PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

publié le 30 septembre 2022

29 septembre : encourageante mobilisation héraultaise contre « une dégradation historique
des conditions de vie »

sur https://lepoing.net/

1000 personnes à Béziers, 3500 à Montpellier : pour une mobilisation de rentrée, les cortèges héraultais organisés en lien avec la journée de grève interprofessionnelle du 29 septembre ont été relativement fournis.

Dès le milieu de matinée, environ un millier de manifestants se sont rassemblés devant la Bourse du Travail de Béziers pour défiler en cette journée de grève interprofessionnelle appelée par la CGT, la FSU, l’Union syndicale Solidaires et les syndicats étudiants et lycéens UNEF et FIDL.

Plus tard dans la journée, le cortège montpelliérain a lui aussi marqué une mobilisation encourageante dans la rue. Ni raz de marée, ni défilé de cadres syndicaux, puisque 3500 personnes ont battu le pavé entre la gare Saint-Roch et la place de la Comédie, via le boulevard du Jeu de Paume, le Peyrou et la rue Foch.

Coût de la vie et de l’énergie en nette augmentation, augmentations des salaires, des minimas sociaux et des pensions insuffisantes pour rattraper l’inflation : les représentants des confédérations syndicales présentes sont venus rappeler lors d’une prise de parole en clôture de manif que la guerre n’est pour rien dans cette « dégradation historique des conditions de vie », à l’heure où les grandes entreprises distribuent des dividendes records à leurs actionnaires. Dans le viseur également, la réforme des retraites, que le gouvernement Macron entend faire passer en force à grand renfort de concertations dans lesquelles personnes ne semble croire dans le cortège.

Encourageante journée de manifestation donc, surtout quand on prend en compte un contexte plus général. Cette journée du 29 septembre n’était effectivement pour les syndicats qu’une mobilisation de rentrée, une manière de prendre la température alors que l’envolée des coûts de l’énergie prépare un hiver particulièrement difficile pour toutes celles et ceux qui déjà ont du mal à boucler les fins de mois. Elle n’était appelée que par trois des grands syndicats, même si certaines fédérations comme la CFDT Cheminots ont pu rejoindre la grève. Elle s’adosse à un nombre très importants de luttes locales dans les entreprises, comme dans de nombreux autres pays européens, qui ne se traduisent pas forcément par une participation aux grandes journées interprofessionnelles mais offrent des victoires aux salariés. A titre d’exemple, le site d’Enedis Béziers est bloqué à l’appel d’une intersyndicale depuis cette matinée du 29 septembre par ses salariés, et ce jusqu’à nouvel ordre, pour des augmentations de salaires et des embauches. Notons également que la manif montpelliéraine était beaucoup structurée autour de cortèges de secteurs plus qu’autour des cortège de confédérations, signe que la lutte a un important ancrage dans les entreprises et les différents services publics.

A l’échelle nationale, les syndicats se félicitent de l’ampleur de la mobilisation. Si les cortèges n’étaient pas parmi les plus fournis de ces dernières années, le taux de grévistes est important dans certains secteurs, le nucléaire par exemple. Dans l’Éducation Nationale, le SNES-FSU compte 30% de grévistes en collèges et lycées. Le privé aura été également parti prenante de la mobilisation, avec de nombreux débrayages et des grèves importantes, que ce soit chez le constructeur automobile Stellaris, ou dans la chimie et la pétro-chimie.

Prélude à de grandes luttes nationales pour l’automne et l’hiver ? Possible. En attendant, le 3 octobre prochain seront invités dans les locaux de l’UNSA l’ensemble des syndicats français pour une intersyndicale qui décidera des modalités des mobilisations unitaires à venir. Des journées d’actions sont aussi prévues dans certaines branches, comme dans le secteur de l’énergie le 6 octobre. Et on ignore encore l’ampleur et l’impact que pourrait avoir la marche contre la vie chère programmée par la coalition de gauche NUPES le 16 octobre. Laquelle devra se passer de l’appui direct des confédérations syndicales, malgré de profondes divisions sur le sujet chez les syndicalistes.

Retrouvez dès demain notre reportage réalisé dans le cortège montpelliérain sur les perspectives de mobilisation à venir.

 

 

 

 

Montpellier, 29 septembre : une large colère qui se cherche des perspectives

sur https://lepoing.net/

La manif de ce jeudi 29 septembre aura rassemblé près de 3500 personnes dans les rues de Montpellier

Avec 250 000 manifestants revendiqués par la CGT, et des grèves importantes dans certains secteurs, la journée de grève et de manifestation interprofessionnelle du 29 septembre aura été plutôt encourageante, en tout cas sur Montpellier. Le Poing s’est entretenu avec quelques manifestants dans le cortège montpelliérain, fort de 3500 personnes, entre témoignages sur une dégradation historique des conditions de vie et de travail et perspectives de résistances à venir.

Une colère profonde et large

Appelée par la CGT, la FSU, Solidaires, les syndicats étudiants et lycéens UNEF et FIDL, et localement par le Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier (SCUM), la journée de mobilisation interpro du 29 septembre peut être qualifiée de succès relatif, en tout cas à Montpellier. Si les salaires étaient cette fois-ci au cœur des préoccupations syndicales, personne n’oublie que se préparent d’autres grands reculs sociaux, dans la droite ligne du premier mandat Macron et de plusieurs décennies néo-libérales. Dans les rangs des manifestants, la colère est grande, le constat est fait d’une société laminée par les offensives capitalistes et réactionnaires.

Valérie, ancienne employée de l’hôtellerie aujourd’hui en invalidité à 56 ans, arbore un badge de la coalition de gauche NUPES dont elle est sympathisante. « Je suis écœurée. », commence-t-elle. « Écœurée  par l’injustice de la réforme des retraites qui vient [NDLR : pour des explications sur la communication dont le gouvernement enrobe son projet antisocial, lire cet article du média Rapports de Force], écœurée par l’évasion fiscale, par l’absence de barrage au Rassemblement National de la part des macronistes aux élections législatives, pour éviter la NUPES. Écœurée aussi des reculs en matière de droit à l’IVG, aux USA, peut-être bientôt en Italie : il nous faut inscrire le droit à l’avortement dans la Constitution française. »

Laurence, psychologue syndiquée à la CGT du CHU de Montpellier, a participé à un rassemblement en préambule de la manif du jour avec une cinquantaine de collègues, devant l’Opéra Comédie, pour rendre plus visible les revendications de sa profession. Elle s’indigne que les salaires ne suivent pas l’inflation, avec tout ce que la chose inclut de recul du niveau de vie : « Ces dernières années nous les psys ont a été moins revalorisés que les aides-soignants, alors que notre niveau de diplôme est supérieur. »

Dans le cortège, des salariés de l’Éducation Nationale, bastion syndical qui voit de plus se multiplier les luttes de personnels précaires ces dernières années, témoignent de l’état de délabrement du service public. « C’est une catastrophe, le service public est en lambeaux. », constate Mylène, syndiquée à la CGT, et qui tient la banderole de tête du cortège des ATSEM. [NDLR : l’Agent Territorial Spécialisé des Écoles Maternelles, qualifié par l’obtention d’un CAP Petite Enfance est en théorie chargé de seconder les enseignants dans les classes maternelles, de préparer les activités scolaires, de veiller au bien-être des enfants, d’animer certains ateliers. Le métier, largement féminin, est aussi l’un des postes les plus mal payés et les plus précaires de l’Éducation Nationale. D’importants mouvements sociaux des ATSEM ont eu lieu récemment dans les écoles de Montpellier contre le passage aux 1607 heures de travail par an, soit 70 de plus qu’avant la loi de transformation de la Fonction Publique du 6 août 2019. ] « On se retrouve avec une multitude de casquettes qu’on ne devrait pas avoir. Les ATSEM servent à absorber le manque de postes, le manque d’AESH [NDLR : Accompagnant des Élèves en Situation de Handicap] et d’AVS [NDLR : Auxiliaires de Vie Scolaire]. Encore plus depuis que l’école a été rendue obligatoire dès l’âge de trois ans. Si on s’en tenait aux missions incluses en théorie sur la fiche de poste des ATSEM, le service ne tournerait plus. En plus de ça on a toujours pas été incluses au Ségur. Alors la grève aujourd’hui a été,assez,bien suivie : sur les 400 ATSEM de Montpellier, 20% sont en grève. »


 

Et il n’y a pas que chez les précaires des écoles que la coupe est pleine. Même si la mobilisation dans l’Éducation Nationale reste bien plus faible que celle du 13 janvier 2022 (75% de grévistes dans le primaire), Magalie, instit syndiquée au SNUIPP-FSU, témoigne de la lassitude de nombre de ses collègues : « La rentrée a été difficile, la colère est grande dans les écoles avec en plus l’inflation et la réforme des retraites qui arrive… »

Et la résignation semble un obstacle plus grand que la communication libérale de la majorité au pouvoir, qui a de moins en moins de prise. « L’argent, on le trouve. », résume Valérie. Lucide, quand on sait que la fraude fiscale représente environ 100 milliards d’euros de manque à gagner pour l’État chaque année, et que des records historiques ont été battus ces dernières années dans le montant des dividendes distribués aux actionnaires des grandes entreprises.

Marche de la NUPES contre la vie chère du 16 octobre : les syndicats à priori absents, avec des bases peu au courant

Sur une proposition de la France Insoumise au mois de juillet, la coalition de gauche NUPES organise le 16 octobre une marche contre la vie chère et l’inaction climatique dans les rues de Paris. Si la thématique de cette mobilisation est ostensiblement liée à cette journée d’action du 29 septembre, les organisations syndicales se montrent réticentes à y appeler clairement. L’Union Syndicale Solidaires a refusé de signer l’appel de la NUPES, après un vote de ses fédérations adhérentes favorable à une participation, mais sur une majorité jugée trop courte pour ne pas diviser les troupes. Mi-septembre le secrétaire général de la FSU Benoît Teste décrivait son organisation syndicale comme peu encline à signer un appel à rejoindre la marche. Quant à la CGT, elle déclarait dans le même temps attendre de voir le succès de la mobilisation du 29 septembre avant de prendre une décision. Au cours des réunions préparatoires de l’été, l’attitude et les déclarations des leaders de la NUPES, et notamment de Jean-Luc Mélenchon, ont confirmé les craintes de nombreux syndicalistes, à savoir une inféodation de l’agenda social à un agenda politique. Il est en fait probable que l’objectif de la NUPES en cas de crise sociale importante soit de pousser à la dissolution de l ‘Assemblée Nationale et à l’organisation de nouvelles élections législatives.

Un tel mélange des genres contrarie les tendances à l’indépendance syndicale. Bien que des pans entiers de la CGT aient clairement appelé à envoyer des députés progressistes à l’Assemblée lors des dernières législatives, Mylène nous rappelle dans le cortège montpelliéraine que « la CGT est assez méfiante par rapport à la politique ». Ce sur quoi renchérit Magalie de la FSU : « la situation entre syndicats et partis politiques est actuellement assez tendue. »

Les enjeux autour de la participation syndicale à cette marche ne semblent pas avoir été débattus largement dans la base militante. Laurence n’est même pas au courant qu’une manif est organisée par la gauche le 16 octobre. « En ce qui concerne le 16 octobre, l’info n’est pas arrivée aux syndicats de base. Certains syndicats, certaines fédérations, certaines unions locales appelleront néanmoins à y participer », diagnostique Lénaïc, éducateur dans la protection de l’enfance syndiqué à la CGT, pour laquelle il exerce un mandat, et qui se décrit lui-même comme « radicalisé parce qu’épuisé. »

Dans le cortège on croise Richard, inspecteur du travail à la retraite passé par à peu près toutes les organisations syndicales possibles et imaginables. Aujourd’hui il participe à l’animation du groupe de gilets jaunes du rond-point du Près d’Arènes, qui continue des diffusions de tracts tous les mardis et les tous les samedis. « On a quelques copains du rond-point qui monteront à Paris pour la marche du 16 octobre. », annonce-t-il. Un positionnement qui ne fait pas l’unanimité au sein de ce qu’il reste du mouvement entamé à l’automne 2018, tant celui-ci se retrouve tiraillé entre l’évidente préoccupation des fins de mois de plus en plus dures à boucler, et les profondes méfiances qu’on lui connaît envers les politiciens de tous bords…

Comment mettre fin à cette « dégradation inédite des conditions de vie et de travail » ?

Mais alors comment mettre fin à cette « dégradation inédite des conditions de vie  et de travail» pointée du doigt par la CGT à la fin du cortège montpelliérain de ce jeudi 29 septembre ?

Même pour Valérie, la sympathisante NUPES, c’est la lutte sociale qui semble primer sur l’agenda de la politique institutionnalisée. « Il ne nous reste que la rue », nous lance-t-elle dans le défilé. Même son de cloche chez Mylène, pour qui il faudrait se mettre à « bloquer le pays pour de bon. » Néanmoins chacun reste bien conscient des difficultés rencontrées. Ce sont les échecs du passé, et le poids d’une répression de plus en plus brutale, qui freine l’émergence d’une véritable révolte sociale pour Valérie. «Beaucoup de gens ne veulent plus descendre en manif à cause de la peur des violences policières », analyse-t-elle, « surtout avec les proportions que ça a pris depuis le mouvement des gilets jaunes. »

Mylène voit un autre aspect du problème : « Trop de personnes vivent encore dans trop de confort pour réellement s’engager dans une lutte dure et accepter les sacrifices qui vont avec. » Dans l’univers de syndicaliste de Lénaïc, la thèse de Mylène a un certain succès. « De nombreux camarades du syndicat pensent que les choses vont s’accélérer dès la fin du bouclier tarifaire mis en place sur l’énergie, prévue pour le mois de novembre. », nous confie-il. Dans la foulée, le voilà qui nuance la perception qu’on peut avoir du syndicalisme actuel comme une force capable à elle seule de renverser la vapeur : « La CGT en ce moment est traversée par beaucoup de courants contradictoires. Beaucoup de syndiqués sont excédés par les journées d’action isolées, mais dès qu’il s’agit de se mettre d’accord sur d’autres modalités d’action les divergences ressortent. Là on est face à une difficulté supplémentaire pour la mobilisation des syndicats sur des bases efficaces : les élections professionnelles arrivent, ce qui brouille les pistes dans la mobilisation par une superposition d’enjeux différents… Ça ressemble à un concours de quéquettes parfois… »

Au milieu de ce mélange de colère, d’inconfort, d’inquiétudes et de manque de perspectives nettes, grandit aussi le spectre du ressentiment. Amanda*, 70 ans, porte son drapeau de la FSU fièrement, « pour les enfants et les petits-enfants, parce que pour moi c’est déjà un peu fini. » Après avoir accueillie par de chaleureux encouragements notre présentation de la dernière version papier du Poing, elle concède : « Moi je fais toutes les manifs depuis plusieurs décennies. Et je vais continuer. Mais sincèrement, je ne crois plus en leur efficacité. A lors j’ai réfléchis ces dernières années, et je me suis choisis d’autres options politiques que les vôtres. Ce qu’il faudrait c’est que tous les pays de l’Union Européenne restent soudés, mais qu’on ferme les frontières. Ça ça emmerderait bien nos dirigeants. Il faut se réjouir de la victoire de Giorgia Meloni en Italie !» [Giorgia Méloni est la cheffe de file de la coalition dite de centre droit, en fait coalition d’extrême-droite regroupant l’ancien président Silvio Berlusconi, Salvini de la Ligue du Nord et le parti Fratelli d’Italie, que dirige Georgia Meloni et qui ne cache que depuis quelques mois sa sympathie pour l’ère fasciste de Benito Mussolini. Elle a été élue avec le soutien d’une part importante du patronat italien, sur la base d’un programme conservateur et ultra-libéral proche de celui d’un Zemmour et très hostile aux salariés, auxquels elle promet des lendemains qui chantent par la privation de droits pour les étrangers.]

publié le 29 septembre 2022

Réforme des retraites : démontez les arguments du gouvernement en 5 minutes

Stéphane Ortega sur https://rapportsdeforce.fr

La réforme des retraites est déjà impopulaire, puisque 70 % des Français sont opposés à un recul de l’âge légal de départ (sondage Elabe du 22/09) et 19 % seraient prêts à aller manifester (sondage Odoxa du 21/09). Mais pour convaincre vos collègues de travail ou leur donner des arguments face à ceux du gouvernement, Rapports de force revient point par point sur les discours de justification de la majorité.

 Ça y est, la bataille des retraites commence. Ce jeudi 29 septembre, le gouvernement a finalement annoncé qu’il présenterait en janvier un projet de loi pour reculer à 65 ans l’âge de départ à la retraite. D’ici là, il ouvrira des concertations à la marge avec les organisations de salariés et le patronat. Mais dès à présent, attaquons-nous aux arguments tronqués du gouvernement pour tenter de convaincre l’opinion du bien-fondé de sa réforme.

 Argument n°1 : Macron a été élu pour faire la réforme des retraites

 Avant de s’attaquer au fond, commençons par la forme. Lundi 26 septembre, à l’occasion de la présentation du projet de loi de finances en Conseil des ministres, Bruno Le Maire a affirmé à propos des retraites : « il est tout à fait possible de mener une réforme juste et efficace dans un délai raisonnable. Et d’autant plus que le président de la République a reçu un mandat du peuple français pour faire cette réforme ». Et bien… en fait… heu… non !

S’il a bien reçu un mandat, parce qu’il a été élu président de la République au printemps, il n’a pas réellement été mandaté pour réformer les retraites. Revenons cinq mois en arrière. Emmanuel Macron l’emporte face à Marine Le Pen avec 58 % des suffrages exprimés. Outre que l’abstention, les votes nuls et blancs représentent plus 34 % des inscrits, une estimation de l’institut Ipsos-Sopra Steria sortie des urnes souligne que 42 % des électeurs d’Emmanuel Macron au second tour ont voté pour lui pour faire barrage à Marine Le Pen. Au final, il reste moins de 11 millions de votes d’adhésion sur plus de 48 millions d’inscrits. Soit 22,3 % du corps électoral. Et encore, il n’est pas sûr que tous ceux qui ont choisi Emmanuel Macron au premier tour souhaitaient une réforme des retraites.

Le locataire de l’Élysée avait même convenu le soir de sa victoire : « Je sais que nombre de nos compatriotes ont voté pour moi, non pour soutenir les idées que je porte, mais pour faire barrage à celles de l’extrême droite. Ce vote m’oblige pour les années à venir. » Sans grande surprise, cette promesse a été bien vite oubliée.

 Argument n° 2 : les déficits rendent nécessaire la réforme des retraites

Passons de la forme au fond. À l’occasion de la remise du dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR), les membres du gouvernement ont insisté sur la nécessité financière de la réforme. « Ce rapport dit que le système de retraites connaît un très léger excédent en 2021-2022, mais que dès 2023 ce sont presque deux milliards d’euros de déficit, en 2027 plus de 12 milliards de déficits, et en 2030 une vingtaine de milliards de déficits. Ces chiffres nous montrent qu’il faut agir pour améliorer le système de retraites et le préserver dans le temps », expliquait Olivier Dussopt, le ministre du Travail, le 20 septembre sur RTL.

Pourtant, ce ne sont pas vraiment les conclusions du COR. À l’inverse, celui-ci affirme que « les résultats de ce rapport ne valident pas le bien-fondé des discours qui mettent en avant l’idée d’une dynamique incontrôlée des dépenses de retraite ». En clair, il y a des déficits, mais dans des proportions maîtrisées. À la place du solde des régimes en milliards d’euros, le COR compte en pourcentage des richesses produites (PIB), « un indicateur déterminant pour évaluer la soutenabilité financière du régime de retraite ». Et là, les variations ne sont pas alarmantes : globalement stable entre 2021 et 2027 (13,8 % à 13,9 % du PIB), la part des dépenses augmenterait entre 2027 et 2032 (14,2 à 14,7 % du PIB) pour se stabiliser ou diminuer à partir de 2032 jusqu’à se situer en 2070 dans une fourchette comprise entre 12,1 % et 14,7 % du PIB. Et encore, l’augmentation de la période 2027-2032 est en partie liée à l’écart entre le taux de chômage prévu par le gouvernement de 5 % et celui projeté du COR à 7 %. Ces deux points de différence induisant en effet un autre niveau de cotisations.

Il reste cependant à déterminer quoi faire avec les déficits annoncés. Ils pourraient être transformés en dette comme bien d’autres dépenses gouvernementales, en considérant qu’assurer des retraites aux travailleuses et travailleurs dans les conditions d’aujourd’hui est une volonté politique. Qu’elle a un coût. Et que celui-ci n’est pas exorbitant. Il serait également possible de jouer sur d’autres paramètres, les dépenses ou les recettes, puisqu’un déficit n’est qu’un déséquilibre entre les deux. Mais nous allons revenir sur ce point essentiel.

 Argument n°3 : pour ne pas baisser les pensions ou augmenter les cotisations, il faut travailler plus longtemps

 Certes, présenté ainsi, aucun retraité ne trouverait grâce à une baisse de sa pension, surtout dans un contexte de forte inflation. Pas plus qu’un salarié ne voudrait voir son taux de cotisation augmenter, ce qui ferait baisser son salaire net. Mais d’autres variables sont envisageables.

C’est un peu enfoncer des portes ouvertes, mais pour réduire un déficit, il faut soit réduire les dépenses, soit augmenter les recettes. Emmanuel Macron en bon libéral a fait son choix : baisser les dépenses publiques en repoussant l’âge de départ à la retraite. Mais la question des recettes du système de retraite reste posée. À ce titre les dizaines de mesures d’exonération de cotisations sociales prises par tous les gouvernements ces dernières décennies ont un coût pour les finances publiques, caisses de retraite incluses, puisque ces exonérations ne sont pas toutes compensées par l’État. En 2019, année avant la crise sanitaire, celles-ci étaient estimées à 66 milliards d’euros par la Cour des comptes, dont 52 milliards de cotisations patronales. La part manquante au financement des régimes de retraite s’élevait à 9,75 milliards. De quoi relativiser la charge pour les dépenses publiques des déficits envisagés par le COR pour les régimes de retraite.

Autre élément sur les recettes, le niveau des cotisations. Aujourd’hui, elles représentent 79 % du financement des retraites (rapport du COR). Sur les 21 % restant, 12 % proviennent de la CSG. Les recettes dépendent donc très fortement du niveau d’emploi, c’est-à-dire du nombre de personnes en activité à partir desquelles salariés et employeurs payent des cotisations. Mais elles dépendent également du niveau des salaires, puisqu’il s’agit d’un pourcentage de celui-ci. De ce point de vue, les excédents des régimes de retraite en 2021 et 2022 présentés dans le rapport du COR sont révélateurs. Le fort rebond de l’activité économique a eu pour effet de repasser dans le vert les comptes en augmentant le nombre de cotisations versées. Même constat pour les comptes de la Sécurité sociale dont le déficit a nettement baissé cette année. Une amélioration en partie due à l’inflation et l’augmentation du SMIC qui a mécaniquement fait grimper le niveau des cotisations salariés et employeurs.

Voilà clairement un paramètre majeur. Et un choix politique. Celui du gouvernement de préférer des primes défiscalisées et désocialisées à une pression sur le patronat pour augmenter les salaires prive toute la protection sociale, retraites incluses, de recettes importantes. La qualité des emplois, trop souvent au ras du SMIC, pèse sur le système de retraite en limitant le niveau des cotisations sociales. Un autre partage de la valeur, en clair de la rémunération de travail et de celle du capital, générerait des recettes qui pourraient faire revenir les comptes au vert.

 Argument n° 4 : il faut travailler plus longtemps pour financer l’école, l’hôpital, etc.

 C’est probablement l’argument le plus fou de la majorité. Et peut-être aussi le plus flou. Pour les uns la réforme des retraites servira à financer l’éducation et l’hôpital. Pour Bruno Le Maire, elle permettra de financer des cadeaux aux entreprises sous forme de fin des impôts de production. Pour d’autres, elle financera le chantier de la dépendance ou la transition climatique. Bref, un peu tout. Mais ici, c’est clairement un mensonge. À ce jour, aux dires de l’exécutif, l’allongement de l’âge de départ à la retraite concernerait les salariés nés en 1966 et après. En clair, des salariés qui liquideraient leurs droits à la retraite, si rien n’était modifié, que dans sept à huit ans. Soit vers 2029 ou 2030. Les économies envisagées étant pour plus tard, comment la réforme des retraites pourrait-elle financer aujourd’hui des réformes à l’hôpital ou dans l’éducation ? En fait, elles ne le pourraient pas.

Mais au-delà de cet élément tronqué, c’est une rupture inédite du pacte social. Jamais à ce jour un gouvernement n’avait proposé de réorienter les dépenses de retraites issues des cotisations sociales vers d’autres types de dépenses de l’État. Et là encore, si l’argent manque pour engager certains chantiers, il faut chercher du côté des choix politiques libéraux du gouvernement qui assèchent les recettes du budget de l’État au profit des plus aisées. Et la liste est longue des manques à gagner en dizaine de milliards annuels : de la suppression de l’ISF à la flat tax qui a baissé les prélèvements sur les entreprises en passant par le CICE qui était censé créer des emplois et a coûté une centaine de milliards. Tout n’est donc que question de choix politique, voire idéologique.

publié le 27 septembre 2022

Jeudi 29 septembre : grève nationale interprofessionnelle

Paru sur http://www.communcommune.com

Pour les salaires, les pensions, les bourses d’études, les minima sociaux, de vrais services publics : la CGT, la FSU , Solidaires ainsi que les syndicats étudiants et lycéens appellent à une journée de grève et de manifestation le jeudi 29 septembre.

Les mesures gouvernementales annoncées sur le pouvoir d’achat sont en dessous de la situation de paupérisation de la population. La loi votée cet été se contente de poser quelques rustines et, à travers les exonérations de cotisations, ampute le salaire socialisé, fragilisant la protection sociale.

Dans la fonction publique, la revalorisation de 3,5% de la valeur du point d’indice est en deçà de l’urgence à relever l’ensemble des rémunérations de 10% au moins tout de suite pour préserver les conditions de vie de tous.

De même pour les retraités, les 4% de revalorisation des pensions ne correspondent pas à l’inflation, la situation des retraités continue donc de se dégrader.

La crise énergétique pèse déjà fortement sur la population, particulièrement les plus précaires, tandis qu’aucune mesure réelle n’est prise pour une transition écologique juste. Le gouvernement se contente d’incitations à des économies d’énergies culpabilisantes, tandis que d’autres pays européens s’engagent dans la taxation des superprofits des entreprises du secteur énergétique et que d’autres mettent en place des passes ferroviaires gratuits !

Le gouvernement poursuit aussi une politique fiscale qui assèche les comptes de l’Etat au profit des grandes entreprises et au détriment des services publics (santé, éducation,) et du financement de la transformation écologique.

Par ailleurs, il prévoit une réforme de l’assurance chômage qui va à l’encontre du droit des travailleurs de la possibilité d’avoir des indemnisations du chômage justes, une réforme du RSA qui le conditionnerait à une obligation de travailler de 15 à 20h hebdomadaires, et continue d’envisager une réforme des retraites qui exigerait de travailler davantage et pourrait conduire à amputer encore davantage le montant des pensions.

En ce qui concerne les jeunes et leurs familles, les aides (bourses, ARS) ne sont pas suffisantes pour compenser l’inflation. Une revalorisation significative des bourses scolaires et de l’ARS est nécessaire pour pallier le prix de la rentrée (qui avec l’inflation a grimpé de 5 à 10 %). De plus, trop peu de familles bénéficient de cette aide en raison du plafond de ressources à ne pas dépasser. 

C’est pourquoi la CGT, l’Union syndicale Solidaires, la FSU, l’UNEF, la VL, la FIDL et le MNL appellent dès à présent à une journée de grève interprofessionnelle le jeudi 29 septembre qui doit s’inscrire dans une mobilisation large et dans la durée.


 

publié le 25 septembre 2022

Pourquoi la CGT passe son tour
pour la marche du 16 octobre

Stéphane Guérard sur www.humanite.fr

Mobilisations. À la suite des refus de Force ouvrière, Solidaires ou de la FSU de participer au 16 octobre, Philippe Martinez a aussi pris position. Il considère que la journée de grève et de manifestation du 29 septembre affiche des mots d’ordre plus clairs et des modes d’action plus efficaces. Les organisateurs de la marche nationale appellent le syndicat à poursuivre les réflexions communes.

Philippe Martinez a devancé l’appel. Sans attendre le prochain rendez-vous du 4 octobre des organisateurs de la « marche contre la vie chère et l’inaction climatique », le secrétaire général de la CGT a annoncé que son syndicat ne participera pas au défilé du 16 octobre.

Une prise de position entendue par les partis de gauche et associations citoyennes et environnementales, parties prenantes ou non de cette initiative, qui appellent à poursuivre les discussions pour de futures mobilisations.

Pour le leader de la CGT, la priorité demeure la journée interprofessionnelle sur les salaires, initiée par sa confédération, la FSU, Solidaires et par des organisations de jeunesse. « Il faut réussir la mobilisation du 29. Et nous avons besoin de mots d’ordre clairs. Il est question d’une “marche contre la vie chère”, à laquelle on a ajouté “contre l’inaction climatique” pour des questions d’élargissement de cette manifestation. Les mots d’ordre doivent être plus offensifs », a-t-il expliqué sur LCI.

Pour Aurélie Trouvé, députée FI, l’absence du syndicat ne remet pas en cause l’action du 16 octobre.

À la suite des refus de Force ouvrière, Solidaires ou de la FSU de participer au 16 octobre, Philippe Martinez réaffirme l’autonomie de l’action syndicale. « Nous acceptons les soutiens politiques. Mais, de tout temps, l’action collective et notamment la grève ont été les meilleurs moyens de pression pour obtenir la satisfaction de nos revendications », pointe le responsable syndical, qui doute par ailleurs de la capacité matérielle des non-Parisiens à participer à la marche nationale de mi-octobre dans les rues de la capitale.

Prochain point d’étape entre partis et syndicats : le 4 octobre

Pour Aurélie Trouvé, députée FI, l’absence du syndicat ne remet pas en cause l’action du 16 octobre. « On avait bien dit que nous soutenions toutes les autres initiatives et que cette marche était complémentaire. Mais, en l’état, aucune autre initiative prévue un dimanche n’est annoncée pour permettre la participation du plus grand nombre. Or, des attaques extrêmement violentes vont arriver sur les retraites, l’assurance-chômage… On ne bougera pas les choses que depuis l’Assemblée nationale. Ça passera aussi par la rue. »

L’élue insoumise donne rendez-vous à la CGT au prochain point d’étape, prévu le 4 octobre entre partis, syndicats et associations, sur les mobilisations. Idem pour Hélène Hardy, d’EELV, qui relève la difficulté d’établir « des liens entre, d’un côté, la recherche des syndicats de gains concrets, sur les salaires comme sur les conditions de travail ; de l’autre côté, la recherche de solutions plus globales portées par les mouvements politiques. Or, les revendications salariales et la lutte contre l’inactivité climatique avec la taxe sur les superprofits constituent les deux faces d’une même réponse à la vie chère. Le rapprochement entre partis et syndicats est un mouvement lent, qui ne se limitera pas au 16 octobre ».

Christian Picquet voit lui aussi plus loin. Pour le membre du PCF qui « n’appelle pas en l’état à la marche du 16 octobre, rien ne peut se faire sans le succès des mobilisations du 29. Des réunions vont avoir lieu ensuite. Il faut tout faire pour appeler les partenaires de la Nupes et les participants au 16 octobre à un rassemblement plus large, sans aucun préalable sur les revendications et les formes de participation. »

publié le 23 septembre 2022

De la Suède à l’Italie,
la résistible ascension
de l’extrême droite européenne

par Emma Bougerol sur https://basta.media/

Partout en Europe, l’extrême droite gagne du terrain. En Suède, le parti nationaliste, deuxième force politique après les législatives, pourrait bientôt jouer un rôle central. À Rome, les post-fascistes de Frères d’Italie s’approchent du pouvoir.

Drapeau dans une main, banderole dans l’autre. Au milieu des cabanons de campagne des partis politiques, à Stockholm, le groupuscule « Mouvement de résistance nordique » s’installe. L’organisation néonazie attire les regards des passants, en cet après-midi de début septembre. Les élections législatives se déroulent dans quelques jours. « Vous pouvez voter pour nous à cette élection, se vante l’un des militants en treillis. On ne croit pas en la démocratie, mais c’est bien que les gens puissent nous voir. » Ils passeront quelques heures sur la place, à distribuer des tracts, sous le regard attentif de la police suédoise. « C’est terrifiant. Il y a quelques années, c’était impensable de voir des gens ouvertement vanter ces idées », commente Gabriella, militante sociale-démocrate.

Quelques jours plus tard, la montée des idées d’extrême droite se concrétise dans les urnes : le parti des Démocrates de Suède, fondé par des nationalistes et des néonazis à la fin des années 1980, réalise 20 % des voix, derrière les sociaux-démocrates. Il permet à la coalition de droite, dont il fait partie, de battre sur le fil le bloc de gauche (sociaux-démocrates, écologistes et gauche radicale). L’extrême droite pourrait ainsi entrer au gouvernement. La négociation est encore en cours avec les autres partis de droite. Quoiqu’il arrive, l’extrême droite aura une influence importante au sein de l’alliance avec les conservateurs, les démocrates-chrétiens et les libéraux. On pensait le pays scandinave fief inébranlable de la social-démocratie. Le parti d’extrême droite est désormais la deuxième force politique du pays.

Aujourd’hui la Suède, demain l’Italie ?

Les élections italiennes arrivent à grands pas, et la perspective est tout aussi sombre. Georgia Meloni, cheffe du parti d’extrême droite les Frères d’Italie (Fratelli d’Italia) est en bonne position dans les sondages. À la fin de l’été, elle était créditée de près de 25 % des intentions de vote pour les élections anticipées du 25 septembre [1]. Elle envisage une alliance avec la Ligue du Nord, parti de Matteo Salvini également à l’extrême droite, et Forza Italia, le parti (très) à droite de l’ancien Premier ministre Silvio Berlusconi. Leur coalition pourrait, comme en Suède, obtenir la majorité, et Georgia Meloni est bien placée pour devenir la prochaine présidente du Conseil.

« Le mouvement néonationaliste prétend que les questions climatiques sont un canular ou, pour les moins extrêmes, que c’est la Chine ou l’Inde qui doit résoudre le problème »

En Suède, la campagne a été largement dominée par les thèmes de l’insécurité et de l’immigration, les sujets de prédilection de l’extrême droite, particulièrement depuis 2015. Les problématiques d’intégration des immigrés, en particulier ceux originaires du Moyen-Orient, sont utilisées pour expliquer l’augmentation des règlements de compte entre gangs, le plus souvent liés au trafic de drogue. Si la criminalité demeure faible, les fusillades entre gangs défraient la chronique. Plus d’une quarantaine de personnes, des jeunes de quartiers pauvres, ont été tuées au cours de ces règlements de compte. À droite comme à gauche, les partis se sont saisis de ses questions et ont durci leurs positions sur l’immigration. « Aborder les thèmes de l’extrême droite les légitime dans l’espace médiatique », analyse Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques et spécialiste de l’extrême droite.

La fin du « cordon sanitaire » entre droite et extrême droite

La montée en puissance de l’extrême droite a fini par submerger la digue qui la dissociait de la droite classique. « La droite conservatrice traditionnelle est en grand danger de disparaître. Elle n’a absolument pas pris la mesure du phénomène et se retrouve dans une position d’affaiblissement. Dans la majorité des pays, elle perd son leadership. » Pour s’assurer une place au pouvoir, cette droite en déclin envisage désormais tranquillement une coopération plus ou moins approfondie avec l’extrême droite. C’est la fin du « cordon sanitaire ». Il y a encore quatre ans, en Suède, il était impensable de négocier avec les nationalistes. « À moins que le ciel nous tombe sur la tête », le leader de la droite traditionnelle Ulf Kristersson avait juré ne jamais travailler avec les Démocrates de Suède. Mais en Suède, comme en Italie, la politique se fait par alliances. Pour la droite scandinave, il était impossible de former une coalition majoritaire sans eux. Alors les grands principes ont été mis de côté. L’extrême droite est désormais présentée comme «  respectables ». Les fondateurs néonazis à l’origine du parti sont négligemment oubliés.

« Il y a une normalisation des idées traditionnelles de l’extrême droite, et pas seulement en Suède, explique Jan Christer Mattson, sociologue à l’université de Göteborg (Suède). Les organisations que nous avions l’habitude d’appeler "extrémistes" étaient les Démocrates de Suède, tout comme le Front national... Nous avons désormais cessé de les appeler ainsi. Non pas parce qu’ils ont changé d’idéologie, mais parce qu’ils se sont fondus dans le débat public. »

« Sverige ska bli bra igen » (La Suède va redevenir bien), « Make America great again » (Redonnons sa grandeur à l’Amérique), « Pronti a risollevare l’Italia » (Prêts à relancer l’Italie) … Les slogans des candidats d’extrême droite font appel à la même nostalgie d’un pays dominant. Ils surfent sur le mythe du déclin et promettent d’inverser la tendance. « Il y a des similitudes sur la question européenne et celles du triptyque identité-insécurité-immigration pour tous ces partis en Europe, souligne Anaïs Voy-Gillis, chercheuse spécialiste des partis nationalistes européens. En revanche sur le plan économique, les démocrates de Suède sont plus proches du RN que des partis italiens. »

En parallèle, les groupes encore plus extrêmes se font de plus en plus remarquer. En témoignent la multiplication des projets d’attentats et des violences de plus en plus fréquentes. Selon Jan Christer Mattson, ces groupes d’« ultra droite » permettent de rendre « acceptables » les partis d’extrême droite en voie de banalisation dans le jeu politique : « Les partis extrêmes des mouvements, ceux qui saluent Hitler ou font l’apologie du fascisme, deviennent l’exemple commun de ce qui n’est pas acceptable. »

Grand remplacement, antiféminisme et relativisme climatique

Le sociologue suédois constate cependant l’existence d’une vision commune à l’extrême droite, des partis comme le RN, les Frères d’Italie ou les Démocrates de Suède aux groupuscules identitaires, fascistes ou néonazis : « Ils partagent un ensemble commun de valeurs, d’attitudes, qui les orientent dans leur perception de la réalité. Il y a trois composantes principales, l’idée d’un grand remplacement des blancs, la croyance en l’État profond – l’idée que les personnes sont manipulées, qu’elles ne contrôlent pas leur propre État –, et une forte notion d’antiféminisme. » La question écologique n’est pas non plus au cœur de leur discours. En Suède, « le mouvement néonationaliste prétend que les questions climatiques sont un canular ou, pour les moins extrêmes, que c’est la Chine ou l’Inde qui doit résoudre le problème », explique Jan Christer Mattson, de l’Université de Göteborg.

Point commun entre les Frères d’Italie et les Démocrates de Suède : ils se sont développés assez vite. L’extrême droite suédoise ne pesait que 6 % des voix il y a une décennie, quand son homologue italien ne dépassait pas 4 %. Ces partis sont désormais aux portes du pouvoir. Une dynamique qui s’explique, selon Anaïs Voy-Gillis, par « la recherche de normalisation et de dédiabolisation », mais aussi par « leur professionnalisation ». Selon la chercheuse, ils bénéficient également d’un avantage : ils peuvent se présenter comme des outsiders, les seuls qui n’ont jamais exercé le pouvoir. Un discours que l’on retrouve autant en Suède – les Démocrates de Suède n’ont jamais intégré l’une des coalitions gouvernementales – qu’en Italie – le parti de Georgia Meloni n’a pas rejoint le gouvernement d’alliance nationale de Mario Draghi. Et Fratelli d’Italia était resté à l’écart de la précédente coalition « populiste » autour de Matteo Salvini.

Les exceptions allemande et britannique

« Il y a une dynamique européenne, voire mondiale, qui profite à ces partis et aux idées nationalistes identitaires », constate la chercheuse Anaïs Voy-Gillis. Et dans ce domaine, le laboratoire européen est italien : l’extrême droite y a pour la première fois participé à une coalition gouvernementale en 1994 (La Ligue du Nord et l’Alliance nationale autour de Silvio Berlusconi). Quelques années plus tard, en 2000, le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ, fondé notamment par d’anciens SS, entrait au gouvernement. « C’était une première depuis la Seconde Guerre mondiale, et l’émoi politique fut grand dans les pays de l’Union européenne », écrivait alors la géographe Béatrice Giblin dans la revue de géopolitique Hérodote. Depuis, des partis nationalistes ou ultraconservateurs sont arrivés au pouvoir en Europe de l’Est – Hongrie et Pologne notamment – ou ont intégré des coalitions en Finlande ou en Norvège.

« Cela peut n’être qu’une phase de l’histoire politique, à la condition que partout la gauche sorte de sa posture morale »

La France ne fait pas exception à cette montée des extrêmes, avec un record historique de sièges à l’Assemblée nationale pour le RN en avril. Pour Jean-Yves Camus, seuls deux pays européens échappent en partie à la montée de l’extrême droite : l’Allemagne et le Royaume-Uni. « Au Royaume-Uni, le système électoral est uninominal à un tour. Cela crée une situation de bipartisme pratiquement parfait, qui rend improbable l’émergence d’un tiers parti. En Allemagne, c’est différent. À cause de son histoire, jusqu’à l’entrée de l’AfD [Alternative für Deutchland] au Bundestag en 2017, la simple idée que l’extrême droite puisse siéger au parlement était impensable. » L’AfD compte quand même 79 députés (sur 736) au Bundestag, mais pour le moment le cordon sanitaire entre droite classique et extrême droite n’a pas été rompu.

Une tendance lourde ?

Cette montée de l’extrême droite est-elle inexorable ? « Cela peut n’être qu’une phase de l’histoire politique, à la condition que partout la gauche sorte de sa posture morale, avance Jean-Yves Camus. On ne peut évacuer le débat à la manière de Macron : ni en disant "on ne parle pas avec les fascistes ", ni en disant qu’on ne l’a pas vu venir… La riposte doit être politique et sociale, par tout ce qui parle aux classes populaires – le maillage associatif, des partis de masse, par l’éducation populaire. »

Penser que l’exercice du pouvoir peut nuire à l’extrême droite est une erreur, selon Anaïs Voy-Gillis. « Une étude du Tony Blair Institute démontre que les "populistes" peuvent se maintenir au pouvoir, appuie la chercheuse. Six ans après leur première élection, les dirigeants populistes ont deux fois plus de chances que leurs homologues non populistes de conserver les rênes du pouvoir. » « Les cas de la Hongrie et de la Pologne illustrent bien cette affirmation, ajoute l’universitaire – Viktor Orban y est Premier ministre depuis douze ans. L’étude montre également que les populistes sont plus susceptibles de porter atteinte de manière durable à l’État de droit et aux institutions démocratiques par des réformes remettant en cause le principe de séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice ou encore la liberté de la presse. »

Le Suédois Björn Söder, ancien numéro deux du parti nationaliste au Parlement, ne s’est pas retenu longtemps avant de critiquer les journalistes de son pays. Il a exprimé son mécontentement envers la télévision publique après un reportage un peu trop critique à son goût. « La fonction publique doit être réformée en profondeur ! » a-t-il tweeté. Une attaque qui fait écho, en France, à la volonté de Marine Le Pen de privatiser le service public audiovisuel. Avant même leur arrivée officielle au pouvoir, les Démocrates de Suède ont déjà montré leur hostilité envers la presse libre.

publié le 22 septembre 2022

Pour les salaires, les pensions, les bourses d’études, les minima sociaux :

en grève le 29 septembre !

sur www.cgt.fr

Communiqué commun de CGT, Solidaires, FSU, UNEF, VL, FIDL et MNL

Les mesures gouvernementales annoncées sur le pouvoir d’achat sont en dessous de la situation de paupérisation de la population. La loi votée cet été se contente de poser quelques rustines et, à travers les exonérations de cotisations, ampute le salaire socialisé, fragilisant la protection sociale. Dans la fonction publique, la revalorisation de 3,5% de la valeur du point d’indice est en deçà de l’urgence à relever l’ensemble des rémunérations de 10% au moins tout de suite pour préserver les conditions de vie de tou-tes. De même pour les retraité-es, les 4% de revalorisation des pensions ne correspondent pas à l’inflation, la situation des retraité-es continue donc de se dégrader.

La crise énergétique pèse déjà fortement sur la population, particulièrement les plus précaires, tandis qu’aucune mesure réelle n’est prise pour une transition écologique juste. Le gouvernement se contente d’incitations à des économies d’énergies culpabilisantes, tandis que d’autres pays européens s’engagent dans la taxation des superprofits des entreprises du secteur énergétique et que d’autres mettent en place des passes ferroviaires gratuits !

Le gouvernement poursuit aussi une politique fiscale qui assèche les comptes de l’Etat au profit des grandes entreprises et au détriment des services publics (santé, éducation,) et du financement de la transformation écologique. Par ailleurs, il prévoit une réforme de l’assurance chômage qui va à l’encontre du droit des travailleur-euses de la possibilité d’avoir des indemnisations du chômage justes, une réforme du RSA qui le conditionnerait à une obligation de travailler de 15 à 20h hebdomadaires, et continue d’envisager une réforme des retraites qui exigerait de travailler davantage et pourrait conduire à amputer encore davantage le montant des pensions.

En ce qui concerne les jeunes et leurs familles, les aides (bourses, ARS) ne sont pas suffisantes pour compenser l’inflation. Une revalorisation significative des bourses scolaires et de l’ARS est nécessaire pour pallier le prix de la rentrée (qui avec l’inflation a grimpé de 5 à 10 %). De plus, trop peu de familles bénéficient de cette aide en raison du plafond de ressources à ne pas dépasser.

C’est pourquoi la CGT, l’Union syndicale Solidaires, la FSU, l’UNEF, la VL, la FIDL et le MNL appellent dès à présent à une journée de grève interprofessionnelle le jeudi 29 septembre qui doit s’inscrire dans une mobilisation large et dans la durée.

publié le 20 septembre 2022

Énergie : l’irresponsable procrastination du gouvernement

Martine Orange sur wwwmediapart.fr

Le déni et la procrastination sont parmi les marques de fabrique des gouvernements d’Emmanuel Macron, lorsqu’il est confronté à quelque difficulté. La crise énergétique sans précédent que traversent la France et l’Europe ne fait pas exception à cette règle.

En dépit des menaces qu’elle fait peser sur tous, le gouvernement élude la question, tergiverse, entretenant l’illusion d’un retour à la normale, dans un futur plus ou moins proche. Le bouclier tarifaire s’inscrit dans cette perception : il se veut une mesure exceptionnelle pour une période de gros temps, appelée à disparaître dès que possible.

Balayant les critiques d’immobilisme, le gouvernement met en avant sa réaction rapide « bien avant tous les autres pays européens », comme il ne manque pas de le rappeler, quand il a pris la décision en janvier d’instaurer le bouclier tarifaire sur le gaz et l’électricité pour les ménages. « Une mesure qui a permis de protéger le pouvoir d’achat des ménages », souligne-t-il à l’envi. Et aussi de limiter une inflation qui aurait pu mettre à mal la politique de l’offre du gouvernement.

C’est à nouveau sous l’angle budgétaire que la première ministre Élisabeth Borne continue d’aborder la crise énergétique européenne et française. Elle a annoncé le 14 septembre la reconduction du bouclier tarifaire l’an prochain, limitant à 15 % les hausses des prix de l’électricité et du gaz pour les ménages et les petites collectivités locales.

Alors que tout le monde s’affole face à l’explosion des prix de l’énergie, un dispositif financier pour contrecarrer les effets dévastateurs de ces hausses est certes indispensable, sous peine d’étrangler progressivement les ménages, comme en Grande-Bretagne et même en Belgique. Les chèques de 100 ou 200 euros versés aux foyers les plus précaires risquent toutefois de ne pas suffire à les préserver de la précarité énergétique et du surendettement.

Cette réponse financière, dans tous les cas, ne saurait suffire pour faire face à une crise énergétique multidimensionnelle portant à la fois sur l’offre et la demande, nos schémas industriels de production, nos modes de consommation, l’organisation de nos marchés, notre goût pour les énergies fossiles, jamais vraiment combattu en dépit de grandes déclarations.

Au-delà de la spéculation qui s’est abattue sur tous les marchés de l’énergie et qui a porté ces derniers temps les cours à des niveaux insensés, l’envolée des prix dès l’été 2021 est la résultante de ces dysfonctionnements et erreurs passés.

Des mesures à très court, à moyen et à long terme s’imposent pour remédier à ces tensions, bâtir un nouveau système permettant d’assurer à la fois la sécurité et le respect des objectifs climat. Cela suppose aussi une sensibilisation, voire une mobilisation générale, pour faire accepter les changements, tant les bouleversements et les ruptures que porte cette crise à très brève échéance et sur des années vont bousculer nos habitudes et nos modes de vie.

La question de l’énergie éludée

Mais de tout cela, le gouvernement ne parle jamais. Le sujet de la crise énergétique n’a pas été une seule fois sérieusement abordé pendant les campagnes présidentielle et législatives, la foire d’empoigne autour du nombre d’EPR à construire étant censée résumer tous les enjeux.

La question n’a pas plus été évoquée lors de la session parlementaire extraordinaire de l’été. Et malgré l’intensité du choc, toute délibération parlementaire sur le sujet est repoussée après le 3 octobre, puisque le gouvernement a estimé qu’il n’y avait aucune urgence à convoquer l’Assemblée plutôt.

Nous en sommes donc réduits, comme au temps du Covid, à attendre un énième Conseil de défense, les décisions impériales d’Emmanuel Macron et les résultats des réunions organisées par le ministère de la transition écologique, qui au mieux aboutiront à la mi-octobre.

Quels moyens convient-il de mettre en œuvre pour réduire de 15 % notre consommation de gaz, de 10 % notre consommation électrique, et même de 5 % aux heures de pointe, comme la Commission européenne le préconise ? La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a évoqué la possibilité de prendre des mesures contraignantes et obligatoires, dans son discours sur l’état de l’Union le 14 septembre. Comment se répartira la charge de ces efforts entre les ménages, les entreprises ? Qui arbitrera ? Selon quels critères ? Nous n’en savons toujours rien.

Des plans d’économie dans toute l’Europe, sauf en France

Dès le mois d’avril, le gouvernement italien a adopté une série de mesures contraignantes portant notamment sur la limitation de la température dans les bâtiments publics, l’éclairage nocturne, l’interdiction des publicités lumineuses.

Le gouvernement espagnol a entrepris une démarche comparable, limitant la consommation d’énergie dans les bâtiments publics, l’éclairage urbain et la publicité lumineuse. Après avoir obtenu de ne plus être dans le marché électrique européen – d’un coup, le prix du MWh est descendu autour de 100 euros, contre plus de 500 pour les autres –, Madrid n’a pas relâché ses efforts, et continue de travailler et d’inciter la population à faire autant d’économies d’énergie que possible.

Au printemps, le gouvernement allemand a établi, en concertation avec le Bundestag et les Länder, un plan détaillé, en fonction du degré de tension, sur les mesures à prendre et qui serait concerné. Chacun, grands groupes comme ménages, connaît sa feuille de route.

Dans le même temps, une grande campagne de sensibilisation a été lancée auprès de toute la population, pour engager des économies d’énergie, allant jusqu’à demander à raccourcir le temps des douches et de les prendre à l’eau froide. « Tous les gestes, même les plus petits, comptent », insistent les responsables allemands.

En France, il a fallu attendre la rentrée pour que le mot « sobriété » fasse son apparition dans le vocabulaire gouvernemental, ce dernier jugeant sans doute que les termes « économies d’énergie » ont une connotation trop « amish ». Pour le reste, rien de précis, de vagues incitations, tout étant laissé à l’appréciation des ménages, des collectivités locales, des entreprises, abandonnés dans le flou.

Lors de la conférence de presse sur la situation énergétique, le 14 septembre, la ministre de la transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, a malgré tout révélé qu’elle disposait d’une arme de dissuasion massive : « Dans les moments de tension électrique, j’ai la possibilité de commander l’extinction de tous les écrans publicitaires », a-t-elle insisté. C’est toujours mieux que rien !

Novembre et décembre pourraient être aussi risqués que janvier.

Xavier Piechaczyk, président du directoire de RTE

L’urgence du moment, pourtant, ne permet plus cette procrastination, comme l’ont rappelé avec insistance les responsables du gestionnaire du réseau de transport d’électricité, RTE, lors de leur conférence du 14 septembre. La situation est même si tendue que ce dernier a décidé d’avancer la période d’hiver dès octobre. « Novembre et décembre pourraient être aussi risqués que janvier », a mis en garde Xavier Piechaczyk, président du directoire de RTE.

Les incertitudes pesant sur le système électrique français sont partout. Personne ne peut dire à cette heure si EDF a la capacité ou non de remettre en route une partie de son parc nucléaire – 30 réacteurs sur 56 sont aujourd’hui à l’arrêt. Des doutes pèsent sur les autres moyens de production disponibles. Et les conditions météorologiques sont totalement inconnues. « Le scénario du pire [conduisant à des mesures de délestage auprès des particuliers – ndlr] est assez improbable », dit Xavier Piechaczyk.

Le gestionnaire de réseau fait en tout cas tout pour l’éviter, en insistant sur la nécessité de lancer des économies d’énergie immédiatement. Il a établi des mesures claires, compréhensibles par tout le monde, pour faire face aux tensions immédiates.

Baisser le chauffage de quelques degrés pour le ramener à 19 °C permet d’économiser l’équivalent de la production de deux centrales nucléaires. Changer les vieilles ampoules par des LED et fermer la lumière dans les pièces inoccupées, c’est plus d’un gigawatt d’économisé. Ne pas faire fonctionner les appareils électroménagers, et notamment le four, pendant les périodes de pointe (entre 8 heures et 13 heures, puis à nouveau entre 18 heures et 20 heures), c’est autant d’électricité économisée qui permet de réduire les tensions et les risques sur le système électrique.

En complément, il a renforcé son dispositif d’alerte Écowatt, comparable à celui de Météo-France avec ses vigilances orange et rouge, afin de pouvoir alerter dans les trois jours précédant les périodes difficiles la population et l’inciter à d’autres mesures d’économie.

En prenant ces initiatives, RTE assume totalement son rôle de gestionnaire de réseau. Mais il est bien le seul à se montrer responsable dans ce moment. Sa parole dessine en creux l’inexistence du gouvernement sur ces sujets. Il est plus que temps de parler à tous les niveaux politiques d’économies d’énergie et d’ouvrir le débat public.

 publié le 18 juillet 2022

« Macron veut créer des travailleurs pauvres » : démonstration !

Stéphane Guérard sur www.humanite.fr

Le président de la République accélère sur l’Assurance chômage, la formation professionnelle et le RSA, en annonçant un projet de loi de réforme dès la rentrée. Pour Denis Gravouil, de la CGT, le locataire de l’Élysée surfe sur « l’idée fausse qu’un chômeur ou un allocataire est un fainéant » pour réduire la protection sociale à un tout petit filet de sécurité.

Lors de son allocution du 14 juillet, Emmanuel Macron a annoncé une réforme de l’assurance chômage et de la formation professionnelle « dès cet été ». Un texte de loi « sera soumis à la rentrée » aux représentants patronaux et syndicaux. Si ces contours sont très flous, on comprend que ces projets de loi visent à diminuer le taux de chômage des 7 % actuels à 5 %, en allant plus loin que la précédente réforme de l’assurance chômage qui, via la diminution des montants d’allocations et de l’accès aux droits à indemnisation, compte réalise 2 milliards d’euros d’économies sur le dos des chômeurs en année pleine.

« Il n’y a pas aujourd’hui un endroit en France où les gens ne nous disent pas : « J’ai besoin de travail, je cherche des gens pour travailler ». Il m’est arrivé parfois (…) de dire qu’il fallait traverser la rue (pour trouver du travail). C’est encore plus vrai (aujourd’hui), » s’est justifié le président de la République. Denis Gravouil, négociateur CGT à l’Unédic, réagit à ce tour de vis annoncé.

Qu’avez-vous pensé des annonces d’Emmanuel Macron, sur la forme ?

Constatons déjà que la verticalité demeure. Pour un président qui avait affirmé vouloir changer… Il n’a rien discuté avec qui que ce soit de ses annonces d’hier. Il reste agrippé à son agenda libéral, avec les réformes des retraites et de l’Assurance chômage. De nouvelles violences sont à craindre à l’encontre des chercheurs d’emploi. Il reprend le mensonge des libéraux sur le fait qu’un bon niveau de protection n’incite pas les chômeurs à retrouver vite un emploi. C’est totalement faux. Reprenons les statistiques : quatre chômeurs sur dix ne sont pas indemnisés. Le montant moyen des allocations versées se situe aux alentours du seuil de pauvreté et 30 % des demandeurs d’emploi vivent avec 30 euros par jour.

Certains secteurs ne souffrent-ils pas de difficulté de recrutement ?

Sans doute. Mais le fait de diminuer l’accès aux droits ou de baisser les allocations va-t-il changer quelque chose à la situation des hôpitaux, qui manquent de médecins et d’infirmiers ? Supprimer les allocations d’une infirmière va-t-il la pousser à prendre un poste ? Non. Ce secteur souffre d’un problème de reconnaissance du travail et des niveaux trop bas des salaires pratiqués. De même, supprimer les allocations à un saisonnier va-t-il le pousser à prendre un poste dans un restaurant ou un hôtel où les conditions salariales et de travail sont misérables, dans une région où les prix d’un logement absorbent quasiment l’intégralité du salaire gagné ? Non. Dans tous les secteurs en prise avec des difficultés de recruter, les employeurs qui s’en sortent sont ceux qui ont procédé à l’augmentation des salaires et à l’amélioration des conditions de travail. Mais ça, Emmanuel Macron n’en parle pas. C’est contraire à son logiciel libéral.

En annonçant une nouvelle réforme de l’Assurance chômage, quel objectif se fixe le président ?

On connaît ses objectifs depuis 2015 et un rapport qu’il avait commandé alors qu’il était ministre de l’Économie sur les différences des marchés de l’emploi en Allemagne et en France. Son but est de suivre les lois Hartz qui avaient réformé en profondeur l’assurance chômage allemande en diminuant les droits des demandeurs d’emploi. Il est resté évasif lors de son intervention du 14 juillet, mais ce que vise Macron, c’est de faire comme la loi Hartz 4, en rapprochant le système d’assurance chômage des minima sociaux. Dans ce système, l’allocataire ne peut plus rien refuser. Là encore, tout est fondé sur l’idée mensongère que le chômeur ou l’allocataire est un fainéant, qu’il faut l’obliger à prendre n’importe quel emploi qui se propose à lui, y compris un temps partiel, un contrat mal payé, avec des conditions de travail dégradées. Cela revient à créer des travailleurs pauvres. Dans la même logique, Emmanuel Macron pourrait instaurer une dégressivité de l’allocation en fonction du niveau de chômage. Plus ce niveau est bas, plus on réduit la durée d’allocation.

Comment s’articule le RSA (revenu de solidarité active) nouvelle formule annoncée par le candidat Macron, conditionné à des heures de travail gratuit ?

Cela revient à ramener la protection sociale à un filet de sécurité le plus minimal possible. Macron ne reparle pas de son revenu universel d’activité, fusionnant plusieurs allocations. Mais il pourrait ressortir pour niveler les protections vers le bas.

Que savez-vous de la transformation de Pôle emploi en France Travail ?

C’est la question en suspend. On sait qu’un groupe de travail a été monté autour du directeur de Pôle emploi. Nous ne savons pas si l’Unédic sera absorbé par France Travail. On comprend que cette agence récupérerait le RSA, que les Missions locales seraient concernées. La visée est là encore de resserrer le suivi des demandeurs d’emploi et allocataires.

Quelle serait la place des syndicats dans France Travail ?

Nous participons à la gestion de l’Unédic comme des organismes de formation professionnelle en tant que représentants des salariés. Nous allons nous battre pour faire entendre leurs voix dans ce nouveau système envisagé. Emmanuel Macron veut peut-être continuer de décider de tout, tout seul, en nous réservant un strapontin dans un Haut conseil pour l’assurance chômage. Là encore, on sent un flottement au sein du gouvernement. Cette semaine, le ministère du Travail nous affirmait avoir besoin de temps pour la renégociation de la convention de l’Assurance chômage, dont la dernière réforme s’achève au 31 octobre. Ce 14 juillet, Macron a accéléré sur ces sujets de façon très droitière. On comprend bien l’opération politique qu’il y a pour lui de se rapprocher des LR, voire de flirter avec le Rassemblement national en annonçant des mesures qui entameront la protection sociale et les services publics de l’emploi et des solidarités.

 

 publié le 17 juillet 2022

Actualités de la semaine
par Patrick Le Hyaric

Bonjour à chacune et chacun,

Je suis revenu cette semaine sur ce qui se cache derrière le projet d'étatisation d’EDF. Certains s’en sont réjouis en y voyant une nationalisation. En fait, c’est une opération pour mieux démanteler et privatiser des segments entiers de notre entreprise publique alors que les enjeux énergétiques et climatiques exigent de renforcer et de démocratiser notre fleuron national.

Avant d’y venir, je veux m’arrêter sur l’actualité du Président de la République.

Nous allons y arriver ! Mais à quoi ?

Les idéologues et forces dominantes adeptes du co-voiturage idéologique font désormais du 14 juillet étalage de nos forces militaires et entretien présidentiel avec deux dames en longue robe sur fond du château de l’Élysée. Le 14 juillet 1789 n’a pas existé pour ce plateau balayé par le vent d’été. Y aurait-il des comtesses interrogeant le roi qui promet la taille et la gabelle pour les travailleurs et des droits nouveaux pour la grande fortune ? Le bon roi au service de la bourgeoisie et des aristocrates a demandé aux dames de ne plus l’appeler « Jupiter » puis il a répété comme un mantra, « Nous allons y arriver » arriver à quoi ? Et où ? À rassurer les marchés financiers avec un coup de barre dans la régression sociale ? À rassurer la droite à qui il promet de faire sa politique ? À augmenter le budget militaire pour se préparer à une guerre de « haute intensité » ? Les trois à la fois.

Il faut mesurer la charge antisociale que comporte cet entretien au cours de laquelle il a montré qu’il ne tiendra aucun compte de l’expression des suffrages des électrices et des électeurs. Il veut une nouvelle « réforme du travail » visant à obliger celles et ceux qui aujourd’hui sont au RSA à accepter n’importe quel poste de travail, à n’importe quel prix. Il veut même conditionner le RSA à un travail obligatoire.

Ceux qui croient qu’il y a ici une mesure de justice ou d’égalité doivent bien se rendre compte qu’ils sont eux-mêmes visés. En effet, faire accepter un travail à n’importe quel prix revient à continuer à faire pression sur l’ensemble des salaires au moment où la vie chère étrangle les foyers populaires. Une nouvelle fois, le refrain de l’assainissement des finances publiques est revenu. Au nom de cela, il faudra reculer l’âge de départ en retraite. À aucun moment n’est envisagé de faire cotiser les revenus du capital au même niveau que ceux du travail. Forcément M. Macron est le mandataire des puissances d’argent.

Leur credo : pression sur les salaires, profits sur le dos des consommateurs qui payent toujours plus cher ce dont ils ont besoin pour manger, recul de l’âge de la retraite, ubérisation du travail, contre-réforme de l’assurance chômage…

Et, au nom des économies d’énergie, il a demandé comme l’ont fait Giscard et Barre en 1975 de « la sobriété ».

Autre terme pour dire qu’il faudra se serrer la ceinture. S’il avait le souci du climat, il ne se précipiterait pas, comme il le fait, pour faire consommer du gaz naturel liquéfié et du pétrole de schiste nord-américains. De même, il n’aurait pas amplifié des choix politiques mettant EDF à sac.

Et encore une fois, il a insisté sur « la dette à résorber ». Ce refrain sert à préparer de nouveaux coups contre les salariés et les familles populaires mis à la diète au nom de la dette, pendant que les grands groupes industriels et financiers engrangent des superprofits. Sur ce sujet le Président est… muet. Face à un tel mur, les forces syndicales et politiques progressistes ne resteront pas l’arme au pied.

La CGT a déjà annoncé des journées d’action en septembre. Les forces coalisées dans la NUPES discutent de la possibilité d’une grande marche contre la vie chère également à l’automne. Il faudra se défendre et peut-être préparer de nouvelles consultations électorales. Il convient d’être très attentif. Conformément aux décisions du sommet de l’OTAN à Madrid le 28 juin dernier, le Président annonce d’ores et déjà l’augmentation des dépenses d’armement pour se préparer à une guerre de « haute intensité » ; Il n’y aurait pas d’argent pour l’hôpital et les écoles, mais on en trouvera beaucoup pour les engins de mort. Les groupes industriels de l’armement sont aux anges. Dans un tel contexte, il convient de préparer une Fête de l’Humanité, fête de la justice et la paix, fête des travailleuses et travailleurs, fête des créateurs et des militants syndicaux et associatifs les 10, 11 et 12 septembre. Elle peut constituer un point de ralliement de tous les progressistes, sans exception, pour débattre, élaborer ensemble des propositions et penser de manière unitaire les actions nécessaires.

Uber et l’argent d’Uber

Ces combats sont d’autant plus indispensables, que le pouvoir refuse d’entendre ce qu’ont exprimé les électrices et les électeurs à l’occasion des récentes consultations électorales. S’il en est ainsi, c’est parce que ce pouvoir de classe est au seul service de la classe dominante.

Les révélatons du consortium international des journalistes d’investigation le démontrent amplement à propos du groupe Uber. On y voit à quel point les connivences, la consanguinité entre le Président et le grand capital international sont profondes. Dix-sept rendez-vous cachés entre M. Macron et le patron fondateur d’Uber. Cinquante échanges pour faire sauter les obstacles réglementaires, bloquer les investigations judiciaires et les enquêtes fiscales. Ces gens parlent de République pour mieux la salir, la dévoyer, la trahir. Cela commence à faire beaucoup. La curieuse vente de la production de turbines Alsthom à General Electric, l'introduction des cabinets de conseils McKinsey et autres au cœur de l’État pour mieux le démolir, etc.

Et, comme par hasard, on retrouve les lobbyistes ou anciens lobbyistes de ces entreprises américaines dans la campagne électorale de M. Macron en 2017. McKinsey s’était même mis à la disposition du candidat pour l’aider à construire son programme électoral. Il pourra parler tant qu’il veut de souveraineté, le fait est qu’il vend la France aux géants du numérique nord-américains. On parle d’Uber, mais il a servi tout autant Amazon et Google.

Il défait les lois républicaines pour leur permettre de venir ici surexploiter de jeunes travailleurs à qui on barre la route du salariat pour retourner à une forme de servage. Que le Président dit de « la République » puisse dire qu’il en est très fier dit tout de lui et des intérêts qu’il sert. L’intérêt général l’a quitté, pour peu qu’il l’ait habité un jour.


 

Le rideau de fumée de l’étatisation pour cacher la privatisation

Contrairement aux apparences, l’étatisation de l’entreprise publique Électricité de France n’est pas une bonne nouvelle. De considérables enjeux rôdent autour de cette annonce, alors que la crise énergétique prend chaque jour un peu plus d’ampleur. La peur d’une grande panne cet hiver se répand dans les entreprises. Des rationnements sont même envisagés pour les particuliers. EDF est au bord de l’effondrement financier. Sa notation par les agences liées aux marchés financiers et aux bourses a frôlé la chute libre.

En cause ? Les abyssales pertes de l’entreprise qui pourraient avoisiner des sommes astronomiques, entre 10 à 15 milliards d’euros. L’endettement du groupe fait un bond saisissant en passant de 40 milliards d’euros en 2021 à 70 milliards cette fin d’année. Pourquoi ces chiffres sont-ils cachés, y compris dans le discours de politique générale de la Première ministre ?

Cette situation préoccupante ne tombe pas du ciel. Il faut en rechercher les causes dans les décisions dogmatiques de la Commission européenne et des gouvernements successifs qui les ont appuyées en déréglementant le « marché de l’énergie » au bénéfice de fournisseurs « alternatifs » qui ne produisent pas le début d’un kilowatt d’électricité.

Au nom d’un bouclier énergétique, le gouvernement a en effet imposé à EDF d’augmenter ses volumes d’électricité nucléaire vendue à ses concurrents en l’obligeant à acheter sur « le marché » au prix cher les quantités d’électricité qu’elle est incapable de produire. Elle achète donc de l’énergie chère, aux alentours de 300 € le MWH, pour les revendre 30 € le MWH à des entreprises qui ne font que commercialiser cette même électricité. Cette opération suicidaire va coûter, au bas mot, 8 milliards d’euros à la société publique. Elle est ainsi volontairement mise à sac, alors qu’elle doit supporter les coûts de production et l’entretien des centrales dont une importante partie est actuellement en maintenance.

Le gouvernement aurait dû prendre la même décision que le gouvernement espagnol en sortant « du marché européen » de l’électricité. S’il avait diminué la TVA à 5,5%, s’il ne s’était pas lancé, sur injonction de M. Macron, dans les aventures de l’EPR Hinkley Point au Royaume-Uni, ou dans les tribulations de la construction de celui de Flamanville, nous n’en serions pas là.

À ces difficultés financières, il faudra ajouter 12,5 milliards d’euros pour le remboursement des actionnaires minoritaires. Il est sidérant que le Président de la République n’ait dit mot de cette funeste opération durant sa campagne électorale.

Mieux, le ministre de l’Économie, Bruno Lemaire, a annoncé qu’il n’y aurait pas de débat au parlement sur ces lourds problèmes. L’opacité reste donc de rigueur.

La vérité est que ce projet « d’étatisation » vise deux objectifs : nationaliser les pertes, tandis que les profits seront privatisés. Et, derrière cette opération, se cache le projet destructeur de démembrement de l’entreprise en privatisant certaines entités d’EDF soumises aux imbéciles règles de la « concurrence » des traités européens et des « directives énergie ».

Le pouvoir sait que ce sera la demande des eurocrates bruxellois, gardiens des Tables de la loi des requins de la finance, qui voit l’énergie - dans le contexte géopolitique actuel ! - non pas comme un bien commun, mais comme une formidable source de profit.

Déjà, une guerre économique est engagée entre Américains, Français et Russes pour le marché de l’électricité en Ukraine et pour vendre électricité et armements nucléaires à des pays du golfe.

Ceux et celles qui pourraient douter de notre bonne foi peuvent se référer utilement aux manigances du président de la République, qui un jour vend une partie d’Alsthom aux Américains, puis un autre jour la rachète à General Electric quand il ne crée pas les conditions pour faciliter le développement du groupe Uber sur le territoire national, avec sa terrible surexploitation du travail.

EDF n’est pas une entreprise d’État. C’est un service public pour fournir, dans des conditions abordables, un bien de première nécessité aux populations et à la nation.

Le pouvoir doit s’expliquer et rendre des comptes. S’agissant de tels enjeux, le Parlement doit être saisi, une commission d’enquête parlementaire doit pouvoir faire la clarté sur la situation d’EDF. Un débat public associant salariés de l’entreprise, usagers, élus, entreprises, collectivités territoriales doit avoir lieu. Il est grand temps que les salariés puissent être parties prenantes des choix d’EDF. Le pouvoir doit cesser de chercher des boucs émissaires et de culpabiliser les salariés et les cadres de l’entreprise. Il doit répondre de ses actes et enfin travailler à l’élaboration, avec les salariés et les citoyens, d’un projet neuf de sécurité et de souveraineté énergétiques respectueuses, des normes environnementales et de protection du climat.

 publié le 16 juillet 2022

Pour une répartition des richesses et l’augmentation des salaires

sur https://altermidi.org/

Mardi 12 juillet, huit syndicats et cinq organisations de défense de la jeunesse ont diffusé un communiqué afin d’exiger « une meilleure répartition des richesses au profit des salariés »

Les signataires du texte cherchent à faire entendre leur voix, vingt-quatre heures après le début de l’examen du projet de loi « pour la protection du pouvoir d’achat » par trois commissions de l’Assemblée nationale (affaires sociales, affaires économiques et finances). Le message s’adresse à la fois aux dirigeants du patronat, qui négocient dans les branches professionnelles, aux chefs d’entreprise et aux employeurs publics.

Cet appel à un rééquilibrage du partage des profits est paraphé par les cinq confédérations représentatives à l’échelon interprofessionnel : CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT et Force ouvrière. S’y ajoutent la FSU, Solidaires et l’UNSA ainsi que des mouvements représentant les étudiants et les lycéens (UNEF, FAGE, FIDL, MNL, Voix lycéenne). Leur démarche vise à souligner que le projet de loi, actuellement débattu par les députés, est insuffisant « pour répondre à l’urgence »

Le communiqué intersyndical :

À l’heure où les conflits sociaux se multiplient pour obtenir des revalorisations salariales légitimes au moins à la hauteur du taux d’inflation, la question du pouvoir d’achat est centrale pour les travailleurs et travailleuses. Alors que les débats commencent à l’Assemblée nationale sur cet enjeu prioritaire, nos organisations respectives réaffirment ensemble que le sujet relève également des politiques salariales dans les branches, les entreprises et la Fonction publique. Parce qu’elles considèrent que le salaire relève du partage des richesses, les organisations syndicales et de jeunesse sont unanimes sur le fait que le sujet prioritaire doit être l’augmentation des salaires, des retraites et pensions, des minima sociaux et des bourses d’études.

Une succession de mesures ponctuelles et majoritairement financées par l’État ne peut constituer un ensemble suffisant pour répondre à l’urgence. Réduire les inégalités, notamment entre les femmes et les hommes, exige avant tout des mesures visant à une meilleure répartition des richesses au profit des salariés. Le salaire doit demeurer la base d’un partage des richesses rééquilibré en faveur des salariés. La prise en charge de mesures de pouvoir d’achat est aussi de la responsabilité des employeurs privés comme publics.

Les organisations syndicales et de jeunesse réaffirment que le Smic doit demeurer un salaire d’embauche et qu’il ne peut pas être une trappe à bas salaires maintenant les salariés au Smic toute leur carrière professionnelle.

La conditionnalité des aides aux entreprises est aujourd’hui un impératif. Elle doit permettre aux branches professionnelles et aux entreprises de mener des politiques plus concrètes en matière sociale et environnementale, notamment par le dialogue social. Le futur débat parlementaire doit permettre d’avancer notamment sur cette conditionnalité des aides aux entreprises qui ne jouent pas le jeu en matière salariale.

Les organisations syndicales et de jeunesse rappellent que ces exonérations et allègements de cotisations mettent à mal notre système de protection sociale collective.

Nos organisations conviennent de se réunir à nouveau début septembre afin de poursuivre leurs échanges.

Paris, le 12 juillet 2022


 

 publié le 15 juillet 2022

Mirage du geyser

par Antonin Amado sur www.politis.fr

Face aux phénomènes météorologiques extrêmes, les services de l’État font défection

Les canicules charrient désormais leurs lots de clichés, inlassablement ressassés sur les chaînes d’infos en continu : dans les quartiers pauvres, de jeunes adultes et quelques adolescents, écrasés de chaleur dans des paysages urbains pollués et dénués de verdure, déverrouillent des bouches à incendie. Les geysers qui jaillissent immanquablement sont l’occasion de filmer quelques belles images qui tournent en boucle sur les réseaux sociaux. Sur les plateaux de télévision, des « spécialistes » autoproclamés viennent déplorer le gâchis et « l’ensauvagement » de ces « gens-là » qui « décidément ne respectent rien ». S’il est inutile et absurde à tous points de vue d’ouvrir ainsi ce type de vannes sur la voie publique, la nature de cette dégradation mérite d’être disséquée. Dans les quartiers populaires, les habitants sont désormais confrontés à des situations dangereuses, générées par la mauvaise qualité de leur logement. Le paysage urbain vieillissant n’est pas adapté pour résister à des températures extrêmes, encore moins lorsque celles-ci s’étalent sur plusieurs jours. Qui n’a jamais vécu à plusieurs une canicule dans un appartement exigu et dans lequel les murs de béton mal isolés continuent de diffuser la chaleur en plein milieu de la nuit devrait se garder de tout jugement hâtif.

Face à ces phénomènes météorologiques extrêmes, dont la violence et l’accélération de la fréquence alarment même les spécialistes les plus pessimistes, les services de l’État font défection. Le nouveau ministre de la Santé, François Braun, ne s’est livré à aucune communication sur le sujet. Pas davantage que les services dont il a la charge. Seule ressource à la disposition du public, un communiqué datant du 16 juin dernier publié sur le site Internet du ministère, dans lequel figurent les recommandations de base. Un numéro de plateforme téléphonique y est indiqué : 0 800 066 666. Comble de « malchance », lorsque l’usager tente de joindre le téléservice en question, il découvre qu’il est désormais fermé. On lui suggère alors de… consulter la page web sur laquelle apparaît le numéro qu’il vient de composer, en vain.

Il y aurait pourtant beaucoup à proposer pour aider les plus fragiles à traverser ces épisodes. Par exemple, proposer des lieux publics climatisés réservés à nos anciens, aux personnes malades et aux enfants en bas âge. Ou instaurer un système de veille collective afin que ne se reproduise pas la vague de décès de 2003, encore présente dans les mémoires. En cas de malaise, le gouvernement vous incite à composer le 15, dont le rôle est désormais de filtrer les entrées aux urgences constamment engorgées des hôpitaux publics. La décomposition de notre système de soins s’accélère. Jusqu’à quand l’accepterons-nous ?


 

 publié le 14 juillet 2022

Uber Files. « Nous exigeons des protections pour les salariés
victimes de l’ubérisation »

Rosa Moussaoui sur www.humanite.fr

Pour Philippe Martinez, les dessous de l’affaire mise au jour par les « Uber Files » sont l’affirmation mensongère selon laquelle les garanties collectives seraient un frein à l’activité économique et à l’emploi. Entretien


 

Que vous inspirent les révélations des « Uber Files » sur le rôle d’Emmanuel Macron pour ouvrir la voie en France à cette plateforme ?

Philippe Martinez : Si ce n’était pas si grave, cela pourrait prêter à rire : voilà qui montre que le politique peut avoir du poids sur les questions économiques et sociales quand il le décide. Problème : la démonstration est faite que lorsque Macron s’engage, c’est toujours en faveur des grands groupes, jamais en faveur des salariés. Ce scandale commande de la transparence. De la part de Macron, de son prédécesseur à l’Élysée et de tous ses collègues du gouvernement de l’époque, qui prétendent aujourd’hui n’avoir été au courant de rien. Quand on favorise l’implantation d’une entreprise, et pas n’importe laquelle, en France, en l’accompagnant de dérogations, voire de la casse d’une partie du Code du travail, ça mérite des explications.

Quels rôles ont joué Uber et d’autres plateformes dans l’entreprise récente de détricotage du Code du travail, des garanties collectives des salariés ?

Philippe Martinez : Uber a inventé le refus de reconnaître le lien de subordination d’un salarié vis-à-vis de son employeur, ce qui permet de casser toute notion d’accord collectif, de convention collective. Cela s’est traduit, on le savait, par la remise en cause du droit à la santé, du droit à la formation pour les salariés.

Ce niveau de collusion entre décideurs politiques et intérêts privés se limite-t-il à Uber ?

Philippe Martinez : Nous pensons que non. Le lobbying des grands groupes sur des ministres, sur certains députés est un secret de Polichinelle. Des conseillers juridiques des entreprises rédigent pour des députés des amendements clés en main pour que les lois soient faites en leur faveur. Nous dénonçons ces pratiques depuis longtemps. Quand on les prend la main dans le sac comme aujourd’hui, c’est la démonstration que cela se fait à grande échelle.

Selon vous, quelles suites doivent être données à cette affaire ?

Philippe Martinez : Nous allons réagir, interpeller sur le terrain syndical. Il faut une enquête parlementaire. Les présidents de la République en activité sont intouchables, paraît-il. Cela dit, cette affaire mérite que le président en exercice, ex-ministre de l’Économie (de 2014 à 2016 – NDLR), donne des explications de son propre chef. Et que soient auditionnés les ministres qui ont côtoyé Emmanuel Macron au gouvernement, voire, pourquoi pas, François Hollande, pour que toute la lumière soit faite. Je suis assez surpris qu’un ministre seul puisse berner l’ensemble d’un gouvernement, le premier ministre et le président de la République.

Ces révélations surviennent dans un contexte social hautement inflammable. Peuvent-elles contribuer à attiser l’exaspération ?

Philippe Martinez : Oui, bien sûr. Le plus préoccupant, c’est que ce type d’affaire jette le discrédit sur l’action politique. Ce genre de magouille, il n’y a pas d’autre mot, suscite chez les citoyens de la colère et de la défiance. D’un point de vue syndical, nous devons tout faire pour que cette colère sociale trouve son expression dans des mobilisations ouvrant la voie à des garanties collectives pour tous. On nous répète que ces garanties seraient un frein à l’activité économique, c’est faux. Nous exigeons des protections pour tous ceux qui sont victimes de l’ubérisation des relations sociales et de l’économie. Je pense aux livreurs à vélo qui ont gagné des avancées, et à d’autres professions qui se trouvent dans la même situation. Nous voulons conforter, avec ces travailleurs, l’idée selon laquelle des mobilisations sont nécessaires pour obtenir des droits, quelle que soit la nature de l’emploi concerné.

 

 publié le 13 juillet 2022

Éditorial. Ouvrir les yeux

Par Laurent Mouloud sur www.humanite.fr

En astronomie, tout est question de profondeur. Profondeur de champ : plus vous scrutez loin dans l’Univers, plus l’image des objets qui vous revient est ancienne. Mais aussi profondeur de vue, tant il est vrai qu’aucune autre discipline scientifique ne parvient à susciter autant de réflexions existentielles. À ce titre, les images spectaculaires et inédites du télescope James-Webb, dévoilées depuis lundi, ouvrent un nouveau chapitre dans la quête perpétuelle de savoirs et de sens qui a toujours guidé l’humanité. Les somptueux clichés montrant des galaxies formées peu après le big bang, il y a plus de 13 milliards d’années, ne peuvent qu’interroger chacun d’entre nous. Ils sont autant un exploit technologique qu’un exercice d’humilité face à l’immensité de notre monde et la place que nous y occupons.

Levez le nez au ciel reste, sans doute, l’une des plus vieilles activités humaines. Que ce soit pour admirer une voûte étoilée, y dénicher un dieu quelconque, se repérer en mer, mesurer le temps, marquer les saisons, savoir planter les graines au moment opportun, l’astronomie a toujours été au cœur de nos sociétés, de ses bouleversements et de ses avancées. Songeons au révolutionnaire Copernic, révélant que la Terre n’était pas au centre de l’Univers, obligeant la science de l’époque et les dogmatismes religieux à s’adapter à cette nouvelle vision du monde, plus complexe, plus réelle. Levez le nez au ciel, donc, pour mieux ouvrir les yeux.

Nul ne sait encore ce que va nous révéler précisément le télescope James-Webb dans les années à venir. Il tentera d’en savoir plus sur les premiers instants de notre monde. Peut-être parviendra-t-il à détecter des signes de vie – végétale ou animale – sur de lointaines exoplanètes ? Cette incertitude fait l’essence même des sciences fondamentales dont l’astronomie est la plus vieille représentante. GPS, scanners, satellites, téléphones mobiles… La recherche sur les étoiles a toujours entraîné dans son sillage nombre de progrès plus terre à terre. À des années-lumière de cet utilitarisme, dont certains veulent parer d’avance toute recherche, ces images à couper le souffle rappellent que l’émerveillement et l’exaltation de mieux se connaître doivent rester le propre de l’Homme.

 publié le 12 juillet 2022

La vérité des prix

Maud Vergnol sur www.humanite.fr

Douloureux tickets de caisse. Les prix s’envolent, les salaires sont trop bas, la pauvreté s’étend. La hausse des prix à la consommation, qui atteint déjà 5,2 % par rapport à juin 2021, pourrait atteindre 7 % en septembre. Du jamais-vu depuis 1985.

Qui n’a pas tiqué devant l’addition salée du plein de courses, qui entraîne dans le rouge de nombreuses familles dès le 10 du mois ? « La faute à la guerre en Ukraine », nous explique-t-on tranquillement, comme si cette inflation historique était inéluctable. Olivier De Schutter, rapporteur spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté, rappelle que « les bulles spéculatives sont l’explication essentielle de l’augmentation des prix des denrées alimentaires sur les marchés mondiaux ».

En France, avant prise en compte de l’inflation, le revenu des ménages a progressé de 3,7 % en 2021. Celui des patrons du CAC 40 a augmenté l’an dernier de 67 %, pour une moyenne de 8,7 millions d’euros. Eux ne connaissent pas la crise. C’est bien là tout le problème, auquel refuse de s’attaquer le pouvoir macroniste. Ce dernier s’obstine à faire payer l’État sans rien demander aux grandes entreprises, pour qui la pandémie et la guerre ont représenté une formidable machine à cash. Le CAC 40 va distribuer 80 milliards de dividendes et de rachats d’actions cette année. Une hausse de 80 % en deux ans. Le géant français des hydrocarbures, TotalEnergies, pourrait annoncer jusqu’à 20 milliards d’euros de bénéfices pour les six premiers mois de l’année… mais refuse d’augmenter les salaires de ses 35 000 salariés.

Le pouvoir macroniste reste bien silencieux sur les causes réelles de l’inflation. Jeudi dernier, même Michel-Édouard Leclerc, patron des supermarchés du même nom, a affirmé que « la moitié des hausses de prix demandées sont suspectes », réclamant l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire. Une initiative prise par les sénateurs communistes Éliane Assassi et Fabien Gay, qui ont saisi dans la foulée la commission des Affaires économiques.

Dans ce contexte, le nouveau gouvernement devait présenter cette semaine en Conseil des ministres son projet de loi censé regonfler le portefeuille des Français. Ces mesures du « paquet pouvoir d’achat », dévoilées au compte-gouttes ces dernières semaines dans la presse, sont autant de pansements sur une jambe de bois.

Mais le dégel du point d’indice des fonctionnaires, avec une revalorisation de 3,5 %, bien insuffisant à ce niveau pour compenser l’inflation, sonne tout de même comme une première victoire idéologique, marquant l’échec des politiques salariales fondées sur l’individualisation et la multiplication des mesures parcellaires. Oui, il faut augmenter tous les revenus ! Avec ce dégel, Emmanuel Macron revient ainsi sur l’erreur fondamentale qu’a constituée le maintien du gel depuis le début de son quinquennat.

C’est une première victoire, qui en appelle d’autres. Nourrie par la multiplication des luttes sociales dans les entreprises, la bataille se jouera aussi cet été dans l’Hémicycle, où les députés de la Nupes comptent ferrailler pour arracher beaucoup plus à ce « paquet pouvoir d’achat ». C’est ce qu’attendent les électeurs qui ont privé le président d’une majorité nette pour mener ses politiques de casse sociale. Deux visions vont s’affronter : d’un côté des aides conjoncturelles financées par l’État pour ne surtout pas toucher au coût du capital, de l’autre une augmentation des revenus et une lutte contre les inégalités salariales pour améliorer durablement nos conditions de vie. Dans ce combat, les députés d’extrême droite, contre la hausse du Smic, vont s’avérer des alliés de poids pour l’exécutif. C’est maintenant que les masques vont tomber.

 publié le 11 juillet 2022

Pour la justice, « pas de recettes miracles, mais un chemin »

Alexandre Fache sur www.humanite.fr

Le comité des États généraux de la justice a remis, vendredi 8 juillet, son rapport au chef de l’État. Il réclame des milliers de recrutements de personnels, mais aussi une « réforme systémique de l’institution ».

C’est un épais rapport de 250 pages, annexes comprises, que le comité des Etats généraux de la justice a remis, vendredi 8 juillet, à Emmanuel Macron, en présence de la Première ministre Élisabeth Borne et du garde des Sceaux Eric Dupont-Moretti. Une somme qui propose, non «  pas des recettes miracles », mais de « tracer un chemin » pour sortir l’institution de la « double crise » dans laquelle elle est plongée depuis de longues années : « crise de l’autorité judiciaire, qui touche l’ensemble des Etats de droit », et « crise, plus française, du service public de la justice, avec une explosion des ‘stocks’ et des délais pour rendre les décisions », a détaillé Jean-Marc Sauvé, vice-président honoraire du Conseil d’État et pilote de ces travaux menés depuis octobre 2021, par un groupe de douze personnalités. Réclamés en juin 2021 par les deux plus hauts magistrats de France, Chantal Arens, première présidente de la Cour de cassation, et François Molins, procureur général près la Cour de cassation, face aux accusations de lenteur et de laxisme qui visaient alors la justice, ces « états généraux » sont aussi devenus une réponse au mal-être général des magistrats et des greffiers, exprimé dans une retentissante tribune, publiée dans Le Monde, en novembre 2021.

« Oui, nous faisons écho à cette tribune. Nous avons gardé en mémoire ce que nous ont dit ses rédacteurs, quand nous les avons rencontrés, en décembre 2021. Leur honte, leur culpabilité de ne pouvoir assumer leurs missions, c’était un choc », se souvient Jean-Marc Sauvé. « Mais sur le diagnostic comme sur les propositions, on va au-delà de cette tribune », assure celui qui avait mené les travaux de la Ciase sur la pédocriminalité dans l’Église. Le comité ne met pas de côté la question des moyens, en préconisant « le recrutement a minima de 1 500 magistrats, de 2000 juristes assistants, de 2 500 à 3 000 greffiers, et de 2000 agents administratifs et techniques ». « Ces chiffres sont le résultat d’un compromis entre le souhaitable et le possible », assure Jean-Marc Sauvé. Qui prévient toutefois que ces recrutements ne suffiront pas, s’ils ne sont pas accompagnés « d’une amélioration dans la gestion et la répartition de ces ressources », gravement déficiente jusqu’ici. « Ces dernières années, on a eu beaucoup de moyens supplémentaires, et pourtant, les délais ont continué d’augmenter. C’est sans doute qu’ils n’étaient pas utilisés aux bons endroits », a relevé aussi François Molins.

La première instance ne doit pas être «un galop d’essai»

Sur le fond, le comité appelle de ses vœux une « réforme systémique de l’institution judiciaire », qui suppose de « clarifier les missions du juge », parfois sollicité de manière excessive, notamment « en matière de protection de l’enfance ». Il plaide aussi pour un « renforcement de la première instance », aujourd’hui « trop souvent perçue comme un galop d’essai », ce qui conduit à des jugements de plus en plus contestés, des procédures allongées, et des cours d’appel saturées. « À rebours de cette tendance », il réclame que l’essentiel des moyens soient dirigés vers ce premier niveau, pour y restaurer notamment « la collégialité, gage d’une justice de qualité ». L’appel ne serait plus là pour rejuger la totalité du litige, mais seulement le « réformer » en partie. Une logique valable notamment pour « la justice civile, trop souvent oubliée, alors qu’elle représente 60 % des contentieux », a insisté Chantal Arens.

Ni suppression du juge d’instruction, ni grande réforme de la carte judiciaire… Les douze « sages » du comité n’ont pas voulu se lancer dans une « révolution » judiciaire. Ils réclament en revanche une « réécriture totale du code de procédure pénale », devenu « excessivement complexe » et « illisible ». « En quelques années, il est passé de 1 700 à 2 400 pages. Il faut tout reprendre, plaide François Molins. Mais ce sera un travail de longue haleine. » Le comité appelle aussi à une « réflexion » sur la responsabilité pénale des décideurs publics. Dans ce cadre, il suggère de supprimer la Cour de Justice de la République, pour « aligner sur le droit commun les règles applicables aux membres du gouvernement ». Mais aussi, après les « 20 000 plaintes déposées » contre des ministres dans la foulée de la crise du Covid, de limiter ces poursuites aux « manquements graves et manifestes à une obligation de prudence » ou aux « violations d’une obligation de sécurité ».

Les syndicats de magistrats s’interrogent sur la suite

Sur la prison, le comité prend clairement le contrepied de la politique menée jusqu’ici par Emmanuel Macron. « Une réponse fondée uniquement sur la détention par l’enchaînement de programmes de construction d’établissements pénitentiaires ne peut constituer une réponse adéquate », affirme le rapport, qui veut stopper tout « nouveau programme ». Le comité rappelle aussi que la peine ne peut « se limiter à une sanction », mais doit aussi « favoriser la réinsertion de l’auteur (du crime ou délit) et réduire les risques de récidive ». Dans ce but, il propose de « limiter le recours aux courtes peines » et de « renforcer les moyens en milieu ouvert ».

A la sortie de l’Élysée, Jean-Marc Sauvé, a dit avoir eu « l’impression que le président et le gouvernement (faisaient) bon accueil à ce rapport ». Mais du « bon accueil » à la prise en compte effective, il y a un pas, voire un gouffre, parfois. « Maintenant que les constats sont partagés, il est urgent d’agir et de proposer une vraie réforme systémique de la justice. La justice doit devenir un chantier prioritaire ! » a réagi l’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire). Plus sévère et circonspect, le Syndicat de la Magistrature (SM) s’interroge : « Que retiendra de ce rapport un gouvernement qui n’a jusqu’à présent pas pris la mesure de la situation ? Comprendra-t-il qu’il est temps, après des décennies de négligence politique (…) de considérer la justice comme une institution indispensable à l’État de droit et un service public accessible ? » Une institution qui aura attendu trois mois supplémentaires, élections obligent, un rapport pourtant achevé dès avril dernier…

Vendredi, Emmanuel Macron a demandé au garde des Sceaux d’engager « dès le 18 juillet prochain une concertation avec l’ensemble des acteurs du monde judiciaire sur la base des conclusions du rapport », a indiqué l’Élysée. Jean-Marc Sauvé, lui, veut y croire : « La question des moyens n’avait jamais été mise ainsi sur le dessus de la pile. Certes, ça ne sera pas le dernier rapport sur la justice. Mais il peut aider. »


 


 

Les Etats généraux de la Justice,
des conclusions inattendues

Communiqué LDH sur https://www.ldh-france.org

La LDH (Ligue des droits de l’Homme), dans sa contribution aux Etats généraux de la justice, avait exprimé ses doutes quant à la méthode employée par le Garde des Sceaux pour réformer la justice : décision verticale de la chancellerie, qui n’avait été précédée d’aucune véritable concertation des professionnels de terrain, et qui était accompagnée de questionnaires très orientés par le ministère sur le site « Parlons justice » préemptant les futures conclusions des Etats généraux, qui faisait aussi l’impasse sur une des causes d’engorgement des juridictions, liée à la tendance lourde autant inefficace qu’injuste de multiplication des délits, d’alourdissement des peines par la création de circonstances aggravantes et de judiciarisation de la vie sociale.

Ainsi se profilait une justice à l’américaine, dans laquelle le juge n’intervenait que dans très peu d’affaires, faisant la part belle aux médiations entre parties et au « plaider coupable ».

Les conclusions des Etats généraux s’opposent à ces orientations mortifères pour le service public de la justice.

Alors que le monde judiciaire souffre de désespérance collective, les mobilisations des magistrats, des greffiers et des avocats en novembre 2021 ont transformé l’exercice convenu des Etats généraux en une réflexion obligée sur les difficultés insolubles des justiciables et des professionnels de la justice.

Ce rapport conclusif des Etats généraux a au moins intégré leur message :

« Nous ne voulons pas d’une justice qui n’écoute pas et qui chronomètre tout », titre d’une tribune écrite après le suicide d’une magistrate de 29 ans.

Il souligne notamment le danger des évolutions sécuritaires de ces vingt dernières années, du pouvoir excessif du parquet (et donc la mainmise de l’exécutif sur la justice), de la disparition de la collégialité des juges, de la déjudiciarisation et de la défaillance de l’aide sociale à l’enfance dans l’assistance des mineurs en danger.

Il propose de « créer un volant global d’au moins 1 500 postes de magistrats du siège et du parquet dans les cinq années à venir » et 3000 postes de greffiers, ce qui est certes loin du compte (il faudrait doubler le nombre de magistrats et de greffiers pour atteindre le niveau de l’Allemagne), mais permettrait déjà de rendre une justice plus rapide et plus respectueuse des citoyennes et des citoyens.

Le rapport final des Etats généraux de la justice prône aussi la suppression de la cour de justice de la République afin que les ministres ne soient plus jugés par leurs pairs, avec la complaisance qu’on connaît, et que l’égalité de toutes et tous devant la justice soit rétablie.

La LDH regrette cependant la proposition de suppression de certains conseils de Prud’hommes et le quasi-remplacement des magistrats par les greffiers, ainsi que la tendance à la barémisation des contentieux, au détriment d’une évaluation individualisée par le juge. La réduction de la voie d’appel est également inquiétante, car le volume d’affaires en appel, que cette préconisation veut diminuer, tient aussi à la qualité moindre des jugements, en lien avec le manque de juges.

La LDH regrette aussi que ce rapport ne réaffirme pas un principe cardinal : la justice n’est pas « le problème de la police », comme le clament certains syndicats de policiers, elle en est la principale autorité de contrôle puisqu’elle garantit les libertés individuelles des citoyennes et citoyens.

Elle réaffirme la nécessité de disposer d’un parquet dont la nomination ne dépende plus de l’exécutif, mais du Conseil supérieur de la magistrature, comme le réclament les syndicats de magistrats, afin de briser la chaîne hiérarchique entre les procureurs et le Garde des Sceaux.

La LDH demande que cesse la surpopulation carcérale, dénoncée par toutes les institutions de défense des droits, et que des alternatives efficaces à la prison soient enfin encouragées par le renforcement significatif des moyens des services pénitentiaires de milieu ouvert.

La LDH attend du Garde des Sceaux qu’il mette en pratique la plupart des conclusions des Etats généraux de la justice, certes insuffisantes, mais qui rompent nettement avec les orientations sécuritaires et de destruction du service public de la justice à l’œuvre depuis 5 ans.

Paris, le 8 juillet 2022


 

 publié le 10 juillet 2022

Dans les outre-mer, les choix de Macron attisent la colère et l’inquiétude

Ellen Salvi sur www.mediapart.fr

En plaçant les territoires ultramarins sous la tutelle du ministère de l’intérieur et en chargeant des personnalités clivantes de s’en occuper, le président de la République a consterné bon nombre d’élus et de hauts fonctionnaires. Des Antilles à la Nouvelle-Calédonie, la situation est aujourd’hui critique. Et la rupture bientôt consommée.

Quelques mots, une poignée de promesses et de grandes généralités. Le passage de la déclaration de politique générale d’Élisabeth Borne consacré aux outre-mer n’aura pas suffi à rassurer les ultramarins, dont le niveau de défiance à l’égard du pouvoir exécutif et de la politique d’Emmanuel Macron est désormais abyssal. « Pour le moment, on reste sur notre faim », résume auprès de Mediapart Justin Daniel, professeur de sciences politiques de l’université des Antilles (UA).

Dans son discours du mercredi 6 juillet, la cheffe du gouvernement a rappelé les « doutes », les « craintes » et les « colères » qui se sont exprimées ces derniers mois dans le bassin océanique, mais aussi à la Réunion et à Mayotte, où Marine Le Pen a tutoyé les nuages des suffrages exprimés au second tour de l’élection présidentielle. « Je demande à tout mon gouvernement la plus grande attention pour les territoires ultramarins », a insisté la première ministre devant la représentation nationale.

Cette déclaration d’intention n’a pas convaincu les député·es des territoires concernés, déjà refroidis par la nouvelle architecture gouvernementale proposée deux jours plus tôt. « C’était un discours assez écologique parce qu’à l’image des éoliennes, ça a brassé beaucoup d’air, a ironisé le député réunionnais de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) Frédéric Maillot, regrettant, à l’instar de plusieurs de ses collègues, « le manque de considération » de l’exécutif pour les outre-mer.

En rattachant ces derniers au ministère de l’intérieur, comme l’avaient fait Nicolas Sarkozy et d’autres avant lui, Emmanuel Macron a suscité de vive critiques parmi les élu·es ultramarin·es. « Retour en arrière historique pour les outre-mer : plus de ministère de plein exercice mais sous la houlette du ministre de l’intérieur… quel message envoie-t-on aux ultramarins ? Prière de ne pas déranger ? Le mépris continue… », a réagi Karine Lebon, elle aussi députée Nupes de la Réunion.

Le sénateur socialiste de Guadeloupe Victorin Lurel, ancien ministre des outre-mer (2012-2014) sous le quinquennat de François Hollande, a également dénoncé « un recul évident », qu’il apparente à « une punition électorale ». « Depuis Nicolas Sarkozy, on n’avait plus fait ça. Ainsi, on revient au statu quo ante, avec probablement une sorte de mépris affiché. Je le dis très clairement, c’est un mauvais signal qui nous est envoyé », a-t-il indiqué dans les colonnes de France Info.

Un attelage gouvernemental incohérent

Deux mois après avoir conforté un ministère de plein exercice – rapidement abandonné par Yaël Braun-Pivet pour le perchoir de l’Assemblée nationale –, le président de la République a donc choisi de revenir dix ans en arrière, en confiant ce portefeuille clé à Gérald Darmanin. Celui-ci est aujourd’hui épaulé par deux ministres délégués – Jean-François Carenco (outre-mer) et Caroline Cayeux (collectivités territoriales) – et une secrétaire d’État – Sonia Backès (citoyenneté).

Pour des raisons évidemment très différentes d’un territoire à l’autre, cet attelage gouvernemental a consterné bon nombre de personnes, y compris dans l’appareil d’État, où plusieurs interlocuteurs soulignent auprès de Mediapart l’« incohérence » de ces nominations. En Nouvelle-Calédonie, par exemple, l’entrée au gouvernement de Sonia Backès, figure de la droite extrême et présidente – qui entend le rester – de la Province Sud de l’archipel, a soulevé de nombreuses questions.

« Participera-t-elle aux discussions locales sur le projet d’avenir pour la Nouvelle-Calédonie, soumis éventuellement à une consultation locale, selon le processus initié par Sébastien Lecornu [ancien ministre des outre-mer – ndlr], en tant que présidente de la Province Sud, dans le camp “loyaliste” ou aux côtés du ministre délégué aux outre-mer comme représentante de l’État ? Les deux “en même temps”, ce ne sera pas possible », a noté sur sa page Facebook le haut fonctionnaire Alain Christnacht, l’un des artisans des accords de Matignon-Oudinot (1988) et de Nouméa (1998).

La nouvelle secrétaire d’État chargée de la citoyenneté avait refusé de choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen au second tour de la présidentielle de 2017.

Après un premier déplacement à la Réunion vendredi 8 juillet, Gérald Darmanin a annoncé qu’il se rendrait en Nouvelle-Calédonie à la fin du mois, avec Jean-François Carenco. Dans l’archipel du Pacifique, la situation politique est à l’arrêt depuis la tenue, le 12 décembre 2021, du troisième référendum d’autodétermination, maintenu par Emmanuel Macron malgré le boycott des indépendantistes. « Il faut savoir ce qu’on en tire comme conclusion après ce troisième référendum », a souligné le ministre de l’intérieur et des outre-mer sur BFMTV.

Mais avant même qu’un semblant de discussion sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie ne puisse reprendre, la nomination de la loyaliste Sonia Backès est venue ajouter du désordre à la confusion. « On finit par oublier que l’on doit être fier d’avoir une Calédonienne là-bas, mais parce que ça intervient à un moment de l’histoire où l’on a besoin de clarté et forcément, ça pose un problème », a affirmé Louis Mapou, premier indépendantiste kanak à avoir accédé, en 2021, au poste de président du gouvernement collégial de l’archipel.

Celle qui avait refusé de choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen au second tour de la présidentielle de 2017 a construit sa vie politique en s’opposant à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie. « Moi je n’ai colonisé personne, mes parents n’ont colonisé personne ! », s’était-elle emportée au début de sa carrière, au mépris de l’histoire de l’archipel. Depuis plusieurs mois, elle milite aussi pour « revenir sur le gel du corps électoral », maintenant que l’accord de Nouméa est arrivé à son terme.

Aussi technique qu’elle puisse paraître, cette question est fondamentale pour les indépendantistes. Elle constitue même la pierre angulaire du processus de décolonisation engagé il y a 30 ans sous l’égide de Michel Rocard. La remise en cause du corps électoral constitue, aux yeux du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), une dénaturation des accords qui ont permis de ramener la paix dans l’archipel, après des années de quasi-guerre civile. Or, à la place qui est désormais la sienne, nul ne sait si Sonia Backès aura la main sur cet épineux sujet.

Dans un tout autre registre, le nouveau ministre délégué des outre-mer, Jean-François Carenco, ancien secrétaire général du Haut-Commissariat de Nouvelle-Calédonie (1990-1991), est réputé pour avoir noué, à cette époque, des contacts cordiaux avec les indépendantistes, parfois rugueux avec les loyalistes. « Backès et Carenco incarnent deux idéologies antagonistes », souligne un connaisseur du dossier, qui voit une forme de « machiavélisme » derrière le choix de ce duo. « Il fallait avoir l’idée... »

Ancien préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon (1996-1997), puis de la Guadeloupe (1999-2002), Jean-François Carenco est très connu au sein de la haute fonction publique, où d’aucuns émettent de profondes réserves quant à sa personnalité. Sa nomination, annoncée quasiment à chaque remaniement, a toutefois été saluée par les élus antillais, la fédération guadeloupéenne du Parti socialiste (PS) évoquant même un « haut fonctionnaire de qualité, réputé bon connaisseur de nos territoires ».

La seule réponse de l’État, c’est la répression.

Élie Domota, porte-parole du LKP

Parmi les personnes interrogées par Mediapart, tout le monde n’a pas la même lecture de la mise sous tutelle du nouveau ministre délégué des outre-mer. Si certains, notamment dans l’appareil d’État, y voient une façon de « cadrer » l’ancien préfet, d’autres perçoivent un message beaucoup plus politique derrière le retour de Beauvau – et de son aspect sécuritaire – dans les affaires ultramarines. « Ça confirme que la Guadeloupe est une colonie », estime notamment Élie Domota.

Le porte-parole du LKP, Liyannaj Kont Pwofitasyon (« Collectif contre l’exploitation »), au cœur de la poussée contestataire qui a saisi les Antilles en 2021, rappelle que Gérald Darmanin est aussi celui qui avait annoncé, fin novembre de la même année, l’envoi dans l’île des forces d’élite du GIGN et du RAID. « Nous sommes mobilisés depuis le 17 juillet 2021, mais personne ne nous répond, personne ne nous reçoit, dit le syndicaliste à Mediapart. La seule réponse de l’État, c’est la répression. »

Pour Justin Daniel, « le profil du ministre de l’intérieur suscite en effet bien des inquiétudes ». « Il y a une émotion, compte tenu de la situation actuelle qui reste extrêmement tendue dans certains territoires, souligne le professeur de sciences politiques, également président du Conseil économique, social, environnemental, de la culture et de l’éducation de Martinique (Césécem). Aux Antilles, on a eu l’impression de revivre le système de répression qu’on avait connu avant les années 1980. »

Le spectre de l’extrême droite

S’il comprend que cette mise sous tutelle des outre-mer « puisse passer, localement, comme une forme de recolonisation », Justin Daniel rappelle que le ministère de la rue Oudinot a connu « plusieurs statuts » sous la Ve République, qui n’ont jamais réellement changé la donne. « Tout ça n’a qu’une valeur symbolique. Ce qui compte, c’est le poids du ministère des outre-mer dans le concert gouvernemental. Or, il a toujours été assez faible… », dit-il, pointant l’indifférence de Bercy aux enjeux ultramarins.

« Ce qu’ont souhaité le président et la première ministre, c’est d’avoir un poids extrêmement fort face à Bercy, face aux difficultés interministérielles notamment », avait d’ailleurs glissé Gérald Darmanin, au moment de sa prise de fonctions. Avant d’ajouter, le lendemain, sur BFMTV : « Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas voir désormais le ministère de l’intérieur comme celui de la sécurité, c’est le ministère de la protection des Français au sens large. »

Mais au-delà de son poids au gouvernement, de sa proximité avec Emmanuel Macron et de son éventuelle faculté à peser sur les futurs arbitrages, rien, dans l’action de Gérald Darmanin, n’est de nature à rassurer les ultramarins. Ni sa vision de la gestion de l’ordre – le fiasco du Stade de France revient dans tous les échanges –, ni le pas de deux qu’il a entrepris, sous le précédent quinquennat, avec l’extrême droite, allant même jusqu’à juger Marine Le Pen « trop molle ».

Le sujet est de taille puisque derrière les différentes revendications sociales, économiques, institutionnelles ou encore écologiques qui traversent les outre-mer – chacun, bien sûr, avec ses spécificités –, perce un seul et même danger politique. Car si le succès qu’a enregistré dans ces territoires la candidate du Rassemblement national (RN) au second tour de la présidentielle est d’abord l’expression d’« un rejet massif du président de la République et de sa façon de gérer les enjeux locaux, il y a aussi une part d’adhésion », note Justin Daniel.

« En Martinique, je vois fleurir sur les murs des slogans extrêmement effrayants comme “Les Haïtiens dehors”, ajoute le professeur de sciences politiques. Il y a un risque d’enracinement dans les esprits si on ne réagit pas rapidement. » Pour lui, la situation dans les Antilles, où « l’État est perçu comme un corps étranger qui n’est pas planté dans le réel », en dit long sur le pouvoir macroniste au sens large. Un pouvoir qui conserve « une posture très verticale », tout en multipliant les signes de faiblesse.

 publié le 8 juillet 2022

Grève salaires dans l’énergie :
prochain round en septembre

Guillaume Bernard surhttps://rapportsdeforce.fr

Débuté il y a un mois et organisé autour de 4 journées de grève, le premier round de la bataille pour l’augmentation des salaires dans l’énergie prend fin ce vendredi. De concert, les membres de l’intersyndicale refusent les propositions patronales. La CGT annonce déjà une journée de lutte le 13 septembre.

Tout au long de l’année, les grèves pour les augmentations de salaire ont essaimé dans les entreprises. Face à l’inflation, qui pourrait atteindre 6,8% en septembre selon les dernières estimations de l’INSEE, les conflits se sont naturellement concentrés dans les boîtes. Sur la séquence septembre 2021-juillet 2022, les luttes au niveau des branches professionnelles ont en revanche été rares et les convergences interprofessionnelles exceptionnelles.

Or la grève dans les IEG (industries électriques et gazières) est justement un exemple de convergence. Les organisations syndicales du secteur ont lancé tout au long du mois de juin des journées de grèves dans pas moins de 150 entreprises, touchant 160 000 salariés. Elles ont été suivies par 40% à 20% des salariés selon la CGT.

Une convergence plus évidente qu’ailleurs, certes, puisque les travailleurs et travailleuses des IEG sont fédérés par un statut et par un salaire national de base (SNB) communs. « Sur les piquets des sites de gaz bloqués ces dernières semaines des salariés de toutes les entreprises des IEG sont passés nous voir. On a installé des piscines et des transats pour que les enfants de ceux qui ne partent pas en vacances puissent en profiter », décrit Frédéric Ben, délégué syndical CGT chez Storengy, basé sur le site de Gournay-sur-Aronde (Oise).

Mais une convergence tout de même, avec son lot d’obstacles, notamment la difficulté d’articuler batailles dans les boîtes et exigences collectives de branche. C’est pourquoi début juin nous annoncions que « la plus grosse grève pour les salaire » se préparait dans l’énergie (voir notre article). De par sa taille et sa forte syndicalisation, le secteur des IEG est évidemment une pièce importante sur l’échiquier de la bataille des salaires.

4 jours de grève des salaires dans l’énergie

Engagé le 2 juin au niveau de la branche – des grèves étaient déjà en cours dans certaines entreprises – le conflit est finalement loin d’être réglé à l’approche de la période estivale. Après 4 journées de grève pour les salaires dans l’énergie le 2, le 20, le 28 juin et le 4 juillet, ce vendredi 8 juillet apparaît comme le dernier jour pour accepter l’accord présenté par les organisations patronales de la branche. Mais l’intersyndicale CFE-CGC, FO, CFDT, CGT a décidé de refuser la signature.

« On est très loin du compte », estime Stéphane Chérigié, délégué de branche CFE-Energies. « Ces propositions sont indécentes, c’est une provocation des employeurs. Tous les syndicats s’attendaient à plus », renchérit Fabrice Coudour, secrétaire fédéral de la Fédération Nationale des Mines et de l’Énergie (FNME) CGT.

Alors que les fédérations syndicales demandaient 4,5% d’augmentation du SNB, les patrons ont proposé 1%, valable dès le 1er juillet, ainsi qu’une prime de 400€, exemptée de cotisation patronale. « Oui, cette prime ce n’est pas rien pour des salariés qui peine à boucler leurs fins de mois, mais elle ne peut venir qu’en complément d’augmentations salariales plus pérennes. La preuve : les salariés ne s’en sont pas contentés », juge Fabrice Coudour de la CGT.

Pour rappel, ces dernières années le SNB n’a augmenté que de 0% à 0,3%. « Les employeurs ont l’habitude de considérer que la hausse du SNB, ajoutée à l’évolution normale du salaire due à l’ancienneté, comble l’inflation. Or depuis que celle-ci explose, ce n’est plus le cas », explique Stéphane Chérigié, de la CFE-CGC. « Sur les 10 dernières années, on considère que les salariés des IEG ont perdu 15% de pouvoir d’achat », abonde Fabrice Coudour. Pour y remédier, la CGT appelle d’ores et déjà à une journée de mobilisation le 13 septembre. « On ne s’interdit pas non plus de mener des actions cet été, même si elles seront plus disparates », conclut le cégétiste.

De fait, la colère ne redescend pas dans certaines entreprises. Les salariés de Storengy, qui bloquaient ce jeudi encore pas moins de 10 sites de stockage de gaz, affectant la capacité de la France à constituer des réserves pour l’hiver, ont déjà voté la reconduction de leur mouvement jusqu’à lundi sur le site de Gournay-sur-Aronde. « En un jour de blocage d’un seul site, notre employeur perd 2 millions d’euros. Or pour augmenter chacun des 700 salariés de l’entreprise de 15%, avec une prime de 300€, cela coûte 2,1 millions d’euros par an. Pourtant Storengy ne lâche rien. Ils savent que s’ils cèdent, tout les patrons des IEG devront céder », analyse Frédéric Ben, délégué syndical CGT chez Storengy. Un signe, déjà, que la bataille de la rentrée sera ardue.

 publié le 7 juillet 2022

Des mesures en trompe l’œil pour un pouvoir d’achat en berne

Jean-Christophe le Duigou sur www.humanite.fr

Des mesures pour parer la perte de pouvoir d’achat seront-elles le baptême du feu pour la nouvelle Assemblée nationale élue en juin ? La porte-parole du gouvernement a parlé « d’heure de vérité » concernant l’examen du projet de loi annoncé. Qui pourrait s’opposer à « des mesures fortes pour protéger le pouvoir d’achat des Français ? » feint de s’interroger Elisabeth Borne. Sinon les partisans du « dénigrement systématique » qui s’excluraient ainsi de l’effort collectif de construction de réponses adaptées à la crise. La tactique est claire, forcer au moins une partie des opposants au gouvernement minoritaire à rejoindre les députés macroniens afin de former une première majorité de circonstance.

Depuis la campagne présidentielle le gouvernement n’a pas lésiné sur l’affichage : revalorisation des retraites, revalorisation des minima sociaux, blocage temporaire des prix du gaz et de l'électricité, indemnité inflation, baisse du prix de l’essence à la pompe, suppression de la redevance TV, chèque énergie…Au total avec « la loi pouvoir d’achat » pas moins de 50 milliards d’euros de crédits publics pour 2021 et 2022 ont ainsi été mobilisés, dont 18 milliards rien que pour la baisse de la taxe sur l’électricité et le gel des tarifs du gaz. « La France a pris les mesures les plus massives et les plus complètes des grands pays européens » souligne le magazine macronien Challenges qui met en exergue le montant de l’effort budgétaire consenti sur la période en points de PIB, le 1,9% français, face au petit 0,7% allemand.

Ce plan aux dires de l’Insee, se veut LA « protection du portefeuille des ménages » contre les hausses de prix. Pas si sûr ! Si l’organisme public dans sa dernière note de conjoncture, estime que ces mesures mises bout à bout, contribueront bien à rehausser le revenu disponible brut (RDB) des ménages d’environ 1 point de pourcentage en 2022 il estime que cela sera insuffisant pour garantir le maintien du pouvoir d’achat. Ce dernier baissera en moyenne sur l’ensemble de l’année 2022 de 1 % par unité de consommation.

Le Président du MEDEF vent la mèche dévoilant le double discours gouvernemental : « Officiellement il faut augmenter les salaires mais en coulisse le gouvernement nous dit de faire attention …avec trop de hausse »[1].On concède quelques compensations aux ménages y compris par un simili blocage des baux immobiliers, alors que leur consommation a été amputée par une inflation de 5 à 8 % l’an. L’opération dissimule un nouveau coup de pouce aux entreprises. D’abord en orientant les revendications salariales vers des primes générales ou vers de l’intéressement. Ensuite en refusant tout coup de pouce au SMIC pourtant basé sur l’indice des prix à la consommation qui minore le cout de la vie. Enfin en déchargeant les entreprises d’une partie des couts induits par la hausse des salaires, notamment à travers le dispositif de « prime Macron » qui prolonge la logique désormais de grande ampleur d’exonération de cotisations sociales.

Depuis deux ans les aides aux entreprises, sous forme de chômage partiel pour les unes, de compensation financière pour les autres ont été massives.  Malgré le choc de la double crise pandémique et économique, le taux de marge[2] des entreprises est ainsi demeuré à un niveau élevé : 31,6%. In fine, au travers de ce « plan d’urgence », gouvernement et patronat convergent une nouvelle fois dans leur volonté de préserver la rentabilité attendue par les actionnaires. La bonne stratégie ? les salariés en doutent. Des arrêts de travail éclatent  autour du même mot d’ordre : « Tout augmente sauf nos salaires. » Après des négociations qui n’aboutissent pas les travailleurs se mobilisent à juste raison pour obtenir une taxation des profits exceptionnels des grandes firmes de l’énergie et du commerce et des augmentations de salaires à la hauteur de l’inflation subie.

 [1] Les Echos, 28 juin 2022

[2] Dans le partage de la Valeur Ajoutée, le taux de marge rend compte de ce qui reste à disposition des entreprises pour rémunérer le capital et investir, une fois déduites les rémunérations salariales.


 


 

Gouvernement Borne.
« Nous avons déjà vu que
vous gouvernez contre le peuple ! »

Aurélien Soucheyre sur www.humanite.fr

Assemblée nationale. La première ministre n’a pas convaincu les députés de gauche, mercredi, lors de sa déclaration de politique générale, traînant comme un boulet le bilan d’Emmanuel Macron. Sans majorité absolue, elle a formulé des promesses aux oppositions, sans convaincre.

Élisabeth Borne n’a pas encore pris la parole que les députés de gauche, d’emblée, lui font part de leur opposition déterminée. Mercredi, les élus de la Nupes (FI, PCF, PS et EELV) ont déposé une motion de censure du gouvernement avant même que la première ministre ne prononce sa déclaration de politique générale.

La raison ? L’hôte de Matignon a décidé qu’il n’y aurait aucun vote de confiance suite à son discours. « Dès lors, nous n’avons d’autre choix que de soumettre cette motion de défiance », expliquent les parlementaires de la Nupes, qui estiment qu’il en va du « respect du Parlement », et précisent qu’un vote permet solennellement de savoir qui se situe « dans l’opposition ou dans le soutien au gouvernement ». « La confiance ne se décrète pas a priori, elle se forgera texte après texte, projet après projet », a répondu Élisabeth Borne.

Plusieurs fois huée

La première ministre, qui ne dispose que d’une majorité relative, sait qu’elle devra convaincre des élus d’opposition si jamais elle compte faire adopter ne serait-ce qu’une seule loi. C’est pourquoi elle s’est adressée directement à eux. « Je veux qu’ensemble nous redonnions un sens et une vertu au mot de compromis, depuis trop longtemps oublié », a-t-elle lancé aux députés. « Trop longtemps, notre vie politique n’a été faite que de blocs qui s’affrontent. Il est temps d’entrer dans l’ère des forces qui bâtissent ensemble. »

Invitant à « faire chacun un pas vers l’autre », elle a ajouté croire « fermement au dépassement entamé il y a cinq ans par le président de la République », affirmant qu’une « nouvelle page de notre histoire politique et parlementaire commence : celle des majorités de projets ». Mais comment s’entendre quand la Macronie et les différents groupes d’opposition défendent des projets de société et des visions du monde totalement opposés ?

Élisabeth Borne a eu beau citer les noms de l’ensemble des présidents de groupes d’opposition (hormis ceux de Mathilde Panot pour la FI et de Marine Le Pen pour le RN, alimentant à nouveau un parallèle indigne entre une formation de gauche et l’extrême droite, en plus d’exclure une partie de la gauche du champ républicain), elle n’en a pas moins été huée plusieurs fois pendant son discours.

Des exemples ? Lorsqu’elle appelle à ramener le déficit à 3 % de PIB en 2027, ce qui passera par une nouvelle cure d’austérité. Lorsqu’elle invite à baisser à nouveau les impôts de production de 8 milliards d’euros, en forme de cadeau inconditionnel au patronat. Ou encore lorsqu’elle assène qu’un report de l’âge de départ à la retraite est « indispensable ». « Notre modèle social souffre d’un paradoxe. Il est à la fois le plus généreux d’Europe et celui où l’on travaille le moins longtemps », a-t-elle insisté, avant de confirmer que la Macronie présentera une loi visant à « travailler plus longtemps ».

Des annonces qui sonnent creux

Mais la cheffe du gouvernement a aussi suscité des vagues de protestations lorsqu’elle a confirmé vouloir conditionner le versement du RSA à un « travail ». Ou lorsqu’elle s’est félicitée du bilan du premier quinquennat d’Emmanuel Macron en matière de lutte contre le chômage, alors même qu’elle avait, en tant que ministre du Travail, sabré brutalement dans les droits des chômeurs. À ce sujet, la première ministre a annoncé vouloir « transformer Pôle emploi en “France travail” ».

Les députés de gauche ont également plus que haussé les yeux quand Élisabeth Borne a fait part de « l’intention de l’État de détenir 100 % du capital d’EDF », Emmanuel Macron ayant jusqu’ici défendu la casse de nos grands services publics de l’énergie, en plus de la vente de plusieurs de nos fleurons technologiques et industriels.

Des « Enfin, c’est pas trop tôt ! » ont en outre retenti quand la première ministre a dit vouloir déconjugaliser l’allocation adulte handicapé, ce qui aurait déjà été fait de longue date si la Macronie ne s’était pas arc-boutée contre lors du précédent mandat. Un geste attendu, mais insuffisant.

La bronca a d’ailleurs repris dès que la cheffe du gouvernement a asséné vouloir « continuer la refondation de l’école entamée lors du dernier quinquennat », quand le bilan laissé par Jean-Michel Blanquer est celui d’une destruction organisée.

Et force est de constater que plusieurs annonces, dans la bouche d’une macroniste, sonnaient creux à force de promesses jetées aux orties. À l’image de celle sur la création d’une « commission transpartisane sur nos institutions ». De celle « d’associer davantage » les élus locaux et les responsables syndicaux. De celle de provoquer une « révolution écologique » et d’organiser une « souveraineté alimentaire ». Sans oublier, évidemment, celle de solliciter « les entreprises qui génèrent des marges » afin qu’elles « prennent leur part » à l’effort collectif, ou encore celle de « soutenir les soignants »

Les députés de gauche ont ainsi tancé le bilan et le programme de la première ministre. « Le chef d’État a fixé comme ligne rouge de n’augmenter ni les impôts ni la dette, condamnant votre gouvernement à l’immobilisme dès le début du quinquennat. Vous n’avez les mains libres que pour reprendre d’une main ce que vous donnez de l’autre, opérer des coupes sombres dans les dépenses publiques et détricoter notre système de protection sociale et de retraite », s’est ému le communiste André Chassaigne, se disant convaincu que la feuille de route présentée n’est « pas à la hauteur de l’urgence sociale et des enjeux ».

« Nous vous avons déjà vu à l’œuvre, vous n’êtes pas à votre premier méfait : vous avez été l’artisan zélé de la casse du service public ferroviaire et de la casse de l’assurance-chômage. Vous n’avez jamais dévié : vous souhaitez, toujours, gouverner contre le peuple. Sauf que votre pouvoir est en voie de décomposition », a accusé l’insoumise Mathilde Panot.

Mesurant que l’hypertrophie présidentielle a vécu et que le pouvoir, désormais, n’est plus à l’Élysée mais à l’Assemblée, le socialiste Boris Vallaud a invité la première ministre à « desserrer l’étreinte » de l’exécutif sur le Parlement, en partageant avec lui la composition de l’ordre du jour, plutôt que de le lui imposer, et en lui laissant davantage l’initiative de la loi.

Rien de tel n’est pour l’heure au programme. Et les échanges à venir sur le projet concernant le pouvoir d’achat s’annoncent déjà tendus. Une fois que l’Assemblée aura décidé de censurer ou non le gouvernement. Le vote est prévu la semaine prochaine.
 

 publié le 6 jullet 2022

La Nupes veut soigner
le « pouvoir de vivre »

Florent LE DU sur www.humanite.fr

La veille de la présentation, ce mercredi, du projet de loi du gouvernement pour renforcer le pouvoir d’achat, les députés de la coalition de gauche ont présenté leur proposition: dix-huit articles pour augmenter les salaires et les aides tout en baissant le poids des dépenses contraintes.

La Nupes prend les devants. La coalition de gauche, qui veut montrer qu’elle est la principale opposition au pouvoir macronien et une force capable de gouverner, n’a pas attendu la présentation du « paquet pouvoir d’achat » de l’exécutif pour déposer sa proposition de loi alternative. Elle contient dix-huit articles pour faire face à une inflation qui a déjà atteint les 5,2 % et pourra être déclinée en amendements au texte présenté ce mercredi en Conseil des ministres. Celui-ci comprendra la prolongation de la remise de 18 centimes d’euro par litre de carburant ou encore l’augmentation de 4 % de plusieurs minima sociaux et des pensions de retraite de base. « Que des mesures en dessous de l’inflation. La Macronie veut faire respirer les profits, nous voulons faire respirer les Français », a commenté Mathilde Panot, présidente du groupe FI, lors de la présentation de cette seconde proposition de loi commune à la Nupes, après celle portant sur la constitutionnalisation du droit à l’avortement.

Pour faire face à l’urgence sociale, la gauche prône une tout autre philosophie que celle du pouvoir en place : « La logique libérale qui a guidé notre pays ces cinq dernières années a conduit à une explosion des inégalités. Or, le gouvernement continue de puiser dans le même panier avec des mesurettes, des chèques, pour éviter les questions centrales comme la hausse des salaires », déplore le communiste Pierre Dharréville. L’augmentation du Smic à 1 500 euros net est ainsi l’objet du premier article de la proposition de loi de la Nupes. Une hausse qui s’accompagnerait « de la mise en place d’un système de péréquation avec les profits des grandes entreprises pour permettre à celles qui ont moins de marge de manœuvre d’honorer cette augmentation », a développé le socialiste Gérard Leseul. Et, pour augmenter les autres revenus, l’article 2 du texte propose la convocation, chaque année, de conférences sociales par branche, pour négocier les grilles de salaires.

Pour ceux des fonctionnaires dont le point d’indice vient d’augmenter de 3,5 %, la Nupes propose de monter ce chiffre à 10 %, « ce qui ne fait que rattraper des années de baisse du pouvoir d’achat de ces agents », précise Nicolas Sansu (PCF). Les députés de gauche veulent aussi aller bien plus loin que l’exécutif pour augmenter les pensions de retraite en carrière pleine au niveau du Smic, et en créant une garantie d’autonomie de 1 063 euros, afin que personne ne vive sous le seuil de pauvreté.

En plus des revenus, les députés FI, PS, PCF et EELV veulent revaloriser certaines aides, comme les APL, à 10 % plutôt que 3,5 %, l’allocation de rentrée scolaire, ou encore en déconjugalisant l’allocation adulte handicapé  (AAH). La Nupes croit beaucoup aux chances de cet amendement visant à ce que l’AAH ne soit plus calculée en fonction des revenus du conjoint du bénéficiaire : « La Macronie l’ a plusieurs fois refusé lors du précédent mandat, mais tous les autres groupes l’avaient voté, or il n’y a plus de majorité absolue », rappelle l’insoumise Clémence Guetté.

La gauche espère aussi faire plier les députés Ensemble ! sur la question du logement, en étendant l’encadrement des loyers afin de les baisser dans les zones où la demande est plus forte que l’offre, tout en gelant l’indice de référence des loyers, quand l’exécutif veut l’augmenter de 3,5 %. « Il y a un besoin urgent de réduire ces dépenses contraintes pour améliorer le pouvoir de vivre », a justifié l’écologiste Sandrine Rousseau. Dans la même logique, les parlementaires de la Nupes proposent d’instaurer « une première tranche gratuite de consommation d’électricité, de chaleur, d’eau et de gaz ». Et pour contrecarrer l’inflation, un article de loi prévoit une plus grande marge de manœuvre au gouvernement pour bloquer les prix des produits de première nécessité.

Ces mesures ambitieuses devraient être retoquées par la Macronie, l’exécutif en ayant déjà balayé une grande partie en prétextant un coût trop élevé. « Ça correspond à 2,5 % du PIB, vu les enjeux pour les gens, ce n’est pas extraordinaire, a tenu à relativiser Nicolas Sansu. C’est à peine trois fois ce que coûte le Cice. » D’autant que, pour financer ces mesures, la Nupes propose une taxation exceptionnelle de 25 % sur les superprofits des sociétés pétrolières comme Total, de transport maritime comme CMA-CGM et des concessionnaires autoroutiers. « Nous prenons nos responsabilités avec ce texte, à la majorité de prendre les siennes en écoutant les alternatives », a prévenu le président du groupe socialiste, Boris Vallaud. Un projet contre projet qui devrait donner une première photographie du nouveau rapport de forces à l’œuvre au Palais Bourbon.

Assemblée - Faute d’un vote de confiance, la nupes dépose une motion de censure

Sans majorité absolue, la première ministre, Élisabeth Borne, a décidé de ne pas se soumettre à un vote de confiance, ce mercredi, à l’issue de son discours de politique générale. Une première depuis Pierre Bérégovoy en 1991. En réaction, l’ensemble des groupes de la Nupes a annoncé, mardi, le dépôt d’une motion de censure. « On ne maltraite pas la démocratie impunément », insiste Mathilde Panot, présidente du groupe FI. Avec cette démarche, les députés de la Nupes veulent pousser l’ensemble des parlementaires à se positionner clairement vis-à-vis de l’exécutif. « Dès lors qu’Emmanuel Macron a annoncé que le gouvernement était chargé d’appliquer son projet présidentiel, qui n’a jamais été validé par les Français, nous ne pouvons être que dans l’opposition », mesure l’écologiste Sophie Taillé-Polian. Pour autant, la procédure n’a que peu de chance d’aboutir, 289 députés sont nécessaires pour faire tomber le gouvernement, loin des 156 élus de gauche. D’ailleurs, Julien Dive prévient que les élus LR « ne voteront pas » la motion de censure et l’élu RN Sébastien Chenu a déclaré « ne pas être là pour tout bloquer, tout casser ». Une recherche factice de respectabilité, exposant un peu plus l’ambiguïté qu’entretient l’extrême droite avec la Macronie.

 

 publié le 5 juillet 2022

Le personnel des urgences montpelliéraines au premier jour d’une grève illimitée

sur https://lepoing.net

Alors que les grèves dans les services d’urgence des hôpitaux se poursuivent dans tout le pays, c’est au tour des services d’urgences adultes et pédiatriques de Lapeyronie et des UTEC de Guy de Chauliac à Montpellier de rentrer dans la danse. Ce lundi 4 juillet marque le début d’un mouvement de grève illimité pour les agents de ces services, couverts par un préavis déposé par la CGT et FO.

Une grosse soixantaine de grévistes des services d’urgences adultes et pédiatriques de Lapeyronie et des UTEC de Guy de Chauliac à Montpellier étaient rassemblés ce lundi 4 juillet à midi devant l’entrée du centre André Benech, sur le site de Lapeyronie. Le rassemblement, appuyé par certains élus locaux Nous Sommes et par une poignée de députés de la coalition de gauche NUPES, marque le début d’une grève illimité à l’appel des syndicats CGT et FO.

Comme partout dans le pays, avec d’autres mouvements de grèves dans d’autres services sur le territoire, la situation dans les services d’urgence de Montpellier est devenue intenable. En témoignent ces extraits d’un communiqué de presse publié sur le site de la CGT CHU Montpellier : « A ce jour, les agents sont épuisés. Les équipes sont à bout de souffle. Les heures supplémentaires ne trouvent plus de public et régulièrement certains secteurs sont sans agents. L’attente et les pertes de chance sont nombreuses pour les patients. Les arrêts maladie pour épuisement professionnel se multiplient, les demandes de mutation, disponibilités, démissions également. Il n’est plus acceptable, tenable de croiser des collègues en pleurs ou sidérés lors des prises ou fin de garde. […] Que ce soit aux urgences adultes, pédiatriques de Lapeyronie ou tête et cou de Guy De Chauliac la situation est désormais critique et ce, aux portes de l’été. Les personnels de ces unités redoutent des situations de perte de chance pour les patients y compris au niveau de la pédiatrie où même la gestion de la douleur s’avère précaire »

Une situation d’autant plus préoccupante pour les usagers et les travailleurs qu’une nouvelle vague de Covid-19 se profile. Santé publique France faisait état, mardi 28 juin, d’un fort rebond des nouveaux cas de Covid-19. Les nouvelles contaminations ont atteint 147 248, soit 54 % de plus que durant la semaine précédente. La région Occitanie est particulièrement touchée, avec une hausse de 64% des contaminations sur la même période, et le département de l’Hérault affiche un des taux de progression de la nouvelle vague les plus élevé de France.

Face à cette vague de grèves, Élisabeth Borne s’est déplacée dans un hôpital de Pontoise dans le Val-d’Oise ce vendredi 1er juillet. Son intervention, et la liste d’annonces qu’elle y a faite pour endiguer la crise, immédiatement relayée par l’ARS Occitanie, repose sur deux versants.

D’une main, satisfaire temporairement une toute petite partie des revendications des soignants grévistes, via une revalorisation du point d’indice, la titularisation de certains personnels en contrats précaires. Et une majoration des heures de nuit et des heures supplémentaires, entérinées pour trois mois seulement.

De l’autre, expliquer que la crise des urgences est avant tout liée aux mauvaise habitudes des français. « Les urgences ne peuvent pas faire face à tous les besoins de soins des Français », a-t-elle doctement expliqué face caméra. Trois jours plus tard, ce lundi 4 juillet, le nouveau ministre de la Santé François Braun déclare dans un style tout à fait macronien que le système de santé « n’est plus compris par nos concitoyens ni par nos soignants ». On est priés de croire que la responsabilité des dégâts de l’épidémie de Covid repose principalement sur les citoyens rétifs à la vaccination, ou qui voudraient attendre d’y voir plus clair, et certainement pas sur le détricotage méthodique et radical du service public hospitalier, dans la foulée d’une crise sanitaire parmi les plus graves de l’histoire. On est priés de croire que la responsabilité de la crise majeure des services d’urgences repose principalement sur le mésusage que les français en font, et sur les défauts de compréhension des soignants grévistes, certainement pas sur les politiques libérales menées depuis des décennies contre l’hôpital public, et qui s’accéllèrent.

De ce versant du positionnement gouvernemental résulte tout un panel d’autres mesures annoncées par Elisabeth Borne, elles aussi valides trois mois pour le moment : tri renforcé entre les urgences vitales et les autres cas pour les appels au 15, mobilisation de médecins généralistes retraités et de pharmaciens, augmentation du recours aux services de télémédecine (par téléphone donc), ouverture des maisons de garde le samedi matin. Et sur du plus long terme une hausse du prix des consultations chez les généralistes de 15 euros, pour favoriser leur installation.

Pourtant la CGT dresse un constat tout autre quant aux raisons de la saturation des urgences. En tout premier lieu, les coupes budgétaires, le manque de personnel, les conditions de travail précaires et déplorables qui entraînent de grande difficulté dans la stabilisation et le recrutement du personnel, surtout après ces dernières années d’une dureté inouïe, insolemment récompensées après grèves et manifs par une petite prime de 183 euros acquise sous la menace du mouvement social. A titre d’exemple, le CHU de Montpellier ouvrait mi-juin 130 nouveaux CDI d’infirmiers et d’aides soigants après un accord signé avec les syndicats, lequel prévoyait notamment des hausses de salaires. Encore faut-il que les améliorations apportées soit suffisantes pour que ces métiers continuent à susciter des vocations heureuses.

Les syndicats pointent également du doigt les effets des politiques libérales sur la fréquentation des urgences. D’après eux, les déserts médicaux et le manque de médecins libéraux aux heures de nuits et pendant les week-ends, la politique du « toujours plus » de médecine et de chirurgie ambulatoire avec la réduction toujours plus poussée des durées moyennes de séjours obligent nombres de patients à se rendre ou à revenir aux services d’urgences. Pendant que les fermetures de lits entrainent redéploiements, épuisement des personnels et diminution du nombre de lits mis à disposition pour désengorger les services d’urgence.

Face à ce constat, les grévistes montpelliérains avaient leurs revendications toutes prêtes pour un rendez-vous en préfecture dans la foulée du rassemblement, à 15h. Pour les services d’urgences : une forte réactivité pour rendre participatifs tous les acteurs du soin dans la régulation des flux d’amont, des mesures permettant des parcours de soins sécuritaires pour les usagers et les soignants, une régulation des flux d’aval qui permette d’hospitaliser les patients qui en ont besoin, une refondation de la prise en charge des urgences et des soins non programmés. Et pour l’ensemble des personnels hospitaliers paramédicaux et médicaux : une revalorisation plus conséquente du point d’indice, des salaires et des indemnités pour contraintes et pénibilités horaires (la nuit, les dimanches, les jours fériés), un plan de formation du personnel soignant qui permette réellement des embauches massives, lesquelles devraient permettre à chacun de se consacrer pleinement aux tâches que sont censées recouvrir son métier, un renforcement des moyens budgétaires pour les établissements, un ratio de personnels adaptés à la charge en soins et des mesures salariales pour fidéliser les médecins et prioriser leur affectation à l’hôpital.

Si le rassemblement de ce lundi midi n’a compté que quelques dizaines personnes, le même type de mobilisations avait fini par mener au printemps 2020, au moment des mardis de la colère et du mouvement pour les primes Ségur, à de beaux coups d’éclats après quelques semaines d’efforts. Et le mouvement va se poursuivre, comme dans de nombreux autres hôpitaux.

 publié le 4 juillet 2022

Covid : face à la septième vague, les 7 questions qui fâchent

Rozenn Le Saint sur www.mediapart.fr

Risques de réinfections, protections, efficacité des vaccins actuels et attendus, avenir de la pandémie… Nos réponses pour s’y retrouver face à cette nouvelle vague de Covid-19

Les fêtes estivales éloignent de nos esprits la pandémie, qui les a déjà monopolisés depuis près de deux ans et demi. Les masques tolérés depuis des mois semblent devenus insupportables. La première ministre, Élisabeth Borne, les a simplement « recommandés [...] dans les lieux de promiscuité » et « espaces clos », en particulier « les transports en commun », mardi 28 juin.

Pourtant, ce même jour, la France a enregistré près de 150 000 cas positifs au Sars-CoV-2, selon Santé publique France. La barre symbolique des 100 000 tests positifs quotidiens n’avait pas été dépassée depuis plus de deux mois. Elle avait été franchie pour la toute première fois en décembre 2021.

Après avoir créé la panique générale, Omicron a changé la face de l’épidémie. Davantage contagieux mais moins grave, il a eu tendance à rassurer. Sauf que le virus continue de muter. Le sous-lignage d’Omicron BA.1 porte la responsabilité de la vague de l’hiver dernier. Son cousin BA.5, celle de l’actuelle : pas assez différent pour être qualifié de nouveau variant, l’est-il suffisamment pour changer la donne ? Nos réponses aux questions que l’on aurait vraiment voulu ne plus se poser. 

Faut-il remettre le masque ?

La meilleure façon de se protéger d’une infection dans les espaces fermés demeure le bon vieux masque. « Avec le sous-lignage BA.5 dOmicron, les personnes infectées voient apparaître des symptômes dans les deux, trois jours maximum. Cela signifie que le virus se développe très vite dans le nez et est très transmissible avant que les symptômes napparaissent. Cest un des facteurs de diffusion très fort de l’épidémie. Doù limportance de porter les masques dans les lieux clos bondés comme les transports et daérer », recommande Bruno Canard, virologue et directeur de recherche CNRS (Aix-Marseille).

Pourquoi une contamination récente ne protège-t-elle pas d’une nouvelle ? 

Les récidivistes du Sars-CoV-2 sont-ils des exceptions ou la nouvelle règle avec Omicron ? « Nous pensions quavec la grosse vague Omicron, version BA.1, limmunité offerte par linfection couplée à celle donnée par la vaccination seraient suffisantes pour contrer les vagues à venir. La mauvaise surprise dOmicron est que limmunité conférée par linfection est faible et ne permet pas de contrecarrer ses autres sous-lignages », explique le spécialiste des coronavirus. Le réflexe des personnes détectées positives de se dire « au moins, c’est fait » n’a plus lieu d’être.

Pour simplifier le message face à la complexité des schémas vaccinaux et détailler la validité du passe vaccinal, en février 2022, l’ancien ministre de la santé, Olivier Véran, avait tendance à dire qu’une infection égalait une injection. Il faut oublier ce mantra. « Les anticorps donnés par une infection naturelle noffrent pas une protection aussi efficace quun rappel », estime Bruno Canard.

À quoi bon une dose de rappel de vaccin ?

Les vaccins créés à partir de la souche originelle sont-ils toujours efficaces en 2022 ? Très peu face à la transmission. « Avec un schéma vaccinal complet, l’efficacité du blocage de la transmission face à Omicron est de l’ordre de 30 % alors qu’il tournait autour de 75 % auparavant », explique Brigitte Autran, membre du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale.

D’autant plus que, « avec le temps, l’immunité baisse. Des gens qui ont contracté Omicron en début d’année peuvent être de nouveau infectés. Mais même si le rappel protège peu contre l’infection, il prémunit des formes sévères », assure Yazdan Yazdanpanah, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Bichat à Paris.

Le rappel empêche-t-il de tomber gravement malade ?

Le nombre de morts du Covid-19 dans le monde aurait été réduit de plus de 60 % en 2021 grâce à la vaccination, selon une étude de l’Imperial College London, publiée dans The Lancet Infectious Diseases. Et malgré un nombre d’infections considérable aujourd’hui, celui des hospitalisations liées au Covid-19 demeure largement moindre qu’à l’arrivée d’Omicron.

« À l’hôpital, cela n’a rien à voir avec les vagues précédentes, même celle que l’on a connue en début d’année. Les patients sont toujours des personnes âgées et immunodéprimées, qui perdent leur immunité plus rapidement, rapporte Yazdan Yazdanpanah. Il y en aurait encore moins si davantage de plus de 60 ans recevaient leur deuxième dose de rappel. »

Moins de 30 % de cette classe d’âge, éligible à une deuxième piqûre de rappel, l’a effectuée. Pourtant, « le rappel protège de façon très prolongée des cas graves, d’au moins 18 mois, le recul dont nous disposons », affirme Brigitte Autran, professeure d’immunologie à la faculté de médecine de Sorbonne Université.

Pourquoi ne dispose-t-on pas déjà de vaccins adaptés à Omicron ?

Les patrons des deux principaux producteurs de vaccins à ARN messager, Moderna et Pfizer-BioNTech, avaient annoncé plancher sur de nouveaux produits spécialement adaptés à Omicron dès le début d’année, et être capables d’en fabriquer en un temps record. D’abord attendus au printemps, puis à l’été, les vaccins nouvelle génération devraient arriver sur le marché à l’automne.

« Les industriels se sont visiblement rendu compte que sils produisaient rapidement des vaccins uniquement adaptés à Omicron comme ils l’envisageaient initialement, et donc sur la base de BA.1, ils pourraient n’être que peu efficaces puisque les sous-lignages qui apparaissent les déjoueraient. Cela a considérablement ralenti la mise à disposition d’un vaccin contre Omicron », décrypte Bruno Canard. 

Qu’attendre des vaccins prévus pour l’automne ?

Inévitablement, les fabricants ont toujours un train de retard par rapport aux variants en circulation. Brigitte Autran a participé aux réunions de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour réfléchir à la combinaison la plus efficace. « Nous ne savons pas quel variant va surgir à lautomne et Omicron est très éloigné des souches précédentes. Lavantage d’un vaccin bivalent est de couvrir la totalité des variants que lon connaît », explique-t-elle.

Des vaccins à deux cibles produits à partir de la souche originelle de Wuhan et d’Omicron sortiront des chaînes de Pfizer-BioNTech et de Moderna. « Nous disposerons dun vaccin qui nous protégera de façon raisonnable contre tous les variants que lon avait avant Omicron et également contre Omicron, version BA.1, mais cela sera suffisant pour prévenir les formes graves », argue Brigitte Autran.

Les données de Moderna publiées le 25 juin, mais pas encore revues par des pairs, montrent que son futur vaccin bivalent créé à partir de la souche de Wuhan et d’Omicron version BA.1 est efficace, même s’il l’est un peu moins sur BA.5. Pour pallier l’imperfection des futurs vaccins, « il faudra probablement compter sur des traitements antiviraux en complément de la vaccination, comme le Paxlovid de Pfizer et dautres en cours de développement », considère le virologue Bruno Canard. 

Faut-il s’inquiéter des futurs variants ?

On ne le sait pas. « Nous ne sommes pas à labri de voir apparaître un variant qui provoquerait des formes plus sévères », estime Bruno Canard. « Il est probable que l’on se dirige vers une atténuation du Covid-19 avec une forme de gravité qui demeurera pour les personnes fragiles. L’histoire suggère que les variants deviennent davantage contagieux mais moins graves. Néanmoins, on ne peut présumer de rien », rappelle prudemment Brigitte Autran.

En tout cas, des variants préoccupants peuvent émerger depuis toutes les parties du monde où le virus circule beaucoup. Et ce, qu’il s’agisse de pays très vaccinés ou non, puisque les piqûres actuelles sont peu efficaces face à la transmission du variant dominant.

 publié le 3 juillet 2022

« On sera toujours obligé de se battre »

Kareen Janselme sur www.humanite.fr

IVG Des milliers de personnes ont défilé le 2 juillet, en France, pour soutenir le droit à l’interruption volontaire de grossese et réclamer son inscription dans la Constitution.

«L e droit à l’IVG, on s’est battu pour le gagner, on se battra pour le garder. » Des milliers de personnes ont scandé cette phrase, ce samedi, en soutien au droit à l’avortement, mobilisées en France dans plusieurs villes comme Paris. Dans la capitale, 1 500 manifestantes et manifestants (d’après le ministère de l’Intérieur) répondaient ainsi à l’appel du Collectif Avortement en Europe contre la décision de la Cour suprême des États-Unis, qui permet désormais à plusieurs États d’interdire l’interruption volontaire de grossesse. Un demi-siècle de droit effacé.

« En France aussi, ce droit peut être remis en cause, alerte Sarah Durocher, coprésidente du Planning familial, association membre du collectif organisateur. Gratuité, prise en charge, délais : tout pourrait être réduit. Il faut donc ­réaffirmer ce droit fondamental en le constitutionnalisant. Il existe maintenant trois propositions de lois pour inscrire le droit à l’IVG dans la Constitution. Nous, nous voulons un projet de loi pour que le gouvernement s’engage, qu’il aille au-delà de la parole et du symbole politique. »

« Avorter est un droit fondamental » , rappelait la banderole de tête du cortège, en lettres violettes, couleur symbole de la lutte pour les droits des femmes. En première ligne, la députée EELV de Paris et féministe Sandrine Rousseau, portant écharpe tricolore, estimait nécessaire cette inscription dans la Constitution : « Ce sera ainsi plus difficile de supprimer ce droit et c’est un message aux États-Unis, pour que les femmes là-bas sachent que nous sommes solidaires. » Tout au long du parcours apparaissaient des cintres, accrochés à des calicots CGT, cousus plus loin sur des bannières Solidaires ou FSU, pendus à un drapeau PCF, arrimés à un fanion NPA. Brandis par des mains rouge sang, ces outils barbares utilisés par les « faiseuses d’anges » lors des opérations clandestines matérialisaient bien la crainte d’un retour aux âges sombres. Déjà, en Pologne, en Hongrie, en Slovaquie, les femmes ont vu leurs droits rognés. Et l’arrivée en France de 89 élus du Rassemblement national (RN) à l’Assemblée inquiète quant à une possible alliance pour faire reculer les droits reproductifs. « Marine Le Pen a mis la question en débat dans son parti et les hésitations du RN sont déjà une réponse, avertit Fabien Roussel, le secrétaire national du PCF. On n’hésite pas sur ce droit à l’avortement. Et il faut le faire vivre. Plus de cent centres ont fermé en France depuis dix ans. De nombreuses femmes de milieux populaires n’ont souvent pas accès à ce droit dans notre pays : il faut rouvrir des centres de Planning familial et lutter contre les déserts médicaux. »

« C’est scandaleux, On décide encore à la place des femmes »

Léonie, 21 ans, est venue en groupe. Un groupe mixte, car ce droit « nous concerne tous ». « J’ai avorté il y a un mois et ça me touche encore. Je me dis que si j’étais née aux États-Unis, je n’aurais pas pu avorter. C’est bien de pouvoir vous en parler, je me sens allégée. Ça fait du bien de pouvoir l’assumer. Cette manifestation signifie aussi un retour en arrière. On sera toujours obligé de se battre. » Marion aussi est venue rejoindre des amis, anciens collègues de l’éducation nationale. « C’est scandaleux, s’exclame la sexagénaire. On décide encore à la place des femmes. Aux États-Unis, certaines vont risquer de mourir dans la clandestinité. Et en France, il faut rester bien sûr en alerte vu notre situation politique inquiétante. » Devant elle, Lauranne Garcia-Cousteau milite bénévolement au Planning familial des Hauts-de-Seine. Elle a réalisé un diagnostic territorial sur l’accès à la santé sexuelle alarmant, relevant le manque de professionnels et de moyens des structures publiques empêchant une pleine accessibilité. Mais, sur les réseaux sociaux, c’est la désinformation organisée par les mouvements réactionnaires qui l’épouvante le plus.

Avec la chaleur, les vestes sont tombées. Une femme et sa fille aux tee-shirts jumeaux reprennent des chants. « Ensemble pour la liberté », peut-on lire sur leurs vêtements faits maison où une main aux ongles rouges se termine en symbole de Vénus. « Jade a 7 ans, mais est sensibilisée depuis toute petite, explique sa mère Anaïs. C’est important qu’elle se rende compte que, pour garder ses droits, elle devra militer pour ça. » Occupée par son sac de bonbons, Jade relève la tête et avoue qu’elle « est contente d’être là » parce que « c’est important que les femmes ­décident de ce qu’elles veulent faire et pas que les hommes ». Comme le confirment la majorité des pancartes agitées ce jour-là à Paris, Strasbourg, Lyon, Toulouse, Bordeaux, ­affichant comme slogan : « Mon corps, mon choix ».

 

 publié le 2 juillet 2022

Une juste et courageuse décision contre l’extradition des réfugiés italiens

Communiqué LDH

La LDH (Ligue des droits de l’Homme) salue les décisions de la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris qui vient de refuser l’extradition des dix réfugiés italiens accueillis par la France depuis les années 80.

L’asile leur avait été accordé à la condition de sortir de la clandestinité, d’abandonner la lutte armée et de s’insérer pacifiquement dans la société française.

Pendant quatre décennies, ces conditions ont globalement été respectées – à l’exception d’une tentative vis à vis de Marina Petrella en 2008 – et ces personnes, aujourd’hui retraitées, ont bénéficié de titres de séjour, ont travaillé, fondé des familles et se sont enracinées dans notre société.

Pourtant, au printemps 2021, le Président Emmanuel Macron décidait de renier la parole de la France et de donner suite à des demandes d’extradition visant des faits vieux de plus de quarante ans.

La Cour d’appel a rejeté hier toutes ces demandes d’extradition au nom des principes fondamentaux du droit énoncés par la Convention européenne des droits de l’Homme, notamment dans ses articles 6 et 8 imposant les garanties du procès équitable et le respect de la vie privée et familiale.

En refusant ces extraditions au nom des valeurs fondatrices d’un Etat de droit, les magistrats de la Cour d’appel ont démontré que la justice française pouvait être rendue en toute indépendance et s’opposer à la raison d’Etat.

Paris, le 30 juin 2022


 

 publié le 1° juillet 2022

Hôpitaux : Elisabeth Borne officialise
des urgences en mode dégradé

Stéphane Guérard sur www.humanite.fr

La cheffe du gouvernement a repris ce vendredi à son compte toutes les mesures préconisées dans un rapport qui prône pourtant toute une organisation afin de bloquer l'accès direct des usagers aux soins d'urgence.

Voilà qui augure mal de la suite de son mandat. Pour l'une de ses premières décisions prises de Matignon, Elisabeth Borne a annoncé ce vendredi qu'elle retenait "bien toutes les propositions" de la mission flash conduite par le Dr François Braun. Le président de Samu-Urgences de France avait été mandaté par Emmanuel Macron il y a un mois pour trouver des solutions en vue d'éviter l’effondrement des services d’urgences cet été. Or, le document de 60 pages rendu jeudi présente une "boîte à outils" qui  s’apparente plutôt à une boîte de pansements à disposer sur les plaies béantes de services d’urgence.

Les préconisations relèvent toutes du court terme et visent à « réguler les admissions », en coupant le flux des malades en amont via « un triage paramédical » à l’entrée des urgences, ou par une « régulation médicale préalable systématique », via le standard téléphonique du Samu. Pour ce faire, les effectifs d’assistants de régulation médicale (ARM) seraient « remis à niveau » afin d’absorber la hausse à prévoir des appels au 15.

Dans ce système, seules les « urgences vitales » auraient accès à des services, qui pourraient même organiser la pénurie en suspendant partiellement leurs activités la nuit en mutualisant « les moyens de plusieurs services sur un seul site ». Cette réduction drastique de l’accès des usagers à ces soins de base s’accompagnerait d’une grande campagne d’information dont le slogan pourrait être « avant de vous déplacer, appelez ».

Aucune obligation pour les médecins libéraux

Les personnels participant à cette attrition des moyens se verraient récompensés financièrement. Petitement pour les personnels hospitaliers, avec une revalorisation du travail de nuit et des ponts du 14 juillet et du 15 août, ainsi qu’une prime pour les équipes des urgences psychiatriques, pédiatriques et gynécologiques. Un peu plus pour les médecins libéraux participant à la régulation (à hauteur de 100 euros brut de l’heure «défiscalisés») et en consultation (avec une majoration de 15 euros par acte demandé par le Samu), la médecine de ville ne se voyant pas soumise à une obligation de garde individuelle.

La mission flash répond ainsi a minima aux demandes de « régulation territoriale » et d’information et de sensibilisation de « la population sur le bon usage des services d’urgences hospitaliers et sur le recours aux soins non programmé » que revendiquaient il y a une semaine une vingtaine de syndicats de médecins signataires d’une tribune ( https://www.ufml-syndicat.org/les-medecins-tous-unis-pour-repondre-au-defi-de-la-crise-du-systeme-de-sante-communique-commun-des-syndicats-27-juin-2022/). Mais même l’un de ses initiateurs, le président du syndicat UFML n’y trouve que moyennement son compte. Jérôme Marty, note « des propositions qui vont dans le bon sens », mais regrette aussi « des vœux pieux en l’absence d’effecteurs », soit de nouvelles capacités d’accueil pour répondre aux besoins des malades.

« Remise en cause du libre accès aux soins »

Atterrée par les 41 préconisations, la CGT Santé dénonce ce rapport qui « propose d’officialiser tous les fonctionnements en mode dégradé qui se sont multipliés ces dernières semaines aux urgences : fermetures totales ou partielles, filtrage, consignes aux patients de ne pas venir. Pour la première fois, dans un document officiel, le tri des patients est ouvertement préconisé (…). La fermeture de service est présentée comme un nouveau mode de fonctionnement usuel des établissements. (…). La généralisation de fonctionnement en mode dégradé, sans médecin est aussi préconisée. Il s’agit par exemple de remplacer les médecins urgentistes SMUR par un binôme infirmier ambulancier. » Le syndicat est d’autant plus en colère que « ces mesures mettent en danger la population, les personnels et aboutissent à la remise en cause du libre accès aux soins et à de nouvelles réductions des capacités à soigner la population ».

Pour l’Association des médecins urgentistes de France, ce rapport ne poursuit qu’un objectif : « Cacher le vrai problème qui n’est pas un «afflux» de patients aux urgences mais bien le manque de lits pour les 20 % de patients qu’il faut hospitaliser. Les difficultés et la charge de travail dans les services ne sont pas liées aux patients qui viennent sur leurs deux jambes et qui repartent sur leurs deux jambes, mais bien aux plus graves qui attendent des heures, parfois des jours, sur des brancards qu’un lit se libère. Nous payons là la politique de fermeture massive de lits qui s’est traduite par la suppression de 100 000 lits en 25 ans. (https://www.humanite.fr/societe/hopital/en-france-99-des-hopitaux-public...)  »

Pour l’AMUF, « le plus grave est l’abandon de la population à qui personne n’a demandé son avis. Or celle-ci est légitimement en colère. Non seulement elle a des difficultés pour trouver un médecin traitant, mais l’accès aux spécialistes est de plus en plus difficile et est de généralement conditionnée au paiement d’importants dépassements d’honoraires et maintenant on ferme les derniers services ouverts 24 heures sur 24 qui permettaient encore de pouvoir se faire soigner. Pour être clair, ce qui est scandaleux est que la recherche de soi-disant «solutions» a été confiée à des médecins et des organisations très proches du gouvernement qui ne sont là que pour valider une dégradation du service public sous couvert d’un « consensus professionnel ».

 publié le 30 juin 2022

Éric Coquerel : « Je veux travailler davantage sur l’évasion fiscale »

Pauline Graulle sur www.mediapart.fr

Élu au terme d’un scrutin à suspense, le nouveau président insoumis de la commission des finances revient sur la manière dont il envisage son mandat. Il promet un changement de pratique profond.

Après ses déconvenues sur la questure, La France insoumise (LFI) a gagné, jeudi 30 juin à midi, la bataille de la présidence de la commission des finances. Au terme de plusieurs heures de suspense où se sont multipliées les suspensions de séance, le député insoumis de Seine-Saint-Denis, Éric Coquerel, a été élu à l’un des postes les plus convoités de la législature.

Attribuée, selon le règlement de l’Assemblée nationale, à « un député appartenant à un groupe s’étant déclaré d’opposition », cette présidence, qui fut naguère occupée par des socialistes (comme Dominique Strauss-Kahn, Henri Emmanuelli et, quelques années plus tard, Jérôme Cahuzac), et durant la dernière législature par l’élu Les Républicains (LR), passé depuis chez Emmanuel Macron, Éric Woerth, offre en effet un pouvoir important d’investigation en matière fiscale et budgétaire.

D’où la panique qui s’est emparée de la droite, ces dernières semaines, le député LR Julien Dive craignant que la commission ne devienne « l’antichambre de Mediapart », Gilles Carrez redoutant que l’Insoumis ne s’apprête à « jeter en pâture les dossiers fiscaux de particuliers, voire d’entreprises ». Éric Coquerel se présentait notamment face au député du Rassemblement national (RN) Jean-Philippe Tanguy, qui a dénoncé une « piraterie » après sa défaite. Marine Le Pen, elle, a parlé de « nouvelle trahison » en s’attaquant à ce qu’elle qualifie d’« extrême gauche sectaire ».

À gauche, l’investiture d’Éric Coquerel comme candidat commun de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) a donné lieu à des jours de négociations dans une ambiance parfois tendue, notamment avec le Parti socialiste (PS), où Valérie Rabault, ancienne rapporteure du budget, faisait figure de personnalité taillée pour le rôle. Si celle-ci obtient comme lot de consolation la vice-présidence de l’Assemblée, Éric Coquerel emporte aujourd’hui une victoire aussi symbolique que politique. Entretien.

Vous sortez victorieux de plusieurs heures d’un scrutin à suspense. Est-ce la gauche qui gagne à travers vous ?

Éric Coquerel : Je suis ému parce que c’est une victoire importante. Pour plein de raisons. D’abord, c’est la concrétisation, de fait, du rassemblement de toutes nos formations au sein de la Nupes. Il y a eu un sans-faute et nous avons vraiment travaillé de manière solidaire avec les socialistes, les communistes et les écologistes. Ma deuxième satisfaction, cette fois pour la démocratie, c’est aussi que la majorité a joué le jeu et n’a pas participé au vote, comme c’est l’usage.

Cela aurait en effet pu faire pencher le scrutin en faveur du candidat du Rassemblement national, comme cela a été le cas, hier, pour le vote du bureau de l’Assemblée lors duquel la majorité et la droite ont participé à l’élection de deux vice-présidents du RN…

Oui, il y avait de quoi être inquiet. Le risque était aussi que quelqu’un décide de prendre la tête d’un barrage anti-LFI en espérant fédérer les voix du milieu du Rassemblement national. Mais cela ne s’est pas passé, et il a semblé qu’il y a eu, cette fois-ci, une certaine étanchéité. Par ailleurs, j’ai siégé durant les cinq dernières années au sein de la commission des finances. Peut-être que le concret a, cette fois, primé sur certaines déclarations politiques visant à discréditer ma candidature.

Comment envisagez-vous votre mandat ?

Je pense que mon rôle est d’abord de faire respecter les droits de l’Assemblée. D’autant plus au sein d’une Assemblée où il n’y a pas de majorité absolue. J’ai vu que, ces dernières années, certains calendriers ont été souvent précipités de la part du gouvernement : tout à coup, en plein milieu de la loi de finances, nous, commissaires des finances, voyions tomber un projet de loi de finances rectificative et on ne pouvait rien faire. Cela ne se déroulera plus de la même manière.

Ensuite, je compte bien utiliser ma fonction en lien avec ce que sont les préoccupations de la Nupes. Par exemple, je veux travailler davantage sur l’évasion fiscale que sur la pertinence des baisses d’impôts. Je préfère aussi travailler sur les conséquences des politiques de diminution des dépenses publiques dans les ministères, dans les différents services publics, plutôt que de mettre l’accent sur l’État trop dépensier.

Certains à droite vous ont accusé de vouloir faire sortir les secrets fiscaux…

La commission a en effet des prérogatives propres sur les questions de secret fiscal, même si c’est encore peu utilisé. Mais il est hors de question pour moi, et je vous le dis d’autant plus volontiers qu’on a dit que j’allais fournir je ne sais quelle information à Mediapart [il rit], de créer un cabinet noir. Par contre, s’en servir pour amender, mettre au jour les problématiques d’optimisation fiscale qui sont plutôt de l’évasion fiscale, ça oui. 

Vous devenez, de fait, la principale figure parlementaire de l’opposition à Emmanuel Macron ?

Oui, c’est clairement le poste le plus politique de l’Assemblée, le plus important en réalité. Et cela montre que la gauche est la principale opposition au pouvoir. Par ailleurs, je tiens à ajouter que je suis fier qu’un profil comme le mien – j’ai eu mon bac en candidat libre et j’ai passé la majeure partie de ma vie à travailler et à militer – puisse accéder à un tel poste. 

 publié le 29 juin 2022

Grèves autour des salaires : « un niveau de conflictualité jamais atteint »

Maïa Courtois sur https://rapportsdeforce.fr

Face à l’augmentation des prix de l’énergie, du carburant et de l’alimentaire, les grèves pour des augmentations de salaires se multiplient comme une traînée de poudre dans les entreprises. Depuis la rentrée 2021, ces conflits sociaux vont en s’intensifiant, allant jusqu’à toucher des secteurs entiers, comme dans le transport. Au point de devenir un mot d’ordre inter-professionnel ?

 Au sein de la SNCF, une nouvelle date de mobilisation pour les salaires est posée : ce sera le mercredi 6 juillet, partout en France, annoncent la CGT, Sud Rail et la CFDT. « Confrontés à une inflation croissante et à l’absence d’augmentation générale depuis 2014, les cheminots subissent un recul net et fort de leur pouvoir d’achat », rappellent les organisations syndicales dans leur communiqué commun. Elles demandent des mesures de rattrapage salarial pour absorber l’inflation, un report systématique de la hausse du SMIC sur l’ensemble de la grille, et une augmentation générale des salaires. Une demande de concertation immédiate sur ces questions avait été émise par ces syndicats, aux côtés de l’UNSA. Mais la direction « a refusé de recevoir les OS dans le cadre de cette démarche, en renvoyant les échanges à des réunions bilatérales en cours », selon elles.

Comme à la SNCF, toutes les grèves en cours dans les entreprises autour des salaires mentionnent l’inflation. Celle-ci devrait s’accélérer encore pour atteindre un taux de 6,8% en septembre, selon l’INSEE. L’augmentation des prix du carburant, de l’énergie et des produits de première nécessité devient difficilement soutenable pour des franges entières de travailleurs.

Depuis la rentrée de septembre 2021, des actions se multiplient donc pour dénoncer les salaires qui ne suivent pas. « On a un niveau de conflictualité sur les salaires jamais atteint auparavant » observe Boris Plazzi, secrétaire confédéral CGT. En charge de la question des salaires depuis une dizaine d’années, il assure : « je n’ai jamais vu ça, sur une période aussi longue ».

Ces luttes émergent dans des entreprises avec un fort écho dans leurs secteurs respectifs. Très souvent, la demande d’une augmentation de 300 euros sur le salaire mensuel revient dans les revendications. C’est le cas dans l’aéronautique, avec les deux sites de la commune de Figeac (Lot) : une grève illimitée au sein de Ratier ; et des débrayages réguliers chez Figeac Aéro. Ou encore, dans la commerce : une cinquantaine de grévistes ont débrayé au Chronodrive de Basso Cambo à Toulouse le 25 juin, revendiquant des augmentations salariales pour les travailleurs souvent jeunes et précaires de ce secteur. Un appel national a été lancé aux autres Chronodrive pour une nouvelle journée de grève le 9 juillet.

 Vers des grèves pour les salaires sectorielles ? 

 SNCF, commerces, chimie, métallurgie, aéronautique, agro-alimentaire, territoriaux… Une multitude de secteurs sont donc concernés par ces grèves autour des salaires depuis la fin 2021. Quelques évolutions sont à noter, pour comprendre la séquence actuelle de ce printemps 2022. D’abord, « les revendications ne sont plus forcément catégorielles. Il y a l’idée qu’il faut augmenter les salaires de tout le monde, de l’ouvrier au cadre en passant par le technicien. Et ça, c’est de plus en plus fort depuis septembre », analyse Boris Plazzi, à partir des recensements effectués par la coordination des luttes de la CGT.

Ensuite, les grèves sortent parfois des enceintes des entreprises pour s’ancrer dans des secteurs entiers. « C’est un phénomène un peu nouveau, mais encore assez marginal », temporise Boris Plazzi. « Faire converger des luttes au sein des filières, cela demande du temps », ajoute-t-il. Certains exemples récents témoignent de cette tendance, même timide.

Dans l’énergie, par exemple. D’abord, il y a eu cette grève chez Total le 24 juin, inédite parce qu’elle regroupait tous les syndicats CGT de toutes les filiales françaises de la multinationale. « En 20 ans je n’avais jamais vu ça. Nous voulons envoyer un signal fort dans les filiales et même au-delà : dans la sous-traitance », assurait Benjamin Tange, délégué syndical central CGT à la Raffinerie des Flandres, à Rapports de Force. À partir de ce mardi 28 juin, la Fédération des mines et de l’énergie (FNME) CGT lance une nouvelle journée de grève dans l’ensemble du secteur, à peine un mois après une première mobilisation unitaire.

L’aérien, exemple symptomatique

Dans les transports, également, cette tendance à une lutte sectorielle pour les salaires est claire. Ce lundi 27 juin, les routiers ont fait parler d’eux, dans une grève portée par une intersyndicale (FO, CGT, CFDT, CFTC et CGC). « L’ensemble de la branche transport et logistique est smicardisée, ça ne peut pas continuer comme ça » martelait Patrice Clos, de FO Transport, à nos confrères de France Info.

L’aérien, enfin, est peut-être l’exemple le plus symptomatique. RyanAir, EasyJet, et d’autres compagnies low cost sont parcourues par des grèves autour des salaires (et d’autres problématiques comme le manque de personnel) dans plusieurs pays d’Europe, dont la France. À l’aéroport de Roissy, après une grève le 9 juin, les syndicats annoncent une nouvelle journée de mobilisation le 1er juillet. Toujours autour d’une hausse de 300 euros des salaires, et toujours en intersyndicale. « Chez Roissy, les salariés des entreprises sous-traitantes sont très nombreux à se mettre en grève aux côtés des salariés des donneurs d’ordre. C’est intéressant et nouveau », insiste Boris Plazzi.

 135 branches non-conformes au SMIC

L’aérien, les transports, mais aussi les commerces, sont des secteurs « où les minimas de branche sont sous le SMIC. Donc ce n’est pas par hasard que ces grèves se multiplient », décrypte Luc Mathieu, secrétaire national de la CFDT.

Prenons le cas des routiers : les négociations annuelles obligatoires (NAO) d’octobre 2021 avaient débouché sur une revalorisation des grilles salariales de 6 %. Or, les revalorisations successives du SMIC indexé sur l’inflation – quatre fois entre 2021 et 2022 -, ont, depuis, fait passer les minima en dessous de celui-ci.

À ce jour, la CFDT recense 135 branches non-conformes au SMIC. « C’est particulièrement élevé », commente Luc Mathieu. Parmi les accords de branche étudiés par son syndicat, « seulement une trentaine contiennent des clauses de revoyure ». Ce qui repousse donc, pour tous les autres, d’éventuelles augmentations aux prochaines NAO.

Le gouvernement a présenté les contours d’un projet de loi sur le pouvoir d’achat. Les organisations syndicales ont reçu les documents vendredi dernier, et sont en train de les étudier de près. « Ces mesures vont dans le bon sens. La question c’est : est-ce que le curseur est au bon niveau ? Est-ce que ce sera suffisant ? » juge avec prudence Luc Mathieu. Le gouvernement recense, lui, 120 branches avec des non-conformités au SMIC. Parmi les mesures annoncées, l’article 5 présente « la fusion administrative des branches » comme une réponse à étudier face à ce problème. Le texte sera présenté en Conseil des ministres le 6 juillet.

 Une rentrée sous le signe de la conflictualité

Au vu de la conjoncture socio-économique, « la situation va être de plus en plus conflictuelle dans les entreprises », prédit Luc Mathieu. D’autres secteurs, plus propices à se faire entendre à la rentrée que durant l’été, pourraient se mettre en mouvement en septembre.

De quoi faire monter en puissance les journées interprofessionnelles ? Pas si certain. « Là où ça se mobilise vraiment, c’est dans les entreprises. Très proche des travailleurs, très concret. Je ne pense pas que ces grèves porteront davantage des journées interprofessionnelles un peu fourre-tout », juge Luc Mathieu.

« À la rentrée, on va essayer de planter un grand mouvement de mobilisation, en intersyndicale, pour faire converger les luttes actuelles et celles à venir autour des salaires » défend de son côté Boris Plazzi. Le tout en continuant de structurer les grèves à la base, au sein même des entreprises. Car lui aussi estime qu’il faut « partir des préoccupations quotidiennes des salariés, si on veut construire un mouvement profond et ancré dans le pays ».

 publié le 28 juin 2022

Mouvements sociaux : une journée pour la défense du service public

par Lucas Sarafian sur www.politis.fr

Les secteurs de la santé, de l'énergie, de l'audiovisuel ou des transports se mobilisent pour demander des augmentations de salaire et défendre leur secteur.

Cette année, la rentrée sociale a lieu plus tôt que prévu. Les différentes mobilisations n'ont pas attendu septembre pour se réveiller. Et ce jour est plus que symbolique : avec sa première séance publique, l'Assemblée nationale inaugure la XVIe législature de la Ve République. Après la grève des routiers hier, les salariés de l'audiovisuel public, qui regroupe France Télévisions, Radio France, le groupe France Médias Monde, Arte ou l'Ina, sont en grève et manifesteront à Paris ce mardi 28 juin.

En cause : la suppression de la redevance audiovisuelle prévue dans le texte de loi sur le pouvoir d'achat qui devrait être présenté en conseil des ministres le 6 juillet au profit d'un budget courant sur plusieurs années. En plus de cette menace pour le financement et l'indépendance du secteur, les syndicats craignent une fusion de plusieurs entreprises de l'audiovisuel public depuis qu'un rapport sénatorial des Républicains publié le 8 juin a émis cette hypothèse entre France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l'Ina.

Dans le secteur de la santé aussi, on se mobilise. Les soignants du CHU de Bordeaux, l'un des plus importants de France, sont appelés à une grève illimitée. « Point d'indice gelé », « primes aléatoires », « manque de recrutement », « fermeture des services », « externalisation galopante », « rappel illégal sur repos et congés »... Les syndicats dénoncent des conditions de travail difficiles ; ils réclament des augmentations de salaires et des embauches urgentes dans un secteur qui peine à recruter. Dans cet hôpital, l'accès aux urgences est filtré à partir de 17 heures depuis la fin du mois de mai à cause d’un manque de bras.

Cette mobilisation s'inscrit dans la vague de grèves qui touche le secteur comme celles qui affectent CHU de Toulouse depuis plusieurs semaines, ou le CHU de Grenoble-Alpes, contraint de fonctionner en mode dégradé. Elle s’étend au domaine de la psychiatrie publique qui se met en grève aujourd'hui car, selon les syndicats, elle n'est plus « en capacité d'assumer les missions de services publics qui sont les nôtres ».

En parallèle aux négociations salariales avec l'employeur, c'est une journée de mobilisation pour le secteur de l'énergie. La Fédération nationale Mines-Energie de la CGT appelle à la grève et au blocage des infrastructures gazières pour défendre les salaires et le service public de l'énergie.

Au sein de la SNCF, une grève nationale est annoncé le 6 juillet, jour d'une rencontre entre les syndicats et la direction de l'entreprise, pour la défense des salaires et du pouvoir d'achat. Comme de nombreux salariés mobilisés depuis plusieurs jours, les syndicats pointent « l'absence d'augmentation générale depuis 2014 ». Signe que les mobilisations sociales ne sont pas prêtes de s'éteindre.

 publié le 27 juin 2022

IVG : les réacs décomplexés

par Pierre Jacquemain

L’abrogation du droit à l’IVG aux États-Unis suscite de très nombreuses réactions en France pour dénoncer le recul des droits des femmes.

  La vidéo : https://youtu.be/Xfvn6FUMvRg

L’abrogation du droit à l’IVG aux États-Unis suscite de très nombreuses réactions en France pour dénoncer le recul des droits des femmes. La Nupes et Ensemble ont d’ailleurs décidé de présenter un projet de loi pour inscrire le droit à l’IVG dans la Constitution française. Alors qu’on imaginait cette proposition faire l’objet d’un large consensus – et même si l’on peut s’étonner du revirement soudain de la majorité présidentielle qui avait refusé une proposition de loi similaire venue de la gauche lors du quinquennat précédent – en réalité, l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution est loin de faire l’unanimité.

D’abord, interrogeons-nous : qu’est-ce qu’une inscription dans la Constitution changerait ? En réalité pas grand-chose. Le geste est surtout symbolique. L’inscription de l’IVG dans la Constitution enverrait un signal fort au monde entier et sécuriserait un petit peu plus ce droit. Je dis un petit peu plus parce que ce que l’on inscrit dans la Constitution – soit par référendum soit par vote des 3/5ème du Congrès, c’est-à-dire la réunion de l’Assemblée nationale et du Sénat – peut aussi être désinscrit et retiré par d’autres. Par ailleurs, si notre Constitution est évidemment un texte majeur est-il pour autant contraignant ? Regardez… La Charte de l’Environnement est un texte de valeur Constitutionnelle depuis que Jacques Chirac l’a intégrée dans le bloc de constitutionnalité du droit français en 2005. Les droits et devoirs consacrés dans cette Charte sont-ils pour autant respectés ? Hélas, non.

Alors l’inscription du droit à l’IVG est-elle une fausse bonne idée ? Non. C’est une arme symbolique. Un signal fort qui va dans le bon sens. On aimerait toutefois que le gouvernement accompagne cette décision de mesures concrètes et complémentaires, comme un soutien financier plus massif au planning familial par exemple. On aimerait aussi que le signal – aussi symbolique soit-il – ne soit pas contrarié par des décisions contradictoires : à cet égard, l’élection à la présidence du Parlement européen de la maltaise Roberta Metsola, connue pour ses positions anti-avortement, fait particulièrement tâche. D’autant plus tâche qu’elle a été soutenue par le groupe européen de la majorité présidentielle. De même, l’inaction de l’Union européenne face à l’un de ses Etats membres, la Pologne, qui restreint le droit à l’IVG, apparait de ce point de vue parfaitement incohérente.

Un débat va donc avoir lieu en France et Emmanuel Macron pourrait bien trouver sa toute première majorité. Celle qu’il peine à réunir depuis le résultat des législatives. Et si ses amis manquent d’enthousiasme sur ce texte, François Bayrou a d’ores et déjà fait savoir son désaccord, c’est la gauche qui pourrait redonner le sourire au président. Marine Le Pen, un peu embarrassée s’est contentée d’un : « Pourquoi pas ». Si elle votait pour, pas sûr qu’elle soit suivie par ses députés dont plusieurs sont proches des mouvements anti-IVG, à commencer par le député Christophe Bentz qui avait comparé l’avortement à un "génocide de masse". Glaçant !

Parce que c’est sans doute l’effet pervers de cette juste décision. Le retour des réacs. La loi sur le mariage pour tous avait fait émerger le mouvement de la Manif pour tous qui avait largement gâché la fête qu’avait pourtant suscitée la grande réforme portée par Christiane Taubira et ses nouveaux droits consacrés. « C’est la plus grande victoire du siècle pour la vie », a tweeté l’ancienne ministre de la famille Christine Boutin après la décision américaine. Pas de doute, les réacs sont de sortie. Et pas les moins cintrés.

 publié le 26 juin 2022

Chez Total : grève inédite de l’ensemble des syndicats CGT

Guillaume Bernard sur https://rapportsdeforce.fr/

Ce 24 juin, tous les syndicats CGT des entreprises du groupe TotalEnergies appellent à la grève pour exiger des augmentations de salaire. Un appel inédit puisque, dans ce groupe qui compte plus de 200 filiales en France, ces syndicats entrent habituellement en conflit en ordre dispersé.

 Les luttes dans les raffineries ? On connaît. On en a parfois une image claire : celle d’ouvriers tenant un piquet de grève au bas de colossales structures métalliques. On sait aussi que leur détermination et leur capacité à tenir un mouvement dans la durée effraient souvent le patronat et les pouvoirs publics lors des grands conflits sociaux.

Mais au sein du groupe TotalEnergies – communément appelé Total – les raffineries ne sont que la face émergée de l’iceberg. La multinationale emploie 35 000 salariés en France et possède 200 filiales dans le pays. Parmi elles : la SAFT, spécialisée dans la conception de batteries à usage industriel, Hutchinson connue pour ses pneus ou encore Argedis, qui gère les stations services.

Lorsque les désaccords surviennent avec leurs directions, ces diverses filiales entrent habituellement en conflit en ordre dispersé. Mais ce 24 juin, la coordination des syndicats CGT de Total, qui regroupe l’ensemble des syndicats CGT du groupe, filiales comprises, appelle à une journée de grève. La décision a été prise le 9 juin, soit une semaine avant les élections professionnelles. « En 20 ans je n’avais jamais vu ça. Nous voulons envoyer un signal fort dans les filiales et même au-delà : dans la sous-traitance », assure Benjamin Tange, délégué syndical central CGT à la Raffinerie des Flandres. La journée

 Une grève pour l’augmentation des salaires

La cause de la grève, comme bien souvent en cette période, c’est la question des augmentations de salaires. Pour les salariés du groupe Total, les dernières négociations annuelles obligatoires (NAO) remontent à janvier 2022. L’accord entre les syndicats et les dirigeants du groupe s’était alors conclu sur 2,35 % d’augmentation générale des salaires, avec un plancher de 1000 € annuels brut.

Mais l’inflation, elle, ne s’est pas arrêtée en janvier. « 2,35% d’augmentation, ce n’est clairement pas assez. Vu l’inflation actuelle, il faudrait que nos salaires augmentent de 5,2% sur un an rien que pour ne pas perdre de pouvoir d’achat », explique Benjamin Tange de la CGT, se fiant à la dernière estimation de l’inflation calculée par l’INSEE.

Les syndicat de la coordination CGT Total exigent donc que les salaires soient réhaussés à minima de 5,2%. Ils rappellent également deux exigences. Celle de leur confédération : un SMIC à 2000€ brut. Et celle du syndicat des avitailleurs – travailleurs ravitaillant les avions en kérozène – déjà en grève à l’aéroport de Roissy et affiliés à Total, qui exigent 300€ d’augmentation de salaire.

 S’appuyer sur les luttes dans les filiales

 C’est dans ce contexte que l’appel à la grève dans les filiales françaises de la multinationale prend tout son sens. En effet, ces entreprises concentrent les salariés les plus mal payés. A la SAFT, les ouvriers, qui travaillent en 2×8, « touchent en moyenne 1500 euros net ». Chez Argedis : « 80% des salariés touchent 1350€ net en travaillant dimanche et jours fériés », rappelle le communiqué de presse de la coordination des syndicats CGT du groupe Total.

Le mouvement du 24 juin peut aussi s’appuyer sur des luttes déjà existantes dans ces filiales. Chez Hutchinson, dans les usines où la CGT est majoritaire, comme à Segré (Maine-et-Loire), des « Vendredis de la colère » sont organisés pour exiger des augmentations de salaire. Des débrayages de 30 minutes à 2 heures chaque vendredi ont lieu sur site depuis novembre 2021.

Quel sera le résultat de cette première initiative collective des syndicats CGT de Total ?  Difficile à dire pour l’instant : « Le 24 sera une première date. Ce jour-là on va se compter et voir quelle suite on donne au mouvement », programme Benjamin Tange. Les élections profe

 Une goûte d’eau au vu des bénéfices

 « Augmenter de 300 € brut tous les salariés de Total en France coûte 200 millions à Total. », chiffre Benjamin Tange. L’équivalent de quelques pièces jaunes dans le portefeuille de la multinationale, car elle cumule 4,1 milliards d’euros de bénéfices net au premier trimestre 2022 et aurait même atteint les 9 milliards de bénéfices si elle n’avait pas souffert de 4,9 milliards d’euros de dépréciation d’actifs , liés à la guerre en Ukraine. Total a également reversé 9 milliards d’euros de dividendes aux actionnaires en 2021. La CGT n’oublie pas non plus de rappeler que Patrick Pouyanné, PDG de Total, a augmenté de 52% la part variable de son salaire entre 2020 et 2022. TotalEnergies lui a ainsi versé 5,9 millions d’euros cette année, au titre de 2021.

52% d’augmentation…soit pile poil 10 fois plus que ce que les salariés de Total demandent pour que leurs payes puissent suivre l’inflation (5,2%). C’est bien sur ce sujet que la CGT prévoit d’interpeller le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, le 22 juin, lors d’un comité de groupe européen.

 publié le 25 juin 2022

Indemnités de licenciement :
le « barème Macron » jugé non conforme aux engagements internationaux
de la France

Dan Israel sur www.mediapart.fr

Selon une institution dépendant du Conseil de l’Europe, cette mesure phare des ordonnances ayant réformé le Code du travail à l’automne 2017 « pourrait encourager les licenciements illégaux ». Mais la décision n’a rien de contraignant.

L’interminable feuilleton juridique qui s’est noué depuis 2017 autour du barème encadrant les indemnités prud’homales connaît un épilogue symbolique. Le Comité européen des droits sociaux (CEDS), émanation du Conseil de l’Europe (regroupant quarante-six pays, dont les vingt-huit États membres de l’Union européenne), a jugé que la France violait ses engagements internationaux en appliquant cette mesure phare des ordonnances ayant réformé à marche forcée le droit du travail à l’automne 2017.

Pour autant, cette décision, rendue le 23 mars dernier mais dont la publication officielle n’est prévue qu’en septembre, n’aura aucune conséquence pour notre pays.

Le barème, qui corsète étroitement les sommes que les salarié·es peuvent toucher lorsque leur licenciement est jugé abusif par un tribunal, a été définitivement validé en France par la Cour de cassation, le 11 mai dernier. Une décision irrévocable, mettant un terme à l’importante controverse juridique qui s’était développée dans les tribunaux français à partir de la fin 2018 : certains conseils des prud’hommes et plusieurs cours d’appel avaient décidé de ne pas appliquer ce barème, au motif qu’il ne permet pas d’indemniser de manière adéquate dans toutes les situations les salarié·es ayant perdu leur travail.

Avant les ordonnances, une personne salariée dont le licenciement était jugé sans cause réelle et sérieuse par les prud’hommes devait toucher en réparation une somme équivalente à au moins six mois de son salaire, si elle avait passé deux ans minimum dans l’entreprise.

Au nom du combat mené par le gouvernement contre la « peur d’embaucher », ce plancher a été divisé par deux : au moins trois mois de salaire à partir de deux ans d’ancienneté dans l’entreprise, et seulement un mois de salaire entre un an et deux ans d’ancienneté.

Le barème institue aussi un plafond, bien plus bas que ce qui pouvait être attribué par les prud’hommes (qui décidaient des sommes à payer par l’entreprise en fonction de la situation personnelle de la personne salariée) : le maximum autorisé ne dépasse pas l’équivalent de vingt mois de salaire, à partir de vingt-neuf ans d’ancienneté.

Le CEDS avait été saisi sur ce point par Force ouvrière en mars 2018 et par la CGT en septembre 2018. Comme l’a révélé Le Monde, et comme l’a détaillé le professeur de droit Julien Icard, l’institution a jugé « à l’unanimité » que « le droit à une indemnité adéquate ou à une autre réparation appropriée […] n’est pas garanti » par la réforme.

Cette dernière viole donc la Charte sociale européenne, ratifiée par la France en 1999 et dont le CEDS est chargé de contrôler le respect. C’est l’article 24 du texte qui est visé : il consacre le « droit des travailleurs licenciés sans motif valable à une indemnité adéquate ».

La Finlande et l’Italie déjà condamnées

Cette décision n’est pas une surprise totale. Même si à l’époque, l’exécutif avait rejeté ces objections, Mediapart avait signalé dès septembre et octobre 2017 que le barème prud’homal pourrait être jugé contraire à la Charte sociale européenne. En septembre 2016, la Finlande avait été condamnée par la CEDS pour avoir imposé un barème limitant à vingt-quatre mois maximum – quatre mois de plus que la France – la réparation du préjudice de salariés licenciés illégalement. En février 2020, l’Italie a été à son tour condamnée pour un dispositif similaire.

Dans le détail, le CEDS considère que les plafonds prévus par le barème prud’homal « ne sont pas suffisamment élevés pour réparer le préjudice subi par la victime et être dissuasifs pour l’employeur ». Par ailleurs, « le juge ne dispose que d’une marge de manœuvre étroite » pour évaluer le montant de l’indemnisation à accorder : si à dix ans d’ancienneté, le juge peut en effet échelonner les indemnités à verser de trois à dix mois de salaire, à trois ans d’ancienneté, il ne peut choisir qu’entre trois et trois mois et demi.

Le texte de la décision est sévère. Le comité considère que, « contrairement à ce qu’affirme le gouvernement » français, « la “prévisibilité” résultant du barème pourrait constituer une incitation pour l’employeur à licencier abusivement des salariés ». Dans certains cas, « cela pourrait encourager les licenciements illégaux », écrit-il.

Des arguments très proches de ceux qui avaient été développés le 31 mars dernier, devant la Cour de cassation par la première avocate générale de la Cour (l’équivalent d’une procureure). La magistrate avait demandé que le barème puisse être écarté, notamment au nom de la lutte contre les « discriminations indirectes », en fonction du profil des salarié·es : les femmes, les personnes plus âgées, celles et ceux qui portent un handicap… sont moins susceptibles de retrouver un travail après un licenciement.

« Ce qui me paraît extrêmement grave, c’est que pour les salariés qui ont peu d’ancienneté, il y a très peu d’intérêt à aller en justice », avait-elle souligné. La Cour de cassation ne l’avait finalement pas suivie, et avait validé en tout point la conformité du barème à la loi, y compris aux textes internationaux qui s’imposent à la France, et donc à la Charte sociale européenne.

L’argumentation de la cour reposait sur le fait que cette charte ne pouvait pas être invoquée dans un litige entre particuliers (comme un salarié et son ex-employeur), mais seulement dans une contestation visant un État.

Cette position était déjà prise par l’institution judiciaire dans un premier avis de juillet 2019, et prive donc les décisions du CEDS de toute portée concrète en France. Dans le commentaire accompagnant sa décision du mois de mai, la Cour de cassation avait d’ailleurs pris soin de le rappeler, assurant qu’une condamnation de la France n’aurait « aucun effet contraignant », et que les recommandations formulées seraient simplement « adressées au gouvernement ».

Le Conseil de l’Europe peine à imposer ses décisions en France

Cette prise de position ferme contredit une décision précédente de l’autre plus haute institution judiciaire française, mais sur le versant du droit administratif cette fois : dans un arrêt du 10 février 2014, le Conseil d’État avait précisément estimé que l’article 24 de la Charte sociale européenne pouvait « être utilement » évoqué devant les tribunaux français et que ses stipulations « ne requièrent l’intervention d’aucun acte complémentaire pour produire des effets à l’égard des particuliers ». Autrement dit, qu’il pouvait être cité sans contrainte devant un juge, et qu’il devait s’appliquer.

« Un tel hiatus pourrait donner lieu, si la juridiction administrative suivait le raisonnement du comité, à traiter différemment les salariés selon que leur litige du travail relève de la juridiction judiciaire ou administrative », souligne le professeur de droit Julien Icard dans Le Monde. En d’autres termes : le feuilleton juridique n’est peut-être pas terminé.

La dernière manche se jouera sans doute devant le comité des ministres du Conseil de l’Europe. Il peut en théorie demander à la France de changer sa loi. Mais il est généralement admis que les décisions du CEDS n’ont pas de caractère contraignant. C’est ce que prouve un autre long feuilleton juridico-social qui concerne la France : en novembre, le comité a une nouvelle fois condamné notre pays, après une première décision de 2010, pour l’utilisation du « forfait jours ».

Pour le CEDS, ce mode de décompte du temps de travail, qui comptabilise le nombre de jours travaillés et non les heures, ne permet pas de garantir le respect « d’une durée raisonnable de travail ». Fait rarissime, le comité des ministres a bien demandé le 23 février dernier à la France de revoir sa législation sur ce point. Sans que cette réclamation rencontre un écho particulier dans l’Hexagone.

 publié le 24 juin 2022

Loi sur le consentement sexuel : l'Espagne, un modèle à suivre

Kareen Janselme sur www.humanite.fr

Violences sexuelles. Résolument avant-gardiste, le projet de loi espagnol « Solo si es si » (seul un oui est un oui) place la parole de la femme au cœur du système juridique. Malgré des déclarations de façade, la France rechigne à lui emboîter le pas.

La condamnation, puis la remise en liberté provisoire de cinq hommes pour « abus sexuel » et non pour le viol collectif d’une adolescente, en 2016, avaient entraîné de nombreuses manifestations en Espagne. Marcelo DEL POZO/ Reuters

« Seul un oui est un oui. » Un cri plus qu’une phrase. Un cri devenu slogan en Espagne et bientôt loi. Contre les violences sexuelles et machistes, le texte législatif surnommé « Solo si es si » est révolutionnaire. Il veut imposer un changement de paradigme et édicter une nouvelle définition du consentement.

Après deux ans de consultations et d’auditions d’expertes, de batailles contre l’opposition, ce projet de loi organique pour « la garantie intégrale de la liberté sexuelle » a été voté en première lecture à l’Assemblée le 26 mai et se trouve actuellement en débat au Sénat.

« Consentement », un terme absent du Code pénal français

Cette « loi est désormais basée sur le consentement de la femme », se réjouissait la ministre espagnole en charge de l’égalité qui l’a portée, Irene Montero. Elle « rend clair le fait que le silence ou la passivité ne signifient pas consentement ou que le fait de ne pas manifester son opposition ne peut être une excuse pour agir contre la volonté de l’autre personne », précisait une porte-parole du gouvernement.

Depuis quinze ans que je défends ces dossiers, je constate que les juges et les policiers ne demandent jamais si l’accusé s’est enquis du consentement de sa partenaire. »

Élodie Tuaillon-Hibon, avocate

« Ce texte est révolutionnaire », estime l’avocate française Élodie Tuaillon-Hibon, qui défend les victimes de violences sexuelles. Car si le terme de « consentement » n’est pas présent dans le Code pénal français, il est pourtant souvent invoqué pour déterminer la différence entre une violence sexuelle et une relation sexuelle. « Ce qui a cours en France, c’est une présomption de consentement implicite de la victime, dénonce Me Tuaillon-Hibon. Les accusés disent tous “je l’ai vu dans ses yeux”, “comme elle m’invitait dans son appartement, j’ai pensé que…”. Depuis quinze ans que je défends ces dossiers, je constate que les juges et les policiers ne demandent jamais si l’accusé s’est enquis du consentement de sa partenaire. La France est empreinte de culture du viol. »

Le viol défini par la violence

Les préjugés sexistes imprègnent la société française depuis longtemps. Autant que notre conception du viol. Dès l’Ancien Régime, il est défini par la violence. La jurisprudence, construite tout au long du XIXe siècle, a été consacrée en 1980 par le Code pénal, qui a défini le viol comme : « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte ou surprise. » La notion de « menace » ne sera ajoutée qu’en 1992. Et le crime étendu au rapport bucco-génital en 2021.

Mais depuis plus de trois siècles, « un vrai viol est celui qui est commis avec violence parce qu’il vainc la résistance de la victime », explique la juriste Catherine Le Magueresse, ancienne présidente de l’AVFT (l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail). « La victime doit toujours résister, sinon, on la considère consentante. L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert estimait le viol caractérisé quand “la résistance a été persévérante jusqu’à la fin”. Les juristes du XIXe siècle comparaient les femmes aux citadelles : “Il y a des attaques bien menées et des citadelles mal défendues” », contextualise la chercheuse associée à l’Institut des sciences juridiques et philosophiques de la Sorbonne Paris-I. Et le corps des femmes est considéré comme à disposition.

Aujourd’hui encore, la victime est toujours supposée consentante, sauf si l’on prouve qu’il y a violence, contrainte, menace ou surprise. « Quand bien même nous aurions la preuve que la femme a dit non, reprend Catherine Le Magueresse, ça ne suffit pas à caractériser le viol. C’est inouï. Le non des femmes en soi n’a pas de valeur, n’est pas efficace pour constituer la culpabilité de l’agresseur. On est bien sur un droit qui n’a jamais été questionné dans sa pesanteur historique. À aucun moment, on ne s’est arrêté pour dire : nous sommes en 2022, il serait temps d’interroger les présupposés sexistes entérinés dans notre droit. »

À l’homme de prouver le consentement

La France pourrait-elle franchir le fossé qui l’éloigne de l’Espagne ? Car de l’autre côté des Pyrénées, après avoir voté une loi-cadre contre les violences conjugales en 2004, le projet de loi « Solo si es si » étend son texte à toutes les femmes victimes de violences sexuelles et les écoute : ce ne sera plus à la femme de prouver qu’elle n’a pas consenti, mais à l’homme de prouver ce consentement.

Toujours prompts à réagir, les adversaires de la loi ont tenté les arguments juridiques pour s’opposer à la révolution en marche : ce texte inverserait la charge de la preuve, ce que réfute Catherine Le Magueresse. « L’Espagne, comme le Canada, la Suède et une vingtaine de pays ayant inscrit le consentement positif ont les mêmes systèmes d’exigence de charge de la preuve reposant sur l’accusation, s’en amuse la docteure en droit. Nous ne sommes pas les seuls à avoir inventé les droits de l’homme ! C’est un principe général du droit : le parquet, le procureur, doit apporter les preuves que, pour lui, la personne qui est mise en cause est coupable. On va analyser les éléments à charge ou à décharge avant de condamner la personne. Et toute personne qui n’est pas jugée coupable est présumée innocente. On va interroger l’agresseur sur quels sont les éléments qui lui ont permis de penser que madame était d’accord. »

Des policiers et des magistrats non formés

Au-delà de cette redéfinition du consentement, la force de la loi organique espagnole repose sur sa prise en charge globale, intégrant prévention, sanction, réparation. Des services publics interdisciplinaires disponibles 24 heures sur 24 sont prévus dans chaque province, ainsi que des centres spécialisés pour mineurs et une éducation sexuelle suivie à plusieurs étapes.

Les femmes étrangères sans papiers victimes de violences sexuelles auront droit à une autorisation de séjour et de travail. Le financement est garanti par la loi, sans dépendre de la volonté fluctuante des gouvernements… Depuis la création des tribunaux spécialisés contre les violences de genre en Espagne en 2004, les formations ont aussi accompagné les juges. Elles vont continuer et s’étendre à d’autres secteurs.

« Si demain nous changeons les lois en France, mais en gardant les mêmes juges, les mêmes policiers, ça n’ira pas mieux, souligne Me Marjolaine Vignola. Non formés, les policiers ne vont pas recueillir les preuves nécessaires dès le début d’un dépôt de plainte. De même que les procureurs ne seront pas capables d’analyser et interpréter les preuves à l’aune de nos connaissances en matière de psychotrauma, de sidération. Sans formation, les juges vont être aveugles aux rapports de pouvoir intrinsèques, par exemple dans une relation de travail entre un supérieur hiérarchique et sa subordonnée… »

La France n'est pas en conformité avec ses obligations

Pour de nombreuses associations féministes, la volonté politique de notre gouvernement fait défaut pour faire advenir en France une telle loi. C’est ce que proclame l’association #NousToutes quand elle appelle à manifester contre la nomination des ministres Gérald Darmanin et Damien Abad bien qu’ils soient accusés de viol par des femmes, ou que d’autres s’insurgent contre le maintien en fonction, annoncé par la toute nouvelle ministre de la Culture, du président du CNC malgré une mise en examen pour tentative de viol et agression sexuelle sur son filleul.

En France, 220 000 femmes sont victimes de violences conjugales chaque année.

« Il y a une quinzaine d’années, on entendait parler de l’Espagne comme d’un pays où une femme mourrait sous les coups de son conjoint tous les trois jours, rappelle Marjolaine Vignola. Suite à cette prise de conscience, il y a eu une volonté politique, poussée par les associations féministes et par les femmes espagnoles, qui s’est ensuite traduite en changement et modification législative. Sans volonté politique chez nous, rien ne changera. »

Catherine Le Magueresse constate également que cette lutte contre les violences sexuelles n’est pas une priorité du gouvernement français. Mais elle est plus optimiste pour la loi. « Progressivement, la France va être entourée de pays qui auront fait ce changement. Nos pénalistes sont encore très résistants à cette modification-là, mais c’est une obligation conventionnelle du Conseil de l’Europe pour tous les pays qui ont ratifié la convention d’Istanbul. Or, la France l’a ratifiée en 2014. Et l’organe qui surveille son application a souligné en 2019 que nous n’étions pas en conformité avec nos obligations. »

Parce que le pouvoir de la loi est aussi pédagogique, que 220 000 femmes sont victimes de violences conjugales chaque année, qu’il y a eu au moins 113 féminicides en 2021, il est temps de dire oui à une vraie loi contre les violences sexuelles.

 

 publié le 23 juin 2022

En Afghanistan, le séisme
aggrave la crise humanitaire

Lina Sankari sur www.humanite.fr

Au moins un millier de personnes ont péri dans le séisme de magnitude 5,9 survenu qui a ébranlé, mercredi 22 juin, le sud-est du pays. Les talibans lancent un appel à l’aide internationale. Depuis le retrait chaotique des États-Unis et le gel des avoirs de la banque centrale afghane, les habitants sont menacés par la famine.

Les maisons en pisé n’ont pas résisté. Partout, un bâti éventré, des blessés évacués sur de simples couvertures, la désolation. Au moins un millier de personnes ont été tuées et 600 autres blessées dans le séisme de magnitude 5,9 survenu à une profondeur de 10 kilomètres qui a ébranlé le sud-est montagneux et isolé de l’Afghanistan, à la frontière avec le Pakistan, mercredi 22 juin.

Une seconde secousse de magnitude 4,5 a frappé quasiment au même endroit à la même heure, selon l’institut sismologique américain. Vers 1 h 30 du matin, les habitants des provinces de Khost et Paktika ont ainsi été surpris dans leur sommeil et le nombre de victimes pourrait encore s’accroître du fait des difficultés d’accès aux sites touchés, mercredi, par la pluie.

Des secousses ressenties jusqu’à Kaboul

Le district de Gayan revêt des airs de « fosse commune », selon le témoignage d’Haji Baqi, un travailleur social, livré au journaliste afghan Bilal Sarwary. « Les gens creusent tombes après tombes », a abondé le chef du service de l’information et de la culture de la province de Paktika, Mohammad Amin Huzaifa. Les secousses ont été ressenties jusqu’à Kaboul, la capitale, et dans le nord du Pakistan, où l’on déplore un mort et quelques maisons endommagées.

Régulièrement frappée par les séismes, la région se situe à la confluence des plaques tectoniques eurasienne et indienne. En 2015, plus de 200 personnes avaient déjà trouvé la mort dans le Nord-Est afghan et le Nord pakistanais lors d’un tremblement de terre. En 1998 et 2002, ce sont 4 500 et 1 000 personnes qui avaient péri des suites de deux puissants séismes.

23 millions d’habitants déjà menacés par la famine

« Nous appelons les agences d’aide à apporter une aide immédiate aux victimes du tremblement de terre afin d’éviter une catastrophe humanitaire », a exhorté, mercredi, le porte-parole adjoint du gouvernement Bilal Karimi sur Twitter alors que le pays est déjà en proie à une crise humanitaire et économique aggravée par la prise de pouvoir des talibans en août 2021.

Des gens vendent déjà leurs enfants et des parties de leur corps afin de nourrir leur famille. »

Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies

23 millions d’habitants sont déjà menacés par la famine et 80 % des dépenses des ménages sont consacrées à la nourriture. De nombreuses agences d’aide internationale ont quitté l’Afghanistan dans le sillage du retrait chaotique des forces américaines et de l’Otan.

Par ailleurs, la sécheresse – parmi les plus graves depuis trente ans – a anéanti les récoltes. « Des gens vendent déjà leurs enfants et des parties de leur corps afin de nourrir leur famille », s’alarmait Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, lors d’une conférence consacrée au pays au printemps.

Dans ce contexte, « le gouvernement fait au mieux de ses capacités, a expliqué Anas Haqqani, un autre haut dirigeant de l’émirat islamique. Nous espérons que la communauté internationale et les organisations humanitaires aideront aussi les gens dans cette situation terrible. »

Le plus important appel de fonds jamais lancé

Par la voix du premier ministre Shehbaz Sharif, le Pakistan a indiqué se tenir prêt à dépêcher des soutiens et l’Union européenne a également fait savoir qu’elle se tenait prête à coordonner l’aide d’urgence.

Fin mars, les Nations unies estimaient qu’environ 4,4 milliards de dollars, soit le triple du montant demandé en 2021, étaient nécessaires au soutien du pays. Cette somme devrait augmenter avec la récente catastrophe. Cet appel de fonds, le plus important jamais lancé pour un seul pays, vise à «  stimuler leur économie, soutenir leur agriculture et assurer le fonctionnement de base des services sociaux », assure Martin Griffiths, secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordinateur des secours d’urgence de l’ONU. Ce dernier estime en outre que la santé et l’éducation sont désormais « à genoux ».

Dans la foulée de leur retrait, les États-Unis ont décrété le gel de 9,5 milliards de dollars d’actifs appartenant à la banque centrale du fait de sa prise de contrôle par les talibans, placés sur la liste des individus sanctionnés par le département du Trésor.

En février, le président Biden signait un décret permettant de mettre la main sur 7 milliards de dollars qu’il entendait allouer pour moitié aux familles de victimes du 11 Septembre. « Il faut rendre l’argent disponible pour que l’économie afghane puisse respirer et que le peuple afghan puisse manger. Les pays riches et puissants ne peuvent ignorer les conséquences de leurs décisions sur les plus vulnérables », presse Antonio Guterres. Pour Martin Griffiths, l’aide « d’une importance vitale » dirigée vers l’Ukraine ne doit toutefois pas faire oublier l’Afghanistan.

 publié le 22 juin 2022

L’évasion fiscale suisse des géants français du matériel électrique

Yann Philippin sur www.mediapart.fr

Les premiers distributeurs mondiaux du matériel électrique Sonepar et Rexel ont créé de discrètes sociétés suisses pour toucher de l’argent des industriels, dont Schneider et Legrand. La justice soupçonne un lien avec l’entente présumée sur les prix mise en place par ces entreprises.

Avec son porche prétentieux et son architecture fadasse, le Geneva Business Center de Lancy est un nid à multinationales typique de l’agglomération genevoise. Mais le 6 septembre 2018, le bâtiment a reçu une visite inhabituelle. La juge d’instruction française Aude Buresi, accompagnée de représentants des autorités suisses, a perquisitionné l’un des locataires : la société Sonepar International Services (SIS), filiale du groupe français Sonepar, mastodonte de la distribution de matériel électrique, qui réalise 22 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Le même jour, une série de perquisitions était menée en France dans la même affaire qui vise quatre géants français du secteur : les fabricants de matériel électrique Schneider (numéro 2 mondial) et Legrand, ainsi que leurs distributeurs Sonepar et Rexel, respectivement numéro 1 et numéro 2 mondiaux.

L’information judiciaire porte sur un vaste système présumé d’« entente illicite » sur les prix destiné à limiter la concurrence, révélé par Mediapart. Mais aussi sur d’autres délits qui avaient été signalés au parquet de Paris par l’Agence française anticorruption (AFA) : « faux et usage de faux », « abus de confiance », « abus de biens sociaux », « corruption » et « blanchiment de fraude fiscale ».

C’est justement au sujet des soupçons de fraude fiscale que la juge Buresi s’est rendue en Suisse. Sonepar et son concurrent Rexel ont en effet créé à Genève de discrètes structures destinées à éluder l’impôt de France, et qui pourraient être liées au cartel présumé, selon une enquête de Mediapart, qui a eu accès à des documents confidentiels issus du dossier judiciaire.

C’est lors d’un contrôle de routine de Sonepar que l’AFA est tombée sur sa filiale genevoise SIS. Cette petite société créée en 2002 ne comptait qu’une quinzaine de salariés en 2018 - ils sont une trentaine aujourd’hui, nous a indiqué Sonepar. SIS facture aux fabricants de matériel électrique, comme Schneider et Legrand, des études sur les ventes de leurs produits.

Un business très lucratif, puisque SIS réalise 70 millions d’euros de chiffre d’affaires par an, versés par environ 40 fournisseurs. Le mastodonte Schneider paye à lui seul 12,3 millions d’euros par an à la filiale suisse de Sonepar.

Son concurrent Rexel, deuxième distributeur mondial de matériel électrique, a fait exactement la même chose : il facture lui aussi des études de marché aux industriels dont il vend les produits, via une structure genevoise créée en 1993 et aujourd’hui nommée Rexel Strategic Suppliers Services (R3S). Selon nos informations, elle réalise un chiffre d'affaires de plusieurs dizaines de millions par an.

Selon nos informations, ces structures suisses de Sonepar et de Rexel ont négocié un « ruling », c’est-à-dire un accord fiscal qui leur a permis de bénéficier d’un taux d’imposition sur les bénéfices compris entre 11 et 14 %, soit près de trois fois moins que le taux de 33 % applicable en France jusqu’en 2021. Grâce à ce système, Sonepar a économisé plus de cent millions d’euros d’impôts, selon une estimation de Mediapart.

Pour que le système soit légal, il faudrait que les données sur les ventes de matériel électrique, que SIS facture à prix d’or aux fabricants, soient achetées aux filiales de Sonepar qui en sont propriétaires, notamment en France.

Mais lors du contrôle de l’AFA, Sonepar a été incapable de fournir le moindre contrat formalisant la vente de ces données au sein du groupe. La juge Buresi soupçonne donc que ces données sont cédées « à titre gratuit » par Sonepar à sa filiale genevoise SIS, afin d’organiser « des remontées fictives de bénéfices » vers la Suisse et « éluder l’impôt en France », écrit-elle dans sa demande d’entraide à la justice helvétique.

« Il existe des raisons sérieuses de soupçonner que les délits de fraude fiscale et de son blanchiment sont ainsi constitués », écrivait pour sa part l’AFA dans son signalement au parquet.

Sonepar a refusé de répondre à nos questions au motif qu’une enquête judiciaire est en cours, mais « conteste fermement l’ensemble des accusations qui sont portées à son encontre et rejette toute responsabilité pénale ». Rexel indique que sa filiale suisse R3S « n’est pas visée par l’information judiciaire » en cours, qu’elle « se conforme aux règles fiscales », et que « son taux d’imposition est nettement supérieur à celui » indiqué par Mediapart (lire l’intégralité des réponses dans l’onglet Prolonger).

La juge Buresi soupçonne par ailleurs que les prestations vendues par SIS aux fabricants comme Schneider et Legrand pourraient être surfacturées. Et qu’elles pourraient constituer une récompense versée à Sonepar « pour sa participation à une entente verticale », c’est-à-dire au cartel présumé révélé par Mediapart et visé par l’enquête judiciaire.

L’Agence française anticorruption écrit elle aussi que « les montants importants prévus dans ces contrats, plus de 12 millions par an pour Schneider, pourraient paraître disproportionnés au regard du service apporté d’analyse des ventes ».

Lorsque l’AFA a réclamé, lors de son contrôle, les contrats passés par SIS avec Schneider et Legrand, la patronne de Sonepar, Marie-Christine Coisne-Roquette, a obstinément refusé de les donner. Mais la justice a fini par mettre la main sur ces documents, qui contiennent des éléments troublants.

La valeur des services rendus pose en effet question. Le contrat entre SIS et Schneider prévoit qu’en plus de l’analyse des ventes, le numéro 2 mondial du matériel électrique paie pour avoir droit à des « séminaires » avec les cadres de Sonepar, destinés à « favoriser, à tous les niveaux, les échanges et la bonne compréhension entre les femmes et les hommes qui sont les acteurs des relations commerciales » (voir notre document). Alors même que la « bonne compréhension » fait partie des relations normales, et a priori gratuites, entre un industriel et le distributeur qui vend ses produits.
 

On retrouve aussi des clauses étranges dans les contrats avec Legrand, qui paie SIS à Genève pour avoir droit à des « réunions stratégiques » avec son distributeur, mais aussi pour obtenir « des informations sur l’évolution du groupe Sonepar » ou encore la « liste très détaillée des principaux contacts et points de vente des sociétés du groupe Sonepar ».

Sonepar, Rexel, Schneider et Legrand n’ont pas souhaité commenter ces points précis. Sonepar répond seulement que sa filiale suisse SIS fournit « des services d’analyse et d’étude à forte valeur ajoutée à des dizaines de partenaires stratégiques du groupe opérant aux quatre coins du monde ». Rexel indique que sa filiale genevoise R3S « réalise notamment des prestations de service de marketing international ».

Autre fait troublant : plusieurs de ces contrats sont rétroactifs. Schneider a signé son premier accord avec SIS en 2006, pour un montant de 6 millions par an à l’époque. L’avenant à cet accord pour la période 2011-2012 a été signé le 24 décembre 2011, plus d’un an après son entrée en vigueur.

Même chose pour le contrat entre SIS et le fabricant de matériel électrique Legrand pour les années 2012 et 2013. Il a été signé en personne par Gilles Schnepp, à l’époque patron de Legrand (il préside aujourd’hui le conseil d’administration de Danone), le 2 avril 2013, soit un an et demi après la date d’entrée en vigueur de l’accord. Le contrat prévoit que Legrand doit verser en Suisse jusqu’à 3,3 % du montant des ventes de ses produits réalisées par Sonepar, ce qui représente des millions d’euros par an.

Contactés à ce sujet, les protagonistes se sont refusés à tout commentaire. Schneider et Legrand se bornent à répondre qu’ils agissent « de manière éthique et responsable » et « dans le strict respect de la législation et de la réglementation en vigueur ».

 publié le 21 juin 2022

On ne lâche rien !

Christophe Prudhomme sur www.humanite.fr

Le résultat des élections n’est pas à la hauteur de nos espérances. Alors que les mesures phares de notre programme recueillent une large majorité d’opinions positives, cela n’a pas suffi pour contrecarrer l’abstention, qui reste majoritaire. Dans notre système politique sclérosé, les petits jeux politiciens ont provoqué un rejet de cette démocratie parlementaire dévoyée notamment par une Constitution qui ne correspond plus aux aspirations de la majorité de la population. Alors que les services publics, en particulier l’hôpital, sont en train de s’effondrer, nous nous retrouvons avec une majorité de députés de droite qui vont vouloir poursuivre la politique de soutien aux cliniques et aux Ehpad privés qui sont dans les mains de leurs amis, dont beaucoup sont actionnaires et qui se gavent avec l’argent de la Sécurité sociale.

Avec une extrême droite renforcée – merci, monsieur Macron, dont les amis ont refusé d’appeler à voter contre le RN –, nous allons assister à un déferlement désinhibé et violent contre les boucs émissaires que sont les étrangers qui viendraient profiter des largesses de notre système social. Malheureusement, beaucoup de nos collègues ont déjà commencé à baisser les bras et nous assistons à des démissions massives et une désertion de l’hôpital. Individuellement, je peux les comprendre, mais seront-ils vraiment plus heureux, ailleurs, en renonçant au métier dans lequel ils s’étaient engagés et qu’ils abandonnent, tristes et désabusés ? Cependant, il est utile dans cette situation de prendre une analogie médicale.

Face à la maladie, il ne faut jamais désespérer et toujours savoir rechercher la petite parcelle d’espoir qui permet de continuer à se battre. Le rassemblement de la gauche autour d’un programme de rupture a redonné de l’espoir, notamment aux plus jeunes. Un groupe renforcé sera présent à l’Assemblée nationale alors qu’en face, aucune majorité stable n’existe. Alors, il va falloir continuer à se mobiliser en répétant que les applaudissements ne suffisent pas pour les soignants, que si les élections ne mobilisent plus, il va falloir peut-être agir différemment sur le terrain. Le mouvement social, s’appuyant sur un très grand nombre de nouveaux députés qui ne sont pas des professionnels de la politique et qui pourront relayer les revendications, est un atout majeur. C’est effectivement une fierté que d’avoir des élus qui savent ce que sont ces fameux métiers de première ligne qui ont permis d’assurer la continuité des services pendant les confinements. Nous n’avons de toute façon pas d’autre choix que de réellement continuer à mettre en œuvre notre slogan « On ne lâche rien », sans oublier que celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu. 

 publié le 20 juin 2022

Keke, députée, à l’Assemblée !

par Cyril Pocréaux 20/06/2022 paru dans le Fakir n°(100)

Il y a quelques mois, on vous racontait la lutte victorieuse de Rachel Kéké, qui vient ce dimanche d’être élue députée, et de ses copines. C’est que des femmes de chambres contre le 6e groupe hôtelier mondial, c’était pas gagné d’avance. Alors, imaginez ce qu’elle pourra faire à l’Assemblée, Rachel !

«  ‘‘Fermez vos gueules ! Fermez vos gueules’’, ils nous criaient. Et même, parfois, ils nous balançaient des trucs sur la tête depuis leurs fenêtres, de l’eau ou des canettes… » Rachel, la femme de chambre, secoue la tête : « Mais plus ils faisaient ça et plus ça nous donnait de la force. » C’est qu’ils étaient contrariés, les clients de l’Ibis Batignolles, à la lisière nord de Paris : pendant huit mois, Rachel et ses copines ont tenu le piquet de grève devant leur hôtel. Un conflit qui aura duré près de deux années.

On rembobine le film : juillet 2019, ces femmes de chambre de l’Ibis, employées de la STN, n’en peuvent plus. Marre des cadences, d’être payées à la chambre, de ne pas bénéficier d’une prime de panier pour manger le midi. « Les mutations pour les salariées en arrêt-maladie, ça a été la goutte d’eau, se souvient Sylvie. Le médecin du travail avait exigé que leur rythme passe de 20 à 10 chambres par jour. Alors, la direction les a mutées ! » Rachel poursuit : « Parce que, faut comprendre, c’est un métier qui détruit le corps, vraiment : on a des tendinites, des douleurs aux genoux. Ça rend malade. »

Le petit groupe identifie vite les responsables. « On est salariées de la sous-traitance, mais c’est Accor qui donne les ordres, non ? Mais ils nous ballottaient comme un ballon de rugby. On a compris que le seul langage possible, ce serait la grève. » Certaines se découragent : elles étaient 34 filles au début, une vingtaine rapidement. C’est là que Claude et Tiziri, de la CGT-HPE, se pointent sur place. « Quand il a vu ça, le patron de la STN nous a dit de ne surtout pas rester avec eux », rigole Sylvie. Raté : au bout d’une semaine, tout le monde est syndiqué.
Reste que « c’est dur, la grève dehors, surtout dans le froid, la pluie, la neige ». La lutte a débordé sur l’hiver. « Parfois, on n’en pouvait plus. Nos familles s’inquiétaient pour nous, moi mes enfants me disaient d’arrêter. »
Des caisses de grève se mettent en place. Elles vont récolter, au final, 280 000 euros – dont 15 000 des postiers grévistes de Sud 92 ! Une fois réglés les frais d’avocats, de quoi tenir ces deux années.

Car en face, Accor réagit : le groupe, quatre mille salariés, fait venir d’autres salariées pour compenser les débrayages. Alors, il faut faire du bruit, plus de bruit, devant le siège du groupe, dans d’autres hôtels, avec des politiques et de la presse.
Et Accor comme STN finissent par céder, lors d’une ultime médiation, en mai dernier. « Leur image en souffrait, tellement elle était salie, analyse Rachel. On a saisi la cravate de Sébastien Bazin, le PDG d’Accor, on lui a serré encore un peu plus, on lui a donné nos conditions et il les a acceptées à 99 %. »

Car elles gagnent sur quasi tout, au final : 7,30 euros de panier repas, travail à la pointeuse et non plus à la chambre, 20 minutes de pause le midi, annulation des mutations, grévistes licenciées réintégrées. « Quand j’ai vu ma fiche de paye, ça a changé, aussi ! » En moyenne, entre 250 et 500 euros de plus par mois.
« On a sorti la tête de l’eau comme la sardine sort de sa boîte. Avoir résisté au 6e groupe mondial, c’est une fierté. » En fait, « il manque juste l’internalisation, mais ça va venir », prévient Rachel. La cravate de Bazin a du souci à se faire : l’appétit vient en gagnant.

D’ailleurs, c’est maintenant à une députée qu’il s’adressera, la prochaine fois qu’il devra parler à Rachel !


 

 publié le 18 juin 2022

Le 19 juin, élisons des députés de combat

Fabien Gay sur www.humanite.fr

Qui aurait pu imaginer un seul instant, au soir du premier tour de l’élection présidentielle le 10 avril dernier qui voyait une nouvelle fois la gauche éliminée du second tour, que, deux mois plus tard, une large coalition de la gauche et des écologistes, la Nupes, serait au coude-à-coude avec l’arc de rassemblement de la majorité présidentielle ? Et pourtant, c’est un fait, et la Nupes a déjà remporté son premier pari. En deux mois, elle a réussi à remobiliser, à redonner l’espoir qu’une autre majorité était possible, et que la retraite à 65 ans, le RSA conditionné au travail gratuit, les salaires bloqués et l’inflation ou plutôt la spéculation rampante n’étaient pas une fatalité.

Même si la gauche progresse de « seulement » 63 889 voix par rapport à 2017, son unité et son rassemblement lui permettent d’être présente au second tour dans quelque 400 circonscriptions (hors outre-mer), d’être en tête dans 194 d’entre elles, et d’avoir déjà quatre députés élus dès le premier tour. La Nupes sera même présente dans 61 circonscriptions face au Rassemblement national. Dès lors, il appartient à tous les démocrates, républicains et à la majorité présidentielle de parler haut et clair, comme la gauche a su le faire pour le second tour de la présidentielle, et de battre largement le RN, qui progresse de 1,3 million de voix par rapport à 2017. Loin d’être vaincue, l’extrême droite reste vivace et ses idées s’enracinent dans la société.

Ce premier tour est un camouflet pour Emmanuel Macron. Pour la première fois depuis l’instauration de la Ve République et alors que les institutions sont conçues pour confier au président élu une large majorité, il se pourrait que les électrices et les électeurs décident de ne pas confier cette majorité absolue, ni même relative, au chef de l’État. Ce serait inédit ! Si tel était le cas, il est possible et probable que le président se retrouve en difficulté pour imposer ses réformes libérales.

Après avoir fait le choix d’un non-débat lors de la campagne de l’élection présidentielle, c’est celui d’une campagne sous anesthésie qui a été retenu pour les législatives. En somme, Emmanuel Macron a pensé que, par le simple jeu des institutions malades de la Ve République, la majorité, à défaut d’exister dans les idées, serait du moins au rendez-vous des urnes.

Ce pari nauséeux – et bien peu démocratique – est raté. Et l’abstention très forte, qui a battu un nouveau record, devrait être entendue à l’Élysée comme un signal très politique. Elle traduit une non-adhésion au projet présidentiel ; et une majorité du peuple ne pense pas que la Macronie aura les réponses à la crise du pouvoir d’achat, à la crise climatique, à la crise du service public, dont l’hôpital et l’éducation sont les plus criantes illustrations, nécessitant d’urgentes solutions.

Les Français et Françaises veulent des réponses politiques à ces problématiques, auxquelles s’ajoute celle de la paix au niveau international. Voici donc le dernier défi des candidats et candidates de la Nupes pour le 19 juin : mobiliser les abstentionnistes par millions, pour être le plus nombreux possible dans la prochaine Assemblée, avec des députés de combat pour défendre l’augmentation des salaires, revenir à la retraite à 60 ans et répondre à l’urgence sociale et climatique.


 

 publié le 17 juin 2022

Dimanche, un scrutin où
tout peut basculer

Cyprien Caddeo et Diego Chauvet sur www.humanite.fr

Législatives Le second tour des élections, le 19 juin, déterminera le sens du quinquennat Macron. La Nupes peut-elle obtenir une majorité de députés, fût-elle relative, ou au moins en priver la Macronie ? On fait le tour des hypothèses.

Opportuniste, Macron à Kiev ? Le déplacement du président en Ukraine, assorti d’un passage au 20 heures de TF1 (lire page 6), à trois jours du second tour des législatives, a tout du fait de campagne déguisé. D’autant qu’Emmanuel Macron n’en est pas à son coup d’essai : le 14 juin, avant de s’envoler pour la Roumanie, il demandait à  « ce qu’aucune voix ne manque à la République ». Sous-entendu, à Ensemble !, sa coalition. La République, c’est eux  ? La gauche ne l’entend pas de cette oreille. Le second tour, dimanche 19 juin, constitue une occasion historique de renverser la table et de faire « bifurquer » le quinquennat vers une politique plus sociale et écologique. Au premier tour, la Nupes et Ensemble ! ont joué des coudes, l’union de la gauche arrivant d’un cheveu en tête (25,85 %, contre 25,78 %). « Ce second tour est un référendum entre les néolibéraux macronistes et les solidaristes de la Nupes », résume Jean-Luc Mélenchon. Dimanche, quatre scénarios se profilent : une majorité relative macroniste, une majorité absolue pour le chef de l’État, une majorité relative pour la Nupes, ou une majorité absolue, donc une cohabitation de gauche.

1. Macron en tête, mais sans majorité absolue

Dans ce scénario, Ensemble ! arrive en tête en nombre de sièges mais n’en glane pas suffisamment pour atteindre le seuil des 289 députés nécessaires pour la majorité absolue. Puisqu’il y a essentiellement des duels Nupes-Ensemble ! au second tour, cela veut dire aussi que la Nupes aurait autour de 200 sièges, au moins. Autrement dit, le chef de l’État n’aurait pas tout à fait les mains libres pour gouverner : sa majorité ne pourrait user du 49-3, sur les retraites par exemple (comme en 2020), car celui-ci engage la responsabilité du gouvernement devant le Parlement. Or, avec moins que la majorité absolue, la Macronie serait bien plus exposée aux motions de censure de l’opposition, et l’exécutif pourrait être renversé. « Quoi qu’il arrive, si cette hypothèse advenait, Macron serait plus faible que jamais, analyse Ian Brossat, porte-parole du PCF. Se serait exprimée une très forte aspiration au changement et à la justice sociale. Il sera contraint de tenir compte de tout ça. » Les macronistes devront aussi chercher des appuis en dehors de leur camp. À en juger par leurs réactions paniquées, ils ne sont pas prêts. « Une majorité relative serait une folie, s’affole l’ex-premier ministre Édouard Philippe dans le Figaro. Ce serait un désordre politique qui viendrait s’ajouter à l’instabilité et aux dangers du monde actuel. » Rien que ça. « Avec qui voudront-ils gouverner ? Y aura-t-il une convergence des droites ? » s’interroge, plus rationnel, le cadre socialiste Maxime des Gayets. Dans ce cas de figure, LR deviendrait un arbitre privilégié des réformes de la Macronie et serait en position de force dans les futures négociations (tout en ayant, paradoxe, perdu quasiment la moitié de ses effectifs de députés). À moins qu’Ensemble ! ne tente de débaucher chez les quelques députés régionalistes ou divers gauche.

Et la Nupes, alors ? Battue, elle resterait néanmoins, et de loin, la première force d’opposition à l’Assemblée. Elle obtiendrait la présidence, très stratégique, de la commission des Finances, traditionnellement dévolue au premier groupe d’opposition – à condition que la Macronie ne s’asseye pas sur la coutume. « Ce qui nous était inaccessible, tels que les référendums d’initiative partagée, les motions de censure, les commissions d’enquête parlementaire, c’est-à-dire un véritable contrôle de l’action du gouvernement, deviendrait envisageable », rappelle Julien Bayou, numéro un d’EELV.

2. Majorité macroniste, le scénario du pire

C’est la plus mauvaise hypothèse pour la Nupes, et la seule qui contenterait Emmanuel Macron. Avec 289 députés ou plus, Jupiter atteindrait son objectif d’avoir « une majorité solide » pour passer ses réformes a priori sans contrainte parlementaire : retraite à 65 ans, RSA conditionnés à 15 à 20 heures de travail hebdomadaire, marchandisation de l’école… En tout cas, il n’aurait pas à faire ce qu’il redoute le plus : devoir discuter avec d’autres forces politiques que la sienne, fût-ce « Les Républicains ». On connaît le mépris du chef de l’État pour le Parlement, pas assez rapide à son goût, et sa propension à abuser d’ordonnances et de décrets, quand il ne s’appuie pas tout simplement sur un conseil de défense. La création d’un « conseil national de la refondation », annoncé pour le 22 juin et où seront « discutées les réformes », est déjà une tentative évidente de contourner l’Assemblée en inventant une nouvelle institution ex nihilo.

En cas de victoire complète, les macronistes se réjouiront sans doute que les Français aient fait le choix de la « stabilité ». « Je ne suis pas certain qu’en cas de victoire de Macron, il y ait beaucoup plus de clarté », rétorque Maxime des Gayets, qui estime que la majorité sortante a « esquivé la confrontation démocratique » pour « éviter que certains débats ne soient tranchés par cette élection ». Reste que, malgré l’échec pour la Nupes, qui a fait campagne dans l’optique de remporter la victoire, la gauche augmenterait son nombre de députés. Elle se consolerait avec les prérogatives que lui offrent ces nouveaux élus (voir premier point). L’insoumise Clémence Guetté se veut optimiste, même dans ce scénario du pire : « On peut gagner, on fera tout pour. Mais dans ce cas-là, on a vu dans le mandat précédent que sa majorité a pu se fissurer. Et parfois, ça pouvait être très juste au niveau des votes. Alors qu’à gauche, nous n’étions qu’une soixantaine. La configuration sera différente, et on pourra bloquer. »

3. La Nupes a un pied à Matignon

La Nupes est en tête… mais faute d’atteindre le seuil des 289 députés, sa majorité n’est que relative. Ce serait une victoire politique évidente pour la gauche rassemblée et une déroute historique pour la majorité sortante. La gauche pourrait légitimement réclamer le gouvernement en tant que première force, mais une coalition LR-LaREM pourrait refuser de lui voter la confiance. Macron, d’un autre côté, serait privé de légitimité politique pour passer ses réformes de casse sociale. La France serait-elle alors ingouvernable, comme le martèle le président ? Le scénario n’est pas inédit : il a d’ailleurs déjà eu lieu en 1988. Le PS de Mitterrand n’avait glané que la majorité relative et a composé jusqu’en 1993 avec les communistes et le centre droit. « Ça créerait une situation inédite dans laquelle il est très difficile de se projeter, concède toutefois Clémence Guetté. Macron risquerait d’être à l’offensive sur la formation du gouvernement. » Mais la Nupes aurait une marge de manœuvre pour lui opposer des motions de censure (58 députés sont nécessaires pour en déposer, et il en faut 289 pour que l’exécutif soit renversé).

Il faudrait en tout cas que la gauche rassemblée se trouve des alliés pour passer ses propositions de loi comme l’augmentation du Smic ou la retraite à 60 ans . « On trouvera bien quelques renégats de LaREM, issus de la gauche, pour nous prêter main-forte, veut croire le communiste Ian Brossat, railleur . L’avantage des opportunistes, c’est qu’ils peuvent retourner leur veste dans les deux sens. » Ce « scénario à l’allemande » (en référence à la culture de la coalition outre-Rhin) signerait le retour d’un parlementarisme fort, où les groupes échangent et négocient, loin de la parodie qu’en a fait Macron.

4. La gauche s’assure une cohabitation

C’est l’objectif de la Nupes : obtenir une majorité absolue avec au moins 289 députés à l’Assemblée. Jouable, même si la marche est haute : il faudra un gros sursaut de mobilisation, notamment chez les 18-24 ans (69 % d’abstention au premier tour, selon Ipsos). Dans ce cas, la vie politique telle qu’on la connaissait depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir en 2017 basculerait. Le président de la République en a bien conscience, et c’est pour discréditer ce scénario qu’il a souligné durant la campagne que personne ne pourrait lui imposer le nom d’un premier ministre. « Macron ne pourra pas faire abstraction de la Constitution de notre pays et des rapports de forces politiques, lui rétorque l’insoumise Clémence Guetté. S’il ne nommait pas Mélenchon premier ministre, je rappelle qu’il y a tout de même un vote de confiance… »

La gauche deviendrait la première force politique du pays et, avec une majorité absolue, serait en mesure d’emporter le bras de fer contre l’Élysée. Un gouvernement issu de ses rangs serait alors nommé, avec Jean-Luc Mélenchon premier ministre, et c’est bien son programme qui commencerait à s’appliquer : Smic à 1 500 euros, revenu de 1 063 euros pour les jeunes, retraite à 60 ans, démarrage d’un vaste chantier de transition écologique… Bien entendu, celui-ci ne se mettrait pas en place sans rencontrer de fortes résistances. « La gauche au gouvernement a toujours rencontré des difficultés, rappelle le socialiste Maxime des Gayets. Et ce sont les mobilisations sociales » qui lui apporteront un appui décisif, selon lui. « Il faudra de toute façon construire des coalitions, partisanes mais aussi sociales, ajoute-t-il. C’est le principal enjeu. »

 publié le 16 juin 2022

Les mesures que la Nupes portera à l’Assemblée expliquées par les candidats

sur www.humanite.fr

Le 19 juin aura lieu le second tour des élections législatives. Et une nouvelle force peut s’imposer, celle des formations de gauche et écologistes unies sous la bannière de la Nupes. Au contraire de la majorité présidentielle, elle propose de porter immédiatement le Smic à 1 500 euros, de revenir à la retraite à 60 ans, de nationaliser EDF et Engie pour créer un grand service public de l’énergie, et de redonner vie, sens et moyens à tous les services publics de fonctionner sur tout le territoire pour assurer l’égalité républicaine. L’espoir est là, comme le démontrent des responsables et des candidats des différentes formations que nous avons interrogés.

Forte d'un programme commun, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale est qualifiée pour le second tour dans près de 400 circonscriptions.

 

« Nous prendrons l’argent là où il se trouve »

Olivier Faure, premier secrétaire du PS et candidat en Seine-et-Marne

« Il n’y a pas d’argent magique”, mais il y a des prestidigitateurs. Ceux-là savent faire oublier leur immense fortune pour se soustraire à l’impôt. Ils disposent à l’Élysée d’un complice. Le président s’était engagé à revenir sur ces cadeaux si aucun “ruissellement” n’était constaté, mais rien n’ébranle sa foi libérale. Le problème, c’est que, quand ce ne sont pas les plus riches qui paient, ce sont tous les autres à qui est présentée la facture ! La retraite à 65 ans n’a ainsi pas vocation à financer nos retraites. Elles le sont déjà. Le but est ailleurs.

Le gouvernement s’est engagé auprès de Bruxelles à honorer les 3 % de déficit du pacte de stabilité, qui a pourtant volé en éclats avec la crise sanitaire. Ce choix suppose une réduction annuelle de 80 milliards sur le budget de l’État. Comment le financer ? Pas par une fiscalisation des hauts revenus et des entreprises puisque c’est la promesse faite à ses soutiens. Quel plan caché ? La hausse de la TVA. Et si le gouvernement y renonçait parce qu’elle pourrait s’avérer coûteuse politiquement ? Il ne restera alors qu’à laisser se dégrader nos services publics.

La Nupes propose à l’inverse de prendre l’argent là où il se trouve. Alors, oui, nous rétablirons l’ISF et l’exit tax. Nous abrogerons la flat tax. Nous prélèverons sur les profits exceptionnels. Nous imposerons les bénéfices réalisés sur notre sol par les entreprises qui exfiltrent leurs profits pour échapper à la contribution au bien commun. »

Au programme de la Nupes 8 grands thèmes dont : Revenir sur les privatisations et défendre notre outil industriel 


« Faisons de la santé un bien commun »

Mathilde Panot, présidente du groupe FI à l’Assemblée et candidate dans le Val-de-Marne

La crise du Covid-19 a servi de révélateur à une situation déjà critique : dans le Val-de-Marne, à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre, en octobre 2021, 5 enfants en situation d’urgence vitale n’ont pas pu être admis aux urgences pédiatriques faute de lits et de soignants. À l’hôpital gériatrique d’Ivry-sur-Seine, ce sont 100 lits fermés et 1 infirmière pour 82 patients. La Macronie est comptable de ce bilan : 4 milliards d’euros d’économie ont été imposés à l’hôpital public, les soignants sont épuisés et fuient la profession, 17 500 lits ont été fermés, dont 5 700 en plein Covid.

Partout où les services publics deviennent un décalque de l’entreprise, ils échouent à leur mission première d’intérêt général. Il nous faut sortir de la tarification à l’activité et instaurer le remboursement à 100 % des soins prescrits. La santé comme droit exige de rouvrir des maternités, des Ehpad à but non lucratif et des services d’urgence partout sur le territoire, et de lutter contre les déserts médicaux. Elle impose d’enclencher un plan massif de recrutement de soignants et de revalorisation des salaires. Elle exige de reconstruire le service public de la psychiatrie, d’augmenter les financements publics de la recherche et de développer la santé environnementale.

Mettre fin à la mainmise du marché dans la santé, c’est la consacrer comme bien commun. Telle est l’ambition humaniste que se donne la Nouvelle Union populaire écologique et sociale ! »

Au programme de la Nupes 8 grands thèmes dont : Faire passer la santé d’abord et reconstruire les établissements de santé publics


« Augmenter les salaires, c’est une urgence »

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et candidat dans le Nord

L’explosion des prix, dans de nombreux secteurs, impose d’augmenter au plus vite les salaires. Des millions de Français sont contraints de devoir choisir entre se nourrir, payer le loyer ou les factures de gaz et d’électricité. Pour d’autres, ce sont les sorties, les vacances qui passent à la trappe.

Il faut en finir avec cette politique de bas salaires imposée depuis des années par le Medef et les gouvernements successifs. C’est une urgence. Ni Macron ni Le Pen ne proposent d’augmenter les salaires ! Nous, nous proposons de revaloriser immédiatement le Smic à 1 923 euros brut (1 500 net). Dans la foulée, nous demanderons aux différentes branches professionnelles d’augmenter l’ensemble des salaires en revoyant les conventions. Dans le secteur public, c’est l’État qui décide : nous proposons d’augmenter de 10 % le point d’indice dès le 1er juillet, puis de 20 % dans les cinq prochaines années.

Les grands groupes qui distribuent des dividendes ont les moyens de prendre en charge ces hausses. Pour aider les petites et moyennes entreprises, nous proposons de baisser les charges financières, d’assurances et d’énergie. Elles doivent aussi pouvoir bénéficier de crédits bancaires à taux bonifié. L’État doit les accompagner en conditionnant les aides aux entreprises à leur politique en matière de salaires.

C’est non seulement une question de dignité et de justice pour les salariés, mais aussi une condition pour sortir de la crise actuelle. »

Au programme de la Nupes 8 grands thèmes dont : Augmenter les salaires et réduire les inégalités salariales dans l’entreprise


« La retraite à 60 ans, une victoire pour les précaires »

Gabriel Blasco, candidat Nupes-PCF dans l’Hérault

« Le bilan de Macron est déjà désastreux pour nos aîné-e-s, entre la loi grand âge abandonnée et la dégradation des conditions de vie des personnes âgées dans les Ehpad. Maintenant, c’est notre système de retraite qui se trouve dans le viseur de la droite, de Macron à Le Pen. Ils veulent, par dogmatisme, nous faire travailler plus longtemps et supprimer les régimes spéciaux. Nous, nous proposons de garantir une retraite digne : c’est un choix politique. “Il faut faire de la retraite non plus l’antichambre de la mort mais une nouvelle étape de la vie”, disait Ambroise Croizat. Ce droit à la retraite à 60 ans sera une victoire pour les plus bas salaires et les plus précaires. Avec une retraite à 60 ans à taux plein, après quarante annuités de cotisation et une attention particulière pour les carrières longues, discontinues et les métiers pénibles. Avec une retraite portée au minimum au niveau du Smic, des pensions revalorisées pour une carrière complète, et un minimum vieillesse au niveau du seuil de pauvreté. »

Au programme de la Nupes 8 grands thèmes dont : Garantir une retraite digne


« L’inflation n’est plus vivable, bloquons les prix »

Rachel Kéké, candidate Nupes-FI dans le Val-de-Marne

« Je suis gouvernante dans l’hôtellerie à Paris, où, avec mes collègues, j’ai mené une lutte de vingt-deux mois pour améliorer nos conditions de travail. Nous avons fini par gagner ! Aux législatives, je suis face à une candidate de la majorité, Roxana Maracineanu, mais ils ne connaissent pas la vie des gens. Ils ne savent pas ce que c’est que de vivre avec un Smic pour nourrir une famille. À l’Assemblée, je ferai entendre la voix des travailleurs essentiels.

Avec une inflation de plus de 5 % depuis le début de l’année, ce n’est plus vivable. Je rencontre des parents qui n’arrivent plus à remplir leur chariot. Je rencontre des salariés de la grande distribution qui ne peuvent même plus faire leurs courses dans le magasin où ils travaillent. Pour d’autres, c’est le plein d’essence qui ampute leur salaire.

Nous nous battrons pour bloquer les prix de l’essence à 1,4 euro et pour garantir l’accès à un panier de produits, en particulier à cinq fruits et légumes de saison à prix bloqués. Nous maîtriserons aussi le prix des premières unités d’énergie pour que chacun puisse se chauffer décemment. »

Au programme de la Nupes 8 grands thèmes dont : Éradiquer la pauvreté


« En finir avec le mépris dans l’éducation »

Mélanie Thomin, candidate Nupes-PS dans le Finistère

Il faut d’urgence s’attaquer aux inégalités dans le système éducatif et reconstruire une école émancipatrice. Cela commence par la prise en charge des frais – manuels, fournitures, cantine et transport scolaire – qui pèsent sur les familles les plus modestes. Près d’un million d’enseignants ont aussi été méprisés par le président sortant avec une politique verticale et autoritaire portée par Jean-Michel Blanquer. Il est temps de revaloriser ces personnels et de renforcer les moyens pour les établissements. Le recrutement d’enseignants, d’assistants d’éducation, d’assistants pédagogiques, de psychologues scolaires et d’AESH renforcera un modèle éducatif inclusif. De même, Parcoursup doit disparaître pour laisser la place à un service public national de l’orientation qui associera les régions. La société se construit avec les enfants et les jeunes d’aujourd’hui. Faisons toutes et tous en sorte que notre jeunesse soit au cœur des politiques de demain. »

Au programme de la Nupes 8 grands thèmes dont : Reconstruire une école globale pour l’égalité et l’émancipation


« Une transition pour le climat et le pouvoir d’achat »

Julien Bayou, secrétaire national d’EELV et candidat à Paris

Emmanuel Macron est le champion de l’inaction climatique. Il a été condamné deux fois pour cela. Il a réintroduit les néonicotinoïdes, alors qu’il disait vouloir interdire le glyphosate. Il promettait 80 000 rénovations thermiques, qui auraient permis d’avoir moins chaud en été et de se chauffer correctement en hiver, tout en étant bénéfiques pour le climat. Il en a fait environ 2 500, soit 30 fois moins. La France est aussi le seul pays en Europe à ne pas avoir respecté ses objectifs de développement des énergies renouvelables.

Nous, nous prenons tout ça au sérieux. Notre programme prévoit de diminuer de 65 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Nous proposons un plan massif de rénovation thermique – sans avance et zéro reste à charge –, qui permettra d’agir en faveur du climat, mais aussi de l’emploi, de la santé et du pouvoir d’achat. Cela représente de 70 à 100 euros d’économies par mois, c’est-à-dire un treizième mois écolo. Faire la transition écologique, c’est pour demain, pour nos enfants. Mais c’est aussi pour aujourd’hui : si on était déjà passé à l’action, on serait moins dépendant du gaz russe, on souffrirait moins de la canicule. Si nous sommes dans la décennie pour le climat, cela ne signifie pas que l’on doit attendre dix ans pour agir. Pour la rénovation thermique, par exemple, il faut former des dizaines de milliers de personnes. Cela représente l’équivalent du grand plan lancé par Roosevelt aux États-Unis dans les années 1930. »

Au programme de la Nupes 8 grands thèmes dont : Instaurer la souveraineté alimentaire par l’agriculture écologique et paysanne


« La sûreté doit être un droit garanti à tous »

Alice Assier Candidate Nupes-Génération·s en Haute-Garonne

Les gouvernements libéraux successifs ont organisé le démantèlement des missions de service public de la police. Avec la gauche, l’impunité ne vaudra pour personne. Et nous disons bien : pour personne. La sûreté doit être un droit garanti à toutes et tous. Le renforcement des moyens et de la formation de la police sera donc prioritaire. Nous rétablirons la police de proximité et arrêterons la contre-productive “politique du chiffre”. Le droit de manifester doit être garanti et donc la doctrine de maintien de l’ordre révisée. Mais la sécurité est une question globale, qui ne se résume pas à ce qu’en fait la droite. C’est pourquoi nous renforcerons les polices de l’environnement et de l’eau, pour garantir que nos biens communs soient protégés. » 

Au programme de la Nupes 8 grands thèmes dont : Refonder la police pour garantir le droit à la sûreté


 


 


 

Législatives. Mélenchon à Toulouse :
« Macron, c’est le chaos économique »

Bruno Vincens sur www.humanite.fr

Face au président qui promet un « désordre français » en cas de victoire de la gauche, Jean-Luc Mélenchon et la Nupes, en meeting à Toulouse, mardi, ont riposté, déroulant leur projet de justice sociale et climatique. Avec un impératif : ramener aux urnes, dimanche, les jeunes et les classes populaires.

Toulouse (Haute-Garonne), correspondance.

Primature : nom féminin désignant les fonctions du premier ministre. Mardi soir, lors de son meeting à Toulouse, Jean-Luc Mélenchon a usé de ce mot et élargi son acception, y incluant aussi le gouvernement et la politique bientôt à l’œuvre si la gauche unie gagne les élections législatives. « Le 19 juin, ce sera un référendum entre les néolibéraux macronistes et les solidaristes de la Nupes », annonce-t-il. Très vite, le candidat à Matignon vise Emmanuel Macron. Celui-ci, depuis le tarmac ­d’Orly d’où il s’envolait pour visiter les troupes françaises en Roumanie, avait, un peu plus tôt, mélangé ses casquettes de chef des armées et de chef de la coalition libérale, appelant à « ne pas ajouter un ­désordre français à un désordre mondial ».

La réponse de Jean-Luc Mélenchon est d’abord ironique : « Son bateau coule, Macron prend l’avion. » Puis, plus sérieuse : « La stabilité programmatique est chez nous. Nous savons où nous allons. Macron, c’est le chaos économique et aussi politique. Il ne peut pas se représenter en 2027, donc la guerre de succession dans son camp va commencer dès maintenant. » Et il soupçonne le président de la République d’avoir considéré ces législatives comme une simple formalité, d’où ce voyage à l’étranger programmé entre les deux tours.

« Le changement climatique provoque des destructions de masse »

Jean-Luc Mélenchon le souligne : « C’est la première fois dans l’histoire de notre pays que la gauche présente au premier tour des candidats communs. » Il se dit « fier de ce que nous avons réussi en si peu de temps ». Et pose cette question : « Si les macronistes ne peuvent pas avoir la majorité absolue, c’est à cause de qui ? » « De la Nupes ! » répondent en chœur les presque deux mille personnes qui remplissent la salle Mermoz.

Si l’ambiance est chaude pour ce meeting toulousain, on ne le doit pas seulement au thermomètre qui affiche 37 °C, mais aussi à l’espoir que suscite la Nupes. « On est là ! On est là ! » entonne spontanément la foule. « Empêcher Macron de mener sa politique, c’est indispensable, c’est l’urgence absolue », explique Samuel, 28 ans. Parmi les mesures qu’il espère voir appliquées par la coalition de gauche, il cite en premier la retraite à 60 ans. Quant à Floriane, 27 ans, ingénieure dans l’aéronautique, elle attend de la Nupes « un progrès social et écologique, des investissements dans la transition énergétique ». Un programme réaliste ? « Oui, c’est une question de volonté politique. » De son côté, Mathieu, 42 ans, espère qu’une victoire signifiera « une clarification politique à gauche contre le libéralisme économique et une transition vers une société débarrassée des blocages du capitalisme ». Pour lui, le niveau de la participation au second tour sera « crucial ».

À la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a frôlé les 26 % en Haute-Garonne et les 37 % à Toulouse. Il se trouve ici en terrain favorable et sa venue a pour but de pousser l’avantage acquis le 12 juin : les candidats de la Nupes sont qualifiés pour le ­second tour dans les dix circonscriptions de la Haute-Garonne. La Nupes espérait ici quatre ou cinq députés, elle brigue désormais deux élus supplémentaires.

La dynamique est clairement de ce côté. Pour que l’essai soit transformé, il lui reste à convaincre les jeunes et les habitants des quartiers populaires de se rendre aux urnes. « Si les jeunes votent dimanche, la Nupes sera majoritaire ! » s’écrie la candidate Alice Assier, 25 ans, arrivée en tête dans la 10e circonscription. Dans un message vidéo, le responsable du PCF Pierre Lacaze, présent également dans la salle, exprime l’espoir des communistes de « mettre fin à la­ politique du président des riches » et de voir « la France entrer à nouveau, dimanche prochain, dans l’histoire du progrès ­social ». Pour y parvenir, « la question est de savoir combien de personnes vous allez mener au vote dimanche ! » lance Jean-Luc Mélenchon à l’adresse des militants présents.

Parmi les mesures de la coalition de gauche les plus attendues : la retraite à 60 ans.

Dans une vibrante allocution de près d’une heure et demie, le chef de file de la Nupes aborde les questions environnementales. « Le néolibéralisme est un système dangereux, incapable de se corriger de ses ­erreurs car, quand il en commet, il s’enrichit. Mais nous sommes en grand danger, prévient-il, le changement climatique provoque des destructions de masse. » L’insoumis embraye aussi sur un autre des grands enjeux qui opposent la Nupes à la Macronie et son « travailler plus ». « La retraite à 60 ans libère 830 000 postes de travail ! » martèle-t-il, refusant de voir se perpétuer des pensions de retraite inférieures à 80 % du Smic. « Il ne faut pas dire qu’il n’y a pas d’argent en France, il y en a beaucoup. » À l’approche d’un second tour décisif, Jean-Luc Mélenchon insiste sur le message que la gauche unie adresse à la société : « On va tout changer et on va le faire ensemble. »

 publié le 15 juin 2022

Non à l’économie de guerre proposée par E. Macron lors du salon mondial des ventes d’armements Eurosatory

Communiqué de presse sur www.mvtpaix.org

Le président Macron multiplie les décisions politiques qui engagent la France dans une logique de guerre permanente.

Au salon mondial des ventes d’armement Eurosatory, le lundi 13 juin 2022, le président Macron a déclaré vouloir « engager la France dans une économie de guerre qui doit s’installer sur le long terme ». Le même jour, un arrêté préfectoral interdisait tout rassemblement aux alentours du salon des ventes d’armes avec l’objectif clair d’interdire au Mouvement de la Paix et à l’association « Stop fuelling war » de déployer une banderole condamnant le commerce des armes. Interdiction immédiatement mise en œuvre par les forces de police, alors que l’interdiction n’avait pas été signifiée aux deux organisations qui avaient informé légalement les autorités préfectorales de la tenue de cette action.

Ces décisions sont graves.

Le président Macron non seulement porte atteinte au droit de manifester, mais surtout multiplie les décisions politiques qui engagent la France dans une logique de guerre permanente qui s’exprime plus particulièrement par :

  • La mise en œuvre d’une loi de programmation militaire engageant la France dans le doublement des crédits consacrés aux armes nucléaires, en faisant passer ce budget de 3,7 à 7 milliards d’euros par an, soit sur 15 ans 100 milliards d’euros pour de nouvelles armes atomiques, alors que le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires est entré en vigueur le 22 janvier 2021.

  • Par décret du 17 avril 2022, il vient de supprimer le corps diplomatique qui était un outil indispensable pour pérenniser un corps de diplomates compétents susceptibles d’agir pour la paix aux quatre coins du monde. (voir notre communiqué)

  • Hier, il a validé par sa présence un commerce mortifère dans lequel la France occupe la troisième ou quatrième place selon les années au plan mondial et contribue à semer la mort au Yémen, en Égypte et ailleurs, en violation du droit européen qui interdit les ventes d’armes à des Etats en guerre, ou susceptibles d’utiliser ces armes contre leur population.

  • Aujourd’hui, il franchit un nouveau pas extrêmement dangereux, en affirmant qu’il est nécessaire d’engager la France dans une économie de guerre faite pour durer. (lien 1, lien 2, lien 3)

Le Mouvement de la paix a condamné avec fermeté l’agression de la Russie contre l’Ukraine et demandé que la France agisse pour un cessez-le-feu immédiat et une solution diplomatique négociée, et par courrier du 28 février adressé au Président de la République, il a fait une série de propositions pour stopper la guerre en Ukraine tout en demandant au président de la République de ne pas s’installer dans la guerre.

La France, au contraire, doit prendre des initiatives au plan Européen et mondial pour un cessez-le-feu immédiat en Ukraine et pour une solution négociée évitant des milliers de morts. La réponse aux grands problèmes sociaux et écologiques auxquels l’humanité toute entière est confrontée exige une économie de paix portant des politiques économiques, sociales, culturelles et environnementales au plan national et international pour construire une sécurité humaine et écologique ayant pour objectif la réalisation des objectifs de développement durable (ODD), c’est-à-dire la construction d’un monde de justice sociale et écologique, de solidarité et de paix.

Plus que jamais, la mobilisation de l’opinion publique, pour la défense de la paix et la promotion d’une culture de la paix est nécessaire, c’est pourquoi le Mouvement de la Paix appelle ses comités, ses militants, la population à se mobiliser :

  • Pour un cessez-le-feu immédiat en Ukraine et une solution diplomatique négociée ;

  • Pour que la France signe le traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) entré en vigueur le 21 janvier 2021, alors que les 86 états signataires de ce traité se réunissent du 21 au 23 juin à Vienne pour avancer dans la mise en œuvre de celui-ci. (voir notre pétition)

  • En signant la pétition demandant la levée du secret sur les ventes d’armes en France ;

  • En exigeant que le président de la République revienne sur sa décision de supprimer le corps diplomatique ;

  • Appelle à des délégations unitaires auprès des autorités pour faire connaître ces exigences dans les deux semaines à venir ;

  • Appelle tous ses ami·e·s à rejoindre le Mouvement de la Paix soit en adressant une lettre ou un mail demandant à être membre du Mouvement de la Paix à national@mvtpaix.org, soit en adhérant en ligne (cotisation minimale 2022 fixée à 5 euros) ;

  • Appelle à créer dans toutes les communes, les universités, les lycées, les hôpitaux et les entreprises, des comités de paix pour aider au rassemblement et à l’action pour construire un monde de paix et une France de paix.


Pour son avenir, l’humanité n’a d’autre chemin que la Paix

 

Le Mouvement de la Paix
Saint-Ouen, le 14 juin 20
22

 

 publié le 14 juin 2022

La France peut-elle assurer
la sécurité des JO de 2024 ?

Pierre Chaillan sur www.humanite.fr

Après la finale de la Ligue des champions de football, le 28 mai, au Stade de France, le doute s’installe concernant les capacités de notre pays à accueillir les grandes manifestations sportives.


 

Depuis 2018, la doctrine privilégie la nasse. Sans un recrutement de personnel et un changement de logique, l’organisation des Jeux est sujette à question.

Nicolas Bonnet-Oulaldj Président du groupe PCF au Conseil de Paris

Catastrophe, échec, désastre : si vous avez suivi la finale de la Ligue des champions, vous savez que ces qualificatifs ne décrivent pas le match mais l’organisation de la sécurité autour de cet événement international. Le résultat, nous le connaissons : des débordements au Stade de France, des policiers dépassés, des touristes et des enfants gazés et brutalisés. Un véritable fiasco international pour la France et Paris. Pourtant, la France était connue pour son savoir dans l’accueil des grands événements internationaux. Pour preuve, en 2016, avec l’organisation de l’Euro de football qui avait rassemblé plus de 90 000 personnes sur le Champ-de-Mars.

Mais, depuis 2018, un changement de la doctrine qui consiste à aller vers des logiques de nasse plutôt que de dés­escalade, et une absence de respect des partenaires et de la coopération ont conduit à la situation que nous connaissons aujourd’hui. En 2024, plus de 10 millions de personnes sont attendues à l’occasion des jeux Olympiques et Paralympiques (JOP). Et la cérémonie d’ouverture aura lieu sur la Seine, en plein cœur de Paris, nécessitant un dispositif de sécurité exceptionnel.

Or, aujourd’hui, plusieurs conditions ne sont pas réunies. D’abord, en plus des forces de police nationale et de gendarmerie, plus de 30 000 agents de sécurité seraient nécessaires pour organiser la sécurisation des différents événements, selon les propos du préfet Cadot. Nous n’avons pas ces forces. Si les JOP avaient lieu demain, moins de la moitié de ces agents pourraient être pourvus par les sociétés de sécurité privée. Une difficulté s’ajoute à cette situation : une grande partie de ces agents doivent être des femmes, difficiles à recruter dans ce secteur. Face à ce problème, le gouvernement propose de lancer une formation spéciale accélérée comprenant beaucoup moins d’heures que la formation initiale. Cette proposition ne répond ni aux exigences de compétences en termes de sécurité, ni à l’exigence d’attractivité de l’emploi. C’est le rôle du service public d’assurer ces exigences et non celui de sociétés privées.

Ensuite, la doctrine du maintien de l’ordre organisée par le préfet Lallement et le ministre de l’Intérieur ne permet pas aujourd’hui d’envisager l’organisation d’un grand événement dans la sérénité. Le choix de la violence, de la répression et de l’utilisation d’outils tels que le gaz lacrymogène, les lanceurs de balles ou la bombe au poivre n’est pas en adéquation avec l’image que nous souhaitons transmettre au niveau international.

Si nous souhaitons assurer la sécurité des JOP 2024, ces deux problématiques doivent être résolues. Il existe des solutions : la première doit être celle d’un changement radical de la doctrine du maintien de l’ordre dans la capitale. La seconde est celle des parcours d’insertion en lien avec les métiers des jeux Olympiques : ils doivent être lancés dans tous les territoires concernés par les JOP, en partenariat avec les associations sportives et les collectivités.

Le rapport « La violence et le sport. Le sport contre la violence » sur   Rapport final violence.doc (vie-publique.fr)


 

Le traitement réservé aux supporters de Liverpool est un mauvais signal. Il correspond à une vision d’un contrôle rigide de masses dangereuses.

Patrick Mignon Sociologue, chercheur à l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep)

Les événements qui se sont déroulés au Stade de France, le 28 mai, ont fait naître des doutes quant à la capacité de la France à organiser des grandes manifestations sportives.

Pourtant, elle a déjà accueilli plusieurs grandes compétitions internationales dans différentes disciplines. Certes, les jeux Olympiques constituent un défi plus grand que d’autres en termes de nombre de personnes susceptibles de prendre part aux multiples manifestations, sportives et culturelles, prévues ; des foules où se mêleront amateurs des différents sports, touristes et badauds.

On imagine mal les forces de l’ordre intervenant de la manière dont elles ont agi au Stade de France pour rétablir la sécurité mise en danger par quelques supporters ne comprenant pas pourquoi ils ne pouvaient pas rentrer dans le stade alors qu’ils avaient leur billet.

La manière dont ont été traités les supporters de l’équipe de Liverpool est un mauvais message envoyé aux prochains visiteurs. Elle est aussi problématique pour les objectifs et les effets positifs attribués à l’organisation d’un grand événement sportif.

La Coupe du monde de football 1998 avait soulevé de grands espoirs : un monument sportif au milieu d’un département populaire et déshérité, une issue sportive heureuse, des manifestations d’unité dans la nuit du résultat et les jours qui ont suivi la victoire des Bleus, et la célébration de la France Black-Blanc-Beur. Mais ils ont été déçus, par manque d’anticipation et par manque de volonté politique.

Les désordres et incidents constatés à la suite de la finale de la Ligue des champions UEFA, et les commentaires qui les ont accompagnés, renvoient à la continuité entre la façon dont ont été considérés les supporters anglais, avec les tirs de gaz lacrymogène ou les propos tenus à leur égard par le ministre de l’Intérieur, et celle qui a présidé au traitement des manifestations des gilets jaunes, tout comme à l’attitude déjà enregistrée, à Saint-Denis, vis-à-vis des supporters sénégalais manifestant leur joie lors de la finale de la Coupe d’Afrique des nations.

Comme si la sécurité se limitait au contrôle rigide d’une masse en soi dangereuse, des supporters venus en trop grand nombre, et comprenant des individus dotés de mauvaises intentions, faux monnayeurs et pickpockets.

Les événements du Stade de France du 28 mai ont été analysés en termes de sécurité, entendue comme maintien de l’ordre public obligeant à la mise en œuvre de la force et à l’utilisation des armes mises à la disposition des forces de l’ordre en cas de nécessité.

Sans doute parce que, dans les représentations des acteurs de la sécurité, les foules du football sont celles qui se rapprochent le plus des foules dangereuses. Celles du rugby ou des amateurs d’athlétisme attendront de la communication, de la compréhension, en un mot, un accueil.

La Passion du football, de Patrick Mignon, éditions Odile Jacob, 1998.


 

 publié le 13 juin 2022

« Macron ment », la preuve

Christophe Prudhomme sur ww.humanite.fr

Vous allez dire que je me répète mais nous sommes effectivement à un point de rupture pour notre système de santé et de protection sociale. De quel côté va pencher la balance ? Du côté du service public et de la Sécurité sociale à 100 % ou du côté des services marchands et des assurances privées, bref d’un système à l’américaine? La crise du Covid a été le révélateur de l’ampleur de la dégradation de nos hôpitaux et d’une médecine de ville exsangue.

Les cinq ans de gouvernement Macron ont accéléré les choses avec son capitalisme débridé où tout peut devenir une marchandise source de profit. Nous l’avons vu dans les Ehpad avec Orpea, pour les vaccins avec Pfizer, mais aussi avec nos données de santé qui risquent d’être offertes à Google, Amazon et consorts. Une de leurs marques de fabrique est une désinhibition totale par rapport aux valeurs qui fondent une vie en société.

Or, sans humanisme, sans empathie, sans solidarité, il est impossible d’imaginer un système de santé qui soit capable de gérer efficacement les grands défis de santé publique. Mais, me direz-vous, la Sécurité sociale est en déficit et il n’est pas possible d’augmenter la fameuse dette que nous laisserons à nos enfants. Il est salutaire que le débat économique se soit invité dans les derniers jours de campagne avec des économistes qui contestent ces arguments. Les mots sont forts dans la bouche d’un des plus célèbres d’entre eux, Thomas Piketty : « Macron ment aux Français. » Il valide les arguments que les syndicalistes répètent depuis de nombreuses années.

Il faut aller chercher l’argent par l’impôt là où il est pour arrêter d’augmenter la dette, notamment celle liée au Covid, soit 70 milliards qui devront être remboursés par les assurés sociaux pendant les dix ans à venir, ce qui fera autant d’argent en moins dans les caisses de la Sécurité sociale.

Dans le même temps, il indique que les 500 plus grandes fortunes de France ont vu leur richesse passer de 200 à 1 000 milliards entre 2010 et 2022, c’est-à-dire de 10 % à 40 % du PIB ! La solution est bien là pour pouvoir mieux payer les personnels, en embaucher 100 000 dans les hôpitaux et 200 000 dans les Ehpad, former massivement des personnels avec des contrats d’études, maintenir les hôpitaux de proximité et rouvrir des lits. Un pourcent de PIB supplémentaire nous suffirait dans un premier temps.

Alors, il vous faut bien réfléchir le 19 juin. Cinq ans de plus avec Macron, et c’est l’effondrement. Ou alors, avec une majorité de la Nupes, il est possible de mettre en œuvre une autre politique immédiatement. C’est une urgence pour éviter une catastrophe cet été qui ne sera que le début d’une crise sanitaire sans précédent pour l’hiver, l’été prochain et les années à venir.

 publié le 12 juin 2022

La femme du jour. Laura, lycéenne

Aurélien Soucheyre sur www.humanite.fr

Peut-on encore poser une question qui fâche au président de la République ?

Laura, lycéenne, n’a pas hésité jeudi 9 juin lors d’un bain de foule d’Emmanuel Macron. « Vous mettez à la tête de l’État des hommes qui sont accusés de viol et de violences par les femmes, pourquoi ? » Pendant que le président rétorque rapidement qu’il soutient à la fois la libération de la parole des femmes et la présomption d’innocence, la lycéenne ajoute:  « S’il vous plaît, monsieur, répondez-moi », au sujet des nominations de Gérald Darmanin et Damien Abad au gouvernement. La vidéo a été largement partagée sur les réseaux sociaux, plusieurs citoyens reprenant à leur compte la question posée par Laura.

Surprise, la lycéenne l’a été plus encore le lendemain, puisqu’elle a reçu la visite hallucinante de gendarmes dans son lycée. « Ce n’est pas anodin d’être sortie de son cours pour être interrogée par la gendarmerie », a-t-elle réagi. « Notre action visait simplement à prendre en compte cette personne, qui s’était présentée comme victime, pour lui proposer de recueillir une éventuelle plainte », a fait savoir la gendarmerie du Tarn, Laura ayant confié qu’elle a été victime d’une agression sexuelle il y a quatre ans.

Mais très rapidement, les gendarmes parlent de la question posée au président de la République. « Ils m’ont dit: “Vous n’auriez pas dû faire ça, il y avait d’autres façons d’interpeller le président, en lui écrivant, par exemple” », raconte la jeune citoyenne, qui évoque une visite « ambiguë », proche de « l’intimidation », et se demande si les gendarmes ne sont pas venus « à la demande de quelqu’un ».

 publié le 11 juin 2022

La Nupes joue sa victoire
sur un sursaut de mobilisation

Julia Hamlaoui sur www.humanite.fr

Législatives En tête dans les dernières enquêtes d’opinion, la coalition qui réunit des candidats FI, PCF, PS et EELV peut s’imposer dans de nombreuses circonscriptions et disputer le pouvoir à LaREM et ses alliés. Mais le succès est à une condition : une participation massive.


 

Selon l’Ipsos, 51 % des sympathisants de gauche sont sûrs de voter dimanche, contre 60 % de ceux de LaREM.

Ce qui, au soir de sa disqualification de la présidentielle le 10 avril, apparaissait comme un pari un peu fou, se révèle à l’approche du scrutin comme une possibilité bien réelle. La victoire d’une gauche rassemblée au sein de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) aux élections législatives s’est éloignée de la chimère au point de donner des sueurs froides à la Macronie. « Si vous votez massivement, vous renversez la table », a martelé, mercredi soir, Jean-Luc Mélenchon, lors d’un meeting à Caen, à quelques kilomètres de la circonscription d’Élisabeth Borne, dont il espère ravir le poste à Matignon.

Le vent de panique qui souffle sur les ministres et prétendants de la majorité sortante s’est transformé au fil des jours en une diabolisation tous azimuts. Quand le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, évoque un « Chavez gaulois », le chef de file des députés LaREM, Christophe Castaner, renvoie le programme commun de la Nupes à « tous les clichés du monde soviétique ». Quand la porte-parole du gouvernement, Olivia Grégoire, dénonce une volonté de « bloquer le pays », son prédécesseur, Gabriel Attal, agite la menace de la « guillotine fiscale », tandis que son nouveau collègue et délégué général de LaREM, Stanislas Guerini, s’offusque «qu’on ne pourra plus manger trop gras ou trop sucré ». Le président de la République a lui-même pris la peine de monter à son tour au créneau : « Leur projet explique aux gens qu’on va leur interdire de couper les arbres chez eux. Il y a 20 taxations nouvelles. Ce n’est pas un bon projet pour le pays », a lancé Emmanuel Macron, en Seine-Saint-Denis, déroulant les éléments de langage servis depuis des jours.

une dynamique de campagne du côté du rassemblement de la gauche

« Quelque chose se passe. Ça n’a pas échappé à nos adversaires, alors ils ont choisi de faire campagne contre nous. Rien n’est trop gros », résume le premier secrétaire du PS, Olivier Faure. Un « There is no alternative » à la Margaret Thatcher derrière lequel se réfugie en catastrophe un camp présidentiel bousculé. Il faut dire que leurs habitudes sont bouleversées car, depuis le début des années 2000, le quinquennat combiné à l’inversion du calendrier électoral avait renvoyé les législatives au rang de confirmation presque automatique du vote de la présidentielle. Pas l’ombre d’une cohabitation depuis lors. « Le différentiel de mobilisation entre les deux scrutins profitait depuis 2002 au parti présidentiel du fait de l’effet de souffle de la présidentielle, qui remobilise cet électorat et démobilise les autres », explique le directeur général de l’Ifop, Frédéric Dabi.

Mais, cette fois, « rien n’est moins sûr », note le politologue. Le scénario est bien différent avec trois blocs (LaREM et ses alliés, extrême droite, et gauche) dans le même étiage à l’issue du premier tour du 10 avril, un président élu par défaut face au RN le 24 avril, et, depuis, une dynamique de campagne du côté du rassemblement de la gauche. La Nupes fait même la course en tête selon un sondage Ipsos réalisé cette semaine, avec 28 % des intentions de vote contre 27 % pour Ensemble (la coalition autour de LaREM) et 19,5 % pour le Rassemblement national. De même, selon la dernière enquête Ifop, avec respectivement 26 %, 25 % et 21 %. Le parti présidentiel et ses alliés voient aussi leur espoir – fondé sur un mode de scrutin sans proportionnelle – de maintenir, malgré tout, leur majorité absolue (289 sièges) s’amenuiser. Tandis que les projections de l’Ifop leur pronostiquaient, fin mai, de 275 à 310 sièges, elles en envisagent désormais de 250 à 290.

Reste un facteur clé : la mobilisation. « L’abstention est notre principale adversaire », résume le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, qui appelle les « 32 % d’électeurs qui ont choisi l’un des candidats de gauche à la présidentielle » à se rendre sans faute aux urnes. Un enjeu de taille quand, selon Ipsos, 51 % des sympathisants de gauche sont sûrs de voter dimanche contre 60 % de ceux de LaREM. En 2017, déjà, la participation était passée de 77,8 % à la présidentielle à 48,7 % quelques semaines plus tard, s’effondrant notamment parmi les jeunes et les classes populaires. Les enquêtes des instituts de sondage ne démentent pas, pour l’heure, le phénomène : entre 44 % et 48 % des sondés ont fermement l’intention d’aller voter. Parmi les moins de 35 ans, la proportion s’élève à 37 %, et elle est de 36 % parmi les ouvriers et 35 % chez les employés, selon l’Ipsos. Or, 51 % des 18-24 ans auraient l’intention de choisir un bulletin Nupes. La coalition « est sous la menace d’une abstention plus sociologique, liée à la jeunesse de son électorat potentiel. On sait, en effet, que lors des deux dernières élections législatives (2012 et 2017), les écarts de participation entre jeunes et seniors ont approché les 40 points », mesure l’institut Cluster17. Des différences qui laissent une place disproportionnée, au regard de ce qu’il pèse dans la société, à un électorat plus favorable à la droite. En particulier les plus âgés (65 % des plus de 70 ans entendent se rendre aux urnes), qui se sont massivement prononcés pour Emmanuel Macron à la présidentielle.

« Le chef de l’État a prévu de nous imposer la pire des crises d’austérité »

Ce sont également eux qui sont le moins hostiles, par exemple, à la retraite à 65 ans – et pour cause, ils ne sont pas concernés. Alors que 57 % des retraités y sont favorables, selon un sondage Elabe de fin avril, 64 % des Français s’y opposent (79 % parmi les catégories populaires). Or, derrière la mise en avant de vagues mesures pour le pouvoir d’achat promises pour juillet, tel est bien le projet du chef de l’État : retraite à 65 ans, RSA conditionné à des heures de travail, nouveau durcissement de l’assurance-chômage… « Et Emmanuel Macron s’est engagé auprès de la Commission européenne à ramener le déficit du budget de l’État à 3 %. À budget constant, il faut enlever 80 milliards d’euros, c’est l’équivalent du budget actuel du ministère de l’Intérieur et du ministère de la Santé. Il a prévu la pire crise d’austérité dont on n’a jamais entendu parler », a rappelé le chef de file de la Nupes, à Caen. Soit le strict négatif du projet de la gauche unie, qui vise la relance par l’augmentation des salaires, à commencer par le Smic à 1 500 euros, le partage du travail avec la retraite à 60 ans, une répartition des richesses plus juste avec une vaste réforme fiscale, la relocalisation de la production combinée à la planification écologique, ou encore le réarmement des services publics… De nombreuses mesures largement approuvées, selon notre sondage Ifop (lire page 5).

S’il est encore temps de faire échec à la politique Macron pour les cinq années à venir et d’ouvrir la voie à des réformes de justice sociale et climatique, un seul moyen est à disposition : voter dimanche.

 publié le 10 juin 2022

Un front très large d’économistes soutient le programme de la Nupes

Mathieu Dejean sur www.mediapart.fr

Plus de 300 économistes, dont Thomas Piketty, apportent leur soutien au programme de la Nupes. Une « assemblée de compétences » avec laquelle la coalition de gauche compte bien rester en lien, qu’elle gouverne ou qu’elle occupe des postes clés à l’Assemblée après les législatives.

« Guillotine fiscale » pour le ministre du budget Gabriel Attal dans Le Monde, « taxes sans limites » pour l’économiste Philipe Aghion dans Les Échos, « ruine » du pays pour le ministre de l’économie Bruno Le Maire sur France Inter… Depuis le mois dernier, les attaques contre la crédibilité économique du programme de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) enflent à mesure que l’échéance du premier tour des élections législatives approche.

Plusieurs fois déjà, les économistes du parlement de la Nupes sont montés au créneau pour défendre leur projet, en publiant des rapports, réponses, contre-réponses (lire sur Mediapart le blog des Économistes du parlement de l’Union populaire), ou encore en proposant des débats publics avec leurs détracteurs – en vain. Après avoir répliqué, dans une posture défensive, ils sont passés à l’offensive – une stratégie voulue notamment par la présidente du parlement de la Nupes, Aurélie Trouvé.

Le 9 juin, à quelques heures du scrutin, la coalition de la gauche et des écologistes a reçu le soutien, sous forme de tribune publiée sur le site du Journal du dimanche, de plus de 300 économistes. Une masse critique d’autant plus considérable que parmi eux figurent des piliers de la discipline, aux attaches politiques très diverses, et qui s’étaient jusqu’à présent tenus à distance de cette séquence électorale.

L’union sacrée des économistes

C’est le cas d’un groupe d’économistes plutôt affiliés à la gauche social-démocrate – au sens historique du terme –, pour beaucoup d’anciens soutiens de Benoît Hamon en 2017, dont les travaux irriguaient certains programmes en 2022 – celui de Yannick Jadot par exemple – sans qu’ils n’apparaissent : Thomas Piketty, Julia Cagé, Dominique Méda, Gabriel Zucman, Lucas Chancel, Jézabel Couppey-Soubeyran ou encore Isabelle This Saint-Jean.

À l’autre bout de cet arc politique de gauche, des économistes tenants d’une hétérodoxie plus marquée, comme Bernard Friot (dont la proposition d’une « sécurité sociale de l’alimentation » figure dans le programme de la Nupes), Bruno Amable et Jacques Généreux (longtemps secrétaire national à l’économie du Parti de gauche).

Économiste membre du groupe Upeco (les économistes du parlement de l’Union populaire), Cédric Durand, une des têtes pensantes de cette tribune, explique cet élargissement : « On avait déjà eu des contacts avec eux pendant la présidentielle. Ce nétait pas hostile mais hésitant, il y a eu des échanges de qualité, qui aujourd’hui débouchent sur ce texte en raison à la fois du rassemblement et de la malhonnêteté intellectuelle des attaques. »

Le texte, qui taille en pièces la « politique de l’offre » du gouvernement (« peu efficace et injuste, cette stratégie conduit in fine à la dégradation de la situation du pays, tant sur le plan des indicateurs sociaux et écologiques que sur celui du développement économique »), propose au contraire une bifurcation, par « une remobilisation de la puissance publique et la construction d’un projet productif à long terme, compatible avec le respect de la biosphère », et une planification écologique « compatible avec une décroissance des pollutions et de l’utilisation des ressources naturelles ».

Les signataires expliquent qu’un tel projet est finançable par une « fiscalité plus progressive sur les revenus et les patrimoines, le rétablissement de l’ISF et la suppression de la flat tax ainsi que la lutte contre la fraude », et un « recours accru au pôle public bancaire afin d’orienter la création monétaire et l’épargne des Français vers les besoins collectifs et se prémunir contre les effets déstabilisateurs des marchés financiers ».

Avec cette tribune, la Nupes fait coup double. Non seulement elle témoigne de la solidité de son programme (lire l’analyse de Romaric Godin) et de l’élargissement de son socle politique, mais elle jette une lumière crue sur l’absence de propositions du camp macroniste. « En 2017, il y avait eu une tribune d’économistes pour soutenir Macron, mais aujourd’hui ils sont totalement absents, constate l’économiste Éric Berr, membre du parlement de la Nupes. On les cherche, car ils savent eux-mêmes que la voie sur laquelle veut nous engager Macron est très périlleuse. »

Même constat de la part de Jacques Généreux : « Où penche le sérieux économique, quand les économistes qui avaient signé cette tribune en faveur de Macron en 2017 n'osent plus associer leur nom au sien aujourd'hui ? », interroge-t-il. 

Une nouvelle vision de l’économie politique

Alors que la stratégie de Jean-Luc Mélenchon consiste, depuis le début de cette campagne pour les législatives, à instaurer un duel avec Emmanuel Macron, ce texte enfonce le clou. « En face, il n’y a rien, à part une grande mauvaise foi, qui traduit une grande inquiétude », estime Éric Berr, qui ajoute que « Macron veut intensifier le néolibéralisme au moment où tout le monde s’engage dans une autre voie », l’air de dire que, désormais, les hétérodoxes ne sont plus ceux qu’on croit.

L’économiste Éloi Laurent, auteur cette année du livre La Raison économique et ses monstres (Les Liens qui libèrent), a accepté de signer ce texte – une première, alors qu’il n’a jamais signé auparavant de tribune d’économistes. Joint par Mediapart, il explique qu’il est « exceptionnel » tant par la qualité de ses signataires – « une assemblée de compétences utiles pour gouverner, dont beaucoup de membres sont familiers des politiques publiques, et pas seulement de l’analyse économique » – que par son contenu.

Il refuse en effet de céder au « procès en incrédibilité économique » fait à la Nupes, et de se placer sur le terrain du « crédibilisme économique », pour promouvoir « une nouvelle façon de concevoir l’économie » : « Ce texte est important car il remet la crédibilité économique à sa place, derrière l’articulation entre urgence sociale et urgence écologique. Le discours sur la crédibilité économique, c’est le programme implicite du pouvoir en place, qui n’a pas d’autre programme que de dire : “Nous sommes la raison économique.” Il ne faut pas adopter le langage de nos adversaires », estime-t-il.

Plus largement, Cédric Durand inscrit l’avènement de cette nouvelle doctrine économique dans un « mouvement historique » général après la crise de 2008 et celle du Covid : « On est à un moment où Thomas Piketty parle de dépassement du capitalisme et où ceux qui se situent à l’extrême gauche se retrouvent dans la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Cela s’explique par la crise du néolibéralisme. Il n’y a plus de grain à moudre dans le blairisme, ce qui ouvre la voie à une politique plus interventionniste. »

Quoi qu’il arrive le 19 juin, Aurélie Trouvé, qui entretient de bonnes relations avec le secteur universitaire – étant depuis vingt ans elle-même économiste –, souhaite que ce groupe perdure sous la forme d’un « conseil économique de la Nupes » et alimente le travail de la coalition à l’Assemblée nationale – qu’elle soit majoritaire ou pas.
 

 publié le 9 juin 2022

 publié le 9 juin 2022

Bref aperçu du meeting de la NUPES du jeudi 9 juin à Frontignan

Venues des 4 coins de la circonscription (Grabels, Pignan, Fabrègues, Celleneuve, Vic-la Gardiole, Frontignan, ..), une grosse centaine de citoyens ont participé à la dernière réunion publique de la NUPES pour le 1° tour des Législatives de dimanche prochain. Petit compte rendu et quelques photos.

De nombreuses et courtes interventions de militants de terrain ont montré comment le programme de la NUPES répondait aux problèmes de la population : précarité d’existence parmi les jeunes et les retraités, sous-effectif et difficulté du travail dans l’hopital, misère de la prise en charge des aînés dans un EHPAD, logements non entretenus par les bailleurs, difficulté d’accès à l’eau potable pour une partie de la population, dégradation de l’état de la Méditerranée, faible soutien des pouvoirs publics aux initiatives locales d’énergie renouvelable, violences policières et condamnation arbitraires des manifestants, nécessiter de faire renaître la démocratie, …

Et c’est un public enthousiaste qui a ovationné les propositions du candidat Sylvain Carrière et de sa suppléante Livia Jampy.

Rendez-vous donc les dimanches 12 et 19 juin pour battre les candidats du macronisme et ceux de l’extrême droite et envoyer à l’Assemblée Nationale une majorité de députés Nupes pour un gouvernement de gauche et politique sociale, écologique et démocratique.

 publié le 8 juin 2022

Guadeloupe : Une justice qui aggrave l’ombre colonialiste

par Vincent Brengarth et William Bourdon sur www.politis.fr

La manière dont les politiques publiques sont appliquées dans ce territoire d'outre-mer nourrissent, à raison, un sentiment de profondes inégalités vis-à-vis de la métropole, constatent les avocats William Bourdon et Vincent Brengarth qui reviennent sur le procès d'Élie Domota dont ils ont assuré la défense.

Le 19 mai 2022, nous étions à Pointe-à-Pitre pour assurer, aux côtés de nos confrères guadeloupéens, la défense de M. Élie Domota, dirigeant du LKP et ancien secrétaire général de l'Union générale des travailleurs de Guadeloupe. Il était poursuivi pour violences volontaires, n’ayant pas entrainé d’incapacité de travail, sur personne dépositaire de l’autorité publique, « en refusant de donner son bras et en étant agité ». Son interpellation était intervenue en marge d’une manifestation contre le passe sanitaire et l’obligation vaccinale en Guadeloupe. Douze heures d’audience marquées par la chorale d’indignation et de solidarité que nous avons formée avec le reste de la défense. Nous avons particulièrement été frappés par les atermoiements du parquet, qui a abandonné une partie des charges (dont le refus de se soumettre à des relevés signalétiques reproché sans être étayé par un seul procès-verbal), allant même jusqu’à suspecter le sabotage de la procédure pour justifier sa vacuité sidérante. Ce procès, dont le délibéré sera rendu le 28 juin 2022, a été aussi l’occasion d’écouter un certain nombre de témoins qui ont mis en relief la perte de confiance entre la parole de l’État et les citoyens de Guadeloupe ; perte de confiance qui se manifeste bien sûr à l’égard de la justice.

Difficile de ne pas souligner l’incroyable contraste qui sépare la célérité dans le traitement de cette affaire et la tardiveté à obtenir des réponses dans l’affaire du chlordécone, pesticide interdit détecté chez plus de 90 % des individus en Guadeloupe selon Santé publique France.

Certes, la temporalité judiciaire ne peut pas être la même et des études ont pourtant confirmé depuis longtemps l’explosion sans précédent, sur un territoire aussi restreint que la Guadeloupe, du nombre de cancers.

Un décret du 20 décembre 2021 avait tardivement ajouté, au nombre des maladies professionnelles, le cancer de la prostate provoqué par les pesticides, permettant de favoriser une indemnisation des victimes limitée pour l’instant, aux travailleurs des plantations de cannes à sucre.

Les effets dévastateurs d'un traitement judiciaire différencié

Bien sûr, les faits ne sont pas les mêmes mais un tel constat est sans la moindre incidence sur les effets dévastateurs que produit légitimement ce traitement différencié et l’incompréhension totale qu’il suscite. L’absence de réponses aux maux des Guadeloupéens participe d’un délitement de la confiance envers les pouvoirs publics et la justice, qui conduit à ressentir l’intervention de l’État comme quasiment et exclusivement répressive, aux antipodes des exigences citoyennes.

En mars 2022, les magistrats instructeurs saisis de l’empoisonnement des Antilles au chlordécone avaient notifié la fin de leurs investigations, sans qu’aucune mise en examen n’ait été prononcée, ouvrant la voie à un non-lieu pour cause de prescription… Comment ne pas s’en émouvoir, au regard notamment de la jurisprudence sur l’amiante, alors que les guadeloupéens se vivent comme incompris, voire méprisés par l’État jacobin face à une contamination totalement inédite dans son ampleur et ses effets ?

Les réticences des pouvoirs publics à prendre la mesure du scandale du chlordécone sont à l’origine d’une profonde défiance de la population envers des mesures sanitaires qui lui imposerait la métropole. C’est cette défiance qui s’exprime lors des manifestations, loin d’une vision réductrice qui consiste à présenter les opposants à la vaccination comme des irréductibles adeptes des théories conspirationnistes.

Cette défiance est aggravée bien entendu par la mise en œuvre de la politique sanitaire de Paris après l’irruption de la Covid, marquée par une culpabilisation de ceux qui ont marqué leur réticence, sinon une criminalisation de ceux qui ont fait valoir qu’il y avait d’autres alternatives.

Le silence coupable des autorités de contrôle

À titre d’exemple, en 2013, dans un rapport au nom de la commission des affaires sociales sur la proposition de loi tendant à prohiber la différence de taux de sucre entre la composition des produits manufacturés et vendus dans les régions d’outre-mer et celle des mêmes produits vendus dans l’hexagone, il était notamment écrit : « La lutte contre l’excès de sucres dans l’alimentation prend une dimension particulière dans les outre-mer en raison de la teneur en sucres très élevée des produits alimentaires transformés ». Un rapport d’information datant de 2019, rédigé par Mme Maud Petit et M. Jean-Philippe Nilor, députés, mettait notamment en évidence les termes d’une étude menée par l’Institut de recherche pour le développement (IRD) mettant en évidence une teneur en sucre moyenne de 7 g/100ml dans l’hexagone contre 8,9 g/100ml en Martinique et en Guadeloupe. Une étude publiée en 2021 par l’Insee révélait que « La moitié de la population est en surpoids, ce qui favorise l’apparition de pathologies à risques, comme l’hypertension artérielle ou le diabète. Si une très large majorité de la population a recours à des soins, trois Guadeloupéens sur 10 ont renoncé ou retardé des soins en 2019 ». M. Victorin Lurel a fait voter une loi contre l’ajout de sucre dans les produits alimentaires destinés aux territoires français des Caraïbes mais dont certains industriels persistent à s’exonérer, dans le silence coupable des autorités de contrôle, aussi bien administratives que judiciaires. Les années passent, sans progrès notable.

Les guadeloupéens expriment par conséquent valablement des craintes quant à la manière dont les politiques publiques sont appliquées, qui nourrissent, à raison, un sentiment de profondes inégalités vis-à-vis de la métropole. L’imposition du vaccin s’est donc ajoutée à un climat fortement dégradé, aussi bien lien au chlordécone qu’à d’autres facteurs, dont celui d’une protection insuffisante face à la consommation de sucre, essentiellement induite par la pratique des industriels. La boucle finit d’être bouclée, en rappelant que le pouvoir d’achat est aussi à l’origine de certaines habitudes de consommation.

C’est cette multi-factorialité liée au contexte propre à la Guadeloupe qui est de nature à expliquer la vivacité de l’opposition à la politique vaccinale, ainsi que la résistance des soignants. Début mai, c’était d’ailleurs un autre représentant syndical qui était poursuivi, en la personne de M. Gaby Clavier, secrétaire général de l'UTS-UGTG, supposément pour des menaces de mort réitérées à l'encontre du directeur du centre hospitalier universitaire.

Il est profondément regrettable que les poursuites pénales soient employées comme un mode de réponse politique à des préoccupations non seulement légitimes mais exprimées par des représentants dont le caractère constructif est connu des pouvoirs publics. Cette criminalisation du syndicalisme entreprend d’étouffer une expression dissidente, pourtant la seule à même de garantir la formulation des revendications propres à la Guadeloupe. La gestion de la crise sanitaire a ravivé l’ombre d’un colonialisme qui préexiste, aussi parce qu’il entend répondre par la force aux protestations, en visant ceux qui incarnent la lutte contre la domination politique exercée par la métropole

 publié le 7 juin 2022

À Barbès, un mort
et des tirs policiers en question

Olivier Chartrain sur www.humanite.fr

Police Un refus d’obtempérer supposé, des tirs de fonctionnaires : une jeune femme est décédée, samedi 4 juin, à Paris. Un scénario déjà vu, qui pose à nouveau la question du comportement des agents et de leur formation.

Trois affaires, quatre morts. À Sevran (Seine-Saint-Denis), le 26 mars ; sur le Pont-Neuf, à Paris, le 24 avril, et samedi 4 juin, à nouveau à Paris : c’est le bilan, en moins de trois mois, de tirs policiers sur des véhicules dont les conducteurs sont accusés d’avoir refusé d’obtempérer. La dernière s’est déroulée samedi, en fin de matinée, dans le 18e arrondissement. Selon les sources policières, elle suit le même schéma que les précédentes – et pose les mêmes questions sur le comportement des policiers, leur formation, leurs conditions d’exercice.

Boulevard Barbès, la voiture aurait tenté d’échapper à un contrôle. Les fonctionnaires tirent à neuf reprises. Le chauffeur est grièvement blessé. Sa passagère décède le lendemain. Deux enquêtes ont été ouvertes à la suite de ce drame. La première, confiée à l’IGPN, vise les trois policiers pour « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l’autorité publique ». Elle devra établir s’ils ont agi en situation de légitime défense. L’autre vise le conducteur et les occupants de la voiture pour « tentative d’homicide sur personne dépositaire de l’autorité publique ».

L’affaire a rapidement déclenché une polémique : le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a dénoncé sur Twitter « la peine de mort pour un refus d’obtempérer ». Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, lui a reproché d’utiliser les policiers « comme des otages d’une campagne électorale ». De son côté, Me Liénard, l’avocat des trois fonctionnaires, s’est fait entendre dans divers médias, mettant en avant le jeune âge de ses clients (entre 25 et 30 ans). « C’est la première fois qu’ils utilisent leurs armes », a-t-il fait valoir.

Une formation déficiente

Ce dernier point pose la question de la formation et de l’encadrement de ces policiers. « À 10 mètres du véhicule, si on a la possibilité de sauver sa peau, on doit éviter de tirer », recadre Anthony Caillé, de la CGT police. Selon lui, il y a bien un problème de gestion de ces situations extrêmes : « La formation initiale a été ramenée d’un an, ce qui est déjà insuffisant, à huit mois. Suivis de douze mois de stage. Avant, on se retrouvait n° 4 ou 5 dans un équipage, aujourd’hui on arrive directement adjoint du chef. On envoie ces gamins au casse-pipe ! »

En parallèle, la formation au maniement des armes est dramatiquement déficiente : « En Île-de-France, il manque entre 120 et 130 instructeurs de tir, rappelle Anthony Caillé, soit presque la moitié de l’effectif. Et on peine à accéder aux stands de tir. » Résultat : le minimum d’entraînement prévu, soit trois tirs de deux fois quinze cartouches par an, est rarement effectué. En outre, « il y a de plus en plus de policiers contractuels. C’est le même problème que dans les autres services publics. C’est comme les professeurs, sauf que nous manipulons des armes ».

Le syndicaliste pointe aussi les discours martiaux de certains politiques et médias : « Depuis dix ou quinze ans, on assiste à une surenchère pour libérer les conditions de tir des policiers. Chez les jeunes collègues, le message passe. » La loi de 2017 a modifié les conditions de tir des forces de police en cas de refus d’obtempérer. Depuis, selon l’IGPN elle-même, le nombre de tirs a augmenté de 50 %.


 

 

L’eau ça mouille. Le feu ça brûle.
Et la police tue.

Chaque jour, retrouvez #LaMinutePolitique de Pierre Jacquemain sur www.regards.fr.

  Une vidéo à voir sur : https://youtu.be/bAfv1ysVTW4

Le ciel est bleu. Le feu ça brûle et l’eau ça mouille. Et il parait même qu’il n’y a pas de fumée sans feu. La polémique suscitée par le tweet de Jean-Luc Mélenchon qui assure que « la police tue » est aussi absurde qu’infondée. Oui, la police tue. En France et à l’étranger. Pourquoi le nier ? Les exemples sont pléthoriques : d’Adama Traore en passant par Wissam El-Yamni, Claude Jean-Pierre ou Zyed Benna et Bouna Traoré : c’est factuel. La police tue. Qu’il s’agisse de cas de légitime défense ou de bavures policières, la police a tué. La police tue. En 2019, le site Basta recensait même 676 personnes tuées à la suite d’une intervention policière en à 43 ans.

Il y a dans la critique faite à Jean-Luc Mélenchon une forme de déni. Jean-Luc Mélenchon, comme il le rappelle ce matin sur France Inter, n’est pas anti-flic. Il est « contre l’usage disproportionné de la violence » et favorable à la formation d’une police républicaine. Pourquoi dit-il ça ? Parce que depuis l’entrée en vigueur d’une loi sur la légitime défense des policiers datant du 28 février 2017, les tirs des policiers et des gendarmes ont augmenté de 50%. Depuis cette date, les forces de l’ordre peuvent plus facilement faire usage de leur arme, notamment en cas de refus d’obtempérer. Une loi qui « est venue mettre de la confusion dans des textes qui étaient jusque-là très clairs », assure ce matin Fabien Jobard, directeur de recherche au CNRS sur France Info. Comment ne pas s’en inquiéter ?

Historiquement, l’usage des armes par les policiers devait être « absolument nécessaire, strictement nécessaire et absolument proportionnelle aux dangers encourus. La loi est venue introduire une notion un peu compliquée », explique le chercheur qui ajoute : « lorsqu’il y a refus d’obtempérer, et que le policier peut imaginer raisonnablement que la personne va porter atteinte ou risque de porter atteinte » aux membres des forces de l’ordre ou à n’importe qui, le policier peut tirer. Ce qui n’était pas le cas avant. Comment ne pas s’en inquiéter, disais-je ? C’est même l’IGPN qui a alerté, quelques mois seulement après l’entrée en vigueur de la loi, de ses effets sur la hausse significative des tirs par les policiers. Des tirs qui ont conduit et conduisent inévitablement à des drames.

Ça n’est donc pas faire injure aux policiers de dire que la police tue. Parce que tout simplement, on l’y autorise. La loi l’y autorise et plus encore cette loi du 28 février 2017 – une loi revendiquée de longue date par le syndicat de police, Alliance. La police tue. Ça ne fait peut-être pas plaisir à entendre mais c’est une réalité. De même que l’homme tue. C’est aussi une réalité. Ce qui ne veut pas dire que tous les hommes tuent. Que l’homme serait nécessairement un loup pour l’homme. Mais nier l’évidence, c’est s’empêcher de vouloir mettre le nez dans ce qui devrait constituer une urgence : celle de repenser notre police et la doctrine du maintien de l’ordre. Et à défaut d’une réforme de la police, la priorité pourrait être mise sur la formation des policiers. Parce que le premier problème de la police, comme le rappelle Jobard, c’est "le manque structurel de formation des policiers". Et une police mal formée, c’est une police qui se met en danger. Et nous avec.


 


 

Éditorial. Légitime violence ?

Par Stéphane Sahuc sur www.humanite.fr

En twittant « La police tue », à propos de la mort d’une jeune femme victime de tirs de policiers se jugeant en état de légitime défense après un refus d’obtempérer, Jean-Luc Mélenchon a reposé le débat sur le rôle de ces agents dans notre société. En choisissant de nommer les choses dans leur terrible brutalité, il a créé les conditions pour que cela ne reste pas un simple fait divers.

La teneur des réactions qu’a suscitées ce tweet montre en effet que, pour certains, la police ne peut souffrir de critiques. Voire que ceux qui critiquent des policiers « nuisent à la République et à la démocratie », pour citer Christian Estrosi, ou se « déshonorent », selon Gérald Darmanin.

Pourtant, le débat autour de l’utilisation d’une arme à feu par des policiers au nom de la « légitime défense » n’est ni inepte ni anodin. Car ce concept n’est pas un point aveugle de la stratégie sécuritaire du pouvoir. Comme la doctrine du maintien de l’ordre musclé, il s’inscrit dans une logique de « violence légitime d’État » comme un outil au service d’une bourgeoisie et d’un pouvoir fortement contesté. La France des ronds-points, des mobilisations syndicales, des quartiers populaires goûte dans sa diversité cette « violence légitime ». C’est pour s’assurer de la loyauté de ceux qui l’exercent que la notion de « légitime défense » a été étendue, non pour que les policiers puissent défendre légitimement leur vie.

La modification de février 2017 des textes sur les conditions de l’usage des armes à feu par la police a eu comme conséquence que les tirs des policiers et gendarmes ont augmenté de 50 % cette année-là, selon une note interne de l’IGPN, la « police des polices ». Cette modification du concept de « légitime défense », certains syndicats policiers et partis de droite et d’extrême droite veulent la pousser plus loin encore en inventant une « présomption de légitime défense ». Si elle était adoptée, une telle mesure n’aurait comme conséquence que d’augmenter encore l’usage de la force. Et de renforcer le cercle vicieux : la peur de la police, le refus d’obtempérer, l’usage de l’arme, la bavure.

 publié le 6 juin 2022

Pourquoi notre système de santé s’écroule-t-il ?

Après deux années de crise sanitaire, les services hospitaliers et les personnels épuisés vivent une situation intenable. Des blocs opératoires ferment. Les services d’urgences sont submergés.

Jérôme Skalski sur www.humanite.fr


 

Si les urgences se retrouvent au cœur des tensions dues à un manque de moyens chroniques, c’est une politique d’ensemble qu’il faut engager.

Loïc Pen, médecin urgentiste, candidat de la Nupes dans l’Oise

En effet, on peut parler d’écroulement. On n’en finit plus de la litanie des services qui ferment, des urgences qui s’arrêtent la nuit ou qui filtrent les arrivées des patients. Le carrefour des problèmes se retrouve aux urgences, mais elles n’en sont pas la source. Aux urgences, on retrouve à la fois les patients qui n’ont pas d’autre solution de recours aux soins face à la situation dégradée de la médecine de ville et ceux qui devraient être hospitalisés mais qui restent sur des brancards faute de place et dont il faut s’occuper, ralentissant encore la prise en charge de l’accueil des nouveaux arrivants.

Au-delà de ce problème déjà ancien, volontairement ignoré par le pouvoir, se greffe une fuite de professionnels de santé de l’hôpital public, désespérés par la situation de l’hôpital, par ses conditions de travail et par l’absence de changement de politique de santé, désespoir à la hauteur de l’espoir qu’avaient suscité les promesses d’un monde d’après durant la phase aiguë de la pandémie de Covid.

Il faut donc agir sur toutes ces problématiques avec des politiques publiques volontaires. Or, la logique néolibérale de ces vingt dernières années s’efforce à l’inverse de confier la gestion de la santé au marché. Évidemment, c’est un marché juteux, avec un budget de la Sécurité sociale d’environ 500 milliards d’euros. Les accumulations de capitaux en recherche de rentabilité n’attendent que ça. Tout comme pour la retraite, c’est un véritable hold-up sur nos cotisations sociales, notre salaire mutualisé.

Face aux 21 millions de passages dans les 640 structures d’urgence, comment n’avoir pas écouté les urgentistes et les équipes soignantes ?

La nouvelle ministre de la Santé, Brigitte Bourguignon, sera sans aucun doute dans le droit fil de son prédécesseur : elle était déjà au gouvernement Castex. 100 000 lits d’hospitalisation ont été fermés en vingt ans, 20 % de nos capacités d’hospitalisation, et cela a continué durant la pandémie avec 7 500 lits fermés. Et le scandale des Ehpad est venu révéler crûment leur modèle de gestion.

Nous devons rouvrir massivement les lits fermés pour permettre aux urgences de fonctionner. Nous devons urgemment mettre en place un collectif budgétaire pour permettre aux hôpitaux d’embaucher, de rénover et d’investir. Il faut défaire les hôpitaux publics de leur dette et créer 100 000 emplois à l’hôpital public et 240 000 dans les Ehpad. Cela passe par la relance de la formation des paramédicaux et des médecins. La suppression du numerus clausus n’a été qu’un trompe-l’œil puisqu’on n’a pas donné les moyens aux universités de former plus. Il faut créer des centres de santé avec des médecins salariés. Il faut en finir avec une gouvernance technocratique de la santé et des hôpitaux, et constituer des conseils de santé de territoire associant élus, professionnels, syndicats et usagers afin de partir des besoins de santé des populations. Il faut interdire l’actionnariat dans les établissements de santé.

Voilà, en creux de ces propositions, pourquoi notre système s’effondre, parce que les libéraux au pouvoir depuis vingt ans font l’inverse.


 

Les progrès médicaux au service de ce bien commun se voient balayés par la logique du chiffre de « réformes » totalement coupées du terrain.

Jean-Marie Fessler, membre de cercles de réflexion et de propositions portant sur la santé et l’économie sociale et solidaire

Depuis longtemps, les pouvoirs publics privilégient la gouvernance par les textes et les nombres et, sous couvert de régulation, le « non » et la coercition au « oui », au détriment du sens des métiers, de territoires défavorisés et d’innovations locales. Le système tarifaire illisible des établissements de soins et de la médecine de ville a tout aggravé. Ailleurs, la négociation et le contrat donnent de la souplesse. En France, aucune ­simulation de meilleures approches n’a été entreprise.

La santé souffre de grilles et de segmentations imposées pour confiner le réel. L’insolence des certitudes réduit la profondeur de champ, pendant que les drames et scandales sanitaires produisent commentaires et crispations tous azimuts. Face aux 21 millions de passages – un doublement en vingt ans – dans les 640 structures autorisées d’urgences, comment n’avoir pas écouté les urgentistes et les équipes soignantes ? On en vient à oublier les progrès diagnostiques, chirurgicaux, thérapeutiques et l’ampleur de nos investissements collectifs de longue durée au titre de l’assurance-maladie. Des handicaps décrits depuis tant d’années – irréalisme, réglementarisme, culture de l’affrontement – mettent à mal la santé publique, notre bien commun.

La juste compréhension de notre vieillissement, de nos maladies chroniques et des révolutions technologiques en imagerie, ­biologie, analyse des données massives, et l’urgence de l’essentiel, la santé globale, l’éducation à la santé dès l’enfance, la santé au travail, l’espérance de vie sans incapacité et l’assurance-­santé ne sont guère des priorités institutionnelles réelles.

Il faut interdire l’actionnariat dans les établissements de santé.

Ne pas rémunérer correctement les professionnels de santé et les métiers qui maintiennent les réseaux vitaux, priver de liberté les équipes de recherche, décourager l’actualisation des connaissances médicales, négliger les relations entre les politiques et les scientifiques, privilégier la maîtrise des dépenses à court terme, malmener la démographie des professions de santé, ignorer les pertes de chance pour les patients, les conditions réelles de travail et les coûts de non-qualité ont fabriqué du danger au cœur du lien social.

Il est vrai que les inspirateurs des « réformes » se pensent tellement plus intelligents et légitimes que les deux millions de professionnels du monde santé-social et qu’il n’existe toujours pas de plateforme citoyenne permettant de partager expériences et propositions. Ne serait-il pas réaliste que, dans les ministères, agences et organismes de Sécurité sociale, on cesse de croire dans des propriétés auto-organisatrices de concepts vides, de croire que le maniement de telle idée vaut action pertinente dans le réel ?

À lire Rendre le soin aux soignants ! ouvrage collectif, Fauves Éditions, 2022.


 

La catastrophe actuelle est le résultat de choix idéologiques visant à marchandiser les soins. Il faut faire une révolution pour rendre l’humain prioritaire.

Michel Limousin, médecin, co-animateur du comité « Pas de profit sur la pandémie »

Ce n’est pas un fait nouveau, nous l’avions vu venir depuis des années et dénoncé. Mais, aujourd’hui, le désastre est là. La première raison de cet état est d’ordre idéologique : la pensée dominante libérale, partagée aussi bien par la droite que par les sociaux-démocrates (Sarkozy, Hollande, Macron…), affirme que la santé est un marché, que le secteur privé est l’avenir et l’efficacité, et que tout ce qui est public est à proscrire. La main invisible du marché remplacerait la main des soignants… Ainsi, diverses mesures ont-elles été mises en place depuis des années. Les « réformes » vont toutes dans le même sens.

Première réforme : réduire les cotisations patronales et transférer la gestion de la Sécurité sociale vers l’État. Ainsi les tours de vis se font sans débat public. Il s’ensuit une pénurie de ressources pour l’assurance-maladie qui ne peut plus financer le système de santé, en particulier les hôpitaux publics. Quant aux mutuelles, les réformes de leurs statuts d’inspiration européenne les poussent dans l’impasse de la démutualisation.

Deuxième réforme : réduire de façon drastique le nombre de médecins, d’infirmières, de manipulateurs radio, etc. Cela aboutit à ce qu’on appelle les déserts médicaux. La situation ne peut être corrigée rapidement. L’ensemble des secteurs est touché : la prévention, la protection maternelle et infantile, les médecins scolaires, les médecins du travail disparaissent et les services fondent à vue d’œil. Les médecins généralistes, les urgentistes, les réanimateurs, les psychiatres font défaut. Ceux qui restent vont dans le privé, qui a été libéré de toutes contraintes. Cette politique est conduite de façon systématique depuis 1971.

Troisième réforme : fermeture d’hôpitaux, de services et de lits. Cette politique remonte à l’époque de Giscard. Sous Hollande, les lits ont continué à être fermés. Et sous Macron, malgré l’épidémie de Covid, c’est plus de 4 000 lits éliminés par an. Les capacités d’accueil de l’hôpital public ont été liquidées. Il n’y a plus aucune marge de manœuvre. Ainsi, lors de la première vague de l’épidémie, on a décidé froidement de laisser mourir sans soins pertinents 15 000 personnes âgées en Ehpad, faute de places à l’hôpital ! La crise est cruelle. Les services d’urgence eux-mêmes ferment, faute de personnel. Même dans les CHU.

Quatrième réforme : la gestion des hôpitaux. Pour faire passer la pénurie, le libéralisme a inventé l’autoritarisme. Le personnel est maltraité, déplacé en permanence. Il est « encadré » par une politique technocratique. Le sens de son métier lui échappe. Les salaires sont bloqués et lamentables. Le personnel finit par démissionner. Cela aboutit à une aggravation qui va dans le sens souhaité.

Le temps est venu d’une révolution. Celle qui consiste à dire que le développement de l’humain est la priorité, qu’il est utile de mettre les moyens dans la santé, qu’une nouvelle politique est possible pour des jours heureux. L’insupportable, ça suffit.


 

Les malades deviennent des clients et les soignants sont amenés à produire des actes et non plus des soins. Le 7 juin, le personnel va manifester.

Mireille Carrot, membre de la direction confédérale de la CGT, en charge de la santé

Voilà plusieurs années maintenant que le déclin de notre système de santé est en route. Toutes les réformes menées par les gouvernements ces dernières décennies se sont inscrites dans une volonté de réduire les dépenses d’assurance-maladie. On a assisté à des réorganisations, des restructurations, des regroupements de structures se traduisant par des fermetures de lits, voire d’établissements et des tensions sur les effectifs, qu’ils soient médicaux, soignants, y compris dans toutes les autres catégories techniques ou administratives qui concourent à une prise en charge globale des malades. On externalise pour se centrer sur le « cœur de métier », c’est-à-dire le soin, mais dans une logique d’accroissement de productivité permanente, où les malades deviennent des clients et les soignants sont amenés à produire des actes et non plus à prodiguer des soins.

Plus personne ne s’y retrouve : les délais d’attente dans le public ou en secteur 1, conventionné, sont interminables. En revanche, ceux qui en ont les moyens peuvent s’offrir des consultations ou interventions dans le secteur privé avec des dépassements d’honoraires pouvant atteindre des montants exorbitants. Il s’agit bien de cela quand on parle de médecine à deux vitesses. La volonté de mettre en place un numerus clausus mais aussi de préserver la liberté d’installation se paie cher aujourd’hui et prendra non seulement des années mais nécessitera une réelle volonté politique pour inverser la tendance. Le personnel, quant à lui, n’en peut plus. Mal payés, mal considérés, avec une tension permanente qui s’est accrue durant la pandémie, une perte de sens de leur métier, un épuisement professionnel sans précédent, ils sont nombreux à fuir, changer de structure pour aller voir ailleurs si c’est mieux ou, le cas échéant, à changer de métier. Si la crise du Covid a mis en exergue l’effondrement de notre système de santé, avec des retards dans les soins entraînant des pertes de chances, parfois même à l’origine de nombreux décès, aucune mesure significative n’a été prise.

La seule solution serait un véritable changement de paradigme : redonner du souffle à notre système de santé. Cela passe par former, recruter, ouvrir des lits, des hôpitaux de proximité, créer des centres publics de santé. Cela nécessite un financement par l’assurance- maladie à la hauteur des besoins avec une prise en charge à 100 % des soins et la fin du secteur privé lucratif pour les établissements de santé, mais aussi pour les laboratoires et les groupes pharmaceutiques. La Sécurité sociale doit être financée par les cotisations sociales, elle doit être gérée par les représentants des assurés sociaux. Oui, nous avons besoin d’actes politiques en rupture avec ceux menés toutes ces dernières années !

À l’initiative de la CGT, neuf organisations appellent à la mobilisation dans tous les hôpitaux de France, le 7 juin, pour demander une hausse générale des salaires, des recrutements immédiats de personnel, ainsi que l’arrêt de toutes les fermetures de services et de lits.

 

 publié le 5 juin 2022

Crise à l’hôpital : de nombreux services d’urgences obligés de fermer avant l’été

par Rachel Knaebel sur https://basta.media/

Faute de personnel en nombre suffisant, de plus en plus d’hôpitaux doivent fermer leurs urgences ce printemps ou y filtrer drastiquement les entrées. Le phénomène est d’une ampleur inédite, alertent les professionnels.

« Ce printemps, la crise de notre système de santé va atteindre son paroxysme à travers la faillite incontrôlée du fonctionnement des services d’urgence qui laisse présager, dès cet été, un véritable désastre ». Le syndicat Samu-Urgences de France alerte en ces mots, dans une lettre ouverte du 22 mai, la toute nouvelle ministre de la Santé, Brigitte Bourguignon.

Le message est clair : les hôpitaux français vont de plus en plus mal, chaque année est pire que la précédente. Les services d’urgences sont, dans de très nombreux endroits, au bord de l’implosion. « Tous, soignants, directeurs d’établissements, centre hospitaliers et CHU, confirment que cette crise, est d’une ampleur inégalée, qu’elle n’atteint pas que les structures d’urgence mais que cette faillite de cette première ligne aura des répercussions désastreuses sur l’ensemble de l’hôpital et du système de santé français », poursuit le syndicat.

Selon les données de Samu-Urgences de France, plus d’une centaine de services d’urgences, de toutes tailles, « sont déjà en difficulté majeure avec des fermetures d’activité, partielles ou totales ». Par exemple, à l’hôpital Montmorillon, près de Poitiers, les urgences ont dû fermer plusieurs jours en mai et le devront aussi en juin, par manque de médecins urgentistes. Le 12 mai, des centaines de personnes se sont réunis, dans cette petite ville de 6000 habitants, pour protester contre ces fermetures de leurs services d’urgence. À Chinon, en Indre-et-Loire (8000 habitants), les urgences sont fermées depuis le 18 mai, en raison d’une avalanche d’arrêts maladie au sein de son équipe paramédicale. L’hôpital ne peut plus non plus réaliser d’accouchements.

Les plus grandes villes sont également concernées. À Cherbourg, et même au CHU de Bordeaux, les entrées aux urgences doivent être filtrées depuis mai, la nuit à Bordeaux, dès l’après-midi à Cherbourg. Seules les urgences vitales sont prises en charge (voir sur La Nouvelle République et Rue89Bordeaux).

Déjà l’été dernier, des dizaines d’hôpitaux de petites villes et des villes moyennes avaient été touchés par des fermetures temporaires ds urgences, la nuit ou de manière intermittente. Puis l’épidémie de fermetures avait repris au moment des fêtes de fin d’année. Cette année, le phénomène survient déjà bien avant les congés d’été. Et il touche aussi des grands hôpitaux.

En cause : le manque de personnel. Les hôpitaux manquent de médecins urgentistes, les personnels présents, médecins et paramédicaux (infirmières, aides-soignantes, brancardiers…), sont à bout, avec de nombreux arrêts maladie. Face à cette situation, le syndicat Samu-Urgences de France préconise, entre autres, de recruter, « en rendant les conditions de travail acceptables ».

Il faut aussi, dit le syndicat, « revaloriser la rémunération de la garde » pour les médecins libéraux, et aussi « accélérer l’analyse des dossiers des praticiens étrangers » pour leur autoriser leur exercice avant l’été (lire notre article sur les médecins étrangers à l’hôpital). « Aujourd’hui, le sujet n’est malheureusement pas d’attirer de nouveaux professionnels dans nos établissements mais d’éviter le départ des rares qui y restent ... », déplore Samu urgences France. Les soignants seront-ils enfin entendus ?


 

 publié le 4 juin 2022

Journée d’action pour l’hôpital public
le mardi 7 juin

sur https://basta.media/

Syndicats, collectifs de soignants et d’usagers appellent à une journée nationale de mobilisations pour l’hôpital et la santé le 7 juin, face à la situation de crise dans de nombreux établissements. Une grève est aussi en cours dans les Ehpad Orpea.

« Hôpital désespérément maltraité : faudra compter les morts ! » avertit l’appel unitaire à mobilisation pour l’hôpital public et la santé le mardi 7 juin. En 2019 déjà, des dizaines de services d’urgences avaient mené une longue grève à travers la France pour dénoncer le manque de moyens. Trois ans plus tard, de nombreux services d’urgences doivent fermer avant même les vacances d’été, faute de personnel en nombre suffisant.

« Trois ans que nous, organisations syndicales de personnels hospitaliers ou collectifs, alertons sur la situation de l’hôpital public et aussi celle du médico-social et du social, souligne l’appel. La Covid est passée par là, les promesses aussi. Et l’horizon apparaît plus sombre que jamais. Trois ans (au moins) de retard pour former des personnels et donner envie de travailler dans le soin ou le social. ... »

Le texte poursuit : « Les usagers sont en colère et très inquiets : l’accès aux soins de premiers recours est de plus en plus compliqué et l’hôpital n’assure plus son rôle de service public d’accueil en dernier recours. Les services d’urgence ferment les uns après les autres, ou restreignent l’entrée. Les retards de prise en charge se multiplient. Les blocs déprogramment des interventions et ferment des salles d’opération tous les jours par manque de personnel. Les personnels sont en colère et fatigués : ils ne peuvent plus remplir leur rôle de prise en charge correcte de la population malgré des contraintes professionnelles retentissant sur leur santé et leur vie privée. »

L’appel à mobilisation revendique : le recrutement de personnels supplémentaires immédiatement, avec un ratio de personnel adapté à la charge de travail ; la revalorisation générale des salaires pour rattraper les dix ans de blocage ; le renforcement des moyens financiers pour les établissements ; l’arrêt de toutes les fermetures d’établissements, de services et de lits, et réouverture de lits, là où c’est nécessaire.

Une grève reconductible est aussi en cours depuis le vendredi 3 juin dans les Ehpad de la multinationale Orpea, à l’appel de la CGT. Orpea est l’entreprise à but lucratif leader du secteur des Ehpad privés en France. Ses pratiques font l’objet d’un vaste scandale depuis plusieurs mois, entre les accusations de maltraitance des résidents et les révélations sur les flux financiers allant vers des paradis fiscaux. « Familles et salariés, même combat, des moyens dignes pour les personnels et les résidents », appelle aujourd’hui la CGT.


 


 

Hôpital désespérément maltraité :

il va y avoir des morts !

Faudra compter les morts !

appel commun de CGT, Solidaires, CFE-CGC, AMUF, Collectif Inter Hopitaux, Inter Urgences, Printemps de la Psychiatrie, Collectif Inter Bloc, Cordination Nationale des Comités de Défense des Hôpitaux et Maternités de Proximité

Trois ans que nous, organisations syndicales de personnels hospitaliers ou collectifs, alertons sur la situation de l’hôpital public et aussi celle du médico-social et du social, en particulier lors de la manifestation du 14 novembre 2019. La Covid est passée par là, les promesses aussi. Et l’horizon apparaît plus sombre que jamais. Trois ans (au moins) de retard pour former des personnels et donner envie de travailler dans le soin ou le social.

Les usagers sont en colère et très inquiets : l’accès aux soins de premiers recours est de plus en plus compliqué et l’hôpital n’assure plus son rôle de service public d’accueil en dernier recours. Les services d’urgence ferment les uns après les autres, ou restreignent l’entrée. Les retards de prise en charge se multiplient. Les Blocs déprogramment des interventions et ferment des salles d’opération tous les jours par manque de personnel.

Les personnels sont en colère et fatigués : ils ne peuvent plus remplir leur rôle de prise en charge correcte de la population malgré des contraintes professionnelles retentissant sur leur santé et leur vie privée.

Même les médias alertent aujourd’hui sur la période estivale, mais la crise est déjà là, mettant en danger la santé de la population.

Sans aucune autre vision d’ensemble que celle de limiter l’augmentation des dépenses de santé, les gouvernements Philippe puis Castex ont géré à la petite semaine, répondant aux urgences par des mesures discriminatoires, comme des primes à l’embauche, sans considération pour les personnels déjà en poste, méprisés ! En filigrane, apparaît la volonté de casser les statuts pour singer la gestion privée, alors même que le scandale d’Orpéa montre combien cette gestion est contraire à l’intérêt général.

Au moment où notre pays va élire ses nouveaux députés, les personnels de santé et les usagers seront mobilisés le 7 juin : les revendications sont inchangées depuis 3 ans :

° Recrutement de professionnel·le·s supplémentaires immédiatement et plan de formation pluridisciplinaire, ratio de personnel adapté à la charge de travail, respect des équipes et des plannings

° Revalorisation générale des salaires pour rattraper les 10 ans de blocage, reconnaissance des contraintes et des pénibilités horaires (nuit, week-end) et reconnaissance des qualifications des professionnel·le·s

° Renforcement des moyens financiers significatifs pour les établissements, recrutement de personnels (brancardiers, coursiers, ouviers, logisticiens, secrétaires) permettant de recentrer les soignants sur leur métier

° Arrêt de toutes les fermetures d’établissements, de services et de lits et réouverture de lits, là où c’est nécessaire.

° De réelles mesures qui garantissent l’accès, la proximité et une prise en charge optimale en terme de qualité et de sécurité des soins pour tout.e.s et tous partout.


 

mardi 7 juin 2022

Population et professionnels

tous ensemble disons :


 

« La mort de l’hôpital, les morts à l’hôpital

STOP ÇA SUFFIT »

 

à Montpellier :
 

12h00 : rassemblement des personnels devant le centre André Benech

puis départ en manifestation vers le centre-ville ;


 

14h30 : avec la population, rassemblement devant la préfecture


 

 publié le 3 juin 2022

À Decazeville, des législatives placées sous le signe du carnage social

Nicolas Cheviron sur www.mediapart.fr

Depuis la fermeture de la Société aveyronnaise de métallurgie (SAM), abandonnée par son principal client, Renault, avec l’assentiment de l’État, la consternation et la colère contre le gouvernement prévalent dans le bassin de Decazeville. La gauche unie derrière un candidat ouvrier pourrait en tirer profit.

Viviez-Decazeville (Aveyron).– Marie n’a pas voté à la présidentielle. Elle n’ira pas non plus déposer son bulletin dans l’urne le 12 juin pour élire le nouveau député de la deuxième circonscription de l’Aveyron. Par une froide journée de la fin du mois de novembre 2021, avec d’autres camarades, elle a brûlé sa carte électorale devant l’usine dont elle a été mise à la porte après trente-trois ans de service.

Une petite flambée qui n’a pas dû les réchauffer bien longtemps, mais qui leur semblait nécessaire pour dire leur dégoût des politiques et de leurs paroles lénifiantes, tandis que sombrait la Société aveyronnaise de métallurgie (SAM) avec 333 salarié·es à son bord. « Pour moi, de toute façon, ils se valent tous, maugrée la secrétaire. Bruno Le Maire [ministre de l’économie – ndlr] qui nous a fait de belles promesses mais n’a rien fait concrètement, Carole Delga [présidente socialiste du conseil régional d’Occitanie – ndlr] qui est arrivée après la bataille… »

En ce week-end prolongé de l’Ascension, plusieurs ex-salarié·es de la SAM profitent d’un beau soleil de fin d’après-midi pour taquiner le bouchon sur le boulodrome de Viviez, à moins de deux kilomètres de leur ancienne usine. Il y a là Gilles, 31 ans à la SAM, « dont vingt et un ans en travail de nuit », qui fustige la « nullité » de l’État et son « incapacité à écouter le bas de l’échelle », « à taper du poing sur la table et dicter ses conditions à Renault, en tant qu’actionnaire ». Ce bouliste émérite admet avoir voté pour Marine Le Pen aux deux tours de la présidentielle, parce que « c’est le ras-le-bol ».

Il y a aussi P., vingt-trois ans d’ancienneté à la logistique de l’usine, qui ne veut pas donner son nom, mais s’indigne des propositions de reclassement reçues - « un poste de boucher-charcutier, des missions à Lille, à Saint-Étienne… » – et de l’attitude de l’agent chargé de son contrat de sécurisation professionnelle (CSP), qui « ne cherche pas du travail mais est là juste pour nous fliquer ». P. ne dit pas pour qui il a voté en avril dernier, mais glisse tout de même dans la conversation que dans la région, « on est passé du vote anti-extrême droite au vote anti-Macron ».

Au premier tour de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon est arrivé largement en tête dans les cinq municipalités de la communauté de communes de Decazeville – 14 100 habitant·es au total –, suivi par Marine Le Pen dans trois d’entre elles. Au deuxième tour, la candidate du Rassemblement national (RN) s’est imposée dans trois communes – Aubin, Viviez et Cransac. Une première dans ce bastion ouvrier de gauche, où la proportion de bulletins nuls et blancs a cette année atteint des records, en laissant le champ libre à l’extrême droite.

Les renoncements du gouvernement

La trajectoire de la SAM est celle d’une entreprise encore florissante au tournant du XXIsiècle, avec un carnet de commandes diversifié et quelque 650 employé·es en 2010, mais qui, du fait de choix hasardeux – une stratégie d’expansion au moment de la crise de l’automobile de 2007-2008 et une relation de plus en exclusive avec Renault – s’est rapidement retrouvée exsangue et soumise aux décisions du constructeur automobile. Le 23 novembre 2021, celui-ci signait l’arrêt de mort de son fournisseur de carters de moteurs, en refusant de soutenir un plan de reprise.

À ce moment-là, la SAM avait beau avoir passé le cap des véhicules hybrides et électriques, et disposer d’un département de recherche et de développement performant, la régie avait déjà transféré ses moules en Espagne, dans le cadre d’une stratégie plus vaste de délocalisation de ses approvisionnements. Trois jours plus tard, le tribunal de commerce de Toulouse (Haute-Garonne) prononçait la liquidation judiciaire de l’entreprise.

L’État, qui détient 15 % des actions du groupe Renault – provisionné à l’été 2020 de 5 milliards d’euros sous forme de prêt garanti (PGE) pour l’aider à passer la période de crise pandémique – s’était dit prêt, un peu plus tôt dans le mois, à injecter quelque 5,5 millions d’euros dans le plan de reprise. Pourtant, quelques semaines plus tard, il soutenait la décision du géant de l’automobile. « Il n’y a pas d’offre crédible pour la reprise de SAM, disons les choses de manière honnête et transparente », avait tranché Bruno Le Maire, le 24 novembre, sur France Info.

L’histoire de la SAM ne s’est pas arrêtée là. Elle est devenue un récit de lutte, avec une occupation de l’usine pendant 154 jours pour empêcher le démantèlement des machines par les administrateurs judiciaires, jusqu’à la sortie des deux cents derniers combattants et combattantes, sous une haie d’honneur, le 25 avril. « Cela a été très dur sur le plan émotionnel, comme un deuil, une famille que tu quittes. J’ai vu beaucoup de collègues hommes pleurer, des gens que tu n’imaginerais pas, relate Ghislaine Gistau, salariée de la SAM pendant vingt-six ans, déléguée CGT qui a participé aux négociations. Mais il y a aussi une grande fierté parce qu’on a tout fait pour trouver des solutions. »

Les ouvriers et les ouvrières ont en effet déplacé des montagnes, en trouvant un repreneur potentiel et en obtenant des garanties des collectivités territoriales sur la sécurisation de l’outil de travail, condition de leur sortie de l’usine. Le candidat à la reprise s’appelle MH Industries et semble avoir les reins solides. Basée dans le Lot, cette entreprise emploie 350 salarié·es réparti·es sur six sites chacun spécialisés dans un domaine, de la fonderie de la pièce à l’usinage, du traitement de la surface à la peinture et au montage – une complémentarité lui permettant de proposer des « solutions globales » à ses clients.

Le carnet d’adresses de MH Industries dénote aussi une certaine versatilité, puisque la firme travaille avec l’aéronautique, la défense, l’industrie, le ferroviaire, l’électronique, le bâtiment… Tout le contraire de la SAM. Le patron, Matthieu Hède, « est quelqu’un qui nous a fait une bonne impression, un industriel dont la stratégie a été payante, commente Ghislaine. L’idée est de créer deux cents emplois sur six ans, en conservant une partie de la fonderie à la SAM et en y installant les autres activités de MH Industries, qui en ferait son navire amiral ».

Le retrait des services publics, le départ des entreprises

L’entreprise, déjà soutenue à hauteur de 1,2 million d’euros par la région Occitanie pour mener ses études, a jusqu’au 30 juin pour présenter une offre d’achat des équipements de la SAM. Jusqu’à cette date, la région, qui est également en négociation avec le dernier propriétaire de la SAM, le groupe chinois Jinjiang, pour le rachat des terrains et des bâtiments, finance leur location et l’électricité. La communauté de communes, elle, prend en charge le gardiennage du site.

Reste une inconnue de taille : Renault acceptera-t-il de donner, avec quelques commandes, le coup de pouce jugé nécessaire pour relancer rapidement l’activité de la fonderie ? Ghislaine veut y croire. « Nous avons tout un stock de pièces brutes et usinées, ça pourrait avoir un intérêt pour eux », dit-elle. Peut-être l’État saura-t-il, cette fois, tordre le bras au constructeur ? Le candidat Nupes (Nouvelle Union populaire écologique et sociale) sur la circonscription s’y engage. « Si je suis élu député, je ferai le maximum pour obliger Renault à lancer cette entreprise en lui fournissant un carnet de commandes », assure Laurent Alexandre, jusqu’ici étiqueté LFI, rencontré au marché de Decazeville.

Le maire d’Aubin, commune de 3 750 habitant·es au cœur de l’ancien bassin minier, évoque aussi le retrait des services publics, la fermeture de la maternité et du centre de dialyse, le départ des entreprises. Il parle également des projets qui piétinent, comme le projet Phénix d’une usine de recyclage de batteries de voiture usagées, porté par une autre entreprise aveyronnaise, la Snam, qui devait créer 600 emplois en six ans et aurait ainsi pu absorber une partie des laissés-pour-compte de la SAM.

Mais le PDG de la Snam, Éric Nottez, a été limogé début mai par son conseil d’administration et remplacé par un dirigeant allemand, faisant craindre un arrêt du projet ou sa relocalisation hors de France. « On se bat en permanence pour conserver le peu qu’on a, même pas pour faire avancer les choses, affirme Laurent Alexandre, qui continue de travailler comme ouvrier un jour par semaine dans l’usine d’aéronautique Ratier-Figeac (Lot). Les gens ici vivent tout ça comme une injustice, ils pensent que les politiques les considèrent comme des citoyens de seconde zone. Il y a de la colère, du fatalisme. »

Le candidat de la Nupes veut croire en ses chances d’enlever la circonscription à La République en marche (LREM). Au cours des trois dernières décennies, celle-ci a souvent changé de bord politique. Sur les cinq communes du bassin, la victoire semble à portée de main. Les scores additionnés des quatre partis coalisés au premier tour de la présidentielle y oscillent entre 37 et 41 % des suffrages exprimés.

Face à lui, le candidat macroniste Samuel Deguara, ex-directeur adjoint de cabinet au ministère de l’agriculture, va devoir quant à lui répondre de l’inaction du gouvernement sur le dossier SAM. Celui-ci n’est d’ailleurs pas mentionné dans les tracts de campagne LREM. Reste à savoir si le candidat ouvrier réussira aussi à convaincre dans les zones plus rurales qui composent le reste de sa circonscription.


 

 publié le 2 juin 2022

Meeting de la Nupes :
«Si les gens pensent qu’on peut gagner,
ils arriveront de tous les côtés»

Julia Hamlaoui, Emilio Meslet et Alex Marinello sur www.humanite.fr

En meeting à Paris, aux côtés des candidats de la Nupes, Jean-Luc Mélenchon a appelé les abstentionnistes à saisir, lors des législatives des 12 et 19 juin, «l’occasion extraordinaire de tourner la page» de la désastreuse politique Macron.

« Dormez bourgeois, il n’y a pas de problème ». Le conseil vient de Jean-Luc Mélenchon qui a lu le Figaro avant de se rendre au meeting de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) à Paris mercredi soir. « Union de façade derrière Mélenchon pour masquer les divisions », titre ce matin-là le quotidien. « C’est surtout vous qui voulez masquer l’union », réplique l’insoumis devant 1 500 personnes, selon les organisateurs.

Entouré des candidats parisiens de la gauche unie aux législatives, il sourit de ces commentaires qui « ne ressortent de leur boîte que quand ils ont la trouille ». « C’est la première fois depuis la naissance de la Ve République et surtout depuis l’inversion du calendrier, qu’on donne, trois semaines avant le vote, l’opposition en tête alors même que l’élection présidentielle a à peine un mois », ajoute-t-il.

L’écologiste Julien Bayou ne dit pas autre chose : « On est là prêt à nous battre pour la justice sociale et climatique. Dans le camp d’en face, eux, ils sont stressés car on commence déjà à dire que la majorité automatique n’est plus à porter de main », lance le secrétaire national d’EELV taclant, au passage, ceux qui « estimaient que la gauche et les écologistes étaient incapables de s’entendre et même irréconciliables. Ceux-là sont chez Macron et on ne s’en plaint pas du tout ».

« Maintenant, il faut que cela se concrétise dans les urnes »

Dans la salle, militants et sympathisants de gauche partagent cet enthousiasme. « En élisant les députés de la Nupes, le peuple sera enfin entendu. On va y arriver, j’en suis convaincu », affirme Yannis, un aide-soignant de 49 ans. Le rassemblement de la gauche est aussi applaudi : « C’est très positif surtout que le programme est vraiment un programme de rupture », salue un participant tandis qu’à quelques mètres Olivier assure que pour lui l’objectif est « d’au moins éviter que Macron n’obtienne une majorité absolue ».

« On a subi pendant 5 ans, on a beaucoup dit qu’on avait la gauche la plus stupide du monde parce qu’on n’était pas en capacité de se parler. Mais l’union, ça y est, c’est fait », reprend en écho depuis l’estrade de la salle Olympe de Gouges la candidate PS Dieynaba Diop.

À Paris l’union reste parfois compliquée. La capitale compte la seule circonscription où le PS soutient officiellement une candidate dissidente, Lamia El Aaraje, alors que l’accord a investi l’insoumise Danielle Simonnet. Venue des Yvelines, Gina, une intérimaire de 27 ans, note cependant que « sur le terrain tout le monde est mobilisé : communistes, insoumis, écologistes, socialistes et même des militants du NPA ». « L’ambiance est extraordinaire, on sent qu’il y a une vraie dynamique. Maintenant, il faut que cela se concrétise dans les urnes », abonde un militant écologiste de la 8e circonscription de Paris.

« L’enjeu, c’est le quatrième bloc »

Car tous ont bien conscience que tout dépendra de la mobilisation… des électeurs. Alors que la présidentielle a dessiné un paysage où 3 blocs font jeu égal (LaREM et ses alliés, le RN et la gauche), « l’enjeu, c’est le 4e bloc » soit les 12 millions d’abstentionnistes, martèle Jean-Luc Mélenchon estimant que  « si les gens pensent qu’on peut gagner, ils vont descendre par paquets, par grappes, par wagons, de tous les côtés ils arriveront ».

Le leader de la France insoumise estime que « si les gens pensent qu’on peut gagner, ils vont descendre par paquets, par grappes, par wagons, de tous les côtés ils arriveront » pour voter pour la Nouvelle Union.

Chloé, une étudiante de 21 ans, elle, a franchi le pas peu avant la présidentielle puis : « Je me suis rendu compte que les législatives sont tout aussi importantes », confie-t-elle. Si les sondages annoncent pour l’heure une forte abstention (au-delà des 51,3 % de 2017), notamment des jeunes, ils sont 71 % des moins de 35 ans, selon Ipsos, à estimer que la volonté de conquérir Matignon affichée par la Nupes permet de susciter davantage d’intérêt pour les législatives.

« On n’est pas là pour témoigner ni grappiller quelques postes, on est là pour gagner et changer la vie. Cette campagne rencontre un succès qui va au-delà de nos espérances. Ce rassemblement attendu par tant de gens, depuis tant d’années fait que l’espoir renaît », croit aussi Julien Bayou qui en profite pour lancer un malicieux « La République, c’est nous ».

Ce n'est pas une question de principe

Et pour la Nupes, l’urgence se mesure au nombre de voyants passés au rouge. «  Plus le temps passe, plus le débat se clarifie, assure Ian Brossat, dans les travées. Gilles Le Gendre a promis un ‘’tapis de bombes’’ si la majorité actuelle est reconduite. En clair : soit on choisit la stagnation des salaires et la retraite a 65 ans, soit on choisit le camp du progrès social », résume le porte-parole du PCF, renvoyant au programme de la gauche et à ses 650 mesures dont l’augmentation des salaires et la retraite à 60 ans.

Pour beaucoup, c’est loin d’être une question de principe : « Je viens d’un milieu populaire, raconte un jeune alternant, l’augmentation des minima sociaux comme du Smic à 1 500 euros permettraient vraiment d’améliorer la vie de mes parents. » « Depuis cinq ans ils nous ont menti, tous les jours sur tous les sujets et ils veulent recommencer », embraye au micro Céline Malaisé, candidate PCF face à la porte-parole du gouvernement, Olivia Grégoire : «  en guise de mesure pour le pouvoir d’achat, ce gouvernement intérimaire nous annonce en fanfare le maintien du bouclier tarifaire. Mais qu’apprend-on finalement ? Que le blocage n’est que temporaire et sera rattrapé en 2023 », poursuit-elle.

Le revirement de Roux de Bézieux

Côté redistribution des richesses, le programme de la Nupes ne passe pas inaperçu, note également Jean-Luc Mélenchon qui s’amuse du changement de ton du président du Medef. En février, Geoffroy Roux de Bézieux jugeait le candidat FI d’alors «  prêt à gouverner ». S’il prédisait qu’en cas de victoire les patrons arrêteraient « d’embaucher, d’investir », il estimait aussi que ce ne serait «  pas le chaos comme certains le disent ». Et voilà que ce mercredi il le juge « prêt à mener la France dans le chaos ».

L’inquiétude montée d’un cran du patron des patrons est jaugée comme un signe encourageant de plus par le prétendant à Matignon qui rappelle tout de même : « Il dit qu’on taxe tout le monde. Mais non jusqu’à 4 000 euros de revenus personnels, vos impôts vont baisser mais les 5 (plus grosses fortunes, NDLR) qui ont autant que 27 millions c’est clair ils vont nous voir arriver ».

Sur le ton humoristique, le message à l’adresse des chefs d’entreprise se veut tout aussi clair : « Aucun entrepreneur ne renoncera à servir un consommateur. Par conséquent je n’ai pas une seconde de doute sur le fait que de toute façon ils feront ce qu’il y a lieu de faire. Mais si vous m’agacez trop, je suis obligé de vous dire que je me suis aperçu que le déficit de l’État est de 150 milliards et que c’est exactement la somme qui leur a été donnée en crédit d’impôt… »

Pouvoir d’achat en berne, sécheresse, hôpitaux et éducation au bord du gouffre, recul de la démocratie… « On a une occasion extraordinaire de tourner la page », insiste le chef de file de la Nupes, promettant des « mesures d’urgence mais aussi des mesures plus en profondeur » pour la « bifurcation écologique et sociale ».

Des propos qui font écho parmi ceux qui vivent au quotidien le désastre engendré par la « start-up nation » : « Je travaille dans un hôpital psychiatrique et, à force de lits fermés et de médecins en moins, des patients qui en ont pourtant besoin doivent attendre 6 mois avant un premier rendez-vous, pour les enfants c’est même jusqu’à 2 ans », raconte Olivier. Si Jean-Luc Mélenchon ne peut assurer « du jour au lendemain » d’un changement total  « de paradigme », il s’y engage : « du jour au lendemain nous ferons cesser l’enfer ».


 

Justice. Deux décisions attendues vendredi

Le Conseil d’État se prononce vendredi sur le refus du ministère de l’Intérieur d’attribuer le label « Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) » aux candidats investis par le rassemblement de la gauche, qui a déposé un recours. Les partenaires de la Nupes dénoncent une manœuvre politique visant à diviser les scores de la gauche entre FI, PS, EELV et le PCF, alors même que le nuancier politique diffusé aux préfets autorise les candidats de la majorité présidentielle à se présenter sous la dénomination « Ensemble », qui rassemble LaREM, le Modem, Horizons, etc. Problème : l’appellation « Ensemble » est aussi le nom de la formation de Clémentine Autain créée en 2013. La députée FI et candidate Nupes en Seine-Saint-Denis a donc intenté une action en justice au tribunal judiciaire de Paris, pour faire interdire le nom de la coalition macroniste, qui rendra aussi son verdict vendredi.

 

 

 

 

Meeting parisien de la Nupes :
pour les jeunes militants,
l'espoir au bout des législatives

sur www.humanite.fr

Jean-Luc Mélenchon a renoué avec l'exercice du meeting, mercredi soir à Paris pour galvaniser les troupes de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes), à douze jours du premier tour des législatives. L'Humanité s'est glissé dans le rassemblement avec de jeunes militants afin de recueillir leurs sentiments.

Le meeting a eu lieu dans une jauge plus modeste qu'à la présidentielle. Mais 1 500 personnes se sont tout de même pressées à la salle Olympe de Gouges dans le XIe arrondissement de Paris, certaines ayant même dû rester suivre le meeting sur un écran placé à l'extérieur.

Plusieurs candidats à Paris étaient présents, du secrétaire national d'EELV Julien Bayou à l'antispéciste Aymeric Caron en passant par la communiste Céline Malaisé.

"Le plus important aujourd'hui, c'est l'écologie et c'est le seul mouvement qui peut nous donner de l'espoir", nous explique Léonie, étudiante en science politique à l'université Panthéon-Assas avant d'ajouter : "Pour nous jeunes qui avons connu les mandats de Sarkozy, Hollande et Macron, c'est réellement une source d'espoir."

La dynamique des gauches rassemblées

Jean-Luc Mélenchon, qui depuis quelques semaines savoure la dynamique des gauches rassemblées, a livré un discours passionné, versant dans le stand-up humoristique à certains moments.

Pour Quentin Gidoin, salarié à la Bibliothèque Nationale de France, actuellement au cœur d'un mouvement social : "J'ai envie d'y croire, je fais parti d'une génération qui a souvent subi les élections les unes après les autres avec cette gauche qui répondait aux logiques libérales et je suis heureux ce soir d'être là."

La Nupes au coude-à-coude avec LaREM

Si la Nupes est au coude-à-coude avec LaREM et ses alliés sur le total national des voix, autour de 28%, selon les projections des sondeurs, le chef des Insoumis explique : "Notre point haut est supérieur à leur point bas." Or "si les gens pensent qu'on peut gagner, ils vont descendre voter par paquet, par grappe, par wagon", a assuré le tribun insoumis, suscitant des "On va gagner" sonores dans la salle.

"C'est le programme le plus construit aujourd'hui, qui permet de traiter l'ensemble des sujets sur les conditions de travail, sociales et démocratiques mais également écologique", tient à souligner Léa Catala, salariée à la ville de Paris. La jeune militante précise : "Mélenchon 1er ministre, c'est aussi pour lutter contre l'abstention, donc oui ça me donne de l'espoir".

LFI, EELV, PS, PCF, Générations, "nous nous sommes rassemblés pour dire au pays, nous sommes une alternative si vous avez compris que ça ne peut plus durer comme c'est là", a déclaré Jean-Luc Mélenchon.

Or il y a urgence, a-t-il exhorté, car "l'Etat s'effondre autour de nous" : école et hôpital en difficulté, montée de la pauvreté, "inaction climatique" et même "pour assurer la tranquillité d'un match de foot".

Processus démocratique

"Déjà j'ai apprécié qu'on ait un meeting de cette taille pour les élections législatives. Il n'y a pas que l'élection présidentielle, il y a aussi une Assemblée nationale qui a son importance dans le processus démocratique", nous explique Rémi, étudiant en conception de jeux vidéos.

"Sa stratégie est intelligente mais le “Jean-Luc Mélenchon Premier ministre” ne doit pas effacer ceux qui ne sont pas fans de la première heure", observe Ian Brossat, ancien directeur de campagne du candidat communiste Fabien Roussel.

Julien Bayou confie pour sa part être "agréablement surpris" du fonctionnement de la Nupes : "C'est fluide dans la coordination, ça prend sur le terrain, on a fixé quelques grands axes de campagne et chacun a ses manières de communiquer."

Giovana Gravier, étudiante en Communication souligne : "On a senti le besoin de s'engager, c'est nous le futur et ce programme correspond à nos convictions."

  publié le 1° juin 2022

Urgences saturées,
une politique de la santé intenable

Sasha VERLEI sur https://altermidi.org/

L’hôpital public est à saturation. 120 services d’urgence sont contraints de fermer leurs portes ou de s’y préparer. Des soignants alertent sur les conséquences graves à l’approche de l’été et appellent le gouvernement à prendre au plus vite des mesures efficaces.

La dégradation des hôpitaux publics n’est pas récente, « elle est la conséquence des politiques d’austérité depuis des décennies », comme le souligne le collectif inter-hôpitaux. La désorganisation et les conditions de travail qui en découlent n’ont fait qu’empirer, provoquant des départs en cascade.

Les associations d’urgentistes, syndicats et collectifs inter-hôpitaux, qui alertent depuis plusieurs années, n’obtiennent pas de réponses efficaces de la part du gouvernement. L’arrivée des congés d’été, alors que la situation est déjà très critique en matière d’hospitalisation et de capacité de fonctionnement des urgences, fait plus qu’inquiéter. Le Pr Rémi Salomon, président de la conférence médicale des Hôpitaux de Paris (AP-HP) explique à francetvinfo qu’« il y a un risque imminent de rupture d’accès aux soins. C’est déjà en train de se produire et ça risque de s’aggraver de manière assez considérable pendant l’été, au moment des congés ». Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes hospitaliers de France (AMUHF) accuse les pouvoirs publics de vouloir « créer une situation de chaos pour fermer des structures ».

Dans toute la France, les équipes sont épuisées physiquement et psychologiquement, les arrêts maladie se succèdent et des services ferment par manque de personnel. « Des milliers de postes sont vacants, de lits et de blocs opératoires fermés », témoigne le collectif inter-hôpitaux dans un communiqué.

 Urgences : de nouvelles fermetures et limitations d’activité

Au moins 120 services d’urgence limitent déjà leur activité ou s’y préparent (« délestages » sur d’autres hôpitaux, accès filtrés par les Samu). Selon une liste établie par l’association Samu-Urgences de France (SudF) que l’AFP s’est procurée, cette démarche doit toucher pratiquement 20 % des quelque 620 établissements — publics et privés — hébergeant un ou plusieurs services d’urgences. Aucun territoire n’est épargné, 60 départements dans toutes les régions, sans compter la Corse, les Antilles et la Guyane et 14 des 32 plus gros hôpitaux français (CHU et CHR) figurent sur cette liste.

Quelques exemples, le CHU de Bordeaux n’accueillera désormais que les cas jugés « graves », entre 20h00 et 08h00 et préalablement confirmés par le 15. Pour combler le manque de personnel, le service avait déjà fermé 8 des 20 boxes aux urgences, précise le Pr Philippe Revel, chef de service, à Sud-Ouest. À Grenoble, le syndicat des médecins hospitaliers SNMH-FO craint un « risque de fermeture » la nuit « à très court terme » car « de nombreux médecins quittent le service ». À Chinon (Indre-et-Loire), « l’activité des urgences est carrément suspendue depuis mercredi car la plupart des infirmières du service sont en arrêt maladie et la maternité n’assure plus les accouchements », écrit la Dépêche. La liste est malheureusement loin d’être exhaustive.

 Accès aux soins : perte de temps = perte de chance

Côté patients, les témoignages sont nombreux et ils confirment les alertes des soignants de l’hôpital public. Accidents, crise d’asthme, douleurs abdominales, Covid… l’attente pour les soins peut durer jusqu’à 10 heures lors des pics et la situation est pire dans les territoires d’Outre-mer.
Les malades sont alignés sur des brancards dans les couloirs, les salles d’attente sont bondées. Le personnel est débordé entre soins et recherche de lits vacants. Des patients estimés en état d’aller consulter ailleurs, sont renvoyés après passage devant un infirmier. le but est de « réguler », de se décharger des cas les moins graves sur d’autres structures, urgences hospitalières et privées, SOS médecins et généralistes libéraux.

« Il va y avoir des morts, je ne fais pas les Cassandre, je ne cherche pas à faire peur, c’est juste une réalité. »

Si les urgences sont surchargées, c’est aussi car une prise en charge rapide par les cliniques privées ou par les médecins traitants n’est pas possible. « La médecine de ville, libérale, est en crise : il n’y a pas assez de médecins généralistes, donc les gens se tournent vers les urgences », explique à France 3 Centre-Val de Loire, Matthieu Lacroix, porte-parole des médecins urgentistes en grève d’Orléans.

Qui plus est, les services d’urgence dans les cliniques privées se font rares et nécessitent d’avancer le tiers payant ou les dépassements d’honoraires pratiqués par les spécialistes.

Qui peut ignorer la difficulté d’accès aux soins à l’hôpital public ? Pour un rendez-vous avec un spécialiste ou pour des suivis médicaux (traitements, examens, etc.), il faut attendre des semaines voire plusieurs mois, toutes spécialités confondues, imagerie médicale ou chirurgie et de nombreuses déprogrammations d’opérations sont décidées pour libérer des lits.

« C’est l’ensemble de l’hôpital qui craque […] tous les dysfonctionnements à la fois de l’hôpital et de la ville arrivent aux urgences, on ne peut plus faire », explique Patrick Pelloux.

Pour l’urgentiste, les mesures prisent par le gouvernement, notamment le service de filtrage pour freiner la fréquentation des urgences, n’ont rien amélioré. Il prédit pour la période estivale « des décès inopinés et involontaires de patients » : « Il va y avoir des morts, je ne fais pas les Cassandre, je ne cherche pas à faire peur, c’est juste une réalité.» Car plus le délai de prise en charge est retardé, plus la perte de chance de survie ou la consolidation est importante.

Patrick Pelloux a d’ailleurs averti la nouvelle ministre de la Santé, Brigitte Bourguignon, lors d’une réunion de crise le 20 mai dernier : les médecins et les personnels n’ont pas à porter devant la justice la responsabilité des conséquences de cette crise majeure sur les patients : « Il faudra que ce soit une responsabilité collective. L’État a comme responsabilité, dans les textes de loi, un service d’urgence ouvert H24. Ils ne le respectent pas. Quand ils ont signé le fait que tout Français devait être à moins de 30 minutes d’un service d’urgence, l’État ne le respecte pas. »

 Les raisons du renoncement des personnels hospitaliers

La fuite des personnels soignants s’est accéléré avec la crise du Covid 19 (défaut de matériel, écart de rémunération avec la médecine de ville, pas d’augmentation des permanences de soins ni sur la rémunération du travail de nuit, mutualisation des personnels, excès de bureaucratie…). Les conditions de travail épouvantables provoquent « isolement, peur de l’erreur, perte de l’estime de soi, déshumanisation et burn out », affirme le collectif inter-hôpitaux. « Regardons les choses en face : qu’ils soient infirmiers, aides-soignants ou médecins, les jeunes diplômés se projettent aujourd’hui partout ailleurs mais pas à l’hôpital public. » Les personnels se sont sentis abandonnés et le Ségur de la Santé est considéré par la majorité des personnels de santé comme un échec.

Quelles sont les solutions ?

Syndicats, associations et collectifs hospitaliers dressent une liste des solutions les plus urgentes : revoir un management axé « sur la rentabilité des services et l’humiliation », limiter la tarification à l’activité (T2A)1; faire revenir les médecins à l’hôpital : obliger les doyens des facultés à augmenter de 50 % le nombre d’étudiants reçus en première année de médecine; études : plus de places pour les étudiants infirmiers et médecins et plus de formateurs; revaloriser les gardes et le travail de nuit en créant une égalité de salaire pour tous; rémunérer les infirmières, les aides-soignants et les ambulanciers quand ils sont dans leur deuxième ou troisième année de formation; réintégrer le personnel non-vacciné contre le Covid 19; mettre en place des quotas de personnels nécessaires dans chaque unité de soin et des ratios de sécurité : 1 infirmier.ère pour 15 malades ce n’est plus possible (1 pour 4 à 1 pour 8 à l’étranger); embaucher du personnel essentiel, secrétaires, brancardiers, coursiers, logisticiens; restaurer une Sécurité sociale solidaire…

Par ailleurs, le collectif inter-hôpitaux souligne dans un communiqué de presse : « la stratégie actuelle est de pallier les déficits de personnels en payant une fortune des intérimaires non formés au détriment du personnel actuel peu valorisé. […] La piste qui vise à avancer le calendrier des diplômes, comme l’a suggéré la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) le 17 mai 2022 à Santexpo2, pour avoir des ressources pas trop tardivement dans l’été ne résoudra rien, les conditions de travail étant la cause des difficultés de recrutement. »

Pour Patrick Pelloux, « Rien n’est sorti » de la réunion avec Brigitte Bourguignon. Il ne s’agit pas de rééquilibrer entre la ville et l’hôpital comme le suggère le gouvernement, mais de travailler « ensemble dans le souci du service public et de l’intérêt général », souligne-t-il.

Vers un accès aux soins à deux vitesses

Malgré les difficultés budgétaires qui ont toujours existé et l’augmentation des fréquentations due à la crise sanitaire, l’hôpital ne doit pas devenir une entreprise qui ne serait accessible qu’à ceux qui en ont les moyens. « Le soin n’est pas une marchandise s’échangeant entre le public et le privé » et « le cri des soignants doit être entendu », proclame Philippe Bizouarn, médecin-anesthésiste réanimateur au CHU de Nantes, dans une tribune.

L’été s’annonce malheureusement plutôt sombre pour l’hôpital : fermetures, restrictions, soignants en congés, personnel intérimaire, afflux de touristes, canicule… Les délais d’accès aux soins augmentent d’autant plus que les services encore ouverts sont saturés. Si des mesures concrètes ne sont pas prises rapidement, ce seront les plus fragiles, les pauvres, mais aussi les malchanceux qui seront particulièrement touchés.

L’hôpital public s’éloigne de plus en plus de ses valeurs collective, sociale et humaniste, de son engagement dans l’accès aux soins pour tous les citoyens sans discrimination. Fondement de la société solidaire, s’il s’effondre « c’est le service public, le service rendu aux patients qui s’écroule », a déclaré Patrick Pelloux.

Pour aller plus loin, la santé physique et psychologique n’est-elle pas justement le fondement de la cohésion sociale, du bien-être, de la productivité et de la prospérité ? De bonnes relations et conditions de travail, un logement décent, la pratique d’un sport, une alimentation et un environnement sains, toutes ces données contribuent au maintien de notre forme et pourraient diminuer à l’avenir la fréquentation des hôpitaux.

Alors pourquoi ne pas changer de système pour un système préventif « qui ne rendrait pas  malade » ?

 

De 2005 à 2006, Jean Castex, directeur de l’hospitalisation et de l’organisation des soins, participe à la restructuration du système hospitalier et introduit la notion d’objectif, de rentabilité et de rationalisation des coûts. Il promeut la gouvernance administrative de l’hôpital et, notamment, la tarification à l’activité T2A qui va déshumaniser l’hôpital et en faire une usine à soins. À sa suite, Roselyne Bachelot, ministre de la Santé de 2007 à 2010 (présidence Sarkozy, gouvernement Fillon) mettra en place la loi Hôpital Patient Santé Territoire (HPST) dite loi Bachelot, promulguée en 2009. La loi Bachelot a précipité l’hôpital dans un goulot d’étranglement, un hôpital étranglé par « un système devenu comptable », selon les termes du Chef de l’État en 2018.

 publié le 31 mai 2022

Les parfumeuses ne peuvent plus sentir leurs bas salaires

Marie Toulgoat sur www.humanite.fr

Commerce. - En grève nationale il y a une semaine, les salariées de Marionnaud, en très grande majorité payées au Smic, espèrent que les négociations annuelles obligatoires aboutiront à une revalorisation digne.

« E n 2014, les salaires ont été augmentés de 40 euros par mois, nous n’irons pas en dessous », indique Marilyn Gentil, déléguée syndicale CGT Marionnaud. À la veille de la seconde session des négociations annuelles obligatoires, ce mercredi,­ l’intersyndicale Unsa, CFDT, CGT, CFE-CGC de l’enseigne de parfumerie s’apprête à reprendre les armes. Il y a une semaine, mardi 24 mai, les salariées de la marque – en écrasante majorité des femmes – menaient un mouvement de grève inédit, le premier en dix ans. Environ 40 % des 420 points de vente gardaient leurs portes closes, tandis que plus de 200 employées se rejoignaient devant le siège de l’entreprise pour clamer leur colère. Une semaine plus tard et après le succès de la mobilisation, l’objectif n’a guère changé pour les organisations syndicales : grappiller coûte que coûte une revalorisation des rémunérations, malgré la posture inflexible de la direction.

La question est devenue une nécessité : les employées de Marionnaud doivent aujourd’hui se contenter de salaires insignifiants et sont contraintes de vivre l’intégralité de leur carrière au Smic. Certaines directrices adjointes de magasin, malgré leurs fonctions d’encadrantes, ne gagnent que 1 700 euros brut par mois . « 75 % des salariées sont payées au Smic, même après vingt-cinq années d’ancienneté. Il n’y a aucune reconnaissance de l’expertise à long terme », indique l’Unsa dans un communiqué. Bien que les salaires soient gelés depuis 2014 au sein de l’enseigne, la direction de Marionnaud n’a proposé que 5 euros d’augmentation des rémunérations lors de la première session des négociations annuelles obligatoires, il y a quelques jours. Indigne pour les organisations syndicales et les salariées, réunies devant leurs magasins la semaine dernière. « Nos salaires ne sont pas du luxe », pouvait-on lire sur les pancartes brandies de certaines d’entre elles.

Charge de travail décuplée et harcèlement

D’autant plus que, en dépit de salaires invariablement bas, les conditions de travail n’ont de cesse de se dégrader. Contraintes par les sous-effectifs chroniques à accélérer les cadences, les conseillères en boutique doivent également assurer l’entretien des magasins, la sécurité, le nettoyage et la manutention. Une charge de travail décuplée, doublée d’une surveillance de tous les instants par la direction, voire de harcèlement. « Les managers guettent grâce aux codes caisses qui vend quoi et en quelle quantité. Ils surveillent que les vendeuses écoulent bien les produits qu’on leur demande de vendre », explique Marilyn Gentil. « La conséquence, c’est que de nombreuses salariées décident de démissionner. Il y a aussi beaucoup de ruptures conventionnelles. »

Ce mercredi, les organisations syndicales attendent donc une proposition de la part des dirigeants à la hauteur du travail effectué par les salariées. En cas de conflit persistant sur la question des rémunérations, la CGT n’exclut pas d’appeler à un nouveau mouvement de grève lors du très animé week-end de la Fête des pères.

 publié le 30 mai 2022

Colombie : un résultat historique pour la gauche, un second tour incertain

Par Sergio Coronado sur www.regards.fr|

Résultat historique pour la gauche en Colombie. Avec 40,3% au premier tour, le binôme présidentiel Gustavo Petro et la candidate à la vice-présidence Francia Marquez pour le "Pacto Historico" est arrivé largement en tête. Le second tour s’annonce incertain.

Le dimanche 29 mai 2022 avait lieu le premier tour de l’élection présidentielle en Colombie. Toutes les enquêtes d’opinion donnaient la candidature de la coalition de gauche, « Le Pacte historique", largement en tête. Gustavo Petro et la candidate à la vice-présidence Francia Marquez ont recueilli 40,33% et 8 523 265 voix. C’est le meilleur résultat que la gauche n’ait jamais obtenu dans toute l’histoire politique du pays. Gustavo Petro est en tête dans toutes les grandes villes, allant jusqu’à culminer à 47% à Bogota, ville dont il a été le maire. C’est bel et bien un résultat historique, fruit d’une campagne de longue haleine, populaire, avec des forces militantes très mobilisées et des démonstrations de force sur l’ensemble du territoire, avec des rassemblements de foule impressionnants, malgré les menaces et la violence qui ont émaillé la campagne. C’est aussi le fruit d’un élargissement de son socle.

A mesure que le soutien politique au gouvernement Duque faiblissait, Gustavo Petro a su attirer à lui des figures jeunes, ou dissidentes, du libéralisme et même des personnalités conservatrices, comme Alvaro Leyva. Face à la colère sociale, à l’abandon d’une partie du pays et à l’augmentation de la pauvreté provoquée par la crise du COVID, le choix de Francia Marquez comme candidate à la vice-présidence fut plus qu’un clin d’œil. C’est la prise en compte de la situation faite aux communautés afro-descendantes et indigènes, aux populations déplacées, aux femmes et aux minorités. C’est faire une place de choix à la remise en cause du modèle extractiviste qui règne en maître dans l’Amérique andine, et ailleurs, et aux luttes sociales communautaires pour la défense de la terre. C’est donc cette construction politique patiente, non sans erreurs et soubresauts parfois, qui permet à Gustavo Petro d’obtenir un gain de presque 4 millions de voix par rapport au premier tour de l’élection présidentielle de 2018, où il avait atteint 4 855 069 voix. Sa campagne est apparue comme l’issue politique du mouvement social commencé en 2019, à l’appel des centrales syndicales, qui a connu une mobilisation inédite contre les inégalités, la corruption et la violence répressive.

Ce premier tour connaît une participation élevée, 54.91 %, dans un pays de forte abstention. Alors que la mission d’observation électorale, MOE, avait mis en lumière les violences de la pré-campagne, ce dimanche électoral de premier tour s’est déroulé de manière satisfaisante selon les observateurs.

L’Uribisme absent du second tour

« Fico » Gutierrez, que les enquêtes d’opinion plaçaient, à quelques jours de l’échéance, à la seconde place paie le prix d’un rejet massif de l’Uribisme et du vieux système, qu’incarne le trio des anciens Présidents Alvaro Uribe, Cesar Gaviria et Andrés Pastrana, tirant les ficelles de la vie politique colombienne depuis des décennies. L’ancien maire de Medellin a fini par incarner la continuité, à la tête d’une campagne millionnaire, soutenu par les forces gouvernementales. Est-ce pour autant la fin du cycle Uribiste dans le pays ? La victoire de Gustavo Petro le 19 juin prochain en serait la preuve. Il n’en reste pas moins que le second tour, malgré l’avance du candidat du Pacte historique, est pour le moins incertain. Ce premier tour marque l’effacement des partis traditions. Mais c’était déjà le cas avec la victoire d’Alvaro Uribe en 2002, candidat libéral dissident. Le duopole libéraux-conservateurs est en déclin, il a fini par s’effacer de l’élection présidentielle.

Un populiste de droite, attrape-tout et anti-système

La présence au second tour du candidat Rodolfo Hernández, sorte de Trump andin, ancien maire de Bucaramanga n’est pas le meilleur scénario pour la gauche. Il prive Petro d’un second tour projet contre projet, et d’une campagne de polarisation contre l’extrême-droite au pouvoir. Le bilan désastreux de Duque était un des meilleurs arguments de la gauche. La campagne de Hernández connaît une dynamique inédite dans l’opinion. Le seul ralliement notable, sans qu’il n’affecte en rien le positionnement du candidat, fut celui d’Ingrid Betancourt, à la peine avec sa propre candidature anti-corruption. Cet entrepreneur se présente comme un candidat anti-système, luttant contre les mafias et la corruption, indépendant des appareils politiques. « Le candidat du bon sens », assure-t-il. Il a cependant pris soin de marteler pendant les dernières semaines de la campagne qu’il était le seul à pouvoir battre Gustavo Petro…

C’est en fait un homme de droite, extrêmement conservateur, dont le programme sommaire se concentre sur une dénonciation de la corruption, une proposition de baisse de la TVA à 10%, un programme de construction de maisons en zone rurale pour s’attaquer au déplacement forcé (!) et un programme éducatif où il propose un management entrepreneurial pour les universités. Son projet politique ne propose aucun changement structurel en faveur d’une politique plus juste.

Ralliements et reconfiguration pour le second tour

Les ralliements immédiats des figures de l’Uribisme une fois les résultats connus du premier tour montrent que Rodolfo Hernández est devenu de facto le candidat de la droite au pouvoir, de cette oligarchie que le moindre changement effraie. De fait, son résultat dans des régions où le poids électoral de l’Uribisme est incontournable indique qu’une partie des forces conservatrices l’avait déjà choisi, dès le premier tour, comme rempart contre la gauche.

Gustavo Petro n’a bénéficié d’aucun soutien au soir du premier tour parmi les candidats éliminés. Sergio Fajardo, candidat centriste social libéral, soutenu par le parti Vert, s’est contenté de saluer la volonté de changement exprimée par l’électorat, sans prendre position. Fajardo, et d’autres, tentent de construire un récit qui ferait de ce premier tour le résultat d’un changement de fond, effaçant les vieilles forces et marquant la fin de l’Uribisme. C’est en apparence la réalité. Renvoyer dos-à-dos le candidat de la gauche et celui qui bénéficie du soutien de toutes les droites vise à éviter de prendre position et finalement à s’accommoder que rien ne change.

C’est donc un second tour ouvert et incertain. L’arithmétique ne semble pas si favorable aux forces de gauche. La volonté de changement qui s’est exprimée ne saurait laisser aux portes du pouvoir celui qui l’incarne.

« La pelea se pelea ». La bataille se mène en bataillant.

 publié le 29 mai 2022

À Montargis, le collectif Ibiza
se jette à l’eau pour la Nupes

Olivier Chartrain sur www.humanite.fr

Campagne L’Humanité a décidé de suivre la confrontation entre Bruno Nottin et l’ex-ministre de l’Éducation nationale, à Montargis, dans le Loiret. Vendredi, un groupe d’activistes anti-Blanquer est venu prêter main-forte à la campagne du candidat de la Nupes.

Une petite foule s’est rassemblée sur les gradins qui bordent le canal de Briare, en plein cœur de Montargis, pour le meeting de Bruno Nottin, candidat PCF-Nupes pour les législatives. Et soudain, devant eux surgit… Jean-Michel Blanquer lui-même ! Le ministre défroqué – au sens littéral du terme puisque sous sa veste de costume il porte un simple caleçon de bain – toise le public avec mépris puis lance un tonitruant : « Bonsoir les gauchistes ! » Et tout le monde éclate de rire. Car tous savent déjà que ce Blanquer-là est en réalité « Jean-Michel Planquer », ou Nour Durand-Raucher dans la vraie vie, conseiller EELV de Paris mais surtout parfait sosie du vrai Blanquer et âme du collectif Ibiza. Ce groupe informel de militants s’est fait connaître en dansant en maillot­ de bain en plein mois de janvier sous les fenêtres du ministère de l’Éducation nationale, afin de dénoncer ce ministre en vacances à Ibiza à la veille d’une rentrée sous la menace d’une nouvelle vague de Covid.

Le vendredi 27 mai, ils sont arrivés à une dizaine à la gare de Montargis pour mobiliser autour la campagne de la Nupes contre le candidat Blanquer, directement parachuté depuis l’Élysée. Direction le lac de Châlette-sur-Loing, tout proche, pour une baignade collective – vrai-faux ministre en tête – et une réunion rapide sur une table de pique-nique. L’argent réuni grâce à une cagnotte a servi à imprimer un millier de tracts avec, au recto, le portrait de « Jean-Michel Planquer » et, au verso, le vrai bilan du vrai Blanquer : 7 500 suppressions de postes de professeurs en cinq ans, triplement des démissions, salaires inférieurs de 20 % à la moyenne des enseignants dans l’OCDE, catastrophique réforme du bac, Parcoursup…

Entre ces activistes essentiellement parisiens et les militants locaux, on se regarde un peu, mi-amusés, mi-étonnés, mais la sauce prend. Joanna, aide-soignante non loin de là, pose l’ambiance dans la circonscription : « Benoît Digeon (le maire LR de Montargis – NDLR) est un ancien commerçant, il a fait poser une guirlande à 43 000 euros dans la principale rue du centre-ville. Imagine ce qu’on aurait pu faire avec cet argent pour les habitants des quartiers populaires de Chautemps ou de la Chaussée… où il ne va jamais ! » Mais trêve de discussion, il faut passer à l’action. La troupe s’ébranle vers le cœur de ville, enfile maillots de bain et colliers de fleurs à la terrasse d’un café, sous les regards interloqués des clients, puis envahit la rue avec une sono tonitruante qui diffuse une version électro de Vamos a la playa.

« Je n’ai pas envie qu’il casse la circonscription ! »

Un dispositif qui ne suffit pas à détromper certains passants, comme ce couple persuadé d’avoir croisé le vrai Jean-Michel Blanquer, après que le faux a pris la pose devant… la vraie permanence – fermée – de l’ancien ministre. Alicia, elle, sait parfaitement pourquoi elle est là : « Blanquer a cassé l’école pendant cinq ans, explique cette professeure des écoles et militante à SUD éducation. Je n’ai pas envie qu’il casse la circonscription ! » Marie, enseignante elle aussi, est carrément venue tout exprès de l’Essonne : « Il faut dénoncer son bilan pitoyable, ce qu’il a fait au service public. Il était temps qu’il s’en aille, et je serais très contente qu’il n’y ait pas de suite à son histoire ! » « Tous les enseignants de France regardent Montargis et attendent la sanction de Blanquer ! » résume Ian Brossat, porte-parole du candidat Fabien Roussel à la présidentielle, lors du meeting.

« Nous sommes forts parce que nos adversaires reprennent les batailles que nous menons depuis des années », lance à son tour Bruno Nottin. Comme celle de la construction d’un IUT dans ce territoire sans enseignement supérieur. Ou celle d’un centre de santé, alors que les habitants doivent se débrouiller avec une petite dizaine de médecins : « À Montargis, on le demande depuis douze ans ; à Châlette, on l’a fait ! » tonne le candidat. Sa suppléante, Francine Phesor, connaît bien le sujet : aide-soignante et adjointe chargée de la santé au sein de la municipalité communiste de Châlette, elle nous précise que le centre municipal de santé, ouvert fin 2017, reçoit désormais « 5 000 patients par an, dont plus de la moitié (53 %) ne vient pas de Châlette mais du reste de l’agglomération. »

Dans cette circonscription qui a toujours été à droite, « nous avons une fenêtre », estime Bruno Nottin. Ce qu’est venu confirmer un sondage Ifop pour le JDD, paru dimanche : derrière le candidat RN, en tête avec 28 %, Blanquer (23 %) et Nottin (22 %) s’y tiendraient dans un mouchoir de poche – avec, au vu de cette journée de vendredi, des dynamiques bien différentes. Qui sait ce qui se passerait le 19 juin si le candidat de la gauche enfin rassemblée affrontait, selon ses propres termes, « l’imposture sociale » du RN ?

 publié le 28 mai 2022

Ce que redoute Emmanuel Macron

Sébastien Crépel sur www.humanite.fr

Depuis le 7 mai et l’officialisation de l’alliance autour de Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron a un problème qui chamboule ses plans pour les législatives. Pour une majorité de Français (57 %), la gauche est en mesure de gagner les élections, selon un récent sondage Ipsos.

Quelle logique improbable a conduit à faire cohabiter dans un même gouvernement Pap Ndiaye et Gérald Darmanin ? Un historien réputé, pour lequel le « racisme structurel » et les violences policières sont des réalités à reconnaître et à combattre, aux côtés de l’homme qui trouve Marine Le Pen « trop molle ». La raison de cet attelage tient en cinq lettres : Nupes. Sans l’accord scellé entre toutes les composantes de gauche dans la Nouvelle Union populaire, écologique et sociale, jamais Jean-Michel Blanquer, le pourfendeur de « l’islamo-gauchisme » et du « wokisme », ces inventions de droite, n’aurait dû céder la place à son antithèse, un universitaire spécialiste de la condition noire et des discriminations.

Depuis le 7 mai et l’officialisation de l’alliance autour de Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron a un problème qui chamboule ses plans pour les législatives. Pour une majorité de Français (57 %), la gauche est en mesure de gagner les élections, selon un récent sondage Ipsos. La composition du gouvernement d’Élisabeth Borne s’en ressent. Plusieurs de ses ministres ne sont là que pour donner le change et doivent leur nomination à l’apparition de la Nupes dans le paysage politique. Pap Ndiaye fait partie de ceux-là, parmi d’autres qui n’ont « de gauche » que les références sur leur CV des cabinets dans lesquels ils ont fait carrière. L’arbre « décolonial » cache ainsi une forêt de ministres conservateurs et rétrogrades aux postes stratégiques.

Le but de l’opération Pap Ndiaye est de réinstaller, avec la complicité de l’extrême droite, le duel Emmanuel Macron face à Marine Le Pen, autour des opinions supposées du nouveau ministre, dont la nomination est une véritable aubaine pour le Rassemblement national. L’extrême droite et la droite « républicaine » dans son sillage font mine de voir dans le gouvernement un Conseil des soviets dans lequel se serait glissé Malcolm X. Et de dénoncer, à coups d’accusations grotesques et, pour tout dire, racistes, le danger pour la République que représenterait l’accession d’un lecteur de Frantz Fanon et d’Aimé Césaire à la tête de l’éducation nationale. Pendant ce temps, perdu en polémiques aussi ridicules que venimeuses – dans le droit-fil de celle sur le burkini à Grenoble –, le débat public est détourné des solutions aux préoccupations essentielles auxquelles l’apparition de la gauche unie avait redonné pleinement droit de cité, à l’instar des salaires, des prix et des retraites.

Que personne ne s’y trompe : la gauche et ses électeurs n’ont rien à gagner à se laisser distraire des combats sociaux, comme on essaie de les y inciter pour mieux les diviser et les démobiliser. La France aisée acquise à Emmanuel Macron, elle, ne s’y laissera pas prendre, et ne votera pas pour ou contre le burkini, pour ou contre le « wokisme », mais pour la retraite à 65 ans, pour la baisse des « charges » et des impôts qui la touchent. À l’inverse, une majorité de députés de gauche se gagnera si la conviction l’emporte que le Smic net à 1 500 euros est possible dès le 1er juillet pour faire face à l’inflation sur les produits de la vie courante, ou que l’on peut partir à la retraite à 60 ans avec une bonne pension pour laisser son emploi à un jeune. Ce sont ces débats que redoutent Emmanuel Macron et Élisabeth Borne. Il reste deux semaines avant le premier tour pour les y contraindre.


 

 

 

 

Mélenchon contre Borne :
qui est de mauvaise foi ?

Par Le Stagirite sur www.lemediatv.fr

En interview, Jean-Luc Mélenchon part du principe que la Première ministre Elisabeth Borne mènera une politique libérale. Les journalistes croient pouvoir y repérer un procès d’intention : “mais quand même, elle vient de la gauche ! On ne peut pas savoir ce qu’elle fera puisque ses intentions nous sont inaccessibles.”

Mais Mélenchon justifie ses anticipations de l’action future de Borne par ses actions passées, qui ne sont que l’application stricte du macronisme : privatisation des autoroutes, ouverture du secteur ferroviaire à la concurrence, fin du statut du cheminot, réforme de l’assurance-chômage…

Qu’une ministre issue de la technocratie d’Etat ou d’entreprise, ayant appliqué avec rigueur les réformes de droite d’un gouvernement de droite, continue dans cette voie une fois Première ministre, cela semble évident, et se passe de démonstration. C’est bien plutôt à celui qui croit en la possibilité d’une rupture de prouver son point. Ici ce n’est pas Mélenchon le sophiste, ce sont les journalistes, car ils inversent la charge de la preuve.

Quoi qu’il en soit, en faisant semblant qu’il existe un vrai débat pour savoir si Borne est de droite ou de gauche, ces journalistes et commentateurs installent dans le débat public l’idée que la future politique gouvernementale pourrait être différente de celle qu’on a subie jusqu'ici, et rendent moins audible l’idée qu’il faille imposer à Macron un Premier ministre de gauche, ou du moins une forte opposition de gauche au Parlement.  


 

 publié le 27 mai 2022

525 millions d’euros, le prix payé par Haïti à la France pour sa liberté

par Justine Brabant sur http://cadtm.org/

Dans une série d’articles consacrés à la « dette de l’indépendance » imposée à Haïti par l’ancien colon français, le « New York Times » chiffre pour la première fois les sommes dont le pays caribéen a dû s’acquitter pour sa liberté. Son enquête, dense, met sous les projecteurs un sujet mal connu, notamment en France où cette histoire n’est pas enseignée. Des historiens ont toutefois estimé que leur travail avait été invisibilisé.

 Haïti a payé sa liberté au prix cher. Une première fois par le sang, lors de l’insurrection d’esclaves qui permit au pays d’arracher son indépendance, en 1804. Une seconde fois par l’argent, lorsque, vingt ans plus tard, l’ancien colon français lui demanda, sous la menace des armes, de verser des réparations financières à ses anciens esclavagistes.

Cette « dette de l’indépendance », certains préfèrent l’appeler « rançon ». On connaît désormais son montant : l’équivalent de 560 millions de dollars actuels (soit 525 millions d’euros).

Dans une série de cinq articles publiés le 20 mai, le New York Times revient sur l’histoire de cette somme, la manière dont les Haïtiens s’en sont acquittés et ses conséquences possibles sur la trajectoire de cet État antillais.

Si les grandes lignes de cette histoire sont désormais connues, de l’ultimatum adressé par le roi Charles X intimant aux Haïtiens, canons braqués sur Port-au-Prince, de payer des « réparations » aux esclavagistes français, au rôle de banques françaises, dont le Crédit industriel et commercial (CIC), le quotidien américain y apporte plusieurs éléments nouveaux.

 Un montant colossal

Des chiffres, d’abord. Lorsque Charles X fait braquer ses canons sur la capitale haïtienne, le 3 juillet 1825, son émissaire exige le versement de 150 millions de francs français. La requête est inouïe : dans un improbable renversement de l’histoire, « la France exige des réparations de la part du peuple qu’elle a jadis asservi », relève le New York Times.

Le montant est colossal au regard des ressources du pays. Les revenus de l’État haïtien cette année-là sont estimés par l’historien Beaubrun Ardouin à 5 millions de francs - soit trente fois moins que ce que les anciens colons réclament. Lorsque les Français se rendent compte qu’Haïti ne pourra jamais payer, ils ramènent le montant de la « réparation » à 90 millions de francs français.

Mais le prix de la liberté ne se limite pas à cette somme. Pour s’en acquitter, les autorités haïtiennes ont dû souscrire des prêts… à des banques françaises, et leur régler des intérêts et pénalités de retard durant près de soixante-dix ans. Les journalistes du New York Times indiquent avoir « parcouru nombre d’archives et de documents officiels pour parvenir à ce que beaucoup d’historiens estiment être le premier état détaillé de ce qu’Haïti a effectivement payé pour son indépendance » : 112 millions de francs de l’époque, soit 525 millions d’euros actuels.

Le quotidien américain va plus loin encore, en tentant d’évaluer le préjudice à long terme sur l’économie haïtienne. « Cette somme est loin de correspondre au déficit économique réel subi par le pays. Si elle avait été injectée dans l’économie haïtienne et avait pu y fructifier ces deux derniers siècles au rythme actuel de croissance du pays — au lieu d’être expédiée en France sans biens ni services en retour —, elle aurait à terme rapporté à Haïti 21 milliards de dollars  », avancent ses journalistes, qui indiquent avoir fait valider leurs projections par quinze économistes et historiens « spécialistes des économies en développement et des effets des dettes publiques sur la croissance ».

 Possible rôle de la France dans le « coup » contre Jean-Bertrand Aristide

Autre élément nouveau apporté par cette enquête : le témoignage d’un ancien ambassadeur français, Thierry Burkhard, qui vient éclairer le possible rôle de la France dans un coup d’État à Port-au-Prince, en 2004.

En avril 2003, un président haïtien, Jean-Bertrand Aristide, demande publiquement à la France de rendre l’argent des « réparations ». Moins d’un an plus tard, il remet sa démission et s’enfuit au Congo-Brazzaville. Accusé de réprimer férocement opposants, journalistes et défenseurs des droits humains, a-t-il préféré quitter le pouvoir de lui-même afin de sauver sa peau ? Ou y a-t-il été poussé - au moins en partie - par la France, soucieuse d’écarter celui qui portait l’inflammable question des réparations ?

L’ambassadeur de France à Haïti de l’époque, Thierry Burkard, accrédite l’idée d’un coup d’État mené conjointement par Paris et Washington, auxquelles les positions d’Aristide sur les réparations ne seraient pas complètement étrangères. L’ancien ambassadeur « admet aujourd’hui que les deux pays ont bien orchestré “un coup” contre M. Aristide, écrit le New York Times. Quant au lien entre sa brusque éviction du pouvoir et la demande de restitution, M. Burkard reconnaît que “c’est probablement ça aussi un peu”. »

Au-delà de son contenu, la série du New York Times apporte, sur la forme, une indéniable visibilité à un sujet mal connu - en particulier en France où l’histoire de la rançon payée par Haïti n’est pas enseignée. Cet effort de pédagogie s’est-il fait au détriment du travail d’historiennes et d’historiens ?

Depuis la publication de la série d’articles, le 20 mai, plusieurs ont pris la parole pour estimer que leur contribution avait été invisibilisée par les journalistes : certains regrettent de n’être pas cités malgré l’aide qu’ils auraient apportée aux reporters. D’autres pointent, plus largement, la manière dont le quotidien met en avant le caractère « inédit » de son enquête, semblant ignorer le travail de dizaines d’universitaires, y compris haïtien·nes, sur ce sujet.

En France, les autorités ont réagi a minima à l’enquête. Contactées par le New York Times, elles indiquent rester sur la position défendue par le président François Hollande lors d’un voyage à Haïti en 2015 : la France a une « dette morale » envers Haïti, mais pas de dette financière. Le CIC, dont le rôle est longuement détaillé dans un volet de l’enquête du New York Times, a, lui, tenu à annoncer lundi 23 mai, par le biais de sa maison mère, le Crédit mutuel, qu’il « financera [it] des travaux universitaires indépendants pour faire la lumière sur ce passé ».


 


 

 

Renversement du président Aristide en 2004 en Haïti : la France et les États Unis étaient dans le coup !

El Diablo sur www.communcommune.com

Un ancien ambassadeur français dans l'île a reconnu l'implication de l'Hexagone et des Etats-Unis dans le renversement de l'ancien président Aristide, qui avait réclamé des réparations pour les lourds paiements exigés après l'indépendance.

Dans une série d'articles consacrée aux relations entre la France et son ancienne colonie Haïti, intitulée La Rançon, le New York Times est revenu sur ce que les auteurs qualifient de « racines du malheur » de l'île, confrontée à une extrême pauvreté et à une violence galopante, elles-mêmes aggravées par des catastrophes naturelles régulières.

Les auteurs se sont penchés sur la dette extrêmement lourde qui a pesé sur les finances de l'île et gravement handicapé son développement, dette due aux exigences de la France après l'indépendance d'Haïti, et confirment que l'Hexagone a monté, en cheville avec les Etats-Unis, un « coup » pour évincer du pouvoir le président Jean-Bertrand Aristide, qui avait demandé des réparations financières à Paris.

Une dette faramineuse imposée par la France

Malgré la rébellion victorieuse des esclaves en 1791 et la défaite des troupes françaises envoyées par Napoléon en 1802, suivies de la reconnaissance de l'indépendance de l'île en 1804, les vainqueurs ont en effet été sommés en 1825, sous la menace d'une nouvelle invasion, de « dédommager » la France pour les pertes subies par les propriétaires de plantations.

Isolée, l'île a consenti à payer ces « réparations », avec un premier paiement qui représente « six fois les revenus du gouvernement », précise le quotidien américain. Le poids des remboursements « a totalement détraqué le processus de formation de l’Etat », constate l'économiste Thomas Piketty, entraînant un sous-investissement dans l'éducation et les infrastructures entre autres. D'où la situation dramatique de l'île à l'heure actuelle, selon les auteurs de l'enquête.

Des demandes de réparations à l'origine de l'éviction d'Aristide en 2004 ?

Face aux dégâts causés par ce fardeau financier, déjà débattus par d'autres universitaires américains, le président Jean-Bertrand Aristide, revenu au pouvoir en 2000 après un premier mandat en 1990-91, a demandé, dans un discours prononcé en 2003, des « réparations » à la France, lui réclamant 21 milliards de dollars. Une demande peu au goût de l'ambassadeur français de l'époque, Yves Gaudeul, la comparant auprès du New York Times à un « explosif » qu’«il fallait essayer de le désamorcer ».


 

 publié le 26 mai 2022

Ukraine. « Il faut instaurer un cessez-le-feu et entamer des pourparlers de paix »

Pierre Barbancey sur www.humanite.fr

Yurii Sheliazhenko, secrétaire du Mouvement pacifiste ukrainien, revient sur les raisons d’une guerre qui pouvait être évitée. Il dénonce l’invasion par les troupes russes et le militarisme du régime de Volodymyr Zelensky.

Comment jugez-vous ce qui se passe en Ukraine ?

Yurii Sheliazhenko : L’invasion russe de l’Ukraine, qui a déjà tué des milliers de personnes, risque de se terminer par une effusion de sang prolongée, une famine mondiale ou même un cauchemar nucléaire. C’est une décision issue de trente années d’escalade. Ce conflit entre deux pays a commencé sur les ruines de l’Union soviétique et s’est transformé en guerre à grande échelle en raison de l’absence de système de sécurité commun dans le monde, de la persistance de l’antagonisme Est-Ouest et du conflit entre les États-Unis et la Russie pour le contrôle de l’Ukraine et d’autres pays post-soviétiques. Ensuite, parce que l’Ukraine et la Russie ont hérité de l’URSS une dangereuse machine de guerre, un système inhumain d’éducation et de conscription militaire patriotiques, placée hors du contrôle démocratique. Démocratie et militarisme sont incompatibles. Aucune guerre ne peut être menée dans l’intérêt du peuple.

Cette guerre aurait-elle pu être évitée ?

Yurii Sheliazhenko : Oui. Les États-Unis et la Russie auraient pu nouer une coopération au travers des accords de sécurité communs prenant au sérieux leurs obligations en vertu de la charte de sécurité européenne de l’OSCE et en renoncant à renforcer leur sécurité aux dépens de celle d’autres États. L’Ukraine aurait pu ne pas brader, contre des relations étroites avec l’UE et l’Otan, sa démocratie inclusive qui permettait, avant 2014, à des millions de citoyens d’origine russe de préserver leur langue, leur culture, leurs liens religieux et économiques avec la Russie.

Quant à l’opposition pro-Occidentaux, elle aurait pu se conformer à l’accord de médiation européen sur la transition pacifique du pouvoir avec le gouvernement pro-Russes, au lieu de le renverser en 2013. La Russie n’aurait pas dû soutenir les coups d’État en Crimée, à Donetsk et Louhansk, les tentatives de coup d’État à Odessa, Kharkiv et dans d’autres villes ukrainiennes. Entre 2014 et 2022, l’Ukraine, la Russie et les séparatistes, qu’elle soutient, auraient dû respecter les accords de Minsk et de Minsk II.

Les pacifistes ukrainiens peuvent-ils se faire entendre alors que plusieurs formations, dont le Parti communiste, sont interdits ?

Yurii Sheliazhenko : C’est difficile, mais nous nous rassemblons pour diffuser un message de paix, en dépit de la loi martiale. Le principal obstacle pour les pacifistes n’est pas tant le régime militariste de Zelensky que l’absence d’une culture de paix. C’est sous Staline que l’illusion de parvenir à la paix par la force militaire s’est généralisée. Poutine et Zelensky ne font que poursuivre cette politique. Dans leur discours, le 9 mai, tous deux ont appelé à la poursuite de la Seconde Guerre mondiale contre le pays voisin décrit comme nazi, ne laissant aucune place à une résolution pacifique des différends, comme l’appelle la déclaration du 6 mai du Conseil de sécurité de l’ONU. L’apologie du stalinisme, la glorification nostalgique de l’URSS et le culte de la victoire en 1945 n’ont guère fait du Parti communiste d’Ukraine une voix de paix. Il existe aussi des pseudo-socialistes, patriotes bellicistes, en Ukraine, qui présentent la guerre comme une libération de l’impérialisme russe. Mais ils n’ont aucune objection à la subordination de l’Ukraine à l’impérialisme américain ainsi qu’aux politiques d’hégémonie ethnolinguistique. En tant que Mouvement pacifiste ukrainien, nous ne sommes pas pro-Russes, nous nous positionnons contre la guerre et en faveur du processus de paix.

Cette guerre est-elle autant celle de Biden que celle de Poutine ?

Yurii Sheliazhenko : Il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une guerre par procuration entre les États-Unis et la Russie, comme l’ont reconnu plusieurs législateurs américains et membres du renseignement. Les États-Unis mènent une guerre d’usure contre la Russie, y compris une course aux armements visant à l’affaiblir et à provoquer un changement de régime, répétant le scénario de dissolution de l’Union soviétique. Cependant, la structure économique russe est maintenant plus développée qu’à l’époque soviétique. En outre, la Chine peut protéger les arrières économiques de la Russie en restant militairement neutre. Elle y trouve son intérêt en raison de la concurrence géopolitique et géo-économique sino-américaine.

Que pensez-vous de l’envoi d’armes à l’Ukraine par les États-Unis et l’Union européenne ?

Yurii Sheliazhenko : La fourniture d’armes à l’Ukraine est très rentable pour le complexe militaro-industriel. Les membres présents et futurs de l’Otan se réarment et la menace nucléaire entre la Russie et l’Otan offre des perspectives de nouveaux contrats d’armement. Doté de davantage d’armes, le gouvernement ukrainien devient plus ambitieux et moins disposé à négocier la paix avec la Russie. Cela augmente le nombre de victimes civiles et prolonge la guerre pour une durée indéterminée.

Comment parvenir à la paix ?

Yurii Sheliazhenko : Il faut instaurer un cessez-le-feu et entamer des pourparlers de paix. Poutine et Zelensky, ainsi que leurs puissants alliés Xi Jinping et Joe Biden ne sont pas disposés à négocier la paix de bonne foi. L’ambition de l’emporter sur le terrain empêche les belligérants d’envisager la paix sérieusement.


 

 publié le 25 mai 2022

Législatives : portraits croisés de
10 candidats de la Nupes

Par Clément Gros sur www.regards.fr

Ils seront peut-être, le 19 juin prochain, élus députés sous l’étiquette de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale. Nous sommes allés à la rencontre de dix de ces candidats, inconnus du grand public, pour comprendre le sens de leur engagement.


 

Sabine Cristofani-Viglione - 4ème circonscription du Var

(Résultats du premier tour de la présidentielle : Le Pen 32,16%, Macron 24,07%, Gauche 18,49%)

C’est la candidate de gauche qui sera face à Éric Zemmour. Et depuis cette annonce, le rythme de campagne de cette enseignante d’une classe de CM2 s’est accéléré : « Les caméras se sont braquées sur la circo et désormais cela n’arrête pas », témoigne la candidate. Rien pour lui faire peur, Sabine Cristofani-Viglione est habituée au militantisme. D’une famille communiste, elle a très tôt participé à la vie politique, « et je me suis toujours dit que dès que mes enfants seraient grands, je m’engagerais dans la politique plus sérieusement. Me voilà donc candidate ». Avec Blanquer à l’Éducation depuis cinq ans, dit-elle, ses cinquantaines de protocoles, l’absence d’augmentation salariale et le mépris continu pour la profession, la candidate sait bien ce que la lutte politique a de plus difficile. Le mépris constant des dominants. Dès lors, elle nous raconte le parcours scolaire de son fils. Il a eu besoin d’une AESH pour étudier dans de bonnes conditions : « Les professeurs ne sont pas formés pour l’inclusion. D’autre part, les heures allouées pour les AESH sont insuffisantes, mon fils ne bénéficiait que de sept heures par semaine ». Et dans beaucoup de cas, il y a une mutualisation : l’AESH s’occupe de plusieurs élèves, ce qui ne répond évidemment pas aux besoins individuels. De ces expériences, Sabine Cristofani-Viglione remarque un grand écart entre la couverture médiatique de la circonscription, montrant Éric Zemmour à la rencontre des habitants du Golfe de Saint Tropez et la réalité du terrain. « Dans les terres, je vois personnellement des habitants à qui on ne donne pas les moyens de vivre décemment. Des gens qui touchent 1000 euros de retraites survivent malgré tout, mais il faut leur permettre de vivre. C’est pourquoi je représente la Nupes ».


 

 Nathalie Krawezynski - 3ème circonscription de la Savoie

(Gauche 29,87%, Le Pen 26,24%, Macron 24,85%)

Originaire du quartier des Izards à Toulouse, la candidate Nupes a fait des « dizaines et dizaines » de métiers : femme de ménage, animatrice de rue, aide à domicile, remplaçante en maison d’accueil spécialisée polyhandicap, AESH, puis artisane d’art, avant de devenir agente administrative dans un lycée professionnel à Chambéry. De ses multiples expériences, elle en a tiré une volonté de s’engager dans le lien social, et veut caractériser son action par l’ouverture, maître mot de sa campagne. Par exemple, ce fut une militante engagée dans le mouvement des gilets jaunes : « Cela est resté pour moi comme un lieu formidable d’échange. À force de discuter avec des gens qui ne partageaient pas mes opinions politiques, les idées infusent et les choses évoluent ». Justement sur les idées : selon la candidate, l’éducation est le pilier de tout bien commun. Elle a vu de son poste actuel, et depuis la réforme de l’apprentissage en 2018, les lycéens devenir une main d’oeuvre de substitution. « On apprend à nos enfants à être un bon employé, à dire oui au patron et à se taire, cela m’est insupportable ». Car concrètement en Savoie, les apprentis font de la concurrence aux saisonniers : « Il y a un dumping social dans notre région, les saisonniers qui avaient réussi à obtenir un statut, se retrouvent maintenant en difficulté pour trouver un emploi ». Autre problème majeur auquel est confronté la Savoie : l’eau. « Le changement climatique pousse les collectivités à faire reculer en altitude les stations. Et le problème est que la montagne s’urbanise ». L’hiver, les stations multiplient par dix leur consommation d’eau. « On va même jusqu’à creuser à l’aplomb des sources d’eau potables du fait des projets d’aération pour le tunnel Lyon-Turin. Ce creusement est autorisé par dérogation locale du préfet, malgré qu’il entraîne une pollution de l’eau potable ».


 

Michèle Roux - 2ème circonscription de la Dordogne

(Gauche 28,21%, Le Pen 27,63%, Macron 23,8%)

L’eau justement. C’est également un problème constant pour Michèle Roux, paysanne à la retraite, après une carrière croisée entre son exploitation, son poste de professeure dans un lycée agricole et son engagement syndical. « J’ai toujours été proche des luttes. Par exemple, j’ai occupé la ferme des 1000 vaches, une bataille qui a duré dix ans au total ». Un projet mené par un industriel du bâtiment ayant pour but de susciter un rendement financier maximal de l’exploitation du lait, notamment avec des méthaniseurs puissants. Le problème est que cela venait alimenter la crise du lait et abaisser encore d’avantage son prix. Les autres producteurs locaux se retrouvant donc forcés de baisser eux aussi leur prix, alors qu’ils vendaient déjà à perte. « De mon côté, j’ai vu avec le dérèglement climatique, une évaporation de l’eau beaucoup plus rapide. On a dû trouver des solutions alternatives pour nos exploitations mais peu viables d’un point de vue écologique ». Michèle Roux nous raconte alors que le forage des nappes phréatiques, ou l’utilisation de l’eau de mer deviennent les alternatives. « Sauf que l’eau de mer salinise les sols, ce qui atteint fortement la qualité de ceux-ci, jusqu’à affecter la production végétale ». Pour la candidate, la véritable solution est alors de penser la production via une quantité limitée pour ensuite mieux la partager : « C’est l’ambition de l’agriculture paysanne ».

  

Karol Kirchner - 2ème circonscription du Morbihan

(Macron 32,34%, Gauche 30,71%, Le Pen 20,86%)

L’eau toujours. Avant de devenir artisan à Belle-Île-en-Mer, Karol Krichner est sorti d’une école de commerce lyonnaise, et a rejoint dans la foulée le célèbre cabinet d’audit KPMG. Il a finalement suivi une formation pour se convertir dans la maîtrise du bâtiment, et s’est investi avec ces deux employés dans des chantiers de l’île bretonne. 2020 marque alors une nouvelle étape de sa vie, dès lors qu’il décide de s’investir dans la campagne municipale. « Je suis devenu conseiller municipal d’une liste minoritaire et me suis basé dans la commission d’urbanisme. Mais je m’engage avant tout bénévolement, par exemple pour développer une monnaie locale. C’est aussi pourquoi je refuse d’être encarté, je ne veux ne pas appartenir à un camp ». L’enjeu pour lui est de montrer par son action politique « qu’il ne suffit pas nécessairement de changer grand chose pour montrer aux gens qu’on peut faire avancer leurs conditions de vie ». Sa candidature prend alors du sens, « devant les enjeux auxquels fait face le monde ». Seulement, la tâche est difficile car sa circonscription a toujours été de droite depuis 1958. « Mais nous réfléchissons plus loin que cet accord électoral, notre objectif est de le faire vivre au niveau local sur le long terme. Le véritable sujet est comment faire vivre l’union sur le long terme ». Et il y a du travail, car sa circonscription concentre des enjeux très investis par le programme de la Nupes. « Notre circo concentre trois îles où les jeunes du pays ne peuvent plus se loger du fait de la spéculation immobilière. Un cadre légal existerait pour lutter contre cela mais il faut y ajouter de la volonté politique ». Selon lui, les îles devraient être déclarées zones tendues pour le logement, ce qui permettrait par exemple d’encadrer les loyers. Le candidat est donc prêt à mener le combat législatif mais le plus important reste « de prendre à bras le corps les sujets devant nous avec tous les citoyens concernés ». La question de l’eau en priorité, sur une île où les habitants sont dépendants de l’eau de pluie. Dérèglement climatique ce faisant, le risque de pénurie demeure alors constant.


 

Annick Prévot - 2ème circonscription de l’Oise

(Le Pen 37,58%, Macron 23,56%, Gauche 22,93%)

« Dans ma vie, j’ai beaucoup travaillé en intérim. D’abord un an dans le nettoyage, puis 12 ans chez Nestlé, 13 ans chez Faurecia, comme ouvrière de production avant de devenir cariste pendant 20 années ». Aujourd’hui sans mission, Annick Prévot nous explique n’avoir jamais fait de politique avant le mouvement des gilets jaunes. Ce qu’il l’a conduite elle aussi à candidater sur liste aux élections municipales de 2020. Car selon elle, « si on ne s’intéresse pas à la politique alors la politique s’intéresse à nous, et de manière violente ». Désormais, elle souhaite améliorer la vie des citoyens : « J’ai discuté avec des gens qui n’arrivent pas à vivre décemment, et là on découvre des choses scandaleuses ». Un exemple : « les artisans subissent une TVA à 20%, alors même que c’est 13% pour de la revente sans modifications ». Prête également pour le combat législatif, la candidate de l’Oise affirme que si les ouvriers ont à apprendre de la politique, la réciproque doit aussi fonctionner : « Les politiques ont à apprendre des ouvriers ». C’est donc slogan en tête qu’elle mènera cette campagne. « Je me dis qu’il faut à l’Assemblée moins de carriéristes et plus de caristes ».

 

Cédric Briolais - 10ème circonscription des Yvelines

(Macron 32,9%, Gauche 30,06%, Le Pen 16,19%)

Cédric Briolais aura à affronter Aurore Bergé, une fidèle macroniste jamais récompensée pour ses bons et loyaux services. Lui est machiniste de formation à la RATP et a mené 50 jours de grève pour lutter contre la réforme des retraites à partir de Décembre 2019. Aujourd’hui devenu agent de station, il travaille de 5h à 13h30, et consacre le reste de son temps à la campagne. « Pendant notre grève, les seuls soutiens politiques que nous avons reçus étaient ceux de la France Insoumise. C’est à ce moment là que j’ai eu la chance de rencontrer Eric Coquerel et Mathilde Panot et me suis investi dans le mouvement ». Cédric Briolais a donc participé au livret thématique sur la question des transports et compte bien continuer à lutter pour promouvoir une autre politique des transports. « Quand je vois qu’il faut plus d’une heure pour faire Rambouillet-Paris, je voudrais que l’on défende mieux ce service public. Une politique des transports permettrait de casser les barrières entre quartiers populaires et centre de la ville ».

 

Arnaud Petit - 3ème circonscription de la Somme

(Le Pen 36,78%, Macron 26,43%, Gauche 21,3%)

Ouvrier métallurgique, président d’un syndicat et maire de sa commune depuis 2014, Arnaud Petit veut répondre au problème de représentativité dans les instances politiques. « Je me sens proche des problématiques des gens, car j’ai un métier qui est celui de la majorité des habitants de ma circonscription ». En réalité, son territoire est assez pauvre – selon ses mots – cumulant les situations de bas salaires. « Les habitants sont souvent obligés de travailler à deux. Et une fois deux Smic dans le foyers, ont du mal à finir le mois. C’est paradoxal du point de vue des patrons qui se plaignent de manquer de main d’œuvre. Seulement au bout d’un temps, les salariés refusent des postes mal payés avec des conditions de travail difficiles et c’est légitime ». Autre problème dans la circonscription : le manque de ressources allouées aux petites communes. « Nos jeunes n’ont aucun moyens de s’émanciper. Et donc les inégalités se reproduisent. La politique est de fermer les petites écoles : la difficile mobilité dans la région fait que les conditions d’accès à l’école de nos jeunes sont ici difficiles ». Alors ce sapeur-pompier volontaire aura pour tâche de venir en aide de ces territoires oubliés.

 

Amadou Dème - 4ème circonscription de l’Essonne

(Gauche 32,03%, Macron 31,08%, Le Pen 19,13%)

« On a commencé cette campagne avec 2000 tracts, puis finalement grâce à la forte mobilisation et la dynamique militante, nous avons fait 60.000 boîtes aux lettres ». Arrivé en France à 17 ans en 1985, depuis Dakar au Sénégal où il a grandi, Amadou Dème est fier d’être devenu aujourd’hui collaborateur politique à Grigny. « Je sens un élan car des gens qui s’étaient éloignés de la politique s’en rapprochent à nouveau. Si les forces ont été affaiblies ces dernières années, la Nupes suscite un espoir ». Avec sa suppléante, Amadou Dème veut donc en profiter pour porter des sujets qui concernent des milliers de familles et dont on ne prend pas le temps de parler. « Le handicap doit par exemple devenir un sujet politique, le législateur ne parvient jamais à s’en saisir ». Lui veut être un député présent auprès de la vie des quartiers, comme il l’a toujours fait en tant que collaborateur politique. « La députée macroniste, personne ne l’a connait, elle est revenue faire la cérémonie du 8-Mai, des élus témoignent ne l’avoir jamais vu ». L’objectif est donc de réinvestir la représentation nationale localement et de faire de la Nupes une force présente au quotidien des habitants de la circonscription.

 

May Bouhada - 6ème circonscription du Val de Marne

(Macron 35,08%, Gauche 39,49%, Le Pen 7,21%)

Sortie du Conservatoire nationale supérieure d’art dramatique, il y a de cela 25 ans, May Bouhada se définit comme une femme de théâtre. À la fois artiste et réalisatrice, toujours liée par un engagement politique, elle s’engage dans la transmission de son art via les territoires. Au-delà de cela, elle a aussi porté la question de la place des femmes dans l’art. « Dans notre histoire, c’est comme si les femmes n’existaient pas. Je suis fier donc de travailler sur la question du matrimoine. De faire connaître des femmes comme Alice Guy, la première réalisatrice de l’histoire du cinéma ». Et en fin de compte, cet engagement historique dans le secteur de la culture couvre beaucoup d’autres questions. « Car l’intelligence, la créativité ne se pensent pas sans le corps ». La candidate se dit alors enthousiaste des dynamiques d’union de la gauche. « À Fontenay-sous-Bois nous avons réussi grâce à l’union de mieux nourrir nos enfants. Nous sommes à 60% de bio dans les cantines et voulons aller vers 100% ». Elle aimerait alors porter le sujet de l’écologie auprès des classes populaires. « Les enfants ont aujourd’hui une moins bonne espérance de vie qu’auparavant, dire qu’on va promouvoir 30 minutes de sport par jour est insuffisant. Il faut porter des politiques publiques globalisantes mêlant santé, écologie, le tout bien sûr accessible à tous ». Dans sa dernière pièce, May Bouhada retrace l’histoire d’une « gamine » dont le grand-père vient de mourir. Elle part alors à la rencontre des terres où il a vécu, sur un fond de réalisme climatique. Plus que jamais, le théâtre devient alors politique et philosophique. Et la candidate compte bien se saisir de son art pour mener cette campagne.

 

Damien Maudet - 1ère circonscription de Haute-Vienne

(Gauche 35,87%, Macron 26,61%, Le Pen 21,73%)

Militant depuis 10 ans, désormais collaborateur parlementaire de François Ruffin, Damien Maudet, c’est c