PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

Publié le 07/07/2020

 

     BLOG : LE BLOG DE JEAN-MARC B

Jean CASTEX l’homme de la T2A à l’hôpital :

Le monde de l’hôpital ne connait certes pas Jean Castex, mais il connait par contre très bien les effets de son passage au ministère de la santé. Il y fut en effet le promoteur zélé d’une réforme de la tarification dite « T2A », l’un des piliers de la transformation de l’Hôpital en entreprise.

 

Par  -L'Anticapitaliste

« Un inconnu à Matignon », c’est souvent en ces termes qu’a été accueillie la nomination de Jean Castex au poste de Premier ministre. Le monde de l’hôpital ne le connait certes pas, mais il connait par contre très bien les effets de son passage au ministère de la santé. Il y fut en effet le promoteur zélé d’une réforme de la tarification hospitalière dite « T2A », l’un des piliers de la transformation de l’Hôpital en entreprise.

La rentabilité ou la fermeture

La Tarification à l’activité, la « T2A », a fait de l’Hôpital une « entreprise de production de soins ». Avec elle, l’établissement ne reçoit plus un budget destiné à répondre à des besoins, mais est rémunéré d’après sa « production ». Et comme dans toute entreprise, celle-ci doit être suffisante et rentable.JEAN-CLAUDE DELAVIGNE

La conséquence est inéluctable. Les Hôpitaux sont incités financièrement à sélectionner les pathologies les mieux rémunérées et les patients n’entrainant pas de « surcoûts », comme par exemple les personnes âgées ayant de multiples pathologies. La « T2A » pousse à la fermeture des services de soins ou les maternités de proximité n’atteignant pas le « seuil de rentabilité ». Pour être rentable un séjour doit être court, mieux vaut donc renvoyer au plus vite (et parfois trop vite) le malade chez lui… quitte à le réadmettre quelques jours plus tard, en générant un nouvel acte à nouveau « rentable ».

Les missions de service public, la nécessité de disposer de lits disponibles pour faire face à des événements exceptionnel (épidémie) n’ont guère de place dans un tel système.

Monsieur T2A

Castex, en tant que Directeur de l’Hospitalisation et de l’Offre de Soins au ministère de la santé fut l’homme qui défendit et mit en place cette réforme. Il déclarait au Monde en 2006 : « ce système nécessite un gros travail de pédagogie. Il a le mérite, d’obliger tous les établissements à se regarder avec lucidité. »

L’abolition de la T2A, un financement fondé sur les besoins, est avec l’exigence de recrutements massifs pour l’hôpital l’une des revendications principales des personnels et médecins hospitaliers, qu’ils ont portée dans toutes leur lutte depuis un an.

Avec l’arrivée à Matignon de J. Castex, flanqué, comme directeur de cabinet de Nicolas Revel, ancien directeur de l’Assurance Maladie et défenseur de toutes les politiques d’austérité, les personnels hospitaliers savent à qui ils auront à faire. Au lendemain de la mascarade du Ségur de la santé. Le « monde d’après », est bien le retour au « monde d’avant », avec les pires acteurs de celui ci.

Pour Macron le « temps de héros » est bien passé. Pour les personnels hospitaliers et leurs soutiens, celui de la lutte

Publié le 06/07/2020

Remaniement. Emmanuel Macron met Matignon au pas

 

Emilio Meslet (site humanite.fr)

 

En nommant Jean Castex premier ministre, le chef de l’État entend reprendre ses réformes à marche forcée et se place en hyperprésident avant 2022.

Trop populaire. Trop d’influence à droite. Trop ambitieux. Édouard Philippe, crédité de 50 % d’opinions positives, ne pouvait pas rester à Matignon. Il risquait de faire de l’ombre à un président de la République déjà en campagne pour sa réélection. Emmanuel Macron a donc préféré s’en séparer, « d’un commun accord », nous dit-on. À sa place, il a préféré installer un illustre inconnu : Jean Castex, ancien « M. Déconfinement » de l’exécutif et délégué interministériel aux jeux Olympiques et Paralympiques de 2024.

Jupiter pousse à son paroxysme la monarchie élyséenne

Un exécutif à deux têtes ? Très peu pour Emmanuel Macron. Avec 2022 en ligne de mire, le chef de l’État occupera tout le terrain politique, laissant les miettes à un nouveau premier ministre au poids politique proche de zéro. Jupiter concentrera les pouvoirs, poussant à son paroxysme la monarchie présidentielle : il sera à la fois président, premier ministre et candidat. À peine nommé, le technocrate Jean Castex doit se défendre d’être le simple exécutant des décisions élyséennes. « Ma personnalité n’est pas soluble dans le terme de “collaborateur” », assure-t-il au Journal du dimanche (JDD). Il sera pourtant surveillé de près par deux proches d’Emmanuel Macron : Nicolas Revel et Mathias Ott. Le premier, ancien secrétaire adjoint de l’Élysée sous François Hollande que le président a tenté d’imposer sans succès à Édouard Philippe en 2017, est nommé directeur de cabinet et le second, conseiller « cohésion des territoires et logement » du chef de l’État, prend le poste de chef de cabinet. Le président de LR, Christian Jacob, pourtant ancien parti de Castex jusqu’à vendredi, voit déjà en lui un « non-premier ministre ».

Aucun virage à gauche, cap à droite

Ce changement à la tête du gouvernement est censé lancer l’acte II du quinquennat d’Emmanuel Macron. Un prétendu virage plus social et vert, dont le coup d’envoi devait être le discours présidentiel devant la convention citoyenne pour le climat. Beaucoup s’attendaient à un (léger) coup de barre à gauche, répondant aux aspirations exprimées par les Français aux élections municipales, avec une figure de l’écologie pour premier ministre. Il n’en sera rien. « Jean Castex est dans une parfaite continuité politique avec Édouard Philippe. Ni l’un ni l’autre n’ont jamais marqué un quelconque intérêt pour le climat ou la biodiversité », tacle Yannick Jadot, eurodéputé EELV, qui ne semble pas croire un mot du mantra « agir pour l’environnement n’est pas une option, c’est une obligation », énoncé par le nouveau premier ministre dans le JDD.

Macron garde donc le cap à droite, et bien à droite. À Matignon, un élu local juppéiste laisse le poste à un élu local sarkozyste. Le choix de Jean Castex, ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée et conseiller social de Nicolas Sarkozy, n’augure en rien une métamorphose de l’exécutif. Lors de sa première interview pour TF1, ce « gaulliste social », comme il aime à se définir, a exposé ses « valeurs » : responsabilité, laïcité et sécurité. Un triptyque bien loin de la devise républicaine « Liberté, égalité, fraternité ».

Lire aussi : Jean Castex, un prétendu gaulliste social au service de la Macronie

Au cœur d’une crise sanitaire sans précédent et avec des soignants à bout de nerfs alors que les négociations sur le Ségur de la santé s’enlisent, Jean Castex aurait pu réserver la primeur de sa première visite à l’hôpital public. Mais il a choisi un autre symbole : se rendre dans l’usine de semi-­conducteurs X-Fab, à Corbeil-Essonnes, pour être le visage du « travailler plus » macroniste, et ainsi promouvoir la « relance économique ». « La rentrée sera très dure », a d’ailleurs prévenu le président comme pour préparer le terrain à son offensive sur le Code du travail, vendredi dernier, dans un entretien à la presse quotidienne régionale. « Nous ne pouvons pas être un pays qui veut son indépendance, la reconquête sociale, économique et environnementale et être un des pays où on travaille le moins tout au long de la vie en Europe », avertit-il.

Vieilles recettes libérales et nouvel acte de décentralisation

« Le cap sur lequel je me suis engagé en 2017 reste vrai », persiste le chef de l’État. Dans cette interview, il fixe la feuille de route qu’il confie à son futur gouvernement, avant même la nomination de Castex : santé, grand âge et dépendance, jeunesse et égalité des chances, relance économique et emploi. Pour répondre à de nouveaux maux, Macron garde les mêmes recettes libérales, la réforme des retraites en tête (voir encadré). Autre gros morceau pour lequel le premier ministre, en tant que maire de Prades (Pyrénées-Orientales), a été recruté : un nouvel acte de décentralisation. « Je suis favorable à ce qu’on ait plus de différenciations, parce que je pense que cela correspond à la fois à la demande des collectivités territoriales et au besoin des territoires », a déclaré le président.

Jean Castex aura donc pour rôle de mettre en œuvre les desiderata de l’hyperprésident Emmanuel Macron, dans la droite lignée de la politique menée depuis trois ans. Et il ne devrait pas trop avoir à forcer sa nature technocratique pour le faire. Le « nouveau chemin » dessiné par le chef de l’État ressemble donc de plus en plus à une impasse…

 

Emilio Meslet

Publié le 05/07/2020

PÉTITION : VIOLENCE DE LA POLICE, SOUTIEN À FARIDA C., INFIRMIÈRE EN LUTTE

 

(site La-bas.org)

 

Le mardi 16 juin dernier, vous avez vu la vidéo de l’arrestation violente d’une infirmière de 51 ans, Farida. Venue rappeler le gouvernement à ses promesses, et manifestant contre la casse de l’hôpital public, pour une hausse du salaire des soignants et une amélioration de leurs conditions de travail, le gouvernement a répondu par la force : la matraque et le gaz.

Prise dans la colère et l’indignation, la soignante a « riposté » du haut de son mètre 55, munie de trois petits cailloux contre des policiers en armure. Interpellée violemment par les forces de l’ordre alors qu’elle ne présentait aucune menace, elle souffre de plusieurs blessures, à la tête, aux bras, aux côtes, ayant entraîné 4 jours d’ITT (incapacité temporaire de travail). Les policiers, quant à eux, n’ont pas été blessés. Ils sont pourtant quatre à avoir porté plainte pour violences, outrage et rébellion. Le procès aura lieu le 25 septembre prochain.

Face à cette répression violente, ces images dures, ce mépris révoltant, nous nous en remettons à vous pour aider Farida. Elle a déposé une plainte auprès de l’inspection générale de la Police nationale pour « violences volontaires par personnes dépositaires de l’autorité publique ».

Avec cette pétition, vous signez pour que cette plainte ne tombe pas dans l’oubli. Avec cette pétition, nous lançons aussi un appel aux syndicats de soignants pour qu’ils soutiennent leur consœur dans l’épreuve qu’elle affronte, à l’heure où le mouvement social a tant besoin d’unité.

Enfin, avec cette pétition, c’est un soutien émotionnel que vous apportez à Farida et à l’ensemble du corps médical. Aussi bien dans leur lutte depuis un an, dans un conflit social contre cet adversaire mutique qu’est le gouvernement face à leurs revendications que pour leur récente bataille contre la COVID-19 où ils ont tous répondu présents.

Nous avons compté sur eux, montrons leur qu’ils peuvent compter sur nous.

Premiers signataires :

Benjamin AMAR, professeur d’histoire-géographie
Laurence DE COCK, historienne
Françoise FILOCHE, infirmière
Gérard FILOCHE, ancien inspecteur du travail
André GRIMALDI, professeur émérite de diabétologie à La Pitié-Salpêtrière
Mathilde LARRÈRE, historienne
Corinne MASIERO, comédienne
Imen MELLAZ, journaliste, fille de Farida C.
Olivier MILLERON, médecin
Gérard MORDILLAT, cinéaste et romancier
Patrick PELLOUX, médecin

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Publié le 04/07/2020

Tunisie : Retour d'une forte contestation sociale

 

(site politis.fr)

 

À Tataouine, dans le sud tunisien, un mouvement de chômeurs réclame des emplois et l'application d'un plan d'embauches promis par l'exécutif en... 2017. L'intervention brutale des forces de l'ordre n'a pas entamé la détermination des manifestants.

Au départ il y a des promesses non tenues. En 2017, un sit-in avait été organisé par des jeunes chômeurs du gouvernorat de Tataouine. Les manifestants avaient dressé des tentes devant le site de production pétrolière d’El-Kamour.

« Les accords de Kamour sont restés lettre morte, explique Sam Sehili-B-Z professeure émérite de lettres et auteure. Ces accords permettaient aux jeunes de la région de travailler dans les sociétés d’hydrocarbures. » Le gouvernement avait alors promis d'investir chaque année 80 millions de dinars (environ 25 millions d'Euros) pour le développement de Tataouine.

Finalement, rien de tout cela n’a réellement abouti, selon le syndicat de l’Union générale du travail tunisien (UGTT). Seule une partie des milliers d'emplois promis, dans des sociétés pétrolières ou des structures d'entretien de l'environnement, ont été créés.

L’Union régionale du Travail à Tataouine estime dans un communiqué que le gouvernement « a perdu toute crédibilité à cause de ses promesses non tenues et son déni de l’accord de Kamour conclu entre le chef du gouvernement et le secrétaire général de l’UGTT, concernant la tenue d’un conseil ministériel ».

Pour le porte-parole du sit-in d’El Kamour le message est clair : il faut se mobiliser pour « récupérer les richesses accaparées par les lobbies ».

Près de 28% de taux de chômage

Cette ville marginalisée du sud tunisien est en proie à un taux de chômage très élevé. Ces heurts sur fond de crise sociale illustrent le ras-le-bol de la jeunesse dont témoigne Yosra Tounakti, une jeune femme originaire de Tataouine :

La plupart des jeunes essayent de ne pas rester à Tataouine, ils vont vers d’autres villes où quittent le pays pour trouver du travail. C’est comme ça depuis des dizaines d’années. Moi, j’ai réussi à faire mes études à l’étranger, en France.

L’Union des jeunes diplômés chômeurs recense 9 644 membres et l’Association des chômeurs non qualifiés près de 7 000 sans baccalauréat. Depuis quelques années, les sociétés pétrolières installées dans la région et leurs organismes de sous-traitance sont vus comme une issue par ces jeunes : un moyen de retrouver indépendance, liberté et surtout autonomie financière.

Conflit entre force de l’ordre et manifestants

« Cela fait des semaines que les contestations perdurent, c’est une crise où les violences de la part des forces de l’ordre ont été observées, notamment au travers de l’usage massif des lacrymogènes » , explique la professeure de lettres, Sam Sehili-B-Z.

De nombreux manifestants ont aussi été arrêtés, dont Tarek Haddad, libéré après quatre jours de détention. Porte-parole du sit-in, ce dernier avait déjà entamé une grève de la faim le 18 juin en vu de l’application des accords dont l’objectif est d’obtenir une meilleure répartition des richesses.

Les membres de l’UGTT réclament la libération des manifestants arrêtés par les forces de l’ordre. Les protestataires demandent également la tenue d’un conseil ministériel autour de la mise en œuvre des points de l’accord d’El-Kamour. L'exigence de justice sociale qui mobilise Tataouine n'est pas prête de retomber.

 

par Maeva Chirouda

<< Nouvelle zone de texte >>

Partenariat Economie:
(site altermidi.org)

En démocratie on peut défendre des positions différentes et les confronter mais le modèle de pensée économique unique qui règne dans les mass-médias déforme la réalité en faveur d’une petite minorité.


 

Cette année, coronavirus oblige, les très officielles Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence se tiendront les 3 – 4 – 5 Juillet à Paris, depuis la Maison de la radio, sur le thème : « Agir face aux dérèglements du Monde – on va s’en sortir ! ». Le grand rendez-vous de l’économie orthodoxe débutera par une master-class avec Jacques Attali sur un thème qui ne s’invente pas : L’empathie, valeur majeure du XXIème siècle ?

Si la grande majorité de la population devait retenir quelque chose de la grand-messe que donnera le célèbre argentier c’est, à n’en pas douter, sur le point d’interrogation qu’elle focaliserait son attention. À l’heure où, selon l’estimation du ministère du Travail, le cumul des demandes d’autorisation de chômage partiel depuis le 1er mars a atteint 12,7 millions, tandis que 8,6 millions de salariés auraient bénéficié du dispositif qui a permis de retarder l’explosion du chômage, que dire de l’optimisme de bon aloi du thème général des Rencontres Économiques “On va s’en sortir !” ?

Sont optimistes ceux qui sont directement concernés par le “on”, comme les entreprises du CAC 40 qui s’apprêtent à licencier et se savent protégées par l’État, ou leurs actionnaires qui regardent l’avenir le sourire aux lèvres. Depuis le début de la décennie 2010 et jusqu’en 2019, les sociétés du CAC 40 ont fait pas moins de 713 milliards d’euros de bénéfices et elles leur ont distribué 429 milliards de dividendes, soit 60% de leurs bénéfices.

En démocratie on peut défendre des positions différentes et les confronter mais le modèle de pensée économique unique qui règne dans les mass-médias déforme la réalité en faveur d’une petite minorité. Un article de Renaud Lambert intitulé “Les économistes à gages” paru dans Le Monde diplomatique de mars 2012 a été  le déclencheur d’une initiative pour déconstruire la pensée unique des Rencontres Économiques.

C’est ainsi que sont nées les Rencontres Déconnomiques d’Aix-en-Provence dont altermidi est aujourd’hui partenaire. L’idée consiste à proposer des alternatives et à donner une tribune à la foisonnante pensée économique hétérodoxe. L’initiative associative démontre depuis plusieurs années que s’intéresser à l’économie n’implique pas d’écouter silencieusement les porte-drapeaux idéologiques du libéralisme.

Avec les Déconnomistes nous pensons qu’une société démocratique a un besoin vital d’analyses économiques pluralistes. C’est pourquoi les Déconnomistes sont un contrepoids salutaire face à des économistes dont l’unique croyance est l’efficience absolue du marché.

L’édition 2020 ne pouvant se tenir à Aix-en-Provence, les Rencontres Déconnomiques ont adressé un courrier à la présidente de Radio-France, Sibyle Veil (voir ci-dessous) pour obtenir l’autorisation d’organiser des rencontres débats devant la maison ronde. Cette lettre est restée sans effet, Radio France ne semblant pas vouloir donner suite à cette proposition. L’économiste Thomas Porcher a donc eu l’idée d’organiser des interventions non pas devant l’entrée principale de Radio France mais sur tous les médias indépendants pour amener la contradiction aux Rencontres Économiques.

Cette idée a reçu un très bon accueil, autant de la part des économistes que des médias indépendants. Ainsi, pendant que Radio France relayera massivement le prêt à penser idéologique dont le gouvernement à fort besoin — 300 intervenants sont prévus durant trois jours — dans le même temps les médias indépendants ouvriront leurs colonnes et leurs antennes à l’économie pour envisager d’autres horizons.

C’est un partenariat d’un nouveau type dont l’intérêt est de mettre en réseau un circuit d’information alternatif au réseau officiel. Il s’opérera sous un slogan fédérateur un brin ironique : « Les médias indépendants se portent au secours de Radio France pour assurer le pluralisme en économie ».Une occasion à saisir pour aborder l’économie autrement.

Jean-Marie Dinh

Publié le 02/07/2020

Union européenne. Plan de relance : le double jeu de Merkel

 

Bruno Odent (site humanite.fr)

 

Berlin, qui a pris mercredi la présidence de l’UE, admet la nécessité d’une solidarité avec les États les plus touchés par la crise. Mais pour mieux défendre les références ordolibérales, qu’il faudrait pourtant dépasser d’urgence.

L’Allemagne a pris la présidence pour six mois, ce 1er juillet, d’une UE secouée par des crises, pandémique et économique, qui révèlent un besoin d’Europe solidaire. L’ampleur du choc comme du défi a contraint Angela Merkel à faire un pas de côté spectaculaire à l’égard de sa ligne, traditionnellement austéritaire. Le plan franco-allemand pour la relance de l’UE en porte la marque. Il propose qu’un tiers des 750 milliards d’euros souscrits en commun au niveau européen, soit attribué aux États membres les plus touchés par les ravages du Covid-19, sous forme de dotations budgétaires. Pour des pays déjà surendettés « des aides non remboursables ont plus de sens que des crédits supplémentaires », affirme la chancelière (1).

Le « bougé » est considérable, si l’on veut bien se remémorer la stricte orthodoxie ordolibérale observée par les gouvernements allemands successifs de grande coalition. Il se heurte d’ailleurs à une résistance opiniâtre des pays dits « frugaux » (Autriche, Pays-Bas, Danemark et Suède), qui ne démordent pas de l’approche fondée sur un surcroît d’endettement pour les pays bénéficiaires d’un quelconque « soutien » européen. Ce qui rend toujours incertain l’accouchement d’un consensus sur ce dossier, lors du sommet de l’UE prévu « en présentiel » les 17 et 18 juillet prochain.

Accords de libre-échange

La concession allemande à une solidarité européenne ne constitue pas, non plus, le signe d’un « saut », encore moins d’une « révolution pour l’Europe », comme se plaisent à la présenter nombre d’analystes hexagonaux. Les mesures envisagées sont limitées dans le temps et Olaf Scholz, le ministre des finances SPD de Merkel, souhaite un retour « le plus rapide possible au cadre habituel des traités ». Quant aux « dotations » accordées aux États membres les plus touchés, le projet franco-allemand adopté le 18 mai dernier stipule qu’elles devraient être assorties de « réformes » ad hoc. Autrement dit : il faudrait, pour bénéficier de ces « subventions », continuer de se plier à ces mises aux normes ordolibérales, comme le firent au début de la dernière décennie les pays terrassés par la crise dite des dettes souveraines, désireux de se voir attribuer les crédits du mécanisme européen de stabilité (MES).

Pour les grands groupes exportateurs allemands, il est clair qu’un écroulement des pays de l’UE et de leurs débouchés aurait des conséquences calamiteuses. « Il est dans l’intérêt de l’Allemagne que l’UE ne s’effondre pas », plaide Angela Merkel. Plus largement, au plan international, une aggravation de la guerre commerciale avec son lot de barrières douanières pourrait avoir des conséquences terribles pour les exportateurs d’outre-Rhin. D’où le forcing annoncé par Berlin pour réactiver les divers accords de libre-échange négociés à partir de l’UE ou même en négocier de nouveaux (lire page 4).

La chancelière marche sur des œufs en défendant ses entorses solidaires aux normes de fonctionnement de l’UE. Car cette position est loin de faire l’unanimité chez elle. Comme l’illustre l’arrêt du 5 mai 2020 de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, mettant en cause le programme de rachats massifs de dette publique lancé depuis mars par la Banque centrale européenne (BCE). Au risque de faire éclater la zone euro.

L’Alternative pour l’Allemagne (AfD), l’extrême droite locale, mais aussi un courant au sein des partis chrétiens-démocrates, soutiens de la chancelière (CDU et CSU), ne cachent pas leur hostilité à la moindre évolution solidaire de l’UE. Les uns et les autres ont renforcé leurs positions sur l’échiquier politique avec d’autant plus de facilité qu’ils se contentent de pousser un peu plus loin les références monétaristes ou (et) budgétaires du « modèle » ordolibéral.

Cauchemar national-libéral

Le pas de côté « solidaire » d’Angela Merkel met donc aussi en lumière l’acuité de la menace du cauchemar national-libéral qui hante l’Allemagne comme le reste de l’UE. Il possède cependant un singulier mérite : il relève comme jamais le besoin de mesures réellement hétérodoxes et radicales pour faire face à la conjonction des crises sanitaire et économique.

Les syndicats français et allemands, auteurs d’une déclaration commune (2) aux lendemains de l’annonce du projet de plan de relance franco-allemand, ne s’y sont pas trompés. Ils réclament de mettre « enfin en œuvre l’Europe sociale ». Des alternatives plus ambitieuses en acquièrent aussi une dimension et une maturité nouvelles. Ainsi le besoin émerge-t-il quasiment partout de financer des services publics, ceux liés à la santé et les autres, si cruciaux et pourtant partout si malmenés, parfois si déglingués. Les économistes du PCF, qui font cette proposition de longue date, pointent que l’on pourrait agir tout de suite, en ce sens et en pleine solidarité, « en créant un fonds européen ad hoc, alimenté par la création monétaire de la BCE ». Il pourrait octroyer à ces projets vitaux pour l’avenir des Européens des crédits à taux zéro, voire négatifs.

(1) Interview publiée dans le Monde du 29 juin dernier. (2) « L’Europe que nous voulons ».

 

Bruno Odent

Publiéle 01/07/2020

Nouvelle arrestation de Salah Hamouri

 

Marc de Miramon (site humanite.fr)

 

Selon nos informations, l’avocat franco-palestinien a été conduit au centre d’interrogatoire de Moskobiyeh, alors qu’il se rendait à Jérusalem pour effectuer un test de coronavirus.

C’est en se rendant à un centre médical de Jérusalem pour effectuer un test du Covid-19, obligatoire pour prendre l’avion pour la France, un départ prévu le 4 juillet prochain, que l’avocat franco-palestinien a une nouvelle fois été arrêté par les autorités israéliennes. Il devrait être présenté devant un juge le 1er juillet, et le consulat de France situé dans la ville sainte a été alerté. Selon son comité de soutien, il a été conduit au centre d’interrogatoire de Moskobiyeh, à Jérusalem, et aucun motif pour justifier son arrestation n’a été communiqué. Salah Hamouri avait subi le même traitement en août 2017, à quelques jours d’un voyage en France pour retrouver son épouse et son fils, puis purgé treize mois de détention administrative, sans jugement ni accusation prouvée.

De nombreux soutiens

« Son comité de soutien, ses amis et collègues en appellent solennellement aux autorités françaises pour qu’elles agissent immédiatement et fortement pour obtenir la libération immédiate et sans condition de notre concitoyen qui a le droit à la liberté de circulation », écrivent ces derniers. De nombreuses personnalités politiques ont d’ores et déjà appuyé cet appel, à l’instar des sénateurs communistes Pierre Laurent et Fabien Gay, ou d’Olivier Besancenot, du NPA.

La mobilisation des acteurs publics et de la société civile, portée par l’Humanité, avait été décisive lors de la première libération de Salah Hamouri en 2011, obtenue de façon anticipée dans le cadre d’une libération de prisonniers palestiniens contre le soldat franco-israélien Gilad Shalit. En 2008, après trois ans de détention administrative, des accusations (jamais étayées) de participation à un complot visant à assassiner le rabbin Ovadia Yosef et d’appartenance au Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), il avait accepté une procédure dite de plaidoyer de marchandage. Laquelle avait transformé une peine éventuelle de quatorze ans à une condamnation à sept années d’emprisonnement.

 

Publié le 30/06/2020

Agenda Gouvernemental retraite:
La réforme revient à petits pas

 

(site altermidi.org)

 

" Est-ce que l’on attend, pour se pencher dessus, d’être en pleine présidentielle, ce qui ne serait pas terrible politiquement parlant, ou est-ce que l’on est responsable et on le fait maintenant..."

La réforme des retraites est-elle sur le point de revenir en tête de l’agenda gouvernemental  ? L’Élysée souhaite conserver le système universel par points et se dit prêt à négocier les critères budgétaires.


Suspendue à cause de la crise liée au Covid-19, la réforme des retraites est-elle sur le point de revenir en tête de l’agenda gouvernemental  ? L’hypothèse prend corps depuis quelques jours, suscitant les critiques des très nombreux adversaires au projet de loi, adopté, début mars, en première lecture à l’Assemblée, avec l’aide du « 49.3 ».

Pour Emmanuel Macron, élu en 2017 sur une promesse de transformer la société française, le dossier a valeur de symbole : il s’agit de fonder un système universel, qui couvre tous les actifs et dissout les régimes spéciaux (SNCF, RATP, etc). Pas question, donc, de se renier en passant ce grand dessein par pertes et profits. Le chef de l’État, qui doit s’exprimer lors d’une allocution dimanche 14 juin pour clore l’état d’urgence sanitaire, serait dans l’idée « d’une remise en mouvement d’un certain nombre de réformes, de réflexions », assure un proche.

En privé, le président de la République dit vouloir garder le système par points institué par le projet de loi, qu’il estime juste, et se montre prêt à évoluer sur les aspects budgétaires. Il y a quelques jours, son entourage avait fait savoir que « certains pans de la réforme pourraient revenir, ceux qui concernent la justice sociale » : revalorisation du minimum de pension (notamment pour les agriculteurs et les indépendants), mesures en faveur des femmes et des aidants familiaux, modalités de calcul des droits qui seraient plus favorables pour les personnes ayant eu des parcours professionnels hachés…

« Tout le monde est en train de réaliser que cette réforme inclut des avancées sociales indispensables », confie Patrick Mignola. Le patron du groupe MoDem à l’Assemblée plaide pour que les « avancées » en question soient réintégrées dès cette année dans un texte législatif spécifique — si la mise entre parenthèses du projet de loi avalisé en mars se poursuit.

L’idée selon laquelle l’exécutif pourrait relancer le chantier, brique par brique, a pris de l’épaisseur avec un épisode inattendu, mercredi, à l’Assemblée nationale : en commission des affaires sociales, les députés ont approuvé à l’unanimité la proposition de loi de leur collègue communiste André Chassaigne sur la revalorisation des pensions agricoles — une préoccupation également présente dans le projet de système universel voulu par M. Macron.

Le vote de mercredi au Palais-Bourbon inaugure-t-il un passage à la méthode des petits pas  ? Gare aux interprétations hâtives, rétorque Nicolas Turquois, député MoDem de la Vienne en première ligne sur le dossier : « La proposition de loi d’André Chassaigne ne fait pas partie d’un plan plus général visant à faire passer des dispositions de la réforme, l’une après l’autre », certifie-t-il. La démarche du député communiste « allait dans notre sens », complète Corinne Vignon (LRM, Haute-Garonne) : « Nous ne pouvions pas la rejeter ».

Au sein de la majorité, les avis sont partagés sur la manière de procéder. « Il faut garder le texte [relatif au système universel] dans sa globalité », martèle Guillaume Gouffier-Cha, député LRM et rapporteur général du projet de loi. « Personnellement, je suis contre le détricotage », renchérit Mme Vignon. Sa collègue macroniste, Cendra Motin, plaide pour une approche différente : « On ne peut pas repartir sur le texte voté avec le 49.3 », considère-t-elle. À ses yeux, il convient d’avancer sur « ce qui faisait consensus » : amélioration du minimum de pension, « harmonisation des pensions de réversion », instauration de nouvelles règles permettant « d’acquérir des droits dès la première heure travaillée ». Le tout à deux conditions : « Être clair sur ce que l’on veut mettre en œuvre et faire en sorte que ce que l’on propose soit financé. » Le député LRM de la Vienne, Sacha Houlié, juge également possible de réincorporer « au compte-gouttes tous les éléments favorablement attendus de la réforme ». « Cela aurait du sens si nous reprenions les objets de justice sociale, renchérit un ministre. En revanche, remettre la réforme telle quelle, je ne comprendrais pas : personne ne la regrettera ».

« D’autres chats à fouetter »

Mais le saucissonnage n’a pas les faveurs de Matignon. « Je ne crois pas qu’on en soit au snacking. Nous ne sommes pas en train de répartir dans une boîte, d’un côté le sucré, de l’autre le salé, ni de dire qu’il faut prendre tel morceau et pas tel autre. C’est un très gros sujet, qui a fait l’objet de discussions avec les partenaires sociaux, d’un vote en mars, d’un accord avec la CFDT. La réflexion doit être profonde », assène un proche du Premier ministre Édouard Philippe.

Si le processus législatif redémarre, ce ne sont pas les partenaires sociaux qui vont s’en réjouir. Lors d’un débat en visioconférence organisé jeudi par l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS), les leaders syndicaux et patronaux ont convergé pour dire que l’urgence n’est plus là. Y compris ceux qui défendent le principe d’un système universel, comme la CFDT. « Ça n’a aucun sens d’aller se remettre sur la figure à la rentrée sur ce sujet-là », a jugé son secrétaire général, Laurent Berger. « Le climat social ne s’y prête pas », a ajouté le numéro un de la CFTC, Cyril Chabanier.

Sans surprise, les opposants de la première heure au projet sont hostiles à sa résurrection. « L’avenir de cette réforme, c’est le placard », a tonné François Hommeril, président de la CFE-CGC, lors du débat de l’AJIS. La CGT de Philippe Martinez « n’a pas changé d’avis » : « On considère que cette réforme est mauvaise », a lancé son numéro un. Pour Yves Veyrier, secrétaire général de FO, ce serait « malvenu de recréer de la tension à un moment où on a d’autres chats à fouetter ». Côté patronal, Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, a affirmé que « la première question à poser, avant de se relancer dans la réforme, c’est la profondeur du trou » financier. « On était à 12 milliards » d’euros de déficit projetés pour 2027 avant la crise, a-t-il rappelé : « De quoi parle-t-on aujourd’hui  ? ».

Le Conseil d’orientation des retraites (COR) a apporté un premier élément de réponse, jeudi, en revoyant à la hausse ses projections de déficit : – 29,4 milliards d’euros pour 2020. Une dégradation de 25 milliards (par rapport aux précédents calculs effectués en novembre) imputable à la récession. La question des équilibres comptables, qui était déjà à l’ordre du jour bien avant l’épidémie, se pose donc aujourd’hui avec une acuité redoublée.

Pour M. Gouffier-Cha, le sujet doit être traité à part. « C’est là où nous allons peut-être devoir avancer séparément, indique-t-il. On ne connaît pas encore l’ampleur de la crise et on aura une meilleure visibilité à l’automne. » Quelle option faut-il privilégier pour assainir les finances  ? « Tout est sur la table », déclare Paul Christophe, député (Agir ensemble) du Nord et corapporteur du projet de loi. L’exécutif avait, durant plusieurs mois, envisagé d’instaurer un « âge d’équilibre » (ou âge pivot) : ceux qui prennent leur retraite avant cette borne enregistrent un malus sur leur pension (et un bonus s’ils partent après).

Finalement mis de côté en janvier par M. Philippe pour éteindre les critiques syndicales, ce mécanisme « n’est pas la bonne solution », pense Mme Motin : « Les Français ne l’avaient pas compris. » Elle penche plutôt en faveur d’un réaménagement des règles sur la durée de cotisation pour bénéficier d’une retraite à taux plein : ce curseur doit progressivement être porté à 43 ans pour la génération née à partir de début 1973, mais il pourrait s’appliquer plus vite — c’est-à-dire dès la génération 1965 ou 1970, par exemple. « Est-ce que l’on attend, pour se pencher dessus, d’être en pleine présidentielle, ce qui ne serait pas terrible politiquement parlant, ou est-ce que l’on est responsable et on le fait maintenant, en y associant les éléments de solidarité issus de la réforme des retraites  ? », s’interroge-t-elle. Ce point-là n’est pas encore arbitré, selon Mme Vignon, mais il devrait l’être prochainement car « on ne peut pas raser gratis ». Sous-entendu : il faudra bien payer l’addition et combler les déficits.

 

par  Raphaëlle Besse Desmoulières, Bertrand Bissuel Et Olivier Faye

 

<Publié le 28/06/2020

 RELATIONS PRESSE CONFÉDÉRALES

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COMMUNIQUÉ DE PRESSE

 

 

CAC 40 : une gestion entièrement tournée vers les actionnaires !

Après leur rapport « CAC40 : des profits sans partage » sorti en 2018, Oxfam et le Bureau d’Analyse Sociétale pour une Information Citoyenne (Basic) publient, aujourd’hui, un nouveau rapport : « CAC 40, des profits sans lendemain ? ».

Dans ce rapport basé sur l’étude de la gestion des entreprises du CAC 40 depuis la crise de 2008, le constat fait il y a deux ans est, sans surprise, conforté, si ce n’est amplifié.

La crise du coronavirus a montré la faible résilience de certaines entreprises, alors même que les bénéfices et les dividendes tutoient des records. Cette fragilité est le fruit d’une gestion actionnariale court-termiste.

Alors que les actionnaires tentent de faire passer l’idée que leur rémunération indécente se justifie par les risques qu’ils prennent, le rapport démontre notamment en quoi cette idée est un mythe. « Socialisation des pertes et privatisation des profits », voici qui résume bien les ambitions patronales durant cette crise sanitaire et économique.

Les actionnaires ont pris le pouvoir des grandes entreprises et toute la gestion de ces dernières est tournée à leur profit, alors même que leurs intérêts divergent de la pérennité des entreprises. Les versements aux actionnaires ont augmenté de pas moins de 70%, entre 2009 et 2018 ; par comparaison, le Smic a augmenté de 12%.

Pour garantir cette gestion actionnariale, les grandes fortunes et fonds de placements ont fait en sorte que les dirigeants soient eux-mêmes actionnaires. Mieux, ils ont indexé leur rémunération sur la rentabilité actionnariale. Ainsi, en 2018, la part variable représentait 42% de la rémunération totale, contre 24% en 2009.

C’est toute la société qui pâtit de cette primauté des intérêts des actionnaires. Salariés, sous-traitants, finances publiques et environnement, voilà les variables d’ajustement du capital, chaque jour pressurés davantage pour satisfaire les actionnaires.

Quelques chiffres suffisent à saisir l’ampleur des dégâts :

  • entre 2009 et 2018, l’impôt sur les sociétés payé par les entreprises du CAC 40 a baissé de 26%, soit près de 9 milliards d’euros, malgré des bénéfices en hausse de 15%. Voilà où se trouve une partie de l’argent qui manque pour le financement de nos services publics ;
  • les inégalités salariales se sont encore accrues ; en 2018, les PDG du CAC 40 gagnaient en moyenne 107 fois plus que leurs salariés, contre 86 fois en 2009, niveau déjà inacceptable. Chez Carrefour, le PDG gagne même 413 fois plus que ses salariés ;
  • les investissements ont baissé de 5%, entre 2009 et 2018 ; pourtant, un plafonnement des dividendes à 30% des bénéfices aurait permis de financer 98% des investissements jugés nécessaires à la transition écologique. Même avec ce plafonnement, les actionnaires auraient perçu près de 200 milliards d’euros de dividendes entre 2009 et 2018 : un montant bien plus que suffisant ;
  • le capital a, semble-t-il, un genre. En effet, en 2018, seules 2 entreprises du CAC 40 étaient dirigées par des femmes. Cela va même plus loin puisque les femmes ne comptaient en moyenne que pour 20% dans les équipes dirigeantes de ces entreprises.

Pourtant, ces mêmes actionnaires ne cessent de répéter que leurs entreprises n’ont pas les moyens d’augmenter les salaires, à commencer par le Smic. C’est, en réalité, l’inverse : la société dans son ensemble n’a plus les moyens de gaver ces ultra-riches insatiables.

En plus des questions de partage de la valeur ajoutée, le rapport s’intéresse également aux inégalités femmes/hommes, à la gouvernance des entreprises, aux inégalités salariales entre les dirigeants et les salariés,

 

au dumping fiscal ou, encore, au manque d’investissement écologique. Autant de problématiques cruciales qui découlent d’une même logique, celle du coût du capital.

Pour autant, comme le suggère le rapport d’Oxfam et du Basic, ces constats ne sont pas une fatalité. Une multitude de mesures peuvent et doivent être mises en place pour en finir avec cet état de fait.

La CGT salue la qualité du travail contenu dans ce rapport qui vient documenter et objectiver le ressenti des salariés de ces entreprises. À l’heure du « Jour d’après », cette fuite en avant doit cesser immédiatement sous peine de dommages collatéraux, notamment climatiques et sociaux, irréparables.

 

Montreuil, le 24 juin 2020

Publié le 27/06/2020

Cisjordanie : « L’occupation c’est la terreur ; l’annexion c’est l’apartheid »

 

Collectif (site humanite.fr)

 

Nos voix pour la paix s’adressent à Emmanuel Macron, président de la République française, et Josep Borrell, haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires extérieures et la politique de sécurité. Texte collectif.

L’annonce du plan Trump et la constitution du nouveau gouvernement israélien créent une situation nouvelle. Benyamin Netanyahou s’apprête à divulguer sa feuille de route le 1 er juillet en vue d’annexer la vallée du Jourdain et les colonies implantées, soit la moitié de la Cisjordanie. La terre palestinienne sera alors réduite à des sortes de « bantoustans », démilitarisés, sans continuité territoriale ni maîtrise des frontières. Parler d’État dans ces conditions est d’un cynisme révoltant.

Le pillage colonial légalisé

Le « deal du siècle » imposé par Donald Trump et Benyamin Netanyahou est l’acte de délinquants internationaux. Il entérine l’impunité des autorités d’Israël et le régime d’apartheid issu notamment de la loi État-nation, il enterre la solution à deux États et constitue un coup de force inacceptable contre la légalité internationale, la justice et le respect des droits humains. D. Trump et B. Netanyahou légalisent le pillage colonial et attisent les tensions dans une région déjà meurtrie. Le peuple palestinien est sommé d’accepter que son destin soit scellé sans sa participation.

Ce plan constitue une nouvelle grave violation des droits des Palestiniens, il n’amènera aucune paix mais, au contraire, quoi qu’il advienne, il ne fera qu’aggraver une situation insupportable pour les Palestiniens, mais aussi à terme pour le peuple israélien. Aucun plan n’aboutira s’il ne tient pas compte des intérêts des Palestiniens et des Israéliens, conformément au droit international.

Des décennies de lutte

En Israël et dans le monde, la mobilisation grandit pour empêcher l’annexion et l’application du projet destructeur de D. Trump. Les responsabilités de la France et de l’Union européenne sont dans ce cadre immenses. Il serait inadmissible, comme cela se profile, d’en rester à des déclarations de principe sans adopter des actes forts.

Il a fallu des décennies de lutte des mouvements de libération nationale face au colonialisme pour que la charte des Nations unies s’impose pour tenter de bâtir un monde de paix. Ne pas faire respecter les résolutions de l’ONU sur la Palestine, c’est se rendre complice de la désintégration du droit international et de la justice. En cela, Paris doit prendre l’initiative d’un vote au Conseil de sécurité.

Sans ambiguïté aucune, la France et l’Union européenne doivent condamner toute idée d’annexion et reconnaître immédiatement l’État de Palestine dans ses frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale. L’unanimité requise des États de l’Union européenne (UE) n’est qu’un irrecevable prétexte dilatoire.

Une paix juste

Sans attendre, des sanctions doivent être adoptées contre l’État d’Israël comme la suspension de l’accord d’association avec l’UE ou la coopération militaire. Il en va de même pour les entreprises qui maintiennent des relations d’affaires avec les colonies, ainsi que l’interdiction d’importer des produits des colonies. Ces exigences sont désormais portées par des voix de divers horizons.

Suspendre et contrecarrer toute perspective d’annexion par des sanctions immédiates, agir pour le plein respect du droit international et la reconnaissance de l’État de Palestine afin de permettre aux Palestiniens d’exercer leur droit à l’autodétermination contribueront à faire reculer la politique du fait accompli et la violence guerrière que B. Netanyahou et D. Trump exaspèrent. C’est la condition d’une paix juste et durable indispensable aux peuples palestinien et israélien, aux peuples de la région et du monde entier.

Publié le 26/06/2020

Hôpital de Lisieux : la fermeture d'un service entier alarme les soignants

 

(site politis.fr)

 

Tout le service de médecine interne de l’hôpital de Lisieux (Calvados) ferme ses portes début juillet. En cause : le départ à la retraite du chef de service, non remplacé. Alors que la direction tente de calmer les esprits, les soignants, vent debout, appellent à l'aide.

Alors qu’à Lisieux, le service de médecine interne, transformé en unité COVID, sort à peine la tête de la crise, la direction a annoncé sa fermeture dès le 1er juillet. En cause : le départ à la retraite du chef de service, non remplacé. A 67 ans, ce départ aurait largement pu être anticipé d’après le personnel soignant.

« Nous avions engagé une recherche active depuis 2019, se défend la direction de l’hôpital par la voix de Thierry Fassina, secrétaire général en charge de la communication. Nous avons eu connaissance officiellement de la date de départ en retraite pendant la crise COVID-19. » Explique-t-il.

« ça fait un an que la direction lui demande gentiment de partir à la retraite ! » grogne Julie Musslé, aide soignante au service. Pour elle et son équipe, cette situation aurait pu être anticipée.

Plusieurs entretiens d’embauches ont eu lieu, mais sans succès. « Un recrutement qui aboutit est le résultat d’un accord sur la rémunération, sur un projet de service, d’établissement et des choix de vie personnel, un lieu d’habitation, explique Thierry Fassina. L’attractivité pour l’hôpital public ne peut être disjointe de la problématique des rémunérations qui sont fréquemment un sujet de concurrence avec le secteur privé. »

« On sait que ce n’est pas facile de recruter un médecin pour nos hôpitaux de périphérie, mais ce n’est pas à nous de pâtir de cette problématique. C’est un problème national !, clame Anaïs Mauger, infirmière. A partir de juillet, les patients seront envoyés à Caen, à 45 minutes d’ici. Pour certains ça peut rajouter d’une à deux heures de transport en plus ! »

Baisse du nombre de lits

Au sein de cet hôpital, qui rayonne sur une population d'environ 140 000 personnes, ce service polyvalent, gère différents types de pathologies, comme les diabètes ou encore les personnes atteintes de cancer qui suivent une chimiothérapie. La direction promet que sa fermeture est temporaire. « Ce service de 15 lits ferme provisoirement, jure-t-elle_. En parallèle, des lits de médecine seront rouverts dans d’autres services »_

Sauf qu’à l’origine, ce service comptait 25 lits. Ce n’est que depuis janvier que le nombre de lits a été réduit à 15, suite à la mise en arrêt maladie du deuxième médecin du service… qui n’a pas non plus été remplacé. « La difficulté à trouver un ou des remplaçants relève des mêmes éléments que pour le départ du médecin à la retraite. La période de crise a aggravé cette situation », plaide M. Fassina.

Pendant la crise, la solidarité interne a joué à plein et tous les services de l’hôpital ont réduit leur capacité de lits à 15, ce qui fait dire aux soignants mobilisés que l’annonce de transferts de leurs lits dans les autres services, pour pallier à la fermeture de la médecine interne, n’est qu’en fait, le retour à la normale d’avant la crise.

D’après eux, la direction se livrerait à un tour de passe-passe pour réduire le nombre de lits.

« Si notre service ferme, même s’ils rouvrent des lits dans les services qui en avaient fermés pendant la crise, il manquera toujours 25 lits à la fin ! » s’étouffe Julie Musslé.

Une situation qui va déstabiliser tout l’hôpital.

« Si un patient diabétique a un problème cardiaque c’est nous qui le prenons, car on sait faire, continue l’aide soignante. A la fermeture, il ira en cardiologie. Mais les infirmières de cardio. sont moins habituées au diabète. Elles vont galérer et ça s’en ressentira sur le soin. On prenait aussi des patients pour décharger les urgences… tout l’hôpital sera mis en difficulté ! »

Appel à l'aide

Le service, qui doit fermer dans une semaine, est aujourd’hui en surcharge : « on est plein : 17 lits occupés pour 15 places, s’alarme Julie. On ne sait pas comment ça va se passer. Les collègues paniquent aux urgences »

En parallèle, les 22 agents hospitaliers du service - jour et nuit confondus - sont reçus pour faire part de leur choix d’affectation pour la rentrée - l’été étant comblé par des remplacements de congés. « On nous demande où on veut aller après septembre. Ils disent qu’il ne vont rouvrir qu’en novembre. Pourquoi novembre ? se demandent les soignantes. On a la sensation qu’on nous cache quelque chose. »

Inquiète, toute l’équipe s’est mobilisée sur les réseaux sociaux pour tenter de recruter des médecins et éviter la fermeture de leur service qu'ils craignent définitive.

« On dépend de décisions de personnes qui ne se rendent pas compte parce qu’ils ne sont pas sur le terrain, lance Anaïs. On ne réfléchi plus autour de la qualité d’accueil du patient : en 2020, en France, on ne devrait pas être moins bien soigner en périphérie que dans les grandes villes ! »

 

par Nadia Sweeny

Publié le 25/06/2020

 

Sonia Devillers critique la déconnexion des « élites » des médias… aux États-Unis

 

par Jean Pérès, (site acrimed.org)

 

Ailleurs, mais pas chez nous…

Tous les matins sur France Inter, Sonia Devillers éditorialise sur le thème des médias à 8h52 pendant 2 minutes. Le 17 juin, sa chronique évoquait une question relevant d’un des aspects de la critique des médias : la distance sociale qui sépare les « élites » journalistiques du reste des rédactions. Cette critique, Sonia Devillers ne la fait pas elle-même directement, mais en exposant le contenu d’un article de Ben Smith, journaliste média au New York Times, intitulé « Les rédactions sont en pleine révolte. Les patrons, eux, sont dans leur maison de campagne » [1].

Il est vrai que Ben Smith semble avoir la plume bien pendue. Il se réfère à la période de confinement où les « élites », patrons et stars des médias, officiaient du fond de leurs résidences secondaires situées dans les lieux les plus selects du pays. Il retrace de façon « hilarante » selon Sonia Devillers, des discussions vidéo sur fond de piscine de luxe, et souligne la fracture entre les rédactions en proie aux débats issus de l’affaire Georges Floyd (pluralisme…), et les dirigeants en villégiature, loin de tout. Et cela sans hésiter « à bousculer son propre journal ». Sonia Devillers conclut par cette assertion acerbe à l’égard des dominants, qui résonne comme un véritable appel à la révolte : « Un soulèvement qui vient de la base des médias, dans une Amérique post-confinement en plein bouillonnement. Les stars et les patrons : ils sont où ? Au vert. Au calme. ».

Léa Salamé a introduit l’éditorial de Sonia Devillers comme suit :

Alors Sonia, il y a un article du New York Times hier qui vous a enchantée, qui a fait jubiler Nicolas Demorand, qui nous l’a envoyé expressément toute affaire cessante, tant il interroge sur la déconnexion des élites médiatiques.

Que d’enthousiasme ! On attend donc avec une certaine impatience un éditorial de la même teneur ciblant les « boss et les grands visages » des médias français dans lesquels, que l’on sache, la distance sociale entre les dirigeants et la plèbe journalistique n’a rien de négligeable. Ciblant également les rédactions qui, dès mars, se sont arraché les « journaux de confinement » et les témoignages d’illustres personnalités confinées au vert. Des médias par ailleurs eux aussi « en plein bouillonnement » (plans sociaux, licenciements, etc.) après la période de confinement… et même avant : « au calme » ou non, rappelons que les « stars » de Radio France ne se sont pas pressées au portillon pour donner à entendre la grève ayant secoué, fin 2019, leur propre maison [2]. Et de même que Ben Smith n’a pas « hésité à bousculer son propre journal », on ne doute pas que les stars de la matinale n’hésiteront pas à « bousculer » France Inter.

Courage, Sonia Devillers !


Jean Pérès

Publié le 24/06/2020

Rideau... !!! Mais la pièce continue !

 

Jean Ortiz(site humanite.fr)

 

D’un blog perso ouvert en avril 2010, au moment où le juge espagnol Baltasar Garzon était dans la tourmente judiciaire, empêché par le Tribunal suprême (héritier des tribunaux franquistes) de lever la chape de plomb du franquisme sur la société espagnole, à un blog hébergé par « l’Humanité numérique », mes coups de gueule et autres coups de sang ont eu belle vitrine jusqu’à ce jour de juin 2020. Dix ans ! Putain, dix ans ! Pas si mal !

  

Hébergé par l’Huma numérique, mes textes n’ont jamais engagé que le militant (quelque peu impulsif diraient peut-être certains) que je suis ; ils ont recueilli le plus souvent adhésion critique... Et chaque fois que mes opinions, non muselables, n’étaient pas tout à fait dans « la ligne », passées les crispations, le débat a quasiment toujours été possible, aussi nécessaire que riche.

 

 

Aujourd’hui, dans une France engluée dans la pandémie coronaviresque, le gouvernement multiplie les rideaux de fumée sur le coût de la « crise » sanitaire, ou plutôt sur sa gestion, sur les autres crises sociale, économique, politique, culturelle... Enfumage de Castaner, aux ordres macroniques, contre ses propres troupes, suspicions de racisme, homophobie, etc.

 

J’ai écrit, et répété, dans « mon » blog, que la crise était la conséquence, et non la cause du désastre social et écologique actuel. A force d’affaiblir les Services publics, les digues ont lâché. Nous avons à affronter le réchauffement climatique, et autres calamités, qui ne sont pas, quoi qu’on en dise, « naturelles », mais bien dues à la gestion de la biodiversité, des ressources, aux orientations politiques de tous les conservatismes ; la France se retrouve comme au temps de Vichy : l’embastillement de l’ensemble des citoyennes et citoyens n’a fait que pointer, creuser les inégalités, et non les réduire. Sur les champs de la lutte des classes gisent des milliers travailleurs encore plus pauvres, de précaires qui ont faim, de « chômeurs partiels »... plus d’un million de sans espoir sans emploi. Et charité bien ordonnée commençant par soi-même, les classes dominantes, ces charognardes, en profitent, comme toujours, pour s’en foutre plein les poches, sur le malheur d’autrui.

 

Selon les secteurs, on parle de délais de deux à trois ans avant de retrouver les niveaux, déjà pauvres, de l’avant-Covid-19. Donc, nul ne me fera croire que les fractures dans la société sont tombées du ciel. Derrière les rideaux, la lutte des classes est plus violente que jamais. Des centaines de milliers de personnes ont été cassées par « la séquestration »... il règne partout un climat anxiogène lourd d’instrumentalisation des peurs communes. Certains jeunes, certains vieillards, certaines mères, en sont définitivement marqués. Et nul ne sait ce que nous réserve ce « coup d’Etat sanitaire », au-delà de la casse des conventions collectives, et autres joyeusetés déjà en marche. La si « urgente » réforme des retraites a fini au fond d’une poubelle... Aujourd’hui, ces mêmes classes dominantes qui ont tenté de liquider l’Etat social, réclament davantage d’Etat social. D’où sort l’argent des promesses présidentielles et gouvernementales, si les caisses étaient véritablement vides ?

 

Ce dont je suis sûr, c’est que la société française a besoin de partis révolutionnaires, de classe. Voilà pourquoi je reste communiste. Pour balancer des pavés contre le système, pour le bouléguer. Pour revendiquer, conquérir, un « jour d’après », des jours d’après, généreux, de solidarité et de partage. La misère n’engendre que la misère.

 

Ce matin, j’ai changé les rideaux de la maison : ils sont un peu plus gris désormais. Ce travail bénévole sur « mon » blog de « l’Huma » m’a beaucoup apporté, m’a permis de connaître des militants de l’utopie, de retrouver de vieux potes, des communistes, des révolutionnaires... Je poursuivrai le combat jusqu’au bout, avec mes moyens d’aujourd’hui, lourdement handicapé par une maladie félonne. Mais ce soir, pour le blog, je tire le rideau. La pièce, la lutte, elles, continuent, portées par les salariés, les immigrés, les sans-papiers, les précaires, les avocats, les infirmières, toutes celles et tous ceux qui n’entendent pas devenir, sans vendre chèrement leurs yeux et leur peau, des larbins du capitalisme.

 

Abrazo à tous mes camarades. A tous ceux qui restent communistes, à ceux qui l’ont été... Ne désespérons pas de l’avenir.

 

Publié le 23/06/2020

CAC 40. Les actionnaires creusent l’écart dans la course aux dividendes

 

Marion d'Allard (site humanite.fr)

 

Une étude publiée ce lundi par Oxfam et le Basic révèle que, depuis la crise financière de 2008, les versements aux actionnaires des très grandes entreprises ont bondi de 70 %, aggravant les différences de revenu et plombant certains investissements. Les auteurs préconisent de revoir en profondeur le pilotage de ces sociétés.

«Quelque chose ne fonctionne plus. » Il y a un an, à Genève, alors que l’Organisation internationale du travail célébrait son centenaire, Emmanuel Macron, d’un ton résolument engagé, intimait de « regarder en face » les « dérives d’un capitalisme devenu fou ». Le président de la République épinglait alors « l’accumulation des richesses dans certains lieux et chez certains (qui), s’est accélérée ces dernières années », conduisant à autant de « déséquilibres territoriaux qui fracturent nos démocraties ». Mais l’engagement des grands discours ne survit pas à la réalité des actes. « En quelques semaines, la crise du Covid est venue mettre en lumière les failles d’un modèle économique qui crée des inégalités en temps de croissance et expose les plus vulnérables en temps de crise », résument l’ONG Oxfam et le Basic (Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne), qui publient, ce lundi, une étude sur la réalité de la répartition des richesses dans les entreprises du CAC 40 et son évolution depuis la crise financière de 2008.

Ainsi, en une décennie (2009-2018), les versements aux actionnaires de ces grands groupes ont bondi de 70 % et enregistrent, sur la période, une croissance annuelle moyenne de 10 %. Dans le même temps, la rémunération des dirigeants de ces entreprises augmentait de 60 %, contre 20 % pour le salaire moyen de leurs employés et 12 % pour le Smic. En une décennie, l’écart entre la rémunération du patron et celle de ses employés a augmenté de 30 %. En somme, « le 4 janvier 2018, un PDG du CAC 40 avait déjà gagné l’équivalant du salaire annuel moyen ! » de son entreprise, affirme l’étude.

Sur le podium, le patron de Carrefour

Sur la première marche du podium, alors même que la crise sanitaire a révélé l’utilité sociale et le manque de reconnaissance salariale des métiers de la grande distribution, Alexandre Bompard, patron de Carrefour, a empoché 413 fois le salaire moyen de son entreprise en 2018. Et la maigre prime Covid, lorsqu’elle est versée, n’y changera pas grand-chose… En réponse au dévouement de ces premiers de corvée, « le gouvernement semble pour le moment recycler des solutions déjà portées dans le cadre de la loi Pacte : la défiscalisation de primes d’intéressement et de participation ». Un dispositif « qui bénéficie principalement à des cadres », soulignent les auteurs de l’étude.

Voir aussi : Notre entretien avec Cécile Duflot

Non seulement injuste, ce creusement des inégalités au sein même des entreprises est devenu à ce point systémique qu’il détermine la stratégie de ces grands groupes – près de 80 % de la rémunération des dirigeants étant « en grande partie indexée sur la performance du cours de Bourse de l’entreprise », rappelle l’étude. De là, les politiques mises en œuvre et la stratégie opérée sont davantage tournées vers les profits à très court terme, au détriment de l’investissement – qui a accusé une baisse générale de 5 % pour les entreprises du CAC 40 depuis 2009 –, de la recherche et développement.

24 recommandations

Alors que la crise économique, liée à l’arrêt brutal de l’activité, s’annonce plus dure encore que la crise financière de 2008-2009, un tel constat implique d’urgence de « réviser en profondeur le pilotage de ces grands groupes », insistent Oxfam et le Basic. Et notamment de « mieux partager les richesses avec celles et ceux qui les créent », de « mieux partager les pouvoirs et investir dans la transition écologique pour répondre à l’urgence du changement climatique ».

Adressée aux entreprises, à l’État et aux marchés financiers, l’étude émet 24 recommandations, au premier rang desquelles « l’encadrement de la part des bénéfices versés aux actionnaires ». À l’appui des chiffres du Climate Disclosure Project, les auteurs précisent d’ailleurs qu’ « un encadrement de 30 % aurait permis de générer, en 2018, un montant équivalant à 98 % des besoins d’investissements dans la transition »

Imposer le ratio de 1 à 20 et la transparence

En parallèle, Oxfam et le Basic ressuscitent le ratio de 1 à 20 (qui constituait en 2016 le cœur d’une proposition de loi de la Gauche démocrate et républicaine sur la limitation des écarts de salaires dans l’entreprise) et préconisent qu’il soit imposé dans les entreprises du CAC 40 entre la rémunération du PDG et le salaire médian des employés. Des salariés par ailleurs sous-représentés dans les organes de décision des grands groupes (12 % dans les conseils d’administration en France, contre 33 % en moyenne en Europe), quand « les intérêts des actionnaires sont fortement représentés (…) et les conseils d’administration principalement constitués d’experts en finance », précise l’étude. Elle préconise d’aligner le taux de représentation des salariés « au niveau des meilleures pratiques européennes ». En matière de fiscalité, enfin, elle exige la transparence, la publication d’une étude d’impact environnemental et social des différents crédits d’impôt, ou encore la progressivité de l’impôt sur le capital…

Alors que l’État se retrouve « à nouveau au chevet des grandes entreprises françaises » et que l’argent public, pour compenser les pertes liées à la pandémie, pleut sans aucune contrepartie, à l’heure où le « monde d’après » s’annonce comme une version plus inéquitable encore de celui d’avant, Oxfam et le Basic, en décortiquant la dernière décennie des grands groupes, avertissent qu’en matière de politique économique, « il est temps de passer des paroles aux actes ».

Le CAC 40, une gouvernance sexiste qui invisibilise les femmes

 

Alors qu’elles n’étaient que deux à diriger une entreprise du CAC 40 en 2018 : Ilham Kadri, PDG de Solvay, et Isabelle Kocher, directrice générale d’Engie, cette dernière a été débarquée en février dernier. Particulièrement sexiste, le modèle de gouvernance des grands groupes perpétue le plafond de verre. « Fin 2019, souligne l’étude, les femmes ne représentaient en moyenne que 20 % des équipes dirigeantes du CAC 40 alors qu’elles constituent la moitié des salariés » et cinq de ces entreprises ne comptent aucune femme dans leurs instances dirigeantes. Malgré l’application de la loi Copé-Zimmermann, en 2011, qui oblige les grandes entreprises françaises à tendre vers 40 % de femmes dans les conseils d’administration, elles demeurent « éloignées des postes les plus stratégiques et des espaces de décision ».

Publié le 22/06/2020

 

Municipales à Montpellier Communiqué de presse UD CGT 34

 

 

 

La CGT n’a pas pour habitude de communiquer lors d’un scrutin municipal, mais les enjeux sociaux de l’après COVID, les derniers feuilletons des municipales à Montpellier avec la campagne médiatique autour de Clothilde Ollier ne nous permettent plus de garder le silence.

 

Nous nous devons de préciser que les choix de Clothilde Ollier qui n’occupe aucune responsabilité dans notre organisation sont des choix personnels qui n’engagent en rien la CGT. C’était vrai hier, ça l’ait encore plus aujourd’hui.

 

Précisions encore, que la CGT n’oublie pas que le patron Altrad est loin d’être un patron modèle avec ses salarié-es, les syndicalistes que nous sommes n’oublient pas non plus qu’en pleine lutte contre la loi travail le patron Altrad s’est prononcé contre le Code du Travail et pour la fermeture des Conseils des Prud’hommes. C’est donc bien un représentant du patronat et de la droite la plus dure qui se présente à Montpellier.

 

L’épreuve terrible que nous traversons mérite mieux que ces vaudevilles pathétiques qui abaissent le débat public. Il monte de la société une exigence pour élever le débat démocratique.

 

Puisque certain-es ont jugé bons de nous convoquer dans cette campagne.

 

Comme au premier tour la CGT, appelle à battre partout où ils sont encore en lice les candidatures de l’extrême droite et les soutiens d’hier et d’aujourd’hui du président Macron.

 

Alors que nous sommes contraints de reprendre le chemin de la lutte après une crise sanitaire sans précédent parce que celles et ceux qui nous gouvernent souhaitent imposer de nouvelles régressions sociales, que le patronat s’arque boute sur ses privilèges et prépare de nouvelles charrettes de licenciements, nous constatons une nouvelle accélération de la crise sociale qui touche plus durement les jeunes et les femmes.

 

Alors que le gouvernement s’enferme dans une dérive violente et liberticide, nous attendons des élu-es politiques qu’ils soient à nos côtés sans ambiguïté pour défendre les libertés publiques, les droits et garanties collectives, qu’ils facilitent et garantissent l’activité syndicale. Qu’ils soient des relais pour engager sans attendre un plan d’urgence sociale, et des politiques environnementales qui tournent résolument le dos aux diktats libéraux. Nous attendons des futur-es maires qu’ils garantissent dans leurs collectivités les CHSCT, le droit de grève et le statut de leurs agents.

 

Alors   que   tout   le   monde   s’accorde   à   dire   qu’il   existe   une   urgence

environnementale, nous tenons à rappeler que plus un gramme de frêt n’arrive ou ne

 

quitte la métropole par le rail, entrainant les nuisances sur la route et les pollutions que tout le monde constate. Pourtant à Montpellier, il existe encore des infrastructures permettant de garantir un retour du frêt ferroviaire, pourtant notre département dispose d’un port à Sète et d’une liaison possible par train ou péniche. Il y a là de véritables solutions pour réduire la pollution, et créer de l’emploi, retrouver une activité industrielle. Engager des politiques départementales et régionales ambitieuses. Il faut mettre fin au tout camion !

 

Alors que tout le monde constate la détérioration de notre système de soins, nous attendons des élu-es politiques qu’ils soutiennent les personnels qui revendiquent embauches et revalorisations salariales, qu’ils nous soutiennent pour engager un plan de rénovation et modernisation de nos hôpitaux, nous proposons de couvrir le territoire avec des services d’urgence de proximité et des maisons de santé et centres de santé pour répondre aux besoins des populations.

 

Alors que nous-nous sommes trouvé-es dépourvu-ess des matériels de protection nécessaires pour protéger les travailleurs-ses et les populations contre la maladie, nous attendons de l’ensemble des élu-es politiques qu’ils s’emploient à aider à la réindustrialisation de notre région et assurent une activité pérenne en faisant systématiquement le choix des productions régionales.

 

Alors que des menaces pèsent sur nos emplois, nous attendons des élu-es politiques qu’ils privilégient systématiquement dans les appels d’offre les entreprises qui disposent des plus grandes garanties sociales (accords d’entreprises, institutions représentatives du personnel, salaires supérieurs à la convention collective…) et non le moins disant social.

 

Alors que nous avons été confronté-es à une reprise difficile des activités scolaires des investissements doivent être réalisés pour moderniser agrandir ou construire les locaux nécessaires à un accueil qualitatif des enfants, lors des cours, de leur restauration ou de leurs activités périscolaires. Plus généralement, nous attendons de nos élu-es un soutien sans faille envers les services publics et leurs personnels ce qui passe par un engagement pour réduire partout la précarité et garantir des emplois au statut.

 

Concernant la situation des personnes âgées, maintenues à domicile ou hébergées en Ehpad, la crise du COVID démontre que les revendications des personnels et de leurs syndicats réclamant des plans d’embauche massifs sont justifiées. Nous appelons par ailleurs à sortir ces activités du système marchand en créant un grand service public et la création d’un 5ème risque de la branche maladie.

 

Mardi 16 juin, nous serons de nouveau mobilisés partout sur le département et dans plusieurs secteurs professionnels pour reconquérir un système de soin de qualité et une sécurité sociale dignes du XXIème siècle.

 

Montpellier, le 12 juin 2020

Publié le 21/06/2020

Quelles leçons tirer des manifestations récentes concernant la police ?

 

(site politis.fr)

 

La mort de George Floyd, tué à Minneapolis par un policier, provoque depuis plusieurs jours des manifestations condamnant le racisme et/ou la violence de policiers, non seulement aux États-Unis mais aussi ailleurs dans le monde, sans épargner la France.

La colère des manifestant·es doit être entendue. Les faits sont là. Selon une étude publiée par le Défenseur des droits, Jacques Toubon, en 2017, les jeunes déclarent sept fois plus de contrôles que le reste de la population : « Les hommes perçus comme noirs ou arabes apparaissent cinq fois plus concernés par des contrôles fréquents […]. Par rapport à l’ensemble de la population, et toutes choses égales par ailleurs, les hommes perçus comme noirs ou arabes ont ainsi une probabilité vingt fois plus élevée que les autres d’être contrôlés. »

Le Mouvement pour une alternative non-violente (MAN) est un mouvement non-violent de réflexion et d’action né en 1974. Il a pour objectif de promouvoir la non-violence et de faire valoir son apport spécifique dans la vie quotidienne, dans l’éducation et dans les luttes sociales et politiques. Par la réflexion, l’action et la formation le MAN cherche ainsi à promouvoir par la stratégie non-violente une société de justice et de liberté.

Lors de ces contrôles, certains policiers, outre le tutoiement qu’ils s’autorisent trop souvent, tiennent des propos à caractère raciste et/ou exercent une violence physique inconsidérée. Lors de manifestations, même pacifiques, des ordres sont donnés qui conduisent, là aussi, certains membres des forces de l’ordre à user des armes à leur disposition sans même respecter les conditions de leur utilisation, se rendant alors coupables de violences conduisant à la mutilation des personnes visées, voire à leur décès, sans que ces violences inappropriées puissent être légalement justifiées.

Quand les garants de la loi ne la respectent pas eux-mêmes, ils enlèvent sens et légitimité à cette loi et ôtent confiance et crédit à l’ensemble des forces de l’ordre par effet de généralisation.

Quand se rajoute le constat que peu de ces affaires débouchent sur une condamnation claire de leurs auteurs, ni par la hiérarchie, ni par le ministère de l’intérieur, et que très peu de ces violences policières conduisent au défèrement de leurs auteurs devant la justice, le pas est vite franchi de penser que l’impunité règne. Il est donc important et urgent de se poser quelques bonnes questions et d’envisager des modifications.

La formation des policier·es ne serait-elle pas profondément à revoir ?

Un code de déontologie et des discours ne suffisent pas. Ils doivent être renforcés par une solide formation tant sur les savoir-être (respect inconditionnel de l’intégrité morale de la personne interpellée ou arrêtée), sur le sens et la portée de la Déclaration des droits humains que sur les savoir-faire professionnels. Tous les moyens évitant la violence doivent être explorés, lors de la mise en œuvre de techniques de neutralisation, et l’utilisation disproportionnée de la violence doit être clairement refusée.

La politique de maintien de l’ordre, telle qu’elle a évolué depuis une trentaine d’années, et les outils utilisés dans le cadre de cette politique sont-ils appropriés ?

Il conviendrait d’interroger certaines techniques mises en œuvre trop systématiquement : encerclement des manifestations, usage systématique de gaz lacrymogènes ou de lances à eau, affrontements physiques disproportionnés, etc., et, à l’image de ce qui se fait dans certains pays voisins, favoriser les techniques de dialogue avec les représentants des manifestant·es.

De même, certaines armes devraient être proscrites (LBD, grenades de désencerclement, etc.) car reconnues comme armes de guerre pouvant attenter gravement à l’intégrité physique des personnes visées, tout comme certaines techniques de neutralisation (étranglement, plaquage ventral…).

Enfin, le recours de plus en plus fréquent à la BAC (Brigade anticriminalité) dont les missions ne sont pas celles du maintien de l’ordre, et dont l’existence même est à interroger, est générateur d’incidents graves qui engendrent un climat de haine chez un certain nombre de jeunes dans les quartiers populaires.

Tout acte avéré de violence, verbale ou physique, ne devrait-il pas donner lieu à une suite ?

Toute injure, a fortiori lorsqu’elle revêt un caractère raciste et/ou sexiste, tout acte visant à humilier une personne arrêtée, devrait donner lieu à une sanction.

L’IGPN (Inspection générale de la police nationale) peut effectuer, en lien avec la représentation syndicale, un travail d’investigation menant à des sanctions en interne, en cas de comportement préoccupant tel que l’alcoolisme dans le cadre du service par exemple. Par contre, l’IGPN, parce qu’elle est composée de policiers et est donc de fait juge et partie, ne pourrait être saisie, comme c’est le cas actuellement, lorsqu’il s’agit d’insultes graves racistes et/ou sexistes, ou de violences physiques ayant entraîné blessures graves et/ou décès. La justice doit alors être systématiquement saisie, ne serait-ce que pour ne pas donner prise, comme c’est trop fréquemment le cas actuellement, à des soupçons justifiés d’impunité policière, créant un climat de défiance préjudiciable à la police elle-même.

Tout cela étant réaffirmé, il faut également reconnaître que nombre des slogans entendus dans les manifestations « anti-police » ne sont pas acceptables. Même lorsqu’elle est le fruit d’une émotion légitime, la généralisation est toujours outrancière et ouvre la voie à la colère des policier·es dont les conditions de travail au quotidien se dégradent année après année (horaires décalés, vétusté des locaux et du matériel dans nombre de commissariats, manques d’effectifs, heures supplémentaires, vie de famille perturbée, non-reconnaissance salariale, etc.). Il serait souhaitable également que les fonctionnaires de la police et leurs représentants, y compris syndicaux, abandonnent l’esprit de corps systématique et osent davantage se désolidariser publiquement des « brebis galeuses », à l’instar de ces policiers nord-américains qui mettent genou à terre face aux manifestants antiracistes. Nous savons que certain·es, sincèrement blessé·es par cette stigmatisation, condamnent les propos ou les actes commis dans leurs rangs par ces « brebis galeuses » ou regrettent la politique de maintien de l’ordre actuelle qui les conduit à obéir à des ordres paradoxaux.

Pour le MAN, la police, dans un État de droit, doit concourir à garantir les libertés des citoyens, faire respecter leurs droits et assurer leur sécurité, ainsi que celle des institutions, c’est-à-dire avoir fondamentalement une fonction « anti-violence » en étant effectivement « gardienne de la paix » ! La recherche et la mise en œuvre de solutions telles que celles suggérées ci-avant n’en est que plus urgente !

Le Comité d’animation du Mouvement pour une alternative non-violente (MAN)


En complément :

-> Extraits du code de déontologie de 2014 commun à la police et à la gendarmerie nationales : « Le policier et le gendarme ne doivent utiliser la force que dans le cadre prévu par la loi, et seulement de façon proportionnée au but à atteindre ou à la gravité de la menace, selon le cas. Il ne fait usage des armes qu’en cas d’absolue nécessité et dans le cadre des dispositions législatives applicables à son propre statut » (Article R 434-18)

L’article R 434-5 de ce même code enjoint au policier ou au gendarme de désobéir à un ordre « illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public ».

-> Rapport ACAT 2016 : « L’ordre et la force » ACAT 2016 :

-> Enquête Amnesty International : « Violences policières et impunité en France »

-> « Il est urgent de s’interroger sur les causes profondes de la fracture entre jeunes des banlieues et forces de l’ordre » (Le Monde, 06 juin 2020)

-> Gaspard Glanz : « Quand le ministre soutient les policiers quoi qu’ils fassent, ils ne respectent pas la loi » (Reporterre, 27 avril 2019)

-> Pétition contre l’actuelle IGPN

par MAN

Publié le 20/06/2020

Le feu d'Elsa Triolet : à la découverte d’une célèbre inconnue

 

Maurice Ulrich (site humanite.fr)

 

Cinquante ans après sa mort, survenue le 16 juin 1970, l’Humanité rend hommage à une femme exceptionnelle. Louis Aragon, l’un des plus grands poètes du XXe siècle, l’a aimée. Elle fut renvoyée au rang de muse, effacée derrière la figure écrasante de son époux. Mais qui se cachait derrière les Yeux d’Elsa ? Qui fut l’écrivaine, auteure d’une œuvre considérable, née en Russie, première femme à obtenir le prix Goncourt ? Qui fut la résistante, qui fut cette grande intellectuelle de l’après-guerre ? Un hors-série de 124 pages, une centaine de photographies, des manuscrits d’Elsa Triolet, des documents exclusifs.

« Je suis la muse et la malédiction du poète. Je suis belle et je suis repoussante. On me bourre de pensées et de sentiments comme une poupée de son, sans que j’y sois pour quelque chose ». Il y a dans ces mots-là comme une insurrection. C’est par eux que Marie-Thérèse Eychart, éditrice d’Elsa Triolet et de Louis Aragon, ouvre la biographie de la romancière qui parcourt le hors-série exceptionnel de 124 pages que l’Humanité publie, et qui lui est entièrement consacré. Et, bien sûr, dans ces quelques mots empreints de lucidité douloureuse, d’humour et d’ironie, elle ne pouvait oublier cela : «  J’ai des yeux qui sont ceux d’Elsa. »

Erik Orsenna, membre de l’Académie française et président de la maison Elsa Triolet-Aragon, le moulin de Saint-­Arnoult-en-Yvelines, n’y va pas par quatre chemins dans ce même numéro. « Imaginez Elsa sans ses yeux », écrit-il, et « plongez-vous dans ses livres ». Aragon en a-t-il trop fait ? Ce n’est pas le problème, quand bien même il refusera sur le tard d’être enfermé dans cet éternel personnage du fou d’amour qu’il avait lui-même créé.

Deux blessés qui vont devenir une légende

On est loin, dans ce numéro, de la presse people, mais il est bon de le savoir. Le couple qui s’était formé à leur première rencontre en novembre 1928 à la Coupole, à Paris, n’était pas fait de deux pigeons de l’année. Elsa avait été amoureuse dans sa jeunesse du grand poète Maïakovski que lui avait « piqué » sa propre sœur, Lily. Elle avait été mariée à André Triolet pendant deux ans, elle sortait d’une histoire avec Marcel Duchamp. Aragon venait d’être quitté par la riche, fantasque et très séduisante Nancy Cunard aux bracelets d’ivoire. Ce sont deux blessés qui vont devenir une légende de l’histoire littéraire et intellectuelle, du communisme, de la Résistance… Ils ne burent pas toujours de l’eau de rose. Dans les années 1960, Elsa lui écrit une lettre très dure : « Ma peine te dérange, il ne faut pas que j’aie mal juste quand tu as tant à faire (…). Même ma mort, c’est à toi que cela arriverait. »

Il fallut qu’elle se batte, pour écrire, pour être reconnue comme une romancière, non sans réserves chez certains critiques, tant elle était considérée comme la muse d’Aragon, dans son ombre, tant on avait du mal à dissocier son talent de l’histoire et de son parcours. Elle a dû batailler, disions-nous. D’abord avec la langue. Maxime Gorki l’avait encouragée à écrire, en russe puisqu’elle était russe. Mais à quoi bon, quand on a quitté la Russie depuis des années et qu’on vit en France. Il lui fallut changer de langue, comme d’autres grandes plumes. Ce n’est pas la plus mauvaise des épreuves quand on voit le résultat.

Une forme de « réalisme sans illusions »

Quand le prix Goncourt 1944 lui est attribué à la Libération, en 1945, pour Le premier accroc coûte deux cents francs (c’était le message de Radio Londres annonçant le débarquement en Provence), elle est la première femme à l’obtenir mais certains y voient pour le milieu intellectuel et littéraire le prix à payer pour être tranquilles avec la Résistance.

Il suffit d’ouvrir un de ses livres pour comprendre immédiatement qu’il n’en est rien. Elsa Triolet a une écriture sobre, directe, une forme de « réalisme sans illusions », comme l’écrit Olivier Barbarant dans l’article qu’il consacre à sa trilogie l’Âge de nylon, ouverte sur le monde moderne et ses illusions… Elle ne répugne pas à une part de fantastique, comme dans le Cheval roux (1972), mais toujours avec un regard aigu porté sur le monde et ses conflits, ici l’apocalypse nucléaire.

« Un homme honnête est celui qui ne vole pas, une femme honnête est celle qui n ’a pas d’amant, un homme galant est un homme poli et complimenteur avec les femmes dans le seul but de leur être agréable, une femme galante est une femme vénale. »
Elsa Triolet, dans les Lettres françaises en mars 1948

On connaît peu aussi, alors qu’elle ne se clame pas féministe, un texte remarquable paru dans les Lettres françaises en mars 1948, intitulé « La Dignité des femmes » : « En français l’humanité se compose d’hommes, bien qu’une partie de ces hommes soient des femmes », et, plus loin, cette charge : « Un homme honnête est celui qui ne vole pas, une femme honnête est celle qui n ’a pas d’amant, un homme galant est un homme poli et complimenteur avec les femmes dans le seul but de leur être agréable, une femme galante est une femme vénale »Le Deuxième Sexe, de Simone de Beauvoir, paraît dans cette même période.

Sortir Elsa Triolet d’un livre d’images

Ce hors-série (disponible ici) affiche clairement son ambition : sortir Elsa Triolet d’un livre d’images, faire vivre la femme et la romancière qu’elle fut réellement, avec des textes de Jean Ristat, bien sûr, d’Edmonde Charles-Roux, d’Erik Orsenna, de Francis Combes, de Guillaume Roubaud-Quashie, de Bernard Vasseur, d’Alice Zeniter, de Pierre Juquin, d’Amos Gitaï, d’Ariane ­Ascaride, de Paul Fournel…

On lira ce numéro puis on ira peut-être au Moulin de Saint-Arnoult jusqu’à leur tombe commune, où l’on entend en sourdine jouer Mstislav Rostropovitch, qui fut leur ami. Et on lira ces mots gravés sur la pierre : « Quand tous deux nous serons enfin des gisants. »

"Le feu d'Elsa", un hors-série exceptionel de l'Humanité. Inclus : une centaine de photographies, des manuscrits d’Elsa Triolet, des documents exclusifs. 124 pages, 8,90€. Disponible ici.

 

Maurice Ulrich

<Publié le 19/06/2020

Violences policières. Farida l’infirmière a-t-elle été brutalisée pour l’exemple ?

 

Eugénie Barbezat (site humanite.fr)

 

L’interpellation violente de cette soignante, mardi, à Paris, lors de la manifestation pour la santé, a suscité une vague d’indignation. Après de longues heures de garde à vue, elle a été libérée mercredi après-midi, avant un rassemblement devant le commissariat du 7e.

«E lle est traumatisée par son arrestation, physiquement et moralement. Elle a plusieurs plaies à la tête, des bosses et des bleus. Sa blouse est tachée de sang », rapportait, mardi soir, l’avocat de Farida C., à l’issue d’une demi-heure d’entretien avec sa cliente, au commissariat du 7e arrondissement de Paris, où elle avait été placée en garde à vue, quelques heures plus tôt. Depuis, il apparaît que l’infirmière de 51 ans souffrirait aussi d’une côte cassée, suite à une interpellation dont la brutalité a suscité une vague d’indignation. Une violence dont les images, largement relayées sur les réseaux sociaux témoignent : tandis que pétaradent les tirs continus de grenade lacrymogènes, on y voit la violente charge de policiers appartenant à une compagnie d’intervention de la préfecture de Paris. Coiffés de casques bordés d’un liseré bleu, ils sont lourdement harnachés et protégés par des boucliers transparents. Ils courent, puis fondent littéralement sur cette femme en blouse blanche et sac au dos, dont la silhouette est comme happée par la masse bleue des hommes en armes.

Un autre plan montre aussi l’infirmière traînée par les cheveux sur le sol terreux de l’esplanade des Invalides, puis adossée sans ménagement à un arbre. Sa tête cogne sur le tronc. On l’entend alors dire aux policiers : « Je suis infirmière, je suis asthmatique, il me faut ma Ventoline. » « Il fallait y réfléchir avant », lui répond le policier qui la tient fermement par le bras, avant qu’elle ne soit brutalement retournée par plusieurs de ses collègues pour être menottée, les mains dans le dos. Farida C. se débat et les policiers la maintiennent au sol, en pesant de leur poids sur elle. Quand ils redressent la dame, elle a le visage en partie couvert de sang, et une blessure apparente sur un côté de la tête. Alors qu’ils l’entraînent vers le véhicule qui l’emportera en garde à vue, la femme en blouse blanche réclame inlassablement sa Ventoline. « On vous dégage des gaz lacrymogènes et vous l’aurez après », finit par répondre un agent, protégé par des collègues qui tiennent la foule à distance, pendant que retentissent des « Farida ! » et que les journalistes tentent de documenter cette violente arrestation.

Peu après celle-ci, c’est Imen Mellaz, la fille de Farida qui, sur les réseaux sociaux, explique : «  Cette femme, c’est ma mère, infirmière, elle a bossé entre 12 et 14 heures par jour pendant trois mois, a eu le Covid. Aujourd’hui, elle manifestait pour qu’on revalorise son salaire, qu’on reconnaisse son travail. Elle est asthmatique. Elle avait sa blouse. Elle fait 1,55 m.  » Jointe par téléphone, la jeune femme de 28 ans, si elle refuse de « parler à la place de leur mère avant sa libération », s’interroge sur la disproportion des moyens employés pour arrêter cette mère de deux enfants, dont une source policière révélait, mardi soir, à l’AFP, qu’elle était accusée d’« outrage et jet de projectiles sur les forces de l’ordre ». Effectivement, des images, également diffusées sur Internet, montrent l’infirmière, au milieu des tirs de lacrymogènes, ramasser, puis jeter un objet de petite taille, qui tient entièrement dans sa main, en direction des policiers. On la voit également se fendre d’un double doigt d’honneur en leur direction, alors qu’autour d’elle la foule crie : « Tout le monde déteste la police ! »

Un tiot inter

« Il faut peut-être se demander ce qui a pu mettre ma mère dans une telle colère pour qu’elle en vienne à prendre autant de risques, face à des hommes en armes, alors qu’elle n’avait aucune protection. Elle qui, à 51 ans est infirmière, sauve des vies depuis vingt ans dans l’hôpital public, n’a pas supporté de se faire charger par la police », avance sa fille, qui s’étonne également de « la différence de traitement entre une infirmière qui manifeste pour ses droits, à qui on refuse l’accès à un médicament, et un groupe d’identitaires qui viennent perturber une manifestation contre les violences policières et qu’on laisse se prendre en photo dans un camion de police avant de les relâcher ! »

Vice-président du conseil départemental du Val-de-Marne et élu (PCF) à la mairie de Villejuif, Pierre Garzon tient à rappeler ce qu’a vécu ces derniers mois l’infirmière arrêtée : « À l’hôpital Paul-Brousse, les personnels du service de gériatrie, où travaille Farida, ont vu leurs patients mourir en nombre, sans pouvoir rien faire et avec la culpabilité de leur avoir peut-être transmis le virus, à cause du manque de protection (masques et blouses). Beaucoup d’infirmières sont tombées malades, cela a été le cas de Farida. D’autres sont traumatisées. La violence, elle est là. Pas dans le fait de jeter un caillou à des policiers surprotégés », tempête l’élu.

Dès mardi soir, des personnalités politiques et des représentants syndicaux se sont rendus devant le commissariat du 7e, à l’appel de la CGT du Val-de-Marne et d’élus de gauche, et y ont passé une partie de la nuit, aux cris de « Farida, on est là, on ne partira pas ». Pour eux, cette affaire est significative d’une répression systématique des mouvements sociaux. «  Visiblement, la doctrine transmise aux policiers est de cibler ceux qui contestent légitimement la politique du gouvernement, de créer un sentiment de peur, pour décourager les mouvements sociaux », constate, amer, Pierre Garzon. Libérée mercredi vers 15 h 30, juste avant un nouveau rassemblement organisé par la CGT 94, devant le commissariat du 7e arrondissement, Farida C « se repose chez elle » et « devrait être poursuivie », a indiqué son avocat Me Julien Brault.

 

Eugénie Barbezat

Publié le 18/06/2020

Quand Macron décrète la fin de l’histoire

 

(sitepolitis.fr)

 

Derrière l’apparence d’une défense intransigeante du patrimoine national, il y a un calcul politique qui s’est exprimé également par l’incitation à « travailler et produire davantage ». L’entourage macronien a fait ses comptes : c’est la droite qu’il faut piller idéologiquement pour rejouer en 2022 le match contre Marine Le Pen.

Dans son allocution de dimanche, Emmanuel Macron a accompli un acte considérable : il a proclamé la fin de l’histoire. Non pas celle de l’essayiste Fukuyama, qui avait cru comprendre que la chute du mur de Berlin marquait le triomphe définitif du modèle capitaliste occidental, mais une autre, à la mesure de notre orgueil national. « La République, a-t-il affirmé, n’effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire, elle n’oubliera aucune de ses œuvres. Elle ne déboulonnera pas de statue. » Éric Zemmour peut donc dormir tranquille ! Le maréchal Bugeaud demeurera donc l’illustre « pacificateur » de l’Algérie, et le général Mangin, l’admirable inventeur du « feu roulant » sur les cadavres du Chemin des Dames. Ils sont là pour l’éternité, ne laissant aucune « place » pour des gloires présentes et futures. Peut-être parce que dans l’esprit présidentiel, seule « la guerre est jolie ». De quoi faire s’étrangler les historiens qui savent combien le regard que l’on porte sur le passé est changeant. Car, comme le disait fort bien Marc Bloch, l’histoire n’est pas « la science du passé ». Elle nous parle toujours autant de nous que du temps jadis. Et, d’une certaine façon, Emmanuel Macron le montre. Sa vision d’une France éternelle, froide comme une statue, ne correspond ni à la réalité historique ni, probablement, à des convictions personnelles très changeantes. En vérité, son discours ne fait que répondre à une politique de circonstance. La colère des policiers lui fait peur. Plus sans doute que celle des antiracistes qui manifestaient encore si nombreux, samedi, un peu partout en France, et pour lesquels il n’a pas eu un mot.

Comme dirait le préfet Lallement, l’homme qui porte si bien l’uniforme, il faut choisir son « camp ». Et au lieu de prononcer des mots d’apaisement dans un pays fracturé, Emmanuel Macron a choisi le sien. Celui de la police, dont un pouvoir incertain a si grand besoin.

Il a corrigé le faux pas de son ministre de l’Intérieur qui avait, une semaine auparavant, voulu interdire les techniques d’interpellation par étranglement, avant de piteusement rétropédaler. Mais pour se rabibocher avec la police, Macron a pris le risque de blesser encore un peu plus une jeunesse antiraciste dont il a tenté de dévoyer le message. Car enfin, qu’est-ce que le « communautarisme » et le « séparatisme » sont venus faire dans son discours ? Les antiracistes qui étaient dans la rue veulent seulement que l’on rende justice à Adama Traoré, mort asphyxié sous le poids de trois gendarmes. Ils ne veulent plus de violences policières, de contrôles au faciès. Ils ne veulent plus de discriminations. En leur prêtant, hors de propos, des desseins « séparatistes », Macron a puisé dans le vocabulaire de la droite. Derrière l’apparence d’une défense intransigeante du patrimoine national, il y a un calcul politique qui s’est exprimé également par l’incitation à « travailler et produire davantage ». L’entourage macronien a fait ses comptes : c’est la droite qu’il faut piller idéologiquement pour rejouer en 2022 le match contre Marine Le Pen. Le pillage s’organise donc tous azimuts, aussi bien sur le plan économique que culturel et sociétal. Spécialiste des discours d’opportunité, Macron redira un jour, comme lors de son voyage en Algérie, en 2017, que le colonialisme est un « crime contre l’humanité ».

En attendant, s’il n’est évidemment pas possible de repeindre nos villes aux couleurs pures de l’anticolonialisme et de l’antiracisme, des gestes symboliques pourraient au moins être faits. Rappelons au Président qu’une statue, un nom de rue, ce n’est pas l’histoire. C’est le reflet d’un courant de pensée dominant, bien plus souvent que le fruit d’un consensus. C’est un récit subjectif et partisan. Honorer un personnage qui encourageait ses hommes à « brûler les récoltes » et à « exterminer » les Arabes, est-ce bien raisonnable dans la France du XXIe siècle, si ça le fut jamais ? On m’objectera que Bugeaud, qui massacra sous Louis-Philippe, est un cas extrême, un peu facile pour la cause défendue ici. Il n’en est pas moins « indéboulonnable ». Alors que dire de ces grands républicains de la Troisième République au double visage ? Que dire de Paul Bert, dont le nom s’inscrit au fronton de tant de collèges, et qui n’a pas seulement été l’artisan d’une école gratuite et laïque, mais fut aussi l’apologiste ultra-raciste de la colonisation ? Le rappeler, ce n’est pas effacer l’histoire, c’est au contraire approcher une vérité complexe moins glorieuse que le prétend la mystique républicaine. C’est peut-être aussi – chose plus délicate –reconnaître la corrélation entre la République et le colonialisme. Quand l’universalisme prétendait imposer notre civilisation par le fer et le feu. Dimanche, Emmanuel Macron a voulu parler à la droite la plus obtuse, celle qui ne veut connaître qu’un seul récit. Ce qui est une autre forme de ségrégation.

Si Emmanuel Macron n’avait pas verrouillé notre histoire, nous aurions sans doute été nombreux à lui proposer un beau nom de rue, du côté de Belleville ou de Ménilmontant. Celui de Maurice Rajsfus, qui vient de nous quitter.

Lire > Maurice Rajsfus, « camarade éclaireur », s’en est allé…

Ce rescapé de la rafle du Vel d’Hiv a consacré toute sa vie à dénoncer les violences policières. Il aurait été dans la rue samedi.

 

par Denis Sieffert

Publié le 17/06/2020

TRIBUNE. Rendons à notre police sa mission de service public

 

(site regards.fr)

 

Pour que cessent les violences policières, les mots ne suffiront jamais. Il faut réformer la police et mettre en place une institution de contrôle indépendante, nous dit Thomas Portes, responsable national du PCF.

George Floyd. Ce nom est depuis une semaine sur toutes les bouches. Partout dans le monde, des mobilisations citoyennes sont organisées pour en finir avec les violences policières et dénoncer une impunité insupportable. Les images diffusées en direct glacent le sang tant le policier Derek Chauvin semble effectuer ce geste, à savoir placer le genou sur le cou de la victime pour l’étrangler, de façon banale. Comme si cela était normal. Non, ce n’est pas normal.

En France, cette dramatique actualité vient s’entrechoquer avec les résultats de la contre-expertise demandée par la famille d’Adama Traoré. Celle-ci indique que le plaquage ventral, opéré par les gendarmes lors de l’arrestation du jeune homme, est à l’origine de sa mort. Là aussi des réponses doivent être apportées à la famille de ce jeune homme. Combien de temps l’institution policière va-t-elle nier la réalité ?

L’impunité des policiers auteurs de violences les encouragent à continuer. IGPN, ce nom sonne comme une deuxième mort pour les familles endeuillées, tant le résultat est couru d’avance.

Aujourd’hui la situation est d’une extrême gravité. Avec le confinement, la question des violences policières est à nouveau venue s’imposer comme un sujet majeur auquel il convient de répondre de manière claire et rapide. Disons-le franchement, la confiance entre la police et une très grande majorité de la population est rompue. Pourquoi ? Beaucoup ne supportent plus la culture du mensonge doublée à une culture du non-lieu systématique.

Pour Adama, Zineb, Cédric, Zyed, Bouna, etc. Il y a urgence à réformer notre police nationale, pour lui redonner une véritable mission de service public.

En France, ces violences policières s’inscrivent dans un contexte social particulièrement tendu. Le gouvernement d’Emmanuel Macron porte une immense responsabilité. Confronté à des mobilisations massives dans de très nombreux secteurs, il fait le choix de la violence et de la force pour imposer son calendrier néo libéral à coup de tirs de LBD ou autres grenades de désencerclement. 2300 manifestants blessés, 23 éborgnés, cinq mains arrachées, deux morts. Le bilan de la mobilisation des gilets jaunes suffit à lui seul à illustrer le comportement violent d’une police décomplexée par son rôle central dans l’exercice du pouvoir par Emmanuel Macron. Incapable de convaincre, multipliant les réformes impopulaires, le président de la République se repose aujourd’hui sur un homme comme Didier Lallement, Préfet LBD, qui ne cesse de théoriser une logique du camp contre camp pour justifier des tirs à bout portant sur des manifestants. Quand un pouvoir ne tient plus qu’à la force de la matraque, c’est qu’il est proche de s’écrouler.

De nombreuses institutions internationales ont rappelé à l’ordre la France quant à ses pratiques de maintien de l’ordre. Sous Emmanuel Macron un cap répressif a été franchi. Des citoyens l’ont payé de leur vie. Nous ne pouvons rester silencieux devant une telle situation.

Il y a urgence à mettre en place une institution de contrôle des violences policières, indépendante de la police et placée sous contrôle citoyen, permettant de mener un travail d’enquête sincère pour établir la vérité. Des policiers ne peuvent pas contrôler d’autres policiers. Demanderait-on à un cabinet spécialisé dans l’optimisation fiscale de contrôler une procédure d’évasion fiscale ? Non.

Alors pour Adama, Zineb, Cédric, Zyed, Bouna, etc. Il y a urgence à réformer notre police nationale, pour lui redonner une véritable mission de service public.

Pour nous, il ne faut pas des « forces de l’ordre » mais des gardes Républicains avec comme priorité le dialogue, la proximité et le sens du métier.

Nous exigeons un véritable retour au service public auquel les citoyennes et citoyens de ce pays ont droit.

 

Thomas Portes

Publié le 16/06/2020

Avant la mobilisation du 16 juin, Alice, infirmière, témoigne son désarroi : «On est sous le choc, rien n'a changé, c’est comme si rien ne s’était passé ...»

 

Marie-José Sirach (site humanite.fr)

 

Infirmière dans un service en réanimation de l’AP-HP, Alice s’est déjà exprimée deux fois dans nos colonnes pendant l’épidémie. Désormais, elle prépare la ­mobilisation nationale pour la santé de mardi. Témoignage.

Nous aurions dû nous parler jeudi, en fin de journée, à son réveil. À la dernière minute, elle a été appelée en renfort. Samedi, avant de reprendre du service pour une troisième nuit consécutive, elle a profité d’un instant pour témoigner. « Cela fait un mois qu’il n’y a plus un seul patient Covid » dans son service et « c’est un immense soulagement ». Ces dernières semaines, le départ échelonné des renforts venus de toute la France « laisse un immense vide. On a fait ensemble un boulot formidable, efficace. Il y avait une super-ambiance », mais il sonne aussi le glas d’un retour à la normale « difficile, très difficile. On se retrouve de nouveau en sous-effectifs avec des cadres qui nous répondent qu’ils n’y peuvent rien. On est sous le choc, rien n’a changé. C’est comme si rien ne s’était passé ».

Ce retour à la normale passe mal chez cette jeune infirmière qui n’a jamais manqué à l’appel pendant toute la pandémie, et provoque un sentiment de « dépression, de stress, d’angoisse ». Un peu de tristesse aussi, ajoute-t-elle, même si elle se reprend très vite. Elle prépare la mobilisation du 16 juin et, autour d’elle, il y a de « la détermination et beaucoup de motivation. Des secrétaires hospitalières, des logisticiens, des catégories qui jusqu’à présent étaient en retrait s’inscrivent pour cette journée ».

L’assouplissement des 35 heures

Les raisons ne manquent pas. Dans son service de réanimation, avant l’épidémie, « nous étions sept au lieu de douze. Les futurs diplômés qui vont arriver en juillet prochain ne compenseront pas un départ à la retraite et deux départs pour burn-out d’ici là ». Retour à la case départ d’avant Covid. « On m’a appelée jeudi soir au pied levé. Je vais travailler trois nuits consécutives et j’ai demandé à être relevée dimanche. J’estime qu’au-delà de 36 heures en trois jours je deviens dangereuse. On nous dit qu’on sera mieux payés, mais à quel prix ? Je préférerais une revalorisation salariale et des embauches. » Elle insiste sur les embauches, car « même si on est mal payés, c’est plus confortable, moins stressant, pour nous, pour les patients ».

La proposition du gouvernement de donner des chèques vacances aux personnels soignants l’agace légèrement : « Ce recours aux dons, c’est un peu facile. L’État se dédouane de ses responsabilités à peu de frais, non ? » Ce qui l’agace davantage, « c’est l’assouplissement des 35 heures et qu’on nous demande, qu’on nous force à travailler plus ».

Comment a-t-elle vécu le déconfinement ? « Bien. Inquiète les toutes premières semaines d’une possible nouvelle vague, mais, là, je suis rassurée. On a zéro cas depuis un mois, même s’il faut rester vigilant. » La fin des applaudissements ? « Dans mon quartier, les gens ont applaudi jusque fin mai. Moi-même j’ai arrêté. Une partie de moi était contente, cela voulait dire que cette période était derrière nous, et une autre plus perplexe : les gens vont-ils continuer de marquer leur solidarité et se battre à nos côtés ? » 

 

Marie-José Sirach

Publié le 15/06/2020

Des pistes pour tordre le cou aux violences policières

 

Cyprien Caddeo Lola Ruscio (site humanite.fr)

 

Les partis politiques de gauche formulent des propositions pour bâtir une véritable police républicaine, alors que les manifestations se poursuivent en France pour dénoncer son fonctionnement actuel.

Grâce aux mobilisations citoyennes, les questions liées aux violences policières et au racisme policier secouent le débat public français. De l’affaire emblématique d’Adama Traoré, du nom du jeune homme mort en 2016 après une violente interpellation, aux contrôles arbitraires lors du confinement, l’exigence d’une meilleure police s’impose aux yeux des manifestants. Dans ce sillage, une mobilisation s’est déroulée mardi, à Paris, à l’appel notamment de partis politiques (PCF, EELV, FI et PS) pour « combattre le racisme dans la police » et les brutalités. Comment sortir de cette spirale de violence ? Les formations de gauche proposent des mesures pour rendre à la police sa mission de service public.

Le récépissé de contrôle d’identité contre les délits de faciès

Parce que les pratiques discriminatoires pourrissent le quotidien des banlieues, le PCF appelle à la mise en place du récépissé remis après chaque contrôle d’identité pour limiter les contrôles abusifs. S’appuyant notamment sur une étude du Défenseur des droits, indiquant que 80 % des jeunes hommes noirs et perçus comme arabes disent avoir été contrôlés, le porte-parole du PCF, Ian Brossat, estime que « le contrôle au faciès est malheureusement une réalité, cela mérite d’être combattu ». Ancien professeur à Sarcelles, il témoigne : « Mes élèves étaient tout le temps contrôlés dans le bus, je n’ai pas été contrôlé une seule fois. » D’où la solution du récépissé afin de lutter contre les contrôles au faciès. « Il n’est pas acceptable que des jeunes soient contrôlés à outrance, palpés, insultés, humiliés, stigmatisés, mutilés ou tués en raison de leur origine réelle ou supposée, de leur tenue vestimentaire, de leur lieu de résidence », a également lancé, le 4 juin, la sénatrice communiste Laurence Cohen, lors des questions au gouvernement. Le récépissé revêt aussi une symbolique d’importance. Promesse de campagne du candidat François Hollande, son ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, l’avait enterré dès août 2012. Trop complexe à mettre en place selon lui, et surtout vivement critiqué par les syndicats policiers, classés très à droite.

« Christophe Castaner a admis, c’est une première, qu’il y a un problème de racisme et de violences au sein de la police. Mais, maintenant, nous voulons des actes. Il faut une grande refonte de l’institution ». Ian Brossat, porte-parole du PCF.

Si l’actuel hôte de Beauvau, Christophe Castaner, a fait des annonces visant à réduire certaines pratiques policières violentes, dont les étranglements, « nous observons qu’il n’y a rien sur le récépissé de contrôle d’identité, dénonce Éric Coquerel, député FI. Ce qu’il a annoncé sur la formation est très vague alors que c’est le nœud du problème, la formation actuelle date de la loi Joxe de 1983… » Toutefois, note l’élu, « Christophe Castaner a admis, c’est une première, qu’il y a un problème de racisme et de violences au sein de la police. Mais, maintenant, nous voulons des actes. Il faut une grande refonte de l’institution ». Le communiste Ian Brossat propose en ce sens qu’une « suspension immédiate à titre conservatoire du policier, pouvant aller jusqu’à la révocation », soit prononcée en cas de violence ou de discrimination.

La réhabilitation d’une police de proximité est « fondamentale »

Pour rétablir la confiance abîmée entre la population et la police, la réhabilitation d’une police de proximité est « fondamentale », analyse également Éliane Assassi, présidente du groupe communiste au Sénat. « Les relations entre jeunes et policiers se dégradent notamment parce qu’il n’y a plus de contacts quotidiens, l’époque où ils jouaient au foot est révolue. Cette distance peut entraîner de la violence d’un côté comme de l’autre. On a besoin de policiers nombreux, formés, avec des moyens », insiste la parlementaire de Seine-Saint-Denis. Les sénateurs PCF vont d’ailleurs redéposer plusieurs propositions de loi sur la police de proximité, les contrôles abusifs, ainsi que sur l’interdiction du lanceur de balles de défense 40.

« Les relations entre jeunes et policiers se dégradent notamment parce qu’il n’y a plus de contacts quotidiens. » Éliane Assassi, présidente du groupe communiste au Sénat.

Partant lui aussi du constat que le « malaise est profond », le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a annoncé lundi que les députés socialistes vont demander une commission d’enquête sur les violences policières pour « prendre la dimension réelle du sujet », et « réconcilier les Français avec leur police ». Avec le même objectif en tête, Claire Monod, coordinatrice nationale de Génération.s, propose un « Grenelle de la police », afin de mettre tout le monde autour de la table pour « travailler à une réforme en profondeur, réorganiser la police » et « retrouver de vrais gardiens de la paix ».

La transparence doit être totale .L’IGPN et l’IGGN ne trouveront leur pleine crédibilité qu’en s’affranchissant de la tutelle du ministre de l’Intérieur .» Olivier Faure, député PS.

Du PS à EELV, en passant par le PCF, les gauches prônent la création d’une autorité indépendante de la police. Loin, très loin, de l’actuelle Inspection générale de la police nationale (IGPN), rattachée juridiquement au ministère de l’Intérieur, qui est souvent mise en cause pour sa partialité et sa volonté de protéger les policiers. « La transparence doit être totale, insiste le député PS Olivier Faure. L’IGPN et l’IGGN ne trouveront leur pleine crédibilité qu’en s’affranchissant de la tutelle du ministre de l’Intérieur. La légitimité de toute institution se fonde sur l’accord entre les valeurs, les buts et les comportements. » Même son de cloche du côté de la sénatrice EELV Esther Benbassa, qui pointe la nécessité de détacher ces instances de Beauvau, car « on ne peut pas être à la fois juge et partie ».

« Christophe Castaner a montré sa méconnaissance du dossier, en proposant des choses qui sont déjà censées être appliquées, comme le fait de rendre visible son numéro d’immatriculation.» Danièle Obono, députée FI.

Concernant les techniques d’immobilisation décriées, la FI avait déposé une loi dès février 2019 – puis en février 2020 suite au décès de Cédric Chouviat – afin de proscrire deux méthodes d’interpellation jugées dangereuses : le plaquage ventral et le pliage. Si le ministre de l’Intérieur a annoncé bannir la clé d’étranglement et le fait de s’appuyer avec son genou sur le cou de l’interpellé, il n’a rien dit sur le maintien de l’usage de deux autres techniques pointées. « Christophe Castaner a montré sa méconnaissance du dossier, en proposant des choses qui sont déjà censées être appliquées, comme le fait de rendre visible son numéro d’immatriculation, fustige la députée FI Danièle Obono. Il devrait plutôt s’interroger sur pourquoi cette doctrine n’est pas respectée. » Et de poursuivre : « Quand le ministre indique que le plaquage avec étranglement n’est pas une technique enseignée, il ignore qu’il n’y a pas d’encadrement clair au sein de la formation. Ou alors c’est une énième tentative d’enfumage. »

Publié le 14/06/2020

Prime Covid : à Sète, une auxiliaire de vie dit sa "colère" dans une lettre ouverte

(site midilibre.fr)

 

Ghyslaine Antonio travaille dans le secteur de l'aide à domicile depuis 30 ans. La Sétoise vit comme une injustice le fait de ne pas pouvoir bénéficier d'une prime Covid au même titre que les soignants et le personnel des Ephad. 

Sa lettre ouverte envoyée à notre rédaction et destinée aux Sétois commence ainsi : "Vous nous avez applaudis tous les soirs. En première ligne, nous sommes allées prendre soin de vos parents ou grands-parents chaque jour, sans faillir, avec le courage qui est le nôtre malgré le danger du Covid."

Auxiliaire de vie, Ghyslaine Antonio travaille depuis 30 ans dans ce secteur et exerce son métier depuis quatre ans dans une agence sétoise d'aide à domicile du secteur privé.

Au nom de treize de ses collègues "qui ont travaillé pendant le confinement", elle termine ainsi : "Nous les invisibles, les piliers obscurs qui ont tenu l'économie de notre pays à bout de bras, nous revendiquons le droit d'être traitées avec équité et justice."

Refus de la direction

Le gouvernement a annoncé qu'étaient éligibles à une prime Covid défiscalisée et exempte de cotisations sociales jusqu'à 1 500 €, les  soignants, les personnels travaillant dans les Ehpad (Etablissement d'hébergement pour les personnes âgées dépendantes) et a étendu ce dispositif aux établissements médico-sociaux dont font partie les services d'aide et d'accompagnement à domicile.

Sa prise en charge, en revanche, devrait être confiée aux départements mais les modalités ne sont pas arrêtées et les Conseils départementaux semblent réticents. "Notre direction nous a confirmé aussi son refus de faire un geste envers les filles qui ont fait vivre l'entreprise pendant deux mois et demi... Pourquoi nous laisse-t-on au bord de la route ?" 

Âgée de 63 ans, Ghyslaine Antonio est titulaire d'"un petit contrat de 70 heures" et bientôt retraitée ce qui lui autorise une certaine liberté de parole. Malgré son âge qui la classe dans les personnes dites à risque, elle a continué à travailler pendant le confinement auprès des personnes âgées ou handicapées dont elle a la charge et qui ne pouvaient pas rester seules.

"Le dernier petit maillon du système de santé"

 "On prépare les repas, on fait la toilette, on remplit les papiers et il a fallu aussi gérer les angoisses, apporter un soutien moral. Nous sommes le dernier petit maillon du système de santé. Les premiers masques sont arrivés au bout de trois semaines. Heureusement, j'en avais à la maison. Je partais quand même la peur au ventre" raconte-t-elle.  

"On demande une reconnaissance financière si petite qu'elle soit. Notre employeur nous dit qu'il n'a pas les moyens. L'État renvoie la balle aux Départements et nous, on est les perdantes. je ne décolère pas et la colère est bonne quand elle est juste non ?"

"Les aides à domicile ont été largement oubliées du gouvernement et des ARS" (agences régionales de santé, NDLR) confirme Sylvie Louriac, directrice générale de l'ADMR 34. Ce réseau associatif d'aide à la personne a pris l'engagement de verser une prime à ses salariées mobilisés pendant le Covid.  

"Nous sommes en attente des décisions gouvernementales". Ce n'est pas le cas de la structure dans laquelle exerce Ghyslaine Antonio. "C'est du privé. Ils doivent rémunérer leurs actionnaires" explique Sylvie Louriac.

"Le gouvernement semble ignorer que 70 % des seniors vivent à domicile"

"Pendant la crise, on a continué à intervenir au domicile de bénéficiaires non testés, non masqués sans connaître les symptômes du Covid et savoir à quoi on allait être confrontés. J'ai dû déployer une énergie incommensurable pour pourvoir mes salariés en masques avant que la première dotation, largement insuffisante, n'arrive."

"Si on ne vient pas, il y a des gens qui ne mangent pas et qui ne font pas leur toilette. Le gouvernement a pensé au personnel soignant, à celui des Ehpad, aux fonctionnaires mais semble ignorer que 70 % des seniors vivent à domicile." 

Les fédérations de structures d'aide à la personne, poursuit Sylvie Louriac, sont en train de faire "du lobbying au plus haut niveau pour que nous soyons éligibles à une prime valorisante et que cesse cette cacophonie sur leur montant selon que les salariées travaillent dans un centre communal d'action sociale ou dans une association."

Au-delà d'une prime, ce que demandent les acteurs de l'aide à domicile, c'est une véritable revalorisation de leur métier et de sa reconnaissance dans la prise en charge du grand âge. "Dans le cadre du Ségur de la santé, la création d'une cinquième branche de la sécurité sociale liée à la perte d'autonomie a été annoncée. C'est le moment" conclut Sylvie Louriac.

 

Isabelle Jupin

 

Publié le 13/06/2020

Le bras armé d’une politique

 

(site politis.fr)

 

Christophe Castaner s’est employé à minimiser la responsabilité de l’institution policière. Sacrifions quelques brebis galeuses, mais pas touche à l’institution ! On comprend l’embarras du gouvernement pour cette institution si particulière dans les rouages de l’État.

Le discours de Christophe Castaner, lundi, est une assez bonne illustration de la façon dont on gouverne de nos jours. Une navigation à vue, au gré des scandales et des mobilisations citoyennes. Il ne se serait évidemment rien passé si une femme n’avait pas filmé l’agonie de George Floyd à Minneapolis, et si le Comité Adama Traoré n’avait pas rassemblé des dizaines de milliers de personnes le 2 juin à Paris. Il est vrai que le sujet est sensible. Il s’agit de la police, ce bras armé de l’État dont l’une des missions, la principale peut-être, est le « contrôle social ». On veille généralement en haut lieu à ne pas contrarier ces fonctionnaires et leurs syndicats, dont certains infiltrés par l’extrême droite. On en a grand besoin pour faire passer « coûte que coûte » les politiques les plus impopulaires. C’est donc visiblement à contrecœur que le ministre de l’Intérieur, envoyé au front par son Président, a annoncé des décisions dont il faut se féliciter, et pris quelques grandes résolutions qui ressemblent un peu à des promesses de Gascon. Comme cette proclamation de « tolérance zéro contre le racisme dans les forces de l’ordre », qui sonne comme un aveu de ce qu’on a laissé faire jusqu’à présent. Côté décision, la plus remarquable est sordidement « technique ». Un policier ne pourra plus faire pression sur la nuque d’une personne en cours d’interpellation. Le dernier souffle de George Floyd est parvenu jusqu’à la place Beauvau. Mais il pourra toujours pratiquer le « plaquage ventral », comme l’a fait son collègue du Val-d’Oise, en 2016, en pesant de tout son poids sur Adama Traoré, au risque de lui ôter la vie.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la décision du ministre n’est pas spontanée. Christophe Castaner a révélé, lundi, qu’après la mort, par le même procédé d’étranglement, du livreur Cédric Chouviat, en janvier, il avait chargé une mission de lui remettre un rapport. Après « plusieurs mois de travail », les conclusions sont désormais entre les mains du ministre, qui va pouvoir ainsi retrouver sa capacité d’indignation. On a aussi appris tout récemment que le président de la République avait demandé à la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, de se pencher sur l’examen du dossier Traoré. La phrase fameuse de Cocteau va à ce gouvernement comme un gant : « Ces événements nous dépassent, feignons de les avoir organisés. » Le ministre a également annoncé une réforme de l’IGPN, la « police des polices », dont les enquêtes sont le plus souvent marquées par l’opacité ou se perdent dans les limbes de l’oubli. Ce même jour, le Défenseur des droits avait d’ailleurs révélé que, pendant les six années de son mandat, aucune de ses trente-six demandes de poursuites disciplinaires à l’encontre de policiers n’avait été suivie d’effet. En janvier, Emmanuel Macron niait encore publiquement la réalité des violences policières. L’impunité était la règle. Faut-il croire à un changement ? Christophe Castaner s’est employé à minimiser la responsabilité de l’institution policière. Sacrifions quelques brebis galeuses, mais pas touche à l’institution ! On comprend l’embarras du gouvernement. Qu’est-ce que cette institution si particulière dans les rouages de l’État, sinon des hiérarchies nommées en Conseil des ministres, comme ce préfet Didier Lallement dont les déclarations font froid dans le dos ? Qu’est-ce, sinon des consignes de répression venues d’en haut, et l’intendance suivra ? L’institution, c’est aussi une histoire sombre marquée par la honte de la répression coloniale. Depuis les débuts de la Ve République, certains noms de ministres de l’Intérieur sentent le soufre, depuis Roger Frey, le Caldoche ministre de De Gaulle, patron de Maurice Papon au moment du massacre des Algériens de Paris, le 17 octobre 1961, et de la répression du métro Charonne. Les Marcellin, Poniatowski, Pasqua, Sarkozy, Valls ont toujours revendiqué de couvrir leur police en toutes circonstances. À la préfecture, il y eut plus de Papon que de Grimaud, l’homme qui parlait avec les manifestants de 1968.

La violence contre les gilets jaunes, les mains arrachées, les faces éborgnées, les stratégies d’encagement qui piègent les manifestants, les charges folles et haineuses contre une fête comme celle qui précipita le jeune Steve Maïa Caniço dans la Loire, en juin 2019, tout cela fait beaucoup trop pour quelques brebis galeuses. Mais en vérité, la question de l’institution policière n’a pas de sens. L’action de la police est trop étroitement liée à la politique du gouvernement. Le scandale des contrôles au faciès est la conséquence inavouable mais bien réelle des discriminations sociales et d’une politique de la ville désastreuse. C’est la traduction sur le terrain, j’oserais dire la traduction policière, d’une politique qui ne se décide pas dans les commissariats. C’est le fameux « monopole de la violence légitime » de Max Weber. La formule, répétée à l’envi, pose plus de problème qu’elle en résout. La violence peut-elle être légitime quand la politique ne l’est pas ? La police fait à peu près ce qu’on lui demande de faire. Certes, on ne lui demande pas d’être raciste – d’ailleurs la majorité des policiers, probablement, ne le sont pas – mais on la met, si j’ose dire, en situation de l’être. Puis on ne veut rien savoir. Ce qu’on appelle la raison d’État.

 

par Denis Sieffert

Publié le 12/06/2020

Le billet du Dr Christophe Prudhomme. Manifestation

 

Christophe Prudhomme (site humanite.fr)

 

Christophe Prudhomme est médecin au Samu 93.

 

Le « Ségur de la santé » n’est, pour l’instant, qu’une parodie de concertation alors que nous demandons des négociations sur nos revendications posées depuis maintenant plus d’un an. C’est la raison de la journée d’action du 16 juin, à l’appel de 10 organisations (syndicats, collectifs, associations) qui suivent les mardis et les jeudis de la colère dans et devant les établissements. Des informations nous remontent sur une possible interdiction des manifestations. Il faudrait que le monarque se rappelle que le droit de manifester est un droit inaliénable depuis 1789 dans notre pays. Sachez, monsieur Macron, que nous manifesterons que vous l’autorisiez ou non, car il s’agit d’une liberté qui ne peut nous être retirée selon votre bon vouloir.

Quelle que soit la délégation de pouvoir que vous accordent les élections, un système démocratique ne peut restreindre les droits des individus que sont le droit de se réunir, le droit de s’exprimer, le droit de pétitionner, le droit de s’informer et le droit de manifester. Nous manifesterons donc le 16 juin, et encore à d’autres dates, en fonction de ce que nous jugerons utile pour soutenir nos demandes et exprimer démocratiquement notre insatisfaction et notre colère vis-à-vis de votre personne et de votre gouvernement.

Je lance même un appel pour que le 14 Juillet, fête nationale qui appartient à tous les Français, soit l’occasion d’une manifestation populaire sur les Champs-Élysées pour réellement soutenir les soignants afin qu’ils obtiennent, enfin, ce qu’ils demandent et qu’ils méritent. Si vous avez le droit, de par vos fonctions dans le cadre de la monarchie « républicaine » instituée par la V e République, d’organiser des fêtes dans votre château, vous ne pourrez nous retirer celui de nous exprimer par voie de manifestation dans l’espace public qui appartient aux citoyens.

 

Publié le 11/06/2020

Climat: avis de tempêtes et d'ouragans

 

(site politis.fr)

 

Les prévisionnistes sont inquiets aux Etats Unis et dans le monde entier

La saison des ouragans et autres cyclones ou tempêtes à venir d’ici à la fin de l’année 2020 pourrait être particulièrement violente dans tout l’hémisphère nord. Les services météorologiques américains ont diffusé le 21 mai un communiqué expliquant qu’elle serait « au dessus de la normale ». Notamment avec de trois à six phénomènes supérieurs au niveau 3 attendus sur l’Atlantique. « Il existe au moins 60 % de probabilités d’une saison au dessus de la normale », a expliqué Neil Jacobs, le patron de l’Agence américaine d’observation océanique et océanique (NOAA) au cours d’une conférence de presse extraordinaire. Un avertissement qui vaut aussi pour l’Europe.

Les services de cet organisme américain qui n’a pas l’habitude d’insister sur ses « prévisions » à long terme, expliquent que près de 19 tempêtes tropicales sont attendues sur l’océan Atlantique, qu’une dizaine d’entre elles pourrait se transformer en ouragan, certaines entrainant des vents proches des 200 kilomètres heures. Comme la saison de ces excès climatiques commence au début de mois de juin, les responsables de la NOAA, viennent d’appeler la population à se préparer à des opérations d’évacuation et à repérer les refuges dans lesquels les habitants pourront se mettre à l’abri. Et il prévient également que la situation sera partout compliquée par l’épidémie du Coronavirus et les mesures de distanciation physique qui réduiront le nombre des places disponibles.

Le chef des prévisionnistes de la NOAA relaye donc les conseils de Carlos Castillo, responsable de l’Agence fédérale des situations d’urgence : « Il est recommandé à chacun de trouver, dans la mesure du possible, de la famille ou des amis hors des zones frappées par un ouragan ou de prévoir des hôtels situés hors de la zone d’évacuation. » Les scientifiques états-uniens cherchent à éveiller l’attention de leurs compatriotes et des habitants de toute l’Amérique du Nord et des Caraïbes, qui ont déjà oublié les dangers des ouragans majeurs parce qu’ils ont épargnés le continent au cours de l’année 2019.

Des ouragans plus puissants

Comme l’ont expliqué à plusieurs reprises les observateurs du GIEC, ce n’est pas tant le nombre des tempêtes qui augmente mais surtout leur force et leurs pouvoirs de destructions liées à la progression du réchauffement climatique. Une évolution qui affecte aussi bien l’Amérique que l’Asie où le Bangladesh vient de connaitre son plus grave cyclone depuis 1970. Lequel avait entrainé 500.000 morts. L’Europe ne devrait pas plus être épargnée par les accidents climatiques majeurs qu’elle a déjà connu deux années avec une chaleur supérieure à la moyenne. Tous les dérèglements sont possibles. Pour les climatologues, certes la sécheresse menace en France, mais ils craignent, comme aussi dans d’autres pays européens la multiplication des accidents climatiques localisés et meurtriers.

Et en France comme ailleurs, les gouvernements tétanisés par la pandémie du coronavirus, ne prêtent aucune attention aux avertissements répétés des climatologues en particulier et des écologistes en général. Alors que les accidents climatiques que le monde devra affronter dans les mois à venir pèseront également sur la vie quotidienne et sur l’économie.

 

par Claude-Marie Vadrot

Publié le 10/06/2020

À Montpellier, Attac et CGT ont retrouvé l’argent magique de l’Hôpital

 

(site lepoing.net)

 

Le troisième “mardi de la colère”, sur le giratoire de Lapeyronie, a instruit le procès de la privatisation des services du soin. Transformera-t-on l’essai pour la journée nationale de grève et d’action mardi 16 juin ?

« Il n’y a pas d’argent magique » répondait Emmanuel Macron à des infirmières qui lui adressaient leurs récriminations lors d’une récente visite sur le terrain. Faux, « on a la volonté politique de le trouver et le répartir, ou pas » répondait l’oratrice d’ATTAC, pour le troisième “mardi de la colère” des agents hospitaliers sur le grand rond-point d’entrée de l’hôpital Lapeyronie ce 9 juin à midi. Sa démonstration insistait sur le cas de Sanofi, bien connu à Montpellier.

Sanofi, qui a versé quatre milliards de dividendes à ses actionnaires : la santé est un filon extrêmement rentable pour l’affairisme capitaliste. Sanofi à qui les pouvoirs publics ont accordé cent cinquante millions d’euros de nos impôts en Crédit Emploi Recherche. Sanofi qui a répondu à cette aide à l’emploi et à la recherche en réduisant de près de moitié le nombre de ses chercheurs (passé de six mille trois cent à trois mille huit cent). Sanofi qui obtient imperturbablement l’autorisation d’augmenter le prix de vente public de l’insuline, grevant le budget de la sécurité sociale, pour une molécule tombée dans le domaine public et ne nécessitant plus le moindre investissement.

Et pendant qu’on habille Sanofi, citadelle du business de la santé, on déshabille l’hôpital public, tel que l’a décrit, par une foule d’exemples, Rémy Ruiz responsable CGT du CHU, Centre hospitalier universitaire, de Montpellier. Car ce “mardi de la santé” voyait se constituer cet attelage peu habituel entre le syndicat CGT, et l’organisation d’experts militants altermondialistes ATTAC. Plutôt déterminée nationalement qu’effectivement vécue en local, cette alliance prolonge l’esprit convergent d’appels du genre “Plus jamais ça”, où l’on voit des associations, syndicats, ONG, individus, formations politiques, s’entendre dans la promotion d’« un monde d’après qui ne soit pas celui d’avant ».

Le syndicaliste a traité de « mascarade » le “Ségur de la santé”, cette grand messe orchestrée par le gouvernement, où trois cents participants devraient conjurer les astreintes techniques de la visio-conférence. Parmi eux une bonne moitié de médecins, un bon nombre d’administrateurs hospitaliers, toute une série de « propriétaires d’entreprises privées » du monde du soin ; toutes proportions qui marquent « notre spoliation de ne pouvoir décider de ce qui doit être fait des moyens financiers alloués à la santé, moyens qui ne sont rien d’autre qu’une collecte de fruits du travail de tous, mis au pot commun du système de soins ».

Dans le système en cours, « les soignants sont mis en concurrence les uns avec les autres » (cf. l’attribution des primes COVID à partir d’un barème au nombre de morts), « les services sont mis en concurrence les uns contre les autres », et « les hôpitaux de Nîmes contre celui de Montpellier, qui doit se battre avec celui de Toulouse ! », toutes évaluations « sur la base de tableaux Excel conçus à huit cents kilomètres, quand ça devrait être aux soignants, aux soignés, d’effectuer les bons choix, parce que ce sont ceux qui savent et qui pratiquent ».

Cent vingt personnes s’étaient réunies sur le grand giratoire d’entrée de l’hôpital Lapeyronie, pour écouter ces discours. Parmi eux : un tiers de blouses blanches, et au moins moitié d’usagers de fibre gilet jaune (toutefois sans la tenue). Le coup de collier sera énorme, pour qui voudrait faire du quatrième et dernier “mardi” du genre, le 16 juin, « une grande démonstration de force, journée nationale d’action » avec, cette fois, appel à la grève. En revanche, c’est par timidité sécuritaire, au risque d’une discrétion dommageable, que le rassemblement restera confiné dans le périmètre géographique hospitalier, excentré (rassemblement à 10h à Saint-Eloi, enchaînant ensuite sur Gui de Chauliac, puis La Colombière/Balmes, Lapeyronie, enfin pour conclure à midi à Arnaud De Villeneuve).

Dans l’attente, les manifestants de ce 9 juin, ont semé des graines dans la terre du giratoire d’un jour : « Ce sont les graines du vivant, les graines d’un nouveau monde hospitalier que nous souhaitons voir grandir. Nous avons préféré ce symbole à la lourdeur d’une première pierre ».

Publié le 09/06/2020

« Ça reprend... », « La reprise est là » ...

 

Jean Ortiz (site humanite.fr)

 

On a enfin trouvé la clef contre le chômage : confiner la population jusqu’à ce qu’elle étouffe, et ressorte exsangue après 70 jours d’enfermement par les autorités. La bande à Macron en a sans doute profité pour rogner sur les libertés fondamentales, sur la démocratie, pour traficoter à loisir... Comment gâcher une si belle occase ! Les commentaires radio que j’ai écoutés aujourd’hui sont indécents (« ça reprend », « ça redémarre », « c’est la reprise »). Ils se félicitent tous du malheur qu’ils sèment. L’argent du gouvernement (le nôtre), ils l’ont empoché, sans rendre des comptes, cet argent arraché à plusieurs sources, et destiné en principe aux plus démunis, aux sans emploi, aux sans-toit.

Telle ou telle grande entreprise « dégraisse », mais ses dividendes se portent au mieux, merci. Près d’un million de chômeurs supplémentaires. Quand il faudra faire le bilan, les morts économiques, politiques, se compteront par milliers, par milliers, sur les charniers du capitalisme... Aujourd’hui, même l’emblématique Renault est menacé. Oubliées les promesses proférées au milieu de la crise politico-sanitaire. Des millions de PME, de télétravailleurs joncheront le sol.

Oui, le confinement a du bon : il permet de sélectionner les espèces sociales. De grandes entreprises sont déjà en train d’annoncer, toute honte bue (avec du rhum cubain), leurs bénéfices.

Ce système est malade, on le sait depuis longtemps ; et c’est lui qu’il faut abattre. Tenter d’obtenir tel ou tel petit avantage, telle ou telle revendication n’est jamais inutile, mais à présent les enjeux doivent se poser en terme de changement de société. Et j’en suis. C’est à ce niveau qu’il faut mettre la barre. Et tenir le cap.

La bande actuelle a fait la preuve de son incompétence, de sa vénalité, de sa soif de dividendes, de son mépris du peuple. Alors, « ¡que se vayan ! »

 

Jean Ortiz

Publié le 08/06/2020

Pour que le jour d’après ne ressemble pas au jour d’hier ! Chapitre III « Ségur de la santé » : Négociation ou concertation ?

 

(site cgtchumontpellier.reference-syndicale.fr)

 

Depuis 15 jours et jusqu’à la journée de mobilisation nationale des hospitaliers du 16 juin prochain, nous organisons les « mardis de la colère » pour sensibiliser les personnels et la population à la situation du service public hospitalier.
La méthodologie. Annoncé en grande pompe par le gouvernement, le « Ségur de la santé » censé calmer la grogne des hospitaliers dans un contexte de gestion hasardeuse de la crise sanitaire ne prend pas le chemin escompté.

Pour la CGT, « aller vite et fort » comme l’a dit Édouard Philippe lors de l’ouverture ne doit pas être synonyme de « faire vite et mal ». Cela doit se traduire par une réelle volonté de rupture avec les politiques antérieures d‘austérité pour la santé et l’action sociale.

8 milliards pour l’automobile, combien pour l’Hosto ? La CGT s’interroge sur les moyens financiers mis sur la table des « négociations ». Le gouvernement demande de faire des propositions crédibles. Depuis plusieurs années, les personnels sont en forte attente de mesures concrètes pour améliorer leurs conditions de travail et de rémunération ainsi que le déroulement des carrières, cela déjà avant et pendant cette crise sanitaire.
Attention aux faux espoirs, la prime COVID suscite déjà un fort mécontentement de par son clivage…

4 thématiques se limitant aux personnels soignants. Nos établissements fonctionnent grâce l’investissement et au professionnalisme de tous les personnels, de toutes les filières médicales, paramédicales, sociales-éducatives, administratives et techniques.
Nous exigeons que les travaux prennent en compte tous les personnels.

  1. Priorité aux augmentations significatives et urgentes des rémunérations.
    1. Refonte des grilles de salaires et des déroulements de carrière.
    2. Intégration des éléments annexes dans le traitement (NBI, primes, etc…).
    3. Egalité professionnelle en reconnaissant nos métiers à prédominance féminine à leur juste valeur.
  1. Définir une politique d’investissement et de financement aux services des soins.
    1. Recrutements, plan de formation, hausse des places en formation.
    2. Effacement de la dette des établissements représentant 30 milliards…
    3. Suppression de la taxe sur les salaires dans la FPH (4 milliards d’€ alors que les établissements privés lucratifs la récupèrent !
    4. Augmentation de l’ONDAM, fin de la T2A et du PLFSS.
    5. Porter une attention particulière à la psychiatrie et aux EHPAD.
  2. Simplifier radicalement les organisations et le quotidien des équipes
    1. Respecter la réglementation du temps de travail et des temps de repos.
    2. Etendre les ratios à tous les secteurs de soins.
    3. Permettre l’articulation entre vie privée et vie professionnelle.
    4. Aide au logement, garde d’enfant…
  3. Fédérer les acteurs de la santé dans les territoires au service des usagers
    1. Mise en place de centres de santé avec des équipes pluridisciplinaires FPH en lien avec la ville et l’hôpital.
    2. Ouverture d’établissements de proximité.
    3. Créations de lits pour répondre aux besoins.

MARDI 9 JUIN 2020

PIQUE-NIQUE DE LA COLERE

RDV A 12H00 SUR LE RONDPOINT DE LAPEYRONIE

 

*Ce mouvement se poursuit dans toute la France tous les mardis, jusqu’à la journée de mobilisation du 16 juin organisée par les 11 organisations en lutte depuis 2 ans pour défendre l’hôpital public (Amuf, APH, CFE-CGC, CGT, Unsa, Solidaires, les collectifs Inter-Blocs, Inter-Hôpitaux et Inter-Urgences, Printemps de la psychiatrie et la Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et des maternités de proximité).

Ps : les gestes barrières et les mesures de distanciations sociale restent en vigueur. Au vu des températures, des rafraîchissements seront proposé avec participation libre, pensez à vos éco-cup.

Publié le 07/06/2020

Ainsi parlait Assa Traoré

 

(site regards.fr)

 

Près de quatre ans après la mort d’Adama Traoré, sa famille ne cède pas : elle veut la vérité, la justice. Le 2 juin, une manifestation a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes derrière ce combat. Historique.

Dans l’atmosphère pesante et douloureuse de la crise sanitaire et du début de confinement, les manifestant.e.s du rassemblement devant le TGI ce 2 juin 2020 ont vécu un enthousiasme collectif. À l’appel d’Assa Traoré et du Comité Vérité et Justice pour Adama, 80.000 personnes ont répondu présentes malgré l’interdiction avancée par la préfecture de police. Après les rebondissements de la journée et l’annonce d’une expertise confirmant le rôle du plaquage ventral dans la mort d’Adama, cette manifestation a couronné des années de combat que mène la famille.

Cette foule immense était très jeune et notons-le bien plus racisée que les rendez-vous militants qu’organise en général la gauche. Entassé entre le parvis et le site d’un chantier, chacun pouvait assister aux chants qui prenaient par endroit et se répondaient. Faute de pouvoir écouter le discours d’Assa Traoré ou le chant de Camélia Jordana, celles et ceux qui guettaient au loin affichaient la sérénité d’un devoir accompli. Électrisés par le contexte de révolte aux États-Unis et le meurtre de George Flyod, qu’ils étaient magnifiques ces empêcheurs de tourner en rond. En réclamant sans concession que justice soit faite, le combat Adama est devenu le parangon d’une cause qui le déborde. En fracturant les verrous et les portes qui s’opposent à l’exercice d’un bilan critique du racisme systémique de notre société, ces militant.e.s infatigables sont rentrés en écho avec une génération qui ne veut plus s’astreindre à rester passif ou à demander poliment une solution. « Pas de justice, pas de paix. »

« Les personnes noires, les personnes arabes, les personnes racisées, nous avons le droit de participer à la construction de ce monde, de cette France. Nous avons le droit de participer à la construction de notre propre vie, ils n’ont pas le droit de mort sur nos vies », a déclaré Assa Traoré, acclamée. Ce rassemblement est un avertissement diplomatique et une adresse à notre camp social. Nous ne pouvons plus manquer à l’appel de certains combats que nous avons parfois négligé parfois soutenu du bout des lèvres. Racisme endémique, violences policières, héritage colonial, islamophobie sont des questions fondamentales que soulèvent pas à pas ces mouvements pour la vérité et la justice car ce sont des réalités vécues que notre pays enfouit.

Dans la joie partagée et cette communion collective entachée seulement par la provocation policière de l’interdiction et d’un gazage gratuit, nous avons pourtant vécu un moment précieux d’optimisme. L’on s’y est retrouvé entre camarades séparés par nos chemins politiques et l’on s’y est perdu au milieu d’inconnus, d’une relève à la rage digne et à la détermination intacte. Hier, s’est écrite une étape indispensable des luttes, et la période appelle avec force à de semblables succès.

 

Elsa Faucillon et Clémentine Autain

Publié le 06/06/2020

« La police est censée nous protéger…» Le terrible témoignage de Noélie, 17 ans

 

(site humanite.fr)

 

Révoltée par les images de la mort de George Floyd, Noélie, lycéenne en terminale à Pontault-Combault (77), a décidé de répondre, mardi dernier, à l’appel lancé sur les réseaux sociaux par le comité Adama contre les violences policières. Si la ferveur de la foule des manifestants a renforcé l’engagement et la détermination de la lycéenne, elle demeure choquée par l’attitude provocatrice des forces de l’ordre durant ce rassemblement. Elle a tenu à en témoigner dans le texte que nous publions ci-dessous.

« A 17 ans, je suis allée pour la première fois à une manifestation politique : celle organisée par le comité Adama à Paris le mardi 2 juin, et j’ai été profondément choquée de son déroulement. Je m’y suis rendue pour protester contre certains comportements policiers injustement violents et souvent impunis. Je ne nourris aucune haine contre la police, mais elle est censée nous protéger et a de lourdes responsabilités entre ses mains. Il est donc intolérable qu’il y ait des abus de pouvoir et de l’acharnement sur des innocents qui entraînent la mort de 10 à 15 personnes par an en moyenne, et qu’un tiers des assassins s’en tirent sans encombre : aucune condamnation n’a encore donné lieu à une peine de prison ferme. 

Surtout que les minorités subissent généralement plus de contrôles, d’arrestations et sont condamnées plus lourdement que les autres. Les forces de l’ordre sont couvertes par la Justice qui devient injuste, et les médias n’en parlent pas assez : j’ai découvert avec surprise le caractère courant et extrême de ces altercations via les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. J’ai donc été scandalisée qu’Eric Ciotti propose une loi qui interdirait leur diffusion, prouvant ainsi la volonté de l’état de protéger des criminels, tout en portant gravement atteinte à la liberté d’expression. 

Le déroulement de la manifestation a donné raison à ce que j’avais vu sur internet jusqu’ici. Bien que parmi une foule entièrement pacifique au départ, je me suis retrouvée à être gazée à plusieurs reprises. J’ai voulu m’éloigner de la manifestation, mais nous étions encerclés par des barrages de CRS sans possibilité de sortie pendant près de trois heures. Cette méthode de piège n’est ni de la défense ni une tentative de ramener l’ordre, mais ressemble plutôt à une stratégie de guerre offensive. D’autant que je ne saisis pas son but, puisque si la police voulait stopper le rassemblement, elle devrait nous laisser fuir. 

J’ai vu des enfants se faire gazer et se réfugier dans des immeubles ou des buissons, une amie recevoir du gaz lacrymogène directement dans les yeux et perdre connaissance alors qu’elle avait simplement posé un genou à terre pour apporter un soutien symbolique aux victimes, des personnes inoffensives se faire plaquer violemment au sol, et une petite dizaine de CRS ont pointé leurs lanceurs de flash ball sur mes amis et moi, à une distance d’à peine trois mètres, alors que nous étions simplement réfugiés dans un parc… 

Je comprends ces méthodes face aux individus dangereux et destructeurs car malheureusement il y en a eu parmi les militants, mais les casseurs représentaient à peine quelques dizaines de personnes sur plus de 20 000 civils inoffensifs et pris au piège… Il y a encore quelques années, les casseurs se faisaient simplement immobiliser, arrêter et embarquer par les autorités pour être traduits en justice, car c’est là la réponse appropriée d’un état censé représenter l’ordre. Aujourd’hui, l’affrontement se déroule sur un plan physique, c’est la loi du plus fort, c’est un crescendo de violence qui ne règle rien, c’est tellement insécurisant et indigne de la France… 

Le gouvernement devient oppressif sous Macron. Il a ré-instauré les policiers voltigeurs durant les manifestations de gilets jaunes, alors qu’ils avaient été interdits après la mort de Malik Oussekine en 1986. Les lanceurs LBD sont également devenus le nouveau signe de la répression policière depuis les années 2000, et l’on sait que ces armes peuvent être mortelles si elles sont mal utilisées, tandis que de nombreux pays décident de les bannir pour leur dangerosité. La police et particulièrement les CRS sont formés à l’offensive, et les tensions et les débordements augmentent au lieu d’être stabilisés. 

La vérité, c’est que les politiques de plusieurs pays du monde sont devenues plus répressives cette année par peur, car la population commence à sérieusement se mobiliser pour dénoncer des problèmes de fond. C’est le cas pour la Chine et Hong Kong bien sûr mais encore le Venezuela, le Brésil avec Bolsonaro, la France, et Donald Trump qui a annoncé son intention d’envoyer l’armée mater les manifestants, et qui réduit sensiblement la liberté d’expression sur des réseaux sociaux comme Twitter, alors même qu’il est président du pays des libertés… 

Il ne faut pas se laisser museler par ces régimes qui se durcissent et continuer de lutter pour faire entendre nos avis et obtenir un monde meilleur, car celui-ci nous appartient, et que le temps des changements semble venu. »

Publié le 05/06/2020

Solidarité. L’impôt sur la fortune, une idée qui revient en force dans le débat public

 

Pierric Marissa l (site humanite.fr)

 

L’éxecutif fait front pour rejeter tout projet de remise à plat fiscale, alors que la demande d’un ISF refondu, au cœur d’une grande réforme qui redonnerait toute sa progressivité à l’impôt, est reprise par de nouvelles voix.

Tétanisé par les gilets jaunes qu’il caricature en mouvement anti-impôt, et encouragé par les plus riches qui profitent des dernières réformes, l’exécutif rejette toute idée de remise à plat fiscale. C’est oublier qu’une des principales revendications qui a fait l’unanimité sur plus d’un an de mobilisation était le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Demande reprise depuis par de nombreux économistes critiques en ces temps de crise. « Mon opinion sur l’ISF, c’est qu’il n’aurait jamais dû être aboli. Aujourd’hui, je pense donc qu’il faut qu’il soit rétabli », a assuré la prix Nobel d’économie Esther Duflo. « Face aux Covid, il faut un nouvel ISF », a renchéri Thomas Piketty.

Des pistes de réforme pouvant rapporter 128 milliards d’euros

C’est Attac qui a pris début mai à bras-le-corps le dossier en proposant des pistes de réforme pouvant rapporter aux caisses de l’État 128 milliards d’euros, avec comme axe central, le rétablissement d’une réelle progressivité dans l’impôt. « On nous accuse de vouloir augmenter les impôts, mais nos propositions à l’inverse profiteraient à la majorité des Français, car l’impôt doit retrouver son rôle de redistribution des richesses », explique Raphaël Pradeau, porte-parole de l’association. À commencer par le rétablissement d’un impôt de solidarité sur la fortune débarrassé de ses défauts d’antan. « L’ISF était accusé d’être un impôt sur les millionnaires, qui épargnait les milliardaires, résume Vincent Drezet, secrétaire général de Solidaires finances publiques, premier syndicat de l’administration fiscale. Une niche en effet épargnait les actifs professionnels. Pour faire simple, cela veut dire que les gros actionnaires à la tête de holdings n’étaient pas taxés sur leur patrimoine financier. » C’est pourtant là que réside le cœur de la fortune des ultra-riches. L’autre gros défaut de l’ISF est tout aussi facilement corrigeable : l’abattement de 30 % sur la résidence principale, qui a mis en exergue cette poignée de propriétaires sur l’île de Ré aux revenus modestes qui se sont retrouvés assujettis – avant correction – à l’ISF après un emballement spéculatif immobilier. Attac comme Solidaires s’accordent pour proposer plutôt un abattement sur le montant, de 500 000 euros par exemple, et non plus proportionnel de 30 % comme c’était le cas. Par exemple, sur deux ménages, l’un possédant une maison de 1 million d’euros, l’autre de 10 millions, le premier se retrouvait imposé sur 700 000, le second sur 7 millions. Avec un abattement sur le montant, l’un passe à 500 000, l’autre à 9,5 millions. L’idée est donc de rendre l’ISF plus juste, donc plus progressif, l’exact inverse de l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) qui l’a remplacé. « Avec l’élargissement de l’assiette fiscale sur le patrimoine financier, en plus des biens meubles – yacht et voitures de luxe – et de l’immobilier, un ISF avec un taux inférieur à 1 % rapporterait immédiatement plus de 10 milliards d’euros, contre 1,8 milliard pour l’IFI », avance Vincent Drezet. Et cela ne fera pas davantage fuir les riches ! « Le nombre de départs rapporté au nombre de contribuables a toujours été autour de 0,2 %, c’est très marginal », assure Solidaires finances publiques.

Il y a urgence à renforcer le consentement à l’impôt

À la restauration d’un ISF – qui ne taxe que le patrimoine –, il faut ajouter une véritable refonte de l’impôt sur les revenus. Et commencer par supprimer le prélèvement forfaitaire unique (PFU, dit aussi flat tax), qui a mis fin à la proportionnalité de l’impôt sur les revenus du capital. « Pour observer là où s’accroissent les inégalités par le haut, il ne faut plus penser en décile, mais regarder le fossé qui se creuse entre les 1 % les plus riches et les 0,1 %, voire les 0,01 % », analyse Raphaël Pradeau. Les grands gagnants de la fiscalité de l’ère Macron sont les bénéficiaires de dividendes, d’actions gratuites, d’intéressement et de primes annuelles calculées en millions d’euros, qui spéculent plutôt que d’investir sur le long terme, et qui ne sont taxés que forfaitairement à 30 %. « Une dernière tranche sur l’impôt sur le revenu, bien au-delà des 50 %, et qui prendrait en compte tous les revenus du capital, pourrait être vraiment dissuasive et mettre fin à l’intérêt de ces parts variables, participations ou retraites chapeaux indécentes », propose Vincent Drezet. L’impôt retrouverait en outre son rôle incitatif de réorienter les bénéfices des entreprises sur une politique salariale et l’investissement.

Il y a globalement un consensus chez les progressistes sur la nécessité de passer de 5 tranches d’impôt sur le revenu, comme c’est le cas aujourd’hui, à une dizaine, afin de créer cette tranche dissuasive, mais aussi d’accentuer la progressivité des prélèvements et d’éviter les effets de seuil qui peuvent être violents lors du passage de l’une à l’autre. Cette refonte doit s’accompagner d’un véritable audit des niches fiscales : mesurer combien elles coûtent, leur efficacité et surtout à qui elles profitent. Les plus coûteuses, comme celles visant l’investissement locatif par exemple, dites lois Pinel et Cellier, ne sont qu’à destination des plus riches.

« Pour plus de justice fiscale, renforcer la part des impôts progressifs peut permettre de baisser celle des taxes comme la TVA ou la CSG, qui proportionnellement pèsent plus sur les classes populaires et moyennes, ajoute Raphaël Pradeau. Il n’y a pas de ras-le-bol fiscal global, comme le dit le gouvernement, mais une injustice fiscale qui devient insupportable. » Et il y a urgence à renforcer le consentement à l’impôt, « miné par la baisse de qualité des services publics et par la pleine conscience que les plus riches y échappent de plus en plus », dénonce Vincent Drezet.

 

Pierric Marissal

Publié le 04/06/2020

Violences policières : pendant ce temps-là en France, le déni tue aussi

 

(site regards.fr)

 

Au moment où une partie des États-Unis se soulève après la mort de George Floyd, les violences policières s’envolent en France. Jusqu’à battre des records pour la seule année 2020.

En janvier dernier, nous écrivions ici même que de nombreux « politiques travaillent à faire interdire le fait de filmer les forces de l’ordre. Dernier en date, Jean-Pierre Grand, sénateur LR de l’Hérault. En décembre, il avait déposé un amendement stipulant ceci : "Lorsqu’elle est réalisée sans l’accord de l’intéressé, la diffusion, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, de l’image des fonctionnaires de la police nationale, de militaires ou d’agents des douanes est punie de 15.000 euros d’amende". Le sénateur a échoué, son amendement a finalement été rejeté par le Sénat. [...] Ils essayent. Et ils essayeront encore. Inlassablement. »

Ça n’a pas raté. Le 26 mai, c’est le député Éric Ciotti qui a repris le flambeau. Il a déposé une proposition de loi visant à interdire « la diffusion, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, de l’image des fonctionnaires de la police nationale, de militaires, de policiers municipaux ou d’agents des douanes » sous peine d’une condamnation à 15.000 euros d’amende et un an d’emprisonnement. Bis repetita. Il faut interdire de filmer la police, point. Il ne prend même pas le soin de réécrire le texte.

Éric Ciotti souhaite rendre les policiers « non identifiables dans l’espace médiatique, y compris sur les réseaux sociaux », allant jusqu’à dénoncer l’application UVP (Urgence Violences Policières) lancée il y a peu par Amal Bentounsi. Rien n’est évidemment dit concernant la liberté de la presse… Et rappelons ici que filmer un policier est parfaitement légal et que ceux-ci ont l’obligation de porter leur matricule dans l’exercice de leur fonction, justement pour pouvoir être identifiés en cas de bavure, chose qu’ils ne respectent pas toujours (pour ne pas dire quasiment jamais).

Ne vous y trompez pas, le but unique de ce projet se résume à cette expression : pas vu, pas pris. Ils essayent. Et ils essayeront encore. Inlassablement.

2020, année record des violences policières ?

Éric Ciotti, comme tant de ces « amis de la police », n’a que faire de protéger l’identité des policiers, ni de les protéger tout court d’ailleurs. En réalité, son zèle ne s’adresse qu’au syndicat d’extrême droite Alliance – majoritaire chez les forces de l’ordre, en cohérence avec leur vote majoritairement en faveur du RN. La police républicaine est gangrénée par des « SS au petit pied », attendant impatiemment que l’heure sonne.

Ce manque de patience devient de plus en plus difficile à masquer. Les bavures se multiplient. D’une douzaine de morts par an en moyenne, la police s’est déchaînée pendant le confinement : 12 personnes sont mortes entre les mains des « gardiens de la paix » entre le 4 avril et le 10 mai. 2020 sera sans doute l’année la plus meurtrière sur ce tableau-là.

Mais ça ne fera pas la Une. Chacun a les yeux rivés vers l’autre côté de l’Atlantique, et pour cause, le pays s’embrase, se soulève après la mort de George Floyd. Un homme noir tué par un policier blanc, l’histoire des États-Unis…

Enfin, si chacun a les yeux rivés vers l’autre côté de l’Atlantique, tout le monde n’est pas non plus dans une émotion béate. Il en est qui, comme le cardiologue Alain Ducardonnet, ne voit rien à redire à la vue des images d’un meurtre : « Quand vous avez le poids comme ça, c’est vrai que la respiration est relativement difficile. Il n’y a pas de strangulation. Il faut savoir si ce monsieur avait une maladie sous-jacente. [...] Ceci étant, comme c’est un malabar comme on l’a décrit, il y a surement quelque chose de pathologique chez ce monsieur. »

Ça se passe de commentaires.

Puis il y a ceux qui dénoncent, le doigt vengeur bien dressé au ciel, accusant l’Amérique de tous les maux de l’humanité… oubliant sciemment de regarder leur propre pays. Ou pire, le dédouanant de toute comparaison.

Ainsi Jean-Luc Mélenchon a provoqué la colère de l’antiracisme français lorsqu’il tweete : « La révolution citoyenne franchit un seuil aux USA. Ce qui est dans la rue c’est le Peuple. L’ère du peuple a longuement germé. Elle perce en politique après plusieurs escarmouches fondatrices. Le mur de Berlin va tomber à New-York. »

Réponse du Comité Adama : « Monsieur, et vous autres "progressistes", vous avez le devoir de vous insurger à propos des morts noirs et arabes en France ! Mardi 2 juin, mobilisation contre les violences policières dans notre pays. Le mur doit tomber à Paris ! Pas de jour d’après sans JUSTICE ! »

Made in France

Pendant que les États-Unis explosent, dans l’hexagone, ça tabasse de bon coeur. Gabriel, 14 ans, finit sa journée à l’hôpital après être passé par la case commissariat de Bondy, pour ne citer qu’un seul exemple, tant les témoignages et les vidéos de violences policières sont légion.

C’est bien ça qui a changé ces dernières décennies. L’émergence du numérique et sa démocratisation font que désormais chacun surveille la police. Pour s’en protéger. Car oui, nombreux sont les Français à avoir peur, en témoigne la forte réaction aux propos de Camélia Jordana sur le plateau d’une émission à grande audience – et la contre-réaction du syndicat Unité SGP Police FO qui porte plainte contre l’artiste, encore une belle preuve d’amour à l’article 11 de la Déclaration des droits de l’Homme. Le numérique permet à ceux dont personne ne porte la voix d’exister dans la sphère publique. Ils parlent en leur nom, ils montrent leur quotidien. Et ça les dérange.

Ça les dérange parce que ça se passe ici, en France, au XXIème siècle. Que dire de ces mots du Printemps républicain ?

  • Le 31 mai, à propos de la mort de George Floyd : « Ces événements dramatiques montrent aussi combien l’histoire et le modèle américains sont différents des nôtres. Même s’il y a du racisme en France, il n’a pas la dimension structurante qu’il a aux États-Unis. Ceux qui cherchent à établir des comparaisons infondées jouent un jeu dangereux, celui de la guerre identitaire. Leur cible, c’est l’universalisme républicain qui, justement, nous protège de cette guerre. »
  • Le 25 mai à propos des violences policières en France : « Les déclarations tonitruantes de Camélia Jordana contre les policiers qui "massacrent tous les jours" des Arabes et des Noirs, succédant à plusieurs affaires où la police a été mise en cause (Argenteuil, Villeneuve-la-Garenne, L’Ile-Saint-Denis) pour un comportement supposément raciste [1], font éclater au grand jour ce sur quoi le Printemps Républicain ne cesse d’alerter depuis sa création : le risque grandissant de dislocation de la République sous l’effet des passions identitaires ».

Pour éclairer le non-racisme des policiers français, le Printemps républicain base son analyse sur… les données de l’IGPN. Là où les études indépendantes montrent toute la même chose : les Arabes et les Noirs sont les premières victimes de la police. Universalisme républicain ou melting-pot anglo-saxon ? Comme si le débat était ici… En 2016, Adama Traoré est mort sous le poids de trois gendarmes. Il y a quelques jours, une énième expertise médicale venait absoudre ces gendarmes : le jeune homme de 24 ans serait mort d’avoir couru 400 mètres en 17 minutes. Son coeur n’aurait pas supporté. Une expertise où les médecins utilisent les termes « sujets de race noire » pour parler d’Adama Traoré. Est-ce donc cela l’universaliste républicain ?

L’État protège ses institutions, quoi qu’il en coûte. Un exemple criant, celui des gilets jaunes : au 31 décembre 2019, des 217 enquêtes confiées à l’IGPN, 68 ont été classées sans suite, 19 ont justifié l’ouverture d’une information judiciaire et deux CRS ont été condamnés à deux et quatre mois de prison avec sursis. Le pire des violences policières, c’est que la justice ne suit pas.

Trois citations pour finir.

  • Zineb El Rhazoui sur les violences à Mantes-la-Jolie en novembre 2019 : « Il faut que la police tire à balles réelles dans ces cas-là [...] Quand vous avez un guet-apens de cent barbares... La police américaine aurait tiré à balles réelles ! »
  • Will Smith, sur la mort de George Floyd : « Racism is not getting worse, it’s getting filmed. »
  • Suprême NTM, C’est arrivé près de chez toi :
    « Les bavures sont au menu, j’te souhaite la bienvenue
    Dans la France de ceux qui pensent qu’en banlieue
    On ne peut pas penser puisqu’on pense qu’à danser, rapper sur des beats cadencés
    Remarque ils pensent aussi qu’les 3 millions de chômeurs c’est
    3 millions d’immigrés, donc, c’est clair que c’est
    Pas gagné, qu’avec leur vision bornée
    J’me dis même, que le mec qui r’dressera le pays, il est pas encore né
    Ouais, c’est ici qu’on vit et c’est ici aussi qu’officie
    La plus grande bande de fachos qui fit si
    Peur en son temps fils ! Si on laisse couler, on est morts
    Coupons les couilles du porc ! Ouah, ça c’est fort !
    [...]
    C’est arrivé près de chez toi, ouais, presque sous ton nez
    Cesse de prendre cet air étonné, pas le moment d’abandonner
    Faut tout donner afin de changer les données
    It’s underground o’clock, le Glock va détonner »

 

Loïc Le Clerc

Notes

[1« Un bicot, ça nage pas » ne serait donc qu’un « comportement supposément raciste » ?

 

Publié le 03/06/2020

Il y a urgence ! Le billet du Dr Christophe Prudhomme. Pôle public

 

Christophe Prudhomme (site humanite.fr)

 

Christophe Prudhomme est médecin au Samu 93

Depuis plusieurs années, les ruptures de stock de médicaments se multiplient. Certains hôpitaux ont eu du mal, pendant cette crise, à se procurer les sédatifs indispensables en réanimation. Sanofi a été mis en cause sur la commercialisation future d’un vaccin contre le coronavirus, mais aussi le versement de larges dividendes à ses actionnaires. À cela s’ajoutent les multiples conflits d’intérêts de médecins siégeant dans les agences sanitaires. Enfin, les laboratoires ont obtenu, lors de la négociation sur les produits génériques, au début des années 2000, la liberté tarifaire pour les nouvelles molécules. Celles-ci sont parfois vendues à des prix exorbitants, comme le traitement contre l’hépatite C, initialement proposé à plus de 60 000 euros pour 12 semaines, alors que l’Inde le proposait à environ 300 euros. 

Dans ce contexte, il est scandaleux que la majorité LaREM à l’Assemblée ait rejeté le projet de loi proposant la création d’un pôle public du médicament. Une nouvelle fois, les promesses faites au pic de la crise sont vite oubliées. Comment donner crédit aux propos du président de la République déclarant : « Il est nécessaire que le vaccin contre le coronavirus soit un bien public mondial, extrait des lois du marché. »  Ou à ceux du ministre de la Santé rappelant l’importance de « lancer une réflexion pour relocaliser la production nationale de médicaments ». Une nouvelle fois, ces messieurs sont pris en flagrant délit de mensonge. Car, comment mettre en œuvre ces préconisations sans sortir la recherche et la fabrication des médicaments des lois du marché, sans mettre en place un contrôle public des entreprises du secteur ? Le médicament doit être un bien public mondial. Il n’est pas besoin d’attendre un accord de tous les pays pour donner corps à cette nécessité en France. La lutte menée par l’Inde ou l’Afrique du Sud pour s’affranchir des brevets afin de produire les antiviraux contre le sida a montré que c’était possible. Nous voulons que la France s’approprie aussi cette maîtrise.

 

Publié le02/06/2020

Le dernier regard de George Floyd, cruel miroir tendu à l’Amérique raciste

 

Rosa Moussaoui (site humanite.fr)

 

Les nuits d’émeutes et les manifestations se succèdent, des voix s’élèvent pour appeler à s’organiser politiquement contre un système qui perpétue les discriminations et l’injustice sociale.

L’incendiaire de la Maison Blanche galvanise ses « MAGA » (1), promet le carnage en réponse au pillage, fait déployer soldats de la Garde nationale, incrimine « les antifas et la gauche radicale ». Sans parvenir à endiguer le débordement de colère suscité par l’assassinat le 25 mai dernier, de George Floyd, un Africain-Américain de 46 ans, au cours de son interpellation par des policiers de Minneapolis. Partout dans le pays, d’imposantes manifestations se sont encore formées samedi pour exiger justice et dénoncer le racisme et la violence sociale et policière structurelle dirigée contre les Noirs. Alors que se succèdent les nuits d’émeutes, certains de ces rassemblements ont donné lieu à des affrontements avec la police : plus de 200 personnes ont été arrêtées à New York, une centaine à Los Angeles. L’annonce, vendredi, de l’arrestation de Derek Chauvin, le policier filmée les mains dans les poches, son genou sur le cou de la victime, et de son inculpation pour « homicide involontaire » et « acte cruel et dangereux ayant causé la mort » de George Floyd n’a pas apaisé les esprits. Les manifestants demandent que cet agent maintes fois signalé pour « usage excessif de la force », impliqué dans de nombreux tirs mortels sur des « suspects », soit poursuivi, avec ses coéquipiers, pour « homicide volontaire ». Par delà l’émotion, la rage et l’exigence de justice pour George Floyd, la mobilisation prend un tour très politique, laissant entrevoir, à quelques mois du scrutin présidentiel, une lame de fond. « La taille et l’impact des manifestations, partout, montrent la vraie nature nationale et historique de ce qui se passe. Ce n’est plus seulement une protestation demandant justice pour George Floyd, cela devient une révolte sociale générale contre la violence d’un système raciste policier et carcéral », analyse Libero Della Piana, du People’s action institute, qui voit dans la mobilisation en cours la manifestation d’un processus politique en maturation depuis des décennies, « un débordement de rage contre une société qui a aliéné socialement et économiquement des millions d’individus ». Dans un contexte où les Africains-Américains  ont payé un lourd tribut à la pandémie de coronavirus et à l’impéritie de l’administration Trump devant cette crise, Alexandria Ocasio Cortez, la plus jeune élue au Congrès, soutien de Bernie Sanders lors de la primaire démocrate, insiste elle aussi sur les tirs croisés des injustices sociales et des violences policières. « Si vous essayez d’appeler à la fin des troubles, mais que vous ne considérez pas la santé comme un droit humain, que vous craignez de dire que les vies des Noirs comptent, que vous avez trop peur d’évoquer les violences policières, alors vous n’appelez pas à la fin des troubles, s’insurge-t-elle. Vous appelez à ce que l’injustice continue, à ce que le peuple endure encore en se taisant la violence de la pauvreté, de l’accès entravé au logement, de la brutalité policière. »

« Il est temps de battre dans les urnes tous les procureurs que vous n’aimez pas... » 

Indéniablement, l’agonie de George Floyd, capturée en direct dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, ébranle un système meurtrier pour les pauvres, pour les Noirs, et clément pour les suprémacistes blancs disposant de relais et de complaisances à tous les échelons de la justice et du pouvoir politique, jusqu’à la présidence. Pour démanteler cette toile, le feu n’est pas seulement inopérant : Donald Trump ne l’appelle-t-il pas de ses vœux, pour s’assurer la victoire cet automne ? Ces dernières heures, des voix nombreuses se sont élevées pour appeler à dépasser le stade de l’émeute, toujours profitable aux pouvoirs jouant de la carte du rappel à l’ordre. Parmi ces voix, celle du rappeur Killer Mike, qui s’est adressé au bord des larmes, samedi, aux manifestants d’Atlanta : « Il est de votre devoir de ne pas brûler vos maisons. Il est de votre devoir de renforcer vos propres maisons pour en faire des refuges en période d’organisation. C’est le moment de comploter, de planifier, d’établir des stratégies, de s’organiser et de se mobiliser. Il est temps de battre dans les urnes tous les procureurs que vous n’aimez pas. Il est temps de tenir pour responsables les maires, leurs bureaux, les chefs et leurs adjoints. (…) La prochaine étape, c’est d’user de votre pouvoir politique pour aller aux élections et battre les politiciens que vous n’aimez pas. » Décrit par ses proches comme un « doux géant », père aimant de deux enfants, George Floyd était une figure appréciée de la scène musicale à Minneapolis, l’un de ces millions de travailleurs ayant perdu leur emploi dans la crise économique provoquée par la pandémie. Son dernier regard, sous la botte des policiers qui l’ont étouffé à mort, tend un cruel miroir à cette Amérique qui n’a jamais rompu, en vérité, avec la loi de Lynch.

  1. « Make America great again », acronyme désignant les supporters de Donald Trump.

 

Rosa Moussaoui

Publié le 01/06/2020

Urgence de l’inventaire des luttes passées

 

(site politis.fr)

 

La crise du Covid-19 ne doit pas nous faire oublier que la France sort d’une année de mobilisations historiques. Un héritage que l’on peut notamment honorer en s’appuyant sur les noms des stations du métro parisien.

Il faut aujourd’hui faire un petit effort pour se souvenir qu’il y a peu le pays traversait l’un des plus importants mouvements sociaux de son histoire. Le 5 décembre 2019, le secteur des transports publics impulsait en effet une grève contre l’inique réforme des retraites. On ne parlait plus que de ça. « Bras de fer » et « prise d’otages », rabâchaient les chaînes d’info en continu ; « solidarité interprofessionnelle », préféraient les grévistes. Ça chantait dans les rues blindées de manifestantes et de manifestants, lesquelles n’avaient jamais vraiment été vidées depuis l’arrivée des gilets jaunes un an plus tôt.

Oui, il faut faire cet effort pour se rappeler ces moments aujourd’hui enfouis sous la cape morbide de la pandémie, du confinement et du retour à l’anormal qui se profile. Et ce d’autant plus que les mouvements sociaux sont voués à l’amnésie si on ne prend pas soin de les immortaliser en les faisant entrer dans l’histoire. Or c’est justement l’objet des histoires populaires que de raconter « celles et ceux » du passé ; c’est le projet du Dictionnaire du mouvement ouvrier, le Maitron, dont nous avons déjà parlé ici (1), et de la collection « Celles et ceux » des éditions de l’Atelier. Alors que Nicolas Kssis-Martov, pour cette collection, s’est intéressé aux sportifs engagés (2), nous sommes parties quant à nous des stations du métro parisien (3).

Nul ne peut ignorer que, à quelques exceptions près, les noms de ces stations relèvent davantage d’une grande histoire et de héros nationaux (beaucoup moins des héroïnes) gravés dans le marbre. C’est sans doute pour cela que l’acteur-historiographe royaliste Lorànt Deutsch a pu se saisir aussi facilement du plan de métro de la capitale pour nous infliger sa fresque nostalgique d’une France de toute éternité amputée de sa grandeur par la Révolution française. Nous avons souhaité prendre le contre-pied de cette perspective pour lui préférer le « maitronome » d’un Paris populaire et réveiller des événements ainsi que des acteurs et des actrices souvent absents du récit officiel, nous inscrivant dans la réjouissante dynamique actuelle d’histoire émancipatrice.

Dans Manifs et Stations, nous retraçons l’histoire de celles et ceux du métro, cheminots et cheminotes. La première ligne s’ouvre au public en 1900 et la première grève de trois jours a lieu en 1901. Il s’agissait – déjà – de réintégrer trois agents licenciés et de reconnaître la légitimité d’un syndicat CGT. La tradition revendicatrice est profonde et répète, à chaque mouvement, la fierté du métier, le sens du service public. Nous nous arrêtons ensuite sur les quelques cas où celles et ceux du Maitron ont les honneurs du métro. La station Jules-Joffrin, dans le XVIIIe arrondissement, porte le nom d’un des rares députés ouvriers, objet d’une haine sociale sans concession dans l’Hémicycle. Martin Nadaud, le député ancien maçon de la Creuse et révolutionnaire de 1848, n’est plus que le nom d’une station fantôme dans le XXe. Louise Michel s’impose dans le fief des Balkany, souvenir de l’après-guerre, quand la commune communiste de Levallois-Perret honorait la Commune de 1871.

Nous signalons aussi les stations marquées par l’histoire, comme le massacre de Charonne du 8 février 1962. Mais nous sortons également en surface pour évoquer le Paris des ouvriers et ouvrières, des coopératives comme la Bellevilloise, des bibliothèques populaires telles que celle des Amis de l’Instruction, des cliniques des métallurgistes comme celle des Bluets, où Fernand Lamaze introduit en 1955 l’accouchement sans douleur ; le Paris des révolutions du faubourg Saint-Antoine, des manifs sur les Champs, des grèves de munitionnettes à l’usine Citroën de Javel, des meetings socialistes et pacifistes du Pré-Saint-Gervais ; le Paris des résistants et des résistantes, telle Madeleine Riffaud, qui assassine un officier allemand pont de Solférino pour venger les morts d’Oradour-sur-Glane. Tant d’histoires dans l’Histoire, tant de noms méconnus.

Doit-on s’étonner qu’à l’heure où nous écrivons ces lignes le président Macron ait décidé d’aider à la réouverture du site récréatif du Puy-du-Fou, foyer d’une propagande contre-révolutionnaire décomplexée ? Certainement pas. C’est juste la confirmation de l’urgence de poursuivre le travail d’inventaire des luttes passées, sans quoi, peut-être, l’engagement désintéressé de tous ces hommes et de toutes ces femmes du présent, que l’on a encore pu voir récemment lors de la crise du Covid-19, rejoindra les limbes de l’oubli.

(1) Voir Politis n° 1531.

(2)Terrains de jeux, terrains de luttes, Voir Politis n° 1601.

(3) Manifs et Stations. Le métro des militant·es, Laurence de Cock et Mathilde Larrère, L’Atelier, coll. « Celles et ceux », 16 euros.

 

par Laurence De Cock et Mathilde Larrère

Publié le 31/05/2020

Des organisations appellent à régulariser les sans-papiers pour les protéger de la crise

 

(site politis.fr)

 

Plus de 210 organisations appellent à régulariser massivement les personnes en situation irrégulière, particulièrement exposées à la crise sanitaire. Des manifestations se tiendront samedi 30 mai dans plusieurs villes de France.

Pour Bassirou Samassa, résident d’un foyer de migrant·es et représentant du collectif des Baras, le confinement a pris des allures de cauchemars : « Dans les foyers, il y a de la promiscuité. On parle de hangar où il n’y a pas de place, pas de chambres, pas même d’électricité. Au début du Ramadan, à Montreuil, il y a même eu une fuite et de l’eau s’est infiltrée partout dans un bâtiment, témoigne-t-il. Le préfet n’a pas donné son accord pour qu’on trouve un logement aux personnes qui vivent là-dedans. », regrette-t-il

La crise du Coronavirus a plongé dans une extrême précarité les personnes en situation irrégulière, confinées dehors ou dans des conditions indignes et privées de sources de revenus.

Et Dans les centres de rétention administratives, restés ouverts malgré les appels répétés d’acteurs associatifs à remettre en liberté les personnes en attente d’expulsion, c'est le même combat. 

« Le respect des gestes barrières est impossible en raison du manque d’information et d’équipement, des conditions d’hygiène déplorables, de l’agencement architectural et des conditions de vie imposées aux personnes retenues », notait déjà le 20 avril Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté après des visites au CRA de Vincennes et du Mesnil-Amelot, en Île-de-France.

Après les soignants, les migrants et sans-papiers sont en deuxième ligne face à la crise sanitaire. Dans les CRA, les gens sont parqués, dorment dans une cellule à plusieurs. Quand ils vivent en HLM, ils partagent souvent 40 mètres carrés à 7 ou 8. C’est une vraie bombe sanitaire, déplore Anzoumane Sissoko, porte-parole de la coordination des sans papiers.

Régularisation inconditionnelle des personnes en situation irrégulière

Pour permettre aux personnes immigrées de se protéger du virus, certains pays sont passés aux actes. Le gouvernement socialiste d’António Costa au Portugal a décidé de prolonger les droits des sans-papiers en cours de régularisation pendant la crise sanitaire. 

En France, la mesure est saluée par les organisations de défense des immigré·es,  mais elles veulent aller plus loin et demandent une régularisation globale, pérenne et inconditionnelle de toutes les personnes en situation irrégulière.

Dans un appel publié jeudi, 210 organisations et 300 personnalités appellent à se rendre dans la rue samedi 30 mai pour défendre cette mesure et réclamer l’accès au droit et la gratuité des soins pour tout·es les migrant·es. Des rassemblements sont prévus dans plusieurs villes.

« C’est une exigence de démocratie que nous voulons porter dans la rue, nous voulons déconfiner l’égalité », martèle Fernanda Marrucchelli, de la fédération des associations de solidarité avec tou·tes les immigré·es. Les organisations à l’origine des manifestations assurent que celles-ci se dérouleront dans le respect de la distanciation physique. Chacun·e est invité à se munir d’un masque, et quelques-uns seront mis à disposition.

Pour Marina, femme sans-papier qui loge dans un bâtiment proche de Rennes réquisitionné par des personnes à la rue et des associations, il est primordial que la population descende dans la rue.

Si on obtient des papiers, on pourra être indépendants, y compris financièrement, ce qui signifie que l’on pourra payer nos impôts. On veut pouvoir travailler par nous-mêmes. Sans papiers, on est un poids pour les autres.

La manifestation parisienne interdite

Malgré l’engouement des associations organisatrices des manifestations, le rassemblement parisien a été frappé d’une interdiction. La préfecture de police de Paris a estimé « que les conditions sanitaires n’étaient pas réunies pour permettre le rassemblement. » Mais pour Verveine Angeli, animatrice de l’Union syndicale Solidaires, c'est une décisions injuste : « Les raisons ne sont pas sanitaires, mais politiques et autoritaires. », commente-t-elle.

En dépit de la décision de la préfecture de police de Paris, les organisations ont maintenu l’appel à manifester à Paris, à 14h30 au départ des métros Opéra et Madeleine. « Quand on entend les récits des sans-papiers, on se rend compte qu’il y a une exigence d’égalité très forte, il faut manifester », continue Verveine Angeli. Un référé liberté a été déposé jeudi matin au tribunal administratif de Paris pour faire appel de l’interdiction.

 

par Marie Toulgoat
publié le 29 mai 2020

<Publié le 30/05/2020

TRIBUNE. Camélia Jordana : quand le symbole bouscule la République

 

Tribune par Rokhaya Diallo (site regards.fr)

 

Samedi soir dernier, sur le plateau de On n’est pas couché sur France 2, Camélia Jordana a dénoncé le racisme dans la police. Du ministre de l’Intérieur aux éditos dans Marianne ou de CNEWS en passant par des tweets de syndicats de police, les critiques ont été nombreuses et virulentes. Parce que la réalité du racisme systémique continue de bousculer.

« La liberté du débat public ne permet pas de dire tout et n’importe quoi. » Dans notre pays dont les débats publics et politiques sacralisent la liberté d’expression, j’ai cligné des yeux lorsque le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner y a apposé une restriction si définitive.

Ce brutal coup d’arrêt à la liberté d’expression était opposé à l’actrice et chanteuse Camélia Jordana suite à ses déclarations relatives aux violences policières visant « des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau ». La polémique qu’a entrainée cette déclaration est à la hauteur de la déception qui a parcouru une partie de l’opinion voyant une Française modèle adopter un ton accusateur à l’égard de la sacro-sainte République.

Auréolée de titres prestigieux dont un César et une Victoire de la Musique, Camélia Jordana est reconnue dans tous les domaines artistiques dans lesquels elle s’est engagée. Sollicitée pour chanter en 2015 lors de l’hommage national de la Nation aux victimes des attentats, l’artiste, qui a aussi incarné Marianne, est devenue une véritable icône, fierté de notre pays. Aussi n’attendait-on pas d’elle la formulation d’un discours politique si puissamment critique. Dans notre culture encore amplement nourrie par le patriarcat, une femme considérée comme jolie, plus encore si elle est actrice, est censée se contenter d’exposer sa plastique. Or, Camélia Jordana est soudainement sortie de ce cadre assigné pour dénoncer cette République qui la rêvait en symbole souriant et docile.

Racisme au pays des droits humains

Depuis longtemps les chiffres montrent que les populations non blanches et/ou issues de quartiers populaires font l’objet d’une attention policière disproportionnée. Dès 1999, notre pays des droits humains devenait le deuxième État-membre du Conseil de l’Europe à être condamné pour torture par la Cour européenne des droits humains, suite à des sévices sexuels infligés par des policiers à un jeune homme d’origine maghrébine. Selon les études, chaque année 10 à 15 personnes meurent suite à une intervention policière. Le profil type des victimes : des hommes, jeunes, d’origine maghrébine ou noirs, habitants de quartiers pauvres.

En 2012, Human Rights Watch rappelait que « le système de contrôle d’identité pouvait donner lieu à des abus de la part de la police française, laquelle se sert de ce système comme outil central dans le cadre de ses opérations et dispose de vastes pouvoirs pour interpeller et contrôler les individus, qu’elle les soupçonne ou non d’une activité criminelle. Elle se livre notamment à des contrôles répétés – “innombrables”, selon la plupart des personnes interrogées –, parfois accompagnés de violence physique et verbale. »

Le sociologue Mathieu Rigouste auteur de nombreuses recherches sur le sujet, n’a de cesse de rappeler les origines historiques de « l’industrialisation de la violence policière envers » ceux qu’il désigne comme les « damnés de l’intérieur ». Un rapport du Défenseur des Droits paru en 2017 décrit les jeunes hommes perçus comme arabes ou noirs comme étant exposés à un risque de contrôle vingt fois plus élevé que le reste de la population.

La politique du déni permanent

Pendant la période de confinement, Christophe Castaner a lui-même reconnu que les habitant.e.s de Seine-Saint-Denis avaient subi 220.000 contrôles policiers soit « un peu plus du double de la moyenne nationale ». L’État français s’est même vu condamner en 2015 par la Cour d’appel de Paris pour « faute lourde » suite à des contrôles d’identité discriminatoires. Lors de son pourvoi en cassation, l’État n’avait pas hésité à avancer des arguments reconnaissant et justifiant les motivations racistes des actes incriminés. Le mémorandum, rendu public par Mediapart, légitimait le ciblage de « la seule population dont il apparaît qu’elle peut être étrangère ». La Cour de cassation a confirmé la condamnation de la France rappelant combien « la pratique des contrôles au faciès était une réalité quotidienne en France dénoncée par l’ensemble des institutions internationales, européennes, communautaires et internes et que pour autant, en dépit des engagements pris par les plus hautes autorités françaises, ce constat n’avait donné lieu à aucune mesure positive ».

En 2016, le Comité de l’ONU contre la torture avait lui aussi reproché à la France « l’usage excessif de la force par les fonctionnaires de polices et de gendarmerie ayant, dans certains cas, entraîné des blessures graves ou des décès ».

Aucune de ces nombreuses condamnations n’a pourtant jamais donné lieu à la mise en place de dispositions visant à lutter concrètement contre des pratiques racistes avérées. Pourtant, dans ses préconisations, Human Rights Watch appelait le gouvernement français « à adopter les réformes juridiques et politiques nécessaires pour prévenir le profilage ethnique et les mauvais traitements lors des contrôles ». « Sans cela, ajoutait-elle, les abus resteront incontrôlés et les relations entre la police et les jeunes issus des minorités se détérioreront davantage. »

Camélia Jordnana et la panique d’un système confronté à la réalité d’un racisme systémique

L’État français dispose d’un nombre impressionnant de preuves quant aux méfaits occasionnés par les forces de l’ordre. Son absence de réaction ne peut donc être analysée que comme une forme de complaisance, si ce n’est une adhésion à ces actes discriminatoires. Ces informations étant accessibles, pourquoi la controverse déclenchée par les déclarations de Camélia Jordana n’a consisté qu’en la défense de l’institution policière ? Pourquoi était-il si nécessaire de rappeler que tous les policiers n’étaient pas mauvais (ce qui tombe sous le sens), quand des dysfonctionnements aussi graves et meurtriers auraient dû concentrer l’ensemble des indignations ?

Camélia Jordana a eu le courage de porter un discours habituellement circonscrit aux marges. Quand des habitant.e.s arabes ou noirs de quartiers populaires dénoncent la mort de Zyèd Benna, Bouna Traoré, Wissam El Yamni, Gaye Camara, Ali Ziri ou encore Lamine Dieng, cela ne suscite que peu d’empathie. Il existe toujours une suspicion à l’égard des hommes qui ont le tort de ne pas être blanc : « Qu’avaient-ils donc fait pour provoquer cette violence ? Ne l’avaient-ils pas cherchée ? »

En revanche, quand une artiste populaire invite dans un débat mainstream le nom d’Assa Traoré, sœur d’Adama Traoré mort entre les mains de gendarmes en 2016, cela subvertit la règle qui consiste à placer ces sujets à distance. « Je ne me sens pas en sécurité face à un flic en France. » Lorsque Camélia Jordana, dont l’apparence rappelle des origines maghrébines, évoque sa propre peur, elle contraint tout le monde à affronter la cruelle réalité d’un racisme systémique, et impuni.

Camélia Jordana a fait usage sa notoriété et de l’énorme plateforme qui en découlait pour imposer avec verve un sujet qui fait l’objet d’un déni multi décennal. Si les réactions sont aussi vives, si elles mobilisent la réaction d’un des principaux membres du gouvernement français, c’est en réalité parce qu’elle n’a guère laissé le choix à celles et ceux qui ignoraient sciemment des faits insupportables.

 

Rokhaya Diallo

Publié le 29/05/2020

Précarité. La CGT dénonce une nouvelle attaque contre les chômeurs

 

Clotilde Mathieu (site humanite.fr)

 

Alors que le gouvernement s’apprête à diminuer le dispositif de chômage partiel, le syndicat appelle à multiplier les initiatives afin d’obtenir l’abrogation de la réforme de l’assurance-chômage, qui restreint l’accès aux droits.

Le gouvernement tergiverse certes sur le nombre de secteurs économiques qui pourraient conserver le dispositif de chômage partiel, ainsi que sur son montant de prise en charge par la solidarité nationale. Mais une chose est claire au vu des dernières déclarations de Bruno Le Maire : ce mécanisme qui a servi d’édredon social à la crise économique est bien en voie de dégonflement d’ici au 1er juin. La CGT, qui était montée au créneau dès le début du confinement pour défendre la prise en charge des chômeurs et précaires passant au travers des premiers filets de protection, est à nouveau passée à l’offensive ce lundi. Objectif : prévenir de nouveaux drames sociaux en empêchant qu’une hausse soudaine des pertes d’emplois dans les entreprises défaillantes se conjugue avec le durcissement de l’accès à indemnisation imposé par la réforme de l’assurance-chômage entrée partiellement en vigueur fin 2019. Recours auprès du Conseil d’État, pétitions, actions auprès des députés… « la mobilisation doit se poursuivre et s’amplifier pour obtenir le retrait total de cette réforme», affirme Denis Gravouil, responsable CGT assurance-chômage.

Premiers oubliés : les extras de la restauration et les permittents de l'événementiel

Les drames ne manquent pas pour démontrer la nocivité de celle-ci. Premières victimes dans la restauration : les « extras », dont les chances de retrouver un emploi avant 2021 sont quasi nulles, déplore François Choux, du collectif Opre (Organisation du personnel de la restauration dans l'événementiel). Les « permittents » de l’événementiel ne sont pas mieux lotis. À l’image de Valérie, qui n’a pu entrer dans le cadre du chômage partiel, « toutes mes dates ayant été annulées début mars lorsque les manifestations de plus de 100 personnes ont été interdites ». « N’étant pas en fin de droits », cette petite main des grandes manifestations se retrouve contrainte « d’utiliser ses allocations journalières qui ne seront pas prolongées du temps du confinement », sans possibilité de recharger ses droits à indemnisation puisqu’elle ne peut travailler. « Jusqu’ici aucune aide exceptionnelle n’a été prévue pour nous. On est les oubliés et on ne va pas pouvoir s’en sortir », poursuit-elle, espérant obtenir le « gel du décompte de leurs jours de Pôle emploi » jusqu’en 2021, à l’instar des intermittents.

Vulnérabilité dans le secteur de l'aide aux personnes âgées

Autres travailleurs en danger, les auxiliaires de vie et aides-soignantes auprès des personnes âgées. « Avec des contrats de 20 à 30 heures par semaine pour le compte d’associations ou d’entreprises privées, ou payées à la prestation, ces femmes privées d’allocation du fait de la multiplication de leurs contrats courts se retrouvent sans autre revenu que le RSA lorsque leur patient décède, et ce jusqu’à ce que leur employeur leur trouve un nouveau client », alerte Barbara Filhol, de la CGT action sociale. Or, ces situations de vulnérabilité se sont multipliées à cause de la surmortalité liée au Covid-19.

« Au 1er mars, 410 000 travailleurs précaires n’ont pas pu ouvrir ou recharger leurs droits à chômage suite à l’application de la réforme de l’assurance-chômage », souligne la CGT. Les projections du syndicat pour les mois suivants dessinent une hécatombe sociale, surtout si la deuxième phase de la réforme de l’assurance-chômage, ajournée, prend finalement effet en septembre. Ces nouvelles règles entraîneraient une baisse des allocations de 22 % en moyenne, selon les chiffres de l’Unedic. Mobilisées elles aussi, les associations de privés d’emploi dénoncent, dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron, les « mesures totalement insuffisantes prises par le gouvernement » et exigent, entre autres, l’abrogation de la réforme de l’assurance-chômage.

 

Clotilde Mathieu

Publié le 28/05/2020

Stefania Bonaldi, maire de Crema, aux Cubains : "Nous étions naufragés et vous nous avez aidés, sans rien nous demander"

 

Stefania Bonaldi (site legrandsoir.info)

 

Hier, à l’occasion du salut officiel à la Brigade des médecins cubains, arrivée au terme de sa mission à Crema, où elle était arrivée pour contribuer à la lutte contre le coronavirus, la maire Stefania Bonaldi, en présence de toutes les autorités locales, civiles et ecclésiastiques, et de très nombreux citoyens, a salué les médecins avec de belles paroles d’affection et de gratitude. Voici le message.

Chers amis cubains,

je serai vraiment bref parce que, mieux que mes paroles, notre immense gratitude est déjà visible sur les visages des autorités ici présentes, que je remercie de tout cœur, avec une émotion particulière pour les collègues maires et les administrateurs de Crema, qui représentent d’autres visages, tant d’autres visages, ceux de tous les habitants de Crema, sans exception, qui vous serrent dans une étreinte affectueuse et sincère, mais aussi pleine de nostalgie parce que nous sommes certains que vous nous manquerez, comme des frères.

Nous le savons bien, parce que nous, les Italiens, nous avons été un peuple de migrants et nous connaissons les sentiments qui accompagnent les dépaysements. Vous nous manquerez, mais vous ne disparaîtrez pas, car nos consciences conserveront votre don de soi et nous fortifieront dans la conviction qu’à Crema personne ne doit plus jamais se sentir étranger, à partir de maintenant, nous aurons un argument décisif à opposer à quiconque voudrait nuire ou diminuer notre devoir sacré d’hospitalité.

Nous regretterons votre présence rassurante, qui, à un moment d’incertitude inouïe et de danger imminent, a été une médecine efficace. Ce que vous avez silencieusement représenté ces dernières semaines nous manquera, à commencer par la certitude que notre planète ne peut combattre et vaincre les inégalités, les injustices et les urgences que si tous les peuples arrivent à fraterniser.

En arrivant ici, vous avez dit que votre patrie est le monde, donc à partir de maintenant, vous serez toujours nos compatriotes dans ce vaste monde si souvent maltraité par l’absence de la valeur suprême de la solidarité. Nous étions des naufragés et vous nous avez secourus, sans nous demander ni notre nom ni notre origine.

Après des mois de deuils, d’angoisse, de doutes, nous voyons maintenant la lumière, mais seulement parce que nous nous sommes rapprochés les uns des autres. Femmes et hommes de notre Système de Santé lombard, Institutions, gouvernants et administrateurs de tous niveaux, nous nous sommes attachés à vous, chers médecins et infirmiers de la Brigade Cubaine « Henry Reeve » et à travers vous à votre peuple généreux, en puisant dans votre compétence et dans votre passion l’oxygène nécessaire pour maintenir vivante la confiance, indispensable dans la lutte.

Sans vous, tout aurait été plus difficile. Dans notre ville et dans notre région, ces derniers mois se sont multipliés les gestes de solidarité et de générosité, nous avons vu revenir à la lumière des sentiments de proximité qui étaient assoupis par l’habitude, usés par la routine. Ces sentiments d’humanité et de fraternité, vous les avez alimentés vous aussi, par votre présence ici, discrète mais efficace, respectueuse mais déterminée, calme mais fiable.

Vous êtes arrivés au moment le plus dramatique et avec nous vous vous êtes battus pour transformer « la lamentation en danse », une danse collective, pour prouver que les grandes batailles ne les gagnent pas les héros solitaires, mais les communautés et ce qui est arrivé sur notre Terre en est la preuve, la démonstration.

Nous avons été des communautés, c’est pourquoi nous avons gagné, nous avons été, grâce à vous aussi, une gifle à l’individualisme, l’allié préféré de l’adversité. Nous avons été une communauté, certes, multiculturelle et très humaniste. Un groupe qui n’admettait pas de défaites et en effet nous n’avons pas perdu. Nous avons lutté en tant que peuple passionné et conceptuel, fuyant le risque d’être une foule chaotique et velléitaire, animée seulement par la peur. Nous sommes devenus des adversaires intelligents d’un pathogène tueur, mais intelligent lui aussi. Avec vous, c’était plus facile.

Merci, au nom de tous les citoyens et citoyennes de Crema, de notre région, de la Lombardie et de l’Italie entière !

 

Stefania Bonaldi

Traduction de l’italien : Youcef Ghellai

»» https://algerie54.com/2020/05/25/covid-19-medecins-cubains-en-italie/

Publié le 27/05/2020

Plus jamais ça ! 34 mesures pour un plan de sortie de crise

 

par Collectif (site France.attac.org)

 

Depuis plusieurs mois, des organisations syndicales et associatives convergent, convaincues que les réponses aux urgences sociales et écologiques doivent être construites ensemble. La crise qui a éclaté en ce début d’année 2020 montre une fois de plus la nécessité de changer de système. C’est pourquoi nos organisations ont constitué un front élargi et inédit pour initier une tribune, puis une pétition et un appel aux mobilisations du 1er mai.

Nous pensons que le moment est venu de préciser les contours du « Plus jamais ça » dans ce Plan de sortie de crise.

Les mesures que nous versons au débat sont volontairement précises et le plus souvent chiffrées. Il ne s’agit pas, cependant, de présenter un plan figé, ficelé et définitif. Au contraire, ces propositions ont vocation à être soumises au débat public et sont amenées à être complétées.

Nous ne nous contenterons plus des grands mots, des déclarations d’intention, des formulations creuses. Nous voulons démontrer, à travers l’articulation de mesures de court et de long terme, le pragmatisme et l’ancrage dans le réel de notre démarche.

 

Je consulte le « plan de sortie de crise »

 

 

https://france.attac.org/IMG/pdf/le_plan_de_sortie_de_crise.pdf

Publié le 26/05/2020

 

Violences policières : nier, nier, il en restera toujours quelque chose

 

Stéphane Ortega (site rapportsdefforce.fr)

 

Le ministre de l’Intérieur a fermement condamné ce dimanche les critiques exprimées par la chanteuse Camélia Jordana sur l’action de la police dans les banlieues. Parallèlement, le très à droite syndicat policier Alliance souhaite saisir le procureur de la République. Et ainsi, comme lorsqu’il appelait à manifester devant le local parisien de la France insoumise l’an dernier, fixer ce qui peut être dit ou ne pas dit à propos de la police.

Encore et toujours le déni pour le premier flic de France. Réagissant aux propos de Camélia Jordana dans l’émission « On n’est pas couché », Christophe Castaner a twitté : « Non madame, « les hommes et les femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue » ne se font pas « massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau ». Ces propos mensongers et honteux alimentent la haine & la violence. Ils appellent une condamnation sans réserve ». La veille, la chanteuse dénonçait des violences policières racistes et exprimait sa peur de la police : « il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j’en fais partie ».

Pourtant, en ne retenant que la période du confinement entre le 17 mars et le 11 mai, les cas documentés de violences commises par des agents des forces de l’ordre sont légion. Particulièrement dans les quartiers populaires. Certains ouvrants sur des enquêtes comme à Lille où des insultes racistes ont été enregistrées sur une vidéo prise par le témoin d’une interpellation. Mais aussi dans l’Essonne où deux plaintes différentes ont été déposées pour « violences volontaires aggravées par personne dépositaire de l’autorité publique, en réunion, avec usage ou menace d’une arme ». À Calais, ce sont cinq réfugiés érythréens qui accusent des CRS de violences et de racisme. De façon non exhaustive, d’autres plaintes pour des faits similaires ont été déposées à Aubervilliers, dans le Val d’Oise ou encore suite à une intervention policière à l’Ile-Saint-Denis.

« Sérial nieur »

Des faits que le ministre de l’Intérieur ne peut pourtant pas méconnaître. D’autant que pour les derniers, ceux de l’Ile-Saint-Denis, Christophe Castaner avait publiquement jugé l’indignation légitime. Ici, des policiers filmés avaient malmené un homme sorti de la Seine. « Un bicot comme ça, ça nage pas », « Haha ça coule, tu aurais dû lui accrocher un boulet au pied », pouvait-on entendre sur les enregistrements. Mais en déclarant à propos de cette affaire « le racisme n’a pas sa place dans la police républicaine », le ministre de l’Intérieur entendait réagir à une « exception ». Et laisser dans l’ombre des agissements bien récurrents.

D’où probablement sa charge contre Camélia Jordana qui par ses propos fait référence à une pratique qui fait système. Un système qui n’a d’ailleurs rien d’une exception française. Pourtant, aujourd’hui comme hier, Christophe Castaner ne veut ni voir ni entendre. Tout au long du mouvement des gilets jaunes, le premier flic de France n’a eu de cesse d’apporter un soutien inconditionnel aux forces de l’ordre. « Je n’accepte pas l’expression violences policières », déclarait-il encore le 16 juin 2019 dans les colonnes du Journal du dimanche. Huit mois après le début du mouvement et malgré les milliers de vidéos et reportages sur le sujet.

Rare inflexion à la doctrine du soutien à la police « quoi qu’il en coûte », depuis son arrivée place Beauvau : un appel au devoir d’exemplarité ou à l’éthique le 13 janvier 2020 lors de ses vœux à la police nationale. Là encore, des violences commises pendant les manifestations contre la réforme des retraites s’étalaient dans les journaux. N’en retenant qu’une, pas réellement la plus grave, celle d’un croche-pied sans raison à une manifestante, il faisait l’impasse sur toutes les autres. Et ainsi, depuis, en matière de violences policières, rien n’a changé.

Publié le 25/05/2020

Les hospitaliers montpelliérains pourraient rejoindre les mobilisations

 

(site lepoing.net)

 

Ce mardi 26 mai, les personnels du CHU sont appelés à une première action symbolique.

Le syndicat CGT du CHU de Montpellier a fait connaître au Poing un appel à un « Rassemblement d’hommage aux hospitaliers décédé.e.s ou contaminé.e.s du COVID-19 », qui se déroulera mardi 26 mai à 14 heures devant le monument aux morts sur le site de l’hôpital Saint-Eloi. L’action paraît toute symbolique. Mais elle ne se veut que le premier temps d’une série de quatre “mardis de la colère” devant culminer le 16 juin dans une journée nationale de mobilisation pour la défense de l’hôpital public et de ses personnels.

De la visite flash d’Emmanuel Macron à la Pitié Salpêtrière à Paris vendredi dernier, à l’annonce précipitée, par le ministre Olivier Véran, d’un « Ségur de la santé » débutant dès le 25 mai, on voit bien comment le gouvernement prend très au sérieux le péril d’une mobilisation qui commence à gronder dans les hôpitaux du pays. Dès le lundi 11 mai, jour du déconfinement, cinq cents hospitaliers toulousains se rassemblaient devant leur établissement. A Robert Debré à Paris, le mouvement a gagné la rue à plusieurs reprises. Et on a noté des agitations sur plusieurs autres sites de l’Hexagone, par exemple avec l’occupation du grand hall de l’hôpital de Saint-Etienne.

Avec des raisons objectives et morales qui crèvent les yeux, ce mouvement de mécontentement se développe sur un terrain brûlant, mais assuré d’une grande popularité dans l’opinion. C’en est momentanément fini des gazages et matraquages coutumiers pendant les deux années de mobilisation déjà active dans le secteur. Le gouvernement marche sur des œufs. Allez imaginer que cette protestation fasse modèle dans d’autres secteurs.

Pour autant, le pouvoir accumule les bourdes. La distribution de médailles n’est pas du tout passée. Va pour le symbolique. Mais l’octroi d’une prime d’un montant insuffisant, versées trop tardivement et de manière inégalitaire cristallise encore le mécontentement (une distinction serait opérée parmi les personnels selon un zonage de l’intensité de l’épidémie, et sont oubliés des agents non directement soignants mais tout aussi sollicités dans la surchauffe des établissements).

A ces saupoudrages, la CGT oppose la nécessité d’une politique générale en faveur du secteur hospitalier, avec « arrêt des plans d’économie et de la rigueur budgétaire », « lancement d’un plan d’emploi et de formation », et « fin des formes de management délétère ». Quant aux intérêts directs des soignants, ils passeraient par une revalorisation uniforme de trois cents euros mensuels, la requalification des conditions de travail, avec notamment le respect de la réglementation horaire et l’équipement dans tout le matériel nécessaire ; également la reconnaissance de la pénibilité.

L’action des mardis de la colère jusqu’à la journée du 16 juin est portée par onze syndicats et organisations spécifiques du secteur, sur le plan national. Elle a bien des aspects d’un encadrement syndical qui pourrait corseter et diluer à la fois la combattivité à la base. On jugera sur pièces. A Montpellier jusqu’à ce jour, très peu ou pas de signes palpables de mobilisation ont été observés. Il faut dire que le déroulement de l’épidémie a laissé le CHU en position moins tendue que dans d’autres régions. Il faut aussi compter avec la domination écrasante de Force ouvrière dans la représentation syndicale en interne, qui brille par la souplesse – pour ne pas dire pire – avec laquelle elle conçoit ses rapports avec l’administration de l’établissement.

Publié le 24/05/2020

Montpellier : la présidente des commerçants de l’Écusson évoque une milice anti gilet-jaune

 

(site lepoing.net)

 

Un spectre hante Montpellier : le spectre des gilets jaunes. Toutes les puissances du vieux Clapas se sont unies en une Sainte-Alliance économique pour traquer ce spectre : le préfet Jacques Witkowski, le maire Philippe Saurel, la président de région Carole Delga et maintenant l’inénarrable Odette Daudé, présidente des commerçants de l’Écusson, qui évoque la création d’une milice.

Dans PQR (presse quotidienne régionale), il y a PQ, ne l’oublions pas. Le Midi Libre a publié hier un article mêlant fake-news, entretiens hallucinatoires, et relais de la parole officielle avec ce titre qui claque : « Des commerçants aux abois, avec le spectre du retour des “gilets jaunes” ». Le journaliste cherche à nous faire partager « l’angoisse » des commerçants, « après de nouvelles dégradations de devantures de magasins en marge du rassemblement sur la Comédie, samedi dernier. » C’est un pur mensonge : les gilets jaunes, trop réprimés pour pouvoir manifester, n’ont rien cassé samedi dernier. Aucun média n’a évoqué de dégradations, pas même Midi Libre…

C’est sur la base de ce mensonge qu’Odette Daudé, présidente des commerçants de l’Écusson, cherche à nous apitoyer, elle qui est propriétaire d’une boutique de lingerie de luxe dont le chiffre d’affaires est estimé à plus de 350 000€ en 2018 pour un à deux salariés : « Des commerçants préparent une milice, samedi dernier, c’est la goutte qui a fait déborder le vase ! (…) Les commerçants crèvent, tout cela peut finir en guerre civile. Soit le préfet agit, soit le centre-ville sera détruit ». Va-t-elle prendre le maquis, elle qui a récupéré l’image du résistant Jean Moulin pour lancer une campagne commerciale ? Mickaël, vice-président de l’association des commerces et riverains de l’Aiguillerie, tempère les propos de sa comparse : « Je n’ai pas eu l’écho d’une milice, mais ce qui est sûr, c’est que des commerçants sont à bout. » Le président de la Chambre de commerce et de l’industrie (CCI) de l’Hérault, André Deljarry, confirme la rumeur : « Nous l’avons entendu, nous ne serions pas surpris ».

Il y a plus d’un an, Le Poing avait recueilli les propos modérés de commerçants du centre-ville, qui considéraient que les gilets jaunes étaient des « indigènes » drogués « venus de je-ne-sais-où » qui devraient « manifester autre part ».

La création d’une milice anti mouvement sociaux est-il un projet hallucinatoire ? Le 16 février 2019 à Montpellier à l’occasion du quatorzième acte des gilets jaunes, la CCI avait déjà déployé 134 agents de sécurité auprès des différentes boutiques de Montpellier. Odette Daudé étant réputée pour ses propos peu modérés, la création de cette milice reste pour le moment un projet fantôme, mais il ne faut pas pour autant sous-estimer la capacité des classes possédantes, bien insérées dans les réseaux de pouvoir, à s’organiser pour défendre leurs intérêts. Samedi dernier à Toulouse, les gilets jaunes se sont heurtés à une manifestation, soutenue par le maire Jean-Luc Moudenc, de commerçants qui scandaient : « Tout le monde aime la police ! »

Rappelons qu’au début du confinement, la métropole a annoncé le déblocage d’un millions d’euros pour l’économie locale, et que Philippe Saurel s’est engagé à financer 20 millions d’euros tous les trimestres pour aider les artisans et commerçants. Les plus pauvres des Français n’ont quant à eux eu le droit qu’à 150€ au total, plus 100€ par enfant.

À Montpellier, les gilets jaunes ne s’en sont jamais vraiment pris directement aux commerçants, les cibles privilégiées demeurant les banques, les assurances et les publicités, mais de telles provocations de la part de la CCI et des représentants de commerçants ne peuvent qu’insupporter. D’autant plus que c’est moins les cortèges revendicatifs que la militarisation du centre-ville et le gazage massif de la place de la Comédie qui fait fuir les Montpelliérains lors des manifestations. Quant aux commerçants qui galèrent vraiment, c’est-à-dire ceux qui n’exploitent personne d’autre qu’eux-mêmes, cautionnent-ils les propos caricaturaux de leurs « représentants » ? Pas si sûr…

Publoé le 23/05/2020

La gauche au grand complet engage un travail commun sur le « monde d'après »

(

site politis.fr)

 

Une visioconférence rassemblait le 20 mai les principaux partis et mouvements politiques de gauche, la CGT, Greenpeace, Attac et une quinzaine d'organisations écologiques et sociales. Une discussion « historique » qui révèle une volonté de travailler ensemble.

Toutes les formations de gauche étaient là, ou presque. Mercredi 20 mai, à l'invitation d’une large palette de syndicats et organisations de la société civile (1) qui avaient initié le 27 mars l'appel commun « Plus jamais ça », EELV, France insoumise, NPA, PS, PCF et Place publique ont accepté de se mettre autour de la même table (virtuelle) pour envisager une initiative commune.

Julien Bayou, Olivier Besancenot, Cécile Duflot, Olivier Faure, Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel… « Une telle brochette au même endroit, c’est très impressionnant », glisse Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au logement, qui participait à la réunion qui se tenait à huis clos. Les partis et organisations de la société civile avaient en effet choisi d’envoyer leurs têtes d’affiche, pour cette première rencontre sur l’application Zoom qui réunissait au total 51 personnes.

Attac et la CGT font les présentations, Benoit Teste, de la FSU, distribue la parole… Au cours de 2 h 15 d’un premier échange « cordial », un brin « solennel » – et « très masculin », grince une participante –, les représentants des partis politiques sont invités, à tour de rôle, à partager leur état d’esprit, sans ouvrir de débat ni aborder les sujets de fond. « Nous n’avons pas planifié la révolution ! », s’amuse Clémence Dubois, de l’ONG 350.org. Cette première « prise de température » vise notamment à établir une méthode et « un cadre commun de travail », afin de poser les bases d’un dialogue d’un genre nouveau, qui a vocation à s’installer dans le paysage politique.

« Ce n’était pas une réunion pour organiser un cartel »

Tous s’accordent sur un point : la fondation d’un quelconque cadre politique de rassemblement n’est pas à l’ordre du jour. « On veut agir avec les partis politiques tout en gardant notre domaine d’action », précise Mélanie Luce, de l’Unef.

Syndicats, associations, ONG et partis jalousent chacun leur indépendance (2) et personne ne rêve d’une « suprastructure » fusionnant toutes les entités. « Les partis ont rappelé plusieurs fois que notre rôle n’était pas d'œuvrer à l'union des gauches », ajoute Clémence Dubois. « Ce n’était pas une réunion pour organiser un cartel », tranche Jérémie Crépel du côté d’EELV.

La France insoumise clarifiait également sa démarche dès la fin de la réunion, dans un communiqué écartant toute « discussion électorale » ou tout projet politique, dans « le seul but de rassemblement pour le rassemblement ». Cet éclaircissement posé, le mouvement se dit favorable à « une action commune sur des points précis ».

La crise du coronavirus n’a donc pas fait table rase des désaccords et des « enjeux d’écurie », préviennent les participants. « On l’a bien senti, dans certains sous-entendus », glisse l’un d’eux. « Le fait de travailler ensemble dans un cadre unitaire n'efface pas nos différences, confirme Manu Bichindaritz, du NPA, avant de ressortir les piques : « Olivier Faure, son problème, ce n'est pas d'aider les personnels hospitaliers, c'est la recomposition politique. »

Une volonté manifeste d’actions communes

Une fois éloigné le spectre déjà prégnant de la présidentielle 2022, les participants célèbrent néanmoins un événement « inédit ». « C’est historique », osent Jérémie Crépel et l'ancien socialiste Gérard Filoche, au diapason de la plupart des participants interrogés, qui ont surtout retenu de cette réunion la bonne volonté affichée par les partis politiques à l’idée d’agir en commun.

Benoît Teste ne boude pas son plaisir :

On est très fiers d’avoir pu rassembler les partis de gauche et les écologistes, parce que la désunion affecte notre crédibilité. Dans les discours, on a observé une grande convergence de vues.

À l'origine de cette rencontre, il y a une tentative déjà inédite de réconcilier le social et l’écologie, engagée au mois d’août 2019 à Hendaye par la CGT, Greenpeace et Solidaires, qui débattaient ensemble dans le cadre du contre-sommet du G7. « Il a fallu des compromis, tout n’allait pas de soi, témoigne Clémence Dubois, mais nous avons pris conscience que nous ne pouvions plus continuer à avancer en silos, séparés du reste des mouvements sociaux. » La joyeuse bande s’est élargie progressivement pour atteindre cet hiver le nombre de 18 organisations, déterminées à mettre sur pied une palette de propositions communes pour l’Université d’été des mouvements sociaux prévue à Nantes en août. « La Covid a bouleversé le programme et nous avons décidé d’utiliser notre rassemblement pour réagir », indique Éric Beynel, de Solidaires.

Après la publication de son texte « Plus jamais ça » le 27 mars, l’alliance, que les usages désignent désormais comme « l’appel des 18 », récolte l’adhésion spontanée de toutes les forces politiques de la gauche. Elles ne peuvent imaginer alors que cela ne les conduise autour d’une même table. « On a estimé que ça n’avait pas de sens de leur répondre un par un, alors nous avons décidé de les inviter collectivement », rapport Éric Beynel.

Des propositions communes et une nouvelle réunion début juin

Depuis, les 18 organisations de la société civile échafaudent un panel de propositions pour la sortie de crise, qui doit être publié la semaine prochaine. La gratuité des masques et des tests, la prolongation du chômage partiel, la revalorisation des salaires du personnel soignant devraient notamment y figurer. « Ça ne sera pas d’une originalité folle, prévient Benoit Teste, mais c’est le fait de les avoir écrites en commun qui est inédit. » Ensemble, ils espèrent que leur appel pourra surnager au-dessus du florilège d'appels et de tribunes qui rassemblent depuis le début de l’épidémie des organisations et des personnalités en tous genres.

Ensuite ? « Nous voulons élaborer un calendrier d’actions, pas un programme politique », prévient Janine Vaux, de la Convergence nationale des collectifs de défense et développement des services publics. « On ne joue pas au jeu des élections, tranche également Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre, donc je pense qu'on ne peut travailler ensemble que dans le cadre d'actions concrètes. » Les partis sont conviés à un second rendez-vous début juin autour de la même table virtuelle pour décider d’actions à conduire sur la base des propositions de l’appel des 18.

La kyrielle de chapelles s’est donc promis de faire un bout de chemin côte à côte, par petits pas, sans perdre de vue la gravité du moment. « Il y a une d'accélération de l'histoire, nous prenons nos responsabilités en tant que société civile pour que des basculements s’opèrent en faveur des forces progressistes », promet Khaled Gaiji. « Nous sommes dans un moment de redéfinition des possibles, abonde Benoit Teste, pour le meilleur ou pour le pire. »

Et le meilleur n’est pas impossible, se prennent à croire les forces en présence. « L’unité, si elle se faisait, serait un déclencheur, promet Gérard Filoche. Les gens ne sont pas résignés, ils n’attendent que ça, ils ont de l’espoir et de l’impatience. » Les rapprochements de ces dernières semaines démontrent aussi, selon Jean-Baptiste Eyraud, que « chaque organisation est consciente que personne n’y arrivera seul. »


1 - Amis de la Terre France, Attac, la CGT, la Confédération paysanne, la FSU, Greenpeace, Oxfam, l’Union syndicale Solidaires, 350.org, Action non-violente-COP 21, Alternatiba, le CCFD-Terre solidaire, le Crid, Droit au logement, la FIDL, la Fondation Copernic, le Syndicat de la magistrature, l’Unef, l’UNL.

2 - Le Syndicat des avocats de France et le Syndicat de la magistrature, parties prenantes de l’appel initial, avaient choisi de ne pas participer à cette réunion.

par Erwan Manac'h et Agathe Mercante et Marie Toulgoat et Pauline Josse et Vanina Delmas et Chloé Dubois

Publié le 22/05/2020

Après la tempête, les soignants ferraillent pour un changement radical

 

Cécile Rousseau (site humanite.fr)

 

Éreintés par la crise du Covid, à bout de nerfs face aux miettes concédées par le gouvernement, les personnels des hôpitaux et des Ehpad montent en pression pour exiger une transformation du système.

Les concerts de casseroles sont de retour dans la rue. Jeudi dernier, 300 usagers et blouses blanches ont défilé aux abords de l’hôpital pédiatrique ­Robert-Debré (19e arrondissement de Paris). La banderole « Rêve générale, Toussensemble » donne le ton d’une nouvelle vague de luttes dans la santé. « Nous étions déjà une vingtaine mobilisés le 1er  Mai, ­souligne Anne-­Françoise Thiollier, ­infirmière et membre du collectif ­Inter-Hôpitaux, cette convergence avec les gens qui nous applaudissent et des ­ collectifs comme Bas les masques ( ­ couturières – NDLR), c’est positif. Nous ­interpellons depuis longtemps le gouvernement sur le risque d’explosion des hôpitaux mais aussi sur la fuite des soignants, parmi les plus mal payés de l’OCDE, et qui ne trouvent plus de sens dans leur ­ métier. Mais avec la crise sanitaire, nous avons pu ­reprendre la main. Les réorganisations de services, avec notamment l’ouverture d’une réanimation pour adultes, ce sont les cadres, les médecins, les ­personnels qui les ont opérées ! »

« Chaque jour, ils ont inventé un truc bidon »

L’exécutif a cru pouvoir récompenser cet ­effort général par des mesurettes. Le versement d’une prime exceptionnelle de 500 à 1 500 euros ou encore la tentative d’héroïsation des personnels, avec remise de médailles et hommage au 14 Juillet, ont au contraire ajouté de l’exaspération. « Chaque jour, ils ont inventé un truc bidon. Nous voulons des revalorisations salariales de 300 euros par mois pour tous », tonne l’infirmière.

Emmanuel Macron, en visite ce vendredi à la Pitié-Salpêtrière, a tenté de jouer l’apaisement en promettant de « mettre fin » à la « paupérisation » des soignants. Au sujet de la réforme du système de santé engagée il y a deux ans, il a même déclaré : « On a sans doute fait une erreur dans la stratégie annoncée. » Dans la foulée, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a ­annoncé, dans le Journal du dimanche, une réunion avec les syndicats et les collectifs hospitaliers le 25 mai, pour le lancement d’un « plan Ségur », avec à la clé notamment : des augmentations de salaires et un plan d’investissement afin d’enclencher une « transformation profonde ». Mais après le tsunami qui s’est abattu sur ce secteur fragilisé par des décennies d’austérité et l’ampleur des sacrifices consentis par les personnels, qui y ont parfois laissé la vie, les attentes sont immenses.

Ébullition sociale et poursuite des "jeudis de la colère"

Partout, la reprise des restructurations se heurte déjà à celle de l’ébullition sociale. Au CHU de Saint-Étienne (Loire), 300 agents se sont rassemblés jeudi pour protester contre des fermetures de lits décidées durant la pandémie. Au CHU de Lille (Nord), un préavis de grève a été déposé pour le 26 mai par la CGT, revendiquant plus de sécurité pour les personnels. « Nous avions l’espoir que le Covid change les choses, déplore ­Anne-Françoise Thiollier. Mais on nous a ressorti les mêmes tableaux Excel de suivi d’activité, en nous disant qu’on n’en avait pas fait assez ! Il faut en finir avec le mode de ­financement de la T2A (tarification à ­l’activité). Du coup, nous avons revoté en assemblée générale la grève du codage (transmissions des données à l’assurance-maladie en vue de facturation – NDLR) et nous allons poursuivre les “jeudis de la colère ”. Nous continuons aussi les collages de slogans sur les murs autour de l’hôpital. »

« Les pouvoirs publics tergiversent ­encore »

Mobilisés depuis plus d’un an, l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf), la CGT, les collectifs Inter-Hôpitaux (CIH) et Inter-Urgences, entre autres, appellent à une journée d’action mi-juin. Du côté des Ehpad, les personnels, traumatisés par l’hécatombe et victimes comme les hospitaliers d’un manque de moyens criant, se remettent également en ordre de bataille. L’intersyndicale Sapa et l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA) exigent 5 à 6 milliards d’euros immédiatement en vue d’embauches ­massives et d’un plan de rénovation, puis « 12 milliards en année pleine », insiste Pascal Champvert, le directeur de l’AD-PA. « On a le sentiment que les pouvoirs publics tergiversent ­encore, soupire le Dr Jean-Paul Zerbib, de la CFE-CGC. Ils doivent prendre conscience de la gravité de la situation. Il faut faire vite et fort ! » 

 

Cécile Rousseau

Publié le 21/05/2020

Montpellier : la police protège un rassemblement d’extrême-droite émaillé de violences

 

(site lepoing.net)

 

Samedi dernier à Montpellier, la police a violemment réprimé une manifestation de gilets jaunes et dimanche, cette même police a protégé un rassemblement de la Ligue du Midi émaillé de violences, nouvelle preuve s’il en fallait d’une certaine convergence d’intérêts entre les autorités et l’extrême-droite.

Par Jules Panetier, journaliste au Poing et militant anticapitaliste et antifasciste

Une confusion entretenue

Sous prétexte de la lutte contre le coronavirus, le préfet de l’Hérault Jacques Witkowski a annoncé jeudi dernier dans un communiqué l’interdiction de deux événements, respectivement prévus pour samedi et dimanche : la manifestation des gilets jaunes, annoncé publiquement dès avril, pour dénoncer l’instrumentalisation de la crise sanitaire à des fins policières et pro-patronales, et un « hommage à Jeanne d’Arc » jusqu’alors confidentiel des royalistes de l’Action française, des « Volontaires pour la France » et de la Ligue du Midi, un groupe violent ouvertement raciste et homophobe (lire notre enquête).

Plusieurs médias en ont profité pour mettre dans le même sac ces deux manifestations pourtant radicalement opposées, à l’image de France Bleu Hérault, qui, sur facebook, a mentionné l’interdiction de la manifestation des gilets jaunes avec une photo de militants de la Ligue du Midi…

La stratégie de l’évitement

Malgré l’interdiction préfectorale, l’événement facebook de la manifestation des gilets jaunes a été maintenu tandis que les militants d’extrême-droite ont annoncé via Lengadoc-Info, un site tenu par un militant de la Ligue du Midi, que l’événement serait reporté. Leur rassemblement s’étant finalement déroulé, l’hypothèse la plus probable, c’est qu’il s’agissait d’une fausse annonce publiée dans le but d’éviter un contre-rassemblement antifasciste. À plusieurs reprises, notamment en décembre 2017, en mars 2018 et en novembre 2019, des antifascistes locaux ont perturbé des rassemblements de la Ligue du Midi organisés avec des militants d’extrême-droite venus de plusieurs villes.

Répression pour les gilets jaunes, protection pour l’extrême-droite

Samedi, plus de deux cents gilets jaunes se sont donc rassemblés en début d’après-midi sur la place de la Comédie de Montpellier, militarisée pour l’occasion : déploiement de plusieurs dizaines de cars de CRS et de gendarmerie mobile, fusils d’assaut arborés, présence de nombreux policiers en civil, etc. En peu de temps, une femme, matraquée à la tête, est prise en charge par les pompiers, sept personnes sont interpellées, et 25 verbalisations à 135€ sont dressées (lire notre reportage).

En revanche, le rassemblement d’extrême-droite de dimanche a été protégé par la police, comme le relate, sur twitter, une journaliste de l’AFP : « J’aurais bien aimé vous montrer les vidéos de la Ligue du Midi qui “privatise” une rue de Montpellier pour rendre hommage à Jeanne d’Arc. Ils étaient une trentaine à se rassembler, alors que le préfet avait pris un arrêté interdisant ce rassemblement. (…) Je ne peux pas vous montrer ces vidéos où l’on voit le “patron” de la Ligue du Midi, Richard Roudier, faire tranquillement son petit discours devant ses fidèles et devant la police en pleine rue. “T’as 5 minutes Richard, pas plus” a prévenu la police nationale. (…) Puis Roudier est venu vers moi : – “C’est privé ici, madame, dégagez.” – “Non, c’est une rue ici, monsieur. Ce n’est pas privé.” Plusieurs membres ont ensuite tenté de m’intimider en me poussant pour que je “dégage”. L’un d’entre eux a même collé son visage au mien (j’étais masquée, mais pas lui). Puis un militant est arrivé en courant derrière moi, s’est emparé de mon téléphone puis s’est enfui. L’homme a été interpellé par la police quelques centaines de mètres plus loin. Pour pouvoir récupérer mon téléphone, j’ai dû aller porter plainte au commissariat. Dedans, toutes les vidéos ont été effacées, en profondeur… Intimidation, vol de téléphone, accaparement de l’espace public, non-respect des distances sanitaires. C’est ça, la Ligue du Midi…. » Consciente de son impunité, la Ligue assume sur twitter : « Jounaliste “indépendante” lol. Filmer ce qui est public, aucun problème. S’incruster et filmer des conversations privées c’est de la provocation pure et simple. Retournez en école de journalisme pour apprendre la déontologie de base ».

En somme, la police de Montpellier a garanti la tenue d’un rassemblement d’extrême droite officiellement interdit.

Bagarre et bris de vitre

Outre les coups de pression à l’égard de cette journaliste, deux autres événements se sont produits cette même journée. Nous passerons ici momentanément de la troisième à la première personne, l’événement me concernant directement.

Le Poing étant au service des luttes sociales, je suis, comme tous les membres de la rédaction, aussi un militant anticapitaliste et antifasciste. Mon activisme à Montpellier lors du mouvement social contre la loi « travail » en 2016 et, surtout, la répression que j’ai endurée (fiche S, prison, pourvoi en cassation pour une condamnation récente à deux mois de prison ferme, perquisition, procès à venir, etc) ont fait de moi une figure suffisamment connue pour que les militants d’extrême-droite locaux connaissent ma tête. Le dimanche 17 mai 2020, en début d’après-midi dans le centre-ville de Montpellier, je flânais seul dans la rue, sans même savoir que l’ « hommage à Jeanne d’Arc » allait finalement se tenir, et j’ai entendu une bande d’une douzaine de personnes crier « Panetier ». Sans les connaitre, j’ai compris à leur accoutrement qu’il s’agissait de militants d’extrême-droite. À douze contre un, une bagarre a éclaté. Pour des raisons que j’ignore, ils ont pris la fuite. Quelques minutes plus tard, ils ont brisé la porte vitrée du local associatif du Barricade. Je ne souffre d’aucune blessure sérieuse.

L’extrême-droite s’accroche aux branches policières

À côté de cet épiphénomène, une tendance globale : à Montpellier comme dans la majorité des villes françaises, l’extrême-droite que l’on pourrait qualifier « de rue », à savoir celle qui, officiellement, agit en dehors du Rassemblement national, ne parvient pas à s’extraire de sa marginalité, dans le sens où elle est incapable d’assumer un agenda public, et en est réduite à des actions folkloriques à la portée politique très restreinte. Le rassemblement de dimanche en est un nouvel exemple : qui peut comprendre à quoi sert un rassemblement d’hommage à Jeanne d’Arc alors que les problématiques majeures de la société sont écologiques et sociales ? Cette extrême-droite avait cru partager un certain nombre d’intérêts avec les gilets jaunes, et voilà qu’elle joue maintenant les auxiliaires de police : Lengadoc-info a publié sur sa page facebook une vidéo pour tenter de légitimer les violences policières subies par la gilet jaune prise en charge par les pompiers samedi dernier à Montpellier, au prétexte qu’elle aurait d’abord bousculé un policier… Cette extrême-droite ne parvient pas à mobiliser davantage que son noyau restreint et des militants volatils, et elle s’appuie précisément sur sa proximité idéologique avec les policiers pour perdurer. Lengadoc-Info donne d’ailleurs régulièrement la parole à Rémy Alonso, secrétaire départemental du syndicat Alliance police nationale 34 qui avait traité les gilets jaunes de « sous-être humains ». En novembre 2019 devant la préfecture de Montpellier, un rassemblement qui se voulait d’envergure nationale organisé par la Ligue du Midi avait rassemblé une cinquantaine de personnes, et les policiers, qui se dressaient face aux deux cents antifascistes présents, avaient échangé bises et poignées de main avec les militants d’extrême-droite. Dès lors, lutter contre la police, c’est lutter contre le fascisme, et inversement.

Si la lutte contre cette extrême-droite de rue est nécessaire, il ne faut pas oublier pour autant que le principal propagateur de l’idéologie d’extrême-droite en France s’appelle Emmanuel Macron. Quatre exemples récents, récemment relatés par Nantes Révoltée : en octobre 2019, le Président de la République a donné une interview à des journalistes de Valeurs Actuelles dans l’avion présidentiel ; en novembre 2019, il a reçu à l’Élysée une figure de l’Action française, Elie Hatem, et a pris un selfie avec lui ; le 11 février 2020, il a fait référence aux concepts de Charles Maurras, fondateur de l’Action française, devant les députés de son parti, et le 1er mai 2020, il s’est entretenu pendant 45 minutes avec le chroniqueur d’extrême-droite Éric Zemmour pour le soutenir après qu’il se soit fait insulter dans la rue.

Dès lors, lutter contre En Marche, c’est lutter contre le fascisme. Conclusion : enfilez un gilet jaune ou un chasuble rouge, et mobilisez-vous !

Publié le 20/05/2020

Montpellier : les Gilets jaunes de Prés d’Arènes se démultiplient sur le terrain

 

(site le poing.net)

 

Les gilets jaunes du rond-point près d'Arènes sont allés manifester leur soutien aux soignants

A quelques heures d’intervalle, deux présences très visibles, sur le rond-point lui-même, et à l’entrée du Centre hospitalier de Lapeyronie, à Montpellier.

Présents sur leur rond-point dès le lundi du déconfinement, les Gilets jaunes de Prés d’Arènes, s’y sont à nouveau manifesté dans la journée de ce lundi 18 mai. Ils y ont assuré une présence physique, de pure visibilité, en s’abstenant de toute distribution de tracts, qui leur avait valu des verbalisations la semaine dernière. Puis ils se sont dispersés, dès l’apparition des forces de l’ordre. Cette nouvelle action avait le mérite de défier la fameuse intimidation policière formulée la semaine passée en ces termes : « On ne veut plus vous voir ici ! ».

Elle avait également le mérite de la mobilité, puisque par ailleurs, on a aussi vu des Gilets jaunes se réclamant du même rond-point, prendre position devant la grande entrée du Centre hospitalier Lapeyronie. Ils y ont déployé des banderoles : “Soutien aux hospitaliers“, “Bravo et merci. Mais c’est peu de dire que les soignants montpelliérains sont encore loin d’emboîter le pas à leurs collègues de Toulouse, Saint-Etienne ou Robert Debré à Paris, dont on voit bien que les manifestations inspirent une peur bleue au gouvernement.

Au CHU de Montpellier, le syndicat hyper dominant est Force Ouvrière, enferré dans un passif de souplesse extrême – pour ne pas dire pire – dans ses relations avec la direction de l’établissement. Quant aux Gilets jaunes déployés à l’entrée, ils se sont dispersés après que deux policiers aient effectué le déplacement jusqu’à eux, et commencé d’appeler des renforts. Là encore, on voit que les Prés d’arènes évitent tout jeu de tension et répression, s’en tirent sans PV à régler, et préfèrent le dynamisme de présences flash et mobiles. Le débat restant ouvert quant à leur efficacité sur la longueur.

Cela a quand même des allures de stratégie, et renvoie à un long texte publié sur la page Facebook de ces Gilets jaunes, qui revient sur les événements de samedi après-midi sur la Comédie. Rédigé à la première personne, comme une sorte de témoignage et réflexion à l’appui d’un grande reportage photo sur ces événements, on ignore jusqu’à quel point ce texte traduit ce que serait un point de vue collectif de ce rond-point, qu’on sait particulièrement bien structuré. Officiel ? Officieux ? Strictement individuel ? C’est en tout cas un point de vue mis en exergue.

Quel point de vue ? On remarque d’emblée le titre : “Les mêmes causes produisent les mêmes effets”, chapeautant une prise de vue rapprochée et cadrée sur la mère de famille sérieusement blessée à coups de matraque cet après-midi là. De quelles causes et quels effets parle-t-on ? Le texte rappelle le contexte de répression violente systématique auquel ont été confrontées les Gilets jaunes, pour en venir à ce constat actualisé : « Comment ne pas comprendre que quand deux stratégies aussi figées se confrontent encore et encore, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Cette violence physique s’effectue maintenant dans un cadre ritualisé et normé, le samedi à la Comédie. Cette absence d’initiative ou d’imagination de notre part favorise bien évidemment la mise en place des dispositifs policiers, qui eux par contres s’améliorent de semaine en semaine ».

A ce stade de la lecture, on pourrait conclure à une remise en cause pure et simple de ces rendez-vous, ces fameux “Actes” parvenus à leur quatre-vingtième édition. Et samedi, on n’a pas vu sur la Comédie se constituer le noyau Prés d’Arènes qu’on s’était habitué à y retrouver, bon an mal an, même à effectif réduit (le rond-point renvoie chacun à son libre arbitre au moment de se rendre ou pas à la manifestation). Le débat est ouvert. Pour autant, il n’est pas tranché de façon univoque. En effet, le même texte insiste sur le fait que la victime de samedi, la mère de famille blessée devant ses enfants « est celle de trop ». Et cela tout en renvoyant au principe que « la liberté de manifester est un droit fondamental imprescriptible », qu’il serait pour le moins justifié d’exercer voudrait-on conclure.

Sur quel pied se mobiliser ? On n’a pas fini d’en parler.

Publié le 19/05/2020

Tribune (Café pédagogique) : Des hauts fonctionnaires du ministère dénoncent le projet réactionnaire de Jean-Michel Blanquer

 

Groupe Grenelle (site legrandsoir.info)

 Nous voyons tout d'abord un immense mensonge. - Mise au pas - Scientisme - Un projet réactionnaire - Éducation à la citoyenneté et laïcité dévoyés

"Nous observons, consternés, un système éducatif détourné de ses fondements républicains et de ses valeurs et ne pouvons nous taire". C’est un groupe d’une quinzaine de hauts fonctionnaires de ce même ministère (Dasen, inspecteurs généraux, cadres du ministère) qui nous a fait parvenir cette tribune. Les mentions de deux rapports internes non publiés de l’Inspection générale montre l’origine du texte. Ils dénoncent une "mise au pas" du ministère qui va des cadres aux enseignants de terrain astreints à suivre des guides pédagogiques. Plus que "l’aveuglement scientiste " de ce dernier, ils démontent les politiques menées par JM Blanquer depuis 2017. D’abord sur l’enseignement professionnel, officiellement "réévalué", alors que s’applique en fait un véritable hold up sur l’avenir des jeunes des lycées professionnels à qui on ferme toute perspective de poursuite d’études. Même logique pour les autres lycéens, engagés avec les E3C dans une course perpétuelle à la performance qui élimine les faibles. La "priorité au primaire", proclamée par JM Blanquer, est en fait la "priorité aux maternelles privées", favorisées par la loi Blanquer. Ainsi dénoncent-ils le "double discours permanent" de JM Blanquer "nourrissant une rhétorique d’une duplicité chronique". Pour les auteurs, attachés aux valeurs républicaines de l’École, la politique menée par JM Blanquer est profondément réactionnaire. Quelques jours après la tribune d’un haut fonctionnaire du ministère de l’Éducation nationale, ce nouveau texte témoigne du climat insupportable qui règne rue de Grenelle.

Nous, enseignants, formateurs, chercheurs, inspecteurs du premier et second degrés, inspecteurs généraux, directeurs académiques, cadres de l’administration centrale, sommes des témoins privilégiées et informés de la situation actuelle de l’école. Animer des équipes pédagogiques, diriger les services départementaux de l’Éducation nationale, piloter une circonscription, former des enseignants, enseigner les disciplines au programme, réfléchir à comment faire en sorte d’assurer au mieux la réussite de tous les élèves : tel est, depuis tant de temps pour les uns, moins longtemps pour d’autres, notre métier. Nous ne nous sentons pas partisans, et avons toujours été du côté des réformes quand celles-ci allaient dans le sens de l’amélioration des apprentissages et de l’épanouissement des élèves. L’esprit de chapelle nous est étranger et l’idée d’appartenir à un quelconque parti ou organisation qui nous aurait obligés à nous taire en cas de désaccord ne nous a jamais effleuré. Du reste, certains d’entre nous sont de « droite » et d’autres « de gauche » mais notre loyauté aux valeurs de l’École n’est d’aucun bord, elle est quotidienne. Et nous nous efforçons, au jour le jour, de la défendre et de la faire vivre de notre mieux.

Or aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous taire. Au-delà même de la gestion chaotique du Covid 19 dans les écoles, au-delà, dans ce contexte complexe, des propos du ministre contradictoires, évasifs, ou immédiatement infirmés par le Premier ministre, nous considérons que ce serait une faute éthique et politique. Qu’observons-nous bien plus précisément que les journalistes, même les plus aguerris, n’écrivent ?

Nous voyons tout d’abord un immense mensonge.

En prétendant construire une école de la Confiance, le ministre et son Cabinet instaure un authentique climat de défiance. Dans ce climat aux ordres, le Cabinet ministériel manie contrôles, censures, dans un management autoritaire, fondé sur la suspicion, la menace, le verrouillage de toute expression qui ne serait pas « dans la ligne ». Les recteurs et les Directeurs académiques convoqués pour une grand messe qui nie leur marge d’autonomie et d’expertise. Ces procédés sont inédits, jamais vus à ce niveau dans l’École de la République ; les cadres que nous sommes les constatons, et les déplorons, soucieux que nous demeurons de ne pas confondre loyauté et soumission, conscience professionnelle et obéissance aveugle.

Les cadres que nous sommes y voient se déployer sans retenue, un double discours permanent, nourrissant une rhétorique d’une duplicité chronique : cela passe par l’affirmation d’une priorité accordée au primaire, notamment dans la politique dite des fondamentaux et du dédoublement des classes (GS, CP et CE1), mais dans le même temps une relégation d’autres mesures parmi les plus efficaces (comme « plus de maîtres que de classes) au profit de dispositifs dont aucune étude ne permet à ce jour de mesurer l’efficacité réelle sur les apprentissages des élèves. Le seul juge de paix étant le ressenti du Ministre disant que tout va mieux là où aucun indicateur fiable ne peut le confirmer. L’affichage d’un discours sur l’Excellence en voie professionnelle est brandie alors que dans le même temps s’opère une dilution de la voie professionnelle publique sous statut scolaire en vue d’une disparition progressive du lycée professionnel mis en concurrence avec des organismes de formation privés et l’apprentissage. En voie générale des lycées, la réforme du Bac a montré son impréparation et aussi le fait que les élèves les mieux dotés socialement seraient, là encore, les plus à l’aise.

Mise au pas

Ce n’est pas seulement la liberté pédagogique des enseignants qui est mise à mal, mais aussi la liberté de pensée d’une Institution toute entière mise au pas. La liste serait longue, à la Prévert (mais malheureusement moins réjouissante) : des enseignants à qui l’on distribue des « guides », au mépris de leur expertise, des inspecteurs du premier degré que l’on veut caporaliser, dont on réduit les missions à des fonctions de contrôle, des inspecteurs du second degré sommés de relayer des injonctions paradoxales, et de nier la réalité des difficultés de mise en œuvre sur le terrain, une Inspection générale de plus en plus technocratisée, réduite au contrôle et dépossédée de sa fonction d’expertise, des chercheurs en sciences de l’éducation, en sciences humaines et sociales que l’on stigmatise, ostracise, voire excommunie du débat d’idées inhérent à tout système éducatif dans un État de droit, des instances d’évaluation que l’on met au pas, voire que l’on remplace pour que le Ministre ne puisse disposer que des évaluations abondant dans le sens des réformes du ministère.

Ce sont encore des fonctionnaires et hauts-fonctionnaires purement et simplement dépossédés de leurs dossiers d’expertise au profit de technocrates plus soucieux de leur intérêt de carrière à court terme que de la qualité du service rendu compte tenu, au choix, de leur inexpérience ou de leur incompétence. Ou d’autres encore qui sans conscience ou par idéologie, peuvent enfin donner libre cours à leur autoritarisme spontané.

Les enseignants du premier degré sont quant à eux renvoyés à un statut de simple exécutants, suspendus à des préconisations d’une neuroscience devenue toute puissante et intolérante aux autres sciences de l’éducation. Des inspecteurs territoriaux deviennent contraints de surveiller et obligés de se faire, eux-mêmes et à leur corps défendant, des exécutants aux ordres, malgré leur ressentiment, malgré parfois leur honte (une phrase revient souvent dans toutes les académies, à presque tous les postes sans que le Cabinet n’en ait cure : « jusqu’où pourrons-nous nous regarder dans la glace le matin ? » ; « nous avons l’impression de nous renier nous-mêmes », etc.). Les agents publics sont amenés à faire passer les réformes venues d’en haut, au mépris même de leur autonomie et de leur conceptions éducatives.

Scientisme

Nous, cadres, observons également un aveuglement scientiste : le Ministre, dès son arrivée rue de Grenelle, a voulu donner une caution scientifique colorée de modernité à ce qui ne relève que de mesures idéologiques marquées dans les faits du sceau d’une pensée conservatrice et néolibérale sommaire. L’installation, sous la houlette directe du ministère et au détriment d’instances existantes d’évaluation du système scolaire, du Conseil Scientifique de l’Éducation nationale en témoigne. Ici, ne règne qu’une vision de la recherche cognitive, sans la didactique, sans les sciences de l’éducation, ni la sociologie de l’école. « Tout se joue dans le cerveau » dit le ministre. Vive l’imagerie du cerveau. À bas les 100 ans de recherches pluridisciplinaires sur l’école ! La communication ministérielle est formelle, en laissant croire que la simple « remédiation » technique, fondée sur des procédures et des protocoles, sur du « pilotage par les preuves » suite à des tests de positionnement pourra vaincre la difficulté scolaire. Les neurosciences (et encore, une école particulière) sont érigées au rang de nouvelle doctrine pédagogique au détriment du savoir-faire des enseignants et des personnels d’encadrement de terrain ; elles se substituent ainsi à la compréhension des enjeux culturels, sociaux et cognitifs des apprentissages scolaires. Le numérique éducatif, alpha et oméga de la pensée pédagogique actuelle, sert de cheval de Troie pour infiltrer les pratiques pédagogiques et offrir l’échec scolaire en marché aux éditeurs numériques et opérateurs privés. Les annonces récentes du Ministre au moment du déconfinement sur l’importance future de l’enseignement à distance vont bien dans ce sens. L’invasion des soft skills issues de l’idéologie néolibérale, reprenant les théories béhavioristes les plus éculées, contaminent le champ éducatif comme nouveau modèle de compétences centré sur l’individu au détriment des valeurs du collectif. Un détournement des thématiques de la personnalisation, de l’individualisation vient achever le travail en faisant porter sur les individus et non plus sur le collectif et les choix politiques la réussite des personnes ou de leur propre échec dans le système.

Un projet réactionnaire

Nous contemplons aussi, atterrés au quotidien, des mesures dites « pour la justice sociale » qui ne font qu’augmenter les inégalités sociales devant l’école.

En voie générale, sous le prétexte de l’exigence et du rehaussement du niveau, le ministre rétablit une culture élitiste qui trie, hiérarchise et sélectionne les élèves, mettant en place la compétition de tous et l’élimination des plus faibles au fur et à mesure du cursus scolaire. La réforme du Bac soumet les familles à une carte des enseignements de spécialités créant des inégalités territoriales de fait. Les E3C soumettent à une pression certificative permanente les élèves et leurs enseignants ; dénoncées par les Chefs d’établissement et par une note interne de l’Inspection générale, perturbées dans plusieurs établissements, générant anxiété des élèves, pression permanente de tous et difficultés de mise en œuvre, ces épreuves ne servent que des logiques évaluatives au détriment des logiques de formation.

En voie professionnelle, alors qu’une large part du projet de démocratisation de l’École a reposé sur l’accès de ces élèves à l’enseignement supérieur, les bacheliers professionnels ont été dépossédés à bas bruit des disciplines de l’enseignement général par une baisse drastique des horaires, ce qui leur interdit désormais tout projet de poursuites d’études. Cette saignée horaire des disciplines générales en lycée professionnel, dénoncée par les enseignants comme on crie dans le désert, attente aussi à un enseignement émancipateur, levier majeur de l’intégration des élèves issus des milieux populaires. Cette politique consiste, de fait, à séparer les LP du paysage scolaire français en les arrimant au monde de l’entreprise et à une vision surannée et irréelle de l’apprentissage.

Dans le primaire et au collège, la liste est longue encore des entorses à notre Pacte républicain autour de l’École : une priorisation accordée à la maternelle privée (avec l’obligation scolaire à 3 ans) quand les maternelles publiques manquent de moyens ; une instrumentalisation de la thématique de l’échec scolaire pour rogner sur les moyens attribués à l’Éducation prioritaire (dont le nom même s’efface du portail internet du ministère) ; l’abandon de la dimension pédagogique de l’Éducation Prioritaire se faisant, au profit du thème, politiquement fort, de la ruralité. Nous dénonçons, en tant qu’acteurs de terrain et pilotes de ces réseaux, le détricotage progressif de cette politique œuvrant depuis des années à comprendre et à agir sur les difficultés des élèves les plus éloignés de l’École.

Éducation à la citoyenneté et laïcité dévoyés

Et pour aggraver encore le constat, le Ministre a choisi une mise en scène d’un traitement « sage » de la question de la laïcité scolaire tout en nommant un Conseil des Sages composé de membres dont certains sont très nerveux sur ces questions sensibles, contribuant ainsi à une irresponsable hystérisation du débat médiatique sur l’islam. Ce principe de laïcité scolaire, auquel nous tenons tant, se dit parfois au mépris de la loi, par le Ministre lui-même. À ce titre, l’instrumentalisation de la laïcité à des fins politiques, est heureusement contrôlée par les acteurs de terrain que nous sommes et... le Premier ministre lui-même au sujet des mamans accompagnatrices. Une instrumentalisation qui s’étend aussi aux questions liées aux banlieues, et au mépris des travaux existants. Mais il est vrai qu’il s’agit souvent de travaux sociologiques que le ministre renvoie, d’une formule de slogan, à des bourdieuseries sans intérêt et fausses.

Pourtant, le Ministre se voulait offensif sur la question de la citoyenneté : n’a-t-il pas annoncé un ajout au tryptique républicain : Liberté, égalité, fraternité et Respecter autrui ? Il s’agit là encore de l’énonciation d’une formule (« respecter autrui ») dont, nous, acteurs de terrain situés à tous les échelons de l’Institution, pouvons certifier du fait qu’aucune action ne vient appuyer cette intention, réduite à une formule d’affichage réservée à la communication médiatique ministérielle. Le Conseil Supérieur des Programmes a consciencieusement vidé de sa substance pédagogique l’enseignement moral et civique (EMC) par un ajustement de ces programmes deux ans à peine après sa mise en place. Verrouillage, contrôle et reprise en main sont là aussi à l’ordre du jour. De même, rien ne vient favoriser les formations d’enseignants sur ce « respecter autrui » dont l’exemple le plus net est la formation statutaire des enseignants du premier degré qui, cantonnés aux « fondamentaux » que seraient le français et les mathématiques, évacue tous les domaines de la culture (tant scientifique, humaniste, artistique, historique que géographique). La formation statutaire des cadres suit le même chemin dans un Institut (l’IH2EF) dévolu désormais uniquement à la passation des consignes ministérielles. Le ministère ferait bien d’initier dans ses logiques quotidiennes ce « respecter autrui » si absent de ses propres fonctionnements, comme un rapport de l’Inspection générale vient de le pointer, notamment au sujet de l’organisation interne de la rue de Grenelle et de la Dgesco en particulier.

Nous, cadres de l’Éducation nationale, confondus par la situation faite à l’École de la République, ne pouvons nous résoudre à cet état de fait et prenons la responsabilité d’écrire ici pour, qu’au moins, nous puissions nous regarder en face et nous dire que nous avons prévenu du tournant qu’avait pris l’École. Car au-delà de telle ou telle mesure, c’est bien la philosophie d’ensemble qui vient heurter nos valeurs. La culture ministérielle actuelle est éloignée, de fait, de la culture professionnelle enseignante et de terrain. Le Ministre entend aujourd’hui piloter de façon autoritaire des réformes sans construire l’adhésion des enseignants et sans prendre en compte l’expertise des personnels d’encadrement. Symptomatiquement, la loi « pour l’école de la confiance » couvre de facto une politique de la défiance inédite à l’égard du pédagogique. Le plus grave est là. Nous observons, consternés, un système éducatif détourné de ses fondements républicains et de ses valeurs et ne pouvons nous taire. Le terrifiant verrouillage en cours du débat démocratique sur les enjeux et les finalités d’une École pour tous ne se fera pas avec notre contribution car nous ne voulons pas, nous, enseignants, formateurs, chercheurs, inspecteurs du premier et second degrés, inspecteurs généraux, directeurs académiques, cadres de l’administration centrale, trahir l’École de la République et ses idéaux.

Groupe Grenelle

Petit supplément instructif :

Exclusif : Faillite des relations humaines de proximité au sein même du ministère... :
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2020/02/11022020Article...
Le directeur de cabinet siège à l’Ifrap : http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2020/05/11052020Article...

Publié le 18/05/2020

Le pari du Conseil national de la nouvelle résistance

 

(site politis.fr)

 

Face à l’incompétence du gouvernement, à la tentation de l’autoritarisme et la mise en œuvre de la stratégie du choc, une vingtaine de personnalités ont suscité la création d’une structure nouvelle pour mener le combat du monde d’après.

Faire revivre « Les Jours heureux ». C’est l’objectif que se fixent une vingtaine de personnalités « en dehors des partis et des syndicats (mais pas contre eux) ». Ils sont philosophes, sociologues, juristes, économistes, médecins (1), et viennent de constituer le Conseil national de la nouvelle résistance (CNNR) « pour mener le combat du jour d’après (…) en [se] plaçant sous la tutelle de l’histoire, des luttes sociales et écologiques contemporaines ». Leur « ambition » affichée « est d’offrir un point de ralliement à toutes celles et ceux, (individus, collectifs, mouvements, partis ou syndicats) qui pensent que "les Jours heureux" ne sont pas une formule vide de sens mais le véritable horizon d'un programme politique ».

Ce nouveau Conseil national de la résistance n’aurait sans doute pas pris cette appellation si Emmanuel Macron, dans son adresse solennelle à la Nation, le 13 avril, n’avait pas promis qu’après la crise provoquée par la pandémie de Covid-19 « nous retrouverons les jours heureux ». Cette allusion transparente au titre – Les Jours heureux – du programme politique et social publié clandestinement par le Conseil national de la Résistance au mois de mars 1944, avait suscité autant de colère que d’indignation chez tous ceux qui, depuis plus d’une décennie, maintiennent le souvenir des idéaux et réalisations de ce programme contre les attaques du néolibéralisme dont le chef de l’État et son clan sont de fervents exécutants (Voir la chronique de Sébastien Fontenelle du 22 avril).

Il n’est donc pas surprenant de retrouver au secrétariat de ce CNNR, le réalisateur Gilles Perret dont le film « Les Jours heureux », sorti en 2013, a grandement contribué à entretenir la mémoire du projet de société issu de la résistance (Voir ici et ). Ou le comédien Samuel Churrin qui avait appelé à la création d'un nouveau Conseil national de la résistance dans une tribune publiée sur Politis.fr le mois dernier. Encore moins de trouver à la co-présidence d’honneur de ce CNNR deux résistants : Anne Beaumanoir et Claude Alphandéry.

Une action en deux temps

Déterminés à agir « face à l’incompétence [du] gouvernement, à la tentation chaque jour plus grande de l’autoritarisme [et] à la mise en œuvre d’une stratégie du choc », le CNNR entend « dans un premier temps (…) énoncer les principes selon lesquels notre société devra désormais être gouvernée » et envisage « de sommer les responsables politiques de prendre des engagements vis-à-vis d'eux ». Il annonce une publication du résultat de ses premiers travaux le 27 mai, à l’occasion de la journée nationale de la Résistance.

« Dans un deuxième temps, à partir de ces principes, il s’agira de nourrir le plus largement possible ce programme des idées et des propositions de chacun afin qu'il soit opérationnel au plus vite. »

Cette initiative, annoncée dans un texte et une vidéo, se distingue des traditionnels appels unitaires de personnalités politiques, syndicales et associatives, dont la dernière variante publiée sur notre site et plusieurs autres médias invite à construire l’avenir au cœur de la crise. C’est louable. Elle n’en est pas moins un pari encore un peu flou. Un peu fou aussi. Les co-fondateurs de ce CNNR en ont sûrement conscience, eux qui revendiquent cette phrase de Bertolt Brecht : « Ceux qui se battent peuvent perdre, ceux qui ne se battent pas ont déjà perdu. »


(1) Le premier Conseil National de la Nouvelle Résistance (CNNR) est composé de 10 femmes et de 10 hommes : Anne Beaumanoir (co-présidente d'honneur), Juste et résistante ; Claude Alphandéry, (co-président d'honneur), résistant ; Dominique Méda, professeure de sociologie ; Dominique Bourg, philosophe, professeur honoraire à l’Université de Lausanne ; Samuel Churin, comédien (coordination des intermittents et des précaires) ; Danièle Linhart, sociologue du travail ; Sabrina Ali Benali, médecin et militante ; Pablo Servigne, auteur et conférencier spécialiste des questions de transition écologique ; Olivier Favereau, professeur émérite de sciences économiques à l'université Paris- Nanterre ; Yannick Kergoat, monteur-réalisateur ; Jean-Marie Harribey, économiste, maître de conférence, membre des Économistes atterrés ; Anne Eydoux, maîtresse de conférence au Cnam, membre des Économistes atterrés ; Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; Pauline Londeix, ex vice-présidente d'Act Up-Paris, co-fondatrice de l'Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament ; Antoine Comte, avocat à Paris ; Véronique Decker, enseignante et directrice d’école, syndicaliste et militante pédagogique ; Fatima Ouassak, politologue, porte-parole du syndicat Front de Mères ; Anne-Claire Rafflegeau, infirmière et porte-parole du collectif inter-urgences ; Clotilde Bato, présidente de Notre Affaire à Tous, déléguée générale chez SOL Alternatives Agroécologiques et solidaires ; Benoît Piédallu, membre de La Quadrature du Net.

Son secrétariat, moins paritaire, est composé de : Gérard Mordillat (cinéaste, romancier), Gilles Perret (réalisateur, co-fondateur de Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui), Denis Robert (journaliste, écrivain), Florent Massot (éditeur), Katell Gouëllo (Le Média TV), Bertrand Rothé (agrégé d’économie, professeur d’université).

 

par Michel Soudais

<Publié le 17/05/2020

Hôpitaux : la colère redouble malgré la prime et la visite de Macron

 

Stéphane Guérard (site humanite.fr)

 

Les syndicats, associations et collectifs des personnels hospitaliers envisagent une journée nationale de mobilisation mi-juin. Car après le versement prochain de la « prime Covid », le gouvernement semble envisager un nouveau coup d’accélérateur de ses politiques libérales dans les hôpitaux publics.

Une journée nationale de mobilisation mi-juin. C’est ce qu’envisagent les syndicats, collectifs et associations de professionnels de la santé. Dans un communiqué commun publié ce vendredi, ces organisations, parmi lesquelles l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), la CGT ainsi que les collectifs Inter-Hôpitaux et Inter-Urgences, à la tête du mouvement social dans la santé depuis plus d’un an, appellent à nouveau à un « plan massif d’investissement » pour l’hôpital. Ce plan devrait répondre aux trois grandes revendications portées par les salariés de ce secteur : plus de personnels, des réouvertures de lits pour une meilleure prise en charge des patients, ainsi qu’une « revalorisation de l’ensemble des carrières » pour les rendre enfin attractives.

 « Le Président de la République a affirmé que "le jour d’après ne serait pas un retour au jour d’avant" et promis de "tirer toutes les conséquences" » de la crise, rappellent les syndicats et collectifs hospitaliers dans leur communiqué. « Pour l’instant, nous ne nous voyons rien venir dans ce sens. (…) Au contraire, le déconfinement et la reprise d’activité dans les établissements se mènent sans tirer les premières leçons de la gestion de la crise sanitaire et sans entendre les revendications des professionnels. »

Mea culpa timoré d’Emmanuel Macron

Pour l’heure, les hospitaliers doivent se consoler de belles phrases. Ce fut le cas lors de la visite surprise jeudi d’Emmanuel Macron et de son ministre de la Santé, Olivier Véran, à l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière. « Il faut mettre fin à cette paupérisation », a lancé le chef de l’État à des médecins de l’établissement lors d’une table ronde. «On a sans doute fait une erreur dans la stratégie annoncée » car elle ne « portait pas assez de sens» et avait une « ampleur » et un rapport au temps « pas du tout suffisants compte tenu de l’état où était l’hôpital ». «  J’étais convaincu qu’on était en train de changer les choses » et « c’est très cruel pour moi-même», jugeant que « c’était une super stratégie mais à faire dix ans plus tôt ».

Le statut d’agent public hospitalier dans le viseur

Mais l’amende honorable présidentielle n’augure en rien d’un changement de politique gouvernementale et la satisfaction des revendications portées par les personnels pourrait passer par un nouveau coup d’accélérateur des mesures de dérégulations. « Je n’ai pas envie non plus qu’on revienne à l’étape d’avant », a ajouté Emmanuel Macron. C’est pourquoi « oui, on va investir », expliquant avoir « demandé au ministre un travail express » sur le sujet. « C’est un investissement et pas une dépense. » Signe que le gouvernement n’a pas abandonné son idée de casse du statut de fonctionnaire, en cours dans sa réforme de la fonction publique, Olivier Véran s’est interrogé sur le maintien de ce « cadre unique », avouant mettre « les pieds dans le plat » et assurant qu’il ne s’agissait pas « de tout faire exploser ». Un communiqué du ministère de la Santé, publié vendredi, en esquisse les contours : « Outre des revendications salariales portées par les professionnels, ce sont les fondations mêmes de la politique de ressources humaines à l’hôpital qui doivent être questionnées et modernisées. » Les services d’Olivier Véran assurent vouloir associer « les partenaires sociaux » à ces travaux.

Des primes entre 500 et 1 500 euros

Pour l’heure, les soignants doivent se contenter de la « prime Covid » maintes fois promise par l’exécutif en guise de remerciements pour leur mobilisation contre l’épidémie. Évoquée fin mars par Emmanuel Macron, mais suspendue depuis lors à la publication d’un décret, la prime sera versée à « l’ensemble des professionnels des établissements publics de santé » mobilisés « face à l’épidémie », selon le ministère de tutelle. Cette gratification défiscalisée et exemptée de cotisations sociales atteindra au mieux 1 500 euros pour les soignants qui ont travaillé dans les départements les plus touchés ou dans des hôpitaux ayant accueilli des malades. Ces 1 500 euros sont donc uniquement destinés aux agents d’Ile-de-France, du Grand Est, de Bourgogne-Franche-Comté et des Hauts-de-France, mais aussi à ceux de quatre départements d’Auvergne-Rhône-Alpes (Drôme, Loire, Rhône, Haute-Savoie), des Bouches-du-Rhône, d’Eure-et-Loir, de Corse-du-Sud, de Haute-Corse et de Mayotte. Pour les autres, elle sera de 500 euros. Le gouvernement promet un versement « dans les meilleurs délais », à savoir dès la fin mai « dans les établissements où les conditions techniques sont réunies », et « en juin dans les autres ».

L'incompréhension des recalés de la prime maximale

Cette différence de montant de la prime a provoqué la colère d’élus locaux. C’est le cas du président du conseil départemental et du député de l’Ardèche, tous deux élus socialistes, qui ont fait part, dans deux courriers adressés jeudi et vendredi au ministre de la Santé, de leur « incompréhension », de leur « désarroi » et de leur « colère » face à cette « injustice ». « L’Ardèche a eu à subir une augmentation effroyable de sa mortalité due au Covid-19. Tous les autres départements qui se situent dans la même strate de surmortalité ont été, quant à eux, retenus», écrit le premier. Le second évoque, lui, une « double peine » : « celle d’avoir subi ces dernières années un affaiblissement de nos capacités hospitalières et aujourd’hui celle de ne pas pouvoir être reconnu faute de moyens suffisants ».

La colère des soignants

Mais cette prime « ne doit pas devenir un solde de tout compte », a prévenu la fédération FO des Services publics et de Santé, regrettant que la prime n’ait pas été portée «à hauteur minimale de 1 500 euros » pour tous les soignants. Un avis partagé par la Coordination nationale infirmière, pour qui « tous les agents ont fait preuve d’une résilience hors norme». « Une prime ne nous fera pas taire », a-t-elle averti. Dès jeudi, à la Pitié-Salpêtrière, Asdine Aissiou, de la CGT, expliquait : «On va attendre de voir si le gouvernement tient ses engagements. Sinon la corde, qui est en train de craquer, elle va péter. Et dans la rue, il n’y aura pas que des blouses blanches, mais tous ceux qui étaient sur les balcons. »

 

Stéphane Guérard (avec AFP)

Publié le 15/05/2020

Elle écrit au Premier ministre, on lui répond de chercher du travail !

Cécile Hautefeuille (site rapportsdeforce.fr)

 

La reprise, ce n’est pas pour tout le monde. De nombreux travailleurs précaires ne voient pas d’embellie à l’horizon. Malgré le déconfinement, leurs activités restent à l’arrêt. Pour un temps indéfini. Ils n’ont pas tous droit au chômage, voient leur compteur d’allocations se réduire de jour en jour, et quand ils en alertent les services d’Édouard Philippe, ils ne sont pas entendus.

Jennifer travaille dans l’hôtellerie-restauration. À 32 ans, cette cheffe de rang enchaîne les contrats courts. Son employeur principal est un hôtel de luxe en région parisienne. Depuis mars, tout est à l’arrêt. Elle n’a plus de travail, mais pas de chômage partiel. Elle consomme donc ses droits au chômage. Ils vont s’épuiser en septembre. « Je ne suis pas la plus à plaindre » relativise Jennifer. « J’ai des collègues qui sont arrivés en fin de droits avant le mois de mars. Ils n’ont pas eu droit au prolongement de leur allocation*, décidé par le gouvernement. Ils n’ont plus rien. »

Si Jennifer a, pour le moment, des ressources, elle n’est pas sereine. Loin s’en faut. « Septembre, c’est demain ! Et demain, je n’aurai toujours pas de boulot. ». Son principal employeur l’a prévenue. Au mieux, il rouvrira l’établissement mi-septembre. Mais l’activité sera très ralentie et il devra se passer des services « en extra » de la jeune femme. « Il m’a dit de ne rien espérer avant mars 2021 » déplore Jennifer, encore sonnée par la nouvelle. Impuissante, elle voit son compteur de droits au chômage tourner. Le nombre de jours s’étioler. Jusqu’à épuisement total. Elle ne pourra pas recharger de droits à cause du premier volet de la réforme d’assurance chômage.

Depuis le 1er novembre, il faut avoir travaillé six fois plus d’heures pour ouvrir ou recharger des droits. L’autre volet de la réforme, qui doit réduire considérablement les allocations des travailleurs précaires, a pour le moment été repoussé d’avril à septembre. La ministre du Travail a promis des « adaptations » à la réforme. Sans plus de précision pour le moment. Des discussions avec les partenaires sociaux devraient se tenir d’ici à la fin du mois de mai.

Chercher du travail ? Merci je n’y avais pas pensé !

« Nous, les intermittents du travail, nous sommes les premiers visés par cette réforme injuste. Et nous subissons la double peine puisque nous sommes les grands oubliés de la crise sanitaire » dénonce Jennifer. Par exemple, elle ne comprend pas pourquoi les droits qui sont actuellement consommés par les demandeurs d’emploi ne sont pas gelés. Début avril, elle a d’ailleurs écrit au cabinet du Premier ministre pour alerter sur la situation de « toutes les personnes qui travaillent en intérim ou en extra ». Et qui voient leurs droits au chômage s’envoler, faute de pouvoir travailler. La réponse l’a sidérée. Elle l’a reçue comme une gifle. « En gros, on m’expliquait que je n’avais qu’à bosser ! Le mail me disait où et comment aller chercher du travail. En me rapprochant de Pôle emploi. Ou en allant voir les offres sur la plateforme mobilisation pour l’emploi»

Jennifer ne décolère pas. « Chercher du travail ? Merci je n’y avais pas pensé ! J’avais vraiment besoin de ce conseil ! » Il faut dire que la jeune femme n’est pas restée les bras croisés depuis l’arrêt de ses missions. « J’ai postulé partout ! Manutentionnaire, caissière, mise en rayon, conditionnement… J’ai envoyé des CV, mais je n’ai reçu aucune réponse. Aucune » insiste-t-elle. « On va encore nous faire passer pour des gens qui ne veulent pas travailler. Alors qu’on espère tous retrouver du boulot. » Jennifer cite l’exemple d’un ami parisien, parti travailler dans une usine à Nancy. « On sait qu’on va être obligés de trouver autre chose. Mais encore faut-il qu’il y ait autre chose ! »

Selon nos informations, le volume d’offres à pourvoir sur le site de Pôle emploi s’est littéralement effondré. La baisse est spectaculaire : -78 % d’offres la dernière semaine d’avril, par rapport à la même période de 2019 ! Quant à la plateforme de « mobilisation pour l’emploi » citée par le cabinet du ministre, elle ne proposait pas d’emploi adéquat pour Jennifer, pourtant prête à « toutes les concessions ».

Derrière la communication, une réalité moins reluisante

Lancée début avril par le ministère du Travail et pilotée par Pôle emploi, cette plateforme entend « répondre aux besoins urgents en main-d’œuvre dans des secteurs prioritaires ». Dans le détail : santé, agriculture, agroalimentaire, transports, logistique, aide à domicile, énergie et télécommunication. Les agents de Pôle emploi sont chargés de contacter les demandeurs d’emploi de leur agence pour les aiguiller vers les offres.

Dans une note interne que nous avons pu consulter, la direction de Pôle emploi écrit qu’il est « nécessaire de tenter de [les] convaincre d’accepter ces propositions ». Et de les « rassurer » sur les mesures de précaution prises par les employeurs. Sauf que… Les agents de Pôle emploi n’ont aucun moyen de vérifier que les règles sanitaires sont respectées. « C’est purement déclaratif ! » précise un conseiller de Pôle emploi. « Tout se fait par téléphone, on n’a aucun moyen de vérifier que la santé des personnes embauchées sera protégée ! ». Sur leurs annonces, les employeurs sont fortement incités à mettre en avant les mesures de précaution. Si certains garantissent des visières, du gel et des masques, d’autres se contentent de promettre que « les gestes barrières sont respectés ». Pas très rassurant.

La page d’accueil de la plateforme vante également la multitude d’offres à pourvoir. Entre 10 000 et 13 000, selon les jours. Mais quand on y regarde de plus près, on s’aperçoit que certaines offres apparaissent chaque jour en double, voire en triple. D’autres sont loin d’être des emplois à pourvoir urgemment. Nous avons ainsi trouvé, dès le mois d’avril, des annonces pour des postes en juin voire juillet. Enfin, certains emplois proposés sont non pourvus depuis très longtemps. Et « traînent dans les tuyaux depuis des mois » remarque, amer, un conseiller de Pôle emploi.

Derrière la communication du ministère du Travail, la réalité est moins reluisante. Mais pour les travailleurs précaires, la réalité et l’avenir sont particulièrement terrifiants.

 

* Les allocations chômage sont prolongées pour les chômeurs arrivés en fin de droits à partir du 1er mars. La mesure continue de s’appliquer en mai. Elle pourrait l’être jusqu’à fin juillet, dernier délai, selon l’ordonnance du 25 mars.

Publié le 15/05/2020

La culture est un droit, Majesté !

(site journalzibeline.fr)

 

La culture, pour le président de la République, c’est Chambord, le spectacle et la courtisanerie. Interpellé dans une tribune lancée depuis ses Provinces par des manants saltimbanques, il réagit comme Jésus en majesté, réunissant 12 apôtres à l’aura médiatique, pour redorer son image à l’or fin.

Pas d’organisations professionnelles, pas de syndicats, pas de négociations… pas de politique. Résultat de cette consultation choisie ? Nul ne sait ce qu’il en sera des promesses faites. Elles brillent suffisamment pour faire taire les grands médias, mais ne sont assurées d’aucune application.

Le prolongement des droits des intermittents jusqu’en août 2021 ? Il n’est pas acquis, et ne correspond pas aux besoins, pour des raisons techniques de date anniversaire, que les syndicats auraient pu expliquer à Sa jeune Majesté.

La détresse des librairies, des galeries d’art, des cinémas indépendants, des bars musicaux ? Pas un mot, sinon qu’ils pourront rouvrir à perte, en finançant eux-mêmes leurs mesures de sécurité et la baisse énorme de leurs jauges.

À la cale, les libraires et autres Robinsons de bibliothèques, et bien contents s’ils y dégottent du fromage. À l’arrêt, les tournages, les festivals, la danse, le cirque, les instruments à vent, les chanteurs, tout ce qui touche, tout ce qui vibre, tout ce qui met en lien les humains. Artistes, écrivains, il vous faut assumer le naufrage que les gouvernements successifs, en appauvrissant l’hôpital public, ont rendu possible.

Car nul ne sait vers qui vont aller les enveloppes supplémentaires accordées, et quels en seront les montants exacts. Le gouvernement a débloqué plus de 45 milliards pour atténuer l’effet économique du confinement ? Le secteur culturel, confiné pour des mois, qui représente 2,2% du PIB et 1,4 millions d’emplois directs, n’aura droit en tout qu’à quelques centaines de millions de l’Etat.

Vous êtes comptable du désastre

Pourquoi un tel déséquilibre avec les aides accordées pour sauver l’industrie automobile ou l’aviation ? Pourquoi laisser mourir la vitalité culturelle alors même qu’elle est une condition nécessaire au développement du tourisme et d’un nombre très important d’activités induites ?

Plus intimement comment ne pas parler, à la veille du déconfinement, de l’impérieuse nécessité de l’art, de la littérature et de la pensée, sans lesquels aucun d’entre nous n’aurait tenu durant ces semaines de repli consenti ? Comment ne pas sentir qu’il est tout autant vital de rétablir le contact, et que jamais les « outils numériques » ne seront mieux apparus pour ce qu’ils sont, des succédanés de relation sociale, des ersatz de présence, des pis-aller ?

Aider le secteur culturel ce n’est pas exercer le droit du Prince. Mais la tradition aristocratique de la culture française perdure, et la subvention culturelle n’est pas envisagée comme un dû. On rassemble autour de soi, dans les dorures versaillaises ou le champagne rive gauche canaille, les artistes avec qui il fait bon être photographié, et on fait l’aumône. Plus exactement, pour ne pas se salir, on donne au centre national de la musique qui fera l’aumône lui-même. On ne précise pas les montants, entre aristos on ne parle pas argent n’est-ce pas ?

La culture, les arts, l’éducation populaire sont des droits. Pour les citoyens, qui souffrent de ne pouvoir aller au spectacle ou acheter un livre (les cavistes sont ouverts mais fermés les libraires), pour les artistes et ceux qui en vivent.

La crise sanitaire va priver le secteur culturel d’activité pendant cinq mois au moins. C’est à l’État de compenser, non par l’aumône méprisante mais par la juste réparation du préjudice dont il est, par ses décisions, responsable, et comptable.

AGNÈS FRESCHEL
Mai 2020

Publié le 14/05/2020

Sur France Info, Gilles Bornstein s’assure que Laurent Berger n’est pas devenu un dangereux gauchiste

 

par Pauline Perrenot, Philippe Merlant,

 

C’est peu dire que la CFDT n’est pas absente des débats médiatiques sur le fameux « monde d’après ». Bon client des grands médias, son secrétaire général, Laurent Berger, compte de multiples interviews à son agenda depuis le début de la crise. Début mai, dans Le Monde (05/05), il affirme la nécessité « d’une autre répartition des richesses et d’une contribution accrue des plus riches »… Ce qui n’a pas manqué de déconcerter une partie de l’éditocratie et d’interpeller en particulier l’éditorialiste en chef de France Info, Gilles Bornstein, qui le reçoit dès le lendemain matin. En voie de radicalisation, Laurent Berger ? Gilles Bornstein va mener l’enquête.

Avant d’en venir à l’interview de France Info, il nous faut faire un détour par l’exposition médiatique récente de la CFDT. Europe 1 le 2 mars, RTL le 4, France Info le 11, « Le Téléphone Sonne » (France Inter) le 16, « Le 7/9 » de France Inter le 18, la matinale d’Europe 1 le 20, celle de Radio Classique et « L’interview éco » de France Info le 24 mars, BFM Business le 25 mars, « Vous avez la parole » (France 2) le 26. La matinale de France Info le 2 avril, à nouveau BFM Business le 8 avril, « L’invité d’Yves Calvi » (RTL) le 10, l’invité du 20h de France 2 le 12, « L’invité d’Élizabeth Martichoux » (LCI) le 14, Europe 1 le 20, « RTL Soir » le 22, Radio J le 26, « L’invité de Ruth Elkrief » (BFM-TV) le 27, le JT de 23h de France Info le 30. Et puis la matinale de RCF à 8h10 suivie de celle de France Info le 1er mai, « Questions politiques » sur France Inter le 3, Boursorama le 5, « Les quatre vérités » (France 2) le 6, la matinale d’Europe 1 le 7, France Inter (encore) le 8, la matinale de France Culture le 11 et celle de France Inter le 13 [1]… sans oublier de nombreuses interviews dans la presse écrite : face au Covid-19, Laurent Berger est encore apparu comme le syndicaliste préféré des journalistes et des grands médias.

Rien de nouveau ni de vraiment surprenant du reste : il n’y a pas si longtemps, la mobilisation contre la réforme des retraites donnait une illustration implacable de la capacité des médias – moyennant des pratiques réflexes et une certaine dose d’idéologie – à surexposer le « personnage Berger », dont le rôle médiatique varie en fonction des conjonctures. Mis sur le devant de la scène à un instant T, ses prises de position devenaient l’alpha et l’oméga du débat social dans les médias. Et ce quand bien même ces positions demeuraient – dans le mouvement social précisément – marginales (la focalisation sur la question de « l’âge pivot » fut, à ce titre, un cas d’école.) Un reflet de la réalité ? Non. Sa construction…

C’est que le secrétaire général de la CFDT est un bon client, dont la parole, toujours respectueuse du « dialogue social », entre dans les clous du périmètre médiatiquement acceptable. Laurent Berger ne dépasse pas, et ça, les médias aiment bien. On l’encense d’ailleurs à ce titre (« Il est modeste, fait quasiment l’unanimité autour de lui », disaient de lui Les Échos en mars 2017) quand son homologue de la CGT, Philippe Martinez, est tout aussi souvent accusé « d’être un très très dur » (Yves Thérard, sur Europe 1, le 21 décembre 2019), de représenter « la poupée qui dit non tout le temps » (Wendy Bouchard, toujours sur Europe 1, le 4 janvier 2020) quand ce n’est pas carrément de pouvoir, à lui tout seul, « bloquer la France » (JDD du 1er avril 2018… et ce n’était pas un poisson !).

Un traitement équitable en toute circonstance, que les Unes de presse n’oublient jamais d’illustrer à chaque mouvement social ! photo


 


Bref : depuis toutes ces années, on l’aura compris : Martinez = blocage = méchant ; Berger = dialogue = gentil.

Dans le monde (à part) des éditorialistes politiques, chaque « crise » pose ainsi la question de la « bascule » potentielle de la CFDT du mauvais côté (soit de la contestation sociale), qui serait perçue comme déterminante (et ensuite commentée comme telle). Un curseur qui jamais ne change. La séquence actuelle est loin d’y couper, tant la crainte du désordre fait frémir la bulle médiatique. L’alignement de certains médias sur le discours officiel, gouvernemental et patronal, est devenu tel qu’ils souhaitent donc s’assurer que leur « chouchou » ne sente pas trop le soufre…

Dans cette démarche, les chaînes de l’audiovisuel public font figure de pionnières. C’est que, le 5 mai, Laurent Berger a provoqué l’émoi en exposant, dans une interview au Monde, ses propositions frissonnantes pour « le monde d’après ». Il y affirme notamment : « Nous aurons besoin d’une autre répartition des richesses et d’une contribution accrue des plus riches. Ça veut dire appliquer aux revenus du capital le même barème que celui des revenus du travail. » [2]. En recevant Laurent Berger le lendemain dans « Les quatre vérités » (émission actuellement commune à France 2 et France Info), l’éditorialiste Gilles Bornstein veut donc en avoir le cœur net : Laurent Berger est-il devenu un dangereux gauchiste ?

Activant son logiciel d’éditorialiste, il s’y emploie, et passera d’emblée une bonne partie de l’interview à jauger le degré d’accord du responsable syndical avec le gouvernement [3]. Florilège :

- Le ministère du Travail a publié un protocole assez long, assez précis pour la reprise. 20 pages, très précises, certains disent même rigides. Est-ce qu’il fallait comme ceci codifier la reprise du travail ?

- Hier, le Président Macron, quand il a visité une école, en a appelé au « bon sens » des Français, disant implicitement : « On ne peut pas tout codifier, on ne peut pas mettre des règles sur tout ». Est-ce que finalement il n’a pas raison, que tout cela doit se faire avec un peu de bon sens ?

- Est-ce que vous avez compris que l’État interdise à des entreprises […] de tester ses salariés sur le lieu de travail ?

Le niveau de critique étant jugé tout à fait acceptable, Gilles Bornstein déroule sans remontrance. Mais arrive le dossier chaud : les propositions houleuses de Laurent Berger dans Le Monde. Et là, Gilles Bornstein fait mine de ne pas y aller avec le dos de la cuillère : « Vous réfléchissez au monde d’après […] et vous avez trouvé une solution finalement assez simple : faire payer les riches ? » lance le trublion. « Vous me caricaturez, ce qui n’est pas votre habitude », répond, un peu interloqué, le leader de la CFDT, qui n’en oublie certes pas les convenances [4]… Pas plus que l’éditorialiste, qui concède une rectification : « Un peu ! »

Le secrétaire général évoque la dette, et explique que la première proposition de son organisation, c’est d’abord d’« isoler cette dette Covid » et de la « mutualiser au niveau des pays européens. » Ah ! Que ça sent bon l’expert sérieux ! Ce que confirme d’ailleurs Gilles Bornstein : « C’est ce qu’essaye de faire le Président de la République. » Laurent Berger finit par aborder la question de « la répartition de la richesse », donc la proposition de la CFDT de « taxer le capital à la même hauteur que le travail » et d’instaurer « des tranches supplémentaires sur les très hauts revenus ».

Là, l’éditorialiste n’est pas loin de suffoquer et pique son coup de colère :

- Gilles Bornstein : Sans vous caricaturer, parce que je vous ai lu attentivement, un contribuable aisé, qui par nature trouve qu’il paye déjà pas mal d’impôts, si on vous lit, il va payer en plus quatre fois : sur les revenus du capital, sur le patrimoine, sur les revenus et sur les successions. Est-ce que ça ne fait pas quand même un petit peu beaucoup ?

- Laurent Berger : Ben… on parle de gens très très riches. Excusez-moi mais vous n’arriverez pas à m’émouvoir.

- Gilles Bornstein : Ce n’est pas une question d’émotion…

- Laurent Berger : Non, c’est une question de solidarité, vous avez raison […] [Et de froncer les sourcils :] Il ne va pas falloir oublier que les inégalités se sont creusées encore pendant ce confinement. Si on veut construire cette société d’après – on a le droit de ne pas le vouloir, c’est un débat, mais moi je le veux – il faut qu’elle soit beaucoup plus juste et qu’on s’inscrive dans la transition écologique. […] Et oui, je continue de dire que la sécession des riches doit cesser. Elle s’est un peu opérée dans les périodes précédentes [en particulier grâce à la suppression de l’ISF, NDLR], et elle doit cesser. Ils doivent contribuer aussi !

Bon, la passe d’armes s’arrête là. Fatigué de jouer le « bad cop », Gilles Bornstein fait la paix avec le dangereux gauchiste et s’assure une bonne fois pour toutes que tout va bien rentrer dans l’ordre :

- Gilles Bornstein : Vous êtes quand même assez conciliant vis-à-vis du pouvoir […]. Vous ne prononcez pas le mot « rétablissement de l’ISF » à l’inverse de la gauche. Est-ce que d’une certaine manière vous voulez redonner sa chance au produit Macron ?

- Laurent Berger : […] Moi vous savez, je ne suis pas dans la polémique stérile, ça ne m’intéresse jamais.

- Gilles Bornstein : Est-ce que vous avez envie de rebâtir, d’améliorer votre relation avec Emmanuel Macron ? [On sent poindre une certaine nostalgie du « bon vieux temps » NDLR].

Un boulevard pour l’interviewé, qui a tout le loisir de vanter le rôle éminemment constructif et démocratique d’une organisation syndicale comme la CFDT (d’ailleurs, « dialogue social » a été prononcé sept fois au cours de l’entretien ; quatre fois pour « négocier/discuter/concerter ») :

Participer à trouver des solutions. […] Pour ça, il faut faire avec les interlocuteurs qui sont en face de nous. Aujourd’hui, le président de la République s’appelle monsieur Macron.

Tout est en en place, l’éditorialiste peut dormir sur ses deux oreilles. Ouf, nous voilà rassurés ! (Presque) comme Gilles Bornstein, on a craint un temps que la CFDT ne se soit « radicalisée »… et que l’éditocrate ne se soit vraiment fâché.


Philippe Merlant et Pauline Perrenot

Publié le 13/05/2020

Manif hospitalière à Toulouse : «les héros» veulent des euros

 

Guillaume Bernard (site rapportsdeforce.fr)

 

Deux mois qu’elles et ils triment en silence, il est enfin venu le temps de les entendre. En ce premier jour de déconfinement, les soignants toulousains ont organisé des rassemblements devant les différentes antennes du CHU de Toulouse. Les « héros » ont aussi des revendications politiques à faire valoir. Reportage à Toulouse.

 

« Les premiers masques qu’on a eus, j’ai cru que c’étaient des habits de poupée. » La comparaison pourrait être cocasse. Pourtant, Katia, auxiliaire puéricultrice à l’hôpital des enfants de Toulouse, est très sérieuse quand elle décrit ses conditions de travail pendant ces deux mois de confinement. « On manquait de masques, pour ne pas se les faire piquer, on les enfermait à double tour dans les armoires. C’était même pas de la parano, on s’est fait voler du gel hydroalcoolique et même du doliprane. »

Ahmed, syndicaliste à la CGT CHU de Toulouse abonde : « Heureusement que Toulouse a échappé à la vague de l’épidémie, on est tellement en sous-effectif que ç’aurait été pire que dans le grand Est ». Le sous-effectif et le manque de moyen, les mêmes rengaines reviennent dans la bouche des soignants depuis des années… À l’été 2018 la CGT CHU de Toulouse se fendait d’une vidéo reprenant le clip « Basique » d’Orelsan, tout y était déjà édicté mot pour mot. La crise sanitaire n’aurait-elle rien changé ?

 

 

Ce qui a changé

 

Ce qui a changé, c’est qu’elles et ils ne sont plus seuls à manifester devant leur hôpital. À l’appel de Sud Santé 31 et de la CGT CHU de Toulouse, plusieurs centaines de personnes, militants de tout poil, gilets jaunes ou encore personnalités politiques locales de gauche sont venus les soutenir.

Organisée devant quatre sites du CHU toulousain , la « manif gestes barrières » ne cherche pas à être massive, coronavirus oblige. Cela fait pourtant deux mois qu’on n’avait pas vu un rassemblement réunir autant de monde. L’événement fait ainsi aussi office de rentrée des manifs, non sans un certain enthousiasme. On chante, on danse, les slogans restés aux fenêtres pendant deux mois trouvent enfin gorges où se déployer et les applaudissements deviennent politiques. Allumé trop hâtivement, un fumigène essuie le rappel à l’ordre microphoné d’une soignante : « Éteignez ça, c’est un hôpital, il y a des malades ici. » Une blouse blanche flambe difficilement sous la pluie. Tout se passe dans le calme. À 18h30 à Paris, une manifestation contre les violences policières, nassée pendant plus d’une heure, sera beaucoup moins chanceuse. En attendant, à Toulouse la police est présente mais reste à distance. On ne touche pas aux « héros »

 

Contredire les héros ?

 

« Même Macron a été obligé de le dire : il faut sortir l’hôpital de la logique marchande, avance Julien de la CGT CHU de Toulouse, c’est ce que nous disons depuis des années ! » Deux mois de lutte contre le Covid-19 ont investi les soignants d’une aura certaine. Qui viendrait contredire des héros ? L’heure de passer à l’offensive serait-elle venue ?

Or en la matière, les syndicats ne manquent pas d’idées. Elles vont des plus immédiates : la prime de 1500 € promise aux soignants, dont ils n’ont toujours pas vu la couleur, ou le retrait du Comité interministériel de performance et de la modernisation de l’offre de soins (COPERMO) qui, en guise de modernisation, annonce bien souvent des réductions d’effectifs. Aux plus lointaines : construction d’un nouvel hôpital dans le Nord de Toulouse, arrêt du recours aux contrats précaires. « Nous exigeons aussi la construction de maison de santé dans chaque quartier de Toulouse, pour que l’hôpital soit une dernière étape dans un parcours de soin et non plus la première comme il l’est trop souvent », continue Julien. Il ne manque plus que le gouvernement les entende enfin. « On n’y croit pas trop, avec la crise du Covid-19 et les exonérations de charges décidées par Macron, le déficit de la sécu a explosé. Il faut au contraire demander l’augmentation des cotisations, c’est-à-dire de l’argent pour l’hôpital public », conclut le manip’ radio.

À Nantes une manifestation rassemblant entre 300 et 500 personnes a également pu se dérouler dans le calme. Cette fois, les syndicats ne sont pas à la manœuvre, l’appel émane des pages Facebook de Nantes Révoltée et de gilets jaunes. En ce premier jour de déconfinement, l’hôpital public pourrait bien être devenu le nouveau centre névralgique de la politique.

 

Publié le 12/05/2020

Lycéens mis à genoux à Mantes-la-Jolie : une instruction ouverte pour « torture »

 

Lola Ruscio (site humanite.fr)

 

Plus d’un an après les arrestations humiliantes des 152 lycéens de Mantes-la-Jolie, un juge va enquêter notamment sur des accusations de «torture par personne dépositaire de l’autorité publique». 

Dans l’affaire des lycéens interpellés à Mantes-la-Jolie (Yvelines), une information judiciaire a été ouverte des chefs de « torture par personne dépositaire de l’autorité publique »; « torture sur mineur de 15 ans », « atteinte arbitraire à la liberté par personne dépositaire de l’autorité publique », « violence aggravée » ; « diffusion sans son accord d’une personne identifiable menottée et mise en cause pénalement ». Cet acte fait suite à la plainte avec constitution de partie civile déposée contre X début décembre 2019 par l’un des jeunes. La désignation d’un juge d’instruction a été requise en mars par le parquet de Nanterre.

« Voilà une classe qui se tient sage ! »

La scène s’était déroulée le 6 décembre 2018, aux abords des lycées Saint-Exupéry et Jean-Rostand, situés à proximité de la cité du Val-Fourré. 152 jeunes de 12 à 21 ans ont été mis en rang, agenouillés à même le sol plusieurs heures, mains sur la tête, entravés, encadrés par des policiers armés de matraques et de boucliers. « Voilà une classe qui se tient sage ! », avait lâché, fièrement, un fonctionnaire filmant les jeunes. Ils sont ensuite placés en garde-à-vue, certains sont relâchés le jour-même, d’autres le lendemain. La majorité d’entre eux écope d’un simple rappel à la loi.

Quelques jours après la diffusion de la vidéo, ayant suscité l’indignation aux quatre coins du monde, des lycéens, ainsi que l’Union nationale lycéenne (UNL), déposent plainte pour  « atteinte à la liberté individuelle, violence n’ayant pas entraîné une ITT, actes de torture, et diffusion illégale de l’image d’une personne identifiée ou identifiable ». Saisi par la juridiction des Hauts-de-Seine, où le dossier a été dépaysé, l’IGPN bâcle l’enquête. Sur les 152 lycéens, seulement trois jeunes ont été auditionnés par ses services, cinq mois après le dépôt des plaintes.

L’enquête va enfin commencer

Pour le parquet de Nanterre, ces arrestations dégradantes et arbitraires ne posent pas plus de problèmes que cela. Le 24 juillet 2019, la juridiction classe sans suite l’enquête de l’IGPN ouverte après les plaintes. Les infractions « d’atteintes à la liberté » et « d’actes de torture » ? « Il n’y a pas d’éléments », estime le parquet. Concernant les violences commises sur les jeunes, elles n’ont pas pu être retenues «faute d’avoir pu identifier leurs auteurs». 

Suite à l’ouverture d’une information judiciaire, plus d’un an après les faits, l’enquête va enfin commencer. Pour l’avocat de plusieurs familles, Arié Alimi, les conditions d’arrestation particulièrement humiliantes à l’égard de ces mineurs correspondent « à la qualification de torture qui est donnée par la Cour européenne des droits de l’Homme sur les traitements inhumains et dégradants ». « Il y a la fois une torture psychologique et physique du fait de la posture », précise-t-il.

<Publié le 11/05/2020

Pendant le confinement, le lobby minier avance ses pions en Guyane

 

Latifa Madani (site humanite.fr)

 

Scandaleux ! Un an après l’abandon du projet Montagne d’or par le gouvernement, la commission des mines de Guyane approuve, en pleine crise sanitaire, un nouveau projet de mine géante.

Le coronavirus a mis la Guyane à l’arrêt comme le reste du pays. Mais il n’a pas empêché l’approbation d’un projet, très contesté, de « Montagne d’or bis ». Une mine d’or à ciel ouvert prévue pour 2025 dans la commune d’Apatou, en pleine forêt amazonienne, au bord du Maroni, près du Surinam.

À Cayenne, la préfecture, pourtant très sollicitée par la crise sanitaire et peu active contre la recrudescence de l’orpaillage illégal, a trouvé le moyen de convoquer la commission départementale des mines (CDM) pour faire voter, sous une forme dématérialisée, le projet minier, à la demande de la puissante Compagnie Espérance, du groupe Ostorero.

12 voix pour, 5 voix contre... et la perspective d’une déforestation massive

Le 25 avril, en visioconférence, la Montagne d’or bis a obtenu 12 voix pour, dont le président de la collectivité territoriale de Guyane et les services de l’État, 5 voix contre, dont Guyane Nature Environnement, des représentants autochtones et le WWF. La commission des mines est composée de représentants de l’État, des collectivités locales, du secteur minier et économique, des associations environnementales et des peuples amérindiens et bushinengés.

Porté par l’américain Newmont, le plus gros producteur d’or au monde, le projet d’exploitation d’or primaire et alluvionnaire nécessitera une usine à cyanuration et l’extraction de « 20 millions de mètres cubes de roches » pour creuser une fosse de 300 mètres de profondeur, sur 1,5 kilomètre de long, pour un premier gisement de 65 tonnes. Soit « une déforestation massive qui porte atteinte gravement à la biodiversité, accélère les changements climatiques et favorise l’émergence d’espèces vectrices d’épidémies », dénonce le collectif Or de question, rassemblant 21 ONG opposées à l’extraction minière.

Il y a un an, une fausse victoire

Abandonné il y a près d’un an, au prix d’une longue bataille, le projet minier extractiviste Montagne d’or revient ainsi par la fenêtre, au moment où les regards sont braqués sur la pandémie. Le 23 mai 2019, le tout nouveau Conseil de défense écologique, au cours de sa première réunion, constatait, en effet, « l’incompatibilité du projet de mine Montagne d’or avec les exigences environnementales de la France ». Tout le monde n’a pas crié victoire à cette annonce. Accueilli, certes, comme une avancée, ce constat enterrait-il pour autant le projet ? Pas sûr, puisqu’en juin 2019, la compagnie Montagne d’or proposait un échange avec le gouvernement pour « poursuivre l’amélioration de ses impacts environnementaux ». Le vote de la CDM du 25 avril confirme que la résolution du Conseil de défense écologique n’avait rien tranché.

Les Amérindiens tirent la sonnette d’alarme depuis des décennies

« Les Guyanais sont les victimes collatérales du business mondial de l’or », estime Damien Davy, anthropologue au CNRS de Guyane. « Cela fait des décennies que les Amérindiens, les militants tirent la sonnette d’alarme. Mais ce que fait l’État n’est pas suffisant. Pire, il autorise le développement de l’activité minière légale », ajoute le chercheur.

Sans être dupe, le collectif Or de question s’interroge quand même, notamment sur « les priorités de la préfecture ». Sa pétition contre Montage d’or vient de franchir les 500 000 signatures, la plus importante consultation citoyenne dans l’histoire du département.

Dans l’attente du jugement du pollueur Gold’or

« Le virus Covid-19, qui paralyse aujourd’hui l’ensemble de notre société, nous donne à réfléchir sur l’empreinte environnementale de nos activités. L’industrie minière est l’une des exploitations les plus polluantes au monde. Un changement de paradigme s’avère indispensable à notre survie sur Terre », indique un communiqué du collectif. Pour lui, la commission départementale minière ne doit prendre aucune décision avant un jugement déterminant du tribunal de Cayenne sur la plus grande pollution du milieu aquatique jamais constatée en Guyane. Gold’or, doit comparaître, en septembre, devant le tribunal correctionnel pour une pollution record, 4 800 fois la norme autorisée, causée juillet 2018 sur la commune de Mana, par son chantier aurifère. Gold’or appartient groupe Ostorero, impliqué dans le projet de Montage d’or bis et qui préside la Fédération des opérateurs miniers de Guyan

« Protégez-nous du virus mais aussi des orpailleurs », Damien Davy, anthropologue au CNRS Guyane

« Le département de Guyane est l’un des plus pauvres de France, 30 % des jeunes au chômage et un sous-équipement sanitaire dramatique. La peur du virus, ajoutée à la paupérisation, produit une véritable détresse.

Habitués à chasser et pêcher en groupe, les hommes ont dû suspendre leurs activités ces dernières semaines. Ceux qui continuent, seuls, le font au risque de croiser des orpailleurs illégaux, nombreux à profiter de la situation. La hausse du cours de l’or et le relâchement dans les contrôles, en raison du confinement et de l’insuffisance de moyens, ont permis une recrudescence de l’orpaillage. C’est la grande inquiétude de la population amérindienne.

Les Maronis disent : “ Il ne s’agit pas de nous protéger du virus seulement, mais aussi des orpailleurs.” Les 10 000 garimpeiros qui vivent dans les forêts, autour des villages, qui détruisent l’environnement, amènent de l’insécurité et de la violence, amplifient leurs exploitations illégales, mais, en plus, sont vecteurs du coronavirus et d’autres maladies. »

<Publié le 10/05/2020

Déconfinement : Un effet d’aubaine pour le patronat

 

(site politis.fr)

 

Au nom du redressement de l’économie, les salariés sont sommés par le gouvernement de sacrifier leurs droits.

’est grâce au travail que la nation tient », a lancé Emmanuel Macron le 1er mai, à l’occasion de la fête des travailleuses et des travailleurs. Et c’est bien grâce à elles et eux qu’il compte relancer l’économie au prix du sacrifice de certains de leurs droits, que les salarié·es ont toutes les peines du monde à défendre. D’abord, parce que le flou des positions et la multitude des revirements rendent les décisions gouvernementales difficilement lisibles. Dernière en date : l’effet de la réouverture des écoles sur l’accès au chômage partiel. À partir du 1er juin, si l’école de son enfant est ouverte, le parent salarié n’y aura plus droit, avait clairement annoncé Édouard Philippe lors de son discours devant l’Assemblée nationale le 28 avril. Le volontariat censé guider le choix des parents n’existerait donc pas pour les salariés obligés de se rendre au travail. Mais Muriel Pénicaud a été incapable de dire, lundi 4 mai sur Radio France, si cette mesure sera mise en place ou non. « On verra dans un mois ! » a fini par lancer la ministre du Travail.

« On est toujours dans cette logique des injonctions contradictoires, témoigne un négociateur syndical de premier ordre. C’est pareil à tous les niveaux : ils mettent la pression sur la sécurité des salariés, mais, à la fois, je ne vois pas comment, dans les transports, ils vont assurer les distances de sécurité et les gestes barrières… »

Sur un certain nombre de sujets, « le gouvernement ne prend pas ses responsabilités, il s’arrête au milieu du gué, confirme Yves Veyrier, secrétaire général de Force ouvrière. C’est aussi le cas à propos du télétravail : est-ce une obligation ou une incitation ? Qui fournit et paye les ordinateurs nécessaires ? Comment c’est organisé ? Il faut clarifier les choses ! En 2017, nous avions demandé une négociation interprofessionnelle sur le télétravail : aujourd’hui elle est opportune, mais ça n’est pas l’urgence du gouvernement. » Dès lors, « il n’y a aucun garde-fou sur la mise en place du télétravail », confirme le négociateur.

Imposer plutôt que négocier

Depuis les ordonnances de 2017, l’organisation collective du télétravail doit se décider dans le cadre d’un accord d’entreprise ou après avis du comité social et économique (CSE). L’article L. 2312-8 du code du travail impose en effet la consultation du CSE en cas de modification importante de l’organisation. Or, à ce propos, les employeurs ont obtenu de nouvelles largesses du gouvernement. Sous couvert de permettre des décisions plus rapides, les ordonnances du 22 avril et du 2 mai, suivies du décret du 4, réduisent les délais de cette consultation d’un mois à huit jours – douze en cas d’expertise – sur tous les sujets liés au Covid-19, et ce jusqu’à fin août. « Mais tout est lié au Covid ! s’étouffe Me Judith Krivine, membre du Syndicat des avocats de France (SAF) et avocate des salariés d’Amazon. Les CSE, et par conséquent les représentants du personnel, deviennent ainsi de simples chambres d’enregistrement de la décision de l’employeur. Le gouvernement pousse l’employeur à imposer, alors qu’il devrait le pousser à négocier. C’est un effet d’aubaine extraordinaire pour le Medef. »

Mais aussi pour Amazon : le 24 avril, les salariés avaient obtenu du juge l’obligation de mettre en place cette consultation pour la nouvelle organisation de travail liée à la mise en sécurité des salariés. « Depuis cette date, la direction, dans l’attente de la publication dudit décret, s’est gardée de la déclencher, s’agace, dans un communiqué, l’intersyndicale CFDT-SUD-CGT-FO. Il est pour nous manifeste que ce décret est taillé sur mesure pour sortir Amazon du pétrin. » Une bouée de secours lancée au géant américain, alors qu’en parallèle, dans bien des entreprises, le droit de retrait des salariés est ouvertement jugé infondé par le ministère du Travail.Et ce en contradiction avec le fait que le seul décisionnaire final reste le juge.

Interpréter le droit

Muriel Pénicaud se met donc à interpréter le droit. En matière d’obligation de l’employeur vis-à-vis de la sécurité des salariés, « la jurisprudence de la Cour de cassation est une obligation de moyens », déclare-t-elle, le 22 avril, devant la mission d’information de l’Assemblée nationale. « Jamais la Cour de cassation ou les juges du fond n’ont fait référence à cette catégorie juridique dans leurs décisions ! » s’indignent avocats du SAF et syndicats, dans une tribune publiée dans le journal L’Humanité. La jurisprudence oscille en fait entre obligation de prévention renforcée et obligation de résultat. La première contraint l’employeur à évaluer les risques et à mettre en place tout ce qui est possible pour protéger ses salariés, notamment l’évitement du risque. L’obligation de résultat le rend responsable de l’effectivité de ces actions. Mais, aujourd’hui, « tout est construit pour contrarier les jurisprudences, c’est une constante de ce gouvernement, explique le négociateur syndical. Depuis son passage au Medef, Antoine Foucher [directeur du cabinet de Muriel Pénicaud] a une grande aversion pour les juges ». De son côté, la ministre persiste et signe : « On a besoin de renforcer la communication à ce sujet, car je constate que la peur est plus grande chez les employeurs que chez les salariés », ose-t-elle. L’urgence du gouvernement apparaît désormais sans détour : il faut sécuriser les employeurs et éviter les recours judiciaires.

Entraver la chaîne judiciaire

C’est tout l’enjeu des guides de bonnes pratiques que les ministères du Travail et de la Santé publient depuis le début du confinement. Une soixantaine doivent être édités avant la reprise du 11 mai. Souvent très détaillés, ils édictent parfois des recommandations contraires aux négociations collectives. Par exemple, « les salariés d’entreprises de nettoyage ne peuvent pas mettre en œuvre la désinfection des locaux pour la simple et bonne raison qu’il y a une convention collective spécifique : la désinfection, c’est un métier qui nécessite des formations, s’étonne Yves Veyrier. Le gouvernement nous a un peu entendus : il a fini par préciser que, pour les désinfections, il fallait une formation… » Pour l’avocate des salariés d’Amazon, ces chartes constituent une partie du problème : « Le gouvernement incite les employeurs à faire vite et mal », alors qu’au même moment toute la chaîne judiciaire de l’application du droit du travail est entravée.

Les inspecteurs du travail ont été mis au ban. Pour cause de protection sanitaire, ils n’ont plus la possibilité de se rendre sur le terrain pour vérifier la sécurité des salariés. Les mises en demeure et saisines des juges font désormais l’objet d’un avis préalable de leur hiérarchie. De plus, la justice prud’homale est réduite à peau de chagrin. Quand les tribunaux ne sont pas tout bonnement fermés, les audiences peuvent désormais se dérouler sans même un défenseur syndical. Des référés d’urgence sont aussi rejetés sans la moindre audience, alors même que le fondement de cette justice repose sur l’oralité des débats. Critiquée sur la mise à l’arrêt de la justice prud’homale, la ministre du Travail a de nouveau bafouillé devant les parlementaires – « Je ne connais pas la date de reprise » –, tout enassurant qu’elle sera effective « le plus vite possible ». En attendant, les dossiers s’accumulent et les urgences ne sont pas réglées.

Décider puis informer

Pour réduire ces contentieux, Muriel Pénicaud brandit tel un étendard la nécessité du dialogue social, que le gouvernement n’a pourtant cessé de saper. Au niveau de l’entreprise, « on souffre des répercussions des ordonnances de la loi travail, qui a fait baisser notre représentativité dans l’entreprise », admet Yves Veyrier. Des accords de reprise se négocient ici et là, signés par des syndicats représentatifs, mais ils comportent bien des ajustements (lire pages suivantes). La CGT a d’ailleurs toujours refusé de signer. « On ne veut pas porter la responsabilité de la mise en danger des salariés », sejustifie Véronique Martin, secrétaire confédérale.

Dans cette ambiance de défiance, les grands groupes lancent des campagnes de communication. Bernard Arnault renonce à une partie de ses revenus, d’autres font des dons aux hôpitaux. D’autres encore se mettent à fabriquer des fournitures sanitaires qui permettent, sous couvert de solidarité, de remettre en route de lignes de production – en plus de rassurer les marchés. Plus largement, l’injonction est à l’unité nationale pour relancer le pays. Et celle-ci laisse peu de place à la contestation. « Oui, l’unité nationale sert aussi à museler une partie des salariés, confirme Véronique Martin. On a la plus grande difficulté à faire passer nos communiqués dans la presse : on a l’impression qu’il est très difficile de faire entendre des voix dissonantes. »

Au niveau national, le dialogue social reste fidèle aux pratiques de ce gouvernement. « On a deux réunions par semaine avec les ministres : ils décident et nous informent », constate, amer, le négociateur. Parfois, ils ne prennent même pas la peine d’informer. « On a découvert en même temps que tout le monde le contenu du protocole national de déconfinement mis en ligne par le ministère du Travail, dimanche 3 mai au soir : à aucun moment, nous n’avons été associés à l’élaboration de cette charte », fulmineVéronique Martin.

Malgré ces réserves, « l’enjeu de la reprise, c’est aussi de sortir au plus vite de cette situation d’exception dans laquelle on est, sinon le gouvernement va continuer de s’en servir », prévient le négociateur. Les ordonnances prises à la fin du mois de mars planent encore. Elles donnent la possibilité de faire travailler les salariés jusqu’à 60 heures par semaine – au lieu de 48, passant de 10 à 12 heures par jour, dimanche inclus, tout en abaissant la durée du repos quotidien de 11 à 9 heures… « Soit un lissage sur la réglementation européenne, beaucoup plus libérale que la nôtre », note-t-il. « Il n’y a pas encore de décret d’application, souligne MeJudith Krivine. Mais plus le décret tombe tard, plus cela démontre qu’on n’est pas dans une volonté de gérer l’urgence, mais dans la mise en œuvre de quelque chose de plus pérenne. » Pour le moment, ces mesures sont en vigueur jusqu’au 31 décembre 2020. Ce qui fait dire à un syndicaliste que, d’ici là, « le droit social est confiné ».

 

par Nadia Sweeny

Publié le 09/05/2020

Nous ne serons plus jamais les bonnes petites soldates de vos guerres

 

Par Un collectif (sit libération.fr)

 

 

La «guerre» décidée par des hommes en col blanc a été menée grâce à l'envoi de femmes en première ligne. Mais en ce 8 mai, celles-ci préviennent : «ne croyez-pas que nous allons continuer à agir sans réagir».

  • Nous ne serons plus jamais les bonnes petites soldates de vos guerres

Tribune. «Nous sommes en guerre» ? Messieurs, cette guerre vous l’avez décidée entre vous – cols blancs et costumes noirs –, bien planqués dans les ministères et dans les hautes sphères où aucune femme ne vient jamais vous déranger. Votre guerre, nous et nos sœurs l’avons menée en première ligne : infirmières, aides-soignantes, assistantes maternelles, aides à domicile, agentes d’entretien, caissières, vendeuses, ouvrières du textile, enseignantes, secrétaires, employées administratives du public et du privé…

Vous jouez avec le terme de «guerre» pour cacher votre incompétence. Un mot déplacé et viril, impliquant d’aller au corps-à-corps avec la maladie. Celles qui vont se battre chaque jour contre cette contagion, c’est bien nous, les femmes. Nous qui avons maintenu le pays à flot et sauvé des vies, sans nous défiler, sans compter nos heures et souvent sans protection alors que le Covid-19 n’est pas reconnu comme une maladie professionnelle. Pour des salaires de misère et dans une situation très souvent précaire. Vous, sur vos estrades et derrière vos pupitres, vous ne risquez rien.

Vaille que vaille

Messieurs, chaque jour, nous sommes allées travailler la boule au ventre, nous avons côtoyé la mort de près, nous avons risqué notre santé et celle de nos proches. Nous avons soigné vaille que vaille, nous avons essayé de nous occuper dignement de nos ancien·ne·s et fait fonctionner les magasins dans l’ombre. Nous avons fait tourner l’économie, même quand elle n’était pas essentielle. Pour pallier l’impréparation de l’Etat, nous avons fabriqué des masques. Nous avons désinfecté vos bureaux et gardé vos enfants. Au foyer, nous avons accumulé les charges mentales, assuré la continuité pédagogique, le bien-être de la famille et les tâches ménagères. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la journaliste Séverine écrivait «les femmes ont été des domestiques de la guerre», cette phrase retentit encore aujourd’hui.

Messieurs, vous nous parlez de votre «monde d’après» mais il ressemble étrangement au monde d’avant. Des unes des journaux aux plateaux télé en passant par les articles, vous nous contez les leçons de la crise, entre vous, sans nous, comme avant. Dans toute la presse, seule 19% de la parole experte est le fruit de femmes. Vous profitez de l’épidémie pour nous invisibiliser davantage, pour nous renvoyer au second rang, suffisamment attentionnées pour prendre soin de vous, mais en incapacité de prendre la parole pour analyser la situation.

Ce que vous oubliez de voir, c’est que cette crise a révélé aux yeux de tou·te·s l’injustice criante dans laquelle nous vivons. Elle a rendu encore plus inacceptable la fracture de genre qui régit notre société : précarisation des métiers du lien, essentiellement féminins et indispensables, exacerbation des inégalités, accentuation de la fragilité des familles monoparentales, augmentation catastrophique des violences faites aux femmes dans la sphère privée comme dans la rue, difficultés encore plus grandes pour accéder à la santé reproductive…

Droits et reconnaissance

Nous sommes devenues visibles et nous ne voulons pas retomber dans l’oubli. Nous fêtons aujourd’hui le 8 mai, nous rappelant que trop de guerres sont passées, nous ont utilisées pour permettre à l’économie de fonctionner, au monde d’avancer, puis nous ont renvoyées au mutisme. Comme si de rien n’était. Pendant ces années, les femmes se sont battues pour leur autonomie et leur indépendance. Si elles ont pu voter en 1945, elles ont gardé le statut de mineures : interdiction d’avoir un compte en banque ou de travailler sans l’accord du père ou du mari. Les hommes, en rentrant de la guerre, ont remis la main sur l’économie et sur la vie de l’autre moitié de la population qu’ils imaginaient soumise. Nous ne voulons pas revivre cela, nous voulons cette fois des droits et de la reconnaissance.

Votre guerre, ce n’est pas uniquement une lutte contre un virus, elle a des conséquences globales sur nos vies. Vous ne l’avez pas préparée et c’est nous qui le payons. Par vos discours culpabilisants sur les «priorités» médicales, des femmes n’osent plus se rendre dans les centres d’IVG, droit qui n’attend pourtant pas. Les rues se vident mais le harcèlement y reste omniprésent. Les violences domestiques se sont accrues. L’enfermement ne permet aucun répit aux femmes. Cette guerre ne doit pas non plus être l’excuse d’un recul de nos droits.

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Alors, Messieurs, nous ne serons plus jamais les bonnes petites soldates de vos guerres. Nous ne serons pas vos domestiques non plus. Il est bien trop facile de nous applaudir, de saluer notre dévouement et nos sacrifices. Cela vous donne bonne conscience mais ne croyez pas que cela nous fasse oublier les casseroles que vous traînez, ne croyez pas que nous allons continuer à agir sans réagir. Des casseroles, nous en utilisons souvent, aux fenêtres, elles nous réchauffent le cœur mais nous ne voulons pas retourner aux fourneaux et sans droits supplémentaires une fois qu’elles auront fini de retentir.

Mesdames, nous ferons front, exigeons de nouveaux droits et des moyens pour assurer, à tous les niveaux de la société et dans tous les aspects de notre vie, une égalité réelle entre les femmes et les hommes et une revalorisation salariale des métiers féminisés. C’est à nous aussi de décider pour empêcher que des hommes en cols blancs et costumes noirs déclarent des guerres. Le monde de l’après-crise sera celui de l’égalité. Nous le devons à toutes les femmes d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

 

Signataires :

Aurélie Reymond, aide-soignante; Johanna Foucault, agente des services hospitaliers en Ehpad; Sylvie Paupe, auxiliaire de vie; Carole Noël, hôtesse d’accueil Carrefour Market; Fahima Laidoudi, aide à la personne, militante politique issue des quartiers populaires; Les femmes en lutte de l’hôtel Ibis Batignolles; Évelyne Paulin, infirmière; Nassima Faiq, aide-soignante; Cécile Brunet, agente des services hospitaliers; Stéphanie Fouani, couturière bénévole et solidaire; Héloïse Duché, co-fondatrice de Stop Harcèlement de rue; Carine Lacrotte, aide à domicile; Géraldine Revy, enseignante spécialisée pour enfants en situation de handicap; Pauline Doussaint, étudiante en soins infirmiers; Léa Le Bricomte ,artiste plasticienne; Céline Beraut, aide-soignante; Ophélie Latil, fondatrice du collectif Georgette Sand; Marjorie Choblet Leclair, enseignante; Marianne Maximi, éducatrice spécialisée en protection de l’enfance; Eva Oberson, pâtissière; Agathe Grimault, psychomotricienne; Elise Thiébaut, autrice; Tiziri Kandi, CGT - Hôtels de prestiges et économiques; Mathilde Larrère, historienne; Cathy Jurado, écrivaine; Corinne Sabot, aide soignante; Jill Royer, informaticienne, militante féministe et LGBTI; Youlie Yamamoto, ATTAC; Catherine Rotty, professeure d’histoire-géographie; Olivia Mokiejewski, fille de résidente en EHPAD; Marlène Jolidon, infirmière; Katia Yakoubi, travailleuse sociale; Natasha Le Roux, directrice d’une école de musique, danse et théâtre; Mathilde Julié-Viot, fondatrice du site Chair Collaboratrice; Christelle Rault, enseignante; Frédérique Matonti, politiste; Catherine Faute, infirmière et syndicaliste; Gaële Le Noane, dirigeante de l’entreprise Marguerite et cie; Emmanuelle Fève, secrétaire médicale, hôpital de la Pitié Salpêtrière; Jena Selle, couturière bénévole et solidaire du 19e, militante LGBTI; Claire Charlès, secrétaire générale des Effronté-es, association féministe et LGBT; Dominique Dandonneau, professeure des écoles; Claire Arnoux, militante associative et politique; Seloua A, psychologue; Pauline Salomon, assistante juridique; Séverine Véziès, professeure en lycée professionnel; Pépita Car, assistante artistique; Corinne Cambon, employée administrative en mairie; Mathilde C., étudiante; Marion Audrain, enseignante; Pamela Hocini, juriste, chargée d’indemnisation et syndicaliste; Lisa Saunier, project manager; Nathalie De Biasi, militante altermondialiste; Armelle Andro, professeure de démographie à Paris 1, spécialisée sur les mutilations génitales féminines, la santé sexuelle et reproductive; Sarah Bouin Claude, professeure.

Avec le soutien de Leïla Chaibi, eurodéputée; Anne-Sophie Pelletier, eurodéputée; Laurence Rossignol, sénatrice de l’Oise; Karima Delli, eurodéputée; Danielle Simonnet, conseillère de Paris; Mathilde Panot, députée; Léa Filoche, conseillère de Paris déléguée chargée des solidarités; Manon Aubry, eurodéputée; Aurore Lalucq, eurodéputée; Hélène Bidard, adjointe à la maire de Paris chargée de l’égalité femme/homme, de la lutte contre les discriminations et des Droits Humains; Myriam Martin, enseignante et conseillère régionale Occitanie.

Publié le 08/05/2020

Jours fériés, RTT... les propositions chocs de l'Institut Montaigne pour relancer l'économie

 

(site midilibre.fr)

 

L'Institut Montaigne, dans une note qui vient de paraître ce mercredi 6 mai, liste plusieurs propositions chocs, comme la suppression de jours de congé ou l'extension des horaires des services publics, afin de faire face à la crise économique que traverse la France actuellement. Le débat, si sensible, sur le temps de travail est relancé !

En pleine crise sanitaire, comment mobiliser au mieux les facteurs de production, travail et capital pour faire face à la crise, aussi, économique que traverse le pays actuellement ? Dans une note parue ce mercredi 6 mai, l'Institut Montaigne apporte sa réponse en avançant des propositions qui ne manqueront pas de faire réagir.

Pas de retour uniforme et généralisé aux 39 heures, non, mais plutôt la suppression d'un jour férié, le paiement différé des heures supplémentaires ou encore l'extension des horaires des services publics. Voici les neuf propositions de l'institut de réflexion libéral qui relance ainsi le débat si sensible sur le temps de travail...

1. Assouplir des verrous juridiques persistants

  • Autoriser la négociation par accord collectif du montant du repos compensateur lié aux heures supplémentaires accomplies au-delà du contingent d’heures supplémentaires ;
  • Permettre de déroger au temps de repos minimum quotidien de 11 heures minimum par jour dans le cadre d’un accord sur le droit à la déconnexion ;
  • Donner la possibilité à l’employeur, à titre temporaire (par exemple jusqu’en 2022), d’imposer le rachat de jours de RTT pour les salariés au forfait sans majorations.

En outre, il pourrait être possible de prolonger le relèvement provisoire des seuils maxima dans les secteurs manifestement en tension (maximum de 10 heures de travail par jour et seuil de 48 heures hebdomadaires).

2. Augmenter le temps de travail, être payé plus tard

L’idée consiste à inciter à l’accroissement du temps de travail sans pour autant que la rémunération supplémentaire correspondante ne soit versée immédiatement par les entreprises.

3. Se former en-dehors du temps de travail

Toute formation figurant sur le plan de développement des compétences de l’entreprise pourrait être effectuée en dehors du temps de travail du salarié avec l’accord de celui-ci dans la limite d’un plafond horaire relevé par rapport au plafond actuel, dès lors que la formation en question n’est pas obligatoire et qu’elle peut être effectuée à distance par le salarié. Il est proposé de relever ce plafond à 10 % de la durée annuelle du travail.

4. Supprimer le jeudi de l’Ascension comme jour férié

Si la France est dans une situation moyenne par rapport à ses partenaires européens pour le nombre de jours fériés, elle se caractérise par un nombre particulièrement élevé de jours au cours du mois de mai (trois ou quatre jours fériés selon les années, dont le jeudi de l’Ascension qui entraîne chaque année un "pont"). Bien entendu, les écoles ouvriraient ce jour-là.

5. Extension des horaires des services publics

Proposer aux fonctionnaires de secteurs d’activités nécessaires à la vie économique ou en tensions d’accroître temporairement leur durée de travail, en contrepartie d’une rémunération supplémentaire et après concertation avec les organisations syndicales.

Afin de crédibiliser l’engagement financier du gouvernement vis-à-vis des fonctionnaires concernés, les heures supplémentaires actuellement impayées pourraient également être soldées. Il concernerait également tous les services publics financés sur fonds publics essentiels à la reprise de l’activité économique, par exemple les crèches, les parents ne pouvant par exemple pas à la fois garder leurs enfants et travailler convenablement.

6. Vacances de la Toussaint : une semaine en moins

Supprimer la première semaine des vacances scolaires de la Toussaint en 2020 (dont la durée est passée à deux semaines depuis 2012, contre une semaine auparavant) afin de rattraper les semaines de scolarité en partie perdues durant le printemps et l’été 2020, dont les conséquences sur les trajectoires futures des élèves ne sauraient être sous-estimées.

7. Temps de travail dans les administrations publiques

Un nouvel examen de l’organisation du temps de travail dans la fonction publique, qui a déjà fait l’objet de nombreux rapports, pourrait notamment être l’occasion de tirer les enseignements des mesures mises en place au cours de la période de crise sanitaire et économique.

8. Forfaits jours dans la fonction publique

Le développement du télétravail dans la fonction publique montre, comme dans le secteur privé, les limites de la définition du temps de travail calculée sur une base horaire et hebdomadaire. Les administrations en gagneraient en efficacité et en souplesse.

9. Diminuer les RTT dans la fonction publique

A titre provisoire ! Le nombre de jours effectivement travaillés pour les cadres au forfait dans le secteur public serait accru réglementairement de 5,8 % (correspondant à un équivalent 37 heures par semaine), ce qui reviendrait à supprimer une dizaine de jours de RTT pour les cadres de la fonction publique, sans compensation salariale obligatoire.

 

DAVID PAGÈS

Publié le 07/05/2020

« Le statut d’intermittent du spectacle est en péril »

(site lepoing.net)

 

Manifestation d'intermittents du spectacle à la fête de la musique de Brest, 2014 (image d'illustration)

Le Poing a récemment reçu une tribune d’intermittents du spectacle évoquant les conséquences de la pandémie de COVID-19 sur leur travail et leurs conditions de vie. Nous relayons donc ici cet article sous forme d’entretien.

Entretien avec Max, musicien. Et en fin d’article petit mot de Muriel, technicienne du spectacle.

1°/ Pouvez-vous nous présenter votre métier et expliquer ce qu’est le statut d’intermittent du spectacle ?

Mon métier est musicien, je suis chanteur / compositeur dans plusieurs groupes de musique. Le statut d’intermittent est un régime de cotisation au chômage, qui dépend des annexes 8 et 10, c’est une indemnisation sur un an, renouvelable. Cela participe à la solidarité interprofessionnelle. Pour pouvoir faire partie des annexes 8 et 10 et pour pouvoir renouveler son statut, un artiste doit faire 507h de cachets (à coups de CDD de 12h en général) en un an (de sa date anniversaire à la suivante). Pour les techniciens il y a de légères différences, mais le principe est le même. Les cachets se font lors des concerts, et si une structure en a les moyens, lors des répétitions et de la création. Mais bien souvent un musicien ne peut se déclarer que lors de ses concerts, le travail de création, de répétitions et d’administration peut se faire grâce aux indemnisations pôle emploi mais n’est pas considéré comme du travail. C’est un emploi précaire pour la majeure partie des intermittents, et qui assure une sécurité sur un an seulement, et ce pour toute la vie d’artiste. De plus, beaucoup de boite (production TV, cinéma, radios) emploient des intermittents du spectacle alors qu’ils devraient être embauchés en temps qu’employés à temps plein.

2°/ Qu’a modifié l’apparition de l’épidémie en France dans le domaine culturel ?

Depuis début mars, l’Etat a interdit les rassemblements, d’abord de plus de 1000 personnes, puis de plus de 100 personnes, et enfin il y a eu le confinement. Cela paraît logique au vu de l’épidémie en cours. Mais du coup, tous les événements culturels sont à l’arrêt, ainsi que les tournages, et les lieux culturels. Aucun intermittent ne peut travailler depuis quasiment début mars. Pourtant en période de confinement, on voit que l’accès à la culture dématérialisée est primordial, nous regardons tous des séries, la télévision, écoutons la radio, de la musique, nous lisons, etc. Beaucoup d’artistes ont proposés du contenu, des lives, libre d’accès et bénévolement pendant cette période.

3°/ Le gouvernement a t’il pris des mesures par rapport au statut d’intermittent ?

Nous avons découvert l’existence d’un ministre de la culture Franck Riester, car il a contracté le covid-19, sinon c’est un homme bien « discret » et à des lustres des préoccupations des intermittents et de la culture. Logique pour quelqu’un qui sort d’études de commerce prestigieuses (ISG et ESSEC). Bien loin de continuer dans un domaine artistique, Franck commence sa carrière dans un grand groupe d’audit (Arthur Andersen) et dirige aujourd’hui plusieurs concessions automobiles Peugeot en parallèle de ses mandats de maire, président de d’intercommunalité et ministre. Son parcours politique est ancré à droite, toujours loin des préoccupations des intermittents et autres précaires (RPR, UMP, LR, LREM, Agir). Fait interessant que les médias nationaux relaient en 2014, la culture contribue 7 fois plus au PIB français que l’industrie automobile. Seule liaison qui sera faite entre les deux domaines.

Dans les mesures prises par le gouvernement, les intermittents peuvent prétendre au report et échelonnement des dettes fiscales et sociales, des factures d’eau et d’électricité, et des loyers, à condition de bien s’accrocher et de bien vouloir passer des heures dans les papiers.

Un chômage partiel peut être demandé par certains intermittents. Ceux qui devaient renouveler leur statut en mars, avril ou mai, ont deux mois et demi de plus pour le faire. L’Etat ne tient pas compte du fait que les intermittents ne peuvent faire aucun cachet depuis le mois de mars, et que la plupart des événements ont du être annulés jusqu’en septembre, nous ne pouvons pas faire de cachets et donc cotiser pour les 507h obligatoires pour renouveler ou commencer un statut. Cela va de pair avec la chute des revenus mensuels qui sont pour les plus précaires déjà faibles en temps normal. Le ministre de la culture a simplement disparu depuis le mois de mars, et les syndicats n’obtiennent pas de réponse satisfaisante ou de réponse tout court non plus. Le statut d’intermittent est en péril car toute une saison est annulée, dans tous les domaines culturels.

4°/ Pendant le confinement qui est mobilisé pour lutter pour le statut d’intermittents et comment ?

Tous les intermittents sont préoccupés par la situation, voire sont dans une situation critique. Les syndicats sont mobilisés pour demander une année blanche, c’est à dire qu’à partir du mois de mars et sur un an, tous les statuts sont renouvelés et ceux qui faisaient leur première demande sont acceptés. Il y a aussi les CIP, coordinations des intermittents et précaires, qui sont mobilisées et qui ont des revendications :

– Pour le Régime Général, neutralisation du décompte du capital de
droits acquis et maintien des droits sur la période de confinement et
jusqu’à la reprise totale de tous les secteurs d’activités
interdépendants.
– Pour les Annexes 8 et 10, renouvellement automatique, a minima à
hauteur de l’indemnisation journalière précédente, dès maintenant et
jusqu’à un an après  la reprise totale de tous les secteurs d’activités
interdépendants.

–  Abrogation du décret du 1er novembre 2019 sur le durcissement des
critères d’accès au régime général de l’assurance chômage.
– Abrogation du décret du 1er septembre 2020 qui diminuera
tragiquement les allocations chômage des salarié.e.s à l’emploi
discontinu.

– Ouverture inconditionnelle de droits pour les chômeu.se.r.s
actuellement non indemnisé.e.s. 

5°/ Comment peut-on aider pour sauver la culture, et soutenir les intermittents ?

Les droits ne s’obtiennent qu’en créant un rapport de force, il ne faut pas se laisser faire par un Etat qui se croit au-dessus de tout le monde, tel une royauté. Il faut continuer à faire vivre la culture (pour l’instant dématérialisée), participer activement aux futures luttes, il y a aussi des pétitions qui circulent, à signer et partager :

https://www.change.org/p/pr%C3%A9sidence-de-la-r%C3%A9publique-culture-en-danger-lettre-ouverte-au-pr%C3%A9sident-de-la-r%C3%A9publique

https://www.change.org/p/renouvellement-des-droits-des-intermittents-du-spectacle

Pour finir, un petit mot, un coup de gueule, de Muriel, qui est intermittente. Elle est technicienne lumière dans le spectacle, et elle fait partie de la convention citoyenne pour le climat.

« Le statut d’intermittent à été mis en place avec une possibilité de chômage il y a fort longtemps. Pourquoi un chômage ? Car dans beaucoup de cas l’intermittent est créateur et autonome avant tout. Il passe de nombreuses heures dans du bénévolat ou des essais de création qui n’aboutissent pas toujours. C’est un statut risqué, l’artiste est payé au cachet ainsi que toutes les équipes qui l’entourent. Le problème du cachet,  c’est qu’il n’y a pas de limite d’heure et nous  sommes rarement payé à l’heure mais à la date.

Je me souviens d’avoir fait le calcul à l’époque des francs et je me retrouvé avec un salaire de 5fr de l’heure au prorata du nombre d’heure effectué. Un technicien du spectacle peut travailler pendant 30 heures d’affilées. Si par malheur un intermittent ne fais pas le nombres de cachets exigés, il perd son chômage et si cela arrive dans une période sans contrat il n’a plus qu’à aller demander un RSA (car il n’y a pas de chômage possible derrière un statut d’intermittent qui est un statut de chômeur, ndlr)….

Je précise car nombreux sont les gens qui pense que l’art et tout le travail autour se fait en un claquement de doigt, c’est normal le spectacle…. C’est magique !!!!! 

Nous sommes bien évidement beaucoup moins rémunérés lorsque nous sommes au chômage et le chômage n’est éternel pour personne.

Je pense que nombreux sont les intermittents passionnés car sans ça….. comment tenir dans une telle incertitude du lendemain ? Les contrats de 3 ou 6 mois n’existent pas. Le mieux qu’on puisse trouver c’est 1 mois qui parfois est renouvelé comme dans les opéras par exemple….

D’après une conseillère du pôle emploi, pour le moment ne sont pris en compte que les demandes de renouvellement  de chômage qui se terminent en mars ou avril. Les autres ayant perdu 2 mois et voir plus car les grèves de transports on mis certains en difficulté, cela fait un total si je ne me trompe pas de 3 mois et demi de perdus. Des négociations sont en court via les syndicats de travailleurs. Les lieux et les festivals étant fermés jusqu’au moins le mois de septembre cela va donc faire une période sans travail de 6 mois et demi. Nous avons tous des roulements de travail différents suivant les corps de métier et certains sont un peu comme les saisonniers, ils travaillent comme des acharnés avec des journées épuisantes en plein soleil et ne comptent pas leur nombre d’heures effectuées durant l’été.

Que va t’il advenir de ceux là ? 

Pour ma part je travail plutôt dans des salles ou chez des prestataires ceci dit, je suis bien embêtée car j’ai travaillé d’arrache pied pour le climat et je sortais de formation, je ne pourrais donc pas arriver à faire le nombre d’heures d’ici le 15 juin.
Comment aider la culture ?

En allant aux spectacles…..

Nous sommes nombreux a être en difficultés et pas que les intermittents.

Des personnes sont décédés, la nature elle reprend ses droits……

Pour moi le système économique est voué à l’effondrement tôt ou tard cela arrivera, il nous faut changer de système de société et de modèle humain ! Il est grand temps de cesser ce système basé sur la compétition et la course au fric. Notre réalité humaine, notre vie ne se situe pas à ce niveau ! 

Changeons ! C’est urgent, le système de consommation n’existe que parce que nous l’alimentons !

Le changement peut s’effectuer par la modération de nos envies et donc la maîtrise de nous même ! »

VIVE LE SPECTACLE VIVANT

Publié le 06/05/2020

L’enquête qui lève (enfin) le voile sur les soignants contaminés par le Covid

 

Pierric Marissal (site humanite.fr)

 

Pour pallier le silence des pouvoirs publics, la CGT santé a lancé une vaste consultation des personnels médicaux pour évaluer les pénuries d’équipements et leurs conséquences. Selon le syndicat, au moins 12 000 salariés auraient été contaminés.

Combien de soignants ont-ils été contaminés par le Sars-CoV-2 ? Combien sont-ils tombés malades ? Combien en sont morts ? De quelles protections avaient-ils pu bénéficier ? La préoccupation devrait être centrale pour les autorités, mais depuis deux mois, aucun chiffre officiel ne vient répondre à ces lancinantes questions. « Depuis le début de la crise, on a demandé des informations précises sur les dysfonctionnements ou le manque d’équipements de protection, explique Mireille Stivala, secrétaire générale de la CGT santé et de l’action sociale. O n avait réclamé des réunions hebdomadaires avec les ministres, on n’en a obtenu qu’une. Alors, on a décidé de faire notre propre enquête. » La CGT a sollicité tous les syndicats du secteur, afin de mesurer l’état des dégâts pour les 550 000 agents des hôpitaux, des cliniques, des Ehpad ou des établissements sociaux. Deux salves de questionnaires ont été envoyées, du 30 mars au 16 avril, puis du 20 au 27 avril. Et les premiers résultats, présentés lundi, sont alarmants. D’autant que la sortie progressive du confinement, le 11 mai, approche à grand pas et que les hôpitaux sont toujours sous-équipés. « On nous dit que d’ici une semaine, les écoles, les entreprises auront des masques, mais plusieurs services hospitaliers n’en ont toujours pas », insiste Philippe Crepel, responsable de l’espace revendicatif de la CGT santé.

Une pénurie à tous les niveaux

C’est ce qui saute en premier aux yeux. 64 % des syndicats, dans des établissements représentant 83 % des personnels, font état de pénurie de matériels de protection. Situation qui s’est encore aggravée dans les zones rouges au 27 avril. 31 % affirment qu’aucun masque n’est à disposition, un autre tiers qu’ils n’ont que des masques chirurgicaux, non adaptés. « Certaines régions manquent plutôt de surblouses, d’autres de masques ou de lunettes, précise Laurent Laporte, secrétaire général de la CGT-UFMICT (médecins et cadres hospitaliers). La politique de gestion régionalisée des risques, parfois établissement par établissement, montre bien l’incapacité d’une réponse nationale au Covid. » Principalement fabriqué en Chine, ce matériel a vu sa production stoppée dans la province de Wuhan, avec des répercussions qui durent encore. Plus de la moitié des établissements de soins n’ont toujours pas accès facilement aux tests de dépistage. Et les petites structures médico-sociales en sont toutes dépourvues. La pénurie touche aussi directement les patients, qui souffrent du manque de respirateurs, mais aussi de certains médicaments, en particulier de curare, lui aussi importé de Chine. Un quart des syndicats pointe des manques, un autre quart ne peut pas répondre, à cause de l’omerta entretenue par la direction.

« L'engagement du personnel permet de fonctionner avec 15 à 20 % de postes vacants »

Au silence du gouvernement répond en effet celui des dirigeants des établissements de soins. La proportion des syndicats qui se retrouvent dans l’incapacité de répondre à certaines questions de l’enquête est une information en soi. C’est marquant sur l’état de la pénurie, mais cela l’est encore plus sur le suivi des salariés contaminés ou fragiles. 40 % des syndicats ne savent pas, par exemple, si leurs collègues infectés par le Covid dans le cadre de leurs fonctions ont été reçus par la médecine du travail, et 30 % sont sûrs que ce n’est pas le cas.

« Il n’y a plus eu que des réunions d’information, sans négociation, ni procès-verbaux », déplore Laurent Laporte. C’est ainsi que le temps de travail a été unilatéralement augmenté, que les plannings ont été chamboulés, des RTT et congés payés effacés, donnant aux soignants l’impression de payer doublement la crise. Même dans les départements très peu touchés par l’épidémie, les directions en ont profité. « Cet engagement du personnel permet de fonctionner avec 15 à 20 % de postes vacants, soupire Laurent Laporte. Pourtant, on sait très bien que le passage de 8 à 12 heures de travail a des conséquences pour la santé des agents, mais aussi sur le suivi des patients, car il n’y a plus d’échanges d’une équipe de soin à l’autre. »

Mise en danger des soignants et des patients

Au 27 avril, environ 12 000 personnels soignants étaient symptomatiques, contaminés par le Covid. Un chiffre clé, probablement « en dessous de la réalité », selon Mireille Stivala. Ils étaient 6 600 le 16 avril, 2 746 le 6 du mois. Dans la même période, entre le 6 et le 27 avril, le nombre de soignants décédés recensés est passé de 1 à 10. « Mais il y en a forcément beaucoup plus. Rien que chez les médecins, on en a comptabilisé douze », relève Astrid Petit, sage-femme à l’AP-HP et déléguée de la CGT santé. Selon le syndicat, la proportion de soignants contaminés serait « onze fois supérieure à celle de la population générale ». Les services infectieux dédiés au Covid, les urgences et la réanimation seraient les plus touchés. Pour les personnels, les infirmières seraient en première ligne, suivies des aides-soignant(e)s, médecins et du personnel de ménage.

L’enquête de la CGT lève un autre lièvre inquiétant. Des soignants contaminés et contagieux continuent de travailler auprès des patients. « Début avril, 10 % des syndicats étaient sûrs que dans leur établissement, des collègues atteints du Covid étaient maintenus en service. C’est même monté à 16 % à la fin du mois et à 25 % dans les grands hôpitaux », déplore Astrid Petit. De partout, les témoignages affluent. Certains doivent reprendre au bout de 3 ou 5 jours d’arrêt, alors qu’ils sont encore à plat. Des cadres ont ordonné aux infirmières : « « Tant que tu tiens encore debout, on te donne un masque et tu viens travailler », parce qu’il n’y a pas de personnel pour les remplacer. »

Des plaintes déposées

Diverses plaintes ont été déposées. Pour mise en danger de la vie d’autrui, du personnel ou absence de matériels de protection… Elles ciblent le ministère ou les directions locales. « Le recours en justice n’est pas notre priorité aujourd’hui, mais on commence à compiler des informations, des documents, affirme Philippe Crepel. Quand on voit la multiplication des exemples de soignants obligés de venir travailler avec des symptômes, à un moment donné, il faudra demander des comptes. »

Publié le 05/05/2020

Loi d’urgence sanitaire : décryptage des dérives d’un pouvoir d’exception

 

Aurélien Soucheyre (site humanite.fr)

 

L’exécutif, qui s’est doté de pouvoirs exorbitants en période de crise, entend prolonger ce dispositif d’exception jusqu’au 24 juillet, au risque d’affaiblir toujours plus la séparation des pouvoirs et l’État de droit.

Le pays pouvait attendre une stratégie de déconfinement limpide, cohérente et millimétrée. Il espérait bénéficier d’une distribution massive, et gratuite, de masques pour chacun de ses citoyens. Il aura un état d’urgence sanitaire prolongé de deux mois, jusqu’au 24 juillet. Le texte a été adopté samedi en Conseil des ministres et arrive ce lundi au Sénat, avant d’être examiné mardi à l’Assemblée nationale. En pleine crise sanitaire, sociale, économique et démocratique, il donne encore plus de pouvoirs au gouvernement et s’attaque à nos libertés individuelles et collectives. À entendre le ministre de la Santé, Olivier Véran, il s’agirait de « conforter le cadre juridique » et de l’ « élargir » pour « y intégrer les enjeux du confinement ». Mais le texte soulève de vives inquiétudes parmi les parlementaires, les juristes et les associations de défense des droits de l’homme. « Se parer derrière une concentration des pouvoirs pour masquer ses propres carences de gouvernance serait indigne d’un État de droit », prévient même Sarah Massoud secrétaire nationale du syndicat de la magistrature.

Des pouvoirs de contravention étendus

Car les « enjeux du déconfinement » listés par l’exécutif pour cet état d’urgence s’annoncent bien plus disciplinaires que sanitaires. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a défendu une extension des pouvoirs de verbalisation à toute une série d’agents. « Les adjoints de sécurité, les gendarmes adjoints volontaires, les réservistes de la police et de la gendarmerie nationale, ainsi que, et c’est important, les agents de sécurité assermentés dans les transports », détaille le ministre, avant d’ajouter « les agents des services de l’autorité de la concurrence pour les commerces ». En résumé, les Français seront libres de circuler dans un rayon de 100 kilomètres et ne seront pas tenus de porter un masque que le gouvernement refuse de rendre gratuit. Sauf dans les transports en commun, ou le port sera obligatoire, aux frais du citoyen, lequel sera surveillé, et sanctionné si besoin.

« On nous introduit des brigades pour contrôler et ficher. Stopper la contamination, ce n’est pas enfermer et punir, mais des masques, des tests, des lits d’hôpitaux », s’inquiète la sénatrice EELV Esther Benbassa. Au-delà des contrôles renforcés, la membre du groupe CRCE pointe ici la création de « brigades sanitaires », que le ministre de la Santé a qualifiées de « brigades d’anges gardiens ». Un terme surprenant, au moment même où le gouvernement est accusé de s’arroger des pouvoirs exorbitants, de maltraiter l’État de droit et d’instaurer un état d’urgence sanitaire « qui, dans sa durée et dans la faiblesse des contrôles, va au-delà de l’article 16 de la Constitution », selon le député PCF Stéphane Peu. Ces « brigades » ailées iront au contact des personnes malades ou suspectées de l’être, et seront composées d’employés de l’assurance-maladie, des centres communaux d’action sociale (CCAS), des conseils départementaux ou d’organismes comme la Croix-Rouge. Près de 30 000 personnes pourraient être mobilisées au total, selon Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, au sein de ces brigades pour lesquelles le secret médical sera levé. Ce qui nécessite de passer par une loi.

Un traçage des personnes contaminées

La Confédération des syndicats médicaux français s’en est émue, mettant en garde contre une « banalisation » de l’accès aux renseignements confidentiels, y compris dans le cadre d’une lutte contre une épidémie. « La transparence doit être faite sur les acteurs qui assurent la collecte de l’information » et la durée de stockage, insiste le Syndicat des médecins libéraux, qui réclame la signature d’une clause de confidentialité par les personnes recrutées. Car un traçage des malades sera bien effectué, via la création d’un nouveau fichier national recensant toutes les personnes testées positives. Mais cela ne se fera pas par Smartphone, et après un avis de la Cnil, précise Olivier Véran (voir page 4). « L’application StopCovid sort par la porte et rentre par la fenêtre ! », a réagi Esther Benbassa, qui dénonce une « acrobatie politique liberticide et sans garde-fous », tout en estimant qu’un « avis consultatif de la Cnil sera très maigre. »

Enfin, le gouvernement a annoncé que les personnes arrivant sur le territoire national seront obligatoirement placées en quarantaine. Quant aux personnes testées positives déjà présentes en France, des mesures contraignantes d’isolement sur décision unique de l’État étaient programmées dans la première version du texte, ce qui a suscité une levée de boucliers, la justice étant sciemment écartée du dispositif. Les personnes contaminées seront finalement « invitées » à s’isoler, soit dans un lieu mis à disposition, soit chez elles, ce qui entraînera le confinement de tout le foyer pendant quatorze jours.

Au final, si certaines mesures auraient pu s’intégrer dans un cadre cohérent, l’exécutif prépare un déconfinement lâche du point de vue sanitaire, notamment sur la question des masques et des transports en commun, mais strict sur le plan disciplinaire et menaçant vis-à-vis de l’État de droit. D’autant que la première version de l’état d’urgence sanitaire prévoit déjà de concentrer les pouvoirs à l’Élysée « en cas de catastrophe sanitaire mettant en péril, par sa nature et sa gravité, la santé de la population ». Définition très floue qui, couplée aux ordonnances votées pour déroger à une foule interminable de lois, écarte les citoyens de toute prise de décision. D’autant plus que l’Assemblée nationale, coincée entre l’épidémie et l’inversion du calendrier électoral, a été transformée en chambre d’enregistrement.

La bataille de la temporalité

Cette prolongation de l’état d’urgence sanitaire nourrit également l’idée dangereuse selon laquelle la démocratie doit s’effacer en temps de crise, comme si elle était incapable de faire face. Elle ne ressort d’ailleurs jamais indemne de tels reculs, l’état d’urgence déclenché en 2015, à la suite des attaques terroristes, ayant été en grande partie intégré par la suite au droit commun. « Il y a un risque d’accoutumance aux mesures de contrôle », prévient Jean-Marie Burguburu auprès de Mediapart. Face à l’état d’urgence sanitaire, le président de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) invite à une « vigilance accrue ». « Plus encore qu’en temps normal, les pouvoirs publics devraient écouter la CNCDH. (…) Hélas, elle n’est pas assez entendue », regrette-t-il.

Car, quand la séparation des pouvoirs est entamée, elle continue généralement, sauf sursaut, à se dégrader. Le problème est le même concernant les libertés. « Il suffit de supprimer ou de limiter les droits de l’homme et les libertés fondamentales pour réaliser leur importance. Nos concitoyens pratiquent les droits de l’homme comme Monsieur Jourdain faisait de la prose : sans le savoir », mesure Jean-Marie Burguburu. Des concitoyens qui ont accepté de se confiner face au Covid-19, limitant comme jamais leur liberté d’aller et venir, de façon temporaire. Cette temporalité sera l’une des batailles à mener, pour que l’exécutif ne pérennise pas cette concentration des pouvoirs. Car, si « la date de levée du confinement pourrait être remise en question et sera appréciée selon les départements », comme l’a déclaré Olivier Véran, l’état d’urgence sanitaire est par contre bien parti pour durer.

Publié le 04/05/2020

Historique. La Palestine autorisée à poursuivre Israël pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité

 

Pierre Barbancey (site humanite.fr)

 

La procureure de la Cour pénale internationale estime qu’une enquête peut être ouverte sur des crimes présumés commis dans les territoires palestiniens occupés.

Ce 30 avril restera sans doute dans les annales historiques des Palestiniens. Ce jour-là, la procureure de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, expliquait officiellement dans un document de 60 pages qu’elle était convaincue « qu’il existe un fondement raisonnable pour ouvrir une enquête dans la situation en Palestine en vertu de l’article 53-1 du Statut de Rome, et que la portée de la compétence territoriale de la Cour comprend la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, et Gaza (“Territoire palestinien occupé”) ». En clair, la Palestine peut saisir la cour de La Haye afin de poursuivre Israël pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Il appartient maintenant à une chambre préliminaire, composée de trois juges, de se prononcer sur la question. En tout état de cause, au vu du déroulé de ce dossier, il est fort probable qu’ils suivront l’avis de la procureure. « C’est un pas considérable, car les réponses aux questions de savoir si la Palestine (qui a pourtant ratifié le Statut de Rome) était considérée comme un État pour la CPI et qu’est-ce que recouvrent les Territoires palestiniens, ont été étayées », se félicite M e Gilles Devers, partie prenante pour les victimes palestiniennes.

Confronter Israël à ses pratiques coloniales

Lorsque, le 1 er janvier 2015, le gouvernement palestinien dépose une déclaration en vertu de l’article 12-3 du Statut de Rome, reconnaissant la compétence de la Cour pénale internationale (CPI) pour les crimes présumés commis « sur le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, le 13 juin 2014 », un processus est déclenché, dépassant évidemment la simple question juridique. Pour la première fois, les Palestiniens veulent se donner les moyens de confronter Israël à ses pratiques coloniales. La procureure de la CPI se devait donc de procéder à un examen préliminaire, notamment pour déterminer si la Cour était compétente sur les faits. Ce qui était reconnu presque cinq plus tard. Le 20 décembre 2019, Fatou Bensouda annonçait que tous les critères permettant l’ouverture d’une enquête étaient remplis, mais, « compte tenu des questions juridiques et factuelles liées à cette situation », demandait à la chambre préliminaire de se prononcer sur la compétence territoriale de la CPI.

Les États-Unis s’opposent à la Cour pénale internationale

Dès le mois de décembre, Israël est monté au créneau. « Ce que la CPI a fait, c’est du pur antisémitisme et nous ne fléchirons pas », annonçait Benyamin Netanyahou, n’hésitant pas à faire croire que la Cour pénale internationale « affirme que les juifs n’ont pas le droit de s’installer dans le foyer national juif. Ils disent que les juifs n’ont pas le droit de vivre sur la terre des juifs, sur la terre d’Israël. Eh bien, nous répondons : honte à vous ! ». Parallèlement, six pays (Allemagne, Autriche, Brésil, République tchèque, Hongrie et Ouganda) rejoignaient les États-Unis pour faire valoir que la CPI n’avait pas le pouvoir de poursuivre Israël. L’an dernier, Washington avait menacé la CPI, coupable de vouloir incriminer des ressortissants américains.

Netanyahou et Gantz pourraient être poursuivis 

« La position de la procureure correspond à une position anti-israélienne typique, influencée par l’Organisation de la coopération Islamique et le mouvement BDS » (Boycott, désinvestissement et sanctions) », s’est étranglé le ministre israélien des Infrastructures nationales, Yuval Steinitz, pour qui Fatou Bensouda « a reformulé les règles du droit international, inventant un État palestinien, alors que le processus de paix israélo-palestinien n’est pas encore terminé » (sic). Son inquiétude est autre : en cas d’ouverture d’enquête de la CPI, Benyamin Netanyahou et Benny Gantz, qui entendent se partager le gâteau du pouvoir, pourraient tous les deux être poursuivis pour leurs rôles respectifs dans les faits dénoncés.

Israël a vu tous ses arguments s’effondrer

Malgré ses soutiens juridiques impressionnants (les ténors des barreaux israéliens et même une équipe de juristes conduite par Robert Badinter), Israël a vu tous ses arguments s’effondrer. L’un d’entre eux, et non des moindres, visait à démontrer que les questions palestiniennes ne relèvent pas du droit international, mais du droit israélien, ce qui reviendrait à considérer que toute la Palestine historique serait sous la juridiction d’Israël. Non, ce n’est pas vrai, vient de déclarer la procureure de la Cour pénale internationale.

Protestation des villes arabes d’Israël

Le Comité des autorités des villes arabes d’Israël a décidé de lancer une grève générale à partir de mardi, pour protester contre l’attitude du gouvernement qui ne leur donne pas les moyens suffisants pour lutter contre le coronavirus. Le nombre de cas dans les communes arabes est bien plus élevé que dans les villes juives. « Le gouvernement continue de nous abandonner et ne lève pas le petit doigt pour nous », proteste le député communiste (Liste unie) Youssef Jabareen. Les dirigeants arabes ont annoncé qu’ils ne rouvriront pas les écoles.

Publié le 03/05/2020

Déconfinement: l’exécutif se contredit encore

 

 Par Ellen Salvi (site mediapart.fr)

 

En présentant le plan de déconfinement du gouvernement, le Premier ministre Édouard Philippe a largement nuancé la date du 11 mai promise par Emmanuel Macron. Au plus haut niveau de l’État, la confusion est totale. Partout ailleurs, la défiance est immense.

 Édouard Philippe l’a énoncé clairement : il veut agir avec « prudence ». En présentant devant l’Assemblée nationale son plan de déconfinement, le premier ministre a confirmé que la réalité de la crise sanitaire était bien plus complexe que de simples promesses présidentielles. « Je le dis aux Français, si les indicateurs ne sont pas au rendez-vous, nous ne déconfinerons pas le 11 mai, ou nous le ferons plus strictement », a-t-il insisté, mardi 28 avril, avant de détailler « l’architecture générale » de la stratégie gouvernementale.

Contrairement à Emmanuel Macron qui avait martelé la date du 11 mai lors de sa dernière allocution, le locataire de Matignon a renvoyé bon nombre de dispositifs à celle du 2 juin, qui fait aujourd’hui figure de nouvelle échéance. Il a également précisé que les mesures seraient adaptées « département par département », en fonction de plusieurs critères établis par la direction générale de la santé (DGS) et Santé publique France (SPF). Le déconfinement ne sera donc pas « régionalisé », comme l’avait indiqué l’Élysée, mais « départementalisé ». Ce qui revient peu ou prou à la même chose.

Sur la question de la « réouverture progressive » des écoles, qui a cristallisé les tensions depuis deux semaines, Édouard Philippe a expliqué vouloir « laisser le maximum de souplesse au terrain ». « Je sais que c’est ainsi que les directeurs d’école, les parents d’élèves, les collectivités locales trouveront ensemble, avec pragmatisme, les meilleures solutions. Je leur dis que nous les soutiendrons et que je leur fais confiance », a-t-il affirmé, sans toutefois réussir à convaincre les groupes d’opposition, comme en témoigne le débat parlementaire qui s’est ensuivi.

« Personne, monsieur le premier ministre, ne doit être tenu de gagner les paris du président de la République. Le bon moment pour déconfiner, c’est le moment où l’on est prêt », a rappelé le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) Olivier Faure à la tribune. Or, à l’évidence, les inconnues sont encore beaucoup trop nombreuses pour que l’État puisse s’engager sur quoi que ce soit de solide. D’où sa volonté manifeste de faire reposer les responsabilités sur le local et le « volontariat ». Le constat d’échec est flagrant, mais il n’est exprimé qu’entre les lignes.

Le discours d’Édouard Philippe se voulait tout de même circonstancié, sans fioriture ni grandiloquence, à l’opposé exact des allocutions présidentielles. Au cours des quinze derniers jours, les cabinets ministériels et les services de l’État ont planché sur un plan qu’Emmanuel Macron avait exigé le 13 avril, sans s’être assuré au préalable que la logistique suivrait. Quinze jours durant lesquels cette méthode très personnelle a entraîné des cafouillages à tous les étages. Et révélé en filigrane les errements du pouvoir.

Après avoir distribué aux ministres concernés les tâches auxquelles ils devaient s’atteler, Matignon a récupéré en milieu de semaine dernière dix-sept plans articulés autour de six thématiques : la politique sanitaire, l’école, le travail, les commerces, les transports, et la vie sociale. Tout le week-end, les réunions se sont enchaînées rue de Varenne autour des directeurs de cabinets et du coordinateur interministériel Jean Castex. Les ultimes arbitrages ont été actés en petit comité à l’Élysée, lundi après-midi.

« En dehors d’Olivier Véran [le ministre de la santé – ndlr], rares sont ceux à connaître les grandes lignes du plan », confiait lundi un conseiller ministériel. Comme d’habitude, le travail s’est effectué en silos, et les décisions ont été prises au sommet de l’État par une poignée de personnes. Cette façon de procéder est assumée depuis toujours par l’exécutif, malgré la défiance qu’elle entraîne. « Comme plus de 6 Français sur 10, nous ne vous faisons pas confiance pour réussir le déconfinement », a fait valoir le patron des députés Les Républicains (LR) Damien Abad.

Le plus gros marqueur de cette défiance concerne les masques, sujet sur lequel l’exécutif n’a cessé de mentir depuis le début de la crise sanitaire et qui, de l’aveu même d’Édouard Philippe, « a suscité l’incompréhension et la colère de nombreux Français ». Sans jamais reconnaître ce qui relève aujourd’hui de l’évidence, à savoir l’adaptation du discours politique à la pénurie, le premier ministre s’est au contraire retranché une nouvelle fois derrière les scientifiques, qui « ont eux-mêmes évolué » sur cette question.

« Au début, beaucoup nous disaient que le port du masque en population générale n’était pas nécessaire, que le risque du mauvais usage était supérieur aux avantages espérés. Et nous l’avons donc répété. Je l’ai dit, a-t-il indiqué devant l’Assemblée. Ils nous disent aujourd’hui, parfois les mêmes, qu’il est préférable, dans de nombreuses circonstances de porter un masque plutôt que de ne pas en porter. Et il me revient donc de le dire. Et de faire en sorte que cela soit possible. » Sur ce sujet comme sur d’autres, l’expertise scientifique a été utilisée à géométrie variable.

Emmanuel Macron l’avait pourtant promis, dès le 12 mars, lors de sa première allocution consacrée à l’épidémie de Covid-19 : « Un principe nous guide pour définir nos actions, il nous guide depuis le début pour anticiper cette crise puis pour la gérer depuis plusieurs semaines, et il doit continuer de le faire : c’est la confiance dans la science. C’est d’écouter celles et ceux qui savent. » Mais pour annoncer la réouverture des écoles un mois plus tard, le président de la République a choisi de s’asseoir sur le principe qu’il avait lui-même édicté, en s’opposant à son propre conseil scientifique.

Ses soutiens s’en sont d’ailleurs bruyamment félicités. « Il a enfin compris qu’il ne pouvait pas être leur marionnette ! », se réjouissait un habitué de l’Élysée au lendemain de la dernière allocution présidentielle. Dans son avis daté du 20 avril, le conseil présidé par Jean-François Delfraissy proposait en effet « de maintenir les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités fermés jusqu’au mois de septembre ». Sachant qu’il ne serait pas suivi, il ajoutait « prendre acte de la décision politique » du chef de l’État, laquelle repose sur d’autres critères, sociaux et économiques.

« Dans les quartiers défavorisés, ce n’est pas quelques semaines de perdues, c’est toute une scolarité », souligne à Mediapart l’entourage d’Édouard Philippe. L’argument s’entend et pourtant, il a lui aussi ses limites. « En parlant de “volontariat” et en faisant la porter la responsabilité aux parents, on accroît encore les inégalités », souffle un conseiller ministériel. Sur ce point encore, le discours de l’exécutif a été adapté en fonction des circonstances. L’avis du conseil scientifique, qui était prêt depuis un moment, a d’ailleurs tardé à être rendu public, le gouvernement attendant qu’il soit complété par une note détaillant les conditions de réouverture des écoles.

Les mêmes qui se retranchaient derrière les expertises des « sachants » pour justifier leurs décisions politiques – le maintien du premier tour des municipales – s’en détachent désormais pour arbitrer des questions de santé publique. L’incompréhension est totale. La confusion aussi. D’autant plus qu’elle est entretenue par des ministres comme celui de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui annoncent des mesures avant qu’elles ne soient gravées dans le marbre, mais aussi par l’Élysée qui organise des « briefs » avec les journalistes, sans mettre Matignon dans la boucle.

Ainsi le gouvernement a-t-il découvert, grâce aux bandeaux de BFM-TV, que le président de la République avait assuré aux élus locaux que le déconfinement ne serait pas « régionalisé », alors même que le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, avait indiqué la veille, lors de son point presse régulier, qu’il faudrait éviter les déplacements interrégionaux lors du déconfinement – sauf « motif impérieux, familial ou professionnel », les déplacements à plus de 100 km du domicile seront effectivement proscrits. « Les off du président nous mettent dans une merde noire », reconnaissait un conseiller ministériel en début de semaine.

Les errements de l’exécutif sont aussi palpables grâce aux nombreuses confidences que distillent les entourages des uns et des autres depuis quelques semaines. Dans les couloirs ministériels, nombreux sont ceux à construire des plans politiques qui témoignent à eux seuls de l’ambiance qui règne au plus haut niveau de l’État. Après une énième polémique sur la question du report du vote parlementaire, Emmanuel Macron a tenu à faire savoir que « l’ensemble de l’exécutif [était] pleinement aligné dans cette crise ».

 « Je n’aurai aucune complaisance à l’égard de ceux qui, par des bruits et des rumeurs, tentent de diviser le gouvernement et singulièrement le premier ministre et le président de la République », a-t-il indiqué lors du conseil des ministres de mardi, selon des propos rapportés par des participants. Parmi ses soutiens, certains plaident pour un changement de premier ministre à l’issue de la crise, ce qui installe des bavardages sans fin sur une hypothèse de remaniement dont personne ne sait rien à ce jour, mais dont une partie de la presse se gargarise.

Au-delà de ces jeux politiques, somme toute assez classiques sous la Ve République, apparaît toutefois une réalité qui ne trompe personne : la méthode instaurée par Emmanuel Macron depuis le début du quinquennat, à savoir une présidence verticale qui court-circuite l’ensemble du système, se heurte aujourd’hui à une crise sanitaire inédite par ses formes et son ampleur. Les soutiens du chef de l’État ont beau continuer à saluer sa faculté à « casser les codes », le constat est sans appel. Les institutions sont malmenées, la société est braquée, les corps intermédiaires se méfient et les collectivités territoriales ne croient plus aux « jours heureux ». Quant au gouvernement, lui aussi confronté à cette hyper-présidence, il tente d’écoper le malaise. Sans y parvenir.

Publié le 02/05/2020

Martine Wonner, la députée qui devra « s’expliquer » d’avoir voté contre le plan de déconfinement

 

Benjamin König (site humanite.fr)

 

Médecin psychiatre, l’élue LaREM du Bas-Rhin a commis un crime de lèse-majesté : avoir critiqué l’action du gouvernement et voté contre le plan présenté par le premier ministre.

Début avril déjà, elle disait « avoir du mal à faire confiance au gouvernement » dans la gestion de l’épidémie de Covid-19. Elle critiquait aussi « la sémantique de guerre employée par le président ». Des crimes de lèse-majesté en Macronie. Mais si Martine Wonner, députée LaREM du Bas-Rhin, est convoquée mercredi prochain par le groupe majoritaire et risque une exclusion pure et simple, c’est parce qu’elle a franchi « la ligne rouge », selon le chef de file des députés macronistes Gilles Le Gendre. Celle d’avoir voté contre un texte important du gouvernement. En l’occurrence le plan de déconfinement présenté par Édouard Philippe mardi après-midi, qu’elle a eu le tort de critiquer à la fois sur la forme et sur le fond.

Un vote symbolique, une méthode antidémocratique

Cette médecin psychiatre de formation, élue d’une région – le Grand Est – très durement touchée par l’épidémie, regrette notamment « l’absence d’une quelconque stratégie thérapeutique ». Elle juge également que « le timing n’est pas tout à fait adapté à l’ampleur de la crise », relayant ainsi les craintes d’une grande partie de la population quant au retour au travail et la réouverture des écoles. Plus révélateur : comme nombre de ses collègues députés de gauche, elle a critiqué la méthode antidémocratique d’un vote symbolique, qui plus est sans aucune possibilité d’amendement, immédiatement après le discours du premier ministre. Elle devra « s’expliquer » de son geste mercredi prochain, en visioconférence. « Cela ne me pose aucun problème. Je verrai bien ce qu’ils ont à dire. J’aimerais juste rappeler que nous formons un groupe important, avec des tendances et des idées différentes et que c’est ça, la richesse du groupe », a-t-elle réagi. Six autres élus LaREM se sont eux abstenus mais n’auront pas à en répondre.

Le groupe LaREM s'effrite

Plusieurs voix se sont également élevées au sein du groupe majoritaire contre la sélection des 40 députés qui siégeaient mardi (ils étaient 75 au total), ce choix ayant été confié aux fameux « whips », anglicisme venu tout droit des États-Unis, qui désigne les coordinateurs du groupe au sein de chaque commission, et dont le travail consiste avant tout à s’assurer que les députés votent conformément aux directives. Pour sa part, Martine Wonner assure qu’elle « prendra acte » et semble indifférente aux gros yeux des macronistes, estimant qu’elle « a assez de travail au niveau local en cette période de crise ». Depuis le début du quinquennat, le groupe LaREM s’effrite : il compte désormais 297 membres contre 314 en 2017, en additionnant départs et exclusions. Sans incidence sur la majorité absolue, qui est de 289 députés, pour l’instant. Sans compter que le groupe macroniste dispose d’alliés, notamment le groupe Modem et les élus UDI-Agir.

Benjamin König

 

Publié le 01/05/2020

 

Vieillesse en détresse dans les Ehpad

Un produit rentable et attractif

 

par Philippe Baqué  (site monde-diplomatique.fr)

 

Le très fort développement du secteur privé lucratif des établissements d’hébergement pour personne âgées dépendantes (Ehpad) en France s’est accompagné d’une longue série de concentrations au sein des quelques dizaines de sociétés et de gestionnaires qui tiennent ce marché. Trois grands groupes se sont ainsi constitués, Korian, Orpea et DomusVi, suivis de Colisée et de Domidep. À eux seuls, ils possèdent neuf cents établissements, soit plus de la moitié du parc. Korian est devenu le plus puissant en rachetant Medica. En 2016, il a réalisé plus de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 15,5 % de marge, un bénéfice de 38 millions d’euros, et il a doublé en cinq ans les dividendes versés à ses actionnaires. Selon un cabinet de conseil en immobilier, le secteur des Ehpad ne s’est jamais aussi bien porté et connaît une explosion des investissements. Une maison de retraite serait plus rentable qu’un centre commercial (1). Le classement 2018 des cinq cents plus grandes fortunes de France publié par l’hebdomadaire Challenges comprend six propriétaires de groupes d’Ehpad.

Le secteur attire les fonds d’investissement (Intermediate Capital Group pour DomusVi), les banques (Crédit agricole pour Korian et Domidep), les fonds de retraite (Canada Pension Plan Investment Board pour Orpea) et même les fonds souverains des Émirats arabes unis. Six groupes sont désormais cotés en Bourse. Les Ehpad commerciaux sont aussi devenus très attractifs pour les courtiers, qui revendent des chambres à des investisseurs particuliers attirés par une rentabilité des locations de 4 à 6 % et par des revenus défiscalisés.

Aujourd’hui, l’État ne délivrant désormais que très peu d’autorisations de création d’Ehpad, les groupes commerciaux français se sont tournés vers l’étranger. Korian a acquis des groupes en Belgique et en Allemagne. DomusVi domine en Espagne. Orpea a acquis des groupes en Pologne, en République tchèque, en Allemagne, et est présent en Amérique du Sud. Et tous lorgnent un marché mirifique qui est en train de s’ouvrir : la Chine.

 

Philippe Baqué

Journaliste.

Publié le 30/04/2020

1er mai: « plus jamais ça ! »

 

Blog : Le blog de Les invités de Mediapart (site blogs.mediapart.fr)

 

25 organisations de la société civile, dont Attac, la CGT, le DAL, ou encore Greenpeace appellent à se mobiliser pour un vrai plan de développement des services publics et une revalorisation des métiers d'utilité publique. « Même confiné·e·s, manifestons toutes et tous le 1er mai, depuis chez soi, avec des pancartes, banderoles ou en envahissant les réseaux sociaux. Rendons visibles, exprimons ce que nous voulons en France comme ailleurs : un changement de cap, pour un futur écologique, social, féministe et démocratique ! ».

·  Nos organisations appellent à participer aux mobilisations syndicales pour donner au 1er mai 2020, journée internationale de lutte des travailleuses et travailleurs, un écho tout particulier dans le contexte de crise sanitaire. La pandémie qui se répand dans le monde entier révèle de manière tragique les dérèglements du capitalisme néolibéral et productiviste ainsi que les dysfonctionnements de l’actuelle gouvernance mondiale. La situation nécessite d’affronter ensemble les urgences écologiques, sociales et démocratiques.

Les impératifs de santé publique seront à l’honneur de ce 1er mai. Nos organisations appellent à manifester la solidarité avec les travailleurs·euses, en France et dans tous les pays, dont les activités continuent, souvent sans même le matériel de protection nécessaire. La solidarité aussi avec les « invisibles » que la crise a pourtant révélé·e·s comme indispensables, ainsi qu’avec les précaires et les « sans », dont la situation s’est dramatiquement aggravée pendant la crise.

Pour tout cela, nous exigeons :

  • Que la santé de toutes et tous soit une priorité, maintenant et après le 11 mai, date annoncée de sortie du confinement alors même que les conditions sanitaires ne sont pas réunies.
  • Que toutes les mesures d’urgence soient prises pour lutter contre les inégalités sociales et pour préserver les droits de chacun·e durant cette période, dont celui d’un travail, d’une alimentation, d’un logement de qualité.
  • Que la protection sociale des jeunes soit refondée afin de les faire rentrer dans le droit commun. Les jeunes ne peuvent être ni la variable d’ajustement, ni les oublié.e.s de l’après.
  • Que la lutte contre le changement climatique et la protection de la biodiversité soient des priorités pour le plan de relance de l’économie, à la mesure de l’urgence climatique.
  • Une solidarité avec les populations des pays pauvres, premières victimes des dérèglements climatiques, touchés par la crise sanitaire alors que leurs systèmes de santé et leurs services publics sont encore moins préparés que le nôtre à faire face à cette pandémie, sous la menace de crises alimentaires émergentes, passant en premier lieu par l’annulation de leur dette extérieure et le versement de financements additionnels d’urgence.
  • Que les multinationales s’assurent du respect des droits humains et de conditions de travail décentes pour les travailleuses et travailleurs employé·e·s par leurs filiales, fournisseurs et sous-traitants à travers le monde plutôt que de les laisser sans revenus, aides ou protections sociales, les rendant plus vulnérables aux risques d’exploitation plutôt que de verser des dividendes à leurs actionnaires

Le monde d’après doit enfin appliquer l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Ce sont souvent des femmes, dans l’ensemble du secteur de la santé et du social, dans les services publics, dans les commerces, dans l’agroalimentaire, qui ont sauvé des vies, ont permis de nous alimenter, ont assuré des missions de protection de la population et ont permis à notre pays de tenir alors qu’elles sont toujours bien moins payées que les hommes : il est temps de reconnaître leur investissement.

Le monde d’après ne doit pas non plus se solder par de nouvelles régressions des droits démocratiques. De ce point de vue, en France comme ailleurs conscient·e·s de la nécessité de respecter toutes les mesures de confinement nécessaires, nous ne sommes pas moins indigné·e·s des violences policières, des contrôles abusifs, des atteintes à la protection des données personnelles et de la vie privée, de la violation des droits des migrant·e·s…

Lors de ce 1er mai, nous manifesterons aussi pour exiger un plan de relocalisation solidaire et écologique des activités de l’industrie, de l’agriculture et des services :

  • « plus jamais » des travailleur·euses mis·e·s en concurrence et appauvri·e·s !
  • « plus jamais » la dépendance aux marchés internationaux comme le manque de masques, de sur-blouses et de médicaments,
  • « plus jamais » les produits qui font le tour de la planète engendrant pollutions et émissions de gaz à effet de serre !
  • Et « plus jamais » la captation des ressources naturelles du Sud au seul profit des transnationales des pays riches.

Pour que le jour d’après ne soit plus comme le jour d’avant, tout soutien public aux entreprises doit d’ores et déjà être conditionné à une reconversion écologique et sociale, qui nous permettra de créer des centaines de milliers d’emplois de qualité en France. Le gouvernement ne doit pas remettre en cause, sous l’influence des industries polluantes, les engagements et les objectifs environnementaux, déjà très en dessous du niveau exigé par l’urgence climatique. Il doit aussi suspendre les ventes d’armes qui alimentent les conflits et le terrorisme, et réfléchir à abandonner la dissuasion nucléaire coûteuse et plus dangereuse qu’efficace. Nous exigeons que la lutte contre le changement climatique et la protection de la biodiversité soient des priorités pour le plan de relance de l’économie, et qu’elles soient à la mesure de l’urgence climatique.

Lors de ce 1er mai, nous manifesterons encore pour obtenir un plan de développement de tous les services publics et une revalorisation des métiers d’utilité publique :

  • « plus jamais » les hôpitaux débordés du fait des fermetures de lits et du manque de soignant.e.s,
  • « plus jamais » d’une recherche publique manquant de crédits,
  • « plus jamais » des services publics exsangues,
  • « plus jamais » des EHPAD délaissés,
  • « plus jamais » des personnes sans revenu et en précarité alimentaire.
  • « plus jamais » de fausses excuses quant au manque de budget public pour les financer, alors qu’une fiscalité plus juste (y compris sur la fortune / le patrimoine), une véritable lutte contre l’évasion fiscale et la transformation de la dette publique en dette perpétuelle à taux zéro par la BCE en donneraient les moyens.

Même confiné·e·s, manifestons toutes et tous le 1er mai, depuis chez soi, avec des pancartes, banderoles ou en envahissant les réseaux sociaux. Rendons visibles, exprimons ce que nous voulons en France comme ailleurs : un changement de cap, pour un futur écologique, social, féministe et démocratique !

 

Les organisations signataires :

  • Action-aid France
  • ANV-COP 21
  • Alternatiba
  • Attac
  • CCFD-Terre solidaire
  • CGT
  • Confédération paysanne
  • DAL
  • FIDL
  • FSU
  • Fondation Copernic
  • Greenpeace
  • Le mouvement
  • Les Amis de la Terre France
  • MAN
  • MNL
  • Notre affaire à tous
  • Oxfam
  • Reclaim Finance
  • Syndicat de la Magistrature
  • Syndicat des Avocats de France
  • UNEF
  • Union syndicale Solidaires
  • UNL
  • Youth For Climate France

 

Publié le 29/04/2020

Cévennes : "Qui travaillerait face au Covid-19 pour 38 € par semaine ?"

 

16 commentaires 141 partages Coronavirus, Santé, Alès (site midilibre.fr)

 

Recrutées dans le cadre de stage, élèves infirmières et aides soignantes, confrontées au virus malgré leur affectation dans des secteurs non covid, demandent une reconnaissance. Au centre hospitalier d'Alès, deux élèves ont été testés positifs ainsi que seize professionnels, dont un chirurgien du service de chirurgie générale, un secteur non-Covid. 

Début mars, alors que l’épidémie de Covid-19 se répand sur le territoire, les élèves infirmières et aides-soignantes de l’IFSI et IFAS (1) d’Alès, seront sollicités dans le cadre du plan blanc national.

À la différence de certains recrutés sous la forme d’une réquisition ouvrant droit à une rémunération conséquente, – dans la région du Grand Est notamment, localement, c’est dans le cadre de leur stage d’étude que les futurs soignants ont rejoint les personnels des hôpitaux, Ehpad ou cabinets médicaux d’Alès agglomération.

Le 17 avril, la présidente de la région Occitanie, Carole Delga, a annoncé la mise en place d’une indemnité de 1 200 euros pour les étudiants infirmiers des unités Covid-19, qui a fait monter la colère parmi ces "stagiaires" non éligible à cette mesure, puisque l’IFSI a veillé à ce qu’il ne soit pas envoyé en secteur Covid-19. Intention louable qui n’a pas empêché les élèves d’être confrontés au virus suite à la contamination des services dits non Covid-19.

"Le Covid ne respecte pas les limites du stage"
Thierry, élève infirmier


"On s’est retrouvées en remplacement d’aides soignantes, sur des secteurs avec suspicion de Covid, confie Thierry (2). On ne se plaint pas, la France avait besoin de nous et on y est allé de bon cœur. Mais cela se gâte lorsque la Région annonce une aide en direction des soignants en secteur Covid. Cela n’est pas notre cas mais le Covid ne respecte pas les limites du stage. Il s’insinue partout et des secteurs comme la chirurgie générale ont été fermé pour des cas de Covid".

Une situation confirmée par le directeur du centre hospitalier, Roman Cencic. "Actuellement, dans le service de chirurgie générale, 16 personnels soignants ont été testés positifs au Covid-19. Ils restent à domicile. Mais aucun aide soignant ou infirmier ne travaille en secteur Covid."

Un apprentissage mis en parenthèse, la disponibilité des professionnels ne pouvait être complète, et des tâches effectuées pour une rémunération de 28, 38 ou 50 euros par semaine, selon le niveau d’étude. Ce qui laisse un goût amer aux futurs professionnels de santé.

16 personnels d’un service non-Covid de l’hôpital testés positifs

"Les étudiants ont remplacé les diplômés et travaillé sur le roulement des salariés soit, week-end et jours fériés compris, poursuit Mélanie. Je demande qui travaillerait contre le Covid pour 38 € par semaine ? Pour d’autres, ceux qui sont affectés dans un cabinet médical, – c’est aujourd’hui le premier endroit où arrive le public, car les personnes ont peur d’aller à l’hôpital –, reçoivent avec des masques FFP2 dont certains sont périmés. Il y a aussi la crainte des faux négatifs."

Une prise de risque également au départ du stage, dans un département peu impacté au début de la pandémie, au cours de laquelle l’évaluation a pu faire défaut par manque de tests sur les patients. "Dans mon service, sur dix patients, cinq étaient en isolement pour suspicion que l’on a pu associer au virus de la grippe. J’ai alors visité les chambres sans masque FFP2. Habituellement, les masques sont devant les chambres mais, là, ils étaient cachés de crainte qu’on ne les vole. J’ai alors prévenu mon école qui m’a retiré immédiatement du service", relate Hélène.

Il faut une indemnité exceptionnelle en reconnaissance pour ces élèves soignants

Soutenu dans leur revendication par le syndicat CGT du centre hospitalier, un courrier, en date du 9 avril, a été adressé à la présidente de la région Occitanie Carole Delga. "Cela paraît cohérent que de réquisitionner au regard de la situation, mais c’est inacceptable au regard de la rémunération, assène Nicolas André, secrétaire du syndicat. Les élèves vont sortir fracassés de ce qu’ils auront vécu et en retour on leur verse 28 euros. Il faut une indemnité exceptionnelle en reconnaissance."

Un stage aux allures de baptême du feu au cours duquel Céline certifie "n’avoir vu que de la solidarité et de la camaraderie. On se soutient avec une immense humilité devant ce qui se passe."

"Il y a un besoin d’harmonisation"

Bruno Parra, directeur de l'IFSI et de l'IFAS, dont les élèves ont reconnu la protection apportée dans les situations critiques estime qu' "il y a un besoin d'harmonisation."  Au courant du mois de mars, alors que 225 élèves de l’IFSI et l’IFAS partent en stage de manière graduelle, la pandémie du Covid-19 a bouleversé la donne.

Bruno Parra, son directeur, rappelle que "nous avons toujours fait le choix de ne pas mettre nos élèves dans des secteurs Covid. Mais nous sommes un des départements d’Occitanie les plus touchés et on compte environ 30 % de faux négatifs. Ces patients échappent au circuit et, trois jours après leur arrivée dans les services, ils décompensent. Tout le monde à peur d’être confrontés au Covid. Je salue l’adaptabilité de ses élèves et les assure que leur diplôme ne sera bradé. Ensuite, il y a un besoin d’harmonisation avec une prime moindre et à tout le monde, plutôt que de hiérarchiser. Cela crée de l’injustice".

Actuellement deux élèves ont été testés positifs au Covid-19.

(1) - (2) Institut de formation en soins infirmiers et aide soignant.
Les prénoms ont été modifiés.

Stéphane BARBIER

Publié le 28/04/2020

Chèques vacances. Quand l’État tape dans l'épargne des salariés et des agents du public

 

Cyprien Boganda (site humanité.fr)

 

Le gouvernement a réclamé à l’ANCV, pilier du tourisme social, qu’elle alimente le fonds d’indemnisation des petites entreprises. Montant du prélèvement : 30 millions d’euros.

L’information, passée relativement inaperçue, a provoqué un mini-séisme au sein de l’Agence nationale des chèques vacances (ANCV). Le gouvernement a exigé de cet établissement, cheville financière du tourisme social qui distribue chaque année plus de 1,7 milliard d’euros de chèques vacances aux salariés, qu’il abonde le fonds d’indemnisation des TPE-PME touchées par la crise. Montant de la ponction : 30 millions d’euros, soit le quart de ses réserves ! Le conseil d’administration (CA) de l’ANCV s’est prononcé le 17 avril. Ce conseil regroupe des représentants syndicaux, patronaux, ainsi que des « personnalités qualifiées » issues du monde de l’entreprise ou de structures publiques. Selon le compte rendu du CA, que l’Humanité s’est procuré, 3 personnes seulement ont voté contre, sur 22 participants… Ce qui ne veut pas dire que tout le monde a accepté de gaîté de cœur.

Un détournement de l’épargne des salariés et des agents de la fonction publique

« Ça me reste en travers de la gorge, peste cet administrateur, sous couvert d’anonymat. Il y a quelques jours, nous avions décidé de verser 10 millions d’euros aux acteurs du tourisme pour les aider à passer le cap de la crise. Je n’ai aucun problème avec ça. Mais là, il s’agit d’aider à financer le fonds de solidarité imposé par Emmanuel Macron. Nous avons longuement pesé le pour et le contre avec mon organisation syndicale et décidé de voter oui. Mais je crains que l’État ne revie nne à la charge. »

Dans la foulée du vote, la CGT et la FSU (dont tous les représentants se sont opposés au prélèvement réclamé par le gouvernement) ont publié un communiqué rageur : « Il s’agit d’un détournement intolérable de l’épargne des salariés et des agents de la fonction publique (État, territoriale, hospitalière) aux revenus les moins élevés. La demande de l’État crée un précédent dangereux de financement par l’ANCV de ­ politiques publiques ne relevant pas de son objet social. Enfin, ce prélèvement sur les réserves financières de l’ANCV aura des conséquences préjudicia bles sur les moyens financiers dédiés aux politiques sociales en direction des personnes les plus démunies et les plus pauvres. »​​​​​​​

De multiples missions sociales mises en péril

Il faut savoir en effet que les missions de l’ANCV comportent deux volets. Le volet « chèques vacances » proprement dit bénéficie chaque année à 11 millions de personnes (4 millions de salariés bénéficiaires directs, ainsi que les membres de leur famille). Ces titres, financés par l’épargne des salariés et une contribution des employeurs, peuvent être utilisés dans 200 000 points d’accueil : hôtels, restaurants, transports, etc. Le volet action sociale, quant à lui, contribue aux départs en vacances de 260 000 personnes tous les ans, considérées comme les plus ­fragiles : personnes en situation de handicap, personnes âgées isolées, familles monoparentales, etc. L’ANCV soutient financièrement divers organismes comme le Secours populaire, le Secours catholique, ou les Restos du cœur.

Certains administrateurs redoutent que les ponctions exercées par le gouvernement ne mettent en péril le financement de telles activités. « Ma peur, c’est que nous nous retrouvions en difficulté pour financer les missions qui sont les nôtres, assure Nicolas Randy, représentant CGT au sein du CA. Nous engageons tous les ans une bonne partie de nos réserves sur des programmes d’action sociale et j’en suis très fier. Mais nous allons avoir de grosses dépenses à faire dans les prochains mois : nous devrons irriguer notamment le tissu touristique et social quand les gens pourront repartir en vacances. » Contactée par l’Humanité, la direction de l’organisme assure que le versement « ne dété riore pas les capacités de développement de l’ ANCV ».​​​​​​​

Publié le 27/04/2020

2 mois de maintien de salaire contre 1 an de flexibilité : le "marché" proposé par la direction de la FNAC

 

Loan Nguyen (site humanite.fr)

 

L’enseigne culturelle demande aux syndicats d’accepter des semaines allant jusqu’à 43 heures de travail et des congés payés imposés en échange d’un maintien de salaire en chômage partiel.

Un chômage partiel indemnisé à 100% en échange d’une modulation accrue du temps de travail à la sortie du confinement : c’est le marché que tente de négocier la Fnac actuellement avec les syndicats de l’enseigne culturelle. Sous couvert d’adaptation à l’impact de la pandémie de covid-19, le groupe exige des sacrifices de la part de ses salariés.

 « Malgré les efforts de chacun et les mesures mises en place par les entreprises composant le sous-Groupe Fnac pour assurer la poursuite et le soutien de l’activité notamment par le développement des ventes par Internet, la situation de crise sanitaire a de lourdes conséquences sur les ventes. En effet, une perte de chiffre d’affaires d’environ 70 à 80% a été constatée depuis la fermeture des magasins », affirme la Fnac dans une version du projet d’accord datée du 22 avril. « Dans ce contexte, afin de limiter autant que possible les conséquences de la crise sanitaire sur la situation économique et financière des entités juridiques composant le sous-Groupe Fnac, les parties entendent permettre à ces dernières de disposer de dispositifs plus flexibles afin d’accompagner la reprise de l’activité au cours des prochains mois », justifie l’enseigne.

Les salariés devront accepter ces mesures jusqu’en mai 2021

Pour bénéficier d’un maintien de salaire à 100% pour les mois d’avril et de mai, les salariés concernés par l’activité partielle (près de 80% des effectifs depuis le 15 mars, d’après la Fnac), devront accepter plusieurs mesures de flexibilité jusqu’en mai 2021. À commencer par une modulation accrue du temps de travail, pouvant aller jusqu’à des semaines de 43 heures en « période haute ». Les semaines les plus basses seraient elles de 24 heures. Normalement fixés un mois à l’avance, les plannings pourraient être modifiés par les managers avec seulement 7 jours de prévenance.

 « C’est un effet d’aubaine. L’entreprise est loin d’être en danger, le business continue de tourner pendant le confinement avec le e-commerce. Ils saisissent juste l’opportunité du Covid-19 pour essayer de mettre en place une modulation du temps de travail qui les démangent depuis longtemps, notamment depuis la fusion avec Darty, où la modulation du temps de travail existe déjà », dénonce Marie-Hélène Thomet, déléguée CGT à la Fnac à Lyon et secrétaire fédérale CGT commerce.

Razzia sur les congés payés

Et ce n’est pas le seul effort que demande l’entreprise à ses salariés. Sautant sur une possibilité ouverte par l’ordonnance n° 2020-323 du 25 mars, la Fnac entend imposer à ses employés la prise de 6 jours ouvrables de congés payés entre le 11 mai et le 30 juin. Au volontariat, la direction demande même aux salariés qui disposeraient de plus de 6 jours dans leurs compteurs d’en faire don à ceux qui seraient en dessous de ce seuil, afin de pouvoir leur imposer la pose de ces congés payés.

La Fnac, qui a réalisé en 2019 un bénéfice net de 114 millions d’euros, semble pourtant loin d’être aux abois. Dimanche, le groupe Fnac-Darty était même le premier grand groupe français à obtenir l’un des fameux prêts garantis par l’Etat à hauteur de 500 millions d’euros pour lui permettre de passer le cap de la pandémie.

Publié le 26/04/2020

Le traitement médiatique de la crise sanitaire chez France Télévision épinglé par… les journalistes !

 

(site lepoing.net)

 

Les JT de France Télévisions jouent le rôle de "voix du gouvernement"

Les syndicats de journaliste des chaînes de France Télévision en ont gros sur la patate ! En cause, la ligne éditoriale fixée par la direction de l’information. Traitement compassionnel des sujets liés au milieu hospitalier, absence d’échos des préoccupations d’une partie de la population face au rôle croissant que joue le Ministère de l’Intérieur dans la société française, absence de contradiction face aux discours du Medef et des ministères : les syndicats de journalistes nous décrivent de l’intérieur une presse aux ordres !

Le Syndicat National des Journalistes, non-affilié, n’y va pas avec le dos de la cuillère : « La direction de l’information assume la ligne éditoriale qu’elle a fixée. Il s’agit pourtant trop souvent d’un discours unique et formaté, relayant la communication gouvernementale. Les éditions nationales de JT, en particulier le 20h de France 2, sont transformées en un interminable défilé de ministres et responsables politiques LREM. Le tout avec un rappel permanent et moralisateur à la solidarité et à la responsabilité individuelle de chaque citoyen.

Mais rien, ou si peu, sur les responsabilités et devoirs du pouvoir politique. Aucune mise en perspective des faits : pourquoi avoir négligé pendant des mois les grévistes de l’hôpital public, qui réclamaient des moyens supplémentaires ? Fallait-il organiser le premier tour des municipales ? Le gouvernement a-t-il sous-estimé les alertes ? » Si l’organisation concède que les éditions numériques offrent bien plus de place à tous ces questionnements, c’est du côté des éditions nationales des Journaux Télévisés, les plus regardés, que le bât blesse beaucoup plus nettement !

Un sentiment partagé par les syndicalistes de la CGT-SNJ, qui évoquent des JT de France 2 où les soignants sont loués à longueur d’édition pour leur résistance à la fatigue que doit provoquer chez eux la situation. Sans jamais que ne soient évoqués les nombreuses images qu’un certains nombre d’entre eux font circuler sur les réseaux sociaux, et qui appuient sur le dramatique manque de matériel dans les hôpitaux.

Dans le viseur de la CGT également, l’absence de contradicteurs face aux discours directement relayé du patronat ou du ministère de l’Économie sur la « nécessaire reprise économique » du pays. Ou encore les injonctions à ce que les journalistes rassurent les téléspectateurs dans ces moment difficiles. Le syndicat rappelle que le rôle d’un journaliste n’est pas de rassurer, encore moins de dédouaner un pouvoir en assommant les téléspectateurs de questionnement mièvres. Mais bien de poser les questions les plus pertinentes que possible, de manière à permettre à chacun de se faire son avis.

<Publié le 25/04/2020

Bruxelles prend prétexte du Covid-19 pour bloquer les mesures contre les inégalités femme-homme

 

Kareen Janselme (site humanite.fr)

 

La Commission européenne veut mettre en veilleuse ses mesures contre l’inégalité salariale prétextant les difficultés liées à la crise sanitaire. Les femmes sont pourtant en première ligne face à l’épidémie.

Infirmières, caissières, aides à domicile, assistantes maternelles, agentes du nettoyage… Les femmes sont partout appelées au front pour lutter dans cette « guerre » contre le coronavirus, mais pour l’égalité on verra plus tard… En catimini, l’air de rien, la Commission européenne s’apprête à freiner la mise en place de mesures contraignantes pour combattre l’inégalité professionnelle entre les femmes et les hommes. La présidente Ursula von der Leyen avait promis de présenter durant les cent premiers jours de son mandat des mesures visant à réduire l’écart salarial de 16 % en moyenne constaté dans l’Union européenne. Comme Emmanuel Macron en France qui en avait fait sa « grande cause nationale du quinquennat ». Paroles, paroles… La réalité s’éloigne encore des textes européens qui ont érigé en principe «  à travail égal, salaire égal ».

Les femmes représentent 78 % du personnel de santé

La Confédération européenne des syndicats vient en effet de découvrir que la Commission européenne allait revenir sur sa promesse « d’introduire des mesures contraignantes pour promouvoir l’égalité et l’équité des rémunérations en raison de la crise du coronavirus » cet automne. Un passage, relevé dans un document de travail, remet en effet aux calendes grecques les engagements tenus avant la crise : « Bien que la transparence des rémunérations ait été inscrite dans les orientations politiques, il faut noter que tout changement important entraînera inévitablement un surcroît de charge administrative pour les entreprises. Il faut donc s’interroger si l’automne est réellement le moment approprié pour cette proposition. » Une trahison pour la CES « à l’égard des millions de femmes qui occupent une part disproportionnée d’emplois qui les placent en première ligne de la crise sanitaire ». 78 % de l’ensemble du personnel de santé, y compris 4,1 millions de prestataires d’aide aux personnes, sont des femmes comme le confirme Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne. Précisons que leur taux d’exposition au virus n’est pas proportionnel au montant de leur salaire, bien au contraire…

L’égalité salariale : un principe consacré par les traités européens depuis 1957

Dans un courrier adressé à la Commissaire pour l’égalité, la secrétaire générale adjointe de la CES, alerte sur une « erreur aux conséquences considérables » à rectifier d’urgence. « Nous rappelons à la Commission que l’égalité salariale n’est pas une prime pour les bons jours mais un principe consacré par les traités européens depuis 1957, écrit Esther Lynch. Aujourd’hui plus que jamais, il faut que ce principe devienne réalité pour toutes les travailleuses sous-évaluées et sous-payées. » La secrétaire générale adjointe rappelle que la première femme à prendre la tête de l’exécutif européen, Ursula von der Leyen, « a fait de la transparence obligatoire des rémunérations l’une de ses premières priorités. L’abandonner maintenant serait un manquement grave à sa parole ».

«Rien n’est jamais définitivement acquis», disait Beauvoir

Pour infléchir la prise d’une mauvaise décision, 21 syndicats nationaux de 14 États membres et 6 fédérations syndicales sectorielles européennes ont déjà protesté auprès des commissaires européens contre la proposition de renoncer aux mesures concernant la transparence des salaires. Au Danemark, malgré la crise financière de 2008, le gouvernement n’avait pas dérogé à sa politique d’égalité salariale. Dix ans plus tard, quatre économistes constataient dans la Harvard Business Review la réduction des inégalités professionnelles dues à l’instauration d’une loi imposant la publication des salaires. Une démonstration que la commission européenne ne devrait pas négliger. « Rien n’est jamais définitivement acquis, avertissait déjà Simone de Beauvoir en 1949. Il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Votre vie durant, vous devrez rester vigilantes. »

Publié le 20/04/2020

La députée LREM récupère les humanitaires, et en même temps sa police les fracasse

(site le poing.net)

 

La députée de l'Hérault LREM Coralie Dubost vante le travail des bénévoles de Montpellier, pendant que sa police les maltraite

Une semaine d’aide alimentaire aux SDF de Montpellier. Lundi à la gare, un bénévole se fait démolir par des policiers. Samedi, la députée Coralie Dubost garnit son compte Twitter en jouant aux humanitaires

Une grave crise comme celle que nous traversons, encourage dangereusement notre penchant à bien aimer la main gauche de l’État (la généreuse, la protectrice), et nous accommoder de sa main droite (l’autoritaire, la répressive). Totale erreur. Ne jamais oublier qu’il s’agit des deux faces d’une seule médaille : celle d’un Etat qui contrôle et amoindrit la puissance autonome de nos existences. Caricature en est donnée, par une coïncidence survenue dans l’actualité montpelliéraine de la semaine écoulée.

Pas plus tard que samedi, Coralie Dubost – omniprésente dans les pages de Gala depuis que son conjoint Olivier Véran a été nommé ministre de la Santé – députée de la 3e circonscription de l’Hérault, se pique de se préoccuper des plus pauvres. Elle se présente à la maraude de l’Association humanitaire de Montpellier, dans les locaux de l’Espace Martin Luther King, sur le boulevard Louis Blanc, à deux pas du Corum.

Cette maraude jouit d’une très bonne image. Elle est portée, cœur sur la main, par des personnes souvent jeunes, de tous milieux et origines, avec une fraîcheur qu’on trouve moins dans des structures de plus vieille souche. Pour autant, un mix de petits moyens, d’immense bonne volonté, et d’engagement énergique, assure une prestation de très bon niveau. Des dizaines de bénévoles se relaient pour distribuer quotidiennement cent cinquante repas environ, mais aussi amorcer un accueil social.

N’y a-t-il pas là de quoi enchanter une élue de la majorité, qui a mimé ce travail bénévole pour un seul soir, passant masque (que l’association récupère auprès d’autres humanitaires – on en est là – sans moyen d’en distribuer aux SDF en péril), gants et charlotte. Après quoi, il lui fallait vite rentabiliser la chose, en se précipitant sur son compte Twitter. Là elle s’émerveille – comme c’est charmant – que « loin des visios qui ont remplacé nos institutionnels travaux et réunions », elle ait pu opérer « un retour à l’essentiel, le partage de l’action directe (sic). Distribution alimentaire aux démunis – ce ton de dame patronesse… – avec les belles associations (sic) etc. Belles, bêle.

Cette récupération sans vergogne fait enrager quand on observe les risques de contamination pris par tous ces bénévoles, assurant un service public qui coûterait au moins dix fois plus cher à la collectivité, si toutefois les pouvoirs publics, mairie, préfecture, daignaient assumer leur responsabilité face à la grande pauvreté qui règne dans les rues de la ville. Mais enfin, il restait à l’Association humanitaire de Montpellier de relater l’événement sur sa page Facebook, non sans rappeler que d’autres élus prêtent la main (certaine quasi quotidiennement à titre personnel), et remercier diverses instances qui apportent quelque appui en personnel ou matériel.

Prudemment, le message associatif précisait : « Aucun commentaire de règlement de compte sur un élu ou l’autre ne sera toléré sur notre page », du fait que cette association ne prône que « le vivre ensemble au service de l’humanité », cela « sans aucune appartenance religieuse ni politique ». Limites du bénévolat associatif… On a quand même pu lire ce message impertinent : « Madame Coralie Dubost, députée LREM, est-elle au courant du nombre de nouveaux pauvres que la politique de son parti crée tous les jours ? Ha non, c’est vrai qu’ils ont supprimé l’Observatoire national de la pauvreté ».

Puis on lui suggèrera de mieux se renseigner sur la vie des volontaires des « belles associations » qui l’enchantent. On découvrait en effet, ce même lundi 20 avril, un communiqué porté par neuf associations montpelliéraines, regroupées dans une autre plateforme d’aide alimentaire créée dans le cadre de l’épidémie, engageant soixante bénévoles de terrain, avec le soutien de la Ville de Montpellier et de la Préfecture de l’Hérault. C’est du lourd : Luttopia, Deux Choses Lune, AREA, Secours catholique, Médecins du Monde, Ligue des droits de l’Homme, Cimade, Petite cordée, Secours populaire français.

C’est un membre chevronné de cette dernière association, M. G., trentenaire confirmé, mais de peau basanée – on craint que cela ait pu jouer… – qui s’est fait agresser brutalement en début de semaine passée. Lundi 13 avril, 13 heures, il veut prendre un bus à proximité de la gare, pour rejoindre les locaux de son association. Déboulent, très directement sur lui, des policiers vérifiant les attestations dérogatoires de circulation sur la voie publique. M. G. a bien la sienne, dernière case cochée (“Participation à des missions d’intérêt général sur demande de l’autorité administrative”), ses papiers d’identité, mais encore un ordre de mission, nominatif, signé du responsable local du Secours populaire.

Mais rien qui retienne un premier policier de lui hurler dessus, en gerbe de postillons, jetant ses papiers à terre, en l’accusant de « rompre le confinement ». Et puisqu’on est sous le régime de Macron, ce gouvernement LREM, celui que soutient si fort Coralie Dubost, dont le ministre Castaner a assuré qu’il couvrirait toute action, tout comportement policier quels qu’ils soient, on pouvait s’attendre à ce qu’un second agent en uniforme se précipite sur M. G., le rejette vers l’arrière, d’une forte pression du poing. D’où une chute, très violente, contre une poignée métallique d’une porte de la gare. Bilan : cinq jours d’I.T.T.

Ainsi instruit des mœurs du monde de Dubost, le malheureux a déposé signalement auprès de l’IGPN, et plainte en gendarmerie, avec recommandé / accusé de réception au Procureur de la République, complété d’une demande de réquisition des enregistrements de vidéo-surveillance. Mais bon, dans ce registre, à Montpellier comme ailleurs, on sait que même la perte d’un œil ne saurait justifier qu’on bouge un petit doigt. Dubost et son monde.

Le communiqué associatif exige toutefois que, devant un tel « manquement manifeste aux règles déontologiques », et ces « violences sans fondement », qui n’ont rien d’isolé sur le plan national, « toute lumière soit faite, et justice rendue ». Il est également rappelé que « tous les bénévoles agissant dans les mêmes conditions sont potentiellement concernés ». Mais bon, nul doute qu’en cas de nouvel incident, Coralie Dubost se précipitera pour suppléer au cinq jours de bénévolat soldés en Incapacité temporaire de travail, par sa police déchaînée.

Publié le 23/04/2020

RTT, congés : l’État comme les entreprises pourront se servir

 

Stéphane Ortega (site rapportsdeforce.fr)

 

Par une nouvelle ordonnance, le gouvernement impose aux agents de la fonction publique la perte de RTT et de congés pendant la période de confinement. Le 25 mars, soit deux jours après l’entrée en vigueur de l’état d’urgence sanitaire, il avait déjà autorisé les entreprises à faire de même, malgré quelques garde-fous.

 

C’est à croire que le confinement était des vacances ! Les agents de la fonction publique d’État qui étaient éloignés de leur lieu de travail se verront amputés de jours de repos. Pour celles et ceux qui ont bénéficié d’une autorisation spéciale d’absence (ASA) entre le 16 mars et le 16 avril, l’ordonnance du 15 avril, publiée dès le lendemain au Journal Officiel, prévoit le retrait de 5 jours de RTT. Une décision qui concerne les fonctionnaires qui ont été en arrêt pour garder leurs enfants. Une double peine pour ces agents confinés avec des enfants enfermés à domicile après la fermeture des écoles. Particulièrement pour les parents isolés, majoritairement des femmes, pour qui ce moment a été un vrai travail à temps plein, bien éloigné de repos ou de vacances.

Même tarif pour celles et ceux dont les services ont fermé ou l’activité a été supprimée pendant cette période, parce que non compatible avec le télétravail et la réduction de la circulation du Covid-19. Cinq jours de RTT en moins, entre le 16 mars et le 16 avril. Et rebelote entre le 17 avril et la fin de l’état d’urgence sanitaire ou la reprise d’activité : 5 jours de RTT ou de congés annuels en moins. Soit en tout 10 jours de repos qui sautent en deux mois de confinement pour celles et ceux ayant été placés en ASA. L’exécutif n’a pas oublié la situation des agents ne bénéficiant pas de RTT ou les ayant déjà épuisées. Pour eux, ce sera six jours en moins pris sur les congés annuels ou le compte épargne temps. Enfin pour les temps partiels, le nombre de jours récupérés par l’administration sera au prorata du temps de travail.

Dans la fonction publique d’État, seuls les enseignants, sur lesquels le gouvernement compte pour la sortie progressive du confinement le 11 mai, ne sont pas concernés par l’ordonnance. Pour les deux autres fonctions publiques, là où l’exécutif a eu la décence de ne pas appliquer ces mesures aux agents hospitaliers, il n’en est pas de même pour les territoriaux. L’État renvoie le soin d’appliquer les mêmes dispositions aux directions des collectivités locales : communes, départements et régions.

 

Je télétravaille, tu télétravailles… ils nous prennent des RTT

 

Le 25 mars, soit deux jours après l’entrée en vigueur de l’état d’urgence sanitaire, il avait déjà autorisé les entreprises à faire de même, malgré quelques garde-fous.

Le télétravail ne serait-il pas du travail ? C’est ce que pourrait laisser penser l’ordonnance du 15 avril. En la matière, le gouvernement fait « grâce » de la période allant du 16 mars au 17 avril en termes de RTT imposées, mais permet de soustraire 5 journées entre le 17 avril et la reprise d’activité. Cette récupération de RTT ou de jours de congés est à la discrétion des petits chefs en fonction « des nécessités de service », précise l’article 2 de l’ordonnance. Enfin, le délai pour prévenir les agents concernés est fixé à un jour franc. Arbitraire garantie !

Que ce soit pour le télétravail ou les autorisations spéciales d’absence, le gouvernement ne cache pas ses intentions : la reprise de l’activité économique. Le rapport de présentation de l’ordonnance explique que « les agents publics auront un rôle important à jouer pour relancer l’activité dans notre pays et cela nécessitera la mobilisation et l’implication de l’ensemble des agents ». Hors de question pour l’État que des fonctionnaires puissent faire valoir l’ensemble de leurs congés dans les mois qui viennent. Pour lui, « il convient donc d’anticiper dès à présent cette sortie pour garantir la continuité des services publics en évitant toute désorganisation ».

 

Les entreprises privées ne sont pas en reste

 

La même logique prévaut pour le secteur privé. Dès le 25 mars, une ordonnance dérogeait au Code du travail pour permettre notamment d’allonger la durée légale hebdomadaire à 60 h au lieu de 48 H. La question des congés annuels et des RTT y était aussi abordée. Sous réserve d’un accord d’entreprise ou de branche, les employeurs peuvent imposer le moment de la prise de 6 journées de congés. Si dans les grandes entreprises, cette obligation d’accord limite les possibilités des patrons, dans les petites, cela sera bien plus facile. En plus des six journées de congés, et là unilatéralement, les employeurs peuvent imposer et déplacer jusqu’à dix jours de RTT. Avec pour seule limite dans le texte : « lorsque l’intérêt de l’entreprise le justifie »

Des mesures qui dans le privé vont bien au-delà de l’État d’urgence sanitaire puisqu’elles courent jusqu’au 31 décembre 2020. Certaines entreprises se sont d’ailleurs empressées d’utiliser ces nouvelles dispositions. C’est le cas notamment de la SNCF. Sa direction n’a certes pas réussi à imposer un accord aux organisations syndicales pour supprimer des congés, pour autant, début avril, elle a imposé la prise de 5 RTT (appelés repos compensateur dans l’entreprise) pendant la période de confinement. À n’en pas douter, un cas qui risque de faire école.

Publié le 22/04/2020

Caroline Fiat, députée FI : « Il était évident que la moindre crise sanitaire provoquerait une catastrophe dans les Ehpad »

 

Diego Chauvet (site humanite.fr)

 

"Peut-être parce que je ne suis qu’une aide-soignante, ils n’ont jamais tenu compte de mes propositions."  La députée de Meurthe-et-Moselle ne décolère pas : elle avait remis un rapport en mars 2018, dans lequel elle alertait sur une situation invivable en temps normal, a fait des propositions, a proposé son aide à Emmanuel Macron... En vain.

Votre rapport soulevait-il des risques avant la crise sanitaire ?

Caroline Fiat. Nous l’avons rendu en mars 2018. Il soulevait déjà que la situation était invivable en temps normal. Il était donc évident que la moindre crise sanitaire provoquerait une catastrophe. Le gouvernement était au courant, mais rien n’a été fait pendant deux ans. Lorsqu’il n’y a pas assez de personnel dans ces structures, les salariés sont fatigués, donc immunodéprimés, et davantage sujets à être porteur du Covid-19 et à faire entrer le virus dans les établissements.

Que pensez-vous du coup de l’hécatombe dans les Ehpad ?

Caroline Fiat. Je ne décolère pas, parce que j’avais proposé mon aide. À Emmanuel Macron d’abord, lorsqu’il était venu sur ma circonscription en 2018. Au gouvernement ensuite, par une question écrite, en lui rappelant que l’isolement dans les structures médico-sociales est pesant et dangereux. Peut-être parce que je ne suis qu’une aide-soignante, ils n’ont jamais tenu compte de mes propositions. Dimanche soir, Olivier Véran a annoncé le rétablissement des visites dans les Ehpad. A-t-il prévu le matériel nécessaire alors qu’il n’y en a pas assez pour les soignants ?

Que proposiez-vous dans votre rapport ?

Caroline Fiat. Déjà un ratio minimal de 0,6 soignant par résident au lieu de 0,2 aujourd’hui. Ensuite, davantage de moyens matériels, qui auraient permis d’avoir des masques, par exemple. Nous formulions des propositions sur la gestion quotidienne également, le rôle des départements, la diminution du reste à charge pour les familles. Je préconisais également l’interdiction du privé à but lucratif dans la gestion des Ehpad. Lorsque Korian se plaint auprès du gouvernement parce qu’ils n’ont pas de masques, c’est anormal. Quand on est en mesure de distribuer des dividendes à ses actionnaires, on peut se constituer un stock de masques. Ils ont une responsabilité dans cette situation. Aux Pays-Bas et au Danemark, les Ehpad, même privés, n’ont pas de but lucratif.

Comment le gouvernement avait-il réagi à vos propositions ?

Caroline Fiat. Agnès Buzyn s’est empressée de commander deux autres rapports pour faire oublier le nôtre, en vain. Le gouvernement nous a ensuite promis une loi autonomie-grand âge pour fin 2019, sans cesse repoussée.

Entretien réalisé par Diego Chauvet

Publié le 21/04/2020

Le lobbying du monde d'avant se porte bien au temps du Covid-19

 

Par Laure Equy — (site liberation.fr)

 

Le député Matthieu Orphelin a écrit à plusieurs organisations d'entreprises, dont le Medef et l'Afep, qu'il accuse d'«actions coordonnées» auprès du gouvernement pour lui demander d'annuler ou de reporter certaines normes environnementales.

  • Le lobbying du monde d'avant se porte bien au temps du Covid-19

Les grandes entreprises, y compris les plus polluantes, poussent-elles en sous-main pour une relance post-confinement s’asseyant sur les normes environnementales en application ? C’est ce que redoute le député (ex-LREM), Matthieu Orphelin, qui a écrit, ce lundi, à plusieurs patrons des patrons pour leur demander des comptes sur leurs «actions de lobbying pendant la crise du coronavirus». Alors que la catastrophe sanitaire a mis le gros de l’économie à l’arrêt, «il est normal que vous vous mobilisiez auprès du gouvernement pour le compte des entreprises que vous représentez», en particulier pour la sauvegarde des emplois, convient l’écologiste dans ce courrier adressé aux présidents du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, du Comité des constructeurs français d’automobiles (CCFA), un syndicat adhérant au Medef, de l’Association française des entreprises privées (Afep) et au directeur général de l’Association internationale du transport aérien (Iata). Mais l’élu du Maine-et-Loire juge «moins normal – voire inacceptable – que cette crise économique soit utilisée comme prétexte pour contourner, voire supprimer, les lois et réglementations environnementales en vigueur ou pour demander de différer les engagements pris sur la baisse des émissions» de gaz à effet de serre.

«Actions coordonnées»

Matthieu Orphelin pointe plusieurs «actions coordonnées, et, pour certaines très discrètes» et en cite quatre qui auraient été menées auprès du gouvernement : un courrier du Medef à Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire, qui demanderait «un report de certaines dispositions» des lois mobilités et énergie-climat, «une note de synthèse de l’Afep au gouvernement, demandant notamment un report des dispositions de la loi économie circulaire et de la révision de la directive émissions industrielles», «des documents et échanges avec le gouvernement», menés selon lui par le CCFA, pour «revenir sur la réglementation européenne» qui impose, à partir de 2020, des réductions de rejets de CO2 pour les voitures neuves, et enfin des demandes de l’Iata qui viseraient à «reporter le système de compensation des émissions du transport aérien» censé entrer en vigueur cette année.

20 milliards sans engagements

Des requêtes «particulièrement choquantes», accuse Orphelin qui rappelle que, dans son projet de loi de finances rectificative (PLFR), le gouvernement a fait voter samedi à l’Assemblée nationale un crédit de 20 milliards d’euros pour le sauvetage de grandes entreprises dites stratégiques au titre des participations financières de l’Etat. Et ce sans engagement social ou environnemental concret en contrepartie – à charge pour l’Agence des participations de l’Etat de veiller à ce que les entreprises concernées intègrent des objectifs, notamment en matière de lutte contre le changement climatique, dans leur stratégie. Si Bercy ne liste pas les entreprises concernées, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a déjà cité Air France ou Renault.

Le député Orphelin réclame à ces organisations la publication de ces courriers, «dans un souci de transparence des relations entre les lobbys et les responsables politiques». Les intéressés n’en ont pas l’obligation : la loi Sapin II de 2016 oblige les représentants d’intérêts à s’inscrire sur un registre public tenu par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) afin de rencontrer des élus, ministres, conseillers ministériels, hauts fonctionnaires, mais sans avoir à mentionner très précisément la nature et le but des échanges ni les personnes rencontrées ou contactées.

 

Laure Equy

Publié le 20/04/2020

Hommage. Luis Sepúlveda est mort

 

serge pey (site humanite.fr)

 

Serge Pey est poète, artiste, universitaire à Toulouse. Pour l'Humanité, il rend hommage à l'auteur, à l'ami. 

La vérité se retourne parfois comme un gant pour chercher sa main. Ainsi est la mort qu’il nous faut savoir retourner. Le virus que nous prenions pour un allié de la grève générale a tué un des nôtres. L’utopie perd son sang sur l’horizon et fait pleurer le soleil. La lumière est morte. La lumière est vivante. Il s’appelait Luis. Une majuscule de Luz devant une lumière sans majuscule. Sepúlveda est mort. Les journalistes qui enterrent le jour se mettent soudain à déterrer une histoire qu’ils ne connaissent pas, et que seuls les vieux et les chiens se souviennent. Il s’appelait Luis.

C’était il y a pas longtemps. Nous sortions avec Hugo et Chiara de la Villa Grimaldi. Je murmurais alors des poèmes devant les cages de torture, et seules les perruches qui sifflaient dans les arbres nous écoutaient. Mon ami regardait les fourmis à ses pieds qui transportaient des feuilles d’arbre et me disait que c’était les mêmes qui charriaient les cris de sa compagne que quarante ans avant des masques interrogeaient.

Luis. Camarade–lumière. On s’était connu jadis, hier, dans l’avenir, avec d’autres dans les marches armées de l’utopie face aux souliers cloutés de l’Amérique latine. Oui c’était hier. Oui, c’était demain. C’était un bistrot, et l’opération condor faisait rage parmi les nôtres, et on buvait les bières bouillantes qui restaient dans les frigos de l’histoire. Les perroquets en uniforme imitaient les chiens des nazis, torturant nos poèmes de sang et d’os. Tout le monde semblait mourir, mais Luis vivait pour faire vivre le monde car il racontait que des histoires de vie.

Il faudrait énumérer les titres de ses parenthèses de temps :

- un pistolet à poèmes pour protéger Allende dans la Moneda

- la prison de Temuco où les rats apprenaient à lire avec les soldats

- les balles dans la jungle sandiniste.

- le bateau vert de Greenpeace

- la traversée de l’Amérique latine sur la moto du Che

Mais nous buvons une bière mexicaine dans une boîte de fer. Luis était de la race des héros simples. Écrivain de la vie, de toute la vie, et de toute la mort, je lui murmurais en regardant monter les bulles de la bière, que nous aimions boire dans un verre, que la révolution est aussi une histoire de la littérature. Mon camarade avait conscience que son prénom était celui de la Lumière, et que c’était cette lumière qui lui donnait son courage devant les balles et les tournevis des mécanos de la poésie.

Cette lumière, dont il portait le nom, savait donner la parole à ceux qui ne l’avaient pas ou qui l’avaient oubliée. Oui, avec Luis on jouait parfois au foot avec le soleil justement quand la lumière parfois s’éteignait. Luis-la lumière riait souvent. Il disait qu’il fallait rire pour que notre soleil continue à briller dans l’absurde de l’univers où le grand sens parfois se cache. C’était le seul sacrifice que la poésie pouvait se permettre. Généreux dans ses éclats de rire, Luis, le camarade-lumière, portait la liberté dans sa main ouverte comme un livre déchiré, et notre rire jusqu’à la joie brûlait nos mains sur nos vieux Beretta. Luis avait le pardon des balles. Il était aussi un de ses poètes qui donnait les verbes aux pierres et aux chiens qui volaient comme des mouettes à Valparaiso devant les navires de guerre.

Luis savait parler aux fleurs quand les bouquets que nous offrions n’avaient qu’une fleur. Aussi, quand nos papillons ne volaient qu’avec une aile au-dessus des poubelles. Te souviens-tu Luis, camarade lumière ? Te souviens-tu ? Comme une chanson de Victor Jara.

Nous avons toujours un miroir à la poche, car nous avons été des miristes dans le monde, comme les miroirs d’un Mouvement Insurrectionnel du Rêve. C’est le titre que j’inscrivais sur la couverture de mon livre l’AGENDA ROUGE que je rédigeais patiemment chaque jour contre l’Histoire qui ne nous faisait pas de cadeaux de noces ni de communion. Pour toi le guérillero exemplaire. Parce que poète, dans le dédale des métaphores de nos stratégies.

Te souviens-tu Luis Sepúlveda, quand nous avions accompagné par nos chants et notre poussière, les espérances d’une Brigade internationale appelée Simon Bolivar ? L’Amérique latine reste la porte du monde. Oui, nous avons été en même temps des souliers et des pieds nus, et on a cloué nos souliers sur des croix. Luis, avec toi et tes mots, nous avons été des millions à passer notre temps à arracher nos orteils de ces poteaux croisés que les bourreaux plantaient sur nos chemins. Oui, nous avions eu le même âge, oui nous avions eu la même lune. Oui, nous avons joué au foot avec le même soleil. Oui, nous avons porté aussi d’autres noms pour qu’on ne nous reconnaisse pas dans les villes. Oui, tu as été un de ceux qui voulait déclouer le Christ de la croix.

Il y a quelque temps, j’avais décidé d’aller te visiter chez toi pour te remettre l’Agenda Rouge, dont Carmen Castillo t’avait parlé. C’était ce journal de la résistance chilienne du MIR, que tu avais eu en main à Santiago, lors de l’anniversaire de la mort de Miquel Enriquez. Mais trop tard. On ne se sera jamais revu ni échangé nos pseudonymes, ni nos verres de rhum, ni nos chargeurs, ni nos poèmes remplis de vin, ni nos larmes séchées qui creusent sans arrêt des rides de sel sur nos visages.

On ne pourra plus jamais boire chez Hector, dans tous les Rincon Chileno de la planète. Ni sur Mars ni Vénus, ni sur les extra-terrestres de la Révolution. Nous serions-nous reconnus après tant d’années ? Le temps nous a séparés comme une pomme coupée en deux dans le sens où elle roule pour voir l’étoile de notre espérance dévaler entre les poubelles le jour d’une grève générale illimitée. C’est avec une pomme que nous nous reconnaissions. Oui, une pomme coupée en deux dans le sens ou elle roule, car la poésie après tout n’est qu’une réflexion sur les étoiles.

Luis, tu savais déplacer le monde pour mieux le faire tenir debout, avec des mots saoulés de vérité. Avec une seule de leurs lettres, arrachée comme une plume à un oiseau, tu savais fait rire l’espérance. Tu disais qu’il fallait ériger des barricades de livres pour rêver, aimer et lutter. Même si les ordures psychopathes d’en face ne lisaient pas.

Nous te le promettons. Nous raconterons ton histoire. Car tes mots ont la force d’inonder les cimetières de mots d’amour, et distribuent toujours des cartes à jouer aux morts qui en ont assez d’être morts. Même si en se levant, ils titubent pour lancer des pierres sur les tortionnaires, depuis Jésus jusqu’à Victor Jara, en passant par Rosa Luxembourg ou la comandante Tana, devant les « pacos » qui leur donnent à boire une éponge trempée dans le vinaigre puant de l’Histoire.

Je pleure ce matin. Je n’ai jamais pu aller chez toi, te porter ce livre dont Carmen t’avait parlé. Je disais demain, et demain s’est soudain retourné dans les épaules. Uniquement ce souvenir où nous avions partagé ensemble, un ancien croisement tout neuf. Ce jour où dans une taverne d’Estelí une lune rouge s’était cassée au-dessus du comptoir et où un M16 à silence tirait sur des calendriers. Ce jour où chaque jour un saint était effacé par un des nôtres.

Bon voyage à ton voyage, Luis, mon camarade ! Toi que je récite par cœur dans le chili sans majuscule des chiens de notre espérance.

Hasta la poesia ! Siempre !

Serge Pey, 17 avril 2020

PS : Pour toi ce poème extrait d’un livre dont tu aurais aimé le titre : Apprentissage des synonymes, que je vais lire sur ta tombe mentale où nous serons des millions de lecteurs à manger tes cendres mélangées à tes livres brûlés.

l’infini

peut être divisé en deux

mais l’acte même de cette division


 

réalise deux parties


 

qui ne sont pas infinies


 

quand on coupe l’infini en deux


 

il commence par le point qui le divise


 

en deux morceaux


 

voici venir


 

les neiges rouges


 

voici le chant


 

des chemises égorgées


 

ainsi en commençant quelque part


 

l’infini cesse d’être infini


 

et crée deux droites


 

dont le bout est infini


 

mais dont le départ pour l’une


 

et l’arrivée pour l’autre sont finis


 

la division d’une droite


 

divise aussi le poème


 

car il s’agit de convaincre ceux


 

qui ne croient pas


 

même parmi nous,


 

mais qui remontent les horloges


 

en fermant les yeux


 

pour fixer une par une les lettres


 

du nom de l’horloger


 

nos vieux morts


 

ne pèsent jamais l’espérance


 

car ils savent


 

qu’elle se retourne


 

comme une pauvre veste


 

à la doublure déchirée


 

les porte-manteaux


 

ne sont pas des balances


 

et les poches pèsent plus


 

que leurs vestes


 

de carton


 

pour cette raison


 

jamais nos morts ne meurent


 

quand nous décidons


 

que le rien n’est qu’un instant


 

et que la joie ne ressemble jamais


 

à un éclat de rire

Par Serge Pey, poète d’action et plasticien toulousain, prix national de poésie. 

 

Publié le 19/04/2020

Le grand coup de bluff du groupe Sanofi

 

Florent LE DU (site humanite.fr)

 

Prétextant lutter contre les pénuries de médicaments, le géant de l’industrie pharmaceutique a annoncé la création d’une nouvelle entreprise consacrée à la production de principes actifs en Europe.

« D ans un contexte de pénurie croissante de produits pharmaceutiques, la nouvelle entité contribuera à sécuriser la fabrication des principes actifs. » Une communication subtile. Avec son nouveau grand projet, Sanofi se donnerait donc pour mission de combattre les ruptures de stocks de médicaments.

Le 26 février, le géant pharmaceutique a annoncé la future création d’une entité propre, regroupant six de ses onze sites de production de principes actifs en Europe. Des usines qui appartiennent aujourd’hui totalement à Sanofi, l’une des rares Big Pharma (à ne pas avoir massivement externalisé la production de principes actifs. L’objectif prétendu de la multinationale est d’augmenter cette production en Europe, alors que, désormais, 80 % de cette production mondiale se trouve en Asie, provoquant une dépendance sanitaire et d’importants risques de pénurie. « C’est une communication opportuniste », juge Thierry Bodin, responsable syndical CGT, qui rappelle que cette annonce a été faite au moment où la Chine était en confinement et les producteurs de principes actifs à l’arrêt, suscitant des craintes sur l’approvisionnement de ces substances et donc, en médicaments.

Une externalisation qui ne dit pas son nom

D’autant qu’à y regarder de plus près le projet de Sanofi aurait en réalité au moins autant de chances de faire baisser, à terme, la production de principes actifs en Europe que de l’augmenter. L’idée du géant pharmaceutique est de sortir les six sites de production (deux sont situés en France, les autres au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie et en Hongrie) du groupe. Donc, d’externaliser. Une nécessité, selon Philippe Luscan, directeur industriel du groupe : « Des laboratoires qui ont besoin de principes actifs ne font pas appel aux usines de Sanofi, car elles disent “vous êtes un concurrent, donc on ne va pas vous demander de fabriquer pour nous”. Avec une entité séparée, ce sera à nouveau possible. » Les usines n’étant plus estampillées « Sanofi », celles-ci seraient donc plus attractives pour les laboratoires pharmaceutiques concurrents, qui ont l’habitude d’acheter en Asie les substances dont ils ont besoin pour fabriquer leurs médicaments.

Sanofi conserverait 30 % du capital

Cette nouvelle entreprise pourrait même devenir le numéro 2 mondial dans le domaine, derrière le Suisse Lonza, avec un objectif de chiffre d’affaires de 1 milliard d’euros en 2022, année de son introduction en Bourse. Sanofi conserverait, à ce terme, 30 % du capital et l’engagement de s’y approvisionner pendant cinq ans. « Mais, au-delà, il n’y a aucune garantie que Sanofi continue à acheter ses substances actives auprès de ces usines, nuance Thierry Bodin. De plus, si Sanofi ne détient que 30 % des parts, alors une OP A sur cette nouvelle entreprise sera possible. Et rien ne dit qu’un éventuel repreneur ne voudra pas réaffecter ces sites et donc arrêter de produire des principes actifs. » Et par conséquent réduire un peu plus la maigre proportion de production européenne. Les quelque 200 principes actifs fabriqués par les six usines en question sortiraient donc du groupe Sanofi. Des molécules anciennes mais d’intérêt thérapeutique majeur, qui sont pour la plupart peu rentables.

« C’est un désengagement du groupe sur ces six sites, avec lesquels il ne réalisait plus de bénéfices importants », conclut le syndicaliste. L’objectif réel de Sanofi à travers ce projet ne serait donc pas, comme prétendu, d’aider à garantir une indépendance sanitaire en Europe mais bien, sans surprise, de se débarrasser de ses productions peu rentables pour sous-traiter, et augmenter ses profits. F. L. D.

Publié le 18/04/2020

Te regarder dans les yeux ! Par Olivier Marchais

 

(site humanite.fr)

 

Je dois te l’avouer maman, j’ai parfois imaginé ces moments : ta fin de vie, tes obsèques. Mais jamais je n’avais envisagé un tel scénario, de telles conditions, cette hécatombe dans ton dernier lieu de vie, que nous désignons par cet acronyme disgracieux : EHPAD. Notre société doit, devra affronter ton regard ainsi que celui de tous tes compagnons d’établissements, qui ont, qui vont succomber.

Ta fin de vie fut difficilement supportable, car il m’a été interdit de venir te voir durant les cinq semaines qui ont précédé ton décès. Comment psychiquement tu auras vécu cette longue période, seule ? Quelle compréhension as-tu eue de ce qui se passait dans le pays, autour de toi ? Et ces derniers jours, infectée par le virus, quelles ont été tes difficultés respiratoires ? Je n’aurai jamais ces éléments de réponses que j’allais chercher dans tes yeux, si bleus.

Nos rites funéraires empêchés, permettant à notre famille et à tes amis de se rendre au funérarium, de te voir une dernière fois, de prendre conscience de la réalité de ton corps désormais libéré. J’aurais tellement aimé glisser par moi-même dans ton cercueil 2, 3 goodies de Jojo, une photo de Cuba avec le grand barbu, un mini-roulement à billes de la SKF d’Ivry ou les Principes élémentaires de philosophie de Georges Politzer.

Et maintenant cette inhumation, à guichets fermés avec 20 personnes. Avec Annie, nous avons dû sélectionner les présents, c’est surréaliste comme exercice. Au cimetière, gestes barrières obligent, il nous sera interdit de nous étreindre, de pleurer dans les bras l’un de l’autre. Ensuite, nous serons assis et espacés de 2 mètres, craignant le moindre postillon du voisin. Car, après tout, même si nous partageons une même douleur, nous représentons potentiellement une menace.

Si je t’écris, c’est que le Covid-19 a eu raison de ta combativité. Tu n’es pas la seule, c’est une véritable hécatombe, dans ta résidence comme dans tout le pays.

Sur Favier-Bry, nous comptabiliserions, au 14 avril 2020, environ 40 décès dus au Covid sur 226 résidents. Tous les secteurs sont touchés, la quasi-totalité des résidents présenterait au moins un signe d’infection.

Comme me l’a écrit la fille d’une résidente, le 11 avril, en apprenant ton décès : « Dans ce contexte si angoissant où le coronavirus rôde sans pitié, ne pouvant rendre visite à maman, je m’inquiète chaque jour, malgré l’omerta ambiante, de son état de santé. »

À l’échelle du pays : 5 379 décès en Ehpad pour 15 206 décès sur l’ensemble du territoire, soit 35 % ! Plus de 1 décès sur 3 survient en établissement où résident seulement 700 000 personnes. Lorsque le virus entre sur un site, les taux de mortalité sont estimés au-delà de 20 % à 30 % (1).

Les personnels sont à bout, épuisés. Beaucoup sont touchés et l’absentéisme des aides-soignants le 3 avril s’élevait à 50 %. Tous semblent dépassés, tout semble s’écrouler.

Et pourtant nous devons les soutenir, reconnaître le dévouement des personnels, des aides-soignants, médecins, cadres. C’est bien évidemment un échec pour eux qui côtoient au quotidien les résidents, les familles, et qui se trouvent empêchés, démunis. Si tu savais comment « les premiers de corvée » ont remplacé « les premiers de cordée » ces dernières semaines, tu serais pleine d’espérance !

Mais si le Covid-19 est le 1 er responsable de la crise sanitaire actuelle, il ne peut être considéré comme le coupable du nombre si élevé de décès dans nos résidences. Car, depuis de nombreuses années, l’indifférence de nos politiques publiques, de nos gouvernements successifs est criminelle, indigne d’une grande économie.

Locaux inadaptés (absence de pièces de vie, d’équipements moteurs), manque de personnels soignants (kinésithérapeutes, ergothérapeutes, infirmières, médecins), manque d’aides-soignants formés (estimé à 60 000 personnes début 2019), manque de moyens matériels, etc.

Il y a quatorze mois, le 29 janvier 2018, Romain Gizolme, directeur de l’AD-PA (Association des directeurs au service des personnes âgées) parlait en ces termes sur Europe 1 (2)  : « Les Ehpad sont à la limite du point de rupture. C’est l’ensemble du secteur qui dit aujourd’hui que la situation n’est plus tenable. »

Le plan Grand Âge 2008-2012, conçu il y a quatorze ans, préconisait 10 agents pour 10 résidents (taux = 1), tous métiers confondus. En 2020, nous sommes toujours à 6 agents pour 10 résidents. En Allemagne et en Belgique, ils sont 8 pour 10 résidents, en Suède et au Danemark, 12 pour 10 résidents, sans pour autant avoir des tarifs supérieurs aux nôtres. La prise en charge de la dépendance aux Pays-Bas représente 3,7 % du PIB ; 2,5 % au Danemark. En France, nous sommes à 1,7 % du PIB (3).

Et, dans le même temps, l’âge d’entrée en institution augmente avec une dépendance accrue. Les trois quarts des résidents en Ehpad sont des femmes ayant entre 85 et 86 ans et majoritairement en GIR (groupe iso-ressources) 1 et 2, c’est-à-dire avec les niveaux de dépendance les plus élevés (4). GIR 1, GIR 2 : avec toi, j’ai appris à connaître ces acronymes, qui résument en quatre signes un enfermement, un confinement permanent.

Alors, dans un contexte où les professionnels du secteur dénoncent depuis des années l’absence de volonté politique, de moyens financiers et humains, avec des résidents vulnérables, auxquels s’ajoutent une pénurie de masques, de surblouses, une absence de dépistages, une sélection des admissions en soins intensifs dans les hôpitaux, comment penser éviter une telle hécatombe ?

Je crains que la mortalité en Ehpad dépasse la canicule de 2003, qui avait déjà fait 19 000 morts. Quelles leçons en avons-nous tirées ? Regardons la réalité en face : notre prise en charge du grand âge, de la dépendance, n’est pas digne d’un pays développé, de la 6 e puissance économique mondiale.

En t’écrivant, je voulais témoigner. Avant tout pour toi, pour moi, mais également pour tous « tes camarades d’Ehpad », comme nous disions. Témoigner pour tous ces morts, tous ces résidents en danger, avec l’espoir que, demain, notre société réagisse enfin, et qu’elle se donne les moyens d’affronter vos regards.

Olivier.

(1)  https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/13/la-situation-actuelle-de...

(2) https://www.europe1.fr/economie/maisons-de-retraite-lintenable-situation...

(3)  http://www.lcp.fr/emissions/etat-de-sante/290105-ehpad-ce-qui-se-cache-d...

(4)  http://www.maisons-de-retraite.fr/Actualites/Actualites-generales/Huit-p...

Publié le 17/04/2020

Europe 1 : les « hypocondriaques du droit de retrait » sommés d’aller bosser

 

par Denis Perais, Pauline Perrenot, (site acrimed.org)

 

En période d’épidémie, la question des risques pour celles et ceux qui sont contraints de travailler se pose plus que jamais. Pourtant, à l’antenne d’Europe 1, le mot d’ordre est clair : « au boulot ! » Qu’importe les risques et les conséquences sur la santé des travailleurs en première ligne.

Le droit de retrait est inscrit dans la loi : il permet à tout salarié ou fonctionnaire de se retirer de son poste de travail ou de refuser de s’y installer, et ce vis-à-vis « de toute situation de travail dont il a un motif raisonnable de penser qu’elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé ainsi que de toute défectuosité qu’il constate dans les systèmes de protection » [1]. L’exercice de ce droit est contrôlé par la justice prudhommale : comme le rappelle l’avocat Éric Rocheblaye, « nul ne peut dire si les salariés peuvent exercer leur droit de retrait, pas même les ministres. C’est au juge prud’homal de se prononcer. » (Le Point, 4 mars).

Pourtant, les chiens de garde de la station Lagardère l’affirment avec constance : les travailleurs ne pourraient en faire usage dans la période actuelle. Ils se font ainsi les relais de la communication patronale et gouvernementale, et en particulier des injonctions de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, qui entonnera ce couplet à maintes reprises [2].

Dans une chronique au titre sans équivoque, Nicolas Beytout est le premier à ouvrir les hostilités :


 


L’oreillette branchée sur le patronat, l’expert jette l’opprobre sur les salariés ayant recours au droit de retrait, en leur faisant porter la responsabilité de l’arrêt de l’économie :

Il y a sûrement aussi des arrières-pensées, des motifs cachés, des abus, des hypocondriaques du droit de retrait. Ceux-là portent une responsabilité particulière, celle de provoquer une autre contagion : une multiplication des arrêts de travail. Ce qui menace bien sûr, c’est l’épidémie elle-même. Mais c’est aussi l’arrêt de la société elle-même, et de toute l’économie : les transports en commun, les lieux de travail, où des dizaines, des centaines de salariés se croisent. Les cantines, les espaces de coworking tellement à la mode ; à ce compte-là, tout peut s’arrêter. Bon... vérification faite auprès des organisations patronales [et non syndicales, NDLR], il y a pour l’heure, très peu de cas remontés du terrain, et heureusement.

Mais mieux vaut prévenir que guérir, et Nicolas Beytout ne raterait jamais une occasion d’accabler des salariés, et en l’occurrence ici, de leur enjoindre de mettre leur vie ou celle des autres en danger. Au nom, qui plus est... du « civisme » :

Car le civisme, c’est ça aussi : ne pas profiter d’une situation générale de crise pour en tirer un avantage particulier. (4 mars)

Notons que Nicolas Beytout, jamais avare de leçon de civisme, n’aura pourtant pas un mot contre Total, qui le 1er avril (et sans poisson), versait 1,8 milliard de dividendes à ses actionnaires. Probablement au nom de l’intérêt général ?

Deux semaines plus tard, alors que le confinement est déjà la règle générale, Nicolas Barré, toujours sur Europe 1, est sur la même longueur d’ondes. Et commence par dévoiler – ô surprise – sa détestation des syndicats de salariés les plus en pointe sur la question du droit de retrait :

On assiste donc à une multiplication des demandes d’exercice du droit de retrait. C’est le cas en particulier à la Poste, où ces demandes se sont multipliées depuis ce mardi dans certaines régions, les Hauts de Seine, Grenoble, Marseille etc. Le syndicat SUD-PTT notamment, jamais en retard d’une revendication, est monté au créneau. Ce qui pourrait finir par poser des problèmes pour assurer la continuité du service public. (18 mars)

Cet intérêt soudain pour la sauvegarde du service public ne manque pas de saveur ! De la part du même Nicolas Barré qui appelait dès 2007, dans les colonnes du Figaro à des coupes drastiques dans les effectifs de fonctionnaires. Quant aux revendications des salariés de La Poste, il va de soi qu’aucune ne sera vraiment exposée par le journaliste, entrevoyant évidemment les « problèmes » à la seule loupe de la direction de l’entreprise [3].

Et l’éditocrate de pleurer à chaudes larmes à voir tant de productivité partir en fumée, tant il ne comprend pas pourquoi les ouvriers refusent d’aller perdre leur vie au travail alors que les carnets de commandes sont garnis :

Le patron d’une petite entreprise industrielle confiait par exemple qu’il avait du mal, depuis ce mardi, à convaincre certains de ses employés de venir. Ils sont aux abonnés absents et veulent être mis en chômage partiel, sachant que l’État a décidé, vu la nature exceptionnelle de cette crise, d’indemniser le salaire à hauteur de 70%. Des usines vont donc s’arrêter faute de salariés pour les faire tourner. Alors qu’elles ont des clients. C’est un comble

Mais rassurons nos lecteurs : jamais avare de « solutions », le journaliste ne va tout de même pas jusqu’à proposer au patron d’aller lui-même faire tourner l’usine !

Quant aux autres animateurs phares de la chaîne, ils ne sont pas en reste. Le 19 mars, Matthieu Belliard appelle à l’aide Patrick Martin, président délégué du Medef, contre ces salauds de fainéants que sont les salariés confrontés à l’épidémie du Covid 19 : « Est-ce que vous diriez qu’il y a un abus du droit de retrait ? » Du côté de Sonia Mabrouk, on est au diapason pour envoyer les salariés au boulot. Première question posée à Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT :

Emmanuel Macron exhorte les entreprises et les salariés à poursuivre leur activité. Est-ce que vous vous joignez à cet appel Laurent Berger ? Est-ce que vous demandez aux salariés à aller au travail ? (20 mars)

Sans oublier de louer les efforts de la corporation patronale : « Bien sûr, il y a beaucoup d’entreprises, et il faut le rappeler, de chefs d’entreprise, qui font en sorte que ces règles de précaution sanitaire soient respectées. »

 

***


Ce bref tour d’horizon, condensé de propagande patronale, vous est offert gracieusement par la station Lagardère. Est-il utile de préciser que cette morgue quotidienne est déversée par des commentateurs en télétravail depuis le 17 mars, protégés des nombreux risques auxquels les salariés, à qui ils contestent l’usage du droit de retrait, sont, eux, exposés ?


Denis Pérais et Pauline Perrenot

 

Annexe : Les morts n’ont pas tous la même valeur


Dans sa chronique du 30 mars, Nicolas Beytout rendait un hommage appuyé à Patrick Devedjian, ancien ministre de Jacques Chirac et proche de Nicolas Sarkozy, mais aussi chroniqueur dans le quotidien qu’il dirige, L’Opinion.

- Matthieu Belliard : Vous teniez à dire un mot de Patrick Devedjian, dont nous appris la mort ce week-end à soixante quinze ans, des causes du Covid-19. Il collaborait très régulièrement avec votre journal, L’Opinion.
- Nicolas Beytout : Oui, merci beaucoup Matthieu. C’était un grand esprit, un grand homme.

« Un grand esprit [et] un grand homme », dont la première des grandeurs était d’avoir la même obsession que lui : « La dépense publique, maladie de l’État » (Titre de la chronique de Patrick Devedjian du 8 mai 2019 dans L’Opinion).

Le 26 mars, Aïcha Issadounène, caissière dans un supermarché Carrefour de Saint-Denis – dont elle était par ailleurs déléguée syndicale CGT – décédait également de la maladie. Une information probablement perdue en route, puisqu’aucun hommage ne lui sera rendu par Nicolas Beytout, ou tout autre animateur de la station Lagardère à l’antenne.

Publié le 14/04/2020

 

Oxygène : lettre ouverte des ex-salariés de Luxfer à Emmanuel Macron

 

(site rapportsdeforce.fr)

 

Ils ont déjà sauvé les machines de l’unique usine de bouteilles de gaz à haute pression pour le secteur hospitalier, dont la production a cessé en mai 2019. Dès le 20 janvier 2020, ils ont occupé le site de Gerzat près de Clermont-Ferrand, empêchant pendant deux mois l’accès aux entreprises venues les détruire. Depuis plusieurs semaines, ils réclament leur nationalisation et ont écrit une lettre ouverte au chef de l’État que nous reproduisons ici.

 

 

Adresse des salarié.e.s de LUXFER Gerzat et de leurs représentants CGT et CFDT au président de la République

 

Gerzat, le 9 avril 2020

 

Monsieur le Président de la République,

 

L’entreprise Luxfer à Gerzat a derrière elle une longue histoire d’innovations qui lui a permis de passer de la production d’armement à la fabrication de réservoirs haute pression en fibre de carbone. Avec la perspective de mobilité décarbonée, de nouveaux marchés s’ouvraient, en complément de nos productions actuelles à destination des appareils respiratoires destinés aux usages médicaux et à la protection civile.

Parce que la profitabilité a été jugée insuffisante, parce que la réduction des capacités de production, sans considération des impacts sociaux et des impacts médicaux de cette décision, a paru le moyen le plus direct d’accroître les profits et satisfaire les attentes des fonds de pension, le groupe Luxfer a pris la décision de fermer notre site, détruire les capacités de production et licencier la totalité du personnel.

Depuis, les salariés n’ont eu de cesse de chercher des alternatives à cette fermeture. Plusieurs pistes se sont esquissées, plusieurs ont donné lieu à des travaux lourds, pour définir les modalités techniques de remise en marche du site, d’introduction d’activités nouvelles et les plans de financement associés, avec divers repreneurs et dans le cadre d’une reprise par les salariés.

Le groupe Luxfer est resté sourd à toutes ses demandes, fort du soutien inconditionnel de votre gouvernement, tant par son inaction que par ses actions. Ainsi, alors que le motif économique n’avait pas été reconnu par l’inspection du travail, votre ministre, madame Pénicaud autorisait le licenciement des délégués le 13 février 2020.

Si l’un de ces projets avait abouti, le site de Gerzat serait aujourd’hui en situation de produire quotidiennement près de 1.000 bouteilles d’oxygène par jour pour les mettre à disposition des services de santé et participer à la lutte contre la pandémie en France et dans le monde.

Pour nos clients, faute de bouteilles neuves, les travailleurs de l’industrie des gaz médicaux n’ont d’autre choix que d’approvisionner d’urgence l’ensemble du corps médical avec des bouteilles issues du stock tournant (ré-éprouvé) et ce, en flux tendu.

Les dérogations aux contrôles périodiques, accordées à la demande de L’AFGC et de L’EIGA en date du 19 mars 2020 par votre ministre la Transition écologique et solidaire en vue de « maximiser la quantité », est à même de présenter des risques lors du conditionnement. Cela ayant nécessairement des impacts sur la sécurité des personnels de conditionnement, des soignants et des malades. D’autant que la qualité de l’oxygène pourrait être altérée.

Nous vous rappelons que cela engage pleinement votre responsabilité.

Dans votre discours en date du 12 mars 2020, vous indiquiez que « Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie, au fond à d’autres, est une folie ». Sur la foi de ces propos, nous avons mobilisé, une fois encore, tous nos interlocuteurs et mis toute notre énergie à construire le plan de redémarrage d’urgence de l’activité.

Celui-ci, que nous avons finalisé dès le 23 mars 2020, permettait d’envisager la mise à disposition des premiers lots de bouteilles d’oxygène à compter de la 3e semaine de mai. Le 31 mars 2020, depuis votre visite dans une usine de masques, vous avez renouvelé vos propos et affirmé votre engagement à rebâtir l’indépendance de la France, notamment sur les produits de première nécessité pour faire face à cette crise.

Pourtant, à ce jour, et alors que la crise s’aggrave, rien n’a encore bougé dans notre usine. Tout reste à l’arrêt parce que vos services n’ont pas engagé la part du travail qui leur revient : mettre cet outil à disposition du bien commun, en passant par une nationalisation, la possibilité de recourir à cet outil ayant été évoquée par votre ministre de l’Économie à plusieurs reprises dans le cadre de cette crise.

Monsieur le président, votre élection vous a, pour la durée de votre mandat, mis en responsabilité de faire primer l’intérêt général sur l’intérêt privé. Plus encore dans la situation de crise sanitaire que connaît la France et le monde dans son ensemble, la préservation de la vie doit passer avant celle de leurs profits. Nous sommes prêts. Il ne reste qu’à traduire en actes concrets, vos engagements récents.

Publiéle 13/04/2020

Bruno Canard, le chercheur qui avait alerté en 2015 sur le risque de Coronavirus, dénonce le désengagement dans la recherche

 

nadège dubessay (site humanite.fr)

 

Depuis 2003, Bruno Canard, chercheur à Aix-Marseille, travaille sur les coronavirus. Il dénonce le désengagement européen et français dans le secteur des sciences.

Lorsqu’il relit les lettres d’intention qu’il avait adressées en 2015 à la Commission européenne avec ses collègues belges et hollandais, Bruno Canard en a les poils qui se hérissent. Le directeur de recherche CNRS à Aix-Marseille, spécialiste des coronavirus, y expliquait qu’il existait neuf familles de virus pour lesquelles une émergence était possible. « Le premier sur la liste était le flavivirus, explique-t-il. Le second, le coronavirus. Un an plus tard, apparaissait Zika, un flavivirus. Et aujourd’hui, le ­Covid-19, un coronavirus ! » La Commission européenne ne donnera jamais de réponse. Aujourd’hui, l’Europe met 10 millions d’euros sur la table. « Ridicule », rétorque Bruno Canard. « Dans l’urgence, nous devons rédiger des programmes jour et nuit. Monter des projets en un temps record. Au bout de deux ou trois ans, le virus aura disparu et on n’en parlera plus. »

Il faudra tirer les conséquences de cette épidémie

Le chercheur sait de quoi il parle. En 2002, avec l’apparition du Sars-CoV, un virus qui provoque une maladie infectieuse des poumons, l’Union européenne décide de lancer plusieurs programmes afin de ne pas être prise au dépourvu en cas de nouvelles émergences. Dès 2004, l’équipe de Bruno Canard, grâce à des réseaux collaboratifs européens, affiche des résultats prometteurs. « Nous avions eu cette idée qui s’est révélée fructueuse : les virus ont une capacité énorme à être différents, variés, avec de larges familles. Nous les avons donc étudiés tous en même temps, afin d’en avoir un modèle type qui nous permettrait, en cas de menace d’un virus inconnu, d’en trouver un proche, d’où nous pourrions extraire des données scientifiques. » Mais dès 2006, l’intérêt des politiques pour le Sars-CoV avait disparu. La crise financière de 2008 accélère le désengagement de l’Europe et de la France pour la recherche. Résultat : des stratégies de recherche fondamentale sont mises de côté ou perdent leurs crédits.

Pourtant, explique Bruno Canard, « l’émergence des virus va être de plus en plus rapide, du fait du changement climatique, de la perte de la biodiversité, de la déforestation ». Si cette recherche fondamentale n’avait pas été maltraitée, mais au contraire poursuivie de manière assidue, la science aurait eu la capacité de développer un médicament pan-corona, actif contre n’importe quel nouveau coronavirus qui apparaîtrait, assure le chercheur. Il dissipe au passage la confusion qui règne entre un vaccin et un médicament. « Un vaccin demande au mieux 18 mois de recherches. Et pour des virus non prévisibles, qui changent, il n’est pas adapté. Mieux vaut faire des médicaments qui ont un large spectre dans une famille virale. Cela peut nécessiter 5 ans, parfois 10. D’où l’importance de l’anticipation scientifique. » Aujourd’hui, dit-il, l’heure n’est pas à la polémique. « Il y a un devoir impératif d’écouter ce que nous dit le gouvernement. » Mais il faudra tirer les conséquences de cette épidémie. « Si seulement un peu de crédit impôt recherche pouvait être reversé pour irriguer la recherche, ça serait un bol d’air énorme. Et surtout productif. »

 

Nadège Dubessay

Publié le 11/04/2020

 

VENDÉE : LA GENDARMERIE EXPULSE LA “ZAD DE LA DUNE” EN PLEIN CONFINEMENT


Information parue dans nantes-revoltee.com le 09 avril 2020


Hélicoptère, militaires et incendies de cabanes pendant « l’état d’urgence sanitaire » !

Les autorités ne reculent décidément devant rien. Depuis plusieurs mois, en Vendée, une mobilisation s’organise contre la destruction d’une plage à Brétignolles, pour construire une « marina » inutile pour les privilégiés. Plusieurs manifestations ont réuni des centaines de participants, et des personnes occupent le terrain depuis des mois.

Mercredi 8 avril, la préfecture profite du confinement pour investir les terrains occupés et expulser les habitants et habitantes. Pas moins de 15 véhicules de gendarmerie avec des renforts, un hélicoptère et des unités du « peloton d’intervention de la gendarmerie » sont sur place. 15 personnes sont arrêtées.

La mairie envoie immédiatement des riverains incendier les cabanes, dans un élan pétainiste assez terrifiant, sous le regard des forces de l’ordre. Pas besoin d’attestation ! Rappelons que Macron avait promis une prolongation de la trêve hivernale…

Ce déploiement répressif contre des opposants écologistes est indécent en pleine crise sanitaire. D’autant plus qu’à cause du confinement, il était impossible pour les personnes expulsées de recevoir du soutien.

Voici le communiqué de la « ZAD de la Dune » :

« Evacuation en plein confinement, c’est ACABlant !!

En plein confinement, la ZAD de la Dune a été expulsée ce mercredi 8 avril en début de soirée, à grand renfort de gendarmes, PSIG, hélico et drônes… Nos 15 camarades présent.e.s sur place ont été nassé.e.s dans les champs puis embarqué.e.s vers 18h30 pour contrôles d’identité et sont en train de sortir de différents commissariats. Ils se retrouvent donc à la rue en pleine nuit et loin de tout soutien.

Vers 20 heures, les services techniques de la ville brûlent les cabanes avec toutes les affaires personnelles à l’intérieur !! Les camions aménagés, 4 chiens, 1 chat, 20 poules, 1 canard et Elizadeth notre truie sont envoyé.e.s à la fourrière. Il est inadmissible de profiter de l’état d’urgence sanitaire pour lancer de telles opérations.

Alors que la priorité du gouvernement devrait être d’ordre sanitaire, l’état paye le prix (c’est-à-dire nous) d’une opération militaire au moment même où on manque de masques si basiques pour protéger les soignant.e.s et la population ! Pour rappel, 1 heure d’hélico coûte déjà 4000€.

Puisque nous refusons la construction de ce port infâme et élitiste ainsi que tous les projets industriels, puisque nous refusons le coup d’état pandémique qui suivra la crise du coronavirus, puisque le monde qu’ils dessinent est à vomir, dès la fin du confinement, nous appelons à une réoccupation festive de la ZAD de la Dune !

D’ici là, utilisons les gestes barrières et n’oublions pas que sous les pavés la plage !! »

Publié le 09/04/2020

 

Tribune syndicats CGT de l'ENERGIE

 

UD CGT Hérault

 

En ce 8 avril 2020, jour du 74ème anniversaire de la nationalisation de l’électricité et du gaz, nous réaffirmons avec force que L’ENERGIE n’est pas une marchandise comme les autres mais bien une ressource vitale devant constituer un bien commun  !!!!

 

Nous sommes dans une crise sanitaire Historique à l’échelon national et international avec un pic épidémique qui n’est toujours pas atteint en OCCITANIE. Une crainte à appréhender, à anticiper à la lecture de « l’Epreuve épouvantable» qu’ont vécu et vivent encore les peuples de Chine depuis plusieurs mois, d’Italie et d’Espagne depuis plusieurs semaines et du nord de la France depuis plusieurs jours…

 

Dans cette séquence qualifiée de « guerre », les personnels hospitaliers, de l’Action Sociale, des EHPAD, de l’Aide à domicile mais également de toutes les activités essentielles grande distribution et commerces alimentaires, agroalimentaire, transports, logistique, pharmacie, information, des fonctionnaires état et territoriaux, et des agents, de l’eau, des déchets, la poste, les pompiers, et bien sûr de l’ENERGIE … sont en première ligne de cette guerre.

 

Dans ce contexte, la seule « arme » qui semble faire consensus est le confinement pour limiter l’interaction et relever le défi de la propagation !

 

Aujourd’hui, nous apprenons avec « stupéfaction » que des directions d’entreprises dans plusieurs secteurs « non essentiels » organiseraient la reprise d’activité de production y compris AIRBUS faisant même pression sur l’ensemble de sa filière de sous-traitance AERONAUTIQUE. 

 

Par la présente, nous secrétaires généraux des syndicats CGT des électriciens gaziers d’Occitanie souhaitons :

  • nous approprier, partager et amplifier tant sur le fond que sur la forme la démarche engagée et le contenu développé par nos camarades de la santé dans la tribune diffusé il y a quelques jours dans les médias,
  • Alerter sur l’irresponsabilité d’une telle perspective et la présente n’est pas de dénoncer un SCANDALE SANITAIRE mais bien d’éviter une CATASTROPHE SANITAIRE !

Reprendre l’activité serait suicidaire pour toutes et tous !

 

Nous, secrétaires généraux des syndicats CGT des électriciens gaziers du Languedoc-Roussillon ne comptons pas laisser les salariés dans leur entier constituer la chair à canon de ce secteur essentiel. 

Si votre travail n’est pas immédiatement nécessaire à la lutte contre la maladie et à la vie confinée, ne sortez pas de chez vous. L’heure est à la fermeture et à l’arrêt immédiat de l’ensemble des activités non essentielles. 

 

Cette séquence qualifiée de guerre rappelle que l’énergie est une ressource essentielle au fonctionnement de notre société et de notre vie à tous...

 

Cela rappelle pourquoi le 8 avril 1946 l’électricité et le gaz, avaient été considérés comme des ressources vitales et stratégiques, devant être sanctuarisées comme un bien commun dans un service public nationalisé avec des personnels protégés par un statut de haut niveau. Malgré la volonté destructrice de ce modèle, cette dimension fondatrice est viscéralement attachée à l’ensemble des agents électriciens gaziers et constitue leur principale fierté.

 

Conscients de leur place et de leur rôle dans le fonctionnement de la société, les électriciens et gaziers sont toujours restés engagé dans des actions fidèles à leurs valeurs de solidarité, et sont pleinement mobilisés aujourd’hui dans le combat, celui de la résistance face au virus. C’est avec cette même volonté qu’ils mettent aujourd’hui les centres de vacances, propriétés de leur Caisse Centrale d’Activités Sociales, à la disposition des personnes à risque pour leur assurer un confinement décent. Ces centres de vacances sont également à la disposition des mal-logés ou des personnels soignants.

 

Les électriciens gaziers s’organisent pour garantir et assurer la continuité du service pour combattre le virus, d’une part aux hôpitaux et d’autre part aux secteurs essentiels et à l’ensemble des usagers pour assurer le confinement le plus strict.

La seule arme qui fait consensus dans le période est le confinement. Alors en CONSÉQUENCE, les électriciens gaziers comptent agir en responsabilité en priorisant leur activité sur des tâches essentielles soit :

  • L’exploitation et le dépannage des sites stratégiques de Production, de transport, de stockage et de distribution d’énergie,
  • La mise en sécurité des personnes et des biens,
  • Le rétablissement à la puissance totale des foyers déjà coupées ou en limitation de puissance 
  • Le maintien en énergie et mise en service des installations desservant entreprises, exploitations agricoles et services publics essentiels,
  • Les mises en service des seuls ateliers, services publics, ou entreprises permettant de répondre à de nouvelles productions pour répondre aux besoins de la période,
  • Le maintien en énergie et mise en service des installations desservant uniquement des habitations principale,
  • La réponse à l’appel d’urgence (sécurité, manque d’énergie, demandes de raccordement dans les cas cités précédemment) en télétravail.

 

 

Hors de ce cadre, toute intervention serait totalement à contrecourant des exigences du moment pour ralentir la propagation du Covid19 et l’asphyxie des structures hospitalières.

De ce fait, cette action ciblée induit,

  • La Fermeture des sites non productifs et non stratégiques (plate-forme, etc.) ;
  • L’arrêt des Coupures et des limitations d’énergie pour des raisons financières ;
  • La Maintenance et la mise en service des résidences secondaires ;
  • L’arrêt des chantiers d’investissement programmés, …

 

 

Cette action ciblée est d’autant plus nécessaire pour éviter la propagation du virus au sein des effectifs et préserver un maximum de capacités opérationnelles pour ces actes techniques nécessitant des compétences particulières.

 

Une activité, des agents indispensables à l’intérêt de tous, qui rappelle que tous les moyens sans discussion doivent être mis en œuvre pour garantir la santé et la sécurité des travailleurs de l’énergie.

 

Nous secrétaires généraux de syndicats CGT de l’Energie, considérons que cette impérieuse nécessité s’applique au-delà des personnels sous statut à l’ensemble de la chaîne de sous-traitance.

 

Dans ce cadre, seules les entreprises indispensables à l’accomplissement de tâches essentielles doivent être sollicitées et mobilisées avec les matériels et procédures adaptés à la situation. En toute autre situation, les représentants du personnels CGT déclencheront la procédure de danger grave et imminent comme cela a déjà été le cas à GRDF et droit d’alerte à Enedis.

 

Pour cela, nous appelons à la responsabilité des pouvoirs publics qui doivent agir sans « ambiguïté » et prendre réellement toutes les mesures nécessaires pour que le confinement soit généralisé et efficace. Le principe de précaution implique à l’interdiction des licenciements et le maintien intégral des salaires avec l’octroi immédiat et sans délai du dispositif de chômage partiel afin de permettre aux salariés des entreprises « non essentielles » de subvenir à leurs besoins fondamentaux et à ceux de leurs familles. De la même manière, en tant qu’entreprises « donneuses d’ordre », les entreprises de la branche des IEG ont la responsabilité des salariés de leurs prestataires. A ce titre, elles doivent assurer leur sécurité financière, pourquoi pas par l’embauche statutaire de ceux exerçant des activités maitrisées à l’interne des entreprises de la branche et actuellement sous traitées. Dans la continuité, les entreprises de la branche ont aussi à assurer la sécurité financière des intérimaires et CDD qu’elles emploient en lieu et place d’emplois statutaires. C’est le procédé à l’embauche statutaire de tous les intérimaires et CDD et notamment ceux embauchés pour des « surcroîts temporaires d’activité » qui durent parfois depuis plusieurs années !

 

Pour autant, l’arrêt de chaque appareil, sous-entend aussi d’avoir fait vivre l’intelligence collective au travers de la question de la réorientation de la production ou du service, pour apporter le cas échéant, une éventuelle contribution à la réponse aux besoins de la période.

 

Depuis des années, les agents de l’énergie ne cessent de combattre les restructurations, les choix politiques de casse de services public et du statut au seul mot d’ordre de la concurrence et de la marchandisation. Ce processus destructeur entraine le bradage d’activités et de ressources au secteur privé, externalisations, baisses d’effectifs, fermetures d’accueils, baisses des investissements destinés aux infrastructures, à la recherche et au développement avec ses conséquences sur la continuité du service et sa sécurité.  ! Des choix qui ne sont que le reflet du jusqu’au-boutisme "fou" et irresponsable d’un capitalisme, mondialisé, financiarisé, court-termisme privilégiant la course aux profits au détriment de l’intérêt général.

 

La période dramatique que nous vivons confirme que les fondamentaux de notre société doivent changer pour que nous ne vivions « plus jamais ça ». La première richesse de ce pays, ce sont les Hommes et les Femmes qui y vivent et qui y travaille. La situation démontre que certaines activités sont indispensables, stratégiques et doivent être définitivement retirées du champ de la marchandisation et de la concurrence. Les salariés en première ligne aujourd’hui, ces travailleuses et ces travailleurs depuis longtemps dénigrés et sous-payés (fonctionnaires, caissières de supermarchés, livreurs, salariés des plateformes, personnel hospitalier, énergéticiens, personnel des services des eaux, aide et maintien à domicile…) mesurent jour après jour leur place et leur rôle dans la société et tout un chacun mesure qu’il ne pourrait pas vivre sans eux. Leurs activités doivent être sanctuarisées comme un bien commun et les personnels doivent être protégés par un statut qui témoigne de la reconnaissance que nous devons avoir pour leur travail.

 

Au travers de cette prise de conscience générale, il s’agit maintenant de se hisser à la hauteur de la crise, tant au national qu’à l’international et d’organiser la Résistance capable d’apporter la perspective d’un projet de société permettant d’affronter le présent et de bâtir l’avenir ! C’est tout le sens de la Tribune du vendredi 27 mars sur France Info "Plus jamais ça ! Préparons le 'jour d'après'" de 18 responsables d'organisations syndicales, associatives et environnementales lançant un appel "à toutes les forces progressistes et humanistes [...] pour reconstruire ensemble un futur, écologique, féministe et social, en rupture avec les politiques menées jusque-là et le désordre néolibéral".

 

Comme l’indique les statuts de la CGT « Les mutations du monde et des sociétés appellent à de nouvelles conquêtes sociales garantissant les droits fondamentaux des personnes et le respect des peuples, assurant que les richesses, fruit du travail des hommes, financent le progrès social, Le bienêtre et qu’elles concourent, au travers d’un nouveau type de développement, à la sauvegarde de la planète. »     

Cette rupture impérative impose de sortir immédiatement du carcan mortifère d’une société d’un temps passé. Comment alors, ne pas condamner dans cette période les discours du gouvernement visant à préparer les Peuples à payer l’addition, et bien entendu, les Actes consistant à poursuivre après le 49.3, son action « forcenée »de destruction massive des droits sociaux en procédant dans l’urgence par ordonnance entre autres à l’augmentation du temps de travail à 60H par semaine ! Comment ne pas s’indigner du seul discours culpabilisateur répressif au travers d’un confinement révélant le premier effet de la précarité, de la pauvreté, et première source d’inégalité en l’occurrence la situation intolérable du mal logement, voire l’absence de logement pour certains, dans notre pays ?

Le temps est à organiser la société pour économiser, protéger les travailleurs et les travailleuses des secteurs « essentiels » et permettre à chacun d’accéder au confinement le plus strict pour le bien de tous. Les mesures qui vont dans un autre sens sont inacceptables.

 

Nous secrétaires généraux des syndicats CGT des salariés des Industries Electrique et Gazière du Languedoc-Roussillon, appelons à la MOBILISATION DES SALARIES DES ACTIVITES NON ESSENTIELLES AU NOM D’UN SEUL MOT D’ORDRE :

 

«  LE PRESENT ET L’AVENIR SONT ENTRE NOS MAINS, SOYONS UNIS, MOBILISÉS.

AUJOURD’HUI, DONNEZ VOS MASQUES, DÉPOSEZ VOS OUTILS DE TRAVAIL ET RESTEZ CHEZ VOUS

POUR VOUS PROTEGER, NOUS PROTEGER TOUS,

POUR DEMAIN ETRE PLUS FORT, POUR IMPOSER ENSEMBLE, UNE AUTRE SOCIETE

ET VIVRE « DE NOUVEAUX JOURS HEUREUX !!!! »

 

Signataires de la tribune :

Gilles BOUIS, secrétaire général du syndicat CGT des Ingénieurs Cadres Techniciens de l’énergie de l’Aude.

Xavier CHARREYRON, secrétaire général du syndicat CGT de l’énergie des Pyrénées Orientales.

François LEFEBVRE, secrétaire général du syndicat CGT de l’énergie de l’Hérault.

Luc LLORCA, secrétaire général du syndicat CGT des Ingénieurs Cadres Techniciens de l’énergie de l’Hérault.

Slimane MADADI, secrétaire général du syndicat CGT de l’énergie du Gard.

Francisco POLICARPO, secrétaire général du syndicat CGT de l’énergie de l’Aude.

 

Publié le 08/04/2020

Parlons (Inter) Net

Alerte ! Armées de seringues, les blouses blanches cubaines avancent vers la France

 

(site legrandsoir.info)

 

Le 21 mars, 41 députés français de tous bords (du LR à LFI) ont demandé au Premier ministre d’autoriser le renfort dans l’hexagone de médecins cubains.

Le 29 mars, 12 médecins, 26 infirmières et un technicien cubains sont arrivés en Andorre, minuscule principauté dont le coprince est Emmanuel Macron.

RFI nous apprend le 31 mars 2020 que « Le gouvernement français accepte finalement, en pleine crise du Covid-19, d’accueillir des médecins cubains sur son sol. La Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et Saint-Pierre-et-Miquelon sont concernés ».

Bref, le gouvernement français demande l’aide cubaine en périphérie, là où ça ne se voit pas trop parce que, entre manger son chapeau et sauver des vies dans l’Hexagone, le choix est COR(o)N(a)EILLIEN.

Théophraste R. Auteur d’une ébauche de traduction (libre) du Cid, intitulée : « Rodrigo, ¿tienes corazón ? Por supuesto, y también tengo doctores ».

<Publié le 07/04/2020

Les charognards à l’affût ! Par Patrick Le Hyaric

 

Patrick Le Hyaric (site humanite.fr)

 

« En même temps » qu’ils multiplient les éloges sur les personnels de santé des hôpitaux publics, nos gouvernants commandent en douce des rapports qui visent à poursuivre l’asphyxie de notre système de santé public !

 

(Découvrez la note de la CDC en fin d'article)

 

 

Cette haute trahison, cette forfaiture, intervient alors que médecins, infirmiers ou réanimateurs se saignent aux quatre veines pour soigner et sauver des vies en mettant la leur en danger, du fait même des pénuries et négligences gouvernementales. Ce sale coup se prépare dans les arrière-cuisines peu ragoutantes des industries chimiques, des assurances privées, des banques et des cabinets ministériels. Les voici qui affûtent en bande organisée des projets pour tirer parti du drame planétaire et relancer le business capitaliste.

Par devant, le président de la République proclame d’une voix apeurée que la santé appartient « aux biens et service qui doivent être placés en dehors des lois du marché». Par derrière, il commande à la Caisse des dépôts et consignations, bras financier de l’Etat dont l’indépendance a encore été réduite avec la récente loi « Pacte », un rapport dont l’objectif est d’accélérer le processus de marchandisation de la santé. Ce même processus qui nous conduit aux actuelles hécatombes. 

Dans une copie destinée au cabinet élyséen, le service de prospection stratégique de la Caisse des dépôts prône le désarmement total de l’Etat social et de la protection des citoyens, la mise en concurrence plus grande des secteurs publics et privés pour abaisser encore les rémunérations des personnels de santé (lire ici la pièce jointe). Il propose d’accélérer les privatisations de l’hôpital public avec les fameux partenariats « public-privé » qui ont tous conduit à des fiascos sanitaires et économiques. Seules les banques s’en frottent les mains. 

Et rien n’est prévu pour augmenter les dépenses publiques de santé puisque nos ronds-de-cuir insistent pour maintenir le corset avec le fameux « objectif national des dépenses d’assurances maladie », tandis que seule la dette des cliniques privées serait restructurée au-delà des engagements gouvernementaux.

La stratégie des commanditaires de ce rapport est de pousser les feux d’un capitalisme sanitaire, appuyé sur un capitalisme numérique et financier. Des catégories de personnels seraient remplacées par une cohorte de start-up alliées aux grandes compagnies d’assurances comme AG2R ou Malakoff Humanis, des firmes chimiques comme Astra-Zeneca, des filiales du crédit agricole et de la banque postale. Et, grande innovation des technophiles du capital, puisque les banques et la Caisse des dépôts ont garanti ces dernières années des milliards d’euros aux grands croisiéristes dont l’activité a spectaculairement chutée, on transformera ces grands bateaux en « navire-hôpital en contrepartie d’une rémunération ». Inouï !

Ainsi au cœur de la pandémie, au centre d’un malheur planétaire, les milieux d’affaires en lien avec des secteurs décideurs de l’Etat réfléchissent aux moyens non pas de protéger les êtres humains, mais à la meilleure façon de profiter de la situation. Ceci, en mettant l’épargne populaire à disposition de la relance d’un capitalisme dont de plus en plus de personnes mesurent les impasses mortifères.

La riposte s’impose. Les débats et les prises de positions ne doivent pas rester confinés, il faut une entière transparence sur les dettes des hôpitaux et réclamer leur annulation totale, obtenir une augmentation substantielle des rémunérations des travailleurs de la santé, le retour sur tous les conquis détruits des agents du service public, un plan audacieux d’embauches, la réouverture des hôpitaux fermés, la relance de la recherche fondamentale. On trouve bien des centaines de milliards pour le secteur privé. On doit bien en trouver pour l’hôpital public. Au-delà, une grande politique de la santé publique dans le cadre d’une sécurité sociale de la vie doit être inventée, non pas avec les technophile de la Caisse des dépôts mais avec le concours de tous les intéressés, salariés et usagers. 

 

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hôpitaux

 

Publié le 06/04/2020

"On nous demande de risquer notre vie sans aucun respect" : pour affronter le Covid-19, des élèves-infirmières à 1,08 euro de l’heure

 

Par Thomas Rabino (site marianne.net)

 

Partout en France, des étudiants en école d’infirmières sont appelés en renfort. Mais un salaire de misère et un statut flou alimentent leur colère.

Le 30 mars dernier, les étudiants des Instituts de formation des soins infirmiers du Groupement de coopération sanitaire du pays d’Aix (IFSI-GCSPA), qui comprennent quatre écoles dans la région Sud, recevaient un courrier électronique de leur encadrement. Son objet ? Un appel à la mobilisation pour faire face à l’épidémie de Covid-19 à la suite d'une demande de renfort formulée par l’Agence régionale de santé : « Les volontaires seraient les bienvenus d’autant plus si vous avez déjà fait un stage en réa », précisait le mail.

Dans la foulée, les candidatures affluaient. Voilà près de trois semaines que la situation se présente dans la moitié-Nord du pays : si dans les Hauts-de-France, le Conseil régional leur alloue une indemnité de 1.400 euros net, il s’agit là d’une exception, au grand dam de la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI). Unique représentante de la filière, l’organisation appelle néanmoins à « répondre à l’appel de solidarité nationale », tout en rappelant que ses membres « ont des droits ». C’est sur ce point que le bât blesse.

Dans la région Sud comme ailleurs, les étudiantes sont en effet appelées officiellement à exercer les tâches d’aides-soignantes, mais aussi pratiquer des gestes infirmiers. Pour cela, les élèves de 2e et 3e année (proche de l’obtention de leur diplôme) sont respectivement payées 1,08 euro et 1,42 euro de l’heure, soit le barème prévu en période de stage. Pourtant, toutes ont validé à l’issue de leur première année d’étude un diplôme d’aide-soignante qui permet déjà d’effectuer des vacations pendant leurs temps de repos, et de toucher ainsi le salaire correspondant. La pandémie y met un terme et pose un cruel dilemme : soigner et renoncer à toute considération salariale, ou manifester son désaccord et être accusé de porter des revendications dans un contexte de crise.

"Je suis écartelée entre mes valeurs de soignants, qui me poussent à aider, et mon besoin d’être considérée pour mon travail"

« C’est encore à nous de faire contre mauvaise fortune bon cœur », regrette Isa, dont la position est très largement majoritaire dans sa promotion de l’IFSI d’Aix-en-Provence. « Je suis écartelée entre mes valeurs de soignant, qui me poussent à aider, et mon besoin d’être considérée pour mon travail », confesse Anaïs, que rejoint Cathy : « Je reste volontaire, mais je suis scandalisée. On va se retrouver dans des services Covid-19 à trimer 12 heures par jour en étant de la chair à canon ! », s’insurge-t-elle. « On est tous en galère d’argent, beaucoup d’entre nous bossent en parallèle des études comme aides-soignantes. Là, on nous demande d’arrêter et de risquer notre vie sans aucun respect ! », renchérit Sarah.

L’avis contraire se manifeste également : « Pour moi, parler d’argent maintenant, ça manque de décence, sauf pour les étudiants que la situation met en difficulté financière », estime Pierre Simon, délégué des étudiants de 3e année, lui aussi volontaire. Il ajoute : « L’heure n’est pas à la politique. Personne n’essaie de nous exploiter, il y a urgence ! » Si les hôpitaux de la région sont loin d’être saturés, personne ne doute que l’avenir changera la donne : « Nous irons sur le terrain, que ce soit par choix ou non !, s’exclame une élève de deuxième année. Le problème, c’est que nous sommes soignants au même titre que les autres, et on demande à être respectés. Alors oui, on parle d’argent ! Mais si on accepte 1,08 € de l’heure, alors quelle sera la suite pour nous demain ? Fermer nos gueules, ce serait accepter le système actuel. » Pour Cathy, « c’est dans les situations de crise qu’il faut faire entendre sa voix. » Un avis que partage Serge, qui a refusé de répondre à l’appel : « On veut nous faire pallier le manque du personnel dénoncé depuis des années ! »

Mieux payées réquisitionnées que volontaires...

C’est dans ce contexte agité que le ministère de la Santé a publié, le 29 mars, un arrêté « portant diverses dispositions relatives à l’indemnisation des professionnels de santé », notamment ceux « en cours de formation réquisitionnés dans le cadre de l'épidémie Covid-19 ». Dès lors, « l’indemnisation horaire brute des étudiants oscille entre 12€, 18€ et 24€ selon les horaires et les jours de travail », assure la Direction générale de la Santé. Problème : une part significative des étudiants est volontaire, donc non réquisitionnée. La nuance est de taille.

« Cette mobilisation se fait par une mise à disposition de stagiaires, encadrée par une convention tripartite entre l’étudiant, leur école et l’établissement de santé qui les accueille, prévient Sylvie Latouche, directrice des IFSI-GCSPA. Pour l’instant, il n’y a pas de rémunération, mais le Conseil régional a fait un geste, en l’occurrence une prime de 200 euros. » Renaud Muselier, président de la région Sud et lui-même médecin, explique à Marianne : « Je comprends ces étudiantes, mais la Région n’a pas les moyens de leur verser le salaire d’un professionnel diplômé. Malgré tout, j’ai estimé nécessaire de doubler leurs indemnités avec cette prime. » La Caisse primaire d’assurance maladie devrait-elle compléter ? C’est en tout cas l’avis de Geneviève Ragonneau de Gouberville, cadre formatrice à l’IFSI d’Aix.

SOUMIS à Un "chantage", vraiment ?

Dans l’intervalle, les élèves infirmières ont, du point de vue de Sylvie Latouche, « l’occasion de montrer leur sens du devoir et de valider leur année en effectuant le stage qui a été annulé en raison de la situation ». Alors que beaucoup dénoncent un « chantage inacceptable », force est de constater que les contours de ce pseudo-stage, sans tuteur et effectué comme aide-soignant, ne répond pas aux critères habituels.

Certains ont donc décidé de se rétracter : « J’ai reçu un appel de l’encadrement de l’école me disant que je n’avais pas la “fibre” et que cette décision les amenait à reconsidérer notre aptitude à exercer ce métier. On nous met sous pression ! », dénonce Isa. Ce que Sylvie Latouche dément : « Évidemment, un refus n’entraîne aucune pénalité. » Or, si ces refus venaient à s’étendre, la réquisition finirait par s’imposer, entraînant alors l’application de l’arrêté ministériel et le versement d’une véritable rémunération. D’ici-là subsiste un paradoxe, qui revient à ne pas rétribuer le dévouement salué chaque soir par les Français.

Publié le 05/04/2020

Le défi de la gauche : construire dès maintenant  le « monde d’après »

 

Julia Hamlaoui (site humanite.fr)

 

Le coronavirus révèle le mur auquel nous ont conduits les politiques libérales. Tout en promettant un « jour d’après » différent, Emmanuel Macron poursuit sur sa lancée. Pour la gauche, il ne faut pas perdre de temps et travailler sur la société dans laquelle nous voulons vivre.

« Le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant. » La sentence présidentielle, prononcée pour la première fois le 16 mars à l’annonce du confinement, a marqué les esprits. Et pour cause : la crise sanitaire met dramatiquement en pleine lumière les failles béantes creusées par le rouleau compresseur néolibéral, alimentant un système capitaliste enserré dans ses propres contradictions. Hôpitaux et personnel soignant débordés, manque de masques, de gel, de respirateurs, salariés maintenus au travail sans protection adéquate… Emmanuel Macron, saluant, quelques jours plus tôt, les « héros en blouse blanche », a juré que toutes les conséquences de cette crise inédite seront tirées, jusqu’à estimer que des « biens et des services doivent être placés en dehors des lois du marché ».

C’est effectivement à ce défi qu’il s’agit de répondre, alors qu’une crise économique de grande ampleur s’apprête à doubler la crise sanitaire. Une crise sans autre « comparaison que la grande dépression de 1929 », selon le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Toutes les forces politiques y seront confrontées, à commencer par la gauche qui, pour une partie au moins, n’a eu de cesse d’alerter sur les conséquences de l’austérité, des coupes budgétaires imposées aux services publics, des territoires laissés pour compte, des cadeaux fiscaux aux plus riches et aux grands groupes sans contrepartie…

Pour 69 % des Français, il faut « ralentir le productivisme et la recherche rentabilité »

Désormais, c’est une autre question chère à la gauche – celle de la maîtrise de la production – qui est sur la table. L’idée de relocaliser en Europe le maximum de filières jusque-là délocalisées en Asie est plébiscitée par 84 % des Français, selon un sondage ViaVoice pour Libération. Devant les faits, l’hôte de l’Élysée n’a eu d’autre choix que d’évoquer la « souveraineté » à reconquérir, au moins en matière sanitaire. Mais, pour le président, il s’agit de mieux défendre sa ligne du « jour d’avant » – « nous avons passé des réformes qui permettent à notre pays d’être plus compétitif », insiste-t-il. Et surtout, de faire taire les critiques : ces « irresponsables » qui « cherchent déjà à faire des procès alors que nous n’avons pas gagné la guerre ».

L’appel présidentiel à « l’union sacrée » appuyé sur une rhétorique martiale n’empêche cependant pas des voix de s’élever pour exiger un « monde d’après » réellement différent. « Nos organisations, conscientes de l’urgence sociale et écologique et donnant l’alerte depuis des années, n’attendent pas des discours mais de profonds changements de politique pour répondre aux besoins immédiats et se donner l’opportunité historique d’une remise à plat du système en France et dans le monde ! » ont lancé, via une tribune publiée vendredi dernier, 18 responsables de syndicats, associations et mouvements environnementaux, dont Philippe Martinez (CGT), Aurélie Trouvé (Attac), Jean-François Julliard (Greenpeace) et Cécile Duflot (Oxfam). Ensemble, ils en appellent « à toutes les forces progressistes et humanistes, et plus largement à toute la société, pour reconstruire un futur écologique, féministe et social, en rupture avec les politiques menées jusque-là et le désordre néolibéral ». Ils ne sont pas seuls : 69 % des Français estiment qu’il faut « ralentir le productivisme et la recherche perpétuelle de la rentabilité », quand 70 % jugent nécessaire de « réduire l’influence de la finance et des actionnaires sur la vie des entreprises », selon ViaVoice.

D’un côté, la répression et l’individualisme, de l’autre, l’altruisme, la solidarité et l’entraide

L’exécutif, lui, n’a pas tardé à donner les signes que, sous couvert d’éloges aux travailleurs qu’hier encore le président présentait comme « ceux qui ne sont rien », c’est bien la même politique qui se poursuit. « D’un côté, on demande des sacrifices supplémentaires aux salariés ; de l’autre, on ne met pas à contribution les grosses fortunes », résume le porte-parole du PCF, Ian Brossat. « La lutte entre les deux mondes est sous nos yeux. D’un côté, ceux qui augmentent le temps de travail, qui n’imaginent que des actes de répression et des ripostes individuelles ; de l’autre, ceux qui veulent généraliser le comportement du personnel hospitalier : altruisme, solidarité, entraide », observe le chef de file des députés insoumis, Jean-Luc Mélenchon, dans l’Obs, estimant que « «le monde d’après» à la sauce Macron sera un nouveau choc néolibéral ». « Nous devons convaincre qu’avec les forces vives de notre pays nous pouvons réparer la société, respecter et protéger les femmes, les hommes et la nature, et promouvoir une économie résiliente, innovante, puissante et juste », assure Yannick Jadot, d’EELV. Quant au PS, il prévient par la voix de son premier secrétaire, Olivier Faure, d’un « décalage croissant entre les discours martiaux du président et le terrain », tout en ne souhaitant pas pour l’heure « affaiblir le gouvernement », ni se poser en « donneur de leçons ». Ses parlementaires mettent sur la table une proposition de loi visant à « interdire le versement de dividendes aux grandes et moyennes entreprises si elles veulent bénéficier des aides de l’État », contrairement à la logique qui a prévalu lors du précédent quinquennat avec le Cice.

Pour autant, dès la loi d’urgence sanitaire, le Code du travail en a à nouveau pris pour son grade, en particulier les jours de congé et la durée hebdomadaire du travail. Tout comme le premier ministre Édouard Philippe avait pris soin, dès le sujet des nationalisations évoqué, de préciser qu’elles seraient une solution de dernier recours temporaire. Histoire de, comme en 2008, socialiser les pertes pour mieux privatiser les profits ensuite. Pis, le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, en appelle à la générosité plutôt qu’à l’impôt – socle de la solidarité – pour abonder « l’effort national », une façon d’éviter de remettre en cause le dogme des cadeaux aux plus riches ou aux grandes entreprises. De même, l’Union européenne a suspendu les sanctions prévues contre les déficits à plus de 3 % du PIB. Mais pour combien de temps et à quelle fin ?

Plus que jamais, le rassemblement et les initiatives s’imposent

« Pour reconstruire une Europe de la coopération et de la solidarité entre les peuples, il faudra demain mettre en place un nouveau pacte européen pour sortir enfin des règles d’or budgétaires qui ont tant affaibli les services publics, dont ceux de la santé », plaide le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel qui lance un appel à « tous les citoyens et toutes les forces associatives, syndicales, de gauche et écologistes » à travailler ensemble « dès maintenant » sur « la société dans laquelle nous voulons vivre ». La formation a, ce jeudi, exposé lors d’une conférence de presse virtuelle ses propositions. Beaucoup ont d’ores et déjà décidé ne pas rester l’arme au pied. « Lorsque la fin de la pandémie le permettra, nous nous donnons rendez-vous pour réinvestir les lieux publics et construire notre «jour d’après» », écrivent les signataires de la tribune publiée sur le site de France info. Les insoumis, eux, appellent à l’action dès ce samedi à 14 heures avec une « manif en ligne » autour du #PlusJamaisÇa. Nombreux sont les chantiers ; l’urgence climatique ou la question démocratique, à l’heure de la création d’un nouvel État d’exception, n’en sont pas des moindres. À leur propos, des dissensions, parfois des ruptures franches, ont traversé la gauche ces dernières années, menant à son éclatement. À l’heure où les défis à relever imposent plus que jamais le rassemblement, l’Humanité ouvre ses colonnes dès aujourd’hui et toute la semaine prochaine à ses représentants pour nourrir un débat dont l’enjeu n’est rien de moins que d’éviter le scénario du film catastrophe.

Publié le 04/04/2020

Régulariser et soigner les plus faibles pour protéger tout la société... Ça marche. La preuve par le Portugal !

Thomas Lemahieu (site humanite.fr)

 

Le gouvernement socialiste portugais assure aux étrangers en attente de régularisation l’accès aux soins et à toutes les mesures sociales prévues le temps de la crise sanitaire. Une décision relevant tant de la justice que de la santé publique dont le reste de l'Europe pourrait s'inspirer.

Un phare s’allume sur l’une des pointes avancées du continent. À Lisbonne, le gouvernement socialiste, soutenu par le Parti communiste et le Bloc de gauche, permet aux étrangers non européens en attente de régularisation d’accéder aux soins et à toutes les mesures sociales prévues pendant la pandémie provoquée par le coronavirus. En d’autres termes, dans le cadre de l’état d’urgence décrété le 18 mars, le Portugal régularise massivement les sans-papiers qui pourront, faute d’aide médicale d’État – comme en France –, être pris en charge dans les hôpitaux, accéder aux services publics et bénéficier des revenus de remplacement en cas de chômage partiel. « En temps de crise, c’est un devoir pour une société solidaire que d’assurer l’accès des migrants à la santé, à la stabilité de l’emploi et au logement », a expliqué ce week-end Eduardo Cabrita, le ministre de l’Intérieur. C’est également pour des raisons pratiques que cette mesure s’est imposée : les bureaux chargés d’étudier les dossiers sont fermés depuis la mi-mars et, selon une porte-parole du gouvernement, « les gens ne devraient pas être privés de leurs droits simplement parce que leur demande n’a pas encore été traitée ». L’administration du Service des étrangers et des frontières tempère toutefois l’enthousiasme : « Il ne s’agit pas d’une régularisation automatique », écrit-elle, ajoutant que l’analyse des dossiers devrait reprendre début juillet.

Le pays compte pour l’heure un nombre limité de cas de contamination

Après avoir fermé ses frontières avec l’Espagne, durement frappée par la pandémie, il y a près de deux semaines, le Portugal compte pour l’heure un nombre limité de cas de contamination (un peu plus de 6 000) et de décès (140). Dans un pays qui compte 580 000 étrangers sur son sol, dont près de 200 000 Brésiliens, cette mesure transitoire pour ceux qui sont en instance de régularisation relève de la justice, mais aussi de la santé publique : il s’agit d’éviter de renvoyer une partie de la population à une forme de clandestinité qui pourrait faciliter la propagation du virus. Au moment où l’Italie, l’Espagne et le Portugal bataillent pour construire une solidarité financière de grande ampleur au sein de l’Union européenne, c’est l’écrivain italien Roberto Saviano qui congratule les Portugais avec le plus d’allant : « Si l’Europe veut vraiment survivre en tant qu’entité politique à cette crise, elle doit regarder vers Lisbonne, car seule la protection des plus faibles pourra constituer le patrimoine moral indispensable pour repartir. »

 

Thomas Lemahieu

Publié le 03/04/2020

Les chasser de nos vies

(site politis.fr)

 

Ceux qui nous demandent de rester « unis » sont ceux qui ont fermé des lits et supprimé des postes.

Emmanuel Macron a besoin de nous. Emmanuel Macron veut nous enrôler dans la « guerre » contre le coronavirus. Emmanuel Macron veut que nous restions « unis ».

On peut bien sûr considérer, pendant, disons, vingt-trois secondes – grand maximum –, que c’est un tout petit peu mieux, à tout prendre, que la morgue hallucinée dont ce personnage a constamment fait preuve depuis qu’il a été mis dans l’Élysée par le hasard d’une confrontation de second tour avec la Pen. (Il y a quelques jours à peine, rappelons-nous, il nous expliquait encore que c’était pas parce qu’on éprouvait un peu d’angoisse à l’idée d’attraper la mort qu’on devait renoncer « aux terrasses, aux salles de concert, aux fêtes de soir d’été » et bien sûr « à la liberté », bande de pétochard·es (1).)

Mais juste après – à la vingt-quatrième seconde, donc – on regarde d’un peu près qui (et ce que) sont les gens qui psalmodient que nous dev(r)ons, tou·tes ensemble, rester gruppiert dans l’épreuve puis dans les temps difficiles qui suivront la fin de l’épidémie.

Ce sont les mêmes qui, en novembre dernier, se glorifiaient d’avoir encore réalisé près de 4 milliards d’euros d’économies, absolument nécessaires, assuraient-ils, sur le dos des chômeurs et des chômeuses. Ce sont les mêmes qui, le mois dernier, exigeaient encore une économie de 12 milliards d’euros sur le dos des retraité·es pour « sauver » notre système par répartition. Ce sont les mêmes (2) qui, en même temps qu’ils fragilisaient toujours plus les populations les plus vulnérables – des chômeurs aux retraité·es en passant par tant d’autres encore –, ont aussi, et très (très, très) méthodiquement, détruit au fil des trois dernières décennies le service public hospitalier, fermant des établissements et des services, supprimant des lits et des postes – ceux-là mêmes qui aujourd’hui font si cruellement défaut –, au prétexte, toujours, qu’il fallait là aussi, juraient-ils gravement, faire d’autres économies. Sur le dos des malades – et des soignant·es.

Mais depuis le début de « la crise sanitaire » – comme ils disent joliment – où nous mesurons les effets abominables de leur incurie, les voilà qui, devenus beaucoup moins parcimonieux, trouvent sans la moindre difficulté, pour sauver leurs clientèles industrielles et patronales, des centaines de milliards d’euros.

Alors il va falloir les prévenir un peu vite qu’après la fin du confinement, non, on ne va définitivement pas rester uni·es avec et derrière eux – mais contre eux. Pour les chasser de nos vies. Parce que la preuve est en train d’être faite une fois de plus, et de quelle manière, qu’ils les menacent trop gravement.

(1) Le même, huit jours plus tard, tancerait avec le même aplomb les mauvais sujets coupables, selon lui, de ne pas suffisamment respecter les consignes du confinement.

(2) Et il faudra évidemment, quand viendra le moment des premiers bilans, les chercher (et les trouver) très au-delà des seules coteries macronistes – jusque, par exemple, dans les rangs du Parti « socialiste », n’est-ce pas, François Hollande ?

 

par Sébastien Fontenelle

 

Publié le 02/04/2020

Coronavirus: L’écrivain Annie Ernaux adresse une lettre ouverte au président

 

(site lamarseillaise-encommun.org)

 

Annie Ernaux est écrivain. Son oeuvre oscille entre l’autobiographie et la sociologie, l’intime et le collectif. Elle écrit au président de la République, et dénonce une politique qui a conduit le pays dans une situation d’extrême urgence sanitaire.  Dans cette lettre adressée à Emmanuel Macron, elle interroge aussi la rhétorique martiale du Président. Un repère à ne pas perdre de vue.

Cergy, le 30 mars 2020

Monsieur le Président,

« Je vous fais une lettre/ Que vous lirez peut-être/ Si vous avez le temps ». À vous qui êtes féru de littérature, cette entrée en matière évoque sans doute quelque chose. C’est le début de la chanson de Boris Vian Le déserteur, écrite en 1954, entre la guerre d’Indochine et celle d’Algérie. Aujourd’hui, quoique vous le proclamiez, nous ne sommes pas en guerre, l’ennemi ici n’est pas humain, pas notre semblable, il n’a ni pensée ni volonté de nuire, ignore les frontières et les différences sociales, se reproduit à l’aveugle en sautant d’un individu à un autre. Les armes, puisque vous tenez à ce lexique guerrier, ce sont les lits d’hôpital, les respirateurs, les masques et les tests, c’est le nombre de médecins, de scientifiques, de soignants.

Or, depuis que vous dirigez la France, vous êtes resté sourd aux cris d’alarme du monde de la santé et ce qu’on pouvait lire sur la banderole d’une manif en novembre dernier -L’état compte ses sous, on comptera les morts – résonne tragiquement aujourd’hui. Mais vous avez préféré écouter ceux qui prônent le désengagement de l’Etat, préconisant l’optimisation des ressources, la régulation des flux, tout ce jargon technocratique dépourvu de chair qui noie le poisson de la réalité.

Mais regardez, ce sont les services publics qui, en ce moment, assurent majoritairement le fonctionnement du pays : les hôpitaux, l’Education nationale et ses milliers de professeurs, d’instituteurs si mal payés, EDF, la Poste, le métro et la SNCF. Et ceux dont, naguère, vous avez dit qu’ils n’étaient rien, sont maintenant tout, eux qui continuent de vider les poubelles, de taper les produits aux caisses, de livrer des pizzas, de garantir cette vie aussi indispensable que l’intellectuelle, la vie matérielle.

Rien ne vaut la vie

Choix étrange que le mot « résilience », signifiant reconstruction après un traumatisme. Nous n’en sommes pas là. Prenez garde, Monsieur le Président, aux effets de ce temps de confinement, de bouleversement du cours des choses. C’est un temps propice aux remises en cause. Un temps pour désirer un nouveau monde. Pas le vôtre ! Pas celui où les décideurs et financiers reprennent déjà sans pudeur l’antienne du « travailler plus », jusqu’à 60 heures par semaine.

Nous sommes nombreux à ne plus vouloir d’un monde dont l’épidémie révèle les inégalités criantes, Nombreux à vouloir au contraire un monde où les besoins essentiels, se nourrir sainement, se soigner, se loger, s’éduquer, se cultiver, soient garantis à tous, un monde dont les solidarités actuelles montrent, justement, la possibilité.

Sachez, Monsieur le Président, que nous ne laisserons plus nous voler notre vie, nous n’avons qu’elle, et « rien ne vaut la vie » – chanson, encore, d’Alain Souchon. Ni bâillonner durablement nos libertés démocratiques, aujourd’hui restreintes, liberté qui permet à ma lettre – contrairement à celle de Boris Vian, interdite de radio – d’être lue ce matin sur les ondes d’une radio nationale*.

Annie Ernaux

  * Cette lettre a été lue dans la nouvelle chronique d’Augustin Trapenard sur France Inter.

 

Publié le 01/04/2020

« Le temps d’avance que nous avions pour lutter contre le virus a été dilapidé » révèle Huguette Bello, députée GDR de La Réunion

 

Aurélien Soucheyre (site l’humanite.fr)

 

Entretien. Dans ce département français de l’océan Indien, malgré les annonces de l’exécutif, les services de santé sont sur le point d’être saturés et la population est particulièrement démunie.

Quelle est la situation à La Réunion ?

Huguette Bello. La Réunion comptabilise 183 cas de Covid-19 en un peu plus de quinze jours. Un chiffre bien en deçà de la réalité. Nos capacités de tests sont de 300 par jour et nous aurions déjà dû passer en phase 3 de l’épidémie. Nous subissons une double crise sanitaire : la dengue a touché 442 personnes du 9 au 15 mars. Le risque d’encombrement des hôpitaux est à craindre. Il y a 161 lits de réanimation et 100 appareils respirateurs pour 850 000 habitants, il convient de prévoir 350 lits avec autant de respirateurs. Nous nous attendons à une rupture dès la semaine prochaine pour les masques, les surblouses et les cartons Dasri pour le traitement des déchets infectieux. Ce qui inquiète, c’est la réserve de médicaments d’urgence.

Quelle est la situation dans les hôpitaux ?

Huguette Bello. Les services sont à flux tendu depuis trois ans à cause des suppressions de postes, de lits, de jours de congé et de RTT. Le personnel est à bout. Il y a un mois, 30 médecins et 12 chefs de service du CHU ont démissionné parce que « l’hôpital est en danger ». La réduction des budgets met en péril l’offre de soins. Nous avons 379 lits pour 100 000 habitants, contre 569 sur l’Hexagone. Le délai d’attente aux urgences de Saint-Pierre est de douze à quatorze heures. Ici, le taux du diabète (109,2 ‰) est le double de celui observé en France entière (54,2 ‰). Les hommes meurent deux fois plus d’accidents vasculaires cérébraux que sur l’Hexagone. Les décès chez les femmes enceintes sont trois fois supérieurs et la mortalité infantile est double. Il y a urgence à recruter des infirmiers, aides-soignants et agents logistiques.

Comment se passe le confinement ?

Huguette Bello. La consigne « rès la kaz » est respectée. Mais la crise ramène de façon exacerbée les problèmes d’inégalités, de logement et d’illettrisme. 42 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Le taux de chômage est de 24 %. Il faut un plan d’aide pour les familles les plus démunies. La crise met aussi en demeure d’expérimenter « l’école à la maison ». Mais un Réunionnais de moins de 18 ans sur deux est un enfant pauvre ! Un sur quatre ne dispose pas d’ordinateur, et 3 sur 10 n’ont pas accès à Internet. Penser que toutes les familles peuvent participer à la continuité pédagogique, c’est être aveugle à la réalité de la société réunionnaise !

Quelles mesures d’urgence sanitaire doivent être prises ?

Huguette Bello. L’affaire des masques moisis distribués par l’ARS aux personnels de santé montre la gestion calamiteuse par l’ARS et à quel point nous sommes laissés pour compte. Il semble que seuls 75 000 masques sur les 250 millions annoncés par le ministre de la Santé nous seront attribués. Nombre de professionnels de santé (cardiologues, kinés, dentistes, psychologues) cessent leur activité faute de protections efficaces. Un mécanisme similaire à celui des catastrophes naturelles pourrait ici s’appliquer afin de les aider.

Quel est l’état des discussions avec l’ARS et la métropole ?

Huguette Bello. Nous, élus locaux, n’avons eu qu’une réunion avec le préfet et l’ARS. Il y a un décalage terrible entre cette administration et la réalité. Le temps d’avance que nous avions pour lutter contre le virus a été dilapidé. Nous aurions pu faire de notre insularité une force, mais la volonté de l’État de décider seul risque d’entraîner l’inverse. Nous proposons la création d’un comité régional de suivi regroupant toutes les autorités.

Des mesures d’urgence économique sont à prendre ?

Huguette Bello. La sauvegarde de l’emploi et des activités est un enjeu majeur, un simple report des cotisations ne sera pas suffisant et il faudra envisager des annulations. L’aide de 1 500 euros annoncée par le gouvernement doit arriver vite et s’adapter à la durée de la crise. Ici, l’arrêt de l’activité économique correspond souvent à la perte du revenu familial. Il y a un risque de voir les prix des produits du quotidien s’envoler.

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