombe : quatre mois de suspension. Une suspension prolongée de quatre mois supplémentaires par le rectorat au tournant de l’été.

Policer et faire taire les voix discordantes

Pour compléter le tableau, deux autres salariés ont été « mis au pas » durant l’été, l’un à la SNCF, l’autre à Pôle emploi. Eric Bezou, membre du syndicat SUD Rail a été licencié le 21 juillet. Le tort de ce cheminot de 53 ans : s’être mis à genoux en mars 2019 devant sa direction pour protester contre un énième refus d’avancement. L’inspection du travail avait d’abord refusé sa radiation en septembre dernier, avant qu’un recours hors délai, selon son syndicat, ne relance la procédure disciplinaire.

À Pôle emploi, c’est Yann Gaudin qui fait les frais d’un été meurtrier pour les « fortes têtes ». Dans le collimateur de sa direction depuis des années, ce conseiller a fini par être licencié le 3 juillet, onze jours après son entretien disciplinaire. En 2014, il avait informé des milliers d’intermittents du spectacle d’une aide à laquelle ils avaient droit, mais que le service public de l’emploi ne leur proposait pas explicitement. Depuis, il avait permis à de nombreux allocataires de récupérer leurs droits en s’appuyant sur des failles dans leurs dossiers. La direction de Pôle emploi a eu sa tête.

La liste est loin d’être exhaustive et la série n’est pas close. Le 3 septembre, ce sera au tour de Vincent Fournier, un militant CGT à La Poste, d’être convoqué pour un entretien disciplinaire où il risque une mise à pied. Pendant la crise sanitaire, il avait été expulsé d’un bureau de poste des Yvelines par la police alors qu’il informait ses collègues sur le droit de retrait.

Publié le 21/08/2020

Rentrée politique. Le Covid, un test positif pour la gauche ?

 

Aurélien Soucheyre (site humanite.fr)

 

Les partis de gauche tiennent ces jours-ci leurs universités d’été. L’objectif : préparer la riposte face au gouvernement alors même que la pandémie a révélé toutes les dérives et dangers du libéralisme. Or, la bataille idéologique fait rage, et est encore loin d’avoir un vainqueur.

Les vacances se terminent, et le Covid-19 est toujours là. Le plus dur de la crise économique et sociale est même toujours à venir d’après le gouvernement. C’est dans ce climat que se déroulent dès aujourd’hui et jusqu’à la fin de la semaine prochaine les universités et journées d’été des partis politiques de gauche. Que ce soit pour EELV et la FI ce week-end, ou pour le PCF et le PS le suivant, l’objectif est de fournir un travail intellectuel et programmatique capable de faire face à la crise et de bâtir le fameux monde d’après. Personne ne part pour autant d’une page blanche : de nombreuses pistes et conclusions sont déjà sur la table, tant les combats portés par la gauche depuis des années ont montré toute leur pertinence pendant le confinement. « La pandémie du Covid-19 prouve à quel point le libéralisme nous rend fragiles et nous met en danger. Il met à mal notre système de santé, s’attaque aux services publics, marchandise la recherche et précarise les métiers en première ligne. Il délocalise aussi la production de biens indispensables et détruit peu à peu toute souveraineté sanitaire et industrielle », mesure Fabien Roussel, secrétaire national du PCF.

Mais alors même que la crise du Covid lui donne en grande partie raison, la gauche parviendra-t-elle à convaincre les Français dans les mois qui viennent ? « Cela ne se fait pas naturellement, hélas. Le chômage et la pauvreté peuvent nourrir la peur, l’égoïsme et le repli sur soi. C’est tout le travail de la gauche de faire naître l’espoir et surtout de faire prendre conscience aux gens du pouvoir qu’ils ont de changer les choses », ajoute le député du Nord. La bataille idéologique s’annonce ainsi des plus âpres dans les jours à venir, d’autant plus à deux ans de la présidentielle. « Il y a un danger, pointe Olivier Faure, premier secrétaire du PS. À gauche, nous nous sommes convaincus que le Covid nous a donné raison sur tout, et que le jour d’après sera forcément pour nous. Mais l’extrême droite pense elle aussi que le Covid lui a donné raison - sur le repli sur soi, sur les frontières, sur l’idée d’une ‘‘France aux français’’. Le jour d’après sera donc surtout ce que nous en ferons. »

Le train des réformes doit reprendre dès la mi-septembre

D’où l’intérêt de bien se préparer dès cette rentrée politique. « Ce qui domine nos Amfis, c’est clairement les suites à donner à la crise du Covid, avec comme fil rouge le monde d’après », indique d’emblée Ugo Bernalicis, responsable de l’événement organisé par la FI. « Notre programme de 2017, l’Avenir en commun, entre clairement en résonance avec cette crise », précise le député du Nord, qui considère que la FI est « au début d’un processus de régénération de ce programme. Il constitue un très bon point de départ, mais il va falloir mettre les bouchées doubles pour l’améliorer et le défendre. » D’autant plus que l’exécutif va présenter mardi son plan de relance, et n’envisage de rien lâcher sur son projet politique. Le train des réformes doit reprendre dès la mi-septembre. Emmanuel Macron et Jean Castex ont plusieurs objectifs : agiter une loi sur les « séparatismes » pour occuper le débat public et détourner l’attention de la crise économique et sociale, en plus de redessiner la carte électorale avant 2022.

« Le Covid a exacerbé une envie de sens »

Mais ils proposeront surtout dès l’automne deux budgets : celui de l’État et celui de la Sécurité sociale. C’est à n’en pas douter à ce moment que seront définitivement connus la réalité des prix et à qui l’exécutif entend faire payer la crise. « Bien que la pandémie donne raison à notre analyse, le travail des forces macronistes pour camoufler la réalité peut faire son œuvre : la dette va être utilisée pour tétaniser tout le monde », alerte Guillaume Roubaud-Quashie. Mais celui qui organise les universités d’été du PCF contre-argumente déjà : « Nous avons vécu des décennies sous un discours assénant que rien n’est possible et qu’il n’y a plus d’argent. Sauf que nous avons bien vu cette année que le gouvernement pouvait trouver cet argent. » Il y en a d’ailleurs encore plus à trouver, à travers par exemple une fiscalité plus juste, une meilleure répartition des richesses créées et une lutte acharnée contre la fraude fiscale. « La crise du capitalisme et la crise écologique n’ont pas non plus été déclenchées par le Covid-19. Nous allons donc élaborer la riposte aux réponses que le pouvoir entend donner à cette crise », ajoute le communiste.

Au-delà de l’opposition à l’action de Macron viennent aussi les échéances départementales, régionales, et la présidentielle à gagner. « Le Covid a exacerbé une envie de sens. Cela crée des espaces de discussion à gauche. Mais la tectonique des plaques a été lancée bien avant », analyse Éric Piolle. Le maire EELV de Grenoble estime que trois blocs se font face : « Une droite de repli sur soi, un ultralibéralisme qui s’affirme de façon de plus en plus violente et un arc humaniste à cristalliser. » Lequel des trois passera le test du Covid-19 ? « Il y a un risque que la ‘‘gauche d’après’’ n’existe jamais. La crise du Covid montre pourtant plus que jamais l’urgence d’une gauche sociale, démocratique, écologique et féministe, et celle d’éviter un second tour entre les libéraux et les fachos », insiste Olivier Faure. « Ce qui compte, c’est le contenu du changement de société à réaliser. Il ne faut pas s’enfermer dans un débat sur les personnes », prévient d’emblée Fabien Roussel.

 

Aurélien Soucheyre

Publié le 20/08/2020

Gouvernement. Gérald Darmanin persiste dans ses outrances sarkozystes

 

Emilio Meslet (site humanite.fr)

 

Le ministre de l’Intérieur n’a de cesse de chasser sur les terres de la droite à coups de dérapages sémantiques. De quoi rappeler son modèle et prédécesseur, un certain Nicolas Sarkozy.

Depuis sa nomination à l’Intérieur, Gérald Darmanin ne quitte plus ses habits de petit Nicolas Sarkozy, qu’il imite jusqu’à le singer. Comme son mentor en son temps, il multiplie les déplacements (21 entre le 3 et le 31 juillet) pour saturer l’espace médiatique mais aussi - et surtout - les outrances verbales. À travers la dernière en date, il n’hésite pas à stigmatiser et livrer en pâture les demandeurs d’asile qui fuient des pays en guerre. « Avoir le droit d’asile ne crée pas le droit de mettre le bordel », a-t-il lâché dimanche, avant de recevoir les félicitations du syndicat de police Synergie officiers, proche de l’extrême droite. Et d’ajouter, dans un grand numéro de câlinothérapie et de confusion des genres : « Aucune communauté, sur le sol de la République, ne fait sa loi. C’est la police, la gendarmerie, les forces légitimes des forces de l’ordre qui font la loi dans notre pays. »

De nouvelles saillies qui ont fait bondir les responsables politiques de gauche, prompts à donner une leçon de droit constitutionnel bien utile au locataire de la place Beauvau. « Les mots ont un sens. Ce n’est pas la police qui fait la loi. Celle-ci doit veiller à ce qu’elle soit appliquée. La loi dans ce pays se construit par la volonté du peuple et à travers lui ses représentants directs : les parlementaires », a rappelé Mathilde Panot, députée FI. Julie Garnier, oratrice nationale du même mouvement, s’interroge quant à elle sur les solutions proposées par l’exécutif : « Pourquoi ne met-il pas une police de proximité pour ne pas faire que de la répression mais aussi de la prévention ? » Celle-là même que Nicolas Sarkozy a supprimée en 2003, sans régler les problèmes de sécurité.

Une loi contre les « séparatismes » à la rentrée

Le nouveau ministre de l’Intérieur s’apprête à piloter une loi contre « les séparatismes », censée guérir une France « malade de son communautarisme (et) d’un islam politique qui veut renverser les valeurs de la République ». Elle sera présentée à la rentrée et lui permettra d’incarner encore un peu plus une autorité belliqueuse dont il n’a de cesse de se réclamer. Rôle pour lequel il subit la concurrence de Jean Castex. Ce dernier, inconnu jusqu’à sa nomination à Matignon, entend développer sa stature d’homme d’État grâce à son triptyque « responsabilité, laïcité, autorité ». Il enchaîne, souvent aux côtés de son ministre, les visites autour du thème de l’insécurité. Comme à Dijon après des règlements de comptes violents entre ressortissants tchétchènes ou à Nice à la suite d’une fusillade.

Tapis rouge pour l'extrême droite

Face aux empiétements sur son pré carré, Darmanin s’agite. En plus d’allumer des contre-feux pour masquer les accusations de viol dont il fait l’objet, le ministre cajole un électorat droitier en manque de champion, sur lequel Emmanuel Macron lorgne.

Non content de labourer le terrain depuis plus d’un mois, il le lui prépare pour la présidentielle de 2022 avec des appels du pied appuyés. « Refuser l’autorité, voilà le mal de la société » étant un exemple parmi d’autres. Tel un enfant à qui le conseil de classe adresse ses félicitations, le ministre de l’Intérieur reçoit alors les encouragements de Marine Le Pen, la spécialiste du jet d’huile sur le feu ardent pour diviser les Français. « Darmanin dit vouloir lutter contre le séparatisme islamiste afin “d’éviter la guerre civile”. Très bien ! », s’enthousiasme la présidente du Rassemblement national, trop heureuse de se voir ainsi dérouler le tapis rouge.

Peu de temps après sa prise de fonction, Gérald Darmanin reprenait déjà la rhétorique de l’extrême droite, affirmant vouloir « stopper l’ensauvagement d’une certaine partie de la société ». Il a aussi affirmé « s’étouffer quand (il) entend les mots “violences policières” », bafouant au passage la mémoire de Cédric Chouviat et Adama Traoré, tous deux morts après l’usage d’une technique d’étranglement par les forces de police. Dans son manuel du Sarko-boy illustré, il ne reste plus à Gérald Darmanin qu’à annoncer son intention de « nettoyer » les cités « au karcher » afin de les « débarrasser de la racaille ». La boucle sera bouclée.

Publié le 19/08/2020

Éducation. L’épidémie pèse sur le budget scolaire des familles

 

(site humanite.fr)

 

Les élèves vont reprendre le chemin de l’école. La Confédération syndicale des familles pointe du doigt l’impact financier de la rentrée.

« L e confinement a engendré un changement des pratiques et la liste des fournitures scolaires s’allonge », soulignait Aminata Koné, secrétaire générale de la Confédération syndicale des familles (CSF), le 18 août, lors d’une conférence de presse sur le coût de la scolarité pour les familles. Selon l’enquête de la CSF, les dépenses pour les classes du CP au bac professionnel accusent une augmentation en moyenne de 6,20 %. Mention spéciale pour les classes de 6e et de CP avec une hausse respective de 12,83 % et 11,41 %. La CSF rappelle également les conséquences de l’épidémie dans le quotidien des familles. Elles doivent aujourd’hui préparer le retour en classe des petits et grands alors que, pendant deux mois et demi, elles ont été contraintes d’alterner entre travail et aide aux devoirs.

L’allocation de rentrée scolaire (ARS), envoyée le 18 août à plus de trois millions de familles bénéficiaires, a certes été augmentée de 100 euros en raison de la crise du Covid. « Un geste significatif », convient l’association, qui redoute malgré tout le poids de la situation sur le budget des ménages. L’enquête montre que les besoins financiers restent supérieurs aux aides proposées. « L’ARS doit mieux correspondre aux réalités des familles et être modulée en fonction des besoins », suggère Aminata Koné. D’autant que la crise économique liée au Covid est passée par là. Sur l’ensemble des familles accompagnées par la CSF, 38,5 % ont subi une perte de salaire de 100 à 400 euros, et 44 % déclarent avoir manqué d’argent pour les produits de première nécessité.

Liste de fournitures à rallonge, activités extrascolaires et produits nécessaires à la protection contre le virus : ces dépenses s’accumulent. Elles sont les témoins d’un changement des modes de consommation des familles après le confinement. Selon la CSF, « l’augmentation du coût de la scolarité reflète la préoccupation des parents, qui souhaitent d’autant plus s’investir dans la scolarité de leurs enfants en privilégiant des fournitures de qualité ». Les enseignants, anticipant un possible retour à la maison à l’automne, auraient allongé les listes de fournitures pour que leurs élèves puissent travailler de chez eux.

Selon Charlotte Barré, chargée du secteur éducation à la CSF, « il est important que les élèves retournent à l’école, mais il faut que l’État réduise quand même le nombre d’élèves en classe ». Pour l’association, il est important de revaloriser l’ARS en fonction du niveau de scolarité de chaque élève et maintenir cette allocation jusqu’à la fin du lycée. Compte tenu de l’augmentation des listes, la CSF demande également que la TVA soit fixée à 5,5 % pour les fournitures scolaires. Pour elle, les établissements scolaires doivent assurer les outils numériques, sources d’inégalités entre élèves, en cas de reconfinement à l’automne. Décidément, cette rentrée scolaire post-confinement est un défi financier pour des millions de familles.

 

Théo Lilin

Publié le 18/08/2020

Inspection du travail. Sanctionné pour avoir trop bien mené sa tâche

 

Marie Toulgoat (site humanite.fr)

 

L’inspecteur du travail Anthony Smith a appris vendredi 14 août sa sanction. Parce qu’il a enjoint un employeur à protéger ses salariées du Covid-19, sa hiérarchie a décidé de le muter.

Il était suspendu depuis 136 jours. Sa sanction définitive lui a été notifiée vendredi dernier, à la veille de ses congés. Anthony Smith, inspecteur du travail de la Marne, a appris par un huissier de justice son déplacement d’office, sans savoir où ni quand cette condamnation prendra effet. Il sait d’ores et déjà qu’il devra quitter son département et les dossiers dont il avait la charge. Une décision « honteuse », pour les soutiens de l’inspecteur du travail. « C’est scandaleux, il n’a commis aucune faute, il n’a fait qu’accomplir son devoir de protection des salariés », dénonce Thomas Portes, président du comité de soutien d’Anthony Smith. « C’est un moment très difficile pour lui, c’est violent de voir débarquer chez soi un huissier de justice avec une telle nouvelle », poursuit-il.

Mis à pied à titre conservatoire le 15 avril, Anthony Smith a été entendu en conseil de discipline le 21 juillet. Son tort ? « Il a simplement fait son travail », assure Sophie Poulet, membre du conseil national de SUD travail. Mais le ministère du Travail, dont l’agent de contrôle dépend, ne l’a pas entendu de cette oreille. Le fonctionnaire aurait « méconnu de manière délibérée, grave et répétée les instructions de l’autorité centrale du système d’inspection du travail concernant l’action de l’inspection durant l’épidémie de Covid-19 », en exigeant à l’Aradopa, association d’aide à domicile, qu’elle protège mieux ses salariées. Alors qu’elles travaillaient au contact de populations à risques, celles-ci n’avaient ni masques FFP2, ni possibilité de maintenir une distanciation physique. Des élus du comité social et économique (CSE) ont ainsi sollicité Anthony Smith à la mi-mars. Celui-ci avait alors rappelé à l’employeur ses obligations de protection. Ses réquisitions sont pourtant restées lettre morte. L’agent de contrôle a fini par décider de mener une action en référé devant un juge, tant la situation mettait en péril la santé et la sécurité des aides à domicile.

La procédure a toutefois été stoppée net par la suspension de l’inspecteur du travail. « Il y a eu de grandes pressions, c’est la hiérarchie d’Anthony Smith qui a court-circuité son travail », fustige Thomas Portes. Contrarié par l’entêtement de l’agent de contrôle, l’employeur a en effet contacté la responsable d’unité départementale (RUD), sa supérieure. Celle-ci lui a répondu d’ignorer toutes les sollicitations d’Anthony Smith, de ne répondre ni aux courriers ni aux appels. Une collusion à peine dissimulée dont le but aurait été de dessaisir Anthony Smith du dossier, estiment ses soutiens. La RUD aurait même reçu un appel du président du département de la Marne, la pressant de prendre des sanctions contre l’agent un peu trop encombrant. « Il y a toujours eu des pressions, mais jamais de ce niveau-là. C’est une sanction politique », martèle Thomas Portes. « C’est une violation déontologique grave de la part de la hiérarchie d’Anthony Smith. C’est elle qui s’est illégalement ingérée dans cette affaire, mais elle n’a fait l’objet d’aucune enquête, d’aucune procédure, et c’est notre collègue qu’on sanctionne », abonde Sophie Poulet.

Choquante par sa démesure, la sanction contre Anthony Smith marque également un précédent inquiétant pour tous les inspecteurs du travail. Au-delà de la condamnation de leur collègue, c’est leur impartialité qui est menacée, alors que leur indépendance est consacrée par la convention n° 81 de l’Organisation internationale du travail, que la France a ratifiée en 1950. « Derrière cette attaque contre Anthony, c’est une nouvelle fois, et encore plus brutalement, l’indépendance de l’inspection du travail qui est visée », dénonce l’intersyndicale CGT-CNT-FO-FSU-SUD. Selon le comité de soutien d’Anthony Smith, environ un quart des inspecteurs du travail en France ont condamné les procédures disciplinaires à son encontre en signant une pétition.

Vendredi, à l’annonce de la sanction de leur collègue, plusieurs inspecteurs du travail ont envahi les bureaux de leur direction, expliquent les syndicats. À Bobigny (Seine-Saint-Denis), d’autres agents de contrôle ont débrayé en soutien à Anthony Smith. De nombreuses personnalités politiques comme Gérard Filoche (GDS) ou Adrien Quatennens (FI) ont publiquement dénoncé la condamnation. « Honte à vous, Madame la ministre Élisabeth Borne, de sanctionner Anthony Smith ! Qu’avez-vous à lui reprocher sinon d’avoir fait son travail d’inspecteur ? » a interpellé ce dernier sur Twitter. L’inspecteur du travail, quant à lui, devrait vraisemblablement faire appel de la décision devant le tribunal administratif.

 

Marie Toulgoat

Publié le 17/08/2020

Masques : le Haut conseil de la santé revoit sa copie

 

(site humanite.fr)

 

Le Haut Conseil de la santé met à jour ses recommandations et préconise désormais le port du masque généralisé en tout lieu public clos.  Paris et les Bouches-du-Rhône passent en zone de « circulation active du virus ».

Dans un avis publié le 14 août, le HSCP estime, qu'à la suite "d’une lettre ouverte adressée à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) par 239 scientifiques internationaux le 4 juillet 2020 proposant le reclassement du SARS-CoV-2 comme un virus à transmission aéroportée, l’OMS a demandé de prendre en considération la transmission possible du virus par aérosols et les mesures qui en résultent".

 

 

Le HCSP poursuit en écrivant que "l'étude des publications décrivant les contaminations survenues dans des espaces publics clos (restaurant, bus, bateaux de croisières, répétitions de chorales, etc.) et certains milieux professionnels (abattoirs, etc.) fait apparaitre trois conditions favorables à la transmission aéroportée du virus : les conditions de ventilation et de flux d’air, celles de l’atmosphère (basse température, humidité) ainsi que les activités et efforts physiques pratiqués au sein de ces espaces".

 

En conséquence, le Haut conseil  "recommande le port systématique par la population générale d’un masque grand public de préférence en tissu réutilisable (référencé AFNOR S76-001) dans tous les lieux clos publics et privés collectifs ainsi qu’en cas de rassemblement avec une forte densité de personnes en extérieur afin de limiter l’émission de particules respiratoires. Cette mesure est nécessaire pour protéger autrui d’une éventuelle contamination, en particulier les personnes vulnérables".

 

 

Cette mise à jour, en date du 23 juillet mais publiée seulement ce vendredi,  intervient après qu'un collectif de médecins, appelant à une "prise de conscience" urgente avant la rentrée, déplore que les protocoles de sécurité actuels pour les lieux de travail "ne prennent pas suffisamment en compte" le risque de propagation du Covid-19 par aérosols en suspension dans l'air, selon leur tribune publiée en ligne par Libération.

 

"Dans un commerce ou au travail, à La Poste ou en cours, (...) l'air circule de la même manière autour de nous, et s'il n'est pas souvent renouvelé, le virus se propage et s'accumule (...). Si la fumée d'une cigarette peut nous atteindre, alors le Sars-CoV-2 le peut tout autant", font valoir ses signataires, dont l'infectiologue Karine Lacombe, le président du syndicat de médecins libéraux UFMLS Jérôme Marty et les créateurs du collectif Stop-Postillons, qui préconise depuis des mois de renforcer le rôle du masque dans la lutte contre le coronavirus.

 

"On ne peut imposer le port de masque en extérieur dans certaines situations à risque marginal tout en le laissant optionnel dans des lieux clairement identifiés comme moteurs de cette épidémie", ajoutent-ils.

 

Selon le ministère de la santé, 49% des foyers de cas groupés enregistrés se situent "en milieu professionnel". Aussi, "il est urgent de rendre obligatoire le port du masque dans tous les espaces clos, dans tous les bureaux, dans toutes les salles de classe et amphithéâtres, et aussi d'encourager sans ambiguïté le télétravail, les cours à distance et la réorganisation de classes avec des effectifs moins nombreux, comme l'a décidé, par exemple, le gouvernement italien", réclament-ils.

Une telle mesure permettra aussi de "limiter les infections virales et les syndromes fébriles", évitant ainsi que de nombreux salariés soient mis en quarantaine pour rien en attendant les résultats de leur test de dépistage du Covid-19, font-ils valoir.

 

Ils mettent enfin en garde contre la tentation de "sous-estimer le risque de transmission dans les écoles", citant une récente prise de position de la société allemande de virologie.

Des réunions sont prévues vendredi et mardi au ministère du Travail avec les dirigeants syndicaux et patronaux pour adapter le protocole de déconfinement s'appliquant aux entreprises. Pour l'heure, le gouvernement n'envisagerait qu'un appel à la "responsabilité de chacun".

Publié le 16/08/2020

Parlons (Inter) Net

 

Merci pour ce licenciement

 

(site legrandsoir.info)

 

Depuis le bureau dont elle disposait à l’Elysée, Valerie Trierweiler, compagne du président de la République et journaliste à Paris Match a écrit un article historique contre la loi El Komri, loi d’assouplissement (sic) des procédures de licenciement. On l’a beaucoup vue dans les manifs pour protester contre le plafonnement des indemnités (et la non obligation de reclassement) en cas de licenciement abusif.

Nan, pas vrai, elle était du côté du manche, à l’époque.

Aujourd’hui, Hollande est has been, Valls en fuite à l’étranger, El Khomri confortablement recyclée dans le privée et chargée par Agnès Buzyn d’une mission truc-muche-prends-tu-l’as-bien-mérité.

Valerie Trierweiler, seulette, fragile comme un prolo sans syndicat, se dit « en état de choc et de sidération » en apprenant son licenciement « brutal » de Paris Match où elle travaillait depuis trente ans.

Tout cela serait tragique sans l’espièglerie conjointe des socialistes et des patrons : la loi El Khomri a été promulguée un mois d’août (tiens, pourquoi ?), mois également choisi pour virer Valerie Trierweiler (re-tiens, pourquoi ?).

 

Théophraste R. « Si le PS t’a offensé, ne cherche pas à te venger. Assieds-toi au bord de la rivière et bientôt tu verras passer son cadavre sur un pédalo » (D’après Lao-Tseu).

 

Publié le 15/08/2020

Crise sociale. Camaïeu siphonne ses filiales

 

Cécile Rousseau (site humanite.fr)

 

Alors que l’enseigne d’habillement est en redressement judiciaire en France, les syndicats accusent, à travers des documents, la direction d’avoir organisé la faillite de ses filiales belges, suisses et luxembourgeoises.

Un échange de mails qui a mis de l’huile sur le feu. Alors que Camaïeu, en redressement judiciaire en France, devrait connaître le nom de son repreneur le 17 août prochain, les syndicats se sont procuré un courrier électronique du PDG du groupe, Joannes Soënen, à destination de ses directeurs financiers. Daté du 12 mars dernier, son contenu est explicite : « Dans le contexte tendu et incertain que nous traversons, je vous demande de mettre en place toutes les initiatives afin que le cash remonte sur Camint (Camaïeu International) et ne reste pas sur nos filiales. Même en prévision de décaissement ultérieur. » À ce mail, le directeur financier a répondu que les instructions avaient « été données ». Dans les filiales belges, suisses et luxembourgeoises, où la procédure de redressement judiciaire a été enclenchée le 5 août, la révélation de ces lignes a fait l’effet d’une bombe.

Pour Jalil Bourhidane, secrétaire permanent du CNE pour le commerce (Belgique), pas de doute : « Tout cela a été organisé volontairement par la direction générale pour ne pas payer les licenciements. Du jour au lendemain, on s’est retrouvé sans rien, à payer les salaires avec le peu d’argent qu’on avait. Au lieu de négocier une procédure Renault (un plan social en Belgique), les employés se retrouveraient mis en faillite, sans pouvoir bénéficier de primes extralégales et avec des indemnités de licenciement limitées. Deux tiers du personnel qui a beaucoup d’ancienneté pourrait se contenter d’un plafond de 25 000 euros brut alors qu’ils auraient pu toucher plus avec un plan social. » Si aucun acheteur ne se fait connaître, 130 personnes dans 25 magasins seraient concernées par cette catastrophe sociale en Belgique, 40 personnes en Suisse et une dizaine au Luxembourg. « Le redressement judiciaire sera prononcé le 19 août, cela nous laisse très peu de temps pour trouver un repreneur, poursuit Jalil Bourhidane. Le PDG assure que nous ne sommes pas rentables alors qu’en CSE, il disait le contraire… Comme en France, il veut que la collectivité mette la main à la poche. Or, la maison mère avait assez de cash pour payer des plans sociaux dans ces pays. »

Les élus du personnel français, belges et luxembourgeois de Camaïeu se sont fendus d’un communiqué commun affirmant n’avoir plus aucune confiance en Joannes Soënen. « Pour lui, c’est clairement un moyen de liquider ces filiales dont il ne veut plus », estime David Angel, en charge du commerce au syndicat OGBL (Luxembourg). L’indignation est donc à son paroxysme. « C’est scandaleux, poursuit Élodie Ferrier, secrétaire fédérale à la CGT commerce, où est parti cet argent ? Une enquête devra déterminer pourquoi ils ont fait ça. Toutes ces magouilles posent question. »

Des soupçons d’autant plus inquiétants que l’actuel dirigeant a déposé, en France, une offre de reprise pour sa propre société, s’engouffrant dans la brèche ouverte par l’ordonnance du 20 mai 2020 qui facilite la possibilité de racheter son entreprise. Mais une majorité de salariés a déjà marqué une préférence pour la proposition concurrente de la Financière immobilière bordelaise (FIB) qui permettrait de sauver plus d’emplois, soit 2 659 sur un total de 3 146. « Il n’imaginait pas qu’il y aurait un autre repreneur à côté de lui. Ça fait 31 ans que je suis chez Camaïeu, je n’ai jamais vu des pratiques comme ça. S’il ne sait pas gérer, qu’il s’en aille, tranche Nordine Misraoui, secrétaire CFDT du CSE. J’espère que les juges prendront tout ça en compte au moment de leur décision. » Un ex-directeur financier de l’enseigne ayant quitté le navire il y a un an enfonce le clou : « Le Covid a bon dos, cela fait des années que l’entreprise est mal gérée. Ils n’ont pas eu le courage de faire les choses correctement, ils ont juste voulu restructurer sans s’acquitter de leurs dettes. Avant cette ordonnance, reprendre sa société était quelque chose d’exceptionnel », rappelle-t-il. Quant à la possible mise en faillite organisée des filiales, il juge ce procédé « choquant » : « Si tout cela se confirme, c’est plutôt grave. Je n’aurais jamais laissé faire ça ! »

Le syndicat belge CNE a donc saisi un mandataire juridique pour faire toute la lumière sur cette histoire. Deux options s’offrent aux salariés belges, suisses et luxembourgeois. Soit le juge stoppe la procédure et mène l’enquête. Soit la faillite est déclarée et l’investigation pour faillite frauduleuse se déroule en parallèle. De son côté, le PDG a réfuté ces accusations dans le journal outre-Quiévrain la Libre. Contactée par l’Humanité, personne n’était en mesure de nous répondre hier chez Camaïeu. Les représentants du personnel, eux, pensent déjà aux futures mobilisations dans les semaines à venir.

 

Cécile Rousseau

Publié le 14/08/2020

A Cognac, Verallia licencie sous la dictée de la finance

 

Par Manuel Jardinaud (site meddiapart.fr)

 

Dans l’usine de fabrication de bouteilles du leader français, les salariés se mobilisent contre la fermeture d’un des trois fours. L’ex-filiale de Saint-Gobain, aux mains d’un fonds d’investissement, a distribué 100 millions d’euros de dividendes en juin.

Cognac (Charente).– En arrivant à Cognac (Charente) par le train, trois grandes cheminées rouge et blanche s’imposent tout de suite. Ce sont celles des fours de l’usine Verallia, ex-filiale emballage de Saint-Gobain, qui fournit les deux tiers du marché français des bouteilles de vin. Dominant les vignes, elles font partie du paysage depuis 1963.

Au milieu du mois d’août, alors que la ville somnole sous la canicule, la colère des salariés de cette usine est pour le moment encore froide. Ouvriers, élus du personnel et syndicalistes de Verallia – dont certains ont annulé leurs vacances – décortiquent, réfléchissent et tentent de riposter à la mauvaise nouvelle officiellement intitulée « projet de transformation » : l’entreprise, aux mains du fonds d’investissement Apollo, a annoncé le 12 juin la fermeture de l’un des trois fours de l’usine charentaise et la réduction de ses effectifs en France. La direction annonce 130 « départs » dont 80 à Cognac.

Pour la CGT, majoritaire dans l’entreprise, le compte est faux. Selon le syndicat, qui se mobilise depuis l’annonce de la restructuration, ce sont en fait 221 personnes qui sont susceptibles de quitter l’entreprise, dont 126 à Cognac. De fait, pour tenir les engagements de la direction, il faut que la totalité des reclassements internes puisse se faire. Difficile avec des métiers très spécifiques, en particulier au « bout chaud », jargon qui désigne la production aux fours.

Loïc, qui y travaille, dénonce « la brutalité » de l’annonce. Dans le local syndical surchauffé, alors que les camions vont et viennent aux portes de l’usine, une dizaine de salariés racontent leur incompréhension. D’autant qu’une négociation sur « un accord de transformation » était engagée depuis le début de l’année et devait initialement aboutir fin juillet. Le management en a décidé autrement et a précipité un plan social qui n’en porte pas le nom au prétexte de la crise sanitaire. Le Covid permet de justifier une histoire mille fois vue dans d’autres entreprises rachetées par des fonds (lire ici, ici ou là).

Car lors de l’assemblée générale le 10 juin, deux jours avant l’annonce du plan, quasiment tous les voyants étaient au vert, selon la direction. Dans le document transmis aux actionnaires et aux administrateurs, un passage attire l’attention. Il est écrit : « La demande d’emballage en verre est en croissance. Le métier de l’emballage en verre est très rentable. L’activité [...] génère une trésorerie importante. » De fait, avant impôts, le groupe affiche une marge brute de 23,8 %. Des marges presque dignes de celles du monde du luxe, à faire pâlir de nombreuses entreprises industrielles.

À cette date, les résultats du premier trimestre 2020 – les seuls connus au moment de l’assemblée générale – demeurent encourageants. Verallia annonce fièrement dans un communiqué un « bon début d’année peu impacté par l’épidémie du COVID-19 » avec une légère baisse du chiffres d’affaires (– 4,1 %) et une quasi-stabilité de la marge brute. D’ailleurs, la stratégie votée par les actionnaires ne mentionne à aucun moment un quelconque ajustement des effectifs.

Pourtant, le lendemain, le 11 juin, un conseil d’administration extraordinaire se réunit à huis clos. Sans en avoir préalablement discuté avec les syndicats, il acte le plan social. La veille, il avait pourtant fait voter la distribution de 100 millions d’euros de dividendes, dont 7,5 versés à la seule BPI France, actionnaire historique du groupe, censée être le bras armé de l’État pour sauver les industries. Interrogée par Mediapart, la BPI refuse de confirmer l’accord de son administrateur en faveur des licenciements, au prétexte que « les débats et décisions en CA sont par nature confidentiels ».

Au nom de son administrateur Sébastien Moynot, « indisponible » pour cause de congés, le service de communication BPI France justifie d’accepter le versement de ce dividende (en actions la concernant) car c’est « un engagement pris au moment de l’IPO [introduction en bourse – ndlr] en octobre 2019 ». Comme si ce contrat initial ne pouvait évoluer en fonction de la conjoncture et au profit d’investissements industriels pour sauver l’emploi local.

Le calendrier et l’opacité de la décision, alors que les indicateurs économiques et financiers sont positifs, indignent les personnels rencontrés par Mediapart. D’autant que, concernant le site de Cognac, « sur la rentabilité, on ne peut avoir de chiffres. On connaît le coût par tonne produite, mais on ne nous dit pas combien ça rapporte », explique Renaud, élu du personnel qui évolue au « bout froid ». Chaque demande d’information sur cet indicateur a été refusée par la direction.

Autour de la table du local CGT, on essaie d’argumenter, de ne pas passer pour les empêcheurs de produire mieux. Un document de 13 pages a déjà été rédigé avec des contre-propositions. L’une d’elles est simple : pourquoi ne pas utiliser le dispositif d’activité partielle prolongé par le gouvernement afin de préserver les compétences et l’emploi ?

La colère se lit sur les visages. Pour eux, une fois connus les chiffres du deuxième trimestre, la vérité est claire : il faut, avec ce plan social, couvrir la chute du chiffre d’affaires enregistrée au deuxième trimestre (– 7,9 % des ventes) au plus vite pour garantir la rentabilité financière – qui a été malgré tout préservée au deuxième trimestre – et rassurer les actionnaires. « C’est une fermeture de four boursière », résume Michel, qui travaille à la confection des moules. Ces camarades acquiescent.

Verallia se défend de ces accusations. L’entreprise, questionnée par Mediapart, insiste sur « une baisse organique du chiffre d’affaires de 5,4 %, les impacts de la crise du Covid-19 se faisant pleinement sentir » au cours du premier semestre. Sauf que la décision de couper dans les effectifs a été prise au cœur de la crise, en juin, sans en connaître réellement « l’impact » à l’époque.

La direction, par la voix de son agence de communication, met aussi en avant les nouvelles taxes douanières américaines et un effet négatif du Brexit fin 2019, lesquels n’avaient pourtant pas profondément bouleversé les équilibres économiques et financiers de Verallia selon ses comptes de 2019. Le dividende prévu a été ainsi maintenu.

Face à cette distorsion des dates et des chiffres, Dominique Spinali, délégué syndical CGT Central, dit sa défiance envers la direction. En outre, « il y a un refus de négocier un accord de méthode. On passe par une procédure d’information-consultation avec une commission qui doit rendre un avis le 22 septembre ». Ce mécanisme, issu des ordonnances dites Pénicaud, réforme macronienne originelle, évite à un employeur de passer par une négociation, et se contente d’un simple avis du comité social et économique. La fameuse « libération des énergies » des entreprises pour mieux préserver l’emploi comme cela était argumenté rue de Grenelle pour justifier ce dialogue social allégé…

Publié le 13/08/2020

Faillite d’Alinea : la famille Mulliez en profite pour sauver ses meubles

Par Franck Bouaziz  (site libration.fr)

 

La défaillance du marchand de meubles entraînera la suppression de 1000 emplois. Les actionnaires, eux, limitent leurs pertes grâce à un astucieux montage immobilier.

C’est l’un des plus importants dépôts de bilan de France. Le distributeur de meubles Alinea, 26 magasins et 1 974 salariés, a pris le chemin du tribunal de commerce de Marseille, le 13 mai, au lendemain du déconfinement. L’enseigne se dit alors victime de la crise sanitaire, des grèves liées à la reforme des retraites et des manifestations des gilets jaunes. Un diagnostic contesté par les experts du cabinet Advance Capital, qui se sont penchés sur les comptes d’Alinea à la demande de la justice. Pour eux, les difficultés de l’entreprise, qui enchaîne les pertes depuis 2018, remontent réellement au début de cette année-là.

Le 31 août, l’entreprise sera fixée sur son sort à l’issue d’une audience devant le tribunal de commerce. Le suspense n’est toutefois pas très grand. Il n’existe, à ce jour, qu’une seule offre de reprise d’Alinea, formellement déposée jeudi. Elle prévoit seulement la reprise de neuf magasins, la fermeture de dix-sept autres et le licenciement de 1 000 salariés. Les repreneurs ne sont autres que les actuels propriétaires d’Alinea : Alexis Mulliez et ses cousins, cousines, oncles et tantes, issue de la famille nordiste qui a créé et possède Auchan, la sixième plus riche de France (26 milliards d’euros de patrimoine) selon le magazine Challenges.

Assouplissement

Comment les propriétaires d’une entreprise peuvent-ils la racheter après l’avoir déclarée en cessation de paiement ? Jusqu’à présent, cette possibilité, rare, devait être approuvée par le procureur (et donc le ministère de la Justice) qui siège au tribunal de commerce. Mais depuis quelques semaines, un sérieux assouplissement a été apporté à cette règle. Un décret, paru le 20 mai et passé relativement inaperçu, permet au propriétaire d’une entreprise de la reprendre après un dépôt de bilan. Sans aucune autorisation préalable. La mesure a été adoptée par le gouvernement dans le but de limiter la casse économique et sociale post-Covid. A la rentrée, bon nombre de sociétés, petites ou grandes, pourraient en effet se retrouver en situation de faillite et sans candidats au rachat.

L’idée, a priori salutaire, est loin d’être dénuée d’effets pervers. «Ça risque de donner des idées à quelques entrepreneurs pas forcément animés des meilleures intentions», glisse un administrateur judiciaire habitué des gros dépôts de bilan. Le risque est que les actionnaires d’une entreprise soient tentés, en cas de difficultés déjà anciennes, de déposer le bilan. Puis, de profiter de ce nouveau décret pour racheter leur boîte. Entre-temps, ils auront effacé leurs dettes auprès des fournisseurs ou de l’Etat et des organismes sociaux. La direction d’Alinea dément tout effet d’aubaine et met en avant son intention de «repositionner la marque et de la relancer».

Consulté par Libération, le rapport, confidentiel, des experts financiers mandaté par le tribunal de commerce pour examiner la situation d’Alinea comporte cependant des informations troublantes. Une opération immobilière a ainsi été réalisée le 17 novembre 2017. La direction de l’entreprise décide alors de transférer la propriété des murs de neuf de ses 26 magasins à une nouvelle entité dénommée Aline Immo. Au total, il y en a, selon la société, pour 150 millions d’euros. La transaction a un double effet négatif pour l’entreprise : Alinea s’appauvrit du montant de la valeur des murs de ses magasins et est désormais contrainte de payer des loyers à hauteur de 13 millions d’euros par an.

 

Les experts financiers ne sont pas tendres avec ce «transfert». «Si Alinea avait conservé l’immobilier, écrivent-ils, l’entreprise aurait pu bénéficier de garanties liées à ce patrimoine pour avoir recours à des financements externes ou bien céder une partie de ses biens.» En clair, Alinea s’est privé d’une belle ressource en cas de coup dur.

Décote

Le même document évalue le coût du plan de licenciements des 1 000 salariés à 21,9 millions d’euros. Cette somme pourrait être payée par l’Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés (AGS). Cet organisme collectif intervient dès lors qu’une entreprise est en cessation de paiement et ne peut honorer ses obligations à l’égard des salariés. En déposant le bilan et en rachetant ensuite une partie de l’entreprise, les dirigeants d’Alinea feraient financer les départs par la collectivité. Il est prévu qu’ils remboursent l’AGS avec la vente des stocks de meubles des magasins qui vont fermer. Mais ces fameux stocks sont souvent vendus avec une décote de 40 %. Pas sûr qu’ils rapportent suffisamment pour rembourser près de 22 millions d’euros.

Le même procédé de dépôt de bilan-rachat pourrait être mis en œuvre dans quelques jours à l’autre bout de la France. Plusieurs fonds d’investissement propriétaires de l’enseigne de vêtements Camaïeu ont déposé le bilan de cette entreprise et sont aujourd’hui les candidats les plus sérieux à son rachat. La décision du tribunal de commerce de Lille sur ce dossier sera rendue le 17 août.

Franck Bouaziz

 

Publié le 12/08/2020

« Mohamed avait la trace de deux genoux sur son cou »

 

Entretien par Loïc Le Clerc (site regardds.fr)

 

Le 8 avril dernier, Mohamed Gabsi est interpellé à Béziers pour non-respect du couvre-feu par trois policiers municipaux. Il finira mort au commissariat. Étouffé. Il avait 34 ans et était père de trois enfants.

Nicole Klementik est membre du collectif Justice pour Mohamed, d’Ensemble et de VISA 34.

Regards. Pouvez-vous nous raconter les circonstances de la mort de Mohamed ?

Nicole Klementik. Pendant le confinement, Mohamed avait bien son attestation lorsqu’il est sorti vers 22h, mais nous avions en plus un couvre-feu. L’arrestation a été très musclée. Beaucoup de témoignages concordent en ce sens. Il hurlait parce qu’il avait déjà eu des problèmes avec la police – un arrêt cardiaque lors d’une arrestation – et avait peur. Ils s’y sont mis à tous les trois pour le menotter et le mettre dans la voiture à plat-ventre. Ils s’y sont repris à trois fois pour fermer la porte, alors que sa tête dépassait. Un policier est monté derrière pour le maintenir. Mohamed avait la trace de deux genoux sur son cou. Il est mort d’une rupture de la corne thyroïdienne. Deux autopsies confirment cela. Les policiers ont mis neuf minutes pour arriver au commissariat. De là où ils partaient, si vous mettez trois minutes, c’est déjà le bout du monde. Surtout à cette heure-là. Quand Mohamed est arrivé au commissariat, il était bleu, il bavait. Trois policiers nationaux, qui témoignent dans l’affaire, ont appelé immédiatement les pompiers, mais ils n’ont pas réussi à le réanimer. Pour revenir au début de la soirée, Mohamed, sa femme et leurs trois enfants avaient eu un problème de dégâts des eaux à leur domicile. Ils étaient allés chez la mère de sa compagne, mais l’appartement était trop petit pour que tous y dorment, donc Mohamed partait dormir chez un copain. C’est comme ça qu’il se retrouve dehors pendant le couvre-feu. La famille a été prévenu le lendemain de son décès. Ils ont été complètement effondrés.

C’est quelqu’un qui avait entendu parler de l’histoire qui en a parlé à La Cimade. Ce sont eux qui sont entrés en contact avec la famille. Ils se sont dit qu’il y avait quelque chose de louche et qu’il ne fallait pas laisser la famille seule – même si elle avait déjà pris un avocat. La première réunion de Justice pour Mohamed s’est tenu le 9 juin. Pour la famille, le déclic a eu lieu avec l’affaire George Floyd et l’ampleur que prenait le mouvement pour Adama Traoré.

Quelles difficultés rencontrez-vous dans cette lutte pour la justice ?

Tout de suite après la mort de Mohamed, il y a eu des articles de presse le diffamant, notamment en le faisant passer pour un SDF, comme si c’était une raison pour le tuer. Robert Ménard [le maire d’extrême droite de Béziers, NDLR] a embrayé dessus en disant que Mohamed avait absorbé une dose létale de cocaïne – il était cocaïnomane et se faisait soigner pour ça –, ce qui est totalement faux. Depuis qu’il est maire, c’est très tendu entre la police et la population. Mohamed n’est pas le premier... Au niveau du collectif, nous n’avons pas eu de problème. La marche blanche ou les rassemblements que nous organisons ont tous été autorisés. Par contre, Houda, la grande sœur de Mohamed, a des problèmes avec la police municipale maintenant. Quand les policiers la croisent, ils lui lancent des regards droit dans les yeux, des sourires narquois, des chuchotements. Ce qui ne lui était jamais arrivé avant.

Où en est l’enquête ? Les policiers ont-ils été suspendus ou, pour le moins, entendus ?

Il y a une plainte contre les trois policiers qui ont interpellé Mohamed. L’avocat a enfin eu accès au dossier et à la dernière autopsie. À la dernière réunion du collectif, il était complètement retourné, les larmes aux yeux, disant qu’il n’avait jamais vu une telle violence et qu’il fallait qu’on se prépare à cela. Il nous a aussi dit que la justice et la police faisaient leur travail, qu’ils ont un dossier très épais et qu’ils n’avaient pas l’intention d’enterrer l’affaire. Il y a de nombreux témoignages concordant, dont ceux de la police nationale. La seule personne qui témoigne en faveur des policiers municipaux, c’est un témoin de dernière minute, qui était en garde à vue au commissariat au moment où Mohamed est arrivé. Pour l’heure, les trois policiers n’ont pas été entendus ni suspendus. On sait que cela peut prendre des années.

Quelles mobilisations à venir ?

Tous les 8 du mois nous organisons un rassemblement. Le prochain aura lieu samedi 8 août, place Garibaldi à Béziers, à 18h.

 

Propos recueillis par Loïc Le Clerc

Publié le 11/08/2020

Austérité. Des fonctionnaires territoriaux licenciés sans indemnités

 

Cécile Rousseau (site humanite.fr)

 

La loi dite de transformation de la fonction publique donne désormais la possibilité de débarquer les agents sans poste fixe depuis dix ans. Une mesure injuste qui ouvre une nouvelle brèche pour tailler dans les effectifs.

C’est l’acte I du dynamitage de la fonction publique. Ce 7 août, quatre premiers agents ont été licenciés sans commettre aucune faute. Leur tort ? Avoir passé dix ans sans poste attribué. Carolle, ingénieure en chef dans le domaine de l’environnement, âgée de 59 ans, fait partie des premières victimes de cette disposition incluse dans la loi dite de transformation de la fonction publique du 6 août 2019, modifiant l’article 97 du statut de la fonction publique. Elle ne réalise toujours pas. « Je ne pensais pas que cela s’appliquerait de manière rétroactive, explique la fonctionnaire de catégorie A +. Je le vis très mal. Personne n’a tenu compte de la période de Covid-19, ni des municipales, nous avons été virés alors que les collectivités étaient en train de se renouveler, c’est une injustice totale ! On a voulu faire de nous des trophées, on s’est précipité. »

Privée de poste depuis 2008, prise en charge par le Centre national de la fonction publique territoriale, le CNFPT, Carolle n’a cessé de chercher un emploi fixe dans les collectivités. Elle a accumulé trois ans de mission et a passé un master en psychologie des organisations, ce qui n’a pas même été pris en compte au moment de la mettre dehors. « Je suis une victime émissaire non consentante, soupire-t-elle. Je suis licenciée avec zéro indemnité, cela ne se passerait jamais comme ça dans le privé ! Les fonctionnaires vont être incités à ne plus rien refuser. C’est un déni de démocratie. »

La séparation du grade et de l’emploi, au fondement des dispositions statutaires de la fonction publique depuis 1984, a ici volé en éclats. « Pour la première fois, la perte du poste peut entraîner celle du grade et du statut de fonctionnaire, précise Jean-Michel Delaye, secrétaire général de la CGT au CNFPT. Il faut bien comprendre que tout le monde est concerné : des cadres pris en charge au CNFPT – ils sont 70 actuellement –, mais aussi les catégories A, B et C rattachées aux centres de gestion dans les départements. Cette situation peut arriver à n’importe quel agent. La loi prévoit aussi que les personnes dans cette situation perdent 10 % de leur rémunération par an. En plus de la dégressivité des traitements, au bout de dix ans, c’est donc le licenciement automatique ! »

Nombre d’agents risquent ainsi de se retrouver pris en étau. D’un côté, dans les collectivités étranglées par les coupes budgétaires, certains voient leur poste disparaître et peinent à en trouver un autre, mis en concurrence avec des fonctionnaires plus jeunes et moins bien payés. De l’autre, le spectre de l’objectif de réduction de 120 000 postes, dont 70 000 dans la fonction publique territoriale, promis par Emmanuel Macron d’ici 2022 plane toujours. Car cette brèche ouverte n’est pas la seule menace contenue dans cette loi explosive pour l’avenir des 5 millions d’agents de la fonction publique, dont 1,8 million de fonctionnaires territoriaux. Les décrets d’application de la loi du 6 août 2019, publiés en juin dernier, rendent également possibles les détachements d’office des agents sur un CDI lors du transfert d’un service public au secteur privé, comme la gestion de l’eau par exemple, entraînant de fait la perte du statut. Avec ce texte, les ruptures conventionnelles font aussi une entrée fracassante dans la fonction publique. Autant de moyens de faire chuter le nombre de fonctionnaires à peu de frais.

« Cette loi concentre les dispositions pour réaliser le plan social que projette le gouvernement, résume Jean-Michel Delaye. La modification de l’article 97 est aussi une manière de pousser les agents à se reclasser à des postes pour lesquels ils n’ont pas les compétences. Si on est professeur de violon, par exemple, c’est dur de faire autre chose ! Mais également de les contraindre à accepter des baisses de leur rémunération ou encore une mobilité géographique. » Dans un courrier, la CGT et FO redoutent que le Centre national de la fonction publique territoriale ne devienne « une machine à licencier » et exigent l’annulation de ces quatre premières décisions, préludes à des destructions encore plus massives dans la fonction publique.

 

Cécile Rousseau

Publié le 10/08/2020

Des insecticides autorisés à revenir dans les champs de betteraves

 

Par Amélie Poinssot (site mediapart.fr)

 

Ils avaient pourtant été interdits en septembre 2018. Les néonicotinoïdes, catégorie d’insecticides particulièrement néfaste, pourraient faire leur retour dans la culture de betterave. C’est en tout cas la promesse faite par le ministère de l’agriculture pour contrer les attaques massives de pucerons. Les producteurs de maïs se sont aussitôt engouffrés dans la brèche.

Le ton est donné. Le premier signal envoyé par le nouveau ministre de l’agriculture est un cadeau pour l’agro-industrie, un recul pour la biodiversité. Jeudi 6 août, Julien Denormandie a répondu à l’appel du lobby des producteurs de betteraves qui l’alertait, depuis sa nomination, sur les attaques massives de pucerons verts dans les champs de betteraves sucrières. Les bestioles en question véhiculent le virus de la jaunisse, particulièrement virulent cette année et qui est en train de provoquer, avec la sécheresse, une chute des rendements.

La Confédération générale des producteurs de betterave (CGB), organisation étroitement liée au syndicat majoritaire du monde agricole, la FNSEA, avait averti le nouveau ministre dès sa nomination, début juillet, que les prévisions de récolte pour cet été atteignaient leur plus bas niveau depuis une quinzaine d’années. « Dans les régions les plus touchées (Centre-Val de Loire, Île-de-France), les pertes de récolte atteignent déjà 30 % », écrivait-elle dans son communiqué du 8 juillet.

Pour faire face à l’invasion des pucerons verts, les alternatives aux néonicotinoïdes – catégorie d’insecticides interdits en France depuis 2018 – se sont révélées inefficaces, estimait-elle, et la France va produire « 600 000 à 800 000 tonnes de sucres en moins cette année ».

À peine un mois plus tard, bingo ! Le ministère a annoncé ce jeudi « un plan d’action pour sécuriser les plantations, l’approvisionnement des sucreries et donc le maintien d’une filière sucrière forte et compétitive en France ». Au cœur de ce programme : la levée prochaine de l’interdiction des néonicotinoïdes malgré leur impact néfaste sur la population d’abeilles et l’environnement en général, sur lequel convergent de nombreuses études scientifiques. Julien Denormandie a promis une « modification législative » à l’automne afin de déroger à cette interdiction dès 2021, ainsi que les deux années suivantes « tout au plus ».

L’annonce a vivement secoué dans les milieux écolos, tout comme les associations en lutte contre l’utilisation des pesticides : la décision va précisément à l’inverse de la politique de transition agroécologique qui se met laborieusement en place depuis quelques années. Depuis 2008 et le Grenelle de l’environnement, différents gouvernements ont lancé des plans « Ecophyto » dont l’objectif est de diminuer de moitié la consommation de produits phytosanitaires en France d’ici à 2025 ; en 2013, la commission européenne déclarait un moratoire sur l’usage de trois néonicotinoïdes dans les cultures de colza, tournesol et de maïs (la décision doit être ré-évaluée sous peu) ; et le 1er septembre 2018, la France interdisait jusqu’à cinq néonicotinoïdes.

Paris semblait alors prendre le leadership dans une Europe lente à évoluer sur le sujet. « La France se positionne plus que jamais en pointe sur l’interdiction des produits phytopharmaceutiques dangereux pour les pollinisateurs », écrivait même à ce moment-là le ministre de l’agriculture…

Pas de quoi se vanter aujourd’hui. Pour François Veillerette, directeur de l’association Générations futures, la décision de Denormandie est un retour en arrière face à « un coup de pression des syndicats agricoles », selon des propos recueillis par France Info. L’avocate Corinne Lepage – qui défend entre autres les maires ayant pris des arrêtés anti-pesticides – a dénoncé quant à elle sur Twitter « une faute sanitaire et une faute politique ».

Car les néonicotinoïdes ont des effets dévastateurs sur l’environnement. Ils font des dégâts bien au-delà de leur population cible, les larves et les insectes, et les pucerons et les chenilles en particulier. Famille d’insecticides composée de sept molécules dérivées de la nicotine introduites dans l’agriculture française au mitan des années 1990, les néonicotinoïdes sont à l’origine d’une forte mortalité des abeilles observée par d’innombrables travaux scientifiques depuis une vingtaine d’années (et que raconte, entre autres, Stéphane Foucart dans son livre, Et le monde devint silencieux, paru l’an dernier aux Éditions du Seuil). D’après l’UNAF, l’Union nationale de l’apiculture française, 300 000 ruches meurent chaque année à cause de ces molécules qui attaquent le système nerveux des insectes, et la production de miel de l’Hexagone a été divisée par deux en vingt ans.

Utilisés sous la forme de semences enrobées (et non sous forme de pulvérisation par voie aérienne), les néonicotinoïdes sont des produits que l’on dit « systémiques » : ils infusent la plante tout au long de sa croissance. Ils ne sont donc pas seulement dangereux au moment de la floraison lorsque les abeilles butinent, mais ils le sont aussi au moment des semis et pendant la guttation, c’est-à-dire quand la plante transpire. Ils peuvent donc être avalés sous la forme de graine par des oiseaux, ingérés par des insectes se promenant sur la tige de la plante, absorbés par le sol ou des écoulements d’eaux et contaminer ainsi d’autres espèces sauvages… Bref, c’est toute la biodiversité autour de la plante traitée qui est affectée.

En 2015, une étude du Commissariat général au développement durable relevait la présence d’un néonicotinoïde (l’imidaclopride) parmi les 15 pesticides les plus détectés dans les cours d’eau français. Deux ans plus tard, Greenpeace listait dans un rapport les types d’organismes affectés par les néonicotinoïdes, confirmant que la présence des molécules persiste dans l’environnement, bien au-delà de la culture concernée et bien après le traitement.

Face à ces conséquences qu’il ne peut ignorer, le ministre de l’agriculture assure dans son communiqué qu’« il n’existe pas aujourd’hui d’alternative pour protéger la betterave des pucerons et de la jaunisse ». Il en existe pourtant : toute la filière bio repose précisément sur l’absence de pesticides… Il existe également des variétés de betteraves résistantes au virus de la jaunisse.

D’autres méthodes peuvent par ailleurs limiter l’action de ces insectes considérés comme nuisibles : rotation des cultures sur les parcelles, lutte biologique (c’est-à-dire laisser une espèce prospérer pour lutter contre une autre), protection des végétaux (filets anti-insectes, couche protectrice avec de l’argile ou de l’huile de paraffine)…

Enfin, si l’on reste dans le cadre de l’intervention chimique, il y a un autre produit sur le marché, lequel se dégrade beaucoup plus facilement que les néonicotinoïdes et semble moins néfaste pour l’environnement. Il s’agit du pyréthrinoïde, et son efficacité pour lutter contre les pucerons verts est équivalente si l’on en croit un avis de l’ANSES datant de mai 2018 [Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail ; voir notamment le tableau p. 67 – ndlr].

Les représentants de l’agro-industrie ne sont pas prêts, toutefois, à prendre le chemin de ces méthodes alternatives. L’annonce gouvernementale leur a plutôt donné des ailes pour tenter de restaurer l’ancien système. Vendredi, l’AGPM, l’Association générale des producteurs de maïs, a ainsi demandé à son tour une dérogation pour pouvoir ré-utiliser les insecticides interdits. Son problème ? Les mouches. En 2016, écrit l’organisation, « de violentes attaques de mouches » avaient occasionné d’énormes dégâts sur « plus de 40 % des surfaces bretonnes avec des parcelles totalement dévastées ». Aujourd’hui, « la maïsiculture est en situation d’impasse totale pour lutter contre les mouches » en l’absence des néonicotinoïdes.

La maïsiculture est surtout inquiète pour son avenir. Avec la sécheresse actuelle, cette filière extrêmement consommatrice d’eau et principalement destinée à l’alimentation animale est sous le feu des critiques. Difficile de croire que la réintroduction d’un produit chimique apportera la solution face à la crise d’un modèle de production.

Publié le 09/08/2020

Liban. La catastrophe de trop pour un pays à genoux

La destruction de la moitié de Beyrouth par l’explosion de 2 700 tonnes de nitrate d’ammonium est intervenue dans le contexte d’une crise à multiples facettes.

 

Beyrouth (Liban), correspondance. (site humanite.fr)

 

«On achève un blessé pour mettre un terme à sa douleur. La tragédie qui nous a frappés est venue prolonger nos souffrances. » Fouad passe sa main dans sa barbe blanche avant de lâcher un soupir. Comme des milliers d’autres Libanais, cet ébéniste de 60 ans a perdu le labeur de sa vie en quelques secondes, mardi en fin d’après-midi. Son atelier a été soufflé par la puissante double explosion qui a détruit près de la moitié de Beyrouth, faisant au moins 137 morts. Cinq mille personnes ont été blessées et des dizaines d’autres sont portées disparues.

Cette tragédie a frappé un pays plongé depuis l’automne dernier dans la pire crise économique et financière de son histoire. Le système est arrivé à bout de souffle en octobre et la première manifestation de la crise a été le rationnement par les banques des retraits en devises fortes. Comme une boule de neige, la crise s’est amplifiée au fil des semaines. À la pénurie de dollars, due au surendettement de l’État et aux ingénieries financières douteuses du controversé gouverneur de la banque centrale, Riad Salamé, ont succédé des licenciements massifs, des faillites à la chaîne puis une dépréciation de la livre libanaise, qui a perdu 90 % de sa valeur face au dollar, entraînant une envolée des prix.

Cet effondrement était prévisible, compte tenu des choix économiques pris il y a trois décennies, qui ont encouragé l’économie de rente au détriment des secteurs productifs. En 2019, le Liban ne produisait presque plus rien. Il importait plus de 80 % de ses besoins, soit 17 milliards de dollars par an, et n’exportait que pour 2,6 milliards. Tous les indicateurs économiques étaient dans le rouge. Le budget de l’État, la balance commerciale, la balance des paiements… tous les chiffres étaient déficitaires.

Les difficultés économiques ont provoqué la colère de la population. Une décision de l’ancien gouvernement dirigé par Saad Hariri d’imposer une taxe supplémentaire a déclenché un vaste mouvement de contestation qui se poursuit depuis l’automne, sans vraiment parvenir à se structurer pour se transformer en force de changement. Pendant des semaines, les manifestants n’ont pas quitté la rue, fustigeant une classe politique accusée de corruption, d’incurie et d’irresponsabilité.

La classe politique entrave toute volonté de réforme

La pandémie du coronavirus a aggravé la situation, accélérant le processus de déliquescence à tous les niveaux. Des centaines d’entreprises ont déposé leur bilan, des dizaines de milliers de personnes ont perdu leur emploi, les banques ont pris en otage les dépôts des épargnants, qui ne peuvent retirer de l’argent, le leur, qu’au compte-gouttes. Depuis le début de l’année, plus de la moitié de la population a basculé dans la pauvreté et la classe moyenne a fondu. « Mon mode de vie a changé si vite que je peine à m’adapter à mes nouvelles conditions », se plaint Wahid, la trentaine, récemment licencié d’une start-up. Le changement des conditions de vie, certains ne l’ont pas supporté et ont cessé de se battre, mettant fin à leurs jours. La vague de suicides a ému tous les Libanais. D’autres sont prêts à tout pour quitter le pays et aller refaire leur vie ailleurs.

La classe politique, attachée à ses privilèges, et le système confessionnel libanais entravent toute volonté de réforme. Le nouveau premier ministre, Hassane Diab, l’a compris, peut-être un peu tard. Son gouvernement, composé de technocrates, est miné par des contradictions internes et paralysé par les surenchères de ses adversaires. Les pressions américaines, sous le prétexte de lutter contre le financement du Hezbollah, considéré comme une organisation terroriste, ont dissuadé les investisseurs institutionnels ou particuliers, voire les Libanais de la diaspora, de placer leur argent au Liban. Résultat : devenu presque aussi rare qu’un merle blanc, le dollar s’échange au marché noir à plus de 8 000 livres, alors que le taux officiel est de 1 500 livres et celui des banques 4 000 livres. L’effondrement de la monnaie nationale a naturellement conduit à une fonte du pouvoir d’achat de la population.

C’est dans ce contexte que le Liban a été frappé par la catastrophe du 4 août. Le port de Beyrouth, qui a une fonction régionale, est l’infrastructure économique la plus précieuse du pays. Des dizaines de millions de dollars ont été investis et dépensés ces dernières années pour l’agrandir et le moderniser. Il n’en reste plus qu’un tas de ruines.

L’armée libanaise et le Haut Comité de secours ont été chargés de faire le terrible bilan humain et, bien sûr, matériel. Économistes et experts avancent des chiffres allant de 5 à 20 milliards de dollars. Le gouvernement, qui raclait déjà les fonds de tiroir pour financer les importations des denrées de base, n’a certainement pas les moyens de reconstruire ni son port, ni les milliers de logements partis en fumée. Le plus grave est que, dans quelques semaines, il aura des difficultés à nourrir sa population après la destruction des silos du port, où était stockée la réserve stratégique. « Le Liban est un État failli », avait déclaré l’ancien ministre des Affaires étrangères Nassif Hitti, le jour de sa démission, le 6 août, à la veille du désastre. Aujourd’hui, le Liban est un pays à genoux.

 

Paul Khalifeh

Publié le 08/08/2020

Mobilisation. À Mayotte, les grévistes de Jumbo victimes d’une violente répression

 

Cécile Rousseau (site humanite.fr)

 

En lutte depuis le 20 juillet dernier, les employés de la grande surface mahoraise exigent une hausse de salaire conséquente à laquelle la direction oppose pour l’heure mépris et méthodes d’intimidation.

Situation explosive au magasin Jumbo de Mamoudzou (Mayotte). Depuis l’échec des négociations annuelles obligatoires (NAO) le 20 juillet dernier, 200 salariés, soit une majorité du personnel de la grande surface, tiennent le cap de la grève pour exiger une revalorisation de leur salaire digne de ce nom. Dans l’île, où la vie chère est endémique, les revenus faméliques ne permettent pas de sortir la tête de l’eau. « Nous gagnons 1 040 euros à temps plein ou 900 euros à temps partiel, explique Anissa Hadhurami, déléguée syndicale de la CGT. Si l’alarme sonne, l’employé d’astreinte, qui ne touche que 1 200 euros, doit se déplacer en pleine nuit depuis son village alors qu’il y a des problèmes d’insécurité sur place… Nous voulons donc 150 euros d’augmentation. Ici, le moindre chariot rempli vaut 400 euros, des ailes de poulet et du riz, c’est 31 euros. Il est impossible de s’en sortir quand on a une famille. On demande aussi 9 euros po ur les tickets repas alors que la direction ne voulait nous en donner que 6, payés à 50 % par nous. » Si la direction s’était engagée à majorer de 200 % les jours fériés, selon la CGT, cela n’est toujours pas le cas. « Or, quand on se retrouve à devoir payer un taxi 20 à 25 euros ces jours-là pour venir travailler, ça ne vaut vraiment pas le coup, estime Anita Hanafi, secrétaire CGT du CSE. Mais, si on ne veut pas se déplacer, on nous menace de nous retirer une journée. Notre magasin fait de meilleurs chiffres d’affaires qu’à La Réunion, mais nous ne sommes pas payés pareils. Ils profitent aussi du fait que nombre de salariés sont étrangers et notamment comoriens. »

Depuis le début du mouvement, la tension est montée crescendo. Des employés mobilisés et d’autres non impliqués ont été assignés en justice par la direction. En plein magasin, un client qui se révélera finalement être un policier aurait pratiqué une clé d’étranglement sur un gréviste. Le 27 juillet, un responsable du magasin conduisant un camion réfrigéré en aurait délibérément percuté un autre, selon la CGT.

Cette avalanche de mépris et de violence passe d’autant plus mal que Vindémia (groupe Casino), propriétaire de Jumbo, a été racheté début juillet par le groupe GBH, détenu par Bernard Hayot, 275e fortune française en 2020, selon le classement de Challenges. La CGT exige également l’application de la convention collective nationale du commerce dans ce département et de meilleures conditions de travail. Comme le souligne Anissa Hadhurami : « Nous n’avons pas eu de masques et de gel hydroalcoolique pendant trois semaines. »

Pour l’instant, les dirigeants ne semblent pas enclins à négocier quoi que ce soit. « On nous avait convoqués mardi dernier pour une médiation à la chambre d’industrie, raconte Anita Hanafi. Mais, quand nous sommes arrivés, il y avait juste le directeur, assis sur la table, qui nous a dit que, de toute façon, nous n’aurions rien ! Nous n’avons vu personne de la préfecture ou de l’inspection du travail. On se sent traités comme des esclaves. On nous menace, on nous provoque pour nous empêcher de revendiquer. »

Outrée par ces dérives, la fédération CGT du commerce a adressé un courrier à la ministre du Travail, Élisabeth Borne, qui renvoie la responsabilité de la gestion de la crise au préfet de Mayotte. Comme le constate Amel Kefti, de la CGT commerce : « Nous sommes dans une zone de non-droit. Ce sont des méthodes dignes d’une autre époque. » En attendant, le bras de fer continue. Les grévistes maintiennent le piquet sur le parking de l’enseigne toujours ouverte. Contactée par l’Humanité, la direction n’a, de son côté, « pas le temps et pas grand-chose à dire sur la situation ».

 

Cécile Rousseau

Publié le 07/08/2020

Tourisme. Chez Accor, l’actionnaire dort sur ses deux oreilles

 

Cyprien Boganda (site humanite.fr)

 

Le groupe hôtelier va supprimer un millier d’emplois dans le monde, afin de répondre à la crise économique et, plus encore, de rassurer les investisseurs.

La casse sociale qui se profile à l’horizon vous effraie ? Ce n’est pas le cas de Sébastien Bazin, PDG du CAC 40 et philosophe à ses heures perdues, qui choisit de voir le verre à moitié plein : « Lorsque vous acceptez une crise, vous la transformez en aventure », lance avec optimisme le patron du groupe Accor aux Échos. Entre envolées lyriques et novlangue managériale, il gratifie le lecteur de ses fulgurances. « Les deux premiers mois de la crise ont été ceux de la gestion de l’urgence, avec les tripes et le cœur, énonce-t-il. Depuis le mois de mai, nous sommes entrés dans le temps long. Nous avons soulevé le capot et plongé les mains dans le moteur. » À l’évidence, la révision a été douloureuse : « Notre chiffre d’affaires a reculé de 49 %, le revenu par chambre de 60 % et nous affichons une perte nette de 1,5 milliard d’euros. » Et le PDG d’annoncer le verdict : « Nous allons réduire nos coûts de façon pérenne de 200 millions d’euros par an, soit 17 %. Ces initiatives vont concerner environ 1 000 personnes sur les 18 000 qui occupent des fonctions au niveau des sièges. »

4 milliards d’euros de liquidités, de quoi voir venir...

Pour le dire de façon plus brutale, le groupe hôtelier, détenteur de nombreuses marques (Sofitel, Ibis, Novotel, Mercure…), s’apprête à supprimer un millier de postes dans le monde, mais on ne connaît ni la répartition géographique de la casse à venir, ni ses modalités. « Il va falloir faire front avec les autres organisations syndicales, indique Christian Alia, de la CGT Accor. En même temps, nous savons que la situation économique n’est pas bonne. Je le vois au niveau de mon hôtel, un Sofitel situé en Corse : chaque mois, nous avons perdu 200 000 euros avec le confinement. Et la reprise est lente. À Paris, je sais que des hôtels concurrents ont préféré fermer leurs portes plutôt que de fonctionner à perte… »

Même si la crise sanitaire a frappé les finances du groupe Accor, ce dernier a encore de quoi voir venir, du haut de ses 4 milliards d’euros de liquidités. Mais la direction veille à ne pas froisser la kyrielle d’actionnaires aux dents longues qui ont fait leur entrée au capital ces dernières années : Qatar Investment Authority (fonds souverain du Qatar), Jinjiang International (groupe d’hôtellerie chinoise), Kingdom Holding Company (fonds d’investissement basé en Arabie saoudite), etc.

«Peu de capital et un maximum de cash »

« Le groupe ne peut pas afficher de telles pertes trop longtemps vis-à-vis de ses actionnaires, résume Didier Arino, directeur général du cabinet spécialisé Protourisme. De toute façon, Sébastien Bazin est un financier, pas un professionnel du tourisme. » Son CV en témoigne. Même s’il aime arrondir les angles lors de ses sorties publiques et évoque volontiers les « valeurs humanistes » de son éducation chrétienne (il a fait ses classes dans un lycée privé parisien), le PDG est tout, sauf un philanthrope : après un début de carrière dans la finance américaine, il rejoint le fonds d’investissement Colony Capital, basé à Los Angeles, où son sens des affaires fait merveille. Nommé à la tête d’Accor en 2013, il est l’un des artisans de la financiarisation à marche forcée du groupe hôtelier. Sa stratégie tient en une formule anglo-saxonne, répétée en boucle comme un mantra, l’« asset light » (ou « allégé en actifs »). « En clair, il s’agit de se débarrasser de tout ce qui pèse lourd, c’est-à-dire l’immobilier, explicite Didier Arino. Ils ont vendu leurs murs (leurs hôtels) à tour de bras. Et, maintenant, ils fonctionnent soit avec des franchisés, soit avec des mandats de gestion (c’est-à-dire qu’ils restent propriétaires de l’hôtel, mais demandent à d’autres de le gérer). Peu de capital, peu de contraintes et un maximum de cash : les actionnaires adorent ! » Ceux-ci n’ont jamais eu à se plaindre. En décembre dernier, la direction annonçait son intention de leur verser 1 milliard d’euros en deux ans, dont 300 millions sous forme de rachat d’actions. À la question de savoir si le plan de restructuration annoncé cette semaine est une réponse à la crise sanitaire, Sébastien Bazin répond aux Échos sans détour : « Non. Ce plan était en gestation avant. C’est le résultat de l’évolution de notre business model. »

 

Cyprien Boganda

Publiéle 06/08/2020

Climat : la mort programmée des ours blancs

 

(site politis.fr)

 

Selon une étude, la disparition de la banquise rend leur extinction inéluctable avant la fin du siècle, car ils vont tous mourir de faim. Il faudra abattre les derniers survivants...

Depuis des années, les spécialistes répètent sans y croire qu’il ne reste que 25 000 ours blancs survivant sur les banquises de l’Arctique, au large du Canada, de l’Alaska, du Groenland et de la Sibérie. Depuis des décennies, leur nombre décroît, car le réchauffement climatique transforme leur habitat et leur écosystème. En fait, ils ont déjà bien moins nombreux. Cet animal magnifique qui peut résister à des températures de moins 50° est tout simplement en train de mourir de faim. Une étude publiée il y a quelques jours de la revue Nature Climate Change confirme leur condamnation à mort pour la fin de ce siècle. Au mieux, car la poursuite, voire l’accélération de l’augmentation de la température moyenne des régions arctiques pourrait encore avancer la date de leur disparition.

L’explication de cette hécatombe est simple : le rétrécissement de la banquise. Les ours blancs se nourrissent en attrapant des phoques à l’instant où ils viennent respirer dans les trous de la glace, au bord desquels les ours les guettent. Mais ces espaces gelés, notamment à la fin de l’été trop chaud, ont fondu, et les ours ne peuvent plus chasser le phoque. Ce qui prive notamment les ourses de faire des réserves pour l’hiver, pendant lequel naissent les oursons. Ces derniers meurent alors rapidement, faute de lait dont ils ont besoin dans l’été qui suit leur naissance. Et faute de réserve de graisse au cours de cette période estival de jeûne, des mères meurent également avant l’hiver.

Morts dans des cours d’immeubles

Les ours les plus vaillants ou résistant à l’amaigrissement (qui peut atteindre 30 à 40 % de leur poids normal) tentent de se réfugier dans les villages pour y trouver de la nourriture. Y compris dans les poubelles. Ce qui les amène au contact des habitants qui, inévitablement, sortent les fusils et les abattent d’autant plus facilement que malades et affamés, ils se déplacent plus lentement et perdent leur « distance de fuite » naturelle. En Sibérie comme en Alaska, des ours blancs au bout du rouleau et malades meurent de plus en plus fréquemment… dans des cours d’immeubles.

En Alaska, des agences de voyage organisent un tourisme morbide de la mort des ours blancs : en baladant des amateurs de « sensations fortes » dans les zones fréquentés par les animaux affamés, dans de luxueux autobus où ils ne risquent évidemment rien pour faire des photos. Certaines plates-formes pétrolières ont inventé une autre forme « tourisme » dévoyée en lançant de la viande dans la mer pour attirer les ours.

Les auteurs de l’étude expliquent que lorsque leur poids descend à 20% de son niveau normal, les ours survivent de moins en moins dès lors qu’ils atteignent une centaine de jours de jeûne. La conclusion est claire : il n’y a aucune chance pour que l’ours blanc survive au XXIe siècle. Steven Amstrup, l’un des scientifiques qui a mené cette longue et désespérante enquête, ajoute qu’il n’y a rien à faire, « car on ne peut pas construire une clôture pour protéger les ours polaires de la température qui monte ». D’où sa terrible conclusion :

Il faudra peut-être envisager d’abattre les derniers ours polaires au lieu de les laisser mourir de faim.

 

par Claude-Marie Vadrot

Publié le 05/08/2020

Afrique de l’ouest. Le naufrage du Mali est aussi un fiasco français

 

Marc de Miramon (site humanite.fr)

 

Après une trêve décrétée pour la fête musulmane de l’Aïd, l’opposition malienne, emmenée par le salafiste Mahmoud Dicko, entend redoubler d’efforts pour obtenir la chute du président Ibrahim Boubacar Keïta.

En pleine crise politique, la journée du dimanche 2 août est venue rappeler que le Mali, ex-colonie française sous tutelle militaire d’une coalition dirigée par Paris, demeure avant tout un pays en guerre. À l’heure où le processus de désobéissance civile a repris hier, après une trêve décrétée pour la fête musulmane de la Tabaski (l’Aïd-al-Adha), l’armée malienne a subi une double attaque dans le cercle de Niono (région de Ségou), à une centaine de kilomètres de la frontière mauritanienne. Des éléments « terroristes » ont attaqué une colonne de véhicules blindés, tandis que « le camp de Gomacoura subissait une attaque à l’arme lourde », indique l’état-major. Les 5 soldats tués s’ajoutent aux 24 tombés à la mi-juin dans une embuscade attribuée aux « djihadistes » dans la localité de Bouka Weré ou aux 20 autres militaires morts le 26 janvier suite à une offensive revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), principale alliance salafiste du Sahel, affiliée à al-Qaida.

C’est dans ce contexte explosif que se déroulent depuis plusieurs semaines à Bamako d’importantes manifestations pour exiger le départ du président élu Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), des marches parfois réprimées dans la violence, à l’image de celles organisées le week-end du 10 juillet, les plus meurtrières à Bamako depuis le coup d’État militaire de 2012. L’opposition hétéroclite, menée par le Mouvement du 5 juin (dit M5-RFP), regroupe des opposants politiques à IBK comme issus de la société civile, alliés à l’influent dignitaire religieux salafiste Mahmoud Dicko (lire ci-contre), ex-soutien du président de la République, soupçonné de vouloir instaurer au Mali une République islamique.

Un vent de panique souffle à Paris comme au sein des chancelleries africaines : la médiation tentée fin juillet par les 15 présidents de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), qui proposait un gouvernement d’union nationale pour sortir de la crise, a été sèchement éconduite par le M5-RFP, inflexible dans ses revendications.

Pour comprendre les raisons de cette impasse, il faut remonter à la chute du « guide » libyen Mouammar Kadhafi en 2011. L’effondrement de son armée, l’éparpillement de sa garde prétorienne touareg et le pillage de ses arsenaux par des groupes armés islamistes vont provoquer une « éclipse sur l’Afrique », selon la formule du Gabonais Jean Ping, ex-président de la Commission de l’Union africaine pendant la crise libyenne. En décidant de liquider Kadhafi, la France de Nicolas Sarkozy alliée à l’Otan ouvrent une boîte de pandore qui va déstabiliser les États faibles ou faillis de l’Afrique de l’Ouest, en premier lieu le Mali : en 2012, la rébellion touareg s’allie aux salafistes du Mujao ou d’Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) pour occuper le nord du pays et instaurer la charia dans les villes de Tombouctou ou Gao, tandis que le président malien Amadou Toumani Touré (ATT), incapable d’empêcher les massacres de ses soldats par les groupes djihadistes, est renversé par un coup d’État militaire le 22 mars 2012.

Paris revient dans le jeu en janvier 2013 avec l’opération Serval. L’état-major français a convaincu François Hollande qu’une guerre dans les sables de l’Azawad, soit le nord du Mali occupé par les islamistes et leurs supplétifs touaregs, représentait un objectif militaire aisément atteignable. Dans un pays majoritairement musulman aux traditions éloignées de l’islam salafiste, l’opération Serval rencontre l’adhésion majoritaire de la population malienne comme d’une classe politique largement discréditée. Quant à la victoire électorale d’Ibrahim Boubacar Keïta le 4 septembre 2013, elle suscite un immense espoir, rapidement déçu.

Le chef de l’État ne parvient pas à réaliser ses promesses : la corruption comme la grande pauvreté demeurent endémiques, et la situation sécuritaire se dégrade d’abord dans le nord avant de contaminer le centre du pays, sous les coups de boutoir du groupe dirigé par le djihadiste malien Amadou Kouffa.

Pour la classe politique malienne, de gouvernement ou d’opposition, la France s’impose comme un bouc émissaire commode pour masquer sa propre incurie. Un engrenage d’autant plus tragique que Paris ne se fixe aucun but de guerre si ce n’est de lutter armes à la main contre un concept, le « terrorisme », mantra ânonné par François Hollande comme son successeur Emmanuel Macron.

En dépit de ses pertes militaires, l’état-major français gavé de crédits militaires, après des années de baisse constante des budgets, ne proteste guère contre l’émergence de cet « Afghanistan de proximité » que constitue la zone dite « des trois frontières », aux confins du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Où les bandes armées, qui saupoudrent leurs activités criminelles d’une mystique islamiste afin de justifier leurs crimes et s’attirer les bonnes grâces des bailleurs de fonds du golfe Arabo-Persique, déstabilisent chaque jour un peu plus des États en quasi-faillite.

Officiellement, Mahmoud Dicko ne nourrit aucune ambition politique, prétendant mobiliser ses ouailles dans l’intérêt supérieur de la patrie en danger. Mais personne n’est dupe, tant la tactique de l’imam, formé en Arabie saoudite, rappelle la stratégie employée par l’ayatollah Khomeyni en Iran (1979) et surtout par les Frères musulmans au Soudan (Omar el-Béchir et Hassan Al Tourabi en 1989) ou encore en Égypte (Mohamed Morsi en 2013) : laisser patiemment pourrir la situation et en récolter les fruits mûrs.

 

Marc de Miramon

Publié le 04/08/2020

Covid-19. Les « gagnants » et les « perdants » du CAC 40

 

(site humanite.fr)

 

Certains boivent la tasse, d’autres sabrent le champagne : les grands groupes tricolores, dont les résultats trimestriels ont commencé à tomber, ne sont pas logés à la même enseigne.

Il est encore trop tôt pour savoir si la crise économique en cours va redessiner le visage du capitalisme hexagonal. En revanche, la valse des résultats trimestriels, qui ont commencé à tomber la semaine dernière, permet d’y voir un peu plus clair entre les « gagnants » et les « perdants » du CAC 40 : les premiers ont résisté au confinement, certains y ont même vu une opportunité de regarnir leurs caisses. Les autres affichent des chiffres en nette baisse, même s’il faut relativiser le catastrophisme ambiant. Les résultats présentés par Renault, par exemple, ont fait couler beaucoup d’encre. Au premier semestre, le groupe automobile a enregistré 7,4 milliards d’euros de pertes, avec un logique effondrement des ventes (- 35 %, à 1,2 million de véhicules vendus, pour 18,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires). Précisons tout d’abord que ce gadin est finalement assez peu lié au Covid. Sur les 7,4 milliards d’euros de pertes, 4,8 milliards proviennent de son partenaire japonais Nissan, dont les ventes en Europe dévissent depuis de longs mois, la faute à une gamme vieillissante et inadaptée. En fin de compte, l’impact du Covid sur les comptes du groupe s’élève à « seulement » 1,8 milliard d’euros. Ensuite, même si ces résultats inquiètent, ils ne menacent pas encore la survie du géant automobile : assis sur un confortable matelas de liquidités (près de 17 milliards d’euros, dont 5 milliards garantis par l’État français), Renault ne va pas mettre la clé sous la porte dans les prochaines semaines. Enfin, le rebond des ventes de voitures neuves observé en juin-juillet dans l’Hexagone, même s’il est imputable aux mesures de soutien exceptionnelles décidées par l’État (prime à la casse), indique que les consommateurs n’ont pas renoncé à acheter des véhicules. « Renault a des fondamentaux qui ne sont pas catastrophiques, résume l’économiste Bernard Jullien (France Info, 31 juillet). Le groupe automobile a l’électrique et une empreinte mondiale qui est assez satisfaisante. » Pour l’avenir, la direction de la marque au losange a indiqué son intention d’imiter son concurrent PSA, dont les résultats crèvent le plafond, ce qui n’a rien de rassurant en termes de conditions de travail… (voir encadré).

Ces derniers jours, de nombreux géants du CAC 40 ont annoncé des résultats en berne. Mais il faut, comme pour Renault, se garder de tout jugement hâtif. Le groupe pétrolier Total, abonné aux chiffres canon, a essuyé une perte de 7,1 milliards d’euros au second trimestre, liée à l’effondrement des prix et de la demande de pétrole dans le monde. Un plongeon historique qui n’a toutefois pas empêché le groupe de maintenir son niveau de dividende (0,66 euro par action) et de se montrer raisonnablement optimiste sur la suite (remontée des cours du pétrole, reprise de la demande, etc.).

À l’inverse, certains groupes affichent, dans le contexte actuel, une bonne santé insolente. C’est le cas des entreprises de grande distribution, qui ont peu souffert du confinement, ou de l’industrie pharmaceutique, qui peut dire merci au Covid. Carrefour voit son chiffre d’affaires français grimper de 2,4 % sur le premier semestre, à 18,1 milliards d’euros. Le groupe tricolore aurait même recruté 500 000 clients supplémentaires, selon un communiqué officiel. Les raisons de ce regain de forme ne manquent pas : avec la fermeture des restaurants, cantines scolaires et entreprises durant le confinement, la grande distribution s’est retrouvée en position de force. Même si cette période a représenté un « coût » financier supplémentaire pour le secteur (équipement des magasins en plexiglas, masques pour les personnels, etc.), le bilan est globalement positif.

Même satisfaction du côté de Sanofi, qui annonce des chiffres dans le vert. Au premier trimestre, ses ventes de médicaments grand public avaient été portées par le boom de la consommation de doliprane (+ 20 %), sur fond d’inquiétude sanitaire. Au second trimestre, c’est un autre médicament vedette qui a pris le relais, le Dupixent, prescrit contre l’asthme et l’eczéma sévère. Au total, le résultat net du groupe a grimpé de 3,6 % au second trimestre, à 1,6 milliard d’euros.

 

Cyprien Boganda

Publiéle 03/08/2020

La guerre de vingt ans ?

 

par Serge Halimi  (sitemonde-diplomatique.fr)

 

Des soldats américains de 18 ans qui partent aujourd’hui faire la guerre en Afghanistan n’étaient pas encore nés quand elle fut déclenchée. En 2012, M. Donald Trump avait déjà tranché : « Il est temps de quitter l’Afghanistan (1).  » Il n’est pas acquis qu’il parvienne à ses fins mieux que son prédécesseur Barack Obama. Car chacune des tentatives de désengager les États-Unis militairement d’un pays quelconque — la Syrie, la Libye, la Corée, l’Allemagne — provoque une levée de sabres à Washington. Aussitôt le lobby de la guerre se récrie : les Russes sont là ! les Russes arrivent ! Le budget militaire des États-Unis (738 milliards de dollars en 2020) a beau représenter plus de dix fois celui de la Russie, agiter le grelot de Moscou suffit pour que républicains et démocrates hurlent ensemble leur effroi. Et ils savent pouvoir compter sur le soutien éditorial du New York Times.

Le 27 juin, le quotidien américain a donc repris une fuite de la Central Intelligence Agency (CIA), selon laquelle la Russie aurait versé des primes à des insurgés afghans pour qu’ils tuent des soldats américains (2). Or chacun se souvient que, dans les mois précédant la guerre d’Irak, le New York Times avait déjà joué un rôle décisif dans la dissémination de bobards relatifs aux « armes de destruction massive » de Saddam Hussein (3). La psychose antirusse de ce grand quotidien libéral crève par ailleurs les yeux de quiconque inscrit les termes « Russia » ou « Putin » dans son moteur de recherche.

Le scoop afghan — dont le New York Times semblait déjà douter huit jours après l’avoir claironné — soulève d’autres questions. À qui profite cette « information » au moment où le retrait des dernières troupes américaines paraissait à peu près réglé ? Les États-Unis ont-ils motif à s’indigner qu’un de leurs adversaires déclarés aide des insurgés afghans alors que leur allié, le Pakistan, en fait autant depuis longtemps, et qu’eux-mêmes, entre 1980 et 1988, livrèrent aux moudjahidins en guerre contre Moscou des armes sophistiquées grâce auxquelles ceux-ci tuèrent des milliers de soldats soviétiques ? Enfin, comment expliquer que le quotidien new-yorkais, qui n’a pas manqué de nous offrir les longs portraits émouvants des trois marines prétendument victimes des « primes russes » — l’un portait une moustache et faisait de la musculation, un autre aimait revoir le film Star Wars, le dernier adorait ses trois filles... —, ait d’abord « oublié » de nous informer qu’un autre organisme de renseignement américain, l’Agence nationale de la sécurité (NSA), n’accordait aucun crédit au scoop de la CIA (4) ?

Le 1er juillet dernier, une large coalition de parlementaires, démocrates et républicains, s’est néanmoins prévalue des « révélations » du New York Times pour rendre plus difficile un retrait américain d’Afghanistan. Le meilleur moyen d’empêcher que des soldats étrangers continuent d’y mourir serait pourtant qu’ils ne s’y trouvent plus.

Serge Halimi

(1) Twitter, 27 février 2012.

(2) « Russia offered Afghans bounty to kill US troops, officials say », The New York Times, 27 juin 2020.

(3Cf. « Fake news, une fausse épidémie ? », Manière de voir, n° 172, août-septembre 2020, en vente en kiosques.

(4) « NSA differed from CIA, others on Russia bounty intelligence », The Wall Street Journal, New York, 1er juillet 2020.

 

Publié le 02/08/2020

Se souvenir de Jean Jaurès

 

Florent LE DU (site humanite.fr)

 

A l’occasion du 106ème anniversaire de la mort de Jean Jaurès, un hommage lui a été rendu, vendredi 31 juillet, au Café du Croissant, là où fut assassiné cet infatigable militant de la paix.

Jean Jaurès est mort il y a 106 ans. Sa pensée et ses combats vivent encore. Preuve en est, plus d’une centaine de militants et sympathisants communistes étaient présents, vendredi 31 juillet, pour commémorer l’assassinat du fondateur du journal l’Humanité, au Café du croissant, là où il succomba du coup de revolver du nationaliste Raoul Villain, à l’aube de la Première guerre mondiale.

Ce vendredi, la commémoration a débuté par un dépôt de gerbes, de la part d’élus PCF, dont Maxime Cochard, conseiller municipal de Paris, marqué « par la combativité, l’action militante, sans relâche, de Jaurès, malgré les vents contraires, qui doivent nous inspirer aujourd’hui », a-t-il précisé.

Cet hommage à Jaurès a été marqué par le discours de Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité, journal créé il y a 116 ans par cet « homme de combat, homme de lumière et de paix », comme l’a qualifié l’ancien député européen. « Se souvenir de Jaurès, c’est essayer de comprendre, encore et toujours, comment l’impensable fut possible, comment des peuples pétris de culture et de progrès technique, embarqués dans la grande aventure moderne, purent se prêter à un tel massacre », a déclaré Patrick Le Hyaric, rappelant le caractère toujours actuel de la pensée de Jean Jaurès, et de ses combats contre l’obscurantisme, « dans un monde dominé par les pulsions morbides d’un capitalisme mondialisé qui fait de l’argent la fin et le commencement de toute chose, une valeur et un but en soi ».

Jean Jaurès mettait un point d’honneur à ce que l’analyse et l’intelligence préside à l’action, à forger les combats et les engagements collectifs sur la raison, comme lorsqu’il défendait avec tenacité l’éducation universelle et laïque, en 1906, lors des débats sur la loi de séparation des églises et de l’État : «  La République est le seul gouvernement qui convienne à la dignité de l’homme, car elle seule met en jeu la raison et la responsabilité de tous », avait déclaré Jaurès, cité à la tribune par Patrick Le Hyaric. Celui-ci a rappelé que « de cet héritage, nous sommes toujours comptables. Le faire fructifier aujourd’hui est l’une des conditions pour redonner à la politique, c’est à dire à la possibilité même d’une action collective, sa grandeur et ses potentialités. »

Se souvenir de Jaurès, toujours, y compris dans cette période de crise sanitaire et économique, pour se rappeler que c’est « par la souveraineté  du travail organisé que nous devons collectivement gagner contre la jungle libérale, le détricotage des protections collectives et l’affaiblissement du salariat », a ajouté le directeur de l’Humanité.

Un journal qui a souffert cette année, comme l’a rappelé Patrick Le Hyaric, mais qui poursuit sa mission, dictée par son fondateur, « de sonder les réalités du travail, « par le bas », à éclairer le quotidien des travailleuses et des travailleurs manuels et intellectuels, celui des créateurs , leurs luttes comme leur savoir-faire, l’aliénation qu’il subissent comme l’émancipation qu’ils conquièrent. »

La crise liée au Covid-19 empêchera également la Fête de l’Humanité de se dérouler dans son format habituel cette année. Mais elle aura bien lieu, les 11, 12 et 13 septembre, autrement, « à travers une à travers une dizaine de lieux de la région parisienne qui accueilleront dans les limites imposées par les normes sanitaires débats, initiatives et moments artistiques », a précisé Patrick Le Hyaric en conclusion de son hommage à Jean Jaurès. Un bon de soutien de 25 euros (dont 5 seront reversés au Secours populaire français) sera prochainement mis en vente pour cette «  fête autrement, placée sous le signe de la résistance et de la contre-proposition ». Et toujours sous l’égide de Jean Jaurès, de sa pensée, sa combativité, son humanisme.

Découvrez en vidéo l'hommage rendu à Jean Jaurès, par Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité.

Publié le 01/08/2020

Fin du "séparatisme" : pas trop tôt !

 

Claire VÉRILHAC (site legrandsoir.info)

 

Macron et consorts nous annoncent une loi prochaine pour lutter contre le "séparatisme". Qui les aurait cru capables d'une telle avancée démocratique ? Sans doute personne. En tous cas réjouissons-nous que soit enfin terminées ces pratiques d'un autre âge qui consistent à séparer les enfants suivant la religion des parents. Et saluons la fin des écoles privées catholiques, juives et musulmanes !

Il en aura fallu du temps pour qu’il soit enfin mis fin à ce scandale des écoles privées religieuses.

Cette position est d’autant plus méritante de la part de Monsieur Macron qu’il a lui-même passé son enfance chez les jésuites du lycée de la Providence à Amiens. C’est d’ailleurs là que cet ancien élève a noué une relation avec une de ses professeures, de vingt-quatre ans son aînée, devenue ensuite son épouse.

Il faut dire que la plupart de ces écoles religieuses, et particulièrement les "hors contrat", mettent de plus en plus en cause cause le caractère public de l’école de la République. Ce refus du vivre ensemble, ce besoin d’affirmer la séparation n’est donc pas seulement un projet pédagogique mais c’est un projet politique. Et en ce sens il doit être combattu.

Quelle que soit la religion invoquée : catholique, juive ou musulmane, ces écoles rejettent la mixité, imposent une tenue vestimentaire et font la part belle à l’enseignement religieux (le plus souvent sectaire).

Ces petits Français ainsi séparés de leurs camarades, nourris d’archaïsmes et de refus des différences, sont le creuset où mijotent les haines et les possibles guerres civiles.

Il est temps de mettre fin à cette verrue au sein de la République que sont les écoles privées religieuses.

Soyons honnêtes : ce sera la première démarche de ce Président que nous soutiendrons.

Mais en restant vigilants car certains esprits chagrins nous signalent que seule une religion serait visée et pas les deux autres. Mais nous n’osons pas croire à un tel forfait tellement indigne !

Prochaine étape vers la laïcité et la fin du séparatisme : suppression du Concordat en Alsace-Lorraine qui fait que sont payés par l’Etat les prêtres, les pasteurs et les rabbins.

Et puis, sur la lancée, attaquons-nous aux autres séparatismes, en particulier celui "de classe" qui fait les riches toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres, qui accorde aux dominants des privilèges exorbitants et réduit chaque jour les libertés des dominés, etc ...

Bref il y a du pain sur la planche !

 

Claire VERIHAC

Publié le 30/07/2020

Analyse Politique:
De l’art de perdre les électeurs et les électrices

Où est le citoyen, la citoyenne ? Jusqu'ici, on pouvait dire qu'il ou elle était au moins dans la commune, à travers le vote pour ses représentants.

 

Par M Organ (site altermidi.org)

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Où est le citoyen, la citoyenne ? Jusqu’ici, on pouvait dire qu’il ou elle était au moins dans la commune, à travers le vote pour ses représentants. Ces drôles d’élections municipales 2020, avec le second tour le plus long de l’histoire, ont montré que même cet échelon de proximité n’échappait plus au phénomène d’abstention massive qui touche les autres scrutins, hormis l’élection présidentielle. 

L’hypertrophie d’un rendez-vous qui consiste à “choisir” un monarque présidentiel pour cinq ans vaudrait déjà condamnation de cette Ve République à bout de souffle. Elle est telle que les commentaires qui ont suivi le “remaniement ministériel” nous propulsent déjà vers la présidentielle 2022 et l’analyse de la stratégie d’Emmanuel Macron. Z’ y va, z’ y va pas ? On a envie de dire : « calmez vous, c’est dans deux ans et en attendant, laissez-nous respirer ». Avec ou sans le masque.

Face à ce niveau d’abstention, la pandémie de coronavirus est loin d’être la seule explication, même si les médias dominants l’ont véhiculée au lendemain du premier tour. On peut toujours disserter sur le bien fondé de l’organisation d’une élection le 15 mars, en pleine progression de la pandémie et à la veille d’un confinement général de la population (hormis ceux que le pouvoir a qualifié de “héros”, leur rendant un hommage… essentiellement verbal). Ou souligner une nouvelle fois les incohérences, les injonctions contradictoires d’un gouvernement qui a expliqué pendant des semaines que le masque n’était pas nécessaire avant de le rendre obligatoire le lundi 20 juillet dans tous les lieux publics clos.

L’absence de rebond significatif de la participation entre les deux tours tend à prouver que le (la) Covid-19 n’est pas le seul responsable. Et lorsque Jean-Luc Mélenchon parle de “grève civique” ou “d’insurrection froide”, il n’a peut être pas tout à fait tort. Le mouvement des Gilets jaunes, dans toute sa complexité, avait déjà sonné l’alarme en exprimant sa défiance envers un certain fonctionnement de la politique. Peu d’élus locaux se sont réellement “mouillés”. Quant au gouvernement, il n’ a eu pour seules réponses que l’organisation d’un “grand débat” où le président de la République a fait son show et la répression brutale, avec son cortège de mutilations et de comparutions immédiates. Dans un tel climat, pouvait-on s’attendre à ce que les électeurs-électrices se ruent vers les urnes, en particulier dans les quartiers populaires où les populations, comme à Montpellier ou Marseille, ont du s’organiser pour faire face à l’urgence alimentaire durant le confinement ?

Dans les principales villes de nos deux régions, le meilleur taux de participation est atteint par Toulouse avec 44,85% des électeurs-électrices qui ont pris part au second tour le 28 juin.  À Montpellier, le taux est de 33,44%, et à Nîmes de 32,33%. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, la participation atteint seulement 31,87% à Avignon, 33,85% à Aix-en-Provence et 35,37% à Marseille. La plupart des maires n’a donc été élue que par un électeur-électrice sur trois.

Pour le professeur de Sciences politiques de Montpellier, Jean-Yves Dormagen, qui fut aussi le directeur de campagne de l’écologiste Clothilde Ollier — curieusement ralliée à Mohed Altrad au second tour — « ces municipales ont été une élection sans le peuple 1. Il y a encore quelques années, il était inimaginable d’atteindre 60% d’abstention aux Municipales », souligne le politiste pour lequel « il y a certainement eu un effet épidémie chez les plus de 60 ans qui, d’habitude, sont fortement participationnistes ». Jean-Yves Dormagen n’y voit cependant qu’un « facteur secondaire » dans la mesure où un tel niveau d’abstention avait déjà été relevé lors des législatives de 2017. Une fois le président élu, la messe est dite mais l’écrasante majorité “En marche” à l’Assemblée est un miroir déformant à plus d’un titre. 

L’abstention s’enracine d’élection en élection et on ferait comme avant ? Ben oui, on fait comme avant. C’est en tout cas le sentiment qui domine à l’écoute de la plupart des hommes et femmes politiques. Quant aux médias auxquels les citoyens ont le plus souvent accès (les différentes chaînes de télévision), ils se montrent plus soucieux de casting, de têtes d’affiche, de personnalisation à outrance que d’explications sur les attributions des communes, des communautés d’agglomérations ou des métropoles. Sans parler de l’Union européenne dont le rôle est encore moins connu et vu uniquement sous l’angle du duopole nationalistes/libéraux. 

Selon Jean-Yves Dormagen, « ce sont les inégalités sociales de politisation qui expliquent les différences de participation électorale que l’on observe à chaque élection. Cette dépolitisation ne peut être compensée que par des campagnes de haute intensité et une forte médiatisation. Or ce scrutin [celui des Municipales, Ndlr] a probablement été l’un des moins médiatisés de toute l’histoire électorale. Les médias “mainstream”, tout spécialement les grandes chaînes généralistes en ont très peu parlé ». À ce constat qui paraît globalement juste, on pourrait cependant objecter que dans une ville comme Marseille, ni la “campagne de haute intensité”, ni la “forte médiatisation” n’ont manqué. 

Et si la désaffection que subissent les différents rendez-vous électoraux avaient davantage à voir avec une exigence de clarté, de cohérence, d’honnêteté politique qui n’est pas satisfaite actuellement ou avec le sentiment que personne ne peut réellement agir contre les crises économiques, à répétition depuis les années 1970 ?

Communes,”agglos”, métropoles : drôle de triptyque 

En matière de clarté pour les citoyens-citoyennes, on n’est pas certain que la nouvelle organisation territoriale communes-communautés d’agglomération-métropoles (dans certains cas)-départements, facilite vraiment les choses. L’émergence des métropoles a été farouchement défendue par les milieux patronaux et les libéraux de tout poil (ils ne sont pas tous membres de partis classés à droite) qui, eux-mêmes, dénonçaient le “mille feuille territorial”. Moralité : ils ont ajouté un échelon entre les “agglos” et le département. Et les métropoles apparaissent de plus en plus comme des machines à dépolitiser, à gommer les différentes options au profit d’une gestion technocratique. 

À Aix-Marseille-Provence, métropole née en 2016, si les six présidents de “conseils de territoire” sont de fait vice-présidents de la métropole, la récente élection au sein de la structure a confié la présidence à Martine Vassal, reconduite avec 145 voix alors qu’elle n’est pas maire. Mieux, elle a été battue dans “son” propre secteur à Marseille. En même temps, le Printemps marseillais, vainqueur des élections municipales le 28 juin n’a aucune vice-présidence.

L’articulation ville de Marseille-métropole s’annonce compliquée à saisir pour les citoyens… et difficile à gérer pour la nouvelle équipe municipale. En effet, nombre de leviers majeurs pour mettre en œuvre sa politique (transports urbains avec les bus et le métro, traitement des déchets, logement, urbanisme, etc.) sont en fait des outils de la métropole.

« Les prérogatives et l’orientation politique (de la métropole) s’opposent de fait au vote des Marseillais-ses qui ont validé quelques jours auparavant les options présentées par le Printemps. On pense en premier lieu aux projets de transports en commun comme l’extension du métro ou la construction ou le rééquilibrage territorial des logements sociaux », écrit Alain Barlatier 2.

Dans l’intercommunalité du “Grand Avignon” (tout le monde n’a pas la chance d’avoir une “métropole”), la présidence n’est pas revenue à Cécile Helle, (étiquetée Divers gauche) réélue maire de la ville-centre, mais au maire de la petite commune voisine de Vedène, élu avec l’accord tacite du Rassemblement national qui n’a pas présenté de candidat.

Pour résumer : dans le Vaucluse, une maire de la plus importante commune qui n’est pas présidente du “Grand Avignon”, dans les Bouches-du-Rhône, une “même pas maire” présidente d’une métropole gigantesque qui déborde sur le Vaucluse (Pertuis) et le Var (Saint-Zacharie) avec ses 92 communes et plus d’ 1 800 000 habitants. Comprenne qui pourra…mais la perte des électeurs a peut-être quelque chose à voir avec l’art de les perdre (désorienter). 

 

Morgan G.

Notes:

  1. “Le Monde” du 18 juillet 2020
  2. Blog “Conversations de mon quartier et d’ailleurs”, 10 juillet 2020

<Publié le 29/07/2020

Hommage. Gisèle Halimi, l’insoumise

 

Eugénie Barbezat (site humanite.fr)

 

Après une vie de combats, l’avocate anticolonialiste qui a mis son talent au service de la légalisation de l’avortement et de la criminalisation du viol est morte hier, au lendemain de ses 93 ans.

Rebelle. Tel est le qualificatif qui revient le plus souvent pour qualifier Gisèle Halimi, disparue mardi. Face à ce qu’elle trouvait injuste, jamais elle ne s’est tue. À 80 ans, elle n’hésitait jamais à donner son avis, taclant la connivence des médias vis-à-vis de Dominique Strauss-Khan, accusé de viol, et aiguillonnant sans cesse les politiques pour qu’ils fassent avancer les droits des femmes, dont « l’indépendance économique est le socle même des démarches de libération. C’est à partir de là que l’on peut mettre fin aux discriminations », déclare-t-elle en 2011 dans l’Humanité.

Dès sa petite enfance à Tunis, où elle est née le 27 juillet 1927, la petite Zeiza Gisèle Élise Taïeb fait preuve d’esprit d’indépendance et de détermination. Fille chérie de son père qui aurait préféré avoir un garçon, elle ne suivra pourtant pas docilement ses volontés. À 10 ans, elle entame une grève de la faim pour avoir le droit de lire le soir et défie les traditions religieuses juives de la famille. À 16 ans, elle refuse un mariage arrangé, arrache à sa famille l’autorisation d’aller étudier le droit en France et revient, diplômée, à Tunis en 1949, où l’avocate défend pendant sept ans des syndicalistes et des indépendantistes tunisiens.

Elle s’inscrit ensuite au barreau de Paris, ville où elle s’installe après son mariage. Gisèle épouse en 1956 Paul Halimi, un administrateur civil. Le couple aura deux fils, avant de divorcer. Quelques années plus tard, tout en gardant ce nom par lequel elle s’est fait connaître, elle épouse Claude Faux, ancien secrétaire de Jean-Paul Sartre. Elle a avec lui un troisième fils. Jamais de fille. Donc, pas l’occasion de mettre à l’épreuve son engagement féministe. « J’aurais voulu savoir si, en l’élevant, j’allais me conformer exactement à ce que j’avais revendiqué, à la fois pour moi et pour toutes les femmes », avoue-t-elle en 2011 au Monde. Peut-être pour cette raison, elle aura avec sa petite-fille une relation fusionnelle, qu’elle analyse dans Histoire d’une passion, son dernier livre publié.

Si Gisèle Halimi a éprouvé un immense plaisir à être grand-mère, c’est pourtant dans la sphère publique qu’elle a fait raisonner ses engagements. Au début de la guerre d’Algérie, l’avocate se range aux côtés du FLN, dont elle défendra les militants. En 1960, apprenant qu’une Algérienne de 22 ans, Djamila Boupacha, accusée d’avoir posé une bombe, a été arrêtée, torturée et violée par des soldats français, elle devient son avocate et mobilise des intellectuels français avec un comité de soutien composé de Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre, Louis Aragon, Geneviève de Gaulle et Germaine Tillion. Condamnée à mort en France en 1961, malgré la brillante plaidoirie de Gisèle Halimi, Djamila Boupacha sera amnistiée et libérée en 1962, après les accords d’Évian. L’avocate avait, à l’époque, consigné ce combat dans un livre paru en 1962, dont un portrait de la militante algérienne, réalisé spécialement par Pablo Picasso, figure sur la couverture.

Après cet épisode, la ténacité, les qualités de persuasion et l’art oratoire de Me Halimi ne sont plus à prouver. C’est au service du combat féministe qu’elle va les mettre. En 1971, elle signe le Manifeste des 343 femmes, déclarant « avoir avorté, donc avoir violé la loi ». Et fonde dans la foulée avec Simone de Beauvoir le mouvement Choisir la cause des femmes, qui milite pour la légalisation de l’avortement dont la pratique clandestine tue des dizaines de vies chaque année. C’est cet engagement public qui amèneront, en 1972, une jeune fille de 16 ans, Marie-Claire, et sa mère qui l’avait aidée à avorter, à la solliciter alors qu’elles sont toutes deux poursuivies en justice. S’ouvre le retentissant procès de Bobigny, où Gisèle Halimi plaide pour ces deux femmes et la légalisation de l’avortement. Avec succès : Marie-Claire est relaxée, sa mère condamnée mais dispensée de peine. Ce procès a été un moteur dans l’adoption de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse qui, portée par Simone Veil, sera promulguée en janvier 1975.

Féministe convaincue, l’avocate s’engage dans une nouvelle lutte : contre l’impunité des violeurs. En mai 1978, à Aix-en-Provence, devant les assises des Bouches-du-Rhône, elle représente deux jeunes femmes belges qui ont porté plainte contre trois hommes qui les ont violées. Ils plaident non coupables. Malgré une ambiance hostile et des menaces physiques, Gisèle Halimi les fera condamner. Là encore, ce procès amènera un changement législatif : en 1980, violer devient un crime.

L’opiniâtreté de l’avocate, sûre de la justesse de sa cause, marque les esprits. En témoigne cette anecdote : lors d’un procès où elle plaide contre Robert Badinter, Gisèle Halimi n’hésite pas à asséner à l’audience : « Je ne me laisserai pas renvoyer à mes fourneaux par le professeur Badinter », taclant celui avec qui elle partage néanmoins une grande affection pour François Mitterrand. Elle soutient ce dernier dès 1965 pour sa candidature à la présidence de la République en fondant le Mouvement démocratique féminin .​​​​​​​ Quand il accède à la fonction suprême, Gisèle Halimi se lance à ses côtés dans l’aventure politique et devient députée apparentée socialiste de la 4e circonscription de l’Isère, avant d’être ambassadrice de la France à l’Unesco de 1985 à 1986. Puis, elle se tourne vers une autre de ses passions, l’écriture, et publie une quinzaine de livres entre 1988 et 2011. Elle garde toujours un œil sur le monde puisque, en 1998, elle fait partie de l’équipe qui crée l’organisation altermondialiste Attac.

Mais défendre reste jusqu’au bout sa vocation. Celle qui déclarait dans son dernier entretien au Monde, en 2019 : « Cela fait soixante-dix ans que j’ai prêté serment et, si c’était à refaire, croyez-moi, je prendrais les mêmes engagements », gardait son cabinet d’avocat parisien « encore ouvert pour faire pousser des idées ». Qu’elle soit morte sans regrets n’empêchera pas toutes celles et tous ceux épris de justice et de liberté de la regretter. Et surtout de lui dire merci.

 

Eugénie Barbezat

Publié le 28/07/2020

Barkhane, à la croisée des pistes

 

L’actuelle opération militaire française au Sahel, entamée en 2013 au Mali, puis élargie à cinq pays de la région sous le nom de « Barkhane », aura bientôt sept ans. Avec ses 5 100 hommes et femmes, relevés tous les quatre mois, elle est la plus importante « opex » du moment, et aussi la plus coûteuse en personnels comme en matériels. Et la plus incertaine quant à ses résultats, en dépit d’une énième relance, ces derniers mois.

 

par Philippe Leymarie, (site blog-mondediplo.net)

 

Le sommet des chefs d’État sahéliens et français à Nouakchott (Mauritanie), le 30 juin dernier, a constaté en effet les progrès de la force conjointe du G5 Sahel, six mois après une précédente réunion le 13 janvier 2020 à Pau (France), où l’exécutif français avait sommé les chefs d’État africains concernés de renouveler publiquement leur intérêt pour l’appui sécuritaire fourni par la France et d’accepter, surtout, de s’impliquer plus activement dans la défense de cette intervention auprès de leurs opinions publiques, ainsi que dans l’action militaire sur le terrain.

Pour faire bonne mesure, Paris avait décidé de déployer provisoirement un renfort de 600 hommes, prélevés notamment sur les réserves stationnées en Côte d’Ivoire, afin de concentrer les efforts sur la zone du Liptako-Gourma, dite des « trois frontières », aux confins du Mali, du Niger, et du Burkina Faso.

Coté africain, après avoir (mal) digéré la « convocation » à Pau — une ville de garnison militaire dans le sud de la France — ainsi que les exigences, voire la condescendance, françaises, on déplorait surtout les promesses non tenues de financement de la force militaire conjointe, et on se plaignait — comme Ismaël Ould Cheikh Ahmed, ministre des affaires étrangères de Mauritanie — de « devoir faire face à tous les chocs en même temps » : climatique (avec le déficit pluviométrique), sécuritaire (avec le terrorisme), économique (avec la fonte des prix à l’exportation, doublée de la crise supplémentaire générée par le Covid-19).

Rapport inversé ?

Cinq mois plus tard, à l’approche du rendez-vous du 29 juin en Mauritanie, l’atmosphère avait visiblement changé, puisque l’Élysée se félicitait par avance du « regain de combativité et de l’effort capacitaire » de ses partenaires, et de « l’amélioration de la coordination entre “Barkhane” (1) et les forces sahéliennes qui a permis une concentration des efforts et des gains territoriaux ».

Sur place, à Nouakchott, le 30 juin, le président Emmanuel Macron a pu à nouveau saluer des « résultats spectaculaires », affirmer que « le rapport de forces s’est inversé dans la zone des trois frontières » , et se réjouir que la « coalition soit en place », avec en outre des progrès dans « l’européanisation » de l’action internationale au Sahel.

Les Français se sentaient en effet de plus en plus seuls sur un théâtre où ils considèrent agir au profit de la sécurité des pays de la zone, mais aussi de l’ensemble du continent européen, voire du monde occidental, or :

 le président Trump menace depuis deux ans de se retirer de la région (et notamment du Niger, où il vient pourtant de faire aménager une nouvelle base pour ses drones armés), ce qui priverait l’armée française de la moitié environ de ses renseignements (qui ont notamment permis aux forces spéciales françaises d’éliminer au début du mois dernier Abdelmalek Droukdel, le chef d’Al-Qaida au Maghreb) ;
 depuis plus de cinq ans, plusieurs pays de l’Union européenne (UE), notamment l’Allemagne et l’Espagne, assurent — à travers une mission baptisée EUTM — la formation des bataillons de la nouvelle armée malienne, mais les résultats ne sont pas toujours probants, et les entraînements d’ailleurs suspendus en raison de l’épidémie du Covid
 ;
 le soutien le plus efficace sur le terrain est prodigué par le Royaume-Uni, un pays qui n’est plus membre de l’Union, mais qui déploie depuis deux ans une unité d’hélicoptères de transport lourd Chinook, particulièrement précieuse sur ces terrains très extensifs
 ;
 et alors qu’aucun soldat d’un pays membre de l’UE ne combat pour le moment aux côtés des soldats de Barkhane, la «
 force Tabuka » — imaginée fin 2019 par Paris comme un renfort de « forces spéciales » européennes, destinées à accompagner des forces africaines sur le terrain et à prendre le relais des renforts envoyés ces derniers mois par la France — se constitue avec l’habituelle langueur européenne : une première ébauche, le mois prochain, ne sera constituée que d’une centaine de soldats… français, appuyés par quelques dizaines … d’Estoniens !

Yeux fermés

L’avenir s’annonce plus encourageant pour l’an prochain : une participation de forces spéciales suédoise et tchèque est attendue pour janvier ; l’armée grecque a également manifesté son intérêt, et des discussions sont en cours avec les Belges et les Italiens. L’objectif à terme est la constitution d’une force d’un demi-millier d’hommes, commandée par un état-major spécifique.

À Nouakchott, Emmanuel Macron a pu déclarer que « quand la France s’engage, l’Europe agit à ses côtés ». Et de s’enthousiasmer : « La victoire est possible au Sahel. Elle est déterminante pour l’équilibre en Afrique et en Europe ». Il est vrai que le président français était accompagné, côté européen, du chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez — tandis que Charles Michel, le président du Conseil européen, Angela Merkel, la chancelière allemande, et Giuseppe Conte, le président du Conseil italien, participaient à ce sommet en téléconférence.

On était loin de l’ambiance délétère du début d’année, lorsque — travaillée par certains leaders religieux, notamment au Mali — une partie de l’opinion africaine, spécialement dans les capitales, accusait l’armée française de tous les maux :

 complicité avec les groupes indépendantistes touareg ;
 volonté de faire durer le conflit, pour justifier une occupation militaire permanente
 ;
 présence surtout motivée par la protection de gisements de matières premières (uranium, or)
 ;
 débordements de certains de ses militaires (notamment des légionnaires)
 ;
 discrétion sur les exactions de certaines unités des armées de la région, avec lesquels les Français combattent.

« Nous devons être exemplaires », a assuré à ce sujet le président Macron à Nouakchott, alors que les organisations non gouvernementales (ONG) s’étonnaient jusqu’ici du silence officiel sur les représailles violentes exercées par certains militaires du G5 à l’encontre de certaines communautés villageoises. Le numéro un français a affirmé que des enquêtes sont en cours : « Le Sahel ne doit pas être plongé dans un cycle de violence inter-communautaires… Les populations peules ne sont l’ennemi de personne… Il faut enrayer tous les amalgames… », a-t-il lancé au cours de ce sommet.

Le 2 juillet dans le centre du Mali, près de la frontière du Burkina Faso, une attaque de villages dogons a fait au moins quarante morts civils et militaires. Moins d’une semaine plus tard, l’ONG Human Rights Watch révélait la présence de 180 cadavres dans des fosses près de la ville de Djibo, au Nord du Burkina, victimes d’exécutions extrajudiciaires commises en mars dernier.

Blanc-seing

En attendant que ces vertueuses résolutions entrent dans les faits, il n’a pas manqué de voix au sein de la « société civile », dans les pays du Sahel, pour appeler à un déplacement des curseurs :  
 «
 La lutte contre le terrorisme ne peut être l’unique horizon de la coalition internationale pour le Sahel », plaident les partisans de la création d’ une « coalition citoyenne pour le Sahel » ;
 «
 On n’a pas vaincu les terroristes, et on a créé des problèmes avec le soupçon et la perte de confiance entre les communautés et l’État » (Abas Mallam, secrétaire général du Réseau nigérien pour la gestion non violente des conflits) ;
 Il faut «
 consulter les communautés censées être protégées par les forces de sécurité » (Drissa Traore, coordinateur national de l’Association malienne des droits de l’homme) ;
 Il convient «
 d’élargir la notion de sécurité pour impliquer les populations locales dans la gestion de cette crise », pense Victor Ouedraogo, directeur du centre diocésain de communication de Ouahigouya, au nord du Burkina Faso ;
 Tout en invitant à se garder des amalgames
 Tous les soldats ne se rendent pas coupables d’exactions »), Niagalé Bagayoko, présidente de l’Africa security network d’Accra, critique la coopération militaire française qui « en cinquante ans a donné si peu de résultats au niveau opérationnel et dans le respect des droits de l’homme », et dont le silence sur les violences exercées par certains militaires africains sur les communautés villageoises « peut être interprété comme un blanc-seing à l’impunité. »

Racines locales

Pour Marc-Antoine Pérouse de Montclos, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement, l’engagement français au Sahel est déjà une « guerre perdue », titre d’un livre paru cette année (2). Pour lui, l’enracinement des mouvements djihadistes est lié à des logiques locales de protection et de survie, et non d’abord à des motivations religieuses. Il constate « l’autisme » de la classe politique dirigeante française, la crise du Sahel étant « quasi-systématiquement appréhendée en termes de terrorisme et non d’insurrection », et le djihadisme « largement perçu comme une menace globale et importée du monde arabe, ce qui permet (…) de nier les racines locales des affrontements et d’occulter leur dimension politique », alors que « les problèmes de justice sont pourtant au cœur de la question du djihadisme ».

Cette rhétorique de la « guerre contre le terrorisme » conduit à des « erreurs stratégiques ». Elle permet certes, selon ce chercheur, de mobiliser la communauté internationale : « Le défi djihadiste au Sahel doit absolument être global pour justifier des interventions militaires ». Mais a pour effet aussi de « légitimer la mise en place de régimes d’exception qui violent l’État de droit », l’impunité accordée aux forces de répression épaulées par Barkhane étant un puissant carburant pour le recrutement des mouvements djihadistes, qui se présentent comme des résistants à l’occupation.

Une impunité qui contribuerait aussi à entraver les possibilités de reprise d’un dialogue politique, comme celui qu’avait entamé en début d’année en sous-main, avec certains chefs de guerre, le président malien Ibrahim Boubacar Keïta, en même temps que son armée reprenait prudemment pied à Kidal, au nord du pays, cinq ans après la signature de l’accord d’Alger.

Stratégie des scalps

On est bien conscient, à la tête des États du G5 comme côté français, du fait que la « stratégie des scalps » — la guerre menée depuis 2013 contre les groupes armés de diverses appartenances — si elle endigue la menace, ne pourra jamais ramener sécurité et développement dans ces confins sahéliens  (3). Que « c’est en brousse que tout se joue » — titre d’une tribune d’Olivier de Sardan dans Jeune Afrique, le 23 février 2020 : la « stratégie d’ancrage » des djihadistes du Sahel, qui utilisent le « vide d’État » dans les campagnes, leur permet « d’acquérir une hégémonie rampante sans assumer de souveraineté officielle » : un enracinement dangereux, qui ne laisse en principe d’autre choix aux gouvernements, à leurs armées et à leurs alliés, que de trouver les moyens en hommes et en équipements de ramener les services de base dans les brousses, regagner la confiance, protéger les populations. « Mais, s’interrogeait Sardan en sont-ils capables ? »

ur le développement ». L’Alliance pour le Sahel, réceptacle de crédits et de projets visant à aider au retour de l’État, de l’administration et des services publics dans les zones actuellement délaissées, a été relancée, l’Espagne — représentée dans la capitale mauritanienne par le président de son gouvernement, Pedro Sanchez — acceptant d’y jouer un rôle central. Le tout est chapeauté par la « Coalition pour le Sahel » censée rassembler les pays du G5, bien sûr, et la force Barkhane, mais aussi les pays partenaires notamment européens, et le pilier civil que constitue l’Alliance Sahel. Le tout malgré un grand voisin, absent comme toujours : l’Algérie. Et une grande menace, chaque jour plus inquiétante : la Libye déchirée. 

 

Philippe Leymari

Publié le 27/07/2020

Répression antisyndicale. À Digne-les-Bains, la Poste sanctionne ses agents grévistes

 

Marie Toulgoat (site humanite.fr)

 

Dix-sept postiers des Alpes-de-Haute-Provence sont menacés de mise à pied par leur direction. Celle-ci leur reproche d’avoir pris part en décembre dernier au blocage de leur site. Ils sont actuellement entendus en conseil de discipline.

La répression patronale a décidément de beaux jours devant elle. Cette fois-ci, c’est au tour de postiers de Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence) d’en faire les frais. Alors qu’ils ont été érigés en héros au plus fort de l’épidémie, en continuant à travailler pour acheminer courrier et colis, dix-sept d’entre eux sont menacés de sanction par leur direction. Leur tort ? Avoir tenu un piquet de grève contre un projet de réorganisation de la branche courrier de la Poste, au même moment que les mobilisations contre le projet de réforme des retraites. Leur direction les accuse d’avoir activement pris part au blocage de leur site. Pourtant, selon les syndicats, l’initiative de l’action serait venue de manifestants extérieurs - gilets jaunes, militants syndicaux et associatifs - en signe de solidarité aux postiers. « La direction de la Poste a mandaté un huissier de justice pour constater les faits et a décidé de porter plainte contre les postiers en grève alors même que l’huissier avait noté que ceux-ci ne prenaient pas part au blocage. Un juge a également ordonné à quatorze de ces facteurs de faire cesser le blocage sous peine d’astreintes, alors qu’ils n’avaient rien à voir dans tout ça », résume, amer, Yann Remlé, délégué syndical SUD PTT 13.

Inter

Une fois le blocage terminé, les postiers grévistes de Digne-les-Bains n’étaient pas encore au bout de leurs peines. Dix-sept d’entre eux ont en effet reçu une convocation à comparaître devant un conseil de discipline en mars. Après avoir été reportées à cause de l’épidémie, les audiences se tiennent en ce moment même à Avignon, les postiers étant entendus à la chaîne. « On avait espoir pendant un moment qu’après avoir salué ses agents comme des héros de la crise, la Poste abandonnerait les convocations, mais non… », déplore Yann Remlé. « À l’origine, quatre personnes devaient passer en audience par jour entre le 22 et le 28 juillet. Finalement, elles sont beaucoup plus longues que prévu, il est probable que cela prenne du retard, peut-être même durer jusqu’à fin août », observe-t-il. Sauf si la direction de la Poste se rend enfin compte que les griefs retenus contre les postiers ne tiennent pas la route, espère le syndicaliste. Alors qu’elle requérait initialement quinze jours de mise à pied sans maintien du salaire, la direction s’est finalement ravisée pour les premiers postiers entendus en audience, mercredi dernier. « La Poste n’a demandé que sept jours de mise à pied pour la première personne qui a comparu. Jeudi, un autre facteur n’était même pas cité dans l’ordonnance, ce qui a conduit la direction à abandonner toute idée de sanction contre lui », explique Yann Remlé. La preuve pour lui qu’aucun élément tangible ne peut être retenu contre les postiers. En effet, parmi les personnes convoquées compte notamment… une postière en congé maternité au moment du blocage. Celle-ci, non-gréviste, était simplement venue témoigner son soutien à ses collègues au piquet de grève.

Pour les syndicats, la Poste tente par cette « mascarade scandaleuse » de faire taire toute forme de contestation et de faire passer un message de fermeté, alors que de nombreux emplois sont mis en danger par le projet de réorganisation de l’entreprise. Un rassemblement de soutien s’est tenu jeudi dernier à Avignon devant le siège de la Poste pour demander l’arrêt des procédures disciplinaires à l’encontre des agents.

 

Marie Toulgoat avec Victor Fernandez

Publié le 26/07/2020

En 2021, un budget qui replongerait la France dans le « monde d’avant »

 

Florent LE DU (site humanite.fr)

 

Les députés ont débattu jeudi de l’orientation des finances publiques pour 2021, à nouveau dictée par les dogmes libéraux. Un plan de financement fidèle à la politique mise en place depuis 2017, et qui témoigne qu'aucune leçon n'a été retenue de la crise sanitaire. Décryptage.

À en croire le débat sur l’orientation des finances publiques, qui s’est tenu jeudi à l’Assemblée nationale, le gouvernement n’a retenu aucune leçon de la crise sanitaire. Pour 2021, Bercy prévoit d’augmenter les crédits alloués aux différents ministères de 7,17 milliards d’euros (au profit notamment de l’éducation nationale et des armées), tandis que leurs effectifs seront « stabilisés » (avec des augmentations pour la justice, la police et la santé).

Mission budgétaire spécifique

Un plan de financement en somme assez classique, fidèle à la politique mise en place depuis 2017, et qui ne prend pas le virage attendu « du renforcement de l’État, capable de reprendre la main sur son économie, et de répondre aux besoins du pays, en rapport avec les urgences sociales et écologiques », déplore le député et secrétaire national du PCF, Fabien Roussel.

Le ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance, Bruno Le Maire, a toutefois indiqué que ces crédits ne tiendront pas compte du plan de relance, isolé dans une mission budgétaire spécifique. Reste que, pour le ministre, le « seul et unique objectif économique » est de « retrouver dès 2022 un niveau de richesse national pour la France équivalent à celui de 2019 » : les prévisions de Bercy envisagent une récession d’environ 11 % en 2020, et une croissance de 8 % sur l’année 2021. « Ce n’est certainement pas en engageant des dépenses publiques tous azimuts, sans aucune considération pour le modèle économique, que nous y arriverons. C’est en faisant le choix résolu de l’amélioration de l’offre française, en développant l’innovation, l’investissement », a soutenu Bruno Le Maire.

De nombreux oublis

Une méthode aussitôt dénoncée par la gauche de l’Hémicycle. Fabien Roussel déplore ainsi qu’une nouvelle fois, le gouvernement a choisi « une politique de l’offre, en continuant d’alléger les impôts du capital, des plus riches, soutenant la logique de la concurrence libre, quoi qu’il en coûte aux êtres humains et à la nature ».

De nombreux oublis ont été relevés, comme les aides directes aux ménages les plus précaires, refusées par la majorité, ou des mesures concernant la jeunesse, alors que 700 000 personnes arrivent sur le marché du travail « sans aucun filet pour ceux qui ne trouveront pas d’emplois et qui ne pourront toucher ni le RSA ni le chômage », alerte la présidente du groupe PS, Valérie Rabault. Les députés n’ont pas eu le droit à la primeur du plan présenté au même moment par Jean Castex à Besançon. La députée socialiste s’inquiète en outre de l’absence des conclusions du Ségur. Un autre oubli majeur qui ne manquera pas d’être scruté, dès le 24 août, lorsque le plan de relance sera présenté en Conseil des ministres.

 

Florent Le Du

Publié le 25/07/2020

Le salut du Liban ne pourra venir que de lui-même

 

(site politis.fr)

 

Rarement la fin du calvaire de ce pays n’avait semblé si incertaine que depuis le récent vacillement de son système bancaire, estime Orphée Haddad. Pour cet avocat le renouveau, rendu possible par la gravité de la situation, ne se fera pas sans un aggiornamento, conduit par les Libanais eux-mêmes.

Enfant durant la guerre du Liban, je me suis éveillé au monde au rythme des files d’attentes au point d’eau du quartier, du rationnement électrique et des bousculades au bas des camions de colis alimentaires estampillés des acronymes de leurs généreux donateurs étrangers.

Orphée Haddad est avocat au Barreau de Paris et fondateur de L'Hôte Libanais.

Je n’ai pas connu la Suisse du Moyen-Orient ; je doute même qu’elle ait jamais existé ailleurs que dans une mythologie dans laquelle trop souvent, nous, Libanais, nous sommes complus. Le récent vacillement du système bancaire du pays, jadis admiré, a achevé d’écorner la légende.

Et voilà qu’aujourd’hui ressurgissent les images de l’enfance. Envolée, la Beyrouth capitale de la vie nocturne du Monde arabe. L’heure est désormais aux boulangeries exsangues et à une course perdue d’avance de la livre libanaise vers un dollar américain longtemps considéré comme l’autre monnaie nationale. L’heure est aussi à l’espoir d’une énième perfusion financière internationale.

Une nouvelle fois, le salut du Liban ne semble pouvoir venir que du dehors : la diaspora libanaise, la communauté internationale, les rapports de force régionaux. Tel un enfant chétif, le pays du cèdre ne saurait survivre que sous l’aile de puissants parrains. Cette croyance est à ce point enracinée que nombre d’entre nous la regardent comme une donnée immuable.

Le 1er septembre prochain marquera le centenaire de la proclamation de l’État du Grand Liban par le général Henri Gouraud. En ce jour de 1920 naissait le Liban moderne, alors administré par la France. Depuis, le chevet du pays a rarement été délaissé par des fées plus ou moins bienveillantes, et on ne compte plus les conférences internationales rassemblant ses amis soucieux de le sauver.

Or, si elle peut paraître nécessaire, l’aide extérieure seule ne suffira pas davantage que par le passé. Tout au plus achètera-t-elle du temps. À grand frais.

Et si, à bientôt cent ans, le Liban n’était plus le spectateur, mais l’acteur de son salut ?

Cette mue, d’un pays-objet à un pays-sujet, est rendue possible par la gravité de la situation : rarement, même durant les années de conflit armé, la pauvreté n’avait à ce point mis la population libanaise à genoux ; rarement la fin du calvaire n’avait semblé si incertaine.

Aussi drastiques soient-elles – réformes structurelles, privatisations, refondation de la fiscalité, réorganisation de la fonction publique –, les conditions habituellement posées par les bailleurs de fonds pour l’octroi de leur manne ne pourront pas tout.

En effet, le renouveau ne se fera pas sans un aggiornamento, conduit par les Libanais eux-mêmes, de la manière dont le pays se conçoit, au-delà des sujets récurrents de la corruption endémique et du confessionnalisme. Le temps est venu d’en finir avec le prisme déformant des mythes sur lesquels le Liban s’est bâti.

En finir, d’abord, avec le mythe de la résilience, qui postule une faculté particulière qu’auraient le Liban et les Libanais à surmonter les coups du sort. Force est de constater que cette capacité d’adaptation est aussi un facteur d’inertie et d’accommodement avec l’inacceptable. À être certain de toujours retomber sur ses pieds, on n’en finit jamais de chuter.

En finir avec l’inégalité criante des droits. Deux exemples suffisent à mesurer l’ampleur et l’urgence de la tâche. Comment parler d’un État moderne quand, aujourd’hui encore, les femmes ne peuvent transmettre la citoyenneté libanaise à leurs enfants alors que les hommes, eux, le peuvent ? Comment parler d’équité quand le dispositif de la ‘kafala’, mécanisme juridique d’un autre âge, véritable sujétion de l’employé étranger à son employeur s’appliquant notamment aux travailleurs domestiques, est encore en vigueur ?

En finir avec des slogans qui, s’ils ont été vrais un jour, ne le sont assurément plus : le Liban n’est pas plus le château d’eau du Proche-Orient qu’il n’en est le grenier à blé. Le pays est deuxième au monde après le Qatar en matière de stress hydrique et la pollution de ses eaux souterraines va bon train. En 2018, l’agriculture représentait moins de 3% du produit intérieur brut et plus de 80% des produits alimentaires sont importés. Quant à l’esprit d’entreprise tant célébré, il a manifestement échoué à donner naissance à un tissu industriel digne de ce nom.

En finir de la relation romancée du pays avec sa diaspora. Vantée pour le rayonnement qu’elle offre au Liban, la diaspora libanaise raconte aussi, en creux, l’échec chronique d’un pays à répondre aux aspirations des siens. Un proverbe voudrait qu’en jetant un Libanais à la mer, il en ressorte avec un poisson entre les dents. Certes, le dénouement est heureux, mais pourquoi donc, en premier lieu, le jeter à la mer ? Et n’est-il pas contradictoire pour une nation de briller par le truchement des opportunités qu’une autre a offertes à ses enfants ?

Les derniers mois ont montré les limites de cette relation. Des décennies durant, la diaspora a porté le secteur bancaire libanais, à la fois mue par l’envie de soutenir le pays et attirée par des taux d’intérêts défiant toute concurrence. En réalité, ses dépôts ont essentiellement alimenté une économie de rente qui s’est révélée au grand jour à l’automne dernier, s’avérant plus proche d’une pyramide de Ponzi que de la libre économie de marché dont le Liban se veut le chantre. Accepter que sa diaspora soit sa béquille permanente, c’est accepter que le Liban ne se soigne jamais.

Mythes juridiques, sociétaux, environnementaux, économiques… plus que jamais, un face-à-face du Liban avec lui-même s’impose. Douloureuse, cette introspection ne sera pas vaine déconstruction : elle est, au contraire, la première étape et la condition sine qua non de la renaissance à laquelle les Libanais aspirent.

 

par Orphée Haddad

Publié le 24/07/2020

Eurolines et le crash des cars Macron

 

(site humanite.fr)

 

La mise en liquidation du spécialiste des transports de voyageurs longue distance ainsi que le licenciement de ses 37 salariés sonnent l’échec de la libéralisation du secteur décidée en 2015. L’actuel président était alors à Bercy.

« On va créer plusieurs milliers d’emplois », annonçait fièrement, en 2015, Emmanuel Macron, à l’époque ministre de l’Économie, en défendant sa loi de libéralisation des transports à longue distance. Une étude de France Stratégie commandée par son cabinet annonçait même que cette réforme permettrait la création de 22 000 emplois d’ici à 2025. Cinq ans plus tard, les salariés d’Eurolines repensent avec amertume à cette promesse. Si le nombre de salariés du secteur a effectivement augmenté, passant de 660 avant 2015 à presque 3 000 aujourd’hui, selon l’Autorité de régulation des transports, ces créations d’emplois se sont faites en précarisant les conditions de travail des salariés et à coups de rachats et disparitions de sociétés. Exactement ce que subissent les salariés d’Eurolines. Ce mardi, au tribunal de commerce de Nanterre, ils étaient une vingtaine sur les 37 venus assister aux derniers instants de leur entreprise. Entre rage et frustration, ils voient la liquidation judiciaire de cette marque emblématique comme une profonde injustice. Ce jour marque la fin d’une entreprise qui comptait 159 salariés il y a encore cinq ans.

Le 30 avril 2019, Flixbus rachète Eurolines. Si l’entreprise connaissait déjà des difficultés depuis 2015, la situation a empiré avec ce rachat. Un an et un plan de suppression de postes plus tard, le groupe allemand demande la liquidation judiciaire d’Eurolines. Pour Mohamed Bessaoud, délégué CGT Eurolines, le but de cette opération est clair : se débarrasser d’un concurrent. Si des repreneurs ont dans un premier temps manifesté leur intérêt, ils se sont vite rétractés. « Avec 16 millions d’euros de dettes, 37 salariés et aucun bus qui ne lui appartient, l’entreprise n’est plus qu’une coquille vide », déplore le représentant du personnel. Avec Flixbus, c’est l’échec d’un modèle qui éclate au grand jour.

Un inter

Pour diminuer les coûts et être plus compétitive que ses concurrents, la société a instauré un nouveau système. Plutôt que d’acquérir des bus et de salarier des conducteurs, elle sert uniquement d’intermédiaire entre les clients et des entreprises de transport à qui elle sous-traite le transport des passagers. En payant ces dernières en dessous des prix du marché, elle s’assure des tarifs imbattables et touche une nouvelle clientèle. Mais ce dumping social n’est pas sans conséquence. « Les sous-traitants sont souvent perdants », explique Mohamed Bessaoud. En plus du paiement de 90 centimes d’euro par kilomètre, soit plus de deux fois moins que les tarifs habituels, Flixbus propose à ces transporteurs de partager les bénéfices si la ligne est rentable. Elles ne le sont que rarement, hormis certains trajets très spécifiques durant l’été. « Flixbus ne prend aucun risque et on assiste à l’ubérisation du secteur », résume Mohamed Bessaoud.

La société allemande avait déjà procédé de la sorte avec Mégabus : rachat de son activité française le 1 er juillet 2016, puis rupture du contrat trois mois plus tard et liquidation. Aujourd’hui, les 37 salariés d’Eurolines, qui étaient employés aux guichets ou aux services comptabilité et marketing, ne sont pas certains de pouvoir retrouver un emploi, d’autant plus dans la période actuelle. Beaucoup ont voué plus de vingt ans de leur vie à l’entreprise et n’ont jamais exercé un autre métier. Maux de ventre, insomnies, le quotidien de ces salariés est durement affecté par ces licenciements. Soixante salariés sont par ailleurs déjà concernés par un précédent plan social.

Ces licenciements sont d’autant plus mal vécus que l’entreprise a bénéficié de nombreuses aides de la part de l’État : du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, transformé début 2019 en baisse de cotisations sociales, mais aussi plus récemment du chômage partiel durant le confinement. Les salaires ont donc été pris en charge en grande partie par la solidarité nationale. Mais Flixbus ne réserve à ces employés que le minimum légal en indemnités de licenciement. Une stratégie « opportuniste » jusqu’au bout, fustigent les syndicats.

L’unique autre service de bus à longue distance, Blablabus, a décidé de copier le modèle de son concurrent et de faire appel à des sous-traitants plutôt qu’à ses propres salariés. Les « cars Macron » n’auront donc apporté que concentration de l’activité, ubérisation des emplois, devenus jetables.

Sous-traiter pour moins payer

Si ces entreprises font massivement recours à la sous-traitance, c’est bien pour pouvoir imposer plus facilement des salaires au rabais. En 2017 déjà, les conducteurs lyonnais de Ouibus avaient perdu 500 euros de revenu mensuel après avoir été transférés vers une entreprise autocariste qui sous-traiterait désormais le transport de passagers. Alors que les salariés avaient fait grève contre cette décision, Ouibus n’avait pas tenu compte de leurs revendications. Certains d’entre eux s’étaient résignés à ces nouvelles conditions de travail. Dix autres ont refusé et ont été licenciés.

 

Victor Fernandez

Publié le 201203

Ces forces qui s’affirment

Car, à ce jour, la majorité des citoyen·nes n’adhèrent majoritairement ni au pouvoir actuel, isolé, ni aux forces démocratiques et progressistes, ré-émergentes.

L

’été nous domine enfin et avouons que cela fait du bien car même sans festivals ni Tour de France, il nous faut bien reprendre forces et esprits. L’éprouvant épisode covidien, inédit, semble imprimer des traces en chacun d’entre nous, d’autant plus profondes que le virus continue de jouer avec nos nerfs et nos vies pour une durée indéterminée. Il est bien tôt encore pour les connaître : est-ce qu’il a réellement favorisé un regard plus positif sur les services publics, les métiers du lien ? Y a-t-il une prise de conscience aussi réelle et sérieuse qu’il le faudrait de la question écologique, dans toutes ses dimensions ? À l’heure des grands plans à plusieurs milliards, où les mots de rigueur et d’austérité ont définitivement disparu des discours officiels au profit de ceux, plus keynésiens, de relance et d’investissements, on peut se dire que la défaite culturelle de la gauche n’est pas tout à fait définitive… Mais on peut tout aussi craindre que le moment n’ait fait que conforter des opinions, voire des certitudes bien ancrées chez nombre d’individus : ici, on arguera que si les frontières avaient été tôt fermées, la catastrophe aurait pu être évitée ; là, on démontrera que la mondialisation n’a fait qu’aggraver nos incapacités politiques, quand les libéraux cherchent à démonter le « centralisme » et ne s’en remettre qu’aux vertus du secteur privé pour cette fameuse « relance ».

Au jeu du « rien ne sera plus comme avant », Emmanuel Macron a très tôt enfilé le costume de maître de cérémonie, annonçant une réinvention audacieuse, écologique et plus sociale. Pour le moment, il met « fin » à l’état d’urgence en intégrant une nouvelle fois dans le droit commun des dispositions attentatoires aux libertés publiques, il change de gouvernement pour continuer la même politique avec des signaux – antiféministes – alarmants, il s’entête dans son dogme fiscal qui profite aux détenteurs de capitaux au détriment du travail, et s’enfonce dans le présidentialisme imbécile.

Mais il y a quelque chose, comme une lueur d’optimisme, qui pointe à l’horizon si l’on veut bien plisser un peu les yeux. Des forces se sont affirmées : la France des femmes d’abord, dont l’avis a longtemps été seulement toléré ; la France noire et d’origine maghrébine, souvent reléguée et maltraitée ; la France des jeunes engagé·es contre le dérèglement climatique ; la France des gilets jaunes, jusqu’ici considérés spontanément comme des incultes et des fainéants tout juste bons à fournir des bataillons de voix à l’extrême droite, sans autre forme d’empathie. C’est aussi l’apparition d’une nouvelle forme d’action politique : des collectifs qui ont su se construire (grâce aux réseaux sociaux), qui veulent créer du commun et être leurs propres porte-parole, refusant toute tentative de récupération. La marche du 18 juillet à Beaumont-sur-Oise (lire aussi page 16), que le comité Vérité et Justice pour Adama a coorganisé cette année avec Alternatiba (l’an passé avec des gilets jaunes) donne d’ailleurs une idée assez nette des intentions d’autonomie politique qui accompagnent ces mouvements. Nous voulons y voir les germes d’une relève, encore fragile et composite, mais pleine de promesses.

Une thématique centrale, l’écologie, vient obliger chacun·e à un positionnement et à une doctrine ; elle réorganise tout le champ politique comme le socialisme le fit avant elle aux XIXe et XXe siècles. La résonance mondiale de cette utopie concrète, portée par l’imaginaire volontariste des nouvelles générations, a bien sûr sa traduction politique. D’ailleurs l’arrivée d’une nouvelle génération d’élu·es dans les grandes villes, en réussissant bon gré mal gré à unir la gauche et l’écologie autour de coalitions citoyennes, suscite un réel optimisme, même si ces victoires électorales sont fragiles. S’il n’y a sans doute pas de « vague verte » – les droites restent dominantes –, l’écologie est bien aux commandes dans ces villes. Ce sont des leviers, à condition de savoir fédérer et inclure. Car, à ce jour, la majorité des citoyen·nes n’adhèrent majoritairement ni au pouvoir actuel, isolé, ni aux forces démocratiques et progressistes, ré-émergentes. Cette majorité vit au quotidien la crise sanitaire, sociale, économique, démocratique et elle se manifeste par une abstention record, la peur du déclassement réel ou symbolique, une acceptation d’un État sécuritaire contre les menaces intérieures et terroristes, une hypersensibilité à la remise en cause symbolique du roman national de la France, et parfois même une certaine résignation à la compétition de tou·tes contre tou·tes. Mais elle aspire aussi au changement.

Pour la gauche et les écologistes, le tableau général suggère une certaine dose d’humilité et de responsabilité collectives en bannissant notamment le sectarisme et les comportements des je-veux-être que l’on voit trop souvent. Par respect authentique pour ces nouvelles forces positives qui s’affirment, et qui n’attendent pas qu’on les autorise, mais aussi pour surmonter des divergences encore lourdes sur des questions majeures comme l’Europe, le présidentialisme, la laïcité et même le rapport réel à l’écologie – des questions qui fâchent encore –, il faut bien cela. Espérons que l’été cultive cet état d’esprit.

 

par Pouria Amirshahi

Publié le 22/07/2020

Hôpital. Le Ségur de la santé finit son parcours anémié

 

Stéphane Guérard (site humanite.fr)

 

Des trois grandes revendications des personnels soignants, seule celle des salaires trouve un début de satisfaction dans les conclusions du processus de concertation dévoilées ce mardi. La déception prévaut chez leurs représentants.

En une année et demie de mouvement social, parti des services d’urgences pour embraser l’ensemble des hôpitaux publics, les revendications portées par les personnels soignants avaient eu le temps de s’affiner. La mobilisation générale de tous les personnels soignants face à l’épidémie de Covid-19 a fini de définir ces demandes, si bien que celles-ci tiennent sur l’équivalent d’une « antisèche » très pédagogique. Premièrement : 300 euros d’augmentation mensuelle pour tous les paramédicaux et revalorisation et rééchelonnement des salaires des médecins hospitaliers (début de carrière à 4 500 euros, fin à pas moins de 10 000 euros), afin que les émoluments rattrapent la moyenne des rémunérations des soignants pratiqués dans les autres pays de l’OCDE. Deuxièmement : 100 000 recrutements à l’hôpital et 200 000 dans les Ehpad et les établissements du médico-social. Troisièmement : fin des fermetures de service et réouverture des capacités d’accueil qui ont été amputées de 100 000 lits en dix ans. Le message était simple. Au vu des conclusions du Ségur de la santé rendues ce mardi par Olivier Véran, il n’a été que très partiellement entendu. « Il y a certes eu la crise sanitaire du Covid, mais il faut souligner que, sans la lutte, nous n’aurions rien eu. Néanmoins, ce sont des annonces a minima », résume Michèle Leflon, présidente de la Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité. Mireille Stivala, de la CGT santé, reste elle aussi sur sa faim : « Globalement, ces annonces sont décevantes, le gouvernement reste au milieu du gué et ne renonce pas à sa politique austéritaire. Nous serons très vigilants sur la manière dont ces annonces seront traduites dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale. »

1. Le Ségur, machine à noyer les revendications

Le processus même de ce grand raout, mené en un mois et demi express, ne promettait pas le meilleur. Avec des participants en grand nombre (200) – sans les collectifs Inter-Urgences et Inter-Blocs, fers de lance des mobilisations sociales, pas invités – pour noyer dans la masse des paramédicaux sous-représentés par rapport aux organisations de médecins dont certaines, les plus récalcitrantes, ont été éjectées des derniers arbitrages. Avec quatre « piliers » de discussion permettant de délayer les sujets. Et un téléscopage de calendriers avec le changement de premier ministre, dont la préoccupation première est de faire des appels du pied aux élus des territoires, non aux soignants.

Durant les cinq premières semaines, les participants n’ont eu pour seul interlocuteur que Nicole Notat, animatrice en chef avec son pedigree crispant. Le ministre de la Santé n’a dévoilé ses cartes que dans l’emballement final, avec de faibles marges de manœuvre budgétaire et un mantra bien ancré et rappelé hier : « Les constats ne sont pas nouveaux. La loi relative à Ma santé 2022 n’est pas caduque. Nous accélérons dans tous les domaines de transformation. » Le changement, ce n’est pas pour maintenant.

2. Des augmentations de salaires au minimum

Les revalorisations demandées par les paramédicaux nécessitaient 9 milliards d’euros annuels. Celles des médecins hospitaliers étaient estimées autour de 7 milliards. Au bout des négociations, le gouvernement a consenti 8,2 milliards au global. Soit 7,6 milliards pour les premiers, incluant une augmentation de 183 euros net mensuelle, une revalorisation des métiers et 15 000 recrutements. Et 450 millions pour les seconds, bonifiés de 200 millions pour les indemnisations des étudiants internes et externes. Si une majorité des organisations syndicales (FO, CFDT et Unsa pour les paramédicaux ; INPH, Snam-HP et CMH pour les médecins) s’est résolue à signer l’accord, ce fut selon le vieil adage : « Ce qui est pris n’est plus à prendre. » « Le “quoi qu’il en coûte”, on ne le voit pas, déplore le docteur Jean-François Cibien, vice-président d’Action praticien hôpital (non signataire). On aurait pu remettre les salaires des infirmières au niveau médian des salaires français ou de celui des infirmières des autres pays européens. La France ne le fait pas, contrairement à d’autres pays. Et comment va-t-on rendre l’hôpital public attractif alors que les jeunes médecins y commencent, après huit années d’étude, à 3 500 euros par mois, et que le privé leur offre 10 000 à 15 000 euros ? »

3. L’esbroufe de l’augmentation des effectifs

De 5 % à 10 % d’étudiants infirmiers en plus à la rentrée 2021, doublement des places de formation pour les aides-soignants et 15 000 embauches chez les paramédicaux. La coupe présentée par Olivier Véran n’est pas pleine, selon Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf). « La montagne accouche d’une souris. Pour les Ehpad, le ministre renvoie à la loi sur l’autonomie attendue depuis deux ans. On espère toujours les 200 000 créations de postes demandées. Quant aux 15 000 postes créés, il n’y en a en réalité que 7 500, puisqu’on y compte les 7 500 postes déjà budgétés et non pourvus. » Pas sûr que les revalorisations salariales consenties par le gouvernement rendent plus attractives ces fonctions dans les hôpitaux publics. D’autant que la pénibilité de ces métiers, avec bonification des retraites, n’a jamais été prise en compte dans ce Ségur.

4. Des moyens accrus sans changer la donne

En dix ans, 11,7 milliards d’euros d’économies ont été imposés aux hôpitaux. En vingt ans, 100 000 lits et 95 services d’urgences ont été fermés. En guise de changement, Olivier Véran annonce la création de 4 000 lits, qu’​​​​​​​« (il) appelle “à la demande”, en fonction des besoins saisonniers ». « Ces 4 000 lits ne compensent même pas le nombre de lits fermés sous Macron », pondère Christophe Prudhomme.

Le ministre de la Santé assure pourtant que la donne va changer concernant les moyens. Dix-neuf milliards vont être investis pour la « transformation du quotidien ». Soit 13 milliards de reprise de dettes annoncés il y a un an, auxquels s’ajoutent 6 milliards d’investissements pour rénover et moderniser les bâtiments comme les pratiques dans les hôpitaux et le médico-social. « On nous annonce aussi l’assouplissement de la T2A (tarification à l’acte) et une mécanique nouvelle de l’Ondam (objectif national des dépenses de l’assurance-maladie), relève Christophe Prudhomme. Mais l’Ondam demeure, soit ce système d’enveloppe financière fermée qui a fait que le système de santé n’a pas les moyens de faire face aux besoins, engendrant des déficits et des dettes. » « Tant qu’on n’aura pas fait sauter cet Ondam, les choses ne changeront pas. Tant qu’on ne prendra pas en compte les coûts évités par une bonne prise en charge, on tournera en rond », abonde le docteur Cibien.

5. De vrais-faux changements de gouvernance

La loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) de 2009 a donné les pleins pouvoirs aux directeurs d’établissement. Olivier Véran se fait fort de rééquilibrer le rapport de forces soignants-gestionnaires aux profits des premiers, en leur conférant plus de place dans les instances consultatives et décisionnaires. Pour cela, il reprend les préconisations du rapport Claris sur la gouvernance de l’hôpital. « Ce rapport a une grande faiblesse. Ses auteurs se fondent sur les retours d’expérience des directions actuelles des établissements. Or, tous ces gens ont dit que ça marchait très bien comme cela », soulignait récemment Laurent Heyer, président du conseil national professionnel Anesthésie-Réanimation.

De même, Olivier Véran se fait fort de rendre du pouvoir aux « élus des territoires », en les associant à la définition des objectifs de santé locaux, en lien avec des agences régionales de santé, sommées de muscler leurs échelons départementaux pour coller au plus près des besoins. Preuve de cette ouverture, les Copermo, ce vilain acronyme désignant les instances technocratiques qui ont instruit les fermetures d’hôpitaux téléguidés de Bercy, sont remplacés par des conseils nationaux et locaux de l’investissement de santé, dans lesquels se retrouveront ces mêmes élus. Et les expérimentations « territoriales » sont les bienvenues. « Sur la question de la proximité du soin, la ministre de la Cohésion des territoires sous-entend que les collectivités pourraient contribuer à financer l’accès aux soins. C’est inquiétant en termes d’égalité dans l’accès aux soins entre les territoires », relève Michèle Leflon, de la Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité.

 

Stéphane Guérard

Publié le 21/07/2020

Comment l'américain Honeywell organise un «pillage technologique» en France

 

(site humanite.fr)

 

Déjà connu pour la fermeture de son usine de masques chirurgicaux à Plaintel, le groupe américain d’ingénierie s’apprête à supprimer deux bureaux d’études, qu’il avait rachetés il y a quelques années. En six ans, 57 % de ses effectifs français ont été supprimés. Mais les brevets, eux, sont bien récupérés...

« Nous pensons que ce qui arrive demain est déterminé par ce que nous faisons aujourd’hui ! » clame le site du groupe américain Honeywell. Si le groupe paraît en apparence soucieux de l’avenir, il montre pourtant peu de considération pour le futur de ses sites français. En 2013, la société rachète le bureau d’études d’Elster Water Metering situé à Mauguio (Hérault). Celui-ci est spécialisé dans le développement de la transmission d’informations par radio des données des compteurs d’eau, un domaine de compétences très spécifique pour lequel il est devenu expert. Le 4 juin 2020, au terme de plans sociaux successifs, Honeywell annonce son intention de fermer définitivement le site pour raison économique.

"Le principe de la vache à lait"

Le même scénario est appelé à se produire pour le bureau d’études Intermec STC de Labège (Haute-Garonne). Spécialisée dans le développement de scanners optiques, l’entreprise a été rachetée en 2016 et son site va lui aussi être fermé. « Il s’agit d’un pillage technologique, dénonce un représentant syndical qui a souhaité garder l’anonymat. C’est le principe de la vache à lait : Honeywell récupère les brevets de ces entreprises et finit par délocaliser l’ensemble de l’activité aux États-Unis, en Chine ou en Inde. » Contactée à ce sujet, l’entreprise n’a pas répondu à nos sollicitations.

Un groupe habitué aux scandales

Le groupe américain n’en est pas à son premier scandale et s’est fait remarquer récemment dans le cadre de la crise du Covid-19. En 2018, il s’est séparé de l’usine de masques de Plaintel (Côtes-d’Armor). À l’époque, l’intérêt de produire 200 millions de masques FFP2 ne sautait pas aux yeux des responsables politiques. Alors que les commandes de masques par l’État s’érodaient, Honeywell a commencé à y enchaîner les plans sociaux, jusqu’à la fermeture définitive du site, il y a deux ans.

Si une partie des machines de production est alors envoyée dans un autre site en Tunisie, huit d’entre elles, presque neuves, sont purement et simplement détruites. « Honeywell serait un très mauvais vendeur. Il détruit tellement les entreprises de l’intérieur à coups de plans sociaux qu’à la fin, personne ne voudrait racheter ces sites, même s’ils en avaient la possibilité », se désespère notre source syndicale.

16 milliards d’euros de trésorerie

Si le groupe justifie ces fermetures par des motifs économiques, cet argument ne tient pas pour les syndicats. Le groupe bénéficierait ainsi de 16 milliards d’euros de trésorerie et chercherait avant tout à augmenter son bénéfice, déjà important, dénoncent-ils. Pour les 35 salariés qui travaillaient dans ces bureaux d’études, c’est un coup dur. Alors que la crise du Covid-19 a entraîné des suppressions de postes dans de multiples secteurs de la recherche et développement, il n’est pas garanti que ces ingénieurs aux champs d’expertise très spécifiques retrouvent un emploi aisément. Actuellement, douze mois de congé de reclassement ont été obtenus pour ces salariés, à la suite des négociations entre l’entreprise et les organisations syndicales. Pour l’entreprise, ces « mesures de reclassement correspondent aux pratiques nationales », mais elles pourraient se révéler insuffisantes au vu de l’état actuel du marché de l’emploi.

Indignation sélective

À l’avenir, le groupe Serians, racheté en 2010 par Honeywell et qui possédait notamment l’usine de Plaintel, pourrait lui aussi disparaître, selon le délégué syndical que nous avons contacté. Alors que le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, s’indignait, en 2018, du pillage technologique pratiqué par les entreprises chinoises implantées en France, les réactions politiques sont cette fois peu nombreuses face aux pratiques de Honeywell. Ce dernier pourrait donc être tenté de continuer de profiter de l’expertise des entreprises françaises, au mépris total des salariés qui les composent.

 

Victor Fernandez

Publié le 20/07/2020

Christine Lecerf, productrice à France Culture : « Karl Marx est le contraire d’un dogmatique »

 

Laurent Etre (site humanite.fr)

 

Sur France Culture, l’été est la saison des Grandes traversées. L’une d’elles nous entraîne dans les plis d’une pensée qui n’a pas fini de faire trembler les tenants du capitalisme. Entretien avec Christine Lecerf.
 

Jeune ou vieux ? Avec ou sans barbe ? Un livre à la main ou en manif ? Chacun, chacune des participant-e-s à cette Grandes traversées est convié-e à décrire son Marx. Manière originale et plaisante de bousculer les clichés qui entravent peut-être, encore, l’accès au penseur de Trèves. Mais ne nous y trompons pas, ces quelque dix heures d’émission n’ont rien d’une promenade anodine. Par l’intermédiaire des meilleurs spécialistes, dont certains bien connus de nos lectrices et lecteurs, on suit pas à pas l’élaboration de toute une démarche de dévoilement des rouages du mode de production capitaliste, au fil d’une vie d’enthousiasmes intellectuels et politiques, mais aussi de privations et de drames personnels. D’un exil à l’autre, de la Prusse à l’Angleterre en passant par la France et la Belgique, l’auteur du Capital reprend chair à nos oreilles, pour livrer aux exploités « la science de leur malheur », selon la formule du syndicaliste révolutionnaire Fernand Pelloutier (1867-1901), convoquée par l’un des ouvriers témoignant de son rapport à Marx dans cette émission qui se révèle elle-même, au final, une pépite de pédagogie.

Qu’est-ce qui vous a conduite à Marx, vous qui êtes, à la base, critique littéraire et traductrice ?

Christine Lecerf J’ai consacré, par le passé, plusieurs émissions à Hannah Arendt, Sigmund Freud… Souvent, j’étais frappée de trouver chez ces auteurs des références à Marx, là où je ne les attendais pas forcément. Je me suis demandé si Marx, au-delà de ses analyses économiques du capitalisme, n’était pas lié à notre époque d’abord pour sa façon de s’interroger, pour sa représentation du monde, sa vie d’exilé… Un voile, un écran, une épaisseur me rendaient ce Karl Marx inconnu. Je suis partie de ce sentiment et j’ai fait en sorte de cultiver une certaine ingénuité, nécessaire pour prendre la pleine mesure des préjugés, des déformations infligés à sa pensée au cours du siècle dernier. C’est là tout l’enjeu de la première émission de cette Grandes traversées.

Depuis la crise financière de 2008, on a beaucoup parlé de « retour » à Marx. Ce contexte n’a-t-il pas facilité une redécouverte, sans œillères, de sa démarche, de ses idées ?

Christine Lecerf Le retour récurrent de son fantôme est également susceptible de malentendus. On ne saurait réduire son œuvre à une sorte de manuel de compréhension du capitalisme en état de crise. C’est une pensée qui va beaucoup plus loin, et qui mérite d’être explorée dans tous les contextes, pas seulement en temps de crise.

Dans votre premier épisode, le marxisme est plutôt décrit comme cause de malentendus en cascade. Pour autant, toutes les interprétations marxistes se valent-elles ?

Christine Lecerf Il ne s’agissait pas, dans cette émission, de dresser un état des lieux du marxisme, ni de faire son procès, mais de mettre Marx à la portée du public le plus large, afin de toucher aussi les auditeurs susceptibles d’avoir quelques a priori. C’est dans cette optique que je me suis arrêtée sur tous ces moments où se sont fossilisées certaines représentations, dont nous sommes encore parfois tributaires.

Votre émission s’intitule Marx l’inconnu, mais on en apprend également beaucoup au sujet d’Engels…

Christine Lecerf Leur relation a été l’une des amitiés marquantes dans l’histoire des idées. Engels m’est peu à peu apparu comme quelqu’un d’aussi fascinant que Marx. Il avait une façon époustouflante de gérer ses contradictions. Il a été gérant de l’usine de son père, à Manchester, il a fini sa vie millionnaire, et en même temps, il a fait passer l’équivalent de plusieurs centaines de milliers d’euros à son ami, pour lui permettre d’écrire ce qui s’apparente à une véritable bombe contre le système. Engels était intellectuellement très vif, mais aussi très prompt à affirmer, à conclure… L’un des biographes de Marx, Gareth Stedman Jones, raconte (dans le cinquième et dernier épisode - NDLR) comment Engels, au cours de l’édition du livre 2 du Capital, a substitué le terme d’« effondrement » du capitalisme à celui d’« ébranlement », qu’utilisait Marx. Cela introduit une sacrée distorsion. Marx passe pour un penseur de la fin du capitalisme, alors qu’en réalité, il était devenu de plus en plus prudent sur cette question avec le temps. Son œuvre reste inachevée, fondamentalement ouverte. Tout le contraire d’un dogmatisme.

La pensée de Marx ne prend-elle pas, aussi, toute sa portée lorsque les exploités s’en emparent ?

Christine Lecerf C’est un système de pensée ouvert, mais s’adressant en effet à ceux qui subissent l’exploitation capitaliste. Évidemment, un néolibéral peut lire Marx et y apprendre des choses sur sa propre pratique. Mais avec les syndicalistes anglais et français que je fais intervenir dans l’émission, j’ai voulu montrer que celui qui est sur la chaîne de montage et qui lit Marx acquiert une énergie et des outils pour interroger sa condition.

 

Entretien réalisé par Laurent Etre

Publié le 19/07/2020

Relocalisation contre Ceta et Mercosur

 

(site politis.fr)

 

Défendre le retour en France et en Europe de la production, comme l’a fait Emmanuel Macron devant la Convention pour le climat, ne rime à rien tant que les traités de libre-échange continuent d’être ratifiés.

Avec la pandémie de Covid-19, l’opinion publique a basculé : près de 90 % des personnes interrogées appellent désormais les pouvoirs publics à relocaliser le maximum de filières de production disséminées partout sur la planète. Au point que ceux qui n’avaient jamais cessé d’encourager la mondialisation néolibérale et productiviste se présentent désormais comme les champions de la relocalisation.

On ne compte ainsi plus le nombre de fois où Emmanuel Macron a affirmé que sa priorité était de « produire davantage en France et en Europe », pour « retrouver notre indépendance » et « rebâtir notre souveraineté », comme si toutes ces notions étaient synonymes. Plus récemment, il a même fait du paracétamol, médicament le plus prescrit en France mais qui n’y est plus fabriqué, l’emblème de sa politique, chargeant les laboratoires privés d’en produire sur le territoire d’ici à trois ans.

Qui pourrait en effet s’opposer à ce que l’on produise du paracétamol en France, alors que près de 80 % des principes actifs des médicaments que nous consommons sont fournis par la Chine et l’Inde ? Le paracétamol incarne à lui seul un produit d’intérêt général, d’utilisation courante, et il fait partie de ces médicaments dont personne ne comprend pourquoi ils ne sont plus fabriqués dans le pays. Faire du paracétamol le totem de la « souveraineté » est habile. Mais est-ce à la hauteur des défis mis en exergue par la pandémie de Covid-19 ?

Se focaliser sur le lieu de production revient à ne pas interroger le contenu de ce qu’il faut produire, selon quels procédés, avec quels emplois et impacts écologiques, mais aussi à ne pas se demander qui doit contrôler, et à quelles fins, ces productions : peut-on parler de « souveraineté économique » lorsqu’on fait des laboratoires pharmaceutiques privés les garants de notre approvisionnement en paracétamol et vaccins, alors qu’ils s’approprient les résultats de recherches financées par l’argent public, rémunèrent grassement leurs actionnaires et détruisent des emplois et la planète ? Non.

La pandémie a montré que le découpage de la production mondiale en chaînes de sous-traitance labyrinthiques organisées en flux tendus et zéro stock est déstabilisé par le moindre incident en un point quelconque de la chaîne. Mais elle a aussi souligné que la mondialisation détruit des emplois et des économies vivrières souvent bien plus résilientes que ces interconnexions, tout en augmentant l’usage de matières premières, la déforestation et le réchauffement climatique. Dans leurs argumentaires, les nouveaux apôtres de la relocalisation tendent pourtant à privilégier les enjeux économiques et l’approvisionnement des chaînes de production plutôt que l’urgence de créer des emplois de qualité et non délocalisables, ou celle de réduire leur empreinte écologique. À Bruxelles, le terme « autonomie stratégique ouverte » a d’ailleurs déjà supplanté toute idée de « relocalisation » : il n’est ainsi pas envisagé de remettre en cause le principe de libéralisation des marchés et d’ouverture de l’Union européenne aux investissements étrangers.

Là est en effet l’objectif des personnes qui défendent une approche minimaliste de la « relocalisation » : sauver les règles du jeu mondialisé. Il n’est pas question pour elles d’interroger les fondements normatifs du commerce mondial qui ont conduit de trop nombreuses entreprises à faire de la compétitivité-coût et de la rentabilité financière leurs seuls critères de décision. Pas plus qu’il n’est question de remettre en cause les règles de l’OMC ou les nouveaux accords bilatéraux qui limitent les politiques de relocalisation écologique et sociale.

Il n’est guère surprenant, donc, de voir la Commission européenne annoncer fin avril un nouvel accord de commerce et d’investissement avec le Mexique visant à faciliter l’importation de produits agricoles et d’énergies fossiles en Europe, et à ouvrir les marchés publics locaux mexicains aux multinationales européennes. Ni de constater que les équipes du commissaire européen au Commerce ont profité du confinement pour approfondir les négociations avec la Nouvelle-Zélande et l’Australie, ou pour finaliser les chapitres manquants de l’accord avec le Mercosur, rendant une ratification possible à compter d’octobre. Le tout avec le consentement de Paris.

Bien sûr, devant la Convention citoyenne pour le climat, Emmanuel Macron a prétendu avoir « stoppé net » les négociations avec le Mercosur. Mais il n’en est rien. Cet accord est même l’une des priorités de l’Allemagne, qui a pris la présidence de l’UE ce 1er juillet, afin d’exporter plus d’automobiles et d’importer toujours plus de soja et de viande issus de la déforestation. À l’heure où les Parlements autrichien, wallon et néerlandais ont voté des résolutions contre cet accord, Emmanuel Macron ferait bien de faire à Bruxelles ce qu’il dit à Paris.

Ainsi énoncé, c’est un vœu pieux. L’exemple du Ceta l’illustre à merveille, comme les 150 membres de la Convention viennent d’en faire l’amère expérience : alors que mettre fin au Ceta, jugé non climato-compatible, était une de leurs propositions phares, Emmanuel Macron l’a écartée. L’essentiel de l’accord va donc continuer à s’appliquer, sans être ratifié, entérinant une situation qui permet à l’exécutif de ne pas se confronter à l’opinion publique. Ne nous laissons pas laisser voler cet horizon désirable et émancipateur : cosmétique dans sa version néolibérale, haineuse dans sa version nationaliste, la relocalisation pourrait pourtant être écologique et solidaire (1).

(1) Ce qui dépend de nous. Manifeste pour une relocalisation écologique et solidaire, Les Liens qui libèrent, juin 2020.

Maxime Combes Économiste, en charge des enjeux commerce-relocalisation à l’Aitec et porte-parole d’Attac.

 

par Maxime Combes

Publié le 18/07/2020

Jean-Claude Gayssot : "Le racisme continue d’empoisonner nos sociétés"

 

(site midilibre.fr)

 

Le 13 juillet, la loi Gayssot aura 30 ans. Le contexte actuel, hypertendu depuis la mort de Georges Floyd, donne une tout autre dimension à cet anniversaire. Entretien avec son initiateur.

Dans quel contexte est née la loi qui porte votre nom ?

Je venais d’être réélu député de Drancy Bobigny en 1988. Mon groupe à l’Assemblée nationale, les Communistes républicains, avait déposé une proposition de loi contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie. J’en étais le premier signataire, ce qui explique pourquoi elle porte mon nom. Nous répondions alors à une demande des associations, désireuses de renforcer les lois existantes, et notamment celle de 1972.

C’était aussi la période où l’extrême droite, Jean-Marie Le Pen en tête, parlait de la Shoah comme d’un "détail de l’Histoire". Les actes et les propos racistes et antisémites se multipliaient. Alors, à son arrivée en tant que Premier ministre, Michel Rocard a décidé de revaloriser le rôle du Parlement. Il a fait rediscuter cette proposition de loi, puis elle a été adoptée.

A-t-elle permis de réduire les paroles et les actes racistes ?

Je n’ai pas fait le compte de toutes les condamnations. Ce que je sais, c’est que dans les kiosques, il n’est plus possible de proposer des couvertures ou des pages infâmes, racistes ou négationnistes, comme ça a pu être le cas.

J’ai tout de même en mémoire une condamnation, celle du néonazi Vincent Reynouard. Admirateur d’Hitler, émule de Robert Faurisson, il a été condamné à de la prison ferme. Mais il a aussi contesté la constitutionnalité de cette loi. Résultat : fin 2015, le Conseil constitutionnel confirmait la conformité de la loi Gayssot à la Constitution. Déboutant ce catholique intégriste, qui en même temps regrettait que le pape ne nie l’existence de la Shoah… Pour dire le niveau du personnage. Je me souviens également de Jean-Marie Le Pen qui disait à l’époque : "La Loi Gayssot me coûte très cher."

La loi du 13 juillet 1990

En septembre 1987, l’Union française des associations B’Nai B’Rith a dénoncé les propos racistes du Front national. Elle a ensuite lancé un appel aux partis politiques pour élaborer un projet de loi visant à renforcer la lutte contre le racisme.

Trois ans plus tard, la loi n° 90-615 du 13 juillet 1990 a été votée à l’Assemblée nationale. Ce texte vient s’ajouter à la liste des lois antiracistes telles que la loi Pléven de 1972.

Ses principaux apports sont :

  • L’article 1er sur la lutte contre le racisme. Il pose l’interdiction de « toute discrimination fondée sur l’appartenance ou la non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion ». Les contrevenants sont passibles des peines d’un an d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende.
  • L’article 9 instaure un nouveau délit de négationnisme. La polémique autour de cet article, accusé d’atteinte à la liberté d’expression, a été tranchée par le Conseil constitutionnel en 2015, qui déclarait cette atteinte "justifiée, nécessaire et proportionnée".

En quoi cette loi résonne-t-elle avec les événements récents ?

Elle était nécessaire et elle l’est plus que jamais. Son avenir, selon moi, ne peut être que dans son universalisation, y compris sur internet. Que l’ONU considère que le négationnisme est un vecteur essentiel de l’antisémitisme militant, cela me conforte dans l’idée qu’il ne faut jamais baisser la garde contre toutes les formes de racisme, d’antisémitisme et de xénophobie. Aujourd’hui, on s’aperçoit que les actes racistes n’ont pas disparu de nos sociétés. Cette loi est donc plus actuelle que jamais. Mais elle ne suffira pas.

Pour l’anecdote, lorsque Nelson Mandela est venu rencontrer François Mitterrand, il est passé nous voir au siège du Parti communiste français. Il nous a dit une chose essentielle : "Les lois sont indispensables, mais elles ne suffiront jamais."

Je crois que face au dogmatisme et à toutes les formes d’intégrisme, il faut agir par la culture et l’éducation. En s’appuyant sur la science, sur les historiens, sur l’information. C’est le seul moyen d’éradiquer les préjugés et les a priori qui gangrènent nos sociétés.

Le racisme continue d’empoisonner nos sociétés. On a tout de même un prix Nobel de médecine qui affirmait en 2007 que les Noirs étaient moins intelligents que les Blancs… Tous les intégrismes sont vecteurs de haine et de violence, et parfois même mortelle.

Comment lutter davantage contre les discriminations ? La loi Gayssot aurait-elle besoin d’être renforcée ?

Bien sûr, il faut toujours évaluer l’efficacité de chaque loi. Cependant, je ne pense pas qu’il faille, comme on me l’a souvent demandé, élargir la loi Gayssot à tous les génocides et tous les crimes contre l’humanité. Non pas que je conteste les lois mémorielles, mais pour moi, la loi du 13 juillet 1990 n’en est pas une. Certes, elle fait référence à l’Histoire, aux tribunaux de Nuremberg et de Londres, mais c’est bien parce que le négationnisme est un acte antisémite en soi, comme l’a exprimé le Conseil constitutionnel dans sa décision de 2015.

Sur le travail des historiens, qui se sont un temps inquiétés de voir le législateur empiéter sur leur domaine, ils n’ont jamais été contraints dans leurs recherches par l’existence de cette loi. La boîte de Pandore dont on a tant parlé à l’époque n’a jamais été ouverte.

Aujourd’hui, à la suite des événements liés à la mort de Georges Floyd par exemple, on constate une forme de révolte dans le monde contre ce type d’actes. Je crois que le niveau de protection offert par la Loi de 1990 devrait être le standard européen, et même mondial. Surtout sur internet où nous sommes encore dans une sorte d’anarchie.

Est-ce possible de réguler ces propos sur internet ?

C’est plus compliqué mais comme disait Sénèque : "Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles qu’on n’ose pas, c’est parce qu’on n’ose pas qu’elles sont difficiles."

Biographie

Ancien ministre des Transports sous Lionel Jospin (1997-2002), le communiste Jean-Claude Gayssot est aujourd’hui président du conseil d’administration du Port de Sète Sud de France. Il s’était notamment déclaré favorable à l’accueil de l’Aquarius et ses 141 migrants à bord, le 13 août 2018.

Joffrey Marcellin

Publié le 17/07/2020

Le premier ministre annonce un virage... à 360° ! Rien pour les « premiers de corvée » !

 

https://www.cgt.fr/actualites/interprofessionnel/mobilisation/le-premier-ministre-annonce-un-virage-360deg-rien-pour

 

C’est dans une intervention conjuguant négation de la réalité sociale et des aspirations du monde du travail que le Premier ministre a lu le discours de politique générale de son gouvernement de « combat ».

Dans cette assemblée étonnamment bruyante pour un moment aussi formel, le premier ministre a confirmé qu’il ne changerait pas de cap : poursuite des cadeaux aux entreprises et particulièrement aux grands groupes, protection des actionnaires et de leurs dividendes, sans apporter aucune réponse à celles et ceux qui, quotidiennement comme durant la crise sanitaire, ont œuvré avec courage et abnégation au bon fonctionnement de la nation.

Malgré 100 milliards d’euros dédiés au « Plan de relance », aucune mesure salariale n’est envisagée pour les« bas salaires », alors que le gouvernement pourrait décider sans attendre de l’augmentation du SMIC et desminima sociaux.
Les aides aux entreprises et autres allègements de cotisations sociales ne sont soumis à aucun contrôle, aucuneexigence de devoir rendre des comptes... juste une « invitation » à modérer le versement de dividendes aux actionnaires !

Aucun soutien à la hauteur des enjeux pour l’industrie, comme le propose la CGT, notamment dans les domaines de l’imagerie médicale, de la fabrication de bouteilles d’oxygènes, du tri et du recyclage, de l’aéronautique, etc...
Pour réduire les inégalités et les déficits publics, il faut, tout au contraire, travailler moins pour travailler tous, en opposition à la baisse du pseudo « coût du travail » et du « travailler plus ». La CGT revendique le passage aux 32h et l’augmentation générale des salaires.

L’annonce d’un nouvel acte de décentralisation au travers d’un projet de loi « organique » est sans doute laseule annonce véritable de ce discours convenu. Il conviendra de conjuguer les spécificités territoriales, tout en maintenant un des principes fondateur de notre République « une et indivisible ».
Pour ce qui est de la forme, le premier ministre dit faire de la concertation et de la négociation sociale sa méthode. Il renvoie dès ce vendredi à une « Conférence sociale » afin de convenir d’une méthode et d’un calendrier de discussions et de négociations dans le cadre de la mise en œuvre du « Plan de relance ».Pêle-mêle, y seront abordés les questions d’un « Plan pour la jeunesse », la réforme de l’assurance chômage,la création d’une 5ème branche de la Sécurité Sociale, le partage de la valeur dans les entreprises(intéressement et participation). La CGT y participera et présentera, de nouveau, ses propositions et revendications.

La CGT porte des propositions, notamment :

  • Augmentation du SMIC et des minima sociaux,
  • Contrôle des aides publiques aux entreprises et conditionnement des aides au maintien et au développement de l’emploi,
  • Mise en place de filières industrielles et réappropriation de secteurs stratégiques et de recherche,
  • Renforcement des moyens pour la fonction publique et les entreprises publiques, arrêt des privatisations, 
  • Sécurité Sociale Professionnelle...

Concernant le projet de réforme des retraites, l’annonce de la suppression des « régimes spéciaux » estcaractéristique de la non prise en compte de la mobilisation sociale historique de fin 2019 / début 2020.
Même s’il est contraint de temporiser son projet de réforme systémique, le gouvernement vise à la poursuite «quoi qu’il en coûte » de son projet de réforme des retraites alors même que toutes les organisations syndicales de salarié-e-s comme patronales ont demandé à ne plus mettre cette question dans l’agenda social.

Elément politique surprenant pour quelqu’un qui se dit héritier d’un « gaullisme social », le lien fait entre les questions de la laïcité, la lutte contre l’Islam radical et les violences dans certaines villes et lors de manifestations publiques... la CGT dénonce cet amalgame et ce virage sécuritaire qui va à l’encontre des valeurs républicaines.

Publié le 16/07/2020

Caissières, caissiers: après le déconfinement, le désenchantement

Alors que la cérémonie du 14 juillet rend hommage aux soignants, les hôtes et hôtesses de caisse attendent aussi la reconnaissance de la Nation. Et le respect de leurs clients.

Par 

 

Alice Sangouard (site hjffingtonpost.fr)

 

Depuis le 11 mai, date du déconfinement, les hôtes et hôtesses de caisse se sentent délaissés par les clients, leur hiérarchie et le gouvernement qui les considéraient comme "indispensables au fonctionnement de la nation".

14 JUILLET - “Pourquoi on ne mériterait pas d’être remerciés, nous aussi?” C’est la question que se posent les hôtesses et hôtes de caisse, à l’aube de la cérémonie du 14 juillet en hommage aux soignants.

Depuis le déconfinement, ils se sentent oubliés. Exit les métiers essentiels à la survie de la nation, retour à la case départ d’avant coronavirus.

Dès le 11 mai, beaucoup avait d’ailleurs déchanté. “Les gens sont reconnaissants quand ils ont besoin de nous. Dès que le déconfinement a été prononcé, on n’était plus autant des héros qu’avant”, déclare avec amertume Fanny, caissière à Clisson, en Loire-Atlantique.

La parenthèse “enchantée” du confinement

Pendant le confinement, la majorité de la population ne sortait que pour faire ses courses. Plus visibles, les hôtes de caisse étaient donc davantage valorisés. Fanny a rapidement remarqué la différence. “Le premier mois et demi, dès qu’on avait fini d’encaisser, on nous disait ‘bon courage, merci d’être là’. J’ai même reçu des fleurs et des chocolats de la part de certains clients.”

Léa*, elle, a reçu une rose. “Je me suis sentie utile, je n’avais jamais ressenti cette reconnaissance avant. J’avais envie d’aller travailler.” “Ça me faisait énormément plaisir, j’en avais les larmes aux yeux, abonde Océane, hôtesse de caisse à Nevers, en Bourgogne-Franche-Comté. Enfin des clients qui se mettent à notre place!”

Et même la direction a fait un pas vers ses salariées, dont la plupart demeurent des femmes. Le chef de caisse de Léa la remerciait sans arrêt, “il nous laissait des petits mots pour nous souhaiter ‘bon courage pour cette journée’”.

Un soutien éphémère

Mais depuis deux mois, outre l’arrêt des remerciements, les mesures barrière ne sont plus vraiment respectées. Certains clients ne portent plus de masque, les sens de circulation et le filtrage à l’entrée ont été suspendus dans certains magasins... “Des familles entières viennent faire leurs courses, les gens sont collés aux caisses.”

Une situation qui provoque des tensions. “Il y a eu des altercations entre clients, mais aussi avec les caissiers, se souvient Mathieu*, qui travaille chez Auchan. Un collègue a demandé à un client de s’éloigner, mais le client n’a pas voulu et s’est énervé.”

Et dans son magasin, il déplore aussi le même fonctionnement de la direction qu’avant le confinement, qui n’est pas efficace. “Avant, on pouvait faire nos courses à la pause, ou rentrer par la porte de service pour ne pas avoir à passer par la zone de filtrage. Maintenant, on ne peut plus, sinon on a le droit à des réflexions.”

Tous les hôtes de caisse n’ont d’ailleurs pas eu droit à une prime de risque. Ou alors seulement au prorata des heures travaillées. Un constat qui désole le jeune homme, dont une des collègues a attrapé le coronavirus, mais en contrat de seulement 15h/semaine, n’a pas pu toucher la totalité de la somme.

“On nous a oubliés”

Alors, quand ils apprennent que la cérémonie du 14 juillet rendra hommage aux soignants, sans citer les autres professions qui ont été essentielles en ces temps de crise, c’est la goutte de trop.

″Ça me met en colère, j’estime qu’on a fourni le même effort de travail, on a dû faire face à des gens stressés, angoissés, qui avaient peur!”, s’exclame Fanny. “Même si on n’a peut-être pas autant contribué que les soignants, on était quand même sur le front à risquer nos vies”, appuie Léa.

D’autant plus que “nous sommes toujours là pour les gens, c’est important de parler de nous un minimum”, souffle Océane. “On a fait en sorte que l’économie se maintienne, alors on ne devrait pas parler que d’une seule profession, renchérit Fanny. Il faudrait faire la même chose pour tous les métiers concernés. Parce que là, on nous a oubliés.”

* Les prénoms ont été modifiés

Publié le 18/07/2020

14 juillet: des milliers de manifestants à Paris, des echauffourées

Ces soignants réclament plus de moyens et dénoncent les accords du Ségur de la santé.

 

Pierre Tremblay avec AFP (site huffingtonpost)

 

MANIFESTATION - Plusieurs milliers de personnes ont manifesté ce mardi 14 juillet à Paris à l’appel de plusieurs organisations syndicales, dont la CGT et Solidaires ainsi que du Collectif Inter-Hôpitaux afin de réclamer plus de moyens pour l’hôpital, a constaté l’AFP.

“Le Covid a montré qu’on avait besoin de lits, on les a pas”, explique dans le cortège Guillaume Rosey, infirmier en neurologie à Maubeuge, déçu par les accords signés lundi par certaines organisations syndicales dans le cadre du Ségur de la santé.

“On en attendait beaucoup du Ségur”, ajoute l’infirmier au milieu des slogans réclamant “du fric, du fric pour l’hôpital public”. “Il fallait créer des emplois. On ne les a pas. Il y a beaucoup de choses qui n’ont pas été abordées et on ne peut pas être satisfaits. On avait demandé 300 euros pour avoir un salaire moyen au niveau de celui dans l’OCDE”.

Or, selon les accords signés lundi, l’augmentation des infirmiers dans les hôpitaux et Ehpad publics devrait être de l’ordre de 183 euros net mensuels.

“Ils n’ont pas répondu aux attentes”, tranche Paule Bensaid, infirmière dans un EPSM (établissement pour adulte handicapé) à Lille. “On réclamait minimum 300 euros pour tous les agents. La où je travaille, on n’a pas eu de masque avant le 30 avril. Alors le défilé des soignants sur les champs (Elysées, à l’occasion du 14 juillet) je pense que c’est du pipeau”.

Pour Ali Yassine, élève infirmier et ancien aide soignant, il s’agit d’offrir aux patients de meilleurs soins. “On veut juste signaler un dysfonctionnement et le réparer”, explique-t-il à l’AFP. “M. Tout le monde qui va tomber malade je veux  qu’il ait plus que ce qu’un infirmier peut lui offrir actuellement. C’est pas comme ça que j’envisage de soigner les gens”.

Les gilets jaunes en renfort

Le cortège, parti vers 14h00 de la place de la République, arrivait aux abords de la place de la Bastille peu après 15h00.

Parmi les manifestants, certains venaient d’un rassemblement organisé par des “gilets jaunes” devant l’Inspection générale de la police (IGPN) afin de dénoncer les violences policières, en présence de certaines figures du mouvements blessées lors de manifestations. Étaient également présents le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, le chanteur Francis Lalanne et le député (LFI) Eric Coquerel.

Par ailleurs, deux personnes ont été brièvement interpellées par les forces de l’ordre pour “survol d’une zone interdite” après avoir lâché en l’air des ballons sur lesquels était accrochée une banderole anti-macron pendant le défilé du 14 juillet place de la Concorde.

Publié le 14/07/2020

Santé. Pas de masques, mais des bâillons

 

Loan Nguyen (site humanite.fr)

 

Pour avoir dénoncé publiquement les pénuries de protections ou la mauvaise gestion de la crise sanitaire par leur établissement, plusieurs agents hospitaliers sont menacés de sanctions disciplinaires. Trois de ces lanceurs d’alerte témoignent des représailles qu’ils subissent.

Ils ont payé le prix fort de la crise sanitaire : sur le pont pendant plusieurs mois, exposés à la souffrance des patients, au manque de moyen et au risque de contamination accru, certains soignants sont menacés de sanctions disciplinaires pour avoir rendu publics les nombreux dysfonctionnements, dans plusieurs hôpitaux et Ehpad. Alors que les cérémonies du 14 Juillet vont être, pour l’exécutif, l’occasion de rendre hommage au personnel soignant, de nombreuses personnalités, signataires d’une tribune répertoriant des dizaines de cas, alertent sur le traitement réservé à ces soignants-lanceurs d’alerte.

Les procédures se multiplient

Partout en France, les procédures se sont multipliées ces dernières semaines. « Au mois de mars, j’ai alerté ma direction sur l’absence de masques pour le personnel. J’ai demandé plusieurs fois que des réunions, des CHSCT soient organisés, je n’ai jamais eu aucune réponse », raconte Anissa Amini, représentante SUD et élue au CHSCT, au comité technique d’établissement, au conseil d’administration et au conseil de vie sociale de l’Ehpad de Livry-Gargan. Elle déplore en outre que, même après l’interdiction des visites de familles aux résidents, le cabinet médical adjacent soit resté ouvert plusieurs jours, amenant des patients potentiellement atteints du Covid-19 à rentrer dans l’établissement. En désespoir de cause, elle se tourne vers les médias. Un article du Parisien mettant en cause la gestion de la crise sanitaire par la direction de l’établissement est publié le 19 avril. « D’un coup, on a commencé à avoir des réponses et des renforts », affirme la syndicaliste. Les masques, eux, seraient arrivés fin mars. Si la médiatisation paye sur le terrain, la direction de l’Ehpad ne digère pas d’avoir été ainsi exposée. Par voie de presse, elle réfute les accusations portées par la syndicaliste. « Fin juin, j’ai reçu un courrier de la direction m’invitant à un entretien en vue d’un conseil de discipline. On m’a reproché d’avoir enfreint le devoir de réserve, de discrétion, de neutralité et de dignité du fonctionnaire », précise l’aide-soignante. Face à la vague de soutien, la direction de l’Ehpad a annoncé ouvrir une enquête administrative au lieu de recourir directement à une sanction, mais Anissa dit travailler « avec une épée de Damoclès » au-dessus de sa tête.

Ambiance délétère

Pour Benjamin (le prénom a été modifié), brancardier dans un hôpital du sud-est de la France, c’est aussi la demande d’équipements de protection et l’absence de réponse de sa direction qui ont envenimé les choses. « Au début du mois de mars, on avait encore deux masques par jour et par agent, puis, au bout d’une semaine et demie, on n’en avait plus qu’un par jour. On avait des gants, mais pas de charlotte ni de surblouse. J’ai essayé d’en parler à mon cadre, à des médecins, au directeur de l’établissement, aux syndicats… On m’a répondu que je n’étais pas en contact avec les patients. Sauf que les mamies qui ne comprennent pas comment marchent les masques, qui les enlèvent et nous toussent dessus, ça arrive », témoigne-t-il. Le lundi de Pâques, Benjamin tombe malade. Asthmatique, il développe une alvéolite puis une pneumonie. Il est hospitalisé et arrêté plus d’un mois. Si le test sérologique au Covid-19 est négatif, son médecin généraliste estime qu’il n’est pas impossible qu’il ait quand même contracté la maladie sans produire d’anticorps. Sous le choc de cette expérience, il décide de raconter son histoire sur Facebook. « Je n’ai mentionné ni le nom de l’hôpital ni le nom du cadre, mais dès mon retour, j’ai été convoqué par le DRH et le directeur des soins qui m’ont expliqué qu’ils voulaient aller jusqu’au conseil de discipline », affirme-t-il. S’il ne connaît pas, pour l’heure, sa sanction finale, l’ambiance avec sa hiérarchie est devenue délétère. « Je veux être changé de service ou d’hôpital », demande celui qui, jusque-là, avait toujours été « discret ».

Une bureaucratie déconnectée

Cet autre soignant, s’il n’a pas écopé d’une sanction, a été mis en disposition pour convenance et invité à quitter l’établissement après avoir réclamé des protections et des tests. « Je travaillais dans un service de gériatrie aiguë qui accueille des personnes âgées transférées d’Ehpad lorsqu’elles décompensent d’une maladie. On était censé être un service non-Covid, mais j’ai suspecté des contaminations et demandé que toutes les personnes âgées qui présentaient des symptômes suspects soient testées avant d’être renvoyées en Ehpad », témoigne-t-il. Fin mars, l’agent contracte le coronavirus, « comme 30 % des collègues du service ». Il est arrêté un mois. « À mon retour, j’ai été convoqué par le président de la commission médicale d’établissement qui m’a dit que je ferais mieux d’aller me reposer ailleurs. » Pourtant, ses craintes s’avéraient fondées. D’après lui, plus d’une trentaine de patients ont été contaminés en six semaines. Pour Hamama Bourabaa, ancienne directrice adjointe de l’hôpital d’Aulnay-sous-Bois, coautrice de la tribune « Médailles et représailles » et d’une pétition appelant les établissements à abandonner ces procédures, « cette floraison de sanctions est le symptôme d’une reprise en main pure et dure d’une bureaucratie déconnectée du terrain. Ils savent qu’ils ont mal géré la crise, mais ils essayent d’enrayer la critique alors que le monde entier a bien vu qu’il y avait une pénurie de protections et de tests ». « Quand on entend Macron nous qualifier de héros de la nation et qu’on voit la contradiction avec ce q u’on vit sur le terrain, on a l’impression d’un énorme foutage de gueule », dénonce Anissa Amini.

Alors, malgré la clôture des négociations du Ségur (lire notre article), les soignants ne désarment pas. Sur tout le territoire, des rassemblements sont prévus, ce mardi, pour exiger de véritables moyens humains et financiers pour la santé publique.

 

Loan Nguyen

Publié le 13/07/2020

​​​​​​​Élisabeth Borne danse avec les lobbys

 

Cyprien Caddeo (site humanite.fr)

 

Sommée de compléter sa déclaration d’intérêts, dans laquelle elle avait omis plusieurs mandats, la nouvelle ministre du Travail, bientôt en charge de la réforme des retraites, a des liaisons dangereuses avec le privé.

Élisabeth Borne a fort à faire. À 59 ans, l’ex-ministre de la Transition écologique hérite du portefeuille du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion. À son ancienne fonction, elle avait pour tâche de faire oublier François de Rugy, pincé en plein « homardgate ». Rue de Grenelle, elle devra faire mieux que Muriel Pénicaud, coutumière des boulettes et des « à peu près ». Surtout, l’ancienne directrice stratégique de la SNCF aura pour mission de remettre sur les rails la réforme honnie des retraites (précédemment portée par le ministère de la Santé), qu’Emmanuel Macron ne compte pas abandonner.

Mais Élisabeth Borne est rattrapée, depuis la fin juin, par des potentiels conflits d’intérêts. Le 23 juin, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) a sommé la ministre de modifier sa déclaration d’intérêts. La raison ? Six mandats y ont été omis, liés pour la plupart à sa fonction antérieure de présidente-directrice générale de la RATP (transports parisiens), de mai 2015 à mai 2017.

L’affaire remonte à janvier dernier. L’hebdomadaire Marianne dévoilait qu’Élisabeth Borne n’avait pas indiqué, dans sa déclaration d’intérêts transmise à la HATVP, sa participation au conseil d’administration de l’Institut de la gestion déléguée (IGD), un lobby favorable à la délégation des services publics vers le privé. Ou, pour le dire plus clairement, à la privatisation. De quoi jeter une ombre sur l’action d’une ministre en charge des infrastructures stratégiques de l’État : Élisabeth Borne était déjà, en tant que secrétaire d’État aux Transports en 2018, à la manette de la réforme de la SNCF qui a ouvert le transport ferroviaire à la concurrence et acté l’abandon de son statut d’entreprise publique.

Fondée en 1996, l’IGD se présente comme un « organisme indépendant à but non lucratif » qui a pour objet « de promouvoir l’amélioration de la qualité et de la performance des services publics, notamment lorsque leur gestion est déléguée ». Dirigé par Hubert du Mesnil, également à la tête de la société en charge de la controversée ligne « euralpine » censée relier Lyon et Turin, ce lobby réunit dans son conseil d’administration des acteurs de la vie publique, des grandes entreprises privées du secteur de la construction et des établissements publics susceptibles de privatiser une partie de leurs activités, comme la SNCF ou la RATP.

Siègent pêle-mêle en son conseil d’administration Vinci, Eiffage, HSBC France, Bouygues Construction, Keolis, Veolia, Engie, mais aussi des personnalités politiques comme le maire de Troyes François Baroin, en sa qualité de président de l’Association des maires de France, Renaud Muselier (Régions de France) ou encore l’édile toulousain Jean-Luc Moudenc, président de France urbaine (association des grandes villes et métropoles).

Dans un premier temps, Élisabeth Borne, sur la défensive, avait taxé l’article de Marianne de « scandaleuses insinuations », affirmant « ne jamais avoir siégé au CA de cette fondation » et n’avoir commis aucune omission. « Cela n’a pas à figurer dans ma déclaration », avançait-elle, arguant que cela aurait été « automatiquement » relié à son poste au sein de la RATP. Certes, son successeur à la tête de la régie, Catherine Guillouard, y siège dorénavant, selon l’organigramme de l’IGD. Mais les rapports annuels du lobby exhumés par Marianne démontrent au contraire que le nom d’Élisabeth Borne figure bien au conseil d’administration et qu’elle avait été choisie, selon les statuts de l’IGD, « en fonction de ses compétences ».

Du reste, la décision de l’HATVP est un camouflet pour la nouvelle ministre du Travail. Elle dispose d’un délai de trois mois pour compléter sa déclaration. Parmi les cinq autres mandat omis, outre l’IGD, Élisabeth Borne appartenait aux conseils d’administration d’autres organismes, comme l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur), la fédération d’entreprises Paris Île-de-France Capitale économique, la Fondation Groupe RATP et le comité stratégique de Fer de France.

Si la Haute Autorité estime toutefois que les « participations (omises dans la déclaration d’intérêts) ne sont pas de nature à caractériser un risque de conflit d’intérêts avec les fonctions de ministre, dès lors notamment que les intérêts en cause sont passés et que madame Borne participait à la plupart de ces organismes en raison de ses fonctions de présidente de la RATP », le parcours de la haut fonctionnaire montre des proximités avec des acteurs aux intérêts privés.

Avant d’intégrer le casting gouvernemental en 2017, Élisabeth Borne, formée à l’École polytechnique et au Collège des ingénieurs, a fait un aller-retour dans sa carrière entre public et privé, entre cabinets politiques et conseil d’entreprise. Ainsi, entre 2002 et 2014, la retrouve-t-on tantôt à la SNCF, tantôt à l’urbanisme de la mairie de Paris, ou préfète de la Vienne, mais aussi directrice des concessions au sein du géant du BTP Eiffage, en 2007. Ces franchissements de la frontière public-privé sont une marque de fabrique de la Macronie : à l’image d’Emmanuel Macron qui est passé de la haute fonction publique à la banque Rothschild, ou bien de son secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, éphémère directeur financier chez MSC (fret maritime).

Le « dossier Borne » ne fait pas tant écho à l’affaire Jean-Paul Delevoye, qui avait, lui, dissimulé des rémunérations à l’HATVP, qu’il met en lumière une nouvelle fois les liaisons dangereuses entretenues entre le pouvoir et les puissances économiques privées. Et pose une question : après toutes ces polémiques, quand les ministres macronistes apprendront-ils enfin à être exhaustifs dans leur déclaration d’intérêts ?

 

Cyprien Caddeo

Publié le 12/07/2020

Consternante monarchie républicaine

 

(site politis.fr)

 

Si Macron peut tenir pour négligeables les municipales, c’est qu’il fait le pari que la gauche sera incapable de convertir ses succès en construisant une candidature nationale. Il parie que l’exemple de Marseille ne deviendra pas un modèle.

Quand la reine d’Angleterre sort de Buckingham en carrosse et grand tralala, au moins les choses sont claires : on sait que l’on va voir un film d’époque. Mais quand on voit le ballet des limousines noires entrer et sortir de l’Élysée ou de Matignon, on peut se méprendre. On pourrait se croire en 2020. Erreur. Nous sommes toujours en pleine monarchie républicaine, quand le général de Gaulle eut, après son illustre prédécesseur Louis-Napoléon Bonaparte, l’idée de faire élire le président des Français au suffrage universel. La France a-t-elle si peu changé depuis soixante ans, pour que notre destin collectif, notre vie sociale et le sort de la planète en soient encore à dépendre de l’ambition d’un homme ? Car comment ne pas voir que ce remaniement, qui a donné lieu à tant de supputations, ne répond finalement qu’à un seul impératif : la réélection d’Emmanuel Macron ? Notre rituel républicain est parfois plus suranné que le carrosse de Buckingham. Il a fallu pour ça écarter un Premier ministre qui commençait à lui faire de l’ombre, en choisir un autre pour son effacement, et parce que sa nomination embarrassera un concurrent potentiel – le menaçant Xavier Bertrand. Et former un gouvernement peau de chagrin entièrement à sa dévotion. Tout est guidé par la nécessité électorale d’aller chasser à droite. Le « en même temps à droite et à gauche » se termine lamentablement dans le jardin de Nicolas Sarkozy. Je ne dis pas que Macron n’aurait pas aimé pêcher un gros poisson socialiste pour crédibiliser son entreprise, mais la fonction d’alibi n’a plus d’avenir, et le poisson n’a pas mordu. Seule Ségolène Royal a tourné autour de l’hameçon avec gourmandise.

Macron a donc dû se contenter d’un « coup de com » avec la nomination inattendue à la Justice d’Éric Dupont-Moretti, avocat, comédien, écrivain, et icône des médias. Ambition, quand tu nous tiens… Il n’est pas sûr que le personnage, en conflit avec les magistrats, et critique sévère de la place Beauvau, ne se révèle pas très vite encombrant. À part ça, quoi ? Darmanin, un sarkozyste à l’Intérieur pour plaire aux syndicats de policiers ; Bachelot, une sarkozyste (sympathique) à la Culture ; et un jeu de chaises musicales dont il n’est pas nécessaire d’encombrer ces lignes. Ce qui nous amène à cette grande question : qui se souvient qu’à peine huit jours avant la formation de ce gouvernement l’écologie avait été plébiscitée par nos concitoyens ? Qui se souvient que Lyon, Marseille, Bordeaux, Strasbourg, Grenoble, Poitiers sont tombées dans l’escarcelle des écologistes, le plus souvent à la tête de coalitions de gauche ? Qui se souvient que nous sommes confrontés à une urgence climatique aussi existentielle que contraire aux lois du capitalisme ? Lundi, Emmanuel Macron a fait comme si ce scrutin municipal n’avait jamais existé. La démocratie, ce n’est pas plus compliqué qu’un coup d’éponge magique !

Le résultat de cette amnésie gouvernementale a abouti lundi à la nomination de Barbara Pompili, lointaine transfuge des Verts qui hérite du portefeuille de l’écologie. Gageons qu’elle remplacera davantage François de Rugy que Nicolas Hulot. Voilà l’écologie certes haut placée dans la hiérarchie gouvernementale, mais remise à sa modeste place dans l’ordre des priorités politiciennes, et perdue dans un océan libéral. En revanche, Emmanuel Macron d’abord, Jean Castex ensuite se sont empressés de remettre sur la table la réforme des retraites. Là encore, la mémoire est défaillante. Même le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, demande pitié. Imagine-t-on la relance d’un conflit social sur notre économie dévastée ? Mais l’essentiel, c’est le message. Macron veut être, en 2022, le candidat de la droite, avec un programme de droite et un gouvernement de droite. C’est à lui et lui seul que doit revenir la mission de repousser une fois encore les assauts de l’extrême droite. Inutile de dire que, dans ce schéma, les promesses du « plus rien ne sera comme avant » ont, elles aussi, été oubliées.

Les événements de ces dix derniers jours devraient interpeller la gauche. Si Macron peut tenir pour négligeables les municipales, c’est qu’il fait le pari que la gauche sera incapable de convertir ses succès en construisant une candidature nationale. Il parie que l’exemple de Marseille ne deviendra pas un modèle. Il est convaincu que l’institution présidentielle, qui lui convient si bien – même s’il flotte un peu dans le costume – agira comme un poison chez ses adversaires de gauche. Il n’a peut-être pas tort. On croit déjà avoir compris que la belle union citoyenne de Marseille n’avait pas trop plu à Mélenchon, ni enthousiasmé Jadot. L’un et l’autre faisant profession de détester cette élection présidentielle si monarchique, mais ne dédaignant pas (litote) de jouer le jeu de l’homme providentiel. Finalement, Emmanuel Macron espère pouvoir mener sa petite affaire en toute tranquillité. Heureusement, il y a toujours l’imprévu, pas forcément aussi maléfique qu’un virus. Ce peut être parfois un mouvement social.

 

par Denis Sieffert

Publié le 11/07/2020

 

Le CRIF panique et menace

 

(site la-bas.org)

 

L’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme légalisant le boycott comme un droit citoyen radicalise les dirigeants sionistes. Si l’avocat Marc Bensimhon appelle l’État français à faire un recours, le président du CRIF Midi-Pyrénées incite, lui, ses troupes à la violence contre les militants de la campagne BDS. Le nouveau ministre de l’Intérieur sévira-t-il ?

Créé pendant la Seconde guerre mondiale, le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) a pour objet social de « défendre les droits et intérêts de la communauté juive de France ».

Depuis longtemps, une autre mission s’est substituée à celle-ci. Roger Cukierman, Richard Prasquier et Francis Kalifat ont transformé le CRIF en ambassade bis de l’État d’Israël. Devenu une officine de propagande, il défend inconditionnellement la politique de la droite et de l’extrême droite israéliennes.

Benyamin Netanyahou prétend annexer la moitié de la Cisjordanie, au mépris du droit international, des résolutions de l’ONU et de l’opinion de la quasi totalité des États du monde entier ? Kalifat se tait.

Le Premier ministre israélien flirte avec ses homologues d’Europe centrale, pourtant négationnistes et souvent même antisémites ? Kalifat se tait.

La nouvelle loi fondamentale stipule que « seul le peuple juif a droit à l’autodétermination en Israël » (article 1) ? Kalifat se tait.

La police israélienne assassine des jeunes Palestiniens, y compris un autiste, et laisse dissimuler les vidéos filmant cet assassinat ? Kalifat se tait. Etc.

De quoi parle Kalifat ? Jour après jour, la newsletter du CRIF dénonce l’avis de la Cour européenne des droits de l’homme qui, le 11 juin, a reconnu le boycott comme un droit citoyen faisant partie de la liberté d’expression garantie par la Convention européenne des droits de l’homme et, sur cette base, condamné la France pour avoir réprimé des militants de la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanctions (BDS) [1].

Il est vrai que cette décision constitue une défaite cinglante pour le CRIF et ses amis, après des années de pressions pour imposer la criminalisation du boycott.

L’avocat Marc Bensimhon, interviewé par le CRIF le 1er juillet, le reconnaît sans ambages : « c’est un message tout à fait catastrophique qui est donné. Désormais, chacun peut librement faire son appel public au boycott, sans être inquiété » [2]. Certes, prétend-il faussement, « l’appel public au boycott est un délit pénal en France ». Reste que « cet arrêt accorde aussi au BDS une légitimité totale d’action sur le sol français, avec les dégâts sécuritaires que l’on ne connaît que trop bien. »

L’avocat dit espérer convaincre l’État français de faire un recours devant la Grande Chambre de la CEDH pour réformer cet arrêt. Quand bien même il le ferait, comme Kalifat le lui a officiellement demandé, les chances de succès semblent des plus minces, a fortiori s’agissant d’un avis adopté à l‘unanimité des juges.

Mais le CRIF, comme toujours, a deux visages. Celui, légaliste, de l’avocat Marc Bensimhon. Et celui, violent, du président du CRIF Midi-Pyrénées, Franck Touboul : le préfet ayant refusé de s’en prendre au collectif « Palestine vaincra » de Toulouse, celui-ci n’ayant pas troublé l’ordre public, Touboul, interviewé par La Dépêche du Midi et repris par le CRIF, lance : « faut-il attendre que je laisse intervenir des militants de ma communauté pour démonter leur stand et ainsi caractériser le trouble à l’ordre public ? [3] » Et d’ajouter : « pourquoi nous les juifs on serait toujours les bons élèves  ? Par leur attitude les pouvoirs publics donnent une prime à la violence. Aujourd’hui nos membres sont suffisamment remontés pour arrêter de se laisser marcher dessus. [4] »

Rien de vraiment surprenant. La droite au pouvoir en Israël entraîne le pays dans une inquiétante fascisation, dénoncée comme telle par l’ancien ministre Ehud Olmert. Et, naturellement, à Paris, la voix de son maître, le CRIF, tolère en son sein des comportements également fascisants, comme cette incitation à la violence. Au nom des juifs ! Si Touboul voulait susciter des réactions antisémites, il ne s’y prendrait pas autrement…

Faut-il le dire ? Ces menaces de Franck Touboul, qu’il a répétées à la radio juive toulousaine Kol Aviv, tombent d’évidence sous le coup des lois françaises. Les incitations à la violence, même sionistes, n’ont pas leur place dans la République. Voilà une bonne occasion pour le nouveau ministre de l’Intérieur de sévir contre un dangereux agitateur et contre la newsletter qui relaie ses menaces.

 

Dominique Vidal

Publié le 10/07/2020

Bourse. Ces milliardaires qui ont profité de l’épidémie

 

Pierre Henri-Lab (site humanite.fr)

 

Le classement des 500 plus grandes fortunes françaises élaboré par Challenges montre que les patrimoines liés au secteur de la santé profitent de la crise sanitaire. La fortune de Bernard Arnault atteint des sommets.

La crise sanitaire n’a pas rendu les riches moins riches. Bien au contraire ! La dernière livraison du palmarès des 500 plus grandes fortunes françaises établi par Challenges montre que celles-ci n’ont jamais été aussi riches. En vingt-cinq ans d’existence du classement, leur patrimoine cumulé a été multiplié par 6 (par plus de 3 en dix ans). Il est estimé à 730 milliards d’euros, soit une progression de 3 % par rapport à 2019. Certes, cette hausse est moins importante que celle de l’an passé (+ 7 %), mais l’impact de l’épidémie est beaucoup moins sévère que ne l’avait été la crise de 2008. Le patrimoine total des 500 avait reculé de 27 % en 2009, rappelle le magazine économique.

À l’époque, la crise avait d’abord été financière avant de devenir économique, entraînant une baisse de la valeur des actions. Cette fois-ci, c’est d’abord l’activité qui a été touchée. Les marchés financiers, qui se sont écroulés dans un premier temps, se sont ensuite redressés. Ce yoyo boursier a d’ailleurs compliqué les calculs de Challenges, qui se basent sur le nombre et la valeur des actions détenues par les plus riches. Il amène également à relativiser les évolutions intervenues dans le classement, qui peuvent s’inverser à tout moment.

Cela dit, le Covid-19 et le confinement ont en partie modifié le classement. Les fortunes liées à la santé apparaissant comme un secteur refuge pour les marchés financiers ont profité de l’épidémie. La famille d’Alain Mérieux, propriétaire du groupe pharmaceutique bioMérieux, passe de la 20e à la 13e place du palmarès et sa fortune de 5,2 à 8 milliards d’euros. La maladie fait aussi le bonheur de Stéphane Bancel. Le propriétaire de Moderna Therapeutics, une entreprise spécialisée dans les biotechnologies et les thérapies géniques qui s’est lancée dans la course au vaccin contre le coronavirus, fait son entrée parmi les 500 à la 66e place, avec 1,45 milliard d’euros de fortune. Les frères Gilles et Yves-Loïc Martin, propriétaires des laboratoires Eurofins Scientifics, spécialistes du dépistage du Covid-19, sautent de la 39e à la 28e place, avec 3,8 milliards d’euros de patrimoine (plus un milliard en un an).

Parmi les « perdants » de l’épidémie, il convient de distinguer ceux qui pourraient rapidement remonter la pente. C’est le cas du transport de marchandise, un temps interrompu par le confinement. La famille André, propriétaire de GCA, recule ainsi de la 186e à la 199e place et son patrimoine de 500 à 420 millions d’euros. Les fortunes de l’hôtellerie sont plus durement touchées car l’activité pourrait mettre plusieurs années à retrouver son niveau d’avant le confinement. La famille Hoang, actionnaire de plusieurs groupes hôteliers, glisse de la 106e à la 120e place et sa fortune recule de 900 à 750 millions d’euros. La restauration n’est pas épargnée par la fermeture des restaurants. Le groupe Bertrand, propriétaire entre autres des brasseries Léon de Bruxelles, dégringole de la 168e à la 207e place et son magot de 550 à 400 millions d’euros.

La crise sanitaire n’a cependant pas bouleversé le haut du classement. Les fortunes liées aux nouvelles technologies et au numérique sont celles qui gonflent le plus. En un an, les associés Douetteau, Stenac, Batty et Cabrol, propriétaires de Dataiku, une société spécialisée dans l’analyse des données et les méthodes prédictives, voient leur fortune progresser de 212,5 %, à 500 millions d’euros (178e place). Le patrimoine de Xavier Niel, propriétaire d’Iliad, progresse de 52,5 %, à 9 milliards d’euros (12e place).

Les premières places sont toujours squattées par le luxe. François Pinault avec Kering arrive 5e avec 32 milliards d’euros de fortune (plus 3 en un an), Les frères Wertheimer glissent d’une place (3e) mais s’enrichissent de 3 milliards supplémentaires (53 milliards d’euros). À la deuxième place, la famille Hermès voit sa fortune passer de 40 à 55,5 milliards d’euros. Numéro un, Bernard Arnault, propriétaire de LVMH, bat des records. Son patrimoine atteint la somme astronomique de 100 milliards d’euros, loin devant le dernier du classement, qui ne possède que 150 millions d’euros.

 

Pierre-Henri Lab

Publié le 09/07/2020

Israël. La « justice » contrainte de libérer Salah Hamouri

 

Pierre Barbancey (site humanite.fr)

 

Arrêté le 1er juillet sur la base d’un dossier vide, l’avocat franco-palestinien est sorti mardi. Mais le centre où il était détenu a été contaminé par des gardiens porteurs du Covid-19.

Salah Hamouri a recouvré sa liberté, mardi, en début d’après-midi. Les traits tirés, mais le sourire aux lèvres – visible dès lors qu’il retire son masque –, l’avocat franco-palestinien avait été arrêté le 1er juillet, alors qu’il se trouvait dans un centre de santé de Jérusalem-Est pour y subir un test de dépistage du Covid-19. Une formalité nécessaire afin de pouvoir se rendre en France, ce qu’il devait faire trois jours plus tard. Un lieu de soins que les autorités israéliennes n’ont pas cru bon respecter, ce qui est une pratique courante chez elles. De nombreux blessés palestiniens emmenés dans des hôpitaux pour y être soignés se sont souvent retrouvés menottés à même leur lit.

Cette libération prouve ce que nous écrivions la semaine dernière dans ces colonnes : le dossier concernant Salah Hamouri est vide. Mahmoud Hassan, son défenseur, expliquait ainsi à l’Humanité que les Israéliens « soupçonnent Salah d’être membre d’une organisation interdite et, dans ce cadre, d’avoir des activités ». Le juge du tribunal affirmait même que les services de renseignements disposaient de témoignages datant du… mois de mars, mais qu’il ne pouvait les produire publiquement ! Ce magistrat arguait également d’un danger de fuite de Salah Hamouri, qui devait partir en Europe, et craignait qu’il ne revienne plus. Bizarrement, à chaque fois que Hamouri a été interrogé par les services israéliens, les agents ne cessaient de lui dire l’inverse : puisqu’il détient la nationalité française, pourquoi ne va-t-il pas vivre en France ? C’est d’ailleurs dans ce but qu’Elsa, l’épouse de Salah, et leur fils, ne peuvent plus se rendre en Palestine. Une affaire toujours en cours puisque, là encore, il s’agit, ni plus ni moins, d’une entrave à la liberté de circulation. D’autant que, pour se rendre dans les territoires palestiniens, il faut obligatoirement passer sous les fourches caudines israéliennes.

Contraintes de libérer Salah Hamouri, les autorités israéliennes, histoire sans doute de sauver la face, ont apposé des conditions : une caution de 3 000 shekels (environ 770 euros), l’interdiction de rencontrer les membres d’une organisation palestinienne interdite, enfin, ultime mesure de rétorsion, se tenir à la disposition de la justice pour une éventuelle convocation. Salah Hamouri sait d’autant moins s’il pourra rejoindre sa famille en France que le centre d’interrogatoire de Moskobiyeh, à Jérusalem, où il était détenu, a été contaminé au coronavirus par deux gardiens israéliens. Plusieurs dizaines de prisonniers palestiniens auraient été évacués. D’ici à ce que Salah ne puisse voyager, voire soit mis en quatorzaine…

Nul doute que l’émotion suscitée dans notre pays à la suite de l’arrestation de Salah Hamouri et la mobilisation qui s’est ensuivie (lettres de protestation, rassemblements, délégations…) ont pesé sur l’élargissement de l’avocat franco-palestinien. Les autorités françaises sont également intervenues. « Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et son réseau diplomatique et consulaire s’attachent à obtenir des éclaircissements sur les motifs de son arrestation, maintiennent un contact étroit avec l’entourage de M. Hamouri et sont pleinement mobilisés auprès des autorités israéliennes pour que la situation de M. Hamouri et de son épouse soit réglée au plus vite », avait ainsi déclaré un porte-parole du Quai d’Orsay. Ils auraient pu interroger l’ambassadrice d’Israël en France – voire la convoquer officiellement en signe de protestation –, qui affirmait au Parisien que Salah Hamouri « est soupçonné d’avoir commis des crimes sous la loi antiterroriste ». Par ailleurs, le consul général de France à Jérusalem s’est rendu personnellement à deux audiences durant lesquelles comparaissait notre compatriote. Un signal que les Israéliens ont sans doute perçu.

Il reste maintenant à faire cesser une fois pour toutes cet acharnement contre Salah Hamouri et sa famille. En 2017, arrêté dans les mêmes circonstances, il était resté emprisonné treize mois. Sa libération montre qu’il est possible de mettre en échec ces atteintes aux droits humains.

 

Pierre Barbancey

Publié le 08/07/2020

FedEx. Les héros méprisés se mettent en grève

 

Marie Toulgoat (site humanite.fr)

 

Après avoir livré des colis pendant l’épidémie au péril de leur santé, les employés du géant américain du transport et de la logistique réclament une augmentation durable de salaire. Ils n’ont obtenu pour réponse que le silence de la direction et des rumeurs de PSE.

Leur direction continue de faire la sourde oreille, mais les salariés de FedEx ne désarment pas. Les employés du géant américain du transport et de logistique rempilent aujourd’hui pour une nouvelle journée de débrayage, dans près de 140 sites, toutes régions confondues, à l’appel de l’intersyndicale (CFDT, CFE-CGC, FO, SNSG et CAT). Le mot d’ordre de cette nouvelle journée de mobilisation : demander une augmentation de salaire durable comme vraie contrepartie au travail effectué durant la crise. « Pendant le coronavirus, les salariés ont continué de se rendre au travail tous les jours pour livrer les produits alimentaires, les médicaments, les produits de laboratoire aux établissements de santé. Les travailleurs ont été en première ligne, ils veulent une vraie marque de reconnaissance », rapporte Yahya Sabri, délégué central de la CFDT FedEx.

Une prime de 400 euros... au lieu de 1000

Les demandes des travailleurs sont pourtant restées lettre morte pour le moment. Pis, c’est bien l’impression que l’on se moque d’eux qui anime les employés de la société américaine. Après une première journée de débrayage le mercredi 6 mai, au cours de laquelle les syndicats réclamaient l’attribution à tous d’une prime défiscalisée de 1 000 euros, la direction a répondu aux grévistes par la distribution… d’un t-shirt violet floqué d’une grande inscription « héros ». Une opération de communication interne, dénonçaient les syndicats, assortie d’un refus catégorique d’attribuer cette prime aux travailleurs. « Nous ne sommes pas en mesure d’offrir une prime à nos employés, car FedEx continue d’opérer dans un environnement très incertain, avec des coûts de services accrus et des volumes qui ont fortement baissé », s’était vainement justifié le transporteur américain.

Les salariés ont finalement pu obtenir une prime de 400 euros brut, qui reste cependant bien loin des revendications des travailleurs. « Les salariés sont dégoûtés, ils ont l’impression qu’on les méprise. FedEx a bien profité du Covid pour faire du bénéfice, et son action en Bourse est passée d’environ 90 dollars au début du confinement à plus de 150 aujourd’hui. Ils ont bien tiré parti des réductions des cotisations sociales mais ils nous disent que ce n’est pas possible d’augmenter les salaires. Ils profitent clairement de la situation », poursuit le syndicaliste.

« Je pense qu’ils ne veulent pas augmenter les salaires pour ne pas alourdir la charge salariale avant le PSE. » Yahya Sabri, délégué central de la CFDT FedEx.

Pour Yahya Sabri, ce refus d’augmenter durablement les salaires alimente de plus l’hypothèse d’un PSE en préparation par la direction du groupe. « Il y a des bruits de couloir d’un plan social qui concernerait pour commencer les services financiers et de comptabilité. Cela fait sûrement suite au rachat par FedEx de TNT Express, il y a deux ans. Je pense qu’ils ne veulent pas augmenter les salaires pour ne pas alourdir la charge salariale avant le PSE », redoute-t-il.

Conditions sanitaires délétères

Une marque de mépris flagrante alors que les travailleurs du géant américain ont continué à effectuer leurs missions pendant l’épidémie dans des conditions sanitaires délétères, parfois au péril de leur santé et de leur vie. Le 24 mars, un intérimaire d’une soixantaine d’années est décédé après avoir contracté le coronavirus au cours d’une mission d’une semaine au hub FedEx de Roissy, qui emploie 2 500 personnes. « Au départ, nous travaillions sans masque, sans gel hydroalcoolique », confirme Yahya Sabri. Il aura fallu une mise en demeure de l’inspection du travail après un contrôle au hub de Roissy pour faire infléchir la direction. La Direccte avait constaté l’insuffisance des protections individuelles mises à disposition et avait sommé les dirigeants d’adopter un protocole satisfaisant de nettoyage et de traitement des déchets.

Les salariés de FedEx, qui débrayeront ce mardi dans l’après-midi, sont invités à se réunir devant leurs lieux de travail en signe de protestation. La CFDT estime que, en une journée de grève, 600 000 colis pourraient être retardés. « Ce seront les clients de FedEx qui paieront le prix de l’entêtement de la direction », prévient le syndicaliste. La direction française de FedEx, elle, n’a pas répondu à nos sollicitations.

Publié le 07/07/2020

 

     BLOG : LE BLOG DE JEAN-MARC B

Jean CASTEX l’homme de la T2A à l’hôpital :

Le monde de l’hôpital ne connait certes pas Jean Castex, mais il connait par contre très bien les effets de son passage au ministère de la santé. Il y fut en effet le promoteur zélé d’une réforme de la tarification dite « T2A », l’un des piliers de la transformation de l’Hôpital en entreprise.

 

Par  -L'Anticapitaliste

« Un inconnu à Matignon », c’est souvent en ces termes qu’a été accueillie la nomination de Jean Castex au poste de Premier ministre. Le monde de l’hôpital ne le connait certes pas, mais il connait par contre très bien les effets de son passage au ministère de la santé. Il y fut en effet le promoteur zélé d’une réforme de la tarification hospitalière dite « T2A », l’un des piliers de la transformation de l’Hôpital en entreprise.

La rentabilité ou la fermeture

La Tarification à l’activité, la « T2A », a fait de l’Hôpital une « entreprise de production de soins ». Avec elle, l’établissement ne reçoit plus un budget destiné à répondre à des besoins, mais est rémunéré d’après sa « production ». Et comme dans toute entreprise, celle-ci doit être suffisante et rentable.JEAN-CLAUDE DELAVIGNE

La conséquence est inéluctable. Les Hôpitaux sont incités financièrement à sélectionner les pathologies les mieux rémunérées et les patients n’entrainant pas de « surcoûts », comme par exemple les personnes âgées ayant de multiples pathologies. La « T2A » pousse à la fermeture des services de soins ou les maternités de proximité n’atteignant pas le « seuil de rentabilité ». Pour être rentable un séjour doit être court, mieux vaut donc renvoyer au plus vite (et parfois trop vite) le malade chez lui… quitte à le réadmettre quelques jours plus tard, en générant un nouvel acte à nouveau « rentable ».

Les missions de service public, la nécessité de disposer de lits disponibles pour faire face à des événements exceptionnel (épidémie) n’ont guère de place dans un tel système.

Monsieur T2A

Castex, en tant que Directeur de l’Hospitalisation et de l’Offre de Soins au ministère de la santé fut l’homme qui défendit et mit en place cette réforme. Il déclarait au Monde en 2006 : « ce système nécessite un gros travail de pédagogie. Il a le mérite, d’obliger tous les établissements à se regarder avec lucidité. »

L’abolition de la T2A, un financement fondé sur les besoins, est avec l’exigence de recrutements massifs pour l’hôpital l’une des revendications principales des personnels et médecins hospitaliers, qu’ils ont portée dans toutes leur lutte depuis un an.

Avec l’arrivée à Matignon de J. Castex, flanqué, comme directeur de cabinet de Nicolas Revel, ancien directeur de l’Assurance Maladie et défenseur de toutes les politiques d’austérité, les personnels hospitaliers savent à qui ils auront à faire. Au lendemain de la mascarade du Ségur de la santé. Le « monde d’après », est bien le retour au « monde d’avant », avec les pires acteurs de celui ci.

Pour Macron le « temps de héros » est bien passé. Pour les personnels hospitaliers et leurs soutiens, celui de la lutte

Publié le 06/07/2020

Remaniement. Emmanuel Macron met Matignon au pas

 

Emilio Meslet (site humanite.fr)

 

En nommant Jean Castex premier ministre, le chef de l’État entend reprendre ses réformes à marche forcée et se place en hyperprésident avant 2022.

Trop populaire. Trop d’influence à droite. Trop ambitieux. Édouard Philippe, crédité de 50 % d’opinions positives, ne pouvait pas rester à Matignon. Il risquait de faire de l’ombre à un président de la République déjà en campagne pour sa réélection. Emmanuel Macron a donc préféré s’en séparer, « d’un commun accord », nous dit-on. À sa place, il a préféré installer un illustre inconnu : Jean Castex, ancien « M. Déconfinement » de l’exécutif et délégué interministériel aux jeux Olympiques et Paralympiques de 2024.

Jupiter pousse à son paroxysme la monarchie élyséenne

Un exécutif à deux têtes ? Très peu pour Emmanuel Macron. Avec 2022 en ligne de mire, le chef de l’État occupera tout le terrain politique, laissant les miettes à un nouveau premier ministre au poids politique proche de zéro. Jupiter concentrera les pouvoirs, poussant à son paroxysme la monarchie présidentielle : il sera à la fois président, premier ministre et candidat. À peine nommé, le technocrate Jean Castex doit se défendre d’être le simple exécutant des décisions élyséennes. « Ma personnalité n’est pas soluble dans le terme de “collaborateur” », assure-t-il au Journal du dimanche (JDD). Il sera pourtant surveillé de près par deux proches d’Emmanuel Macron : Nicolas Revel et Mathias Ott. Le premier, ancien secrétaire adjoint de l’Élysée sous François Hollande que le président a tenté d’imposer sans succès à Édouard Philippe en 2017, est nommé directeur de cabinet et le second, conseiller « cohésion des territoires et logement » du chef de l’État, prend le poste de chef de cabinet. Le président de LR, Christian Jacob, pourtant ancien parti de Castex jusqu’à vendredi, voit déjà en lui un « non-premier ministre ».

Aucun virage à gauche, cap à droite

Ce changement à la tête du gouvernement est censé lancer l’acte II du quinquennat d’Emmanuel Macron. Un prétendu virage plus social et vert, dont le coup d’envoi devait être le discours présidentiel devant la convention citoyenne pour le climat. Beaucoup s’attendaient à un (léger) coup de barre à gauche, répondant aux aspirations exprimées par les Français aux élections municipales, avec une figure de l’écologie pour premier ministre. Il n’en sera rien. « Jean Castex est dans une parfaite continuité politique avec Édouard Philippe. Ni l’un ni l’autre n’ont jamais marqué un quelconque intérêt pour le climat ou la biodiversité », tacle Yannick Jadot, eurodéputé EELV, qui ne semble pas croire un mot du mantra « agir pour l’environnement n’est pas une option, c’est une obligation », énoncé par le nouveau premier ministre dans le JDD.

Macron garde donc le cap à droite, et bien à droite. À Matignon, un élu local juppéiste laisse le poste à un élu local sarkozyste. Le choix de Jean Castex, ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée et conseiller social de Nicolas Sarkozy, n’augure en rien une métamorphose de l’exécutif. Lors de sa première interview pour TF1, ce « gaulliste social », comme il aime à se définir, a exposé ses « valeurs » : responsabilité, laïcité et sécurité. Un triptyque bien loin de la devise républicaine « Liberté, égalité, fraternité ».

Lire aussi : Jean Castex, un prétendu gaulliste social au service de la Macronie

Au cœur d’une crise sanitaire sans précédent et avec des soignants à bout de nerfs alors que les négociations sur le Ségur de la santé s’enlisent, Jean Castex aurait pu réserver la primeur de sa première visite à l’hôpital public. Mais il a choisi un autre symbole : se rendre dans l’usine de semi-­conducteurs X-Fab, à Corbeil-Essonnes, pour être le visage du « travailler plus » macroniste, et ainsi promouvoir la « relance économique ». « La rentrée sera très dure », a d’ailleurs prévenu le président comme pour préparer le terrain à son offensive sur le Code du travail, vendredi dernier, dans un entretien à la presse quotidienne régionale. « Nous ne pouvons pas être un pays qui veut son indépendance, la reconquête sociale, économique et environnementale et être un des pays où on travaille le moins tout au long de la vie en Europe », avertit-il.

Vieilles recettes libérales et nouvel acte de décentralisation

« Le cap sur lequel je me suis engagé en 2017 reste vrai », persiste le chef de l’État. Dans cette interview, il fixe la feuille de route qu’il confie à son futur gouvernement, avant même la nomination de Castex : santé, grand âge et dépendance, jeunesse et égalité des chances, relance économique et emploi. Pour répondre à de nouveaux maux, Macron garde les mêmes recettes libérales, la réforme des retraites en tête (voir encadré). Autre gros morceau pour lequel le premier ministre, en tant que maire de Prades (Pyrénées-Orientales), a été recruté : un nouvel acte de décentralisation. « Je suis favorable à ce qu’on ait plus de différenciations, parce que je pense que cela correspond à la fois à la demande des collectivités territoriales et au besoin des territoires », a déclaré le président.

Jean Castex aura donc pour rôle de mettre en œuvre les desiderata de l’hyperprésident Emmanuel Macron, dans la droite lignée de la politique menée depuis trois ans. Et il ne devrait pas trop avoir à forcer sa nature technocratique pour le faire. Le « nouveau chemin » dessiné par le chef de l’État ressemble donc de plus en plus à une impasse…

 

Emilio Meslet

Publié le 05/07/2020

PÉTITION : VIOLENCE DE LA POLICE, SOUTIEN À FARIDA C., INFIRMIÈRE EN LUTTE

 

(site La-bas.org)

 

Le mardi 16 juin dernier, vous avez vu la vidéo de l’arrestation violente d’une infirmière de 51 ans, Farida. Venue rappeler le gouvernement à ses promesses, et manifestant contre la casse de l’hôpital public, pour une hausse du salaire des soignants et une amélioration de leurs conditions de travail, le gouvernement a répondu par la force : la matraque et le gaz.

Prise dans la colère et l’indignation, la soignante a « riposté » du haut de son mètre 55, munie de trois petits cailloux contre des policiers en armure. Interpellée violemment par les forces de l’ordre alors qu’elle ne présentait aucune menace, elle souffre de plusieurs blessures, à la tête, aux bras, aux côtes, ayant entraîné 4 jours d’ITT (incapacité temporaire de travail). Les policiers, quant à eux, n’ont pas été blessés. Ils sont pourtant quatre à avoir porté plainte pour violences, outrage et rébellion. Le procès aura lieu le 25 septembre prochain.

Face à cette répression violente, ces images dures, ce mépris révoltant, nous nous en remettons à vous pour aider Farida. Elle a déposé une plainte auprès de l’inspection générale de la Police nationale pour « violences volontaires par personnes dépositaires de l’autorité publique ».

Avec cette pétition, vous signez pour que cette plainte ne tombe pas dans l’oubli. Avec cette pétition, nous lançons aussi un appel aux syndicats de soignants pour qu’ils soutiennent leur consœur dans l’épreuve qu’elle affronte, à l’heure où le mouvement social a tant besoin d’unité.

Enfin, avec cette pétition, c’est un soutien émotionnel que vous apportez à Farida et à l’ensemble du corps médical. Aussi bien dans leur lutte depuis un an, dans un conflit social contre cet adversaire mutique qu’est le gouvernement face à leurs revendications que pour leur récente bataille contre la COVID-19 où ils ont tous répondu présents.

Nous avons compté sur eux, montrons leur qu’ils peuvent compter sur nous.

Premiers signataires :

Benjamin AMAR, professeur d’histoire-géographie
Laurence DE COCK, historienne
Françoise FILOCHE, infirmière
Gérard FILOCHE, ancien inspecteur du travail
André GRIMALDI, professeur émérite de diabétologie à La Pitié-Salpêtrière
Mathilde LARRÈRE, historienne
Corinne MASIERO, comédienne
Imen MELLAZ, journaliste, fille de Farida C.
Olivier MILLERON, médecin
Gérard MORDILLAT, cinéaste et romancier
Patrick PELLOUX, médecin

Signez la pétition

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Publié le 04/07/2020

Tunisie : Retour d'une forte contestation sociale

 

(site politis.fr)

 

À Tataouine, dans le sud tunisien, un mouvement de chômeurs réclame des emplois et l'application d'un plan d'embauches promis par l'exécutif en... 2017. L'intervention brutale des forces de l'ordre n'a pas entamé la détermination des manifestants.

Au départ il y a des promesses non tenues. En 2017, un sit-in avait été organisé par des jeunes chômeurs du gouvernorat de Tataouine. Les manifestants avaient dressé des tentes devant le site de production pétrolière d’El-Kamour.

« Les accords de Kamour sont restés lettre morte, explique Sam Sehili-B-Z professeure émérite de lettres et auteure. Ces accords permettaient aux jeunes de la région de travailler dans les sociétés d’hydrocarbures. » Le gouvernement avait alors promis d'investir chaque année 80 millions de dinars (environ 25 millions d'Euros) pour le développement de Tataouine.

Finalement, rien de tout cela n’a réellement abouti, selon le syndicat de l’Union générale du travail tunisien (UGTT). Seule une partie des milliers d'emplois promis, dans des sociétés pétrolières ou des structures d'entretien de l'environnement, ont été créés.

L’Union régionale du Travail à Tataouine estime dans un communiqué que le gouvernement « a perdu toute crédibilité à cause de ses promesses non tenues et son déni de l’accord de Kamour conclu entre le chef du gouvernement et le secrétaire général de l’UGTT, concernant la tenue d’un conseil ministériel ».

Pour le porte-parole du sit-in d’El Kamour le message est clair : il faut se mobiliser pour « récupérer les richesses accaparées par les lobbies ».

Près de 28% de taux de chômage

Cette ville marginalisée du sud tunisien est en proie à un taux de chômage très élevé. Ces heurts sur fond de crise sociale illustrent le ras-le-bol de la jeunesse dont témoigne Yosra Tounakti, une jeune femme originaire de Tataouine :

La plupart des jeunes essayent de ne pas rester à Tataouine, ils vont vers d’autres villes où quittent le pays pour trouver du travail. C’est comme ça depuis des dizaines d’années. Moi, j’ai réussi à faire mes études à l’étranger, en France.

L’Union des jeunes diplômés chômeurs recense 9 644 membres et l’Association des chômeurs non qualifiés près de 7 000 sans baccalauréat. Depuis quelques années, les sociétés pétrolières installées dans la région et leurs organismes de sous-traitance sont vus comme une issue par ces jeunes : un moyen de retrouver indépendance, liberté et surtout autonomie financière.

Conflit entre force de l’ordre et manifestants

« Cela fait des semaines que les contestations perdurent, c’est une crise où les violences de la part des forces de l’ordre ont été observées, notamment au travers de l’usage massif des lacrymogènes » , explique la professeure de lettres, Sam Sehili-B-Z.

De nombreux manifestants ont aussi été arrêtés, dont Tarek Haddad, libéré après quatre jours de détention. Porte-parole du sit-in, ce dernier avait déjà entamé une grève de la faim le 18 juin en vu de l’application des accords dont l’objectif est d’obtenir une meilleure répartition des richesses.

Les membres de l’UGTT réclament la libération des manifestants arrêtés par les forces de l’ordre. Les protestataires demandent également la tenue d’un conseil ministériel autour de la mise en œuvre des points de l’accord d’El-Kamour. L'exigence de justice sociale qui mobilise Tataouine n'est pas prête de retomber.

 

par Maeva Chirouda

<< Nouvelle zone de texte >>

Partenariat Economie:
(site altermidi.org)

En démocratie on peut défendre des positions différentes et les confronter mais le modèle de pensée économique unique qui règne dans les mass-médias déforme la réalité en faveur d’une petite minorité.


 

Cette année, coronavirus oblige, les très officielles Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence se tiendront les 3 – 4 – 5 Juillet à Paris, depuis la Maison de la radio, sur le thème : « Agir face aux dérèglements du Monde – on va s’en sortir ! ». Le grand rendez-vous de l’économie orthodoxe débutera par une master-class avec Jacques Attali sur un thème qui ne s’invente pas : L’empathie, valeur majeure du XXIème siècle ?

Si la grande majorité de la population devait retenir quelque chose de la grand-messe que donnera le célèbre argentier c’est, à n’en pas douter, sur le point d’interrogation qu’elle focaliserait son attention. À l’heure où, selon l’estimation du ministère du Travail, le cumul des demandes d’autorisation de chômage partiel depuis le 1er mars a atteint 12,7 millions, tandis que 8,6 millions de salariés auraient bénéficié du dispositif qui a permis de retarder l’explosion du chômage, que dire de l’optimisme de bon aloi du thème général des Rencontres Économiques “On va s’en sortir !” ?

Sont optimistes ceux qui sont directement concernés par le “on”, comme les entreprises du CAC 40 qui s’apprêtent à licencier et se savent protégées par l’État, ou leurs actionnaires qui regardent l’avenir le sourire aux lèvres. Depuis le début de la décennie 2010 et jusqu’en 2019, les sociétés du CAC 40 ont fait pas moins de 713 milliards d’euros de bénéfices et elles leur ont distribué 429 milliards de dividendes, soit 60% de leurs bénéfices.

En démocratie on peut défendre des positions différentes et les confronter mais le modèle de pensée économique unique qui règne dans les mass-médias déforme la réalité en faveur d’une petite minorité. Un article de Renaud Lambert intitulé “Les économistes à gages” paru dans Le Monde diplomatique de mars 2012 a été  le déclencheur d’une initiative pour déconstruire la pensée unique des Rencontres Économiques.

C’est ainsi que sont nées les Rencontres Déconnomiques d’Aix-en-Provence dont altermidi est aujourd’hui partenaire. L’idée consiste à proposer des alternatives et à donner une tribune à la foisonnante pensée économique hétérodoxe. L’initiative associative démontre depuis plusieurs années que s’intéresser à l’économie n’implique pas d’écouter silencieusement les porte-drapeaux idéologiques du libéralisme.

Avec les Déconnomistes nous pensons qu’une société démocratique a un besoin vital d’analyses économiques pluralistes. C’est pourquoi les Déconnomistes sont un contrepoids salutaire face à des économistes dont l’unique croyance est l’efficience absolue du marché.

L’édition 2020 ne pouvant se tenir à Aix-en-Provence, les Rencontres Déconnomiques ont adressé un courrier à la présidente de Radio-France, Sibyle Veil (voir ci-dessous) pour obtenir l’autorisation d’organiser des rencontres débats devant la maison ronde. Cette lettre est restée sans effet, Radio France ne semblant pas vouloir donner suite à cette proposition. L’économiste Thomas Porcher a donc eu l’idée d’organiser des interventions non pas devant l’entrée principale de Radio France mais sur tous les médias indépendants pour amener la contradiction aux Rencontres Économiques.

Cette idée a reçu un très bon accueil, autant de la part des économistes que des médias indépendants. Ainsi, pendant que Radio France relayera massivement le prêt à penser idéologique dont le gouvernement à fort besoin — 300 intervenants sont prévus durant trois jours — dans le même temps les médias indépendants ouvriront leurs colonnes et leurs antennes à l’économie pour envisager d’autres horizons.

C’est un partenariat d’un nouveau type dont l’intérêt est de mettre en réseau un circuit d’information alternatif au réseau officiel. Il s’opérera sous un slogan fédérateur un brin ironique : « Les médias indépendants se portent au secours de Radio France pour assurer le pluralisme en économie ».Une occasion à saisir pour aborder l’économie autrement.

Jean-Marie Dinh

Publié le 02/07/2020

Union européenne. Plan de relance : le double jeu de Merkel

 

Bruno Odent (site humanite.fr)

 

Berlin, qui a pris mercredi la présidence de l’UE, admet la nécessité d’une solidarité avec les États les plus touchés par la crise. Mais pour mieux défendre les références ordolibérales, qu’il faudrait pourtant dépasser d’urgence.

L’Allemagne a pris la présidence pour six mois, ce 1er juillet, d’une UE secouée par des crises, pandémique et économique, qui révèlent un besoin d’Europe solidaire. L’ampleur du choc comme du défi a contraint Angela Merkel à faire un pas de côté spectaculaire à l’égard de sa ligne, traditionnellement austéritaire. Le plan franco-allemand pour la relance de l’UE en porte la marque. Il propose qu’un tiers des 750 milliards d’euros souscrits en commun au niveau européen, soit attribué aux États membres les plus touchés par les ravages du Covid-19, sous forme de dotations budgétaires. Pour des pays déjà surendettés « des aides non remboursables ont plus de sens que des crédits supplémentaires », affirme la chancelière (1).

Le « bougé » est considérable, si l’on veut bien se remémorer la stricte orthodoxie ordolibérale observée par les gouvernements allemands successifs de grande coalition. Il se heurte d’ailleurs à une résistance opiniâtre des pays dits « frugaux » (Autriche, Pays-Bas, Danemark et Suède), qui ne démordent pas de l’approche fondée sur un surcroît d’endettement pour les pays bénéficiaires d’un quelconque « soutien » européen. Ce qui rend toujours incertain l’accouchement d’un consensus sur ce dossier, lors du sommet de l’UE prévu « en présentiel » les 17 et 18 juillet prochain.

Accords de libre-échange

La concession allemande à une solidarité européenne ne constitue pas, non plus, le signe d’un « saut », encore moins d’une « révolution pour l’Europe », comme se plaisent à la présenter nombre d’analystes hexagonaux. Les mesures envisagées sont limitées dans le temps et Olaf Scholz, le ministre des finances SPD de Merkel, souhaite un retour « le plus rapide possible au cadre habituel des traités ». Quant aux « dotations » accordées aux États membres les plus touchés, le projet franco-allemand adopté le 18 mai dernier stipule qu’elles devraient être assorties de « réformes » ad hoc. Autrement dit : il faudrait, pour bénéficier de ces « subventions », continuer de se plier à ces mises aux normes ordolibérales, comme le firent au début de la dernière décennie les pays terrassés par la crise dite des dettes souveraines, désireux de se voir attribuer les crédits du mécanisme européen de stabilité (MES).

Pour les grands groupes exportateurs allemands, il est clair qu’un écroulement des pays de l’UE et de leurs débouchés aurait des conséquences calamiteuses. « Il est dans l’intérêt de l’Allemagne que l’UE ne s’effondre pas », plaide Angela Merkel. Plus largement, au plan international, une aggravation de la guerre commerciale avec son lot de barrières douanières pourrait avoir des conséquences terribles pour les exportateurs d’outre-Rhin. D’où le forcing annoncé par Berlin pour réactiver les divers accords de libre-échange négociés à partir de l’UE ou même en négocier de nouveaux (lire page 4).

La chancelière marche sur des œufs en défendant ses entorses solidaires aux normes de fonctionnement de l’UE. Car cette position est loin de faire l’unanimité chez elle. Comme l’illustre l’arrêt du 5 mai 2020 de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, mettant en cause le programme de rachats massifs de dette publique lancé depuis mars par la Banque centrale européenne (BCE). Au risque de faire éclater la zone euro.

L’Alternative pour l’Allemagne (AfD), l’extrême droite locale, mais aussi un courant au sein des partis chrétiens-démocrates, soutiens de la chancelière (CDU et CSU), ne cachent pas leur hostilité à la moindre évolution solidaire de l’UE. Les uns et les autres ont renforcé leurs positions sur l’échiquier politique avec d’autant plus de facilité qu’ils se contentent de pousser un peu plus loin les références monétaristes ou (et) budgétaires du « modèle » ordolibéral.

Cauchemar national-libéral

Le pas de côté « solidaire » d’Angela Merkel met donc aussi en lumière l’acuité de la menace du cauchemar national-libéral qui hante l’Allemagne comme le reste de l’UE. Il possède cependant un singulier mérite : il relève comme jamais le besoin de mesures réellement hétérodoxes et radicales pour faire face à la conjonction des crises sanitaire et économique.

Les syndicats français et allemands, auteurs d’une déclaration commune (2) aux lendemains de l’annonce du projet de plan de relance franco-allemand, ne s’y sont pas trompés. Ils réclament de mettre « enfin en œuvre l’Europe sociale ». Des alternatives plus ambitieuses en acquièrent aussi une dimension et une maturité nouvelles. Ainsi le besoin émerge-t-il quasiment partout de financer des services publics, ceux liés à la santé et les autres, si cruciaux et pourtant partout si malmenés, parfois si déglingués. Les économistes du PCF, qui font cette proposition de longue date, pointent que l’on pourrait agir tout de suite, en ce sens et en pleine solidarité, « en créant un fonds européen ad hoc, alimenté par la création monétaire de la BCE ». Il pourrait octroyer à ces projets vitaux pour l’avenir des Européens des crédits à taux zéro, voire négatifs.

(1) Interview publiée dans le Monde du 29 juin dernier. (2) « L’Europe que nous voulons ».

 

Bruno Odent

Publiéle 01/07/2020

Nouvelle arrestation de Salah Hamouri

 

Marc de Miramon (site humanite.fr)

 

Selon nos informations, l’avocat franco-palestinien a été conduit au centre d’interrogatoire de Moskobiyeh, alors qu’il se rendait à Jérusalem pour effectuer un test de coronavirus.

C’est en se rendant à un centre médical de Jérusalem pour effectuer un test du Covid-19, obligatoire pour prendre l’avion pour la France, un départ prévu le 4 juillet prochain, que l’avocat franco-palestinien a une nouvelle fois été arrêté par les autorités israéliennes. Il devrait être présenté devant un juge le 1er juillet, et le consulat de France situé dans la ville sainte a été alerté. Selon son comité de soutien, il a été conduit au centre d’interrogatoire de Moskobiyeh, à Jérusalem, et aucun motif pour justifier son arrestation n’a été communiqué. Salah Hamouri avait subi le même traitement en août 2017, à quelques jours d’un voyage en France pour retrouver son épouse et son fils, puis purgé treize mois de détention administrative, sans jugement ni accusation prouvée.

De nombreux soutiens

« Son comité de soutien, ses amis et collègues en appellent solennellement aux autorités françaises pour qu’elles agissent immédiatement et fortement pour obtenir la libération immédiate et sans condition de notre concitoyen qui a le droit à la liberté de circulation », écrivent ces derniers. De nombreuses personnalités politiques ont d’ores et déjà appuyé cet appel, à l’instar des sénateurs communistes Pierre Laurent et Fabien Gay, ou d’Olivier Besancenot, du NPA.

La mobilisation des acteurs publics et de la société civile, portée par l’Humanité, avait été décisive lors de la première libération de Salah Hamouri en 2011, obtenue de façon anticipée dans le cadre d’une libération de prisonniers palestiniens contre le soldat franco-israélien Gilad Shalit. En 2008, après trois ans de détention administrative, des accusations (jamais étayées) de participation à un complot visant à assassiner le rabbin Ovadia Yosef et d’appartenance au Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), il avait accepté une procédure dite de plaidoyer de marchandage. Laquelle avait transformé une peine éventuelle de quatorze ans à une condamnation à sept années d’emprisonnement.

 

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