PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
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Publié le 14/12/2019

Pourquoi la réforme des retraites n’est pas juste

 

par Pierre Jacquemain (site regards.fr)

 

Faut-il réformer le système des retraites ? Doit-on travailler plus longtemps ? La réforme du gouvernement Philippe est-elle un progrès ? On a causé avec l’économiste Bernard Marx.

Regards. Le Premier ministre a détaillé le projet de réforme des retraites ce mercredi 11 décembre. Avant d’en venir au contenu, est-ce qu’une réforme de notre système actuel se justifie aujourd’hui ?

Bernard Marx. Oui mais pas celle-là. Le système actuel des retraites reste malgré les réformes accumulées depuis trois décennies l’un des meilleurs du monde, si on prend comme critères l’âge moyen de départ à la retraite, le niveau de vie moyen, le taux de pauvreté, ou la part de la retraite par capitalisation qui est l’une des plus faibles du monde. Mais, après des décennies de réformes qui ont réduit les droits, le système actuel reproduit trop largement les inégalités sociales subies dans la vie active, notamment face à l’espérance de vie. De plus le nombre de retraités va augmenter de 25% d’ici à 2050 et le fonctionnement des règles actuelles entraînerait une dégradation de la situation des retraités. Une réforme serait donc nécessaire. Mais pas celle que le gouvernement entend arracher coûte que coûte, comme l’a confirmé le discours d’Edouard Philippe. Celle-ci vise avant tout à obtenir que la part des retraites publiques dans le revenu national n’augmente pas. Le système par points est destructeur des solidarités. Il faudrait au contraire les renforcer et ne pas accepter que la part des revenus du travail (actifs et retraités) soit sans cesse restreinte.

Avec ce projet de réforme, s’il n’y a pas d’accord préalable entre les partenaires sociaux, le gouvernement fixera l’âge de départ à la retraite à taux plein à 64 ans. Cette idée selon laquelle parce que l’on vit plus longtemps, on doit travailler plus longtemps, va-t-elle de soi ?

Le gouvernement prétend qu’il ne touchera pas à l’âge légal de départ à la retraite de 62 ans. Mais, dès 2027, pour partir à la retraite sans décote, c’est-à-dire sans abaissement de pension, tout le monde devra attendre 64 ans, même celles et ceux qui auront une carrière complète. On a bien affaire à une attaque contre tous les salariés et pas seulement contre les « privilégiés » des régimes spéciaux. Est-ce néanmoins légitime parce qu’on vit plus longtemps ? Non. Pour au moins trois raisons : l’ampleur du chômage, du sous-emploi, de la précarité à l’approche de l’âge de la retraite ; la vie en bonne santé tend à stagner, ce qui montre que beaucoup travaillent déjà trop longtemps ; et enfin, parce que l’apport des retraités à la vie commune doit pouvoir se développer.

Cette réforme met un terme au système de retraite par trimestre en mettant en œuvre un système par point. Le gouvernement veut garantir la valeur du point dans la loi. Il entend mettre en place une « règle d’or » qui devrait empêcher toute baisse de la valeur du point. Peut-on être sûr que le point ne baissera jamais ?

Non. Au contraire. Le système par points fonctionne avec deux valeurs du point. D’abord dans le sens combien de cotisations vaut chaque point. Et ensuite au moment de la liquidation de la retraite en sens inverse, combien de revenus pour chaque point obtenu. On peut très bien avoir une indexation de la valeur du point dans un sens mais pas dans l’autre. A quoi s’ajoutent les règles d’évolution des pensions une fois qu’on a pris sa retraite. L’indexation sur les salaires et même sur les prix n’est pas garantie. Actuellement les régimes complémentaires qui fonctionnent aux points ne garantissent pas du tout une triple indexation de la valeur du point. Edouard Philippe a annoncé que les partenaires sociaux fixeraient la valeur du point sous le contrôle du gouvernement et avec un encadrement annuel par le parlement. Comme pour l’évolution des dépenses pour la santé et les hôpitaux. Bref, il n’y a aucune garantie d’indexation.

« C’est une réforme de régression des solidarités sociales et d’individualisation accrue des comportements. »

Désormais, chaque heure travaillée ouvrira à un droit acquis. Un euro cotisé donnera accès aux mêmes droits à tous. C’est un progrès ?

Non. Cela reproduit les inégalités de revenus d’activité dans les droits obtenus. Aujourd’hui les pensions du régime de base sont calculées sur les 25 meilleures années. Cela permet d’éliminer les mauvaises années, quand il n’y en a pas trop. Et cela favorise celles et ceux qui ont eu une carrière ascendante. De plus il y a des règles de solidarité pour faire en sorte que le taux de remplacement des bas salaires soit plus élevé que celui des cadres. Avec le système par points, les seuls vrais bénéficiaires seront celles et ceux qui auront une carrière stable à haut niveau de salaires. C’est une réforme très typée du point de vue social. Certes, Edouard Philippe dit qu’il y aura des « bonifications ». Mais telles qu’annoncées, elles seraient moins protectrices qu’aujourd’hui y compris pour les femmes. En fait, c’est une réforme de régression des solidarités sociales et d’individualisation accrue des comportements.

Jusqu’à 120.000 euros de salaire annuel, tout le monde cotisera au même taux. Au-delà, les cotisations seront plus élevées. C’est le volet justice sociale de ce projet de réforme ?

Le rapport Delevoye de juillet prévoyait le contraire. Au-delà de 120.000 euros de salaire annuel le taux de cotisations était limité à 2,8%. En contrepartie, il n’y aurait pas eu de points versés. Cela voulait dire en fait qu’à partir de ces niveaux, les salariés ne contribueraient pratiquement plus au financement collectif des retraites. Autant d’argent économisé pour souscrire individuellement à des fonds de retraites par capitalisation. Si le gouvernement inversait vraiment la mesure et augmentait le taux de cotisations et diminuait donc la valeur du point à partir de ce niveau de salaires, ce serait positif. Mais, je demande à voir. Mais, cela ne changerait pas le contenu général de sa réforme.

 

Propos recueillis par Pierre Jacquemain

 

Publié le 13/12/2019

Retraites : une réforme pour moins de justice

(site politis.fr)

 

Les femmes seront touchées de plein fouet, mais aussi tous les individus dont l’espérance de vie est plus faible.

Lorsque Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, affirme que le nouveau système de retraite sera garant de plus de justice sociale, faut-il la croire ? Rien n’est moins sûr.

Loin de corriger les inégalités de salaire existantes, le système par points conduit à les accentuer. En instaurant un mécanisme qui s’appuie sur une stricte contributivité et en prenant en compte toute la carrière des personnes, il pénalisera celles qui ont subi une discontinuité de l’emploi en raison d’un congé parental, d’une période travaillée à temps partiel ou d’une séquence de chômage. Rappelons que le système actuel s’appuie sur les vingt-cinq meilleures années pour le régime général et les six derniers mois pour les fonctionnaires. Désormais, toutes les périodes seront intégrées, ce qui réduira d’autant la pension de retraite de celles et ceux qui ont eu des carrières heurtées.

Les premières touchées seront les femmes, qui pâtiront également d’une refonte des droits familiaux. La majoration de la durée d’assurance (quatre trimestres pour la grossesse ou l’adoption et quatre trimestres pour l’éducation) attribuée pour chaque enfant dans le régime général sera supprimée. Le nouveau système prévoit une majoration de 5 % par enfant, mais il est fort probable que les couples décident de l’attribuer à celui qui aura la plus forte pension… c’est-à-dire le père.

La décote de 5 % par année manquante accentuera également les inégalités existantes durant la période d’emploi, car elle constitue une double peine pour les personnes qui, ayant eu une carrière incomplète, auront déjà acquis moins de points pour le calcul de leur pension. Les femmes seront touchées de plein fouet, mais aussi tous les individus dont l’espérance de vie, et en particulier celle en bonne santé, est plus faible. Rappelons que l’écart d’espérance de vie à la naissance chez les hommes est de treize ans entre les 5 % les plus riches et les 5 % les plus pauvres. Mais vivre plus longtemps ne signifie pas forcément vivre en bonne santé. En effet, l’espérance de vie sans incapacité en France n’est que de 64,1 ans chez les femmes et de 62,7 ans chez les hommes. Or, cette réforme universelle traite indifféremment les individus, quelle que soit leur catégorie socioprofessionnelle, alors même que les ouvriers vivent moins longtemps et avec plus d’années d’incapacité que les cadres !

Prétendre que l’universalité est garante de plus d’égalité, c’est oublier que les conditions de travail sont loin d’être identiques. Au lieu de jeter l’opprobre sur certains régimes spéciaux, comment le nouveau régime compte-t-il prendre véritablement en compte la pénibilité du travail en permettant à ceux qui y sont exposés un départ plus précoce ?

Cette réforme aboutira à plus d’inégalités, mais aussi, et avant tout, à moins de revenus pour tous. François Fillon l’affirmait mieux que personne lors d’une conférence de la Fondation Concorde organisée le 10 mars 2018 : « Le système par points, ça permet une chose qu’aucun homme politique n’avouera, qui est de baisser la valeur du point chaque année et donc de diminuer le niveau des pensions. »

 

par Sabina Issehnane

Publié le 12/12/2019

Montpellier : un homme blessé en marge du mouvement contre la réforme des retraites

(site midilibre.fr)

 

Ce mardi 10 décembre, un homme a été touché au front en marge des manifestations contre le projet de réforme des retraites, à Montpellier. Selon la préfecture, il aurait été légèrement blessé par les résidus d'un moyen lacrymogène tiré en cloche.

La vidéo présentant le visage blessé d’un homme allongé au sol, à proximité de l’Arc de Triomphe, s’est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Mardi, vers 16 h 30, un quinquagénaire a été blessé au front non loin de la cour d’appel de Montpellier, alors que des personnes manifestaient dans le secteur de la rue Foch.

" Résidus d'un moyen lacrymogène"

Sur les posts envoyés sur twitter, plusieurs profils avancent que la victime, aurait été blessée par un “tir tendu” de grenade lacrymogène. D'autres prétendent sur la toile que la victime pourrait avoir été touchée par un tir de grenade de désencerclement.

Ce mercredi, en début d’après-midi, la préfecture de l’Hérault apportait des précisions par le même canal : "Le manifestant légèrement blessé hier sur #Montpellier l’a été non pas par une grenade de désencerclement mais par (les) résidus d’un moyen lacrymogène tiré en cloche alors que les manifestants érigeaient une barricade." 

Une personne se présentant comme street medic écartée

Selon les services de police, en fin de manifestation, une quarantaine de personnes ont utilisé des grilles et panneaux “empruntés” sur le chantier en cours au Peyrou, afin d’ériger une barricade à proximité de l’arc de triomphe. Une action qui aurait conduit les forces de l’ordre à faire usage de gaz lacrymogène afin, notamment, de rétablir la circulation.

Par ailleurs, une personne se présentant comme "street medic" aurait été écartée alors qu’un cordon de sécurité était mis en place par des CRS autour de la victime. Selon les services de police, "les CRS ont fait le choix" de ne pas la laisser s’approcher de la victime car cette personne  "était particulièrement agitée" et que deux civils s'occupaient déjà de la victime.

Les secours rapidement sur place

Les forces de l’ordre ont en revanche aussitôt alerté les sapeurs-pompiers. Rapidement sur place, ceux-ci ont pris en charge la victime et l'ont conduite vers le CHU.

Âgé de 57 ans, cet homme aurait été touché au niveau de l’arcade et aurait écopé de plusieurs points de suture. Aucune grenade de désencerclement n'aurait été tirée ce mardi 10 décembre à Montpellier, précisent encore les services de police.

MIDI LIBRE

 

Publié le 10/12/2019

Merci Macron !

(site politis.fr)

 

Pendant des années, nous nous sommes battu·e·s pour ne pas perdre de droits. Mais grâce à vous les choses ont changé. Aujourd'hui, nous ne voulons plus le retrait d’une seule loi, nous exigeons un autre monde !

Donald Trump était président des États-Unis depuis seulement un an quand Mekasi Camp Horinek, de la nation indigène Ponca, tenait à lui rendre hommage. « Je voudrais remercier le Président pour toutes les mauvaises décisions qu'il prend, pour toutes les nominations aberrantes des membres de son cabinet, pour les efforts qu'il fait pour réveiller le géant qui dort. Ceux qui jusqu'ici ne s'étaient jamais battus pour leurs droits, qui ne s'étaient jamais fait entendre, s'indignent aujourd'hui. Je voudrais remercier le Président Trump pour son sectarisme et son sexisme, car, grâce à lui, nous sommes tous debout et unis. »

Et nous aussi, à notre manière, nous voulons remercier notre Président. À force d'aller « vite et fort », notre Prince a réussi l'exploit de son homologue états-unien, celui de nous unir contre lui.

Alors merci, Monsieur le Président, d'avoir engagé dès votre élection une stratégie du choc (1). Comme le conseillait Machiavel en son temps, « les cruautés doivent être commises toutes à la fois, pour que leur amertume se faisant moins sentir, elles irritent moins ». Vous avez entrepris de casser le service public en même temps que notre liberté d'expression, vous avez misé sur les plus privilégié·e·s en même temps qu'oublié le plus grand nombre, vous avez brisé le dialogue social en même temps que réprimé toutes les personnes qui s’élevaient contre vos décisions.

Merci d'avoir si tôt et si mal représenté notre pays, en nommant notamment des millionnaires à un ministère sur deux dès votre prise de fonction.

Merci de si souvent mépriser avec arrogance les souffrances de vos concitoyen·ne·s. À vos yeux, nous ne sommes que des « Gaulois réfractaires », des « fainéants », des « cyniques », une « foule haineuse » ou des « illettrés », bref, des « gens qui ne sont rien ». Quand vous n'exprimez pas votre dégoût du pauvre, vous désignez des boucs émissaires faciles : les migrant·e·s, contre lesquels vous votez lois sur lois, les musulman·e·s, que vous montrez du doigt en appelant, comme aurait pu le faire un politicien d'extrême droite, à bâtir une société de vigilance contre l'hydre islamiste ; les femmes, à qui vous présentez des mesurettes alors que les associations vous réclament un milliard d'euros.

Merci de bafouer si violemment la démocratie en réprimant les manifestations et en limitant la contestation dans les rues. En même temps, quand on ne peut plus gouverner par le consentement, il ne reste que la force.

Merci de tant donner aux riches tout en prenant aux pauvres, après avoir supprimé l'ISF, vous réduisez de 5 euros les APL. Et du recul de l'âge de la retraite au durcissement des allocations chômage et à la libéralisation du travail de nuit, votre politique du ruissellement n’aura eu d’effet que sur Bernard Arnault, dont la fortune a dépassé lundi les 100 milliards d'euros. En même temps, facile de rester très riche quand rien n'est fait contre l’évasion fiscale.

Merci de ne même pas vous fatiguer à trouver des arguments économiques cohérents pour justifier la privatisation de deux mannes financières publiques que sont la Française des jeux et Aéroports de Paris. Un cadeau de plus à ceux qui ont déjà tout.

Merci de pousser nos services publics à l'agonie. L'hôpital, dont nos santés dépendent tombe en lambeaux. Les rails, que nos quotidiens (et notre planète) réclament, et la Poste, que nos relations sociales défendent, vous les vendez. Lorsque les étudiant·e·s ou les professeur·e·s se suicident, vous les abandonnez. Lorsque les agriculteur·rice·s se suicident, c’est une banalité...

Enfin, merci à vous, « champion de la terre », de ne pas avoir changé sur l'écologie et de continuer d'octroyer des permis d'exploitation à Total en Guyane, notre territoire amazonien. En même temps, vous faites ratifier le CETA et prolongez cette tendance mondiale à la suprématie des marchés sur nos santés, notre environnement, nos vies et nos décisions publiques.

Nous voulions vous remercier pour votre cynisme, cette technique que vous usez à dire quelque chose et faire son contraire. Le problème c’est que plus c'est gros, plus ça ne passe plus. Nous voulions vous remercier pour votre déconnexion totale avec l'immense majorité de celles et ceux qui constituent ce pays. Nous voulions vous remercier pour la violence de vos mots, l'indécence de vos réformes et la brutalité avec laquelle vous nous imposez votre vision mortifère du monde.

Vous avez réveillé « le géant endormi ». Celles et ceux qui n'existaient même pas se sont soulevé·e·s. Celles et ceux qui se croyaient seul·e·s et isolé·e·s ont trouvé d'autres compagnons d'infortune. Nous sommes désormais des milliers de « sans-dents », des millions « qui ne sont rien ». Grâce à l'extrême violence de vos « chocs », tout le monde a pris conscience d'une idée forte et mobilisatrice : il ne suffit plus de dire non (1).

Pendant des années, nous nous sommes battu·e·s pour ne pas perdre de droits. Mais grâce à vous les choses ont changé. Aujourd'hui, nous ne voulons plus le retrait d’une seule loi, nous exigeons un autre monde ! Un monde solidaire, émancipateur et démocratique. Un monde que nous sommes en train de construire ensemble, sans vous. Cheminots, personnels hospitaliers, gilets jaunes, aide-soignant·e·s, enseignant·e·s, chercheur·se·s, artistes, retraité·e·s, futur·e·s retraité·e·s, étudiant·e·s, ancien·ne·s étudiant·e·s, zadistes, agriculteur·rice·s, nous exigeons un monde juste, digne, respirable et solidaire. Nous réfutons le vôtre et ferons cause commune pour dessiner le nôtre. Merci, Monsieur Macron, de nous avoir mis debout et unifiés. Nous sommes nombreux·ses et vous êtes si peu. Le 5 décembre n'est qu'un avant-goût de cette reconquête populaire que nous sommes en train de faire émerger.

(1) Lire La stratégie du choc et Dire Non Ne Suffit Plus de Naomi Klein, éditions Actes Sud

 

par André Rebelo et Matthieu Ponchel et Climat Social et Pépita Car
publié le 6 décembre 2019

 

Publié le 09/12/2019

La bataille de l’information

 

(site politis.fr)

 

Le gouvernement dit en quelque sorte aux salariés : « N’allez pas manifester, car vous ne serez peut-être pas touchés par la réforme. » Ils iront manifester parce qu’ils ne croient plus rien de ce qui vient de ce gouvernement.

L’air faussement décontracté, soumis à un code vestimentaire si parfait qu’il en était risible, nos ministres ont quitté l’Hôtel Matignon, dimanche en fin d’après-midi, un peu comme s’ils rentraient d’un week-end campagnard passé entre amis devant l’âtre d’une cheminée rustique. C’est pourtant bien d’un séminaire de travail qu’ils sortaient. Et ces sourires affectés étaient sans doute la première application des consignes venues d’en haut : feignez la force tranquille, et répétez à qui veut l’entendre que « la réforme se fera ». La méthode du docteur Coué est à la base de toute communication politique. Si le peuple n’y croit pas, c’est bon au moins pour le moral des troupes.

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À trois jours du début d’une épreuve de force visiblement très redoutée par le pouvoir, le mot d’ordre était, paraît-il, « saturez les médias ! ». Encore faudrait-il savoir quoi dire au-delà de formules usées jusqu’à la corde. Car, pour l’exécutif, la bataille de l’information est mal engagée. Les éléments de langage – « justice », « égalité », « simplicité » – censés convaincre des vertus de la réforme des retraites sonnent creux dans la bouche de ceux qui les prononcent. En matière d’égalité et de justice, il est vrai qu’Emmanuel Macron s’est acquis une mauvaise réputation. Du coup, la plupart des Français ont compris que la nouvelle répartition qu’on veut leur imposer ne concerne qu’une partie de la société, et qu’elle est une entreprise de division des classes moyennes et inférieures. Les très riches, eux, ne participent pas à ce jeu-là.

Le discours sur les régimes spéciaux, pierre angulaire de la réforme, convainc de moins en moins. C’était pourtant malin : une « réforme universelle » qui nettoie ce maquis pour créer un régime unique, le même pour tout le monde, voilà qui était marqué au coin du bon sens. Succès garanti au zinc du bistrot, et dans cette presse dite populaire qui parle le langage des gens simples en défendant les intérêts des riches. Il a fallu du temps, et une autre information, il a fallu des journaux indépendants, et des journalistes qui le sont, parfois au sein de certains grands médias, il a fallu un travail syndical opiniâtre, il a fallu Attac et la Fondation Copernic, et des économistes vraiment atterrés, pour que les mots retrouvent leur sens. Supprimer les régimes spéciaux, même sous une rhétorique de l’égalité, c’est ignorer la spécificité des métiers, nier la pénibilité de certains d’entre eux, et c’est, pour finir, le contraire absolu de l’égalité. Et tout s’est révélé être à l’avenant : l’égalité macronienne ignore les inégalités femmes-hommes, les carrières chaotiques, la misère de la condition enseignante. Elle ignore la vraie vie.

À mesure que le débat a progressé, il a fallu que le gouvernement invente des compensations à ses propres dispositions. Ainsi, le fameux point, dont on ne connaît toujours pas la valeur, mais qui devrait remplacer le système par trimestre en soumettant les retraites aux turbulences financières, serait « sanctuarisé ». Si l’on en croit Bruno Le Maire. Et les enseignants, dont les retraites s’effondreraient, seraient « revalorisés ». On nous dit de lâcher la proie pour l’ombre. Le discours ne passe plus.

Au comble de l’embarras, un ministre affirme que le « texte n’est pas encore écrit ». Et le dernier mode de défense consiste à brouiller les pistes à propos du calendrier d’application et de la génération des actifs concernés. Le gouvernement, qui n’a à la bouche que le mot solidarité, dit en quelque sorte aux salariés : « N’allez pas manifester, car vous ne serez peut-être pas touchés par la réforme. » Ils iront manifester parce qu’ils ne croient plus rien de ce qui vient de ce gouvernement.

La difficulté est telle que quelques soutiens habituels lâchent Emmanuel Macron. L’éditorialiste du Monde constate les dégâts, et juge la réforme « illisible ». L’économiste libéral Nicolas Baverez observe, la mort dans l’âme, qu’elle aggravera les déficits. Laurent Berger, lui-même, le patron de la CFDT, pourtant tout prêt à servir, est pris à revers par sa base. Quant aux ministres, ils sont à la peine. On leur demande de clarifier une entreprise politique qui repose précisément sur le flou, la dissimulation et la procrastination. Heureusement, il y a parfois des plombiers miraculeux dégottés par France Info, comme cet Olivier qui aime si passionnément la réforme qu’il en assure avec talent la promotion, en connaît les détails techniques, et se dit prêt à des sacrifices financiers. Un plombier extraordinaire dont on avait seulement oublié de nous dire qu’il était un responsable de La République en marche.

Mais il y a trop peu de plombiers comme Olivier, et cette première bataille de l’information, le gouvernement l’a perdue. Voilà pourquoi les manifestations de jeudi et la grève seront massives. Mais une autre bataille se profile dans les médias. C’est la fameuse défense de l’usager. Micros et caméras vont rendre compte sur les quais de gare de la rudesse de notre vie en temps de grève. Le citoyen s’effacera derrière l’usager « pris en otage » par des nantis qui jouissent du double privilège de disposer d’un régime spécial de retraite et du pouvoir de faire grève. On connaît la chanson. Le tout est de savoir si la grève est la faute des grévistes, ou de ceux qui se sont lancés dans une entreprise dont on se demande parfois s’ils ne la regrettent pas déjà.

 

par Denis Sieffert

Publié le 08/12/2019

« Vous avez la parole » sur France 2 : les cheminots sur le grill

 

par Frédéric Lemaire (site acrimed.org)

 

Le 5 décembre, journée de grève et de manifestation d’une ampleur historique dans toute la France, France 2 diffusait, à partir de 21h, une émission de débat intitulée « Vous avez la parole » et animée par Léa Salamé et Thomas Sotto. L’occasion, entre autres, d’étriller une nouvelle fois les « privilèges » des cheminots, dans le viseur de la rédaction de France 2 depuis plusieurs jours.

Le principe de l’émission de débat de France 2 est simple : deux ministres, Sibeth NDiaye et Gérald Darmanin répondent aux interpellations de huit invités sélectionnés, représentant différentes catégories ou secteurs professionnels, en présence de Philippe Martinez (CGT) et de Dominique Carlac’h (MEDEF). Pourtant très rapidement, ce sont moins les ministres qui seront interpellés par les animateurs de l’émission… que le premier invité interrogé, représentant des cheminots et syndicaliste Sud-Rail. Léa Salamé donne d’emblée le ton :

Fabien Villedieu, vous êtes conducteur de train [...] et vous voulez sauver votre régime spécial, celui qui vous permettra de partir à la retraite à 57 ans […] qu’est-ce que vous répondez à ceux qui vous accusent de vouloir défendre des intérêts personnels, des intérêts corporatistes ?

Et lorsque l’invité explique que la réforme touche l’ensemble de la population, et qu’il faut défendre le système de retraites actuel, Thomas Sotto le coupe (« Vous dites qu’on a un bon système et qu’il ne faut rien changer ? Mais il ne faut rien changer ? »). Avant de se tourner avec gourmandise vers le second invité :

Je m’adresse à vous Thierry Moisset qui êtes chef d’entreprise, est-ce que vous comprenez, vous, que Fabien Villedieu veuille conserver son régime spécial, ou au fond est-ce que vous vous dites « en quoi un cheminot a un travail plus pénible qu’un maçon par exemple ? »

Une question à peine suggestive… Rebelote lorsque Léa Salamé se tourne vers le troisième invité, représentant les avocats :

Alors vous Xavier Autain, l’idée, dans l’esprit, une réforme qui, en tout cas sur le papier, est équitable pour tout le monde, et rassemble tout le monde sous un régime universel, supprime les 42 régimes, supprime votre régime autonome, est-ce que dans l’esprit vous trouvez ça équitable et juste ?

Bref, cette réforme équitable « sur le papier » est-elle équitable « dans l’esprit » ? Mais l’invité ne partage pas les termes de Léa Salamé. Il raille la position du gouvernement sur la pénibilité : s’il n’existe pas de métier plus pénible que d’autres, pourquoi maintenir le régime spécial des policiers au nom de la pénibilité de leur travail ? Thomas Sotto le corrige : « Ils auront un régime "particulier". » La nuance est ténue…

Puis lorsque l’avocat se moque de la communication du gouvernement (« ce qui se dit est plus important que ce qui se fait »), c’est Léa Salamé qui s’agace : « Oh, ça c’est un petit procès d’intention que vous leur faites ». Décidément, les ministres sont sur le grill… Le couplet sur les régimes spéciaux se poursuit avec la première question posée par Thomas Sotto à Dominique Carlac’h, représentante du MEDEF :

Dominique Carlac’h, vous qui êtes au MEDEF, est-ce que vous considérez aujourd’hui que ces régimes spéciaux sont des régimes de privilégiés dans la société de 2019 ou pas ?

Il faut dire qu’en matière de privilèges , la présidente du Medef s’y connaît [1]. Puis c’est au tour du responsable de l’Ipsos d’intervenir pour dégainer et commenter son dernier sondage :


photo sondage


Et Thomas Sotto ne manque pas de saisir la balle au bond :

En tout cas Philippe Martinez, on a un chiffre là, une majorité des français, selon ce sondage, dit : « la suppression des régimes spéciaux, on est pour ».

Pour ceux qui n’auraient pas encore compris, Léa Salamé est là pour repasser une couche : « Les chauffeurs de bus du Havre partent à la retraite, pardon, 10 ans après les chauffeurs de train de Paris [...] est-ce que c’est normal ? » Puis c’est Nathalie Saint-Cricq, éditorialiste politique à France Télévisions, qui vient corriger une injustice : une des principales marottes de la rédaction de la chaîne publique n’a pas encore été traitée - celle du coût des régimes spéciaux.

Il y a juste un sujet qui n’a pas du tout été abordé, ou même mentionné quand on a parlé des régimes spéciaux, c’est le financement. On ne parle pas de ça ce soir, alors que c’est quand même le problème central, il y a que les régimes spéciaux sont déficitaires et qu’en gros, on a besoin de réformer les retraites parce que aligner vers le haut, très bien, sans doute tout le monde en rêverait, mais il est probable qu’on n’ait pas le... il faudrait avoir là-dessus quelques précisions, qu’est-ce qu’on peut se permettre de faire et cette réforme est-elle uniquement pour faire le bien de tout le monde où c’est aussi parce qu’on a des problèmes financiers.

Ouf ! Merci Nathalie. Enfin, Thomas Sotto interpelle la porte-parole du gouvernement avec une question d’une rare impertinence :

Alors sur les régimes spéciaux, Sibeth NDiaye moi j’ai une question précise à vous poser, vous dites « il va y avoir la fin des régimes spéciaux » mais ce sera quand ? [...] ce sera quand et pour qui ?

Après plus d’une demi-heure dédiée aux régimes spéciaux, l’émission enchaîne sur la question des fonctionnaires, du point d’indice, de l’agriculture, du régime des indépendants, des retraites des femmes, des étudiants… et au terme de plus de deux heures et demie d’émission, le « verdict » tombe – sous la forme du sondage « maison » : les ministres n’ont pas été jugés convaincants par 63% des personnes interrogées.

 

Les « pauvres ministres » et la « formidable manipulation des syndicats »


Un « score » particulièrement mauvais commenté dans le « débrief » d’une demi-heure, deuxième partie de soirée entre les deux animateurs et des commentateurs et éditorialistes… non sans une certaine inquiétude et sollicitude à l’égard du gouvernement :

- Léa Salamé : Quand on voit le résultat du sondage, où on voit que 38% seulement de ceux qui ont regardé la télé ont trouvé les ministres convaincants, on se dit que c’est pas gagné Nathalie Saint-Cricq, ça vous a surpris ce sondage qui n’est pas bon ?

- Nathalie Saint-Cricq : Non ça ne m’a pas surpris du tout parce qu’ils ne savaient pas, enfin on parle de cette réforme des retraites on ne sait pas ce qu’il y a dedans [...] donc les pauvres ils sont venus ce soir pour essayer de défendre la philosophie générale mais quand on leur demande les gagnants, les perdants qu’il y aura – il y en aura et c’est peut-être bien...

- Léa Salamé : Est-ce que ce n’est pas une erreur de communication du gouvernement [...] ?

- Nathalie Saint-Cricq : Ils ne se sont probablement pas rendu compte que c’était quelque chose d’aussi explosif [...] ils ne se sont pas rendu compte que c’était quelque chose qui pouvait agréger, après un an de gilets jaunes, et que c’était une sorte de danger public.

- Thomas Sotto : Gérard Miller, est-ce que ce n’est pas une formidable manipulation des syndicats d’appeler à la grève aujourd’hui alors que le projet n’est pas sur la table, qu’on ne sait pas de quel texte on parle finalement, et qu’on peut dire qu’on parle dans le vide ?

Puis l’animateur se tourne vers un journaliste suédois, le prenant à témoin :

Thomas Sotto : Magnus Falkehed, quand vous regardez ça, vous le suédois, vous dites quoi, qu’on est un pays de fous ? Vous comprenez ce qui se passe, quel est votre regard sur ces débats, cette journée de manifestation ?

Une chose est sûre : ce n’est pas en écoutant les « analyses » à la truelle du service politique de France 2 que le journaliste suédois pourra se faire une idée sur l’actualité sociale en France…


Frédéric Lemaire

Piblié le 07/12/2019

Ils n’ont pas honte !. Fuite de crédibilité chez France Info

 

Loan Nguyen (site humanite.fr)

 

Le site d’information a interviewé un plombier, favorable à la réforme des retraites, sans préciser qu’il était encarté à LaREM.

« J e souhaite qu’on arrête d’avoir ces régimes spéciaux, des héritages du passé, de luttes sociales, de tout ce qu’on veut, mais surtout qui créent aujourd’hui des inégalités très fortes » : sur le site de France Info, samedi, Olivier le plombier se désespère de la « multiplicité de ces systèmes » de retraites, appelant à la mise en place d’un régime universel. Dans le cadre d’une série de portraits de divers Français face à la réforme des retraites, le site d’information a initialement présenté ce témoignage comme émanant d’un artisan lambda de 58 ans, en oubliant de mentionner que ledit Olivier Beurton est aussi… militant LaREM.

Sur Twitter, plusieurs internautes ont ainsi tenu à « compléter » la biographie du plombier-chauffagiste-électricien en exhumant des photos de celui-ci distribuant des tracts pour la campagne de Laurianne Rossi, en mai 2017, alors candidate aux élections législatives dans les Hauts-de-Seine pour l’écurie d’Emmanuel Macron. Dans un article du Point de 2016, l’expert en tuyauterie développait un peu plus son parcours professionnel : ancien cadre supérieur dans des grands groupes internationaux, Olivier Beurton s’est reconverti sur le tard dans la plomberie, confiant que son business lui rapportait gros : « 80 000 euros annuels nets », déclare-t-il à France Info. Mais, épinglé sur l’omission de l’étiquette politique de celui-ci, le site d’information n’a pas jugé bon de faire son mea culpa, se contentant de mettre à jour l’article en mentionnant qu’Olivier Beurton « a voté pour Emmanuel Macron à la dernière présidentielle, et (…) est adhérent En marche ». Contacté par Checknews, le service communication de France Info a expliqué que l’auteur du reportage avait sollicité cet artisan pour un portrait car il avait fait appel à ses services dans un cadre personnel et qu’il « ignorait que celui qui a changé sa chaudière avait voté Macron ».

Loan Nguyen

 

Publié le 06/12/2019

A la Haye, devant CPI : Stop à L’impunité ! Condamnez Israel! #OpenGaza

 

Anne Marie OUDRER (site change.org)

 

Quatre cents manifestants européens étaient présents devant la Cour Pénale Internationale (CPI) vendredi, à l’occasion de la Journée Internationale de Solidarité avec la Palestine, pour dénoncer son inaction face aux criminels de guerre israéliens. 

Une vingtaine de prises de parole ont été ponctuées de slogans en anglais et en Français (les deux langues de travail de la CPI) .
Parmi celles-ci, les interventions de Ziad Medoukh (Gaza) et Haitham Khatib (Bi’lin, Cisjordanie) pour la Palestine, d’Anne Jellman pour les Pays-Bas, de Mustapha Awad et Hamdan AL Damiri pour la Belgique, du Pr. Christophe Oberlin, Mohamed Salem, Sarah Katz, Jacques-Marie Bourget, Nicolas Shahshahani et Olivia Zémor pour la France, de John Tymon et Beleigh Jbara pour l’Angleterre, de Peter Leuenberger pour la Suisse, et de George Rashmawi pour l’Allemagne.
Une délégation de deux personnes a été reçue à la CPI, mais les subordonnées qui les ont reçues, n’ont pas été en mesure de répondre à la moindre question.
LA CPI, UNE INSTITUTION INDÉPENDANTE ?
Olivia Zémor a rappelé que la CPI, qui dispose d’un personnel de 800 membres et de 18 juges élus pour des mandats de 9 ans par ses 123 Etats membres, possède de larges pouvoir (prison, amendes, compensations pour les victimes, dans tous les cas de crimes de guerre, crimes contre l’humanité, dont celui d’apartheid, la torture, la déportation et la persécutions pour des motifs raciaux, ethnique ou religieux.
Et elle peut juger des ressortissants de pays qui n’ont pas ratifié sa compétence, comme Israel, mais qui ont commis des crimes dans un pays qui l’a ratifiée, comme la Palestine.
La Palestine qui a saisi la CPI est d’autant plus habilitée à le faire que ses plaintes n’ont aucune chance d’aboutir devant les tribunaux de la puissance occupante. ET c’est justement dans ce type de cas, que la CPI a vocation à intervenir.
Mais on peut avoir des doutes sur sa volonté à enquêter sur les plaintes palestiniennes, quand on voit que depuis sa création en 2002 :
quasiment tous les mandats d’arrêt qu’elle a lancés concernent des Africains, et parmi eux, surtout des "seconds couteaux" ou des opposants qui n’ont pas l’heur de plaire aux grandes puissances
il n’y a pas eu un seul détenu blanc dans sa prison de Scheveningen qui se trouve dans la banlieue de La Haye,
que ses bureaux à l’extérieur sont situés dans les villes suivantes : Kinshasa, Kampala, Bangui, Nairobi, Abidjan et Tbilissi
et que la Procureure générale a pris la peine de lancer une enquête sur le conflit en Géorgie qui n’a duré que quelques jours, alors que les crimes perpétrés par les dirigeants israéliens depuis plus de 70 ans, ne font toujours pas l’objet d’une enquête malgré les dossiers de palintes très documentés qui lui ont été remis.
C’est tellement choquant que la CPI se sent obligée de jeter un peu de poudre aux yeux, avec ce qu’elle appelle des "examens préliminaires", qui ne mènent le plus souvent nulle part, mais qui veulent donner l’illusion que la CPI n’est pas le "Joker des grandes puissances", pour reprendre l’expression de la journaliste et auteur Stéphanie Maupas.
C’est ainsi qu’en 2017, Mme Bensouda a ouvert un examen préliminaire sur d’éventuels crimes de guerre commis en Afghanistan par les forces armées occidentales, et notamment les USA, mais n’a pas bronché quand elle s’est vu interdire l’entrée dans ce pays pour y interroger des suspects américains.
Ce qui n’empêche pas les USA, au sein du conseil de sécurité de l’ONU, de demander à la CPI de lancer des mandats d’arrêt contre les dirigeants qui les gênent. Et ce même conseil de sécurité a aussi le droit de demander à la CPI de suspendre une procédure.
Et quand c’est ce même conseil de sécurité de l’ONU qui saisit la CPI, il n’est plus question de "complexité" des dossiers, ni ’incontournables lenteurs de la procédure.
Ainsi, il n’a pas fallu plus de 3 semaines à Fatou Bensouda, pour lancer un mandat d’arrêt contre Khadafi à la demande de ces grandes puissances, avant de lancer leur intervention militaire contre ce pays.
Alors que depuis 2015, soit bientôt 5 ans, en ce qui concerne les plaintes palestiniennes, on en est toujours au stade de l’"examen préliminaire".
Et pour l’attaque du Mavi Marmara en 2010, Fatou Bensouda a estimé que le crime n’était "pas assez massif" !
Elle a même été sommée de revoir sa décision de classer le dossier et doit donner une autre réponse devant la cour d’appel de la CPI le 3 décembre prochain. Espérons que notre manifestation l’aidera à ré-ouvrir le dossier !

 

Publié le 05/12/2019

L'édito contrepoint de Vincent Lindon

Le témoignage engagé et personnel de l'acteur de « Welcome », « La loi du marché » et « En guerre » qui fait partager sa révolte à La Relève.

 

Par Vincent Lindon (site lesechos.fr)

 

Dans la rue, on m'arrête souvent. « Oh, je vous adore ! Merci pour ce que vous êtes, merci pour ce que vous faites. » Ils s'adressent sans doute au maître-nageur de « Welcome » qui vient en aide aux migrants. A moins qu'ils ne parlent au vigile de  « La loi du marché » indigné par la façon dont on traite les précaires. Ou peut-être au syndicaliste de  « En guerre », qui finit par s'immoler par le feu, sacrifice ultime sur l'autel de l'inégalité.

Les passants aussi me donnent le beau rôle : je ne suis aucun de ces héros, mais j'ai choisi de les incarner. Parfois, il s'ensuit un dialogue. J'écoute ces récits de vies souvent difficiles, invivables, même si je sais qu'ils s'adressent plus à mes personnages qu'à moi-même. Problèmes d'accès aux soins médicaux, de scolarisation des enfants, d'hébergement des personnes âgées, d'hébergement tout court, d'emploi, de tout, partout. Toujours, le même sentiment, celui d'un abandon extrême, sournois, toujours contesté mais toujours plus tangible, : qu'est devenu l'Etat puissant et protecteur d'antan ? Qu'est-il arrivé au service public, jadis objet de fierté, aujourd'hui ruiné, rogné, raillé ? Ses activités rentables ont été privatisées. Ainsi le gaz, l'eau, le rail, le téléphone, les autoroutes ont-ils été, partiellement ou en totalité, vendus à l'encan.

« Comment nos décideurs peuvent-ils dormir la nuit ? »

Dans les secteurs qu'il contrôle encore, l'Etat semble avoir renoncé à l'exigence de qualité qui constituait l'essence du modèle français. De l'hôpital au bord de la rupture à l'enseignement sous tension permanente, le système fait eau de toutes parts, noyant les plus faibles. Comment nos décideurs peuvent-ils dormir la nuit ? Ont-ils oublié que rien n'est plus précieux que la santé ? Ne savent-ils plus que l'école est l'outil indispensable d'ouverture sur le monde, où l'on apprend à nos enfants à discerner le bien du mal, le juste de l'inéquitable ? Ne voient-ils pas la catastrophe qui s'avance, qui pourrait bien les menacer eux aussi, l'histoire nous ayant appris que, parfois, les peuples les mieux soumis décapitent leur roi ?

Les privatisations au profit de quelques-uns, qui ont déjà tout, les privations pour tous les autres, qui ont déjà rien. A ce diptyque se résume l'action des gouvernements qui se sont succédé depuis trois ou quatre décennies, toutes couleurs partisanes confondues. Et toute honte bue.

Bien plus que l'effet d'un seul homme, aussi brillant soit-il, c'est cette continuité de l'action, longtemps dissimulée par des postures antagonistes, qui a dévasté le paysage politique, en France et ailleurs. Partout ou presque, les citoyens désertent les urnes ou s'égarent dans des votes inutiles. Aux oubliés de la start-up nation, il ne reste que la rue pour dire leur colère ou leur désespoir. Dans la rue, l'Etat retrouve de sa vigueur : instructions inflexibles à sa police, lourdes condamnations par sa justice.

« Pour agir »

D'un saltimbanque, personne ne peut attendre une solution miracle. Sans surprise, je n'en ai pas. 

Pour agir malgré tout, j'ai dû emprunter d'autres voies, parallèles, plus étroites. Libre, n'ayant ni maîtres à servir, ni normes comptables à respecter, j'ai saisi une opportunité de terrain, un engagement associatif ou ma petite notoriété peut être utile, et où toutes les bonnes volontés sont les bienvenues.

Pour agir, j'ai choisi l'association « Un rien c'est tout » qui porte au quotidien les valeurs humanistes qui sont les miennes depuis l'enfance.

Pour agir, j'ai simplement écouté Winston Churchill : « On vit de ce que l'on obtient, mais on construit sa vie sur ce que l'on donne. »

VIDEO. Vincent Lindon : «Aux oubliés de la start-up nation, il ne reste que la rue»

 

Publié le 04/12/2019

Conditions "indignes" dans une école de Montpellier : les parents d’élèves alertent

(site midilibre.fr)

 

Des parents d’élèves de l’école élémentaire Simon-Bolivar, à la Paillade, dénoncent le manque de place dans l’établissement.

Le 28 novembre, des mamans d’élèves de Simon-Bolivar, une école élémentaire située à La Paillade, ont pris leurs enfants par la main, direction l’hôtel de ville de Montpellier. Le grand hall s’est alors transformé en salle de classe pour les enfants. Objectif : dénoncer le manque de places dans l’établissement et être entendues, évidemment.

De "bonnes conditions de travail" demandées

"Depuis le dédoublement des classes de CP et CE1, c’est une catastrophe. La bibliothèque, la salle de motricité et la salle des maîtres ont disparu pour laisser place à une classe ou des salles de repli pour des ateliers à douze. Il n’y a plus d’endroit pour recevoir les intervenants extérieurs comme les infirmières, les orthophonistes. Les conditions de travail sont indignes, pour les enfants et enseignants", énumère Siham, parent délégué et maman de deux enfants dans l’établissement. Leila, dont le fils est en maternelle juste à côté, à Pablo-Neruda, s’inquiète : "Si les travaux ne sont pas effectués, je demanderai une dérogation. Je veux qu’il ait de bonnes conditions de travail."

Jody, maman d’un petit garçon en grande section à Neruda habite Pierresvives depuis cinq ans. Elle apprécie la mixité sociale et ne veut pas partir mais trouve "le quartier abandonné. On se bat pour avoir accès à nos droits." "Après, on nous parle d’école de la réussite !, poursuit Hinde, une autre maman d’élève. On a une solution : l’école détient 100 m² de locaux inoccupés, des anciens logements de fonction vides, avance Siham. On veut que les travaux soient inscrits au budget 2020."

Rendez-vous en mairie

Suite à leur venue en mairie, les parents d’élèves de Simon-Bolivar ont obtenu un rendez-vous, ce lundi 2 décembre, avec Sonia Kerangueven, adjointe au maire déléguée à la réussite éducative et au quartier Hôpitaux-Facultés.

"On est au courant du manque de places. Il est parfois compliqué d’appliquer la réforme tout de suite, on y travaille. Par ailleurs, on a répondu à des demandes à plusieurs millions d’euros sur cette école : on a refait le plateau sportif en 2018, un nouveau restaurant scolaire, toujours en concertation avec les parents et le corps enseignant. On est à l’écoute de ce quartier. J’attends de rencontrer les parents d’élèves pour comprendre et proposer des solutions. "

LAURIE ZENON

 

Publié le 03/12/2019

Montpellier : épuisés par le quotidien, directeurs et directrices d'école témoignent

(site midilibre.fr)

 

Tâches administratives à n’en plus finir, dédoublement des classes, promesse d’une école inclusive… Ils sont bien seuls pour mener la barque, les chefs d’établissement du primaire.

Elle dirige l’école Léo-Malet, à Celleneuve, depuis cinq ans, travaille dans le quartier depuis quinze ans. En zone Rep +, elle est chargée de piloter 16 classes et une Ulis, soit 290 élèves. "La taille d’un petit collège, avec une seule personne pour tout gérer", résume Catherine Serrano.

Concierge, CPE, secrétaire, assistance sociale, "je fais tout ce travail-là… Ah, je suis la portière aussi", ajoute-elle en sortant à toute vitesse de son bureau pour aller ouvrir la porte à un élève. Une course jusqu’au portail, qu’elle répétera cinq fois au cours de l’entretien, sans compter les appels téléphoniques.

"Avant, j’avais une aide administrative, en contrat aidé. Ce poste a été supprimé il y a deux ans, sous prétexte de mettre le budget dans le dispositif de l’inclusion, et de recruter des AVS (auxiliaires de vie scolaire). Mais ces deux aides n’ont juste rien à voir."

Laurent Noé, coordonnateur de l’école du socle pour l’académie

Suite au suicide de Christine Renon, des discussions sont-elles ouvertes dans notre académie ?

Dans chaque circonscription, les inspecteurs de l’Éducation nationale vont proposer des réunions en petits groupes avec tous les directeurs qui le souhaitent, pour écouter ce qu’ils ont à dire sur leurs missions ainsi que leurs propositions de modifications. L’essentiel des réunions a lieu en décembre. En parallèle, une consultation anonyme, mise en place par le ministère, est ouverte pour l’ensemble des directeurs.

Quel est le but de ces démarches ?

Le but est de libérer la parole des directeurs, de mettre les sujets sur la table afin de voir ce que l’on peut faire pour alléger leurs tâches. L’idée est de se dire les choses de manière horizontale, de recueillir la parole la plus sincère, sans pression.

En tant qu’inspecteur, quel regard portez-vous sur leur quotidien ?

Les situations sont très diverses. Certains directeurs me disent qu’ils sont pleinement heureux, d’autres formulent de la complexité. Tout change dans les écoles, car tout change dans la société. Les directeurs sont impliqués dans de nombreux domaines, dont la sécurité. Des dimensions se sont ajoutées à leurs missions. Elles méritent que l’on clarifie comment on peut les aider. Selon les situations, on a de petites voire de grandes choses à changer.

"Tout est de la bidouille"

À la tête d’une équipe de 19 enseignants, 6 AVS, des agents, des membres du Rased, deux maîtres spécialisés, Catherine Serrano ne possède "aucun outil pour gérer les plannings, les absences. Tout est de la bidouille. Je fais tout à la main. Une aide administrative est nécessaire", affirme celle qui doit composer avec les entrées et sorties d’élèves qui se rendent pour la plupart chez l’orthophoniste, sur le temps scolaire.

Assistante sociale, psychologue, la directrice revêt de multiples casquettes, sans y être formée et sans personne pour l’épauler. Elle se retrouve régulièrement avec des situations alarmantes à gérer : des parents qui perdent leur logement, des violences, des problèmes de soins chez les enfants, sans aucun relais sur place.

Le ministère prend des mesures

Le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, Jean-Michel Blanquer, a lancé des premières mesures visant "à alléger et simplifier le travail des directeurs d’école." Parmi celles-ci, une journée supplémentaire de décharge a été allouée à tous les directeurs sur la période novembre-décembre 2019 ; un questionnaire leur a été adressé ; des groupes départementaux de consultation et de suivi ont été mis en place… Suite à cette consultation et à la réunion avec les partenaires sociaux du 17 décembre, le ministre pourrait annoncer une série de mesures complémentaires pour alléger le travail des directeurs.

"Elle a décrit ce que l’on connaît tous"

"Normalement, les missions d’un directeur sont à un tiers le pilotage pédagogique des équipes, un tiers le fonctionnement de l’école et la gestion des équipements, et un tiers la relation avec les familles." Forcément frustrée sur la partie pédagogique, les autres missions prenant beaucoup d’énergie, la directrice de l’école de Celleneuve a la désagréable impression de "ne rien mener à bout. La tâche est aussi devenue plus ardue avec le dédoublement des CP et CE1, qui a créé des classes supplémentaires. De façon générale, l’organisation s’est complexifiée."

Pour ne pas se retrouver sous l’eau, Catherine revient le mercredi matin ou le week-end, la seule occasion qu’elle a trouvé pour avoir des moments de tranquillité. Dans cette tempête quotidienne, son expérience l’aide à se préserver, son équipe à tenir le coup : "Je ne me sens pas seule. On se soutient et on arrive à mener de super projets. Je rame, je suis bien essorée mais je ne suis pas en souffrance. La mission prend tout son sens car le travail fourni est extrêmement utile et les élèves vont bien."

Quand elle a appris le suicide de Christine Renon, directrice de maternelle à Pantin (Seine-Saint-Denis), Catherine Serrano a lu sa lettre et a tout de suite été touchée par la justesse des propos : "Elle a décrit ce que l’on connaît tous." Dans son rêve d’école idéale, la directrice de Léo-Malet aimerait le retour d’aides pour le fonctionnement des établissements scolaires. "On pourrait alors se concentrer sur la réussite des élèves, leur désir d’apprendre et de continuer à venir et aimer l’école."

"Je me sens tout seul à gérer trop de choses", le témoignage d'un directeur d'école

"L’histoire de Christine Renon m’a plombé, car c’est ce que je vis. Ça a été très compliqué pour moi d’aller à l’école après." Paul (*), qui tient à rester anonyme, dirige deux écoles, maternelle et primaire, à Montpellier, depuis cinq ans.

470 élèves au total. Au départ, lui qui aimait enseigner a eu envie de devenir directeur pour "aider les enseignants et les élèves". Aujourd’hui, constamment sollicité pour un rien – "un manteau perdu, un mot malencontreux d’un enfant à un autre, les parents qui s’emmêlent, de gros conflits pour des broutilles" -, il est usé.

Malgré la bonne entente avec l’équipe enseignante, le poids de la mission est "très lourd à porter". À tel point qu’il se demande, depuis cinq ans, s’il va partir. "Je fais le portier, l’infirmier, je gère les plannings sans logiciel. Le tout pour 2 600 €, primes comprises, et avec 20 ans d’ancienneté. Au collège, les directeurs gagnent le double." Le manque de considération est l’un des points qui le contrarie le plus : "Je me suis fait menacer de mort par un parent. Je suis allé au commissariat… J’ai informé ma hiérarchie et j’ai eu l’impression que l’institution n’en avait rien à faire." 

Paul peine aussi de plus en plus à trouver des satisfactions dans son quotidien : "Celles qui me font rester sont d’avoir réussi à protéger des enfants maltraités et, après avoir détecté un handicap chez des enfants, de les avoir orientés pour les amener le plus loin possible". Afin que les directeurs d’école puissent avoir un avenir plus serein, "il faudrait tous les décharger de leur classe et leur donner un adjoint administratif".

(*) Le prénom a été modifié.

 Alexandra Seoane : "Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin"

Elle est d’un naturel, pétillant, joyeux, ça saute aux yeux. Sur les murs de son bureau, des petits mots du type “Alexandra, une directrice qui déchire” et des photos avec l’équipe enseignante où tout le monde a l’air de bien s’amuser. Alexandra Seoane, qui "rêvait d’être instit’ à 6 ans", est désormais directrice.

Depuis dix ans, elle pilote l’école Olympe-de-Gouges. Depuis trois, elle est déchargée à temps plein, c’est-à-dire qu’elle n’a plus de classe. "On s’excuserait presque d’être déchargée alors que directrice est un boulot à temps plein. On n’a vraiment pas le temps de glander et on est en première ligne tout le temps." 

Si Alexandra trouve son métier "formidable", le suicide de la directrice de Pantin l’a pas mal perturbée. "C’est un poste dans lequel on est seul. Il faut être en forme tout le temps car on compte sur nous et si on est dépassé, on ne va pas le dire, reconnaîtelle en ajoutant : Pour moi, tout va bien, je m’y épanouis !" 

Les tâches administratives se sont toutefois multipliées depuis ses débuts. Les AVS, dix dans son école, représentent une équipe supplémentaire à gérer. Les enfants avec troubles de l’attention, hyperactivité, autisme sont aussi "de plus en plus nombreux. Les parents ont aussi de plus en plus besoin d’être guidés et c’est toujours tout de suite, dans l’urgence." 

Face à toutes ses tâches, Alexandra se dit qu’il y a vraiment un problème de statut du directeur d’école. "Comparé à un principal de collège, notre salaire est très inégal alors que nous avons le même diplôme. Et on ne parle pas des heures supplémentaires non payées."

Le sentiment d’être utile, de servir de former les citoyens de demain, d’inculquer des valeurs aux enfants, remplit Alexandra Seone. Malgré les difficultés, son naturel optimiste, sa vie personnelle heureuse lui permettent d’avancer, main dans la main avec son équipe. "Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin", a-t-elle affiché sur la porte de son bureau.

 

Laurie ZENON

Publié le 02/12/2019

Retraites : la fake news de Monsieur Seux

Par Bernard Marx (site regards.fr)

Quand Bernard Marx prend un éditorialiste en flagrant délit de mensonge en direct, ça donne cet article, juste histoire de rétablir quelques vérités.

Ce 28 novembre, à une semaine du 5 décembre, Dominique Seux, éditorialiste quotidien, du lundi au vendredi, sur France Inter – y compris les jours de grève – et, en même temps, directeur délégué de la rédaction du journal Les Echos, a déposé sur les ondes une belle fake news. Il voulait apporter tout son soutien à la thèse selon laquelle les retraités français sont, de très loin, les plus privilégiés du monde et les « actifs en payent le prix ».

Se référant aux données de la page 181 de l’édition 2019 du « Panorama des pensions » publié par l’OCDE, il a affirmé que la France bat tous les records du temps passé à la retraite : « Ce temps à la retraite est de presque 23 ans pour les hommes et de 27 ans pour les femmes – on arrondit à 25 ans en moyenne donc, même si cette moyenne-là est bien frustre. C’est environ CINQ ans de plus que la MOYENNE des autres pays. » C’est écrit en majuscule, à la Trump, dans la transcription de son édito, sur le site de France inter.

La manipulation des données de l’OCDE est assez grossière.

La statistique ne porte pas sur la durée moyenne de vie passé à la retraite par l’ensemble des Français. L’âge moyen de liquidation des droits à la retraite est de 62,7 ans. L’espérance de vie moyenne des personnes, nées en France il y a 60 ans, était à la naissance de 66 ans pour les hommes et de 71,5 ans pour les femmes. Si l’on exclut celles et ceux qui sont morts avant 20 ans cela rajoute un peu plus d’un an d’espérance de vie moyen. On a donc pour tous les Français qui ont pu cotiser pour leur retraite, une durée moyenne de temps passé à la retraite de l’ordre de 5 à 6 ans pour les hommes et inférieure à 10 ans pour les femmes. On est loin, très loin, des Français qui passeraient 25 ans en moyenne à la retraite. Et bien sûr, comme un éditorialiste économique digne de ce nom devrait informer, cette moyenne cache d’amples inégalités en fonction du métier exercé et du niveau de vie.

Les chiffres ne mentent pas

Les données citées par Dominique Seux ne portent même pas sur la durée moyenne de vie à la retraite pour celles et ceux qui ont pu la prendre. Le titre du graphique de la page 181 du rapport de l’OCDE est « Remaining life expectancy at labour market exit, by gender in 2018 » ce que l’on peut traduire par « Espérance de vie à l’âge de sortie du marché du travail par genre en 2018 ». Et cela change beaucoup de choses, compte tenu du sous-emploi des salariés de plus de 55 ans en France avant de liquider ses droits à la retraite. Cela compte et pèse beaucoup plus que les départs à la retraite avant 62 ans des militaires et des cheminots. Selon le Rapport 2019 sur les retraités et les retraites publié par le ministère de la Santé et des Solidarités, 46% des salariés de plus de 50 ans ont connu au moins une année de non emploi avant de liquider leur retraite. Selon les statistiques de l’OCDE, l’âge moyen de départ de l’emploi est de 60,8 ans en France alors que l’âge moyen de départ en retraite est de 62,7 ans. Soit deux ans d’espérance de vie moyenne en moins pour les retraités français au moment de prendre sa retraite.

N’en déplaise à Dominique Seux, dont la retraite bien méritée sera bien assurée par son double emploi à France Inter et aux Echos, le système de retraites français est, certes, un des meilleurs du monde. Mais ce système n’est pas au-dessus de nos moyens.

 

[Bernard Marx->http://www.regards.fr/auteur/bernard-marx

 

Publié le 01/12/2019

Frontignan : Michel Arrouy, deuxième adjoint de Bouldoire, est candidat aux municipales

(site midilibre.fr)

 

Le quinquagénaire a officialisé ce vendredi sa candidature aux élections municipales de Frontignan.

Michel Arrouy, deuxième adjoint de Pierre Bouldoire, maire de Frontignan, a annoncé ce vendredi lors d'une conférence de presse qu'il sera candidat aux élections municipales de mars 2020. L'actuel premier magistrat avait déclaré, début décembre, qu'il ne briguerait pas de nouveau mandat après vingt-cinq années à la tête de la commune.

A la tête d'une gauche rassemblée

"Depuis le début, je suis fidèle à Pierre Bouldoire et vice-versa", a expliqué Michel Arrouy. Comme celui dont il espère succéder, il tirera une liste dite de la "gauche rassemblée" avec le PS, Génération.s, Europe écologie les Verts, le PCF. Pour l'heure, il n'a pas souhaité communiquer sur le nombre de personnes de la majorité qui repartirait au combat avec lui, ni sur l'identité des personnes qui ont déjà donné leur accord.

Car dans sa liste il y aura aussi "des citoyens qui auront envie de s'impliquer et qui se feront connaître sur la plateforme internet mise en place le 9 décembre". Une plateforme (c'est la mode) destinée à recueillir les attentes et/ou les propositions des citoyens.

Deux axes transversaux à toute action

"Je crois beaucoup à l'intelligence collective, à l'expertise citoyenne", explique le désormais candidat qui compte, justement, faire de la démocratie participative l'un des axes transversaux majeurs de sa campagne mais aussi de son mandat. Si les urnes penchent pour lui, le deuxième axe majeur sera celui de la transition écologique dont la préoccupation devra irriguer chacune des décisions municipales. 

Proximité, humilité, simplicité

"C'est un moment important dans la vie de Frontignan", a commenté Michel Arrouy. "Pierre Bouldoire qui a réparé la ville, protégé la ville et permis de développer le "vivre ensemble" a décidé de tourner la page. Toutes ses actions, je les continuerai. Je serai maire à plein temps", promet-il. "Les habitants ont besoin de proximité et de lien social que je renforcerai".  Proximité, humilité et simplicité seront ses maîtres mots si les Frontignanais lui accordent leur confiance.

Le programme dévoilé en janvier

Sans dévoiler son programme - il le sera en janvier, notamment, après les ateliers de discussions - Michel Arrouy en a évoqué deux points forts : la proximité qui passe par le cadre de vie mais aussi par la sécurité ("sans angélisme", dit-il), celle du quotidien comme celle face aux pollutions et aux risques majeurs. Deuxième point fort, celui du développement économique en attirant sur la friche Mobil de "petites entreprises créatrices d'emplois et soucieuse de l'environnement".

Une liste baptisée "Passion Frontignan - La Peyrade"

Autant d'éléments qu'il développera au cours d'une campagne "que je ne ferai pas par rapport aux autres. Moi, cela fait 50 ans que j'aime passionnément Frontignan-La Peyrade, cela ne fait pas trois mois." Il a d'ailleurs baptisé sa liste "Passion Frontignan La Peyrade". Reste à savoir s'il en ramassera les fruits.

 

PHILIPPE MALRIC

Publié le 30/11/2019

Clivage. « Macron ne cherche pas à être majoritaire »

 

Cyprien Caddeo (site humanite.fr)

 

Le sondeur Jérôme Sainte-Marie étudie, dans Bloc contre bloc, comment l’opposition gauche-droite a laissé place, depuis 2017, à un antagonisme de classes. Entretien.

Jérôme Sainte-Marie Analyste politique

Vous citez ouvertement Marx dans votre ouvrage (1). Le macronisme a-t-il simplifié l’équation politique à un retour à la lutte des classes ?

Jérôme Sainte-Marie Le macronisme survient à un moment où le clivage gauche-droite apparaît dysfonctionnel pour le service des intérêts dominants. Et ce, à deux niveaux : d’abord, la tripartition de la vie électorale (droite-gauche-FN) fait que le président de gauche ou de droite qui est élu n’a pas la base électorale et sociale suffisante pour pousser les réformes structurelles réclamées par les marchés financiers et l’Union européenne. Ensuite, un président de gauche, pour être élu au second tour, a besoin de mobiliser les éléments populaires de son électorat, donc de faire un compromis social, et c’est en réalité aussi le cas d’un président de droite élu. Avec la présence assurée au second tour de Marine Le Pen en 2017, annoncée dans les sondages deux ans auparavant, il y a eu opportunité d’un rassemblement des libéraux de gauche et de droite et d’une solution sans compromis destinée à donner une base pertinente pour adapter la France aux exigences du capitalisme mondialisé. Les sondages le confirment et révèlent une cohérence sociologique dans le vote et les intentions de vote jamais vue depuis le référendum de 2005.

Y a-t-il, en contrepartie, réémergence d’une conscience de classe dans les classes populaires ?

Jérôme Sainte-Marie La prise de pouvoir par cette bourgeoisie réunifiée, qui se présente sans le masque de la culture de droite ou de gauche, a permis une double prise de conscience. D’abord, les élites au sens large – la bourgeoisie française, le monde des cadres et certains retraités – ont découvert avec bonheur leur unité fondamentale. Ce faisant, elles ont rendu dangereusement visible leur pouvoir social et provoqué en retour une réunification de fait des classes populaires. En l’espèce, ce sont les gilets jaunes. L’analyse sociologique, entre ­novembre 2018 et janvier 2019, montre que c’est d’abord une mobilisation des travailleurs pauvres du secteur privé, peu diplômés, mal encadrés politiquement et précarisés. Ces gens forment de fait une classe sociale, ils sont en prise directe avec la dureté de l’économie capitaliste. Quant à la conscience de classe, on a pu observer que les gilets jaunes déploient des visuels, des symboles, une mise en scène – le samedi, le découpage en actes…, – soit toute une culture qui construit une conscience commune. C’est pour moi un des grands acquis de ce mouvement.

Le macronisme a-t-il pour autant renoncé à l’électorat populaire ?

Jérôme Sainte-Marie Le macronisme vit très bien sans l’électorat populaire, il ne cherche d’ailleurs pas à être majoritaire. Un de ses objectifs est de ne pas avoir à transiger sur son projet, en évitant tout compromis social. Il s’en remet à l’autorité de l’État pour gouverner, et aux divisions de l’opposition pour se perpétuer.

La grande perdante de ce clivage de blocs, selon vous, c’est la gauche. Pourquoi l’espace politique s’est-il à ce point réduit ?

Jérôme Sainte-Marie Je risque de déprimer votre lectorat… Mais, tout d’abord, j’envisage la gauche comme une notion électorale et non idéologique. La gauche est très réduite quantitativement, seul un Français sur cinq dit se reconnaître dans l’étiquette « gauche ». Ensuite, la gauche regarde dans des directions opposées. Chez les socialistes, ils sont nombreux, dans un sondage récent 40 %, à approuver l’action d’Emmanuel Macron, quand ils ne sont pas déjà absorbés par le macronisme. De son côté, la gauche radicale anti-macronienne, PCF et FI, a perdu les classes populaires sur des sujets décisifs à leurs yeux, comme la question du contrôle des flux migratoires. 66 % des Français ont une mauvaise opinion de l’immigration. C’est un des facteurs qui expliquent la clé du succès du RN parmi les employés et les ouvriers. 52 % d’entre eux voteraient pour Marine Le Pen dès le premier tour, dans le rapport de forces politique immédiat (selon un sondage Ifop ne prenant pas en compte l’abstention – NDLR).

Qu’en est-il des électeurs qui ne se reconnaissent ni dans le bloc élitaire affilié à LaREM ni dans le bloc populaire ?

Jérôme Sainte-Marie Les deux blocs structurent la vie politique mais n’épuisent pas pour autant le champ social. Il y a des Français qui refusent ce nouveau clivage et tiennent au clivage gauche-droite. On les trouve parmi les classes moyennes et les fonctionnaires, d’abord. D’une certaine manière, ils essaient d’échapper au conflit majeur actuel, qui est un conflit de classes. J’attire néanmoins votre attention sur le fait qu’un Français sur deux voterait Macron ou Le Pen dès le premier tour.

Pour vous, Macron mène bien une « révolution », comme il l’avait annoncé dans son livre-programme, mais au service de la bourgeoisie.

Jérôme Sainte-Marie Oui, il ne faut pas oublier que, pour Karl Marx lui-même, la bourgeoisie, loin d’être conservatrice, est porteuse de changements. Dans le Manifeste du Parti communiste, il explique son rôle dans la transformation de la société, des modes de vie, des valeurs, au service du capitalisme et de la maximisation des profits. C’est le projet d’Emmanuel Macron.

(1) Bloc contre bloc, Éditions du Cerf, 18 euros.

 

Entretien réalisé par Cyprien Caddeo

Publié le 29/11/2019

Municipales à Sète : six raisons pour lesquelles les verts retournent sur la liste Calueba

(site midilibre.fr)

 

Après des allers-retours, les écologistes EELV de Sète ont finalement décidé de participer à la liste Alternative sétoise menée par Véronique Calueba, pour les municipales de mars 2020. 

Après les rebondissements, qui ont marqué les dernières semaines politiques sétoises, les écologistes ont finalement décidé de revenir à leur point de départ : une participation à la liste Alternative sétoise (soutenue par le PCF, LFI et des collectifs citoyens), tirée par Véronique Calueba. 

Si d'autres auraient préféré garder les dissensions en interne, Françoise Alamartine, elle, ne s'est jamais gênée pour confirmer qu'elle avait quitté la table des discussions. Et elle est aussi à l'aise pour expliquer son retour.

Celle qui a finalement candidaté, samedi 23 novembre et qui a été désignée pour figurer sur la liste, a posé des conditions. Car ce retour n'est pas une adhésion aveugle. C'est une volonté d'avancer. Et la suite d'un jeu de pression politique. 

1 - Ils se sont enfin reparlé

Le dialogue était coupé, suite à plusieurs différends (dispute rue Semard, problèmes de communication en interne). Mais à deux jours de la deuxième vague de désignation via une votation, c'est-à-dire jeudi 21 novembre, une rencontre a enfin pu avoir lieu. 

2- Différents "démocratiques" aplanis

Lors de cette rencontre " nous avons dit ce qui n'allait pas". Ceci en particulier sur le plan de la démocratie interne. "Il faut plus d'équilibre dans les prises de parole, les réunions et une égalité de traitement pour toutes les parties prenantes". Sous-entendu : avant, d'autres formations politiques s'étaient appropriées la parole, loin de l'image de transparence démocratique revendiquée par la liste. 

Et pourquoi ne pas négocier avec Denaja ?

Pour Françoise Alamartine, si elle veut l'emporter aux élections de mars 2020, la gauche doit être unie. Fâchée avec Alternative sétoise, pourquoi n'est-elle pas allée taper à la porte du socialiste Sébastien Denaja, qui entend présenter une liste largement issue de la société civile ?  "Je connais  les gens de "Sète ensemble", la France insoumise, le PC. M. Denaja, je n'avais pas aimé sa politique avec M. Hollande. Il m'avait fait peur sur la déchéance de nationalité notamment".

3- La planète va trop mal

"Je suis engagée au niveau national  et la situation est extrêmement préoccupante", indique, grave, Mme Alamartine. Dans ces conditions, il lui est apparu impensable que les verts soient absents de l'élection.

4 - Condition : un programme plus vert 

Chez Alternative sétoise, des commissions travaillent sur le programme. Mais Françoise Alamartine explique avoir appuyé sur des nécessités programmatiques : "On ne doit pas faire des mesurettes. Il faut expliquer à la population qu'il va falloir faire des choix difficiles". 

5- Condition : Alamartine sera n°3

"J'ai demandé la troisième place." Françoise Alamartine le dit sans difficulté. "Il est parfaitement normal qu'aujourd'hui, il y ait des écologistes bien placés pour porter cette campagne. On a une expérience depuis des années." Ceci, même si Alternative sétoise prônait jusqu'ici qu'il n'y aurait pas d'ordre défini a priori. Deux candidats EELV sont déjà actés. Deux autres seraient dans les starting-blocks. 

6- Alternative sétoise a besoin des verts

Alors qu'elle se présente comme une liste citoyenne, de gauche et écologiste, il serait compliqué pour Alternative sétoise de le faire sans... écologiste !  Françoise Alamartine notait d'ailleurs, samedi : "Tout le monde est très content que l'on se réinscrive, que l'on reparte avec eux".  Celle qui rappelle que "les verts ont le vent en poupe", a visiblement su mettre la pression. 

 

CAROLINE FROELIG  

 

Publié le 28/11/2019

Montpellier : face à la précarité, les étudiants imposent la distribution de 700 repas gratuits à Paul Valéry

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Les étudiants se sont mobilisés un peu partout en France ce mardi pour dénoncer leurs conditions de vie précaires. À Montpellier, une centaine de personnes se sont rassemblées devant le restaurant universitaire Vert-Bois pour une opération repas-gratuit. Sept cents étudiants ont ainsi pu manger à l’œil.

 

« Il faut que le ministère sorte le chéquier »

Dans sa prise de parole, la syndicaliste de Solidaires Étudiant·e·s a rappelé l’immolation de l’un de ses camarades, le 8 novembre devant le Crous de Lyon. « Ce n’est pas un cas isolé alarme-t-elle, la précarité tue tous les jours ! » Le drame a suscité une vague de contestation étudiante, et même parfois des blocages d’universités, comme à Lyon 2. Face a cette révolte, la secrétaire d’État à la jeunesse a reçu les organisations étudiantes et a fait trois annonces, qui sonnent « comme des insultes » aux yeux des militants de Solidaires : un numéro vert pour les étudiants en difficulté, l’instauration d’une trêve hivernale des expulsions dans les cités universitaires, et un renforcement du statut d’étudiant élu. « Mais qui le gouvernement croit-il acheter ? » a tonné la militante au micro.

 

Logement, santé, nourriture, frais d’inscriptions : le coût de la vie étudiante augmente et seulement 6% des étudiants ont accès à un logement en cité universitaire, quand le montant maximum des bourses s’élève tout juste à 500 euros par mois. Face à ces politiques antisociales, toutes les organisations étudiantes (l’Alternative, la FAGE, la FSE, l’UNEF et Solidaires Étudiant·e·s) se sont réunies lundi dernier au local de Solidaires, à Paris, pour fixer des revendications communes. Une première depuis le mouvement contre le CPE, en 2006. Voici les doléances : augmentation d’au moins 20% des bourses étudiantes, construction de nouvelles cités universitaires, gel des loyers, plus de moyens financiers et humains pour les services de santé, arrêt de la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers, titre de séjour effectif pour tous les étudiants ou doctorants.

 

« Le problème est structurel, la réponse doit être structurelle, il faut que le ministère sorte le chéquier », a continué la militante. « Le pognon pour ça, il n’est pas compliqué à trouver ! Deux milliards pour le service national universel, toutes les niches fiscales… de l’argent, il y en a ! » L’intervention s’est conclue par une opération repas-gratuit, et ce sont ainsi sept cents plateaux du restaurant universitaire qui ont été distribués gratuitement.

 

Assemblée le 4, grève le 5

Quelles perspectives pour un mouvement étudiant encore hésitant ? À Montpellier, les militants de Solidaires ont affiché leur soutien au combat des gilets jaunes, ainsi qu’à l’ensemble des mobilisations mondiales actuelles, exprimant un ras-le-bol général des politiques d’austérité, et une envie d’en finir avec le capitalisme.

 

À la faculté Paul Valéry, les répercussions concrètes de ces politiques, c’est une répartition des cours sur douze semaines, au lieu de treize, marchande cette marchandisation sans les cours, normalement répartis sur treize semaines, le sont maintenant sur douze, en raison d’économies budgétaires et de la mise en place du plan « Nexus », dont l’objectif est de numériser les cours. Solidaires appelle à une assemblée générale le 4 décembre sur le parvis des amphithéâtres de la faculté Paul Valéry, et à se joindre à la grève du 5 décembre. De leur côté, les étudiants communistes appellent à un rassemblement ce jeudi à 16h devant les bureaux de la direction (bâtiment L).

 

Publié le 27/11/2019

Juvignac: Patricia Weber (PS) lance sa liste aux municipales avec Youssef Sebbak (LR)

(site midilibre.fr)

 

La vice-présidente socialiste du Conseil départemental s'associe avec le candidat ayant l'investiture Les Républicains sur la commune.

Patricia Weber a annoncé sa candidature aux municipales sur Juvignac. La vice-présidente socialiste du Département mènera la liste "Ensemble pour l'avenir de Juvignac".BARASCUD

Une liste qui comprend également Youssef Sebbak qui a l'investiture Les Républicains (LR) sur la commune depuis septembre.

Sur la liste d'Arnaud Julien en 2014

Même si le communiqué ne mentionne aucune étiquette politique, il précise qu'il s'agit "d'une liste de rassemblement très élargie à toutes celles et ceux qui souhaitent enfin se retrouver, pour la première fois, dans une même unité d'action". 

Youssef Sebbak était sur la liste d'Arnaud Julien, secrétaire départemental des Républicains, aux municipales en 2014. 

Pour l'instant, hormis Patricia Weber, le maire sortant, Jean-Luc Savy, a annoncé sa candidature ainsi que Fabrice Thiry (Rassemblement national).

Publié le 26/11/2019

Japon. Le pape démonte le concept de dissuasion nucléaire

 

Gaël De Santis (site humanite.fr)

 

En visite à Nagasaki, au Japon, dimanche, le chef de l’Église catholique a déclaré que « l’utilisation de l’énergie atomique à des fins militaires » est « un crime ». Il est attendu aujourd’hui à Hiroshima.

Le 9 août 1945. Le feu atomique s’abat sur Nagasaki après avoir rasé, trois jours plus tôt, la cité japonaise d’Hiroshima. Ces massacres, perpétrés par l’armée américaine, firent plus de 150 000 victimes, dans leur presque totalité des civils. « Ce pays a connu comme peu le niveau de destruction dont l’être humain est capable », a déclaré le pape François dimanche, lors de sa visite dans la ville martyre de Nagasaki, à l’occasion de son voyage en Asie. Selon le dirigeant de l’Église catholique, la situation est intenable. « L’utilisation de l’énergie atomique à des fins militaires est aujourd’hui plus que jamais un crime, non seulement contre l’homme et sa dignité, mais aussi contre toute possibilité d’avenir dans notre maison commune », a dénoncé Jorge Bergoglio, estimant qu’un « monde sans armes nucléaires est possible et nécessaire ».

En 2020, la bombe atomique sera illégale du point de vue du droit international

Le pape s’en est pris au principe même de dissuasion nucléaire, ce principe selon lequel un État serait immunisé du risque d’attaque car il serait capable, au moyen de la bombe, d’anéantir son adversaire. Cette doctrine alimente « une fausse sécurité » et « une mentalité de peur et de défiance » qui pose problème en termes de relations internationales. « La paix et la stabilité internationale sont incompatibles avec une quelconque tentative de construire sur la peur de la réciproque destruction ou sur une menace d’anéantissement total. » « Dans le monde d’aujourd’hui, où des millions d’enfants et de familles vivent dans des conditions inhumaines, les sous dépensés et les fortunes gagnées à fabriquer, moderniser, maintenir et vendre les armes, toujours plus destructives, sont un outrage continu qui crie vers le ciel », a-t-il exposé, appelant à un contrôle des armements.

Ce discours, qui s’inscrit dans une politique de longue date d’une Église opposée à ce type d’arsenal, intervient alors que, l’an prochain, la bombe atomique sera illégale du point de vue du droit international, comme le sont déjà les autres armes de destruction massive, qu’elles soient chimiques ou bactériologiques. En effet, le traité sur l’interdiction des armes atomiques (Tian) adopté par 122 pays à l’ONU en juillet 2017 entrera en vigueur l’an prochain, quand 50 États l’auront ratifié. Les pays de l’Union européenne, enferrés dans leur alliance avec les États-Unis, font figure de mauvais élèves. À l’ONU, seul 5 d’entre eux avaient voté pour le texte (l’Autriche, Chypre, l’Irlande, Malte et la Suède). Et pour l’heure, seule l’Autriche l’a ratifié.

Le Mouvement de la paix interpelle d’ores et déjà les parlementaires

« Les déclarations du pape sont importantes, décrypte pour l’Humanité Roland Nivet, porte-parole du Mouvement de la paix. On n’a pas seulement un plaidoyer contre l’arme atomique. Le pape dit que ceux qui engagent des milliards pour les armes nucléaires sont des criminels. »

En France, les pacifistes sont déjà mobilisés sur le sujet, à l’approche de la conférence d’examen du traité de non-prolifération, qui s’ouvrira en avril à New York. En vertu de ce traité, les puissances nucléaires s’engagent de « bonne foi » à procéder à des négociations allant vers leur désarmement progressif. Ce qu’elles se refusent à faire depuis que le texte est entré en vigueur en 1970. Le Mouvement de la paix interpelle d’ores et déjà les parlementaires, qui ont reçu 2 000 courriers réclamant un amendement sur le gel des crédits alloués à la modernisation nucléaire pour l’année 2020 (1).

Soixante-quatorze ans après le largage des bombes sur Nagasaki et Hiroshima, le risque d’un hiver atomique est plus que jamais d’actualité. Tous les ans, le Bulletin des scientifiques du nucléaire évalue le risque d’une guerre nucléaire. En 1991, au sortir de la guerre froide, il était minuit moins 17 minutes avant l’apocalypse, selon ce bulletin. La prolifération, l’attitude belliqueuse de Donald Trump qui a détruit les perspectives ouvertes par l’accord avec l’Iran, la modernisation des arsenaux des puissances nucléaires – dont celui de la France – font que, pour l’année 2019, cette équipe de scientifiques américains estime qu’il est minuit moins 2 minutes. L’heure de se réveiller.

(1) Pour participer à la campagne du Mouvement de la paix : https :///www.mvtpaix.org

 

Gaël De Santis

Publié le 25/11/2019

Palavas : il y aura une liste citoyenne de gauche.

 

(site leblog pcf.littoral.overblog.com)

 

 Les municipales 2020  créent les conditions d'un sursaut à gauche. Socialistes et communistes  se sont mis d'accord mais ne sont pas seuls en jeu. Un mouvement citoyen se structure qui pèsera lourd dans la campagne , exigeant un programme  répondant aux besoins exprimés par les habitants.

   C'est Philippe Klein  (PS) qui mènera la liste  mais sans hégémonie de quelque parti que ce soit. Et c'est des différences que naîtra l'efficacité avec un programme qui ne sera pas un catalogue de bonnes intentions .  dans un monde merveilleux où tout est possible   avant  l'élection ...  et rien après. Il s'agira de montrer que la politique peut être autre chose que l'affrontement d'égos.

  Après les années de plomb de faux duel  droite-droite l'espoir renaît

 

Publié le 24/11/2019

Syndicats. Retraites : la CFDT sur la corde raide

 

Stéphane Guérard (site humanite.fr)

 

Laurent Berger a appelé ce jeudi le gouvernement à sortir de ses ambiguïtés sur la réforme à venir. Mais, en réaffirmant son soutien à un régime par points, le secrétaire général a mis en lumière les contradictions de la confédération.

Faire corps pour affronter la tempête. C’est la position qu’a choisie, ce jeudi, le bureau national au gouvernail de la CFDT en publiant une déclaration « adoptée à l’unanimité », demandant au gouvernement de clarifier ses positions sur la réforme des retraites. Le jour même où le Conseil d’orientation des retraites (COR) rendait officiellement son rapport commandé par le gouvernement, estimant entre 8 et 17 milliards d’euros le montant des économies à réaliser pour revenir à l’équilibre budgétaire d’ici à 2025, avec toute une gamme de potions amères pour y parvenir (voir notre édition de mercredi), l’instance de décision confédérale a décidé de muscler son jeu.

Dénonçant ce document comme une « construction politique due aux choix faits notamment par ce gouvernement de diminuer les ressources du régime », Laurent Berger a appelé l’exécutif à « faire œuvre de clarté. Veut-il une réforme budgétaire ? La CFDT s’y oppose. Ou veut-il une réforme de justice sociale, de fond, créant un système plus lisible, plus solide, plus solidaire entre travailleurs du public et du privé, et entre générations (…) » ? Rappelant que le syndicat soutenait depuis 2010 la mise en place d’un régime universel par points censé gommer les inégalités produites par l’actuel système et apporter de nouveaux droits, le secrétaire général s’est dit prêt à aller « jusqu’au bout des discussions avec le gouvernement, sinon on n’a aucune chance d’influer ».

Tour de vis budgétaire

Loin de rejoindre la mobilisation du 5 décembre, le syndicat réformiste répondra donc présent lundi et mardi prochains à l’invitation du premier ministre. La ligne suivie ne varie pas. Mais Laurent Berger admet à demi-mot qu’elle prend de plus en plus des airs de corde raide. « On ne veut pas être dans une situation où il n’y ait que deux choix. Soit celui d’une réforme paramétrique, avec l’idée de faire travailler plus les travailleurs, que portent le patronat et certains au gouvernement. Et l’autre, soutenue par ceux qui font croire que le système est parfait et qu’il n’est pas inégalitaire. » Ce positionnement est d’autant plus précaire que le gouvernement a durci ses positions ces derniers jours, accréditant le scénario d’un tour de vis budgétaire au régime actuel, avant la mise en place de la version réformée.

Ce jeudi matin, Édouard Philippe a enfoncé le clou, demandant aux syndicats : « Considérez-vous que l’équilibre, c’est pas grave, on (verra) plus tard, nos enfants se débrouilleront ? Ou considérez-vous qu’il y a un vrai sujet et, dans ce cas-là, comment le règle-t-on ? » Si, comble de hasard, les syndicats cochent la seconde case, le premier ministre est prêt à leur fournir tout un tas de modes d’action purement comptables contenus dans le rapport du COR : « Voyons avec les partenaires sociaux s’ils préfèrent des solutions sur la durée, sur l’âge légal, sur l’âge pivot, sur l’âge d’équilibre. On a un petit peu de temps. »

Seule à faire mine de croire qu’un compromis constructif est encore à portée de main, la CFDT se trouve de plus affaiblie par la décision de sa fédération des cheminots de déposer un préavis de grève reconductible à partir du 5 décembre, jour de mobilisation nationale contre la réforme des retraites. Il s’agit certes d’un moyen de pression pour obtenir le maintien du régime spécial des cheminots jusqu’à extinction de ce même statut, prévue par la réforme ferroviaire. Mais, voir une de ses composantes soutenir la « clause du grand-père » glissée dans le débat par Emmanuel Macron, alors même que Laurent Berger s’est dit contre cette mesure qui « repousserait une réforme de justice et d’équité aux calendes grecques », ajoute à la confusion.

« La direction de la CFDT est dans une contradiction, analysait mercredi Pierre Khalfa, de la Fondation Copernic. Elle soutient l’idée d’une réforme systémique, à condition qu’elle bénéficie aux salariés. Mais il est maintenant évident que cette réforme ne va pas bénéficier aux salariés. De plus, elle est opposée aux mesures dites paramétriques. Mais il est aussi évident que l’exécutif s’y prépare. Elle doit réfléchir sur le fait qu’elle est en train de se faire rouler dans la farine par le gouvernement. » 

« L’exécutif doit faire œuvre de clarté. Veut-il une réforme budgétaire ? »

Laurent Berger CFDT

 

Stéphane Guérard

Publié le 23/11/2019

Montpellier : les avocats des gilets jaunes parviennent parfois à prouver la mauvaise foi des policiers

 

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Pas de pitié pour les gilets jaunes. En juin 2019, on comptait déjà mille peines de prison ferme depuis le 17 novembre 2018, dont au moins 440 incarcérations. Parfois, les avocats – surnommés les baveux pour leur capacité oratoire – arrachent des petites victoires, en dénonçant des vices de forme qui en disent long sur la mauvaise foi des autorités. Le Poing vous fait revivre deux plaidoiries et autant de grains de sable dans la machine à broyer juridique de l’État.

 

« Une exception de nullité évidente »

Mercredi 6 novembre. Un prévenu se présente dans le box du tribunal de grande instance de Montpellier, extrait pour l’occasion de la cellule de la prison où il croupit pour une autre affaire. Le parquet lui reproche cette fois-ci la complète : dissimulation du visage, port d’engins incendiaires, violences, dégradations, rébellion et participation à un attroupement en vue de commettre des violences et des dégradations – le tout datant du 21 septembre, lors de l’acte 45 des gilets jaunes, à Montpellier.

 

L’avocat réclame d’emblée la relaxe, en se basant sur un argumentaire précédemment envoyé par écrit au tribunal, mettant en lumière des vices de forme susceptibles de frapper de nullité l’ensemble de la procédure. Le procureur l’oblige à plaider par oral, alors l’avocat rappelle « l’affaire » : son client a été contrôlé seul sur la place de la Comédie, bien avant le départ du cortège, et les policiers ont trouvé une cagoule dans son sac, justifiant à la fois la dissimulation du visage, et la participation à un attroupement en vue de commettre des violences et des dégradations. Comment peut-on participer à un attroupement si l’on est seul ? Comment peut-on avoir le visage dissimulé si la cagoule est dans son sac ? Autre erreur : le procès-verbal mentionne une interpellation dans le secteur 1 de Montpellier, mais la place de Comédie se trouve sur le secteur 3.

 

« À la base, ça devait juste être un contrôle, le prévenu n’avait pas commis d’infraction » insiste l’avocat. Mais pour le procureur, les « engins incendiaires- », à savoir des fumigènes, auraient pu être qualifiés « d’acte de terrorisme », ou de « recel d’explosif », et la rébellion se justifierait par le caractère violent du prévenu. L’avocat raconte une autre histoire : son client a été bousculé par les policiers, qui ont déchiré son t-shirt, et ce sont les mêmes qui se sont occupés de lui en garde à vue, au cours de laquelle il n’a même pas eu le droit à un matelas. « Ce n’est pas un homme violent, c’est un père de famille assez calme de nature » clame l’avocat, complété par le principal intéressé : « Je respecte l’uniforme. J’en ai juste marre de travailler pour rien, je veux juste un avenir meilleur pour mon fils. »

 

Le procureur requiert quatre mois ferme, mais il écope d’un mois, uniquement pour le délit d’attroupement (relaxe pour les autres chefs d’inculpation), sans révocation d’un sursis ultérieur. Difficile de parler de victoire quand on termine en prison, mais la méticuleuse obstination de l’avocat a tout de même permis d’atténuer la peine. 

 

Un euro pour la police

Vendredi 8 novembre. Un interpellé de l’acte 30 des gilets jaunes comparait à Montpellier, pour rébellion, et la classique participation à un attroupement en vue de commettre des violences et des dégradations, à cause du port d’un clou. Là encore, l’avocate réclame une nullité. La police ne précise pas dans quel contexte il a été arrêté, aucune preuve matérielle ne démontre la rébellion, et il a été si violenté lors de son interpellation que sa garde à vue a commencé à l’hôpital. Une fois au commissariat, aucune trace du dossier médical, et donc aucun document permettant d’attester s’il est apte ou non à la garde à vue. Une fois n’est pas coutume, le tribunal reconnaît les nullités, entraînant automatiquement l’annulation des déclarations du prévenu en garde à vue, mais sans impact sur la validité de la convocation au tribunal.

 

Le procureur requiert trois mois de prison avec sursis, et la police réclame mille euros. Pourquoi ? On ne le saura pas. Quant au clou, le juge n’en fait aucune mention. Concernant les blessures, c’est parce qu’il se serait ouvert le crâne en tombant, selon les policiers. Pour le juge, une arrestation n’est pas un acte extraordinaire pour un policier, et ça ne justifie aucun dédommagement. Le gilet jaune doit tout de même verser un euro symbolique au policier, et est condamné à un mois de sursis pour rébellion (relaxe pour le délit d’attroupement).

 

Morale de l’histoire : les avocats ont besoin de temps pour préparer une bonne défense, d’où l’intérêt de demander un délai lors des audiences de comparution immédiate !

 

Publié le 22/11/2019

 

Préfet Lallement : un chef d’armée qui a choisi son « camp »

Un an après le début du mouvement des gilets jaunes, rien n’a vraiment changé. Surtout pas le « maintien de l’ordre », qui se cantonne toujours à la violence.

 

par Pierre Jacquemain (site regards.fr)

 

Un an de colères, de luttes, de mobilisations et de revendications. Un an de violences policières, de répression, de mépris et de privation des libertés. Et que retiennent le gouvernement et les médias – dits mainstream – qui ont suivi avec attention la 53ème semaine des gilets jaunes tout au long du week-end ? Les agissements de quelques-uns qui s’en sont pris au mobiliser urbain, principalement, ainsi qu’à un monument à la mémoire du Maréchal Juin dans le 13ème arrondissement de Paris. Quelques dizaines d’individus cagoulés pour décrédibiliser l’action de plusieurs milliers de manifestants – qui ont d’ailleurs été contraints, au fur et à mesure des semaines, à quitter leur identifiant : le gilet jaune. Alors que la mobilisation du week-end a connu un léger regain par rapport aux semaines précédentes, tout semble ainsi orchestré pour nous épargner l’essentiel : la question sociale, écologique et démocratique. Et toujours, l’absence de réponse politique.

Elle était bien seule samedi soir sur BFMTV, l’eurodéputée LFI Leïla Chaibi, pour rappeler que face aux images impressionnantes de poubelles en feu et de vitrines brisées qui ont rythmé les écrans des chaînes d’information toute l’après-midi, il y a d’autres images qui n’ont pas circulées : celles de ce journaliste qui a été grièvement blessé au visage, après un tir de GLI F4 (une grenade lacrymogène, assourdissante et à effet de souffle, contenant une charge explosive constituée de 26 grammes de TNT ainsi que de quatre grammes d’hexocire) alors qu’il portait distinctement son gilet « presse ». Celles aussi du député insoumis Alexis Corbière qui a violemment été interpellé alors qu’il tentait de quitter la place d’Italie. De cette femme tirée par les cheveux par une équipe de la BAC. De cet homme piétiné par les forces de l’ordre. De ces milliers de manifestants empêchés de manifester, nassés sous les nuages du gaz lacrymogène.

Quelques minutes plus tôt, le préfet de police de Paris avait annulé la manifestation. Et invité l’ensemble des manifestants – « s’il existe encore des manifestants de bonne foi », a-t-il précisé lors de son point avec la presse – à quitter la place d’Italie sous peine d’être interpellés. Si un couloir de sortie devait être organisé, selon le préfet, ils sont nombreux à témoigner du contraire. Aucune issue n’a été prévue. Ou que tardivement. En témoigne d’ailleurs le tweet d’Olivier Besancenot : « Venus pour défiler durant une manifestation qui avait été autorisée, nous avons appris son interdiction alors que nous étions déjà place D’Italie. Nassés, et chargés pendant plus de deux heures, sous les gaz lacrymogènes. Notre détermination reste intacte. La lutte continue. »

Plus tard, il évoque un « guet-apens » organisé par les forces de l’ordre. Ça y ressemble fort…

L’intervention très solennelle du préfet de police avait donné le ton dès 15h. Droit dans ses bottes. Le ton ferme. Autoritaire. Au point que même Dominique Rizet, consultant police-justice de BFMTV, a vu dans le propos du préfet de police « plus un discours de chef d’armée que de préfet de police ». Après le recours il y a tout juste un an aux blindés à roues de la gendarmerie nationale dans les rues de Paris, l’ambiance n’est plus au maintien de l’ordre. Et comme le rappelait le sociologue Laurent Mucchielli dans #LaMidinale de Regards :

« On n’est pas face à des professionnels du maintien de l’ordre, on est face à des gens qui ont habitude de faire un usage offensif et pas défensif, sur des gens qu’ils considèrent comme des voyous, des grands délinquants et pour lesquels ils n’ont pas de scrupules [...] Il y a une responsabilité du pouvoir politique à mettre, en démocratie, face à des manifestants, des unités qui ne sont pas des professionnels du maintien de l’ordre et qui donc potentiellement peuvent faire un usage de la violence qui n’est plus considéré comme légitime. »

Elle était bien seule samedi soir sur les plateaux, Leïla Chaibi, pour rappeler l’essentiel – quand on ne l’interrompait pas pour lui demander de condamner les « violences ». Parce que si les Français défilent depuis un an, ça n’est pas pour casser du flic ou de l’abri-bus, c’est pour être écoutés. Et exiger, comme l’a martelé l’eurodéputée, «  un revenu digne, plus de démocratie, un frigo rempli, du chauffage, plus de santé ». Un message qui semble avoir du mal à percer le mur du son. La situation sociale se détériore, se tend, se radicalise, parce qu’il n’y a plus de dialogue social. On n’écoute pas, ou plus, les personnes concernées : les gilets jaunes, les chômeurs, les étudiants, les syndicats, les profs, les associations, les soignants, les élus. Les décisions sont prises d’en haut, sur des tableurs Excel. Loin de la réalité de terrain. Et de la vie quotidienne des millions d’hommes et de femmes – dont on finit par oublier les visages. La perspective de la mobilisation massive et à durée indéterminée le 5 décembre prochain aura-t-elle raison de leur mépris, de leur violence, de leur indifférence ? Rien n’est moins sûr mais le mois de décembre sera chaud. Assurément bouillant. Et les turbulences assurées.

Hier après-midi, le préfet de police s’est rendu sur la place d’Italie pour constater les dégradations et, profitant du passage d’une habitante du 13ème arrondissement qui portait le gilet jaune, il s’est adressé à elle le regard fuyant mais le ton fier et assuré : « Nous ne sommes pas du même camp, madame ».

Le code de déontologie de la police nationale, à l’article R. 434-29 – Devoir de réserve prévoit pourtant que « le policier est tenu à l’obligation de neutralité ». Le préfet de police est sorti de sa réserve. Une question majeure se pose désormais : se pourrait-il que le haut fonctionnaire qu’il incarne, chargé de la sécurité de toutes et tous, n’assurerait à présent plus que la sécurité de quelques-uns ? Se pourrait-il que le premier flic de Paris ait identifié une population ennemie – en lutte en ce moment ? Ce petit commentaire l’air de rien est extrêmement grave. C’est une faute professionnelle. Ajouté à la très mauvaise gestion de la mobilisation de samedi, dans un pays sous tension, le préfet de police aurait dû a minima être rappelé à l’ordre, si ce n’est remercié. Le préfet de police a choisi son camp. Reste à savoir de quel camp parle-t-il ? Pas celui de la démocratie visiblement.

 

Pierre Jacquemain

 

Publié le 21/11/2019

ONG en Méditerranée : les secours en mer ne créent pas d'«appel d'air»

 

Par Kim Hullot-Guiot (site liberation.fr)

 

Deux chercheurs italiens contestent, dans une étude parue lundi, la corrélation parfois suggérée par les politiques entre présence des ONG en mer Méditerranée et nombre de départs de bateaux clandestins des côtes libyennes.

  • ONG en Méditerranée : les secours en mer ne créent pas d'«appel d'air»

Marine Le Pen, députée française, le 12 juin 2018 : «Derrière le vernis humanitaire, les ONG ont un rôle objectif de complices des mafias de passeurs. […] Accepter que les bateaux de migrants accostent crée un appel d’air irresponsable Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur français, le 5 avril 2019 : «Les ONG ont pu se faire complices [des passeurs].» Matteo Salvini, alors ministre de l’Intérieur italien, le 7 juillet 2019 : «Je n’autorise aucun débarquement à ceux qui se moquent totalement des lois italiennes et aident les passeurs.» Cette rengaine selon laquelle en menant des opérations de recherches et de sauvetages (SAR) en mer Méditerranée les organisations non gouvernementales provoqueraient des départs massifs d’immigrés clandestins vers l’Europe, a la vie dure.

A lire aussi Migrants : tensions entre les ONG et l'Italie

De SOS Méditerranée à Proactiva Open Arms en passant par SeaWatch, les ONG contestent ce lien – surtout fait par des politiques de droite et d’extrême droite – mais rien ne permettait jusqu’ici de trancher la question d’une éventuelle relation de cause à effet entre présence des ONG en mer et nombre de départs des côtes libyennes. Deux chercheurs ont rendu publique ce lundi une étude, réalisée pour l’European University Institute de Florence (Italie), qui étudie ce phénomène. La conclusion de Matteo Villa et Eugenio Cusumano, qui précisent que les données sont peu nombreuses, est claire : «Notre analyse suggère que les opérations de SAR non gouvernementales n’ont pas de corrélation avec le nombre de migrants quittant la Libye par la mer.»

En 2015, le nombre de départs de Libye a même un peu baissé par rapport à 2014, alors que la part des ONG dans le nombre total de sauvetages a augmenté, passant de 0,8% des opérations à 13%. Entre janvier et octobre 2019, le nombre de départs par jour était, lui, légèrement supérieur lorsqu’il n’y avait sur la zone pas d’ONG – lesquelles sont soumises à des pressions gouvernementales et peinent à être autorisées à débarquer les rescapés en Europe. «Par contraste, une grosse corrélation existe entre les départs de migrants et les conditions météorologiques sur la côte libyenne, autant qu’avec la très forte instabilité politique en Libye depuis avril 2019», indiquent les chercheurs.

Kim Hullot-Guiot

 

Publié le 20/11/2019

Tensions à la Métropole de Montpellier : les syndicats dénoncent "un mal-être au travail"

 

(site midilibre.fr)

 

Ce lundi midi, une vingtaine d’agents grévistes a publiquement affiché son mécontentement devant l’Hôtel de Métropole. DR

Clash vendredi 15 novembre, grève d’un service ce lundi 18 novembre : le climat est de plus en plus lourd.

Attention aux secousses. L’éclat – " le clash" pour reprendre le terme de Philippe Saurel lui-même – survenu vendredi matin entre le président de la Métropole et les représentants syndicaux en introduction d’un banal comité technique semble, depuis, cristalliser une colère sourde. Et révéler le symptôme d’un manque de dialogue social.

"Comme nos collègues de la Ville, nous déplorons que nos interpellations à l’administration ne reçoivent plus aucune réponse." Robert Trinquier, délégué CGT à la Métropole, y voit "la conséquence de la mutualisation des ressources humaines aujourd’hui dépassée."

L’Agglomération devenue Métropole le 1er janvier 2015, a vu, par la grâce des mutualisations, gonfler ses effectifs de 1 000 à 2 400 agents. "Il y a désormais un mal-être au travail et des missions mal définies."

Des services ralentis

De son propre aveu "un peu plus modéré", Laurent Bernard (Unsa) dit "attendre le retour de décisions sur des renforts, notamment à la direction des ressources informatiques. Nous sommes peut-être un peu naïfs mais on veut y croire." Des agents en grève ce lundi après une tentative avortée de dialogue jeudi dernier.

"Certains services sont ralentis. On avait connu une Métropole plus ambitieuse pour les agents, plus soucieuse de leur bien-être." L’approche de la période électorale fait aussi craindre à Laurent Bernard un gel des décisions. "Il ne faudrait pas que les agents soient pris en otages car, quel que soit le président de Métropole, le service public sera toujours rendu par les agents."

Nous ne faisons pas de campagnes à droite ou à gauche. Nous ne sommes pas achetés, ni achetables

Pour Robert Trinquier (CGT) les choses sont encore plus claires : "Notre problème n’est pas que Philippe Saurel soit réélu ou pas réélu. Notre problème est de défendre la qualité du service public pour tous les citoyens." Même ligne à l’Unsa. "Nous ne faisons pas de campagnes à droite ou à gauche. Nous ne sommes pas achetés, ni achetables."

Edwige Hernandez, déléguée FO à la Métropole qui aurait dû faire lecture de cette fameuse déclaration liminaire au comité technique de vendredi dernier, insiste sur "les relations compliquées avec Philippe Saurel depuis qu’il est président. Avant, nous arrivions à dialoguer, trouver des consensus."

Pas vraiment un long fleuve tranquille…

Philippe Saurel a, depuis 2014, soufflé le chaud (un peu) et le froid (souvent) dans ses relations avec les 4 300 employés de la Ville et les 2 400 de la Métropole. Ainsi, dès juin 2015, l’édile décrit l’absentéisme des “municipaux” comme "un mal qui ronge la ville de l’intérieur." 

En septembre de la même année, face à un plan de réorganisation du travail des AERS (agents d’entretien et de restauration scolaire), ceux-ci se mobilisent massivement. Forçant le maire à mobiliser des élus de sa majorité pour suppléer, ponctuellement, des personnels grévistes. Et pointant déjà "des manipulations politiques !" 

Au printemps 2016, le dialogue social est toujours d’actualité au sujet des agents des écoles et des crèches. D’abord qualifiés de constructifs par le maire lui-même, les échanges avec les syndicats de la Ville sont clos le lendemain… et les grilles de la mairie fermées.

Autre avatar, à l’été 2016 : un blocage sur la question des heures supplémentaires (déjà) des 30 personnels du service du protocole. Résultat : une grève dure le 14 juillet… jour d’arrivée du Tour de France ! Philippe Saurel a dû alors faire appel à des prestataires extérieurs. N’oublions pas le feuilleton, qui dure toujours lui, des grèves perturbant les services des cantines scolaires

"C’est moi qui suis responsable !"

Évidemment le maire président n’a pas la même grille de lecture. "Les syndicats m’ont demandé de présider ces comités techniques. Vendredi, ils ont voulu intervenir avant que je fasse l’appel. Je suis parti. Tout simplement. Mais je leur ai dit qu’un comité technique sera convoqué avant Noël."

Droit dans ses souliers, Philippe Saurel se désole par ailleurs d’un communiqué diffusé dimanche par FO. "Les termes n’ont plus rien à voir avec le syndicalisme ! On y appelle à la grève générale face à la fin du règne de la Saurélie."

Et d’appuyer sur la bonne tenue des comités techniques… à la Ville. Excepté la conclusion du dernier. "J’y ai fait état d’une lettre de la direction générale des finances publiques pointant les agents ayant dépassé le quota légal d’heures supplémentaires. Or, il faut être dans les clous car cela relève du pénal. C’est moi qui suis responsable ! J’ai donc demandé à chaque service de réorganiser le tour des heures supplémentaires pour que les dépassements soient modérés." Voilà, peut-être, le mot-clé : modération.

Quel impact sur le plan politique ?

Ces dissensions entre Philippe Saurel et les organisations syndicales de la Métropole pèseront-elles dans le prochain scrutin municipal ? Poser la question c’est déjà y répondre un peu…

"Les fonctionnaires de la Métropole et ceux de la Ville représentent un total de plus de 6 000 personnes. Si vous ajoutez à ce chiffre les familles et les amis proches, vous pouvez estimer que 15 000 à 20 000 personnes sont concernées. C’est énorme !" 

Jean-Pierre Foubert, ancien directeur de cabinet de Georges Frêche, se souvient de réunions annuelles de son patron avec l’ensemble des personnels municipaux. "Il en profitait pour leur exposer les grandes lignes de sa politique et ses projets, dans l’idée que les fonctionnaires soient, ensuite, les ambassadeurs de la Ville. C’est une relation essentielle à préserver." 

Si essentielle que, dès vendredi dernier et après ce fameux clash entre le maire et les syndicats métropolitains, deux candidats montpelliérains aux prochaines municipales n’ont pas tardé à réagir par communiqués. "Ce n’est pas ma conception des relations sociales et encore moins des relations humaines", a ainsi écrit Alex Larue (LR-UDI). Michaël Delafosse (La gauche pour Montpellier) s’est, lui, exclamé : "Il faut que ces méthodes cessent ! Nul ne peut s’affranchir de ses propres turpitudes."

 

Frédéric MAYET

Publié le 19/11/2019

Gilets jaunes à Montpellier : la grève du 5 décembre ne tombera pas tout cuit dans la marmite de Prés d’Arènes

 

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Un débat sur le rond-point fait l’inventaire des acquis des gilets jaunes en vue de la grève générale à partir du 5 décembre. Reste à savoir comment peser vraiment sur la tournure des événements

 

Un débat sur l’herbe au milieu du rond-point. Et une escouade d’autres gilets jaunes ne cessant de tourner tout autour, sur la chaussée, en provoquant un bouchon… C’est sur cette scène assez surréaliste que se sera conclu le week-end montpelliérain de l’acte 53, marquant une première année complète de mobilisation.

 

Puis quand les deux groupes ont fini par se mêler, ce fut d’abord pour de franches explications. En manifestation spontanée ce dimanche depuis le centre ville, les gilets jaunes tournant venaient demander des comptes à ceux statiques de Prés d’Arènes, pour l’accueil jugé par trop frileux réservé par ces derniers la veille au soir, aux manifestants qui tentaient de les rejoindre, poursuivis par la police.

 

On ne sera pas en mesure de trancher ici le différend. Mais il faut constater que ces 16 et 17 novembre n’auront pas permis, au contraire, d’aplanir les dissensions qui se manifestent de manière désormais explicite. Dans le cas d’espèce, on a vu cristalliser le partage entre ceux qui misent sur l’ébullition de la rue, dont pas mal de jeunes pas toujours vêtus de jaune, et ceux qui jurent par la reconquête des ronds-points, jusqu’à avoir déclaré légalement en préfecture l’installation méthodique de leur « village » – un vocable très significatif – à Prés d’Arènes.

 

De façon sous-jacente, mais ne se recoupant qu’en partie, se lisent les polarités plutôt anarcho autonomes de l’AG du Peyrou, du Casa del Sol – auréolés du succès de la récente Assemblée des assemblées – et celle plus syndicaliste, assez proche de la France Insoumise tendance Carmagnole, qui vibre sur le rond-point. En tous les cas, René Révol, premier magistrat de Grabels, seul maire de cette formation dans l’agglomération montpelliéraine, a bénéficié de tous égards chaleureux à l’occasion de sa prise de parole dans le débat de dimanche après-midi 17 novembre (il était venu exposer les dégâts des désengagements d’État – une dotation tombée de 800 000 à 400 000 euros en quatre ans, dans sa commune qui ne cesse de croître – dans la vie quotidienne au niveau local).

 

On peut penser que sur les deux journées complètes d’installation du « village jaune » – impeccablement ceint de nombreuses banderoles d’excellente facture collectant tous les slogans sociaux et progressistes du mouvement – un millier de personnes doivent être passées à un moment ou à l’autre sur le rond-point. Cent cinquante s’y trouvaient donc, pour assister, sagement, au débat sur l’avenir du mouvement, se confondant peu ou prou avec l’échéance de la grève générale du 5 décembre – et sa poursuite illimitée, largement souhaitée parmi les présents.

 

Outre René Révol, un jeune cheminot cégétiste à chasuble jaune, des Alban et Nestor en figures du mouvement, parlant de démocratie et du RIC, Sabine s’exprimant en enseignante, une militante chevronnée des droits des femmes les plus anciens et sociaux les plus actuels au jour du handicap, ou Richard Abauzit, ont volontiers rivalisé de verve oratoire pour redire l’essentiel des revendications – qu’on ne découvrait donc pas vraiment – mais aussi dresser inventaire des acquis des gilets jaunes, dont ils ne veulent surtout pas croire qu’il soit éteint (« premier mouvement à avoir été capable de faire reculer Macron », « capable de semer la peur dans les quartiers bourgeois », et enfin « capable d’infuser des méthodes de débordement au cœur de bien d’autres mouvements » soulignait un participant).

 

Le cheminot a analysé l’échec des grèves du secteur en 2018 comme étant celui d’une grève isolée (« et cette fois, les régimes spéciaux ne représentent que 3% des bénéficiaires des retraites qui vont tous être impactés – il faut avant tout déjouer la division à ce propos »). Selon Richard Abauzit, le principal atout des gilets jaunes réside dans leur capacité de réunir une diversité immense de profils socio-économiques. De quoi subvertir l’inefficacité du cloisonnement par micro-spécificités professionnelle qu’entraînent les représentations traditionnelles, syndicales particulièrement.

 

On ressentait néanmoins quelque chose d’un peu incantatoire, quand c’est la remontée jusqu’à la Commune de Paris, et mieux, jusqu’aux cahiers de doléance de la Révolution française, qui s’attiraient les faveurs acclamatoires de l’assistance. Au sein de laquelle, on perçut finalement comme assez salutaire, la douche froide provoquée par un syndicaliste, rappelant que le 5 février 2019, les gilets jaunes s’étaient déjà lancés dans une convergence de luttes, sans que cela produisît de très forts résultats.

 

On redescendait donc sur terre, et dans les toutes dernières minutes, le débat se fit beaucoup plus concret, effectif, sur la manière d’espérer influer dans le sens d’une grève générale illimitée : intensifier les contacts avec les secteurs les plus combatifs, provoquer des assemblées générales ouvertes aux non syndiqués, et y compris aux non actifs (retraités, chômeurs, etc), dresser piquets de grèves et organiser des blocages, faire circuler et remonter efficacement les échanges…

 

Bref : tout un savoir s’organiser qui provoquera des réunions de travail d’ici là. Si nul n’est capable de prédire de quoi sera fait ce 5 décembre, chacun est placé devant ses responsabilités : les surenchères incantatoires ne suffisent pas à faire tomber rôti le succès des mobilisations.

 

Publié le 18/11/2019

Un message positif

 

(site politis.fr)

 

L’épisode du « Allahu akbar », pas plus que celui de l’étoile jaune, nous dit quelque chose de la manifestation, et de sa belle réussite, mais il était assez prévisible qu’il démontrerait ce que les islamophobes voulaient démontrer…

Voilà bien le paradoxe de cette manifestation qui avait donné lieu dans les jours qui l’ont précédée à tant de polémiques et de dénigrement : elle fut, dimanche, la plus sereine et la plus paisible qui soit. Point de service d’ordre nerveux, pas de casseurs, pas de gaz lacrymogènes. On avait perdu l’habitude… Au sein du cortège, derrière la banderole de tête qui affichait un imposant « Stop à l’islamophobie », les mots d’ordre avaient visiblement été travaillés dans l’intention de rassurer ceux de nos concitoyens qui finissent par avoir la peur au ventre dès qu’ils aperçoivent une femme voilée à la porte d’une école. On entendait des « Laïcité, on t’aime, tu dois nous protéger », et on voyait surtout s’agiter de très nombreux drapeaux tricolores.

La polémique – car il en fallait bien ! – c’était donc avant, et ce fut aussi, hélas, après. Le Crif, qui, comme chacun sait, déteste le communautarisme, BHL, pour qui l’islamophobie relève de la mission historique, et la macronienne Nathalie Loiseau ont donc cherché et trouvé de quoi jeter le discrédit sur les quatorze mille manifestants, et de quoi nous faire perdre de vue l’essentiel. À les entendre, il s’est surtout passé deux événements dignes d’être relatés : la sénatrice Esther Benbassa apparaissant sur une photo où figurait aussi une gamine arborant une étoile jaune ; puis, plus tard et plus loin, une vidéo montrant Marwan Muhammad, l’ancien directeur du comité contre l’islamophobie, prononçant les mots « interdits », « Allahu akbar ». Du moins, c’est ainsi que les faits ont été rapportés, à des fins évidentes de polémique. Peu importe pour Mme Loiseau que la sénatrice EELV ne soit pour rien dans le voisinage de la gamine, elle tenait son mauvais procès.

Pour autant, il faut le dire, l’étoile jaune frappée du mot « muslim », n’est évidemment pas du meilleur effet. Le sort des musulmans n’a rien à voir avec celui des juifs dans la France de Vichy. Nous ne sommes pas en 1942. Si l’on veut vraiment noircir le trait, on peut à la rigueur penser que la stigmatisation dont sont victimes nos concitoyens musulmans nous rapproche dangereusement des années 1930… C’est de cela dont les vigilants devraient surtout s’inquiéter. Et c’est pour ne pas en arriver là qu’il fallait descendre dans la rue dimanche. Quant au « Allahu akbar » (« dieu est grand »), il a été soigneusement isolé de son contexte puisque l’orateur l’a prononcé, non au premier degré, mais pour regretter que les médias « fassent passer cette expression religieuse pour un cri de haine ». Il n’empêche ! Cette harangue, qui se voulait au mieux pédagogique, et au pire provocatrice, était malheureuse. Il y a bien longtemps que les mots et les signes de la sémiologie musulmane ont perdu leur sens originel. Si « Allahu akbar » n’est pas, en soi, un cri de haine, il se trouve qu’il a accompagné les attentats islamistes, et que nous étions dimanche à trois jours de l’anniversaire des massacres du 13 novembre 2015. Et nul ne peut ignorer que, depuis lors, ces deux mots sont tenus pour le marqueur supposément infaillible de la « radicalisation ». Cet épisode, pas plus que celui de l’étoile jaune, nous dit quelque chose de la manifestation, de sa belle réussite, et de son message positif, mais il était assez prévisible qu’il démontrerait ce que les islamophobes voulaient démontrer…

À cette explication de texte, il faudrait encore ajouter « islamophobie », qui continue de faire débat. Mais que peut, médiatiquement, un Olivier Le Cour Grandmaison (1) face à Caroline Fourest et consorts ? Le premier rappelle que le concept a été forgé par des anthropologues français du début du XXe siècle, comme Maurice Delafosse, les seconds affirment – pour le bien faire haïr – qu’il a été inventé par l’ancien président iranien Ahmadinejad. Je vous laisse deviner qui détient le savoir, et qui ignore ou fait mine d’ignorer ? La société de la communication préfère exciter les peurs qui sont vendeuses, commercialement, et hélas, aussi, électoralement, que chercher le vrai. C’est ce qui explique la peu glorieuse débandade des responsables de la gauche. Entre celui qui avait « football », celui qui trouvait dans l’appel un mot ambigu, ou cet autre, qui redoutait de croiser boulevard Magenta un sympathisant des Frères musulmans, les arguties n’ont pas manqué.

Mélenchon, qui était bien là (comme Clémentine Autain, Olivier Besancenot, David Cormand, Ian Brossat ou Philippe Martinez), a dit simplement ce qu’il fallait dire : ce qui comptait dimanche, « c’est la cause qui était servie ». Celle de nos concitoyens musulmans, discriminés et harcelés par une propagande oppressante. A-t-on jamais autant demandé l’identité des manifestants aux côtés desquels ont pourrait peut-être fouler le pavé, et leur degré de croyance, et leur bon usage des mots, et le sens de leur vêture ? Cette soudaine exigence de pureté est en vérité l’expression d’un soupçon qui est l’un des invariants de la littérature coloniale. Quant à ceux qui ratiocinent sur le mot « islamophobie », qu’ils lisent Renan. Ils verront que cette haine incontrôlée de l’islam vient de loin dans notre culture positiviste. Si loin et si profond, qu’il n’est pas étonnant qu’il en reste quelques traces.

(1) Lire d’urgence, de cet auteur, Ennemis mortels, La Découverte.

 

par Denis Sieffert

 

Publié le 17/11/2019

Frontignan : le maire Pierre Bouldoire "préfère passer le relais"

(site midilibre.fr)

  • Après 25 ans comme maire, Pierre Bouldoire ne se représentera pas. PHILIPPE MALRIC

Élu en 1995, et après un "cycle de 25 ans", le maire Pierre Bouldoire a annoncé ce vendredi ne pas être candidat à sa succession.

En mars 2020, le maire de Frontignan sera un nouveau. Quel qu'il soit. Lors d'une conférence de presse ce vendredi, le maire Pierre Bouldoire a annoncé sa décision de ne pas briguer un cinquième mandat. "J'ai conscience aujourd'hui de la finitude de nos existences individuelles. On n'a qu'une vie. Il est temps de passer le relais. Je ne suis donc pas candidat aux élections municipales", a révélé le maire, très ému au moment de prononcer cette dernière phrase.

"Une décision contre son instinct"

"Depuis 1995, on fait, ici, avec mon équipe à Frontignan, de la politique autrement. Je continue aujourd'hui en arrêtant, à 62 ans, ma carrière de maire alors que c'est l'âge où beaucoup commencent une carrière politique", a-t-il commenté. "Je souhaite d'ailleurs à tous ceux qui font de la politique d'avoir ce dialogue avec eux-mêmes et d'arriver à prendre une décision contre son instinct", a dit Pierre Bouldoire tout en concédant que "cette décision me prend plus d'énergie que toutes les campagnes menées depuis 1995".

Il a dressé le bilan de ses mandats

C'est en effet en 1995 que Pierre Bouldoire a pris la mairie de Frontignan, après un essai infructueux, au sein d'une liste, lors du précédent scrutin. Quand il regarde le chemin parcouru, le futur ex-premier magistrat estime que ces 25 ans de mandat n'ont pas été du temps perdu.

Et de rappeler le travail effectué sur toutes les friches dues à la désindustrialisation : "l'usine à gaz de La Peyrade est devenue une maison de retraite ; la raffinerie de soufre est désormais l'écoquartier des Pielles ; la friche des Salins, un lieu de promenade". Sans oublier le combat contre BP et Exxon pour la sécurisation et la dépollution. Si l'on y rajoute les dossiers des zones de Lafarge, Lactel-Chambourcy, et Lidl, Pierre Bouldoire estime avoir eu une "action dans la chair du territoire ce qui a permis de créer un actif à partir d'un passif gigantesque".

Pas d'adoubement

Fier, aussi, d'avoir créé des services publics (maison de retraite, école, collège, gymnases), l'actuel maire de Frontignan a signalé que tous les chantiers "faisaient partie de notre programme de 1995. On a fait le job et les Frontignanais, que j'ai eu l'honneur de servir, l'ont compris en votant quatre fois pour nous".

Mais, estimant être à la fin d'un cycle, il préfère "passer le relais alors que je suis en pleine course." Un relais qu'il donne.... à personne. Explications : "le pouvoir, on n'en hérite pas. On le conquiert. Il y a des noms qui circulent, je n'en donnerai aucun. Mais je suis prêt à aider la personne qui sera choisie." Il a même confié ne pas être très inquiet quant à une éventuelle perte de la mairie que l'on sait guignée par le Rassemblement National. Désormais Pierre Bouldoire estime "être plus utile ailleurs que dans les mandats électifs". Le sien se terminera dans quatre mois.

PHILIPPE MALRIC

Publié le 16/11/2019

Hôpital : tout le monde déteste l’austérité

 

Stéphane Ortega (site rapportdeeforce.fr)

 

Toutes les professions de l’hôpital sont descendues dans la rue aujourd’hui dans de nombreuses villes. À Paris, un cortège de 10 000 soignants a exigé des moyens pour la santé. À ce jour, malgré huit mois de lutte dans les services d’urgence, aucune mesure de nature à enrayer la crise hospitalière n’a été prise. Pire, le budget des hôpitaux pour 2020 ne compense même pas l’augmentation naturelle des dépenses.

 

Ce n’est pas la goutte d’essence qui a fait déborder le vase des gilets jaunes, mais l’agression de trop qui a mis le feu à l’hôpital. Celle qui a chauffé les braises du mal-être des personnels hospitaliers en déclenchant le mouvement social le plus important de ces dix dernières années dans la santé. Le 18 mars, 90 % des infirmières et aides-soignantes de l’hôpital Saint-Antoine à Paris se lancent dans une grève illimitée à la suite d’une série d’agressions. Soutenues par les syndicats CGT, SUD et FO elles réclament des mesures de sécurité, mais aussi plus de postes et une prime de 300 € pour rendre plus attractif les services d’urgence où le recrutement est difficile faute de budgets et de carrières attractives à mettre en face de conditions de travail très dégradées.

La grève fait tache d’huile avec les mêmes revendications. Un mois plus tard, 16 services de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) sont en grève. Le mouvement sort ensuite de la capitale pour contaminer 119 services dans toute la France mi-juin, plus de 200 après l’été et 260 aujourd’hui. Porté pendant des mois par les personnels paramédicaux, le mouvement a été rejoint par d’autres professions à la rentrée, jusqu’à la journée de grève de ce 14 novembre qui consacre l’extension à tout l’hôpital de la contestation. La quasi totalité des syndicats des agents hospitaliers de la CGT à la CFTC, les collectifs Inter-Urgences, Inter-Hôpitaux, Inter-Blocs, les associations de médecins, les syndicats de corporation comme celui des infirmiers : ce coup-ci, tous ont répondu présent. Même les doyens d’université ont décidé d’une journée blanche incitant les étudiants à participer à la journée.

Des milliards ou rien !

Alors que tous demandent des moyens pour soigner en réclamant l’arrêt des fermetures de lit, le recrutement immédiat de professionnels et une revalorisation des salaires, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020, en discussion aujourd’hui au Sénat prévoit un budget d’austérité. L’objectif national de dépense d’assurance maladie (ONDAM) au lieu d’augmenter d’au moins 4 % pour couvrir les dépenses naturelles de santé d’une année sur l’autre sera de 2,3 % pour l’ensemble des dépenses de santé, et 2,1 pour l’hôpital. Une provocation au moment où pour répondre à minima aux revendications des soignants l’ONDAM devrait dépasser nettement les 5 %.

Un plan pour l’hôpital est annoncé pour la fin du mois de novembre, un an après le grandiloquent plan « Ma santé 2022 ». Mais sans moyens significatifs supplémentaires, la crise que traverse le monde hospitalier restera un caillou dans la chaussure de l’exécutif. Jusqu’ici, les tentatives de saupoudrage gouvernemental n’ont convaincu personne. Ni les 70 millions d’euros mis sur la table avant l’été ni la rallonge de 750 millions en septembre n’y ont fait. La première a tout juste permis d’éviter un burn-out estival, alors que la seconde, prise sur des redéploiements de crédits sur trois ans n’a convaincu personne. Quand Paul et Pierre sont déjà en slip, habiller Pierre avec les vêtements de Paul devient compliqué.

Depuis des mois, nombre de services d’urgence réduisent leurs heures d’ouverture, ferme les week-ends ou la nuit faute de praticiens, montrant l’état de délabrement du système de soin public. Pour rétablir la situation, le collectif Inter-Urgences réclame depuis des mois l’embauche de 10 000 professionnels. Pas de doutes : ce coup-ci il faudra plus que des effets d’annonces ou des jeux d’écritures pour mettre fin à la mobilisation à l’hôpital. Sans quelques milliards d’euros, il sera vain pour le gouvernement d’espérer se débarrasser de ce conflit social avant le 5 décembre. Réponse à la fin du mois de novembre.

Publié le 15/11/2019

Étudiants : pas de dialogue avec le gouvernement ! Construisons le mouvement sur les universités

Le drame de l’immolation d’un étudiant a donné lieu à une réaction rapide de la jeunesse mardi soir dans plusieurs villes. A trois semaines de la mobilisation du 5 décembre, le gouvernement craint un départ de mouvement dans les universités.

 

Georges Camac (site revolutionpermanente.fr)

 

Lyon, Lille, Paris mais aussi Toulouse ou Bordeaux : dans plusieurs villes, ce sont des milliers d’étudiants qui se sont mobilisés suite à l’annonce de l’immolation d’un étudiant vendredi dernier devant un bâtiment du CROUS à Lyon. Pris dans des difficultés financières, privé de bourse, cet étudiant souhaitait par ce geste dramatique protester contre les conditions qui sont réservées à des millions d’étudiants.

La mobilisation ne s’est cependant pas arrêtée à ces rassemblements. Après la manifestation dans la ville, à Lyon, les 1200 personnes présentes se sont rassemblées en Assemblée Générale et ont voté le blocus de l’université ce mercredi matin. A Lille, une tentative de blocage spontanée a eu lieu et François Hollande, largement responsable de la situation de précarité que connaissent les jeunes aujourd’hui, a dû annuler la conférence qu’il devait donner. A Paris, une manifestation spontanée a eu lieu après le rassemblement et les étudiants ont enfoncé les grilles du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Le gouvernement a immédiatement tenté d’instrumentaliser ces débordements pour tenter de salir la mobilisation des étudiants, incriminant les syndicats étudiants et les militants du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), à l’image de cette déclaration de Gabriel Attal : « Je comprends parfaitement l’émotion qu’il peut y avoir chez les étudiants, chez les Français d’une manière générale, c’est une situation je crois qui nous émeut tous. Et puis il y a des syndicats étudiants, syndicats d’extrême gauche, le Nouveau parti anticapitaliste, qui ont mené des actions hier qui ont parfois été violentes. Moi je veux dire que la violence ne peut pas être une solution ».

La porte-parole du gouvernement, Sibeth N’Diaye, a quant à elle affirmé –sans rire- que « le gouvernement a évidemment pris à bras le corps le sujet de la précarité étudiante et de l’accompagnement à la réussite des études de l’ensemble des étudiants », insistant sur la hausse des bourses étudiantes de… 1,1% pour l’année prochaine, c’est-à-dire un taux inférieur à l’inflation. Une forme de mépris de la part du gouvernement qui n’a eu de cesse de s’attaquer aux conditions de vie et d’étude des étudiants : baisse des APL, moyens universitaires largement insuffisants… sans compter toutes les réformes visant à précariser le travail, quand un étudiant sur deux est obligé de travailleur pour se nourrir. Dernière réforme en date : les retraites, dans le cadre de laquelle le gouvernement vise en premier lieu les étudiants puisque celle-ci pourrait n’entrer en vigueur que pour notre génération, avec la « clause grand-père ».

C’est pour toutes ces raisons que les jeunes doivent se mobiliser. La solution face à la précarité et la menace de l’avenir qu’on nous prépare ne passera pas par des solutions individuelles mais par la mobilisation collective. Dans la période actuelle, à quelques semaines du 5 décembre, le gouvernement craint plus que tout un réveil de la jeunesse qui pourrait créer, aux côtés des travailleurs de la RATP et de la SNCF qui prévoient une grève reconductible, un mouvement explosif.

Pour tenter de déminer la situation, le gouvernement a annoncé recevoir demain des « organisations de jeunesse ». Dans un contexte où un grand mouvement d’ensemble est possible, et face à un gouvernement qui n’a de cesse d’attaquer les droits de la majorité de la population, le dialogue est un outil de canalisation pour tenter d’empêcher la mobilisation. Pas question de négocier avec un gouvernement qui a pour seul agenda la réduction de nos droits et de nos acquis sociaux !

Les organisations de jeunesse, si elles prétendent défendre les droits des étudiants, doivent refuser la mascarade du dialogue et construire le mouvement sur les différentes universités au travers d’Assemblées Générales massives pour rejoindre le mouvement qui se dessine contre les retraites à partir du 5 décembre. C’est le moment de faire plier Macron pour que Anas soit le dernier que la précarité tue.

Publié le 14/11/2019

Municipales à Montpellier : Roumégas ne participera pas à la liste EELV d'Ollier

(site midilibre.fr)

  • Jean-Louis Roumégas sort de son silence, un mois après la primaire ouverte EELV.

Réagissant à l'appel qui lui a été lancé par le biais d'une tribune, l'ancien député battu par Clothilde Ollier lors de la primaire ouverte organisé par EELV dénonce un entrisme dans le processus de désignation, ainsi que les méthodes de campagne de son ancienne adversaire.

Il ne s'était pas exprimé depuis un mois et la primaire ouverte organisée par EELV en vue des municipales à Montpellier dans laquelle Clothilde Ollier l'a battu de 41 voix. Dans une interview accordée à Midi Libre, l'ancien député Jean-Louis Roumégas répond à l'appel lancé par "des citoyens ayant rejoint le Rassemblement citoyen pour l'Ecologie" qui se disent "inquiets pour l'écologie à Montpellier". Et règle ses comptes.

Selon lui, d'abord, il y a eu une forme d'entrisme dans le processus de désignation. "On ne s'en est pas rendu compte immédiatement, mais 100 à 150 socialistes ou proches de Michaël Delafosse sont venus voter à la primaire", lance Jean-Louis Roumegas, estimant qu'une campagne contre lui a été orchestrée, "de concert", par son adversaire et les militants PS.

Le parti saisi

Jean-Louis Roumégas dit avoir aussi saisi son parti sur le fonctionnement de la campagne menée par Clothilde Ollier. "Nous avions initié le Rassemblement citoyen pour l'Ecologie, afin de construire un programme avec celles et ceux qui sont engagés au quotidien dans des domaines divers : le bio, le vélo, l'habitat participatif... Or, depuis la primaire, tous ces gens sont ignorés. Et ils apprennent par la presse qu'il y a des discussions avec des partis", décrit-il, parlant aussi d'une "campagne d'affichage irréaliste".

Pour toutes ces raisons, l'ancien député annonce qu'il ne "participera pas à la liste telle qu'elle est engagée avec Clothilde Ollier". Ajoutant qu'il "n'exclue rien" pour la suite, selon la réponse des cadres de EELV.

Ludovic Trabuchet

 

Publié le 13/11/2019

Macron et le 11 novembre : une inauguration à la gloire des guerres de l’impérialisme français

 

(site revolutionperrmanente.fr)

 

Parc André Citroën à Paris : profitant des cérémonies du 11 novembre, Macron inaugure un monument dédié aux 549 militaires « morts pour la France » en opérations extérieures depuis 1963. Un cercueil invisible porté par des militaires hyper réalistes symbolise leur mort. Mais bien plus invisibles et oubliés sont les milliers de morts civils, victimes de ces missions impérialistes.

Les « OPEX », présence armée de la France dans le monde

Afghanistan, Côte d’Ivoire, Irak, Tchad, Liban, Kosovo, République Centrafricaine, Libye, Mali, Sahel, Syrie etc… pas moins de 17 terrains d’intervention et de 110 opérations en dehors du territoire national, depuis 1963. Signe d’une politique impérialiste constante depuis la guerre d’Algérie, ces opérations ne sont pas des exceptions. Elles sont devenues une composante structurelle de l’activité opérationnelle des armées, en particulier de l’armée de terre, mais aussi de l’armée de l’air quand il s’agit de survol de territoires.

A la différence des forces pré-positionnées dans des bases en Afrique en vertu d’accords de défense ou en mer, ces opérations sont décidées au cas par cas. La décision d’engagement des armées est prise par le président de la République en Conseil de défense sur le fondement des prérogatives qu’il tient de l’article 15 de la Constitution. Même si le parlement est doté d’un pouvoir de contrôle, qui a été renforcé en 2008, par une obligation d’information et une possibilité de débat - comme ce fut le cas pour l’intervention en Irak en septembre 2014 ou pour l’engagement des forces aériennes en Syrie en 2015 - c’est le chef de l’Etat qui décide.

Sa décision se prend au nom de la constitution qui fait de lui le « garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités ». Autant dire une couverture très large qui autorise toutes les ingérences et toutes les implantations temporaires ou durables.

Quelques centaines de « morts pour la France », des milliers de morts par la France

On comprend pourquoi Macron saute sur l’occasion du 11 novembre 2019 pour venir inaugurer un monument qui, au départ, avait été commandité par Hollande, afin de s’assurer le support d’une armée de métier constituant, avec la police, les forces sur lesquelles il compte s’appuyer, en cas de nécessité, pour assurer son positionnement international et mater, nationalement, des révoltes qui pourraient se faire jour.

549 militaires de métier, c’est le prix payé pour quelques décennies de guerres impérialistes et qu’il faut faire admettre à leur corps et à leur entourage. Un monument d’un peu plus d’un million, réalisé par un grand sculpteur se veut un signe de reconnaissance marquant capable d’apaiser les doutes et les deuils. Et pour faire bon poids le discours habituel : « Celui qui meurt pour la France, ne meurt pas en vain. Celui qui tombe au champ d’honneur, ne tombe jamais pour rien. Sa vie donnée, ce sont des vies protégées, des vies sauvées… »

Mais qui paiera réparation aux milliers de civils morts ou blessés sous les effets des tirs et des bombardements de la France et des différents coalisés impérialistes qui prétendent régenter des zones géopolitiques sensibles à grand renfort d’armes et font, au passage, tourner les industries d’armement, souvent de plusieurs côtés à la fois.

Il n’existe pas, sauf peut-être dans les services du Ministère de la défense, de calcul global du nombre de morts civils engendrés, toutes générations confondues, lors de ces « opérations extérieures » et considérées comme de simples « dégâts collatéraux » d’une « légitime intervention » à des milliers de kilomètres du territoire français.

Pour ne citer qu’un seul cas, celui de l’Afghanistan ; selon l’ONU elle-même, alertée par le nombre croissant de victimes, plus de 3800 civils ont été tués en 2018. C’est seulement récemment, après treize ans de présence, que l’armée française vient de quitter les lieux, combien de morts laisse-t-elle derrière elle ? Pour eux, pour elles, jeunes ou vieux, pas de monuments, pas de pensions, pas de discours, pas de fleurs, une simple disparition aux pertes d’une population ravagée et aux profits de l’impérialisme.

Publié le 12/11/2019

Après l’immolation d’un étudiant à Lyon, appel à se rassembler ce 12 novembre devant le CROUS de Montpellier

par Le Poing (site lepoing.net

Vendredi dernier, un étudiant membre du syndicat Solidaires Étudiant·e·s s’est immolé par le feu devant le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de Lyon. Brûlé à plus de 90%, il est entre la vie et la mort. Avant de passer à l’acte, il a diffusé un message sur les réseaux sociaux :

 

 

Par solidarité, pour « dénoncer cette précarité » et « nous retrouver ensemble, rester soudés, et créer des solidarités […] pour l’amélioration de nos conditions de vie déplorables », Solidaires Étudiant·e·s Montpellier appelle à un rassemblement ce mardi 12 novembre à partir de 14h devant le CROUS de Montpellier (2 rue Monteil, arrêt de tram Boutonnet ligne 1).

Publié le 10/11/2019

Jean Ortiz

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé.

Lui envoyer un mail

(site humanite.fr)

¡Lula livre !

 

LULA est enfin libre. C’est à peine croyable. Le peuple brésilien est descendu dans la rue entre pleurs et larmes de joie  « Lula est libre ! », « Lula est libre ! » « La lutte continue ! »

La Cour Suprême, la plus haute instance judiciaire du pays, a modifié le texte liberticide qui envoyait sous les verrous toute personne accusée, mise en cause, avant même que ne tombe la sentence, la condamnation définitive. 5000 personnes ont été ainsi arbitrairement envoyées sous les verrous. Parmi elles, l’ex président Lula.

La modification du texte (qui devenait par trop visible et impopulaire) par les juges eux-mêmes de la Cour Suprême, par 6 voix contre 5, a permis aux avocats de Lula de demander et d’obtenir sa libération. Enorme victoire même si cette libération n’est sans doute pas définitive.

Les accusations tombent les unes après les autres, comme des feuilles mortes, et la machinerie politicienne qui a conduit Lula en prison apparaît enfin très grossièrement. Un procès pour corruption, monté de toutes pièces par la bourgeoisie, l’oligarchie, et quelques officiers fascisants tel Bolsonaro, cette brute milliardaire et ouvertement fasciste. Imposé en réalité au peuple brésilien, même si l’on tente de nous faire croire qu’il a été « élu ». Les corrompus ne sont pas ceux que les classes dominantes montraient du doigt.

Pour l’heure, savourons les nouvelles qui nous viennent d’Argentine, du Chili, et aujourd’hui du Brésil. Il y a quelques mois, les média mensonges nous faisaient croire que l’Amérique latine basculait à droite, sans retour possible, irrémédiablement. Sous nos yeux, c’est le contraire qui se produit. Les peuples, les luttes, et même les larmes n’ont pas la mémoire courte. Le PCF aura pris toute sa part dans la campagne pour la libération du dirigeant ouvrier et candidat du Parti des travailleurs (PT) à la présidence, que l’on a empêché, par la force, d’être élu. Alors, oui : ¡Viva Lula ! La Lutte, l’Internationalisme, payent.

 

Publié le 09/11/2019

Municipales / Montpellier : vers une démarche de confluence pour une victoire des forces de gauche ?

Malgré le trouble jeté à Montpellier par le soutien de la France Insoumise à #NousSommes, les membres de la démarche de confluence croient en un rassemblement des forces de gauche.

 

(site lemouvement.info)

 

L’annonce du comité électoral de la France Insoumise à soutenir le mouvement citoyen #NousSommes, a jeté le trouble au sein des militants locaux et principalement chez ceux oeuvrant pour la démarche dites de confluence. Cinq membres de son équipe d’animation ont tenu une conférence de presse au lendemain d’une assemblée ayant réuni différentes forces de gauche. À travers un discours apaisé, mais sans éluder les questions, ils appellent à l’union pour gagner la mairie avec comme exemple le succès de Barcelone en commun. Quant à la France Insoumise, une assemblée devrait prochainement clarifier la situation.

La démarche de confluence
« Nous ne sommes pas une liste, nous sommes une démarche », clarifie Boris Chenaud en guise d’introduction, « Nous essayons de secouer un peu le paysage politique pour coconstruire avec toutes les forces, qu’elles soient citoyennes, collectives, sociales, écologiques ou politiques, une liste et être à la hauteur des enjeux. Il y urgence tant sur le plan social qu’écologique. Si on n’y croit vraiment, il faut se donner les moyens d’y répondre ». L’équipe représente donc « la démarche pour une liste de confluence aux prochaines municipales de Montpellier » qui rassemble 176 signataires. Guillaume Tricard précisant que « ce n’est pas un label ».

Au lendemain d’une assemblée

L’équipe d’animation de la démarche de confluence a tenu à se présenter devant la presse au lendemain d’une assemblée ayant eu pour objectif de « voir qu’elles étaient les forces disponibles pour aller vers une liste à coconstruire ensemble » explique Boris Chenaud. Résultat : environ 150 personnes venant du PC, Génération.s, Place Publique, le Rassemblement des écologistes, Ensemble, PG, la France Insoumise, bien sûr, mais également des membres de #NousSommes.

On ne peut pas se satisfaire de l’éparpillement des forces de gauche ou émancipatrices à ces élections. Jusqu’au dernier jour possible de dépôt des listes, on dira à tout le monde qu’il faut se rassembler. Au niveau municipal, tout ce qui nous rassemble est plus important que ce qui nous divise. On a la possibilité de gagner la ville sur des couleurs écolos, sociales en faisant une confluence rouge, vert, jaune pour changer la vie des gens ici et maintenant. On ne peut pas dire ça dans toutes les villes de plus de 100 000 habitants.

Si le comité électoral de la France Insoumise a adoubé le soutien à #NousSommes, Marc Le Tourneur ne cache pas son désarroi : « Nous ne sommes pas du tout à l’aise avec cette décision qui a été prise contre notre gré. Au sein de l’Assemblée des Insoumis qui s’est réunie fin septembre où nous étions une centaine, nous étions majoritaire à défendre le projet de confluence face à des Insoumis, quatre fois moins nombreux, favorables à #NousSommes. D’autant qu’une partie de l’assemblée avait besoin d’en savoir plus pour choisir et d’ailleurs, depuis, ils nous ont rejoint ».

Boris Chenaud estime que ce soutien constitue une mauvaise opération pour #NousSommes : « Le label qui arrive du national ne leur va pas, il faut se mettre à leur place. Ils sont pour la démocratie directe et là ils sont labellisés de la pire façon qui soit par FI. Cela ne leur sert à rien d’être labellisé par la bureaucratie parisienne de FI contre l’avis des militants Insoumis locaux. Pour eux c’est très inconfortable. À leur place, je ne voudrai pas de ce label ».

L’ouverture limitée de #NousSommes

Marc Le Tourneur décrit aujourd’hui au sein de FI à Montpellier « une situation paradoxale » tout en pointant du doigt l’aspect conditionnel de la décision et de citer le document envoyé : « Le comité électoral apporte son soutien à la dynamique citoyenne #NousSommes. Il exprime aussi la nécessité d’une ouverture la plus large possible de ce mouvement aux associations et structures citoyennes y compris celles regroupées dans Confluence ».

Pour l’équipe d’animation, il y a dans la démarche de #NousSommes une incohérence avec la volonté de la FI. Marc Le Tourneur pose cependant la problématique : « On ne voit pas comment dans le fonctionnement actuel de #NousSommes, cette ouverture est possible. Elle est uniquement possible à des individus ».

S’ils ont suivi la démarche de #NousSommes, dont certains activement, ils ont été surpris par leur calendrier et s’en sont désormais détachés : « On a buté sur cette décision que #NousSommes se referme fin juin sur une attitude solitaire avec une désignation de liste très tôt. Ce sont les seuls à avoir fermé leur liste de candidature » regrette Marc Le Tourneur.

#NousSommes dans la confluence ?

« On ne peut pas demander à des organisations qui ont une expérience, un travail en commun, des programmes et des projets de se dissoudre. Nous on ne leur demande pas de se dissoudre, on ne leur demande pas de devenir nous fûmes » éclaire Hélène Raux qui voit comme une impossibilité le ralliement au mouvement citoyen. « #NousSommes a cru pouvoir incarner ce rassemblement à Montpellier mais avec une défiance des partis politiques et des organisations existantes qui fait qu’ils ne se sont pas donnés les moyens que le rassemblement ait lieu. Ils ont fait leur liste et cela n’a pas empêché les Verts de faire leur liste de leur côté » analyse-t-elle tout en leur reconnaissant d’avoir « constitué une organisation qui est très intéressante avec une énergie impressionnante et un succès indéniable. Cette organisation peut maintenant rejoindre Confluence ».

« Je pense qu’ils sont aussi intelligents que nous et qu’ils voient que la ville est gagnable mais pas tout seul » juge Boris Chenaud. « Ce sont des gens qui travaillent dans des associations comme Alternatiba donc ils ont conscience de l’urgence social et écologique. Je suis sûr qu’ils vont se dire que pour y répondre, il faudra s’allier à d’autres. Personne seul ne peut gagner cette ville. Peut-être devront-ils se renier par rapport à ça » admet-il sans fermer aucune porte « Le fait que #NousSommes soit présent à l’assemblée est une très bonne nouvelle. Notre objectif est de trouver une solution avec eux ». Nelly Lacince poursuit : « On a rencontré des membres de #NousSommes qui ne sont pas FI. On a répondu à leurs questions et ils ont été assez surpris de découvrir le fond de Confluence ».

L’exemple de Barcelone

Boris Chenaud veut croire au début d’une histoire déjà vue ailleurs : « #NousSommes c’est le début du mouvement de Barcelone en commun en 2014. Sauf qu’après, il y a une étape où, du mouvement des Indignés à la plate-forme numérique citoyenne, ils ont dû discuter avec Podemos, avec la CUP, avec d’autres forces politiques. Barcelone en commun, c’est l’alchimie de l’articulation entre les forces individuelles du mouvement des Indignés et les forces collectives des mouvements ouvriers, sociaux, écolos… ».

Une alchimie qui a menée Ada Colau à la tête de la mairie de Barcelone en 2015 et surtout permis d’obtenir une majorité au conseil municipal. Cette dernière aura conservé son poste en 2019 dans un contexte où, si le bloc de gauche l’a meporté, il fut divisé par la question de l’indépendance de la Catalogne représenté par Ernest Maragall de l’ERC arrivé en tête. Certains conseillers d’opposition ont ainsi préféré voir Ada Colau réélue plutôt qu’un indépendantiste.

Un conseiller municipal, membre de Barcelone en commun, sera d’ailleurs présent le samedi 23 novembre à La Carmagnole afin d’expliquer pourquoi il soutient une démarche comme celle dite de confluence à Montpellier.

La situation à la France Insoumise

Les tensions de la France Insoumise à Montpellier font toutefois désordre, Jean-Luc Mélenchon appelant même sur les ondes de France Inter les deux groupes à s’entendre. Reste que la conférence de presse tenue la semaine dernière par les Insoumis ayant rejoint #NousSommes passe difficilement. « Dans notre fonctionnement, les chefs de file Insoumis devaient être élus ou désignés au consensus par les assemblées locales et à défaut par le comité électoral. Or dans son courrier, ce dernier ne dit pas qui seront les chefs de file Insoumis à Montpellier ».

Et de cibler Julien Colet et Nathalie Oziol. « Nous constatons donc qu’il y a deux chefs de files autoproclamés, que nous connaissons bien et respectons mais cela nous pose une vraie question ». Une situation qu’ils entendent résoudre lors d’une assemblée locale de la France Insoumise le 18 novembre. « On va essayer de trouver un terrain d’entente. On va parler des Municipales en défendant nos idées et dans la mesure du possible désigner des têtes de file » explique Marc Le Tourneur. Boris Chenaud se fait plus clair : « Le 18 les choses seront tranchées. On verra la démarche, qui y abonde et ce qu’il sera fait ».

Un rassemblement écologique et social

Boris Chenaud salue la réussite démocratique de la primaire des Verts et reconnaît en Clothilde Ollier « la volonté de s’attaquer aux problèmes sociaux. L’articulation entre le social et l’écologie, avec le souci de refonder le contrat entre les habitant et la municipalité, c’est exactement ce que nous portons. Nous sommes ouverts pour coconsruire avec eux ». Et si EELV est porté par de bons sondages, il juge que : « Une liste autonome sera trop juste pour répondre aux enjeux. Peut-être qu’ils peuvent faire 19-20 % mais il faudra être à 25-30 % au premier tour en cas de triangulaire ou quadrangulaire. Donc il faut se rassembler ». D’autant que derrière l’union verte, les embryons d’une fronde semble germer…

Hélène Raux ne veut pas limiter la démarche à « un rassemblement FI-EELV, c’est autre chose. C’est un appel à un rassemblement écologique et social. Il n’y aucun véto ou censure. Il y a des villes où cela se fait déjà comme à Toulouse (Archipel citoyen) ou Sète (Alternative sétoise) ». C’est pourquoi la dynamique de confluence « interpelle tout le monde en disant que cela serait idiot de ne pas s’entendre sur une liste. On ne va pas faire trois listes qui vont dire la même chose chacune de leur côté ».

« Ce que l’on fait interroge aussi le PC » rapporte Boris Chenaud. Les Communistes n’auraient pas été insensibles au discours tenu lors de l’assemblée et même s’ils ont apporté leur soutien à Michaël Delafosse, »ils nous ont demandé à le rencontrer » explique Hélène Raux qui pose néanmoins des conditions au rapprochement avec le candidat socialiste : « Ce qui fait consensus c’est qu’il n’y a pas d’exclusif sur des noms mais qu’il y a quand même un projet. Et notre projet écologique et social implique que l’on arrête le grand n’importe quoi de la bétonisation à Montpellier. Est-ce que l’on peut partir sur ce projet avec quelqu’un qui a été adjoint à l’urbanisme quand la gare a été programmé et les Folies dont il a été la cheville ouvrière ? S’il change sur le projet, il peut venir. Amusé, Boris Chenaud lance : « Il y a des gens très bien de FI qui était au PS avant. Ce n’est pas un problème ».

Autre rassemblement mais celui-ci déjà bien amorcé avec les Gilets Jaunes dont certains ont rejoint l’équipe d’animation de la dynamique de confluence comme Éléonore Martinelli, présidente de l’association Projet Citoyen 34, et Richard Abauzit, syndicaliste et membre du groupe du rond-point de Près d’Arènes.

Les bonnes bases d’un rapprochement

« Notre ligne est d’éviter l’éparpillement des listes comme on a pu le voir aux élections européennes et qui a été catastrophique » explique Hélène Raux qui voit aujourd’hui des motifs d’espérer : « L’avantage que l’on a à l’échelle municipale c’est que l’on se connaît entre militants, on se croise, on est sur les mêmes luttes : le combat contre la gare TGV au milieu des champs dans une zone inondable avec un partenariat public privé, on l’a mené ensemble ».

Aujourd’hui on se retrouve avec quatre listes qui en concurrence portent le même discours sur les mêmes sujets. C’est illisible, incompréhensible et inefficace. Cela nous fait perdre et cela fait les beaux jours des Macron et des Saurel.

L’assemblée tenue à La Carmagnole va dans le bon sens selon Boris Chenaud : « C’est plutôt encourageant. Personne n’a dit : « Banco ! Il faut y aller », mais on a senti que l’idée passait bien de faire des actions communes pour dénoncer les politiques actuelles sur le plan local et voir quelles sont les solutions que l’on peut amener. En faisant des actions en commun, peut-être que d’ici fin novembre les choses vont se décanter pour aller vers une liste pastèque ». Et comme ils ont déjà pu le faire auparavant, les militants se retrouveront samedi matin sur la place de la Comédie pour soutenir le référendum contre la privatisation d’ADP et dimanche après-midi ils enfourcheront leur vélo pour répondre à l’appel de Vélocité.

La suite du rassemblement

« On est à un moment où il va falloir faire plus que discuter. Ce ne sera pas juste ré-ouvrir une liste. Il va falloir décider de comment faire un porte-parolat collectif, comment avoir une liste équilibrée avec les différentes forces et pas juste une liste à l’ancienne avec tant de places pour untel et tant pour un autre. Il faut des gens compétents en lien avec les mouvements sociaux pour s’atteler à des dossiers importants. Il faut passer aux choses sérieuses » admet Boris Chenaud.

À cinq mois de l’échéance, Hélène Raux reconnait que le calendrier impose un autre regard : « C’est la mise en route d’une campagne un peu atypique puisque l’on n’appelle pas à voter pour nous, on n’a pas de candidat et pas de liste. C’est une campagne qui vise à créer le rassemblement mais comme on ne peut pas se rassembler dans le vide, il faut faire une campagne en même temps sur le fond et sur des thèmes emblématiques : la gare, le stade, le logement… Si tout le monde veut se rassembler, alors chiche allons-y » lance-t-elle.

Boris Chenaud résume en quelques mots les intentions de leur appel au rassemblement des forces de gauche à Montpellier : « On est là pour constituer une démarche et qu’elle gagne ». Reste à savoir maintenant comment le message sera reçu par les différents destinataires.

« Face à l’absurdité nous irons jusqu’au bout » alerte Marc Le Tourneur s’adressant aux différents protagonistes du rassemblement espéré, « Nous ne croyons pas que l’absurdité va l’emporter. On a des contactes partout ailleurs, il y a des portes entrouvertes qui nous font penser que c’est possible de se rassembler. Nous sommes optimistes ». En suivant l’exemple de Barcelone, l’optimisme fera-t-il vivre cette démarche de confluence pour conquérir la mairie de Montpellier ? Pour cela, beaucoup devront mettre leur égo et ambition de côté.

Publié le 08/11/2019

L’opinion manipulée

(site politis.fr)

Quel sens peut bien avoir, aujourd’hui, un sondage sur la présidentielle de… 2022 ? À deux ans et demi du scrutin ? Rigoureusement aucun.

Il fut une époque, que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, où la publication de sondages électoraux était interdite dans la semaine précédant un scrutin. Il faudrait songer à les interdire tant qu’une campagne électorale n’est pas officiellement lancée et que les candidats ne sont pas déclarés. Quel sens peut bien avoir, aujourd’hui, un sondage sur la présidentielle de… 2022 ? À deux ans et demi du scrutin ? Rigoureusement aucun. Deux instituts, Elabe et l’Ifop, travaillant respectivement pour BFM et Le Journal du dimanche, se sont pourtant livrés à cet exercice fictif (À lire ici et ici). Et leur verdict serait sans appel puisque l’un et l’autre nous assurent, comme l’écrit le JDD, que Marine Le Pen et Emmanuel Macron « progresseraient tous deux en suffrages » et « distancent, et de loin, leurs autres concurrents ». Que la droite (canal Les Républicains) soit représentée par Xavier Bertrand, François Baroin ou Valérie Pécresse, et le PS par Olivier Faure ou Bernard Cazeneuve.

Rappelons donc, contre la plupart des commentateurs patentés qui, à l’instar d’Arlette Chabot, nous assènent que « c’est sûr, le match est installé » entre les finalistes de 2017 comme était acquise à leurs yeux l’élection de Balladur en janvier 1995, que ces sondages bidons n’ont aucun caractère prédictif. Quand le directeur général adjoint de l’Ifop, Frédéric Dabi, affirme que son « enquête sacre la nouvelle bipartition du champ politique », soit il n’a aucune mémoire de ses études d’opinion, soit il prend les lecteurs pour des cons. En 2014, un sondage Ifop testant plusieurs hypothèses de candidatures à la même distance de l’élection, selon la même méthode et sur un échantillon identique, vantait (déjà) la « poursuite de la dynamique » de Marine Le Pen donnée « en tête des intentions de vote avec un score oscillant entre 27 % et 32 % » contre 28 % aujourd’hui ; Hollande était à 13-15 %, Aubry à 13-14 %, Valls à 15 %, Mélenchon à 9-10 %, Sarkozy à 26 %, Juppé à 28-32 %, Fillon 18 %... Manquait « que » Macron !

L’intérêt de ces pseudo-enquêtes d’opinion, pour ceux qui les commandent, est essentiellement manipulatoire. En l’espèce, il s’agit d’imposer l’idée que nous n’aurons le choix qu’entre Macron et Le Pen. Et qu’à force de contester les réformes du premier on s’exposerait à faire élire la seconde puisque celle-ci, souligne l’Ifop et le journal de Lagardère, réduirait déjà l’écart en bénéficiant « au second tour d’un soutien massif des partisans de Mélenchon ». Moralité : restez chez vous et laissez passer les réformes macroniennes, sinon il vous en cuira.

par Michel Soudais
 

 

Publié le 07/11/2019

L’ONU s’inquiète pour la vie de Julian Assange

 

(site lamarseillaise-encommun.org)

 

Le rapporteur de l’ONU sur la torture a exprimé son inquiétude, dans un communiqué rendu public vendredi, sur l’état de santé de Julian Assange, le fondateur australien de WikiLeaks détenu au Royaume-Uni depuis avril.

L’ONU s’inquiète pour la santé de Julian Assange, le fondateur australien de WikiLeaks accusé d’espionnage par Washington et menacé d’extradition vers les États-Unis. Nils Melzer, rapporteur des Nations-unies sur la torture, a exprimé vendredi 1er novembre son “inquiétude face à la détérioration continue de la santé de Julian Assange depuis son arrestation et sa détention au début de cette année”, affirmant que “sa vie était désormais en danger”.

“À moins que le Royaume-Uni ne change d’urgence de cap et n’améliore sa situation inhumaine, l’exposition continue de Julian Assange à l’arbitraire et aux violations de ses droits pourrait bientôt lui coûter la vie”, a-t-il déclaré.

Nils Melzer a précisé à l’AFP que son inquiétude actuelle était liée à de “nouvelles informations médicales transmises par plusieurs sources fiables affirmant que la santé de Julian Assange est entrée dans un cercle vicieux d’anxiété, de stress et d’impuissance, typique des personnes exposées à un isolement prolongé et à un arbitraire constant”.

“Oppression”

“Bien qu’il soit difficile de prédire avec certitude l’évolution précise de ces symptômes, ceux-ci peuvent rapidement se transformer en une situation mettant la vie en danger, impliquant un arrêt cardiaque ou une dépression nerveuse”, a fait valoir le rapporteur.

Cet expert indépendant de l’ONU et professeur de droit international avait rendu visite en mai, accompagné de médecins, au fondateur de WikiLeaks dans sa prison londonienne à l’ambassade d’Équateur.

À la suite de cette visite, Nils Melzer avait affirmé que Julian Assange avait été victime de “maux physiques” et présentait “tous les symptômes typiques d’une exposition prolongée à la torture psychologique, une anxiété chronique et des traumatismes psychologiques intenses”. Julian Assange “continue d’être détenu dans des conditions d’oppression et d’isolement et de surveillance, non justifiées par son statut de détenu”, a relevé vendredi le rapporteur.

Le 21 octobre, l’Australien de 48 ans est apparu désorienté au cours de sa première apparition en public en six mois, bredouillant pendant une audience à Londres et semblant avoir des difficultés à se rappeler sa date de naissance. À la fin de l’audience, il avait déclaré ne pas savoir ce qui s’était passé et s’était plaint de ses conditions de détention à la prison londonienne de haute sécurité de Belmarsh.

Après sept années passées dans la représentation diplomatique, il en avait été délogé par la police britannique le 11 avril, avec l’accord de Quito. Immédiatement placé en détention, il a été condamné à une peine de 50 semaines de prison le 1er mai pour violation des conditions de sa liberté provisoire.

Avec AFP


Publiéle 06/11/2019

 

Parlons (Inter) Net

 

(site legrandsoir.info)

 

Il était une foie (gras)…

 

L’association états-unienne Animal Welfare Institute a salué, la fin de la commercialisation à New York du foie gras, « nourriture de luxe inhumaine ». Les grandes chaînes de fast food se marrent ainsi que les fabricants de missiles, avions de combat, balles de mitraillettes qui n’ont rien de cruel puisque cela n’affecte que les chairs d’hommes, de femmes, d’enfants….

En 1881 déjà, Paul Lafargue, gendre de Karl Marx, fustigeait l’hypocrisie nauséabonde des sociétés qui protègent « les chiens, les chats, les moineaux, etc. », en restant muettes sur « le pigeon shooting (le tir au pigeon) où l’on blesse et mutile des milliers de pigeons apprivoisés, pour l’amusement de quelques aristocrates imbéciles… ».

Ce zèle animaliste voulait ignorer que, « pour faire des profits, c’est-à-dire pour voler, il est permis aux bourgeois de torturer des être humains dans les bagnes capitalistes et de les empoisonner avec des produits falsifiés. La fin sanctifie les moyens ».

Pfff ! J’ai cauchemardé : des millions d’enfants mouraient de faim tandis que des activistes moralement hémiplégiques, intellectuellement éborgnés, ne voyaient partout que des toreros avec un voile sur la tête. Plus loin, des viragos brandissaient des pancartes : « Torero.e.s assassin.e.s », « les oie.e.s avec moi.e. ».

Théophraste R. Auteur de la fameuse thèse : « Les végan.e.s et l’humour.e. » et du fascicule (épuisé) : « Comment lancer des ba-balles au chien-chien pour lui voler sans risque sa pâté ? ».

Publié le 05/11/2019

À l’Assemblée des assemblées de Montpellier, les gilets jaunes plongent dans le chaudron mondial

 

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Succès d’affluence, intensité des échanges : cinq cents gilets jaunes de tout le pays cherchent les issues après une année d’actions. Rendez-vous vérité les 17 novembre et 5 décembre, entre commémoration et grève générale.

 

C’est un moment très classique des assemblées militantes : celui où à force de fatigue, d’interminable écoute de rapports de commissions, la machine se grippe sur sa névrose procédurière. On en était là ce dimanche 3 novembre, vers la fin de la grande session plénière de la quatrième Assemblée des assemblées des gilets jaunes de tout le pays à Montpellier (compte-rendu de la première journée disponible ici). Entre coups de gueule, pressions et brouhaha, on ne peut plus dire que ce soit la raison qui domine à cet instant. Alors, nous nous lâcherons aussi, en décidant de faire confiance à l’émotion pour capter un brin du sens des choses.

 

 

L’émotion ? Soit, dans ce cas : se brancher sur le bon vieil applaudimètre, qui en dit beaucoup sur les passions de foule. Voici que la grande salle de l’Agropolis Museum réquisitionné se soulève dans une acclamation mémorable. À tout rompre. Qu’est-elle en train de saluer : la lecture d’un appel – en fait d’une dédicace, annoncée « pleine de modestie et d’humilité » – adressée par les gilets jaunes de France, aux soulèvements en cours actuellement sur la planète. Devenue un chaudron, leur assemblée s’enflamme pour dédier la fête du premier anniversaire de l’Acte 1 des gilets jaunes, à « tous les peuples qui se battent pour des causes similaires aux nôtres », qui cherchent à « devenir maîtres de leur destin », et veulent « la chute du système ».

 

Une grande banderole se lève, tout juste peinte, où on lit : « Revolution everywhere – Que se vayan todos – [enfin en arabe : Le peuple veut la fin du régime». Voilà qui ressemble fort à une issue, genre de nouvel internationalisme, élargissement d’horizons peuplés, comme jamais, de foules multitudinaires qui refusent de lâcher, parfois arrachent un bout du morceau, du Chili à Hong Kong, d’Algérie au Soudan, d’Haïti au Liban, de Guinée en Catalogne, etc. Devant pareil phénomène, il serait peut-être temps de se demander combien de temps, à Montpellier par exemple, la cause chilienne connaîtra son petit rassemblement le lundi, la kurde le mardi, la libanaise le mercredi, la catalane le jeudi, etc.

 

Chercher des issues ? Là est peut-être le sens des cogitations montpelliéraines, qui se sont étalées sur trois jours. L’événement aura connu un beau succès. De s’être imposé, pour commencer. On écoute ce salut de Yacine, de la Maison du Peuple de Saint-Nazaire : « En réquisitionnant ce bâtiment, vous avez montré notre capacité à ouvrir une Maison du Peuple quand on en a besoin, où on en a besoin, à la faire fonctionner. Ça génère une formidable énergie. C’est un acte extrêmement politique ».

 

Succès d’affluence et de représentativité aussi, avec deux cents mandatés (le plus souvent des ronds-points) venus de tout le pays, pour un total de cinq cents mandataires inscrits. À côté de leurs « porte-paroles » autoproclamés désignés par les médias, au-delà des plateformes d’échange d’infos dans l’immédiateté – parfois suspecte – des réseaux sociaux, une autre circulation de la parole se cherche. Elle remonte du terrain. L’Assemblée des assemblées se propose comme le lieu privilégié de ces échanges. Mais refuse de s’en proclamer représentante. Ce chemin escarpé, les organisateurs montpelliérains ont pensé le dépierrer en éclatant la discussion en dizaines et dizaines de petits groupes de dix participants au maximum. La richesse qui en découle est inimaginable – et c’est elle qui devient parfois si fastidieuse à restituer en assemblées plénières. On ne peut que renoncer aussi à la mettre en ordre dans ces quelques lignes. On citera John, de l’assemblée de Commercy – avec son appel et sa première AdA fin janvier – qui s’enthousiasme : « L’AdA est un outil de fonctionnement pour les gilets jaunes. Mais c’est aussi une expérience progressive de pratique démocratique, qui servira, dans le temps, à penser un autre système au fur et à mesure du dépérissement de la politique représentative ». Stéphanie de Saint-Nazaire opine : « La mise en relai de ville en ville permet de montrer concrètement une alternative possible. Ça ne se rendormira plus, ça n’est pas possible ».

 

Le fonctionnement de l’AdA même a donc paru un des thèmes d’atelier parmi les mieux nourris et cadrés. Le recours à protonmail permettra un échange rapide, horizontal autant que vertical, aussi bottom up qu’up down à l’échelle de tout le pays. Mais on pouvait aussi écouter Janine, de Castries, se décaler d’une fixation sur la seule verticalité, pour vanter « le maillage d’actions qui se communiquent de village en village ». Notion de proximité, de passerelle, voire de rhizome.

 

Beaucoup de propositions de ce côté-là, pour qu’un groupe organisateur de la logistique d’une AdA ne se confonde pas avec le groupe qui en définit le contenu, pour que ce contenu devienne fruit d’une large consultation de la base, pour qu’une mémoire se dépose, de relai en relai, d’une AdA vers l’autre, et qu’une charte de fonctionnement s’élabore, là encore dans la consultation. Pardon : plutôt « un cadre, ou une trame » qu’une charte. Les mots comptent : « Je refuse les chartes, qui créent des séparations supplémentaires, entre les gens très bien qui y adhèrent, et ceux qui ont le malheur d’être moins parfaits que nous » médite un participant. C’est à réfléchir…

 

Les Languedocien·nes pourraient aussi plancher sur l’exemple d’Aurillac, qui a connu voici trois semaines une première AdA régionale. « Il y avait seize groupes venus de cinq départements ; quatre-vingt-quinze personnes toute une journée durant. Soit le format idéal pour pouvoir enfin donner de vrais contenus aux déclarations générales en faveur de la justice sociale, écologique, la solidarité, etc ». Tout cela tend à ce que les AdA cessent de chacune tout reprendre à zéro, et qu’un horizon perspectif se dégage. C’est un genre d’issue.

 

L’AdA réunie à Montpellier – du moins ses organisateurs – avait annoncé son refus de bander toutes ses forces vers la production d’un « appel ». Soit un exercice aussi propice aux psychodrames procéduriers, qu’aux illusions proclamatoires velléitaires. Il n’empêche : on aura procédé à des « consultations » en séance plénière, « non-décisionnaires » ; mais tout de même fort représentatives de la tendance.

 

De quoi solder au passage les querelles entre AG du Peyrou, centre autogéré du Casa del Sol d’un côté, Convergence 34 et Prés d’Arènes de l’autre, traitant de l’autonomie d’action. Le fait est que les mains se lèvent par centaines pour estimer que « l’heure est à la convergence avec le monde du travail et son maillage de milliers de syndicats qui, comme nous, n’acceptent pas […] Nous avons cette occasion à saisir, à partir du 5 décembre, date à laquelle des centaines de milliers de travailleurs seront en grève et en assemblées générales pour la reconduire jusqu’à la satisfaction de nos revendications ».

 

Sans plus de précisions sur les conditions – âprement discutées – des relations possibles, ou pas, avec les instances syndicales, les gilets jaunes sont appelés « à être au cœur de ce mouvement » […] « tous ensemble, tous unis, et cette fois, en même temps ». Soit l’espoir – rêve ou réalité – de la grande issue sociale pour en découdre avec le pouvoir. D’ici là, une projection dans l’étape intermédiaire du week-end « commémoratif » des 16 et 17 novembre. Les idées d’actions abondent pour ces deux jours. La prudence tactique inspire de ne guère les éventer. Il s’agirait « de prendre le pari que si nous multiplions, ces mêmes jours, les interventions dans tout le pays, nous pourrons faire enfin entendre à nos oppresseurs, que le peuple s’est réveillé et que leur règne touche à sa fin ».

 

L’appel est vibrant : « Soutenir est nécessaire. Participer est vital ». On quitte l’Assemblée, sa foule au travail, avec cette sensation qu’une année d’actions a remobilisé d’antiques volontés militantes assoupies, en a conforté à bloc d’autres plus actuelles, et galvanisé en nombre de nouvelles déterminations qui s’inventent. C’est tout un bouillonnement, sur lequel le pouvoir est parvenu à refermer un couvercle pesant. Cherchez l’issue. L’AdA4 se déroulait dans un bâtiment que le phrasé populaire du cru désigne comme « la Soucoupe ». À priori destinée à s’envoler. Côté soleil ? Ou côté nuées ?

Publié le 04/11/2019

Sète : la France insoumise valide la candidature de Calueba et d'Alternative sétoise

(site midi-libre.fr)

 

Une confirmation pour la liste candidate aux municipales, située à l'extrême gauche de l'échiquier politique sétois.

Le comité électoral de la France insoumise (LFI)  a validé au niveau national des soutiens pour pas moins de 272 communes en France.  On y retrouve, pour Sète, le nom de la liste "Alternative sétoise".

Ce n'est pas une surprise. En effet, des militants LFI  (qui est représentée par plusieurs comités à Sète, pas forcément unis, NDLR) sont partie prenante, depuis plusieurs mois, au côté d'autres partis d'extrême gauche, formation écologiste et de collectifs citoyens notamment, du processus mis en place par cette équipe. 

Déjà deux candidates insoumises

Le "comité d'appui aux élections municipales à Sète LFI" indique par ailleurs dans un communiqué "que la première vague de candidats élus sur la liste correspond à nos souhaits de liste citoyenne, avec 60 % de candidats qui ne soient pas membres de partis ou mouvements et 40 % qui en soient membres".

Deux insoumises ont d'ailleurs été désignées lors de la première votation, le 12 octobre dernier, pour figurer sur la liste "Alternative sétoise". Il s'agit de Ghyslaine Gélys, auxiliaire de vie et de Madeleine Estryn, médecin du travail et de santé publique.  

CAROLINE FROELIG  

 

Publié le 03/11/2019

AdA, 1ère journée – Assemblés à Montpellier, les gilets jaunes réinventent leur démocratie

 

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Succès d’affluence, d’accueil et de logistique, l’édition montpelliéraine de l’Assemblée des assemblées explore de nouvelles méthodes de débats. Louable expérimentation, même insuffisante pour toucher le fond politique du mouvement.

 

On le cédera un instant au bon vieux symbole. Lorsque, à 13h30 ce vendredi 1er novembre, l’immense soucoupe du musée Agropolis de Montpellier, résonne d’un sempiternel et puissant « On est là ! », on trouve à ce rude chant un goût vivifié à neuf. C’est que le défi paraissait démentiel, voici quelques jours à peine, de rendre fonctionnel, et même franchement accueillant, cet édifice en état de délabrement avancé, sans eau ni électricité, toilettes bouchées et capharnaüm d’une muséographie démantibulée sous la poussière.

 

Les gilets jaunes étaient donc bel et bien là, alors que les organisateurs de leur quatrième Assemblée des assemblées avaient essuyé tous les refus officiels et autres marques de mépris, dans leur recherche de locaux plus normés. Hormis l’exploit du chantier militant mené à bien, un premier succès est au rendez-vous : quasiment cinq cents participants inscrits, pas beaucoup moins que les affluences précédemment constatées à des moments où les mobilisations visibles des gilets jaunes n’avaient pas encore connu l’actuel reflux.

 

Deux cents groupes de tout l’Hexagone sont représentés ce week-end à Montpellier, essentiellement d’occupants de ronds-points toujours actifs. Leurs représentants sont dûment mandatés, inscrits à l’avance, et préparés à aborder un listing de questions préalablement établies. Comme il était à craindre et à prévoir, la déception aura été sévère pour certains gilets jaunes très actifs, surtout des locaux venus en voisin, qui se sont heurtés à une porte close – du moins un service de sécurité qui ici aussi, gagnerait à réfléchir à la qualité de ses méthodes relationnelles. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, certains recalés auront eu l’idée de dresser leur propre table de débat free style, devant la porte même de la Soucoupe, à l’extérieur. Pourquoi n’a-t-on pas eu l’idée de prévoir ce type d’alternative, mais dans des espaces intérieurs, au chaud de la rencontre ?

 

Retour dans l’enceinte régulière. En préambule, les organisateurs montpelliérains exposent la méthode qu’ils proposent aux assemblés. « Il s’agit de respecter la diversité des opinions, des pratiques, des objectifs » qui caractérise ce mouvement. On veut miser sur « la magie de l’intelligence collective dans ce cadre de démocratie appliquée ». On remisera le mythe de l’appel final commun « car, si on veut y parvenir, cet exercice d’écriture collective est si ardu qu’on ne fait que ça ». Notre voisin opine : « De toute façon, il n’y a qu’à s’en tenir à l’Appel de Commercy. Tout y est ».


 

En lieu de quoi, on se focalisera « sur la remontée de la parole » des participants, tout en offrant à ceux-ci des opportunités de temps de parole considérablement amplifiés, par des travaux éclatés en plusieurs groupes de dix personnes seulement sur un même thème, favorisant un plus grand partage de l’oralité et de l’écoute. Enfin, un système assez compliqué fait que trois de ces dix personnes, deviennent respectivement rédactrice, rapporteuse et observatrice des travaux (chasse à la concentration des pouvoirs d’influence).

 

On verra ci-après comment tout cela permet en effet un très bon niveau de dialogue. En revanche, pour la seule première journée de ce vendredi (attendons pour voir), on n’aura pas été convaincu que cette méthodologie favorise le dégagement de forts axes politiques. À faire dans la dentelle, on ne fait pas dans la toile de combat. Or, de grandes tendances sont au travail. On les a senties manifestes à travers une sorte de consultation sans débat, vite proposée en plénière, dès l’ouverture des travaux.

 

Exemple de question préalable, alors sondée : « Votre assemblée accepte-t-elle la diversité des modes d’action, sans les opposer ? ». C’est un oui massif. On suppose que cela dit aussi bien la diversité réaffirmée du mouvement, qu’un refus réitéré de sanctionner certains modes d’action plus radicaux que d’autres. Autre question (en substance) : l’AdA doit-elle continuer de ne reconnaître que le niveau local de l’organisation, sans chercher à fédérer des niveaux départementaux ou régionaux intermédiaires ? Massive à nouveau la réponse qui met toute sa confiance dans le seul niveau le plus local et se méfie de l’hyperbole des délégations de représentation. Encore une autre majorité très nette pour estimer que l’AdA « peut impulser des actions communes avec d’autres mouvements sociaux et écologiques » : la référence aux journées Climat et autre grève générale est ici cousue de fil blanc. On y reviendra.

 

Suivent les travaux pratiques du micro-travail en mini effectif. Nous choisirons ici un thème hyper plébiscité : Comment retrouver un lien avec la population ? Pas moins de neuf groupes de dix personnes chacun, s’y consacrent. On en choisit un au hasard. Premier tour de table, pour présenter son groupe d’appartenance. On s’étonne – voire s’inquiète – alors. Ces exposés sont interminables, et chacun dresse récit menu de l’épopée de son propre rond-point. N’aurait-on plus d’yeux que pour ces faits qui tendent à se faner ?

 

Or on se trompe. Après ce labourage en profondeur, s’ouvre la séquence qui répond à la question posée. Et c’est alors tout un crépitement d’idées. Tonique. Il ne faut donc pas négliger le besoin de se redire tout ce qu’on a fait, se l’entendre écouter, d’extraordinaire, mais qui aura été tant et tant dénigré, abîmé, vilipendé, réprimé. De cet acquis il faut reprendre toute la mesure, avant de se tourner à présent au défi de la volonté de durer ; nécessité d’endurer.

 

Il serait abusif de restituer ici toutes les pistes explorées, alors même que rien n’a été tranché. Dans l’ensemble on perçoit un besoin de recréer « une lisibilité locale, sur des axes clairs », « préférer le concret proche aux effets symboliques spectaculaires ». Concédons cette pique : « Crier Ahouhh, Ahouhh en manifestant permet peut-être de se reconnaître ; mais pas d’ébranler grand-chose ». D’où le désir de penser des combats « en positif, sur ce dont on a envie, et pas seulement en négatif pour dénoncer ce qui nous déplaît », « revenir sur les fondamentaux basiques qui provoquèrent la grande adhésion des débuts », « écouter les gens, les visiter, retourner voir ceux qui nous ont quittés ». Et encore « dresser le récit positif des dimensions formidables de ce mouvement qui a enfin marqué le refus de la résignation ».

 

Reste l’actualité. Là, pour se résumer, la perspective de la grève générale « à partir du 5 décembre », plutôt que « le 5 décembre » guette à tous les coins de phrase. Et toujours, inlassablement revenant en boucle, la con-ver-gence des luttes et des populations. Des Montpelliérains entendraient ici du rond-point Prés d’Arènes dans le texte, réclamant une motion de l’AdA claire et nette dans ce sens, prêchant la tenue de débats sur les retraites, les missions de soutien aux postiers, hospitaliers ou cheminots en lutte, promettant d’aller manifester dans les quartiers populaires plutôt que devant les terrasses gazées des places proprettes de centre ville.

 

Ainsi voyait-on se dessiner une amorce de cap politique, quand il fallut tenter d’harmoniser neuf comptes rendus des neuf groupes ayant travaillé deux heures chacun sur la même question. Or là, on entendit plutôt un égrenage d’offres extrêmement disparates, morcelées, laissant bien des participants sur la frustration d’un manque de débat général à leur propos – de fait impossible dans ce cadre. Simple question de méthode. Une journée et demie vont à présent s’ouvrir pour affiner les choses. On n’expérimente jamais sans prendre aucun risque.

Publié le 02/11/2019

Jusqu’à quand l’OTAN ?

par Serge Halimi (site monde-diplomatique.fr)

   

Depuis que l’adhésion du Royaume-Uni au Marché commun a ouvert la voie à un élargissement continu de l’Union européenne, on peine à détecter chez elle une politique étrangère digne de ce nom. Car parfois, plus, c’est moins : le compromis verbeux, pas l’affirmation ; l’effacement, pas la puissance. Dorénavant, l’Union compte une majorité d’États qui ont participé aux aventures impériales des États-Unis (seize de ses membres actuels ont contribué à la guerre d’Irak) ; elle relaie l’ingérence de Washington en Amérique latine (d’où la reconnaissance absurde de l’opposition vénézuélienne comme gouvernement légal) ; elle feint de s’opposer aux caprices de l’administration Trump, mais rentre dans le rang sitôt que celle-ci menace de la punir (sanctions économiques contre les entreprises qui commercent avec l’Iran). L’Europe pesait davantage au Proche-Orient avant son élargissement. Et si Charles de Gaulle s’opposait à l’adhésion du Royaume-Uni au Marché commun parce qu’il pensait que ce pays deviendrait le cheval de Troie américain sur le Vieux Continent, les États-Unis n’ont rien à craindre du Brexit. Car, au fil des décennies, l’Union européenne est devenue leur écurie.

La domination de Washington est encore plus humiliante en matière de défense. Créée pendant la guerre froide, l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) en est l’instrument. L’aval de la Maison Blanche suffit pour qu’un État membre de cette alliance en colonise un autre (la Turquie occupe une partie de Chypre depuis quarante-cinq ans) ou traite un de ses voisins comme sa « zone de sécurité » — l’armée d’Ankara, deuxième de l’OTAN, vient d’envahir le nord de la Syrie afin d’y liquider l’autonomie kurde (lire « Ankara et Moscou, jeu de dupes en Syrie »). Mais Washington s’en accommode tant que le régime de M. Recep Tayyip Erdoğan continue de surveiller une des frontières maritimes de la Russie, d’acheter 60 % de ses armes aux États-Unis et d’abriter des têtes nucléaires américaines. Et peu importe également à M. Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN, une marionnette américaine affublée du sobriquet éloquent de « Tony Blair norvégien », puisque la Turquie, selon lui, « agit avec retenue et en coordination avec les autres alliés de manière à préserver nos gains face à notre ennemi commun, Daech ».

En envahissant l’Irak en 2003 sous un motif fallacieux, le pays dont l’OTAN est le relais obéissant a provoqué le chaos actuel au Proche-Orient. Sur leur lancée, les États-Unis ont, avec d’autres, déclenché une guerre en Libye, puis, seuls cette fois, remis en cause l’accord nucléaire de juillet 2015 avec l’Iran (dont la conclusion avait pourtant marqué un de leurs rares moments de sagesse de la décennie…). En octobre dernier, au moment de livrer les Kurdes à l’armée turque sans consulter ses « alliés » européens de l’OTAN présents sur place, le président américain a envoyé un tweet d’une admirable franchise : « J’espère qu’ils se débrouilleront tous, nous on est à 11 000 kilomètres ! » Continuer à subir ce suzerain fantasque qui n’a d’autre intérêt que le sien revient à admettre une relégation définitive au rang de protectorat. Pour que l’Europe en sorte, il faut qu’elle sorte de l’OTAN (1).

 

Serge Halimi

(1) Lire Régis Debray, « La France doit quitter l’OTAN », Le Monde diplomatique, mars 2013.

 

Publié le 01/11/2019

500 gilets jaunes attendus en assemblée ce week-end à Montpellier

 

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Après une année d’actions, la quatrième Assemblée des assemblées suscite un fort engouement, chargé des attentes toujours très vives sur le terrain. Une très grande attention est portée à la qualité participative des débats.

 

Un étrange bâtiment abandonné trône au milieu du parc de recherche Agropolis, tout au nord de Montpellier, dans les magnifiques pinèdes du secteur de Lunaret, que borde le Lez. Son dessin général lui vaut son surnom : la Soucoupe. De 1994 à 2010 siégeait là un Musée d’anthropologie de l’agriculture et de l’alimentation, porté par des scientifiques. Il ferma ses portes, victime d’un manque de fréquentation, puis achevé par les guerres de pouvoir entre élus locaux s’asseyant sur des millions d’euros d’argent public.

 

Il est bien symbolique que des gilets jaunes redonnent un destin collectif à cet espace, porteurs qu’ils sont d’une parole des sans millions, et du souci public des devenirs sociaux. Les organisateurs montpelliérains de l’Assemblée des assemblées n’ont essuyé que refus (et souvent le mépris de l’absence de toute réponse) dans leurs recherches d’un lieu d’accueil auprès des collectivités. D’où le retour à l’occupation de ce bâtiment, qui connut quelques soirées musicales et militantes (anti-rep) dans les années passées.

 

Le geste est politiquement cohérent. Matériellement intimidant. Tout est à remettre en ordre de marche – eau, électricité, équipements de toutes sortes, création de multiples sous-espaces d’accueil et de travail, bar et cantine, etc – dans ce bâtiment gigantesque qui tient plutôt du hangar d’un seul tenant, assez dégradé. À cet égard, la réunion préparatoire (désormais quotidienne) qui se tenait lundi soir, frappait par sa sérénité : cinquante cerveaux et cent mains présents, pour aucun effet tribunitien, pas une once de psychodrame, et un constant niveau d’inter-écoute. Cela deux heures et demie durant, passées à éplucher les moindres détails pratiques.

 

Pour se résumer : d’importants besoins en hébergement restent à solutionner (formulaire ad-hoc sur le site assembleedesassemblees.org). Une cagnotte est également ouverte (onglet sur le même site). Les bonnes volontés sont attendues sur le terrain, en nombre et immédiatement, sans attendre la surchauffe du dernier moment. Plus précisément, des réunions générales se déroulent sur place à 18h30.

 

Tous ces points ayant été examinés, la seule séquence « serpent de mer » des échanges de lundi aura traité du degré et des modes d’ouverture de l’assemblée de vendredi, samedi, dimanche. Propice aux fantasmes, la question est à la fois simple et délicate. L’Assemblée n’est pas une réédition d’une Nuit debout. Elle réunit des mandataires d’assemblées de terrain (typiquement, et entre autres, de ronds-points). Elle le fait pour permettre un travail « de délibération, d’échange, de coordination, de mutualisation de moyens, de pratiques, de contacts » avec une visée de « structuration ».

 

Cela ne s’aborde donc pas en simple curieux de dernier moment, les mains dans les poches en butinant entre deux bières – si légitime et généreuse puisse être cette curiosité. Or l’Assemblée « n’a rien à cacher », et intègre le souci de la notoriété publique (y compris médiatique) de ses contenus de débats. Il faudra trouver moyen d’accueillir, faire savoir ce qui est en train de se dire, tout en préservant la qualité de travaux en petits groupes, entre mandataires inscrits, sur des temps de parole suffisants, autour de thématiques annoncées et préparées.

 

Une révolution méthodologique se produira, par le renoncement à l’adoption d’un « appel ». Plusieurs des organisateurs de cette ADA montpelliéraine ont participé aux trois précédentes (Commercy fin janvier 2019, puis Saint-Nazaire et Montceaux-les-Mines). En ont tiré des enseignements. Si l’ADA cherche à renforcer « le travail collectif et collaboratif » du mouvement des gilets jaunes, elle prend bien garde de ne pas s’autoproclamer en organe unificateur. Il s’agit de « respecter et concilier la diversité des approches » au sein de ce mouvement, dont le caractère « hétéroclite » est pertinemment l’une des caractéristiques.

 

On s’épargnera donc le théâtre des grandes et des petites manœuvres que provoque la moindre intention de déboucher sur un appel unique en assemblée plénière – un cadre qui n’est en fait jamais « un moment de débat et de paroles libres ». Les petits groupes de travail antérieurs restitueront leurs échanges en prenant soin de spécifier les convergences, et tout autant divergences, conçus comme facteurs d’enrichissement général. La restitution de ces restitutions polysémiques nourrira la grande plénière. Les assemblées locales seront bien assez mûres pour s’inspirer, chacune à sa façon, ou pas, de toute cette matière d’élaboration collective.

 

Ce processus est fin, à l’image d’une belle toile d’araignée qui ne résisterait pas aux tensions des assemblées mythiques abandonnées aux querelles groupusculaires et intestines ; ni au brouhaha d’allers et venues incessantes. Cinq cents gilets jaunes de tout le pays s’y sont inscrits, dans des délais aujourd’hui clos. Le nombre impressionne. Les précédents ADA n’ont jamais connu plus de sept cents participants. La curiosité médiatique n’est pas en reste. On ne sera qu’à quinze jours du premier anniversaire de l’acte 1 des gilets jaunes. Et chacun sent bien une atmosphère particulièrement volatile, pourquoi pas inflammable, sur de multiples fronts.

 

Les pré-inscriptions thématiques sont déjà pleines d’enseignements. Les trois ateliers les plus fréquentés répondront à ces trois préoccupations : d’abord « comment retrouver un lien avec la population », puis « comment travailler avec les autres mouvements » ; c’est à mettre en lien avec la fréquence d’une proposition émanant des participants eux-mêmes, pour s’inquiéter de « la grève générale du 5 décembre » et ses suites. En comparaison, bien peu s’intéressent à « la façon d’agir dans le contexte des municipales ». Face à quoi, avec grande sagesse, l’autre atelier à succès place les Assemblés devant leur propre responsabilité, en discutant des « rôles et structuration de l’Assemblée des assemblées ».

 

Ce week-end de trois jours permettra que deux cycles complets de discussions s’enchaînent, permettant à chacun de plancher sérieusement sur deux questions de son choix. Si un bar, des ateliers pratiques, un piano sont annoncés, la note majeure tire vers le sérieux des réflexions de fond.

Publié le 31/10/3019

 

Gaz et flouze: Le dernier documentaire de Gilles Balbastre

 

(site lamarseillaise-encommun.org)

 

L’année dernière, dans le documentaire Main basse sur l’énergie, je racontais comment le service public de l’électricité avait été mis à mal depuis une dizaine d’années par les gouvernements et les directions successives. Le projet actuel de privatisation totale d’EDF, initié par le gouvernement et la direction d’EDF, « joliment » intitulé Hercule, est une étape supplémentaire de la casse du service public.

Les salariés du gaz (et par conséquent les ex-usagers devenus désormais des clients… vaches à lait!) vivent déjà depuis 2007 cette destruction du service public GDF (Gaz de France). Ils savent que leurs efforts servent avant tout à faire remonter des dividendes aux actionnaires d’Engie, le nouveau nom de la fusion GDF-Suez. Ils ont conscience du véritable hold-up de l’argent public. Ils voient la dégradation de leurs conditions de travail, ils s’inquiètent du manque d’investissements dans un secteur où la sécurité est pourtant primordiale, le gaz. Ils constatent avec colère la hausse du prix du gaz – + 80% depuis une douzaine d’années. Ils déplorent la fuite en avant de la direction d’Engie dans un business de l’immédiat et de coups financiers à court terme.

Dans mon nouveau documentaire, Gaz et flouze à tous les étages, produit une fois de plus par la Fédération CGT de l’Energie, je raconte tout cela… et pire encore : https://www.gazetflouzeatouslesetages.com/

Ce film, comme ceux que j’ai réalisés ces dernières années avec plusieurs syndicats combattifs, Vérités et mensonges sur le SNCF / Transport de marchandises : changeons d’ère / Main basse sur l’énergie, constitue des outils et des armes pour vous opposer à la casse de nos services publics.

Alors, citoyens, usagers, salariés, réalisez des projections publiques pour débattre et faire la nique aux faux débats de Macron !!!

Il est encore temps de sauver nos services publics !

Gilles Balbastre, réalisateur

Gilles Balbastre exerce à partir de 1987 et durant une dizaine d’années le métier de journaliste à France 3, M6, France 2. Très critique en tant que correspondant de France 2 dans la région Nord-Pas-de-Calais, il livre un long témoignage du fonctionnement d’une rédaction d’une chaîne de télévision dans le livre du sociologue Alain Accardo, Journalistes au quotidien, pour une socioanalyse des pratiques journalistiques paru en 1995. À partir des années 2000, il se tourne vers la réalisation de documentaires comme Le chômage a une histoire diffusé sur France 5. Dans ce film, il démontre que la peur sociale a changé de camp.

En 2003, son documentaire Moulinex, la mécanique du pire (France 5) est nommée au FIPA (Festival international des productions audiovisuelles). En 2006, il conçoit pour France 5 une nouvelle série de trois documentaires sur la privatisation des services publics et ses enjeux, dont un documentaire EDF, les apprentis sorciers qu’il réalise lui-même. En 2008, il réalise Fortunes et infortunes des familles du Nord (France 5), un documentaire traitant de la mainmise des grandes familles industrielles sur les villes et les ouvriers de Roubaix et Tourcoing. Il est le co-réalisateur du documentaire Les Nouveaux Chiens de garde sorti au cinéma en 2012 et nommé aux César l’année suivante.

En 2018, Gilles, signe un nouveau documentaire qui va faire parlé de lui car il traite d’un sujet sensible qu’est l’ENERGIE, en partenariat avec la fédération des mimes et de l’énergie C.G.T. (FNME-CGT). Son documentaire « Main basse sur l’énergie » se propose de visiter en six épisodes, une maffia de l’énergie avec ses nouveaux gangsters, ses politiciens plus ou moins véreux et ses résistants.

Gilles Balbastre a été durant les années 2000 membre de la rédaction du journal satirique PLPL puis directeur de son successeur Le Plan B. Il collabore régulièrement au mensuel Le Monde diplomatique. En 2013, Gilles Balbastre lance la plate-forme d’auto-production de documentaires Nada-info et réalise coup sur coup Cas d’école et Vérités et mensonges sur la SNCF.

 

Gilles Balbastre soutient notre projet de média citoyen régional.

 

Publié le 30/10/2019

Mickaël Harpon était-il un terroriste ?

Par Loïc Le Clerc (site regards.fr)

Jeudi 3 octobre, Mickaël Harpon assassine quatre de ses collègues de la préfecture de police. Se pose alors plusieurs questions : était-ce un attentat terroriste ? L’État est-il infiltré par des djihadistes ?

Que sait-on de Mickaël Harpon ? A-t-il commis un acte « terroriste » après avoir infiltré la préfecture de police de Paris ? Et si non, comment qualifier cet acte ? Un « coup de folie » ? Un acte terroriste isolé ? Cet événement s’avère complexe à interpréter. À chaque meurtre de masse, ces interrogations reviennent. Faute de pouvoir répondre, on finit par tout assimiler à des attentats. Y a-t-il un rapport entre les attentats de Janvier-2015, du 13-Novembre, de Nice, de Saint-Etienne-du-Rouvray, de Magnanville, de la préfecture de Paris ? Ou comme dit le magistrat Antoine Garapon au Monde : « On appelle cela du terrorisme, faute de mieux ».

 « Expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser », assénait Manuel Valls après les attentats de Charlie et de l’hypercasher. Non : expliquer, c’est comprendre pour mieux lutter contre. On ne lutte pas de la même façon contre une organisation terroriste, contre un loup solitaire ou contre le passage à l’acte d’un fou.

Que sait-on à ce jour ? Une enquête est en cours. On ne peut donc que parler avec prudence, on ne sait que ce que la presse a pu obtenir auprès de sources policières. Selon les articles publiés, et d’après sa femme, dans la nuit du 2 au 3 octobre, Mickaël Harpon aurait fait une « crise mystique ». C’est lors qu’il aurait crié « Allah Akbar » – et non lors de la tuerie. Auditionnée par les enquêteurs, elle est affirmative : son mari n’aurait jamais fait de mal à quelqu’un d’autre que lui. Craignant son suicide, elle envoie le lendemain matin, alors qu’il part au travail, un SMS à un de ses collègues : « Il est bizarre, comment tu le trouves ? ».

L’État infiltré par Daech ?

Aucune organisation n’a revendiqué l’attentat. Daech s’est pourtant illustré à plusieurs reprises par ses revendications opportunistes. Là, non. Daech l’a tout juste mentionné dans son journal. Mickaël Harpon lui-même n’a laissé aucune explication de son geste, aucune mention, aucune allégeance à un groupe terroriste. De plus, aucun des cinq membres de son entourage n’a vu sa garde à vue suivie de poursuites judiciaires.

Aucun indice à ce jour ne permet de penser que l’on est face à une infiltration terroriste au sein de la préfecture, et donc de l’État. Antoine Garapon remarque justement :

« Si une organisation terroriste disposait d’une taupe au sein d’un service de renseignement, quel intérêt aurait-elle à lui demander de massacrer ses collègues ? Elle l’exploiterait au maximum pour obtenir des informations sensibles et ferait tout pour protéger une source aussi précieuse. »

Le geste de Mickaël Harpon serait-il alors une forme de tuerie de masse, comme on en voit régulièrement aux États-Unis ? Ou encore comme la tuerie d’Anders Breivik en Norvège en 2011 ? Se pose alors une question : Mickaël Harpon a-t-il tué ses collègues pour commettre un acte politique ?

Contradictions et hallucinations collectives

Que sait-on de Mickaël Harpon ? Bien que responsable du service des réseaux informatiques de la préfecture de Paris depuis 2003, il était agent de catégorie C (le plus bas niveau de la fonction publique, et il gagnait au mieux 1700€ par mois). On sait aussi qu’il demandait depuis des années, en vain, à bénéficier d’une formation. Il n’était pas fiché S et était habilité secret défense – chose banale pour un informaticien travaillant à la préfecture. Né à Point-à-pitre, Mickaël Harpon était métis et malentendant. Certains collègues, inconscients ou méchants, l’appelaient « Bernardo », comme le sourd de Zorro. Il s’était converti à l’islam et avait épousé sa femme en 2014 – il s’avère qu’elle est musulmane. Ils ont eu deux enfants ensemble : 3 et 9 ans.

Selon Loïc Travers, du syndicat Alliance, ses collègues décrivent un homme qui ne posait « strictement aucun problème. Il n’était pas connu pour un quelconque signalement. Il était juste un fonctionnaire modèle qui ne posait pas de soucis. » Même son de cloche pour Jean-Marc Bailleul, secrétaire général du syndicat des cadres de la sécurité intérieure : « Ça ressemble vraiment à un acte de folie ».

Mickaël Harpon fréquentait régulièrement la mosquée de Gonesse. Un imam de cette mosquée – pas son imam principal – fait l’objet de bien des accusations à l’appui de la thèse d’une radicalisation de Mickaël Harpon. Rappelons que cet individu faisait l’objet d’une OQTF (obligation de quitter le territoire français), en 2015, qui n’a jamais été appliquée. Pourquoi cette OQTF ? Père d’un enfant français, il avait obtenu une carte de résidence temporaire d’un an, en 2014. Par la suite, parce qu’il « n’apportait pas la preuve qu’il subvenait aux besoins de son enfant », indique le ministère de l’Intérieur, il s’est vu assigner cette OQTF. Pourquoi n’a-t-elle pas été appliquée ? Parce que finalement, « celui-ci a apporté la preuve qu’il s’occupait bien de son enfant », continue le ministère. Quel lien avec l’islam, le terrorisme ? Aucun, si ce n’est qu’il s’agit d’un imam... qui n’aurait « jamais tenu de discours violent », dit-on à la mairie de Gonesse. Néanmoins, « au regard du tollé médiatique et de la "stigmatisation" de la salle de prière de cette ville de 26.000 habitants, l’association des musulmans a préféré "écarter la prétendue brebis galeuse", en accord donc avec le principal intéressé », peut-on lire sur le JDD.

On sait aussi qu’une clé USB lui appartenant a été retrouvée et qu’elle contenait des vidéos de Daech et des informations sur ses collègues. La première version de l’histoire est que cette clé a été retrouvée chez lui… confortant l’idée d’un engagement islamiste ou d’une préméditation. En fait, cette clé USB a été retrouvée sur le bureau de Mickaël Harpon, elle « comporte uniquement des fichiers pros de même que les vidéos de Daesh appartenant à la DRPP, son employeur », explique un journaliste du Point.

Autre incertitude, concernant l’arme du crime : le couteau, acheté le matin même. Etait-il en céramique ou en métal ? Si, comme cela semble se confirmer, le couteau était en métal, comment a-t-il pu franchir les contrôles de la préfecture ? Comment Mickaël Harpon a-t-il pu, en conscience, prendre le risque d’acheter un instrument en métal pour commettre son crime ?

À ce jour un seul fait nourrit l’interprétation d’un homme en rupture avec la société française voire tenté par le terrorisme : il aurait déclaré, en 2015, après la tuerie de Charlie Hebdo : « Bien fait pour eux ». Hélas il n’a pas été le seul à tenir de tels propos et tous ne sont pas des terroristes en puissance pour autant.

Musulman = terroriste

Devant tant d’incertitudes sur le mobile de cet acte, après la surenchère politique, , Christophe Castaner allume un contre-feu. Le 17 octobre sur France 2, il assure qu’un « individu qui voulait s’inspirer du 11 septembre 2001 et des avions qui ont détruit les tours du World Trade Center a effectivement été interpellé par nos services ». Dans Le Canard enchaîné, on lit une toute autre histoire : « Aucune ébauche de plan de vol, encore moins d’un détournement ». L’individu en question a bien été mis en examen et écroué pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, mais le projet n’avait pas dépassé le stade d’un message sur les réseaux sociaux.

Comment peut-on prétendre lutter contre le terrorisme si l’on voit des Ben Laden partout ? Si l’on ne voit pas venir l’acte d’un Mickaël Harpon, si on ne le comprend même pas à posteriori ? Rappelons que la Constitution de la Vème République s’est écrite alors que les attentats de la guerre d’Algérie faisaient rage. Pour autant, cela n’a pas conduit le législateur à faiblir sur les exigences en matière de protections des libertés publiques et individuelles. Manifestement nous n’en sommes plus là aujourd’hui où, nous dit-on, « la première des libertés, c’est la sécurité ». Or de grands juristes, comme François Sureau ou Mireille Delmas-Marty rappellent à raison que tout ce qui se juge sur la base du soupçon ne relève plus d’un régime démocratique mais du totalitarisme.

Il y a quelques semaines, un large rapport de deux députés de droite sur la radicalisation dans les services publics faisait état de phénomènes très « marginaux ». Or, quatre jours après le drame, le Président Macron n’hésite pas à franchir le pas : avant même les résultats de l’enquête, il fait fi des dérapages possibles et se réclame de la nécessaire « société de vigilance ». Il ouvre ainsi la porte à ce que la France a déjà connu : la psychose de la délation. Avec l’ensemble des autorités, il nourrit l’idée redoutable selon laquelle musulman = terroriste. Il transforme sans preuve, un acte commis par un musulman en acte politique relevant de « l’islamisme ». Qui peut prétendre lutter contre le terrorisme en raisonnant de la sorte ?

 

Loïc Le Clerc

Publié le 29/10/2019

 

Le niveau des océans pourrait s’élever de 25 mètres. Dès 2030.

 

par Charles-Elie Guzman (site up-magazine.info)

 

La catastrophe ne sera pas pour dans trente ou cinquante ans. Ça ne se passera pas dans un siècle. Non, c’est pour 2030, autant dire demain.

Une étude choc vient d’être publiée dans Nature, menée par des chercheurs australiens qui analysent depuis plusieurs années une période géologique d’intenses bouleversements, le Pliocène. Pendant cette période, la Terre a connu quasi exactement la même configuration climatique que celle que nous avons aujourd’hui. Même taux de CO2 dans l’atmosphère, élévation des températures de même ampleur. Le résultat à l’époque fut une fonte d’un tiers de l’Antarctique qui provoqua une élévation du niveau des océans de 25 mètres. La même situation pourrait se reproduire en 2030. Répétition générale d’une catastrophe qui nous attend si nous ne prenons pas les bonnes mesures pour affronter la crise climatique.

Si les océans s’élevaient de 25 mètres, s’en serait fini des Pays-Bas, la Normandie perdrait son Cotentin, plus d’îles en Bretagne, Nantes et Bordeaux sous la mer, la Camargue rayée de la carte, la promenade des Anglais et le Vieux-Nice noyés, sans parler du delta du Nil, du Bengladesh, de New York et de la côte Est des Etats-Unis, la liste est longue. 1 milliard de personnes seraient touchées et obligées de partir de chez elles. Autant de migrants climatiques déjà prévus par les scénarios des Nations-Unies.

Cette sombre perspective pourrait devenir une réalité si nous continuons à rejeter des gaz à effet de serre dans l’atmosphère et à abandonner toute volonté de réduire le réchauffement climatique sous la barre des 1.5 °C. Celle-ci, fixée par l’Accord de Paris semble déjà obsolète, les experts du GIEC prévoyant, en fonction de l’état actuel de la situation, une augmentation des températures allant allègrement vers les 4 °C.

Les scientifiques comme les médias ne cessent d’alerter sur les risques que nous encourrons mais une nouvelle étude publiée ce 3 octobre dans la revue Nature apporte un éclairage inédit sur l’urgence que nous avons à agir. Une équipe australienne de l’université Victoria de Wellington travaille depuis plusieurs années sur le Pliocène, une période qui s’est déroulée il y a environ trois millions d’années. Cette ère est particulièrement intéressante car sa configuration climatique n’est pas très éloignée de celle que nous vivons actuellement. Elle peut donc servir de modèle prédictif. Pendant cette période, la concentration de CO2 dans l’atmosphère atteignait des niveaux comparables à ceux que nous enregistrons aujourd’hui même : plus de 400 parties par million.

Il y a trois millions d’années, s’est installée une période de réchauffement intense des températures. Elles ont atteint des niveaux équivalents à une augmentation de 2°C par rapport à l’époque préindustrielle.  Rappelons que nous en sommes actuellement à presque 1.5 °C. Selon les prévisions du GIEC, nous devrions atteindre, voire dépasser les 2° C prévus par l’Accord de Paris dès 2030 si nous n’abaissons pas drastiquement, et dès aujourd’hui, nos émissions de gaz à effet de serre.

Que s’est-il passé au Pliocène ?

L’élévation des températures a fait fondre les glaces et plus particulièrement celles de l’Antarctique qui a perdu un tiers de sa surface glacée. Ces glaces fondues se sont déversées dans les océans, les faisant monter de 25 mètres.

Les chercheurs australiens expliquent avoir foré des carottes de sédiments déposés pendant le Pliocène, préservés sous les collines accidentées du bassin de Whanganui en Nouvelle Zélande. L’un des chercheurs, le professeur Timothy Naish, qui travaille dans ce domaine depuis près de trente ans, a identifié plus de 50 fluctuations du niveau mondial de la mer au cours des 3,5 millions d’années de l’histoire de la Terre. Le niveau des mers a augmenté et baissé en réponse aux cycles climatiques naturels, connus sous le nom de cycles Milankovitch, qui sont causés par des changements à long terme de l’orbite solaire de la Terre tous les 20 000, 40 000 et 100 000 ans. Ces changements entraînent à leur tour la croissance ou la fonte des calottes glaciaires polaires.

Alors que l’on pensait que le niveau de la mer avait fluctué de plusieurs dizaines de mètres, les efforts pour reconstituer l’amplitude exacte avaient jusqu’à présent été contrecarrés par des difficultés dues aux processus de déformation de la Terre et au caractère incomplet de nombreux cycles.

Les chercheurs ont donc utilisé une relation théorique bien établie entre la taille des particules transportées par les vagues sur le plateau continental et la profondeur du fond marin. Ils ont ensuite appliqué cette méthode à 800 mètres de carottes de forage et d’affleurements, représentant des séquences sédimentaires continues qui couvrent une période allant de 2,5 à 3,3 millions d’années.

Ils ont ainsi montré que pendant le Pliocène, le niveau global de la mer fluctuait régulièrement entre 5 et 25 mètres. En tenant compte des mouvements tectoniques locaux des terres et des changements régionaux du niveau de la mer causés par les changements gravitationnels et par ceux de la croûte terrestre pour déterminer les estimations du niveau de la mer, ils ont ainsi obtenu une approximation de l’évolution du niveau moyen de la mer à l’échelle mondiale.

Vingt-cinq mètres, c’est beaucoup

Les chercheurs australiens sont arrivés à la conclusion que la plus grande partie de l’élévation du niveau de la mer pendant le Pliocène provient des calottes glaciaires de l’Antarctique. Pendant le Pliocène chaud, la géographie des continents et des océans de la Terre et la taille des nappes glaciaires polaires étaient semblables à celles d’aujourd’hui, avec seulement une petite nappe de glace sur le Groenland pendant la période la plus chaude. La fonte de la calotte glaciaire du Groenland aurait contribué à raison d’au plus cinq mètres à l’élévation maximale de 25 mètres du niveau de la mer mondiale enregistrée dans le bassin de Whanganui.

Vingt-cinq mètres, c’est beaucoup plus que ce que prévoient les experts climatiques. Selon le récent rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sur les océans et la cryosphère, les glaciers et les calottes polaires continuent de perdre de la masse à un rythme accéléré. Jusqu’à présent, la hausse devait se situer dans une fourchette allant de 0.60 à 1.1 mètres d’ici 2100. Or la nouvelle étude est formelle : nous serons dans les conditions du Pliocène dès 2030, dans onze ans !

« Au rythme actuel des émissions mondiales, nous pourrions être de retour dans le Pliocène d’ici 2030 et nous aurons dépassé l’objectif de 2°C fixé à Paris. L’une des questions les plus critiques auxquelles l’humanité est confrontée est celle de savoir combien et à quelle vitesse le niveau des mers va monter. »

Georgia Rose Grant, chercheur à l’Université Victoria de Wellington

Les chercheurs poussent donc la logique des résultats de leurs expérimentations jusqu’au bout : il est fort possible que l’Antarctique fonde et perde un tiers de sa surface, ce qui provoquerait potentiellement, selon leurs hypothèses, une élévation du niveau des mers du globe de l’ordre de 20-25 mètres.

Il est vrai qu’il ne se passe pas un jour sans qu’une information ne nous parvienne de l’Antarctique ou de l’Arctique sur la fracture de tel ou tel glacier ou la fonte de millions de m3 de glace. Une étude publiée le 30 janvier dernier alertait sur le sort du glacier Thwaites situé dans l’Antarctique occidental ; un glacier large de 100 km, long de 600 km, d’une épaisseur de 3 km, de la taille du quart de la France, qui fond et se délite à vitesse accélérée sous les yeux désemparés des scientifiques.

Cette masse gigantesque de glace qui reposait sur un manteau rocheux, s’écoule ou se brise directement dans la mer, faisant mécaniquement monter son niveau.

Point de basculement en passe d’être franchi

Pour les chercheurs australiens, « Le fait que plus de 90 % de la chaleur provenant du réchauffement de la planète ait été déversée dans l’océan jusqu’à présent est extrêmement préoccupant. Une grande partie de l’eau s’est déversée dans l’océan Austral, qui baigne les marges de la calotte glaciaire de l’Antarctique. » Ils poursuivent : « Déjà, nous observons aujourd’hui des remontées d’eaux profondes circumpolaires chaudes qui pénètrent dans les cavités de la plate-forme de glace en plusieurs endroits autour de l’Antarctique. Le long de la côte de la mer d’Amundsen de l’Antarctique occidental, où l’océan s’est le plus réchauffé, l’inlandsis (la glace polaire reposant sur un manteau rocheux – Ndlr) s’amincit et se retire le plus rapidement. »

Un tiers de la calotte glaciaire de l’Antarctique – l’équivalent de 20 mètres d’élévation du niveau de la mer – est ancrée sous le niveau de la mer et vulnérable à un effondrement généralisé dû au réchauffement des océans. Le processus n’est pas le même en Arctique où la fonte de la glace de mer, ne reposant pas sur un support rocheux, a un impact moindre sur l’élévation du niveau des eaux. C’est pourquoi, les scientifiques australiens estiment que sur les 25 mètres d’élévation prévisibles, l’essentiel, soit 20 mètres, sont dus à l’Antarctique.

« Notre étude soutient l’idée qu’un point de basculement de la calotte glaciaire de l’Antarctique pourrait être franchi si l’on laisse les températures mondiales augmenter de plus de 2℃. »

Un tel scénario pourrait entraîner la fonte d’une grande partie de la calotte glaciaire, ce qui remodèlerait les rivages partout dans le monde. En effet, si un tel scénario advenait, il changerait dramatiquement notre géographie et entraînerait des désastres difficiles à concevoir.

D’autant que les effets du dérèglement climatique étant cumulatifs, cette montée des océans aggraverait l’impact des tempêtes et autres phénomènes extrêmes que les climatologues prévoient du fait de l’augmentation des températures et notamment de celles de l’océan. Une mer plus haute provoquerait en cas de vagues submersives des dégâts beaucoup plus loin dans les terres. L’impact d’un cyclone comme Katrina serait démultiplié.

Cette étude de Nature développe une hypothèse en forme d’alerte. Une alerte qui s’ajoute à d’autres et devrait nous inciter à agir sans délai. Il est encore possible de stabiliser la mécanique climatique en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre. Cela implique des choix politiques courageux et des changements complets de nos modèles de société. L’état du monde de ces dernières années ne nous incite pas à beaucoup d’optimisme mais en revanche, la pression des populations pourrait avoir un effet sur les dirigeants, s’ils s’avèrent toujours incapables de prendre les bonnes décisions.

Publié le 28/10/2019

La patronne de la RATP s’augmente de 12,5%

Irene conductrice de métro, signe une tribune dans laquelle elle interpelle la présidente générale de la RATP, qui vient d’augmenter sa rémunération de 12,5% soit 50.000€ de plus par an, atteignant le plafond maximum des patrons des entreprises publiques. Alors que le 13 Septembre la RATP était massivement mobilisée pour dénoncer la future réforme des retraites, mais également la dégradation des conditions de travail, Catherine Guillouard s’octroie une augmentation après des années de gel des salaires à la RATP, un véritable affront à l’approche de la grève illimitée le 5 décembre.

 

Irène correspondante RATP (site revolutionpermanente.fr)

 

 « C’est nous qui faisons le travail quotidiennement »

Conductrice de métro mais avant tout mère seule avec 2 enfants, je me lève ce matin à 4h en attendant que ma nourrice arrive avant de prendre ma voiture pour démarrer mon service à 5h20.

Sur la route j’entends aux infos avec effroi et surprise que notre PDG arrivée seulement en août 2017 va percevoir une augmentation de 12,5%, soit 50.000€ en plus en 2020, ce qui lui fera un salaire annuel passant de 400.000€ à 450.000€.

Comment peut-on avoir autant de mépris pour ces opérateurs quand des miettes nous ont été données : en 2016 c’était 0%, en 2017 une augmentation de 0,6%, en 2018 0%, et en 2019 0,6%.
Ce qui nous fait entre 10 et 20€ brut selon notre métier, « merci » ça me permettra de payer une heure de nourrice par mois. Mme Guillouard en un mois vous percevez plus que mon salaire à l’année et plus que n’importe quel agent RATP dans l’année. Pourtant c’est nous qui faisons le travail quotidiennement, 365 jours par an, c’est nous qui conduisons les métros, les RER, les bus, qui renseignons les usagers, vendons les tickets, entretenons les voies et les rames, ce n’est pas vous !

« S’il n’y a pas d’argent pour nous, pourquoi y’en aurait il pour vous ? »

Pourquoi n’avez vous pas perçu une augmentation de salaire de 0,6% (augmentation salariale 2019), ou plutôt pourquoi n’avons-nous pas perçu 12,5% d’augmentation comme vous ?
S’il n’y a pas d’argent pour nous, pourquoi y en aurait-il pour vous ? Alors que pour nous, cette évolution de 12,5% aiderait réellement dans notre quotidien.

Je subis au quotidien l’augmentation du coût de la vie, l’essence pour venir travailler, la nourrice pour garder mes enfants avec les horaires décalés, les taxes qui ne cessent d’augmenter, l’obligation d’un véhicule, car à l’heure où nous travaillons, personne ne peut nous transporter ; qui nous paye notre essence, l’entretien des voitures, les assurances ? Je ne parle même pas du coût de la vie qui a augmenté, ou encore celui de l’énergie qui augmente chaque année. Vous êtes l’exemple même qu’il y’a un féminisme de classe, celui des patronnes qui s’augmentent comme vous et celui des travailleuses comme moi qui n’arrivent pas à finir le mois.

« Où est le féminisme de Marlene Schiappa ? »

En plus de la dégradation de nos conditions de travail, nous dégradons notre santé, entre horaires décalés ou encore avec des niveaux de pollution jusqu’à 30 fois plus élevés dans les tunnels du métro, que dans la rue. N’en déplaise à Emmanuel Macron qui n’aime pas ce mot, mais la pénibilité du travail existe bien et nous la subissons au quotidien. Et où est la gratitude dans tout cela ?

Sûrement en nous retirant des jours de soins pour nos enfants ! Avant nous avions 6 jours de soins pour nos enfants par an, pour garder nos enfants à la maison en cas de maladie et maintenant nous avons seulement 2 jours. Si mes enfants tombent malade dans l’année, je vais perdre du salaire. De plus, en nous imposant un jour de carence également, en tant que femme et mère isolée, voilà encore des attaques menées contre les travailleuses ! Où est le féminisme de Marlene Schiappa ? Je ne vois que de la précarisation et encore plus pour les mères isolées. Les agents RATP n’en peuvent plus de ces attaques permanentes contre nos acquis sociaux.

Et là nous entendons quoi ? Que vous imaginez nous retirer ou baisser notre intéressement d’ici 2 ou 3 ans ? J’espère que cela était un poisson d’avril, car cet intéressement paye les vacances de mes enfants l’été, et ce qu’une seule fois dans l’année, comme beaucoup de vos salariés ! Pour d’autres, ça renfloue leurs découverts, ou encore "simplement" payer les coups durs de la vie.

« À PARTIR DU 5 DÉCEMBRE nous serons là ! »

Nous n’avons plus peur de faire grève pour défendre le minimum des acquis qu’il nous reste, même s’ils deviennent rares. Mais s’il faut une grève pour que vous nous écoutiez, nous le ferons. Vous pensiez sûrement que le 13 septembre ne fonctionnerait pas, beaucoup pensaient que les agents RATP étaient devenus des bons petits moutons qui ne se battent plus !

À partir du 5 décembre nous serons là, alors que oui, cela nous coûte très cher, entre 80€ et 100€ de pertes par jour de grève, mes enfants n’auront pas de cadeaux de noël cette année, pas d’activités, ni de centre ou colonie. Et oui, on mangera des pâtes, on est les agents. Mais nous nous battrons contre cette réforme et toutes ces injustices, je ne viendrai pas en déambulateur monter dans mon train jusqu’à 70ans pour vous payer à vous et tous ces grands dirigeants des salaires à plusieurs millions d’euros !!!

À Noël vous allez avoir un beau cadeau de 50.000€ et nous des cacahuètes.
À ce club très fermé, il y a également M. Guillaume Pépy PDG de la SNCF : alors là, quand il s’agit de grands dirigeants, la parité est de rigueur sur vos salaires.

En nous retirant tous nos acquis un par un, vous nous démontrez votre total mépris vis-à-vis des ouvriers, alors que sans nous, la RATP ne tournerait pas et vous en avez eu le plus bel exemple le 13 septembre 2019.

Mon métier je l’ai choisi je ne le regrette pas, j’aime rendre service aux voyageurs et me sentir utile. Je suis fière d’être conductrice à la RATP et c’est pour cela que je me battrai pour mes collègues et moi demain, mais par dessus tout pour l’avenir de mes enfants et des générations à venir.

 

IRENE Conductrice METRO RATP et MAMAN !!!

 

Publié le 27/10/2019

Lettre ouverte à Evo Morales

 

Jean ORTIZ

 

Cher frère EVO

Je t’ai connu et invité à Pau il y a longtemps. Bien longtemps.
Lorsque tu étais traité par Washington comme un « narco-syndicaliste », et interdit d’escale, comme un vulgaire délinquant...

Je l’avais lu dans la presse cubaine et j’avais compris. Quand l’impérialisme désigne des ennemis, c’est qu’en règle générale, ils le méritent.

Les terroristes de la CIA et du Pentagone ne se trompent pas. Ils ont bon œil.

A l’université, nous avions dû équiper trois amphithéâtres : 3000 personnes s’y bousculèrent... pour José Bové, que j’avais également invité. Ce soir-là, les gens rassemblés ont pu rencontrer l’incarnation de la vraie politique. De toi émanaient une sérénité, une force, une pudeur, presque comme une timidité, car tu parlais au nom des tiens. Devenus les nôtres.

Tous comprirent que ta voix était collective, que tu « étais peuple ». Tu t’es présenté comme un porte-voix... d’où cette modestie, cet écho des racines, de la sagesse, de cinq siècles de résistance, cette fierté de communautés « ancestrales » et porteuses d’avenir, le « buen vivir ». Cela nous avait impressionné ; lorsque l’on est à un tel point investi de la confiance et de l’espoir de ses frères, on ne peut y déroger. On doit vivre humblement, être à la fois un exemple et un maillon de la chaîne.

L’été denier à Cochabamba tu m’avais invité au Sommet anti-impérialiste de protestation contre « l’affaire de l’avion ». Je m’y exprimais au nom de la France des communards, des Résistants, des Lumières... et j’avais lancé à tes côtés face à un flot humain, du haut d’un viaduc : « les populistes sont ceux qui font des promesses et ne les tiennent pas (...) le gouvernement est devenu « le caniche des États-Unis », « François Hollande ne nous représente pas. Il rabaisse la France (...) »

« Ce qui se joue en Bolivie, au Venezuela, en Equateur, c’est aussi notre avenir ».

Merci, frère et camarade Evo, Evo-peuple, Evo collectif, Aymara, Quechua, Palestinien, Kurde, sans-terre, cocalero, mineur, chaviste, guérillero, fralib, jornalero andalou... tu nous rends le monde plus respirable, plus humain, plus beau.

Jean ORTIZ

 

Publié le 26/10/2019

Parlons (Inter) Net

Rachida Dati sort ses dents.

 

Des perquisitions ont été menées mardi, au bureau et au domicile de Rachida Dati, maire du VII ème arrondissement de Paris et ex-Garde des Sceaux, dans le cadre d’une enquête sur les 900.000 euros d’honoraires qu’elle aurait touchés de Renault en tant qu’avocate pour des prestations de conseils entre 2010 et 2012.

Une centaine de policiers en armes, certains protégés par des gilets pare-balles, ont également perquisitionné une quinzaine domiciles de personnes ayant naguère travaillé avec elle.

Les caméras de l’émission Quotidien (C8, Bolloré) étaient là et nous ont montré Rachida Dati, retenue dans la rue, hurlant qu’elle avait le droit de participer à la perquifellation.
Yann Barthès a annoncé que la scène figurera au générique de son émission pendant un an.

Bon, tout ce que vous venez de lire est faux, sauf le premier paragraphe

 

Théophraste R. (Doux rêveur).

 

 

Publié le 25/10/2019

Sans féminisme, la lutte anticapitaliste n’est qu’un leurre

 

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Photo d'un collage extrait du compte instagram « collages_feminicides_mtp »

Depuis le début de l’année, plus de 120 femmes ont été tuées par un conjoint, un ex, ou un prédateur. Les féminicides montrent à quel point le patriarcat est un ordre basé sur la violence. La domination patriarcale, loin de se cantonner au discours idéologique, a des répercussions meurtrières bien réelles qui en disent long sur la nature du capitalisme.

 

Patriarcat et capitalisme, les deux faces d’une même pièce

Face aux féminicides, des collectifs féministes, comme « Nous Toutes 34 » ou « La collective 34 », organisent, entre autres, des manifestations et des collages. Ces actions sont de fait anticapitalistes. En effet, le capitalisme, pour générer de la plus-value, a besoin d’exploiter de la force de travail. Mais cela suppose aussi que cette force de travail se reproduise, soit entretenue, et cela a lieu essentiellement dans la sphère privée. De fait, les femmes ont été d’emblée assignées à cette sphère privée de la reproduction, si bien que l’ordre productif (et reproductif) capitaliste repose intrinsèquement sur une dissociation masculin/féminin. Les femmes assument une activité indispensable au procès de valorisation capitaliste (tâches domestiques, gestion de la vie du foyer), mais cette activité reste non reconnue. Lorsque ces femmes accèdent au salariat, elles développent une « double socialisation » (publique au travail, privée au foyer), qui est une double exploitation. À l’aliénation du salariat se surajoutent les tâches domestiques épuisantes, et non reconnues. En outre, dans cette sphère publique du salariat, des inégalités sont maintenues : inégalités des salaires, minorité des femmes à des postes à haute responsabilité, etc, pour rappeler aux femmes que du point de vue du capitaliste, elles sont des travailleuses de seconde zone, puisque leur place serait d’abord dans le foyer privé de la reproduction. Telle sera donc d’abord la condition des femmes dans la réalité capitaliste : une participation non reconnue à un processus de valorisation qui les exclut dans le même temps où il les rend indispensables.

Par ailleurs, le capitalisme suppose une gestion démographique de la force de travail. Dans ce contexte, il assigne les femmes à leur rôle de mère (les femmes auraient pour fonction la gestation d’une vie potentiellement exploitable dans le futur, du point de vue capitaliste cynique). Cette assignation à la gestation suppose un contrôle des sexualités féminines. En ce sens, les luttes pour l’avortement, la contraception, le droit à disposer de son propre corps, sont dirigées contre le capitalisme patriarcal. La violence de l’assignation des femmes au foyer privé, la violence du contrôle de leur sexualité, favorisent aujourd’hui ces phénomènes meurtriers.

 

L’anti-féminisme est un négationnisme

Les principaux opposants au féminisme sont classés à l’extrême-droite, comme Zemmour ou Soral. La mouvance rouge-brune de l’antisémite Soral affirme ce principe : « la gauche du travail, la droite des valeurs ». Autrement dit, on tente ici de mélanger une critique « sociale » de l’exploitation (essentiellement nationale) à une conception traditionaliste de la famille, qui est explicitement sexiste, homophobe et transphobe. Des individus comme Francis Cousin développent également ce thème, et ils seront plus suivis par des confusionnistes rouges-bruns que par des anticapitalistes de gauche. Aujourd’hui, donc, ce genre d’oppositions (qui renvoient à une pensée réactionnaire, homophobe, transphobe, sexiste, malgré un vernis « social ») servent beaucoup plus l’extrême droite qu’autre chose.

 

Mais il existe aussi un anti-féminisme classé à gauche. Le groupe « Arme révolutionnaire marxiste » (ARM), notamment présent sur Montpellier, s’est fait remarquer pour avoir barré un collage dénonçant les féminicides, en taguant sur le même mur : « À bas les divisions bidons ! Femmes/hommes, tous unis contre le capital ».

 

Photo du haut : collage anti-féminicide à gauche, détourné par l’ARM, qui a tagué le message en rouge / Photo du bas : en noir, un tag répondant à celui de l’ARM.

Les écarts de salaires, les féminicides, l’emprise des corps, les viols, la double exploitation au travail et au foyer : tout ceci devrait être donc mis sous le tapis au nom de la lutte des classes une et indivisible. Critiqué sur les réseaux sociaux pour ce tag, l’ARM s’est justifié dans un communiqué : « nous sommes contre toutes les violences conjugales et sexistes. Cependant… […] Si de plus en plus d’hommes subissent des violences conjugales physiques, combien d’hommes chaque année se suicident ou sombrent des suites de violences psychologiques ou symboliques dans leur couple ? » Mettre sur le même plan les violences faites aux femmes et celles subies par les hommes porte un nom : le négationnisme. En 2017, d’après l’observatoire national des violences faites aux femmes, 16 829 hommes et 730 femmes ont été condamnées pour violence entre partenaires. Parmi ces condamnations, on compte notamment : 51 pour viol, uniquement des hommes condamnés ; 1469 pour violences ayant entraîné plus de 8 jours d’incapacité totale de travail, dont 1416 hommes condamnés et 52 femmes condamnées ; 1438 pour menaces/harcèlement, dont 1413 hommes condamnés et 25 femmes condamnées. Si les tribunaux ne sont pas des instances crédibles pour lutter contre le patriarcat, ces chiffres restent éloquents.

 

Rappelons l’évidence : le capitalisme est structurellement patriarcal, dans la mesure où il assigne les femmes à la sphère privée de la reproduction de la force de travail. Il est totalement absurde, de ce fait, d’opposer les luttes sociales aux luttes féministes, puisque c’est un même système qui exploite les travailleurs et les travailleuses et qui développe un patriarcat barbare. Soyons nombreuses et nombreux dans les rues le 23 novembre prochain pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles : à Montpellier, la manifestation partira à 13h de la place de l’Europe.

 

« Dans la famille, l’homme est le bourgeois ; la femme joue le rôle du prolétariat. » Friedrich Engels, L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, 1884

BBB

Publié le 24/10/2019

 

Parlons (Inter) Net

Ecartèlement, mode d’emploi

 

(site legrandsoir.fr)

« Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. (…) Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! » Denis Kessler, ex-N°2 du MEDEF, in « Challenge », le 4 octobre 2007.

En vérité, c’est une feuille de route. Le mode d’emploi est affiché sur les bancs de députés et cloué tous les samedis sur les murs de nos villes, à grands coups de matraques.

Théophraste R. Auteur de l’essai (en gestation) : « Hollande-El Komri-Valls (PS) et celui qui fut leur ministre, Macron (LREM) », sont-ils de bons élèves de Kessler ? ».

 

Publié le 23/10/2019

Déclaration de Georges Abdallah à l’occasion de la manifestation du 19 octobre à Lannemezan

mardi 22 octobre 2019 par Georges Abdallah (site ujfp.org)

Cher·e·s Ami·e·s, cher·e·s Camarades,

Des années, des très longues années, et c’est toujours la même émotion et surtout la même détermination en écho à votre mobilisation solidaire.
Aujourd’hui, à l’aube de cette 36e année de captivité, certainement vous n’êtes pas sans savoir quelle force et quel enthousiasme votre rassemblement m’apporte ici dans ces sinistres lieux.

Par delà ces barbelés et ces miradors qui nous séparent, nous voici toujours ensemble, résolument debout face à cette nouvelle année qui s’annonce déjà pleine de luttes et d’espoirs.

Votre solidarité, votre mobilisation dans la diversité de votre engagement, me font chaud au coeur…En fait, tout au long de ces décennies passées, elles ne m’ont jamais fait défaut Camarades. Ceux qui misaient sur l’essoufflement de votre élan solidaire en sont pour leurs frais.

Vous savez, ce n’est pas si simple d’affronter le quotidien mortifère derrière les barreaux quand on y est depuis une “petite” éternité. Et si l’on arrive à se tenir debout tout au long de ce parcours, c’est aussi, faut-il le souligner, grâce à ces diverses initiatives solidaires que vous avez su développer un peu partout tout au long de ces décennies…

Il est inimaginable Camarades, de pouvoir affronter durant des années la politique d’anéantissement dont font l’objet les protagonistes révolutionnaires incarcérés, sans la mobilisation solidaire assumée tout particulièrement sur le terrain de la lutte anticapitaliste/anti -impérialiste. C’est justement sur le terrain de cette lutte que l’on peut, et que l’on doit, apporter le soutien le plus significatif à nos camarades embastillés. C’est toujours ensemble, dans la diversité de l’expression solidaire, que l’on peut et que l’on doit faire avancer la mobilisation en assumant toujours plus le terrain de la lutte réellement en cours.

C’est certainement dans la dynamique globale de la lutte en cours que toute initiative solidaire permet aux camarades incarcérés de transcender leurs conditions de détention et de s’inscrire effectivement dans le mouvement en tant que protagonistes révolutionnaires opérant dans les conditions spéciales qui sont les leurs.

À mes côtés ici, de valeureux camarades basques résistent toujours, et depuis tant d’années. L’aménagement des peines ainsi que la “suspension de peine pour raison médicale” leurs sont systématiquement refusés. En appel on vient de refuser la demande de libération conditionnelle au Camarade Xistor, après plus de 30 ans d’incarcération ! Papon a profité de la suspension de peine pour raison médicale. Par contre le Camarade Ibon Fernandez est toujours en prison en dépit de son état de santé et de l’avis de plusieurs experts médicaux…

Certainement Camarades, nul besoin de s’attarder longtemps sur les diverses arguties judiciaires pour expliquer le refus de libérer tel ou tel prisonnier ; c’est toujours au niveau des instances politiques que l’on décide de la place et du poids du rituel judiciaire, du moment où il est question des prisonniers politiques.

Sans se bercer de douces illusions Camarades, quant à ma situation, il y a encore “beaucoup” à faire pour amorcer une issue favorable. Comme vous le savez, il ne suffit pas que l’État du Liban “exige” ou plutôt “demande” ma libération, il faut encore que le rapport de force réellement existant puisse faire comprendre aux représentants de l’impérialisme français que mon incarcération commence à peser plus lourd que les possibles menaces inhérentes à ma libération. C’est seulement dans ce cas que l’ordre de mon expulsion vers le Liban ne trouvera plus alors d’opposition. C’est pourquoi, cher·e·s Ami·e·s et Camarades, la solidarité la plus appropriée que l’on peut apporter à tout protagoniste révolutionnaire incarcéré, est celle que l’on développe toujours plus sur le terrain de la lutte contre le système d’exploitation et de domination.

Cher·e·s Ami·e·s et Camarades, la principale composante de la bourgeoisie arabe, en particulier celle de l’Arabie et celle du Golfe, s’est rangée sans fard dans le camp de l’ennemi sioniste sous la direction de l’impérialisme. La cause palestinienne travers un moment très difficile. Les masses populaires palestiniennes payent au quotidien un lourd tribut de sang et de privations de tous genres.

Nous ne pouvons pas être indifférents à l’endroit des masses populaires palestiniennes et des combattants de la Résistance qui s’opposent courageusement à la barbarie de la soldatesque sioniste et des hordes de colons dans des conditions particulièrement compliquées.

Nous ne pouvons pas être indifférents à l’endroit de nos camarades communistes et de nos camarades kurdes qui font face au régime fascisant d’Erdogan…
Tout naturellement les masses populaires palestiniennes, ainsi que leurs avant-gardes combattantes en captivité, peuvent compter plus que jamais sur votre solidarité active.

Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveur de la Palestine et de sa prometteuse Résistance !

La solidarité toute la solidarité avec les résistants dans les geôles sionistes et dans les cellules d’isolement au Maroc, en Turquie, en Grèce, aux Philippines et ailleurs de par le monde !

La solidarité toute la solidarité avec les prolétaires en lutte !

Honneur aux Martyrs et aux masses populaires en lutte !

À bas l’impérialisme et ses chiens de garde sionistes et autres réactionnaires arabes !

Le capitalisme n’est plus que barbarie, honneur à tous ceux et toutes celles qui s’y opposent dans la diversité de leurs expressions !

Ensemble Camarades, et ce n’est qu’ensemble que nous vaincrons !

À vous tous, Camarades et Ami·e·s, mes plus chaleureuses salutations révolutionnaires.

Votre camarade Georges Abdallah

Publié le 22/10/2019

 Le malaise est global

 

Pierre Jacquemain (site regards.fr)

 

En France, Catalogne, Equateur, Hong-Kong, Haïti, Irak, Liban, Chili, la contestation sociale semble prendre une dimension exceptionnelle. Et partout, la même réponse. Police. Justice.

 « J’ai demandé à la SNCF d’examiner toutes les suites, y compris judiciaires, qui pouvaient être données. » La situation est explosive chez les cheminots qui dénoncent le danger imminent à la fois pour les salariés de l’entreprise ferroviaire mais aussi pour les usagers, et la seule réponse du gouvernement – une fois n’est pas coutume – c’est la réponse judiciaire. Ça n’est donc pas une première et, hélas, ça semble devenir une habitude. D’abord les gilets jaunes, dont on ne compte plus, malgré le travail indispensable de David Dufresne, le nombre d’interpellations et de condamnations. Avant eux, les militants associatifs étaient convoqués par la police et la justice pour avoir secouru et accompagné des migrants. Aujourd’hui, les activistes qui dénoncent l’inaction climatique du gouvernement se retrouvent au tribunal, à la barre des accusés. Et les condamnations tombent. Sale temps pour ces lanceurs d’alerte. Sale temps pour la démocratie.

Et la France n’est pas seule à déployer l’arsenal policier et judiciaire contre ces rebelles des temps modernes. En Espagne, la répression contre les manifestants catalans est particulièrement violente. Alors que depuis 2017, le pays connait les manifestations les plus importantes depuis la fin du franquisme, les forces de l’ordre semblent avoir renoué avec les pratiques des sombres heures de l’histoire espagnole. Que dire aussi du sort des indépendantistes catalans : près de cent ans d’emprisonnement cumulés pour l’ensemble des responsables politiques qui ont œuvré en faveur d’un référendum pour exiger le droit démocratique à l’autodétermination du peuple catalan. Pire encore, la situation de Carles Puigdemont, ancien président de la généralité de Catalogne, eurodéputé espagnol, exilé en Belgique et qui n’est pas autorisé à mettre les pieds au Parlement européen. Sale temps pour la démocratie, disais-je… et ni la France, ni l’Union européenne ne semblent s’en émouvoir.

Contestation mondialisée

Après la France, la Catalogne, l’Equateur, Hong-Kong, Haïti, l’Irak, le Liban, le Chili, la contestation sociale semble prendre une dimension exceptionnelle aux quatre coins du monde. Et partout, la même réponse. Police. Justice. Alors que les peuples semblent se soulever pour dénoncer les effets catastrophiques des politiques libérales, et liberticides, les gouvernants ne gouvernent plus. La réponse politique est inexistante, la finance pour seul horizon. Et quand ça n’est pas la police nationale, c’est l’armée qu’on envoie contre les manifestants comme au Chili où trois personnes sont mortes. Des régions entières sont placées sous couvre-feu et près de 10.000 policiers et militaires ont été réquisitionnés pour faire face à la mobilisation. Du jamais vu depuis la fin de la dictature du Général Pinochet. La répression fut aussi terrible à Quito mais la détermination des mouvements indiens et populaires, malgré les nombreuses victimes, a vaincu. Comme un petit vent d’espoir…

La France des Lumières, la France des Droits de l’Homme, celle de l’avant-garde est aux abonnés absents. Une image, une réalité à reconquérir. Des droits nouveaux à regagner. Des acquis à préserver. Un an que les gilets jaunes se mobilisent, rejoints par les urgentistes et le personnel hospitalier, la communauté éducative, les précaires de l’auto-entreprenariat, les cheminots ou les pompiers. Bientôt quinze ans que les quartiers populaires, après les révoltes dans les banlieues de 2005, sont abandonnés. Sans réponse politique si ce n’est là aussi pour accuser, discriminer, pointer du doigt. Pire, pour conduire les victimes devant les tribunaux à l’instar de l’acharnement judiciaire que subit Assa Traoré qui se bat pour que justice soit rendue pour son frère Adama. Le malaise est global. Profond. L’automne sera chaud. Et comme le rappelait le réalisateur Gérard Mordillat, invité de La Midinale, lundi dernier : « Si nous voulons transformer le monde, la violence apparait désormais inévitable. »

 

Pierre Jacquemain

 

Publié le 20/10/2019

Jean Ortiz

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé.

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Catalogne : le droit d’expression démocratique et le droit à l’auto-détermination invalidés par un tribunal néo-franquiste. De très lourdes peines frappent des prisonniers politiques, des élus et des « dirigeants indépendantistes »

(site humanite.fr)

Je suis en train de terminer un ouvrage aux éditions « La librairie des territoires » (Sarrant, Gers), auquel j’ai donné le titre « Franco n’est pas mort ». Quelques amis autour de moi se sont inquiétés : « Tu exagères ! », « Tu vas trop loin ! L’Espagne est une démocratie ! 

Non, l’Espagne de la post-« transition » est plutôt une « dictablanda » (une « dictamolle »). En Espagne, il n’y a pas eu de véritable rupture avec le franquisme. La « transition » fut négociée, sur la base de l’impunité, de l’abandon de la République et de son drapeau, etc. Le feuilleton du « Valle de los Caídos » a démontré jusqu’au grotesque l’enkystement du franquisme dans l’Espagne d’aujourd’hui. La petite secte des moines bénédictins qui gèrent le mausolée, la famille et la Fondation Franco, sont apparus comme plus puissants que le gouvernement. Répétons une fois encore que le « Valle de los Caídos » est domaine public, et qu’une loi permet depuis 2007 d’exhumer le dictateur. Sans parler des plus de 130 000 disparus fusillés et jetés dans les fosses communes du franquisme. La petite secte des bénédictins reçoit de l’Etat 340 000 euros par an pour « frais de culte » ; à noter que l’Etat paie déjà les frais courants (vêtements, repas, téléphone, livres, matériel pour la messe, excursions...), ainsi que les réparations de l’édifice.

Alors, il ne fallait pas attendre du Tribunal suprême autre chose qu’une sentence très dure, démesurée, provocatrice, boutefeu, pour la sentence du « Procès » des « Indépendantistes ». D’extrêmement lourdes sanctions (au total 99 ans de prison) frappent des élus, des responsables politiques, accusés de « sédition » pour avoir voulu organiser un référendum sur l’auto-détermination de la Catalogne, et pour avoir décrété, quelques heures durant, la République de Catalogne. Sur le banc des accusés, 11 dirigeants du « Procès » indépendantiste. Je ne sais pas si nous aurions procédé de la même façon, mais il convient de saluer le courage de ces hommes et d’une femme, Carme Forcadell, l’ex-présidente du « Parlament », et la force de leurs convictions. Nous savions déjà que la justice en Espagne n’en était pas une. La plupart des juges du sinistre TOP (Tribunal d’Ordre Public) avaient été promus au Tribunal suprême, les autres à « l’Audiencia nacional », deux rouages du franquisme recyclé. 13 ans pour l’ex-vice président de la Generalitat, Oriol Junqueras, pour « sédition » et « malversation ». Qui peut croire une telle chose ?

Le Tribunal suprême avait la possibilité d’apaiser les tensions. Manifestement, le pouvoir politique a choisi, pour des raisons politiciennes, de jeter de l’essence sur le brasier. Il s’agit de créer un climat de peur et de violence. Le tribunal suprême rappelle au gouvernement catalan que nul n’a le droit d’empêcher l’application d’une décision judiciaire, pas même au nom de la « désobéissance civile ». A la fin du réquisitoire, il brandit une nouvelle fois le gros bâton. Le président Quim Torra, pressentant la dureté des sentences, plaidait il y a quelques jours précisément pour la désobéissance civile.

Ainsi les uns et les autres préparent-ils les élections générales. Le Parti socialiste a pris contact avec, à la fois, « Ciudadanos », et le « Parti populaire ». Il semble que « Ciudadanos » tiendrait la corde pour un gouvernement d’union avec le PSOE. Toute cette situation déroule un double tapis rouge à Vox, instrumentalisé dans tous les sens. Le « deal » était clair : pas d’accord politique avec des catalanistes, ni avec Unidas Podemos, trop à gauche. Aux dernières élections générales déjà, il était évident que la direction du PSOE penchait du mauvais côté.

Publié le 19/10/2019

 

Montpellier : Procès d’un militant du BDS ; Saurel discrédité dans sa manipulation de la Justice

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Un militant pro-palestinien lavé d’accusations fantaisistes dans la forme, mais lourdes de sens sur le fond

Il n’a fallu que quelques secondes ce mercredi 16 octobre, dans la foulée des dépositions, témoignages et plaidoirie, pour que le Tribunal de Police de Montpellier conclue à la relaxe de José-Louis Moraguès. Ce militant du comité BDS (Boycott – Désinvestissements – Sanctions, à l’encontre le l’État israélien d’apartheid) y comparaissait, suite à procès-verbal dressé par la Police municipale de Montpellier, pour « émission de bruit portant atteinte à la tranquillité du voisinage et à la santé de l’homme ». Cela du fait de s’être exprimé à travers une modeste sono portative, dans le cadre d’une manifestation de rue dûment déclarée.

 

Cette incrimination, déjà grotesque dans la forme, s’est effondrée en quelques secondes devant les faits rapportés à l’audience : le dit procès-verbal prétend constater le tapage à 16h01 le 19 mai 2018 sur la place de la Comédie au niveau du stand dressé là par BDS, alors que la manifestation correspondante (et autorisée) s’est déjà ébranlée depuis vingt-cinq minutes et se trouve – José-Louis Moraguès en tête – place Jean-Jaurès à ce moment-là.

 

L’institution judiciaire a failli être sévèrement rabaissé dans cette affaire : on y voit le maire de Montpellier, soucieux de complaire à une clientèle électorale, et suivant les membres de sa majorité qui détestent BDS, transformer sa police municipale en police politique, instrumentaliser et manipuler le droit (Comment une manifestation n’émettrait-elle pas de bruit ? Quand a-t-on vu que la Comédie est, à 16h, un lieu baignant dans le silence?) pour porter atteinte à un droit constitutionnel fondamental – de s’exprimer et manifester.

 

On se croirait sous n’importe quel régime à la Poutine. Et il est au fond extrêmement grave que le premier magistrat de la septième ville de France inspire pareils tripatouillages en pensant que ça puisse le faire. Voilà un nouveau signe très alarmant de la dégradation politique et morale des pratiques de pouvoir, dans le sens du tout-répressif, s’asseyant sur le moindre principe. La claque reçue par Philippe Saurel ce mercredi 16 octobre paraît monumentale – sans que Midi Libre ou La Gazette n’aient jugé bon de s’en enquérir…

 

Dans la salle d’audience, le Ministère public a bien entendu souhaité qu’en s’en tienne à des strictes considérations de réglementation et de contravention. Mais cela pour admettre aussitôt que, même à ce titre, il n’y avait pas lieu de poursuivre, sur la base de ce PV totalement bidon (la preuve étant apportée que l’accusé n’était pas sur la Comédie à 16h01, via témoignages et prises de vue).

 

Il revenait donc à la Défense (maître Alain Ottan) et au militant lui-même, de sortir de ce cadre bouffon, pour pointer une « stratégie délibérée d’intimidation », dans « une procédure téléguidée par la mairie » de Montpellier, portant « une atteinte très claire à un droit constitutionnel » fondamental par « instrumentalisation du code pénal ». Il faudra « faire en sorte que cela cesse », car pas moins de douze autres PV analogues ont été dressés en 2018, assortis de huit auditions au commissariat. Hormis la pantalonnade de ce mercredi, il est à se demander si la Police et la Justice, si promptes à se dire débordées, n’ont pas autre chose à faire que céder aux pressions liberticides du shérif local.

 

D’autant que le militant – soutenu par un rassemblement d’une quarantaine de personnes – a assuré son intention inaltérée, dans l’avenir, de « ne renoncer en aucun cas aux exigences de [sa] conscience ». Donc continuer à s’exprimer et manifester.

G.M.

Publié le 18/10/2019

Retraites : la CGT, FO, Solidaires et la FSU appellent à la grève le 5 décembre

Stéphane Ortega (site rapportsdeforce.fr)

 

Reprise par de nombreuses structures syndicales, la date du 5 décembre, comme début d’une grève reconductible à la RATP, est aussi devenue, mardi 15 octobre au soir une échéance interprofessionnelle. Les débats internes se poursuivant dans les syndicats sur la stratégie à adopter pour faire reculer le gouvernement, l’appel commun CGT, FO, FSU, Solidaires n’évoque pas encore la question de la reconduction de la grève.

C’est la leçon de la journée de grève du 13 septembre à la RATP : quand une grève est suivie à 90 %, cela se voit. Et ce, malgré les textes de loi sur le service minimum, votés au début du mandat de Nicolas Sarkozy, qui avaient fait dire à ce dernier en 2008 : « Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit ».

Mais la mise à l’arrêt de 10 lignes de métro sur 14 au mois de septembre n’est pas passée inaperçue. Surtout pas auprès des opposants à la réforme du système de retraite qui n’avaient alors à se mettre sous la dent que la démonstration d’une désunion. Force ouvrière appelait seule à une manifestation nationale à Paris le 21 septembre, alors que la CGT avait pris de son côté l’initiative d’une journée de grève interprofessionnelle trois jours plus tard. La grève réussie à la RATP a amené un peu de fraîcheur et regonflé le moral des troupes. Puis, l’appel à une grève reconductible dans les bus et métros franciliens à compter du 5 décembre a chamboulé les perspectives de mobilisation.

« Tous ensemble » le 5 décembre !

L’idée présentée en intersyndicale nationale la semaine dernière par la CGT, d’une journée intermédiaire en novembre dans l’objectif de construire la mobilisation, a été écartée au profit d’un saut directement à la date choisie par les syndicats de la RATP. « Les organisations syndicales et de jeunesse appellent l’ensemble des salarié-es du secteur privé comme du secteur public, des retraité-es, des privé-es d’emploi, des jeunes, à une première journée de grève interprofessionnelle le jeudi 5 décembre », écrivent ensemble la CGT, FO, FSU, Solidaires, la FIDL, le MNL, l’UNL et l’UNEF. Leur communiqué commun fait des retraites et des revendications portant sur l’emploi, les salaires, l’égalité homme-femme et les conditions de travail, une seule et même bataille. 

Le choix du 5 décembre est assez logique. Depuis l’annonce par les syndicats de la RATP d’une grève reconductible à cette date, les déclarations en faveur d’une grève prolongée à la place de dates saute-moutons se multiplient. Dès le 24 septembre, Sud-rail et FO Transport décident d’ajouter leur appel à une reconductible le 5 décembre. Le comité confédéral national (CCN) de Force ouvrière annonce le 26 septembre que « FO est prête à aller à la grève » en entendant œuvrer à l’unité syndicale, et propose de « rejoindre, par un appel interprofessionnel, la grève unie des syndicats de la RATP ». Une décision qui installe la date du 5 décembre dans le paysage des mobilisations contre la réforme des retraites. Suivent, les fédérations de l’éducation, de la santé et des territoriaux de Solidaires, puis fin septembre de l’union syndicale dans son ensemble.

Le 2 octobre, c’est au tour de l’union départementale CGT des Bouches-du-Rhône, puis de celle de Seine-Maritime cinq jours plus tard de déclarer leur volonté d’en découdre. La commission exécutive de cette dernière appelle « à se saisir du 5 décembre en s’engageant dans la construction d’un puissant mouvement interprofessionnel de grève reconductible en mesure de faire reculer le gouvernement et le patronat ». La fédération CGT des Services publics comme l’union départementale du Val-d’Oise s’alignent sur la même position.

Prendre le risque d’un 6 décembre

Si l’idée d’une grève reconductible avant la fin de l’année continue à faire son chemin, l’appel de la CGT, FO, Solidaires et FSU n’évoque pas cette option, malgré l’utilisation du terme « première journée de grève interprofessionnelle » qui indique le coup d’envoi de la mobilisation, faisant fi des manifestations des 21 et 24 septembre. Pour le moment, les organisations syndicales avancent à tâtons. Plusieurs d’entre elles craignent que l’impact psychologique positif de la grève réussie à la RAPT ne se retourne contre la mobilisation si le gouvernement réussissait par quelques concessions sur le régime spécial de la Régie, à faire sortir du conflit l’UNSA RAPT, le premier syndicat de l’entreprise. Mais même sans cela, de nombreux syndicalistes s’inquiètent de voir émerger à l’égard de la RAPT, le même phénomène de grève par procuration qu’observé en 2010, avec la grève dans les raffineries contre la réforme Sarkozy sur les retraites.

C’est donc la capacité qu’un nombre suffisant de salariés se lancent dans une grève longue qui interroge les syndicats. De ce point de vue, malgré une suspicion importante des ouvriers et employés à l’égard des intentions du gouvernement sur le dossier des retraites, les syndicats n’ont pas de texte de projet de loi sur lequel s’appuyer pour convaincre les salariés. En effet, le gouvernement a annoncé le vote d’une loi seulement à l’été 2020, et la réforme paraît lointaine à nombre de salariés. Le risque d’attentisme est réel, et les appels incantatoires à la grève reconductible ne suffiraient pas, confient plusieurs cadres syndicaux. Alors pour convaincre dès maintenant, la CGT va diffuser gratuitement un journal spécial sur les retraites, tiré à un million d’exemplaires, alors que Solidaires sort plusieurs centaines de milliers d’exemplaires d’un quatre pages explicatif. De son côté FO multiplie les débats dans les syndicats. « Il y a un réel frémissement », assure un responsable départemental du troisième syndicat français.

Prochaine étape importante pour connaître la portée du 5 décembre : la CGT réunit ses secrétaires de fédérations et d’unions départementales les 5 et 6 novembre. C’est à ce moment-là que la confédération déterminera ses modalités d’action. D’ici là, les prises de position de structures syndicales, notamment CGT, en faveur d’une grève reconductible devraient se poursuivre. Des intersyndicales professionnelles pourraient se lancer à leur tour. En tout cas, il reste aux syndicats un peu plus d’un mois et demi pour faire du 5 décembre une grève qui se voit.

 

Publié le 17/10/2019

Parlons (Inter) Net

 

France Inter est trop polie pour être honnête

(site legrandsoir.info)

 

Un euphémisme est une figure de style qui consiste à atténuer l’expression de faits ou d’idées considérés comme désagréables dans le but d’adoucir la réalité.

Exemple : la radio nationale France Inter nous apprend vendredi 11 octobre à 13 heures que Sylvie Goulard n’a pas été retenue par la commission européenne pour une question de « moralité ». Et France Inter de dévier illico sur les conséquences pour la France et pour l’Europe.

Rappel.
Sylvie Goulard, alors députée européenne, a travaillé d’octobre 2013 à janvier 2016 au sein de l’Institut Berggruen, un think tank américain pour un salaire de 12 000 à 13 000 euros mensuels.

Sylvie Goulard a été l’objet d’une enquête de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) pour emploi fictif d’un de ses assistants.

Sylvie Goulard a dû accepter de rembourser 45 000 euros aux services financiers du Parlement européen.

Sylvie Goulard est sous le coup en France d’une enquête des juges du pôle financier sur cette affaire qui l’a obligée à renoncer à son poste de ministre des Armées et qui vise plus largement son parti, le MoDem.

Sylvie Goulard était la candidate d’Emmanuel Macron qui a signé vendredi 15 septembre 2017, en direct à la télévision («  à l’Américaine ») deux textes sur la moralisation de la vie politique.

Macron est laxiste, Goulard permissive, France Inter complaisante (euphémismes).

Et ça nous casse les pieds (euphémisme indispensable sur un site de bonne tenue).

Théophraste R. Auteur du pamphlet (presque achevé) : « Et si on mettait des journalistes à la radio ? ».

 

Publié le 16/10/2019

Prosélytisme d’extrême droite à la Salvetat

 

(site lamarseillaise-encomun.org)

 

Depuis le samedi 28 septembre, le Clan identitaire des Brigandes diffuse de manière ininterrompue des clips sous- titrés à l’aide de deux écrans placés dans la vitrine de leur local et tournés vers la rue. Ces clips, dont le clan des Brigandes est auteur, interprète et producteur, présentent un caractère xénophobe, raciste, islamophobe, antisémite et homophobe marqué. Ils incitent à la haine, promulguent le thème du « Grand Remplacement », banalisent le salut nazi etc.

Pour nombre d’habitants du village cette opération de propagande ne paraît pas tolérable.

La diffusion de clips dans l’espace public n’est qu’une étape de plus dans l’escalade de provocation que mène la secte des Brigandes depuis 2015, date de son installation sur la commune : le dimanche 18 Août 2019, sur le marché de La Salvetat, « Les Brigandes », renommés depuis peu « Communauté de la Rose et l’Epée », ont encerclé deux membres de l’association « collectif M », à vocation de diffusion et de promotion des idées et culture humanistes, en train de distribuer leur tract, ainsi que le stand de cette association ; ils ont menacé violemment et photographié ses membres. Le manège s’est vu prier d’arrêter sa musique : le « Clan », sous prétexte de promotion de ses produits, dont il distribuait la promotion en flyers de publicité, a diffusé à l’aide d’un mini haut-parleur portatif sa chanson « Foutez le camp  (xénophobe et raciste) en plein marché.

Le dimanche suivant, des habitants ulcérés se sont rassemblés avec des pancartes et banderole contre ces agissements et cette propagande haineuse ; le clan est reparu pour les encercler, les hommes tous habillés de tee-shirt noir et les femmes distribuant leur publicité (voir l’article de France Bleu Hérault (https://www.francebleu.fr/infos/societe/la-salvetat-une-manifestation-contre-les-brigandes-1566755707). Ces hommes du clan arboraient, placardés sur leur tee-shirt, des affiches « Halte au fascisme de gauche. Non au retour des staliniens » ; les mêmes affiches ont été placardées sur la vitrine de leur local, qui, jouxtant la mairie, semble en faire partie. Le local des Brigandes est aussi situé juste à l’arrêt de bus « Lavoir » où descendent et attendent collégiens et lycéens durant les périodes scolaires.

L’année précédente, les provocations avaient pris la forme d’un défilé dans les rues du village en compagnie du groupe « Les soldats d’Odin », ces derniers ayant été invités à tenir leur Convention nationale à la Salvetat sur Agout par les Brigandes. Des habitants de la Salvetat, membres du Collectif M, avaient été menacés et traités de « droit de l’hommiste de merde », bousculés, photographiés par les Soldats d’Odin. Ce groupuscule a également tenté de les intimider en leur disant qu’ils savaient où ils habitaient, les menaçant de les retrouver. La gendarmerie était présente, a éloigné les Soldats d’Odin et a procédé à des contrôles d’identité.

De plus les personnes identifiées par le Clan comme étant opposées à leur idéologie subissent systématiquement menaces verbales et physiques.

Depuis cet été, les Brigandes tiennent de manière régulière des week-ends de conférences identitaires, ce qui non seulement marque leurs intentions en matière de prosélytisme d’extrême droite, mais occasionne sur la commune des rassemblements de groupes identitaires potentiellement violents, et peut faire craindre d’autres agressions.

Cette propagande et ces intimidations font régner une ambiance difficilement supportable pour beaucoup d’habitants du village ; et la récente mise en place de ces écrans ajoute encore au caractère désolant et inquiétant de cette situation.

C’est pourquoi nous demandons à la municipalité de La Salvetat que ces écrans soient rendus immédiatement invisibles de l’espace public.

Nous, habitants de La Salvetat sur Agout et de la communauté de communes des Monts de Lacaune et de la Montagne du Haut Languedoc ainsi que tout citoyen, dénonçons la diffusion de cette propagande haineuse et exigeons le retrait de ces écrans de leur visibilité depuis l’espace public.

 


Soutenir :
Pétition pour le retrait de ces écrans dans le village,

 

Publié le 15/10/2019

Montpellier : convergence opportune entre BDS et gilets jaunes contre la répression

 

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Près de trois cents personnes, en partie en soutien aux militants de la cause palestinienne de Boycott-Désinvestissement-Sanctions (BDS), en partie pour l’acte 48 des gilets jaunes, et le plus souvent ensemble, se sont rassemblées samedi à Montpellier contre la répression. Esquisse de débats nécessaires

 

À 13 heures ce samedi 12 octobre, il s’agissait d’ « occuper la Comédie, pour la liberté d’expression ». Et à 14 heures, de se rassembler pour l’acte 48 des gilets jaunes. Partage d’un même lieu. Quasiment d’un même horaire. Avec tant d’opportunité, forcément on tendait à une esquisse de convergence, a minima sur la dénonciation de la répression. Cela semble facile à écrire. Cela s’est fait riche d’amorces de vrais débats, concrètement, sur le terrain.

 

Chronologiquement, le premier rassemblement était appelé par vingt-quatre entités, pas moins, en vue du procès du mercredi 16 octobre – rassemblement à 8 heures au tribunal. José-Luis Moraguès y est convoqué, en tant que responsable de BDS, le mouvement qui relaie l’appel international de la société civile palestinienne pour le boycott et le retrait des investissements, comme mode d’action efficace et non violente en résistance à la politique israélienne d’occupation et d’apartheid.

 

En-dehors de la question de fond, il faut relever un aspect typiquement montpelliérain dans cette répression anti-BDS. Déjà destinataire de treize procès-verbaux en 2018, et auditionné huit fois par la police judiciaire, le militant est directement traqué par la police municipale, qui dresse ces PV. Quand certains croiraient en une simple police de concorde civile du quotidien, on constate que, sous le régime de Philippe Saurel, cette police municipale se fait directement police politique, au service du shériff local et de ses seules options (et complaisances électoralistes en direction du CRIF, institution autoproclamée représentative des Juifs de France, dont la déléguée régionale figure dans sa majorité).

 

On relève par ailleurs le dévoiement nauséabond de l’esprit des lois – même sans illusion quant aux intérêts qu’elles servent de toute façon – puisque le reproche adressé au militant fait mine de s’en tenir à la lettre réglementaire, en incriminant une « émission de bruit » susceptible de perturber le voisinage : cela pour s’exprimer en plein jour, sur une modeste sono portative, à l’occasion d’une manifestation autorisée, dans des espaces très souvent abandonnés à l’agressivité tapageuse de quantité de manifestations paracommerciales ou sportives. On constate une manipulation arbitraire, sélective et délétère, des règlements en vigueur, à seule fin d’exercer une répression. Et on verra si l’autorité judiciaire, en toute indépendance supposée être la sienne, prête la main à une telle instrumentalisation.

 

Pendant que les militants – une centaine environ – gagnés à cette cause dressaient leurs tables (NPA, Mouvement pour une alternative non-violente, Anti-nucléaires, et tout frétillants Extinction-Rébellion, etc), les gilets jaunes stricto sensu – deux cents environ – s’installaient à deux pas, sinon se mêlaient directement aux premiers. Parmi lesquels les effectifs toujours déterminés du rond-point Prés d’Arènes. Forcément, il y avait de quoi se parler. De sorte qu’en émana un genre d’assemblée générale, certes informelle, certes passagèrement cafouilleuse, mais tellement significative des potentialités de convergences qui travaillent sourdement le moment social et politique.

 

Dans ce contexte, il n’était pas facile de venir clamer sa compréhension pour la politique israélienne. Une gilet jaune s’y est essayée, en son nom strictement personnel, vite sous les huées. Une autre gilet jaune, venue du Gard, témoignait d’une nouvelle répression : des PV de 741 euros par tête, pour s’être joints, pacifiquement mais vêtus de gilets jaunes, à une déambulation populaire dans le cadre de l’étape du Tour de France à Nîmes en juillet. Hélas, cette dame pense que cette dénonciation doit primer sur les préoccupations pro-palestiniennes, à ses yeux trop lointaines. Français d’abord ?

 

Une autre gilet jaune, au contraire, tisse les liens entre manifestants d’Équateur, de Hong-Kong, d’Algérie et du Soudan, et en appelle à l’ouverture généralisée des solidarités, à commencer par les Kurdes. C’est tout un panel de sensibilités qui s’expose, et qui s’enracine aussi au plus près, quand un SDF pailladin vient hurler sa rage d’opprimé, que relaie une sage membre d’ATTAC égrenant ses moyens de désobéissance non-violents.

 

Au moins sous l’angle de la résistance à la répression, « ayant atteint un niveau de violence jamais vu depuis la Libération » et touchant aussi bien « les militants du climat, les street-médics, ou observateurs LDH », c’est une réalité de « guerre sociale » qui est pointée, appelant « une assemblée inter-mouvements », où aient leur place « le vert, le jaune, le rouge, le noir » selon les vœux d’un activiste qui se dit « personnellement non-violent », mais «  en pleine compréhension pour ceux qui prennent d’autres options ».

 

Le calendrier est généreux : débat de rond-point sur les retraites à Prés d’Arènes samedi 26 octobre à 16h30, assemblée des assemblées à Montpellier les 1, 2, 3 novembre, puis appel national à l’acte montpelliérain du 9 novembre, puis villages jaunes du premier anniversaire le 17 novembre, grève générale le 5 décembre. Un débat s’amorce, enfin, sur les cibles diverses de manifestations qui abondent à Montpellier et déréglerait la ritualisation d’affrontements perdus d’avance en passant par la préfecture, tout en parlant clairement à l’opinion publique. Encouragements sont néanmoins donnés pour que les manifestants de base s’initient à des dispositifs d’auto-défense vigoureuse.

 

Il fallait passer aux travaux pratiques. La moitié du rassemblement se met en branle vers la gare. Mais, par contradiction des convergences, l’autre moitié reste sur le parvis de l’Opéra pour admirer des danses traditionnelles palestiniennes (au moins pour une fois, la danse à Montpellier semble concernée par la mobilisation des corps, ça change des désertions déplorables vécues autour de la mort de Steve). Reste que le cortège aura été le plus bref jamais vu depuis bientôt un an à Montpellier. A peine arrivé au coin du square Pagézy, une esquisse de nasse est à craindre (CRS en ligne compacte à la gare, et d’autres descendant vivement la rue Maguelone depuis la Comédie). Bifurcation de sauvetage par la rue du Clos René, remontée dare-dare sur la Comédie.

 

Là, de longues moments durant, on observera les forces du désordre en uniforme s’exposer comme en recherche d’incident coûte que coûte. On s’étonne que les commerçants ne protestent pas. Mais c’est qu’il s’agit d’écraser jusqu’à l’intention même de manifester – comme depuis plusieurs semaines. On est en plein sujet. Et pas mal des présents se dispersent pour rejoindre la réunion en soutien à Georges Ibrahim Abdallah, le plus ancien prisonnier politique de France et d’Europe.

 

Publié le 14/10/2019

600 salariés sur la paille

Fermeture de l’usine Michelin en Vendée : une nouvelle attaque contre le monde du travail

 

Ce jeudi, la direction du groupe Michelin a annoncé durant une réunion rassemblant les 619 salariés la fermeture de leur l’usine fin 2020, évoquant « une croissance faible » et une « concurrence exacerbée » pour justifier la fermeture. Les salariés se disent écœurés et dénoncent une « trahison »

 

Naguib Audin (site revolutionpermanente.fr)

 

Après que le groupe Michelin a annoncé en septembre dernier la fermeture de l’usine de Bamberg (au sud de l’Allemagne) d’ici fin 2021, mettant sur le carreau plus de 850 salariés , c’est au tour des salariés de l’usine de la Roche-sur-Yon en Vendée d’apprendre la fermeture de leur usine fin 2020. Ce sont cette fois-ci plus de 600 salariés qui sont plongés dans une situation d’angoisse et de stupéfaction, se disant « trahis » suite aux nombreux sacrifices imposés par le groupe pour garder les emplois. L’annonce a été faite ce jeudi, au cours d’une réunion à laquelle tout le personnel de l’usine a été convoqué, à 9h du matin

Dans son communiqué, pour justifier la fermeture de l’usine, le groupe évoque des « difficultés du marché » due à la « concurrence » des produits asiatiques. Des arguments visant à faire payer une crise qui n’est pas la leur aux salariés, et qui n’ont pas suffi à les convaincre et calmer leur colère. Le syndicat du SUD a réagi dans un communiqué et juge que Les salariés « ne sont pas responsables de la calamiteuse stratégie de marge et de prix par Michelin qui conduit à cette catastrophe sociale ».

Depuis plusieurs semaines, la direction évoque des « difficultés financières » et une « concurrence exacerbée », préparant le terrain pour l’annonce de la fermeture de l’usine et sûrement un plan social et des licenciements – malgré les promesses « d’accompagnement » évoquées par Michelin dans un communiqué. Il est bon de rappeler que le groupe Michelin a fait un chiffre d’affaires de 22 milliards de dollars et dégage un bénéfice de plus de 2 milliards d’euros en 2019. Sans parler du fait que l’entreprise a touché 70 millions d’euros de la part de l’État sous forme de CICE (Crédit d’impôt compétitivité emploi), un dispositif censé inciter les entreprises à l’embauche plutôt qu’aux suppressions de postes. Des chiffres qui montrent que la situation financière du géant français des pneus se porte très bien, mais tous ces résultats n’ont pas empêchés le groupe à procéder à la fermeture d’usines et la mise au chômage de centaines de travailleurs en évoquant des difficultés financières.

Cette situation montre une fois de plus la rapacité des capitalistes, cherchant à économiser le moindre sous et dégager de plus en plus de bénéfices, quitte à plonger des centaines de familles dans la précarité. Une attaque d’ampleur aidée par les différentes contre-reformes menées par les gouvernements successifs, dont la dernière en date a été le démantèlement du code du travail par Emmanuel Macron, facilitant le licenciement

Une première journée de grève a été organisée le 4 octobre, anticipant la décision de fermeture. Aujourd’hui, alors que la décision est tombée, seul la grève reconductible des travailleurs de ce site peut faire reculer la direction du groupe et l’obliger à annuler ce projet de suppression. C’est l’outil de lutte le plus efficace dont disposent les travailleurs pour faire valoir leurs droits face aux patrons du groupe. En ce sens, un appel a la grève a été lancé par le syndicat SUD, « de façon illimitée jusqu’à la suppression de ce projet de fermeture ».

Publié le 13/10/2019

Sécurité sociale. La coupe des « aides » aux entreprises déborde

 

Sébastien Crépel (site humanite.fr)

 

La Cour des comptes pointe le coût faramineux des exonérations de cotisations sociales (90 milliards d’euros) et appelle à réévaluer leurs effets sur l’emploi.

À côté de tout un arsenal de nouveaux sacrifices à imposer aux assurés sociaux, les employeurs devraient aussi prendre leur part au redressement de la situation. C’est, en substance, le sens des dernières recommandations de la Cour des comptes pour éponger le déficit des comptes sociaux. Si la doctrine budgétaire des magistrats de la rue Cambon ne surprend plus, les « sages » plaidant invariablement pour une « maîtrise » accrue des dépenses publiques, un chapitre du rapport annuel sur la Sécurité sociale, publié ce mardi, retient particulièrement l’attention. Face à des comptes qui replongent dans le rouge (– 5,4 milliards d’euros en 2019), après des années d’austérité qui avaient fini par venir quasiment à bout du déficit, la Cour s’attaque à l’immense chantier des exonérations de cotisations sociales et autres dérogations aussi appelées « niches sociales », à côté des préconisations plus prévisibles de l’institution pour restreindre les droits à la retraite avant 62 ans, rationner la prescription des arrêts de travail ou encore réduire les dépenses des transports médicalisés.

Un gisement de ressources mal employées

Atteignant le niveau faramineux de 90 milliards d’euros, selon la Cour, rien que pour la part qui s’applique aux recettes de la Sécurité sociale (107 milliards, en incluant les autres régimes de protection sociale, retraites complémentaires et assurance-chômage), soit bien plus que les 66,4 milliards inscrits au projet de budget de la Sécu (PLFSS), le coût de ces exonérations s’est fortement alourdi en cinq ans. En cause, les « mesures du pacte de responsabilité mises en œuvre entre 2014 et 2017 (9 milliards d’euros) ainsi que la transformation du Cice en des allègements généraux (de cotisations) en 2019 » pour 18 milliards d’euros, pointe la Cour. Parallèlement, d’autres allègements dits « ciblés » ont continué aussi de croître, faisant grimper l’addition finale (+ 1,6 milliard). Bref, pour les magistrats, la coupe des allègements est pleine, tandis que « par ailleurs, les évaluations de l’efficacité des “niches sociales” n’ont pas d’effet perceptible sur les choix publics », celles jugées inefficaces n’étant que « rarement remises en cause ». Un diagnostic « salué » par Pierre-Yves Chanu, vice-président (CGT) de l’Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (Acoss) : « Cela va dans le sens de ce que dit la CGT sur la “politique de l’offre”, laquelle multiplie les exonérations sans effet démontré sur l’emploi. Les deux derniers PLFSS ont représenté de ce point de vue des budgets de rupture. »

Si les « sages » ne vont pas jusqu’à remettre en cause « l’intégration des allègements généraux au barème de droit commun » (c’est-à-dire la pérennisation des principales exonérations), qu’ils jugent « souhaitable », ils posent cependant des « préalables », sous la forme de « nouvelles évaluations » de ces aides. « Dans l’attente des résultats (…), l’efficacité incertaine des dispositifs devrait conduire à en organiser l’attrition », écrit la Cour dans un style alambiqué. Il s’agirait, dans les faits, de décider d’une sorte de moratoire sur les aides supérieures à 100 millions d’euros à l’utilité non avérée.

Reste une contradiction à résoudre : celle qui consiste à identifier, d’un côté, un gisement de ressources mal employées pour la Sécurité sociale et, de l’autre, à persister à vouloir imposer de dures restrictions aux assurés sociaux. « Le déficit de la Sécu était prévisible et n’a rien à voir avec les mesures gilets jaunes, car il est fondamentalement dû aux exonérations de cotisations », accuse ainsi Pierre-Yves Chanu. Avec 90 milliards de recettes dont l’utilisation serait à réévaluer, les termes du débat sur la réforme des retraites pourraient aussi s’en trouver bouleversés…

Sébastien Crépel

 

Publié le 12/10/2019

 

Le nouveau film de Pierre Carles

Georges Ibrahim Abdallah est le seul être humain détenu en Europe depuis près de 40 ans pour des faits politiques

 

Legrandsoir (site legrandsoir.info)

 

Avec Angela Davis, Jacques Tardi (affiche ci-contre), Jean-Luc Mélenchon, Noël Mamère, André Chassaigne, Jacques Gaillot, etc., des centaines de personnalités demandent sa libération.

Cette requête est soutenue par La Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen, l’Association France-Palestine Solidarité, l’Union juive française pour la paix, le Parti de gauche, le PCF, le NPA, LO, la CNT, le PRCF, etc.
Pierre Carles est en train de tourner un film sur Georges Ibrahim Abdallah.
Faites vous aussi un geste en cliquant ici :

https://www.lepotcommun.fr/pot/q49nxyby

Le réalisateur.

Journaliste qui a travaillé pour plusieurs chaînes de télévision, Pierre Carles s’est fait connaître en dénonçant par l’image en 1992 la fausse interview de Fidel Castro par Patrick Poivre d’Arvor.
En 1995, il réalise un documentaire pour Canal+, intitulé « Pas vu à la télé » dans lequel il démontre spectaculairement les connivences entre nos journalistes et les personnalités politiques. Son reportage sera diffusé en 1996 par la télévision…belge.

En 1998, son film « Pas vu pas pris », fait à partir du documentaire censuré à la télé française, sort dans les salles de cinéma.

En 2019, Pierre Carles s’attaque à un interminable scandale politico-judiciaire méconnu. Par neuf fois, faisant fi de la décision du tribunal d’application des peines, le Parquet (sous l’autorité des gardes des sceaux successifs, se pliant au veto des USA) a refusé la libération et l’expulsion du prisonnier Georges Ibrahim Abdallah.

Film de Pierre Carles sur Georges Ibrahim Abdallah

Présentation du projet par Pierre Carles
WE WANT GEORGES IBRAHIM ABDALLAH IN JAIL
(Nous voulons Georges Ibrahim Abdallah en prison)

Le 25 octobre 2019, cela fera 35 ans que le militant communiste libanais Georges Ibrahim Abdallah croupit en prison en France pour... complicité d’homicide volontaire. Oui, on a bien lu : cet homme a accompli une peine d’une telle longueur pour complicité d’assassinat (et non pour avoir tué des gens). Les actions en question ont été commises par son groupe les FARL (Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises) contre des militaires étasuniens et israéliens en poste dans l’Hexagone, complices de l’invasion du sud-Liban par Israël à la fin des années 70/début des années 80.
En dehors de Georges Ibrahim Abdallah, nul être humain n’est actuellement détenu en Europe depuis près de 40 ans pour des faits à caractère politiques. Ainsi, Georges Ibrahim Abdallah détient le triste record de plus vieux prisonnier politique du vieux continent. Neuf demandes de libération conditionnelle ont été déposées par ses avocats depuis le début des années 2000, la dernière en 2015. Sans succès. Dès qu’un tribunal d’application des peines considère qu’il n’a plus sa place en prison, le parquet, qui est inféodé au pouvoir politique (contrairement aux juges d’application des peines) fait appel de la décision quand ce n’est pas le ministre de l’Intérieur qui refuse de signer l’arrêté d’expulsion vers le Liban, où Georges Ibrahim Abdallah est considéré comme un résistant à l’invasion de son pays par une puissance étrangère. Mais pourquoi un tel acharnement ?

En 2012, Me Jacques Vergès, l’avocat de Georges Ibrahim Abdallah, affirmait : « C’est le gouvernement des Etats-Unis qui oppose un veto intolérable à sa libération. » La révélation par WikiLeaks, en 2016, de propos échangés par Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat des USA et Laurent Fabius, le ministre des affaires étrangères français, accrédite cette hypothèse.

Il n’est pas inhabituel que des puissances étrangères tentent d’interférer dans les affaires internes d’un pays. En 2017, la Colombie a réclamé à la Chine pour qu’un de ses ressortissants condamné à la peine de mort pour trafic de stupéfiants voie sa peine commuée. Cela n’a pas pour autant empêché qu’Enrique Arciniegas soit exécuté. Le gouvernement cubain, quant à lui, a longtemps réclamé aux USA l’extradition de Luis Posada Carriles, un militant anticastriste tenu pour responsable d’un attentat terroriste contre un avion cubain qui fit 73 morts en 1976. Sans succès, là encore. Carriles a vécu jusqu’à l’âge de 90 ans en Floride, où il est décédé en 2018 sans jamais avoir eu affaire à la justice cubaine. En revanche, lorsque les Etats-Unis d’Amérique ordonnent, en 2013, à la France et à trois autres pays europééns (Espagne, Italie, Portugal) de fermer leur espace aérien à l’avion du président bolivien Evo Morales soupçonné de transporter le lanceur d’alerte Edouard Snowden, ces quatre pays présumés souverains obtempèrent sans se poser de questions. A l’évidence, le scandale de la non-libération de Georges Ibrahim Abdallah témoigne d’un manque d’indépendance de la France vis à vis des USA. Cet acharnement sécuritaire à l’égard de ce militant communiste ne trouve pas d’autres explications.

Chaque année, devant la prison de Lannemezan, des centaines d’hommes et de femmes se réunissent pour réclamer la libération de Georges Ibrahim Abdallah. Avec le documentaire « We want Georges Ibrahim Abdallah in jail » nous tenterons d’alerter un public plus nombreux sur ce scandale afin - qui sait ? – de réussir à faire bouger les lignes sur la question de la libération de Georges Ibrahim Abdallah. Pour fabriquer un documentaire se distinguant du simple tract vidéo militant (qui a son utilité mais aussi des limites), il est préférable de disposer d’un minimum de ressources pour couvrir les frais de tournage, de montage, de mixage, d’étalonnage... Grâce à Gilbert Hanna (radio La Clé des Ondes), à Isabelle Vallade (comité de soutien de Bordeaux) et à une douzaine de membres des comités de soutien à travers la France, environ 3500 € ont été collectés et le tournage du film a pu démarrer. Mais cette somme est bien insuffisante pour fabriquer un film de qualité. Aussi, nous lançons un appel à dons pour tenter de réunir les 10 000 € nécessaires permettant d’être en mesure d’avancer plus rapidement sur ce projet. Un tout premier état de ce travail sera présenté le 24 octobre prochain au cinéma Utopia à Bordeaux. Ce jour-là, Georges Ibrahim Abdallah attaquera sa 36ème année de détention.

Pierre CARLES

EN COMPLEMENT

Qui est Georges Ibrahim Abdallah ?

Il est né le 2 avril 1951 dans le nord du Liban. À partir de 1975, son pays est plongé dans une guerre civile confessionnelle qui a forgé sa conscience politique. Il est le cofondateur, en 1979, des « Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises », un petit groupe marxiste anti-impérialiste.
Le 6 juin 1982, le Liban est envahi par l’armée israélienne avec la complicité des puissances occidentales. La guerre fait des milliers de morts parmi les civils. Les 16 et 17 septembre 1982, les phalangistes chrétiens libanais, sous le regard bienveillant des militaires israéliens, massacrent 5000 civils, principalement des femmes et des enfants, dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila. En réponse à cette barbarie, les combattants libanais et arabes portent alors la guerre contre le sionisme et l’impérialisme dans le monde. Les Fractions armées révolutionnaires libanaises se revendiquent comme mouvement de résistance.

Arrêté à Lyon le 24 octobre 1984, Georges Ibrahim Abdallah est condamné à perpétuité, en 1987, par la Cour d’assises spéciale de Lyon pour « complicité d’assassinat » par les FARL, à Paris, du lieutenant-colonel Ray, attaché militaire adjoint des USA en France, et de Yacov Barsimentov, conseiller à l’ambassade d’Israël. Les États-Unis se sont constitués partie civile.

Georges Abdallah, cet ancien instituteur a déclaré devant ses juges : « Je suis ici, Messieurs, pour vous demander simplement de bien vouloir laver vos mains maculées de notre sang et du sang de nos mômes, avant de prétendre nous juger, car celui qui accepte de fouler aux pieds le sang de vingt-cinq mille morts tombés au Liban lors de l’invasion impérialo-sioniste de 1982 ne peut qu’être le complice direct de Reagan et de Begin dans leur guerre d’extermination contre notre peuple. Je suis un combattant pas un criminel ». Il a ajouté « La voie que j’ai suivie m’a été imposée par les atteintes aux droits de l’homme perpétrées contre les Palestiniens ».

Le procès a souffert de nombreuses irrégularités. Pendant plusieurs années, son premier avocat, Jean-Paul Mazurier, n’étant autre qu’un agent des services spéciaux… Le patron de la DST de l’époque, Yves Bonnet, a déclaré, en 2012, à La Dépêche du Midi « J’ai un problème de conscience
dans cette affaire ». On a parlé de « vengeance d’État ». Les « preuves » contre Abdallah ont été fabriquées de façon rétroactive par les services de renseignement français, américain et israélien.

Selon la loi française, Georges Abdallah est libérable depuis 1999. La défense de Georges Abdallah a déposé neuf demandes de libération conditionnelle. À deux reprises, la justice française a estimé que Georges Abdallah pouvait être libéré à condition qu’il soit expulsé vers son pays, le Liban . Les États-Unis se sont systématiquement opposés à toute libération, même conditionnelle, de Georges Ibrahim Abdallah et ont, à chaque fois, obtenu satisfaction du pouvoir français.

La dernière exigence du département d’État américain remonte à avril 2014, sous la présidence de Barack Obama, lorsqu’il est intervenu auprès du gouvernement français pour empêcher la libération et le retour au Liban d’Abdallah. Le premier ministre Manuel Vals s’est empressé d’obtempérer et a refusé de signer l’arrêté d’expulsion ! L’avocat de Georges Abdallah, Jean-Louis Chalanset, a déclaré à cette époque : « L’atteinte à la séparation des pouvoirs (était) flagrante (…). Une nouvelle fois, les États-Unis ont imposé au gouvernement français leur volonté de se venger ». Et à l’époque, l’Humanité écrit : « Washington a gagné, sous les applaudissements de Tel-Aviv (…). Le procès Abdallah a été de bout en bout piloté pour et par une puissance étrangère. »

Le 31 mars 2016, Jean-Claude Urvoas, l’ancien ministre de la Justice d’un gouvernement dit « socialiste », a osé déclarer sur France Inter : « Nous avons la peine perpétuelle réelle avec Georges Ibrahim Abdallah » réinstaurant une sorte de peine capitale en condamnant Georges Ibrahim Abdallah à demeurer « en prison en France sans avoir de perspective de sortie »,
Il est grand temps de mettre un terme à cette injustice : 35 ans ça suffit !

Face à l’enfermement, quelques mots suffisent pour apporter un peu de soleil. Pour écrire à Georges…
Monsieur Georges Ibrahim ABDALLAH,
numéro d’écrou 2388/A221
CP de Lannemezan
204 rue des Saligues
BP 70166
65307 LANNEMEZAN

Le Collectif Justice pour la Palestine Annecy (justice.palestine@gmx.com) demande la libération de Georges Abdallah.
Appel de la campagne 2018 « (…) Ce combat s’inscrit pleinement sur le terreau des luttes actuelles. C’est le combat des révoltes justes et légitimes de celles et ceux qui s’opposent à l’offensive capitaliste et à ses guerres impérialistes de pillage. C’est le combat de toutes celles et ceux qui font face à la violence répressive d’Etat, qui s’abat sur eux pour tenter de les bâillonner, que ce soit dans la rue, dans les quartiers populaires ou pour les militants politiques et syndicaux. Ce combat de toute une vie est aussi le nôtre ! (…) »

À l’appel de tous les collectifs de soutien, une manifestation nationale se déroulera devant le centre pénitentiaire de Lannemezan, le samedi 20 octobre 2018 (départ à 14 heures devant la gare). L’objectif est d’être le plus nombreux possible. »
Jacqueline Lavy. ( Membre du Collectif Justice pour la Palestine Annecy).

Mercredi 19 septembre, la souscription lancée le 10 avait recueilli : 4101€ pour 78 donateurs (1000 euros et 21 donateurs de plus dans la journée.)
Mardi 24 septembre : 6541 € de 124 donateurs.
Jeudi 26 septembre : 6987€ et 137 donateurs.
Le 1er octobre : 7737€ de 154 donateurs.
Le 4 octobre : 8022€ de 162 donateurs.
7000 € ont déjà été versés au réalisateur pour pouvoir poursuivre le tournage.
Merci à vous. On continue.

Publié le 11/10/2019

Municipales 2020 : On va droit dans le mur !

 

(site politis.fr)

 

Pour Paul Ariès, une gauche de gauche et une écologie antilibérale qui se referaient à l’occasion des municipales, qui s’ancreraient de nouveau dans les territoires, dont les militant.e.s se reparleraient, seraient à même ensuite d’envisager sereinement 2022…

J’aimerais être convaincu que les dirigeants des gauches et de l’écologie sont prêts à assumer l’échec qu’ils programment aux prochaines élections municipales en raison des logiques d’appareil qui prédominent et des erreurs de stratégie qui s’amplifient au nom du populisme.

Logiques d’appareil qui poussent les uns à vouloir sauver un parti en préservant des alliances locales devenues contre-nature avec un Parti « socialiste » qui n’a tiré aucune leçon des échecs pour toutes les gauches de sa conversion au libéralisme économique, au capitalisme, ou à se prendre pour la petite grenouille verte devenue le temps d’une élection aussi grosse que le bœuf ; erreur stratégique lorsque d’autres s’entêtent à se la jouer sectaires, au nom du refus de la « soupe aux logos » (comme si les logos n’exprimaient pas des sensibilités différentes et donc respectables) tout en proclamant avec Mélenchon que seule la présidentielle de 2022 reste le véritable objectif.

Dépasser les querelles de chapelles

Un véritable populisme ne consiste pas à privilégier le national sur le local, comme ce fut déjà le cas lors des précédentes municipales, avec le triste résultat que l’on a connu en 2017, stratégie électoraliste génératrice de désillusions et de la difficulté à assumer l’échec électoral, un véritable populisme ne consiste pas à sélectionner quelques villes exemplaires, comme nous y invite le camarade député Alexis Corbière, afin d’en faire des laboratoires plus médiatiques que politiques, un véritable populisme ne consiste pas à chercher un face-à-face entre le peuple et un homme (ou une femme) providentiel, comme nous y incite le système, mais à prendre acte de la richesse du peuple, dont témoignent les gilets jaunes, à privilégier le travail politique au quotidien, car aucune pseudo « guerre éclair électorale » ne peut permettre de construire un rapport de force.

C’est pourquoi, les municipales devraient être nos élections fétiches, déjà parce qu’un éco-socialisme municipal est la condition pour que monte un nouvel espoir à gauche et dans l’écologie, tout comme le socialisme municipal de la fin du XIXe siècle fut la matrice de la naissance de la gauche, ensuite parce que les citoyen.ne.s sont particulièrement attachés à leurs services publics de proximité, belle occasion de parler de service public, de biens communs, d’avancer vers la gratuité des transports en commun, des cantines, des médiathèques, des services funéraires, bref de contrer sur le terrain le discours libéral dominant, également parce que les territoires sont le bon espace pour mener la transformation écologique de la société, puisque le politique national ne peut jamais que traduire des mutations engagées…

À trop viser la seule conquête du pouvoir central, on risque non seulement de la louper en 2022, mais de ne rien pouvoir en faire, faute d’ancrage local. La condition pour reprendre le chemin de la victoire est donc de dépasser les querelles de chapelles et que les appareils politiques se mettent enfin au service de listes citoyennes unitaires, de listes arc en ciel, porteuses de projet d’émancipation sociale, écologique, politique.

Multiples convergences en cours

Des pistes ont été frayées, dans ce sens, lors du Forum national de la gratuité du 5 janvier 2019, en présence de représentants de toutes les familles des gauches et de l’écologie, dont personne ne peut croire qu’ils étaient venus simplement parce qu’ils ne pouvaient pas faire autrement, d’autres pistes fécondes ont été ouvertes lors du rassemblement du Big Bang le 30 juin à Paris.

Tout cela, comme les multiples convergences en cours sur le terrain en France, va dans le bon sens, mais sans être encore à la hauteur des enjeux. Au regard des derniers rapports du Giec et des tendances très lourdes à dépolitiser l’écologie, il est temps de sortir de l’isolement superbe que cultivent les uns et les autres et de construire, au plus près des gens, des réponses concrètes. Une gauche de gauche et une écologie antilibérale qui se referaient à l’occasion des municipales, qui s’ancreraient de nouveau dans les territoires, dont les militant.e.s se reparleraient, seraient à même ensuite d’envisager sereinement 2022…

Paul Ariès est politologue, directeur de l’Observatoire international de la gratuité (OIG). Auteur de Gratuité vs capitalisme (Larousse)

 

par Paul Ariès
 

Publié le 10/09/2019

Migrants. La honte de l’Europe !

(site lamarseilaise-encommun.org)

 

En France, la représentation nationale est appelée à débattre aujourd’hui de l’immigration. Tandis que le chef de l’État a repris à son compte la notion d’« insécurité culturelle », l’orientation du débat fait une nouvelle fois abstraction des enjeux.  La mort le 29 septembre de deux migrants sur l’île de Lesbos, en Grèce, met en évidence l’absence tragique de politique migratoire des Européens. Pour les États membres, seule compte la baisse des arrivées sur leur territoire.

En novembre 2017, je me suis rendu dans le camp de réfugiés de Moria – complètement saturé – sur l’île de Lesbos. Il y régnait un froid glacial, il pleuvait des trombes d’eau, des hommes et des femmes étaient étendus sur des matelas détrempés sous des tentes non étanches. Un jeune Irakien se réchauffait les mains auprès d’un feu. Ses vêtements étaient humides, il avait les pieds nus. Ils étaient près de 7 000 réfugiés comme lui à Moria.

J’ai écrit un long reportage sur la situation dans ce camp, convaincu que les choses changeraient bientôt, que l’Union européenne (UE) ne resterait pas indifférente aux souffrances de ces gens, qu’elle n’abandonnerait pas la Grèce avec ce problème. Même si les pays européens durcissaient leur politique d’immigration, les valeurs dites occidentales et l’exigence d’humanité pousseraient l’UE à intervenir.

Deux ans plus tard, un constat s’impose : les dirigeants européens continuent d’ignorer la situation sur l’île de Lesbos et dans les îles voisines de la mer Égée ; le sort des migrants ne s’améliore pas, il s’aggrave. Avec une capacité d’accueil de 3 000 personnes, le camp de Moria était déjà saturé à la fin de l’année 2017, aujourd’hui on estime qu’ils sont près de 12 000 à vivre dans son enceinte et dans les environs. Et le nombre de nouveaux arrivés, débarquant de bateaux en provenance de Turquie, est reparti à la hausse.

Dimanche [29 septembre], la situation a viré à la tragédie. Un incendie s’est déclaré, coûtant la vie à une femme et à son enfant, d’après les premières déclarations des réfugiés. La police est ensuite intervenue et a lancé des gaz lacrymogènes contre les migrants en colère. Manos Logothetis, responsable du gouvernement grec pour l’accueil des migrants, a parlé d’un “terrible et malheureux incident”.

Sauf que cette tragédie ne devait rien au hasard. Quand des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants de cultures différentes vivent parqués dans des conditions aussi indignes et inhumaines, comment s’étonner qu’une catastrophe arrive ? Il est honteux que l’UE n’ait rien fait pour éviter cette tragédie.

Améliorer la situation des réfugiés en mer Égée et assumer une responsabilité collective en tant qu’Européens n’a rien d’une tâche impossible. Sauf qu’il n’y a pas de volonté politique. Seule compte la diminution du nombre de réfugiés. Le reste peut bien passer à la trappe.

Tim Röhn

Publié le 09/10/2019

Parlons (Inter) Net

 

Des cons sidérés, dit-il...

 

Pour ce qu’on sait du livre à paraître « Lettre à un jeune flic » de Frédéric Péchenard, l’ex-directeur général de la police nationale, il s’agit d’une longue plainte pour manque de moyens, déconsidération, surmenage, suicides.

Espérons que la « déconsidération » y occupe un chapitre central.

Si tous les samedis depuis novembre 2018 la rue hurle que « Tout le monde déteste la police », ce n’est pas à cause de la vétusté des uniformes, des fourgons, gyrophares, commissariats, mais à cause du sur-investissement en grenades lacrymogènes (qui asphyxient sans discernement), grenades de désencerclement (qui arrachent les mains) LBD (qui éborgnent), tonfas (qui ouvrent les chairs). C’est à cause des blindés et des canons à eau, des tabassages autorisés sous l’œil des caméras, des gardes à vue injustifiées, des faux témoignages devant la justice, des injures lancées à la foule, de la mort de Zineb Redouane et de Steve Maia Caniço.

Une police dont le peuple a peur, une police soutenue, quoi qu’elle fasse, par son ministre, absoute par la Justice, couverte par l’IGPN, adulée par les médias des milliardaires est forcément déconsidérée.

La France a compris que la meute, gangrénée par l’extrême-droite, fait peur aussi à Macron. La police le tient. Il ne lui reste que l’armée, en dernier recours. A supposer qu’elle soit, elle, républicaine.

Théophraste R. Auteur du livre d’humour (inachevé) : «  Quand Renaud a embrassé un flic avant d’aller se cuiter avec eux dans un fourgon grillagé au plancher taché de sang ».

 

 

Publié le 08/10/2019

Lyonel Trouillot. Silence complice sur Haïti : solitude des morts sans importance

 

Lyonel Trouillot (site humanite.fr)

 

Rappel des faits Les Haïtiens réclament le départ du président, Jovenel Moïse. À la suite de la protestation dans les rues de Port-au-Prince et des autres villes, on compte les premières victimes. Et rien dans les journaux...
 

Sans verser dans les théories du complot, il y a quelque chose d’écœurant et d’inquiétant dans le silence de la presse occidentale sur la situation haïtienne. Depuis plus d’un an, des milliers de citoyens descendent régulièrement dans les rues de la capitale et des principales villes de province pour réclamer la démission du président de la République, indexé par un rapport de la Cour supérieure des comptes dans des affaires de corruption ; la tenue du procès Petrocaribe (disparition de milliards de dollars issus d’un prêt accordé par le Venezuela).

Depuis plus de sept mois, le pays n’a pas de gouvernement légitime, le président et sa majorité parlementaire ne parvenant pas, malgré toutes leurs tentatives en violation flagrante de la Constitution, à installer un premier ministre. La résistance s’y oppose. Gouvernement de facto, sans autorité réelle.

Depuis plus d’un mois l’opposition et la population se voient forcées de recourir à des manifestations et au blocage des activités. Les hôpitaux, les écoles, les services publics, le commerce, les activités de production déjà faibles, tout est bloqué. Pays lòk. Les réponses à cette situation sont la répression et le silence. Des militants politiques sont assassinés, le dernier cas en date étant celui de Josemano Victorieux, membre de l’organisation Pitit Desalin, le 27 septembre. Un sénateur proche du président a sorti son arme et tiré sur un journaliste et un citoyen, blessant le premier à la bouche, prétextant une légitime défense non établie par les vidéos. Le commissaire du gouvernement près le tribunal de la capitale a démissionné en affirmant qu’on lui avait ordonné de « mater la rue ». Des véhicules sans immatriculation ou immatriculés police nationale ou service de l’État promènent des hommes encagoulés qui tirent sur les manifestants ou ciblent les militants politiques de l’opposition.

Le président de la République s’enferme dans son mutisme et mène une vie de fugitif. Son cortège se fait caillasser, personne ne sait où il dort. La Conférence épiscopale, organe de l’Église catholique, la Confédération des pasteurs protestants, les professeurs d’université, des collectifs d’artistes et d’intellectuels, des organisations du monde des affaires, des barreaux, le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, des personnalités de la société civile, l’opposition politique, ce sont tous les secteurs organisés de la vie nationale qui demandent au président de « tirer les conséquences de ses échecs », plus clairement de démissionner.

Depuis l’opération pays lòk, les activités de tous ordres sont bloquées. Les cas sont nombreux de personnes qui meurent ou dont la santé est mise en danger par manque de soins médicaux. Citons seulement celui de cette femme sur le point d’accoucher qui décède à l’entrée d’un hôpital ne pouvant la recevoir. On pourrait parler des dyalisés, de ceux qui ont besoin de sang, des diabétiques… La majorité des habitants des villes gagnent leur vie au jour le jour et vivaient déjà dans une situation précaire. Cette misère au quotidien n’a fait qu’augmenter. Mais, comme ils le disent à la radio : nous consentons au sacrifice pour en finir avec la corruption et l’impunité.

Aucun secteur organisé de la population ne soutient le président de la République. Il n’aurait l’appui que de quelques ambassades, principalement celle des États-Unis.

Pourquoi et comment la presse occidentale reste-t-elle silencieuse sur la situation haïtienne ? Est-ce parce que ceux, beaucoup moins nombreux, qui manifestent à Hong Kong sont des « militants prodémocratie » et ceux qui manifestent et se font tirer dessus en Haïti ne le sont pas ? Est-ce parce que ce qui se passe en Haïti, la révolte populaire et nationale contre un président et un pouvoir (le PHTK), qui, installés après une parodie d’élection légitimée par « la communauté internationale », est la résultante de deux éléments ? Le premier, et c’est la cause interne, un système politique et une structure sociale produisant trop d’inégalités et donc l’absence de sphère commune de citoyenneté, système et structure poussés à l’extrême par un président et un parti, le PHTK, dont le seul exercice du pouvoir consiste à s’approprier les biens de la nation comme biens personnels, accorder des faveurs à leurs amis du secteur des affaires. Le deuxième étant que « la communauté internationale » a légitimé et soutenu ses dérives au prétexte du respect de la démocratie formelle.

Quel peuple en Occident accepterait qu’un sénateur sorte son arme et tire sur une foule ? Quel peuple accepterait que le président de l’Assemblée nationale dise à la radio avoir choisi personnellement la ministre de la Santé en affirmant qu’elle est sa maîtresse, pour se rétracter et affirmer que si le choix était bien le sien cette affaire de maîtresse n’était qu’une plaisanterie ? Quel peuple accepterait que les auteurs intellectuels d’un massacre (une trentaine de morts dans le quartier populaire de la Saline), des officiels du gouvernement identifiés par des rapports de police et des organisations de défense des droits humains, circulent en toute impunité ? La responsabilité des officiels dans ce crime est d’ailleurs reconnue par un rapport du secrétaire général des Nations unies.

Et la presse ne se serait-elle pas précipitée pour compter les morts et crier au scandale ? Le silence sur la situation haïtienne n’est-il pas dû au moins en partie au fait qu’elle n’offre pas la possibilité d’une récupération idéologique établissant la « démocratie occidentale » comme le meilleur modèle politique et social ? S’agit-il bien de révéler aux citoyens ce qui se passe ou de choisir les faits qu’on relate en fonction de ce qu’on leur fait dire ? Les rues d’Haïti aujourd’hui : colère populaire et répression policière.

 

Publié le 07/10/2019

À Montpellier, les autorités harcèlent les militants de la cause palestinienne : José-Luis de BDS en procès

 

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Rassemblement de BDS le 18 août 2014 devant le commissariat de Montpellier pour soutenir José-Luis Moragues (avec le micro), convoqué pour « dégradation de biens d’autrui ». En juillet 2014, BDS avait investi les locaux du parti socialiste, alors au pouvoir, pour dénoncer une attaque de l’armée israélienne contre Gaza, avec la complicité de la France.

Lancée au début des années 2000 par plusieurs dizaines d’organisations non gouvernementales palestiniennes, la campagne Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) vise à exercer des pressions économiques, académiques, culturelles et politiques sur l’État israélien, de la même manière que s’est exercée une campagne de boycott contre l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid. L’objectif de BDS est triple : stopper la colonisation des terres arabes, obtenir l’égalité des droits entre les citoyens israéliens et les arabo-palestiniens d’Israël et faire respecter le droit au retour des réfugiés palestiniens, reconnu par deux résolutions de l’Organisation des Nations-Unies (ONU)(1). Les recommandations de l’ONU ne reflétant pas la réalité des rapports de forces internationaux, l’État israélien, soutenu par les États-Unis, ne les respecte pas. En février 2019, une commission d’enquête de l’ONU a conclu que l’armée israélienne se rendait coupable de « crimes contre l’humanité » et a évoqué des « motifs raisonnables de croire que des tireurs d’élite israéliens ont tiré sur des journalistes, du personnel de santé, des enfants et des personnes handicapées »(2). De fait, la liste des civils Palestiniens assassinés par l’armée israélienne ne cesse de s’allonger(3), et la colonisation des terres arabes s’étend, dans un contexte politique israélien instable à la merci des partis religieux et d’extrême-droite(4). De son côté, BDS mène une campagne non-violente, sans pour autant échapper à une intense répression.

 

De 1920 à 1948, le Royaume-Uni, puissance coloniale, exerce son mandat au nom de la Société des nations sur la Palestine, provoquant des conflits entre Arabes et Juifs, mais aussi entre ces populations et les autorités britanniques. En 1947, après la Seconde guerre mondiale et le massacre de millions de Juifs par les nazis, l’ONU vote le plan de partage de la Palestine, divisé en trois secteurs : l’un arabe, l’autre juif, et Jérusalem, placé sous contrôle international. En 1948, Israël proclame son indépendance, immédiatement attaqué par les États arabes voisins. En 1967, l’Égypte obtient le retrait des troupes de l’ONU de la région et militarise le Sinaï, péninsule frontalière à Israël. Mais Israël attaque et défait l’Égypte, la Syrie et la Jordanie : c’est la guerre des six jours. L’ONU adopte ensuite une résolution stipulant le retrait de l’armée israélienne des territoires occupés. Dans les faits, Israël ne cessera de coloniser les terres arabes.

La France à l’avant-garde de la criminalisation de BDS

Par son activisme aux quatre coins de la planète, BDS revendique avoir contribué à arracher plusieurs victoires, dont, pour l’année 2019, le désistement d’entreprises australiennes et canadiennes dans le projet de construction de lignes de tramway dans les colonies israéliennes(5), le désinvestissement des assurances Axa du capital d’une entreprise israélienne fabriquant des armes(6) ou bien encore la proclamation d’une motion par l’université du Cap (Afrique du Sud) précisant qu’elle se réserve le droit de se dissocier « des institutions académiques qui soutiennent […] la violation des droits humains [en Palestine] »(7). En 2015, le président israélien Reuveu Rivlin avait précisément considéré que le boycott académique constituait une « menace majeure » pour l’État israélien.(8) Les États dits occidentaux étant pour la plupart de fidèles alliés d’Israël, nombre d’entre eux ont pris des mesures pour endiguer le mouvement BDS : 27 États des États-Unis ont adopté une législation anti-BDS(9), le parlement allemand a voté une résolution assimilant la campagne BDS à de l’antisémitisme(10), le gouvernement britannique a interdit aux institutions anglaises recevant des fonds publics de boycotter les produits israéliens(11) et le parlement canadien a condamné le mouvement BDS(12). En 2018, la chaîne qatarienne Al Jazeera a publié un documentaire édifiant sur les méthodes illégales des groupes de pressions étasuniens en faveur d’Israël pour discréditer les militants de BDS, avant que le Qatar ne gèle la diffusion du reportage.

 

Manifestant lors de la « marche du retour », pour le respect du droit au retour des réfugiés palestiniens, à Rafah, au sud de Gaza, en avril 2019. Sur la pancarte, il est écrit : « Liberté, justice, égalité ; BDS jusqu’à ce qu’on revienne ».

Quant aux autorités françaises, elles font du zèle pour réprimer les soutiens du peuple palestinien : en 2010, une militante de BDS est condamnée à 1000€ d’amende pour « incitation à la discrimination raciale » alors qu’elle avait simplement incité au boycott de produits israéliens dans un supermarché(13) ; toujours en 2010, Michèle Alliot-Marie, alors garde des sceaux, avait envoyé une circulaire à tous les procureurs pour leur demander « une réponse cohérente et ferme » face aux appels de boycott envers l’État israélien(14) ; en 2015, douze militants de BDS de Mulhouse ont été condamnés solidairement à 32 000€ d’amende au total pour, une nouvelle fois, l’incitation au boycott de produits israéliens(15) – liste non-exhaustive. Côté théorie, Emmanuel Macron a déclaré que « l’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme »(16), préparant ainsi les conditions d’un possible délit d’opinion (pour en savoir plus sur ce sujet, lire l’article « Antisionisme, antisémitisme, un amalgame funeste »). La France se distingue clairement par son opposition véhémente à la campagne BDS, et la ville de Montpellier semble être un laboratoire à ciel ouvert de cette politique répressive.

 

À Montpellier, la police municipale harcèle BDS

Dans la rubrique « Criminalisation de BDS » du site de l’organisation, une bonne partie des articles concernent les militants de Montpellier. Créée en mars 2009, la section montpelliéraine de BDS se distingue par son activisme sans relâche, non sans générer quelques frictions avec le bureau national. Pour protester contre une nouvelle attaque de l’armée israélienne contre Gaza, les militants de BDS de Montpellier investissent en juillet 2014 les locaux du parti socialiste (PS), alors au pouvoir. Plusieurs plaintes sont déposées, sans suite. Un mois plus tard, la section montpelliéraine de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) porte plainte contre deux militants de BDS pour antisémitisme. Ces deux militants avaient publié sur leur page facebook personnel un photomontage comparant les soldats israéliens aux nazis, accompagné d’un texte clairement antisémite. Un membre de la LDH les avait contacté pour leur demander de retirer cette publication, ce qu’ils ont immédiatement fait, en précisant qu’ils n’avaient pas lu le texte antisémite, qu’ils condamnent évidemment (il fallait cliquer sur « lire plus » pour que le texte s’affiche, ce que les deux militants n’avaient pas pris la peine de faire). La LDH a tout de même décidé de porter plainte, et les deux militants ont finalement été relaxé en appel au bout de deux ans et demi de procédures.(17)

 

En parallèle, la Ligue international contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) organise le 30 mai 2015 une manifestation à Montpellier pour réclamer l’interdiction du stand de BDS, présent quasiment chaque samedi sur la place de la Comédie de Montpellier. Dans la foulée, la municipalité annonce que les militants de BDS devront désormais déposer une demande d’autorisation deux mois à l’avance pour tenir leur stand.(18) À partir de ce moment-là, la police municipale ne cessera de s’attaquer au stand et de dresser des procès-verbaux pour « occupation illégale de l’espace public », tandis que le porte-parole José-Luis Moraguès est contraint de s’expliquer à plusieurs reprises au commissariat(19). Les militants ne se débinent pas pour autant et continuent d’occuper quasiment chaque samedi la place de la Comédie pour alerter la population sur le sort des Palestiniens, et haranguent la foule, caméras au poing, pour dénoncer les entraves de la police. Ce harcèlement policier conduit plusieurs organisations de gauche à se rassembler plusieurs fois, en 2016, 2017 et 2018, pour « le soutien inconditionnel à la liberté d’expression de BDS 34 ».(20) En décembre 2017, les militants de BDS parviennent à mobiliser plusieurs centaines de personnes dans le cadre d’un appel national à manifester contre la colonisation, suite à la décision explosive de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale israélienne.(21) Lors de cette manifestation, des tracts sont distribués pour dénoncer la responsabilité de la ville de Montpellier dans la normalisation de la colonisation israélienne : « Depuis 40 ans, le centre communautaire culturel juif (CCCJ) organise avec ses amis du Crif [Conseil Représentatif des Institutions Juives de France] la “journée” dite de Jérusalem qui commémore la “réunification de Jérusalem”, “Jérusalem Capitale une et indivisible de l’État israélien”, c’est-à-dire l’annexion et l’occupation illégale par Israël de la ville de Jérusalem. Cette commémoration coloniale largement subventionnée par nos impôts locaux se fait en présence du consul d’Israël et des élus représentant la région, le département, la métropole et la ville de Montpellier dont le maire [Philippe Saurel] ne rate pas une commémoration ». Le 9 septembre 2018, la police municipale empêche une militante de BDS d’accéder au forum des associations de Montpellier, sans motif légal.(22) Pendant le mouvement des gilets jaunes, plusieurs militants de BDS, dont José-Luis Moraguès, s’investissent à titre personnel sur les ronds-points, et les militants tenant le stand sur la place de la Comédie se retrouvent eux aussi au milieu des gaz lacrymogènes. Le 5 janvier, alors que les policiers dressaient comme à leur habitude un procès-verbal contre le stand, des gilets jaunes défendent les militants de BDS et écoutent attentivement le discours de José-Luis Moraguès.(23)

 

Procès le 16 octobre

Après les multiples convocations au commissariat, José-Luis Moragues est finalement convoqué le 16 octobre à 8h30 au tribunal de grande instance (TGI) de Montpellier pour « émission de bruit portant atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l’homme » (l’audience est au TGI mais relève du tribunal de police, compétent pour juger les contraventions). Le parquet reproche au porte-parole de BDS d’avoir fait trop de bruit le 19 mai 2018 à 16h01, jour d’une manifestation déclarée en préfecture pour dénoncer les offensives militaires de l’armée israélienne contre des civils palestiniens.(23) « Depuis quand faire du bruit pendant une manifestation est-il passible de poursuite ? » s’interroge BDS. José-Luis Moragues a d’abord reçu une contravention à son domicile, et c’est parce qu’il la conteste qu’il est convoqué au tribunal. « À 16h01, la manifestation, qui avait quitté la place de la Comédie vers 15h40, était au niveau de la place Jean Jaurès (400 mètres plus loin). José-Luis, qui faisait des photos en tête de manifestation, n’était donc plus sur la Comédie ! » affirme l’organisation. Dans un article titré « Jusqu’où ira la mairie de Montpellier pour soutenir l’apartheid israélien ? », BDS appelle à se rassembler le 16 octobre à 8h au TGI de Montpellier (place Pierre Flotte) pour dénoncer cette répression et soutenir la liberté d’expression des militants de BDS. L’assemblée de Montpellier contre les violences d’État et pour les libertés a décidé de relayer cet appel.

 

En 2013, le monde entier s’est ému à juste titre de la mort de Nelson Mandela, figure historique de la lutte contre l’apartheid. « Tout discours sur la paix restera creux tant qu’Israël continuera à occuper un territoire arabe » avait déclaré l’ancien président sud-africain. Les partenariats culturels et commerciaux noués en notre nom par les gouvernements français successifs avec l’État israélien légitiment l’apartheid, la colonisation et les crimes de guerre à l’encontre des civils palestiniens. Si nous sommes capables de nous mobiliser par milliers dans les rues de Montpellier pour dénoncer la répression et les politiques antisociales d’Emmanuel Macron, nous pouvons bien consacrer une matinée aux militants de BDS qui luttent vaillamment pour faire vivre la solidarité internationale : rendez-vous le 16 octobre à 8h au TGI de Montpellier pour soutenir BDS et José-Luis Moragèes !

 

  1. Les résolutions 194 et 3236.
  2. « Gaza : des enquêteurs de l’ONU suspectent Israël de crimes contre l’humanité lors des manifestations », ONU Info, 28 février 2019
  3. « Overview: December 2018 », United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs », décembre 2018
  4. « Israël : cinq questions pour comprendre les conséquences des élections », Courrier international, 26 septembre 2019
  5. « Australian, Canadian firms pull out of Israeli settler railway », The Electronic Intifada, 8 mai 2019
  6. « AXA S.A. announces the successful completion of a Secondary Common Stock Offering of AXA Equitable Holdings, Inc. and related Share Buyback », Axa, 25 mars 2019
  7. « UCT Council decision on the resolution of the Senate regarding formal relionships with Israeli academic institutions in the Occupied Palestinian Territories », Univerty of Cape Town, 30 mars 2019
  8. « Rivli: Academic boycott a major threat to Israel », The Times of Israel, 28 mai 2015
  9. « Anti-Semitism: State Anti-BDS Legislation », Jewish Virtual Library
  10. « Le Parlement allemand adopte une résolution condamnant le mouvement anti-israélien BDS », i24News, 18 mai 2019
  11. « Londres interdit au secteur public anglais de boycotter les produits israéliens », L’Orient le jour », 16 février 2016
  12. « Trudeau Backs Conservative Motion Condemning BDS Movement Against Israel », Huffington Post, 22 février 2016
  13. « Sakina Arnaud: Le Mrap parle d' »intimidation » », Europe 1, 17 février 2010
  14. « Circulaire CRIM-AP N° 09-900-A4 », Ministère de la justice et des libertés, 12 février 2010
  15. « BDS Israël : des militants définitivement condamnés en cassation », Saphir News, 29 octobre 2015
  16. « Macron annonce que la France va intégrer l’antisionisme à sa définition juridique de l’antisémitisme », BFM TV, 20 février 2019
  17. « Montpellier Procès BDS : Saadia et Hussein relaxés en appel », La Marseillaise, 8 février 2017
  18. « Montpellier : « BDS, la Comédie ne t’appartient pas » », Midi Libre, 1er juin 2015
  19. « Un militant de BDS 34 convoqué une énième fois au commissariat de Montpellier », Le Poing, 14 novembre 2018
  20. « Le mouvement de solidarité avec BDS occupe la Comédie ! » BDS 34, 7 novembre 2016, « Pour la liberté d’expression de BDSF34 et l’embargo militaire contre Israël », BDS France ; « Le chapiteau BDS France 34 place de la comédie ! », chaîne youtube de José-Luis Moraguès, 26 février 2017 ; « Succès du rassemblement pour la défense de la Liberté d’expression et de soutien inconditionnel à l’expression de la Campagne BDS France Montpellier et de la Fédération Unie de la Libre Pensée », BDS 34, 5 décembre 2018
  21. « 450 personnes défilent dans les rues de Montpellier pour dénoncer la colonisation à Jérusalem et en Palestine », Le Poing, 9 décembre 2017
  22. « Montpellier : nouvelle bavure de la municipalité contre BDS ! », BDS France, 10 septembre 2018
  23. « Montpellier : les gilets jaunes au secours de BDS Montpellier », BDS France, 14 janvier 2019
  24. « Jusqu’où ira la mairie de Montpellier pour soutenir l’apartheid israélien », BDS France, 16 septembre 2019

 

Publié le 06/10/2019

Surprise : les cadeaux aux plus riches ont creusé le trou de la sécu'

Par Emmanuel Lévy (site marianne.net)

 

L'organisme gouvernemental chargé d'évaluer le coût de la suppression de l'ISF vient de révéler les limites de sa mission. Son rapport fait d'ailleurs l'impasse sur le coût caché des réformes pour le budget de la sécurité sociale...

Dans du sable. Promis par Emmanuel Macron, le ruissellement vers l’économie réelle des sommes économisées par les contribuables à la suite de la grande réforme de la fiscalité du capital, instauration d’un prélèvement forfaitaire unique (PFU) et remplacement de l’ISF par l'impôt sur la fortune immobilière n’est pas au rendez-vous. En tout cas pas observable après deux ans d’existence. Telle est la principale conclusion du rapport réalisé par le comité d’évaluation ad hoc qui devait en tirer le bilan. Sa conclusion n’est pas une surprise. Elle était au contraire, attendue. La fongibilité de l’argent - comment tracer dans les circuits économiques, un euro issu de cette réforme plutôt qu’un autre -, comme la conjoncture économique qui domine l’ensemble des processus ne permettent pas de faire un état des lieux.
 

France Stratégie qui s’est collé à l’ouvrage ne l’ignorait pas. Et l'annonce d’emblée : «Les travaux du comité se sont donc engagés à un moment où il n’était pas envisageable de produire une évaluation complète ex post des réformes, tout simplement parce que celles-ci mettront des années à porter l’ensemble des fruits que l’on en attend.» A défaut d’une analyse quasi impossible, le think tank étatique s’est donc contenté de faire dans le pointillisme, de « poser le paysage ». Non sans se positionner sur l’issue positive qu’elle reconnaît comme quasi inévitable mais qu’elle guette comme le héros du désert des tartares.
 

2 milliards de trou

Certes, y est affiné le coût pour le budget de l’Etat, plus réduit que prévu. De quoi confirmer, ce que l’économiste Gabriel Zucman prédisait dès le début : une forte hausse des dividendes distribués. L’instauration du prélèvement forfaitaire unique (PFU) sur les revenus des valeurs mobilières (actions), des dividendes, en lieu et place d’une imposition au barème de l'impôt sur le revenu a fortement modifié la stratégie des agents. Ceux qui avait la possibilité d’arbitrer entre se verser un salaire imposé au barème de l'impôt sur le revenu et opter pour des dividendes taxés au PFU, 30% de prélèvement, réparti entre 17,2% de prélèvement sociaux (caisses de la sécu) et 12,8% d'impôt sur le revenu (caisses de l’Etat) ont opté pour la seconde solution. En 2017, les versements de dividendes représentait un peu moins de 12 milliards d’euros, il s’en est versés près de 20 milliards en 2018. Cette forte progression, près de 65% de l’assiette, a conduit à une meilleur rentrée fiscale supérieure de 300 millions à la prévision sur ce volet. Mais a fortement réduit l'impôt sur le revenu.
 

autre coût caché de ces réformes sur lequel fait l’impasse le rapport est le manque à gagner pour les organismes de sécurité sociale. Pour expliquer le retour du “trou de la Sécu”, le gouvernement met l’accent sur les cadeaux faits aux gilet jaunes. Et fait l’impasse sur le coût induit par les arbitrages liés à l’instauration du PFU. La plupart des 8 milliards supplémentaires qui devaient supporter près de 40-45% de cotisations sociales, comme salaires, l’ont été au taux de 17,2% comme dividendes. Un manque à gagner maximum théorique de près de 2 milliards d’euros….

 

Publié le 05/10/2019

Appel contre la répression du peuple algérien

(site lamarseillaise-encommun.org)

A Alger comme sur tout le territoire algérien, une vaste campagne d’arrestations  frappe à nouveau brutalement des citoyens et des personnalités publiques proches du soulèvement populaire pacifique.  Elle menace toutes celles et ceux qui s’engagent en faveur d’un changement radical et contre les choix unilatéraux des autorités de fait. De nombreux citoyens se mobilisent dans un climat de Hirak*, toujours censuré.

Lancée par le comité national pour la libération des détenus le 22 septembre dernier, une pétition dénonçant cet état de fait a déjà recueilli plus de 600 signatures. Selon le texte  : ” La répression n’épargne ni les symboles de l’Histoire de la libération nationale ni les militants du combat politique contre la corruption et pour les libertés individuelles et collectives. Elle touche toutes les catégories de la population et tous les courants idéologiques de la société. A Oued Rhiou, l’irresponsable recours à l’usage des armes à feu par les forces de l’ordre a entrainé la mort d’hommes et créé un précédent extrêmement dangereux en comparaison au pacifisme mondialement reconnu des manifestants”.

Et d’ajouter : “A l’aube du huitième mois du soulèvement populaire pacifique, le pouvoir assume publiquement, par la voix du Chef d’état-major de l’Armée, la poursuite de la violation de droits constitutionnels fondamentaux consacrés par les conventions et pactes internationaux. Symbole de l’Etat national et de l’indépendance du pays, Alger, la capitale, est interdite d’accès aux Algérien(ne)s les jours de manifestations, au mépris de la liberté de circulation reconnue par le Droit. Pis, le droit de propriété est cyniquement piétiné par la menace de saisie et de verbalisation des véhicules transportant tout présumer manifestant”.

Pour les signataires parmi lesquels de nombreux médecins, enseignants universitaires, intellectuels ou artistes : ” Cette stratégie de la peur collective est mise en place dans le vain espoir de décapiter et de casser la mobilisation populaire pacifique contre le système autoritaire et ses symboles. Seul importe le passage en force du choix unilatéral du pouvoir au mépris du droit du peuple à connaitre et débattre de toutes les options de sortie de crise proposées par toutes les parties”.

Enfin, les protagonistes dénoncent et condamnent fermement : “La campagne illégale de répression et la guerre subversive déclenchée contre les militants politiques et les citoyens et manifestants pacifiques” exigeant avant tout : “l’arrêt immédiat de la répression, la libération inconditionnelle de tous les détenus d’opinion et la levée de toutes les entraves aux droits et libertés”.

Appelant enfin “le peuple algérien à se mobiliser pacifiquement et massivement jusqu’à l’arrêt total de l’arbitraire et l’aboutissement de ses revendications démocratiques”.

* Le Hirak (en arabe “mouvement”) désigne la série de manifestation qui a lieu depuis le 16 février 2019 en protestation contre le projet politique porté par les “proches” d’ A. Bouteflika, malgré le désistement de ce dernier.

La pétition : https://www.change.org/p/peuple-alg%C3%A9rien-appel-%C3%A0-l-arr%C3%AAt-imm%C3%A9diat-de-la-r%C3%A9pression-contre-le-peuple-alg%C3%A9rien?recruiter=936649771&utm_source=share_petition&utm_medium=facebook&utm_campaign=psf_combo_share_abi&utm_term=share_petition&recruited_by_id=1b17da30-3219-11e9-9333-f382ddffda21&share_bandit_exp=abi-17998220-fr-FR&share_bandit_var=v1&utm_content=fht-17998220-fr-fr%3Av6

 

Publié le 04/10/2019

Après le suicide de Christine Renon, le silence qui dérange

 

Par Marie Piquemal (sitr liberation.fr)

 

 

Le geste de la directrice d’école a touché nombre de ses collègues, qui se sont reconnus dans son ras-le-bol et son état d’épuisement. Les syndicats enseignants ont appelé à des grèves et des rassemblements devant les rectorats.

  • Après le suicide de Christine Renon, le silence qui dérange

«Le geste désespéré de Christine, directrice de l’école Méhul à Pantin (Seine-Saint-Denis), bouleverse toute notre profession.» En quelques heures, une pétition lancée mercredi par les syndicats enseignants dépassait déjà les 73 000 signatures en fin de journée. La moitié des écoles du département devraient être fermées ce jeudi, des appels à la grève ont aussi été lancés dans d’autres : Finistère, Haute-Garonne, Haute-Corse… Ailleurs, des rassemblements sont prévus devant les rectorats «pour rendre à Christine Renon l’hommage qu’elle mérite».

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Le 21 septembre, cette directrice d’école maternelle a mis fin à ses jours dans son établissement. Sur place, les enquêteurs ont retrouvé plusieurs courriers écrits de sa main pour expliquer son geste. L’un d’entre eux, qu’elle a glissé elle-même dans les boîtes aux lettres des directeurs des écoles de Pantin pour être sûre qu’ils le reçoivent, tourne désormais en boucle sur les réseaux sociaux. Christine Renon, «directrice épuisée», comme elle l’a écrit, voulait que ça se sache, que son geste serve, au moins, libère la parole.

«Ecœurant»

De fait, les enseignants se sont largement reconnus dans son propos. Et, à l’effet calque ressenti, vient s’ajouter la colère devant le silence de l’institution ces derniers jours. A Pantin, lors d’un hommage organisé dans la cour de l’école jeudi dernier, professeurs et parents d’élèves s’indignaient de l’absence de représentants officiels. «Le ministre est juste venu faire une visite express avec le maire, mais à part ça, rien. Pas un mail de compassion de notre direction académique ou de la municipalité. Comment ne pas y voir une marque évidente de mépris ?», questionne un enseignant sous anonymat. Il ajoute, avec cynisme : «Enfin, non, je mens. On a reçu un mail. Il commençait par "hommage"… J’y ai cru ! En fait, c’était la minute de silence pour Jacques Chirac. Ecœurant, non ?» Dans un communiqué, le Snuipp, principal syndicat du primaire, remet une couche : «La disproportion entre la demande de minute de silence à effectuer lundi en hommage à Jacques Chirac et le silence assourdissant de l’Education nationale autour du décès de notre collègue Christine Renon est choquante.»

A lire aussiLibé des géographes – «On parle parfois du mal-être des enseignants. C’est inexact : la situation me paraît bien pire»

Interrogé, l’entourage de Jean-Michel Blanquer répond au contraire avoir pris toute la mesure du problème. «Le ministre est allé à l’écoute des équipes. Un questionnement est apparu, que nous avions déjà identifié : celui d’une évolution de la gouvernance du premier degré et la place du directeur d’école.» Pour le ministère, si ce suicide met à jour un dysfonctionnement, c’est celui de la fonction particulière du directeur d’école. Dans l’état actuel des choses, il n’a pas le statut de chef d’établissement comme l’est le principal de collège ou le proviseur de lycée. Le directeur est donc sur un pied d’égalité avec le reste de l’équipe, c’est un prof parmi les autres avec des tâches de direction en plus. «Nous avons conscience de cette difficulté de la fonction depuis longtemps déjà», insiste le cabinet du ministre, citant un rapport remis à l’été 2018 par une députée En marche, Cécile Rilhac.

Pris en étau

Quelques mois après ce rapport, le gouvernement avait introduit en catimini un amendement au projet de loi sur l’école de la confiance visant à permettre les regroupements d’écoles et collèges dans des «établissements publics des savoirs fondamentaux». Ce qui, par ricochet, donnait le statut de chef d’établissement adjoint au directeur d’école… Loin de séduire, la mesure a fait sortir de leurs gonds (et dans la rue) beaucoup de directeurs d’école, forçant le ministre à reculer. «Jean-Michel Blanquer avait convenu en effet que ce n’était pas mûr et qu’il remettait le sujet à la discussion de l’agenda social cet automne. Nous y sommes», annonce le cabinet du ministre. Pas sûr que ce soit la réponse qu’attende aujourd’hui l’ensemble de la profession, ébranlée par ce suicide et ce qu’il symbolise.

Dans sa lettre, Christine Renon décrit le travail d’un directeur : toutes ces petites tâches du quotidien qui s’accumulent et remplissent vite une journée. Elle met en cause la municipalité, l’institution aussi. «Je ne fais pas confiance au soutien et à la protection que devrait nous apporter notre institution. […] L’idée est de ne pas faire de vague et de sacrifier les naufragés dans la tempête !» Dans certains passages, le texte peut paraître abscons pour le grand public mais il touche au cœur de la profession d’enseignants. Des bancs de la maternelle aux chaires de l’enseignement supérieur, des directeurs d’école aux chefs d’établissement du secondaire jusqu’aux profs dans leurs classes, beaucoup, dans des contextes pourtant très différents, se reconnaissent dans cette fatigue lourde qu’elle décrit, ce sentiment d’être pris en étau dans un tourbillon de réformes qui partent dans tous les sens. L’émoi provoqué dépasse son entourage proche ou les cercles militants. Il se propage : ce suicide est en passe de devenir le symbole de la souffrance des enseignants, qui s’entremêle avec la passion du métier.

 

Marie Piquemal

 

Publié le 03/10/2019

Convocation d’Assa Traoré : l’acharnement continue

 

par Loïc Le Clerc  (site regards.fr)

 

Trois ans qu’Adama Traoré est mort. Trois ans que sa soeur Assa demande justice. Et désormais, les trois gendarmes accusés porte plainte contre elle en diffamation.

Youcef Brakni est membre du Comité Adama.

Regards. Mardi 1er octobre, Assa Traoré est convoqué au au commissariat suite à une plainte en diffamation des gendarmes responsables de la mort de son frère Adama Traoré. Qu’a-t-elle fait ?

Youcef Brakni. Elle est convoquée pour deux posts Facebook. A chaque 19 du mois depuis trois ans [Adama est mort le 19 juillet 2016, jour de son 24ème anniversaire, NDLR], Assa publie sur la page Facebook « La vérité pour Adama » pour parler de son frère, rappeler un moment de vie, un souvenir. Elle termine toujours par demander la mise en examen des trois gendarmes responsables de la mort d’Adama, en citant les trois noms. Assa est convoquée en tant que directrice de publication de la page Facebook. Ce qui est intéressant, c’est qu’on avait cité leurs noms à plusieurs reprises, mais que la plainte ne concerne que deux posts Facebook, des posts où Assa parle à la première personne et non pas des communiqués politiques. C’est donc bien Assa qui est visée, c’est la famille, la fratrie, qui est visée.

Ces trois gendarmes – que la famille d’Adama accuse d’être responsables de sa mort – ont-ils eu affaire à la justice de quelques manières que ce soit depuis le décès du jeune homme en juillet 2016 ?

En 2018, ils ont été entendu en tant que témoins assistés pour savoir s’ils avaient eu la possibilité ou non de pouvoir emmener Adama à l’hôpital (donc sur les faits suivants son interpellation). Rien sur les violences. Les gendarmes ne sont pas du tout inquiétés, ils continuent à vivre leurs vies et leurs carrières tranquillement. Ils étaient sur le point de clore l’enquête, après l’expertise de synthèse qui affirmait qu’Adama était mort après avoir couru 400 mètres en 18 minutes. Heureusement, on a monté un collège d’experts pour écarter toutes les raisons inventées de la mort d’Adama. Du coup, l’enquête est relancée. C’est flagrant à quel point ils ne veulent pas qu’on leur demande des comptes. comme pour Adama. Les gendarmes dans tout ça ? Ils n’ont absolument rien à voir, c’est à peine s’ils l’ont touché… A les écouter, il est mort tout seul. Les experts ont clairement dit que, rencontre avec les gendarmes ou pas, il allait mourir le 19 juillet 2016. Il y a un truc mystique, quasi prophétique. Heureusement qu’il y a les premières déclarations des gendarmes où ils racontent qu’ils se sont assis à trois sur lui !

A contrario, combien de frères d’Adama ont été incarcérés depuis ?

En tout, cinq frères ont été condamnés, quatre incarcérés. Deux ont été remis en liberté. Reste en prison Yacouba et Bagui. Ce dernier attend son procès. Rappelons que 60 gendarmes, dont la brigade responsable de la mort d’Adama, ont porté plainte contre lui pour tentative d’assassinat.

« La famille Traoré devient responsable de tout ce qui lui arrive, on la fait passer pour une famille de délinquants. Cet acharnement a pour but de justifier implicitement et a posteriori la mort d’Adama Traoré. Maintenant c’est pareil avec Assa. Elle est la soeur d’une victime, elle n’est pas le bourreau ! »

Comment comprenez-vous cet acharnement ?

La force du Comité Adama, c’est l’opinion publique. Il nous fallait gagner politiquement l’opinion politique pour ensuite aller au combat judiciairement, c’est comme ça que ça se passe malheureusement. Les gendarmes et l’Etat établissent, eux aussi, une stratégie de défense : tout faire pour que les rôles soient inversés. Il faut donc criminaliser, salir dans l’opinion publique les proches de la victime. La famille Traoré devient responsable de tout ce qui lui arrive, on la fait passer pour une famille de délinquants. Cet acharnement a pour but de justifier implicitement et a posteriori la mort d’Adama Traoré. « Regardez qui ils sont, finalement, ils l’ont bien cherché. » Maintenant c’est pareil avec Assa. Elle est la soeur d’une victime, elle n’est pas le bourreau ! Tout le truc est là. C’est vicieux.

 

Propos recueillis par Loïc Le Clerc

Publié le 02/10/*019

Les SCOP-TI célèbrent leur victoire contre le « monstre » Unilever

 

Christophe Deroubaix (site humanité.fr)

 

Neuf ans après l’annonce de la fermeture de Fralib, les coopérateurs du site de Gémenos ont fait le point, en compagnie de Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, sur l’activité de l’usine de production de thés et infusions.

Marseille, Envoyé spécial. Il y a neuf ans, jour pour jour, ce vendredi 27 septembre, Unilever annonçait la fermeture de Fralib à Gémenos, près de Marseille. De manière presque cocasse, cet anniversaire a été fêté. Les SCOP-TI qui ont repris l’activité de production de thés et d’infusions sur le site, ont convoqué une conférence de presse sur le stand qu’ils tiennent à la foire de Marseille. « On est en train de réaliser ce qu’on avait dit pendant la lutte : Fralib va devenir un pôle de l’économie sociale et solidaire », a déclaré Olivier Leberquier, ancien responsable syndical CGT et actuel président du conseil d’administration de la SCOP. « La lutte a permis de s’attaquer à un monstre. On a fait la démonstration que des salariés pouvaient gérer une entreprise. Et pourtant Unilever ne nous a pas facilité la tâche en refusant de nous céder la marque Elephant qui existe à Marseille depuis 130 ans», a renchéri son acolyte, Gérard Cazorla.

SCOP-TI a fêté ses cinq ans durant l’été et le bilan est positif. Parmi les 76 salariés qui sont allés jusqu’au bout de la lutte, 42 sont devenus des coopérateurs, 24 ont pu prendre leur retraite à taux plein et une dizaine a décidé de se lancer dans des projets professionnels différents. Côté activité, les clignotants sont au vert : chiffre d’affaires multiplié par dix, croissance de ce même chiffre de 25% cette année et des projets foison. Très prochainement, la Métropole Aix-Marseille va céder les bâtiments et terrains à une SCI crées par deux mutuelles (Mutuelle France Unie et Mutuelle Entrain) qui les louera à SCOP-TI. Le loyer que verse cette dernière passera de 340.000 à 100.000 euros, dégageant de la trésorerie. C’est l’ombre au tableau: la faiblesse de la trésorerie. Un point sombre ? Les banques qui refusent d’accompagne ce projet à la hauteur nécessaire. Les SCOP-TI ont donc relancé la campagne de socio-financement (67.000 récoltés début juillet), suscité le projet mentionné ci-dessus de SCI et prévu de nouvelles innovations (vente de thé en vrac, passage de la gamme SCOP-TI en bio comme l’est déjà la gamme 1336.)

Invité à « fêter » cet anniversaire, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT a dépeint les SCOP-TI en « exemple concret qui peut conjuguer industrie, environnement et social. Et c’est un exemple qui devrait être mis plus en avant et plus regardé par les pouvoirs, ce qui leur permettrait de mettre en accord leurs actes et leurs paroles.»

 

Les produits de la SCOP-TI sont en vente à La Carmagnole

 

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