PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
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Publié le 23/08/2019

Raymond Aubrac, oublié des cérémonies de commémoration de la Libération de Marseille

Le grand Raymond Aubrac a été oublié des cérémonies de commémoration 2019 de la libération de Marseille. Pourtant, il était le Préfet-Commissaire de la République de la Ville, comme il le raconte dans son livre Où la mémoire s’attarde, aux éditions Odile Jacob (1996).

Voilà ce qu'écrit Aubrac dans son livre de souvenirs : "le Général de Gaulle me reçut le 7 août 1944 à la Villa des glycines. Pas un mot sur notre précédent tête à tête (rugueux). Il n' a pas été facile me dit-il de désigner un Commissaire de la république (préfet) pour Marseille. Avec l'accord de la Résistance, le choix s'est finalement porté sur vous" (sic).

Bonjour la réécriture fallacieuse de l'Histoire ! Bonjour la disparition méthodique, froide et concertée de la mémoire communiste !

Un torchon de livre "Lyon 1943", rédigé par un certain Chauvy, historien régionaliste amateur, auteur de seulement deux ouvrages raconte que Aubrac a "donné" Jean Moulin : naturellement, il s'agit d'un fake grossier. Non, ce n'est pas Aubrac qui a "donné" Moulin mais Hardy et la DST de l'époque comme l'explique Délétraz, femme agent de la DST à Mireille Albrecht, enquêtant sur ceux qui ont "donné" sa mère à la Gestpo : Berty Albrecht  fut victime elle aussi d'un coup de la DST. C'est ce qu'explique longuement Mireille Albrecht dans son livre souvenir sur sa mère intitulé "Berty" aux éditions Robert Laffont, collection vécu, 1986 :

1°)- Ele raconte comment des amis lui portèrent "France Soir" de mai 1950, à l'occasion du second procès Hardy, dont le titre en gros caractère était : "Mme DELETRAZ avoue qu'elle a livré la grande patriote Bertie Albrecht à la Gestapo" (sic).

2°)- Deletraz raconte comment elle est arrêtée en avril 1943 par la Gestapo. Voilà ce qu'écrit Mireille : "Dans les bureaux de la Gestappo, elle (Délétraz) rencontre à plusieurs reprises Multon, Mogue et HARDY, qui lui est ainsi présenté par Barbie :

- Voilà Madame un français qui a compris" (sic). Hardy fait donc partie des coupables.

Après un long interrogatoire avec Barbie, Elle prévient son chef, le commandant Broussard de la DST, qui lui dit de ne pas changer ses habitudes. Du coup, elle sert de souricière pour faire arrêter Bertie Albrecht. La deuxième fois, Barbie l'utilise pour faire arrêter Jean Moulin à Calluire. Elle était sensée donner du "menu fretin"(sic) : elle et son chef Broussard "donnèrent" Jean Moulin et Berty Albrecht... !

C'est donc la DST (DELETRAZ +GROUSSARD) + HARDY qui ont "donné" Moulin. La DST ne fut jamais inquiétée à la Libération.

On vit donc une inversion totale des valeurs : le Bien, les vrais héros comme Aubrac, sont portés au tribunal de l'Histoire par des gagne-petits menteurs comme Macron, incapable de se battre à la loyale. Le Bien est sensé être mieux que le Mal, alors qu'il participe d'une longue tradition humaniste remontant à Montaigne, structurant la vie de la société française. A présent, c'est le Mal et le Mensonge décomplexés, qui règnent en maitres absolus sur la planète. Une fois de plus je partage l'analyse d'Alain Benajam et de Chris Hedges, ex journaliste au New York Times.

PS : ARJUNA, lecteur de Médiapart, écrit : "Raymond Aubrac est le commissaire de la République qui va légaliser à Marseille les réquisitions d'entreprise sous gestion ouvrière. C'est aussi lui qui refusera le mythe mensonger de la police patriote et remplacera une police largement collaborationniste par les milices constituées en Forces républicaines de sécurité. Un bilan largement suffisant pour essayer de l'effacer de l'histoire".

Publié le 15/08/2019

#JusticePourSteve : 148 témoignages accablants pour la police

Le JDD a publié dimanche 148 témoignages recueillis par Média’Sons. Les participants à la soirée décrivent une police ultra-violente, refusant d’aider les personnes tombées dans l’eau et provoquant sciemment les fêtards en usant de flashballs, de grenades et même de tasers.

Pablo Morao (site revolution permanente.fr)

Le JDD s’est procuré 148 témoignages recueillis par l’association Media’Son afin d’éclairer les événements de cette soirée de Fête de la Musique Quai Wilson. Au lendemain d’une marche blanche à la mémoire du jeune homme à Nantes et alors que plusieurs enquêtes sont encore en cours, ceux-ci soulignent la brutalité des violences policières qui se sont abattus sur les fêtards ce soir-là.

De nombreux témoignages rapportent ainsi le caractère soudain du déferlement de gaz lacrymogènes et de grenades et la peur face à cette irruption de la violence policière. « J’ai eu deux peurs. Tomber par terre et arriver esquinté aux 60 ans de ma mère ; ou tomber dans la Loire et me noyer. » note ainsi un trentenaire interrogé par le JDD. Un témoin écrit quant à lui : « C’est encore douloureux dans mon esprit, j’ai vu des attaques violentes et gratuites dans ma vie, mais celle-ci était parfaitement infondée. »

Alors que des premières personnes tombent dans l’eau dans la panique générale causée par l’intervention policière, d’autres témoins rapportent avoir tenté d’alerter les CRS qui ont refusé de les écouter. « Cassez-vous ou on vous embarque ! » a ainsi rétorqué un CRS à l’un des participants venus alerter et demander du secours. Même récit de la part d’autres témoins des chutes dans la Loire, qui se sont quant à eux entendus répondre : « C’est pas notre boulot, c’est celui des pompiers. »

Outre la peur et le refus policier de porter secours, d’autres témoignages corroborent l’importance des violences physiques subies. Coups de matraques, grenades de dés-encerclement. Un fêtard raconte même avoir reçu « un coup de Taser dans le dos » de la part d’un policier cherchant visiblement la confrontation. Un autre explique : « un CRS m’a mis un coup de matraque sur le dessus du crâne, je suis tombé par terre et ai reçu plusieurs coups ».

Publié uniquement par bribes, ces 148 témoignages vont dans le sens des témoignages précédents ainsi que des vidéos de la soirée déjà publiés. Ils surviennent alors que 4 enquêtes sont encore en cours : une enquête contre X pour « homicide involontaire », une enquête de l’IGPN suite à la plainte de plus de 89 fêtards, une enquête liée à la plainte de policiers (!) concernant des jets de projectiles le soir du drame, ainsi qu’une enquête du défenseur des droits.

Il y a quelques semaines, les conclusions de la première enquête de l’IGPN qui avaient conclu à l’absence de lien entre la mort de Steve et l’intervention policière avaient indigné largement. Interrogé sur l’avancement des enquêtes, Laurent Nunez est revenu sur la première enquête de l’IGPN : « Vous dites que il n’y a pas de faute de la police… non, ce que dit le rapport c’est qu’il n’y a pas de lien entre la disparition de Steve et l’action de la police à ce stade… je dis bien à ce stade. » avant d’ajouter à propos des 148 témoignages : « Les témoignages dont vous avez parlé je ne doute pas une seconde qu’ils seront versés au dossier judicaire. »

L’histoire récente des affaires de violences policières laisse malgré tout sceptiques tous ceux qui réclament Justice Pour Steve quant à la possibilité d’obtenir justice de la part d’institutions qui ne condamnent jamais les responsables de ces drames. Dans ce cadre la mobilisation devra se poursuivre à la rentrée dans la rue pour espérer obtenir justice, pour Steve mais aussi pour Zineb Redouane, Adama Traoré et toutes les victimes des violences des forces de répression.

Publié le 14/08/2019

Montpellier : tentative de suicide après un rejet de demande d’asile

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Le drame survenu mercredi en présence des enfants de la malheureuse illustre l’effet destructeur des procédures opposées aux demandeurs d’asile

Mercredi 31 juillet, Madame S. S., Guinéenne, reçoit de l’OFPRA (Office français pour la protection des réfugiés et apatrides) les décisions concernant ses demandes d’asile en faveur de ses deux fillettes. Toutes deux sont rejetées. L’une des petites, née en France, aura un an ce 15 août. L’autre, née en Guinée, fête ses six ans. 

Alors que son compagnon – et père de la plus jeune enfant – est sorti effectuer des démarches, Madame S. S. tente de se jeter dans le vide depuis la fenêtre de l’appartement qu’occupe la famille, à un cinquième étage, dans le quartier de la gare à Montpellier. Mais les menaces de l’enfant de six ans, de l’accompagner dans son geste fatal, la retiennent. Elle se saisit alors d’un couteau, et entreprend de se tailler les veines – ce que l’enfant serait alors incapable de reproduire sur elle-même.

Quand revient le père, la maman baigne dans son sang dans le hall de l’appartement, avant qu’elle soit évacuée par le SAMU vers l’hôpital où elle sera prise en charge. Des accompagnants français de ce couple, authentifient le récit qui en est fait au Poing, dans la journée du lundi 5 août. D., frère de Mme S. S. a demandé cet entretien, convaincu qu’ « il faut alerter les gens sur la façon dont les procédures administratives de la demande d’asile peuvent finir par détruire des gens, qui sont poussés à bout ».

Mme S. S. et son compagnon, A-A M’B, lui camerounais, sont arrivés en France voici un an et demi, après un périple de plus de deux ans via la mer, et des attentes au Maroc et en Espagne. Mme S. S. argue des risques de graves démêlées avec sa famille, et notamment d’excision sur ses filles, en cas de renvoi en Guinée. Elle-même présente un certificat dresssé au CHU de Montpellier, faisait état d’excision sur sa propre personne (cela en appui de sa propre demande personnelle d’asile, déjà rejetée).

Concernant les fillettes, l’OFPRA justifie sa décision par le fait que la plus jeune, récemment issue du couple formé avec A-A M’B bénéficie de la double nationalité guinéenne et camerounaise (celle de son père), alors que le Cameroun ne présente pas de risque particulier. Il est à noter qu’en cas de séparation et retour forcés, rien n’indique que les enfants ne suivent pas plutôt leur mère vers la Guiné, au lieu du Cameroun paternel.

Quant à la plus âgée, issue d’une liaison précédente, l’OFPRA estime qu’il n’est pas prouvé qu’elle ne soit pas en fait issue du même père, ce qui la ferait alors bénéficiaire de la même double nationalité. Le certificat de naissance fourni à l’appui de la demande serait sujet à caution. La maman se défend : « En Afrique, ça ne se passe pas comme en France, c’est moins organisé, le certificat de naissance n’est pas automatiquent rentré dans les usages, et celui-ci a donc été établi tardivement, pour les besoins de la constitution du dossier. Pourquoi ne pas pratiquer un test d’ADN, on verra bien que les deux ne sont pas du même père » proteste Mme S. S., rejointe en cela par son compagnon.

Un recours sera engagé. Les accompagnateurs français, déjà mentionnés, estiment que le dossier reste parfaitement défendable, d’un point de vue juridique. Il est à noter l’étonnement des parents, du fait qu’aucun entretien spécifique n’a été organisé pour traiter des dossiers de demande d’asile des deux fillettes ; les conclusions produites renvoient, partiellement, à des observations effectuées pour la demande de la mère, précédente et distincte.

Sans préjuger de rien sur ce plan réglementaire, difficile à démêler pour qui n’en est pas spécialiste, il est à constater que le geste de Mme S. S., susceptible de déboucher sur une mesure médicale d’internement, illustre la fragilisation extrême des personnes relevant des procédures interminables et souvent opaques qui sont opposées aux demandeurs d’asile. Bien des militants, et autres spécialistes, finissent par considérer que cet effet de fragilisation, voire d’épuisement, compte parmi les objectifs délibérément recherchés par les dispositifs dissuasifs mis en place, qu’affrontent des personnes au départ assez solides pour prendre des risques considérables dans l’espoir d’une vie meilleure.

Publié le 12/08/2019

Montpellier : le syndicat ‘‘Alliance police nationale 34’’ traite les soutiens de Steve de ‘‘sous-être humains’’

par Le Poing (site le poing.net)

 

Le ministre de l'intérieur, Christophe Castaner, accompagné du délégué syndical d'Alliance police nationale 34, Rémy Alonso (photo extraite d'une publication facebook d'Alliance PN 34)

Le 3 août, plusieurs centaines de personnes ont manifesté à Montpellier pour dénoncer les violences policières et rendre un hommage à Steve, retrouvé mort noyé à Nantes suite à une charge de la police. Les contestataires, dont de nombreux gilets jaunes, ont défilé dans le calme, avant d’observer une minute de silence devant le commissariat. La manifestation était globalement tranquille et pourtant, le syndicat Alliance police nationale 34 a dénoncé « des comportements inacceptables envers les policiers de l’Hérault », pour finir par traiter les manifestants de « sous-être humains ».

 

« Barbares n’ayant aucun respect de la vie »

Dans le communiqué de presse, Alliance police nationale dénonce « les propos scandaleux scandés par les manifestants [qui] sont dignes de barbares n’ayant aucun respect de la vie et des êtres humains » et les « provocations d’une grosse partie des manifestants qui se sont comportés comme des sous-être humains ». Pourtant, aucune personne n’a été interpellée pour outrage ce jour-ci, et les slogans chantés ne sortaient pas de l’ordinaire : « Castaner, assassin », « La police mutile, la police assassine » ou bien encore « Police partout, justice nulle part ». Mais les indignations du syndicat sont visiblement à géométrie variable. Le 26 août, le délégué d’Alliance police nationale 34, Rémy Alonso, avait activement défendu un de ses collègues de la BAC de Montpellier qui avait copieusement insulté, sans brassard, une gilet jaune face caméra. Il avait expliqué à un journaliste de France 3 « qu’on ne sait pas exactement ce qu’il se passe avant », et avait prétendu que « les collègues ont tous leur brassard, sauf qu’ils sont parfois trop larges et peuvent tomber ».

 

Le communiqué parle aussi de policiers « meurtris dans leur chair ». Le propos est pour le moins malvenu, sinon provocant, quand on sait qu’à Montpellier, de nombreux gilets jaunes ont été mutilés par des policiers, comme Yvan, Kaina, Laurent, Geoffrey, Virgile, Axel ou bien encore Dylan. Rémy Alonso avait d’ailleurs défendu bec et ongles l’usage du LBD dans Midi Libre, en estimant que « la balle est en mousse : en aucun cas, elle ne peut casser des os. […] Une partie des blessures qu’on voit sur les réseaux n’ont pas été causées par des LBD, mais peut-être par des projectiles lancés par d’autres manifestants. » On est donc prié de croire que les médecins sont des fieffés menteurs, dont le neurochirurgien Laurent Thines, qui s’est déplacé le 1er août à Montpellier pour dénoncer les lésions graves causées par le LBD, dont des fractures.

 

Dangerosité sans limite

Rémy Alonso ose tout, c’est à ça qu’on le reconnaît. En mai 2018, il avait tranquillement proposé à la région Occitanie d’offrir la gratuité des transports pour les policiers, même quand ils ne sont plus en service, afin de garantir… la sécurité des voyageurs. Cette impudeur pourrait prêter à sourire, mais ce syndicat policier est puissant. Le 10 octobre 2017, un drapeau d’Alliance police nationale avait été volé par un manifestant à Montpellier, et la plainte du syndicat avait été directement relayée par le ministère de l’intérieur, conduisant trois mois après à trois perquisitions qui n’avaient rien donné. Quand le syndicat réclame que « les coupables », à savoir ceux qui auraient chantés « les slogans scandaleux » lors de la manifestation de soutien à Steve à Montpellier, soient « punis fermement », c’est donc loin d’être une menace en l’air…

 

Le 8 juin, à peine plus d’une semaine après l’interview du procureur de la République de Paris qui avait assuré que « des policiers seront renvoyés en correctionnelle » suite aux plaintes déposées par les gilets jaunes, le syndicat Alliance police nationale avait publié un tract menaçant : « Nous n’accepterons pas que nos collègues servent de bouc émissaire […] Alliance police nationale n’a pas peur d’avertir nos instances : si nos collègues venaient à être injustement condamnés, nous saurons ce qu’il nous reste à faire… […] L’ensemble des policiers est d’ores et déjà prêt à nous suivre ». Dans ces conditions, le « climat d’animosité » dénoncé par Alliance police nationale 34 dans son communiqué n’est pas prêt de s’atténuer…

Publié le 11/08/2019

Continuum de trois violences : politique, policière, pénale plus celle médiatique.


de : Christian DELARUE
 

(site bellaciao.org)

Continuum de trois violences : politique, policière, pénale et éventuellement celle médiatique.

On ne saurait se limiter à la violence policière la plus visible car il convient d’une part d’aller derrière l’apparence des choses (l’esprit scientifique ne se suffit pas du visible) et d’autre part de « penser processus » et non pas seulement état (la photo) ou le secteur.

Cela est utile pour percevoir toute l’ampleur de la DERIVE en cours concernant l’Etat de droit et la République pour tous et toutes . Dérive (processus contradictoire) qui va FORTEMENT vers l’Etat policier et la « République des gagnants et des forts », notamment les riches du 1% .

Partant de la violence policière comme CENTRALE mais certainement pas première ni même principale on peut alors voir plus véritablement une chaîne quasi continue de trois violences, soit un processus d’en-haut : la VIOLENCE d’AVANT (soit la destruction sociale et politique décidée avant la violence policière) et la VIOLENCE d’APRES (après la violence policière donc) avec une justice (parfois ou souvent ) problématique : blanchiment de la police manifestement coupable et sur-pénalisation de contestataires mesurés (ex : jeter un verre d’eau sur un élu c’est prison ferme).

Il faut intégrer bien souvent, en plus, la violence MEDIATIQUE d’une certaine presse d’allégeance aux puissants comme QUATRIEME VIOLENCE. Le dernier mépris de masse contre « bras cassés » fonctionnaires est ici exemplaire d’une haine d’en-haut contre les travailleurs modestes ciblés contre la fonction publique territoriale. La vidéo du MEDIA circule beaucoup en riposte et il est bon de la voir (lien ci-dessous).

Cette chaîne doit se voir aussi hors de France, à chaque fois, que l’on pense, à tort ou à raison, à titre d’hypothèse, qu’une dérive est en cours.

Christian DELARUE

Travaillisme, stigmatisation et placardisation dans la FPT : la vidéo été 2019 - Amitié entre les peuples http://amitie-entre-les-peuples.org/Travaillisme-stigmatisation-et-precardisation-dans-la-FPT-la-video-ete-2019

 

 

Publié le 10/08/2019

Parlons (Inter) Net

 

Selon l’IGPN, aucun lien entre un tas de fumier et un député LREM (1)

 

Les CRS sont entrés chez moi, accompagnés du député LREM, ceint d’une écharpe tricolore. Le député prit de l’argent dans la tirelire des gosses, fit les poches de pépé, se servit dans mon portefeuille tandis que les keufs me donnaient des coups de pied et de matraque, traitaient ma femme de salope, de truie, de fainéante et d’illettrée alcoolique, tiraient au LBD dans l’œil de ma sœur, détruisaient tout ce qui était jaune (gilet, ballon de baudruche, bouteille de pastaga et une reproduction d’un tableau de Van Gogh). Ils repartirent en lançant une grenade dans chaque pièce et en embarquant (pour outrage à agent) mon frère ensanglanté et menotté comme Al Capone.

Le député LREM ricana quand un RoboCop me déconseilla d’aller écouter de la musique au bord d’un fleuve.
Alors, je perdis mon sang froid et j’expectorai un loooong crachat qui s’écrasa sur la vitrine de sa permanence.

Macron, les ministres, les députés et militants LREM, les médias et la Justice condamnèrent répétitivement ce geste antirépublicain d’une rare violence, violence, violence, violence, violence, violence…

Théophraste R. Auteur de l’essai (en cours d’écriture) : « Quel type de tribunal devra juger Macron, Philippe, Castaner, les procureurs, les flics aux LBD, les agents de la BAC ? ».

Note (1). Lu sur Facebook.

 

 

Publié le 09/08/2019

Lettre ouverte aux forces de l’ordre encore dignes de leurs fonctions: réagissez!

Si je m’adresse à vous, forces de l'ordre, ce n’est pas pour vous faire la leçon, mais pour vous dire à quel point les politiques policières menées depuis quelques temps vous desservent. Pour que cessent les souffrances et les violences engendrées par une politique inhumaine, de caste, j’en appelle à votre sens de l’honneur. Ne laissez pas un métier honorable devenir pitoyable.

Si je m’adresse à vous dans cette lettre ouverte, ce n’est pas pour vous donner des leçons, mais pour vous dire à quel point les politiques policières menées depuis quelques temps vous desservent.

La population des petites gens, des gens de rien, méprisée par le pouvoir, avait du respect pour vous et croyait en votre devoir de protection.

Ce n’est plus le cas. Les violences, les bavures policières, les mensonges, les manipulations se retournent contre vous et ce que vous devriez représenter.

Nombre de vos camarades épuisé.e.s choisissent le suicide pour échapper à l'inacceptable. Le «travail» qu’on vous demande d’exécuter est intolérable et inadmissible pour moi et aussi à beaucoup d’autres ! J’ai beaucoup de peine. 

Mon grand-père était policier, il m’a appris le respect de la police qui nous protège. 

Et, comme je l’ai déjà fait lors de conférences de presse, notamment le 29 avril, alors qu’une chaîne T.V. voulait que je vous «enfonce», je veux mettre en avant la réalité du malaise exprimé par beaucoup d'entre vous et pointer les suicides qui déciment vos rangs.

Comment la place Beauvau et le Président ne se posent-ils pas la question du pourquoi de ces situations désespérées?

Si je lutte aujourd’hui aux côtés des Gilets jaunes, et autres mouvements, c’est pour construire un autre monde que je pense possible : plus humain, plus juste, pour la dignité de toutes et de tous, dans l'espoir d'une vie meilleure. Y compris pour vous, fonctionnaires sous-payé.e.s, faisant de nombreuses heures souvent non récupérées. Vous êtes au bord de l’épuisement et certain.e.s plus du tout dans le discernement des ordres reçus. Ordres que vous avez encore la possibilité de refuser

Je m’adresse surtout à celles et ceux qui se sentent éclaboussé.e.s par les violences, bavures et mensonges policiers, y compris de leurs supérieur.e.s comme par le refus de l’I.G.P.N. de procéder à de vraies enquêtes permettant des poursuites.

Le résultat : vous êtes tous et toutes amalgamé.e.s à ces pratiques révoltantes à juste titre!  

Nous devrions être ensemble, nous respecter. 

Comment accepter que ce pouvoir nous jette les un.e.s contre les autres, vous face au peuple?

Pour que tout cela cesse, les souffrances et les violences engendrées par une politique inhumaine, de caste, j’en appelle à votre sens de l’honneur et des responsabilités ; ne laissez pas un métier honorable devenir pitoyable. 

Réagissez !

Publié le 08/08/2019

Parlons (Inter) Net

 

Selon l’IGPN, aucun lien entre un tas de fumier et un député LREM (1)

 

Les CRS sont entrés chez moi, accompagnés du député LREM, ceint d’une écharpe tricolore. Le député prit de l’argent dans la tirelire des gosses, fit les poches de pépé, se servit dans mon portefeuille tandis que les keufs me donnaient des coups de pied et de matraque, traitaient ma femme de salope, de truie, de fainéante et d’illettrée alcoolique, tiraient au LBD dans l’œil de ma sœur, détruisaient tout ce qui était jaune (gilet, ballon de baudruche, bouteille de pastaga et une reproduction d’un tableau de Van Gogh). Ils repartirent en lançant une grenade dans chaque pièce et en embarquant (pour outrage à agent) mon frère ensanglanté et menotté comme Al Capone.

Le député LREM ricana quand un RoboCop me déconseilla d’aller écouter de la musique au bord d’un fleuve.
Alors, je perdis mon sang froid et j’expectorai un loooong crachat qui s’écrasa sur la vitrine de sa permanence.

Macron, les ministres, les députés et militants LREM, les médias et la Justice condamnèrent répétitivement ce geste antirépublicain d’une rare violence, violence, violence, violence, violence, violence…

Théophraste R. Auteur de l’essai (en cours d’écriture) : « Quel type de tribunal devra juger Macron, Philippe, Castaner, les procureurs, les flics aux LBD, les agents de la BAC ? ».

Note (1). Lu sur Facebook.

Publié le 07/08/2019

Parlons (Inter) Net

Répliquons du tag au tag

 

(site legrandsoir.info)

Un tag sur une permanence LREM, un tas de fumier sur le palier, et voici la classe politico-médiatique en émoi. « Attentat ! » s’égosille Castaner. Les autres : « Atteinte à la démocratie, à la liberté, à la République ! ». Pire que si les Gilets Jaunes et les paysans avaient arraché un oeil et une main à Marianne.

Les macroniens peuvent tout nous faire : diminuer l’APL des jeunes et les retraites des vieux, bloquer le SMIC, supprimer l’ISF, vendre aéroports, barrages et tout ce que voudront les copains-coquins, araser en quelques mois 70 ans de conquêtes sociales, détruire le Code du Travail, supprimer les CHSCT, fermer écoles et maternités, réduire le droit de manifester, lâcher les policiers sur les foules pacifistes, les encourager à matraquer, gazer, éborgner, gifler, insulter, humilier, embarquer sans raison, mentir pour étoffer des dossiers répressifs.

Ils sont les plus forts.

Mais que de l’encre souille leurs murs et que de la paille sale encombre leur porte d’entrée et les voilà hurlant leur douleur dans les médias des milliardaires. Allô maman, bobo ! La République est en danger, la démocratie estropiée, la loi bafouée, le Parlement nié, les droits de l’Homme écornés.

Ils sont les plus douillets.

Dès lors, de nouvelles lois, de nouvelles condamnations par une Justice asservie s’imposent, car les macroniens sont comme cet émir de Coluche qui, se coinçant un doigt dans une porte d’hôtel à Cannes, s’écria : « Vite ! va m’acheter une clinique ! »

Théophraste R. Auteur de la chanson (inachevée) : « Monsieur le méprisant, je vous fais une lettre (sur le mur) », etc.

 

Publié le 05/08/2019

#JusticePourSteve

Assez d’enfumage ! Vérité et justice pour Steve. Castaner démission

A peine Steve était-il retrouvé mort dans la Loire que Castaner et Philippe sortaient leur botte de Nevers pour dédouaner la police et l’Etat. Citant les résultats de l’enquête de l’IGPN, ils excluent par avance toute responsabilité des policiers. De leur côté, plusieurs voix, dont celle de La France insoumise, dénoncent la partialité de la « police des polices » et réclament, une enquête parlementaire… Mais est-il possible que la vérité surgisse d’institutions au service de la bourgeoisie et d’Emmanuel Macron … ? C’est sur nos propres forces que nous devons compter pour que justice soit rendue à Steve.

Claude Manor (site revolutionperrmanente.fr)

Criminalisation de la contestation et impunité policière : une stratégie bien rodée

Nier, nier, nier, accuser les victimes, récompenser les coupables. Plus la violence se déchaîne dans les rangs du bras militaro-policier de Macron, plus la stratégie du déni et du mensonge s’installe. Les « affaires » se multiplient, démontrant à chaque fois, simultanément, les incroyables exactions dont l’appareil d’Etat se rend coupable et les forces qu’il déploie pour faire taire les medias alternatifs et museler la justice.

Benalla d’un côté, et de l’autre, Zineb Redouane, Geneviève Legay, Steve Caniço… et bien d’autres. Non content de faire traîner en longueur les enquêtes à l’encontre de la police, le gouvernement de Macron se signale dans l’histoire par l’incroyable démonstration d’impunité qu’il met en place pour encourager la violence répressive d’Etat.

Benalla d’abord. Si le barbouze de Macron a passé un court séjour en prison ce n’est pas en raison d’un jugement rendu sur les accusations portées contre lui, mais tout simplement parce qu’il n’avait pas respecté l’interdiction de contact avec son comparse. Pour le reste de « l’affaire » la lumière n’a toujours pas été faite et justice n’a pas été rendue.

Sept mois après la mort de Zineb Redouane, atteinte à sa fenêtre par un tir de grenade lacrymogène, le policier qui a tiré n’a toujours pas été identifié. Dans ce dossier, où les écueils judiciaires s’accumulent, on découvre que la caméra qui aurait dû filmer l’incident, était soi-disant en « dysfonctionnement » ce jour-là… La famille de Zineb porte plainte contre la « police des polices » pour « faux en écriture publique aggravé ».

Quant à Geneviève Legay, grièvement blessée lors d’une manifestation en Mars, à Nice, Macron était immédiatement monté au créneau pour déclarer au journal Nice Matin qu’elle « n’[avait] pas été en contact avec les forces de l’ordre ». Or, on a appris il y a quelques jours, de l’aveu du procureur de Nice lui-même, qu’il avait travesti les faits pour ne pas embarrasser Macron.

Aujourd’hui, Lorsque Castaner déclare, en se référant au rapport de l’IGPN, qu’il n’y a « pas de lien » entre la disparition de Steve et « l’intervention des forces de l’ordre qui était justifiée » », Il n’y a rien de nouveau sous le soleil de feu Jupiter. C’est la même stratégie pourrie qui est à l’œuvre.

L’impasse des enquêtes parlementaires ou sénatoriales

Depuis des semaines que la pression populaire monte à Nantes et dans toute la France, pour exiger de savoir « où est Steve », on voit bien que le pouvoir ne s’est pas précipité pour retrouver le corps. Il est à noter d’ailleurs que, alors que des moyens de recherche officielle soi-disant sophistiqués étaient en cours de déploiement, c’est un simple bateau, qui ne le cherchait pas, qui l’a découvert….

Quand on entend les déclarations immédiates de Castaner et d’Edouard Philippe, prudemment retranchés derrière le rapport de l’IGPN, il est évident que ce n’est pas sur eux que l’on peut compter pour « faire la lumière ». Il est donc logique de chercher une autre voie. C’est ce qu’ont immédiatement proposé certains opposants politiques à Macron. Sous le hashtag #JusticePourSteve, des parlementaires se sont exprimés pour demander « toute la lumière ». Le député écologiste David Cormand a évoqué « colère » et « sidération », tandis que le socialiste Guillaume Garrot a annoncé qu’« après le temps du deuil devra venir celui de la justice ». Des vœux dont on ne voit cependant pas très bien comment ils pourraient être satisfaits.

Les Insoumis, quant à eux, ont exprimé l’intention d’aller plus loin. Invité de BFMTV, le député LFI, Éric Coquerel, a exigé « que la justice soit faite », et « maintenant ». Les députés Insoumis ont réclamé la création d’une commission d’enquête parlementaire concernant « les circonstances globales qui sont arrivées ce soir-là ».

Pourtant, on peut s’interroger sur l’efficacité potentielle d’une enquête parlementaire en de telles circonstances. Pour reprendre les affaires qui ont jalonné les derniers mois du régime Macron, il est éclairant de revenir sur l’affaire Benalla. Dès le 19 juillet, à l’amont du processus d’investigation, la commission des lois de l’Assemblée nationale se constituait en « commission d’enquête parlementaire », suivie le lendemain par une commission composée de sénateurs devant réaliser ses propres auditions.

Mais comment l’assemblée nationale, où LREM est majoritaire, aurait-elle pu constituer en son sein une commission indépendante du pouvoir ? Pouvait-il s’agir d’autre chose que d’une mascarade ? Ce qu’à l’évidence elle a été. Quant à l’enquête du Sénat, on aurait pu, si les choses n’étaient pas aussi graves, s’esclaffer en entendant Benalla, usant et abusant du principe de « séparation des pouvoirs » inscrit dans la Constitution, rétorquer régulièrement qu’il ne répondrait pas aux questions des sénateurs pour la bonne et simple raison qu’une enquête judiciaire était en cours.

Ces institutions, qu’il s’agisse de l’Assemblée nationale ou du Sénat, sont ce qu’elles sont : des institutions bourgeoises destinées à assurer la stabilité du pouvoir aux mains des classes dominantes. Si l’Assemblée peut constituer une tribune politique intéressante pour les représentants de la classe ouvrière et les couches populaires, elle ne peut en aucun cas être garante d’une quelconque indépendance de classe en matière de contrôle de l’Etat, de ses pratiques et a fortiori de ses exactions.

Dans le cas dramatique de Steve, les questions dont pourraient se saisir une commission parlementaire, même si elles sont susceptibles de générer d’intéressantes contradictions politiques, ne seraient que de très peu d’utilité pour éclairer ce qui pourrait s’avérer, dans le cadre de l’enquête judiciaire, comme un réel homicide.

C’est par nos propres moyens que nous devons imposer vérité et justice pour Steve et la démission de Castaner

Faut-il pour autant renoncer à vouloir imposer vérité et justice pour Steve ? Nul besoin de se perdre dans les méandres des enquêtes administratives, ni dans les chaînes de décision d’un pouvoir dont on connaît tout l’autoritarisme et la centralisation pour aller chercher une vérité dont beaucoup d’éléments dessinent déjà très largement les contours.

Les images vidéo dont on dispose, les témoignages, et le fait que plus de 11 personnes se soient retrouvées dans la Loire en même temps que Steve donnent déjà l’amplitude des conditions dans lesquelles celui-ci est mort noyé. Rien qu’avec les informations disponibles à ce jour, les affirmations du rapport de l’IGPN ne tiennent pas la route et on ne nous les fera pas gober. Pas plus que les promesses de « lumière » que tentent de faire miroiter les Castaner et Philippe.

S’il s’agissait de constituer une commission indépendante pour rechercher la vérité sur les circonstances de la mort de Steve, elle ne pourrait être constituée que de représentants des organisations ouvrières et démocratiques, des gilets jaunes et des collectifs représentant ceux, qui depuis des mois et des années, sont victimes de la répression policière.

Un mouvement puissant est enclenché depuis des semaines autour de tous les rassemblements, manifestations, affiches, messages qui ont réclamé inlassablement de savoir « où est Steve ». Désormais, comme on le redoutait, on sait qu’il est mort noyé dans la Loire. Ce que veulent toutes celles et ceux qui se mobilisent, c’est qu’éclatent au grand jour les témoignages, les preuves de la violence qui a conduit un jeune qui venait faire la fête et qui ne savait pas nager à se retrouver dans la Loire. Ce qu’ils veulent, c’est que les crimes que sont les violences policières ne demeurent pas impunis mais que les responsabilités soient dénoncées jusqu’au sommet de l’Etat. C’est en ce sens que le mot d’ordre « Castaner Démission » a commencé à fleurir. Contrairement à ce qu’affirment Edouard Philippe et les membres de la majorité parlementaire qui font bloc derrière lui, le premier flic de France est pleinement responsable dans cette tragique affaire, mais il l’est également pour toutes les victimes de violences policières qui se sont multipliées dangereusement pour atteindre un nombre record ces derniers mois dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes.

Publié le 03/08/2019

À la marche pour Adama Traoré : « Nous sommes des gilets jaunes depuis notre naissance »

par Eros Sana, Ludo Simbille, Thomas Clerget (site bastamag.net)

Samedi 20 juillet, plusieurs milliers de personnes ont défilé dans les rues de Beaumont-sur-Oise pour réclamer justice et vérité sur la mort d’Adama Traoré, tué il y a trois ans lors d’une interpellation par des gendarmes. Particularité de cette troisième « marche pour Adama » : la participation, sur fond d’extension des violences policières, de gilets jaunes, de syndicalistes et militants des mouvements sociaux, de gilets noirs, et d’associations de défense des droits humains. Retour sur un moment inédit.

Ce devait être un « acte historique ». Pour leur 36ème samedi de mobilisation ce 20 juillet 2019, les gilets jaunes ont choisi de défiler dans les rues de Beaumont-sur Oise, au nord de la région parisienne, à l’occasion de la « troisième marche pour Adama ». Trois ans plus tôt, Adama Traoré décédait suite à son interpellation musclée par trois gendarmes. Depuis, le comité La vérité pour Adama lutte pour obtenir justice. Aucun des gendarmes n’a, à ce jour, été mis en examen. En février dernier, une contre-expertise financée par la famille a balayé les conclusions des rapports précédents qui imputaient le décès à la victime elle-même – alcool et drogue, maladie génétique, ou course effectuée pour échapper aux gendarmes.

« Mettez-vous à notre place... Mon frère est mort de tout, sauf des causes réelles de sa mort !, déplore en conférence de presse Lassana, membre de la famille Traoré. Ce n’est plus avec les larmes que nous combattons désormais. C’est avec la détermination. Nous voulons simplement la vérité ! » Assa Traoré, la sœur d’Adama, vient de signer une tribune énumérant celles et ceux qui auraient entravé la procédure judiciaire. « Nous aurions aimé ne pas refaire cette marche, et être devant la justice pour mon frère, lance-t-elle avant la manifestation. Il y a aujourd’hui tous les éléments pour une mise en examen des gendarmes, mais les juges les protègent. Nous n’avons plus confiance. Nous voulons un procès, nous voulons qu’ils répondent de leurs actes ! »

 « Aujourd’hui, c’est au tour des gilets jaunes de venir dans un quartier populaire »

En parallèle de la bataille juridique, le comité tente de construire des ponts avec d’autres luttes. Celles des agriculteurs, des écolos, des zadistes, des syndicalistes, des universitaires… Depuis des mois, le comité multiplie les actions et les déplacements, comme un tour de France des quartiers populaires. « Le combat pour Adama a dépassé la famille Traoré, il appartient à tout le monde », affirme Assa. Et aurait désormais, souligne-t-elle, des répercussions en Allemagne, en Belgique, au Canada, aux États-Unis, en Italie…

En décembre dernier, le comité Adama avait appelé les quartiers populaires à rejoindre le mouvement des Gilets jaunes. Quitte à surprendre... Mahamadou, frère de Gaye Camara, abattu de huit balles par un policier de la Brigade anti-criminalité (Bac) en janvier 2018 à Épinay, s’était lui montré plutôt réticent à une telle jonction. Avant, finalement, de se laisser convaincre : qu’il s’agisse de la précarité, des violences policières, « nous sommes les premiers touchés, constate-t-il. En réalité, nous sommes des "Gilets jaunes" depuis notre naissance. » Ce samedi à Beaumont, c’était donc un peu le match-retour. « Aujourd’hui, c’est au tour des gilets jaunes de venir dans un quartier populaire, dans le 95, à 50 km de Paris », explique Youcef Brakni, l’un des porte-paroles du comité organisateur.

Syndicats, défenseurs des droits humains et Gilets noirs au rendez-vous

Pari réussi. Environ 3000 personnes [1] ont répondu présent à l’appel du Comité Adama à converger en gare de Persan-Beaumont. Vers 15 heures, la marche démarre, avec un cortège plus diversifié que les années précédentes. Des gilets jaunes sont venus d’Amiens, de Saint-Nazaire, de Paris, de Rungis et d’ailleurs… On croise les postiers des Hauts-de-Seine, sortis victorieux de leurs quinze mois de grève. On aperçoit des antifas, des groupes écologistes, des drapeaux CGT, Solidaires ou CNT marquant une présence syndicale, ainsi que des membres d’Amnesty International. L’ONG de défense des droits humains a appelé pour la première fois à rejoindre la marche, tout comme la Ligue des droits de l’homme (LDH). Des figures politiques de la gauche défilent, comme des porte-paroles du NPA ou des députés France insoumise.

Plus loin dans le cortège, les « Gilets noirs » assurent une ambiance animée, dénonçant l’arbitraire et la répression subis par les immigrés sans papiers : « Ni rue, ni prison. Papiers et liberté ! », ou encore « Pierre par pierre, mur par mur, nous détruirons les centres de rétention ! » Ils ont occupé le Panthéon le 12 juillet pour revendiquer, notamment, la régularisation collective de leur situation, et dénoncer un racisme institutionnel (lire notre article ici). « Nous voulons être régularisés, avoir une vie normale. Les gilets noirs, c’est juste un nom. Nous sommes des gilets jaunes noircis par la colère », précise l’un d’eux à la tribune, très applaudi. Deux autres mouvements de sans-papiers participent à la marche.

Une « alliance » des luttes plutôt qu’une convergence

« Les marches pour Adama, c’est comme ça : il y a tout le monde, s’est félicité Youcef Brakni. Toutes les tentatives, auparavant, avaient échoué. Nous avons réussi, et on peut en être fiers ! » La fameuse « convergence des luttes » est-elle en route ? « Il y a des années qu’on en parle. Aujourd’hui, je comprends un peu ce que le mot veut dire », explique Lassana, l’un des frères d’Adama. Pour autant, l’initiative est davantage décrite comme une volonté de travailler à une « alliance » des mouvements sociaux, dans laquelle chaque composante resterait maître de sa ligne de conduite.

C’est d’abord autour des violences policières et des « dénis de justice » que le rassemblement s’est construit. « Cette journée a été nommée "Ripostons à l’autoritarisme", précise Youssef Brakni. C’est un espace créé avec les mouvements qui luttent pour les droits, pour l’égalité, et qui subissent cet autoritarisme. » « Nous avons une police, insiste Assa Traoré, qui est violente, répressive, qui n’est pas dans le dialogue et qui charge tout de suite. Les médailles distribuées aux responsables policiers par Christophe Castaner, c’est une insulte. Un pays sans justice, a conclu la sœur d’Adama, est un pays qui appelle à la révolte. »

Familles en quête de justice

« Assassins, Assassins ! » Lors du passage devant la gendarmerie de Persan, où Adama est mort, le cortège bouillonne. Il devient ensuite silencieux afin de respecter une courte prière en mémoire du jeune Beaumontois, mort le jour de ses 24 ans.

Des pancartes et des slogans demandent « Où est Steve ? », ce jeune homme disparu à Nantes le soir de la dernière fête de la musique, suite à une charge des forces de l’ordre au bord de la Loire. Des proches de victimes des forces de l’ordre défilent à la tribune pour raconter leur histoire. La famille de Curtis, mort percuté par un autobus à Massy après une course-poursuite avec la Bac ; celle de Zakaria Touré, mort menotté après avoir reçu un coup de Taser au sein même de l’hôpital de Troyes. Aurélie, la sœur d’Angelo Garand, ce jeune détenu en permission « mitraillé » de cinq balles à bout portant par une antenne du GIGN dans un camp de gens du voyages, en plein barbecue familial.

Verdict : « Deux non-lieux décidés dans des bureaux, par des gens en costume », dénonce Aurélie au micro. Ramata Dieng, elle aussi, raconte son combat et la douleur de sa famille. Cette figure infatigable de la lutte contre les crimes policiers est la sœur de Lamine Dieng, plié, attaché, puis asphyxié sous le poids de cinq agents agenouillés sur lui pendant vingt minutes. Après dix ans de combat, l’instruction s’est soldée par un non-lieu, confirmé par la Cour de cassation en juin 2017.

« Nous avons un devoir envers les victimes, c’est la vérité ! »

La famille se tourne désormais vers la Cour européenne des droits de l’Homme, et demande, pétition à l’appui, l’interdiction des techniques d’immobilisation employées. « Nous avons un devoir envers les victimes, c’est la vérité et on la clamera aussi longtemps que possible ! », conclut Ramata Dieng. Awa se bat elle aussi pour obtenir la vérité, et le procès du policier qui a tué son frère Babacar Gueye le 3 décembre 2015, de cinq balles dans le corps, alors qu’il tenait un couteau. L’affaire a d’abord été classée sans suite. Mais récemment, un nouveau rapport a montré que les balles avaient été tirées de côté, et non de face comme l’a affirmé l’auteur des coups de feu pour faire valoir la légitime défense.

Selom et Matisse ont quant à eux été renversés par un train à Lille en décembre 2017, suite à une course poursuite avec la police dans des circonstances peu claires. « Ça fait dix-huit mois qu’on se bat, et là on n’a plus de juge. Aujourd’hui c’est la police impliquée dans l’affaire qui fait passer les auditions, se désole Peggy, la maman de Selom. Je voudrais remercier les gilets jaunes qui ont reconnu ce qui se passe dans nos quartiers. »

« Pas d’égalité sociale sans égalité raciale »

Ces noms, ces visages, ces histoires viennent s’ajouter à la longue liste des personnes décédées lors d’interventions des forces de l’ordre dans les quartiers et zones périphériques (lire notre travail de recensement et d’analyse ici). Mais depuis novembre, la violence a aussi massivement touché les Gilets jaunes, provoquant dans leurs rangs plus de 500 blessés, 24 personnes éborgnées, cinq mains arrachées. En février, une marche blanche en soutien à Sébastien, qui avait vu sa main arrachée par une grenade devant l’Assemblée nationale, a déjà réuni Gilets jaunes et collectifs contre les violences policières dans les rues d’Argenteuil.

 « Tous les collectifs ont à apprendre les uns des autres », souligne Omar Slaouti, membre du collectif Vérité et Justice pour Ali Ziri, tué à Argenteuil par des policiers en 2007. Et de saluer la réussite de l’événement : « Ce rendez-vous là n’est pas un de plus, il s’inscrit dans la continuité des luttes. Nous sommes tous embarqués dans cette histoire. Il n’y aura pas d’égalité sociale, si on ne reconnaît pas qu’il n’y a pas, dans ce pays, d’égalité raciale. »

Triste symbole de cette « continuité » : la mort de Zineb Redouane. Cette octogénaire a été tuée par une grenade lacrymogène lancée par un CRS et reçue en plein visage, alors qu’elle refermait ses volets, lors du passage d’une manifestation le 1er décembre à Marseille. Devant les entraves répétées au bon déroulement de l’enquête, révélées par plusieurs médias (lire ici), sa famille a fait appel à une contre-autopsie en Algérie, qui a indiqué que le décès de la vieille dame provenait bien du tir policier. Sa fille Milfet Redouane a fait lire une lettre de soutien au comité Adama. « Vérité, justice et dignité sont nos droits les plus élémentaires », conclut le texte.

« Il n’y a plus de couleur de gilet, jaune ou noir, il n’y a qu’un peuple qui en a marre de subir depuis quarante ans »

Les témoignages visaient à provoquer une prise de conscience de la violence subie par les quartiers populaires. Signe que le message est passé, Maxime Nicolle, l’un des visages du mouvement des gilets jaunes, présent tout comme Priscilla Ludovski, a entamé un mea culpa : « Je m’excuse parce que depuis des années vous perdez des frères, des sœurs, des cousins, des cousines. Vous vivez pire que ce que l’on vit depuis neuf mois. Pardon de ne pas avoir su, de ne pas avoir entendu, et pardon d’avoir cru ce que les médias disaient. » Sa présence fait grincer des dents – « Qu’est-ce qu’il fait là ? Il a tenu des propos intolérables », entend-on dans la foule – mais son intervention est plutôt saluée : « Ils font tout pour nous diviser depuis des années. Est-ce que c’est possible qu’on lutte tous ensemble – gilets jaunes, gilets noirs, collectifs de familles qui ont perdu un proche ? »

La soirée se termine dans une ambiance bon enfant et musicale. Des discussions s’improvisent, des liens se tissent autour d’un repas à prix libre. Sur scène les enfants se défoulent. Avant eux, les gilets jaunes étaient montés danser sur l’estrade. L’une d’eux s’emballe : « Maintenant il n’y a plus de couleur de gilet, jaune ou noir, il n’y a qu’un peuple qui en a marre de subir depuis quarante ans. » Avant la marche, un commerçant de Beaumont confiait que les gens d’ici étaient plutôt partagés sur cette histoire. La maire s’était elle montrée carrément hostile à la famille Traoré. Sur le trajet de la manifestation, une riveraine affichait une pancarte à son volet : « Justice. »

Ludo Simbille, avec Thomas Clerget

Publié le 01/08/2019

Réflexions d'une gilet jaune au coeur de l'été

C'est la première fois que j'écris sur ce blog. C'est difficile! Comme la première manif, la première fois qu'on crie un slogan, la première fois qu'on dresse un panneau au dessus de sa tête!

Comme la première manif, la première fois qu'on crie un slogan, la première fois qu'on dresse un panneau au dessus de sa tête!

On nous a appris à être polis, bienveillants et respectueux (heureusement!), mais sans nous en rendre compte, nous sommes devenus lisses, formatés, fatalistes,indifférents...

Jusqu'au jour où... Pour moi ce fut le 17 novembre 2018...

Sur un péage d'autoroute d'abord, puis au bout de quelques semaines, faute d'accès au péage, sur un rond point tous les week end pendant 8 mois.

8 mois, c'est court et c'est long : 8 mois où le sentiment d'injustice prédomine, mais aussi les interrogations, les doutes, le désespoir... Puis à nouveau l'espoir et l'envie de se battre encore qui reprennent le dessus!

8 mois où l'on découvre les autres, des galères qu'on imaginait pas, des chômeurs, des femmes seules, des ouvriers, des retraités, quelques intellos...mais aussi des écrits, des médias...8 mois pendant lesquels on découvre les ressorts de la manipulation et de la désinformation...

J'avais en tête que nous étions encore une démocratie, ayant un peu voyagé et vu bien des errements dans quelques pays traversés. Aujourd'hui j'ai compris que nous sommes en train de perdre l'essentiel !

Nous ne nous battons plus seulement pour un pouvoir d'achat vital, mais aussi pour la justice, pour notre dignité, pour notre avenir, celui de nos enfants et petits enfants.

Sur notre rond point, il m'était parfois difficile d'entendre parler d'immigration d'une certaine façon... Et quant au soir des élections européennes, quelques uns ont fêté la toute petite défaite de Macron, pour moi c'était notre grosse défaite à tous...

Mais dans ce mouvement exceptionnel, il faut aller au delà des déceptions, des préjugés et des étiquettes... Car pour quelques unes de ces personnes que je n'aurais pas approchées avant, au delà des slogans faciles et phrases toutes faites que j'ai pu entendre, j'ai trouvé en elle parfois , offertes sans calcul, des pépites de générosité, de gentillesse, d'humanité.

Ce n'est ni tous les jours, ni partout, je ne fais pas d'angélisme!! Mais j'ai été témoin de belles choses.

L'écoute et la lecture des médias qui font l'opinion n'ont en revanche que renforcé mes convictions. La manipulation de la population via ces médias a été et est toujours honteuse. Je proposerais volontiers un boycott d'une semaine au moins de ces chaînes d'infos en continu, afin que leurs annonceurs s'affolent!  Une semaine sans experts, éditocrates, députés LREM débitant leurs éléments de langage sans en changer une virgule, conseils infantilisants, on devrait pouvoir y arriver!!!

Que diffusent ils en boucle aujourd'hui ? Une malheureuse chaise à moitié calcinée, balancée en flammes dans la rue, puis replacée dans la permanence LREM au milieu de verre brisé! C'est pas bien, c'est sûr, mais si c'est intolérable.... on a été moins prompt à s'offusquer d'autres dérives! Que dit-on de Steve ?

Ce n'est pas une chaise brûlée, c"était un jeune homme venu écouter de la musique un soir d'été... Mort pour rien!

La police, la justice, les médias sont les premiers garants d'une démocratie...Et ces 3 piliers sont en train de s'effondrer!!

Et puis il y a la Planète TERRE! Tous se réclament de l'écologie, et plus encore maintenant après le score des écolos aux européennes... 

Pourtant le gouvernement et les députés LREM nous imposent le CETA, puis bientôt le MERCOSSUR... On garde le glyphosate encore un peu, et du plomb dans les crèches et écoles autour de Notre Dame, il n'y en avait pas ( Merci Mediapart!)

Nicolas Hulot avait dénoncé le pouvoir des lobbies...Cela a-t-il changé depuis son départ ? A Marseille et Nice, un navire de croisière pollue hors de toutes normes...mais on interdit l'accés des vieux véhicules d'artisans ou de particuliers qui ne peuvent faire autrement pour travailler.

Le géant Wolkswagen dont on a bien vite oublié le scandale du "Diesel Gate" sponsorise tranquillement l'équipe des bleus... mais le particulier devra laisser sa voiture au garage certains jours. Les gros tricheurs ne seront jamais vraiment punis, mais les simples citoyens sont des assassins qui intoxiquent les enfants aux particules fines.

La planète souffre et s'assèche, mais on nous dit gentiment de boire de l'eau et de prendre des douches. Surtout n'allez pas aux urgences! Les effectifs sont suffisants, mais bon, il ne faut pas encombrer inutilement!

Il faut partir en vacances et consommer, pour le bien de tous! Soyez prudents en route tout de même, pas de dépassement de vitesse, et arrêtez vous toutes les 2 heures (Ah oui! Sauf que Vinci ne maintient pas ouvertes certaines aires d'autoroutes sans enjeu commercial, celles par exemple où il n'y a que des toilettes à entretenir!)... Qu'à cela ne tienne, arrêtez vous chez Total et allez vous détendre avec un petit café surfacturé.

Mais non j'exagère, ce gouvernement est écolo! Il va traquer le gaspillage et faire consigner les bouteilles... Waouh !

Dans la réalité des déchetteries, quand elles ne sont plus gérées directement par les communes, mais sous traitées à de grosses sociétés que nous connaissons tous, vous allez de surprise en surprise : un personnel non formé composé de CDD tournant, des incohérences de tri, des bacs insuffisants qui regorgent et qu'on dégarnit en répartissant un peu partout, des bacs à huile de vidange qui fuient et qu'on met 1 an et demi à remplacer...

C'est tellement loin des discours de la Macronie, la RÉALITÉ !

Discours lénifiants, mais pas seulement, discours destinés à endormir une certaine opinion publique et à rassurer la caste!

Réfléchissez tous!

Agriculteurs qui nous nourrissaient si bien avant, profs et instits qui étaient les diffuseurs d'un savoir qui ouvrait à l'esprit critique, soignants dont on enviait partout dans le monde le système de santé, artistes et intellectuels dont on était fiers que leur oeuvres représentent l'exception française, conducteurs des plus beaux trains du monde, travailleurs d'un réseau routier, véritable toile d'araignée unique en qualité et kilomètres et dont on nous dépossède petit à petit , ouvriers de belles entreprises françaises qu'on vend à la découpe et aux copains, ou de PME qu'on asphyxie... IL EST ENCORE TEMPS DE SE BOUGER!

Quoi qu'en dise les médias officiels les gilets jaunes sont toujours là!

Quant à moi, il me suffit de regarder le sourire de ma petite fille de 2 ans pour savoir que je dois continuer, déterminée.

 

Publié le 31/07/2019

Pour une école sans classes

(site politis.fr)

Célestin Freinet, instituteur et pédagogue, est à l’origine de réflexions et de méthodes pédagogiques forgées auprès de ses élèves, issus majoritairement du prolétariat rural. Extraits d’un texte de 1934 toujours actuel.

En mai 1934, Célestin Freinet écrit un texte dans la revue du mouvement qu’il a fondé : L’Éducateur prolétarien. Résolument à gauche, communiste, il y prône une pédagogie de transformation sociale, seule à même, selon lui, de lutter contre l’oppression bourgeoise. Au-delà des formules datées et surannées, on trouve dans l’extrait reproduit ici l’éclatante actualité de sa pensée, toujours en faveur des enfants les plus démunis. C’est pour ces échos que nous lui consacrons cette rubrique.

« Ce ne sont pas les quelques mesures d’assistance, motivées plus par les nécessités électorales que par des sentiments d’équité sociale, qui empêcheront la réalité de se faire jour désormais : une école où, d’avance, et quelles que soient ses capacités intellectuelles, l’enfant est mis systématiquement en état d’infériorité pédagogique parce qu’il est fils de prolétaire, une telle école est délibérément, et malgré tous les sophismes, une école de classe qui n’a pas été créée pour l’enfant, où l’enfance est faite pour servir un régime et en subir les tares et les fautes. […] Le temps des illusions transformistes est passé : le capitalisme menacé par la montée des forces jeunes et audacieuses se fait impitoyable. Il faut maintenant jeter bas les derniers masques : tous nos efforts idéologiques, toutes nos recherches désintéressées pour une plus saine compréhension de notre tâche, toutes nos aspirations vers le progrès éducatif sont directement et matériellement menacés par l’aggravation incessante des conditions de vie et de travail des enfants, de leurs parents et de leurs éducateurs. Nous régressons vers une sorte de Moyen-Âge pédagogique, et cela nous paraît [d’autant plus] monstrueux et intolérable que nous nous croyions parfois, pratiquement, si près du but : si seulement on avait voulu sacrifier pour l’éducation une partie de l’argent gaspillé pour l’incessante préparation à la guerre, nous aurions fait de nos écoles des flambeaux d’humanité, des embryons de l’harmonieuse société nouvelle.

[…] Que faire alors, diront les camarades ?

D’abord, la partie ne fait que se jouer. Au moment où la masse ouvrière réagit si courageusement contre la montée du fascisme, il ne nous appartient pas de désespérer. Selon notre habitude nous avons voulu mesurer exactement les dangers afin de vous engager et de vous préparer aux luttes décisives et inéluctables.

Il nous faut continuer hardiment notre action pédagogique, poursuivre malgré tout nos expériences difficiles qui jalonnent peu à peu la voie de l’éducation populaire libératrice. Nos efforts ne sauraient être totalement inutiles.

Mais il est urgent de redonner à ces préoccupations pédagogiques leur vraie place sociale : place d’honneur certes dans un régime qui servirait l’enfant et le peuple, place de propagande et de combat dans notre régime, intéressant l’enfant, les parents, les éducateurs à une tâche dont ils doivent sentir toute la portée émancipatrice pour être mieux préparés à mener la lutte urgente, sur tous les terrains, social, syndical et politique : pour donner du pain et des soins aux fils de travailleurs, pour leur construire des habitations claires et aérées, pour bâtir des écoles modernes, pour les meubler et les garnir du matériel indispensable ; pour exiger la préparation et la nomination de cadres nouveaux d’instituteurs et réduire à un chiffre normal l’effectif scolaire, pour contrebattre les influences abrutissantes de la presse, du cinéma, de l’Église, malgré et contre toutes les forces réactionnaires, les instituteurs doivent se dresser au double titre de citoyens et d’éducateurs décidés à intégrer totalement leur tâche dans le processus historique d’évolution sociale.

À l’heure qu’il est, notre devoir d’éducateurs prolétariens n’est pas seulement dans nos classes menacées ; il est aussi au sein des masses qui, par leur puissante protestation antifasciste, tâchent de barrer la route à un régime qui serait la mort de l’école progressiste et l’anéantissement provisoire de nos rêves d’éducation nouvelle libératrice. »


À qui appartient donc L’Internationale ?

Tout commence par l’enterrement d’Henri Malberg, auquel se rend tristement Élise Thiébaut. L’Internationale résonne autour de la tombe. Élise Thiébaut filme et poste sur Facebook. Quelle n’est pas sa surprise quand elle reçoit un message du réseau social refusant sa vidéo au motif que la musique n’est pas libre de droits ! La voici lancée dans une enquête pour comprendre pourquoi L’Internationale n’est pas dans le domaine public.

Le livre qui sort aux éditions La Ville brûle est le résultat de cette enquête riche en rebondissements à la recherche des ayants droit. Un périple qui nous emporte de 1848 à nos jours, auprès de Pottier et de Degeyter, spolié de ses droits par son propre frère. Ce faisant, l’ouvrage fait revivre la Commune, les révolutions russe et spartakiste, et mille autres luttes où l’on chanta « Debout, les damnés de la terre ». Le tout superbement illustré par les dessins en noir et blanc d’Edmond Baudoin.

Les Fantômes de l’Internationale Élise Thiébaut et Baudoin, La Ville brûle, 128 pages, 19 euros, parution le 30 août 2019.


par Laurence De Cock et Mathilde Larrère
publié le 24 juillet 2019

 

Publié le 30/07/2019

Mantes-la-Jolie. « Pas de faute » selon l’enquête, ou comment encourager les rafles

150 jeunes interpellés, menottés, mains sur la tête ou encore à genoux, c’était l’affaire Mantes-la-Jolie. Aujourd’hui : blanchiment total. L’IGPN acte donc la banalisation des méthodes policières ce jour-là.

Antoine Bordas (site revolutionpermannte.fr)

Tout le monde se souvient des images du 6 décembre à Mantes-la-Jolie, suite à une manifestation, environ 150 jeunes sont interpellés à genoux, les mains sur la tête, en rang, certains la face contre un mur ou le visage dans la boue, encerclés de policiers surarmés, les images font au moins le tour de France, l’indignation est partout. C’est un tournant répressif dans la séquence du mouvement des Gilets Jaunes, la répression hallucinante qu’ont subi ces jeunes était devenu un symbole.

Une enquête a été ouverte à la suite des évènements, des plaintes déposées par certains jeunes, ainsi que l’UNL (Union Nationale des Lycéens), au près de l’IGPN. Ce vendredi, la procureure de Nanterre rend le verdict : l’affaire est classée sans suite. Les conclusions sont les suivantes : « Le fait de retenir les personnes interpellées en position à genoux ou assise, entravées pour certaines d’entre elles, apparaît justifié par le contexte exceptionnel de violences urbaines graves et le nombre de personnes devant être conduites dans les locaux de police, nécessitant une organisation matérielle incompressible ». Les méthodes utilisées ce jours là sont donc considérées comme normal pour l’institution policière, IGPN compris.

Un véritable encouragement, qui ne peut que présager une multiplication de ces méthodes dans les quartiers et les prochaines mobilisations sociales ! Comme nous le disions quelques temps après les évènements : « La rafle de Mantes est le symbole d’une génération sacrifiée que l’on veut mettre au pas pour avoir contesté son anti-avenir prédéfini par Parcoursup et la sévère sélection sociale qu’il promet. » et cette mise au pas ne pose aucun problème aux différentes institutions étatiques. On verra d’ailleurs peut être le commandant de cette opération décoré par Castaner prochainement …

Ce jugement vient s’ajouter à la liste des affaires de répression policières classés sans suite. Si ce n’est pas une surprise, les conclusions de l’enquête de l’IGPN, dont la cheffe réfutait le terme même de "violences policières", illustre la manière dont l’institution policière, largement discréditée, compte bien répondre aux prochains mouvements sociaux. Ainsi, la logique est donc au blanchiment de tous les actes de répression envers la mobilisation des Gilets Jaunes, le gouvernement prépare ainsi la suite des opérations, la rentrée sera certainement chaude. Ainsi, le degré de répression utilisé contre les Gilets jaunes, déjà employé dans les quartiers, compte bien se normaliser dans le paysage politique comme un moyen normal de répondre aux mobilisations. La problématique pour la classe dominante réside désormais dans le fait que l’usage massif de répression devient une nécessité, d’où le processus de légitimation en cours.

Publié le 29/07/2019

50 personnes se rassemblent à Montpellier pour dénoncer l’expulsion programmée du squat « Le court-circuit »

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées ce matin devant la préfecture de l’Hérault, à Montpellier, pour dénoncer l’expulsion programmée du squat « Le court-circuit ». située boulevard de Strasbourg à Montpellier, qui héberge depuis plus d’un an une soixantaine de personnes, notamment des exilés Albanais, dont de nombreux enfants. Le tribunal administratif de Montpellier avait accordé huit mois de délais au squat, faisant planer la menace d’une expulsion à partir du 24 juillet. À l’issue du rassemblement, appelé par le collectif « Bienvenue migrants 34 » et « Un toit pour tous », un entretien a eu lieu avec un fonctionnaire de la préfecture, qui s’est engagé à ne pas recourir à la force publique d’ici fin août.

 

60 personnes hébergées

Située boulevard de Strasbourg à Montpellier, ce squat héberge depuis plus d’un an une soixantaine de personnes, notamment des exilés Albanais, dont de nombreux enfants. Le tribunal administratif de Montpellier avait accordé huit mois de délais au squat, faisant planer la menace d’une expulsion à partir du 24 juillet. À l’issue du rassemblement, appelé par le collectif « Bienvenue migrants 34 » et « Un toit pour tous », un entretien a eu lieu avec un fonctionnaire de la préfecture, qui s’est engagé à ne pas recourir à la force publique d’ici fin août. Les personnes hébergées et leurs soutiens veulent éviter une confrontation avec à la police lors de l’expulsion et trouver des situations de relogement qui ne soient pas individualisées, mais collectives.

 

Le 12 juillet, plusieurs personnes étaient rentrés dans un ancien bâtiment de la Poste située au 1030 avenue Jean Mermoz dans l’espoir d’en faire un lieu d’hébergement, mais la police est intervenue pour procéder à une expulsion immédiate.

 

« Je suis enceinte de 6 mois et demi. Pourquoi ne suis-je pas relogée ? »

Pendant le rassemblement, des témoignages d’habitants ont été distribuées. Nous les retranscrivons dans leur intégralité :

 

« Je suis arrivée en France le 22 octobre 2016. J’ai habitué un peu plus d’un an au CADA. Le 12 janvier 2018, on m’a demandé de partir. Ensuite, j’ai habitué six mois dans un squat : la Providence. Nous étions dans une petite chambre d’environ 10 m². Après l’expulsion de la Providence, j’ai habité 9 mois dans un hôtel, puis un matin on m’a demandé de faire mes valises et de partir. Nous avons quitté l’hôtel le lendemain. Nous avons dormi 13 jours dans la rue et ensuite j’ai emménagé dans le squat boulevard de Strasbourg, la chambre est deux fois plus grande, mais c’est toujours trop petit pour quatre personnes. J’y dors avec mon mari qui est malade, mon fils de cinq ans et ma famille de deux ans et demi. La loi française dit que les familles avec des enfants de moins de trois ans ne doivent pas dormir dehors, on m’a déjà demandé pourquoi je n’étais pas à l’hôtel, je ne sais pas quoi répondre. Aujourd’hui, je suis enceinte de six mois et demi. Pourquoi ne suis-je pas relogée ? »

 

« Je suis en France depuis presque trois ans, depuis deux ans j’habite en squat. Les cinq premiers mois je dormais à l’hôtel avec ma famille ensuite on m’a mise dehors. Des gens m’ont aidée m’ont accueillie dans un squat avec beaucoup d’autres familles. Quand il a fermé j’ai emménagé dans le squat boulevard de Strasbourg. J’y habite depuis un an et aujourd’hui on nous demande de partir sans nous dire où aller. Avec mes deux enfants je ne peux pas dormir dans la rue. Pour le moment, c’est les vacances, je peux gérer le stress, mais à la rentrée, c’est plus compliqué, les enfants doivent aller au collège et à l’école. Maintenant le squat où j’habite avec beaucoup d’autres familles va se faire expulser. Si la préfecture elle le décide, elle peut empêcher ça. Je veux croire que je vais garder ma maison ».

 

« Je suis en France depuis deux ans, j’habite au squat boulevard de Strasbourg depuis un moment. Je viens d’Albanie et là-bas la vie de mes enfants n’est pas sûre. Pour cette raison je suis contente de rester en France même dans les squats, pour une vie sûre, sans problème et sans peur. Mes enfants et tou·te·s les autres sont scolarisé·e·s ici à Montpellier, ce n’est pas possible pour nous d’être expuls·é·e·s. On est sans argent et dans une situation instable mais on est rassurés d’être ici. »

 

12 000 logements vide à Montpellier pour 1500 SDF

Montpellier compte plus de 12 000 logements vacants, et pourtant, au moins 1 500 personnes sont sans domicile fixe, et la moitié des appels émis vers le 115, le numéro d’hébergement d’urgence, restent sans réponse. En juillet 2017, Emmanuel Macron avait juré qu’il n’y aurait bientôt « plus personne à la rue ».

 

Publié le 28/07/2019

La ligne de fret Perpignan-Rungis suspendue

(site lamarseillaise-encommun.org)

Perpignan (AFP) – Circulant à vide depuis lundi, le train de fret transportant des primeurs de Perpignan au marché de Rungis, a été suspendu mercredi, pendant la basse saison, et reprendra au 1er novembre. Mais pour la CGT, c’est une « mise à mort qui se prépare » au profit de « 25.000 camions sur les routes ».

La possible disparition, au profit du transport routier, de cette ligne reliant la plateforme Saint-Charles international de Perpignan, premier centre de commercialisation, de transports et logistique de fruits et légumes en Europe et le marché de Rungis (Val-de-Marne), présenté comme le plus grand marché de produit frais au monde, avait suscité de vives critiques, notamment à gauche et chez les écologistes.

La suspension temporaire de la ligne ferroviaire, actée mercredi lors d’une réunion du comité de pilotage ministériel à la préfecture des Pyrénées-Orientales, intervient le jour de la passation de pouvoirs au ministère de la Transition écologique entre François de Rugy et Elisabeth Borne, qui conserve son portefeuille des Transports.

« La liaison à vide, comme elle est réalisée depuis trois jours, n’est pas acceptable. Elle va s’arrêter aujourd’hui (mercredi) jusqu’au 1er novembre », a indiqué à l’AFP Jean-Luc Gibelin, vice-président de la Région Occitanie, en charge des Transports et participant à cette rencontre.

« A partir du 1er novembre va recommencer une liaison entre Saint-Charles et Rungis, telle qu’elle était, mais de manière transitoire, le temps de trouver une solution pérenne », a-t-il précisé. Les wagons frigorifiques sont selon la SNCF en bout de course.

« Un nouveau comité de pilotage aura lieu le 11 septembre, il sera ouvert à la grande distribution et à la filière Bio. D’ici là, il y aura deux réunions techniques pour travailler sur des problématiques comme la vétusté des wagons et leur remplacement », selon lui.

« Aujourd’hui, une étape a été franchie, celle de confirmer qu’il est légitime et utile que cette liaison ferroviaire se poursuive. Cela a été une réunion productive », a affirmé le responsable de la Région, présidée par Carole Delga (PS).

« La liaison ferroviaire entre Perpignan et Rungis a maintenant un avenir », a insisté la ministre Elisabeth Borne dans une déclaration à l’AFP.

« Le gouvernement ne pouvait pas se résoudre à ce que les marchandises du Perpignan-Rungis passent du rail à la route. Tout le monde a été mis devant le fait accompli lors de l’annonce de l’arrêt de ce train qui était prévu fin juin. Si je ne m’étais pas mobilisée, ce train serait arrêté depuis fin juin », a-t-elle affirmé.

« Alors que nous venons d’entrer dans la saison basse où peu de marchandises nécessitent d’être transportées, la réunion (…) a permis d’obtenir l’engagement des clients à reprendre une solution ferroviaire transitoire dès la reprise de la saison haute au 1er novembre », a-t-elle indiqué.

Jusqu’au 15 juillet, de nombreux fruits et légumes en provenance du Maroc et d’Espagne, qui bénéficient d’un ensoleillement plus important et plus précoce qu’en France, transitent par Perpignan. Après cette date, la production française prend le relais.

« Dès la réunion du 17 mai au ministère (…), la SNCF s’était engagée à [maintenir] ce train jusqu’à la fin de la saison haute et avait proposé qu’il soit prolongé jusqu’à la fin de l’année, le temps qu’il y ait une solution ferroviaire pérenne qui prenne le relai », a ajouté la ministre.

« Je veux que cette offre ferroviaire continue, ce train peut continuer à rouler. Il reprendra avec une solution qui peut durer le temps nécessaire pour bâtir une solution pérenne, sans doute avec du transport combiné », a ajouté Mme Borne la ministre mercredi soir sur BFM TV.

Mais cet optimisme gouvernemental est loin d’être partagé par l’eurodéputé écologiste Yannick Jadot: « Quand, ministre des Transports, [Mme Borne] fait semblant de défendre le train des primeurs entre Perpignan et Rungis, le faisant circuler à vide parce qu’elle refuse d’investir dans des wagons frigorifiques, tout en organisant avec la SNCF le transport des marchandises par 25.000 camions par an, c’est d’un cynisme absolu ! »

Et pour Thomas Portes, animateur du collectif « Sauvons le Perpignan-Rungis », syndicaliste de la CGT-Cheminots et responsable national des cheminots au PCF, « c’est une mise à mort que prononce la nouvelle ministre de l’Ecologie ! Elle acte le transfert de 25.000 camions sur les routes ! »

Source AFP 18/07/2019

 

Publié le 27/07/2019

Parlons (Inter) Net

Histoire de châsse (1), avec accent

(site legrandsoir.info)

« Tant que les lapins n’auront pas d’historien, l’histoire sera racontée par les chasseurs ». Howard Zinn nous fait penser à ceux qui ne pèsent pas dans l’Histoire officielle : les petits, les obscurs, les sans-grades, les sans-dents, les gens de rien, les syndicalistes, les Gilets Jaunes. Bref, tous ceux dont les médias et les politiques parlent ou déparlent.

Ecoutons à présent les chasseurs parler des chasseurs.
François de Rugy (LREM), vient d’être dédouané pour l’affaire des dîners fastueux par une commission d’enquête de députés, (majoritairement LREM). Dans un rapport imminent rédigé par le secrétariat général du gouvernement (LREM) à la demande de « Matignon » (LREM), il sera bientôt blanchi pour l’affaire des coûteux travaux dans ses appartements.
Les chasseurs LREM acquittent le chasseur LREM, lequel va sans doute faire un procès aux lapins qui ont désapprouvé sa façon de chasser. Car, tout était normal, hormis l’obligation faite à Monsieur de Rugy de supporter à sa table du champagne qui lui donne des céphalées, des crustacés qui le couvrent d’urticaire, sans compter du maquereau et de la morue, mais je ne veux nommer personne.

Théophraste R. (Chasseur de chasseurs).

(1)Tirons-là, afin de laisser l’Etat dans les toilettes où on l’a trouvé.

Publié le 26/07/2019

L’INTERSYNDICALE FP opposée à la loi de contournement du statut de la fonction publique. 23 juillet 2019


par  Amitié entre les peuples (site amitie-entre-les-peuplesz.org)

 

Communiqué intersyndical :

Les organisations syndicales de la Fonction publique CGT, CFDT, FO, UNSA, FSU, SOLIDAIRES, FA-FP, CFE-CGC, et CFTC et réaffirment leur opposition à la loi de transformation de la fonction publique votée ce 23 juillet au Sénat après le vote du 18 juillet à l’Assemblée nationale.

Cette loi contourne le statut de la fonction publique, garant de la neutralité du service rendu et de l’égalité des droits des agentes et agents mais aussi des usagères et usagers.

Elle va également réduire les capacités des organisations syndicales à défendre collectivement les droits des agentes et des agents publics en termes de carrière et de santé et sécurité au travail par l’affaiblissement des commissions administratives paritaires (CAP) et la suppression des comités d’hygiène, santé et conditions de travail (CHSCT).

Cette loi va encourager et accentuer la précarité avec des contrats à durée déterminée non renouvelables, ne permettant ni l’accès au CDI, ni à la titularisation.

Enfin, les différents outils dits « de ressources humaines » contenus dans cette loi comme la rupture conventionnelle ou le détachement d’office pourraient être utilisés pour pousser les fonctionnaires à quitter la fonction publique ou pour les obliger à suivre leurs missions concédées au secteur privé.

Dans un contexte difficile et face à un gouvernement ayant un double langage, nos organisations syndicales appellent les personnels à se rassembler autour de leurs organisations syndicales représentatives pour continuer de défendre collectivement leurs droits et un service public porté par les valeurs républicaines de liberté, égalité, fraternité et laïcité.

Enfin, elles invitent le gouvernement et les ministres en charge de la Fonction publique à s’inscrire dans un véritable dialogue social constructif et respectueux, source de progrès social tant dans l’intérêt des personnels que des usagères et usagers.

Nos organisations syndicales entendent résolument continuer à défendre la Fonction publique. Elles se rencontreront le 5 septembre prochain pour aborder tous les enjeux majeurs comme ceux du pouvoir d’achat, des retraites et de cette loi et débattre de toutes les initiatives qu’elles jugeront nécessaires.

Ce 23 juillet restera un mauvais coup porté à la fonction publique, à l’emploi public, au service public et à l’ensemble de la population.

Paris, le 23 juillet 2019

 

Publié le 23/07/2019

Gilets Jaunes témoignage. Le off à Montceau les mines

(site lamarseillaise-encommun.org)

Alors que le gouvernement n’en finit plus de faire parler, la matraque et le gaz, le travail de coordination nationale des Gilets Jaunes se poursuit. Fin juin, de nombreux Gilets jaunes se sont retrouvés à Montceau pour partager leurs expériences et construire ensemble la suite. Cette mobilisation témoigne de la détermination et de la volonté de ces nouveaux  acteurs sociaux de coordonner leur mouvement. Nous publions un retour d’expérience d’un facilitateur du OFF à Montceau les mines, les Samedi 29 et Dimanche 30 Juin 2019, AdA3 (Assemblée des Assemblées) des Gilets Jaunes…

I – le CONTEXTE de cet OFF

1/ le mouvement des Gilets Jaunes (GJ) vit une constante diminution du nombre de ses participants.

Depuis plusieurs mois un cercle vicieux cultive l’éloignement du grand public avec le mouvement.

La croissance des postures de vouloir être tous ensemble dans des actions de confrontation (manifestations avec violences, colère, blocages …) cultive la diminution des postures de s’écouter dans nos différences, et le départ d’une diversité d’actions de construction de solutions pacifistes.

Ces départs sont le fruit de la réussite de l’antidémocratique tactique gouvernementale.

Confronté à une immense population qui voulait davantage de justice sociale et de démocratie, le gouvernement a dès le début choisi de renier sa mission de protection du droit de manifestation et n’a pas protégé les manifestants pacifiques (au début l’immense majorité des manifestants).

Il a hyper-médiatisé des individus et événements violents bien choisis. Il les a même souvent créés par sa propre violence policière. Il a ainsi réussi à faire partir beaucoup des manifestants pacifistes.

2/ les AdA ont jusqu’ici confondu fonctionner ensemble avec se mettre d’accord .

A son début le mouvement a fasciné et attiré les foules par vouloir apprendre à fonctionner ensemble dans la diversité des point de vue, par s’y vivre unis dans la seule intention partagée de davantage de justice sociale et de démocratie, sans aucun besoin de se mettre d’accord sur autre chose, et d’être ainsi plus forts car plus nombreux.

Pourtant le programme de chaque AdA a toujours privilégié la rédaction de textes communs, d’abord en appels (Commercy), ensuite déclinés en axes (Saint Nazaire puis Montceaux les Mines).

3/ dans les AdAs limiter le programme à des décisions communes cultive des manques

– chaque individu délégué (mandaté et pire encore pour les observateurs) s’exprime trop peu

– les attentes des participants sont (article de reporterre sur Montceau) coordonner les actions des militants et partager les différentes expériences locales. Le programme y répond peu,

– les modalités de dialogue sont souvent compliquées voire parfois colériques,

– les votes et revotes et rerevotes mangent un temps fou,

– le pire, quasi pas de temps au programme pour s’informer et se rencontrer, pour se renforcer par s’écouter,

… or, en ronds points, groupes locaux, assemblées locales, événements locaux, le grand public est venu et reviendra vers le mouvement par être entendu et pouvoir écouter, par mieux s’informer et informer dans la bienveillance et le respect de nos différences.

Ce fut l’émerveillement du début, mais cet attrait a quasi disparu des pratiques du mouvement.

Cette égalité et qualité d’écoute de la parole de chacun est la base principale de toute démocratie.

4/ l’équipe organisatrice à Montceau a tenu compte des retours qui ont suivi l’envoi du programme Elle a décidé de faire un test en vue des AdA suivantes, en programme complémentaire car le programme officiel était déjà fixé et emailé à tous. Elle a ajouté un OFF, comme à Avignon…

Elle a ainsi complété l’événement IN (officiel, l’AdA) de cet autre événement OFF (officieux, un festival d’informations), dans le même lieu et les même cantines pour les même participants.

Pour respecter les mandats décidés par les ronds points (élaborer et voter les textes communs), les mandatés étaient interdits de OFF à Montceaux, tous les autres y étaient conviés et bienvenus.

II – l’OBJECTIF de cet OFF

le OFF, c’est pour que chacun renforce ses actions, envies, idées, par rencontrer d’autres, s’informer, se connecter, se coordonner, trouver des idées, alliés, ressources

= extrait de … le OFF c’est quoi ? , texte fixé sur le panneau d’informations du OFF

III – la METHODE de cet OFF

En trois étapes, longtemps avant, juste avant, pendant.

1/ longtemps avant (= quelques jours),

L’organisateur en charge de cet OFF, Christian, a invité quelques intervenants externes pour des approches et informations hors pensée dominante.

– diverses conférences rebonds, sur différents thèmes (histoire de mouvements résistants … )

– une pièce de théâtre, sur Robespierre Thermidor Terminus,

2/ juste avant (= le matin avant l’arrivée des participants),

Le facilitateur retenu pour le OFF découvre l’espace (Barnum) et le programme initial (ci dessus).

Trouvaille, 2 grands panneaux OSB sont disponibles juste au milieu du mur extérieur de la salle de la plénière (le gymnase) et vite récupérés pour l’information du OFF,

– un panneau devient baptisé INSCRIPTIONS pour récolter les candidatures d’ateliers.

Il reçoit le topo1 (le OFF c’est quoi?), le 2 (ça marche COMMENT ?), et le 3 (inscrivez vous)

– l’autre panneau devient le PROGRAMME, avec titre, date, heure et lieu de chaque atelier retenu.

Aussi, de part et d’autre de ces deux panneaux du OFF, pour amener les participants lors de chaque fin de plénière, mise en place de l’exposition informaction, appréciée et qui attire beaucoup.

3/ pendant (= les deux jours)

Les ateliers se déroulent, prévus ou imprévus, inscrits ou pas inscrits, dans le Barnum ou ailleurs.

exemple d’atelier pas inscrit, un atelier actions d’une trentaine de participants discute dans l’écoute et le respect le Samedi soir en pause de 19h à 20h dans le Barnum du OFF. D’abord un groupe de 3 participants s’y est assis pour discuter actions (avec tous les téléphones mis de côté dans la tente voisine, anti espionnage high tech), vingt minutes après ils étaient devenus cet atelier = laisser des lieux disponibles, c’est déjà produire des opportunités pour se rencontrer et bien travailler.

exemple d’ateliers ailleurs = pas dans le Barnum du OFF,

– l’atelier IPGJ, pour Internet Protocol Gilets Jaunes, une réunion entre des acteurs gilets jaunes techniciens informatiques qui travaillaient déjà à distance ensemble et se retrouvent ici pour un point d’avancement collectif. A eu lieu dans l’espace stands et cantines.

exemple d’ateliers simultanés, à 15h30 Dimanche après midi,

– l’atelier coordination, dans le barnum du OFF, une structure collégiale avec une charte, chaque groupe local peut s’y inscrire pour élargir ses contacts avec les autres groupes inscrits.

– la pièce de théâtre Robespierre, dans la tente voisine squattée pendant que les groupes du travail officiel étaient dans la grande salle en plénière,

– l’atelier tour de France, à l’ombre entre deux camions de cantine dans l’espace des stands, pour se proposer des actions de communication par les Gilets Jaunes pendant le Tour de France.

Ces trois ateliers avaient bien été inscrits sur le programme à la même heure en ces 3 lieux distincts

exemple d’autres ateliers,

– l’atelier VIième république, où trois organisateurs intervenants simultanés ont animé pour enrichir les informations, idées, et connaissance de tous, avec prise de parole et écoute régulées dans le respect de l’autre, en témoignages de points de vue, sans « tu as tort » ou « j’ai raison »,

– l’atelier monnaies libres, la june, animé par un duo d’intervenants,

– beaucoup d’usages du lieu Barnum OFF par des groupes spontanés pour des sujets divers,

– … etc … Je n’ai plus les papers boards du programme, je circulais beaucoup, ne me suis pas arrêté à tous les ateliers et ne peux en citer ici que certains.

Annexe technique, les panneaux du OFF,

1/ sur le panneau INSCRIPTIONS (à gauche)

______________________

topo1/… le OFF c’est quoi ?

À l’AdA , les délégués mandatés rédigent et votent un TextE de synthèse par Axe = ils se mettent d’accord, ensemble.

au OFF chacun partage ses informations avec les autres, témoigne sur ses actions, découvre celles des autres = ce n’est PAS pour se mettre d’accord ensemble, c’est pour que chacun renforce ses actions, envies, idées par rencontrer d’autres, s’informer, se connecter, se coordonner, trouver des ides, alliés, ressources …:)

______________________

topo2/ le OFF ça marche COMMENT ?

Chacun inscrit son action en cours ou envie = il écrit le TITRE de l’atelier qu’il propose d’animer AVEC son prénom & téléphone

… puis chaque PARTICIPANT intéressé inscrit son rénom

… puis l’ATELIER devient PROGRAMME = est placé sur le PLANNING, par décision partagée (animateur = celui qui a inscrit l’atelier, avec son TELEPHONE / organisateur = Christain 06 33 47 73 58 / facilitateur = bruno 06 24 34 05 83)

à vos crayons! ?

______________________

topo3 présentations d’ATELIERS

– TITRE = 1 à 4 mots = une action en cours, une information, une envie …

– DESCRIPTION = maxi 18 mots

– ANIMATEUR = celui qui propose = prénom ET téléphone

– PARTICIPANTS = prénoms

______________________

topo4 inscriptions d’ATELIERS

… diverses feuilles blanches avec sur chacune plusieurs espaces à 4 lignes

– TITRE

– DESCRIPTION

– ANIMATEUR

– PARTICIPANTS

… etc …

______________________

2/ sur le panneau PROGRAMME (à droite)

une feuille par demi journée

= 4 feuilles, Samedi matin / Samedi après midi / dimanche matin : Dimanche après midi /

sur chaque feuille, pour chaque atelier programmé

HORAIRE, TITRE, DESCRIPTION, ANIMATEUR (prénom ET téléphone), LIEU

______________________

IV – CONCLUSION et PERSPECTIVES

Conclusion

1/ cet OFF fut un simple festival de partage d’informations séparées des intérêts financiers,

informations citoyennes, horizontales, démocratiques, alternatives, populaires, apartisanes, partisanes, transpartisanes … il y a foison de mots pour évoquer de sortir de l’overdose de désinformations injectées chaque jour par nos mass medias dominants soumis (sous mis) à l’argent.

Il s’agit de nous informer directement, démocratiquement, entre individus, dans l’égalité de la parole de chacun.

2/ malgré sa très grande dose d’improvisation, le OFF a très bien marché,

Tous les participants aux divers ateliers ont été contents que le OFF soit là. Ils y ont pratiqué des échanges sereins car sans exigence de se mettre d’accord, et fructueux car remplis de belles informations et acteurs. Pour beaucoup de participants ce fut l’opportunité de découvrir des informations, idées et alliés pour enrichir leurs propres représentations et actions déjà en-cours.

3/ avec à peine davantage de préparation cela peut se déployer et apporter beaucoup

… à peine davantage de préparation

– prévoir davantage d’espaces et lieux géographiques pour davantage d’ateliers simultanés,

– avant l’événement proposer les inscriptions et informer sur les ateliers déjà retenus,

– prévoir davantage de facilitateurs pour animer l’atelier quand celui qui inscrit le demande,

… cela peut apporter beaucoup

– entre Gilets jaunes. Ces ateliers permettent de mieux se rencontrer, s’informer, se connecter et s’écouter car sans aucun besoin de se mettre tous d’accord … et d’ainsi coordonner et renforcer des actions diverses dans le respect de la différence des approches et des acteurs.

– avec le grand public. Ces ateliers peuvent l’attirer vers les Gilets Jaunes, en y êtant écoutés et informés d’une diversité de points de vue et d’approches. C’est l’inverse d’un parti politique.

C’est un choix identitaire, quel mouvement veut-on être, un mouvement citoyen vers davantage de démocratie médiatique ou un mouvement partisan qui construit et diffuse ses revendications ?

Perspectives

1/ l’élaboration de décisions communes peut ne pas monopoliser le programme des AdA.

Fonctionner tous ensemble ne nécessite PAS de décider toujours tous ensemble. Je peux aimer les pommes et un autre non. L’autre est autre et doit rester autre, sinon ce n’est pas une démocratie.

A mes yeux l’excès des détails dans nos appels ou nos axes fabrique l’éloignement du grand public.

Vouloir trop de pensées communes, ne pas cultiver aussi la diversité des croyances et certitudes, cela cultive notre manque de familiarisation à nous écouter et notre difficulté à accueillir l’autre dans toute la diversité des points de vue. Cela nous fragilise et fragilise nos actions.

2/ l’envie de davantage de justice sociale et de démocratie peut nous unir bien plus nombreux.

Respecter l’immense diversité des individus dans toute population démocratique, nous familiariser à écouter toute la diversité de nos comportements et de nos actions, c’est ce que cet OFF a fait vivre.

3/ chaque groupe local de Gilets Jaunes peut organiser son festival de partage d’informations, éphémère (un événement, une AdA locale) ou permanent (aux ronds points ou dans tout autre lieu), pour mieux attirer le grand public, l’accueillir, l’intéresser et ainsi le rapprocher du mouvement.

4/ l’expérience de cet OFF peut éclairer le montage du programme de la prochaine AdA4,

Plus nombreux par mieux nous entendre ou de moins en moins nombreux par davantage d’accords sur trop de précisions, le programme retenu par les Gilets Jaunes pour la prochaine AdA4 pourra diminuer ou renforcer la diversité des actions utiles à nos envies, pourra éloigner ou rapprocher le grand public du mouvement … tout ceci est de mon point de vue, vu par mes yeux …

Brun

Publié le 10/07/2019

Sanctions contre les chômeurs : dix associations, collectifs et syndicats déposent un recours devant le Conseil d’État

Stéphane Ortega (site rapportsdeforce.fr)

En décembre 2018, le gouvernement d’Édouard Philippe alourdissait par décret les sanctions à l’égard des chômeurs, notamment ceux refusant par deux fois une « offre raisonnable d’emploi ». Depuis, la réforme de l’assurance chômage, qui sera promulguée par décrets dans l’été, devrait réduire les droits à l’indemnisation de plus d’un million de chômeurs.

 

C’était le cadeau de fin d’année du gouvernement. Le 30 décembre 2018 paraissait au journal officiel un décret prévoyant un contrôle accru des chômeurs et de nouvelles sanctions à leur encontre. Ainsi, le refus à deux reprises d’une offre dite raisonnable d’emploi entraîne la suppression pure et simple de l’indemnité pendant un mois. En cas de récidive, ce sont deux mois qui sautent, puis quatre pour un refus supplémentaire. Les mêmes sanctions sont applicables aux chômeurs s’opposant à l’actualisation de leur projet personnalisé d’accès à l’emploi. Celui qui justement permet de définir les « offres raisonnables d’emploi ».

Au mois de février 2019, l’Union syndicale Solidaires avait déposé une première requête sommaire devant la plus haute autorité administrative, à laquelle le gouvernement avait produit un mémoire en défense. Ce lundi 8 juillet à 11 heures, des associations et collectifs de chômeurs (AC, l’Apeis, le MNCP, Recours radiation, la Coordination des intermittents et précaires) ainsi que des syndicats (la CGT des travailleurs privés d’emploi, Sud emploi, Sud culture) ont déposé des écritures complémentaires à la requête initiale. Chaque structure produit des « interventions volontaires » auprès du Conseil d’État, sur un point particulier de la mise en question de la légalité du décret.

Le texte gouvernemental est contesté sur de nombreux points. Parmi ceux-là, le décret présente le tort de placer Pôle emploi en situation de juge et partie. En fait, l’organisme public devient à la fois l’organisme payeur et celui qui sanctionne les chômeurs en supprimant l’indemnisation. « Il s’agit d’une hégémonie de tous les actes professionnels. C’est Pôle emploi qui enquête, identifie les manquements, les évalue, prononce et applique les sanctions, puis instruit les recours quand les gens ne sont pas d’accord », explique Daniel Mémain de Sud Emploi. Avec pour incidence de faire vivre aux salariés de l’organisme public une souffrance éthique affirme le syndicaliste : « on nous empêche de faire notre travail réel qui est celui d’indemniser, de conseiller et d’orienter, pour donner la priorité à ces détections de manquements, à ces contrôles et aux sanctions ».

Un texte « inadmissible et destructeur »

Le flou et l’arbitraire du décret sont également attaqués, notamment le caractère automatisé des sanctions. « Le système industrialise des sanctions qui sont extrêmement lourdes, pouvant aller jusqu’à la suppression des revenus minimums qui normalement font partie des droits fondamentaux », explique Rose Marie Pechallat du collectif Recours radiation. Ainsi, au-delà de l’allocation chômage, les revenus de remplacement comme le RSA ou l’allocation spécifique de solidarité sont également dans le viseur notent les associations et les syndicats dans un texte commun. « Exclues de l’indemnisation et de Pôle emploi, ces personnes iront rejoindre la horde des invisibles », condamnent les signataires.

En vigueur depuis le début de l’année, le décret a déjà des conséquences très concrètes annonce Daniel Mémain de Sud Emploi. « Nous avons des menaces de suicides qui augmentent, des collègues qui sont très mal et écrivent à la direction pour signaler qu’ils ne peuvent plus travailler ainsi » s’alarme le syndicaliste qui espère une décision favorable le plus rapidement possible de la part du Conseil d’État. Parmi les nombreux arguments pour faire annuler le décret du gouvernement : les modalités de sa mise en œuvre. L’avocat des requérants a soulevé des manquements aux règles de procédure. Un élément que le gouvernement regardera peut-être avec attention avant la batterie de décrets que celui-ci doit signer dans l’été sur la réforme de l’assurance chômage.

 

Publié le 07/07/2019

Le mouvement citoyenniste « Nous Sommes » se présente aux municipales de Montpellier

par Le Poing (sitelepoing.net)

 

Près de 200 personnes ont assisté le 27 juin 2019 sur la place Salengro de Montpellier à la troisième agora du mouvement « Nous Sommes ».

En novembre 2018, le Poing se posait la question suivante : « ‘‘Nous sommes’’ va-t-il présenter un candidat aux municipales de Montpellier ? » Nous pouvons désormais répondre par l’affirmative, des membres de ce mouvement ayant affirmé publiquement lors de leur troisième « agora », place Salengro à Montpellier, le jeudi 27 juin, qu’ils allaient lancer leur campagne électorale « pour gagner » les élections municipales de 2020. Les journalistes du Poing sont allés s’asseoir sur les inconfortables tabourets de récup’ mis à disposition par les organisateurs lors du meeting pour percer le mystère de ces citoyens qui annoncent « vouloir faire de la politique autrement ».

 

Une agora aux allures de meeting

La réunion commence vers 18h, et plusieurs oratrices se relaient au micro, en s’excusant de nous faire subir la canicule « parce qu’on n’a pas pu avoir de salle ». Une première intervenante nous raconte l’histoire – ou plutôt la « story-telling » – de cette initiative, lancée en septembre 2018 lors d’un festival du mouvement citoyen et écologique Alternatiba. Dès le départ, la question de la démocratie est au centre des préoccupations : il s’agit de « faire de la politique autrement, en intégrant directement le citoyen dans les processus de décision, notamment par le biais d’une plateforme en ligne pour soumettre et débattre des propositions concrètes ». Depuis sa création, le mouvement, qui revendique « 180 personnes impliquées dont 70 actives », a organisé plusieurs « agoras », en plus des séances de porte-à-porte et de la rédaction collective d’un « livre blanc ». Ne parlez pas de programme, mais plutôt de « ce qu’on veut et de ce qu’on ne veut pas pour Montpellier », à savoir « redonner de la valeur aux biens et du sens à une consommation raisonnée », « rompre avec les logiques passéistes », « permettre une synergie entre les fonctions urbaines », « stopper la logique qui consiste à optimiser une fonction de la ville sans réfléchir aux effets négatifs », « mettre l’humain au cœur des politiques de sécurité » ou bien encore« renforcer l’instauration d’une démocratie permanente vivante ». Seulement voilà, lors de cette agora – qui, rappelons-le, se définit historiquement comme une assemblée des citoyens –, la parole ne sera jamais donnée au public, les oratrices se succédant selon un schéma prédéterminé. Le terme de meeting – qui n’a rien d’infamant – est donc plus approprié pour décrire la nature de cette réunion politique.

 

Un mouvement loin des luttes

Le meeting a été introduit par le discours d’une représentante de Barcelona en comú, un parti catalan qui a fortement influencé « Nous Sommes ». Ce parti, proche des populistes espagnols de Podemos, a remporté les élections municipales barcelonaises de 2015, faisant d’Ada Colau la maire de Barcelone. « On vient du mouvement social et on a conscience que les citoyens veulent une démocratie directe et radicale » a insisté la porte-parole de Barcelona en comú. Podemos, fondé en 2014, s’est en effet construit comme un débouché politique au mouvement social des indignés (2011-2012) – en reprenant notamment un slogan-phare des manifestants : « Sí se puede » (« Oui, on peut ! ») –, et il aspire désormais, en vain pour le moment, à gouverner avec les socialistes espagnols. Barcelona en comú revendique également une proximité avec les mouvements sociaux et les associations de voisinage : sa porte-parole Ada Colau s’est fait connaître en militant pour le droit au logement, mais elle a récemment été réélue à la tête de la mairie de Barcelone grâce au soutien d’un certain Manuel Valls. Le mouvement « Nous Sommes » tient quant à lui son origine d’un festival d’Alternatiba, et s’il s’est investi lors des marches pour le climat, il semble être resté largement hermétique aux luttes des gilets jaunes, dont le nom ne sera pas mentionné une seule fois lors du meeting, ce qui est tout de même cocasse pour un mouvement qui revendique vouloir « affaiblir les effets du capitalisme ».

 

Le spectre du citoyennisme

Les sympathisants et les animateurs de « Nous Sommes » avec qui nous avons discuté reconnaissent « l’utilité » des mouvements sociaux pour provoquer le changement, mais ils souhaitent avant tout « rassembler et non cliver » et sont convaincus qu’il faille « changer le système de l’intérieur » et ne pas « faire plaisir aux politiciens en leur laissant le pouvoir ». Cette recherche du pouvoir et du consensus s’exprime clairement dans le programme du mouvement : « nous soignerons l’écosystème entrepreneurial », « il n’est pas question ici de faire table rase du passé », « il faut s’assurer que les élu·e·s soient formé·e·s à ces méthodes collaboratives visant à stimuler et à nourrir l’intelligence collective », « nous savons qu’il faut circulariser notre économie », « nous ne pouvons pas organiser la résilience de notre territoire sans coopération », etc. En somme, « Nous Sommes » coche toutes les cases du citoyennisme, cette idéologie à la mode mettant le citoyen au cœur du renforcement des institutions étatiques comme un moyen d’humaniser le capitalisme. Du citoyennisme à l’électoralisme, il n’y a qu’un pas, allègrement franchi par « Nous Sommes ». Pas question cependant de rejouer l’union de la gauche promet une oratrice : « on est lassé d’entendre parler de cette hypothétique union »… Rhany Slimane, candidat malheureux aux élections européennes pour la France insoumise, s’investit depuis le début dans le mouvement : « ce n’est pas contradictoire avec mon engagement politique, parce qu’au niveau national, la France insoumise encourage à supporter les fédérations citoyennes pour les municipales, mais au niveau local, on veut se prémunir de l’ingérence des partis, même s’il y en a qui nous ont fait des appels du pied ». Les partis en question n’ont pas été cités, mais difficile de pas percevoir l’ombre d’Europe Écologie Les Verts, dont les ambitions politiques sont proches de celles de « Nous Sommes ».

 

Un mouvement qui souhaite humaniser le capitalisme sans le remettre en cause en se présentant aux élections tout en dénonçant les politiciens, c’est une rhétorique classique des élections municipales. Déjà, en 2014, Philippe Saurel, vieux briscard socialiste, avait conquis la mairie de Montpellier en présentant une liste hors-parti « citoyenne et écologiste » pour « faire de la politique autrement ». L’avantage d’employer ces expressions consensuelles aux contours mal définis – « fédération citoyenne », « mettre l’humain au cœur des politiques », « renforcer la démocratie vivante », etc – c’est ne s’engager à rien, et de laisser la liberté à celui qui entend ces mots de les définir comme il le souhaite. D’une manière générale, le meeting de jeudi dernier a été une véritable célébration de la novlangue : les orateurs nous ont affirmé qu’ils étaient « vraiment en mode gestion de projets », avant de nous inviter à des « world cafe » et des « funny mercredi ». Pendant ce temps-là, à quelques pas de là, la députée Muriel Ressiguier de la France insoumise tenait une conférence sur le « parler macronien »… Le meeting se voulait aussi interactif. Une oratrice a présenté trois candidats fictifs (le déprimé, celui qui trie ses déchets, et celui qui veut changer les choses) pour inciter le public à voter en faisant des chiffres avec les doigts, la main collée sur la poitrine, avant de s’étonner que le troisième candidat remporte tous les suffrages. Une autre oratrice a également fait répéter trois ou quatre fois au public, à la manière d’une animatrice pour enfants : « Montpellier sera ce que nous sommes ! » Que Philippe Saurel soit réélu ou non, il peut dormir tranquille : les citoyens qui veulent « faire de la politique autrement » sont toujours dans la place.

Publié le 06/07/2019

Bataille judiciaire compliquée pour les ouvriers Ford de Blanquefort

(site politis.fr)

Le tribunal de Bordeaux s’est déclaré incompétent pour statuer sur le licenciement collectif des 872 salariés. La CGT a immédiatement fait appel.

Devant le tribunal de grande instance de Bordeaux (TGI), les soutiens des ouvriers de l’usine Ford de Blanquefort venus en nombre n’auront pas été entendus. Ce mardi, la 6e chambre civile du TGI de Bordeaux s’est déclarée incompétente pour statuer sur l’absence de motifs économiques de licenciement des ouvriers, soulevée par l’organisation syndicale. La CGT a immédiatement annoncé faire appel de cette décision. Elle espère ainsi préserver les 872 emplois directs et 2 000 emplois induits menacés par le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) validé en mars par l’administration.

Il y a onze ans déjà, l’usine devait fermer, la décision était prise et paraissait inéluctable. Depuis onze ans, aux portes de Bordeaux, les ouvriers, qui fabriquent des boîtes de vitesse pour la firme américaine, se mobilisent, luttent et repoussent l'échéance. « Les usines n’intéressent personne. On ne parle d’elles que pour parler de leur liquidation. On ne parle de vous que pour parler de votre combat », résumait l’écrivain Didier Castino en novembre 2018 dans un livre de soutien aux ouvriers de Ford Blanquefort.

Le 4 juin dernier, la CGT Ford de Blanquefort assignait Ford Aquitaine Industrie (FAI) devant le tribunal de grande instance de Bordeaux avec la volonté d’aboutir à une « décision historique qui pourrait faire jurisprudence pour toutes les fermetures d’usines ». Le but de la manœuvre : « Obtenir une décision de justice déclarant l’illégalité des licenciements afin de les invalider pour cause d’absence de motif économique avant leur entrée en vigueur », rappelle Philippe Poutou, délégué syndical CGT de l’usine, interrogé hier.

Abus du droit de propriété

Le syndicat peut s’appuyer sur une jurisprudence large reconnaissant les licenciements des salariés de Molex, Moulinex et Continental comme abusifs. Mais l’enjeu réside ici dans les délais des décisions de justice. Alors que celle-ci a mis cinq ans à reconnaître que l’usine Continental était viable, ou encore sept ans pour juger que le licenciement des salariés de Molex était « sans cause réelle ni justifiée », la CGT espère obtenir une décision du tribunal de Bordeaux avant que Ford ne plie bagages. La puissante centrale ouvrière se bat ainsi pour sauver les emplois, pas pour l’augmentation des indemnités de licenciement.

Il y a un mois, dans la salle d’audience du tribunal de Bordeaux, la CGT Ford, défendue par l’avocat Philippe Brun, spécialiste des batailles contre les licenciements décidés par les usines en bonne santé, plaidait l’abus du droit de propriété à l’encontre de la filiale du constructeur automobile. Une première pour un conflit social d’une telle envergure. L’organisation syndicale demandait au tribunal d’« annuler la fermeture de l’usine » en invalidant le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), et de condamner Ford à 300 000 euros d’amende.

Dans l’espoir de faire plier le constructeur automobile, Philippe Brun s’était appuyé sur un angle mort de la loi Florange. Votée en 2013, cette loi impose à une entreprise souhaitant fermer une usine de chercher un repreneur, mais elle ne la contraint pas à la vendre, même si le projet est crédible. Le Conseil constitutionnel avait en effet jugé que l’obligation pour un employeur d’accepter une offre sérieuse ainsi que la compétence confiée au tribunal de commerce pour l’apprécier constituaient une atteinte au droit de propriété et à la liberté d’entreprendre. Au cours de l’année, Ford a refusé à deux occasions l’offre de rachat, désormais caduque, de l’entreprise strasbourgeoise Punch Powerglide, pourtant appuyée par l’État et les syndicats.

Fermeture de six usines d’ici la fin de l’année prochaine

Les récentes évolutions du droit du travail pourraient bien faire de ce procès l’un des derniers du genre. Ces derniers temps, la loi travail et les ordonnances Macron ont considérablement facilité les licenciements économiques au sein des entreprises. « On est sur une période de transition, admet Philippe Poutou. Soit ça bascule dans la liberté complète pour les entreprises de licencier, soit on arrive, par des victoires comme la nôtre et les combats que mèneront les autres, à éviter ça. » Pour faire pression sur la décision de justice avant qu’elle ne soit rendue par le tribunal, le syndicat a saisi l’Organisation internationale du travail ainsi que le Comité européen des droits sociaux. Sans toutefois pouvoir espérer obtenir l’ingérence des deux organismes avant que les notifications de licenciements ne prennent effet, le 1er octobre prochain.

Loin de mettre un terme à la bataille juridique entre Ford et la section syndicale, la décision du TGI sera suivie, ce jeudi 4 juillet, de la décision de la cour d’appel de Bordeaux sur l’engagement, en 2013, de Ford à maintenir 1 000 emplois à Blanquefort. En première instance, le tribunal avait considéré que cet objectif n’était pas tenu, malgré les promesses faites par le constructeur. Philippe Poutou résume pour Politis :

L’affaire remonte à deux ans, avant les annonces de l’abandon de l’usine par Ford, et il est vrai qu’aujourd’hui cette procédure paraît un peu décalée, mais cela serait bizarre que les deux décisions de justice rendues cette semaine ne correspondent pas.

La semaine dernière, Ford annonçait que son plan de restructuration allait entraîner la suppression de 12 000 emplois et la fermeture de six usines d’ici la fin de l’année prochaine en Europe. Dans un essai de soutien à la lutte des ouvriers du site de Blanquefort pour la préservation de leur emploi, le romancier Laurent Binet résumait la situation : « Ford et le fordisme : c’est ici que tout a commencé et c’est donc ici que tout finira. Vie et mort de l’industrie. »


 

par Antoine Cariou

 

Publié le 05/07/2019

 [TRIBUNE] Trains des primeurs, 15 jours pour gagner !

25 personnalités appellent à la mobilisation pour sauver la ligne de fret ferroviaire Perpignan-Rungis.

(site regards.fr)

15 jours. Voilà la durée de vie qu’il reste au train des primeurs. Alors que nous ne cessons d’alerter, depuis des mois, sur la mort du dernier train de fruits et légumes de France, rien n’est fait. Pire gouvernement, direction de la SNCF et chargeurs jouent un jeu de dupes, se renvoyant continuellement la responsabilité, avec pour unique objectif de fermer la ligne sans faire de bruit. La messe de mise à mort est annoncée pour le 12 juillet !

Alors que les enjeux écologiques sont immenses, que le compte à rebours a commencé, il est totalement irresponsable de supprimer un train qui, chaque jour, amène 1200 tonnes de fruits et légumes frais, depuis la plateforme Saint-Charles de Perpignan au MIN de Rungis, pour le remplacer par 25.000 camions. Un chiffre qui témoigne de l’ampleur du crime écologique, car il s’agit bien d’un crime que s’apprête à commettre le gouvernement : chaque train supprimé équivaut à 44 tonnes de CO2 dans l’atmosphère ! La vie de nos enfants est-elle moins importante que le poids des lobbys routiers ?

Derrière les mots, il y a les actes. Ce sont eux les véritables juges de paix. Et nous sommes loin du compte ! Si le gouvernement affiche une volonté d’atteindre la neutralité carbone en 2050, aucune décision concrète n’est prise pour engager un véritable report modal de la route vers le rail. Pire, en votant un pacte ferroviaire qui privatise l’activité fret SNCF en la transformant en SAS, Emmanuel Macron entend sonner le glas du fret ferroviaire public. Or, nous savons que le transport est le principal émetteur de gaz à effet de serre du pays (30%). Plus de 95% sont issus du mode routier, qui émet 130 millions de tonnes équivalent CO2. Un chiffre qui s’est accru de 39%, entre 1990 et 2015.

Les conclusions du rapport du Haut Conseil pour le climat sont un rappel à l’ordre sévère pour la majorité présidentielle. Sa présidente, Corinne Le Quéré, indique que « tant que l’action, en réponse au changement climatique, restera à la périphérie des politiques publiques, la France n‘aura aucune chance d’atteindre la neutralité carbone en 2050 ». Pourquoi ne pas se saisir du train Perpignan-Rungis pour engager une grande politique publique autour du fret ferroviaire ? Demain nous savons que le volume de marchandises transporté en France va exploser, augmentation de 45,2% des volumes de marchandises transportés, par la route, d’ici à 2030 et de 85,92 %, d’ici à 2050. Nous devons, dès aujourd’hui, lancer un grand plan d’investissement public pour que l’ensemble des MIN et ports de France soient embranchés au réseau ferroviaire. Faisons de l’intermodalité une arme contre le réchauffement climatique. Il y a urgence !

Oui la France est dans le rouge et le thermomètre chauffe dangereusement ! Selon une étude de « nature climate change », les chances de rester sous les deux degrés, d’ici la fin du siècle, sont de l’ordre de 5%. Si nous constatons une baisse des émissions de gaz à effet de serre (-1,1%), le rythme de baisse est insuffisant et largement en deçà des objectifs fixés par la Stratégie nationale bas carbone (-1,9%). Une diminution qui doit être portée à -3,3% à l’horizon 2025 ! Sans un changement complet et profond de notre modèle économique, en rupture avec les logiques libérales, il sera impossible d’atteindre cet objectif. Allons-nous regardez la planète se consumer sans agir ?

Comment comprendre, alors que nous traversons des pics de pollution, de plus en plus répétitifs, que des automobilistes et, à juste titre, se voient infliger des restrictions de circulations, tout en assumant de jeter des milliers de camions sur nos routes déjà saturées ! Pour rappel, sur l’A86 à hauteur du MIN de Rungis, un camion passe toutes les six secondes. De l’autre côté, au point frontière du Perthus, sur l’autoroute A9, plus de 9000 camions passent par jour. Entre Perpignan et Narbonne, ce sont 11.000 camions jours ! Quelle hypocrisie !

Lors de son discours de politique générale, le 12 juin dernier, Édouard Philippe affirmait que les 12 prochains mois du quinquennat Macron seront ceux « de l’accélération écologique ». De son côté, la ministre des transports, Élisabeth Borne, se dit consciente « de la nécessité de faire plus » sur la pollution. Il est temps de passer des discours aux actes !

Allons-y ! Sans attendre ! Dites non aux 25.000 camions supplémentaires sur les routes ! Déclarez cette ligne d’intérêt national et confiez le monopole de gestion à fret SNCF, pour que vive le train des primeurs !

Nous lançons aujourd’hui un appel à la mobilisation générale !

Citoyen-es, élu-e-s, syndicalistes, militant-es associatifs, ensemble mobilisons-nous pour mettre le fret ferroviaire public au service de la survie de notre planète.

 Manon Aubry, députée européenne LFI,
 Olivier Besancenot, membre du NPA,
 Laurence de Cock, historienne,
 Laurence Cohen, sénatrice PCF du Val-de-Marne,
 Maxime Combes, économiste et porte-parole d’ATTAC ,
 Emmanuelle Cosse, ancienne ministre du logement,
 Karima Delli, députée européenne EELV,
 Elsa Faucillon, députée PCF des Hauts-de-Seine,
 Olivier Faure, secrétaire national du PS,
 Christian Favier, président PCF du conseil départemental du Val-de-Marne,
 Yannick Jadot, député européen EELV,
 Sébastien Jumel, député PCF de Seine-Maritime,
 Aurore Lalucq, députée européenne Place publique,
 Mathilde Larrère, historienne,
 Jean-Luc Mélenchon, député LFI des Bouches-du-Rhône,
 Mathilde Panot, députée LFI du Val-de-Marne,
 Carine Petit, maire Génération.s du 14ème arrondissement de Paris,
 Thomas Porcher, économiste,
 Thomas Portes, responsable national du PCF en charge du collectif des cheminots,
 François Ruffin, député LFI de la Somme,
 Pascal Savoldelli, sénateur PCF du Val-de-Marne,
 Isabelle Saporta, journaliste,
 Gabrielle Siry, porte-parole du PS,
 Sophie Taillé-Polian, sénatrice Génération.s du Val-de-Marne,
 Marie Toussaint, députée européenne EELV,
 L’ensemble des député-e-s français-e-s et européen-ne-s de la France insoumise.

 

Publié le 04/07/2019

Parlons (Inter) Net

 

Portrait d’un imposteur, charlatan, facho, stipendié par la CIA, belliciste et misogyne (j’en oublie).

 

Eduqué par un précepteur nazi envoyé au Tibet par Hitler, il a été jusqu’en 1959 le chef d’une théocratie si féroce que « son peuple » martyr, avec une espérance de vie de 37,5 ans, était en danger de disparition.

En avril 1999, il a lancé un appel au gouvernement britannique afin qu’il libère l’ex-dictateur fasciste chilien Augusto Pinochet, arrêté au cours d’une visite en Angleterre (1).

Il était l’ami du gourou japonais de la secte Aum, Shoko Asahara qui le sponsorisait et qui a défrayé la chronique de l’horreur en faisant gazer au sarin des passagers du métro de Tokyo le 20 mars 1995.

Il est subventionné depuis 1959 par la CIA. En 1998, son représentant à Washington a avoué : « C’est un secret dévoilé, nous ne le contestons pas. »

Le 27 juin 2019, il s’est exprimé à la BBC sur l’immigration en Europe, qu’il souhaite limitée, faute de quoi « l’Europe pourrait devenir « musulmane ou africaine ». Elargissant le slogan de nos fascistes (« La France au Français ! ») il a déclaré « Europe is for Europeans ».

Le « chef » si peu spirituel d’une frange minoritaire des bouddhistes envisage de se réincarner en femme, mais « il faudra qu’elle soit attirante ». Il n’a pas dit : « je ne me vois pas en boudin », mais on l’a entendu.

Despote, charlatan, facho, stipendié par la CIA, belliciste (partisan de la guerre en Irak et en Afghanistan), misogyne, tel est l’individu que notre site dénonce depuis des années dans de nombreux articles (2) quand la classe politico-médiatique se prosterne devant lui.

Théophraste R. Auteur du pamphlet (que j’hésite à publier) : « Le dalaï lama est un sale con ».

Notes.
(1) Pendant les 25 années d’emprisonnement de Nelson Mandela, il s’est tu. C’est pourquoi, malgré ses efforts, et contrairement à Raul Castro, il n’a pas été autorisé à assister aux funérailles du leader Sud-Africain en décembre 2013.
(2) Voir aussi le livre : « Dalaï lama pas si zen  », de Maxime Vivas (Editions Max Milo, 2011).

 

Publié le 26/06/2019

Affaire Legay : les gendarmes en service à Nice ce jour-là ont refusé les ordres du commissaire
de : nazairien
 

(site bellaciao.org)

Dans quelles circonstances la chute de Geneviève Legay est-elle survenue à Nice le 23 mars ? Si l’enquête a dans un premier temps semblé piétiner, les gendarmes ont livré leur rapport : l’usage de la force était disproportionné, selon eux.

https://francais.rt.com/france/6325...

Le site d’investigation Mediapart a eu accès à un rapport des gendarmes décrivant l’opération du maintien de l’ordre le 23 mars à Nice au cours de laquelle la militante Attac Geneviève Legay a été blessée lors d’une charge contre les manifestants Gilets jaunes. Selon les militaires répondant au ministère de l’Intérieur, l’usage de la force ce jour-là était « disproportionné ». Le rapport, fait savoir Mediapart, indique également que les gendarmes ont refusé de participer à la charge en question, en désaccord avec l’ordre du commissaire de police qui l’a ordonnée.

« Observations sur la mission confiée » annonce sobrement le document transmis par les gendarmes le 25 mars à la direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN) où sont consignées, à en croire Mediapart, « des divergences sur le dispositif de manœuvre, incompatibilités qui ont conduit le capitaine de gendarmerie à ne pas engager son escadron (près de 70 hommes) dans la charge décidée par le commissaire Rabah Souchi, responsable des opérations. »

Le site précise que les manifestants ne présentaient à ce moment « aucun signe d’hostilité » et que le rapport des gendarmes fait état d’« une foule calme ». Un officier de police anonyme avait déjà livré son commentaire à Mediapart à propos de cette charge devenue tristement célèbre : « Il s’agit d’une phase lors de laquelle le dialogue est privilégié car possible si la menace en face est faible. Le but du maintien de l’ordre en France est de ne pas être au contact physique, ce qui est, d’ailleurs, en train d’être remis en question aujourd’hui. L’usage de la force doit répondre entre autres aux principes de nécessité absolue, de proportionnalité et de gradation. »

Il existe des dispositions du code pénal et du code de la sécurité intérieure qui encadrent l’usage de la force : si cet emploi n’est pas justifié, il est illégal

Une vague de refoulement aurait pu être envisagée à ce stade, avec les bâtons souples de défense rangés sur le côté, ainsi que les boucliers qui auraient pu être portés en position latérale et non frontale et les casques éventuellement enlevés. Les ordres reçus ont donc été jugés disproportionnés par l’escadron de gendarmerie. Il s’agit d’un fait exceptionnel.

Un général de gendarmerie contacté par Mediapart abonde : « Il faut toujours garder en tête que le contact avec les manifestants et le recours à la force sont l’ultime réponse. Il existe des dispositions du code pénal et du code de la sécurité intérieure qui encadrent l’usage de la force. Et si cet emploi n’est pas justifié, il est illégal. » Et de souligner qu’il existe « le devoir de désobéir » dans ce type de cas très précis « où l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public », selon le code de déontologie de la police et de la gendarmerie.

Concernant le rapport des gendarmes, l’avocat de Geneviève Legay, Arié Alimi, s’est dit « surpris d’apprendre l’existence d’un tel document » et s’étonne qu’il n’ait « pas été porté à la connaissance des juges d’instruction » en charge de l’affaire.

L’enquête initiale a connu un parcours particulier : dès le 25 mars, soit deux jours après la chute de Geneviève Legay, le procureur de Nice avait affirmé qu’aucun heurt ne s’était produit entre la militante et les forces de l’ordre. Or cette enquête préliminaire avait été confiée à une commissionnaire divisionnaire qui n’était autre que la compagne du commissaire qui avait ordonné la charge (Rabah Souchi). Cette dernière avait en outre participé elle-même à cette opération de maintien de l’ordre. Le procureur avait dû démentir sa propre déclaration le 29 mars et avait ensuite confié l’enquête à trois juges d’instruction. Le dossier sera examiné par la cour de Cassation le 10 juillet. Quelles conséquences pour les policiers ?

Le 30 mai, le journal Le Parisien révélait la déposition du major de police impliqué dans la chute de Geneviève Legay, document étonnant dans lequel, le fonctionnaire exprimait ses regrets : « Je suis surpris, je pensais sincèrement avoir poussé un homme, je n’ai rien d’autre à dire, c’est malheureux pour Madame Legay. »

Contacté par RT France le 21 mars, un policier du Collectif autonome des policiers d’Ile-de-France avait déjà confié : « Qui devra assumer les conséquences en cas de blessure grave d’un casseur ou d’un manifestant ? La nouvelle doctrine, c’est quoi ? C’est de leur rentrer dedans ? On a des flics frustrés, fatigués et qu’on incite souvent à se désengager et à fuir même... Alors la réplique de fermeté du gouvernement, elle est à double-tranchant pour nous ; nous, les policiers, il va falloir que nous fassions plus attention que jamais, parce que si nous sommes inquiétés par l’IGPN [Inspection générale de la police nationale], le ministre de l’Intérieur ne sera pas là pour nous tenir la main. Le fonctionnaire concerné sera tout seul. »

Joint par RT France le 22 mai, le porte-parole de l’Union des policiers nationaux indépendants, Jean-Pierre Colombies, avait défendu une position similaire à propos de l’affaire du policier renvoyé aux assises pour avoir éborgné un manifestant en 2016 : « Après les manifestations des Gilets jaunes, il y aura des dizaines d’autres cas similaires. Les flics seront comptables de leurs actes et pas [le ministre de l’Intérieur] Christophe Castaner, qui devrait pourtant assumer ses instructions de fermeté. Mais à la limite, les collègues auraient dû y réfléchir avant et faire preuve de discernement lorsqu’ils ont été confrontés à des ordres débiles.

Ce ministre a fait sauter toute la préfecture de police de Paris pour se couvrir, vous croyez qu’il va aller défendre des pauvres flicards aux assises ? A titre personnel, je l’ai assez dit sur tous les plateaux où j’ai été invité : l’autorité suprême peut bien donner le feu vert aux policiers d’agir comme certains ont agi, mais l’autorité judiciaire, elle, fait son travail, elle ouvre des procédures et lorsqu’on arrive aux assises, ce sont les jurés qui décideront, là on ne maîtrise plus rien, et le policier risque plus de dix ans de prison ferme. »

 

Publié le 25/06/2019

Revenu universel d’activité: attention danger!

Emmanuel Macron a annoncé, le 13 septembre 2018, le lancement d’un plan de lutte contre la pauvreté, qui intégrera la mise en place d’un « revenu universel d’activité ». Les associations signataires de cette tribune veulent pointer les risques de ce projet et en appellent à de véritables mesures d’amélioration du système de protection sociale.

Le revenu universel d'activité (RUA) vise à fusionner plusieurs minima sociaux, avec au minimum la prime d’activité et le Revenu de solidarité active (RSA). Il est également envisagé d’intégrer les aides personnalisées au logement (APL), ainsi que des allocations ciblant un public spécifique comme l’allocation aux adultes handicapés (AAH) et l’allocation supplémentaire d’invalidité (ASI), entre autres.

Le RUA sera aussi conditionné à « l'obligation d'inscription dans un parcours d'insertion, qui empêche de refuser plus de deux offres raisonnables d'emploi ou d'activité. » Le risque est donc grand que ce « revenu » soit conditionné à une démarche d’insertion par l’emploi, alors que la plupart des aides actuelles sont liées à un niveau de vulnérabilité (AAH, ASI) ou de ressources (APL).

Ainsi, après avoir organisé le naufrage de l'assurance chômage, qui coupera les droits de centaines de milliers de personnes, les minima sociaux vont se retrouver une nouvelle fois sous tension. Même sans réforme, les budgets augmenteront donc de manière exponentielle par cet afflux de nouveaux allocataires potentiels, alors même que le RUA est pour l’instant prévu à budget constant. 

Sortir de la pauvreté doit être un droit inconditionnel pour toutes et tous

Alors même que 5,6 millions de personnes sont actuellement au chômage total ou partiel, il n’existe que 524 000 offres d’emplois à pourvoir. Les discours culpabilisants sur la culture d’assistanat des chômeurs et, plus largement des allocataires des prestations sociales, reposent sur une vision erronée de la société prétextant qu’il suffirait de « traverser la rue » pour trouver un emploi.

L’emploi n’est pourtant pas systématiquement source d’insertion ou de réalisation personnelle. Il est aussi parfois facteur de souffrance, déclencheur de pathologies (surmenage, perte de sens, dépressions, maladies professionnelles...), mais également d’exploitation dans le cas des travailleurs·ses précaires (la France en compte entre un et deux millions, dont une majorité de femmes).

Placer sous condition le droit à la protection sociale est contraire aux principes de solidarité et de justice. Cela reviendrait à infliger une double peine aux publics concernés. Rien ne justifie de maintenir des personnes dans la pauvreté sous prétexte qu’elles n’accepteraient pas d’agir sous injonction (par du bénévolat forcé par exemple, tel qu’envisagé par le Premier Ministre).

Des lignes rouges à ne pas franchir

La concertation organisée par le gouvernement sur le projet de RUA a débuté le 3 juin dernier. L’hypothèse que la réforme se ferait à budget constant est une option sur la table, ce qui ferait de très nombreux perdants parmi les allocataires actuels.

Nous, associations signataires craignons qu’une telle réforme porte préjudice aux plus précaires. Un exemple à ne pas suivre est celui du crédit universel britannique qui, sous couvert de simplification, n’a fait qu’aggraver la précarité mais aussi renforcer le contrôle des plus vulnérables. 

Nous appelons à un débat large et transparent, et préconisons d’ores et déjà d’exclure les mesures suivantes :

→ Le conditionnement du RUA à l’acceptation d’une des deux offres d’emploi jugées « raisonnables » par l’administration. Cela n’aboutirait qu’à un contrôle abusif des demandeurs·ses d’emploi et les obligerait à accepter un emploi à n’importe quel prix.

→ Le bénévolat forcé : il est impensable de conditionner des aides sociales à des heures de bénévolat. Cela reviendrait à conditionner la survie des bénéficiaires à du travail forcé.

→ La lutte contre la pauvreté avec des moyens constants : le gouvernement a annoncé vouloir simplifier le système de protection sociale, ce qui est entendable au vu de sa complexité actuelle. Mais pour lutter contre le non-recours aux aides sociales qui touche près de 30 % des allocataires potentiels, il est indispensable de mobiliser des moyens supplémentaires, sans quoi cela reviendra à partager le budget actuel, déjà insuffisant, entre un plus grand nombre de personnes.

→ Une fusion de l’ensemble des minima sociaux : alors qu’il faudrait tendre vers l’inconditionnalité des minima sociaux, certaines aides comme les APL ou l’AAH, en étant intégrées au RUA, risqueraient de devenir elles aussi conditionnées à une démarche d’insertion, alors qu’elles ont été conçues pour pallier un manque de ressources.

→ Le « tout numérique » : aujourd’hui, le conditionnement des prestations sociales va souvent de pair avec une lourdeur administrative et des démarches en ligne obligatoires. Le non-recours est en partie dû à ce problème de fracture numérique, puisque 20 % de personnes en France ne parviennent pas ou ont du mal à effectuer des démarches dématérialisées.

Égalité sociale, liberté individuelle et organisation collective

L’inconditionnalité d’un revenu socle devrait être au cœur du projet gouvernemental. Nous estimons que le projet du gouvernement devrait intégrer les principes suivants :

  • Automatisation du versement des aides sociales, pour lutter contre le non-recours et simplifier les démarches administratives.
  • Élargissement du RSA aux 18-25 ans, un public aujourd’hui particulièrement touché par la précarité.
  • Individualisation des prestations sociales – par opposition à la notion de « foyer fiscal », pour assurer une véritable autonomie des personnes et l’indépendance notamment vis-à-vis dude la conjoint·e.
  • Garantie qu’aucun allocataire actuel ne soit perdant à l’issue de cette réforme.

Notre système de protection sociale est aujourd’hui largement perfectible, mais les intentions affichées par le gouvernement avec le projet de RUA nous inquiètent profondément, en dépit de la concertation lancée récemment. Nous, associations signataires, appelons à un débat de fond sur ce projet. Il est urgent de promouvoir des mesures ambitieuses pour sortir l’ensemble de nos concitoyen·ne·s de la pauvreté.

 

Organisations signataires :

AequitaZ ; Assemblée des citoyens du monde ; Collectif Roosevelt Ile de France ; Emmaüs France ; Ligue des droits de l’Homme (LDH) ; Mouvement Français pour un Revenu de Base (MFRB) ; Mouvement National des Chômeurs et Précaires (MNCP).

Témoignages :

« Le regard sur les chômeurs n'a cessé de se durcir. On cherche à nous faire croire qu'il y a des bons et des mauvais chômeurs. Il y a ceux qui cherchent du boulot et ceux qu'il faut contrôler et sanctionner. Mais on ne cherche pas à comprendre l'impact que ça peut avoir quand ça fait deux ans que vous enchaînez les refus, que vous avez fait tout l'annuaire mais qu'il y a toujours quelqu'un qui finit par vous passer devant. Ce sont toujours les mêmes qui vont prendre une claque dans la gueule. On ne parle jamais de cette violence-là. » Marc Desplats, membre du Mouvement National des Chômeurs et Précaires

« J'ai travaillé pendant de nombreuses années dans une grande entreprises de télécommunications. J'ai vu comment la « gestion managériale» s'est transformée en industrie à broyer des salariés. On finit par devenir des robots, sanctionnés pour avoir eu le malheur de dire « bonjour » au téléphone parce que ça nous faisait perdre en compétitivité... Si le travail nous rend inhumain, il faudra finir par s'interroger sur le bien-fondé de notre système actuel qui l'encense sans poser la moindre question sur sa nature ou ses conditions... » André Barnouin, membre du Mouvement National des Chômeurs et Précaires 

« On ne peut pas vivre des minima sociaux aujourd'hui. On peut à peine survivre. Mais ça n’intéresse personne. Depuis le temps qu’on demande à être reçus par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités donc aussi des Précaires… Mais on n’est jamais entendus, jamais à la table des négociations. Il faut se rendre à l’évidence, quand vous êtes chômeurs, précaires, vous finissez par être complètement invisible. Pourtant nous contribuons aussi à l’économie nationale par la TVA. Aujourd’hui, ce n’est pas d’un RUA dont nous avons besoin, mais d’un véritable revenu universel, individuel et inconditionnel. » Isabelle Maurer, membre du MNCP, RSA 68 et MFRB

« Le revenu universel d’activité n’aura d’universel que le nom. Il ne répond pas aux trois critères définissant un revenu de base : il ne sera pas universel puisqu’il ne ciblera que les personnes en recherche d’emploi. Il ne sera pas inconditionnel puisqu’il s’agira d’accepter une des deux offres d’emploi proposées jugées « raisonnables » par l’administration. Et il ne sera pas non plus individuel puisqu’il n’est pas prévu de revoir dans ce projet le modèle du foyer fiscal ». Nicole Teke, membre du Mouvement Français pour un Revenu de Bas

 

Publié le 24/06/2019

« À d’autres ! »

A propos des médias, du langage et de la parole : un tract de l’assemblée des gilets jaunes de Belleville

paru dans lundimatin#197, (site lundi.am)

 

Nous publions ce tract transmis par l’assemblée des Gilets jaunes de Belleville à Paris. Le texte met en regard l’inactualité médiatique du mouvement des gilets jaunes et son ancrage croissant dans la réalité. Une réalité qu’a contrario gouvernants et journalistes quittent à grande vitesse.

Fascistes, racistes, antisémites, homophobes, haineux, vermines, poujadistes, populistes, putschistes, complotistes, idiots, jojos, gueux… sans oublier le plus important : feignasses. Vraiment, vous avez l’embarras du choix, parmi toutes les bonnes raisons que les « élites » (car elles existent) tiennent libéralement à votre disposition, pour condamner les Gilets jaunes et pour vous condamner à l’impuissance par la même occasion.

De novembre à juin, on se sera servi d’un arsenal d’anathèmes finalement aussi accablants que monotones pour claquemurer ce qui s’est réveillé avec le mouvement des Gilets jaunes. Soyons clairs, comme les journalistes savent l’être quand ils ont un message à faire passer : nous étions fascistes, racistes et homophobes dès novembre ; nous étions d’extrême-droite, antisémites et manipulés en décembre ; puis toujours manipulés, mais aussi séditieux, haineux et putschistes (et homophobes, bis) fin décembre ; en janvier, les choses se précisaient : en plus d’antisémites donc, nous étions manipulés par l’extrême droite, infiltrés par l’ultragauche, idiots au point d’appeler au meurtre, encore et toujours homophobes ; antisémites, racistes, d’extrême-droite en février ; antisémites, homophobes, d’extrême-droite et décidément idiots en mars ; idiots utiles mais vermines quand même en avril ; de nouveau manipulés et d’extrême-droite en mai ; d’extrême-droite, c’est un scoop, en juin… Il est tout de même assez étonnant qu’ait échappé à la sagacité des observateurs que nous mangions nos enfants et que nous appelions à l’entière destruction du système solaire, et au chaos cosmique, pour faire bonne mesure.

Pour varier les plaisirs, la plupart des médias ont récemment adopté une tactique éprouvée : minimiser l’inqualifiable phénomène que représente d’ores et déjà la persistance du mouvement des Gilets jaunes, en occultant purement et simplement cette persistance qui détermine pourtant de part en part la période. En avril et en mai, il fallait faire le calme pour ramener les gens dans les bureaux de vote. Désormais, la plaisanterie a assez duré. Il est temps de reprendre une activité normale, puis de partir en vacances, pour celles et ceux qui peuvent se le permettre. On connaît la vieille ruse de l’information : ce dont on ne parle pas n’existe pas. Effet performatif. On parlera donc de moins en moins des Gilets jaunes. La menace est passée, d’ailleurs le mouvement se dégonfle.

On aurait dû le savoir, puisque le mouvement des Gilets jaunes est né asthmatique, essoufflé dès ses premiers pas. Huit mois qu’il braille et renverse les bibelots sur son passage, huit mois qu’on nous répète, qu’on nous assène sur tous les tons : le mouvement s’essouffle. Et puis il s’est essoufflé, n’est-ce pas. Inexorablement, il a continué de s’essouffler. Il n’en finit pas de s’essouffler d’ailleurs. Il s’essouffle encore et toujours. On pourrait même dire qu’il passe son temps à s’essouffler. Il s’essouffle à force d’enthousiasme. Aux dernières nouvelles, nous sommes à bout de souffle. Comme à Paris le 16 mars ou à Montpellier le 8 juin. Comme lors des Assemblées des Assemblées. C’est dingue ce que nous aimons l’essoufflement. Ça doit être l’effet pervers des gaz que nous respirons goulument. Mais bien sûr ce n’est pas à cause de la répression massive qui nous a touchés, nous, nos proches et nos semblables, incarcérés, blessés ou terrorisés, ni à cause de la calomnie qui l’a secondée avec ferveur, nous isolant dans une condamnation morale et une suspicion savamment entretenue : c’est bien parce qu’il était dans la nature de notre mouvement d’avoir le souffle court. Tout le démontre. Non ?
Les gouvernants et leurs journalistes le démontrent, il suffit de les écouter, eux qui se sont enfoncés dans le mensonge proclamé comme une vérité, un mensonge sans retour, et dans le déni halluciné d’une réalité incompatible avec le logiciel qui bourdonne sous leur crâne. Cela va même au-delà de l’arrogance et du mépris ; c’est l’inquiétante tentative d’un gouvernement aux abois d’imposer un discours faux sur le réel, d’instaurer un délire autoréalisateur et glaçant en lieu et place de tout langage humain. Cette chose curieuse qu’on appelle « l’information » s’est mise à croire à l’effet de ses propres annonces. Vous le savez bien. Si l’on réprime les manifestants, c’est pour défendre le droit de manifester, tout comme on organise des « grands débats » pour clarifier le débat des rues, et qu’on ferme des hôpitaux pour défendre plus efficacement l’avenir de l’hôpital. Cela va sans dire.

Ainsi donc, les Gilets jaunes ne seraient plus d’actualité. Et ça tombe plutôt bien en définitive, car nous n’en avons rien à carrer de rentrer même inconfortablement dans un quelconque agenda politicien, ni d’être « à la mode » (sauf peut-être pour les enfants, vos enfants aussi, dans les cours de récréation, qui ne jouent plus aux cowboys et aux indiens mais aux flics et aux Gilets jaunes, avec comme par hasard une nette préférence pour ces derniers). Nous sommes prêts à céder la place dans « l’actualité » à celles et ceux qui y tiennent tellement, qui la fabriquent de toutes pièces, pour nous occuper du réel qui les menace constamment.

Nous sommes cette constance. Nous sommes la profondeur du réel.

Les Gilets jaunes incarnent l’unité fabuleusement foutraque d’une critique véloce, d’une critique vorace, non sectorielle, non parcellaire, une critique instinctive et réfléchie fondée sur le refus de la vie misérable, avec ou sans travail, mais toujours encombrée de marchandises et de distractions. Ça s’est entendu dans les rues de Paris, un samedi il n’y pas si longtemps, quand un chant cinglant s’imposa à toutes et à tous : « Travaille, consomme, et ferme ta gueule ! ». La voilà, votre actualité.

Notre inactualité à nous s’ancre plutôt dans la réalité de ce que nous nous sommes mis à partager depuis novembre. Sur les ronds-points. Dans les cortèges. Au cours des assemblées. Pendant que les caméras et que les drones nous surveillent. Dès que l’occasion se présente ou que nous la provoquons, qu’il s’agisse de bloquer ou de dévaler, d’un barrage, d’une occupation ou d’une course poursuite, en multipliant les modes d’action, en expérimentant. Car contrairement à l’ordre obsédé par l’étalage de ses forces démesurées et stériles, nous savons improviser. Nous ne savons pas ce que nous faisons, et nous savons très bien ce que nous faisons. Avec nos voix, nos corps et nos têtes, même amputés. Quelle rage, mais quel bonheur aussi, de s’attaquer à ce qui nous nuit. De s’éprouver, de se découvrir, un et multiple, avec tout ce que nous avons en commun et en différences, solidaires.

Et partout nous parlons. Dès que l’occasion se présente ou que nous la provoquons. Une forme de parole qui ne s’était pas entendue depuis longtemps, une parole directe et qui s’assume, dans son prosaïsme et dans sa poésie, fondée dans l’expérience individuelle et prenant place dans une expérience collective. Une parole qui affirme une subjectivité nouvelle, faite de sincérité désarmante, d’écoute débordante de l’autre et de bienveillance déniaisée, même dans la dispute qui nous est chère, car oui, nous sommes vivants, nous sommes mutants, nous sommes désordonnés et nous sommes ordonnés à la fois, nous ne cessons de nous transformer. Et rien de ce que le pouvoir trouvera à dire, à baragouiner, avec ses petites combines et ses coups tordus qui sont la spécialité des bureaucraties partidaires, syndicales et médiatiques, ne nous coupera plus la parole. Le virus se propage.

Cette forme de parole libératrice et organisatrice, que nous n’avons pas inventée mais que nous faisons surgir, pénètre peu à peu toute la société. Une attitude Gilet jaune se généralise dans tous les milieux, chez les dockers, chez les infirmiers ou chez les professeurs, dans la radicale remise en cause des hiérarchies machinales, de la morale qui les maintient, des règles iniques, des manipulations banalisées, des intérêts cachés. À d’autres ! Mais pas à nous, qui sommes qui nous sommes, qui sommes nous tous.

Alors assez de leur actualité, de leur monde fatigué et fatiguant. Avec les Gilets jaunes, tout le réel réclame voluptueusement ses droits.

Assemblée des Gilets jaunes de Belleville
(juin 2019)

 

Publié le 22/06/2019

L’urgence du débat de fond

Par Roger Martelli (site regards.fr)

Accepter le débat d’idées, les réflexions stratégiques, la critique, pour mieux continuer la lutte. L’urgence est là, plus que jamais, pour se donner les moyens de construire sur le long terme et de réussir. Par Roger Martelli.

 « Je ne comprends pas l’opposition du populisme et de la gauche », nous dit François Ruffin. Le temps n’est pas de discuter, mais d’agir, ajoute-t-il. Même son de cloche chez Manon Aubry. « Il faut sortir des débats théoriques politiciens », assène-t-elle, tandis que d’autres continuent de vitupérer la « tambouille ». « Théorique » égale « politicien » : circulez, il n’y a rien à penser. Le problème est que ce coup-là a déjà utilisé et qu’il a été chèrement payé. 

Après chaque échec, la tentation existe de refuser le débat et de s’abîmer dans l’action. Le PCF l’a fait longtemps après 1978. Il a brocardé les critiques, dénoncé les « bavardages » et opposé la lutte à la réflexion. On sait ce qui lui est arrivé au bout du compte. La méthode est commode : elle évite d’interroger les stratégies, de mettre en question les directions et de rassurer le corps militant. L’action, plutôt que la discussion… Naguère, on disait qu’il ne fallait pas désespérer Billancourt. Hélas, Billancourt a peut-être été rassuré, mais la forteresse ouvrière n’existe plus. La méthode peut réussir à protéger temporairement les directions et à maintenir l’ordre dans les organisations. À terme, elle est calamiteuse pour les organisations elles-mêmes.

Que le combat ne doive pas cesser, contre tout ce qui tire la société vers le bas va de soi. Mais comment ne pas se demander pourquoi la lutte ne réussit pas, ou en tout cas n’y parvient pas assez ? Continuer comme si de rien n’était, en craignant de remettre en cause l’existant, revient à courir le risque de reproduire à l’infini les mécanismes politiques de l’échec.

Demain ne suffit pas

On vient une fois de plus de constater que la mobilisation sociale ne suffit pas, que le mouvement des gilets jaunes, par exemple, n’a pas fait progresser le parti-pris de l’émancipation – c’est le moins qu’on puisse dire ! –, qu’il ne suffit pas d’additionner les journées de lutte et de manifestations. Mais on va seulement poursuivre dans la même direction, avec l’espoir que, un jour ou l’autre, la mayonnaise va prendre et que « cela va finir par péter » ?

Si l’expérience récente peut nous éclairer, c’est sur le fait que la lutte nécessaire ne débouche sur rien, si elle ne se raccorde pas à de la perspective politique attractive. Qu’il ne suffit pas de combattre, si l’on ne sait pas très bien comment remplacer ce dont on ne veut plus. Attiser les feux contre le seul Macron, vitupérer la caste, l’élite en soi : en pratique, cela a conduit au renforcement du Rassemblement national. Le « référendum anti-Macron » n’a pas promu Manon mais Marine ! L’idée a été lancée et portée notamment par François Ruffin et soutenue tout au long de la campagne.

Il devrait savoir pourtant que la colère sans espérance ne nourrit pas la combativité mais le ressentiment et que celui-ci porte vers le pire. Mieux vaut se convaincre aujourd’hui que la haine des dominants ne conduit pas nécessairement à la conscience du système qui produit la domination. Parce qu’à contourner la question des causes profondes de tous nos maux, on laisse libre cours à la polarisation sur les boucs émissaires plus que sur les responsables véritables. L’esprit de lutte a besoin de lucidité critique ; laissons donc la haine à l’extrême droite.

Quand on n’a pas de pétrole...

Mettons de côté les intellectuels discoureurs, les coupeurs de cheveux en quatre ? Vieux discours, inefficace et, de fait, meurtrier pour la cause que l’on défend. Toute lutte relève de la pratique, mais l’ivresse de l’action peut conduire à l’inconscience et à la défaite. Les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre, disait le Grec Sophocle, il y a bien des siècles.

Il avait raison. Ne renonçons donc pas au débat raisonné sur la stratégie, sur les idées motrices et sur les méthodes : ce n’est pas perdre du temps ; ce n’est pas se résigner à l’inaction. C’est se donner au contraire les moyens pour construire sur le long terme et pour réussir.

Roger Martelli

 

Publié le 21/06/2019

L’art de la provocation

par Serge Halimi  (site monde-diplomatique.fr)

   

Un État qui, sans motif réel, dénonce un accord international de désarmement qu’il a longuement négocié peut-il ensuite menacer d’agression militaire un autre État signataire ? Peut-il ordonner à tous les pays de s’aligner sur ses positions capricieuses et belliqueuses, faute de quoi eux aussi subiront des sanctions exorbitantes ? Quand il s’agit des États-Unis, la réponse est « oui ».

En somme, il est parfaitement inutile de perdre son temps à étudier les raisons invoquées par la Maison Blanche pour justifier son escalade contre l’Iran. On imagine que M. John Bolton, conseiller à la sécurité nationale du président Donald Trump, et M. Michael Pompeo, secrétaire d’État, ont confié aux diplomates et aux services de renseignement américains une mission du genre : « Cherchez des prétextes, je me charge de la guerre. »

M. Bolton ne manque ni d’expérience ni de suite dans les idées. En mars 2015, alors que son fanatisme en faveur de l’invasion de l’Irak a amoindri son influence, il publie dans le New York Times une tribune intitulée : « Pour arrêter la bombe iranienne, il faut bombarder l’Iran ». Après avoir prétendu que Téhéran ne négocierait jamais la fin de son programme nucléaire, il conclut : « Les États-Unis pourraient effectuer un travail soigné de destruction, mais seul Israël peut faire ce qui est nécessaire. (…) L’objectif sera le changement de régime à Téhéran (1).  »

Quelques mois plus tard, un accord nucléaire avec l’Iran était signé par toutes les grandes puissances, États-Unis compris. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, Téhéran en a respecté scrupuleusement les termes. Pourtant, M. Bolton n’en démord pas. En 2018, devançant les positions va-t-en-guerre du gouvernement israélien et de la monarchie saoudienne, il tient toujours autant à son « changement de régime » : « La politique officielle des États-Unis, écrit-il alors, devrait être la fin de la révolution islamique iranienne avant son quarantième anniversaire. Cela laverait la honte d’avoir eu nos diplomates retenus comme otages pendant quatre cent quarante-quatre jours. Et ces anciens otages pourraient couper le ruban lors de l’inauguration d’une nouvelle ambassade à Téhéran (2).  »

L’actuel président des États-Unis a fait campagne contre la politique des « changements de régime », c’est-à-dire des guerres d’agression américaines. Le pire n’est donc pas encore certain. Mais la paix doit être bien fragile pour qu’elle semble ainsi dépendre de la capacité de M. Trump à maîtriser les conseillers enragés qu’il a nommés. En asphyxiant économiquement l’Iran avec le concours des capitales et des grandes entreprises occidentales (contraintes et soumises), Washington prétend que son embargo obligera Téhéran à capituler. En réalité, MM. Bolton et Pompeo n’ignorent pas que cette même stratégie a échoué en Corée du Nord et à Cuba. Ils escomptent donc plutôt une réaction iranienne qu’ils présenteront ensuite, triomphalement, comme une agression appelant une « riposte » américaine.

Intoxications, falsifications, manipulations, provocations : après l’Irak, la Libye et le Yémen, les néoconservateurs ont désigné leur proie.

Serge Halimi

 

Publié le 20/06/2019

L’étrange réélection d’Ada Colau

Par Pablo Castaño Tierno (site regards.fr)

Arrivée deuxième lors des élections municipales de samedi dernier, derrière les indépendantistes de gauche, Ada Colau restera finalement maire de Barcelone, grâce aux voix des socialistes et de Manuel Valls.

Chacune de ses élections aura donc été une surprise. Surprise en 2015, quand l’ancienne activiste pour le droit au logement arrive à la tête du gouvernement municipal de la capitale catalane, dépassant de quelques milliers de voix le parti nationaliste de centre-droit Convergència i Unió et déclenchant une vague d’espoir parmi les mouvements sociaux et la gauche barcelonaise. Surprise samedi 15 juin, quand Ada Colau est réélue maire de Barcelone, alors que c’est la formation indépendantiste de centre-gauche Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) qui était arrivée en tête du suffrage du 26 mai.

Il aura fallu un accord entre la formation de « l’indignée », Barcelona en Comú, le Parti socialiste catalan (PSC) et les voix favorables de Manuel Valls et deux de ses élus pour permettre à Ada Colau de conserver la municipalité.

Sans surprise, le soutien inattendu de l’ex-Premier ministre français a déclenché la colère des indépendantistes, qui considèrent qu’on leur a volé un gouvernement municipal auquel ils avaient droit – et qui aurait été une première dans l’histoire politique de Barcelone. Comme l’a exprimé le candidat d’ERC, Ernest Maragall, la mouvance indépendantiste considère que Ada Colau « s’est laissé acheter » par les socialistes et Manuel Valls.

Gagner n’est pas gouverner

Il est vrai que la situation est pour le moins surprenante. Avant les élections du 26 mai, un accord post-électoral entre ERC et Ada Colau pour gouverner Barcelone semblait l’option la plus probable. Bien que le parti d’Ada Colau ne soit pas indépendantiste, il défend le droit à l’autodétermination de la Catalogne et la libération des prisonniers politiques indépendantistes accusés de sédition et rébellion par la justice espagnole. De plus, les deux formations partagent un discours de gauche – même si le bilan politique d’ERC est confus : ils sont alliés au parti indépendantiste de droite Junts per Catalunya au gouvernement régional.

Pourquoi donc l’accord ERC-Colau n’a pas eu lieu ?

D’abord, à cause des méfiances entre les deux partis. Pendant tout le mandat municipal de 2015-2019, ERC a fait opposition au gouvernement d’Ada Colau, votant systématiquement contre les propositions de la maire, allant même jusqu’à s’opposer à des politiques qui étaient dans son programme électoral, comme l’extension du tramway qui devrait traverser Barcelone.

Par contre, Ada Colau a co-gouverné avec les socialistes pendant un an et demi. Une expérience globalement positive avec pour conséquence le fait que bien des leaders de Barcelona en Comú préfèrent finalement un accord avec le PSC plutôt qu’avec ERC. Et cela malgré le fait que le parti d’Ada Colau est plus proche des républicains que des socialistes dans l’axe nationale de la politique catalane – le parti de Pedro Sánchez refuse de reconnaître le droit d’autodétermination de la Catalogne et son gouvernement fait partie de l’accusation dans le procès contre les leaders indépendantistes pour l’organisation du référendum de 2017.

Le facteur Valls

Cependant, la raison principale de l’échec d’un accord ERC-Colau est tout autre : la proposition de Manuel Valls de voter pour l’investiture de la maire-sortante. Une main tendue qui a déterminé les négociations au sein de tous les partis après le scrutin du 26 mai dernier.

Obsédé par l’arrivée au pouvoir de l’indépendantiste Ernest Maragall, dès le lendemain de l’élection, Manuel Valls s’est dit prêt à voter pour Ada Colau – le « moindre mal » – si elle faisait un accord de gouvernement avec le PSC, ce qui entrait tout à fait dans les plans de la maire.

Pendant deux semaines, Ada Colau a tenté de former un gouvernement avec les trois partis « progressistes » (Barcelona en Comú, ERC et le PSC) mais aucun des deux n’a accepté sa proposition : la division entre indépendantistes et unionistes est toujours trop forte à Barcelone.

Dans ce contexte, Ada Colau n’avait que deux options : 1/ faire de Ernest Maragall le nouveau maire. 2/ gouverner avec le PSC grâce au soutien de Valls pour l’investiture (l’addition Barcelona en Comú+PSC n’étant pas suffisante pour obtenir la majorité).

La deuxième option présentait l’avantage incontestable de conserver la mairie, un poste clé dans la structure locale espagnole, assez présidentialiste. Dans une consultation en ligne, 70% des membres de Barcelona en Comú ont choisi l’accord avec le PSC, option explicitement soutenue par Ada Colau.

Choisir, c’est renoncer

Samedi, lors de la séance d’investiture, l’ambiance n’était pas au rendez-vous. La cérémonie a été marquée par la présence de Quim Forn, conseiller municipal indépendantiste qui avait été relâché de prison pour la journée, et par les applaudissements de Manuel Valls à Ada Colau.

La maire réélue a dit son « inconfort » par rapport au soutien de l’ex-Premier ministre français, régulièrement traité de raciste pendant la campagne et détesté par la gauche barcelonaise. Elle a aussi confirmé son soutien aux prisonniers politiques indépendantistes et a affirmé que les voix de Manuel Valls ne conditionneront nullement ses politiques, proposant à ERC d’arriver à des accords pour promouvoir des politiques sociales et féministes ambitieuses. Néanmoins, la tête de liste d’ERC ne semble pas prête à faire des concessions... au moins pendant les premiers mois de mandat, les républicains céderont très probablement à la tentation de torpiller le gouvernement Colau. Seul le temps dira si Ada Colau et les siens ont pris la bonne décision.

Pour l’instant, la décision de Manuel Valls a provoqué une rupture entre lui et Ciudadanos, le parti qui l’avait soutenu pour ces élections municipales – parti qui préfère s’allier avec l’extrême droite pour gouverner, comme à Madrid. L’ancien Premier ministre français perd ainsi quatre des six élus qui composaient son groupe municipal. Par conséquent, le spectre d’une alliance Barcelona en Comú-PSC-Valls agité par les indépendantistes n’aura pas lieu, puisqu’ils n’ont plus la majorité au conseil municipal.

Finalement, comme pendant le mandat précédent, Ada Colau et ses alliés socialistes seront obligés de trouver des accords avec ERC, dépassant l’axe national qui divise les gauches catalanes depuis trop longtemps.

Pablo Castaño Tierno

 

Publié le 18/06/2019

Montpellier : acte XXX, l’art et les Gilets Jaunes

paru dans lundimatin#195 (site lundi.am)

Un lecteur nous a envoyé, in extremis, ce récit de l’acte 30 des gilets jaunes à Montpellier. Bien que l’auteur s’attaque avec un style assez véhément à l’institution policière, à l’art mainstream ainsi qu’à quelques confrères, il nous a semblé intéressant de le publier afin de rendre compte de ce dont le mouvement des GJs est encore capable.

« Il faut être intolérant pour être libre. »
Georges Darien, La Belle France.

Ce vendredi 7 juin a eu lieu à Montpellier l’inauguration de la ZAT, ou Zone Artistique Temporaire, fiente institutionnelle et festive ainsi nommée en référence à l’ultra-récupéré Hakim Bey. Orchestré par cette vieille baudruche foireuse de Nicolas Bourriaud (comme d’hab’, la province recycle les déchets dont on ne veut plus à la capitale), cet événement apporte, si besoin en était, une nouvelle preuve que toute culture, entre les mains du pouvoir, n’est que charogne.

On peut ainsi admirer en divers lieux (entre autres merdouilles typiques de la haute-culture sous vide) « une fresque monumentale [qui] représente des verres à cocktail, de l’alcool ou une tasse à café, » un collage « inspiré de la pub, des slogans et des logos » ou bien encore des « néons aux messages sympas ("je vous aime", "vous êtes exceptionnels"...) » De la charogne, disais-je.

Heureusement, le lendemain, la manifestation nationale, et sauvage, du bloc jaune et des gilets noirs a renversé pendant quelques heures cet état de fait. L’art fut de nouveau en vie et la vie fut dans la rue, cette rue « assez curieuse, assez équivoque, assez bien gardée et pourtant elle va être à toi, elle est magnifique. » (Breton, troisième manifeste)

Montpellier a donc tremblé, comme cela lui arrive régulièrement depuis six mois.
La feuille de chou locale, le Midi Libre (nique sa mère !) titre aujourd’hui dimanche : « L’Acte de trop. » Sauf que trop, ce n’est sans doute pas assez. Et que la seule chose véritablement « de trop » ici, la seule chose dont on se passerait bien, et à jamais, c’est de cette répression policière, brutale, terrible, qui débuta aux alentours de midi et demi pour ne cesser que 8 heures plus tard.

8 heures de violences, de tirs de lacrymos, de LBD, de charges, de jets d’eau à pleine puissance, quasiment sans discontinuer.

Il faut dire que la police est tombée sur un os, exactement comme le 5 janvier dernier : la foule ne s’est pas laissée faire, la foule a résisté. Il y eut même, à deux reprises, sur la place de la Comédie, ce moment d’exaltation qui voit les manifestants se regrouper d’un même élan pour mettre en déroute les meutes policières. Une vague qui éventre les lignes des CRS, fout en l’air toute leur stratégie, renverse l’habituel rapport de force. Les bleus en déroute, puis la BAC en roue libre, qui se lâche, cherchant par tous les moyens à se payer du scalp, terrorisant au passage, de façon parfaitement gratuite, avec de sales rires gras, les manifestants âgés qui cherchent refuge dans les petites ruelles.

Il y eut surtout beaucoup de blessés, certains assez graves ; je n’ai jamais vu défiler autant d’ambulances pendant une manif’. Vers 16 heures, naissait alors une rumeur faisant état d’un décès chez les médics, puis d’un coma, ou d’une mort cérébrale, on ne savait pas trop, tout cela était assez confus. Ces rumeurs se sont heureusement révélées fausses, mais elles disent bien le degré de violence qui fut atteint cet après-midi là. Oui, effectivement, un flic aurait parfaitement pu tuer quelqu’un. Éborgner, mutiler, c’est tellement has-been, so « ancien monde. » Passons à la vitesse supérieure, les gars. Montrons leur qu’on en a dans le slip.

N’empêche, ce samedi, le slip de la police devait être moite de sueur. Entre le soleil qui tapait dur sur leurs vingt kilos de matériel et la hargne des manifestants, il ne fait aucun doute que nos zélés serviteurs de l’ordre gouvernemental ont dû passer une bien sale journée. C’est une pensée qui réchauffe mon petit cœur de « complice du pire. » Soyons cruels jusqu’au bout, jusqu’aux détails les plus insignifiants.

Toujours dans le Midi Libre du jour, un éditorialiste droitard écrit, dans son style de petite chose flasque à la solde du pouvoir : « Manifestez, défendez vos convictions, marchez pour la liberté, mais ne touchez pas à nos villes, nos commerces, nos bâtiments publics, notre patrimoine commun, par votre violence et vos dégradations. ». Mais VOS villes, pauvre cloche, VOS commerces, VOS bâtiments publics en voie de privatisation, VOTRE patrimoine en décrépitude, NOUS n’en voulons PLUS !

Et puis, si vous souhaitez encore pratiquer le petit jeu du comparatif, entre VOS événements plus économiques que culturels et NOTRE vandalisme sans frein, en voici une, de comparaison, toute simple :
Vendredi 7 juin, dans le cadre de l’inauguration de la ZAT à Montpellier, la diplômée des beaux-arts Clémentine Mélois affichait ses inoffensifs jeux de mots littéraires, très tendances sur instagram, facebook et twitter, en vitrine du Monoprix de la place de la Comédie, contribuant ainsi au rayonnement artistique de cette noble enseigne de la grande distribution.

Le lendemain, dans cette même ville, quelques glorieux anonymes traçaient à la bombe cette poésie spontanée de la révolte et de la rage sur les façades d’établissements bancaires, assurances et autres enseignes appartenant à des multinationales.
L’œuvre de Clémentine Mélois, pourtant située à l’un des principaux points d’affrontement, fut épargnée par les casseurs.
Elle doit rester affiché pendant encore deux mois.
Voila qui nous laisse largement le temps de réparer ce qui fut la principale erreur de cette belle manifestation.

« Et puis, attendez ; j’ai encore quelque chose à vous dire.
Mort aux vaches ! »

Darien, La Belle France.

Publié le 16/06/2019

Comment soutenir le référendum contre la privatisation d'ADP

Coralie DELAUME

Bonjour à tous, 

Le site officiel permettant de soutenir l'organisation d'un référendum sur la privatisation d'ADP est désormais actif. Vous pouvez y accéder en cliquant sur ce lien : https://www.referendum.interieur.gouv.fr/

La présente pétition n'a en effet pas de valeur officielle. C'est bien sur le site du ministère de l'Intérieur qu'il faut s'enregistrer. Cela nécessite d'être inscrit sur les listes électorales et de se munir de sa carte d'identité. 

L'usage du site est difficile. Il semble fait pour décourager. Plusieurs médias ont donc réalisé des tutoriels. Voici quelques adresses où la marche à suivre est expliquée : 

- Premier tuto : CLICK

- Deuxième tuto : CLICK

- Troisième tuto : CLICK

Si vous connaissez des personnes qui n'ont pas accès à Internet, sachez aussi qu'il est également possible de s'inscrire via un formulaire papier (Cerfa) à demander et à remplir en mairie. 

Bon courage, si on s'y met tous on peut l'avoir, notre référendum ! 

 

Publié le 15/06/2019

Parlons (Inter) Net

 

Lula Da Silva avait aussi été condamné par les médias

 

Vite fait, mal fait, trouvé sur mon moteur de recherche ces perles des médias mainstream, datées de 2018, à comparer avec ce qu’en disait le Grand Soir :

Courrier International, 22 septembre 2016 : « Les procureurs estiment que les sommes indues perçues par M. Lula s’élèveraient à 3,7 millions de reais (environ 1 million d’euros)… ».
Sommes perçues (on le sait, donc) et non sommes qui auraient été perçues. Le conditionnel intervient ensuite pour indiquer le doute sur... le montant.

Challenges, 19 décembre 2017 : « ... Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), menacé d’inéligibilité à la présidentielle de 2018 pour avoir reçu un triplex en échange de services rendus à un autre groupe de BTP ».
Il a donc reçu un triplex, pas de doute.

L’Express, 1er mars 2018 : « Brésil : l’ex-président Lula "innocent" et plus que jamais candidat ».
Notez les guillemets ironiques à « innocent ».

Valeurs Actuelles, 9 avril 2018 : « … Or, non seulement sa condamnation est motivée mais elle risque bien de ne pas être unique… ». Sans commentaire.

Libération, 19 août 2018 : « L’ancien chef de l’Etat est détenu pour corruption et blanchiment d’argent ».
Notez qu’il n’est pas détenu sous l’accusation de corruption, mais pour corruption.

France Soir, 25 Janvier 2018 : « La "combine", aussi classique qu’efficace, résidait dans des largesses attribuées au président… ».
Notez que la combine résidait dans et non pas aurait résidé ou résidait selon l’accusation.

Valeurs Actuelles, 25 janvier 2018 : « La condamnation en juillet 2017 n’était pas inscrite sur du vent, le juge Sergio Moro avait rendu son verdict en motivant sa décision dans un rapport de 218 pages. »
Condamnation de béton, quoi !

Amis lecteurs, à vous de continuer la cueillette, si le cœur vous en dit. J’ajouterai vos trouvailles ici.

Théophraste R. (lanceur d’alerte vers le Decodex sourd et aveugle du Monde).

AJOUT : Ne pas manquer SVP cette courte vidéo (2mn45) du 8 avril 2018 :

 

Publié le 14/06/2019

Pétition. Contre la dégressivité du chômage

(site lamarseillaise-encommun.org)

 

Le gouvernement a annoncé la dégressivité et le plafonnement des allocations chômage pour les cadres. Concrètement, cela signifie que pour celles et ceux qui ne retrouveront pas immédiatement de travail, le montant des allocations chômage baissera et ne leur permettra plus de maintenir leur niveau de vie.

Cadres ou non, cette situation nous concerne tous et toutes car une fois expérimentée, n’en doutons pas, la dégressivité sera étendue à tous les autres salariés au prétexte de l’équité.

Pour justifier cette mesure, le gouvernement prétend que les cadres sont des favorisés, et que le montant « trop généreux » de leurs allocations chômage ne les incite pas à chercher un travail. Stigmatiser les cadres alors qu’on refuse de rétablir l’Impôt Sur la Fortune, la ficelle est un peu grosse.

Mais c’est surtout complètement faux. Le gouvernement a déjà mis en place depuis janvier la suspension des allocations chômage après 2 refus d’une offre d’emploi, y compris si les emplois proposés étaient à un salaire bien inférieur à celui perçu antérieurement et très éloignés géographiquement. Donc la pression est déjà énorme et les mécanismes existent déjà pour forcer les personnes privées d’emploi à accepter n’importe quoi.

C’est aussi « oublier » que les cadres étant peu au chômage, leurs cotisations représentent 42% des ressources du régime et leurs allocations comptent seulement pour 15% des dépenses. La dégressivité et le plafonnement des allocations des cadres dégagera donc peu d’économies. Par contre, les chiffrages de l’UNEDIC démontrent que mettre à contribution les cadres dirigeants et instaurer des cotisations chômage sur la part des salaires supérieurs à 13 500€ permettrait de dégager 700 millions d’euros de recettes supplémentaires et concernerait d’abord les grandes entreprises qui concentrent les plus hauts salaires.

L’enjeu, c’est la conception même du régime d’assurance chômage et cela concerne l’ensemble des salariés.

En plafonnant les allocations, on passe d’un régime donnant droit au maintien du niveau de vie des salariés à un système de filet de sécurité minimum avec des indemnités plafonnées et conditionnées. Résultat : pour maintenir leur niveau de vie, celles et ceux qui en ont les moyens financiers seront renvoyés vers les assureurs. On passe ainsi de droits acquis par les cotisations et dus aux salariés à des aides sociales consenties au nom de la solidarité nationale et devant être « méritées » donc conditionnées. Cadres, retraités ou fonctionnaires, les plus gros contributeurs seront aussi ceux qui bénéficieront le moins du système. C’est ainsi que l’on organise le « ras le bol fiscal » et que l’on fabrique l’« assistanat ». Rien de tel pour diviser le salariat.

Cadres, nous refusons de servir de boucs émissaires et de poissons pilotes pour déstructurer le régime. Nous voulons continuer à financer et bénéficier d’un système de protection sociale solidaire ! Salariés, nous signons cette pétition pour défendre notre modèle de protection sociale solidaire, qui protège mieux les plus démunis parce qu’il est financé et bénéficie par l’ensemble du salariat.

Signez la Pétition. Non à la dégressivité des allocations chômage

Assurance Chômage

Publié le 13/06/2019

Santé. Agnès Buzyn et la politique de la chaise vide

Sylvie Ducatteau (site humanite.fr)

Alors que le mécontentement gagne tous les services hospitaliers publics, en grève hier, à l’appel d’une intersyndicale CGT, FO et SUD, la ministre de la Santé n’a pas daigné recevoir la délégation des soignants et urgentistes venus de toute la France pour la rencontrer.

Rassemblés devant le ministère de la Santé, les personnels hospitaliers espéraient un geste d’Agnès Buzyn. Une rencontre, en face-à-face, au moins, avec leurs organisations syndicales et le collectif Inter-Urgences, ce qui depuis le début du conflit, il y a quatre mois, ne s’est jamais produit. Comme jeudi dernier, pour les urgentistes, non seulement la ministre était absente mais aucune des revendications des soignants n’a été satisfaite, juste une petite concession, sans certitude d’ailleurs, est envisagée sur le montant d’une prime de risque pour les agents des urgences. Le gouvernement promettait 90 euros, ce devrait être un peu plus. « La ministre veut nous diviser. Pour les uns, c’est la prime de risque, pour les autres, la prime de pratiques avancées, enfin pour d’autres encore, c’est une prime de coopération », déplorait le responsable du syndicat SUD, à sa sortie du ministère. Déception également partagée par la CGT et Force ouvrière. « Rien contre l’indigence salariale », a commenté FO, rappelant qu’en matière de salaire infirmier la France se place au 26e rang sur les 29 pays de l’OCDE. La CGT, qui demande l’organisation de « Grenelles sur les effectifs » qui concerneraient tous les secteurs : hôpitaux, Ehpad, psychiatrie et soins à domicile, a également déploré « qu’aucune réponse tangible n’ait été apportée à (sa) demande d’un moratoire contre les fermetures de lits hospitaliers ».

Les manifestants étaient venus défendre trois mesures d’urgence : la création de 100 000 emplois dans les hôpitaux publics, dont 10 000 aux urgences et 40 000 dans les Ehpad ; l’arrêt des suppressions de lits dans les services ; et une augmentation des salaires de 300 euros, soit l’équivalent de 60 points d’indice, quasi gelés depuis des années. « Je comprends que ce soit une reconnaissance. Mais quand la préoccupation est purement salariale alors que ça dysfonctionne… Sincèrement, les problèmes ne vont pas se régler parce que je paye davantage », a déclaré Agnès Buzyn, lundi soir sur BFMTV. Ces propos ont fait sortir de ses gonds Sandrine, infirmière à Mantes-la-Jolie (Yvelines). « Dire que nous percevons une prime de risque alors que c’est faux. Ou encore tenter de rassurer les patients en expliquant qu’ils n’ont rien à craindre car nous avons l’obligation de soins, c’est désolant. Ces mots m’ont blessée. Je ne suis pas syndiquée et je suis venue au rassemblement car il m’était impossible de rester chez moi. J’avais besoin d’être là. » La jeune femme, en blouse bleue et masque autour du cou, brandit timidement une toute petite pancarte. « C’est ma fille qui me l’a faite », précise-t-elle, un large sourire aux lèvres. Mais il disparaît lorsqu’elle évoque les 300 patients accueillis par jour dans son service. 45 000 à l’année par une équipe, dans des locaux prévus pour 17 000. « Très régulièrement, 10 ou 12 patients sont hospitalisés dans les couloirs où ils restent des heures. Nous perdons notre humanité. Et puis les erreurs de diagnostic sont inévitables. Nous et les médecins courons pour prendre en charge au plus vite un maximum de patients », regrette-t-elle. Des études montrent en effet que les erreurs sont plus nombreuses aux urgences qu’ailleurs. Jusqu’à 5 % des diagnostics posés.

« On nous prépare une crise sanitaire »

Hier, une centaine de services d’urgences étaient en grève touchant toutes les régions : Bretagne, Normandie, Centre et Midi de la France, l’Île-de-France. Des délégations avaient rejoint la capitale, venues de Marseille, de Vierzon, du Jura… Le mouvement gagnant d’autres secteurs : « Notre système de santé est à bout de souffle. Les urgences sont un iceberg », expliquait un aide-soignant de l’hôpital Cochin à Paris. Dans cet établissement, les services de gastro-entérologie et d’hématologie sont en grève, le premier depuis une semaine, le second depuis quinze jours. « Il faut stopper l’ambulatoire. On en est au point où on attend les décès pour récupérer des lits », a-t-il poursuivi au mégaphone. En attendant le retour de la délégation, les témoignages se sont succédé, à faire froid dans le dos des patients. Un aide-soignant des urgences psychiatriques de l’hôpital du Kremlin-Bicêtre évoque un malade écarté de l’un des rares lits de cardiologie encore libre car jugé « trop âgé ». Ou encore une dame centenaire hospitalisée quatre jours sur un brancard. « J’aime mon métier mais là… » conclut-il. « On nous prépare une crise sanitaire », s’inquiétait Maryvonne Roux, de Vierzon, où la maternité a été sauvée in extremis de la fermeture, le 11 juin 2018, il y a tout juste un an. « Stop à l’usine à humains », le slogan tracé au feutre sur le tee-shirt de Nathalie, infirmière urgentiste, venue avec quatre de ses collègues de l’hôpital Sainte-Musse à Toulon (Var) venait en écho aux propos de l’aide-soignant et en dit long sur la profonde exaspération des hospitaliers. Aucun n’est prêt à accepter des demi-mesures. Celles de la ministre de la Santé. Celles également du directeur général de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP) d’où est partie la grève, promettant des créations de postes dans les services en surchauffe. « Il faut sortir des plans d’économies «. À l’AP-HP, ce sont 800 à 1 000 emplois par an pendant quatre ans qui devraient être supprimés. » Comment tenir ? «, a commenté Rose May Rousseau, secrétaire de l’Usap-CGT.

Sylvie Ducatteau

Publié le 11/06/2019

France télécom. « Je ne suis pas d’accord sur ce mot de souffrance »

Cécile Rousseau (site humanite.fr)

Un mois après le début du procès, certains prévenus et ex-dirigeants de l’opérateur ont enfin versé quelques larmes, mais refusent toujours de reconnaître la moindre responsabilité dans la crise sociale qui a eu lieu entre 2007 et 2010.

«Vous pleurez ou voustoussez Lombard ? » demande la juge Cécile Louis-Loyant. En fin de semaine dernière, certains prévenus du procès France Télécom ont exprimé pour la première fois de l’émotion, un mois après le début des audiences au tribunal correctionnel de Paris. « Je pleure (…) On pense que je n’ai pas de cœur, mais ce n’est pas vrai », s’étouffe l’ancien PDG, Didier Lombard, à la barre. En octobre 2009, l’ex-dirigeant avait visité le site de Cahors et avait alors confirmé aux salariés que celui-ci ne serait pas fermé. C’est bien le souvenir de « ces gentils mails » envoyés deux Noël de suite « par des dames » qui font jaillir ses larmes.

Cette période de l’été-automne 2009 correspond pourtant à l’acmé de la crise sociale. La tension est à son comble. La chronologie glaçante des suicides replonge l’assemblée dans cet enfer. Michel Deparis met fin à ses jours le 14 juillet 2009, laissant une lettre très explicite : « Je me suicide à cause de mon travail chez France Télécom, c’est la seule cause », écrit-il employant le qualificatif de « management par la terreur ». Son geste sera un tournant dans la prise de conscience de l’ampleur du phénomène. Même s’il faudra attendre le CNSHSCT (instance de coordination des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) du 10 septembre pour que les mobilités soient suspendues.

Pas de regrets ni de remise en question du management

Cette crise, Louis-Pierre Wenès, l’ancien numéro 2, se souvient l’avoir vécue « avec beaucoup d’émotion. Cela me touche au plus profond de moi-même ». Mais il a aussi ressenti « un profond sentiment d’injustice à cause du retentissement médiatique ». Alors que les drames humains de France Télécom viennent juste d’être égrenés, c’est sans gêne que l’ancien numéro 2 confie sa « blessure » d’avoir dû quitter le navire en octobre 2009.

Ces manifestations de sentiments des deux hauts dirigeants du groupe, qu’elles soient sincères ou faisant partie d’une stratégie de défense, ne vont pas de pair avec des regrets et encore moins une remise en question. Le déni de leurs responsabilités dans ces troubles qui ont agité le groupe entre 2007 et 2010 continue bel et bien. Pour Olivier Barberot, l’ancien DRH : « Oui, c’est une crise sociale, mais une interaction terrible se met en route (avec les médias – NDLR) », tente-t-il de se dédouaner.

Quant à Louis-Pierre ­Wenès, il refuse tout net de parler de malaise généralisé chez France Télécom. Il le répétera de manière tranchée à plusieurs reprises lors des deux dernières audiences. « Je ne suis pas d’accord sur ce mot de souffrance », explique-t-il, provoquant une réaction épidermique dans le public le jeudi. Avant d’enfoncer le clou le lendemain : « Je ne serai jamais d’accord avec ça, qu’on globalise, qu’on parle de la souffrance de l’entreprise (…) J’avais le sentiment d’avoir construit avec des équipes quelque chose de formidable, ce qui aurait pu être un moment glorieux s’est transformé en autre chose. »

Pourtant, les alertes n’ont pas manqué en interne. En 2007, le CNSHSCT émet un droit d’alerte. Quant à l’Observatoire du stress et des mobilités forcées fondé par SUD et la CFE-CGC, il fait état d’une situation inquiétante, alors qu’une « écoute salariés », menée à l’initiative de la direction, donne des résultats beaucoup plus contrastés. Sans compter que les articles de presse locale font également état de suicides. En septembre 2009, un rapport dénonce des « mises au placard ». Mais aucun des prévenus ne connaît ce document. « J’avais d’autres problèmes à régler », déclarera Louis-Pierre Wenès. « Vous aviez conscience qu’il y aurait de la souffrance pour certains des collaborateurs ? » interroge la présidente. « Oui, répond l’ex-numéro 2, il y a différentes graduations, tout le monde n’était pas dans la souffrance. »

Didier Lombard monte, lui, encore d’un cran dans la justification du plan Next de 22 000 suppressions d’emplois et s’enfonce dans le refus de la réalité. « Si on n’avait pas fait ça aujourd’hui, il n’y aurait plus de France Télécom (…) Un groupe en malaise généralisé ne produit pas les résultats que nous avons eus. Les meilleurs datent de décembre 2009 », ose-t-il alors que l’ensemble des indicateurs étaient dans le rouge dans l’entreprise. Reprise de l’audience aujourd’hui.

Cécil  Rousseau

Publié le 10/06/2019

L’art de la provocation

par Serge Halimi  (site monde-diplomatique.fr)

   

Un État qui, sans motif réel, dénonce un accord international de désarmement qu’il a longuement négocié peut-il ensuite menacer d’agression militaire un autre État signataire ? Peut-il ordonner à tous les pays de s’aligner sur ses positions capricieuses et belliqueuses, faute de quoi eux aussi subiront des sanctions exorbitantes ? Quand il s’agit des États-Unis, la réponse est « oui ».

En somme, il est parfaitement inutile de perdre son temps à étudier les raisons invoquées par la Maison Blanche pour justifier son escalade contre l’Iran. On imagine que M. John Bolton, conseiller à la sécurité nationale du président Donald Trump, et M. Michael Pompeo, secrétaire d’État, ont confié aux diplomates et aux services de renseignement américains une mission du genre : « Cherchez des prétextes, je me charge de la guerre. »

M. Bolton ne manque ni d’expérience ni de suite dans les idées. En mars 2015, alors que son fanatisme en faveur de l’invasion de l’Irak a amoindri son influence, il publie dans le New York Times une tribune intitulée : « Pour arrêter la bombe iranienne, il faut bombarder l’Iran ». Après avoir prétendu que Téhéran ne négocierait jamais la fin de son programme nucléaire, il conclut : « Les États-Unis pourraient effectuer un travail soigné de destruction, mais seul Israël peut faire ce qui est nécessaire. (…) L’objectif sera le changement de régime à Téhéran (1).  »

Quelques mois plus tard, un accord nucléaire avec l’Iran était signé par toutes les grandes puissances, États-Unis compris. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, Téhéran en a respecté scrupuleusement les termes. Pourtant, M. Bolton n’en démord pas. En 2018, devançant les positions va-t-en-guerre du gouvernement israélien et de la monarchie saoudienne, il tient toujours autant à son « changement de régime » : « La politique officielle des États-Unis, écrit-il alors, devrait être la fin de la révolution islamique iranienne avant son quarantième anniversaire. Cela laverait la honte d’avoir eu nos diplomates retenus comme otages pendant quatre cent quarante-quatre jours. Et ces anciens otages pourraient couper le ruban lors de l’inauguration d’une nouvelle ambassade à Téhéran (2).  »

L’actuel président des États-Unis a fait campagne contre la politique des « changements de régime », c’est-à-dire des guerres d’agression américaines. Le pire n’est donc pas encore certain. Mais la paix doit être bien fragile pour qu’elle semble ainsi dépendre de la capacité de M. Trump à maîtriser les conseillers enragés qu’il a nommés. En asphyxiant économiquement l’Iran avec le concours des capitales et des grandes entreprises occidentales (contraintes et soumises), Washington prétend que son embargo obligera Téhéran à capituler. En réalité, MM. Bolton et Pompeo n’ignorent pas que cette même stratégie a échoué en Corée du Nord et à Cuba. Ils escomptent donc plutôt une réaction iranienne qu’ils présenteront ensuite, triomphalement, comme une agression appelant une « riposte » américaine.

Intoxications, falsifications, manipulations, provocations : après l’Irak, la Libye et le Yémen, les néoconservateurs ont désigné leur proie.

Serge Halimi

 

Publié le 08/06/2019

Guerre économique pour l’hégémonie US et risques de guerre

Par Robert Kissous, militant associatif.

Huawei et la 5G

Le 16 mai 2019, les Etats-Unis décidaient d’interdire les liens entre les entreprises américaines et Huawei et 70 entreprises affiliées : après un délai d’avertissement de 3 mois, le groupe Huawei ne pourra plus utiliser des composants et logiciels américains (Google, Intel, Qualcomm …) et les compagnies américaines ne pourront se fournir auprès de Huawei. Cette mesure n’est pas un simple prolongement de la hausse des tarifs douaniers sur des importations de Chine, c’est une rupture sérieuse dans la logique instaurée il y a plus de 30 ans avec la mondialisation.

Si les EU s’étaient fait les champions de la « concurrence libre et non faussée » celle-ci devait leur permettre d’affirmer et développer l’hégémonie de leur économie et de leurs transnationales. Après la chute du mur de Berlin et l’implosion de l’URSS, les EU imaginaient construire un monde unipolaire sous domination absolue du représentant du Bien, eux bien sûr, contre toute velléité d’axe du Mal, c’est-à-dire tout pays qui s’oppose à leur autorité.

Les choses n’ont pas suivi tout à fait ce chemin, c’est le moins que l’on puisse dire. Si les EU sont encore la première puissance mondiale sa domination sur le plan économique est néanmoins fortement bousculée. Le cas de Huawei en est un exemple flagrant.

Avec la 5G nous sommes dans la très haute technologie, celle qui va jouer un rôle fondamental dans de très nombreux domaines : voiture autonome, objet interconnectés, processus industriels, médecine … Des secteurs d’activité seront redéfinis et de nouveaux apparaitront. Il s’agit d’une mutation technologique et économique profonde.

Or Huawei a pris une avance incontestable sur la 5G et dispose de nombreux brevets, il faut donc l’abattre pour que les EU restent maîtres de la haute technologie. Ne pouvant convoquer sans paraîtres ridicules l’idéologie de la libre concurrence, les EU invoquent la sécurité nationale : les équipements de réseaux 5G seraient un moyen pour la Chine d’espionner le « monde libre ». En fait les EU accusent la Chine de ce qu’ils pratiquent déjà y compris et surtout à l’égard de leurs propres alliés. Des moyens techniques considérables d’Etat (NSA, FBI, CIA…) sont utilisés, au nom de l’anti-terrorisme bien entendu, pour asseoir leur domination et celle de leurs transnationales comme l’a révélé Snowden. On se souvient notamment de la manière dont ce fut utilisé pour l’absorption de l’activité énergie d’Alstom par GE. Autre exemple, l’entreprise Fedex de messagerie express, partenaire commercial de Huawei, a livré à plusieurs reprises « par erreur » des colis, dont Huawei était destinataire, aux Etats-Unis. Une simple erreur, pas de l’espionnage évidemment... Les autorités chinoises ont ouvert une enquête et somment Fedex de s’expliquer. On voit là les limites du discours idéologique sur le libéralisme et la non-intervention de l’Etat dans le domaine économique.

Si les EU utilisent abondamment le pillage de serveurs informatiques et de moyens de communication, ils n’ont jamais fourni la moindre preuve de l’espionnage par la Chine. Aussi nombre de pays s’intéressent au 5G de Huawei, craignant sinon de prendre du retard dans les mutations qui en découleraient. Mais les pressions - économiques, financières, militaires - des EU s’intensifient sur leurs alliés et leurs entreprises.

Mais le message est difficile à faire accepter parce que ni Huawei ni la Chine n’entendent céder. Huawei a déjà commencé à produire son propre Android à partir du noyau open source, les sanctions contre l’équipementier chinois ZTE en 2018 étaient déjà un avertissement. On voit mal les producteurs de composants boycotter Huawei alors que la Chine représente 75% de la demande mondiale de semi-conducteurs. Une anecdote : alors que courait la rumeur de rupture des livraisons de Panasonic à Huawei, Panasonic démentait préférant conserver son chiffre d’affaires colossal avec Huawei (3,6 Mds $ en 2018). La position des EU conduirait à la rupture de chaînes mondialisées de production, approvisionnement et commercialisation. Pas si simple. D’autant que la Chine est le premier marché de téléphonie mobile au monde, qu’elle est en position de créer son propre internet si elle n’a pas d’autre solution et qu’elle a les moyens de résister aux menaces et sanctions des EU. Ce que l’agence de presse chinoise Xinhua traduit en ces termes imagés : « l'usine du monde est également le marché du monde » ou « l'économie chinoise est une mer, non un petit étang ». Et la Chine, à son tour, a commencé à établir une liste des « entités peu fiables ».

La volonté hégémonique des EU ne s’adresse pas uniquement à la Chine.

Les EU ont mis depuis longtemps en place un « droit » qui met en oeuvre pleinement leur hégémonie : la possibilité de prendre des sanctions extraterritoriales. Les EU s’octroient le droit d’ingérence dans la politique d’autres états, niant leur souveraineté en imposant leurs décisions hors de leur territoire à des entités non-américaines en contradiction avec le droit international[1]. Toutes les entreprises qui ont des liens avec eux, sous quelque forme que ce soit, sont passibles de sanctions. Par exemple de manière extravagante si une entreprise a des courriels qui transitent par des serveurs informatiques aux EU elle est considérée comme liée aux EU. Et plus sérieusement c’est aussi le cas si l’entreprise utilise le dollar dans des transactions « interdites » alors que le dollar est la monnaie internationale aujourd’hui prédominante. Au total les entreprises ont payé aux EU plusieurs dizaine de milliards de dollars à ce jour. Certains observateurs craignent de voir ce chiffre multiplié par dix à l’avenir. C’est une nouvelle forme de prédation. Les entreprises pourraient contester ces mesures mais alors l’accès au marché des EU leur serait fermé, les actionnaires américains devraient retirer leurs capitaux, le système financier EU leur serait interdit etc. L’économie des EU étant la première au monde on mesure les énormes difficultés auxquelles les « contestataires » devraient faire face. Mais réciproquement les EU seraient bien en difficulté de voir se détricoter tous les liens financiers, commerciaux, industriels.

Une politique agressive lourde de risques de guerre

Alors que l’accord sur le nucléaire iranien signé sous la présidence Obama et validé par le Conseil de Sécurité de l’ONU a permis le début des levées de sanctions contre l’Iran, la victoire de Trump a tout remis en cause avec le soutien d’Israël, de l’Arabie Saoudite et ses alliés. Toute entreprise qui achète du pétrole iranien sera interdite sur le marché américain. Huit pays avaient obtenu une dérogation provisoire des EU - oui vous avez bien lu ce sont les EU qui prétendent en décider - laquelle est maintenant tombée. Pour ne pas se voir refuser l’accès au marché EU tous les projets d’investissement, d’exportation, d’importation ont été suspendus par les entreprises européennes Total, Airbus, Renault, Peugeot … Boeing a dû annuler une commande de 110 avions. La Chine et la Russie n’ont pas suivi ces démissions, la Chine ayant même remplacée Total dans sa participation au projet gazier South Pars. L’UE a mis en place un système de troc pour éviter l’utilisation du dollar mais ce système complexe qui de plus ne prévoit pas les transactions sur le pétrole : un échec total. L’Iran a donné deux mois à l’UE pour trouver une solution conforme aux engagements initiaux.

Il en est de même pour le blocus contre Cuba[2] : aucun produit cubain ne doit être incorporé dans les exportations vers les EU : par exemple pas de sucre cubain dans les produits Danone. Avec une spécificité pour Cuba : l’application pour la première fois du titre III de la loi Helms-Burton, concernant le blocus de Cuba, qui autorise des personnes physiques ou morales à saisir les tribunaux des États-Unis en vue de récupérer des biens dont ils estiment avoir été dépossédés par la révolution cubaine. Ainsi des centaines de plaintes sont susceptibles d’être déclenchées y compris contre des entreprises européennes (Pernod attaqué par des fonds vautours, Accor, Melia …).

Puis le Venezuela qui ne peut vendre son pétrole librement avec des tentatives avortées de coups d’état à répétition.

Et maintenant le Mexique est visé : une augmentation de 5% des tarifs douaniers par mois est annoncée jusqu’à atteindre 25% en octobre 2019. Le prétexte : l’immigration que le Mexique ne bloque pas. L'immigration est un prétexte pour attirer le soutien à sa politique des xénophobes et des naïfs qui croient que ça donnera plus d’emplois aux nationaux.

Puis l’Inde est accusée de profiter de la générosité des EU pour engranger des excédents, modestes par ailleurs.

Faire front contre l’hégémonisme des Etats-Unis

Le but visé par Trump et la fraction de l'impérialisme US aux commandes : démanteler les circuits de production et approvisionnement actuels pour les reconstruire autour et sous la domination des Etats-Unis. C'est la fin de la mondialisation sous sa forme actuelle, un aveu d'échec cinglant de la "concurrence libre et non faussée" lorsque celle-ci ne tourne pas à l'avantage de l'impérialisme dominant.

Trump a mis l’économie au service d’ambitions hégémoniques, sans partage ni multilatéralisme. Pour assurer la domination incontestée des EU dans l’économie mondiale et récupérer au maximum les richesses créées : pourquoi l’impérialisme dominant devrait-il partager la plus-value alors que « America is back » et « Make America great again » avec l’appui de sa puissance militaire et du dollar ?

Cette politique agressive est grosse de dangers. C’est un puissant encouragement à la montée des nationalismes et à une politique de tensions et de troubles fomentés pour imposer la domination des EU.

L’UE reste bien effacée dans cette situation. Elle entérine les sanctions contre l’Iran en voyant toutes ses entreprises quitter ce pays. Elle reste en arrière-plan en espérant voir le boulet du canon passer au loin. D’autant que l’Allemagne, avec ses excédents visés, a grandement peur pour son industrie automobile.

Il y a pourtant une autre voie, celle qui consiste à imposer le multilatéralisme en coopérant avec les pays émergents contre la montée des exigences hégémoniques des EU qui ne feront que s’accentuer si on n’y met fin. Les exigences de Trump conduiront-elles à ce sursaut ou à celui de la capitulation ? La lutte pour la paix est aussi à ce prix : le sursaut.

[1] Voir le rapport du Sénat pour plus de détails http://www.senat.fr/rap/r18-017/r18-0176.html
ou http://www.leclubdesjuristes.com/sanctions-secondaires-extraterritoriales-pour-la-fin-de-linnocence/

[2]https://www.mesopinions.com/petition/politique/stop-blocus-cuba/65573

 

Publié le 07/06/2019

Nutella fait son beurre sur les noisettes récoltées par des enfants et des réfugiés en Turquie

Stéphane Ortega  (site rapportsdeforce.fr)

Alors qu’en France Nutella a été récemment placé sous les projecteurs à l’occasion d’une grève reconductible dans son plus grand site de production, la marque de pâte à tartiner se voit accusée dans une enquête du New York Times de profiter de l’exploitation des enfants et des réfugiés syriens dans le nord de la Turquie.

« Il en faut de l’énergie pour être un enfant ». Le slogan publicitaire de Nutella ne manque pas de cynisme. Les noisettes, un des ingrédients essentiels de la marque de pâte à tartiner, proviennent en partie de l’exploitation d’enfants qui travaillent dix à douze heures par jour en Turquie. C’est ce que révèle un long article du New York Times en date du 29 avril 2019.

Pour sa marque Nutella, le groupe italien Ferrero s’approvisionne en Turquie pour les noisettes, pays où il a implanté cinq usines. La Turquie produit 70 % de la totalité du marché mondial du fruit à coque qui pèse 6 % de l’économie et 1,8 milliard de dollars. Une part non négligeable des saisonniers est composée de réfugiés syriens ayant fui la guerre et l’avancée de Daesh. Ils seraient 200 000 hommes, femmes et enfants à participer à la récolte dès la fin de l’été, selon l’article du New York Times. Nombre d’entre eux n’ont pas de permis de travail, et donc ni contrat ni aucune protection, dans les quelques 600 000 petites exploitations agricoles, essentiellement dans le nord du pays près de la mer Noire.

La plupart des exploitations comptent moins de 50 salariés, ce qui les dispense de respecter le code de travail turc. Une exception appliquée au secteur agricole. Selon l’ONG Fair Labor, les saisonniers travailleraient 11 à 12 heures par jour et 7 jours sur 7 : les jours non travaillés n’étant pas rémunérés. Des conditions de travail pénibles, mais aussi dangereuses, sur des terrains très accidentés, qui s’appliquent aussi à des enfants âgés de moins de 15 ans pour certains. Le tout pour un salaire journalier de 9 euros duquel les travailleurs doivent déduire la rémunération d’intermédiaires qui mettent en relation agriculteurs et saisonniers. Une commission allant de 8 à 10 % du salaire.

En Turquie, plus d’un enfant sur cinq travaille

 Face à ces allégations, le groupe dirigé par Giovanni Ferrero, dont la fortune personnelle s’élève à 22,3 milliards de dollars selon le classement Forbes, se défend. Réagissant à l’article du New York Times, l’entreprise met en avant sa collaboration avec l’Organisation internationale du travail et l’obtention de résultats pour la protection des réfugiés syriens. Sans donner plus de détails. Elle assure également « prendre la situation des travailleurs de la filière noisettes très au sérieux et avoir pris plusieurs engagements ces dernières années pour garantir des conditions de travail plus sûres et décentes ».

Un optimisme que ne partage pas l’ONG Fair Labor qui avance que 99 % des saisonniers travaillent 7 jours sur 7 et que 72 % d’entre eux estiment avoir à peine assez d’argent pour s’en sortir. « En six ans de suivi, nous n’avons jamais trouvé en Turquie une seule exploitation de noisetiers dans laquelle toutes les normes du travail décent sont respectées », assure Richa Mittal, la directrice de l’innovation et de la recherche de la Fair Labor Association. Pour ce qui est du travail des mineurs, le ministère du Travail turc a lancé en 2018 un plan d’action contre l’exploitation et le travail des enfants, évoquant un contrôle strict. Mais surveiller 600 000 exploitations agricoles, pour la seule production des noisettes, s’avère peu réaliste.

En 2012, 890 000 enfants travaillaient, dont 292 000 âgés de 6 à 14 ans, selon l’institut de statistiques TÜIK. Une situation qui n’a pas franchement évolué favorablement. En 2017, le pourcentage de mineurs de 15 et 17 ans travaillant pour subvenir aux besoins de leur famille était de 20,3 %. Il a augmenté en 2018 pour atteindre 21,1 % selon l’agence de presse gouvernementale Anadolu. Et ce, malgré le plan d’action du ministère du Travail. Une réalité que semble préférer ignorer Ferrero et Nutella.

Publié le 06/06/2019

Que nous reste-il ?

Jean Ortiz (site humanite.fr)

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé

Que nous reste-il ? L’essentiel : la conviction partagée par des millions d’hommes et de femmes que le capitalisme menace aujourd’hui non seulement la société humaine mais aussi son biotope, ses écosystèmes, que la course au profit met en danger le climat autant que les relations humaines. Que sans un formidable virage à 180°, on ne va pas dans le mur, on y est déjà ! Comme dit Evo Morales : « c’est le capitalisme qu’il faut changer, pas le climat ! »

Les communistes portent des valeurs universelles et d’avenir, oui, d’avenir : le partage, les communs, la socialisation, le service public, la fraternité humaine, la solidarité, l’internationalisme... Une fois de plus, nous avons manqué de lisibilité, de crédibilité. « Y’a le feu à la maison ! » comme on dirait familièrement. Et si nous sommes à 2,5%, talonnés par le parti animalier ( !), il est trop facile d’en attribuer la faute à d’autres que nous. Mettre l’homme au centre, il n’y a pas plus beau concept, encore faut-il que ce ne soit pas des paroles en l’air... Les mêmes pratiques, sectaires et étroites, et finalement réformistes, conduisent aux mêmes résultats. Avoir renoncé jusqu’au terme de « révolution » ne nous a pas vraiment réussi. Avant, nous apparaissions comme « différents » ; aujourd’hui, nous sommes assimilés aux magouilles du monde politicien, à un parti « comme les autres ». Donc rejeté, avec double et triple peine pour nous, après le Mur de Berlin et tout le reste. Voilà ce qui m’est insupportable. Parce que la majorité des communistes restent différents, altruistes, désintéressés, idéalistes, ne s’engagent pas par souci de réussite ou d’affirmation sociale. Les grosses voitures et tout le tralala, il y en a peut-être quelques-unes égarées, mais ce n’est pas la norme chez nous.

Que nous reste-il ? L’essentiel. Les constats partagés, les ravages, la primauté accordée au fric, à la mondialisation « libérale ». Nous sommes nombreux à être d’accord avec le bilan délétère, homicide, liberticide, du capitalisme. Ma génération a beaucoup donné et a connu d’autres étiages. Nos changements ont souvent été perçus comme des zigzag, des adaptations opportunistes, comme un affaiblissement de nos valeurs. La question est celle d’une « mutation » effectuée trop tard, ou timidement, ou sur la défensive, souvent sous les pressions idéologiques et médiatiques pour nous dépouiller du parti révolutionnaire, donc à contre-courant, dont nous avons besoin.

Et dire que la colère populaire reste très forte précisément au moment où le PCF est menacé dans son existence même. Etre critique m’apparaît salutaire, si l’objectif est d’ouvrir avec toutes celles et ceux qui convergent sur la nécessité d’une rupture avec le système actuel. Je suis convaincu d’une chose : sans le PCF, la bourgeoisie peut dormir sur ses quatre oreilles.

 

 

Publié le 04/06/2019

Tout va (toujours) bien au pays des puissants
 

de : Julien (site bellaciao.org)
 

Alors que de plus en plus de Français se serrent la ceinture, à l’autre extrémité de l’échelle sociale, les gros patrons, eux, font de nouveaux trous dans la leur. François-Henri Pinault, Jean-Pierre Denis, Ronan Le Moal… : portrait de ces dirigeants à l’appétit insatiable.

Après plus de six mois de mouvement des «  gilets jaunes  », l’heure n’est toujours pas à la «  sobriété heureuse  » chez les puissants. Certes, il faudrait être bien naïf pour imaginer que la grogne sociale des Français qui n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois ait eu quelque répercussion que ce soit sur le train de vie des élites et «  premiers de cordée  » tricolores. Mais avec la «  saison  » des assemblées générales des grands groupes qui bat son plein s’ouvre aussi celle de l’annonce des rémunérations de leurs dirigeants. Et force est de constater que ces derniers n’ont retenu aucune leçon des mois passés  ; pire, certains d’entre ces «  grands  » patrons se gavent plus que jamais.

À commencer par François-Henri Pinault, le PDG de l’empire du luxe Kering, numéro deux mondial du secteur. Un empire, soit dit en passant, directement hérité de son père, l’entrepreneur breton François Pinault : pas vraiment le meilleur exemple de la méritocratie à la française, tant vantée par nos dirigeants politiques... Qu’à cela ne tienne : comme Les Echos l’ont récemment rapporté, Pinault Junior vient de s’accorder une rémunération record au titre de l’exercice 2018, celle-ci atteignant le montant astronomique de 21,8 millions d’euros, contre «  seulement  » 2,7 millions d’euros l’année précédente.

Comment expliquer un tel bond en douze mois  ? Si le salaire de François-Henri Pinault reste stable, à 1,2 million d’euros, et si sa part variable annuelle n’augmente «  que  » de 38 %, pour atteindre 1,944 million, c’est la rémunération variable pluri-annuelle du patron de Kering qui s’est véritablement envolée, à quelque 18,6 millions d’euros. Une somme qui correspond à plus de 20 000 «  KMU  », des unités monétaires propres au groupe, indexées sur son cours en Bourse, cours qui a été multiplié par 3,5 depuis 2014. Et voilà comment celui qui déclarait en fin d’année dernière «  comprendre  » la colère des «  gilets jaunes  » s’arroge l’une des plus pharaoniques rémunérations de tout le CAC 40... Indécent, tout simplement.

L’indécence est une « qualité » amplement partagée dans les hautes sphères du capitalisme. Et ce n’est pas Jean-Pierre Denis — un autre Breton, décidément — qui dira le contraire. Son nom n’est sans doute pas très connu  ; et pour cause : notre PDG dirige la banque Arkéa, un établissement relativement modeste en comparaison des mastodontes français que sont BNP Paribas, la Société Générale ou encore le Crédit Mutuel — Crédit Mutuel dont Arkéa n’est, d’ailleurs, qu’une simple filiale. À ce titre, comme on peut le lire sur le dernier «  document de référence  » de la banque, Jean-Pierre Denis a reçu la bagatelle de 1,6 million d’euros pour l’année 2018. Son numéro deux, Ronan Le Moal, n’est pas en reste, et émarge à près de 1,3 million d’euros.

Pas mal, très bien même, pour une «  petite  » banque quasiment inconnue du grand public. Mais Jean-Pierre Denis et son directeur général sont des habitués de ces «  rémunérations hallucinantes  », comme les qualifie Laurent Mauduit, de Mediapart. En 2016 et 2017 déjà, les deux hommes avaient engrangé respectivement 1,6 et 1,3 million d’euros. Soit davantage que les PDG de multinationales comme Stéphane Richard (Orange) ou Lakshmi Mittal (ArcelorMittal). Sommes auxquelles il convient encore d’ajouter les innombrables «  jetons de présence  » que Jean-Pierre Denis touche au titre de sa participation à quantité de conseils d’administration, dont Nexity (31 406 euros en 2016) et... Kering (104 842 euros). Indécence, toujours et encore.

Mais cela pourrait aller encore plus loin. Les dirigeants d’Arkéa sont, en effet, enlisés dans un conflit sans fin avec le Crédit Mutuel, dont ils souhaitent quitter le giron. Le moyen, pour eux, de conserver leur «  indépendance  »  ; l’astuce, surtout, pour continuer de s’attribuer de si mirobolants salaires sans avoir de comptes à rendre à quiconque, et surtout pas à leurs propres sociétaires, leur projet de désaffiliation visant prioritairement à faire d’Arkéa une banque capitalistique classique, et non plus un établissement mutualiste et coopératif. Voire de l’introduire en Bourse, avec la complicité du petit milieu de la finance parisienne, dont le fonds d’investissement Tikehau Capital — où siège, surprise, un certain... Jean-Pierre Denis qui y côtoie François Fillon.

La rapacité des grands patrons n’est, évidemment, pas le lot des seuls dirigeants français, qui font presque figure de petits joueurs face à leurs homologues américains. À l’image de Mark Zuckerberg, dont la fortune — théorique, car elle aussi indexée sur le cours en Bourse de Facebook — a bondi de 20 milliards de dollars depuis le début de l’année. Idem pour Jeff Bezos, le tout-puissant PDG d’Amazon, qui en une seule semaine a gagné 3,2 milliards de dollars, une paille au sein d’une fortune estimée à près de 158 milliards. Et la liste continue : en tout, cinq milliardaires américains ont gagné 13 milliards de dollars en une seule semaine.

Tout va donc (toujours) très bien au pays des puissants, merci pour eux.

Publié le 03/06/2019

Tentation hégémonique. EELV, en deuxième position du « ni droite ni gauche »

Audrey Loussouarn et Marie-Noëlle Bertrand (site humanite.fr)

Pour les écologistes, la politique française se jouerait désormais entre eux, le RN et LaREM. Leur électorat attend néanmoins qu’ils se positionnent plus clairement sur leurs valeurs, alors qu’ils devancent une gauche au tapis.

Yannick Jadot fut aussi bref qu’enflammé. La tête de liste d’EELV réélue au Parlement européen s’est réjouie dimanche soir de cette « vague verte » européenne et de son score (13,4 %) qui place les écologistes en troisième force du scrutin. Pour lui, une responsabilité incombe désormais à ses troupes : mettre en œuvre « la construction d’une alternative, d’un projet puissant », compatible avec les enjeux climatiques et sociaux et faisant barrage aux velléités des extrêmes droites européennes. Le chef de file prend un « engagement », celui de « mettre sur pied un comité citoyen d’initiative et de surveillance sur l’Europe qui réunira les acteurs de la société civile, les syndicats, les scientifiques, les entreprises et les citoyens » afin d’évaluer le travail des parlementaires et « d’en rendre compte chaque mois ».

« L’écologie, ce n’est pas la gauche »

Ce soir-là, Yannick Jadot n’a pas une seule fois attaqué frontalement le système libéral et capitaliste, maintenant ainsi l’ambiguïté autour d’un « ni droite ni gauche » et d’une adhésion à « la libre entreprise et l’économie de marché », entretenues tout au long de la campagne. EELV, favorable aux traités européens, est pourtant sommé de clarifier les valeurs politiques que ses élus entendent désormais défendre à Bruxelles. C’est que les attentes sur la question climatique se sont clairement affichées dimanche soir. Sans compter que le parti, boosté par les nombreuses mobilisations pour le climat, arrive en tête des votes des 18-24 ans (22,1 %), qui risquent de l’attendre au tournant. Répondra-t-il par exemple aux sirènes de LaREM, qui, d’après la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, compte bien se rapprocher des écologistes ? « Il n’est pas question de faire des alliances contre nature, mais de construire des rapports de forces autour des batailles à gagner, estimait dimanche soir Damien Carême, maire de Grande-Synthe (Nord) et troisième candidat de la liste. À chaque fois qu’il s’agira de remporter des bagarres, nous continuerons à chercher des coalitions avec tous ceux qui sont prêts à se battre avec nous, qu’il s’agisse de Pascal Canfin ou de Pascal Durand. » Soit deux anciennes figures d’EELV désormais macronistes.

« L’écologie, ce n’est pas la gauche », tranchait il y a peu Yannick Jadot, qui dimanche soir n’a pas une seule fois fait allusion à cette partie de l’échiquier politique. Le parti, qui a payé un long effacement – alliances gouvernementales et à la présidentielle avec le PS –, est parti très vite en campagne, adoptant même sa liste, et donc sa stratégie, dès juillet dernier. Son pari : se refaire une santé, après la perte de ses groupes au Parlement composés de 18 députés et de 10 sénateurs. Son but désormais se résume à rassembler davantage les acteurs et citoyens qui se rejoignent sur les combats écologiques. « Nous ne voulons pas reconstruire la gauche. Il y a trois forces en France : l’extrême droite, les conservateurs et nous. Nous sommes dorénavant la charpente principale dans un champ de ruines », estime Julien Bayou, porte-parole d’EELV. Une tentation hégémonique – qui a un air de déjà-vu –que confirmait hier Yannick Jadot : « Les écologistes représentent le seul projet d’avenir. Ce n’est pas la recomposition de la gauche plurielle de 1997 qui fait se mobiliser la jeunesse. Se mettre autour d’une table entre partis politiques, c’est fini. »

Audrey Loussouarn avec Marie-Noëlle Bertrand

Publié le 02/06/2019

 

J’ai reçu une lettre de Julian Assange

 

Dans ses premiers commentaires publics aux partisans depuis son arrestation, Julian Assange, fondateur et éditeur de WikiLeaks, a détaillé les conditions répressives auxquelles il fait face dans la prison britannique de Belmarsh et a appelé à une campagne contre sa menace d’extradition vers les États-Unis.

Les commentaires d’Assange ont été formulés dans une lettre adressée au journaliste britannique indépendant Gordon Dimmack, qui a décidé de la rendre publique à la suite de l’annonce faite jeudi dernier par le ministère US de la Justice de nouvelles accusations contre Assange en vertu de la loi sur l’espionnage.

J’ai été privé de toute capacité de préparer ma défense, sans ordinateur, sans Internet, pas de bibliothèque jusqu’à présent, et même si j’y avais accès, ce ne serait qu’une fois par semaine et pour une demi-heure avec tous les autres [détenus]. Pas plus de deux visites par mois et il faut des semaines pour inscrire quelqu’un sur la liste des visiteurs à condition de fournir toutes leurs coordonnées pour faire l’objet d’une enquête de sécurité. Ensuite, tous les appels, à l’exception de ceux des avocats, sont enregistrés et d’une durée maximale de 10 minutes dans une période limitée de 30 minutes par jour, pendant laquelle tous les détenus se disputent le téléphone. Et le crédit ? Juste quelques livres sterling par semaine et personne ne peut appeler de l’extérieur.

En face ? Une superpuissance qui se prépare depuis 9 ans et qui a consacré de centaines de personnes et dépensé des millions sur cette affaire. Je suis sans défense et je compte sur vous et d’autres personnes de valeur pour me sauver la vie.

Je suis toujours debout, mais littéralement entouré de meurtriers. Mais l’époque où je pouvais lire, parler et m’organiser pour me défendre, défendre mes idéaux et mon équipe est révolu jusqu’à ce que je retrouve ma liberté. Ce sont tous les autres qui doivent prendre ma place.

Le gouvernement américain ou plutôt les éléments regrettables qui le composent et qui abhorrent la vérité, la liberté et la justice, cherchent par n’importe quel moyen à obtenir mon extradition et ma mort au lieu de laisser le public entendre la vérité pour laquelle j’ai remporté les plus hautes distinctions en journalisme et été nominé sept fois pour le prix Nobel de la paix.

En fin de compte, tout ce que nous avons est la vérité.

 

Julian Assange

 

Traduction "s’ils comprennent un jour, ils comprendront trop tard" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

Source de la transcription de la lettre ici : https://www.wsws.org/en/articles/2019/05/25/assa-m25.html avec ajout d’un petit bout manquant en déchiffrant les images de la lettre ici : https://www.thecanary.co/feature/2019/05/24/as-us-seeks-to-crush-media...

URL de cet article 34952
https://www.legrandsoir.info/j-ai-recu-une-lettre-de-julian-assange.html

Publié le 30/05/2019

 

Parlons (Inter) Net

 

 

Rantanplan crée la surprise aux élections européennes

 

Les fachos (23,31%) ont dépassé leur concurrent, LREM (22,41%), ce patchwork fait de droitiers et de renégats de tous bords (sauf les communistes : Brahouezec et Hue ayant été refusés).

Avec 13,47%, EELV, dont les candidats avaient prévenu par avance qu’ils trahiraient, sitôt élus, devance largement LFI (6,31%), talonnée par le PS-Place Publique-Nouvelle Donne (6,19%).

Mais le plus intellectuellement désolant est le score du parti animaliste, 2,17%, soit presque le double que l’UPR (1,17%) et bien plus que LO (0,9%).

Avec 2,49%, le PCF, disposant d’un appareil, de militants, de milliers d’élus et d’un candidat qui a mené une bonne campagne, obtient à peine 0,32% de plus qu’un mouvement dont le credo était la photo d’une tête de clebs sur un panneau électoral.

Vu l’état d’abêtissement par les médias du corps électoral, le PCF aurait dû présenter le célébrissime et si aimé Pif le Chien pour distancer Rantanplan.

 

Théophraste R.

Auteur du pamphlet rageur (en cours de relecture) : « Si les Français sont des veaux, ils devraient se méfier des coyotes et des giens boliziers de raze Perchers Allemands ».

Publié le 29/05/2019

 

Désordre - Discussion avec Leslie Kaplan

« Ça suffit la connerie ! »

 

Paru dans lundimatin#192 (site lundi.am)

 

Leslie Kaplan vient de publier Désordre aux éditions P.O.L.. C’est un petit comte très drôle, peut-être pas pour les enfants mais en tous cas pour aujourd’hui. Tout commence un printemps, une vague de crimes inédite et a priori incompréhensible se répand sur tout le territoire. Un instituteur étouffe son inspecteur avec l’éponge du tableau, un employé de banque balance un coffre sur la tête de son directeur, un chauffeur de maître envoie le PDG qu’il conduit dans le décor. Des dizaines, puis des centaines, des milliers d’homicides incongrus commis par des assassins qui ne prennent pas la fuite et ne se connaissent pas. Des meurtres sans phrase, sans préméditation, sans explications ou presque ; après avoir poussé un député sous un autobus (il proposait de voter une loi pour recalculer les heures supplémentaires), un fraiseur commente son geste : « Ça suffit la connerie ! ». Les médias, les sociologues, les commentateurs n’y comprennent rien pendant que la population se divise entre celles et ceux qui sont pour ou contre les assassins.

Aussi enthousiaste du Désordre que nous, Nathalie Quintane s’est entretenue avec Leslie Kaplan.

 

Nathalie Quintane : D’abord, j’aimerais savoir à quel moment vous est venue cette idée de crimes en série ?

Leslie Kaplan : En février… Ça faisait un moment qu’il y avait tout un tas de bêtises qui étaient dites sur ce qui était en train de se passer, sur la violence… Je voulais que ce soit publié assez vite… C’est un texte écrit sur le moment. Ça me paraissait logique, de l’écrire et de le publier dans la foulée. 

Les criminels usent tous d’outils, des outils qu’ils ont sous la main — car les crimes ne sont pas prémédités —, et qui renvoient à leur travail.

Je voulais que ces personnes viennent de partout, dans la société… Une petite qui travaille dans un grand magasin au rayon maquillage aussi bien qu’un paysan, qu’un instit’… Les outils venaient avec… L’instituteur qui étouffe son inspecteur avec l’éponge du tableau !

Vous soulignez que tous ces meurtres sont individuels, marqués par l’individualisme… enfin, vous dîtes d’abord qu’ils sont « impersonnels », puis « individuels », puis qu’ils gagnent en abstraction… Avec beaucoup d’ironie, vous écrivez que c’était « de l’ordre du travail bien fait, du devoir accompli »…

Je trouvais amusant et pertinent qu’il y ait un décalage avec la réalité. Ce n’était pas un mouvement, mais des crimes individuels, ce qui me permettait ensuite d’insister sur l’idée de crimes de classe — il n’y a aucun grief directement personnel, sauf qu’à chaque fois, on est concerné… C’était une façon de parler de l’implication de chacun. Par exemple, il est dit que le patron était « très gentil », qu’il « aimait la petite puce », son employée ; on peut croire que c’est un rapport d’empathie alors qu’en fait c’est un rapport patriarcal comme il y en a plein. Quant à l’abstraction grandissante des crimes, c’est que la question politique s’impose de plus en plus. Le premier « ça suffit la connerie », la première fois que cette phrase est prononcée, arrive à propos d’un député qui veut revenir sur les heures supplémentaires… C’est plus abstrait qu’un rapport direct entre un ouvrier et un patron. 

Le livre commence par la phrase : « Il y eut ce printemps-là une série de crimes particuliers, rapidement nommés dans la presse "crimes du XIXe siècle ". » Tout le texte tient un peu dans ce début, ce partage entre les actes et la manière dont ils sont rapportés dans les médias…

La question de la lutte des classes, on essaye de l’effacer au maximum… Donc on renvoie au XIXe siècle, comme si c’était archaïque… Le terme qu’on trouve pour qualifier ces crimes, c’est le « mauvais esprit »… 

Ah oui, ça, c’est génial, c’est très drôle !

C’est très bourgeois aussi, ça se veut neutre… Et ça fait sentir la force de l’idéologie, de la société… On ne peut pas se cacher que c’est à la fois très bête et très puissant. 

 

Dans Mathias et la révolution, paru chez P.O.L. en janvier 2016, vous écriviez « On n’a pas encore trouvé la suite. » Ces crimes (ou quelque chose de cet ordre-là) sont-ils une suite possible, voire obligée ? 

(rires) Soyons clair : ce qui est écrit est écrit ; ce qui est commis, c’est pas pareil ! Il n’est absolument pas interdit de penser, c’est une chose de base ; tout est possible au niveau de la pensée mais tout n’est pas possible au niveau des actes. C’est dit dans le livre d’ailleurs : est-ce que les criminels trouvaient un caractère exemplaire à leur crime ? Et il est répondu : non. Ne mélangeons pas… 

La forme que vous avez choisie, une sorte de conte, laisse jouer à plein l’implicite. Le narrateur-trice semble toujours du bon côté du manche, celui des dominants ; il n’y a que des indices brefs de ce que ça cafouille (la rareté des gares, par exemple)… Jamais la révolte actuelle, celle des Gilets Jaunes, n’est nommée — et pourtant elle est tout le temps là ; jamais la domination (médias, gouvernants, gros entrepreneurs…) n’apparaît nommément non plus — pourtant on les reconnaît. 

C’était prendre un point de vue "objectif", "neutre"… Choisir une position d’extériorité me semblait efficace. C’est l’une des formes de l’humour : on est dehors, devant l’absurde des événements qui se déroulent. Ça permet d’accentuer l’absurde. 

Pouvez-vous revenir sur l’importance "du détail, du saut et du lien" [1] dans Désordre. Vous avez dit que c’étaient des points importants dans votre pratique de l’écriture...

Quand on écrit et qu’on cherche à « attraper le réel », c’est toujours le détail qui compte, parce que le détail est une condensation d’une quantité incroyable de choses. L’outil utilisé comme une arme… Le saut, c’est la fameuse phrase de Kafka : « Ecrire, c’est sauter en dehors de la rangée des assassins »… La fiction et l’écriture en général impliquent ce saut. Ce qui est écrit ou pensé n’est pas la même chose que ce qui est agi. Le lien, c’est avec tout ce qui se passe, dans le monde aussi bien que dans l’histoire ou la littérature. Les Gilets Jaunes ont mis le doigt sur plein de choses diverses, différentes, qui font lien avec plein de choses qu’on a dans la tête… ce qu’on a vécu … 68… les Nuits debout, etc. Évidemment, les Gilets Jaunes, c’est très différent de 68 : ça n’a pas démarré avec les étudiants, il n’y a pas d’occupations d’usines et pas de grève générale. Mais c’est un mouvement populaire qui est parti d’un détail minuscule… En 68, c’était les étudiants à Nanterre, la question des chambres des filles et des garçons… et crac, ça a mis en cause le fonctionnement universitaire, le savoir, la maîtrise… Les Gilets Jaunes sont partis de la question du prix de l’essence et puis se sont mis à parler de la démocratie, de comment on est représenté, qu’est-ce que ça veut dire, qu’est-ce que c’est que cette forme de démocratie qu’on connaît depuis longtemps, est-ce que ce n’est pas à bout de souffle, etc. Et la question de la parole, ça j’y tiens. Comment, lorsqu’il y a un mouvement, on se met à parler dans tous les sens, sans hiérarchie, à dire ce qu’on pense, à avoir une pensée associative et en même temps porteuse de vérités et de pertinence ; et puis on trouve à qui parler, on trouve des interlocuteurs. On est allé en famille, avec les petits-enfants, à Commercy, et c’était incroyable… Les gens parlaient de choses à la fois minuscules et fondamentales. Il y avait 75 délégations ! Et une volonté de clarifier les choses, concernant les accusations de racisme ou de sexisme...

Désordre est venu d’ailleurs juste après L’assemblée des assemblées, fin janvier.

 

Dans Mai 68, le chaos peut être un chantier (P.O.L., 2018), vous écrivez que le déni est une forme de silence, une façon de faire taire, par des couches de discours…

Je pense au 1er mai… à la Salpêtrière… on était à la manif… Quel mensonge grotesque… Là, c’est autre chose qu’un déni, c’est un mensonge flagrant. 

J’y étais. J’ai bien cru qu’on allait s’écraser sur ces grilles… Heureusement, il y a deux trois jeunes qui ont eu le bon réflexe, d’y grimper et de tout faire pour les ouvrir. Ce qui m’a étonnée, c’est que la plupart des gens autour de moi n’avaient pas du tout de protection, même pas un foulard…

Ils ne se méfient pas. C’est le premier mai, merde ! On était entourés de gens qui venaient simplement manifester le premier mai. Les gens manifestent, et en même temps ils savent ce qui peut se passer, mais ils se disent que ça ira … C’est compliqué…

« Ça suffit la connerie » : c’est le bandeau qui attire l’œil sur votre livre, dans les librairies. C’est aussi la phrase que se mettent à reprendre les criminels au moment de l’action, et qui s’oppose à celle des médias : « Mais ce n’est pas politique »… « Ça suffit la connerie », c’est la réponse du peuple, des citoyens, une réponse au déni du politique ?

Le bandeau et la quatrième, c’est une idée de P.O.L. Dans le livre, la phrase vient d’un ouvrier fraiseur au chômage : il pousse sous un camion un député qui veut proposer une loi sur les heures supplémentaires… pour plus de compétitivité, etc… le discours néo-libéral absolu. Cette phrase, « ça suffit la connerie », c’est une réponse politique, et quand on ne veut pas voir que c’est une réponse politique, on est aussi dans le déni de ce que c’est que le politique. Le politique, ce n’est pas « en plus », ce n’est pas « à côté », ça traverse n’importe qui depuis toujours, depuis qu’on parle, depuis qu’on vit ensemble. Ça ne définit pas un programme. Mais c’est certainement une phrase politique.

Mathias, Mai 68, Désordre… on a une trilogie… Il y a comme un retour assez puissant de la question de la révolution (au-delà des reprises du mot qui s’acharnent à le relativiser ou le détourner de son rôle de levier politique).

La révolution, c’est comme la question du politique… elle est toujours là. Depuis mon premier livre, paru en 1982, L’excès-l’usine, où d’ailleurs il n’y a pas un mot sur 68… La révolution, c’est un point de vue. Il faut juste faire attention, quand on écrit, à ne pas en faire un mot creux. Ce n’est pas un ’retour’, en ce qui me concerne, dans la mesure où la question du changement du cadre de pensée a toujours été là… comment changer le cadre de pensée. L’excès-l’usine partait de la banalité de l’usine ; l’enjeu, c’était de montrer que c’était le summum de l’horreur. Le mot révolution n’est pas dans ce livre. Dans Le psychanalyste, là, ça concerne des individus… Tout d’un coup, il peut y avoir un tremblement de terre intérieur, quand tu entends quelqu’un te dire : « Oui, mais c’est peut-être le contraire ». C’est peut-être le contraire de ce qu’on pense. Comment, chez quelqu’un, s’ouvre la possibilité de penser autre chose que ce qu’il pense habituellement. Dans l’écriture, c’est ce qui m’a toujours intéressé. Mathias ou la révolution partait de cette envie de parler de la révolution française, de la manière dont elle peut avoir un impact aujourd’hui… et juste après la parution du livre…Nuit debout. Louise elle est folle, écrit sous Sarkozy, résonne vraiment maintenant. 

Est-ce que vous vous sentez parfois portée par ce qui se passe… Il m’arrive d’avoir des bouffées d’enthousiasme…

L’enthousiasme, c’est toujours bien, c’est archi-important. Il y a des choses qui bougent, oui… Mais regardez par ailleurs comme ils sont forts… Bolsonaro, Trump… 

 

Quels films et quels livres récents vous semblent à la hauteur de l’époque ?

La guerre des pauvres, d’Eric Vuillard, c’est bien. Le titre fait écho à ce qui se passe. Ça apprend des choses, ça fait réfléchir. Après, c’est à chacun d’en faire quelque chose… ça laisse une grande liberté au lecteur. L’ordre du jour, ça a plu aux gens du Goncourt… j’imagine que ce n’est pas pour les mêmes raisons qu’à moi ça m’a plu. Papiers, de Violaine Schwartz, c’est très bien, très simple… une transcription d’entretiens et la folie de l’administration, la bureaucratie. Quant au cinéma, Serge Daney, le fondateur de la revue Trafic, continue encore aujourd’hui à m’aider à penser, à tout penser, le monde, la société, le cinéma. P.O.L. a réédité tous ses articles, j’en relis régulièrement, par exemple, « Marché de l’individu et disparition de l’expérience ».  J’veux du soleil de François Ruffin c’est un bon documentaire sur le mouvement des Gilets Jaunes. Mais j’ai vraiment eu un choc en voyant récemment tous les épisodes de La Flor, de Mariano Llinas, c’est un film extraordinaire, 4 fois 3 heures, comment à partir de la fiction on peut TOUT penser. Ça se passe en Amérique Latine, dans les années 80, chez les guérilleros, chez les espions, à l’Est, à l’Ouest, et c’est complètement actuel, terrible, poignant, comique, renversant.

[1] Voir l’excellent dossier sur le travail de Leslie Kaplan https://remue.net/Leslie-Kaplan-Le-detail-le-saut-et-le-lien

 

Publié le 26/05/2019

Un sursis pour les propriétaires des cabanes des Aresquiers à Frontignan ?

 

Par Elisabeth Badinier, France Bleu Hérault (site francebleu.fr)

La justice vient de donner un espoir aux propriétaires des cabanes des Aresquiers à Frontignan qui sont sous la menace d'une expulsion, car situé en zone rouge, la préfecture va devoir reprendre tout le dossier à zéro.

La préfecture va devoir reprendre le dossier à zéro si elle veut expulser les propriétaire des cabanes des Aresquiers © Maxppp -

Les Aresquiés, Frontignan, France

Peut-être un espoir pour les habitants des cabanes des Aresquiers à Frontignan. Une trentaine d'habitants entre l'étang et le canal sont sous la menace d'un arrêté d'expulsion et d'une destruction de leurs maisons situées en zone inondable depuis 2016. Depuis plusieurs années, ils multiplient les recours pour obtenir le droit de rester dans leurs maisons.  Et la justice vient de leur donner une petite ouverture en estimant que les cabanes des Aresquiers n'étaient pas construites sur le domaine public de l'État mais sur le domaine privé de l'État. 

Pour expulser les habitants, la préfecture va devoir reprendre le dossier à zéro

C'est très technique mais ça change tout. Jusque là, toutes les décisions de justice pour faire partir les habitants des Aresquiers s'appuyaient sur le fait que les maisons étaient construites sur le domaine public. La cour administrative d'appel de Marseille estime aujourd'hui qu'elles sont sur le domaine privé de l'Etat. L'arrêté d'expulsion de la préfecture de l'Hérault est donc à présent caduc. 

Si la préfecture persiste dans sa volonté de faire partir les habitants des cabanes des Aresquiers, elle va devoir reprendre le dossier à zéro, sans doute plusieurs années de procédure. C'est donc déjà un énorme sursis.

Les habitants pourront prétendre à des indemnisations ce qui n'était pas le cas jusque-là

D'autre part, si à terme la justice se prononçait de nouveau pour la destruction des maisons, alors l'Etat devra indemniser les propriétaires. Jusque là, rien n'était envisagé, l'arrêté préfectoral prévoyait d'expulser puis de raser les maisons sans aucune compensation financière. Les occupants n'étaient même pas considérés comme les propriétaires de leur maison. Rappelons que la préfecture estime que ces constructions sont en zone inondable, en zone rouge. Les habitants qui vivent là pour certains depuis 30 ans, n'ont jamais vu d'eau dans leur maison.

La préfecture peut encore déposer un recours devant le conseil d'Etat

Le président de l'association des riverains du canal des Aresquiers,  Jacky Campla reste très prudent après cette décision de justice d'autant que la préfecture de l'Hérault peut encore déposer un recours devant le conseil d'Etat. Pour l'avocat de l'association maître Fabrice Di Frennas, il s'agit malgré tout d'une première victoire "on a gagné un combat mais pas la guerre" 

Publié le 25/05/2019

Lettre ouverte d’Odette Niles à Daniel Riolo

(site humanite .fr)

 

Monsieur,

 

À bientôt 96 ans, j'écoute encore la radio, c'est un compagnon fidèle de mes journées. Ces jours-ci, je l’écoute d’autant plus qu’elle me permet de suivre les émissions de mon candidat, le candidat du Parti communiste, mon cher Ian Brossat.

Je vous écoutais donc ce matin, je ne connaissais pas vos opinions, j’ignorais jusqu’à votre nom. Et je vous ai entendu parler de la résistance. En vous entendant rire, ce matin, j’ai eu un haut le cœur. Comment avons-nous pu en arriver à cela aujourd’hui, comment certains peuvent ils parler d'un temps qu'ils n'ont pas vécu avec autant de mépris ou de raccourcis ?

 

Il y a quelques mois encore, je me rendais dans les écoles pour que vive la mémoire de la résistance, pour que les générations qui nous survivront ne puissent jamais oublier l’histoire.

 

En vous écoutant tout à l'heure, je me suis dit combien j’aurais aimé pouvoir vous rencontrer, vous rencontrer enfant, vous rencontrer dans votre école pour partager avec vous ce que fut la réalité.

 

J’aurais aimé pouvoir vous parler de ces femmes et de ces hommes communistes que j'ai rencontrés, que j’ai aimés, qui ont donné leur jeunesse ou pour certains, versé leur sang pour notre pays. J’aurais aimé pouvoir vous dire ce qu’était leur vie, leur joie, leur espoir. Parmi eux, il y avait un être qui me fut cher : Guy Môquet. Le connaissez-vous seulement ?

 

Mes jambes me manquent aujourd’hui pour aller d’école en école, il ne me reste plus que l’écrit et mes souvenirs encore clairs de cette période de ma jeunesse.

 

Jusqu’à mon dernier souffle, j’aurais à cœur de me battre pour que notre mémoire vive et qu’elle ne soit ni trahie ni salie.

 

C’est l’inculture qui conduit à l’ignorance, l’ignorance qui conduit à l’oubli. Le négationnisme commence toujours ainsi : par un rire, par une moquerie. On explique alors qu’il ne s’agit que d’un détail de l’histoire.

 

Je ne peux plus me déplacer mais je peux encore témoigner et donc vous rencontrer : si vous l'acceptiez, je vous invite à venir chez moi afin que nous puissions échanger et parler et que je puisse vous dire les yeux dans les yeux ce que furent ma vie et mes engagements. Guy Moquet, à 17 ans, a su écrire, "vous qui restez soyez dignes de nous les 27 qui allons mourrir", je serai toujours digne et je vous enjoins de respecter cette dignité de ce jeune qui nous laisse un message porteur pour l'avenir et non un message de peur face à la mort. Auriez- vous eu cette dignité à 17 ans ? L'histoire avant d'être écrite, doit être vécue !

 

Je vous prie de croire en l’expression de mes salutations distinguées.

 

Odette Nilès,

Ancienne internée du camp de Choisel à Chateaubriant

Officier de la Légion d'honneur

Publié le 23/05/2019

L’Europe, entre Erasmus et jungle capitaliste

(site lamarseillaise-encommun.org)

S’il est une réalité politique difficile à appréhender, encore plus que celle des Etats-nations qui la composent, c’est bien celle de « l’Europe », comme ils disent.


Comme ils disent parce qu’il faudrait déjà passer des heures à dissiper la confusion médiatique (savamment entretenue ?) entre l’Europe (« De L’Atlantique à l’Oural » comme disait un personnage célèbre) et l’Union européenne, construction relativement récente, élargie à 28 pays depuis 2013. Dans cette entreprise de démystification, la dernière nécessité en date serait de déjouer le piège de l’opposition fallacieuse entre « progressistes » (Macron-Nathalie Loiseau, défense de rire) et nationalistes. D’autres s’y emploient dans certaines formations politiques. On ne s’y attardera donc pas ici.


Jusqu’ici, force est de constater que le beau rêve européen (après tout, Victor Hugo appelait déjà de ses vœux la réalisation des « Etats Unis d’Europe ») s’est plutôt transformé en cauchemar. Et que la désillusion n’est pas pour rien dans la désaffection que subit ce scrutin électoral, même si la proportionnelle offre à davantage de courants la possibilité d’être représentés à l’assemblée de Strasbourg. Et ceux qui « à gauche » ont choisi, dès les années 1980, « l’Europe d’abord » plutôt que le social, de Maastricht (1992) au référendum sur le Traité constitutionnel européen (2005), ont sacrifié à la fois l’idée européenne (tout au moins celle susceptible de dépasser les nationalismes) et les avancées sociales. L’Europe sociale sans cesse renvoyée aux calendes grecques (une pensée émue pour les citoyens et citoyennes de Grèce sacrifiés sur l’autel de l’austérité), cela nous a donné Salvini, Orban, la percée de « Vox » en Espagne et même celle de formations nationalistes dans des pays que l’on croyait presque immunisés contre un tel fléau (Suède, Finlande, Danemark…). Preuve de la faillite de la social-démocratie scandinave. Qui leur a ouvert la voie, si ce n’est tous les fanatiques du libéralisme économique décomplexé, insensibles aux souffrances et aux détresses qui se disent dans toutes les langues européennes ?

L’aveu de Juncker

Et il faudrait laisser le champ libre à ces apprentis sorciers, à un Jean-Claude Juncker qui a osé dire que les traités étaient plus importants que les votes démocratiques ?(1) Loin de la légende rose sur l’Union européenne, les mots de Juncker ont valeur d’aveu. Dans leurs mains, « l’Europe » est un outil de mise au pas des peuples et l’avant-garde de l’inscription dans le marché capitaliste planétaire. La perversité du travail détaché (des salariés venus de Pologne et d’ailleurs pour participer à des chantiers en France sans les garanties sociales du « pays d’accueil ») est telle que tout est fait pour provoquer des réactions de rejet plus que des réflexes de solidarité envers les moins bien lotis des salariés. Dans un contexte de concurrence exacerbée, ceux qui plaident pour l’égalité des droits sociaux ont peu de chances de se faire entendre.

Alors, tout serait à jeter dans la « construction européenne » ? « Et la paix entre les pays membres de l’U.E », s’indignent les belles âmes ? Certes, qui pourrait regretter l’absence de conflit armé avec nos voisins, après des siècles d’histoire européenne meurtrière ? Pourtant, de François Hollande à Emmanuel Macron, est martelée l’idée d’une « défense européenne commune ». Pour se défendre de quels ennemis ? En guise de grand dessein pour l’Europe, on peut rêver mieux.

Qui pourrait regretter le fait que certaines dispositions de l’U.E. en matière d’environnement soient plus avancées que les lois nationales ? Qui jetterait à bas le programme « Erasmus » qui permet à des étudiant-e-s de poursuivre leur cursus dans d’autres universités européennes ? Pour ceux qui ont la chance de partir en vacances à l’étranger, qui regrette le casse-tête du change d’antan avec la Lire, la Peseta ou le Deutschmark ?

La question est de savoir ce que pèsent ces dispositions face à une logique générale qui a tout du pousse-au-crime. Où sont les harmonisations sociales et fiscales ? Où est la lutte contre le dérèglement climatique qui n’a que faire des frontières ? Au fond, il n’y a peut-être que sur le dos des migrants que « l’Europe » est capable de faire cause commune. Macron et Salvini réunis. Pour que chacun se sente pleinement « européen », il faudrait commencer par en finir avec l’arrogance des premiers de cordée.

Morgan G.

Publié le 22/05/2019

Appel des profs aux citoyen·ne·s encore debout

Les enseignant.e.s en lutte contre la loi Blanquer se sont dotés d'un outil de coordination nationale : le site internet www.bloquonsblanquer.fr. Elles et ils lancent un appel à tous les citoyen·ne·s concerné.e.s par la question de l'école publique à les soutenir médiatiquement et financièrement (via leurs caisses de grève). Voici le texte de cet appel.

Nous avons lu l’appel “Nous ne sommes pas dupes” des 1400 artistes déclarant soutenir la cause des gilets jaunes.

Nous avons lu la tribune de Joël Pommerat disant :

“Je pense que l’école est le lieu propice pour une rencontre [entre l’art et les jeunes] et même qu’il s’agit de sa mission. A titre personnel, j’ai pu constater les bénéfices extrêmement concrets de ces enseignements artistiques tels qu’ils ont été pensés et mis en place il y a environ trente ans. Bien sûr, on pourrait faire encore mieux, mais ce qui m’inquiète aujourd’hui c’est le risque qu’on fasse moins bien.” (Joël Pommerat, Tribune “Monsieur Blanquer, votre réforme du lycée va dégrader la qualité des enseignements artistiques”, Le Monde, 11 mai 2019)

 A tout.e.s ceux et celles qui ne sont pas dupes et qui soutiennent les gilets jaunes dans leur lutte pour “une démocratie plus directe”, en lien avec l’état d’urgence écologique :

Nous, personnels de l’éducation engagé.e.s dans la lutte pour la survie de l’école de la République, nous disons qu’il y a urgence à s’opposer à des projets et des lois qui, de Parcoursup’ à la confiance obligatoire dès trois ans, en passant par la fin du bac et la destruction du lycée professionnel, sont en train de donner forme à une école de l’obéissance.

Mise en concurrence des élèves, des profs et des établissements entre eux, fin de la liberté pédagogique, suppression de rien moins que la liberté de choisir sa formation et son avenir (!), limitation des instances démocratiques permettant de donner son avis de prof ou de parent sur l’école… La liste est longue et non exhaustive, des articles qui, cachés derrière des mesures techniques, un jargon juridique et une communication lénifiante, visent à former des citoyen.ne.s aux ordres.

Le gouvernement est dans une logique de mensonge quand il prétend “moderniser” l’école. En réalité, il prépare un projet de loi dont les effets prévisibles sont l’instauration d’une école à deux vitesses, la marchandisation de l’éducation nationale et la fin de l’école conçue comme le lieu de la pensée critique et de l’émancipation des enfants, nos futur.e.s citoyen.ne.s.

« (...) Par leur engagement et leur exemplarité, les personnels de la communauté éducative contribuent à l’établissement du lien de confiance qui doit unir les élèves et leur famille au service public de l’éducation. Ce lien implique également le respect mutuel entre les membres de la communauté éducative, notamment le respect des élèves et de leur famille à l’égard de l’institution scolaire et de l’ensemble de ses personnels. »

L’article 1 de cette loi prévoit d’imposer, dans un langage tout orwellien, une «école de la confiance» dans laquelle les parents pourront dénoncer les enseignants et les enseignants pourront dénoncer les parents. Cet article vise à faire taire toute forme de contestation. Il n’est même pas encore adopté que partout en France, des enseignant.e.s, des lycéen.ne.s et des étudiant.e.s sont réprimé.e.s avec une sévérité qui n’a d’autre logique que de faire définitivement baisser la tête à tous ceux et celles osant encore lever les yeux et rêver d’une société vraiment juste et émancipée.

Partout en France, depuis deux ans, des profs, des parents et des jeunes se lèvent pour dire non à cette ignominie. Notre voix est étouffée, nos jeunes mis à genoux. Nous résistons. Pour combien de temps ?

Face à cette logique, les voeux pieux ne suffisent plus.

La guerre est déclarée à tous les cancres de Prévert et autres Tistou les pouces verts. Pour les défendre, il nous faut une stratégie - nous l’avons. Il lui faut des moyens – nous avons besoin d’aide.

Si dans chaque école parisienne, deux parents donnaient 10 euros, tou.te.s les profs en grève à Paris pourraient tenir cinq jours, précisément le temps d’organiser une semaine sans école dans la capitale.

Si c’est dans chaque classe qu’un parent nous soutient, c’est toute l’Ile de France qui peut tenir.

On vous laisse imaginer si notre appel est entendu dans dans toute la France...

Artistes, intellectuel.le.s, journalistes : aidez-nous à mettre des mots et des images sur ce qui est en train de se passer, utilisez notre site internet, contactez-nous pour organiser des spectacles et des ventes aux enchères au profit de nos caisses de grève, diffusez cet appel.

Et si vous avez les moyens, donnez :

https://bloquonsblanquer.fr/caissesdegreve/

Qui ne connaît pas un enfant, de la maternelle à l’université ? Nous sommes tout.e.s concerné.e.s par ces réformes iniques, car l’école de l’esprit critique et créatif est le dernier rempart de notre démocratie, le terrain fertile qui nous a rendu capables aujourd’hui de nous lever et de dire “non”.

Notre lutte gênera. Répression, désinformation outrancière  : tout est et sera documenté sur le site www.bloquonsblanquer.fr -  son formulaire de contact attend vos messages ; ses caisses de grève vos soutiens. 

Pour l’avenir de nos enfants, c’est maintenant ou jamais !

L’Assemblée Générale 1er degré des profs en lutte Paris

Et pour ajouter votre signature à cet appel, c'est ici : Signer l'appel des profs aux citoyen.ne.s encore debout

 

Publié le 21/05/2019

 

Parlons (Inter) Net

Dupond et Dupont, pièges à c…

 

Ils n’ont jamais résolu un problème, accablent les innocents et laissent filer les coupables. Confiez-leur le volant de l’Etat, ils s’emplâtrent contre un platane, ils cassent la mécanique et font couler le sang. Ils s’appellent Dupond-Dupont ou LREM-RN.

Depuis 6 mois, la France exprime tous les samedis une colère qui a surpris la classe politico-médiatique du monde entier. Le déferlement jaune faiblit, s’essouffle et ne tarit pas. Mais ne rallie pas les millions de pauvres, de chômeurs...

Le 26 mai, les électeurs vont surtout se prononcer pour ou contre Macron. Les sondages (certes bidons, truqués, auto-réalisateurs, mais…) prévoient que la principale force d’opposition de gauche aux Dupond-Dupont ne recueillera pas (loin s’en faut) 20% des voix.

La maison brûle, les Dupond-Dupont, crèvent les pneus des pompiers, les milliardaires qui possèdent les principaux médias versent de l’essence et, ô déception, ô désespoir ! nos amis Tintin, Tournesol et Haddock choisissent d’aller écouter la Castafiore à la Scala de Milan. C’est pas eux qui ont mis le feu à Moulinsart, hein, alors, bon… Si, disent-ils tous, les seaux d’eau pouvaient éteindre les incendies, Rome n’aurait pas brûlé et le toit d’une cathédrale de Paris non plus.

Le jour des élections européennes, les sans-dents, les gens de rien, ligotés dans le slogan « Elections piège à cons » confieront, paraît-il, le volant aux Dupond-Dupont.

Comment est-ce possible ?

Théophraste R. Electeur, auteur de l’opuscule (quasi achevé) : « Marie-Chantal et Charles Edouard iront voter le 26 mai, ainsi que Marlène Schiappa, Aurore Bergé, Eric Brunet, Christophe Castaner, tous les cops cogneurs-éborgneurs, les casernes de poulagas, les couvents, la dynastie Rothschild, le Comité national du MEDEF, la famille Trogneux, Stéphane Bern et les époux Balkany ».

 

Publié le 19/05/2019

« L’Émission politique » boycottée, si France 2 ne change pas ses règles du débat, prévu le 22 mai

Par La Rédaction (site lemouvement.info)

 

Certaines têtes de liste aux élections européennes peuvent boycotter un débat sur France 2 et France Inter prévu le 22 mai. Objet : ils dénoncent une « mascarade » à quatre jours du scrutin.

« Si France 2 et France Inter refusent de changer les règles du débat, nous ne participerons pas à cette parodie de débat », ont déclaré, dans un communiqué commun, les têtes de liste Jean-Christophe Lagarde (UDI), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), et Benoît Hamon (Génération•S), en appelant « les autres listes à ne pas servir d’alibi à cette mascarade ».

« Ce n’est pas au service public de l’audiovisuel de choisir les bonnes ou les mauvaises listes. Ce choix appartient souverainement aux citoyennes et aux citoyens par leur vote », estiment-ils. Interrogé par l’AFP, Thomas Sotto, coprésentateur de « L’Émission politique », a repoussé ces arguments : « sur le fond, on a respecté rigoureusement et scrupuleusement les critères de représentativité du CSA ».

« On protège qui dans cette affaire ? »

Conférence de presse commune devant le bâtiment de France TV avec Jean-Christophe Lagarde, Benoît Hamon, et Nicolas Dupont-Aignan. Benoit Hamon confirme : « s’ils ne changent pas leurs règles, je ne participerai pas à ce simulacre de débat. L’Europe, la démocratie, les concitoyens méritent mieux. »

Nicolas Dupont-Aignan dénonce lui : « le scandale démocratique de l’organisation arbitraire du débat. » Pour Jean-Christophe Lagarde : « on protège qui dans cette affaire ? Ce n’est pas le rôle de la télévision publique payée par nos impôts que de dissimuler ou d’orienter un scrutin. J’ai honte du service public qui n’est pas capable d’organiser ce débat dans des conditions démocratiques… »

France 2 assume pour des raisons de clarté

Dans le cadre de « l’Émission politique » ce débat devrait réunir dans un premier temps six candidats ou chefs de partis : Stanislas Guérini (LREM) et Marine Le Pen (RN) qui font la course en tête flirtant avec les 22%, Laurent Wauquiez (LR), Raphaël Glucksmann (PS/PP), Yannick Jadot (EELV), Manon Aubry (LFI). Bellamy, Loiseau et Bardella sembleraient, étant « écartés » de ce casting, pas assez « costauds » pour affronter Glucksmann, Jadot et Aubry ?

Mais dans un deuxième temps, dans la foulée en deuxième partie de soirée et c’est là que ça coince, sont prévus Nicolas Dupont-Aignan (DLF), Ian Brossat (PCF), Jean-Christophe Lagarde (UDI), François Asselineau (UPR), Francis Lalanne (Gilets jaunes), Dominique Bourg (écolo), Florian Philippot (Patriotes), Nathalie Arthaud (LO) et Benoît Hamon (Génération•S), tous estimés en dessous des 5% d’intentions de vote.

La tête de liste du PCF Ian Brossat a annoncé saisir le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et compte « suspendre » sa participation à un débat, qui selon ses mots : « veut faire l’élection à la place des électeurs ». Pour Florian Philippot c’est « une marque incroyable d’irrespect » envers les électeurs.

Deux parties ou deux divisions ? Un choix assumé pour des raisons de clarté par France TV. Et pour justifier la présence de chefs de partis en remplacement de têtes de liste, la direction assume des dispositions offertes pour faciliter des problèmes d’agenda. En effet les têtes de liste Bellamy, Loiseau et Bardella devaient participer à des meetings ce soir-là.

22 mai donc « L’Émission politique », et le dernier grand débat télévisé de la campagne doit avoir lieu le lendemain, le 23 mai, sur BFMTV.

(Note : la journaliste Léa Salamé est provisoirement en retrait de « L’Émission Politique » de France 2. La raison : Raphaël Glucksmann est son compagnon. Un choix qu’ont dû faire avant elle Anne Sinclair, Béatrice Schönberg, ou Audrey Pulvar, toutes journalistes et compagnes de dirigeants politiques.)

Publié le 17/05/2019

Répression. « Pour ma fille, les valeurs de la République sont parties en fumée »

Lola Ruscio (site humanite.fr)

À Mantes-la-Jolie (Yvelines), jeunes et familles portent les stigmates des interpellations humiliantes du 6 décembre 2018. Cinq mois plus tard, ils racontent les répercussions douloureuses de ces violences policières.

À 15 ans, Camélia a joué récemment au théâtre un drôle de personnage : une gardée à vue. L’histoire d’une jeune fille qui se retrouve dans une geôle avec une amie, et un policier leur apporte à manger… « Je me suis dit que ça pouvait être bien, comme la prof voulait évoquer les discriminations », glisse l’adolescente. Ce rôle a été, pour elle, bien plus qu’un jeu. Ce fut l’occasion d’exprimer devant ses camarades de classe sa douloureuse expérience lors de l’intervention policière humiliante de Mantes-la-Jolie (Yvelines), le 6 décembre 2018.

Ce jour-là, les policiers ont interpellé 151 jeunes, la plupart mineurs, à proximité des établissements publics Jean-Rostand et Saint-Exupéry. Une vidéo, mise en ligne par un agent, les montre alignés en rangs, genoux à terre, en silence, mains derrière la nuque ou le dos, tête baissée, encadrés par des agents, debout, armés de matraques et de boucliers. « Voilà une classe qui se tient sage », lâche un des policiers. Les jeunes seraient restés parqués ainsi durant des heures. Avant qu’une majorité d’entre eux se retrouve placée en garde à vue où, là encore, ils auraient subi violences verbales et physiques. La plupart sont ressortis avec un simple rappel à la loi. Mais l’expérience a laissé des traces profondes.

Camélia, elle, avait couru pour échapper aux policiers et s’était fait cueillir avec d’autres dans un local des Restos du Cœur. Elle a vécu l’interminable arrestation, le stress, l’angoisse, la garde à vue. « J’avais peur que mes parents ne viennent jamais me chercher au commissariat », se souvient-elle. Quand on évoque ces événements, Camélia retient ses larmes. Son père, Valentin, un ouvrier préparateur de commandes, est tout aussi ému : « C’est un jour gravé à vie dans ma mémoire. Je n’imaginais pas que ça puisse arriver en France. La vie continue, mais c’est impossible d’oublier. »

Depuis cinq mois, jeunes et familles pansent ainsi les blessures, chacun à leur manière. Les uns préfèrent tourner la page, découragés face à la procédure judiciaire fastidieuse, ou par crainte de représailles de la part des agents. Les autres parlent, témoignent, engagent des poursuites pénales (lire ci-contre). Pour tous, le traumatisme est réel. Et les mêmes questions reviennent : comment ces violences ont-elles pu se produire ? Ces arrestations massives et arbitraires sont-elles un simple dérapage, ou le témoignage d’un nouveau durcissement du maintien de l’ordre ? Et surtout, comment réparer les dégâts dans la tête de ces jeunes ?

« Ma fille a complètement lâché son bac, s’inquiète Malika, maman d’Imen. Elle était pourtant sérieuse, ses notes étaient bonnes au premier trimestre. Du jour au lendemain, elle me raconte que les professeurs ne sont pas là… La CPE m’a appelée pour ses absences à répétition. » Le 6 décembre, la jeune Imen s’est fait fouiller, puis a été obligée de regarder, debout, ses camarades agenouillés au sol. C’était la première fois que l’adolescente avait affaire à la police. Bouleversée, elle a dû consulter un psychologue. « Depuis, un basculement a eu lieu dans son esprit, assure Malika. Tout ce qu’on lui a appris à l’école sur les valeurs de la République est parti en fumée. Elle n’y croit plus. »

Le jour des interpellations, les policiers n’ont pas discerné les quelques fauteurs de troubles, les lycées mobilisés pour leur éducation et les simples curieux. Tous ont été traités de la même manière, rabaissés. Pour Michel Chastan, syndiqué FSU (1) au lycée Saint-Exupéry, cette violence psychologique a eu des répercussions indélébiles : « Ça a choqué les esprits. Pour les remettre au travail dans un climat sain, c’est compliqué. Certains ont zéro motivation, des absences, des résultats médiocres, ou ne sont jamais revenus. » Le lien de confiance, souvent ténu, entre l’institution scolaire et les élèves a encore été fragilisé. « La mission du service public d’éducation a été humiliée à travers les paroles de ces policiers !  s’indigne Nathalie Cosse, professeure d’histoire-géographie, membre de la Ligue des droits de l’homme. Notre objectif n’est pas de les mettre à genoux, mais de faire en sorte que ces jeunes prennent leur place dans la société, c’est aussi leur apprendre ce qu’est le droit d’expression et républicain. Tout ce travail a été totalement battu en brèche. »

Quant aux autorités éducatives, certains estiment qu’elles n’ont pas apporté tout le soutien nécessaire dans les jours qui ont suivi. Au lycée Saint-Exupéry, la cellule psychologique n’est restée que deux jours. « On a été en deçà de ce qu’on aurait pu faire pour accompagner les élèves, reconnaît Michel Chastan. La douleur morale peut remonter après. Au retour des vacances, en janvier, on est repartis comme si de rien n’était… »

Anas, 17 ans, a vécu une période difficile après l’interpellation. Il n’arrivait plus à retourner en cours, de peur d’être à nouveau interpellé sans raison et de revivre ces brutalités. Le 6 décembre, il assure avoir été humilié, s’être pris un coup de matraque, puis avoir passé 24 heures en garde à vue au commissariat de Houilles (Yvelines). Les jours suivants, Anas a dû consulter un médecin pour des troubles du sommeil et des angoisses. « Je suis resté chez moi à déprimer pendant un bon mois, raconte-t-il. Je ne voulais plus sortir avec mes potes : j’avais peur de me faire arrêter par les flics si quelqu’un avait quelque chose sur lui. Moi, ce jour-là, je n’avais rien fait, mais on m’a embarqué au commissariat. » Cette crainte du policier, la jeune Imen l’a également ressentie : « Au début, je baissais la tête quand je les croisais. J’avais peur que tout dérape au moindre regard. »

Chez Lenny, 16 ans, l’image du policier a changé du tout au tout. Lui aussi dit avoir reçu des menaces, du gaz lacrymogène, des coups de pied de CRS. Cette expérience douloureuse a durci son opinion : « Ma mère me répétait que les policiers qui agissent mal étaient une minorité. Je le croyais. Mais là, franchement, j’ai du mal : à chaque fois que je les croise, c’est la même chose. C’est des cons qui en ont rien à foutre de nous, ils veulent juste se sentir supérieurs. » La diffusion de la vidéo, filmée par un agent et diffusée sans floutage à l’insu des adolescents, en est, pour lui, un exemple flagrant : « C’est de l’humiliation publique, ni plus ni moins, comme s’ils avaient voulu se venger de quelque chose. »

Au-delà des brutalités, tous ces jeunes ont dû aussi affronter l’impact médiatique et le regard des autres. Des adolescents ont essuyé des moqueries, des remarques malveillantes de camarades, voire de professeurs. « Quelques-uns disaient qu’on l’avait bien cherché, on n’avait qu’à ne pas être là, comme si tout était de notre faute », rapportent certains. Lenny se souvient des images diffusées en boucle sur BFMTV : « Ça m’a ennuyé de passer pour un fouteur de merde devant tout le monde. Je pensais surtout à mes parents, j’espérais que personne ne leur fasse de remarque au boulot. »

Tourner la page est d’autant plus difficile pour les jeunes de Mantes-la-Jolie que le temps judiciaire est long. « Cela joue contre nous, redoute Malika, la mère d’Imen. Plus le temps passe, plus la douleur s’ancre, ça peut démotiver. » Valentin, le père de Camélia, abonde : « On aimerait que ça avance vite, car tant que le dossier est en cours, on reste en suspens. » Sa fille, elle, nourrit peu d’espoirs : « Ça va rien changer, parce qu’il s’agit de policiers. Ils ne sont jamais condamnés. Eux, ils font la loi et ont le dernier mot. »

Malgré tout, ils sont nombreux à ne pas vouloir baisser les bras. La solidarité les y aide. Certains ont rejoint le Collectif de défense des jeunes du Mantois, un espace de discussions entre familles et avec les avocats. Des plaintes à l’IGPN ont été déposées. Dont, mercredi dernier, celle de Lenny et de son père. « Ça me fait du bien de ne pas être seul et de pouvoir me défendre », confie l’adolescent. « Sans le groupe, on n’aurait pas su comment faire pour poursuivre les policiers. On aurait laissé tomber », confirme Valentin, le papa de Camélia. De son côté, Malika refuse l’idée d’abandonner la lutte judiciaire. « On a la rage de subir des coups parce qu’on est Arabes ou Noirs, vivant dans un quartier ! lance la mère de famille. Comment construire les adultes de demain si on les tape ? Je ne veux pas que ça se reproduise. Espérons que notre combat porte ses fruits. »

Lola Ruscio

Publié le 16/05/2019

Ne boudons pas notre plaisir. Nous sommes le pays de « l’art de vivre à la française ». Cette macronade, il fallait la trouver !

Jean Ortiz (site humanite.fr)

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé.

 

Qu’ils sont mauvais ces salariés ! Je n’en ai rencontré aucun qui soit « classe », qui cultive patriotiquement l’art de vivre à la française.

Chez Rubio, Gaconi, Fernandez, Doumergue, Kapresky, Ounawa, Pallanque, Beltramp, Saaviki... les couloirs sont dénudés. Manque de goût ! Aucun tableau de maître, aucune pièce d’artisanat guatémaltèque ou asiatique... Ah si, j’allais oublier... quasiment partout le calendrier à chatons « du facteur » et celui, rouge, des pompiers. L’opéra, le théâtre, jamais. Mais la pétanque, ça alors...

Léon, si sous saviez : la pétanque... Et tire-moi cette boule. Qu’ils sont vulgaires ! Et jamais les deux à la fois... Après la partie, ils cachent leurs boules dans des casiers qu’ils appellent « niches ».

Ces analphabètes, ces dangereux de début de cordée, ne comprennent pas que le Français, le vrai, vit un art de vivre « à la française ». Vivement vivant... Les moyens, ce n’est qu’un prétexte !

Réveil... par la radio la plus classe : BFMC. Cinq heures. Fréhel... Le vrai français cultive l’art de se lever à cinq heures pour arriver à l’usine, à l’étable, au bureau, le plus tôt possible, pour croiser un clone du patron. Le tôlier, quant à lui, préserve son sommeil sur conseil des dormologues.

Le vrai Français aime « sortir », boire un apéro exotique, se faire un bon restau , se taper un billard, un hockey gazon frais... les salariés, les pingres, rejettent ce art de vivre pour économiser trois sous pour se tremper 48h en août à Port Vendres. Ces gagne-petit croient vivre la double peine. Ils gagnent peu et préfèrent s’en tenir à l’art de vivre bas de gamme, discount, leader, les carrefours jaunes... ou pas de gamme du tout... L’art de vivre à la française implique de ne pas compter et eux, ils sautent sur la moindre pièce tombée sur le trottoir.

On le leur répète souvent, l’art de vivre à la française suppose de changer souvent de couverts. Mais Dieu qu’ils sont sauvages et têtus ces salariés, ces mauvais Français, ils ne comprennent rien à rien, dénigrent le sauvetage du savoir-faire faïencier de Sèvres, et discréditent tout un patrimoine, tout un pays. La populace s’en tape, pardonnez-moi la vulgarité, de notre si connu art de vivre à la française. Et pourtant, nous n’avons pas besoin de « serrano », de processions qui, chaque année, font prendre l’air aux mille Christ et Vierge... L’autre jour, l’un de ces Français de mauvais goût a osé dire à Madame Chabut : « Passe-moi le sauciflard ». Comment voulez-vous, Léon, promouvoir notre art de vivre si justement aristo ? Les gueux, lorsqu’ils font croire qu’ils survivent, transforment notre très cher art de vivre, si précieux à nos corsets bleus, en lard ou en cochon.

Avant-hier, un hirsute vêtu de jaune (pour se faire remarquer, sans doute) prétendait que lui et ses casseurs de copains étaient « harts » (las) de tirer le diable par la queue. Oui, Monsieur Léon, il a osé : par la queue !

Les vrais Français, eux, ne se plaignent jamais. Ne doléancent jamais. Ils encaissent. Et çà crève les yeux. Comme un LBD !

Alors oui, il est temps d’imposer le même art de vivre à tous, le même art de cogner, d’ouvrir un espace à la limitation de la liberté de chacun. Il a raison, le ludion de l’Elysée. Lui au moins, il domine à merveille l’art exquis de l’enfumage.

 

Publié le 15/05/2019

 

Livraisons à vélo à Montpellier : "Bosser dix heures par jour pour un Smic, c’était invivable"

(site midilibre.fr)

“Les Coursiers montpelliérains”, cinq jeunes bien décidés à créer leur propre réseau. GUILLAUME RICHARD

Convaincues par les avantages du transport à bicyclette, de plus en plus d’associations, de coopératives ou d’entreprises pédalent pour leur propre compte. Elles redonnent du sens à un métier dont l'image a été ternie par les grosses plateformes internet.

La révolte gronde dans le petit monde des coursiers. Fatigués de la dégradation du marché, cinq jeunes ont décidé de créer une association, “Les Coursiers montpelliérains”. "On a tous travaillé pour Deliveroo, Uber Eats ou Stuart, expliquent Paul Ferreira et Alexandre Le Ret. C’était compliqué car on était dépendant malgré notre statut d’indépendant. Avec leur système, si on veut bosser à temps plein, il faut travailler le week-end." 

Bosser dix heures par jour pour gagner un Smic, c’était devenu invivable. "On voulait retrouver la maîtrise de notre travail. On est tous montpelliérains, on connaît la ville, les restaurants, le métier, on est passionné de vélo. On s’est dit qu’on pouvait créer une alternative aux grosses plateformes." 

On travaille en exclusivité avec des restos qui ne voulaient pas entendre parler de Deliveroo ou Uber Eats

Après avoir mûri leur projet cet automne, ils ont déposé leur dossier il y a trois mois. "Nous avons consacré beaucoup de temps et d’énergie à ce projet. On a créé une association qui se transformera en coopérative quand nos revenus seront réguliers. On mettra les revenus en commun et on se paiera au prorata des heures." 

Les cinq amis ont investi dans une dizaine de tablettes pour permettre aux restaurants de recevoir les commandes. "Nous avons commencé le 1er mai et nous travaillons déjà avec sept enseignes. On espère arriver à vingt d’ici fin mai. L’objectif, c’est d’avoir 50 commandes par jour dans six mois. Si c’est le cas, on pourra se payer tous les cinq au Smic." 

"Il y a une hypocrisie énorme"

Il suffit de parler avec des coursiers, sur la Comédie, pour comprendre que rien ne va plus pour eux. "Au début, on était payé 15 € de l’heure et on arrivait à se faire un bon smic. Aujourd’hui, on n’arrive même plus à 10 € de l’heure." Le constat dressé par Paul et Alexandre est unanime. "Avant, on avait beaucoup de primes qui nous encourageaient, mais elles ont disparu, explique Alexander. Et il y a de plus en plus de livreurs et donc de moins en moins de courses."

"Au début, on n’était que des fous du vélo, témoigne Pierre Guéguen. Mais ça a changé. Peu à peu, on a vu apparaître des vélos électriques puis des scooters sans licence qui sont bruyants, polluants et dangereux pour les piétons." 

"Sur Facebook, beaucoup louent leur compte à ceux qui ne peuvent pas en avoir, les taxant jusqu’à 50 % de leurs revenus, reprennent les Coursiers montpelliérains. D’autres optent pour la moto alors qu’ils n’ont pas la licence, ce qui leur permet d’aller plus vite et plus loin. Il y a une hypocrisie énorme. Uber Eats et Deliveroo trouvent toujours des gens pour faire le travail. Et se moquent complètement du reste."

Mais la réussite de leur entreprise passera aussi par la constitution d’une "base client de 1 000 à 2 000 personnes". Pour l’instant, "l’objectif est de se faire connaître. On travaille en exclusivité avec des restaurants qui ne voulaient pas entendre parler de Deliveroo ou Uber. On connaît les enseignes qui travaillent bien. On veut développer notre propre réseau, avec une image éthique. Avec nous, le client ne passe pas par une plateforme téléphonique à l’étranger. C’est nous qui répondons au téléphone et c’est nous qui livrons." 

À terme, Paul, Alexandre et leurs collègues Simon, Vincent et Yannick veulent "livrer autre chose que des repas. On est notamment en contact avec le réseau Biocoop. On trouve que ça va bien avec l’image du vélo." Et c’est avec optimisme qu’ils envisagent l’avenir. "Dans toutes les autres grandes villes, il y a déjà des alternatives à Deliveroo et Uber. Sauf à Montpellier. Il y a un marché à prendre, surtout avec tous les étudiants."

Du pire au meilleur

À Montpellier, des centaines de livreurs pédalent comme des fous pour livrer des repas à domicile. Ils ne sont pas salariés, mais auto-entrepreneurs. Dépourvus de protection sociale, ils n’empochent que quelques euros à chaque livraison. Les grands gagnants du système sont Deliveroo et U ber Eats, qui exploitent cette maind’œuvre. Maîtrisant les algorithmes, ils paient de moins en moins bien et imposent des distances plus longues. Au bout du rouleau, les livreurs abandonnent, laissant la place à encore plus précaires qu’eux.

Certains contournent la loi en sous-louant leur compte ou en effectuant leurs livraisons à scooter sans la licence qui va avec. Mais dans ce contexte bien sombre, des acteurs cherchent à se réapproprier leur travail ou à offrir un service utile sans exploiter leur maind’œuvre. Tout en redonnant aux livraisons à vélo l’image qu’elles méritent, celle d’un service écologique et économique. Nous donnons aujourd’hui la parole à ces acteurs apparus récemment.

GUILLAUME RICHARD

 

https://www.midilibre.fr/2019/05/14/livraisons-a-velo-a-montpellier-bosser-dix-heures-par-jour-pour-un-smic-cetait-invivable,8199000.php

Publié le 14/05/2019

Syndicat. À l’heure des gilets jaunes, le syndicalisme face à ses défis

Clotilde Mathieu (site humanite.fr)

Le 52e congrès de la CGT s’ouvre ce lundi. Les mobilisations de ces derniers mois interrogent et intiment aux centrales de se réinventer pour coller au plus près du salariat.

«Trop politisés », « trop éloignés des réalités », « inefficaces », « tous pourris », les mots lancés sur les ronds-points à l’encontre des syndicats sont violents. Loi travail, ordonnances Macron, privatisation de la SNCF… les réformes passent malgré les mobilisations et le monde du travail souffre. Il en va de même au niveau local, quand, malgré les grèves, sites industriels, services hospitaliers et autres bureaux de poste ferment. Depuis le 17 novembre, la colère accumulée jaillit. ­Salariés, chômeurs, autoentrepreneurs, assistantes maternelles, retraités, fonctionnaires, équipés de leur gilet jaune s’organisent, sans les syndicats, en portant souvent les mêmes revendications : hausse des salaires, des pensions, développement des services publics, justice fiscale. Deux mondes du travail qui ne se côtoient pas. Si la CGT, Solidaires et la FSU tentent la convergence, de part et d’autre, la méfiance demeure. Au fil du temps, les stratégies des entreprises n’ont eu de cesse de flexibiliser le travail en fragmentant le salariat, en mettant en concurrence les salariés afin de détruire tout collectif de travail. L’individualisme a pris le dessus chez les salariés, mais aussi dans les syndicats. À cela s’ajoute, « une division syndicale hystérisée qui fait que les salariés se détournent de ces organisations », estime Jean-Marie Pernot, politologue à l’Ires. « Avec l’offensive de mise au pas, cela ne peut être compris », poursuit ce spécialiste du mouvement syndical.

Alors que s’ouvre le 52e congrès de la CGT, qui se tient toute la semaine à Dijon, le mouvement des gilets jaunes sonne comme une piqûre de rappel. Le syndicalisme est en crise. Un Français sur quatre fait confiance aux syndicats, selon un sondage OpinionWay datant de janvier. Et la participation aux élections professionnelles est en chute libre : 42,8 % dans le privé, 7,3 % dans les entreprises privées de moins de 10 salariés, 49 % dans la fonction publique. Le désamour est général et aucune confédération n’y échappe. Pas même la CFDT qui, bien qu’étant parvenue à détrôner la CGT, perd des adhérents. Selon les derniers chiffres, les cédétistes comptaient 623 802 adhérents contre 860 243, selon les dernières données officielles. Soit moins que les 664 350 adhérents de la CGT. Depuis 2012, « nous avons réalisé 240 000 adhésions, soit 30 000 à 35 000 par an », constate le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, lors d’une rencontre organisée par l’Association des journalistes sociaux. Mais, « nous avons perdu 40 000 adhérents ». Une lente érosion généralisée. Ainsi, si, en 1950, 30 % des salariés adhéraient à un syndicat, ils ne sont plus que 11 % aujourd’hui, soit 2,3 millions en total.

« Une dynamique explosive »

La mobilisation des gilets jaunes est apparue comme « le reflet de tous les déserts syndicaux ». C’est, dit Philippe Martinez, « la première leçon qu’on doit tirer de ce mouvement ». Et de déplorer que son organisation soit un « panier percé ». Selon le rapport d’activité de la confédération, 75 % des démarches Internet ne peuvent se traduire en adhésions effectives. « Parce que la CGT n’a pas les structures pour accueillir ces salariés, pointe Jean-Marie Pernot. Si bien qu’émergent, en marge de la “clientèle possible”, tout un tas de salariés qui, bien que voulant s’engager, ne trouvent pas de lieu pour le faire. Cette dynamique est explosive », alerte-t-il. Les syndicats se cherchent. La CFDT, partenaire privilégié des gouvernements, a perdu avec l’arrivée d’Emmanuel Macron sa stratégie de lobbying, même si depuis son congrès elle tente les alliances en dehors du champ syndical, en privilégiant l’écologie et en relayant le social au second plan. FO, elle, essaye de ne pas imploser.

« Des militants à part entière »

À chaque congrès de la CGT, les idées fusent et les solutions ne manquent pas (voir page 5), de la création de syndicats de site au lancement de vastes campagnes de syndicalisation envers les salariés précaires, les ubérisés, les laissés-pour-compte. La CGT tente, sans y parvenir. Et les orientations prises pour coller au salariat d’aujourd’hui ne sont que très rarement suivies d’effet. « Cela donne l’impression que les votes de congrès n’engagent pas vraiment les responsables : le congrès passé, chacun rentre chez soi, analyse Jean-Marie Pernot. Si le secrétaire général incarne des valeurs, une orientation, chacun en réalité fait ce qu’il veut dans son coin. » Or, note Valérie Petit-Lesage, si Philippe Martinez assume sa part « de responsabilité » et son manque de « persuasion », la CGT a « collectivement loupé un virage qui ne date pas d’hier », assure la secrétaire générale de l’Urif CGT. Malgré les attentes de nombreux militants en matière de refonte structurelle de la centrale de Montreuil, le texte qui sera soumis au vote des délégués ne contient qu’une seule annexe touchant aux structures territoriales à l’échelle régionale. « Cette fois encore, la montagne accouche d’une souris », se désole le secrétaire général. Au-delà des structures, Fabrice David, secrétaire général de l’UD de Loire-Atlantique, pointe une CGT « débordée à tous les échelons ». « Entre la préparation des réunions, la multiplication des négociations dans les entreprises et les discussions pour faire fonctionner nos structures », le travail de terrain, le contact direct avec les salariés, est trop souvent laissé de côté.

La proximité est pourtant la clé, martèlent les responsables syndicaux. Or, depuis les ordonnances Macron, avec la mise en place des CSE, le nombre d’élus, leurs moyens dans les entreprises sont en chute libre. Chez Renault, les syndicats perdront fin juin 50 % de leurs élus et 35 à 40 % de leurs moyens, alerte le délégué syndical central, Fabien Gâche. « Cela exige de réinterroger nos pratiques syndicales, afin que les syndiqués redeviennent des militants à part entière, formés, capables d’aller à la discussion avec les salariés, pour que l’activité syndicale ne se résume pas aux seuls élus », argumente le syndicaliste. Ce qui, selon Valérie Petit-Lesage, nécessite d’« impulser des formations ».

« De nouvelles attaques prévues »

De son côté, le secrétaire général de la fédération des cheminots, après avoir analysé l’ensemble des « conflits nationaux » dont l’échec du mouvement de 2018 dans le ferroviaire, s’interroge, dans une lettre adressée à plusieurs secrétaires généraux de fédération, sur la « manière dont nous pouvons sortir de la nasse dans laquelle le mouvement social se trouve actuellement ». Car, analyse Laurent Brun, « si la lutte ne s’étend pas à d’autres secteurs, le mouvement pourrit ». Or, alerte-t-il, dans les mois qui viennent, « de nouvelles attaques sont prévues, d’une ampleur inégalée ». Et le gouvernement a « prévu un calendrier qui permet un étalement des conflits ». « Si nous restons piégés dans ce calendrier, le résultat sera le même. » Reconnaissant que les réponses ne « sont pas évidentes », le cheminot souhaite « alimenter la réflexion du congrès dans une dynamique positive, non pas d’incantation ou de lamentation, mais bien de construction ».

Indispensable lieu d’échanges et de réflexion collective, le congrès confédéral devrait le permettre. Même si des oppositions s’organisent pour défendre une CGT « révolutionnaire » et font circuler un texte d’orientation alternatif, celui-ci n’a pas recueilli beaucoup d’échos, de l’avis même de Romain Altmann (Info’Com-CGT), qui explique qu’une trentaine de syndicats ont signé le texte, sur plus de 36 000 syndicats et sections syndicales. De la même manière, la pétition exigeant le retrait de la CGT de la Confédération européenne des syndicats n’a pas non plus rencontré un franc succès.

En attendant, Philippe Martinez espère que les 1 000 congressistes soulèveront les vraies questions. « Pour enfin se projeter vers l’avenir », espère Valérie Petit-Lesage.

Clotilde Mathieu

 

https://www.humanite.fr/syndicat-lheure-des-gilets-jaunes-le-syndicalisme-face-ses-defis-672071

Publié le 13/05/2019

 

SAMEDI 11 MAI 2019. CA CONTINUE SUR LE ROND-POINT DE LAVERUNE ! AVEC TOUT PLEIN DE NOUVELLES IDEES A CONCRETISER...

 

RENDEZ-VOUS  SAMEDI PROCHAIN A PARTIR DE 10H30 ! NOUS SEMERONS ENSEMBLE LE TOURNESOL...

Publié le 13/05/2019

 

Samedi 11 et Dimanche 12 : Le Festival Jaune de Grabels :

 

Publié le 12/05/2019

 

France Inter : l’impossible mea culpa sur la Pitié-Salpêtrière

 

Par Pauline Perrenot, mercredi 8 mai 2019

 

Au lendemain du 1er mai, les médias dominants ont allègrement contribué à la « désinformation générale » au sujet de la présence de manifestants dans la cour de la Pitié-Salpêtrière. France Inter n’a pas fait exception, relayant les fausses informations concernant une « attaque » de l’hôpital. Cet épisode aurait dû conduire la radio de service public, si prompte à s’emballer, à reconnaître ses erreurs de manière tout aussi rapide… C’est pourtant loin d’avoir été le cas.

Depuis l’emballement médiatique au sujet de l’« attaque » de la Pitié-Salpêtrière, on observe différentes réactions au sein des médias : certains journalistes tentent de classer l’affaire ou reprennent à leur compte la défense du gouvernement, dans un énième élan de suivisme vis-à-vis des autorités ; d’autres s’entendent pour cibler uniquement Christophe Castaner, de manière à minorer le rôle des médias – devenus « victimes du ministre » – dans la fabrication de l’information, et en l’occurrence ici, d’une fausse information.

Une défausse bien commode, donc [1]. Car sans médias pour visibiliser et relayer de façon massive et unanime, la « fake-news », quand bien même « venue de l’Intérieur », serait restée lettre morte. Si les médias dominants prenaient au sérieux le rôle démocratique qu’ils s’attribuent, cet épisode médiatique aurait suscité ici, une véritable autocritique sur leur rôle de premier plan dans l’emballement, et là, des excuses nettes et précises – du genre de celles que les meilleurs éditorialistes exigent des manifestants concernant tel ou tel agissement à leurs yeux « condamnable ».

Mais cela n’a pas été le cas. Le milieu de « l’élite » journalistique se pense-t-il et se vit-il au-dessus de la critique ? C’est du moins ce que semble montrer l’exemple de France Inter, durant les jours qui ont suivi cette spectaculaire « fake-news » médiatique. Florilège.

 

Acte 1 – 3 mai, Nicolas Demorand : « Je ne peux pas vous laisser dire ça »


Dans le 7/9 du 3 mai, Nicolas Demorand reçoit Régis Debray dans le « grand entretien ». À cette occasion, un auditeur va mettre les pieds dans le plat, provoquant un premier échange que nous transcrivons in extenso :

- Auditeur : Je voulais demander à monsieur Debray en tant que spécialiste des médias aussi, avec ses Cahiers de la médiologie, j’aimerais savoir ce qu’il pense de l’émergence comme source d’information des réseaux sociaux. Le développement récent de l’actualité nous montre que, pour ce qui est de la propagation des fake-news, il y a eu une forme d’inversion sur l’histoire de la Pitié-Salpêtrière. Et on voit bien que les réseaux sociaux ne sont pas uniquement des machines à propager des fake-news. Et voilà, France Inter a pris sa part dans la propagation de la fake-news de la Pitié-Salpêtrière par exemple… [Coupé]

- Nicolas Demorand : Alors je ne peux pas vous laisser dire ça Nicolas, mais ce serait trop long de vous l’expliquer donc je vous laisse finir. Mais il faut quand même que je le dise, réécoutez les journaux.

- Auditeur : Monsieur Demorand, je vous écoute tous les matins… [Nicolas Demorand, le coupant : Bah voilà, réécoutez ceux d’hier, les mots sont importants !] et je vous ai écouté hier matin propager… faire la propagande de ce que monsieur Castaner a relayé tout de suite sans aucune information, et sans que vous… [Coupé]

- Nicolas Demorand : Les mots, Nicolas, sont importants [Auditeur : Oui, les mots sont importants…], propagande, propagation de fake-news. Réécoutez s’il vous plaît, tout est en ligne, les journaux d’information. On fait de l’information, donc réécoutez les journaux d’information et voyez bien le choix des mots qui a été fait. Voilà. Mais ça je vous le dis, maintenant, je vous écoute.

- Régis Debray : Il pose une bonne question.

- Nicolas Demorand : Bah évidemment qu’il « pose une bonne question », dit Régis Debray. Bon, on vous donne la parole Régis Debray, vous pouvez dialoguer avec Nicolas. Évidemment que c’est une bonne question, je demande juste factuellement qu’on regarde bien ce qu’on a fait hier.

C’est d’ailleurs sans doute parce que c’est une si « bonne question » que l’auditeur a eu tellement de mal à la poser, d’emblée coupé par Nicolas Demorand [2]. Mais là n’est sans doute pas le pire. À pas moins de cinq reprises, le patron de la matinale somme son/ses auditeurs de « réécouter » les journaux d’information publiés la veille, et s’empresse ainsi d’allumer un contre-feu censé déminer l’affirmation selon laquelle France Inter aurait mis sa pierre à l’édifice de la fake-news.

Malheureusement pour Nicolas Demorand, il se trouve qu’un autre auditeur coriace a, précisément, écouté ce que France Inter a fait la veille au matin, ainsi que l’avant-veille (soit, le 1er mai au soir). Il a compilé sur son compte Twitter (@achabus) le jour même dix extraits de journaux consacrés aux événements, n’hésitant pas à aller à la source pour prendre le matinalier aux mots. Le résultat est éloquent [3] :

https://youtu.be/p_NblR_ulek


Le 1er mai, dans le journal de 19h, un premier journaliste use de conditionnels, qui disparaissent illico dans la bouche du présentateur du journal. Ce dernier parle quant à lui d’« infiltration », de « pas mal de dégradations » et reprend à son compte les déclarations de Martin Hirsch : « Pour le patron des hôpitaux Martin Hirsch, ces manifestants ont effectivement tenté d’attaquer le service de réanimation de l’hôpital avant d’être finalement tous interpellés par la police. » Avant de poursuivre : « On ne sait pas encore s’il y a un lien avec la présence du CRS qui avait reçu un pavé dans la tête un peu plus tôt. » Quand « on ne sait pas encore », autant éviter d’en insinuer quand même l’idée dans un journal à heure de grande écoute, non ?

Dans l’édition de 22h, Martin Hirsch, Christophe Castaner et la directrice de l’hôpital, Marie-Anne Ruder, sont respectivement cités. On parle de « vidéos édifiantes » à l’appui de ce qui est présenté comme un « coup de force ».

Le lendemain, à 5h30, les journalistes ne font pas de lien avec les charges de la police. À 6h, on apprend que des manifestants sont « entrés à l’intérieur de l’hôpital » – ce qui peut très bien laisser penser que des manifestants seraient entrés, non pas sur le terre-plein de l’hôpital, mais dans les locaux… Les déclarations de Christophe Castaner sont à nouveau diffusées et présentées sans le moindre recul comme des « explications », tandis qu’une journaliste évoque l’hôpital comme une « cible » des manifestants, au même titre que les banques. Hôpital qui, s’étonne-t-elle, n’est pourtant « pas vraiment [un] symbole du capitalisme ». Face à son invité qui l’invite à la prudence, elle fait mine de rétropédaler : « Bon, on enlève l’hôpital ! » Mais l’hôpital est quand même revenu par la grande porte, puisque quelques minutes plus tard, un autre journaliste parle d’ « entrée en force » et d’individus « introduits violemment ».

À 7h, Nicolas Demorand en personne lance une journaliste sur les « débordements » du 1er mai ; journaliste qui, pour sa part, est formelle à propos de la Pitié-Salpêtrière : « Ce sera l’une des images marquantes de ce 1er mai 2019 » avant de dramatiser : « le pire a pu être évité ». À 7h30, une fausse nouvelle en cache une autre : les journalistes parlent d’une « intrusion de casseurs à l’intérieur de l’hôpital » avant de détailler davantage. « 315 personnes sont en garde-à-vue à Paris et notamment une trentaine de casseurs qui ont forcé une grille de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière selon le personnel soignant qui a réussi à bloquer la porte du service réanimation. » Notons qu’une partie de la « trentaine de casseurs » s’est depuis exprimée, notamment lors d’une conférence de presse, qui en dit long sur l’information et la qualification de France Inter [4]. Au journal de 13h, les propos seront tempérés par la présentation de « nouveaux témoignages » : « Attaque délibérée ou intrusion sous le coup de la panique ? »

« Les mots sont importants » tance à trois reprises Nicolas Demorand, qui conteste le fait que France Inter ait fait une erreur – et à son auditeur, le droit de critiquer la chaîne. Les mots sont importants, assurément, mais il y a de quoi rester sans voix devant tant de mauvaise foi… Et ce n’est pas fini. Après que Régis Debray a invité à « ralentir et [à] ne pas être dupe de ce temps haché menu où on finit par n’y comprendre plus rien », Nicolas Demorand tente une conciliation :

- Nicolas Demorand : Ça vous convainc Nicolas, vous avez votre réponse ?

- Auditeur : Oui, je vous remercie monsieur Debray, vous avez raison, il faut ralentir, et je pense que c’est une adresse intelligente aux médias qui courent un peu trop vite derrière un pouvoir qui lui n’a pas du tout l’intention de ralentir.

- Nicolas Demorand : Écoutez, on essaye de ralentir, on l’entend en tout cas, on écoute Régis Debray comme vous avec le même intérêt. Mais je vous le dis, il faudrait qu’on prenne le temps d’exploiter ce que vous venez de dire en détail, et qu’on prenne le temps d’en débattre. Je pense que ça doit être tout à fait possible de l’organiser.

Nicolas Demorand serait prêt à débattre publiquement de critique des médias ? Dont acte… En attendant, constatons que le débat n’aura pas lieu pendant la matinale.

 

Acte 2 – 3 mai : la revue de presse de Frédéric Pommier
 

Nous avions mentionné dans notre précédent article la revue de presse du 2 mai, au cours de laquelle Frédéric Pommier s’appuyait sur les propos de la directrice de la Pitié-Salpêtrière pour qualifier de « crétins » les manifestants. Contrairement à Nicolas Demorand, le journaliste présente ses excuses dans sa revue de presse le lendemain : « Pan sur les doigts, mea culpa, mea maxima culpa… » Une confession limitée cependant, puisque Frédéric Pommier parle en son nom propre et non au nom de la rédaction de la chaîne, qu’il dédouane aussitôt :

Non, contrairement à ce qu’a affirmé Christophe Castaner, l’hôpital parisien n’a pas été pris d’assaut et dégradé par des manifestants le 1er mai. Non, il n’y a pas eu d’attaque. Les vidéos et les témoignages publiés ces dernières 24 heures ont infirmé la thèse du gouvernement. Et comme cela fut dit dès hier soir sur France Inter, les manifestants qui ont pénétré dans l’enceinte de l’hôpital souhaitaient se protéger des gaz lacrymogènes lancés par les forces de l’ordre.

Là encore, au vu de la tonalité des journaux diffusés au soir du 1er mai, et le lendemain matin, c’est pour le moins vite dit.

 

Acte 3 – 6 mai : les contorsions de Thomas Legrand
 

« Salpêtrière : retour sur nos responsabilités ». Tel est le titre de l’édito de Thomas Legrand le 6 mai, épinglé le matin même par Daniel Schneidermann, et qui laissait présager un semblant de dignité retrouvée pour la chaîne publique [5]. L’éditorialiste de France Inter ayant bien appris « l’importance des mots » grâce à Nicolas Demorand, il parle de « retour d’expérience » plutôt que de « mea culpa ». Point trop n’en faut.

Le début de la chronique ne porte pas sur les journalistes mais sur Christophe Castaner, « le premier responsable ». Là encore, si l’idée n’est évidemment pas pour nous de dédouaner le ministre de l’Intérieur, force est de constater qu’il n’a pas écrit les chroniques ni les scripts des journaux à la place des journalistes, pas plus qu’il n’a animé des débats sur les chaînes d’information en continu. C’est également avec une modération toute particulière que Thomas Legrand parle d’« incompétence communicationnelle patente » plutôt que de fake-news, au sujet des déclarations du ministre. Là encore, point trop n’en faut, et il faut bien avouer qu’en matière d’« incompétence communicationnelle », Thomas Legrand s’y connaît.

Mais venons-en au « retour d’expérience ». Sans aller jusqu’à pointer nommément France Inter, l’éditorialiste englobe plutôt la station dans un vaste tout qui n’a pas correctement fait son travail. Un épisode qui lui inspire une leçon :

En revanche pour les journalistes, la bataille de l’établissement des faits devrait primer. Ça n’a pas été le cas dans les premières heures. Nous nous sommes laissés entraîner par le commentaire précipité des politiques. Beaucoup de médias ont relayé sans assez de distance Christophe Castaner qui commentait des faits pourtant non établis. C’est une piqûre de rappel pour nous, les journalistes. Un communiqué de la police n’est pas une info fiable en elle-même ! Le ministre de l’Intérieur n’est pas le procureur. C’est un ministère très politique (donc par nature partial).

Un début d’autocritique certes, mais qui est loin d’être rassurant, comme l’exprimait à très juste titre Daniel Schneidermann dans son billet précédemment cité :

Mais même un procureur, cher Thomas Legrand, faut-il le croire sur parole ? Fallait-il croire sur parole le procureur de Nice dans l’affaire Geneviève Legay ? Croire sur parole le procureur de Creil après la mort d’Adama Traoré ? Dans les premiers jours d’une enquête, le procureur n’est que le porte-voix en robe de la vérité policière. Et s’il ne faut pas croire le ministre de l’Intérieur car « c’est un ministre très politique », cela signifie-t-il que les autres ministres ne le sont pas, politiques ? Le ministre de la Défense n’est pas politique ? Le ministre de l’Agriculture n’est pas politique ?

Bref, le mea culpa n’est décidément pas le fort des stars de France Inter ! Le reste de la chronique en est l’illustration : d’une part, Thomas Legrand se concentre sur les chaînes d’information comme si elles étaient les principales coupables ; et d’autre part, il théorise le règne d’une ère du « soupçon » [6], et la « mécanique infernale » dans laquelle seraient pris l’ensemble des journalistes à leurs dépens.

Thomas Legrand oublie de mentionner que des journalistes, souvent indépendants des grands médias, réussissent pourtant régulièrement à s’extraire de cette pseudo « sale spirale de diabolisation et d’autodénigrement national »… en faisant tout simplement leur travail correctement : en mettant à distance les propos des autorités, en recoupant leurs sources, en prenant le temps, et en évitant de basculer dans l’invective gratuite voire dans l’insulte. Un travail de terrain qui n’est décidément pas le fort de l’éditorialiste, qui propose en guise de conclusion de sa chronique un bilan sans appel du 1er mai :

Il nous faut redescendre sur terre et constater... que... quelle chance, nous sommes en France ! État de droit. Imparfait, certes... mais de droit. Et que les manifestations, ce 1er mai, se sont, en réalité globalement, sur tout le territoire, très bien passées.

Dans Mythologies, Roland Barthes développe la notion de « mythe » : « il sort du mythe comme un tableau harmonieux d’essences. Une prestidigitation s’est opérée, qui a retourné le réel, l’a vidé d’histoire et l’a rempli de nature […]. La fonction du mythe, c’est d’évacuer le réel. » Une définition qui caractérise bien la conclusion de l’éditorialiste : on s’émerveillera en effet du mythe selon lequel se sont « très bien passées » des manifestations au cours desquelles, pêle-mêle, la police a nassé des milliers de personnes à Paris suscitant des scènes de panique inédites, un policier a jeté un pavé sur la foule, un autre a introduit sa matraque dans le caleçon d’une personne interpellée, un autre encore a giflé un manifestant, de nouveaux blessés ont été comptés par dizaines, 34 personnes ont été gardées-à-vue et confrontées – comme elles l’affirment lors de leur conférence de presse – à des vices de procédures, des violences psychologiques et des humiliations, des militants de la CGT ont été chargés par la police, et en dernière instance, une fake-news médiatique s’est propagée de manière massive autour d’une prétendue « attaque » d’un hôpital.

Mais qu’on se rassure, Thomas Legrand est formel : c’est la France, et dans l’ensemble, tout va pour le mieux.

 

Épilogue : En attendant la médiatrice…


À l’heure où nous écrivons ces lignes, la médiatrice de Radio France, Emmanuelle Daviet, n’a pas encore répondu aux messages d’internautes et d’auditeurs critiques du traitement de France Inter – entre autres – qui ont, à n’en pas douter, été portés à sa connaissance. « Le rendez-vous de la médiatrice », hébergé par l’émission « L’Instant M » une fois par mois, sera, sans nul doute encore, l’occasion de compenser les trois mea culpa ratés de la chaîne publique. En attendant, aucun « Instant M », pourtant dédié au « traitement de l’info, au poids des petites phrases et au choc des images », ni aucun « édito M », présenté lors de la matinale de France Inter, ne sont revenus sur la désinformation de la chaîne concernant la Salpêtrière. Patience, donc…

 

***


France Inter n’est évidemment pas le seul média à concevoir les excuses et l’auto-critique médiatiques comme un exercice difficile voire… impossible. Les 2 et 3 mai, LCI sous-titrait par exemple ses débats en plateau « Salpêtrière : une fausse polémique ? » et, sans point d’interrogation, « Salpêtrière : la polémique politique ». Reste que France Inter est une station de service public, et se doit à cet égard, plus encore que les autres, de rendre des comptes à ses auditeurs. Ces derniers ont cependant eu droit au mépris de Nicolas Demorand, aux excuses – individuelles – d’un journaliste dédouanant du même coup sa maison et sa rédaction et aux élucubrations d’un éditorialiste persuadé que tout s’est très bien passé. Une nouvelle preuve de ce que le « service public » ne se distingue en rien de ses concurrents privés. Unis par des méthodes managériales identiques, médias publics et médias privés ont donné à voir les mêmes travers : une production et un traitement de l’information lacunaires, versant dans la course, le spectaculaire, et dominé par le suivisme vis-à-vis des autorités, le tout rythmé par des éditorialistes à la pensée insignifiante mais qui se vivent en premiers de cordée.

Publié le 11/05/2019

Qui a gagné le 1er mai ?

Un promeneur commente la rencontre

paru dans lundimatin#190 (site lundi.am)

 

Les néo-parisiens et leurs homologues étrangers doraient aux terrasses des cafés, en ce 1er mai radieux. La très légère ivresse que procure la consommation de potins à longues rasades se laissait à peine troubler par le grésillement des talkies-walkies. Les vendeurs de muguet aux coins des rues faisaient un agréable ménage avec les policiers en civils qui se déplaçaient par essaims, butinant tour à tour les sacs des passants non-homologués « VIe arrondissement ».

L’un ou l’autre disparaissait de temps à autre, pour une destination inconnue, dans des voitures banales, mais à la conduite incroyablement sportive. On appréciait, malgré leur vrombissement d’enfer, toutes ces escouades de motards équipés pour la guerre du XXIe siècle, surgissant de nulle part, se positionnant en rang serré, toutes motos bien parallèles, grillant une clope malgré la cagoule, et repartant précipitamment cinq minutes plus tard, vrombissant à nouveau, sans plus de raison de repartir qu’ils n’en avaient eu de se poser là, l’air toujours si affairé et si concentré, malgré leur si manifeste oisiveté. Et puis, par intermittence, prises dans une urgence insensée, au milieu de toute cette suractivité sans objet de jour férié, les colonnes traçantes, comme il est des balles traçantes, de bolides remplis à ras bord d’hommes de Brigade Anti-Criminalité harnachés en gladiateurs pour les jeux d’un cirque qui n’aurait pas lieu. C’était donc Paris, en ce 1er mai 2019 - Paris qui ressemblait de plus en plus à une ville sous occupation depuis que ses clefs en avaient été remises à Lallement.

A 14 heures, comme prévu, la manifestation syndicale s’ébranlait boulevard du Montparnasse, mais elle s’ébranlait à contre-sens, en reculant. Elle refluait lentement vers son point de départ théorique, sous l’effet des gaz et des incursions arbitraires de la CRS. On comprit à ce petit détail que la journée ne se passerait pas comme annoncé. Le dérèglement du climat politique, ces dernières années, a atteint ce point de non-retour : il n’y a plus de 1er Mai. Il y a autre chose, mais nous n’avons ni les mots ni les catégories pour dire ce que c’est. Si nous avions été le drone de la préfecture qui nous toisait depuis ses cinquante mètres d’altitude, nous aurions vu ceci : un cortège de tête chamarré de jaune, de noir, de rouge et de toutes les couleurs s’étirant sur des kilomètres et, coincé à la fin, tout au fond, perclus dans ses propres contradictions, une queue de cortège syndicale avec ses gros ballons et sa vieille sono braillarde. À un certain point, vers la fin du boulevard Saint-Marcel, quand le service d’ordre de la CGT confronté aux gendarmes mobiles a commencé à les gazer au spray taille familiale, on aurait été fondé à pester contre ces staliniens qui trouvent toujours le moyen de foutre le bordel avec leurs escarmouches de fin de manif, juste pour se faire remarquer.

Ce qui s’est passé le 1er Mai à Paris ? Une manifestation syndicale désertée non seulement par les troupes, mais même par moments par les directions. Un cortège de tête qui n’est plus la tête de rien, le corps ayant disparu. Des black blocs sans black bloc. Du jaune pissentlit disséminé partout, indifféremment, échappant à toute catégorisation, effrangeant toutes les identités politiques connues et reconnues, défaisant toutes les territorialités paranoïaques de la politique classique. La satisfaction martiale affichée brièvement, au soir du 1er Mai, par Castaner et Lallement quant à leur « gestion de la manifestation », reprise unanimement et docilement par tous les media, avec une mention spéciale pour le devin de Libération, témoignait d’un triomphalisme d’aveugle. Là où Lallement devrait s’inquiéter que le « black bloc » ait atteint ce point d’intelligence tactique qu’il a su ne pas se regrouper en phalange compacte, mais s’éclater dans toute la manifestation en une prolifération de petits détachements tantôt vêtus de noir tantôt non, il se félicitait au contraire de l’avoir « empêché de se former » grâce à sa « doctrine de percution immédiate ». Là où le commissariat du 13e arrondissement se faisait attaquer au cocktail molotov, il plastronnait sur ses 18 000 fouilles préventives. Là où pas moins de trois manifestations sauvages avaient réussi à s’extraire du dispositif policier, il se vantait d’avoir parfaitement contrôlé la situation. Là où le parcours avait été méticuleusement élaboré pour permettre de nasser à tout moment la tête de cortège et dérouter sans encombre le reste de la manifestation, les émeutiers ont su doser leur effort avec assez de finesse pour déjouer ce piège.

Là où Castaner pensait pouvoir refaire au bluff le coup de l’hôpital Necker, il appuyait sur l’aspect le plus charonnard de la nouvelle technique du maintien de l’ordre : nasser, gazer et charger dans le tas. Dans les dix dernières années, on peut dire que la doctrine policière en vigueur concernant le maintien de l’ordre se résumait à « en éborgner un pour en dissuader cent ». Avec les gilets jaunes, cette louable prétention pédagogique a dû muter, passant au stade du « en traumatiser cent pour en dissuader dix mille ». C’est cela qui s’est passé place de la République le 20 avril, et à nouveau boulevard de l’Hôpital ce 1er Mai. À ce rythme, Lallement en sa Kommandantur ne va pas tarder à rejoindre le stade Papon de la gloire policière. On oublie trop souvent qu’en 1960 Maurice Papon signait un petit bréviaire de management judicieusement intitulé « L’ère des responsables ».


Dans la gestion politico-policière de ce 1er Mai, il y a d’abord le grotesque : inventer de toutes pièces un cataclysme émeutier pour pouvoir se flatter de l’avoir empêché ; s’empresser de diffuser des communiqués de victoire en espérant étouffer par là tout autre récit de la journée, les media ayant relayé lesdits communiqués ne pouvant ensuite s’ouvrir à d’autres voix sans se dédire. Et puis, il y a le pitoyable : le retournement de l’« affaire de la Pitié-Salpétrière » a éventé une technique. Contre chaque manifestation du mouvement réel depuis novembre dernier, le régime a eu recours à une manœuvre sans cesse répétée : sélectionner dans la journée une anecdote à scandale sortie de son contexte pour la retourner contre la totalité de ce qui s’est passé. Ce fut l’Arc de Triomphe le 1er décembre, puis la quenelle, puis Finkielkraut, puis les « suicidez-vous ! » et, pour finir en beauté, l’« attaque de la Pitié-Salpétrière ». Le soir de la manifestation donc, avec une régularité invariable, l’exécutif offre aux media l’os à ronger qu’il a choisi et ceux-ci avec leur servilité bien connue ne parlent plus que de cela durant une semaine. On en fait le lundi la Une des journaux, le mercredi le titre des hebdomadaires et partout ailleurs un sujet de bavardage indigné qui ruisselle des plateaux-télé vers le quotidien des citoyens-consommateurs. Cela permet de tenir une petite semaine dans le déni et l’écrasement symbolique du mouvement en cours jusqu’au samedi suivant, d’en rajouter dans le chantage moral pour mettre de son côté tous ceux qui restent devant leur télé ou croient avoir intérêt à l’ordre en place. Avec le coup de la Pitié-Salpétrière, cette technique gouvernementale est parvenue à son point de rupture : les media ont dû se retourner contre le ministre de l’Intérieur pour faire oublier leur propre fonction dans son dispositif. La ficelle politico-médiatique devenait trop visible, le parti-pris trop flagrant, l’inversion du réel trop ostensible : ce qui se fait passer pour de l’information relevait trop évidemment de la guerre psychologique pour ne pas avoir à se décharger sur quelque responsable. Après tout, les chefs, ça sert aussi à ça.

C’est ainsi, par sa simple et paisible persistance, que le mouvement rend folle la sagesse de ce monde. Qu’il rend visiblement hystériques les gouvernants. Qu’il leur fait perdre leurs moyens. Qu’il met à nu, aux yeux de tous, la nature du pouvoir en place et produit des effets de voyance sans retour. Tout le monde finira par détester la police. Macron en est à dialoguer sous pseudo sur des forums de black bloc. Castaner cite lundi.am comme ultime caution de vérité. Eux sont finis, mais nous, par où commençons-nous ?

https://lundi.am/Qui-a-gagne-le-1er-mai

Publié le 10/05/2019

Nous accusons!

(site lamarseillaise-encommun.org)

Face à la dérive autoritaire du gouvernement, un très large collectif d’universitaires et de membres de la société civile s’insurge contre la «criminalisation» de toute personne s’opposant «à ses lois et à ses politiques funestes» et contre une «violence d’État» servie par l’usage d’armes de guerre. Ils appellent l’ensemble des citoyens «à se joindre au mouvement social».

Depuis le 17 novembre 2018, plusieurs centaines de milliers de citoyen·ne·s expriment leur inquiétude face à un pouvoir sourd à leurs revendications. Ils trouvent la force et le courage de prendre la parole en disant haut et clair qu’ils en ont assez et ne subiront plus les effets des politiques néfastes qui depuis plusieurs décennies pillent impunément leur travail et les biens communs.

Les voix des gilets jaunes ont permis de mettre à nu les mensonges et les pseudo-justifications « scientifiques » données par le pouvoir et la meute de ses courtisans pour couvrir l’ampleur et l’importance de la prédation. Leur soulèvement a montré le vrai sens d’une politique qui a sciemment organisé le transfert des biens laborieusement accumulés par 95 % de la population vers les 5 % des couches les plus aisées. Leur force a été de faire prendre conscience de la duplicité d’un pouvoir, osant se féliciter d’avoir multiplié par quatre les énormes richesses détenues par une infime minorité. Avec la grande majorité des Français.es, nous nous sommes reconnu.e.s dans la prise de conscience des gilets jaunes. Chacun.e de nous a pu constater que, dans tous les secteurs de la société, nous étions confronté.e.s aux effets des mêmes politiques qui tendent à aggraver constamment les inégalités sociales.

D’emblée, les demandes et les attentes de changement nées avec ce soulèvement populaire ont été clairement développées. Elles se sont aussitôt heurtées à un pouvoir qui n’a cessé d’en ignorer le contenu pour en affadir la portée déstabilisante. Ce fut d’abord le silence assourdissant d’un président et de sa cour, murés dans leur palais. Ce fut ensuite la tentative de duper la foule avec les fausses promesses et les petites aumônes concédées en faisant encore payer les moins aisés et les services publics. Ce fut aussi la mise en place d’un simulacre de consultation d’où l’on avait avait très savamment extirpé toute possibilité d’interaction et de débat. Ce fut, surtout, la décision claire et réfléchie d’empêcher par tous les moyens l’expression publique des demandes et des revendications.

Tout a été fait pour réduire au silence les manifestants. Dès les premiers actes, le pouvoir a choisi la violence en demandant aux forces de l’ordre de dégager les péages d’autoroutes, les ronds-points, de bloquer l’accès aux points de convergence des manifestations et, surtout, d’intervenir avec « fermeté ». Nous avons tou.te.s vu la traduction de ces ordres sur le terrain : nous avons constaté de nos yeux les filtrages et les arrestations arbitraires aux entrées des villes, empêchant les manifestations de se dérouler et la parole de s’exprimer. Nous avons vu les cabanes des ronds-points détruites et toujours courageusement reconstruites. Les techniques d’intervention policière consciemment choisies (nassage, lancement de gaz lacrymogène dès le début des manifestations, tirs de LBD sans sommation) provoquaient elles-mêmes les rares actes de violence en cherchant délibérément l’affrontement avec les manifestants.

Semaine après semaine, cette technique meurtrière et liberticide a été appliquée avec une intensité croissante. Protégées par le pouvoir et couvertes par l’omerta d’une grande partie des médias, des troupes policières épuisées par le travail se laissent aller aux pires exactions. Des centaines d’hommes et de femmes manifestant pacifiquement ont été attaqué.e.s sans aucune raison et très souvent avec un acharnement insensé. Depuis le mois de décembre, le nombre des blessés graves augmente sans cesse : les personnes ayant subi de graves traumatismes se comptent par centaines. Aucune parole n’a été prononcée par le président de la République ou son gouvernement à l‘égard des victimes, et en particulier de Zineb Redouane, tuée après avoir été atteinte alors même qu’elle fermait sa fenêtre. Rien ne semble plus pouvoir arrêter cette dramatique escalade et nous avons honte de devoir assister à la mise en scène des autofélicitations du pouvoir censé contenir une « foule haineuse ».

Le choix de la répression violente contre toutes celles et ceux qui osent se lever pour prendre la parole contre ces agissements n’est certes pas nouveau, il a notamment été mis en pratique dans les quartiers populaires et contre des groupes vulnérables comme les migrant.e.s et les roms ou encore contre les mouvements sociaux, mais depuis novembre 2018 un seuil a été franchi. Cette stratégie de la répression violente a trouvé son apogée lors de la manifestation du 1er mai 2019 : non seulement on a assisté au déploiement de tout l’éventail de l’arsenal répressif de l’État, mais le gouvernement s’est rendu coupable une fois de plus de mensonge avéré en criant au scandale d’une supposée « attaque » de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière par des manifestant.e.s venu.e.s trouver refuge. Ce mensonge d’État est le mensonge de trop. Il révèle l’état de fébrilité et de panique d’un pouvoir aux abois.

Il faut que s’arrête cette violence d’État !

Nous accusons le ministère de l’Intérieur de provoquer sciemment les réactions de violence dans nos villes, sur les ronds-points et les lieux de discussions publiques, afin de criminaliser toute personne qui s’oppose à ses lois et à ses politiques funestes.

Nous accusons le gouvernement d’employer contre des civils des armes de guerre bannies dans l’ensemble des pays occidentaux en ignorant les mises en garde répétées de plusieurs organismes internationaux.

Nous accusons la hiérarchie de la magistrature d’avoir accepté de couvrir cette politique néfaste en appliquant aveuglément et servilement les ordres donnés par le pouvoir exécutif.

Nous accusons l’Inspection Générale de la Police Nationale d’avoir diligenté des enquêtes de façade et qui, à notre connaissance, n’ont débouché sur l’interpellation d’aucun membre des forces de « maintien de l’ordre ».

Nous accusons celles et ceux de la presse et des médias télévisuels qui ont accepté de se transformer en porte-voix du ministère de l’Intérieur et de la préfecture sans accomplir aucun contrôle sur leurs sources.

Nous appelons l’ensemble des citoyens à se joindre au mouvement social pour dénoncer la dérive autoritaire du gouvernement et nous exigeons la démission de M. Castaner ainsi que l’ouverture d’une commission d’enquête indépendante afin de faire la lumière sur les dérives des vrais responsables de sorte qu’ils soient traduits en justice.

Publié sur le blog des invités de Médiapart

Publié le 09/05/2019

Hôpital Pitié-Salpêtrière 1er mai : le témoignage de Johann Maheut

 

Johann Maheut était présent lors de « l’attaque » de l’hôpital Pitié-Salpêtrière dans l’après-midi du 1er mai. Il raconte.


Je suis l’une des 32 personnes interpellée mercredi 1er mai dans l’enceinte de l’hôpital de la La Pitié-Salpêtrière, pour participation à un groupement en vue de commettre des dégradations ou des violences. Après 30h de garde à vue au Palais de justice de Paris, je découvre l’ampleur de ce qu’il s’est passé et la récupération politique largement relayé par certains médias. Voici donc de l’intérieur, ce que j’ai vécu.

Vers 16h, je suis avec des amis aux abords de l’hôpital, la manifestation est calme, nous sommes bloqués depuis quelques minutes, attendant de pouvoir continuer vers la place d’Italie. Nous supposons le cordon de CRS plus loin, hors de notre champs de vision.

Sans aucune explication ni sommation

Soudain et sans aucune explication, ni sommation, une pluie de palets lacrymogène s’abat sur l’ensemble de la foule compacte, pas moyen de reculer ni de fuir, nous subissons les lacrymogènes et ses effets. Autour de moi, pas de casseurs ni de supposés « blacks blocs », seulement des gens ordinaires de tous âges.

Alors que les gaz se dissipent, j’aperçois une amie soutenant une femme âgée (80 ans?) qui suffoque et crache, comme la plupart des personnes autour de moi et moi y compris. Elle me demande de prendre en charge cette femme pendant qu’elle essaie de retrouver ses lunettes perdues dans la panique générale. Je dirige cette femme à l’écart sur le trottoir, et je vois des dizaines de personnes se réfugier dans ce qui ressemble à l’entrée d’un complexe d’immeubles, d’un parking.

Une inconnue me propose du sérum physiologique pour l’administrer sur le visage et les yeux de la femme âgée, qui semble déjà aller mieux. Autour de moi ce ne sont que simples manifestants pacifistes qui tentent de reprendre leurs esprits, personne n’est masqué ou cagoulé. Mes amis arrivent et se réfugient eux-aussi dans cet espace, alors qu’à l’extérieur le camion à eau asperge les derniers manifestants qui tentent de fuir, les forces de police tirent au LBD à vue sur tout le monde et matraquent les personnes à leur portée.

Un responsable de la sécurité (reconnaissable au badge qu’il porte à sa veste) ainsi qu’une femme dont il dépend (après recherches, il s’agit de la directrice de l’hôpital Marie-Anne Ruder), devant le terrible « spectacle » auquel ils assistent eux-aussi, affirment au petit groupe qui s’est formé autour d’eux et dont je fais parti, que nous pouvons rester ici (ce que nous comprenons alors être l’enceinte de l’hôpital) à l’abri le temps que « ça se calme ». En leur présence quelques aides soignants sont descendus porter secours au manifestants apporter du sérum physiologique et prendre en charge les personnes les plus touchées par les gaz, la femme âgée a sans doute été prise en charge à ce moment car je ne l’ai plus revue par la suite, une infirmière donne un morceau de sparadrap à mon amie pour qu’elle répare ces lunettes brisées.

Je vois des personnes se faire gazer et matraquer

Quelques minutes passent, pendant lesquelles nous assistons aux violences gratuites des forces de l’ordre à l’extérieur, quand une ligne de CRS se forme au niveau de la grille du lieu où nous nous sommes réfugiés. La charge des force de l’ordre fait fuir tout le monde, je cours et j’entends dans mon dos des tirs de LBD. Je rappelle que personne n’est masqué ou cagoulé, il n’y a atour de moi que des manifestants pacifiques de tout âge. Tout le monde court et cherche à fuir dans le sens opposé de la charge, mais face à nous d’autres CRS apparaissent ainsi que les voltigeurs à moto, matraques et LBD à la main.

De chaque côté de ma fuite je vois des personnes se faire gazer et matraquer, jeter à terre et rouées de coups. Sous la panique, la seule issue semble cet escalier que d’autres ont déjà commencé à gravir, et donc je commence à gravir cet escalier mais sans vraiment réaliser où il mène. La peur m’incite à monter. J’entends les infirmiers parlementer avec les premières personnes arrivées devant la porte, aucune agressivité n’est proféré, seulement de la peur et de la panique.

D’en bas, les motards nous mettent en joue avec les LBD et hurlent de redescendre les mains sur la tête. Depuis la petite plate-forme de l’escalier, nous assistons encore au spectacle de personnes se faisant gazer, matraquer, alors qu’elles essaient de sortir les mains en l’air. Un CRS fera redescendre tout le monde, alors que j’arrive au bas de l’escalier, une partie de notre groupe ainsi formé est allongé au sol face contre terre, les mains sur la tête.

Commence alors notre interpellation et toutes les humiliations qui vont avec. Nous remettons nos pièces d’identité, puis la palpation commence, un par un. La fouille ne donne rien, pas même un masque à gaz, tout juste quelques flacons de sérum physiologique, sans doute ce qu’un des aides soignants était venu offrir aux manifestants quelques minutes avant la charge. Les forces de l’ordre semblent déçues, elles n’ont pas affaire aux dangereux casseurs tant attendus.

Un policier : « Je tiens à vous dire que je suis choqué, dégoûté »

Très vite l’ensemble de la brigade se disperse pour discuter, s’allumer une cigarette et plaisanter. Celui qui semble être leur chef dit très clairement : « Vous m’embarquez tout ça pour participation à un groupement ! » puis discute calmement avec le responsable de la sécurité de l’hôpital et sa supérieure. Un des motard voltigeur casque à la main s’approche et nous dit : « Je tiens à vous dire que je suis choqué, dégoûté, on voit bien vu vos profils que ça ne sert à rien de vous interpeller. On mobilise cinquante personnes pour vous surveiller alors que dehors 300 blacks blocks sont en train de tout détruire et qu’on a besoin de nous en renfort ailleurs. »

Effectivement, la vingtaine de motos des voltigeurs est alignée bien tranquillement le long du mur, les hommes ont retiré leurs casques et attendent. Ils resteront là comme cela une bonne demi-heure, jusqu’à ce que nous soyons emmenés dans un bus à l’ancien palais de Justice de Paris, quai de l’Horloge, sur l’île de la Cité. Dans le bus, l’ambiance est détendue même si chacun se demande ce qu’il va nous arriver, nous n’imaginons pas encore la garde à vue.

Mon voisin Jacques est un homme de 67 ans, celui que l’on voit sur la vidéo de l’aide soignant en train de parlementer et dire qu’ils souhaitent qu’ont les laisse rentrer parce qu’ils ont peur de la police. Comme vous le voyez sur ma photo de l’intérieur du bus, le profil des interpellés est loin de la description faite par M. Castaner. Je n’ai jamais eu affaire aux services de police, et apparemment je ne suis pas le seul, tout le monde se demande ce qu’il va se passer, les rumeurs vont bon train alors chacun écrit le nom et le numéro de téléphone d’un avocat ou d’un proche au stylo sur ses avant bras…

Pour ceux qui le demandent je peux également relater le déroulé des 30 h de garde à vue.

Johann

https://yetiblog.org/archives/17204

 

Publié le 08/05/2019

L'auberge et la forteresse

(site politis.fr)

La pensée sur l'immigration doit-elle se résumer à « maîtriser ou subir » ?, s'indigne l'Auberge des migrants, qui vient de lancer sa marche solidaire 2019. Tous les candidats aux européennes ont-il renoncé à une réflexion collective sur l'accueil ?

L'immigration sera-t-elle vraiment un thème central des européennes ? Et si elle parvient à s'imposer ne faut-il pas redouter que ce soit sous l'angle de la chasse aux migrants ?

Le 28 avril, la Marche solidaire pour les migrants 2019 a quitté Vintimille en direction de Calais dans une relative indifférence. La première édition, en 2018, avait duré plusieurs semaines avant de s'achever à Londres. Politis s'en était fait l'écho en ouvrant un blog dédié (à retrouver sur politis.fr). Cette année, cette marche est concentrée en dix jours et s'arrêtera du côté français du tunnel sous la manche, le 8 mai. Elle ne passera pas par Paris mais par le parc national des Écrins, Maisons-lès-Chaource, Soissons... « Le but de la marche est aussi de lier les valeurs humanistes d'accueil et d'asile à la fierté de l'héritage naturel et patrimonial de notre pays », défend l'Auberge des migrants. En ces temps de campagne électorale, l'association calaisienne à l'origine de la marche alerte : « L'immigration est dans le collimateur et les verbes d'action entre lesquels choisir sont alarmants : maîtriser ou subir. »

La France mobilisée par cette marche, c'est celle qui a combattu la très régressive loi Asile et immigration du 10 septembre 2018. Celle qui se reconnaît dans le Manifeste pour l'accueil des migrants lancé le 26 septembre par Mediapart, Politis et Regards. Celle de citoyens qui secourent, nourrissent, hébergent, soignent, entourent, scolarisent des migrants. Des Cédric Herrou, des « 7 de Briançon », des Pierre-Alain Mannoni, des Martine Landry, des Chantal Raffanel aussi, du nom de cette militante du Réseau éducation sans frontières qui comparait le 6 mai devant le tribunal de grande instance d'Avignon pour avoir aidé un mineur étranger isolé à s'inscrire à l'école. Que va-t-elle voter aux européennes, cette France-là ? Que propose l'Europe en matière d'accueil alors que les migrants réfugiés en Italie fuient par les montagnes les lois répressives de Matteo Salvini, quand d'autres ouvrent de nouvelles voies dans le Pays basque, ou s'entassent à Paris ?

Anne Hidalgo a lancé le 24 avril un appel à l’État avec douze autres maires pour « construire collectivement une réponse au défi que pose l'accueil des réfugiés ». Quelque 140 millions de personnes pourraient migrer d'ici à 2050 du fait du réchauffement climatique. En attendant, il n'y a pas de « ruée vers l'Europe », rappelle le démographe Hervé Le Bras dans un entretien aux Échos (26 avril). L'appel d'air est un mythe, et la théorie du grand remplacement une arnaque d'extrême droite.

La pensée identitaire à l'attaque

Mais elle a ses adeptes, et ses prosélytes. Le 9 avril, l'essayiste Renaud Camus a annoncé sa candidature aux européennes avec Karim Ouchikh, président du Siel (Souveraineté, identités et libertés). Leur liste baptisée « La ligne claire » surfe allègrement sur le concept de « remigration » : clé de voûte de la pensée identitaire qui repose sur le déplacement forcé de populations entières. « L’Europe, il ne faut pas en sortir, il faut en sortir l’Afrique », assènent-ils.

Cette liste a peu de chances de passer le cap du dépôt des candidatures qui prend fin le 3 mai. Mais la remigration n'en creuse pas moins ses galeries dans un pays où le Président lui-même s'érige en soldat de la forteresse assiégée jusque sur l'île de Mayotte, qu'il entend fermer davantage aux malheureux naufragés des Comores.

Le 26 avril, les États généraux des migrations ont envoyé aux candidats aux européennes une dizaine d’engagements pour une « politique migratoire européenne et solidaire ». Des rassemblements sur ce thème s'organisent dans toute l'Europe le 5 mai. Mais qu'est devenue la liste « Pour une Europe migrante et solidaire », publiée sous forme de manifeste le 13 novembre ?

Du reste, dans le pays du « principe de fraternité », un groupe raciste constitué sur Facebook par des étudiantes de la fac de Metz a perduré plusieurs semaines avant qu'un membre ne fasse fuiter ses contenus, le 28 avril. Une indignation s'est-elle fait entendre depuis dans les sphères dirigeantes ? Et quelles forces politiques se sont indignées de la validation des tests osseux par le Conseil constitutionnel pour évaluer l'âge des mineurs isolés ? Et qui s'insurge contre le nouveau fichage de ces enfants « non accompagnés » ? À la veille de l'échéance électorale du 26 mai, l'accueil ne relève plus de la question politique mais de l'impensé collectif.


par Ingrid Merckx

https://www.politis.fr/articles/2019/05/lauberge-et-la-forteresse-40365/

Publié le 07/05/2019

Le sort de Camelia, militante enceinte arrêtée le 1 mai et menacée d'expulsion, suscite l'émoi

(site français.rt.com)

La décision de la Préfecture de police d'expulser du territoire une ressortissante espagnole vivant en France depuis 17 ans, interpellée en marge des manifestations du 1er mai, a suscité de vives réactions. Elle a fait appel de cette décision.

Plusieurs personnalités politiques et militants se sont émus du sort dévolu à Camelia, 34 ans, militante pacifiste habituée à participer à des manifestations avec une grande pancarte indiquant : «Fin du monde, fin du mois, même combat».

Enceinte de deux mois, la ressortissante espagnole qui réside en France depuis 17 ans a été interpellée le 1er mai 2019 à Paris alors qu'elle se rendait à un pique-nique «climatique, social et démocratique» organisé à 12h30 place Montparnasse, au départ de la manifestation des Gilets jaunes et des syndicats (organisée pour 14h30). 

A l'issue d'une garde-à-vue de 34 heures, la militante s'est vue adresser une obligation de quitter le territoire français (OQTF) par la préfecture et a été immédiatement placée en centre de rétention administrative, dans l'attente de son expulsion vers son pays d'origine. 

Selon Libération, la Préfecture accuse la jeune femme d'avoir participé à «un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations et port d’arme». L'arme en question serait un bouclier portant l'inscription «Je suis une utopiste pacifiste».

Outre les milieux militants, le sort de la jeune femme a indigné plusieurs responsables politiques de gauche. «Cette atteinte de plus à nos libertés est inacceptable», a notamment dénoncé l'élu La France insoumise (LFI) de Paris Danielle Simonnet. 

 

Danielle Simonnet @Simonnet2

Je l’ai vu à nombre de marches #GiletsJaunes avec son bouclier slogan, toujours pacifique. Elle a été interpellée le 1er mai, espagnole et enceinte, elle est menacée d'expulsion. Cette atteinte de plus à nos libertés est inacceptable !

 

«Une femme enceinte qui protège son ventre est donc une menace pour l’ordre public», s'est de son côté interrogé le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure.

Olivier Faure  @faureolivier

Une femme enceinte qui protège son ventre est donc une menace pour l’ordre public. Ce qui suppose de lui faire perdre son emploi, l’éloigner de son compagnon alors qu’elle vit en France depuis 17 ans !? Contre l’avis de la justice?

 

Menace à «l’ordre public»

Camelia, toujours selon le Libération, a fait l'objet d'une mesure d’expulsion car elle «représente une menace à l’ordre public», selon la préfecture et qu'elle constituerait «une charge déraisonnable pour l’Etat français». 

La préfecture précise que Camelia ne peut justifier d'«aucune assurance maladie » en France ou en Espagne et ne bénéficie pas de «ressources suffisantes ». Le droit européen permet en effet aux Etats membres de procéder à ce genre de mesure si un citoyen européen représente une menace et/ou une charge trop importante sur le système social du pays d’accueil. 

L'intéressée et ses soutiens nient ces arguments au titre que la jeune femme vit en France depuis 17 ans, y a accompli ses études, y a travaillé et qu'elle est employée en CDI depuis 2017, ce qui lui fait bénéficier automatiquement de la sécurité sociale. Quand au délit supposé dont elle serait responsable, il est jugé dérisoire par ses soutiens, au regard de la sévérité de la mesure prise à l'encontre de la jeune femme. 

La jeune femme a été libérée le 5 mai à 18h après qu'un juge des libertés et de la détention (JDL) a jugé irrégulier son placement en centre de rétention, mais elle fait toujours l'objet d'une obligation de quitter le territoire. Elle a fait appel de la décision, un recours qu'un juge administratif doit désormais examiner. 

https://francais.rt.com/france/61813-sort-camelia-militante-espagnole-enceinte-arretee-1er-mai--menacee-expulsion-suscite-emoi

Publié le 06/05/2019

 

Industrie. Les salariés d’Ascoval tiennent enfin leur victoire

Lola Ruscio (site humanite.fr)

Jeudi, le tribunal de Strasbourg a confié l’avenir des 270 employés de l’aciérie nordiste au repreneur British Steel.

L’horizon s’éclaircit enfin pour les 270 salariés d’Ascoval. La chambre commerciale du tribunal de grande instance (TGI) de Strasbourg a confié, jeudi, la reprise de l’aciérie nordiste de Saint-Saulve au sidérurgiste British Steel. Cette cession est effective au « 15 mai 2019 à minuit », a précisé le greffe du TGI.

Après quatre années de combats haletants, les employés peuvent souffler. « C’est un soulagement ! Cette victoire est le fruit des mobilisations des salariés qui n’ont rien lâché pour préserver leur outil de travail. Ce n’était pas simple, beaucoup ont voulu abandonner et démissionner », se réjouit Nacim Bardi, délégué CGT de l’aciérie.

Le plan prévoit la reprise des 270 employés « avec l’ensemble de leurs droits acquis » et « un certain nombre de compensations liées au passif social », ont indiqué dans un communiqué commun Ascoval et British Steel. « Nous sommes heureux et soulagés de passer sous l’étendard British Steel, qui compte parmi les principaux fabricants d’acier en Europe et spécialistes des produits longs », a réagi le patron de l’aciérie, Cédric Orban. Quant au directeur du groupe britannique, Roland Junck, il dit avoir « pu apprécier la modernité des équipements de l’aciérie de Saint-Saulve, son emplacement stratégique qui facilite l’interaction avec les marchés européens ». Nacim Bardi prévient que la CGT sera attentive aux salaires et aux conditions de travail des ouvriers embauchés par le groupe britannique. « Le plus dur reste à faire, il faut remplir le carnet de commandes », souligne le syndicaliste.

L’importance d’un réel suivi

Bercy a immédiatement « salué » la décision de justice, marquant « le succès » des discussions en cours depuis des semaines « pour apporter une solution pérenne aux difficultés d’Ascoval ». Dans un communiqué, Bruno Le Maire a assuré veiller « à la bonne application des volets social et industriel du projet de reprise ». Comme pour surfer sur l’heureuse nouvelle, le ministre de l’Économie a fait le déplacement jeudi sur le site, en présence de Xavier Bertrand, président (ex-LR) du conseil régional des Hauts-de-France, de Laurent Degallaix, maire (UDI) de Valenciennes, et de Cédric Orban, patron de l’aciérie. De son côté, Philippe Verbeke, coordinateur national CGT sidérurgie, a estimé que cette bataille victorieuse oblige à « relancer les capacités de production de l’acier en France ». Avant la décision de justice, la fédération CGT de la métallurgie a quant à elle insisté sur l’importance de mettre en place un réel « suivi par les pouvoirs publics des engagements pris par le repreneur et de la stratégie menée ».

 

Lola Ruscio

Publié le 05/05/2019

LE GILET JAUNE PLIE MAIS NE ROND POINT !

 

Samedi à Lavérune, le Gilet Jaune a peut-être même pris racine sur le rond-point de « chez Paulette ». Sur l'herbe ! Parmi les pins ! Un nouvel endroit ! Un de plus !

 

Une quarantaine de personnes ont, dans le calme, la convivialité et le respect des usagers habituels d'un des plus fréquentés ronds-points du Montpelliérain, continué à DIRE NON A MACRON. Et aussi remercié la moitié des Français qui soutient toujours le mouvement... Malgré le trompe-l’œil de son prétendu Grand Débat, malgré les mensonges (heureusement éventés) de ses ministres, malgré la désinformation répétée, malgré les menaces et la répression !

 

Et tous se sont donnés rendez-vous SAMEDI PROCHAIN pour un nouveau pique-nique. A partir de 10h30 sur le rond-point de Lavérune. N'hésitons pas à les rejoindre !

Publié le 04/05/2019

« Neuf vagues de grenades, ce n’est plus une erreur  »

Pierric Marissal (sitee humanite.fr)

La préfecture a beau s’en défendre, la police a chargé la CGT, le 1er Mai, à Paris. Une situation anormale qui a commencé avant le début du défilé.

«Castaner se targue d’œuvrer à la liberté de manifester, ce n’est pas ce qu’on a ressenti du côté de la CGT. On a plutôt pensé qu’ils voulaient qu’on annule la manifestation. » L’Humanité a recueilli et croisé plusieurs témoignages et récits de membres de services d’ordre syndicaux, qui tiennent à rester anonymes, pour tirer au clair ce qui s’est passé ce 1er Mai dans la capitale. Et tous concordent : la police s’en est bel et bien pris à la CGT. Présents dans le défilé, des journalistes de l’Humanité l’ont aussi constaté. Un membre du service d’ordre de la centrale tient le décompte : « On a dénombré sur le carré de tête au minimum neuf gazages plus le canon à eau, et on a subi au moins deux charges avec matraquage, ça fait beaucoup. » De son côté, la préfecture répète en boucle que « la CGT n’a jamais été la cible des policiers et gendarmes qui ont assuré leur mission avec détermination face à des casseurs violents ».

Sauf que le service d’ordre de la CGT compte à lui seul une dizaine de blessés, dont trois par des tirs de LBD, qu’ils soient directs ou non. « Cela fait plusieurs manifestations qu’on prend systématiquement des grenades, témoigne l’un d’eux. À chaque fois, on nous dit qu’on n’est pas la cible. Alors, soit les policiers visent vraiment très mal, soit ce ne sont pas que des erreurs… Et neuf vagues de grenades dans le carré de tête, ce n’est plus une erreur. »

« Des policiers bloquaient toutes les rues perpendiculaires »

Les tensions ont commencé vers midi, ce 1er Mai. Les syndicats ont déjà eu des difficultés pour atteindre la manifestation. « La quasi-totalité du service d’ordre de la CGT est arrivée à pied, après avoir subi quatre contrôles et fouilles différents de la part de CRS et de gendarmes… Ce qui nous étonne toujours quand on voit que certains arrivent à apporter des projectiles », déclare, amer, l’un de ses membres. Comme le défilé pour le climat n’a pas pu manifester le matin au départ du Panthéon, les syndicats se sont décalés pour lui laisser de l’espace en vue qu’ils organisent leur pique-nique sur la place du 18-Juin-1940, à Montparnasse. Vers 13 heures, alors que les premiers véhicules des syndicats arrivent enfin à se mettre en ordre et qu’un carré de tête commence à se dessiner, les premières échauffourées commencent. « Il y avait des policiers partout, le long des murs, ils bloquaient toutes les rues perpendiculaires, mais aussi l’avant du cortège, par là où les premiers gilets jaunes voulaient commencer à défiler », explique un membre du service d’ordre. Ces derniers voulaient prendre la tête de la manifestation, devant les cortèges syndicaux, mais les policiers ne les laissaient pas avancer. « C’est là, avant 14 heures, que trois gars ont lancé des bouteilles d’eau sur les CRS. Alors les policiers ont attaqué tous azimuts. Il n’y a pas d’autres mots, ils ont attaqué le cortège syndical où se mettaient en place les dirigeants nationaux, raconte un militant au brassard SO qui faisait partie du cortège. On se met en position de tortue, puis, à force de crouler sous les gaz et les grenades de désencerclement, on décide d’aller se mettre à l’abri. »

« Il y a eu une interpellation très musclée devant moi »

Une vidéo montre bien cette charge contre le service d’ordre de la CGT, bien identifié. Un autre témoin poursuit : « L’un des nôtres, avec son brassard SO, s’est fait matraquer au sol, ils ont même tenté de l’embarquer, je ne comprends pas ! » Un troisième raconte ce même moment, vécu d’un autre point où il se trouvait : « Il y a eu une interpellation très musclée devant moi, je m’identifie bien au policier, lui montre mon brassard siglé SO, mais il me gaze la seconde d’après. »

Alors que les dirigeants syndicaux se mettent sur le côté, « une poignée de fascistes en noir, je n’ai pas d’autres mots, se mettent à insulter Philippe Martinez (le secrétaire général de la CGT) et à lui jeter des projectiles, déplore un témoin. La manif n’était même pas partie ».

C’est plus loin, après le départ du cortège, vers le métro Raspail, qu’un semblant d’intersyndicale avec la CGT, Solidaires et l’Unef s’est reformé dans le carré de tête. Le défilé a repris un peu de joie et a ressemblé à nouveau à une traditionnelle marche du 1er Mai, même si l’essentiel des familles et plusieurs syndicats avaient déjà renoncé à manifester.

À l’heure d’un premier bilan, alors que le gouvernement se félicite du peu de casse matérielle, les membres du service d’ordre de la CGT restent amers. « Les chiffres annoncés par la préfecture du nombre de black blocs nous ont semblé très surestimés, je ne sais même pas s’ils étaient 500, en tout cas beaucoup moins que l’année dernière, dit l’un d’eux. Cela a créé beaucoup de fantasmes pour pas grand-chose. Alors oui, il y a eu peu de casse, mais le nombre de blessés et de personnes qui se sont senties agressées par les gaz lacrymogènes est énorme. »

Pierric Marissal

Photos de la manifestation du 1er Mai à Montpellier

 

Publié le 02/05/2019

Publié le01/05/2019

Fédération du Peuple ; chiche !

(site lefildescommuns.fr)

J’ai lu avec attention la longue interview donnée par Jean-Luc Mélenchon au quotidien Libération. En exergue, une proposition nouvelle du leader a sonné comme un bougé stratégique : Jean-Luc Mélenchon met en débat la création d’une Fédération populaire que la France Insoumise pourrait proposer au lendemain des élections européennes. Il s’adresse au peuple et aux autres forces de gauche, si l’on suit le fil des questions de Laurent Joffrin et des réponses de Jean-Luc Mélenchon.

Tout le monde perçoit bien le problème : une gauche autour de 30 % et dispersée, cela ne fait pas le compte pour rassembler le peuple et ouvrir une perspective de changement social et écologiste. Il faut donc recomposer, mais comment ?

Je suis totalement favorable à l’idée de franchir une nouvelle étape de rassemblement après les élections européennes. Nous le devons pour faire grandir l’espoir d’une alternative politique émancipatrice. Après la chute du PCF, l’effondrement du PS traduit une atomisation profonde du champ politique à gauche. Les partis issus du mouvement ouvrier, qui ont structuré la gauche au XXe siècle, ne sont plus des outils populaires suffisants pour penser et agir aujourd’hui. Il faut donc faire du neuf, sur le fond et sur la forme. Avec la conviction qu’à l’échelle de l’histoire, cette entreprise de refondation ne peut se mettre en œuvre en deux coups de cuillères à pot. Je pense qu’il est raisonnable d’assumer en la matière un peu d’humilité.

Sur ces décombres, c’est bien la France Insoumise qui a fait irruption avec les 19,5% obtenus par Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle. Dans un champ de ruines, dont le PS porte la dernière responsabilité avec l’ère Hollande, la FI est apparue comme un mouvement neuf. Mélenchon candidat ne considérait pas le mot gauche comme un sésame, à raison, mais sut alors énoncer une proposition et faire vivre un profil politique à la fois moderne et ancré dans cette tradition émancipatrice.

Pour comprendre ce qui peut nous propulser demain, il faut déjà comprendre ce qui a fonctionné en 2017. Jean-Luc Mélenchon a réussi à faire le plein des voix de la gauche radicale, ravivant les anciens bastions communistes, tout en attirant un électorat plus modéré, notamment de centres urbains, de nombreux déçus du PS. Cette martingale n’était pas acquise, elle méritait d’être consolidée. Par la suite, « le bruit et la fureur », aussi poétique soit la formule, n’a semble-t-il pas permis de maintenir l’attractivité de la FI auprès d’une partie de ses électeurs sans pour autant attirer un nouvel électorat. La FI se situe aujourd’hui dans les différentes enquêtes d’opinion en-dessous des 10%. On peut toujours discuter le travail des sondeurs mais difficilement contester le fait que la FI n’a pas connu l’ascension irrésistible que l’on aurait pu espérer, même si la FI reste pour l’heure en tête à gauche, ce qui lui donne en effet des responsabilités, comme le rappelle à juste titre Jean-Luc Mélenchon dans l’interview de Libération – et la FI peut bien sûr hisser plus haut que prévu son score avec Manon Aubry le 26 mai.

Il me semble que le chemin de l’espérance peut s’ouvrir si l’on retrouve, pour commencer, ce qui a fait la force de la campagne de Jean-Luc Mélenchon en 2017. Je suis également convaincue que le rassemblement que nous avons à construire ne peut advenir qu’à la condition d’assumer pleinement le pluralisme et de penser un fonctionnement démocratique qui ne soit pas le copié-collé des mécaniques pyramidales des partis du XXe siècle. Si le fonctionnement des partis d’hier ne doit pas être reproduit, il faut tout de même inventer des modalités démocratiques, sans lesquelles toute organisation risque de péricliter. En période de campagne électorale, un mouvement se doit de faire corps et d’agir sans avoir le nez rivé sur ce qui divise ou fait problème. Mais le reste du temps doit être celui de la consolidation d’un collectif qui est forcément traversé de nuances, de débats voire de conflits. Imaginer les médiations pour y faire face me paraît indispensable si l’on veut mettre en action durablement une force militante et ajuster sans cesse les options stratégiques et programmatiques. Le pluralisme et la démocratie ne sont pas que des cadres institutionnels, ils sont aussi des éléments de culture politique sans lesquels on ne peut agréger dans la durée, et donc gagner.

Pour être concrète, je veux dire un mot de l’idée que je me fais d’une éventuelle Fédération populaire. Dans feu le Front de Gauche, je me suis battue pour des adhésions individuelles, en vain. Au sein de la FI, je me suis à plusieurs reprises exprimée en faveur d’instances qui permettent d’inclure la pluralité politique et de mieux identifier les modalités de la prise de décision. Un mouvement politique peut-il sérieusement assumer de ne pas avoir de direction ? Je ne le crois pas, même si je plaide pour une direction polycentrique et non pyramidale, dans laquelle il pourrait y avoir différentes légitimités directionnelles et non une seule au sommet. La démocratie, dans le mouvement politique comme dans la société, ne peut se passer de médiations. Le PCF a payé cher la tentation de l’hégémonisme et un fonctionnement qui contredisait le parti pris démocratique du projet. Nous pouvons apprendre d’erreurs passées.

Ainsi j’imagine que la Fédération populaire dont nous avons besoin permettrait une implication individuelle, c’est-à-dire une adhésion directe possible pour chacune et chacun au tout que représenterait ce grand mouvement. Cette Fédération permettrait également aux différentes sensibilités politiques, sociales, citoyennes, culturelles d’y avoir leur place en tant que tel. Il faut associer et non vassaliser. Toute logique hégémonique débouche sur une perte d’impact dans la société parce que l’émetteur devient trop homogène. La tentation d’une centralité dominante se traduit aussi par un moins-disant sur le terrain de la réflexion collective car le pluralisme est une richesse, dans la mesure bien sûr où elle ne contrarie pas fondamentalement la cohérence d’ensemble.

Je reprends ici la formulation de Fédération populaire mais je la sais ambigüe. En effet, il est important de ne pas confondre le rassemblement à vocation majoritaire, ce qu’ont été le Front populaire et l’Union de la gauche en leur temps, et la force politique capable d’impulser cette dynamique. La confusion pourrait laisser entendre qu’il suffirait d’une seule force pour gagner la majorité, comme si une composante pouvait à elle seule représenter toute la gauche et le peuple.

Nous savons que le travail de reformulation d’un projet social et écologiste n’est pas abouti puisque nous n’avons pas encore gagné dans les têtes, dans la rue, dans les urnes. Pour mener ce travail, qui est en cours et qui ne part pas de rien, je suis convaincue qu’il faut ouvrir largement les portes et les fenêtres, sans arrogance ni mépris, avec convictions et recherche de cohérences nouvelles.

Clémentine Autain 

https://lefildescommuns.fr/2019/04/29/federation-du-peuple-chiche/

 

Publié le 30/04/2019

Intervention d’une enseignante avant la manif samedi 27 avril

« Depuis 5 mois, un mouvement social puissant, tenace, et inventif se déploie dans tout le pays. Les gilets jaunes manifestent, occupent, revendiquent. Ils s’organisent, débattent, se fédèrent sur les ronds-points, dans les villages, les villes. Ils essuient une répression sans précédent, condamnée par l’ONU, dans laquelle le gouvernement utilise sans limite les pouvoirs des médias, de la police et de la justice qui lui obéissent tous. Malgré cette répression, malgré l’absence de réponse politique sérieuse à nos revendications, les gilets jaunes continuent à avoir le soutien de la population, et ils ne lâchent rien.

Le grand débat n’a été qu‘une honteuse mise en scène pour nous duper. Ils n’ont aucune honte : même l’incendie de Notre Dame de Paris est l’occasion pour eux de redorer leur blason et d’en appeler à l’union sacrée.

Pourtant rien n’y fait, ils y croient, pas nous.

Quelles sont ces revendications ? Un revenu décent pour tous, la fin des injustices sociales et fiscales, la lutte pour l’urgence climatique, l’accès pour tous à des services publics restaurés comme la santé, l’éducation, la justice, et une démocratie réelle pour mettre à bas l’autoritarisme du gouvernement et parvenir à ces objectifs

Alors quand les lois Blanquer sur l’éducation sont adoptés en février, la colère qui grondait déjà est montée d’un cran.

Que cachent ces lois honteusement baptisées pour l’école de la confiance ?: des suppressions de postes, la liquidation de nombreux contenus des programmes, la création d’expérimentations et de diplômes locaux qui accentuent les inégalités, la sélection dans l’accès à l’université avec le dispositif Parcoursup. Ce que Blanquer promet à l’école c’est la même catastrophe que connaît aujourd’hui l’hôpital public. Une dégradation supplémentaire de notre école, celle de nos enfants et de nos enseignants.

Et cette attaque s’ajoute aux autres mesures qui accroissent les inégalités.

C’est donc logiquement, naturellement que depuis plusieurs semaines, le combat contre les lois Blanquer rejoint celui des gilets jaunes .Nous avons en commun la même prétendue fatalité qui nous est imposée : la dégradation progressive de tous les services publics, dont nous avons tous besoin pour vivre au quotidien. Les gilets jaunes soutiennent les actions des parents et des enseignants mobilisés ; les parents et les enseignants, eux même gilets jaunes ou pas, soutiennent les actions de gilets jaunes. Cette convergence s’additionne aux autres, avec les travailleurs et les retraités du public et du privé, avec les jeunes, les syndicats, les précaires, les sans abri, les sans emploi, les sans papiers.

C’est aussi naturellement que les militants gilets jaunes se retrouvent dans les assemblées générales pour aider au rassemblement de ceux qui veulent mettre un coup d’arrêt à la politique de Macron et à son gouvernement de parvenus médiocres.

Naturellement les gilets jaunes, les enseignants, les syndicats convergent malgré la politique des dirigeants qui ont voulu nous opposer, ce qui arrangeait Macron.

Aujourd’hui je suis en noir, pour alerter et lutter contre le cancer qui ronge notre école publique, le cancer des lois Blanquer. Et je suis en gilet jaune aussi pour lutter contre le saccage des autres services publics, leur privatisation, la répression politique démesurée et le mépris de classe envers nous gilets jaunes, la logique libérale et autoritaire qui détruit les travailleurs en les réduisant au rôles d’exécutants et en conduit de plus en plus au suicide. 25ème suicide cette année parmi les forces de de police, qui n’est pas du au hasard, mais à la pression mise sur les forces de l’ordre pour chaque samedi réprimer le mouvement des gilets jaunes , suicide des enseignants qui souffrent en silence des pressions et du mépris de leur hiérarchie.

Souvent dans notre mouvement nous parlons de la question de la grève générale, de bloquer le pays. Nous y sommes : la grève et l’unité avec les gilets jaunes, voilà ce qui les terrorise, voilà ce qu’il nous faut renforcer en chaque occasion. »

S.

et le lien:
https://www.francebleu.fr/infos/economie-social/loi-blanquer-des-enseignants-et-des-gilets-jaunes-enterrent-l-education-nationale-1555776374

Publié le 29/04/2019

J’veux du soleil !, sur les ronds-points !

par L’équipe de Fakir (site fakirpresse.info)

Vous avez vu J’veux du soleil ? Vous allez le voir bientôt ? Et vous souhaitez voir la suite ?

Un proche de Macron confie son angoisse au Parisien : « Je ne vois pas comment on sort de ça. Avec les beaux jours, les Gilets Jaunes vont revenir et installer des barbecues sur les ronds-points… »
Voilà ce qui les effraie : la merguez révolutionnaire !
L’apéro Facebook géant !

Des groupes de gilets jaunes, à Caen, à Rungis, dans le Béarn, dans le Var, dans le Midi, ont déjà lancé cette action : des barbecues sur leur rond-point, le samedi 4 mai, pour fêter les deux ans de Macron à l’Élysée.

Excellente initiative : la reconquête des ronds-points par la convivialité. Nous souhaitons apporter notre pierre pour généraliser à tout le pays. 157 groupes de Gilets Jaunes nous ont demandé à diffuser « J’veux du soleil » (et il nous reste plus de 300 mails à ouvrir).

Eh bien, durant « la semaine jaune » (votée à St Nazaire, qui va du 1er au 4 mai) nous proposons de libérer les droits du film (sur une version remaniée, raccourcie).
Il vous suffit d’envoyer un courriel à : rondpoint@fakirpresse.info et nous vous enverrons un lien.

Pour certains, la diffusion se déroulera sur le rond-point, pour d’autres dans une salle de fêtes, sur une place publique, qu’importe. À des endroits, ça se fera le samedi 4 mai au soir, ailleurs, le vendredi 3, ou le jeudi 2 mai…
C’est vous qui connaissez votre terrain.

En revanche, le but poursuivi est unique, uniforme dans tout le pays : ramener du monde sur les ronds-points le samedi 4 mai. Faire sa fête à Macron avec une saucisse au bout d’une pique.
Retrouver de la convivialité, de la proximité, du nombre, des visages, des sourires…Pour un joli mois de mai qui verra refleurir l’espoir.
Cet hiver, les Gilets Jaunes ont écrit une belle page de notre histoire.
À nous, tous ensemble, d’écrire un chapitre entier ce printemps !

Ils ont l’argent, on a les gens !
Et à la fin, c’est nous qu’on va gagner !

https://www.fakirpresse.info/j-veux-du-soleil-sur-les-ronds-points

 

Publié le 27/04/2019

Parlons (Inter) Net

Les tripes viciées de la Rossinante de Macron

 

(site legrandsoir.info)

Bribri a été une mauvaise prof de théâtre pour le lycéen Emmanuel. Il fixe la caméra, il lit le prompteur, il est froid, il est vide, il est sans émotion. Il joue faux, il est faux.

Les professeurs imbus de l’ENA ne lui ont pas appris que l’intelligence n’est pas que la capacité à raisonner vite et à mouliner des mots. C’est l’intelligence collective du peuple qui fait la grandeur d’une nation et qui dessine son destin. « Ce sont les masses qui font l’Histoire » (Karl Marx).

La France est un immense hall de gare qui n’existerait même pas sans ceux qui « ne sont rien » et où ceux « qui ont réussi » ne mettraint pas les pieds puisqu’il n’y aurait ni trains, ni rails, ni conducteurs.

La France sans les sans-dents, c’est la planète terre à ses débuts, décrite par le loubard d’un sketch de Coluche : « Il n’y avait rien, pas un troquet, pas une mobylette ».

Macron peut parler, on ne l’écoute plus et si on l’écoute, on ne le croit plus. Il est le cycliste qui pédale comme un fou alors que la chaîne de son vélo a sauté. Surplace et effet comique. Chute ?

Pis, les Gaulois réfractaires, les alcoolos et les analphabètes, les fouteurs de bordel, cherchent à débusquer l’embrouille, le coup bas, l’entourloupe derrière chacune des concessions de l’homme qui prétendait naguère « Je ne reculerai pas devant les fainéants ».

« Timeo Danaos et dona ferentes » («  Je crains les Danaéens [les Grecs] même lorsqu’ils font des cadeaux »). Avis donné aux Troyens devant le cheval de bois farci de soldats ennemis.

A notre époque, le cheval de Macron est une vieille et moche Rossinante gonflée, non de gaz méphitiques (certes, on peut confondre), mais de journaleux, éditocrates, politologues, experts, politiciens prêts à tout pour entrer dans la ville.

J’écris ces lignes quelques heures avant que l’éborgneur se livre à une conférence de presse pédagogique qui nous sera expliquée ad nauseam par les pédagogues accrédités, ravis et étonnés par l’ampleur des réformes annoncées (1).

Théophraste R. (Distributeur d’antivirus cérébral).

Note (1). On le verra plusieurs fois attendre (et trouver) l’approbation de la plupart des journalistes assis sagement devant lui (et plus bas, à leur place). Parions que s’il dit  : « Comment allez-vous yau de poêle ? » ou « Soyez les bienvenus, on a vérifié l’état des extincteurs et des alarmes incendie », ils vont tous se bidonner en cascades obscènes dans une surenchère de « Ha ! Ha ! » de larbins essayant de se faire remarquer par le roitelet.

 

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