PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

Publié le 16/10/2019

Prosélytisme d’extrême droite à la Salvetat

 

(site lamarseillaise-encomun.org)

 

Depuis le samedi 28 septembre, le Clan identitaire des Brigandes diffuse de manière ininterrompue des clips sous- titrés à l’aide de deux écrans placés dans la vitrine de leur local et tournés vers la rue. Ces clips, dont le clan des Brigandes est auteur, interprète et producteur, présentent un caractère xénophobe, raciste, islamophobe, antisémite et homophobe marqué. Ils incitent à la haine, promulguent le thème du « Grand Remplacement », banalisent le salut nazi etc.

Pour nombre d’habitants du village cette opération de propagande ne paraît pas tolérable.

La diffusion de clips dans l’espace public n’est qu’une étape de plus dans l’escalade de provocation que mène la secte des Brigandes depuis 2015, date de son installation sur la commune : le dimanche 18 Août 2019, sur le marché de La Salvetat, « Les Brigandes », renommés depuis peu « Communauté de la Rose et l’Epée », ont encerclé deux membres de l’association « collectif M », à vocation de diffusion et de promotion des idées et culture humanistes, en train de distribuer leur tract, ainsi que le stand de cette association ; ils ont menacé violemment et photographié ses membres. Le manège s’est vu prier d’arrêter sa musique : le « Clan », sous prétexte de promotion de ses produits, dont il distribuait la promotion en flyers de publicité, a diffusé à l’aide d’un mini haut-parleur portatif sa chanson « Foutez le camp  (xénophobe et raciste) en plein marché.

Le dimanche suivant, des habitants ulcérés se sont rassemblés avec des pancartes et banderole contre ces agissements et cette propagande haineuse ; le clan est reparu pour les encercler, les hommes tous habillés de tee-shirt noir et les femmes distribuant leur publicité (voir l’article de France Bleu Hérault (https://www.francebleu.fr/infos/societe/la-salvetat-une-manifestation-contre-les-brigandes-1566755707). Ces hommes du clan arboraient, placardés sur leur tee-shirt, des affiches « Halte au fascisme de gauche. Non au retour des staliniens » ; les mêmes affiches ont été placardées sur la vitrine de leur local, qui, jouxtant la mairie, semble en faire partie. Le local des Brigandes est aussi situé juste à l’arrêt de bus « Lavoir » où descendent et attendent collégiens et lycéens durant les périodes scolaires.

L’année précédente, les provocations avaient pris la forme d’un défilé dans les rues du village en compagnie du groupe « Les soldats d’Odin », ces derniers ayant été invités à tenir leur Convention nationale à la Salvetat sur Agout par les Brigandes. Des habitants de la Salvetat, membres du Collectif M, avaient été menacés et traités de « droit de l’hommiste de merde », bousculés, photographiés par les Soldats d’Odin. Ce groupuscule a également tenté de les intimider en leur disant qu’ils savaient où ils habitaient, les menaçant de les retrouver. La gendarmerie était présente, a éloigné les Soldats d’Odin et a procédé à des contrôles d’identité.

De plus les personnes identifiées par le Clan comme étant opposées à leur idéologie subissent systématiquement menaces verbales et physiques.

Depuis cet été, les Brigandes tiennent de manière régulière des week-ends de conférences identitaires, ce qui non seulement marque leurs intentions en matière de prosélytisme d’extrême droite, mais occasionne sur la commune des rassemblements de groupes identitaires potentiellement violents, et peut faire craindre d’autres agressions.

Cette propagande et ces intimidations font régner une ambiance difficilement supportable pour beaucoup d’habitants du village ; et la récente mise en place de ces écrans ajoute encore au caractère désolant et inquiétant de cette situation.

C’est pourquoi nous demandons à la municipalité de La Salvetat que ces écrans soient rendus immédiatement invisibles de l’espace public.

Nous, habitants de La Salvetat sur Agout et de la communauté de communes des Monts de Lacaune et de la Montagne du Haut Languedoc ainsi que tout citoyen, dénonçons la diffusion de cette propagande haineuse et exigeons le retrait de ces écrans de leur visibilité depuis l’espace public.

 


Soutenir :
Pétition pour le retrait de ces écrans dans le village,

 

Publié le 15/10/2019

Montpellier : convergence opportune entre BDS et gilets jaunes contre la répression

 

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Près de trois cents personnes, en partie en soutien aux militants de la cause palestinienne de Boycott-Désinvestissement-Sanctions (BDS), en partie pour l’acte 48 des gilets jaunes, et le plus souvent ensemble, se sont rassemblées samedi à Montpellier contre la répression. Esquisse de débats nécessaires

 

À 13 heures ce samedi 12 octobre, il s’agissait d’ « occuper la Comédie, pour la liberté d’expression ». Et à 14 heures, de se rassembler pour l’acte 48 des gilets jaunes. Partage d’un même lieu. Quasiment d’un même horaire. Avec tant d’opportunité, forcément on tendait à une esquisse de convergence, a minima sur la dénonciation de la répression. Cela semble facile à écrire. Cela s’est fait riche d’amorces de vrais débats, concrètement, sur le terrain.

 

Chronologiquement, le premier rassemblement était appelé par vingt-quatre entités, pas moins, en vue du procès du mercredi 16 octobre – rassemblement à 8 heures au tribunal. José-Luis Moraguès y est convoqué, en tant que responsable de BDS, le mouvement qui relaie l’appel international de la société civile palestinienne pour le boycott et le retrait des investissements, comme mode d’action efficace et non violente en résistance à la politique israélienne d’occupation et d’apartheid.

 

En-dehors de la question de fond, il faut relever un aspect typiquement montpelliérain dans cette répression anti-BDS. Déjà destinataire de treize procès-verbaux en 2018, et auditionné huit fois par la police judiciaire, le militant est directement traqué par la police municipale, qui dresse ces PV. Quand certains croiraient en une simple police de concorde civile du quotidien, on constate que, sous le régime de Philippe Saurel, cette police municipale se fait directement police politique, au service du shériff local et de ses seules options (et complaisances électoralistes en direction du CRIF, institution autoproclamée représentative des Juifs de France, dont la déléguée régionale figure dans sa majorité).

 

On relève par ailleurs le dévoiement nauséabond de l’esprit des lois – même sans illusion quant aux intérêts qu’elles servent de toute façon – puisque le reproche adressé au militant fait mine de s’en tenir à la lettre réglementaire, en incriminant une « émission de bruit » susceptible de perturber le voisinage : cela pour s’exprimer en plein jour, sur une modeste sono portative, à l’occasion d’une manifestation autorisée, dans des espaces très souvent abandonnés à l’agressivité tapageuse de quantité de manifestations paracommerciales ou sportives. On constate une manipulation arbitraire, sélective et délétère, des règlements en vigueur, à seule fin d’exercer une répression. Et on verra si l’autorité judiciaire, en toute indépendance supposée être la sienne, prête la main à une telle instrumentalisation.

 

Pendant que les militants – une centaine environ – gagnés à cette cause dressaient leurs tables (NPA, Mouvement pour une alternative non-violente, Anti-nucléaires, et tout frétillants Extinction-Rébellion, etc), les gilets jaunes stricto sensu – deux cents environ – s’installaient à deux pas, sinon se mêlaient directement aux premiers. Parmi lesquels les effectifs toujours déterminés du rond-point Prés d’Arènes. Forcément, il y avait de quoi se parler. De sorte qu’en émana un genre d’assemblée générale, certes informelle, certes passagèrement cafouilleuse, mais tellement significative des potentialités de convergences qui travaillent sourdement le moment social et politique.

 

Dans ce contexte, il n’était pas facile de venir clamer sa compréhension pour la politique israélienne. Une gilet jaune s’y est essayée, en son nom strictement personnel, vite sous les huées. Une autre gilet jaune, venue du Gard, témoignait d’une nouvelle répression : des PV de 741 euros par tête, pour s’être joints, pacifiquement mais vêtus de gilets jaunes, à une déambulation populaire dans le cadre de l’étape du Tour de France à Nîmes en juillet. Hélas, cette dame pense que cette dénonciation doit primer sur les préoccupations pro-palestiniennes, à ses yeux trop lointaines. Français d’abord ?

 

Une autre gilet jaune, au contraire, tisse les liens entre manifestants d’Équateur, de Hong-Kong, d’Algérie et du Soudan, et en appelle à l’ouverture généralisée des solidarités, à commencer par les Kurdes. C’est tout un panel de sensibilités qui s’expose, et qui s’enracine aussi au plus près, quand un SDF pailladin vient hurler sa rage d’opprimé, que relaie une sage membre d’ATTAC égrenant ses moyens de désobéissance non-violents.

 

Au moins sous l’angle de la résistance à la répression, « ayant atteint un niveau de violence jamais vu depuis la Libération » et touchant aussi bien « les militants du climat, les street-médics, ou observateurs LDH », c’est une réalité de « guerre sociale » qui est pointée, appelant « une assemblée inter-mouvements », où aient leur place « le vert, le jaune, le rouge, le noir » selon les vœux d’un activiste qui se dit « personnellement non-violent », mais «  en pleine compréhension pour ceux qui prennent d’autres options ».

 

Le calendrier est généreux : débat de rond-point sur les retraites à Prés d’Arènes samedi 26 octobre à 16h30, assemblée des assemblées à Montpellier les 1, 2, 3 novembre, puis appel national à l’acte montpelliérain du 9 novembre, puis villages jaunes du premier anniversaire le 17 novembre, grève générale le 5 décembre. Un débat s’amorce, enfin, sur les cibles diverses de manifestations qui abondent à Montpellier et déréglerait la ritualisation d’affrontements perdus d’avance en passant par la préfecture, tout en parlant clairement à l’opinion publique. Encouragements sont néanmoins donnés pour que les manifestants de base s’initient à des dispositifs d’auto-défense vigoureuse.

 

Il fallait passer aux travaux pratiques. La moitié du rassemblement se met en branle vers la gare. Mais, par contradiction des convergences, l’autre moitié reste sur le parvis de l’Opéra pour admirer des danses traditionnelles palestiniennes (au moins pour une fois, la danse à Montpellier semble concernée par la mobilisation des corps, ça change des désertions déplorables vécues autour de la mort de Steve). Reste que le cortège aura été le plus bref jamais vu depuis bientôt un an à Montpellier. A peine arrivé au coin du square Pagézy, une esquisse de nasse est à craindre (CRS en ligne compacte à la gare, et d’autres descendant vivement la rue Maguelone depuis la Comédie). Bifurcation de sauvetage par la rue du Clos René, remontée dare-dare sur la Comédie.

 

Là, de longues moments durant, on observera les forces du désordre en uniforme s’exposer comme en recherche d’incident coûte que coûte. On s’étonne que les commerçants ne protestent pas. Mais c’est qu’il s’agit d’écraser jusqu’à l’intention même de manifester – comme depuis plusieurs semaines. On est en plein sujet. Et pas mal des présents se dispersent pour rejoindre la réunion en soutien à Georges Ibrahim Abdallah, le plus ancien prisonnier politique de France et d’Europe.

 

Publié le 14/10/2019

600 salariés sur la paille

Fermeture de l’usine Michelin en Vendée : une nouvelle attaque contre le monde du travail

 

Ce jeudi, la direction du groupe Michelin a annoncé durant une réunion rassemblant les 619 salariés la fermeture de leur l’usine fin 2020, évoquant « une croissance faible » et une « concurrence exacerbée » pour justifier la fermeture. Les salariés se disent écœurés et dénoncent une « trahison »

 

Naguib Audin (site revolutionpermanente.fr)

 

Après que le groupe Michelin a annoncé en septembre dernier la fermeture de l’usine de Bamberg (au sud de l’Allemagne) d’ici fin 2021, mettant sur le carreau plus de 850 salariés , c’est au tour des salariés de l’usine de la Roche-sur-Yon en Vendée d’apprendre la fermeture de leur usine fin 2020. Ce sont cette fois-ci plus de 600 salariés qui sont plongés dans une situation d’angoisse et de stupéfaction, se disant « trahis » suite aux nombreux sacrifices imposés par le groupe pour garder les emplois. L’annonce a été faite ce jeudi, au cours d’une réunion à laquelle tout le personnel de l’usine a été convoqué, à 9h du matin

Dans son communiqué, pour justifier la fermeture de l’usine, le groupe évoque des « difficultés du marché » due à la « concurrence » des produits asiatiques. Des arguments visant à faire payer une crise qui n’est pas la leur aux salariés, et qui n’ont pas suffi à les convaincre et calmer leur colère. Le syndicat du SUD a réagi dans un communiqué et juge que Les salariés « ne sont pas responsables de la calamiteuse stratégie de marge et de prix par Michelin qui conduit à cette catastrophe sociale ».

Depuis plusieurs semaines, la direction évoque des « difficultés financières » et une « concurrence exacerbée », préparant le terrain pour l’annonce de la fermeture de l’usine et sûrement un plan social et des licenciements – malgré les promesses « d’accompagnement » évoquées par Michelin dans un communiqué. Il est bon de rappeler que le groupe Michelin a fait un chiffre d’affaires de 22 milliards de dollars et dégage un bénéfice de plus de 2 milliards d’euros en 2019. Sans parler du fait que l’entreprise a touché 70 millions d’euros de la part de l’État sous forme de CICE (Crédit d’impôt compétitivité emploi), un dispositif censé inciter les entreprises à l’embauche plutôt qu’aux suppressions de postes. Des chiffres qui montrent que la situation financière du géant français des pneus se porte très bien, mais tous ces résultats n’ont pas empêchés le groupe à procéder à la fermeture d’usines et la mise au chômage de centaines de travailleurs en évoquant des difficultés financières.

Cette situation montre une fois de plus la rapacité des capitalistes, cherchant à économiser le moindre sous et dégager de plus en plus de bénéfices, quitte à plonger des centaines de familles dans la précarité. Une attaque d’ampleur aidée par les différentes contre-reformes menées par les gouvernements successifs, dont la dernière en date a été le démantèlement du code du travail par Emmanuel Macron, facilitant le licenciement

Une première journée de grève a été organisée le 4 octobre, anticipant la décision de fermeture. Aujourd’hui, alors que la décision est tombée, seul la grève reconductible des travailleurs de ce site peut faire reculer la direction du groupe et l’obliger à annuler ce projet de suppression. C’est l’outil de lutte le plus efficace dont disposent les travailleurs pour faire valoir leurs droits face aux patrons du groupe. En ce sens, un appel a la grève a été lancé par le syndicat SUD, « de façon illimitée jusqu’à la suppression de ce projet de fermeture ».

Publié le 13/10/2019

Sécurité sociale. La coupe des « aides » aux entreprises déborde

 

Sébastien Crépel (site humanite.fr)

 

La Cour des comptes pointe le coût faramineux des exonérations de cotisations sociales (90 milliards d’euros) et appelle à réévaluer leurs effets sur l’emploi.

À côté de tout un arsenal de nouveaux sacrifices à imposer aux assurés sociaux, les employeurs devraient aussi prendre leur part au redressement de la situation. C’est, en substance, le sens des dernières recommandations de la Cour des comptes pour éponger le déficit des comptes sociaux. Si la doctrine budgétaire des magistrats de la rue Cambon ne surprend plus, les « sages » plaidant invariablement pour une « maîtrise » accrue des dépenses publiques, un chapitre du rapport annuel sur la Sécurité sociale, publié ce mardi, retient particulièrement l’attention. Face à des comptes qui replongent dans le rouge (– 5,4 milliards d’euros en 2019), après des années d’austérité qui avaient fini par venir quasiment à bout du déficit, la Cour s’attaque à l’immense chantier des exonérations de cotisations sociales et autres dérogations aussi appelées « niches sociales », à côté des préconisations plus prévisibles de l’institution pour restreindre les droits à la retraite avant 62 ans, rationner la prescription des arrêts de travail ou encore réduire les dépenses des transports médicalisés.

Un gisement de ressources mal employées

Atteignant le niveau faramineux de 90 milliards d’euros, selon la Cour, rien que pour la part qui s’applique aux recettes de la Sécurité sociale (107 milliards, en incluant les autres régimes de protection sociale, retraites complémentaires et assurance-chômage), soit bien plus que les 66,4 milliards inscrits au projet de budget de la Sécu (PLFSS), le coût de ces exonérations s’est fortement alourdi en cinq ans. En cause, les « mesures du pacte de responsabilité mises en œuvre entre 2014 et 2017 (9 milliards d’euros) ainsi que la transformation du Cice en des allègements généraux (de cotisations) en 2019 » pour 18 milliards d’euros, pointe la Cour. Parallèlement, d’autres allègements dits « ciblés » ont continué aussi de croître, faisant grimper l’addition finale (+ 1,6 milliard). Bref, pour les magistrats, la coupe des allègements est pleine, tandis que « par ailleurs, les évaluations de l’efficacité des “niches sociales” n’ont pas d’effet perceptible sur les choix publics », celles jugées inefficaces n’étant que « rarement remises en cause ». Un diagnostic « salué » par Pierre-Yves Chanu, vice-président (CGT) de l’Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (Acoss) : « Cela va dans le sens de ce que dit la CGT sur la “politique de l’offre”, laquelle multiplie les exonérations sans effet démontré sur l’emploi. Les deux derniers PLFSS ont représenté de ce point de vue des budgets de rupture. »

Si les « sages » ne vont pas jusqu’à remettre en cause « l’intégration des allègements généraux au barème de droit commun » (c’est-à-dire la pérennisation des principales exonérations), qu’ils jugent « souhaitable », ils posent cependant des « préalables », sous la forme de « nouvelles évaluations » de ces aides. « Dans l’attente des résultats (…), l’efficacité incertaine des dispositifs devrait conduire à en organiser l’attrition », écrit la Cour dans un style alambiqué. Il s’agirait, dans les faits, de décider d’une sorte de moratoire sur les aides supérieures à 100 millions d’euros à l’utilité non avérée.

Reste une contradiction à résoudre : celle qui consiste à identifier, d’un côté, un gisement de ressources mal employées pour la Sécurité sociale et, de l’autre, à persister à vouloir imposer de dures restrictions aux assurés sociaux. « Le déficit de la Sécu était prévisible et n’a rien à voir avec les mesures gilets jaunes, car il est fondamentalement dû aux exonérations de cotisations », accuse ainsi Pierre-Yves Chanu. Avec 90 milliards de recettes dont l’utilisation serait à réévaluer, les termes du débat sur la réforme des retraites pourraient aussi s’en trouver bouleversés…

Sébastien Crépel

 

Publié le 12/10/2019

 

Le nouveau film de Pierre Carles

Georges Ibrahim Abdallah est le seul être humain détenu en Europe depuis près de 40 ans pour des faits politiques

 

Legrandsoir (site legrandsoir.info)

 

Avec Angela Davis, Jacques Tardi (affiche ci-contre), Jean-Luc Mélenchon, Noël Mamère, André Chassaigne, Jacques Gaillot, etc., des centaines de personnalités demandent sa libération.

Cette requête est soutenue par La Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen, l’Association France-Palestine Solidarité, l’Union juive française pour la paix, le Parti de gauche, le PCF, le NPA, LO, la CNT, le PRCF, etc.
Pierre Carles est en train de tourner un film sur Georges Ibrahim Abdallah.
Faites vous aussi un geste en cliquant ici :

https://www.lepotcommun.fr/pot/q49nxyby

Le réalisateur.

Journaliste qui a travaillé pour plusieurs chaînes de télévision, Pierre Carles s’est fait connaître en dénonçant par l’image en 1992 la fausse interview de Fidel Castro par Patrick Poivre d’Arvor.
En 1995, il réalise un documentaire pour Canal+, intitulé « Pas vu à la télé » dans lequel il démontre spectaculairement les connivences entre nos journalistes et les personnalités politiques. Son reportage sera diffusé en 1996 par la télévision…belge.

En 1998, son film « Pas vu pas pris », fait à partir du documentaire censuré à la télé française, sort dans les salles de cinéma.

En 2019, Pierre Carles s’attaque à un interminable scandale politico-judiciaire méconnu. Par neuf fois, faisant fi de la décision du tribunal d’application des peines, le Parquet (sous l’autorité des gardes des sceaux successifs, se pliant au veto des USA) a refusé la libération et l’expulsion du prisonnier Georges Ibrahim Abdallah.

Film de Pierre Carles sur Georges Ibrahim Abdallah

Présentation du projet par Pierre Carles
WE WANT GEORGES IBRAHIM ABDALLAH IN JAIL
(Nous voulons Georges Ibrahim Abdallah en prison)

Le 25 octobre 2019, cela fera 35 ans que le militant communiste libanais Georges Ibrahim Abdallah croupit en prison en France pour... complicité d’homicide volontaire. Oui, on a bien lu : cet homme a accompli une peine d’une telle longueur pour complicité d’assassinat (et non pour avoir tué des gens). Les actions en question ont été commises par son groupe les FARL (Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises) contre des militaires étasuniens et israéliens en poste dans l’Hexagone, complices de l’invasion du sud-Liban par Israël à la fin des années 70/début des années 80.
En dehors de Georges Ibrahim Abdallah, nul être humain n’est actuellement détenu en Europe depuis près de 40 ans pour des faits à caractère politiques. Ainsi, Georges Ibrahim Abdallah détient le triste record de plus vieux prisonnier politique du vieux continent. Neuf demandes de libération conditionnelle ont été déposées par ses avocats depuis le début des années 2000, la dernière en 2015. Sans succès. Dès qu’un tribunal d’application des peines considère qu’il n’a plus sa place en prison, le parquet, qui est inféodé au pouvoir politique (contrairement aux juges d’application des peines) fait appel de la décision quand ce n’est pas le ministre de l’Intérieur qui refuse de signer l’arrêté d’expulsion vers le Liban, où Georges Ibrahim Abdallah est considéré comme un résistant à l’invasion de son pays par une puissance étrangère. Mais pourquoi un tel acharnement ?

En 2012, Me Jacques Vergès, l’avocat de Georges Ibrahim Abdallah, affirmait : « C’est le gouvernement des Etats-Unis qui oppose un veto intolérable à sa libération. » La révélation par WikiLeaks, en 2016, de propos échangés par Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat des USA et Laurent Fabius, le ministre des affaires étrangères français, accrédite cette hypothèse.

Il n’est pas inhabituel que des puissances étrangères tentent d’interférer dans les affaires internes d’un pays. En 2017, la Colombie a réclamé à la Chine pour qu’un de ses ressortissants condamné à la peine de mort pour trafic de stupéfiants voie sa peine commuée. Cela n’a pas pour autant empêché qu’Enrique Arciniegas soit exécuté. Le gouvernement cubain, quant à lui, a longtemps réclamé aux USA l’extradition de Luis Posada Carriles, un militant anticastriste tenu pour responsable d’un attentat terroriste contre un avion cubain qui fit 73 morts en 1976. Sans succès, là encore. Carriles a vécu jusqu’à l’âge de 90 ans en Floride, où il est décédé en 2018 sans jamais avoir eu affaire à la justice cubaine. En revanche, lorsque les Etats-Unis d’Amérique ordonnent, en 2013, à la France et à trois autres pays europééns (Espagne, Italie, Portugal) de fermer leur espace aérien à l’avion du président bolivien Evo Morales soupçonné de transporter le lanceur d’alerte Edouard Snowden, ces quatre pays présumés souverains obtempèrent sans se poser de questions. A l’évidence, le scandale de la non-libération de Georges Ibrahim Abdallah témoigne d’un manque d’indépendance de la France vis à vis des USA. Cet acharnement sécuritaire à l’égard de ce militant communiste ne trouve pas d’autres explications.

Chaque année, devant la prison de Lannemezan, des centaines d’hommes et de femmes se réunissent pour réclamer la libération de Georges Ibrahim Abdallah. Avec le documentaire « We want Georges Ibrahim Abdallah in jail » nous tenterons d’alerter un public plus nombreux sur ce scandale afin - qui sait ? – de réussir à faire bouger les lignes sur la question de la libération de Georges Ibrahim Abdallah. Pour fabriquer un documentaire se distinguant du simple tract vidéo militant (qui a son utilité mais aussi des limites), il est préférable de disposer d’un minimum de ressources pour couvrir les frais de tournage, de montage, de mixage, d’étalonnage... Grâce à Gilbert Hanna (radio La Clé des Ondes), à Isabelle Vallade (comité de soutien de Bordeaux) et à une douzaine de membres des comités de soutien à travers la France, environ 3500 € ont été collectés et le tournage du film a pu démarrer. Mais cette somme est bien insuffisante pour fabriquer un film de qualité. Aussi, nous lançons un appel à dons pour tenter de réunir les 10 000 € nécessaires permettant d’être en mesure d’avancer plus rapidement sur ce projet. Un tout premier état de ce travail sera présenté le 24 octobre prochain au cinéma Utopia à Bordeaux. Ce jour-là, Georges Ibrahim Abdallah attaquera sa 36ème année de détention.

Pierre CARLES

EN COMPLEMENT

Qui est Georges Ibrahim Abdallah ?

Il est né le 2 avril 1951 dans le nord du Liban. À partir de 1975, son pays est plongé dans une guerre civile confessionnelle qui a forgé sa conscience politique. Il est le cofondateur, en 1979, des « Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises », un petit groupe marxiste anti-impérialiste.
Le 6 juin 1982, le Liban est envahi par l’armée israélienne avec la complicité des puissances occidentales. La guerre fait des milliers de morts parmi les civils. Les 16 et 17 septembre 1982, les phalangistes chrétiens libanais, sous le regard bienveillant des militaires israéliens, massacrent 5000 civils, principalement des femmes et des enfants, dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila. En réponse à cette barbarie, les combattants libanais et arabes portent alors la guerre contre le sionisme et l’impérialisme dans le monde. Les Fractions armées révolutionnaires libanaises se revendiquent comme mouvement de résistance.

Arrêté à Lyon le 24 octobre 1984, Georges Ibrahim Abdallah est condamné à perpétuité, en 1987, par la Cour d’assises spéciale de Lyon pour « complicité d’assassinat » par les FARL, à Paris, du lieutenant-colonel Ray, attaché militaire adjoint des USA en France, et de Yacov Barsimentov, conseiller à l’ambassade d’Israël. Les États-Unis se sont constitués partie civile.

Georges Abdallah, cet ancien instituteur a déclaré devant ses juges : « Je suis ici, Messieurs, pour vous demander simplement de bien vouloir laver vos mains maculées de notre sang et du sang de nos mômes, avant de prétendre nous juger, car celui qui accepte de fouler aux pieds le sang de vingt-cinq mille morts tombés au Liban lors de l’invasion impérialo-sioniste de 1982 ne peut qu’être le complice direct de Reagan et de Begin dans leur guerre d’extermination contre notre peuple. Je suis un combattant pas un criminel ». Il a ajouté « La voie que j’ai suivie m’a été imposée par les atteintes aux droits de l’homme perpétrées contre les Palestiniens ».

Le procès a souffert de nombreuses irrégularités. Pendant plusieurs années, son premier avocat, Jean-Paul Mazurier, n’étant autre qu’un agent des services spéciaux… Le patron de la DST de l’époque, Yves Bonnet, a déclaré, en 2012, à La Dépêche du Midi « J’ai un problème de conscience
dans cette affaire ». On a parlé de « vengeance d’État ». Les « preuves » contre Abdallah ont été fabriquées de façon rétroactive par les services de renseignement français, américain et israélien.

Selon la loi française, Georges Abdallah est libérable depuis 1999. La défense de Georges Abdallah a déposé neuf demandes de libération conditionnelle. À deux reprises, la justice française a estimé que Georges Abdallah pouvait être libéré à condition qu’il soit expulsé vers son pays, le Liban . Les États-Unis se sont systématiquement opposés à toute libération, même conditionnelle, de Georges Ibrahim Abdallah et ont, à chaque fois, obtenu satisfaction du pouvoir français.

La dernière exigence du département d’État américain remonte à avril 2014, sous la présidence de Barack Obama, lorsqu’il est intervenu auprès du gouvernement français pour empêcher la libération et le retour au Liban d’Abdallah. Le premier ministre Manuel Vals s’est empressé d’obtempérer et a refusé de signer l’arrêté d’expulsion ! L’avocat de Georges Abdallah, Jean-Louis Chalanset, a déclaré à cette époque : « L’atteinte à la séparation des pouvoirs (était) flagrante (…). Une nouvelle fois, les États-Unis ont imposé au gouvernement français leur volonté de se venger ». Et à l’époque, l’Humanité écrit : « Washington a gagné, sous les applaudissements de Tel-Aviv (…). Le procès Abdallah a été de bout en bout piloté pour et par une puissance étrangère. »

Le 31 mars 2016, Jean-Claude Urvoas, l’ancien ministre de la Justice d’un gouvernement dit « socialiste », a osé déclarer sur France Inter : « Nous avons la peine perpétuelle réelle avec Georges Ibrahim Abdallah » réinstaurant une sorte de peine capitale en condamnant Georges Ibrahim Abdallah à demeurer « en prison en France sans avoir de perspective de sortie »,
Il est grand temps de mettre un terme à cette injustice : 35 ans ça suffit !

Face à l’enfermement, quelques mots suffisent pour apporter un peu de soleil. Pour écrire à Georges…
Monsieur Georges Ibrahim ABDALLAH,
numéro d’écrou 2388/A221
CP de Lannemezan
204 rue des Saligues
BP 70166
65307 LANNEMEZAN

Le Collectif Justice pour la Palestine Annecy (justice.palestine@gmx.com) demande la libération de Georges Abdallah.
Appel de la campagne 2018 « (…) Ce combat s’inscrit pleinement sur le terreau des luttes actuelles. C’est le combat des révoltes justes et légitimes de celles et ceux qui s’opposent à l’offensive capitaliste et à ses guerres impérialistes de pillage. C’est le combat de toutes celles et ceux qui font face à la violence répressive d’Etat, qui s’abat sur eux pour tenter de les bâillonner, que ce soit dans la rue, dans les quartiers populaires ou pour les militants politiques et syndicaux. Ce combat de toute une vie est aussi le nôtre ! (…) »

À l’appel de tous les collectifs de soutien, une manifestation nationale se déroulera devant le centre pénitentiaire de Lannemezan, le samedi 20 octobre 2018 (départ à 14 heures devant la gare). L’objectif est d’être le plus nombreux possible. »
Jacqueline Lavy. ( Membre du Collectif Justice pour la Palestine Annecy).

Mercredi 19 septembre, la souscription lancée le 10 avait recueilli : 4101€ pour 78 donateurs (1000 euros et 21 donateurs de plus dans la journée.)
Mardi 24 septembre : 6541 € de 124 donateurs.
Jeudi 26 septembre : 6987€ et 137 donateurs.
Le 1er octobre : 7737€ de 154 donateurs.
Le 4 octobre : 8022€ de 162 donateurs.
7000 € ont déjà été versés au réalisateur pour pouvoir poursuivre le tournage.
Merci à vous. On continue.

Publié le 11/10/2019

Municipales 2020 : On va droit dans le mur !

 

(site politis.fr)

 

Pour Paul Ariès, une gauche de gauche et une écologie antilibérale qui se referaient à l’occasion des municipales, qui s’ancreraient de nouveau dans les territoires, dont les militant.e.s se reparleraient, seraient à même ensuite d’envisager sereinement 2022…

J’aimerais être convaincu que les dirigeants des gauches et de l’écologie sont prêts à assumer l’échec qu’ils programment aux prochaines élections municipales en raison des logiques d’appareil qui prédominent et des erreurs de stratégie qui s’amplifient au nom du populisme.

Logiques d’appareil qui poussent les uns à vouloir sauver un parti en préservant des alliances locales devenues contre-nature avec un Parti « socialiste » qui n’a tiré aucune leçon des échecs pour toutes les gauches de sa conversion au libéralisme économique, au capitalisme, ou à se prendre pour la petite grenouille verte devenue le temps d’une élection aussi grosse que le bœuf ; erreur stratégique lorsque d’autres s’entêtent à se la jouer sectaires, au nom du refus de la « soupe aux logos » (comme si les logos n’exprimaient pas des sensibilités différentes et donc respectables) tout en proclamant avec Mélenchon que seule la présidentielle de 2022 reste le véritable objectif.

Dépasser les querelles de chapelles

Un véritable populisme ne consiste pas à privilégier le national sur le local, comme ce fut déjà le cas lors des précédentes municipales, avec le triste résultat que l’on a connu en 2017, stratégie électoraliste génératrice de désillusions et de la difficulté à assumer l’échec électoral, un véritable populisme ne consiste pas à sélectionner quelques villes exemplaires, comme nous y invite le camarade député Alexis Corbière, afin d’en faire des laboratoires plus médiatiques que politiques, un véritable populisme ne consiste pas à chercher un face-à-face entre le peuple et un homme (ou une femme) providentiel, comme nous y incite le système, mais à prendre acte de la richesse du peuple, dont témoignent les gilets jaunes, à privilégier le travail politique au quotidien, car aucune pseudo « guerre éclair électorale » ne peut permettre de construire un rapport de force.

C’est pourquoi, les municipales devraient être nos élections fétiches, déjà parce qu’un éco-socialisme municipal est la condition pour que monte un nouvel espoir à gauche et dans l’écologie, tout comme le socialisme municipal de la fin du XIXe siècle fut la matrice de la naissance de la gauche, ensuite parce que les citoyen.ne.s sont particulièrement attachés à leurs services publics de proximité, belle occasion de parler de service public, de biens communs, d’avancer vers la gratuité des transports en commun, des cantines, des médiathèques, des services funéraires, bref de contrer sur le terrain le discours libéral dominant, également parce que les territoires sont le bon espace pour mener la transformation écologique de la société, puisque le politique national ne peut jamais que traduire des mutations engagées…

À trop viser la seule conquête du pouvoir central, on risque non seulement de la louper en 2022, mais de ne rien pouvoir en faire, faute d’ancrage local. La condition pour reprendre le chemin de la victoire est donc de dépasser les querelles de chapelles et que les appareils politiques se mettent enfin au service de listes citoyennes unitaires, de listes arc en ciel, porteuses de projet d’émancipation sociale, écologique, politique.

Multiples convergences en cours

Des pistes ont été frayées, dans ce sens, lors du Forum national de la gratuité du 5 janvier 2019, en présence de représentants de toutes les familles des gauches et de l’écologie, dont personne ne peut croire qu’ils étaient venus simplement parce qu’ils ne pouvaient pas faire autrement, d’autres pistes fécondes ont été ouvertes lors du rassemblement du Big Bang le 30 juin à Paris.

Tout cela, comme les multiples convergences en cours sur le terrain en France, va dans le bon sens, mais sans être encore à la hauteur des enjeux. Au regard des derniers rapports du Giec et des tendances très lourdes à dépolitiser l’écologie, il est temps de sortir de l’isolement superbe que cultivent les uns et les autres et de construire, au plus près des gens, des réponses concrètes. Une gauche de gauche et une écologie antilibérale qui se referaient à l’occasion des municipales, qui s’ancreraient de nouveau dans les territoires, dont les militant.e.s se reparleraient, seraient à même ensuite d’envisager sereinement 2022…

Paul Ariès est politologue, directeur de l’Observatoire international de la gratuité (OIG). Auteur de Gratuité vs capitalisme (Larousse)

 

par Paul Ariès
 

Publié le 10/09/2019

Migrants. La honte de l’Europe !

(site lamarseilaise-encommun.org)

 

En France, la représentation nationale est appelée à débattre aujourd’hui de l’immigration. Tandis que le chef de l’État a repris à son compte la notion d’« insécurité culturelle », l’orientation du débat fait une nouvelle fois abstraction des enjeux.  La mort le 29 septembre de deux migrants sur l’île de Lesbos, en Grèce, met en évidence l’absence tragique de politique migratoire des Européens. Pour les États membres, seule compte la baisse des arrivées sur leur territoire.

En novembre 2017, je me suis rendu dans le camp de réfugiés de Moria – complètement saturé – sur l’île de Lesbos. Il y régnait un froid glacial, il pleuvait des trombes d’eau, des hommes et des femmes étaient étendus sur des matelas détrempés sous des tentes non étanches. Un jeune Irakien se réchauffait les mains auprès d’un feu. Ses vêtements étaient humides, il avait les pieds nus. Ils étaient près de 7 000 réfugiés comme lui à Moria.

J’ai écrit un long reportage sur la situation dans ce camp, convaincu que les choses changeraient bientôt, que l’Union européenne (UE) ne resterait pas indifférente aux souffrances de ces gens, qu’elle n’abandonnerait pas la Grèce avec ce problème. Même si les pays européens durcissaient leur politique d’immigration, les valeurs dites occidentales et l’exigence d’humanité pousseraient l’UE à intervenir.

Deux ans plus tard, un constat s’impose : les dirigeants européens continuent d’ignorer la situation sur l’île de Lesbos et dans les îles voisines de la mer Égée ; le sort des migrants ne s’améliore pas, il s’aggrave. Avec une capacité d’accueil de 3 000 personnes, le camp de Moria était déjà saturé à la fin de l’année 2017, aujourd’hui on estime qu’ils sont près de 12 000 à vivre dans son enceinte et dans les environs. Et le nombre de nouveaux arrivés, débarquant de bateaux en provenance de Turquie, est reparti à la hausse.

Dimanche [29 septembre], la situation a viré à la tragédie. Un incendie s’est déclaré, coûtant la vie à une femme et à son enfant, d’après les premières déclarations des réfugiés. La police est ensuite intervenue et a lancé des gaz lacrymogènes contre les migrants en colère. Manos Logothetis, responsable du gouvernement grec pour l’accueil des migrants, a parlé d’un “terrible et malheureux incident”.

Sauf que cette tragédie ne devait rien au hasard. Quand des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants de cultures différentes vivent parqués dans des conditions aussi indignes et inhumaines, comment s’étonner qu’une catastrophe arrive ? Il est honteux que l’UE n’ait rien fait pour éviter cette tragédie.

Améliorer la situation des réfugiés en mer Égée et assumer une responsabilité collective en tant qu’Européens n’a rien d’une tâche impossible. Sauf qu’il n’y a pas de volonté politique. Seule compte la diminution du nombre de réfugiés. Le reste peut bien passer à la trappe.

Tim Röhn

Publié le 09/10/2019

Parlons (Inter) Net

 

Des cons sidérés, dit-il...

 

Pour ce qu’on sait du livre à paraître « Lettre à un jeune flic » de Frédéric Péchenard, l’ex-directeur général de la police nationale, il s’agit d’une longue plainte pour manque de moyens, déconsidération, surmenage, suicides.

Espérons que la « déconsidération » y occupe un chapitre central.

Si tous les samedis depuis novembre 2018 la rue hurle que « Tout le monde déteste la police », ce n’est pas à cause de la vétusté des uniformes, des fourgons, gyrophares, commissariats, mais à cause du sur-investissement en grenades lacrymogènes (qui asphyxient sans discernement), grenades de désencerclement (qui arrachent les mains) LBD (qui éborgnent), tonfas (qui ouvrent les chairs). C’est à cause des blindés et des canons à eau, des tabassages autorisés sous l’œil des caméras, des gardes à vue injustifiées, des faux témoignages devant la justice, des injures lancées à la foule, de la mort de Zineb Redouane et de Steve Maia Caniço.

Une police dont le peuple a peur, une police soutenue, quoi qu’elle fasse, par son ministre, absoute par la Justice, couverte par l’IGPN, adulée par les médias des milliardaires est forcément déconsidérée.

La France a compris que la meute, gangrénée par l’extrême-droite, fait peur aussi à Macron. La police le tient. Il ne lui reste que l’armée, en dernier recours. A supposer qu’elle soit, elle, républicaine.

Théophraste R. Auteur du livre d’humour (inachevé) : «  Quand Renaud a embrassé un flic avant d’aller se cuiter avec eux dans un fourgon grillagé au plancher taché de sang ».

 

 

Publié le 08/10/2019

Lyonel Trouillot. Silence complice sur Haïti : solitude des morts sans importance

 

Lyonel Trouillot (site humanite.fr)

 

Rappel des faits Les Haïtiens réclament le départ du président, Jovenel Moïse. À la suite de la protestation dans les rues de Port-au-Prince et des autres villes, on compte les premières victimes. Et rien dans les journaux...
 

Sans verser dans les théories du complot, il y a quelque chose d’écœurant et d’inquiétant dans le silence de la presse occidentale sur la situation haïtienne. Depuis plus d’un an, des milliers de citoyens descendent régulièrement dans les rues de la capitale et des principales villes de province pour réclamer la démission du président de la République, indexé par un rapport de la Cour supérieure des comptes dans des affaires de corruption ; la tenue du procès Petrocaribe (disparition de milliards de dollars issus d’un prêt accordé par le Venezuela).

Depuis plus de sept mois, le pays n’a pas de gouvernement légitime, le président et sa majorité parlementaire ne parvenant pas, malgré toutes leurs tentatives en violation flagrante de la Constitution, à installer un premier ministre. La résistance s’y oppose. Gouvernement de facto, sans autorité réelle.

Depuis plus d’un mois l’opposition et la population se voient forcées de recourir à des manifestations et au blocage des activités. Les hôpitaux, les écoles, les services publics, le commerce, les activités de production déjà faibles, tout est bloqué. Pays lòk. Les réponses à cette situation sont la répression et le silence. Des militants politiques sont assassinés, le dernier cas en date étant celui de Josemano Victorieux, membre de l’organisation Pitit Desalin, le 27 septembre. Un sénateur proche du président a sorti son arme et tiré sur un journaliste et un citoyen, blessant le premier à la bouche, prétextant une légitime défense non établie par les vidéos. Le commissaire du gouvernement près le tribunal de la capitale a démissionné en affirmant qu’on lui avait ordonné de « mater la rue ». Des véhicules sans immatriculation ou immatriculés police nationale ou service de l’État promènent des hommes encagoulés qui tirent sur les manifestants ou ciblent les militants politiques de l’opposition.

Le président de la République s’enferme dans son mutisme et mène une vie de fugitif. Son cortège se fait caillasser, personne ne sait où il dort. La Conférence épiscopale, organe de l’Église catholique, la Confédération des pasteurs protestants, les professeurs d’université, des collectifs d’artistes et d’intellectuels, des organisations du monde des affaires, des barreaux, le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, des personnalités de la société civile, l’opposition politique, ce sont tous les secteurs organisés de la vie nationale qui demandent au président de « tirer les conséquences de ses échecs », plus clairement de démissionner.

Depuis l’opération pays lòk, les activités de tous ordres sont bloquées. Les cas sont nombreux de personnes qui meurent ou dont la santé est mise en danger par manque de soins médicaux. Citons seulement celui de cette femme sur le point d’accoucher qui décède à l’entrée d’un hôpital ne pouvant la recevoir. On pourrait parler des dyalisés, de ceux qui ont besoin de sang, des diabétiques… La majorité des habitants des villes gagnent leur vie au jour le jour et vivaient déjà dans une situation précaire. Cette misère au quotidien n’a fait qu’augmenter. Mais, comme ils le disent à la radio : nous consentons au sacrifice pour en finir avec la corruption et l’impunité.

Aucun secteur organisé de la population ne soutient le président de la République. Il n’aurait l’appui que de quelques ambassades, principalement celle des États-Unis.

Pourquoi et comment la presse occidentale reste-t-elle silencieuse sur la situation haïtienne ? Est-ce parce que ceux, beaucoup moins nombreux, qui manifestent à Hong Kong sont des « militants prodémocratie » et ceux qui manifestent et se font tirer dessus en Haïti ne le sont pas ? Est-ce parce que ce qui se passe en Haïti, la révolte populaire et nationale contre un président et un pouvoir (le PHTK), qui, installés après une parodie d’élection légitimée par « la communauté internationale », est la résultante de deux éléments ? Le premier, et c’est la cause interne, un système politique et une structure sociale produisant trop d’inégalités et donc l’absence de sphère commune de citoyenneté, système et structure poussés à l’extrême par un président et un parti, le PHTK, dont le seul exercice du pouvoir consiste à s’approprier les biens de la nation comme biens personnels, accorder des faveurs à leurs amis du secteur des affaires. Le deuxième étant que « la communauté internationale » a légitimé et soutenu ses dérives au prétexte du respect de la démocratie formelle.

Quel peuple en Occident accepterait qu’un sénateur sorte son arme et tire sur une foule ? Quel peuple accepterait que le président de l’Assemblée nationale dise à la radio avoir choisi personnellement la ministre de la Santé en affirmant qu’elle est sa maîtresse, pour se rétracter et affirmer que si le choix était bien le sien cette affaire de maîtresse n’était qu’une plaisanterie ? Quel peuple accepterait que les auteurs intellectuels d’un massacre (une trentaine de morts dans le quartier populaire de la Saline), des officiels du gouvernement identifiés par des rapports de police et des organisations de défense des droits humains, circulent en toute impunité ? La responsabilité des officiels dans ce crime est d’ailleurs reconnue par un rapport du secrétaire général des Nations unies.

Et la presse ne se serait-elle pas précipitée pour compter les morts et crier au scandale ? Le silence sur la situation haïtienne n’est-il pas dû au moins en partie au fait qu’elle n’offre pas la possibilité d’une récupération idéologique établissant la « démocratie occidentale » comme le meilleur modèle politique et social ? S’agit-il bien de révéler aux citoyens ce qui se passe ou de choisir les faits qu’on relate en fonction de ce qu’on leur fait dire ? Les rues d’Haïti aujourd’hui : colère populaire et répression policière.

 

Publié le 07/10/2019

À Montpellier, les autorités harcèlent les militants de la cause palestinienne : José-Luis de BDS en procès

 

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Rassemblement de BDS le 18 août 2014 devant le commissariat de Montpellier pour soutenir José-Luis Moragues (avec le micro), convoqué pour « dégradation de biens d’autrui ». En juillet 2014, BDS avait investi les locaux du parti socialiste, alors au pouvoir, pour dénoncer une attaque de l’armée israélienne contre Gaza, avec la complicité de la France.

Lancée au début des années 2000 par plusieurs dizaines d’organisations non gouvernementales palestiniennes, la campagne Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) vise à exercer des pressions économiques, académiques, culturelles et politiques sur l’État israélien, de la même manière que s’est exercée une campagne de boycott contre l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid. L’objectif de BDS est triple : stopper la colonisation des terres arabes, obtenir l’égalité des droits entre les citoyens israéliens et les arabo-palestiniens d’Israël et faire respecter le droit au retour des réfugiés palestiniens, reconnu par deux résolutions de l’Organisation des Nations-Unies (ONU)(1). Les recommandations de l’ONU ne reflétant pas la réalité des rapports de forces internationaux, l’État israélien, soutenu par les États-Unis, ne les respecte pas. En février 2019, une commission d’enquête de l’ONU a conclu que l’armée israélienne se rendait coupable de « crimes contre l’humanité » et a évoqué des « motifs raisonnables de croire que des tireurs d’élite israéliens ont tiré sur des journalistes, du personnel de santé, des enfants et des personnes handicapées »(2). De fait, la liste des civils Palestiniens assassinés par l’armée israélienne ne cesse de s’allonger(3), et la colonisation des terres arabes s’étend, dans un contexte politique israélien instable à la merci des partis religieux et d’extrême-droite(4). De son côté, BDS mène une campagne non-violente, sans pour autant échapper à une intense répression.

 

De 1920 à 1948, le Royaume-Uni, puissance coloniale, exerce son mandat au nom de la Société des nations sur la Palestine, provoquant des conflits entre Arabes et Juifs, mais aussi entre ces populations et les autorités britanniques. En 1947, après la Seconde guerre mondiale et le massacre de millions de Juifs par les nazis, l’ONU vote le plan de partage de la Palestine, divisé en trois secteurs : l’un arabe, l’autre juif, et Jérusalem, placé sous contrôle international. En 1948, Israël proclame son indépendance, immédiatement attaqué par les États arabes voisins. En 1967, l’Égypte obtient le retrait des troupes de l’ONU de la région et militarise le Sinaï, péninsule frontalière à Israël. Mais Israël attaque et défait l’Égypte, la Syrie et la Jordanie : c’est la guerre des six jours. L’ONU adopte ensuite une résolution stipulant le retrait de l’armée israélienne des territoires occupés. Dans les faits, Israël ne cessera de coloniser les terres arabes.

La France à l’avant-garde de la criminalisation de BDS

Par son activisme aux quatre coins de la planète, BDS revendique avoir contribué à arracher plusieurs victoires, dont, pour l’année 2019, le désistement d’entreprises australiennes et canadiennes dans le projet de construction de lignes de tramway dans les colonies israéliennes(5), le désinvestissement des assurances Axa du capital d’une entreprise israélienne fabriquant des armes(6) ou bien encore la proclamation d’une motion par l’université du Cap (Afrique du Sud) précisant qu’elle se réserve le droit de se dissocier « des institutions académiques qui soutiennent […] la violation des droits humains [en Palestine] »(7). En 2015, le président israélien Reuveu Rivlin avait précisément considéré que le boycott académique constituait une « menace majeure » pour l’État israélien.(8) Les États dits occidentaux étant pour la plupart de fidèles alliés d’Israël, nombre d’entre eux ont pris des mesures pour endiguer le mouvement BDS : 27 États des États-Unis ont adopté une législation anti-BDS(9), le parlement allemand a voté une résolution assimilant la campagne BDS à de l’antisémitisme(10), le gouvernement britannique a interdit aux institutions anglaises recevant des fonds publics de boycotter les produits israéliens(11) et le parlement canadien a condamné le mouvement BDS(12). En 2018, la chaîne qatarienne Al Jazeera a publié un documentaire édifiant sur les méthodes illégales des groupes de pressions étasuniens en faveur d’Israël pour discréditer les militants de BDS, avant que le Qatar ne gèle la diffusion du reportage.

 

Manifestant lors de la « marche du retour », pour le respect du droit au retour des réfugiés palestiniens, à Rafah, au sud de Gaza, en avril 2019. Sur la pancarte, il est écrit : « Liberté, justice, égalité ; BDS jusqu’à ce qu’on revienne ».

Quant aux autorités françaises, elles font du zèle pour réprimer les soutiens du peuple palestinien : en 2010, une militante de BDS est condamnée à 1000€ d’amende pour « incitation à la discrimination raciale » alors qu’elle avait simplement incité au boycott de produits israéliens dans un supermarché(13) ; toujours en 2010, Michèle Alliot-Marie, alors garde des sceaux, avait envoyé une circulaire à tous les procureurs pour leur demander « une réponse cohérente et ferme » face aux appels de boycott envers l’État israélien(14) ; en 2015, douze militants de BDS de Mulhouse ont été condamnés solidairement à 32 000€ d’amende au total pour, une nouvelle fois, l’incitation au boycott de produits israéliens(15) – liste non-exhaustive. Côté théorie, Emmanuel Macron a déclaré que « l’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme »(16), préparant ainsi les conditions d’un possible délit d’opinion (pour en savoir plus sur ce sujet, lire l’article « Antisionisme, antisémitisme, un amalgame funeste »). La France se distingue clairement par son opposition véhémente à la campagne BDS, et la ville de Montpellier semble être un laboratoire à ciel ouvert de cette politique répressive.

 

À Montpellier, la police municipale harcèle BDS

Dans la rubrique « Criminalisation de BDS » du site de l’organisation, une bonne partie des articles concernent les militants de Montpellier. Créée en mars 2009, la section montpelliéraine de BDS se distingue par son activisme sans relâche, non sans générer quelques frictions avec le bureau national. Pour protester contre une nouvelle attaque de l’armée israélienne contre Gaza, les militants de BDS de Montpellier investissent en juillet 2014 les locaux du parti socialiste (PS), alors au pouvoir. Plusieurs plaintes sont déposées, sans suite. Un mois plus tard, la section montpelliéraine de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) porte plainte contre deux militants de BDS pour antisémitisme. Ces deux militants avaient publié sur leur page facebook personnel un photomontage comparant les soldats israéliens aux nazis, accompagné d’un texte clairement antisémite. Un membre de la LDH les avait contacté pour leur demander de retirer cette publication, ce qu’ils ont immédiatement fait, en précisant qu’ils n’avaient pas lu le texte antisémite, qu’ils condamnent évidemment (il fallait cliquer sur « lire plus » pour que le texte s’affiche, ce que les deux militants n’avaient pas pris la peine de faire). La LDH a tout de même décidé de porter plainte, et les deux militants ont finalement été relaxé en appel au bout de deux ans et demi de procédures.(17)

 

En parallèle, la Ligue international contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) organise le 30 mai 2015 une manifestation à Montpellier pour réclamer l’interdiction du stand de BDS, présent quasiment chaque samedi sur la place de la Comédie de Montpellier. Dans la foulée, la municipalité annonce que les militants de BDS devront désormais déposer une demande d’autorisation deux mois à l’avance pour tenir leur stand.(18) À partir de ce moment-là, la police municipale ne cessera de s’attaquer au stand et de dresser des procès-verbaux pour « occupation illégale de l’espace public », tandis que le porte-parole José-Luis Moraguès est contraint de s’expliquer à plusieurs reprises au commissariat(19). Les militants ne se débinent pas pour autant et continuent d’occuper quasiment chaque samedi la place de la Comédie pour alerter la population sur le sort des Palestiniens, et haranguent la foule, caméras au poing, pour dénoncer les entraves de la police. Ce harcèlement policier conduit plusieurs organisations de gauche à se rassembler plusieurs fois, en 2016, 2017 et 2018, pour « le soutien inconditionnel à la liberté d’expression de BDS 34 ».(20) En décembre 2017, les militants de BDS parviennent à mobiliser plusieurs centaines de personnes dans le cadre d’un appel national à manifester contre la colonisation, suite à la décision explosive de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale israélienne.(21) Lors de cette manifestation, des tracts sont distribués pour dénoncer la responsabilité de la ville de Montpellier dans la normalisation de la colonisation israélienne : « Depuis 40 ans, le centre communautaire culturel juif (CCCJ) organise avec ses amis du Crif [Conseil Représentatif des Institutions Juives de France] la “journée” dite de Jérusalem qui commémore la “réunification de Jérusalem”, “Jérusalem Capitale une et indivisible de l’État israélien”, c’est-à-dire l’annexion et l’occupation illégale par Israël de la ville de Jérusalem. Cette commémoration coloniale largement subventionnée par nos impôts locaux se fait en présence du consul d’Israël et des élus représentant la région, le département, la métropole et la ville de Montpellier dont le maire [Philippe Saurel] ne rate pas une commémoration ». Le 9 septembre 2018, la police municipale empêche une militante de BDS d’accéder au forum des associations de Montpellier, sans motif légal.(22) Pendant le mouvement des gilets jaunes, plusieurs militants de BDS, dont José-Luis Moraguès, s’investissent à titre personnel sur les ronds-points, et les militants tenant le stand sur la place de la Comédie se retrouvent eux aussi au milieu des gaz lacrymogènes. Le 5 janvier, alors que les policiers dressaient comme à leur habitude un procès-verbal contre le stand, des gilets jaunes défendent les militants de BDS et écoutent attentivement le discours de José-Luis Moraguès.(23)

 

Procès le 16 octobre

Après les multiples convocations au commissariat, José-Luis Moragues est finalement convoqué le 16 octobre à 8h30 au tribunal de grande instance (TGI) de Montpellier pour « émission de bruit portant atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l’homme » (l’audience est au TGI mais relève du tribunal de police, compétent pour juger les contraventions). Le parquet reproche au porte-parole de BDS d’avoir fait trop de bruit le 19 mai 2018 à 16h01, jour d’une manifestation déclarée en préfecture pour dénoncer les offensives militaires de l’armée israélienne contre des civils palestiniens.(23) « Depuis quand faire du bruit pendant une manifestation est-il passible de poursuite ? » s’interroge BDS. José-Luis Moragues a d’abord reçu une contravention à son domicile, et c’est parce qu’il la conteste qu’il est convoqué au tribunal. « À 16h01, la manifestation, qui avait quitté la place de la Comédie vers 15h40, était au niveau de la place Jean Jaurès (400 mètres plus loin). José-Luis, qui faisait des photos en tête de manifestation, n’était donc plus sur la Comédie ! » affirme l’organisation. Dans un article titré « Jusqu’où ira la mairie de Montpellier pour soutenir l’apartheid israélien ? », BDS appelle à se rassembler le 16 octobre à 8h au TGI de Montpellier (place Pierre Flotte) pour dénoncer cette répression et soutenir la liberté d’expression des militants de BDS. L’assemblée de Montpellier contre les violences d’État et pour les libertés a décidé de relayer cet appel.

 

En 2013, le monde entier s’est ému à juste titre de la mort de Nelson Mandela, figure historique de la lutte contre l’apartheid. « Tout discours sur la paix restera creux tant qu’Israël continuera à occuper un territoire arabe » avait déclaré l’ancien président sud-africain. Les partenariats culturels et commerciaux noués en notre nom par les gouvernements français successifs avec l’État israélien légitiment l’apartheid, la colonisation et les crimes de guerre à l’encontre des civils palestiniens. Si nous sommes capables de nous mobiliser par milliers dans les rues de Montpellier pour dénoncer la répression et les politiques antisociales d’Emmanuel Macron, nous pouvons bien consacrer une matinée aux militants de BDS qui luttent vaillamment pour faire vivre la solidarité internationale : rendez-vous le 16 octobre à 8h au TGI de Montpellier pour soutenir BDS et José-Luis Moragèes !

 

  1. Les résolutions 194 et 3236.
  2. « Gaza : des enquêteurs de l’ONU suspectent Israël de crimes contre l’humanité lors des manifestations », ONU Info, 28 février 2019
  3. « Overview: December 2018 », United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs », décembre 2018
  4. « Israël : cinq questions pour comprendre les conséquences des élections », Courrier international, 26 septembre 2019
  5. « Australian, Canadian firms pull out of Israeli settler railway », The Electronic Intifada, 8 mai 2019
  6. « AXA S.A. announces the successful completion of a Secondary Common Stock Offering of AXA Equitable Holdings, Inc. and related Share Buyback », Axa, 25 mars 2019
  7. « UCT Council decision on the resolution of the Senate regarding formal relionships with Israeli academic institutions in the Occupied Palestinian Territories », Univerty of Cape Town, 30 mars 2019
  8. « Rivli: Academic boycott a major threat to Israel », The Times of Israel, 28 mai 2015
  9. « Anti-Semitism: State Anti-BDS Legislation », Jewish Virtual Library
  10. « Le Parlement allemand adopte une résolution condamnant le mouvement anti-israélien BDS », i24News, 18 mai 2019
  11. « Londres interdit au secteur public anglais de boycotter les produits israéliens », L’Orient le jour », 16 février 2016
  12. « Trudeau Backs Conservative Motion Condemning BDS Movement Against Israel », Huffington Post, 22 février 2016
  13. « Sakina Arnaud: Le Mrap parle d' »intimidation » », Europe 1, 17 février 2010
  14. « Circulaire CRIM-AP N° 09-900-A4 », Ministère de la justice et des libertés, 12 février 2010
  15. « BDS Israël : des militants définitivement condamnés en cassation », Saphir News, 29 octobre 2015
  16. « Macron annonce que la France va intégrer l’antisionisme à sa définition juridique de l’antisémitisme », BFM TV, 20 février 2019
  17. « Montpellier Procès BDS : Saadia et Hussein relaxés en appel », La Marseillaise, 8 février 2017
  18. « Montpellier : « BDS, la Comédie ne t’appartient pas » », Midi Libre, 1er juin 2015
  19. « Un militant de BDS 34 convoqué une énième fois au commissariat de Montpellier », Le Poing, 14 novembre 2018
  20. « Le mouvement de solidarité avec BDS occupe la Comédie ! » BDS 34, 7 novembre 2016, « Pour la liberté d’expression de BDSF34 et l’embargo militaire contre Israël », BDS France ; « Le chapiteau BDS France 34 place de la comédie ! », chaîne youtube de José-Luis Moraguès, 26 février 2017 ; « Succès du rassemblement pour la défense de la Liberté d’expression et de soutien inconditionnel à l’expression de la Campagne BDS France Montpellier et de la Fédération Unie de la Libre Pensée », BDS 34, 5 décembre 2018
  21. « 450 personnes défilent dans les rues de Montpellier pour dénoncer la colonisation à Jérusalem et en Palestine », Le Poing, 9 décembre 2017
  22. « Montpellier : nouvelle bavure de la municipalité contre BDS ! », BDS France, 10 septembre 2018
  23. « Montpellier : les gilets jaunes au secours de BDS Montpellier », BDS France, 14 janvier 2019
  24. « Jusqu’où ira la mairie de Montpellier pour soutenir l’apartheid israélien », BDS France, 16 septembre 2019

 

Publié le 06/10/2019

Surprise : les cadeaux aux plus riches ont creusé le trou de la sécu'

Par Emmanuel Lévy (site marianne.net)

 

L'organisme gouvernemental chargé d'évaluer le coût de la suppression de l'ISF vient de révéler les limites de sa mission. Son rapport fait d'ailleurs l'impasse sur le coût caché des réformes pour le budget de la sécurité sociale...

Dans du sable. Promis par Emmanuel Macron, le ruissellement vers l’économie réelle des sommes économisées par les contribuables à la suite de la grande réforme de la fiscalité du capital, instauration d’un prélèvement forfaitaire unique (PFU) et remplacement de l’ISF par l'impôt sur la fortune immobilière n’est pas au rendez-vous. En tout cas pas observable après deux ans d’existence. Telle est la principale conclusion du rapport réalisé par le comité d’évaluation ad hoc qui devait en tirer le bilan. Sa conclusion n’est pas une surprise. Elle était au contraire, attendue. La fongibilité de l’argent - comment tracer dans les circuits économiques, un euro issu de cette réforme plutôt qu’un autre -, comme la conjoncture économique qui domine l’ensemble des processus ne permettent pas de faire un état des lieux.
 

France Stratégie qui s’est collé à l’ouvrage ne l’ignorait pas. Et l'annonce d’emblée : «Les travaux du comité se sont donc engagés à un moment où il n’était pas envisageable de produire une évaluation complète ex post des réformes, tout simplement parce que celles-ci mettront des années à porter l’ensemble des fruits que l’on en attend.» A défaut d’une analyse quasi impossible, le think tank étatique s’est donc contenté de faire dans le pointillisme, de « poser le paysage ». Non sans se positionner sur l’issue positive qu’elle reconnaît comme quasi inévitable mais qu’elle guette comme le héros du désert des tartares.
 

2 milliards de trou

Certes, y est affiné le coût pour le budget de l’Etat, plus réduit que prévu. De quoi confirmer, ce que l’économiste Gabriel Zucman prédisait dès le début : une forte hausse des dividendes distribués. L’instauration du prélèvement forfaitaire unique (PFU) sur les revenus des valeurs mobilières (actions), des dividendes, en lieu et place d’une imposition au barème de l'impôt sur le revenu a fortement modifié la stratégie des agents. Ceux qui avait la possibilité d’arbitrer entre se verser un salaire imposé au barème de l'impôt sur le revenu et opter pour des dividendes taxés au PFU, 30% de prélèvement, réparti entre 17,2% de prélèvement sociaux (caisses de la sécu) et 12,8% d'impôt sur le revenu (caisses de l’Etat) ont opté pour la seconde solution. En 2017, les versements de dividendes représentait un peu moins de 12 milliards d’euros, il s’en est versés près de 20 milliards en 2018. Cette forte progression, près de 65% de l’assiette, a conduit à une meilleur rentrée fiscale supérieure de 300 millions à la prévision sur ce volet. Mais a fortement réduit l'impôt sur le revenu.
 

autre coût caché de ces réformes sur lequel fait l’impasse le rapport est le manque à gagner pour les organismes de sécurité sociale. Pour expliquer le retour du “trou de la Sécu”, le gouvernement met l’accent sur les cadeaux faits aux gilet jaunes. Et fait l’impasse sur le coût induit par les arbitrages liés à l’instauration du PFU. La plupart des 8 milliards supplémentaires qui devaient supporter près de 40-45% de cotisations sociales, comme salaires, l’ont été au taux de 17,2% comme dividendes. Un manque à gagner maximum théorique de près de 2 milliards d’euros….

 

Publié le 05/10/2019

Appel contre la répression du peuple algérien

(site lamarseillaise-encommun.org)

A Alger comme sur tout le territoire algérien, une vaste campagne d’arrestations  frappe à nouveau brutalement des citoyens et des personnalités publiques proches du soulèvement populaire pacifique.  Elle menace toutes celles et ceux qui s’engagent en faveur d’un changement radical et contre les choix unilatéraux des autorités de fait. De nombreux citoyens se mobilisent dans un climat de Hirak*, toujours censuré.

Lancée par le comité national pour la libération des détenus le 22 septembre dernier, une pétition dénonçant cet état de fait a déjà recueilli plus de 600 signatures. Selon le texte  : ” La répression n’épargne ni les symboles de l’Histoire de la libération nationale ni les militants du combat politique contre la corruption et pour les libertés individuelles et collectives. Elle touche toutes les catégories de la population et tous les courants idéologiques de la société. A Oued Rhiou, l’irresponsable recours à l’usage des armes à feu par les forces de l’ordre a entrainé la mort d’hommes et créé un précédent extrêmement dangereux en comparaison au pacifisme mondialement reconnu des manifestants”.

Et d’ajouter : “A l’aube du huitième mois du soulèvement populaire pacifique, le pouvoir assume publiquement, par la voix du Chef d’état-major de l’Armée, la poursuite de la violation de droits constitutionnels fondamentaux consacrés par les conventions et pactes internationaux. Symbole de l’Etat national et de l’indépendance du pays, Alger, la capitale, est interdite d’accès aux Algérien(ne)s les jours de manifestations, au mépris de la liberté de circulation reconnue par le Droit. Pis, le droit de propriété est cyniquement piétiné par la menace de saisie et de verbalisation des véhicules transportant tout présumer manifestant”.

Pour les signataires parmi lesquels de nombreux médecins, enseignants universitaires, intellectuels ou artistes : ” Cette stratégie de la peur collective est mise en place dans le vain espoir de décapiter et de casser la mobilisation populaire pacifique contre le système autoritaire et ses symboles. Seul importe le passage en force du choix unilatéral du pouvoir au mépris du droit du peuple à connaitre et débattre de toutes les options de sortie de crise proposées par toutes les parties”.

Enfin, les protagonistes dénoncent et condamnent fermement : “La campagne illégale de répression et la guerre subversive déclenchée contre les militants politiques et les citoyens et manifestants pacifiques” exigeant avant tout : “l’arrêt immédiat de la répression, la libération inconditionnelle de tous les détenus d’opinion et la levée de toutes les entraves aux droits et libertés”.

Appelant enfin “le peuple algérien à se mobiliser pacifiquement et massivement jusqu’à l’arrêt total de l’arbitraire et l’aboutissement de ses revendications démocratiques”.

* Le Hirak (en arabe “mouvement”) désigne la série de manifestation qui a lieu depuis le 16 février 2019 en protestation contre le projet politique porté par les “proches” d’ A. Bouteflika, malgré le désistement de ce dernier.

La pétition : https://www.change.org/p/peuple-alg%C3%A9rien-appel-%C3%A0-l-arr%C3%AAt-imm%C3%A9diat-de-la-r%C3%A9pression-contre-le-peuple-alg%C3%A9rien?recruiter=936649771&utm_source=share_petition&utm_medium=facebook&utm_campaign=psf_combo_share_abi&utm_term=share_petition&recruited_by_id=1b17da30-3219-11e9-9333-f382ddffda21&share_bandit_exp=abi-17998220-fr-FR&share_bandit_var=v1&utm_content=fht-17998220-fr-fr%3Av6

 

Publié le 04/10/2019

Après le suicide de Christine Renon, le silence qui dérange

 

Par Marie Piquemal (sitr liberation.fr)

 

 

Le geste de la directrice d’école a touché nombre de ses collègues, qui se sont reconnus dans son ras-le-bol et son état d’épuisement. Les syndicats enseignants ont appelé à des grèves et des rassemblements devant les rectorats.

  • Après le suicide de Christine Renon, le silence qui dérange

«Le geste désespéré de Christine, directrice de l’école Méhul à Pantin (Seine-Saint-Denis), bouleverse toute notre profession.» En quelques heures, une pétition lancée mercredi par les syndicats enseignants dépassait déjà les 73 000 signatures en fin de journée. La moitié des écoles du département devraient être fermées ce jeudi, des appels à la grève ont aussi été lancés dans d’autres : Finistère, Haute-Garonne, Haute-Corse… Ailleurs, des rassemblements sont prévus devant les rectorats «pour rendre à Christine Renon l’hommage qu’elle mérite».

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Le 21 septembre, cette directrice d’école maternelle a mis fin à ses jours dans son établissement. Sur place, les enquêteurs ont retrouvé plusieurs courriers écrits de sa main pour expliquer son geste. L’un d’entre eux, qu’elle a glissé elle-même dans les boîtes aux lettres des directeurs des écoles de Pantin pour être sûre qu’ils le reçoivent, tourne désormais en boucle sur les réseaux sociaux. Christine Renon, «directrice épuisée», comme elle l’a écrit, voulait que ça se sache, que son geste serve, au moins, libère la parole.

«Ecœurant»

De fait, les enseignants se sont largement reconnus dans son propos. Et, à l’effet calque ressenti, vient s’ajouter la colère devant le silence de l’institution ces derniers jours. A Pantin, lors d’un hommage organisé dans la cour de l’école jeudi dernier, professeurs et parents d’élèves s’indignaient de l’absence de représentants officiels. «Le ministre est juste venu faire une visite express avec le maire, mais à part ça, rien. Pas un mail de compassion de notre direction académique ou de la municipalité. Comment ne pas y voir une marque évidente de mépris ?», questionne un enseignant sous anonymat. Il ajoute, avec cynisme : «Enfin, non, je mens. On a reçu un mail. Il commençait par "hommage"… J’y ai cru ! En fait, c’était la minute de silence pour Jacques Chirac. Ecœurant, non ?» Dans un communiqué, le Snuipp, principal syndicat du primaire, remet une couche : «La disproportion entre la demande de minute de silence à effectuer lundi en hommage à Jacques Chirac et le silence assourdissant de l’Education nationale autour du décès de notre collègue Christine Renon est choquante.»

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Interrogé, l’entourage de Jean-Michel Blanquer répond au contraire avoir pris toute la mesure du problème. «Le ministre est allé à l’écoute des équipes. Un questionnement est apparu, que nous avions déjà identifié : celui d’une évolution de la gouvernance du premier degré et la place du directeur d’école.» Pour le ministère, si ce suicide met à jour un dysfonctionnement, c’est celui de la fonction particulière du directeur d’école. Dans l’état actuel des choses, il n’a pas le statut de chef d’établissement comme l’est le principal de collège ou le proviseur de lycée. Le directeur est donc sur un pied d’égalité avec le reste de l’équipe, c’est un prof parmi les autres avec des tâches de direction en plus. «Nous avons conscience de cette difficulté de la fonction depuis longtemps déjà», insiste le cabinet du ministre, citant un rapport remis à l’été 2018 par une députée En marche, Cécile Rilhac.

Pris en étau

Quelques mois après ce rapport, le gouvernement avait introduit en catimini un amendement au projet de loi sur l’école de la confiance visant à permettre les regroupements d’écoles et collèges dans des «établissements publics des savoirs fondamentaux». Ce qui, par ricochet, donnait le statut de chef d’établissement adjoint au directeur d’école… Loin de séduire, la mesure a fait sortir de leurs gonds (et dans la rue) beaucoup de directeurs d’école, forçant le ministre à reculer. «Jean-Michel Blanquer avait convenu en effet que ce n’était pas mûr et qu’il remettait le sujet à la discussion de l’agenda social cet automne. Nous y sommes», annonce le cabinet du ministre. Pas sûr que ce soit la réponse qu’attende aujourd’hui l’ensemble de la profession, ébranlée par ce suicide et ce qu’il symbolise.

Dans sa lettre, Christine Renon décrit le travail d’un directeur : toutes ces petites tâches du quotidien qui s’accumulent et remplissent vite une journée. Elle met en cause la municipalité, l’institution aussi. «Je ne fais pas confiance au soutien et à la protection que devrait nous apporter notre institution. […] L’idée est de ne pas faire de vague et de sacrifier les naufragés dans la tempête !» Dans certains passages, le texte peut paraître abscons pour le grand public mais il touche au cœur de la profession d’enseignants. Des bancs de la maternelle aux chaires de l’enseignement supérieur, des directeurs d’école aux chefs d’établissement du secondaire jusqu’aux profs dans leurs classes, beaucoup, dans des contextes pourtant très différents, se reconnaissent dans cette fatigue lourde qu’elle décrit, ce sentiment d’être pris en étau dans un tourbillon de réformes qui partent dans tous les sens. L’émoi provoqué dépasse son entourage proche ou les cercles militants. Il se propage : ce suicide est en passe de devenir le symbole de la souffrance des enseignants, qui s’entremêle avec la passion du métier.

 

Marie Piquemal

 

Publié le 03/10/2019

Convocation d’Assa Traoré : l’acharnement continue

 

par Loïc Le Clerc  (site regards.fr)

 

Trois ans qu’Adama Traoré est mort. Trois ans que sa soeur Assa demande justice. Et désormais, les trois gendarmes accusés porte plainte contre elle en diffamation.

Youcef Brakni est membre du Comité Adama.

Regards. Mardi 1er octobre, Assa Traoré est convoqué au au commissariat suite à une plainte en diffamation des gendarmes responsables de la mort de son frère Adama Traoré. Qu’a-t-elle fait ?

Youcef Brakni. Elle est convoquée pour deux posts Facebook. A chaque 19 du mois depuis trois ans [Adama est mort le 19 juillet 2016, jour de son 24ème anniversaire, NDLR], Assa publie sur la page Facebook « La vérité pour Adama » pour parler de son frère, rappeler un moment de vie, un souvenir. Elle termine toujours par demander la mise en examen des trois gendarmes responsables de la mort d’Adama, en citant les trois noms. Assa est convoquée en tant que directrice de publication de la page Facebook. Ce qui est intéressant, c’est qu’on avait cité leurs noms à plusieurs reprises, mais que la plainte ne concerne que deux posts Facebook, des posts où Assa parle à la première personne et non pas des communiqués politiques. C’est donc bien Assa qui est visée, c’est la famille, la fratrie, qui est visée.

Ces trois gendarmes – que la famille d’Adama accuse d’être responsables de sa mort – ont-ils eu affaire à la justice de quelques manières que ce soit depuis le décès du jeune homme en juillet 2016 ?

En 2018, ils ont été entendu en tant que témoins assistés pour savoir s’ils avaient eu la possibilité ou non de pouvoir emmener Adama à l’hôpital (donc sur les faits suivants son interpellation). Rien sur les violences. Les gendarmes ne sont pas du tout inquiétés, ils continuent à vivre leurs vies et leurs carrières tranquillement. Ils étaient sur le point de clore l’enquête, après l’expertise de synthèse qui affirmait qu’Adama était mort après avoir couru 400 mètres en 18 minutes. Heureusement, on a monté un collège d’experts pour écarter toutes les raisons inventées de la mort d’Adama. Du coup, l’enquête est relancée. C’est flagrant à quel point ils ne veulent pas qu’on leur demande des comptes. comme pour Adama. Les gendarmes dans tout ça ? Ils n’ont absolument rien à voir, c’est à peine s’ils l’ont touché… A les écouter, il est mort tout seul. Les experts ont clairement dit que, rencontre avec les gendarmes ou pas, il allait mourir le 19 juillet 2016. Il y a un truc mystique, quasi prophétique. Heureusement qu’il y a les premières déclarations des gendarmes où ils racontent qu’ils se sont assis à trois sur lui !

A contrario, combien de frères d’Adama ont été incarcérés depuis ?

En tout, cinq frères ont été condamnés, quatre incarcérés. Deux ont été remis en liberté. Reste en prison Yacouba et Bagui. Ce dernier attend son procès. Rappelons que 60 gendarmes, dont la brigade responsable de la mort d’Adama, ont porté plainte contre lui pour tentative d’assassinat.

« La famille Traoré devient responsable de tout ce qui lui arrive, on la fait passer pour une famille de délinquants. Cet acharnement a pour but de justifier implicitement et a posteriori la mort d’Adama Traoré. Maintenant c’est pareil avec Assa. Elle est la soeur d’une victime, elle n’est pas le bourreau ! »

Comment comprenez-vous cet acharnement ?

La force du Comité Adama, c’est l’opinion publique. Il nous fallait gagner politiquement l’opinion politique pour ensuite aller au combat judiciairement, c’est comme ça que ça se passe malheureusement. Les gendarmes et l’Etat établissent, eux aussi, une stratégie de défense : tout faire pour que les rôles soient inversés. Il faut donc criminaliser, salir dans l’opinion publique les proches de la victime. La famille Traoré devient responsable de tout ce qui lui arrive, on la fait passer pour une famille de délinquants. Cet acharnement a pour but de justifier implicitement et a posteriori la mort d’Adama Traoré. « Regardez qui ils sont, finalement, ils l’ont bien cherché. » Maintenant c’est pareil avec Assa. Elle est la soeur d’une victime, elle n’est pas le bourreau ! Tout le truc est là. C’est vicieux.

 

Propos recueillis par Loïc Le Clerc

Publié le 02/10/*019

Les SCOP-TI célèbrent leur victoire contre le « monstre » Unilever

 

Christophe Deroubaix (site humanité.fr)

 

Neuf ans après l’annonce de la fermeture de Fralib, les coopérateurs du site de Gémenos ont fait le point, en compagnie de Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, sur l’activité de l’usine de production de thés et infusions.

Marseille, Envoyé spécial. Il y a neuf ans, jour pour jour, ce vendredi 27 septembre, Unilever annonçait la fermeture de Fralib à Gémenos, près de Marseille. De manière presque cocasse, cet anniversaire a été fêté. Les SCOP-TI qui ont repris l’activité de production de thés et d’infusions sur le site, ont convoqué une conférence de presse sur le stand qu’ils tiennent à la foire de Marseille. « On est en train de réaliser ce qu’on avait dit pendant la lutte : Fralib va devenir un pôle de l’économie sociale et solidaire », a déclaré Olivier Leberquier, ancien responsable syndical CGT et actuel président du conseil d’administration de la SCOP. « La lutte a permis de s’attaquer à un monstre. On a fait la démonstration que des salariés pouvaient gérer une entreprise. Et pourtant Unilever ne nous a pas facilité la tâche en refusant de nous céder la marque Elephant qui existe à Marseille depuis 130 ans», a renchéri son acolyte, Gérard Cazorla.

SCOP-TI a fêté ses cinq ans durant l’été et le bilan est positif. Parmi les 76 salariés qui sont allés jusqu’au bout de la lutte, 42 sont devenus des coopérateurs, 24 ont pu prendre leur retraite à taux plein et une dizaine a décidé de se lancer dans des projets professionnels différents. Côté activité, les clignotants sont au vert : chiffre d’affaires multiplié par dix, croissance de ce même chiffre de 25% cette année et des projets foison. Très prochainement, la Métropole Aix-Marseille va céder les bâtiments et terrains à une SCI crées par deux mutuelles (Mutuelle France Unie et Mutuelle Entrain) qui les louera à SCOP-TI. Le loyer que verse cette dernière passera de 340.000 à 100.000 euros, dégageant de la trésorerie. C’est l’ombre au tableau: la faiblesse de la trésorerie. Un point sombre ? Les banques qui refusent d’accompagne ce projet à la hauteur nécessaire. Les SCOP-TI ont donc relancé la campagne de socio-financement (67.000 récoltés début juillet), suscité le projet mentionné ci-dessus de SCI et prévu de nouvelles innovations (vente de thé en vrac, passage de la gamme SCOP-TI en bio comme l’est déjà la gamme 1336.)

Invité à « fêter » cet anniversaire, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT a dépeint les SCOP-TI en « exemple concret qui peut conjuguer industrie, environnement et social. Et c’est un exemple qui devrait être mis plus en avant et plus regardé par les pouvoirs, ce qui leur permettrait de mettre en accord leurs actes et leurs paroles.»

 

Les produits de la SCOP-TI sont en vente à La Carmagnole

 

Publié le 01/10/2019

Montpellier. Gilets jaunes, acte 46 : la police fonce dans le tas

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Les autorités ont visiblement décidé d’interdire aux gilets jaunes de manifester à Montpellier. La stratégie policière est rudimentaire : provoquer et taper. Récit de l’acte 46 des gilets jaunes.

 

Lors de la traditionnelle séance de claquages de bises sur la Comédie, on juge dans quel état d’esprit sont les gens. Énervés, enjoués, fatigués, déterminés, lassés, ou bien tout cela à la fois : à chaque semaine son humeur. Aujourd’hui, l’ambiance était plutôt partie pour être détente. Personne de casqué, pas de banderole renforcée, tout le monde à découvert. Des signes qui ne trompent pas. Après un petit moment de flottement, le cortège part vers la préfecture. Il semblerait qu’il y ait au moins six cents gilets jaunes. L’éternelle ligne de CRS postée devant la préfecture est bien là. Les manifestants s’en approchent et repartent tranquillement vers la gare.

 

Avenue Maguelone, ça se corse. Des policiers se déploient ostensiblement, matraques au poing, dans une petite rue parallèle. Une poubelle vole et s’écrase loin des policiers. La charge est lancée. Bousculades, matraquages, coups de boucliers, une ou deux interpellations. C’est la compagnie départementale d’intervention qui mène la danse, accompagnée de quelques policiers de la BAC en uniforme. Le cortège sort du centre-ville. Le tram est bloqué, quelques poubelles sont déplacées sur les voies. Les manifestants débarquent sur Plan Cabanes. Au loin, encore des policiers. Ils foncent dans le tas. Ça matraque, ça gaze, ça interpelle. Gratuitement. Dans le lot, Camille, l’observatrice de la Ligue des droits de l’Homme placée en garde à vue la semaine dernière, se fait bousculer.


 

S’ensuivra de longues séances de footing, les policiers harcelant de tous les côtés. Des gilets jaunes se retrouvent place de la Comédie, avant de se faire réprimer près du Polygone. On compterait une dizaine d’interpellations dont un militant du collectif ‘‘Désarmons-les’’ censé donner une conférence ce soir au Barricade pour dénoncer la répression. CQFD.

 

Publié le 30/09/2019

Ñigo Errejón, les bobos « de gauche » mollassonne, la presse du PSOE, le sociolibéral « el País » veulent la tête de Pablo Iglesias

URGENT ESPAGNE. L’opération ERREJÓN. Une fusée à plusieurs étages.

Jean ORTIZ (site legrandsoir.info)

Le jeune intellectuel réformiste IÑIGO ERREJÓN, il y a quelques mois, provoquait une scission au sein de PODEMOS ; numéro deux de la formation, « historique » du 15M « Puerta del Sol ». Il voulait la tête du numéro un, Pablo IGLESIAS.

Numéro deux de Podemos, il ne rêvait que de devenir calife à la place du calife, (sans projet) battre Pablo Iglesias, considéré plus « à gauche » que lui... La plupart des scissions qui ont quitté le PCE depuis les années 1970 ont rejoint les socialistes.

Malin, manœuvrier, anticommuniste, ERREJÓN, soutenu par les Bobos « de gauche » mollassonne, les réseaux et la presse du PSOE, l’incontournable et sociolibéral « el País »,° la télé « la Sexta », a procédé par étapes jusqu’à finir hier par tomber le masque et annoncer la création d’un nouveau parti ,« MAS MADRID », (« davantage de Madrid »). L’appellation topographique, dépolitisée, en dit long sur le contenu et les causes de l’opération de division.

Les uns et les autres veulent enterrer Unidas Podemos (UP), cette coalition IU-Podemos, où militent la plupart des communistes, des antifascistes, formation qui décolle d’après les derniers sondages, donnée à 15,5% à quelques semaines des élections générales du 10 novembre. Le « score » de la tardive liste ERREJÓN (« Mas Madrid ») n’a pour le moment pas pu être mesuré.

De toute façon, c’est bien l’UP qu’il faut affaiblir, parce que « cela sent le marxisme » et que les cocos y rôdent . Pedro Sanchez, chef du PSOE et du gouvernement (toujours pas de nouveau gouvernement) négocie plein pot avec la droite (« Ciudadanos » et le parti populaire)°pour l’après 10 novembre. Il se désole hypocritement parce que l’on ne pourrait rien faire avec la gauche de gauche, sur laquelle il rejette malhonnêtement l’impossibilité d’un accord. Pendant des mois, le beau Pedro a donné l’impression de vouloir gouverner avec Unidas Podemos. Au final, il s’agissait de lier mains et pieds aux amis d’Iglesias et aux communistes, à tous les anticapitalistes, d’obtenir la peau de UP contre trois portefeuilles ministériels : aux nains de jardin, à l’alignement des platanes, et au recyclage du papier hygiénique.

On vient d’apprendre que cet été, Antonio Garamendi, chef de la CEOE (équivalent espagnol du Medef), a rencontré discrètement et par deux fois Pedro Sanchez pour lui signifier que les patrons n’accepteraient pas l’inacceptable : un gouvernement avec des ministres « podemistes » et/ou communistes. Et comme un feu d’artifice termine toujours par un bouquet final, Sanchez vient d’assurer, sur la chaîne CNN, que « le roi représente les valeurs de la IIe république, plus que ‘Podemos’, qui est d’extrême-gauche ». Ahurissant, abject, obscène, mais logique au fond. Le bon Pedro est au service du système, du modèle mis en place avec et après la « transition ».

Plus que jamais, les résultats électoraux, les mouvements sociaux, les luttes dans la rue, entraîneront (ou pas) des politiques nouvelles, qu’une majorité du peuple exige.

 

Jean ORTIZ

URL de cet article 35255
https://www.legrandsoir.info/urgent-espagne-l-operation-errejon-une-fusee-a-plusieurs-etages.html

 

Publié le 29/09/2019

Montpellier. Maintien de l’ordre, OUI Mutilations, NON

(site la marseillaise-encommun.org)

 

À l’occasion de la publication de son nouveau rapport relatif au déroulement de la manifestation des “gilets jaunes” le 07/09/19 à Montpellier, nous relayons le communiqué diffusé par la LDH Montpellier. À cette occasion nous réitérons notre soutien aux membres de la LDH de Montpellier pour leur contribution à la diffusion de l’information dans des conditions périlleuses. Cette violence totalement inacceptable dont certains observateurs de la LDH et des street médics font les frais ne saurait se résumer à des dérapages. Elle engage pleinement la responsabilité de l’État.

Communiqué

La Ligue des droits de l’Homme Section Montpellier publie ce jeudi 26 septembre 2019 un rapport glaçant sur les agissements des forces du maintien de l’ordre lors de la manifestation des Gilets Jaunes du 7 septembre 2019 qui a eu lieu à Montpellier suite à un appel national.

Loin de constituer des actions involontaires ou une méconnaissance des procédures, les faits contenus dans ce rapport semblent au contraire caractériser une intention volontaire de blesser voire de mutiler les manifestants afin de sanctionner leurs actions.

Il est d’autant plus inquiétant que ces pratiques semblent tolérées voire parfois encouragées, aucun responsable d’unité ni collègue policier situé à proximité du lanceur/tireur ne semblant relever l’usage dangereux qui est fait de l’armement utilisé.

Nous demandons que le Préfet de l’Hérault prenne la mesure de la gravité de ces faits et adopte les mesures nécessaires pour qu’elles ne se reproduisent pas lors des manifestations prévues les 28 et 29 septembre 2019 à Montpellier ni lors de toute autre manifestation ultérieure.

Ce rapport s’inscrit dans la continuité des quatre rapports précédents publiés par la section montpelliéraine de la Ligue des droits de l’Homme. Ils dénonçaient un usage disproportionné de la force publique face aux manifestants avec notamment huit personnes gravement blessées au visage par LBD40, des pressions graves et continues sur les observateurs LDH, les photographes et les vidéastes ainsi que la violence institutionnelle déployée par le tribunal correctionnel de Montpellier dans le traitement des dossiers relatifs aux Gilets Jaunes. A la veille du premier anniversaire du mouvement des gilets jaunes, le présent rapport indique que la proportion et le discernement font toujours défaut dans l’usage de la force publique.

La LDH Section Montpellier tient à souligner que, dans un Etat de Droit, la sanction relève de la justice pénale et non des forces du maintien de l’ordre et qu’en aucun cas cette sanction saurait être de nature physique. La France peut-elle encore être qualifiée d’Etat de Droit ?

 
Ligue des droits de l’Homme Section Montpellier

 

Publié le 28/09/2019

Un Castaner, ça Trump énormément

 

par Pierre Jacquemain (site regards.fr)

 

Rien ne va dans ce pays. Alors que des millions de citoyens se mobilisent pour le climat partout dans le monde, en France, ils sont accueillis par un nuage de lacrymo. Et le ministre de l’Intérieur s’en réjouit.

Alors que le week-end était chargé en mobilisations, entre la Marche pour le climat, la manifestation contre la réforme des retraites et le 45ème appel des gilets jaunes à occuper l’espace public, le ministre de l’Intérieur n’a pas tardé à dégainer sur Twitter :

« Gratitude aux forces de l’ordre déployées sur tout le territoire pour préserver l’ordre et garantir la libre expression. Des individus violents ont été interpellés et les exactions stoppées. Le ministère de l’Intérieur reste vigilant et mobilisé : force doit rester à la loi. »

Dans le fond, comme dans la forme, il y a du Trump là-dedans. Parce que rien ne va dans ce communiqué Twitter. Rien ne va parce que, comme le rappelle le journaliste Marc Endeweld dans un tweet publié samedi, les mots sont importants. Ils ont un sens. Et le terme « d’exaction » est parfaitement inapproprié. Définition d’exaction : « mauvais traitements, sévices ». À ce titre d’ailleurs, on parle « d’exaction d’un régime ». Peut-être faisait-il allusion à la répression policière contre les manifestants pacifistes, et parfois festifs, de la Marche pour le climat à Paris ? On en doute.

Rien ne va non plus parce que l’on aimerait que les mêmes hommages soient rendus chaque jour aux enseignants qui enseignent, aux soignants qui soignent, aux juges qui jugent, aux milliers de fonctionnaires qui fonctionnent tant bien que mal. Il n’en est évidemment rien. Rien ne va non plus parce que si les forces de l’ordre font leur boulot et ne font rien de plus qu’exécuter les directives et les consignes de leur hiérarchie, l’ordre n’a pas été préservé. Pas plus que la liberté d’expression n’a été garantie. Il eut été bienvenu, notamment s’agissant de la Marche pour le climat, de dire sa gratitude aux milliers de militants qui se sont mobilisés pour la survie de la planète. Parce que l’urgence climatique est reconnue de tous et que même l’actuelle majorité en convient – même si ses choix politiques sont en contradictions, voire incompatibles, avec une politique écologique. Naturellement, il est illusoire d’imaginer Christophe Castaner soutenir et vanter les mérites de la traditionnelle marche qui s’est déroulée ce weekend. D’abord parce que le gouvernement est poursuivi pour inaction climatique – la pétition « L’affaire du siècle » a dépassé les deux millions de signataires. Enfin, parce qu’il déploie une énergie considérable à limiter et empêcher toutes manifestations publiques de se dérouler dans de bonnes conditions.

L’art de manifester à la française

Alors que partout dans le monde les manifestations suivies par plus de 150 pays débordaient à coup de « Le niveau des océans monte, notre colère aussi », la préfecture affichait quelque 16.000 participants à Paris. Et même si le chiffre a été largement minimisé (les organisateurs annoncent près de 40.000 personnes), nous étions loin, bien loin à Paris, du million de jeunes, d’étudiants, de lycéens et de familles qui s’étaient réunis en Allemagne ou à New-York ; et même des 300.000 personnes qui ont défilé dans les rues de Melbourne. Pour Emmanuel Macron, qui se pose en héros de la cause écolo mondiale au son de « Make our planet great again », ça la fout mal. Ça la fout mal aussi parce que les forces de l’ordre avaient donné le ton dès le départ de la manifestation à coup de gaz lacrymogène. On a connu meilleur accueil. Et puis il y a l’autre méthode plus sournoise, parce que plus discrète pour accueillir les manifestants.

Sous couvert de sécurisation des manifestants, les forces de l’ordre jouent de l’intimidation et déterminent des périmètres de sécurité sur plusieurs centaines de mètres à la ronde, avec de nombreuses rues fermées, transformant ainsi la ville en un véritable labyrinthe géant – hyper anxiogène – et qui finit généralement par décourager les militants. Sans parler de celles et ceux qui, après les violences exercées contre les gilets jaunes tout au long de ces derniers mois, au prix notamment de mains arrachées, ont d’ores et déjà déclaré forfait. Le bilan de ce weekend est donc extrêmement grave parce que la mobilisation pour l’environnement, l’écologie et le climat – désormais priorité des Français – a été mise à mal et prise à partie par les donneurs d’ordre : le gouvernement.

Et puis c’est à nouveau la liberté de circuler, de dire, de s’exprimer et de manifester qui a été sévèrement affaiblie. Une fois encore. Et c’est bien inquiétant. Alors s’il nous fallait encore un weekend pour s’en convaincre, hélas, les événements de ce samedi donnent raison à la colère qui monte partout : le pays va mal. Un triste constat qui résonne avec les mots de Tiken Jah Fakoly : « Mon pays va mal, de mal en mal ». Jusqu’où ? Et qui, quoi, quand, pour le relever ? Où est la gauche ?

 

Pierre Jacquemain

 

Publié le 27/09/2019

Parlons (Inter) Net

L‘ambassadrice des pingouins et Pierre Bourdieu

 

Peu après son élection, le Méprisant Macron a nommé Ségolène Royal, l’ex-candidate « socialiste » (sic) aux présidentielles de 2007 au poste d’ambassadrice aux pôles Arctique et Antarctique.

Cette éléphante du PS l’avait soutenu en 2017. Dans un éditorial de juin 2017 où je dénonçais une brochette de traîtres de « gauche » ralliés à Macron, je citais le philosophe Alain : « Toute la faiblesse de n’importe quel homme le tire du même côté. La pente est à droite ».

Quand il dit « homme », on doit comprendre aussi « femme ».
Celle-là a été tirée par la froide ambition. Dans un
documentaire de Pierre Carles le sociologue Pierre Bourdieu, rapportant les propos d’un professeur de l’ENA, raconte qu’elle avait choisi le PS, après avoir hésité, parce que c’était mieux pour sa carrière à ce moment-là.

Théophraste R. Auteur du petit livret (presque terminé) : «  Le PS, plus jamais ça ! ».

 

Publié le 24/09/2019

Convergence interdite. ATTAC dépose une requête   

(site lamarseillaise-encommun.org) 

Depuis mercredi 18 septembre, Attac et l’Union syndicale Solidaires ont lancé une demande d’autorisation de rassemblement à la Préfecture de Police de Paris pour un rassemblement « pour la justice sociale et climatique » à 9h ce samedi 21 septembre, afin de faire converger mouvements sociaux, écologistes, gilets jaunes et collectifs en lutte.

Après nous avoir refusé le rassemblement à Madeleine en proposant comme lieu de substitution Stalingrad ou République, lieux très éloignés de notre demande, nous avons décidé de proposer différentes alternatives à la Préfecture : Trocadéro, Saint Augustin ou Saint Lazare.

Par un arrêté d’interdiction publié  vendredi 20 septembre à 13 heures, la Préfecture de Police vient de notifier l’interdiction de rassemblement sur tous les lieux proposés.

Le gouvernement s’enfonce à nouveau dans une entrave dramatique du droit de manifester. Alors que nous souhaitions organiser ce rassemblement dans les meilleures conditions, la préfecture et le gouvernement font preuve d’une irresponsabilité totale.

Nous déposons une requête en référé liberté contre l’interdiction de manifester et maintenons notre appel à rassemblement, pour marquer et construire la convergence entre nos mouvements. Nous invitons habitant.es, citoyen.ne.s, gilets jaunes, organisations environnementales, syndicales et mouvements sociaux à se retrouver, samedi 21 septembre à 9h Place de la Madeleine pour porter collectivement la convergence nécessaire entre nos mouvements.

Nous combattons le même système, celui de l’hégémonie des multinationales et des plus riches.
Fin du monde, fin du mois : même combat !

ATTAC France

 

Publié le 23/09/2019

La pollution est bonne pour les affaires, selon le patron de L'Oréal

Même s'il ne l'encourage pas, Jean-Paul Agon, PDG de L'Oréal, estime que la pollution en ville encourage la consommation de produits de beauté.

Le HuffPost (site huffingtonpost.fr)

POLLUTION - La pollution est bonne pour les affaires, selon Jean-Paul Agon, patron de L’Oréal. Même s’il a nuancé en ajoutant “ne pas l’encourager”, ses propos ont évidemment fait réagir.

Dans une interview donnée au site Marketwatch, celui qui travaille pour L’Oréal depuis 41 ans explique que “quand vous habitez en ville, votre peau, vos cheveux, sont plus sollicités que si vous viviez dans une zone rurale, vous avez donc plus besoin de shampoings, d’après-shampoings, de soins pour la peau; de crèmes hydratantes, d’anti-UV, etc. La vie urbaine signifie plus de socialisation et plus de socialisation signifie une plus grande consommation de produits de beauté.”

Dans cette interview, le patron de 63 ans ajoute qu’en plus de la pollution, les réseaux sociaux, notamment Instagram, ne sont pas en reste.

“Plus vous vous rendez beau en ligne, plus vous devez prendre soin de vous quand vous sortez parce que si, quand des gens vous rencontrent, ils découvrent que vous êtes complètement différents de ce à quoi ils pensaient, vous avez un problème”, selon lui. Jean-Paul Agon fait ainsi un lien direct entre le fait d’utiliser des filtres sur Instagram et d’acheter des produits cosmétiques.

Contacté par The Independent, Bambos Charalambous, un député britannique a dénoncé ces propos comme étant ”épouvantables et irresponsables”. “Il y a déjà assez de pression sur les jeunes et l’idée que certaines personnes sont heureuses de se faire de l’argent grâce à une fausse vie est vraiment triste”.

 

Publié le 22/09/2019

Référendum ADP : vers le million et au-delà ?

(site politis.fr)

À la Fête de l'Humanité, ce week-end, les forces politiques et syndicales ont relancé la campagne pour le RIP sur ADP. Un combat qui s'annonce ardu.

Le référendum d'initiative partagé ( RIP) sur la privatisation d'Aéroports de Paris était partout au parc de La Courneuve cette année. Sur des tee-shirts et des stickers ornés du slogan « Moi j'ai signé et toi ? » Mais surtout dans de très nombreux stands où des militants recueillaient sur papier (via des formulaires Cerfa), sur des tablettes et même sur des bornes prévus à cet effet, les soutiens à la fameuse proposition de loi référendaire. Les 4 717 396 signatures nécessaires semblent encore très loin – à la date du 11 septembre, le Conseil constitutionnel en avait enregistré 761 000 – mais dans les nombreux débats consacrés à la question, on ne voulait pas céder au pessimisme.

Isabelle Bigand-Viviani, secrétaire générale de la CGT de l'aéroport d'Orly, invitée au stand PCF du Val-de-Marne, souligne le chemin déjà parcouru :

Au début lorsqu'on se battait au sein d'ADP contre la privatisation, on passait pour des Don Quichotte qui luttent contre des moulins à vents. Aujourd'hui, on est arrivé à ce RIP et on ne lâchera rien jusqu'au 12 mars ! [Jour de clôture du recueil des soutiens, NDLR]

Pascal Savoldelli, sénateur du Val-de-Marne et l'un des 248 parlementaires qui ont permis au référendum d'initiative partagée de voir le jour, croit en un rebond de la mobilisation:

Cette Fête de l’Huma peut-être une caisse de résonance. Il y a un objectif atteignable, c'est le million de soutiens. Et, à partir de là, le RIP aura bien plus d'écho médiatique.

Atteindre le million, c'est aussi trouver matière à interpeller le président de la République qui a déclaré vouloir abaisser le seuil du RIP à un million dans la futur réforme constitutionnelle. Pour Stéphane Peu, député PCF et tête d'affiche d'un autre débat sur le sujet, « le million, on peut y arriver assez rapidement. Mais après, il va falloir sortir de nos chapelles partidaires et aller convaincre sur le terrain les citoyens que la privatisation est une aberration ».

Une aberrante privatisation

Privatiser Aéroports de Paris serait d'abord un non-sens économique. Selon Dominique Plihon, économiste membre d'Attac : « Budgétairement, cela n'a pas de sens ; c'est une rentrée d'argent à court terme lors de la vente mais une perte de finances à long terme pour l’État qui ne disposera plus des bénéfices d'ADP. » Cela serait aussi « une aberration écologique », estime Mathilde Panot, députée LFI pour qui « toute législation visant à réduire le trafic aérien serait rendu impossible». Aberration enfin et peut-être surtout constitutionnelle. L’écrivain et professeur de droit Paul Cassia a rappelé que notre constitution depuis 1946 interdit la privatisation d'un monopole de fait et d'un service public national. Or, selon lui, « ADP rentre parfaitement dans cette définition ». L'argument constitutionnel est d'ailleurs un de ceux repris par les partisans de droite du référendum ADP.

Un long chemin

Pour que le référendum advienne, il va falloir faire face à bien des obstacles qu'a bien résumés Alain Girard, conseiller municipal d'Orly : « Il y a plusieurs problèmes. D'abord le manque d'informations. Beaucoup ne savent pas que le RIP a lieu ou comment il fonctionne, et puis il y a la fracture numérique. » À la Fête de l'Humanité, beaucoup répètent qu'il faut faire désormais « un gros travail d’éducation populaire ». Se rendre sur les places de marché avec des tablettes pour faire signer, aller convaincre certaines mairies qui ne le font pas encore d'ouvrir des bureaux de vote pour les plus éloignés du numérique. Et puis expliquer sans cesse les tenants et aboutissants du RIP, en quoi cela concerne chaque citoyen. Le difficile objectif des 4 millions ne pourra être atteint qu'à ce prix.

 

par Matthias Hardoy
 

Publié le 21/09/2019

Ils n’ont pas honte !. Michel Temer reconnaît le putsch contre Dilma Rousseff

 

Lina Sankari (site humanite.fr)

En voulant se débarrasser de dilma, Temer a signé l’arrêt de mort de son propre parti et a ouvert la porte à Bolsonaro…

Michel Temer tente-t-il de sauver sa peau ? L’ex-président du Brésil, qui avait largement appuyé la destitution, en 2016, de la cheffe de l’État Dilma Rousseff, dont il était pourtant le vice-président, a affirmé lundi n’avoir « jamais soutenu le putsch, ni rien fait pour qu’il ait lieu ». Une manière toutefois de reconnaître que putsch il y a bien eu, s’il se trouvait encore quelques esprits têtus pour en douter.

Placé en détention provisoire par deux fois, en mars et en mai, dans le cadre de l’enquête anticorruption Lava Jato, il est soupçonné par le parquet d’être à la tête « d’une organisation criminelle » qui négociait des pots-de-vin sur des contrats de construction dans la centrale nucléaire d’Angra 3. Dans cet entretien à la télévision publique TV Cultura, il jure ne « jamais avoir visé » la présidence. Il est pourtant établi que sa formation politique, le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, centre droit), a œuvré en coulisses à évincer le Parti des travailleurs (PT). « Récemment, le journal Folha de S. Paulo a cité un coup de fil que j’ai reçu de la part de l’ex-président Lula, me demandant de convaincre le PMDB de voter contre la destitution et j’ai essayé. Mais, à ce moment-là, la pression populaire était trop forte et les partis s’étaient déjà faits à cette idée de la destitution. Mais, jusqu’au dernier moment, je n’étais pas en faveur du putsch », explique ce constitutionnaliste de formation. Au moment où la demande de destitution était déposée, il écrivait une missive à Dilma Rousseff, véritable lettre de rupture, lui reprochant de l’avoir traité en « vice-président décoratif ».

Seulement, se rend-il compte aujourd’hui que la rupture de l’ordre constitutionnel, parachevée par la victoire du néofasciste Jair Bolsonaro, a également effacé du champ sa formation. À la tête d’un exécutif réactionnaire, il a préparé le terrain à la mise à bas des politiques sociales.

Lina Sankari

 

Publié le 20/09/2019

Santé : la France trinquera

 

lefillefil   (site lefildescommuns.fr)

 

L’exercice de communication est devenue classique, un.e ministre du président Macron annonce “un grand plan de refondation” pour prévoir les “transformations” nécessaires. Cette fois-ci, on parle de la santé. Agnès Buzyn s’est enorgueilli de débloquer 750 millions d’euros jusqu’en 2022 pour lutter contre les catastrophes qui prennent place dans le service public de la santé. Les personnels sont engagés d’ailleurs dans une grève inédite et très suivie malgré les conditions particulières d’une telle action dans le secteur : l’essentiel sont tenus de continuer à travailler. 249 services en grève qui reçoivent le soutien de 92% des Français selon l’Ifop !  

La santé a-t-elle touché le pactole ? Difficile à croire quand on sait que le gouvernement est prêt par contre à créer un fond entre 1,5 et 5 milliards d’euro pour financer la technologie française (sur l’intelligence artificielle et les “deep technologies”). Personne ne rechignerait tout de même à utiliser ces millions pour soulager le milieu hospitalier sous-doté en tout : personnel, matériel, temps. À quoi servira donc l’argent presque magique que le gouvernement a concédé ? À mettre en place un SAS : service d’accès au soin, « un service distant universel pour répondre à toute heure à la demande de soins des Français ». Autrement dit, ces français et ces françaises qui “usent et abusent des urgences” auront désormais la possibilité entre autre de recevoir des téléconsultations. Vous faire consulter par visioconférence par un médecin, on arrête pas le progrès ! 

Quant au système de financement des hôpitaux en fonction des actes pratiqués, il devrait disparaître avec la mise en place d’un barème dont aucun détail ne semble encore annoncé. Autres objectifs affichés, mieux guider les patients vers le système qui saurait répondre à leur besoin, faciliter l’accès pour les personnes âgées ou encore créer 50 maisons médicales de garde pour les pathologies les moins graves. De bonnes idées, sans doute, mais peuvent-elles compenser le manque de lits ? Peut-on pallier le manque de personnel et à la faiblesse de leurs rémunérations avec ces quelques mesures ? 750 millions maintenant quand le PLFSS de l’an dernier prévoyait 1 milliard d’économie est une somme bien pauvre. Santé, la France trinquera.

 

Clémentine Autain et Elsa Faucillon

Publié le 19/09/2019

Valeurs actuelles du racisme en France

 

lefillefil    Le Fil mordant   (site lefildescommuns.fr)

 

Le brûlot d’extrême droite Valeurs Actuelles a encore frappé en faisant sa une sur Lilian Thuram accusé de “racisme anti-blanc” après avoir dit “que les Blancs pensent être supérieurs et qu’ils croient l’être.” lors d’une interview avec un journal italien, le Corriere dello Sport. Malheureusement, le quotidien porte bien son nom tant cette supercherie journalistique fait état du débat dangereux qui s’installe en France. Faut-il que la folie identitaire soit si prononcée pour que l’on veuille avancer désormais que des blancs puissent faire l’objet de racisme ? 

Combien connaît-on de Jean-Charles ou Charles-Henri obligés de poursuivre une carrière dans la finance ou la haute administration après s’être vu discriminé à l’embauche dans le BTP et la restauration rapide ? Combien de contrôles au faciès pour ces jeunes aux cheveux blonds dans nos quartiers populaires ? On raconte que dans certaines rues du XVI ème arrondissement, les descendants de russes blancs n’osent plus sortir, craignant une expulsion dans le prochain charter, fatigués d’être toujours désignés comme “issus de l’immigration”.

Triste pitrerie que ce débat actuel où l’on entend comparer la phrase de notre cher footballeur national aux généralités sur “les noirs et les arabes” qui chaque jour sur les plateaux confortent une partie du pays dans son action discriminatoire et raciste. Dans ce marasme intellectuel, il n’est pas étonnant de trouver la fachosphère en tête de proue. Après tout, elle a toujours revendiqué sa défense d’un différentialisme en faveur au choix des blancs ou des chrétiens. Il est plus inquiétant par contre, d’observer qu’une partie des organisations antiracistes installées comme la LICRA se prête au jeu (dans un communiqué de presse) de comparer la “généralité” prononcée par Lilian Thuram au racisme bien réel et structurel de notre société. Cette sottise, il est vrai a également reçu le soutien d’éditocrates toujours prêt à envenimer le débat pour jouir d’une polémique supplémentaire.

Au milieu des cris d’orfraie des blancs qui n’aiment pas qu’on rappelle leur passé coupable et leur présent privilégié, la polémique a effacé le véritable acte raciste : des supporters mimant des cris de singe à l’encontre d’un joueur noir. Rendre invisibles ceux qui subissent une véritable entrave systématique à leur parole, à leur pouvoir, à l’accès au logement ou au travail, au bien vivre et à l’égalité, voilà le racisme. Bien présent, il est blanc.     

Karine Ravenet

 

Publié le 17/09/2019

Parlons (Inter) Net

On me dit que Mélenchon court toujours.

Le sketch « Venezuelââââ » étant désormais contre-productif, un nouvel élément de langage devient le leitmotiv de la classe politico-médiatique « Mélechon se prend pour Lula ». Ça s’emboite merveilleusement avec « égo surdimensionné ».

Or, on apprend que le procureur Christophe Perruaux qui avait organisé la perquisition chez Jean-Luc Mélenchon s’est rendu au Brésil au mois de mai où le prétexte d’un séminaire opportun lui a permis de rencontrer Sergio Moro, le juge qui a fait condamner Lula et qui a été récompensé en devenant ministre de la Justice de Bolsonaro.

Sur les photos, on appréciera le sourire satisfait et mou de Perruaux et le menton mussolinien de Moro.

Perruaux sera-t-il ministre un jour ? Peut-être, mais il faudra d’abord que Mélenchon subisse le sort de Lula.

 

Théophraste R. Auteur de l’essai (en cours de relecture chez Gallimard) : « Vois ce que tu vois et écoute bien Graeme Allwright ».

Publié le 16/09/2019

 Le boom de la retraite au travail en Occitanie

(site midilibre.fr)

 

Une étude de l’Insee Occitanie montre que le phénomène est grandissant en région notamment chez les 65 - 74 ans : ils sont 26 600 à n'être toujours pas à la retraite !

La proportion de retraités qui travaillent est en augmentation dans la région Occitanie. Signe des temps et d’un marché du travail en pleine mutation, ces retraités qui continuent à travailler ou qui ont repris une activité le font, pour l’essentiel, afin d’arrondir leurs fins de mois.

Les trois profils de retraités actifs

Ils sont 26 600 ! 26 600 personnes dans la région Occitanie, âgées de 65 à 74 ans à n’être toujours pas à la retraite alors qu’elles pourraient y prétendre.

Dans le détail, 13 100 sont officiellement à la retraite et ont fait le choix de trouver un travail en complément et 13 500 ont dépassé l’âge légal de départ à la retraite mais n’ont toujours pas fait valoir leurs droits. Ils sont aussi 12 400 de 55 à 64 ans à cumuler retraite et emploi.

En plein débat sur l’allongement de la durée de cotisation, l’étude de l’Insee a permis de dresser les trois profils de ces travailleurs de plus de 65 ans. Car la "diversité de situations témoigne de motivations variées", explique l’Insee.

On trouve en majorité la recherche d’un complément de revenus. On trouve également des chefs d’entreprise qui peinent à trouver un repreneur et qui poursuivent leur activité.

La troisième catégorie concerne la valorisation d’une expérience professionnelle et le maintien d’une certaine utilité sociale.

Le couperet tombe : 900 euros par mois

C’est le cas de Marie-Thérèse, 69 ans qui vit seule. Après avoir passé 15 années en Afrique et une vie au travail, elle fait les comptes à l’âge de 63 ans. À l’heure de faire valoir ses droits à la retraite, le couperet tombe : "900 € par mois. Pourtant j’ai cotisé durant 37 ans. Mais je ne me suis jamais occupé durant ma carrière de savoir combien j’allais gagner. C’est un peu de ma faute", confesse Marie-Thérèse.

En Afrique, avec 900 € par mois, la retraitée vivait bien. Mais de retour en France, à Montpellier, pour se rapprocher de ses enfants et petits-enfants, la donne change. "Je n’arrivais pas à joindre les deux bouts. D’autant qu’avec 900 €, on a droit à aucune aide, comme les transports gratuits ou la Caf".

Trois retraités sur cent cumulent. - INSEE - UNSPLASH

Par nécessité ou par choix

Elle a l’occasion de garder des enfants. Deux à trois heures de travail par jour pour un complément de salaire de 330 €. Outre le fait que cela lui a fait perdre 20 € d’APL, Marie-Thérèse a enfin pu gâter ses petits-enfants. Et entend bien se faire plaisir avec l’achat programmé et "sans emprunt" d’une télévision high-tech et d’une super tablette. Pour le reste, elle a prévu d’arrêter de travailler à 70 ans ! Ce sera en avril 2020 : "Je l’ai promis à ma fille et je tiendrai parole car cela reste quand même très fatigant."

Il y a 883 demandeurs de plus de 65 ans

Phénomène connexe à la retraite au travail, les demandeurs d’emploi de plus de 65 ans sont en très nette augmentation dans la région. Selon Pôle Emploi Occitanie, ils sont très exactement 883. En augmentation de 150 % par rapport à l’année passée quand l’évolution, tous âges confondus, suit une progression de 1,4 %. La sociologie des demandeurs d’emploi de plus de 65 ans est proche de la moyenne. En revanche, cela change dans la nature des métiers recherchés.

On trouve en tête les services domestiques (66) ; l’assistance auprès des enfants (43) ; le nettoyage de locaux (39) ; l’assistance auprès d’adultes (36) ; la formation professionnelle (21) ; le secrétariat (21) ; les opérations administratives (20) ; la comptabilité (17) ; l’éducation et la surveillance au sein d’établissements d’enseignement (15) ; l’enseignement général du second degré (15) ; l’accueil et renseignements (15) ; l’aide agricole de production fruitière ou viticole (14) ; le gardiennage de locaux (12) ; la conduite de transport de marchandises (12) ; la conduite de transport en commun (12) ; la vente en alimentation (11)...

Analyse

Il y a seulement dix années en arrière, le phénomène était quasi anecdotique. Alice Tanay dans son étude pour l’Insee Occitanie relève : "Ces situations de cumul activité-retraite après 65 ans, soit au-delà de l’âge légal de départ à la retraite, se développent fortement depuis quelques années : le nombre de retraités âgés de 65 ans à 74 ans qui ont un emploi ou en recherche un, a pratiquement doublé entre 2010 et 2015 (+ 72 % en Occitanie et + 83 % en France métropolitaine)".

L’une des raisons qui expliquent cet accroissement vient des revenus : en 2018, le pouvoir d’achat des ménages en emploi a progressé légèrement de 0,2 %, quand celui des ménages de retraités a diminué de 2 %. Un retour en activité (avec beaucoup de temps partiel) s’est imposé pour beaucoup afin de maintenir un niveau de vie égal. Et bien sûr pour avoir, à terme, une retraite à taux plein. Un débat d’actualité brûlante.

La retraite ? "Le jour où je tremblerai"

Autre cas de figure, celui d’un médecin ruthénois, Bernard Fraissine. À 74 ans, le rhumatologue aveyronnais n’a jamais envisagé de prendre sa retraite. "D’abord parce que ça maintient la tête et le corps en forme et puis surtout parce que je ne sais faire que ça !". Mais surtout parce qu’il se considère aujourd’hui bien meilleur médecin qu’à ses débuts : "J’en apprends encore chaque jour." Si aujourd’hui son emploi du temps est un peu allégé, le médecin continue à suivre ses patients "dont certain depuis 40 ans". La retraite ? "Le jour où je tremblerai au moment de faire une infiltration. Sinon, jamais". C’est dit !

Vincent Touzé : "De plus en plus de retraites à temps partiel"

Vincent Touzé est économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE)...

Comment analysez-vous le document de l’Insee qui précise que de plus en plus de personnes travaillent alors qu’elles pourraient prétendre à la retraite ?

Que la motivation est souvent financière mais pas seulement.C’est un choix pour les personnes hautement qualifiées. On voit que ce sont souvent des personnes seules qui décident de reprendre un travail et pas parce qu’ils ou elles sont veufs ou veuves. C’est qu’il est plus coûteux de vivre seul qu’à deux.

On observe qu’autour de la retraite il se passe beaucoup de choses et que la plupart des salariés ne veulent pas de décote. On observe un changement et l’abandon des vieux modèles. Notamment celui par répartition qui pouvait être financé quand il y avait beaucoup d’actifs et peu de retraités. Mais c’est un débat qui a court actuellement.

Ce qui interroge c’est qu’on accepte de travailler à plus de 70 ans ?

Et le phénomène va s’amplifier. On entre de plus en plus tard dans le monde du travail, forcément on en sort aussi plus tard au risque de voir sa retraite amputée. On vit de plus en plus vieux et on est en meilleure santé. Après il faut que les conditions de travail permettent a des personnes plus âgées d’occuper une activité, mais de ce point de vue, la technologie le permettra de plus en plus.

Comment cela va-t-il évoluer ?

On assiste à une mutation du marché de l’emploi. De plus en plus de carrières vont être incomplètes. Il faudra trouver des solutions alternatives. Il existait un modèle 100 % travail puis 100 % retraite. Ce modèle va évoluer. On aura de plus en plus des retraites à temps partiel. Certains continueront à s’arrêter net, à la fin de leur carrière mais devront s’arrêter tard. Les autres devront trouver des activités complémentaires pour ne pas perdre de pouvoir d’achat.

Faut-il que le marché du travail puisse s’adapter à cette nouvelle demande ?

Il faudra que les politiques créent les conditions, la dynamique de façon à ce que le marché du travail s’adapte. Cela dit, nous ne sommes pas encore dans un phénomène de masse. Il faudra toutefois, en effet, que le partage du temps de travail s’organise. Pour l’instant, nous sommes sur des modèles où les gens se disent, "je ne veux pas perdre du pouvoir d’achat" ou bien, "je peux encore être utile". C’est un vrai sujet de société.

YANNICK POVILLON

 

Publié le 15/09/2019

Quand respirer tue

(site politis.fr)

Les effets sanitaires et le coût de la pollution de l’air font l’objet de recherches toujours plus nombreuses. Sept millions de décès seraient dus aux particules fines chaque année dans le monde.

La pollution de l’air extérieur, les mauvaises habitudes alimentaires et les risques métaboliques, comme l’hypertension, provoquent désormais bien plus de décès dans le monde que les facteurs de risque classiques tels que la pollution microbienne de l’eau ou la malnutrition maternelle et infantile. Ce phénomène, appelé « transition épidémiologique », constitue un immense champ de recherche scientifique et sociologique. Le coût socio-économique de la pollution de l’air est considérable. Et l’on sait maintenant que la pollution à long terme est probablement encore plus grave que les pics de pollution.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié le 16 juillet un rapport précis mentionnant les risques sanitaires des différents polluants de l’air, parmi lesquels les particules fines en suspension figurent comme un des principaux responsables (1). Ces particules, notées PM (pour « Particulate Matter »), sont classées en fonction de leur diamètre aérodynamique exprimé en micromètres (µm). Celles qui sont analysées en routine par les appareils de surveillance de la qualité de l’air sont de diamètre 10 µm : elles sont notées PM10 et on les qualifie de particules « grossières ». On parle de particules fines à partir d’un diamètre inférieur à 2,5 µm (PM2,5). Les particules PM10 et PM2,5 ont été les plus étudiées. Un champ de recherche considérable est ouvert pour étudier les effets des nanoparticules PM0,1.

La relation de causalité entre exposition aux particules et mortalité a été établie de façon formelle par de nombreuses études. Il en est de même pour les effets pulmonaires et cardio-vasculaires. Les effets neurologiques et ceux sur la grossesse et la reproduction font encore l’objet de nombreuses études. Quelques-unes indiquent déjà un effet probable des particules, sans pouvoir encore conclure définitivement.

Comment étudie-t-on les effets des particules fines sur la santé ? « La toxicologie permet d’étudier les effets des polluants sur la santé à partir de modèles mathématiques ou expérimentaux, à l’échelle cellulaire, tissulaire ou parfois chez l’animal », explique le docteur Vincent Danel dans un article de l’Encyclopédie de l’environnement (2). Mais aussi l’épidémiologie, « c’est-à-dire l’étude des rapports entre les maladies et les facteurs ». Une évaluation quantitative d’impact sanitaire (EQIS) a établi une relation pour la France entre exposition aux PM2,5 et mortalité. Cette étude estime que 48 000 décès par an sont imputables à cette pollution – ce qui correspond à 9 % de la mortalité – et qu’ils seraient évitables « si la pollution aux PM2,5 due aux activités anthropiques était partout la même en France que celle des communes rurales les moins polluées ». Il s’agit bien d’une modélisation, et il faut prendre ce chiffre comme une estimation du poids de la pollution aux particules sur la mortalité. Dans ce scénario, les personnes de 30 ans gagneraient en moyenne 9 mois d’espérance de vie, et même deux ans dans l’agglomération parisienne.

Ces résultats sont cohérents avec les estimations européennes et internationales. Ainsi, l’Agence européenne de l’environnement a estimé en 2018 (3) que 35 800 morts prématurées en France sont dues chaque année à l’exposition aux PM2,5, soit un impact beaucoup plus important que celui des oxydes d’azote et de l’ozone. Ce chiffre est de 391 000 pour l’ensemble de l’Union européenne. L’OMS estime qu’environ 7 millions de personnes meurent chaque année dans le monde à cause de l’exposition aux particules fines.

Selon les polluants étudiés, les types de coûts et les valeurs tutélaires retenus, le coût social annuel de la pollution atmosphérique en France est estimé entre 20 et 100 milliards d’euros, rappelle une enquête du Sénat (4) sur « le coût de l’inaction ». La pollution de l’air intérieur coûterait près de 20 milliards d’euros par an d’après l’Anses et l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur. Le seul coût de la pollution de l’air pour le système de santé français est évalué chaque année entre 1 et 2 milliards d’euros, auquel s’ajoutent les dépenses relatives aux rentes versées au titre des maladies professionnelles, d’un montant d’un milliard d’euros.

En 2018, le groupe de travail sénatorial a rappelé que la pollution atmosphérique constituait une urgence sanitaire et un enjeu socio-économique majeur. Les dépenses qui seraient engendrées par la mise en œuvre de mesures drastiques de réduction de la pollution seraient très inférieures au coût socio-économique engendré par cette même pollution.

Emmanuel Drouet Microbiologiste à la faculté de pharmacie de Grenoble.


(1) « Particules de l’air ambiant extérieur. Impact sur la pollution atmosphérique des technologies et de la composition du parc de véhicules automobiles circulant en France », Anses, 2019.

(2) « Particules en suspension dans l’air : leurs effets sur la santé », Vincent Danel, L’Encyclopédie de l’environnement.

(3) « Air quality in Europe », Agence européenne de l’environnement, 2018.

(4) « Pollution de l’air : le coût de l’inaction », Leila Aïchi, rapport n° 610, déposé le 8 juillet 20

 

par Emmanuel Drouet
publié le 11 septembre 2019

 

Publié le 14/09/2019

Vendanges sauvages dans le vignoble de Pierre Gattaz

« Le Lubéron ne peut pas accueillir tous les millionnaires du monde ! »

paru dans lundimatin#207, (site lundi.am)

Samedi 7 septembre à Sannes dans le Lubéron, plusieurs dizaines de gueux se sont rendus sur les terres viticoles de l’ancien président du MEDEF afin d’y vendanger sauvagement du raisin. Récit et revendications à lire ci-dessous.

A une heure au nord de Marseille, au pied des forêts sèches du Luberon se tient une vallée au climat doux, à l’esthétique provençale préservée qui fait le bonheur des touristes et dans laquelle les millionnaires ont depuis des décennies choisi de s’établir...

Si à priori leur présence n’est pas évidente quand on traverse la vallée, elle se fait sentir dès lors que l’on s’intéresse à la vie des habitant.e.s. Fracture économique incommensurable, spéculation sur le foncier tant bâti qu’agricole, accaparement des terres et privatisation des petites routes qui passent sur les terrains privés. Ici, la richesse ne ruisselle pas.

Quelques initiatives isolées de résistance ont bien eu lieu par le passé mais la puissance économique et les relations de pouvoir ont toujours fini par prendre le dessus, faisant peu à peu ressembler la vallée à un paradis de Jet-Setters où s’alignent domaines gigantesques, châteaux époustouflants et réceptions privées dont son exclu.e.s les gueu.ses.x.

En bon.ne.s gueu.ses.x donc, nous étions une grosse centaine ce samedi après-midi à venir reprendre ce que des générations de paysan.ne.s oublié.e.s ont bâti, lors d’un grand concours de vendange et foulage au pied des vignes de Pierre Gattaz.

Oh, Pierre Gattaz,
On va vendanger chez toi !

Après une marche d’une vingtaine de minutes, accompagné.e.s par trois voitures de gendarmes dont les occupants n’avaient pas l’air de comprendre ce qu’il se passait, nous sommes arrivé.e.s devant les portes grandes ouvertes du château de Sannes, demeurre de Pierre Gattaz, dans lequel se tenait par hasard ce qui ressemblait à un mariage de classe
supérieure.

Une fois notre pressoir installé, tout le monde s’est empressé de vendanger, sous l’oeil médusé du chef de culture de Pierre Gattaz, un raisin blanc presque complètement mûr qui une fois en bouche a ravi tout le monde, toutes classes d’age confondues. La gendarmerie de campagne, dépassée, a fini par s’impatienter, un peu accablée par la justesse de notre action et au bout d’une demi-heure nous avons du arrêter de vendanger. Une fois notre cuvée mise en bouteille, nous sommes donc reparti.e.s en chantant vers l’Etang de la Bonde ou le précieux jus a été distribué, avec force tracts, aux passants. L’histoire ne dit pas s’il sera bu, vinifié, ou transformé en vinaigre blanc pour nettoyer les
chiottes...

Oh, Pierre Gattaz,
On a vendangé chez toi !

Un texte circulait alors pour expliquer les raisons de la colère, le voici ici reproduit.

« Ce domaine, c’est ma start-up du Luberon, que l’on crée à partir de zéro ou presque, en famille »

À Pierre Gattaz, ce retour à la terre, ce presque rien de 73 hectares dont 35 de vignes ne lui a coûté que 11 millions d’euros. À la tête d’une fortune de 400 millions, il a fait fortune dans l’électronique, la biométrie et la vidéosurveillance à latête de Radiall, en maintenant un lien constant avec les pouvoirs publics. En tant que président du Syndicat des industries de composants électroniques passifs, il considère que c’est à eux de nous faire accepter la généralisation de ces dispositifs, jusqu’à préconiser le bourrage de crâne dès l’école maternelle. Gattaz est élu président du MEDEF en 2007 où il a activement porté le rapprochement des hauts fonctionnaires avec le privé, la destruction du Code du travail et la réduction des impôts sur les sociétés. Ces mesures qui furent prises par François Hollande devaient l’être en échange de la création d’un million d’emplois. Ils ne le furent jamais. D’ailleurs, Radiall, ne créa elle-même aucun emploi, malgré plusieurs millions d’euros d’aide publique du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, dont l’essentiel du montant fut reversé aux actionnaires, c’est-à-dire à 87% à la famille Gattaz.

En 2016, à l’approche de la campagne présidentielle, dans une interview accordée aux Échos, Pierre Gattaz nie ne s’être jamais engagé sur ce million d’emplois, mais affirme cette fois qu’il est possible de créer 2 millions d’emplois si le gouvernement se plie à une nouvelle diminution des cotisations sociales (baisse de 90 milliards de prélèvements obligatoires), et supprime l’impôt sur la fortune et la loi sur la pénibilité du travail...

Bref, dans le Lubéron, pourtant bien pourvu en riches, le ruissellement est un mythe. Prix du foncier prohibitif et écarts de richesses incalculables, non seulement l’implantation de milliardaires crée une augmentation vertigineuse du prix du foncier, mais elle augmente aussi la concurrence entre les habitants au détriment des solidarités locales.
À mesure que fleurissent les panneaux voisins vigilants et que montent les scores du RN, la luberonnisation du territoire, c’est sa fuite en avant vers l’extrême droite alors qu’il est soumis à une surpression économique, foncière, immobilière et à une collusion entre riches et politiques locaux. Collusion qui a notamment permis à Pierre Gattaz de se faire bâtir une nouvelle cave, sans permis de construire et alors même que la commune avait décidé de ne plus en délivrer.

Paul Dubrule, lui, cet ancien maire UMP de fontainebleau, nommé dans les Panamas papers, cofondateur des hôtels Accor, dont Nicolas Sarkozy est un des actionnaires est à la tête de 42 hectares de vignes et de la cave La Cavale à Cucuron. Cet ancien sénateur UMP s’est expatrié en Suisse et estime avoir économisé ainsi près de 2,3 millions d’euros. Sa cave d’architecte, qui fait ressembler les caves coopératives du coin à des huttes de paille, reçoit régulièrement de grandes réceptions mondaines dans lesquelles nous ne serons jamais les bienvenu.e.s.

À Lacoste, c’est Pierre Cardin qui rachète une à une les maisons. Alors qu’il possède des théâtres, un palais à Venise, le palais des Bulles à Théoule, des châteaux situés dans les environs d’Avignon, à Lioux, Gordes, Bonnieux ou encore Goult, le propriétaire du Château du Marquis de Sade ne semble pas avoir de raison de s’arrêter de construire son paradis de milliardaire. À Lacoste, en plus d’une trentaine d’hectares de terres laissées en friche, il est propriétaire de quarante-sept, maisons inhabitées, dans lesquelles s’empoussièrent du mobilier de luxe, et ce alors que les habitant.e.s peinent à trouver des loyers abordables.

Les inégalités dans la vallée de la Durance nous ramènent à l’époque médiévale, avec d’un côté des seigneurs au niveau de vie hors du commun, transmissible de génération en génération et de l’autre, des familles, des paysans, des retraités, des jeunes qui galèrent. Des oubliés du grand capital qui vivent dans les zones d’ombres de la carte postale, parfois dans des cabanes et des caravanes dans les zones inondables de la Durance.

Mais les terres du Lubéron ne feront pas pousser des start-ups. Elles ne doivent pas non plus supporter les caprices de grands bourgeois qui après avoir fait fortune dans la finance, l’industrie, la technologie ou le luxe, prétendraient donner des leçons d’écologie à coup de parcours d’agrotouristiques et de dégustations pour la Jet-Set. Si ces gestionnaires de patrimoines, actionnaires et PDG en tout genre se mettent à produire de la farine avec des semences paysannes locales et faire du vin en biodynamie, ils ne nous trompent pas.

Les paysages tombés entre les mains de ces spéculateurs ont été façonnés par des paysann.e.s. De ces terres et ces fermes luberonnaises tant convoitées, celles et ceux-cis ne récoltent plus les fruits du travail mené depuis des générations. Quand bien même le foncier agricole n’atteint pas encore les prix qui sont pratiqués sur la Côte d’Azur, débourser 30 000 € pour un hectare de vigne est impossible pour de petits vignerons qui souhaiteraient s’installer dans la région. Ce fléau de la spéculation du foncier rend difficile pour beaucoup d’entre nous de se loger, avoir un bout de jardin.

Habiter la terre, la cultiver ne peuvent rimer avec spéculation immobilière et accaparement du foncier. Parce qu’il est désormais indéniable que se servir de la nature comme d’une ressource financière ne peut que nous conduire au désastre. Parce qu’on ne peut prétendre respecter la terre en la travaillant au bulldozer, en se faisant des jardins d’oliviers importés de Palestine, en construisant des palais luxueux pour déguster une nature sous vitrine.

Pourtant, les grandes marches pour le climat de cette année ne semblent avoir provoqué que stupeur et inaction du côté des pouvoirs politiques et économiques. Et cela ne rend que plus évidente la langue de bois avec laquelle ils prétendent nous gouverner, oscillant entre climato-scepticisme et greenwashing.

Même dans leurs retraites agricoles, ils n’ont pas de leçons d’écologie à nous donner. Faut-il encore rappeler que 50% de la population la plus pauvre est responsable de seulement 10% des émissions de CO2 dans le monde (étude d’Oxfam) ; les plus riches de leur côté rejettent 2 000 à 3 000 fois plus de carbone que les plus pauvres chaque jour. On peut ajouter que 70% des émissions de gaz à effet de serre sont le fait de seulement 100 grandes entreprises (rapport de l’ONG Carbon Disclosure Project).

Les occupations de rond-point et les révoltes des Gilets-Jaunes n’ont eu de cesse de rappeler, à ceux qui ont accumulé richesse et pouvoir, que le fossé qui nous sépare ne pourra être comblé sans une vraie justice sociale en ville comme à la campagne. Comme ils ne pourront convaincre des millions de personnes au SMIC toute leur vie de renoncer à leur retraite, à leurs droits au chômage.

L’accaparement des terres, ici comme dans le reste du monde, est l’une des principales causes de déplacements de populations. Ceux qui sont responsables des souffrances qui poussent des milliers de personnes à choisir l’exil sont aussi bien souvent impliqués dans des partis politiques qui par leur volonté de maintenir les frontières hermétiques, ont fait de la méditerranée un cimetière. Car si le racisme belliqueux de l’extrême droite est à combattre, le pragmatisme conservateur républicain des dirigeants capitalistes l’est tout autant.

Si la nature souffre tant, si les terres tombent en friche, s’il faut passer des heures dans les embouteillages pour perdre sa vie dans des jobs précaires et épuisants en mangeant des sandwichs même pas bios, si se loger y est inabordable, c’est bien parce que les palais fleurissent. Que ce monde dont l’extrême violence nous est imposée, c’est eux qui l’ont fabriqué. Nos riches et nos dirigeants, puisqu’ils travaillent ensemble, ne pourront plus bien longtemps cacher les désastres humains et écologiques dont ils sont à l’origine, leurs jets et leurs yachts derrière quelques hectares de vignes.

À celles et ceux qui ne vont pas au restaurant en hélicoptère, et qui n’ont pas mangé de homard avec François De Rugy.
Allons chercher notre part du gâteau, construisons un monde solidaire, égalitaire, sans riches.

Publié le 13/09/2019

TRIBUNE. 52 députés français protestent contre la répression des élus catalans en Espagne

Redaction JDD (site le jdd.fr)

Alors que des indépendantistes catalans sont toujours emprisonnés en Espagne, 52 députés français font par de leur préoccupation dans une tribune et appellent à l'apaisement des tensions.

 

Voici la tribune de 52 députés français qui se disent préoccupés par la répression des élus catalans en Espagne : Depuis de longs mois, la situation des responsables politiques catalans perdure. Nous savons que la controverse est vive sur le statut de la Catalogne et l'avenir de l'Espagne, nous en mesurons la solennité des enjeux et notre propos n'est pas de nous immiscer dans ce débat. C'est pourquoi nous avons attendu que soient passées les échéances électorales pour nous exprimer. Aujourd'hui, nous voulons simplement dire notre préoccupation et notre réprobation face à ce qui nous semble porter atteinte aux libertés fondamentales et à l'exercice de la démocratie.

Le débat politique ne saurait être tranché par la répression

En raison de leurs choix politiques, pour avoir voulu organiser un vote, des élus sont emprisonnés, exilés, et risquent d'être condamnés à de lourdes peines de prison. Le respect des règles institutionnelles est une chose, mais nous considérons que le débat politique ne saurait être tranché par la répression, par des atteintes aux droits des personnes, par une forme de délit d'opinion. Comme de nombreuses voix en Espagne et ailleurs, nous en appelons à l'apaisement des tensions et à la fin des mesures arbitraires qui frappent des élus du suffrage universel.

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Liste des signataires :

Jean-Félix Acquaviva (LT, Haute-Corse), Sophie Auconie (UDI, Indre-et-Loire), Clémentine Autain (FI, Seine-Saint-Denis), Huguette Bello (GDR, La Réunion), Ugo Bernalicis (FI, Nord), Pascal Brindeau (UDI, Loir-et-Cher), Moetai Brotherson (GDR, Polynésie), Alain Bruneel (GDR, Nord), Marie-George Buffet (GDR, Seine-Saint-Denis), Michel Castellani (LT, Haute-Corse), André Chassaigne (GDR, Puy-de-Dôme), Jean-Michel Clément (LT, Vienne), Paul-André Colombani (LT, Corse-du-Sud), Éric Coquerel (FI, Seine-Saint-Denis), Alexis Corbière (FI, Seine-Saint-Denis), Pierre Dharréville (GDR, Bouches-du-Rhône), Jeanine Dubié (LT, Hautes-Pyrénées), Frédérique Dumas (LT, Hauts-de-Seine), Jean-Paul Dufrègne (GDR, Allier), Elsa Faucillon (GDR, Hauts-de-Seine), Caroline Fiat (FI, Meurthe-et-Moselle), M'jid El Guerrab (LT, Français établis hors de France), Régis Juanico (PS, Loire), Sébastien Jumel (GDR, Seine-Maritime), Manuéla Kéclard-Mondésir (GDR, Martinique), Bastien Lachaud (FI, Seine-Saint-Denis), Jean-Christophe Lagarde (UDI, Seine-Saint-Denis), François-Michel Lambert (LT, Bouches-du-Rhône), Michel Larive (FI, Ariège), Jean-Paul Lecoq (GDR, Seine-Maritime), Jean-Luc Mélenchon (FI, Bouches-du-Rhône), Paul Molac (LT, Morbihan), Jean-Philippe Nilor (GDR, Martinique), Danièle Obono (FI, Paris), Bertrand Pancher (LT, Meuse), Mathilde Panot (FI, Val-de-Marne), Stéphane Peu (GDR, Seine-Saint-Denis), Sylvia Pinel (LT, Tarn-et-Garonne), Loïc Prud'homme (FI, Gironde), François Pupponi (LT, Val-d'Oise), Adrien Quatennens (FI, Nord), Jean-Hugues Ratenon (FI, la Réunion), Muriel Ressiguier (FI, Hérault), Fabien Roussel (GDR, Nord), Sabine Rubin (FI, Seine-Saint-Denis), François Ruffin (FI, Somme), Maina Sage (UDI, Polynésie), Gabriel Serville (GDR, Guyane), Bénédicte Taurine (FI, Ariège), Philippe Vigier (LT, Eure-et-Loir), Hubert Wulfranc (GDR, Seine-Maritime), Michel Zumkeller (UDI, Territoire de Belfort).

 

Publié le 11/09/2019

« Ce sont les plus pauvres des plus pauvres qui trinquent ! »

(site politis.fr)

Trente-sept associations de lutte contre la pauvreté, regroupées dans le collectif Alerte, s'alarment. La politique de l’exécutif comporte, selon elles, plus de reculs que d'avancées sociales.

Les présidents d’associations réunis lundi 9 septembre au siège du Secours catholique à Paris avaient plus de griefs que de félicitations à adresser au gouvernement au moment où sa stratégie contre la pauvreté entre dans une deuxième phase pour le moment encore floue.

Christophe Devys, président du collectif Alerte, souligne quelques petites avancées sur le front social : « Il y a quelques bonnes mesures dans les annonces du gouvernement depuis un an comme l'obligation de formation jusqu'à 18 ans ou la volonté affichée d'en finir avec la sortie sèche de l'aide sociale à l'enfance à la majorité. » Pour le reste, l'heure est à l'inquiétude. Patrick Bouffard de Médecins du monde espère que malgré les rumeurs de suppression, l'aide médicale d'État (AME) survivra au budget 2020 car « le dispositif qui ne coûte qu'un peu moins de 0,5 % des dépenses de santé permet au plus défavorisés d'oser se soigner ».

Véronique Fayet du Secours catholique déplore, elle, « que ne soit pas réservé aux mineurs non accompagnés l’accueil inconditionnel qui leur est normalement dû ». Elle a rappelé que les migrants étaient les plus pauvres parmi les pauvres et « ne devait pas être oublié d'une politique disant lutter contre la précarité ».

« La dignité ne doit pas être conditionné seulement à l’accès à un travail »

Les associations ont été nombreuses à critiquer la réforme de l'assurance chômage présentée en juillet dernier. Pour Florent Gueguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité, la réforme va avoir une effet très défavorable sur les plus précaires :

L'impact va être colossal, la précarité va se renforcer car beaucoup vont passer du chômage aux minimas sociaux à cause du durcissement des conditions d’indemnisation.

La précarité s’installe de plus en plus chez les familles les moins aisées. Monique Dupuy, présidente de l'Unaf (Union nationale des associations familiales) regrette que « les prestations familiales ne soit pas indexées sur l'inflation, ce qui aboutit à une baisse du pouvoir d'achat ». Pascale Ribes, de France Handicap, exprime également sa colère : « Il y 1 million de personnes handicapées sous le seuil de pauvreté. Parmi elles, certaines ne pourront jamais travailler. La dignité ne doit pas être conditionné seulement à l’accès à un travail. »

La défiance monte, mais les associations veulent jouer le jeu de la négociation, alors que le gouvernement vient de lancer une série de consultations sur le futur de l'insertion en France. « Nous n'allons pas sortir de la négociation pour le moment car le gouvernement nous dit que tout est encore ouvert. Mais on constate que jusqu'à maintenant ce sont les plus pauvres des plus pauvres qui trinquent », constate avec amertume Claire Hédon, présidente d'ADT Quart monde.

 

par Matthias Hardoy
publié le 10 septembre 2019

 

Publié le 10/09/2019

À Montpellier, la rentrée noire des gilets jaunes

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Les grandes vacances ont-elles permis aux gilets jaunes de se reposer ? Il faut croire que oui au vu de l’ambiance explosive de la manifestation montpelliéraine de ce samedi 7 septembre. Après un été marqué par une baisse de la mobilisation, près de 2500 personnes ont participé à ce 43e acte, qui faisait l’objet d’un appel national sur les réseaux sociaux. Retour en écrits et en images sur cette rentrée noire des gilets jaunes, prometteuse pour la suite d’un mouvement qui ne cesse d’étonner par sa ténacité.

 

À l’assaut des banques et de la police

Dès 14h45, à peine quinze minutes après le départ du cortège depuis la place de la Comédie, le gaz lacrymogène se fait sentir au niveau de la gare.

 

Pour se protéger des projectiles policiers et éviter d’être identifiés, les blacks blocs, présents par centaines, déploient des parapluies, comme leurs collègues émeutiers de Hong-Kong. Après ce premier affrontement, le cortège s’engage sur le faubourg du Courreau et très vite, les vitrines des banques, des assurances, des publicités et des magasins de luxe volent en éclats, sous les applaudissements nourris des gilets jaunes, des blacks blocs, et même des passants et de quelques voisins.

 

Une voiture de police municipale, imprudemment laissée à l’abandon, est incendiée par quelques audacieux, avant que le feu ne soit éteint par d’autres manifestants, pas pour calmer les ardeurs, mais plutôt par souci de ne pas brûler les mauvaises cibles, en l’occurrence les appartements situés à proximité.

 

Les slogans sont clairs : « anticapitaliste », « révolution » et « tout le monde déteste la police ». Il n’y aucun doute : l’écrasante majorité de celles et ceux qui ont participé à cet appel national ne sont pas venus pour faire de la figuration, mais pour se battre. D’où la présence massive de casques, de lunettes de protection, de masques à gaz, de feux d’artifice et de marteaux. Après une tentative infructueuse d’envahir la place de la préfecture, visiblement interdite d’accès par le nouveau préfet de l’Hérault Jacques Witkowski à en croire les grilles anti-émeutes bloquant les accès, les gilets jaunes se retrouvent rapidement dispersés, mais parviennent à regagner progressivement la place de la Comédie. Les manœuvres policières nous font deviner que les autorités souhaitent cantonner les manifestants à cette place. Ainsi soit-il, la bataille rangée aura donc lieu ici : cacatov, pavés, fusées de détresse et feux d’artifice d’une part, lanceurs de balles de défense (LBD), grenade lacrymogènes et explosives d’autres part. L’audace prend le pas sur la peur, les gilets jaunes chargent les forces de l’ordre à deux reprises. Certains manifestants y ont littéralement perdu des dents.

 

Le canon à eau arrose la place, provoquant la chute d’un CRS, et la dispersion des gilets jaunes. Certains se réfugient sur l’Esplanade, d’autres campent sur leurs positions, devant l’opéra. Près de l’avenue Jean Moulin, des CRS se lâchent et matraquent à tout va. Aux alentours de 20h, après des heures d’affrontements violents, une petite cinquantaine d’irréductibles s’égosillent avec des chants antifascistes sur la place de la Comédie.

L’échec Witkowski

Le préfet Jacques Witkowski, en fonction depuis le 26 août, l’avait annoncé : « n’attendez pas de laxisme de ma part ». Comme son prédécesseur, il avait pris un arrêté préfectoral instaurant des contrôles aux gares et dans certains centres commerciaux de la ville. Il avait prévu 400 agents des forces de l’ordre pour réprimer la manifestation, ainsi que deux canons à eau. Le dispositif BAC – brigade anticriminalité – était surprenant : ces policiers en civil, cagoulés et surarmés, ne se sont pas collés aux manifestants, mais rôdaient aux alentours du cortège dans une fourgonnette. Plusieurs policiers membres des renseignements territoriaux ont été aperçus dans le cortège. Le nombre de blessés est dramatique : manifestants et gilets jaunes intoxiqués par le gaz, trou dans la mâchoire, contusion à l’épaule, pieds brûlés, visages en sang. Des visions effrayantes, révoltantes. Un photographe du Poing s’est quant à lui fait toucher par deux impacts de LBD, au bras et au genou. Le préfet Witkowski a certes rempli une partie de ses objectifs – interdire la préfecture et diviser les manifestants en plusieurs cortèges –, mais le fait est que le centre-ville a été ravagé, qu’une voiture de police a brûlé, et que les gilets jaunes n’ont pas hésité à charger les policiers.

 

 

Comparutions immédiates

La préfecture parle de neuf interpellations. Trois personnes auraient été arrêtés préventivement pour port de matériels de protection, avant d’être libérées. Les médias en relation avec la police parlent de neuf gardes à vue en cours. Le Poing assistera demain aux audiences de comparution immédiate et vous donnera des informations précises sur la situation des personnes déférées.

 

 

 

Publié le 09/09/2019

 

Un parfum de Big Bang

 

lefillefil   (site lefildescommuns.fr)

 

Entre l’odeur du bois brûlant dans le poumon de la Terre et l’odeur nauséabonde des premières déclarations sur la réforme des retraites, il n’est pas evident de saisir les raisons d’espérer en cette rentrée politique. Pourtant, qui a le nez fin pourra déceler un parfum de Big Bang qui se propage doucement mais sûrement.

Cet été, des prises de position et des dynamiques engagées pour les élections municipales confirment notre intuition. De la tribune “Créons l’archipel de la métamorphose écologique” (Libération, 19 août) à l’appel de François Ruffin à former un nouveau “Front Populaire”, nombreux sont les signes qui convergent : dans la gauche de transformation sociale et écologiste travaillée par ses responsabilités, la voie pour déjouer le piège du duo infernal Macron/Le Pen se cherche. Il est question de fédérer et d’inventer. Au coeur de cette quête d’une equation gagnante et émancipatrice, on trouve à la fois une volonté de convergence des univers citoyen, politique, syndical, associatif et culturel comme l’urgence de tisser un nouveau tout mêlant fortement préoccupations sociales et environnementales. Signe des temps, à Toulouse fin août, les dirigeants de la France Insoumise ont renoué le dialogue avec ceux d’EELV. C’est d’ailleurs dans la ville de Toulouse que s’invente un cadre innovant de convergences pour les municipales : “l’archipel citoyen”, tandis qu’à Marseille, le débat sur les formes d’une nouvelle unité est engagé. De Forcalquier à Romainville, on ne compte plus les villes où les tentatives de faire émerger des options larges et pluralistes sont en cours d’éclosion. À chaque fois, la volonté affirmée est non seulement la régénération de la proposition politique mais aussi la manière d’y intéresser et d’y associer bien au-delà des militant.e.s politiques déjà engagé.e.s.

Nous retrouvons dans cet air du temps l’air du cirque Romanès, où nous avions fin juin lancer une pierre dans le jardin de notre famille politique. Nous appelions à de nouveaux communs, dans un état d’esprit fédérateur et respectueux de la diversité, et donc de la vitalité d’un mouvement large à vocation majoritaire. Oui, il faut travailler de nouveaux communs, dans un esprit de pluralisme, élément clé pour fédérer des forces aujourd’hui atomisées, réveillées des énergies pour l’heure atones. 

Nous avons la conviction que les mobilisations sociales qui s’annoncent seront l’occasion de tisser des liens et de briser des murs. Nous avons dans le même temps la conviction que ces espaces de mobilisations réclament des constructions réellement consistantes pour prendre l’ampleur nécessaire, celle de victoire(s). Avec la bataille pour ADP ou celle des retraites, autour des défis climatiques ou du monde hospitalier, cette année s’ouvre avec des combats aussi urgents que décisifs pour poursuivre le travail de remise sur pied d’une espérance de progrès humain. 

Clémentine Autain et Elsa Faucillon

 

Publié le 08/09/2019

Stop au blocus du Venezuela, signez la lettre à l’ONU !

(site initiative-communiste.fr)

Pour stopper le blocus criminel du Venezuela par les USA, signez la lettre-pétition à l’ONU.

Les États-unis, avec le soutien de l’Union Européenne, 
intensifient leur guerre économique contre le Venezuela. Trump vient d’imposer un
blocus du Venezuela. Un blocus illégal et criminel. Un blocus contraire au droit international et notamment violant la charte des Nations Unies.

C’est pourquoi le Venezuela a lancé, de façon internationale, une lettre-pétition auprès de l’ONU afin de faire cesser ce blocus. Le soutien à cette lettre pétition est important tant pour témoigner de la solidarité internationale au peuple vénézuélien que pour se défendre collectivement contre les attaques de l’impérialisme. À cet effet, Initiative Communiste offre la possibilité de signer et faire signer en ligne cette lettre-pétition ; la commission internationale du PRCF se chargera de transmettre les signatures pour le 30 août 2019.

Il est également possible de signer la lettre-pétition à l’ambassade du Venezuela à Paris, 11 rue Copernic à Paris, chaque jour de 11h à 13h et de 15h à 17H jusqu’au vendredi 30 août.

Signez en ligne la lettre à l’ONU :

la commission internationale du PRCF te propose de signer en ligne la lettre à l’ONU, ta signature sera transmise le 29 août au Venezuela

Le Venezuela est attaqué, l'heure est à la solidarité, et à se défendre avec le Venezuela bolivarien.
merci d'avoir répondu présent à l'appel pour le défendre. Pourquoi ne pas partager cet appel auprès de vos collègues, parents et amis ! Soyons le plus nombreux possible pour défendre la
paix, la liberté, la souveraineté des peuples !

Courriel, réseaux sociaux... invitez le maximum de monde à signer et à faire signer cet appel

https://www.initiative-communiste.fr/articles/international/camarades-venezuela-attaque-laxe-ueusa-cest-peuples-vises/.

Lettre au Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies

 

M. António Guterres, Secrétaire général des Nations Unies :

Comme vous le savez certainement, étant donné votre honorable et haute responsabilité, le gouvernement des États-Unis a unilatéralement entrepris, avec le soutien de gouvernements incompétents et de minorités politiques de notre pays, une série d’agressions économiques, politiques et psychologiques planifiées et astucieuses contre la population vénézuélienne afin de produire “un changement de régime”, qui en termes réels n’est que le renversement du gouvernement que nous, les Vénézuéliens, avons élu dans l’exercice de nos droits souverains, dans des élections libres, universelles et secrètes ; conformément à nos lois et dans l’exercice de notre autodétermination en tant que nation.

Initié en 2015, sous l’administration du président Obama, avec la publication du fameux décret présidentiel selon lequel notre pays, notre peuple, représenterait “une menace inhabituelle et extraordinaire” pour la sécurité des États-Unis, qui est précisément la puissance militaire la plus dangereuse que l’humanité ait jamais connue, la même qui, en soixante ans seulement, a provoqué dans le monde pas moins de 201 guerres classiques, sans parler des conflits créés par la guerre dite hybride ou à faible intensité. Depuis lors, le siège et la destruction de notre État-nation ont été officialisés et devraient être légalisés devant le monde. Ces agressions ont été exacerbées, comme vous le savez bien, depuis l’élection de M. Donald Trump, qui, en moins de deux ans, a accru l’hostilité économique et financière pour étouffer l’État vénézuélien et affamer la population. Tout cela à la lumière du jour et devant cette honorable institution dont la raison d’être est d’empêcher le retour de la guerre, précisément en faisant respecter le droit international. Ces dernières heures, le président Trump a officialisé le pillage des biens nationaux et menace les pays partenaires, mettant en danger la sécurité de 30 millions d’habitants. Les conséquences de cet acte criminel atteignent, comme prévu, des limites brutales et inhumaines, empêchant l’accès à la nourriture, aux médicaments et aux biens importés essentiels, y compris les traitements médicaux d’urgence et les pièces de rechange essentielles au travail collectif. Personne n’échappe à leur portée. Nous tous, enfants et personnes âgées, hommes et femmes, partisans et opposants du gouvernement, sommes victimes de cette attaque ignoble, contraire à l’ordre juridique qui régit les Nations Unies et aux principes fondamentaux et droits de l’homme.

Tout au long de notre histoire, aucun gouvernement vénézuélien n’a
envoyé ses forces armées pour attaquer qui que ce soit, sauf pour libérer
ses frères du premier colonialisme envahissant. Comme notre Libérateur l’a dit à l’agent diplomatique étatsunien Baptist Irvine : “Je ne permettrai pas que le gouvernement et les droits du Venezuela soient outragés ou méprisés. En les défendant contre l’Espagne, une grande partie de notre population a disparu, et le reste de la population est impatient de mériter le même sort. Il en va de même pour le Venezuela de lutter contre l’Espagne comme contre le monde entier, si tout le monde l’offense”….

Nous croyons au règlement pacifique des conflits. Nous n’avons jamais
été, nous ne sommes pas, et nous ne serons jamais, une menace pour aucun peuple dans le monde, et nous n’avons pas l’intention de dominer ou d’exploiter quiconque. Au contraire, parmi nous vivent des millions de frères et soeurs venant de toutes les parties de l’Amérique et du monde qui représentent presque un quart de notre population.

Nous ne croyons pas que le peuple des États-Unis ait donné à son
gouvernement le mandat d’attaquer et d’envahir d’autres pays. Ces
gouvernements l’ont fait, et pourtant ils le font au nom d’un destin
manifeste qui représente, comme l’a prédit Simón Bolívar, la véritable
menace pour notre Amérique, qui, au cours des 150 dernières années, a
été en proie à la dictature et à la misère au nom de la liberté.

C’est pourquoi, Monsieur Guterres, nous vous écrivons pour que, en votre qualité de Secrétaire général des Nations Unies, non seulement vous éleviez la voix face à une agression aussi injuste et vile, mais aussi pour exiger que le Venezuela soit protégé de ce crime inhabituel, car ce sont l’ordre international et les lois qui ont préservé l’humanité des conflits planétaires qui vont succomber. C’est pourquoi nous demandons, en tant que pays membre, que le système des Nations Unies exige la cessation de cette agression brutale contre le Venezuela et active les mécanismes existants pour la protection du peuple vénézuélien, et garantisse le plein droit de tous les habitants de notre pays au développement humain et à la pleine vie.

Publié le 07/09/2019

Montpellier, laboratoire d’une nouvelle gouvernance de métropole?

Par Clapas

Blog : Le blog de clapas (site blogs.mediapart.fr)

La métropole de Montpellier cultive l’image d’un territoire jeune, culturel, sportif et innovant. L’innovation s’y dessine aussi dans le domaine politique avec l’expérimentation d’une nouvelle gouvernance, associant hyperpersonnalisation du pouvoir, médiatisation et clientélisme. Une évolution qui inquiète de nombreux élus et interroge le projet de loi « engagement et proximité ».

·  Un courrier officiel de délation, inédit pour une Métropole

Au cours de la semaine du 18 février 2019, Philippe Saurel, Maire de Montpellier et président de la Métropole, fait distribuer par une agence privée un courrier officiel dans les boites aux lettres des habitants de 9 des 31 communes de la Métropole. Sont ciblées les communes dont les maires venaient de voter contre le budget de la Métropole, lors de la séance du 31 janvier. La missive est inédite. Elle annonce que par leurs votes ces maires refuseraient l’ensemble des services et projets portés par la Métropole dans leurs communes, en citant des programmes de réfection de voirie, mais aussi des actions plus générales : ces maires seraient ainsi « contre l’accessibilité pour les personnes âgées », « contre l’implantation d’entreprises et la création d’emplois », « contre l’environnement, l’agroécologie et la biodiversité », etc.

Cette opération de communication officielle opère par amalgames et ne rend pas compte des arguments exprimés par ces maires en séance du Conseil de Métropole. En France et dans les régimes démocratiques, un vote contre le budget d’une collectivité exprime un désaccord d’orientation politique et non une opposition contre chaque action conduite par celle-ci. C’est un principe qui permet le débat démocratique dans chaque assemblée, sinon le vote même du budget n’a plus de sens politique. Dans le cas de la Métropole de Montpellier, les 9 maires qui n’ont pas voté le budget, ainsi que 12 autres conseillers et 8 abstentions dont 3 maires, ont exprimé des désaccords profonds sur les priorités annoncées et ont critiqué l’absence de concertation sur des projets majeurs. En premier lieu celui d’un nouveau stade de football, que Philippe Saurel s’était engagé à faire voter après une première série d’études de faisabilité, dont les résultats n’ont jamais été rendus publics… Au contraire les maires et conseillers métropolitains avaient appris par la presse que la première pierre de ce stade devait être posée le 7 juin, à l’occasion de la coupe du monde de football féminin… Une pierre qui n’a finalement pas été posée, car entre-temps l’implantation prévue s’est avérée trop proche de l’aéroport pour permettre un programme immobilier qui doit accompagner et rentabiliser la construction du stade…

Une surenchère populiste et judiciaire dans une métropole en éclatement

Mais l’affaire de ce courrier ne s’arrête pas là. Pour essayer de le justifier, Philippe Saurel déclare ensuite sur France3 le 26 février que les maires « qui aujourd'hui se révoltent, sont ceux qui ne sont plus vice-présidents et ont perdu tous les mois un salaire (…). Ce sont ceux qui se font élire en tapant sur Montpellier, maintenant ils ne taperont plus sur Montpellier ».  Ces propos rappellent qu’en juin 2017 le Président de la Métropole avait fait exclure de leur vice-présidence les maires refusant de rejoindre le groupe « La république en Marche et apparentés » qu’il venait de créer, et jamais reconnu ensuite par LREM (voir sur ce point l’article d’Elsa Sabado dans Médiapart du 27 juillet 2017). En prêtant aux maires une motivation vénale à leur vote, Philippe Saurel tient des propos dégradants et renforce les critiques du « tous pourris » adressées à la classe politique ; en inventant des agressions de ces maires contre la ville de Montpellier, alors que ceux-ci avaient pleinement collaboré pendant 3 ans à la gouvernance de la Métropole, il attise les conflits et divisions et exerce une forme d’intimidation très inquiétante.

Mais cette vindicte présidentielle contre des maires contestataires s’est amplifiée avec la sortie du numéro de mars 2019 de MMMag, le mensuel officiel de la Métropole tiré à 250 000 exemplaires. Comme le relève Midi-Libre, sept pages sont dédiées à fustiger les 9 maires en reprenant, comme dans le courrier initial, les opérations de la métropole que ceux-ci refuseraient de soutenir sur leur commune. Jamais dans l’histoire politique française récente un tel acharnement contre une opposition politique (couvrant ici l’ensemble des sensibilités politiques depuis Les Républicains jusqu’à la France Insoumise) ne s’est affichée de manière aussi forte et caricaturale dans le journal d’une intercommunalité, dont l’objet est pourtant… « la coopération intercommunale ». A la figure d’un président de Métropole recherchant le consensus territorial, se substitue celle d’un autocrate gouvernant en attisant les conflits. La réponse des Maires et conseillers métropolitains attaqués ne s’est pas fait attendre : ceux-ci ont porté plainte le 6 avril contre Philippe Saurel pour diffamation (les déclarations sur France3) et pour détournement de fond public et prise illégale d'intérêt (l’affaire du courrier). Philippe Saurel a déposé plainte en retour pour dénonciation calomnieuse… Un niveau d’éclatement et de conflit inégalé dans une Métropole.

L’affirmation d’un régime autocratique et médiatique

Cet épisode du « courrier aux communes récalcitrantes » et sa judiciarisation sont révélateurs d’une gouvernance autocratique et médiatique qui se construit à l’échelle d’une Métropole. Cette gouvernance reprend des principes déjà insufflés par l’ancien maire Georges Frêche, mais qui sont aujourd’hui exacerbés par Philippe Saurel, et trouvent un écho favorable dans le cadre institutionnel encore tout jeune des Métropoles.  

L’hyperpersonnalisation et l’hypermédiatisation du pouvoir sautent aux yeux de tout nouvel arrivant ou observateur. Maire de Montpellier et Président de sa Métropole, Philippe Saurel affiche son nom et ses photos sur tous les documents, affiches, cartes d’accès, promotions culturelles, annonces économiques… Le numéro de juillet-août 2019 de MMMag est caricatural, avec la photo du Président exposée à huit reprises… contre une seule photo laissée en 46 pages à l’un des vice-Présidents pour un dossier culturel !  Ce narcissisme médiatique, sans doute unique en France, est renforcée par un usage invétéré des réseaux sociaux qu’activent le Maire, ses partisans et membres de son cabinet. Un cabinet mixte, Mairie et Métropole, qui contrôle toutes les décisions et est tourné vers la communication et la gestion de « coups politiques ». De fait, le moteur de l’action politique de la Métropole semble être d‘entretenir un flux permanent d’actions médiatiques réactives, construites autour de la personnalité de Phiippe Saurel et contre des « adversaires politiques ». Celui-ci assume cette ligne en déclarant « être en campagne même quand il dort » (Midi-Libre du 7 janvier 2019) et en réussissant l’exploit d’être en conflit permanent avec la Région, le Département, de nombreux maires, des députés (y compris Coralie Dubost et Patrick Vignal tous deux LREM) et des représentants de l’Etat.

Cette hyperpersonnalisation médiatique se traduit dans l’exercice même du pouvoir, de plus en plus autocratique. Les décisions portées par le Président ne sont plus réellement débattues à l’échelle de la métropole, et ses coups de cœur ou coups de colère s’expriment directement dans l’espace politique. Durant les trois premières années du mandat, une concertation avait pourtant été instaurée avec la « conférence des maires », mais ce sont maintenant les « décisions du Président » qui s’imposent, relayées par son cabinet et un flux quasi journalier de conférences de presse. La décision de construire un nouveau stade de football l’illustre parfaitement, tout comme celle récente de réaliser en urgence une route sur la commune de Lattes, sans concertation avec son maire, l’un des nouveaux opposants à Saurel. La gestion du conseil de Métropole du 23 juillet 2019 est aussi sidérante sur ce plan (voir l’archive video sur le site de la Métropole). Le Président s’y amuse des invectives et propos agressifs de ses partisans et coupe la parole à ses opposants, conduisant au départ en pleine séance de nombreux maires et conseillers ! Dans ses interventions, Saurel exprime sans complexe son plaisir pour le jeu politique et le pouvoir, savoir « garder les cartes en main » en faisant bouger sans cesse son exécutif. Dernier épisode au niveau de la ville de Montpellier, un sixième remaniement entériné le 14 mai, évinçant deux adjoints pourtant reconnus pour leurs compétences. Une sorte de « Vaudeville municipal » comme le signale un des opposants socialistes, Michaël Delafosse. Une répétition du remaniement tumultueux qui avait écarté en 2017 des vice-présidents dont les compétences et actions étaient pourtant largement reconnues, mais qui lui paraissaient sans doute gênants.

Clientélisme et affairisme aux visages multiples

Autre composante du pouvoir, le clientélisme. A Montpellier, Saurel en renouvelle les différentes dimensions, cherchant à accorder des faveurs aux catégories d’acteurs dont le soutien est nécessaire à son maintien au pouvoir : en premier lieu, des maires et conseillers métropolitains sont maintenus dans son groupe en jouant sur les postes de vice-présidence, les indemnités, ou surtout les avantages financiers attendus pour chaque commune. C’est ce que rappelait implicitement le courrier adressé en février aux habitants des communes « récalcitrantes », une menace adressée indirectement aux autres maires dont certains partageaient en off les critiques des opposants...  Les médias locaux sont aussi objet d’attentions particulières, en particulier la Gazette de Montpellier dont la viabilité économique dépend directement des annonces et numéros spéciaux financés par la ville et la métropole de Montpellier. Les formes d’influence médiatiques sont maintenant plus diversifiées en jouant sur les sites d’information qui s’affichent à l’échelle de la métropole, même si un journal comme « le d’Oc » maintient une ligne critique…  Les milieux économiques sont bien sûr également ciblés, en particulier dans la perspective de la poursuite de grands travaux sur le quartier Cambacéres à proximité de la « gare fantôme » TGV ou au stade de football.

Par contre, une forme plus originale de l’exercice du clientélisme s’appuie sur la multiplication de rencontres « sur le terrain » et réunions de quartier avec les habitants. Ces réunions, réservées à la ville de Montpellier, permettent à Philippe Saurel de rester informé de préoccupations locales et surtout d’accorder des promesses ou des réponses directes et médiatisées à des demandes exprimées. Mais ce qui est présenté comme un exercice de « démocratie participative » reste très contrôlé, inscrit dans une stratégie de communication et n’ouvre pas les débats, perpétuant la primauté d’un rapport direct et personnalisé entre une partie de la population et son Maire… Enfin le clientélisme régit aussi les relations internes aux services de la Mairie et de la métropole. Au-delà de relations privilégiées avec le cercle restreint de son cabinet, c’est l’établissement de relations directes et la menace d’une mise à l’écart qui crée des dépendances. Le Turn over important dans les services (Cabinet, communication, protocole, développement économique…) est là pour le rappeler… Ces différentes dimensions du clientélisme sont bien sûr présentes dans d’autres intercommunalités, en particulier au sud de la France, mais à Montpellier elles se renouvellent et s’organisent au service d’un pouvoir autocratique.

Une gouvernance qui reste fragile

Pour autant cette gouvernance apparaît relativement fragile, plus que celle que pratiquait Georges Frêche, dans un contexte il est vrai plus favorable qu’aujourd’hui en termes de budget et perspectives de développement.

La fuite en avant dans une gestion réactive et médiatique masque tout d’abord un manque de vision à long terme sur le territoire, avec un retard important pris sur les grands chantiers d’aménagement et de transport. Le jeu politique et l’organisation de coups politiques, y compris la construction d’une « liste Saurel » aux dernières élections régionales (5%), prend en effet du temps, mobilise des ressources. C’est un des points de la critique des maires qui ont voté contre le budget 2018. La Métropole fait face à des embouteillages croissants, alors qu’aucun projet majeur n’a réellement avancé pour les résoudre (ligne 5 tramway, pistes cyclable, contournements…), même si les promesses sont réactivées à grand renfort de communication six mois avant les élections municipales. Plus grave, des opportunités de financement ne sont pas saisies : en 2018 par exemple Montpellier n’a pas répondu à l’appel « promotion touristique des grands sites d’Occitanie », en 2019 à ceux des « fonds mobilités actives » du ministère de l’environnement, ou de « revitalisation des commerces » visant à compenser les pertes induites par les manifestations des gilets jaunes.

Autre faiblesse, le principe de gouvernement par clivage et réorganisation des positions dans les exécutifs et services, s’il permet de « contrôler » un jeu politique à court terme, laisse des traces et s’avère néfaste à long terme. Ralentissement dans les dossiers, démotivation, développement de critiques de plus en plus fortes. Le conflit nuit aussi aux affaires amenant des réactions moins favorables des milieux économiques, tentés de se tourner vers Mohed Altrad, l’homme d’affaire propriétaire de l’équipe de rugby. Foot contre Rugby les futures élections se feront aussi peut être sur le terrain sportif !

Cette gouvernance génère aussi des tensions vives au sein des services de la métropole, dont les agents sont conscients des dérives autoritaires et dysfonctionnements, et sensibles à la dégradation de l’image de la collectivité. Les burn out, arrêts maladie ou demandes de mutation se multiplient, renforçant le turn over du personnel qui contribue certes à affirmer le jeu du pouvoir à court terme, mais fragilise le pilotage de projets à long terme. Les critiques fortes de Romain Subirats, ancien conseiller de Saurel, et possible candidat à la mairie dans la mouvance LERM, vont dans ce sens.

Enfin, au plan politique les soutiens des habitants semblent malgré tout limités. Certes un sondage « sorti du chapeau cet été » accorde un satisfecit de la part des deux tiers de la population de la ville de Montpellier, mais les scores des candidats « sauréliens » aux élections intermédiaires ont été médiocres, en particulier aux législatives, où la candidate dont Saurel était suppléant s’est fait battre sur la circonscription du centre de Montpellier, par Muriel Ressiguier de la France Insoumise. Une bonne partie du monde associatif, qui avait joué un rôle clé dans l’élection hors parti de Saurel en 2014, s’est aussi détournée de lui, tout comme les milieux intellectuels influents sur Montpellier. La nouvelle campagne de communication ciblée sur l’écologie, le vélo, l’urgence climatique ou l’agroécologie, fait sourire de nombreux responsables associatifs, qui n’oublient pas les coups portés encore récemment (par exemple contre le mouvement alternatiba en 2018) ou qui sont simplement offusqués par les pratiques autocratiques et la gestion conflictuelle de la Métropole.

Une expérience qui questionne la législation des métropoles

Ces dérives Montpelliéraines posent un problème de portée nationale sur la gouvernance des Métropoles et font écho aux débats parlementaires à venir sur le projet de loi « engagement dans la vie locale et proximité de l’action publique », présenté le 17 juillet 2019 en Conseil des ministres.

Ces dérives révèlent en effet les failles d’un cadre législatif qui permet à un président de Métropole de rompre avec l’esprit de coopération intercommunale et d’équilibre territorial, affiché jusque-là dans les objectifs des législateurs des lois Maptam (2014) et NOTRe (2015). Comme le rappelle le numéro de la revue internationale des sciences administratives consacré aux intercommunalités (2018), une « bonne gouvernance de Métropole » doit être capable de coordonner le rassemblement d’intérêts divergents et de favoriser la prise de décision, de maintenir un consensus dans le temps et s’assurer du soutien des communes et citoyens sur la durée.  Plusieurs modèles de gouvernance de métropoles sont certes aujourd’hui en débat : « coopérative de communes » initialement garante d’un équilibre territorial ; « Métropole parlementaire » exprimant plus directement les intérêts des citoyens depuis l’élection directe des conseillers lors des dernières municipales ; « Métropole firme responsable » avant tout gouvernée par une ingénierie territoriale et des services engagés dans le développement durable…  Comment assurer un équilibre entre les communes, les élus, les citoyens, les services territoriaux, les intérêts économiques ?

Le projet de loi « engagement et proximité » propose ainsi de « remettre les maires au cœur de l’intercommunalité », imposant par exemple qu’un « pacte de gouvernance » devra être mis à l’ordre du jour du conseil métropolitain et qu’un « conseil des maires » devienne obligatoire. Ces dispositions ont déjà été expérimentées à Montpellier dès 2014, mais elles ont été depuis 2017 réduites à des instances formelles, vidées de sens et de débats, autorisant qu’un Président finisse par imposer une gouvernance autoritaire. Des amendements au texte législatif pourront intégrer des garde-fous, garantissant par exemple l’expression des maires même s’ils sont minoritaires, leur redonnant des compétences ou interdisant le cumul Maire de la ville principale et Président de la Métropole. Mais, comme le souligne l’Assemblée des communautés de France (AdCF), le risque est fort de voir l’examen parlementaire du projet de loi « marqué par des amendements dans tous les sens », engendrant un « contexte instable » à quelques mois des élections municipales et intercommunales. Pour certains, un encadrement législatif excessif, visant par exemple à limiter les dérives autoritaires d’un président, risquerait aussi de brider « l’intelligence territoriale », qui relève plus d’un engagement volontaire local, que de simples obligations légales. Une bonne gouvernance repose en effet aussi sur une éthique et pratique bienveillantes, parfois fragiles comme le montre l’exemple Montpelliérain. Le modèle de gouvernance des métropoles est donc en débat et en construction, mais les dérives autoritaires de Montpellier, suivies de près par l’Elysée, montrent en tout cas un exemple qu’il ne faut pas suivre. La gouvernance de la Métropole de Montpellier est certes plombée par le mandat en cours de Philippe Saurel, mais celui-ci aura au moins eu le mérite de contribuer aux débats sur l’évolution de la législation des collectivités locales.

 

Publié le 06/09/2019

Qui a élu Mme von der Leyen ?

par Serge Halimi  (site monde-diplomatique.fr)

   

Providentielle, la canicule de juillet 2019 ! Elle a occulté une affaire tout aussi révélatrice des dérèglements actuels, mais démocratiques, ceux-là. Aveuglés par la sueur, peu d’Européens ont en effet remarqué que le discours politique dont on les abreuvait depuis au moins trois ans venait d’être dynamité. Et la presse, occupée à d’autres « investigations », ne s’est pas démenée pour le leur signaler.

Des centaines de millions d’électeurs européens étaient jusque-là bercés par un grand récit manichéen. La politique de l’Union et le scrutin de mai dernier se résumaient, leur disait-on, à l’affrontement entre deux camps : les libéraux contre les « populistes » (1). Le 2 juillet, un sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union recommande que la ministre chrétienne-démocrate allemande Ursula von der Leyen devienne présidente de la Commission européenne. L’idée serait venue de M. Emmanuel Macron. Sa suggestion est naturellement reprise par la chancelière allemande Angela Merkel, mais aussi par... le premier ministre hongrois Viktor Orbán.

Depuis son élection, le président français n’avait pourtant cessé de jurer qu’il se montrerait intraitable face aux nationalistes et aux « populistes », porteurs de « passions tristes », d’« idées qui, tant de fois, ont allumé les brasiers où l’Europe aurait pu périr ». Ils « mentent aux peuples » et leur « promettent la haine », avait-il lancé (2). M. Macron se départit même de son irréprochable modestie pour défier deux de ces incendiaires, le dirigeant d’extrême droite italien Matteo Salvini et M. Orbán : « S’ils ont voulu voir en ma personne leur opposant principal, ils ont raison. »

Le 16 juillet dernier, quand les eurodéputés confirment le choix des chefs d’État et de gouvernement, les proclamations de campagne — « progressistes » contre nationalistes — cèdent à nouveau la place à une tout autre configuration politique. Les parlementaires socialistes votent tantôt contre Mme von der Leyen (les Français et les Allemands, notamment), tantôt pour (les Espagnols et les Portugais). Et, dans ce dernier cas, ils se retrouvent avec les nationalistes polonais et les affidés de M. Orbán. C’est-à-dire avec ceux-là mêmes que Mme Marine Le Pen courtisait quelques jours plus tôt pour former avec eux un groupe commun à Strasbourg... En définitive, la candidate de M. Macron devra son élection à la présidence de la Commission européenne, acquise avec une majorité de seulement neuf voix, à une coalition hétéroclite comprenant les treize parlementaires hongrois fidèles à M. Orbán ainsi que les quatorze eurodéputés « populistes » du Mouvement 5 étoiles, à l’époque alliés à M. Salvini.

Une telle cartographie du scrutin nous éloigne assurément des historiettes qu’on débite chaque matin à l’intention des enfants européens sages et disciplinés (lire « Le monde au saut du lit »). Parions néanmoins que, même lorsque les températures seront redevenues normales sur le Vieux Continent, la plupart des journalistes continueront à ressasser les catégories artificielles que M. Macron leur a mitonnées.

Serge Halimi

(1) Lire Serge Halimi et Pierre Rimbert, « Libéraux contre populistes, un clivage trompeur », Le Monde diplomatique, septembre 2018.

(2) Discours de la Sorbonne, Paris, 26 septembre 2017.

 

Publié le 05/09/2019

Mouvements sociaux : douze dates à retenir en septembre

La rédaction (site rapportsdeforce.fr)

Sans être exhaustif, Rapports de force a listé pour vous les principaux rendez-vous de la rentrée sociale. En tout cas, ceux déjà connus et programmés à l’avance. Des surprises sont toujours possibles, notamment dans l’Éducation nationale où des assemblées générales sont prévues lors de la première semaine de reprise des cours.

3 septembre : féminicides

Une marche organisée par les familles de femmes victimes de féminicide partira du cimetière de Grenelle dans le 15e arrondissement de Paris en direction de Matignon. Depuis le début de l’année, 100 femmes sont mortes sous les coups de leurs conjoints. Soit une tous les deux jours contre une tous les trois jours en 2018. Le 3 septembre est le jour qu’a opportunément choisi Marlène Schiappa, en réponse aux premiers rassemblements du début de l’été contre les féminicides, pour organiser un « Grenelle des violences conjugales ». De nouveaux rassemblements ont eu lieu ces derniers jours, notamment à Orléans, Paris et Toulouse. D’autres sont programmés dans plusieurs villes mardi soir.

7 septembre : gilets jaunes

C’est un peu la date de rentrée des gilets jaunes. Pour l’acte 43, la ville de Montpellier a été choisie pour une manifestation nationale. Ce qui n’empêchera pas des mobilisations dans d’autres villes, parmi lesquelles Bordeaux qui accueille en même temps l’université d’été de LREM les 7 et 8 septembre. Le samedi suivant, la ville de Nantes, où Steve Maia Caniço est mort noyé à la suite de l’intervention des force de l’ordre lors de la fête de la musique, retiendra l’attention du mouvement. Enfin, Paris devrait être le point d’orgue de la rentrée en jaune le 21 septembre pour une « mobilisation historique » dont l’objet est : « marcher ensemble contre le système, contre la destruction de la planète, le mépris des élites, la réforme des retraites et les fins de mois difficiles ». Les gilets jaunes promettent un « septembre noir » au gouvernement.

11 septembre : santé

La fédération CGT de la santé et de l’action sociale appelle à une journée de mobilisation et de grève avec une manifestation nationale à Paris. Elle a pris l’initiative dans l’été de poser seule cette date pour « proposer d’ores et déjà des perspectives de convergences et d’élargissements des luttes ». En plus des urgences, la CGT souhaite mobiliser l’ensemble du secteur hospitalier, public comme privé : « nos secteurs d’activité sont touchés par les politiques d’austérité gouvernementales en matière de santé, d’action sociale et de protection sociale », explique-t-elle.

13 septembre : RAPT

Les agents de la RATP sont appelés à cesser le travail le vendredi 13 septembre par l’UNSA, la CGT, FO, la CFE-CGC et SUD. En cause, la réforme des retraites qui prévoit la suppression de leur régime spécial qui aujourd’hui prend en compte la pénibilité liée à leurs missions de service public. Par ailleurs, plusieurs professions libérales (avocats, infirmières) manifesteront de leur côté le 16 septembre pour défendre leurs régimes particuliers.

16 septembre : Finances publiques

Les syndicats CGT, FO, CFDT, Solidaires et CFTC de la Direction générale des finances publiques (DGFIP) appellent à une journée nationale de grève pour s’opposer à « la déstructuration des services » et à « une baisse en termes de moyens humains et budgétaires » à l’occasion de la préparation de loi de finances 2020. Dans le contexte de mise en œuvre du prélèvement à la source, l’intersyndicale dénonce une situation où les services « sont au bord de la rupture faute de moyens ». Cette journée de grève est annoncée comme un « point de départ d’une nouvelle mobilisation des personnels de la DGFIP », et renvoie aux assemblées générales locales le soin de décider des modalités d’action.

19 septembre : EDF

Les syndicats CGT, CFDT, FO et CFE-CGC appellent à une journée nationale de grève pour dénoncer un projet de réorganisation nommé Hercule qui prévoit une séparation des activités de production et de commercialisation, avec la création de filiales dédiées. Les syndicats y voient une « désintégration » d’EDF et dénoncent un « mécano capitalistique », dont la finalité serait la nationalisation des pertes d’un côté et la privatisation des bénéfices de l’autre.

20 septembre : grève pour le climat

Ce coup-ci, il ne s’agit plus seulement de la jeunesse. « Nous ferons grève, quel que soit notre âge, pour mettre en pause l’espace d’une journée ce système économique », affirme un appel signé par une soixantaine d’organisations en France. Ce texte prolonge un appel international à une semaine d’action pour le climat du 20 au 27 septembre. Les grèves dans la jeunesse vont essayer de s’étendre en direction du monde du travail. Bien que soutenue en France par Solidaires et la CGT, la grève prendra probablement du temps avant de devenir effective et de s’installer dans le paysage. Théoriquement, celle-ci devrait être reconduite le vendredi 27, mais cette date est peu mise en avant par les signataires français de l’appel à la mobilisation pour le climat et la justice sociale.

21 septembre : climat, retraites et gilets jaunes

C’est la journée la plus chargée en mobilisations du mois de septembre. À Paris, pas moins de trois défilés vont se partager la capitale. D’abord, une marche, accompagnée d’actions pour le climat, fera suite à la grève de la veille. Ensuit, Force ouvrière organise en solo une manifestation nationale à Paris. Il s’agira pour la troisième force syndicale du pays de compter ses troupes avant que la bataille sur la réforme des retraites n’entre dans le vif du sujet. Enfin, les gilets jaunes battront le pavé parisien pour un événement qui doit être le point d’orgue de leur rentrée.

24 septembre : retraites

Trois jours après Force ouvrière, la CGT appelle à une journée de grève interprofessionnelle sur les retraites, les salaires, l’emploi et les services publics. Le syndicat entend également faire vivre les questions sociales au cœur des mobilisations pour le climat qui entoure cette date. Des manifestations se dérouleront à Paris et en province. Pour l’heure, seul Sud-Rail a annoncé rejoindre cette initiative. Pour autant, une nouvelle réunion intersyndicale programmée ce mardi pourrait modifier légèrement le contour des organisations participant à cette journée.

26 septembre : services d’urgences

Le Collectif Inter-urgences a annoncé une journée nationale des services en grève. À ce jour, près de 240 services participent au mouvement lancé au printemps dernier selon le collectif. Pour le moment, il n’a toujours pas eu de réponses à ses revendications. À l’heure où nous écrivons, les modalités de cette journée n’ont pas été communiquées.

27 septembre : deuxième grève pour le climat

Une deuxième journée de grève pour le climat est programmée à l’échelle internationale. Mais elle semble peu investie pour le moment en France. À moins que la jeunesse, plus imprévisible que le reste de la population, ne se saisisse de cette date, il ne devrait pas se passer grand-chose ce jour-là.

28 septembre : déchets nucléaires de Bure

Cap sur Nancy pour les opposants au projet d’enfouissement de déchets nucléaires Cigéo à Bure dans la Meuse. Les 28 et 29 septembre, « un collectif d’associations, de comités de soutien lorrains et d’habitant-es résistant depuis près de 25 ans contre la méga-poubelle nucléaire de Bure » organise l’événement « Vent de Bure » qui réunira ateliers, bal et manifestation. Les opposants viendront des quatre coins de l’hexagone pour protester contre le projet et dénoncer la « vague de répression et de criminalisation inédite dans l’histoire récente des territoires en lutte », explique les initiateur de l’événement.

Publié le 04/09/2019

Appelons un chat, un chat…

par Pierre Jacquemain (site regards.fr)

C’est peut-être ça la méthode Blanquer : plutôt que de s’attaquer aux problèmes de déscolarisation, de manque de profs ou de moyens, on balance une bonne fake news sur les musulmans.

Puisqu’il faut appeler un chat un chat, comme nous y invite le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer – le chouchou du Président qui vient de perdre 16 points dans les sondages de « bonnes opinions » – a été pris en flagrant délit d’islamophobie d’Etat.

Dans une interview sur France Culture du 31 août, Blanquer a déclaré : « Il y a plus de filles que de garçons qui ne vont pas à l’école maternelle pour des raisons sociétales. Et appelons un chat un chat, le fondamentalisme islamiste dans certains territoires a fait que certaines petites filles vont à l’école le plus tard possible. » Si la première partie de son argumentaire est fausse – si l’on en croit les statistiques mêmes du ministère de l’Education nationale, qui affirme au contraire qu’il y aurait un tout petit peu plus de filles scolarisées à l’école maternelle, la seconde affirmation interpelle. Étonne. Agace aussi. Au point que le cabinet du ministre a été obligé de confirmer les « quelques imprécisions » de son patron.

En réalité, le ministre favori de l’exécutif s’est livré à ce que sans doute il croit être une vérité, peut-être même admettrait-il qu’il ne s’agit que d’un ressenti. Et c’est bien le problème. Parce que s’il dit vouloir appeler un chat un chat, Blanquer n’ose que timidement avouer ce qu’il pense tout bas. Au plus profond de lui-même. Quels sont donc ces « certains territoires » sous l’emprise du « fondamentalisme islamiste » qui empêcheraient les jeunes filles d’aller à l’école ? Cela va sans dire : les quartiers populaires. Parce que dans la tête de Blanquer, ça va très vite : quartier populaire = islam = fondamentalisme islamiste. Au-delà des préjugés et des stigmates que le ministre contribue à diffuser sur une chaîne du service public, il est impossible d’affirmer pareille information, ne serait-ce que parce qu’il est interdit d’établir des statistiques sur la base des origines ethniques ou des confessions.

L’école est en feu, Blanquer allume un contre-feu

Parce qu’il est plus facile de mettre la lumière sur des cas particuliers – qui sans doute existent de manière très marginales – que de répondre au malaise et à la grogne montante de la communauté éducative. Parce qu’il est aussi plus facile de pointer la responsabilité sur une poignée de familles radicalisées, que d’assumer la responsabilité du gouvernement face à la déscolarisation de ces dizaines d’enfants syriens, expulsés de leur logement de Saint-Denis la semaine dernière avec leur famille. Quelle rentrée scolaire pour ces enfants ? Combien d’autres enfants sans papiers ne pourront pas bénéficier d’une rentrée scolaire ? De ça, le ministre de l’Education nationale devrait se préoccuper. Ou d’assumer que 257 enfants en situation de handicap, dans la Drôme, ne pourront pas faire leur rentrée scolaire faute de moyens suffisants.

L’annonce du coup de pouce de 300€ aux enseignants – mesure qui avait été prise sous le quinquennat de François Hollande – devait permettre au ministre de respirer après une fin d’année scolaire marquée par une mobilisation exceptionnelle de l’ensemble de la communauté éducative. La réforme du BAC, l’appauvrissement des filières technologiques et professionnelles, les surcharges de classe, ou même l’obligation de la scolarisation dès trois ans – qui « ouvre un énorme marché à l’éducation privée et aux pédagogiques alternatives marchandes » comme le rappelait Marine Roussillon dans La Midinale. De quoi maintenir la pression sur le gouvernement en cette rentrée scolaire chargée, après le succès des universités d’été des enseignants et de l’éducation mobilisée contre les réformes Blanquer. Avec les enseignants, les personnels de l’éducation, les parents d’élèves, les élèves et les élus locaux, ça fait beaucoup de monde à quelques mois seulement des élections municipales…

Cette rentrée scolaire est l’occasion de lire Ecole, le nouvel ouvrage de Laurence De Cock publié chez Anamosa et qui sera demain mardi 3 septembre, l’invitée de La Midinale.

 

Pierre Jacquemain

 

Publié le 03/09/2019

Montpellier : le parquet de la cour d’appel réclame 3 ans ferme contre Farid, le gilet jaune casseur de banques

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Condamné en première instance à 3 ans de prison ferme, Farid, en détention provisoire depuis près de 5 mois à Villeneuve-lès-Maguelone pour avoir cassé des banques, est passé hier en cour d’appel. Le parquet a requis 3 ans ferme, le délibéré sera rendu le 5 septembre.

 

Justice de classe

Comme lors du procès en première instance, l’assemblée de Montpellier contre les violences d’État avait appelé à un rassemblement pour soutenir Farid. La salle d’audience était comble, et on comptait d’autres soutiens devant le palais de justice, totalisant une cinquantaine de personnes. Avant l’arrivée de Farid, le public a assisté médusé à d’autres affaires jugées par visioconférence dans une ambiance kafkaïenne, les prévenus jugés depuis leur prison se plaignant de la mauvaise transmission audio, dans l’indifférence généralisée. Farid est finalement arrivé, les traits du visage durcis, mais porteur d’un large sourire à la vue du public, rappelant ô combien la solidarité fait du bien aux prisonniers.

 

D’emblée, le juge a rappelé son casier judiciaire – essentiellement des condamnations pour dégradations lors de manifestations – avant de lire les chefs d’accusation, ce qui a pris un certain temps. Il est accusé d’avoir cassé des distributeurs de banques, des panneaux publicitaires et des vitrines de banques et de multinationales, dont McDonalds, lors des manifestations de gilets jaunes à Montpellier. Farid a globalement reconnu les faits, mais il aura fallu l’aide de son avocat pour que l’on comprenne ses paroles, provoquant une certaine irritation chez le juge, qui a répété « vouloir entendre de vive voix » le prévenu. Le dialogue ne pouvait qu’être compliqué : d’un côté des magistrats de la cour d’appel, bourgeois parmi les bourgeois, perchés sur leurs sièges luxueux, habitués aux dorures du palais, et de l’autre Farid, précaire, un temps SDF, en lutte viscérale contre un système capitaliste qu’il honnit.

 

Traque policière

Le conseil de Farid a commencé les hostilités en listant des nullités, c’est-à-dires des vices de procédures. Saisine des vidéosurveillances par un officier de police judiciaire non mandaté par les autorités judiciaires, qualification imprécise des parties civiles, exploitation des caméras piétons par des policiers non habilités, motivations insuffisantes pour l’ouverture d’une enquête de flagrance, arrivée tardive du médecin en garde à vue : l’avocat s’est donné du mal, mais le juge a décidé de « joindre la forme au fond », formule magique systématiquement employé par les magistrats pour éviter d’avoir à pinailler sur le droit.

 

Le juge a ensuite lu les procès-verbaux de police relatant la traque de Farid. Aperçu en train de casser lors de manifestations, il a échappé de justesse à une première arrestation le 16 mars, grâce au soutien physique d’autres manifestants. Il s’est finalement fait interpeller la semaine d’après par des policiers déguisés en gilets jaunes, porteurs de bermudas et de chapeaux de paille. Dans la foulée, les policiers se sont vantés d’avoir arrêté un « leader » et ont revendiqué avoir mené cette «  filature » organisée par une « cellule spécifique d’investigation de 5/6 personnes accompagnées d’un expert en cybercriminalité », de l’aveu même du directeur départemental de la sécurité publique de l’Hérault, Jean-Michel Porez. Un policier avait tranquillement expliqué qu’ils ont « même pu discuter avec [Farid], se faire passer pour des petits nouveaux venus pour casser » (France 3, 27/03/2019). Des méthodes pour le moins douteuses, la loi interdisant aux policiers d’inciter au délit dans le but interpeller, qui en disent long sur les libertés que s’octroient les forces de l’ordre pour réprimer les manifestants, dans l’impunité la plus totale.

Arrestation de Farid par des policiers en civils, le 23 mars 2019 sur la place de la Comédie de Montpellier

« J’ai cassé des banques pour lutter contre le capitalisme »

Après le récit des événements, globalement approuvé par toutes les parties, Farid a été invité à s’exprimer sur ses motivations. Assisté par son avocat, il a fini par expliquer ses positions : « J’ai vu des gens se prendre des coups de LBD pour rien. Casser, c’est le seul moyen de se faire entendre. Les banques, c’est un symbole du capitalisme, elles poussent les gens à la précarité ». « Bref, de l’idéologie quoi » tranchera le juge, avant de donner la parole à un assesseur inspiré, qui a cherché à savoir « pourquoi être venu avec un marteau de charpentier », comme s’il eut été plus judicieux d’opter pour un marteau de soudeur ou de boucher. Le juge a ensuite tenté en vain de faire parler Farid sur son enfance, mais il n’a finalement eu que le maigre rapport de l’enquêteur de personnalité à se mettre sous la dent, qui a relaté « un parcours précaire ». Farid a fini par ajouter qu’il ne touchait pas d’aide sociale et vivait de la récup’.

L’avocate générale, représentante du parquet, s’est levée pour une réquisition bien fade à l’issue de laquelle elle a réclamé trois ans ferme à l’encontre de Farid, avec maintien en détention, « sa situation matérielle, familiale et sociale empêchant tout aménagement ». L’avocat de Farid a conclu les débats en évoquant « la droiture du combat de Farid en faveur de la justice sociale », une situation politique « au bord d’une révolution », avant de demander la clémence de la cour. Au moment de la clôture de l’audience, le public s’est spontanément levé pour crier sa solidarité avec Farid, au grand désarroi des magistrats. Une scène émouvante qui a visiblement touché Farid à en croire son large sourire et son haussement de sourcils. Les soutiens se sont déplacés jusqu’aux abords du parking du palais pour continuer à réconforter l’accusé. Le délibéré sera rendu le 5 septembre. D’ici là, Farid reste en prison.

Publié le 02/09/2019

Communiqué de presse du collectif des Stylos Rouges
de : mat
 

(site bellaciao.org)

PARIS le 30 août 2019 – Le collectif des Stylos Rouges saisit le CSA suite à un reportage du JT de France 2

 

Le collectif de défense des enseignants accuse le reportage de relayer la communication mensongère du ministre de l’Éducation Nationale Jean-Michel BLANQUER au sujet d’une hausse des salaires des enseignants.

Suite à la diffusion au journal télévisé de 20 heures de France 2 du 29 août dernier d’un sujet traitant de l’annonce du ministre de l’Éducation Nationale, M. Jean-Michel BLANQUER, d’une hausse des salaires des enseignants en 2020, de nombreuses réactions ont vu le jour sur les réseaux sociaux, et notamment sur la page Facebook des Stylos Rouges, critiquant le manque de recul des journalistes vis-à-vis de la communication gouvernementale. En effet, le reportage de France 2, au lieu d’aider à décrypter cette communication ministérielle, contribue au contraire à créer de la confusion dans sa réception par le public. En effet, le reportage ne permet nullement de comprendre que :

1/ la hausse des salaires a été décidée sous le gouvernement de Manuel Valls en 2015 et retardée d’un an par le gouvernement d’Édouard Philippe en 2017

2/ cette hausse ne concerne pas l’ensemble des professeurs, comme une déclaration mensongère du ministre, reprise mot pour mot dans le reportage, le laisse penser

3/ la hausse de salaire est annoncée par son montant brut et annuel, et non pas net et mensuel. Or, lorsque l’on parle usuellement de salaire, c’est le montant net et mensuel qui est le plus souvent utilisé de manière implicite.

Ainsi, les Stylos Rouges se font le porte-voix de ces réactions et critiques et ils ont décidé de saisir le CSA pour manque d’honnêteté et d’indépendance dans le traitement de l’information par les auteurs du reportage, ainsi que par la présentatrice du Journal Télévisé de 20 heures, Mme Anne-Sophie LAPIX. Cette saisine a été déposé vendredi 30 août via le site internet du CSA. Une copie de cette saisine sera envoyée à la Direction de France 2. Les Stylos Rouges reproduisent ici le texte de la saisine :

"Le journal télévisé de 20 heures de France 2, dans son édition du 29 août, a traité de l’annonce du ministre de l’Éducation Nationale, M. Jean-Michel BLANQUER, concernant une hausse des salaires des enseignants en 2020. Suite à cette diffusion et au vu des réactions de beaucoup de nos collègues ayant visionné ce reportage, nous, membres du mouvement des Stylos Rouges, organisation de défense des enseignants de l’Éducation Nationale du 1er et 2nd degré, nous voyons dans l’obligation de saisir le CSA sur le traitement journalistique du sujet par les auteurs du reportage : J. BENZINA, L. AUDEBERT, P. FORGUE, B. BOUSSOUAR, L. COURTÉ, B. VIGNAIS, P. CARON, E. DENIS, J. MECHAUSSI et N. LACHAUD, ainsi que le lancement qui en a été fait par la présentatrice du journal, Mme Anne-Sophie LAPIX. Nous dénonçons un manque de rigueur et d’honnêteté dans le traitement de l’information, et de ce fait un manque d’indépendance des journalistes vis-à-vis de la communication ministérielle. En effet, tout d’abord, la phrase prononcée par Mme LAPIX en préambule du reportage : « cette négociation salariale avait été négociée sous François Hollande » n’éclaire pas suffisamment le fait que ladite hausse des salaires correspond au déblocage d’une mesure prise par le précédent gouvernement en 2015, et dont le calendrier avait entre-temps été reporté d’un an par l’actuel gouvernement (Source : un article en ligne de Libération du 29 août : https://www.liberation.fr/checknews... ). Plus grave, à aucun moment, ni dans les commentaires du reportage ou ceux de la présentatrice, ni dans les séquences retenues au montage, il n’est précisé que l’augmentation de 300 euros représente une somme brute qui ne concernera pas tous les enseignants et qu’il s’agit d’une augmentation de salaire annuelle. La seule formulation retenue par les journalistes est un simple copié/collé de la formule du ministre : « des augmentations de salaires vont avoir lieu, 300 euros pour tout le monde en moyenne en 2020 ». Cette formulation, mensongère sur les bénéficiaires ("pour tout le monde") et volontairement floue sur le caractère mensuel ou annuel de l’augmentation (dû au simple fait qu’usuellement les salaires sont exprimés par les sommes touchées mensuellement) aurait dû faire l’objet d’une explication de texte de la part des journalistes. Ce type de formulation peut se comprendre de la part de services de communication d’un ministre qui souhaite gagner la bataille de l’opinion publique sur la question du « salaire des profs ». Mais dans un contexte où la profession d’enseignant souffre d’un manque de reconnaissance de la part d’une partie de la population et où les fonctionnaires sont régulièrement décrits comme favorisés par rapport au reste des salariés, image entretenue par le mépris affiché de certaines personnalités politiques, au premier rang desquelles notre ministre de l’Éducation, nous pensions que le service public d’information s’honorerait à proposer un décryptage du coup de communication de M. Jean-Michel BLANQUER à une heure de grande audience ; et ce d’autant plus que nous avons pu constater que le traitement médiatique général de cette hausse annoncée des salaires des enseignants a généré une vraie confusion dans sa réception par le public, notamment sur le caractère annuel, et non mensuel, de la hausse. Malheureusement, nous constatons que ce n’est pas le cas, et nous nous demandons s’il s’agit d’un mensonge involontaire par omission de la part des journalistes de France 2, ou bien si le ministre peut également compter sur le service public d’information pour servir sa communication. C’est pourquoi nous saisissons aujourd’hui le CSA et envoyons dans le même temps un courrier à la Direction ainsi qu’à la Direction de l’information de France 2 pour dénoncer un manque d’honnêteté et d’indépendance dans le traitement de l’information concernant le reportage sus-cité et son lancement, et demander que soit rendue publique, au Journal Télévisé de 20 heures, notre critique de ce reportage. Nous demandons également qu’il soit dans le même temps donné des informations précises sur la nature de la hausse annoncée des salaires des enseignants qui ne laisse pas de place à l’ambiguïté par l’omission de certaines informations, source d’une confusion qui ne sert en définitive que la communication d’un ministre au détriment de l’intérêt général de l’information du public".

NB. Ce courrier a été rédigé et approuvé de manière participative sur la page Facebook officielle des Stylos Rouges (environ 700 approbations)

 

Publié le 01/09/2019

 

Notre Ami Jean Pierre LAPORTE est décédé, ses obsèques ont eu lieu samedi 31 août. Que sa famille et ses proches trouvent ici l’expression de nos sincères condoléances.

 

Nos Amis Bernard DELORD et Bernard CARRIERE lui ont rendu hommage :

 

Jean-Pierre, certains d'entre nous t'ont connu à l'INRA comme un militant syndical dévoué et tenace. Et c'est pour rester fidèle à tes convictions que tu as quitté la CFDT quand elle a abandonné une lutte résolue contre les injustices de notre société. Tu as alors rejoint le syndicat SUD.

 

C'est aussi ton soucis de la justice sociale et de la démocratie véritable qui t'a amené à soutenir l'action de l'équipe municipale de Vincent Tomas dont Arlette était une membre active. Et tu t'y es investi ensuite comme candidat. Après notre échec en 1989, tu n'as pas laissé tomber ce combat et tu as été pendant 30 ans la cheville ouvrière du groupe pour la démocratie à Fabrègues.

 

Et c'est pour ce même refus des injustices et cette même aspiration au progrès social et la démocratie véritable que tu t'es engagé dans les luttes politiques au delà de Fabrègues. En 2005, ce fut les Comités du Non lors du référendum sur la constitution européenne, constitution ultra-libérale. Il y a eu aussi le comité de soutien à Tamimoun menacée d'expulsion du territoire : tu y as pris une large part.

 

Avec les CUAL , comités unitaires anti-libéraux, nous nous sommes battus pour construire une candidature unitaire aux présidentielles de 2007. Et après cet échec, nous avons accueilli avec enthousiasme la constitution du Front de Gauche. En effet, il réalisait ton espoir, notre espoir à tous, du rassemblement des forces et des citoyens qui voulaient un dépassement du capitalisme et la construction d'un chemin vers une société plus juste. Et nous avons travaillé ensemble dans ce sens pendant plusieurs années. Puis, quand les difficultés ont surgi en 2017, tu as été de ceux qui ont maintenu le cap du rassemblement et du travail militant auprès des citoyens.

 

Jean-Pierre, pour nous tous, tes compagnons de lutte pour une société meilleure, tu as été un bon camarade. Chacun a pu apprécier ton écoute attentive et respectueuse des opinions de chacun ainsi que ta curiosité et ton exigence de sincérité dans les discussion. Ton sens de la démocratie s'est révélé dans ton souci de dialoguer avec les citoyens sur tous les sujets, y compris les problèmes du quotidien et les moins politiques en apparence. Ta disponibilité et ton dévouement dans les taches militantes sont un exemple pour nous tous.

 

Bien sûr nous allons continuer ton combat, notre combat, pour l’émancipation humaine, mais tu ne seras plus là.

 

Jean-Pierre, tu vas nous manquer.

 

Publié le 31/08/2019

Zineb Redouane. Contre l’évidence, Castaner dément à nouveau la responsabilité de la police

Sur le plateau de BFM, Christophe Castaner dédouane les forces de police d'avoir tué Zineb Redouane. Selon lui, elle serait décédée d'un choc opératoire, démentant la responsabilité du tir de la grenade lacrymogène, alors même qu'il s'agit du résultat de la dernière autopsie.

Petra Lou (site revolutionpermanente.fr)

 

"Qu’on accuse pas la police d’avoir tué quelqu’un. [...] Ça n’est pas le cas" déclare le chef des forces de répression, Christophe Castaner au micro de BFMTV ce mercredi pour répondre à la question de Bourdin. Sans attendre les conclusions de l’enquête, il affirme que la police n’est pas responsable dans la mort de Zineb Redouane, cette femme qui fut visée par un tir policier à Marseille alors qu’elle était à sa fenêtre.

« L’enquête indique qu’elle meurt d’un choc opératoire, […] Je ne dis pas que c’est pas grave. C’est grave. Elle est morte. Mais qu’on n’accuse pas la police d’avoir tué quelqu’un, d’avoir assassiné quelqu’un. Ça n’est pas le cas ».

Castaner reprend ici les propos du procureur de Marseille, Xavier Tarabeux, que ce dernier avait prononcé immédiatement après les faits, s’appuyant sur les conclusions de la première autopsie, qui avait été réalisée à Marseille et qui entretenait volontairement un flou sur les causes de la mort de Zineb, mettant en avant ses antécédents médicaux. Mais depuis, une seconde autopsie a été réalisée à Alger, publiée par Le Média, qui attribue « de façon certaine la mort de Mme Redouane au traumatisme crânien qu’elle a subi. Donc au tir policier ».

Étouffer l’affaire au plus vite

Les résultats de cette autopsie viennent contredire les déclarations de Xavier Tarabeux, ainsi que celles de Christophe Castaner qui, depuis la mort de Zineb s’efforce de dédouaner les forces de répression de la mort de cette femme octogénaire : Castaner avait déjà nié sa mort le 19 mars sur France Inter "Je ne voudrais pas qu’on laisse penser que les forces de l’ordre ont tué Zineb Redouane, parce que c’est faux.". Encore aujourd’hui, ces propos sur le plateau de Bourdin sont une manoeuvre de plus pour sauver l’image d’un État et d’une police déjà bien écornée. Le masque est tombé depuis longtemps, celui qui voulait faire croire que la police était « garante de l’ordre » et l’État « neutre » : après des mois de mobilisation, où sur les réseaux sociaux se multipliaient les images de blessés et mutilés, les Gilets Jaunes le rappelaient bien en chantant chaque samedi « La police fait son travail, ça crève les yeux ». Pour criminaliser les Gilets Jaunes, l’État n’a pas hésité, comme ce mercredi matin avec Castaner, à lancer des fake news, comme pour l’affaire Pitié-Salpêtrière, ou encore les conclusions verrouillées autour de l’enquête sur la disparition et la mort de Steve.

Mais les éléments révélés aux yeux de tout le monde avec la dernière autopsie, la version officielle concernant la mort de Zineb est écornée. Aujourd’hui, l’information judiciaire sur sa mort a été dépaysée, entre les mains d’un juge lyonnais, et est toujours en cours. Sur le plateau de BFM, Castaner ajoute, après avoir dédouané la police de la mort de Zineb, qu’il va falloir « revoir [leur] façon de faire », tout en attendant l’issue de l’enquête. Des propos insultants pour Zineb et ses proches, ainsi que tous ceux qui ont été mutilés pendant le mouvement des Gilets Jaunes, comme quand Macron affirme qu’il n’y a eu aucune « violence irréparable », et que « le pire a été évité par le professionnalisme des forces de l’ordre ». Un professionnalisme qui pourtant mutile, éborgne et tue, anecdotique et apparemment « réparable » pour le chef du gouvernement.

Publié le 30/08/2019

On a tous sur soi la carte du parti

Floreal (site legransoir.info)

À chacun de juger s’il a « en lui quelque chose de Tennessee », comme le chantait jadis Johnny Hallyday : ce qui est sûr en tout cas, c’est que tous les Français, y compris les anticommunistes les plus sots, portent sur eux sans s’en douter la carte du Parti communiste français !

Oh, il ne s’agit pas de celle du PCF-PGE actuel qui, sur bien des sujets (adhésion à la « construction européenne » et ralliement irréversible à l’ « eurocommunisme » obligent) tourne le dos au grand PCF ouvrier, patriote et marxiste-léniniste qui fut le fer de lance de la Résistance armée et des conquêtes de la Libération.

Il s’agit, si l’on veut, de la carte du parti communiste idéal, celui dont le mot d’ordre impérissable, qui définit même d’après Marx le « mode de répartition » propre au communisme et s’énonce ainsi : « de chacun selon les moyens, à chacun selon ses besoins ». Ce mot d’ordre est en effet celui de la Sécurité sociale à la française telle que l’institua Ambroise Croizat, député communiste du Chemin de l’honneur et secrétaire national de la CGT-Métallos. Emprisonné durant la guerre, Croizat fit partie du gouvernement de la Libération et on lui doit aussi – excusez du peu ! – les retraites par répartition, le code du travail, les comités d’entreprise et la généralisation des conventions collectives de branche. Bref, tout ce que Macron, après Sarkozy et Hollande, a entrepris de démanteler sur les injonctions convergentes de l’UE et du MEDEF (dont le n°2 sommait Sarkozy, alors tout nouveau président de la République de « démanteler le programme du CNR », ce hideux « compromis entre gaullistes et communistes » conclu à une époque où « le PCF obtenait près d’un tiers des voix », où la CGT syndiquait « cinq millions de salariés » et où l’ « Armée rouge campait à quelques centaines de kilomètres de nos frontières » : disait Denis Kessler dans l’édito de Challenges en novembre 2007 !).

Bref, le pire anticommuniste, quand il se rend à l’hôpital pour y faire soigner aux frais de la Sécu son infarctus, la malformation cardiaque de son épouse ou telle autre affection très coûteuse à traiter, profite à son insu d’une avancée d’inspiration clairement communiste. Et qui est intimement liée aux sacrifices sans égal consentis par les communistes durant la Seconde Guerre mondiale !

Cela ne signifie nullement que la Sécu représenterait on ne sait quel îlot de communisme au sein du capitalisme comme le ressassent certains théoriciens réformistes. Bien évidemment, le pouvoir politique et les moyens de production étant restés aux mains des capitalistes dans notre pays, tout est fait pour limiter, et quand c’est possible, dévoyer la noble institution de la Sécu au profit de l’industrie capitaliste du médicament. Mais l’orientation principale de la grande bourgeoisie française s’agissant de la Sécurité sociale, de la démission surprise de De Gaulle en 1946 au plan Juppé de 1995 en passant par les ordonnances sur la Sécurité sociale édictées par Pompidou en 1967, est bien d’éradiquer la Sécu à la française, comme elle est d’araser s’il est possible le statut de la fonction publique et le SMIC (institués par Maurice Thorez), d’en finir avec les retraites par répartition (au profit de la « retraite aux points » chère à Macron) et de briser le secteur public industriel que mirent en place les ministres résistants François Billoux, Charles Tillon et Marcel Paul, membres ô combien dynamiques du gouvernement de 1945 issu du CNR.

Mais cela en dit long sur l’acharnement revanchard de la grande bourgeoisie à l’encontre de la Sécu. Au-delà de l’immense manne financière que constituerait pour le capital, et notamment pour le secteur assurantiel, sa mainmise définitive sur les fonds considérables encore gérés par la Sécu ou par les caisses de retraite, il s’agit d’abattre le mauvais exemple permanent que donne aux citoyens français un mode de gestion des dépenses sociales qui est fondé sur les besoins et non sur le tout-profit. Un tout-profit que le grand patronat et son UE de malheur voudraient faire régner sans partage dans tous les secteurs. Alors, pensez-y la prochaine fois qu’un ignorant agressif tempêtera devant vous contre le communisme tout en bénéficiant au quotidien de la Sécu et des autres grandes avancées arrachées par les communistes de 1945 à 1947 !

»» https://www.initiative-communiste.fr/articles/billet-rouge-2/on-a-tous...

 

Publié le 29/08/2019

Morose anniversaire des droits de l’homme en France

(site politis.fr)

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen fête son 230e anniversaire ce 26 août, mais son esprit est en berne face à l'impératif sécuritaire et aux inégalités.

Dans la nuit du 4 août 1789, l’Assemblée nationale constituante votait la suppression des privilèges féodaux. Dans la lignée, elle décidait de graver dans le marbre les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'homme, donnant ainsi naissance à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789. Le Conseil constitutionnel a conféré à celle-ci une valeur constitutionnelle et l’utilise comme fondement juridique à ses décisions. Pourtant, l’actualité de ce texte – alors qu’il fête cette année son 230e anniversaire – est marquée par un recul croissant des libertés fondamentales, en « très mauvais état » selon les mots de Jean-Marie Delarue, président de la Commission nationale consultative des droits de l’homme.

Ces libertés sont en effet de plus en plus méprisées sous couvert d’impératif sécuritaire, mais aussi parce qu’elles sont perçues comme une entrave à l’efficacité politique, en particulier en matière migratoire. Elles ne résistent pas non plus à la montée des populismes, qui érigent régulièrement leur remise en cause en argument de campagne à des fins conservatrices (droit à l’avortement menacé aux États-Unis, possibilité pour les commerçants de refuser les clients homosexuels en Pologne…).

Mouvement liberticide

Ces dernières années, la France ne s’est pas dissociée de ce mouvement profondément liberticide en adoptant des législations donnant toujours plus de pouvoirs à l’administration (loi relative au renseignement du 24 juillet 2015, loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme du 30 octobre 2017...), en menaçant la liberté de la presse (tentative de perquisition à Mediapart, auditions de journalistes par la DGSI...), réprimant durement les mouvements sociaux à l’instar des gilets jaunes mais également les actions symboliques dont l’évacuation musclée des militants d’Extinction Rebellion le 28 juin 2019. Cette liste fait écho aux propos que Robert Badinter avait tenus lors d’une conférence sur les rapports entre la France et la Cour européenne des droits de l’homme en 2011 : « Lorsque la France se targue d’être la patrie des droits de l’homme, c’est une figure de style, a-t-il asséné, elle est la patrie de la déclaration des droits de l’homme, aller plus loin relève de la cécité historique. »

Historiquement, il importe finalement peu de rappeler que la déclaration de 1789 est aussi l’œuvre de nobles qui ont voulu protéger leurs droits, en faisant notamment de la propriété un droit inviolable et sacré et en refusant d’affirmer l’existence d’une égalité économique entre les citoyens. Car en effet le texte porte dans son ensemble et dans son esprit une vision profondément protectrice des droits qui devrait encore aujourd’hui nous inspirer dans ce qu’il nous faut conquérir. « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » (article 1), « la Loi est l'expression de la volonté générale » (article 6), « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme » (article 11)... autant de libertés qui devraient structurer tant les rapports entre les citoyens que les rapports entre ces derniers et l’État.

Pourtant, force est de constater que plusieurs mouvements non limitatifs tendent à fragiliser ces droits censés être inaliénables.

Tout d’abord, c’est un truisme que de constater que les inégalités sociales perdurent et augmentent, portant atteinte à l’égalité des droits affirmée dans la DDHC. C’est finalement la valorisation du droit de propriété qui participe à cloisonner les rapports sociaux, tant le patrimoine est vecteur d’inégalités.

Répression sans précédent des gilets jaunes

Le rapport à la chose politique ne suffit pas à contrarier ce cloisonnement car, malgré les évolutions technologiques, la loi est l’expression d’une minorité davantage animée par des considérations politiques que par le contrat qui devrait la lier à ses électeurs.

Cette impuissance se manifeste notamment en matière fiscale puisque si l’impôt devrait être également reparti entre les citoyens en raison de leurs facultés (article 13 de la DDHC), l’Observatoire des inégalités constate que « 1% des Français les plus riches accapare 5,8 % du revenu national » et que « les personnes qui appartiennent au 1 % le plus aisé reçoivent au moins 7 000 euros par mois, même après avoir acquitté leurs impôts ».

Ensuite, l’État peine à supporter la remise en cause. La répression sans précédent des gilets jaunes témoigne d’un recours à la force publique tendant à protéger des intérêts avant tout étatiques face à une population qui ne se sent pas représentée. L’audition de journalistes enquêtant sur la vente d’armes à l’Arabie saoudite par la DGSI, au mépris du secret des sources, est symptomatique d’un État qui protège là encore ses propres intérêts.

Gageons que ce recours à la force publique ne faiblira pas car l’ère du numérique favorise la transparence, l’accès à l’information et l’expression du plus grand nombre. Le pouvoir en est, de fait, menacé. Par ailleurs, l’urgence climatique entre en contradiction avec le schéma défendu par l’État, obnubilé par l’intérêt économique. C’est donc aussi un projet de vie qui est questionné.

Les 230 années qui nous séparent du vote de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen n’ont pas suffi à en affaiblir l’actualité. Ces droits sont des outils pensés pour tendre vers une amélioration du fonctionnement démocratique et le développement du « bonheur de tous ». Ne l’oublions pas.


 

par Vincent Brengarth

 

Publié le 28/08/2019

Le drapeau noir flotte sur Biarritz

(site humanite.fr)

Ville au passé prolétarien, voilà ce dernier aujourd’hui mis à rude épreuve. Le grand Hôtel appelé aussi Hôtel du Beau (ou du « palet », au choix), relève du casse-tête. Très à l’écart du centre ville, en plein maquis, l’hôtel a donné beaucoup de mal à ses défenseurs : il a fallu mobiliser 12 500 bénévoles pour le sécuriser, dans un climat serein et détendu. Heureusement qu’il faut moins de volontaires pour sécuriser les Urgences dans les hôpitaux !

La grande figure d’Eugénie de Montréjeau, Eugénie Larouge, a été voilée pour le week-end. Les statues des révolutionnaires biarrots du passé ont été déboulonnées. Le chocolatier et ses confrères dénoncent cet état de siège et le couvre-feu associé. A Biarritz, Monsieur !!

Les journaux locaux et régionaux, « La République de Pyrène » et « A l’Ouest », annoncent déjà les premiers revers : défilés franco-espagnols... J’ai lu trop vite, il s’agissait d’un défilé anti-ours.

Et la presse locale d’expliquer : après l’échec du précédent G7, Macron veut redonner une légitimité au Club décrié des démocraties « les plus riches ». Le programme est ex-cep-tion-nel : on annonce une succession de sessions de travail, de repas et de rencontres. « La République de Pyrène » titre : « Des milliers de festayres pour l’ouverture du sommet ». Elle appelle à l’austérité et aux économies de champagne : « Gare aux bouchons ! » Elle consacre deux pages à la première manifestation : 1 500 personnes pour dénoncer la présence de « grands prédateurs ». Le lecteur comprend qu’elle fait référence au président Trump.

Plus sérieusement, les maîtres du monde, les affameurs de peuples, les saccageurs de planète, les semeurs de ruines et d’inégalités, de crises en tous genres, s’entêtent à en redemander, toujours plus. Ils tentent de sauver un vieux monde dégoulinant de boue, de sang, de malheurs. Dans ce marécage, le petit requin Macron pense redorer son blason. Le jeune Jupiter étale son cynisme condescendant. Il voudrait nous faire croire, lui, l’incubateur d’inégalités, que ce G7 des plus riches et des multinationales résoudra les inégalités, alors que leur système a indéfectiblement besoin d’être toujours plus inégalitaire. En tauromachie, on appelle cela une mauvaise corrida, une « charlotade ».

Qu’ils se foutent de nous, passe. Mais ayons au moins la dignité de crier : « Leur monde n’est pas le nôtre ! »

Publié le 27/08/2019

"Femmes précaires, femmes en guerre"

Les femmes Gilets jaunes appellent à manifester le 8 septembre

(site revolutionpermanente.fr)

Contre la politique de Marlène Schiappa, les femmes Gilets jaunes appellent à manifester le 8 septembre à Paris afin de dénoncer les violences masculines et la précarité dont les femmes sont victimes dans tous les domaines. Le collectif Du Pain et Des Roses - Révolution Permanente est signataire de cet appel.

Appel à toutes les femmes gilets jaunes, à toutes les femmes précarisées, à toutes les associations de terrain, et à toutes celles qui les soutiennent

 Le 3 SEPTEMBRE a lieu un « GRENELLE » organisé par Schiappablabla.
 Nous serons là aussi, avec des ACTIONS dans toutes les régions de France, devant les CAF et les commissariats.
 LE DIMANCHE 8 SEPTEMBRE, nous manifesterons toutes ensembles À PARIS pour demander la démission de la « Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations ».

NOUS VOULONS DES ACTES, DES MOYENS, ET DES BUDGETS, PAS DU BLABLA. Le bilan est lourd pour ce gouvernement et pour Mme Schiappa. Ce que nous dénonçons et réclamons :

VIOLENCES MASCULINES CONTRE LES FEMMES

94 (au 22/08) femmes sont décédées sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint.
Concernant les commissariats, comment pourrions-nous aller porter plainte contre des violences quand on sait que cette même police gaze frappe mutile et tue !
Nous condamnons le silence de Mme Schiappa quant à la mort de Zineb Redouane, tuée par la police, ainsi que les nombreuses blessures de guerre subies par les femmes gilets jaunes et/ou précarisées, à Paris, dans les banlieues, et partout dans le pays depuis 11 mois.
Nous dénonçons les humiliations et les palpations abusives multiples dont nombreuses d’entre-nous ont été victimes lors des fouilles des femmes gilets jaunes.
Contre la pédophilie, nous demandons l’imprescriptibilité des crimes sexuels.

LOGEMENTS

Des femmes et des enfants dorment dehors. Les femmes subissent des viols dans la rue. Réquisition urgente des logements vides pour elles et leurs enfants : application de la loi de réquisition, le texte existe, il doit être appliqué !
Des places d’hébergement ont été fermées, des centaines, qui étaient dédiées exclusivement aux femmes victimes de violences, par exemple au Palais de la Femme - Armée du Salut, à Paris.

PRÉCARITÉ, CHÔMAGE...

Un nouveau mode de prise en compte des revenus du conjoint a été annoncé pour le calcul de l’AAH. C’est un scandale qui condamne les femmes handicapées à être dépendante financièrement de leur conjoint. Nous ne pouvons l’accepter.
Nous demandons encore et toujours la suppression de la TVA pour les produits de première nécessité.
Des conditions de travail et des salaires qui permettent de vivre dignement (se loger, manger, s’habiller, se soigner, éduquer, se cultiver, partir en vacances, etc.)
Revalorisation des métiers encore très féminisés, infirmières, aides-soignantes, services d’aide à domicile, à la personne, etc.
Les mères célibataires ont toujours autant de difficultés et votre mesure concernant la CAF existait déjà. Arrêtez les coups de com’ et faites votre travail, faites appliquer les lois qui existent déjà.
Les femmes retraitées sont de plus en plus précaires, il est insoutenable de voir nos anciennes faire les poubelles pour se nourrir.
Et les chômeuses ? Elles perdront les droits aux Assedic et se retrouveront au RSA. C’est ça l’indépendance financière des femmes selon Mme Schiappa ?

SANTÉ

Liberté égalité proximité : des maternités ont été fermées, comme la Maternité de Bernay, la maternité du Blanc et d’autres.
La PMA était prévue pour janvier, ça suffit de reporter vos promesses. Nous allons veiller à ce que cette mesure de justice sociale soit bien mise en place pour toutes les femmes, sans discriminations sociales et/ou raciales.
Les budgets dédiés au planning familial ont baissé. Cette association fait pourtant ses preuves chaque jour pour aider les femmes.

Nous sommes très présentes depuis le début du mouvement, sur les ronds-points, les blocages, aux assemblées et aux rassemblements. Et quand les Femmes se mobilisent pour leur dignité, ce sont des lionnes, elles n’abandonnent jamais sachez-le ..... (!!!) Nous voulons pouvoir accéder à nos droits et en obtenir davantage. Nous sommes en première ligne de la précarisation et nous ne laisserons pas le gouvernement Macron laminer nos corps, nos droits et nos mouvements sociaux.

« Simple, forte, aimant l’art et l’idéal, brave et libre aussi, la Femme de demain ne voudra ni dominer, ni être dominée. » Louise Michel

« Les féministes, celles qui se battent pour leurs droits, et qui éprouvent la lutte dans leurs chairs, c’est nous, pas Schiappa ! » Femmes Gilets Jaunes

« Tant que les femmes ne s’en mêlent pas, il n’y a pas de véritable révolution. » Honoré de Mirabeau

Premières signataires et coorganisatrices de cet Appel :

Femmes Gilets Jaunes / Syndicat Sud CT Mairie de Saint-Denis/ Collectif Femmes Gilets Jaunes 38 - Féministes et Gilets Jaunes/ Vieilles et pas sages / Le Tour des femmes / Le Comité de Soutien des Femmes du Palais / Collectif Gilets Jaunes du Cannet des Maures / Kurdistan au Féminin / Le Collectif Féministes Antifascistes / Féminicides par compagnons ou ex./ Des militantes de : la Maison des femmes de Paris, de SOS Maman, de l’association Femmes Sourdes Citoyennes et Solidaires / Du Pain et Des Roses - Révolution Permanente

Pour participer et suivre l’évènement
Pour proposer ou demander un covoiturage
Pour proposer ou demander un hébergement à Paris et Ile-de-France

 

"Femmes précaires, femmes en guerre"

Les femmes Gilets jaunes appellent à manifester le 8 septembre

(site revolutionpermanente.fr)

Contre la politique de Marlène Schiappa, les femmes Gilets jaunes appellent à manifester le 8 septembre à Paris afin de dénoncer les violences masculines et la précarité dont les femmes sont victimes dans tous les domaines. Le collectif Du Pain et Des Roses - Révolution Permanente est signataire de cet appel.

Appel à toutes les femmes gilets jaunes, à toutes les femmes précarisées, à toutes les associations de terrain, et à toutes celles qui les soutiennent

 Le 3 SEPTEMBRE a lieu un « GRENELLE » organisé par Schiappablabla.
 Nous serons là aussi, avec des ACTIONS dans toutes les régions de France, devant les CAF et les commissariats.
 LE DIMANCHE 8 SEPTEMBRE, nous manifesterons toutes ensembles À PARIS pour demander la démission de la « Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations ».

NOUS VOULONS DES ACTES, DES MOYENS, ET DES BUDGETS, PAS DU BLABLA. Le bilan est lourd pour ce gouvernement et pour Mme Schiappa. Ce que nous dénonçons et réclamons :

VIOLENCES MASCULINES CONTRE LES FEMMES

94 (au 22/08) femmes sont décédées sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint.
Concernant les commissariats, comment pourrions-nous aller porter plainte contre des violences quand on sait que cette même police gaze frappe mutile et tue !
Nous condamnons le silence de Mme Schiappa quant à la mort de Zineb Redouane, tuée par la police, ainsi que les nombreuses blessures de guerre subies par les femmes gilets jaunes et/ou précarisées, à Paris, dans les banlieues, et partout dans le pays depuis 11 mois.
Nous dénonçons les humiliations et les palpations abusives multiples dont nombreuses d’entre-nous ont été victimes lors des fouilles des femmes gilets jaunes.
Contre la pédophilie, nous demandons l’imprescriptibilité des crimes sexuels.

LOGEMENTS

Des femmes et des enfants dorment dehors. Les femmes subissent des viols dans la rue. Réquisition urgente des logements vides pour elles et leurs enfants : application de la loi de réquisition, le texte existe, il doit être appliqué !
Des places d’hébergement ont été fermées, des centaines, qui étaient dédiées exclusivement aux femmes victimes de violences, par exemple au Palais de la Femme - Armée du Salut, à Paris.

PRÉCARITÉ, CHÔMAGE...

Un nouveau mode de prise en compte des revenus du conjoint a été annoncé pour le calcul de l’AAH. C’est un scandale qui condamne les femmes handicapées à être dépendante financièrement de leur conjoint. Nous ne pouvons l’accepter.
Nous demandons encore et toujours la suppression de la TVA pour les produits de première nécessité.
Des conditions de travail et des salaires qui permettent de vivre dignement (se loger, manger, s’habiller, se soigner, éduquer, se cultiver, partir en vacances, etc.)
Revalorisation des métiers encore très féminisés, infirmières, aides-soignantes, services d’aide à domicile, à la personne, etc.
Les mères célibataires ont toujours autant de difficultés et votre mesure concernant la CAF existait déjà. Arrêtez les coups de com’ et faites votre travail, faites appliquer les lois qui existent déjà.
Les femmes retraitées sont de plus en plus précaires, il est insoutenable de voir nos anciennes faire les poubelles pour se nourrir.
Et les chômeuses ? Elles perdront les droits aux Assedic et se retrouveront au RSA. C’est ça l’indépendance financière des femmes selon Mme Schiappa ?

SANTÉ

Liberté égalité proximité : des maternités ont été fermées, comme la Maternité de Bernay, la maternité du Blanc et d’autres.
La PMA était prévue pour janvier, ça suffit de reporter vos promesses. Nous allons veiller à ce que cette mesure de justice sociale soit bien mise en place pour toutes les femmes, sans discriminations sociales et/ou raciales.
Les budgets dédiés au planning familial ont baissé. Cette association fait pourtant ses preuves chaque jour pour aider les femmes.

Nous sommes très présentes depuis le début du mouvement, sur les ronds-points, les blocages, aux assemblées et aux rassemblements. Et quand les Femmes se mobilisent pour leur dignité, ce sont des lionnes, elles n’abandonnent jamais sachez-le ..... (!!!) Nous voulons pouvoir accéder à nos droits et en obtenir davantage. Nous sommes en première ligne de la précarisation et nous ne laisserons pas le gouvernement Macron laminer nos corps, nos droits et nos mouvements sociaux.

« Simple, forte, aimant l’art et l’idéal, brave et libre aussi, la Femme de demain ne voudra ni dominer, ni être dominée. » Louise Michel

« Les féministes, celles qui se battent pour leurs droits, et qui éprouvent la lutte dans leurs chairs, c’est nous, pas Schiappa ! » Femmes Gilets Jaunes

« Tant que les femmes ne s’en mêlent pas, il n’y a pas de véritable révolution. » Honoré de Mirabeau

Premières signataires et coorganisatrices de cet Appel :

Femmes Gilets Jaunes / Syndicat Sud CT Mairie de Saint-Denis/ Collectif Femmes Gilets Jaunes 38 - Féministes et Gilets Jaunes/ Vieilles et pas sages / Le Tour des femmes / Le Comité de Soutien des Femmes du Palais / Collectif Gilets Jaunes du Cannet des Maures / Kurdistan au Féminin / Le Collectif Féministes Antifascistes / Féminicides par compagnons ou ex./ Des militantes de : la Maison des femmes de Paris, de SOS Maman, de l’association Femmes Sourdes Citoyennes et Solidaires / Du Pain et Des Roses - Révolution Permanente

Pour participer et suivre l’évènement
Pour proposer ou demander un covoiturage
Pour proposer ou demander un hébergement à Paris et Ile-de-France

 

Publié le 26/08/2019

La répression ne nous fera pas taire, la lutte continue !

 

 

Nos co-maires, élus avec 63% des voix à Diyarbakır, 56% à Mardin et 53% à Van, ont été, du jour au lendemain, démis de leur mandat sur décision du ministère de l'intérieur, une décision fondée sur des accusations mensongères.

 

La vague d’arrestations illégales visant les conseillers municipaux de nos mairies se poursuit. Il s’agit clairement d’un nouveau coup d’Etat contre la démocratie. C’est un acte ouvertement hostile visant la volonté politique du peuple kurde.

 

En prenant de telles décisions, le ministère de l'intérieur viole les droits et libertés et prive l’espace politique de toute démocratie.

 

Pendant la période des kayyım -administrateurs désignés par l’Etat pour remplacer les Maires destitués en 2016- les ressources de toutes les municipalités saisies ont été gaspillées. Comme l'ont révélé des rapports de la Cour suprême des comptes publics, le ministère de l'Intérieur et le gouvernement sont devenus un centre de corruption et de détournement de fonds.

 

Ce gouvernement et son ministère de l'Intérieur n'ont pas supporté les révélations de corruption et d’irrégularités commises à grande échelle par les kayyim.

 

Ce gouvernement n’a plus aucune légitimité démocratique. Les pratiques consistant à usurper la volonté du peuple et extorquer par la fraude et la contrainte étatique ce qui a été perdu dans les urnes, font partie de l’ordinaire de l’alliance AKP-MHP.

 

Notre peuple n'acceptera jamais de telles pratiques. Comme par le passé, il revendiquera et défendra sa volonté, ses représentants élus, ainsi que son parti.

 

Contre ce gouvernement qui usurpe la volonté du peuple et rejette les résultats des urnes, nous appelons à la solidarité de toutes les forces démocratiques, de tous les citoyens doués de conscience, des partis d'opposition, des organisations de la société civile, des syndicats et associations professionnelles.

 

Nous avons incontestablement le droit, conformément à la constitution et aux normes universelles, de lutter contre ce gouvernement par toutes les moyens légitimes et démocratiques. Nous ne pourrons atteindre la démocratie que par la lutte commune et déterminée de toutes les forces démocratiques.

 

Nous lançons ici un appel à toutes celles et tous ceux qui ont voté pour la démocratie et contre l’alliance AKP-MHP aux élections du 31 mars et du 23 juin en Turquie. Ceci n’est pas seulement le problème du HDP et du peuple kurde ; c’est un problème qui concerne tous les peuples ainsi que toutes les forces démocratiques de Turquie.

 

Plusieurs manifestations sont prévues à Montpellier pour dénoncer ces atteintes à la démocratie :

 

- Mercredi 28 Août à 18h30 au Peyrou

 

En espérant vous y voir nombreu.x.ses !

 

Le Centre Démocratique Kurde de Montpellier

 

Publié le 25/08/2019

 

LES BLOGS ( site huffingtonpost.fr)

 

Emmanuel Macron ne gouverne pas les Français, il les soumet

L’autre pour Emmanuel Macron n’est qu’un autre lui-même. Il veut les Français à son image, à l’image des clones qui l’entourent et l’adorent.

  • Roland Gori Psychanalyste, professeur émérite de Psychopathologie clinique à l'Université d'Aix-Marseille

Que l’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, il est bien un héros de notre temps, “personnalité sociale” de cette nouvelle élite qui a rompu le pacte de solidarité républicain. Emmanuel Macron s’avance en conquérant pour qui ne compte que la performance, la réussite.  

Il descend dans l’arène de l’opinion publique témoigner de ses convictions, élans de ses conquêtes, causes de ses succès. C’est ainsi disait Freud que s’avance le conquérant porté par un narcissisme maternel qui fait que rien ne lui résiste:  “quand on a été le favori incontesté de la mère, on en garde pour la vie ce sentiment conquérant, cette assurance du succès, dont il n’est pas rare qu’elle entraîne effectivement après soi le succès.”

La passion maternelle pour son enfant idéalisé induit une confiance à toute épreuve chez celui qui en reçoit le privilège.

Cette formule freudienne, on la croirait taillée sur mesure pour notre Président. La passion maternelle pour son enfant idéalisé induit une confiance à toute épreuve chez celui qui en reçoit le privilège. Elle lui donne une force et une confiance inébranlables qui facilitent ses conquêtes, et fait qu’il ne peut que s’aimer davantage. C’est ce narcissisme qui confère au conquérant un pouvoir de séduction incontestable. Le conquérant fascine comme fascinent les grands fauves ou les people. La fascination n’est pas du même registre que l’amour ou le dialogue fraternel. Bien au contraire, le conquérant rêve debout, enveloppé dans son repli narcissique, sans contestation possible. À chaque objection de ses interlocuteurs, Emmanuel Macron aime répliquer: “Non! Je vais vous expliquer”. Il y croit et feint de croire qu’on va le croire. L’autre pour Emmanuel Macron n’est qu’un autre lui-même, un Macron qui s’ignore et dont il faut, tel Socrate, savoir l’accoucher.

On lui reproche un manque d’empathie. Le diagnostic est à la fois cruel et juste. À condition de préciser que l’empathie est identification à l’autre, qu’elle suppose une capacité authentique d’en adopter le point de vue. Il faut pour cela non consommer l’effusion sentimentale, la fusion affective, la ferveur des émotions, mais se déplacer là où se trouve l’autre tout en restant soi-même. Il n’est pas sûr que notre monarque y parvienne. C’est pourquoi lorsqu’il dit qu’il est lui aussi “un gilet jaune”, nous pourrions craindre que des cris de détresse et de colère il n’entende que l’écho de son propre message dont le Grand Débat fut, à plus d’un titre, la caisse de résonance. Au fond, il se révèle comme l’enfant émerveillé par le château de sable qu’il construit avec le matériau de la France. Il veut les Français à son image, il les façonne de son parcours, les maçonne de ses illusions, les étourdit de ses imprécations.

Il se révèle comme l’enfant émerveillé par le château de sable qu’il construit avec le matériau de la France. Il veut les Français à son image, il les façonne de son parcours, les maçonne de ses illusions, les étourdit de ses imprécations.

Cet homme croit à la fable des abeilles besogneuses dont il convient d’écarter les frelons, tous ces fainéants qui “coûtent un pognon de dingue”, qui “ne sont rien parce qu’ils ne font rien”. Il croit au destin d’un Etat entrepreneurial et d’une Nation start-up. Il croit à ce qu’il dit, il croit à ce qu’il fait, avec l’acharnement de l’évangéliste, avec l’audace de l’aventurier, avec le courage du centurion, il construit avec le sable français les châteaux de son Empire. Emmanuel Macron n’a pas fait don de sa personne à la France, il lui a fait don de sa croyance, “délire sectorisé”, nouveau corps mystique du pouvoir. Il nous veut tous à l’image de la “bande” de clones qui l’entoure et l’adore dans l’effusion des religions saint-simoniennes. Plus que de Jupiter, c’est de Pygmalion qu’il suit l’exemple. Il burine la France et le peuple français pour sculpter sa statue. Il l’aime cette statue, c’est son œuvre, sa création, le fruit de ses croyances. Aucun frelon, jaune, rouge ou vert, ne saurait le détourner de sa doxa. Il est “entrepreneur” de sa politique comme il souhaite que chacun le devienne de son existence.

Mais ce conquérant est aussi le héros nihiliste de la tragédie de notre époque, celle qui fait de la conquête le moyen d’assouvir le “caractère destructeur” du capitalisme globalisé. Ce capitalisme, qui fait de la destruction la nouvelle source de profit, détruit aussi celui qui se place à son service. Ce caractère destructeur, il convient de le comprendre au sens du philosophe Walter Benjamin[1] qui en dresse le portrait: “Le caractère destructeur ne connaît qu’un seul mot d’ordre: faire de la place; qu’une seule activité: déblayer. Son besoin d’air frais et d’espace libre est plus fort que toute haine.” Les débris humains, peuples et gouvernants, et écologiques qui en résultent sont recyclés pour de nouveaux profits.

Il croit à ce qu’il dit, il croit à ce qu’il fait, avec l’acharnement de l’évangéliste, avec l’audace de l’aventurier, avec le courage du centurion, il construit avec le sable français les châteaux de son Empire.

À distance de toute attaque ad hominem c’est ainsi, je crois, qu’il convient de comprendre le destin des conquérants actuels dont Emmanuel Macron est l’exemple. Leur destin, comme celui des peuples qu’ils soumettent plus qu’ils ne les gouvernent, procède de ce même principe destructeur. Les gouvernants ne cherchent pas à être compris ou aimés de leurs peuples, tout juste consentent-ils à les faire témoins de leur efficacité. Ils savent que plus rien dans l’environnement d’aujourd’hui n’est durable, et qu’ils doivent en conséquence devancer la nature pour ne pas en subir le rythme, la simplifier pour mieux la liquider et la transformer en profits.

C’est bien pourquoi leur politique ne saurait être écologique ou humaniste. Détruire efface les traces du temps et de l’histoire. Brecht l’avait annoncé: la modernité efface les traces, elle est sans mémoire, mais non sans commémorations. La langue même est affectée par ce caractère destructeur, elle ne révèle plus, elle n’autorise plus que la communication, et trouve dans le numérique le moyen fabuleux de son déclin. Ce caractère destructeur ne relève pas de la psychologie mais procède ici de l’économie politique, de la culture, de nos sociétés. C’est ainsi qu’il faut comprendre les violences que nous avons connues ces derniers temps, moins comme des accidents de parcours que comme des symptômes durables de cette nouvelle pathologie de masse produite par le “caractère destructeur” d’un capitalisme métamorphosé dont les fascismes du siècle passé n’étaient que les archétypes.  

Publié le 24/08/2019

 [#Europeouvretesports] Lettre ouverte au président Macron

 

La Marseillaise s'engage: la France et l'Europe doivent accueillir les migrants secourus en Méditerranée! 

Vous pouvez signer la lettre ouverte au président Emmanuel Macron en cliquant ci-dessous.

 

 


Monsieur le Président, 

 

Citoyens de Marseille, de Provence, d’Occitanie et du grand Sud, vivant sur les rives de la Méditerranée, particulièrement sensibles au sort réservé aux milliers de migrants qui fuient la misère et la guerre sur des embarcations de fortune, nous vous adjurons, au nom de notre histoire, de nos valeurs, de venir en aide à ces femmes, ces hommes et leurs enfants qui mettent leur vie en péril pour retrouver sécurité et dignité. 

L’image effroyable du petit Aylan Kurdi, 3 ans, gisant sur une plage, reste à jamais gravée dans nos mémoires. Chaque année, des milliers d’êtres disparaissent, faisant de notre mer Méditerranée le plus grand cimetière du monde. Chaque jour ce drame se prolonge. 
C’est une abomination. Nous sommes meurtris. Nous avons honte et nous sommes en colère. 
Sauf à entériner un recul de civilisation inouï, aucun raisonnement économique ou politique ne peut justifier de laisser mourir nos semblables. 
Monsieur le Président, nous espérons de vous une réaction forte au nom des valeurs de notre pays, patrie des Droits de l’Homme, que vous représentez sur la scène internationale. Nous vous demandons de tout mettre en œuvre pour que cesse cette tragédie. 
Nous vous encourageons à prendre fermement position contre la délégation par l’Europe à la Libye, pays en proie à une guerre civile, de la gestion et de la coordination des secours comme il en a été décidé fin juin 2018. 
Nous vous proposons d’accueillir les migrants à bord de bateaux de sauvetage comme l’Océan Viking, qui errent parfois pendant des jours en mer avant de pouvoir accoster, d’ouvrir nos ports et de montrer l’exemple aux autres pays d’Europe. 
Nous connaissons l’enjeu idéologique autour de ces questions et leur instrumentalisation par les nationalistes et l’extrême droite. Nous constatons même qu’une partie du peuple français, objet de campagnes insidieuses et se sentant abandonné et déclassé, veut fermer les yeux sur ce drame humain à grande échelle. 
Mais parce qu’ils peuvent devenir le prélude à de grandes catastrophes, ces faits appellent à un sursaut humaniste et républicain. Il y va de notre avenir et de celui de l’Humanité tout entière. 
À la place qui est la vôtre et grâce à l’influence que représente la France en Europe, vous pouvez modifier positivement le cours de ces événements tragiques. L’Histoire vous en saura gré et l’honneur de notre peuple et celui de l’Europe en sortiront saufs et grandis. 
Notre journal, La Marseillaise, publiera votre réponse dès sa réception. 
Monsieur le Président, dans l’attente et dans l’espoir que vous entendrez cet appel et que vous y serez sensible, nous vous prions de croire en l’expression de nos sentiments républicains et d’agréer nos respectueuses salutations.

Publié le 23/08/2019

Raymond Aubrac, oublié des cérémonies de commémoration de la Libération de Marseille

Le grand Raymond Aubrac a été oublié des cérémonies de commémoration 2019 de la libération de Marseille. Pourtant, il était le Préfet-Commissaire de la République de la Ville, comme il le raconte dans son livre Où la mémoire s’attarde, aux éditions Odile Jacob (1996).

Voilà ce qu'écrit Aubrac dans son livre de souvenirs : "le Général de Gaulle me reçut le 7 août 1944 à la Villa des glycines. Pas un mot sur notre précédent tête à tête (rugueux). Il n' a pas été facile me dit-il de désigner un Commissaire de la république (préfet) pour Marseille. Avec l'accord de la Résistance, le choix s'est finalement porté sur vous" (sic).

Bonjour la réécriture fallacieuse de l'Histoire ! Bonjour la disparition méthodique, froide et concertée de la mémoire communiste !

Un torchon de livre "Lyon 1943", rédigé par un certain Chauvy, historien régionaliste amateur, auteur de seulement deux ouvrages raconte que Aubrac a "donné" Jean Moulin : naturellement, il s'agit d'un fake grossier. Non, ce n'est pas Aubrac qui a "donné" Moulin mais Hardy et la DST de l'époque comme l'explique Délétraz, femme agent de la DST à Mireille Albrecht, enquêtant sur ceux qui ont "donné" sa mère à la Gestpo : Berty Albrecht  fut victime elle aussi d'un coup de la DST. C'est ce qu'explique longuement Mireille Albrecht dans son livre souvenir sur sa mère intitulé "Berty" aux éditions Robert Laffont, collection vécu, 1986 :

1°)- Ele raconte comment des amis lui portèrent "France Soir" de mai 1950, à l'occasion du second procès Hardy, dont le titre en gros caractère était : "Mme DELETRAZ avoue qu'elle a livré la grande patriote Bertie Albrecht à la Gestapo" (sic).

2°)- Deletraz raconte comment elle est arrêtée en avril 1943 par la Gestapo. Voilà ce qu'écrit Mireille : "Dans les bureaux de la Gestappo, elle (Délétraz) rencontre à plusieurs reprises Multon, Mogue et HARDY, qui lui est ainsi présenté par Barbie :

- Voilà Madame un français qui a compris" (sic). Hardy fait donc partie des coupables.

Après un long interrogatoire avec Barbie, Elle prévient son chef, le commandant Broussard de la DST, qui lui dit de ne pas changer ses habitudes. Du coup, elle sert de souricière pour faire arrêter Bertie Albrecht. La deuxième fois, Barbie l'utilise pour faire arrêter Jean Moulin à Calluire. Elle était sensée donner du "menu fretin"(sic) : elle et son chef Broussard "donnèrent" Jean Moulin et Berty Albrecht... !

C'est donc la DST (DELETRAZ +GROUSSARD) + HARDY qui ont "donné" Moulin. La DST ne fut jamais inquiétée à la Libération.

On vit donc une inversion totale des valeurs : le Bien, les vrais héros comme Aubrac, sont portés au tribunal de l'Histoire par des gagne-petits menteurs comme Macron, incapable de se battre à la loyale. Le Bien est sensé être mieux que le Mal, alors qu'il participe d'une longue tradition humaniste remontant à Montaigne, structurant la vie de la société française. A présent, c'est le Mal et le Mensonge décomplexés, qui règnent en maitres absolus sur la planète. Une fois de plus je partage l'analyse d'Alain Benajam et de Chris Hedges, ex journaliste au New York Times.

PS : ARJUNA, lecteur de Médiapart, écrit : "Raymond Aubrac est le commissaire de la République qui va légaliser à Marseille les réquisitions d'entreprise sous gestion ouvrière. C'est aussi lui qui refusera le mythe mensonger de la police patriote et remplacera une police largement collaborationniste par les milices constituées en Forces républicaines de sécurité. Un bilan largement suffisant pour essayer de l'effacer de l'histoire".

Publié le 15/08/2019

#JusticePourSteve : 148 témoignages accablants pour la police

Le JDD a publié dimanche 148 témoignages recueillis par Média’Sons. Les participants à la soirée décrivent une police ultra-violente, refusant d’aider les personnes tombées dans l’eau et provoquant sciemment les fêtards en usant de flashballs, de grenades et même de tasers.

Pablo Morao (site revolution permanente.fr)

Le JDD s’est procuré 148 témoignages recueillis par l’association Media’Son afin d’éclairer les événements de cette soirée de Fête de la Musique Quai Wilson. Au lendemain d’une marche blanche à la mémoire du jeune homme à Nantes et alors que plusieurs enquêtes sont encore en cours, ceux-ci soulignent la brutalité des violences policières qui se sont abattus sur les fêtards ce soir-là.

De nombreux témoignages rapportent ainsi le caractère soudain du déferlement de gaz lacrymogènes et de grenades et la peur face à cette irruption de la violence policière. « J’ai eu deux peurs. Tomber par terre et arriver esquinté aux 60 ans de ma mère ; ou tomber dans la Loire et me noyer. » note ainsi un trentenaire interrogé par le JDD. Un témoin écrit quant à lui : « C’est encore douloureux dans mon esprit, j’ai vu des attaques violentes et gratuites dans ma vie, mais celle-ci était parfaitement infondée. »

Alors que des premières personnes tombent dans l’eau dans la panique générale causée par l’intervention policière, d’autres témoins rapportent avoir tenté d’alerter les CRS qui ont refusé de les écouter. « Cassez-vous ou on vous embarque ! » a ainsi rétorqué un CRS à l’un des participants venus alerter et demander du secours. Même récit de la part d’autres témoins des chutes dans la Loire, qui se sont quant à eux entendus répondre : « C’est pas notre boulot, c’est celui des pompiers. »

Outre la peur et le refus policier de porter secours, d’autres témoignages corroborent l’importance des violences physiques subies. Coups de matraques, grenades de dés-encerclement. Un fêtard raconte même avoir reçu « un coup de Taser dans le dos » de la part d’un policier cherchant visiblement la confrontation. Un autre explique : « un CRS m’a mis un coup de matraque sur le dessus du crâne, je suis tombé par terre et ai reçu plusieurs coups ».

Publié uniquement par bribes, ces 148 témoignages vont dans le sens des témoignages précédents ainsi que des vidéos de la soirée déjà publiés. Ils surviennent alors que 4 enquêtes sont encore en cours : une enquête contre X pour « homicide involontaire », une enquête de l’IGPN suite à la plainte de plus de 89 fêtards, une enquête liée à la plainte de policiers (!) concernant des jets de projectiles le soir du drame, ainsi qu’une enquête du défenseur des droits.

Il y a quelques semaines, les conclusions de la première enquête de l’IGPN qui avaient conclu à l’absence de lien entre la mort de Steve et l’intervention policière avaient indigné largement. Interrogé sur l’avancement des enquêtes, Laurent Nunez est revenu sur la première enquête de l’IGPN : « Vous dites que il n’y a pas de faute de la police… non, ce que dit le rapport c’est qu’il n’y a pas de lien entre la disparition de Steve et l’action de la police à ce stade… je dis bien à ce stade. » avant d’ajouter à propos des 148 témoignages : « Les témoignages dont vous avez parlé je ne doute pas une seconde qu’ils seront versés au dossier judicaire. »

L’histoire récente des affaires de violences policières laisse malgré tout sceptiques tous ceux qui réclament Justice Pour Steve quant à la possibilité d’obtenir justice de la part d’institutions qui ne condamnent jamais les responsables de ces drames. Dans ce cadre la mobilisation devra se poursuivre à la rentrée dans la rue pour espérer obtenir justice, pour Steve mais aussi pour Zineb Redouane, Adama Traoré et toutes les victimes des violences des forces de répression.

Publié le 14/08/2019

Montpellier : tentative de suicide après un rejet de demande d’asile

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Le drame survenu mercredi en présence des enfants de la malheureuse illustre l’effet destructeur des procédures opposées aux demandeurs d’asile

Mercredi 31 juillet, Madame S. S., Guinéenne, reçoit de l’OFPRA (Office français pour la protection des réfugiés et apatrides) les décisions concernant ses demandes d’asile en faveur de ses deux fillettes. Toutes deux sont rejetées. L’une des petites, née en France, aura un an ce 15 août. L’autre, née en Guinée, fête ses six ans. 

Alors que son compagnon – et père de la plus jeune enfant – est sorti effectuer des démarches, Madame S. S. tente de se jeter dans le vide depuis la fenêtre de l’appartement qu’occupe la famille, à un cinquième étage, dans le quartier de la gare à Montpellier. Mais les menaces de l’enfant de six ans, de l’accompagner dans son geste fatal, la retiennent. Elle se saisit alors d’un couteau, et entreprend de se tailler les veines – ce que l’enfant serait alors incapable de reproduire sur elle-même.

Quand revient le père, la maman baigne dans son sang dans le hall de l’appartement, avant qu’elle soit évacuée par le SAMU vers l’hôpital où elle sera prise en charge. Des accompagnants français de ce couple, authentifient le récit qui en est fait au Poing, dans la journée du lundi 5 août. D., frère de Mme S. S. a demandé cet entretien, convaincu qu’ « il faut alerter les gens sur la façon dont les procédures administratives de la demande d’asile peuvent finir par détruire des gens, qui sont poussés à bout ».

Mme S. S. et son compagnon, A-A M’B, lui camerounais, sont arrivés en France voici un an et demi, après un périple de plus de deux ans via la mer, et des attentes au Maroc et en Espagne. Mme S. S. argue des risques de graves démêlées avec sa famille, et notamment d’excision sur ses filles, en cas de renvoi en Guinée. Elle-même présente un certificat dresssé au CHU de Montpellier, faisait état d’excision sur sa propre personne (cela en appui de sa propre demande personnelle d’asile, déjà rejetée).

Concernant les fillettes, l’OFPRA justifie sa décision par le fait que la plus jeune, récemment issue du couple formé avec A-A M’B bénéficie de la double nationalité guinéenne et camerounaise (celle de son père), alors que le Cameroun ne présente pas de risque particulier. Il est à noter qu’en cas de séparation et retour forcés, rien n’indique que les enfants ne suivent pas plutôt leur mère vers la Guiné, au lieu du Cameroun paternel.

Quant à la plus âgée, issue d’une liaison précédente, l’OFPRA estime qu’il n’est pas prouvé qu’elle ne soit pas en fait issue du même père, ce qui la ferait alors bénéficiaire de la même double nationalité. Le certificat de naissance fourni à l’appui de la demande serait sujet à caution. La maman se défend : « En Afrique, ça ne se passe pas comme en France, c’est moins organisé, le certificat de naissance n’est pas automatiquent rentré dans les usages, et celui-ci a donc été établi tardivement, pour les besoins de la constitution du dossier. Pourquoi ne pas pratiquer un test d’ADN, on verra bien que les deux ne sont pas du même père » proteste Mme S. S., rejointe en cela par son compagnon.

Un recours sera engagé. Les accompagnateurs français, déjà mentionnés, estiment que le dossier reste parfaitement défendable, d’un point de vue juridique. Il est à noter l’étonnement des parents, du fait qu’aucun entretien spécifique n’a été organisé pour traiter des dossiers de demande d’asile des deux fillettes ; les conclusions produites renvoient, partiellement, à des observations effectuées pour la demande de la mère, précédente et distincte.

Sans préjuger de rien sur ce plan réglementaire, difficile à démêler pour qui n’en est pas spécialiste, il est à constater que le geste de Mme S. S., susceptible de déboucher sur une mesure médicale d’internement, illustre la fragilisation extrême des personnes relevant des procédures interminables et souvent opaques qui sont opposées aux demandeurs d’asile. Bien des militants, et autres spécialistes, finissent par considérer que cet effet de fragilisation, voire d’épuisement, compte parmi les objectifs délibérément recherchés par les dispositifs dissuasifs mis en place, qu’affrontent des personnes au départ assez solides pour prendre des risques considérables dans l’espoir d’une vie meilleure.

Publié le 12/08/2019

Montpellier : le syndicat ‘‘Alliance police nationale 34’’ traite les soutiens de Steve de ‘‘sous-être humains’’

par Le Poing (site le poing.net)

 

Le ministre de l'intérieur, Christophe Castaner, accompagné du délégué syndical d'Alliance police nationale 34, Rémy Alonso (photo extraite d'une publication facebook d'Alliance PN 34)

Le 3 août, plusieurs centaines de personnes ont manifesté à Montpellier pour dénoncer les violences policières et rendre un hommage à Steve, retrouvé mort noyé à Nantes suite à une charge de la police. Les contestataires, dont de nombreux gilets jaunes, ont défilé dans le calme, avant d’observer une minute de silence devant le commissariat. La manifestation était globalement tranquille et pourtant, le syndicat Alliance police nationale 34 a dénoncé « des comportements inacceptables envers les policiers de l’Hérault », pour finir par traiter les manifestants de « sous-être humains ».

 

« Barbares n’ayant aucun respect de la vie »

Dans le communiqué de presse, Alliance police nationale dénonce « les propos scandaleux scandés par les manifestants [qui] sont dignes de barbares n’ayant aucun respect de la vie et des êtres humains » et les « provocations d’une grosse partie des manifestants qui se sont comportés comme des sous-être humains ». Pourtant, aucune personne n’a été interpellée pour outrage ce jour-ci, et les slogans chantés ne sortaient pas de l’ordinaire : « Castaner, assassin », « La police mutile, la police assassine » ou bien encore « Police partout, justice nulle part ». Mais les indignations du syndicat sont visiblement à géométrie variable. Le 26 août, le délégué d’Alliance police nationale 34, Rémy Alonso, avait activement défendu un de ses collègues de la BAC de Montpellier qui avait copieusement insulté, sans brassard, une gilet jaune face caméra. Il avait expliqué à un journaliste de France 3 « qu’on ne sait pas exactement ce qu’il se passe avant », et avait prétendu que « les collègues ont tous leur brassard, sauf qu’ils sont parfois trop larges et peuvent tomber ».

 

Le communiqué parle aussi de policiers « meurtris dans leur chair ». Le propos est pour le moins malvenu, sinon provocant, quand on sait qu’à Montpellier, de nombreux gilets jaunes ont été mutilés par des policiers, comme Yvan, Kaina, Laurent, Geoffrey, Virgile, Axel ou bien encore Dylan. Rémy Alonso avait d’ailleurs défendu bec et ongles l’usage du LBD dans Midi Libre, en estimant que « la balle est en mousse : en aucun cas, elle ne peut casser des os. […] Une partie des blessures qu’on voit sur les réseaux n’ont pas été causées par des LBD, mais peut-être par des projectiles lancés par d’autres manifestants. » On est donc prié de croire que les médecins sont des fieffés menteurs, dont le neurochirurgien Laurent Thines, qui s’est déplacé le 1er août à Montpellier pour dénoncer les lésions graves causées par le LBD, dont des fractures.

 

Dangerosité sans limite

Rémy Alonso ose tout, c’est à ça qu’on le reconnaît. En mai 2018, il avait tranquillement proposé à la région Occitanie d’offrir la gratuité des transports pour les policiers, même quand ils ne sont plus en service, afin de garantir… la sécurité des voyageurs. Cette impudeur pourrait prêter à sourire, mais ce syndicat policier est puissant. Le 10 octobre 2017, un drapeau d’Alliance police nationale avait été volé par un manifestant à Montpellier, et la plainte du syndicat avait été directement relayée par le ministère de l’intérieur, conduisant trois mois après à trois perquisitions qui n’avaient rien donné. Quand le syndicat réclame que « les coupables », à savoir ceux qui auraient chantés « les slogans scandaleux » lors de la manifestation de soutien à Steve à Montpellier, soient « punis fermement », c’est donc loin d’être une menace en l’air…

 

Le 8 juin, à peine plus d’une semaine après l’interview du procureur de la République de Paris qui avait assuré que « des policiers seront renvoyés en correctionnelle » suite aux plaintes déposées par les gilets jaunes, le syndicat Alliance police nationale avait publié un tract menaçant : « Nous n’accepterons pas que nos collègues servent de bouc émissaire […] Alliance police nationale n’a pas peur d’avertir nos instances : si nos collègues venaient à être injustement condamnés, nous saurons ce qu’il nous reste à faire… […] L’ensemble des policiers est d’ores et déjà prêt à nous suivre ». Dans ces conditions, le « climat d’animosité » dénoncé par Alliance police nationale 34 dans son communiqué n’est pas prêt de s’atténuer…

Publié le 11/08/2019

Continuum de trois violences : politique, policière, pénale plus celle médiatique.


de : Christian DELARUE
 

(site bellaciao.org)

Continuum de trois violences : politique, policière, pénale et éventuellement celle médiatique.

On ne saurait se limiter à la violence policière la plus visible car il convient d’une part d’aller derrière l’apparence des choses (l’esprit scientifique ne se suffit pas du visible) et d’autre part de « penser processus » et non pas seulement état (la photo) ou le secteur.

Cela est utile pour percevoir toute l’ampleur de la DERIVE en cours concernant l’Etat de droit et la République pour tous et toutes . Dérive (processus contradictoire) qui va FORTEMENT vers l’Etat policier et la « République des gagnants et des forts », notamment les riches du 1% .

Partant de la violence policière comme CENTRALE mais certainement pas première ni même principale on peut alors voir plus véritablement une chaîne quasi continue de trois violences, soit un processus d’en-haut : la VIOLENCE d’AVANT (soit la destruction sociale et politique décidée avant la violence policière) et la VIOLENCE d’APRES (après la violence policière donc) avec une justice (parfois ou souvent ) problématique : blanchiment de la police manifestement coupable et sur-pénalisation de contestataires mesurés (ex : jeter un verre d’eau sur un élu c’est prison ferme).

Il faut intégrer bien souvent, en plus, la violence MEDIATIQUE d’une certaine presse d’allégeance aux puissants comme QUATRIEME VIOLENCE. Le dernier mépris de masse contre « bras cassés » fonctionnaires est ici exemplaire d’une haine d’en-haut contre les travailleurs modestes ciblés contre la fonction publique territoriale. La vidéo du MEDIA circule beaucoup en riposte et il est bon de la voir (lien ci-dessous).

Cette chaîne doit se voir aussi hors de France, à chaque fois, que l’on pense, à tort ou à raison, à titre d’hypothèse, qu’une dérive est en cours.

Christian DELARUE

Travaillisme, stigmatisation et placardisation dans la FPT : la vidéo été 2019 - Amitié entre les peuples http://amitie-entre-les-peuples.org/Travaillisme-stigmatisation-et-precardisation-dans-la-FPT-la-video-ete-2019

 

 

Publié le 10/08/2019

Parlons (Inter) Net

 

Selon l’IGPN, aucun lien entre un tas de fumier et un député LREM (1)

 

Les CRS sont entrés chez moi, accompagnés du député LREM, ceint d’une écharpe tricolore. Le député prit de l’argent dans la tirelire des gosses, fit les poches de pépé, se servit dans mon portefeuille tandis que les keufs me donnaient des coups de pied et de matraque, traitaient ma femme de salope, de truie, de fainéante et d’illettrée alcoolique, tiraient au LBD dans l’œil de ma sœur, détruisaient tout ce qui était jaune (gilet, ballon de baudruche, bouteille de pastaga et une reproduction d’un tableau de Van Gogh). Ils repartirent en lançant une grenade dans chaque pièce et en embarquant (pour outrage à agent) mon frère ensanglanté et menotté comme Al Capone.

Le député LREM ricana quand un RoboCop me déconseilla d’aller écouter de la musique au bord d’un fleuve.
Alors, je perdis mon sang froid et j’expectorai un loooong crachat qui s’écrasa sur la vitrine de sa permanence.

Macron, les ministres, les députés et militants LREM, les médias et la Justice condamnèrent répétitivement ce geste antirépublicain d’une rare violence, violence, violence, violence, violence, violence…

Théophraste R. Auteur de l’essai (en cours d’écriture) : « Quel type de tribunal devra juger Macron, Philippe, Castaner, les procureurs, les flics aux LBD, les agents de la BAC ? ».

Note (1). Lu sur Facebook.

 

 

Publié le 09/08/2019

Lettre ouverte aux forces de l’ordre encore dignes de leurs fonctions: réagissez!

Si je m’adresse à vous, forces de l'ordre, ce n’est pas pour vous faire la leçon, mais pour vous dire à quel point les politiques policières menées depuis quelques temps vous desservent. Pour que cessent les souffrances et les violences engendrées par une politique inhumaine, de caste, j’en appelle à votre sens de l’honneur. Ne laissez pas un métier honorable devenir pitoyable.

Si je m’adresse à vous dans cette lettre ouverte, ce n’est pas pour vous donner des leçons, mais pour vous dire à quel point les politiques policières menées depuis quelques temps vous desservent.

La population des petites gens, des gens de rien, méprisée par le pouvoir, avait du respect pour vous et croyait en votre devoir de protection.

Ce n’est plus le cas. Les violences, les bavures policières, les mensonges, les manipulations se retournent contre vous et ce que vous devriez représenter.

Nombre de vos camarades épuisé.e.s choisissent le suicide pour échapper à l'inacceptable. Le «travail» qu’on vous demande d’exécuter est intolérable et inadmissible pour moi et aussi à beaucoup d’autres ! J’ai beaucoup de peine. 

Mon grand-père était policier, il m’a appris le respect de la police qui nous protège. 

Et, comme je l’ai déjà fait lors de conférences de presse, notamment le 29 avril, alors qu’une chaîne T.V. voulait que je vous «enfonce», je veux mettre en avant la réalité du malaise exprimé par beaucoup d'entre vous et pointer les suicides qui déciment vos rangs.

Comment la place Beauvau et le Président ne se posent-ils pas la question du pourquoi de ces situations désespérées?

Si je lutte aujourd’hui aux côtés des Gilets jaunes, et autres mouvements, c’est pour construire un autre monde que je pense possible : plus humain, plus juste, pour la dignité de toutes et de tous, dans l'espoir d'une vie meilleure. Y compris pour vous, fonctionnaires sous-payé.e.s, faisant de nombreuses heures souvent non récupérées. Vous êtes au bord de l’épuisement et certain.e.s plus du tout dans le discernement des ordres reçus. Ordres que vous avez encore la possibilité de refuser

Je m’adresse surtout à celles et ceux qui se sentent éclaboussé.e.s par les violences, bavures et mensonges policiers, y compris de leurs supérieur.e.s comme par le refus de l’I.G.P.N. de procéder à de vraies enquêtes permettant des poursuites.

Le résultat : vous êtes tous et toutes amalgamé.e.s à ces pratiques révoltantes à juste titre!  

Nous devrions être ensemble, nous respecter. 

Comment accepter que ce pouvoir nous jette les un.e.s contre les autres, vous face au peuple?

Pour que tout cela cesse, les souffrances et les violences engendrées par une politique inhumaine, de caste, j’en appelle à votre sens de l’honneur et des responsabilités ; ne laissez pas un métier honorable devenir pitoyable. 

Réagissez !

Publié le 08/08/2019

Parlons (Inter) Net

 

Selon l’IGPN, aucun lien entre un tas de fumier et un député LREM (1)

 

Les CRS sont entrés chez moi, accompagnés du député LREM, ceint d’une écharpe tricolore. Le député prit de l’argent dans la tirelire des gosses, fit les poches de pépé, se servit dans mon portefeuille tandis que les keufs me donnaient des coups de pied et de matraque, traitaient ma femme de salope, de truie, de fainéante et d’illettrée alcoolique, tiraient au LBD dans l’œil de ma sœur, détruisaient tout ce qui était jaune (gilet, ballon de baudruche, bouteille de pastaga et une reproduction d’un tableau de Van Gogh). Ils repartirent en lançant une grenade dans chaque pièce et en embarquant (pour outrage à agent) mon frère ensanglanté et menotté comme Al Capone.

Le député LREM ricana quand un RoboCop me déconseilla d’aller écouter de la musique au bord d’un fleuve.
Alors, je perdis mon sang froid et j’expectorai un loooong crachat qui s’écrasa sur la vitrine de sa permanence.

Macron, les ministres, les députés et militants LREM, les médias et la Justice condamnèrent répétitivement ce geste antirépublicain d’une rare violence, violence, violence, violence, violence, violence…

Théophraste R. Auteur de l’essai (en cours d’écriture) : « Quel type de tribunal devra juger Macron, Philippe, Castaner, les procureurs, les flics aux LBD, les agents de la BAC ? ».

Note (1). Lu sur Facebook.

Publié le 07/08/2019

Parlons (Inter) Net

Répliquons du tag au tag

 

(site legrandsoir.info)

Un tag sur une permanence LREM, un tas de fumier sur le palier, et voici la classe politico-médiatique en émoi. « Attentat ! » s’égosille Castaner. Les autres : « Atteinte à la démocratie, à la liberté, à la République ! ». Pire que si les Gilets Jaunes et les paysans avaient arraché un oeil et une main à Marianne.

Les macroniens peuvent tout nous faire : diminuer l’APL des jeunes et les retraites des vieux, bloquer le SMIC, supprimer l’ISF, vendre aéroports, barrages et tout ce que voudront les copains-coquins, araser en quelques mois 70 ans de conquêtes sociales, détruire le Code du Travail, supprimer les CHSCT, fermer écoles et maternités, réduire le droit de manifester, lâcher les policiers sur les foules pacifistes, les encourager à matraquer, gazer, éborgner, gifler, insulter, humilier, embarquer sans raison, mentir pour étoffer des dossiers répressifs.

Ils sont les plus forts.

Mais que de l’encre souille leurs murs et que de la paille sale encombre leur porte d’entrée et les voilà hurlant leur douleur dans les médias des milliardaires. Allô maman, bobo ! La République est en danger, la démocratie estropiée, la loi bafouée, le Parlement nié, les droits de l’Homme écornés.

Ils sont les plus douillets.

Dès lors, de nouvelles lois, de nouvelles condamnations par une Justice asservie s’imposent, car les macroniens sont comme cet émir de Coluche qui, se coinçant un doigt dans une porte d’hôtel à Cannes, s’écria : « Vite ! va m’acheter une clinique ! »

Théophraste R. Auteur de la chanson (inachevée) : « Monsieur le méprisant, je vous fais une lettre (sur le mur) », etc.

 

Publié le 05/08/2019

#JusticePourSteve

Assez d’enfumage ! Vérité et justice pour Steve. Castaner démission

A peine Steve était-il retrouvé mort dans la Loire que Castaner et Philippe sortaient leur botte de Nevers pour dédouaner la police et l’Etat. Citant les résultats de l’enquête de l’IGPN, ils excluent par avance toute responsabilité des policiers. De leur côté, plusieurs voix, dont celle de La France insoumise, dénoncent la partialité de la « police des polices » et réclament, une enquête parlementaire… Mais est-il possible que la vérité surgisse d’institutions au service de la bourgeoisie et d’Emmanuel Macron … ? C’est sur nos propres forces que nous devons compter pour que justice soit rendue à Steve.

Claude Manor (site revolutionperrmanente.fr)

Criminalisation de la contestation et impunité policière : une stratégie bien rodée

Nier, nier, nier, accuser les victimes, récompenser les coupables. Plus la violence se déchaîne dans les rangs du bras militaro-policier de Macron, plus la stratégie du déni et du mensonge s’installe. Les « affaires » se multiplient, démontrant à chaque fois, simultanément, les incroyables exactions dont l’appareil d’Etat se rend coupable et les forces qu’il déploie pour faire taire les medias alternatifs et museler la justice.

Benalla d’un côté, et de l’autre, Zineb Redouane, Geneviève Legay, Steve Caniço… et bien d’autres. Non content de faire traîner en longueur les enquêtes à l’encontre de la police, le gouvernement de Macron se signale dans l’histoire par l’incroyable démonstration d’impunité qu’il met en place pour encourager la violence répressive d’Etat.

Benalla d’abord. Si le barbouze de Macron a passé un court séjour en prison ce n’est pas en raison d’un jugement rendu sur les accusations portées contre lui, mais tout simplement parce qu’il n’avait pas respecté l’interdiction de contact avec son comparse. Pour le reste de « l’affaire » la lumière n’a toujours pas été faite et justice n’a pas été rendue.

Sept mois après la mort de Zineb Redouane, atteinte à sa fenêtre par un tir de grenade lacrymogène, le policier qui a tiré n’a toujours pas été identifié. Dans ce dossier, où les écueils judiciaires s’accumulent, on découvre que la caméra qui aurait dû filmer l’incident, était soi-disant en « dysfonctionnement » ce jour-là… La famille de Zineb porte plainte contre la « police des polices » pour « faux en écriture publique aggravé ».

Quant à Geneviève Legay, grièvement blessée lors d’une manifestation en Mars, à Nice, Macron était immédiatement monté au créneau pour déclarer au journal Nice Matin qu’elle « n’[avait] pas été en contact avec les forces de l’ordre ». Or, on a appris il y a quelques jours, de l’aveu du procureur de Nice lui-même, qu’il avait travesti les faits pour ne pas embarrasser Macron.

Aujourd’hui, Lorsque Castaner déclare, en se référant au rapport de l’IGPN, qu’il n’y a « pas de lien » entre la disparition de Steve et « l’intervention des forces de l’ordre qui était justifiée » », Il n’y a rien de nouveau sous le soleil de feu Jupiter. C’est la même stratégie pourrie qui est à l’œuvre.

L’impasse des enquêtes parlementaires ou sénatoriales

Depuis des semaines que la pression populaire monte à Nantes et dans toute la France, pour exiger de savoir « où est Steve », on voit bien que le pouvoir ne s’est pas précipité pour retrouver le corps. Il est à noter d’ailleurs que, alors que des moyens de recherche officielle soi-disant sophistiqués étaient en cours de déploiement, c’est un simple bateau, qui ne le cherchait pas, qui l’a découvert….

Quand on entend les déclarations immédiates de Castaner et d’Edouard Philippe, prudemment retranchés derrière le rapport de l’IGPN, il est évident que ce n’est pas sur eux que l’on peut compter pour « faire la lumière ». Il est donc logique de chercher une autre voie. C’est ce qu’ont immédiatement proposé certains opposants politiques à Macron. Sous le hashtag #JusticePourSteve, des parlementaires se sont exprimés pour demander « toute la lumière ». Le député écologiste David Cormand a évoqué « colère » et « sidération », tandis que le socialiste Guillaume Garrot a annoncé qu’« après le temps du deuil devra venir celui de la justice ». Des vœux dont on ne voit cependant pas très bien comment ils pourraient être satisfaits.

Les Insoumis, quant à eux, ont exprimé l’intention d’aller plus loin. Invité de BFMTV, le député LFI, Éric Coquerel, a exigé « que la justice soit faite », et « maintenant ». Les députés Insoumis ont réclamé la création d’une commission d’enquête parlementaire concernant « les circonstances globales qui sont arrivées ce soir-là ».

Pourtant, on peut s’interroger sur l’efficacité potentielle d’une enquête parlementaire en de telles circonstances. Pour reprendre les affaires qui ont jalonné les derniers mois du régime Macron, il est éclairant de revenir sur l’affaire Benalla. Dès le 19 juillet, à l’amont du processus d’investigation, la commission des lois de l’Assemblée nationale se constituait en « commission d’enquête parlementaire », suivie le lendemain par une commission composée de sénateurs devant réaliser ses propres auditions.

Mais comment l’assemblée nationale, où LREM est majoritaire, aurait-elle pu constituer en son sein une commission indépendante du pouvoir ? Pouvait-il s’agir d’autre chose que d’une mascarade ? Ce qu’à l’évidence elle a été. Quant à l’enquête du Sénat, on aurait pu, si les choses n’étaient pas aussi graves, s’esclaffer en entendant Benalla, usant et abusant du principe de « séparation des pouvoirs » inscrit dans la Constitution, rétorquer régulièrement qu’il ne répondrait pas aux questions des sénateurs pour la bonne et simple raison qu’une enquête judiciaire était en cours.

Ces institutions, qu’il s’agisse de l’Assemblée nationale ou du Sénat, sont ce qu’elles sont : des institutions bourgeoises destinées à assurer la stabilité du pouvoir aux mains des classes dominantes. Si l’Assemblée peut constituer une tribune politique intéressante pour les représentants de la classe ouvrière et les couches populaires, elle ne peut en aucun cas être garante d’une quelconque indépendance de classe en matière de contrôle de l’Etat, de ses pratiques et a fortiori de ses exactions.

Dans le cas dramatique de Steve, les questions dont pourraient se saisir une commission parlementaire, même si elles sont susceptibles de générer d’intéressantes contradictions politiques, ne seraient que de très peu d’utilité pour éclairer ce qui pourrait s’avérer, dans le cadre de l’enquête judiciaire, comme un réel homicide.

C’est par nos propres moyens que nous devons imposer vérité et justice pour Steve et la démission de Castaner

Faut-il pour autant renoncer à vouloir imposer vérité et justice pour Steve ? Nul besoin de se perdre dans les méandres des enquêtes administratives, ni dans les chaînes de décision d’un pouvoir dont on connaît tout l’autoritarisme et la centralisation pour aller chercher une vérité dont beaucoup d’éléments dessinent déjà très largement les contours.

Les images vidéo dont on dispose, les témoignages, et le fait que plus de 11 personnes se soient retrouvées dans la Loire en même temps que Steve donnent déjà l’amplitude des conditions dans lesquelles celui-ci est mort noyé. Rien qu’avec les informations disponibles à ce jour, les affirmations du rapport de l’IGPN ne tiennent pas la route et on ne nous les fera pas gober. Pas plus que les promesses de « lumière » que tentent de faire miroiter les Castaner et Philippe.

S’il s’agissait de constituer une commission indépendante pour rechercher la vérité sur les circonstances de la mort de Steve, elle ne pourrait être constituée que de représentants des organisations ouvrières et démocratiques, des gilets jaunes et des collectifs représentant ceux, qui depuis des mois et des années, sont victimes de la répression policière.

Un mouvement puissant est enclenché depuis des semaines autour de tous les rassemblements, manifestations, affiches, messages qui ont réclamé inlassablement de savoir « où est Steve ». Désormais, comme on le redoutait, on sait qu’il est mort noyé dans la Loire. Ce que veulent toutes celles et ceux qui se mobilisent, c’est qu’éclatent au grand jour les témoignages, les preuves de la violence qui a conduit un jeune qui venait faire la fête et qui ne savait pas nager à se retrouver dans la Loire. Ce qu’ils veulent, c’est que les crimes que sont les violences policières ne demeurent pas impunis mais que les responsabilités soient dénoncées jusqu’au sommet de l’Etat. C’est en ce sens que le mot d’ordre « Castaner Démission » a commencé à fleurir. Contrairement à ce qu’affirment Edouard Philippe et les membres de la majorité parlementaire qui font bloc derrière lui, le premier flic de France est pleinement responsable dans cette tragique affaire, mais il l’est également pour toutes les victimes de violences policières qui se sont multipliées dangereusement pour atteindre un nombre record ces derniers mois dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes.

Publié le 03/08/2019

À la marche pour Adama Traoré : « Nous sommes des gilets jaunes depuis notre naissance »

par Eros Sana, Ludo Simbille, Thomas Clerget (site bastamag.net)

Samedi 20 juillet, plusieurs milliers de personnes ont défilé dans les rues de Beaumont-sur-Oise pour réclamer justice et vérité sur la mort d’Adama Traoré, tué il y a trois ans lors d’une interpellation par des gendarmes. Particularité de cette troisième « marche pour Adama » : la participation, sur fond d’extension des violences policières, de gilets jaunes, de syndicalistes et militants des mouvements sociaux, de gilets noirs, et d’associations de défense des droits humains. Retour sur un moment inédit.

Ce devait être un « acte historique ». Pour leur 36ème samedi de mobilisation ce 20 juillet 2019, les gilets jaunes ont choisi de défiler dans les rues de Beaumont-sur Oise, au nord de la région parisienne, à l’occasion de la « troisième marche pour Adama ». Trois ans plus tôt, Adama Traoré décédait suite à son interpellation musclée par trois gendarmes. Depuis, le comité La vérité pour Adama lutte pour obtenir justice. Aucun des gendarmes n’a, à ce jour, été mis en examen. En février dernier, une contre-expertise financée par la famille a balayé les conclusions des rapports précédents qui imputaient le décès à la victime elle-même – alcool et drogue, maladie génétique, ou course effectuée pour échapper aux gendarmes.

« Mettez-vous à notre place... Mon frère est mort de tout, sauf des causes réelles de sa mort !, déplore en conférence de presse Lassana, membre de la famille Traoré. Ce n’est plus avec les larmes que nous combattons désormais. C’est avec la détermination. Nous voulons simplement la vérité ! » Assa Traoré, la sœur d’Adama, vient de signer une tribune énumérant celles et ceux qui auraient entravé la procédure judiciaire. « Nous aurions aimé ne pas refaire cette marche, et être devant la justice pour mon frère, lance-t-elle avant la manifestation. Il y a aujourd’hui tous les éléments pour une mise en examen des gendarmes, mais les juges les protègent. Nous n’avons plus confiance. Nous voulons un procès, nous voulons qu’ils répondent de leurs actes ! »

 « Aujourd’hui, c’est au tour des gilets jaunes de venir dans un quartier populaire »

En parallèle de la bataille juridique, le comité tente de construire des ponts avec d’autres luttes. Celles des agriculteurs, des écolos, des zadistes, des syndicalistes, des universitaires… Depuis des mois, le comité multiplie les actions et les déplacements, comme un tour de France des quartiers populaires. « Le combat pour Adama a dépassé la famille Traoré, il appartient à tout le monde », affirme Assa. Et aurait désormais, souligne-t-elle, des répercussions en Allemagne, en Belgique, au Canada, aux États-Unis, en Italie…

En décembre dernier, le comité Adama avait appelé les quartiers populaires à rejoindre le mouvement des Gilets jaunes. Quitte à surprendre... Mahamadou, frère de Gaye Camara, abattu de huit balles par un policier de la Brigade anti-criminalité (Bac) en janvier 2018 à Épinay, s’était lui montré plutôt réticent à une telle jonction. Avant, finalement, de se laisser convaincre : qu’il s’agisse de la précarité, des violences policières, « nous sommes les premiers touchés, constate-t-il. En réalité, nous sommes des "Gilets jaunes" depuis notre naissance. » Ce samedi à Beaumont, c’était donc un peu le match-retour. « Aujourd’hui, c’est au tour des gilets jaunes de venir dans un quartier populaire, dans le 95, à 50 km de Paris », explique Youcef Brakni, l’un des porte-paroles du comité organisateur.

Syndicats, défenseurs des droits humains et Gilets noirs au rendez-vous

Pari réussi. Environ 3000 personnes [1] ont répondu présent à l’appel du Comité Adama à converger en gare de Persan-Beaumont. Vers 15 heures, la marche démarre, avec un cortège plus diversifié que les années précédentes. Des gilets jaunes sont venus d’Amiens, de Saint-Nazaire, de Paris, de Rungis et d’ailleurs… On croise les postiers des Hauts-de-Seine, sortis victorieux de leurs quinze mois de grève. On aperçoit des antifas, des groupes écologistes, des drapeaux CGT, Solidaires ou CNT marquant une présence syndicale, ainsi que des membres d’Amnesty International. L’ONG de défense des droits humains a appelé pour la première fois à rejoindre la marche, tout comme la Ligue des droits de l’homme (LDH). Des figures politiques de la gauche défilent, comme des porte-paroles du NPA ou des députés France insoumise.

Plus loin dans le cortège, les « Gilets noirs » assurent une ambiance animée, dénonçant l’arbitraire et la répression subis par les immigrés sans papiers : « Ni rue, ni prison. Papiers et liberté ! », ou encore « Pierre par pierre, mur par mur, nous détruirons les centres de rétention ! » Ils ont occupé le Panthéon le 12 juillet pour revendiquer, notamment, la régularisation collective de leur situation, et dénoncer un racisme institutionnel (lire notre article ici). « Nous voulons être régularisés, avoir une vie normale. Les gilets noirs, c’est juste un nom. Nous sommes des gilets jaunes noircis par la colère », précise l’un d’eux à la tribune, très applaudi. Deux autres mouvements de sans-papiers participent à la marche.

Une « alliance » des luttes plutôt qu’une convergence

« Les marches pour Adama, c’est comme ça : il y a tout le monde, s’est félicité Youcef Brakni. Toutes les tentatives, auparavant, avaient échoué. Nous avons réussi, et on peut en être fiers ! » La fameuse « convergence des luttes » est-elle en route ? « Il y a des années qu’on en parle. Aujourd’hui, je comprends un peu ce que le mot veut dire », explique Lassana, l’un des frères d’Adama. Pour autant, l’initiative est davantage décrite comme une volonté de travailler à une « alliance » des mouvements sociaux, dans laquelle chaque composante resterait maître de sa ligne de conduite.

C’est d’abord autour des violences policières et des « dénis de justice » que le rassemblement s’est construit. « Cette journée a été nommée "Ripostons à l’autoritarisme", précise Youssef Brakni. C’est un espace créé avec les mouvements qui luttent pour les droits, pour l’égalité, et qui subissent cet autoritarisme. » « Nous avons une police, insiste Assa Traoré, qui est violente, répressive, qui n’est pas dans le dialogue et qui charge tout de suite. Les médailles distribuées aux responsables policiers par Christophe Castaner, c’est une insulte. Un pays sans justice, a conclu la sœur d’Adama, est un pays qui appelle à la révolte. »

Familles en quête de justice

« Assassins, Assassins ! » Lors du passage devant la gendarmerie de Persan, où Adama est mort, le cortège bouillonne. Il devient ensuite silencieux afin de respecter une courte prière en mémoire du jeune Beaumontois, mort le jour de ses 24 ans.

Des pancartes et des slogans demandent « Où est Steve ? », ce jeune homme disparu à Nantes le soir de la dernière fête de la musique, suite à une charge des forces de l’ordre au bord de la Loire. Des proches de victimes des forces de l’ordre défilent à la tribune pour raconter leur histoire. La famille de Curtis, mort percuté par un autobus à Massy après une course-poursuite avec la Bac ; celle de Zakaria Touré, mort menotté après avoir reçu un coup de Taser au sein même de l’hôpital de Troyes. Aurélie, la sœur d’Angelo Garand, ce jeune détenu en permission « mitraillé » de cinq balles à bout portant par une antenne du GIGN dans un camp de gens du voyages, en plein barbecue familial.

Verdict : « Deux non-lieux décidés dans des bureaux, par des gens en costume », dénonce Aurélie au micro. Ramata Dieng, elle aussi, raconte son combat et la douleur de sa famille. Cette figure infatigable de la lutte contre les crimes policiers est la sœur de Lamine Dieng, plié, attaché, puis asphyxié sous le poids de cinq agents agenouillés sur lui pendant vingt minutes. Après dix ans de combat, l’instruction s’est soldée par un non-lieu, confirmé par la Cour de cassation en juin 2017.

« Nous avons un devoir envers les victimes, c’est la vérité ! »

La famille se tourne désormais vers la Cour européenne des droits de l’Homme, et demande, pétition à l’appui, l’interdiction des techniques d’immobilisation employées. « Nous avons un devoir envers les victimes, c’est la vérité et on la clamera aussi longtemps que possible ! », conclut Ramata Dieng. Awa se bat elle aussi pour obtenir la vérité, et le procès du policier qui a tué son frère Babacar Gueye le 3 décembre 2015, de cinq balles dans le corps, alors qu’il tenait un couteau. L’affaire a d’abord été classée sans suite. Mais récemment, un nouveau rapport a montré que les balles avaient été tirées de côté, et non de face comme l’a affirmé l’auteur des coups de feu pour faire valoir la légitime défense.

Selom et Matisse ont quant à eux été renversés par un train à Lille en décembre 2017, suite à une course poursuite avec la police dans des circonstances peu claires. « Ça fait dix-huit mois qu’on se bat, et là on n’a plus de juge. Aujourd’hui c’est la police impliquée dans l’affaire qui fait passer les auditions, se désole Peggy, la maman de Selom. Je voudrais remercier les gilets jaunes qui ont reconnu ce qui se passe dans nos quartiers. »

« Pas d’égalité sociale sans égalité raciale »

Ces noms, ces visages, ces histoires viennent s’ajouter à la longue liste des personnes décédées lors d’interventions des forces de l’ordre dans les quartiers et zones périphériques (lire notre travail de recensement et d’analyse ici). Mais depuis novembre, la violence a aussi massivement touché les Gilets jaunes, provoquant dans leurs rangs plus de 500 blessés, 24 personnes éborgnées, cinq mains arrachées. En février, une marche blanche en soutien à Sébastien, qui avait vu sa main arrachée par une grenade devant l’Assemblée nationale, a déjà réuni Gilets jaunes et collectifs contre les violences policières dans les rues d’Argenteuil.

 « Tous les collectifs ont à apprendre les uns des autres », souligne Omar Slaouti, membre du collectif Vérité et Justice pour Ali Ziri, tué à Argenteuil par des policiers en 2007. Et de saluer la réussite de l’événement : « Ce rendez-vous là n’est pas un de plus, il s’inscrit dans la continuité des luttes. Nous sommes tous embarqués dans cette histoire. Il n’y aura pas d’égalité sociale, si on ne reconnaît pas qu’il n’y a pas, dans ce pays, d’égalité raciale. »

Triste symbole de cette « continuité » : la mort de Zineb Redouane. Cette octogénaire a été tuée par une grenade lacrymogène lancée par un CRS et reçue en plein visage, alors qu’elle refermait ses volets, lors du passage d’une manifestation le 1er décembre à Marseille. Devant les entraves répétées au bon déroulement de l’enquête, révélées par plusieurs médias (lire ici), sa famille a fait appel à une contre-autopsie en Algérie, qui a indiqué que le décès de la vieille dame provenait bien du tir policier. Sa fille Milfet Redouane a fait lire une lettre de soutien au comité Adama. « Vérité, justice et dignité sont nos droits les plus élémentaires », conclut le texte.

« Il n’y a plus de couleur de gilet, jaune ou noir, il n’y a qu’un peuple qui en a marre de subir depuis quarante ans »

Les témoignages visaient à provoquer une prise de conscience de la violence subie par les quartiers populaires. Signe que le message est passé, Maxime Nicolle, l’un des visages du mouvement des gilets jaunes, présent tout comme Priscilla Ludovski, a entamé un mea culpa : « Je m’excuse parce que depuis des années vous perdez des frères, des sœurs, des cousins, des cousines. Vous vivez pire que ce que l’on vit depuis neuf mois. Pardon de ne pas avoir su, de ne pas avoir entendu, et pardon d’avoir cru ce que les médias disaient. » Sa présence fait grincer des dents – « Qu’est-ce qu’il fait là ? Il a tenu des propos intolérables », entend-on dans la foule – mais son intervention est plutôt saluée : « Ils font tout pour nous diviser depuis des années. Est-ce que c’est possible qu’on lutte tous ensemble – gilets jaunes, gilets noirs, collectifs de familles qui ont perdu un proche ? »

La soirée se termine dans une ambiance bon enfant et musicale. Des discussions s’improvisent, des liens se tissent autour d’un repas à prix libre. Sur scène les enfants se défoulent. Avant eux, les gilets jaunes étaient montés danser sur l’estrade. L’une d’eux s’emballe : « Maintenant il n’y a plus de couleur de gilet, jaune ou noir, il n’y a qu’un peuple qui en a marre de subir depuis quarante ans. » Avant la marche, un commerçant de Beaumont confiait que les gens d’ici étaient plutôt partagés sur cette histoire. La maire s’était elle montrée carrément hostile à la famille Traoré. Sur le trajet de la manifestation, une riveraine affichait une pancarte à son volet : « Justice. »

Ludo Simbille, avec Thomas Clerget

Publié le 01/08/2019

Réflexions d'une gilet jaune au coeur de l'été

C'est la première fois que j'écris sur ce blog. C'est difficile! Comme la première manif, la première fois qu'on crie un slogan, la première fois qu'on dresse un panneau au dessus de sa tête!

Comme la première manif, la première fois qu'on crie un slogan, la première fois qu'on dresse un panneau au dessus de sa tête!

On nous a appris à être polis, bienveillants et respectueux (heureusement!), mais sans nous en rendre compte, nous sommes devenus lisses, formatés, fatalistes,indifférents...

Jusqu'au jour où... Pour moi ce fut le 17 novembre 2018...

Sur un péage d'autoroute d'abord, puis au bout de quelques semaines, faute d'accès au péage, sur un rond point tous les week end pendant 8 mois.

8 mois, c'est court et c'est long : 8 mois où le sentiment d'injustice prédomine, mais aussi les interrogations, les doutes, le désespoir... Puis à nouveau l'espoir et l'envie de se battre encore qui reprennent le dessus!

8 mois où l'on découvre les autres, des galères qu'on imaginait pas, des chômeurs, des femmes seules, des ouvriers, des retraités, quelques intellos...mais aussi des écrits, des médias...8 mois pendant lesquels on découvre les ressorts de la manipulation et de la désinformation...

J'avais en tête que nous étions encore une démocratie, ayant un peu voyagé et vu bien des errements dans quelques pays traversés. Aujourd'hui j'ai compris que nous sommes en train de perdre l'essentiel !

Nous ne nous battons plus seulement pour un pouvoir d'achat vital, mais aussi pour la justice, pour notre dignité, pour notre avenir, celui de nos enfants et petits enfants.

Sur notre rond point, il m'était parfois difficile d'entendre parler d'immigration d'une certaine façon... Et quant au soir des élections européennes, quelques uns ont fêté la toute petite défaite de Macron, pour moi c'était notre grosse défaite à tous...

Mais dans ce mouvement exceptionnel, il faut aller au delà des déceptions, des préjugés et des étiquettes... Car pour quelques unes de ces personnes que je n'aurais pas approchées avant, au delà des slogans faciles et phrases toutes faites que j'ai pu entendre, j'ai trouvé en elle parfois , offertes sans calcul, des pépites de générosité, de gentillesse, d'humanité.

Ce n'est ni tous les jours, ni partout, je ne fais pas d'angélisme!! Mais j'ai été témoin de belles choses.

L'écoute et la lecture des médias qui font l'opinion n'ont en revanche que renforcé mes convictions. La manipulation de la population via ces médias a été et est toujours honteuse. Je proposerais volontiers un boycott d'une semaine au moins de ces chaînes d'infos en continu, afin que leurs annonceurs s'affolent!  Une semaine sans experts, éditocrates, députés LREM débitant leurs éléments de langage sans en changer une virgule, conseils infantilisants, on devrait pouvoir y arriver!!!

Que diffusent ils en boucle aujourd'hui ? Une malheureuse chaise à moitié calcinée, balancée en flammes dans la rue, puis replacée dans la permanence LREM au milieu de verre brisé! C'est pas bien, c'est sûr, mais si c'est intolérable.... on a été moins prompt à s'offusquer d'autres dérives! Que dit-on de Steve ?

Ce n'est pas une chaise brûlée, c"était un jeune homme venu écouter de la musique un soir d'été... Mort pour rien!

La police, la justice, les médias sont les premiers garants d'une démocratie...Et ces 3 piliers sont en train de s'effondrer!!

Et puis il y a la Planète TERRE! Tous se réclament de l'écologie, et plus encore maintenant après le score des écolos aux européennes... 

Pourtant le gouvernement et les députés LREM nous imposent le CETA, puis bientôt le MERCOSSUR... On garde le glyphosate encore un peu, et du plomb dans les crèches et écoles autour de Notre Dame, il n'y en avait pas ( Merci Mediapart!)

Nicolas Hulot avait dénoncé le pouvoir des lobbies...Cela a-t-il changé depuis son départ ? A Marseille et Nice, un navire de croisière pollue hors de toutes normes...mais on interdit l'accés des vieux véhicules d'artisans ou de particuliers qui ne peuvent faire autrement pour travailler.

Le géant Wolkswagen dont on a bien vite oublié le scandale du "Diesel Gate" sponsorise tranquillement l'équipe des bleus... mais le particulier devra laisser sa voiture au garage certains jours. Les gros tricheurs ne seront jamais vraiment punis, mais les simples citoyens sont des assassins qui intoxiquent les enfants aux particules fines.

La planète souffre et s'assèche, mais on nous dit gentiment de boire de l'eau et de prendre des douches. Surtout n'allez pas aux urgences! Les effectifs sont suffisants, mais bon, il ne faut pas encombrer inutilement!

Il faut partir en vacances et consommer, pour le bien de tous! Soyez prudents en route tout de même, pas de dépassement de vitesse, et arrêtez vous toutes les 2 heures (Ah oui! Sauf que Vinci ne maintient pas ouvertes certaines aires d'autoroutes sans enjeu commercial, celles par exemple où il n'y a que des toilettes à entretenir!)... Qu'à cela ne tienne, arrêtez vous chez Total et allez vous détendre avec un petit café surfacturé.

Mais non j'exagère, ce gouvernement est écolo! Il va traquer le gaspillage et faire consigner les bouteilles... Waouh !

Dans la réalité des déchetteries, quand elles ne sont plus gérées directement par les communes, mais sous traitées à de grosses sociétés que nous connaissons tous, vous allez de surprise en surprise : un personnel non formé composé de CDD tournant, des incohérences de tri, des bacs insuffisants qui regorgent et qu'on dégarnit en répartissant un peu partout, des bacs à huile de vidange qui fuient et qu'on met 1 an et demi à remplacer...

C'est tellement loin des discours de la Macronie, la RÉALITÉ !

Discours lénifiants, mais pas seulement, discours destinés à endormir une certaine opinion publique et à rassurer la caste!

Réfléchissez tous!

Agriculteurs qui nous nourrissaient si bien avant, profs et instits qui étaient les diffuseurs d'un savoir qui ouvrait à l'esprit critique, soignants dont on enviait partout dans le monde le système de santé, artistes et intellectuels dont on était fiers que leur oeuvres représentent l'exception française, conducteurs des plus beaux trains du monde, travailleurs d'un réseau routier, véritable toile d'araignée unique en qualité et kilomètres et dont on nous dépossède petit à petit , ouvriers de belles entreprises françaises qu'on vend à la découpe et aux copains, ou de PME qu'on asphyxie... IL EST ENCORE TEMPS DE SE BOUGER!

Quoi qu'en dise les médias officiels les gilets jaunes sont toujours là!

Quant à moi, il me suffit de regarder le sourire de ma petite fille de 2 ans pour savoir que je dois continuer, déterminée.

 

Publié le 31/07/2019

Pour une école sans classes

(site politis.fr)

Célestin Freinet, instituteur et pédagogue, est à l’origine de réflexions et de méthodes pédagogiques forgées auprès de ses élèves, issus majoritairement du prolétariat rural. Extraits d’un texte de 1934 toujours actuel.

En mai 1934, Célestin Freinet écrit un texte dans la revue du mouvement qu’il a fondé : L’Éducateur prolétarien. Résolument à gauche, communiste, il y prône une pédagogie de transformation sociale, seule à même, selon lui, de lutter contre l’oppression bourgeoise. Au-delà des formules datées et surannées, on trouve dans l’extrait reproduit ici l’éclatante actualité de sa pensée, toujours en faveur des enfants les plus démunis. C’est pour ces échos que nous lui consacrons cette rubrique.

« Ce ne sont pas les quelques mesures d’assistance, motivées plus par les nécessités électorales que par des sentiments d’équité sociale, qui empêcheront la réalité de se faire jour désormais : une école où, d’avance, et quelles que soient ses capacités intellectuelles, l’enfant est mis systématiquement en état d’infériorité pédagogique parce qu’il est fils de prolétaire, une telle école est délibérément, et malgré tous les sophismes, une école de classe qui n’a pas été créée pour l’enfant, où l’enfance est faite pour servir un régime et en subir les tares et les fautes. […] Le temps des illusions transformistes est passé : le capitalisme menacé par la montée des forces jeunes et audacieuses se fait impitoyable. Il faut maintenant jeter bas les derniers masques : tous nos efforts idéologiques, toutes nos recherches désintéressées pour une plus saine compréhension de notre tâche, toutes nos aspirations vers le progrès éducatif sont directement et matériellement menacés par l’aggravation incessante des conditions de vie et de travail des enfants, de leurs parents et de leurs éducateurs. Nous régressons vers une sorte de Moyen-Âge pédagogique, et cela nous paraît [d’autant plus] monstrueux et intolérable que nous nous croyions parfois, pratiquement, si près du but : si seulement on avait voulu sacrifier pour l’éducation une partie de l’argent gaspillé pour l’incessante préparation à la guerre, nous aurions fait de nos écoles des flambeaux d’humanité, des embryons de l’harmonieuse société nouvelle.

[…] Que faire alors, diront les camarades ?

D’abord, la partie ne fait que se jouer. Au moment où la masse ouvrière réagit si courageusement contre la montée du fascisme, il ne nous appartient pas de désespérer. Selon notre habitude nous avons voulu mesurer exactement les dangers afin de vous engager et de vous préparer aux luttes décisives et inéluctables.

Il nous faut continuer hardiment notre action pédagogique, poursuivre malgré tout nos expériences difficiles qui jalonnent peu à peu la voie de l’éducation populaire libératrice. Nos efforts ne sauraient être totalement inutiles.

Mais il est urgent de redonner à ces préoccupations pédagogiques leur vraie place sociale : place d’honneur certes dans un régime qui servirait l’enfant et le peuple, place de propagande et de combat dans notre régime, intéressant l’enfant, les parents, les éducateurs à une tâche dont ils doivent sentir toute la portée émancipatrice pour être mieux préparés à mener la lutte urgente, sur tous les terrains, social, syndical et politique : pour donner du pain et des soins aux fils de travailleurs, pour leur construire des habitations claires et aérées, pour bâtir des écoles modernes, pour les meubler et les garnir du matériel indispensable ; pour exiger la préparation et la nomination de cadres nouveaux d’instituteurs et réduire à un chiffre normal l’effectif scolaire, pour contrebattre les influences abrutissantes de la presse, du cinéma, de l’Église, malgré et contre toutes les forces réactionnaires, les instituteurs doivent se dresser au double titre de citoyens et d’éducateurs décidés à intégrer totalement leur tâche dans le processus historique d’évolution sociale.

À l’heure qu’il est, notre devoir d’éducateurs prolétariens n’est pas seulement dans nos classes menacées ; il est aussi au sein des masses qui, par leur puissante protestation antifasciste, tâchent de barrer la route à un régime qui serait la mort de l’école progressiste et l’anéantissement provisoire de nos rêves d’éducation nouvelle libératrice. »


À qui appartient donc L’Internationale ?

Tout commence par l’enterrement d’Henri Malberg, auquel se rend tristement Élise Thiébaut. L’Internationale résonne autour de la tombe. Élise Thiébaut filme et poste sur Facebook. Quelle n’est pas sa surprise quand elle reçoit un message du réseau social refusant sa vidéo au motif que la musique n’est pas libre de droits ! La voici lancée dans une enquête pour comprendre pourquoi L’Internationale n’est pas dans le domaine public.

Le livre qui sort aux éditions La Ville brûle est le résultat de cette enquête riche en rebondissements à la recherche des ayants droit. Un périple qui nous emporte de 1848 à nos jours, auprès de Pottier et de Degeyter, spolié de ses droits par son propre frère. Ce faisant, l’ouvrage fait revivre la Commune, les révolutions russe et spartakiste, et mille autres luttes où l’on chanta « Debout, les damnés de la terre ». Le tout superbement illustré par les dessins en noir et blanc d’Edmond Baudoin.

Les Fantômes de l’Internationale Élise Thiébaut et Baudoin, La Ville brûle, 128 pages, 19 euros, parution le 30 août 2019.


par Laurence De Cock et Mathilde Larrère
publié le 24 juillet 2019

 

Publié le 30/07/2019

Mantes-la-Jolie. « Pas de faute » selon l’enquête, ou comment encourager les rafles

150 jeunes interpellés, menottés, mains sur la tête ou encore à genoux, c’était l’affaire Mantes-la-Jolie. Aujourd’hui : blanchiment total. L’IGPN acte donc la banalisation des méthodes policières ce jour-là.

Antoine Bordas (site revolutionpermannte.fr)

Tout le monde se souvient des images du 6 décembre à Mantes-la-Jolie, suite à une manifestation, environ 150 jeunes sont interpellés à genoux, les mains sur la tête, en rang, certains la face contre un mur ou le visage dans la boue, encerclés de policiers surarmés, les images font au moins le tour de France, l’indignation est partout. C’est un tournant répressif dans la séquence du mouvement des Gilets Jaunes, la répression hallucinante qu’ont subi ces jeunes était devenu un symbole.

Une enquête a été ouverte à la suite des évènements, des plaintes déposées par certains jeunes, ainsi que l’UNL (Union Nationale des Lycéens), au près de l’IGPN. Ce vendredi, la procureure de Nanterre rend le verdict : l’affaire est classée sans suite. Les conclusions sont les suivantes : « Le fait de retenir les personnes interpellées en position à genoux ou assise, entravées pour certaines d’entre elles, apparaît justifié par le contexte exceptionnel de violences urbaines graves et le nombre de personnes devant être conduites dans les locaux de police, nécessitant une organisation matérielle incompressible ». Les méthodes utilisées ce jours là sont donc considérées comme normal pour l’institution policière, IGPN compris.

Un véritable encouragement, qui ne peut que présager une multiplication de ces méthodes dans les quartiers et les prochaines mobilisations sociales ! Comme nous le disions quelques temps après les évènements : « La rafle de Mantes est le symbole d’une génération sacrifiée que l’on veut mettre au pas pour avoir contesté son anti-avenir prédéfini par Parcoursup et la sévère sélection sociale qu’il promet. » et cette mise au pas ne pose aucun problème aux différentes institutions étatiques. On verra d’ailleurs peut être le commandant de cette opération décoré par Castaner prochainement …

Ce jugement vient s’ajouter à la liste des affaires de répression policières classés sans suite. Si ce n’est pas une surprise, les conclusions de l’enquête de l’IGPN, dont la cheffe réfutait le terme même de "violences policières", illustre la manière dont l’institution policière, largement discréditée, compte bien répondre aux prochains mouvements sociaux. Ainsi, la logique est donc au blanchiment de tous les actes de répression envers la mobilisation des Gilets Jaunes, le gouvernement prépare ainsi la suite des opérations, la rentrée sera certainement chaude. Ainsi, le degré de répression utilisé contre les Gilets jaunes, déjà employé dans les quartiers, compte bien se normaliser dans le paysage politique comme un moyen normal de répondre aux mobilisations. La problématique pour la classe dominante réside désormais dans le fait que l’usage massif de répression devient une nécessité, d’où le processus de légitimation en cours.

Publié le 29/07/2019

50 personnes se rassemblent à Montpellier pour dénoncer l’expulsion programmée du squat « Le court-circuit »

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées ce matin devant la préfecture de l’Hérault, à Montpellier, pour dénoncer l’expulsion programmée du squat « Le court-circuit ». située boulevard de Strasbourg à Montpellier, qui héberge depuis plus d’un an une soixantaine de personnes, notamment des exilés Albanais, dont de nombreux enfants. Le tribunal administratif de Montpellier avait accordé huit mois de délais au squat, faisant planer la menace d’une expulsion à partir du 24 juillet. À l’issue du rassemblement, appelé par le collectif « Bienvenue migrants 34 » et « Un toit pour tous », un entretien a eu lieu avec un fonctionnaire de la préfecture, qui s’est engagé à ne pas recourir à la force publique d’ici fin août.

 

60 personnes hébergées

Située boulevard de Strasbourg à Montpellier, ce squat héberge depuis plus d’un an une soixantaine de personnes, notamment des exilés Albanais, dont de nombreux enfants. Le tribunal administratif de Montpellier avait accordé huit mois de délais au squat, faisant planer la menace d’une expulsion à partir du 24 juillet. À l’issue du rassemblement, appelé par le collectif « Bienvenue migrants 34 » et « Un toit pour tous », un entretien a eu lieu avec un fonctionnaire de la préfecture, qui s’est engagé à ne pas recourir à la force publique d’ici fin août. Les personnes hébergées et leurs soutiens veulent éviter une confrontation avec à la police lors de l’expulsion et trouver des situations de relogement qui ne soient pas individualisées, mais collectives.

 

Le 12 juillet, plusieurs personnes étaient rentrés dans un ancien bâtiment de la Poste située au 1030 avenue Jean Mermoz dans l’espoir d’en faire un lieu d’hébergement, mais la police est intervenue pour procéder à une expulsion immédiate.

 

« Je suis enceinte de 6 mois et demi. Pourquoi ne suis-je pas relogée ? »

Pendant le rassemblement, des témoignages d’habitants ont été distribuées. Nous les retranscrivons dans leur intégralité :

 

« Je suis arrivée en France le 22 octobre 2016. J’ai habitué un peu plus d’un an au CADA. Le 12 janvier 2018, on m’a demandé de partir. Ensuite, j’ai habitué six mois dans un squat : la Providence. Nous étions dans une petite chambre d’environ 10 m². Après l’expulsion de la Providence, j’ai habité 9 mois dans un hôtel, puis un matin on m’a demandé de faire mes valises et de partir. Nous avons quitté l’hôtel le lendemain. Nous avons dormi 13 jours dans la rue et ensuite j’ai emménagé dans le squat boulevard de Strasbourg, la chambre est deux fois plus grande, mais c’est toujours trop petit pour quatre personnes. J’y dors avec mon mari qui est malade, mon fils de cinq ans et ma famille de deux ans et demi. La loi française dit que les familles avec des enfants de moins de trois ans ne doivent pas dormir dehors, on m’a déjà demandé pourquoi je n’étais pas à l’hôtel, je ne sais pas quoi répondre. Aujourd’hui, je suis enceinte de six mois et demi. Pourquoi ne suis-je pas relogée ? »

 

« Je suis en France depuis presque trois ans, depuis deux ans j’habite en squat. Les cinq premiers mois je dormais à l’hôtel avec ma famille ensuite on m’a mise dehors. Des gens m’ont aidée m’ont accueillie dans un squat avec beaucoup d’autres familles. Quand il a fermé j’ai emménagé dans le squat boulevard de Strasbourg. J’y habite depuis un an et aujourd’hui on nous demande de partir sans nous dire où aller. Avec mes deux enfants je ne peux pas dormir dans la rue. Pour le moment, c’est les vacances, je peux gérer le stress, mais à la rentrée, c’est plus compliqué, les enfants doivent aller au collège et à l’école. Maintenant le squat où j’habite avec beaucoup d’autres familles va se faire expulser. Si la préfecture elle le décide, elle peut empêcher ça. Je veux croire que je vais garder ma maison ».

 

« Je suis en France depuis deux ans, j’habite au squat boulevard de Strasbourg depuis un moment. Je viens d’Albanie et là-bas la vie de mes enfants n’est pas sûre. Pour cette raison je suis contente de rester en France même dans les squats, pour une vie sûre, sans problème et sans peur. Mes enfants et tou·te·s les autres sont scolarisé·e·s ici à Montpellier, ce n’est pas possible pour nous d’être expuls·é·e·s. On est sans argent et dans une situation instable mais on est rassurés d’être ici. »

 

12 000 logements vide à Montpellier pour 1500 SDF

Montpellier compte plus de 12 000 logements vacants, et pourtant, au moins 1 500 personnes sont sans domicile fixe, et la moitié des appels émis vers le 115, le numéro d’hébergement d’urgence, restent sans réponse. En juillet 2017, Emmanuel Macron avait juré qu’il n’y aurait bientôt « plus personne à la rue ».

 

Publié le 28/07/2019

La ligne de fret Perpignan-Rungis suspendue

(site lamarseillaise-encommun.org)

Perpignan (AFP) – Circulant à vide depuis lundi, le train de fret transportant des primeurs de Perpignan au marché de Rungis, a été suspendu mercredi, pendant la basse saison, et reprendra au 1er novembre. Mais pour la CGT, c’est une « mise à mort qui se prépare » au profit de « 25.000 camions sur les routes ».

La possible disparition, au profit du transport routier, de cette ligne reliant la plateforme Saint-Charles international de Perpignan, premier centre de commercialisation, de transports et logistique de fruits et légumes en Europe et le marché de Rungis (Val-de-Marne), présenté comme le plus grand marché de produit frais au monde, avait suscité de vives critiques, notamment à gauche et chez les écologistes.

La suspension temporaire de la ligne ferroviaire, actée mercredi lors d’une réunion du comité de pilotage ministériel à la préfecture des Pyrénées-Orientales, intervient le jour de la passation de pouvoirs au ministère de la Transition écologique entre François de Rugy et Elisabeth Borne, qui conserve son portefeuille des Transports.

« La liaison à vide, comme elle est réalisée depuis trois jours, n’est pas acceptable. Elle va s’arrêter aujourd’hui (mercredi) jusqu’au 1er novembre », a indiqué à l’AFP Jean-Luc Gibelin, vice-président de la Région Occitanie, en charge des Transports et participant à cette rencontre.

« A partir du 1er novembre va recommencer une liaison entre Saint-Charles et Rungis, telle qu’elle était, mais de manière transitoire, le temps de trouver une solution pérenne », a-t-il précisé. Les wagons frigorifiques sont selon la SNCF en bout de course.

« Un nouveau comité de pilotage aura lieu le 11 septembre, il sera ouvert à la grande distribution et à la filière Bio. D’ici là, il y aura deux réunions techniques pour travailler sur des problématiques comme la vétusté des wagons et leur remplacement », selon lui.

« Aujourd’hui, une étape a été franchie, celle de confirmer qu’il est légitime et utile que cette liaison ferroviaire se poursuive. Cela a été une réunion productive », a affirmé le responsable de la Région, présidée par Carole Delga (PS).

« La liaison ferroviaire entre Perpignan et Rungis a maintenant un avenir », a insisté la ministre Elisabeth Borne dans une déclaration à l’AFP.

« Le gouvernement ne pouvait pas se résoudre à ce que les marchandises du Perpignan-Rungis passent du rail à la route. Tout le monde a été mis devant le fait accompli lors de l’annonce de l’arrêt de ce train qui était prévu fin juin. Si je ne m’étais pas mobilisée, ce train serait arrêté depuis fin juin », a-t-elle affirmé.

« Alors que nous venons d’entrer dans la saison basse où peu de marchandises nécessitent d’être transportées, la réunion (…) a permis d’obtenir l’engagement des clients à reprendre une solution ferroviaire transitoire dès la reprise de la saison haute au 1er novembre », a-t-elle indiqué.

Jusqu’au 15 juillet, de nombreux fruits et légumes en provenance du Maroc et d’Espagne, qui bénéficient d’un ensoleillement plus important et plus précoce qu’en France, transitent par Perpignan. Après cette date, la production française prend le relais.

« Dès la réunion du 17 mai au ministère (…), la SNCF s’était engagée à [maintenir] ce train jusqu’à la fin de la saison haute et avait proposé qu’il soit prolongé jusqu’à la fin de l’année, le temps qu’il y ait une solution ferroviaire pérenne qui prenne le relai », a ajouté la ministre.

« Je veux que cette offre ferroviaire continue, ce train peut continuer à rouler. Il reprendra avec une solution qui peut durer le temps nécessaire pour bâtir une solution pérenne, sans doute avec du transport combiné », a ajouté Mme Borne la ministre mercredi soir sur BFM TV.

Mais cet optimisme gouvernemental est loin d’être partagé par l’eurodéputé écologiste Yannick Jadot: « Quand, ministre des Transports, [Mme Borne] fait semblant de défendre le train des primeurs entre Perpignan et Rungis, le faisant circuler à vide parce qu’elle refuse d’investir dans des wagons frigorifiques, tout en organisant avec la SNCF le transport des marchandises par 25.000 camions par an, c’est d’un cynisme absolu ! »

Et pour Thomas Portes, animateur du collectif « Sauvons le Perpignan-Rungis », syndicaliste de la CGT-Cheminots et responsable national des cheminots au PCF, « c’est une mise à mort que prononce la nouvelle ministre de l’Ecologie ! Elle acte le transfert de 25.000 camions sur les routes ! »

Source AFP 18/07/2019

 

Publié le 27/07/2019

Parlons (Inter) Net

Histoire de châsse (1), avec accent

(site legrandsoir.info)

« Tant que les lapins n’auront pas d’historien, l’histoire sera racontée par les chasseurs ». Howard Zinn nous fait penser à ceux qui ne pèsent pas dans l’Histoire officielle : les petits, les obscurs, les sans-grades, les sans-dents, les gens de rien, les syndicalistes, les Gilets Jaunes. Bref, tous ceux dont les médias et les politiques parlent ou déparlent.

Ecoutons à présent les chasseurs parler des chasseurs.
François de Rugy (LREM), vient d’être dédouané pour l’affaire des dîners fastueux par une commission d’enquête de députés, (majoritairement LREM). Dans un rapport imminent rédigé par le secrétariat général du gouvernement (LREM) à la demande de « Matignon » (LREM), il sera bientôt blanchi pour l’affaire des coûteux travaux dans ses appartements.
Les chasseurs LREM acquittent le chasseur LREM, lequel va sans doute faire un procès aux lapins qui ont désapprouvé sa façon de chasser. Car, tout était normal, hormis l’obligation faite à Monsieur de Rugy de supporter à sa table du champagne qui lui donne des céphalées, des crustacés qui le couvrent d’urticaire, sans compter du maquereau et de la morue, mais je ne veux nommer personne.

Théophraste R. (Chasseur de chasseurs).

(1)Tirons-là, afin de laisser l’Etat dans les toilettes où on l’a trouvé.

Publié le 26/07/2019

L’INTERSYNDICALE FP opposée à la loi de contournement du statut de la fonction publique. 23 juillet 2019


par  Amitié entre les peuples (site amitie-entre-les-peuplesz.org)

 

Communiqué intersyndical :

Les organisations syndicales de la Fonction publique CGT, CFDT, FO, UNSA, FSU, SOLIDAIRES, FA-FP, CFE-CGC, et CFTC et réaffirment leur opposition à la loi de transformation de la fonction publique votée ce 23 juillet au Sénat après le vote du 18 juillet à l’Assemblée nationale.

Cette loi contourne le statut de la fonction publique, garant de la neutralité du service rendu et de l’égalité des droits des agentes et agents mais aussi des usagères et usagers.

Elle va également réduire les capacités des organisations syndicales à défendre collectivement les droits des agentes et des agents publics en termes de carrière et de santé et sécurité au travail par l’affaiblissement des commissions administratives paritaires (CAP) et la suppression des comités d’hygiène, santé et conditions de travail (CHSCT).

Cette loi va encourager et accentuer la précarité avec des contrats à durée déterminée non renouvelables, ne permettant ni l’accès au CDI, ni à la titularisation.

Enfin, les différents outils dits « de ressources humaines » contenus dans cette loi comme la rupture conventionnelle ou le détachement d’office pourraient être utilisés pour pousser les fonctionnaires à quitter la fonction publique ou pour les obliger à suivre leurs missions concédées au secteur privé.

Dans un contexte difficile et face à un gouvernement ayant un double langage, nos organisations syndicales appellent les personnels à se rassembler autour de leurs organisations syndicales représentatives pour continuer de défendre collectivement leurs droits et un service public porté par les valeurs républicaines de liberté, égalité, fraternité et laïcité.

Enfin, elles invitent le gouvernement et les ministres en charge de la Fonction publique à s’inscrire dans un véritable dialogue social constructif et respectueux, source de progrès social tant dans l’intérêt des personnels que des usagères et usagers.

Nos organisations syndicales entendent résolument continuer à défendre la Fonction publique. Elles se rencontreront le 5 septembre prochain pour aborder tous les enjeux majeurs comme ceux du pouvoir d’achat, des retraites et de cette loi et débattre de toutes les initiatives qu’elles jugeront nécessaires.

Ce 23 juillet restera un mauvais coup porté à la fonction publique, à l’emploi public, au service public et à l’ensemble de la population.

Paris, le 23 juillet 2019

 

Publié le 23/07/2019

Gilets Jaunes témoignage. Le off à Montceau les mines

(site lamarseillaise-encommun.org)

Alors que le gouvernement n’en finit plus de faire parler, la matraque et le gaz, le travail de coordination nationale des Gilets Jaunes se poursuit. Fin juin, de nombreux Gilets jaunes se sont retrouvés à Montceau pour partager leurs expériences et construire ensemble la suite. Cette mobilisation témoigne de la détermination et de la volonté de ces nouveaux  acteurs sociaux de coordonner leur mouvement. Nous publions un retour d’expérience d’un facilitateur du OFF à Montceau les mines, les Samedi 29 et Dimanche 30 Juin 2019, AdA3 (Assemblée des Assemblées) des Gilets Jaunes…

I – le CONTEXTE de cet OFF

1/ le mouvement des Gilets Jaunes (GJ) vit une constante diminution du nombre de ses participants.

Depuis plusieurs mois un cercle vicieux cultive l’éloignement du grand public avec le mouvement.

La croissance des postures de vouloir être tous ensemble dans des actions de confrontation (manifestations avec violences, colère, blocages …) cultive la diminution des postures de s’écouter dans nos différences, et le départ d’une diversité d’actions de construction de solutions pacifistes.

Ces départs sont le fruit de la réussite de l’antidémocratique tactique gouvernementale.

Confronté à une immense population qui voulait davantage de justice sociale et de démocratie, le gouvernement a dès le début choisi de renier sa mission de protection du droit de manifestation et n’a pas protégé les manifestants pacifiques (au début l’immense majorité des manifestants).

Il a hyper-médiatisé des individus et événements violents bien choisis. Il les a même souvent créés par sa propre violence policière. Il a ainsi réussi à faire partir beaucoup des manifestants pacifistes.

2/ les AdA ont jusqu’ici confondu fonctionner ensemble avec se mettre d’accord .

A son début le mouvement a fasciné et attiré les foules par vouloir apprendre à fonctionner ensemble dans la diversité des point de vue, par s’y vivre unis dans la seule intention partagée de davantage de justice sociale et de démocratie, sans aucun besoin de se mettre d’accord sur autre chose, et d’être ainsi plus forts car plus nombreux.

Pourtant le programme de chaque AdA a toujours privilégié la rédaction de textes communs, d’abord en appels (Commercy), ensuite déclinés en axes (Saint Nazaire puis Montceaux les Mines).

3/ dans les AdAs limiter le programme à des décisions communes cultive des manques

– chaque individu délégué (mandaté et pire encore pour les observateurs) s’exprime trop peu

– les attentes des participants sont (article de reporterre sur Montceau) coordonner les actions des militants et partager les différentes expériences locales. Le programme y répond peu,

– les modalités de dialogue sont souvent compliquées voire parfois colériques,

– les votes et revotes et rerevotes mangent un temps fou,

– le pire, quasi pas de temps au programme pour s’informer et se rencontrer, pour se renforcer par s’écouter,

… or, en ronds points, groupes locaux, assemblées locales, événements locaux, le grand public est venu et reviendra vers le mouvement par être entendu et pouvoir écouter, par mieux s’informer et informer dans la bienveillance et le respect de nos différences.

Ce fut l’émerveillement du début, mais cet attrait a quasi disparu des pratiques du mouvement.

Cette égalité et qualité d’écoute de la parole de chacun est la base principale de toute démocratie.

4/ l’équipe organisatrice à Montceau a tenu compte des retours qui ont suivi l’envoi du programme Elle a décidé de faire un test en vue des AdA suivantes, en programme complémentaire car le programme officiel était déjà fixé et emailé à tous. Elle a ajouté un OFF, comme à Avignon…

Elle a ainsi complété l’événement IN (officiel, l’AdA) de cet autre événement OFF (officieux, un festival d’informations), dans le même lieu et les même cantines pour les même participants.

Pour respecter les mandats décidés par les ronds points (élaborer et voter les textes communs), les mandatés étaient interdits de OFF à Montceaux, tous les autres y étaient conviés et bienvenus.

II – l’OBJECTIF de cet OFF

le OFF, c’est pour que chacun renforce ses actions, envies, idées, par rencontrer d’autres, s’informer, se connecter, se coordonner, trouver des idées, alliés, ressources

= extrait de … le OFF c’est quoi ? , texte fixé sur le panneau d’informations du OFF

III – la METHODE de cet OFF

En trois étapes, longtemps avant, juste avant, pendant.

1/ longtemps avant (= quelques jours),

L’organisateur en charge de cet OFF, Christian, a invité quelques intervenants externes pour des approches et informations hors pensée dominante.

– diverses conférences rebonds, sur différents thèmes (histoire de mouvements résistants … )

– une pièce de théâtre, sur Robespierre Thermidor Terminus,

2/ juste avant (= le matin avant l’arrivée des participants),

Le facilitateur retenu pour le OFF découvre l’espace (Barnum) et le programme initial (ci dessus).

Trouvaille, 2 grands panneaux OSB sont disponibles juste au milieu du mur extérieur de la salle de la plénière (le gymnase) et vite récupérés pour l’information du OFF,

– un panneau devient baptisé INSCRIPTIONS pour récolter les candidatures d’ateliers.

Il reçoit le topo1 (le OFF c’est quoi?), le 2 (ça marche COMMENT ?), et le 3 (inscrivez vous)

– l’autre panneau devient le PROGRAMME, avec titre, date, heure et lieu de chaque atelier retenu.

Aussi, de part et d’autre de ces deux panneaux du OFF, pour amener les participants lors de chaque fin de plénière, mise en place de l’exposition informaction, appréciée et qui attire beaucoup.

3/ pendant (= les deux jours)

Les ateliers se déroulent, prévus ou imprévus, inscrits ou pas inscrits, dans le Barnum ou ailleurs.

exemple d’atelier pas inscrit, un atelier actions d’une trentaine de participants discute dans l’écoute et le respect le Samedi soir en pause de 19h à 20h dans le Barnum du OFF. D’abord un groupe de 3 participants s’y est assis pour discuter actions (avec tous les téléphones mis de côté dans la tente voisine, anti espionnage high tech), vingt minutes après ils étaient devenus cet atelier = laisser des lieux disponibles, c’est déjà produire des opportunités pour se rencontrer et bien travailler.

exemple d’ateliers ailleurs = pas dans le Barnum du OFF,

– l’atelier IPGJ, pour Internet Protocol Gilets Jaunes, une réunion entre des acteurs gilets jaunes techniciens informatiques qui travaillaient déjà à distance ensemble et se retrouvent ici pour un point d’avancement collectif. A eu lieu dans l’espace stands et cantines.

exemple d’ateliers simultanés, à 15h30 Dimanche après midi,

– l’atelier coordination, dans le barnum du OFF, une structure collégiale avec une charte, chaque groupe local peut s’y inscrire pour élargir ses contacts avec les autres groupes inscrits.

– la pièce de théâtre Robespierre, dans la tente voisine squattée pendant que les groupes du travail officiel étaient dans la grande salle en plénière,

– l’atelier tour de France, à l’ombre entre deux camions de cantine dans l’espace des stands, pour se proposer des actions de communication par les Gilets Jaunes pendant le Tour de France.

Ces trois ateliers avaient bien été inscrits sur le programme à la même heure en ces 3 lieux distincts

exemple d’autres ateliers,

– l’atelier VIième république, où trois organisateurs intervenants simultanés ont animé pour enrichir les informations, idées, et connaissance de tous, avec prise de parole et écoute régulées dans le respect de l’autre, en témoignages de points de vue, sans « tu as tort » ou « j’ai raison »,

– l’atelier monnaies libres, la june, animé par un duo d’intervenants,

– beaucoup d’usages du lieu Barnum OFF par des groupes spontanés pour des sujets divers,

– … etc … Je n’ai plus les papers boards du programme, je circulais beaucoup, ne me suis pas arrêté à tous les ateliers et ne peux en citer ici que certains.

Annexe technique, les panneaux du OFF,

1/ sur le panneau INSCRIPTIONS (à gauche)

______________________

topo1/… le OFF c’est quoi ?

À l’AdA , les délégués mandatés rédigent et votent un TextE de synthèse par Axe = ils se mettent d’accord, ensemble.

au OFF chacun partage ses informations avec les autres, témoigne sur ses actions, découvre celles des autres = ce n’est PAS pour se mettre d’accord ensemble, c’est pour que chacun renforce ses actions, envies, idées par rencontrer d’autres, s’informer, se connecter, se coordonner, trouver des ides, alliés, ressources …:)

______________________

topo2/ le OFF ça marche COMMENT ?

Chacun inscrit son action en cours ou envie = il écrit le TITRE de l’atelier qu’il propose d’animer AVEC son prénom & téléphone

… puis chaque PARTICIPANT intéressé inscrit son rénom

… puis l’ATELIER devient PROGRAMME = est placé sur le PLANNING, par décision partagée (animateur = celui qui a inscrit l’atelier, avec son TELEPHONE / organisateur = Christain 06 33 47 73 58 / facilitateur = bruno 06 24 34 05 83)

à vos crayons! ?

______________________

topo3 présentations d’ATELIERS

– TITRE = 1 à 4 mots = une action en cours, une information, une envie …

– DESCRIPTION = maxi 18 mots

– ANIMATEUR = celui qui propose = prénom ET téléphone

– PARTICIPANTS = prénoms

______________________

topo4 inscriptions d’ATELIERS

… diverses feuilles blanches avec sur chacune plusieurs espaces à 4 lignes

– TITRE

– DESCRIPTION

– ANIMATEUR

– PARTICIPANTS

… etc …

______________________

2/ sur le panneau PROGRAMME (à droite)

une feuille par demi journée

= 4 feuilles, Samedi matin / Samedi après midi / dimanche matin : Dimanche après midi /

sur chaque feuille, pour chaque atelier programmé

HORAIRE, TITRE, DESCRIPTION, ANIMATEUR (prénom ET téléphone), LIEU

______________________

IV – CONCLUSION et PERSPECTIVES

Conclusion

1/ cet OFF fut un simple festival de partage d’informations séparées des intérêts financiers,

informations citoyennes, horizontales, démocratiques, alternatives, populaires, apartisanes, partisanes, transpartisanes … il y a foison de mots pour évoquer de sortir de l’overdose de désinformations injectées chaque jour par nos mass medias dominants soumis (sous mis) à l’argent.

Il s’agit de nous informer directement, démocratiquement, entre individus, dans l’égalité de la parole de chacun.

2/ malgré sa très grande dose d’improvisation, le OFF a très bien marché,

Tous les participants aux divers ateliers ont été contents que le OFF soit là. Ils y ont pratiqué des échanges sereins car sans exigence de se mettre d’accord, et fructueux car remplis de belles informations et acteurs. Pour beaucoup de participants ce fut l’opportunité de découvrir des informations, idées et alliés pour enrichir leurs propres représentations et actions déjà en-cours.

3/ avec à peine davantage de préparation cela peut se déployer et apporter beaucoup

… à peine davantage de préparation

– prévoir davantage d’espaces et lieux géographiques pour davantage d’ateliers simultanés,

– avant l’événement proposer les inscriptions et informer sur les ateliers déjà retenus,

– prévoir davantage de facilitateurs pour animer l’atelier quand celui qui inscrit le demande,

… cela peut apporter beaucoup

– entre Gilets jaunes. Ces ateliers permettent de mieux se rencontrer, s’informer, se connecter et s’écouter car sans aucun besoin de se mettre tous d’accord … et d’ainsi coordonner et renforcer des actions diverses dans le respect de la différence des approches et des acteurs.

– avec le grand public. Ces ateliers peuvent l’attirer vers les Gilets Jaunes, en y êtant écoutés et informés d’une diversité de points de vue et d’approches. C’est l’inverse d’un parti politique.

C’est un choix identitaire, quel mouvement veut-on être, un mouvement citoyen vers davantage de démocratie médiatique ou un mouvement partisan qui construit et diffuse ses revendications ?

Perspectives

1/ l’élaboration de décisions communes peut ne pas monopoliser le programme des AdA.

Fonctionner tous ensemble ne nécessite PAS de décider toujours tous ensemble. Je peux aimer les pommes et un autre non. L’autre est autre et doit rester autre, sinon ce n’est pas une démocratie.

A mes yeux l’excès des détails dans nos appels ou nos axes fabrique l’éloignement du grand public.

Vouloir trop de pensées communes, ne pas cultiver aussi la diversité des croyances et certitudes, cela cultive notre manque de familiarisation à nous écouter et notre difficulté à accueillir l’autre dans toute la diversité des points de vue. Cela nous fragilise et fragilise nos actions.

2/ l’envie de davantage de justice sociale et de démocratie peut nous unir bien plus nombreux.

Respecter l’immense diversité des individus dans toute population démocratique, nous familiariser à écouter toute la diversité de nos comportements et de nos actions, c’est ce que cet OFF a fait vivre.

3/ chaque groupe local de Gilets Jaunes peut organiser son festival de partage d’informations, éphémère (un événement, une AdA locale) ou permanent (aux ronds points ou dans tout autre lieu), pour mieux attirer le grand public, l’accueillir, l’intéresser et ainsi le rapprocher du mouvement.

4/ l’expérience de cet OFF peut éclairer le montage du programme de la prochaine AdA4,

Plus nombreux par mieux nous entendre ou de moins en moins nombreux par davantage d’accords sur trop de précisions, le programme retenu par les Gilets Jaunes pour la prochaine AdA4 pourra diminuer ou renforcer la diversité des actions utiles à nos envies, pourra éloigner ou rapprocher le grand public du mouvement … tout ceci est de mon point de vue, vu par mes yeux …

Brun

Publié le 10/07/2019

Sanctions contre les chômeurs : dix associations, collectifs et syndicats déposent un recours devant le Conseil d’État

Stéphane Ortega (site rapportsdeforce.fr)

En décembre 2018, le gouvernement d’Édouard Philippe alourdissait par décret les sanctions à l’égard des chômeurs, notamment ceux refusant par deux fois une « offre raisonnable d’emploi ». Depuis, la réforme de l’assurance chômage, qui sera promulguée par décrets dans l’été, devrait réduire les droits à l’indemnisation de plus d’un million de chômeurs.

 

C’était le cadeau de fin d’année du gouvernement. Le 30 décembre 2018 paraissait au journal officiel un décret prévoyant un contrôle accru des chômeurs et de nouvelles sanctions à leur encontre. Ainsi, le refus à deux reprises d’une offre dite raisonnable d’emploi entraîne la suppression pure et simple de l’indemnité pendant un mois. En cas de récidive, ce sont deux mois qui sautent, puis quatre pour un refus supplémentaire. Les mêmes sanctions sont applicables aux chômeurs s’opposant à l’actualisation de leur projet personnalisé d’accès à l’emploi. Celui qui justement permet de définir les « offres raisonnables d’emploi ».

Au mois de février 2019, l’Union syndicale Solidaires avait déposé une première requête sommaire devant la plus haute autorité administrative, à laquelle le gouvernement avait produit un mémoire en défense. Ce lundi 8 juillet à 11 heures, des associations et collectifs de chômeurs (AC, l’Apeis, le MNCP, Recours radiation, la Coordination des intermittents et précaires) ainsi que des syndicats (la CGT des travailleurs privés d’emploi, Sud emploi, Sud culture) ont déposé des écritures complémentaires à la requête initiale. Chaque structure produit des « interventions volontaires » auprès du Conseil d’État, sur un point particulier de la mise en question de la légalité du décret.

Le texte gouvernemental est contesté sur de nombreux points. Parmi ceux-là, le décret présente le tort de placer Pôle emploi en situation de juge et partie. En fait, l’organisme public devient à la fois l’organisme payeur et celui qui sanctionne les chômeurs en supprimant l’indemnisation. « Il s’agit d’une hégémonie de tous les actes professionnels. C’est Pôle emploi qui enquête, identifie les manquements, les évalue, prononce et applique les sanctions, puis instruit les recours quand les gens ne sont pas d’accord », explique Daniel Mémain de Sud Emploi. Avec pour incidence de faire vivre aux salariés de l’organisme public une souffrance éthique affirme le syndicaliste : « on nous empêche de faire notre travail réel qui est celui d’indemniser, de conseiller et d’orienter, pour donner la priorité à ces détections de manquements, à ces contrôles et aux sanctions ».

Un texte « inadmissible et destructeur »

Le flou et l’arbitraire du décret sont également attaqués, notamment le caractère automatisé des sanctions. « Le système industrialise des sanctions qui sont extrêmement lourdes, pouvant aller jusqu’à la suppression des revenus minimums qui normalement font partie des droits fondamentaux », explique Rose Marie Pechallat du collectif Recours radiation. Ainsi, au-delà de l’allocation chômage, les revenus de remplacement comme le RSA ou l’allocation spécifique de solidarité sont également dans le viseur notent les associations et les syndicats dans un texte commun. « Exclues de l’indemnisation et de Pôle emploi, ces personnes iront rejoindre la horde des invisibles », condamnent les signataires.

En vigueur depuis le début de l’année, le décret a déjà des conséquences très concrètes annonce Daniel Mémain de Sud Emploi. « Nous avons des menaces de suicides qui augmentent, des collègues qui sont très mal et écrivent à la direction pour signaler qu’ils ne peuvent plus travailler ainsi » s’alarme le syndicaliste qui espère une décision favorable le plus rapidement possible de la part du Conseil d’État. Parmi les nombreux arguments pour faire annuler le décret du gouvernement : les modalités de sa mise en œuvre. L’avocat des requérants a soulevé des manquements aux règles de procédure. Un élément que le gouvernement regardera peut-être avec attention avant la batterie de décrets que celui-ci doit signer dans l’été sur la réforme de l’assurance chômage.

 

Publié le 07/07/2019

Le mouvement citoyenniste « Nous Sommes » se présente aux municipales de Montpellier

par Le Poing (sitelepoing.net)

 

Près de 200 personnes ont assisté le 27 juin 2019 sur la place Salengro de Montpellier à la troisième agora du mouvement « Nous Sommes ».

En novembre 2018, le Poing se posait la question suivante : « ‘‘Nous sommes’’ va-t-il présenter un candidat aux municipales de Montpellier ? » Nous pouvons désormais répondre par l’affirmative, des membres de ce mouvement ayant affirmé publiquement lors de leur troisième « agora », place Salengro à Montpellier, le jeudi 27 juin, qu’ils allaient lancer leur campagne électorale « pour gagner » les élections municipales de 2020. Les journalistes du Poing sont allés s’asseoir sur les inconfortables tabourets de récup’ mis à disposition par les organisateurs lors du meeting pour percer le mystère de ces citoyens qui annoncent « vouloir faire de la politique autrement ».

 

Une agora aux allures de meeting

La réunion commence vers 18h, et plusieurs oratrices se relaient au micro, en s’excusant de nous faire subir la canicule « parce qu’on n’a pas pu avoir de salle ». Une première intervenante nous raconte l’histoire – ou plutôt la « story-telling » – de cette initiative, lancée en septembre 2018 lors d’un festival du mouvement citoyen et écologique Alternatiba. Dès le départ, la question de la démocratie est au centre des préoccupations : il s’agit de « faire de la politique autrement, en intégrant directement le citoyen dans les processus de décision, notamment par le biais d’une plateforme en ligne pour soumettre et débattre des propositions concrètes ». Depuis sa création, le mouvement, qui revendique « 180 personnes impliquées dont 70 actives », a organisé plusieurs « agoras », en plus des séances de porte-à-porte et de la rédaction collective d’un « livre blanc ». Ne parlez pas de programme, mais plutôt de « ce qu’on veut et de ce qu’on ne veut pas pour Montpellier », à savoir « redonner de la valeur aux biens et du sens à une consommation raisonnée », « rompre avec les logiques passéistes », « permettre une synergie entre les fonctions urbaines », « stopper la logique qui consiste à optimiser une fonction de la ville sans réfléchir aux effets négatifs », « mettre l’humain au cœur des politiques de sécurité » ou bien encore« renforcer l’instauration d’une démocratie permanente vivante ». Seulement voilà, lors de cette agora – qui, rappelons-le, se définit historiquement comme une assemblée des citoyens –, la parole ne sera jamais donnée au public, les oratrices se succédant selon un schéma prédéterminé. Le terme de meeting – qui n’a rien d’infamant – est donc plus approprié pour décrire la nature de cette réunion politique.

 

Un mouvement loin des luttes

Le meeting a été introduit par le discours d’une représentante de Barcelona en comú, un parti catalan qui a fortement influencé « Nous Sommes ». Ce parti, proche des populistes espagnols de Podemos, a remporté les élections municipales barcelonaises de 2015, faisant d’Ada Colau la maire de Barcelone. « On vient du mouvement social et on a conscience que les citoyens veulent une démocratie directe et radicale » a insisté la porte-parole de Barcelona en comú. Podemos, fondé en 2014, s’est en effet construit comme un débouché politique au mouvement social des indignés (2011-2012) – en reprenant notamment un slogan-phare des manifestants : « Sí se puede » (« Oui, on peut ! ») –, et il aspire désormais, en vain pour le moment, à gouverner avec les socialistes espagnols. Barcelona en comú revendique également une proximité avec les mouvements sociaux et les associations de voisinage : sa porte-parole Ada Colau s’est fait connaître en militant pour le droit au logement, mais elle a récemment été réélue à la tête de la mairie de Barcelone grâce au soutien d’un certain Manuel Valls. Le mouvement « Nous Sommes » tient quant à lui son origine d’un festival d’Alternatiba, et s’il s’est investi lors des marches pour le climat, il semble être resté largement hermétique aux luttes des gilets jaunes, dont le nom ne sera pas mentionné une seule fois lors du meeting, ce qui est tout de même cocasse pour un mouvement qui revendique vouloir « affaiblir les effets du capitalisme ».

 

Le spectre du citoyennisme

Les sympathisants et les animateurs de « Nous Sommes » avec qui nous avons discuté reconnaissent « l’utilité » des mouvements sociaux pour provoquer le changement, mais ils souhaitent avant tout « rassembler et non cliver » et sont convaincus qu’il faille « changer le système de l’intérieur » et ne pas « faire plaisir aux politiciens en leur laissant le pouvoir ». Cette recherche du pouvoir et du consensus s’exprime clairement dans le programme du mouvement : « nous soignerons l’écosystème entrepreneurial », « il n’est pas question ici de faire table rase du passé », « il faut s’assurer que les élu·e·s soient formé·e·s à ces méthodes collaboratives visant à stimuler et à nourrir l’intelligence collective », « nous savons qu’il faut circulariser notre économie », « nous ne pouvons pas organiser la résilience de notre territoire sans coopération », etc. En somme, « Nous Sommes » coche toutes les cases du citoyennisme, cette idéologie à la mode mettant le citoyen au cœur du renforcement des institutions étatiques comme un moyen d’humaniser le capitalisme. Du citoyennisme à l’électoralisme, il n’y a qu’un pas, allègrement franchi par « Nous Sommes ». Pas question cependant de rejouer l’union de la gauche promet une oratrice : « on est lassé d’entendre parler de cette hypothétique union »… Rhany Slimane, candidat malheureux aux élections européennes pour la France insoumise, s’investit depuis le début dans le mouvement : « ce n’est pas contradictoire avec mon engagement politique, parce qu’au niveau national, la France insoumise encourage à supporter les fédérations citoyennes pour les municipales, mais au niveau local, on veut se prémunir de l’ingérence des partis, même s’il y en a qui nous ont fait des appels du pied ». Les partis en question n’ont pas été cités, mais difficile de pas percevoir l’ombre d’Europe Écologie Les Verts, dont les ambitions politiques sont proches de celles de « Nous Sommes ».

 

Un mouvement qui souhaite humaniser le capitalisme sans le remettre en cause en se présentant aux élections tout en dénonçant les politiciens, c’est une rhétorique classique des élections municipales. Déjà, en 2014, Philippe Saurel, vieux briscard socialiste, avait conquis la mairie de Montpellier en présentant une liste hors-parti « citoyenne et écologiste » pour « faire de la politique autrement ». L’avantage d’employer ces expressions consensuelles aux contours mal définis – « fédération citoyenne », « mettre l’humain au cœur des politiques », « renforcer la démocratie vivante », etc – c’est ne s’engager à rien, et de laisser la liberté à celui qui entend ces mots de les définir comme il le souhaite. D’une manière générale, le meeting de jeudi dernier a été une véritable célébration de la novlangue : les orateurs nous ont affirmé qu’ils étaient « vraiment en mode gestion de projets », avant de nous inviter à des « world cafe » et des « funny mercredi ». Pendant ce temps-là, à quelques pas de là, la députée Muriel Ressiguier de la France insoumise tenait une conférence sur le « parler macronien »… Le meeting se voulait aussi interactif. Une oratrice a présenté trois candidats fictifs (le déprimé, celui qui trie ses déchets, et celui qui veut changer les choses) pour inciter le public à voter en faisant des chiffres avec les doigts, la main collée sur la poitrine, avant de s’étonner que le troisième candidat remporte tous les suffrages. Une autre oratrice a également fait répéter trois ou quatre fois au public, à la manière d’une animatrice pour enfants : « Montpellier sera ce que nous sommes ! » Que Philippe Saurel soit réélu ou non, il peut dormir tranquille : les citoyens qui veulent « faire de la politique autrement » sont toujours dans la place.

Publié le 06/07/2019

Bataille judiciaire compliquée pour les ouvriers Ford de Blanquefort

(site politis.fr)

Le tribunal de Bordeaux s’est déclaré incompétent pour statuer sur le licenciement collectif des 872 salariés. La CGT a immédiatement fait appel.

Devant le tribunal de grande instance de Bordeaux (TGI), les soutiens des ouvriers de l’usine Ford de Blanquefort venus en nombre n’auront pas été entendus. Ce mardi, la 6e chambre civile du TGI de Bordeaux s’est déclarée incompétente pour statuer sur l’absence de motifs économiques de licenciement des ouvriers, soulevée par l’organisation syndicale. La CGT a immédiatement annoncé faire appel de cette décision. Elle espère ainsi préserver les 872 emplois directs et 2 000 emplois induits menacés par le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) validé en mars par l’administration.

Il y a onze ans déjà, l’usine devait fermer, la décision était prise et paraissait inéluctable. Depuis onze ans, aux portes de Bordeaux, les ouvriers, qui fabriquent des boîtes de vitesse pour la firme américaine, se mobilisent, luttent et repoussent l'échéance. « Les usines n’intéressent personne. On ne parle d’elles que pour parler de leur liquidation. On ne parle de vous que pour parler de votre combat », résumait l’écrivain Didier Castino en novembre 2018 dans un livre de soutien aux ouvriers de Ford Blanquefort.

Le 4 juin dernier, la CGT Ford de Blanquefort assignait Ford Aquitaine Industrie (FAI) devant le tribunal de grande instance de Bordeaux avec la volonté d’aboutir à une « décision historique qui pourrait faire jurisprudence pour toutes les fermetures d’usines ». Le but de la manœuvre : « Obtenir une décision de justice déclarant l’illégalité des licenciements afin de les invalider pour cause d’absence de motif économique avant leur entrée en vigueur », rappelle Philippe Poutou, délégué syndical CGT de l’usine, interrogé hier.

Abus du droit de propriété

Le syndicat peut s’appuyer sur une jurisprudence large reconnaissant les licenciements des salariés de Molex, Moulinex et Continental comme abusifs. Mais l’enjeu réside ici dans les délais des décisions de justice. Alors que celle-ci a mis cinq ans à reconnaître que l’usine Continental était viable, ou encore sept ans pour juger que le licenciement des salariés de Molex était « sans cause réelle ni justifiée », la CGT espère obtenir une décision du tribunal de Bordeaux avant que Ford ne plie bagages. La puissante centrale ouvrière se bat ainsi pour sauver les emplois, pas pour l’augmentation des indemnités de licenciement.

Il y a un mois, dans la salle d’audience du tribunal de Bordeaux, la CGT Ford, défendue par l’avocat Philippe Brun, spécialiste des batailles contre les licenciements décidés par les usines en bonne santé, plaidait l’abus du droit de propriété à l’encontre de la filiale du constructeur automobile. Une première pour un conflit social d’une telle envergure. L’organisation syndicale demandait au tribunal d’« annuler la fermeture de l’usine » en invalidant le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), et de condamner Ford à 300 000 euros d’amende.

Dans l’espoir de faire plier le constructeur automobile, Philippe Brun s’était appuyé sur un angle mort de la loi Florange. Votée en 2013, cette loi impose à une entreprise souhaitant fermer une usine de chercher un repreneur, mais elle ne la contraint pas à la vendre, même si le projet est crédible. Le Conseil constitutionnel avait en effet jugé que l’obligation pour un employeur d’accepter une offre sérieuse ainsi que la compétence confiée au tribunal de commerce pour l’apprécier constituaient une atteinte au droit de propriété et à la liberté d’entreprendre. Au cours de l’année, Ford a refusé à deux occasions l’offre de rachat, désormais caduque, de l’entreprise strasbourgeoise Punch Powerglide, pourtant appuyée par l’État et les syndicats.

Fermeture de six usines d’ici la fin de l’année prochaine

Les récentes évolutions du droit du travail pourraient bien faire de ce procès l’un des derniers du genre. Ces derniers temps, la loi travail et les ordonnances Macron ont considérablement facilité les licenciements économiques au sein des entreprises. « On est sur une période de transition, admet Philippe Poutou. Soit ça bascule dans la liberté complète pour les entreprises de licencier, soit on arrive, par des victoires comme la nôtre et les combats que mèneront les autres, à éviter ça. » Pour faire pression sur la décision de justice avant qu’elle ne soit rendue par le tribunal, le syndicat a saisi l’Organisation internationale du travail ainsi que le Comité européen des droits sociaux. Sans toutefois pouvoir espérer obtenir l’ingérence des deux organismes avant que les notifications de licenciements ne prennent effet, le 1er octobre prochain.

Loin de mettre un terme à la bataille juridique entre Ford et la section syndicale, la décision du TGI sera suivie, ce jeudi 4 juillet, de la décision de la cour d’appel de Bordeaux sur l’engagement, en 2013, de Ford à maintenir 1 000 emplois à Blanquefort. En première instance, le tribunal avait considéré que cet objectif n’était pas tenu, malgré les promesses faites par le constructeur. Philippe Poutou résume pour Politis :

L’affaire remonte à deux ans, avant les annonces de l’abandon de l’usine par Ford, et il est vrai qu’aujourd’hui cette procédure paraît un peu décalée, mais cela serait bizarre que les deux décisions de justice rendues cette semaine ne correspondent pas.

La semaine dernière, Ford annonçait que son plan de restructuration allait entraîner la suppression de 12 000 emplois et la fermeture de six usines d’ici la fin de l’année prochaine en Europe. Dans un essai de soutien à la lutte des ouvriers du site de Blanquefort pour la préservation de leur emploi, le romancier Laurent Binet résumait la situation : « Ford et le fordisme : c’est ici que tout a commencé et c’est donc ici que tout finira. Vie et mort de l’industrie. »


 

par Antoine Cariou

 

Publié le 05/07/2019

 [TRIBUNE] Trains des primeurs, 15 jours pour gagner !

25 personnalités appellent à la mobilisation pour sauver la ligne de fret ferroviaire Perpignan-Rungis.

(site regards.fr)

15 jours. Voilà la durée de vie qu’il reste au train des primeurs. Alors que nous ne cessons d’alerter, depuis des mois, sur la mort du dernier train de fruits et légumes de France, rien n’est fait. Pire gouvernement, direction de la SNCF et chargeurs jouent un jeu de dupes, se renvoyant continuellement la responsabilité, avec pour unique objectif de fermer la ligne sans faire de bruit. La messe de mise à mort est annoncée pour le 12 juillet !

Alors que les enjeux écologiques sont immenses, que le compte à rebours a commencé, il est totalement irresponsable de supprimer un train qui, chaque jour, amène 1200 tonnes de fruits et légumes frais, depuis la plateforme Saint-Charles de Perpignan au MIN de Rungis, pour le remplacer par 25.000 camions. Un chiffre qui témoigne de l’ampleur du crime écologique, car il s’agit bien d’un crime que s’apprête à commettre le gouvernement : chaque train supprimé équivaut à 44 tonnes de CO2 dans l’atmosphère ! La vie de nos enfants est-elle moins importante que le poids des lobbys routiers ?

Derrière les mots, il y a les actes. Ce sont eux les véritables juges de paix. Et nous sommes loin du compte ! Si le gouvernement affiche une volonté d’atteindre la neutralité carbone en 2050, aucune décision concrète n’est prise pour engager un véritable report modal de la route vers le rail. Pire, en votant un pacte ferroviaire qui privatise l’activité fret SNCF en la transformant en SAS, Emmanuel Macron entend sonner le glas du fret ferroviaire public. Or, nous savons que le transport est le principal émetteur de gaz à effet de serre du pays (30%). Plus de 95% sont issus du mode routier, qui émet 130 millions de tonnes équivalent CO2. Un chiffre qui s’est accru de 39%, entre 1990 et 2015.

Les conclusions du rapport du Haut Conseil pour le climat sont un rappel à l’ordre sévère pour la majorité présidentielle. Sa présidente, Corinne Le Quéré, indique que « tant que l’action, en réponse au changement climatique, restera à la périphérie des politiques publiques, la France n‘aura aucune chance d’atteindre la neutralité carbone en 2050 ». Pourquoi ne pas se saisir du train Perpignan-Rungis pour engager une grande politique publique autour du fret ferroviaire ? Demain nous savons que le volume de marchandises transporté en France va exploser, augmentation de 45,2% des volumes de marchandises transportés, par la route, d’ici à 2030 et de 85,92 %, d’ici à 2050. Nous devons, dès aujourd’hui, lancer un grand plan d’investissement public pour que l’ensemble des MIN et ports de France soient embranchés au réseau ferroviaire. Faisons de l’intermodalité une arme contre le réchauffement climatique. Il y a urgence !

Oui la France est dans le rouge et le thermomètre chauffe dangereusement ! Selon une étude de « nature climate change », les chances de rester sous les deux degrés, d’ici la fin du siècle, sont de l’ordre de 5%. Si nous constatons une baisse des émissions de gaz à effet de serre (-1,1%), le rythme de baisse est insuffisant et largement en deçà des objectifs fixés par la Stratégie nationale bas carbone (-1,9%). Une diminution qui doit être portée à -3,3% à l’horizon 2025 ! Sans un changement complet et profond de notre modèle économique, en rupture avec les logiques libérales, il sera impossible d’atteindre cet objectif. Allons-nous regardez la planète se consumer sans agir ?

Comment comprendre, alors que nous traversons des pics de pollution, de plus en plus répétitifs, que des automobilistes et, à juste titre, se voient infliger des restrictions de circulations, tout en assumant de jeter des milliers de camions sur nos routes déjà saturées ! Pour rappel, sur l’A86 à hauteur du MIN de Rungis, un camion passe toutes les six secondes. De l’autre côté, au point frontière du Perthus, sur l’autoroute A9, plus de 9000 camions passent par jour. Entre Perpignan et Narbonne, ce sont 11.000 camions jours ! Quelle hypocrisie !

Lors de son discours de politique générale, le 12 juin dernier, Édouard Philippe affirmait que les 12 prochains mois du quinquennat Macron seront ceux « de l’accélération écologique ». De son côté, la ministre des transports, Élisabeth Borne, se dit consciente « de la nécessité de faire plus » sur la pollution. Il est temps de passer des discours aux actes !

Allons-y ! Sans attendre ! Dites non aux 25.000 camions supplémentaires sur les routes ! Déclarez cette ligne d’intérêt national et confiez le monopole de gestion à fret SNCF, pour que vive le train des primeurs !

Nous lançons aujourd’hui un appel à la mobilisation générale !

Citoyen-es, élu-e-s, syndicalistes, militant-es associatifs, ensemble mobilisons-nous pour mettre le fret ferroviaire public au service de la survie de notre planète.

 Manon Aubry, députée européenne LFI,
 Olivier Besancenot, membre du NPA,
 Laurence de Cock, historienne,
 Laurence Cohen, sénatrice PCF du Val-de-Marne,
 Maxime Combes, économiste et porte-parole d’ATTAC ,
 Emmanuelle Cosse, ancienne ministre du logement,
 Karima Delli, députée européenne EELV,
 Elsa Faucillon, députée PCF des Hauts-de-Seine,
 Olivier Faure, secrétaire national du PS,
 Christian Favier, président PCF du conseil départemental du Val-de-Marne,
 Yannick Jadot, député européen EELV,
 Sébastien Jumel, député PCF de Seine-Maritime,
 Aurore Lalucq, députée européenne Place publique,
 Mathilde Larrère, historienne,
 Jean-Luc Mélenchon, député LFI des Bouches-du-Rhône,
 Mathilde Panot, députée LFI du Val-de-Marne,
 Carine Petit, maire Génération.s du 14ème arrondissement de Paris,
 Thomas Porcher, économiste,
 Thomas Portes, responsable national du PCF en charge du collectif des cheminots,
 François Ruffin, député LFI de la Somme,
 Pascal Savoldelli, sénateur PCF du Val-de-Marne,
 Isabelle Saporta, journaliste,
 Gabrielle Siry, porte-parole du PS,
 Sophie Taillé-Polian, sénatrice Génération.s du Val-de-Marne,
 Marie Toussaint, députée européenne EELV,
 L’ensemble des député-e-s français-e-s et européen-ne-s de la France insoumise.

 

Publié le 04/07/2019

Parlons (Inter) Net

 

Portrait d’un imposteur, charlatan, facho, stipendié par la CIA, belliciste et misogyne (j’en oublie).

 

Eduqué par un précepteur nazi envoyé au Tibet par Hitler, il a été jusqu’en 1959 le chef d’une théocratie si féroce que « son peuple » martyr, avec une espérance de vie de 37,5 ans, était en danger de disparition.

En avril 1999, il a lancé un appel au gouvernement britannique afin qu’il libère l’ex-dictateur fasciste chilien Augusto Pinochet, arrêté au cours d’une visite en Angleterre (1).

Il était l’ami du gourou japonais de la secte Aum, Shoko Asahara qui le sponsorisait et qui a défrayé la chronique de l’horreur en faisant gazer au sarin des passagers du métro de Tokyo le 20 mars 1995.

Il est subventionné depuis 1959 par la CIA. En 1998, son représentant à Washington a avoué : « C’est un secret dévoilé, nous ne le contestons pas. »

Le 27 juin 2019, il s’est exprimé à la BBC sur l’immigration en Europe, qu’il souhaite limitée, faute de quoi « l’Europe pourrait devenir « musulmane ou africaine ». Elargissant le slogan de nos fascistes (« La France au Français ! ») il a déclaré « Europe is for Europeans ».

Le « chef » si peu spirituel d’une frange minoritaire des bouddhistes envisage de se réincarner en femme, mais « il faudra qu’elle soit attirante ». Il n’a pas dit : « je ne me vois pas en boudin », mais on l’a entendu.

Despote, charlatan, facho, stipendié par la CIA, belliciste (partisan de la guerre en Irak et en Afghanistan), misogyne, tel est l’individu que notre site dénonce depuis des années dans de nombreux articles (2) quand la classe politico-médiatique se prosterne devant lui.

Théophraste R. Auteur du pamphlet (que j’hésite à publier) : « Le dalaï lama est un sale con ».

Notes.
(1) Pendant les 25 années d’emprisonnement de Nelson Mandela, il s’est tu. C’est pourquoi, malgré ses efforts, et contrairement à Raul Castro, il n’a pas été autorisé à assister aux funérailles du leader Sud-Africain en décembre 2013.
(2) Voir aussi le livre : « Dalaï lama pas si zen  », de Maxime Vivas (Editions Max Milo, 2011).

 

Publié le 26/06/2019

Affaire Legay : les gendarmes en service à Nice ce jour-là ont refusé les ordres du commissaire
de : nazairien
 

(site bellaciao.org)

Dans quelles circonstances la chute de Geneviève Legay est-elle survenue à Nice le 23 mars ? Si l’enquête a dans un premier temps semblé piétiner, les gendarmes ont livré leur rapport : l’usage de la force était disproportionné, selon eux.

https://francais.rt.com/france/6325...

Le site d’investigation Mediapart a eu accès à un rapport des gendarmes décrivant l’opération du maintien de l’ordre le 23 mars à Nice au cours de laquelle la militante Attac Geneviève Legay a été blessée lors d’une charge contre les manifestants Gilets jaunes. Selon les militaires répondant au ministère de l’Intérieur, l’usage de la force ce jour-là était « disproportionné ». Le rapport, fait savoir Mediapart, indique également que les gendarmes ont refusé de participer à la charge en question, en désaccord avec l’ordre du commissaire de police qui l’a ordonnée.

« Observations sur la mission confiée » annonce sobrement le document transmis par les gendarmes le 25 mars à la direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN) où sont consignées, à en croire Mediapart, « des divergences sur le dispositif de manœuvre, incompatibilités qui ont conduit le capitaine de gendarmerie à ne pas engager son escadron (près de 70 hommes) dans la charge décidée par le commissaire Rabah Souchi, responsable des opérations. »

Le site précise que les manifestants ne présentaient à ce moment « aucun signe d’hostilité » et que le rapport des gendarmes fait état d’« une foule calme ». Un officier de police anonyme avait déjà livré son commentaire à Mediapart à propos de cette charge devenue tristement célèbre : « Il s’agit d’une phase lors de laquelle le dialogue est privilégié car possible si la menace en face est faible. Le but du maintien de l’ordre en France est de ne pas être au contact physique, ce qui est, d’ailleurs, en train d’être remis en question aujourd’hui. L’usage de la force doit répondre entre autres aux principes de nécessité absolue, de proportionnalité et de gradation. »

Il existe des dispositions du code pénal et du code de la sécurité intérieure qui encadrent l’usage de la force : si cet emploi n’est pas justifié, il est illégal

Une vague de refoulement aurait pu être envisagée à ce stade, avec les bâtons souples de défense rangés sur le côté, ainsi que les boucliers qui auraient pu être portés en position latérale et non frontale et les casques éventuellement enlevés. Les ordres reçus ont donc été jugés disproportionnés par l’escadron de gendarmerie. Il s’agit d’un fait exceptionnel.

Un général de gendarmerie contacté par Mediapart abonde : « Il faut toujours garder en tête que le contact avec les manifestants et le recours à la force sont l’ultime réponse. Il existe des dispositions du code pénal et du code de la sécurité intérieure qui encadrent l’usage de la force. Et si cet emploi n’est pas justifié, il est illégal. » Et de souligner qu’il existe « le devoir de désobéir » dans ce type de cas très précis « où l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public », selon le code de déontologie de la police et de la gendarmerie.

Concernant le rapport des gendarmes, l’avocat de Geneviève Legay, Arié Alimi, s’est dit « surpris d’apprendre l’existence d’un tel document » et s’étonne qu’il n’ait « pas été porté à la connaissance des juges d’instruction » en charge de l’affaire.

L’enquête initiale a connu un parcours particulier : dès le 25 mars, soit deux jours après la chute de Geneviève Legay, le procureur de Nice avait affirmé qu’aucun heurt ne s’était produit entre la militante et les forces de l’ordre. Or cette enquête préliminaire avait été confiée à une commissionnaire divisionnaire qui n’était autre que la compagne du commissaire qui avait ordonné la charge (Rabah Souchi). Cette dernière avait en outre participé elle-même à cette opération de maintien de l’ordre. Le procureur avait dû démentir sa propre déclaration le 29 mars et avait ensuite confié l’enquête à trois juges d’instruction. Le dossier sera examiné par la cour de Cassation le 10 juillet. Quelles conséquences pour les policiers ?

Le 30 mai, le journal Le Parisien révélait la déposition du major de police impliqué dans la chute de Geneviève Legay, document étonnant dans lequel, le fonctionnaire exprimait ses regrets : « Je suis surpris, je pensais sincèrement avoir poussé un homme, je n’ai rien d’autre à dire, c’est malheureux pour Madame Legay. »

Contacté par RT France le 21 mars, un policier du Collectif autonome des policiers d’Ile-de-France avait déjà confié : « Qui devra assumer les conséquences en cas de blessure grave d’un casseur ou d’un manifestant ? La nouvelle doctrine, c’est quoi ? C’est de leur rentrer dedans ? On a des flics frustrés, fatigués et qu’on incite souvent à se désengager et à fuir même... Alors la réplique de fermeté du gouvernement, elle est à double-tranchant pour nous ; nous, les policiers, il va falloir que nous fassions plus attention que jamais, parce que si nous sommes inquiétés par l’IGPN [Inspection générale de la police nationale], le ministre de l’Intérieur ne sera pas là pour nous tenir la main. Le fonctionnaire concerné sera tout seul. »

Joint par RT France le 22 mai, le porte-parole de l’Union des policiers nationaux indépendants, Jean-Pierre Colombies, avait défendu une position similaire à propos de l’affaire du policier renvoyé aux assises pour avoir éborgné un manifestant en 2016 : « Après les manifestations des Gilets jaunes, il y aura des dizaines d’autres cas similaires. Les flics seront comptables de leurs actes et pas [le ministre de l’Intérieur] Christophe Castaner, qui devrait pourtant assumer ses instructions de fermeté. Mais à la limite, les collègues auraient dû y réfléchir avant et faire preuve de discernement lorsqu’ils ont été confrontés à des ordres débiles.

Ce ministre a fait sauter toute la préfecture de police de Paris pour se couvrir, vous croyez qu’il va aller défendre des pauvres flicards aux assises ? A titre personnel, je l’ai assez dit sur tous les plateaux où j’ai été invité : l’autorité suprême peut bien donner le feu vert aux policiers d’agir comme certains ont agi, mais l’autorité judiciaire, elle, fait son travail, elle ouvre des procédures et lorsqu’on arrive aux assises, ce sont les jurés qui décideront, là on ne maîtrise plus rien, et le policier risque plus de dix ans de prison ferme. »

 

Publié le 25/06/2019

Revenu universel d’activité: attention danger!

Emmanuel Macron a annoncé, le 13 septembre 2018, le lancement d’un plan de lutte contre la pauvreté, qui intégrera la mise en place d’un « revenu universel d’activité ». Les associations signataires de cette tribune veulent pointer les risques de ce projet et en appellent à de véritables mesures d’amélioration du système de protection sociale.

Le revenu universel d'activité (RUA) vise à fusionner plusieurs minima sociaux, avec au minimum la prime d’activité et le Revenu de solidarité active (RSA). Il est également envisagé d’intégrer les aides personnalisées au logement (APL), ainsi que des allocations ciblant un public spécifique comme l’allocation aux adultes handicapés (AAH) et l’allocation supplémentaire d’invalidité (ASI), entre autres.

Le RUA sera aussi conditionné à « l'obligation d'inscription dans un parcours d'insertion, qui empêche de refuser plus de deux offres raisonnables d'emploi ou d'activité. » Le risque est donc grand que ce « revenu » soit conditionné à une démarche d’insertion par l’emploi, alors que la plupart des aides actuelles sont liées à un niveau de vulnérabilité (AAH, ASI) ou de ressources (APL).

Ainsi, après avoir organisé le naufrage de l'assurance chômage, qui coupera les droits de centaines de milliers de personnes, les minima sociaux vont se retrouver une nouvelle fois sous tension. Même sans réforme, les budgets augmenteront donc de manière exponentielle par cet afflux de nouveaux allocataires potentiels, alors même que le RUA est pour l’instant prévu à budget constant. 

Sortir de la pauvreté doit être un droit inconditionnel pour toutes et tous

Alors même que 5,6 millions de personnes sont actuellement au chômage total ou partiel, il n’existe que 524 000 offres d’emplois à pourvoir. Les discours culpabilisants sur la culture d’assistanat des chômeurs et, plus largement des allocataires des prestations sociales, reposent sur une vision erronée de la société prétextant qu’il suffirait de « traverser la rue » pour trouver un emploi.

L’emploi n’est pourtant pas systématiquement source d’insertion ou de réalisation personnelle. Il est aussi parfois facteur de souffrance, déclencheur de pathologies (surmenage, perte de sens, dépressions, maladies professionnelles...), mais également d’exploitation dans le cas des travailleurs·ses précaires (la France en compte entre un et deux millions, dont une majorité de femmes).

Placer sous condition le droit à la protection sociale est contraire aux principes de solidarité et de justice. Cela reviendrait à infliger une double peine aux publics concernés. Rien ne justifie de maintenir des personnes dans la pauvreté sous prétexte qu’elles n’accepteraient pas d’agir sous injonction (par du bénévolat forcé par exemple, tel qu’envisagé par le Premier Ministre).

Des lignes rouges à ne pas franchir

La concertation organisée par le gouvernement sur le projet de RUA a débuté le 3 juin dernier. L’hypothèse que la réforme se ferait à budget constant est une option sur la table, ce qui ferait de très nombreux perdants parmi les allocataires actuels.

Nous, associations signataires craignons qu’une telle réforme porte préjudice aux plus précaires. Un exemple à ne pas suivre est celui du crédit universel britannique qui, sous couvert de simplification, n’a fait qu’aggraver la précarité mais aussi renforcer le contrôle des plus vulnérables. 

Nous appelons à un débat large et transparent, et préconisons d’ores et déjà d’exclure les mesures suivantes :

→ Le conditionnement du RUA à l’acceptation d’une des deux offres d’emploi jugées « raisonnables » par l’administration. Cela n’aboutirait qu’à un contrôle abusif des demandeurs·ses d’emploi et les obligerait à accepter un emploi à n’importe quel prix.

→ Le bénévolat forcé : il est impensable de conditionner des aides sociales à des heures de bénévolat. Cela reviendrait à conditionner la survie des bénéficiaires à du travail forcé.

→ La lutte contre la pauvreté avec des moyens constants : le gouvernement a annoncé vouloir simplifier le système de protection sociale, ce qui est entendable au vu de sa complexité actuelle. Mais pour lutter contre le non-recours aux aides sociales qui touche près de 30 % des allocataires potentiels, il est indispensable de mobiliser des moyens supplémentaires, sans quoi cela reviendra à partager le budget actuel, déjà insuffisant, entre un plus grand nombre de personnes.

→ Une fusion de l’ensemble des minima sociaux : alors qu’il faudrait tendre vers l’inconditionnalité des minima sociaux, certaines aides comme les APL ou l’AAH, en étant intégrées au RUA, risqueraient de devenir elles aussi conditionnées à une démarche d’insertion, alors qu’elles ont été conçues pour pallier un manque de ressources.

→ Le « tout numérique » : aujourd’hui, le conditionnement des prestations sociales va souvent de pair avec une lourdeur administrative et des démarches en ligne obligatoires. Le non-recours est en partie dû à ce problème de fracture numérique, puisque 20 % de personnes en France ne parviennent pas ou ont du mal à effectuer des démarches dématérialisées.

Égalité sociale, liberté individuelle et organisation collective

L’inconditionnalité d’un revenu socle devrait être au cœur du projet gouvernemental. Nous estimons que le projet du gouvernement devrait intégrer les principes suivants :

  • Automatisation du versement des aides sociales, pour lutter contre le non-recours et simplifier les démarches administratives.
  • Élargissement du RSA aux 18-25 ans, un public aujourd’hui particulièrement touché par la précarité.
  • Individualisation des prestations sociales – par opposition à la notion de « foyer fiscal », pour assurer une véritable autonomie des personnes et l’indépendance notamment vis-à-vis dude la conjoint·e.
  • Garantie qu’aucun allocataire actuel ne soit perdant à l’issue de cette réforme.

Notre système de protection sociale est aujourd’hui largement perfectible, mais les intentions affichées par le gouvernement avec le projet de RUA nous inquiètent profondément, en dépit de la concertation lancée récemment. Nous, associations signataires, appelons à un débat de fond sur ce projet. Il est urgent de promouvoir des mesures ambitieuses pour sortir l’ensemble de nos concitoyen·ne·s de la pauvreté.

 

Organisations signataires :

AequitaZ ; Assemblée des citoyens du monde ; Collectif Roosevelt Ile de France ; Emmaüs France ; Ligue des droits de l’Homme (LDH) ; Mouvement Français pour un Revenu de Base (MFRB) ; Mouvement National des Chômeurs et Précaires (MNCP).

Témoignages :

« Le regard sur les chômeurs n'a cessé de se durcir. On cherche à nous faire croire qu'il y a des bons et des mauvais chômeurs. Il y a ceux qui cherchent du boulot et ceux qu'il faut contrôler et sanctionner. Mais on ne cherche pas à comprendre l'impact que ça peut avoir quand ça fait deux ans que vous enchaînez les refus, que vous avez fait tout l'annuaire mais qu'il y a toujours quelqu'un qui finit par vous passer devant. Ce sont toujours les mêmes qui vont prendre une claque dans la gueule. On ne parle jamais de cette violence-là. » Marc Desplats, membre du Mouvement National des Chômeurs et Précaires

« J'ai travaillé pendant de nombreuses années dans une grande entreprises de télécommunications. J'ai vu comment la « gestion managériale» s'est transformée en industrie à broyer des salariés. On finit par devenir des robots, sanctionnés pour avoir eu le malheur de dire « bonjour » au téléphone parce que ça nous faisait perdre en compétitivité... Si le travail nous rend inhumain, il faudra finir par s'interroger sur le bien-fondé de notre système actuel qui l'encense sans poser la moindre question sur sa nature ou ses conditions... » André Barnouin, membre du Mouvement National des Chômeurs et Précaires 

« On ne peut pas vivre des minima sociaux aujourd'hui. On peut à peine survivre. Mais ça n’intéresse personne. Depuis le temps qu’on demande à être reçus par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités donc aussi des Précaires… Mais on n’est jamais entendus, jamais à la table des négociations. Il faut se rendre à l’évidence, quand vous êtes chômeurs, précaires, vous finissez par être complètement invisible. Pourtant nous contribuons aussi à l’économie nationale par la TVA. Aujourd’hui, ce n’est pas d’un RUA dont nous avons besoin, mais d’un véritable revenu universel, individuel et inconditionnel. » Isabelle Maurer, membre du MNCP, RSA 68 et MFRB

« Le revenu universel d’activité n’aura d’universel que le nom. Il ne répond pas aux trois critères définissant un revenu de base : il ne sera pas universel puisqu’il ne ciblera que les personnes en recherche d’emploi. Il ne sera pas inconditionnel puisqu’il s’agira d’accepter une des deux offres d’emploi proposées jugées « raisonnables » par l’administration. Et il ne sera pas non plus individuel puisqu’il n’est pas prévu de revoir dans ce projet le modèle du foyer fiscal ». Nicole Teke, membre du Mouvement Français pour un Revenu de Bas

 

Publié le 24/06/2019

« À d’autres ! »

A propos des médias, du langage et de la parole : un tract de l’assemblée des gilets jaunes de Belleville

paru dans lundimatin#197, (site lundi.am)

 

Nous publions ce tract transmis par l’assemblée des Gilets jaunes de Belleville à Paris. Le texte met en regard l’inactualité médiatique du mouvement des gilets jaunes et son ancrage croissant dans la réalité. Une réalité qu’a contrario gouvernants et journalistes quittent à grande vitesse.

Fascistes, racistes, antisémites, homophobes, haineux, vermines, poujadistes, populistes, putschistes, complotistes, idiots, jojos, gueux… sans oublier le plus important : feignasses. Vraiment, vous avez l’embarras du choix, parmi toutes les bonnes raisons que les « élites » (car elles existent) tiennent libéralement à votre disposition, pour condamner les Gilets jaunes et pour vous condamner à l’impuissance par la même occasion.

De novembre à juin, on se sera servi d’un arsenal d’anathèmes finalement aussi accablants que monotones pour claquemurer ce qui s’est réveillé avec le mouvement des Gilets jaunes. Soyons clairs, comme les journalistes savent l’être quand ils ont un message à faire passer : nous étions fascistes, racistes et homophobes dès novembre ; nous étions d’extrême-droite, antisémites et manipulés en décembre ; puis toujours manipulés, mais aussi séditieux, haineux et putschistes (et homophobes, bis) fin décembre ; en janvier, les choses se précisaient : en plus d’antisémites donc, nous étions manipulés par l’extrême droite, infiltrés par l’ultragauche, idiots au point d’appeler au meurtre, encore et toujours homophobes ; antisémites, racistes, d’extrême-droite en février ; antisémites, homophobes, d’extrême-droite et décidément idiots en mars ; idiots utiles mais vermines quand même en avril ; de nouveau manipulés et d’extrême-droite en mai ; d’extrême-droite, c’est un scoop, en juin… Il est tout de même assez étonnant qu’ait échappé à la sagacité des observateurs que nous mangions nos enfants et que nous appelions à l’entière destruction du système solaire, et au chaos cosmique, pour faire bonne mesure.

Pour varier les plaisirs, la plupart des médias ont récemment adopté une tactique éprouvée : minimiser l’inqualifiable phénomène que représente d’ores et déjà la persistance du mouvement des Gilets jaunes, en occultant purement et simplement cette persistance qui détermine pourtant de part en part la période. En avril et en mai, il fallait faire le calme pour ramener les gens dans les bureaux de vote. Désormais, la plaisanterie a assez duré. Il est temps de reprendre une activité normale, puis de partir en vacances, pour celles et ceux qui peuvent se le permettre. On connaît la vieille ruse de l’information : ce dont on ne parle pas n’existe pas. Effet performatif. On parlera donc de moins en moins des Gilets jaunes. La menace est passée, d’ailleurs le mouvement se dégonfle.

On aurait dû le savoir, puisque le mouvement des Gilets jaunes est né asthmatique, essoufflé dès ses premiers pas. Huit mois qu’il braille et renverse les bibelots sur son passage, huit mois qu’on nous répète, qu’on nous assène sur tous les tons : le mouvement s’essouffle. Et puis il s’est essoufflé, n’est-ce pas. Inexorablement, il a continué de s’essouffler. Il n’en finit pas de s’essouffler d’ailleurs. Il s’essouffle encore et toujours. On pourrait même dire qu’il passe son temps à s’essouffler. Il s’essouffle à force d’enthousiasme. Aux dernières nouvelles, nous sommes à bout de souffle. Comme à Paris le 16 mars ou à Montpellier le 8 juin. Comme lors des Assemblées des Assemblées. C’est dingue ce que nous aimons l’essoufflement. Ça doit être l’effet pervers des gaz que nous respirons goulument. Mais bien sûr ce n’est pas à cause de la répression massive qui nous a touchés, nous, nos proches et nos semblables, incarcérés, blessés ou terrorisés, ni à cause de la calomnie qui l’a secondée avec ferveur, nous isolant dans une condamnation morale et une suspicion savamment entretenue : c’est bien parce qu’il était dans la nature de notre mouvement d’avoir le souffle court. Tout le démontre. Non ?
Les gouvernants et leurs journalistes le démontrent, il suffit de les écouter, eux qui se sont enfoncés dans le mensonge proclamé comme une vérité, un mensonge sans retour, et dans le déni halluciné d’une réalité incompatible avec le logiciel qui bourdonne sous leur crâne. Cela va même au-delà de l’arrogance et du mépris ; c’est l’inquiétante tentative d’un gouvernement aux abois d’imposer un discours faux sur le réel, d’instaurer un délire autoréalisateur et glaçant en lieu et place de tout langage humain. Cette chose curieuse qu’on appelle « l’information » s’est mise à croire à l’effet de ses propres annonces. Vous le savez bien. Si l’on réprime les manifestants, c’est pour défendre le droit de manifester, tout comme on organise des « grands débats » pour clarifier le débat des rues, et qu’on ferme des hôpitaux pour défendre plus efficacement l’avenir de l’hôpital. Cela va sans dire.

Ainsi donc, les Gilets jaunes ne seraient plus d’actualité. Et ça tombe plutôt bien en définitive, car nous n’en avons rien à carrer de rentrer même inconfortablement dans un quelconque agenda politicien, ni d’être « à la mode » (sauf peut-être pour les enfants, vos enfants aussi, dans les cours de récréation, qui ne jouent plus aux cowboys et aux indiens mais aux flics et aux Gilets jaunes, avec comme par hasard une nette préférence pour ces derniers). Nous sommes prêts à céder la place dans « l’actualité » à celles et ceux qui y tiennent tellement, qui la fabriquent de toutes pièces, pour nous occuper du réel qui les menace constamment.

Nous sommes cette constance. Nous sommes la profondeur du réel.

Les Gilets jaunes incarnent l’unité fabuleusement foutraque d’une critique véloce, d’une critique vorace, non sectorielle, non parcellaire, une critique instinctive et réfléchie fondée sur le refus de la vie misérable, avec ou sans travail, mais toujours encombrée de marchandises et de distractions. Ça s’est entendu dans les rues de Paris, un samedi il n’y pas si longtemps, quand un chant cinglant s’imposa à toutes et à tous : « Travaille, consomme, et ferme ta gueule ! ». La voilà, votre actualité.

Notre inactualité à nous s’ancre plutôt dans la réalité de ce que nous nous sommes mis à partager depuis novembre. Sur les ronds-points. Dans les cortèges. Au cours des assemblées. Pendant que les caméras et que les drones nous surveillent. Dès que l’occasion se présente ou que nous la provoquons, qu’il s’agisse de bloquer ou de dévaler, d’un barrage, d’une occupation ou d’une course poursuite, en multipliant les modes d’action, en expérimentant. Car contrairement à l’ordre obsédé par l’étalage de ses forces démesurées et stériles, nous savons improviser. Nous ne savons pas ce que nous faisons, et nous savons très bien ce que nous faisons. Avec nos voix, nos corps et nos têtes, même amputés. Quelle rage, mais quel bonheur aussi, de s’attaquer à ce qui nous nuit. De s’éprouver, de se découvrir, un et multiple, avec tout ce que nous avons en commun et en différences, solidaires.

Et partout nous parlons. Dès que l’occasion se présente ou que nous la provoquons. Une forme de parole qui ne s’était pas entendue depuis longtemps, une parole directe et qui s’assume, dans son prosaïsme et dans sa poésie, fondée dans l’expérience individuelle et prenant place dans une expérience collective. Une parole qui affirme une subjectivité nouvelle, faite de sincérité désarmante, d’écoute débordante de l’autre et de bienveillance déniaisée, même dans la dispute qui nous est chère, car oui, nous sommes vivants, nous sommes mutants, nous sommes désordonnés et nous sommes ordonnés à la fois, nous ne cessons de nous transformer. Et rien de ce que le pouvoir trouvera à dire, à baragouiner, avec ses petites combines et ses coups tordus qui sont la spécialité des bureaucraties partidaires, syndicales et médiatiques, ne nous coupera plus la parole. Le virus se propage.

Cette forme de parole libératrice et organisatrice, que nous n’avons pas inventée mais que nous faisons surgir, pénètre peu à peu toute la société. Une attitude Gilet jaune se généralise dans tous les milieux, chez les dockers, chez les infirmiers ou chez les professeurs, dans la radicale remise en cause des hiérarchies machinales, de la morale qui les maintient, des règles iniques, des manipulations banalisées, des intérêts cachés. À d’autres ! Mais pas à nous, qui sommes qui nous sommes, qui sommes nous tous.

Alors assez de leur actualité, de leur monde fatigué et fatiguant. Avec les Gilets jaunes, tout le réel réclame voluptueusement ses droits.

Assemblée des Gilets jaunes de Belleville
(juin 2019)

 

Publié le 22/06/2019

L’urgence du débat de fond

Par Roger Martelli (site regards.fr)

Accepter le débat d’idées, les réflexions stratégiques, la critique, pour mieux continuer la lutte. L’urgence est là, plus que jamais, pour se donner les moyens de construire sur le long terme et de réussir. Par Roger Martelli.

 « Je ne comprends pas l’opposition du populisme et de la gauche », nous dit François Ruffin. Le temps n’est pas de discuter, mais d’agir, ajoute-t-il. Même son de cloche chez Manon Aubry. « Il faut sortir des débats théoriques politiciens », assène-t-elle, tandis que d’autres continuent de vitupérer la « tambouille ». « Théorique » égale « politicien » : circulez, il n’y a rien à penser. Le problème est que ce coup-là a déjà utilisé et qu’il a été chèrement payé. 

Après chaque échec, la tentation existe de refuser le débat et de s’abîmer dans l’action. Le PCF l’a fait longtemps après 1978. Il a brocardé les critiques, dénoncé les « bavardages » et opposé la lutte à la réflexion. On sait ce qui lui est arrivé au bout du compte. La méthode est commode : elle évite d’interroger les stratégies, de mettre en question les directions et de rassurer le corps militant. L’action, plutôt que la discussion… Naguère, on disait qu’il ne fallait pas désespérer Billancourt. Hélas, Billancourt a peut-être été rassuré, mais la forteresse ouvrière n’existe plus. La méthode peut réussir à protéger temporairement les directions et à maintenir l’ordre dans les organisations. À terme, elle est calamiteuse pour les organisations elles-mêmes.

Que le combat ne doive pas cesser, contre tout ce qui tire la société vers le bas va de soi. Mais comment ne pas se demander pourquoi la lutte ne réussit pas, ou en tout cas n’y parvient pas assez ? Continuer comme si de rien n’était, en craignant de remettre en cause l’existant, revient à courir le risque de reproduire à l’infini les mécanismes politiques de l’échec.

Demain ne suffit pas

On vient une fois de plus de constater que la mobilisation sociale ne suffit pas, que le mouvement des gilets jaunes, par exemple, n’a pas fait progresser le parti-pris de l’émancipation – c’est le moins qu’on puisse dire ! –, qu’il ne suffit pas d’additionner les journées de lutte et de manifestations. Mais on va seulement poursuivre dans la même direction, avec l’espoir que, un jour ou l’autre, la mayonnaise va prendre et que « cela va finir par péter » ?

Si l’expérience récente peut nous éclairer, c’est sur le fait que la lutte nécessaire ne débouche sur rien, si elle ne se raccorde pas à de la perspective politique attractive. Qu’il ne suffit pas de combattre, si l’on ne sait pas très bien comment remplacer ce dont on ne veut plus. Attiser les feux contre le seul Macron, vitupérer la caste, l’élite en soi : en pratique, cela a conduit au renforcement du Rassemblement national. Le « référendum anti-Macron » n’a pas promu Manon mais Marine ! L’idée a été lancée et portée notamment par François Ruffin et soutenue tout au long de la campagne.

Il devrait savoir pourtant que la colère sans espérance ne nourrit pas la combativité mais le ressentiment et que celui-ci porte vers le pire. Mieux vaut se convaincre aujourd’hui que la haine des dominants ne conduit pas nécessairement à la conscience du système qui produit la domination. Parce qu’à contourner la question des causes profondes de tous nos maux, on laisse libre cours à la polarisation sur les boucs émissaires plus que sur les responsables véritables. L’esprit de lutte a besoin de lucidité critique ; laissons donc la haine à l’extrême droite.

Quand on n’a pas de pétrole...

Mettons de côté les intellectuels discoureurs, les coupeurs de cheveux en quatre ? Vieux discours, inefficace et, de fait, meurtrier pour la cause que l’on défend. Toute lutte relève de la pratique, mais l’ivresse de l’action peut conduire à l’inconscience et à la défaite. Les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre, disait le Grec Sophocle, il y a bien des siècles.

Il avait raison. Ne renonçons donc pas au débat raisonné sur la stratégie, sur les idées motrices et sur les méthodes : ce n’est pas perdre du temps ; ce n’est pas se résigner à l’inaction. C’est se donner au contraire les moyens pour construire sur le long terme et pour réussir.

Roger Martelli

 

Publié le 21/06/2019

L’art de la provocation

par Serge Halimi  (site monde-diplomatique.fr)

   

Un État qui, sans motif réel, dénonce un accord international de désarmement qu’il a longuement négocié peut-il ensuite menacer d’agression militaire un autre État signataire ? Peut-il ordonner à tous les pays de s’aligner sur ses positions capricieuses et belliqueuses, faute de quoi eux aussi subiront des sanctions exorbitantes ? Quand il s’agit des États-Unis, la réponse est « oui ».

En somme, il est parfaitement inutile de perdre son temps à étudier les raisons invoquées par la Maison Blanche pour justifier son escalade contre l’Iran. On imagine que M. John Bolton, conseiller à la sécurité nationale du président Donald Trump, et M. Michael Pompeo, secrétaire d’État, ont confié aux diplomates et aux services de renseignement américains une mission du genre : « Cherchez des prétextes, je me charge de la guerre. »

M. Bolton ne manque ni d’expérience ni de suite dans les idées. En mars 2015, alors que son fanatisme en faveur de l’invasion de l’Irak a amoindri son influence, il publie dans le New York Times une tribune intitulée : « Pour arrêter la bombe iranienne, il faut bombarder l’Iran ». Après avoir prétendu que Téhéran ne négocierait jamais la fin de son programme nucléaire, il conclut : « Les États-Unis pourraient effectuer un travail soigné de destruction, mais seul Israël peut faire ce qui est nécessaire. (…) L’objectif sera le changement de régime à Téhéran (1).  »

Quelques mois plus tard, un accord nucléaire avec l’Iran était signé par toutes les grandes puissances, États-Unis compris. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, Téhéran en a respecté scrupuleusement les termes. Pourtant, M. Bolton n’en démord pas. En 2018, devançant les positions va-t-en-guerre du gouvernement israélien et de la monarchie saoudienne, il tient toujours autant à son « changement de régime » : « La politique officielle des États-Unis, écrit-il alors, devrait être la fin de la révolution islamique iranienne avant son quarantième anniversaire. Cela laverait la honte d’avoir eu nos diplomates retenus comme otages pendant quatre cent quarante-quatre jours. Et ces anciens otages pourraient couper le ruban lors de l’inauguration d’une nouvelle ambassade à Téhéran (2).  »

L’actuel président des États-Unis a fait campagne contre la politique des « changements de régime », c’est-à-dire des guerres d’agression américaines. Le pire n’est donc pas encore certain. Mais la paix doit être bien fragile pour qu’elle semble ainsi dépendre de la capacité de M. Trump à maîtriser les conseillers enragés qu’il a nommés. En asphyxiant économiquement l’Iran avec le concours des capitales et des grandes entreprises occidentales (contraintes et soumises), Washington prétend que son embargo obligera Téhéran à capituler. En réalité, MM. Bolton et Pompeo n’ignorent pas que cette même stratégie a échoué en Corée du Nord et à Cuba. Ils escomptent donc plutôt une réaction iranienne qu’ils présenteront ensuite, triomphalement, comme une agression appelant une « riposte » américaine.

Intoxications, falsifications, manipulations, provocations : après l’Irak, la Libye et le Yémen, les néoconservateurs ont désigné leur proie.

Serge Halimi

 

Publié le 20/06/2019

L’étrange réélection d’Ada Colau

Par Pablo Castaño Tierno (site regards.fr)

Arrivée deuxième lors des élections municipales de samedi dernier, derrière les indépendantistes de gauche, Ada Colau restera finalement maire de Barcelone, grâce aux voix des socialistes et de Manuel Valls.

Chacune de ses élections aura donc été une surprise. Surprise en 2015, quand l’ancienne activiste pour le droit au logement arrive à la tête du gouvernement municipal de la capitale catalane, dépassant de quelques milliers de voix le parti nationaliste de centre-droit Convergència i Unió et déclenchant une vague d’espoir parmi les mouvements sociaux et la gauche barcelonaise. Surprise samedi 15 juin, quand Ada Colau est réélue maire de Barcelone, alors que c’est la formation indépendantiste de centre-gauche Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) qui était arrivée en tête du suffrage du 26 mai.

Il aura fallu un accord entre la formation de « l’indignée », Barcelona en Comú, le Parti socialiste catalan (PSC) et les voix favorables de Manuel Valls et deux de ses élus pour permettre à Ada Colau de conserver la municipalité.

Sans surprise, le soutien inattendu de l’ex-Premier ministre français a déclenché la colère des indépendantistes, qui considèrent qu’on leur a volé un gouvernement municipal auquel ils avaient droit – et qui aurait été une première dans l’histoire politique de Barcelone. Comme l’a exprimé le candidat d’ERC, Ernest Maragall, la mouvance indépendantiste considère que Ada Colau « s’est laissé acheter » par les socialistes et Manuel Valls.

Gagner n’est pas gouverner

Il est vrai que la situation est pour le moins surprenante. Avant les élections du 26 mai, un accord post-électoral entre ERC et Ada Colau pour gouverner Barcelone semblait l’option la plus probable. Bien que le parti d’Ada Colau ne soit pas indépendantiste, il défend le droit à l’autodétermination de la Catalogne et la libération des prisonniers politiques indépendantistes accusés de sédition et rébellion par la justice espagnole. De plus, les deux formations partagent un discours de gauche – même si le bilan politique d’ERC est confus : ils sont alliés au parti indépendantiste de droite Junts per Catalunya au gouvernement régional.

Pourquoi donc l’accord ERC-Colau n’a pas eu lieu ?

D’abord, à cause des méfiances entre les deux partis. Pendant tout le mandat municipal de 2015-2019, ERC a fait opposition au gouvernement d’Ada Colau, votant systématiquement contre les propositions de la maire, allant même jusqu’à s’opposer à des politiques qui étaient dans son programme électoral, comme l’extension du tramway qui devrait traverser Barcelone.

Par contre, Ada Colau a co-gouverné avec les socialistes pendant un an et demi. Une expérience globalement positive avec pour conséquence le fait que bien des leaders de Barcelona en Comú préfèrent finalement un accord avec le PSC plutôt qu’avec ERC. Et cela malgré le fait que le parti d’Ada Colau est plus proche des républicains que des socialistes dans l’axe nationale de la politique catalane – le parti de Pedro Sánchez refuse de reconnaître le droit d’autodétermination de la Catalogne et son gouvernement fait partie de l’accusation dans le procès contre les leaders indépendantistes pour l’organisation du référendum de 2017.

Le facteur Valls

Cependant, la raison principale de l’échec d’un accord ERC-Colau est tout autre : la proposition de Manuel Valls de voter pour l’investiture de la maire-sortante. Une main tendue qui a déterminé les négociations au sein de tous les partis après le scrutin du 26 mai dernier.

Obsédé par l’arrivée au pouvoir de l’indépendantiste Ernest Maragall, dès le lendemain de l’élection, Manuel Valls s’est dit prêt à voter pour Ada Colau – le « moindre mal » – si elle faisait un accord de gouvernement avec le PSC, ce qui entrait tout à fait dans les plans de la maire.

Pendant deux semaines, Ada Colau a tenté de former un gouvernement avec les trois partis « progressistes » (Barcelona en Comú, ERC et le PSC) mais aucun des deux n’a accepté sa proposition : la division entre indépendantistes et unionistes est toujours trop forte à Barcelone.

Dans ce contexte, Ada Colau n’avait que deux options : 1/ faire de Ernest Maragall le nouveau maire. 2/ gouverner avec le PSC grâce au soutien de Valls pour l’investiture (l’addition Barcelona en Comú+PSC n’étant pas suffisante pour obtenir la majorité).

La deuxième option présentait l’avantage incontestable de conserver la mairie, un poste clé dans la structure locale espagnole, assez présidentialiste. Dans une consultation en ligne, 70% des membres de Barcelona en Comú ont choisi l’accord avec le PSC, option explicitement soutenue par Ada Colau.

Choisir, c’est renoncer

Samedi, lors de la séance d’investiture, l’ambiance n’était pas au rendez-vous. La cérémonie a été marquée par la présence de Quim Forn, conseiller municipal indépendantiste qui avait été relâché de prison pour la journée, et par les applaudissements de Manuel Valls à Ada Colau.

La maire réélue a dit son « inconfort » par rapport au soutien de l’ex-Premier ministre français, régulièrement traité de raciste pendant la campagne et détesté par la gauche barcelonaise. Elle a aussi confirmé son soutien aux prisonniers politiques indépendantistes et a affirmé que les voix de Manuel Valls ne conditionneront nullement ses politiques, proposant à ERC d’arriver à des accords pour promouvoir des politiques sociales et féministes ambitieuses. Néanmoins, la tête de liste d’ERC ne semble pas prête à faire des concessions... au moins pendant les premiers mois de mandat, les républicains céderont très probablement à la tentation de torpiller le gouvernement Colau. Seul le temps dira si Ada Colau et les siens ont pris la bonne décision.

Pour l’instant, la décision de Manuel Valls a provoqué une rupture entre lui et Ciudadanos, le parti qui l’avait soutenu pour ces élections municipales – parti qui préfère s’allier avec l’extrême droite pour gouverner, comme à Madrid. L’ancien Premier ministre français perd ainsi quatre des six élus qui composaient son groupe municipal. Par conséquent, le spectre d’une alliance Barcelona en Comú-PSC-Valls agité par les indépendantistes n’aura pas lieu, puisqu’ils n’ont plus la majorité au conseil municipal.

Finalement, comme pendant le mandat précédent, Ada Colau et ses alliés socialistes seront obligés de trouver des accords avec ERC, dépassant l’axe national qui divise les gauches catalanes depuis trop longtemps.

Pablo Castaño Tierno

 

Publié le 18/06/2019

Montpellier : acte XXX, l’art et les Gilets Jaunes

paru dans lundimatin#195 (site lundi.am)

Un lecteur nous a envoyé, in extremis, ce récit de l’acte 30 des gilets jaunes à Montpellier. Bien que l’auteur s’attaque avec un style assez véhément à l’institution policière, à l’art mainstream ainsi qu’à quelques confrères, il nous a semblé intéressant de le publier afin de rendre compte de ce dont le mouvement des GJs est encore capable.

« Il faut être intolérant pour être libre. »
Georges Darien, La Belle France.

Ce vendredi 7 juin a eu lieu à Montpellier l’inauguration de la ZAT, ou Zone Artistique Temporaire, fiente institutionnelle et festive ainsi nommée en référence à l’ultra-récupéré Hakim Bey. Orchestré par cette vieille baudruche foireuse de Nicolas Bourriaud (comme d’hab’, la province recycle les déchets dont on ne veut plus à la capitale), cet événement apporte, si besoin en était, une nouvelle preuve que toute culture, entre les mains du pouvoir, n’est que charogne.

On peut ainsi admirer en divers lieux (entre autres merdouilles typiques de la haute-culture sous vide) « une fresque monumentale [qui] représente des verres à cocktail, de l’alcool ou une tasse à café, » un collage « inspiré de la pub, des slogans et des logos » ou bien encore des « néons aux messages sympas ("je vous aime", "vous êtes exceptionnels"...) » De la charogne, disais-je.

Heureusement, le lendemain, la manifestation nationale, et sauvage, du bloc jaune et des gilets noirs a renversé pendant quelques heures cet état de fait. L’art fut de nouveau en vie et la vie fut dans la rue, cette rue « assez curieuse, assez équivoque, assez bien gardée et pourtant elle va être à toi, elle est magnifique. » (Breton, troisième manifeste)

Montpellier a donc tremblé, comme cela lui arrive régulièrement depuis six mois.
La feuille de chou locale, le Midi Libre (nique sa mère !) titre aujourd’hui dimanche : « L’Acte de trop. » Sauf que trop, ce n’est sans doute pas assez. Et que la seule chose véritablement « de trop » ici, la seule chose dont on se passerait bien, et à jamais, c’est de cette répression policière, brutale, terrible, qui débuta aux alentours de midi et demi pour ne cesser que 8 heures plus tard.

8 heures de violences, de tirs de lacrymos, de LBD, de charges, de jets d’eau à pleine puissance, quasiment sans discontinuer.

Il faut dire que la police est tombée sur un os, exactement comme le 5 janvier dernier : la foule ne s’est pas laissée faire, la foule a résisté. Il y eut même, à deux reprises, sur la place de la Comédie, ce moment d’exaltation qui voit les manifestants se regrouper d’un même élan pour mettre en déroute les meutes policières. Une vague qui éventre les lignes des CRS, fout en l’air toute leur stratégie, renverse l’habituel rapport de force. Les bleus en déroute, puis la BAC en roue libre, qui se lâche, cherchant par tous les moyens à se payer du scalp, terrorisant au passage, de façon parfaitement gratuite, avec de sales rires gras, les manifestants âgés qui cherchent refuge dans les petites ruelles.

Il y eut surtout beaucoup de blessés, certains assez graves ; je n’ai jamais vu défiler autant d’ambulances pendant une manif’. Vers 16 heures, naissait alors une rumeur faisant état d’un décès chez les médics, puis d’un coma, ou d’une mort cérébrale, on ne savait pas trop, tout cela était assez confus. Ces rumeurs se sont heureusement révélées fausses, mais elles disent bien le degré de violence qui fut atteint cet après-midi là. Oui, effectivement, un flic aurait parfaitement pu tuer quelqu’un. Éborgner, mutiler, c’est tellement has-been, so « ancien monde. » Passons à la vitesse supérieure, les gars. Montrons leur qu’on en a dans le slip.

N’empêche, ce samedi, le slip de la police devait être moite de sueur. Entre le soleil qui tapait dur sur leurs vingt kilos de matériel et la hargne des manifestants, il ne fait aucun doute que nos zélés serviteurs de l’ordre gouvernemental ont dû passer une bien sale journée. C’est une pensée qui réchauffe mon petit cœur de « complice du pire. » Soyons cruels jusqu’au bout, jusqu’aux détails les plus insignifiants.

Toujours dans le Midi Libre du jour, un éditorialiste droitard écrit, dans son style de petite chose flasque à la solde du pouvoir : « Manifestez, défendez vos convictions, marchez pour la liberté, mais ne touchez pas à nos villes, nos commerces, nos bâtiments publics, notre patrimoine commun, par votre violence et vos dégradations. ». Mais VOS villes, pauvre cloche, VOS commerces, VOS bâtiments publics en voie de privatisation, VOTRE patrimoine en décrépitude, NOUS n’en voulons PLUS !

Et puis, si vous souhaitez encore pratiquer le petit jeu du comparatif, entre VOS événements plus économiques que culturels et NOTRE vandalisme sans frein, en voici une, de comparaison, toute simple :
Vendredi 7 juin, dans le cadre de l’inauguration de la ZAT à Montpellier, la diplômée des beaux-arts Clémentine Mélois affichait ses inoffensifs jeux de mots littéraires, très tendances sur instagram, facebook et twitter, en vitrine du Monoprix de la place de la Comédie, contribuant ainsi au rayonnement artistique de cette noble enseigne de la grande distribution.

Le lendemain, dans cette même ville, quelques glorieux anonymes traçaient à la bombe cette poésie spontanée de la révolte et de la rage sur les façades d’établissements bancaires, assurances et autres enseignes appartenant à des multinationales.
L’œuvre de Clémentine Mélois, pourtant située à l’un des principaux points d’affrontement, fut épargnée par les casseurs.
Elle doit rester affiché pendant encore deux mois.
Voila qui nous laisse largement le temps de réparer ce qui fut la principale erreur de cette belle manifestation.

« Et puis, attendez ; j’ai encore quelque chose à vous dire.
Mort aux vaches ! »

Darien, La Belle France.

Publié le 16/06/2019

Comment soutenir le référendum contre la privatisation d'ADP

Coralie DELAUME

Bonjour à tous, 

Le site officiel permettant de soutenir l'organisation d'un référendum sur la privatisation d'ADP est désormais actif. Vous pouvez y accéder en cliquant sur ce lien : https://www.referendum.interieur.gouv.fr/

La présente pétition n'a en effet pas de valeur officielle. C'est bien sur le site du ministère de l'Intérieur qu'il faut s'enregistrer. Cela nécessite d'être inscrit sur les listes électorales et de se munir de sa carte d'identité. 

L'usage du site est difficile. Il semble fait pour décourager. Plusieurs médias ont donc réalisé des tutoriels. Voici quelques adresses où la marche à suivre est expliquée : 

- Premier tuto : CLICK

- Deuxième tuto : CLICK

- Troisième tuto : CLICK

Si vous connaissez des personnes qui n'ont pas accès à Internet, sachez aussi qu'il est également possible de s'inscrire via un formulaire papier (Cerfa) à demander et à remplir en mairie. 

Bon courage, si on s'y met tous on peut l'avoir, notre référendum ! 

 

Publié le 15/06/2019

Parlons (Inter) Net

 

Lula Da Silva avait aussi été condamné par les médias

 

Vite fait, mal fait, trouvé sur mon moteur de recherche ces perles des médias mainstream, datées de 2018, à comparer avec ce qu’en disait le Grand Soir :

Courrier International, 22 septembre 2016 : « Les procureurs estiment que les sommes indues perçues par M. Lula s’élèveraient à 3,7 millions de reais (environ 1 million d’euros)… ».
Sommes perçues (on le sait, donc) et non sommes qui auraient été perçues. Le conditionnel intervient ensuite pour indiquer le doute sur... le montant.

Challenges, 19 décembre 2017 : « ... Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), menacé d’inéligibilité à la présidentielle de 2018 pour avoir reçu un triplex en échange de services rendus à un autre groupe de BTP ».
Il a donc reçu un triplex, pas de doute.

L’Express, 1er mars 2018 : « Brésil : l’ex-président Lula "innocent" et plus que jamais candidat ».
Notez les guillemets ironiques à « innocent ».

Valeurs Actuelles, 9 avril 2018 : « … Or, non seulement sa condamnation est motivée mais elle risque bien de ne pas être unique… ». Sans commentaire.

Libération, 19 août 2018 : « L’ancien chef de l’Etat est détenu pour corruption et blanchiment d’argent ».
Notez qu’il n’est pas détenu sous l’accusation de corruption, mais pour corruption.

France Soir, 25 Janvier 2018 : « La "combine", aussi classique qu’efficace, résidait dans des largesses attribuées au président… ».
Notez que la combine résidait dans et non pas aurait résidé ou résidait selon l’accusation.

Valeurs Actuelles, 25 janvier 2018 : « La condamnation en juillet 2017 n’était pas inscrite sur du vent, le juge Sergio Moro avait rendu son verdict en motivant sa décision dans un rapport de 218 pages. »
Condamnation de béton, quoi !

Amis lecteurs, à vous de continuer la cueillette, si le cœur vous en dit. J’ajouterai vos trouvailles ici.

Théophraste R. (lanceur d’alerte vers le Decodex sourd et aveugle du Monde).

AJOUT : Ne pas manquer SVP cette courte vidéo (2mn45) du 8 avril 2018 :

 

Publié le 14/06/2019

Pétition. Contre la dégressivité du chômage

(site lamarseillaise-encommun.org)

 

Le gouvernement a annoncé la dégressivité et le plafonnement des allocations chômage pour les cadres. Concrètement, cela signifie que pour celles et ceux qui ne retrouveront pas immédiatement de travail, le montant des allocations chômage baissera et ne leur permettra plus de maintenir leur niveau de vie.

Cadres ou non, cette situation nous concerne tous et toutes car une fois expérimentée, n’en doutons pas, la dégressivité sera étendue à tous les autres salariés au prétexte de l’équité.

Pour justifier cette mesure, le gouvernement prétend que les cadres sont des favorisés, et que le montant « trop généreux » de leurs allocations chômage ne les incite pas à chercher un travail. Stigmatiser les cadres alors qu’on refuse de rétablir l’Impôt Sur la Fortune, la ficelle est un peu grosse.

Mais c’est surtout complètement faux. Le gouvernement a déjà mis en place depuis janvier la suspension des allocations chômage après 2 refus d’une offre d’emploi, y compris si les emplois proposés étaient à un salaire bien inférieur à celui perçu antérieurement et très éloignés géographiquement. Donc la pression est déjà énorme et les mécanismes existent déjà pour forcer les personnes privées d’emploi à accepter n’importe quoi.

C’est aussi « oublier » que les cadres étant peu au chômage, leurs cotisations représentent 42% des ressources du régime et leurs allocations comptent seulement pour 15% des dépenses. La dégressivité et le plafonnement des allocations des cadres dégagera donc peu d’économies. Par contre, les chiffrages de l’UNEDIC démontrent que mettre à contribution les cadres dirigeants et instaurer des cotisations chômage sur la part des salaires supérieurs à 13 500€ permettrait de dégager 700 millions d’euros de recettes supplémentaires et concernerait d’abord les grandes entreprises qui concentrent les plus hauts salaires.

L’enjeu, c’est la conception même du régime d’assurance chômage et cela concerne l’ensemble des salariés.

En plafonnant les allocations, on passe d’un régime donnant droit au maintien du niveau de vie des salariés à un système de filet de sécurité minimum avec des indemnités plafonnées et conditionnées. Résultat : pour maintenir leur niveau de vie, celles et ceux qui en ont les moyens financiers seront renvoyés vers les assureurs. On passe ainsi de droits acquis par les cotisations et dus aux salariés à des aides sociales consenties au nom de la solidarité nationale et devant être « méritées » donc conditionnées. Cadres, retraités ou fonctionnaires, les plus gros contributeurs seront aussi ceux qui bénéficieront le moins du système. C’est ainsi que l’on organise le « ras le bol fiscal » et que l’on fabrique l’« assistanat ». Rien de tel pour diviser le salariat.

Cadres, nous refusons de servir de boucs émissaires et de poissons pilotes pour déstructurer le régime. Nous voulons continuer à financer et bénéficier d’un système de protection sociale solidaire ! Salariés, nous signons cette pétition pour défendre notre modèle de protection sociale solidaire, qui protège mieux les plus démunis parce qu’il est financé et bénéficie par l’ensemble du salariat.

Signez la Pétition. Non à la dégressivité des allocations chômage

Assurance Chômage

Publié le 13/06/2019

Santé. Agnès Buzyn et la politique de la chaise vide

Sylvie Ducatteau (site humanite.fr)

Alors que le mécontentement gagne tous les services hospitaliers publics, en grève hier, à l’appel d’une intersyndicale CGT, FO et SUD, la ministre de la Santé n’a pas daigné recevoir la délégation des soignants et urgentistes venus de toute la France pour la rencontrer.

Rassemblés devant le ministère de la Santé, les personnels hospitaliers espéraient un geste d’Agnès Buzyn. Une rencontre, en face-à-face, au moins, avec leurs organisations syndicales et le collectif Inter-Urgences, ce qui depuis le début du conflit, il y a quatre mois, ne s’est jamais produit. Comme jeudi dernier, pour les urgentistes, non seulement la ministre était absente mais aucune des revendications des soignants n’a été satisfaite, juste une petite concession, sans certitude d’ailleurs, est envisagée sur le montant d’une prime de risque pour les agents des urgences. Le gouvernement promettait 90 euros, ce devrait être un peu plus. « La ministre veut nous diviser. Pour les uns, c’est la prime de risque, pour les autres, la prime de pratiques avancées, enfin pour d’autres encore, c’est une prime de coopération », déplorait le responsable du syndicat SUD, à sa sortie du ministère. Déception également partagée par la CGT et Force ouvrière. « Rien contre l’indigence salariale », a commenté FO, rappelant qu’en matière de salaire infirmier la France se place au 26e rang sur les 29 pays de l’OCDE. La CGT, qui demande l’organisation de « Grenelles sur les effectifs » qui concerneraient tous les secteurs : hôpitaux, Ehpad, psychiatrie et soins à domicile, a également déploré « qu’aucune réponse tangible n’ait été apportée à (sa) demande d’un moratoire contre les fermetures de lits hospitaliers ».

Les manifestants étaient venus défendre trois mesures d’urgence : la création de 100 000 emplois dans les hôpitaux publics, dont 10 000 aux urgences et 40 000 dans les Ehpad ; l’arrêt des suppressions de lits dans les services ; et une augmentation des salaires de 300 euros, soit l’équivalent de 60 points d’indice, quasi gelés depuis des années. « Je comprends que ce soit une reconnaissance. Mais quand la préoccupation est purement salariale alors que ça dysfonctionne… Sincèrement, les problèmes ne vont pas se régler parce que je paye davantage », a déclaré Agnès Buzyn, lundi soir sur BFMTV. Ces propos ont fait sortir de ses gonds Sandrine, infirmière à Mantes-la-Jolie (Yvelines). « Dire que nous percevons une prime de risque alors que c’est faux. Ou encore tenter de rassurer les patients en expliquant qu’ils n’ont rien à craindre car nous avons l’obligation de soins, c’est désolant. Ces mots m’ont blessée. Je ne suis pas syndiquée et je suis venue au rassemblement car il m’était impossible de rester chez moi. J’avais besoin d’être là. » La jeune femme, en blouse bleue et masque autour du cou, brandit timidement une toute petite pancarte. « C’est ma fille qui me l’a faite », précise-t-elle, un large sourire aux lèvres. Mais il disparaît lorsqu’elle évoque les 300 patients accueillis par jour dans son service. 45 000 à l’année par une équipe, dans des locaux prévus pour 17 000. « Très régulièrement, 10 ou 12 patients sont hospitalisés dans les couloirs où ils restent des heures. Nous perdons notre humanité. Et puis les erreurs de diagnostic sont inévitables. Nous et les médecins courons pour prendre en charge au plus vite un maximum de patients », regrette-t-elle. Des études montrent en effet que les erreurs sont plus nombreuses aux urgences qu’ailleurs. Jusqu’à 5 % des diagnostics posés.

« On nous prépare une crise sanitaire »

Hier, une centaine de services d’urgences étaient en grève touchant toutes les régions : Bretagne, Normandie, Centre et Midi de la France, l’Île-de-France. Des délégations avaient rejoint la capitale, venues de Marseille, de Vierzon, du Jura… Le mouvement gagnant d’autres secteurs : « Notre système de santé est à bout de souffle. Les urgences sont un iceberg », expliquait un aide-soignant de l’hôpital Cochin à Paris. Dans cet établissement, les services de gastro-entérologie et d’hématologie sont en grève, le premier depuis une semaine, le second depuis quinze jours. « Il faut stopper l’ambulatoire. On en est au point où on attend les décès pour récupérer des lits », a-t-il poursuivi au mégaphone. En attendant le retour de la délégation, les témoignages se sont succédé, à faire froid dans le dos des patients. Un aide-soignant des urgences psychiatriques de l’hôpital du Kremlin-Bicêtre évoque un malade écarté de l’un des rares lits de cardiologie encore libre car jugé « trop âgé ». Ou encore une dame centenaire hospitalisée quatre jours sur un brancard. « J’aime mon métier mais là… » conclut-il. « On nous prépare une crise sanitaire », s’inquiétait Maryvonne Roux, de Vierzon, où la maternité a été sauvée in extremis de la fermeture, le 11 juin 2018, il y a tout juste un an. « Stop à l’usine à humains », le slogan tracé au feutre sur le tee-shirt de Nathalie, infirmière urgentiste, venue avec quatre de ses collègues de l’hôpital Sainte-Musse à Toulon (Var) venait en écho aux propos de l’aide-soignant et en dit long sur la profonde exaspération des hospitaliers. Aucun n’est prêt à accepter des demi-mesures. Celles de la ministre de la Santé. Celles également du directeur général de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP) d’où est partie la grève, promettant des créations de postes dans les services en surchauffe. « Il faut sortir des plans d’économies «. À l’AP-HP, ce sont 800 à 1 000 emplois par an pendant quatre ans qui devraient être supprimés. » Comment tenir ? «, a commenté Rose May Rousseau, secrétaire de l’Usap-CGT.

Sylvie Ducatteau

Publié le 11/06/2019

France télécom. « Je ne suis pas d’accord sur ce mot de souffrance »

Cécile Rousseau (site humanite.fr)

Un mois après le début du procès, certains prévenus et ex-dirigeants de l’opérateur ont enfin versé quelques larmes, mais refusent toujours de reconnaître la moindre responsabilité dans la crise sociale qui a eu lieu entre 2007 et 2010.

«Vous pleurez ou voustoussez Lombard ? » demande la juge Cécile Louis-Loyant. En fin de semaine dernière, certains prévenus du procès France Télécom ont exprimé pour la première fois de l’émotion, un mois après le début des audiences au tribunal correctionnel de Paris. « Je pleure (…) On pense que je n’ai pas de cœur, mais ce n’est pas vrai », s’étouffe l’ancien PDG, Didier Lombard, à la barre. En octobre 2009, l’ex-dirigeant avait visité le site de Cahors et avait alors confirmé aux salariés que celui-ci ne serait pas fermé. C’est bien le souvenir de « ces gentils mails » envoyés deux Noël de suite « par des dames » qui font jaillir ses larmes.

Cette période de l’été-automne 2009 correspond pourtant à l’acmé de la crise sociale. La tension est à son comble. La chronologie glaçante des suicides replonge l’assemblée dans cet enfer. Michel Deparis met fin à ses jours le 14 juillet 2009, laissant une lettre très explicite : « Je me suicide à cause de mon travail chez France Télécom, c’est la seule cause », écrit-il employant le qualificatif de « management par la terreur ». Son geste sera un tournant dans la prise de conscience de l’ampleur du phénomène. Même s’il faudra attendre le CNSHSCT (instance de coordination des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) du 10 septembre pour que les mobilités soient suspendues.

Pas de regrets ni de remise en question du management

Cette crise, Louis-Pierre Wenès, l’ancien numéro 2, se souvient l’avoir vécue « avec beaucoup d’émotion. Cela me touche au plus profond de moi-même ». Mais il a aussi ressenti « un profond sentiment d’injustice à cause du retentissement médiatique ». Alors que les drames humains de France Télécom viennent juste d’être égrenés, c’est sans gêne que l’ancien numéro 2 confie sa « blessure » d’avoir dû quitter le navire en octobre 2009.

Ces manifestations de sentiments des deux hauts dirigeants du groupe, qu’elles soient sincères ou faisant partie d’une stratégie de défense, ne vont pas de pair avec des regrets et encore moins une remise en question. Le déni de leurs responsabilités dans ces troubles qui ont agité le groupe entre 2007 et 2010 continue bel et bien. Pour Olivier Barberot, l’ancien DRH : « Oui, c’est une crise sociale, mais une interaction terrible se met en route (avec les médias – NDLR) », tente-t-il de se dédouaner.

Quant à Louis-Pierre ­Wenès, il refuse tout net de parler de malaise généralisé chez France Télécom. Il le répétera de manière tranchée à plusieurs reprises lors des deux dernières audiences. « Je ne suis pas d’accord sur ce mot de souffrance », explique-t-il, provoquant une réaction épidermique dans le public le jeudi. Avant d’enfoncer le clou le lendemain : « Je ne serai jamais d’accord avec ça, qu’on globalise, qu’on parle de la souffrance de l’entreprise (…) J’avais le sentiment d’avoir construit avec des équipes quelque chose de formidable, ce qui aurait pu être un moment glorieux s’est transformé en autre chose. »

Pourtant, les alertes n’ont pas manqué en interne. En 2007, le CNSHSCT émet un droit d’alerte. Quant à l’Observatoire du stress et des mobilités forcées fondé par SUD et la CFE-CGC, il fait état d’une situation inquiétante, alors qu’une « écoute salariés », menée à l’initiative de la direction, donne des résultats beaucoup plus contrastés. Sans compter que les articles de presse locale font également état de suicides. En septembre 2009, un rapport dénonce des « mises au placard ». Mais aucun des prévenus ne connaît ce document. « J’avais d’autres problèmes à régler », déclarera Louis-Pierre Wenès. « Vous aviez conscience qu’il y aurait de la souffrance pour certains des collaborateurs ? » interroge la présidente. « Oui, répond l’ex-numéro 2, il y a différentes graduations, tout le monde n’était pas dans la souffrance. »

Didier Lombard monte, lui, encore d’un cran dans la justification du plan Next de 22 000 suppressions d’emplois et s’enfonce dans le refus de la réalité. « Si on n’avait pas fait ça aujourd’hui, il n’y aurait plus de France Télécom (…) Un groupe en malaise généralisé ne produit pas les résultats que nous avons eus. Les meilleurs datent de décembre 2009 », ose-t-il alors que l’ensemble des indicateurs étaient dans le rouge dans l’entreprise. Reprise de l’audience aujourd’hui.

Cécil  Rousseau

Publié le 10/06/2019

L’art de la provocation

par Serge Halimi  (site monde-diplomatique.fr)

   

Un État qui, sans motif réel, dénonce un accord international de désarmement qu’il a longuement négocié peut-il ensuite menacer d’agression militaire un autre État signataire ? Peut-il ordonner à tous les pays de s’aligner sur ses positions capricieuses et belliqueuses, faute de quoi eux aussi subiront des sanctions exorbitantes ? Quand il s’agit des États-Unis, la réponse est « oui ».

En somme, il est parfaitement inutile de perdre son temps à étudier les raisons invoquées par la Maison Blanche pour justifier son escalade contre l’Iran. On imagine que M. John Bolton, conseiller à la sécurité nationale du président Donald Trump, et M. Michael Pompeo, secrétaire d’État, ont confié aux diplomates et aux services de renseignement américains une mission du genre : « Cherchez des prétextes, je me charge de la guerre. »

M. Bolton ne manque ni d’expérience ni de suite dans les idées. En mars 2015, alors que son fanatisme en faveur de l’invasion de l’Irak a amoindri son influence, il publie dans le New York Times une tribune intitulée : « Pour arrêter la bombe iranienne, il faut bombarder l’Iran ». Après avoir prétendu que Téhéran ne négocierait jamais la fin de son programme nucléaire, il conclut : « Les États-Unis pourraient effectuer un travail soigné de destruction, mais seul Israël peut faire ce qui est nécessaire. (…) L’objectif sera le changement de régime à Téhéran (1).  »

Quelques mois plus tard, un accord nucléaire avec l’Iran était signé par toutes les grandes puissances, États-Unis compris. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, Téhéran en a respecté scrupuleusement les termes. Pourtant, M. Bolton n’en démord pas. En 2018, devançant les positions va-t-en-guerre du gouvernement israélien et de la monarchie saoudienne, il tient toujours autant à son « changement de régime » : « La politique officielle des États-Unis, écrit-il alors, devrait être la fin de la révolution islamique iranienne avant son quarantième anniversaire. Cela laverait la honte d’avoir eu nos diplomates retenus comme otages pendant quatre cent quarante-quatre jours. Et ces anciens otages pourraient couper le ruban lors de l’inauguration d’une nouvelle ambassade à Téhéran (2).  »

L’actuel président des États-Unis a fait campagne contre la politique des « changements de régime », c’est-à-dire des guerres d’agression américaines. Le pire n’est donc pas encore certain. Mais la paix doit être bien fragile pour qu’elle semble ainsi dépendre de la capacité de M. Trump à maîtriser les conseillers enragés qu’il a nommés. En asphyxiant économiquement l’Iran avec le concours des capitales et des grandes entreprises occidentales (contraintes et soumises), Washington prétend que son embargo obligera Téhéran à capituler. En réalité, MM. Bolton et Pompeo n’ignorent pas que cette même stratégie a échoué en Corée du Nord et à Cuba. Ils escomptent donc plutôt une réaction iranienne qu’ils présenteront ensuite, triomphalement, comme une agression appelant une « riposte » américaine.

Intoxications, falsifications, manipulations, provocations : après l’Irak, la Libye et le Yémen, les néoconservateurs ont désigné leur proie.

Serge Halimi

 

Publié le 08/06/2019

Guerre économique pour l’hégémonie US et risques de guerre

Par Robert Kissous, militant associatif.

Huawei et la 5G

Le 16 mai 2019, les Etats-Unis décidaient d’interdire les liens entre les entreprises américaines et Huawei et 70 entreprises affiliées : après un délai d’avertissement de 3 mois, le groupe Huawei ne pourra plus utiliser des composants et logiciels américains (Google, Intel, Qualcomm …) et les compagnies américaines ne pourront se fournir auprès de Huawei. Cette mesure n’est pas un simple prolongement de la hausse des tarifs douaniers sur des importations de Chine, c’est une rupture sérieuse dans la logique instaurée il y a plus de 30 ans avec la mondialisation.

Si les EU s’étaient fait les champions de la « concurrence libre et non faussée » celle-ci devait leur permettre d’affirmer et développer l’hégémonie de leur économie et de leurs transnationales. Après la chute du mur de Berlin et l’implosion de l’URSS, les EU imaginaient construire un monde unipolaire sous domination absolue du représentant du Bien, eux bien sûr, contre toute velléité d’axe du Mal, c’est-à-dire tout pays qui s’oppose à leur autorité.

Les choses n’ont pas suivi tout à fait ce chemin, c’est le moins que l’on puisse dire. Si les EU sont encore la première puissance mondiale sa domination sur le plan économique est néanmoins fortement bousculée. Le cas de Huawei en est un exemple flagrant.

Avec la 5G nous sommes dans la très haute technologie, celle qui va jouer un rôle fondamental dans de très nombreux domaines : voiture autonome, objet interconnectés, processus industriels, médecine … Des secteurs d’activité seront redéfinis et de nouveaux apparaitront. Il s’agit d’une mutation technologique et économique profonde.

Or Huawei a pris une avance incontestable sur la 5G et dispose de nombreux brevets, il faut donc l’abattre pour que les EU restent maîtres de la haute technologie. Ne pouvant convoquer sans paraîtres ridicules l’idéologie de la libre concurrence, les EU invoquent la sécurité nationale : les équipements de réseaux 5G seraient un moyen pour la Chine d’espionner le « monde libre ». En fait les EU accusent la Chine de ce qu’ils pratiquent déjà y compris et surtout à l’égard de leurs propres alliés. Des moyens techniques considérables d’Etat (NSA, FBI, CIA…) sont utilisés, au nom de l’anti-terrorisme bien entendu, pour asseoir leur domination et celle de leurs transnationales comme l’a révélé Snowden. On se souvient notamment de la manière dont ce fut utilisé pour l’absorption de l’activité énergie d’Alstom par GE. Autre exemple, l’entreprise Fedex de messagerie express, partenaire commercial de Huawei, a livré à plusieurs reprises « par erreur » des colis, dont Huawei était destinataire, aux Etats-Unis. Une simple erreur, pas de l’espionnage évidemment... Les autorités chinoises ont ouvert une enquête et somment Fedex de s’expliquer. On voit là les limites du discours idéologique sur le libéralisme et la non-intervention de l’Etat dans le domaine économique.

Si les EU utilisent abondamment le pillage de serveurs informatiques et de moyens de communication, ils n’ont jamais fourni la moindre preuve de l’espionnage par la Chine. Aussi nombre de pays s’intéressent au 5G de Huawei, craignant sinon de prendre du retard dans les mutations qui en découleraient. Mais les pressions - économiques, financières, militaires - des EU s’intensifient sur leurs alliés et leurs entreprises.

Mais le message est difficile à faire accepter parce que ni Huawei ni la Chine n’entendent céder. Huawei a déjà commencé à produire son propre Android à partir du noyau open source, les sanctions contre l’équipementier chinois ZTE en 2018 étaient déjà un avertissement. On voit mal les producteurs de composants boycotter Huawei alors que la Chine représente 75% de la demande mondiale de semi-conducteurs. Une anecdote : alors que courait la rumeur de rupture des livraisons de Panasonic à Huawei, Panasonic démentait préférant conserver son chiffre d’affaires colossal avec Huawei (3,6 Mds $ en 2018). La position des EU conduirait à la rupture de chaînes mondialisées de production, approvisionnement et commercialisation. Pas si simple. D’autant que la Chine est le premier marché de téléphonie mobile au monde, qu’elle est en position de créer son propre internet si elle n’a pas d’autre solution et qu’elle a les moyens de résister aux menaces et sanctions des EU. Ce que l’agence de presse chinoise Xinhua traduit en ces termes imagés : « l'usine du monde est également le marché du monde » ou « l'économie chinoise est une mer, non un petit étang ». Et la Chine, à son tour, a commencé à établir une liste des « entités peu fiables ».

La volonté hégémonique des EU ne s’adresse pas uniquement à la Chine.

Les EU ont mis depuis longtemps en place un « droit » qui met en oeuvre pleinement leur hégémonie : la possibilité de prendre des sanctions extraterritoriales. Les EU s’octroient le droit d’ingérence dans la politique d’autres états, niant leur souveraineté en imposant leurs décisions hors de leur territoire à des entités non-américaines en contradiction avec le droit international[1]. Toutes les entreprises qui ont des liens avec eux, sous quelque forme que ce soit, sont passibles de sanctions. Par exemple de manière extravagante si une entreprise a des courriels qui transitent par des serveurs informatiques aux EU elle est considérée comme liée aux EU. Et plus sérieusement c’est aussi le cas si l’entreprise utilise le dollar dans des transactions « interdites » alors que le dollar est la monnaie internationale aujourd’hui prédominante. Au total les entreprises ont payé aux EU plusieurs dizaine de milliards de dollars à ce jour. Certains observateurs craignent de voir ce chiffre multiplié par dix à l’avenir. C’est une nouvelle forme de prédation. Les entreprises pourraient contester ces mesures mais alors l’accès au marché des EU leur serait fermé, les actionnaires américains devraient retirer leurs capitaux, le système financier EU leur serait interdit etc. L’économie des EU étant la première au monde on mesure les énormes difficultés auxquelles les « contestataires » devraient faire face. Mais réciproquement les EU seraient bien en difficulté de voir se détricoter tous les liens financiers, commerciaux, industriels.

Une politique agressive lourde de risques de guerre

Alors que l’accord sur le nucléaire iranien signé sous la présidence Obama et validé par le Conseil de Sécurité de l’ONU a permis le début des levées de sanctions contre l’Iran, la victoire de Trump a tout remis en cause avec le soutien d’Israël, de l’Arabie Saoudite et ses alliés. Toute entreprise qui achète du pétrole iranien sera interdite sur le marché américain. Huit pays avaient obtenu une dérogation provisoire des EU - oui vous avez bien lu ce sont les EU qui prétendent en décider - laquelle est maintenant tombée. Pour ne pas se voir refuser l’accès au marché EU tous les projets d’investissement, d’exportation, d’importation ont été suspendus par les entreprises européennes Total, Airbus, Renault, Peugeot … Boeing a dû annuler une commande de 110 avions. La Chine et la Russie n’ont pas suivi ces démissions, la Chine ayant même remplacée Total dans sa participation au projet gazier South Pars. L’UE a mis en place un système de troc pour éviter l’utilisation du dollar mais ce système complexe qui de plus ne prévoit pas les transactions sur le pétrole : un échec total. L’Iran a donné deux mois à l’UE pour trouver une solution conforme aux engagements initiaux.

Il en est de même pour le blocus contre Cuba[2] : aucun produit cubain ne doit être incorporé dans les exportations vers les EU : par exemple pas de sucre cubain dans les produits Danone. Avec une spécificité pour Cuba : l’application pour la première fois du titre III de la loi Helms-Burton, concernant le blocus de Cuba, qui autorise des personnes physiques ou morales à saisir les tribunaux des États-Unis en vue de récupérer des biens dont ils estiment avoir été dépossédés par la révolution cubaine. Ainsi des centaines de plaintes sont susceptibles d’être déclenchées y compris contre des entreprises européennes (Pernod attaqué par des fonds vautours, Accor, Melia …).

Puis le Venezuela qui ne peut vendre son pétrole librement avec des tentatives avortées de coups d’état à répétition.

Et maintenant le Mexique est visé : une augmentation de 5% des tarifs douaniers par mois est annoncée jusqu’à atteindre 25% en octobre 2019. Le prétexte : l’immigration que le Mexique ne bloque pas. L'immigration est un prétexte pour attirer le soutien à sa politique des xénophobes et des naïfs qui croient que ça donnera plus d’emplois aux nationaux.

Puis l’Inde est accusée de profiter de la générosité des EU pour engranger des excédents, modestes par ailleurs.

Faire front contre l’hégémonisme des Etats-Unis

Le but visé par Trump et la fraction de l'impérialisme US aux commandes : démanteler les circuits de production et approvisionnement actuels pour les reconstruire autour et sous la domination des Etats-Unis. C'est la fin de la mondialisation sous sa forme actuelle, un aveu d'échec cinglant de la "concurrence libre et non faussée" lorsque celle-ci ne tourne pas à l'avantage de l'impérialisme dominant.

Trump a mis l’économie au service d’ambitions hégémoniques, sans partage ni multilatéralisme. Pour assurer la domination incontestée des EU dans l’économie mondiale et récupérer au maximum les richesses créées : pourquoi l’impérialisme dominant devrait-il partager la plus-value alors que « America is back » et « Make America great again » avec l’appui de sa puissance militaire et du dollar ?

Cette politique agressive est grosse de dangers. C’est un puissant encouragement à la montée des nationalismes et à une politique de tensions et de troubles fomentés pour imposer la domination des EU.

L’UE reste bien effacée dans cette situation. Elle entérine les sanctions contre l’Iran en voyant toutes ses entreprises quitter ce pays. Elle reste en arrière-plan en espérant voir le boulet du canon passer au loin. D’autant que l’Allemagne, avec ses excédents visés, a grandement peur pour son industrie automobile.

Il y a pourtant une autre voie, celle qui consiste à imposer le multilatéralisme en coopérant avec les pays émergents contre la montée des exigences hégémoniques des EU qui ne feront que s’accentuer si on n’y met fin. Les exigences de Trump conduiront-elles à ce sursaut ou à celui de la capitulation ? La lutte pour la paix est aussi à ce prix : le sursaut.

[1] Voir le rapport du Sénat pour plus de détails http://www.senat.fr/rap/r18-017/r18-0176.html
ou http://www.leclubdesjuristes.com/sanctions-secondaires-extraterritoriales-pour-la-fin-de-linnocence/

[2]https://www.mesopinions.com/petition/politique/stop-blocus-cuba/65573

 

Publié le 07/06/2019

Nutella fait son beurre sur les noisettes récoltées par des enfants et des réfugiés en Turquie

Stéphane Ortega  (site rapportsdeforce.fr)

Alors qu’en France Nutella a été récemment placé sous les projecteurs à l’occasion d’une grève reconductible dans son plus grand site de production, la marque de pâte à tartiner se voit accusée dans une enquête du New York Times de profiter de l’exploitation des enfants et des réfugiés syriens dans le nord de la Turquie.

« Il en faut de l’énergie pour être un enfant ». Le slogan publicitaire de Nutella ne manque pas de cynisme. Les noisettes, un des ingrédients essentiels de la marque de pâte à tartiner, proviennent en partie de l’exploitation d’enfants qui travaillent dix à douze heures par jour en Turquie. C’est ce que révèle un long article du New York Times en date du 29 avril 2019.

Pour sa marque Nutella, le groupe italien Ferrero s’approvisionne en Turquie pour les noisettes, pays où il a implanté cinq usines. La Turquie produit 70 % de la totalité du marché mondial du fruit à coque qui pèse 6 % de l’économie et 1,8 milliard de dollars. Une part non négligeable des saisonniers est composée de réfugiés syriens ayant fui la guerre et l’avancée de Daesh. Ils seraient 200 000 hommes, femmes et enfants à participer à la récolte dès la fin de l’été, selon l’article du New York Times. Nombre d’entre eux n’ont pas de permis de travail, et donc ni contrat ni aucune protection, dans les quelques 600 000 petites exploitations agricoles, essentiellement dans le nord du pays près de la mer Noire.

La plupart des exploitations comptent moins de 50 salariés, ce qui les dispense de respecter le code de travail turc. Une exception appliquée au secteur agricole. Selon l’ONG Fair Labor, les saisonniers travailleraient 11 à 12 heures par jour et 7 jours sur 7 : les jours non travaillés n’étant pas rémunérés. Des conditions de travail pénibles, mais aussi dangereuses, sur des terrains très accidentés, qui s’appliquent aussi à des enfants âgés de moins de 15 ans pour certains. Le tout pour un salaire journalier de 9 euros duquel les travailleurs doivent déduire la rémunération d’intermédiaires qui mettent en relation agriculteurs et saisonniers. Une commission allant de 8 à 10 % du salaire.

En Turquie, plus d’un enfant sur cinq travaille

 Face à ces allégations, le groupe dirigé par Giovanni Ferrero, dont la fortune personnelle s’élève à 22,3 milliards de dollars selon le classement Forbes, se défend. Réagissant à l’article du New York Times, l’entreprise met en avant sa collaboration avec l’Organisation internationale du travail et l’obtention de résultats pour la protection des réfugiés syriens. Sans donner plus de détails. Elle assure également « prendre la situation des travailleurs de la filière noisettes très au sérieux et avoir pris plusieurs engagements ces dernières années pour garantir des conditions de travail plus sûres et décentes ».

Un optimisme que ne partage pas l’ONG Fair Labor qui avance que 99 % des saisonniers travaillent 7 jours sur 7 et que 72 % d’entre eux estiment avoir à peine assez d’argent pour s’en sortir. « En six ans de suivi, nous n’avons jamais trouvé en Turquie une seule exploitation de noisetiers dans laquelle toutes les normes du travail décent sont respectées », assure Richa Mittal, la directrice de l’innovation et de la recherche de la Fair Labor Association. Pour ce qui est du travail des mineurs, le ministère du Travail turc a lancé en 2018 un plan d’action contre l’exploitation et le travail des enfants, évoquant un contrôle strict. Mais surveiller 600 000 exploitations agricoles, pour la seule production des noisettes, s’avère peu réaliste.

En 2012, 890 000 enfants travaillaient, dont 292 000 âgés de 6 à 14 ans, selon l’institut de statistiques TÜIK. Une situation qui n’a pas franchement évolué favorablement. En 2017, le pourcentage de mineurs de 15 et 17 ans travaillant pour subvenir aux besoins de leur famille était de 20,3 %. Il a augmenté en 2018 pour atteindre 21,1 % selon l’agence de presse gouvernementale Anadolu. Et ce, malgré le plan d’action du ministère du Travail. Une réalité que semble préférer ignorer Ferrero et Nutella.

Publié le 06/06/2019

Que nous reste-il ?

Jean Ortiz (site humanite.fr)

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé

Que nous reste-il ? L’essentiel : la conviction partagée par des millions d’hommes et de femmes que le capitalisme menace aujourd’hui non seulement la société humaine mais aussi son biotope, ses écosystèmes, que la course au profit met en danger le climat autant que les relations humaines. Que sans un formidable virage à 180°, on ne va pas dans le mur, on y est déjà ! Comme dit Evo Morales : « c’est le capitalisme qu’il faut changer, pas le climat ! »

Les communistes portent des valeurs universelles et d’avenir, oui, d’avenir : le partage, les communs, la socialisation, le service public, la fraternité humaine, la solidarité, l’internationalisme... Une fois de plus, nous avons manqué de lisibilité, de crédibilité. « Y’a le feu à la maison ! » comme on dirait familièrement. Et si nous sommes à 2,5%, talonnés par le parti animalier ( !), il est trop facile d’en attribuer la faute à d’autres que nous. Mettre l’homme au centre, il n’y a pas plus beau concept, encore faut-il que ce ne soit pas des paroles en l’air... Les mêmes pratiques, sectaires et étroites, et finalement réformistes, conduisent aux mêmes résultats. Avoir renoncé jusqu’au terme de « révolution » ne nous a pas vraiment réussi. Avant, nous apparaissions comme « différents » ; aujourd’hui, nous sommes assimilés aux magouilles du monde politicien, à un parti « comme les autres ». Donc rejeté, avec double et triple peine pour nous, après le Mur de Berlin et tout le reste. Voilà ce qui m’est insupportable. Parce que la majorité des communistes restent différents, altruistes, désintéressés, idéalistes, ne s’engagent pas par souci de réussite ou d’affirmation sociale. Les grosses voitures et tout le tralala, il y en a peut-être quelques-unes égarées, mais ce n’est pas la norme chez nous.

Que nous reste-il ? L’essentiel. Les constats partagés, les ravages, la primauté accordée au fric, à la mondialisation « libérale ». Nous sommes nombreux à être d’accord avec le bilan délétère, homicide, liberticide, du capitalisme. Ma génération a beaucoup donné et a connu d’autres étiages. Nos changements ont souvent été perçus comme des zigzag, des adaptations opportunistes, comme un affaiblissement de nos valeurs. La question est celle d’une « mutation » effectuée trop tard, ou timidement, ou sur la défensive, souvent sous les pressions idéologiques et médiatiques pour nous dépouiller du parti révolutionnaire, donc à contre-courant, dont nous avons besoin.

Et dire que la colère populaire reste très forte précisément au moment où le PCF est menacé dans son existence même. Etre critique m’apparaît salutaire, si l’objectif est d’ouvrir avec toutes celles et ceux qui convergent sur la nécessité d’une rupture avec le système actuel. Je suis convaincu d’une chose : sans le PCF, la bourgeoisie peut dormir sur ses quatre oreilles.

 

 

Publié le 04/06/2019

Tout va (toujours) bien au pays des puissants
 

de : Julien (site bellaciao.org)
 

Alors que de plus en plus de Français se serrent la ceinture, à l’autre extrémité de l’échelle sociale, les gros patrons, eux, font de nouveaux trous dans la leur. François-Henri Pinault, Jean-Pierre Denis, Ronan Le Moal… : portrait de ces dirigeants à l’appétit insatiable.

Après plus de six mois de mouvement des «  gilets jaunes  », l’heure n’est toujours pas à la «  sobriété heureuse  » chez les puissants. Certes, il faudrait être bien naïf pour imaginer que la grogne sociale des Français qui n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois ait eu quelque répercussion que ce soit sur le train de vie des élites et «  premiers de cordée  » tricolores. Mais avec la «  saison  » des assemblées générales des grands groupes qui bat son plein s’ouvre aussi celle de l’annonce des rémunérations de leurs dirigeants. Et force est de constater que ces derniers n’ont retenu aucune leçon des mois passés  ; pire, certains d’entre ces «  grands  » patrons se gavent plus que jamais.

À commencer par François-Henri Pinault, le PDG de l’empire du luxe Kering, numéro deux mondial du secteur. Un empire, soit dit en passant, directement hérité de son père, l’entrepreneur breton François Pinault : pas vraiment le meilleur exemple de la méritocratie à la française, tant vantée par nos dirigeants politiques... Qu’à cela ne tienne : comme Les Echos l’ont récemment rapporté, Pinault Junior vient de s’accorder une rémunération record au titre de l’exercice 2018, celle-ci atteignant le montant astronomique de 21,8 millions d’euros, contre «  seulement  » 2,7 millions d’euros l’année précédente.

Comment expliquer un tel bond en douze mois  ? Si le salaire de François-Henri Pinault reste stable, à 1,2 million d’euros, et si sa part variable annuelle n’augmente «  que  » de 38 %, pour atteindre 1,944 million, c’est la rémunération variable pluri-annuelle du patron de Kering qui s’est véritablement envolée, à quelque 18,6 millions d’euros. Une somme qui correspond à plus de 20 000 «  KMU  », des unités monétaires propres au groupe, indexées sur son cours en Bourse, cours qui a été multiplié par 3,5 depuis 2014. Et voilà comment celui qui déclarait en fin d’année dernière «  comprendre  » la colère des «  gilets jaunes  » s’arroge l’une des plus pharaoniques rémunérations de tout le CAC 40... Indécent, tout simplement.

L’indécence est une « qualité » amplement partagée dans les hautes sphères du capitalisme. Et ce n’est pas Jean-Pierre Denis — un autre Breton, décidément — qui dira le contraire. Son nom n’est sans doute pas très connu  ; et pour cause : notre PDG dirige la banque Arkéa, un établissement relativement modeste en comparaison des mastodontes français que sont BNP Paribas, la Société Générale ou encore le Crédit Mutuel — Crédit Mutuel dont Arkéa n’est, d’ailleurs, qu’une simple filiale. À ce titre, comme on peut le lire sur le dernier «  document de référence  » de la banque, Jean-Pierre Denis a reçu la bagatelle de 1,6 million d’euros pour l’année 2018. Son numéro deux, Ronan Le Moal, n’est pas en reste, et émarge à près de 1,3 million d’euros.

Pas mal, très bien même, pour une «  petite  » banque quasiment inconnue du grand public. Mais Jean-Pierre Denis et son directeur général sont des habitués de ces «  rémunérations hallucinantes  », comme les qualifie Laurent Mauduit, de Mediapart. En 2016 et 2017 déjà, les deux hommes avaient engrangé respectivement 1,6 et 1,3 million d’euros. Soit davantage que les PDG de multinationales comme Stéphane Richard (Orange) ou Lakshmi Mittal (ArcelorMittal). Sommes auxquelles il convient encore d’ajouter les innombrables «  jetons de présence  » que Jean-Pierre Denis touche au titre de sa participation à quantité de conseils d’administration, dont Nexity (31 406 euros en 2016) et... Kering (104 842 euros). Indécence, toujours et encore.

Mais cela pourrait aller encore plus loin. Les dirigeants d’Arkéa sont, en effet, enlisés dans un conflit sans fin avec le Crédit Mutuel, dont ils souhaitent quitter le giron. Le moyen, pour eux, de conserver leur «  indépendance  »  ; l’astuce, surtout, pour continuer de s’attribuer de si mirobolants salaires sans avoir de comptes à rendre à quiconque, et surtout pas à leurs propres sociétaires, leur projet de désaffiliation visant prioritairement à faire d’Arkéa une banque capitalistique classique, et non plus un établissement mutualiste et coopératif. Voire de l’introduire en Bourse, avec la complicité du petit milieu de la finance parisienne, dont le fonds d’investissement Tikehau Capital — où siège, surprise, un certain... Jean-Pierre Denis qui y côtoie François Fillon.

La rapacité des grands patrons n’est, évidemment, pas le lot des seuls dirigeants français, qui font presque figure de petits joueurs face à leurs homologues américains. À l’image de Mark Zuckerberg, dont la fortune — théorique, car elle aussi indexée sur le cours en Bourse de Facebook — a bondi de 20 milliards de dollars depuis le début de l’année. Idem pour Jeff Bezos, le tout-puissant PDG d’Amazon, qui en une seule semaine a gagné 3,2 milliards de dollars, une paille au sein d’une fortune estimée à près de 158 milliards. Et la liste continue : en tout, cinq milliardaires américains ont gagné 13 milliards de dollars en une seule semaine.

Tout va donc (toujours) très bien au pays des puissants, merci pour eux.

Publié le 03/06/2019

Tentation hégémonique. EELV, en deuxième position du « ni droite ni gauche »

Audrey Loussouarn et Marie-Noëlle Bertrand (site humanite.fr)

Pour les écologistes, la politique française se jouerait désormais entre eux, le RN et LaREM. Leur électorat attend néanmoins qu’ils se positionnent plus clairement sur leurs valeurs, alors qu’ils devancent une gauche au tapis.

Yannick Jadot fut aussi bref qu’enflammé. La tête de liste d’EELV réélue au Parlement européen s’est réjouie dimanche soir de cette « vague verte » européenne et de son score (13,4 %) qui place les écologistes en troisième force du scrutin. Pour lui, une responsabilité incombe désormais à ses troupes : mettre en œuvre « la construction d’une alternative, d’un projet puissant », compatible avec les enjeux climatiques et sociaux et faisant barrage aux velléités des extrêmes droites européennes. Le chef de file prend un « engagement », celui de « mettre sur pied un comité citoyen d’initiative et de surveillance sur l’Europe qui réunira les acteurs de la société civile, les syndicats, les scientifiques, les entreprises et les citoyens » afin d’évaluer le travail des parlementaires et « d’en rendre compte chaque mois ».

« L’écologie, ce n’est pas la gauche »

Ce soir-là, Yannick Jadot n’a pas une seule fois attaqué frontalement le système libéral et capitaliste, maintenant ainsi l’ambiguïté autour d’un « ni droite ni gauche » et d’une adhésion à « la libre entreprise et l’économie de marché », entretenues tout au long de la campagne. EELV, favorable aux traités européens, est pourtant sommé de clarifier les valeurs politiques que ses élus entendent désormais défendre à Bruxelles. C’est que les attentes sur la question climatique se sont clairement affichées dimanche soir. Sans compter que le parti, boosté par les nombreuses mobilisations pour le climat, arrive en tête des votes des 18-24 ans (22,1 %), qui risquent de l’attendre au tournant. Répondra-t-il par exemple aux sirènes de LaREM, qui, d’après la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, compte bien se rapprocher des écologistes ? « Il n’est pas question de faire des alliances contre nature, mais de construire des rapports de forces autour des batailles à gagner, estimait dimanche soir Damien Carême, maire de Grande-Synthe (Nord) et troisième candidat de la liste. À chaque fois qu’il s’agira de remporter des bagarres, nous continuerons à chercher des coalitions avec tous ceux qui sont prêts à se battre avec nous, qu’il s’agisse de Pascal Canfin ou de Pascal Durand. » Soit deux anciennes figures d’EELV désormais macronistes.

« L’écologie, ce n’est pas la gauche », tranchait il y a peu Yannick Jadot, qui dimanche soir n’a pas une seule fois fait allusion à cette partie de l’échiquier politique. Le parti, qui a payé un long effacement – alliances gouvernementales et à la présidentielle avec le PS –, est parti très vite en campagne, adoptant même sa liste, et donc sa stratégie, dès juillet dernier. Son pari : se refaire une santé, après la perte de ses groupes au Parlement composés de 18 députés et de 10 sénateurs. Son but désormais se résume à rassembler davantage les acteurs et citoyens qui se rejoignent sur les combats écologiques. « Nous ne voulons pas reconstruire la gauche. Il y a trois forces en France : l’extrême droite, les conservateurs et nous. Nous sommes dorénavant la charpente principale dans un champ de ruines », estime Julien Bayou, porte-parole d’EELV. Une tentation hégémonique – qui a un air de déjà-vu –que confirmait hier Yannick Jadot : « Les écologistes représentent le seul projet d’avenir. Ce n’est pas la recomposition de la gauche plurielle de 1997 qui fait se mobiliser la jeunesse. Se mettre autour d’une table entre partis politiques, c’est fini. »

Audrey Loussouarn avec Marie-Noëlle Bertrand

Publié le 02/06/2019

 

J’ai reçu une lettre de Julian Assange

 

Dans ses premiers commentaires publics aux partisans depuis son arrestation, Julian Assange, fondateur et éditeur de WikiLeaks, a détaillé les conditions répressives auxquelles il fait face dans la prison britannique de Belmarsh et a appelé à une campagne contre sa menace d’extradition vers les États-Unis.

Les commentaires d’Assange ont été formulés dans une lettre adressée au journaliste britannique indépendant Gordon Dimmack, qui a décidé de la rendre publique à la suite de l’annonce faite jeudi dernier par le ministère US de la Justice de nouvelles accusations contre Assange en vertu de la loi sur l’espionnage.

J’ai été privé de toute capacité de préparer ma défense, sans ordinateur, sans Internet, pas de bibliothèque jusqu’à présent, et même si j’y avais accès, ce ne serait qu’une fois par semaine et pour une demi-heure avec tous les autres [détenus]. Pas plus de deux visites par mois et il faut des semaines pour inscrire quelqu’un sur la liste des visiteurs à condition de fournir toutes leurs coordonnées pour faire l’objet d’une enquête de sécurité. Ensuite, tous les appels, à l’exception de ceux des avocats, sont enregistrés et d’une durée maximale de 10 minutes dans une période limitée de 30 minutes par jour, pendant laquelle tous les détenus se disputent le téléphone. Et le crédit ? Juste quelques livres sterling par semaine et personne ne peut appeler de l’extérieur.

En face ? Une superpuissance qui se prépare depuis 9 ans et qui a consacré de centaines de personnes et dépensé des millions sur cette affaire. Je suis sans défense et je compte sur vous et d’autres personnes de valeur pour me sauver la vie.

Je suis toujours debout, mais littéralement entouré de meurtriers. Mais l’époque où je pouvais lire, parler et m’organiser pour me défendre, défendre mes idéaux et mon équipe est révolu jusqu’à ce que je retrouve ma liberté. Ce sont tous les autres qui doivent prendre ma place.

Le gouvernement américain ou plutôt les éléments regrettables qui le composent et qui abhorrent la vérité, la liberté et la justice, cherchent par n’importe quel moyen à obtenir mon extradition et ma mort au lieu de laisser le public entendre la vérité pour laquelle j’ai remporté les plus hautes distinctions en journalisme et été nominé sept fois pour le prix Nobel de la paix.

En fin de compte, tout ce que nous avons est la vérité.

 

Julian Assange

 

Traduction "s’ils comprennent un jour, ils comprendront trop tard" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

Source de la transcription de la lettre ici : https://www.wsws.org/en/articles/2019/05/25/assa-m25.html avec ajout d’un petit bout manquant en déchiffrant les images de la lettre ici : https://www.thecanary.co/feature/2019/05/24/as-us-seeks-to-crush-media...

URL de cet article 34952
https://www.legrandsoir.info/j-ai-recu-une-lettre-de-julian-assange.html

Publié le 02/05/2019

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