PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
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Publié le 17/02/2020

 

Macron - Le Pen, ce duel dont les Français ne veulent pas en 2022

 

Par Louis Hausalter (site marianne.net)

 

Huit Français sur dix rejettent la revanche annoncée entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, selon un sondage Elabe pour BFMTV dévoilé ce 12 février. Et en général, les duels rejetés ne se produisent pas...

La classe politique et les commentateurs semblent avoir déjà validé le scénario. C’est prévu, écrit, couru : Emmanuel Macron affrontera de nouveau Marine Le Pen en 2022, alors circulez ! Les protagonistes eux-mêmes semblent se satisfaire de ce face-à-face entre « progressistes » et « patriotes » autoproclamés.

Petit détail : les Français ne sont pas d’accord... Un sondage Elabe pour BFMTV vient encore le confirmer, ce 12 février. Selon cette étude, huit Français sur dix rejettent ce duel annoncé entre Macron et Le Pen pour la prochaine présidentielle. Même s’ils sont 59% à penser qu’il se reproduira tout de même...

Trois quarts des électeurs de Mélenchon en 2017 ne distinguent aucune personnalité qui leur conviendrait

Il faut dire que le paysage a des allures de morne plaine. D’après le même sondage, 72% des Français ne voient aucune personnalité politique qui leur conviendrait dans la perspective de 2022. Et les plus orphelins se trouvent du côté de la gauche. Ainsi, 85% des électeurs de Benoît Hamon et, surtout, 74% de ceux de Jean-Luc Mélenchon en 2017 ne distinguent aucune personnalité qui leur conviendrait. De quoi confirmer la crise de La France insoumise : aujourd’hui, de nombreux électeurs mélenchonistes paraissent dispersés dans la nature.

En allant vers la droite, on trouve moins d’orphelins, même s’ils sont tout de même 63% chez ceux qui ont voté François Fillon en 2017, 58% chez les électeurs de Marine Le Pen et 55% chez ceux d’Emmanuel Macron.

Chirac/Jospin, match retour Sarkozy/Hollande : ces duels qui n'ont pas eu lieu

Un duel présidentiel annoncé partout mais rejeté par tous, ou presque ? Voilà du déjà-vu dans l’histoire politique récente. En 2002, toute la couverture médiatique de la campagne s’était focalisée sur le duo Jacques Chirac/Lionel Jospin, mais les électeurs en avaient décidé autrement, en propulsant Jean-Marie Le Pen au second tour le fameux 21 avril. Et en amont de la présidentielle de 2017, avant la primaire de la droite et le renoncement de François Hollande, une partie de la presse fantasmait déjà sur la revanche Sarkozy/Hollande, deux personnages pourtant rejetés à toute force par l’opinion publique. On le voit, les duels annoncés se produisent rarement. Et jusqu’à preuve du contraire, ce sont encore les électeurs qui décident.

(Sondage réalisé auprès d’un échantillon de 1002 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. Interrogation par Internet les 11 et 12 février 2020.)

Publiéle 16/02/2020

Le patron de Lactalis voit sa fortune doubler grâce à la libéralisation du lait et aux accords de libre-échange

 

par Olivier Petitjean (site basstamag.net)

 

Optimisation fiscale au Luxembourg et en Belgique, lait contaminé, conflits avec les éleveurs, pollutions... Les scandales se succèdent depuis quelques années pour Lactalis. Sans affecter la fortune de son PDG Emmanuel Besnier, estimée à environ 12 milliards d’euros. Le groupe est nominé au prix Pinocchio « spécial agriculture ».

Les États-Unis ont Google, Facebook et Amazon. La France a son industrie du luxe et son agriculture. Dans les deux cas, les recettes sont en partie les mêmes : la concentration et la création de monopoles géants font la fortune de quelques richissimes hommes d’affaires, dont les groupes s’accaparent les revenus de leur secteur d’activité, au détriment des autres acteurs économiques ou de leurs fournisseurs.

Si la fortune de Bernard Arnault et des autres super-riches du luxe s’est accrue ces dernières années, c’est en grande partie via une envolée du cours boursier de LVMH, Kering ou Hermès, qui pourrait très bien un jour se retourner. Rien de tel pour celle d’Emmanuel Besnier, le patron de Lactalis. Ce géant agroalimentaire français, numéro un mondial du lait depuis 2011, n’est même pas coté sur les marchés financiers. Ce qui n’empêche pas son dirigeant de pointer à la neuvième place des fortunes françaises selon Challenges, avec 12 milliards d’euros en 2019 (voire la septième selon Forbes avec 12,6 milliards). Son frère et sa sœur figurent aussi en bonne place dans ces classements.

Lactalis, principal bénéficiaire des accords de libre-échange

Cette « success story » est due en grande partie à la position dominante progressivement acquise par Lactalis sur le marché du lait. Propriétaire des marques Président, Salakis, Lactel, Société, ou encore Galbani, le groupe est désormais présent sur tous les continents. Il collecte presque un quart du lait produit en France – 5,5 milliards de litres en 2018, et 19,4 milliards de litres au niveau mondial. Cette prépondérance lui a permis de profiter à plein de la libéralisation du marché laitier européen en 2014. Depuis cette date, la fortune d’Emmanuel Besnier a presque doublé, tandis que le prix du lait et les revenus baissaient ou stagnaient, provoquant un élan de révolte chez les éleveurs et la disparition de nombreuses petites exploitations (lire l’analyse que nous en avions faite en 2018 : Pendant que les éleveurs agonisent, les grandes familles du lait amassent des milliards et l’infographie ci-dessous).

Le groupe ne compte pas s’arrêter en si bon chemin puisqu’il est l’un des principaux promoteurs et bénéficiaires des accords de libre-échange avec le Canada et le Mercosur, et peut-être demain avec les États-Unis. Ces accords sont précisément accusés de profiter d’abord aux gros acteurs, et de nuire aux plus petits, exposés à une pression encore plus féroce à la baisse des prix.

Comme d’autres grands groupes familiaux, Lactalis a longtemps été réputé pour sa discrétion. Ne pas être coté en bourse empêche certes de surfer sur l’euphorie des marchés financiers, mais cela évite au moins d’avoir à divulguer au public trop d’informations sur ses activités. Le groupe a été dénoncé pour ses pratiques fiscales, notamment au sein de sa filiale belge BSA à travers laquelle il s’est étendu à l’international, ou de plusieurs filiales luxembourgeoises. La Confédération paysanne a mené sa propre enquête sur les comptes de Lactalis et transmis le résultat de ses investigations au Parquet national financier début 2019, avant d’attaquer directement le groupe en justice en octobre pour le forcer à publier les comptes de la société mère.

Une image de plus en plus écornée

Les scandales commencent à s’accumuler, écornant sérieusement l’image de l’entreprise laitière et de son dirigeant. Pour le grand public, c’est d’abord l’affaire du lait contaminé de 2017-2018. Lactalis a dû fermer temporairement son usine de Craon en Mayenne et rappeler ses produits après des cas de contamination à la salmonelle de laits infantiles. Plusieurs contaminations similaires avaient été signalées dans l’usine au cours des années précédentes, sans qu’il y soit porté remède. Selon l’Institut Pasteur, 204 bébés auraient été intoxiqués à la salmonelle entre 2005 et 2017 du fait de ces défaillances. Lactalis est sous le coup de plusieurs procédures pour cette affaire.

Les éleveurs laitiers, quant à eux, évoqueront les pressions pour faire baisser les prix, les contrats d’approvisionnement fixant des conditions draconiennes, les rétorsions contre les producteurs qui osent témoigner sur les pratiques de Lactalis, comme ceux interrogés par le magazine « Envoyé Spécial » en 2016. Ou encore le lancement de produits pasteurisés comme le « camembert de campagne Président » ou le « Bleu de brebis » Société entretenant la confusion avec les produits au lait cru, sous appellation d’origine contrôlée.

Bref, Lactalis est l’exemple même de ces grands groupes qui tiennent les manettes du secteur agricole français, s’abritant derrière l’image de petits paysans victimes d’« agri-bashing » pour promouvoir un modèle inéquitable et nocif pour l’environnement.

C’est pourquoi la multinationale basée à Laval a été nominée aux prix Pinocchio spécial « agriculture », organisés par les Amis de la Terre France et la Confédération paysanne. Les votes sont ouverts jusqu’au 19 février sur le site prix-pinocchio.org.

 

Olivier Petitjean

Publié le 15/02/2020

 

Pollution. Emmanuel Macron dérape sur les camions

 

Marie-Noëlle Bertrand (site humanite.fr)

 

« Je ne peux pas interdire aux camions de passer », affirmait le chef de l’État le 12 février, dans les colonnes du Dauphiné libéré. Une sortie peu goûtée par les acteurs de la bataille pour le climat et la qualité de l’air.

C’est une petite phrase lâchée en haute montagne et dont l’écho n’a pas fini de résonner. Interrogé à la veille de son show en mer de glace par le Dauphiné libéré, Emmanuel Macron est revenu de façon lapidaire sur le débat soulevé, en vallée d’Arve, concernant le passage de très nombreux poids lourds. « Je ne peux pas interdire aux camions de passer », affirme le président dans les colonnes du quotidien régional du 12 février, tout en renvoyant à l’Europe la question d’un renouvellement du parc de camions. « Si j’impose ce renouvellement seulement aux camions de la région, je les tue, car des camions viendront d’Espagne ou de Roumanie », plaide-t-il.

Une politique de fret ferroviaire doit être engagée par la France

L’argument est peu goûté par les acteurs de la bataille pour le climat et la qualité de l’air, lesquels n’ont pas manqué de réagir. « Nous n’avons jamais demandé l’interdiction de tous les camions ! » s’agace Anne-Lassman Trappier, présidente de France Nature Environnement Haute-Savoie. « Soit le président ne nous écoute pas, soit ses propos sont très réducteurs : quoi qu’il en soit, il ne répond pas à la question que nous lui posons.» La demande des habitants est bien plus réaliste, poursuit la militante. « Ce que nous proposons, c’est de transférer une partie des camions sur les capacités existantes du rail non utilisées. »

Une voie ferrée existe entre Lyon et l’Italie, qui n’est employée qu’à 20 % de ses capacités, avancent les associations réunies en comité de protection de la vallée. Il n’y passe que 3 millions de tonnes de marchandises chaque année, alors que ses capacités sont de 15 millions de tonnes, selon la SNCF.

Achevés en 2012, les travaux dédiés à sa modernisation ont coûté près d’1 milliard d’euros, poursuit Anne-Lassman Trappier. « Or, aujourd’hui, on y enregistre moins de trafic qu’avant leur lancement. » La vraie question à se poser, conclut la présidente associative, « est de savoir si la France a la volonté d’engager une politique de fret ferroviaire ».

L’enjeu est essentiel pour le climat, quand les émissions de gaz à effet serre du trafic routier comptent pour 95 % des émissions de gaz à effet de serre liées au transport, premier responsable des émissions en France (29,4 % de l’ensemble des émissions de GES du pays). L’enjeu est essentiel, aussi, pour la qualité de l’air et la santé des habitants.

Des habitants de la vallée d’Arve ont porté plainte contre l’État

Nichée à l’extrême est du département, bordée par la Suisse et l’Italie, avec pour débouché le tunnel du Mont-Blanc, la vallée d’Arve est depuis des décennies une zone de transit marchand où croisent tous les bahuts d’Europe. En 2017, année de trafic particulièrement intense, l’association Inspire comptabilisait le passage de 620 000 poids lourds dans le tunnel du Mont-Blanc. Les flux ont sensiblement baissé depuis, singulièrement depuis le 1er janvier 2019, date à partir de laquelle les poids lourds mis en circulation avant le 1er octobre 2006 et supérieurs à 7,5 tonnes y ont été interdits de circulation.

La vallée n’en continue pas moins d’étouffer sous les gaz, entre autres le dioxyde d’azote (NO2) émis par les moteurs diesel. L’Arve compte parmi les 12 zones de France qui ont valu à la France d’être condamnée par l’Europe pour dépassement du seuil de NO2 dans l’air. En 2018, une étude de Santé publique France avançait que, dans cette vallée sujette à de fréquents pics de pollution, 8 % des décès pouvaient être attribuables aux particules fines, soit 85 décès par an. En mai de cette même année, plusieurs habitants avaient décidé de porter plainte contre l’État.

À Chamonix, « Emmanuel Macron a atteint le sommet de l’hypocrisie  ! » tempêtait, hier sur Europe 1, François Ruffin. « Depuis le début de son mandat, aucune mesure n’a été prise en matière de ferroutage. Alors que de l’autre côté de la frontière, la Suisse a décidé, par référendum, que tout ce qui transiterait dans le pays passerait par le rail, sauf à payer une taxe. » Emmanuel Macron «est président de la République, pas du conseil départemental de Haute Savoie, poursuivait le député de la France insoumise. On attend de lui des mesures un peu plus structurelles à l’échelle nationale que celles consistant à réguler le trafic des touristes en haut du mont Blanc »

 

Marie-Noëlle Bertrand

Publié le 14/02/2020

Jean Jaurès, discours du 8 février1910 sur les retraites

 

(site lefildescommuns.fr)

 

En février 1910, Jaurès assiste au Congrès de la SFIO dans la ville de Nîmes. Une grande discussion s’entame sur la loi sur les retraites ouvrières. Ci-dessus sont reproduits des extraits de son discours.

« Je vous demande d’appliquer à la loi des retraites cet effort de combat, cet effort d’amélioration. J’en ai dit les lacunes graves, je pourrais les signaler plus longuement encore, mais n’oubliez pas les avantages caractéristiques qu’elle offre. C’est d’abord, je le répète et je n’y insiste pas, la reconnaissance du principe de l’assurance. Entre l’assurance et l’assistance, même libéralement organisée, il y a un abîme. L’assisté, même quand la loi lui donne ce qu’il appelle un droit, est obligé de plaider pour avoir la réalisation de ce droit ; il faut que le vieillard de 70 ans démontre qu’il est indigent, et son indigence est évaluée arbitrairement par les pouvoirs locaux qui, tantôt amis, tantôt hostiles, font trop souvent de la question d’assistance un moyen de gouvernement préfectoral dont les maires ruraux se font trop souvent les instruments. Et puis, il faut que l’individu quémande, et dans son attitude d’assisté, il sent encore peser sur ses épaules, courbées par le travail, le poids de la servitude sociale. Au contraire, l’assuré a un plein droit ; un droit absolu, un droit inconditionnel ; son titre est là, aussi certain que l’est pour les bourgeois, en période bourgeoise, le titre de rente. À l’age fixé par la loi en vertu d’une table de mortalité publiquement calculée, et dont les résultats sont publics, il a le droit d’exiger, il exige, il reçoit un certain chiffre et il ne reçoit pas seulement un recours matériel, il reçoit un secours de dignité morale. (Applaudissements)
Et, camarade, ne vous y trompez pas […], ce n’est pas à l’heure où il arrive à l’heure de la retraite, ce n’est pas seulement à 60, 65 ans, que le vieil ouvrier a ce réconfort, c’est quand il voit la suite de la vie. Aujourd’hui, quand l’ouvrier de 40 ans voit passer à côté de lui un vieux de 60 ans sans abri, sans travail, sans retraite, mendiant, importun et méprisé, tout à coup, même en pleine force, et surtout si sa force commence à déchoir, se voit d’avance, comme dans un miroir sinistre, dans la figure flétrie de ce pauvre homme et il se dit : C’est comme cela que je serai dans quelques années, et il y a vers lui un reflux d’abjection… (Vifs applaudissements). Dès demain, si vous le voulez, par le vote immédiat de la loi, et par l’effort d’amélioration que nous ferons tout de suite, dès demain, tous les vieux relèveront le front, et tous les jeunes, tous les hommes mûrs se diront du moins que la fin de la vie ne sera pas pour eux le fossé où se couche la bête aux abois… Eh bien, cela, c’est un résultat que nous ne devons pas ajourner. (Applaudissements)

[…] Les lois de protection ouvrière, outre leur effet immédiat, ont cet effet admirable d’aider précisément les ouvriers groupés à mieux revendiquer et à bien revendiquer. Et la loi même des retraites ouvrières dont nous parlons en ce moment, n’aura pas seulement pour effet d’accroître – je ne dirai pas le bien-être – mais la sécurité, l’humble sécurité, la dignité des ouvriers ; elle accroît leur force de combat. Croyez-vous qu’en cas de grève, ce ne sera pas une chose excellente que la famille ouvrière, au lieu d’avoir, comme aujourd’hui, le vieux comme un charge en plus, ait le vieux assuré avec sa pension, qui même en temps de grève aidera le crédit de la famille ? (Applaudissements) »

 

Publié le 13/02/2020

 

Larem. Derrière la « société civile », une armée de cadres supérieurs

 

Lola Ruscio (site humanite.fr)

 

Qui sont les candidats investis aux municipales par le parti présidentiel ? Le résultat est sans appel : la majorité des marcheurs sont des chefs d’entreprise, avocats, d’anciens collaborateurs. Tour d’horizon.

« D ans cette élection de la vie quotidienne, nous donnerons toujours la priorité au projet, fidèles à nos valeurs et à nos pratiques, et au renouvellement des visages », s’est enorgueilli Stanislas Guerini, délégué général de la République en marche (LaREM). Comme lors des précédentes élections, le parti présidentiel mise à fond sur le registre de la « société civile », sa marque de fabrique. Mais cette fameuse « société civile » est surtout composée de patrons, de cadres du privé, d’avocats, d’anciens collaborateurs et d’élus aguerris aux rouages de la vie politique.

Cerise sur le gâteau : un élu de droite et délégué du Medef

Dans le détail, la liste est constituée en grande partie de chefs d’entreprise, créateurs de start-up, patrons de TPE ou PME. Parmi eux, on trouve Rachida Kaaout (candidate à Ivry-sur-Seine), femme d’affaires, ex-directrice du développement/achats des sociétés du groupe Bernard Tapie. Mais aussi Nicolas Leleux (à Saint-Brice-sous-Forêt), autrefois à la direction de la multinationale cotée au CAC 40 Michelin, qui travaille aujourd’hui pour le géant de l’automobile Porcher Industries. Ou encore Romain Grau, élu député LaREM après avoir échoué à obtenir l’investiture LR, qui court pour la mairie de Perpignan et a été directeur de la société EAS Industries, spécialisée dans la maintenance aéronautique. Figure aussi au casting de la Macronie, Cyrille Jauneault, candidat parachuté à la mairie de Cholet (Maine-et-Loire), qui se présente sur son profil LinkedIn comme un « consultant patrimonial ». Ce fils d’industriels s’occupe des « investisseurs » motivés pour « se constituer ou développer un patrimoine », « préparer leur retraite » et « optimiser leur fiscalité ». On découvre aussi plusieurs avocats, comme Jean-Yves Gontier (La Baule-Escoublac), un avocat en droit international dans le cabinet Lext, ainsi que Florence David (Vienne). Ex-collaboratrice au sein du cabinet de l’avocat Alain Jakubowicz, ancien président de la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), elle est désormais directrice juridique du groupe Cardinal, un important promoteur immobilier à Lyon.

Dans la société civile version Macron, les candidats ont une sérieuse expérience politique. La plupart sont des collaborateurs, ou anciens collaborateur d’élus. Le CV de Benjamin Giami en est un bon exemple : élu sur la liste LR de Bruno Beschizza en 2014, il a été nommé adjoint au maire délégué à l’insertion à la mairie d’Aulnay-sous-Bois. Auparavant, il a fait ses armes de 2008 à 2009 au cabinet du secrétaire d’État chargé de l’industrie. Il est désormais investi par LaREM pour briguer cette mairie. Citons également Alexandre Aidara, énarque, passé par le cabinet de l’ancienne ministre PS de l’Enseignement Geneviève Fioraso (2014-2015) et de Christiane Taubira. Entre 2009 et 2012, il a participé aussi au lobby Terra Nova, proche du Parti socialiste. Violette Spillebout, directrice à Voyages SNCF, a fait ses classes dès 1997 comme chargée de mission au cabinet de Pierre Mauroy, alors maire de Lille. Puis, à partir de 2001, elle a grimpé les échelons dans le cabinet de Martine Aubry, jusqu’à devenir sa directrice de cabinet de 2008 à 2013.

Cerise sur le gâteau, on trouve même l’élu de droite et délégué général du Medef Île-de-France, Jérôme Dubus. Cet ancien copéiste est un soutien actif de la campagne de Benjamin Griveaux et figure sur sa liste dans le 17e arrondissement parisien. Comme élu UMP, il s’était illustré par l’organisation en 2014 d’une réunion publique, en présence d’Éric Zemmour, intitulée « Le suicide français ? ». « N’en déplaise aux gauchos de tout poil, Zemmour n’a pas l’intention de la fermer et il a raison », tweetait-il, comme l’a relevé Ian Brossat, adjoint PCF à la maire de Paris.

Une faible présence dans les communes de France

Tous ces profils n’étonnent pas : le parti présidentiel incarne la voix des CSP+ et des personnes aisées. Les candidats LaREM aux élections locales ont par ailleurs été sélectionnés selon plusieurs critères, dont leur « capacité de rassemblement » et leur ancrage territorial. « Les élections municipales sont l’occasion pour notre mouvement de poursuivre son implantation locale, notamment en milieu rural, pour bâtir une structure pérenne et résiliente », a communiqué Pierre Person, délégué général adjoint du parti présidentiel.

Or, les marcheurs pâtissent de leur faible présence dans les communes de France. Face à ce constat, LaREM tisse des alliances locales avec des édiles sortants de droite ou de gauche. À l’instar de Laurent Hénart, en lice pour un nouveau mandat à Nancy (Meurthe-et-Moselle), du maire LR Patrick Ollier, en lice pour un quatrième mandat à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), Caroline Cayeux à Beauvais (Oise), Olivier Carré à Orléans (Loiret), Christophe Béchu à Angers (Maine-et-Loire). À Pamiers (Ariège), LaREM n’hésite pas à soutenir André Trigano, grand représentant du « nouveau monde », puisqu’il espère être réélu une cinquième fois… à 94 ans. Les macronistes ont beau revendiquer un « renouvellement » de la classe politique, ce discours s’effondre à l’épreuve des élections locales. « Il n’est pas réaliste d’investir partout des marcheurs sans aucune alliance. Sinon, le risque, c’est qu’au lendemain de l’élection on dise que c’est un échec pour Emmanuel Macron », assume Alain Richard, membre du bureau exécutif de LaREM chargé des municipales. La liste définitive des candidats devrait être dévoilée bientôt.

 

Lola Ruscio

Publié le 12/02/2020

 

La fake news de Madame Salamé

 

Par Bernard Marx (site regards.fr)

 

Ce qui est terrible quand on profère un mensonge en direct à la radio, c’est qu’il révèle aussi votre méthode de travail : cliquer sur le premier lien Google et lire la première phrase. Bernard Marx rétablit les faits.

Ce lundi 10 février sur France Inter, Monsieur Demorand et Madame Salamé interviewaient Gabriel Zucman, économiste spécialiste des inégalités et de la fiscalité, professeur à l’université de Berkeley aux États-Unis. Il publie en France, avec son collègue Emmanuel Saez, le livre Le Triomphe de l’injustice [1] après une parution en anglais aux États-Unis où il a fait évènement. Gabriel Zucman et Emmanuel Saez figurent en effet parmi les conseillers des équipes de Bernie Sanders et d’Elizabeth Warren en matière de réforme fiscale et notamment d’imposition de la fortune.

J’étais tout à ma joie de ne pas avoir à écouter un des ministres qui ont leur rond de serviette au Grand Entretien de France Inter, ou à tourner le bouton pour ne pas avoir à écouter leurs sempiternelles rengaines. Je me disais que ce serait sûrement pour demain, mais qu’à chaque jour suffit sa peine, profitons du moment présent. Cela rajeunissait beaucoup d’entendre quelqu’un se référer à un dirigeant politique qui avait dit et fait : « Au-dessus de tant, je prends tout ! » Même s’il s’agissait des États-Unis et pas de la France. C’est alors que j’ai entendu Léa Salamé apostropher l’économiste avec l’assurance de quelqu’un qui sait naturellement de quoi elle parle : « Comment on explique le taux de pauvreté inférieur aux États-Unis qu’il l’est en France. Ça, c’est clair. Et qui continue à baisser ces cinq dernières années, malgré les politiques Trump. » « Heu ! Alors là, je suis loin d’être sûr que le taux de pauvreté soit inférieur aux États-Unis qu’en France », lui a répondu poliment l’ignorant chercheur. Mais la journaliste a tenu à conclure : « Je veux juste préciser, parce que j’ai retrouvé sur ce que j’ai dit sur le taux de pauvreté, le taux de pauvreté c’est 13,1% aux États-Unis et 14,8% en France ».

Effectivement, quand on tape sur Google « taux de pauvreté aux États-Unis », apparaît en première ligne la phrase : « La pauvreté aux États-Unis concerne officiellement 43,1 millions de personnes, soit 13,5% de la population américaine en 2015 ». Et si l’on tape « taux de pauvreté France », la première phrase qui s’affiche est : « Selon l’Institut national des études économiques, 14,7 % de la population vivaient sous le seuil de pauvreté en 2018 ».

Sauf qu’il faut quand même faire l’effort de lire les deuxièmes phrases. Si elle les avait lues, la journaliste politique de référence sur les ondes du service public n’aurait pas pu dire que le taux de pauvreté aux États-Unis est inférieur à celui de la France. Ou alors elle aurait diffusé sciemment une fausse nouvelle. À chacun son opinion sur ce point.

Au-delà du premier résultat Google

Le fait est que la deuxième phrase pour la recherche « taux de pauvreté États-Unis » est : « Selon plusieurs universitaires, le taux officiel de pauvreté ne donnerait pas une appréciation juste de la réalité, plus préoccupante ». Cependant que pour « taux de pauvreté France », la deuxième phrase est : « (60 % du niveau de vie médian : près de 1065€ mensuels, après impôts) : soit 9,3 millions de personnes. En 2017, 8,9 millions vivaient sous ce seuil. »

En clair, le taux de pauvreté officiel aux États-Unis n’est pas calculé de la même manière qu’en France. Il est évalué là-bas sur la base d’un montant absolu de revenus, alors qu’en France il est évalué sur la base d’un pourcentage du revenu médian. 50 ou 60%. En France, effectivement en 2018, 14,7% de la population dispose de revenus inférieurs à 60% du revenu médian. Ce taux tend à augmenter puisqu’il était de 14% en 2014. Merci Monsieur Macron. Gabriel Zucman a raison de dire que les trois mesures principales de sa politique fiscale – la transformation de l’ISF en IFI, la baisse du taux d’imposition sur les sociétés et la flat taxe sur les revenus du capital – permettent de la caractériser comme une politique en faveur des très riches. Et l’OFCE a raison d’affirmer que cette politique appauvrit les pauvres.

Si l‘on prend comme référence la limite de 50% du revenu médian et non plus 60% le taux de pauvreté est en France proche de 8% quasiment constant depuis 2013. Et évidemment, si l’on veut comparer les taux de pauvreté aux États-Unis et en France, il faut les calculer de la même manière. Il n’y a pas à chercher très loin. Il suffit de taper « taux de pauvreté par pays ». Le premier lien qui s’affiche est celui de l’OCDE. On tombe sur une page qui donne le taux de pauvreté calculé avec un seuil de 50% du revenu médian. Pour la ligne France cela donne 8,3% (en 2016) et pour la ligne États-Unis 17,8% (en 2017).

Le graphique est éloquent. La France figure encore – avant l’impact de la réforme macronienne du chômage et celle de la retraite – parmi les pays où le taux de pauvreté est le plus bas et les USA est le pays riche où le taux de pauvreté est le plus élevé. Si l’on prend le seuil de 60% du revenu médian, le taux de pauvreté aux USA est de près d’un quart (24,2%), soit 10 points de plus qu’en France selon l’Observatoire des Inégalités.

Madame Salamé va-t-elle corriger et s’excuser ou s’enfoncer dans le journalisme de fake news de classe ? Réponse demain.

Bernard Marx

Notes

[1] Emmanuel Saez, Gabriel Zucman : Le triomphe de l’injustice - Richesse, évasion fiscale et démocratie. Seuil, février 2020

Publié le 11/02/2020

Démocratie. « Monsieur le président, soumettez votre réforme au référendum »

 

(site humanite.fr)

 

Pour signer cette pétition : http://chng.it/BYhjbLJ5

Après plus de deux mois de mobilisations sociales d’une ampleur historique, une majorité de Français demandent toujours le retrait de la réforme du système de retraite voulue par le gouvernement. Alors que les projets de loi commencent à être examinés à l’Assemblée nationale, tout est organisé pour contourner le débat devant la représentation nationale et inciter les parlementaires à voter à l’aveugle, avec le recours programmé à pas moins de 29 ordonnances.

Même le Conseil d’État a rendu un avis très sévère, relevant « la fausse promesse d’un régime universel », des projections financières « lacunaires  », mais aussi des dispositions « contraires à la Constitution ».

Ce niveau de défiance à l’égard d’une réforme « inédite depuis 1945 et destinée à transformer pour les décennies à venir un système social qui constitue l’une des composantes majeures du contrat social », comme le souligne à juste titre le Conseil d’État, pose un problème démocratique majeur. à ce stade, seule une consultation populaire permettrait de le résoudre. Un référendum sur le retrait du projet gouvernemental doit être organisé, pour que le peuple ait le dernier mot.

Signez en ligne cette pétition : http://chng.it/BYhjbLJ5

Publié le 10/02/2020

Lubrizol : un rapport pointait en septembre les failles du dispositif anti-incendie

 

Par LIBERATION (siteliberation.fr)

 

Une photo de l'incendie de l'usine chimique classée Seveso de Lubrizol, détruite par un incendie le 26 septembre 2019 à Rouen Photo Philippe LOPEZ. AFP

Treize jours avant la catastrophe, l’assureur du groupe américain avait une nouvelle fois donné l'alerte sur ces manquements, selon un document révélé par «le Monde».

L’usine Lubrizol classée Seveso à Rouen savait et connaissait les risques d’incendie, selon un rapport dévoilé ce samedi par Le Monde. Le 13 septembre 2019, soit treize jours seulement avant l’incendie, une inspection de FM Global, l’assureur du groupe américain, avait pointé les failles du dispositif anti-incendie de l’usine chimique qui ont conduit à l’accident.

Ce document d’une quinzaine de pages est sans équivoque : «Lors d’un incendie, les conteneurs intermédiaires en plastique (IBC) fondraient rapidement et le liquide combustible et/ou inflammable se répandrait sur le sol, créant comme un grand feu de piscine», est-il écrit. Les deux experts indiquent également : «En raison de l’insuffisance d’espace de séparation et du manque de systèmes de confinement et de drainage adéquats, ce feu se propagerait rapidement à l’ensemble du bâtiment A5, entraînant sa destruction totale, et pourrait même s’étendre aux bâtiments environnants. Ce qui pourrait conduire à l’arrêt des activités d’enfûtage du site pendant plusieurs semaines ou mois avant qu’une solution temporaire ne soit trouvée.»

Comme le souligne le quotidien du soir, ce que décrit le rapport est exactement ce à quoi ont été confrontés les pompiers en arrivant sur le site le 26 septembre vers 3 heures du matin. Le bâtiment A5 contenant 5000 tonnes de produits combustibles a notamment bel et bien été détruit.

Des manquements relevés depuis 2014

Dans le diagnostic, la compagnie d’assurances s’inquiète de l’absence «de plan de protection pour le stockage des conteneurs en plastique ou des fûts en métal à l’intérieur du bâtiment A5» et préconise plusieurs «actions correctives». Autre inquiétude pointée dans le rapport : la performance des sprinklers - sortes de douches automatiques censées protéger conteneurs et fûts. Le jour de l’incendie, ils se sont déclenchés trop tôt. La compagnie appelait à renforcer ce système de sprinklers et à l’améliorer pour qu’il diffuse de la «mousse» produite à partir d’une solution aqueuse et pas seulement de l’eau, insuffisante dans ce genre d’incendie.

Les assureurs ont aussi prévenu l’usine que le système de rétention du bâtiment doit, lui aussi, être amélioré. Un point soulevé également par le parquet de Paris après l’incendie, qui a relevé «un dispositif de confinement insuffisant n’ayant pas permis de collecter l’ensemble de la nappe enflammée». Ce point a conduit le parquet à élargir l’enquête contre X, ouverte initialement pour mise en danger d’autrui, en pointant des manquements de sécurité de la part de Lubrizol ayant porté une «atteinte grave à la santé, la sécurité ou dégradé l’environnement».

A lire aussi Lubrizol : «La population a été submergée d’informations inutiles ou incompréhensibles»

Contacté par Le Monde, Lubrizol se défend et assure que «les équipements du site de Rouen étaient, le jour de l’incendie, conformes à la réglementation en vigueur». Ils ajoutent qu’ils ont «investi plus de 100 millions d’euros dans le domaine de la sécurité». Si le groupe assure réaliser des audits régulièrement pour pouvoir «mettre en œuvre des préconisations», il s’avère pourtant que chaque rapport annuel depuis 2014 relevait le même type de manquements et listait les mêmes préconisations, a pu constater Le Monde.

 

LIBERATION

Publié le 09/02/2020

Face au déni du gouvernement, des enseignants documentent la réalité des blocages contre le « bac Blanquer »

 

par Rédaction (site bastamag.net)

 

Les lycéens et enseignants mobilisés contre les « E3C » sont aussi ciblés par des sanctions et des interventions policières disproportionnées. Le mouvement commence à s’étendre aux universités, sur fond de guérilla sociale contre la réforme des retraites.

Les nouvelles épreuves du baccalauréat, baptisées « E3C » (pour épreuves communes de contrôle continu, s’étalent de mi-janvier à mars [1]). La controverse enfle sur l’ampleur du mouvement de contestation des modalités de mises en œuvre de ce nouveau bac, dans un contexte de guérilla sociale contre la réforme des retraites.

Combien de lycées sont réellement concernés par des perturbations et des blocages ? « Dans la grande majorité des lycées, les épreuves se passent normalement », assure le 3 février le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer. Le 20 janvier par exemple, 400 lycées devaient passer des épreuves. Selon le ministère, seule une quarantaine aurait été bloquée. Le syndicat enseignant Snes-FSU en a recensé près de 40 % ce même jour. Des chiffres qui recoupent ceux du syndicat des proviseurs qui a lui aussi annoncé des perturbations dans plus de quatre lycées sur dix.

Face à la communication gouvernementale, une carte interactive recensant tous les lycées mobilisés a été mise en ligne. Elle est animée par six enseignants, qui recueillent les informations envoyées par leurs collègues via un formulaire en ligne (lire à ce sujet cet article de Rapports de force). Avant toute actualisation, ils recoupent ces informations avec les articles publiés dans la presse quotidienne régionale.

D’après leur dernier décompte, au 2 février, des annulations et reports d’épreuves ont eu lieu dans 170 lycées (voir le détail ici). Ils recensent également 56 lycées dans lesquels une partie seulement des élèves ont participé aux épreuves, ainsi que des perturbations dans 148 établissements où les épreuves n’ont cependant pas été reportées. Les départements de Martinique et de Guadeloupe sont particulièrement mobilisés (lire à ce sujet ce témoignage : « La majorité des établissements scolaires de Guadeloupe sont bloqués mais les médias en parlent peu »).

Menaces de zéro et d’exclusion

Une seconde carte concernant la répression des mouvements au sein de l’Éducation nationale a été mise en ligne. Les professeurs et élèves mobilisés sont invités à y préciser les sanctions et menaces dont ils ont fait l’objet, et les éventuelles violences policières (voir le formulaire en ligne).

La menace d’un zéro plane sur tout élève ne s’étant pas présenté aux épreuves, sans motif absence « justifiée ». Certains lycées offrent une possibilité de rattrapage, d’autres non comme à La Rochelle. A Oullins, près de Lyon, le 29 janvier, « environ 70 élèves de séries technologiques ont refusé de composer pour les E3C de mathématiques, le proviseur a décidé de ne pas faire de session de rattrapage et de leur mettre zéro. En outre, deux élèves ont été désignées de façon sommaire comme les "meneuses" et sont convoquées en conseil de discipline, elles risquent un renvoi définitif ». A Auch (Gers), « les élèves internes qui sont allés manifester ont été exclus de l’internat le soir même, parfois sans que leurs parents en soient notifiés. Suite à ça, l’intersyndicale a manifesté en envahissant la cour de ce lycée et maintenant la situation est réglée ».

Interventions policières et gardes à vue

A Bordeaux, le proviseur du lycée Montesquieu a fait cadenasser ses grilles le 28 janvier derrière les élèves de première, venus passer des épreuves du nouveau bac, comme le raconte Rue89 Bordeaux. Une fois les candidats dans la cour, la direction leur annonce qu’ils passeront trois épreuves le même jour, afin de rattraper les épreuves de la veille, annulées en raison de la mobilisation. Afin d’éviter que les élèves n’enclenchent l’alarme incendie pour s’opposer à ce passage d’épreuves forcé, celles-ci ont été désactivées par le personnel. En réponse, les professeurs, eux aussi mobilisés contre la réforme du bac, ont refusé de surveiller les épreuves.

La carte recense également les interventions de police ou de gendarmerie aux abords voire à l’intérieur des lycées, comme à Lyon 2, Paris 13, Rennes ou Jaunay (Vienne). À Paris, dans le 20ème arrondissement, quatre lycéens ont subi 30h en garde à vue suite à un feu de poubelle devant leur établissement. Six élèves du lycée Gustave-Eiffel de Gagny (Seine-Saint-Denis) ont été interpellés le 1er février alors qu’ils érigeaient un mur en parpaings devant les grilles. Après une matinée en garde à vue, ils ont été libérés et feront l’objet d’une réparation pénale pour entrave à la circulation, dégradations et recel de vol de parpaing.

Le 5 février au matin, selon les images diffusées par un lycéen rennais, la police a de nouveau fait usage de la force face à une tentative de blocage du Lycée Victor et Hélène Basch (VHB) de Rennes, avant de se positionner autour et à l’intérieur du Lycée. Une telle présence des forces de l’ordre au sein des établissement, afin d’empêcher l’action des élèves – souvent soutenus par des enseignants et des parents – a été observée à plusieurs endroits, comme au lycée Aristide Bergues, à Seyssinet (Isère) le 27 janvier. De nombreux policiers en tenue de maintien de l’ordre, équipés d’un « lanceur de balle de défense » (LBD) y ont fait une entrée remarquée.

Des lycéennes et lycéens, de différentes régions, mobilisés contre les réformes du bac et des retraites appellent à la tenue d’une première coordination lycéenne nationale les 8 et 9 février prochain. Le 6 février, des blocages ont commencé à être organisés par des étudiants parisiens, dans les universités de Tolbiac et Saint-Denis.

 Pour suivre les mobilisations contre les E3C : www.facebook.com/StopBacBlanquerStopE3C et https://twitter.com/ReformeE3C

Notes

[1] Les nouvelles épreuves du baccalauréat (« E3C », pour épreuves communes de contrôle continu) concernent l’histoire-géographie, les langues vivantes, les mathématiques et comptent pour 30% de la note finale.

 

Publié le 07/02/2020

Fiscalité. Macron est bien le président des riches

 

Clotilde Mathieu (site humanite.fr)

 

Une étude de l’OFCE confirme que les mesures prises depuis le début du quinquennat ont fait gagner 2 905 euros aux 5 % les plus riches et fait perdre 240 euros aux plus modestes. Sans les mesures d’urgence liées au mouvement des gilets jaunes, cela aurait été pire.

Malgré les mesures prises en 2019 pour calmer la colère des gilets jaunes, la politique menée par Emmanuel Macron profite bien aux 5 % des ménages les plus riches. Le constat dressé, hier, par l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) est cinglant : « Sur les 17 milliards d’euros de gains de pouvoir d’achat pour les ménages depuis 2018, plus de 4 milliards d’euros l’ont été aux 5 % de ménages les plus aisés. » A contrario, l’effet cumulé des mesures prises depuis le début du quinquennat devrait être négatif pour les 10 % de ménages les plus modestes.  Autrement dit, « les 5 % des Français les plus pauvres devraient voir leur niveau de vie se réduire d’environ 240 euros par an alors que les 5 % les plus riches devraient voir le leur grimper de 2 905 euros par an », note également l’institut. Pour mener cette analyse, ses économistes ont divisé les ménages français en 20 groupes de taille identique classés selon leur niveau de vie, le groupe 1 représentant les 5 % les plus modestes et le groupe 20, les 5 % les plus aisés.

Branle-bas au ministère de l’Économie

Des chiffres chocs qui ont provoqué une bronca dans l’état-major. Sitôt après la présentation de l’étude, le ministère de l’Économie conviait, en milieu d’après-midi, les journalistes à un « briefing off ». « Ces chiffres sont à mettre en perspective avec l’effort sans précédent sur le revenu des ménages depuis le début du quinquennat qui a permis un gain de 2,7 % du pouvoir d’achat », a insisté le conseiller de Bercy. Et de prétexter des problèmes de méthodologie, à la fois sur la ventilation en 20 tranches de revenus des ménages français qui, selon Bercy, « est un exercice assez périlleux », mais aussi parce que l’étude de l’OFCE aurait « sous-évalué la hausse du taux de recours à la prime d’activité et pris en compte la hausse de la fiscalité du tabac ».

Reste que si les mesures de 2019 avaient permis « un rééquilibrage rapide et massif en faveur des ménages moins aisés », dixit le coauteur de l’étude de l’OFCE, Mathieu Plane, un an après le mouvement des gilets jaunes, les nouvelles mesures votées en décembre au budget 2020 ont bénéficié à « près de 70 % des ménages », mais favorisé les classes moyennes supérieures, au détriment des 15 % les plus pauvres. La raison ? Ce sont ceux qui sont assujettis à l’impôt sur le revenu (– 5 milliards d’euros en 2020) et à la taxe d’habitation (environ – 3 milliards d’euros en 2020) qui sont les grands bénéficiaires. Alors que, 15 % des ménages les plus modestes, n’étant pas assujettis à l’impôt sur le revenu, ou exonérés du paiement de la taxe d’habitation, vont voir leur niveau de vie « amputé », en particulier par la réforme des allocations chômage ou encore de la désindexation de l’inflation de certaines prestations sociales, à l’image des aides au logement (APL). Au total, le revenu disponible des 5 % des ménages les plus modestes, ceux ayant un niveau de vie inférieur à 1 315 euros par mois, devrait diminuer de 45 euros en moyenne sur l’année.

Les chômeurs et les retraités mis à contribution

Cette déformation dans la chaîne de distribution des revenus des ménages vient essentiellement des premières réformes en faveur du capital, réalisées par Emmanuel Macron, à savoir la transformation de l’impôt sur la fortune (ISF), ou encore le prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du capital. Puisque, selon l’OFCE, « l’effet cumulé des mesures socio-fiscales de 2018 à 2020 reste très fortement marqué par le geste fiscal effectué en direction des ménages les plus aisés en début d’année 2018 ». Autant de cadeaux dont peuvent encore pleinement jouir les plus fortunés. D’ailleurs, « si l’on retire les mesures d’urgence liées au mouvement des gilets jaunes et celles issues du grand débat, les gains de pouvoir d’achat liés aux mesures socio-fiscales auraient été nuls sur la période 2018-2020 ». Mais, au-delà du niveau de vie, « le vrai facteur discriminant, c’est l’activité », note Pierre Madec, économiste à l’OFCE. L’étude montre que « les actifs occupés ont capté la grande majorité des gains de niveau de vie enregistrés depuis 2018, alors que les chômeurs et les retraités ont été mis à contribution ».

 

Clotilde Mathieu

Publiéle 06/02/2020

Démocratie de faible intensité

(site politis.fr)

 

Face à toutes les contestations, le verdict de la présidentielle de 2017 est de peu de poids. Le problème, il est vrai, dépasse Emmanuel Macron. C’est celui de la Ve République. Le suffrage universel ne peut pas être une arnaque suivie d’une sorte de bras d’honneur.

De temps en temps, l’homme perd ses nerfs. Le voilà l’autre jour qui s’empourpre devant des journalistes du Figaro et de Radio J, exhortant ceux qui dénoncent la violence du pouvoir à « essayer la dictature ». Avec qui croise-t-il le fer ? Personne. Mélenchon a dénoncé un « comportement monarchique ». Ségolène Royal a parlé de « dérive autoritaire ». Et Olivier Besancenot lui a conseillé, très ironiquement, de « tester la démocratie ». Voilà tout. On a connu polémique plus sévère. Quant à la violence du pouvoir, elle est peu contestable. Physique d’abord, comme en témoignent les nombreuses victimes de la répression. Sociale et politique ensuite, en raison d’un acharnement à imposer, envers et contre tous, une réforme jugée confuse et injuste. Mais s’il faut absolument concéder à Emmanuel Macron que la France, même sous son ministère, n’est pas une dictature, on le fera bien volontiers. Prétendre le contraire serait d’ailleurs insulter les peuples qui paient de leur sang le prix de la liberté. En Syrie et en Égypte, par exemple. Mais le débat existe néanmoins. Non entre dictature et démocratie, mais à l’intérieur de ce dernier concept aux multiples acceptions. Le politologue canadien Francis Dupuis-Déri a recensé chez Tocqueville, auteur de référence de la bourgeoisie libérale, pas moins de onze définitions différentes de la démocratie (1). De la plus exigeante à la plus négligente. Il y a donc de quoi faire. Emmanuel Macron, lui, est visiblement un smicard de la démocratie. Il en a une conception minimaliste. Du haut de son élection, dont il s’est empressé d’oublier les circonstances très particulières, il nargue aujourd’hui une opinion au bord de la crise de nerfs.

La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, croyant voler au secours de son président – c’est son métier –, s’indigne pour sa part que l’on puisse accréditer l’idée « qu’il y aurait un régime qui imposerait sa loi au reste de la population ». Elle devrait garder son indignation pour un meilleur usage. Car, si l’on veut bien supprimer le mot « régime », un peu roublard, pour le remplacer par « gouvernement », c’est exactement ce qui se produit. La réforme des retraites essuie revers sur revers. Un mur de critiques et d’oppositions se dresse devant l’exécutif. Les sondages témoignent de la constante hostilité d’une majorité de Françaises et de Français. Voilà même que Laurent Berger vacille, traçant de nouvelles « lignes rouges » à mesure que son soutien au gouvernement devient intenable. Quant à la fameuse « étude d’impact », qui devait apporter la lumière, elle sème surtout le doute. Enfin, comme un coup de grâce, le Conseil d’État a rendu le 24 janvier un avis on ne peut plus sévère. La plus haute juridiction de la République dit ne pas pouvoir assurer « la sécurité juridique du projet », faute d’avoir eu le temps de l’examiner.

« Le temps », c’est désormais le maître mot de la bataille politique qui s’engage. Il est l’allié naturel de la démocratie. Il n’est visiblement pas l’ami du gouvernement. Plus c’est confus, et plus celui-ci se montre empressé. Il accorde généreusement quatre jours aux députés pour examiner un texte qui vient tout juste de leur être communiqué. Cela, alors que l’on découvre, presque fortuitement, de nouvelles contre-vérités. Ainsi, la part des retraites dans le PIB devait être constante. L’étude d’impact révèle qu’il n’en sera rien. La majoration des pensions à chaque naissance devait être favorable aux femmes, elle risque le plus souvent de profiter aux hommes. Et l’ombre du patronat continue de planer sur le scandale de la pénibilité. Cette pénibilité, refusée aux métiers les plus rudes, et insidieusement remplacée par l’invalidité, une fois le mal constaté. Quant à l’âge pivot, comme l’horizon, il recule à mesure que l’on avance. On devine aussi que la « règle d’or budgétaire » va sérieusement fragiliser les promesses d’augmentations faites aux enseignants. Et tout à l’avenant… Pas étonnant dès lors que la précipitation du gouvernement renforce le soupçon. Quelles vérités sont encore sous le boisseau ?

Le débat sur la démocratie existe donc bel et bien. Cette démocratie qui, telle que nous l’entendons, ne peut s’accommoder de la dissimulation. Face à toutes ces contestations, le verdict de la présidentielle de 2017 est de peu de poids. Le problème, il est vrai, dépasse Emmanuel Macron. C’est celui de la Ve République. Le suffrage universel ne peut pas être une arnaque suivie d’une sorte de bras d’honneur. C’est bien pourquoi, le moment venu, un projet d’une telle ampleur devait faire l’objet d’une vaste campagne d’information et d’une consultation spécifique. Il est encore temps ! Sinon, c’est la ruse qui l’aura emporté. Et Macron, qui n’est évidemment pas un dictateur, aura affaibli une démocratie à laquelle il ne garantit pas le plus bel avenir. Notre président est un démocrate dans le genre de Tocqueville, qui disait avoir un goût prononcé pour « les institutions démocratiques », tout en avouant être « aristocratique par instinct ». Avant d’ajouter crûment : « Je méprise et crains la foule. » Toute ressemblance…

(1) Démocratie, histoire politique d’un mot (éditions Lux, 2019).

par Denis Sieffert

<Publié le 05/02/2020

TRIBUNE. Génération.s appelle à la création d'une "nouvelle force" rassemblant la gauche et les écologistes

 

Redaction JDD (site ljdd.fr)

 

Le député Régis Juanico, la sénatrice Sophie Taillé-Polian, et plusieurs membres de Génération.s appellent dans une tribune intitulée "Unité, que le débat commence !" à l'invention d'une "nouvelle force citoyenne et politique".

 

Régis Juanico et plusieurs membres de Génération.s appellent à l'invention d'une "nouvelle force citoyenne et politique". (AFP)

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Voici leur tribune intitulée "Unité, que le débat commence !" : "Depuis plusieurs semaines, au sein des écologistes et des gauches, les appels au rassemblement et au dépassement des appareils politiques, à la construction d’une "maison commune", d’une "fédération populaire", d’un "programme commun de gouvernement" ou encore d’un "front populaire et écologiste" se multiplient. Nous ne voulons pas attendre l’après-municipales pour dire que nous partageons cet objectif et initier le débat qui en résulte. Devant la menace mondiale d’un effondrement écologique, de l’explosion des inégalités et le rétrécissement des libertés démocratiques qui génèrent partout à travers la planète des mobilisations populaires inédites, devant une Europe en proie à la décomposition à l’heure du Brexit et verrouillée par le poids des dogmes néolibéraux, il faut une contre-offensive écologique et sociale de grande ampleur. Pour le climat, nous avons dix ans pour agir.

En France, nous avons deux ans pour que le scénario du pire qui nous est promis d’un duo-duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen soit balayé par une dynamique populaire et enthousiaste. Elle pourra s’inspirer de la force du mouvement des gilets jaunes qui a remis l’aspiration démocratique et l’exigence de dignité au coeur du débat public quand d’autres voulaient enfermer le pays dans des querelles identitaires. Elle se nourrira de l’énergie des millions de jeunes qui marchent partout dans le monde pour le climat. Elle devra construire le débouché politique aux colères exprimées par ces mouvements sociaux massifs contre la dislocation brutale de notre modèle de protection sociale.

Lucides, nous savons que l’unité nécessaire, vitale même, n’est pas suffisante à elle seule pour construire une dynamique populaire qui permette de l’emporter et de gouverner le pays. Car tel est bien notre objectif, porter l’écologie et les gauches au pouvoir, pour répondre aux urgences du présent et relever les défis du futur. L’union est une construction. Il convient d’en choisir les pierres pour garantir la solidité de l’édifice et son utilité. C’est ce débat que nous lançons et qui nous mobilisera dans les semaines à venir.

Nous prenons notre part, humblement mais avec obstination, dans l’invention de cette nouvelle force citoyenne et politique que nous appelons de nos voeux

Nous croyons que face à l’accaparement des richesses par une infime minorité d’ultra-riches et d’ultra-pollueurs, il faut une réponse radicale, un changement de modèle qui rompe sans frilosité avec le schéma productiviste et l’obsession mystique de la croissance à tout prix dont la réalité montre qu’elle n’est déjà plus qu’une illusion. De la même façon, nous avons l’absolue conviction qu’une société écologiste est une société intrinsèquement structurée par l’égalité et la justice sociale, une alternative au libéralisme et un dépassement du capitalisme. Il ne peut y avoir de transition écologique par un accompagnement du capitalisme financier et néolibéral. Devant la mise en tension de la société, le déclassement et le désespoir des classes moyennes et l’abandon des classes populaires, qui a construit un boulevard à l’extrême droite et aux ultra-libéraux, il doit exister une offre politique populaire déterminée, consciente des rapports de forces qui matricent nos sociétés et qui assume sa vocation majoritaire politiquement et sociologiquement.

Nous invitons tous ceux qui partagent ce constat ou qui veulent l’approfondir, d’où qu’ils viennent au sein de la gauche et de l’écologie, à dialoguer et à multiplier les initiatives. Nous sommes prêts à débattre, décidés à construire. C’est le sens de notre participation au Big Bang de la gauche et de l’écologie ou encore de notre soutien à des élus et des candidats aux élections municipales qui ont su rassembler et qui traduisent au quotidien cette alternative dans les faits. C’est le sens de notre présence au coeur du mouvement social et de notre engagement dans tous les territoires.

Avec Génération.s, nous prenons notre part, humblement mais avec obstination, dans l’invention de cette nouvelle force citoyenne et politique que nous appelons de nos voeux. Démocratique, respectueuse des histoires et des cultures politiques de chacune et chacun, ouverte en grand aux citoyennes et aux citoyens étrangers à nos formations partisanes mais appuyée par celles-ci, cette force qui invente un nouvel espace politique peut être la dynamique qui changera le cours de l’Histoire.
Nous y sommes prêts. Nous entamons le dialogue que nous voulons fécond et exigeant. Nous n’avons pas de temps à perdre, l’année 2020 est décisive. Ni incantation, ni procrastination. Débattons, construisons, rassemblons!"

Liste des signataires :

Régis Juanico, député Génération.s de la Loire
Sophie Taillé-Polian, sénatrice Génération.s du Val de Marne
Guillaume Balas, coordinateur national de Génération.s, ancien député européen
Claire Monod, coordinatrice nationale de Génération.s, conseillère régionale 
Hella Kribi-Romdhane, porte-parole de Génération.s, conseillère régionale
Benjamin Lucas, porte-parole de Génération.s

 

Publié le 04/02/2020

Assange est sorti de l’isolement dans une prison britannique

 

AAP (site legrandsoir.info)

 

Le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, a été sorti de l'isolement dans une prison britannique après une série de pétitions de son équipe juridique et de ses codétenus, indique son organisation.

L’Australien est détenu presque au secret avec de sévères restrictions sur son accès aux visiteurs dans la prison de Belmarsh près de Londres depuis avril, alors qu’il attend son procès d’extradition étasunien qui doit commencer le 24 février.

L’ambassadeur de Wikileaks, Joseph Farrell, affirme que l’Australien de 48 ans a été transféré vendredi de l’aile médicale à une autre aile avec 40 autres détenus.

Il affirme que cette avancée a eu lieu après que son équipe juridique et trois pétitions distinctes de détenus au gouverneur de la prison ont déclaré que son traitement était injuste et inéquitable.

Après des réunions entre les autorités de la prison, l’équipe juridique d’Assange et les détenus, il a été transféré.

"Ce transfert est une énorme victoire pour l’équipe juridique d’Assange et pour les militants qui insistent depuis des semaines pour que les autorités de la prison mettent fin au traitement punitif d’Assange", a déclaré M. Farrell dans une déclaration à l’AAP.

Assange doit être jugé le mois prochain pour déterminer s’il doit être extradé vers les États-Unis, où il est accusé de 17 chefs d’accusation d’espionnage et d’un chef d’accusation de complot pour intrusion informatique.

Les accusations portent sur des allégations selon lesquelles Assange aurait tenté d’aider l’ancienne analyste du renseignement de l’armée des EU Chelsea Manning à protéger son identité numérique alors qu’elle accédait à des fichiers classifiés du Pentagone sur les guerres d’Irak et d’Afghanistan.

WikiLeaks a contribué à la publication de milliers de ces fichiers, dont certains ont révélé des crimes de guerre étasuniens dans les deux pays. Son cas est largement considéré comme un test décisif pour la protection des sources des journalistes.

M. Farrell a déclaré que le transfert d’Assange hors de l’isolement après neuf mois est une petite victoire étant donné qu’il n’a toujours pas accès à ses avocats.

Lors d’une récente audience de gestion de l’affaire, l’avocat Gareth Pierce a déclaré que l’équipe de défense n’avait eu droit qu’à trois heures avec Assange pour discuter de l’affaire.

"Il se voit toujours refuser un accès adéquat à ses avocats, comme l’a reconnu le juge lors d’une audience de gestion de l’affaire au tribunal de Westminster", a déclaré M. Farrell.

"Et les militants continuent d’insister sur le fait qu’Assange ne devrait pas être en prison du tout, et encore moins dans la prison de haute sécurité de Belmarsh."

 

Traduction : Romane

<Publié le 03/02/2020

Blanquer, ministère amer

 

Par Sylvain Prudhomme , écrivain, chroniqueur à «Libération» — (site liberation.fr)

 

C’était il y a peu dans les journaux : une fine courbe sur fond blanc qui dégringolait, dégringolait, tombait en dessous d’un palier, puis d’un second. Elle montrait la chute, année après année, du pouvoir d’achat d’un prof en début de carrière, évalué en nombre de smic : de 2,08 smic en 1990 à 1,36 en 2019. A côté, une autre courbe indiquait le corollaire inévitable de ce déclin : la chute du nombre de candidats aux concours, accentuée par l’élévation, depuis la réforme de 2011, du niveau d’études exigé pour s’y présenter. «Prof, un métier qui n’attire plus», disait le titre, confirmant une expérience que chacun peut aisément faire, pour peu qu’il interroge les lycéens de son entourage sur leurs envies professionnelles. Comment en serait-il autrement ? Etudier longtemps pour gagner peu, et de moins en moins. Etre pris chaque jour entre les exigences contradictoires des programmes, des élèves, des parents d’élèves, des chefs d’établissement, des changements incessants de directives ministérielles. Voir les moyens mis à disposition constamment diminués. Etre à chaque protestation montré du doigt par son propre ministre.

Je me rappelle un ami, volontiers idéaliste pourtant, et dont les motivations étaient loin de se réduire à l’argent, qui disait cyniquement : «Si on veut que les élèves et les parents d’élèves nous regardent avec plus de respect, c’est très simple, il faut qu’on gagne plus. Puisqu’on est dans un monde qui ne respecte que l’argent, tant qu’on ne gagnera pas mieux notre vie, tant que les élèves et leurs parents ne trouveront pas notre situation un peu enviable, il ne faudra pas espérer que ça s’arrange.» Raisonnement qui aurait dû parler aux nostalgiques de l’autorité d’antan, mais dont les politiques successives n’ont cessé de prendre le contre-pied. Paradoxe désespérant : depuis des années (et plus que jamais peut-être depuis la prise de fonctions de Jean-Michel Blanquer), le discours décliniste s’accompagne d’un abandon des enseignants. Et si encore l’abandon n’était que financier. Mais il se double d’un mépris jamais vu : réformes faites d’en haut et imposées sans concertation, limitation toujours plus infantilisante de la marge de liberté laissée à chacun, œuvres désormais unilatéralement imposées chaque année au bac français, sans égard pour les préférences des professeurs ni pour la variété des contextes scolaires.

C’est le rare privilège des enseignants : avoir un ministre qui, au lieu de les entendre, les humilie. La ministre des Armées glorifie les militaires. Le ministre de l’Intérieur défend la police même lorsqu’elle crève des yeux à coups de LBD et provoque la noyade de Steve Caniço. Le ministre de l’Education, seul, ne cesse de se défier des professeurs, de les traiter en incompétents, en indociles qu’il s’agirait d’abord de mater, en tire-au-flanc dont les résistances et l’épuisement ne seraient que conservatisme et défense d’intérêts égoïstes.

Comme beaucoup d’auteurs, il m’arrive assez fréquemment d’aller à la rencontre de lycéens. J’y fais la connaissance de professeurs de lettres qui, par définition, aiment la littérature, y compris contemporaine, prennent le temps d’en lire, tentent par tous les moyens d’en transmettre le goût à leurs élèves - lesquels, bien souvent, entraînés par leur enthousiasme, s’y montrent réceptifs. Or c’est pour moi l’indice le plus accablant : que Blanquer ait réussi à décourager même ceux-là. Qu’au premier rang des professeurs en colère figurent, unanimes, ceux que j’ai vus si passionnés, si attachés à leurs élèves, si appréciés d’eux en retour.

Désarroi de se sentir de plus en plus réduits au rôle d’exécutants. Stupéfaction devant l’ahurissante lettre du recteur d’Aix-Marseille, qui appelait récemment les directeurs d’établissement à traiter les grévistes «avec pédagogie mais si besoin avec fermeté, laquelle est le sel de toute vraie pédagogie». Comment a-t-on pu en arriver là ? Ce n’est pas en tout cas l’entretien donné cette semaine par Blanquer à l’Obs qui atténuera cette impression d’arrogance et de mépris. Interrogé sur l’éducation de demain, le ministre y fait, entre autres, l’éloge des robots. «Il existe des exercices en Chine mais aussi en France où un enfant apprend à écrire une lettre, un signe, et l’ordinateur, par une petite caméra, voit la qualité de ce signe.» Avec cet avantage indéniable de la machine par rapport au professeur en chair et en os : les robots, au moins, ne se mettent pas en grève.

 

Sylvain Prudhomme écrivain, chroniqueur à «Libération»

Publié le 02/001/2020

Scandale. La SNCF déverse des primes aux non grévistes

 

Marion d'Allard (site humanite.fr)

 

L’opérateur ferroviaire a octroyé des « bonifications exceptionnelles » à certains agents non grévistes alors que les cheminots mobilisés contre la réforme des retraites reçoivent des fiches de paie à zéro.

La direction les appelle pudiquement "gratifications exceptionnelles". Des primes attribuées aux cheminots non grévistes en remerciement de leur "professionnalisme", de leur "implication" et de leur "grande disponibilité dans le cadre du mouvement de grève", comme le précise l'extrait du courrier, révélé par la CGT. Il s’agit d’un mail, envoyé par une direction locale à l’un de ses agents, lui octroyant une bonification de 500 euros pour le seul mois de janvier. 

Bérenger Cernon, secrétaire de la CGT cheminots de la Gare de Lyon et qui a relayé l’extrait du courrier sur les réseaux sociaux ne décolère pas. Selon lui, ces primes s’étaleraient de 300 à 1 500 euros, versées en plein conflit social historique contre la réforme des retraites et alors que les cheminots grévistes reçoivent, en cascade, des fiches de paie à zéro. « Ce n’est pas la première fois que ça arrive » explique le cheminot, « mais ça se produit de  plus en plus ». Et dans un contexte où Jean-Pierre Farandou, à la tête de la SNCF, chiffre à un milliard d’euros les pertes financières pour l’opérateur ferroviaire depuis le début de la grève et annonce un plan drastique de réduction des coûts à court terme, la pilule ne passe pas. « Tout cela nous choque, poursuit Bérenger Cernon, après les différentes annonces de la direction sur des économies et des cessions d’actifs à faire pour se serrer la ceinture ».

De son côté, la direction du groupe persiste et signe. Renvoyant tout de même la responsabilité à des « managers locaux », elle assume parfaitement« l’attribution de primes exceptionnelles à certains agents qui se sont mobilisés sur une période particulièrement longue pour assurer la continuité du service public pendant la grève ». Laurent Brun, lui, a immédiatement annoncé que son syndicat allait engager des procédures. Ulcéré, le secrétaire général de la CGT des cheminots, dénonce les méthodes d’un « patronat (qui) met les moyens des entreprises au service de la politique du gouvernement ».

 

Publié le 01/02/2020

Écologie : des liaisons dangereuses

 

(site journalzibeline.fr)

 

« On s’évertue à entretenir voire à réanimer un modèle économique marchand qui est la cause de tous ces désordres », tranchait Nicolas Hulot pour légitimer sa démission du Gouvernement d’Edouard Philippe. Même son de cloche du côté du photographe et documentariste Yann Artus-Bertrand pour lequel « le capitalisme est en train de détruire la planète complètement ». L’un et l’autre ne sont ni marxistes, ni anticapitalistes, loin s’en faut. Ils affirment pourtant publiquement et sans tergiverser que le néolibéralisme n’est pas compatible avec l’urgence écologique et climatique. Une évidence qui ne semble pas l’être aux yeux de certains représentants de l’écologie politique. Particulièrement ceux qui incarnent l’ambition électoraliste d’Europe Écologie – Les Verts pour le scrutin municipal de mars. À Paris, c’est une tête de liste EELV qui propose, en décembre dernier, une « large coalition » avec un député LREM et candidat macroniste prétendument dissident. Si le nouveau secrétaire national du parti labellisé écologiste a on ne peut plus clairement balayé l’éventualité d’une telle alliance, son ancien chef de file aux européennes maintient l’idée de rapprochements de circonstance et à géométrie variable selon les villes. Au premier tour, l’autonomie, dans le but quasi-avoué de se compter plutôt que de rassembler, reste la principale consigne. Au second, le tabou pourrait bien être levé et la ligne rouge franchie d’union avec des soutiens du président de la République voire d’une main tendue aux Républicains et alliés, enfonçant ainsi le clou de la dépolitisation des luttes écologiques. « Gérard Collomb a été un temps le maire qu’il fallait à Lyon, comme Chirac et Delanoë ont été celui qu’il fallait à Paris, comme Chaban-Delmas et Juppé ont été celui qu’il fallait à Bordeaux », a déclaré Yannick Jadot. Son score à deux chiffres aux élections européennes a suffi à le transformer en lider maximo du calcul politicien. Pire, en artisan d’une recomposition politique reposant sur une opération de greenwashing résolument libérale. À Marseille Sébastien Barles, représentant officiel d’EELV, n’a cessé ses appels du pied à l’égard d’un député En Marche jusqu’à ce que ce dernier rentre dans le giron du candidat adoubé par l’Élysée. Basses manœuvres qui n’honorent pas la politique. Heureusement, Michèle Rubirola -suspendue d’EELV en représailles- affirme les valeurs sociales de l’écologie et donne la priorité au rassemblement, portant les couleurs du Printemps marseillais, arc-en-ciel politique, social et citoyen des forces progressistes. Mais ces valeurs de gauche sont-elles encore écolo-compatibles ? Jusqu’où peuvent aller leurs liaisons dangereuses ? L’exemple le plus glaçant nous vient d’un pays de l’Union européenne. Un accord de gouvernement a été conclu en Autriche, entre la droite conservatrice et le parti dit écologiste. Le nouveau chancelier, précédemment allié avec l’extrême-droite, déclare de manière décomplexée vouloir protéger à la fois le climat et les frontières. Or justices sociale et environnementale sont deux enjeux fondamentaux indissociables, répondant ensemble à une exigence d’émancipation humaine en harmonie avec la planète. L’exacte antithèse du dessein libéral.

 

LUDOVIC TOMAS

Publié le 31/01/2020

Plan Trump : un plan de liquidation de la cause palestinienne, un alignement indigne de la France

 

(site afps@france-palestine.org)

 

>> Signer la pétition "Nous ne laisserons pas la Palestine disparaitre de la carte !"

 

Quel spectacle révoltant nous ont offert ce 28 janvier Trump et Nétanyahou, qui prétendaient présenter ensemble un « plan de paix » concernant au premier chef les Palestiniens …sans la moindre présence palestinienne. Ces deux individus, tous deux sous le coup de poursuites pour des actes commis dans le cadre de leur activité politique, tous deux obnubilés par l’échéance électorale à venir, unis par leurs conceptions racistes et suprémacistes.

Une seule réalité : Trump fait un cadeau électoral à Nétanyahou en lui donnant sa bénédiction à l’annexion de toutes les colonies et de la Vallée du Jourdain. Cynique jusqu’au bout, il l’adosse à la promesse d’un supposé État palestinien fractionné et dépouillé de sa capitale Jérusalem et de toutes ses ressources…
L’annexion ? C’est dès que vous voulez, dit-il aux Israéliens.
Le supposé État de Palestine, même dépouillé de tout pouvoir et de toute ressource ? C’est pour dans 4 ans si vous êtes sages.
Pas besoin d’en dire plus, on avait compris depuis longtemps : il s’agit d’aller toujours plus loin dans la dépossession des Palestiniens de leurs terres, de leurs ressources et de leurs lieux emblématiques, de perpétuer le régime d’apartheid, de maintenir les Palestiniens sous occupation.

En entendant liquider la cause palestinienne, ce n’est pas seulement toute perspective de paix que Trump enterre, c’est une conception des relations internationales fondée sur le droit. Ce n’est pas seulement en Israël et Palestine que la paix est menacée : le suprémacisme est à l’œuvre, il mine nos démocraties, il menace la paix dans le monde entier.

La voie de la paix est toute autre : elle passe d’abord par la reconnaissance de l’Autre, de l’injustice et des torts qui lui ont été faits, elle passe par le respect du droit à l’autodétermination du peuple palestinien et du droit au retour des réfugiés palestiniens, elle passe par la fin de l’occupation, de la colonisation, du blocus de Gaza. Ce n’est que sur cette base-là, celle du Droit que Palestiniens et Israéliens pourront inventer leur avenir commun.

La première réaction de la France est de « saluer les efforts du président Trump » ! C’est indigne ! La seule réaction possible au « plan Trump » de la France, de l’Europe, de tous les États qui affirment refuser la loi de la jungle et la loi du plus fort, est un rejet clair et net, sans détour, assorti de menaces de sanctions si l’État d’Israël s’avisait de le mettre en œuvre. Il est inconcevable que la France se rende ainsi complice d’un tel plan. C’est une solution basée sur le droit qui doit s’imposer.

Le Bureau national, 29 janvier 2020

>> Signer la pétition "Nous ne laisserons pas la Palestine disparaitre de la carte !"

Que dit la France officielle ?

Plan de paix du président des Etats-Unis d’Amérique – déclaration de la porte-parole (29.01.2020)

Déclaration de la porte-parole du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères

La France salue les efforts du président Trump et étudiera avec attention le plan de paix qu’il a présenté. Elle exprime sa conviction que la solution des deux Etats, en conformité avec le droit international et les paramètres internationalement agréés, est nécessaire à l’établissement d’une paix juste et durable au Proche-Orient. Elle continuera d’agir en ce sens en lien avec les Etats-Unis, ses partenaires européens et tous ceux qui peuvent contribuer à la réalisation de cet objectif. Elle restera attentive au respect et à la prise en compte des aspirations légitimes des Israéliens comme des Palestiniens.

Publié le 30/01/53

Grève des profs : Menaces, chantage, appel à la délation

La lettre stupéfiante du recteur d’Aix-Marseille aux proviseurs

 

paru dans lundimatin#226, (site lundi.am)

 

Depuis le début de la semaine, les lycéens français sont censés bucher sur l’une des nouvelles dispositions de la réforme du baccalauréat : les épreuves communes de contrôle continu (E3C). Mais c’était sans compter sur l’agacement certain qui frappe le milieu des professeurs de l’Éducation nationale.

Fortement mobilisés contre la réforme des retraites, ces derniers sont tout aussi peinés par la réforme du baccalauréat. Dans de nombreux établissements, des rumeurs de blocage des épreuves ou de refus de corriger les copies bruissent depuis plusieurs jours. Rien de plus légal pour des travailleurs que de se mettre en grève pour bloquer la production. Ce n’est pourtant pas l’avis de M. Bernard Beignier, recteur de l’académie d’Aix-Marseille. Dans un courrier que nous nous sommes procurés, ce haut-fonctionnaire à qui le gouvernement vient d’offrir un 13e mois de 51 000 euros au même titre que tous ses co-recteurs, s’adresse aux chefs d’établissements. Cette lettre que nous avons choisi de publier in extenso est proprement stupéfiantes : menaces de sanctions disciplinaires pour les grévistes, pénales pour qui voudrait bloquer son établissement et appels à la délation des professeurs entrés selon lui « dans une logique de rébellion ». Pas certain que la « fermeté (laquelle est le sel de toute vraie pédagogie) » dont se prévaut M. Beignier produise les effets pédagogiques escomptés

Mesdames et Messieurs les chefs d’établissements de lycées,

Il est superflu de vous décrire l’ambiance qui règne dans plusieurs de vos établissements, au sujet des E3C.
Comme je sais que vous y œuvrez, il est essentiel de maintenir le dialogue avec les personnels de vos établissements
Néanmoins, lors de vos échanges avec les professeurs, quelques rappels simples doivent être faits.
En premier, les enseignants, de par leur statut, doivent participer à l’intégralité du déroulement des E3C : choix des sujets, surveillance, correction...
Un refus est, au minimum, un acte de grève. Il faut, si besoin, le rappeler et dire que le calcul des jours de grève ne peut que se faire selon les prescriptions du Code de l’Education. Il n’est pas plusieurs manières légales de le faire.
Mais un refus peut aussi engendrer une faute professionnelle avec toutes les conséquences disciplinaires qui en découlent. Cela touche spécialement le refus de correction, ainsi que la falsification des notes.
La manipulation des élèves (tracts, classes transformées en réunions syndicales…) est une faute caractérisée et une violation de la déontologie de l’enseignant.
Je ne veux envisager, que par pure hypothèse, des actes comme la participation (ou l’incitation) au blocage ou à l’invasion d’un établissement. Dans de tels cas, l’on quitterait le Code de l’Education pour le Code pénal.
Compte-tenu du contexte, je vous demande, dans les jours prochains, à titre préventif, de rappeler, avec pédagogie mais si besoin avec fermeté (laquelle est le sel de toute vraie pédagogie), ces principes dont certains semblent ignorés de divers enseignants entrés dans une logique de rébellion qui est la négation complète du statut de fonctionnaire. Soyez attentifs aux plus jeunes, moins expérimentés et qui peuvent, eux-aussi, être manipulés par d’autres plus âgés et qui, avec l’âge peuvent perdre et la sagesse et le courage. Qu’ils ne se mettent pas dans des situations inextricables.
Je vous demande également de nous informer (le directeur de cabinet) de tous les indices laissant présager, dans votre établissement, des tentatives de sabotage des examens. Mieux vaut une alerte vaine qu’une trop tardive.
Dans tous les cas, le jour des contrôles, vous serez d’une particulière vigilance, tôt le matin.
J’espère vivement que la raison l’emportera. Vous savez combien je suis attentif au dialogue social. Je recevrai, comme je le fais toujours, les audiences qui me seront réclamées. Je passerai le temps nécessaire à écouter une profession, dont je fais partie, et qui vit des tensions et des angoisses. Ma mission est là.
Je sais aussi compter sur votre lucidité et votre détermination. Je mesure la charge qui est la vôtre, la fatigue et même la lassitude d’être remis en cause dans votre action républicaine par ceux qui sont, d’abord, votre « équipe pédagogique ». Si la certitude de vous sentir épaulés, soutenus et relayés par votre hiérarchie peut être source de courage : je forme ce voeu.
Enfin vous savez, d’ores et déjà, que les IA-IPR, derrière leur doyen qui me tient au courant chaque jour de la situation, sont là pour vous seconder dans le choix des sujets comme ils le seront dans l’harmonisation des notes.

Soyez assurés, Mesdames et Messieurs les Proviseurs, de mes sentiments dévoués et très cordiaux,

Bernard Beignier

Publié le 29/01/2020

Muriel Penicaud ment aux femmes à la radio

À l’interpellation d’une auditrice, choquée de la suppression des huit trimestres accordés aux femmes au titre de la maternité, dans le projet de loi sur les retraites, Muriel Pénicaud, invitée de la matinale de France Inter, a affirmé qu’il fallait avoir eu trois enfants pour bénéficier de droits dans le système actuel, ce qui est faux.

 Elle était l’invitée de la matinale de France Inter le vendredi 24 janvier, pour défendre le projet de loi Macron sur les retraites, le jour où il était présenté en conseil des ministres, et où une large intersyndicale appelait à la mobilisation contre la retraite à points.

https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-24-janvier-2020

Muriel Pénicaud a alors affirmé que : “90% femmes vont gagner dans ce système, elles auront en moyenne 5% de plus”.

En réponse à une auditrice, qui s’est dite choquée, à la fois de la suppression des droits des mères en termes de trimestres, mais aussi de la réduction de la bonification de 10% pour les mères de trois enfants à 2%, Muriel Pénicaud n’a rien répondu sur la suppression des bonifications en termes de trimestres -sujet soigneusement effacé de la communication-, mais elle a osé affirmer que, dans le système actuel, “il fallait avoir trois enfants pour que les enfants soient pris en compte” (18’)

Ali Badou, qui a eu un doute, mais ne connaissait malheureusement pas précisément le sujet, a relancé la question: “ce n’était pas compté dès le premier enfant?”, à quoi la ministre a répondu: “non, c’était au troisième”.

Dans le système actuel, les femmes salariées du privé bénéficient automatiquement de quatre trimestres au titre de la maternité, et en plus de quatre trimestres au titre de l’éducation des enfants, qui peuvent être attribués au père ou à la mère, et ce, dès le premier enfant.

https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F16336

Les 5% de droits accordés dans le nouveau système à points ne sont en réalité pas un droit nouveau, un avantage de plus, pour les mères, ils ne sont que la traduction en pourcentage de ce qui était accordé en termes de trimestres. Comme 5% correspondent à la décote par année de retraite anticipée avant l’âge d’équilibre, il y aura bien une perte pour toutes les femmes, puisqu’elles ne bénéficieront plus que d’un avantage correspondant à quatre trimestres, au lieu de l’équivalent de huit  trimestres (qui correspondrait à 10%). Par ailleurs, la perte est plus importante pour les mères de trois enfants, lesquelles perdent en plus 8% de droits. Un coup dur pour les femmes qui avaient choisi de mettre leurs carrières pour un temps entre parenthèses, soit en travaillant à temps partiel, soit en repoussant à plus tard le fait de choisir des postes plus ambitieux et plus rémunérateurs, le temps d’élever leurs jeunes enfants, comptant alors sur cette solidarité qui leur était promise.

Muriel Pénicaud affirme, en outre, que “les femmes ne seront plus obligées d’aller jusqu’à 67 ans pour avoir le taux plein”, ce qui est jouer sur les mots, puisque la notion de “taux plein” disparaît dans le projet de retraite à points. La notion de taux plein n’a, en effet, de sens que dans un système où le droit à la retraite est calculé en pourcentage d’un salaire de référence (les 25 meilleurs années dans le privé). Dans le système de retraite à points, les droits ne sont plus calculés en référence au salaire, mais en référence aux points acquis tout au long de la carrière. Aussi, dans le projet de loi Macron sur les retraites, la notion de taux plein est remplacée par la notion d’âge d’équilibre, qui opère une décote, si vous partez à partir de l’âge légal, 62 ans, et avant l’âge d’équilibre, qui serait de 65 ans pour la génération 75, âge d’équilibre qui augmenterait ensuite. La décote de 5% par an, soit dit en passant, vous retirera des droits que vous avez pourtant acquis en achetant des points... alors que dans le système actuel, la décote se justifie au regard des années où vous n’avez pas cotisé.

A propos de six cas présentés par Le Parisien dans son édition du 24 janvier, qui sont tirés de la version intermédiaire de l’étude d’impact publiée par le gouvernement, et qui révèlent que que: “le nouveau système par points, dans de nombreux cas, sera moins favorable aux mères de famille, si elles prennent leur retraite entre 62 et 65 ans, voire 66 ans”, Muriel Pénicaud affirme que les cas sont faux. L’étude d’impact, dans sa version définitive publiée le 24 janvier efface curieusement les cas de femmes avec enfants. Et ce, malgré le fait que les autres cas publiés et validés sont eux-mêmes faux et truqués pour faire apparaître artificiellement la retraite à points comme avantageuse. Que penser, comment s’informer et débattre, si le gouvernement publie des cas qui sont faux, qu’il dénonce lui-même ses propres études de cas quand elles révèlent que les effets de la loi seront le contraire de ce qu’il dit, puis qu’il efface tout simplement ces cas de son étude d’impact, quand il devient trop difficile même de les truquer?

https://www.kiosque.leparisien.fr/data/30152/reader/reader.html?t=1579948008314#!preferred/0/package/30152/pub/37968/page/4/alb/489244

https://twitter.com/nosretraites?lang=fr

Les femmes qui ont des carrières hachées seraient particulièrement gagnantes, nous dit-on, mais comment? Les femmes ne sont pas touchées par les inégalités salariales uniquement parce qu’elles sont mères, ce sont elles qui subissent aussi le plus les temps partiels imposés. Alors que le système actuel ne prend en compte que les vingt cinq meilleures années des salariées du privé, pour calculer le montant des pensions, ce qui compense en partie les plus mauvaises années, le calcul sur la base de l’ensemble de la carrière ne peut qu’être défavorable à toutes.

“Ne pas faire la réforme, ce serait sacrifier les jeunes et les femmes” déclare enfin Muriel Pénicaud, pour éviter de répondre à une question sur le coût de la réforme.

Rappelons qu’avant l’élection d’Emmanuel Macron, le COR estimait que le système était à l’équilibre, le candidat le rappelait lui-même dans son programme de campagne présidentielle: “ Après plus de vingt ans de réformes successives, le problème des retraites n’est plus un problème financier. Les travaux du Conseil d’Orientation des Retraites, qui font référence, le montrent : pour la première fois depuis des décennies, les perspectives financières permettent d'envisager l'avenir avec « une sérénité raisonnable » selon le Comité de Suivi des Retraites. L’enjeu aujourd'hui n’est donc pas de repousser l’âge ou d'augmenter la durée de cotisation.” Or le projet Macron sur les retraites risque de coûter trois cent milliards d’euros, d’après Ali Badou; ce que Muriel Pénicaud n’a pas contredit. Elle n’a rien dit sur ce chiffre. Elle a justifié qu’il faudrait supporter un coût de transition. Mais pour quoi faire? Pour détruire un système qui fonctionne, que l’on peut améliorer pour celles et ceux qui y sont actuellement défavorisés, sans mettre en péril les retraites de tous et de toutes? Est-ce ainsi, en mettant grandement en péril l’équilibre financier du système général, par la réduction de ses recettes et par l’augmentation de ses charges, est-ce en organisant la baisse des pensions et l’allongement de la durée de travail, que l’on va assurer l’avenir des jeunes générations et des femmes?

Alors, soit Muriel Pénicaud et le gouvernement défendent un dossier qu’ils ne connaissent pas, et c’est terrifiant, non? Soit ils nous mentent délibérément, jouant sur la confusion, l’approximation, l’occultation d’informations, et alors, c’est terrifiant, non?

Publié le 28/01/2020

Assange est sorti de l’isolement dans une prison britannique

 

AAP (site legrandsoir.info)

 

Le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, a été sorti de l'isolement dans une prison britannique après une série de pétitions de son équipe juridique et de ses codétenus, indique son organisation.

L’Australien est détenu presque au secret avec de sévères restrictions sur son accès aux visiteurs dans la prison de Belmarsh près de Londres depuis avril, alors qu’il attend son procès d’extradition étasunien qui doit commencer le 24 février.

L’ambassadeur de Wikileaks, Joseph Farrell, affirme que l’Australien de 48 ans a été transféré vendredi de l’aile médicale à une autre aile avec 40 autres détenus.

Il affirme que cette avancée a eu lieu après que son équipe juridique et trois pétitions distinctes de détenus au gouverneur de la prison ont déclaré que son traitement était injuste et inéquitable.

Après des réunions entre les autorités de la prison, l’équipe juridique d’Assange et les détenus, il a été transféré.

"Ce transfert est une énorme victoire pour l’équipe juridique d’Assange et pour les militants qui insistent depuis des semaines pour que les autorités de la prison mettent fin au traitement punitif d’Assange", a déclaré M. Farrell dans une déclaration à l’AAP.

Assange doit être jugé le mois prochain pour déterminer s’il doit être extradé vers les États-Unis, où il est accusé de 17 chefs d’accusation d’espionnage et d’un chef d’accusation de complot pour intrusion informatique.

Les accusations portent sur des allégations selon lesquelles Assange aurait tenté d’aider l’ancienne analyste du renseignement de l’armée des EU Chelsea Manning à protéger son identité numérique alors qu’elle accédait à des fichiers classifiés du Pentagone sur les guerres d’Irak et d’Afghanistan.

WikiLeaks a contribué à la publication de milliers de ces fichiers, dont certains ont révélé des crimes de guerre étasuniens dans les deux pays. Son cas est largement considéré comme un test décisif pour la protection des sources des journalistes.

M. Farrell a déclaré que le transfert d’Assange hors de l’isolement après neuf mois est une petite victoire étant donné qu’il n’a toujours pas accès à ses avocats.

Lors d’une récente audience de gestion de l’affaire, l’avocat Gareth Pierce a déclaré que l’équipe de défense n’avait eu droit qu’à trois heures avec Assange pour discuter de l’affaire.

"Il se voit toujours refuser un accès adéquat à ses avocats, comme l’a reconnu le juge lors d’une audience de gestion de l’affaire au tribunal de Westminster", a déclaré M. Farrell.

"Et les militants continuent d’insister sur le fait qu’Assange ne devrait pas être en prison du tout, et encore moins dans la prison de haute sécurité de Belmarsh."

 

Traduction : Romane

Publié le 27/01/2020

Ironique ? La CFDT condamnée pour abus de pouvoir et intimidation contre ses militants

(site francais.rt.com)

 

Alors que le patron de la CFDT, Laurent Berger, fustigeait fermement l'intrusion d'opposants au QG du syndicat le 17 janvier, la centrale a été condamnée pour un coup de force similaire à l'encontre de ses propres militants au sein d'une section. Un couac pour la CFDT. Le Canard enchaîné révèle le 22 janvier que le syndicat dit réformiste qu'est la CFDT a été condamné le 16 janvier pour violence envers ses militants. «Des gros bras», précise le journal, avaient en 2015 «fracturé les portes des locaux du syndicat des Grands magasins pour le placer sous administration provisoire et faire, au passage, main basse sur ses comptes bancaires». Lire aussi L'ensemble des syndicats étaient dans la rue lors des mobilisations de 1995. Syndicats «réformistes» vs «contestataires», une lutte qui sert Macron, le patronat et la CFDT ? Le tort de ces militants aux yeux de la CFDT ? S'être opposés à des directives nationales du syndicat, notamment sur le travail du dimanche, selon Le Canard enchaîné. D'ailleurs, leurs prises de position publiques contre la CFDT n'auraient pas du tout plu à Laurent Berger, selon Le Figaro. Après l'épisode des gros bras, les syndicalistes ont de fait décidé de porter plainte contre leur centrale. Le 16 janvier, quatre ans après les faits, la cour d'appel de Paris a donné raison aux militants de la section. Dans son jugement, il est précisé que «La CFDT a outrepassé les pouvoirs qu’elle tient de ses statuts» et qu'il «ne ressort pas des statuts de la CFDT ni de son règlement intérieur dans sa version en vigueur à l’époque des faits que la confédération avait le pouvoir de mettre un syndicat confédéré sous administration provisoire ou sous tutelle». Ironie de l'histoire, au lendemain de ce jugement, le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger dénonçait l'intrusion, au QG du syndicat, de militants opposés à la CFDT et à la réforme des retraites. Laurent Berger avait ainsi dénoncé dans un tweet l'«agression» verbale et physique dont auraient été victimes les salariés de la CFDT. «Nous condamnons cet acte et nous ne nous laisserons pas intimider», a-t-il ajouté.
 

La section, qui a obtenu gain de cause, s'est exprimée après le jugement en raillant l'attitude de Laurent Berger : «Ce que Laurent Berger dénonce dans les médias est le strict reflet de ce que nous avons vécu avec la CFDT.»
 

La procédure de ces anciens cédétistes ne semble en outre pas terminée, puisque ceux-ci exigent que la CFDT «rende tous les documents qu’elle nous a volés, sous peine d’astreinte.

 

Publiéle 26/01/2020

350 000 à Paris. « L’"essoufflement" du mouvement ? C’est un truc de journalistes »

 

Cyprien Boganda (site humanite.fr)

 

Au moins 350 000 personnes ont manifesté dans Paris ce vendredi contre le projet de réforme des retraites. Un cortège festif, dense et éclectique, bien décidé à poursuivre la mobilisation jusqu’au retrait.   

 

Yann, 51 jours de grève au compteur, n’a toujours pas l’intention de reprendre le travail. « Un mois et demi de mobilisation, ça commence à tirer sur les finances, reconnait néanmoins ce conducteur de la ligne 13. Mais ma volonté de combattre la réforme est intacte. La grève était connue depuis longtemps, donc j’ai eu le temps de m’organiser financièrement. Et puis, il y a la famille et les amis, ça aide… » Partis de la place de la République en fin de matinée avec la tête du cortège, Yann et ses collègues marquent un temps d’arrêt à mi-parcours, avant d’obliquer vers Châtelet. Un cheminot passe dans les rangs en tenant une caisse de grève, antique boite de fer recouverte d’autocollants qu’on se transmet de génération en génération. Un passant fend la foule et jette quelques pièces dans la boite, aussitôt accueilli par des « hourras » enthousiastes. John, chauffeur de bus à Saint-Denis, a dû arrêter la grève la mort dans l’âme : « Financièrement, ce n’était plus possible, avec un crédit à rembourser et deux enfants à nourrir. Mais je participerai à toutes les grosses journées de mobilisation. Et ce qui me rassure, c’est que d’autres secteurs commencent à prendre le relais… »

Autant dire que dans la foule, l’ambiance n’est pas franchement au renoncement. Cheminots, enseignants, avocats ou fonctionnaires, tous martèlent le pavé dans la joie et la bonne humeur, malgré le froid piquant – le thermomètre affiche un timide 4 degrés. Dans le cortège, une pancarte affirme avec humour qu’il vaut « mieux être pris en otage que pour des cons ». Comme souvent, les slogans rivalisent d’imagination, depuis le classique « Dégager Macron et sa réforme », jusqu’au plus audacieux «Le lycée Maurice Ravel en a ras le Boléro. » Un petit nouveau a émergé pour l’occasion, brandi par les enseignants : « je suis 0,1% », en riposte à une sortie du ministre Jean-Michel Blanquer affirmant que « 99,9% des enseignants étaient d’accord avec lui ». Marine, 31 ans, est prof de sciences économiques et sociales (SES) dans les Yvelines : « La réforme des retraites est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, mais les enseignants ont beaucoup de raisons d’être en colère. Les réformes s’empilent, les moyens ne font que baisser…A titre personnel, je suis prof principale et j’ai 80 élèves à gérer, dont certains en réelles difficultés. Comment voulez-vous qu’on s’en sorte ? »

Amélie, maîtresse de conférence en économie à l’ENS, défile contre la réforme pour la première fois. « J’ai donné 500 euros aux caisses de grève, dit-elle, comme pour s’excuser. J’avais l’impression que la mobilisation dans les transports commençait à se tarir, et c’est pour ça que je suis là aujourd’hui. Il faut que nous prenions le relai, qu’on montre qu’on est présents. »

« L’essoufflement du mouvement, c’est un truc de journalistes, renchérit Ludovic, jeune thésard en sociologie, qui avance sur le boulevard la clope au bec. Au bout de 50 jours, il était normal qu’il évolue, qu’il se donne de nouvelles formes. A titre personnel, je ne suis pas sûr que Macron retire son projet…Mais tout ce qui se passe en ce moment laissera forcément des traces. Des graines ont été semées pour l’avenir. »

C’est un peu l’avis de Serge, 72 ans, appareil photo autour du cou, qui regrette que la plupart des actions militantes passent sous les radars médiatiques. Il a participé à une retraite aux flambeaux la veille au soir, dans les rues de Palaiseau (Essonne) et n’en revient toujours pas : « On était au moins 400 à défiler, un truc qui ne s’était pas produit depuis 25 ans ! L’ambiance était joyeuse, festive. Il se passe quelque chose dans la société, les gens prennent conscience qu’on ne peut plus continuer comme ça. Un exemple parmi d’autre. J’appartiens à un photo club d’une soixantaine de personnes, dans ma ville. Cela fait quinze ans que j’y suis, et c’est la première fois que les gens commencent à parler de politique, spontanément. »

Les syndicats ont déjà pris rendez-vous : la prochaine manifestation est prévue pour le 29 janvier. 

 

CB

<Publié le 25/01/2020

Féminismes : Les nouvelles voix

Depuis le mouvement #MeToo, une nouvelle vague de féministes s’allie aux anciennes pour éviter un ressac des acquis sociaux.

(site politis.fr)

L e patriarcat est un juge qui nous reproche d’être nées. Notre punition, ce sont les féminicides, le viol. Le coupable, ce n’est ni moi, ni mes fringues, ni l’endroit. Le violeur, c’est toi. » Les yeux bandés, une chorégraphie synchronisée, les voix à l’unisson… Des centaines de femmes ont entonné ce chant de révolte contre la culture du viol au Chili en novembre dernier. Frisson mondial immédiat. L’hymne Un violeur sur ton chemin a été repris en Colombie, en Espagne, en France, en Australie, au Canada, en Turquie, créant une passerelle tonitruante entre toutes ces femmes qui osent parler, qui veulent se faire entendre, pour elles et toutes les autres. Une sensation de puissance qui ne cesse de grandir depuis que le mouvement #MeToo a mis un terme au silence inhérent à des siècles d’oppression et d’agressions.

Il y a deux ans, le meurtre d’une femme par son compagnon – ou son ex – était qualifié de « crime passionnel ». Un producteur d’Hollywood et bien des hommes de pouvoir pouvaient harceler et agresser des femmes dans un silence total. Des prises de parole d’une Catherine Deneuve ou d’une Élisabeth Lévy se présentant comme féministes véhiculaient l’idée d’un féminisme blanc et bourgeois omnipotent. En 2002, l’Assemblée nationale ne comptait que 18 % de femmes. Il y a une quinzaine d’années, on pensait encore que les femmes étaient dotées d’un point G à l’intérieur du vagin, clé miraculeuse des orgasmes. Aujourd’hui, le terme « féminicide » a fait son apparition, le plafond de verre se fissure dans la sphère politique et le clitoris est admis comme l’organe de référence du plaisir féminin.

Une nouvelle vague de féministes s’allie aux anciennes dans un continuum de luttes ininterrompues pour éviter un ressac néfaste qui guette chaque acquis. Les nouvelles voix de ces luttes ne sont plus les mêmes, leurs origines sociales non plus. Dans la sphère privée et dans la société tout entière, le patriarcat a pris un sérieux coup dans les parties. Cette nouvelle ère est celle du point F. Comme « femmes », mais surtout comme « féminismes ».

Pour aller plus loin

Sorcières. La puissance invaincue des femmes, Mona Chollet, Zones, 2018.

Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique, Mona Chollet, Zones, 2015.

Violences conjugales. Du combat féministe à la cause publique, Pauline Delage, Presses de Sciences Po, 2017.

Un autre regard, Emma, Massot Éditions, 2017.

Reclaim. Recueil de textes écoféministes, Émilie Hache, Cambourakis, 2016.

Libérées ! Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale, Titiou Lecoq, Fayard, 2017.

Écoféminisme, Maria Mies et Vandana Shiva, L’Harmattan, 1999.

_Quel monde voulons-nous ?__Starhawk, Cambourakis, 2019.

MLF, psychanalyse et politique, 1968-2018, Des femmes-Antoinette Fouque, 2018.

Olympe de Gouges, roman graphique, José-Louis Bocquet et Catel, Casterman, 2013.

La Vie domestique, film d’Isabelle Czajka, 2013.

Ni les femmes ni la terre ! film de Marine Allard, Lucie Assemat et Coline Dhaussy, 2018.

Les Féministes blanches et l’Empire, Félix Boggio Éwanjé-Épée et Stella Magliani-Belkacem, La Fabrique, 2012.

Trouble dans le genre, Judith Butler, La Découverte, 2006.

Femmes, race et classe, Angela Davis, Des Femmes-Antoinette Fouque, 2007.

Du pain et des roses. Appartenance de genre et antagonisme de classe sous le capitalisme, Andrea D’Atri, Éd. Communard.e.s, 2019.

La France, tu l’aimes ou tu la fermes ? Rokhaya Diallo, Textuel, 2019.

La Révolution féministe, Aurore Koechlin, Amsterdam, 2019.

« Nous disons révolution », article de Paul B. Preciado, Libération, 20 mars 2013.

Un féminisme décolonial, Françoise Vergès, La Fabrique, 2019.

Noire n’est pas mon métier, ouvrage collectif, Seuil, 2018.

Culottées. Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent, Pénélope Bagieu, bandes dessinées, tomes I et II, Gallimard, 2016.

Kiffe ta race, podcast de Grace Ly et Rokhaya Diallo, sur Binge Audio.

Intérieur Queer, podcast d’Hugo Combe, Camille Mati, Gabriel Debray, Flora Bernard, France Inter, 2019.

La Bibliothèqueer, compte Instagram.

Ouvrir la voix, documentaire d’Amandine Gay, 2017.

Féminisme pour les 99 %, C. Arruzza, T. Bhattacharya et N. Fraser, La Découverte, 2019.

Violences sexistes et sexuelles en politique,Esther Benbassa (dir.), CNRS Éditions, 2018.

_Beyoncé est-elle féministe ? Et autres questions pour comprendre le féminisme,_Margaux Collet et Raphaëlle Rémy-Leuleu, First, 2018.

_Sexe, genre et sexualités,_Elsa Dorlin, PUF, 2008.

_Le Capitalisme patriarcal,_Silvia Federici, La Fabrique, 2019.

_Une culture du viol à la française,_Valérie Rey-Robert, Libertalia, 2019.

_Retourne à la maison ! Les femmes politiques face au sexisme ordinaire,_Charlotte Rotman, Robert Laffont, 2016.

_Un podcast à soi,_Charlotte Bienaimé, Arteradio.

_Ni vues, ni connues. Panthéon, histoire, mémoire : où sont les femmes ?_Collectif Georgette Sand, Hugo Doc, 2017.

_Les Glorieuses,_newsletter de la révolution féministe.

Histoire des femmes en Occident (5 tomes), Georges Duby, Michelle Perrot, Perrin, 1992-2002.

Trois guinées, Virginia Woolf, 1938.

Jouir. En quête de l’orgasme féminin, Sarah Barmak, Zones, 2019.

Marre de souffrir pour ma contraception, Sabrina Debusquat, Les Liens qui libèrent, 2019.

King Kong Théorie, Virginie Despentes, Grasset, 2006.

Les Gros Mots. Abécédaire joyeusement moderne du féminisme, Clarence Edgard-Rosa, Hugo Doc, 2016.

Politique du clitoris, Delphine Gardey, Textuel, 2019.

Le Mythe de la virilité. Un piège pour les deux sexes, Olivia Gazalé, Pocket, 2019.

The Myth of The Vaginal Orgasm, Anne Koedt, 1970.

Les Antiféminismes. Analyse d’un discours réactionnaire, sous la direction de Diane Lamoureux et Francis Dupuis-Déri, Éd. du Remue-ménage, coll. « Observatoire de l’antiféminisme », 2019.

Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe, Chimamanda Ngozi Adichie, Gallimard, 2017.

L’Origine du monde, Liv Strömquist, Rackham, 2016.

Une chambre à soi, Virginia Woolf, 1929.

Les Couilles sur la table, podcast de Victoire Tuaillon sur Binge audio.

My Dear Vagina, compte Instagram.

The Vulva Gallery, compte Instagram.

Les Mâles du siècle, documentaire de Camille Froidevaux-Metterie et Laurent Metterie, sortie en juin 2020.

 

par Agathe Mercante et Vanina Delmas

Publié le 24/01/2020

Énergie, transports, éducation… la mobilisation franchit un nouveau cap

 

Cyprien Boganda et Olivier Chartrain (site humanite.fr)

 

Le gouvernement espérait en avoir fini avec la contestation sociale, mais sur le terrain, les salariés en décident autrement. Dans de nombreux secteurs, les actions se multiplient, avant la journée d’action de demain.

Les salariés de l’énergie ont décidé de mettre les bouchées doubles. La centrale hydroélectrique de Grand’Maison (Isère), la plus grosse de France, se retrouve à l’arrêt depuis mardi soir, bloquée par des employés grévistes. Une action inédite, du moins depuis les grandes grèves de 1995, qui traduit la volonté de franchir un cap supplémentaire dans la mobilisation. « Les salariés sont particulièrement remontés, assure Laurent Hérédia, de la fédération mines-énergie de la CGT. Cette usine produit 1 800 mégawatts d’électricité, soit l’équivalent de deux réacteurs nucléaires. C’est un quart de la consommation d’électricité d’Île-de-France. L’idée n’est pas de planter le réseau, mais bien de nous faire entendre… »

Laurent Hérédia fait la liste des actions en cours actuellement dans l’énergie : « Entre les baisses de production régulières dans les centrales nucléaires, l’occupation de sites de stockage d’outils utilisés par Enedis (ex-ERDF), ou encore le blocage de sites de stockage de gaz, il se passe beaucoup de choses. »

« Le préavis de grève illimitée n’est pas levé, mais nous avons décidé de changer de stratégie »

Depuis quelques jours, on a un peu l’impression que les salariés du secteur de l’énergie prennent le « relais » des transports en commun, où la grève a diminué en intensité. Néanmoins, la journée de demain devrait être massivement suivie à la RATP et à la SNCF, selon les syndicalistes : «  Le préavis de grève illimitée n’est pas levé, mais nous avons décidé de changer de stratégie, précise Bertrand Hammache, secrétaire général de la CGT RATP. Nous collons davantage aux journées de mobilisation interprofessionnelle : la journée de demain sera vraisemblablement très suivie chez nous. »

Même son de cloche à la SNCF, où les grévistes ont, eux aussi, fait évoluer leur stratégie : le 24 janvier, « la mobilisation va repartir à la hausse, assure Béranger Cernon, secrétaire général du syndicat CGT des cheminots de la gare de Lyon (France Info). Le gouvernement ne va pas pouvoir tenir comme ça pendant des semaines. Il va bien falloir qu’il réponde aux revendications des grévistes et plus largement de sa population. »

D’autres secteurs seront toujours mobilisés ce vendredi, à l’image de l’éducation, au grand dam du gouvernement. Répondant mardi à une députée qui réclamait une vraie concertation sur le nouveau bac, le ministre Jean-Michel Blanquer s’est enfoncé dans le mensonge comme un touriste dans les sables mouvants du Mont-Saint-Michel : « Il n’y a pas de désordre particulier, en dehors des désordres créés par ceux qui parlent de désordre. » Et le problème pour lui, c’est qu’en dépit de ses dénis, la marée monte. Dans l’enseignement scolaire, c’est la surchauffe : entre hier et aujourd’hui, selon un décompte du SNUipp-FSU, près de 200 initiatives contre la réforme des retraites et/ou celle du bac : murs de vieux manuels devant les rectorats, jets de cartables, retraites aux flambeaux ou simples rassemblements annoncent une mobilisation toujours forte dans ce secteur demain. Dans l’enseignement supérieur et la recherche, l’approche de la loi de programmation sur la recherche (LPPR) renforce une colère restée moins visible jusqu’ici. Le rassemblement au Trocadéro, mardi, pour les vœux de la ministre Frédérique Vidal, où un jeune chercheur a été sérieusement blessé, révèle un début de bouillonnement. Un collectif de facs en lutte s’est constitué, des AG interfacs ont déjà eu lieu : si la mobilisation contre la LPPR s’inscrit dans la durée, elle sera déjà visible dans les cortèges vendredi.

 

Cyprien Boganda et Olivier Chartrain

<Publié le 23/01/2020

Philippe Martinez, Cécile Duflot, Jean-François Julliard... Leur appel pour la justice sociale et le climat

 

(site lejdd.fr)

 

Dans une tribune, huit responsables d'associations environnementales et de syndicats comme la CGT, Oxfam France, Attac France ou encore Greenpeace France appellent à "répondre à la double urgence climatique et sociale". "Une autre vision du monde que celles des élites de Davos existe", ajoutent-ils, quelques jours avant l'ouverture du Forum économique mondial.

Face à la montée des températures et des inégalités sociales, huit responsables d'associations environnementales et de syndicats s'allient pour appeler à "répondre à la double urgence climatique et sociale". Avant la tenue du Forum économique mondial de Davos (Suisse), du 21 au 24 janvier, ils disent rejeter la vision du monde portée par cet événement. Voici leur tribune : "Alors que s’ouvre la 50e édition du Forum économique de Davos, la planète brûle. Et jamais le système économique et financier mondial, inégalitaire et climaticide, symbolisé par ce rassemblement des élites économiques et politiques, n’a été autant remis en question.

Scientifiques et économistes sont chaque jour plus nombreux à tirer la sonnette d’alarme. Marches et grèves des jeunes pour le climat, mouvement des Gilets jaunes, manifestations pour défendre nos retraites en France : ces derniers mois, ici comme dans de nombreux pays dans le monde, les mouvements sociaux et environnementaux portent des exigences communes et tentent de construire des projets de société plus égalitaires, démocratiques et fondés sur la justice sociale et la préservation des ressources de notre planète.

Les crises sociale et écologique puisent leurs racines dans des décennies de politiques d’affaiblissement des acquis sociaux

En France, les crises sociale et écologique puisent leurs racines dans des décennies de politiques d’affaiblissement des acquis sociaux et des services publics, de soumission à des doctrines économiques productivistes inefficaces et destructrices, de toute-puissance du secteur financier et de cadeaux fiscaux aux multinationales les plus polluantes.

Comment peut-on accepter que le lobbying d’entreprises comme Total permette de contourner la loi avec le soutien du gouvernement et de conserver une niche fiscale pour l’huile de palme alimentant la déforestation à l’autre bout du monde? Comment peut-on accepter que des entreprises comme Amazon échappent à leurs obligations fiscales, imposent des conditions de travail indignes à leurs salariés et détruisent davantage d’emplois qu’elles n’en créent, là encore avec le plein soutien du gouvernement? Comment peut-on accepter que les très riches émettent 40 fois plus de carbone que les plus pauvres, et qu’en plus ces derniers paient, en proportion de leurs revenus, une taxe carbone quatre fois plus chère?

Malgré les forts mouvements de résistance, Emmanuel Macron poursuit la mise en place de réformes néolibérales, sources d’accroissement des inégalités et de destruction des conquêtes sociales qui structurent notre pays, et ne prend aucune mesure ambitieuse pour faire face au changement climatique et la destruction de la biodiversité. C'est pourtant bien la perspective d’un changement de société qui est en jeu. En tant qu’acteurs des mouvements sociaux, écologistes et syndicaux, nous ne pouvons nous résigner à vivre encore des années de reculs sociaux, alimentés par les politiques des gouvernements successifs, et d’inaction face à l'urgence écologique. Face au sentiment grandissant d’exaspération et de crainte pour l’avenir, nous ne pouvons accepter que la seule alternative dans les prochaines années soit des politiques plus autoritaires, discriminantes et xénophobes.

Nous appelons dans les prochains mois à débattre et bâtir un projet émancipateur du 21ème siècle

Il n'y aura pas de résolution à la crise d'aujourd'hui avec les solutions d'hier ou le repli sur soi. Nous, acteurs de la société civile, syndicats, associations, ne détenons pas la recette miracle pour inverser cette tendance. Mais nous affirmons ici une volonté de reconstruire des perspectives de transformation radicale de la société, écologique, solidaire et démocratique, fondées sur l’accès aux droits pour toutes et tous et le rejet de toute discrimination de genre, d’origine, de classe et d’orientation sexuelle. Nous appelons à une véritable transition énergétique, agricole et industrielle, c’est-à-dire une transformation profonde des façons de produire et de consommer qu'imposent les crises écologique et climatique. Nous aspirons à un meilleur partage des richesses passant par une vraie justice fiscale, l'élargissement des droits sociaux, la fin de la toute-puissance des marchés financiers et de l'influence des multinationales sur le politique. En somme, l'opposé de ce qui attire à Davos une élite économique et politique qui cherche avant tout à préserver ses privilèges et ses intérêts au détriment de conditions dignes de vie pour l’immense majorité.

C’est dans cette perspective que nous appelons dans les prochains mois à débattre et bâtir un projet émancipateur du 21ème siècle.

Il n'y aura pas d'emplois sur une planète morte

Ce projet ne saurait irriguer la société s'il ne parle pas aussi aux personnes les plus concernées, les plus précaires, celles qui subissent le plus durement la violence du système néolibéral actuel et de toutes ses retombées. Ce projet doit être relié à notre quotidien, à ce qui se vit au travail, dans les difficultés d’accès aux services publics comme la santé, l’éducation, le logement, les transports… Il doit s'ancrer dans des expériences et des luttes collectives déjà menées ou en cours, être débattu dans tous les cercles, en premier lieu les entreprises qui doivent évoluer pour faire face aux enjeux de demain. Il doit montrer concrètement comment, par des politiques nationales et locales alternatives, soutenant d'autres régulations internationales, d’autres formes d’entreprises, d'autres formes de gestion des communs, nous pouvons cesser de subir l'injustice sociale et la catastrophe écologique. Parce qu'il n'y aura pas d'emplois sur une planète morte, il doit montrer comment l’industrie, les services, l’agriculture doivent, elles aussi, se soucier de protéger les ressources offertes par la nature.

C'est à ce chantier immense que nous voulons nous attaquer dans les mois à venir, en même temps que nous voulons barrer la route, collectivement, aux projets du gouvernement qui s'y opposent : de la casse du système de retraites et de l'assurance chômage à la fermeture des lignes de fret ferroviaire, des privatisations en cascade aux signatures d'accords de libre-échange climaticides…

Notre initiative n'est pas une fin mais bien le début d'un processus ouvert à tous les acteurs qui comprennent que notre système est à bout de souffle. Il doit nous amener à réfléchir ensemble et à produire, à partir de situations réelles, ancrées dans le quotidien du plus grand nombre, des propositions concrètes pour répondre à la double urgence climatique et sociale. Et ainsi montrer à nos concitoyens qu'une autre vision du monde que celle des élites de Davos existe."

 

Liste des signataires : Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France ; Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT ; Aurélie Trouvé, porte-parole d'Attac France ; Cécile Duflot, directrice générale d'Oxfam France ; Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre ; Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne ; Cécile Gondard-Lalanne, porte-parole de l'Union syndicale Solidaires ; Benoit Teste, secrétaire général de la FSU.

 

Publié le 22/01/2020

Jean Ortiz

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé.

Lui envoyer un mail

Lettre à Georges Ibrahim Abdallah

 

(site humanite.fr)

 

Lettre à Georges Ibrahim Abdallah, militant révolutionnaire libanais, pro-palestinien, incarcéré abusivement à Lannemezan, libérable depuis plus de vingt ans. Il se revendique du communisme. Aucun communiste ne saurait rester indifférent au sort d’un camarade qui a déjà lourdement payé ses engagements et les formes de lutte choisies. Nous pouvons être en désaccord sur tel ou tel aspect, mais l’internationalisme ne supporte aucune exception. Être solidaire doit être un exercice mené en toute lucidité, sans inconditionnalité, mais sans claudiquer non plus.

 

Georges,

Je ne t’ai jamais rencontré... T’as la gueule du révolutionnaire des années 60, mais toujours bien mis, d’un naturel gentil, affable... (ça, c’est pour tromper les geôliers de la maison d’arrêt de Lannemezan ; Mezan, dites-vous ?) et ta cellule est ton camp de base... Tu t’imposes tous les matins une gym olympique, pour être au top lorsque tu sortiras. Mais sortiras-tu un jour ?

Tu hantes mes nuits bouts de chandelle, et tournent en rond, tournent en rond, tournent en rond des interrogations déchirantes sur les activistes et les groupes « gauchistes » (pour faire vite) des années 1960-70 ; tu aurais, ce que tu as toujours nié, tué un officier nord-américain et un diplomate israélien de haut rang, paraît-il, dans le Mossad. Bon, quand bien même, et c’était l’époque où les drones n’existaient pas..., les communistes combattent les systèmes oppresseurs, exploiteurs, pas les hommes ou les femmes en tant qu’individus.

Mettons-nous d’accord, c’est parole contre parole. Même si tu as vraiment tué, tu as depuis longtemps payé : tu aurais dû être libéré depuis 1999, mais tes 9 demandes de libération conditionnelle ont toutes été rejetées, par des gouvernements aussi bien de droite que socialiste.

Il y a quelque chose que je ne comprends pas. Comment peut-on garder en prison, au pays prétendument des Droits de l’Homme (des éborgneurs plutôt, oui, ces derniers temps) un homme qui a accompli la peine que la justice lui avait infligé, un homme qui ne représente aucun danger, ni de récidive, ni de « terrorisme », ce mot-valise qui sert si bien tous les faux-culs de droite comme de gauche.

 Georges, j’en suis venu à me dire que tu es d’une catégorie humaine supérieure à la nôtre. Tu es enfermé, privé de liberté, et tu apparais plus libre, plus courageux, que nous tous. Georges, il est des hommes, comme Fidel et le Che, qui épousent l’exigence humaine et politique jusqu’à s’engager à la vie à la mort dans des projets qu’ils considèrent libérateurs. Tu es de ceux-là, Georges. Le seul fait de te savoir en prison m’insupporte, et me rassure à la fois. Ils ont accumulé tant de haine et de rancœur contre toi qui te dis communiste... S’ils veulent une mise à mort silencieuse, à petit feu, c’est que tu leur fais peur, c’est que tu es plus grand que tout ce petit personnel de valets et de collabos.

Georges, je te l’ai déjà dit, en tant que militant communiste français, qui te considère comme un frère, comme un internationaliste, en ces jours où un fadingue fascisant menace la paix du monde, les vrais terroristes sont à la Maison Blanche, pendant qu’à Paris, on se tait, on s’agenouille, on suit...

Georges, tes lettres me font du bien, me stimulent. Nous vivons un affrontement de classe intense, inédit depuis la Libération. Dedans, dehors, peu importe, quand le droit est bafoué ; et cette semaine, tu seras avec nous.

Je ne te dis pas « bonne année » parce qu’elle sera, grosso modo, ce que nous en ferons.

<Publié le 21/01/2020

Macron, l’exfiltré 

 

(site la-bas.org)

 

Quand le théâtre est dans la rue

Comment faire sortir le théâtre du cercle étroit des initiés ? Comment atteindre le grand public avec des pièces qui le concernent et des mises en scènes qui le touchent ? À ces questions mille fois posées dans le monde de la culture, le spectacle donné hier soir au théâtre des Bouffes du Nord a apporté une réponse éclatante.

En voici le déroulement.

Un couple présidentiel vient assister incognito à une pièce de théâtre contemporain. Assis trois rangs derrière, un jeune journaliste français assiste au spectacle. Avant le lever du rideau, ce jeune homme fait un tweet sur son portable : « Je suis actuellement au théâtre des Bouffes du Nord, trois rangées derrière le président de la République. Des militants sont quelque part dans le coin et appellent tout le monde à rappliquer. Quelque chose se prépare… la soirée risque d’être mouvementée »

La pièce va sortir de sa cage et se mettre en prise avec l’actualité.

Sur le trottoir, dans la circulation, sous le métro aérien, des dizaines de manifestants scandent des slogans hostiles au chef de l’État et demandent le retrait du projet de réforme des retraites « pour l’honneur des travailleurs et pour un monde meilleur ». D’autres se réfèrent à la Révolution française, « Louis seize, on l’a décapité, Macron, Macron, ça peut recommencer ! »

Quelques personnes tentent de pénétrer dans le théâtre, mais des CRS parfaitement joués par des intermittents, les repoussent fermement. Il y a un petit air de panique qui monte de l’orchestre. D’autres forces de l’ordre prennent position, afin d’assurer l’exfiltration peu glorieuse du couple présidentiel dans le fond du décor par une porte dérobée comme des sans-papiers à la fin du service.
Il y a des huées, des « Macron démission » des « Grèves générales » et aussi des « On est là » à quelques mètres du président et de son épouse.

Acteur ou spectateur, comme jamais chacun ressent la tension dramatique et la dimension politique du spectacle. Le théâtre est sorti de sa sclérose culturelle pour reprendre toute sa vie et toute sa force dans la rue.
On reste encore puis on s’égaie dans la ville encore toute étourdie.
Dans la nuit les images se disséminent à l’infini sur les réseaux sociaux.
Dans les rédactions, les chiens de garde se lèchent les babines.

Sur le trottoir devant le théâtre désert, un type affamé passe et se demande quel goût ça peut bien avoir, cette bouffe du nord ?

Ailleurs dans Paris, dans le commissariat du cinquième arrondissement, un jeune homme de 22 ans commence à trouver le temps long. C’est ce jeune journaliste qui a envoyé le tweet.
Il s’appelle Taha Bouhafs. Il est journaliste chez nous, à Là-bas si j’y suis. Le motif de la garde vue, selon l’AFP : « participation à un groupement formé en vue de commettre des violences ou des dégradations ». Taha était au théâtre. Il a informé, comme n’importe quel journaliste l’aurait fait, qu’il se trouvait dans la même salle que le président de la République et que des manifestants se trouvaient à l’extérieur. C’est ce qui caractérise, selon la police, « un groupement formé en vue de commettre des violences ».

Il y a deux choses que nous conseillons au président de la République Française s’il veut ramener la concorde et la prospérité en France tout en emmenant tranquillement sa charmante épouse au théâtre : la première chose c’est de retirer au plus vite sa réforme des retraites, la seconde c’est de libérer Taha immédiatement.

Daniel Mermet

Publié le 20/01/2020

Municipales à Montpellier : Clothilde Ollier lâchée par les Verts

 

(site midilibre.fr)

 

INFO MIDI LIBRE - Coup de tonnerre sur la campagne électorale. "Midi Libre" révèle, dans la soirée du samedi 19 janvier, en exclusivité, que malgré le très bon sondage qui donne sa candidate favorite du scrutin municipal montpelliérain, le bureau exécutif d'Europe Ecologie Les Verts (EELV) a décidé d'écarter Clothilde Ollier. La fracture avec les militants et adhérents du parti à Montpellier était devenue trop grande.BARASCUD

Clothilde Ollier n'est plus la candidate d'Europe Ecologie Les Verts à Montpellier. Désignée tête de liste au mois d'octobre, à l'issue d'une primaire ouverte qu'elle avait remportée face à Jean-Louis Roumégas, elle a été "suspendue à titre conservatoire" par le bureau exécutif du parti ce samedi soir.

Elle ne peut utiliser le logo sur son matériel de campagne municipale, ni se prévaloir du soutien d'EELV dans le cadre de la campagne, ni s'exprimer au nom d'EELV

"Elle ne peut utiliser le logo sur son matériel de campagne municipale, ni se prévaloir du soutien d'EELV dans le cadre de la campagne, ni s'exprimer au nom d'EELV", confirme en exclusivité à "Midi Libre", l'un des membres de ce bureau exécutif. Une décision incroyable, certainement historique, à l'heure où elle caracolait en tête dans les sondages.

Coup de tonnerre

Depuis plusieurs semaines, un fossé s'était creusé entre la candidate et un nombre important de militants verts montpelliérains. La faute au rapprochement opérée par Clothilde Ollier avec plusieurs formations politiques, et surtout le mouvement Confluence composé de nombreux Insoumis. L'ex-maire de Murles a même choisi, ces derniers jours, de bouleverser son équipe de campagne, en confiant la direction à Jean-Yves Dormagen, au détriment de Manu Reynaud, son binôme dans la primaire.

La faute au rapprochement opéré avec plusieurs formations politiques

Ce fut la goutte d'eau qui a fait déborder le vase vert. Et la médiation entamée par trois membres du bureau exécutif, descendus jeudi de Paris, n'y a rien fait. Décision a été prise ce samedi soir d'écarter la candidate. "Il revient au groupe d'animation de Montpellier, avec l'assistance du bureau exécutif régional, d'organiser l'assemblée générale qui décidera de la stratégie et des candidats EELV pour les élections municipales des 15 et 22 mars 2020", communique encore le bureau exécutif.

Cette campagne ne manque décidément pas de rebondissement.

LUDOVIC TRABUCHET  

 

Communiqué des soutiens de Clothilde OLLIER :

Chères et chers signataires,

 

Vous l'avez sans doute appris aujourd'hui dans la presse locale, suite aux divisions internes d'EELV à Montpellier, une délégation est venue de Paris cette semaine et le bureau national a décidé de suspendre à titre conservatoire sa candidate Clothilde Ollier.

 

Cela est évidemment ahurissant, après une victoire aux primaires organisées par EELV et l'affirmation d'une ambition de rassemblement
large qui permettrait d'envisager une victoire à Montpellier, autour d'un projet écologiste ambitieux qui n'oublie pas les problématiques sociales.

Mais les divisions et les ambitions personnelles ont manifestement eu raison pour l'heure de cette ambition d'une écologie "en commun".

Pour notre part, nous estimons que rien ne remet en cause la légitimité et la pertinence du processus engagé vers une Ecologie en Commun.

Demain, Clothilde Ollier donnera une conférence de presse au cours de laquelle elle affirmera sa détermination à continuer. Soyons
nombreux.ses pour témoigner de notre présence à ses côtés afin de défendre une vision sociale et démocratique de l'écologie pour ces Municipales 2020 :

Toutes et Tous au Dôme à 18h lundi 20 !

 

L'équipe d'animation

 

Publié le 19/01/2020

Il y a cent ans, l’assassinat de Rosa Luxemburg

(

site lamarseillaise-encommun.org)

 

Le 15 janvier 1919, la militante et théoricienne marxiste allemande était abattue par les corps francs chargés, par le ministre SPD de la défense, d’écraser l’insurrection spartakiste. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention. Pacifiste intransigeante, elle se défiait de l’autoritarisme léniniste et condamnait la terreur bolchevique. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d’une guerre impérialiste qu’ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l’exploitation et dont elle s’était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Cent ans après son assassinat, la femme reste à ­découvrir pour la force singulière de son engagement.
 

A l’occasion de ce triste anniversaire nous publions un texte de Florence Delmotte Docteur en sciences politiques, ainsi qu’un extrait de l’article de Rosa Luxemburg sur « l’œuvre posthume de Karl Marx ».

 Par Florence Delmotte*

À travers son œuvre écrite comme à travers sa vie politique – qu’il est probablement erroné de vouloir démêler, mais aussi difficile d’aborder tout ensemble, étant donné la richesse de l’une et de l’autre et les conflits d’interprétation qui les entourent – Rosa Luxemburg a défendu l’indissociabilité absolue de la révolution socialiste, du programme politique du marxisme, et de la démocratie. Pas de socialisme, entendu comme projet d’émancipation radicale des travailleurs ou des masses, ou de communisme, pour reprendre le terme de Marx, sans démocratie. Pousser le plus loin possible le développement des libertés publiques est en effet la condition de l’un et de l’autre, et cela passe au besoin, selon le contexte, par la défense des droits, des libertés et autres institutions de la démocratie prétendument bourgeoise. Cette conviction, qu’il est dangereux mais aussi profondément irréaliste de dissocier le fond ou le contenu social de la démocratie de ses formes et institutions, de négliger voire de sacrifier la question des moyens au profit de celle des fins, est une des plus constantes de la pensée et du parcours, pourtant accidenté, et marqué par le pragmatisme, de Rosa Luxemburg. La démocratie socialiste passe en effet par l’apprentissage et la pratique la plus étendue possible de toutes les formes de libertés publiques par les masses. Cela n’empêche nullement Luxemburg de considérer le rôle important du parti, de défendre le parlementarisme dans certains contextes et dans d’autres de le condamner au profit du pouvoir des “conseils”. Précisément, la pensée de Rosa Luxemburg, sa vigilance, consiste à se tenir seule sur une ligne de crête ou de mener double front : contre la trahison, par la social-démocratie allemande, des objectifs révolutionnaires du socialisme au profit de la bureaucratisation et de la conquête de l’appareil d’État ; contre la dictature du parti bolchevique en Russie. Avec La Révolution russe, brochure écrite en prison et qui n’était pas destinée à être publiée, on lui doit la première critique marxiste de la révolution russe d’Octobre et l’un des textes les plus importants du marxisme sur la démocratie selon la plupart des spécialistes. Toujours actuel, ce texte contribue surtout à penser le socialisme comme pouvoir “par en bas”, mais dont il importe de penser l’organisation et le contenu, ce que négligeraient à l’heure actuelle la plupart des mouvements spontanés de transformation sociale.

*Florence Delmotte, est Docteure en sciences politiques (Université libre de Bruxelles). – Chercheuse au Centre d’études sociologiques des Facultés universitaires Saint-Louis à Bruxelles.

A l’école du socialisme”*

par Rosa Luxemburg

D’un certain point de vue, l’économie politique constitue une exception parmi toutes les sciences, le seul exemple d’une discipline à qui il est défendu d’écrire sa propre histoire. Dans ce cas en effet, la condition première de l’historiographie est la connaissance du rapport entre le processus social et son reflet théorique, dont l’absence même constitue la base scientifique de l’économie politique bourgeoise et de ses méthodes. De ce fait résulte l’étrange réalité que l’économie politique est dans l’obscurité en ce qui concerne son objet d’étude, sa matière même, alors que ses historiens érudits cherchent désespérément les débuts de ses théories à l’aube de l’histoire humaine, dans l’Orient classique, presque chez les hommes-singes, en un mot, partout où il est aussi peu probable de la trouver que de découvrir son unique et véritable objet : le mode de production capitaliste. La représentation de l’économie politique comme science absolue et éternelle en regard du passé répond logiquement à la représentation de la société bourgeoise comme forme sociale absolue et éternelle en regard de l’avenir. Il ressort de ces deux faits que l’histoire de l’économie politique ne pouvait être écrite que par un socialiste, plus exactement du seul point de vue de Marx. […] Dans un strict parallélisme à ses mutations politiques, la bourgeoisie demeure, en économie politique également, porteuse de la recherche scientifique tant qu’elle se tourne contre la société féodale, et tombe immédiatement dans le vulgaire et l’apologétique dès qu’elle se trouve face à la classe ouvrière grandissante. Et si l’histoire théorique du socialisme se développe dans le sens de l’utopie vers la science, Marx nous décrit pour la première fois l’histoire de l’économie bourgeoise de la science vers l’utopie – de la connaissance des lois de mouvement internes de la société bourgeoise à la théorie apologétique de l’immortalisation de cette société contre ses propres lois de mouvement. […]

Bien entendu, le rapport entre une histoire critique de l’économie politique bourgeoise et le combat quotidien de la social-démocratie semble difficile à saisir au premier abord, d’autant plus que, ces derniers temps, la vivacité même du sentiment pour l’importance de la théorie n’apparaît pas assez clairement dans le flot formidablement élargi du mouvement prolétarien. Sans aucun doute, tout le combat de la social-démocratie est animé par les vues de Marx sur les conditions et les visées sociales, tel un train en route sur des rails bien définis qui suit la direction prescrite par la seule loi de l’inertie. Mais le travail de fourmi de la pratique et les escarmouches économiques et politiques quotidiennes menacent de plus en plus de reléguer à l’arrière-plan le processus conscient et incontournable de transformation, de réévaluation de l’ensemble de la pensée du prolétariat dans l’esprit de la conception révolutionnaire du monde chez Marx. […]

*Extraits de À l’école du socialisme, tome II des Œuvres complètes, Editions Agone & Smolny, 2012, p. 90-99.

Publié le 18/01/2020

Santé. « Le ministère nous demande de produire, nous, on veut soigner »

 

Alexandre Fache (site humanite.fr)

 

Plus de 1 200 médecins hospitaliers ont menacé, hier, de démissionner de toutes leurs fonctions administratives si le ministère n’engageait pas des négociations sur les salaires et le budget. Un coup de force inédit.

Ils sont déterminés, fatigués, et pour certains, très émus. À l’image des avocats qui ont jeté leurs robes noires devant Nicole Belloubet, ministre de la Justice, la semaine dernière, pour protester contre la réforme des retraites, plus de 1 200 médecins, chefs de service hospitaliers ont décidé, eux aussi, de remiser symboliquement leurs blouses blanches pour dénoncer l’asphyxie de l’hôpital public. Un étranglement financier dont la cause est bien connue : l’austérité imposée via l’Ondam (Objectif national de dépenses d’assurance-maladie), sorte de budget de la santé, dont la progression, chaque année, depuis dix ans, est deux fois inférieure à l’évolution des besoins. Résultat : 8,5 milliards d’euros d’économies sur cette période, soit 800 millions par an, qui «  remettent en cause la qualité des soins et menacent la sécurité des patients », alertent les professionnels dans une lettre adressée à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn .

La démission collective, nouvelle étape après la grève du « codage »

Mardi, une vingtaine de ces praticiens, les blouses encore sur le dos, sont venus expliquer leur démarche dans les locaux de la faculté de médecine de la Pitié-Salpêtrière, à Paris (13e arrondissement). « Si nous menaçons aujourd’hui de démissionner de toutes nos fonctions administratives, on ne changera rien à nos soins et à l’accueil des patients », précise le Pr Stéphane Dauger, chef de service de réanimation pédiatrique à l’hôpital Robert-Debré (Paris 19e). Cette menace constitue une nouvelle étape après la décision prise par plusieurs centaines de cadres hospitaliers, il y a trois mois, de pratiquer la grève du « codage », c’est-à-dire de ne plus transmettre informatiquement les éléments nécessaires à la facturation des actes réalisés à l’hôpital. « Il s’agissait de bloquer le système (…) pour alerter nos directions et le ministère, explique Stéphane Dauger.  Mais ce geste politique fort, totalement inédit, ne nous a pas permis d’être entendus. Il fallait aller plus loin. »

« Pas entendus » sur leurs revendications (revalorisation significative des salaires, hausse de l’Ondam de 600 millions, en plus des 200 promis en novembre, fin de la tarification à l’activité), c’est sûr. Mais la grève du « codage » n’est pas pour autant passée inaperçue… « Certaines directions ont essayé de forcer les secrétaires à transmettre les codes dans le dos des médecins. Dans d’autres, on assurait que cet arrêt du codage allait mettre en péril l’accès à des traitements coûteux. L’intimidation est allée assez loin », constate le Dr Sophie Crozier, neurologue à la Pitié-Salpêtrière. « Pas plus tard que ce lundi, Martin Hirsch, le directeur de l’AP-HP, a expliqué que les financements à venir ne seraient donnés qu’aux structures reprenant le codage. On est donc bien dans des mesures de rétorsion », témoigne aussi le Pr Xavier Mariette, chef de service de rhumatologie de l’hôpital Bicêtre (Val-de-Marne).

Pas de quoi toutefois faire plier les médecins, qui assurent n’être qu’au « début de leur mouvement ». S’ils demandent à être reçus par Agnès Buzyn, pour que celle-ci engage des « négociations » sur le budget et les salaires, les professionnels se sont d’ores et déjà donné rendez-vous le 26 janvier, avec les collectifs en lutte (Inter-Hôpitaux, Inter-Urgences…), pour discuter de nouvelles formes de mobilisation. « Vous allez encore entendre parler de nous », assurait, hier, le Dr Olivier Milleron, cardiologue à l’hôpital Bichat (Paris 18e). Car la crise est profonde, autant que le ressentiment de ces médecins. « À Marseille, 50 chefs de service ont proposé leur démission, soit 25 % des effectifs, et même 80 % en pédiatrie », indiquait le Pr Jean-Luc Jouve, chirurgien à La Timone. « Car comment expliquer à une famille, cinq minutes avant l’intervention prévue sur un enfant, que celle-ci est annulée, faute de moyens ? C’est déjà arrivé 60 fois dans notre service de réanimation pédiatrique… »

Au bord des larmes, la Pr Agnès Hartemann, diabétologue à la Pitié, a sans doute livré le témoignage le plus émouvant. « En traversant mon hôpital pour venir vous parler, je me suis souvenue de l’honneur que c’était de devenir chef de service. Sauf que, aujourd’hui, j’ai l’impression de venir à un enterrement… » Pour cette spécialiste, qui gère l’accueil de patients victimes de complications graves (abcès, gangrènes…), la transformation de l’hôpital en entreprise ne passe pas. « On nous demande, graphiques à l’appui, de “produire du séjour”, plutôt que de soigner. C’est insupportable. »

 

Alexandre Fache

Publié le 17/01/2020

Ouf ! Enfin, nous sommes rassurés !

 Jean Ortiz (site humanite.fr)

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé.

Lui envoyer un mail

 

 

« Désertion en pleine bataille », « trahison », « double jeu », « coup de poignard dans le dos », « défense à tout prix du système... »

 

La « direction » de la CFDT, roue de secours des marchés, fidèle à elle-même (accompagnement et soutien des politiques néolibérales) en négociant trois cacahuètes, généreusement accordées par les « maîtres de l’argent », n’a pas changé de cap. Elle n’aura fait que semblant de bouder un temps les politiques néolibérales sous la poussée des salariés, afin de rejoindre pendant quelques heures, en trompe l’œil, les milliers de citoyens qui luttent depuis plus d’un mois contre un recul social et sociétal majeur : la retraite à points. Comme à la Loterie. Ils ont déjà privatisé la Française des Jeux !

 

Pour ne pas enterrer une « réforme » et un projet de société, au plus haut point conservateurs, les salariés ont dans leur majorité compris la grosse manœuvre Berger-Philippe, compris que seul le coude à coude, le tous ensemble pouvaient faire plier un gouvernement si haineux et méprisant envers eux, envers « ceux d’en bas », un gouvernement qui applique une politique de classe, quel qu’en soit le prix à payer. La conscience citoyenne, syndicale, politique vient d’effectuer un bond en avant remarquable, malgré ses insuffisances pour le moment. Face à un patronat et à des classes dominantes assoiffées de profit, la lutte pour faire céder les vampires continue.

 

Après la désertion des directions CFDT et UNSA qui n’en finissent pas de « négocier », de jouer les faux résistants, de faire du cinéma en public tout en se couchant en coulisse, rien n’est réglé malgré les astuces ... sémantiques. La « réforme » demeure et reste à jeter aux orties. Il n’est pas dit que l’attitude « victorieuse » à l’excès de Berger fasse l’unanimité « chez lui » ... On raconte que, rentrant de Munich, et face à la foule qui l’attendait, Daladier murmura : « Les cons, s’ils savaient ! »

 

L’intersyndicale appelle à consolider , élargir, le front uni CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES; la résistance unie de la majorité des travailleurs, y compris des nombreuses bases de la CFDT. Ceux qui ont fait le calcul d’en finir avec les syndicats de classe, et dans l’immédiat de tirer quelques dividendes d’une situation volontairement chaotisée, segmentarisée... se trompent.

 

Ils se sont eux aussi enfumés, et cela peut leur retomber sur le coin de la figure...

Publié le 16/01/2020

Les vœux de Georges Ibrahim Abdallah

 

(site ujfp.org)

 

Pour la nouvelle année, Georges Ibrahim Abdallah nous a envoyé ce magnifique poème de Samih al-Qasim, palestinien de 1948 (1939-2014). Ce poème, c’est ce qui anime Georges. Et c’est la Palestine.

Je résisterai

Je perdrai peut-être – si tu le désires – ma subsistance

Je vendrai peut-être mes habits et mon matelas

Je travaillerai peut-être à la carrière comme portefaix, balayeur des rues

Je chercherai peut-être dans le crottin des grains

Je resterai peut-être nu et affamé

Mais je ne marchanderai pas

O ennemi du soleil

Et jusqu’à la dernière pulsation de mes veines

Je résisterai

Tu me dépouilleras peut-être du dernier pouce de ma terre

Tu jetteras peut-être ma jeunesse en prison

Tu pilleras peut-être l’héritage de mes ancêtres.

Tu brûleras peut-être mes poèmes et mes livres

Tu jetteras peut-être mon corps aux chiens

Tu dresseras peut-être sur notre village l’épouvantail de la terreur

Mais je ne marchanderai pas

O ennemi du soleil

Et jusqu’à la dernière pulsation de mes veines

Je résisterai

Tu éteindras peut-être toute lumière dans ma vie

Tu me priveras peut-être de toute tendresse de ma mère

Tu falsifieras peut-être mon histoire

Tu mettras peut-être des masques pour tromper mes amis

Tu élèveras peut-être autour de moi des murs et des murs

Tu me crucifieras peut-être un jour devant des spectacles indignes

O ennemi du soleil

Je jure que je ne marchanderai pas

Et jusqu’à la dernière pulsation de mes veines

Je résisterai

 

Samih al-Qasim

Publié le 15/01/2020

Édouard Philippe et Laurent Berger nous prennent-ils pour des imbéciles ?

 

(site rapportsdeforce.fr) 

 

La CFDT crie victoire pendant que l’exécutif répète en boucle le terme compromis pour qualifier l’annonce du Premier ministre de suspendre l’âge pivot aux travaux d’une conférence sur l’équilibre et le financement des retraites. Pourtant à y regarder de près, il n’y a ni réelle victoire ni réel compromis.

Un compromis « constructif et de responsabilité » pour Emmanuel Macron, « transparent et solide » pour Édouard Philippe, « qui revitalise le dialogue social » pour la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye. Cependant, il ne suffit pas de rabâcher le mot compromis pour qu’il devienne une réalité. Même s’il est vrai que sur ce point, le gouvernement a bien été aidé dans sa communication par la CFDT et l’UNSA. « Nous avons obtenu le retrait de l’âge pivot, une victoire pour la CFDT », a twitté Laurent Berger, son secrétaire général hier après-midi, sans scrupule vis-à-vis des salariés en grève depuis le 5 décembre.

Vraiment ? Certes, Édouard Philippe a annoncé dans son courrier aux syndicats du 11 janvier la mise en place d’une conférence sur l’équilibre et le financement des retraites, réclamée par la CFDT. D’ici la fin du mois, les partenaires sociaux sont invités à se réunir pour remettre leurs propositions avant la fin du mois d’avril. D’ici là, le Premier ministre dit faire un geste de confiance en retirant « la mesure de court terme (…) consistant à converger progressivement à partir de 2022 vers un âge d’équilibre de 64 ans en 2027 ». Il était question que chaque année à partir de 2022, quatre mois de travail supplémentaires soient requis pour bénéficier d’une retraite à taux plein, sans décote. Une mesure qui s’appliquait à l’ensemble des actifs partant à la retraite à partir de 2022.

Un âge pivot peut en cacher un autre

Pour autant, dans le même courrier, Édouard Philippe précise que « le projet de loi prévoira que le futur régime universel comporte un âge d’équilibre ». Ainsi pour le gouvernement, il n’y a pas un, mais deux âges pivots. Le premier représentant une mesure paramétrique dont l’objectif est d’arriver à l’équilibre financier en 2027, et s’appuyant sur les projections de déficit du Conseil d’orientation des retraites (COR), le second relevant d’un paramètre systémique dans le cadre du futur régime unique à points. Le « compromis » annoncé hier ne porte que sur le premier. De fait, avec le nouveau régime de retraite, il faudra travailler plus longtemps à l’avenir, comme l’ont martelé le chef de l’État et le Premier ministre tout au long de l’année 2019.

De quoi grandement relativiser la « victoire » de la CFDT qui avait dit que tout allongement de la durée de travail représentait pour elle une ligne rouge. D’autant qu’Édouard Philippe a clairement exclu, pour les mesures budgétaires de court terme, toute proposition alternative à l’âge pivot consistant à augmenter les cotisations ou à baisser les pensions. Ainsi, il ne reste plus beaucoup de leviers. Les dernières options sont des mesures consistant à reculer d’une façon ou d’une autre l’âge de départ à la retraite ou à utiliser une partie des 30 milliards d’euros du fonds de réserve des retraites. Mais même si gouvernement, patronat et syndicats favorables à la réforme s’accordaient sur le fait de vider les caisses pour éviter des mesures d’âges immédiates, un âge d’équilibre subsisterait dans le projet de loi final.

Le cadre est donc très contraint pour les discussions qui vont s’ouvrir à la fin du mois sur des mesures d’équilibre. Ce n’est pas sans rappeler la lettre de cadrage du gouvernement lors des négociations impossibles sur l’assurance chômage. Là aussi, en cas d’échec, le gouvernement reprendra la main. Le risque d’un retour intégral de l’âge pivot dès le mois de mai n’est donc pas totalement exclu. Depuis le rapport Delevoye en juillet dernier, l’exécutif tente de passer en force l’ensemble des éléments de sa réforme. Ce serait une déroute pour la CFDT.

<Publié le 14/01/2020

Bourse. L’année 2019, le meilleur cru des actionnaires du CAC 40

 

Gaël De Santis (site humanite.fr)

 

Les quarante plus grandes entreprises françaises ont versé plus de 60 milliards à leurs actionnaires en 2019, dévoile la Lettre Vernimmen. Un record qui dépasse celui de 2007… juste avant la crise financière.

Le Conseil d’orientation des retraites (COR) estime qu’il faut entre 7 et 17 milliards d’euros pour combler le déficit du régime des retraites d’ici à 2025. Le chiffre peut donner le vertige. Il apparaît faible quand on le compare à un autre  : les entreprises du CAC 40, l’indice phare de la Bourse de Paris, ont versé 60,2 milliards d’euros à leurs actionnaires en 2019. Un chiffre record dévoilé jeudi par le quotidien économique les Échos, qui s’appuie sur une étude publiée sur la Lettre Vernimmen.

Ce chiffre se divise entre les dividendes versés aux actionnaires, soit 49,2 milliards d’euros, et les rachats d’actions par les entreprises, 11 milliards d’euros. Champion hors catégorie, le groupe pétrolier Total a versé 8,6 milliards d’euros à ses propriétaires l’an passé. Jamais autant de dividendes n’avaient été versés dans l’histoire du CAC 40, qui a passé la barre des 6 000 points en décembre dernier pour la première fois depuis 2007. Ils bondissent de 15 % par rapport à 2018. Ces versements dépassent le record établi à la veille de la crise financière, en 2008, quand les actionnaires n’avaient reçu « que » 43 milliards d’euros de dividendes.

Une manne qui ne sert pas à l’investissement productif

Côté rachat d’actions par l’entreprise, une pratique qui vise à doper le cours de l’action, les chiffres donnent également le vertige : seules les années 2007 (19,2 milliards d’euros) et 2008 (11,2 milliards) ont été meilleures. Cette manne ne sert pas à l’investissement productif et manque au financement d’activités ou revenus nécessaires à la société. « Nous proposons d’imposer fortement les revenus des ménages provenant des dividendes, et les dividendes que se versent entre elles les entreprises », explique ainsi Frédéric Boccara, économiste et dirigeant du PCF. Ces 60 milliards d’euros, pour les seules entreprises du CAC 40, les quarante entreprises les plus riches cotées en Bourse en France, sont l’arbre qui cache la forêt. Au total, les revenus financiers des entreprises sont de 300 milliards d’euros. Les taxer permettrait de financer les retraites ou les services publics, et surtout d’affaiblir la domination du capital financier.

 

Gaël De Santis

Publié le 13/01/2020

Décès de notre ami Manu DELFOSSE :

 

Notre camarade Manu est décédé. Il aura marqué de son empreinte par sa disponibilité de tous les instants, les débats et les actions qui ont été au coeur de nos luttes. Manu par  son rôle dans le mouvement des GJ ,et le souci de l'organisation qui fut le sien sur le rond point du Zenith, forcent l'admiration et le plaisir que nous avons eu de militer avec lui. Manu c'était aussi un homme debout qui jusqu'au bout aura été présent  aux côtés de ceux qui luttent .Homme de rassemblement le plus large sans rien lâcher sur le fond. L'intensité de ce que nous ressentons, la violence de son décès, révèlent l'espace qu'il avait conquis dans chacun et chacune d'entre nous. Merci Manu pour tout ce que tu nous as laissé, sois sans crainte nous ne lâchons rien. 

 

Ses obsèques auront lieu le mercredi  15 janvier à 11 H 30 au funérarium de Gramont

Publié le 12/01/2020

Retraite. L’Institut de la Protection Sociale alerte sur les conséquences de la réforme:

 

Contributions, Droits des femmes, Pauvreté, Retraites (site lamarseillaise-encommun.org)

 

Poursuivant son travail d’analyse en l’illustrant au travers de cas techniques, l’IPS alerte une fois encore sur les conséquences de la réforme engagée. Les experts financiers, juridiques et fiscaux de l’IPS  se sont penchés sur le sort que réserve le futur système des retraites aux – Femmes, parents, cadres supérieurs, grand-père. Les projections laissent notamment apparaître une baisse de retraite programmée pour de nombreuses femmes qui atteint des proportions exceptionnelles pour les mères de famille qui feront liquider leur retraite à partir de 2025.

« En faisant le choix d’un régime universel uniforme calculé sur la base de 3 plafonds annuels de la sécurité sociale, le projet Delevoye commet une erreur majeure de conception dont découle tout le reste. » affirme le Président de l’Institut de la Protection Sociale, Bruno Chrétien, à partir d’études de cas détaillées.

L’Institut de la Protection Sociale avait déjà présenté le 17 septembre 2019 une analyse approfondie du Rapport Delevoye en distinguant les points positifs du projet, ceux posant de solides difficultés techniques de ceux devant être repoussés. La seconde phase de concertation est maintenant ouverte. A cette occasion, le HCRR a précisé un certain nombre de points techniques qui conduisent à approfondir ou revoir certaines simulations.

L’IPS a choisi d’apporter son éclairage sur l’impact des changements apportés à quatre situations :

• Les parents ayant un ou plusieurs enfants.

Les précisions apportées par le HCRR permettent d’évaluer les gains aussi bien que les pertes du nouveau dispositif proposé. Les pertes notamment sont d’une ampleur que le Rapport Delevoye ne laissait pas soupçonner.

• Les cadres dont les salaires annuels sont compris entre 121 572 € et 324 192 € (soit 3 et 8 fois le plafond annuel de sécurité sociale).

Pour ceux qui veulent souscrire une retraite supplémentaire afin de retrouver les droits perdus, l’addition s’avère particulièrement coûteuse.

• Les bénéficiaires de la pension de réversion.

Ce dispositif bénéficie essentiellement aux femmes. Il sera totalement refondu et les nouvelles règles apporteront une réelle simplification. Mais elles entraînent des défauts de garantie qu’il convient de prendre en compte.

• L’entrée dans le dispositif avec la clause dite du grand-père.

Au-delà de sa pertinence, la mise en place de la réforme aux seuls nouveaux entrants dans le marché du travail créerait des difficultés pour les entreprises et rendrait encore plus compliqué les futurs réformes financières.

 

Voir L’étude l’Institut de la Protection Sociale

Publié le 11/01/2020

 

En Vendée, un service d'urgences ferme une nuit entière faute de personnel

 

Avec un seul médecin de garde disponible, la direction de l'hôpital des Sables-d'Olonne a pris la décision de garder portes closes dans la nuit du 27 au 28 décembre.

 

Par Paul Guyonnet (sitehuffingtonpost.fr)

 

SANTÉ - Neuf heures sans service d’urgences, et une illustration saisissante des problèmes avec lesquels doivent composer les personnels de santé en France. Comme le rapporte France Bleu Loire Océan ce jeudi 2 janvier, dans la nuit du 27 au 28 décembre, les urgences d’un hôpital de Vendée ont dû rester fermées, par manque de personnel. 

Aux Sables-d’Olonne, les difficultés s’accumulent en effet depuis des mois. Une mutation, des mobilités internes, un départ à la retraite non compensé ont notamment affaibli de manière considérable le service. Et le point de saturation a été atteint avec les départs en vacances durant les fêtes de Noël. 

Ainsi, le soir du vendredi 27 décembre, à partir de 23 heures, il n’y avait plus qu’un seul médecin de garde qui pouvait être mobilisé. Peu expérimenté en plus. Trop peu évidemment pour assurer toutes les consultations, ce qui a poussé la direction et le chef de service à prendre une décision radicale.

 

Des jeunes médecins qui choisissent l’intérim plutôt que l’hôpital public

 

Comme l’explique encore France Bleu, cela fait des mois que la dizaine d’offres de poste de médecin restent sans réponse, et qu’aucun jeune diplômé ne cherche à rejoindre l’hôpital des Sables-d’Olonne. Interrogé par la chaîne de radio publique, le chef de service des urgences, Christophe Le Gal explique que les débutants choisissent aujourd’hui un autre mode de vie, qu’il juge “indécent”, celui de l’intérim. 

Pour lui, les jeunes médecins “choisissent délibérément de faire ce qu’on appelle de l’intérim médical et ne vivent que de l’intérim.” Avec des nuits pouvant être rémunérées jusqu’à 2.000 euros l’une. Une situation que le médecin attribue à un manque d’attractivité de la part de l’hôpital public.

Le fait de pouvoir vivre très correctement de l’intérim médical fait naître des convoitises parmi les jeunes praticiens qui préfèrent en effet choisir une rémunération bien supérieure et des établissements où l’activité est moindre. Ça leur permet d’avoir plus de temps libre, que de pourvoir à des postes vacants dans les hôpitaux”, regrette-t-il, toujours au micro de France Bleu Loire Océan.

 

Publié le 10/01/2020

Montpellier : 15 000 personnes manifestent contre la réforme des retraites

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Le Poing l’avait bien dit : l’année 2020 s’annonçait surréaliste. 2019, rappelons-le, s’est achevée pour nous de la plus curieuse des manières : par le partage d’un de nos articles par Christine Boutin sur Twitter. Ce qui ne pouvait signifier qu’une chose : la fin est proche.

La masse est à la masse

09 janvier 2019, 14h, place Zeus : un cortège interprofessionnel et inter-luttes assez massif (environ 15.000 personnes), s’ébranle, mené par d’irréductibles gilets jaunes (bien plus souvent vêtus de noir que de jaune fluo, désormais), d’étudiants en lutte, de lycéens, et de syndicalistes autonomisés de leurs bureaucraties.

Banderole déployée par des manifestants boulevard de Strasbourg, le long du parcours de la

Le cœur y est, l’énergie un peu moins. Comme si ces sempiternelles promenades hors du centre-ville négociées entre la préfecture et les dirigeants de la CGT locale tournaient un peu en rond… Quelques moments viendront tout de même animer l’atmosphère, principalement les diverses anicroches à distance avec les flics – on a notamment pu entendre le slogan « Justice pour Cédric », en hommage au livreur tué par la police à Paris cette semaine, qui a doucement glissé vers un « Vengeance pour Cédric ».

Autre moment un peu surréaliste : se retrouver nez à nez avec cinq militants d’Action Française, probablement venus montrer les muscles après avoir vu deux de leurs recrues se faire bolosser par des antifas, mardi dernier, en marge de la manifestation des cheminots. Mais aussitôt mis en déroute par le cortège, les apprentis-chevaliers du Roy sont allés se réfugier pronto derrière une ligne de CRS d’où ils ont pu arroser leurs ennemis de copieux doigts d’honneur. Leur courage et leur ténacité faisait plaisir à voir.

La divergence des luttes

Le clou du spectacle restera ce moment à l’Arc de Triomphe où le cortège de tête a vainement essayé d’entrainer la foule vers la rue Foch, la Préfecture et le reste du centre-ville. Tandis que les gilets jaunes s’amassaient en haut, l’intersyndicale continuait son chemin par-dessous en direction de Louis Blanc, d’abord sous les appels à rejoindre les « sauvages » rassemblés au-dessus de leurs têtes, appels bientôt remplacés par des quolibets et des insultes, réciproques, qui ont culminé par des jets de pétards et de projectiles légers, de la part de quelques gilets jaunes frustrés par la situation.

La manifestation est ensuite allée se disperser au Corum, tandis que les gilets jaunes, suivant bon an mal an le reste du cortège, ont tenté une nouvelle percée vers le centre-ville. Un groupe assez conséquent s’est finalement retrouvé sur la comédie, où bac, CDI, CRS et autres bleusailles les attendaient, prêtes à en découdre, maintenant que les classes moyennes étaient rentrées se mettre au chaud. Après quelques fugaces tentatives de nassage et une errance dans les rues de l’Ecusson, la manif sauvage s’est rapidement dispersée.

Arrivée du cortège au Corum, où la CGT appelle à la dispersion.

Bilan ? Une grande mobilisation, des secteurs jusque-là peu visibles venus montrer leur force – notamment les avocats avec leurs ballons noirs – et toujours cette sempiternelle frustration que rien ne déborde, que le centre-ville reste hors de portée (voire même hors d’imaginaire). La manifestation du samedi 11 janvier, au cours de laquelle intersyndicale et gilets jaunes se côtoieront de nouveau – cette fois-ci sur le terrain de jeux des seconds – sera sans doute très intéressante à scruter.

Publiéle 08/01/2020

Maternelles privées, l’État plus généreux que prévu

En vigueur depuis septembre, l’abaissement à 3 ans de l’instruction obligatoire contraint les communes à financer les maternelles privées. Le gouvernement précise par décret que toutes les municipalités verront finalement la hausse de leurs dépenses compensée par l’État.

  • Denis Peiron, (site la-croix.com)

 

La loi Blanquer, rendant « la petite école » obligatoire, contraint les communes à financer à la même hauteur la scolarité de leurs élèves de maternelle, qu’ils soient accueillis dans le public ou dans le privé.  FREDERIC CHARMEUX/PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI/MAXP

  •  

En vertu des principes de la loi Debré de 1959, les mairies sont tenues de verser la même somme pour la scolarité de chaque écolier, qu’il soit inscrit dans le public ou dans le privé sous contrat. Ce principe de parité – souvent source de contentieux – valait jusqu’ici à partir de l’élémentaire, le CP coïncidant avec l’entrée, à 6 ans, dans l’instruction obligatoire.

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La Croix vous explique, avec lumière et clarté, le monde qui vous entoure, afin que vous puissiez bâtir votre opinion.

Mais la loi Blanquer votée en juillet bouscule cet équilibre : en rendant « la petite école » obligatoire, elle contraint les communes à financer à la même hauteur la scolarité de leurs élèves de maternelle, qu’ils soient accueillis dans le public ou dans le privé. Avec, en conséquence, un surcroît de dépenses pour beaucoup de mairies.

Un geste d’apaisement avant les municipales

Le gouvernement avait toujours affirmé que l’État compenserait l’augmentation des forfaits communaux mais exclusivement pour les municipalités qui, jusqu’ici, n’attribuaient aucun financement aux maternelles privées. Un traitement inique, avaient réagi de nombreux élus. « Et il faut croire que notre lobbying a payé », se félicite Agnès Le Brun, maire DVD de Morlaix (Finistère) et porte-parole de l’Association des maires de France. Car un décret publié le 30 décembre étend le dispositif : pourront aussi bénéficier d’une compensation les communes qui versaient déjà un forfait à ces établissements sans respecter la parité avec le public.

Exemple : une mairie octroyait 300 € par an et par élève à une maternelle privée. Elle devra désormais débourser 1 200 €, somme qu’elle verse par élève du public au titre des dépenses de fonctionnement. Alors que l’État ne devait initialement rien lui accorder, il lui octroiera 900 €. Une compensation pérenne mais qui ne tiendra pas compte des évolutions ultérieures du forfait. Surtout, les communes qui versaient déjà un forfait complet n’y auront pas droit.

Il n’empêche, cet infléchissement peut être perçu comme un geste d’apaisement à l’approche des élections municipales. Un changement de position qui aura pour effet d’alourdir la facture. Le ministère de l’éducation avait évalué la hausse des dépenses communales liées à la maternelle obligatoire à 100 millions d’euros par an (50 millions pour le public, 50 millions pour le privé). à ce stade, indique-t-il, l’enveloppe, intégrée au budget 2021, serait inchangée. Mais la majeure partie bénéficierait au privé, les hausses de dépenses n’augmentant guère pour les maternelles publiques qui dans un contexte démographique peu dynamique n’accueilleront pas massivement de nouveaux enfants.

Des forfaits complets partout dès cette année ?

Ce décret devrait aussi conduire l’Enseignement catholique à infléchir sa stratégie. « Nous envisagions de réclamer dès cette année la totalité du forfait de maternelle aux communes qui, jusqu’ici, ne nous accordaient aucun financement ; et d’étaler sur deux ans la remise à niveau pour celles qui nous versaient déjà un forfait partiel parce qu’elles devaient supporter seules cette hausse », indique Philippe Delorme, son secrétaire général. Comme l’État a choisi de compenser toutes les dépenses nouvelles liées à l’instruction obligatoire dès 3 ans, l’Enseignement catholique pourrait exiger partout des forfaits de maternelle complets dès cette année.

 

Publié le 08/01/2020

Comité des Usagers du Bassin de Thau du Cycle de l’Eau

 

Déclaration en date du 06 janvier 2020

 

Certains, s’étonnent à la lecture des données de l’Institut National des Statistiques et des Etudes Economiques (INSEE) du recul démographique de la Commune de Sète en 2017 (- 1370 habitants par rapport à 2012)  revenant à la population de 2007 soit

43 796 habitants.

 

Ces chiffres confirment l’étude démographique réalisée en 2016 par le Comité des Usagers du Bassin de Thau du Cycle de l’Eau lors de la présentation d’un projet alternatif à la proposition de l’agglomération Thau Agglo pour la construction de la station d’épuration des Eaux Blanches à Sète.

 

Le  projet initial prévoyait un système d’épuration pour 210 000 équivalents habitants, la préconisation du comité était de 165 000 équivalents habitants, ne retenant pas le procédé de méthanisation concernant le traitement des boues, investissement au coût prohibitif soumis à déclaration en fonction de la dangerosité de l’installation en entrée de commune.

 

Aujourd’hui, la réalité nous donne raison mais les usagers de l’agglomération du Bassin de Thau vont payer au prix fort une station d’épuration qui « vieillira mal » avec des coûts d’entretien importants liés au procédé d’épuration.

 

Des dysfonctionnements pouvant être connus en fonction du faible apport d’eau à traiter par rapport à la capacité de traitement de la station d’épuration des eaux usées.

 

Pour l’instant, le seul gagnant de l’opération est SUEZ qui bénéficie d’un pont d’or de 200 millions d’euros dans des conditions qui restent malgré tout à éclaircir, SUEZ ayant été la seule entreprise à déposer un dossier pour la construction et l’exploitation de la station d’épuration des eaux blanches et une concession service pour l’ensemble des installations d’eaux usées de l’agglomération.

 

Pour comparaison, le montant de l’apport d’eau brute sur le Bassin de Thau par l’intermédiaire de AQUA DOMITIA est de 250 millions d’euros, on peut donc s’interroger en tant que citoyen/usager sur le montant de la concession service offerte à SUEZ!

 

Nous persistons dans nos affirmations, la construction de la station d’épuration des eaux usées des Eaux Blanches dans la configuration actuelle est une ineptie économique et écologique, un gouffre à  argent pour la population du Bassin de Thau.

 

Chacun doit mesurer l’importance de la décision politique et économique dans ce dossier.

 

Ecouter les citoyens, leurs organisations et associations est certainement la façon intelligente pour « boucler » un projet environnemental sensible.

Que cette expérience serve d’exemple.

 

Le Président

Henri LOISON

Publié le 07/01/2020

Féminismes : Les nouvelles voix

Depuis le mouvement #MeToo, une nouvelle vague de féministes s’allie aux anciennes pour éviter un ressac des acquis sociaux.

(site politis.fr)

L e patriarcat est un juge qui nous reproche d’être nées. Notre punition, ce sont les féminicides, le viol. Le coupable, ce n’est ni moi, ni mes fringues, ni l’endroit. Le violeur, c’est toi. » Les yeux bandés, une chorégraphie synchronisée, les voix à l’unisson… Des centaines de femmes ont entonné ce chant de révolte contre la culture du viol au Chili en novembre dernier. Frisson mondial immédiat. L’hymne Un violeur sur ton chemin a été repris en Colombie, en Espagne, en France, en Australie, au Canada, en Turquie, créant une passerelle tonitruante entre toutes ces femmes qui osent parler, qui veulent se faire entendre, pour elles et toutes les autres. Une sensation de puissance qui ne cesse de grandir depuis que le mouvement #MeToo a mis un terme au silence inhérent à des siècles d’oppression et d’agressions.

Il y a deux ans, le meurtre d’une femme par son compagnon – ou son ex – était qualifié de « crime passionnel ». Un producteur d’Hollywood et bien des hommes de pouvoir pouvaient harceler et agresser des femmes dans un silence total. Des prises de parole d’une Catherine Deneuve ou d’une Élisabeth Lévy se présentant comme féministes véhiculaient l’idée d’un féminisme blanc et bourgeois omnipotent. En 2002, l’Assemblée nationale ne comptait que 18 % de femmes. Il y a une quinzaine d’années, on pensait encore que les femmes étaient dotées d’un point G à l’intérieur du vagin, clé miraculeuse des orgasmes. Aujourd’hui, le terme « féminicide » a fait son apparition, le plafond de verre se fissure dans la sphère politique et le clitoris est admis comme l’organe de référence du plaisir féminin.

Une nouvelle vague de féministes s’allie aux anciennes dans un continuum de luttes ininterrompues pour éviter un ressac néfaste qui guette chaque acquis. Les nouvelles voix de ces luttes ne sont plus les mêmes, leurs origines sociales non plus. Dans la sphère privée et dans la société tout entière, le patriarcat a pris un sérieux coup dans les parties. Cette nouvelle ère est celle du point F. Comme « femmes », mais surtout comme « féminismes ».

Pour aller plus loin

Sorcières. La puissance invaincue des femmes, Mona Chollet, Zones, 2018.

Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique, Mona Chollet, Zones, 2015.

Violences conjugales. Du combat féministe à la cause publique, Pauline Delage, Presses de Sciences Po, 2017.

Un autre regard, Emma, Massot Éditions, 2017.

Reclaim. Recueil de textes écoféministes, Émilie Hache, Cambourakis, 2016.

Libérées ! Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale, Titiou Lecoq, Fayard, 2017.

Écoféminisme, Maria Mies et Vandana Shiva, L’Harmattan, 1999.

_Quel monde voulons-nous ?__Starhawk, Cambourakis, 2019.

MLF, psychanalyse et politique, 1968-2018, Des femmes-Antoinette Fouque, 2018.

Olympe de Gouges, roman graphique, José-Louis Bocquet et Catel, Casterman, 2013.

La Vie domestique, film d’Isabelle Czajka, 2013.

Ni les femmes ni la terre ! film de Marine Allard, Lucie Assemat et Coline Dhaussy, 2018.

Les Féministes blanches et l’Empire, Félix Boggio Éwanjé-Épée et Stella Magliani-Belkacem, La Fabrique, 2012.

Trouble dans le genre, Judith Butler, La Découverte, 2006.

Femmes, race et classe, Angela Davis, Des Femmes-Antoinette Fouque, 2007.

Du pain et des roses. Appartenance de genre et antagonisme de classe sous le capitalisme, Andrea D’Atri, Éd. Communard.e.s, 2019.

La France, tu l’aimes ou tu la fermes ? Rokhaya Diallo, Textuel, 2019.

La Révolution féministe, Aurore Koechlin, Amsterdam, 2019.

« Nous disons révolution », article de Paul B. Preciado, Libération, 20 mars 2013.

Un féminisme décolonial, Françoise Vergès, La Fabrique, 2019.

Noire n’est pas mon métier, ouvrage collectif, Seuil, 2018.

Culottées. Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent, Pénélope Bagieu, bandes dessinées, tomes I et II, Gallimard, 2016.

Kiffe ta race, podcast de Grace Ly et Rokhaya Diallo, sur Binge Audio.

Intérieur Queer, podcast d’Hugo Combe, Camille Mati, Gabriel Debray, Flora Bernard, France Inter, 2019.

La Bibliothèqueer, compte Instagram.

Ouvrir la voix, documentaire d’Amandine Gay, 2017.

Féminisme pour les 99 %, C. Arruzza, T. Bhattacharya et N. Fraser, La Découverte, 2019.

Violences sexistes et sexuelles en politique,Esther Benbassa (dir.), CNRS Éditions, 2018.

_Beyoncé est-elle féministe ? Et autres questions pour comprendre le féminisme,_Margaux Collet et Raphaëlle Rémy-Leuleu, First, 2018.

_Sexe, genre et sexualités,_Elsa Dorlin, PUF, 2008.

_Le Capitalisme patriarcal,_Silvia Federici, La Fabrique, 2019.

_Une culture du viol à la française,_Valérie Rey-Robert, Libertalia, 2019.

_Retourne à la maison ! Les femmes politiques face au sexisme ordinaire,_Charlotte Rotman, Robert Laffont, 2016.

_Un podcast à soi,_Charlotte Bienaimé, Arteradio.

_Ni vues, ni connues. Panthéon, histoire, mémoire : où sont les femmes ?_Collectif Georgette Sand, Hugo Doc, 2017.

_Les Glorieuses,_newsletter de la révolution féministe.

Histoire des femmes en Occident (5 tomes), Georges Duby, Michelle Perrot, Perrin, 1992-2002.

Trois guinées, Virginia Woolf, 1938.

Jouir. En quête de l’orgasme féminin, Sarah Barmak, Zones, 2019.

Marre de souffrir pour ma contraception, Sabrina Debusquat, Les Liens qui libèrent, 2019.

King Kong Théorie, Virginie Despentes, Grasset, 2006.

Les Gros Mots. Abécédaire joyeusement moderne du féminisme, Clarence Edgard-Rosa, Hugo Doc, 2016.

Politique du clitoris, Delphine Gardey, Textuel, 2019.

Le Mythe de la virilité. Un piège pour les deux sexes, Olivia Gazalé, Pocket, 2019.

The Myth of The Vaginal Orgasm, Anne Koedt, 1970.

Les Antiféminismes. Analyse d’un discours réactionnaire, sous la direction de Diane Lamoureux et Francis Dupuis-Déri, Éd. du Remue-ménage, coll. « Observatoire de l’antiféminisme », 2019.

Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe, Chimamanda Ngozi Adichie, Gallimard, 2017.

L’Origine du monde, Liv Strömquist, Rackham, 2016.

Une chambre à soi, Virginia Woolf, 1929.

Les Couilles sur la table, podcast de Victoire Tuaillon sur Binge audio.

My Dear Vagina, compte Instagram.

The Vulva Gallery, compte Instagram.

Les Mâles du siècle, documentaire de Camille Froidevaux-Metterie et Laurent Metterie, sortie en juin 2020.

 

par Agathe Mercante et Vanina Delmas

Publié le 0501/2020

Rupture conventionnelle : ces trois nouveaux décrets qui liquident le statut de fonctionnaire

Alors que les fonctionnaires et en premier lieu les enseignants sont massivement mobilisés contre la réforme des retraites, des décrets viennent détruire la fonction publique en ce début 2020 : rupture conventionnelle, abrogation des indemnités de départ volontaire et ouverture de postes de direction aux non-fonctionnaires

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Anna Ky (site revolutionpermanente.fr)

 

La loi de « transformation du service public » adoptée en août 2019 est une véritable entreprise de destruction du service public. Alors que des pans entiers de la fonction public sont mobilisés depuis le 5 décembre contre la réforme des retraites, et en première ligne les enseignants qui dénoncent également des conditions de travail qui se dégradent considérablement, trois décrets issus de cette loi viennent d’entrer en vigueur.

Si dans ce contexte de polarisation croissante le gouvernement avait cherché à éviter de mettre de l’huile sur le feu en repoussant l’entrée en vigueur de la réforme des APL, il signe une véritable déclaration de guerre avec ces nouveaux décrets. En effet, depuis le 1er janvier, les administrations de l’État, des collectivités territoriales et des établissements hospitaliers peuvent désormais avoir recours à des « ruptures conventionnelles », jusqu’alors uniquement en vigueur dans le privé. Une phase de test qui court jusqu’au 31 décembre 2025 et qui ouvre la possibilité de licenciements massifs dans la fonction publique, sous couvert de rupture de contrat « à l’amiable ».

Dans la théorie, la rupture conventionnelle permet au salarié et son employeur de convenir, d’un commun accord, d’une rupture du contrat de travail. Mais cette définition part d’un principe d’égalité entre patron et employé, alors que dans les faits, évidemment, il n’en est rien. Cette nouvelle arme dans l’arsenal des employeurs ouvre en réalité la voie à une pression et un harcèlement croissant sur les travailleurs de la fonction publique pour qu’ils « acceptent » ce type de rupture de contrat. La loi en elle-même attaque au cœur le statut de fonctionnaire, facilite l’externalisation, la privatisation et les licenciements.

Ces mesures, nouvellement en vigueur, réduisent aussi considérablement les indemnités de départ volontaire qui étaient envisageables dans les services en restructuration. Jusqu’alors, l’indemnité de départ volontaire était envisageable dès 5 ans d’ancienneté avec 12 mois de salaire brut et jusqu’à 26 mois de salaire brut pour les carrières allant au delà de 25 ans d’ancienneté. Avec la rupture conventionnelle, l’indemnité de rupture conventionnelle sera désormais de 25% de rémunération mensuelle brute par année d’ancienneté : autrement dit, avec 5 ans d’ancienneté, l’indemnité de rupture équivaudra à 1,25 mois de salaire brut ! Elle sera de plus plafonnée à maximum 24 mois de salaire brut pour les carrières au delà de 25 ans d’ancienneté.

Elles ouvrent aussi les postes de direction à des non-fonctionnaires, sont une véritable provocation à l’encontre des travailleurs de la fonction publique. Le néo-management à la France Télécom s’insère par la force dans la fonction publique : les fonctionnaires pourront donc être gérés par des manager, n’ayant passé aucun concours, ni prêter allégeance au service public. Il s’agit d’une attaque en règle du statut de fonctionnaire, à l’heure où les enseignants mais aussi les travailleurs de l’hôpital, dénoncent des conditions de travail dramatiques et qui ne cessent de se dégrader.

Avec ces nouveaux décrets, Macron et le gouvernement ont clairement désigné leurs cibles, puisqu’on notera que les fonctionnaires dans les domaines régaliens, et en particulier les policiers, sont encore une fois épargnés par ces mesures. Cette attaque, après les vœux de Macron, est un nouveau signe que le gouvernement compte mener coûte que coûte l’agenda de ses contre-réformes.

Alors que les travailleurs de l’éducation nationale se sont massivement mobilisés au côté notamment des grévistes de la RATP et de la SNCF depuis le 5 décembre, ces nouvelles attaques d’ampleur doivent être combattues au même titre que la réforme des retraites. Il s’agit de nouvelles mesures qui visent à niveler par le bas l’ensemble de nos conditions de travail, et d’une nouvelle preuve du mépris du gouvernement. Les prochains jours seront déterminants dans le conflit engagé contre Macron et son monde, et l’ensemble du monde du travail doit peser de toutes ses forces pour enfin mettre un coup d’arrêt à ce gouvernement des riches.

Publié le 04/01/2020

 

Patrick Vignal reçoit les syndicats : réaction de Serge Ragazzacci, et explications du député marcheur

Par

Jean-Philippe Vallespir (site lemouvement.info)

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Patrick Vignal, le député LaREM a, semble-t-il, souhaité jouer les conciliateurs, le samedi 28 décembre dans sa permanence de Montpellier avec une délégation de plusieurs représentants syndicaux, pour parler grève, et réforme des retraites.

Contexte : le candidat à la mairie de Montpellier affichant toujours sa bonne volonté à comprendre, et à faire remonter les informations à Paris, aurait demandé selon le Midi Libre : « une note écrite des revendications, » aux représentants des syndicats, après plus d’une heure d’entretien. Bref, après l’oral, l’écrit.

23 revendications de Gilets Jaunes en 2018

Un peu comme pour les Gilets Jaunes qu’il avait reçus en décembre 2018 dans cette même permanence, et qui lui avaient laissé 23 revendications. Quid de celles-ci plus d’un an après ? Et quid de l’intérêt de lui laisser une note écrite, aujourd’hui en 2019 ?

VOIR AUSSI : Patrick Vignal, député LREM, a reçu les gilets jaunes samedi 1er décembre 2018 : « arrêtons de parler de pédagogie, des actes »

Mais l’entretien qu’a eu Patrick Vignal avec les syndicats ce week-end aura eu pour effet une présence TV matinale, dès le lendemain dimanche 29 décembre 8h20, alors que « son » président Emmanuel Macron est en repos au fort de Brégançon. Sur BFM, le député montpelliérain, parle de « mondes parallèles » en introduction. Comme à son habitude, sourire, bonne humeur et compliments à tout va, sont au rendez-vous, mais lorsqu’il s’agit d’éclaircir la notion de capitalisation grâce à une question de fond de la journaliste Perrine Storme, sur la relation entre la réforme des retraites, et la loi PACTE, le candidat aux municipales 2020 botte plutôt en touche. En effet, la Loi PACTE (Plan D’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises) est aussi l’opportunité d’une réforme importante de tous les dispositifs d’épargne retraite supplémentaire. Des dispositions visant à améliorer l’épargne retraite, l’épargne salariale, le plan d’épargne en actions et l’assurance vie y sont prévues, et entreront en vigueur normalement, en 2020.

« Une posture politique qui est malsaine… »

Selon Métropolitain, le député aurait eu ces affirmations étonnantes : « il y a une posture politique qui est malsaine, des syndicats qui veulent se refaire la cerise, car les Gilets Jaunes leur ont volé la vedette, et d’ailleurs la base ne soutient plus les responsables […] la démocratie sort abimée. » Et peut-être plus maladroit : « Avec la CGT, je ne vois pas comment on pourra recoller les morceaux. » Même partition jouée par le secrétaire d’État chargé des Transports Jean-Baptiste Djebbari, avec Philippe Martinez, Secrétaire général de la CGT. Puis, en mode méthode Coué : « progressivement, nos enfants auront un système à points qui fonctionnera ». On pourrait aussi y voir ici une forme de PNL, Programmation Neuro Linguistique, « formidable » méthode de communication et de thérapie brève. En mêlant la notion d’enfant, qu’évidemment l’on souhaite tous protéger, et l’idée d’une réussite avec un système qui fonctionnera plus tard, l’orateur installe l’idée que la réforme est une réforme juste pour l’avenir, et simplement incomprise par des Français trop « roumégaïs », comme il dit. Comprendre ronchonneurs.

Est-ce que vouloir résumer un désaccord fondamental à du mauvais caractère, ne ressemblerait pas à une forme de mauvaise fois contrôlée, pour servir une astucieuse communication ? Est-ce qu’il suffit d’affirmer des choses avec sympathie, pour donner aux paroles un bon sens, qu’elles n’ont peut-être pas ?

Interrogations légitimes qui nécessitent dans un souci d’équilibre d’interviewer le secrétaire départemental de la CGT, et de questionner le député marcheur.

Questions à Serge Ragazzacci, secrétaire départemental de la CGT UD34 : 

Le député a-t-il fait preuve d’ouverture, et de compréhension pour montrer son envie de jouer un vrai rôle de médiateur ?

Je dois dire que, j’ai été assez surpris des suites données à cette discussion qui a eu lieu samedi à Montpellier. Effectivement, quand il a su que nous organisions un rassemblement, il a proposé de recevoir une délégation. Ce qui est plutôt positif. Ce que nous constatons c’est une situation de blocage dans le pays, avec le gouvernement.

Comme cela s’est fait partout en France, la CGT a voulu rencontrer les députés pour mettre sur la table nos propositions de façon à sortir de cette situation de blocage. Ce qui nous a étonnés c’est la suite qu’il a donnée à cette discussion […] il a jugé qu’il n’y avait pas à discuter avec la CGT […] Je croyais qu’il était issu d’une majorité qui s’était pourtant promis de mettre des passerelles entre les mondes parallèles. Car à l’époque, quand Emmanuel Macron parlait de déconnexion, il parlait de déconnexion avec les élus, avec les élites et le peuple. Et il y avait bien une promesse d’écouter ce qui se passait sur le terrain. Donc les déclarations de Patrick Vignal nous étonnent très fortement… Et je trouve cela vraiment choquant de la part d’un député de la République.

Pourquoi selon vous, Patrick Vignal joue à distribuer le rôle de mauvais élève à la CGT, et s’amuse à donner en quelques sortes des bons points aux autres syndicats ?

Écoutez, je crois qu’il s’égare dans ses propos. Quand il dit : on ne peut pas discuter avec la CGT. Nos positions : elles sont connues et nos engagements sont constants. Nous ne sommes pas sur des positions opportunistes ni versatiles. On a connu un Patrick Vignal beaucoup plus enclin à être un peu plus pondéré, dans la majorité Macron, mais également quand il était encore socialiste. On peut s’interroger sur la conjoncture, est ce que le fait d’avoir eu l’investiture le pousse à jouer sur le CGT Bashing ? En tous cas, ce n’est pas une bonne idée qu’a eue Patrick Vignal.

Y a-t-il quelque chose à retenir dans cette posture de fin d’année d’un député LaRem de l’Hérault, et à quoi servirait de lui laisser une note écrite des revendications, alors qu’il semble fabriquer avec efficacité du marketing politique ?

Ce qui m’inquiète dans cette fin d’année 2019, c’est l’absence d’écoute de la part d’un gouvernement, de ses représentants et en particulier des députés. Ce qui veut dire que ce conflit va se prolonger […] Ils ne vont pas s’en sortir par des pirouettes.

Et après, pour la posture de Patrick Vignal, il va avoir une réponse écrite de la CGT. On va la rendre publique. Je considère qu’en démocratie, on ne peut pas manquer de respect à un syndicat et à ses engagements. Je rappelle notre préoccupation, les années 2020 et 2021 vont être ponctuées de rendez-vous électoraux. Ce qui nous inquiète, et qui guette notre pays, faute de perspectives sociales, c’est la montée de l’extrême droite et du fascisme. On ne peut pas jouer avec ça. On va lui rappeler un certain nombre de choses. Je ne me suis pas couché un soir socialiste, et réveillé le lendemain matin ultra-libéral. S’il y a quelqu’un avec qui on peut discuter, c’est la CGT parce qu’on est fidèle dans nos engagements.

Je l’invite à revoir sa tonalité. Ce n’est pas très correct, ni très honnête, alors que c’est lui qui a souhaité recevoir une délégation, et ensuite l’utiliser à des fins politiciennes de cette façon. C’est important de mettre un peu plus de hauteur. […] Et ce qu’il oublie Patrick Vignal, c’est que l’ensemble des propositions de tous les syndicats sont sur la table depuis de nombreux mois, et que le gouvernement en a pleinement connaissance.

Ce n’est pas le rôle d’un homme politique que de faire des petites phrases pour essayer de masquer la réalité. Aujourd’hui, il y a un gouvernement qui a décidé de passer en force avec ce projet, et qui n’écoute pas l’ensemble des représentants des organisations syndicales.


Questions à Patrick Vignal, député de la 9e circonscription de l’Hérault

On peut dire que vous avez fait un peu de « CGT bashing » ? Vous avez aussi demandé aux représentants des syndicats présents de vous remettre une note écrite. Que deviendra-t-elle ?

D’abord je n’ai pas fait de « CGT Bashing. »  Je suis le seul député de l’Hérault à les avoir reçus. Parce que j’estime que dans cette période difficile, c’est mon devoir de recevoir les gens […] on a eu un dialogue apaisé, on n’est pas d’accord […] moi j’estime que la réforme à points est importante, elle est universelle, après il lui faut des aménagements…

Alors on reçoit les gens, mais il n’y a pas d’écrits […] Je m’engage à écrire pour les enseignants à Blanquer, et à envoyer effectivement à mon gouvernement les retours de la CGT. Et je le ferai, parce que je suis un homme de parole.

Le gouvernement commence à céder pour certaines professions, comme par exemple les policiers, et pas pour d’autres, cette situation de blocage peut donc sembler justifiée ?

Je suis désolé, ce n’est pas céder. Comment, on peut passer de 42 régimes différents à un seul régime comme ça, d’un coup de baguette ? Il faut du temps, et je le dis dans ma majorité, et je veux bien d’ailleurs que l’on revienne sur l’âge pivot […] Je trouve, et j’en prends ma part, qu’on ne sait pas assez dialoguer, il faudra du temps.

Alors, oui vous dites vouloir dialoguer, mais à l’antenne de BFMTV vous affirmez « on est dans des mondes parallèles avec la CGT »…

Aujourd’hui la CGT dit : vous retirez le système à points. Moi je leur dis non : on peut avoir le système à points, et comment voulez-vous qu’on l’amende ? Donc, c’est vrai qu’on est dans deux mondes différents. Et je vois bien les positions de Philippe Martinez, pour eux : c’est niet. Et moi, je donne un signal à ma majorité, on pourrait continuer à dialoguer, et voir les chemins de convergence qu’on peut avoir avec la CGT.

Justement votre travail en tant que député, c’est aussi de fabriquer la loi. Est-ce qu’on peut s’attendre à un amendement « Vignal », sur le projet de loi de la réforme des retraites ?

Écoutez, moi je leur ai dit clairement. On ne peut pas réformer la France en ayant tous les syndicats dos à dos, c’est impossible […] Moi, je peux vous dire que ça va bouger, qu’on est un groupe de députés, et qu’on ne peut pas réformer contre tout le pays. Donc nous allons demander qu’il y ait des aménagements, et je l’assume.

 

<Oublié le 02/01/2020

Voeux présidentiels : Macron inflexible, généraliser la grève pour 2020 !

Dans son allocution de fin d’année, Emmanuel Macron a affirmé sa fermeté pour imposer sa réforme des retraites. Pas de surprise bien sûr, dans un discours qui ne manquera pas d’attiser la colère. Pas de compromis possible, généralisons la grève !

 

Julian Vadis (site revlutionpermanente.fr)

 

Silencieux depuis le début de la bataille contre la réforme des retraites, Emmanuel Macron été attendu au tournant pour le traditionnel discours présidentiel du 31 décembre. Sans surprise, le président a tenu la ligne défendu par le gouvernement depuis le début de la mobilisation.

Commençant son discours par une ode aux militaires, aux policiers ou encore aux pompiers, Emmanuel Macron a embrayé sur une première provocation. Alors que les Gilets jaunes comptent des milliers de blessés et de mutilé, Macron a osé parler d’un « dialogue respectueux et républicain », en référence à son one man show tout autour de l’hexagone, sous le sigle du Grand Débat. Sur le terrain de l’emploi, Macron a cherché à défendre son bilan, osant même parler « d’usines qui rouvre » : Les salariés de Ford ou de Whirlpool apprécieront…

« La réforme des retraites sera mené à son terme » : On parie ?

Reprenant au quasi-mot près la propagande du gouvernement, Emmanuel Macron a déclaré la guerre aux travailleurs : « La réforme des retraites sera mené à son terme »a t-il affirmé, ressortant une série de mot clé répété jusqu’à plus soif par les ministres et députés macronistes, enchaînant les fakes news, sur la question des retraites des femmes, des commerçants ou bien encore des agriculteurs et sur une réforme garantissant « l’égalité » et « l’équité ».

En soi, le discours de Macron a alterné entre une posture de fermeté totale et une série de « punchline », si l’on peut dire, sur la question de l’unité nationale, cherchant à dénoncer les prétendus « mensonges » des grévistes et appelant à « l’apaisement » et à des négociations pour trouver un compromis, quand dans le même temps la répression frappe fort sur les piquets de grève, en particulier à la RATP.

« Je ne céderai rien au pessimiste » a affirmé Macron, martelant ne pas avoir « le droit de céder à la fatalité ». Le message est clair : Le président reste droit dans ses bottes, et entend continuer de jouer la carte du pourrissement pour passer en force. Au final, nous ne pouvons être d’accord avec une phrase de Macron. « Nous n’avons pas le droit de céder à cette fatalité » : Message reçu, « pour l’honneur des travailleurs, et pour un monde meilleur », amplifions la grève et poursuivons le combat jusqu’au retrait de la réforme !

<Publié le 01/01/2020

Afrique de l’ouest. « Avec l’eco de Macron et Ouattara, seul le nom change »

 

Rosa Moussaoui (site humanite.fr)

 

Pour l’économiste sénégalais Demba Moussa Dembele, le glissement annoncé du franc CFA vers l’eco perpétue la tutelle économique et monétaire de Paris sur ses ex-colonies d’Afrique de l’Ouest.
Demba Moussa Dembele

Demba Moussa Dembele

Économiste, directeur du Forum africain des alternatives

Que change, pour les pays d’Afrique de l’Ouest qui l’utilisent, le remplacement du franc CFA par une nouvelle monnaie, l’eco, annoncé par Emmanuel Macron et Alassane Ouattara le 21 décembre à Abidjan ?

DEMBA MOUSSA DEMBELE Ce que Macron et Ouattara ont entériné à Abidjan diffère de ce que les chefs de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ont décidé le 29 juin 2019 à Abuja, au Nigeria, en s’accordant sur l’objectif, pour 2020, d’une monnaie unique baptisée eco, avec un taux de change flexible, excluant toute tutelle extérieure, qu’elle soit le fait d’un pays ou d’une institution. Il s’agissait alors de donner corps à une monnaie souveraine, placée sous le contrôle des quinze pays de la Cédéao. L’annonce des présidents français et ivoirien est tout autre : elle ne concerne pour l’heure que les huit pays de l’actuelle zone franc. L’eco tel qu’ils le conçoivent serait arrimé à l’euro, avec un taux de change fixe, comme c’est actuellement le cas pour le franc CFA. Enfin, la France conserverait le rôle de garant de cette monnaie, ce qui la place en position de dicter aux pays concernés leurs politiques économiques.

Le Ghana vient d’exprimer sa volonté de rejoindre cette future zone eco : il en serait alors la première économie, devant la Côte d’Ivoire. Dans une telle configuration, cette nouvelle monnaie ne se limiterait plus au « pré carré français »…

DEMBA MOUSSA DEMBELE Alassane Ouattara affirme lui-même que seuls les huit pays de l’actuelle zone franc CFA sont pour l’heure appelés à rejoindre son eco. Nous verrons bien ce que fera le Ghana. Pour l’instant, aucun pays, à l’exception, dit-on, du Togo, n’est en mesure de remplir les critères de convergences qu’exigerait l’adoption de cette monnaie unique : déficit inférieur à 3 % du PIB, dette publique en dessous de 70 % du PIB.

Le franc CFA est arrimé à l’euro selon une parité fixe décidée par la France, qui apporte à cette monnaie une garantie de convertibilité illimitée. En contrepartie, les pays de la zone franc ont l’obligation de déposer 50 % de leurs réserves de change au Trésor français. Cette garantie, reconduite avec l’eco, fonctionne-t-elle dans les faits ?

DEMBA MOUSSA DEMBELE Cette garantie est censée permettre à un pays en mal de réserve de changes de continuer à commercer avec le reste du monde. Dans les faits, cette garantie ne s’est exercée que sur une très brève période, avant la dévaluation de 50 % imposée par Paris en 1994. Ce rôle de « garant » dont se prévaut la France lui donne surtout un droit de regard sur les choix économiques des pays de la zone franc. Le vrai problème, c’est que l’on cherche à diviser les pays de la Cédéao. Pour l’instant, le Nigeria se méfie de ce glissement du franc CFA vers l’eco, dans les conditions posées par Ouattara et Macron. Or ce pays représente 70 % du PIB de la Cédéao. Quel sens aurait cette monnaie si elle n’incluait pas la première économie de la région ?

Qu’implique cet arrimage à l’euro ?

DEMBA MOUSSA DEMBELE Les fondamentaux ne changent pas. La garantie du Trésor français, le taux de change fixe, l’arrimage à l’euro ; ma liberté de transfert des capitaux entre nos pays et la France restent les piliers de cette « coopération » qui nous prive de souveraineté monétaire. Le taux de change fixe avec l’euro implique que la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bcéao) suive les politiques de la Banque centrale européenne (BCE) en donnant la priorité à la lutte contre l’inflation. Ce qui est absurde : le fonctionnement de nos économies, les défis qui leur sont posés ne sont pas ceux des économies européennes ! Nous avons besoin de bâtir des capacités de production, d’investir, de créer des emplois pour les jeunes qui prennent, pour l’heure, le chemin de l’exil et se noient en Méditerranée. Avec ce passage annoncé du franc CFA à l’euro, seul le nom change. Les mêmes politiques, celles qui entravent le développement de nos pays, seront reconduites.

Comment imaginer alors une transition vers une monnaie commune débarrassée des tutelles extérieures, maîtrisée par les pays d’Afrique de l’Ouest ?

DEMBA MOUSSA DEMBELE Le projet de monnaie unique initialement porté par la Cédéao visait la souveraineté monétaire et le développement des échanges entre les pays de la région, qui compte aujourd’hui huit monnaies différentes. Il s’agissait de renforcer l’intégration sous-régionale pour aller vers des politiques communes d’investissement sur les terrains industriel, agricole, énergétique. Un tel processus aurait été utile à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest, mais aussi du continent entier. Tout n’est pas encore joué : des négociations se mènent, la pression populaire reste forte pour rompre avec la servitude monétaire et la tutelle française que perpétuerait l’eco voulu par Macron et Ouattara.

 

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui

Publié le 31/12/2019

L’incroyable acharnement judiciaire contre Roland Veuillet, syndicaliste et gilet jaune emblématique de Nîmes

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Le 27 mai 2016 à Lunel, face à Roland Veuillet, Emmanuel Macron a déclaré : "La meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler".

Roland Veuillet, militant nîmois anticapitaliste, est actuellement en détention provisoire à Nîmes dans l’attente de son procès le 9 janvier, notamment pour outrage. Syndicaliste infatigable, gilet jaune convaincu, il n’hésite pas à se mettre en grève de la faim et à courir des milliers de kilomètres pour faire respecter les droits des travailleurs et des travailleuses, quitte à subir les foudres de la police et des tribunaux. Retour sur son parcours répressif hors-norme.

 

50 jours de grève de la faim contre une mutation forcée

En 2003, Roland est CPE au lycée Dhuoda de Nîmes et les surveillants font grève pour protester contre des réformes durcissant leurs conditions de travail. Le proviseur lui demande de remplacer les grévistes, mais en l’absence d’ordre de réquisition du personnel, Roland, syndiqué à Sud Éducation, refuse. Il passe en conseil disciplinaire et est muté à Lyon mais le poste qu’on lui propose est fantôme ; il passe ses journées sans n’avoir aucune tâche à effectuer. Pour dénoncer cette répression syndicale, il entame alors des courses entre 2003 et 2012, à Nîmes, Lyon, Paris, et Strasbourg. Il revendique avoir couru 40 000 kilomètres en 51 « arbitrairathons », soit l’équivalent du tour de la Terre. Les autorités lui proposent de demander une nouvelle mutation, mais Roland refuse et exige la levée de sa sanction. Déterminé, il entame plusieurs grèves de la faim, dont une de cinquante jours. Il obtient la levée de sa sanction et est réintégré dans le Gard en 2014. Il continue à se mobiliser, notamment en 2016 contre la loi travail, et lors du passage d’Emmanuel Macron à Lunel, il invective avec un camarade le futur président, qui répond : « La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler ».

 

Interpellé lors de son procès, perquisitionné, incarcéré

Dès novembre 2018, Roland Veuillet s’investit aux côtés des gilets jaunes. En juin 2019, il comparait pour entrave à la circulation et participation à un attroupement après sommation de se disperser, des délits datant de décembre 2018. À la barre, le tribunal annonce le report de l’audience. Roland proteste vigoureusement, le slogan « police partout, justice nulle part » retentit dans la salle, où les soutiens de Roland sont nombreux. Il est interpellé dans le tribunal, et placé en garde à vue. Début novembre 2019, Roland porte plainte contre un sergent-chef pour des menaces lors d’un rassemblement devant la préfecture de Nîmes. Fin novembre 2019, Roland repasse en procès, pour participation à un rassemblement non autorisé remontant à juin. Lors de cette manifestation interdite, une dizaine de personnes avaient été interpellées, mais seul Roland a été placé en garde à vue. Le tribunal annonce une nouvelle fois un report, mais Roland refuse de quitter la salle, avant d’être sorti de force, sous les yeux de ses soutiens. Le procès est reporté à début avril 2020.

 

Toujours fin novembre 2019, Roland est perquisitionné par des policiers de la brigade anticriminalité. Roland n’étant pas chez lui, les policiers se redirigent chez une amie, qui refuse de leur ouvrir. Ses soutiens gilets jaunes se rassemblent devant la préfecture de Nîmes. Début décembre 2019, Roland se rend au commissariat de Bernis pour porter plainte pour la fracture de sa porte. À la sortie du commissariat, la BAC de Nîmes l’attend. Roland est placé en garde à vue pour outrage, mais le motif officiel de son arrestation étant « flagrant délit », il fini par être libéré pour vice de procédure. Roland porte de nouveau plainte, contre le commissariat de Nîmes, pour arrestation illégale, et contre des policiers pour menaces lors de la garde à vue. Dans sa lettre adressée au procureur de la République, Roland s’indigne de la différence de traitement entre sa plainte et celle du policier, et affirme avoir été insulté pendant sa garde à vue par un policier ivre qui l’aurait notamment menacé de la sorte : « Si c’était dans un autre commissariat, ça se serait passé autrement », en brandissant son poing et son arme de service.

 

Le 10 décembre, Roland est interpellé au retour d’une manifestation par une dizaine de policiers. Il est placé en garde à vue, déféré au parquet, présenté en comparution immédiate le 12 décembre pour outrage, intimidation sur une personne dépositaire de l’autorité publique, entrave à la circulation, trouble à l’ordre public, et port d’arme, en l’occurrence un tournevis. Lors du procès, Roland refuse de répondre aux questions du juge et lui tourne le dos en répétant qu’il est un prisonnier politique. La cour demande un huis clos. Dans la salle, une militante demande à Roland : – « On sort ? »« Non, couchez-vous ! » répond l’accusé, en se couchant aussitôt. La salle est évacuée, Roland est expulsé et placé en détention provisoire à la maison d’arrêt de Nîmes en attendant son procès prévu pour le 9 janvier. Le syndicaliste et gilet jaune annonce qu’il se met immédiatement en grève de la soif et de la faim.

 

Comité de libération

Le soir même, une cinquantaine de personnes se rassemblent devant la prison de Nîmes. Des rassemblements similaires se tiennent régulièrement, le dernier datant du 23 décembre. Son comité de libération appelle à signer cette pétition, et des témoignages sont recueillis pour étayer une plainte collective à l’encontre de l’un des policiers contre lequel Roland a porté plainte. Les avocats dénoncent aussi un vice de procédure puisqu’il n’était pas dans la salle d’audience lorsque son placement en détention provisoire a été prononcé. Une demande de remise en liberté sera examinée le 26 décembre. Roland Veuillet a arrêté sa grève de la soif, mais il continue la grève de la faim et il aurait déjà perdu une douzaine de kilos. Son hospitalisation aurait été réclamée. Le comité exige « la libération immédiate de Roland Veuillet et le dépaysement de son procès hors du Gard, afin d’éviter les pressions implicites du pouvoir policier nuisant aux exigences d’impartialité et de sérénité de la justice. […] Cet appel concerne toutes celles et tous ceux qui sont attachés à la préservation du minimum d’État de droit conquis par les luttes émancipatrices du passé, quelles que soient leurs convictions politiques ou leur positionnement quant au mouvement des Gilets Jaunes ».

 

Le Poing soutient pleinement cet appel. Affaire à suivre.

Publié le 30/12/2019

Retraites : des danseurs de l'Opéra de Paris refusent la "clause du grand-père"

Par LEXPRESS.fr avec AFP ,  (site express.fr)

Des danseuses de l'opéra de Paris dansent sur le parvis du palais Garnier contre la réforme des retraites, le 24 décembre 2019

afp.com/ludovic MARIN

Les "petits rats" partent actuellement à la retraite à 42 ans. La réforme ne toucherait que ceux recrutés après 2022. Dans un billet, plusieurs danseurs la refusent.

Ils s'étaient mobilisés jusqu'à danser une partie de ballet en public sur le parvis de l'Opéra de Paris. Le gouvernement a proposé aux danseurs d'Opéra de Paris, en grève contre le projet de réforme des retraites, que le nouveau texte entre en vigueur seulement pour les danseurs recrutés à partir de 2022.  

"La réforme entrera en vigueur pour les danseurs recrutés après le 1er janvier 2022, tandis que les règles actuelles seront maintenues pour les danseurs recrutés avant cette date", écrivent le ministre de la Culture Franck Riester et le secrétaire d'État chargé des retraites Laurent Pietraszewski dans un courrier du 23 décembre adressé au directeur général de l'Opéra de Paris Stéphane Lissner, révélé par Les Echos.  

Fin de non-recevoir des danseurs

Dans un texte publié le lendemain et partagé sur Facebook par plusieurs danseurs de l'Opéra, ces derniers opposent une fin de non-recevoir au gouvernement. "Il nous est proposé d'échapper personnellement aux mesures, pour ne les voir appliquées qu'aux prochaines générations. Mais nous ne sommes qu'un petit maillon dans une chaîne vieille de 350 ans. Cette chaîne doit se prolonger loin dans le futur : nous ne pouvons pas être la génération qui aura sacrifié les suivantes", écrivent-ils dans un "communiqué collectif". 

 

Publié le 28/12/2019

Elisabeth Borne en vacances au Maroc et des agents RATP-SNCF au piquet de grève

La ministre des Transports s'est octroyée une petite escapade pour les vacances de fin d'année et pas n'importe où...à Marrakech. C'est sûr qu'une telle destination préservera Elisabeth Borne des tracas de la vie parisienne et surtout des grèves qui secouent le pays depuis maintenant trois semaines.

 

Wael Mejrissi, correspondant RATP (site revolutionpermanente.fr)

 

Mais est-il normal qu’une ministre des Transports quitte le continent, même quelques jours seulement, alors que son ministère fait face à un mouvement social de très grande ampleur ? La question se pose très légitimement. Une ministre des Transports qui s’absente du territoire national lorsque celui-ci est frappé par des transports à l’arrêt dans une période charnière du mouvement paraît complètement surréaliste, et ce du point de vue des intérêts qu’elle défend, et démontre, à tout le moins, un détachement sinon un mépris totalement décomplexé face à une effervescence populaire qui fera date dans l’histoire des luttes.

Comment imaginer que cette polytechnicienne ait montré autant de légèreté dans un contexte socialement explosif ? A l’évidence, on comprend à travers cette virée au pays de l’Atlas que cette macroniste de la première heure a troqué son tablier de ministre contre une tenue plus détendue sous un soleil radieux, des températures agréables et un hôtel, on suppose, de très bonne facture dans tous les sens du terme.

Rappelons qu’Elisabeth Borne fut un temps la PDG de la RATP et autant dire que les salariés de l’entreprise publique de transport ne la regrettent aucunement lorsqu’ils voient le mépris qu’elle affiche vis-à-vis des travailleurs, ignorant de facto que les grèves relèvent directement de son périmètre d’action. L’erreur de jugement de madame Borne est manifeste mais son salaire et ses émoluments, eux, sont réels et ne manqueront pas d’apparaître sur ses comptes bancaires à la fin du mois au grand dam des grévistes qui, eux, se saignent aux quatre veines pour défendre la retraite de tous.

De Benalla à Delevoye en passant par De Rugy, le tableau de chasse de la macronie est déjà bien chargé et rien ne dit que la liste est terminée. Il faudra en tout cas rajouter le nom d’Elisabeth Borne à ce triste palmarès de personnages complètement déconnectés de la réalité même de la lutte de classe qui dure depuis 4 semaine maintenant dans le pays. Une réalité bien amère et bien loin des douceurs dans lesquelles se pavane notre onéreuse ministre des Transports.

 

Publié le 27/12/2019

Énorme pensée pour les prisonniers devant la maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Rendez-vous exceptionnel, brillamment tenu au soir de Noël devant la prison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone, à quelques kilomètres de Montpellier. Nouvel appel pour le 31.

 

18h, ce mercredi 25 décembre sur le petit parking en face de l’entrée de la maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone. Pendant que les familles ramènent derrière les barreaux les bénéficiaires de semi-libertés, un rassemblement solidaire avec les détenus est en train de se former. Exceptionnellement, il y en aura donc trois pour ce mois de décembre 2019 : celui habituel du premier dimanche du mois, mais deux autres pour renforcer les marques de solidarité à l’occasion des fêtes de fin d’année.

 

Vers 18h20, la cohorte a pris place en bordure de l’échangeur de la route de Sète. Ils et elles y sont une quarantaine, que grossiront encore quelques retardataires, jusqu’à la cinquantaine. C’est un bon score. Foi de rédacteur du Poing qui connaît un peu son monde, on trouve là toute une quantité de visages renouvelés. Ça n’a rien d’un rendez-vous obligé de vieux militants endurcis. Dans cette ténacité inébranlable, cette capacité toujours réamorcée, c’est un nouveau signe qui ne trompe pas, de la profondeur et l’intensité inentamée du sentiment de révolte.

 

À l’heure présente, on estime à sept le nombre de gilets jaunes croupissant derrière les barreaux à cet endroit, condamnés ou en détention provisoire. Plusieurs cris surgiront des rangs pour saluer l’un des inculpés de l’acte 43 du 7 septembre, où une voiture de police municipale avait pris feu. Rendez-vous noté pour un procès le 3 janvier – cela dans le contexte des réquisitions gravissimes prises au procès du péage et de la gendarmerie de Narbonne (jusqu’à 5 ans ferme) et tandis que celui de Bessan s’annonce.

 

Pour toute une partie des protestataires réunis là, c’est tout autant le système pénitentiaire en tant que tel qu’il s’agit de combattre, sans discrimination des détenus sociaux au regard des « politiques ». Voilà qui résonne particulièrement dans la réalité sociale du mouvement des gilets jaunes.

 

18h25 : le concert de percussions de caillasses contre glissières débute. Particulièrement vigoureux, il dépasse la demi-heure, puis connaît quelques répliques, tandis qu’un tir de feu d’artifice le chapeaute royalement en son milieu. Les slogans du mouvement sont repris en cœur, non moins vigoureusement. Et malgré l’obscurité, la distance, de nombreux signes enthousiastes sont perceptibles depuis l’intérieur. Cela frôle l’entrée en dialogue, à travers des phrases trop vite moulinées par le vent.

Dans ces conditions, on mettra du temps à se séparer, bien après 19h, au terme d’un rassemblement particulièrement réussi. L’appel des fêtes a été entendu. Il faudra le relayer à nouveau pour la Saint-Sylvestre, 31 décembre, 18 heures.

Publié le 26/12/2019

Hommage rendu à Momo, à quand le prochain décès dans la rue à Montpellier ?

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Une soixantaine d’ami.e.s, et de professionnel.le.s solidaires ou d’anonymes ont marché en souvenir de Mohamed Boutahri. Deux autres SDF sont morts dans la rue le même mois. Droit au logement dénonce le scandale des sans logis.

Mohamed Boutahri, 30 ans, est décédé le 12 décembre dernier en début de soirée, square Planchon, à 100 mètres de la Comédie, 25 mètres de la gare Saint-Roch. Reda (dont nous ignorons le patronyme), 20 ans, jeune migrant, est décédé le 10 décembre à 1 heures du matin à proximité de la station de tram Odysseum. Cyrille Ouvrard, 34 ans, bien connu des services de secours pour ses crises d’épilepsie récurrentes, a été retrouvé mort sous un dégagement où il campait de longue date en bordure du Boulevard Victor Hugo, à 50 mètres de l’Opéra-Comédie, le matin du samedi 16 novembre.

Tout récemment dans Le Poing, on se gaussait d’un reportage diffusé le 12 décembre (jour du décès de Momo, en tête de la liste qui précède), qui voulait faire croire en Montpellier comme « Nouvelle Californie française ». En effet. On y est. C’est l’Amérique. Versant Bronx ; relégation sociale assurée, dans la société ultra compétitive du chacun pour soi seul contre tous, à deux minutes de l’espace public le plus prestigieux de la ville.

Là, ce mardi 24 décembre, un cortège se frayait un passage entre terrasses, manège grotesque en sapin à capsules, et blocs de béton bleus estampillés « M ». Il se dirigeait vers le lieu du décès de Mohamed Boutahri. Là, une longue salve d’applaudissements, spontanée et sans discours préalable, marquait le point final d’une marche en son hommage. S’applaudir d’être quand même là, en puissance humaine rassemblée. Contre l’inhumanité. Et bonjour Noël.

Pas d’autres manifestations sonores, si ce n’est quelques cris amicaux invoquant la mémoire de Mohamed Boutahri. Sur la soixantaine de personnes présentes, la plupart le connaissaient personnellement ; compagnes et compagnons d’infortune majoritairement, professionnels du social et de la santé impliqués, une poignée d’anonymes, une pincée de militants.

Momo était populaire. Les SDF sont aussi des figures en ville. Il n’en a pas manqué dans les cortèges gilets jaunes. La galaxie squatteuse du Royal Occupé se souvient de ses passages. La page Facebook de l’Association humanitaire de Montpellier s’est noircie de dizaines et dizaines de mentions émues lorsque son décès fut connu. C’est à la lisière de l’une de ses maraudes, dont il pouvait bénéficier tout en prêtant la main volontiers, qu’il s’est éteint. Par là s’est montée une cagnotte pour permettre ses obsèques de l’autre côté de la Méditerranée.

Les panonceaux brandis ce mardi brodaient sur cette personnalité, ses bons mots.« Garde la pêche, mais avale pas le noyau« , et tout l’humour assurant que « Momo n’était pas un chameau« , comme il riait lui-même, à propos de ses capacités d’absorption. Il en est quand-même un où est inscrit : « La rue tue. On ne veut plus dormir dehors« . La marche a débuté dans le quartier des hopitaux-facultés, depuis les locaux du centre d’accueil et d’accompagnement Axess, en prévention et réduction des risques pour les pratiques addictives.

La rue va souvent avec. Et réciproquement. Deux tiers de SDF comptent parmi le millier (un peu moins) que ce centre reçoit de façon régulière dans l’année. Dans la rue, on meurt à 48 ans, contre 80 pour le restant de la population. Le problème est social, sanitaire, moral. Il rejoint celui du mal-logement. Sans chercher midi sous la méthadone. La marche pour Momo n’était pas une manifestation. C’est à peine si on y a entendu, dans une seule bouche, un « allons sortir le maire de son bureau ! ». Car la question est là. Il y a des politiques menées. Il y a des responsables qui les mènent. Il y a les start-upeurs de la Californie française. Il y a les soutiers de la liquidation ultra-libérale.

Tout récemment créé, le comité montpelliérain de Droit au Logement a rappelé bien des données, par communiqué, en marge de la manifestation. Entre 3 000 et 4 000 personnes vivent à la rue à Montpellier. Est-ce titanesque, pour une métropole de surdoués créatifs ? 13 000 logements sont vacants à Montpellier. La loi dit que le maire a latitude pour procéder à des réquisition en cas de nécessité. Le préfet aussi.

On est passé sous ses fenêtres, on aurait pu songer à le sortir de son bureau. Dans un interview récent au Midi Libre, interrogé sur la question des squats – ce fléau venu de rien ? manipulé par des idéologues ? – il s’est satisfait d’agiter les récentes décisions de justice concluant à des expulsions, qu’il va suffire de mettre à exécution. Pour combien d’errants supplémentaires ? De famille en bidonvilles ? De morts à la rue ? Le problème de fond est très simple à saisir : dans la Californie française, le bâtiment va, frénétique, il explose, en tout-spéculatif, investissement privé locatif défiscalisé, etc.

En regard de quoi, seulement 25 % des nouveaux logements HLM sont dans la catégorie à prix réellement accessibles aux populations défavorisées. « Les collectivités, Etat, Conseil départemental, Mairie, Métropole gérent des dispositifs inefficients (115, SIAO, DALO, SIPLO, PLH, PDALPD, etc, etc » souligne encore le DAL. « On y pratique plus la « gestion de l’attente«  (pendant que la santé des sans-logis se dégrade, pendant qu’ils se marginalisent) plutôt que de chercher de véritables solutions de logement. Le plan « Le logement d’abord«  fait un flop, faute de volonté politique. La première des choses qu’on propose aux sans logis c’est d’aller ailleurs ».

En opposition à quoi, le DAL formule toute une série de mesures très techniques, que pourraient mettre en pratique des autorités publiques qui le décideraient, de sorte qu’un toit soit réellement un droit.

Publié le 23/12/2019

En manif avec la CFDT

(site rapportsdeforce.fr)

 

Les articles de Rapports de Force sont truffés de syndicalistes CGT, SUD, CNT… Pour une fois qu’on avait l’occasion d’interviewer le premier syndicat de France, la CFDT, on ne s’est pas privé. Reportage dans la manifestation du 17 décembre à Toulouse.

Qu’est-ce qui différencie un cortège CFDT d’un autre cortège syndical ? Pas nécessairement la moyenne d’âge, toute aussi élevée que dans certains cortèges CGT. Pas non plus la musique diffusée par le camion : un peu de Téléphone pour rêver d’un autre monde, un peu d’IAM, parce qu’on croit encore que ça fait jeune. Les slogans sont peut-être clamés avec moins de vigueur, mais ils sont rigoureusement les mêmes : « Les jeunes dans la misère, les vieux dans la galère, de cette société là, on n’en veut pas. »

Non, ce qui différencie le cortège orange (CFDT) devant et bleu ciel (UNSA) derrière, « c’est la culture », nous répète-t-on. La culture qui fait que les slogans sur les pancartes, « Âge Pivot = Âge Idiot », ont moins l’habitude d’être cinglants qu’ailleurs, la culture qui fait qu’on n’est pas CONTRE la réforme des retraites, mais POUR une réforme juste et équitable, la culture qui, enfin, fait qu’on a beau être le premier syndicat de France, on n’est finalement que quelques centaines dans la rue à l’arrière du cortège Toulousain.

« Pour nous, la grève est un échec, ça signifie qu’on n’a pas réussi à négocier », explique Joséphine. Gilet CFDT sur le dos, cette employée dans une clinique privée vit la manifestation comme une contrainte, « Ça ne me fait pas plaisir d’être ici, j’aurais préféré être tranquille chez moi à regarder Netflix. Mais ça fait vingt ans que je fais du syndicalisme et quand il faut y aller, moi j’y vais ». Ce 17 décembre est le premier jour d’appel à la mobilisation lancé par la CFDT depuis le début du conflit autour de la réforme des retraites, alors que l’intersyndicale SUD-CGT-FO-FSU appelle à la grève depuis le 5 décembre. Ce n’est qu’après les annonces d’Édouard Philippe que le syndicat réformiste est rentré dans la danse, sans toutefois rejoindre l’intersyndicale.

« Nous savons qu’il faut une réforme des retraites, mais nous ne voulons pas de ce qu’en a fait Macron », assure Myriam, la belle-sœur de Joséphine, elle aussi à la CFDT mais dans l’hôpital public. Leurs revendications sont claires, elles sont d’ailleurs inscrites sur la banderole de tête, co-siglée CFDT, CFTC, FAGE (syndicat étudiant) et UNSA : négociation sur la pénibilité, pension minimum égale au SMIC, refus de l’âge pivot. Pour ce qui est du reste, le syndicat approuve : « Allez dire à un maçon que son métier est moins pénible que celui d’un cheminot, qu’il doit partir à la retraite plus tard. Vous allez voir comment vous allez être reçu. Les cheminots manifestent pour conserver leurs privilèges, nous ne voulons plus de ça », conclut Joséphine.

« Réformistes mais pas naïfs »

Pourtant à deux pas d’elle, la CFDT cheminot, qui a appelé à la grève avant le 5 décembre est bien présente dans le cortège orangé. « J’en suis à 10 jours de grève », précise Johann Bedel-Navarro, secrétaire général adjoint de la CFDT Cheminot Occitanie. « Dire que nous nous battons pour le maintien de notre régime spécial, alors que nous l’avons perdu en même temps que notre statut en 2018, est faux. Et lorsque ce genre de mot d’ordre provient d’une organisation syndicale, c’est une hypocrisie. Ce que nous voulons, c’est la clause grand-père : aucun cheminot au statut ne doit se voir appliquer la nouvelle réforme, même s’il est né avant 1975. La confédération comprend très bien cela et nous soutient », détaille ce jeune contrôleur. « Je vous assure que si on obtient la clause il n’y aura plus autant de cheminots en grève et dans la rue mais en attendant, il n’y aura pas de trêve de Noël. On est malheureusement dans le conflit. » Souriant, débit posé et barbe de deux jours, Johann Bedel-Navarro n’est pas un inconnu à Toulouse, il figure sur la liste de Nadia Pellefigue, conseillère régionale socialiste qui se présente sans étiquette pour les municipales de 2020. 

Le cheminot n’est pas le seul du cortège à avoir participé à la manifestation du 5 décembre, Christian Duffau, manager au SAV d’EDF et syndiqué CFDT y était aussi. « La retraite à points, pourquoi pas, mais ne pas connaître la valeur des points, savoir que celle-ci peut changer, ça non. » Rentré à EDF en 1983, il lui fallait, à l’époque 37.5 années de cotisation pour avoir sa retraite à taux plein. « Je sais très bien que les lois peuvent changer, et que le soi-disant contrôle des syndicats sur la valeur des points n’est pas un garde-fou suffisant. On est réformistes mais pas naïfs », sourit-il.

Dans le cortège, on croise enfin Ingrid Nfifi, documentaliste chez Milan Presse et déléguée syndicale CFDT. « Je suis rentrée à la CFDT parce que la déléguée syndicale qu’il y avait avant moi était celle qui représentait le mieux mes valeurs. On pense que c’est par la négociation qu’on arrive à obtenir des droits ». Quand on lui demande pourquoi le premier syndicat de France ne réussit pas à mettre plus de gens dans la rue, elle ne sait pas vraiment quoi répondre. « N’est-ce pas parce qu’en repoussant toujours l’échéance de la grève, en n’y appelant que très rarement, les militants en perdent l’usage ? », suggère-t-on. « Peut-être. Il y a aussi les pratiques des salariés vis-à-vis des syndicats qui changent. Dans la boîte, on vient me voir pour régler ses problèmes de salaire, de congés. Les gens ne comprennent pas qu’un syndicat est un outil collectif. Même ceux qui s’intéressent à la vie de l’entreprise, lorsqu’on leur dit d’adhérer, ils répondent qu’ils n’ont pas le temps. Comme si moi je ne travaillais pas aussi. Pourtant il faut être nombreux pour pouvoir obtenir un vrai rapport de force avec la direction », conclut-elle.

Publié le 22/11/2019

Montpellier : les gilets jaunes envahissent le Polygone à quelques jours de Noël

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Si la semaine dernière, les gilets jaunes ont bloqué les entrées du temple spectaculaire-marchand du centre ville de Montpellier, ils y ont fait une véritable incursion ce samedi 21 décembre lors de l’acte 58 du mouvement. Retour sur une action de blocage économique efficace à trois jours de Noël.

Groupes mobiles en infiltration

Environ 400 personnes sont réunies sur la Comédie autour de 14h. Parmi eux, des personnels de l’éducation en grève contre la réforme des retraites. Un mot d’ordre, lâché de bouche-à-oreille, se répand spontanément : dispersion en petits groupes, entrée discrète dans le Polygone et rendez vous devant la Fnac.

 

Une demi-heure plus tard, environ 250 personnes chantent des slogans anticapitalistes à l’intérieur du centre commercial, et les magasins ferment les uns après les autres, face à des consommateurs amusés ou dépités. Pendant ce temps, un autre groupe de manifestants tend une banderole à l’extérieur. Les agents de sécurités sont débordés et courent partout, mais aucun accrochage sérieux n’est à déplorer.

 

Après avoir fait le tour des trois étages du Polygone, les manifestants ressortent par l’entrée principale où une épaisse file d’attente s’agglomère. Le cortège fait ensuite un rapide aller-retour préfecture-Comédie.

 

Blocage du Macdonald

Vers 17h, la manifestation commence à se disperser, mais certains s’installent devant le Mcdo de la Comédie en scandant : « Mcdo payé tes impôts ! »

 

Face à la baisse numérique et l’intense répression, le mouvement change ses pratiques : la fibre insurrectionnelle n’est pour le moment plus à l’ordre du jour, et ce sont maintenant des actions de blocages économiques qui fédèrent les gilets jaunes, ainsi que quelques syndicalistes. N’en déplaise à Noël, la véritable fête est dans la rue !

 

Publié le 21/12/2019

La réforme illégitime

(site politis.fr)

 

Nous voilà de plain-pied dans une problématique habituelle de la Ve République. L’homme qui a été élu en 2017 avec 24 % des voix, puis par rejet du Front national, peut-il tout se permettre ? Non, évidemment.

Puisque, tant bien que mal, cette période de l’année nous y invite, et parce que notre prochain rendez-vous est pour le 9 janvier 2020, on s’autorisera ici à prendre quelque distance avec le feu de l’action pour nous pencher sur un problème politique que la crise actuelle met en évidence. Celui de la légitimité d’un président de la République à imposer à tout un peuple une réforme fortement connotée socialement, et impopulaire. Les zélateurs de la macronie le posent à leur façon avec un argument faussement définitif : « La réforme figurait dans le programme du candidat. » Donc, silence dans les rangs ! À quoi le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, répond timidement : « Oui, mais pas tout à fait, puisqu’il n’y avait pas l’âge pivot à 64 ans. » Comme si l’âge pivot n’était qu’un simple ajout qu’il suffirait de retrancher pour que tout aille bien, alors qu’il est en vérité le révélateur des intentions budgétaires du gouvernement, et l’aveu de la nature globale du projet. Quatre économistes proches d’Emmanuel Macron viennent d’ailleurs de vendre la mèche dans une tribune au Monde (1). Ils n’aiment pas cette histoire d’âge pivot qui était, selon eux, d’autant moins nécessaire dans une logique comptable que le système par points suffit à repousser l’âge de la retraite. Pourquoi donc mettre en pleine lumière une arnaque qui aurait pu être cachée ? Conclusion provisoire : Macron s’est entouré de conseillers encore plus cyniques que lui…

À nos lectrices et lecteurs, nous souhaitons, malgré la dureté des temps, de bonnes fêtes de fin d’année. Et nous invitons celles et ceux qui le peuvent à soutenir Politis, via l’association Presse et Pluralisme (voir ci-contre). En attendant de se retrouver le 9 janvier, voici un numéro spécial consacré à la lutte des femmes, au terme d’une année qui aura été historique pour ce combat. Bonne lecture.

Il est vrai que le registre principal d’Emmanuel Macron est l’autorité plus que le cynisme. Mais, pour être admise en démocratie, l’autorité doit être reconnue comme légitime. Et nous voilà de plain-pied dans une problématique habituelle de la Ve République. Le fait que le projet de réforme figurait dans le programme du candidat est-il un argument démocratique ? L’homme qui a été élu en 2017 avec 24 % des voix, puis par rejet du Front national, peut-il tout se permettre ? Non, évidemment. Nous savons trop que le vote répond à des motivations multiples et inévitablement contradictoires. La légitimité a donc parfois besoin de confirmations, surtout lorsque près d’un million d’opposants sont dans la rue. N’est-il pas évident que pour un projet qui bouleverse notre ordre social, une consultation spécifique, c’est-à-dire un référendum, devrait s’imposer ?

La question démocratique se pose d’autant plus que le candidat du « en même temps » et du « ni droite ni gauche » – une fable à laquelle nous n’avons jamais cru – est devenu au premier jour de son mandat le « président des riches ». Le mythe éternel du président de tous les Français a donc eu tôt fait de voler en éclats. Ayant perdu, pour de mauvaises raisons sans doute, le soutien des meilleurs de ses conseillers économiques, il ne lui reste plus guère que l’enthousiasme du Medef, qui nous permet au moins d’identifier la nature de la réforme. Un mot ici sur l’affaire Delevoye, qui affaiblit encore un peu plus la position de l’exécutif. Car ce n’est pas qu’un accident de parcours. Le personnage qui s’attaque aux « privilèges » des cheminots cachait une autre rémunération en sus de ses émoluments ministériels, et il avait partie liée avec le milieu des assurances privées. Difficile de ne pas donner sens à tout ça.

Mais voilà que les partisans de la réforme jouent aujourd’hui d’un autre argument pour tenter de briser la mobilisation. Ils nous renvoient à la psychologie personnelle d’Emmanuel Macron. En substance, ils nous disent : « Inutile d’insister, lui ne cèdera pas ! » Il n’est ni ce pauvre Alain Juppé ni Dominique de Villepin, qui avaient fini par baisser pavillon devant la rue, en 1995 et en 2006. Il aurait plutôt un côté Margaret Thatcher, dont on connaît le bilan humain (ou inhumain) face à la grève des mineurs et face aux républicains irlandais. Introduire cette dimension psychologique n’est cependant pas inutile. Depuis le philosophe marxiste russe Georges Plekhanov, aujourd’hui bien oublié, mais qui a écrit de belles pages sur le rôle de l’individu dans l’histoire, nous savons qu’un chef d’État est d’abord captif d’une « nécessité historique », c’est-à-dire d’intérêts socio-économiques, mais que son coefficient personnel n’est pas pour autant négligeable. Le successeur de Thatcher, John Major, aurait évidemment défendu les mêmes intérêts qu’elle, mais sans doute pas avec un tel supplément d’obstination, et pour finir de cruauté. On ne sait aujourd’hui où peut conduire l’acharnement d’Emmanuel Macron à imposer une réforme minoritaire et partiale. Sinon à aggraver le niveau de violence de notre société. Il en est d’ailleurs conscient si l’on en juge par la rapidité avec laquelle il a cédé aux policiers. Une épidémie d’arrêts maladie a suffi, en quelques heures, à convaincre l’exécutif d’abandonner la réforme. L’arme de la répression doit être en état de marche. On n’est jamais trop prudent.

(1) Lire leur tribune dans Le Monde du 11 décembre, et l’excellente réponse de Jean-Marie Harribey, Pierre Khalfa, Christiane Marty et Jacques Rigaudiat, le 17 décembre.

 

par Denis Sieffert

Publié le 20/12/2019

Grève SNCF: les chauffeurs de cars Macron autorisés à conduire 12 heures par jour

Une mesure exceptionnelle prise par Édouard Philippe pour permettre aux conducteurs de travailler deux à trois heures de plus par jour entre les 18 et 24 décembre.

 

Le HuffPost avec AFP (site huffingtonpost.fr)

 

TRANSPORTS - Les chauffeurs d’autocars, mais pas ceux de bus scolaires ou de transports en commun urbains, pourront “temporairement” rouler plus longtemps jusqu’au 24 décembre inclus, afin de contourner les perturbations liées au mouvement social national contre les retraites, selon un arrêté publié ce  mercredi 18 décembre au journal officiel.

Entre les 18 et 24 décembre, la durée maximale de conduite des chauffeurs de transport routier de voyageurs sera allongée dans la limite de deux heures par jour et dans celle de six heures par semaine.

Selon l’arrêté qui exclut également le transport sanitaire, le gouvernement a pris cette décision “considérant qu’un mouvement social national perturbe les conditions de circulation sur le réseau routier national dans son ensemble et que ce mouvement engendre de fréquents ralentissements”.

Cette “situation qui constitue un cas d’urgence (...) justifie la mise en œuvre d’une dérogation temporaire aux règles en matière de temps de conduite et de repos”, poursuit l’arrêté.

En temps normal, la durée quotidienne de conduite effective dans le transport routier de personnes ne peut excéder neuf heures pour les conducteurs de véhicules de plus de 3,5 tonnes.

Neuf heure de conduite en temps normal

Exceptionnellement, elle peut être portée à 10 heures deux fois maximum par semaine. La durée hebdomadaire de conduite ne peut elle dépasser 56 heures et 90 heures sur deux semaines consécutives, selon le site du ministère de la Transition écologique.

Outre les trains dont la circulation est très perturbée depuis le début du mouvement social début décembre, deux services d’autocars permettent aux voyageurs de se déplacer à travers la France.

Deux opérateurs contrôlent aujourd’hui le marché des autocars interurbains, l’Allemand Flixbus, qui a mis la main sur Isilines et Eurolines, et BlaBlaBus, émanation de BlaBlaCar qui a racheté Ouibus, une filiale de la SNCF.

Ils sont surnommés “cars Macron”, du nom de l’actuel président de la République qui a libéralisé ce secteur en 2015, lorsqu’il était ministre de l’Economie.

Le syndicat Solidaires Transports s’est insurgé mercredi contre l’arrêté. “La seule logique de ce décret est de casser la grève à la SNCF, la RATP, mais aussi dans les centaines d’entreprises de transports par bus (...) Le gouvernement prend volontairement le risque de provoquer des accidents de transports en commun suite à l’extrême fatigue imposée aux conducteurs”, a déclaré le syndicat dans un tract.

 

Publié le 19/12/2019

 

Education Nationale: pour les retraites, les chiffres sont têtus

Chacun se plaît à croire l'impossible: non, le Gouvernement ne peut être décidé à paupériser massivement toute une profession, plus de 800.000 agents de l'Etat qui se consacrent à la formation des enfants de la Nation. Eh bien si! La preuve par les chiffres. Ils sont têtus. Les enseignants aussi.

Les enseignants ne perdront pas à la réforme par points. C'est promis, c'est juré, ça sera inscrit dans  la loi. Et même, on va les augmenter, c'est juré, c'est craché, et c'est même pour l'année prochaine. Croix de bois, croix de fer...

Las...La FSU,  syndicat des enseignants le plus important, a été reçu par le Ministre de l'Education Nationale, ce lundi 16 Décembre, veille de grève. Et le
communiqué de ce syndicat, suite à cette rencontre, est parlant :

"La revalorisation éventuelle est donc toujours conçue comme une contrepartie de la baisse des pensions. Aucune réponse n’a été faite sur les générations 1960 et suivantes qui seraient touchées dès 2022 par un âge d’équilibre (64 ans en 2027). Les compensations seraient prioritairement tournées vers les générations 1975 et suivantes.

La référence à une loi de programmation pluri-annuelle (censée s’étaler jusqu’à 2037) serait incluse dans le projet de loi retraites et des premiers éléments de revalorisation sont annoncés dès le 1° janvier 2021. Mais le budget consacré à cette loi de programmation reste flou, le Ministre disant » Je ne sais pas si c’est 8, 9 et demi ou 11 milliards sur 15 à 20 ans »."

82 euros bruts par mois...qui rapporteront 0.180187643 euro de pension de retraite brute par mois

Soyons fous ! Prenons le chiffre le plus haut et la durée la plus courte: 11 milliards sur 15 ans, ce qui fait 733.333.333 euros par an.
Sachant qu'il y a 736.997 enseignants devant élèves ( sans compter les enseignants du privé sous contrat), cela donne la coquette somme de 995 euros!

995 euros annuels, c'est 82 euros bruts par mois...qui rapporteront 0.180187643 euro de pension de retraite brute par mois, sur la durée de la vie.

Joyeux Noël aux enseignants !

Rappel 1 : Pour une pension qui serait la même que la pension moyenne actuelle des pensions de enseignants,
il faudrait un salaire 4343 euros de salaire brut mensuel sur toute la carrière.

Rappel 2 :
A moins d'une revalorisation conséquente, un enseignant partira en retraite après 43 ans de carrière suivant les grilles de rémunération actuelle
avec son salaire de début de carrière, ou presque..

Publié le 17/12/2019

Laisser crever la moitié de l’humanité

 

Par Pierre Jacquemain (site regards.fr)

 

Sous nos yeux, dans la Méditerranée, dans l’indifférence générale, plus de 22.000 personnes migrantes ont péri depuis 2015. Combien de morts faudra-t-il encore pour nous enrager ? Nous insurger ? Notre silence nous rend complices.

Cette semaine, nous aurons tous les yeux rivés sur les suites données à la mobilisation contre la réforme des retraites. Et c’est bien normal. Les enjeux sont colossaux. Mercredi, le gouvernement pourrait donner des gages à la CFDT sur l’âge d’équilibre de départ à la retraite à taux plein et ainsi mettre à mal l’unité syndicale, encore fragile, contre cette réforme – rappelons que la CFDT est favorable au principe d’une retraite à point. La bataille est encore longue et la tension de plus en plus forte à quelques jours des vacances de Noël. Mais cette semaine, c’est aussi l’occasion de sensibiliser et de mobiliser l’opinion sur la situation des migrants. À l’appel de plusieurs dizaines d’organisations, des rassemblements auront lieu à l’occasion de la journée internationale des migrants. Avec un mot d’ordre : égaux, égales, personne n’est illégal.

Au cœur des préoccupations des associations : la montée un peu partout en Europe des nationalismes et des racismes. À commencer par la France. « Nous marcherons pour la ratification par la France de la convention internationale des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leurs familles adoptée par l’ONU le 18 décembre 1990 et qui vise à garantir l’égalité de traitement entre travailleurs e travailleuses français et immigrés […] nous marcherons pour la liberté de circulation, pour la fin du système de Dublin, l’abandon de la directive retour et la fermeture des centres de rétention », indique le communiqué des associations. Depuis la loi Asile et Immigration votée en début d’année 2019, la situation des migrants s’est dégradée, l’accueil n’est pas organisé et le droit d’asile est de plus en plus malmené. Et les nouvelles mesures annoncées ne sont pas rassurantes : privation pour les demandeurs d’asile d’accès à la protection maladie les trois premiers mois, durcissement des conditions d’accès à l’AME, etc.

L’image et la réalité d’une France qui se dégrade et se déshonore. Difficile de s’enorgueillir d’être le pays des droits de l’Homme quand dans le même temps les parlementaires d’aujourd’hui – ceux de la majorité présidentielle – votent des lois qui autorisent l’enfermement d’enfants, y compris en très bas âge, dans des centres de rétention. C’est d’autant plus grave et inquiétant que l’on empêche les parlementaires de l’opposition, à l’instar d’Elsa Faucillon ou Manon Aubry, d’accéder à ces centres pour évaluer et constater les conditions dans lesquelles des hommes, des femmes et des enfants, sont enfermés. Difficile aussi de prétendre aux rangs des pays les plus « solidaires » quand la France, responsable à bien des égards des désordres – économique, climatique – de certaines régions du monde, n’est pas capable d’accueillir quelques milliers de personnes.

Tout se passe comme si la moitié de l’humanité avait acté l’idée selon laquelle il faudrait laisser crever l’autre moitié de l’humanité pour assurer sa propre survie.

Et ça se passe sous nos yeux, à quelques kilomètres de là. Dans la mer Méditerranée. Dans l’indifférence générale. Selon la LDH, plus de 22.000 personnes migrantes ont péri en mer depuis 2015. Cette mer qui sépare nos deux continents, européen et africain. Combien de catastrophes et de morts faudra-t-il encore pour nous enrager ? Nous insurger ? Nous indigner. Notre silence nous rend complices.

Il y a un peu plus d’un an, avec Mediapart et Politis nous prenions l’initiative d’un manifeste pour l’accueil des migrants, rejoint par une dizaine d’autres médias et plus de 60.000 signataires. La mobilisation n’est pas suffisante. Sans doute n’est-elle-même pas à la hauteur. Il faut aller plus loin encore. En direction principalement des responsables politiques pour qu’ils cessent leur combat contre « le problème » migratoire et s’empare de la question de l’accueil des migrants. Pour qu’ils donnent aussi aux associations les moyens d’accompagner les demandeurs d’asile et de mieux les prendre en charge. L’occasion des échéances municipales peut aussi faire émerger des propositions nouvelles. L’échelle des communes est parfois la plus efficace pour garantir un accueil digne. De nombreux élus locaux, en régions, parfois en territoire rural en ont fait l’expérience. Une expérience réussie.

« Il est illusoire de penser que l’on va pouvoir contenir et a fortiori interrompre les flux migratoires […]. Dans les décennies qui viennent, les migrations s’étendront, volontaires ou contraintes. Elles toucheront nos rivages et notre propre pays, comme aujourd’hui, aura ses expatriés. Les réfugiés poussés par les guerres et les catastrophes climatiques seront plus nombreux. Que va-t-on faire ? Continuer de fermer les frontières et laisser les plus pauvres accueillir les très pauvres ? C’est indigne moralement et stupide rationnellement. Politique de l’autruche… Après nous le déluge ? Mais le déluge sera bien pour nous tous ! », avertissait le manifeste pour l’accueil des migrants. Les hommes et les femmes politiques sont là pour trouver des solutions. Pas pour créer de nouveaux problèmes. Les murs et les frontières sont des problèmes. L’accueil, la solution.

 

Pierre Jacquemain

 

Publié le 16/12/2019

Jean Ortiz

 

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé.

Lui envoyer un mail

 

L’Internationale des énucléeurs et des éborgneurs au service des riches.

(site humanite.fr)

 

Macron aurait-il fait un stage de formation accélérée à la répression, à Santiago du Chili ?

 

 Énucléeurs démocrates de tous les pays démocratiques du monde libre, unissons-nous ! Pour conserver nos privilèges.

 

Ne dites plus « mon œil », mais « Ojo » (« attention »), et devenez démocratiquement un spécialiste en éborgnage à Paris ou Santiago du Chili. (On ne sait pas où a été formé celui que tous nous envient : notre Castaner libérateur d’hôpitaux) Ici, comme chez Buñuel, pas de chien ni d’Andalou, mais un œil gros plan (organe de la vision et de la réflexion) et une lame à raser, d’un rasoir monté sur un vieux manche.

 

En deux mois d’insurrection populaire au Chili, 352 citoyens, manifestants ou pas, ont été victimes de la répression mondialisée oculaire, dont le prototype est le tir volontairement inapproprié, de face, de flash ball. 8 812 personnes restent emprisonnées. Le véritable soulèvement populaire compte ses morts : 23. 3449 blessés au total. 709 procédures judiciaires déposées pour violation des Droits de l’Homme. Ici comme ailleurs, le flash ball est considéré comme la mère de toutes les armes pour combattre le peuple. Comme en Gaule. Il n’est pas question d’ignorer la violence des black blocks, mais de mettre l’accent sur une violence policière rarement vue. Une répression d’Etat. Le mouvement de Gilets Jaunes a été sans doute l’un des plus réprimés depuis longtemps.

 

Depuis le 15 décembre 2018, les chercheurs et spécialistes font état, en France, de 11 morts, et de 2495 manifestants « Gilets Jaunes » blessés, dont 24 personnes éborgnées, et 5 à la main arrachée... (chiffres minorés) Des bilans, toute proportion gardée, plus lourds que ceux de Mai 68. On est passé quasiment de l’Etat d’urgence dont plusieurs mesures ont été inscrites dans le droit commun, à une sorte d’Etat de guerre, destiné à restreindre les libertés, à semer la peur et la division.

 

Cette répression d’Etat, on la retrouve au Chili du miliardaire Piñera, émule de Pinochet.

Le Directeur national de l’Institut des Droits de l’Homme au Chili vient de publier un bilan oculaire non exhaustif des dégâts visuels infligés à des citoyens pacifiques. La vision à courte vue du pourri de fric Piñera.

 

Lorsque les régimes oligarchiques démocratiquement démocratiques sont ébranlés par leur peuple, ils ne reculent devant rien. Ne perdons jamais de vue cette leçon de l’Histoire.

 

Jean Ortiz

Publié le 14/12/2019

Pourquoi la réforme des retraites n’est pas juste

 

par Pierre Jacquemain (site regards.fr)

 

Faut-il réformer le système des retraites ? Doit-on travailler plus longtemps ? La réforme du gouvernement Philippe est-elle un progrès ? On a causé avec l’économiste Bernard Marx.

Regards. Le Premier ministre a détaillé le projet de réforme des retraites ce mercredi 11 décembre. Avant d’en venir au contenu, est-ce qu’une réforme de notre système actuel se justifie aujourd’hui ?

Bernard Marx. Oui mais pas celle-là. Le système actuel des retraites reste malgré les réformes accumulées depuis trois décennies l’un des meilleurs du monde, si on prend comme critères l’âge moyen de départ à la retraite, le niveau de vie moyen, le taux de pauvreté, ou la part de la retraite par capitalisation qui est l’une des plus faibles du monde. Mais, après des décennies de réformes qui ont réduit les droits, le système actuel reproduit trop largement les inégalités sociales subies dans la vie active, notamment face à l’espérance de vie. De plus le nombre de retraités va augmenter de 25% d’ici à 2050 et le fonctionnement des règles actuelles entraînerait une dégradation de la situation des retraités. Une réforme serait donc nécessaire. Mais pas celle que le gouvernement entend arracher coûte que coûte, comme l’a confirmé le discours d’Edouard Philippe. Celle-ci vise avant tout à obtenir que la part des retraites publiques dans le revenu national n’augmente pas. Le système par points est destructeur des solidarités. Il faudrait au contraire les renforcer et ne pas accepter que la part des revenus du travail (actifs et retraités) soit sans cesse restreinte.

Avec ce projet de réforme, s’il n’y a pas d’accord préalable entre les partenaires sociaux, le gouvernement fixera l’âge de départ à la retraite à taux plein à 64 ans. Cette idée selon laquelle parce que l’on vit plus longtemps, on doit travailler plus longtemps, va-t-elle de soi ?

Le gouvernement prétend qu’il ne touchera pas à l’âge légal de départ à la retraite de 62 ans. Mais, dès 2027, pour partir à la retraite sans décote, c’est-à-dire sans abaissement de pension, tout le monde devra attendre 64 ans, même celles et ceux qui auront une carrière complète. On a bien affaire à une attaque contre tous les salariés et pas seulement contre les « privilégiés » des régimes spéciaux. Est-ce néanmoins légitime parce qu’on vit plus longtemps ? Non. Pour au moins trois raisons : l’ampleur du chômage, du sous-emploi, de la précarité à l’approche de l’âge de la retraite ; la vie en bonne santé tend à stagner, ce qui montre que beaucoup travaillent déjà trop longtemps ; et enfin, parce que l’apport des retraités à la vie commune doit pouvoir se développer.

Cette réforme met un terme au système de retraite par trimestre en mettant en œuvre un système par point. Le gouvernement veut garantir la valeur du point dans la loi. Il entend mettre en place une « règle d’or » qui devrait empêcher toute baisse de la valeur du point. Peut-on être sûr que le point ne baissera jamais ?

Non. Au contraire. Le système par points fonctionne avec deux valeurs du point. D’abord dans le sens combien de cotisations vaut chaque point. Et ensuite au moment de la liquidation de la retraite en sens inverse, combien de revenus pour chaque point obtenu. On peut très bien avoir une indexation de la valeur du point dans un sens mais pas dans l’autre. A quoi s’ajoutent les règles d’évolution des pensions une fois qu’on a pris sa retraite. L’indexation sur les salaires et même sur les prix n’est pas garantie. Actuellement les régimes complémentaires qui fonctionnent aux points ne garantissent pas du tout une triple indexation de la valeur du point. Edouard Philippe a annoncé que les partenaires sociaux fixeraient la valeur du point sous le contrôle du gouvernement et avec un encadrement annuel par le parlement. Comme pour l’évolution des dépenses pour la santé et les hôpitaux. Bref, il n’y a aucune garantie d’indexation.

« C’est une réforme de régression des solidarités sociales et d’individualisation accrue des comportements. »

Désormais, chaque heure travaillée ouvrira à un droit acquis. Un euro cotisé donnera accès aux mêmes droits à tous. C’est un progrès ?

Non. Cela reproduit les inégalités de revenus d’activité dans les droits obtenus. Aujourd’hui les pensions du régime de base sont calculées sur les 25 meilleures années. Cela permet d’éliminer les mauvaises années, quand il n’y en a pas trop. Et cela favorise celles et ceux qui ont eu une carrière ascendante. De plus il y a des règles de solidarité pour faire en sorte que le taux de remplacement des bas salaires soit plus élevé que celui des cadres. Avec le système par points, les seuls vrais bénéficiaires seront celles et ceux qui auront une carrière stable à haut niveau de salaires. C’est une réforme très typée du point de vue social. Certes, Edouard Philippe dit qu’il y aura des « bonifications ». Mais telles qu’annoncées, elles seraient moins protectrices qu’aujourd’hui y compris pour les femmes. En fait, c’est une réforme de régression des solidarités sociales et d’individualisation accrue des comportements.

Jusqu’à 120.000 euros de salaire annuel, tout le monde cotisera au même taux. Au-delà, les cotisations seront plus élevées. C’est le volet justice sociale de ce projet de réforme ?

Le rapport Delevoye de juillet prévoyait le contraire. Au-delà de 120.000 euros de salaire annuel le taux de cotisations était limité à 2,8%. En contrepartie, il n’y aurait pas eu de points versés. Cela voulait dire en fait qu’à partir de ces niveaux, les salariés ne contribueraient pratiquement plus au financement collectif des retraites. Autant d’argent économisé pour souscrire individuellement à des fonds de retraites par capitalisation. Si le gouvernement inversait vraiment la mesure et augmentait le taux de cotisations et diminuait donc la valeur du point à partir de ce niveau de salaires, ce serait positif. Mais, je demande à voir. Mais, cela ne changerait pas le contenu général de sa réforme.

 

Propos recueillis par Pierre Jacquemain

 

Publié le 13/12/2019

Retraites : une réforme pour moins de justice

(site politis.fr)

 

Les femmes seront touchées de plein fouet, mais aussi tous les individus dont l’espérance de vie est plus faible.

Lorsque Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, affirme que le nouveau système de retraite sera garant de plus de justice sociale, faut-il la croire ? Rien n’est moins sûr.

Loin de corriger les inégalités de salaire existantes, le système par points conduit à les accentuer. En instaurant un mécanisme qui s’appuie sur une stricte contributivité et en prenant en compte toute la carrière des personnes, il pénalisera celles qui ont subi une discontinuité de l’emploi en raison d’un congé parental, d’une période travaillée à temps partiel ou d’une séquence de chômage. Rappelons que le système actuel s’appuie sur les vingt-cinq meilleures années pour le régime général et les six derniers mois pour les fonctionnaires. Désormais, toutes les périodes seront intégrées, ce qui réduira d’autant la pension de retraite de celles et ceux qui ont eu des carrières heurtées.

Les premières touchées seront les femmes, qui pâtiront également d’une refonte des droits familiaux. La majoration de la durée d’assurance (quatre trimestres pour la grossesse ou l’adoption et quatre trimestres pour l’éducation) attribuée pour chaque enfant dans le régime général sera supprimée. Le nouveau système prévoit une majoration de 5 % par enfant, mais il est fort probable que les couples décident de l’attribuer à celui qui aura la plus forte pension… c’est-à-dire le père.

La décote de 5 % par année manquante accentuera également les inégalités existantes durant la période d’emploi, car elle constitue une double peine pour les personnes qui, ayant eu une carrière incomplète, auront déjà acquis moins de points pour le calcul de leur pension. Les femmes seront touchées de plein fouet, mais aussi tous les individus dont l’espérance de vie, et en particulier celle en bonne santé, est plus faible. Rappelons que l’écart d’espérance de vie à la naissance chez les hommes est de treize ans entre les 5 % les plus riches et les 5 % les plus pauvres. Mais vivre plus longtemps ne signifie pas forcément vivre en bonne santé. En effet, l’espérance de vie sans incapacité en France n’est que de 64,1 ans chez les femmes et de 62,7 ans chez les hommes. Or, cette réforme universelle traite indifféremment les individus, quelle que soit leur catégorie socioprofessionnelle, alors même que les ouvriers vivent moins longtemps et avec plus d’années d’incapacité que les cadres !

Prétendre que l’universalité est garante de plus d’égalité, c’est oublier que les conditions de travail sont loin d’être identiques. Au lieu de jeter l’opprobre sur certains régimes spéciaux, comment le nouveau régime compte-t-il prendre véritablement en compte la pénibilité du travail en permettant à ceux qui y sont exposés un départ plus précoce ?

Cette réforme aboutira à plus d’inégalités, mais aussi, et avant tout, à moins de revenus pour tous. François Fillon l’affirmait mieux que personne lors d’une conférence de la Fondation Concorde organisée le 10 mars 2018 : « Le système par points, ça permet une chose qu’aucun homme politique n’avouera, qui est de baisser la valeur du point chaque année et donc de diminuer le niveau des pensions. »

 

par Sabina Issehnane

Publié le 12/12/2019

Montpellier : un homme blessé en marge du mouvement contre la réforme des retraites

(site midilibre.fr)

 

Ce mardi 10 décembre, un homme a été touché au front en marge des manifestations contre le projet de réforme des retraites, à Montpellier. Selon la préfecture, il aurait été légèrement blessé par les résidus d'un moyen lacrymogène tiré en cloche.

La vidéo présentant le visage blessé d’un homme allongé au sol, à proximité de l’Arc de Triomphe, s’est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Mardi, vers 16 h 30, un quinquagénaire a été blessé au front non loin de la cour d’appel de Montpellier, alors que des personnes manifestaient dans le secteur de la rue Foch.

" Résidus d'un moyen lacrymogène"

Sur les posts envoyés sur twitter, plusieurs profils avancent que la victime, aurait été blessée par un “tir tendu” de grenade lacrymogène. D'autres prétendent sur la toile que la victime pourrait avoir été touchée par un tir de grenade de désencerclement.

Ce mercredi, en début d’après-midi, la préfecture de l’Hérault apportait des précisions par le même canal : "Le manifestant légèrement blessé hier sur #Montpellier l’a été non pas par une grenade de désencerclement mais par (les) résidus d’un moyen lacrymogène tiré en cloche alors que les manifestants érigeaient une barricade." 

Une personne se présentant comme street medic écartée

Selon les services de police, en fin de manifestation, une quarantaine de personnes ont utilisé des grilles et panneaux “empruntés” sur le chantier en cours au Peyrou, afin d’ériger une barricade à proximité de l’arc de triomphe. Une action qui aurait conduit les forces de l’ordre à faire usage de gaz lacrymogène afin, notamment, de rétablir la circulation.

Par ailleurs, une personne se présentant comme "street medic" aurait été écartée alors qu’un cordon de sécurité était mis en place par des CRS autour de la victime. Selon les services de police, "les CRS ont fait le choix" de ne pas la laisser s’approcher de la victime car cette personne  "était particulièrement agitée" et que deux civils s'occupaient déjà de la victime.

Les secours rapidement sur place

Les forces de l’ordre ont en revanche aussitôt alerté les sapeurs-pompiers. Rapidement sur place, ceux-ci ont pris en charge la victime et l'ont conduite vers le CHU.

Âgé de 57 ans, cet homme aurait été touché au niveau de l’arcade et aurait écopé de plusieurs points de suture. Aucune grenade de désencerclement n'aurait été tirée ce mardi 10 décembre à Montpellier, précisent encore les services de police.

MIDI LIBRE

 

Publié le 10/12/2019

Merci Macron !

(site politis.fr)

 

Pendant des années, nous nous sommes battu·e·s pour ne pas perdre de droits. Mais grâce à vous les choses ont changé. Aujourd'hui, nous ne voulons plus le retrait d’une seule loi, nous exigeons un autre monde !

Donald Trump était président des États-Unis depuis seulement un an quand Mekasi Camp Horinek, de la nation indigène Ponca, tenait à lui rendre hommage. « Je voudrais remercier le Président pour toutes les mauvaises décisions qu'il prend, pour toutes les nominations aberrantes des membres de son cabinet, pour les efforts qu'il fait pour réveiller le géant qui dort. Ceux qui jusqu'ici ne s'étaient jamais battus pour leurs droits, qui ne s'étaient jamais fait entendre, s'indignent aujourd'hui. Je voudrais remercier le Président Trump pour son sectarisme et son sexisme, car, grâce à lui, nous sommes tous debout et unis. »

Et nous aussi, à notre manière, nous voulons remercier notre Président. À force d'aller « vite et fort », notre Prince a réussi l'exploit de son homologue états-unien, celui de nous unir contre lui.

Alors merci, Monsieur le Président, d'avoir engagé dès votre élection une stratégie du choc (1). Comme le conseillait Machiavel en son temps, « les cruautés doivent être commises toutes à la fois, pour que leur amertume se faisant moins sentir, elles irritent moins ». Vous avez entrepris de casser le service public en même temps que notre liberté d'expression, vous avez misé sur les plus privilégié·e·s en même temps qu'oublié le plus grand nombre, vous avez brisé le dialogue social en même temps que réprimé toutes les personnes qui s’élevaient contre vos décisions.

Merci d'avoir si tôt et si mal représenté notre pays, en nommant notamment des millionnaires à un ministère sur deux dès votre prise de fonction.

Merci de si souvent mépriser avec arrogance les souffrances de vos concitoyen·ne·s. À vos yeux, nous ne sommes que des « Gaulois réfractaires », des « fainéants », des « cyniques », une « foule haineuse » ou des « illettrés », bref, des « gens qui ne sont rien ». Quand vous n'exprimez pas votre dégoût du pauvre, vous désignez des boucs émissaires faciles : les migrant·e·s, contre lesquels vous votez lois sur lois, les musulman·e·s, que vous montrez du doigt en appelant, comme aurait pu le faire un politicien d'extrême droite, à bâtir une société de vigilance contre l'hydre islamiste ; les femmes, à qui vous présentez des mesurettes alors que les associations vous réclament un milliard d'euros.

Merci de bafouer si violemment la démocratie en réprimant les manifestations et en limitant la contestation dans les rues. En même temps, quand on ne peut plus gouverner par le consentement, il ne reste que la force.

Merci de tant donner aux riches tout en prenant aux pauvres, après avoir supprimé l'ISF, vous réduisez de 5 euros les APL. Et du recul de l'âge de la retraite au durcissement des allocations chômage et à la libéralisation du travail de nuit, votre politique du ruissellement n’aura eu d’effet que sur Bernard Arnault, dont la fortune a dépassé lundi les 100 milliards d'euros. En même temps, facile de rester très riche quand rien n'est fait contre l’évasion fiscale.

Merci de ne même pas vous fatiguer à trouver des arguments économiques cohérents pour justifier la privatisation de deux mannes financières publiques que sont la Française des jeux et Aéroports de Paris. Un cadeau de plus à ceux qui ont déjà tout.

Merci de pousser nos services publics à l'agonie. L'hôpital, dont nos santés dépendent tombe en lambeaux. Les rails, que nos quotidiens (et notre planète) réclament, et la Poste, que nos relations sociales défendent, vous les vendez. Lorsque les étudiant·e·s ou les professeur·e·s se suicident, vous les abandonnez. Lorsque les agriculteur·rice·s se suicident, c’est une banalité...

Enfin, merci à vous, « champion de la terre », de ne pas avoir changé sur l'écologie et de continuer d'octroyer des permis d'exploitation à Total en Guyane, notre territoire amazonien. En même temps, vous faites ratifier le CETA et prolongez cette tendance mondiale à la suprématie des marchés sur nos santés, notre environnement, nos vies et nos décisions publiques.

Nous voulions vous remercier pour votre cynisme, cette technique que vous usez à dire quelque chose et faire son contraire. Le problème c’est que plus c'est gros, plus ça ne passe plus. Nous voulions vous remercier pour votre déconnexion totale avec l'immense majorité de celles et ceux qui constituent ce pays. Nous voulions vous remercier pour la violence de vos mots, l'indécence de vos réformes et la brutalité avec laquelle vous nous imposez votre vision mortifère du monde.

Vous avez réveillé « le géant endormi ». Celles et ceux qui n'existaient même pas se sont soulevé·e·s. Celles et ceux qui se croyaient seul·e·s et isolé·e·s ont trouvé d'autres compagnons d'infortune. Nous sommes désormais des milliers de « sans-dents », des millions « qui ne sont rien ». Grâce à l'extrême violence de vos « chocs », tout le monde a pris conscience d'une idée forte et mobilisatrice : il ne suffit plus de dire non (1).

Pendant des années, nous nous sommes battu·e·s pour ne pas perdre de droits. Mais grâce à vous les choses ont changé. Aujourd'hui, nous ne voulons plus le retrait d’une seule loi, nous exigeons un autre monde ! Un monde solidaire, émancipateur et démocratique. Un monde que nous sommes en train de construire ensemble, sans vous. Cheminots, personnels hospitaliers, gilets jaunes, aide-soignant·e·s, enseignant·e·s, chercheur·se·s, artistes, retraité·e·s, futur·e·s retraité·e·s, étudiant·e·s, ancien·ne·s étudiant·e·s, zadistes, agriculteur·rice·s, nous exigeons un monde juste, digne, respirable et solidaire. Nous réfutons le vôtre et ferons cause commune pour dessiner le nôtre. Merci, Monsieur Macron, de nous avoir mis debout et unifiés. Nous sommes nombreux·ses et vous êtes si peu. Le 5 décembre n'est qu'un avant-goût de cette reconquête populaire que nous sommes en train de faire émerger.

(1) Lire La stratégie du choc et Dire Non Ne Suffit Plus de Naomi Klein, éditions Actes Sud

 

par André Rebelo et Matthieu Ponchel et Climat Social et Pépita Car
publié le 6 décembre 2019

 

Publié le 09/12/2019

La bataille de l’information

 

(site politis.fr)

 

Le gouvernement dit en quelque sorte aux salariés : « N’allez pas manifester, car vous ne serez peut-être pas touchés par la réforme. » Ils iront manifester parce qu’ils ne croient plus rien de ce qui vient de ce gouvernement.

L’air faussement décontracté, soumis à un code vestimentaire si parfait qu’il en était risible, nos ministres ont quitté l’Hôtel Matignon, dimanche en fin d’après-midi, un peu comme s’ils rentraient d’un week-end campagnard passé entre amis devant l’âtre d’une cheminée rustique. C’est pourtant bien d’un séminaire de travail qu’ils sortaient. Et ces sourires affectés étaient sans doute la première application des consignes venues d’en haut : feignez la force tranquille, et répétez à qui veut l’entendre que « la réforme se fera ». La méthode du docteur Coué est à la base de toute communication politique. Si le peuple n’y croit pas, c’est bon au moins pour le moral des troupes.

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À trois jours du début d’une épreuve de force visiblement très redoutée par le pouvoir, le mot d’ordre était, paraît-il, « saturez les médias ! ». Encore faudrait-il savoir quoi dire au-delà de formules usées jusqu’à la corde. Car, pour l’exécutif, la bataille de l’information est mal engagée. Les éléments de langage – « justice », « égalité », « simplicité » – censés convaincre des vertus de la réforme des retraites sonnent creux dans la bouche de ceux qui les prononcent. En matière d’égalité et de justice, il est vrai qu’Emmanuel Macron s’est acquis une mauvaise réputation. Du coup, la plupart des Français ont compris que la nouvelle répartition qu’on veut leur imposer ne concerne qu’une partie de la société, et qu’elle est une entreprise de division des classes moyennes et inférieures. Les très riches, eux, ne participent pas à ce jeu-là.

Le discours sur les régimes spéciaux, pierre angulaire de la réforme, convainc de moins en moins. C’était pourtant malin : une « réforme universelle » qui nettoie ce maquis pour créer un régime unique, le même pour tout le monde, voilà qui était marqué au coin du bon sens. Succès garanti au zinc du bistrot, et dans cette presse dite populaire qui parle le langage des gens simples en défendant les intérêts des riches. Il a fallu du temps, et une autre information, il a fallu des journaux indépendants, et des journalistes qui le sont, parfois au sein de certains grands médias, il a fallu un travail syndical opiniâtre, il a fallu Attac et la Fondation Copernic, et des économistes vraiment atterrés, pour que les mots retrouvent leur sens. Supprimer les régimes spéciaux, même sous une rhétorique de l’égalité, c’est ignorer la spécificité des métiers, nier la pénibilité de certains d’entre eux, et c’est, pour finir, le contraire absolu de l’égalité. Et tout s’est révélé être à l’avenant : l’égalité macronienne ignore les inégalités femmes-hommes, les carrières chaotiques, la misère de la condition enseignante. Elle ignore la vraie vie.

À mesure que le débat a progressé, il a fallu que le gouvernement invente des compensations à ses propres dispositions. Ainsi, le fameux point, dont on ne connaît toujours pas la valeur, mais qui devrait remplacer le système par trimestre en soumettant les retraites aux turbulences financières, serait « sanctuarisé ». Si l’on en croit Bruno Le Maire. Et les enseignants, dont les retraites s’effondreraient, seraient « revalorisés ». On nous dit de lâcher la proie pour l’ombre. Le discours ne passe plus.

Au comble de l’embarras, un ministre affirme que le « texte n’est pas encore écrit ». Et le dernier mode de défense consiste à brouiller les pistes à propos du calendrier d’application et de la génération des actifs concernés. Le gouvernement, qui n’a à la bouche que le mot solidarité, dit en quelque sorte aux salariés : « N’allez pas manifester, car vous ne serez peut-être pas touchés par la réforme. » Ils iront manifester parce qu’ils ne croient plus rien de ce qui vient de ce gouvernement.

La difficulté est telle que quelques soutiens habituels lâchent Emmanuel Macron. L’éditorialiste du Monde constate les dégâts, et juge la réforme « illisible ». L’économiste libéral Nicolas Baverez observe, la mort dans l’âme, qu’elle aggravera les déficits. Laurent Berger, lui-même, le patron de la CFDT, pourtant tout prêt à servir, est pris à revers par sa base. Quant aux ministres, ils sont à la peine. On leur demande de clarifier une entreprise politique qui repose précisément sur le flou, la dissimulation et la procrastination. Heureusement, il y a parfois des plombiers miraculeux dégottés par France Info, comme cet Olivier qui aime si passionnément la réforme qu’il en assure avec talent la promotion, en connaît les détails techniques, et se dit prêt à des sacrifices financiers. Un plombier extraordinaire dont on avait seulement oublié de nous dire qu’il était un responsable de La République en marche.

Mais il y a trop peu de plombiers comme Olivier, et cette première bataille de l’information, le gouvernement l’a perdue. Voilà pourquoi les manifestations de jeudi et la grève seront massives. Mais une autre bataille se profile dans les médias. C’est la fameuse défense de l’usager. Micros et caméras vont rendre compte sur les quais de gare de la rudesse de notre vie en temps de grève. Le citoyen s’effacera derrière l’usager « pris en otage » par des nantis qui jouissent du double privilège de disposer d’un régime spécial de retraite et du pouvoir de faire grève. On connaît la chanson. Le tout est de savoir si la grève est la faute des grévistes, ou de ceux qui se sont lancés dans une entreprise dont on se demande parfois s’ils ne la regrettent pas déjà.

 

par Denis Sieffert

Publié le 08/12/2019

« Vous avez la parole » sur France 2 : les cheminots sur le grill

 

par Frédéric Lemaire (site acrimed.org)

 

Le 5 décembre, journée de grève et de manifestation d’une ampleur historique dans toute la France, France 2 diffusait, à partir de 21h, une émission de débat intitulée « Vous avez la parole » et animée par Léa Salamé et Thomas Sotto. L’occasion, entre autres, d’étriller une nouvelle fois les « privilèges » des cheminots, dans le viseur de la rédaction de France 2 depuis plusieurs jours.

Le principe de l’émission de débat de France 2 est simple : deux ministres, Sibeth NDiaye et Gérald Darmanin répondent aux interpellations de huit invités sélectionnés, représentant différentes catégories ou secteurs professionnels, en présence de Philippe Martinez (CGT) et de Dominique Carlac’h (MEDEF). Pourtant très rapidement, ce sont moins les ministres qui seront interpellés par les animateurs de l’émission… que le premier invité interrogé, représentant des cheminots et syndicaliste Sud-Rail. Léa Salamé donne d’emblée le ton :

Fabien Villedieu, vous êtes conducteur de train [...] et vous voulez sauver votre régime spécial, celui qui vous permettra de partir à la retraite à 57 ans […] qu’est-ce que vous répondez à ceux qui vous accusent de vouloir défendre des intérêts personnels, des intérêts corporatistes ?

Et lorsque l’invité explique que la réforme touche l’ensemble de la population, et qu’il faut défendre le système de retraites actuel, Thomas Sotto le coupe (« Vous dites qu’on a un bon système et qu’il ne faut rien changer ? Mais il ne faut rien changer ? »). Avant de se tourner avec gourmandise vers le second invité :

Je m’adresse à vous Thierry Moisset qui êtes chef d’entreprise, est-ce que vous comprenez, vous, que Fabien Villedieu veuille conserver son régime spécial, ou au fond est-ce que vous vous dites « en quoi un cheminot a un travail plus pénible qu’un maçon par exemple ? »

Une question à peine suggestive… Rebelote lorsque Léa Salamé se tourne vers le troisième invité, représentant les avocats :

Alors vous Xavier Autain, l’idée, dans l’esprit, une réforme qui, en tout cas sur le papier, est équitable pour tout le monde, et rassemble tout le monde sous un régime universel, supprime les 42 régimes, supprime votre régime autonome, est-ce que dans l’esprit vous trouvez ça équitable et juste ?

Bref, cette réforme équitable « sur le papier » est-elle équitable « dans l’esprit » ? Mais l’invité ne partage pas les termes de Léa Salamé. Il raille la position du gouvernement sur la pénibilité : s’il n’existe pas de métier plus pénible que d’autres, pourquoi maintenir le régime spécial des policiers au nom de la pénibilité de leur travail ? Thomas Sotto le corrige : « Ils auront un régime "particulier". » La nuance est ténue…

Puis lorsque l’avocat se moque de la communication du gouvernement (« ce qui se dit est plus important que ce qui se fait »), c’est Léa Salamé qui s’agace : « Oh, ça c’est un petit procès d’intention que vous leur faites ». Décidément, les ministres sont sur le grill… Le couplet sur les régimes spéciaux se poursuit avec la première question posée par Thomas Sotto à Dominique Carlac’h, représentante du MEDEF :

Dominique Carlac’h, vous qui êtes au MEDEF, est-ce que vous considérez aujourd’hui que ces régimes spéciaux sont des régimes de privilégiés dans la société de 2019 ou pas ?

Il faut dire qu’en matière de privilèges , la présidente du Medef s’y connaît [1]. Puis c’est au tour du responsable de l’Ipsos d’intervenir pour dégainer et commenter son dernier sondage :


photo sondage


Et Thomas Sotto ne manque pas de saisir la balle au bond :

En tout cas Philippe Martinez, on a un chiffre là, une majorité des français, selon ce sondage, dit : « la suppression des régimes spéciaux, on est pour ».

Pour ceux qui n’auraient pas encore compris, Léa Salamé est là pour repasser une couche : « Les chauffeurs de bus du Havre partent à la retraite, pardon, 10 ans après les chauffeurs de train de Paris [...] est-ce que c’est normal ? » Puis c’est Nathalie Saint-Cricq, éditorialiste politique à France Télévisions, qui vient corriger une injustice : une des principales marottes de la rédaction de la chaîne publique n’a pas encore été traitée - celle du coût des régimes spéciaux.

Il y a juste un sujet qui n’a pas du tout été abordé, ou même mentionné quand on a parlé des régimes spéciaux, c’est le financement. On ne parle pas de ça ce soir, alors que c’est quand même le problème central, il y a que les régimes spéciaux sont déficitaires et qu’en gros, on a besoin de réformer les retraites parce que aligner vers le haut, très bien, sans doute tout le monde en rêverait, mais il est probable qu’on n’ait pas le... il faudrait avoir là-dessus quelques précisions, qu’est-ce qu’on peut se permettre de faire et cette réforme est-elle uniquement pour faire le bien de tout le monde où c’est aussi parce qu’on a des problèmes financiers.

Ouf ! Merci Nathalie. Enfin, Thomas Sotto interpelle la porte-parole du gouvernement avec une question d’une rare impertinence :

Alors sur les régimes spéciaux, Sibeth NDiaye moi j’ai une question précise à vous poser, vous dites « il va y avoir la fin des régimes spéciaux » mais ce sera quand ? [...] ce sera quand et pour qui ?

Après plus d’une demi-heure dédiée aux régimes spéciaux, l’émission enchaîne sur la question des fonctionnaires, du point d’indice, de l’agriculture, du régime des indépendants, des retraites des femmes, des étudiants… et au terme de plus de deux heures et demie d’émission, le « verdict » tombe – sous la forme du sondage « maison » : les ministres n’ont pas été jugés convaincants par 63% des personnes interrogées.

 

Les « pauvres ministres » et la « formidable manipulation des syndicats »


Un « score » particulièrement mauvais commenté dans le « débrief » d’une demi-heure, deuxième partie de soirée entre les deux animateurs et des commentateurs et éditorialistes… non sans une certaine inquiétude et sollicitude à l’égard du gouvernement :

- Léa Salamé : Quand on voit le résultat du sondage, où on voit que 38% seulement de ceux qui ont regardé la télé ont trouvé les ministres convaincants, on se dit que c’est pas gagné Nathalie Saint-Cricq, ça vous a surpris ce sondage qui n’est pas bon ?

- Nathalie Saint-Cricq : Non ça ne m’a pas surpris du tout parce qu’ils ne savaient pas, enfin on parle de cette réforme des retraites on ne sait pas ce qu’il y a dedans [...] donc les pauvres ils sont venus ce soir pour essayer de défendre la philosophie générale mais quand on leur demande les gagnants, les perdants qu’il y aura – il y en aura et c’est peut-être bien...

- Léa Salamé : Est-ce que ce n’est pas une erreur de communication du gouvernement [...] ?

- Nathalie Saint-Cricq : Ils ne se sont probablement pas rendu compte que c’était quelque chose d’aussi explosif [...] ils ne se sont pas rendu compte que c’était quelque chose qui pouvait agréger, après un an de gilets jaunes, et que c’était une sorte de danger public.

- Thomas Sotto : Gérard Miller, est-ce que ce n’est pas une formidable manipulation des syndicats d’appeler à la grève aujourd’hui alors que le projet n’est pas sur la table, qu’on ne sait pas de quel texte on parle finalement, et qu’on peut dire qu’on parle dans le vide ?

Puis l’animateur se tourne vers un journaliste suédois, le prenant à témoin :

Thomas Sotto : Magnus Falkehed, quand vous regardez ça, vous le suédois, vous dites quoi, qu’on est un pays de fous ? Vous comprenez ce qui se passe, quel est votre regard sur ces débats, cette journée de manifestation ?

Une chose est sûre : ce n’est pas en écoutant les « analyses » à la truelle du service politique de France 2 que le journaliste suédois pourra se faire une idée sur l’actualité sociale en France…


Frédéric Lemaire

Piblié le 07/12/2019

Ils n’ont pas honte !. Fuite de crédibilité chez France Info

 

Loan Nguyen (site humanite.fr)

 

Le site d’information a interviewé un plombier, favorable à la réforme des retraites, sans préciser qu’il était encarté à LaREM.

« J e souhaite qu’on arrête d’avoir ces régimes spéciaux, des héritages du passé, de luttes sociales, de tout ce qu’on veut, mais surtout qui créent aujourd’hui des inégalités très fortes » : sur le site de France Info, samedi, Olivier le plombier se désespère de la « multiplicité de ces systèmes » de retraites, appelant à la mise en place d’un régime universel. Dans le cadre d’une série de portraits de divers Français face à la réforme des retraites, le site d’information a initialement présenté ce témoignage comme émanant d’un artisan lambda de 58 ans, en oubliant de mentionner que ledit Olivier Beurton est aussi… militant LaREM.

Sur Twitter, plusieurs internautes ont ainsi tenu à « compléter » la biographie du plombier-chauffagiste-électricien en exhumant des photos de celui-ci distribuant des tracts pour la campagne de Laurianne Rossi, en mai 2017, alors candidate aux élections législatives dans les Hauts-de-Seine pour l’écurie d’Emmanuel Macron. Dans un article du Point de 2016, l’expert en tuyauterie développait un peu plus son parcours professionnel : ancien cadre supérieur dans des grands groupes internationaux, Olivier Beurton s’est reconverti sur le tard dans la plomberie, confiant que son business lui rapportait gros : « 80 000 euros annuels nets », déclare-t-il à France Info. Mais, épinglé sur l’omission de l’étiquette politique de celui-ci, le site d’information n’a pas jugé bon de faire son mea culpa, se contentant de mettre à jour l’article en mentionnant qu’Olivier Beurton « a voté pour Emmanuel Macron à la dernière présidentielle, et (…) est adhérent En marche ». Contacté par Checknews, le service communication de France Info a expliqué que l’auteur du reportage avait sollicité cet artisan pour un portrait car il avait fait appel à ses services dans un cadre personnel et qu’il « ignorait que celui qui a changé sa chaudière avait voté Macron ».

Loan Nguyen

 

Publié le 06/12/2019

A la Haye, devant CPI : Stop à L’impunité ! Condamnez Israel! #OpenGaza

 

Anne Marie OUDRER (site change.org)

 

Quatre cents manifestants européens étaient présents devant la Cour Pénale Internationale (CPI) vendredi, à l’occasion de la Journée Internationale de Solidarité avec la Palestine, pour dénoncer son inaction face aux criminels de guerre israéliens. 

Une vingtaine de prises de parole ont été ponctuées de slogans en anglais et en Français (les deux langues de travail de la CPI) .
Parmi celles-ci, les interventions de Ziad Medoukh (Gaza) et Haitham Khatib (Bi’lin, Cisjordanie) pour la Palestine, d’Anne Jellman pour les Pays-Bas, de Mustapha Awad et Hamdan AL Damiri pour la Belgique, du Pr. Christophe Oberlin, Mohamed Salem, Sarah Katz, Jacques-Marie Bourget, Nicolas Shahshahani et Olivia Zémor pour la France, de John Tymon et Beleigh Jbara pour l’Angleterre, de Peter Leuenberger pour la Suisse, et de George Rashmawi pour l’Allemagne.
Une délégation de deux personnes a été reçue à la CPI, mais les subordonnées qui les ont reçues, n’ont pas été en mesure de répondre à la moindre question.
LA CPI, UNE INSTITUTION INDÉPENDANTE ?
Olivia Zémor a rappelé que la CPI, qui dispose d’un personnel de 800 membres et de 18 juges élus pour des mandats de 9 ans par ses 123 Etats membres, possède de larges pouvoir (prison, amendes, compensations pour les victimes, dans tous les cas de crimes de guerre, crimes contre l’humanité, dont celui d’apartheid, la torture, la déportation et la persécutions pour des motifs raciaux, ethnique ou religieux.
Et elle peut juger des ressortissants de pays qui n’ont pas ratifié sa compétence, comme Israel, mais qui ont commis des crimes dans un pays qui l’a ratifiée, comme la Palestine.
La Palestine qui a saisi la CPI est d’autant plus habilitée à le faire que ses plaintes n’ont aucune chance d’aboutir devant les tribunaux de la puissance occupante. ET c’est justement dans ce type de cas, que la CPI a vocation à intervenir.
Mais on peut avoir des doutes sur sa volonté à enquêter sur les plaintes palestiniennes, quand on voit que depuis sa création en 2002 :
quasiment tous les mandats d’arrêt qu’elle a lancés concernent des Africains, et parmi eux, surtout des "seconds couteaux" ou des opposants qui n’ont pas l’heur de plaire aux grandes puissances
il n’y a pas eu un seul détenu blanc dans sa prison de Scheveningen qui se trouve dans la banlieue de La Haye,
que ses bureaux à l’extérieur sont situés dans les villes suivantes : Kinshasa, Kampala, Bangui, Nairobi, Abidjan et Tbilissi
et que la Procureure générale a pris la peine de lancer une enquête sur le conflit en Géorgie qui n’a duré que quelques jours, alors que les crimes perpétrés par les dirigeants israéliens depuis plus de 70 ans, ne font toujours pas l’objet d’une enquête malgré les dossiers de palintes très documentés qui lui ont été remis.
C’est tellement choquant que la CPI se sent obligée de jeter un peu de poudre aux yeux, avec ce qu’elle appelle des "examens préliminaires", qui ne mènent le plus souvent nulle part, mais qui veulent donner l’illusion que la CPI n’est pas le "Joker des grandes puissances", pour reprendre l’expression de la journaliste et auteur Stéphanie Maupas.
C’est ainsi qu’en 2017, Mme Bensouda a ouvert un examen préliminaire sur d’éventuels crimes de guerre commis en Afghanistan par les forces armées occidentales, et notamment les USA, mais n’a pas bronché quand elle s’est vu interdire l’entrée dans ce pays pour y interroger des suspects américains.
Ce qui n’empêche pas les USA, au sein du conseil de sécurité de l’ONU, de demander à la CPI de lancer des mandats d’arrêt contre les dirigeants qui les gênent. Et ce même conseil de sécurité a aussi le droit de demander à la CPI de suspendre une procédure.
Et quand c’est ce même conseil de sécurité de l’ONU qui saisit la CPI, il n’est plus question de "complexité" des dossiers, ni ’incontournables lenteurs de la procédure.
Ainsi, il n’a pas fallu plus de 3 semaines à Fatou Bensouda, pour lancer un mandat d’arrêt contre Khadafi à la demande de ces grandes puissances, avant de lancer leur intervention militaire contre ce pays.
Alors que depuis 2015, soit bientôt 5 ans, en ce qui concerne les plaintes palestiniennes, on en est toujours au stade de l’"examen préliminaire".
Et pour l’attaque du Mavi Marmara en 2010, Fatou Bensouda a estimé que le crime n’était "pas assez massif" !
Elle a même été sommée de revoir sa décision de classer le dossier et doit donner une autre réponse devant la cour d’appel de la CPI le 3 décembre prochain. Espérons que notre manifestation l’aidera à ré-ouvrir le dossier !

 

Publié le 05/12/2019

L'édito contrepoint de Vincent Lindon

Le témoignage engagé et personnel de l'acteur de « Welcome », « La loi du marché » et « En guerre » qui fait partager sa révolte à La Relève.

 

Par Vincent Lindon (site lesechos.fr)

 

Dans la rue, on m'arrête souvent. « Oh, je vous adore ! Merci pour ce que vous êtes, merci pour ce que vous faites. » Ils s'adressent sans doute au maître-nageur de « Welcome » qui vient en aide aux migrants. A moins qu'ils ne parlent au vigile de  « La loi du marché » indigné par la façon dont on traite les précaires. Ou peut-être au syndicaliste de  « En guerre », qui finit par s'immoler par le feu, sacrifice ultime sur l'autel de l'inégalité.

Les passants aussi me donnent le beau rôle : je ne suis aucun de ces héros, mais j'ai choisi de les incarner. Parfois, il s'ensuit un dialogue. J'écoute ces récits de vies souvent difficiles, invivables, même si je sais qu'ils s'adressent plus à mes personnages qu'à moi-même. Problèmes d'accès aux soins médicaux, de scolarisation des enfants, d'hébergement des personnes âgées, d'hébergement tout court, d'emploi, de tout, partout. Toujours, le même sentiment, celui d'un abandon extrême, sournois, toujours contesté mais toujours plus tangible, : qu'est devenu l'Etat puissant et protecteur d'antan ? Qu'est-il arrivé au service public, jadis objet de fierté, aujourd'hui ruiné, rogné, raillé ? Ses activités rentables ont été privatisées. Ainsi le gaz, l'eau, le rail, le téléphone, les autoroutes ont-ils été, partiellement ou en totalité, vendus à l'encan.

« Comment nos décideurs peuvent-ils dormir la nuit ? »

Dans les secteurs qu'il contrôle encore, l'Etat semble avoir renoncé à l'exigence de qualité qui constituait l'essence du modèle français. De l'hôpital au bord de la rupture à l'enseignement sous tension permanente, le système fait eau de toutes parts, noyant les plus faibles. Comment nos décideurs peuvent-ils dormir la nuit ? Ont-ils oublié que rien n'est plus précieux que la santé ? Ne savent-ils plus que l'école est l'outil indispensable d'ouverture sur le monde, où l'on apprend à nos enfants à discerner le bien du mal, le juste de l'inéquitable ? Ne voient-ils pas la catastrophe qui s'avance, qui pourrait bien les menacer eux aussi, l'histoire nous ayant appris que, parfois, les peuples les mieux soumis décapitent leur roi ?

Les privatisations au profit de quelques-uns, qui ont déjà tout, les privations pour tous les autres, qui ont déjà rien. A ce diptyque se résume l'action des gouvernements qui se sont succédé depuis trois ou quatre décennies, toutes couleurs partisanes confondues. Et toute honte bue.

Bien plus que l'effet d'un seul homme, aussi brillant soit-il, c'est cette continuité de l'action, longtemps dissimulée par des postures antagonistes, qui a dévasté le paysage politique, en France et ailleurs. Partout ou presque, les citoyens désertent les urnes ou s'égarent dans des votes inutiles. Aux oubliés de la start-up nation, il ne reste que la rue pour dire leur colère ou leur désespoir. Dans la rue, l'Etat retrouve de sa vigueur : instructions inflexibles à sa police, lourdes condamnations par sa justice.

« Pour agir »

D'un saltimbanque, personne ne peut attendre une solution miracle. Sans surprise, je n'en ai pas. 

Pour agir malgré tout, j'ai dû emprunter d'autres voies, parallèles, plus étroites. Libre, n'ayant ni maîtres à servir, ni normes comptables à respecter, j'ai saisi une opportunité de terrain, un engagement associatif ou ma petite notoriété peut être utile, et où toutes les bonnes volontés sont les bienvenues.

Pour agir, j'ai choisi l'association « Un rien c'est tout » qui porte au quotidien les valeurs humanistes qui sont les miennes depuis l'enfance.

Pour agir, j'ai simplement écouté Winston Churchill : « On vit de ce que l'on obtient, mais on construit sa vie sur ce que l'on donne. »

VIDEO. Vincent Lindon : «Aux oubliés de la start-up nation, il ne reste que la rue»

 

Publié le 04/12/2019

Conditions "indignes" dans une école de Montpellier : les parents d’élèves alertent

(site midilibre.fr)

 

Des parents d’élèves de l’école élémentaire Simon-Bolivar, à la Paillade, dénoncent le manque de place dans l’établissement.

Le 28 novembre, des mamans d’élèves de Simon-Bolivar, une école élémentaire située à La Paillade, ont pris leurs enfants par la main, direction l’hôtel de ville de Montpellier. Le grand hall s’est alors transformé en salle de classe pour les enfants. Objectif : dénoncer le manque de places dans l’établissement et être entendues, évidemment.

De "bonnes conditions de travail" demandées

"Depuis le dédoublement des classes de CP et CE1, c’est une catastrophe. La bibliothèque, la salle de motricité et la salle des maîtres ont disparu pour laisser place à une classe ou des salles de repli pour des ateliers à douze. Il n’y a plus d’endroit pour recevoir les intervenants extérieurs comme les infirmières, les orthophonistes. Les conditions de travail sont indignes, pour les enfants et enseignants", énumère Siham, parent délégué et maman de deux enfants dans l’établissement. Leila, dont le fils est en maternelle juste à côté, à Pablo-Neruda, s’inquiète : "Si les travaux ne sont pas effectués, je demanderai une dérogation. Je veux qu’il ait de bonnes conditions de travail."

Jody, maman d’un petit garçon en grande section à Neruda habite Pierresvives depuis cinq ans. Elle apprécie la mixité sociale et ne veut pas partir mais trouve "le quartier abandonné. On se bat pour avoir accès à nos droits." "Après, on nous parle d’école de la réussite !, poursuit Hinde, une autre maman d’élève. On a une solution : l’école détient 100 m² de locaux inoccupés, des anciens logements de fonction vides, avance Siham. On veut que les travaux soient inscrits au budget 2020."

Rendez-vous en mairie

Suite à leur venue en mairie, les parents d’élèves de Simon-Bolivar ont obtenu un rendez-vous, ce lundi 2 décembre, avec Sonia Kerangueven, adjointe au maire déléguée à la réussite éducative et au quartier Hôpitaux-Facultés.

"On est au courant du manque de places. Il est parfois compliqué d’appliquer la réforme tout de suite, on y travaille. Par ailleurs, on a répondu à des demandes à plusieurs millions d’euros sur cette école : on a refait le plateau sportif en 2018, un nouveau restaurant scolaire, toujours en concertation avec les parents et le corps enseignant. On est à l’écoute de ce quartier. J’attends de rencontrer les parents d’élèves pour comprendre et proposer des solutions. "

LAURIE ZENON

 

Publié le 03/12/2019

Montpellier : épuisés par le quotidien, directeurs et directrices d'école témoignent

(site midilibre.fr)

 

Tâches administratives à n’en plus finir, dédoublement des classes, promesse d’une école inclusive… Ils sont bien seuls pour mener la barque, les chefs d’établissement du primaire.

Elle dirige l’école Léo-Malet, à Celleneuve, depuis cinq ans, travaille dans le quartier depuis quinze ans. En zone Rep +, elle est chargée de piloter 16 classes et une Ulis, soit 290 élèves. "La taille d’un petit collège, avec une seule personne pour tout gérer", résume Catherine Serrano.

Concierge, CPE, secrétaire, assistance sociale, "je fais tout ce travail-là… Ah, je suis la portière aussi", ajoute-elle en sortant à toute vitesse de son bureau pour aller ouvrir la porte à un élève. Une course jusqu’au portail, qu’elle répétera cinq fois au cours de l’entretien, sans compter les appels téléphoniques.

"Avant, j’avais une aide administrative, en contrat aidé. Ce poste a été supprimé il y a deux ans, sous prétexte de mettre le budget dans le dispositif de l’inclusion, et de recruter des AVS (auxiliaires de vie scolaire). Mais ces deux aides n’ont juste rien à voir."

Laurent Noé, coordonnateur de l’école du socle pour l’académie

Suite au suicide de Christine Renon, des discussions sont-elles ouvertes dans notre académie ?

Dans chaque circonscription, les inspecteurs de l’Éducation nationale vont proposer des réunions en petits groupes avec tous les directeurs qui le souhaitent, pour écouter ce qu’ils ont à dire sur leurs missions ainsi que leurs propositions de modifications. L’essentiel des réunions a lieu en décembre. En parallèle, une consultation anonyme, mise en place par le ministère, est ouverte pour l’ensemble des directeurs.

Quel est le but de ces démarches ?

Le but est de libérer la parole des directeurs, de mettre les sujets sur la table afin de voir ce que l’on peut faire pour alléger leurs tâches. L’idée est de se dire les choses de manière horizontale, de recueillir la parole la plus sincère, sans pression.

En tant qu’inspecteur, quel regard portez-vous sur leur quotidien ?

Les situations sont très diverses. Certains directeurs me disent qu’ils sont pleinement heureux, d’autres formulent de la complexité. Tout change dans les écoles, car tout change dans la société. Les directeurs sont impliqués dans de nombreux domaines, dont la sécurité. Des dimensions se sont ajoutées à leurs missions. Elles méritent que l’on clarifie comment on peut les aider. Selon les situations, on a de petites voire de grandes choses à changer.

"Tout est de la bidouille"

À la tête d’une équipe de 19 enseignants, 6 AVS, des agents, des membres du Rased, deux maîtres spécialisés, Catherine Serrano ne possède "aucun outil pour gérer les plannings, les absences. Tout est de la bidouille. Je fais tout à la main. Une aide administrative est nécessaire", affirme celle qui doit composer avec les entrées et sorties d’élèves qui se rendent pour la plupart chez l’orthophoniste, sur le temps scolaire.

Assistante sociale, psychologue, la directrice revêt de multiples casquettes, sans y être formée et sans personne pour l’épauler. Elle se retrouve régulièrement avec des situations alarmantes à gérer : des parents qui perdent leur logement, des violences, des problèmes de soins chez les enfants, sans aucun relais sur place.

Le ministère prend des mesures

Le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, Jean-Michel Blanquer, a lancé des premières mesures visant "à alléger et simplifier le travail des directeurs d’école." Parmi celles-ci, une journée supplémentaire de décharge a été allouée à tous les directeurs sur la période novembre-décembre 2019 ; un questionnaire leur a été adressé ; des groupes départementaux de consultation et de suivi ont été mis en place… Suite à cette consultation et à la réunion avec les partenaires sociaux du 17 décembre, le ministre pourrait annoncer une série de mesures complémentaires pour alléger le travail des directeurs.

"Elle a décrit ce que l’on connaît tous"

"Normalement, les missions d’un directeur sont à un tiers le pilotage pédagogique des équipes, un tiers le fonctionnement de l’école et la gestion des équipements, et un tiers la relation avec les familles." Forcément frustrée sur la partie pédagogique, les autres missions prenant beaucoup d’énergie, la directrice de l’école de Celleneuve a la désagréable impression de "ne rien mener à bout. La tâche est aussi devenue plus ardue avec le dédoublement des CP et CE1, qui a créé des classes supplémentaires. De façon générale, l’organisation s’est complexifiée."

Pour ne pas se retrouver sous l’eau, Catherine revient le mercredi matin ou le week-end, la seule occasion qu’elle a trouvé pour avoir des moments de tranquillité. Dans cette tempête quotidienne, son expérience l’aide à se préserver, son équipe à tenir le coup : "Je ne me sens pas seule. On se soutient et on arrive à mener de super projets. Je rame, je suis bien essorée mais je ne suis pas en souffrance. La mission prend tout son sens car le travail fourni est extrêmement utile et les élèves vont bien."

Quand elle a appris le suicide de Christine Renon, directrice de maternelle à Pantin (Seine-Saint-Denis), Catherine Serrano a lu sa lettre et a tout de suite été touchée par la justesse des propos : "Elle a décrit ce que l’on connaît tous." Dans son rêve d’école idéale, la directrice de Léo-Malet aimerait le retour d’aides pour le fonctionnement des établissements scolaires. "On pourrait alors se concentrer sur la réussite des élèves, leur désir d’apprendre et de continuer à venir et aimer l’école."

"Je me sens tout seul à gérer trop de choses", le témoignage d'un directeur d'école

"L’histoire de Christine Renon m’a plombé, car c’est ce que je vis. Ça a été très compliqué pour moi d’aller à l’école après." Paul (*), qui tient à rester anonyme, dirige deux écoles, maternelle et primaire, à Montpellier, depuis cinq ans.

470 élèves au total. Au départ, lui qui aimait enseigner a eu envie de devenir directeur pour "aider les enseignants et les élèves". Aujourd’hui, constamment sollicité pour un rien – "un manteau perdu, un mot malencontreux d’un enfant à un autre, les parents qui s’emmêlent, de gros conflits pour des broutilles" -, il est usé.

Malgré la bonne entente avec l’équipe enseignante, le poids de la mission est "très lourd à porter". À tel point qu’il se demande, depuis cinq ans, s’il va partir. "Je fais le portier, l’infirmier, je gère les plannings sans logiciel. Le tout pour 2 600 €, primes comprises, et avec 20 ans d’ancienneté. Au collège, les directeurs gagnent le double." Le manque de considération est l’un des points qui le contrarie le plus : "Je me suis fait menacer de mort par un parent. Je suis allé au commissariat… J’ai informé ma hiérarchie et j’ai eu l’impression que l’institution n’en avait rien à faire." 

Paul peine aussi de plus en plus à trouver des satisfactions dans son quotidien : "Celles qui me font rester sont d’avoir réussi à protéger des enfants maltraités et, après avoir détecté un handicap chez des enfants, de les avoir orientés pour les amener le plus loin possible". Afin que les directeurs d’école puissent avoir un avenir plus serein, "il faudrait tous les décharger de leur classe et leur donner un adjoint administratif".

(*) Le prénom a été modifié.

 Alexandra Seoane : "Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin"

Elle est d’un naturel, pétillant, joyeux, ça saute aux yeux. Sur les murs de son bureau, des petits mots du type “Alexandra, une directrice qui déchire” et des photos avec l’équipe enseignante où tout le monde a l’air de bien s’amuser. Alexandra Seoane, qui "rêvait d’être instit’ à 6 ans", est désormais directrice.

Depuis dix ans, elle pilote l’école Olympe-de-Gouges. Depuis trois, elle est déchargée à temps plein, c’est-à-dire qu’elle n’a plus de classe. "On s’excuserait presque d’être déchargée alors que directrice est un boulot à temps plein. On n’a vraiment pas le temps de glander et on est en première ligne tout le temps." 

Si Alexandra trouve son métier "formidable", le suicide de la directrice de Pantin l’a pas mal perturbée. "C’est un poste dans lequel on est seul. Il faut être en forme tout le temps car on compte sur nous et si on est dépassé, on ne va pas le dire, reconnaîtelle en ajoutant : Pour moi, tout va bien, je m’y épanouis !" 

Les tâches administratives se sont toutefois multipliées depuis ses débuts. Les AVS, dix dans son école, représentent une équipe supplémentaire à gérer. Les enfants avec troubles de l’attention, hyperactivité, autisme sont aussi "de plus en plus nombreux. Les parents ont aussi de plus en plus besoin d’être guidés et c’est toujours tout de suite, dans l’urgence." 

Face à toutes ses tâches, Alexandra se dit qu’il y a vraiment un problème de statut du directeur d’école. "Comparé à un principal de collège, notre salaire est très inégal alors que nous avons le même diplôme. Et on ne parle pas des heures supplémentaires non payées."

Le sentiment d’être utile, de servir de former les citoyens de demain, d’inculquer des valeurs aux enfants, remplit Alexandra Seone. Malgré les difficultés, son naturel optimiste, sa vie personnelle heureuse lui permettent d’avancer, main dans la main avec son équipe. "Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin", a-t-elle affiché sur la porte de son bureau.

 

Laurie ZENON

Publié le 02/12/2019

Retraites : la fake news de Monsieur Seux

Par Bernard Marx (site regards.fr)

Quand Bernard Marx prend un éditorialiste en flagrant délit de mensonge en direct, ça donne cet article, juste histoire de rétablir quelques vérités.

Ce 28 novembre, à une semaine du 5 décembre, Dominique Seux, éditorialiste quotidien, du lundi au vendredi, sur France Inter – y compris les jours de grève – et, en même temps, directeur délégué de la rédaction du journal Les Echos, a déposé sur les ondes une belle fake news. Il voulait apporter tout son soutien à la thèse selon laquelle les retraités français sont, de très loin, les plus privilégiés du monde et les « actifs en payent le prix ».

Se référant aux données de la page 181 de l’édition 2019 du « Panorama des pensions » publié par l’OCDE, il a affirmé que la France bat tous les records du temps passé à la retraite : « Ce temps à la retraite est de presque 23 ans pour les hommes et de 27 ans pour les femmes – on arrondit à 25 ans en moyenne donc, même si cette moyenne-là est bien frustre. C’est environ CINQ ans de plus que la MOYENNE des autres pays. » C’est écrit en majuscule, à la Trump, dans la transcription de son édito, sur le site de France inter.

La manipulation des données de l’OCDE est assez grossière.

La statistique ne porte pas sur la durée moyenne de vie passé à la retraite par l’ensemble des Français. L’âge moyen de liquidation des droits à la retraite est de 62,7 ans. L’espérance de vie moyenne des personnes, nées en France il y a 60 ans, était à la naissance de 66 ans pour les hommes et de 71,5 ans pour les femmes. Si l’on exclut celles et ceux qui sont morts avant 20 ans cela rajoute un peu plus d’un an d’espérance de vie moyen. On a donc pour tous les Français qui ont pu cotiser pour leur retraite, une durée moyenne de temps passé à la retraite de l’ordre de 5 à 6 ans pour les hommes et inférieure à 10 ans pour les femmes. On est loin, très loin, des Français qui passeraient 25 ans en moyenne à la retraite. Et bien sûr, comme un éditorialiste économique digne de ce nom devrait informer, cette moyenne cache d’amples inégalités en fonction du métier exercé et du niveau de vie.

Les chiffres ne mentent pas

Les données citées par Dominique Seux ne portent même pas sur la durée moyenne de vie à la retraite pour celles et ceux qui ont pu la prendre. Le titre du graphique de la page 181 du rapport de l’OCDE est « Remaining life expectancy at labour market exit, by gender in 2018 » ce que l’on peut traduire par « Espérance de vie à l’âge de sortie du marché du travail par genre en 2018 ». Et cela change beaucoup de choses, compte tenu du sous-emploi des salariés de plus de 55 ans en France avant de liquider ses droits à la retraite. Cela compte et pèse beaucoup plus que les départs à la retraite avant 62 ans des militaires et des cheminots. Selon le Rapport 2019 sur les retraités et les retraites publié par le ministère de la Santé et des Solidarités, 46% des salariés de plus de 50 ans ont connu au moins une année de non emploi avant de liquider leur retraite. Selon les statistiques de l’OCDE, l’âge moyen de départ de l’emploi est de 60,8 ans en France alors que l’âge moyen de départ en retraite est de 62,7 ans. Soit deux ans d’espérance de vie moyenne en moins pour les retraités français au moment de prendre sa retraite.

N’en déplaise à Dominique Seux, dont la retraite bien méritée sera bien assurée par son double emploi à France Inter et aux Echos, le système de retraites français est, certes, un des meilleurs du monde. Mais ce système n’est pas au-dessus de nos moyens.

 

[Bernard Marx->http://www.regards.fr/auteur/bernard-marx

 

Publié le 01/12/2019

Frontignan : Michel Arrouy, deuxième adjoint de Bouldoire, est candidat aux municipales

(site midilibre.fr)

 

Le quinquagénaire a officialisé ce vendredi sa candidature aux élections municipales de Frontignan.

Michel Arrouy, deuxième adjoint de Pierre Bouldoire, maire de Frontignan, a annoncé ce vendredi lors d'une conférence de presse qu'il sera candidat aux élections municipales de mars 2020. L'actuel premier magistrat avait déclaré, début décembre, qu'il ne briguerait pas de nouveau mandat après vingt-cinq années à la tête de la commune.

A la tête d'une gauche rassemblée

"Depuis le début, je suis fidèle à Pierre Bouldoire et vice-versa", a expliqué Michel Arrouy. Comme celui dont il espère succéder, il tirera une liste dite de la "gauche rassemblée" avec le PS, Génération.s, Europe écologie les Verts, le PCF. Pour l'heure, il n'a pas souhaité communiquer sur le nombre de personnes de la majorité qui repartirait au combat avec lui, ni sur l'identité des personnes qui ont déjà donné leur accord.

Car dans sa liste il y aura aussi "des citoyens qui auront envie de s'impliquer et qui se feront connaître sur la plateforme internet mise en place le 9 décembre". Une plateforme (c'est la mode) destinée à recueillir les attentes et/ou les propositions des citoyens.

Deux axes transversaux à toute action

"Je crois beaucoup à l'intelligence collective, à l'expertise citoyenne", explique le désormais candidat qui compte, justement, faire de la démocratie participative l'un des axes transversaux majeurs de sa campagne mais aussi de son mandat. Si les urnes penchent pour lui, le deuxième axe majeur sera celui de la transition écologique dont la préoccupation devra irriguer chacune des décisions municipales. 

Proximité, humilité, simplicité

"C'est un moment important dans la vie de Frontignan", a commenté Michel Arrouy. "Pierre Bouldoire qui a réparé la ville, protégé la ville et permis de développer le "vivre ensemble" a décidé de tourner la page. Toutes ses actions, je les continuerai. Je serai maire à plein temps", promet-il. "Les habitants ont besoin de proximité et de lien social que je renforcerai".  Proximité, humilité et simplicité seront ses maîtres mots si les Frontignanais lui accordent leur confiance.

Le programme dévoilé en janvier

Sans dévoiler son programme - il le sera en janvier, notamment, après les ateliers de discussions - Michel Arrouy en a évoqué deux points forts : la proximité qui passe par le cadre de vie mais aussi par la sécurité ("sans angélisme", dit-il), celle du quotidien comme celle face aux pollutions et aux risques majeurs. Deuxième point fort, celui du développement économique en attirant sur la friche Mobil de "petites entreprises créatrices d'emplois et soucieuse de l'environnement".

Une liste baptisée "Passion Frontignan - La Peyrade"

Autant d'éléments qu'il développera au cours d'une campagne "que je ne ferai pas par rapport aux autres. Moi, cela fait 50 ans que j'aime passionnément Frontignan-La Peyrade, cela ne fait pas trois mois." Il a d'ailleurs baptisé sa liste "Passion Frontignan La Peyrade". Reste à savoir s'il en ramassera les fruits.

 

PHILIPPE MALRIC

Publié le 30/11/2019

Clivage. « Macron ne cherche pas à être majoritaire »

 

Cyprien Caddeo (site humanite.fr)

 

Le sondeur Jérôme Sainte-Marie étudie, dans Bloc contre bloc, comment l’opposition gauche-droite a laissé place, depuis 2017, à un antagonisme de classes. Entretien.

Jérôme Sainte-Marie Analyste politique

Vous citez ouvertement Marx dans votre ouvrage (1). Le macronisme a-t-il simplifié l’équation politique à un retour à la lutte des classes ?

Jérôme Sainte-Marie Le macronisme survient à un moment où le clivage gauche-droite apparaît dysfonctionnel pour le service des intérêts dominants. Et ce, à deux niveaux : d’abord, la tripartition de la vie électorale (droite-gauche-FN) fait que le président de gauche ou de droite qui est élu n’a pas la base électorale et sociale suffisante pour pousser les réformes structurelles réclamées par les marchés financiers et l’Union européenne. Ensuite, un président de gauche, pour être élu au second tour, a besoin de mobiliser les éléments populaires de son électorat, donc de faire un compromis social, et c’est en réalité aussi le cas d’un président de droite élu. Avec la présence assurée au second tour de Marine Le Pen en 2017, annoncée dans les sondages deux ans auparavant, il y a eu opportunité d’un rassemblement des libéraux de gauche et de droite et d’une solution sans compromis destinée à donner une base pertinente pour adapter la France aux exigences du capitalisme mondialisé. Les sondages le confirment et révèlent une cohérence sociologique dans le vote et les intentions de vote jamais vue depuis le référendum de 2005.

Y a-t-il, en contrepartie, réémergence d’une conscience de classe dans les classes populaires ?

Jérôme Sainte-Marie La prise de pouvoir par cette bourgeoisie réunifiée, qui se présente sans le masque de la culture de droite ou de gauche, a permis une double prise de conscience. D’abord, les élites au sens large – la bourgeoisie française, le monde des cadres et certains retraités – ont découvert avec bonheur leur unité fondamentale. Ce faisant, elles ont rendu dangereusement visible leur pouvoir social et provoqué en retour une réunification de fait des classes populaires. En l’espèce, ce sont les gilets jaunes. L’analyse sociologique, entre ­novembre 2018 et janvier 2019, montre que c’est d’abord une mobilisation des travailleurs pauvres du secteur privé, peu diplômés, mal encadrés politiquement et précarisés. Ces gens forment de fait une classe sociale, ils sont en prise directe avec la dureté de l’économie capitaliste. Quant à la conscience de classe, on a pu observer que les gilets jaunes déploient des visuels, des symboles, une mise en scène – le samedi, le découpage en actes…, – soit toute une culture qui construit une conscience commune. C’est pour moi un des grands acquis de ce mouvement.

Le macronisme a-t-il pour autant renoncé à l’électorat populaire ?

Jérôme Sainte-Marie Le macronisme vit très bien sans l’électorat populaire, il ne cherche d’ailleurs pas à être majoritaire. Un de ses objectifs est de ne pas avoir à transiger sur son projet, en évitant tout compromis social. Il s’en remet à l’autorité de l’État pour gouverner, et aux divisions de l’opposition pour se perpétuer.

La grande perdante de ce clivage de blocs, selon vous, c’est la gauche. Pourquoi l’espace politique s’est-il à ce point réduit ?

Jérôme Sainte-Marie Je risque de déprimer votre lectorat… Mais, tout d’abord, j’envisage la gauche comme une notion électorale et non idéologique. La gauche est très réduite quantitativement, seul un Français sur cinq dit se reconnaître dans l’étiquette « gauche ». Ensuite, la gauche regarde dans des directions opposées. Chez les socialistes, ils sont nombreux, dans un sondage récent 40 %, à approuver l’action d’Emmanuel Macron, quand ils ne sont pas déjà absorbés par le macronisme. De son côté, la gauche radicale anti-macronienne, PCF et FI, a perdu les classes populaires sur des sujets décisifs à leurs yeux, comme la question du contrôle des flux migratoires. 66 % des Français ont une mauvaise opinion de l’immigration. C’est un des facteurs qui expliquent la clé du succès du RN parmi les employés et les ouvriers. 52 % d’entre eux voteraient pour Marine Le Pen dès le premier tour, dans le rapport de forces politique immédiat (selon un sondage Ifop ne prenant pas en compte l’abstention – NDLR).

Qu’en est-il des électeurs qui ne se reconnaissent ni dans le bloc élitaire affilié à LaREM ni dans le bloc populaire ?

Jérôme Sainte-Marie Les deux blocs structurent la vie politique mais n’épuisent pas pour autant le champ social. Il y a des Français qui refusent ce nouveau clivage et tiennent au clivage gauche-droite. On les trouve parmi les classes moyennes et les fonctionnaires, d’abord. D’une certaine manière, ils essaient d’échapper au conflit majeur actuel, qui est un conflit de classes. J’attire néanmoins votre attention sur le fait qu’un Français sur deux voterait Macron ou Le Pen dès le premier tour.

Pour vous, Macron mène bien une « révolution », comme il l’avait annoncé dans son livre-programme, mais au service de la bourgeoisie.

Jérôme Sainte-Marie Oui, il ne faut pas oublier que, pour Karl Marx lui-même, la bourgeoisie, loin d’être conservatrice, est porteuse de changements. Dans le Manifeste du Parti communiste, il explique son rôle dans la transformation de la société, des modes de vie, des valeurs, au service du capitalisme et de la maximisation des profits. C’est le projet d’Emmanuel Macron.

(1) Bloc contre bloc, Éditions du Cerf, 18 euros.

 

Entretien réalisé par Cyprien Caddeo

Publié le 29/11/2019

Municipales à Sète : six raisons pour lesquelles les verts retournent sur la liste Calueba

(site midilibre.fr)

 

Après des allers-retours, les écologistes EELV de Sète ont finalement décidé de participer à la liste Alternative sétoise menée par Véronique Calueba, pour les municipales de mars 2020. 

Après les rebondissements, qui ont marqué les dernières semaines politiques sétoises, les écologistes ont finalement décidé de revenir à leur point de départ : une participation à la liste Alternative sétoise (soutenue par le PCF, LFI et des collectifs citoyens), tirée par Véronique Calueba. 

Si d'autres auraient préféré garder les dissensions en interne, Françoise Alamartine, elle, ne s'est jamais gênée pour confirmer qu'elle avait quitté la table des discussions. Et elle est aussi à l'aise pour expliquer son retour.

Celle qui a finalement candidaté, samedi 23 novembre et qui a été désignée pour figurer sur la liste, a posé des conditions. Car ce retour n'est pas une adhésion aveugle. C'est une volonté d'avancer. Et la suite d'un jeu de pression politique. 

1 - Ils se sont enfin reparlé

Le dialogue était coupé, suite à plusieurs différends (dispute rue Semard, problèmes de communication en interne). Mais à deux jours de la deuxième vague de désignation via une votation, c'est-à-dire jeudi 21 novembre, une rencontre a enfin pu avoir lieu. 

2- Différents "démocratiques" aplanis

Lors de cette rencontre " nous avons dit ce qui n'allait pas". Ceci en particulier sur le plan de la démocratie interne. "Il faut plus d'équilibre dans les prises de parole, les réunions et une égalité de traitement pour toutes les parties prenantes". Sous-entendu : avant, d'autres formations politiques s'étaient appropriées la parole, loin de l'image de transparence démocratique revendiquée par la liste. 

Et pourquoi ne pas négocier avec Denaja ?

Pour Françoise Alamartine, si elle veut l'emporter aux élections de mars 2020, la gauche doit être unie. Fâchée avec Alternative sétoise, pourquoi n'est-elle pas allée taper à la porte du socialiste Sébastien Denaja, qui entend présenter une liste largement issue de la société civile ?  "Je connais  les gens de "Sète ensemble", la France insoumise, le PC. M. Denaja, je n'avais pas aimé sa politique avec M. Hollande. Il m'avait fait peur sur la déchéance de nationalité notamment".

3- La planète va trop mal

"Je suis engagée au niveau national  et la situation est extrêmement préoccupante", indique, grave, Mme Alamartine. Dans ces conditions, il lui est apparu impensable que les verts soient absents de l'élection.

4 - Condition : un programme plus vert 

Chez Alternative sétoise, des commissions travaillent sur le programme. Mais Françoise Alamartine explique avoir appuyé sur des nécessités programmatiques : "On ne doit pas faire des mesurettes. Il faut expliquer à la population qu'il va falloir faire des choix difficiles". 

5- Condition : Alamartine sera n°3

"J'ai demandé la troisième place." Françoise Alamartine le dit sans difficulté. "Il est parfaitement normal qu'aujourd'hui, il y ait des écologistes bien placés pour porter cette campagne. On a une expérience depuis des années." Ceci, même si Alternative sétoise prônait jusqu'ici qu'il n'y aurait pas d'ordre défini a priori. Deux candidats EELV sont déjà actés. Deux autres seraient dans les starting-blocks. 

6- Alternative sétoise a besoin des verts

Alors qu'elle se présente comme une liste citoyenne, de gauche et écologiste, il serait compliqué pour Alternative sétoise de le faire sans... écologiste !  Françoise Alamartine notait d'ailleurs, samedi : "Tout le monde est très content que l'on se réinscrive, que l'on reparte avec eux".  Celle qui rappelle que "les verts ont le vent en poupe", a visiblement su mettre la pression. 

 

CAROLINE FROELIG  

 

Publié le 28/11/2019

Montpellier : face à la précarité, les étudiants imposent la distribution de 700 repas gratuits à Paul Valéry

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Les étudiants se sont mobilisés un peu partout en France ce mardi pour dénoncer leurs conditions de vie précaires. À Montpellier, une centaine de personnes se sont rassemblées devant le restaurant universitaire Vert-Bois pour une opération repas-gratuit. Sept cents étudiants ont ainsi pu manger à l’œil.

 

« Il faut que le ministère sorte le chéquier »

Dans sa prise de parole, la syndicaliste de Solidaires Étudiant·e·s a rappelé l’immolation de l’un de ses camarades, le 8 novembre devant le Crous de Lyon. « Ce n’est pas un cas isolé alarme-t-elle, la précarité tue tous les jours ! » Le drame a suscité une vague de contestation étudiante, et même parfois des blocages d’universités, comme à Lyon 2. Face a cette révolte, la secrétaire d’État à la jeunesse a reçu les organisations étudiantes et a fait trois annonces, qui sonnent « comme des insultes » aux yeux des militants de Solidaires : un numéro vert pour les étudiants en difficulté, l’instauration d’une trêve hivernale des expulsions dans les cités universitaires, et un renforcement du statut d’étudiant élu. « Mais qui le gouvernement croit-il acheter ? » a tonné la militante au micro.

 

Logement, santé, nourriture, frais d’inscriptions : le coût de la vie étudiante augmente et seulement 6% des étudiants ont accès à un logement en cité universitaire, quand le montant maximum des bourses s’élève tout juste à 500 euros par mois. Face à ces politiques antisociales, toutes les organisations étudiantes (l’Alternative, la FAGE, la FSE, l’UNEF et Solidaires Étudiant·e·s) se sont réunies lundi dernier au local de Solidaires, à Paris, pour fixer des revendications communes. Une première depuis le mouvement contre le CPE, en 2006. Voici les doléances : augmentation d’au moins 20% des bourses étudiantes, construction de nouvelles cités universitaires, gel des loyers, plus de moyens financiers et humains pour les services de santé, arrêt de la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers, titre de séjour effectif pour tous les étudiants ou doctorants.

 

« Le problème est structurel, la réponse doit être structurelle, il faut que le ministère sorte le chéquier », a continué la militante. « Le pognon pour ça, il n’est pas compliqué à trouver ! Deux milliards pour le service national universel, toutes les niches fiscales… de l’argent, il y en a ! » L’intervention s’est conclue par une opération repas-gratuit, et ce sont ainsi sept cents plateaux du restaurant universitaire qui ont été distribués gratuitement.

 

Assemblée le 4, grève le 5

Quelles perspectives pour un mouvement étudiant encore hésitant ? À Montpellier, les militants de Solidaires ont affiché leur soutien au combat des gilets jaunes, ainsi qu’à l’ensemble des mobilisations mondiales actuelles, exprimant un ras-le-bol général des politiques d’austérité, et une envie d’en finir avec le capitalisme.

 

À la faculté Paul Valéry, les répercussions concrètes de ces politiques, c’est une répartition des cours sur douze semaines, au lieu de treize, marchande cette marchandisation sans les cours, normalement répartis sur treize semaines, le sont maintenant sur douze, en raison d’économies budgétaires et de la mise en place du plan « Nexus », dont l’objectif est de numériser les cours. Solidaires appelle à une assemblée générale le 4 décembre sur le parvis des amphithéâtres de la faculté Paul Valéry, et à se joindre à la grève du 5 décembre. De leur côté, les étudiants communistes appellent à un rassemblement ce jeudi à 16h devant les bureaux de la direction (bâtiment L).

 

Publié le 27/11/2019

Juvignac: Patricia Weber (PS) lance sa liste aux municipales avec Youssef Sebbak (LR)

(site midilibre.fr)

 

La vice-présidente socialiste du Conseil départemental s'associe avec le candidat ayant l'investiture Les Républicains sur la commune.

Patricia Weber a annoncé sa candidature aux municipales sur Juvignac. La vice-présidente socialiste du Département mènera la liste "Ensemble pour l'avenir de Juvignac".BARASCUD

Une liste qui comprend également Youssef Sebbak qui a l'investiture Les Républicains (LR) sur la commune depuis septembre.

Sur la liste d'Arnaud Julien en 2014

Même si le communiqué ne mentionne aucune étiquette politique, il précise qu'il s'agit "d'une liste de rassemblement très élargie à toutes celles et ceux qui souhaitent enfin se retrouver, pour la première fois, dans une même unité d'action". 

Youssef Sebbak était sur la liste d'Arnaud Julien, secrétaire départemental des Républicains, aux municipales en 2014. 

Pour l'instant, hormis Patricia Weber, le maire sortant, Jean-Luc Savy, a annoncé sa candidature ainsi que Fabrice Thiry (Rassemblement national).

Publié le 26/11/2019

Japon. Le pape démonte le concept de dissuasion nucléaire

 

Gaël De Santis (site humanite.fr)

 

En visite à Nagasaki, au Japon, dimanche, le chef de l’Église catholique a déclaré que « l’utilisation de l’énergie atomique à des fins militaires » est « un crime ». Il est attendu aujourd’hui à Hiroshima.

Le 9 août 1945. Le feu atomique s’abat sur Nagasaki après avoir rasé, trois jours plus tôt, la cité japonaise d’Hiroshima. Ces massacres, perpétrés par l’armée américaine, firent plus de 150 000 victimes, dans leur presque totalité des civils. « Ce pays a connu comme peu le niveau de destruction dont l’être humain est capable », a déclaré le pape François dimanche, lors de sa visite dans la ville martyre de Nagasaki, à l’occasion de son voyage en Asie. Selon le dirigeant de l’Église catholique, la situation est intenable. « L’utilisation de l’énergie atomique à des fins militaires est aujourd’hui plus que jamais un crime, non seulement contre l’homme et sa dignité, mais aussi contre toute possibilité d’avenir dans notre maison commune », a dénoncé Jorge Bergoglio, estimant qu’un « monde sans armes nucléaires est possible et nécessaire ».

En 2020, la bombe atomique sera illégale du point de vue du droit international

Le pape s’en est pris au principe même de dissuasion nucléaire, ce principe selon lequel un État serait immunisé du risque d’attaque car il serait capable, au moyen de la bombe, d’anéantir son adversaire. Cette doctrine alimente « une fausse sécurité » et « une mentalité de peur et de défiance » qui pose problème en termes de relations internationales. « La paix et la stabilité internationale sont incompatibles avec une quelconque tentative de construire sur la peur de la réciproque destruction ou sur une menace d’anéantissement total. » « Dans le monde d’aujourd’hui, où des millions d’enfants et de familles vivent dans des conditions inhumaines, les sous dépensés et les fortunes gagnées à fabriquer, moderniser, maintenir et vendre les armes, toujours plus destructives, sont un outrage continu qui crie vers le ciel », a-t-il exposé, appelant à un contrôle des armements.

Ce discours, qui s’inscrit dans une politique de longue date d’une Église opposée à ce type d’arsenal, intervient alors que, l’an prochain, la bombe atomique sera illégale du point de vue du droit international, comme le sont déjà les autres armes de destruction massive, qu’elles soient chimiques ou bactériologiques. En effet, le traité sur l’interdiction des armes atomiques (Tian) adopté par 122 pays à l’ONU en juillet 2017 entrera en vigueur l’an prochain, quand 50 États l’auront ratifié. Les pays de l’Union européenne, enferrés dans leur alliance avec les États-Unis, font figure de mauvais élèves. À l’ONU, seul 5 d’entre eux avaient voté pour le texte (l’Autriche, Chypre, l’Irlande, Malte et la Suède). Et pour l’heure, seule l’Autriche l’a ratifié.

Le Mouvement de la paix interpelle d’ores et déjà les parlementaires

« Les déclarations du pape sont importantes, décrypte pour l’Humanité Roland Nivet, porte-parole du Mouvement de la paix. On n’a pas seulement un plaidoyer contre l’arme atomique. Le pape dit que ceux qui engagent des milliards pour les armes nucléaires sont des criminels. »

En France, les pacifistes sont déjà mobilisés sur le sujet, à l’approche de la conférence d’examen du traité de non-prolifération, qui s’ouvrira en avril à New York. En vertu de ce traité, les puissances nucléaires s’engagent de « bonne foi » à procéder à des négociations allant vers leur désarmement progressif. Ce qu’elles se refusent à faire depuis que le texte est entré en vigueur en 1970. Le Mouvement de la paix interpelle d’ores et déjà les parlementaires, qui ont reçu 2 000 courriers réclamant un amendement sur le gel des crédits alloués à la modernisation nucléaire pour l’année 2020 (1).

Soixante-quatorze ans après le largage des bombes sur Nagasaki et Hiroshima, le risque d’un hiver atomique est plus que jamais d’actualité. Tous les ans, le Bulletin des scientifiques du nucléaire évalue le risque d’une guerre nucléaire. En 1991, au sortir de la guerre froide, il était minuit moins 17 minutes avant l’apocalypse, selon ce bulletin. La prolifération, l’attitude belliqueuse de Donald Trump qui a détruit les perspectives ouvertes par l’accord avec l’Iran, la modernisation des arsenaux des puissances nucléaires – dont celui de la France – font que, pour l’année 2019, cette équipe de scientifiques américains estime qu’il est minuit moins 2 minutes. L’heure de se réveiller.

(1) Pour participer à la campagne du Mouvement de la paix : https :///www.mvtpaix.org

 

Gaël De Santis

Publié le 25/11/2019

Palavas : il y aura une liste citoyenne de gauche.

 

(site leblog pcf.littoral.overblog.com)

 

 Les municipales 2020  créent les conditions d'un sursaut à gauche. Socialistes et communistes  se sont mis d'accord mais ne sont pas seuls en jeu. Un mouvement citoyen se structure qui pèsera lourd dans la campagne , exigeant un programme  répondant aux besoins exprimés par les habitants.

   C'est Philippe Klein  (PS) qui mènera la liste  mais sans hégémonie de quelque parti que ce soit. Et c'est des différences que naîtra l'efficacité avec un programme qui ne sera pas un catalogue de bonnes intentions .  dans un monde merveilleux où tout est possible   avant  l'élection ...  et rien après. Il s'agira de montrer que la politique peut être autre chose que l'affrontement d'égos.

  Après les années de plomb de faux duel  droite-droite l'espoir renaît

 

Publié le 24/11/2019

Syndicats. Retraites : la CFDT sur la corde raide

 

Stéphane Guérard (site humanite.fr)

 

Laurent Berger a appelé ce jeudi le gouvernement à sortir de ses ambiguïtés sur la réforme à venir. Mais, en réaffirmant son soutien à un régime par points, le secrétaire général a mis en lumière les contradictions de la confédération.

Faire corps pour affronter la tempête. C’est la position qu’a choisie, ce jeudi, le bureau national au gouvernail de la CFDT en publiant une déclaration « adoptée à l’unanimité », demandant au gouvernement de clarifier ses positions sur la réforme des retraites. Le jour même où le Conseil d’orientation des retraites (COR) rendait officiellement son rapport commandé par le gouvernement, estimant entre 8 et 17 milliards d’euros le montant des économies à réaliser pour revenir à l’équilibre budgétaire d’ici à 2025, avec toute une gamme de potions amères pour y parvenir (voir notre édition de mercredi), l’instance de décision confédérale a décidé de muscler son jeu.

Dénonçant ce document comme une « construction politique due aux choix faits notamment par ce gouvernement de diminuer les ressources du régime », Laurent Berger a appelé l’exécutif à « faire œuvre de clarté. Veut-il une réforme budgétaire ? La CFDT s’y oppose. Ou veut-il une réforme de justice sociale, de fond, créant un système plus lisible, plus solide, plus solidaire entre travailleurs du public et du privé, et entre générations (…) » ? Rappelant que le syndicat soutenait depuis 2010 la mise en place d’un régime universel par points censé gommer les inégalités produites par l’actuel système et apporter de nouveaux droits, le secrétaire général s’est dit prêt à aller « jusqu’au bout des discussions avec le gouvernement, sinon on n’a aucune chance d’influer ».

Tour de vis budgétaire

Loin de rejoindre la mobilisation du 5 décembre, le syndicat réformiste répondra donc présent lundi et mardi prochains à l’invitation du premier ministre. La ligne suivie ne varie pas. Mais Laurent Berger admet à demi-mot qu’elle prend de plus en plus des airs de corde raide. « On ne veut pas être dans une situation où il n’y ait que deux choix. Soit celui d’une réforme paramétrique, avec l’idée de faire travailler plus les travailleurs, que portent le patronat et certains au gouvernement. Et l’autre, soutenue par ceux qui font croire que le système est parfait et qu’il n’est pas inégalitaire. » Ce positionnement est d’autant plus précaire que le gouvernement a durci ses positions ces derniers jours, accréditant le scénario d’un tour de vis budgétaire au régime actuel, avant la mise en place de la version réformée.

Ce jeudi matin, Édouard Philippe a enfoncé le clou, demandant aux syndicats : « Considérez-vous que l’équilibre, c’est pas grave, on (verra) plus tard, nos enfants se débrouilleront ? Ou considérez-vous qu’il y a un vrai sujet et, dans ce cas-là, comment le règle-t-on ? » Si, comble de hasard, les syndicats cochent la seconde case, le premier ministre est prêt à leur fournir tout un tas de modes d’action purement comptables contenus dans le rapport du COR : « Voyons avec les partenaires sociaux s’ils préfèrent des solutions sur la durée, sur l’âge légal, sur l’âge pivot, sur l’âge d’équilibre. On a un petit peu de temps. »

Seule à faire mine de croire qu’un compromis constructif est encore à portée de main, la CFDT se trouve de plus affaiblie par la décision de sa fédération des cheminots de déposer un préavis de grève reconductible à partir du 5 décembre, jour de mobilisation nationale contre la réforme des retraites. Il s’agit certes d’un moyen de pression pour obtenir le maintien du régime spécial des cheminots jusqu’à extinction de ce même statut, prévue par la réforme ferroviaire. Mais, voir une de ses composantes soutenir la « clause du grand-père » glissée dans le débat par Emmanuel Macron, alors même que Laurent Berger s’est dit contre cette mesure qui « repousserait une réforme de justice et d’équité aux calendes grecques », ajoute à la confusion.

« La direction de la CFDT est dans une contradiction, analysait mercredi Pierre Khalfa, de la Fondation Copernic. Elle soutient l’idée d’une réforme systémique, à condition qu’elle bénéficie aux salariés. Mais il est maintenant évident que cette réforme ne va pas bénéficier aux salariés. De plus, elle est opposée aux mesures dites paramétriques. Mais il est aussi évident que l’exécutif s’y prépare. Elle doit réfléchir sur le fait qu’elle est en train de se faire rouler dans la farine par le gouvernement. » 

« L’exécutif doit faire œuvre de clarté. Veut-il une réforme budgétaire ? »

Laurent Berger CFDT

 

Stéphane Guérard

Publié le 23/11/2019

Montpellier : les avocats des gilets jaunes parviennent parfois à prouver la mauvaise foi des policiers

 

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Pas de pitié pour les gilets jaunes. En juin 2019, on comptait déjà mille peines de prison ferme depuis le 17 novembre 2018, dont au moins 440 incarcérations. Parfois, les avocats – surnommés les baveux pour leur capacité oratoire – arrachent des petites victoires, en dénonçant des vices de forme qui en disent long sur la mauvaise foi des autorités. Le Poing vous fait revivre deux plaidoiries et autant de grains de sable dans la machine à broyer juridique de l’État.

 

« Une exception de nullité évidente »

Mercredi 6 novembre. Un prévenu se présente dans le box du tribunal de grande instance de Montpellier, extrait pour l’occasion de la cellule de la prison où il croupit pour une autre affaire. Le parquet lui reproche cette fois-ci la complète : dissimulation du visage, port d’engins incendiaires, violences, dégradations, rébellion et participation à un attroupement en vue de commettre des violences et des dégradations – le tout datant du 21 septembre, lors de l’acte 45 des gilets jaunes, à Montpellier.

 

L’avocat réclame d’emblée la relaxe, en se basant sur un argumentaire précédemment envoyé par écrit au tribunal, mettant en lumière des vices de forme susceptibles de frapper de nullité l’ensemble de la procédure. Le procureur l’oblige à plaider par oral, alors l’avocat rappelle « l’affaire » : son client a été contrôlé seul sur la place de la Comédie, bien avant le départ du cortège, et les policiers ont trouvé une cagoule dans son sac, justifiant à la fois la dissimulation du visage, et la participation à un attroupement en vue de commettre des violences et des dégradations. Comment peut-on participer à un attroupement si l’on est seul ? Comment peut-on avoir le visage dissimulé si la cagoule est dans son sac ? Autre erreur : le procès-verbal mentionne une interpellation dans le secteur 1 de Montpellier, mais la place de Comédie se trouve sur le secteur 3.

 

« À la base, ça devait juste être un contrôle, le prévenu n’avait pas commis d’infraction » insiste l’avocat. Mais pour le procureur, les « engins incendiaires- », à savoir des fumigènes, auraient pu être qualifiés « d’acte de terrorisme », ou de « recel d’explosif », et la rébellion se justifierait par le caractère violent du prévenu. L’avocat raconte une autre histoire : son client a été bousculé par les policiers, qui ont déchiré son t-shirt, et ce sont les mêmes qui se sont occupés de lui en garde à vue, au cours de laquelle il n’a même pas eu le droit à un matelas. « Ce n’est pas un homme violent, c’est un père de famille assez calme de nature » clame l’avocat, complété par le principal intéressé : « Je respecte l’uniforme. J’en ai juste marre de travailler pour rien, je veux juste un avenir meilleur pour mon fils. »

 

Le procureur requiert quatre mois ferme, mais il écope d’un mois, uniquement pour le délit d’attroupement (relaxe pour les autres chefs d’inculpation), sans révocation d’un sursis ultérieur. Difficile de parler de victoire quand on termine en prison, mais la méticuleuse obstination de l’avocat a tout de même permis d’atténuer la peine. 

 

Un euro pour la police

Vendredi 8 novembre. Un interpellé de l’acte 30 des gilets jaunes comparait à Montpellier, pour rébellion, et la classique participation à un attroupement en vue de commettre des violences et des dégradations, à cause du port d’un clou. Là encore, l’avocate réclame une nullité. La police ne précise pas dans quel contexte il a été arrêté, aucune preuve matérielle ne démontre la rébellion, et il a été si violenté lors de son interpellation que sa garde à vue a commencé à l’hôpital. Une fois au commissariat, aucune trace du dossier médical, et donc aucun document permettant d’attester s’il est apte ou non à la garde à vue. Une fois n’est pas coutume, le tribunal reconnaît les nullités, entraînant automatiquement l’annulation des déclarations du prévenu en garde à vue, mais sans impact sur la validité de la convocation au tribunal.

 

Le procureur requiert trois mois de prison avec sursis, et la police réclame mille euros. Pourquoi ? On ne le saura pas. Quant au clou, le juge n’en fait aucune mention. Concernant les blessures, c’est parce qu’il se serait ouvert le crâne en tombant, selon les policiers. Pour le juge, une arrestation n’est pas un acte extraordinaire pour un policier, et ça ne justifie aucun dédommagement. Le gilet jaune doit tout de même verser un euro symbolique au policier, et est condamné à un mois de sursis pour rébellion (relaxe pour le délit d’attroupement).

 

Morale de l’histoire : les avocats ont besoin de temps pour préparer une bonne défense, d’où l’intérêt de demander un délai lors des audiences de comparution immédiate !

 

Publié le 22/11/2019

 

Préfet Lallement : un chef d’armée qui a choisi son « camp »

Un an après le début du mouvement des gilets jaunes, rien n’a vraiment changé. Surtout pas le « maintien de l’ordre », qui se cantonne toujours à la violence.

 

par Pierre Jacquemain (site regards.fr)

 

Un an de colères, de luttes, de mobilisations et de revendications. Un an de violences policières, de répression, de mépris et de privation des libertés. Et que retiennent le gouvernement et les médias – dits mainstream – qui ont suivi avec attention la 53ème semaine des gilets jaunes tout au long du week-end ? Les agissements de quelques-uns qui s’en sont pris au mobiliser urbain, principalement, ainsi qu’à un monument à la mémoire du Maréchal Juin dans le 13ème arrondissement de Paris. Quelques dizaines d’individus cagoulés pour décrédibiliser l’action de plusieurs milliers de manifestants – qui ont d’ailleurs été contraints, au fur et à mesure des semaines, à quitter leur identifiant : le gilet jaune. Alors que la mobilisation du week-end a connu un léger regain par rapport aux semaines précédentes, tout semble ainsi orchestré pour nous épargner l’essentiel : la question sociale, écologique et démocratique. Et toujours, l’absence de réponse politique.

Elle était bien seule samedi soir sur BFMTV, l’eurodéputée LFI Leïla Chaibi, pour rappeler que face aux images impressionnantes de poubelles en feu et de vitrines brisées qui ont rythmé les écrans des chaînes d’information toute l’après-midi, il y a d’autres images qui n’ont pas circulées : celles de ce journaliste qui a été grièvement blessé au visage, après un tir de GLI F4 (une grenade lacrymogène, assourdissante et à effet de souffle, contenant une charge explosive constituée de 26 grammes de TNT ainsi que de quatre grammes d’hexocire) alors qu’il portait distinctement son gilet « presse ». Celles aussi du député insoumis Alexis Corbière qui a violemment été interpellé alors qu’il tentait de quitter la place d’Italie. De cette femme tirée par les cheveux par une équipe de la BAC. De cet homme piétiné par les forces de l’ordre. De ces milliers de manifestants empêchés de manifester, nassés sous les nuages du gaz lacrymogène.

Quelques minutes plus tôt, le préfet de police de Paris avait annulé la manifestation. Et invité l’ensemble des manifestants – « s’il existe encore des manifestants de bonne foi », a-t-il précisé lors de son point avec la presse – à quitter la place d’Italie sous peine d’être interpellés. Si un couloir de sortie devait être organisé, selon le préfet, ils sont nombreux à témoigner du contraire. Aucune issue n’a été prévue. Ou que tardivement. En témoigne d’ailleurs le tweet d’Olivier Besancenot : « Venus pour défiler durant une manifestation qui avait été autorisée, nous avons appris son interdiction alors que nous étions déjà place D’Italie. Nassés, et chargés pendant plus de deux heures, sous les gaz lacrymogènes. Notre détermination reste intacte. La lutte continue. »

Plus tard, il évoque un « guet-apens » organisé par les forces de l’ordre. Ça y ressemble fort…

L’intervention très solennelle du préfet de police avait donné le ton dès 15h. Droit dans ses bottes. Le ton ferme. Autoritaire. Au point que même Dominique Rizet, consultant police-justice de BFMTV, a vu dans le propos du préfet de police « plus un discours de chef d’armée que de préfet de police ». Après le recours il y a tout juste un an aux blindés à roues de la gendarmerie nationale dans les rues de Paris, l’ambiance n’est plus au maintien de l’ordre. Et comme le rappelait le sociologue Laurent Mucchielli dans #LaMidinale de Regards :

« On n’est pas face à des professionnels du maintien de l’ordre, on est face à des gens qui ont habitude de faire un usage offensif et pas défensif, sur des gens qu’ils considèrent comme des voyous, des grands délinquants et pour lesquels ils n’ont pas de scrupules [...] Il y a une responsabilité du pouvoir politique à mettre, en démocratie, face à des manifestants, des unités qui ne sont pas des professionnels du maintien de l’ordre et qui donc potentiellement peuvent faire un usage de la violence qui n’est plus considéré comme légitime. »

Elle était bien seule samedi soir sur les plateaux, Leïla Chaibi, pour rappeler l’essentiel – quand on ne l’interrompait pas pour lui demander de condamner les « violences ». Parce que si les Français défilent depuis un an, ça n’est pas pour casser du flic ou de l’abri-bus, c’est pour être écoutés. Et exiger, comme l’a martelé l’eurodéputée, «  un revenu digne, plus de démocratie, un frigo rempli, du chauffage, plus de santé ». Un message qui semble avoir du mal à percer le mur du son. La situation sociale se détériore, se tend, se radicalise, parce qu’il n’y a plus de dialogue social. On n’écoute pas, ou plus, les personnes concernées : les gilets jaunes, les chômeurs, les étudiants, les syndicats, les profs, les associations, les soignants, les élus. Les décisions sont prises d’en haut, sur des tableurs Excel. Loin de la réalité de terrain. Et de la vie quotidienne des millions d’hommes et de femmes – dont on finit par oublier les visages. La perspective de la mobilisation massive et à durée indéterminée le 5 décembre prochain aura-t-elle raison de leur mépris, de leur violence, de leur indifférence ? Rien n’est moins sûr mais le mois de décembre sera chaud. Assurément bouillant. Et les turbulences assurées.

Hier après-midi, le préfet de police s’est rendu sur la place d’Italie pour constater les dégradations et, profitant du passage d’une habitante du 13ème arrondissement qui portait le gilet jaune, il s’est adressé à elle le regard fuyant mais le ton fier et assuré : « Nous ne sommes pas du même camp, madame ».

Le code de déontologie de la police nationale, à l’article R. 434-29 – Devoir de réserve prévoit pourtant que « le policier est tenu à l’obligation de neutralité ». Le préfet de police est sorti de sa réserve. Une question majeure se pose désormais : se pourrait-il que le haut fonctionnaire qu’il incarne, chargé de la sécurité de toutes et tous, n’assurerait à présent plus que la sécurité de quelques-uns ? Se pourrait-il que le premier flic de Paris ait identifié une population ennemie – en lutte en ce moment ? Ce petit commentaire l’air de rien est extrêmement grave. C’est une faute professionnelle. Ajouté à la très mauvaise gestion de la mobilisation de samedi, dans un pays sous tension, le préfet de police aurait dû a minima être rappelé à l’ordre, si ce n’est remercié. Le préfet de police a choisi son camp. Reste à savoir de quel camp parle-t-il ? Pas celui de la démocratie visiblement.

 

Pierre Jacquemain

 

Publié le 21/11/2019

ONG en Méditerranée : les secours en mer ne créent pas d'«appel d'air»

 

Par Kim Hullot-Guiot (site liberation.fr)

 

Deux chercheurs italiens contestent, dans une étude parue lundi, la corrélation parfois suggérée par les politiques entre présence des ONG en mer Méditerranée et nombre de départs de bateaux clandestins des côtes libyennes.

  • ONG en Méditerranée : les secours en mer ne créent pas d'«appel d'air»

Marine Le Pen, députée française, le 12 juin 2018 : «Derrière le vernis humanitaire, les ONG ont un rôle objectif de complices des mafias de passeurs. […] Accepter que les bateaux de migrants accostent crée un appel d’air irresponsable Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur français, le 5 avril 2019 : «Les ONG ont pu se faire complices [des passeurs].» Matteo Salvini, alors ministre de l’Intérieur italien, le 7 juillet 2019 : «Je n’autorise aucun débarquement à ceux qui se moquent totalement des lois italiennes et aident les passeurs.» Cette rengaine selon laquelle en menant des opérations de recherches et de sauvetages (SAR) en mer Méditerranée les organisations non gouvernementales provoqueraient des départs massifs d’immigrés clandestins vers l’Europe, a la vie dure.

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De SOS Méditerranée à Proactiva Open Arms en passant par SeaWatch, les ONG contestent ce lien – surtout fait par des politiques de droite et d’extrême droite – mais rien ne permettait jusqu’ici de trancher la question d’une éventuelle relation de cause à effet entre présence des ONG en mer et nombre de départs des côtes libyennes. Deux chercheurs ont rendu publique ce lundi une étude, réalisée pour l’European University Institute de Florence (Italie), qui étudie ce phénomène. La conclusion de Matteo Villa et Eugenio Cusumano, qui précisent que les données sont peu nombreuses, est claire : «Notre analyse suggère que les opérations de SAR non gouvernementales n’ont pas de corrélation avec le nombre de migrants quittant la Libye par la mer.»

En 2015, le nombre de départs de Libye a même un peu baissé par rapport à 2014, alors que la part des ONG dans le nombre total de sauvetages a augmenté, passant de 0,8% des opérations à 13%. Entre janvier et octobre 2019, le nombre de départs par jour était, lui, légèrement supérieur lorsqu’il n’y avait sur la zone pas d’ONG – lesquelles sont soumises à des pressions gouvernementales et peinent à être autorisées à débarquer les rescapés en Europe. «Par contraste, une grosse corrélation existe entre les départs de migrants et les conditions météorologiques sur la côte libyenne, autant qu’avec la très forte instabilité politique en Libye depuis avril 2019», indiquent les chercheurs.

Kim Hullot-Guiot

 

Publié le 20/11/2019

Tensions à la Métropole de Montpellier : les syndicats dénoncent "un mal-être au travail"

 

(site midilibre.fr)

 

Ce lundi midi, une vingtaine d’agents grévistes a publiquement affiché son mécontentement devant l’Hôtel de Métropole. DR

Clash vendredi 15 novembre, grève d’un service ce lundi 18 novembre : le climat est de plus en plus lourd.

Attention aux secousses. L’éclat – " le clash" pour reprendre le terme de Philippe Saurel lui-même – survenu vendredi matin entre le président de la Métropole et les représentants syndicaux en introduction d’un banal comité technique semble, depuis, cristalliser une colère sourde. Et révéler le symptôme d’un manque de dialogue social.

"Comme nos collègues de la Ville, nous déplorons que nos interpellations à l’administration ne reçoivent plus aucune réponse." Robert Trinquier, délégué CGT à la Métropole, y voit "la conséquence de la mutualisation des ressources humaines aujourd’hui dépassée."

L’Agglomération devenue Métropole le 1er janvier 2015, a vu, par la grâce des mutualisations, gonfler ses effectifs de 1 000 à 2 400 agents. "Il y a désormais un mal-être au travail et des missions mal définies."

Des services ralentis

De son propre aveu "un peu plus modéré", Laurent Bernard (Unsa) dit "attendre le retour de décisions sur des renforts, notamment à la direction des ressources informatiques. Nous sommes peut-être un peu naïfs mais on veut y croire." Des agents en grève ce lundi après une tentative avortée de dialogue jeudi dernier.

"Certains services sont ralentis. On avait connu une Métropole plus ambitieuse pour les agents, plus soucieuse de leur bien-être." L’approche de la période électorale fait aussi craindre à Laurent Bernard un gel des décisions. "Il ne faudrait pas que les agents soient pris en otages car, quel que soit le président de Métropole, le service public sera toujours rendu par les agents."

Nous ne faisons pas de campagnes à droite ou à gauche. Nous ne sommes pas achetés, ni achetables

Pour Robert Trinquier (CGT) les choses sont encore plus claires : "Notre problème n’est pas que Philippe Saurel soit réélu ou pas réélu. Notre problème est de défendre la qualité du service public pour tous les citoyens." Même ligne à l’Unsa. "Nous ne faisons pas de campagnes à droite ou à gauche. Nous ne sommes pas achetés, ni achetables."

Edwige Hernandez, déléguée FO à la Métropole qui aurait dû faire lecture de cette fameuse déclaration liminaire au comité technique de vendredi dernier, insiste sur "les relations compliquées avec Philippe Saurel depuis qu’il est président. Avant, nous arrivions à dialoguer, trouver des consensus."

Pas vraiment un long fleuve tranquille…

Philippe Saurel a, depuis 2014, soufflé le chaud (un peu) et le froid (souvent) dans ses relations avec les 4 300 employés de la Ville et les 2 400 de la Métropole. Ainsi, dès juin 2015, l’édile décrit l’absentéisme des “municipaux” comme "un mal qui ronge la ville de l’intérieur." 

En septembre de la même année, face à un plan de réorganisation du travail des AERS (agents d’entretien et de restauration scolaire), ceux-ci se mobilisent massivement. Forçant le maire à mobiliser des élus de sa majorité pour suppléer, ponctuellement, des personnels grévistes. Et pointant déjà "des manipulations politiques !" 

Au printemps 2016, le dialogue social est toujours d’actualité au sujet des agents des écoles et des crèches. D’abord qualifiés de constructifs par le maire lui-même, les échanges avec les syndicats de la Ville sont clos le lendemain… et les grilles de la mairie fermées.

Autre avatar, à l’été 2016 : un blocage sur la question des heures supplémentaires (déjà) des 30 personnels du service du protocole. Résultat : une grève dure le 14 juillet… jour d’arrivée du Tour de France ! Philippe Saurel a dû alors faire appel à des prestataires extérieurs. N’oublions pas le feuilleton, qui dure toujours lui, des grèves perturbant les services des cantines scolaires

"C’est moi qui suis responsable !"

Évidemment le maire président n’a pas la même grille de lecture. "Les syndicats m’ont demandé de présider ces comités techniques. Vendredi, ils ont voulu intervenir avant que je fasse l’appel. Je suis parti. Tout simplement. Mais je leur ai dit qu’un comité technique sera convoqué avant Noël."

Droit dans ses souliers, Philippe Saurel se désole par ailleurs d’un communiqué diffusé dimanche par FO. "Les termes n’ont plus rien à voir avec le syndicalisme ! On y appelle à la grève générale face à la fin du règne de la Saurélie."

Et d’appuyer sur la bonne tenue des comités techniques… à la Ville. Excepté la conclusion du dernier. "J’y ai fait état d’une lettre de la direction générale des finances publiques pointant les agents ayant dépassé le quota légal d’heures supplémentaires. Or, il faut être dans les clous car cela relève du pénal. C’est moi qui suis responsable ! J’ai donc demandé à chaque service de réorganiser le tour des heures supplémentaires pour que les dépassements soient modérés." Voilà, peut-être, le mot-clé : modération.

Quel impact sur le plan politique ?

Ces dissensions entre Philippe Saurel et les organisations syndicales de la Métropole pèseront-elles dans le prochain scrutin municipal ? Poser la question c’est déjà y répondre un peu…

"Les fonctionnaires de la Métropole et ceux de la Ville représentent un total de plus de 6 000 personnes. Si vous ajoutez à ce chiffre les familles et les amis proches, vous pouvez estimer que 15 000 à 20 000 personnes sont concernées. C’est énorme !" 

Jean-Pierre Foubert, ancien directeur de cabinet de Georges Frêche, se souvient de réunions annuelles de son patron avec l’ensemble des personnels municipaux. "Il en profitait pour leur exposer les grandes lignes de sa politique et ses projets, dans l’idée que les fonctionnaires soient, ensuite, les ambassadeurs de la Ville. C’est une relation essentielle à préserver." 

Si essentielle que, dès vendredi dernier et après ce fameux clash entre le maire et les syndicats métropolitains, deux candidats montpelliérains aux prochaines municipales n’ont pas tardé à réagir par communiqués. "Ce n’est pas ma conception des relations sociales et encore moins des relations humaines", a ainsi écrit Alex Larue (LR-UDI). Michaël Delafosse (La gauche pour Montpellier) s’est, lui, exclamé : "Il faut que ces méthodes cessent ! Nul ne peut s’affranchir de ses propres turpitudes."

 

Frédéric MAYET

Publié le 19/11/2019

Gilets jaunes à Montpellier : la grève du 5 décembre ne tombera pas tout cuit dans la marmite de Prés d’Arènes

 

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Un débat sur le rond-point fait l’inventaire des acquis des gilets jaunes en vue de la grève générale à partir du 5 décembre. Reste à savoir comment peser vraiment sur la tournure des événements

 

Un débat sur l’herbe au milieu du rond-point. Et une escouade d’autres gilets jaunes ne cessant de tourner tout autour, sur la chaussée, en provoquant un bouchon… C’est sur cette scène assez surréaliste que se sera conclu le week-end montpelliérain de l’acte 53, marquant une première année complète de mobilisation.

 

Puis quand les deux groupes ont fini par se mêler, ce fut d’abord pour de franches explications. En manifestation spontanée ce dimanche depuis le centre ville, les gilets jaunes tournant venaient demander des comptes à ceux statiques de Prés d’Arènes, pour l’accueil jugé par trop frileux réservé par ces derniers la veille au soir, aux manifestants qui tentaient de les rejoindre, poursuivis par la police.

 

On ne sera pas en mesure de trancher ici le différend. Mais il faut constater que ces 16 et 17 novembre n’auront pas permis, au contraire, d’aplanir les dissensions qui se manifestent de manière désormais explicite. Dans le cas d’espèce, on a vu cristalliser le partage entre ceux qui misent sur l’ébullition de la rue, dont pas mal de jeunes pas toujours vêtus de jaune, et ceux qui jurent par la reconquête des ronds-points, jusqu’à avoir déclaré légalement en préfecture l’installation méthodique de leur « village » – un vocable très significatif – à Prés d’Arènes.

 

De façon sous-jacente, mais ne se recoupant qu’en partie, se lisent les polarités plutôt anarcho autonomes de l’AG du Peyrou, du Casa del Sol – auréolés du succès de la récente Assemblée des assemblées – et celle plus syndicaliste, assez proche de la France Insoumise tendance Carmagnole, qui vibre sur le rond-point. En tous les cas, René Révol, premier magistrat de Grabels, seul maire de cette formation dans l’agglomération montpelliéraine, a bénéficié de tous égards chaleureux à l’occasion de sa prise de parole dans le débat de dimanche après-midi 17 novembre (il était venu exposer les dégâts des désengagements d’État – une dotation tombée de 800 000 à 400 000 euros en quatre ans, dans sa commune qui ne cesse de croître – dans la vie quotidienne au niveau local).

 

On peut penser que sur les deux journées complètes d’installation du « village jaune » – impeccablement ceint de nombreuses banderoles d’excellente facture collectant tous les slogans sociaux et progressistes du mouvement – un millier de personnes doivent être passées à un moment ou à l’autre sur le rond-point. Cent cinquante s’y trouvaient donc, pour assister, sagement, au débat sur l’avenir du mouvement, se confondant peu ou prou avec l’échéance de la grève générale du 5 décembre – et sa poursuite illimitée, largement souhaitée parmi les présents.

 

Outre René Révol, un jeune cheminot cégétiste à chasuble jaune, des Alban et Nestor en figures du mouvement, parlant de démocratie et du RIC, Sabine s’exprimant en enseignante, une militante chevronnée des droits des femmes les plus anciens et sociaux les plus actuels au jour du handicap, ou Richard Abauzit, ont volontiers rivalisé de verve oratoire pour redire l’essentiel des revendications – qu’on ne découvrait donc pas vraiment – mais aussi dresser inventaire des acquis des gilets jaunes, dont ils ne veulent surtout pas croire qu’il soit éteint (« premier mouvement à avoir été capable de faire reculer Macron », « capable de semer la peur dans les quartiers bourgeois », et enfin « capable d’infuser des méthodes de débordement au cœur de bien d’autres mouvements » soulignait un participant).

 

Le cheminot a analysé l’échec des grèves du secteur en 2018 comme étant celui d’une grève isolée (« et cette fois, les régimes spéciaux ne représentent que 3% des bénéficiaires des retraites qui vont tous être impactés – il faut avant tout déjouer la division à ce propos »). Selon Richard Abauzit, le principal atout des gilets jaunes réside dans leur capacité de réunir une diversité immense de profils socio-économiques. De quoi subvertir l’inefficacité du cloisonnement par micro-spécificités professionnelle qu’entraînent les représentations traditionnelles, syndicales particulièrement.

 

On ressentait néanmoins quelque chose d’un peu incantatoire, quand c’est la remontée jusqu’à la Commune de Paris, et mieux, jusqu’aux cahiers de doléance de la Révolution française, qui s’attiraient les faveurs acclamatoires de l’assistance. Au sein de laquelle, on perçut finalement comme assez salutaire, la douche froide provoquée par un syndicaliste, rappelant que le 5 février 2019, les gilets jaunes s’étaient déjà lancés dans une convergence de luttes, sans que cela produisît de très forts résultats.

 

On redescendait donc sur terre, et dans les toutes dernières minutes, le débat se fit beaucoup plus concret, effectif, sur la manière d’espérer influer dans le sens d’une grève générale illimitée : intensifier les contacts avec les secteurs les plus combatifs, provoquer des assemblées générales ouvertes aux non syndiqués, et y compris aux non actifs (retraités, chômeurs, etc), dresser piquets de grèves et organiser des blocages, faire circuler et remonter efficacement les échanges…

 

Bref : tout un savoir s’organiser qui provoquera des réunions de travail d’ici là. Si nul n’est capable de prédire de quoi sera fait ce 5 décembre, chacun est placé devant ses responsabilités : les surenchères incantatoires ne suffisent pas à faire tomber rôti le succès des mobilisations.

 

Publié le 18/11/2019

Un message positif

 

(site politis.fr)

 

L’épisode du « Allahu akbar », pas plus que celui de l’étoile jaune, nous dit quelque chose de la manifestation, et de sa belle réussite, mais il était assez prévisible qu’il démontrerait ce que les islamophobes voulaient démontrer…

Voilà bien le paradoxe de cette manifestation qui avait donné lieu dans les jours qui l’ont précédée à tant de polémiques et de dénigrement : elle fut, dimanche, la plus sereine et la plus paisible qui soit. Point de service d’ordre nerveux, pas de casseurs, pas de gaz lacrymogènes. On avait perdu l’habitude… Au sein du cortège, derrière la banderole de tête qui affichait un imposant « Stop à l’islamophobie », les mots d’ordre avaient visiblement été travaillés dans l’intention de rassurer ceux de nos concitoyens qui finissent par avoir la peur au ventre dès qu’ils aperçoivent une femme voilée à la porte d’une école. On entendait des « Laïcité, on t’aime, tu dois nous protéger », et on voyait surtout s’agiter de très nombreux drapeaux tricolores.

La polémique – car il en fallait bien ! – c’était donc avant, et ce fut aussi, hélas, après. Le Crif, qui, comme chacun sait, déteste le communautarisme, BHL, pour qui l’islamophobie relève de la mission historique, et la macronienne Nathalie Loiseau ont donc cherché et trouvé de quoi jeter le discrédit sur les quatorze mille manifestants, et de quoi nous faire perdre de vue l’essentiel. À les entendre, il s’est surtout passé deux événements dignes d’être relatés : la sénatrice Esther Benbassa apparaissant sur une photo où figurait aussi une gamine arborant une étoile jaune ; puis, plus tard et plus loin, une vidéo montrant Marwan Muhammad, l’ancien directeur du comité contre l’islamophobie, prononçant les mots « interdits », « Allahu akbar ». Du moins, c’est ainsi que les faits ont été rapportés, à des fins évidentes de polémique. Peu importe pour Mme Loiseau que la sénatrice EELV ne soit pour rien dans le voisinage de la gamine, elle tenait son mauvais procès.

Pour autant, il faut le dire, l’étoile jaune frappée du mot « muslim », n’est évidemment pas du meilleur effet. Le sort des musulmans n’a rien à voir avec celui des juifs dans la France de Vichy. Nous ne sommes pas en 1942. Si l’on veut vraiment noircir le trait, on peut à la rigueur penser que la stigmatisation dont sont victimes nos concitoyens musulmans nous rapproche dangereusement des années 1930… C’est de cela dont les vigilants devraient surtout s’inquiéter. Et c’est pour ne pas en arriver là qu’il fallait descendre dans la rue dimanche. Quant au « Allahu akbar » (« dieu est grand »), il a été soigneusement isolé de son contexte puisque l’orateur l’a prononcé, non au premier degré, mais pour regretter que les médias « fassent passer cette expression religieuse pour un cri de haine ». Il n’empêche ! Cette harangue, qui se voulait au mieux pédagogique, et au pire provocatrice, était malheureuse. Il y a bien longtemps que les mots et les signes de la sémiologie musulmane ont perdu leur sens originel. Si « Allahu akbar » n’est pas, en soi, un cri de haine, il se trouve qu’il a accompagné les attentats islamistes, et que nous étions dimanche à trois jours de l’anniversaire des massacres du 13 novembre 2015. Et nul ne peut ignorer que, depuis lors, ces deux mots sont tenus pour le marqueur supposément infaillible de la « radicalisation ». Cet épisode, pas plus que celui de l’étoile jaune, nous dit quelque chose de la manifestation, de sa belle réussite, et de son message positif, mais il était assez prévisible qu’il démontrerait ce que les islamophobes voulaient démontrer…

À cette explication de texte, il faudrait encore ajouter « islamophobie », qui continue de faire débat. Mais que peut, médiatiquement, un Olivier Le Cour Grandmaison (1) face à Caroline Fourest et consorts ? Le premier rappelle que le concept a été forgé par des anthropologues français du début du XXe siècle, comme Maurice Delafosse, les seconds affirment – pour le bien faire haïr – qu’il a été inventé par l’ancien président iranien Ahmadinejad. Je vous laisse deviner qui détient le savoir, et qui ignore ou fait mine d’ignorer ? La société de la communication préfère exciter les peurs qui sont vendeuses, commercialement, et hélas, aussi, électoralement, que chercher le vrai. C’est ce qui explique la peu glorieuse débandade des responsables de la gauche. Entre celui qui avait « football », celui qui trouvait dans l’appel un mot ambigu, ou cet autre, qui redoutait de croiser boulevard Magenta un sympathisant des Frères musulmans, les arguties n’ont pas manqué.

Mélenchon, qui était bien là (comme Clémentine Autain, Olivier Besancenot, David Cormand, Ian Brossat ou Philippe Martinez), a dit simplement ce qu’il fallait dire : ce qui comptait dimanche, « c’est la cause qui était servie ». Celle de nos concitoyens musulmans, discriminés et harcelés par une propagande oppressante. A-t-on jamais autant demandé l’identité des manifestants aux côtés desquels ont pourrait peut-être fouler le pavé, et leur degré de croyance, et leur bon usage des mots, et le sens de leur vêture ? Cette soudaine exigence de pureté est en vérité l’expression d’un soupçon qui est l’un des invariants de la littérature coloniale. Quant à ceux qui ratiocinent sur le mot « islamophobie », qu’ils lisent Renan. Ils verront que cette haine incontrôlée de l’islam vient de loin dans notre culture positiviste. Si loin et si profond, qu’il n’est pas étonnant qu’il en reste quelques traces.

(1) Lire d’urgence, de cet auteur, Ennemis mortels, La Découverte.

 

par Denis Sieffert

 

Publié le 17/11/2019

Frontignan : le maire Pierre Bouldoire "préfère passer le relais"

(site midilibre.fr)

  • Après 25 ans comme maire, Pierre Bouldoire ne se représentera pas. PHILIPPE MALRIC

Élu en 1995, et après un "cycle de 25 ans", le maire Pierre Bouldoire a annoncé ce vendredi ne pas être candidat à sa succession.

En mars 2020, le maire de Frontignan sera un nouveau. Quel qu'il soit. Lors d'une conférence de presse ce vendredi, le maire Pierre Bouldoire a annoncé sa décision de ne pas briguer un cinquième mandat. "J'ai conscience aujourd'hui de la finitude de nos existences individuelles. On n'a qu'une vie. Il est temps de passer le relais. Je ne suis donc pas candidat aux élections municipales", a révélé le maire, très ému au moment de prononcer cette dernière phrase.

"Une décision contre son instinct"

"Depuis 1995, on fait, ici, avec mon équipe à Frontignan, de la politique autrement. Je continue aujourd'hui en arrêtant, à 62 ans, ma carrière de maire alors que c'est l'âge où beaucoup commencent une carrière politique", a-t-il commenté. "Je souhaite d'ailleurs à tous ceux qui font de la politique d'avoir ce dialogue avec eux-mêmes et d'arriver à prendre une décision contre son instinct", a dit Pierre Bouldoire tout en concédant que "cette décision me prend plus d'énergie que toutes les campagnes menées depuis 1995".

Il a dressé le bilan de ses mandats

C'est en effet en 1995 que Pierre Bouldoire a pris la mairie de Frontignan, après un essai infructueux, au sein d'une liste, lors du précédent scrutin. Quand il regarde le chemin parcouru, le futur ex-premier magistrat estime que ces 25 ans de mandat n'ont pas été du temps perdu.

Et de rappeler le travail effectué sur toutes les friches dues à la désindustrialisation : "l'usine à gaz de La Peyrade est devenue une maison de retraite ; la raffinerie de soufre est désormais l'écoquartier des Pielles ; la friche des Salins, un lieu de promenade". Sans oublier le combat contre BP et Exxon pour la sécurisation et la dépollution. Si l'on y rajoute les dossiers des zones de Lafarge, Lactel-Chambourcy, et Lidl, Pierre Bouldoire estime avoir eu une "action dans la chair du territoire ce qui a permis de créer un actif à partir d'un passif gigantesque".

Pas d'adoubement

Fier, aussi, d'avoir créé des services publics (maison de retraite, école, collège, gymnases), l'actuel maire de Frontignan a signalé que tous les chantiers "faisaient partie de notre programme de 1995. On a fait le job et les Frontignanais, que j'ai eu l'honneur de servir, l'ont compris en votant quatre fois pour nous".

Mais, estimant être à la fin d'un cycle, il préfère "passer le relais alors que je suis en pleine course." Un relais qu'il donne.... à personne. Explications : "le pouvoir, on n'en hérite pas. On le conquiert. Il y a des noms qui circulent, je n'en donnerai aucun. Mais je suis prêt à aider la personne qui sera choisie." Il a même confié ne pas être très inquiet quant à une éventuelle perte de la mairie que l'on sait guignée par le Rassemblement National. Désormais Pierre Bouldoire estime "être plus utile ailleurs que dans les mandats électifs". Le sien se terminera dans quatre mois.

PHILIPPE MALRIC

Publié le 16/11/2019

Hôpital : tout le monde déteste l’austérité

 

Stéphane Ortega (site rapportdeeforce.fr)

 

Toutes les professions de l’hôpital sont descendues dans la rue aujourd’hui dans de nombreuses villes. À Paris, un cortège de 10 000 soignants a exigé des moyens pour la santé. À ce jour, malgré huit mois de lutte dans les services d’urgence, aucune mesure de nature à enrayer la crise hospitalière n’a été prise. Pire, le budget des hôpitaux pour 2020 ne compense même pas l’augmentation naturelle des dépenses.

 

Ce n’est pas la goutte d’essence qui a fait déborder le vase des gilets jaunes, mais l’agression de trop qui a mis le feu à l’hôpital. Celle qui a chauffé les braises du mal-être des personnels hospitaliers en déclenchant le mouvement social le plus important de ces dix dernières années dans la santé. Le 18 mars, 90 % des infirmières et aides-soignantes de l’hôpital Saint-Antoine à Paris se lancent dans une grève illimitée à la suite d’une série d’agressions. Soutenues par les syndicats CGT, SUD et FO elles réclament des mesures de sécurité, mais aussi plus de postes et une prime de 300 € pour rendre plus attractif les services d’urgence où le recrutement est difficile faute de budgets et de carrières attractives à mettre en face de conditions de travail très dégradées.

La grève fait tache d’huile avec les mêmes revendications. Un mois plus tard, 16 services de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) sont en grève. Le mouvement sort ensuite de la capitale pour contaminer 119 services dans toute la France mi-juin, plus de 200 après l’été et 260 aujourd’hui. Porté pendant des mois par les personnels paramédicaux, le mouvement a été rejoint par d’autres professions à la rentrée, jusqu’à la journée de grève de ce 14 novembre qui consacre l’extension à tout l’hôpital de la contestation. La quasi totalité des syndicats des agents hospitaliers de la CGT à la CFTC, les collectifs Inter-Urgences, Inter-Hôpitaux, Inter-Blocs, les associations de médecins, les syndicats de corporation comme celui des infirmiers : ce coup-ci, tous ont répondu présent. Même les doyens d’université ont décidé d’une journée blanche incitant les étudiants à participer à la journée.

Des milliards ou rien !

Alors que tous demandent des moyens pour soigner en réclamant l’arrêt des fermetures de lit, le recrutement immédiat de professionnels et une revalorisation des salaires, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020, en discussion aujourd’hui au Sénat prévoit un budget d’austérité. L’objectif national de dépense d’assurance maladie (ONDAM) au lieu d’augmenter d’au moins 4 % pour couvrir les dépenses naturelles de santé d’une année sur l’autre sera de 2,3 % pour l’ensemble des dépenses de santé, et 2,1 pour l’hôpital. Une provocation au moment où pour répondre à minima aux revendications des soignants l’ONDAM devrait dépasser nettement les 5 %.

Un plan pour l’hôpital est annoncé pour la fin du mois de novembre, un an après le grandiloquent plan « Ma santé 2022 ». Mais sans moyens significatifs supplémentaires, la crise que traverse le monde hospitalier restera un caillou dans la chaussure de l’exécutif. Jusqu’ici, les tentatives de saupoudrage gouvernemental n’ont convaincu personne. Ni les 70 millions d’euros mis sur la table avant l’été ni la rallonge de 750 millions en septembre n’y ont fait. La première a tout juste permis d’éviter un burn-out estival, alors que la seconde, prise sur des redéploiements de crédits sur trois ans n’a convaincu personne. Quand Paul et Pierre sont déjà en slip, habiller Pierre avec les vêtements de Paul devient compliqué.

Depuis des mois, nombre de services d’urgence réduisent leurs heures d’ouverture, ferme les week-ends ou la nuit faute de praticiens, montrant l’état de délabrement du système de soin public. Pour rétablir la situation, le collectif Inter-Urgences réclame depuis des mois l’embauche de 10 000 professionnels. Pas de doutes : ce coup-ci il faudra plus que des effets d’annonces ou des jeux d’écritures pour mettre fin à la mobilisation à l’hôpital. Sans quelques milliards d’euros, il sera vain pour le gouvernement d’espérer se débarrasser de ce conflit social avant le 5 décembre. Réponse à la fin du mois de novembre.

Publié le 15/11/2019

Étudiants : pas de dialogue avec le gouvernement ! Construisons le mouvement sur les universités

Le drame de l’immolation d’un étudiant a donné lieu à une réaction rapide de la jeunesse mardi soir dans plusieurs villes. A trois semaines de la mobilisation du 5 décembre, le gouvernement craint un départ de mouvement dans les universités.

 

Georges Camac (site revolutionpermanente.fr)

 

Lyon, Lille, Paris mais aussi Toulouse ou Bordeaux : dans plusieurs villes, ce sont des milliers d’étudiants qui se sont mobilisés suite à l’annonce de l’immolation d’un étudiant vendredi dernier devant un bâtiment du CROUS à Lyon. Pris dans des difficultés financières, privé de bourse, cet étudiant souhaitait par ce geste dramatique protester contre les conditions qui sont réservées à des millions d’étudiants.

La mobilisation ne s’est cependant pas arrêtée à ces rassemblements. Après la manifestation dans la ville, à Lyon, les 1200 personnes présentes se sont rassemblées en Assemblée Générale et ont voté le blocus de l’université ce mercredi matin. A Lille, une tentative de blocage spontanée a eu lieu et François Hollande, largement responsable de la situation de précarité que connaissent les jeunes aujourd’hui, a dû annuler la conférence qu’il devait donner. A Paris, une manifestation spontanée a eu lieu après le rassemblement et les étudiants ont enfoncé les grilles du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Le gouvernement a immédiatement tenté d’instrumentaliser ces débordements pour tenter de salir la mobilisation des étudiants, incriminant les syndicats étudiants et les militants du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), à l’image de cette déclaration de Gabriel Attal : « Je comprends parfaitement l’émotion qu’il peut y avoir chez les étudiants, chez les Français d’une manière générale, c’est une situation je crois qui nous émeut tous. Et puis il y a des syndicats étudiants, syndicats d’extrême gauche, le Nouveau parti anticapitaliste, qui ont mené des actions hier qui ont parfois été violentes. Moi je veux dire que la violence ne peut pas être une solution ».

La porte-parole du gouvernement, Sibeth N’Diaye, a quant à elle affirmé –sans rire- que « le gouvernement a évidemment pris à bras le corps le sujet de la précarité étudiante et de l’accompagnement à la réussite des études de l’ensemble des étudiants », insistant sur la hausse des bourses étudiantes de… 1,1% pour l’année prochaine, c’est-à-dire un taux inférieur à l’inflation. Une forme de mépris de la part du gouvernement qui n’a eu de cesse de s’attaquer aux conditions de vie et d’étude des étudiants : baisse des APL, moyens universitaires largement insuffisants… sans compter toutes les réformes visant à précariser le travail, quand un étudiant sur deux est obligé de travailleur pour se nourrir. Dernière réforme en date : les retraites, dans le cadre de laquelle le gouvernement vise en premier lieu les étudiants puisque celle-ci pourrait n’entrer en vigueur que pour notre génération, avec la « clause grand-père ».

C’est pour toutes ces raisons que les jeunes doivent se mobiliser. La solution face à la précarité et la menace de l’avenir qu’on nous prépare ne passera pas par des solutions individuelles mais par la mobilisation collective. Dans la période actuelle, à quelques semaines du 5 décembre, le gouvernement craint plus que tout un réveil de la jeunesse qui pourrait créer, aux côtés des travailleurs de la RATP et de la SNCF qui prévoient une grève reconductible, un mouvement explosif.

Pour tenter de déminer la situation, le gouvernement a annoncé recevoir demain des « organisations de jeunesse ». Dans un contexte où un grand mouvement d’ensemble est possible, et face à un gouvernement qui n’a de cesse d’attaquer les droits de la majorité de la population, le dialogue est un outil de canalisation pour tenter d’empêcher la mobilisation. Pas question de négocier avec un gouvernement qui a pour seul agenda la réduction de nos droits et de nos acquis sociaux !

Les organisations de jeunesse, si elles prétendent défendre les droits des étudiants, doivent refuser la mascarade du dialogue et construire le mouvement sur les différentes universités au travers d’Assemblées Générales massives pour rejoindre le mouvement qui se dessine contre les retraites à partir du 5 décembre. C’est le moment de faire plier Macron pour que Anas soit le dernier que la précarité tue.

Publié le 14/11/2019

Municipales à Montpellier : Roumégas ne participera pas à la liste EELV d'Ollier

(site midilibre.fr)

  • Jean-Louis Roumégas sort de son silence, un mois après la primaire ouverte EELV.

Réagissant à l'appel qui lui a été lancé par le biais d'une tribune, l'ancien député battu par Clothilde Ollier lors de la primaire ouverte organisé par EELV dénonce un entrisme dans le processus de désignation, ainsi que les méthodes de campagne de son ancienne adversaire.

Il ne s'était pas exprimé depuis un mois et la primaire ouverte organisée par EELV en vue des municipales à Montpellier dans laquelle Clothilde Ollier l'a battu de 41 voix. Dans une interview accordée à Midi Libre, l'ancien député Jean-Louis Roumégas répond à l'appel lancé par "des citoyens ayant rejoint le Rassemblement citoyen pour l'Ecologie" qui se disent "inquiets pour l'écologie à Montpellier". Et règle ses comptes.

Selon lui, d'abord, il y a eu une forme d'entrisme dans le processus de désignation. "On ne s'en est pas rendu compte immédiatement, mais 100 à 150 socialistes ou proches de Michaël Delafosse sont venus voter à la primaire", lance Jean-Louis Roumegas, estimant qu'une campagne contre lui a été orchestrée, "de concert", par son adversaire et les militants PS.

Le parti saisi

Jean-Louis Roumégas dit avoir aussi saisi son parti sur le fonctionnement de la campagne menée par Clothilde Ollier. "Nous avions initié le Rassemblement citoyen pour l'Ecologie, afin de construire un programme avec celles et ceux qui sont engagés au quotidien dans des domaines divers : le bio, le vélo, l'habitat participatif... Or, depuis la primaire, tous ces gens sont ignorés. Et ils apprennent par la presse qu'il y a des discussions avec des partis", décrit-il, parlant aussi d'une "campagne d'affichage irréaliste".

Pour toutes ces raisons, l'ancien député annonce qu'il ne "participera pas à la liste telle qu'elle est engagée avec Clothilde Ollier". Ajoutant qu'il "n'exclue rien" pour la suite, selon la réponse des cadres de EELV.

Ludovic Trabuchet

 

Publié le 13/11/2019

Macron et le 11 novembre : une inauguration à la gloire des guerres de l’impérialisme français

 

(site revolutionperrmanente.fr)

 

Parc André Citroën à Paris : profitant des cérémonies du 11 novembre, Macron inaugure un monument dédié aux 549 militaires « morts pour la France » en opérations extérieures depuis 1963. Un cercueil invisible porté par des militaires hyper réalistes symbolise leur mort. Mais bien plus invisibles et oubliés sont les milliers de morts civils, victimes de ces missions impérialistes.

Les « OPEX », présence armée de la France dans le monde

Afghanistan, Côte d’Ivoire, Irak, Tchad, Liban, Kosovo, République Centrafricaine, Libye, Mali, Sahel, Syrie etc… pas moins de 17 terrains d’intervention et de 110 opérations en dehors du territoire national, depuis 1963. Signe d’une politique impérialiste constante depuis la guerre d’Algérie, ces opérations ne sont pas des exceptions. Elles sont devenues une composante structurelle de l’activité opérationnelle des armées, en particulier de l’armée de terre, mais aussi de l’armée de l’air quand il s’agit de survol de territoires.

A la différence des forces pré-positionnées dans des bases en Afrique en vertu d’accords de défense ou en mer, ces opérations sont décidées au cas par cas. La décision d’engagement des armées est prise par le président de la République en Conseil de défense sur le fondement des prérogatives qu’il tient de l’article 15 de la Constitution. Même si le parlement est doté d’un pouvoir de contrôle, qui a été renforcé en 2008, par une obligation d’information et une possibilité de débat - comme ce fut le cas pour l’intervention en Irak en septembre 2014 ou pour l’engagement des forces aériennes en Syrie en 2015 - c’est le chef de l’Etat qui décide.

Sa décision se prend au nom de la constitution qui fait de lui le « garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités ». Autant dire une couverture très large qui autorise toutes les ingérences et toutes les implantations temporaires ou durables.

Quelques centaines de « morts pour la France », des milliers de morts par la France

On comprend pourquoi Macron saute sur l’occasion du 11 novembre 2019 pour venir inaugurer un monument qui, au départ, avait été commandité par Hollande, afin de s’assurer le support d’une armée de métier constituant, avec la police, les forces sur lesquelles il compte s’appuyer, en cas de nécessité, pour assurer son positionnement international et mater, nationalement, des révoltes qui pourraient se faire jour.

549 militaires de métier, c’est le prix payé pour quelques décennies de guerres impérialistes et qu’il faut faire admettre à leur corps et à leur entourage. Un monument d’un peu plus d’un million, réalisé par un grand sculpteur se veut un signe de reconnaissance marquant capable d’apaiser les doutes et les deuils. Et pour faire bon poids le discours habituel : « Celui qui meurt pour la France, ne meurt pas en vain. Celui qui tombe au champ d’honneur, ne tombe jamais pour rien. Sa vie donnée, ce sont des vies protégées, des vies sauvées… »

Mais qui paiera réparation aux milliers de civils morts ou blessés sous les effets des tirs et des bombardements de la France et des différents coalisés impérialistes qui prétendent régenter des zones géopolitiques sensibles à grand renfort d’armes et font, au passage, tourner les industries d’armement, souvent de plusieurs côtés à la fois.

Il n’existe pas, sauf peut-être dans les services du Ministère de la défense, de calcul global du nombre de morts civils engendrés, toutes générations confondues, lors de ces « opérations extérieures » et considérées comme de simples « dégâts collatéraux » d’une « légitime intervention » à des milliers de kilomètres du territoire français.

Pour ne citer qu’un seul cas, celui de l’Afghanistan ; selon l’ONU elle-même, alertée par le nombre croissant de victimes, plus de 3800 civils ont été tués en 2018. C’est seulement récemment, après treize ans de présence, que l’armée française vient de quitter les lieux, combien de morts laisse-t-elle derrière elle ? Pour eux, pour elles, jeunes ou vieux, pas de monuments, pas de pensions, pas de discours, pas de fleurs, une simple disparition aux pertes d’une population ravagée et aux profits de l’impérialisme.

Publié le 12/11/2019

Après l’immolation d’un étudiant à Lyon, appel à se rassembler ce 12 novembre devant le CROUS de Montpellier

par Le Poing (site lepoing.net

Vendredi dernier, un étudiant membre du syndicat Solidaires Étudiant·e·s s’est immolé par le feu devant le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de Lyon. Brûlé à plus de 90%, il est entre la vie et la mort. Avant de passer à l’acte, il a diffusé un message sur les réseaux sociaux :

 

 

Par solidarité, pour « dénoncer cette précarité » et « nous retrouver ensemble, rester soudés, et créer des solidarités […] pour l’amélioration de nos conditions de vie déplorables », Solidaires Étudiant·e·s Montpellier appelle à un rassemblement ce mardi 12 novembre à partir de 14h devant le CROUS de Montpellier (2 rue Monteil, arrêt de tram Boutonnet ligne 1).

Publié le 10/11/2019

Jean Ortiz

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé.

Lui envoyer un mail

(site humanite.fr)

¡Lula livre !

 

LULA est enfin libre. C’est à peine croyable. Le peuple brésilien est descendu dans la rue entre pleurs et larmes de joie  « Lula est libre ! », « Lula est libre ! » « La lutte continue ! »

La Cour Suprême, la plus haute instance judiciaire du pays, a modifié le texte liberticide qui envoyait sous les verrous toute personne accusée, mise en cause, avant même que ne tombe la sentence, la condamnation définitive. 5000 personnes ont été ainsi arbitrairement envoyées sous les verrous. Parmi elles, l’ex président Lula.

La modification du texte (qui devenait par trop visible et impopulaire) par les juges eux-mêmes de la Cour Suprême, par 6 voix contre 5, a permis aux avocats de Lula de demander et d’obtenir sa libération. Enorme victoire même si cette libération n’est sans doute pas définitive.

Les accusations tombent les unes après les autres, comme des feuilles mortes, et la machinerie politicienne qui a conduit Lula en prison apparaît enfin très grossièrement. Un procès pour corruption, monté de toutes pièces par la bourgeoisie, l’oligarchie, et quelques officiers fascisants tel Bolsonaro, cette brute milliardaire et ouvertement fasciste. Imposé en réalité au peuple brésilien, même si l’on tente de nous faire croire qu’il a été « élu ». Les corrompus ne sont pas ceux que les classes dominantes montraient du doigt.

Pour l’heure, savourons les nouvelles qui nous viennent d’Argentine, du Chili, et aujourd’hui du Brésil. Il y a quelques mois, les média mensonges nous faisaient croire que l’Amérique latine basculait à droite, sans retour possible, irrémédiablement. Sous nos yeux, c’est le contraire qui se produit. Les peuples, les luttes, et même les larmes n’ont pas la mémoire courte. Le PCF aura pris toute sa part dans la campagne pour la libération du dirigeant ouvrier et candidat du Parti des travailleurs (PT) à la présidence, que l’on a empêché, par la force, d’être élu. Alors, oui : ¡Viva Lula ! La Lutte, l’Internationalisme, payent.

 

Publié le 09/11/2019

Municipales / Montpellier : vers une démarche de confluence pour une victoire des forces de gauche ?

Malgré le trouble jeté à Montpellier par le soutien de la France Insoumise à #NousSommes, les membres de la démarche de confluence croient en un rassemblement des forces de gauche.

 

(site lemouvement.info)

 

L’annonce du comité électoral de la France Insoumise à soutenir le mouvement citoyen #NousSommes, a jeté le trouble au sein des militants locaux et principalement chez ceux oeuvrant pour la démarche dites de confluence. Cinq membres de son équipe d’animation ont tenu une conférence de presse au lendemain d’une assemblée ayant réuni différentes forces de gauche. À travers un discours apaisé, mais sans éluder les questions, ils appellent à l’union pour gagner la mairie avec comme exemple le succès de Barcelone en commun. Quant à la France Insoumise, une assemblée devrait prochainement clarifier la situation.

La démarche de confluence
« Nous ne sommes pas une liste, nous sommes une démarche », clarifie Boris Chenaud en guise d’introduction, « Nous essayons de secouer un peu le paysage politique pour coconstruire avec toutes les forces, qu’elles soient citoyennes, collectives, sociales, écologiques ou politiques, une liste et être à la hauteur des enjeux. Il y urgence tant sur le plan social qu’écologique. Si on n’y croit vraiment, il faut se donner les moyens d’y répondre ». L’équipe représente donc « la démarche pour une liste de confluence aux prochaines municipales de Montpellier » qui rassemble 176 signataires. Guillaume Tricard précisant que « ce n’est pas un label ».

Au lendemain d’une assemblée

L’équipe d’animation de la démarche de confluence a tenu à se présenter devant la presse au lendemain d’une assemblée ayant eu pour objectif de « voir qu’elles étaient les forces disponibles pour aller vers une liste à coconstruire ensemble » explique Boris Chenaud. Résultat : environ 150 personnes venant du PC, Génération.s, Place Publique, le Rassemblement des écologistes, Ensemble, PG, la France Insoumise, bien sûr, mais également des membres de #NousSommes.

On ne peut pas se satisfaire de l’éparpillement des forces de gauche ou émancipatrices à ces élections. Jusqu’au dernier jour possible de dépôt des listes, on dira à tout le monde qu’il faut se rassembler. Au niveau municipal, tout ce qui nous rassemble est plus important que ce qui nous divise. On a la possibilité de gagner la ville sur des couleurs écolos, sociales en faisant une confluence rouge, vert, jaune pour changer la vie des gens ici et maintenant. On ne peut pas dire ça dans toutes les villes de plus de 100 000 habitants.

Si le comité électoral de la France Insoumise a adoubé le soutien à #NousSommes, Marc Le Tourneur ne cache pas son désarroi : « Nous ne sommes pas du tout à l’aise avec cette décision qui a été prise contre notre gré. Au sein de l’Assemblée des Insoumis qui s’est réunie fin septembre où nous étions une centaine, nous étions majoritaire à défendre le projet de confluence face à des Insoumis, quatre fois moins nombreux, favorables à #NousSommes. D’autant qu’une partie de l’assemblée avait besoin d’en savoir plus pour choisir et d’ailleurs, depuis, ils nous ont rejoint ».

Boris Chenaud estime que ce soutien constitue une mauvaise opération pour #NousSommes : « Le label qui arrive du national ne leur va pas, il faut se mettre à leur place. Ils sont pour la démocratie directe et là ils sont labellisés de la pire façon qui soit par FI. Cela ne leur sert à rien d’être labellisé par la bureaucratie parisienne de FI contre l’avis des militants Insoumis locaux. Pour eux c’est très inconfortable. À leur place, je ne voudrai pas de ce label ».

L’ouverture limitée de #NousSommes

Marc Le Tourneur décrit aujourd’hui au sein de FI à Montpellier « une situation paradoxale » tout en pointant du doigt l’aspect conditionnel de la décision et de citer le document envoyé : « Le comité électoral apporte son soutien à la dynamique citoyenne #NousSommes. Il exprime aussi la nécessité d’une ouverture la plus large possible de ce mouvement aux associations et structures citoyennes y compris celles regroupées dans Confluence ».

Pour l’équipe d’animation, il y a dans la démarche de #NousSommes une incohérence avec la volonté de la FI. Marc Le Tourneur pose cependant la problématique : « On ne voit pas comment dans le fonctionnement actuel de #NousSommes, cette ouverture est possible. Elle est uniquement possible à des individus ».

S’ils ont suivi la démarche de #NousSommes, dont certains activement, ils ont été surpris par leur calendrier et s’en sont désormais détachés : « On a buté sur cette décision que #NousSommes se referme fin juin sur une attitude solitaire avec une désignation de liste très tôt. Ce sont les seuls à avoir fermé leur liste de candidature » regrette Marc Le Tourneur.

#NousSommes dans la confluence ?

« On ne peut pas demander à des organisations qui ont une expérience, un travail en commun, des programmes et des projets de se dissoudre. Nous on ne leur demande pas de se dissoudre, on ne leur demande pas de devenir nous fûmes » éclaire Hélène Raux qui voit comme une impossibilité le ralliement au mouvement citoyen. « #NousSommes a cru pouvoir incarner ce rassemblement à Montpellier mais avec une défiance des partis politiques et des organisations existantes qui fait qu’ils ne se sont pas donnés les moyens que le rassemblement ait lieu. Ils ont fait leur liste et cela n’a pas empêché les Verts de faire leur liste de leur côté » analyse-t-elle tout en leur reconnaissant d’avoir « constitué une organisation qui est très intéressante avec une énergie impressionnante et un succès indéniable. Cette organisation peut maintenant rejoindre Confluence ».

« Je pense qu’ils sont aussi intelligents que nous et qu’ils voient que la ville est gagnable mais pas tout seul » juge Boris Chenaud. « Ce sont des gens qui travaillent dans des associations comme Alternatiba donc ils ont conscience de l’urgence social et écologique. Je suis sûr qu’ils vont se dire que pour y répondre, il faudra s’allier à d’autres. Personne seul ne peut gagner cette ville. Peut-être devront-ils se renier par rapport à ça » admet-il sans fermer aucune porte « Le fait que #NousSommes soit présent à l’assemblée est une très bonne nouvelle. Notre objectif est de trouver une solution avec eux ». Nelly Lacince poursuit : « On a rencontré des membres de #NousSommes qui ne sont pas FI. On a répondu à leurs questions et ils ont été assez surpris de découvrir le fond de Confluence ».

L’exemple de Barcelone

Boris Chenaud veut croire au début d’une histoire déjà vue ailleurs : « #NousSommes c’est le début du mouvement de Barcelone en commun en 2014. Sauf qu’après, il y a une étape où, du mouvement des Indignés à la plate-forme numérique citoyenne, ils ont dû discuter avec Podemos, avec la CUP, avec d’autres forces politiques. Barcelone en commun, c’est l’alchimie de l’articulation entre les forces individuelles du mouvement des Indignés et les forces collectives des mouvements ouvriers, sociaux, écolos… ».

Une alchimie qui a menée Ada Colau à la tête de la mairie de Barcelone en 2015 et surtout permis d’obtenir une majorité au conseil municipal. Cette dernière aura conservé son poste en 2019 dans un contexte où, si le bloc de gauche l’a meporté, il fut divisé par la question de l’indépendance de la Catalogne représenté par Ernest Maragall de l’ERC arrivé en tête. Certains conseillers d’opposition ont ainsi préféré voir Ada Colau réélue plutôt qu’un indépendantiste.

Un conseiller municipal, membre de Barcelone en commun, sera d’ailleurs présent le samedi 23 novembre à La Carmagnole afin d’expliquer pourquoi il soutient une démarche comme celle dite de confluence à Montpellier.

La situation à la France Insoumise

Les tensions de la France Insoumise à Montpellier font toutefois désordre, Jean-Luc Mélenchon appelant même sur les ondes de France Inter les deux groupes à s’entendre. Reste que la conférence de presse tenue la semaine dernière par les Insoumis ayant rejoint #NousSommes passe difficilement. « Dans notre fonctionnement, les chefs de file Insoumis devaient être élus ou désignés au consensus par les assemblées locales et à défaut par le comité électoral. Or dans son courrier, ce dernier ne dit pas qui seront les chefs de file Insoumis à Montpellier ».

Et de cibler Julien Colet et Nathalie Oziol. « Nous constatons donc qu’il y a deux chefs de files autoproclamés, que nous connaissons bien et respectons mais cela nous pose une vraie question ». Une situation qu’ils entendent résoudre lors d’une assemblée locale de la France Insoumise le 18 novembre. « On va essayer de trouver un terrain d’entente. On va parler des Municipales en défendant nos idées et dans la mesure du possible désigner des têtes de file » explique Marc Le Tourneur. Boris Chenaud se fait plus clair : « Le 18 les choses seront tranchées. On verra la démarche, qui y abonde et ce qu’il sera fait ».

Un rassemblement écologique et social

Boris Chenaud salue la réussite démocratique de la primaire des Verts et reconnaît en Clothilde Ollier « la volonté de s’attaquer aux problèmes sociaux. L’articulation entre le social et l’écologie, avec le souci de refonder le contrat entre les habitant et la municipalité, c’est exactement ce que nous portons. Nous sommes ouverts pour coconsruire avec eux ». Et si EELV est porté par de bons sondages, il juge que : « Une liste autonome sera trop juste pour répondre aux enjeux. Peut-être qu’ils peuvent faire 19-20 % mais il faudra être à 25-30 % au premier tour en cas de triangulaire ou quadrangulaire. Donc il faut se rassembler ». D’autant que derrière l’union verte, les embryons d’une fronde semble germer…

Hélène Raux ne veut pas limiter la démarche à « un rassemblement FI-EELV, c’est autre chose. C’est un appel à un rassemblement écologique et social. Il n’y aucun véto ou censure. Il y a des villes où cela se fait déjà comme à Toulouse (Archipel citoyen) ou Sète (Alternative sétoise) ». C’est pourquoi la dynamique de confluence « interpelle tout le monde en disant que cela serait idiot de ne pas s’entendre sur une liste. On ne va pas faire trois listes qui vont dire la même chose chacune de leur côté ».

« Ce que l’on fait interroge aussi le PC » rapporte Boris Chenaud. Les Communistes n’auraient pas été insensibles au discours tenu lors de l’assemblée et même s’ils ont apporté leur soutien à Michaël Delafosse, »ils nous ont demandé à le rencontrer » explique Hélène Raux qui pose néanmoins des conditions au rapprochement avec le candidat socialiste : « Ce qui fait consensus c’est qu’il n’y a pas d’exclusif sur des noms mais qu’il y a quand même un projet. Et notre projet écologique et social implique que l’on arrête le grand n’importe quoi de la bétonisation à Montpellier. Est-ce que l’on peut partir sur ce projet avec quelqu’un qui a été adjoint à l’urbanisme quand la gare a été programmé et les Folies dont il a été la cheville ouvrière ? S’il change sur le projet, il peut venir. Amusé, Boris Chenaud lance : « Il y a des gens très bien de FI qui était au PS avant. Ce n’est pas un problème ».

Autre rassemblement mais celui-ci déjà bien amorcé avec les Gilets Jaunes dont certains ont rejoint l’équipe d’animation de la dynamique de confluence comme Éléonore Martinelli, présidente de l’association Projet Citoyen 34, et Richard Abauzit, syndicaliste et membre du groupe du rond-point de Près d’Arènes.

Les bonnes bases d’un rapprochement

« Notre ligne est d’éviter l’éparpillement des listes comme on a pu le voir aux élections européennes et qui a été catastrophique » explique Hélène Raux qui voit aujourd’hui des motifs d’espérer : « L’avantage que l’on a à l’échelle municipale c’est que l’on se connaît entre militants, on se croise, on est sur les mêmes luttes : le combat contre la gare TGV au milieu des champs dans une zone inondable avec un partenariat public privé, on l’a mené ensemble ».

Aujourd’hui on se retrouve avec quatre listes qui en concurrence portent le même discours sur les mêmes sujets. C’est illisible, incompréhensible et inefficace. Cela nous fait perdre et cela fait les beaux jours des Macron et des Saurel.

L’assemblée tenue à La Carmagnole va dans le bon sens selon Boris Chenaud : « C’est plutôt encourageant. Personne n’a dit : « Banco ! Il faut y aller », mais on a senti que l’idée passait bien de faire des actions communes pour dénoncer les politiques actuelles sur le plan local et voir quelles sont les solutions que l’on peut amener. En faisant des actions en commun, peut-être que d’ici fin novembre les choses vont se décanter pour aller vers une liste pastèque ». Et comme ils ont déjà pu le faire auparavant, les militants se retrouveront samedi matin sur la place de la Comédie pour soutenir le référendum contre la privatisation d’ADP et dimanche après-midi ils enfourcheront leur vélo pour répondre à l’appel de Vélocité.

La suite du rassemblement

« On est à un moment où il va falloir faire plus que discuter. Ce ne sera pas juste ré-ouvrir une liste. Il va falloir décider de comment faire un porte-parolat collectif, comment avoir une liste équilibrée avec les différentes forces et pas juste une liste à l’ancienne avec tant de places pour untel et tant pour un autre. Il faut des gens compétents en lien avec les mouvements sociaux pour s’atteler à des dossiers importants. Il faut passer aux choses sérieuses » admet Boris Chenaud.

À cinq mois de l’échéance, Hélène Raux reconnait que le calendrier impose un autre regard : « C’est la mise en route d’une campagne un peu atypique puisque l’on n’appelle pas à voter pour nous, on n’a pas de candidat et pas de liste. C’est une campagne qui vise à créer le rassemblement mais comme on ne peut pas se rassembler dans le vide, il faut faire une campagne en même temps sur le fond et sur des thèmes emblématiques : la gare, le stade, le logement… Si tout le monde veut se rassembler, alors chiche allons-y » lance-t-elle.

Boris Chenaud résume en quelques mots les intentions de leur appel au rassemblement des forces de gauche à Montpellier : « On est là pour constituer une démarche et qu’elle gagne ». Reste à savoir maintenant comment le message sera reçu par les différents destinataires.

« Face à l’absurdité nous irons jusqu’au bout » alerte Marc Le Tourneur s’adressant aux différents protagonistes du rassemblement espéré, « Nous ne croyons pas que l’absurdité va l’emporter. On a des contactes partout ailleurs, il y a des portes entrouvertes qui nous font penser que c’est possible de se rassembler. Nous sommes optimistes ». En suivant l’exemple de Barcelone, l’optimisme fera-t-il vivre cette démarche de confluence pour conquérir la mairie de Montpellier ? Pour cela, beaucoup devront mettre leur égo et ambition de côté.

Publié le 08/11/2019

L’opinion manipulée

(site politis.fr)

Quel sens peut bien avoir, aujourd’hui, un sondage sur la présidentielle de… 2022 ? À deux ans et demi du scrutin ? Rigoureusement aucun.

Il fut une époque, que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, où la publication de sondages électoraux était interdite dans la semaine précédant un scrutin. Il faudrait songer à les interdire tant qu’une campagne électorale n’est pas officiellement lancée et que les candidats ne sont pas déclarés. Quel sens peut bien avoir, aujourd’hui, un sondage sur la présidentielle de… 2022 ? À deux ans et demi du scrutin ? Rigoureusement aucun. Deux instituts, Elabe et l’Ifop, travaillant respectivement pour BFM et Le Journal du dimanche, se sont pourtant livrés à cet exercice fictif (À lire ici et ici). Et leur verdict serait sans appel puisque l’un et l’autre nous assurent, comme l’écrit le JDD, que Marine Le Pen et Emmanuel Macron « progresseraient tous deux en suffrages » et « distancent, et de loin, leurs autres concurrents ». Que la droite (canal Les Républicains) soit représentée par Xavier Bertrand, François Baroin ou Valérie Pécresse, et le PS par Olivier Faure ou Bernard Cazeneuve.

Rappelons donc, contre la plupart des commentateurs patentés qui, à l’instar d’Arlette Chabot, nous assènent que « c’est sûr, le match est installé » entre les finalistes de 2017 comme était acquise à leurs yeux l’élection de Balladur en janvier 1995, que ces sondages bidons n’ont aucun caractère prédictif. Quand le directeur général adjoint de l’Ifop, Frédéric Dabi, affirme que son « enquête sacre la nouvelle bipartition du champ politique », soit il n’a aucune mémoire de ses études d’opinion, soit il prend les lecteurs pour des cons. En 2014, un sondage Ifop testant plusieurs hypothèses de candidatures à la même distance de l’élection, selon la même méthode et sur un échantillon identique, vantait (déjà) la « poursuite de la dynamique » de Marine Le Pen donnée « en tête des intentions de vote avec un score oscillant entre 27 % et 32 % » contre 28 % aujourd’hui ; Hollande était à 13-15 %, Aubry à 13-14 %, Valls à 15 %, Mélenchon à 9-10 %, Sarkozy à 26 %, Juppé à 28-32 %, Fillon 18 %... Manquait « que » Macron !

L’intérêt de ces pseudo-enquêtes d’opinion, pour ceux qui les commandent, est essentiellement manipulatoire. En l’espèce, il s’agit d’imposer l’idée que nous n’aurons le choix qu’entre Macron et Le Pen. Et qu’à force de contester les réformes du premier on s’exposerait à faire élire la seconde puisque celle-ci, souligne l’Ifop et le journal de Lagardère, réduirait déjà l’écart en bénéficiant « au second tour d’un soutien massif des partisans de Mélenchon ». Moralité : restez chez vous et laissez passer les réformes macroniennes, sinon il vous en cuira.

par Michel Soudais
 

 

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