PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
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le site est en congé, rendez-vous vers le 15 septembre 2021

publié le 16 juillet 2021

Méditerranée.
Migrants et réfugiés dans l’enfer libyen

Nadjib Touaibia sur www.humanite.fr

Viols, travail forcé, tortures… les passagers capturés par les gardes-côtes libyens et livrés aux milices vivent l’horreur avec la complicité de l’Union européenne, selon un rapport d’Amnesty International.

La scène a lieu le 30 juin. Une traque meurtrière en Méditerranée filmée par l’ONG allemande Sea-Watch. Les gardes-côtes libyens ciblent une embarcation de fortune transportant 45 personnes, des réfugiés, dont de nombreux enfants, au large de l’île italienne de Lampedusa. Le bateau accoste le canot en tirant dans l’eau à balles réelles, tourne autour, prend de la vitesse, tente de le percuter, son équipage lance des objets dans sa direction. Mis en danger durant une heure et demie, les migrants échappent miraculeusement à l’opération criminelle quand leurs agresseurs en uniformes, solidement armés, abandonnent enfin et rebroussent chemin faute de carburant, rapporte l’ONG. L’incident a eu lieu dans la zone de secours de Malte. « En 2019, nous avons assisté à une scène similaire. (…) Mais ce qui s’est passé cette fois est encore plus brutal. C’est d’une violence que nous avons jamais vue jusqu’ici », commente Félix Weiss, membre de Sea-Watch. Les rescapés arriveront finalement sains et saufs sur les côtes italiennes. Stoppés par les gardes-côtes, ils auraient fini en territoire libyen, à Al-Mabani ou à Shara al-Zawiya, ces lieux d’esclavage, d’asservissement, d’humiliation, de sévices épouvantables. C’est là que sont détenus les réfugiés capturés et les migrants qui échappent au naufrage en haute mer. Des pratiques odieuses en cours depuis une décennie.

Sauvagerie organisée

Elles se sont poursuivies durant les six premiers mois de 2021, selon Amnesty International dans un récent rapport intitulé « La détention abusive des personnes réfugiées et migrantes débarquées en Libye ». Diana Eltahawy, directrice adjointe de l’ONG au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, parle d’un texte « terrifiant » et d’un nouvel éclairage sur ces souffrances révélées une fois de plus au grand jour, mais en vain. Plus de 7 000 personnes interceptées en mer ont été envoyées de force à Al-Mabani au cours de cette année. Ces détentions arbitraires se prolongent dans la barbarie. Tortures, violences sexuelles, travail forcé sont le lot quotidien des détenus. Les femmes, notamment, confient leur soumission forcée sous menace de viol, en échange d’une libération ou d’un produit de première nécessité, y compris d’eau potable. Ces horreurs ont lieu avec le consentement implicite des autorités libyennes. Celles-ci s’engagent à agir, à boucler les centres dénoncés, mais ferment l’œil en réalité.

Des sites informels de captivité, sous contrôle de milices, ont été rattachés au ministère de l’Intérieur, sans plus. L’administration a même « récompensé des personnes raisonnablement soupçonnées d’avoir commis ce type de violations en leur offrant des postes de pouvoir ou une promotion, ce qui signifie que nous risquons de voir les mêmes horreurs se reproduire encore et encore», souligne Amnesty International. Mais pas seulement. Cette sauvagerie organisée se déploie sur le lit de la coopération européenne avec la Libye en matière de contrôle de l’immigration et des frontières.

« Preuves accablantes »

Entre janvier et juin 2021, les gardes-côtes libyens ainsi soutenus ont intercepté en mer et reconduit en Libye quelque 15 000 personnes lors de « sauvetage » – soit plus que sur toute l’année 2020. « Malgré les preuves accablantes du comportement irresponsable, négligeant et illégal des gardes-côtes libyens en mer et des violations systématiques commises dans les centres de détention après le débarquement, les partenaires européens continuent d’aider les gardes-côtes libyens à renvoyer de force des personnes victimes d’atteintes aux droits humains, qu’elles tentaient de fuir en Libye », dénonce Diana Eltahawy.

Certains témoignages de ce qui se passe en mer sont glaçants. Des personnes se seraient noyées après le chavirement de leur canot, sous les yeux des gardes-côtes occupés à filmer avec leurs téléphones. Des passagers confrontés à un risque de péril imminent voient souvent passer des avions – l’agence Frontex exerce une surveillance aérienne – et des bateaux naviguer dans les mêmes eaux. Mais nul ne viendra à leur secours avant l’arrivée des gardes-côtes libyens, à l’évidence très bien informés. Selon Amnesty International, il n’y a presque plus de navires européens en Méditerranée centrale, histoire de ne pas avoir à secourir de malheureux naufragés. L’Europe forteresse est loin de mettre fin à ces arrangements sans égard aucun pour la dignité de milliers de réfugiés. « Encore une fois, notre Parlement et le gouvernement signent leur propre complicité avec les horreurs et les violations systématiques des droits humains et du droit international qui sont perpétrées en Libye et sur la route de Méditerranée centrale », note Nicola Fratoianni, député et secrétaire de la Gauche italienne, après le vote, jeudi 15 juillet, de la poursuite de l’aide militaire et matérielle aux gardes-côtes libyens.


 

publié le 15 juillet 2021

Aides publiques. Carton rouge sur le contrôle de la fraude

Loan Nguyen sur www.humanite.fr

Un rapport publié lundi par la Cour des comptes confirme notamment les lacunes dans la politique de contrôle du chômage partiel, qui a coûté plus de 26 milliards d’euros en 2020.

C’est une validation partielle et émaillée de critiques de la politique de soutien à l’emploi du gouvernement que la Cour des comptes vient de rendre lundi. Dans un rapport de 193 pages, la juridiction financière estime notamment qu’en ce qui concerne l’activité partielle « la France a retenu les enseignements de la crise financière de 2008 en la mettant immédiatement au cœur de sa réponse en faveur de l’emploi, avec des moyens financiers considérables (33,8 milliards prévus en 2020, dont 22,6 milliards ouverts sur le budget de l’État et 11,2 milliards à la charge de l’Unédic) ». « De premiers indices suggèrent que l’activité partielle a bien évité, ou à tout le moins différé, une partie de l’impact négatif de la crise sur l’emploi », poursuit le document.

Mais, sur d’autres volets, la Cour se montre beaucoup plus critique, notamment en ce qui concerne les aides à la formation. « Le bilan s’avère médiocre », selon les auteurs du rapport, qui regrettent le financement « des formations courtes et non qualifiantes au profit de publics variés, sans considération de leur fragilité ni de l’intérêt réel des projets de formation pour les entreprises ou la sécurisation du parcours professionnel des intéressés ». La Cour reconnaît que « la prolongation des droits des chômeurs pendant la période de confinement était une mesure d’équité incontestable », mais juge que les 950 millions d’euros de dépenses liées à la mise en place d’une année blanche pour les intermittents représentent un coût excessif.

Un nombre de contrôle largement surestimé par le ministère

Mais c’est surtout sur l’insuffisance des contrôles destinés à dissuader la fraude au chômage partiel que le rapport se montre le plus tranchant. Alors que le ministère du Travail communique depuis plusieurs mois sur le chiffre de 50 000 contrôles réalisés auprès des employeurs a posteriori, la Cour affirme que ce chiffre est largement surestimé : « Il s’agit en réalité du nombre de contrôles ouverts à cette date, et non de contrôles réalisés. Au 31 août 2020, seuls 37 % des contrôles avaient été clôturés, ce qui est peu compatible avec la communication ministérielle sur le sujet », n’hésitent pas à tacler les auteurs du rapport. Confirmant par ailleurs les alertes des agents de l’inspection du travail dans nos colonnes  en septembre 2020, la juridiction financière constate plusieurs lacunes dans la politique de contrôle des entreprises. « Le plan de contrôle a été conçu dans une logique quantitative et une volonté de démontrer une rapidité de riposte face à la fraude, au détriment de la qualité de celle-ci », dénonce le document.

Un montant de 225 millions d’euros de fraude

Notant la difficulté qu’ont eue les agents à avoir accès à certaines bases de données pour vérifier la régularité des demandes, la Cour déplore que les services du ministère du Travail et de l’Agence de services et de paiement aient été mal armés face à la diversité des schémas d’escroquerie possibles. Le document pointe notamment la création de fausses identités d’entreprises, voire l’usurpation d’identité d’autres entreprises bien réelles comme faisant partie des arnaques récurrentes. Contrairement à ce qu’affirme le ministère du Travail, qui communique sur un montant de 225 millions d’euros de fraude, la Cour des comptes estime, elle, impossible d’évaluer l’ampleur du phénomène.

Si la CGT du ministère d’Élisabeth Borne se félicite que le rapport de la Cour des comptes « rejoigne » les alertes que le syndicat avaient portées dès l’automne dernier, celui-ci constate que le document fait des impasses sur d’autres aspects liés au contrôle. « Pourquoi est-ce qu’on ne demande pas aux employeurs de donner plus de justifications à l’appui de leurs demandes ? » s’interroge Simon Picou, secrétaire national de la CGT-TEFP, qui souligne par ailleurs que la question des effectifs reste déterminante. « Dans certains départements, un tiers des postes sont vacants », souligne le responsable syndical.

publié le 14 juillet 2021

La fortune des milliardaires français a bondi depuis un an

Sur le site www.huffingtonpost.fr

Selon le magazine "Challenges", le nombre de milliardaires français a par ailleurs plus que doublé en 10 ans, passant de 51 en 2011 à 109 en 2021.

ÉCONOMIE - Le patrimoine cumulé des 500 plus grandes fortunes de France a augmenté de 30% en un an, selon le classement à paraître jeudi 8 juillet du magazine Challenges, qui a dénombré 109 milliardaires français cette année contre 95 l’an dernier.

Le classement est dominé pour la cinquième année consécutive par Bernard Arnault, le patron de LVMH, première capitalisation boursière d’Europe. La forte reprise du luxe au second semestre 2020, porté par l’Asie, a fait s’envoler les cours de bourse des géants du secteur dont LVMH (Vuitton, Dior...) et Kering (Gucci, Saint Laurent...), et donc le patrimoine de leurs dirigeants actionnaires.

1.000 milliards d’euros détenus par les 500 familles les plus riches

Selon le magazine, qui a effectué son calcul en fonction des actifs professionnels des personnalités entre juin 2020 et juin 2021, le montant de la fortune des 500 plus riches du pays “tutoie désormais les 1.000 milliards d’euros”. “Ce sont les plus fortes progressions annuelles jamais enregistrées par notre palmarès, mis en place en 1996”, a indiqué Challenges. Le nombre de milliardaires français était de 51 en 2011, selon le média.

Comme chaque année depuis 2017, quand il a dépassé l’héritière de L’Oréal Liliane Bettencourt, Bernard Arnault et sa famille sont en tête, avec une fortune estimée à plus de 157 milliards d’euros. Une progression de 57% par rapport à juin 2020. Le PDG de LVMH a même été quelques heures en mai l’homme le plus riche du monde, devant l’Américain Jeff Bezos (Amazon), au gré de l’évolution des cours qui font varier leur fortune en temps réel.

Les crises nous rendent plus forts”, avait déclaré fin avril Bernard Arnault en commentant les bons résultats financiers de LVMH, numéro un mondial du luxe. Suivent la famille Hermès (81,5 milliards d’euros), celle des Bettencourt (L’Oréal - 71,4 milliards), et en quatrième et cinquième positions celles d’Alain et Gérard Wertheimer, héritiers de Chanel, et de François Pinault, fondateur de Kering, aujourd’hui dirigé par son fils François-Henri.

Le fondateur d’eBay Pierre Omidyar, huitième, double sa fortune estimée entre 2020 et 2021, alors que les confinements ont dopé le commerce en ligne des articles d’occasion.

Les dix premiers, ceux dont la fortune dépasse les 13 milliards d’euros, ont vu leur patrimoine bondir de 37%. Les 490 autres ont vu le leur n’augmenter ‘que’ de 25 %”, note Challenges. Avec la crise du Covid, le débat autour de la taxation des plus riches se renforce en France et ailleurs.

Samedi, l’association altermondialiste Attac a d’ailleurs visé directement Bernard Arnault en peignant en noir des vitrines de la Samaritaine, grand magasin de LVMH à peine rouvert à Paris, pour dénoncer “l’enrichissement indécent des milliardaires pendant la crise sanitaire”.

 

publié le 13 juillet 2021

Vaccination anti-Covid :
il faut convaincre sans contraindre

Communiqué de la Fédération Santé et Action Sociale CGT

Depuis quelques semaines alors qu’elles/ils ont été encensé.e.s pour leur travail et la lutte menée contre la pandémie, les soignant.e.s subissent les attaques de nombreuses corporations et du gouvernement. Elles/ils seraient responsables de la propagation du virus en contaminant leurs patient.e.s du fait de leur faible taux de vaccination. Rien n’est plus faux !

Les soignant.e.s sont, dans la population, la catégorie socioprofessionnelle la plus vaccinée. De plus elles/ils ont été surexposé.e.s au virus en début d’épidémie du fait de l’incurie de l’Etat en matière de gestion des équipements de protection individuelle.

Pour autant, impossible d’objectiver leur niveau de contamination car aucune enquête officielle n’a été diligentée. Seule la CGT a travaillé sur le sujet à partir de ses bases syndicales. La mesure du taux d’immunité collective acquise aurait également pu être un bon indicateur, mais là aussi le ministère a failli à tous ses devoirs. Aucune enquête de santé publique n’a été organisée pour mesurer ce taux. Les responsables politiques n’ont pas voulu prendre le risque de confirmer leur carence en matière de protection des salarié.e.s en cas de résultats trop élevés.

Non, le gouvernement préfère accuser les personnels de santé d’entretenir la défiance des Français vis-à-vis de la vaccination alors qu’il aurait dû mettre tout en œuvre pour les soutenir et lutter efficacement contre l’épidémie.

Ainsi, en l’absence de toutes données objectives, nos responsables politiques envisagent la vaccination obligatoire contre la Covid pour les personnels de santé. Pour légitimer son action, il a été demandé à certaines directions hospitalières de diligenter un recensement sauvage parmi leurs salarié.e.s afin de connaître leur niveau de vaccinations. Au passage, le respect du plus élémentaire des droits concernant la santé, à savoir le respect du secret médical, a été bafoué.

La CGT s’oppose à ce genre de pratique illégale qui vise de plus à faire reposer sur les salarié.e.s des responsabilités qui ne sont pas les leurs. La CGT demande que les dirigeants successifs du ministère de la santé assument les leurs et en tirent les conclusions qui conviennent !

La CGT soutient avec conviction les différentes campagnes de vaccinations volontaires qui participent au combat contre la pandémie. Mais pour l’instant, le vaccin ne permet pas d’assurer seul une protection efficace à 100% contre les formes graves, et ne bloque pas toute transmission.

C’est pourquoi la Fédération CGT de la Santé et de l’ Action Sociale demande que tous les moyens soient mis en œuvre immédiatement pour renforcer notre système de santé, notamment en personnels, en moyens et en budgets. Elle appelle également tous les employeurs « publics » et « privés » à ne pas oublier de respecter leurs obligations en matière de santé et de sécurité concernant leurs salarié.e.s. Les services de santé du travail sont là pour ça ! Elle appelle également au respect des gestes barrières.

La CGT rappelle qu’elle est farouchement attachée à la liberté individuelle de chacun. C’est un des socles de notre démocratie.

Elle rappelle également que tout acte médical doit se faire avec le consentement libre et éclairé du patient. C’est inscrit dans la loi n°2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité des soins. La vaccination, tant qu’elle n’est pas obligatoire, doit rester une décision laissée au libre arbitre de chacun.

Enfin, la CGT invite le gouvernement à ne pas se servir de ce sujet clivant pour mieux masquer ses projets « anti- sociaux » concernant la réforme de l’assurance sociale et celle des retraites.

Nous restons vigilant.e.s.

 

publié le 12 juillet 2021

Essais nucléaires en Polynésie.
« Mascarade et néocolonialisme » :
le député Moetai Brotherson réagit
aux annonces du gouvernement

Julia Hamlaoui sur le site www.humanite.fr

Les mesures annoncées par l’exécutif à l’issue de la table ronde sur les conséquences des explosions atomiques ne sont pas à la hauteur, selon l’élu polynésien. Entretien.

En attendant la venue à Papeete d’Emmanuel Macron, le 25 juillet, deux jours de table ronde sur les conséquences des 193 essais nucléaires en Polynésie française ont été organisés à Paris en fin de semaine. Une rencontre précipitée par l’enquête du média en ligne Disclose montrant la minimisation des chiffres des retombées radioactives. « Il convient d’assumer toutes les conséquences », a déclaré la ministre Geneviève Darrieussecq, tout en assurant qu’ « il n’y a pas eu de mensonge d’État ». Les maigres mesures annoncées – comme la simplification des démarches ou l’amélioration de la prise en charge de certaines victimes déjà reconnues – n’ont pas convaincu le député polynésien du groupe GDR, Moetai Brotherson.

« Il n’y a pas eu de mensonge d’État » sur les essais nucléaires, a affirmé la ministre Geneviève Darrieussecq. Comment jugez-vous cette déclaration ?

Moetai Brotherson Dire cela est une insulte aux Algériens, aux vétérans, aux Polynésiens et à l’Histoire. C’est choquant de la part de la ministre déléguée à la mémoire et aux anciens combattants. Pendant trente ans, de 1966 au 1996, l’État a campé sur sa position des « essais propres ». En 2010, la loi Morin a reconnu de facto ce mensonge. Si les essais avaient été propres, cette loi n’existerait pas. En 2012, le président Hollande a lui aussi reconnu ce mensonge lors de sa visite en Polynésie. Mme Darrieussecq est indigne de sa fonction.

Alors que le président de la Polynésie française, Édouard Fritch, a estimé qu’Emmanuel Macron a envoyé « un signe fort » à cette occasion, pourquoi avez-vous refusé de participer à cette table ronde ?

Moetai Brotherson Cette table ronde est une mascarade opportuniste qui n’aurait jamais vu le jour si l’enquête Disclose/Princeton n’avait pas fait un buzz international en mars 2021. Les conclusions étaient écrites avant même l’arrivée des intervenants polynésiens, qui n’ont servi que de marchepieds à la campagne de com de Macron pour la présidentielle 2022. La réouverture des archives est un dossier ancien, pendant à une décision du Conseil d’État. Les autres annonces devront être confirmées en fin d’année par la loi de finances. En revanche, la demande de pardon est rejetée « par principe » et il n’y a toujours rien sur l’environnement et l’effondrement d’unehttps://www.humanite.fr/essais-nucleaires-en-polynesie-mascarade-et-neocolonialisme-le-depute-moetai-brotherson-reagit-aux partie de l’atoll de Moruroa qui renferme des tonnes de déchets radioactifs. On nous propose des miettes et il faudrait applaudir : c’est du néocolonialisme !

Jugeant les dispositifs actuels insuffisants, vous avez défendu, le 17 juin à l’Assemblée nationale, une proposition de loi, rejetée par la majorité LaREM. Quelles mesures vous paraissent indispensables ?

Moetai Brotherson Tout d’abord, introduire la dimension environnementale, et démarrer de réelles études sur un retrait et un traitement des déchets encore enfouis dans le sous-sol, ou « dormant » au fond du lagon de Moruroa avant l’effondrement de l’atoll. Ensuite, alors que tous les autres dispositifs d’indemnisation des victimes – sur l’amiante, le terrorisme, les accidents de la route… – prennent en compte les victimes indirectes, ce n’est pas le cas pour les essais nucléaires. Le critère inique du « millisievert » est la cause principale, irréfragable, dehttps://www.humanite.fr/essais-nucleaires-en-polynesie-mascarade-et-neocolonialisme-le-depute-moetai-brotherson-reagit-aux rejet des demandes par le Civen (Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires – NDLR), s’il estime que la victime n’a pas été suffisamment exposée. Mais c’est absurde : les données de l’enquête Disclose rappellent que toute la population de Polynésie a été exposée à des doses au-delà du millisievert lors de l’essai Centaure du 17 juillet 1974. Et il y a bien sûr la transmission génétique de pathologies, d’une génération à l’autre, que l’État refuse encore et toujours d’envisager. Rien de tout cela lors de la table ronde.

publié le 11 juillet 2021

« Au Festival des idées, on essaye de construire une alternative pour faire face au duel annoncé Macron-Le Pen »

Entretien par Loïc Le Clerc sur www.regards.fr|

Les 9, 10 et 11 juillet, à La Charité-sur-Loire dans la Nièvre, se tient la troisième édition du Festival des idées. Qu’est-ce que c’est ? Quels seront les invités politiques ? Quelles perspectives vis-à-vis de 2022 ? On a causé avec Nina Karam-Leder.


 

Nina Karam-Leder est co-organisatrice du Festival des idées avec Aurélie Chompret, en charge du programme et de la coordination de l’événement.

 

Regards. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas le Festival des idées, c’est quoi ?

Nina Karam-Leder. C’est trois jours de débats, où on réunit des personnes de la société civile, des citoyens du coin et d’ailleurs, des associatifs et des politiques de tout l’arc de gauche. L’essentiel des débats sont des « débats inversés », donc c’est la salle qui a la parole avant le panel. Les débats seront axés sur cinq pôles : l’éducation, la santé, la société post-covid, la démocratie et la République, et enfin les nouveaux modèles économiques. Il y a aussi des cartes blanches médias, de nos médias partenaires [tel que Regards, ndlr], ainsi que des plénières animées notamment autour de films. L’année dernière, ils avaient filmé des habitants de la Nièvre sur leur rapport aux politiques, c’était assez chouette. Cette année, ce sera sur les gilets jaunes, deux ans après.

Qui est invité ? Toute la gauche ?

Eh bien il y aura les insoumis Clémentine Autain, Sophia Chikirou, Ugo Bernalicis, Adrien Quatennens, Manon Aubry, Leïla Chaibi et François Ruffin, les socialistes Olivier Faure, Olivier Bianchi, Laurent Baumel, Jean-Marc Germain, Dominique Potier et François Lamy, les écolos Yannick Jadot, Éric Piolle et Sandrine Rousseau, les communistes Fabien Roussel et Elsa Faucillon, Guillaume Lacroix du PRG ou encore Aurélien Taché, Emmanuel Maurel, Aurore Lalucq et Pierre Larrouturou. L’idée, c’est d’inviter large.

Mais est-ce qu’il y aura Manuel Valls ?

Non. [rires] Il n’a pas été convié. Je rappelle, à ce titre, que Christian Paul, fondateur du Festival avec le journaliste Guillaume Duval, était chef de file des frondeurs pendant le quinquennat Hollande...

Vous présentez ce festival comme étant le « premier événement citoyen de l’été à quelques mois des échéances décisives de 2022 ». Est-ce que ça va servir de rampe de lancement pour un candidat ?

Ah non ! On est dans une initiative qui prône le dialogue. On a la volonté de montrer qu’il peut y avoir des convergences programmatiques et que, pour les controverses, on peut aussi en débattre. Il faut un lieu qui permette l’expression de désaccords et, ce lieu, c’est le Festival des idées.

Pourtant, il y a une nouveauté cette année : les auditions citoyennes. Kézako et qui sont les personnes auditionnées ?

L’idée, c’est d’avoir un débat mené par les citoyens dans la salle avec les personnalités présentes : Fabien Roussel, Sandrine Rousseau, Yannick Jadot, Éric Piolle, Clémentine Autain et Olivier Faure. Mais, encore une fois, nous n’avons pas vocation à prendre position. On essaye juste de construire une alternative pour faire face au duel annoncé Macron-Le Pen. Et pour ça, il y a des discussions à avoir. C’est une vaste tâche.

 

publié le 10 juillet 2021

Exil. Après une semaine d’errance, l’Ocean Viking accoste en Italie

Emmanuelle Chaze sur www.humanite.fr

L’Ocean Viking a échappé au drame ce jeudi soir, quand l’Italie a finalement accepté de laisser accoster le navire de SOS Méditerranée. Il aura fallu six demandes officielles pour permettre aux 572 personnes secourues en mer de débarquer, avant qu’elles ne manquent de nourriture et de médicaments.

Il aura fallu pas moins de six demandes officielles à l’Ocean Viking pour obtenir enfin un port sûr, après une semaine d’errance en mer près des côtes européennes. Ce jeudi 8 juillet au soir, le navire de l’organisation citoyenne SOS Méditerranée a enfin obtenu l’autorisation de débarquer les 572 personnes secourues ces derniers jours en Méditerranée, dans le port d’Augusta, en Sicile. C’est la fin d’une mission difficile pour l’un des rares navires d’ONG encore opérationnel.

Jeudi soir, à l’annonce de l’obtention d’un lieu sûr pour débarquer les centaines de personnes à bord, le soulagement était palpable sur le pont de l’Ocean Viking. Depuis quelques jours, et malgré les demandes répétées faites auprès des autorités responsables, la situation s’était dégradée dans le navire de sauvetage. Une fois en sécurité, beaucoup de personnes secourues se sont effondrées. L’incertitude quant au débarquement n’a fait qu’ajouter au désespoir déjà immense de ces personnes qui ont tout perdu, et dont le seul espoir reste celui d’une vie meilleure en Europe. Mercredi soir, un jeune Tunisien s’est jeté par-dessus bord. Il a été secouru, à nouveau, par les équipes de SOS Méditerranée, et a expliqué son geste : « Si je savais quand nous débarquons, je pourrais tenir. Mais je ne peux plus supporter cette incertitude ». D’autres rescapés ont exprimé ces mêmes sentiments, et la coordinatrice des recherches et sauvetages, Luisa Albera, s’est insurgé contre cette situation intenable : « Faire attendre les rescapés sur le pont de notre navire, exposés au soleil et aux éléments, est inhumain. Cela dépasse l’imagination. Inévitablement, les tensions et l’épuisement sont à l’extrême à bord de l’Ocean Viking ».

L’Ocean Viking est un navire de sauvetage. Il n’est pas fait pour accueillir des centaines de personnes traumatisées sur la durée, mais pour les secourir d’une embarcation en détresse et les acheminer en lieu sûr le plus rapidement possible. La lenteur des autorités à répondre aux demandes répétées de débarquement aurait pu avoir des conséquences encore plus dramatiques, comme l’explique Claire, chargée de communication à bord de l’Ocean Viking :  « Ce vendredi a eu lieu la dernière distribution de nourriture possible aux rescapés. Cela veut dire qu’à partir de samedi, nous n’aurions plus eu assez de rations d’urgence pour tout le monde. C’est donc un grand soulagement de pouvoir considérer notre mission de sauvetage comme terminée, car ceci ne peut être le cas que lorsque les personnes secourues ont été amenées en lieu sûr ».

Selon la convention internationale sur la recherche et le sauvetage maritimes, ou convention SAR, établie en 1979 et amendée en 2004, toute personne rescapée doit être acheminée, dans les plus brefs délais, dans un lieu sûr, où ses droits fondamentaux seront respectés. L’obligation légale de pourvoir à ce lieu sûr échoit aux États côtiers. Mais cette responsabilité ne semble être prise qu’avec une extrême lenteur de la part des autorités compétentes. Pendant des jours, les 572 personnes secourues ont dormi à même le sol, dans un espace restreint, avec peu de possibilité de se mouvoir tant le pont était surpeuplé. Le nombre de personnes à bord signifie également que l’accès de tous aux douches est difficile. Certains doivent être pris en charge médicalement, d’autres sont en situation de handicap. Tous sont traumatisés par le temps qu’ils ont passé en Libye. Un choc auquel s’ajoute celui de l’expérience de mort imminente en mer : avant d’être secourus, ils ont dérivé des heures, parfois des jours, comme cela a été le cas pour le bateau en bois dont les 369 personnes ont été secourues dans la nuit du 4 au 5 juillet. Maintenant secourus, certains des rescapés veulent alerter sur ce qu’ils viennent de vivre, comme ce jeune Togolais : « Je suis parti du Togo, j’ai 19 ans. Ce n’est pas facile de vivre là d’où je viens, et quand on devient un homme on se doit de soutenir sa famille. Aussi, il fallait que je parte. En Libye, la souffrance, je l’ai connue. Mais je ne sais même pas par où commencer. J’ai été en prison deux fois. (…) Je ne saurais vous expliquer cette souffrance, c’est inimaginable. Je ne sais pas si des soldats ont déjà vécu pire que ce que j’ai pu vivre. Pour la traversée (de la Méditerranée), il n’y a pas de solution. Nous partons en comptant sur la chance, parce que les Libyens sont toujours là pour nous rattraper. Ils sont là pour te ramener en prison, parce que quand ils t’attrapent, ça leur fait de la monnaie. En prison, il faut payer 1000 dollars pour en sortir. Ils appellent ça “flouze”. Un Black, un Noir ça fait un, deux, ou trois flouzes. Le Noir est une marchandise, et ce sont nos parents qui paient (cette rançon). Et si tu n’as personne dehors pour payer, c’est fini pour toi. Il n’y a pas de pitié en Libye. »

Pour ce jeune homme comme pour les 571 personnes secourues, l’enfer libyen est terminé. Parmi les rescapés, une majorité de Bangladais, Érythréens, Soudanais, Égyptiens et Libyens. Le plus jeune passager, Amine, est venu de Guinée Conakry avec sa maman. Il a quatre mois. Les familles et les 159 mineurs non accompagnés ont pu débarquer ce vendredi, le reste des rescapés sera évacué samedi. Le parcours européen de ces candidats à l’exil débute ainsi dans le port d’Augusta, en Sicile, dans un ferry de quarantaine où ils passeront plusieurs semaines, avant l’examen de leur situation individuelle. Mais un Ocean Viking à quai pour les prochaines semaines signifie qu’aucun navire de sauvetage n’opère actuellement en Méditerranée centrale. Pourtant, chaque jour, poussées par le désespoir, des centaines de personnes continuent de quitter les côtes nord-africaines. Depuis 2016, l’Organisation internationale pour les Migrations estime à plus de 20 000 le nombre de personnes mortes en Méditerranée. Dans le même temps, l’ONG SOS Méditerranée en a sauvé 33 519, alors que du côté de l’Union Européenne, il n’y a toujours pas de mécanisme coordonné d’organisation et d’assistance au sauvetage en mer.


 

publié le 9 juillet 2021

Retraites : le retour des régressions ?

Sur le site www.cgt.fr

Voilà le retour des annonces gouvernementales avec, en tête, les déclarations d’Emmanuel Macron sur la question des retraites. La crise sanitaire terminée ou pas, il anticipe pourtant sur les économies qu’il voudrait faire sur le dos des actifs et des retraités.

Ainsi, si sa réforme à points version 2020 paraît définitivement hors-jeu, la question de l’équilibre financier du système donc de nouvelles régressions réapparaît et le président de la République prépare le terrain pour les annonces qu’il envisage durant l’été.

Au menu, il pourrait être question d’augmenter la durée d’années de travail, notamment par une hausse de la durée de cotisation pour bénéficier d’une retraite à taux plein et le report de l’âge réel voire légal de départ en retraite à 64 ans.

Ainsi, l’accélération de la précédente réforme Touraine exigeant 43 années de cotisations en 2032 pourrait être faite par le gouvernement actuel à travers un simple ajout dans le PLFSS (Projet de loi de financement de la Sécurité Sociale) dès fin juillet et entériné fin octobre 2021.

Il est même question d’attaquer à nouveau spécifiquement aussi les régimes spéciaux.

Parallèlement, le patronat ouvre une négociation au pas de charge sur la retraite complémentaire des salariés du privé, avec l’ambition sans nul doute d’imposer de nouvelles régressions pour les retraités actuels comme pour les actifs.

Pourtant, le récent rapport de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DRESS)  atteste  qu’un Français sur deux est parti en retraite avec des trimestres de décote !

Plus d’un Français sur deux n’est plus en emploi à 60 ans, soit au chômage ou en invalidité.

Les travailleurs se sont mobilisés, en 2019 et 2020, pour faire échec au projet de réforme systémique voulue par le président de la République. Très majoritairement, ils avaient compris que les seuls objectifs du passage aux points étaient d’accélérer les baisses de pensions, de faire disparaître les spécificités professionnelles et les acquis sociaux, rendant la retraite de plus en plus lointaine.

La CGT agit  avec eux depuis des années pour la défense et l’amélioration du système de retraite par répartition et par annuité solidaire.

Ce dernier a démontré, malgré les attaques qu’il subit depuis 1993, sa solidité et sa fiabilité sur le long terme.

La CGT a porté, dans le débat public, de nombreuses propositions en ce sens, accompagnant celles-ci de mesures de financement crédibles visant à consolider et pérenniser notre  protection sociale.
Propositions qu’elle va remettre au centre du débat public immédiatement.
Ces mesures doit être assises sur la production des richesses des travailleurs et travailleuses et constituent un véritable choix de société. 

Elles permettraient notamment de rétablir le droit au départ dès 60 ans et de généraliser de nouveaux droits à tous les salariés, notamment par des dispositifs de départ anticipé pour celles et ceux qui ont des métiers pénibles.

Pour la CGT, les annonces gouvernementales démontrent, une nouvelle fois, le peu de cas qui est fait des exigences des citoyens majoritairement opposés au projet de régression sociale ; ce qui a été démontré par les mobilisations sociales professionnelles et interprofessionnelles massives l’an dernier.

L’urgence, en 2021, est bien de plus et mieux protéger la population et, pour cela, d’arrêter l’inflation des exonérations sociales qui affaiblissent la sécurité sociale et de refonder son financement à partir du salaire socialisé.

L’urgence est de conditionner les dispositifs d’aides aux entreprises, particulièrement celles qui continuent de verser des dividendes même en période de crise sanitaire. Il est indiscutable que les mesures tels le crédit impôt recherche ou la transformation du CICE en allégements de cotisations sont mises à l’index pour leur inefficacité.

Le président de la République entend, encore une fois, s’en prendre aux travailleurs et travailleuses de ce pays plutôt qu’à la finance et aux places boursières.


 

La CGT avec le monde du travail ne le laissera pas faire et prépare la mobilisation nécessaire pour s’opposer à de nouveaux mauvais coups et porter l’exigence d’un système de retraite solidaire par répartition avec de nouveaux droits.

publi le 8 juillet 2021

Haïti. Le président Jovenel Moïse assassiné par un commando armé

Rosa Moussaoui sur www.humanite.fr

Jovenel Moïse, 53 ans, a été tué dans la nuit de mardi à mercredi, dans l’assaut de sa résidence privée, sur les hauteurs de Port-au-Prince. Entré en fonction en 2017, contesté par la rue, il était soupçonné de collusion avec les gangs armés.

Décidé à s’accrocher au pouvoir par tous les moyens, il avait laissé le pays s’enliser dans une grave crise politique et sombrer dans la violence et l’arbitraire entretenus par les gangs. Jovenel Moïse a fini, à son tour, par ne plus être à l’abri nulle part. Dans la nuit de mardi à mercredi, le président haïtien a été assassiné à son domicile de Pétion-Ville, sur les hauteurs de Port-au-Prince, pris d’assaut par un commando d’hommes en armes. Grièvement blessée, son épouse, Martine Moïse, a été évacuée par avion vers Miami dans un état stable.

Un saut dans le vide institutionnel

Un acte « inhumain et barbare », a réagi le premier ministre par intérim, Claude Joseph, en annonçant le décès du chef d’État, abattu selon lui par « des étrangers qui parlaient anglais et espagnol ». Nommé le 5 juillet, son successeur Ariel Henry, le septième chef de gouvernement depuis l’investiture de Moïse, le 7 février 2017, n’aura même pas eu le temps d’entrer en fonction.

Un saut dans le vide institutionnel s’annonce : contesté par la rue, qui réclamait sa démission, le défunt président avait vu le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire haïtien donner raison aux manifestants, au début de l’année, en confirmant la fin de son mandat le 7 février, alors qu’il entendait se maintenir au pouvoir encore un an.

Un affairiste entré sur le tard en politique

Faute de Parlement – les élections législatives prévues en 2018, sans cesse repoussées, n’ont jamais eu lieu –, le président gouvernait par décret depuis janvier 2020. Il avait bien mis en chantier une réforme institutionnelle – surtout destinée à renforcer les prérogatives de l’exécutif –, mais le référendum constitutionnel, initialement prévu en avril 2020, deux fois reporté en raison de la pandémie de Covid-19, avait encore été repoussé au 26 septembre.

Cet affairiste, entré sur le tard en politique, avait été élu en 2016, au terme d’un imbroglio électoral, sur la promesse de développer l’économie du pays, le pays le plus pauvre de l’Amérique latine et des Caraïbes et parmi les plus pauvres du monde.

Sous son mandat, le climat d’insécurité s’est alourdi au point de rendre invivable le quotidien des Haïtiens, avec la prolifération des enlèvements contre rançon et les affrontements entre bandes rivales qui poussent des milliers d’habitants, démunis, à fuir certains quartiers populaires. Depuis le début du mois de juin, les règlements de comptes entre factions criminelles dans l’ouest de Port-au-Prince paralysent toute circulation entre la moitié sud du pays et la capitale haïtienne.

Soupçons de collusion avec des bandes criminelles

Le 30 juin dernier, 15 personnes avaient été tuées dans une fusillade en plein cœur de la ville. Parmi les victimes : un journaliste, Diego Charles, et une militante d’opposition, Antoinette Duclair. Alors que la dégradation de la situation sécuritaire échappait à tout contrôle, Moïse avait décrété l’état d’urgence le 19 mars, en jurant de restaurer ainsi « l’autorité de l’État » dans les secteurs contrôlés par des gangs armés, classés « zones rouges ».

Il tentait de se poser en garant de « la sécurité du territoire ». Sans convaincre ses détracteurs, qui soupçonnaient plutôt les siens de collusion avec des bandes criminelles choisissant opportunément certaines cibles : bien des journalistes sont tombés sous leurs balles, tout comme le bâtonnier de Port-au-Prince, Monferrier Dorval.

Révolte populaire

Sur fond de choc économique, de crise sociale, de violence et de délitement des institutions, les gouvernements se sont succédé depuis quatre ans, en Haïti, au même rythme que les scandales politico-financiers, attisant une révolte populaire qui déborde l’opposition politique et les syndicats. La pandémie de Covid-19, l’an dernier, avait un temps suspendu ce mouvement de protestation continue, qui a resurgi avec force le 7 février, pour exiger la formation d’un gouvernement de transition chargé d’organiser des élections, la mise en place de programmes sociaux, des poursuites en justice pour les responsables politiques corrompus.

Cet élan démocratique s’est heurté jusque-là au double veto de l’oligarchie locale et de la communauté internationale, États-Unis en tête, qui accompagnent, depuis la fin des années 1980, le démantèlement de l’État, la mise sous tutelle des institutions financières internationales, la casse des services publics et la libéralisation de l’économie qui ont dévasté le pays. Mercredi, dans un pays sous le choc, au bord du chaos, des autorités aussi fragiles que peu légitimes décrétaient l’état de siège. Haïti plonge dans l’inconnu.


 

publié le 7 juillet 2021

La sacralisation de Bernard Arnault ou la démocratie malade

Par Romaric Godin sur le site www.mediapart.fr

L’action d’Attac consistant à peindre en noir la Samaritaine a provoqué l’indignation d’une grande partie de la classe politique, des Républicains au Parti socialiste. Mais en héroïsant Bernard Arnault, ces politiques acceptent son pouvoir et sortent l’économie du champ politique.

L’émoi a été immense. Le griffonnage en noir de la vitrine du nouveau magasin phare de LVMH, la Samaritaine, samedi 3 juillet au matin par l’association Attac a provoqué une levée de bouclier de politiques allant du Parti socialiste à la droite la plus dure.

L’action a été condamnée officiellement par la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui parle de « vandalisme », et par la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, ainsi que par plusieurs ténors du parti présidentiel. Chacun y allait de son indignation et on a pu se demander, à un moment, si toutes ces belles âmes n’allaient pas proposer de faire prendre en charge par la collectivité la cicatrisation de cette plaie béante sur le nouveau temple du shopping de luxe.

Comme le faisait remarquer l’économiste Stefano Palombarini sur le réseau social Twitter, on assistait à la reconstitution d’un « arc républicain » autour de la défense du malheureux Bernard Arnault, homme le plus riche de France touché au cœur par un gribouillage visant à rappeler que ce dernier avait vu son patrimoine s’alourdir de plus de 60 milliards d’euros en pleine crise sanitaire.

Avec cette affaire, le président de LVMH a pu s’assurer qu’il était devenu un nouveau totem pour cette pauvre République qui, décidément, en compte pléthore (la quantité compense peut-être la qualité). D’ailleurs, on n’oubliera pas que le 21 juin, c’est le président de la République lui-même qui est venu inaugurer, avec un discours des plus laudateur pour le milliardaire, la même Samaritaine.

Empressement des soutiens politiques

L’argument, à l’Hôtel de Ville comme à la Région était le même : il est indigne de s’en prendre à Bernard Arnault qui est si brave homme qu’il crée tout seul, par la seule force de sa volonté d’entrepreneur, beaucoup d’emplois. « La rénovation de la Samaritaine, c’est de l’emploi, de l’activité, de l’attractivité et du rayonnement pour Paris », a proclamé Anne Hidalgo.

Quant à Valérie Pécresse, elle dénonce une « attaque contre les créateurs d’emplois et moteur de l’attractivité ». Si on commence à s’en prendre au patron de LVMH, on pourrait le fâcher et le décider à ne pas créer lesdits emplois. Ce discours est fort intéressant par ce qu’il dit du débat politique, mais aussi du rapport de force au sein même de la République entre pouvoir politique et économique.

Protéger un milliardaire, ce serait « sauver » ou « créer » des emplois. Tous ceux qui s’en prennent donc même symboliquement à la figure de Bernard Arnault sont des ennemis de l’emploi. Et donc, partant, de la République.

Quoi qu’on pense de l’action d’Attac, elle n’était guère violente, elle se voulait symbolique. LVMH a évidemment les moyens financiers et humains d’effacer la peinture illico presto, ce qui, au reste, fut fait. Dès samedi après-midi, les visiteurs de la Samaritaine purent à nouveau admirer les montres à 150 000 euros qui leur étaient proposées à l’intérieur sans crainte d’un assombrissement désavantageux. La bénignité de l’attaque tranche donc fortement avec l’empressement des soutiens politiques.

Ce contraste signale que la figure du milliardaire est désormais sacrée au pays de la laïcité. Et s’il est sacré, c’est parce qu’il peut, selon son bon vouloir, décider du graal de la politique moderne, celui que tous les programmes promettent en vain depuis quarante ans : l’emploi. Ce que ce soutien signifie, c’est que cet « arc républicain » a décidé ouvertement de sanctifier la théorie du ruissellement et sa manifestation concrète : le chantage à l’emploi.

Protéger un milliardaire, ce serait « sauver » ou « créer » des emplois. Tous ceux qui s’en prennent donc même symboliquement à la figure de Bernard Arnault sont des ennemis de l’emploi. Et donc, partant, de la République. Le débat économique est donc entièrement neutralisé.

Bernard Arnault n’a pas fait œuvre sociale

Pourtant, cette vision n’a pas réellement de sens. C’est d’ailleurs pourquoi la théorie du ruissellement n’en est pas réellement une. Bernard Arnault a créé des emplois non pas selon son bon vouloir ou son génie propre, mais plutôt selon l’évolution de la demande de ses clients et celle de la rentabilité de sa firme. Or ces éléments dépendent d’éléments plus vastes que la volonté d’un homme. Ils dépendent des politiques économiques, des réglementations et des évolutions globales.

Bernard Arnault n’a pas fait œuvre sociale en créant des emplois. Il a renforcé sa rentabilité propre et sa position concurrentielle. S’il ne l’avait pas fait, d’autres auraient sans doute créé ces mêmes emplois pour répondre à la demande.

Et si les conditions générales n’avaient pas permis de créer des emplois sur ce marché, une autre configuration aurait peut-être permis d’en créer ailleurs. Enfin – et le patron de LVMH ne s’en est pas privé –, lorsque la rentabilité d’une entreprise l’exige, elle licencie. Elle peut bien le faire au nom du « sauvetage » des emplois, il n’en reste pas moins qu’elle détruit. Parfois irrémédiablement. Les salariés des sites de production de textile liquidés, comme ceux de Boussac Saint-Frères, peuvent venir dire à Valérie Pécresse et Anne Hidalgo ce que leur héros moderne a fait de leur savoir-faire.

Bref, le mythe de l’entrepreneur qui répand sur le pays ses bienfaits généreux est peut-être séduisant pour justifier certaines décisions, mais il ne résiste pas longtemps à l’examen. Et c’est d’ailleurs bien pourquoi les grandes firmes modernes – et là encore LVMH n’est pas la dernière – entretiennent des relations étroites avec le monde politique : c’est que leur existence même dépend des politiques publiques. Autrement dit, le soutien à Bernard Arnault n’a guère de sens. Le bon niveau pour discuter d’emplois, c’est celui des politiques économiques. C’est ce débat qu’Attac voulait ouvrir et c’est celui-là que notre nouvel « arc républicain » s’est empressé de refermer à coups de tweets indignés.

Or, si l’on ne peut plus discuter d’économie autrement que pour savoir comment protéger au mieux la fortune de Bernard Arnault, il est certain que le débat politique viendra se focaliser sur d’autres sujets, notamment sur les questions identitaires. Le climat délétère dans lequel la France s’enfonce peu à peu n’a sans doute pas une seule raison, mais cette neutralisation du débat politique est sans doute l’une de ces raisons.

Davantage un requin

Mais allons plus loin encore. Que défend-on lorsque l’on défend Bernard Arnault ? Le patron de LVMH soigne son style de grand patron français philanthrope qui a sauvé le luxe français. C’est de bonne guerre. Mais Bernard Arnault, c’est l’inverse absolu de l’entrepreneur qui s’est fait tout seul. C’est un héritier qui a utilisé tous les moyens pour devenir un géant de l’industrie du luxe.

On peut admirer son parcours si l’on veut. Mais on ne peut pas oublier qu’en 1988, il avait pris le contrôle de LVMH à la hussarde, et que ce rachat qui ne devait rien qu’à une forme de génie qui, dans le monde réel est fort peu apprécié, a fait de lui ce qu’il est aujourd’hui. C’est aussi celui qui a délocalisé une partie du luxe français dans les pays à bas coût, détruisant une partie du savoir-faire industriel ancestral national.

C’est enfin l’un des pionniers en France de la financiarisation de l’économie. C’est, au reste, son plus grand génie. Celui d’avoir su manier les représentations boursières des entreprises à grand renfort d’OPA hostiles ou de manœuvres discutables. C’est, du reste, de ce point de vue, davantage un requin qu’un bienfaiteur. En rachetant et en « rationnalisant » des dizaines de sociétés familiales, l’homme a sans doute – dans le meilleur des cas – autant détruit qu’il a construit. Sinon, pourquoi la famille Hermès a-t-elle tout fait pour éviter de tomber dans l’escarcelle d’un tel bienfaiteur qui intriguait sur les marchés pour ravir l’entreprise ?

L’expression d’un pouvoir sur les citoyens et les politiques

Grand optimisateur fiscal, comme tous les milliardaires de notre époque, Bernard Arnault a logiquement un patrimoine qui gonfle avec la bulle des marchés financiers davantage qu’avec ses activités réelles. Certes, chacun sait que ce patrimoine n’est pas de l’argent disponible pour le patron de LVMH, c’est une valorisation de marché qui, sans doute, disparaîtrait s’il décidait de la liquider d’un coup.

Mais on sait aussi que les revenus de ce milliardaire dépendent étroitement de ce patrimoine, ce sont des revenus du capital, car c’est de cela que vivent les riches aujourd’hui. Ce sont ces mêmes revenus qui ont été massivement défiscalisés par la réforme fiscale d’Emmanuel Macron en 2018. Et, partant, l’action d’Attac posait là une bonne question : il y a bien eu, pendant la crise, un enrichissement de ce personnage qui, déjà, ne sait que faire de sa fortune.

Bulles spéculatives

Et cet enrichissement, c’est le politique, autrement dit, en démocratie, la volonté générale qui y a participé : par le soutien aux marchés financiers des banques centrales et par les aides massives accordées à certains agents économiques. Dès lors, il y a bien là un sujet politique qui mérite décidément de se poser.

Ne pas se le poser revient en réalité à protéger un certain mode de fonctionnement de l’économie. Celui qui permet à un homme – au mieux à une famille – de s’enrichir au-delà même du raisonnable pendant que certains font la file devant les soupes populaires. Ces gens seraient-ils plus riches si Bernard Arnault l’était moins ? Assurément, et pour deux raisons.

D’abord, parce que l’on pourrait financer par un impôt sur la fortune le renforcement des politiques d’aides sociales. Ensuite parce que cet argent accumulé par le milliardaire ne sert pas qu’à « créer des emplois », loin de là. Si c’était le cas, cette France, que l’on dit si peu aimante des riches et qui compte tant d’ultrariches, serait aussi riche en emplois que l’Allemagne. Selon le dernier classement de Forbes, la richesse cumulée des 42 milliardaires français est de 512 milliards de dollars cumulés, soit presque autant que les 136 milliardaires allemands qui totalisent 623 milliards de dollars de fortune. Mais le lien entre fortune des milliardaires et emplois n’est rien d’autre qu’un mythe bon pour les politiciens paresseux.

Autrement dit : la fortune de Bernard Arnault sert à autre chose qu’aux emplois. Elle va principalement se loger sur les marchés financiers, où elle se multiplie encore avec la bénédiction des banques centrales (rappelons que la BCE a racheté beaucoup d’actions LVMH). Avec Bernard Arnault et ses pairs se réalise la prophétie de Marx selon laquelle la production n’est plus qu’un mal nécessaire au profit. Bernard Arnault est donc la figure incarnée de l’accumulation du capital qui est devenue sa propre fin.

En réalité, même un défenseur authentique du capitalisme devrait s’effrayer de la puissance d’un Bernard Arnault qui, outre sa tentation du monopole, se fait soutenir par l’action monétaire et budgétaire publique pour renforcer des bulles spéculatives. C’est pourquoi en faire un héros de l’emploi est risible, y compris d’un point de vue libéral.

Merci Bernard...

Si Schumpeter réapparaissait, il verrait plutôt dans le patron de LVMH, comme il le dit dans son livre Capitalisme, socialisme et démocratie, « l’exemple de cette unité industrielle géante parfaitement bureaucratisée » qui « élimine non seulement les firmes de taille petite ou moyenne » mais aussi « exproprie la bourgeoisie en tant que classe ». Il est donc bien désolant de voir la classe politique française avoir perdu tant de conscience idéologique qu’elle croit défendre le capitalisme en héroïsant son fossoyeur, si l’on en croit un auteur aussi libéral que le doctrinaire autrichien.

Mais c’est que cette classe politique a abdiqué sa propre prétention à diriger le pays. Incapable de s’interroger sur de vraies politiques d’emploi, sur la qualité et la fonction sociale de ces emplois, ces dirigeants en sont réduits à dire « merci » à quiconque propose un emploi, fût-ce pour vendre des montres indécemment onéreuses à des ultrariches qui viennent aggraver leur bilan carbone.

À cette abdication correspond la formidable volonté de puissance du milliardaire. Et c’est aussi pour cette raison que l’action d’Attac visait juste. Car la Samaritaine et ses fameux « 3 000 emplois », c’est avant tout un formidable lieu de pouvoir. Flâner dans les rayons de ce qui fut jadis un grand magasin populaire lève, de ce point de vue, tout doute. On est au-delà même du Bon Marché, autre magasin du groupe, dont les prix très élevés peuvent s’adresser à une clientèle parisienne aisée. Ici, on est au-delà du cher.

En réalité, une infime minorité de personnes peuvent acheter dans ce magasin qui ne saurait donc avoir une fonction principalement économique. La fonction est donc d’abord politique. Bernard Arnault étale ici son pouvoir et celui de ses pairs qui sont ses seuls potentiels clients au cœur de Paris, devant la statue de Henri IV et entre les deux palais des rois de France, entre la Cité et le Louvre. Pour lui qui a déjà placé ses pions au quatre coins du Paris du pouvoir, c’est une forme de couronnement.

Étalage de richesse

La Samaritaine n’est donc pas un simple magasin, c’est aussi un musée et un palais. Un musée parce que les badauds qui font longuement la queue depuis deux week-ends pour y entrer n’ont guère eu la possibilité pour l’immense majorité d’y acheter le moindre produit. Leur seule possibilité a été d’admirer ce que les ultrariches pouvaient s’offrir. Et c’est un palais parce que, précisément, en excluant la masse de l’usage commercial du lieu, mais en maintenant cet aspect commercial, Bernard Arnault fait sentir le pouvoir de l’argent aux péquenots ébahis.

Son projet est ici plus politique encore que celui du musée de son ennemi François Pinault à la Bourse de Commerce. Car, là-bas, rien n’est directement à vendre. Tous les spectateurs sont égaux devant l’étalage de la richesse de François Pinault. Pas à la Samaritaine où Bernard Arnault fait sentir aux passants le poids de son pouvoir sous forme d’un prix exorbitant. Ce grand magasin est devenu un instrument du pouvoir de ces princes modernes que sont les milliardaires financiarisés. En cela, la Samaritaine fait penser à ce palais de mille pièces que s’est fait construire Recep Tayyip Erdogan en 2014, à Ankara. C’est inutile et coûteux, mais c’est fait pour écraser le quidam, c’est-à-dire le citoyen.

Bernard Arnault, qui est aussi patron de presse, propriétaire des Échos et du Parisien, entre autres, n’est pas un bienfaiteur. C’est avant tout un homme de pouvoir qui en impose aux politiques. Voilà pourquoi l’anecdote de l’action d’Attac en dit long sur notre époque. À un an de l’élection présidentielle, des prétendants au trône et l’actuel président font quasi officiellement hommage, au sens féodal du terme, à un milliardaire.

En sacralisant sa fonction de créateur d’emplois, ils abdiquent de leur responsabilité et se reconnaissent officiellement redevables envers lui. Derrière les beaux discours sur l’emploi se cache donc une triste réalité, celle de ce qu’il faut bien appeler l’oligarchie.


 

publié le 6 juillet 2021

La retraitée et le réfugié sont devenus inséparables

par : Olivier Vilain sur le site https://www.secourspopulaire.fr/

Pendant les différents confinements, Cathy, retraitée, a hébergé dans son pavillon de Bègles Adam, alors demandeur d’asile. Ils sont devenus inséparables. Ils ont tiré de leur histoire un livre qui offre une bouffée d’humanité pour la journée mondiale des réfugiés, ce 20 juin.

Printemps 2020, Cathy, alors 64 ans, est penchée sur sa machine à coudre. Les personnels non soignants de l’hôpital de Centujean, à un kilomètre de là, lui ont demandé de confectionner des masques pour les protéger du virus Covid-19, alors que l’épidémie fait rage. Pour Cathy, il est hors de question de passer cette première vague en restant les bras croisés quand d’autres risquent leur vie. Alors, assise dans son salon, dans le coin le plus proche de la cuisine, elle taille le plus de masques possible – sans s’arrêter.

Installé chez elle depuis mars 2020, Adam sort de sa chambre qui donne sur le salon et voit la jeune retraitée, de dos, s’afférer. Le jeune homme de 21 ans lui propose de l’aider. Cathy lui fait de la place ; et là, c’est la surprise : non seulement il prend le coup de main de suite, mais en plus « il faisait dix masques le temps que j’en termine un seul », s’amuse encore Cathy, un an après.

Les deux "colocataires" se sont découvert des points communs inattendus. Avant même de se connaitre, ils nourrissaient l'espoir en un avenir meilleur.

« C’est à ce moment-là que je lui ai dit que j’avais été apprenti-tailleur à partir de 12 ans. J’allais après l’école dans un atelier près du marché », dit le jeune homme qui a fui le Tchad par peur de la répression. Adam Ahmat-Ali a toujours été scolarisé, mais a occupé en parallèle des petits boulots dans le secteur informel pour aider sa mère qui a dû s’occuper seule de ses quatre enfants. « Je lui ai raconté qu’à 6 ans, j’étais vendeur ambulant de cubes Maggi et de poches en plastiques sur le marché, Cathy a été beaucoup émue », raconte Adam.

Né dans le sud-est du Tchad, il y a 22 ans, le jeune homme a fui un quotidien proche de la misère. « J’allais à l’école avec de vieux vêtements, parfois sans chaussures et j’emportai le matin une galette et du sucre pour le midi. » Une fois à l’université de droit de N’Djamena, il a animé un mouvement étudiant critique à l’égard du régime allié de la France. Après des manifestations contre la « vie chère », lui et ses amis ont été incarcérés, puis ont subi une intimidation permanente de la part de la police. « Cela allait mal finir, ma vie était menacée. Je me suis décidé à partir. »

La rue, les squats et les hébergements d'urgence

Le 23 septembre 2019, il atterrit à Orly. Puis, ayant entendu dire qu’il y avait des compatriotes susceptibles de l’aider à Bordeaux, il descend en bus vers la ville qui s’est enrichie en exportant ses vins, mais aussi avec la traite d’esclaves, appelée aussi « commerce triangulaire ». Avec pour tout bagage un sac et son téléphone portable, il recherche des associations pour s’occuper et devient bénévole au Secours populaire. Toute la journée, il fait la ramasse des invendus alimentaires avec d’autres bénévoles. Il s’occupe des stocks de nourriture, assure des livraisons… Mais, le soir venu, il retourne dormir dans des cartons, d’abord au dépôt de bus, gare Saint-Jean, puis au marché des Capucins. « Au cours de la journée, je repérais des machines dégageant de la chaleur, des endroits où dormir. »

Pendant des semaines, il ne dit rien aux autres membres du Secours populaire. Mais bientôt il se lie avec plusieurs, en particulier avec Vincent, le fils de Cathy : « Il est vraiment de bonne compagnie. » « Bon, quand on a appris sa situation, ça nous serrait le cœur de le voir partir le soir », dit ce dernier, l’air pensif. Très vite, les bénévoles assurent un roulement. Adam va dormir chez les uns, puis chez les autres, entre deux places en foyer d’hébergement : « Heureusement, car la rue, c’est violent et dangereux », confie Adam dans un frisson. Invité à déjeuner, il fait la connaissance de la famille de Vincent. Jusqu’à l’annonce du confinement, début mars. « Là, j’ai tout de suite proposé à ma mère de l’héberger. Adam a tout de suite été d’accord. Il ne se voyait pas passer des mois dans une chambre avec sept inconnus », raconte Vincent, assis près de la bibliothèque sur laquelle les photos de famille sont disséminées entre la poésie d’Aragon et les œuvres reliées de Jean Jaurès.  

Un hébergement, des échanges

« J’avais perdu mon mari un mois avant le confinement et, avec ma sclérose en plaque, j’appréhendais de rester isolée pour un temps indéfini », se rappelle l’ancienne petite main de la Manufacture des tabacs de Bordeaux, qui marche avec l’aide d’une canne. A 65 ans, elle dégage une sacrée joie de vivre malgré les coups durs : la fermeture de son usine, sa reconversion à la mairie, sa maladie et le décès de Pierrot, son mari.  Elle a ouvert à Adam les portes de son « pavillon Phénix, construit à la fin des années 1980 », bordé par un petit jardin. « Le pauvre Adam, à peine arrivé en France, il est confiné avec une grand-mère », s’amuse Cathy, qui jette un coup d’œil complice à Adam, qui rit de bon cœur.

Les deux se sont soutenus pendant le premier confinement, puis pendant les couvre-feux. La vie à deux s’est vite organisée. Ils discutent beaucoup ; se racontent leur vie. Elle lui fait découvrir la cuisine française. Il assure une partie des tâches domestiques. Le soir venu, un rituel a été instauré : « On passait en revue des classiques de la culture populaire française : les Tontons flingueurs, les vieux films avec Belmondo, Amélie Poulain… » Et les deux mois de présence se sont transformés en dix mois et en de nombreux fous-rires. Dans le département, d’autres bénévoles vivent le même genre d’expérience que Cathy et Adam.

Confiné dans la solidarité

En accueillant Adam, l’ancienne déléguée CGT a pallié une carence collective. « Nous vivons pourtant dans un pays riche et une terre d’accueil », souligne la sexagénaire. Les traités internationaux font de l’accueil des exilés une obligation au regard de la dignité humaine. Le souvenir des luttes syndicales, l’entraide entre voisins et l’espoir partagé d’une vie meilleure font que Bègles est restée une commune ouvrière même après la disparition de ses industries. « On a d’abord accueilli des Républicains espagnols après la victoire de Franco et longtemps après des enfants palestiniens pour les vacances », observe la jeune retraitée. « Les migrants ne demandent qu’à se bâtir, dans la dignité, une vie meilleure », affirme Adam, d’un ton montrant que cette idée ne l’a jamais quitté.

Les pays européens ont restreint drastiquement l’accès à leurs territoires et aux procédures d’asile. Mais les jeunes sont poussés par la nécessité.

Tomáš Bocek, représentant spécial du secrétaire général du Conseil de l’Europe sur les migrations et les réfugiés (archive 2018)

Vincent connait bien les squats des environs de Bordeaux où vont se protéger les jeunes migrants, quand ils ne dorment pas le long des quais de la Garonne. « On se détourne de ces jeunes, qui désirent juste un avenir meilleur ici à défaut de pouvoir le construire là-bas, au nom de la fantasmagorie de ‘‘l’appel d’air’’ », râle Vincent. En effet, confirme le démographe François Héran, lors de l’une de ses nombreuses conférences au Collège de France, qui font référence sur le sujet des migrations : « ‘‘L’appel d’air’’ est sans cesse invoqué dans le débat public mais aucun démographe ne l’a jamais observé nulle part, ni même théorisé. » Bref, ''l’appel d’air'' c’est du vent…

Etudiant et toujours bénévole au Secours pop

Aujourd’hui, Adam a obtenu son statut de réfugié. Il a une chambre universitaire et poursuit ses études, tout en militant au sein d’un syndicat étudiant. « Je trouve encore le temps d’être bénévole au Secours populaire. » Après dix mois de « colocation », ces deux-là sont devenus inséparables. « La rencontre avec Cathy, c'est comme un rêve. J'ai retrouvé une maison, une famille et Cathy est devenue ma seconde maman », dit-il. « C’est devenu un membre de la famille », répondent Cathy et Vincent. De leur expérience est né un livre (voir encadré). En ce début d’été 2021, ils entament les séances de dédicaces dans une librairie de Soulac-sur-Mer. « Il y a un an j’étais dans mon pays. Maintenant, j’ai fait un livre et des dédicaces », rigole Adam.

publié le 5 juillet 2021

"Plus Jamais Ça" à la Coop des masques le jeudi 24 juin 2021

Sur le site https://solidaires.org

Le collectif Plus Jamais Ça (regroupement syndical et associatif dont est membre Solidaires) s’est rendu jeudi 24 juin à la Coop des masques (Côtes d’Armor).

Le 26 mars 2020, en pleine crise sanitaire du coronavirus, Solidaires Côtes d’Armor dénonçait le scandale de la fermeture de l’usine Honeywell de Plaintel et lançait l’idée de créer une SCIC, pour relancer un site industriel de fabrication de masques sanitaires. Très vite des syndicats et des associations du département, Attac, CGT, Confédération paysanne et FSU notamment, rejoignent l’idée et portent le projet.

Un an après, la coopérative fonctionne et produit des masques.

Pour reprendre la main sur les choix productifs et l’organisation du travail, il faut multiplier les expériences de gestion directe des entreprises par les travailleur·euse·s et les collectivités (publiques ou associatives) concernées par leur activité. On peut poser et organiser différemment l’accès au capital nécessaire pour les entreprises que via des grands investisseurs capitalistes !

Aux côtés des ouvrier·e·s de l’usine Honeywell de Plaintel, l’intersyndicale CGT, FSU et Solidaires des Côtes-d’Armor et les associations ont soutenu la création à Grâces, près de Guingamp, de la « Coop des masques, bretonne et solidaire ».

Nous le revendiquons, il faut une véritable politique publique nationale et européenne de soutien aux initiatives de ce type, démocratiques, écologiques et solidaires.

(voir un autre article sur cette visite, un peu plus bas à la date du 1° juillet)

publié le 4 juillet 2021

À Perpignan, contre le RN,
pas la foule mais une unité

Par Emmanuel Riondé sur www.mediapart.fr

L’appel à se mobiliser contre l’extrême droite samedi, à Perpignan, en marge du congrès du RN, a rassemblé autour de deux mille personnes. Un « succès » mitigé mais dont beaucoup se contentent.

Perpignan (Pyrénées-Orientales).– Il y a une quinzaine d’années, une mobilisation nationale contre l’extrême droite dans la ville où le Rassemblement national (RN) tenait son congrès aurait très probablement réuni bien plus de monde. Mais au terme d’une éreintante année Covid, en début d’été, une semaine après avoir entendu partout que le RN venait de connaître une sévère défaite, réunir autour de deux mille personnes (trois mille selon les organisateurs à qui les renseignements généraux avaient confié qu’ils attendaient 1 200 personnes), dans une ville aux confins des Pyrénées-Orientales, n’est pas si mal. C’est ce sentiment un peu mitigé qui habitait beaucoup de celles et ceux qui se sont retrouvés ce 3 juillet place de Catalogne au cœur de Perpignan, au terme d’une journée de mobilisation que ses organisateurs avaient voulu « conviviale, festive et revendicative ».

L’appel à se retrouver « ensemble contre l’extrême droite » à l’occasion du 17e congrès du RN qui se tient ces 3 et 4 juillet au Palais des congrès, avait été lancé depuis plusieurs semaines et signé par trente-trois organisations politiques, syndicales, associatives ou collectifs des Pyrénées-Orientales. Un caractère unitaire abouti sur le papier mais aussi, selon les concernés, dans la préparation concrète de la mobilisation qui ne s’est pas limitée à la manifestation : des prises de parole et des concerts étaient organisés en amont et en aval.

Le cortège, lui, s’est élancé en début d’après-midi, traçant une large boucle en ville, à bonne distance du Palais des congrès. Sous l’œil de policiers en civil et en uniforme et avec un service d’ordre CGT à l’ancienne bien fourni. « Même si on n’est pas taillé pour ça, on est quand même nombreux, et pas que de la CGT, c’est important », estimait un quinquagénaire goguenard, ceint d’un brassard SO.

Beaucoup plus nombreux en tout cas que les responsables politiques nationaux à la tribune de la conférence de presse organisée le matin. Seul Philippe Poutou du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) et Thomas Portes de Génération·s étaient présents. Ni La France insoumise (LFI), ni le Parti communiste français (PCF), ni Europe Écologie-Les Verts (EELV) n’avaient jugé utile de déplacer des cadres parisiens. À leur côté, en plus des représentantes et représentants locaux du PCF, de la CGT, de la Ligue des droits de l’homme, de la FSU et de Solidaires notamment, se trouvait aussi Carles Riera, député de la CUP, le parti indépendantiste siégeant au parlement de Catalogne à Barcelone. Venu en voisin proche, il a rappelé combien « l’antifascisme était un vecteur d’union et d’intégration » de l’ensemble des forces de gauche.

« Nous avons besoin dans ce pays d’avoir des moments et des temps forts pour offrir d’autres horizons et des perspectives émancipatrices. Il est important de ne jamais banaliser l’extrême droite », a pour sa part rappelé Thomas Portes, faisant le lien avec la mobilisation du 12 juin qui « n’était pas une initiative d’un jour ». Le candidat du NPA à la prochaine présidentielle s’est, lui, dit « satisfait de l’aspect unitaire de la mobilisation » avant d’avertir : « On parle de l’échec du RN depuis une semaine, mais en réalité, ce n’est pas vraiment le cas. Ils sont maintenant implantés dans le décor et il faut faire le lien avec ce qui se passe à l’international, en Hongrie, au Brésil… L’extrême droite est bien là, on le voit aussi en France avec les attaques sur les librairies par exemple. »

Une référence aux actions violentes fréquentes des groupes fascistes à Lyon. Des militants de la Jeune Garde lyonnaise, collectif antifasciste, étaient d’ailleurs présents dans un cortège où se succédaient les troupes de la CGT, celles des autres syndicats mêlés aux organisations politiques – grosse présence du NPA et de Vigilances et initiatives syndicales antifascistes (VISA), très actif dans le département – des drapeaux de l’Union communiste libertaire (UCL), de la Confédération nationale du travail (CNT), et enfin des collectifs, associations et organisations autonomes.

Dans cette petite foule déterminée, rassemblant très majoritairement des militants, Gaspard, 24 ans et Zoé étaient venus de Montpellier « On n’a pas une situation comme à Lyon, confiaient les deux jeunes, mais on reste vigilant. Parce que, vraiment aujourd’hui, partout, c’est l’extrême droite qui dicte l’agenda politique, c’est ça le problème. » Un peu plus loin, Romain et Wilfried, portant leur banderole de l’étoile sportive de Rosallio, un club omnisport « populaire, féministe, antisexiste, antifasciste », se félicitaient de la «bonne ambiance » du cortège tout en regrettant qu’il n’y ait « pas assez de monde ». Mais, précise Romain : « Il ne faut pas oublier qu’on est dans une ville du RN, ici… Et depuis qu’Aliot est aux affaires, on entend beaucoup de gens expliquer qu’il faut lui laisser un peu de temps pour voir ce qu’il fait vraiment. Mais nous, on sait : ça pue maintenant à Perpignan, il a déjà augmenté les effectifs de la police municipale. »

Secrétaire départemental de l’union départementale CGT, Julien Berthélemy confirme le discret virage autoritaire de la mairie : « Au début, elle ne s’est pas opposée à notre mobilisation et puis ils ont commencé à nous mettre des petites piques. Ils voulaient qu’on arrête tout à 16 heures. Il y a eu des arrêtés préfectoraux étonnants… » En l’occurrence un sur l’interdiction de consommation d’alcool (la CGT avait déployé ses buvettes sur la place de Catalogne) et l’interdiction de transporter des produits pyrotechniques et inflammables, juste sur la durée du week-end.

Dans la matinée, un militant du NPA venu du nord de la France a été interpellé par la police nationale alors qu’il avait rejoint ses camarades dans le local du parti en ville, avant d’être relâché deux heures plus tard. Des petites manœuvres d’intimidation qui n’ont impressionné personne mais qui ont conforté tout le monde : « Cette mobilisation n’est pas massive mais le cadre unitaire a fonctionné et au niveau local, ça va consolider les liens entre les militants qui veulent bosser ensemble », confiait Jean Boucher, l’un des organisateurs, un peu avant la fin de la manifestation. Et dans le contexte actuel, « c’est déjà pas si mal »


 

publié le 3 juillet 2021

Des citoyens tentent de se réapproprier
un jeu politique verrouillé

Par Fabien Escalona et Mathilde Goanec sur le site www.mediapart.fr

Démobilisés par les partis traditionnels, les citoyens explorent d’autres formes d’activisme politique. Un phénomène qui va à l’encontre des déplorations sur l’abstention mais qui n’est pas encore une alternative. Recensions croisées des ouvrages d’Albert Ogien et Raphaël Challier.

À la seule lumière des chiffres, il y a bien de quoi s’affoler. Les Français se désintéressent largement du processus électoral, les plus jeunes en particulier. Presque toutes les dernières élections ont battu des records, l’exemple le plus récent étant celui des municipales (58 % d’abstention au second tour), la part de contexte sanitaire empêchant cependant une analyse définitive.

Seule la présidentielle reste épargnée, même si tendanciellement la courbe s’est légèrement affaissée depuis 2007. Au second tour en 2017, 25 % des électeurs ne se sont pas déplacés. Aux législatives, plus de la moitié des électeurs ont passé leur tour, reléguant l’élection des députés à un scrutin de deuxième rang.

Pour les régionales (les départementales sont dans le même étiage), la décrue des électeurs est continue, avec une légère inflexion en 2015, l’année du grand redécoupage ayant contribué à médiatiser davantage l’échelon et ses enjeux. Mais en trente ans, cette élection a perdu la moitié de ses votants.

Seulement, la panique à bord est un peu vaine si l’on s’obstine à voir dans les élections le seul signal viable de l’état de notre démocratie. C’est la thèse défendue par Albert Ogien dans son dernier essai sur les mouvements citoyens, Politique de l’activisme (PUF). Le sociologue, directeur de recherches au CNRS, appelle aussi à se départir du « discours geignard » sur l’abstention et son corollaire supposé, « la dépolitisation », un mot fourre-tout « rapporté uniquement au fait de suivre, par le vote, les indications d’un parti politique ».

Une réflexion qui fait suite à un premier ouvrage, écrit en 2011 avec Sandra Laugier, Pourquoi désobéir en démocratie ?, et à un second en 2014, Le Principe démocratie : enquête sur les nouvelles formes du politique, qui actaient déjà une forme d’effervescence politique, couplée au souhait d’un nombre grandissant de citoyens de contrôler plus directement l’action de leurs dirigeants.

Albert Ogien en est persuadé : « La société est en pleine ébullition, elle se mobilise mais en dehors des partis, à tel point que ces derniers tentent d’apparaître maintenant sans logo, sans étiquette, à pas feutrés même dans les mobilisations sociales ces dernières années, se plaçant derrière quand ils ont longtemps été devant ». D’autres associations et collectifs occupent les lieux et canalisent l’envie tout comme les idées. « Le champ politique s’en retrouve extrêmement rétréci et la caricature de cela est la position d’Emmanuel Macron, en duel avec Marine Le Pen, poursuit le chercheur. À la fin, le match se joue entre deux personnes, toutes deux à la tête de partis de votants, sans les militants. » 

Publié récemment, Simples militants (PUF) offre justement une étude instructive des mécanismes qui nourrissent la défiance à l’égard du champ électoral et de la vie politique conventionnelle. Le sociologue Raphaël Challier y délivre les résultats d’un travail doctoral de quatre années. Son enquête est une plongée ethnographique dans les sections locales de trois organisations de droite et de gauche : le FN (devenu Rassemblement national) en Lorraine, l’UMP (devenu Les Républicains) et les Jeunes Communistes en banlieue parisienne. Il montre comment, dans les partis, les membres des classes populaires éprouvent tout particulièrement les dispositifs qui creusent une distance entre les élites politiques et les citoyens ordinaires. 

Leur cas est d’autant plus intéressant qu’ils se situent à l’intersection entre les « profanes » et les « spécialistes » de la politique. L’intérêt de l’ouvrage réside en effet dans le dépassement des visions misérabilistes ou simplistes des militants populaires. Certes, ceux-ci sont « subalternes » dans l’espace politique étudié, comme dans l’espace social en général. Mais Raphaël Challier décrit aussi comment ils échappent à cette condition, en réévaluant leur autonomie et l’importance de leur rôle sur le terrain. « L’expérience des militants populaires ne saurait être réduite à la soumission passive à un ordre implacable, écrit-il en conclusion. Elle implique aussi des marges de manœuvre, qui s’appuient sur des traits culturels populaires et sur les spécificités des différentes organisations. » 

Tout au long de l’ouvrage, l’auteur s’appuie sur ses observations pour contester l’homogénéité supposée des milieux populaires dans certains diagnostics hâtifs sur leur dépolitisation ou leur ancrage du côté de la droite radicale. Les trajectoires familiales et professionnelles de ses enquêtés ont favorisé des « consciences sociales » distinctes, que l’exposition à des valeurs et des doctrines politiques singulières est venue encourager – un rappel bienvenu que les cultures et les idées politiques comptent, et ne sont pas que des jouets stratégiques dans les mains des chefs de partis. 

Un point de vue que partage Albert Ogien : « Il faut en finir avec le syndrome du dirigeant politique fin manœuvrier, quand il ne fait le plus souvent que composer avec la situation et les attentes sociales du moment. »

Pour ces raisons, Raphaël Challier parle des militants populaires qu’il a côtoyés comme d’« intermédiaires politiques » : un chaînon (qui pourrait devenir manquant) entre groupes sociaux subalternes et organisations politiques spécialisées. « Pourtant, relève-t-il aussitôt, ce rôle crucial […] se traduit rarement par leur accès à des positions dirigeantes ou à des mandats. » Car malgré les nuances apportées par l’auteur, le constat général des tendances oligarchiques du fait partisan n’est pas démenti. Il est même remarquable qu’en dépit de la diversité des organisations étudiées, ces « processus élitistes » se retrouvent de manière implacable. 

Les attentes placées en ceux qui pourraient exercer des responsabilités d’élu ou dans l’appareil ne sont pas socialement neutres. Il faut avoir assez de ressources économiques, de temps, d’autonomie et de stabilité dans sa vie pour s’engager durablement dans les arcanes du parti. « Mais la principale difficulté, analyse l’auteur, renvoie aux ressources culturelles. » Dès que l’on dépasse l’échelon local, il faut pouvoir naviguer entre plusieurs niveaux de langage, maîtriser sa propre image, des codes et des références abstraites, se faire accepter au sein de réseaux de sociabilité fermés, etc. Toutes ces ressources, résume Challier, « sont presque toujours celles des classes aisées ».

Le résultat est une somme de « luttes de classes » internes – au pluriel car susceptibles de concerner des groupes sociaux très proches – qui ont de quoi nourrir du découragement, un sentiment d’exclusion, voire un rejet de l’organisation. Les défections peuvent prendre la forme de pratiques sciemment alternatives, correspondant mieux aux intérêts et cultures populaires. Les dernières lignes de Simples militants font ainsi allusion au mouvement des « gilets jaunes », sur lequel l’auteur a également travaillé : « Quand, à force d’ethnocentrisme et d’élitisme ordinaire, on chasse les classes populaires des assemblées, des partis, des collectifs et des groupuscules, celles-ci reviennent parfois exiger leur part de citoyenneté. »

Dans son essai, Albert Ogien prend acte, quant à lui, de la disparition du monde militant d’hier et le confronte à l’activisme d’aujourd’hui, nettement désaffilié. « Cette fuite des militants s’étale en majesté à l’occasion des élections régionales, où l’on voit les partis dans un désarroi absolu face à cette absence d’expression politique. C’est le désarroi de gens qui pensent faire le bien face à une population qui ne leur prête plus guère d’attention. »

Un désarroi partagé par les commentateurs (experts sondagiers, journalistes, conseillers...), désarmés par l’absence des citoyens dans le champ électoral, au point de voir se forger le concept de la « rue contre les urnes », ou même du « peuple contre la démocratie », ignorant par là même d’autres mouvements et d’autres travaux, sur la montée en puissance de la démocratie délibérative et participative notamment. 

L’idée d’une démocratie seulement adossée à l’élection a la vie dure, au détriment d’une démocratie de la contestation ou « continue » qui offre des occasions d’intervention et de contrôle entre les scrutins. « Le mouvement #MeToo, celui contre les féminicides, Black Lives Matter, les jeunes en lutte pour le climat, à chaque nouveau projet d’infrastructure sa ZAD..., ça bouillonne de partout, liste Albert Ogien, qui insiste aussi pour regarder ce phénomène au-delà de nos frontières, citant le Hirak algérien, les révoltes hongkongaise ou biélorusse. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir cette ébullition. »

Pour décrire cette marmite contestataire, en dresser les stratégies et les écueils, Albert Ogien a forgé la notion de « pratiques politiques autonomes » et fait au passage un sort à l’expression de « société civile », « qui ne dit plus rien », instrumentalisée à l’envi par les élus eux-mêmes pour tenter de renouer le fil avec la population. En effet, quoi de commun entre l’experte sur le climat, celui qui va organiser une collecte alimentaire dans son quartier et le « noyau dur d’activistes sauvages » qui tentent, parfois par le biais de l’illégalité ou de la désobéissance civile, de remettre en cause les règles communes ? 

Une fois la clarification opérée, la gamme de pratiques et d’objectifs repérés, se pose la question d’après, celle du but poursuivi et des stratégies mises en œuvre pour le satisfaire. En particulier aux mouvements les plus fiévreux, comme Extinction Rebellion (XR), venu d’Angleterre et importé en France en 2019, et qui a depuis multiplié les actions coups de poing. « L’un des slogans de XR, c’est “Dites la vérité”. Les Pays-Bas, la Hollande, l’Angleterre reconnaissent désormais l’urgence climatique, et que se passe-t-il ensuite ? Pas grand-chose… On peut bien sûr imposer des termes et des combats dans l’espace public, et de ce point de vue, la mobilisation autour des féminicides ou sur le harcèlement sexuel est incroyable, mais ça n’empêche pas les femmes d’être assassinées. »

Le sociologue souligne la responsabilité du champ de l’activisme « à se doter d’une politique » et à lever les blocages sur le pouvoir, trop souvent considéré comme un corps étranger. « Une des limites de l’activisme aujourd’hui est clairement la conquête du pouvoir. Aux États-Unis, les écolos commencent à articuler sérieusement la question de la fin du capitalisme et de l’écologie, le mouvement Black Lives Matter assume de vouloir être à la Maison Blanche et au Congrès. » 

En France, le mur de séparation entre l’univers professionnel des politiques et l’activisme tient bon. « Cela va finir par sauter et c’est pour ça qu’il faut regarder de près ce qui s’est passé à Marseille lors des dernières  municipales, estime Albert Ogien. Il est temps de réfléchir à négocier les alliances entre les partis et les acteurs politiques autonomes. Mais, dans l’intervalle, vont perdurer des frictions entre ces deux mondes. »

Par une curieuse pirouette, la question élective se poserait donc sérieusement à l’activisme. Dans son livre, Albert Ogien rappelle la destinée d’Occupy Wall Street, qui a « décontenancé le pouvoir américain pendant 28 jours » en 2011, selon les mots d’un des leaders du mouvement, Micah White. « Ces mouvements ne sont pas faits pour durer. Il leur faut un relais. » Les expériences de Podemos en Espagne et surtout du Mouvement Cinq Étoiles en Italie, souligne le sociologue, « doivent être regardées et jugées comme telles ».

Les exemples d’Albert Ogien, pointant vers une réappropriation de la politique, sont cependant ancrés dans une sociologie qui n’est pas neutre, au sens où elle pointe davantage vers des catégories diplômées, sinon aisées, que vers des milieux populaires accumulant les désavantages matériels et symboliques. D’une certaine façon, cela confirme l’essoufflement du circuit représentatif des démocraties libérales contemporaines, jusqu’à concerner le môle de stabilité des classes moyennes.

Il reste que le phénomène d’éviction sociale peut tout à fait se produire au sein des groupes « insurgés » insatisfaits de la vie politique traditionnelle. Même dans les mouvements censés traduire le retour d’un peuple émancipé de son oligarchie élective, on peut constater l’invisibilisation des milieux populaires, par négligence de leurs attentes et intérêts, ou monopolisation de leur parole par des acteurs davantage dotés en codes et en ressources pour intervenir dans la sphère publique. En France, les gilets jaunes ainsi que les mobilisations climat n’ont pas complètement échappé à ce travers.

C’est ce que relève Raphaël Challier dans Simples militants. Au cours de son enquête, il a identifié des pratiques de la politique propres aux milieux populaires, ancrées dans le local et les enjeux concrets, éloignées des enjeux propres aux élus professionnalisés. Mais il émet une alerte : « Si ce livre porte un message politique, ce serait d’inciter les spécialistes de toutes obédiences (professionnels, élus, militants et activistes diplômés) à prendre conscience du caractère socialement situé de leurs discours et de leurs pratiques, qui démobilise souvent les citoyens moins bien dotés »

publié le 2 juillet 2021

Anne Jadot : « Le brouillage de l’offre politique est conséquent »

Par Mathilde Goanec sur le sit www.mediapart.fr

L’abstention record lors du premier tour des élections régionales et départementales ravive les questions sur les raisons d’un tel désaveu démocratique. La politiste Anne Jadot répond à celles de Mediapart.

Même si le vote ne constitue pas l’alpha et l’oméga de la vie démocratique, l’abstention record constatée lors du premier tour des élections régionales et départementales inquiète sur le fossé qui se creuse entre les citoyens et le monde politique. La tendance est lourde, elle touche tous les partis.

À mesure que les chiffres montent, les différences s’estompent parmi les abstentionnistes, l’âge restant le seul élément vraiment déterminant. La réponse du personnel politique, qui crie au péril et à la remobilisation depuis une semaine, semble pour le moment décalée par rapport aux enjeux profonds du manque de participation. Les méthodes des sondages, déjà sujets à caution, sont pareillement emportées dans la tourmente.

Anne Jadot, maître de conférences en science politique à l’université de Lorraine, spécialiste de l’abstention, insiste sur la nécessité de réfléchir à l’offre et à la manière dont sont menées les campagnes, plutôt que de gronder comme des enfants les citoyens boudant les urnes.

Vous dressiez dans le passé une sorte de typologie des abstentionnistes, les « exclus du vote », « les votants intermittents », les « militants du vote blanc »… Est-ce que ces catégories tiennent encore, avec une abstention si élevée ?

Anne Jadot : Je continue de penser qu’il faut se méfier des métaphores à chaud sur « le premier parti de France » que constitueraient les abstentionnistes, tous mis dans le même sac. De même que celle des « pêcheurs à la ligne » ou les analyses sur l’impact de la météo ou de la fête des pères sur le scrutin… Les ressorts sont bien sûr plus complexes que cela. Mais si on a atteint un tel record, c’est quand même qu’une tendance lourde et inquiétante se dessine, une addition de plusieurs raisons qui ont pu renforcer ces différents profils. On constate un véritable lissage des inégalités de participation, à part l’âge, qui reste le seul élément réellement discriminant. Par exemple, le niveau de diplôme a désormais beaucoup moins d’effet, les cadres s’abstiennent presque autant que les ouvriers.

Il a beaucoup été question de l’abstention des jeunes pour ce scrutin, mais moins de celle des trentenaires, presque aussi massive…

Tout à fait, cela déborde largement la tranche des 18-24. Même chez les plus de 65 ans, on est à 40 ou 45 % de votants, ce qui a été un peu éclipsé également. L’âge reste cependant le meilleur prédicteur de la participation.

Quelles sont, selon vous, les raisons d’une si faible participation ?

Vous avez des raisons qui tiennent à la nature de l’élection ou aux enjeux de politique publique qu’elle soulève. Cette année, cette dimension était absente. Au lieu de jeter l’anathème sur les électeurs, que le personnel politique s’interroge sur la manière dont il a appréhendé cette campagne. Il y a bien sûr eu des effets conjoncturels, liés à la crise sanitaire – l’absence de réunions publiques, le faible porte-à-porte –, qui sont déterminants pour des élections locales, mais cela ne suffit pas à expliquer un tel record.

On a coutume de dire qu’une élection peut en cacher une autre. Les départementales étaient, avant leur réforme, un scrutin très personnalisé, de proximité. On votait pour son conseiller, que l’on connaissait à l’échelle du canton. Les départementales, couplées cette année aux régionales, sont passées inaperçues et n’ont pas joué le rôle d’entraînement qu’elles pouvaient avoir dans le passé. Les grandes régions créées en 2015 n’aident pas davantage les électeurs à avoir des repères.

Si on rajoute à cela le fait qu’une grande partie de la campagne s’est jouée sur des compétences qui ne sont pas régionales… Enfin, le brouillage de l’offre était conséquent, y compris entre les deux échelons. Sur le temps long, voir des partis, à droite comme à gauche, monter en permanence des alliances à géométrie variable, ne permet pas à l’électeur de s’y retrouver. Ce sont autant de moteurs de la participation qui s’éteignent.

Est-ce que cette élection intermédiaire n’a pas souffert également de l’absence, paradoxalement, de l’effet mobilisateur du « vote sanction » ?

Les élections intermédiaires peuvent effectivement servir de mécanismes d’alternance et de balancement vis-à-vis du pouvoir en place. Il y a traditionnellement une démobilisation des électeurs du président et une sur-mobilisation de l’opposition. Cette année, ce mécanisme était plus difficile à mettre en œuvre car il n’y a tout bonnement pas de sortants LREM (La République en marche) à la tête des régions. Il n’y avait pas vraiment pas de quoi « nationaliser le scrutin ».

Qu’est-ce qui vous semble brisé dans le ressort électoral, dans l’acte d’aller voter « en lui-même » ?

Au-delà de l’offre, on vote aussi pour des questions de principe. Les citoyens, souvent plutôt de gauche, votent pour honorer d’une certaine manière le droit de vote en lui-même. Avec des justifications sur le droit des femmes, par exemple, acquis récemment, ou en comparant la France avec d’autres régimes, moins démocratiques. À droite, on vote par devoir, éventuellement aussi par habitude. Dans des entretiens menés sur la question, des femmes disaient même, au masculin, voter pour être « un bon Français, un bon citoyen ».

Ces deux aspects s’érodent considérablement et ces ressorts deviennent très clivés entre générations. Si l’on considère l’évolution démographique qui est la nôtre, on peut craindre que la fracture générationnelle ne soit plus grande encore à l’avenir.

Pourquoi ces arguments de principe ne marchent plus aujourd’hui ?

Par des phénomènes de socialisation politique différents. Qu’est-ce que l’on constate chez les jeunes qui ont 15 ou 18 ans aujourd’hui, à l’âge où l’on peut commencer à se construire politiquement ? Peu de confiance dans les hommes et femmes politiques, de la désillusion, un profond désenchantement démocratique qui pousse à investir d’autres formes de participation politique. Deux générations plus tôt, le vote était central. Puis on a eu la « génération 68 » où les actions collectives se doublaient encore de l’exercice du droit de vote. Les plus jeunes vont s’engager dans des associations, des coordinations, des actions mais décrocher de la participation électorale.

Nous avons plusieurs fois constaté aussi, dans nos enquêtes qualitatives, que nombre d’électeurs considéraient que pour pouvoir « râler ensuite », pour avoir voix au chapitre en quelque sorte, il fallait quand même « aller voter ». Mais comme l’utilité perçue du vote diminue, cette pratique faiblit elle aussi.

Cette abstention, qui n’est pas le fait d’une masse d’individus uniforme, peut-on la définir comme un acte politique pour certains ?

On ne peut pas le quantifier pour cette élection, si rapidement après les résultats. Pour caractériser ceci correctement, il faudrait demander dans les études post-élections ce que les abstentionnistes de tel scrutin ont voté aux dernières élections, s’ils sont des abstentionnistes réguliers ou intermittents.

Mais je mets en garde dans tous les cas contre cette sorte de vœu pieux qui consisterait à penser que l’acte de s’abstenir est politique pour tout le monde. Peut-être chez la fraction des très diplômés, plus politisés que les autres, on peut imaginer un refus diffus du duel Le Pen-Macron annoncé, ou une manière de sanctionner la droite comme la gauche pour la faiblesse de l’offre politique, une manière de dire qu’on ne va pas « nous faire le coup à chaque fois ».

Mais pour tout un pan des abstentionnistes, en difficulté sociale et économique, les préoccupations les plus urgentes ne portent tout simplement pas sur la politique, qui n’est plus vue comme une réponse à leurs problèmes.

Il y a bien des effets de sur-mobilisation ou de démobilisation en fonction de l’enjeu politique ? La participation ne repose pas uniquement sur des données sociologiques (âge, métier, niveau de diplôme, lieu de vie, rémunération, etc.) ?

Prenons 2002 : il y a eu une sur-participation de 7 points au second tour, qui opposait Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen. Donc, quand l’enjeu est perçu comme grave, les électeurs se mobilisent. En 2017, même configuration ; c’est pourtant déjà beaucoup moins vrai. Il y a même eu pour la première fois depuis 1969, plus d’abstentionnistes au second tour qu’au premier. Si on compte ceux qui ne sont pas allés voter en 2017 ou ont voté nul ou blanc, c’est un tiers des inscrits. Ce n’est pas très engageant pour 2022.

L’abstention d’ordre « politique » est-elle de gauche ou de droite ?

Là encore, il y a un effet en trompe-l’œil sur l’abstention différenciée. Ceux qui se sont le plus mobilisés en 2017 au premier tour sont les électeurs de François Fillon. On pourrait monter une interprétation farfelue sur un désir de revanche sur 2012... Mais c’est surtout un effet d’âge ! Ces électeurs sont plus vieux, souvent catholiques pratiquants, la notion du « devoir » continue de bien marcher. Pour les dernières élections régionales et départementales, l’aspect conservateur ou légitimiste fonctionne aussi très bien puisqu’on va voter pour les sortants, de droite comme de gauche. Voter pour le sortant, ce n’est pas juste approuver une politique, c’est voter pour celui que l’on connaît. Or, dans cette campagne, à part quelques débats sur France 3 en soirée, les électeurs ont eu peu de chance de connaître et reconnaître les autres candidats.

Contrairement à ce que l’on a longtemps cru, l’abstention ne profite pas tant que cela au RN.

Pour vous donner une idée, en 2002, il a à peu près 200 000 voix d’écart entre Lionel Jospin et Jean-Marie Le Pen au premier tour. Le Pen fait 400 000 voix de plus qu’en 1995. Mais Jospin en perd lui 2 millions ! Donc, effectivement, l’abstention ne touche pas de manière égale les partisans des différents partis.

Cette fois-ci, cela n’a pas vraiment été le cas car il n’y avait pas non plus vraiment de têtes d’affiche à l’extrême droite pour cette élection. Par ailleurs, en 2015, nous étions peu de temps après les attentats du 13-Novembre, et la préoccupation sécuritaire était très haute. Marine Le Pen était tête de liste dans les Hauts-de-France et Marion Maréchal-Le Pen dans le Sud-Est. Il y avait un effet d’entraînement.

Est-ce que cela donne quand même une indication pour la présidentielle ou pas du tout ?

Attention à ne pas dupliquer les analyses d’une élection sur l’autre… La présidentielle 2022 sera une élection sans doute plus mobilisatrice, mais on n’a pas encore une offre claire pour le premier tour, et c’est déterminant pour la participation.

Est-ce que, d’une certaine manière, la normalisation du RN fait entrer ce parti, comme les autres, dans les affres de la démobilisation de ses électeurs ?

Oui, même si on ne peut toujours pas considérer le RN comme un parti tout à fait comme les autres. Pendant des années, les électeurs qui disaient vouloir voter pour le Front national ne souhaitaient pour autant pas voir le candidat FN gagner l’élection. Il s’agissait d’un vote contestataire. Le fait qu’aujourd’hui Marine Le Pen se pose comme une candidate crédible, qui veut le pouvoir, peut être repoussoir pour des électeurs qui l’utilisaient comme un réceptacle de leur colère. On peut penser aujourd’hui que ceux qui votent RN souhaitent voir ce parti au pouvoir, ce qui n’est pas moins inquiétant...

Par ailleurs, la théorie des vases communicants ne fonctionne pas : ce ne sont pas d’autres partis, apparaissant également « contestataires » comme La France insoumise, qui gagnent ces voix. L’abstention remplit, peut-être, ce rôle-là mais, encore une fois, c’est difficile de présumer de ce que les gens veulent vraiment dire ou faire, quand ils ne votent pas.

Y a-t-il encore des électorats moins volatils que d’autres ? Des électeurs dont la culture militante cadre le vote plus fortement ?

Disons déjà qu’il y a très peu de militants politiques en France, autour de 2 %. On a pu, notamment à travers des études sur la gauche plurielle à la fin des années 1990, élaborer ce genre de différence à propos du PS, du PCF et des Verts. Cette culture de fidélité partisane a existé dans tous les partis. Des gens savaient ce qu’ils allaient voter sans même connaître le nom du candidat. Une proportion plus importante d’électeurs savaient également plus longtemps à l’avance ce qu’ils allaient voter. Cela aussi s’érode car les partis ont des stratégies d’investiture différentes, ils peuvent désormais soutenir des candidats d’autres partis, le sentiment de proximité partisane s’effrite.

Du coup, l’électeur attend de voir qui se présente, peut même faire des infidélités à son parti « de cœur ». Les mobilités se développent à l’intérieur d’un bloc politique. Ils ne franchiront pas forcément la frontière gauche-droite, mais dans chacun des camps politiques, ces électeurs vont naviguer un peu.

Nous avons étudié par exemple la primaire de la gauche de 2017, et cela permettait de comprendre les germes de la victoire de Benoît Hamon à la primaire mais également les raisons de sa défaite à l’élection présidentielle. Benoît Hamon a gagné sur des thématiques et son électorat mettait en critère principal de son choix son appartenance claire à un camp, celui des convictions de gauche, sans attacher de grande importance à la figure du candidat en lui-même. Ce qui voulait dire que ce même électorat pouvait aussi voter pour un autre candidat de ce camp, comme Jean-Luc Mélenchon, et c’est ce qu’il a fait. Ceux qui votaient pour Valls au contraire accordaient de l’importance à la stature, au bilan, au caractère « présidentiable ». Dès le premier tour, ils n’ont alors eu guère de scrupule à voter Macron.

Les sondages sont-ils taillés pour une abstention si massive ? Et comment les croire encore ?

Le problème, c’est que les instituts de sondage ont énormément de mal à évaluer la certitude d’aller voter. Ils ont un gros travail à faire pour filtrer les intentions de vote selon le degré de certitude que les répondants y aillent vraiment. Mais raffiner les résultats à ce point est une vraie gageure, ils devraient donc être très prudents et s’en tenir à des fourchettes ou des potentiels électoraux. Ou encore publier des hypothèses, en fonction des taux d’abstention.

Ceci dit, en tant que chercheuse, mais aussi en tant que citoyenne, je note que malgré cette incertitude, depuis le changement des règles de pluralisme dans les médias, on prend aussi comme critères de l’équité les sondages ; c’est donc le serpent qui se mord la queue. Cela fausse vraiment le jeu, entre les « grands » candidats, qui sont testés dans les conditions que l’on sait et sans tenir suffisamment compte des erreurs que provoque l’abstention, et les « petits ». De la même manière, commencer à tester Éric Zemmour est aberrant. On se retrouve à imaginer des échafaudages et des constructions médiatiques sur des instruments qui ont prouvé qu’ils n’étaient pas toujours fiables.

Que penser des tentatives de remobilisation de cet entre-deux tours ?

Se fâcher contre les électeurs, c’est bien beau, mais pourquoi ne pas avoir lancé une campagne massive de mobilisation avant le premier tour ? On se doutait depuis plusieurs mois que les gens auraient la tête ailleurs. Les électeurs ont déjà le sentiment que les hommes politiques ne savent pas ce qu’ils vivent, alors les culpabiliser sur un angle moral ne me semble pas être le bon angle d’approche.

Ensuite, cette campagne de pub gouvernementale, qui vise les jeunes sur les réseaux sociaux et explique que voter ne prend pas plus de 15 minutes, ou les images dans la même veine diffusées par Les Républicains, me font dire qu’on prend vraiment les gens pour des imbéciles. Mais cela ne vient pas de nulle part. Tout un courant des sciences politiques fait une analyse de la participation électorale en termes de coût/bénéfice pour l’électeur, pensé comme un individu totalement rationnel. Si effectivement voter me « coûte » autant que boire un café, allons-y ! C’est la théorie des jeux économiques appliquée à la politique.

Mais c’est tellement déconnecté de la réalité sociologique et politique française ! En France, voter n’est pas coûteux, à part peut-être en temps d’information. L’électeur ne va pas se demander ce que cela lui coûte d’aller voter, mais ce que cela va lui rapporter, pour changer sa vie !

Que pensez-vous des propositions de vote électronique pour attirer les plus jeunes et simplifier le scrutin ?

Il y a un rituel électoral auquel les Français sont attachés. Ce n’est pas en simplifiant l’accès qu’on améliorera l’envie. Le vote par procuration a déjà été largement simplifié et les électeurs ne se déchaînent pas pour autant. Si voter revient à envoyer un SMS, comment les électeurs se rendront-ils compte de l’importance de leur choix ? Il faut redonner aux gens du respect pour le vote ou de l’envie pour l’offre et les propositions politiques. Pourquoi votent-ils et pas comment.

publié le 1° juillet 2021

Coop des masques Bretonne : reprendre un peu de pouvoir sur le capitalisme

Stéphane Ortega sur le site https://rapportsdeforce.fr/

Mars 2020, la France recherche désespérément des masques. En Bretagne, une initiative pour en produire localement, sous le statut de coopérative, s’immisce dans le débat public en avril, se concrétise en juin et se matérialise par un démarrage de la production en décembre 2020. Six mois plus tard, une délégation du collectif « Plus jamais ça » est venue soutenir et interroger l’expérience.

 

« Pour reprendre la main sur les choix productifs et l’organisation du travail, il faut multiplier les expériences de gestion directe des entreprises par les travailleur·euse·s et les collectivités (publiques ou associatives) concernées par leur activité » expliquait le collectif « Plus jamais ça », avant son déplacement ce jeudi à Grâces, près de Guingamp, dans les Côtes-d’Armor.

De la parole aux actes : une délégation du collectif, partie en train de Paris le matin même, a visité l’usine de la « Coop des masques, bretonne et solidaire », une de ces expériences dont la production a démarrée en fin d’année dernière. Fin mars 2020, en pleine pénurie de masques chirurgicaux et FFP2, Solidaires Côtes-d’Armor proposait la création d’une coopérative ou d’un EPIC sur les décombres de l’usine de masque de Plaintel en Bretagne, dont le propriétaire, le groupe Honeywell, avait mis la clef sous la porte en 2018. Et délocalisé les machines à l’étranger. Une bonne idée, au bon moment, qui avait rencontré un fort écho et avait fini par se concrétiser à l’issue d’une longue bataille.

La visite de ce jeudi a donc été l’occasion pour le collectif « Plus jamais ça » d’aller à la rencontre des salariés et des représentants des coopérants, un an après la victoire. S’il s’agit pour eux de montrer en exemple la création d’une coopérative (SCIC) associant salariés, clients, collectivités territoriales et citoyens, pour fabriquer localement une production socialement utile, ici 45 millions de masques chirurgicaux et FFP2 par an, la curiosité n’est pas absente des motivations du déplacement.

« Nous sommes intéressés de voir comment cela se passe concrètement, y compris d’en regarder les limites », expliquait Simon Duteil, un des porte-parole de l’Union syndicale Solidaires, avant la visite. Tout en rappelant que son syndicat est « pour la fin du salariat », il n’en fait pas un horizon indépassable et souhaite valoriser une expérience « bien meilleure que des multinationales qui viennent et partent » à leur guise, en laissant des salariés sur le carreau, et sans tenir compte des besoins des populations. Pour une fois, « on ne se bat pas que contre des boites qui ferment et licencient », se satisfaisait le syndicaliste.

 Reprendre du pouvoir

 Pour autant, cette visite de l’usine de Grâces est également l’occasion pour les membres du collectif qui portent « l’enjeu démocratique de la place des travailleuses et travailleurs dans les entreprises » de regarder de plus près si la réalité est en phase avec la promesse d’une reprise en main de la production par les salariés. Et sur ce plan, la délégation a été plutôt enthousiaste.

« Les salariés nous ont tous dit que ce n’est pas comme travailler ailleurs. Ils voient ce qu’ils font, pourquoi ils le font et pour qui ils travaillent », rapporte Marie Buisson de la CGT qui insiste sur la question du sens du travail pour la vingtaine de personnes qui ont commencé à produire. Une appréciation partagée par Simon Duteil de Solidaires. « Ça respire le bien être pour l’instant », avance-t-il, relatant la parole des salariés interrogés : « c’est vraiment mieux que partout où on a travaillé jusqu’à présent ». Et ce malgré que le collège salarié de la SCIC ne pèse que pour 25 % des votes dans les décisions de l’entreprise.

 D’autres batailles à mener pour la Coop des masques

 Cependant, des difficultés persistent pour travailler avec un autre modèle économique, en produisant localement et en fonction de besoins. Première d’entre elles : « beaucoup de productions ont déjà été délocalisées. Ils n’arrivent donc pas à se fournir en matières premières en totalité comme ils le voudraient et sont obligés de travailler avec des importations », explique Marie Buisson. Mais ce n’est pas le seul problème. La question du prix des masques, et donc des possibilités d’écouler la production, pèse sur le développement de la coopérative, qui devrait pourtant recruter une douzaine de nouveaux salariés au mois de juillet.

Ici, les pouvoirs publics sont directement en cause, alors qu’en avril 2020, Emmanuel Macron avait assuré que l’État passerait commande si le projet de réouverture d’une usine de masques voyait le jour. Mais l’attribution des marchés publics reste principalement déterminée par les prix proposés par les entreprises, regrette Marie Buisson. « Les collectivités locales ne prennent pas en compte les coûts induits. Ils oublient que des masques produits localement c’est aussi de l’emploi local, des ressources locales exploitées, c’est un cercle vertueux. Si on calcule l’ensemble des coûts, les masques un peu plus chers sont plus rentables », argumente la syndicaliste CGT.

Une raison pour laquelle le collectif « Plus jamais ça » revendique « une véritable politique publique nationale et européenne de soutien aux initiatives de ce type, démocratiques, écologiques et solidaires ».

publié le 30 juin 2021

Expulsion d’un père de famille :
« Notre pays se déshonore par de tels actes de violence »

par Rédaction du site www.bastamag.net

Dimitri Barbakadzé avait fui des persécutions en Géorgie, et s’était réfugié en Ardèche avec son épouse et leurs quatre enfants. Il a été arrêté et expulsé par surprise. Des associations adressent une lettre ouverte au Président Macron.

Lettre ouverte à Monsieur le préfet de l’Ardèche, Monsieur le ministre de l’Intérieur, Monsieur le président de la République,

« Mercredi 23 juin au matin, en France, un père de quatre enfants âgés de 16, 14, 6 et 4 ans, dont deux nés sur le sol français, tous scolarisés, a été mis dans un avion contre son gré pour rentrer dans un pays qu’il avait quitté huit ans plus tôt.

Il y a huit ans, pour échapper à des persécutions familiales, sa femme et lui avaient fui leur pays avec leurs deux aînés alors âgés de 8 et 6 ans.

Arrivés en Ardèche, ils avaient confiance dans le gouvernement français à leur reconnaître le droit de choisir un lieu de vie où leurs enfants pourraient se restaurer psychologiquement et grandir sereinement. Mais L’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) ne l’a pas vu de la sorte et le statut de réfugié leur a été refusé. Depuis, ils ont cherché à régulariser leur situation en formant plusieurs demandes de titre de séjour, sans succès.

Dans une période d’égarement, cet homme a succombé à l’emprise de l’alcool et a eu deux fois à faire à la justice française : pour vol d’une bouteille d’alcool d’abord, puis pour conduite en état d’ivresse. Il a répondu de ces deux faits, a payé son dû, s’est soigné et n’a pas retouché une goutte d’alcool depuis six ans.

Installés dans un petit village d’Ardèche, lui et sa femme ont appris le français, scolarisé leurs enfants dans l’école de la commune, et se sont intégrés petit à petit, développant des amitiés solides avec les habitants. Ils ont travaillé au sein d’associations caritatives, il cultivait un potager, et sa femme effectue des heures de travail en tant qu’aide-ménagère déclarées et rémunérées via le Cesu (Chèque emploi service Universel).

Respectueux des lois et reconnaissants de l’accueil et de l’aide qu’ils ont trouvés auprès d’associations et de leurs amis, la seule chose qui leur est reprochée est d’avoir choisi de se maintenir sur le sol français après la décision de l’Ofpra et de la CNDA (Cour nationale du droit d’asile), dans l’espoir de voir leur situation administrative régularisée et de pouvoir construire une nouvelle vie. Fort d’une promesse d’embauche, un dossier de demande de régularisation a été déposé à la préfecture par son employeur. Mais l’entreprise et lui-même ont reçu une fin de non recevoir.

« Après huit années passées en France, cet homme est parti sans valise, sans affaire, et sans pouvoir prévoir de quoi subvenir à ses besoins »

Sous le coup d’une nouvelle obligation de quitter le territoire français (OQTF), sa femme et lui se sont, sans discuter, soumis à l’assignation à résidence, se présentant deux fois par semaine à l’heure dite à la gendarmerie de leur circonscription en toute confiance.

Mais, mardi matin, alors qu’ils étaient tous les deux à la gendarmerie pour pointer dans le cadre de leurs obligations d’assignation à résidence, Monsieur a été retenu par les gendarmes qui lui ont notifié un arrêté de placement en centre de rétention parfaitement irrégulier et ce, de manière parfaitement déloyale. En effet, lorsqu’un étranger fait l’objet d’une assignation à résidence, il ne peut être placé en rétention que s’il ne respecte pas les obligations de son assignation à résidence. Et la préfecture le savait, puisqu’elle a pris le soin d’organiser un vol tôt le matin suivant, afin d’empêcher la saisine du juge des libertés et de la détention dans les 48 h du placement.

Après huit années passées en France, cet homme est parti sans valise, sans affaire, et sans pouvoir prévoir de quoi subvenir à ses besoins.

Il laisse en France son épouse, et ses quatre enfants mineurs.

Qu’est-ce qui peut justifier la séparation d’un père de ses enfants ? Quel motif impérieux a pu décider un préfet de la République, qui n’a qu’une connaissance administrative de ce dossier n’ayant jamais répondu à nos demandes de rendez-vous pour exposer la situation de cette famille, à laisser une femme seule avec quatre enfants ? Qu’ont-ils fait pour subir un tel châtiment ?

Si les enfants ne peuvent pas être expulsés, pourquoi leurs parents ne sont-ils pas régularisés pour pouvoir enfin travailler, vivre tranquillement, et leur construire un avenir, comme tout autre parent ?

Ce matin, nous sommes nombreux à être en colère et à nous insurger contre ces décisions inhumaines, prises par un préfet de la République, ayant le pouvoir de briser une famille, qui selon ses propres mots « ne présente pas de risque pour la société française », au mépris de la déclaration universelle des Droits de l’Homme, de la déclaration des Droits de l’Enfant, et de la loi française.

Notre pays se déshonore par de tels actes de violence qui déstructurent le tissu social et liquéfient nos lois. Que reste-t-il du pays des droits de l’humain ? Nous demandons le retour sans condition de Dimitri Barbakadzé et sa régularisation rapide ainsi que celle de sa compagne. »

Les signataires : Réseau Éducation sans frontières (RESF), CCFD Terre solidaire, Secours populaire français, Secours catholique Caritas France, Fédération entraide protestante et Paroisse Saint-Luc des coteaux et de Tournon.

Une pétition est en ligne sur change.org

 

publié le 29 juin 2021

Allemagne. Un référendum contre les requins de l’immobilier

Odile Tsan sur le site www.humanite.fr

Les locataires berlinois obtiennent l’organisation d’une consultation d’initiative populaire visant la nationalisation des gros propriétaires de logements privés.

Les locataires repassent à l’offensive dans la capitale allemande. Leur initiative citoyenne baptisée « Exproprier Deutsche Wohnen et compagnie », du nom de la plus grosse société immobilière privée de la ville, a recueilli près de 350 000 signatures pour la convocation d’un référendum appelé à se prononcer sur la « communalisation » des logements. Les associations de locataires réunies dans cette initiative avec le parti Die Linke luttent depuis plusieurs années contre l’explosion du prix des loyers.

Le jugement de la Cour constitutionnel contre le plafonnement des loyers, décidé par le gouvernement de gauche de la ­cité-État (SPD/Verts/Die Linke), avait soulevé l’indignation et la colère (l’Humanité du 19 avril). Il a stimulé aussi la combativité des locataires. «Le succès de l’ultime phase de la collecte des signatures montre combien les Berlinois veulent des logements accessibles et gérés comme des biens communs », a relevé, vendredi 25 juin, Jenny Stupka, la porte-parole d’une vaste initiative citoyenne dans la capitale. Le seuil légal de 175 000 signatures (7 % de l’électorat) pour l’organisation d’un référendum d’initiative populaire au niveau du Land a été pulvérisé. Et cela, en dépit des conditions de collecte des signatures rendues difficiles par la pandémie de Covid-19.

Exode massif vers la périphérie

La directrice du bureau berlinois des élections, Petra Michaelis, a reconnu que le nombre requis de signatures avait été « selon toute vraisemblance franchi ». Une comptabilisation définitive est attendue d’ici à début juillet. Ce qui pourrait conduire à la convocation de la consultation, le 26 septembre, en même temps que deux autres scrutins majeurs, l’élection du Bundestag et celle du renouvellement du parlement du Land de Berlin.

La question de l’envolée des loyers (+ 60 % sur dix ans) est devenue ultrasensible pour une majorité d’habitants de la cité. Car les Berlinois comme la grande majorité des Allemands sont généralement locataires de leur logement. Leur pouvoir d’achat a été amputé. Les plus modestes ont été chassés des quartiers les plus prisés et contraints à un exode massif vers la périphérie. Et ces phénomènes s’accélèrent sans cesse avec la prise de contrôle de l’immobilier par les requins de la Bourse comme Deutsche Wohnen (115 000 logements berlinois), contrôlé en grande partie par le champion de Wall Street BlackRock.

Pour Die Linke, qui s’est pleinement investie dans le recueil de signatures, c’est un incontestable succès politique. Critiquée de toutes parts, y compris à gauche par le SPD et les Verts, très en retrait sur la nécessité de nationaliser les logements, le parti apparaît comme la force dynamique du rassemblement avec les locataires. La Cour constitutionnelle avait rejeté le plafonnement des loyers à Berlin au prétexte que ce type de décision incomberait à la fédération et non au Land. La mesure incriminée avait réduit, début 2021, le loyer de dizaines de milliers de locataires de façon spectaculaire, jusqu’à plus d’une centaine d’euros. Die Linke prend désormais les juges de la Cour constitutionnelle au mot : il suffit de décréter un plafonnement des loyers mais au niveau national, cette fois, pour régler la question en soulageant au passage les locataires pris à la gorge dans toutes les grandes agglomérations du pays. Le parti en a fait l’une de ses grandes priorités dans son programme électoral.

publié le 28 juin 2021

Évacuation violente d’une rave-party : l’Observatoire rennais des libertés pointe la « responsabilité » de Darmanin

Par Pascale Pascariello sur le site www.mediapart.fr

À la suite de la violente intervention des gendarmes près de Redon, les 18 et 19 juin, au cours de laquelle un jeune homme a perdu sa main, l’Observatoire rennais des libertés publiques interpelle, dans une lettre, le ministre de l’intérieur et le préfet d’Ille-et-Vilaine dont la « responsabilité est engagée ». Mediapart publie ce courrier.

Dans une lettre ouverte datée du 22 juin, que Mediapart publie, l’Observatoire rennais des libertés publiques (Orlib) rappelle au ministre de l’intérieur et au préfet d’Ille-et-Vilaine, Emmanuel Berthier, que leur « responsabilité est engagée » dans la violente opération des gendarmes les 18 et 19 juin, près de Redon, au cours de laquelle un jeune homme de 22 ans a perdu une main (à lire ici).

Intervenues, sur ordre du préfet, pour empêcher l’organisation d’une free party interdite dans un ancien hippodrome situé en pleine campagne, les forces de l’ordre ont fait un usage massif, dans la nuit, de grenades lacrymogènes, de grenades de désencerclement et des grenades de type GM2L (élaborées avec une composition pyrotechnique) ainsi que de lanceurs de balles de défense (LBD).

Les organisations qui composent l’Observatoire - la Ligue des droits de l’homme (LDH), le syndicat des avocats de France (SAF), la Fédération syndicale unitaire (FSU), le syndicat Solidaire ainsi que la Libre Pensée - s’interrogent sur les raisons d’une telle opération.

« Comment une fête musicale peut-elle aboutir à de telles conséquences ? Était-il nécessaire et indispensable d’inonder de gaz lacrymogènes la prairie occupée par ces jeunes ; de lancer des grenades de désencerclement dont la dangerosité n’a cessé d’être dénoncée depuis les premières manifestations de gilets jaunes au cours desquelles il y eu une multitude de mutilations graves ? »

L’Observatoire soulève également la question de l’accès des secours au site, qui « n’ont pu pénétrer sur le terrain qu’après le retrait des forces de l’ordre ».

Gérald Darmanin et le préfet d’Ille-et-Vilaine « devront apporter des réponses claires et nous expliquer pourquoi le dialogue avec une jeunesse, enfermée depuis 18 mois, est-il impossible ? »

Ces organisations ont d’ailleurs choisi comme épitaphe à leur courrier : « Une main arrachée pour avoir dansé, la vengeance sera. »

« Tous les événements de la rave-party de ce samedi à Redon et leurs conséquences semblent résumés dans cette phrase inachevée, inscrite par un tagueur sur le mur blanc d’un immeuble rennais » quelques jours après les faits, explique l’Observatoire.

« Les jeunes présents à Redon sont nos enfants. Nous ne pouvons pas les voir ainsi maltraités », rappelle-t-il. « Et si nous leur disons : “Ne cherchez pas la vengeance et ayez confiance en la justice !”, y compris sur ce volet, votre responsabilité est engagée. »

En effet, l’Observatoire exige que le ministre de l'intérieur et le préfet fassent toute la lumière sur la chaîne de commandement ayant abouti à un tel désastre et qu’ils apportent « toute la transparence sur l’enquête diligentée » par le parquet de Rennes sur les circonstances et l’origine des graves blessures du jeune homme, qui a dû subir l’amputation de sa main.

Pour l'heure, le ministère de l’intérieur et la préfecture ne cessent de communiquer sur le nombre de gendarmes blessés au cours de l’opération, passant de 5 à 11 pour atteindre 22, près de trois jours après les faits et sans aucune précision sur la nature de ces blessures.

En revanche, pas un seul mot de soutien n’a été adressé publiquement au jeune homme mutilé. « Un jeune a été mutilé et toutes nos pensées vont vers lui. C’est triste et ça met en colère qu’on mutile gratuitement un jeune. Rien ne justifiait cela », déclare auprès de Mediapart le président de la LDH-Rennes, Patrick Rothkegel.

Concernant le matériel (tables de mixage et enceintes notamment) saccagé à coups de masse par les gendarmes, le ministère de l’intérieur comme la préfecture ont déclaré ne pas en avoir donné l’ordre.

L’Observatoire a été créé en mars 2021 pour documenter les violences policières lors des manifestations. Mais la « première mission de l’Observatoire concerne une fête musicale », déplore Patrick Rothkegel, qui rappelle que cette free party avait été organisée en hommage à Steve Maia Caniço, décédé à la suite d’une opération de police sur les quais de la Loire à Nantes, le 21 juin 2019. « Nous recueillons les témoignages et des documents sur les violences commises par les gendarmes que nous transmettrons à la justice », explique-t-il.

Lorsque le président Emmanuel Macron déclare « “faites la fête”, il faut comprendre que seules les personnes dans l’enceinte de l’Élysée ont le droit de la faire. Les jeunes ont intérêt à se taire, c’est ce qu’il faut comprendre avec les violences de Redon », constate le président de la LDH et rappelle que l’ONU comme le Défenseur des droits dénoncent régulièrement les violences policières (à lire ici)

Il insiste sur « la nécessité de faire toute la transparence sur les responsabilités dans les violences commises. Sur le matériel détruit, on entend déjà le ministère et la préfecture déclarer ne pas en avoir donné l’ordre. Ce qui veut dire que personne ne dirige les forces de l’ordre ? C’est extrêmement inquiétant », conclut-il.  

« Je suis sidéré par cette extrême violence des forces de l’ordre sur toute une jeunesse », réagit Pascal Trochet, secrétaire adjoint de Solidaires 35. Le syndicaliste est d’autant plus touché qu’il connaît bien les jeunes qui participent à ces fêtes. « Qu’on ne s’étonne pas que cette jeunesse qu’on opprime n’aille pas voter », déclare-t-il, particulièrement scandalisé par « l’image qu’on fait passer de ces jeunes. Contrairement à ce qui est dit, ils travaillent, paient leur impôt et avec leur argent investissent dans du matériel pour faire la fête. Est-ce un crime ? Aucun parti politique ne réagit contre cette répression », déplore-t-il. 

publié le 27 juin 2021

Mairie de Montpellier. 1607 heures :
« Je confirme que les négociations
sont terminées »

Par Gil Martin publié par le Métropolitain actu.fr/occitanie/montpellier

Adjoint au maire de Montpellier, Michel Aslanian, en charge notamment du dialogue social, confirme que les négociations sur les 1697 heures touchent à leur fin. Les Atsem sont punies…

En février dernier, dans les colonnes de Métropolitain, Fanny Dombre-Coste, adjointe à l’éducation, évoquait, à propos de la situation des Atsem « le mal-être d’agents qui se disent fatigués, usés… Nous en sommes parfaitement conscients. Nous menons actuellement des études pour cerner au plus près les problèmes et apporter des réponses pour améliorer les conditions de travail ».

Depuis, la Ville de Montpellier a fait ses propositions aux agents des écoles, dont les Atsem, dans le cadre de la loi des 1607 heures, proposant de nouveaux horaires pour que chaque fonctionnaire atteigne ce quota horaire fixé par l’État.

Les Atsem, particulièrement impactées

Plusieurs métiers inhérents aux écoles et gérés par les municipalités sont impactés par ces mesures : Atsem, AERS, animateurs, et les « cadres » du dispositif municipal : RALAE, RTGS, RALSH… A Montpellier, pour tous ces métiers, les horaires changent, la durée de travail quotidienne augmente, mais une catégorie est particulièrement touchée : les Atsem.

Outre une augmentation du temps de travail, de 9h45 à 10h/jour, elles vont devoir aussi, puisque telle est la volonté de la Ville, assurer en fin de journée la prise en charge des ateliers après l’école, les TAAC, assurés jusqu’ici par des animateurs.

La pénibilité pas prise en compte

Le choix de la Ville intrigue. Il vient lourdement surcharger des salariés (dont 98% de femmes) dont le métier est reconnu pour sa pénibilité, y compris, donc, par la Ville de Montpellier et son élue en charge de l’éducation.

Le grève des Atsem fortement suivie

Pourquoi ce choix, rejeté par les Atsem, et qui a déjà provoqué une journée de grève fortement suivie et qui devrait se prolonger à la rentrée ? Cette décision apparait en totale contradiction avec les propos de Fanny Dombre-Coste et avec les promesses du maire…

Dans ce contexte tendu, que le communiqué du Maire dénonçant des « violences » a durci, c’est l’Adjoint au maire Michel Aslanian, en charge notamment du dialogue social, qui a accepté de revenir sur les choix de la Ville. Et d’évoquer les deux points les plus critiques : les nouveaux horaires des AERS (agents d’entretien), et ces fameux ateliers périscolaires (les TAAC) confiés aux Atsem.

Métropolitain : Il y a eu des frictions avec les syndicats sur les horaires des AERS qui doivent commencer plus tôt (6h15 au lieu de 6h45). Quelle est la position de la Ville ?

Michel Aslanian : Les AERS commenceront plus tôt car cela répond à une demande de leur part. En effet, ils veulent plus de temps avant l’arrivée des enfants pour travailler, d’où une prise de fonction plus tôt. Je précise que nous sommes conscients que quelques agents ne pourront pas venir travailler à cet horaire faute de transports en commun. Je me suis engagé personnellement à étudier chaque cas pour que les agents dans cette situation bénéficient d’une dérogation pour commencer plus tard.

L’autre sujet qui fâche concerne le cas des Atsem, contraintes d’assurer les TAAC en fin de journée à la place des animateurs. C’est le seul métier qui voit sa charge de travail alourdie par une nouvelle mission. Pourquoi ce choix ?

Nous avons fait ce choix que nous assumons parce qu’il nous semble absolument nécessaire et indispensable. Les Atsem connaissent bien les enfants : il est donc logique qu’elles assurent les TAAC. De plus, les parents seront rassurés de retrouver les Atsem et ils pourront faire le point avec elles sur la journée de l’enfant.

"La prise en charge des TAAC par les Atsem fait partie du projet éducatif initial de la Ville. Je confirme ce vendredi que les négociations sont terminées" Michel Aslanian

Les Atsem déplorent l’ajout inattendu de cette grosse charge de travail alors même que la pénibilité de leur profession est reconnue. Ce choix de la Ville laisse perplexe…

Pour moi, ce n’est pas une aberration. D’autant plus que nous avons proposé des compensations : deux jours de congés annuels supplémentaires pour les Atsem, et la prime de 300 € accordée à tous les agents du service éducation.

Ce choix est clairement rejeté par l’ensemble des Atsem. Vous n’avez pas l’impression de leur saper le moral ? Et de jouer avec leur santé ?

Nous menons également une réflexion sur la pénibilité de ce métier difficile qui provoque, on le sait, des pathologies (mal de dos par exemple) et qui est atteint aussi par le problème de l’âge. Le problème est plus profond : l’enjeu consiste d’ailleurs, aussi, à mettre en place des dispositifs pour faire évoluer les agents. Si nous nous trompons, si les Atsem explosent, nous étudierons cela et nous prendrons des décisions. Mais je ne suis pas inquiet.

Lundi, vous allez rencontrer les syndicats. Discuterez-vous de cette mesure concernant les Atsem ?

Non. Suite aux violences lors de la manifestation du 22 juin, le maire a été clair. Pour les Atsem, les négociations s’arrêtent là. On ne peut pas négocier sous la menace. Sinon, j’estime que nous avons plutôt bien négocié ces 1607 heures, et ce dans un climat tendu…

On a l’impression que la maire s’arc-boute sur cette prétendue « violence » pour faire passer une mesure impopulaire et très critiquable. Le véritable enjeu, depuis le départ, n’était-il pas de remplacer les animateurs par les Atsem ?

Oui, cela faisait partie du projet. La manifestation du 22 juin, de toute façon, n’aurait pas changé grand-chose.

Dans ce cas, sur ce point, les discussions avec les syndicats n’auraient servi à rien ?

Sur ce point, non. La prise en charge des TAAC par les Atsem fait partie du projet éducatif initial de la Ville. Je confirme ce vendredi que les négociations sont terminées : la Direction de l’Éducation a d’ailleurs produit un document qui est quasiment achevé. Tout comme le maire, le DGS a été très clair lui aussi. Maintenant, nous nous tournons vers la rentrée : le maire a promis des états généraux dès septembre pour revoir tous les métiers de l’éducation afin de les faire évoluer. Donc rendez-vous en septembre…

Les Atsem sur les TAAC : au final, juste une histoire de budget ?

L'élu répond à toutes les questions et défend la position de la Ville, mais sur ce "point de blocage" des TAAC, même les arguments éducatifs développés peinent à convaincre. On précise par exemple que les Atsem ne pourront pas faire un rapport de la journée aux parents lors des TAAC : cette tâche est exclusivement réservée aux enseignants, une mesure imposée par l’Education nationale et qui ne devrait pas changer de sitôt… Et si la Ville, tout simplement, avait fait le choix de remplacer les animateurs par les Atsem pour faire des économies ?


 

 

Message de la Fédération des Services Publics CGT au syndicat CGT des territoriaux de la ville de Montpellier . Le 25 juin 2021

La répression, toujours la répression, rien que la répression !

Message de la permanence fédérale au syndicat CGT des territoriaux de la ville de Montpellier.

À Montpellier, le 22 juin lors de la journée de grève convoquée par une large intersyndicale, des ATSEM grévistes, en colère face au refus de la mairie de recevoir une délégation ont poussé une grille pour pénétrer dans l’enceinte de la mairie.

La mairie a indiqué qu’un dépôt de plainte a été déposé contre les grévistes et que tou.te.s les agent.e.s concerné.e.s seront traduit.e.s en conseil de discipline.

Voilà comment la mairie de Montpellier - comme de nombreux exécutifs locaux - traite ses « premier.ère.s de corvées ».

Avec la loi de « transformation de la Fonction publique », ils voudraient faire des agent.e.s territoriaux.ales des travailleur.euse.s flexibles, corvéables, qui acceptent de travailler plus en gagnant moins. Face à de telles mesures, face à de tels comportements de la part des exécutifs, qui voudraient gérer leurs mairies comme des entreprises ubérisées, il n’est pas étonnant que la colère monte.

La Fédération apporte son soutien aux agent.e.s menacé.e.s et demande la levée immédiate de toutes les menaces proférées à l’encontre des agent.e.s grévistes et invite la municipalité de Montpellier, comme toutes les collectivités qui s’enferment dans un même comportement antisocial, à écouter les revendications des personnels et ouvrir les négociations demandées.

La Fédération réaffirme son soutien à toutes les luttes en cours, et considère que les autorités territoriales qui refusent d’entendre les revendications des personnels sont les seules responsables de la détérioration du "climat social".


 

publié le 26 juin 2021

Onu. Le monde s’élève contre le blocus imposé à Cuba

Rosa Moussaoui sur le site www.humanite.fr

L’Assemblée générale des Nations unies a adopté, mercredi, à la quasi-unanimité, une résolution demandant la levée des sanctions imposées depuis 1962 par Washington à La Havane.

Comme les 28 précédentes, la résolution adoptée mercredi par l’Assemblée géné­rale des Nations unies sur la « nécessité de mettre fin à l’embargo économique, commercial et ­ financier imposé par les États-Unis à Cuba » a recueilli le soutien de  184 pays. Sans surprise, seuls Washington et Tel Aviv ont voté contre ce texte réaffirmant, entre autres principes, « l’égalité souveraine des États, la non-ingérence dans leurs affaires intérieures et la liberté du commerce international ». Trois pays se sont abstenus : L'Ukraine et la Colombie, comme en 2019, et le Brésil, qui avait voté contre la résolution adoptée voilà deux ans. 

Cette résolution onusienne exhorte l’adminis­tration américaine « à prendre les mesures nécessaires pour abroger ou invalider dans les meilleurs délais » les lois et règlements perpétuant un régime de sanctions « dont les effets extraterritoriaux affectent la souveraineté d’autres États, les intérêts légitimes des entités ou des personnes relevant de leur juridiction et la liberté du commerce et de la navigation ».

« Des entraves au développement »

Le blocus décrété par les États-Unis contre Cuba perdure depuis le 3 février 1962. Si les dommages humains liés à ces mesures arbitraires sont inquantifiables, La Havane évalue à plus de 144 milliards de dollars les pertes causées, depuis six décennies, à l’économie cubaine. Entre avril 2019 et mars 2020, le préjudice économique du blocus s’élevait, pour l’île, à 5 milliards de dollars. « Aucun citoyen cubain, aucun secteur de l’économie cubaine n’échappe aux effets du blocus, qui entrave le développement que tout pays souverain est en droit de poursuivre », font valoir les autorités cubaines. Cette politique unilatérale, insistent-elles, constitue le principal obstacle au déploiement des réformes économiques engagées depuis 2008.

Pour le peuple cubain, les effets désastreux et même criminels de ces sanctions se font ressentir plus cruellement encore dans le contexte de la pandémie de ­Covid-19, puisqu’elles n’épargnent ni les denrées de base, ni les médicaments, ni le matériel et les matières premières dont le pays a besoin pour développer et produire les vaccins qu’il a mis au point contre le nouveau coronavirus. « Comme le virus, le blocus asphyxie et tue. Cela doit cesser ! » a lancé à la tribune de l’ONU le chef de la diplomatie cubaine, Bruno Rodriguez Parrilla.

L’ultime coup tordu de Trump

Il faut rappeler qu’après la relative ouverture initiée par l’administration Obama, Donald Trump avait considérablement durci ce blocus avec un attirail kafkaïen de 243 nouvelles mesures. Un pas supplémentaire avait déjà été franchi avec l’activation pour la première fois, en mai 2019, du titre III de la loi Helms-Burton, une clause qui ouvre la voie à des poursuites en justice contre les entreprises étrangères présentes à Cuba. Cette loi, promulguée en 1996 sous la présidence de Bill Clinton après sa rédaction par des ­avocats du producteur de rhum exilé aux États-Unis, Bacardi, tient, avec ce volet, les ­investisseurs étrangers pour des « trafiquants » susceptibles de tirer profit des biens ayant appartenu à des ressortissants américains (ou à des exilés cubains ayant acquis la nationalité américaine) et nationalisés par le gouvernement après la révolution de 1959.

Donald Trump est allé jusqu’à clore son mandat avec un ultime coup tordu : la réinscription de Cuba sur la liste dressée par Washington des États soutenant le terrorisme. Comble du cynisme, quand on sait que les attentats perpétrés en territoire cubain sous parapluie états-unien ont fait, au total, 3 478 victimes décédées et 2 099 infirmes. La réintégration de La Havane dans cette liste implique des entraves aux aides économiques, l’interdiction faite aux institutions internationales d’y financer des projets, ainsi que des mesures de rétorsion fiscale et douanière contre les ­entreprises et les personnes y développant des activités.

L’incertitude demeure quant aux orientations qui seront celles de l’administration Biden mais jusque-là, le nouveau président des États-Unis n’a jamais affiché l’intention de mettre un terme à la guerre économique, politique et stratégique livrée à Cuba. Son plan ? « Suivre une politique qui donne au peuple cubain le pouvoir de déterminer librement son propre avenir. »

Comme les années précédentes, la France a voté en faveur de la résolution onusienne pour la levée du blocus. Mais son action diplomatique, sur ce terrain, s’est faite, sous le mandat d’Emmanuel Macron, plutôt discrète. Loin des propos de son prédécesseur, qui, lors d’une visite dans la Grande Île, en 2015, qualifiait ce blocus de « vestige de la guerre froide ».

Sanctions « inacceptables »

Hier, lors d’une conférence de presse au Palais Bourbon, les députés François-Michel Lambert (ex-LaREM), Stéphane Viry (LR), André Chassaigne (PCF) et Éric Coquerel (FI) ont appelé l’exécutif à une action résolue en faveur de la levée du blocus états-unien contre Cuba, qui a déjà causé aux entreprises françaises des milliards de dollars de préjudice, depuis 2008, entre amendes et investissements bloqués. Avec leur portée extraterritoriale, ces sanctions « inacceptables » portent atteinte à l’indépendance de l’île et à la souveraineté française, ont-ils estimé, dénonçant leurs effets tragiques sur le peuple cubain, dans un contexte de crise sanitaire mondiale.


 

publié le 25 juin 2021

Chaos dans la distribution des plis électoraux : les syndicats dénoncent la loi du marché

Stéphane Ortega sur le site rapportsdeforce.fr

Avec deux français.e sur trois qui s’abstiennent lors du premier tour des élections régionales et départementales ce dimanche, la polémique sur les trous dans la distribution des plis électoraux n’a cessé d’enfler. Ce lundi, alors que les patrons d’Adrexo et de La Poste étaient convoqués au ministère de l’Intérieur, des syndicats de La Poste dénoncent à leur tour, un « dysfonctionnement majeur » pour la CGT FAPT et une « gabegie » pour SUD-PTT.

Alors que les deux formations syndicales rendent pour responsables la privatisation et la mise en concurrence des activités postales, entamée il y a une vingtaine d’années, SUD-PTT étrille de concert l’État, la direction d’Adrexo et celle de La Poste. Le premier pour avoir « confié à Adrexo une partie de la distribution du matériel électoral pour tenter de sauver le groupe Hopps, dont l’entreprise fait partie ». Et de façon opaque selon le syndicat qui réclame que soient connues « les sommes allouées aux deux opérateurs », alors qu’elles étaient selon lui de 84 millions d’euros au bénéfice de La Poste en 2017 pour les deux tours des élections présidentielles et législatives.

La seconde, la direction d’Adrexo, pour avoir « pris en charge une activité surdimensionnée par rapport à ses capacités ». Le tout en embauchant à la va-vite et sans formation des intérimaires pour organiser en catastrophe « la production ». Enfin, la direction de La Poste n’est pas épargnée. Le syndicat lui reproche d’avoir dégradé la distribution des plis électoraux à sa charge pour un « profit maximum ».

En quelques années, l’opérateur postal a supprimé son organisation spécifique : un tri et une distribution à part, prioritaire, en plus de la tournée quotidienne, et compensée financièrement en redistribuant aux factrices et facteurs une part de l’enveloppe financière allouée à La Poste. Depuis, les plis ont été intégrés dans les tournées, ne sont plus compensés et sont devenus nettement moins prioritaires.

En résumé pour la CGT : « la logique de privatisation des activités postales ; le choix assumé de la mise en concurrence et du moins-disant social, contre celui du service public qui répond aux besoins de la société avant ceux des actionnaires ».

publié le 24 juin 2021

La Grèce construit des camps barricadés pour isoler les réfugiés

Par Elisa Perrigueur sur le site www.mediapart.fr

L’Union européenne a investi cette année 276 millions d’euros pour la construction de camps de réfugiés sur cinq îles grecques. À Leros, où un camp de 1 800 places ouvrira bientôt, habitants et ONG s’indignent contre cet édifice barricadé. Le gouvernement assume.

Leros, Athènes (Grèce).– Le champ de conteneurs blancs s’étale sur 63 000 mètres carrés sur une colline inhabitée. Depuis les bateaux de plaisance qui pénètrent dans la baie de Lakki, dans le sud de Leros, on ne voit qu’eux. Ils forment le tout nouveau camp de réfugiés de 1 860 places, interdit d’accès au public, qui doit ouvrir ses portes d’ici à la rentrée sur cette île grecque de 8 000 habitants, qui compte aujourd’hui 75 demandeurs d’asile.

« Il sera doté de mini-supermarchés, restaurants, laveries, écoles, distributeurs d’argent, terrains de basket », détaille Filio Kyprizoglou, sa future directrice. Soit un « village, avec tous les services compris pour les demandeurs d’asile ! », s’emballe-t-elle.

Mais le « village » sera cerné de hauts murs, puis d’une route périphérique destinée aux patrouilles de police, elle aussi entourée d’un mur surplombé de barbelés. Depuis sa taverne sur le port de Lakki, Theodoros Kosmopoulou observe avec amertume cette « nouvelle prison », dont la construction a démarré en février, sur des terres appartenant à l’État grec.

Ce nouveau centre barricadé est l’un des cinq camps de réfugiés grecs en construction sur les îles à proximité de la Turquie et ayant connu des arrivées ces dernières années. Ces structures sont financées à hauteur de 276 millions d’euros par l’Union européenne (UE). Si celui de Leros est bien visible dans la baie de Lakki, les centres qui s’élèveront à Kos, Samos, Chios et Lesbos seront, eux, souvent isolés des villes.

Ces camps dits éphémères pourront héberger au total 15 000 demandeurs d’asile ou des personnes déboutées. Ils seront tous opérationnels à la fin de l’année, espère la Commission européenne. Celui de Samos, 3 600 places, sera ouvert cet été, suivi de Kos, 2 000 places, et Leros. L’appel d’offres pour la construction des camps de Chios (de 1 800 à 3 000 places) et Lesbos (5 000 places) a été publié en mai.

Si l’Europe les qualifie de « centres de premier accueil multifonctionnels », le ministère grec de l’immigration parle, lui, de « structures contrôlées fermées ». Elles doivent remplacer les anciens camps dits « hotspots », déjà présents sur ces îles, qui abritent maintenant 9 000 migrants. Souvent surpeuplés depuis leur création en 2016, ils sont décriés pour leurs conditions de vie indignes. Le traitement des demandes d’asile peut y prendre des mois.

Des compagnies privées pour gérer les camps ?

Dans ces nouveaux camps, les réfugiés auront une réponse à leur demande dans les cinq jours, assure le ministère grec de l’immigration. Les personnes déboutées seront détenues dans des parties fermées – seulement les hommes seuls - dans l’attente de leur renvoi.

Un membre d’une organisation d’aide internationale, qui s’exprime anonymement, craint que les procédures de demande d’asile ne soient « expédiées plus rapidement et qu’il y ait plus de rejets ». « Le gouvernement de droite est de plus en plus dur avec les réfugiés », estime-t-il. Athènes, qui compte aujourd’hui quelque 100 000 demandeurs d’asile (chiffre de mai 2021 donné par l’UNHCR), a en effet durci sa politique migratoire durant la pandémie.

La Grèce vient aussi d’élargir la liste des nationalités pouvant être renvoyées vers le pays voisin. La Turquie est désormais considérée comme un « pays sûr » pour les Syriens, Bangladais, Afghans, Somaliens et Pakistanais.

Pour la mise en œuvre de cette procédure d’asile, le gouvernement compte sur l’organisation et surtout la surveillance de ces camps, au regard des plans détaillés que Manos Logothetis, secrétaire général du ministère de l’immigration, déplie fièrement dans son bureau d’Athènes. Chaque centre, cerné de murs, sera divisé en zones compartimentées pour les mineurs non accompagnés, les familles, etc. Les demandeurs d’asile ne pourront circuler entre ces espaces séparés qu’avec une carte magnétique « d’identité ».

Je doute qu’une organisation de défense des droits humains ou de la société civile soit autorisée à témoigner de ce qui se passe dans ce nouveau camp

Celle-ci leur permettra également de sortir du camp, en journée uniquement, avertit Manos Logothetis : « S’ils reviennent après la tombée de la nuit, les réfugiés resteront à l’extérieur jusqu’au lendemain, dans un lieu prévu à cet effet. Ils devront justifier leur retard auprès des autorités du centre. » Les « autorités » présentes à l’ouverture seront l’UNHCR, les services de santé et de l’asile grec, Europol, l’OIM, Frontex et quelques ONG « bienvenues », affirme le secrétaire général - ce que réfutent les ONG, visiblement sous pression.

Le gouvernement souhaite néanmoins un changement dans la gestion des camps. « Dans d’autres États, cette fonction est à la charge de compagnies privées […]. Nous y songeons aussi. Dans certains camps grecs, tout a été sous le contrôle de l’OIM et de l’UNHCR […], critique Manos Logothetis. Nous pensons qu’il est temps qu’elles fassent un pas en arrière. Nous devrions diriger ces camps via une compagnie privée, sous l’égide du gouvernement. »

« Qui va venir dans ces centres ? »

À Leros, à des centaines de kilomètres au nord-ouest d’Athènes, ces propos inquiètent. « Je doute qu’une organisation de défense des droits humains ou de la société civile soit autorisée à témoigner de ce qui se passe dans ce nouveau camp, dit Catharina Kahane, cofondatrice de l’ONG autrichienne Echo100Plus. Nous n’avons jamais été invités à le visiter. Toutes les ONG enregistrées auprès du gouvernement précédent [de la gauche Syriza jusqu’en 2019 – ndlr] ont dû s’inscrire à nouveau auprès de la nouvelle administration [il y a deux ans - ndlr]. Très peu d’organisations ont réussi, beaucoup ont été rejetées. »

La municipalité de Leros s’interroge, pour sa part, sur la finalité de ce camp. Michael Kolias, maire sans étiquette de l’île, ne croit pas à son caractère « éphémère » vendu aux insulaires. « Les autorités détruisent la nature pour le construire ! », argumente celui-ci. La municipalité a déposé un recours auprès du Conseil d’État pour empêcher son ouverture.

Ce camp aux allures de centre de détention ravive également de douloureux souvenirs pour les riverains. Leros porte, en effet, le surnom de l’île des damnés. La profonde baie de Lakki a longtemps caché ceux que la Grèce ne voulait pas voir. Sous la junte (1967-1974), ses bâtiments d’architecture italienne sont devenus des prisons pour des milliers de communistes. D’autres édifices néoclassiques ont également été transformés en hôpital psychiatrique, critiqué pour ses mauvais traitements jusque dans les années 1980.

C’est d’ailleurs dans l’enceinte même de l’hôpital psychiatrique, qui compte toujours quelques patients, qu’a été construit un premier « hotspot » de réfugiés de 860 places, en 2016. Aujourd’hui, 75 demandeurs d’asile syriens et irakiens y sont parqués. Ils s’expriment peu, sous la surveillance permanente des policiers.

Il n’y a presque plus d’arrivées de migrants de la Turquie depuis deux ans. « Mais qui va donc venir occuper les 1 800 places du nouveau camp ?, interpelle le maire de Leros. Est-ce que les personnes dublinées rejetées d’autres pays de l’UE vont être placées ici ? » Le ministère de l’immigration assure que le nouveau camp n’abritera que les primo-arrivants des côtes turques. Il n’y aura aucun transfert d’une autre région ou pays dans ces centres des îles, dit-il.

La Turquie, voisin « ennemi »

Le gouvernement maintient que la capacité importante de ces nouveaux camps se justifie par la « menace permanente » d’arrivées massives de migrants de la Turquie, voisin « ennemi », comme le souligne le secrétaire général Manos Logothetis. « En Grèce, nous avons souffert, elle nous a attaqués en mars 2020 ! », lâche le responsable, en référence à l’annonce de l’ouverture de la frontière gréco-turque par le président turc Erdogan, qui avait alors entraîné l’arrivée de milliers de demandeurs d’asile aux portes de la Grèce.

Selon l’accord controversé UE-Turquie de 2016, Ankara doit, en échange de 6 milliards d’euros, réintégrer les déboutés de l’asile - pour lesquels la Turquie est jugée « pays sûr » - et empêcher les départs de migrants de ses côtes. « Elle ne collabore pas […]. Il faut utiliser tous les moyens possibles et légaux pour protéger le territoire national ! », avance Manos Logothetis.

Pour le gouvernement, cela passe apparemment par la fortification de sa frontière en vue de dissuader la venue de migrants, notamment dans le nord-est du pays. Deux canons sonores viennent d’être installés sur un nouveau mur en acier, le long de cette lisière terrestre gréco-turque.

De l’autre côté de cette barrière, la Turquie, qui compte près de quatre millions de réfugiés, n’accepte plus de retours de migrants de Grèce depuis le début de la pandémie. Elle aura « l’obligation de les reprendre », répète fermement Manos Logothetis. Auquel cas de nombreux réfugiés déboutés pourraient rester longtemps prisonniers des nouveaux « villages » de l’UE.

<publié le 23 juin 2021

Les couleurs perdues de Gérard Fromanger

Maurice Ulrich sur le site www.humanite.fr

Grande figure de ce que l’on a appelé la Figuration narrative attachée pour beaucoup aux aspirations révolutionnaires et critiques il est décédé à 81 ans.

La dernière grande exposition qui lui avait été consacrée était à Landerneau, au fonds Hélène et Edouard Leclerc en 2012. Elle redonnait au propre comme au figuré ses couleurs à l’une des grandes figures de ce que l’on a appelé dans les années soixante La figuration narrative, en démontrant en même que son œuvre, loin s’en faut, ne se limitait pas à cette même décennie avec le grand tournant de mai 68, où il avait été l’un des créateurs et animateurs de l’atelier populaire des Beaux-arts de Paris, voué à l’expression contestataire de l’époque. Il y réalise entre autres une série de vingt sérigraphies intitulées Le rouge, prolongées par un film avec Jean-Luc Godart, Rouge, puis un autre avec Marin Karmitz deux ans plus tard.

Mort vendredi, Gérard Fromanger avait 81 ans. Né à Pontchartrain, dans les Yvelines il travaille dès ses vingt ans, après un bref passage aux beaux-arts, dans l’atelier du sculpteur César. Il se lie avec ceux qui vont devenir les figures importantes de l’époque et de cette nouvelle figuration qui va réagir à l’abstraction dite lyrique de l’école de Paris, aussi bien qu’au Nouveau réalisme. Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo, puis Erro, Monory, Adami… En 1965, Jacques Prévert préface son travail, influencé pour partie par Giacometti dont il a également fait la connaissance, des portraits, le plus souvent dans des dominantes de gris. Il passe à la couleur avec cinq portraits de Gérard Philippe dans Le prince de Hombourg mais c’est bien à partir de mai 68 qu’il va développer son univers de silhouettes en rouge dans les rues de Paris, comme en rendant les passants anonymes dans la grande machine uniformisante de la politique et de la consommation. La figuration narrative n’est pas un retour au réalisme de la représentation. Elle entend être un récit, remettant en cause de manière formelle et conceptuelle les représentations et l’idéologie dominantes.

Fromanger, comme Rancillac, mais aussi d’autres comme Cueco, le groupe des Malassis, vont se situer du côté des aspirations révolutionnaires de l’époque, souvent et non sans illusions du côté de la chine de Mao. Mais ce qui fait leur force c’est l’invention plastique sans laquelle elle ne serait que discours. De ce point de vue, Fromanger fut sans aucun doute l’un des plus novateurs. Ses portraits de Foucault, Prévert, Sartre dans les années soixante-dix, comme sa série Tout est allumé font date en mêlant précisément les jeux abstraits de la forme et de la couleur au réalisme quasi photographique des figures. Dans les années 2000, il réinvente ses silhouettes colorées sur des fonds noirs et joue de la couleur « dans tous ses états » dit-il avec des drapeaux et des noms de pays. En 2008, une rétrospective au centre Pompidou avait remis en avant son œuvre et rendu justice du même coup à la figuration narrative occultée dans les années quatre-vingt dix. On garde le souvenir d’un homme souriant et affable. Gérard Fromanger était un grand peintre.


 

publié le 22 juin 2021

Assurance chômage : la réforme
semi-enterrée par le Conseil d’État

Stéphane Ortega sur le site rapportsdeforce.fr

Le 21 mai dernier, sept organisations syndicales de salariés attaquaient devant le Conseil d’État le décret du 30 mars 2021 sur l’assurance chômage. Principale cible des syndicats : la modification du salaire journalier de référence servant au calcul des allocations. Selon une étude de l’Unédic, celui-ci pourrait entraîner à parcours équivalent des écarts d’indemnisation de 1 à 47. Et une baisse des allocations pour 1,15 million de chômeurs.

 

C’est un nouveau revers pour le gouvernement : le Conseil d’État a suspendu ce mardi 22 juin plusieurs articles de son décret du 30 mars 2021 sur la réforme de l’assurance chômage. En l’occurrence, ceux fixant au 1er juillet, la mise en place du nouveau mode de calcul du salaire journalier de référence (SJR) qui sert au calcul du montant des allocations.

La confiance affichée par l’exécutif sur un retour rapide à une situation économique normale, permettant à ses yeux de raboter les allocations pour inciter les chômeurs à travailler, n’a pas convaincu la haute autorité administrative. Pas plus que les arguments du ministère du Travail faisant porter une partie de la responsabilité de l’explosion des contrats courts, coûteux pour l’assurance chômage, aux demandeurs d’emploi, transformés par le gouvernement en stratèges du chômage. Sur ce point, le Conseil d’État n’a pas manqué de pointer une contradiction manifeste avec l’entrée en vigueur, seulement fin 2022, du bonus-malus pour les entreprises abusant des contrats de moins d’un mois.

Mais si le Conseil d’État considère qu’il n’y a pas « d’éléments suffisants permettant de considérer que les conditions du marché du travail sont à ce jour réunies pour atteindre l’objectif d’intérêt général poursuivi », il a plutôt ménagé le gouvernement sur son appréciation des écarts induits par la réforme entre les demandeurs d’emploi. À ce stade de l’instruction, il n’a pas mis en avant d’éléments d’illégalité, contrairement au mois de novembre 2020. Une façon pour l’heure de ne pas trop charger la barque en attendant un jugement plus complet sur le fond ? 

Une réforme exclusivement régressive

 Initialement, la réforme devait s’appliquer en deux temps. Le premier en novembre 2019, avec un allongement de la durée de travail nécessaire à l’ouverture de droits au chômage. De quatre mois sur 28 mois à six mois sur 24 mois. De même pour le rechargement des droits : de 1 mois à quatre mois travaillés. En prime, les cadres aux plus hauts revenus voient le retour de la dégressivité des allocations. Le second temps en avril 2020, avec un changement du mode de calcul du salaire journalier de référence qui sert au calcul du montant des allocations des demandeurs d’emploi.

Mais le Covid-19 est passé par là. Le premier volet a été allégé pour rendre moins insoutenable la crise sanitaire et une mise à arrêt de l’économie qui a enregistré un recul du PIB 9 % en 2020. Une contraction de l’activité rendant illusoire la recherche d’emploi. Le second volet a lui été repoussé de trois mois en trois mois. Mais entre temps, le Conseil d’État saisi un an plus tôt par plusieurs organisations syndicales rendait une décision défavorable au gouvernement le 25 novembre 2020.

« Le montant du salaire journalier de référence peut désormais, pour un même nombre d’heures de travail, varier du simple au quadruple en fonction de la répartition des périodes d’emploi au cours de la période de référence […] une différence de traitement manifestement disproportionnée au regard du motif d’intérêt général poursuivi », taclait le Conseil d’État fin novembre 2020 en annulant plusieurs points de la réforme. Le gouvernement a donc été contraint de revoir sa copie. Ainsi, nouveau round de discussion et nouveau décret le 30 mars qui tente de corriger un peu les effets du nouveau mode de calcul du SJR.

Mais nouvelle volée de bois vert. L’Unédic contredit d’abord les chiffres du gouvernement. Le gestionnaire de l’assurance chômage avance le chiffre de 1,15 million de chômeurs avec des allocations réduites comme conséquence de la réforme, au lieu de 800 000 avancés par le gouvernement. Des chiffres contestés par l’exécutif qui s’est pourtant bien gardé de présenter une étude d’impact, affaiblissant ainsi sa tentative de contre-feu. Puis le journal Les Échos révèle que le gouvernement a oublié de prendre en compte les congés maternité, les arrêts maladie ou l’activité partielle, alors qu’il avait été alerté sur ce point plusieurs mois plus tôt.

Du coup : premier projet de correction fourni en mai aux partenaires sociaux. Mais de nouveau étrillé par l’Unédic qui considère qu’il est fragile juridiquement en présentant un risque d’illégalité au regard du Code du travail. Le cabinet d’Élisabeth Borne attendra le 8 juin, trois semaines avant la date officielle de mise en route de la réforme etdeux jours avant l’audience au Conseil d’État, pour produireau journal officiel un correctif sur le décret du 30 mars.

Cependant, la copie du gouvernement ne convainc pas la juge du Conseil d’État lors de l’audience du 10 juin examinant les recours des syndicats. Celle-ci a longuement interrogé le représentant du ministère du Travail sans obtenir toutes les réponses attendues. À tel point que la juge a demandé des éléments supplémentaires par écrits sur trois points : « la pertinence et la possibilité d’atteindre les objectifs du document de cadrage dans le contexte actuel, l’ampleur des différences de traitement susceptibles d’apparaître entre salariés en activité réduite » et « la situation particulière des guides conférenciers », dont l’association professionnelle a déposé son propre recours.

Ceux-ci ont été fournis par le cabinet d’Élisabeth Borne mardi. Mais manifestement sans totalement convaincre.

Quel avenir pour la réforme de l’assurance chômage

 Le cœur de la réforme, à savoir le nouveau mode de calcul du SJR, est suspendu. Les autres éléments ne doivent s’appliquer que plus tard, après un « retour à meilleure fortune ». C’est à dire une fois que le nombre de demandeurs d’emploi baisse et le nombre d’embauches augmente sur une période de six mois. Soit pas avant la fin de l’année. Maintenant, le Conseil d’État qui a statué en urgence doit se déterminer sur le fond. Peut-être à l’automne, peut-être début 2022.

Une nouvelle partie relativement incertaine se jouera alors. En effet, dans sa décision d’aujourd’hui en procédure d’urgence, le Conseil d’État n’a pas étrillé le gouvernement sur la disproportion des écarts d’allocations entre chômeurs aux parcours équivalents. Pour autant, la partie ne sera pas simple à jouer pour l’exécutif. Outre qu’elle se situera en pleine campagne électorale de la présidentielle, elle pourrait être rendue caduque par l’ouverture de négociations en fin d’année sur la nouvelle convention de l’assurance chômage en 2022, venant remplacer celle de 2017.

Si ce n’est pas déjà un enterrement, pour les demandeurs d’emploi, c’est déjà un répit supplémentaire.


 

publié le 21 juin 2021

Pont-Scorff (56). Les fondeurs de Caudan portent plainte contre Renault et brûlent leur carte d’électeur

 

 

Sur le site www.breizh-info.com

 

 

Les délégués syndicaux ont rencontré mercredi la direction du site des Fonderies de Bretagne de Caudan, à la chambre de commerce de Lorient, pour négocier un accord de fin du conflit, entamé le 27 avril. Ces derniers ont rejeté mercredi les propositions de Renault pour « mettre fin au conflit » contre la vente de l’usine de Caudan (Morbihan), entamé il y a plus de sept semaines, jugeant les propositions inacceptables (uniquement sur le court terme, c’est à dire 2021, aucune garantie pour la suite).

 

Puis jeudi 17 juin, à la gendarmerie de Pont-Scorff (56), les salariés grévistes de la Fonderie de Bretagne sont venus déposer plainte contre Renault pour « harcèlement moral ». Symboliquement, ils ont ensuite brûlé leur carte d’électeur, pour dénoncer « l’impuissance des politiques ».

 

 

publié le 20 juin 2021

Ikéa condamné définitivement

Sur le site www.cgt.fr

Après plus de 8 ans de procédures judiciaires, l’affaire dite « Ikéa » arrive à son terme. Elle fait suite à un combat mené depuis très longtemps par les salarié.e.s et notamment les militant.e.s syndicaux exerçant dans les enseignes Ikea.

Plus d’une dizaine de personnes, directeurs et PDG d’Ikéa, fonctionnaires de Police ainsi que l’enseigne Ikéa France, se sont retrouvés devant la juge pendant plusieurs jours, du 22 mars au  2 avril derniers. Ils et elles ont dû rendre compte de leur participation à un système de surveillance généralisé illégal du personnel, à de la discrimination à l’embauche systématique, à l’obtention de données personnelles de manière illégale.

Le délibéré a été rendu ce jour, mardi 15 juin 2021, au tribunal judiciaire de Versailles.

La condamnation est sans appel : l’enseigne Ikéa est reconnue responsable et coupable des faits de collectes personnelles illégales. Elle devra payer 1 million d’euros d’amendes et des centaines de milliers d’euros aux parties civiles.
La plupart des dirigeant.e.s et cadres dirigeants ont écopé de condamnation de prisons avec sursis avec des amendes allant de 5 000 euros à 50 000 euros.
Pour rappel, les faits sont gravissimes : recherche d’antécédents judiciaires par des procédés illégaux, surveillance de comptes en banque, enquête sur le train de vie, faux salarié.e.s  engagés par Ikéa pour surveiller les salarié.e.s et notamment les syndicalistes…. des faits illicites commis au moins depuis 2000 et ayant été révélés en 2012 à la justice par des syndicalistes, mis en lumière par des journalistes.

Ikéa est une enseigne qui a toujours soigné son image et qui a toujours souhaité afficher une éthique sociale qui n’est que façade et simulacre. Les millions d’euros investis pour surveiller et empêcher toutes contestations et organisations des salarié.e.s n’auront pas suffi à bâillonner les militant.e.s qui lutteront, quoi qu’il en coûte, avec courage et détermination.
Les luttes et les grèves historiques de 2012 pour des revendications notamment salariales ont été une étape essentielle pour mettre à jour les agissements d’Ikéa.

La CGT avec différentes de ses composantes, parties civiles dans ce procès, auront eu à cœur de dénoncer lors du procès le terrible préjudice qu’ont pu subir les syndicalistes et les salarié.e.s de cette enseigne. Au-delà de l’irrespect total de la vie privée des personnes, de nombreux droits individuels et collectifs ont été bafoués, piétinés, réduisant les salarié.e.s à de simples machines exploitables à souhait. Certains auront été licenciés voire condamnés pour harcèlement sans jamais être rétablis dans leurs droits.
Si les peines et amendes sont légères au regard des préjudices, nous pouvons nous féliciter de cette première condamnation d’une multinationale pour de tels faits.

La CGT continuera d’être aux côtés de celles et ceux qui bataillent au quotidien pour exercer leur profession dans des conditions dignes, pour bénéficier des droits élémentaires comme celui de la protection de la vie privée, de la liberté d’exercer une activité syndicale et du droit de s’organiser et de lutter collectivement.

Montreuil, le 15 juin 2021


 

publié le 18 juin 2021

Grabels : la mairie dénonce l’expulsion annoncée d’un squat sans solution de relogement

Sur le site lepoing.net

Ce vendredi 11 juin, les habitant·e·s du squat de la Valsière à Grabels (au nord-ouest de Montpellier) ont reçu une surprise malheureusement de plus en plus courante : un avis d’expulsion, avec un délai d’une semaine pour quitter les lieux. Cependant, rien ne justifie l’expulsion, ni la quasi-immédiateté de l’application.

Comme chaque année, à la fin de la trêve hivernale (qui cette année s’est terminée exceptionnellement tard – le 31 mai –, confinement oblige), les expulsions tombent en grappe. Comme chaque année, la plupart ne seront pas accompagnées d’une proposition alternative, pourtant obligatoire dans le protocole d’expulsion. À la Valsière, occupée depuis octobre dernier par environ 25 personnes dont trois mineures, cela signifie principalement un approfondissement de la précarité de ses habitants actuels. Sept d’entre eux ont obtenu des chambres d’hôtel à mi-temps, mais pour les autres, la date buttoir de ce 18 juin s’annonce comme un vendredi noir. On prépare déjà les tentes.

Comme l’on pouvait s’y attendre, la préfecture de l’Hérault a oublié malencontreusement d’expliquer les motifs de cette expulsion, alors que la réalité des faits contredit totalement tous les motifs bateau utilisés habituellement. La cohabitation avec le voisinage n’est pas conflictuelle, bien au contraire. Aucun cas de plainte n’a été porté à notre connaissance par la mairie ou les habitants, et la mairie a même précisé que cet espace était particulièrement calme, accueillant et ordonné. Étant un centre d’accueil de personne en situation de précarité extrême, la préfecture ne peut pas brandir une supposée alternative supposée.

Répondant à nos questions ‘‘Ana’’ nous a notamment raconté que ses appels quotidiens depuis deux ans et demi au 115 de Montpellier aboutissaient toujours sur un bref ‘‘Il n’y a pas de place. Rappelez demain’’. « Au final, j’appelle l’après-midi, pour éviter qu’ils ne disent de rappeler plus tard dans la journée » nous confie-t-elle, désespérée. Depuis plusieurs semaines, sinon des mois, le logement est pour elle comme pour ses colocataire une question centrale, qui guide leur conduite et leurs préoccupation tous les jours. « Vous croyez qu’ils vont m’embarquer vendredi si je suis encore là ? On n’a rien fait nous, et on ne veut pas de problèmes. Il y en a qui voudraient avoir un travail, un logement, … Mais ils ne peuvent pas en avoir » ajoute-t-elle. Peu renseignés sur leurs droits par les différentes institutions, notamment à cause d’un manque de suivi et de fonds de l’assistance sociale, leur anxiété est palpable à chaque instant.

Une absence de diagnostic social et médical

Ce centre est vital pour ses habitants et ses bénéficiaires. Une des raisons de la bienveillance de la mairie de Grabels, expliquée de la bouche même du maire René Revol (France insoumise), est justement que cet espace occupé est le dernier recours pour ses habitants, pour la plupart venant d’un autre squat au sud de Montpellier expulsé plus tôt en 2020, n’ayant accès qu’à une couverture maladie partielle (une habitante nous racontait que sa facture santé s’élevait à plus de 160€ le mois dernier), aucun accès à un travail déclaré ou à un suivi institutionnel de leur situation (assistance sociale, sécurité sociale, …) pour des raisons administratives.

Certains militants des abords de Montpellier (notamment les opposants au projet du LIEN) participaient à des dons de nourriture, et l’espace sert de tremplin aux associations d’attention et de soutien dans leur travail d’accompagnement et surtout de soutien. Yann, de Médecins du Monde, une des ONGs présente depuis des mois sur le site, nous explique que l’association y promeut un accès à l’information sur les soins et les droits médicaux des personnes sur le site. Ce sont eux et non pas les services publics compétents qui, durant cette année, ont démarché et sensibilisé les habitants sur les actions à entreprendre pour éviter d’attraper le covid-19, en collaborant à élaborer le protocole de l’espace, etc. « On fait de notre mieux. Notre idée, c’est de les orienter vers des organismes institutionnels au maximum pour régulariser leur situation. Le problème, c’est qu’ici, il y a des gens qu’on n’aperçoit qu’une fois, et qui ensuite disparaissent. » Le délogement signifie l’arrêt de cet appui associatif et de l’expertise sanitaire et  légale des ONGs et associations de soutien. Ce soutien ne bénéficiait pas qu’aux résidents fixes : le centre permet aux personnes dans le besoin (principalement logées par le 115 à l’hôtel ou en logement précaire, voire sans logement) d’effectuer un certain nombre de tâches domestiques (cuisine, laverie, …). Autant de personnes qui perdent un point d’ancrage et d’information primordial pour l’amélioration de leur situation.

Une expulsion qui cache des motifs économiques

Ce qui nous amène au point le plus important : cette expulsion ne va pas mettre en lumière des situations précaires, mais les invisibiliser, faire passer plusieurs dizaines de personnes sous les radars des associations qui leur viennent en aide au mépris et (rappelons-le) à la place des autorités publiques compétente. La Ligue des Droits de l’Homme (LDH) de Montpellier, tout comme la mairie de Grabels, sont claires sur leur position : « nous nous opposons à une expulsion sans proposition d’alternative, car c’est indécent » insiste le maire René Revol, aussi vice-président de la Métropole de Montpellier. « C’est surtout illégal ! », rappelle une militante de la LDH présente au rassemblement médiatique qui s’est tenu ce mercredi 16 juin. Elle ajoute, de concert avec Yann de Médecins du Monde, que les préconisations de la loi du 26 août 2012, à savoir la réalisation d’un diagnostic social en amont de l’avis d’expulsion, afin notamment de déterminer la situation des personnes touchées et les principaux débouchés envisagé.

On ne s’étonnera pas de savoir que la préfecture n’en a pas esquissé ni l’ébauche.  La véritable raison de cette expulsion n’est donc ni sociale, ni politique (du moins au niveau de la commune), mais bel et bien économique. Un panneau de chantier à l’entrée annonce la construction prochaine de nouveaux locaux, destinés à la spéculation immobilière. Situation similaire à des centaines d’expulsions en France et dans le monde, le motif caché est économique, et ne profitera qu’aux grandes compagnies qui achètent le terrain et attendent l’augmentation du prix au mètre carré. Seulement deux semaines après la fin de la trêve hivernale, les priorités du gouvernement se font ressentir sur le dernier secteur qui ne pouvait être touché durant le confinement. Ce qui laisse un été de lutte en perspective…


 

publié le 17 juin 2021

Pour l’emploi, la gauche veut marier l’écologie au social

Naïm Sakhi sur le site www.humanite.fr

De la relocalisation industrielle aux plans de formation professionnelle, les candidats de gauche aux régionales aiguisent leurs propositions alors que la crise provoque une aggravation de la précarité.

Ils comptent parmi les plus importantes compétences de la région, mais le développement économique et la formation professionnelle sont relégués au second plan de la campagne par les discours sécuritaires. Et pourtant, les futurs présidents de région auront fort à faire pour le prochain mandat dans un contexte de relance des activités après la crise du Covid. Pour faire face, la gauche, dans ses différentes composantes, met sur la table des propositions alliant impératifs économiques et justice sociale et environnementale.

Et l’enjeu est de taille tant les conséquences économiques du Covid continuent à faire des ravages. « En Île-de-France, nous avons perdu 100 000 emplois en un an avec la crise sanitaire », rappelle Clémentine Autain. À la tête d’une liste regroupant insoumis et communistes, la députée FI souhaite « changer de modèle de développement ». Et cela passe notamment par un soutien aux acteurs de l’économie sociale et solidaire en « réorientant les aides économiques ».

Une volonté de produire localement

Une mesure que partage Sébastien Jumel (PCF-FI) en Normandie où la part du budget de la région pour l’heure allouée à l’économie s’élève à 500 millions d’euros. Ce dernier promet de conditionner les aides aux entreprises au respect de critères sociaux et environnementaux. Dans la région voisine du Centre-Val de Loire, le président François Bonneau, candidat à sa succession à la tête d’une liste PS-PCF, entend « relocaliser des entreprises » (lire page 5), afin de concrétiser la création de « 20 000 postes d’emploi de demain ». Une volonté de produire localement qui est portée par les différentes listes de gauche. « Le made in Normandie et le made in France sont au cœur de notre projet pour une région qui prend soin», affirme Sébastien Jumel qui veut pour cela organiser des « assises de l’emploi » en lien avec les chefs d’entreprise et les représentants des salariés. De son côté, Clémentine Autain propose un label « produit en IDF », afin d’aider l’implantation du petit commerce, notamment en zone rurale et dans les quartiers populaires à travers des locations de locaux régionaux à prix réduit.

Et, face à l’urgence climatique, la gauche assume de porter des propositions allant dans le sens d’une transition écologique des emplois. À la tête d’une liste d’union de la gauche (EELV-PS-FI-PCF), Karima Delli veut marcher sur ses deux pieds « pour le climat et pour l’emploi ». Et c’est au secteur du textile, une filière historique des Hauts-de-France aujourd’hui en déperdition, que l’écologiste souhaite s’attaquer en priorité. D’abord en relocalisant 30 000 emplois, mais aussi en investissant dans la recherche et l’innovation sur les matières recyclées et biosourcées. Une volonté de repenser les circuits de production, tout en soutenant l’emploi local, que partage Clémentine Autain pour l’agriculture francilienne. La candidate veut instaurer des circuits courts et un label dans les cantines des lycées.

Mais l’emploi passe aussi par la formation professionnelle, autre compétence clé des régions. En Normandie, Sébastien Jumel propose un plan de formation s’appuyant sur les acteurs éducatifs et économiques pour prioriser le recrutement des Normands. Le communiste ambitionne également d’augmenter de 50 % le nombre de places dans les instituts de formation d’infirmiers et d’aides-soignants, dont sept ont été fermés sous la présidence d’Hervé Morin (les Centristes-LR). De son côté, pour la région Centre-Val de Loire, François Bonneau veut proposer 300 000 formations personnalisées à tous les âges de la vie et en lien avec les territoires.

publié le 16 juin 2021

 

Une journée coloniale soutenue par des collectivités territoriales !

Communiqué de l’Association France Palestine Solidarité 34


 

Cette année encore, le Centre Culturel Communautaire Juif, appelé maintenant Centre Culturel Juif Simone Veil (CCJ) de Montpellier organise dans le Parc municipal Grammont, le 20 juin 2021 sa 44ème "Journée de Jérusalem" intitulée cette année « Étonnante Jérusalem, le défi de la modernité ».


C’est que les organisateurs veulent présenter l’événement comme culturel. Pure hypocrisie pour masquer leur soutien aux partis d’extrême-droite et aux colons israéliens, soutien qu’ils savent être impopulaire et indéfendable.

En effet, sur le site du consistoire israélite de Montpellier https://montpellier.consistoire.org/etonnante-jerusalem-les-defis-de-la-modernite/ la présidente du CCJ ne mâche pas ses mots : « Nous fêtons au parc Grammont la réunification de Jérusalem intervenue après la guerre des six jourspour souligner le soutien de notre communauté à Israël et à sa capitale Jérusalem ». Déclaration limpide : il s’agit d’un soutien politique à la colonisation, et l’annexion de Jérusalem-Est et à son nettoyage ethnique condamnée par de multiples résolutions de l’ONU et par la France. Nettoyage ethnique plus que jamais à l’œuvre, avec l’expulsion de familles palestiniennes des quartiers de Sheikh Jarrah, Silwan et plus généralement de Jérusalem-Est pour les remplacer par des colons.

 

 L’annexion de Jérusalem équivaut à un refus de l’existence d’un État palestinien sur les frontières de 1967. Le CCJ rejoint les déclarations de Donald Trump qui, le 6 décembre 2017, décidait le déménagement de l’ambassade étasunienne de Tel-Aviv à Jérusalem, la qualifiant de capitale d’Israël. Rappelons que deux semaines plus tard, l’Assemblée générale de l’ONU votait, à une très large majorité (128 pour et 9 contre), une résolution condamnant la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël par Washington.

Le CCJ assume la violation du droit international par Israël et s’oppose frontalement à la politique officielle de la France et de l’Union européenne.

 

 Mais alors que viennent faire dans cet événement éminemment politique et partisan la Région Occitanie, le Département de l’Hérault, la Ville de Montpellier dont on trouve les trois logos en soutien à cette « Journée de Jérusalem » ? Comment ces collectivités territoriales peuvent-elles cautionner cette opération qui appuie les forces bellicistes et coloniales israéliennes ? Qu’ont à dire les élu.e.s de ces collectivités territoriales dont Mme Delga, M. Mesquida, M. Delafosse et les groupes politiques qui y sont représentés ?

 

Ces collectivités, en apportant leur soutien à cette opposition ouverte à la politique de la France, violent le principe de neutralité qui s’impose à elles. L’aide publique importante accordée au CCJ sert-elle à financer des événements politiques violant le droit international ?

 

Nous réitérons notre demande que cesse tout soutien, sous n’importe quelle forme, à cette dite « Journée de Jérusalem ». Que cesse cette hypocrisie prétendant vouloir le respect du droit tout en soutenant une politique colonialiste et d’apartheid.

Association France Palestine Solidarité 34
Montpellier, le 12 juin 2021

 

 

publié le 15 juin 2021

Dans une usine normande, l’alliance rouge et verte se heurte aux logiques partisanes

Par Jean Mazé sur le site www.mediapart.fr

 

Fin juin, la papeterie de Chapelle-Darblay risque d’être démantelée pour cause de délocalisation. Une coalition d’organisations syndicales et écologistes s’est formée pour soutenir ses 230 salariés. Mais à l’heure des élections, ce front social n’a pas suffi à inspirer sa réplique au niveau politique.


 

Grand-Couronne (Seine-Maritime).– En arrivant dans l’immense salle de la machine 6, Julien Sénécal a un pincement au cœur. « Pour nous, c’est très étrange d’être ici, dans ce silence et ce froid. En temps normal, on est en tee-shirt, et le bruit est assourdissant », explique le jeune secrétaire CGT du comité social et économique (CSE) de Chapelle-Darblay, usine papetière emblématique de Grand-Couronne, au sud de Rouen.

« D’habitude, il y a 90 décibels, on a des bouchons médicaux et on parle avec des gestes ! », abonde avec nostalgie Cyril Briffault, délégué syndical CGT de l’usine. Arnaud Dauxerre, représentant sans étiquette du collège des cadres au CSE et troisième membre de cette bande d’inséparables, ajoute : « Je vous avais bien dit que cette usine était un monstre endormi. »

 

C’est vrai : l’outil industriel, qui s’étend sur 33 hectares, a des allures de Léviathan tranquille. Jusqu’en juin 2020, ses cylindres massifs alimentés par une chaudière biomasse tournaient à 90 km/h en continu. Des stocks de vieux papiers issus des poubelles jaunes – en Normandie, Picardie, dans le Grand Ouest et en Île-de-France – entraient d’un côté. Ils passaient à l’égouttage, au pressage et au séchage à 95 degrés. Et ressortaient sous forme de bobines de l’autre côté, direction les imprimeries.

 

Avec un peu de chance, vous avez tenu du papier Chapelle-Darblay entre vos mains. Tous les quotidiens nationaux ont eu recours, à un moment ou un autre, à cet exemple rare d’économie circulaire. L’usine quasi centenaire, fondée en 1928 avec les dommages de guerre, était la seule en France à faire du papier 100 % recyclé. Désormais, dans ses hangars frigorifiques, seul un souffle d’air comprimé signale que la machine est seulement assoupie, prête à redémarrer.

 

Le groupe finlandais UPM, propriétaire du site, a décidé de le fermer il y a bientôt un an, prétextant une crise du papier journal, alors que l’usine était bénéficiaire, et préférant ouvrir une usine de papier bois nettement moins écologique en Uruguay.

 

UPM a licencié les 230 salariés de l’usine et accordé un moratoire d’un an aux trois représentants du personnel – Arnaud Dauxerre, Cyril Briffault et Julien Sénécal. À défaut de repreneur, l’usine sera démontée et ferraillée le 30 juin, au lendemain des régionales.

 

Des deux échéances, le trio se concentre évidemment sur la première. « Le Bon, la Brute et le Truand », ainsi qu’on les appelle ici en référence à leur style de négociation, se battent pour échafauder un projet de reprise. Plusieurs candidats papetiers sont en lice. Ils n’ignorent pas cependant l’imminence du scrutin régional. Comment le pourraient-ils ? Autour d’eux, les candidats de gauche défilent depuis le début de la campagne.

Le 6 juin, devant le bâtiment du comité d’entreprise, où les trois hommes tiennent une conférence de presse sommaire après un énième coup de massue – le désistement d’un potentiel repreneur, le belge VPK –, l’éventail complet des gauches est là : la maire PS de Grand-Couronne, Julie Lesage, le député communiste de Seine-Maritime, Hubert Wulfranc, et la co-secrétaire régionale d’Europe Écologie-Les Verts (EELV), Véronique Bérégovoy. Mais les regards qu’ils échangent en disent long.

 

Alors que leurs partis respectifs prônaient l’union dès le premier tour, dans ces terres où le centriste Hervé Morin règne en baron local et où le Rassemblement national (RN) est en embuscade avec le député européen Nicolas Bay, ils partent finalement séparés.

 

La maire socialiste de Canteleu, Mélanie Boulanger, mène la liste PS-EELV, et le député communiste de Seine-Maritime, Sébastien Jumel, la liste PCF-LFI. L’alchimie des Hauts-de-France, où l’union s’est faite autour de Karima Delli, ne s’est pas reproduite. Chapelle-Darblay aurait pourtant pu être un catalyseur parfait.


 

L’« écologie populaire » enfin réalisée

 

Située en plein cœur de la vallée de la Seine, qui a longtemps hébergé des géants de l’industrie lourde, cette usine en avance sur son temps – elle recycle depuis 1986 – a déjà fait naître une alliance improbable. Le 16 octobre 2020, une réunion inédite entre huit organisations syndicales et écologistes (la CGT, Attac, Oxfam, la Confédération paysanne, les Amis de la Terre, la FSU, Solidaires et Greenpeace) perturbe le sommeil de la machine 6.

 

Le tout nouveau collectif Plus jamais ça vient de trouver une lutte à sa taille« Jean-François Julliard, le directeur général de Greenpeace, m’a dit que c’était le premier déplacement de son organisation pour une industrie », se souvient Cyril Briffault.

 

Les arguments à l’appui de cette convergence ne manquent pas. Ce qui se pratique quotidiennement à Chapelle-Darblay, véritable citadelle cégétiste (50 % des ouvriers y étaient syndiqués avant le plan social), c’est l’« écologie populaire » enfin réalisée. Sans cette usine, une partie du papier trié en France est condamnée à être transportée en Allemagne en camion.

 

Preuve que les « rouges » et les « verts » ont intérêt à dépasser leurs vieux antagonismes. « Le gros souci en France, c’est qu’il y a beaucoup de produits qui sont entièrement recyclables, mais il n’y a pas l’industrie pour les recycler. C’est pour ça aussi qu’on se bat », observe Cyril Briffault.

 

Sur la porte du local syndical de l’usine, l’ouvrier au physique de rugbyman a collé une affiche de Nouvelle Vie ouvrière, le magazine de la CGT, avec cette phrase de Philippe Martinez qu’il répète comme un mantra : « Cultiver ce qui nous rassemble ». Au niveau politique, ce mot d’ordre est encore onirique.

 

Le 7 juin au matin, entre deux « checks » du poing sur le marché de la place Saint-Marc, à Rouen, le député communiste Sébastien Jumel le dit pourtant : « Chapelle-Darblay, c’est la démonstration qu’on peut se préoccuper de l’industrie et être au service d’une économie circulaire, exemplaire au plan environnemental. » Mais ce constat partagé n’a pas eu raison des rapports de force partisans.

 

Présenté comme le favori à gauche, l’ancien maire de Dieppe (de 2008 à 2017), fils de métallo ayant grandi dans la cité ouvrière de Gonfreville-l’Orcher, en banlieue du Havre, a cru pouvoir fédérer autour de lui. Mais les appareils socialistes et écologistes locaux lui ont tourné le dos.

 

« Cette union, je l’ai souhaitée, j’y ai travaillé. Notre feuille de route quand on est de gauche, c’est de travailler à une alternative entre l’extrême droite et l’extrême argent, plaide-t-il. Mais le PS et les écolos se sont dit que si j’arrivais à cimenter le rassemblement, je deviendrais le leader incontournable de la gauche en Normandie. Ils ont finalement fait le choix d’une campagne au centre. »

 

Le souvenir des réunions jusqu’au bout de la nuit pour mettre sur pied une alliance des gauches suscite des réactions épidermiques chez Véronique Bérégovoy. Alors qu’elle s’apprête à ratisser le département, des tracts fraîchement imprimés plein son coffre de voiture, la co-secrétaire régionale d’EELV, candidate sur la liste de Mélanie Boulanger, fait une pause à Rouen pour nous raconter cette occasion manquée.

 

« Dès la première réunion, on a proposé une alliance sans préalable sur la tête de liste, mais on a dit que si les communistes présentaient Jumel, ça poserait problème. Il n'est pas représentatif de porteurs d’un projet écologiste. Il est encore représentatif des communistes très productivistes », estime-t-elle.

 

De part et d’autre, les stigmates anti-« écolos-bobos » et anti-« cocos-productivistes » sont persistants. Fataliste, Véronique Bérégovoy lâche : « Ça fout les boules de ne pas avoir réussi, parce qu’on se dit que si ça se trouve, Morin va repasser. »

 

À l’approche de la présidentielle de 2022, l’ancien secrétaire de la CGT de Chapelle-Darblay, Gérard Sénécal, 65 ans, s’inquiète de voir ses ex-collègues basculer dans le puits sans fond d’une rage impuissante : « J’essaye de ne pas trop y penser, mais il y a beaucoup trop de gens qui sont écœurés par ce qu’on vit, et qui baissent les bras pour aller au RN. Il n’y a plus d’identité de gauche ou de droite, ni d’opposition sociale claire. Cette politique politicienne nous tue, et le rouleau compresseur du RN est là. Ça me fout les jetons. »

 

Chapelle-Darblay préfigure peut-être une société où l’antagonisme entre rouges et verts n’existera plus, mais elle n’est pas imperméable au climat ambiant.

 

publié le 14 juin 2021

GM&S dégraissé en 2017, fermé en 2022 ?

 

Stéphane Ortega sur le site rapportsdeforce.fr

 

Dans une lettre ouverte aux présidents de la République, de la région et du département de la Creuse, le syndicat CGT de l’ex-usine GM&S demande aux représentants politiques d’agir contre les stratégies du repreneur GMD qui laissent planer la menace d’une fermeture du site pour l’an prochain. Et donc d’une nouvelle saignée d’emplois, après celle de 2017.

 

C’est encore et toujours l’histoire d’un Monopoly ou des entreprises s’achètent, se vendent, empochent des subventions publiques, investissent le moins possible, vident les caisses et laissent sur le carreau des salariés. Mais c’est aussi encore et toujours l’histoire de responsables politiques dont le rôle se limite à accompagner les vagues de licenciements sans broncher. Avec en prime, ici comme bien souvent, le mépris de celles et ceux qui luttent pour sauver leur peau et leur job.

 

« Je ne suis pas le Père Noël », répondait Emmanuel Macron, à peine élu président, aux 277 salariés de l’équipementier GM&S de La Souterraine dans la Creuse qui l’interpellaient en juin 2017. Ces derniers se démenaient depuis des mois contre la liquidation judiciaire de leur entreprise. Occupation d’usine, menace de la faire sauter, manifestation… déjà tous les ingrédients du désespoir dans un bassin d’emploi ou le travail ne se trouve pas simplement en traversant la rue. Et après avoir vu défiler de nombreux propriétaires en vingt ans : des revendications concernant les donneurs d’ordres (PSA et Renault), l’État et les potentiels repreneurs.

 

Une saignée

Mais la douche froide, malgré une lutte dure. En septembre 2017, le tribunal de commerce valide le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) de l’offre de reprise par le groupe GMD. Sur les 277 salariés, seulement 120 seront employés par la nouvelle entité : La Souterraine Industry (LSI) qui a repris l’activité pour un euro symbolique, plus les coûts de dépollution du site. De nouveau interpellé début octobre par des salariés, le chef de l’État se laisse aller à afficher son mépris devant une caméra : « Il y en a certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d’aller regarder s’ils peuvent avoir des postes là-bas ». Il fait ici référence à une fonderie qui recrute, mais située à deux heures de route de l’usine GM&S. Quelques heures plus tard, le discours se fait plus policé : « protéger vraiment les personnes, c’est pas leur faire des promesses en l’air ».

 

Pourtant, il s’est avéré un an plus tard devant la cour d’appel de Bordeaux que le PSE était entaché d’erreurs de droit, bien que validé par le ministère du Travail (Dirrecte). Jugement confirmé en 2020 par le Conseil d’État. Mais trop tard, même s’il vient éclairer amèrement les promesses, la main sur cœur, du ministre de l’Économie Bruno Le Maire de 2017, de ne laisser personne sur le bord de la route. Un an après, seul 21 des 156 licenciés avaient retrouvé un CDI. Quatre ans plus tard, la direction de l’usine laisse entendre que 2022 sera la date de la fermeture de l’usine à La Souterraine pour les 120 salariés restants.

 

Bis repetita

 Macron a ouvert son mandat sur l’affaire GM&S, il pourrait bien le refermer sur le même dossier. Samedi 12 juin, le syndicat CGT LSI ex-GM&S lui a adressé une lettre ouverte. « Vendredi 11 juin, Mr Lacroix directeur du site LSI La Souterraine ex-GM&S a annoncé publiquement la fermeture du site en 2022 », écrit le syndicat qui se plaint que GMD n’ai pas affecté de production dans l’usine, malgré des marchés attribués. Une intention confirmée par le quotidien La Montage citant une source syndicale qui évoque une précédente annonce au cours d’un comité d’entreprise.

 

Une fermeture ou un coup de bluff ? Pour la CGT, le groupe GMD procède ainsi « pour faire pression sur la République pour avoir encore plus de subventions ». Et d’interpeller le chef de l’État dans son courrier : « Allez-vous laisser faire ça ». Pour ensuite interroger les conséquences d’une telle bienveillance à l’égard des entreprises. « Allez-vous accepter cela encore longtemps et vous “étonner” de voir monter des idées nauséabondes dans toutes nos villes, nos villages », souligne le syndicat qui réclame une intervention forte de l’État. État qui pourtant jusque-là a plutôt fait la démonstration de son mépris.

 

<publié le 13 juin 2021

Riposte. Face à l’extrême droite et à un climat délétère, 150 000 manifestants dans les rues

 

Julia Hamlaoui sur le site www.humanite.fr


 

À l’appel de 120 syndicats, partis politiques, associations, médias et collectifs, 150 rassemblements et manifestations ont été organisés, samedi 12 juin, « pour les libertés et contre les idées d’extrême droite ». À Paris, dans une ambiance festive, 75 000 personnes ont défilé, selon les organisateurs. Reportage

 

« Ici nous sommes la République, ici nous portons les valeurs de liberté, d'égalité, de fraternité. » La formule, entendue au sein du cortège, résume l’état d’esprit de la manifestation qui s’est élancée ce samedi 12 juin de la place de Clichy à Paris. Un rendez-vous de riposte « pour les libertés et contre les idées d’extrême droite », à l’appel de 120 syndicats, associations, partis politiques, médias, dont l’Humanité, et collectifs qui a réuni 75 000 personnes à Paris. Et, au total, 150 000 manifestants dans 150 initiatives en France, selon les organisateurs.

« Cette manifestation permet de dire qu’il y a des millions de personnes qui aspirent à autre chose. Le camp de la liberté et du progrès prend des coups depuis des mois et des semaines, il est temps de relever la tête », assure Thomas Portes, président de l’Observatoire national de l’extrême droite, à quelques minutes du départ de la marche devant l’un des trois camions qui crachent de la musique. Car, après la tribune des militaires aux relents putschistes, les différentes lois liberticides, la vidéo d’appel au meurtre du youtubeur Papacito en début de la semaine ou la chasse aux « islamo-gauchistes » des derniers mois, la réplique se veut « joyeuse et populaire ». « Nous constatons que quand il n’y a pas de maintien de l’ordre agressif de la part des forces policières, les manifestations se déroulent dans une ambiance festive », se félicitent d’ailleurs les organisateurs.

Le climat n’en est pas moins inquiétant. « Les idées d’extrême droite ne sont plus dédiabolisées, elles sont banalisées, elles sont au centre du débat et les mots et les valeurs sont complètement inversés. Ce sont les antiracistes, les gens de gauche qui sont placés hors champ de la République », dénonce le sénateur communiste Fabien Gay, pointant la « respiration démocratique » que permet la marche à laquelle le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, participe de son côté depuis Lille.

« On revient installer des lignes rouges »

« Cette politique de division de la population, avec la stigmatisation en particulier des musulmans, et d’étouffement des libertés, avec les lois ‘’sécurité globale’’ ou ‘’séparatisme’’, vise à continuer un programme de plus en plus antisocial et antiécologique », ajoute Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac, qui a prononcé avec la présidente de l’Unef, Mélanie Luce, quelques mots au nom de tous les signataires de l’appel. « On revient installer des lignes rouges : le camp républicain, c’est tout sauf l’extrême droite, c’est ce qu’on vient dire aujourd’hui », insiste la syndicaliste étudiante.

D’ailleurs, un incident vient vite rappeler le climat délétère des dernières semaines. Quelques instants avant que le cortège ne s’ébranle, l’insoumis Jean-Luc Mélenchon est enfariné par un « souverainiste » revendiqué. « Il y a une grande tension. (…) La bonne réaction est de faire preuve de solidarité humaine et de sang-froid. Ils ne me font pas peur », réagit le député. « C’est, enchaîne-t-il, le grand bon signe du moment, dans une situation de division, de mesquinerie entre les organisations de la gauche traditionnelle, que tout d’un coup il y ait quelque chose qui vient de la société et qui veut s’opposer à cette vague des idées d’extrême droite qui ne rencontre que peu de résistance puisque les superstructures traditionnelles regardent ça avec bienveillance. »

Les militants sont au rendez-vous

Dans la foule, les militants, drapeaux en main, sont au rendez-vous. Éric, enseignant, chasuble de la FSU sur le dos, veut montrer que « les syndicalistes ne se font pas avoir par les sirènes de l’extrême droite : dans leur programme on retrouve la même volonté de satisfaire un patronat, peut-être plus national, mais en tout cas pas les salariés ». Quand bien même la supercherie n’est pas des plus simples à révéler : « Je n’ai pas la solution mais on la cherche ici », sourit Éric.

« Droit à l’avortement, droit au travail, conception patriarcale de la famille sur toutes ces thématiques-là, les femmes sont en première ligne. Quand on regarde l’extrême droite en Pologne ou au Brésil, il y a de quoi être inquiet », alerte aussi Anne, dans le cortège féministe.

 

Les militants ne sont pas seuls dans la rue. Julien vient manifester pour la toute première fois parce qu’il juge « important de reprendre le contrôle du débat public monopolisé par l’extrême droite » : « Les appels au meurtre sur les électeurs de gauche ça ne me plaît pas vraiment », euphémise l’étudiant de 20 ans, pourtant « pas très confiant » car « les médias qui orientent le débat en ce sens sont trop puissants ». « Tous les gens qui sont là aujourd’hui on ne les entend pas, ils sont invisibilisés parce qu’ils ne sont jamais dans les médias traditionnels », ajoutent Yasmine, Emma et Léna, venues entre copines après avoir vu circuler l’appel sur les réseaux sociaux. « La normalisation de la haine, du racisme, de l’islamophobie, c’est quelque chose qu’on ressent, pas seulement sur les plateaux, mais aussi dans la vie de tous les jours », raconte l’une d’elles.

Macron-Le Pen : 2017... « en pire »

La perspective de 2022 et du scénario Macron-Le Pen, promis pour l’heure par les sondages, revient souvent. « 2022, c’est le même design que 2017 », commence Emma. « Mais en pire, l’interrompt Yasmine. Maintenant on sait ce que c’est de vivre sous Macron et on sait qu’on ne peut pas l’accepter encore. » Un peu plus loin, Arianne prévient aussi : « Ce sera compliqué pour moi, comme pour beaucoup de gens, de voter Macron au 2e tour, autant je l’ai fait en 2017, autant là… » Alors, pour cette sympathisante, la « dispersion » de la gauche n’est pas « une stratégie gagnante », mais elle ne veut « pas que l’histoire du PS se répète parce que c’était vraiment une trahison ». La plaie du quinquennat Hollande est encore béante. « Une partie de la gauche récupère les idéaux de droite, c’est n’importe quoi », tacle Yasmine. Parmi beaucoup de pessimistes, Rémi, lui, veut encore y croire : « J’ai envie de me dire qu’on peut être encore raisonnable et que si on veut que quelqu’un passe au second tour, il faut s’unir ».

« L’enjeu c’est de construire un socle commun »

Mais pour l’heure, même rassemblés dans la rue, la perspective d’un rapprochement pour les élections n’est pas vraiment d’actualité. « Il faut une alternative. L’enjeu c’est de construire un socle commun, une coalition et je pense, personnellement, que c’est l’écologie qui peut rassembler, fédérer, qui coche toutes les cases : l’environnement, la justice sociale, la démocratie », explique Julien Bayou, le secrétaire national d’EELV. Quand Jean-Luc Mélenchon renvoie la balle : « Les partis de la gauche traditionnelle considèrent que l’élection présidentielle est perdue et que c’est le moment de se compter. »

 

J’espère que les partis politiques qui ont appelé avec nous à cette manifestation, vont aussi entendre ce message : il y a besoin de porter plus fort les questions économiques et sociales. Philippe Martinez Secrétaire général de la CGT

 

Du côté des syndicats, on pointe l’urgence de reprendre la main. Derrière la banderole de la CGT qui suit de près le camion des syndicats, Philippe Martinez estime qu’on « a besoin de rassembler les citoyens, le monde du travail plutôt que d’essayer de trouver des coupables, de s’opposer les uns aux autres alors qu’on devrait être tous unis contre ceux qui nous exploitent ». « J’espère que les partis politiques qui ont appelé avec nous à cette manifestation, poursuit le secrétaire général de la CGT, vont aussi entendre ce message : il y a besoin de porter plus fort les questions économiques et sociales, et ne pas se laisser entraîner sur un terrain, notamment de la sécurité, qui, même si c’est important, ne correspond pas aux premières exigences de ceux qui sont au chômage ». « On a toute notre place dans le combat contre l’extrême droite comme face à ce gouvernement », lance encore Murielle Guilbert, co-déléguée générale de Solidaires, au moment de la photo de famille dans le carré de tête.

En fin d’après-midi, pour la première fois depuis longtemps, le cortège atteint la place de la République sans heurts. « C’est le point de départ, j’espère », souhaite, parmi beaucoup d’autres, Benoît Hamon (Génération.s). Les organisations signataires ne comptent pas en rester là : « Le camp de la liberté et du combat contre l’extrême droite est passé à l’offensive. Nous allons le poursuivre tou.te.s ensemble », ont-ils promis à l’issue de la journée. Un prochain rendez-vous est d’ores et déjà fixé au premier week-end de juillet « face au congrès du Rassemblement national » à Perpignan.

 

publié le 12 juin 2021

Présidentielle au Pérou : un séisme politique aux répliques régionales

 

Rosa Moussaoui sur le site www.humanite.fr


 

Le pays est devenu, ces dernières années, l’un des piliers du jeu d’influence de Washington en Amérique du Sud. Avec le basculement en cours, et la possible élection de Pedro Castillo à la tête de l'État, cette donne stratégique est bouleversée.

 

Mardi soir, au Pérou, alors que se poursuivait la compilation des procès-verbaux, le candidat de gauche au second tour de l’élection présidentielle, Pedro Castillo, creusait encore l’écart avec son adversaire d’ultradroite, Keiko Fujimori. Voyant se dessiner un troisième revers électoral, celle-ci crie désormais à la fraude ; sa défaite la dépasse : elle aurait des répliques régionales.

 

En 2011, l’ambassadrice des États-Unis à Lima, Rose Likins, n’avait guère opté pour la discrétion, dans sa campagne en faveur de la fille de l’ancien président Alberto Fujimori, tenant d’un ultralibéralisme autoritaire. La candidate, elle, avait enrôlé comme conseiller l’ex-maire républicain de New York Rudy Giuliani et des cercles ultraconservateurs lui manifestaient bruyamment leur appui depuis Miami.

Barrer la route à la Chine

Le basculement politique en cours au Pérou constitue un revers pour Washington, comme pour les élites pro-américaines qui détiennent dans le pays les leviers du pouvoir économique et politique. C’est que le pays occupe, avec la Colombie, une position stratégique clé dans le dispositif d’influence des États-Unis en Amérique du Sud.

Sur le terrain économique, d’abord, avec la volonté résolue de contrer la montée en puissance de la Chine sur la façade pacifique. Pékin s’est déjà hissé au rang de premier partenaire commercial de Lima, une escale des nouvelles routes de la soie, avec le projet d’une ligne ferroviaire devant relier les deux océans, via le Pérou et le Brésil. Les deux puissances rivales se disputent aussi, dans la région, un accès privilégié aux ressources minérales et énergétiques. «  Le Pérou affiche une gestion saine et prévisible de son économie fondée sur les principes du marché libre. Notre accord commercial bilatéral constitue la base d’une relation commerciale libre, équitable et réciproque, et le Pérou reste une destination importante pour les États-Unis en termes de commerce et d’investissement. Face à la concurrence croissante dans la région, les États-Unis cherchent à consolider leur position de partenaire commercial de choix au Pérou, tout en augmentant leurs avantages », résume un mémento du département d’État.

Une offensive contre le Venezuela

Sur le plan de la politique régionale, le Pérou, qui a noué avec les États-Unis une solide coopération militaire, est devenu, ces dernières années, l’un des pivots de l’offensive de Washington contre les « pays préoccupants », entendre le Venezuela. Point d’orgue de cette stratégie, la création sous l’impulsion de l’administration Trump, le 8 août 2017, du Groupe de Lima, conclave de pays dirigés par des gouvernements ultraconservateurs décidés, selon les termes de la diplomatie américaine, à promouvoir une « résolution pacifique de la crise au Venezuela, un objectif qui s’aligne sur la vision de la stratégie de sécurité nationale pour faire progresser l’influence américaine en faveur des nations souveraines qui coexistent dans la prospérité, la liberté et la paix ». « En soutenant les institutions démocratiques à l’intérieur et au-delà de ses frontières, le Pérou projette un rôle positif dans l’hémi sphère et les organismes internationaux. Cela façonne finalement un hémisphère réceptif aux États-Unis », estime-t-on à Washington.

 

L’alternance n’a pas fondamentalement bouleversé cette ligne : le 2 mai dernier, entre les deux tours de l’élection présidentielle, lors d’une conversation téléphonique, le secrétaire d’État états-unien, Antony Blinken, et le ministre péruvien des Affaires étrangères, Allan Wagner, « ont convenu de l’importance de collaborer pour restaurer la démocratie et la stabilité économique au Venezuela ». Tout au long de la campagne, Pedro Castillo a été désigné comme un « chaviste », un « communiste », un « terroriste », un dictateur en puissance, prêt à mener le Pérou à la ruine économique. « Nous ne sommes pas des terroristes. Nous sommes des travailleurs ordinaires », répond l’instituteur, qui plaide pour une révolution éducative consacrant 10 % du PIB à l’accès gratuit de tous à l’école et à l’université. La diabolisation du candidat de gauche, les attaques idéologiques dont il est la cible, l’hostilité de Washington n’auront pourtant pas endigué la mobilisation, autour de lui, de populations indigènes et paysannes exclues du mirage libéral et de la participation politique.

publié le 9 juin 2021

Grève des manips radio
de la clinique Beausoleil à Montpellier
pour de meilleurs salaires

Par Salah Hamdaoui, France Bleu Hérault


 

Des manipulateurs radiologie de la clinique mutualiste Beausoleil de Montpellier sont en grève depuis lundi 7 juin. Ils demandent des augmentations de salaires pour deux raisons : moins d'effectifs et plus de travail.

 

C'est une grève des manipulateurs radiologie qui a commencé lundi 7 à l'appel de la CFDT et qui est reconductible. Ceux de la clinique Beausoleil à Montpellier qui se plaignent de ne pas être assez bien payés. "20 ans et on a jamais été augmenté, pourtant l'activité a été croissante, à part l'année dernière avec le Covid" témoigne Arnaud Brunet, un des 14 "manips" de la clinique mutualiste. D'autant qu'en un an, trois postes ont été supprimés selon les grévistes.

 

"La direction nous demande de travailler avec ces trois postes en moins et nous demande aussi d'augmenter conséquemment notre activité" confirme Mandy Taulard, salariée depuis 15 ans. "Ça veut dire augmenter le nombre passages au scanner, à l'IRM, à la radiologie, à l'échographie". 

Moins de personnel et plus de travail

Au cours des trois derniers mois, les différentes séances de négociations ont échoué, du point de vue des grévistes. "On n'a rien contre l'augmentation de l'activité mais on demande des compensations financières" soutient Marion Baudreu. "On est les moins payés de la région montpelliéraine. Toutes les cliniques privées sont au-dessus de nous et l'hôpital également mais à chaque fois qu'on nous reçoit on nous dit que la clinique est en faillite et qu'il n'y a pas d'argent pour les manips". 

 

Pour Arnaud Brunet, l'heure est grave. "En 20 ans, c'est la première fois que je fais grève. Et c'est même la première fois que j'ai eu besoin de faire grève parce que la direction est complètement sourde à nos revendications."

 

Sollicitée par France Bleu Hérault ce mardi, la direction de la clinique n'a pas encore donné suite.

 

publié le 8 juin 2021

Éditorial : Climat préfasciste

Maud Vergnol sur le site www. Humanite.fr

 

C’est une alerte que nous lançons aujourd’hui dans ces colonnes. Une alerte sur le climat politique d’une extrême dangerosité qui règne depuis quelques mois, aboutissement d’une prétendue « dédiabolisation » d’un parti d’extrême droite dont les représentants et les complices les plus zélés ont leur rond de serviette dans les médias. Le climat des derniers jours, avec la diffusion d’une vidéo insoutenable d’un « ami » de monsieur Zemmour appelant au meurtre de militants communistes et insoumis, a fait franchir un cap dangereux à notre démocratie.

 

Ce terrorisme d’extrême droite à ciel ouvert, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit, est donc prêt à passer à l’acte. Sans que cela n’émeuve outre mesure les grands démocrates autoproclamés de notre pays, à en lire certains de nos confrères. Pire, par la voix de Raphaël Enthoven, idiot utile de Marine Le Pen, on apprend que Jean-Luc Mélenchon serait plus dangereux que la candidate d’extrême droite… « Trump plutôt que Chavez », écrit le prétendu philosophe dans une version 2.0 du « Plutôt Hitler que le Front populaire ». Déjà, en octobre, le mot « collabo » avait été tagué par un groupuscule d’extrême droite en lettres rouges sur le siège du PCF, souillant la mémoire des résistants et victimes du nazisme.

 

Oui, le fond de l’air est brun, et le confusionnisme dans lequel baigne le débat public ne va pas aider à le dissiper. Dans un tel climat, chacun doit mesurer la portée de ses paroles. Chaque concession au logiciel idéologique de l’extrême droite est une munition supplémentaire donnée à Marine Le Pen. Emmanuel Macron porte une responsabilité majeure en enfermant le débat public dans son duel mortifère avec le RN. À force de jouer avec le feu, plus que le danger pour le président lui-même de s’y brûler les ailes, c’est la démocratie qui risque de se consumer. Notre journal s’est associé à la marche du 12 juin pour les libertés et contre l’extrême droite. Ces derniers événements renforcent notre détermination.

 

Petit rappel de 100-paroles.fr :

la Marche pour les libertés du samedi 12 juin

Montpellier - 10H30 - Place Albert 1er -

Sète- 10h30 - Place du Pouffre

à l’appel de la CGT et de nombreux syndicats, associations et formations politiques.

<< Nouvelle zone de texte >>

Les parquets demandent plus de moyens contre les violences conjugales


 

Par Agence France-Presse

Les procureurs ont demandé lundi des moyens supplémentaires pour lutter contre les violences conjugales, exigeant notamment de doter chaque parquet d’un assistant spécialisé ou d’un juriste assistant dédié spécifiquement à « cette grande cause nationale ».


 

« Il faut plus de moyens pour pouvoir, par exemple, vérifier qu’une mesure d’interdiction d’entrer en contact est respectée, et pouvoir s’adapter rapidement, par exemple pour prescrire un bracelet si elle ne l’est pas. Il faut avoir moyen d’être réactif... », a indiqué à l’AFP Eric Mathais, procureur de la République de Dijon et président de la Conférence nationale des procureurs de la République (CNPR) à l’initiative de ce mouvement.

« La lutte contre les violences conjugales est une des priorités majeures des procureurs de la République », rappellent dans des communiqués distincts les procureurs des différents parquets de France.

« Il faut impérativement doter les parquets de moyens supplémentaires dédiés à cette grande cause nationale », soulignent-ils en rappelant que « les parquets traitent 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 des milliers d’affaires urgentes, dont beaucoup ont des conséquences importantes sur la vie des citoyens concernés ».

La procureure de Versailles, Maryvonne Caillibotte, constate « une augmentation très substantielle » depuis 2019 « du volume des procédures en matière de violences conjugales.  »Il n’y a pas forcément plus de violences mais elles remontent«  mieux, notamment  »grâce aux mouvements MeToo et BalanceTonPorc [qui] ont libéré la parole« , dit-elle à l’AFP.

Or  »la procédure pénale obéit à des règles, on a besoin de preuves, donc d’enquêteurs« , insiste la magistrate.  »Le téléphone grave danger, ce n’est pas seulement un boîtier, le bracelet anti-rapprochement pas seulement un bracelet: il y a un accompagnement et qui dit "accompagnement+ dit "des gens« .

 »Si l’écho donné aux récents féminicides semble axé sur le fait que l’institution judiciaire en porterait la responsabilité, les professionnels confrontés à ces drames savent bien que dans toute situation de violence ou d’abus intra-familial, le défaut de vigilance sur des signes avant-coureurs est toujours collectif et doit interroger la société dans son ensemble« , écrit ainsi le procureur de la République de Draguignan, Patrice Camberou.

La procureure de la République de Meaux (Seine-et-Marne), Laureline Peyrefitte, comme son collègue de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), Jérôme Bourrier, reprennent les mêmes mots dans leurs communiqués:  »Nous avons reçu pas moins de dix circulaires de politique pénale dans ce domaine depuis le début de l’année, toutes parfaitement légitimes dans leurs objectifs mais qui reposent pour l’essentiel sur les parquets. Pour les mettre en oeuvre (...) il nous faut des moyens supplémentaires« .

Le garde des Sceaux a rencontré la semaine dernière la conférence des procureurs de la République, a rappelé l’entourage du ministre contacté par l’AFP.  »Il est a l’écoute de leur demande de moyens« .

Les 1.000 bracelets anti-rapprochement dont dispose la Chancellerie  »n’ont pas vocation à rester dans les tiroirs« , avait déclaré Eric Dupond-Moretti après le féminicide de Mérignac, commis le 4 mai par un homme qui purgeait une peine pour violences conjugales mais n’avait pas été équipé du dispositif.

Des circulaires avaient ensuite été envoyées aux magistrats pour pousser au déploiement du dispositif, disponible en France depuis l’automne mais dont les juridictions peinaient à se saisir.

Le ministre demandait notamment à ce que  »tous les dossiers«  de personnes condamnées pour violences conjugales soient repris, afin de vérifier que  »les antécédents et la personnalité«  de ces hommes ne rendaient pas  »nécessaire«  la pose d’un bracelet.

Selon le collectif  »Féminicides par compagnons ou ex", 49 féminicides ont été recensés en 2021. En 2020, le ministère de l’Intérieur en avait décompté 90, contre 146 l’année précédente.


 

 

publié le 6 juin 2021

 

Télécoms. Chez Orange, la libéralisation des numéros d’urgence
au banc des accusés

 

Marion d'Allard sur le site www.humanite.fr


 

Si l’incident gravissime de l’accès aux numéros d’urgence interroge en interne, il n’est pourtant pas un cas isolé. « La déréglementation et la financiarisation du secteur sont à l’origine de ces problèmes », résume la CGT.

« Cette histoire est un trauma pour la boîte. Le malaise interne est extrêmement fort », confie d’emblée Sébastien Crozier. Certes, une enquête interne, ouverte chez Orange, tente de déterminer les causes exactes de la panne géante qui a affecté dramatiquement l’accès aux numéros d’urgence, mais pour le président de la CFE-CGC chez l’opérateur il est désormais urgent de « repenser tout le modèle et de comprendre, enfin, que les télécommunications sont un service vital pour la nation que l’on doit protéger de la logique de marché. »

Car si la gravité de l’incident justifie l’ampleur particulière qu’il a prise, ce type de panne n’est pas une exception, et « fait suite à une recrudescence d’incidents plus localisés mais de même type », rappelle la CGT qui cite en exemple l’Oise, la Haute-Savoie ou encore Narbonne où des événements similaires « ont récemment touché les services d’urgence ». Et pour le syndicat, « la multiplicité de ces situations ne peut pas être due à des erreurs humaines », mais révèle bien « une politique industrielle défaillante ». Ouverture à la concurrence, explosions de la mise en sous-traitance, sous-investissement chronique, plans massifs d’économies et de suppressions de postes, pertes de savoir faire, rallongement des délais d’intervention…, « la déréglementation et la financiarisation de notre secteur d’activité sont à l’origine de ces problèmes », affirme le syndicat.

Perte de compétences

En clair, la stratégie du groupe piloté par Stéphane Richard est clairement mise en cause par les représentants des salariés. La direction « a perdu depuis longtemps le sens du service public », déplore ainsi SUD-PTT. « Orange a fait le choix irresponsable et coupable de perdre la maîtrise de ses résultats, de ses processus et de ses compétences avec des dispositifs de contrôle de la qualité largement inopérants », poursuit le syndicat qui rappelle que « 70 % des emplois de techniciens n’ont pas été remplacés en 10 ans et (que) la chaîne technique d’Orange n’intervient quasiment plus ».

Mais il est un autre acteur majeur dont la stratégie mortifère est à mettre à l’index, soulignent les syndicats : l’État. Car si cette panne catastrophique résulte de la conjugaison de plusieurs facteurs technologiques et organisationnels, la libéralisation du secteur orchestré par les politiques publiques depuis des années a répondu à la question centrale de l’accès aux numéros d’urgence par l’absurde. « Ces numéros ont été attribués à Orange par appels d’offres avec un cahier des charges édicté directement par le ministère de l’Économie », rappelle Sébastien Crozier. Un système par essence inopérant : « La durée de l’appel d’offres court sur trois ans. Or, le moindre investissement qui permettrait d’améliorer le réseau et l’infrastructure est par définition bien supérieur à la durée de l’appel d’offres. Quel intérêt alors, un opérateur a-t-il d’investir ? », interroge, perplexe, le syndicaliste. À l’évidence, la complexité du système – qui doit permettre un accès rapide et sécurisé à la fois à la santé, la police, les pompiers -, la multiplication des opérateurs intervenants et le caractère vital du service, imposent un changement de braquet radical. « Force est de constater que la privatisation du secteur est un échec », en conclut pourtant la CGT qui milite pour que soit mise sur la table « la question de la reconquête d’un service public des télécommunications ». Mais pas seulement. « Il faut un responsable interministériel qui ait la responsabilité de ces numéros d’urgence », plaide la CFE-CGC : « Aucun opérateur, même public, ne devrait avoir à en assumer la charge ».

Retour de la maîtrise publique

Un retour de la maîtrise publique d’autant plus indispensable que « cette panne doit aussi interroger sur les procédures d’exploitation d’autres réseaux stratégiques, comme celle des centrales nucléaires ou des réseaux de transport », insiste SUD-PTT. D’autant plus indispensable aussi que ces incidents risquent de se multiplier. « À chaque fois qu’il y a des intempéries, une tempête, que les poteaux électriques sont arrachés, que les centraux sont inondés, à chaque fois que du fait de la concurrence, n’importe qui intervient sur les armoires électriques sans forcément savoir le faire… des centaines de personnes n’ont plus accès au téléphone et donc aux numéros d’urgence », souligne Sébastien Crozier. Pour le syndicaliste, la réflexion doit donc se porter bien au-delà de la seule affaire de la panne survenue chez Orange. « Il faut repenser tout ce système, mettre en place des plans d’urgence car on sait aussi que pendant le covid, l’accès aux numéros d’urgence a failli planter des tas de fois et que si un attentat survient, le système ne résistera pas… »

 

publié le 5 juin 2021

Régionales 2021. Ce que les slogans choisis par les candidats
disent de ces élections

 

Cyprien Caddeo sur le site www.humanite.fr


 

Les slogans des candidats et intitulés retenus pour identifier les listes des élections régionales des 20 et 27 juin 2021 sont riches d'enseignements sur ce scrutin peu lisible. Les signatures politiques, en particulier, restent floues. Décryptage.

Certains veulent « la Région, partout et pour tous ». « Construisons la région de demain », enjoignent les autres. D’autres encore rêvent de « l’Alternative » ou d’« Un nouveau souffle ». Qui dit campagne électorale dit foire aux slogans. Car si la politique est affaire de convictions, de programme, de passion militante, elle est aussi une machinerie publicitaire. Une science en soi.

Le synthétisme, tout un programme

« Un bon slogan doit être à la fois assez marquant pour qu’on le retienne, assez pertinent pour porter un programme de manière synthétique, mais ne doit pas succomber à l’appauvrissement de la pensée. Tout ça en peu de caractères », résume la sémiologue Élodie Mielczareck.

Les listes pour les élections régionales des 20 et 27 juin, désormais bouclées, ont un nom. Et ce n’est pas rien : c’est lui qui figure sur les affiches, les tracts et les bulletins de vote. C’est lui, aussi, qui fait office de slogan de campagne et doit donner une clé de lecture du scrutin à l’électeur. Ce qui, dans une campagne sans meeting ou presque, en fait un élément d’identification important.

Le règne du générique

Alors que dire des slogans de cette cuvée électorale 2021 ? Un grand absent : les partis politiques. Affaiblis et impopulaires dans les enquêtes d’opinion, ceux-ci se font tout petits. Surtout si l’on ajoute les listes d’union, qui interdisent toute référence à un parti plutôt qu’à un autre. Rare contre-exemple parmi les principaux partis, la liste « Bretagne insoumise ».

Pour les autres, c’est le règne du générique, comme en témoignent les slogans cités plus hauts, et pour lesquels nous avons volontairement omis de préciser l’étiquette politique.

Dans ce festival du flou, on peut citer « la Région par cœur » (PS-PCF, en Bourgogne-Franche-Comté), l’étonnamment sobre « Rassembler l’Occitanie » (RN) ou l’improbable « Envie d’Île-de-France » (LaREM), qui ressemble davantage à une brochure d’office du tourisme ou à un tube de Peter et Sloane qu’à un marqueur politique. Ou encore « Plus forts ensemble », si abscons qu’il est à la fois le slogan des socialistes dans le Centre-Val de Loire et celui des « Républicains » dans le Grand-Est.

LaREM et l’idée abstraite de progrès

« Ces slogans sont dans leur ensemble symptomatiques du moment : ils ne renvoient plus à une signature politique ou à une vision du monde, juge Élodie Mielczareck. Leur vacuité porte en creux la défaite des idées, la manière dont elles sont devenues interchangeables entre les partis. »

Ce flou entretenu est particulièrement visible chez les marcheurs et leurs alliés, qui se contentent de références dépolitisées à l’idée abstraite de progrès : « Ensemble le meilleur est avenir » au Centre-Val de Loire ou « la Région de tous les progrès » dans les Pays de la Loire. Le Parti socialiste n’est pas en reste avec l’alambiqué « les Talents de nos territoires, l’union de nos énergies » (Nouvelle-Aquitaine) ou le passe-partout « la Normandie nous rassemble ».

Les mots « ensemble » ou « rassembler » reviennent d’ailleurs le plus dans les slogans, ignorant les frontières partisanes : « Ensemble pour notre région » (PCF-FI, en Auvergne-Rhône-Alpes), « l’Écologie ensemble » (EELV, dans les Pays de la Loire), « Ensemble faisons gagner nos territoires » (LR, en Centre-Val de Loire). Ironique à l’heure où le paysage politique n’avait jamais été autant éparpillé façon puzzle. « Plus un mot est utilisé, plus il est dénaturé et perd de sa charge sémantique », ajoute Élodie Mielczareck.

EELV, l’écologie en vert et... partout

D’autres partis en revanche ont fait le choix de résumer leur candidature à un motif relativement concret. Les Verts brandissent sans surprise le totem « écologie » dans tous leurs slogans, comme « l’Écologie évidemment ! », la liste de Julien Bayou en Île-de-France. « On voulait l’idée de l’urgence, la force de l’évidence, puisqu’on entre dans la décennie où il faut agir, tout de suite. Et il y a aussi l’idée que c’est l’écologie par les écologistes, et que nous parlons d’écologie tout le temps », précise-t-on dans son équipe de campagne.

La liste FI-PCF a préféré « Pouvoir vivre en Île-de-France » : « Il fallait que le slogan propose une rupture par rapport au coût de la vie et du logement, au temps passé dans les transports, aux inégalités qui abîment la vie », raconte la communiste Céline Malaisé.

Vocabulaire guerrier

Chez LR, le vocabulaire guerrier est plébiscité : « la Région de toutes ses forces » pour Laurent Wauquiez, « Pour vous, de toutes mes forces » pour Valérie Pécresse, « Se battre pour vous » pour Xavier Bertrand.

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Quant au RN, il décline, dans la plupart des régions, un slogan unique : « la Région qui vous protège », parfois agrémenté d’un « Français, réveillez-vous ! ». Un choix aussi malin qu’il est malhonnête, puisqu’il ancre le slogan dans quelque chose de concret pour l’électeur – se sentir en sécurité – tout en faisant semblant d’ignorer que la sécurité n’est pas une compétence directe des régions.

« On est là ! »

Dernière tendance des slogans 2021 : ne pas trop mettre en avant le nom des nouvelles régions, auxquelles les électeurs ne se sentent pas attachés.

Ainsi, la liste FI-NPA avait pensé à « Nouvelle-Aquitaine populaire », avant de se raviser. « On s’est dit que pour les gens du Limousin ou du Poitou, ça ne voulait rien dire », glisse-t-on en interne, où l’on a finalement opté pour « On est là ! », référence à un des cris de ralliement des gilets jaunes.

Double problème démocratique

« Il y a un double problème de fond sur l’identification, reprend Élodie Mielczareck. Un problème d’identité à l’intérieur des partis, et un problème d’identification à la région à laquelle les électeurs s’imaginent appartenir. » Et donc un double problème démocratique.

Exception faite des régions historiques comme la Bretagne et la Normandie. Les noms des listes, tous courants confondus, qui concourent dans ces régions y font toujours référence. Mais comme en témoigne la liste « Vivre la Normandie » du sortant Hervé Morin, cela ne rend pas forcément les slogans beaucoup plus clairs…

 

publié le 4 juin 2021

Montpellier : troisième journée nationale de grève des AESH

Sur le site lepoing.net

 

Environ 200 personnes se sont réunies ce jeudi devant le rectorat pour soutenir les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), en grève pour protester contre la précarité et l’absence de reconnaissance de leur profession.

 

Mobilisés depuis le 26 janvier, les AESH n’en ont pas fini de faire entendre leurs revendications face à un gouvernement qui « les méprise», comme l’explique en rage l’une des déléguées syndicales lors du rassemblement : « L’éducation nationale organise un grenelle de l’éducation et ils parlent à peine de nous ! ». Pourtant, ces travailleurs, et surtout ces travailleuses, représentent 115 000 postes dans l’éducation nationale, soit un dixième des effectifs.  93%, des AESH sont des femmes et seules 17% sont en CDI. Elles travaillent dans leur immense majorité à temps partiel, en moyenne 24 heures par semaine avec un salaire d’environ 760 euros par mois. Leurs contrats, en CDD, durent 3 ans, renouvelables une fois, avec possibilité d’accès à un CDI, mais sans le statut de fonctionnaire. À ce statut déjà précaire s’ajoute le pôle inclusif d’accompagnement localisé (PIAL), La dernière réforme du gouvernement pour « flexibiliser » l’éducation nationale, qui a récemment mis le feu aux poudres.


«  Ce sont nos enfants qui vont en pâtir »  

Un PIAL regroupe plusieurs établissements scolaires sur un territoire donné. Ses responsables, fonctionnaires de l’Éducation nationale, déterminent l’emploi du temps des AESH en les répartissant sur ces établissements, en fonction des besoins repérés. Une mission jusqu’alors confiée aux Maisons départementales de l’autonomie (MDA), anciennement Maisons Départementales des Personnes Handicapées. Cette politique managériale censée apporter plus de souplesse face à des besoins grandissants se heurte à la précarité agents, qui déplorent un manque de moyens pour s’occuper correctement des enfants handicapés qu’ils suivent.

 

Laetitia, AESH en grève à l’école André Boulloche à Montpellier et syndiquée SUD, voit déjà au quotidien les effets de ces politiques de flexibilisation : « Le système actuel pénalise les élèves. J’accompagne 4 enfants, 30 heures par semaines. Il y a des élèves où je suis avec trois autres AESH, 2 heures chacune sur un seul enfant, pour un total de dix heures par semaine, alors que l’enfant, il est handicapé tout le temps, pas uniquement dix heures par semaines ! C’est dur pour eux, ils doivent s’adapter à plusieurs adultes et ils ne sont pas tout le temps encadrés ». Elle-même mère d’un enfant handicapé, elle constate la précarisation qu’a subie sa profession ces dernières années ; « Quand mon fils était à l’école en 2005, il avait une seule AESH qui était avec lui 35 heures par semaines ». Elle est venue aujourd’hui pour demander la démission de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, l’abandon des PIAL, un salaire à plein temps pour 24h d’accompagnement et les heures connexes et un statut de fonctionnaire.    

 

Ces revendications seront portées par une délégation au rectorat de Montpellier en début d’après-midi. Dans la rue de l’Université, un cortège largement composé de femmes scande « AESH en colère, les PIAL c’est la misère ! AESH en colère, on va pas s’laisser faire ! »      

      
Après presque une heure de discussion, la délégation syndicale sort du rectorat mitigée: « Le positif, c’est qu’ils ont compris nos revendications autour des écarts de salaires par rapport à l’ancienneté, mais pour la création d’un statut de fonctionnaire, ils ne veulent pas en entendre parler. Pour eux, les PIAL c’est très bien ».           
Les syndicats ont cependant obtenu la création d’un groupe de travail, pour que les AESH, jusqu’alors absents des négociations avec le gouvernement, puissent y participer et faire entendre leur quotidien et leurs revendications.

publié le 3 juin 2021

Procès des "7 de Briançon" : manifestation à Grenoble
contre la "répression de la solidarité" envers les migrants


 

Sur la site france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes


 

Sept personnes étaient jugées en appel jeudi 27 mai à Grenoble pour avoir facilité l'entrée en France d'une vingtaine de migrants. Une manifestation s'est tenue devant le palais de justice avant le début de ce procès devenu un symbole.

 

Une manifestation a été organisée le 27 juin 2021 devant le palais de justice de Grenoble pour dénoncer la "répression de la solidarité" envers les migrants. • © Damien Borrelly / France 3 Alpes

Isère Grenoble

Un rassemblement a été organisé jeudi 27 mai devant le palais de justice de Grenoble pour dénoncer la "répression de la solidarité" envers les migrants et les sans-papiers. Le même jour, sept prévenus comparaissaient devant la cour d'appel de Grenoble pour avoir facilité l'entrée en France d'une vingtaine de migrants.

En première instance, les "sept de Briançon" ont été condamnés à des peines allant jusqu'à quatre mois d'emprisonnement. Le tribunal correctionnel de Gap avait prononcé le 13 décembre 2018 une peine de six mois de prison avec sursis à l'encontre de cinq d'entre eux : deux Français, une Italienne, un Suisse et un Belgo-Suisse aux casiers judiciaires vierges. Les deux autres, des Français déjà condamnés par le passé - dont un est également poursuivi pour rébellion dans ce dossier - avaient écopé de douze mois de prison, dont quatre ferme.

"On entrave les humanitaires dans leur mission d'assistance"

Ce procès est devenu un symbole dans les Hautes-Alpes où les réfugiés affluent. "L'enjeu est de taille puisque c'est un des plus gros procès concernant la répression de la solidarité envers les personnes exilées. Leurs propres droits sont bafoués et on est confrontés à des mesures d'intimidation, de pressions qui peuvent aller jusqu'à des poursuites judiciaires, ce qui est vraiment le monde à l'envers", estime Michel Rousseau, membre du comité de soutien aux prévenus.

"On habite dans ces montagnes. C'est insupportable pour nous d'accepter que notre propre pays utilise les montagnes comme des cimetières pour empêcher les gens de venir", complète-t-il. Depuis quelques années, le col de l'Echelle, entre Italie et France, est devenu un point de passage. La solidarité s'est organisée pour porter assistance aux réfugiés. Et les associations de dénoncer la militarisation de la frontière.

"Depuis 2018, on subit une répression constante à la frontière, constate Agnès Antoine, coordinatrice du comité de soutien aux prévenus. Les humanitaires sont entravés dans leur mission d'assistance. C'est vrai en France, en Grèce, en Turquie, en Croatie. C'est partout pareil, on entrave les humanitaires dans leur mission d'assistance. C'est scandaleux (...) Ce qui se joue, c'est le rejet de l'autre. La déshumanisation d'une partie de l'humanité à qui on refuse le droit même de respirer." 

Procès politique

En avril 2018, les sept prévenus participaient à une manifestation contre le groupuscule d'extrême-droite Génération identitaire. C'est dans ce cadre, alors que le cortège avait franchi la frontière franco-italienne, que le ministère public leur reproche d'avoir facilité l'entrée en France d'une vingtaine de migrants. Au terme du procès en première instance, les militants avaient dénoncé "l'extrême sévérité" des peines prononcées et "un coup d'arrêt" à "une plus grande humanisation du délit de solidarité" avant d'interjeter appel. L'un des avocats de la défense parle d'un procès politique.

"Ces jeunes gens payent une forme d'asymétrie de traitement des pouvoirs publics, c'est-à-dire, à l'époque, la bienveillance vis-à-vis de ce mouvement néofasciste (Génération identitaire, NDLR). Et en même temps, le soupçon permanent à leur endroit alors qu'ils mettent toute leur vie en jeu pour porter secours à des personnes en danger", estime Me William Bourdon, avocat de cinq prévenus. A l'heure de la publication de cet article, l'audience était toujours en cours. Des concerts de soutien ont lieu jusqu'à 20 heures aux abords du palais de justice.

PUBLIÉ LE 1° JUIN 2021

L’hOpital public dans la rue
pour l’accès aux soins et à la santé

 

Par Caroline Coq-Chodorge sur www.mediapart.fr

 

Un collectif international d’hospitaliers a appelé à manifester, samedi, dans de nombreuses villes. À Paris, le cortège était petit mais joyeux. Les soignants promettent d’être présents dans le débat public dans les prochains mois, en vue de la présidentielle.

Ils sont une centaine, mais ils sont tous là, ceux qui parlent au nom de l’hôpital public depuis qu’il s’est mis en branle, il y a deux ans. Ce samedi 29 mai, à Paris, ils sont confiants : « On se remobilise un beau week-end où tout le monde veut profiter des terrasses », reconnaît le docteur Anne Gervais, hépatologue à l’hôpital Bichat à Paris et membre du collectif Inter-hôpitaux. « Mais il y a un élan, de nombreux contacts avec le monde associatif, des projets de mobilisation, vous allez entendre parler de nous », promet-elle. 

Tous les partis politiques, à l’exception de La France insoumise, étaient présents à la manifestation des policiers le 19 mai, jusqu’au ministre de l’intérieur. Avec les soignants, ce 29 mai, il n’y avait ni ministre ni partis, une seule écharpe tricolore au milieu du cortège, « peut-être un élu parisien », se demande le neurologue François Salachas.

« De toute façon, on ne les a pas invités. On est allés au bout de ce qu’on peut demander aux politiques. On veut construire un mouvement plus large, citoyen, interpeller les Français sur l’état de l’hôpital public, qui est en grand danger. Notre objectif est de poser ce débat pour la présidentielle. »

« On cherche la mobilisation de la société civile, au-delà de la gauche qui se déchire », renchérit Anne Gervais. « L’hôpital dépasse les partis. Pendant le grand débat national, 30 % des contributions portaient sur la santé, 12 % sur l’hôpital public. Si les politiques ne le comprennent pas, ils seront rejetés, au profit des extrêmes », met-elle en garde.

L’appel à la mobilisation, ce samedi, est « un SOS international pour la santé ». Les soignants ont manifesté à Paris, La Rochelle et Marseille, mais aussi à Bruxelles, Madrid, Rome ou Milan, à l’appel d’un nouveau collectif, La Santé en lutte, né à Bruxelles, en septembre 2020, de la rencontre entre les Français et les Belges, auxquels se sont joints une soixantaine de collectifs en Europe, au Royaume-Uni et en Amérique du Nord. Tous constatent la même « dégradation de l’accès, de la qualité et de la sécurité des soins », une même « perte de sens des métiers ».

En France, pour le collectif Inter-urgences, qui porte la voix des paramédicaux des urgences, la question n’est plus salariale. Ils se satisfont des 183 euros net d’augmentation obtenus en juillet 2020, au moment du Ségur de la santé. Mais sur tous les autres volets du Ségur, « on ne peut pas en rester là », dit Noémie Banes, présidente du collectif et infirmière à Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques) : « On veut que les soignants et les usagers soient associés à la gouvernance de l’hôpital. »

En France, le débat sur l’hôpital public va se cristalliser, dans les prochains mois, autour des grands projets hospitaliers, en particulier la construction du grand hôpital Nord à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), où doivent fusionner les hôpitaux Bichat (Paris) et Beaujon (Clichy). La fusion est aussi une restructuration, puisque 300 lits doivent être supprimés dans l’opération.

Ailleurs en France, d’autres suppressions de lits d’hôpitaux sont prévues, dans d’autres grands projets hospitaliers, à Paris-Saclay (Essonne), Nantes (Loire-Atlantique) ou encore Tours (Indre-et-Loire). La politique de rationalisation de l’hôpital – qui vise à poursuivre l’augmentation de la productivité par la suppression des lits – se poursuit donc sur l’ensemble du territoire.

L’hépatologue Anne Gervais voit quelques raisons d’espérer, comme à Reims, « où la mobilisation des élus, aux côtés des hospitaliers, a permis de préserver les lits dans le projet du nouvel hôpital ».

La question des lits est étroitement liée à celle des effectifs : « Dans de nombreux hôpitaux, on ferme aussi des lits parce qu’il n’y a plus assez d’infirmières, d’aides-soignantes, explique Noémie Banes. C’est le chat qui se mord la queue. Pendant le Covid, les soignants se sont épuisés, ils quittent l’hôpital, qui ne fait rien pour les retenir. »

Les hospitaliers réclament des « ratios de soignants », explique Anne Gervais : « Aux États-Unis, il y a une infirmière pour six patients. En France, il y a une infirmière pour quatorze patients. On veut discuter, service par service, du juste nombre de soignants. » 

Agnès Hartemann, professeur de diabétologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, explique que, dans son service, « il y a trois postes d’infirmières vacants, en raison d’un arrêt maladie et de deux congés de maternité » : « On n’arrive pas à recruter pour les remplacer. Des infirmières qui voulaient venir à la manifestation ont finalement accepté de travailler 12 heures, sur un jour de repos. Des infirmières très qualifiées, formées par l’hôpital public, partent dans le privé, parce qu’elles y gagnent plus d’argent et ne travaillent pas le week-end. Pendant le Covid, on a eu des renforts, mais c’étaient des intérimaires beaucoup mieux payés. Tout cela crée des tensions, de la rancœur. »

Le « quoi qu’il en coûte » est terminé, les soignants voient revenir les restrictions budgétaires : « Nos collègues de Lorient et de Rennes nous ont raconté que leur direction leur a fait comprendre que les 183 euros net d’augmentation devaient se traduire par une augmentation de la productivité, rapporte Agnès Hartemann. Le budget de l’assurance-maladie augmente, mais moins que les besoins de santé. Au final, l’hôpital doit encore faire un milliard d’euros d’économies en 2021. C’est compliqué, mais il faut le faire comprendre aux Français. »

La psychiatrie est également bien représentée dans le cortège. Laurent Vassal, psychiatre à l’hôpital de Ville-Évrard (Seine-Saint-Denis), explique, avec lassitude, « tirer la sonnette depuis longtemps, sans effet » : « On nous annonçait un grand plan autisme, on n’a rien vu. On nous promettait un rattrapage en Seine-Saint-Denis, [département] notoirement sous-doté, on n’a rien vu. On va bientôt avoir des assises de la psychiatrie, mais franchement, je suis pessimiste. On a une population qui souffre de l’isolement, on voit plus de troubles dépressifs, de bouffées délirantes. Mais on a six services hospitaliers en grande difficulté, une dizaine de médecins manquent, 60 à 70 infirmières. Il y a six mois d’attente pour obtenir une consultation en centre médico-psychologique pour un adulte. Nos patients ne vont pas bien, certains se suicident. On n’a pas de lits pour ceux qui arrivent aux urgences. On doit les sédater, les contentionner, parce qu’on ne peut pas les laisser déambuler, en crise, dans les couloirs. Cela nous désespère. »

 

publié le 31 mai 2021

TRIBUNE. Appel pour les libertés et contre les idées d’extrême droite

sur le site www.appelpourleslibertes.com

 

Organisations syndicales, politiques, associations et autres collectifs appellent à manifester samedi 12 juin pour défendre les libertés et les droits sociaux.

 

Depuis maintenant plusieurs mois nous constatons un climat politique et social alarmant. S’allier avec l’extrême droite ou reprendre ses idées ne constituent plus un interdit. Les propos et actes racistes et sexistes au travail et dans la vie se propagent. Les attaques contre les libertés et les droits sociaux s’accentuent gravement. Dans ce contexte politique, économique, social et sanitaire les injustices explosent et génèrent une forte misère sociale.

Plusieurs lois liberticides organisent une société autoritaire de surveillance et de contrôle qui empêcheraient d’informer sur des violences policières, déjà trop importantes. De plus, si certaines de ces lois stigmatisent une partie de la population en raison de sa religion, d’autres en ciblent en raison de leur activité militante.

 

Comme les signataires de l’appel pour les libertés et contre les idées mortifères de d’extrême droite, nous ressentons toutes et tous l’urgence de construire une réponse forte et unitaire qui dessine l’alliance des libertés, du travail et d’un avenir durable.

 

Face à ce climat de haine, raciste et attentatoire aux libertés individuelles et collectives, nous avons décidé collectivement d’organiser le samedi 12 juin une première grande journée nationale de manifestation et de mobilisations qui se déclinera localement.

 

Cette journée fait partie des initiatives unitaires qui se multiplient. D’ores et déjà, nos organisations syndicales, politiques, associations, collectifs, signataires de l’appel, ont décidé de co-construire ce combat dans la durée.

 

Les premiers signataires :

 

Syndicats : CGT, FSU, Union syndicale Solidaires, Syndicat des Avocats De France, Syndicat de la Magistrature, Unef (Union nationale des Étudiants de France), UNL (Union nationale des Lycéens), Fidl, MNL (Mouvement national Lycéen), FSE (Fédération Syndicale Etudiante, l’Alternative, Confédération Paysanne, USP (Union Syndicale de la Psychiatrie).

 

Associations et collectifs : Attac, LDH, FCPE, Fondation Copernic, Oxfam, Alternatiba, Amis de la terre, Résilience commune, DAL, CNL (Confédération nationale du Logement), Emancipation collective, Rencontre des justices, Coexister, MRAP, CRAN, SOS Racisme, Comité Justice pour Ibo, QNQF (Quartiers nord, Quartiers forts Marseille), Observatoire contre l’extrême droite, Association ViSA, Femmes égalité, Collectif National pour les Droits des Femmes, Collectif féministe Les Rosies, Les effronté.e.s, JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne), AFPS, Conseil démocratique Kurde France, FTCR, CRLDHT, UTAC, France Amérique Latine

Médias : Regards, L’humanité, Politis, Contretemps

 

Organisations politiques : Ensemble !, Génération.s, La France Insoumise, GDS, Nouveaux Démocrates, NPA, Place Publique, les jeunes écologistes, MJCF (Mouvement des Jeunes Communistes), UEC, PEPS, Jeunes Génération.s, Rassemblement Communiste, UCL (Union Communiste Libertaire)

 


 

publié le 30 mai 2021

La CNL : « Je rêve d’un pays
avec une sécurité sociale du logement »

sur le site www.humanite.fr

 

La Confédération nationale du logement a manifesté devant le ministère chargé des expulsions pour protester contre la fin de la trêve hivernale.

 

Sur le boulevard Saint-Germain, à Paris, ce 28 mai, les terrasses des cafés commencent à se remplir. Le clocher de l’église du quartier annonce 10 heures. Au numéro 244, une vingtaine de personnes se regroupent devant le ministère du Logement et de la Transition écologique. Une grande banderole blanche et rouge est déployée avec pour inscription « Le ministère des Expulsions reprend du service ». Quelques jours plus tôt, la Confédération nationale du logement (CNL) avait appelé au rassemblement afin de protester contre la fin de la trêve hivernale. Au vu de la crise sanitaire et de l’appauvrissement des ménages qui l’accompagne, la ministre déléguée au logement, Emmanuelle Wargon, a décidé de prolonger cette période mais seulement jusqu’au 1er juin. « Le gouvernement va jeter des milliers de familles dans la rue. Il faut prolonger la trêve hivernale jusqu’au 31 octobre. Non aux expulsions ! » clame Eddie Jacquemart, président national de la CNL, dans son mégaphone. Le slogan est repris en chœur par la foule.

 

Trente mille expulsions pourraient avoir lieu à partir du 1er juin, le double d’une année normale en raison de l’accumulation des signalements. Les manifestants discutent en petits groupes des décisions prises par le gouvernement. L’inquiétude se lit sur leurs visages.

 

« La crise a précipité des gens dans la pauvreté, il faut protéger les plus fragiles », explique David Belliard, président du bailleur social parisien RIVP. D’après une enquête flash de la Fondation Abbé-Pierre, à la suite de la crise, 14 % des Français ont eu des difficultés liées au logement. Intermittents du spectacle, artisans, autoentrepreneurs, restaurateurs, ils affrontent pour beaucoup leurs premiers impayés de loyer et sont assignés en justice.

 

Claude, membre de la CNL depuis quarante ans, tient une pétition à la main. « Il faut qu’on la fasse circuler pour protester contre les expulsions », indique la syndiquée. Plusieurs élus en écharpe sont présents. Elsa Faucillon, députée PCF des Hauts-de-Seine, prend la parole. « C’est un ministère du Logement de la honte, dénonce-t-elle. Les différents ministres qui nous ont répondu ont eu l’audace de dire qu’il n’y aura pas d’année blanche sur les expulsions. Mais dans quel monde vivent-ils ? »

Les immeubles se dégradent et les loyers augmentent

« Nous ne devons jamais nous résigner au fait qu’il y ait des gens qui dorment dans la rue dans notre pays, déclare à son tour Mathilde Panot, vice-présidente du groupe FI à l’Assemblée nationale. Ce gouvernement a décidé que jusqu’au bout il ne servirait que les riches. » Les manifestants applaudissent chaudement ses interventions. « Ces procédures sont extrêmement violentes, c’est un traumatisme pour les personnes qui les subissent, explique le président de la CNL. Les huissiers arrivent, les serruriers changent les serrures et les déménageurs mettent toutes vos affaires dans des cartons. Ils repartent en ne vous laissant qu’une carte avec un numéro d’hébergement d’urgence, pour la plupart saturés. » Des vies balayées avec la crainte de finir à la rue.

Les difficultés de logement sont majoritairement liées au niveau des revenus et concernent 14 % des locataires de HLM. En plus de la fin de la trêve hivernale, plusieurs manifestants dénoncent la négligence et les taxations « massives » des bailleurs sociaux. « Pour compenser les impayés, on reporte ça sur les locataires qui ont plus de moyens », notifie Dominique. « On laisse nos immeubles se dégrader et on augmente nos loyers », ajoute Claude. Ce laxisme dans la prise en charge des réparations, Anita en a fait l’expérience « Pendant le premier confinement je n’étais pas chez moi. Je venais dans la semaine récupérer des affaires. Un jour, j’ai remarqué qu’un de mes carreaux était cassé. Après plus de neuf mois de relance et quatre courriers recommandés, mon bailleur a enfin daigné prendre en charge les frais engagés. »

 

Après plus d’une heure d’échanges, la manifestation se termine. La banderole est rangée. Et Eddie Jacquemart de conclure : « Je rêve d’un pays sans expulsions et avec une sécurité sociale du logement. 

publié le 28 mai 2021

Superyachts : objets favoris des super-riches, des évadés fiscaux et des fraudeurs de l’impôt

 

par Grégory Salle  sur le site www.bastamag.net


 

Dans son livre Superyachts - Luxe, calme et écocide, publié aux éditions Amsterdam, le chercheur Grégory Salle étudie cet objet apprécié des milliardaires et miroir grossissant des inégalités du capitalisme contemporain. Nous en publions ici un extrait.

Si la plaisance de luxe a suscité quelque attention médiatique dans la période récente, c’est à la faveur d’une « réforme » – il faudrait multiplier les guillemets, les épaissir, les faire clignoter – fiscale. Au 1er janvier 2018, exit ISF (impôt de solidarité sur la fortune), welcome IFI (impôt sur la fortune immobilière) et son acolyte PFU (prélèvement forfaitaire unique). Comme son nom l’indique, le nouvel impôt en vigueur exclut de son calcul les biens meubles, qu’ils soient terrestres, comme les voitures de luxe, ou maritimes. Les superyachts se trouvent en première ligne de l’abandon manifeste de solidarité. La catégorie des valeurs mobilières excède en fait largement ces seules matérialisations de la richesse : elle inclut les produits financiers, et c’est peut-être là que se joue l’essentiel. Reste que les superyachts objectivent l’injustice d’une décision qui, en excluant de tels supports et symboles mobiles de l’opulence, écarte de son champ d’application une part que des estimations évaluaient à environ trois quarts de l’assiette de l’ISF. Ceci dans un contexte où, on l’a dit, les inégalités de fortune se jouent dans le patrimoine plus encore que dans les revenus.

Le cadeau est si gros, si visible, si clairement inique qu’il passe mal même au sein d’une partie de la majorité parlementaire. Il faut dire que, pour faire accroire qu’Emmanuel Macron n’est pas le fondé de pouvoir du capital, ça n’aide pas vraiment. Membre du Parti radical de gauche adoubé par le parti présidentiel, le rapporteur général de la commission des finances trouve même que ça fait mauvais genre. « M’as-tu vu », le superyacht, « pas productif ». Il faut rattraper le coup. On négocie. En acceptant de transiger, Bercy tient bon sur l’essentiel : va pour des mesures d’accompagnement. Non pas un rétablissement de l’impôt, donc, mais une taxe additionnelle sur les biens de luxe. En l’espèce, un droit annuel de francisation et de navigation dont doit, en principe, s’acquitter tout propriétaire français (ou un droit de passeport, dans le cas d’une provenance étrangère) d’un yacht de plus de 30 mètres de long (c’est donc le critère supérieur, non celui des 24 mètres, qui est retenu, diminuant d’autant le champ d’intervention) et/ou excédant une certaine puissance. Compenser, corriger à la marge, histoire de sauver l’honneur. Ou pas.

 

Figurez-vous que l’échec est cuisant. On est même si loin du compte que la presse proche des milieux d’affaires, qu’on a connue moins moqueuse, s’amuse du flop. À l’été 2018, puis 2019, soit respectivement six mois puis dix-huit mois environ après la mise en place d’une mesure votée en 2017, les calculs font apparaître que la hausse des taxes rapporte autour de 85 000 euros deux années consécutives, alors que l’estimation budgétaire qui circulait était de dix millions d’euros – cent fois plus (de quoi s’acheter un superyacht, s’amuse un journaliste au courant des tarifs). La provenance de ce dernier chiffre n’est pas très claire. D’abord attribuée aux services de Bercy, qui ont démenti, elle viendrait du président du groupe parlementaire majoritaire. Quoi qu’il en soit, ça fait une petite différence. À la rentrée 2019, la somme a certes triplé, atteignant 288 000 euros, mais elle demeure très en deçà des effets d’annonce. Du reste, les deux organisations pressenties pour en toucher les fruits – Société nationale de sauvetage en mer, puis Conservatoire du littoral – déclarent n’avoir pas vu la couleur de l’argent.

 

Aucun contrôle douanier n’a été effectué dans la presqu’île de Saint-Tropez, lieu difficilement contournable en la matière

 

Vous vous dites sans doute qu’il faudrait être naïf pour être surpris, mais le rapporteur général de la commission des finances, lui, en est tombé de l’armoire. Il peine à comprendre les sommes, non seulement quantitativement, tant leur montant est faible, mais aussi qualitativement, tant sont curieux les arbitrages dont elles procèdent. Il s’étonne de ce que les douanes semblent aux abonnés absents sur le sujet, comme il a pu le constater en leur rendant une petite visite, apprenant à cette occasion que, d’une part, le logiciel n’était pas vraiment utilisé ni actualisé et, d’autre part, qu’aucun contrôle douanier n’avait été effectué dans la presqu’île de Saint-Tropez, lieu difficilement contournable en la matière. Il semble si sincèrement surpris qu’on aurait presque envie d’applaudir la performance. Car le fiasco n’en est évidemment pas un, au sens où il n’est pas accidentel, mais l’expression d’une politique.

 

Le rapporteur du budget n’a visiblement pas bien compris de quoi il retourne. C’est pourtant simple. Aux termes d’une analyse du premier exercice budgétaire, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) concluait à un impact redistributif largement au bénéfice des 2 % de ménages du haut de la distribution des revenus, soit ceux qui détiennent l’essentiel du capital mobilier ; à l’opposé, les ménages les plus modestes sont fortement affectés, à leur détriment bien sûr, par les hausses de la fiscalité indirecte. Trois exercices du même genre et le constat ne varie guère : entre 2018 et 2020, les plus riches sortent grands gagnants, les plus pauvres grands perdants. Le niveau de vie des 5 % de Français les plus modestes recule, celui des 5 % les plus aisés augmente. En octobre 2019, le premier rapport du comité d’évaluation de la réforme de la fiscalité du capital n’a pas vraiment produit d’évaluation proprement dite (il a même botté en touche), mais la « seule conclusion solide » qu’on peut en tirer, comme l’écrit le journaliste Romaric Godin, c’est « comme prévu » l’enrichissement des 5 % les plus riches. Même Le Monde, pas franchement en pointe dans la lutte contre le néolibéralisme et renâclant à la tâche en (dis)qualifiant à tort l’OFCE comme un « cercle de réflexion marqué à gauche », est bien obligé de le concéder : ce sont les plus riches qui tirent profit des « réformes » . Selon les calculs de l’Institut des politiques publiques sur la base des années 2018-2019, ce sont les 1 %, et, encore mieux, les 0,1 % les plus riches qui tirent leur épingle du jeu. Une chose est sûre par-delà ces variations : les plus modestes payent la facture.

 

« Jamais un gouvernement de la Ve République n’avait osé jusqu’ici décider d’une politique fiscale aussi clairement en faveur des riches et de la finance »

 

Rien de plus normal : c’est toute la politique économique et pas seulement fiscale du mandat qui, au-delà de la conversion ISF/IFI, est favorable au capital. On peut même parler d’un transfert de ressources vers les plus riches, à raison de la perte budgétaire pour l’État. Une politique antiredistributive ou, mieux, contre-redistributive, c’est-à-dire qui redistribue à l’envers, façon Robin des bois mis cul par-dessus tête. Observant la situation française comme mondiale, Attac et la Fondation Copernic constatent bien un mouvement, mais du bas vers le haut. « C’est même plus qu’un ruissellement, c’est un torrent qui porte tout vers les plus riches. » Comme ce n’est pas le genre de lecture qu’un rapporteur du budget est susceptible de goûter, on lui en redonne un extrait : « Jamais un gouvernement de la Ve République n’avait osé jusqu’ici décider d’une politique fiscale aussi clairement en faveur des riches et de la finance. » C’est plus clair, là, non ? Aux dernières nouvelles, notre rapporteur n’a pas claqué la porte. L’enrichissement des plus riches, en revanche, a reçu confirmation sur confirmation, depuis l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) jusqu’au très officiel organisme France Stratégie, placé auprès du Premier ministre.

 

Nul besoin d’ailleurs d’attendre la substitution de l’IFI à l’ISF, ou dispositions étrangères équivalentes, pour pouvoir contourner la contrainte fiscale. À l’évidence, qui dit fiscalité dit fraude fiscale – « optimisation », quand on a un peu de savoir-vivre et le sens du légalisme. Par définition, les bateaux profitent aisément de leur mobilité pour fuir les situations compromettantes. Poussant la logique jusqu’au bout, certains flottent toute l’année : pas d’enregistrement, pas d’impôts. Non seulement les superyachts sont immatriculés dans des places offshore et y font volontiers escale, mais ils sont eux-mêmes des paradis fiscaux flottants. (On ne dira jamais assez quel coup de maître symbolique est le triomphe du mot trompeur de « paradis » : pour la collectivité, c’est plutôt d’un enfer qu’il faudrait parler.) Leurs possesseurs n’ignorent pas que la délinquance d’affaires en général et la délinquance fiscale en particulier sont tout sauf une priorité politique. Ils ne lisent pas de sciences sociales mais ils ont le sens pratique de l’impunité fiscale. Certains sont même des artistes. Ainsi Bernard Tapie, qui louait son superyacht Reborn (alias Bodicea), battant pavillon de l’île de Man, autour de 600 000 euros la semaine, un bateau acquis avec une partie du pactole du procès Adidas à l’issue hautement controversée, de l’argent public, donc, plus de 400 millions d’euros généreusement financés par les contribuables. Quant au magnat des télécommunications Xavier Niel, acquéreur d’un autre bateau ayant appartenu au même Bernard Tapie, le Phocéa, manifestement, il déteste naviguer : c’est dire si son achat était mû par l’amour de la mer.

 

Pour rendre la TVA moins douloureuse, on peut ainsi, moyennant un montage bien rodé, se louer son yacht soi-même

 

L’amour des archipels, en revanche… L’engin est enregistré à Malte, lieu clé au sein de l’Union européenne, concurrent direct du réseau britannique. Pour qui l’ignorait, sincèrement ou non, les Malta files et autres Paradise papers ont levé un coin du voile sur les stratagèmes mis en place pour éviter ou diminuer le prélèvement fiscal, quel qu’il soit, de l’impôt sur la fortune à la taxe sur le carburant ou sur la valeur ajoutée. Pour rendre la TVA moins douloureuse, on peut ainsi, moyennant un montage bien rodé, se louer son yacht soi-même ou bien le faire passer pour un paquebot de croisière ou un navire commercial. En outre, la « souplesse » du droit du travail, comme on dit quand on travaille à le démanteler, et la faiblesse des cotisations sociales à Malte – avec droits au chômage et à la retraite au rabais – font la renommée du « contrat maltais », y compris pour l’embauche de personnels partant de France ou d’Italie. On a franchi depuis longtemps le cap du chantage à la délocalisation.

 

Un superyacht est décidément polyvalent. Rente ambulante par le truchement de la location, il peut servir de cachette (un collectionneur l’assure : c’est le superyacht Serene qui escamote l’introuvable tableau Salvator Mundi, attribué à Léonard de Vinci et réputé l’œuvre d’art la plus chère du monde), le cas échéant pour des biens précieux de provenance douteuse ou pour des pratiques louches, comme une forme plus ou moins déguisée de proxénétisme rarement désignée comme telle, ou faire office lui-même de machine à blanchir. Rien ne l’illustre mieux que l’affaire dite « 1MDB », du nom d’un fonds d’investissement malaisien ayant donné lieu à un scandale financier international au milieu duquel on trouvait le bien nommé Equanimity, tout en marbre et dorures, battant pavillon aux îles Caïman. D’une valeur estimée à 250 millions de dollars, il fut saisi en 2018 par le gouvernement malaisien, à la demande des autorités états-uniennes, dans une gigantesque affaire de blanchiment impliquant plusieurs pays (comptes bancaires à Singapour, aux États-Unis, en Suisse). Une affaire rocambolesque aux ramifications multiples, révélatrice de l’entrelacement entre la légalité et l’illégalité, loin d’une opposition bien commode. L’affaire tassée, Equanimity a été rebaptisé sans rire Tranquility. Nul doute que les citoyens contribuables passés à la caisse ont apprécié ce changement de nom rappelant le trop fameux adage selon lequel plus c’est gros, mieux ça passe.

 

Grégory Salle, chercheur en sciences sociales au CNRS.

 

publié le 27 mai 2021

Montpellier : la mobilisation contre le délabrement de l’éducation nationale se poursuit

 

Sur le site lepoing.net

 

Comme la semaine dernière, une centaine de personnes se sont réunies ce mercredi 26 mai devant le rectorat de Montpellier pour dénoncer les conditions de travail et d’apprentissage dégradées dans l’éducation nationale.

 

Profs, AEDs, Accompagnants des Elèves en Situation de Handicap (AESH), infirmières scolaires, parents : les conditions de travail et d’étude dans l’éducation nationale mettent tout le monde d’accord, quant à la nécessité d’une mobilisation. Et si les collèges sont les établissements les plus représentés, on croise des profs de lycée, des Agents Territoriaux Spécialisé des Ecoles Maternelles (ATSEM).

 

Depuis le 10 mai, une intersyndicale Sud Education-SNES FSU-FO a agrégé autour d’elle des collectifs de professionnels comme Vie’s Colère 34 pour les AED, mais aussi tout un panel de collectif de parents d’élèves, autonomes ou adhérents à la FCPE.  

 

« Certains directeurs d’écoles et de collèges reçoivent des lettres du rectorat leur signifiant que les profs ne seront pas remplacés, que les AED le seront mais en passant d’un temps plein à un mi-temps., s’indigne au micro un syndicaliste. Ce n’est pas possible, déjà les conditions de travail et d’éducation ne sont pas satisfaisantes. » Une prof du lycée Joffre renchérit : « Chez nous on ne demande pas la lune, juste la création d’une classe de plus par niveau pour pouvoir passer de 35 à 32 élèves en cours. »

L’idée de cette mobilisation est donc de fédérer tous les mécontentements au regard des manques budgétaires qu’ont creusées des années de politique austéritaires dans l’éducation nationale. Le mammouth de Claude Allègre semble tellement dégraissé aujourd’hui que le voilà tout prêt à foncer dans le lard du ministère Blanquer.

« Dans le contexte pandémique, au mois de juillet 2020 on avait déjà pour 470 milliards d’euros de mesures gouvernementales mobilisées pour soutenir les entreprises. Dans l’éducation nationale, si on avait pu bénéficier d’un plan de 10 milliards seulement, de nombreux problèmes seraient déjà résolus », poursuit un enseignant syndicaliste devant le rectorat. Côté profs comme côté parents, on craint pour la rentrée prochaine, si les revendications des mobilisés ne sont pas prises en compte. Ultime pied de nez du ministère de l’éducation à tout ce beau monde : sur le dernier budget de l’année 2020, 200 millions d’euros n’ont pas été utilisés, et donc… rendus à l’Etat !

 

D’après l’intersyndicale, le département de l’Hérault verrait dans ses collèges arrivé 421 élèves en plus, pour 19 postes de profs en moins. Dans ce contexte, l’ouverture d’un nouveau collège à Port Marianne pour la rentrée 2022 n’est pas accueillie comme une solution viable et suffisante.

 

La semaine passée, le rectorat avait refusé de rencontrer le collectif. Cette fois-ci une audience est à l’ordre du jour, et le 27 mai une autre rencontre est programmée avec la direction des services départementaux de l’Éducation nationale de l’Hérault. En attendant, les diverses composantes du collectif entendent bien rester mobilisée. D’autant que certaines mobilisations nationales dans le monde de l’éducation, prévues de longue date, viendront ajouter du piment au calendrier de lutte.

 

Par exemple, les Accompagnants des Elèves en Situation de Handicap préparent une journée de mobilisation pour le 3 juin. Précarité, salaire misérable, formation au rabais, grille indiciaire méprisante, inégalité de traitement par rapport à d’autres personnels de l’Education Nationale : là aussi, la liste des griefs est longue. Leur journée de mobilisation sera ponctuée de plusieurs rendez-vous sur le département de l’Hérault : à 10h, rassemblement devant le collège d’Olonzac, à 12h30, rassemblements devant la sous-préfecture de Béziers et le rectorat de Montpellier.

 

 

 

publié le 26 mai 2021

 

Ibis Batignolles :

victoire des femmes de chambre après 22 mois de mobilisation

Marie Toulgoat sur le site www.humanite.fr


 

Mobilisées depuis près de deux ans, dont huit mois de grève, les salariées sous-traitées de l’hôtel parisien signent, ce mardi, un accord prévoyant une amélioration significative de leur rémunération et de leurs conditions de travail.

Depuis vingt-deux mois, sur le parvis de leur hôtel et en manifestation, les femmes de chambre de l’Ibis Batignolles chantaient inlassablement « frotter, frotter/il faut payer ». Cette fois-ci, le groupe Accor a finalement accepté de passer à la caisse.

Historique

Ce mardi, les dix-neuf femmes de chambre et gouvernantes de l’établissement du 17e arrondissement parisien ont rendez-vous avec la direction de STN, société de sous-traitance qui les emploie, pour signer un accord de sortie de conflit.

Les femmes de chambre ont enfin obtenu l’égalité de traitement entre les salariés de l’hôtel et les salariés sous-traités. Tiziri Kandi, animatrice CGT

Si l’internalisation des travailleuses dans le groupe Accor n’est a priori pas prévue, les concessions sont tellement importantes que toutes les grévistes et leurs soutiens saluent unanimement une victoire historique .

« L’internalisation ne sera pas pour cette fois, mais le protocole prévoit de très nombreuses avancées. Les femmes de chambre ont enfin obtenu l’égalité de traitement entre les salariés de l’hôtel et les salariés sous-traités », a réagi Tiziri Kandi, animatrice de la CGT hôtels de prestige et économiques (HPE), présente aux côtés des salariées depuis le début de leur mobilisation.

Cadences allégées

Selon le protocole d’accord signé vendredi, et qui dessine les contours des nouveaux contrats des femmes de chambre de l’Ibis Batignolles, celles-ci pourront bénéficier, dès leur retour à l’hôtel, d’une revalorisation significative de leur rémunération et d’une amélioration notable de leurs conditions de travail.

Revendication phare de leurs mois de lutte, les cadences des salariées de STN seront allégées. Alors qu’elles devaient nettoyer 3,5 chambres à l’heure avant d’entamer leur grève, les femmes de chambre pourront dorénavant se limiter à 3 pièces. Les gouvernantes, elles, ne superviseront plus que 80 chambres par jour contre plus de 100 auparavant.

Des salaires augmentés de 250 à 500 euros par mois

Côté fiche de paie, la victoire est aussi importante. Grâce à l’instauration d’une prime panier, l’augmentation de leur qualification et la revalorisation de leur mensualisation d’une heure par jour pour certaines, le salaire des grévistes sera augmenté de 250 à 500 euros par mois.

Deux travailleuses dont le CDD a été rompu pendant le mouvement de grève seront quant à elles réintégrées et deux délégués de site seront mis en place. Enfin, la mutation d’une dizaine de travailleuses sera annulée.

« C’est un énorme soulagement, elles vont enfin pouvoir retourner la tête haute au travail. C’est une immense satisfaction vis-à-vis de leurs collègues et de leur direction. Elles se sont battues contre Accor, qui n’est pourtant pas un adepte du dialogue social, et elles ont obtenu de superbes avancées. Cette victoire qu’elles ont arrachée est à la hauteur de leur lutte », se réjouit la syndicaliste Tiziri Kandi.

Donner à voir le calvaire de la sous-traitance

C’est en juillet 2019 que les salariées exploitées de l’hôtel Ibis décident de cesser le travail et d’entamer l’une des plus symboliques luttes sociales.

Cantonnées à des temps partiels imposés, collectionnant les douleurs physiques et victimes pour certaines d’entre elles de harcèlement et d’agressions sexuelles au travail, les salariées sont de toutes les manifestations et de tous les rassemblements pour faire entendre leur voix.

La fin d’un combat exemplaire

En grève jusqu’en mars 2020, lorsque leur hôtel est contraint par le confinement de fermer et qu’elles sont placées en chômage partiel, les femmes de chambre ne cessent pas pour autant de se battre pour leurs revendications et de donner à voir le calvaire de la sous-traitance dans l’hôtellerie.

Au début du mois d’avril, elles avaient tenté d’obtenir gain de cause devant les prud’hommes, mais la procédure de conciliation avait tourné court face aux propositions décevantes de leur direction. Près de deux mois plus tard, la volte-face du sous-traitant marque donc une victoire éclatante et la fin d’un combat exemplaire.

À la faveur du déconfinement et de la levée des restrictions sanitaires, les femmes de chambre de l’Ibis Batignolles reprendront le travail dès que l’hôtel rouvrira ses portes. Maintenant assurées de pouvoir travailler dans des conditions dignes, les travailleuses ne chanteront plus, l’espèrent-elles, le refrain entêtant de Dur, dur ménage.

 

 

 

 

 

s contraints possible. »

<publié le 24 mai 2021

 

Loi "séparatisme" : une « lettre ouverte unitaire » adressée aux parlementaires

Sur le site altermidi.org

 

Elle est plus connue sous le nom de « loi séparatisme », même si le gouvernement l’a rebaptisée loi « confortant les principes républicains ». Le changement de nom ne signifiant pas le changement des intentions, cette loi  continue d’inquiéter les associations et syndicats regroupés dans l’appel « Plus jamais ça » qui alertent une nouvelle fois les parlementaires.

 

À l’heure où une commission mixte paritaire examine le projet de loi « confortant les principes républicains », les organisations rassemblées dans la démarche de « Plus jamais ça » (appel né lors du premier confinement, au printemps 2020) pointent ce qu’elles considèrent comme des aspects particulièrement problématiques de ce projet de loi : « Nous partageons les critiques renouvelées par la Commission nationale consultative  des droits de l’homme, la Défenseure des droits ou celles exprimées le 20 avril dernier par le rapporteur général sur la lutte contre le racisme et l’intolérance du Conseil de l’Europe. »

 

Qualifiée de « loi fourre-tout » par les organisations très diverses qui ont signé cette lettre unitaire (parmi elles : la Ligue des droits de l’Homme, la Cimade, la CGT, la FSU, Solidaires, l’Unef, le Syndicat des avocats de France, Greenpeace…), cette loi destinée officiellement à conforter les principes républicains « propose des mesures imprécises ou largement disproportionnées, ouvrant droit à l’arbitraire et (…) dangereuses pour le respect des libertés fondamentales de toutes et tous. »

 

« Comme nous le craignions, cette loi jette une suspicion généralisée sur les personnes de confession musulmane ou supposées l’être », relèvent les signataires, jugeant que les dispositions relatives à l’organisation des cultes « relèvent plus d’une mise sous tutelle et d’une logique concordataire1 que du respect de la loi de 19052 ». Ce qui ne serait pas le moindre des paradoxes pour un gouvernement qui instrumentalise allègrement la laïcité.

 

Pour les organisations, « les dispositions prévues à l’article premier du projet, qui vise à étendre la neutralité applicable aux agents publics aux salariés de toute entreprise liée par un contrat de commande publique, ainsi qu’aux sous-traitants, sont également préoccupantes et les questions de la place des expressions, religieuses comme politiques, au sein des entreprises doivent trouver réponse dans le cadre d’un dialogue social serein et apaisé, sans polémiques importées ni transfert d’obligations qui relèvent par nature de l’État ».

 

« Mise au pas de toutes les associations »

Si la question (épineuse) des cultes a souvent été soulevée dans les approches critiques de cette loi, la « lettre ouverte unitaire » pointe également celle des associations. En l’occurrence, l’obligation de signature d’un « contrat d’engagement républicain » est jugée alarmante. « Le contrôle induit  sur les missions  générales de l’association, ainsi que sur ses modalités d’action, reviendrait sur les fondements mêmes de la liberté des associations qui repose sur le respect de leur indépendance, de leur fonction critique et de la libre conduite de leurs projets », analysent les organisations signataires. Pour elles, « il s’agit de fait d’un transfert aux associations locales d’un pouvoir de police morale et de la pensée, dans une logique de surveillance généralisée et de mise au pas de toutes les associations et de leurs membres ».

Notes:
  1. Le régime concordataire français est un ensemble de dispositions organisant les relations entre différentes religions et l’État en France, suite au traité de concordat conclu en 1801 par le gouvernement de Napoléon Bonaparte et le pape Pie VII. Ce régime qui a été en vigueur entre 1802 et 1905 perdure en Alsace-Moselle, région qui était un territoire allemand en 1905.

  2. Promulguée le 9 décembre 1905, la loi concernant la séparation des Églises et de l’État est l’aboutissement d’un long processus de laïcisation et de sécularisation engagé depuis la Révolution française. Elle proclame la liberté de conscience, garantit le libre exercice des cultes et met en place un nouveau régime des cultes.

 

publié le 23 mai 2021

 

Nouvelle manif pour la Palestine à Montpellier : une seule solution, la fin de l’occupation

Sur le site lepoing.net

 

Aujourd’hui 24h après « le cessez le feu » largement relayé par les médias comme une solution à ce qui se passe en Palestine depuis plus de 70 ans d’apartheid, d’occupation, de blocus et de destruction, de nombreuses manifestations de soutien à la résistance populaire palestinienne ont eu encore lieu dans les villes françaises et européennes. Plus de 1000 personnes ce matin à Toulouse et 6OO personnes cet après -midi à Montpellier. Une manifestation aussi jeune, dynamique et multiple que samedi dernier dans le quartier de la Paillade.

 

Manifestation appelée par l’Association des Palestiniens Languedoc-Roussillon (APLR), Campagne BDS France Montpellier, Campagne Civile pour la Protection du Peuple Palestinien (CCIPPP34), Collectif des Musulmans de Montpellier (CMM), Décolonial News, Front contre l’Islamophobie (FCI 34), Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP34),Mouvement pour une Alternative Non-violente (MAN),  Réseau de la Jeunesse Algérienne (RJA), Union Juive Française pour la Paix (UJFP34). Et soutenue par ATTAC Montpellier, Ensemble 34, La CIMADE, La Libre Pensée34, Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA 34), Parti de gauche (PG34), Union Communiste Libertaire (UCL34). Mais tout le mouvement de soutien à la Palestine était là accompagné par les occupant(e)s des lieux culturels et les gilets jaunes qui ont mis le drapeau palestinien en exergue lors de l’Assemblée Générale qui a eu lieu ensuite devant le Pavillon Populaire. Un article suivra….

 

C’est un véritable massacre que l’armée israélienne et les colons ont commis dans toute la Palestine ces derniers jours mais particulièrement à Gaza. Lire à ce sujet cet article du Poing. Même sur les chaînes d’infos, dans les flashs, les témoignages entendus détaillaient des violences et des destructions encore plus terribles que lors de l’agression militaire de 2014. Au début du rassemblement Place de la Comédie il a été question des massacres d’enfants à Gaza, un enfant de trois ans dont le corps a été pulvérisé par un missile tant et si bien qu’il n’était même pas possible de l’enterrer car plus de corps…..Les bombes envoyées dans le sol le sont si profondément, pour détruire les tunnels ! Qu’elles déstabilisent tout le socle qui permet aux habitations de ne pas s’écrouler. «  Nous n’avons plus de mots pour décrire la brutalité de l’armée israélienne et nous sommes la voix de ces enfants palestiniens ».

Alors ce « cessez le feu » ne règle rien, les pays – Europe et USA- qui s’engagent à participer au financement d’une prochaine reconstruction vont ils encore accepter que l’armée israélienne détruise une nouvelle fois sans être sanctionnée ?

 

Est ce que les choses peuvent encore continuer sur ce même modèle de déroulé sans s’attaquer aux racines de la dépossession, de l’apartheid, de la colonisation au mépris des conventions internationales ?

La manifestation a longuement et largement envahi les artères de Montpellier, de la Comédie à la gare puis au Plan Cabanes avant de revenir à La Comédie et on a beaucoup entendu : « Enfants de Gaza, enfants de Palestine, c’est l’humanité qu’on assassine » mais également «  Israël criminel, Macron complice ».

Mais ne serait il pas temps de se dire que si nous sommes outré(e)s par les crimes de l’apartheid israélien contre les Palestiniens nous pouvons répondre à l’appel de BDS qui propose 5 choses que nous pouvons faire ?

<publié le 22 mai 2021

 

Traiter les vraies causes du conflit israélo-palestinien

sur le site www.politis.fr

 

En se déplaçant sur le terrain militaire, la crise relègue la question coloniale à l’arrière-plan. Inlassablement, il faut donc revenir aux expulsions de Palestiniens de Jérusalem, et aux destructions de maisons, si on ne veut pas seulement arracher une « trêve », mais aller aux racines du mal.

 

Depuis vingt ans, nos mémoires sont saturées de ces images en provenance de Gaza. C’est le spectacle de la mort. Ces tours qui s’effondrent emportant des vies qui ne sont pas toutes, loin s’en faut, celles de dirigeants du Hamas, ces alignements de corps couverts de linceuls blancs, ces mères qui hurlent leur désespoir en implorant le ciel subjuguent nos médias et tétanisent les témoins impuissants que nous sommes. Mais si les morts de Gaza meurent à Gaza, c’est de Jérusalem dont ils meurent. Les bombes israéliennes comme les roquettes du Hamas sont la conséquence du conflit, et non la cause. En se déplaçant sur le terrain militaire, hautement favorable à la puissance israélienne, la crise relègue la question coloniale à l’arrière-plan. Inlassablement, il faut donc revenir aux expulsions de Palestiniens de Jérusalem, et aux destructions de maisons, si on ne veut pas seulement arracher une « trêve », mais aller aux racines du mal. Mais qui le veut, hormis la population palestinienne et une faible partie de l’opinion israélienne, privées l’une et l’autre de représentation politique honorable ? Car cette tragédie sans fin, c’est d’abord la défaite de la politique. Il ne serait pas difficile d’en faire la démonstration côté palestinien, mais c’est évidemment côté israélien qu’il faut chercher les principaux coupables, parce que là est la force, et là est le projet colonial.

 

Dans un essai édifiant, le politologue Samy Cohen retrace la dérive de la politique israélienne au cours des dernières décennies (1). L’entrée des troupes israéliennes dans Jérusalem-Est en juin 1967 en constitue le point de départ quand les colons les plus fanatiques ont cru voir l’accomplissement de la promesse divine. L’histoire est ensuite celle de la duplicité de la gauche, et de la complicité d’une droite impliquée moralement dans l’assassinat d’Itzhak Rabin en 1995. Le Bloc de la foi, le mouvement Kach du rabbin Kahane et aujourd’hui son héritier en racisme, Itamar Ben-Gvir, ont pu dicter leur volonté aux gouvernements successifs. Il n’est pas exagéré de dire que la région a sombré dans un délire mystique qui opère directement sur la réalité. Ce délire a d’abord été le fait des extrémistes juifs avant d’être islamiste. Des politiques pourtant doués de raison ont cru pouvoir jouer avec cette folie pour bricoler leurs petites majorités. Benyamin Netanyahou est évidemment le pire exemple de ce cynisme teinté d’idéologie coloniale. Capable de s’allier, à l’intérieur, avec les colons les plus racistes, il s’est rapproché, à l’extérieur, de Trump, de Bolsonaro et des illibéraux antisémites d’Europe de l’Est. Il a criminalisé les ONG de défense des droits humains, légalisé un apartheid affiché sans fard par une loi qui réserve le droit à l’autodétermination au seul peuple juif. Déjà victimes d’une discrimination économique et sociale, près de deux millions de Palestiniens israéliens sont désormais promis à une ségrégation politique. C’est ce système plongé dans une crise politique profonde et cette idéologie que soutiennent chez nous des politiques de droite et, souvent, de gauche, trop contents d’expliquer ce conflit par la première roquette du Hamas.

 

Ayant liquidé la solution à deux États, Israël doit maintenant faire face à une nouvelle donne qui pourrait tourner au cauchemar pour ce pays : l’émergence d’une solidarité interpalestinienne qui mobilise les Territoires occupés, les habitants des villes israéliennes à forte population arabe, et même la diaspora. Voir le mot d’ordre de grève conjointe lancé le 18 mai. Ce sont les prémices de cette reconfiguration auxquelles nous assistons. C’est la trace qui restera de ces événements de 2021, quelle qu’en soit l’issue. Mais à court terme, quelle solution ? Joe Biden subira-t-il sur ce sujet, comme sur les questions sociales, l’influence bénéfique de la gauche ? Bernie Sanders a signé dans le New York Times du 17 mai une tribune pour une nouvelle approche du rapport à Israël. Le sénateur du Vermont estime que les États-Unis, qui versent chaque année quatre milliards de dollars à Israël, ne peuvent être plus longtemps « les apologistes de l’aile droite du gouvernement Netanyahou et de son comportement antidémocratique et raciste ». « Les Palestiniens ont-ils le droit de survivre ? », demande de son côté la représentante démocrate de New York, Alexandria Ocasio-Cortez qui critique les nouvelles ventes d’armes à Israël. Dans l’immédiat, Washington pourrait au moins arrêter le bain de sang à Gaza. Quant à aborder la question coloniale, c’est plus douteux. Et pourtant, ne pas agir pour imposer les droits des Palestiniens, et laisser faire les colons, c’est se condamner à une tragique répétition de l’histoire. L’espoir vient peut-être d’une jeunesse palestinienne qui apprend à universaliser ses revendications devenues antiracistes et citoyennes autant que nationales.

 

De la France, hélas, il ne faut rien attendre. Elle produit ce qu’il y a de pire en Europe. Le ministre de l’Intérieur, soutenu par une camarilla d’intellectuels au discours bien rodé, a interdit à Paris la manifestation de solidarité au peuple palestinien. Le préfet de Paris est allé – comble du ridicule – jusqu’à faire arrêter le président de l’association France Palestine Solidarité au sortir d’une délégation que celui-ci conduisait au ministère des Affaires étrangères. Tout cela nous en dit plus sur l’extrême-droitisation et l’arabophobie ambiantes que sur la situation au Proche-Orient.

(1) Israël, une démocratie fragile, Samy Cohen, Fayard.

 

publié l 21 mai 2021

 

Censure partielle
de la loi 
« sécurité globale »
par le Conseil constitutionnel

Sur le site www.cgt.fr

 

Suite à une large mobilisation citoyenne contre la loi « sécurité globale » à laquelle la CGT a activement participé, le Conseil constitutionnel vient de rendre une décision de censure partielle de la loi. C’est un immense camouflet pour le gouvernement, puisqu’une grande partie des dispositions emblématiques sont censurées !

 

Plus de 1 000 pages de contributions extérieures, venant des associations, syndicats et forces politiques défendant les libertés fondamentales et le respect de l’État de droit, dénonçaient cette loi liberticide.
La CGT, aux côtés du SAF, du SM, de la Quadrature du Net, de la LDH, du DAL, de Solidaires, a pris toute sa part dans ce combat pour la liberté de manifester et pour les libertés publiques.
Le Conseil constitutionnel a censuré partiellement ou totalement sept articles et a émis de sérieuses réserves d’interprétation sur quatre d’entre eux :

  • censure totale du fameux article 24 qui prévoyait, au départ, l’interdiction de filmer les policiers, pour atteinte au principe de légalité et de peines du droit pénal car l'infraction de « provocation à l'identification » n'était pas suffisamment claire et définie ;

  • censure totale de l'expérimentation qui donnait à la police municipale les mêmes pouvoirs que la police judiciaire en matière délictuelle : le Conseil constitutionnel rappelle un principe fondamental d’un État de droit qui veut que seule l’autorité judiciaire est garante de la liberté individuelle alors que la police municipale n’y est pas soumise mais placée sous l'autorité politique d'un maire ;

  • censure d’une grande partie des dispositions concernant l'usage des drones pour atteinte au droit au respect de la vie privée ;

  • censure de la vidéosurveillance dans les cellules de garde à vue et d'isolement dans les centres de rétention administrative (étrangers sans papiers) pour atteinte au droit au respect de la vie privée ;

  • censure d'un article aggravant les peines pour occupation illicite de locaux industriels ou agricoles qui visait clairement les occupations comme moyen d’expression revendicative (usines, champs OGM, logements vacants, etc.), article jugé comme un « cavalier législatif » lorsque le gouvernement utilise une loi pour y insérer un article qui n'a rien à voir avec l'objectif de la loi.

Néanmoins, de nombreuses dispositions très problématiques demeurent :

  • l’extension à la police municipale de pouvoirs de vidéosurveillance (et à la SNCF et RATP) ;

  • la surveillance des halls d’immeubles ;

  • la transmission en temps réel des images des caméras-piétons ou leur usage pour les gardes-champêtres.

Néanmoins, pour la CGT, cette censure du Conseil constitutionnel est une belle victoire à mettre au crédit de la massive mobilisation citoyenne.
Dans le contexte socialement tendu et où les sirènes sécuritaires ont de plus en plus d’écho, il est heureux de constater que la lutte et les mobilisations paient et, ainsi, voir le gouvernement se faire sévèrement tacler par une leçon de droit sur la question des libertés fondamentales !

 

Montreuil, le 21 mai 2021

 

<publié le 20 mai 2021

Renault. Guerre des nerfs à la Fonderie de Bretagne

envoyée spéciale sur le site www.humanite.fr

 

Alors que l’usine est occupée depuis le 27 avril, Renault, propriétaire du site et donneur d’ordres, persiste à vouloir la céder. Les salariés multiplient les actions coups de poing.


 

Des caisses de bras de suspension pour les véhicules utilitaires entravent l’entrée du site. Depuis le 27 avril, une grande majorité des 350 ouvriers occupent la Fonderie de Bretagne à Caudan (Morbihan), propriété de Renault, pour exiger de rester dans le giron du constructeur. Afin de se faire entendre, les grévistes ont haussé le ton ces derniers jours en multipliant les actions coups de poing : manifestation surprise devant la sous-préfecture, blocage de la voie ferrée à Lorient le 12 mai mais aussi de l’hôtel hébergeant les joueurs du FC Metz, dimanche dernier.

Ce lundi, l’opération escargot sur la voie rapide en vue de se rendre à une réunion à la sous-préfecture s’est, elle, soldée pour la première fois par un gazage des manifestants. Pour Maël Le Goff, délégué syndical CGT, la montée en tension va de pair avec le mur de mépris que la marque au losange leur oppose depuis l’annonce de la vente, le 11 mars. « Jean-Dominique Senard (président de Renault – NDLR), interviewé sur Europe 1, il y a quelques jours, ne parlait même plus de chercher un repreneur mais de mesures d’accompagnement social ! Il est dans une stratégie d’usure du mouvement. Nous savons pertinemment qu’il n’y aura jamais une autre entreprise acheteuse avec les reins aussi solides que Renault. Ça finirait par des licenciements. L’État, actionnaire du groupe, doit aussi intervenir. »

À la suite d’un incendie qui a ravagé le site en 2019, Renault avait transféré la fabrication de certaines pièces de la Zoé en Roumanie, en Slovénie ou encore en Turquie. Mais une fois les travaux effectués, le constructeur et premier client (90 % de la production lui sont destinés) a persisté à se fournir dans les pays à bas coût, orchestrant la sous-­activité sur place : « Nous travaillons en 1 × 8 au lieu des 3 × 8 habituels, ça ne ressemble à rien, poursuit Maël Le Goff. Ça joue sur le moral des gars. Il nous faut plus de commandes. Nous pouvons produire 30 000 tonnes par an en recrutant 90 personnes. On nous demande aussi de diversifier la production. Mais tout cela dépend du donneur d’ordres ! »

Renault a porté plainte contre les grévistes

Sur les grilles, le mot « trahison » est écrit en lettres blanches sur fond noir, tout comme la pancarte « Senard au placard ». En ce mardi après-midi, les dizaines d’ouvriers présents sur le parking n’en peuvent plus d’être baladés. Mis à part une réunion qui s’est tenue mercredi (voir encadré), la discussion est quasi inexistante avec le constructeur. Entre-temps, Renault s’est même payé le luxe de porter plainte contre les grévistes pour destruction de l’outil de travail. Avec son badge CGT « fondeur oui, chômeur non », Nicolas Guillemette, employé de nuit à la gestion des flux et délégué du personnel, oscille entre la colère et la haine : « Si 150 millions d’euros ont été investis en dix ans, avec notamment la mise en place d’une nouvelle ligne de production, c’est bien que l’opération était rentable ! Ça fait des années que nous faisons des efforts. Nous avons subi un plan de compétitivité, avec des horaires modulés parfois jusqu’à trois fois dans la même semaine. Pendant ce temps, la fonderie de Renault en Turquie tourne à 140  % et nous, à 40 %, sachant que nous n’avons pas les mêmes normes de qualité ! Cette usine, c’est notre bébé. Ça me fout en l’air de voir que l’on s’est fait avoir. » D’autant que des projets alternatifs existent : « Nous pourrions construire des pièces de A à Z avec la tôle de zinguerie recyclée de chez Renault. Il faudrait juste revoir l’aspiration des ateliers », souligne le syndicaliste.

Pour certains, l’histoire du site emblématique du pays de Lorient, sorti de terre en 1965, va de pair avec les conflits sociaux qui l’ont jalonné, parmi lesquels la victoire éclatante pour la réinternalisation de la fonderie au sein de Renault, en 2008. ­Philippe, vingt-sept ans d’ancienneté, essaie de garder la tête haute. Mais depuis que le Canard enchaîné a révélé les sombres desseins du constructeur, il y a un an, son moral flanche. « Je suis sous anxiolytiques. J’ai vraiment l’impression qu’on nous mène en barque. » Victime d’un accident du travail au poignet, le fondeur a ensuite développé une algodystrophie aggravée par le stress. « Si l’usine fermait, ça serait un échec dans mon parcours professionnel, assène-t-il. On se prendrait en plus la réforme de l’assurance-chômage sur le nez au 1 er  juillet. »

Malgré la guerre des nerfs menée par le groupe et des renforts de police envoyés dans la zone pour briser l’élan revendicatif, pas question de plier. En assemblée générale, les ouvriers reconduisent chaque jour la mobilisation. « Je sens que je pourrais devenir un peu explosif, prédit Stéphane, qui a passé quelques nuits à occuper son lieu de travail. Il faut aller jusqu’au bout. Je vais me bagarrer pour garder ce que j’ai. Je ne veux pas tout recommencer à 50 ans, avec un crédit à payer. Ça ne me choque pas que l’État verse de l’argent à Renault (5 milliards de prêt garanti – NDLR), mais à condition que cela ne serve pas à monter des industries ailleurs ! La parole donnée n’a plus de valeur. »

L’activité du site génère plus de 1 000 emplois indirects

Pour amortir un peu le choc de cette quatrième semaine sans salaire, tous peuvent compter sur la solidarité locale. 34 000 euros ont été récoltés pour la caisse de grève. Pour Olivier, employé en tant que couleur, la Fonderie de Bretagne, qui génère plus de 1 000 emplois indirects, est même une histoire de famille. Son père y a fait toute sa carrière. « On essaie de ne pas faire peser l’incertitude sur nos familles, avance-t-il. On vient ici pour vider notre sac entre nous. C’est normal de lutter, certains cadres nous appellent “la petite Moscou”. » Derrière les grévistes, un mannequin en bleu de travail est suspendu à une corde. Il représente un des dirigeants de la marque au losange. Pour Pierre Le Ménahès, ex-délégué syndical CGT et retraité de l’ancienne SBFM (Société bretonne de fonderie et mécanique), le message est clair : « On refuse de monter sur l’échafaud. Le métier de fondeur est noble et pointu. Ces emplois et ces compétences-là, on ne les retrouvera pas ailleurs. » 

 

publié le 19 mai 2021

Marche des policiers : pourquoi une partie de la gauche y participe, et l'autre pas

Lola Ruscio sur le site www.humanite.fr

 

Le PCF et le PS participeront au rassemblement des syndicats de policiers, tandis que la FI et une partie d’EELV ont décidé de boycotter l’événement. Le point sur les arguments avancés.

Rassemblement purement corporatiste, inutile et dangereux ou hommage indispensable après le décès d’agents pour mieux faire connaître la situation catastrophique du service public policier ? La manifestation policière du 19 mai suscite d’intenses débats et divise la gauche. Voilà plusieurs jours que les directions des partis politiques s’interrogent sur la bonne position à adopter face à ce rassemblement prévu devant l’Assemblée nationale.

La proposition de « 30 000 policiers supplémentaires »

L’ensemble des syndicats (gardiens de la paix, officiers et commissaires), à l’exception de SUD intérieur, sont à l’origine de cette « marche citoyenne » en réaction au meurtre du brigadier Éric Masson survenu le 5 mai à Avignon, soit à peine moins de quinze jours après l’attentat de Rambouillet. En soutien aux policiers, le PCF et le PS ont décidé de se joindre au rassemblement des syndicats, même si les sbires du RN ont fait savoir qu’ils s’y grefferont. « Il y a une vraie volonté, chez les responsables politiques mais aussi au sein des syndicats de police progressistes, de ne pas laisser ce sujet de la sécurité à la droite et à l’extrême droite », assume la direction du PCF.

Ce n’est donc pas un hasard si le candidat communiste à la présidentielle, Fabien Roussel, a fait de la sécurité son thème de campagne. « Ma gauche ne sera pas laxiste. La sécurité est une question populaire », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse, ajoutant que l’auteur de l’assassinat de « tout détenteur d’une autorité » devrait être puni d’une peine de « trente ans de prison ». Reprenant une revendication de la CGT police, il demande également le recrutement de « 30 000 policiers supplémentaires » et une meilleure formation.

De son côté, le PS a tenu à exprimer dans un communiqué « son attachement et son soutien plein et entier à la police républicaine ». Son premier secrétaire, Olivier Faure, « s’associera aux revendications portant sur l’amélioration des conditions de travail des policiers et des forces de l’ordre », a-t-il précisé.

Un schisme chez les écologistes

Si le PS et le PCF seront de cette mobilisation, la FI refuse catégoriquement de s’y rendre. Mardi 18 mai, Jean-Luc Mélenchon n’y est pas allé par quatre chemins : « C’est une manifestation pour un cahier de revendications corporatives, comme le montrent les tracts des organisations policières. » Dans un communiqué du 12 mai – que n’a pas signé la CGT police, qui appelle au rassemblement –, les syndicats de policiers, dont Alliance et Unité SGP police-FO, ont en effet demandé la « simplification de la procédure pénale », « la mise en œuvre de peines minimales pour les agresseurs de Forces de l’Ordre (sic) » et, surtout, une série de mesures visant à durcir « la réponse pénale » à l’égard des agresseurs de policiers.

« Pourtant, le Code pénal actuel prévoit déjà que le meurtre d’un fonctionnaire de police peut être puni de la réclusion criminelle à perpétuité », rappelle la FI. Jean-Luc Mélenchon voit également d’un mauvais œil la présence à cette mobilisation du parti lepéniste et du ministre Gérald Darmanin. « Nous ne cotiserons pas à l’ambiance générale de surenchère sécuritaire », ont fait savoir les insoumis.

Chez EELV, le flou persiste sur l’attitude à adopter : « Chacun est libre d’y aller ou non, il n’y a pas d’appel » particulier. Le député européen Yannick Jadot va finalement s’y rendre, quand la secrétaire nationale adjointe d’EELV, Sandra Régol, préfère prendre ses distances, estimant comme les insoumis que « les méthodes mises en place et qui doivent être revues ne fonctionnent ni pour la police ni pour les administrés ». « Il faut que les policiers entendent que la stratégie du maintien de l’ordre en place depuis près de dix ans en France est une stratégie qui renforce les tensions et qui exacerbe la défiance vis-à-vis des policiers », a abondé Sandrine Rousseau, candidate à la primaire écologiste.

 

 

publié le 18 mai 2021

Aujourd’hui en Palestine : des bombes, une grève générale, et un rassemblement de soutien à Montpellier

Sur le site lepoing.net

 

Après la grande manifestation du 15 mai, un nouveau rassemblement de soutien à la Palestine a eu lieu ce mardi 18 mai devant la préfecture de Montpellier. Plus d’une centaine de personnes, des associations (AFPS, BDS…), organisations et syndicats. Le Poing fait avec vous à cette occasion un retour sur cette nouvelle journée de souffrances palestiniennes.

Aujourd’hui les Palestiniens de Jérusalem et de toute la Palestine historique observent une grèvegénérale pour protester contre les massacres perpétrés par Israël à Gaza, la répression coloniale et d’apartheid et le nettoyage ethnique contre les communautés palestiniennes partout dans le monde.

Aujourd’hui le bilan se monte à 222 morts à Gaza dont 67 enfants.

Aujourd’hui l’ONG Care déclare : «  L’urgence à Gaza ce n’est plus le Covid, la seule clinique faisant les tests a été bombardée, l’urgence c’est comment rester vivant… »

Aujourd’hui Netanyaohu a déclaré «  Nous continuerons de bombarder pour ramener le calme…. »

Aujourd’hui le bureau du BDS en Palestine déclare : « Dans le cadre de la guerre qu’elle mène actuellement contre les deux millions de Palestiniens de la bande de Gaza occupée et assiégée, l’armée de l’air israélienne a détruit, le 15 mai 2021, un « immeuble de 11 étages situé dans la ville de Gaza et abritant une soixantaine d’appartements résidentiels et un certain nombre de bureaux, dont ceux d’Al Jazeera Media Network et de l’Associated Press », après avoir averti ses habitants pendant une heure qu’ils devaient l’évacuer. 

Les responsables militaires israéliens ont affirmé que des responsables de la résistance palestinienne avaient pris des bureaux dans ce bâtiment, une affirmation de propagande réfutée par AP.

Indépendamment du discours d’Israël et du fait que les attaques d’Israël contre les journalistes sont routinières et systématiques, cette dernière attaque israélienne à Gaza, comme beaucoup d’autres, constitue une punition collective, un crime de guerre en vertu du droit international. La couverture par les médias principaux de l’assaut israélien contre Gaza jusqu’à ce jour porte une part de responsabilité dans la réalisation de ce crime…

Aujourd’hui comment nous citoyen(ne)s du monde et de France pouvons-nous agir pour que la France et l’Europe prennent des sanctions contre l’état d’ISRAEL, État criminel et mettent fin à leur coopération militaire et sécuritaire ?

En participant à toutes les prochaines initiatives qui iront dans ce sens…..

 

<publié le 18 mai 2021

Précarité, dégradation du service public : les postiers montpelliérains en grève et dans la rue

Sur le site lepoing.net

 

Comme partout dans le pays, les postiers de Montpellier sont en grève ce mardi 18 mai. Ils étaient plusieurs dizaines à manifester au centre-ville en fin de matinée.

Absence de primes, « réorganisations » constantes des services (1000 à la distribution au national d’après l’intersyndicale montpelliéraine), suppressions de bureaux de poste et pertes de sens au travail : les salariés de la Poste en ont gros sur la patate.

Sont dénoncées les différents projets de la direction dans le cadre de son plan stratégique 2021-2030. L’entrée de la sous-traitance dans le traitement des colis fait craindre une dégradation des services proposés aux usagers. De nombreuses postes ferment en milieu rural. Mais pas que : le bureau de poste de l’avenue Bouisson Bertrand dans le quartier Boutonnet de Montpellier appartient désormais au passé.

Niveau rémunération et pouvoir d’achat, même mécontentement chez les salariés. Malgré un bénéfice de 2,1 milliards d’euros l’an dernier dans l’entreprise, la direction de la Poste ne semble pas pressée de verser à ses salariés la prime exceptionnelle de pouvoir achat censée compenser les sacrifices de cette dernière année. Les augmentations de salaires pour l’année 2020 ne dépassaient pas les 0,2%. La prime à l’intéressement passe à la trappe, elle aussi. « On fait partie des agents du service public les moins bien payés en France », nous rappelle une gréviste devant le Polygone. A peine plus que le Smic. Et de plus en plus d’embauches se font par des successions de CDD précaires, plutôt que par des contrats stables.

D’où une unité syndicale particulièrement poussée, puisque les syndicats CGT, CFDT, SUD, FO, UNSA, CFTC sont de la partie depuis la mi-avril, sur le principe assez vague d’une participation au 1er mai et de temps forts de mobilisations pour la seconde quinzaine du mois. A relativiser, tout de même : seules les fédérations Sud PTT et CGT FAPT ont finalement appelé à la grève dans l’ensemble du pays. Les autres confédérations se contentent de laisser leurs syndicats de base agir à leur sauce.

Dans l’Hérault la lutte est prise en main par une intersyndicale Sud-CGT-FO, qui a appelé à participer à la grève, et à plusieurs rassemblements dans le département. Dès le matin un groupe se retrouve devant l’accès au centre de tri de Mauguio, qui abrite une plateforme regroupant plusieurs services sur le site de La Poste de Vauguières. Un autre rassemblement regroupant les postiers biterrois et des hauts cantons s’est tenu à Roujan.

Sur Montpellier, plusieurs dizaines de salariés se sont donné rendez-vous devant la poste de Rondelet à 10h, avant de défiler vers la place de la Comédie et le Polygone. Ils ont été rejoints par des salariés d’Orange, en lutte contre la fermeture annoncée de la boutique du Polygone de Béziers, et pour que la reprise des cantines de la boîte par le nouveau prestataire Eurest se fasse sans aucune dégradation sociale pour les employés.

L’intersyndicale héraultaise revendique un accès des salariés de la Poste aux différentes primes, des embauches stables pour lutter contre la précarité des agents de la profession, et une revalorisation des salaires avec un 13ème mois.

A suivre !

 

 

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publié le 17 mai 2021

Grève à la Fonderie de Bretagne : malgré des milliards d’euros d’aides publiques, Renault roule ses salariés

par Guy Pichard sur la site www.bastamag.net


 

Depuis plus de deux semaines, la Fonderie de Bretagne, propriété de Renault est à l’arrêt. Les employés usent du blocage pour protester contre la mise en vente du site et l’absence de dialogue avec leur direction, et s’interrogent sur l’attitude du constructeur.

« Nous les avons questionnés sur notre sort et ils n’ont pas daigné nous répondre », explique Christophe, salarié depuis une trentaine d’années à la Fonderie de Bretagne de Caudan (Morbihan), et gréviste depuis le 27 avril. Sept membres de la direction de l’usine, qui fabrique des pièces pour les châssis, les moteurs ou les boîtes de vitesse de véhicules Renault, sont alors retenus sur le site par des salariés inquiets. « On les a alors seulement bloqués ! Ils ont été retenus jusqu’à 22 heures, pas séquestrés comme on a pu le lire... », rétablit l’ouvrier sur le parking du site. Depuis ce jour, plus d’une centaine de salariés se relaient quotidiennement pour occuper la fonderie, avec un roulement bien précis. « Personnellement, j’occupe tous les jours l’entreprise. Il y a trois groupes qui se relaient : le matin de 6 à 14 heures, puis de 14 à 22 et enfin de 22 à 6, ce sont les 3 x 8 en somme !  », détaille Christophe. « Rien ne sortira de la fonderie avant que l’on puisse dialoguer avec la direction », prévient-il.

Dernier bastion d’un savoir-faire et d’une vie ouvrière séculaires dans le pays de Lorient, la Fonderie de Bretagne est l’héritière d’une tradition sidérurgique locale au passé riche. L’usine bretonne a vu son nombre d’employés divisé par trois en une trentaine d’années (340 aujourd’hui). Elle n’est malheureusement pas la seule fonderie actuellement en difficulté. Ainsi, Jinjiang FVM (127 salariés) à Villiers-la-Montagne en Meurthe-et-Moselle a été placée en liquidation le 19 avril. Dimanche 25 avril, dans l’Aveyron, une manifestation a eu lieu pour le maintien de l’emploi à la SAM (357 salariés), en redressement judiciaire depuis fin 2019 et toujours sans repreneur... La liste est encore longue car la France dénombre près de 380 fonderies sur son territoire. Le 3 mai, le ministère de l’Économie annonçait encore un nouveau prêt de 10 millions d’euros à la société Alavance, propriétaire de trois fonderies dans la Vienne et l’Indre.

 

Pourtant l’argent coule à flots pour l’industrie automobile

Une étude sur le secteur de la fonderie automobile en France, datant de mai 2020 et commandée par le gouvernement et la filière automobile (PFA, qui rassemble Renault, Valeo ou Michelin), estime même que dans les dix prochaines années, 40 % des emplois du secteur pourraient être amenés à disparaître... soit environ 5000 postes sur les 13 500 que comptent la filière aujourd’hui ! À Caudan, cela fait un an environ que la situation est confuse, depuis qu’un article du Canard Enchaîné a révélé que le groupe Renault comptait – déjà – se séparer du site, alors même que le constructeur au losange venait de bénéficier d’un prêt de l’État de 5 milliards d’euros et d’une aide à la relance.
De quoi déclencher une première grève et une fronde des élus. Une semaine de négociation suffit alors pour que le sort de la Fonderie de Bretagne soit préservé et qu’une revue stratégique du site soit lancée. Mais un an plus tard, le 11 mars 2021, le couperet tombe : Renault annonce officiellement vouloir rechercher un repreneur.

C’est le grand paradoxe de la situation : l’argent coule à flots pour l’industrie automobile. Outre le prêt accordé à Renault, un plan de 8 milliards d’euros va soutenir le secteur, qui bénéficiera aussi de nouvelles aides prévues par le plan de relance. Un « comité stratégique de la filière automobile » a même été créé, avec un casting de choix affiché fièrement par le gouvernement : quatre ministres, deux patrons de l’industrie et un budget de 50 millions d’euros annoncé le 26 avril, la veille de l’occupation de la Fonderie de Bretagne, dont 20 millions versés par les constructeurs pour aider les employés licenciés à se reconvertir. Si la question des fonderies y est abordée, c’est l’absence de perspectives qui a décidé les employés de celle de Bretagne à relancer unegrève.

 

Renault félicite ses salariés, avant de d’en débarrasser

« Ce n’est pas la première grève à l’usine », explique Marie, qui a travaillé deux ans à la fonderie en intérim. « Je ne suis pas pessimiste pour l’avenir de l’usine car cela fait plusieurs fois que cette situation a lieu. Ce qui est étonnant, c’est qu’encore la semaine dernière, la direction a même congratulé les employés pour avoir battu un record de rendement ! », s’étonne la jeune femme.

Drôle d’ironie à l’intérieur du bâtiment. Certaines salles abritant les machines à l’arrêt sont ornées de panneaux sur lesquels la direction félicite les employés de leurs « records de production » établis quelques semaines avant l’annonce du groupe Renault de se séparer de l’usine ! « Après l’incendie qui avait ravagé notre outil de travail l’année dernière (en 2019, ndlr), Renault s’était engagé à nous donner plus de volume de travail à une condition : que l’on atteigne les objectifs imposés », s’est exclamé Maël Le Goff, secrétaire général de la CGT Fonderie de Bretagne, et figure médiatique de la contestation, lors du rassemblement du 1er mai à Hennebont, ajoutant : « Ces objectifs ont été atteints et dépassés mais ils veulent tout de même partir ! Sommes-nous sur une relation de maître à esclave ? »

Un mot revient sur les lèvres et les pancartes : trahison. « Cette décision de nous vendre nous rappelle à tous de très mauvais souvenirs. Comment Renault peut-il trahir ses salariés, les pouvoirs locaux et la population ? » L’amertume est grande chez les salariés et leurs proches, mais également au sein de la classe politique locale... Une partie d’entre elle avait donné rendez-vous aux salariés ce 1er mai, après le défilé, dans le centre d’Hennebont, au Parc botanique de Kerbihan. Si tous les politiques présents étaient d’accord pour soutenir le maintien de l’usine au sein du groupe Renault, certains avaient la partie plus difficile que d’autres... Jean-Michel Jacques par exemple, seul député LREM à s’être déplacé, a pu globalement dérouler son discours calmement, sauf quand il est tombé dans la caricature. « Les communistes souhaitaient la nationalisation de la fonderie, si vous voulez un régime soviétique c’est votre choix ! », a lâché le député de la majorité présidentielle au milieu de la foule, provoquant de vives réactions.

 

« Nous avons tous l’impression que ce sont les patrons qui décident et les politiques qui suivent »

Malgré le cadre bucolique de la réunion du 1er mai, les quelques élus bretons ont aussi montré des divergences dans leur soutien à l’usine. Un point a cristallisé les désaccords : une clause de confidentialité signée par certains élus de droite. « Quelques semaines après la revue stratégique, nous – élus de l’opposition – avons appris que des élus locaux, comme le président de l’agglomération mais aussi le maire de Caudan, avaient signé une clause de confidentialité », dénonce Damien Girard, candidat EELV malheureux à la mairie de Lorient. « Les documents qui ont été présentés aux élus n’étaient pas les mêmes que ceux présentés au syndicat, il y avait eu deux réunions différentes à deux moments ! À partir de là, il était clair que Renault menait en bateau les salariés de l’entreprise », détaille l’écologiste. Malheureusement, ces manœuvres politiciennes n’ont fait que renforcer le constat amer partagé par bon nombre de grévistes sur place : l’inégal rapport de force entre la classe politique et le patronat.

« Les politiques locaux soutiennent par la parole mais cela manque d’actes », regrette Marie, dont le mari travaille toujours à la fonderie. « Aujourd’hui nous avons tous l’impression que ce sont les patrons qui décident et les politiques qui suivent. Renault a pourtant bénéficié de milliards de subvention de la part de l’État ! », poursuit la jeune femme. En effet, depuis 2009, plus de 8 millions d’euros ont été injectés dans l’usine par l’État, la région Bretagne et Lorient-Agglomération. L’enjeu est de taille, car avec ses 350 salariés (et 1000 emplois indirects), la Fonderie de Bretagne est un outil industriel capital dans cette partie de la Bretagne.

 

« Nous aurons tous toujours besoin de fabriquer des voitures dans des conditions écologiques et sociales les meilleures possibles »

La deuxième semaine de grève étant bien entamée, ses premières conséquences se sont fait ressentir chez Renault... Ainsi, le 3 mai, Maël Le Goff annonçait qu’à l’usine du Mans, la ligne de production de la Zoé – la voiture électrique du constructeur – était stoppée, faute de pièces livrées par la fonderie. En effet, l’usine, qui fabrique notamment des bras de suspension et des différentiels de boîtes de vitesse, équipe aussi les voitures électriques de Renault, et l’affiche fièrement. Le modèle Zoé est brandie sur les pancartes de contestation, comme pour tordre le cou aux arguments qui feraient passer la fonderie comme obsolète. « C’est aussi l’enjeu de cette mobilisation », explique Dominique, présent dès le premier jour de la grève.

« Nous voulons faire comprendre à la population que nous fabriquons des pièces pour les voitures électriques. Il n’y a plus de fonte ici. Renault va juste délocaliser ailleurs pour engendrer plus de bénéfices ! » continue l’ouvrier. Espagne, Turquie ou encore Maroc, les pays visés semblent promettre toujours plus de travail à coût réduit, quitte à polluer davantage, que ce soit en termes de transport des marchandises ou via les équipements de fabrication. « Malgré la transition écologique, la France doit pouvoir conserver ce type d’usine », commente l’écologiste Damien Girard. « Nous aurons tous toujours besoin de fabriquer des voitures mais nous devons essayer de les fabriquer en France, dans des conditions écologiques et sociales les meilleures possibles », ajoute-t-il.

Cette nouvelle lutte pour la survie s’annonce délicate pour les ouvriers de la Fonderie de Bretagne, et le soutien de la population locale (une cagnotte en ligne existe d’ailleurs) ne sera pas de trop pour exiger du groupe Renault qu’il tienne ses promesses. « Renault pensait éteindre un foyer de perte comptable, ils attisent un foyer de colère nuisible à leur image », a clamé Maël Le Goff à la foule.

Guy Pichard

 

 

 

 

Industrie. L’ex-Joint français délocalisé

Gérard Le Puill sur le site www.humanite.fr


 

Depuis le 30 avril, les salariés de PPG Sealants occupent l’usine, à Bezons (Val-d’Oise). La direction américaine veut transférer la fabrication en Espagne et en Angleterre.

C’est une firme américaine dont le nom est PPG Sealants Europe. Elle veut fermer son usine sur la zone d’activité de Bezons, dans le Val-d’Oise. Pendant longtemps, le nom de cette entreprise était le Joint français. Bien plus tard, elle fut rachetée par Hutchinson, qui, en 2015, l’a revendue à PPG Sealants Europe. Ce nouveau patron a annoncé au début de l’automne vouloir fermer le site. L’usine fait travailler 208 personnes et produit du mastic pour l’industrie automobile et pour les avionneurs. Ses deux principaux clients sont Dassault et Airbus. Sa production est rentable, mais la direction estime qu’elle le deviendrait davantage en transférant en Espagne sa confection de mastic vendue aux firmes automobiles, ainsi qu’en fabriquant au Royaume-Uni celui qu’elle fournit aux constructeurs d’avions.

Alors que la direction entendait fermer le site avant l’été prochain, les travailleurs se sont mis en grève avec occupation de l’entreprise depuis le 30 avril, à l’initiative de la CGT et de la CFTC. Ici, le salaire brut moyen est de 1 700 euros en comptant les primes d’équipe et l’ancienneté. La moyenne d’âge des salariés se situe autour de 45 ans, mais 25 % d’entre eux ont 55 ans et plus. Une cellule de reclassement était promise au moment de l’annonce du projet de fermeture. Cela semblait convenir au ministère du Travail d’Élisabeth Borne. Mais, alors que la date annoncée pour la fermeture était prévue pour juin 2021, aucune politique de reclassement n’a été mise en route jusqu’à présent.

Le plan de licenciements refusé

La direction régionale et interdépartementale de l’économie, du travail, de l’emploi et des solidarités est donc intervenue en avril, refusant le plan de sauvegarde de l’emploi. L’autorité administrative mettait notamment en lumière l’information incomplète délivrée aux salariés quant aux risques psychosociaux de la cessation d’activité.

À Bezons, la militante CGT et son collègue CFTC que nous avons rencontrés ensemble nous ont fait part de leur indignation et du sentiment de révolte partagé par les 208 salariés. Tous refusent d’être traités comme des objets jetables après avoir été exploités des années durant. Mais les deux syndicalistes ont également souhaité qu’on ne publie pas leur nom dans la presse, afin de ne pas compromettre leurs chances de retrouver un travail. Pour l’heure, heureux d’avoir obtenu le blocage des licenciements jusqu’en septembre, délai pour que la direction revoie son plan social, ils espèrent obtenir un meilleur PSE, combinant des indemnités de départ plus favorables, des soutiens financiers pour les travailleurs proches de faire valoir leurs droits à la retraite, ainsi qu’un dispositif d’accompagnement vers l’emploi plus affûté.

La profonde injustice que subissent actuellement les salariés de PPG Sealants, guette aussi des dizaines de milliers d’autres hommes et femmes dans une multitude d’usines en France. D’Emmanuel Macron à Bruno Le Maire, les leçons à tirer de la pandémie pouvant aller jusqu’à des relocalisations industrielles ne durent que le temps d’un discours, tandis que le bilan carbone des délocalisations vient s’ajouter au bilan économique et social désastreux des politiques patronales. La part de l’industrie dans le produit intérieur brut de la France ne représente plus que 12 %, contre 23 % en l’Allemagne.


 

publié le 17 mai 2021

 

 

Tribune -

 

« La réforme de l’assurance-chomage

 

est injuste, absurde et indécente »

 

 

Des responsables associatifs et syndicaux, dont Philippe Martinez pour la CGT ont publié une tribune au « Monde » le 12 mai 2021 pour dénoncer la relance par gouvernemental du projet de réforme de l’assurance-chômage

 

Nous, associations et organisations syndicales de salariés, avions vigoureusement réagi contre la réforme de l’assurance-chômage, lorsqu’elle avait été annoncée en juin 2019 par le gouvernement. Du fait de la crise sanitaire, certains points de cette réforme avaient été opportunément mis en sommeil et les plus optimistes d’entre nous pouvaient les croire abandonnés. Le gouvernement vient pourtant d’annoncer sa mise en œuvre au 1er juillet 2021.

Cette entrée en vigueur, alors même que la crise sanitaire est loin d’être terminée et que ses conséquences sociales, déjà lourdes, ne vont aller qu’en s’accentuant, est à la fois injuste, absurde et indécente.

Injuste, parce qu’elle va frapper des personnes déjà fragilisées, qui comptent parmi celles qui ont été les plus touchées par la crise sanitaire et sociale. Selon les chiffres de l’Unédic, dès le 1er juillet 2021, 1,15 million de personnes vont voir leurs droits baisser drastiquement, en moyenne de 17 %, et jusqu’à 40 % pour les 400 000 les plus précaires. Les plus touchés seront justement celles et ceux qui ont des contrats courts ou espacés.

A une date encore non précisée, d’autres mesures devraient durcir l’accès aux droits, notamment par un relèvement du seuil d’accès à l’indemnisation, en exigeant une période de six mois travaillés, contre quatre aujourd’hui. Là encore, les plus touchés seront les travailleurs précaires, en particulier les jeunes de moins de 26 ans.

Absurde, notamment parce qu’elle intervient au pire moment. Les analyses du conseil scientifique du Conseil national de lutte contre l’exclusion sont éloquentes : elles montrent, d’une part, que les personnes les plus pauvres − notamment les personnes au chômage − ont été les plus durement touchées par les conséquences sociales de la crise sanitaire ; d’autre part, que de multiples couches de la société ont basculé ou vont basculer dans la pauvreté, la crise agissant comme un « descenseur social » ; enfin, que la force de notre système de protection sociale a évité une catastrophe pire encore.

Et c’est à ce moment, alors que nous sommes encore au cœur de la troisième vague de l’épidémie, que le gouvernement va, par son action même, accentuer les effets de la crise et faire plonger dans la pauvreté des personnes qui auraient pu rester la tête hors de l’eau si l’on avait maintenu le dispositif d’assurance-chômage.

Processus de stigmatisation

Indécente, enfin. Avant même la crise sanitaire, le pouvoir d’achat des ménages les plus pauvres avait déjà diminué, du fait notamment du gel des allocations-logement, des prestations familiales et du RSA ; les inégalités sociales s’étaient sensiblement creusées. La crise a accentué ce phénomène, les ménages les plus aisés pouvant épargner, quand les 10 % les plus pauvres ont dû le plus souvent s’endetter.

Si le gouvernement ne renonce pas à mettre en œuvre sa réforme de l’assurance-chômage, l’une des dernières réformes du quinquennat s’attaquera donc aux travailleurs précaires, en réduisant leurs droits et en fragilisant leur situation sociale. Alors qu’en parallèle, le pouvoir d’achat des plus riches n’aura cessé d’augmenter, du fait notamment des politiques fiscales ou sociales du gouvernement. Nous sommes loin de la justice sociale la plus élémentaire.

Cette réforme s’inscrit enfin dans un processus de stigmatisation des chômeurs, qui ne correspond à aucune réalité. Quiconque a vécu des périodes de chômage a senti son stress monter devant l’absence de réponse aux multiples candidatures, les entretiens décourageants, les sanctions injustifiées pour ne pas avoir pu prouver ces recherches infructueuses. Quiconque a vécu des périodes de chômage a vu arriver avec angoisse la fin de droits, avec le sentiment que la société vous considère comme inutile et qu’une partie de l’opinion vous soupçonne de tricher… au moment même où vous perdez vos dernières ressources.

Loin de l’intérêt des populations, le gouvernement peut-il s’obstiner à poursuivre une telle réforme, motivée essentiellement par des considérations financières et qui rencontre une opposition unanime des organisations syndicales comme du monde associatif, une réforme qui n’avait déjà aucun sens avant la crise sanitaire et qui, dans le contexte actuel, en devient encore plus injuste et absurde ?

 

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT ; Annick Berthier, présidente d’Emmaüs France ; Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité ; Christophe Devys, président du collectif Alerte ; Patrick Doutreligne, président de l’Uniopss (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux) ; Véronique Fayet, présidente du Secours catholique ; Marie- Aleth Grard, présidente d’ATD Quart Monde ; Paul Israël, président du CCSC-Vaincre le chômage ; Gilles de Labarre, président de Solidarités nouvelles face au chômage ; Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT ; Laurent Pinet, président du Coorace (fédération nationale de l’économie sociale et solidaire) ; Pascale Ribes, présidente d’APF France handicap ; Martine Vignau, secrétaire nationale de l’UNSA (Union nationale des syndicats autonomes).

 

publié le 16 mai 2021

 

À Montpellier, le quartier de la Paillade soutient la Palestine

 

sur le site lepoing.net

 

De nombreuses villes de France et du monde entier sont descendues dans la rue aujourd’hui et le feront dans les jours qui viennent pour soutenir la Palestine. De Paris à Sao Paulo, de Bologne à Sydney en passant par Londres : des manifestations de soutien au peuple palestinien se déroulent partout à travers le monde.

Aujourd’hui, ironie du sort, c’est le 15 mai l’anniversaire de la Nakba : la catastrophe, l’expulsion des Palestiniens de leurs terres et de leurs villages en 1948. Les palestiniens de Gaza à Jérusalem en passant par les palestiniens d’Israël appelaient ce samedi 15 Mai à être toutes et tous dehors dans la rue pour mettre fin à la Nakba qui ne cesse de continuer et au massacre de Gaza assiégée.

La manifestation a été interdite à Paris par Darmanin et son préfet Lallemand, les organisateurs(trices) ont employé tous les recours juridiques possibles pour la maintenir et dénoncent la criminalisation du droit à manifester.

À Montpellier le rassemblement était appelé à l’arrêt de tramway Saint-Paul dans le quartier populaire de la Paillade, et le pari fût plus que réussi : un rassemblement puis une manifestation composée de nombreu(ses)x habitant(e)s et jeunes du quartier et de Montpellier, la cause palestinienne a réalisé une véritable unité des associations, partis et mouvements dont celui des gilets jaunes et des occupant(e)s de lieux culturels. Entre deux cents et trois cents personnes étaient présentes au début du rassemblement, jusqu’à 600 au plus fort de la manifestation.

Le choix de La Paillade n’était pas anodin, il a permis de remettre au centre la loi sur « les principes républicains » et ses conséquences désastreuses dans les quartiers populaires. De nombreuses prises de paroles place Saint-Paul ont amorcé cette matinée de soutien à la Palestine. Le “Front Uni des Quartiers Populaires” qui a notamment dénoncé la gestion coloniale des quartiers populaires, le mouvement “Boycott Désinvestissement Sanctions” pour démontrer l’utilité du boycott des produits, évènements, marques et accords commerciaux comme moyen de lutte contre l’apartheid… Le collectif des musulmans de Montpellier a également rappelé “qu’à force des répéter des mensonges ils deviennent des vérités, les médias en sont parfois spécialistes”.

Puis se sont succédés l’Union Juive française pour la Paix, le Parti Communiste, le Parti Ouvrier International, les Gilets Jaunes, la Libre Pensée, le Nouveau Parti Anticapitaliste, l’association des Palestiniens du Languedoc-Roussillon et l’association “France Palestine Solidarité” qui appelle à un rassemblement devant la préfecture mardi 18 mai à 16H : en espérant n’avoir oublié personne !

La manifestation s’est ensuite mise en route vers les halles de la Paillade, la dalle du grand mail et quand elle est passée près des commerces des jeunes assis sur un banc se sont exclamés «  oh franchement il y a du monde ! » En remontant vers Saint-Paul elle s’est arrêtée devant la CAF où il n’y a pas si longtemps Macron et Darmanin étaient reçus par M. Delafosse, moment où un citoyen de la Paillade a expliqué comment les habitant(e)s de la Paillade n’avaient justement pas été reçu(e)s ce jour-là mais repoussé(e)s par les forces de l’ordre ! C’est là que le slogan «  Macron démission » s’est élevé de la foule après celui de «  Israël assassin Macron complice » d’ailleurs on peut en lire la confirmation dans la déclaration de Benjamin Netanhyaou au Times of Israël : « Je voudrais dire un mot de remerciement à mon ami le président Biden, à d’autres amis – le président de la France, le Premier ministre du Royaume-Uni, le chancelier de l’Autriche, le Premier ministre de l’Allemagne et d’autres. Ils ont défendu notre droit naturel et évident de nous défendre, d’agir en légitime défense contre ces terroristes qui attaquent à la fois des civils et se cachent derrière des civils. Cela ne les aidera pas, nous continuerons. »

La manifestation est finalement remontée sur Saint-Paul pour se dissoudre avec la promesse d’un agenda chargé d’actions et d’initiatives dans les jours qui viennent, il faudra se tenir au courant ! Pendant ce temps-là, la manifestation parisienne – interdit par le préfet de police sous ordre du Ministre de l’Intérieur – s’est vu infligé une répression brutale, avant même le début du rassemblement. Après de multiples charges de police, l’utilisation répétée de gaz lacrymogène, canon à eau et autres tirs de LBD, le pouvoir politique parvint finalement à obtenir les images de violence qu’il attendait. Seulement, une tâche vient assombrir le tableau : le rassemblement sur Paris a été le seul interdit, et le seul à prendre cette tournure – tandis que des milliers de personnes manifestaient pacifiquement dans tout le pays. Un calcul grossier de la part de Darmanin, laissant apparaitre au grand jour une minable stratégie de mise en tension, appliquée aux mouvements sociaux dès lors que le gouvernement ne cautionne pas les revendications portées par les contestataires.

Des mots résonnent encore dans le quartier de la Paillade «  Justice, justice en Palestine, la jeunesse soutient la Palestine » et surtout un slogan énoncé en arabe et largement repris qui disait «  Notre sang et notre âme pour Gaza ».

 

 

publié le 16 mai 2021

Colombie : l’appel des élus français à Macron pour condamner la répression policière

Dans une tribune adressée au président Macron et au ministre des Affaires étrangères, une centaine députés européens, français, maires, élus municipaux et régionaux expriment leur préoccupation au sujet des violences de l’Etat colombien contre la contestation sociale qui s’exprime dans la rue.

 

Par Guylaine Roujol Perez sur le site www.leparisien.fr

 

 

Au treizième jour de manifestations en Colombie contre le président Iván Duque, initiées le 28 avril pour protester contre un projet de réforme fiscale, depuis retiré, mais qui se poursuivent pour réclamer une amélioration des politiques de santé, d’éducation, de réduction de la pauvreté et l’arrêt des violences policières dénoncées par l’ONU, l’Union européenne et les États-Unis, la communauté internationale se mobilise.

Une centaine d’élus français, parmi lesquels des députés européens, des parlementaires, dont les Insoumis François Ruffin, Clémentine Autain, Adrien Quatennens, Jean-Luc Mélenchon, des maires, dont Grégory Doucet (Lyon), Éric Piolle (Grenoble), ou des adjoints au maire, avec notamment Michèle Rubirola (Marseille), Jean-Luc Romero (Paris), ainsi que des élus municipaux ou régionaux, s’apprêtent à envoyer au président français, Emmanuel Macron, et au ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, un courrier publié sous forme de tribune dans Médiapart ce lundi.

Garantir l’application des accords de paix

Ces élus, qui dénoncent la répression de la contestation sociale, estiment en outre que la France « se doit d’interpeller le président colombien, Iván Duque, afin qu’il garantisse l’application des accords de paix, ainsi que l’usage de fonds français dédiés, notamment dans le cadre de l’aide publique au développement ». Ils rappellent au passage que « la France et l’Union européenne ont soutenu politiquement et financièrement les accords de paix en Colombie » signés en 2016 entre le gouvernement de Juan Manuel Santos et la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), démobilisées depuis.

Dans la missive envoyée au président français, ils confient surtout leur préoccupation. « La réponse de l’État colombien face aux manifestations relève d’un usage excessif et disproportionné de la force, et s’accompagne d’atteintes graves aux droits humains », écrivent-ils, ajoutant être « profondément inquiets face à la recrudescence de la violence et l’affaiblissement de l’État de droit en Colombie ».

La porte-parole du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme, Marta Hurtado, s’est dite « alarmée », tandis que l’Union européenne a demandé « d’éviter tout usage disproportionné de la force par les forces de sécurité ». « Et la France ? Il est temps que le président Macron se prononce sur le sujet », estime Juan, qui a participé samedi dernier à 16 heures au rassemblement place de la République, à Paris, en réponse à l’appel du collectif #SOS Colombie Paris, constitué de sympathisants du parti de la Colombie Humaine et des associations TEJE et Ciudadanias por La Paz (Citoyens pour la paix).

Drapeaux et affiches dénonçant un « génocide » étaient brandis par plus d’un millier de manifestants qui ont érigé un autel de fortune avec les noms de leurs compatriotes tués ces derniers jours en Colombie « alors qu’ils n’étaient pas des terroristes, comme cherche à le faire croire l’ex président Uribe, mais des citoyens qui luttent pour leurs droits » dénonce Marta, dans le cortège. D’autres manifestations se sont déroulées un peu partout en Europe, ce qui a fait réagir l’ancien président Uribe, soutien de Ivan Duque, dans un tweet : « En Europe, ils déforment la démocratie colombienne, ils veulent ignorer que la protestation est respectée ici et que le terrorisme est prié de respecter la Colombie. Démocratie, politique sociale et autorité. »

Meurtres, disparitions, détentions arbitraires

Le bilan de la sanglante répression est incertain, mais serait d’au moins 26 morts et plus de 800 blessés, selon les derniers chiffres officiels de la semaine passée. Les organisations de défense des droits de l’homme signalaient de leur côté 47 morts dont 35 dans la seule ville de Cali selon l’ONG Temblores, le viol d’une femme par des membres des forces spéciales de maintien de l’ordre (Esmad) et près de 700 détentions arbitraires. Le Movice (mouvement national des crimes d’État) comptait vendredi dernier 379 disparus.

Alors qu’un dialogue s’est ouvert à l’initiative du président Iván Duque, dont la popularité est tombée à 33 %, avec les syndicats et des fédérations de divers secteurs économiques, des milliers de Colombiens sont une nouvelle fois sortis dans les rues ces derniers jours, appelant à la non-violence en chantant et en dansant, sans rien perdre de leur volonté de continuer de manifester tant qu’ils ne seront pas entendus. Les slogans appelant à la démission du président Duque, derrière lequel plane l’ombre de l’ex-président Álvaro Uribe Vélez, ayant appelé l’armée à tirer, fleurissent de plus en plus. Dimanche soir, un cortège d’Indigènes a été attaqué par armes à feu alors qu’ils atteignaient la ville de Cali. Et un SOS a été lancé depuis l’université publique de la ville : « On nous tue », comme un leitmotiv désolant.

publié le 13 mai 2021

Colombie. Un déchaînement de violence digne d’une dictature

Site www.humanite.fr

 

Syndicats, étudiants et mouvements sociaux appellent ce mercredi à une nouvelle journée de mobilisation contre la politique du gouvernement. Depuis le 28 avril, 47 personnes ont été tuées, dont 35 dans la seule ville de Cali.

Après les insultes, les coups, les tirs, les tanks, le « dialogue » mis en scène par le président colombien, Ivan Duque, pour tenter d’éteindre la crise sociale a fait long feu. Lundi, après quatre heures de réunion, les représentants du comité de grève, qui rassemble centrales syndicales, organisations étudiantes et mouvements sociaux, sont sortis du palais Nariño en appelant à une nouvelle journée d’action ce mercredi. « Nous demandons que le droit constitutionnel à la manifestation pacifique soit respecté », a prévenu Jennifer Pedraza, porte-parole des étudiants.

Il faut dire que le bilan de la répression depuis le début du mouvement populaire, le 28 avril, est effroyable, sombre miroir de l’impitoyable guerre sociale que livre au peuple colombien l’ultradroite d’Ivan Duque et de son mentor, l’ex-président Alvaro Uribe. Dans un communiqué commun, l’ONG de défense des droits humains Temblores et l’Institut d’études pour le développement et la paix (Indepaz) « alertent la communauté internationale sur la recrudescence de la violence de la part de l’État dans tout le pays ». Leur recensement fait état de 47 personnes tuées, dont 36 dans le seul Valle del Cauca, où la ville de Cali, épicentre de la révolte, paie le plus lourd tribut avec 35 morts. Au total, 1 816 cas de violences policières ont été enregistrés : 278 victimes de violences physiques, 963 détentions arbitraires de manifestants, 356 irruptions violentes dans les marches, 28 personnes atteintes de blessures oculaires, 111 blessés par arme à feu, 12 victimes de violences sexuelles. Plusieurs centaines de personnes sont portées disparues.

Liste interminable de violations des droits humains

Avec leur rhétorique du « vandalisme », de « l’invasion », du « terrorisme », des « dommages à la propriété privée », le président colombien et son camp ont encouragé ce déchaînement de violence. Dans les villes quadrillées par l’armée, le gouvernement a donné un blanc-seing à la police, en parti­culier à ses unités antiémeute, les escadrons mobiles antiperturbations, mais aussi à des civils armés qui s’en prennent aux protestataires. À Cali, une « minga », une caravane pacifique lancée par les organisations indigènes de tout le pays pour venir en soutien aux populations réprimées, est ainsi devenue la cible de brutales attaques.

Sur le plan politique, à un an de l’élection présidentielle, l’ultradroite au pouvoir est dans l’impasse. Sa stratégie consistant à faire passer les manifestants pour des criminels, des narcotrafiquants, des agents de pays étrangers ou de guérillas toujours actives ne prend pas. Ces jours-ci, les vidéoconférences données par Alvaro Uribe avec des Cubains de Miami pour expliquer que « le Venezuela et Cuba sont des dictatures sans espoir pour les jeunes » contrairement à la Colombie, « une démocratie » pleine de « chemins d’espoir pour les jeunes », avaient même quelque chose de décalé, d’archaïque, de ridicule. Après les imposantes mobilisations sociales de ces deux dernières années, le retrait, le 2 mai, de la réforme fiscale voulue par Duque n’a pas suffi à désamorcer la colère, dans un pays où les travailleurs, pour plus de la moitié d’entre eux, ne gagnent même pas le salaire minimum (à peine 250 dollars). «  Nous avons sûrement échoué dans la communication », concédait le président vendredi lors d’une conférence de presse.

Au-delà de l’explosion sociale, les Colombiens expriment, par leur soulèvement pacifique, un rejet viscéral de la violence érigée en mode de gouvernement par un pouvoir ayant piétiné les accords de paix conclus en 2016 entre Bogota et la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). De ce point de vue, même Washington n’épargne plus son principal allié dans la région. Un rapport du ­Département d’État, publié le 30 mars dernier (1), dresse une interminable liste de violations des droits humains : « homicides illégaux ou arbitraires ; rapports de torture et de détention arbitraire par les forces de sécurité gouvernementales (…) ; corruption généralisée ; violence et déplacement forcé des Afro-Colombiens et autochtones (…) ; meurtres et autres violences contre les syndicalistes », entraves à la liberté de la presse, avocats et défenseurs des droits humains placés sous surveillance, exécutions extrajudiciaires. Le document dessine clairement, sans jamais le nommer, les contours d’un régime autoritaire.

(1) 2020 Country Reports on Human Rights Practices : Colombia. Bureau of démocracy, Human Rights and Labor.

 

 

 

 

 

de la France et de l’Union Européenne en Amérique Latine.

 

Le bruit assourdissant du silence bien aligné

 

Les ayatollahs de droite et sociaux-démocrates du Parlement européen rivalisent dans l’art de l’hypocrisie. On se souvient qu’ils ont, sous les applaudissements des députés socialistes avec en tête Raphaël Glucksmann, approuvé une résolution plaçant à l’identique nazisme et communisme. Alors qu’ils ont soutenu le coup d’État en Bolivie contre Evo Morales, les voici demandant la libération de la cheffe des golpistes. Sauf que cette dame est accusée d’avoir couvert des répressions sanglantes et détournée à son profit 1 million de dollars.

Les mêmes feignent de s’étonner de la réaction de Moscou à leurs propres décisions d’expulsion et d’interdiction de responsables russes, prenant prétexte du sort planifié à l’Ouest d’Alexeï Navalny alors qu’ils font silence sur le sort de Julian Assange, des prisonniers palestiniens… Comme s’ils ne savaient pas que la Russie (quoi qu’on puisse penser de ses actuels dirigeants et de sa politique) ne reste jamais, l’Histoire en témoigne, sans réagir. Y compris quand les nazis étaient aux portes de Moscou.

Pareil pour la Chine, où les nains européens croient pouvoir faire la leçon à une nation qui, contrairement à l’Inde, a su maîtriser la pandémie et redémarrer son économie.

Les diplomaties française et européenne mériteraient un sérieux coup de ripolinage. Tenez, par exemple, la situation en Colombie. Dans la dernière période, des foules immenses manifestent dans le pays contre la réforme fiscale du gouvernement Duque et les violences commises par les tueurs à son service. L’armée tire à vue à Cali, quadrille ­plusieurs villes du pays. Des morts par dizaines. Pas un souffle, pas un mot à Washington du côté du « progressiste » Joe ­Biden, pas un mot de Macron et de l’Union européenne, silence médiatique général. Rien, nada. Bogota n’étant pas Caracas et la Colombie s’étant transformée en base d’agression militaire américaine contre le Venezuela, une seule règle domine à Paris et à Bruxelles : alignement sur les États-Unis.

L’ambassadeur de France à Caracas, M. Romain Nadal, a été prié de ne plus camper à l’aéroport international dans l’attente de son protégé, l’imbécile Guaido, dont même la CIA ne veut plus et à qui il ne reste comme destination européenne que l’Élysée, accessible désormais par la porte de derrière. Quant à l’ambassadeur de France à Bogota, M. Gautier Mignot, il est resté cloîtré dans sa résidence, bouche cousue. À tel point qu’on se demandait s’il n’avait pas été enlevé à son insu.

On ne peut se satisfaire de la déliquescence du prestige de la France dans le monde. Déjà raillée pour sa gestion des crises sociales, pour ses incohérences en matière sanitaire, pour son amateurisme favorisant une droite fascisante à l’affût, la France aurait tout à gagner à choisir la voie, cette fois réellement « progressiste », d’écoute du monde en mouvement. Avec Emmanuel Macron et sa bande, malheureusement, un vœu pieu.

 

publié le 11 mai 2021

Le rapport pour éviter une planète morte et sans emplois

par Marie-Noëlle Bertrand – sur www.humanite.fr

 

Ce vendredi, le collectif Plus jamais ça publie des revendications communes aux syndicats et ONG et fait la chasse aux idées reçues.

 

À l’avant-veille des manifestations de ce dimanche, le collectif Plus jamais ça publie un rapport visant à démontrer que la transition verte peut être créatrice d’emplois. Déconstruire l’image d’une écologie opposée aux exigences sociales : telle est l’ambition de cette structure inédite lancée début 2020. Attac, la Confédération paysanne, Greenpeace, la CGT, Oxfam, Solidaires, les Amis de la Terre et la FSU mettent ce document en débat et à disposition des mobilisations à venir. Morceaux choisis.

Étape n° 1 : faire la peau aux idées reçues

Face à la crise économique, la planète devrait attendre ? Faux, rétorque le collectif. Dans un rapport publié en décembre 2020, le Programme des Nations unies pour l’environnement lui-même indique que les plans de relance sont une occasion rêvée, « s’ils sont orientés vers la transition ou accompagnés d’une conditionnalité des aides ». Plus jamais ça casse aussi la figure à l’idée selon laquelle la transition écologique détruirait les emplois. Rénovation thermique des bâtiments, développement des transports en commun, des énergies renouvelables et de l’agriculture paysanne, recyclage… « L’Organisation internationale du travail considère que 60 millions d’emplois peuvent être créés dans le monde » par ce biais.

Étape n° 2 : transformer le travail et lui redonner du sens

Au sein des grands groupes, « seuls les états-majors décident quoi, où et comment produire », en ne se fiant qu’à une seule boussole, « la valorisation en Bourse ». Plus jamais ça propose à l’inverse de conférer de nouveaux pouvoirs aux salariés. « Dès lors (qu’ils) décident de peser sur les choix d’investissement et de production pour sauvegarder l’emploi et la biosphère, (ils) contestent la recherche unique de rentabilité à court terme. » La réhabilitation des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, « avec des droits d’intervention élargis aux questions environnementales », en est un des passages obligés, de même que la création « d’un droit de veto des comités sociaux et économiques sur les licenciements qui ne sont pas justifiés par des difficultés économiques graves et immédiates ».

Plus globalement, Plus jamais ça revendique de mieux partager le travail et, pour cela, de faire des 32 heures hebdomadaires la nouvelle référence. « La ­réduction du temps de travail, sans perte de salaire, permet d’améliorer la qualité de vie. » Dans la même veine, le collectif plaide pour fixer un plafond de revenu maximum. « S’il faut revaloriser les métiers “essentiels”, il faut aussi dégonfler les revenus excessifs sans justification ­sociale », afin « de redistribuer (…) et combattre l’imaginaire du luxe et de ­l’accumulation infinie ».

Étape n° 3 : miser sur la solidarité et la coopération

En 2018, 57 % des émissions de CO2 de la France étaient à mettre sur le compte de ses importations. Plus jamais ça place cette donnée en regard d’autres, économiques. « Depuis 1990, la part de l’industrie en France dans l’emploi salarié marchand est passée de près d’un tiers à tout juste 18 %. » Relocaliser une partie de la production permettrait de générer d’importantes créations d’emplois tout en produisant plus proprement, assure le collectif, qui tacle l’affirmation selon laquelle la mondialisation serait bénéfique aux pays pauvres. « L’industrie textile est responsable de 4,5 %à 8 % des émissions mondiales », cite-t-il, rappelant que le changement climatique pourrait faire basculer près de 100 millions de personnes dans l’extrême pauvreté en 2030. Plus jamais ça y voit plusieurs remèdes, entre autres celui de stopper la dérégulation du commerce international au profit d’une coopération solidaire autant qu’exigeante en matière environnementale et sociale. 

 

Publié le 21/04/2021

Publié le 06/04/2021

 

 

Les Restaurants du Coeur témoignent et alertent...

 

 

 

Faire face à la détresse de la jeunesse

 

 

 

Près d’une personne sur deux qui vient aux Restos a moins de 26 ans. Près de 40% des étudiantes et étudiants qui poussent la porte des Restos sont isolés. 53% vivent dans des familles qui rencontrent des situations difficiles. 85% des centres des Restos accueillent des étudiantes et des étudiants.

 

Notre jeunesse est fragilisée !

 

Depuis le début de la crise sanitaire et sociale, nous n’avons eu de cesse de nous adapter pour mieux accompagner les jeunes, avec notamment l’ouverture de centres sur de nouveaux créneaux horaires et jours adaptés pour leur permettre de s’y rendre en parallèle de leurs cours ou encore avec l’ouverture de lieux de distribution supplémentaires pour permettre d’accueillir plus de monde.


La mise en place d’un partenariat national avec la Fédération des Associations Générales Etudiantes (FAGE) est aussi venu consolider l’aide apportée aux jeunes les plus démunis.

 

Des distributions dans des cités universitaires, des facs, des IUT ou en partenariat avec les CROUS ont également été mises en place, notamment à Paris, La Rochelle, Toulouse, Cherbourg, Valenciennes, Lyon, La Roche-sur-Yon et plus récemment à Montpellier.

 

Les initiatives locales se multiplient, propres aux Restos mais aussi en collaboration avec d’autres associations et institutions. Toutes n’ont qu’un but : donner ce coup de pouce vital pour celles et ceux qui poursuivent des études, mais aussi plus généralement pour se préoccuper d’une jeunesse précaire fragilisée et durement touchée.


A côté de l’aide alimentaire indispensable, un lien social se recrée parfois et de nombreux étudiants et étudiantes qui bénéficient de l’aide des Restos sont à leur tour également bénévoles dans les centres d’activités et de distribution.


Nous alertons depuis des mois et nous faisons tous face à l’urgence pour répondre à la détresse des étudiants et aussi des jeunes travailleurs précaires, migrants, mineurs isolés… qui vivent dans des situations de précarité inacceptables.

 

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