PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

Publié le 05/04/2020

Le défi de la gauche : construire dès maintenant  le « monde d’après »

 

Julia Hamlaoui (site humanite.fr)

 

Le coronavirus révèle le mur auquel nous ont conduits les politiques libérales. Tout en promettant un « jour d’après » différent, Emmanuel Macron poursuit sur sa lancée. Pour la gauche, il ne faut pas perdre de temps et travailler sur la société dans laquelle nous voulons vivre.

« Le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant. » La sentence présidentielle, prononcée pour la première fois le 16 mars à l’annonce du confinement, a marqué les esprits. Et pour cause : la crise sanitaire met dramatiquement en pleine lumière les failles béantes creusées par le rouleau compresseur néolibéral, alimentant un système capitaliste enserré dans ses propres contradictions. Hôpitaux et personnel soignant débordés, manque de masques, de gel, de respirateurs, salariés maintenus au travail sans protection adéquate… Emmanuel Macron, saluant, quelques jours plus tôt, les « héros en blouse blanche », a juré que toutes les conséquences de cette crise inédite seront tirées, jusqu’à estimer que des « biens et des services doivent être placés en dehors des lois du marché ».

C’est effectivement à ce défi qu’il s’agit de répondre, alors qu’une crise économique de grande ampleur s’apprête à doubler la crise sanitaire. Une crise sans autre « comparaison que la grande dépression de 1929 », selon le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Toutes les forces politiques y seront confrontées, à commencer par la gauche qui, pour une partie au moins, n’a eu de cesse d’alerter sur les conséquences de l’austérité, des coupes budgétaires imposées aux services publics, des territoires laissés pour compte, des cadeaux fiscaux aux plus riches et aux grands groupes sans contrepartie…

Pour 69 % des Français, il faut « ralentir le productivisme et la recherche rentabilité »

Désormais, c’est une autre question chère à la gauche – celle de la maîtrise de la production – qui est sur la table. L’idée de relocaliser en Europe le maximum de filières jusque-là délocalisées en Asie est plébiscitée par 84 % des Français, selon un sondage ViaVoice pour Libération. Devant les faits, l’hôte de l’Élysée n’a eu d’autre choix que d’évoquer la « souveraineté » à reconquérir, au moins en matière sanitaire. Mais, pour le président, il s’agit de mieux défendre sa ligne du « jour d’avant » – « nous avons passé des réformes qui permettent à notre pays d’être plus compétitif », insiste-t-il. Et surtout, de faire taire les critiques : ces « irresponsables » qui « cherchent déjà à faire des procès alors que nous n’avons pas gagné la guerre ».

L’appel présidentiel à « l’union sacrée » appuyé sur une rhétorique martiale n’empêche cependant pas des voix de s’élever pour exiger un « monde d’après » réellement différent. « Nos organisations, conscientes de l’urgence sociale et écologique et donnant l’alerte depuis des années, n’attendent pas des discours mais de profonds changements de politique pour répondre aux besoins immédiats et se donner l’opportunité historique d’une remise à plat du système en France et dans le monde ! » ont lancé, via une tribune publiée vendredi dernier, 18 responsables de syndicats, associations et mouvements environnementaux, dont Philippe Martinez (CGT), Aurélie Trouvé (Attac), Jean-François Julliard (Greenpeace) et Cécile Duflot (Oxfam). Ensemble, ils en appellent « à toutes les forces progressistes et humanistes, et plus largement à toute la société, pour reconstruire un futur écologique, féministe et social, en rupture avec les politiques menées jusque-là et le désordre néolibéral ». Ils ne sont pas seuls : 69 % des Français estiment qu’il faut « ralentir le productivisme et la recherche perpétuelle de la rentabilité », quand 70 % jugent nécessaire de « réduire l’influence de la finance et des actionnaires sur la vie des entreprises », selon ViaVoice.

D’un côté, la répression et l’individualisme, de l’autre, l’altruisme, la solidarité et l’entraide

L’exécutif, lui, n’a pas tardé à donner les signes que, sous couvert d’éloges aux travailleurs qu’hier encore le président présentait comme « ceux qui ne sont rien », c’est bien la même politique qui se poursuit. « D’un côté, on demande des sacrifices supplémentaires aux salariés ; de l’autre, on ne met pas à contribution les grosses fortunes », résume le porte-parole du PCF, Ian Brossat. « La lutte entre les deux mondes est sous nos yeux. D’un côté, ceux qui augmentent le temps de travail, qui n’imaginent que des actes de répression et des ripostes individuelles ; de l’autre, ceux qui veulent généraliser le comportement du personnel hospitalier : altruisme, solidarité, entraide », observe le chef de file des députés insoumis, Jean-Luc Mélenchon, dans l’Obs, estimant que « «le monde d’après» à la sauce Macron sera un nouveau choc néolibéral ». « Nous devons convaincre qu’avec les forces vives de notre pays nous pouvons réparer la société, respecter et protéger les femmes, les hommes et la nature, et promouvoir une économie résiliente, innovante, puissante et juste », assure Yannick Jadot, d’EELV. Quant au PS, il prévient par la voix de son premier secrétaire, Olivier Faure, d’un « décalage croissant entre les discours martiaux du président et le terrain », tout en ne souhaitant pas pour l’heure « affaiblir le gouvernement », ni se poser en « donneur de leçons ». Ses parlementaires mettent sur la table une proposition de loi visant à « interdire le versement de dividendes aux grandes et moyennes entreprises si elles veulent bénéficier des aides de l’État », contrairement à la logique qui a prévalu lors du précédent quinquennat avec le Cice.

Pour autant, dès la loi d’urgence sanitaire, le Code du travail en a à nouveau pris pour son grade, en particulier les jours de congé et la durée hebdomadaire du travail. Tout comme le premier ministre Édouard Philippe avait pris soin, dès le sujet des nationalisations évoqué, de préciser qu’elles seraient une solution de dernier recours temporaire. Histoire de, comme en 2008, socialiser les pertes pour mieux privatiser les profits ensuite. Pis, le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, en appelle à la générosité plutôt qu’à l’impôt – socle de la solidarité – pour abonder « l’effort national », une façon d’éviter de remettre en cause le dogme des cadeaux aux plus riches ou aux grandes entreprises. De même, l’Union européenne a suspendu les sanctions prévues contre les déficits à plus de 3 % du PIB. Mais pour combien de temps et à quelle fin ?

Plus que jamais, le rassemblement et les initiatives s’imposent

« Pour reconstruire une Europe de la coopération et de la solidarité entre les peuples, il faudra demain mettre en place un nouveau pacte européen pour sortir enfin des règles d’or budgétaires qui ont tant affaibli les services publics, dont ceux de la santé », plaide le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel qui lance un appel à « tous les citoyens et toutes les forces associatives, syndicales, de gauche et écologistes » à travailler ensemble « dès maintenant » sur « la société dans laquelle nous voulons vivre ». La formation a, ce jeudi, exposé lors d’une conférence de presse virtuelle ses propositions. Beaucoup ont d’ores et déjà décidé ne pas rester l’arme au pied. « Lorsque la fin de la pandémie le permettra, nous nous donnons rendez-vous pour réinvestir les lieux publics et construire notre «jour d’après» », écrivent les signataires de la tribune publiée sur le site de France info. Les insoumis, eux, appellent à l’action dès ce samedi à 14 heures avec une « manif en ligne » autour du #PlusJamaisÇa. Nombreux sont les chantiers ; l’urgence climatique ou la question démocratique, à l’heure de la création d’un nouvel État d’exception, n’en sont pas des moindres. À leur propos, des dissensions, parfois des ruptures franches, ont traversé la gauche ces dernières années, menant à son éclatement. À l’heure où les défis à relever imposent plus que jamais le rassemblement, l’Humanité ouvre ses colonnes dès aujourd’hui et toute la semaine prochaine à ses représentants pour nourrir un débat dont l’enjeu n’est rien de moins que d’éviter le scénario du film catastrophe.

Publié le 04/04/2020

Régulariser et soigner les plus faibles pour protéger tout la société... Ça marche. La preuve par le Portugal !

Thomas Lemahieu (site humanite.fr)

 

Le gouvernement socialiste portugais assure aux étrangers en attente de régularisation l’accès aux soins et à toutes les mesures sociales prévues le temps de la crise sanitaire. Une décision relevant tant de la justice que de la santé publique dont le reste de l'Europe pourrait s'inspirer.

Un phare s’allume sur l’une des pointes avancées du continent. À Lisbonne, le gouvernement socialiste, soutenu par le Parti communiste et le Bloc de gauche, permet aux étrangers non européens en attente de régularisation d’accéder aux soins et à toutes les mesures sociales prévues pendant la pandémie provoquée par le coronavirus. En d’autres termes, dans le cadre de l’état d’urgence décrété le 18 mars, le Portugal régularise massivement les sans-papiers qui pourront, faute d’aide médicale d’État – comme en France –, être pris en charge dans les hôpitaux, accéder aux services publics et bénéficier des revenus de remplacement en cas de chômage partiel. « En temps de crise, c’est un devoir pour une société solidaire que d’assurer l’accès des migrants à la santé, à la stabilité de l’emploi et au logement », a expliqué ce week-end Eduardo Cabrita, le ministre de l’Intérieur. C’est également pour des raisons pratiques que cette mesure s’est imposée : les bureaux chargés d’étudier les dossiers sont fermés depuis la mi-mars et, selon une porte-parole du gouvernement, « les gens ne devraient pas être privés de leurs droits simplement parce que leur demande n’a pas encore été traitée ». L’administration du Service des étrangers et des frontières tempère toutefois l’enthousiasme : « Il ne s’agit pas d’une régularisation automatique », écrit-elle, ajoutant que l’analyse des dossiers devrait reprendre début juillet.

Le pays compte pour l’heure un nombre limité de cas de contamination

Après avoir fermé ses frontières avec l’Espagne, durement frappée par la pandémie, il y a près de deux semaines, le Portugal compte pour l’heure un nombre limité de cas de contamination (un peu plus de 6 000) et de décès (140). Dans un pays qui compte 580 000 étrangers sur son sol, dont près de 200 000 Brésiliens, cette mesure transitoire pour ceux qui sont en instance de régularisation relève de la justice, mais aussi de la santé publique : il s’agit d’éviter de renvoyer une partie de la population à une forme de clandestinité qui pourrait faciliter la propagation du virus. Au moment où l’Italie, l’Espagne et le Portugal bataillent pour construire une solidarité financière de grande ampleur au sein de l’Union européenne, c’est l’écrivain italien Roberto Saviano qui congratule les Portugais avec le plus d’allant : « Si l’Europe veut vraiment survivre en tant qu’entité politique à cette crise, elle doit regarder vers Lisbonne, car seule la protection des plus faibles pourra constituer le patrimoine moral indispensable pour repartir. »

 

Thomas Lemahieu

Publié le 03/04/2020

Les chasser de nos vies

(site politis.fr)

 

Ceux qui nous demandent de rester « unis » sont ceux qui ont fermé des lits et supprimé des postes.

Emmanuel Macron a besoin de nous. Emmanuel Macron veut nous enrôler dans la « guerre » contre le coronavirus. Emmanuel Macron veut que nous restions « unis ».

On peut bien sûr considérer, pendant, disons, vingt-trois secondes – grand maximum –, que c’est un tout petit peu mieux, à tout prendre, que la morgue hallucinée dont ce personnage a constamment fait preuve depuis qu’il a été mis dans l’Élysée par le hasard d’une confrontation de second tour avec la Pen. (Il y a quelques jours à peine, rappelons-nous, il nous expliquait encore que c’était pas parce qu’on éprouvait un peu d’angoisse à l’idée d’attraper la mort qu’on devait renoncer « aux terrasses, aux salles de concert, aux fêtes de soir d’été » et bien sûr « à la liberté », bande de pétochard·es (1).)

Mais juste après – à la vingt-quatrième seconde, donc – on regarde d’un peu près qui (et ce que) sont les gens qui psalmodient que nous dev(r)ons, tou·tes ensemble, rester gruppiert dans l’épreuve puis dans les temps difficiles qui suivront la fin de l’épidémie.

Ce sont les mêmes qui, en novembre dernier, se glorifiaient d’avoir encore réalisé près de 4 milliards d’euros d’économies, absolument nécessaires, assuraient-ils, sur le dos des chômeurs et des chômeuses. Ce sont les mêmes qui, le mois dernier, exigeaient encore une économie de 12 milliards d’euros sur le dos des retraité·es pour « sauver » notre système par répartition. Ce sont les mêmes (2) qui, en même temps qu’ils fragilisaient toujours plus les populations les plus vulnérables – des chômeurs aux retraité·es en passant par tant d’autres encore –, ont aussi, et très (très, très) méthodiquement, détruit au fil des trois dernières décennies le service public hospitalier, fermant des établissements et des services, supprimant des lits et des postes – ceux-là mêmes qui aujourd’hui font si cruellement défaut –, au prétexte, toujours, qu’il fallait là aussi, juraient-ils gravement, faire d’autres économies. Sur le dos des malades – et des soignant·es.

Mais depuis le début de « la crise sanitaire » – comme ils disent joliment – où nous mesurons les effets abominables de leur incurie, les voilà qui, devenus beaucoup moins parcimonieux, trouvent sans la moindre difficulté, pour sauver leurs clientèles industrielles et patronales, des centaines de milliards d’euros.

Alors il va falloir les prévenir un peu vite qu’après la fin du confinement, non, on ne va définitivement pas rester uni·es avec et derrière eux – mais contre eux. Pour les chasser de nos vies. Parce que la preuve est en train d’être faite une fois de plus, et de quelle manière, qu’ils les menacent trop gravement.

(1) Le même, huit jours plus tard, tancerait avec le même aplomb les mauvais sujets coupables, selon lui, de ne pas suffisamment respecter les consignes du confinement.

(2) Et il faudra évidemment, quand viendra le moment des premiers bilans, les chercher (et les trouver) très au-delà des seules coteries macronistes – jusque, par exemple, dans les rangs du Parti « socialiste », n’est-ce pas, François Hollande ?

 

par Sébastien Fontenelle

 

Publié le 02/04/2020

Coronavirus: L’écrivain Annie Ernaux adresse une lettre ouverte au président

 

(site lamarseillaise-encommun.org)

 

Annie Ernaux est écrivain. Son oeuvre oscille entre l’autobiographie et la sociologie, l’intime et le collectif. Elle écrit au président de la République, et dénonce une politique qui a conduit le pays dans une situation d’extrême urgence sanitaire.  Dans cette lettre adressée à Emmanuel Macron, elle interroge aussi la rhétorique martiale du Président. Un repère à ne pas perdre de vue.

Cergy, le 30 mars 2020

Monsieur le Président,

« Je vous fais une lettre/ Que vous lirez peut-être/ Si vous avez le temps ». À vous qui êtes féru de littérature, cette entrée en matière évoque sans doute quelque chose. C’est le début de la chanson de Boris Vian Le déserteur, écrite en 1954, entre la guerre d’Indochine et celle d’Algérie. Aujourd’hui, quoique vous le proclamiez, nous ne sommes pas en guerre, l’ennemi ici n’est pas humain, pas notre semblable, il n’a ni pensée ni volonté de nuire, ignore les frontières et les différences sociales, se reproduit à l’aveugle en sautant d’un individu à un autre. Les armes, puisque vous tenez à ce lexique guerrier, ce sont les lits d’hôpital, les respirateurs, les masques et les tests, c’est le nombre de médecins, de scientifiques, de soignants.

Or, depuis que vous dirigez la France, vous êtes resté sourd aux cris d’alarme du monde de la santé et ce qu’on pouvait lire sur la banderole d’une manif en novembre dernier -L’état compte ses sous, on comptera les morts – résonne tragiquement aujourd’hui. Mais vous avez préféré écouter ceux qui prônent le désengagement de l’Etat, préconisant l’optimisation des ressources, la régulation des flux, tout ce jargon technocratique dépourvu de chair qui noie le poisson de la réalité.

Mais regardez, ce sont les services publics qui, en ce moment, assurent majoritairement le fonctionnement du pays : les hôpitaux, l’Education nationale et ses milliers de professeurs, d’instituteurs si mal payés, EDF, la Poste, le métro et la SNCF. Et ceux dont, naguère, vous avez dit qu’ils n’étaient rien, sont maintenant tout, eux qui continuent de vider les poubelles, de taper les produits aux caisses, de livrer des pizzas, de garantir cette vie aussi indispensable que l’intellectuelle, la vie matérielle.

Rien ne vaut la vie

Choix étrange que le mot « résilience », signifiant reconstruction après un traumatisme. Nous n’en sommes pas là. Prenez garde, Monsieur le Président, aux effets de ce temps de confinement, de bouleversement du cours des choses. C’est un temps propice aux remises en cause. Un temps pour désirer un nouveau monde. Pas le vôtre ! Pas celui où les décideurs et financiers reprennent déjà sans pudeur l’antienne du « travailler plus », jusqu’à 60 heures par semaine.

Nous sommes nombreux à ne plus vouloir d’un monde dont l’épidémie révèle les inégalités criantes, Nombreux à vouloir au contraire un monde où les besoins essentiels, se nourrir sainement, se soigner, se loger, s’éduquer, se cultiver, soient garantis à tous, un monde dont les solidarités actuelles montrent, justement, la possibilité.

Sachez, Monsieur le Président, que nous ne laisserons plus nous voler notre vie, nous n’avons qu’elle, et « rien ne vaut la vie » – chanson, encore, d’Alain Souchon. Ni bâillonner durablement nos libertés démocratiques, aujourd’hui restreintes, liberté qui permet à ma lettre – contrairement à celle de Boris Vian, interdite de radio – d’être lue ce matin sur les ondes d’une radio nationale*.

Annie Ernaux

  * Cette lettre a été lue dans la nouvelle chronique d’Augustin Trapenard sur France Inter.

 

Publié le 01/04/2020

« Le temps d’avance que nous avions pour lutter contre le virus a été dilapidé » révèle Huguette Bello, députée GDR de La Réunion

 

Aurélien Soucheyre (site l’humanite.fr)

 

Entretien. Dans ce département français de l’océan Indien, malgré les annonces de l’exécutif, les services de santé sont sur le point d’être saturés et la population est particulièrement démunie.

Quelle est la situation à La Réunion ?

Huguette Bello. La Réunion comptabilise 183 cas de Covid-19 en un peu plus de quinze jours. Un chiffre bien en deçà de la réalité. Nos capacités de tests sont de 300 par jour et nous aurions déjà dû passer en phase 3 de l’épidémie. Nous subissons une double crise sanitaire : la dengue a touché 442 personnes du 9 au 15 mars. Le risque d’encombrement des hôpitaux est à craindre. Il y a 161 lits de réanimation et 100 appareils respirateurs pour 850 000 habitants, il convient de prévoir 350 lits avec autant de respirateurs. Nous nous attendons à une rupture dès la semaine prochaine pour les masques, les surblouses et les cartons Dasri pour le traitement des déchets infectieux. Ce qui inquiète, c’est la réserve de médicaments d’urgence.

Quelle est la situation dans les hôpitaux ?

Huguette Bello. Les services sont à flux tendu depuis trois ans à cause des suppressions de postes, de lits, de jours de congé et de RTT. Le personnel est à bout. Il y a un mois, 30 médecins et 12 chefs de service du CHU ont démissionné parce que « l’hôpital est en danger ». La réduction des budgets met en péril l’offre de soins. Nous avons 379 lits pour 100 000 habitants, contre 569 sur l’Hexagone. Le délai d’attente aux urgences de Saint-Pierre est de douze à quatorze heures. Ici, le taux du diabète (109,2 ‰) est le double de celui observé en France entière (54,2 ‰). Les hommes meurent deux fois plus d’accidents vasculaires cérébraux que sur l’Hexagone. Les décès chez les femmes enceintes sont trois fois supérieurs et la mortalité infantile est double. Il y a urgence à recruter des infirmiers, aides-soignants et agents logistiques.

Comment se passe le confinement ?

Huguette Bello. La consigne « rès la kaz » est respectée. Mais la crise ramène de façon exacerbée les problèmes d’inégalités, de logement et d’illettrisme. 42 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Le taux de chômage est de 24 %. Il faut un plan d’aide pour les familles les plus démunies. La crise met aussi en demeure d’expérimenter « l’école à la maison ». Mais un Réunionnais de moins de 18 ans sur deux est un enfant pauvre ! Un sur quatre ne dispose pas d’ordinateur, et 3 sur 10 n’ont pas accès à Internet. Penser que toutes les familles peuvent participer à la continuité pédagogique, c’est être aveugle à la réalité de la société réunionnaise !

Quelles mesures d’urgence sanitaire doivent être prises ?

Huguette Bello. L’affaire des masques moisis distribués par l’ARS aux personnels de santé montre la gestion calamiteuse par l’ARS et à quel point nous sommes laissés pour compte. Il semble que seuls 75 000 masques sur les 250 millions annoncés par le ministre de la Santé nous seront attribués. Nombre de professionnels de santé (cardiologues, kinés, dentistes, psychologues) cessent leur activité faute de protections efficaces. Un mécanisme similaire à celui des catastrophes naturelles pourrait ici s’appliquer afin de les aider.

Quel est l’état des discussions avec l’ARS et la métropole ?

Huguette Bello. Nous, élus locaux, n’avons eu qu’une réunion avec le préfet et l’ARS. Il y a un décalage terrible entre cette administration et la réalité. Le temps d’avance que nous avions pour lutter contre le virus a été dilapidé. Nous aurions pu faire de notre insularité une force, mais la volonté de l’État de décider seul risque d’entraîner l’inverse. Nous proposons la création d’un comité régional de suivi regroupant toutes les autorités.

Des mesures d’urgence économique sont à prendre ?

Huguette Bello. La sauvegarde de l’emploi et des activités est un enjeu majeur, un simple report des cotisations ne sera pas suffisant et il faudra envisager des annulations. L’aide de 1 500 euros annoncée par le gouvernement doit arriver vite et s’adapter à la durée de la crise. Ici, l’arrêt de l’activité économique correspond souvent à la perte du revenu familial. Il y a un risque de voir les prix des produits du quotidien s’envoler.

Publié le 31/03/2020

« Nous ne sommes pas de la chair à canon » | Tribune des personnels du centre hospitalier d’Alès-Cévennes

 

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Lettre rédigée par des personnels

du centre hospitalier d’Alès-Cévennes membres du collectif des trois hémisphères, et approuvée par une cinquantaine de personnels, essentiellement des infirmiers :

« Ce courrier est rédigé dans le respect du devoir de réserve qui incombe à tout fonctionnaire mais également dans le cadre de notre obligation de servir l’intérêt général. Nous, personnels du Centre Hospitalier d’Alés-Cévennes (CHAC) […], dénonçons par la présente la gabegie qui frappe les plus hautes instances de l’État.

Au mieux, la zizanie découle d’un cafouillage lié à l’inexpérience d’une équipe mal conseillée et mal préparée face à une crise sanitaire majeure. Nous laissons chacun juger de l’acceptabilité d’une telle incurie. Au pire, il s’agit d’une politique volontaire en vue de favoriser la contamination. Le but à demi-avoué de cette politique est l’immunisation de masse de la population qui rendrait de fait le virus inoffensif.

Nous tenons à remercier la population pour son soutien envers les soignants, néanmoins nous tenons à préciser que le meilleur des remerciements reste encore le respect des règles de confinement. Le confinement permet en effet de freiner la contamination, de repousser l’arrivée de la vague et d’échelonner les arrivées en réanimation. De même, en ces temps de pénurie de masques FFP2 (dits « canards »), nous demandons à la population de ne pas céder à la panique et laisser aux professionnels (sachant s’en servir) la priorité de ce matériel sous peine de voir rapidement l’ensemble des soignants et des hôpitaux en perdition. Contrairement à ce que prétend le gouvernement, l’utilisation de masques maison n’est pas dangereuse, il suffit des les changer toutes les quatre heures et de les laver au minimum à 60°C durant une heure puis de les mettre à sécher […].

Les soignants ne sont pas des surhommes (ou des super-héroïnes), certains d’entre nous sont âgés, d’autres ont des maladies, des comorbidités. Des facteurs de risque dont on ne sait pas s’ils seront pris en charge par l’administration hospitalière, toute puissante. Pour reprendre les éléments de langage de notre cher Président, l’hôpital gère son personnel comme de la chair à canon, fantassins remplaçables envoyés en première ligne. Déjà asphyxiés avant la pandémie, tous les soignants de France se demandent qui les remplacera quand ils seront malades. Au moment où nous écrivons ce texte, plusieurs médecins sont morts, certainement pas les derniers. Nous présentons nos condoléances à leurs familles.

[…] Nous comprenons la nécessité de ne pas tuer l’économie du pays mais des ordres tels que ‘‘ne sortez pas mais allez bosser’’ ne peut que créer un sentiment d’incompréhension dans la population, le but est-il de freiner la contagion ou de défendre une économie déjà moribonde ? Le secteur du bâtiment PACA a fait entendre par la voix du président de sa fédération que tous les chantiers s’arrêteraient faute de protections respiratoires efficaces…

La panique est partout, la gabegie dont nous parlions plus tôt touche tous les secteurs, elle s’écoule du sommet de l’État jusque dans l’ensemble de la société, les patients comme les soignants n’y font pas exception et les situations de stress et de violence vont aller en se multipliant au sein de la population. Cela commence déjà.

Nous craignons qu’au final ce soit toute la population qui soit infectée dans les délais les plus brefs. En effet, actuellement, le virus se propage de proche en proche très rapidement et le confinement souple décidé la semaine dernière par le gouvernement ne l’empêche pas du tout de circuler, cette circulation n’a rien à voir avec un prétendu caractère français, on veut trop souvent nous faire croire que le français est rétif à l’autorité. Nous pouvons nous demander si ce n’est pas l’autorité française qui serait rétive aux citoyens placés sous sa responsabilité.

Nous sommes tous conscients que le confinement souple mais contrôlé par l’État est une politique criminelle car elle va provoquer une flambée de la contamination et une recrudescence des cas graves avec saturation rapide des services d’urgences et de réanimation. On ne peut que craindre une évolution à l’italienne de la situation, c’est-à-dire que la politique actuelle va nous mener à une hécatombe.

Après les déclarations sur l’innocuité de la maladie ou l’impertinence des masques, la nécessité de se confiner mais le maintien des élections municipales, la mise sous cloche du discours des épidémiologistes et la promesse d’un vaccin dans les prochains mois, l’interdiction de voir ses amis ou ses proches opposée à l’obligation de se rendre à son travail en cas de télétravail impossible, comment accuser la population d’être rétive à l’autorité ? Les gens sont simplement réalistes, le discours officiel n’a ni queue, ni tête.

Aucun d’entre nous n’est épidémiologiste mais ceux-ci tentent par tous les moyens d’informer la population, par ailleurs les autorités chinoises ont mis en ligne l’ensemble de leurs données épidémiologistes, les chiffres sont donc accessibles à tous. Il y a aussi des conclusions qui découlent du bon sens, diminuer le taux de contamination paraît essentiel, afin de permettre aux hôpitaux d’absorber la déferlante de malades, baisser le nombre de soignants en exercice permettrait de constituer une réserve quand la première ligne sera décimée, redéployer les effectifs là où il y en a réellement besoin, mettre les soignants fragiles (âge, comorbidités) de côté, ils ne seront d’aucune aide une fois infectés ne rajoutant que du pathos à une situation qui est d’ores et déjà dramatique, confiner les équipes à proximité de leurs lieux d’exercice en dehors de chez eux pour éviter de détruire des familles. […]

Déjà dans certains hôpitaux les intérimaires ne sont pas renouvelés. Les économies de bouts de chandelle devraient-elles encore avoir cours en ces temps de pandémie ? Nous aimons notre travail et nous voulons l’exercer dans le respect des bonnes pratiques. Nous ne voulons pas nous soustraire à nos devoirs mais nous exigeons de les exercer dans les meilleures conditions, c’est-à-dire celles qui respectent également nos droits.

Nous ne sommes pas des données probabilistes […] Nous et nos patients, nous sommes des individus avec une histoire, une famille, des envies et des désirs, des projets. Pas des 1 ou des 0 dans un programme informatique, pas des cartes d’électeurs, pas de la chair à canon pouvant être sacrifiés sur les autels de la fierté de tel ou tel politicien aveuglé par son propre pouvoir.

Il n’y a pas de masque, pas de possibilité de réaliser des dépistages mais il faut freiner la propagation du virus s’il en est encore temps, tout le monde doit porter un masque fût-il en tissu, confectionné à la maison. Nous demandons dès à présent un confinement strict et total de l’ensemble de la population française. Nous espérons que ces […] mesures permettront de limiter le nombre de décès dans notre pays.

Nous exigeons également de notre Président et de son équipe, ainsi que de nos administrations une information juste et transparente. Nous demandons à être considérés, entendus et écoutés. »

Publié le 30/03/2020

Coronavirus Covid-19 : aux CHU de Montpellier et de Nîmes, les soignants sont priés de la fermer

Côté cour, il y a les Français qui rendent hommage aux soignants par des applaudissements tous les soirs, côté jardin, ces "héros" en blouses blanches sont priés de la fermer.

Grande opération médiatique, une nouvelle fois, ce vendredi au CHU de Montpellier, crise sanitaire liée au coronavirus Covid-19 oblige : on joue la transparence en direct, via une visioconférence, au cours de laquelle est présenté le bilan actuel, à travers des chiffres, qui attestent que la contamination se propage.

Le CHU de Montpellier divulgue même cette info, provisoire bien sûr : 48 soignants, dont 17 médecins -certains en poste au Smur-Samu– ont été testés positifs. Un réanimateur du Samu 34 se trouvait en renfort à l’hôpital de Béziers, quand il a été infecté, c’est du moins un témoignage interne qui l’assure à Métropolitain. La rédaction en a eu confirmation.

Un hommage national

Ces renseignements qui remontent à la presse quotidiennement, en dehors des canaux officiels -le CHU lors des conférences de presse très espacées et les communiqués tous les soirs de l’Agence régionale de Santé d’Occitanie- déplaisent fortement.

En première ligne pour être au chevet des malades, voilà les soignants qui se retrouvent également en tête des reproches adressés par leur hiérarchie. Côté cour, grâce aux Français qui les applaudissent et font du bruit tous les soirs à l’heure du dîner, les blouses blanches se retrouvent au coeur d’un hommage national unanime, via un extraordinaire élan de solidarité. Du jamais vu. Des gestes réconfortants, alors que le pic épidémique est annoncé pour la semaine prochaine.

Deux notes

Côté jardin, ces soignants souffrent en silence et pas seulement parce qu’ils multiplient les sacrifices pour sauver un maximum de vies, mais, notamment par l’attitude à leur égard de leur hiérarchie. Deux notes internes ont été adressées dans la semaine par la direction des CHU de Montpellier et de Nîmes. En clair, les soignants sont priés de la fermer.

Le 19 mars, dans la note de service n°2020, le directeur général du CHU Carémeau à Nîmes, son adjoint et le professeur Jean-Emmanuel de La Coussaye -président de la Commission médicale d’Etablissement ordonnent aux personnels, « En cas de décès d’un patient causé par le virus Covid-19, le directeur de garde doit être informé immédiatement. Il est formellement interdit de communiquer à ce sujet à l’extérieur du CHU de Nîmes ».

Ne pas saper le moral, mais…

Jeudi, des personnels du CHU de Montpellier ont reçu de leur côté, une note signée de la cadre supérieure de santé du pôle Urgences, avec ces recommandations très fermes, avec des phases en gras soulignées : « Pour rappel vous n’êtes pas autorisés à donner des informations aux journalistes ou à communiquer sur quoi que ce soit, tant au quotidien, qu’en temps de crise sanitaire (…) Il en est de même pour les réseaux sociaux dans lesquels on retrouve les informations concernant les déploiements de moyens pour répondre à cette situation sanitaire : il est formellement interdit de communiquer à quelque niveau que ce soit ! ».

Le message est clair : la prochaine fois, on fera fermer les pages Facebook de certains services. Bon, histoire quand même de ne pas saper le moral des blouses blanches qui broient déjà du noir, la cheftaine administrative du pôle des Urgences, avoue être « très fière de toutes et tous et extrêmement reconnaissante de votre mobilisation et de votre investissement ». Ouf…Mais, ces notes plombent le moral, déjà bien bas.

Certains salariés se disent abasourdis, d’autres choqués de subir un tel traitement en pleine crise sanitaire profonde, où l’urgence est ailleurs. Elle n’est visiblement pas la même dans la sphère hiérarchique des CHU de Montpellier et de Nîmes.

61 décès

Selon le bulletin de l’Agence régionale de Santé -ARS- d’Occitanie communiqué ce soir, il y a eu 61 décès dans les 13 départements de la région, dont 18 dans l’Hérault et 6 dans le Gard. Deux nouveaux pensionnaires âgés de l’Ehpad des Aiguerelles, à Mauguio sont décédés, jeudi.

 

Publié le 29/03/2020

Des centaines de milliers de masques dans des stocks dormants : Castaner ne pourra pas dire qu'il ne savait pas...

 

Kareen Janselme (site humanite.fr)

 

Des syndicalistes dénoncent le scandale des matériels de protection réquisitionnés en masse par l’État, toujours pas récupérés pour être distribués. Face à cette gabegie, la fédération des services publics CGT a écrit au ministre de l’Intérieur Christophe Castaner pour les lui indiquer.

« On est en train d’envoyer des soignants se tuer au travail alors qu’il y a des stocks de masques qui attendent à côté. » Fabrice Coudour est écœuré. Dans son réseau de syndicalistes, il a recensé des centaines de milliers de masques et de matériels de protection stockés, en attente d’être récupérés… depuis le 13 mars. Ce jour-là, un décret a été publié par l’État pour réagir en catastrophe à l’épidémie du coronavirus. « Eu égard à la nature de la situation sanitaire et afin d’en assurer la disponibilité ainsi qu’un accès prioritaire aux professionnels de santé et aux patients », stipule le texte, les stocks de masques respiratoires et anti-projections détenus par les entreprises « sont réquisitionnés, jusqu’au 31 mai 2020 ». Mais quels sont ces stocks détenus par les sociétés publiques et privées ? En 2013, pour réaliser des économies, l’État a décidé de transférer la responsabilité des pouvoirs publics aux employeurs dans la gestion de masques pour protéger leurs personnels. L’État évite ainsi les coûts d’entreposage. Mais une crise comme celle-ci met en évidence les limites de cette stratégie grippe-sou : pas de logistique coordonnée et des milliers de masques qui dorment aux quatre coins de la France, éparpillés dans une multitude de dépôts, notamment dans les entreprises de l’énergie et de l’industrie.

« Tout est là mais on ne peut y toucher »

« Dans l’énergie, nous avons besoin d’une certaine quantité de protections pour maintenir les services publics de l’électricité et du gaz, précise Fabrice Coudour, élu CGT et secrétaire d’un CSE d’EDF de Savoie. Mais aujourd’hui, il subsiste de gros volumes de masques qui ne nous appartiennent plus car l’État les a réquisitionnés. J’en ai vu. Les stocks sont là. On ne peut plus y toucher, mais personne n’est venu les chercher. Samedi dernier, nous l’avons signalé par écrit au préfet. Cinq jours plus tard, nous n’avons toujours pas de son ni d’image en retour. » De nombreuses filiales d’EDF confirment un stock similaire de masques, combinaisons, gants abandonnés dans des hangars qui pourraient être acheminés aux soignants, personnels de secours criant à la pénurie et aux manques de protection. « À Enedis, nous avons eu des cas de légionellose (infection respiratoire - NDLR) il y a quelques années, complète Jérôme Bation, de la CGT Rhône-Alpes. Nous avons acheté alors beaucoup de masques qui ne nous sont plus utiles dans l’immédiat. » Pour autant, l’État n’a pas organisé de ramassage massif ici comme ailleurs.

La CGT rappelle Castaner à l’ordre

Dans le secteur de la chimie, la CGT de Sanofi a interpellé la direction après avoir appris l’existence de 280 000 masques FFP2 en réserve, datant de la crise sanitaire du H1N1 mais non périmés. « Nous sommes intervenus la semaine dernière quand nous avons eu connaissance de ce stock pour demander qu’une partie soit transmise aux professionnels de santé et aux hôpitaux, détaille Thierry Bodin, délégué CGT. Au bout de quatre jours, le 23 mars, nous avons enfin obtenu une réponse mais négative concernant les hôpitaux. Pour autant, la direction a affirmé qu’une partie des masques allait partir vers nos usines. » Or, sur de nombreux sites de production de Sanofi, les masques faisaient toujours défaut ce jeudi.

Comment comptabiliser les stocks existants ? Comment récupérer les protections réquisitionnées ? Face à cette gabegie, la fédération des services publics CGT a écrit au ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, mercredi soir, qui ne peut désormais ignorer l’existence de centaines de milliers de masques et de protections non collectés.

 

Kareen Janselme

Publié le 28/03/2020

Parlons (Inter) Net

Le poète et le Covid-19

 

(site legrandsoir.info)

 

« Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.

J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? – C’était hier l’été ; voici l’automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ…. ».

 

Charles Baudelaire, Chant d’automne, extrait.

 

Théophraste R. Auteur du poème immortel (en cours d’écriture) intitulé « Mascarade » et dont le premier vers est : « Qu’ils tombent les masques ceux qui masquent les tombes ».

 

Publié le 27/03/2020

Ne revenons pas à la « normalité » !

 

(site politis.fr)

 

La comparaison entre la crise du Covid-19 et la situation écologique trouve vite ses limites. Réfléchissons plutôt à la fragilité de nos systèmes.

Pour nombre de militant·es du climat, les réponses apportées par les pouvoirs publics à la terrible crise sanitaire déclenchée par la propagation du Covid-19 génèrent cette interrogation : « Pourquoi ce qui paraissait inimaginable pour lutter contre les dérèglements climatiques, comme écouter les scientifiques ou trouver beaucoup d’argent, devient d’un coup possible face au Covid-19 ? » Certains comparent même le nombre de « vies sauvées » grâce à la baisse de la pollution au nombre de victimes du virus pour montrer combien la crise écologique nous touche déjà et devrait justifier des mesures de même nature.

Avions cloués au sol, tourisme stoppé net, transports individuels rationnés, usines fermées : la réalité est frappante et l’impact immédiat. Pour ne prendre qu’un exemple, les grandes villes chinoises ont ainsi vu la concentration de dioxyde d’azote relâché par les véhicules et les sites industriels diminuer de 30 à 50 % par rapport à la même période en 2019. Tous les experts l’affirment : ils n’ont jamais observé de baisses aussi fortes des rejets de polluants en si peu de temps sur des zones aussi vastes. Démonstration serait donc faite des recettes qu’il faudrait appliquer face aux dérèglements climatiques et aux pollutions atmosphériques.

Si le parallèle est tentant, disons-le nettement, il est trompeur. Le Covid-19 frappe les humains, alors que la crise écologique détruit l’ensemble du vivant. Il est par ailleurs brutal, avec des effets immédiats et relativement égalitaires : chacun·e peut-être touché·e, quels que soient son statut et ses ressources. Chacun·e dispose dans son entourage de proches affaibli·es par l’âge ou la maladie qui courent un danger grave et immédiat en cas de contamination. Les chaînes causales de dissémination du virus, une fois présent sur un territoire, sont localisées et le résultat direct de nos comportements : sa propagation et le risque d’être touché·e sont fonction de l’intensité de nos relations sociales. Autant de caractéristiques bien moins nettes en matière climatique.

Là où la crise climatique oblige à prendre des mesures pérennes et à opérer des ruptures définitives, la crise sanitaire laisse penser que des mesures d’exception permettront de revenir à la « normalité » d’ici à quelques semaines, quelques mois tout au plus. Face à l’urgence climatique, il y a donc toujours une mauvaise raison de remettre à demain ce qui pourrait être fait aujourd’hui. Pas pour le Covid-19, comme le prouvent les critiques généralisées sur l’impréparation des pouvoirs publics.

Par ailleurs, les mesures prises exacerbent les inégalités sociales, là où l’urgence climatique impose de les réduire drastiquement : en période de confinement, être cadre supérieur pouvant télétravailler dans un grand logement avec balcon ou jardin est une situation préférable à celle du livreur Amazon non protégé devant supporter la promiscuité d’un logement parfois indécent dans un quartier populaire tout-bétonné. Quartier pourtant mis à l’index pour sa prétendue incivilité.

Il nous faut donc collectivement nous départir d’une illusion : les mesures brutales de confinement, de réduction drastique des transports et de l’activité économique ne sont acceptées que parce qu’elles sont perçues comme pouvant être immédiatement efficaces et comme temporaires. Elles ne pourraient et ne sauraient être simplement transposées pour lutter contre le changement climatique, au risque d’emporter l’ensemble de nos libertés publiques et de ce qui reste de notre démocratie.

Il nous faut donc éviter les analogies trop rapides qui susciteront plus de rejet que d’adhésion. Préférons-leur une analyse intransigeante des facteurs qui concourent à aggraver la crise sanitaire : l’extrême fragilité de nos systèmes économiques, sociaux et sanitaires n’est pas une fatalité. Elle est le fruit d’une mondialisation économique et financière fondée sur la compétitivité-coût et la mise en concurrence des populations et des territoires, conduisant les pouvoirs publics à délaisser les services publics. Y compris notre système hospitalier.

Reconnaissons que la période nous livre donc une puissante leçon collective pour la suite : le refus de mener des politiques sociales et écologiques ambitieuses n’était pas dû au manque d’argent ou de moyens, mais le fruit d’un refus idéologique visant à satisfaire des intérêts bien éloignés de l’intérêt général. Chaque jour fait la démonstration que les « premiers de cordée » sont sans doute moins indispensables que celles et ceux qui prennent soin de nous, du champ à l’hôpital, en passant par les caissières et les éboueurs.

Saisissons-nous de cette opportunité sans nous tromper de combat. Oui, il faut sauver certaines entreprises. Mais pas toutes et pas sans conditions : les industries polluantes (aviation, automobile, etc.) doivent être reconverties et les banques reprises en main pour qu’elles financent l’intérêt général et non des activités spéculatives et nocives pour la planète. Oui, il faut relocaliser. Mais pas n’importe quoi et n’importe comment, et pas sans s’assurer d’une extension sans précédent de la coopération internationale : la reconversion de notre économie doit conduire à faire décroître les flux de capitaux et de marchandises et la place des secteurs toxiques pour la biosphère (énergies fossiles, chimie et agro-industrie, électronique, etc.), et renforcer la solidarité internationale. Le tout en garantissant les droits (emploi, revenus, etc.) des salariés et les libertés publiques. Ne revenons pas à la normalité, car la normalité, c’était le problème.

Maxime Combes Économiste, auteur de Sortons de l’âge des fossiles ! Manifeste pour la transition, Seuil, coll. « Anthropocène », 2015.

 

par Maxime Combes
publié le 25 mars 2020

Publié le 26/03/2020

Etat d'urgence sanitaire : l'avocat Raphaël Kempf dénonce des lois scélérates

 

Lola Ruscio (site humanite.fr)

 

Avocat pénaliste au barreau de Paris, Raphaël Kempf pointe les atteintes aux libertés à l’œuvre dans "l’état d’urgence sanitaire" qui entre en vigueur ce mardi pour freiner l’épidémie. Il appelle les citoyens à la vigilance afin que l'on "ne se réveille pas de cette période de confinement avec une grosse gueule de bois". Entretien.

Êtes-vous inquiet quant à l’instauration d’un « état d’urgence sanitaire » inspiré de la loi de 1955 ?

Raphaël Kempf. Bien sûr, je suis inquiet pour les libertés fondamentales. C’est étonnant de voir que le premier réflexe de ce gouvernement a été de recourir au modèle de l’état d’urgence de 1955. Je ne nie pas la nécessité de donner une base juridique aux mesures prises pour affronter la crise sanitaire et sociale. Mais il ne faudrait pas que les dispositions adoptées en quelques jours deviennent des mesures de droit commun, ni que les citoyens s’habituent à un contrôle démesuré de l’État et de sa police sur nos déplacements. Les représentants des forces de l’ordre ne doivent pas s’accoutumer à pouvoir contrôler, en toutes circonstances, et sans raison, l’ensemble des personnes résidant sur le territoire.

Quelles sont les mesures du texte les plus alarmantes ?

Raphaël Kempf. Les pouvoirs conférés au premier ministre sont énormes. Il peut prendre par décret des mesures d’abolition de certaines libertés fondamentales, en particulier celle d’aller et venir. En soi, il s’agit d’un pouvoir démesuré, que nous ne connaissions pas jusque-là. Ça paraît justifié au regard des conditions sanitaires, même si d’autres solutions auraient pu être adoptées. Il y a aussi les couvre-feux, l’interdiction de sortir de son domicile, etc. Certaines dispositions portent atteinte aux libertés individuelles : l’administration pourrait décider de mettre en quarantaine des personnes suspectées d’être malades. Je m’étonne qu’on ait besoin de l’administration pour ça, cela devrait être réservé au corps médical. Sur la procédure pénale, le gouvernement pourra autoriser par ordonnance l’allongement de la détention provisoire des prévenus présumés innocents. Ça pose un vrai problème : au lieu de désengorger les prisons, où il y a urgence au regard de la situation sanitaire, on rallonge la détention provisoire… On marche sur la tête ! L’adaptation des fins de peine est aussi complètement insuffisante et floue. On voit bien que ce gouvernement préfère confiner les gens dans les prisons, plutôt que les libérer. Enfin, j’ai peur que ces mesures deviennent la norme. Si l’état d’urgence sanitaire est prévu d’abord pour une durée de deux mois, il n’y a pas de limite temporelle dans la loi concernant les ordonnances, qui fragilisent le Code du travail et la procédure pénale.

Le gouvernement a décidé de créer un délit pour réprimer les personnes n’obéissant pas aux règles du confinement, passible de six mois de prison et 3 750 euros d’amende. Une mesure scélérate selon vous…

Raphaël Kempf. Oui parce qu’adoptée en urgence, sans véritable discussion. Elle exprime un désir répressif incontrôlé de la part de l’État. On veut dissuader par la prison pour modeler les corps et les comportements. C’est une vision très réactionnaire et passéiste du droit pénal et de son rapport à la répression. Au-delà, il y a des problèmes incommensurables d’ordre technique. Pour moi, ce délit ne pourra pas être appliqué. Le texte prévoit qu’une personne risque une comparution immédiate à la quatrième violation de son confinement sous trente jours. Or, chaque personne bénéficie d’un délai de quarante-cinq jours pour contester une contravention. Et c’est seulement au bout de cette même période que la contravention est définitive.

En quoi ce délit renforce-t-il les pouvoirs des forces de l’ordre ?

Raphaël Kempf. En ce qu’il donne un pouvoir arbitraire aux policiers déployés sur le terrain. C’est eux qui décideront si une personne a violé ou non son confinement à plusieurs reprises, c’est eux qui placeront en garde à vue. Un placement réalisé normalement sous le contrôle d’un magistrat du parquet. Or, l’expérience nous montre que ce contrôle est anecdotique à ce stade. Dans les quartiers populaires et ailleurs, des policiers pourront considérer que les motifs de sortie ne sont pas justifiés alors même que cette décision revient en principe à un juge. Comme les tribunaux de police sont fermés à cause du confinement, on ne pourra jamais avoir dans le temps du confinement une décision définitive, prise par un juge indépendant. C’est cela une mesure scélérate : un pouvoir arbitraire donné sans contrôle.

Les multiples prorogations de l’état d’urgence à partir de 2015, puis son entrée dans le droit commun, montrent que l’exception a souvent tendance à devenir la règle…

Raphaël Kempf. La société s’est habituée à ce qu’on puisse assigner à résidence des personnes suspectes aux yeux des services de renseignement. À ce qu’on juge de façon massive en comparution immédiate tous les jours des citoyens à qui on reproche des délits mineurs et à ce qu’on les envoie en prison. À ce que la police puisse contrôler quasiment en toutes circonstances les identités, regarder ce qu’il y a dans les sacs, les voitures… J’ai peur qu’avec cet « état d’urgence sanitaire », on s’accommode d’un contrôle policier de nos moindres faits et gestes. Il faut pouvoir tirer la sonnette d’alarme, même si la crise sanitaire est réelle. Rester dans un État de droit, c’est ne pas donner des pouvoirs arbitraires et disproportionnés à la police, au gouvernement, aux autorités administratives. Sinon, on va se réveiller de cette période de confinement avec une grosse gueule de bois.

 

Avocat au barreau de Paris, Raphaël Kempf est l’auteur de Ennemis d’État. Les lois scélérates, des anarchistes aux terroristes publié aux Éditions La Fabrique.

Publié le 25/03/2020

Ce que change pour vous la loi d’urgence face au coronavirus

 

Aurélien Soucheyre (site humanite.fr)

 

La « loi d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19 » a été adoptée dimanche soir. Elle instaure un « état d’urgence sanitaire », des dérogations au droit du travail et reporte le second tour des élections municipales. Elle contient de nombreuses autres mesures ici détaillées.

Le Parlement a adopté, dimanche 22 mars, la « loi d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19 » suite à un accord entre l’Assemblée nationale et le Sénat lors d’une commission mixte paritaire. Voici le contenu des trois volets qui la composent, à travers une foule de dérogations aux règles habituellement en vigueur dans le pays, qui montre à quel point son fonctionnement est entravé par l’épidémie.

État d’urgence sanitaire

L’état d’urgence sanitaire a été créé et est déclaré pour deux mois. Sa prorogation se fera ensuite mois par mois. Le premier ministre peut dès lors, par décret, restreindre ou interdire la circulation des personnes et des véhicules. Il peut aussi interdire aux personnes de sortir de leur domicile, sous réserve des déplacements strictement indispensables aux besoins familiaux ou de santé. Il peut ordonner des mesures de mise en quarantaine, de placement et de maintien en isolement des personnes susceptibles d’être infectées. Il peut ordonner la fermeture provisoire d’une ou plusieurs catégories d’établissements recevant du public ainsi que des lieux de réunion, à l’exception des établissements fournissant des biens ou des services de première nécessité. Il peut limiter ou interdire les rassemblements sur la voie publique ainsi que les réunions de toute nature.

Le premier ministre est aussi habilité à ordonner la réquisition de tous biens et services nécessaires à la lutte contre la catastrophe sanitaire. À prendre des mesures temporaires de contrôle des prix de certains produits rendues nécessaires pour prévenir ou corriger les tensions constatées sur le marché de ces produits. À prendre toute mesure permettant la mise à disposition des patients de médicaments appropriés pour l’éradication de la catastrophe sanitaire. À prendre par décret toute autre mesure réglementaire limitant la liberté d’entreprendre. Le tout de façon « strictement proportionnée ». Il est en outre mis fin à cet état d’urgence et aux mesures liées dès qu’il n’est plus nécessaire.

Le non-respect des mesures prises dans le cadre de cet état d’urgence sanitaire est puni d’une amende de 135 euros. Puis 1 500 euros en cas de récidive sous quinze jours. Enfin, en cas de violations répétées à plus de tris reprises sous 30 jours, la peine pourra être de 3 750 euros d’amende, six mois d’emprisonnement et d’une peine de travail d’intérêt général.

Mesures d’urgence économique et sociale

Il s’agit d’ordonnances, que le gouvernement est habilité à rédiger et qui devront ensuite être ratifiées devant le Parlement.

Plusieurs dérogations au droit du travail sont prévues, dont la possibilité « de permettre à un accord d’entreprise ou de branche d’autoriser l’employeur à imposer ou à modifier les dates de prise d’une partie des congés payés dans la limite de six jours ouvrables, en dérogeant aux délais de prévenance et aux modalités de prise de ces congés ». Mais aussi « de permettre à tout employeur d’imposer ou de modifier unilatéralement les dates des jours de réduction du temps de travail, des jours de repos prévus par les conventions de forfait et des jours de repos affectés sur le compte épargne temps du salarié, en dérogeant aux délais de prévenance ». Et enfin « de permettre aux entreprises de secteurs particulièrement nécessaires à la sécurité de la Nation ou à la continuité de la vie économique et sociale de déroger aux règles d’ordre public et aux stipulations conventionnelles relatives à la durée du travail, au repos hebdomadaire et au repos dominical ». Il est aussi prévu de modifier les modalités d’information et de consultation des instances représentatives du personnel, dont le comité social et économique, et de suspendre les processus électoraux des comités sociaux et économiques en cours. Le suivi de la santé au travail sera aussi modifié par ordonnances. Les mandats des conseillers prud’homaux sont prolongés.

Des dérogations sont envisagées pour assurer la continuité des droits des assurés sociaux et de leur accès aux soins. Il s’agit d’adapter les conditions d’ouverture, de reconnaissance ou de durée des prises en charge des frais de santé et des prestations d’assurances sociales, des prestations familiales, des aides personnelles au logement, de la prime d’activité et des droits à la protection complémentaire santé. Les prestations aux personnes en situation de handicap, aux personnes en situation de pauvreté dont les bénéficiaires de minima sociaux et les personnes âgées sont maintenues. La date de fin du sursis concernant les expulsions locatives est repoussée.

Le jour de carence pour les salariés arrêtés est en outre supprimé dans le public et le privé. Les Français expatriés rentrés en France entre le 1er mars 2020 et le 1er juin 2020 et n’exerçant pas d’activité professionnelle sont affiliés à l’assurance maladie et maternité sans que puisse leur être opposé un délai de carence.

Des mesures de soutien à la trésorerie des entreprises sont prévues. Un fonds doit être financé avec le soutien des régions. Des mesures visant à limiter les ruptures des contrats de travail et d’atténuer les effets de la baisse d’activité sont programmées, en facilitant et en renforçant le recours à l’activité partielle. Il est aussi prévu de pouvoir reporter intégralement ou d’étaler le paiement des loyers, des factures d’eau, de gaz et d’électricité en ce qui concerne les locaux professionnels et commerciaux.

Une foule de dérogations sont prévues concernant le code de la commande publique, le code du tourisme, le code de l’action sociale et des familles, le code du commerce, le code rural et de la pêche maritime, ou encore le droit de la copropriété des immeubles. La responsabilité personnelle et pécuniaire des comptables publics est modifiée et les obligations d’audit, de revue, d’approbation et la publication des comptes pour les entreprises sont repoussées.

Pour la justice, les règles relatives aux délais de procédure et de jugement, à la publicité des audiences et à leur tenue sont modifiées. Le déroulement des gardes à vue également, pour permettre l’intervention à distance de l’avocat. Tout comme les règles d’exécution et d’application des peines privatives de liberté pour assouplir l’affectation des détenus dans les établissements pénitentiaires et les exécutions des fins de peine.

Report des élections municipales

Le second tour est reporté, au plus tard, à juin 2020, si la situation sanitaire le permet. Le dépôt des listes se fera au plus tard le mardi qui suivra la publication du décret de convocation des électeurs et la campagne sera ouverte le deuxième lundi précédant le second tour. Le plafond des dépenses de campagne sera augmenté par décret.

L’élection régulière au premier tour, soit le 15 mars, des conseillers municipaux et communautaires, des conseillers d’arrondissement, des conseillers de Paris et des conseillers métropolitains de Lyon est pour l’instant confirmée.

Les assemblées sortantes sont cependant maintenues en fonction jusqu’au second tour prévu en juin. Le quorum passe de la moitié des présents à un tiers. Des votes électroniques peuvent être mis en place.

Si le second tour ne peut être organisé en juin 2 020 à cause de la situation sanitaire, les mandats en cours seront prolongés. Et les résultats du premier tour qui s’est tenu le 15 mars seront annulés. De nouvelles élections municipales, premier et second tours, seront ensuite organisées dès que la situation le permettra.

 

Aurélien Soucheyre

Publié le 24/03/2020

Crise sanitaire : Pour un nouvel imaginaire politique commun

 

Par François Meresse (site lvsl.fr)

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À la suite de l’allocution présidentielle du 16 mars dernier, et plus globalement dans le contexte sanitaire imposé par l’épidémie de Coronavirus, un nouveau discours national est installé au plus haut niveau de l’État. Ce discours, teinté d’urgence et de consignes de confinement, n’a pourtant de sens que s’il dépasse le temps présent et installe une nouvelle réalité politique en France et en Europe. 

Pas de nouveau discours sans nouvel imaginaire

Il n’est pas d’aliénation de liberté qui ne fasse naître de nouvelles formes de résistance. Les mouvements sociaux récents pour l’égalité femme / homme sont le parfait exemple d’une prise de conscience sociale qui précède souvent un discours politique dont l’aveuglement conduit à n’opposer en dernière instance que des formes de violence verbale ou physique.

À ce titre, les interdits à la liberté de déplacement, bien que nécessaires face au risque de propagation, doivent ouvrir la voie à une réflexion plus globale de chacun sur les causes et plus précisément sur l’indifférence politique face à un système à la dérive.

Il ne s’agit pas là de la résistance de ceux qui, égoïstement, ne respectent pas les règles de confinement, mais d’une résistance face à un discours politique de gestion de crise qui avoue les limites du système libéral sans en remettre en cause l’existence.

Ne pas céder au discours d’urgence

Les interventions médiatiques de la classe politique placent des dizaines de millions de Français en position de spectateurs passifs d’injustices sociales, qui se veulent plus saillantes en temps de crise. Beaucoup se satisfont des mesures d’autorité pourtant prises de façon tardive et dans un moment où l’accumulation des morts ne rend plus soutenable le déni de réalité.

Néanmoins, la qualité de notre modèle et de nos dirigeants doit être jugée à travers la capacité à anticiper ces risques en projetant un modèle de société. Le manque de vision et d’empathie humaine conduit notre classe politique actuelle à rendre caduque toute capacité à porter un projet politique partagé et annihile le pouvoir d’action de chaque membre du corps social.

Si la vitesse dévastatrice de cette crise était difficile à prévoir, il faut s’inquiéter de la réponse que notre système est à même de lui opposer.

Étrangler les finances de l’hôpital public pendant des années pour ensuite ériger ses soignants en héros de la nation est signe de contradictions aussi insoutenables que dangereuses entre discours et action politique.

Réforme du travail, des retraites, de l’école, de la santé, etc. – les attaques à l’encontre de l’État-providence sont légions depuis le tournant néolibéral des années 1980. Le politique a laissé le marché s’introduire dans les moindres interstices des politiques régaliennes au cœur de la régulation de la vie des citoyens.

Il est indispensable de changer le rapport au temps de l’action politique et ne pas céder aux discours d’urgence qui obstruent la projection sur un nouveau modèle économique et social. Replacer la situation dans le temps long pour mieux appréhender le réel, c’est refuser l’indifférence face à un discours d’urgence qui oublie les causes de la crise pour se concentrer sur ses conséquences.

C’est le démantèlement de l’hôpital public qui a créé le chaos, bien plus que les réfractaires au confinement ou encore les routiers qui, s’ils ne circulent pas, ne peuvent livrer les denrées aux citoyens.

La manipulation du discours appelle à la lucidité car elle fausse le rapport au réel et empêche la prise de conscience indispensable, à savoir que cette crise sanitaire n’est que l’expression d’un libéralisme qui tue le corps social à petit feu depuis des années.

La réalité au-delà des commentaires

La crise sanitaire est un miroir d’une implacable vérité pour les inégalités sociales qui traversent une société de plus en plus morcelée. Ces inégalités sont saillantes face aux conditions de confinement, à l’accès au chômage partiel ou même au télétravail, essentiellement réservé aux professions intellectuelles.

La plupart des médias rendent aujourd’hui visibles ces discriminations qui exposent plus que jamais les précaires à des dangers mortels. Elles ne sont pourtant pas nouvelles et sont inhérentes au modèle libéral qui détruit les modèles de solidarité entre les individus.

Lors de ses dernières allocutions, le président de la République a adopté une posture nouvelle en se plaçant en défenseur d’un État-providence à la française, qu’il participe pourtant depuis des années à démanteler. Cette transformation linguistique brutale ne doit pourtant pas laisser présager un changement de paradigme politique et économique réel.

Le peu de prise de conscience face aux dangers de la financiarisation de l’économie, à laquelle avait conduit la crise financière de 2008, est un souvenir à garder en tête.

Cibler la finance comme ennemi du commun n’avait alors essentiellement servi que le discours du futur président, lequel s’était emparé de la détresse sociale créée par la crise pour en faire un argument de campagne et l’abandonner aussitôt une fois élu.

Cet épisode témoigne parfaitement du danger d’abandonner aux élites le discours d’indignation quand ils ne prétendent l’incarner que pour assouvir une volonté de pouvoir.

Si le coronavirus est inédit, la force latente de la crise écologique, que préfère ignorer la classe politique européenne, témoigne de son aveuglement et du peu de sympathie qu’elle témoigne envers l’humanité. Et il est plus que jamais nécessaire d’écrire le destin de notre époque sans prendre le risque de l’abandonner une fois de plus à des stratèges politiques qui ne connaissent de sympathie que pour le pouvoir.

S’emparer du récit pour la construction d’un nouvel imaginaire commun

Les multiples balbutiements du modèle néolibéral depuis des années montrent que les continuités sont très fortes, même en période de crise.

Ainsi, l’indignation est stérile si elle n’est que pur rejet. Un travail fécond doit nous mener à une réflexion collective sur la compréhension de la réalité de ce système et du discours de ses porte-paroles. Dire la vérité des effets du néolibéralisme sur notre modèle de société est une façon de lui résister et de s’indigner de la façon dont nos gouvernants font face à ce qui se joue bien au-delà de la crise sanitaire.

L’après-crise sera un moment décisif et les prises de paroles politiques se multiplient dès aujourd’hui pour expliquer que rien ne sera jamais plus comme avant. Abandonner le discours au personnel politique comporte pourtant le risque que, précisément, tout continue toujours comme avant.

La société dans son ensemble doit donc se saisir d’un nouveau projet et résister à l’indifférence face au monopole de la parole politique. Développer un discours d’indignation collectif doit permettre à chacun de retrouver sa capacité d’exercer son pouvoir politique.

Les applaudissements tous les soirs aux fenêtres témoignent de notre sensibilité collective face à la souffrance des malades et au courage de nos soignants. Émergent ainsi de nouvelles formes de solidarité, nourries par une empathie partagée.

Appuyons-nous sur ces nouvelles sensibilités pour envisager l’action de long-terme. La politisation des individus passe par la libération de toutes les paroles, unique moyen de remettre du commun dans notre modèle.
Les canaux de communication modernes et les nouveaux médias peuvent devenir durant le confinement les moyens de la création d’un nouvel imaginaire collectif.

Le confinement, par les renoncements auquel il oblige, est un moment idéal pour que chacun s’interroge sur ses réels besoins afin de s’accomplir dans la sphère privée, celle du travail, l’espace social. Le ralentissement imposé de la vie est une formidable opportunité pour revenir à une forme de mesure de l’essentiel et ainsi d’exiger sans transiger un nouvel idéal de société.

Ce travail de chacun, son expression et son partage, annoncent les prémices permettant de faire émerger les nouveaux fondements de notre modèle de société et d’asseoir son discours.

L’heure n’est pas à la polémique face à l’ampleur de la crise, mais au soutien à ceux qui font face à ses effets les plus meurtriers. Toutefois, le temps est offert à chacun pour s’interroger sur notre système afin d’empêcher que l’exception ne devienne la règle.

Publié le 23/03/2020

 

La Poste envoie la police réprimer des agents en droit de retrait

Des postiers du centre de tri postal de Croissy sur Seine (78), en première ligne face au coronavirus, ont décidé d’exercer leur droit de retrait. La direction du centre a envoyé la police les menacer, montrant une fois de plus que pour les patrons nos vies valent moins que leurs profits.

 

Irena Mathilde (site revolutionpermanente.fr)

 

Depuis le début du confinement, les facteurs continuent d’exercer leur travail. Pourtant, être facteur à l’ère du coronavirus est un métier à risque ; en effet, les facteurs voient du monde, touchent le courrier, les digicodes et peuvent donc transmettre le coronavirus à toutes les personnes qu’ils livrent.

En première ligne face au virus, la seule protection auxquels les employés ont droit est un mini flacon de gel hydroalcoolique. Certains n’ont même aucune protection.

Comme le revendique Olivier Besancenot dans ses vidéos sur Twitter, il faudrait « suspendre l’activité courrier et colis » pour désengorger les bureaux de poste et maintenir l’activité au strict minimum : le retrait d’espèces pour celles et ceux qui n’ont pas d’autres moyens. Cela implique aussi, de suspendre le paiement « des loyers et des factures » pour tout le monde, pas que pour les entreprises !

Face à cette situation à risque, certains bureaux ont exercé leur droit de retrait, comme au centre de tri postal de Croissy sur Seine, dans le 78 (Yvelines). Mais dans ce centre, la direction de La Poste, bien cachée à la maison, en télétravail, a décidé d’envoyer la police pour réprimer les agents en droit de retrait. Alors que le droit de retrait est un droit inscrit dans le code du Travail et qu’il n’a jamais été aussi justifiable qu’à l’heure actuelle, les salariés qui l’exercent se voient menacés par la police. Prenant à partie un représentant syndical, la police lui demande une attestation pour justifier sa présence sur le site. Or, la direction de la Poste a refusé de lui fournir. Etonnant ! Les patrons prendraient donc appui sur la situation pour attaquer le droit syndical et réprimer les ouvriers combatifs ? Le syndicaliste explique la situation, le policier, droit dans ses bottes, et ayant clair en tête sa mission - maintenir l’ordre des patrons - vaille que vaille peu importe la situation, le menace de sanctions puisqu’il ne peut pas présenter l’attestation.

Ce n’est pas la première fois que la police vient réprimer des droits de retrait, pour différentes raisons, parfois pour cause d’attroupement comme à Belfort, ici le prétexte est celui de l’attestation, qui sert à sanctionner tant de « mauvais citoyens » (des « imbéciles » pour citer Castaner ») qui ne respecteraient pas les règles de confinement. Mais que faire de tous ceux que le gouvernement et le patronat forcent à aller travailler ? Le dur labeur immunise-t-il contre le virus ?

Dans un contexte où toute la population française est confinée et se voit dans l’obligation de justifier le moindre de ses déplacements, il est inacceptable que des entreprises non essentielles comme La Poste ou la SNCF continuent de fonctionner, mettant en danger des milliers de salariés. Ainsi, les agents des entreprises de transports tout comme les postiers se retrouvent au quotidien en première ligne face au virus et sont mis en danger, eux, leurs proches et les gens qu’ils croisent dans le cadre de leur travail. Face à ça, les salariés qui exercent leur droit de retrait ou exigent la fermeture de leur entreprise se voient menacés par la police et par le gouvernement qui mène une véritable campagne contre les ouvriers qui affirment que leur santé et leurs vies passent avant les profits, un gouvernement qui remet en cause leurs revendications légitimes, et essaye de tout mettre en œuvre pour que l’on continue à produire des avions, des voitures, à construire des maisons en pleine pandémie pour le profit de quelques actionnaires et patrons bien confinés chez eux.

Publié le 22/03/2020

Bruno Canard, le chercheur qui avait alerté en 2015 sur le risque de Coronavirus, dénonce le désengagement dans la recherche

 

nadège dubessay (site jumanite.fr)

 

Depuis 2003, Bruno Canard, chercheur à Aix-Marseille, travaille sur les coronavirus. Il dénonce le désengagement européen et français dans le secteur des sciences.

Lorsqu’il relit les lettres d’intention qu’il avait adressées en 2015 à la Commission européenne avec ses collègues belges et hollandais, Bruno Canard en a les poils qui se hérissent. Le directeur de recherche CNRS à Aix-Marseille, spécialiste des coronavirus, y expliquait qu’il existait neuf familles de virus pour lesquelles une émergence était possible. « Le premier sur la liste était le flavivirus, explique-t-il. Le second, le coronavirus. Un an plus tard, apparaissait Zika, un flavivirus. Et aujourd’hui, le ­Covid-19, un coronavirus ! » La Commission européenne ne donnera jamais de réponse. Aujourd’hui, l’Europe met 10 millions d’euros sur la table. « Ridicule », rétorque Bruno Canard. « Dans l’urgence, nous devons rédiger des programmes jour et nuit. Monter des projets en un temps record. Au bout de deux ou trois ans, le virus aura disparu et on n’en parlera plus. »

Il faudra tirer les conséquences de cette épidémie

Le chercheur sait de quoi il parle. En 2002, avec l’apparition du Sars-CoV, un virus qui provoque une maladie infectieuse des poumons, l’Union européenne décide de lancer plusieurs programmes afin de ne pas être prise au dépourvu en cas de nouvelles émergences. Dès 2004, l’équipe de Bruno Canard, grâce à des réseaux collaboratifs européens, affiche des résultats prometteurs. « Nous avions eu cette idée qui s’est révélée fructueuse : les virus ont une capacité énorme à être différents, variés, avec de larges familles. Nous les avons donc étudiés tous en même temps, afin d’en avoir un modèle type qui nous permettrait, en cas de menace d’un virus inconnu, d’en trouver un proche, d’où nous pourrions extraire des données scientifiques. » Mais dès 2006, l’intérêt des politiques pour le Sars-CoV avait disparu. La crise financière de 2008 accélère le désengagement de l’Europe et de la France pour la recherche. Résultat : des stratégies de recherche fondamentale sont mises de côté ou perdent leurs crédits.

Pourtant, explique Bruno Canard, « l’émergence des virus va être de plus en plus rapide, du fait du changement climatique, de la perte de la biodiversité, de la déforestation ». Si cette recherche fondamentale n’avait pas été maltraitée, mais au contraire poursuivie de manière assidue, la science aurait eu la capacité de développer un médicament pan-corona, actif contre n’importe quel nouveau coronavirus qui apparaîtrait, assure le chercheur. Il dissipe au passage la confusion qui règne entre un vaccin et un médicament. « Un vaccin demande au mieux 18 mois de recherches. Et pour des virus non prévisibles, qui changent, il n’est pas adapté. Mieux vaut faire des médicaments qui ont un large spectre dans une famille virale. Cela peut nécessiter 5 ans, parfois 10. D’où l’importance de l’anticipation scientifique. » Aujourd’hui, dit-il, l’heure n’est pas à la polémique. « Il y a un devoir impératif d’écouter ce que nous dit le gouvernement. » Mais il faudra tirer les conséquences de cette épidémie. « Si seulement un peu de crédit impôt recherche pouvait être reversé pour irriguer la recherche, ça serait un bol d’air énorme. Et surtout productif. »

 

Nadège Dubessay

<Publié le 21/03/2020

Plusieurs SDF verbalisés en France pour non-respect du confinement

Des associations se sont indignées du traitement subi par des sans-abri en plusieurs endroits du pays.

 

(site huffingtonpost.fr)

 

CORONAVIRUS - Plusieurs sans-domicile fixe ont été verbalisés par les forces de l’ordre en France, car ils ne respectaient pas le confinement instauré pour lutter contre la propagation du coronavirus, se sont indignées ce vendredi 20 mars des associations.

“Nous demandons que des consignes claires soient transmises aux préfets pour que ces sanctions cessent immédiatement”, a déclaré Florent Gueguen, directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), qui regroupe 800 associations de lutte contre la pauvreté.

Des cas ont notamment été recensés à Paris, Lyon et Bayonne, précisent les associations. La préfecture de Lyon a d’ores et déjà affirmé que ces contraventions, si elles sont avérées après enquête interne, seront “immédiatement anulées” car “contraires aux instructions”, selon le journal Le Progrès.

Des familles hébergées dans des hôtels sociaux qui doivent sortir pour s’alimenter

À Paris, “nous avons sensibilisé la préfecture au problème”, a indiqué le Samusocial, qui gère le 115 (numéro d’urgence des sans-abri). Selon l’organisation, ces verbalisations pénalisent en premier lieu les familles hébergées dans des hôtels sociaux, qui n’ont pas d’autres solutions que de sortir de leur chambre pour s’alimenter.

Les associations réclament par ailleurs des autorisations de circulation permanentes pour leurs salariés, en particulier ceux chargés du travail de veille en équipes de rue ou en maraudes, auprès des précaires.

Depuis mardi midi, les Français sont soumis à un confinement général. Pour circuler, ils doivent être munis d’une attestation officielle motivant leurs déplacements sous peine d’une amende de 135 euros.

Quelques dizaines de SDF contaminés par le coronavirus

Les associations ont à plusieurs reprises alerté les autorités sur les difficultés pour les personnes à la rue de respecter cette mesure, ainsi que les principes de précaution pour limiter les risques de contamination.

Quelques dizaines de SDF sont contaminés par le Covid-19, selon les autorités. Pour ceux qui ne peuvent pas être isolés dans les centres d’hébergement et dont l’état ne nécessite pas une hospitalisation, ils seront accueillis dans les prochains jours dans des centres dédiés, dits de “desserrement”.

Le ministère du Logement a par ailleurs annoncé jeudi la réquisition de chambres dans des hôtels, pour héberger les personnes encore à la rue. A Paris, près de 200 chambres seront ainsi mises à disposition d’ici la fin de la semaine.

Publié le 20/03/2020

 

Covid-19 : les incohérences présidentielles

 

Par Loïc Le Clerc (site regards.fr)

 

Non, Emmanuel Macron n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Non, ses discours ne le font pas entrer au panthéon de l’histoire de France.

Nous, Français, ne sommes pas assez disciplinés face au coronavirus. Du moins, si l’on en croit les mots employés par le Premier ministre le 14 mars dernier. Ce serait notre indiscipline qui pousse le gouvernement à agir. Ainsi, la faute nous revient au premier chef, devant l’inaction ou la lenteur d’action de l’exécutif. Restez chez vous. Le sommet de l’État entonne désormais cette petite musique, martelée depuis des jours et des jours par les personnels hospitaliers.

Restez chez vous, mais… N’oubliez pas d’aller voter. Dimanche 15 mars, la France est regardée par le monde, ahuri. En pleine pandémie mondiale, alors que l’Europe est désormais le coeur du cyclone, que nos voisins italiens et espagnols sont dans une situation catastrophique, les Français vont élire leurs maires. Une aberration.

Ce premier tour des municipales, toute personne censée a demandé son report. Mais non. La faute a été rejetée sur les oppositions – qui n’ont pourtant pas été consultées, pas plus que le Conseil constitutionnel. Comme au temps du 49.3 pour la réforme des retraites, le gouvernement ne veut pas assumer ses décisions. Il faut qu’il explique qu’il a été forcé. C’est bien connu, dans la Vème République, l’exécutif peut être contraint… Après ça, on peut toujours se moquer du fou Boris Johnson, mais lui a reporté les municipales anglaises. Au moins.

16 mars. Emmanuel Macron poste sur les réseaux sociaux ce visuel rouge-vif : « SAUVEZ DES VIES. RESTEZ CHEZ VOUS. »

Ce même Président qui, il y a dix jours à peine, sortait au théâtre avec Brigitte Macron afin d’inciter les Français à sortir et fréquenter les lieux culturels, expliquant que « la vie continue » et qu’il n’y a « aucune raison, mis à part pour les populations fragilisées, de modifier nos habitudes de sortie ». Cette même Brigitte Macron qui, se promenant sur les quais de Seine, s’est dit choquée de voir tant de Parisiens se promener sur les quais de Seine. Ce même Président qui, sortant de son bureau de vote du Touquet, lance : « On va continuer à sortir pour prendre l’air ». Ce même Président qui, annonçant un confinement – sans en prononcer le mot –, lundi 16 à 20h, précise qu’on peut tout de même sortir pour faire un peu d’exercice. Allez comprendre.

À croire que celui qui ne prend pas la pandémie au sérieux, celui qui serait indiscipliné, c’est Emmanuel Macron. Bien sûr, ces incohérences (cette inconscience ?) se noient dans le flot d’annonces. Du « quoi qu’il en coûte » au « nous sommes en guerre », le chef de l’État s’apprête à faire exploser notre déficit, à bon escient !

Finalement, le deuxième tour des municipales sera reporté. Quel ridicule. Que n’eût-il été aisé, simple, normal de prendre cette décision pour les deux tours avant ! Mais voilà, c’est du Premier ministre que nous l’avons appris, avant l’allocution présidentielle – avec toutes les questions de sincérité du scrutin que cela pose. Quant aux annonces d’Emmanuel Macron, il aura fallu attendre la fin de soirée pour que Christophe Castaner les détaille et, de fait, les rendent pleinement intelligible (qu’elle tristesse pour un ministre de l’Intérieur de devoir expliquer comment « on peut prendre l’air » dans cette période…). Emmanuel Macron semble trop absorbé par l’idée de faire un discours historique, comme l’est la pandémie. C’est précisément là qu’il manque l’histoire.

On a hâte de savoir comment il fera voter son projet de loi « pour répondre à l’urgence » dès ce jeudi, sachant que le coronavirus est en train de décimer les parlementaires – 18 députés sont déjà contaminés.

Une belle gestion de crise, hein ? En matière d’inconscience, de dangerosité et d’irresponsabilité, oui !

 

Loïc Le Clerc

 

Publié le 19/03/2020

Économie. Un krach historique se dessine

 

Bruno Odent

 

La crise sanitaire fait éclater les bulles spéculatives accumulées au-dessus de l’économie mondiale.

Après les lundi et jeudi noirs de la semaine dernière, les places financières de la planète ont connu hier une nouvelle journée catastrophe. À la Bourse de Paris, où les observateurs décrivent un climat de panique « jamais vu, même au cœur de la crise de 2008 », l’indice est tombé largement sous la barre symbolique des 4 000 points, affichant en fin de séance une nouvelle baisse de plus de 5 %.

Les traitements annoncés pour restaurer la confiance apparaissent incapables de freiner la chute. La Banque centrale européenne (BCE), qui s’est refusé jeudi à baisser ses taux déjà en territoire négatif, a fait part de son intention de déverser quelque 120 milliards d’euros en rachats de titres sur les marchés en affichant l’espoir que cette mise en marche de la planche à billets pourrait ruisseler jusqu’à « l’économie réelle ». Mais cette recette convenue n’a provoqué in fine qu’une accélération de la baisse en chute libre des indices européens et qui s’est prolongée aujourd’hui.

La Fed, la Réserve fédérale états-unienne, qui, elle, a décidé de baisser ses taux dimanche de 1 % pour les ramener quasiment à zéro, n’a pas vraiment obtenu davantage de succès en dépit des tweets triomphant de Donald Trump qui s’était dit aussitôt « heureux pour Wall Street », affirmant que l’économie états-unienne allait faire la preuve qu’elle était « la plus solide ». Mais, patatras ! après un rebond vendredi, Wall street connaissait hier, elle aussi, un vrai trou d’air. Ainsi, aucune des recettes habituelles ne parvient-elle à juguler le super-krach en cours. Y compris le dumping monétaire tenté par les États-Unis en diminuant la valeur du dollar dans l’espoir de préserver leurs entreprises en leur offrant un surcroît de compétitivité. Selon une méthode qui n’est pas sans rappeler ces courses à la dévaluation compétitive pratiquées au lendemain de la crise de 1929, celles-là mêmes qui ont participé au déclenchement de la déflagration de la Seconde Guerre mondiale.

Que l’on s’efforce de maintenir le cap eurolibéral ou que l’on actionne les grosses batteries nationales-libérales, comme Donald Trump et ses acolytes nationalistes, l’opération est vouée à l’échec. Pour une raison simple : la crise sanitaire mondiale est en train de faire éclater les formidables bulles spéculatives qui se sont accumulées ces dernières années. C’est cette financiarisation qui est le principal fauteur de crises. C’est elle qui appelle à un renversement copernicien des critères de gestion et à des coopérations sans précédent en lieu et place des replis nationalistes. Seul moyen de se préserver de la récession mondiale d’une ampleur inédite qui s’annonce.

 

Bruno Odent

Publié le 18/03/2020

 

Gend Notes : Fiché.es, vous pouvez circuler

 

 

lefillefil    Le Fil mordant  (site lefildescommuns.fr)

 

Passé un peu inaperçu, le nouveau gadget de la gendarmerie a de quoi faire bondir. Depuis fin février, GendNotes, une application mobile de “prise de note” a été autorisée pour faciliter le travail de coordination des gendarmes. L’orientation sexuelle ou politique, l’origine raciale, les opinions politiques ou philosophiques ou même l’appartenance à une religion ou un syndicat sont des informations susceptibles d’être notées dans l’application à l’occasion par exemple d’un contrôle. L’information numérisée peut ensuite être transmise à de nombreux acteurs, du préfet au maire de votre commune. Quelle bonne idée !

Bien entendu, ces informations ne sont susceptibles d’être notées qu’en cas de “nécessité absolue”, à l’appréciation du gendarme… Le fichage, un ami qui vous veut du bien ? La Cnil a émis quelques réserves mais rien de très conséquent. Elle entérine finalement le tournant sécuritaire de notre société. Chaque jour, les données personnelles deviennent la proie des appétits marchands ou des appareils sécuritaires, au rang desquels l’État apparaît comme le plus dangereux. Sans même souligner que la gendarmerie est un corps de métier qui plébiscite le vote à l’extrême-droite , est-il raisonnable de laisser l’État collecter de telles informations ? Grâce à l’hystérie médiatique, la fiche S est déjà devenue aux yeux du public un signe de culpabilité alors qu’elle n’est qu’une fiche informative… Quand la société voit déjà des suspects partout, que pourrait donc faire l’État de ces informations dans les méandres de ses secrets ? Des fichiers sur les juifs ? Déjà fait. Des fichiers d’homosexuels ? Déjà fait. Des fichiers sur les communistes ? Déjà fait. Reste les musulmans, bien que cela ne devrait trop tarder…

Pendant que les fondateurs du libéralisme se retournent dans leurs tombes, les partisans du néolibéralisme achèvent donc patiemment le tournant orwellien de l’organisation marchande. Police partout, justice sociale nulle part ? L’organisation des pays européens est devenue la caricature la plus prononcée de ce vieux slogan. Piégé entre ce besoin de plus de social et l’intensification de la répression comme seule réponse, nous avons recours à l’État comme concept indépassable de notre organisation sociale, en payant un lourd tribut à ce manque radical d’imagination. En attendant l’avènement d’un autre horizon, les parangons du progressisme qui nous gouvernent font tristement raisonner aujourd’hui les mots de Proudhon : “Être gouverné, c’est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n’ont ni titre, ni la science, ni la vertu.”

Paul Elek

Publié le 17/03/2020

Les sans-abris en première ligne face au Covid-19

 

(site politis.fr)

 

Alors que le coronavirus progresse en France, l’ensemble des acteurs de la solidarité et ONG se mobilisent et alertent les autorités sur la vulnérabilité des mal-logés et des sans-abris.

N ous sommes face à une guerre sanitaire, la solidarité ne doit pas être une victime du Covid-19. » Julien Denormandie, ministre du Logement, était en visite le vendredi 13 mars au siège de la Croix-Rouge à Montrouge, où une cellule de crise et un centre opérationnel ont été mis en place pour lutter contre la propagation du virus chez les personnes les plus démunies.

Le ministre a salué l’annonce « inédite » d’Emmanuel Macron du jeudi 12 mars, le report de deux mois de la fin de la trêve hivernale prévue initialement au 31 mars. La trêve hivernale concerne les expulsions locatives, les coupures d’énergie, mais aussi le maintien des 14 000 places en hébergement d’urgence jusqu’au 31 mai. Si la mesure a été saluée par la Croix-Rouge et l’ensemble des acteurs de la solidarité, elle reste toutefois insuffisante pour les personnes sans-abris et souffrant de mal logement.

C’est en effet une question socio-sanitaire cruciale que pose le Covid-19, afin que les plus vulnérables ne soient pas les oubliés de la réponse sanitaire. « Ces personnes cochent toutes les cases du virus, souffrant parfois de maladies chroniques ou de toxicomanies. Dans les centres, il n’y a pas de personnel médical, pas d’accès aux tests. On manque de matériel de protections et solliciter le 115 déjà surchargé reste compliqué », constate Florent Guéguen, directeur de la Fédération nationale des acteurs de la solidarité ( FNARS), reçu au ministère du Logement dans l’après-midi.

Parmi les pistes envisagées par le gouvernement : la visite de médecins dans les centres en mobilisant les équipes de réserve, la création de centres d’isolement pour les personnes malades, la suppression des activités d’animation en maintenant l’ouverture des centres. La grande inconnue reste de trouver des salariés qui acceptent de les gérer. « Mobiliser tous les acteurs, oui, mais il faut aussi protéger les salariés », a souligné de son côté le directeur de la Croix-Rouge. L’organisation mobilise 60 000 bénévoles, 20 000 étudiant·es et 18 000 salarié·es, à pied d’œuvre pour lutter contre l’exclusion, et gère 3600 places d’hébergement en Île-de-France.

« Nous sommes dans une guerre sanitaire, nous devons être dans un esprit de résistance », a rappelé le ministre. Le 13 mars, une vingtaine de cas ont été recensés dans des centres d’hébergement d’urgence, dont 14 à Paris dans un centre médicalisé du XIVe arrondissement. Près de 250 000 personnes sont accueillis en centre d’hébergement d’urgence, dont 100 000 demandeurs d’asile.

Une attente de mesures fortes pour des situations extrêmes

« 92% des personnes reçues dans nos centres de santé sont mal logées ou sans-abris et sont pour la plupart sans ou avec très peu d’accès à l’hygiène », constate de son côté l’ONG Médecins du Monde. « Nous avons besoin de plus de précisions, notamment pour les personnes en bidonvilles et celles dans les campements de migrants qui n’ont pour l’heure pas d’accès à l’eau et ne peuvent par conséquent respecter les mesures de préventions sanitaires », précise Nathalie Godart, porte-parole du plaidoyer de l’ONG. Les acteurs de la solidarité souhaitent que la question de la santé prime sur les impératifs d’ expulsions.

Ce public est difficilement atteignable, par les campagnes de prévention. Il faut d’abord informer ces personnes et qu’elles ne restent pas dans des situations de rue ou de campements, et qu’elles aient accès à des hébergements pour dépasser cette situation de fragilité sanitaire.

Dans le campement d’Aubervilliers qui comptent 500 personnes, il n’y a pas toujours pas d’accès à l’eau. L’ONG demande également aux pouvoirs publics des précisions sur l’ajournement des expulsions programmées sur certains lieux. Une trêve sur les évacuations pourraient être accordées pour éviter la dispersion des personnes, mais sous conditions de répondre à des mesures d’hygiène, comme la gestion des déchets.

Dans une telle situation de crise, Nathalie Godart préconise d’activer la réquisition de gymnases qui ne sont pas occupés par les activités sportives annulées, pour assurer un hébergement transitoire, de manière inconditionnelle. Quand il y a évacuation de campements, les personnes sont dirigées vers des centres où l’hébergement est conditionné et où seule leur situation administrative est examinée. « Les personnes à la rue, dans des bidonvilles ou des campements sont des personnes qui n’ont pas accès aux soins, et sont en situation de fragilité sanitaire », insiste Nathalie Godart. L’État a progressivement délégué aux associations les problèmes de santé des personnes à la rue.

Ce qui était couvert par les bénévoles le sera moins facilement demain du fait de la fermeture des écoles. Ce qui risque d’impacter les structures associatives et donc des personnes précaires.

Les associations craignent une baisse de 40% des effectifs chez les bénévoles, en majorité des femmes. « Nous sommes très inquiets, pas sur la mobilisation du gouvernement et de l’Agence régionale de la santé (ARS) qui ont pris conscience du problème, mais pour ce public vulnérable », insiste également Florent Guéguen.

par Isabelle Demoyen

Publié le 16/03/2020

Acte 70 des gilets jaunes à Paris : 1000 à 2000 personnes manifestent tant bien que mal dans une nasse mobile

 

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Un an après le spectaculaire « Ultimatum » lancé par les gilets au gouvernement le 16 mars 2019 sur les Champs-Elysées, beaucoup espéraient que l’appel national à venir manifester sur Paris connaîtrait un aussi franc succès. Mais force est de constater que le pari n’est pas tenu. Entre une présence policière massive, des restrictions bien plus étendues que l’an dernier et la propagation du coronavirus qui a dissuadé beaucoup de protestataires et fait annuler tous les autres défilés, le bilan reste mitigé. Malgré une belle preuve de persévérance de la part de ces gilets prêts à sortir dans la rue coûte que coûte.

Un appel perturbé par le coronavirus

Pandémie oblige, les projets du mouvement social pour ce week-end du 14 mars, annoncé depuis des semaines comme un grand moment de convergence des luttes, ont été drastiquement revus à la baisse. Vendredi Edouard Philippe annonce que le seuil d’interdiction pour les rassemblements passe de 1000 à 100 personnes, et demande aux organisateurs de reporter le plus possible leurs défilés. Dans la foulée, les marches pour le climat et contre les violences policières sont annulées. 

Côté gilets jaunes, la situation est plus complexe : les appels à manifester sont maintenus, mais de nombreux gilets décident de ne pas y aller à cause du virus, et l’expriment sur les réseaux sociaux. A contrario, d’autres font le choix de ne pas sacrifier les libertés publiques et la lutte sociale aux mesures de précaution. Les deux prises de position étant à nos yeux également justifiées, avec pour chacune de bonnes raisons interprétables dans le sens du bien commun. D’autres soutiens de ces mobilisations se rétracteront, comme la coordination de lutte de la RATP qui avait beaucoup relayé l’appel pour le 14 mars. Il est clair que la communication confuse du gouvernement autour de la gravité de l’épidémie a beaucoup joué dans cette confusion organisationnelle. 

L’échec des Champs-Elysées

Deux appels à rassemblement étaient donc maintenus : un visant à reprendre les Champs-Elysées, et une manifestation initialement autorisée et déclarée en préfecture entre Montmartre et Bercy, dans le sud parisien.

Dès 8h du matin, les premiers gilets se rendent aux alentours des Champs. Certains attendent un pré-rendez-vous diffusé à 9h sur les réseaux sociaux, d’autres passent déjà les check-point réglementant l’accès à l’avenue. C’est qu’un arrêté préfectoral interdit tout rassemblement aux alentours des Champs, de la gare Saint-Lazare, des Halles et des grands magasins de la ville. Un manifestant nous dira plus tard dans la journée y avoir été contrôlé cinq fois en une heure dans la mâtinée, avec son groupe de cinq amis ! La préfecture se vantera en soirée d’avoir verbalisé 76 personnes sur ces périmètres.

Les stations Concorde, Champs-Élysées-Clemenceau, Franklin Roosevelt, George V, Charles-de-Gaulle-Étoile, Argentine et Porte Maillot sont fermées dès le début de journée pour rendre le rassemblement des manifestants plus complexe. Suivies des stations Opéra, Madeleine, Auber et Miromesnil vers 10h ! Un point de départ tourne sur les réseaux vers 9h : direction le métro Porte de Champeret. Avant même qu’un groupe s’y agglomère, une dizaine de camions de gendarmes mobiles et CRS est sur les lieux. Avec une escouade entière des motards de la redoutée et détestée Brigade de Répression de l’Action Violente (BRAV), particulièrement épinglée par l’enquête de Médiapart sur les ordres illégaux en matière de maintien de l’ordre et les violences policières. Même accueil à chacune des autres solutions de repli proposées aux gilets jaunes. Les Champs ne seront pas investis cette semaine…

Nasse mobile et matraquage à tout va

En parallèle, d’autres manifestants affluent dès 8h30 à Montparnasse pour la manif déclarée. Ils seront petit à petit rejoints par les groupes n’ayant pas réussis à manifester sur les Champs. Là encore, les contrôles sont fréquents, notamment par des unités de police à vélo. Il faut parfois ruser et se fondre dans la masse des passants allant et venant dans la gare Montparnasse pour y échapper. 

Le cortège se met en route sur les coups de 11h, en direction de la place Denfert-Rochereau. Il s’agit, comme cela semble devenir la norme à Paris, d’un cortège « encagé » : c’est à dire une manifestation intégralement encadrée de gendarmes mobiles positionnés en très grand nombre au contact direct des manifestants – une technique qui a été rodée, comme bien souvent dans le maintien de l’ordre, sur les supporters de football. D’autres cordons, en avant et en aval du défilé, empêchent d’autres personnes de venir grossir les rangs de cet acte 70. Alors que les gaz fusent régulièrement dans la nasse, le cortège s’engage sur le boulevard d’Arago, et l’ambiance s’échauffe. Aux charges des gilets sur les forces de l’ordre pour tenter de sortir du traquenard répondront les incursions de la BRAV, violentes, rapides et imprévisibles. Matraquage aléatoire, nombreuses interpellations : un petit jeu qui se répétera toute l’après-midi !

Comme souvent en ces occasions, les moments de tension laissent souvent place à des scènes absurdes qui sembleraient tout droit sorties d’un film comique. La proximité avec les gendarmes qui ferment la nasse fera rivaliser les gilets jaunes emprisonnés de créativité – on ne pourrait compter, par exemple, les éternuements surjoués envoyés dans leur direction. Mais le plus insolite restera sans doute ce moment où plusieurs manifestantes qui faisaient la queue devant des WC publics se sont vu griller la priorité par 3 gendarmes, qui sont allés dans les WC ensemble, apparemment pour ne pas perdre de temps à cause de la session de nettoyage de l’appareil. Tandis que la porte se refermait, l’un des trois se mettait déjà en position pour effectuer sa besogne, sous les yeux effarés des manifestantes, auxquelles il a simplement lancé, sexe en main : « Ben quoi ? C’est la nature ! ».


ACTE 70 DES GILETS JAUNES : MALGRÉ LES PROPRIÉTÉS IMMUNO-DÉPRESSIVES DU GAZ CS, LA POLICE UTILISE MASSIVEMENT LES LACRYMOGÈNES DANS LES RUES DE PARIS !
Environ 2000 personnes ont ce samedi 14 mars fait le déplacement jusqu’à Paris pour l’Acte 70 des gilets jaunes. Sous prétexte d’interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes par mesure de précaution face au Coronavirus, un nombre incroyable de policiers ont pris le cortège principal dans une nasse mobile toute la journée. Même si la préfecture avait recommandé l’usage de pistolets à impulsion électrique, les gaz lacrymogènes ont été abondamment utilisés dans les rues de Paris. Alors même qu’ils sont connus pour leurs propiétés immuno-dépressives, rendant les personnes exposées plus fragiles face à l’infection !
A quel point les pouvoirs publics et la police se soucient-ils de la santé de la population ?

 Arrivés près de la station de bus des Gobelins, une longue pause est imposée par le dispositif policier, le temps pour d’autres effectifs de nettoyer les rues suivantes de tout ce qui pourrait y servir de projectile ou de moyen de défense. Chacune de ces pauses imposées fait monter la tension et accroît le risque d’affrontements – une stratégie délétère dénoncée par l’article de Médiapart déjà cité. On apprend qu’une manif sauvage partie des Halles vient d’être violemment dispersée. A plusieurs reprises, les esprits s’échauffent encore. Une grenade explosive lancée en cloche sur la foule par la BRAV blesse un homme au crâne. Evacué à l’hôpital de la Piété-Salpêtre, il en sortira avec une dizaine de points de sutures ! 

Des affrontements de plus en plus tendus

Un virage vers les rues Jeanne d’Arc et Jenner, où deux voitures partiront en fumée : la BRAV hésite à intervenir devant la colère des manifestants, mais finit par foncer dans le tas. En parallèle, d’autres membres de cette unité traquent un groupe de manifestants qui a réussi la grande évasion et tente sa chance hors de l’imposant dispositif, dans l’espoir d’y trouver une herbe un peu plus verte, ou moins bleue. Une dizaine d’arrestations, des volées de coups de matraques avec des blessures derrière les cordons de la gendarmerie, mènent à un pugilat d’une grande confusion. Manifestants et policiers s’empoignent au corps à corps, dans la nasse aussi. Au milieu des gaz, un homme est renversé de son fauteuil roulant, les coups pleuvent, certains gendarmes matraquent à tout va, d’autres protègent les manifestants des excès de la BRAV, donnant lieu à de surréalistes scènes de combat entre policiers. Comme en témoigne ce gilet : « Pressés, compressés, bousculés. Les voltigeurs sont passés à 50cm de moi et le mouvement de foule m’a embarqué. J’ai juste vu le casque d’un gendarme derrière moi et une matraque qui s’abattait sur son bras et puis après je me suis retrouvé en sécurité derrière eux. Et les voltigeurs s’acharnaient sur des personnes au sol. »

De fait les gendarmes avaient pour rôle de nasser les manifestants et de les mettre à la merci totale des voltigeurs. Mais certains, sans non plus désobéir franchement, paraissaient excédés des pratiques de cette nouvelle unité de police. Rappelons que si les gendarmes mobiles sont investis d’une authentique mission de répression du mouvement social, ils paraissent souvent l’accomplir d’une manière plus sobre que les autres corps de police. En témoignent les statistiques sur le nombre de cartouches de LBD40 tirées par les différentes unités. Ou encore l’exemple de cet escadron qui, en pleine manifestation des pompiers en octobre 2019, décide de mettre fin à une nasse jugée dangereuse mais ordonnée par le préfet Lallement. De plus, d’un point de vue strictement pratique, la stratégie visant à régulièrement bloquer les manifestants et les mettre à la merci des BRAV avait souvent pour corollaire de faire des gendarmes qui les encadraient des cibles de la frustration et de la colère populaire, ce qui peut expliquer leur dépit plusieurs fois affiché vis à vis des ordres de la préfecture. Certains ne se seront pour autant pas privés d’utiliser leur gazeuse manuelle pour repousser des groupes de gilets jaunes effrayés qui tentaient d’échapper aux inévitables mouvements de foule causés par les incursions sauvages de la BRAV au-milieu du cortège, dans des rues étroites.

On tourne vers le métro Chevaleret, et les accrochages violents se multiplient, donnant lieu à des charges régulières, au son des grenades explosives. Un homme fait un malaise cardiaque, une femme âgée se retrouve en sang sous les escaliers du métro après un passage à tabac, un policier de la BRAV envoie une série de coups de poing au visage d’un manifestant avant d’en prendre un en pleine face qui le fera basculer vers l’arrière. Quelques instants plus tard, deux flics de la BRAV qui escortaient un manifestant interpellé chutent lourdement sur le sol avec le gilet jaune qui va s’écraser de tout son poids sur le bitume, au-milieu des gaz opaques et de la panique générale qui, là encore, suscite de dangereux mouvements de foule. Si bien que la police finit par annoncer la fin de la manifestation, avant son arrivée prévue à Bercy. Les participants sont invités à sortir au compte goutte de la nasse, avec fouilles systématiques au passage. Ceux-ci se regroupent ensuite, juste à temps pour huer les BRAV qui partent en meute sur leurs motos rugissantes. Certains en profiteront pour aller au contact et tenter de faire choir des policiers de leur engin.

Les bleus nettoient la ville

Sortis du traquenard, et alors que la nuit tombe, les groupes de gilets se retrouvent à descendre le boulevard de l’Hôpital, allumant des feux sur la chaussée. Avant de remonter fissa : le comité d’accueil policier remonte dans l’autre sens, en tirant au LBD !

A partir de ce moment, un nombre incroyable de fonctionnaires de police ratisse les lieux susceptibles d’accueillir les gilets pour une nocturne, et les évacuent à grand renfort de gaz, comme sur la Place d’Italie. Certains manifestants seront poursuivis dans une station de métro, d’autres seront violemment contrôlés après avoir été extraits d’un bar où ils étaient allés se poser après la manifestation.

‘Les gendarmes mobiles chassent les derniers gilets jaunes de la Place d’Italie

Au total, on décompte pour cet acte 70 une quinzaine de blessés, 1160 contrôles préventifs et 79 interpellations !

Publié le 15/03/2020

 

Coronavirus : les collectifs de soignants réclament des moyens en urgence pour l’hôpital

 

Stéphane Ortega (site rapportsdeforce.fr)

 

Les mots ne suffisent plus. Qualifiés de héros en blouses blanches par Emmanuel Macron lors de son allocution jeudi 12 mars à 20 h, les soignants des collectifs en lutte de l’hôpital public, mobilisés depuis un an pour obtenir des moyens, demandent des mesures immédiates et concrètes pour faire face à la crise du coronavirus.

Les soignants réclament leur part d’argent magique. Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie a déclaré ce vendredi matin que les mesures de soutien aux entreprises décidées et mises en œuvre séance tenante par le gouvernement allaient coûter des dizaines de milliards d’euros à l’État. De l’autre côté de l’Atlantique, la Réserve fédérale américaine a décidé d’injecter 1500 milliards de dollars sur le marché monétaire pour réduire les pertes des marchés financiers. Des mesures laissant imaginer que le sort de l’économie importe plus que celui de la santé des populations.

En avril 2018, interpellé par deux soignantes du CHU de Rouen qui protestaient déjà contre les fermetures de lits et de services, Emmanuel Macron avait répondu qu’il n’y a pas d’argent magique. Par contre, jeudi soir, le chef de l’État a annoncé face à la gravité de la crise liée au coronavirus que tous les moyens nécessaires seraient mis en place pour soigner les gens malades. Il a même ajouté : « quoi qu’il en coûte ». Pour autant, au moment où nous écrivons, aucun chiffre n’a été avancé, ni par le chef de l’État ni par le ministre de la Santé. Le Premier ministre invité au 13 h de TF1 n’a pas profiter de l’occasion pour faire des annonces nouvelles sur ce point. À l’inverse, de l’autre côté des Pyrénées, le gouvernement espagnol a annoncé hier le déblocage de 3 milliards d’euros pour les systèmes de santé régionaux. Le gouvernement britannique y consacrera lui 5 milliards.

Des lits et du personnel pour faire face

« Ces héros de l’hôpital sont épuisés et à bout depuis plusieurs mois et l’ont exprimé clairement à plusieurs reprises », rappellent les collectifs Inter-Urgences et Inter-Hôpitaux. Depuis le printemps 2019, les paramédicaux des services d’urgences, suivis de l’ensemble des services et des professions de l’hôpital public se sont mise en grève et ont alerté sur un système de soin et des personnels à l’agonie. Pendant des mois, ils ont eu pour seule réponse d’Agnès Buzyn : c’est un problème d’organisation, pas de moyens. Depuis, quelques mesures ont été prises par le gouvernement, mais nettement insuffisantes au regard des revendications et besoins exprimés par les médecins et les personnels paramédicaux de l’hôpital public.

Au lendemain des annonces d’Emmanuel Macron qui a rendu hommage à leur travail et leur dévouement, ils n’entendent pas se satisfaire de louanges et d’annonces vagues. Prenant au mot le président, ils demandent à celui-ci de débloquer en urgence les moyens financiers nécessaires. Deux priorités à leurs yeux. La première : « la réouverture des lits nécessaires pour accueillir l’ensemble des patients qui en ont besoin et éviter que la prise en charge des malades du coronavirus se fasse au détriment de tous les autres ». La seconde : « recruter puis rémunérer des personnels à la hauteur de leur mission ».

En somme, les mêmes revendications exprimées depuis un an, mais qui à ce jour, n’ont pas été satisfaites. Au contraire, les collectifs Inter-Urgences et Inter-Hôpitaux affirment que « des lits continuent d’être fermés alors que la crise explose ». Et les soignants de conclure : « les Français peuvent compter sur nous, mais c’est maintenant qu’il faut agir ».

Publié le 14/03/2020

FERRAT, C’EST NOUS

(Site la-bas.org)

Ferrat, c’est nous. La montagne, c’est chez nous, les marins de Potemkine, c’est nos frères, ma môme, c’est la mienne, la nuit et le brouillard, c’est en nous, c’est nous qui ne guérissons pas de notre enfance, c’est nous qui aimons à perdre la raison. La Commune, Aragon, Robespierre et le vieil Hugo, c’est nous, les camarades et le goût du bonheur, c’est nous. La France de Ferrat, celle qui rêve et qui lutte pour que vienne enfin le temps des cerises, c’est nous.

Nous, oui, et on n’est pas seul. Depuis longtemps, c’est beaucoup de France qui se sont reconnues dans Ferrat, depuis plus de soixante ans, beaucoup de France qui – littéralement, exactement – n’en finissent pas de le reprendre « en cœur », léger ou grave, lyrique ou cinglant, savant et populaire à la fois. Beaucoup de France, le poing serré, les bras ouverts, et qui n’arriveront jamais à faire la différence entre le battement de l’amour et l’amour de la Résistance.

Oui, Ferrat, c’est nous.

 

l Il y a dix ans, le 13 mars 2010, Ferrat prenait le dernier train. Dix ans, mais le temps n’efface pas sa popularité. En cette année où l’on va célébrer de Gaulle et sa « certaine idée de la France », il faudra évoquer l’idée très différente que Jean Ferrat osa opposer au tout puissant général.

Sortie en 1969, sa chanson « Ma France » fut interdite par l’ORTF pendant deux ans. Motif ? Une attaque insupportable contre le pouvoir gaulliste. « Cet air de liberté au-delà des frontières (…) dont vous usurpez aujourd’hui le prestige », ou encore, cette France, « celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs ». Oui, pour ces mots-là, il fut interdit d’antenne nationale. On ne remerciera jamais assez les censeurs de l’ORTF d’avoir fait d’un simple chansonnier un immense poète populaire. Il fallut attendre la mort de De Gaulle pour que la chanson passe sur les antennes et que Jean Ferrat soit à nouveau invité sur les plateaux. Pas longtemps. En 1972, il claquait la porte du show-biz et partait pour son Ardèche. Sans rancune et même inquiet de ne plus être interdit. « Quand on n’interdira plus mes chansons / Je serai bon à jeter sous les ponts ».

En partant il y a dix ans, Jean Ferrat laissait les 200 chansons qu’il a enregistrées. À côté des titres qui font partie de nos vies, il reste beaucoup à découvrir. En 1985, pour la sortie de Je ne suis qu’un cri, sur des textes de son ami Guy Thomas, Antenne 2 présentait Ferrat 85, un entretien de Bernard Pivot avec Jean Ferrat, chez lui à Antraigues avec une quinzaine de chansons – dont certaines restent une découverte. À noter, « La Porte à droite », où Ferrat dénonce le « tournant de la rigueur » de 1983, c’est-à-dire la conversion de la gauche socialiste au néolibéralisme…

 

Daniel Mermet

Publié le 13/03/2020

Pour des communes écologiques qui coopèrent librement

 

(site politis.fr)

 

Le fonctionnement technocratique et inégalitaire de l'intercommunalité étant établi, le laboratoire d'idées Intérêt général propose de refonder la coopération entre communes sur des bases démocratiques et écologiques.

Les élections municipales seront aussi intercommunales. Pourtant, l’intercommunalité est la grande oubliée des débats alors que les urgences écologique, sociale et démocratique nous pressent à dépasser le triple échec de l’organisation du territoire. Celui de l’État à assurer son rôle de garant de l’intérêt général dans les territoires. Celui de la commune à incarner le lieu d’expression locale de la démocratie. Celui de l’intercommunalité à garantir la résorption des inégalités socio-spatiales et la bifurcation écologique.

Les auteurs

Intérêt général est un laboratoire d’idées indépendant, composé de représentants des secteurs public, privé et universitaire, désireux de démontrer qu’une alternative est possible. Il a été initié en mai 2019 par un manifeste appelant à fédérer par les idées afin de fabriquer l'alternative.

Prenant pour point de départ programmatique L'Avenir en commun, il choisit de faire irruption dans le débat public de l’expertise et des idées, dans un paysage français et européen dominé par des « think tanks » sous emprise libérale.

Il a produit des notes sur les scénarios de rupture avec l'Union européenne ou la réforme des retraites. Cette tribune est une synthèse de la dernière note intitulée « De la libre association des communes et de leur contribution à la bifurcation écologique ».

S’il faut dresser un constat sévère sur le fonctionnement technocratique et inégalitaire de l’intercommunalité, refonder la coopération entre communes sur des bases démocratiques et écologiques est possible. Pour cela, ne fondons plus l’organisation du territoire sur la concurrence et adoptons une grille de lecture alternative : l’État comme garant de l’égalité, la commune comme lieu central de la démocratie et la coopération volontaire entre communes comme condition de la mise en œuvre de politiques écologiques et redistributives.

Contre la technocratie et la concurrence entre les territoires

L’intercommunalité fait sa « révolution silencieuse » à partir de 1982 et des lois de décentralisation : d’abord fortement incitées à adhérer à un établissement public de coopération intercommunale (EPCI), les communes y sont contraintes en 2010. Dotés de compétences obligatoires et du droit de lever l’impôt, les EPCI s’autonomisent progressivement des communes qui sont désormais toutes regroupées au sein de 1258 EPCI à fiscalité propre.

Caractérisées par leur technocratisation, les intercommunalités effacent les clivages partisans et idéologiques en leur sein. Elles dépolitisent et standardisent l’action publique locale. En multipliant les lieux d’exercice du pouvoir, elles professionnalisent les élu·e·s et renforcent la sélectivité sociale pour accéder aux postes de pouvoir. Elles invisibilisent les femmes, notamment au sein de l’exécutif. Les EPCI mettent par ailleurs en retrait les plus petites communes au profit de la ville-centre et de ses édiles. Enfin, la complexité de la prise de décision en leur sein empêche le contrôle citoyen sur les actes intercommunaux.

En dépit de ce sévère constat, les communes ont développé une triple dépendance vis-à-vis des EPCI. Dépendance financière, la quasi-totalité des EPCI percevant la fiscalité économique pour le compte de leurs communes avant de leur en reverser une partie. Pour corriger les inégalités socio-spatiales, ils doivent aussi assurer une péréquation. Mais ses modalités varient d’une structure à l’autre et la tendance générale n’est pas à la mise en œuvre de politiques redistributives ambitieuses. Dépendance aux services et équipements ensuite, que l’intercommunalité permet parfois (mais pas toujours) de déployer dans les communes qui en sont dépourvues. Dépendance aux compétences techniques et d’ingénierie enfin, l’EPCI pouvant représenter un « centre de ressources » humaines et matérielles pour les communes. Mais cette situation résulte avant tout de ce que l'intercommunalité est venue compenser le démantèlement des départements et le désengagement de l’État déconcentré, pourtant censé garantir l’égalité d’accès aux services publics sur le territoire.

En outre, le fait intercommunal est étroitement associé au phénomène de métropolisation qui a polarisé le territoire autour des centralités urbaines les plus dynamiques, censées faire office de « premiers de cordée ». Cette conception concurrentielle des relations entre les territoires redessine les bassins de vie à des échelles insoutenables en termes écologiques et affaiblit la couverture du territoire en services publics.

L’urgence écologique doit refonder l’organisation du territoire

Pour avoir du sens, la coopération entre communes ne doit être envisagée ni en fonction d’un seuil de population minimal, ni de compétences définies a priori. Plutôt que la création d’un échelon autonome des communes, institutionnalisons un processus de coopération démocratique organisant leur bifurcation écologique. Pour cela, mettons fin à leur obligation d’adhérer à un EPCI. Si la coopération est utile, elle doit être volontaire. Son ampleur doit être pensée dans une perspective écologique de relocalisation des emplois, de proximité des services publics et de réduction de l’emprise urbaine. En ce sens, l’échelon administratif des métropoles doit être supprimé et la scission des EPCI autorisée.

Imaginons de nouvelles coopératives d’action communale. Constituées sur la base du volontariat, elles permettent la coopération des communes sur des projets écologiques, à différentes échelles. Une même commune peut rejoindre plusieurs coopératives, évitant ainsi les effets de frontières et de compétition entre territoires voisins. Des moyens financiers sont restitués aux communes, qu’elles consacrent aux coopérations de leur choix. Pour cela, la fiscalité propre des EPCI est supprimée et les parts intercommunales des taxes foncières ainsi que la contribution économique territoriale sont rendues aux communes.

Parallèlement, l’État assume son rôle garant de l’égalité. Il assure une péréquation horizontale entre communes sur la base de critères objectifs et renforce significativement la péréquation verticale. L’administration déconcentrée est revalorisée dans ses missions et dans les moyens humains qu’elle déploie sur les territoires. Des contrats de planification écologique sont conclus entre les communes, leurs coopératives et l’État.

Les coopératives d’action communale redonnent leur place aux communes tout en sortant du « présidentialisme » exercé par les maires au sein des actuels EPCI. Les communes y sont représentées par des binômes paritaires, qui ne sont pas nécessairement les maires. Enfin, les enjeux écologiques locaux sont politisés par l’instauration d’un droit des citoyen·ne·s à participer et se saisir des décisions politiques intercommunales.

 

par Intérêt général

<Publié le 12/03/2020

Le 8 mars n’est pas une fête !

 

par Le Poing (site lepoing.net)

 

     Ce dimanche 8 mars 2020, environ 3000 personnes ont manifesté pour la journée internationale des droits des femmes à Montpellier. Réuni à partir de midi sur la Place de l’Europe, le cortège a ensuite défilé dans les rues de Montpellier dans une ambiance déterminée et revendicative.

La manifestation a été ponctuée de plusieurs actions symboliques fortes : Plusieurs hommages ont été rendus aux victimes de féminicides et d’autres violences patriarcales, en haut du boulevard du Jeu de Paume, une minute de silence a été observée par le cortège puis le collectif des colleuses de Montpellier a organisé un happening devant la Préfecture. Depuis le début de l’année 2020, 17 femmes ont été assassinées par leur compagnon ou par leur ex-compagnon.


Plusieurs chorégraphies ont aussi été réalisées sur le trajet du cortège : la première, « A cause de Macron », est une parodie créée dans le cadre de la mobilisation contre la réforme des retraites, dénonçant une loi qui porte particulièrement atteinte aux femmes.

La seconde, « Un violador en tu camino » nous provient du Chili où le collectif Las Tesis a réalisé cette chorégraphie pour la première fois le 20 novembre 2019. Depuis ce jour cette chorégraphie est reproduite à l’international, comme cela a déjà été le cas à Montpellier .

La manifestation se terminera sur la place de la Comédie par des prises de paroles suivies  d’une « boom géante » animée par les Mixeuses Solidaires et Support Your Local Girl Gang.
Le taux de participation explose les scores des années précédentes : ce 8 mars s’encre dans une période de renouveau mondial du mouvement féministe qui n’a pas épargné la France. Cette date reprend des airs combatifs, faisant hommage à ses origines politique et militante, dénonçant par la même occasion le glissement sémantique qui a fait du 8 Mars une simple « fête ».


D’une journée de lutte à une date symbolique

On retient généralement la Conférence Internationale des Femmes Socialistes de 1910 à Copenhague comme la première tentative d’instaurer une journée internationale des droits des femmes, à l’initiative de Clara Zetkin, figure féministe, communiste et révolutionnaire. La date du 8 mars va être choisie suite à la grève des ouvrières du textiles de 1917 à Petrograd, épisode clef du début de la Révolution Russe. 
L’histoire de cette journée est donc intimement liée à celle des grèves ouvrières, du socialisme et de l’internationalisme. Ce n’est qu’en 1977 que l’ONU va reconnaître cette date, l’officialiser et inviter tous les pays à la célébrer alors qu’elle était jusqu’alors surtout présente dans les pays du bloc de l’Est.              

Dans les années 1980, le féminisme va connaître un processus d’institutionnalisation et le féminisme libéral va prendre de plus en plus d’ampleur. Les mots d’ordres de lutte pour l’émancipation vont être remplacés par les slogans consensuels d’égalité homme-femme et l’action militante laisse la place à une action associative dépendante du bon vouloir de l’État.              
Le 8 mars est par ailleurs devenu un objet marketing. En la rebaptisant « journée de la femme », de nombreuses entreprises ont fait de cette date une « fête » commerciale, mettant en exergue les stéréotypes sexistes toujours exploités aujourd’hui par la société de consommation.

Une date récemment réappropriée

Depuis 2017, le mot d’ordre de la grève des femmes s’est diffusé dans de nombreux pays célébrant le 8 mars. En Argentine, en Suisse, en Espagne, en Belgique et ailleurs ont eu lieu des grèves historiques.        
Si un tel mode d’action n’a pas encore été massivement mis en œuvre en France, on ressent l’écho de ces appels. L’idée de grève féministe est particulièrement intéressante puisqu’il s’agit non seulement de cesser le travail salarié mais aussi les autres types de travail, ni reconnus ni rémunérés qui pèsent sur les femmes, et d’autant plus sur les plus précaires et marginalisées d’entre elles.Nous assistons ces dernières années à une réelle repolitisation du 8 mars qui va de pair avec l’effervescence féministe visible aux quatre coins du monde qui constitue ce que certains qualifient de 4ème vague.

A Montpellier comme partout en France : une mobilisation d’ampleur

A Montpellier aussi, ce 8 mars paraissait plus politique, plus déterminé, plus enjoué. Dans le cortège, on retrouve les organisations politiques de gauche et les syndicats qui répondent désormais toujours présentes à ce genre de mobilisation. Il y avait aussi les traditionnelles associations féministes (le Planning Familial, Osez le Féminisme, le CIDFF…) ; le camion de Women’s March sur lequel les DJettes féministes des Mixeuses Solidaires mixaient ; un cortège « Tpbgqiap+ & racisé-e.s » ; un « bloc latinas » ; ou encore le collectif des colleuses. Enfin et surtout, il y avait une majorité de femmes : des étudiantes, des lycéennes, des mères accompagnées de leurs enfants en poussette, des retraitées… Ces femmes sans drapeaux ou étiquettes venues spontanément manifestaient pour exprimer leur colère et défendre leurs droits. Cette diversification de la composition des cortèges se retrouve de plus en plus dans ce type de manifestation depuis quelques années.

On notera, par ailleurs, la présence de plusieurs candidats aux élections municipales en campagne. Si ce comportement électoraliste est récurrent, la présence particulièrement visible de #NousSommes a pu surprendre. Alors que certains candidats étaient seulement présents à titre individuel, la « liste populaire » avait sorti le grand jeu entre les pancartes aux couleurs de sa campagne et surtout la banderole géante accrochée à un balcon sur le parcours, où un slogan détournant la célèbre tribune de Virginie Despentes était visible : « On se lève, on se casse, et on va prendre la mairie ! »

Cette récupération politique peut laisser dubitatif lorsque l’on sait que ce mouvement se veut « différent », sans « magouille politicienne », alors que visiblement n’importe quelle occasion est bonne pour communiquer et se mettre en scène. Mais employer la journée internationale des droits des femmes comme panneau publicitaire géant dans une visée électoraliste est définitivement une stratégie de communication de mauvais goût.

Cette journée porteuse de contradictions et en constante évolution a, cette année, résulté en un moment enthousiasmant pour le mouvement féministe. La forte hausse de participation est significative en France, elle l’est encore plus dans d’autres pays comme au Chili où plus d’un million de personne ont manifesté ce dimanche, ces chiffres illustrant une situation internationale d’éveil féministe. 

 

Publié le 11/03/2020

Comment La Belle Aude a retrouvé des couleurs et des saveurs

 

(site midilibre.fr)

 

À partir d’une menace de fermeture, la fabrique de glaces artisanales est repartie sur une autre base.

Les rayons surgelés des grandes et moyennes surfaces de la région en ont fait un de leurs produits phares. Les glaces artisanales de la marque La Belle Aude, produites par La Fabrique du Sud, une entité installée à Carcassonne, ont fait leur trou au milieu de celles des grands groupes. Elles ont même fait mieux que ça, elles se sont imposées grâce à leur positionnement "éthique", pour reprendre l’expression de Christophe Barbier, son président.

Alors que l’on entre bientôt dans la “haute saison” pour ce genre d’activité, La Belle Aude est le signe qu’une belle histoire peut s’écrire sur les ruines d’une tension sociale.

Des salariés ont investi entre 10 et 15 000 €

Tout commence il y a exactement six ans. En avril 2014. Le site audois, ouvert en 1972 par le groupe toulousain 3A, qui fabrique des glaces sous la marque Pilpa, vit une période difficile. Son propriétaire, le groupe britannique R & R, décide de sa fermeture. Levée de boucliers du personnel.

"L’arrêt n’était pas lié à des difficultés financières mais à une logique de l’actionnaire de faire baisser ses charges en Europe", rappelle Christophe Barbier. Les salariés obtiennent de PAI Partners, qui a repris en avril 2013, le site, la création d’une Scop (société coopérative ouvrière et participative). Sur les 124 salariés de l’époque, une vingtaine lancera la nouvelle aventure en investissant chacun, en moyenne, entre 10 000 € et 15 000 € pris sur les primes de licenciements.

"Il fallait un fonds de capital pour acheter les premières denrées et les matières premières." Alors que le site audois produisait, jusque-là, des glaces sur une logique industrielle du bas prix, les nouveaux coopérateurs font un choix diamétralement opposé. "Nous avons remis les produits à forte valeur ajoutée au niveau des ingrédients, comme il y a quarante ans en arrière. Nous avons fait le choix de produire des glaces véritablement artisanales à partir de produits de qualité", insiste le président de La Fabrique du Sud. Et comme pour mieux marquer leur ancrage territorial, celui de la "fierté d’un produit fait à Carcassonne", ils rebaptisent les glaces La Belle Aude. "C’est le nom d’un poème de Joseph Delteil."

Développer l’audience nationale

Les premiers produits sortent en avril 2014, "pour la saison estivale". Une course contre la montre s’engage alors. Il fallait convaincre le consommateur. "Nous avons très vite été surpris. Nous avons été confrontés à une rupture des stocks dans les grandes surfaces de la région, qui ont joué le jeu et qui nous ont donné notre chance." Les glaces La Belle Aude ont petit à petit fait leur trou. Et La Fabrique du Sud a prospéré. La société est rentable depuis 2017.

Alors que le chiffre d’affaires 2019 s’est élevé à un peu plus de 2,70 M€, ses dirigeants coopérateurs ont fixé comme objectif de le faire croître de 10 % chaque année. "Aujourd’hui, nous cherchons à étendre nos volumes, en investissant dans un nouveau bâtiment, qui verra le jour d’ici trois ans, et dans de nouvelles gammes." La somme de 4 M€ devrait être engagée pour financer les projets. "Nous engageons également une structuration pour développer nos ventes sur le plan national. Aujourd’hui, nous ne sommes référencés que chez Monoprix. L’idée est d’entrer chez les autres."

Si 90 % des ventes se font aujourd’hui en grandes surfaces, les petits pots de 0,55 ml, répartis sur les 36 parfums, restent le produit le plus vendu. Ils représentent 80 % du chiffre d’affaires.

 

Karim MAOUDJ

Publié le 10/03/2020

 

Grèce « L’UE ne se met d’accord que sur la militarisation des frontières »

 

Emilien Urbach (sitehumanite.fr)

 

Grèce Pour le coprésident de Migreurop, Charles Heller, les pays européens devront répondre devant la justice des violences commises contre les exilés à la frontière gréco-turque.

Charles Heller Coprésident de Migreurop

Sur les rivages de l’île de Lesbos, en mer Égée, et aux abords du fleuve Évros, à la frontière terrestre gréco-turque, plusieurs milliers de réfugiés sont toujours bloqués par l’armée grecque soutenue par l’Union européenne (UE). Ils y subissent de nombreuses violences et humiliations. La zone devient, de plus, le nouveau terrain de jeu de l’extrême droite. De véritables milices font régner la peur à Mytilène et ses alentours, menaçant les exilés, les militants et bénévoles qui les aident ainsi que des journalistes. Des groupes néonazis arrivant d’autres pays européens viennent grossir les rangs de ces groupes ultraviolents. Deux députés européens du Rassemblement national, Jordan Bardella et Jérôme Rivière, viennent d’ailleurs d’annoncer qu’ils comptaient rejoindre leurs alliés de Nea Dexia, en Grèce, appelant à se mobiliser contre « l’invasion migratoire ».

Le réalisateur Charles Heller, chercheur à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève et coprésident de Migreurop, réseau de militants et de chercheurs contre l’enfermement des migrants, annonce que sa coalition va porter plainte, avec quinze autres organisations et syndicats, contre l’UE et ses États membres, qu’elle tient pour responsables de la situation.

À quelles poursuites pénales pourraient avoir à faire face les institutions européennes ?

Charles Heller Nous nous concentrons actuellement sur les refoulements illégaux qui s’accompagnent de différentes formes de violences très graves. Plusieurs personnes sont mortes. Nous chercherons pour l’instant à identifier clairement d’où viennent les violations du droit et leur nature. Ce qui est évident, c’est que la Grèce comme l’Italie mettent en œuvre des politiques qui sont par nature européennes. La violence utilisée par la Grèce vise à envoyer un message très simple, le même que son ministère de l’Intérieur a d’ailleurs publié sur Twitter : « Vous ne passerez pas nos frontières. » C’est une position politique dictée par les institutions européennes et par un certain nombre de chefs d’États membres de l’UE. La présidente de la Commission européenne a même qualifié la Grèce de « bouclier de l’Europe ». La violence est donc parfaitement légitimée par l’UE, qui a d’ailleurs décidé de mettre plus de moyens militaires dans la zone. L’agence Frontex européenne va être directement impliquée dans les violations en cours et à venir.

La violence employée aux abords du fleuve Évros est-elle vraiment nouvelle au regard de ce qui se passe depuis plusieurs années en Méditerranée centrale ?

Charles Heller En mer, on comptabilise effectivement plus de 30 000 morts documentées depuis le début des années 1990, la plupart d’entre elles le sont par noyade. Elles sont le résultat d’une violence structurelle mais indirecte. L’UE illégalise et précarise les trajectoires migratoires et rend l’environnement mortel pour les exilés. Cette fois, la violence employée est tout à fait directe et s’accompagne d’une violence discursive. Parler de la Grèce comme « bouclier » implique que des personnes non armées qui cherchent la protection de l’Europe soient considérées comme une menace physique.

L’UE est-elle en train de céder devant l’extrême droite ?

Charles Heller Nous assistions à une peur bleue de « l’extrême centre » persuadé qu’une arrivée massive des réfugiés fera mécaniquement monter l’extrême droite. En réalité, c’est l’UE qui a laissé pourrir la situation par la mise en place des hotspots et de l’accord avec la Turquie, qui ont transformé les îles grecques en prisons à ciel ouvert. À Lesbos, par exemple, qui a été en 2015 le théâtre d’une très grande solidarité des habitants, des segments de la population se retournent maintenant contre les exilés, des journalistes et les militants de la solidarité. C’est une responsabilité profondément politique de l’UE.

Que devrait être la réponse européenne à la provocation de la Turquie ?

Charles Heller Si l’Europe acceptait d’accueillir les réfugiés et de partager entre les États la responsabilité de cet accueil, leur instrumentalisation par Erdogan n’aurait aucun effet. Mais les pays de l’UE ne parviennent à se mettre d’accord que sur la militarisation et l’externalisation du contrôle des frontières. La seule chose à faire serait de créer un cadre légal et sûr qui accompagne les mouvements migratoires. Ce qui fait peur aux populations européennes, c’est l’immigration incontrôlée. Une politique qui légalise la liberté de circulation des personnes mettrait un terme aux morts aux frontières et aux économies parallèles qui capitalisent sur l’illégalisation du phénomène migratoire.

Entretien réalisé par

Émilien Urbach

Publié le 09/03/2020

Gilets jaunes : l’Assemblée des assemblées cherche une porte de sortie au capitalisme

8

mars 2020 Guillaume Bernard  (site rapportsdeforce.fr)

 

Pour la cinquième assemblée des assemblées (ADA, qui se tient les 6, 7 et 8 mars à Toulouse, les participants ont choisi comme thème principal la sortie du capitalisme. La tenue de l’ADA, son auto-organisation, la recherche d’équité dans les débats semblent déjà constituer un début de réponse. Reportage au le premier jour de l’ADA.

« En un an et demi je n’ai jamais autant appris ». « Chris 32 », comme l’indique la petite étiquette qu’elle a collée sur son gilet jaune est devenue accro à l’information depuis ce jour où elle s’est rendue au rond point de son village pour faire autre chose qu’en constater la laideur. Elle énumère : « Là bas si j’y suis, QG, Le Média, le Canard Enchaîné, l’Humanité », sur le rond-point de Gimont (Gers), c’est elle qui se charge de la revue de presse informelle pour la dizaine de gilets jaunes qui s’y retrouvent tous les samedi depuis plus d’un an. Le rond-point est devenu central dans leur vie, c’est un lieu de sociabilité mais aussi de diffusion de l’information « on ne compte plus tous les tracts qu’on a imprimés et distribués aux automobilistes », s’amuse Philippe, gilet jaune de Gimont. Venir à l’ADA c’était donc une évidence.

C’est le rond-point des ronds-points, celui où on parle politique dans tous les recoins pendant trois jours, du bar à prix libre, aux toilettes sèches, là où les discussions sont plus riches encore qu’ailleurs parce qu’on y synthétise les expériences de tous les ronds points de France. On y raconte aussi ce vécu commun, celui des manifs, des nasses, du gaz, des mains, des yeux et des vies arrachés, qui incontestablement rapproche. « On partage nos tuyaux », explique Raphaël* gilet jaune de Montpellier, « et comme on a tous les mêmes problèmes les conseils tombent souvent juste. » 

En ce vendredi 6 mars, le hangar de la banlieue toulousaine, squatté pour l’occasion, accueille un peu plus de 200 personnes. Les organisateurs pensent recevoir 400 participants au plus fort de ces trois jours d’assemblées. Dans cette ébullition politique l’ADA essaie aussi de remettre de l’ordre, de mesurer. Que voulons nous collectivement ? Comment le faire ?

Le capitalisme en un mot

« A Gimont on avait voté pour que ce soit la constitution qui soit le thème principal de l’ADA », raconte Françoise. Depuis décembre dernier, les ronds-points de France hiérarchisent les thèmes qu’ils souhaitent voir débattus à l’ADA par ordre de priorité. En découle cette liste :

1 : Comment sortir du capitalisme ?
2 : Quelles stratégies de lutte pour le mouvement ?
3 : Que faire de la constitution ?
4 : Comment étendre le service public ?
5 : Comment structurer le mouvement gilets jaunes

Les thèmes sont débattus pendant deux heures dans des petits groupes d’environ une dizaine de personnes. Les médias ne sont pas autorisés à y assister sauf si tous les participants donnent leur accord, ce qu’ils font avec nous. Marthe*, gilet jaune tarbaise ancienne enseignante engagée à Attac, consigne sur un tableau les différentes propositions des participants. Elle doit noter ce qui fait consensus et ce qui ne le fait pas.

Enfin, des « facilitateurs » tournent entre les différents groupes pour veiller au bon déroulement du débat et proposer des étapes dans la discussion. « On vous encourage à vider votre sac avant le début de la discussion : dire ce que vous évoque le sujet chacun votre tour pendant 2 minutes ». Finalement, la consigne se transforme en : « décrivez le capitalisme en un mot ». Marthe se met alors à écrire ce que lui disent les autres gilets jaunes : « exploitation, soumission, vols, ogre insatiable, décentralisation, économie et déshumanisation ». Cette étape expédiée, chacune et chacun propose des stratégies pour sortir du capitalisme.

« La prise de conscience »

« Sur le marché de Saint Nazaire, on aide les commerçants à déballer et en échange ils nous donnent leur invendus. On les redistribue ce qui nous permet de nourrir environ 600 personnes », explique Patrick de l’association Sourie.ion. Tout le monde acquiesce, la solution, déjà mise en application, fait consensus. « Vous vous réappropriez la distribution », commente, admiratif, Raphaël* de Montpellier. L’initiative en rappelle une autre : « Il faut développer les monnaies locales ou régionale ». Une autre conteste : « Les monnaies locales c’est très bien, mais il faut faire attention à ce qu’elles ne soient pas indexées sur l’Euro. » Ces débats ne sont pas nouveaux pour les participants, beaucoup portent un engagement social même lorsqu’ils enlèvent leur gilet jaune : associations écologistes, membres d’Attac, militantes anti compteur Linky ou encore d’une association qui promeut le débat libre sur les places publiques, la politique ne les lâche plus.

Les propositions fusent, des plus précises : remettre sur pied l’inspection du travail en recrutant des fonctionnaires, au plus vagues : récupérer notre temps. Le groupe, d’accord sur à peu près tout, multiplie les propositions au pas de charge : « consommer autrement, faire des jardins partagés, pas de création de capital sur les bien communs, pas de brevet sur le vivant ». Même la perspective finale de tout cela : « Abolir l’argent et retourner au troc », fait consensus. Marthe remplit la feuille à fond la caisse.

« Mais si on veut retourner au troc, on n’a plus besoin d’inspection du travail », oppose tout de même une participante. « C’est vrai mais il y a des étapes avant d’en arriver là, faire fonctionner l’inspection du travail, c’en est une », lui répond-on.  Pour clarifier sa stratégie et parce qu’il reste encore du temps avant la fin des deux heures, le groupe décide donc de dégager les étapes de sortie du capitalisme. « En premier il faut sortir de la sur consommation ! », assure une gilet jaune enthousiaste et approuvée. « Non moi je ne pense pas que ce soit la première étape », doute Raphaël. « Ah bon. C’est quoi alors selon toi ? » « La première étape c’est la prise de conscience par la population… » Marthe note doctement : ETAPE 1 prise de conscience.

 

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8 mars. Féminisme, la nouvelle vague

 

nadège dubessay (site humanite.fr)

 

Elles sont jeunes, écologistes, anticapitalistes. Elles dénoncent, osent prendre la parole et se soulever contre les féminicides. Plongée dans cette génération qui bouscule les lois du patriarcat et les rapports de domination.

Le mot résonne comme une évidence pour la jeune femme de 20 ans. « Féministe ? Ah oui, absolument ! » Marie Lavergne, étudiante en licence d’histoire à Paris, l’assume et le revendique. Le déclic ? « Plus jeune, j’ai été victime de harcèlement sexuel, ce qui m’a révoltée. » Et puis il y a eu les années lycée au cœur du Marais, un quartier parisien peuplé par une large population homosexuelle. « Pour moi, dit-elle, on ne peut pas être féministe sans lutter contre toutes autres formes de domination : celle des hétéros sur les homos, des Blancs sur les Noirs, des riches sur les pauvres. Je suis végane, car l’emprise de l’homme sur l’animal me paraît aberrante. Anticapitaliste, car il rime avec patriarcat. » Une conviction partagée par toutes ses amies. Pas toujours par leurs mères. « La mienne a encore cette image de la féministe aigrie, qui hait les hommes, sourit Marie. Pourtant, sans le savoir, elle m’a inculqué des valeurs d’égalité. »

Un mouvement social d’ampleur, « transformateur »

C’est indéniable. Cette nouvelle vague féministe qui déferle sur la planète se propage particulièrement chez les jeunes générations. Un véritable pied de nez aux plus réactionnaires qui voyaient en #MeToo une agitation passagère avant que tout ne rentre enfin dans l’ordre. Petite piqûre de rappel : en octobre 2017, l’affaire Weinstein éclaboussait tout Hollywood et ouvrait la voie à une libération massive de la parole. Le 24 février, la condamnation du puissant producteur pour viols et agressions sexuelles marquait un tournant. Entre-temps, ce « moi aussi » lancé en ligne par des femmes à travers le monde allait porter un mouvement social d’ampleur, « transformateur », selon Hélène Bidard. L’élue communiste, adjointe à la Mairie de Paris en charge de l’égalité femmes/hommes, se réjouit de ce « moment historique de remise en cause du patriarcat ». Au sein même de son parti, elle le constate : « #MeToo a apporté une écoute que nous, les femmes, n’avions pas avant. » Mieux : « Nous sommes désormais sollicitées en interne pour animer des formations sur l’égalité femmes/hommes. »

« On a cette rage, ce besoin d’agir et d’être légitimes »

Pour la sociologue et féministe Aurore Koechlin, auteure de la Révolution féministe, #MeToo a certes bousculé radicalement les codes, mais « le mouvement s’inscrit surtout dans la prolongation d’une ­expression née en Amérique latine ». En 2015, les femmes argentines donnaient un élan considérable au combat pour le droit à l’IVG et contre les féminicides. Ni­UnaMenos (Pas une de moins) – cri de ralliement contre la violence machiste – va très vite se répandre en Uruguay, au Chili, au Pérou. En Espagne, le 8 mars 2018, six millions de personnes répondaient à l’appel à la grève d’une plateforme féministe, en écho au mouvement argentin. Cinq millions d’entre elles défilaient le même jour dans les rues. L’Italie, la Suisse, la Pologne, la Belgique emboîtent le pas. En France, en octobre 2017, le hashtag BalanceTonPorc afin que « la peur change de camp » est repris 200 000 fois en quelques jours. Le 24 novembre, l’appel de #NousToutes – qui dénonce depuis 2018 les agressions sexistes et sexuelles – rassemble par dizaines de milliers lors de la marche contre les violences faites aux femmes. « Les choses bougent à vive allure et c’est tant mieux. Nous vivons une période hyper-enthousiasmante d’accélération de l’histoire. Les réseaux sociaux contribuent largement à cette dynamique », se félicite la féministe ­Caroline De Haas, militante de #NousToutes et fondatrice, il y a onze ans, d’Osez le féminisme ! Et les femmes qui s’engagent, observe-t-elle, sont de plus en plus jeunes. « Elles avaient une vingtaine d’années aux manifs d’Osez le féminisme ! Aujourd’hui, à celles de #NousToutes, elles en ont 13 ! »

Camille Lextray en avait à peine 10 lorsqu’un baiser forcé d’un garçon de son âge déchaîna les foudres. « J’ai fait un scandale monumental dans l’école, se souvient-elle. Si bien que, la semaine suivante, toutes les classes ont eu droit à un topo sur le consentement. » Aujourd’hui, l’étudiante en communication de 23 ans envahit régulièrement l’espace public. Pour chaque femme tuée à la suite des coups de son conjoint ou ex-conjoint, elle colle sur les murs de la capitale de grandes lettres noires sur fond blanc. « Papa, il a tué maman. » « Aux femmes assassinées, la patrie indifférente. » Des slogans coups de poing, en réponse à une situation choquante, qui entendent secouer l’opinion. « On a cette rage, ce besoin d’agir et d’être légitimes, clame-t-elle. Là, n’importe quelle femme peut être activiste. Nous ne sommes pas dans un militantisme féministe en dehors de la société. » Depuis septembre dernier, des messages dénonçant les féminicides apparaissent ainsi la nuit sur les murs des grandes villes. Derrière, des femmes qui s’inscrivent dans la tradition féministe des « colleuses d’affiches », héritières d’Olympe de Gouges. Marseille, Lille, Bordeaux, Lyon, Toulouse, Strasbourg, mais aussi Bruxelles, la Guyane, La Réunion, l’Allemagne, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la Turquie, la Pologne et récemment la Syrie… le mouvement lancé à Paris par Marguerite Stern, une ancienne Femen, ne cesse de s’exporter. « Les collages ont permis de mettre en relation toute une génération de femmes, de tous les milieux sociaux professionnels, constate Camille. Notre lutte pour les droits des femmes est globale, forcément politisée. Nous dénonçons par exemple la réforme des retraites, qui nous précarisera encore plus. »

Sans-papiers, petits rats de l’Opéra, avocates, gilets jaunes…

Ces femmes de combat, que l’on retrouve parmi les gilets jaunes, ou à faire le ménage dans les hôtels Ibis, ou encore sans-papiers, exploitées dans les salons de coiffure du 10e arrondissement de Paris, mais aussi avocates, petits rats de l’Opéra… ont aujourd’hui en commun une visibilité érigée par les médias, trop longtemps occultée. Une mise en lumière qui pose la question de leur oppression spécifique en tant que femmes, « même si ce qui les mobilise en premier lieu reste l’exploitation u travail et leurs conditions de vie », soulève Aurore Koechlin. De même, celles qui collent et dénoncent les féminicides ou l’absence de recherche sur l’endométriose, qui concerne une femme sur dix, tout en condamnant le tabou des règles, qui luttent contre la précarité menstruelle, celles qui témoignent avec le hashtag MonPostPartum des galères de l’après-­accouchement, qui « osent le clito » et « balancent leur porc »… Toutes ensemble représenteraient l’émergence d’une quatrième vague dans l’histoire du féminisme apparue dans les années 2010. Selon Aurore Koechlin, cette nouvelle vague serait « une sorte de synthèse entre la deuxième des années 1970, avec l’obtention du droit à l’avortement et à la contraception, et celle des années 1990, avec les luttes contre le racisme et d’autres formes d’oppression, plus globalement d’un féminisme inclusif qui pense ensemble toutes les dominations sociales ». Elle prend naissance dans un contexte particulier, celui de l’après-crise de 2008. « Aujourd’hui, la question économique est centrale, reprend la sociologue. D’où la théorisation d’un travail reproductif spécifiquement féminin et la nécessité d’une grève féministe totale, celle du travail salarié et des tâches domestiques. » La vague renvoie à l’extension dans le temps et dans l’espace des mobilisations, souvent en rupture avec les précédentes. D’autres lui préfèrent l’expression volcan. En sommeil, il entre périodiquement en éruption.

Toutes se réapproprient le besoin de non-mixité

Les termes divergent, mais le constat reste le même : la dignité féminine avance sur tous les fronts. Et la prise de conscience dépasse le périphérique. Dans le quartier des 4 000 de La Courneuve (Seine-Saint-Denis), les femmes ont investi la Maison pour tous, un équipement municipal intergénérationnel. « Moment de femmes », un espace non mixte assumé, leur permet d’aborder tous les sujets. Samira Amri avoue s’être « donnée à fond » dans l’éducation de ses cinq garçons. « Quand on vient, dit-elle, on enlève le masque de maman. » Nassira Aghels approuve. Arrivée en 2013 en France, la jeune femme apprend ici à lire et écrire le français. Une étape indispensable pour trouver un travail et gagner son indépendance. Et qu’importe si le mari et la belle famille n’y étaient au départ pas vraiment favorables. « Je veux ma liberté », affirme-t-elle haut et fort. L’air de rien, toutes se réapproprient le besoin de non-mixité revendiqué par les féministes des années 1970. « Là, la parole se libère, explique Sylvie Loua, la référente famille de la Maison pour tous. Les femmes accèdent à des pouvoirs : pouvoir de dire, choisir, agir. »

Cette mobilisation de la société civile débouchera-t-elle sur des actions politiques concrètes ? Rien n’est moins sûr pour ­Caroline De Haas. En 2019, encore 32 % des femmes disaient avoir été victimes de harcèlement sexuel. « Sans une politique publique ambitieuse, la mobilisation aussi diverse, importante et jeune soit-elle, ne suffira pas à faire changer massivement les comportements. » Selon Aurore Koechlin, « nous pouvons conquérir de nouveaux droits, obtenir des évolutions dans les comportements, mais notre exploitation ne prendra fin qu’avec l’instauration d’une autre société, qui n’aura pas pour but le profit ». La quatrième vague n’a pas fini de déferler.

 

Nadège Dubessay

Publié le 07/03/2020

Ernesto Cardenal, l’idée de la poésie

 

Francis Combes (site humanite.fr)

 

Le poète nicaraguayen Ernesto Cardenal est décédé le 1 er​​​​​​​ mars à l’âge de 95 ans. Le poète et éditeur Francis Combes lui rend hommage.

Ernesto Cardenal est l’une des figures majeures de la poésie latino-américaine, un grand poète révolutionnaire comparable au Chilien Pablo Neruda ou au Cubain Nicolas Guillen. Engagé aux côtés de la révolution sandiniste, qui avait renversé le dictateur Somoza, il était l’une des personnalités marquantes de la théologie de la libération. Ce qui lui avait valu de se faire réprimander publiquement par le pape Jean-Paul II sur le tarmac de l’aéroport de Managua. Un temps ministre de la Culture du gouvernement sandiniste, il avait pris ses distances avec le FSLN, sans du tout renier son engagement…

Prêtre catholique, il avait fait sa retraite de moine trappiste dans un monastère des États-Unis, au Kentucky, et il était proche des poètes de la Beat Generation, comme Allen Ginsberg. L’idée de la poésie qui était la sienne était celle d’une parole partageable, aussi accessible que possible, à la fois sensible et rationnelle. Il faisait figure de chef de file de tout un courant qu’on a baptisé l’extériorisme ou la poésie conversationnelle, à laquelle se rattachait aussi son ami Roberto Fernández Retamar, le président de la Casa de las Américas, récemment décédé.

Deux de ses livres ont été édités en France au Temps des cerises, l’Oraison à Marilyn Monroe et les Poèmes de la révolution, tous deux traduits par Bernard Desfretières.

J’ai distribué des feuilles clandestines,

crié « Vive la liberté ! » en pleine rue,

défié les policiers armés.

J’ai pris part à la rébellion d’avril :

mais je pâlis quand je passe devant chez toi

et ton seul regard me fait trembler.

(in Oraison pour Marilyn Monroe)

La dernière fois que nous l’avons rencontré, c’était lors du festival de poésie de Granada, en 2014. Il avait lu, devant une foule de plusieurs milliers de personnes enchantées, quelques-unes de ses épigrammes amoureuses qui témoignent de son sens de l’humour et de la vie. Alors qu’un diplomate français, pensant bien faire, me présentait comme un « poète communiste », Cardenal, a relevé les yeux de sous son éternel béret noir et a répliqué en souriant avec malice : « Moi aussi, je suis un poète communiste. »

 

Publié le 06/03/2020

Parlons (Inter) Net (site legrandsoir.info)

 

Manuel Valls, le retour ?

 

En aura-t-il pondu, François Hollande, des judas déguisés en Jaurès. Les deux plus beaux spécimens ? Ceux-là :

1 - Manuel Valls, jeté par les Français, expatrié en Espagne pour prendre Barcelone et qui, éconduit par les Catalans, s’est consolé en épousant Susana Gallardo, 26ème fortune espagnole. Le voilà qui prépare un retour en envisageant de « servir sa seule patrie ». C’est compris, les Barcelonais qui ont voté pour lui ?

2- Emmanuel Macron qui, au gré des interviews quand il était ministre de Valls, se disait socialiste. Valls n’a jamais cessé de proclamer sa «  loyauté envers Emmanuel Macron ». On murmure que Macron verrait en Valls une caution de gauche qui lui fait défaut et un homme d’expérience.

Valls caution de gauche, mourons de rire.
Valls homme d’expérience  ? Il a plombé Hollande, désintégré les PS en le droitisant et il a dû fuir sa « seule patrie  ».

Est-il possible que Macron ne devine pas que cette « prise » va accroître le sentiment général d’écœurement et ajouter à son discrédit ?

Théophraste R. Auteur du petit livre en lecture chez Gallimard : « Et Susana Gallardo, dans tout ça ?  ».

 

Publié le 05/03/2020

 

Haro sur Bernie Sanders

Vers la bérézina des médias ?

 

par Serge Halimi  (site monde-diplomatique.fr)

 

Seize articles hostiles à M. Bernie Sanders en seize heures ! Le Washington Post aura du mal à égaler sa performance d’il y a quatre ans (1). Depuis, le candidat de la gauche américaine n’a cependant rien fait pour courtiser la presse. Elle le hait ; il le sait. Il lui arrive même d’en jouer. Ces temps-ci, rituellement, il interroge ses partisans : « Savez-vous combien Jeff Bezos a payé d’impôts l’année dernière ? » « Zéro ! », répondent-ils alors, dans un échange parfaitement rodé. Le sénateur du Vermont enchaîne : « J’en parle tout le temps, et je me demande ensuite pourquoi le Washington Post, qui appartient à Jeff Bezos, également propriétaire d’Amazon, n’écrit pas de très bons articles sur moi. Je ne sais vraiment pas pourquoi (2). »

Mais les articles le concernant ne sont pas meilleurs ailleurs. Peut-être pour les mêmes raisons : un ponte des médias, qui gagne énormément d’argent, comprend que le programme fiscal de M. Sanders ne l’épargnerait pas. Et puis, se déclarer favorable au socialisme, même « démocratique », n’est pas le meilleur des accélérateurs de carrière à la télévision. Sam Donaldson fut pendant des décennies le journaliste-vedette de la chaîne ABC. Il vient d’apporter son soutien à M. Michael Bloomberg. Face à M. Sanders, appuyer un milliardaire qui fut longtemps républicain est le seul moyen, estime-t-il, de battre ensuite M. Donald Trump et de s’assurer que l’Amérique demeurera « cette cité qui brille sur la colline dont Ronald Reagan nous parlait et qui faisait pâlir d’envie le monde entier (3) ».

Le successeur de Donaldson à ABC est George Stephanopoulos, l’ancien porte-parole du président William Clinton à la Maison Blanche. Lui était tellement persuadé que la création d’un impôt sur la fortune prônée par M. Sanders était impopulaire qu’il a contredit un de ses invités qui démontrait le contraire. Et puis, admettant enfin son erreur, il a conclu : « Cela montre bien que je vis à Manhattan. Ici, cet impôt n’est pas populaire » (20 octobre 2019). Stephanopoulos gagne 15 millions de dollars par an à ABC News.

Autre vedette de la télévision, démocrate lui aussi, Christopher Matthews officie sur la chaîne MSNBC. Ce n’est pas pour son argent qu’il s’inquiète ; c’est pour sa vie. La raison ? Une angoisse qui remonte à sa jeunesse : « Je me souviens de la guerre froide. Je crois que si [Fidel] Castro et les “rouges” l’avaient emporté, il y aurait eu des exécutions à Central Park et que j’aurais fait partie des condamnés pendant que d’autres applaudissaient. » Qui, par exemple ? « Je ne sais pas qui Bernie a soutenu pendant ces années-là ni ce qu’il entend par “socialisme” » (4).

Depuis que M. Sanders aligne les victoires lors des primaires, M. Trump aime rappeler le voyage du candidat à Moscou en 1988, à l’occasion de sa lune de miel. Mais, dans ce registre de la fourberie patriotique, l’ancien président-directeur général de Goldman Sachs, M. Lloyd Blankfein, un démocrate clintonien, se montre plus brutal. Le 12 février dernier, il a tweeté : « Sanders est aussi polarisant que Trump, et il ruinera notre économie. Il se moque de notre armée. Si j’étais russe, cette fois, je choisirais Sanders. »

En cas de duel entre le promoteur new-yorkais et le sénateur du Vermont en novembre prochain, la préférence de Moscou est incertaine. Mais on sait déjà que pour les médias américains, qui haïssent autant l’un que l’autre, cet affrontement serait un chemin de croix.

 

Serge Halimi

Publié le 04/03/2020

Les effondrements et la politique

 

(site politis.fr)

 

Loin de pétrifier la pensée et l’action, la reconnaissance des catastrophes climatiques nous libère de l’attente « progressiste » d’un avenir forcément meilleur.

Poursuivre les voies qui mènent aux effondrements des milieux de vie et des solidarités, à la perte des univers familiers, des cultures, à la destruction des conditions de la vie et attendre que du chaos surgisse un bien, une sortie de crise avec profits nouveaux, progrès technoscientifiques, contrôle accru et confinement des populations, fermeture des frontières, construction d’abris pour les plus fortunés sont les remèdes de décideurs pris de panique devant l’ampleur des catastrophes qui viennent. Même un paquebot de luxe, un navire hors-monde comme le Diamond Princess, est menacé par un mystérieux virus qui passe les murs et prospère sur les routes de la mondialisation heureuse ! Une panique qui pourrait avoir des effets de prophétie autoréalisatrice et accélérer ce double mouvement.

Quelle différence significative peut-on avancer maintenant entre ceux qui nient les catastrophes et ceux qui entendent en assurer la « gouvernance » ? Quand un ministre français de l’Économie, tout occupé à sa fonction d’accélérer la conclusion d’accords de libre-échange et de délocalisations, fait part de sa « découverte » inquiète que 80 % des matières nécessaires pour les composants actifs de l’industrie de la santé viennent de Chine et quand il promet d’y remédier au plus vite, l’accablement devant ce désert politique guette. Enfermé dans son bunker de l’économie, il n’aura certainement pas la chance de lire l’appel récent de plus de mille scientifiques qui, rappelant les menaces concrètes du dérèglement climatique et de la sixième extinction de la biodiversité, loin de se résigner à la fabrique des effondrements, appellent à la rébellion (1).

L’imaginaire des effondrements est un dérangement, un ébranlement, qui, loin de pétrifier la pensée et l’action, semble bien au contraire les libérer de l’attente « progressiste » d’un avenir forcément meilleur, d’un oubli du présent qui n’est jamais qu’un futur non encore advenu. Il donne de surcroît la mesure des enjeux et éloigne des illusions d’une transition par étapes successives, d’une sortie de « crise » dans un temps linéaire et réversible. Il donne enfin une voix aux « générations futures », dont la présence concrète et les engagements redonnent du sens à l’idée de faire monde et protègent d’attentes apocalyptiques qui se nourrissent précisément de la perte de sens (2).

La critique des pensées de l’effondrement, celle venue notamment des courants dits anticapitalistes, est celle d’un « effondrisme » qui dépolitiserait l’histoire et l’action humaine. De quelle politique et de quelle histoire est-il question ? Parler d’effondrements signifie que l’avenir est une menace et que l’histoire, pensée dans la modernité comme fabrication par des humains souverains, nous échappe en partie. Le coronavirus en est une illustration : quelles que soient les conséquences de sa propagation, pour l’heure inconnues, il produit un événement qui, en frappant une puissance capitaliste et l’usine du monde, indique que l’histoire ne dépend pas seulement de l’action humaine. Des forces non humaines interviennent.

Nous avons en effet déclenché des événements qui se passent de toute intervention humaine et qui s’auto-entretiennent. Penser que faire de la politique revient à considérer l’histoire comme le seul produit de l’intentionnalité et des rapports de force humains conduit à qualifier toute référence à des puissances non humaines de démarche technoscientifique et apolitique. Or les effondrements en cours montrent au contraire que l’approche dépolitisante est celle qui fait des entités naturelles, biologiques et géologiques un simple environnement de l’action humaine. Environnement qui, dans le monde du capitalisme, est disponible, appropriable, gouvernable et infiniment malléable.

Considérer ces entités comme partenaires de notre histoire humaine déplace et radicalise les conflits. Les oublier participerait d’un effondrement politique. a

(1) « Face à la crise écologique, la rébellion est nécessaire », disponible sur www.terrestres.org

(2) Lire « Après le blocage de BlackRock : nous sommes fier·ères de cette jeunesse ! », tribune publiée sur Politis.fr, le 18 février 2020.

 

par Geneviève Azam

<Publié le 03/03/2020

Retraites : les syndicats unanimes pour condamner le recours au 49.3

 

Stéphane Guérard Stéphane Guérard (site humanite.fr)

 

La CGT, FO, la FSU et Solidaires appellent à la mobilisation contre le passage en force du gouvernement. La CFDT et la CFTC espèrent toujours que l’exécutif intégrera leurs amendements au projet de loi.

Leurs réactions n’ont pas tardé. Quelques minutes après l’annonce par Edouard Philippe du recours au 49.3, les leaders syndicaux ont condamné le passage en force du gouvernement sur le projet de loi de réforme des retraites. Si l’intersyndicale CGT-FSU-FO-Solidaires opposée à la réforme gouvernementale pointe le jusqu’auboutisme de l’exécutif, la CFDT et la CFTC, syndicats favorables à un système par points, déplorent la situation mais espèrent encore que le gouvernement intégrera leurs amendements dans le texte de loi support au 49.3 ou lors du passage du projet de loi au Sénat.
De premiers rassemblements avaient lieu ce samedi soir à Paris comme à Toulouse contre l’oukaze du gouvernement

Pour la CGT, Philippe Martinez a dénoncé "l'attitude profondément scandaleuse" du gouvernement. « Il y aura une réaction à la hauteur. », a-t-il annoncé. L’intersyndicale
(CGT, FO, Solidaires, FSU et organisations de jeunesse) opposée au système universel de retraites par points devrait se réunir lundi matin pour discuter d'une nouvelle mobilisation "dès la semaine prochaine", a poursuivi le secrétaire général de la Confédération général du travail.
Même appel à la mobilisation de la part de Benoit Teste, secrétaire général de la FSU : « Face au déni de démocratie, une seule réponse : amplifier la mobilisation et préparer dès maintenant le 31 mars », date prévu pour la onzième journée intersyndicale et interprofessionnelle contre la réforme gouvernementale.
Dans une série de tweets, Yves Veyrier a pour sa part condamné l’« attitude incompréhensible et inacceptable » du gouvernement. « Alors qu’après trois ans, le gouvernement n’a su ni expliquer, ni convaincre, et présente un projet aux projections lacunaires, incertain tant juridiquement que constitutionnellement, l’urgence n’est pas sur ce dossier, «composante majeure du contrat social », à l’arbitraire entraînant des conséquences pour les décennies et générations à venir. C'est le plus mauvais signal qui pouvait être donné au monde du travail et aux salariés massivement mobilisés », estime le leader de Force ouvrière. « FO ne peut que dénoncer une telle attitude de la part du gouvernement. FO, sûre de ses analyses, maintient son refus de ce projet, en demande l’abandon et le retrait. Sa détermination ne faiblira pas. »
Même colère de la part de Solidaire qui a d’ores et déjà appelé à la manifestation. Dans un communiqué, l’union syndicale dénonce « un véritable déni de démocratie » décidé « en catimini dans un conseil des ministres censé s’occuper de la crise sanitaire et pour faire passer en force le projet de loi du système de retraites par points. C'est une nouvelle preuve, si celle-ci était nécessaire, que ce projet de régression sociale reste minoritaire et que ce gouvernement est prêt à toutes les manœuvres pour l’imposer. »

Du côté de la CFDT, de l’UNSA et de la CFTC, les organisations syndicales favorables à la mise en place d’un système de retraite par points, la déception domine. Déplorant un gouvernement qui « fait le choix du 49-3 mais pas celui de la justice sociale », la CFDT renvoie dos à dos l’exécutif et la LFI et le groupe communiste pour expliquer l’impasse actuelle. « La multiplication stérile d’amendements sans aucun intérêt tout comme le recours au 49-3 sont deux stratégies politiques qui n’offrent pas de perspectives aux travailleurs. Le débat sur le sens de la réforme a été rendu impossible », écrit l’organisation dans un communiqué.
La CFDT rappelle sa demande prioritaire : un « droit à réparation et à un départ anticipé  en retraite » du fait de « la pénibilité qui touche les travailleurs soumis aux manutentions de charges lourdes, aux postures pénibles, aux vibrations mécaniques et aux risques chimiques ». « La CFDT se battra jusqu’au bout, notamment lors du passage du texte au Sénat, pour imposer ces mesures. De leur introduction dépendra son appréciation. Il ne reste que quelques semaines pour conjuguer régime universel des retraites et justice sociale », conclut la confédération.
Dans une série de tweets, Cyril Chabanier, leader de la CFTC, « regrette après deux ans de concertation d’en arriver au 49-3 ! Syndicat de dialogue social, la CFTC privilégie toujours la négociation ». Le syndicat espère que « le texte qui sera soumis au 49-3 et enrichi par les amendements du gouvernement contiendra l’ensemble de nos propositions ».

<Publié le 02/03/2020

(site : UD CGT 34

49.3 un acte,lâche, indigne, violent

 

 

Ce samedi 29 février, en fin d’APM, le gouvernement qui s’était réuni pour aborder les questions sanitaires liées au Coronavirus a décidé d’utiliser le 49.3 pour faire passer la loi sur la réforme des retraites.

 

 

Lâche  Alors que nos concitoyens sont inquiets sur les conséquences de l‘épidémie en France, l’exécutif choisi à la sauvette et en plein week-end de dégainer l’article 49.3 pour mettre fin aux débats à l’Assemblé Nationale. C’est un procédé méprisable qui en dit long sur l’état de délitement moral de ceux qui nous gouvernent. 

 

Le gouvernement a choisi de passer en force car ce texte de loi, ce projet de retraite ni simple, ni juste, ni justifié ne rencontre aucun soutien dans le pays. Les débats ont continué de mettre en lumière les incohérences du texte, les mensonges et les manipulations de la majorité gouvernementale. Une majorité de façade, déconnectée du pays. 

 

Le mouvement syndical est majoritairement opposé au projet de loi. L’opinion publique soutient les luttes et les grèves depuis des mois, pas un seul un organisme consultatif amené à se prononcer sur le texte ne l’a approuvé, tous l’ont rejeté. Pour rappel le conseil d’Etat a rendu un avis très critique.  

 

Dans ce contexte, user du 49.3 est un acte d’autoritarisme qui abaisse le gouvernement au niveau des mensonges et des manipulations qu’il entretient depuis des mois, la méthode utilisée confirme sa lâcheté et sa faillite morale.

 

Indigne Indigne de notre histoire, de notre République. Indigne des pères bâtisseurs de la sécurité sociale qui ont eu à affronter l’horreur nazie et se sont attelés au redressement du pays dans une France en ruines où les mesures de progrès social ont contribué au redressement du pays. Indignes de nos services et entreprises publics qui y ont pris toute leur place. Le redressement de l’industrie s’est appuyé sur un puissant service public de l’Énergie, autour de nos entreprises nationales le modèle social français s’est réinventé, le capitalisme de collaboration a été parfois sanctionné comme chez Renault qui a été nationalisée. La sécurité sociale conquête sociale majeure a permis de relancer notre système de santé et d’édifier un secteur public envié du monde entier. 

 

C’est cette histoire, notre histoire, celle du monde du travail, que ce gouvernement veut effacer par un passage en force aussi injuste et injustifié que sa réforme de retraite à point. 

 

Ils veulent balayer d’un revers de 49.3 nos solidarités. Ce gouvernement est Indigne de notre histoire, indignes des défis de l’avenir, nous devons imposer à cette majorité à la solde du grand patronat une défaite cuisante en l’obligeant à retirer son projet !

 

Violent Le 49.3 est un acte politique violent, et un abus de faiblesse. C’est une violence à l’encontre de toutes les oppositions qui se sont élevées dans la société pour contester son projet. C’est une violence faite à nos institutions alors que la crise politique menace de renforcer le camp de la haine et les partis d’extrême droite. La violence du procédé est à l’image de la société qu’ils souhaitent sans solidarité, faible avec les puissants, violente envers les plus fiables.

 

Les discussions menées avec les syndicats ne sont comme nous l’avons souvent indiqué que des manœuvres destinées à tromper l’opinion publique. Les propositions alternatives étant écartées systématiquement. La conférence de financement sur laquelle nous avions les plus grands doutes vient d’être abattue en plein vol. Les masques tombent, ce gouvernement a pris le parti des puissants, il est le soutien de l’argent, il divise et fait le lit de la haine.

 

La responsabilité du mouvement syndical doit consister à bâtir des alternatives et un autre projet de société assis sur le progrès et la justice sociale garant de la paix de l’unité du pays.

 

C’est pourquoi la CGT appelle partout à la mobilisation, descendons en masse dans la rue pour faire entendre notre profonde colère et imposer un autre choix de société !

 

 

Lundi 02 mars

Montpellier 18h00 rassemblement CPAM puis manifestation

Sète 18h00 rassemblement place de la mairie

 

Publié le 01/03/2020

Spéculation et accaparement de terres : les dérives de la production du « gaz vert »

 

par Rachel Knaebel (site bastamag.net)

 

L’Allemagne a développé le biogaz à grand échelle depuis le début des années 2000. Mais les installations industrielles ont rapidement pris le contrôle du secteur, accaparant de plus en plus de terres agricoles.

Il n’y a pas d’agriculteurs à l’horizon, pas de vaches. Mais plusieurs dizaines de dômes verts alignés les uns à côtés des autres. Vu du ciel, l’installation ressemble plus à un village, ou à un parking d’ovnis, qu’à une entreprise agricole. C’est que l’installation de biogaz de Güstrow, dans le nord de l’Allemagne, a beaucoup plus à voir avec une usine qu’avec une ferme. Lors de son ouverture en 2009, elle était la plus grande installation de production de biogaz du monde, ses dizaines de bio-digesteurs accumulant une capacité de production de 50 mégawattheures (MWh). Aujourd’hui, Güstrow, tout comme l’autre installation gigantesque de la région, ouverte quelques années plus tôt à Penkun, est devenu le symbole de la dérive du biogaz allemand.

« Nous avons de nombreuses très grandes installations de biogaz dans la région. Alors que l’idée, au départ, était que les agriculteurs transforment sur place leurs résidus agricoles en énergie », explique Sebastian von Schie, porte-parole des Verts dans la région du Mecklembourg-Poméranie, qui abrite les deux installations géantes. « Mais l’économie de marché capitaliste est tournée vers le profit maximum. Alors, la bonne idée du début a été détournée pour devenir une industrie », déplore-t-il.

De grandes entreprises achètent des terres à tour de bras

Le biogaz fait partie des énergies renouvelables soutenues en Allemagne par le dispositif dit « EEG » (pour « loi sur les énergies renouvelables »), démarré en 2000. Comme l’électricité photovoltaïque ou éolienne, l’électricité produite par le biogaz bénéficie de tarifs d’achat avantageux, à l’origine garantis sur vingt ans. Cette politique a vite porté ses fruits : le nombre d’installations a explosé, passant d’un millier en 2000 à plus de 7000 en 2011. Aujourd’hui, l’Allemagne compte environ 9500 installations de production de biogaz [1], qui représentent 5 % de la consommation électrique allemande [2]. Mais ce succès a ses parts d’ombre.

 

L’évolution du nombre d’installations de biogaz en Allemagne.

Les parcs géants de production de biogaz de Güstrow et Penkun appartiennent à une entreprise nommée Nawaro. Celle-ci s’est créée en 2005 dans le but de produire du biogaz « à échelle industrielle ». La firme gère aussi des parcs en Croatie, en Lettonie, en Ukraine [3]. « Au lieu d’utiliser des résidus pour produire du gaz, ce qui est le concept de départ, ces installations utilisent une ressource première, des cultures alimentaires, qui sont spécifiquement cultivées pour la méthanisation », explique Sebastian von Schie. Pour produire du biogaz à échelle industrielle, les grandes installations ont des besoins importants en cultures, essentiellement du maïs, qui offre le meilleur rendement de gaz lors de sa fermentation dans les bio-digesteurs. Il leur faut donc de grandes surfaces de terres.

Plus subventionné que l’agriculture bio

Conséquence de ce développement fulgurant : les surfaces de maïs sont en nette expansion en Allemagne. En 2011 déjà, le pays comptait 700 000 hectares de maïs cultivés pour le biogaz. En 2018, quasiment un million d’hectares [4] – c’est-à-dire plus que la superficie de la Corse. Tandis que la surface de colza pour le biodiesel a de son côté diminué : 713 000 hectares en 2017, contre 910 000 en 2011.

Dans ce contexte, au début des années 2010, le sujet du biogaz est devenu hautement polémique en Allemagne. Les petites fermes n’ont alors plus accès au foncier, voyant le prix des fermages exploser sous l’effet de l’intérêt de gros investisseurs pour l’énergie, et des territoires entiers se retrouvent avec des monocultures de maïs. « En Basse-Saxe, il y a toujours plus de maïs planté pour produire du biogaz, il y a toujours plus d’agriculteurs bio qui perdent leurs terrains. La raison : l’électricité issue du maïs est plus subventionnée par l’État que les produits bio », déplore le groupement d’agriculteurs bio Bioland en 2015. Au printemps 2019, l’office fédéral de l’environnement pointe un nouveau danger du doigt : les accidents du travail. Depuis 2005, au moins 17 travailleurs sont morts dans des installations de production de biogaz, et 74 ont été blessés [5].

« Il ne faut pas répéter l’erreur ailleurs en Europe »

Face à ces problèmes, en 2014, une réforme de la loi EEG a revu à la baisse les soutiens publics au biogaz. Les prix d’achat de cette électricité ont été réduits, une limite du volume de maïs introduit dans les installations a été fixée à 60%, puis abaissée à 50 % en 2017. Elle doit maintenant tomber à 44 % d’ici 2022. Depuis, le nombre des nouvelles installations a largement chuté : seulement 122 ont été lancées en 2017, et 113 en 2018 [6]. Mais les plus anciennes bénéficient toujours des tarifs avantageux des débuts.

Des associations écologistes et des centres de recherche tentent aussi de développer une production de biogaz à partir de plantes sauvages, pour que le développement de cette énergie ne détruise pas la biodiversité. « Nous voulons montrer que c’est possible. Semer, récolter, les bio-digesteurs… Techniquement, le processus fonctionne à tous les niveaux avec les plantes sauvages », souligne Jochen Goedecke, qui a conduit l’expérimentation au sein de l’association environnementale Nabu dans la région du Bade-Wurtemberg, dans le sud-ouest de l’Allemagne.

Reste que le rendement des plantes sauvages est bien moindre que le maïs en termes de production de gaz. « Les plantes sauvages présentent de nombreux avantages, pour les sols, pour la biodiversité. Malgré tout, elles ne peuvent pas entièrement remplacer le maïs pour le biogaz, admet le responsable associatif. Mais il serait possible de pousser les agriculteurs à utiliser plus de plantes sauvages dans leurs méthaniseurs en subventionnant le procédé, soit via le volet verdissement de la Politique agricole commune, soit via les politiques de subventions agricoles des États-régions allemands. »

Pour le Vert Sebastian von Schie, cette alternative ne sera pas suffisante pour freiner tous les effets négatifs de la méthanisation à grande échelle. « Il faudrait avant tout réduire les besoins en énergie au lieu de remplacer un carburant par un bio-carburant, dit-il. Nous avons fait en Allemagne l’expérience de ce développement industriel du biogaz. Il ne faut pas répéter l’erreur ailleurs en Europe. »

Rachel Knaebel

Notre dossier :
 Reportage : Méthanisation : rencontre avec ces agriculteurs qui choisissent de produire de l’énergie
 Témoignage : Grâce à la méthanisation, un paysan veut faire vivre « une ferme sans pétrole »
 Notre enquête en France : Produire de l’énergie plutôt que nourrir : comment le lobby du gaz « vert » transforme l’agriculture française
 Toutes les questions : Gaz à effet de serre, élevages industriels, incidents : toutes les controverses sur la méthanisation

Notes

[1] Source : Fachverband Biogas.

[2] Source : Erneurbaren Energien in Zahlen, ministère allemand de l’Environnement, p 11. Les énergies renouvelables dans leur ensemble comptent pour un tiers de la consommation électrique allemande.

[3] Un autre grand acteur de l’expansion du biogaz allemand a été KTG Agrar, entreprise entrée en bourse en 2007, qui a acquis des dizaines de milliers d’hectares de terre en Allemagne de l’Est et opérait aussi en Roumanie et Lituanie. L’entreprise a finalement fait faillite en 2016, ses installations et grandes fermes ont été revendues pour la plupart à d’autres gros investisseurs.

[4] Chiffres : Agence du ministère allemand de l’Environnement sur les biocarburant, ici, et Fachverband biogas.

[5] Source : Rapport de l’office fédéral de l’Environnement .

[6] Source : Fachverband biogas.

 

Spéculation et accaparement de terres : les dérives de la production du « gaz vert »

par Rachel Knaebel (site bastamag.net)

L’Allemagne a développé le biogaz à grand échelle depuis le début des années 2000. Mais les installations industrielles ont rapidement pris le contrôle du secteur, accaparant de plus en plus de terres agricoles.

Il n’y a pas d’agriculteurs à l’horizon, pas de vaches. Mais plusieurs dizaines de dômes verts alignés les uns à côtés des autres. Vu du ciel, l’installation ressemble plus à un village, ou à un parking d’ovnis, qu’à une entreprise agricole. C’est que l’installation de biogaz de Güstrow, dans le nord de l’Allemagne, a beaucoup plus à voir avec une usine qu’avec une ferme. Lors de son ouverture en 2009, elle était la plus grande installation de production de biogaz du monde, ses dizaines de bio-digesteurs accumulant une capacité de production de 50 mégawattheures (MWh). Aujourd’hui, Güstrow, tout comme l’autre installation gigantesque de la région, ouverte quelques années plus tôt à Penkun, est devenu le symbole de la dérive du biogaz allemand.

« Nous avons de nombreuses très grandes installations de biogaz dans la région. Alors que l’idée, au départ, était que les agriculteurs transforment sur place leurs résidus agricoles en énergie », explique Sebastian von Schie, porte-parole des Verts dans la région du Mecklembourg-Poméranie, qui abrite les deux installations géantes. « Mais l’économie de marché capitaliste est tournée vers le profit maximum. Alors, la bonne idée du début a été détournée pour devenir une industrie », déplore-t-il.

De grandes entreprises achètent des terres à tour de bras

Le biogaz fait partie des énergies renouvelables soutenues en Allemagne par le dispositif dit « EEG » (pour « loi sur les énergies renouvelables »), démarré en 2000. Comme l’électricité photovoltaïque ou éolienne, l’électricité produite par le biogaz bénéficie de tarifs d’achat avantageux, à l’origine garantis sur vingt ans. Cette politique a vite porté ses fruits : le nombre d’installations a explosé, passant d’un millier en 2000 à plus de 7000 en 2011. Aujourd’hui, l’Allemagne compte environ 9500 installations de production de biogaz [1], qui représentent 5 % de la consommation électrique allemande [2]. Mais ce succès a ses parts d’ombre.

 

L’évolution du nombre d’installations de biogaz en Allemagne.

Les parcs géants de production de biogaz de Güstrow et Penkun appartiennent à une entreprise nommée Nawaro. Celle-ci s’est créée en 2005 dans le but de produire du biogaz « à échelle industrielle ». La firme gère aussi des parcs en Croatie, en Lettonie, en Ukraine [3]. « Au lieu d’utiliser des résidus pour produire du gaz, ce qui est le concept de départ, ces installations utilisent une ressource première, des cultures alimentaires, qui sont spécifiquement cultivées pour la méthanisation », explique Sebastian von Schie. Pour produire du biogaz à échelle industrielle, les grandes installations ont des besoins importants en cultures, essentiellement du maïs, qui offre le meilleur rendement de gaz lors de sa fermentation dans les bio-digesteurs. Il leur faut donc de grandes surfaces de terres.

Plus subventionné que l’agriculture bio

Conséquence de ce développement fulgurant : les surfaces de maïs sont en nette expansion en Allemagne. En 2011 déjà, le pays comptait 700 000 hectares de maïs cultivés pour le biogaz. En 2018, quasiment un million d’hectares [4] – c’est-à-dire plus que la superficie de la Corse. Tandis que la surface de colza pour le biodiesel a de son côté diminué : 713 000 hectares en 2017, contre 910 000 en 2011.

Dans ce contexte, au début des années 2010, le sujet du biogaz est devenu hautement polémique en Allemagne. Les petites fermes n’ont alors plus accès au foncier, voyant le prix des fermages exploser sous l’effet de l’intérêt de gros investisseurs pour l’énergie, et des territoires entiers se retrouvent avec des monocultures de maïs. « En Basse-Saxe, il y a toujours plus de maïs planté pour produire du biogaz, il y a toujours plus d’agriculteurs bio qui perdent leurs terrains. La raison : l’électricité issue du maïs est plus subventionnée par l’État que les produits bio », déplore le groupement d’agriculteurs bio Bioland en 2015. Au printemps 2019, l’office fédéral de l’environnement pointe un nouveau danger du doigt : les accidents du travail. Depuis 2005, au moins 17 travailleurs sont morts dans des installations de production de biogaz, et 74 ont été blessés [5].

« Il ne faut pas répéter l’erreur ailleurs en Europe »

Face à ces problèmes, en 2014, une réforme de la loi EEG a revu à la baisse les soutiens publics au biogaz. Les prix d’achat de cette électricité ont été réduits, une limite du volume de maïs introduit dans les installations a été fixée à 60%, puis abaissée à 50 % en 2017. Elle doit maintenant tomber à 44 % d’ici 2022. Depuis, le nombre des nouvelles installations a largement chuté : seulement 122 ont été lancées en 2017, et 113 en 2018 [6]. Mais les plus anciennes bénéficient toujours des tarifs avantageux des débuts.

Des associations écologistes et des centres de recherche tentent aussi de développer une production de biogaz à partir de plantes sauvages, pour que le développement de cette énergie ne détruise pas la biodiversité. « Nous voulons montrer que c’est possible. Semer, récolter, les bio-digesteurs… Techniquement, le processus fonctionne à tous les niveaux avec les plantes sauvages », souligne Jochen Goedecke, qui a conduit l’expérimentation au sein de l’association environnementale Nabu dans la région du Bade-Wurtemberg, dans le sud-ouest de l’Allemagne.

Reste que le rendement des plantes sauvages est bien moindre que le maïs en termes de production de gaz. « Les plantes sauvages présentent de nombreux avantages, pour les sols, pour la biodiversité. Malgré tout, elles ne peuvent pas entièrement remplacer le maïs pour le biogaz, admet le responsable associatif. Mais il serait possible de pousser les agriculteurs à utiliser plus de plantes sauvages dans leurs méthaniseurs en subventionnant le procédé, soit via le volet verdissement de la Politique agricole commune, soit via les politiques de subventions agricoles des États-régions allemands. »

Pour le Vert Sebastian von Schie, cette alternative ne sera pas suffisante pour freiner tous les effets négatifs de la méthanisation à grande échelle. « Il faudrait avant tout réduire les besoins en énergie au lieu de remplacer un carburant par un bio-carburant, dit-il. Nous avons fait en Allemagne l’expérience de ce développement industriel du biogaz. Il ne faut pas répéter l’erreur ailleurs en Europe. »

Rachel Knaebel

Notre dossier :
 Reportage : Méthanisation : rencontre avec ces agriculteurs qui choisissent de produire de l’énergie
 Témoignage : Grâce à la méthanisation, un paysan veut faire vivre « une ferme sans pétrole »
 Notre enquête en France : Produire de l’énergie plutôt que nourrir : comment le lobby du gaz « vert » transforme l’agriculture française
 Toutes les questions : Gaz à effet de serre, élevages industriels, incidents : toutes les controverses sur la méthanisation

Notes

[1] Source : Fachverband Biogas.

[2] Source : Erneurbaren Energien in Zahlen, ministère allemand de l’Environnement, p 11. Les énergies renouvelables dans leur ensemble comptent pour un tiers de la consommation électrique allemande.

[3] Un autre grand acteur de l’expansion du biogaz allemand a été KTG Agrar, entreprise entrée en bourse en 2007, qui a acquis des dizaines de milliers d’hectares de terre en Allemagne de l’Est et opérait aussi en Roumanie et Lituanie. L’entreprise a finalement fait faillite en 2016, ses installations et grandes fermes ont été revendues pour la plupart à d’autres gros investisseurs.

[4] Chiffres : Agence du ministère allemand de l’Environnement sur les biocarburant, ici, et Fachverband biogas.

[5] Source : Rapport de l’office fédéral de l’Environnement .

[6] Source : Fachverband biogas.

Publiéle 29/02/2020

Brésil. Bolsonaro veut supprimer le Parlement

 

Lina Sankari (site humanite.fr)

 

L’opposition appelle à une réponse forte des institutions concernées.

Qui se rappelle que pour son premier discours à la Chambre des députés, en 1993, un ­illustre inconnu répondant au nom de Jair Bolsonaro demandait la suppression du Congrès ? L’ancien parachutiste justifiait ainsi son propos : « Je suis un partisan de la dictature. Jamais nous ne résoudrons nos graves problèmes nationaux avec cette ­démocratie irresponsable. » Parlementaire sans envergure, il usera toutefois ses fonds de culotte sur les bancs de la Chambre pendant près de trente ans. Aujourd’hui au pouvoir, le locataire du palais du ­Planalto gouverne sans majorité. Sur 513 sièges, le Parti social-libéral n’en dispose que de 52, contre 56 pour le Parti des travailleurs (PT), par exemple. Faute de godillots, le Parlement est actuellement accusé de freiner les réformes.

L’instrumentalisation des réseaux sociaux

Dans un message vidéo envoyé depuis son téléphone personnel, le président d’extrême droite appelle à une manifestation contre le Congrès, le 15 mars. Sur fond d’hymne national, les images en noir et blanc montrent Jair Bolsonaro lors de l’attaque au couteau dont il avait été la cible durant la campagne présidentielle et de son séjour à l’hôpital, avec ce message : « Il a défié les puissants pour nous. Il est quasiment mort pour nous. Il affronte la gauche corrompue et sanguinaire pour nous. Il souffre des calomnies et des mensonges pour nous offrir le meilleur. Il est notre seul espoir pour des jours meilleurs. Il a besoin de notre appui dans les rues. » Sur les réseaux sociaux, un autre montage appelant à la ­mobilisation circule également. Y figurent des généraux, dont Augusto Heleno, chef du cabinet de sécurité institutionnelle, et Hamilton Mourao, qui occupe la vice-présidence.

Le risque de voir le pays plonger dans « la dictature »

Cet appel des plus hautes autorités civiles et militaires contre le pouvoir législatif confirme la rupture institutionnelle que le président tente de provoquer. Première cible, en 2016, de cette rupture démocratique et constitutionnelle, la présidente de gauche destituée Dilma Rousseff (PT) appelle à une réponse « forte » des institutions concernées, au risque de voir le pays plonger dans « la dictature ». Député du Parti socialiste brésilien, Alessandro Molon entend lui aussi convoquer en urgence une réunion avec les présidents de la Chambre et du Sénat. Le communiste Flavio Dino, gouverneur de l’État du Maranhao, évoque, lui, « un crime de responsabilité » qui, selon la Constitution, est à même de justifier la destitution d’un président.

 

Lina Sankari

Publié le 28/02/2020

Suppression de tournées : La Poste invente le facteur qui traverse les murs

Stéphane Ortega (site rapportsdeforce.fr)

 

Avec moins 12 442 emplois entre 2015 et 2018, les effectifs de l’opérateur postal continuent de fondre. À la distribution du courrier, les suppressions de tournées se multiplient au gré de réorganisations qui s’enchaînent au rythme bien rodé d’une tous les 18 à 24 mois. Mais parfois, la machine à détruire des emplois s’enraye.

C’est la cerise sur le gâteau. Dans le cadre d’une réorganisation laborieuse lancée en 2018 à la plateforme de distribution du courrier de Dieppe, la direction a fourni un document dans lequel elle fait traverser des murs d’immeuble à ses facteurs. C’est ce que montre le GPX, cet outil postal de mesure des distances, du temps etde la vitesse, sur une tournée de la commune de Neuville-lès-Dieppe. Ici, le véhicule du facteur, un « Quadéo », ne contourne pas les obstacles, il les traverse.

Une anomalie qui a laissé perplexe le juge du tribunal d’instance de Dieppe saisi par le comité d’hygiène et sécurité (CHSCT) et le cabinet d’expertise mandaté par celui-ci pour contester une réorganisation supprimant sept tournées sur une cinquantaine. Mais le juge n’a pas été au bout de ses surprises. Un autre document GPX montre un trajet passant au-dessus d’un des bassins du port de Dieppe, sans qu’il n’existe de pont à cet endroit-là. Un magistral tout droit qui, là aussi, fait fi de tous les obstacles présents sur son chemin.

Autre anomalie encore, toujours sur une fiche GPX : une tournée a été chronométrée avec une durée de 20 h 58. Cette perle a été trouvée au milieu du torrent de fichiers, 7000 au total, fournis tardivement par la direction de La Poste, pour satisfaire ses obligations d’information du CHSCT et du cabinet d’expertise. Ici, l’application mesurant le temps de travail du facteur n’a tout bêtement pas été éteinte en fin de tournée. Pourtant, La Poste n’a pas hésité à donner ces documents farfelus. Pas plus qu’elle n’a eu de scrupule à donner des milliers de mesures inutiles issues de localités très éloignées de Dieppe, pour que le cabinet d’expertise évalue la pertinence de sa réorganisation dans cette ville.

La réorg n’est pas passée, elle ne passera jamais !

Au-delà de ces éléments grand-guignolesques, c’est l’ensemble des 14 mois écoulés, depuis l’annonce de sa réorganisation, qui sont entachés d’une mauvaise volonté manifeste de la part de la direction de La Poste. Reprenons les faits dans l’ordre chronologique. Acte 1 : la direction du bureau de distribution de Dieppe présente une nouvelle organisation de travail en septembre 2018. Le CHSCT procède à une délibération demandant une expertise pour éclairer son avis sur le projet. Rétropédalage de La Poste qui retire immédiatement sa copie, avant même un vote de l’instance représentative du personnel.

Acte 2 : deux mois plus tard, en novembre 2018, la direction présente un nouveau projet. Ce coup-ci le CHSCT vote une demande d’expertise et mandate le cabinet Axium. Une cinquantaine de documents sont réclamés à l’entreprise afin d’évaluer comment la charge de travail a été calculée par La Poste pour sa réorganisation. Faute d’un certain nombre de documents expliquant les résultats obtenus par La Poste, l’affaire se poursuit en justice. Acte 3 : le 23 janvier 2019, le tribunal de grande instance de Dieppe condamne La Poste à remettre les documents permettant d’évaluer son projet, sous peine d’une astreinte de 2000 € par jour de retard.

Acte 4 : La Poste conteste la décision, mais sa condamnation est confirmée par la Cour d’appel de Rouen en octobre 2019. Acte 5 : La Poste fournit enfin de nouveaux documents au cabinet d’expertise, mais ce ne sont pas les bons. Ils portent sur des normes nouvelles qui ne correspondent pas au projet initié en 2018. Acte 6 : retour devant le tribunal de grande instance de Dieppe qui rend son verdict le 7 février 2020. Celui-ci condamne l’opérateur postal à verser 60 000 € au cabinet d’expertise au titre des liquidations d’astreintes précédentes. Par ailleurs, le juge a ordonné une nouvelle astreinte de 2000 € par jours de retard.

Dénouement : La Poste arrête les frais. Le 14 février, elle annonce le retrait de son projet. Dans le sillage de celui-ci, cinq autres réorganisations sont abandonnées dans les alentours de Dieppe. Cependant, l’opérateur postal compte revenir à la charge et présenter un nouveau projet de réorganisation avant la fin de l’année.

Publiéle 27/02/2020

500 personnes en AG à Paul Valéry ce lundi : Vers un 5 mars massif ?

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Après une assemblée générale laborieuse avant les vacances, le mouvement étudiant commencerait-il à se structurer ? Environ 500 personnes se sont réunies en assemblée générale ce lundi 24 février. Dès le matin, la faculté a été bloquée par des étudiants en lutte contre la réforme des retraites, la précarité étudiante et la loi de programmation pluri-annuelle de la recherche (LPPR).

 

La présidence de l’université s’est d’ailleurs fendue d’un mail pour suspendre les cours jusqu’à 14h pour éviter « d’accroître les tensions » avec « des étudiant-e-s encapuchonné-e-s ». C’est peut être ce mail qui a fait augmenter les effectifs en assemblée générale, où les professeurs et personnels en lutte contre la loi LPPR étaient plus présents qu’à l’accoutumée, dans l’idée de converger avec les étudiants.

Ensemble contre la loi LPPR

Plusieurs interventions se sont succédées pour détailler les projets de loi actuels : retraites, LPPR, et, nouveauté, le RUA (revenu universel d’activité), prochaine réforme de Macron visant à fusionner les aides sociales. Ce projet suscite des inquiétudes chez les étudiants, qui y voient pour certains « une liquidation de nos CROUS et une baisse de nos bourses et de nos APL ».
Plusieurs professeurs et personnels de la fac ont exprimé leur envie de se joindre aux étudiants dans la mobilisation. Un comité de mobilisation commun entre les enseignants, étudiants et personnel en lutte est ainsi en train de voir le jour.

Ces derniers ont statué sur les revendications suivantes : Retrait du projet de loi LPPR, Retrait du RUA, le salaire étudiant, la banalisation des cours pendant les assemblées générales… (retrouvez le compte rendu complet de l’assemblée générale sur la page Paul Va lève toi). Des assemblées générales d’UFR vont être organisées les 1er et 2 mars pour que les étudiants et enseignants puissent discuter au sein de leurs filières en vue de préparer la journée du 5 mars.

Le 5 mars, journée fac morte

Dans une tribune nationale publiée en début d’année civile, plusieurs laboratoires de recherches et facultés appellent à une mobilisation massive dans les université le 5 mars. Blocage, grève de la recherche, cours de substitution, démission des tâches administratives, rétention des notes… Une large palette de modes d’actions semble envisagée au niveau national.

A Montpellier, l’assemblée générale a voté la tenue d’une réunion d’information le 3 mars, d’un blocage reconductible à partir du 5 mars (à part pour les pré-fabriqués où des étudiants préparent des concours) et d’un cortège universitaire en manifestation ce jour là. Le blocage reconductible à partir du 25 février a lui été rejeté au vote, et l’idée du blocage illimité a été refoulée.

La mobilisation semble donc se structurer à Paul Valéry, et le 5 mars promet d’être une journée massive dans le champ universitaire. Comme souligné lors d’une intervention pendant cette AG, « Les étudiants peuvent donner un nouveau souffle à la contestation sociale actuelle ». Le vent de la révolte estudiantine remuera-t-il les rues le 5 mars ? Si beaucoup de choses restent à construire, l’assemblée générale de Paul Valéry semble déterminée à s’engager dans la lutte !

Publié le 26/02/2020

 

Cherche chômeur sous pression pour job de merde

 

(site politis.fr)

 

Une lectrice de Politis en a pêché un beau spécimen de petite annonce sur le site de Pôle emploi, qui recrute un poste de facteur… de plus de 57 ans.

Pour parler de la forte baisse du chômage annoncée le 13 février par l’Insee, rien de tel qu’une annonce d’emploi. Une lectrice de Politis en a pêché un beau spécimen sur le site de Pôle emploi, le 5 février. La Poste de Saint-Antonin-Noble-Val, dans le Tarn-et-Garonne, recherche une factrice ou un facteur, répondant aux qualités d’usage du métier : la « rigueur », « le sens du contact » et de la géographie, mais aussi – il faut vous y faire ! – de belles « dispositions à la vente ».

L’annonce se transforme ensuite en avertissement, comme pour refroidir les profils les moins téméraires. « L’attention des candidats est attirée particulièrement sur les conditions de travail sur ce poste. » Et d’égrener les mauvaises surprises que trouvera sur son chemin la recrue bercée par l’imaginaire d’un facteur ou d’une factrice jovial·e, qui sillonne les routes de notre roman national à bicyclette : les cadences infernales calculées par ordinateur, les horaires matinaux, 6 jours sur 7, « par tous les temps », la course folle à devoir « entrer-sortir du véhicule en permanence » et porter des colis toute la journée. Ultime détail : pour postuler, avoir plus de 57 ans et être inscrit·e au chômage depuis trois mois au moins, afin d’être éligible au « CDD senior » d’une durée de 12 mois.

Tout y est. Un employeur, conscient des mauvaises conditions de travail qu’il propose, compte sur le désespoir d’une poignée de chômeurs et de chômeuses que le sort matraque. Les largesses du code du travail lui permettent d’embaucher en CDD sur des postes pourtant pérennes, afin de recruter d’autres « seniors » une fois qu’il aura essoré les premiers. L’employeur s’affale dans sa toute-puissance, que les lois n’ont fait que renforcer ces dernières années, en sanctionnant les sans-emploi, en réduisant leurs allocations et en affaiblissant les contre-pouvoirs des juges prud’homaux et des syndicalistes.

Voilà résumée la politique d’Emmanuel Macron en matière d’emploi. Le chômage, certes, rejoint le niveau d’avant la crise de 2008, à 8,1 %, mais l’alternance et l’apprentissage n’y sont pas pour rien, et la précarité ne recule pas. On compte également 1,7 million de personnes dans le « halo », euphémisme désignant celles et ceux qui ont perdu le courage de chercher un travail, soit 150 000 personnes de plus en neuf mois. Un record.

Ces « excellents résultats » sont également à relativiser au regard de la faible progression de la population active, propice à une baisse, et de la conjoncture elle aussi favorable. La courbe du chômage suit strictement la même pente que la moyenne européenne, avec un léger retard, à la baisse comme à la hausse, due à l’effet amortisseur du modèle social français. Ou ce qu’il en reste.

 

par Erwan Manac'h

Publié le 25/02/2020

 

MUNICIPALES : Luttons contre l’imposture sociale de l ’extrême droite !

 

By UD CGT Hérault

 

La CGT est attachée depuis sa création à porter des valeurs de paix, de solidarité entre les peuples, elle se définit comme internationaliste.

 

Ces engagements nous ont conduits à prendre une part active dans la lutte contre le nazisme et le régime de Vichy pendant la 2ème guerre mondiale. Cette histoire fait partie intégrante de nos engagements, de notre mémoire collective.

 

La CGT lutte au quotidien pour l’amélioration des conditions de travail de l’ensemble des salarié.es quelle que soit leur nationalité ou leur couleur de peau, leur pratique religieuse. 

 

L’antifascisme et l’antiracisme sont des fondements de notre syndicalisme et des valeurs que nous défendons avec force dans un pays confronté à une crise sociale et politique qui brouille l’ensemble des repères. Attaché-es à la laïcité, nous revendiquons la séparation de l’Etat et de toutes les églises, nous respectons la liberté de croire ou pas.   

 

C’est sur le terreau du chômage de masse et de la précarité généralisée, sur le terreau de la crise politique et éthique que se développent les idées nauséabondes des partis d’extrême droite et des groupuscules fascistes.

 

Hier le FN, aujourd’hui le RN ou ses alliés continuent à distiller le poison de la haine, se livrant à une véritable imposture sociale, ils prétendent soutenir les travailleurs-euses, les retraité-es, les privé-es d’emploi mais n’hésitent pas à souhaiter l’interdiction des manifestations et des grèves.

 

Jamais ils ne s’attaquent aux privilèges du monde de l’argent, aux inégalités sociales, préférant stigmatiser l’immigré-e. Concernant le droit des femmes, leur conception de la société reste archaïque ! Quand nous revendiquons l’égalité dans la vie et au travail, ils remettent en question le droit à l’avortement, le mariage pour tous et la P.M.A.

 

La CGT rappelle que depuis l’élection de Ménard à Béziers, la situation de la ville ne s’est absolument pas améliorée, la pauvreté et la précarité sont toujours aussi importantes. Le délire sécuritaire et la stigmatisation de l’autre n’améliorent en rien l’activité économique et la vie des citoyen-es. Béziers continue de s’enfoncer dans la crise, ces politiques ne sont absolument pas un modèle à reproduire ni sur le département, ni sur la région !

 

La CGT rappelle que les candidat-es de la haine ne sont pas des candidat-es comme les autres, ce sont des dangers pour la paix et la démocratie. L’extrême droite joue des peurs et des colères en espérant conquérir de nouvelles villes lors des municipales des 15 et 22 mars. 

 

Nous appelons nos adhérent-es, nos sympathisant-es, à se mobiliser à débattre, dans les entreprises et les quartiers pour que le monde du travail ne se trompe pas de colère. L’extrême droite défend le monde de la finance et des plus riches, pas une voix du monde du travail pour les candidat-es de la haine !

 

Mettre en échec le gouvernement Macron et l’obliger à retirer son projet de retraite par points, empêcher l’élection de candidat-es de l’extrême droite partout lors des municipales de mars sont les deux enjeux essentiels de notre combat en faveur du progrès et de la justice sociale.

 

Publié le 24/02/2020

Souvenons-nous du groupe Manouchian !

(site legrandsoir.info)

 

Claire VÉRILHAC

Il y a 76 ans, le 21 février 1944 au matin, les 23 résistants étrangers du groupe FTP-MOI (Francs-Tireurs et Partisans - Main d’œuvre immigrée) tombaient sous les balles nazies au Mont Valérien. La seule femme du groupe - Olga Bancic - 32 ans était transférée en Allemagne, décapitée le 10 mai 1944 à Stuttgart. Avec l'UJFP, avec Louis Aragon et Léo Ferré, rendons-leur hommage.

"Toute et tous étaient des étrangers antifascistes et communistes, venus d’Europe centrale pour la plupart : polonais, arméniens, juifs, mais aussi italiens et espagnols.
Toute et tous luttaient pour un monde enfin débarrassé du nazisme, du fascisme, un monde meilleur dont aujourd’hui nous savons que les peuples des colonies étaient les grands oubliés...

Aujourd’hui, en Europe et partout dans le monde, le fascisme et le suprématisme blanc sont à nouveau à l’œuvre comme en atteste la récente tuerie à Hanau en Allemagne.

Il ne s’agit pas d’un acte isolé mais, le dernier en date d’une longue série d’attentats et de meurtres qui, tous, touchent la communauté musulmane principalement, les demandeurs d’asile venus du Moyen-Orient, transformé en un vaste champ de ruines, les migrants noirs venus de l’Afrique sub-saharienne et les Rroms.

Toutes et tous sont les victimes des discours racistes véhiculés par la glorification du nazisme, du néo-nazisme et de toutes les autres pratiques qui contribuent à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui lui est associée.

Mais nous ne devons pas oublier que le 21 novembre 2014, lors du vote du projet de Résolution L56 de l’Assemblée Générale de l’ONU, qui s’inquiétait – à juste titre – de la renaissance de ces idéologies criminelles, l’ensemble des pays européens – dont l’Allemagne et la France – s’étaient abstenus. ...

Reniant ainsi le sacrifice des millions de martyrs européens, celui de tous les résistants qui ont participé aux mouvements de libération nationale tels les héros du groupe Manouchian.

La France n’est pas exempte de cette nouvelle expression raciste et suprématiste, loin de la !

Tous les discours – de droite comme de gauche – des plus hauts responsables de l’État entretiennent le soupçon et la peur de l’Autre, du musulman ou supposé tel, principalement.

L’islamophobie sévit aujourd’hui, comme hier, dans les années 30 où l’antisémitisme et la peur des « bolcheviques » étaient le fond commun des discours fascistes et d’extrême droite française.

Honorer aujourd’hui les héros du groupe Manouchian, c’est avant tout rappeler tout cela, se souvenir qu’eux aussi étaient des étrangers, des métèques, des indésirables ; que nous sommes comptables de leur martyre.

Il est de notre devoir de porter haut l’idéal qui les animait au travers les formes modernes des luttes, antiracistes et décolonisées, dans lesquelles nous sommes engagés.

Gloire aux héros du groupe Manouchian ! "

La commission antiracisme politique
Pour la Coordination Nationale de l’UJFP (Union des Juifs Français pour la Paix),

"L’affiche rouge"

(strophes pour se souvenir)

poème de Louis Aragon mis en musique par Léo Ferré

La chanson restera censurée, interdite à la radio et la télévision françaises, jusqu’en 1981.

Vous n’avez réclamé ni gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE

Et les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant

 

Léo Ferré : L’Affiche rouge (Aragon) © Léo Ferré

Publié le 23/02/2020

Banque. La Caisse d’épargne ubérise ses conseillers

 

Emilio Meslet (site humanite.fr)

 

En Bretagne et en Pays de la Loire, le groupe va tester un nouveau poste de « conseiller indépendant local ». Les syndicats sont vent debout.

Après avoir amenuisé son réseau d’agences par souci de rentabilité, la Caisse d’épargne vient de se rendre compte que certains de ses clients s’en retrouvaient lésés, singulièrement dans les territoires ruraux. Aussi, la banque a sorti une nouvelle idée de son chapeau. Des réouvertures d’agences ? Non. Sous réserve de l’accord de l’ACPR, autorité chargée de la surveillance de l’activité des banques et des assurances, l’Écureuil compte tester un nouveau poste dès le mois de juin dans les Pays de la Loire et en Bretagne, régions qui ont récemment vu leur produit net bancaire diminuer, le « conseiller indépendant local » (CIL). Ce conseiller bancaire ne sera pas salarié mais travailleur indépendant, rémunéré à la commission ainsi que sur « la défense et la préservation des stocks ».

« Catastrophe sociale »

Pour le réseau, qui a oublié ses origines mutualistes, c’est tout bénéfice : il n’aura pas à verser de cotisations sociales.  Le CIL suivra un portefeuille de clients et devra en trouver de nouveaux. Cette expérimentation ne concerne que trois secteurs en milieu rural dont le lieu exact n’a pas filtré. Seul garde-fou : c’est la banque, avec qui le conseiller sera en lien direct, qui continuera de réaliser « les actes de gestion et les opérations bancaires qui découlent de la prestation de conseil ». Une première en France, que Frédéric Guyonnet, président du SNB CFE CGC, qualifie de « catastrophe sociale ». « La ligne rouge est franchie. On a passé des décennies à négocier des conventions collectives et là, on nous dit que nos banques seront gérées par des autoentrepreneurs qui ne pourront pas bénéficier de ce socle social. » Le syndicaliste craint des manquements à la déontologie : « Plus ils vont vendre, plus ils seront payés. Ce ne seront plus des conseillers mais des vendeurs d’aspirateurs qui vendront aux clients des produits dont ils n’ont pas besoin. »

Dans un document interne que l’Humanité s’est procuré, la Caisse d’épargne justifie ce test par ses « difficultés pour fidéliser nos collaborateurs et attirer de nouveaux talents ». Un argument dont Frédéric Guyonnet rit jaune : « Il faut qu’ils m’expliquent comment ils vont trouver des conseillers indépendants là où ils ont déjà du mal à recruter des salariés… »

Cette mesure permet à la Caisse d’épargne « d’occuper le terrain », tout en « faisant des économies sans avoir à entretenir le réseau d’agences », souligne Valérie Lefèbvre-Haussmann. Pour la secrétaire générale de la CGT banques et assurances, le groupe a beau assurer qu’il n’entretiendra « aucun lien de subordination » avec ses CIL et qu’ils pourront organiser « librement » leur temps de travail, « ils ne seront pas vraiment indépendants », objecte-t-elle, craignant aussi une dégradation des conditions de travail et de vie de ces travailleurs puisqu’ils devront « multiplier les heures pour gagner un salaire décent ».

 

Emilio Meslet

Publié le22/02/2020

 

Yara, la « multinationale viking » qui s’enrichit aux dépens des paysans et du climat

 

par Olivier Petitjean (site bastamag.net)

 

Numéro un mondial des engrais synthétiques, la firme Yara reste inconnue du grand public. Toujours plus onéreux pour les paysans, ses engrais sont aussi une source massive de gaz à effet de serre. L’entreprise norvégienne, qui aborde fièrement sur son logo un navire viking, est nominée au prix Pinocchio « spécial agriculture ».

Dans le débat public, la contestation ne faiblit pas contre la malbouffe et les dessous parfois sordides de l’agriculture et de l’élevage industriels. De son côté, le monde agricole dénonce la montée de l’« agri-bashing » et l’absence de distinction entre les pratiques et méthodes plus ou moins vertueuses des petits paysans et des exploitations industrielles. Pendant ce temps, relativement épargnées car inconnues du grand public, de grandes multinationales continuent tranquillement d’engranger les profits.

Fournisseurs de semences, d’engrais ou de pesticides, ou bien opérant au niveau du négoce et de la transformation, parfois les deux, ces discrets géants de l’agrobusiness sont à la fois les moteurs et les grands bénéficiaires de l’industrialisation de l’agriculture, avec son train de conséquences néfastes pour l’environnement, la qualité de l’alimentation... et les paysans eux-mêmes. Ce sont ces multinationales que l’ONG Les Amis de la Terre et la Confédération paysanne ont voulu dénoncer cette année à l’occasion de Prix Pinocchio spécialement consacrés à l’agriculture.

Lien étroit entre agriculture industrielle et crise climatique

Parmi les firmes nominées, Yara incarne non seulement la domination croissante de grandes firmes globalisées sur le monde agricole, mais aussi les liens étroits entre agriculture intensive et crise climatique. La firme norvégienne est, tout simplement, le leader mondial des engrais synthétiques, dont la principale matière première est le gaz naturel fossile. Ces engrais entraînent de fortes émissions de gaz à effet de serre, au niveau de leur production comme lors de leur application sur les sols. Ils libèrent du protoxyde d’azote, un puissant gaz à effet de serre qui représente presque la moitié des émissions de l’agriculture française, selon le Réseau action climat.

On pourrait penser qu’avec l’urgence climatique, les algues vertes et la pollution croissante de l’eau par les nitrates issus des engrais azotés, Yara et les gros acteurs agricoles français se seraient engagés dans une réduction progressive de leur usage. On en est loin. « Entre 2007 et 2017, la quantité d’engrais azotés appliqués a augmenté en passant de 81,6 kg à 83,9 kg par hectare », note au contraire le réseau écologiste.

Ces engrais constituent une source de profit appréciable pour Yara et les coopératives qui les commercialisent. En France, en 2019, les dépenses en engrais de synthèse représentent en moyenne 25 % des consommations d’une ferme. Entre 1970 et 2002, le prix des engrais en Europe de l’Ouest a bondi de 123 %. Une hausse corrélée au niveau de concentration du secteur, dominé en France par Yara et GPN – une ancienne filiale de Total appartenant désormais au groupe autrichien Borealis – pour les engrais azotés, et par le groupe français Roullier pour les engrais composés.

« Climatiquement intelligente » ou juste « viking » ?

Pour préserver une activité aussi juteuse, Yara imite les autres géants des énergies fossiles : la multinationale s’est lancée dans une vaste campagne de lobbying, notamment auprès de l’Europe, pour éviter toute régulation contraignante de son impact climatique. Selon l’ONG bruxelloise Corporate Europe Observatory, Yara a dépensé près de 12 millions d’euros en lobbying dans la capitale européenne depuis 2010, tout en profitant du soutien de lobbys sectoriels comme FertilisersEurope ou le Conseil des industries chimiques Cefic. En parallèle, elle a poussé sa propre « solution », sous le nom d’« agriculture climatiquement intelligente » (lire notre enquête : Comment les multinationales se servent du changement climatique pour imposer leur futur modèle agricole).

Les installations de Yara sont souvent situées à proximité des ports pour recevoir plus facilement des cargaisons de gaz naturel – y compris désormais potentiellement du gaz de schiste américain, dont l’importation en France a commencé en 2018. Ces installations ont été ciblées l’année dernière en Allemagne. En France, l’usine du groupe à Montoir-en-Bretagne près de Saint-Nazaire (Yara en possède deux autres près du Havre et de Bordeaux) a été ciblée il y a quelques mois par des gilets jaunes. Site Seveso seuil haut, cette usine est aussi sous le coup de plusieurs injonctions et mises en demeure des services de l’État pour son non-respect chronique des normes et ses rejets excessifs dans l’environnement.

De tout cela, il n’est évidemment pas question sur le site web ou dans les documents de communication de Yara, dont le logo affiche un navire viking... S’agit-il d’un reflet inconscient de la dévastation provoquée par ses produits et ses activités d’un point de vue environnemental et climatique ?

Les votes pour les prix Pinocchio spécial agriculture sont ouverts jusqu’au 19 février sur le site prix-pinocchio.org.

 

Olivier Petitjean

Publié le 21/02/2020

 

La planification écologique : un impératif

 

site politis.fr)

 

Comme en 1945, l’objectif est de construire sur de nouvelles bases l’appareil productif.

Il y a un quasi-consensus pour considérer que la transition vers une société décarbonée est un objectif majeur en ce début de XXIe siècle. Mais il n’y a pas d’accord sur les moyens d’y parvenir. Une chose est certaine pourtant : le dérèglement climatique et la réduction de la diversité biologique sont des processus de long terme, qui prennent leurs racines aux origines de la société industrielle et risquent de s’amplifier dans les décennies futures. Laisser aux seuls marchés, par nature court-termistes, le rôle moteur dans la mise en œuvre de la transition conduirait à la « tragédie de l’horizon », selon l’expression de Mark Carney (1) : les décisions nécessaires ne seront pas prises, car les risques catastrophiques et collectifs susceptibles de se manifester se situent au-delà de l’horizon de la plupart des acteurs économiques.

Les sociétés contemporaines doivent affronter non seulement un problème d’horizon temporel, mais aussi d’incertitude concernant les conséquences du dérèglement climatique. Parmi ces facteurs d’incertitude, qui freinent les investissements des entreprises, il y a ce que les économistes appellent le risque de transition, lié aux changements concernant les politiques publiques futures, par exemple dans le domaine de la fiscalité écologique.

Il revient donc aux responsables politiques d’énoncer à l’avance leur vision du futur et les politiques publiques qui seront engagées. Cela devrait être la mission de la planification écologique. Créé en 1945, au moment de la reconstruction de l’économie française, le Plan français a joué le rôle majeur de « réducteur d’incertitude », selon l’expression de Pierre Massé, commissaire général du Plan de 1959 à 1965. Jugé incompatible avec l’idéologie néolibérale, le Plan a été supprimé en 2006. Réinventer cette institution politique du long terme est un impératif pour conduire la transition. Car, comme ce fut le cas dans l’après-guerre, l’objectif aujourd’hui est également de construire sur de nouvelles bases l’appareil productif, les infrastructures de transport, l’habitat. La planification écologique doit notamment permettre d’articuler les investissements publics avec la programmation pluriannuelle de l’énergie prévue par la loi sur la transition énergétique de 2015.

Il faut tirer profit des expériences de planification. Ainsi, la Suède est l’un des pays les plus efficaces dans la lutte contre les émissions de CO2, notamment grâce un système de planification qui lui a permis de programmer dès les années 1990, d’une manière concertée, la hausse progressive du prix du carbone, actuellement trois fois plus élevé qu’en France. Une des caractéristiques importantes du Plan français est qu’il a été une instance de concertation entre les acteurs politiques, économiques et sociaux. On sait aujourd’hui qu’une telle concertation est nécessaire pour favoriser l’adhésion de la société aux politiques publiques. L’idéologie et la méthode de gouvernement macroniennes sont hélas aux antipodes de toute idée de planification écologique et de concertation sociale…

(1) Ancien gouverneur de la banque d’Angleterre, envoyé spécial de l’ONU pour le climat.

 

par Dominique Plihon

Publié le 20/02/2020

Pour donner le nom d'Ambroise CROIZAT au futur lycée de Cournonterral

 

Arnaud ROUSSEL a lancé cette pétition adressée à Mme Carole Delga et à

 

A la rentrée 2022 devrait ouvrir à Cournonterral(34) un nouveau lycée polyvalent.

La région s’honorerait de donner à ce lycée le nom d'Ambroise Croizat, trop méconnu fondateur de la sécurité sociale, ministre du travail de 1945 à 1947.

Fondée sur 4 principes fondateurs de notre République Sociale ( Solidarité, Unicité, Universalité et Démocratie), la sécurité sociale met en application les principes du Conseil National de la Résistance réunissant Communistes, Socialistes, Gaullistes et syndicats.

A l'heure où le pouvoir actuel cherche à détricoter toutes les conquêtes sociales, la région Occitanie  en donnant le nom de Croizat au nouveau lycée de Cournonterral, porterait haut les valeurs de celui que l'on nommait "le ministre des travailleurs "qui a aussi contribué à mettre en place la généralisation des retraites, un système de prestations familiales unique au monde, les comités d’entreprise, la formation professionnelle, la médecine du travail, le statut des mineurs, des électriciens et gaziers, la prévention dans l’entreprise et la reconnaissance des maladies professionnelles, de multiples ajouts de dignité au Code du Travail, la loi sur les heures supplémentaires .

Pour signr suivre le lien ci-dessous :

https://www.change.org/p/mme-carole-delga-pour-donner-le-nom-d-ambroise-croizat-au-futur-lyc%C3%A9e-de-cournonterral-ba1e413d-e600-4a04-8a31-22b3afd719f2

Publié le 19/02/2020

 

Pierre Hurmic : « L’écologie est un moteur qui permet à la gauche de se retrouver »

 

Entretien réalisé par Cyprien Caddeo (site humanite.fr)

 

A Bordeaux, où la droite est indéboulonnable depuis soixante-dix ans, l’écologiste Pierre Hurmic a su rassembler pour s’imposer comme le principal adversaire du maire sortant, le juppéiste Nicolas Julian.
 

EELV, PS, PCF, Nouvelle Donne… Votre liste est un rassemblement inédit à Bordeaux. L’écologie est-elle devenue le moteur de l’union des gauches ou est-ce une alliance de circonstance pour battre la droite, aux affaires depuis soixante-dix ans ?

Pierre Hurmic Il est évident que, si l’on veut incarner l’alternance dans une ville comme Bordeaux, il faut rassembler, et se tourner vers nos alliés naturels. Mais l’écologie est un moteur sincère qui permet à la gauche de se retrouver. La genèse de notre liste, c’est  l’« appel de Bordeaux » lancé au mois de juin par les écologistes, qui mettait l’accent sur le climat mais aussi sur les solidarités. Tous ceux qui se retrouvaient dans ces valeurs étaient les bienvenus sur la liste, que ce soit parmi le vivier des forces de gauche ou parmi la société civile. 50 % de nos colistiers sont d’ailleurs des primo-arrivants en politique.

 

Le scrutin de mars marque la fin d’une époque : ce sera le premier sans Alain Juppé depuis 1995. Quel regard portez-vous sur les « années Juppé » ?

Pierre Hurmic Si vous demandez aux Bordelais, son bilan sur vingt-quatre ans est plébiscité. Mais Alain Juppé a été un maire bâtisseur et bétonneur. Son leitmotiv de développement urbain, c’était celui de la « ville magnétique », qui aspire tout au nom de l’attractivité. Dans la première partie de son mandat, cela a fondé son succès et a eu le mérite de remettre Bordeaux au niveau de métropoles comparables, comme Nantes. La seconde partie a été beaucoup moins heureuse. C’est un modèle totalement dépassé : on ne peut plus aujourd’hui aménager le territoire comme on le faisait il y a vingt ans. Le développement égoïste de la métropole au détriment des espaces périphériques, c’est une fabrique à gilets jaunes.

 

Votre programme annonce vouloir mettre en place une « démocratie permanente » au niveau local. Comment ?

Pierre Hurmic L’idée, c’est de partager avec les citoyens le pouvoir municipal. Dès les premiers mois après les élections, on tiendra des assises du pouvoir partagé, pour définir avec les Bordelais des outils de concertation que l’on peut mettre en place. L’équipe municipale élue fera des propositions, les citoyens aussi. De notre côté, on propose par exemple un référendum d’initiative locale, qui se déclencherait à l’interpellation des citoyens avec un seuil de 4 000 signatures.

 

Un des enjeux principaux à Bordeaux, c’est le logement, dont le prix à l’achat a triplé en vingt ans. En cause, notamment, l’effet Airbnb, l’arrivée de la LGV et l’explosion du tourisme. Que proposez-vous pour contrer cette inflation ?

Pierre Hurmic La loi nous donne la possibilité d’encadrer les loyers. Nous y sommes favorables. On veut également qu’il y ait un service public municipal de l’habitat, pour que la ville s’implique davantage, respecte enfin les quotas de logements sociaux et prévoie des logements d’urgence, qui sont pour le moment inexistants à Bordeaux. Ensuite, pour lutter contre Airbnb, il faut rapidement faire passer le nombre maximal de nuitées de location autorisées de 120 à 90 et renforcer les contrôles. On doit sortir de la logique qui est celle de la droite, à savoir que c’est la politique de l’offre qui va réguler le marché du logement. À Bordeaux, on l’a bien vu, on a beaucoup construit, mais qui en a profité ? Pas les Bordelais.

 

Publié le 18/02/2020

 

BlackRock, la finance au chevet des retraités français

 

Frustrés par la faible part de l’épargne individuelle dans le système de retraite français, les géants de la finance espèrent que, avec la réforme Macron-Philippe, leur heure arrive enfin.

 

Par Sylvain Leder

Professeur de sciences économiques et sociales, a participé à la coordination du Manuel d’économie critique du Monde diplomatique, 2016.

(site monde-diplomatique.fr)

 

 

Au rez-de-chaussée d’un immeuble cossu de New York ouvert au public se trouvent une boutique de design ainsi qu’un bar, duquel s’échappe une harmonieuse mélodie improvisée par un pianiste pour le plus grand bonheur d’une clientèle huppée. Cet édifice appartient à BlackRock. Avec Vanguard et State Street, la société forme le gang des « Big Three » : les trois géants de la gestion d’actifs. Ensemble, ils cumulent environ 15 000 milliards de dollars (13 500 milliards d’euros) de capitalisation, soit l’équivalent du produit intérieur brut (PIB) de la Chine, et contrôlent un bloc majoritaire d’actions dans 90 % des entreprises du S&P 500, le premier indice boursier américain.

Mais les deux acolytes de BlackRock ne sont que des nains à côté de ce Léviathan financier. Avec un chiffre d’affaires supérieur à 12 milliards de dollars et près de quatorze mille « collaborateurs » dans une trentaine de pays, la société de M. Laurence D. Fink gère à elle seule plus de 6 000 milliards de dollars, soit près de deux fois et demie le PIB de la France.

BlackRock collecte ces sommes auprès de ses clients afin de les placer dans les titres d’entreprises du monde entier. Notamment à travers son produit-phare : l’Exchange Trading Fund (fonds négocié en Bourse, ETF). Dès lors qu’il dispose d’un minimum de 600 euros, n’importe quel quidam peut faire appel aux bons services de M. Fink, avec 2 378 modalités d’investissement possibles. Mais si BlackRock s’adresse aux « petits », auxquels l’institution propose des frais de gestion dix fois inférieurs à ceux prélevés pour les placements classiques, il ne néglige pas les gros poissons. Comme le fonds souverain norvégien, le plus important de la planète.

Le succès de la société s’explique par l’expertise sans égale que lui reconnaît le monde de la finance. La source de cette clairvoyance singulière porte un nom évocateur : Aladdin. Dans le conte oriental, Aladdin est un garçon des rues qui accède à une fortune infinie grâce aux prouesses d’un génie enfermé dans une lampe. Pour M. Fink, Aladdin est un acronyme : Asset, Liability, Debt and Derivative Investment Network, ou Réseau d’investissements en actifs, passifs, dettes et dérivés. Il s’agit d’un supercalculateur composé de six mille serveurs à haute performance qui surveillent chaque jour près de 20 000 milliards de dollars. Aladdin fonctionne si bien que, en mars 2019, M. Fink a annoncé qu’il comptait supprimer des centaines d’emplois d’analystes, préférant s’en remettre aux conseils de son bon génie.

Mais si Aladdin est devenu aussi puissant, c’est avant tout parce que certains dirigeants politiques ont décidé de lui faire confiance. Ainsi des gouvernements et banques centrales qui se sont tournés vers lui pour tester la solidité de leurs systèmes financiers à la suite de la crise de 2008. La note s’est par exemple élevée à 8 millions d’euros pour la Banque centrale européenne (BCE) en 2016. À peine un pourboire pour BlackRock, rétorquera-t-on. Certes, mais « les conseils que la société fournit aux banques centrales des Pays-Bas, de l’Espagne, de l’Irlande, de Chypre ou de la Grèce lui rapportent bien plus que de l’argent : de l’information », souligne l’économiste Don Quijones (1). Ainsi nourri des données les plus précieuses de la planète finance, l’algorithme Aladdin, loué à d’autres fonds, est devenu indispensable.

Sur ses conseils, BlackRock investit sur les cinq continents. Il possède une part de 40 % des entreprises américaines les plus importantes. Il vote dans 17 000 conseils d’administration, possède plus d’actions dans Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft que les fondateurs de chacune de ces sociétés. En France, il est propriétaire d’environ 5 % de BNP Paribas, d’Axa, de Renault, de Bouygues, de Total, de Vivendi, de la Société générale…

Cette logique tentaculaire permet à BlackRock de déployer une stratégie dite de common ownership  propriété commune »). L’objectif : acquérir un poids suffisant dans le capital d’entreprises en concurrence dans un même secteur. Par exemple, dans le domaine de la chimie, le fonds dispose de blocs d’actions non négligeables chez Bayer, BASF, DuPont, Monsanto, Linde, ainsi que chez les français Arkema et Air Liquide. Rien de plus facile pour lui que de faire en sorte que son activisme actionnarial chez l’un serve ses intérêts chez l’autre, et les siens par-dessus tout. BlackRock peut ainsi plaider en faveur d’une fusion ici, d’une hausse des prix favorable aux dividendes là, etc. Trois chercheurs en économie ont publié en 2018 un article sur le common ownership (2). Ils ont établi que, dans le secteur de l’aviation commerciale, les prix des billets ont été maintenus à la hausse par les cinq principales compagnies aériennes américaines dans lesquelles BlackRock est actionnaire.

Pour M. Fink, Aladdin a donc transformé le monde en caverne d’Ali Baba. Et, au beau milieu de la grotte, il semble avoir identifié un joyau de forme hexagonale.

 

Rendre automatique l’adhésion à un plan d’épargne

 

En octobre 2017, le président Emmanuel Macron reçoit M. Fink ainsi qu’une poignée d’autres dirigeants du monde de la finance pour une présentation du programme de réformes de son gouvernement, sous la houlette du ministre de l’économie et des finances Bruno Lemaire. La même année, le président de BlackRock France, M. Jean-François Cirelli, un proche de M. Alain Juppé, qui a piloté la privatisation de Gaz de France lorsqu’il en était le président-directeur général, est invité à siéger au Comité action publique 2022 (CAP 22). Créé par M. Macron, ce dernier est censé identifier les « réformes structurelles » prioritaires, ainsi que les « économies significatives et durables » que l’État devra réaliser, quitte à envisager certains « transferts au secteur privé » ou l’« abandon » de certaines de ses missions (3).

Dans un document publié en juin 2019 et intitulé « La loi Pacte : le bon plan retraite » (4), M. Cirelli s’immisce dans le débat politique : « Nous présentons (…) nos recommandations sur les mesures qui contribueront à une réforme réussie », écrit-il, car celle-ci, qui permet de rendre l’« épargne retraite plus attractive », est « importante ». « Nos recommandations s’adressent au gouvernement français (…), aux employeurs et représentants du personnel », et visent à favoriser l’« accès aux ETF ». « L’objectif du gouvernement est de porter l’épargne retraite à 300 milliards d’euros à l’horizon de la fin du quinquennat. » Il suggère à Paris de s’inscrire dans le cadre de la nouvelle réglementation du plan Juncker et de son produit paneuropéen d’épargne retraite individuelle (PEPP) — un projet soutenu par le vice-président de la Commission européenne Valdis Dombrovskis, qui a lui-même désigné BlackRock pour mener les premières expérimentations.

Le document identifie trois axes autour desquels organiser l’action du gouvernement. Tout d’abord, « améliorer par voie de décrets d’application et d’ordonnances » l’accès à la retraite par capitalisation, puis pérenniser les incitations fiscales ; créer « un tableau de bord d’outils digitaux de type agrégateur-simulateur permettant à chaque épargnant d’évaluer ses futurs revenus », en imaginant une forme d’« éducation financière » : « De la même manière que les salariés français disposent d’un budget formation leur permettant de faire évoluer leurs qualifications professionnelles, on pourrait imaginer la création d’un budget formation financière » — qui permettrait de présenter les retraites par répartition et par capitalisation comme « complémentaires ». Enfin, rendre automatique l’adhésion à un plan d’épargne retraite. De façon à s’assurer que les changements de gouvernement ne remettent pas en cause de telles « avancées », il convient de surcroît d’associer à la réforme « une gouvernance de long terme, à travers la mise en place d’un organisme indépendant apte à en évaluer le coût et l’efficacité dans la durée, mais aussi à en garantir la pérennité ».

En 2019, dans la lettre annuelle que M. Fink adresse aux dirigeants d’entreprises, « dans lesquelles BlackRock investit », il explique : « La société, usée par les grands changements qui ont lieu au sein de l’économie et par l’incapacité des gouvernements à fournir des solutions pérennes, s’attend de plus en plus à ce que les entreprises, publiques comme privées, s’attaquent aux problèmes sociaux et économiques les plus urgents. (…) Une chose, néanmoins, est certaine : le monde a besoin de votre leadership. »

 

(1) Don Quijones, « Why’s the world’s biggest asset manager advising the ECB on the health of EU banks ? », Wolf Street, 15 octobre 2018.

(2) José Azar, Martin C. Schmalz et Isabel Tecu, « Anticompetitive effects of common ownership », The Journal of Finance, vol. 73, n° 4, Berkeley, août 2018 (PDF).

(3) Édouard Philippe, « Programme “Action publique 2022” », cabinet du premier ministre, Paris, 26 septembre 2017 (PDF).

(4) « La loi Pacte : le bon plan retraite », BlackRock France, Paris, juin 2019.

 

Publié le 17/02/2020

 

Macron - Le Pen, ce duel dont les Français ne veulent pas en 2022

 

Par Louis Hausalter (site marianne.net)

 

Huit Français sur dix rejettent la revanche annoncée entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, selon un sondage Elabe pour BFMTV dévoilé ce 12 février. Et en général, les duels rejetés ne se produisent pas...

La classe politique et les commentateurs semblent avoir déjà validé le scénario. C’est prévu, écrit, couru : Emmanuel Macron affrontera de nouveau Marine Le Pen en 2022, alors circulez ! Les protagonistes eux-mêmes semblent se satisfaire de ce face-à-face entre « progressistes » et « patriotes » autoproclamés.

Petit détail : les Français ne sont pas d’accord... Un sondage Elabe pour BFMTV vient encore le confirmer, ce 12 février. Selon cette étude, huit Français sur dix rejettent ce duel annoncé entre Macron et Le Pen pour la prochaine présidentielle. Même s’ils sont 59% à penser qu’il se reproduira tout de même...

Trois quarts des électeurs de Mélenchon en 2017 ne distinguent aucune personnalité qui leur conviendrait

Il faut dire que le paysage a des allures de morne plaine. D’après le même sondage, 72% des Français ne voient aucune personnalité politique qui leur conviendrait dans la perspective de 2022. Et les plus orphelins se trouvent du côté de la gauche. Ainsi, 85% des électeurs de Benoît Hamon et, surtout, 74% de ceux de Jean-Luc Mélenchon en 2017 ne distinguent aucune personnalité qui leur conviendrait. De quoi confirmer la crise de La France insoumise : aujourd’hui, de nombreux électeurs mélenchonistes paraissent dispersés dans la nature.

En allant vers la droite, on trouve moins d’orphelins, même s’ils sont tout de même 63% chez ceux qui ont voté François Fillon en 2017, 58% chez les électeurs de Marine Le Pen et 55% chez ceux d’Emmanuel Macron.

Chirac/Jospin, match retour Sarkozy/Hollande : ces duels qui n'ont pas eu lieu

Un duel présidentiel annoncé partout mais rejeté par tous, ou presque ? Voilà du déjà-vu dans l’histoire politique récente. En 2002, toute la couverture médiatique de la campagne s’était focalisée sur le duo Jacques Chirac/Lionel Jospin, mais les électeurs en avaient décidé autrement, en propulsant Jean-Marie Le Pen au second tour le fameux 21 avril. Et en amont de la présidentielle de 2017, avant la primaire de la droite et le renoncement de François Hollande, une partie de la presse fantasmait déjà sur la revanche Sarkozy/Hollande, deux personnages pourtant rejetés à toute force par l’opinion publique. On le voit, les duels annoncés se produisent rarement. Et jusqu’à preuve du contraire, ce sont encore les électeurs qui décident.

(Sondage réalisé auprès d’un échantillon de 1002 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. Interrogation par Internet les 11 et 12 février 2020.)

Publiéle 16/02/2020

Le patron de Lactalis voit sa fortune doubler grâce à la libéralisation du lait et aux accords de libre-échange

 

par Olivier Petitjean (site basstamag.net)

 

Optimisation fiscale au Luxembourg et en Belgique, lait contaminé, conflits avec les éleveurs, pollutions... Les scandales se succèdent depuis quelques années pour Lactalis. Sans affecter la fortune de son PDG Emmanuel Besnier, estimée à environ 12 milliards d’euros. Le groupe est nominé au prix Pinocchio « spécial agriculture ».

Les États-Unis ont Google, Facebook et Amazon. La France a son industrie du luxe et son agriculture. Dans les deux cas, les recettes sont en partie les mêmes : la concentration et la création de monopoles géants font la fortune de quelques richissimes hommes d’affaires, dont les groupes s’accaparent les revenus de leur secteur d’activité, au détriment des autres acteurs économiques ou de leurs fournisseurs.

Si la fortune de Bernard Arnault et des autres super-riches du luxe s’est accrue ces dernières années, c’est en grande partie via une envolée du cours boursier de LVMH, Kering ou Hermès, qui pourrait très bien un jour se retourner. Rien de tel pour celle d’Emmanuel Besnier, le patron de Lactalis. Ce géant agroalimentaire français, numéro un mondial du lait depuis 2011, n’est même pas coté sur les marchés financiers. Ce qui n’empêche pas son dirigeant de pointer à la neuvième place des fortunes françaises selon Challenges, avec 12 milliards d’euros en 2019 (voire la septième selon Forbes avec 12,6 milliards). Son frère et sa sœur figurent aussi en bonne place dans ces classements.

Lactalis, principal bénéficiaire des accords de libre-échange

Cette « success story » est due en grande partie à la position dominante progressivement acquise par Lactalis sur le marché du lait. Propriétaire des marques Président, Salakis, Lactel, Société, ou encore Galbani, le groupe est désormais présent sur tous les continents. Il collecte presque un quart du lait produit en France – 5,5 milliards de litres en 2018, et 19,4 milliards de litres au niveau mondial. Cette prépondérance lui a permis de profiter à plein de la libéralisation du marché laitier européen en 2014. Depuis cette date, la fortune d’Emmanuel Besnier a presque doublé, tandis que le prix du lait et les revenus baissaient ou stagnaient, provoquant un élan de révolte chez les éleveurs et la disparition de nombreuses petites exploitations (lire l’analyse que nous en avions faite en 2018 : Pendant que les éleveurs agonisent, les grandes familles du lait amassent des milliards et l’infographie ci-dessous).

Le groupe ne compte pas s’arrêter en si bon chemin puisqu’il est l’un des principaux promoteurs et bénéficiaires des accords de libre-échange avec le Canada et le Mercosur, et peut-être demain avec les États-Unis. Ces accords sont précisément accusés de profiter d’abord aux gros acteurs, et de nuire aux plus petits, exposés à une pression encore plus féroce à la baisse des prix.

Comme d’autres grands groupes familiaux, Lactalis a longtemps été réputé pour sa discrétion. Ne pas être coté en bourse empêche certes de surfer sur l’euphorie des marchés financiers, mais cela évite au moins d’avoir à divulguer au public trop d’informations sur ses activités. Le groupe a été dénoncé pour ses pratiques fiscales, notamment au sein de sa filiale belge BSA à travers laquelle il s’est étendu à l’international, ou de plusieurs filiales luxembourgeoises. La Confédération paysanne a mené sa propre enquête sur les comptes de Lactalis et transmis le résultat de ses investigations au Parquet national financier début 2019, avant d’attaquer directement le groupe en justice en octobre pour le forcer à publier les comptes de la société mère.

Une image de plus en plus écornée

Les scandales commencent à s’accumuler, écornant sérieusement l’image de l’entreprise laitière et de son dirigeant. Pour le grand public, c’est d’abord l’affaire du lait contaminé de 2017-2018. Lactalis a dû fermer temporairement son usine de Craon en Mayenne et rappeler ses produits après des cas de contamination à la salmonelle de laits infantiles. Plusieurs contaminations similaires avaient été signalées dans l’usine au cours des années précédentes, sans qu’il y soit porté remède. Selon l’Institut Pasteur, 204 bébés auraient été intoxiqués à la salmonelle entre 2005 et 2017 du fait de ces défaillances. Lactalis est sous le coup de plusieurs procédures pour cette affaire.

Les éleveurs laitiers, quant à eux, évoqueront les pressions pour faire baisser les prix, les contrats d’approvisionnement fixant des conditions draconiennes, les rétorsions contre les producteurs qui osent témoigner sur les pratiques de Lactalis, comme ceux interrogés par le magazine « Envoyé Spécial » en 2016. Ou encore le lancement de produits pasteurisés comme le « camembert de campagne Président » ou le « Bleu de brebis » Société entretenant la confusion avec les produits au lait cru, sous appellation d’origine contrôlée.

Bref, Lactalis est l’exemple même de ces grands groupes qui tiennent les manettes du secteur agricole français, s’abritant derrière l’image de petits paysans victimes d’« agri-bashing » pour promouvoir un modèle inéquitable et nocif pour l’environnement.

C’est pourquoi la multinationale basée à Laval a été nominée aux prix Pinocchio spécial « agriculture », organisés par les Amis de la Terre France et la Confédération paysanne. Les votes sont ouverts jusqu’au 19 février sur le site prix-pinocchio.org.

 

Olivier Petitjean

Publié le 15/02/2020

 

Pollution. Emmanuel Macron dérape sur les camions

 

Marie-Noëlle Bertrand (site humanite.fr)

 

« Je ne peux pas interdire aux camions de passer », affirmait le chef de l’État le 12 février, dans les colonnes du Dauphiné libéré. Une sortie peu goûtée par les acteurs de la bataille pour le climat et la qualité de l’air.

C’est une petite phrase lâchée en haute montagne et dont l’écho n’a pas fini de résonner. Interrogé à la veille de son show en mer de glace par le Dauphiné libéré, Emmanuel Macron est revenu de façon lapidaire sur le débat soulevé, en vallée d’Arve, concernant le passage de très nombreux poids lourds. « Je ne peux pas interdire aux camions de passer », affirme le président dans les colonnes du quotidien régional du 12 février, tout en renvoyant à l’Europe la question d’un renouvellement du parc de camions. « Si j’impose ce renouvellement seulement aux camions de la région, je les tue, car des camions viendront d’Espagne ou de Roumanie », plaide-t-il.

Une politique de fret ferroviaire doit être engagée par la France

L’argument est peu goûté par les acteurs de la bataille pour le climat et la qualité de l’air, lesquels n’ont pas manqué de réagir. « Nous n’avons jamais demandé l’interdiction de tous les camions ! » s’agace Anne-Lassman Trappier, présidente de France Nature Environnement Haute-Savoie. « Soit le président ne nous écoute pas, soit ses propos sont très réducteurs : quoi qu’il en soit, il ne répond pas à la question que nous lui posons.» La demande des habitants est bien plus réaliste, poursuit la militante. « Ce que nous proposons, c’est de transférer une partie des camions sur les capacités existantes du rail non utilisées. »

Une voie ferrée existe entre Lyon et l’Italie, qui n’est employée qu’à 20 % de ses capacités, avancent les associations réunies en comité de protection de la vallée. Il n’y passe que 3 millions de tonnes de marchandises chaque année, alors que ses capacités sont de 15 millions de tonnes, selon la SNCF.

Achevés en 2012, les travaux dédiés à sa modernisation ont coûté près d’1 milliard d’euros, poursuit Anne-Lassman Trappier. « Or, aujourd’hui, on y enregistre moins de trafic qu’avant leur lancement. » La vraie question à se poser, conclut la présidente associative, « est de savoir si la France a la volonté d’engager une politique de fret ferroviaire ».

L’enjeu est essentiel pour le climat, quand les émissions de gaz à effet serre du trafic routier comptent pour 95 % des émissions de gaz à effet de serre liées au transport, premier responsable des émissions en France (29,4 % de l’ensemble des émissions de GES du pays). L’enjeu est essentiel, aussi, pour la qualité de l’air et la santé des habitants.

Des habitants de la vallée d’Arve ont porté plainte contre l’État

Nichée à l’extrême est du département, bordée par la Suisse et l’Italie, avec pour débouché le tunnel du Mont-Blanc, la vallée d’Arve est depuis des décennies une zone de transit marchand où croisent tous les bahuts d’Europe. En 2017, année de trafic particulièrement intense, l’association Inspire comptabilisait le passage de 620 000 poids lourds dans le tunnel du Mont-Blanc. Les flux ont sensiblement baissé depuis, singulièrement depuis le 1er janvier 2019, date à partir de laquelle les poids lourds mis en circulation avant le 1er octobre 2006 et supérieurs à 7,5 tonnes y ont été interdits de circulation.

La vallée n’en continue pas moins d’étouffer sous les gaz, entre autres le dioxyde d’azote (NO2) émis par les moteurs diesel. L’Arve compte parmi les 12 zones de France qui ont valu à la France d’être condamnée par l’Europe pour dépassement du seuil de NO2 dans l’air. En 2018, une étude de Santé publique France avançait que, dans cette vallée sujette à de fréquents pics de pollution, 8 % des décès pouvaient être attribuables aux particules fines, soit 85 décès par an. En mai de cette même année, plusieurs habitants avaient décidé de porter plainte contre l’État.

À Chamonix, « Emmanuel Macron a atteint le sommet de l’hypocrisie  ! » tempêtait, hier sur Europe 1, François Ruffin. « Depuis le début de son mandat, aucune mesure n’a été prise en matière de ferroutage. Alors que de l’autre côté de la frontière, la Suisse a décidé, par référendum, que tout ce qui transiterait dans le pays passerait par le rail, sauf à payer une taxe. » Emmanuel Macron «est président de la République, pas du conseil départemental de Haute Savoie, poursuivait le député de la France insoumise. On attend de lui des mesures un peu plus structurelles à l’échelle nationale que celles consistant à réguler le trafic des touristes en haut du mont Blanc »

 

Marie-Noëlle Bertrand

Publié le 14/02/2020

Jean Jaurès, discours du 8 février1910 sur les retraites

 

(site lefildescommuns.fr)

 

En février 1910, Jaurès assiste au Congrès de la SFIO dans la ville de Nîmes. Une grande discussion s’entame sur la loi sur les retraites ouvrières. Ci-dessus sont reproduits des extraits de son discours.

« Je vous demande d’appliquer à la loi des retraites cet effort de combat, cet effort d’amélioration. J’en ai dit les lacunes graves, je pourrais les signaler plus longuement encore, mais n’oubliez pas les avantages caractéristiques qu’elle offre. C’est d’abord, je le répète et je n’y insiste pas, la reconnaissance du principe de l’assurance. Entre l’assurance et l’assistance, même libéralement organisée, il y a un abîme. L’assisté, même quand la loi lui donne ce qu’il appelle un droit, est obligé de plaider pour avoir la réalisation de ce droit ; il faut que le vieillard de 70 ans démontre qu’il est indigent, et son indigence est évaluée arbitrairement par les pouvoirs locaux qui, tantôt amis, tantôt hostiles, font trop souvent de la question d’assistance un moyen de gouvernement préfectoral dont les maires ruraux se font trop souvent les instruments. Et puis, il faut que l’individu quémande, et dans son attitude d’assisté, il sent encore peser sur ses épaules, courbées par le travail, le poids de la servitude sociale. Au contraire, l’assuré a un plein droit ; un droit absolu, un droit inconditionnel ; son titre est là, aussi certain que l’est pour les bourgeois, en période bourgeoise, le titre de rente. À l’age fixé par la loi en vertu d’une table de mortalité publiquement calculée, et dont les résultats sont publics, il a le droit d’exiger, il exige, il reçoit un certain chiffre et il ne reçoit pas seulement un recours matériel, il reçoit un secours de dignité morale. (Applaudissements)
Et, camarade, ne vous y trompez pas […], ce n’est pas à l’heure où il arrive à l’heure de la retraite, ce n’est pas seulement à 60, 65 ans, que le vieil ouvrier a ce réconfort, c’est quand il voit la suite de la vie. Aujourd’hui, quand l’ouvrier de 40 ans voit passer à côté de lui un vieux de 60 ans sans abri, sans travail, sans retraite, mendiant, importun et méprisé, tout à coup, même en pleine force, et surtout si sa force commence à déchoir, se voit d’avance, comme dans un miroir sinistre, dans la figure flétrie de ce pauvre homme et il se dit : C’est comme cela que je serai dans quelques années, et il y a vers lui un reflux d’abjection… (Vifs applaudissements). Dès demain, si vous le voulez, par le vote immédiat de la loi, et par l’effort d’amélioration que nous ferons tout de suite, dès demain, tous les vieux relèveront le front, et tous les jeunes, tous les hommes mûrs se diront du moins que la fin de la vie ne sera pas pour eux le fossé où se couche la bête aux abois… Eh bien, cela, c’est un résultat que nous ne devons pas ajourner. (Applaudissements)

[…] Les lois de protection ouvrière, outre leur effet immédiat, ont cet effet admirable d’aider précisément les ouvriers groupés à mieux revendiquer et à bien revendiquer. Et la loi même des retraites ouvrières dont nous parlons en ce moment, n’aura pas seulement pour effet d’accroître – je ne dirai pas le bien-être – mais la sécurité, l’humble sécurité, la dignité des ouvriers ; elle accroît leur force de combat. Croyez-vous qu’en cas de grève, ce ne sera pas une chose excellente que la famille ouvrière, au lieu d’avoir, comme aujourd’hui, le vieux comme un charge en plus, ait le vieux assuré avec sa pension, qui même en temps de grève aidera le crédit de la famille ? (Applaudissements) »

 

Publié le 13/02/2020

 

Larem. Derrière la « société civile », une armée de cadres supérieurs

 

Lola Ruscio (site humanite.fr)

 

Qui sont les candidats investis aux municipales par le parti présidentiel ? Le résultat est sans appel : la majorité des marcheurs sont des chefs d’entreprise, avocats, d’anciens collaborateurs. Tour d’horizon.

« D ans cette élection de la vie quotidienne, nous donnerons toujours la priorité au projet, fidèles à nos valeurs et à nos pratiques, et au renouvellement des visages », s’est enorgueilli Stanislas Guerini, délégué général de la République en marche (LaREM). Comme lors des précédentes élections, le parti présidentiel mise à fond sur le registre de la « société civile », sa marque de fabrique. Mais cette fameuse « société civile » est surtout composée de patrons, de cadres du privé, d’avocats, d’anciens collaborateurs et d’élus aguerris aux rouages de la vie politique.

Cerise sur le gâteau : un élu de droite et délégué du Medef

Dans le détail, la liste est constituée en grande partie de chefs d’entreprise, créateurs de start-up, patrons de TPE ou PME. Parmi eux, on trouve Rachida Kaaout (candidate à Ivry-sur-Seine), femme d’affaires, ex-directrice du développement/achats des sociétés du groupe Bernard Tapie. Mais aussi Nicolas Leleux (à Saint-Brice-sous-Forêt), autrefois à la direction de la multinationale cotée au CAC 40 Michelin, qui travaille aujourd’hui pour le géant de l’automobile Porcher Industries. Ou encore Romain Grau, élu député LaREM après avoir échoué à obtenir l’investiture LR, qui court pour la mairie de Perpignan et a été directeur de la société EAS Industries, spécialisée dans la maintenance aéronautique. Figure aussi au casting de la Macronie, Cyrille Jauneault, candidat parachuté à la mairie de Cholet (Maine-et-Loire), qui se présente sur son profil LinkedIn comme un « consultant patrimonial ». Ce fils d’industriels s’occupe des « investisseurs » motivés pour « se constituer ou développer un patrimoine », « préparer leur retraite » et « optimiser leur fiscalité ». On découvre aussi plusieurs avocats, comme Jean-Yves Gontier (La Baule-Escoublac), un avocat en droit international dans le cabinet Lext, ainsi que Florence David (Vienne). Ex-collaboratrice au sein du cabinet de l’avocat Alain Jakubowicz, ancien président de la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), elle est désormais directrice juridique du groupe Cardinal, un important promoteur immobilier à Lyon.

Dans la société civile version Macron, les candidats ont une sérieuse expérience politique. La plupart sont des collaborateurs, ou anciens collaborateur d’élus. Le CV de Benjamin Giami en est un bon exemple : élu sur la liste LR de Bruno Beschizza en 2014, il a été nommé adjoint au maire délégué à l’insertion à la mairie d’Aulnay-sous-Bois. Auparavant, il a fait ses armes de 2008 à 2009 au cabinet du secrétaire d’État chargé de l’industrie. Il est désormais investi par LaREM pour briguer cette mairie. Citons également Alexandre Aidara, énarque, passé par le cabinet de l’ancienne ministre PS de l’Enseignement Geneviève Fioraso (2014-2015) et de Christiane Taubira. Entre 2009 et 2012, il a participé aussi au lobby Terra Nova, proche du Parti socialiste. Violette Spillebout, directrice à Voyages SNCF, a fait ses classes dès 1997 comme chargée de mission au cabinet de Pierre Mauroy, alors maire de Lille. Puis, à partir de 2001, elle a grimpé les échelons dans le cabinet de Martine Aubry, jusqu’à devenir sa directrice de cabinet de 2008 à 2013.

Cerise sur le gâteau, on trouve même l’élu de droite et délégué général du Medef Île-de-France, Jérôme Dubus. Cet ancien copéiste est un soutien actif de la campagne de Benjamin Griveaux et figure sur sa liste dans le 17e arrondissement parisien. Comme élu UMP, il s’était illustré par l’organisation en 2014 d’une réunion publique, en présence d’Éric Zemmour, intitulée « Le suicide français ? ». « N’en déplaise aux gauchos de tout poil, Zemmour n’a pas l’intention de la fermer et il a raison », tweetait-il, comme l’a relevé Ian Brossat, adjoint PCF à la maire de Paris.

Une faible présence dans les communes de France

Tous ces profils n’étonnent pas : le parti présidentiel incarne la voix des CSP+ et des personnes aisées. Les candidats LaREM aux élections locales ont par ailleurs été sélectionnés selon plusieurs critères, dont leur « capacité de rassemblement » et leur ancrage territorial. « Les élections municipales sont l’occasion pour notre mouvement de poursuivre son implantation locale, notamment en milieu rural, pour bâtir une structure pérenne et résiliente », a communiqué Pierre Person, délégué général adjoint du parti présidentiel.

Or, les marcheurs pâtissent de leur faible présence dans les communes de France. Face à ce constat, LaREM tisse des alliances locales avec des édiles sortants de droite ou de gauche. À l’instar de Laurent Hénart, en lice pour un nouveau mandat à Nancy (Meurthe-et-Moselle), du maire LR Patrick Ollier, en lice pour un quatrième mandat à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), Caroline Cayeux à Beauvais (Oise), Olivier Carré à Orléans (Loiret), Christophe Béchu à Angers (Maine-et-Loire). À Pamiers (Ariège), LaREM n’hésite pas à soutenir André Trigano, grand représentant du « nouveau monde », puisqu’il espère être réélu une cinquième fois… à 94 ans. Les macronistes ont beau revendiquer un « renouvellement » de la classe politique, ce discours s’effondre à l’épreuve des élections locales. « Il n’est pas réaliste d’investir partout des marcheurs sans aucune alliance. Sinon, le risque, c’est qu’au lendemain de l’élection on dise que c’est un échec pour Emmanuel Macron », assume Alain Richard, membre du bureau exécutif de LaREM chargé des municipales. La liste définitive des candidats devrait être dévoilée bientôt.

 

Lola Ruscio

Publié le 12/02/2020

 

La fake news de Madame Salamé

 

Par Bernard Marx (site regards.fr)

 

Ce qui est terrible quand on profère un mensonge en direct à la radio, c’est qu’il révèle aussi votre méthode de travail : cliquer sur le premier lien Google et lire la première phrase. Bernard Marx rétablit les faits.

Ce lundi 10 février sur France Inter, Monsieur Demorand et Madame Salamé interviewaient Gabriel Zucman, économiste spécialiste des inégalités et de la fiscalité, professeur à l’université de Berkeley aux États-Unis. Il publie en France, avec son collègue Emmanuel Saez, le livre Le Triomphe de l’injustice [1] après une parution en anglais aux États-Unis où il a fait évènement. Gabriel Zucman et Emmanuel Saez figurent en effet parmi les conseillers des équipes de Bernie Sanders et d’Elizabeth Warren en matière de réforme fiscale et notamment d’imposition de la fortune.

J’étais tout à ma joie de ne pas avoir à écouter un des ministres qui ont leur rond de serviette au Grand Entretien de France Inter, ou à tourner le bouton pour ne pas avoir à écouter leurs sempiternelles rengaines. Je me disais que ce serait sûrement pour demain, mais qu’à chaque jour suffit sa peine, profitons du moment présent. Cela rajeunissait beaucoup d’entendre quelqu’un se référer à un dirigeant politique qui avait dit et fait : « Au-dessus de tant, je prends tout ! » Même s’il s’agissait des États-Unis et pas de la France. C’est alors que j’ai entendu Léa Salamé apostropher l’économiste avec l’assurance de quelqu’un qui sait naturellement de quoi elle parle : « Comment on explique le taux de pauvreté inférieur aux États-Unis qu’il l’est en France. Ça, c’est clair. Et qui continue à baisser ces cinq dernières années, malgré les politiques Trump. » « Heu ! Alors là, je suis loin d’être sûr que le taux de pauvreté soit inférieur aux États-Unis qu’en France », lui a répondu poliment l’ignorant chercheur. Mais la journaliste a tenu à conclure : « Je veux juste préciser, parce que j’ai retrouvé sur ce que j’ai dit sur le taux de pauvreté, le taux de pauvreté c’est 13,1% aux États-Unis et 14,8% en France ».

Effectivement, quand on tape sur Google « taux de pauvreté aux États-Unis », apparaît en première ligne la phrase : « La pauvreté aux États-Unis concerne officiellement 43,1 millions de personnes, soit 13,5% de la population américaine en 2015 ». Et si l’on tape « taux de pauvreté France », la première phrase qui s’affiche est : « Selon l’Institut national des études économiques, 14,7 % de la population vivaient sous le seuil de pauvreté en 2018 ».

Sauf qu’il faut quand même faire l’effort de lire les deuxièmes phrases. Si elle les avait lues, la journaliste politique de référence sur les ondes du service public n’aurait pas pu dire que le taux de pauvreté aux États-Unis est inférieur à celui de la France. Ou alors elle aurait diffusé sciemment une fausse nouvelle. À chacun son opinion sur ce point.

Au-delà du premier résultat Google

Le fait est que la deuxième phrase pour la recherche « taux de pauvreté États-Unis » est : « Selon plusieurs universitaires, le taux officiel de pauvreté ne donnerait pas une appréciation juste de la réalité, plus préoccupante ». Cependant que pour « taux de pauvreté France », la deuxième phrase est : « (60 % du niveau de vie médian : près de 1065€ mensuels, après impôts) : soit 9,3 millions de personnes. En 2017, 8,9 millions vivaient sous ce seuil. »

En clair, le taux de pauvreté officiel aux États-Unis n’est pas calculé de la même manière qu’en France. Il est évalué là-bas sur la base d’un montant absolu de revenus, alors qu’en France il est évalué sur la base d’un pourcentage du revenu médian. 50 ou 60%. En France, effectivement en 2018, 14,7% de la population dispose de revenus inférieurs à 60% du revenu médian. Ce taux tend à augmenter puisqu’il était de 14% en 2014. Merci Monsieur Macron. Gabriel Zucman a raison de dire que les trois mesures principales de sa politique fiscale – la transformation de l’ISF en IFI, la baisse du taux d’imposition sur les sociétés et la flat taxe sur les revenus du capital – permettent de la caractériser comme une politique en faveur des très riches. Et l’OFCE a raison d’affirmer que cette politique appauvrit les pauvres.

Si l‘on prend comme référence la limite de 50% du revenu médian et non plus 60% le taux de pauvreté est en France proche de 8% quasiment constant depuis 2013. Et évidemment, si l’on veut comparer les taux de pauvreté aux États-Unis et en France, il faut les calculer de la même manière. Il n’y a pas à chercher très loin. Il suffit de taper « taux de pauvreté par pays ». Le premier lien qui s’affiche est celui de l’OCDE. On tombe sur une page qui donne le taux de pauvreté calculé avec un seuil de 50% du revenu médian. Pour la ligne France cela donne 8,3% (en 2016) et pour la ligne États-Unis 17,8% (en 2017).

Le graphique est éloquent. La France figure encore – avant l’impact de la réforme macronienne du chômage et celle de la retraite – parmi les pays où le taux de pauvreté est le plus bas et les USA est le pays riche où le taux de pauvreté est le plus élevé. Si l’on prend le seuil de 60% du revenu médian, le taux de pauvreté aux USA est de près d’un quart (24,2%), soit 10 points de plus qu’en France selon l’Observatoire des Inégalités.

Madame Salamé va-t-elle corriger et s’excuser ou s’enfoncer dans le journalisme de fake news de classe ? Réponse demain.

Bernard Marx

Notes

[1] Emmanuel Saez, Gabriel Zucman : Le triomphe de l’injustice - Richesse, évasion fiscale et démocratie. Seuil, février 2020

Publié le 11/02/2020

Démocratie. « Monsieur le président, soumettez votre réforme au référendum »

 

(site humanite.fr)

 

Pour signer cette pétition : http://chng.it/BYhjbLJ5

Après plus de deux mois de mobilisations sociales d’une ampleur historique, une majorité de Français demandent toujours le retrait de la réforme du système de retraite voulue par le gouvernement. Alors que les projets de loi commencent à être examinés à l’Assemblée nationale, tout est organisé pour contourner le débat devant la représentation nationale et inciter les parlementaires à voter à l’aveugle, avec le recours programmé à pas moins de 29 ordonnances.

Même le Conseil d’État a rendu un avis très sévère, relevant « la fausse promesse d’un régime universel », des projections financières « lacunaires  », mais aussi des dispositions « contraires à la Constitution ».

Ce niveau de défiance à l’égard d’une réforme « inédite depuis 1945 et destinée à transformer pour les décennies à venir un système social qui constitue l’une des composantes majeures du contrat social », comme le souligne à juste titre le Conseil d’État, pose un problème démocratique majeur. à ce stade, seule une consultation populaire permettrait de le résoudre. Un référendum sur le retrait du projet gouvernemental doit être organisé, pour que le peuple ait le dernier mot.

Signez en ligne cette pétition : http://chng.it/BYhjbLJ5

Publié le 10/02/2020

Lubrizol : un rapport pointait en septembre les failles du dispositif anti-incendie

 

Par LIBERATION (siteliberation.fr)

 

Une photo de l'incendie de l'usine chimique classée Seveso de Lubrizol, détruite par un incendie le 26 septembre 2019 à Rouen Photo Philippe LOPEZ. AFP

Treize jours avant la catastrophe, l’assureur du groupe américain avait une nouvelle fois donné l'alerte sur ces manquements, selon un document révélé par «le Monde».

L’usine Lubrizol classée Seveso à Rouen savait et connaissait les risques d’incendie, selon un rapport dévoilé ce samedi par Le Monde. Le 13 septembre 2019, soit treize jours seulement avant l’incendie, une inspection de FM Global, l’assureur du groupe américain, avait pointé les failles du dispositif anti-incendie de l’usine chimique qui ont conduit à l’accident.

Ce document d’une quinzaine de pages est sans équivoque : «Lors d’un incendie, les conteneurs intermédiaires en plastique (IBC) fondraient rapidement et le liquide combustible et/ou inflammable se répandrait sur le sol, créant comme un grand feu de piscine», est-il écrit. Les deux experts indiquent également : «En raison de l’insuffisance d’espace de séparation et du manque de systèmes de confinement et de drainage adéquats, ce feu se propagerait rapidement à l’ensemble du bâtiment A5, entraînant sa destruction totale, et pourrait même s’étendre aux bâtiments environnants. Ce qui pourrait conduire à l’arrêt des activités d’enfûtage du site pendant plusieurs semaines ou mois avant qu’une solution temporaire ne soit trouvée.»

Comme le souligne le quotidien du soir, ce que décrit le rapport est exactement ce à quoi ont été confrontés les pompiers en arrivant sur le site le 26 septembre vers 3 heures du matin. Le bâtiment A5 contenant 5000 tonnes de produits combustibles a notamment bel et bien été détruit.

Des manquements relevés depuis 2014

Dans le diagnostic, la compagnie d’assurances s’inquiète de l’absence «de plan de protection pour le stockage des conteneurs en plastique ou des fûts en métal à l’intérieur du bâtiment A5» et préconise plusieurs «actions correctives». Autre inquiétude pointée dans le rapport : la performance des sprinklers - sortes de douches automatiques censées protéger conteneurs et fûts. Le jour de l’incendie, ils se sont déclenchés trop tôt. La compagnie appelait à renforcer ce système de sprinklers et à l’améliorer pour qu’il diffuse de la «mousse» produite à partir d’une solution aqueuse et pas seulement de l’eau, insuffisante dans ce genre d’incendie.

Les assureurs ont aussi prévenu l’usine que le système de rétention du bâtiment doit, lui aussi, être amélioré. Un point soulevé également par le parquet de Paris après l’incendie, qui a relevé «un dispositif de confinement insuffisant n’ayant pas permis de collecter l’ensemble de la nappe enflammée». Ce point a conduit le parquet à élargir l’enquête contre X, ouverte initialement pour mise en danger d’autrui, en pointant des manquements de sécurité de la part de Lubrizol ayant porté une «atteinte grave à la santé, la sécurité ou dégradé l’environnement».

A lire aussi Lubrizol : «La population a été submergée d’informations inutiles ou incompréhensibles»

Contacté par Le Monde, Lubrizol se défend et assure que «les équipements du site de Rouen étaient, le jour de l’incendie, conformes à la réglementation en vigueur». Ils ajoutent qu’ils ont «investi plus de 100 millions d’euros dans le domaine de la sécurité». Si le groupe assure réaliser des audits régulièrement pour pouvoir «mettre en œuvre des préconisations», il s’avère pourtant que chaque rapport annuel depuis 2014 relevait le même type de manquements et listait les mêmes préconisations, a pu constater Le Monde.

 

LIBERATION

Publié le 09/02/2020

Face au déni du gouvernement, des enseignants documentent la réalité des blocages contre le « bac Blanquer »

 

par Rédaction (site bastamag.net)

 

Les lycéens et enseignants mobilisés contre les « E3C » sont aussi ciblés par des sanctions et des interventions policières disproportionnées. Le mouvement commence à s’étendre aux universités, sur fond de guérilla sociale contre la réforme des retraites.

Les nouvelles épreuves du baccalauréat, baptisées « E3C » (pour épreuves communes de contrôle continu, s’étalent de mi-janvier à mars [1]). La controverse enfle sur l’ampleur du mouvement de contestation des modalités de mises en œuvre de ce nouveau bac, dans un contexte de guérilla sociale contre la réforme des retraites.

Combien de lycées sont réellement concernés par des perturbations et des blocages ? « Dans la grande majorité des lycées, les épreuves se passent normalement », assure le 3 février le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer. Le 20 janvier par exemple, 400 lycées devaient passer des épreuves. Selon le ministère, seule une quarantaine aurait été bloquée. Le syndicat enseignant Snes-FSU en a recensé près de 40 % ce même jour. Des chiffres qui recoupent ceux du syndicat des proviseurs qui a lui aussi annoncé des perturbations dans plus de quatre lycées sur dix.

Face à la communication gouvernementale, une carte interactive recensant tous les lycées mobilisés a été mise en ligne. Elle est animée par six enseignants, qui recueillent les informations envoyées par leurs collègues via un formulaire en ligne (lire à ce sujet cet article de Rapports de force). Avant toute actualisation, ils recoupent ces informations avec les articles publiés dans la presse quotidienne régionale.

D’après leur dernier décompte, au 2 février, des annulations et reports d’épreuves ont eu lieu dans 170 lycées (voir le détail ici). Ils recensent également 56 lycées dans lesquels une partie seulement des élèves ont participé aux épreuves, ainsi que des perturbations dans 148 établissements où les épreuves n’ont cependant pas été reportées. Les départements de Martinique et de Guadeloupe sont particulièrement mobilisés (lire à ce sujet ce témoignage : « La majorité des établissements scolaires de Guadeloupe sont bloqués mais les médias en parlent peu »).

Menaces de zéro et d’exclusion

Une seconde carte concernant la répression des mouvements au sein de l’Éducation nationale a été mise en ligne. Les professeurs et élèves mobilisés sont invités à y préciser les sanctions et menaces dont ils ont fait l’objet, et les éventuelles violences policières (voir le formulaire en ligne).

La menace d’un zéro plane sur tout élève ne s’étant pas présenté aux épreuves, sans motif absence « justifiée ». Certains lycées offrent une possibilité de rattrapage, d’autres non comme à La Rochelle. A Oullins, près de Lyon, le 29 janvier, « environ 70 élèves de séries technologiques ont refusé de composer pour les E3C de mathématiques, le proviseur a décidé de ne pas faire de session de rattrapage et de leur mettre zéro. En outre, deux élèves ont été désignées de façon sommaire comme les "meneuses" et sont convoquées en conseil de discipline, elles risquent un renvoi définitif ». A Auch (Gers), « les élèves internes qui sont allés manifester ont été exclus de l’internat le soir même, parfois sans que leurs parents en soient notifiés. Suite à ça, l’intersyndicale a manifesté en envahissant la cour de ce lycée et maintenant la situation est réglée ».

Interventions policières et gardes à vue

A Bordeaux, le proviseur du lycée Montesquieu a fait cadenasser ses grilles le 28 janvier derrière les élèves de première, venus passer des épreuves du nouveau bac, comme le raconte Rue89 Bordeaux. Une fois les candidats dans la cour, la direction leur annonce qu’ils passeront trois épreuves le même jour, afin de rattraper les épreuves de la veille, annulées en raison de la mobilisation. Afin d’éviter que les élèves n’enclenchent l’alarme incendie pour s’opposer à ce passage d’épreuves forcé, celles-ci ont été désactivées par le personnel. En réponse, les professeurs, eux aussi mobilisés contre la réforme du bac, ont refusé de surveiller les épreuves.

La carte recense également les interventions de police ou de gendarmerie aux abords voire à l’intérieur des lycées, comme à Lyon 2, Paris 13, Rennes ou Jaunay (Vienne). À Paris, dans le 20ème arrondissement, quatre lycéens ont subi 30h en garde à vue suite à un feu de poubelle devant leur établissement. Six élèves du lycée Gustave-Eiffel de Gagny (Seine-Saint-Denis) ont été interpellés le 1er février alors qu’ils érigeaient un mur en parpaings devant les grilles. Après une matinée en garde à vue, ils ont été libérés et feront l’objet d’une réparation pénale pour entrave à la circulation, dégradations et recel de vol de parpaing.

Le 5 février au matin, selon les images diffusées par un lycéen rennais, la police a de nouveau fait usage de la force face à une tentative de blocage du Lycée Victor et Hélène Basch (VHB) de Rennes, avant de se positionner autour et à l’intérieur du Lycée. Une telle présence des forces de l’ordre au sein des établissement, afin d’empêcher l’action des élèves – souvent soutenus par des enseignants et des parents – a été observée à plusieurs endroits, comme au lycée Aristide Bergues, à Seyssinet (Isère) le 27 janvier. De nombreux policiers en tenue de maintien de l’ordre, équipés d’un « lanceur de balle de défense » (LBD) y ont fait une entrée remarquée.

Des lycéennes et lycéens, de différentes régions, mobilisés contre les réformes du bac et des retraites appellent à la tenue d’une première coordination lycéenne nationale les 8 et 9 février prochain. Le 6 février, des blocages ont commencé à être organisés par des étudiants parisiens, dans les universités de Tolbiac et Saint-Denis.

 Pour suivre les mobilisations contre les E3C : www.facebook.com/StopBacBlanquerStopE3C et https://twitter.com/ReformeE3C

Notes

[1] Les nouvelles épreuves du baccalauréat (« E3C », pour épreuves communes de contrôle continu) concernent l’histoire-géographie, les langues vivantes, les mathématiques et comptent pour 30% de la note finale.

 

Publié le 07/02/2020

Fiscalité. Macron est bien le président des riches

 

Clotilde Mathieu (site humanite.fr)

 

Une étude de l’OFCE confirme que les mesures prises depuis le début du quinquennat ont fait gagner 2 905 euros aux 5 % les plus riches et fait perdre 240 euros aux plus modestes. Sans les mesures d’urgence liées au mouvement des gilets jaunes, cela aurait été pire.

Malgré les mesures prises en 2019 pour calmer la colère des gilets jaunes, la politique menée par Emmanuel Macron profite bien aux 5 % des ménages les plus riches. Le constat dressé, hier, par l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) est cinglant : « Sur les 17 milliards d’euros de gains de pouvoir d’achat pour les ménages depuis 2018, plus de 4 milliards d’euros l’ont été aux 5 % de ménages les plus aisés. » A contrario, l’effet cumulé des mesures prises depuis le début du quinquennat devrait être négatif pour les 10 % de ménages les plus modestes.  Autrement dit, « les 5 % des Français les plus pauvres devraient voir leur niveau de vie se réduire d’environ 240 euros par an alors que les 5 % les plus riches devraient voir le leur grimper de 2 905 euros par an », note également l’institut. Pour mener cette analyse, ses économistes ont divisé les ménages français en 20 groupes de taille identique classés selon leur niveau de vie, le groupe 1 représentant les 5 % les plus modestes et le groupe 20, les 5 % les plus aisés.

Branle-bas au ministère de l’Économie

Des chiffres chocs qui ont provoqué une bronca dans l’état-major. Sitôt après la présentation de l’étude, le ministère de l’Économie conviait, en milieu d’après-midi, les journalistes à un « briefing off ». « Ces chiffres sont à mettre en perspective avec l’effort sans précédent sur le revenu des ménages depuis le début du quinquennat qui a permis un gain de 2,7 % du pouvoir d’achat », a insisté le conseiller de Bercy. Et de prétexter des problèmes de méthodologie, à la fois sur la ventilation en 20 tranches de revenus des ménages français qui, selon Bercy, « est un exercice assez périlleux », mais aussi parce que l’étude de l’OFCE aurait « sous-évalué la hausse du taux de recours à la prime d’activité et pris en compte la hausse de la fiscalité du tabac ».

Reste que si les mesures de 2019 avaient permis « un rééquilibrage rapide et massif en faveur des ménages moins aisés », dixit le coauteur de l’étude de l’OFCE, Mathieu Plane, un an après le mouvement des gilets jaunes, les nouvelles mesures votées en décembre au budget 2020 ont bénéficié à « près de 70 % des ménages », mais favorisé les classes moyennes supérieures, au détriment des 15 % les plus pauvres. La raison ? Ce sont ceux qui sont assujettis à l’impôt sur le revenu (– 5 milliards d’euros en 2020) et à la taxe d’habitation (environ – 3 milliards d’euros en 2020) qui sont les grands bénéficiaires. Alors que, 15 % des ménages les plus modestes, n’étant pas assujettis à l’impôt sur le revenu, ou exonérés du paiement de la taxe d’habitation, vont voir leur niveau de vie « amputé », en particulier par la réforme des allocations chômage ou encore de la désindexation de l’inflation de certaines prestations sociales, à l’image des aides au logement (APL). Au total, le revenu disponible des 5 % des ménages les plus modestes, ceux ayant un niveau de vie inférieur à 1 315 euros par mois, devrait diminuer de 45 euros en moyenne sur l’année.

Les chômeurs et les retraités mis à contribution

Cette déformation dans la chaîne de distribution des revenus des ménages vient essentiellement des premières réformes en faveur du capital, réalisées par Emmanuel Macron, à savoir la transformation de l’impôt sur la fortune (ISF), ou encore le prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du capital. Puisque, selon l’OFCE, « l’effet cumulé des mesures socio-fiscales de 2018 à 2020 reste très fortement marqué par le geste fiscal effectué en direction des ménages les plus aisés en début d’année 2018 ». Autant de cadeaux dont peuvent encore pleinement jouir les plus fortunés. D’ailleurs, « si l’on retire les mesures d’urgence liées au mouvement des gilets jaunes et celles issues du grand débat, les gains de pouvoir d’achat liés aux mesures socio-fiscales auraient été nuls sur la période 2018-2020 ». Mais, au-delà du niveau de vie, « le vrai facteur discriminant, c’est l’activité », note Pierre Madec, économiste à l’OFCE. L’étude montre que « les actifs occupés ont capté la grande majorité des gains de niveau de vie enregistrés depuis 2018, alors que les chômeurs et les retraités ont été mis à contribution ».

 

Clotilde Mathieu

Publiéle 06/02/2020

Démocratie de faible intensité

(site politis.fr)

 

Face à toutes les contestations, le verdict de la présidentielle de 2017 est de peu de poids. Le problème, il est vrai, dépasse Emmanuel Macron. C’est celui de la Ve République. Le suffrage universel ne peut pas être une arnaque suivie d’une sorte de bras d’honneur.

De temps en temps, l’homme perd ses nerfs. Le voilà l’autre jour qui s’empourpre devant des journalistes du Figaro et de Radio J, exhortant ceux qui dénoncent la violence du pouvoir à « essayer la dictature ». Avec qui croise-t-il le fer ? Personne. Mélenchon a dénoncé un « comportement monarchique ». Ségolène Royal a parlé de « dérive autoritaire ». Et Olivier Besancenot lui a conseillé, très ironiquement, de « tester la démocratie ». Voilà tout. On a connu polémique plus sévère. Quant à la violence du pouvoir, elle est peu contestable. Physique d’abord, comme en témoignent les nombreuses victimes de la répression. Sociale et politique ensuite, en raison d’un acharnement à imposer, envers et contre tous, une réforme jugée confuse et injuste. Mais s’il faut absolument concéder à Emmanuel Macron que la France, même sous son ministère, n’est pas une dictature, on le fera bien volontiers. Prétendre le contraire serait d’ailleurs insulter les peuples qui paient de leur sang le prix de la liberté. En Syrie et en Égypte, par exemple. Mais le débat existe néanmoins. Non entre dictature et démocratie, mais à l’intérieur de ce dernier concept aux multiples acceptions. Le politologue canadien Francis Dupuis-Déri a recensé chez Tocqueville, auteur de référence de la bourgeoisie libérale, pas moins de onze définitions différentes de la démocratie (1). De la plus exigeante à la plus négligente. Il y a donc de quoi faire. Emmanuel Macron, lui, est visiblement un smicard de la démocratie. Il en a une conception minimaliste. Du haut de son élection, dont il s’est empressé d’oublier les circonstances très particulières, il nargue aujourd’hui une opinion au bord de la crise de nerfs.

La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, croyant voler au secours de son président – c’est son métier –, s’indigne pour sa part que l’on puisse accréditer l’idée « qu’il y aurait un régime qui imposerait sa loi au reste de la population ». Elle devrait garder son indignation pour un meilleur usage. Car, si l’on veut bien supprimer le mot « régime », un peu roublard, pour le remplacer par « gouvernement », c’est exactement ce qui se produit. La réforme des retraites essuie revers sur revers. Un mur de critiques et d’oppositions se dresse devant l’exécutif. Les sondages témoignent de la constante hostilité d’une majorité de Françaises et de Français. Voilà même que Laurent Berger vacille, traçant de nouvelles « lignes rouges » à mesure que son soutien au gouvernement devient intenable. Quant à la fameuse « étude d’impact », qui devait apporter la lumière, elle sème surtout le doute. Enfin, comme un coup de grâce, le Conseil d’État a rendu le 24 janvier un avis on ne peut plus sévère. La plus haute juridiction de la République dit ne pas pouvoir assurer « la sécurité juridique du projet », faute d’avoir eu le temps de l’examiner.

« Le temps », c’est désormais le maître mot de la bataille politique qui s’engage. Il est l’allié naturel de la démocratie. Il n’est visiblement pas l’ami du gouvernement. Plus c’est confus, et plus celui-ci se montre empressé. Il accorde généreusement quatre jours aux députés pour examiner un texte qui vient tout juste de leur être communiqué. Cela, alors que l’on découvre, presque fortuitement, de nouvelles contre-vérités. Ainsi, la part des retraites dans le PIB devait être constante. L’étude d’impact révèle qu’il n’en sera rien. La majoration des pensions à chaque naissance devait être favorable aux femmes, elle risque le plus souvent de profiter aux hommes. Et l’ombre du patronat continue de planer sur le scandale de la pénibilité. Cette pénibilité, refusée aux métiers les plus rudes, et insidieusement remplacée par l’invalidité, une fois le mal constaté. Quant à l’âge pivot, comme l’horizon, il recule à mesure que l’on avance. On devine aussi que la « règle d’or budgétaire » va sérieusement fragiliser les promesses d’augmentations faites aux enseignants. Et tout à l’avenant… Pas étonnant dès lors que la précipitation du gouvernement renforce le soupçon. Quelles vérités sont encore sous le boisseau ?

Le débat sur la démocratie existe donc bel et bien. Cette démocratie qui, telle que nous l’entendons, ne peut s’accommoder de la dissimulation. Face à toutes ces contestations, le verdict de la présidentielle de 2017 est de peu de poids. Le problème, il est vrai, dépasse Emmanuel Macron. C’est celui de la Ve République. Le suffrage universel ne peut pas être une arnaque suivie d’une sorte de bras d’honneur. C’est bien pourquoi, le moment venu, un projet d’une telle ampleur devait faire l’objet d’une vaste campagne d’information et d’une consultation spécifique. Il est encore temps ! Sinon, c’est la ruse qui l’aura emporté. Et Macron, qui n’est évidemment pas un dictateur, aura affaibli une démocratie à laquelle il ne garantit pas le plus bel avenir. Notre président est un démocrate dans le genre de Tocqueville, qui disait avoir un goût prononcé pour « les institutions démocratiques », tout en avouant être « aristocratique par instinct ». Avant d’ajouter crûment : « Je méprise et crains la foule. » Toute ressemblance…

(1) Démocratie, histoire politique d’un mot (éditions Lux, 2019).

par Denis Sieffert

<Publié le 05/02/2020

TRIBUNE. Génération.s appelle à la création d'une "nouvelle force" rassemblant la gauche et les écologistes

 

Redaction JDD (site ljdd.fr)

 

Le député Régis Juanico, la sénatrice Sophie Taillé-Polian, et plusieurs membres de Génération.s appellent dans une tribune intitulée "Unité, que le débat commence !" à l'invention d'une "nouvelle force citoyenne et politique".

 

Régis Juanico et plusieurs membres de Génération.s appellent à l'invention d'une "nouvelle force citoyenne et politique". (AFP)

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Voici leur tribune intitulée "Unité, que le débat commence !" : "Depuis plusieurs semaines, au sein des écologistes et des gauches, les appels au rassemblement et au dépassement des appareils politiques, à la construction d’une "maison commune", d’une "fédération populaire", d’un "programme commun de gouvernement" ou encore d’un "front populaire et écologiste" se multiplient. Nous ne voulons pas attendre l’après-municipales pour dire que nous partageons cet objectif et initier le débat qui en résulte. Devant la menace mondiale d’un effondrement écologique, de l’explosion des inégalités et le rétrécissement des libertés démocratiques qui génèrent partout à travers la planète des mobilisations populaires inédites, devant une Europe en proie à la décomposition à l’heure du Brexit et verrouillée par le poids des dogmes néolibéraux, il faut une contre-offensive écologique et sociale de grande ampleur. Pour le climat, nous avons dix ans pour agir.

En France, nous avons deux ans pour que le scénario du pire qui nous est promis d’un duo-duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen soit balayé par une dynamique populaire et enthousiaste. Elle pourra s’inspirer de la force du mouvement des gilets jaunes qui a remis l’aspiration démocratique et l’exigence de dignité au coeur du débat public quand d’autres voulaient enfermer le pays dans des querelles identitaires. Elle se nourrira de l’énergie des millions de jeunes qui marchent partout dans le monde pour le climat. Elle devra construire le débouché politique aux colères exprimées par ces mouvements sociaux massifs contre la dislocation brutale de notre modèle de protection sociale.

Lucides, nous savons que l’unité nécessaire, vitale même, n’est pas suffisante à elle seule pour construire une dynamique populaire qui permette de l’emporter et de gouverner le pays. Car tel est bien notre objectif, porter l’écologie et les gauches au pouvoir, pour répondre aux urgences du présent et relever les défis du futur. L’union est une construction. Il convient d’en choisir les pierres pour garantir la solidité de l’édifice et son utilité. C’est ce débat que nous lançons et qui nous mobilisera dans les semaines à venir.

Nous prenons notre part, humblement mais avec obstination, dans l’invention de cette nouvelle force citoyenne et politique que nous appelons de nos voeux

Nous croyons que face à l’accaparement des richesses par une infime minorité d’ultra-riches et d’ultra-pollueurs, il faut une réponse radicale, un changement de modèle qui rompe sans frilosité avec le schéma productiviste et l’obsession mystique de la croissance à tout prix dont la réalité montre qu’elle n’est déjà plus qu’une illusion. De la même façon, nous avons l’absolue conviction qu’une société écologiste est une société intrinsèquement structurée par l’égalité et la justice sociale, une alternative au libéralisme et un dépassement du capitalisme. Il ne peut y avoir de transition écologique par un accompagnement du capitalisme financier et néolibéral. Devant la mise en tension de la société, le déclassement et le désespoir des classes moyennes et l’abandon des classes populaires, qui a construit un boulevard à l’extrême droite et aux ultra-libéraux, il doit exister une offre politique populaire déterminée, consciente des rapports de forces qui matricent nos sociétés et qui assume sa vocation majoritaire politiquement et sociologiquement.

Nous invitons tous ceux qui partagent ce constat ou qui veulent l’approfondir, d’où qu’ils viennent au sein de la gauche et de l’écologie, à dialoguer et à multiplier les initiatives. Nous sommes prêts à débattre, décidés à construire. C’est le sens de notre participation au Big Bang de la gauche et de l’écologie ou encore de notre soutien à des élus et des candidats aux élections municipales qui ont su rassembler et qui traduisent au quotidien cette alternative dans les faits. C’est le sens de notre présence au coeur du mouvement social et de notre engagement dans tous les territoires.

Avec Génération.s, nous prenons notre part, humblement mais avec obstination, dans l’invention de cette nouvelle force citoyenne et politique que nous appelons de nos voeux. Démocratique, respectueuse des histoires et des cultures politiques de chacune et chacun, ouverte en grand aux citoyennes et aux citoyens étrangers à nos formations partisanes mais appuyée par celles-ci, cette force qui invente un nouvel espace politique peut être la dynamique qui changera le cours de l’Histoire.
Nous y sommes prêts. Nous entamons le dialogue que nous voulons fécond et exigeant. Nous n’avons pas de temps à perdre, l’année 2020 est décisive. Ni incantation, ni procrastination. Débattons, construisons, rassemblons!"

Liste des signataires :

Régis Juanico, député Génération.s de la Loire
Sophie Taillé-Polian, sénatrice Génération.s du Val de Marne
Guillaume Balas, coordinateur national de Génération.s, ancien député européen
Claire Monod, coordinatrice nationale de Génération.s, conseillère régionale 
Hella Kribi-Romdhane, porte-parole de Génération.s, conseillère régionale
Benjamin Lucas, porte-parole de Génération.s

 

Publié le 04/02/2020

Assange est sorti de l’isolement dans une prison britannique

 

AAP (site legrandsoir.info)

 

Le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, a été sorti de l'isolement dans une prison britannique après une série de pétitions de son équipe juridique et de ses codétenus, indique son organisation.

L’Australien est détenu presque au secret avec de sévères restrictions sur son accès aux visiteurs dans la prison de Belmarsh près de Londres depuis avril, alors qu’il attend son procès d’extradition étasunien qui doit commencer le 24 février.

L’ambassadeur de Wikileaks, Joseph Farrell, affirme que l’Australien de 48 ans a été transféré vendredi de l’aile médicale à une autre aile avec 40 autres détenus.

Il affirme que cette avancée a eu lieu après que son équipe juridique et trois pétitions distinctes de détenus au gouverneur de la prison ont déclaré que son traitement était injuste et inéquitable.

Après des réunions entre les autorités de la prison, l’équipe juridique d’Assange et les détenus, il a été transféré.

"Ce transfert est une énorme victoire pour l’équipe juridique d’Assange et pour les militants qui insistent depuis des semaines pour que les autorités de la prison mettent fin au traitement punitif d’Assange", a déclaré M. Farrell dans une déclaration à l’AAP.

Assange doit être jugé le mois prochain pour déterminer s’il doit être extradé vers les États-Unis, où il est accusé de 17 chefs d’accusation d’espionnage et d’un chef d’accusation de complot pour intrusion informatique.

Les accusations portent sur des allégations selon lesquelles Assange aurait tenté d’aider l’ancienne analyste du renseignement de l’armée des EU Chelsea Manning à protéger son identité numérique alors qu’elle accédait à des fichiers classifiés du Pentagone sur les guerres d’Irak et d’Afghanistan.

WikiLeaks a contribué à la publication de milliers de ces fichiers, dont certains ont révélé des crimes de guerre étasuniens dans les deux pays. Son cas est largement considéré comme un test décisif pour la protection des sources des journalistes.

M. Farrell a déclaré que le transfert d’Assange hors de l’isolement après neuf mois est une petite victoire étant donné qu’il n’a toujours pas accès à ses avocats.

Lors d’une récente audience de gestion de l’affaire, l’avocat Gareth Pierce a déclaré que l’équipe de défense n’avait eu droit qu’à trois heures avec Assange pour discuter de l’affaire.

"Il se voit toujours refuser un accès adéquat à ses avocats, comme l’a reconnu le juge lors d’une audience de gestion de l’affaire au tribunal de Westminster", a déclaré M. Farrell.

"Et les militants continuent d’insister sur le fait qu’Assange ne devrait pas être en prison du tout, et encore moins dans la prison de haute sécurité de Belmarsh."

 

Traduction : Romane

<Publié le 03/02/2020

Blanquer, ministère amer

 

Par Sylvain Prudhomme , écrivain, chroniqueur à «Libération» — (site liberation.fr)

 

C’était il y a peu dans les journaux : une fine courbe sur fond blanc qui dégringolait, dégringolait, tombait en dessous d’un palier, puis d’un second. Elle montrait la chute, année après année, du pouvoir d’achat d’un prof en début de carrière, évalué en nombre de smic : de 2,08 smic en 1990 à 1,36 en 2019. A côté, une autre courbe indiquait le corollaire inévitable de ce déclin : la chute du nombre de candidats aux concours, accentuée par l’élévation, depuis la réforme de 2011, du niveau d’études exigé pour s’y présenter. «Prof, un métier qui n’attire plus», disait le titre, confirmant une expérience que chacun peut aisément faire, pour peu qu’il interroge les lycéens de son entourage sur leurs envies professionnelles. Comment en serait-il autrement ? Etudier longtemps pour gagner peu, et de moins en moins. Etre pris chaque jour entre les exigences contradictoires des programmes, des élèves, des parents d’élèves, des chefs d’établissement, des changements incessants de directives ministérielles. Voir les moyens mis à disposition constamment diminués. Etre à chaque protestation montré du doigt par son propre ministre.

Je me rappelle un ami, volontiers idéaliste pourtant, et dont les motivations étaient loin de se réduire à l’argent, qui disait cyniquement : «Si on veut que les élèves et les parents d’élèves nous regardent avec plus de respect, c’est très simple, il faut qu’on gagne plus. Puisqu’on est dans un monde qui ne respecte que l’argent, tant qu’on ne gagnera pas mieux notre vie, tant que les élèves et leurs parents ne trouveront pas notre situation un peu enviable, il ne faudra pas espérer que ça s’arrange.» Raisonnement qui aurait dû parler aux nostalgiques de l’autorité d’antan, mais dont les politiques successives n’ont cessé de prendre le contre-pied. Paradoxe désespérant : depuis des années (et plus que jamais peut-être depuis la prise de fonctions de Jean-Michel Blanquer), le discours décliniste s’accompagne d’un abandon des enseignants. Et si encore l’abandon n’était que financier. Mais il se double d’un mépris jamais vu : réformes faites d’en haut et imposées sans concertation, limitation toujours plus infantilisante de la marge de liberté laissée à chacun, œuvres désormais unilatéralement imposées chaque année au bac français, sans égard pour les préférences des professeurs ni pour la variété des contextes scolaires.

C’est le rare privilège des enseignants : avoir un ministre qui, au lieu de les entendre, les humilie. La ministre des Armées glorifie les militaires. Le ministre de l’Intérieur défend la police même lorsqu’elle crève des yeux à coups de LBD et provoque la noyade de Steve Caniço. Le ministre de l’Education, seul, ne cesse de se défier des professeurs, de les traiter en incompétents, en indociles qu’il s’agirait d’abord de mater, en tire-au-flanc dont les résistances et l’épuisement ne seraient que conservatisme et défense d’intérêts égoïstes.

Comme beaucoup d’auteurs, il m’arrive assez fréquemment d’aller à la rencontre de lycéens. J’y fais la connaissance de professeurs de lettres qui, par définition, aiment la littérature, y compris contemporaine, prennent le temps d’en lire, tentent par tous les moyens d’en transmettre le goût à leurs élèves - lesquels, bien souvent, entraînés par leur enthousiasme, s’y montrent réceptifs. Or c’est pour moi l’indice le plus accablant : que Blanquer ait réussi à décourager même ceux-là. Qu’au premier rang des professeurs en colère figurent, unanimes, ceux que j’ai vus si passionnés, si attachés à leurs élèves, si appréciés d’eux en retour.

Désarroi de se sentir de plus en plus réduits au rôle d’exécutants. Stupéfaction devant l’ahurissante lettre du recteur d’Aix-Marseille, qui appelait récemment les directeurs d’établissement à traiter les grévistes «avec pédagogie mais si besoin avec fermeté, laquelle est le sel de toute vraie pédagogie». Comment a-t-on pu en arriver là ? Ce n’est pas en tout cas l’entretien donné cette semaine par Blanquer à l’Obs qui atténuera cette impression d’arrogance et de mépris. Interrogé sur l’éducation de demain, le ministre y fait, entre autres, l’éloge des robots. «Il existe des exercices en Chine mais aussi en France où un enfant apprend à écrire une lettre, un signe, et l’ordinateur, par une petite caméra, voit la qualité de ce signe.» Avec cet avantage indéniable de la machine par rapport au professeur en chair et en os : les robots, au moins, ne se mettent pas en grève.

 

Sylvain Prudhomme écrivain, chroniqueur à «Libération»

Publié le 02/001/2020

Scandale. La SNCF déverse des primes aux non grévistes

 

Marion d'Allard (site humanite.fr)

 

L’opérateur ferroviaire a octroyé des « bonifications exceptionnelles » à certains agents non grévistes alors que les cheminots mobilisés contre la réforme des retraites reçoivent des fiches de paie à zéro.

La direction les appelle pudiquement "gratifications exceptionnelles". Des primes attribuées aux cheminots non grévistes en remerciement de leur "professionnalisme", de leur "implication" et de leur "grande disponibilité dans le cadre du mouvement de grève", comme le précise l'extrait du courrier, révélé par la CGT. Il s’agit d’un mail, envoyé par une direction locale à l’un de ses agents, lui octroyant une bonification de 500 euros pour le seul mois de janvier. 

Bérenger Cernon, secrétaire de la CGT cheminots de la Gare de Lyon et qui a relayé l’extrait du courrier sur les réseaux sociaux ne décolère pas. Selon lui, ces primes s’étaleraient de 300 à 1 500 euros, versées en plein conflit social historique contre la réforme des retraites et alors que les cheminots grévistes reçoivent, en cascade, des fiches de paie à zéro. « Ce n’est pas la première fois que ça arrive » explique le cheminot, « mais ça se produit de  plus en plus ». Et dans un contexte où Jean-Pierre Farandou, à la tête de la SNCF, chiffre à un milliard d’euros les pertes financières pour l’opérateur ferroviaire depuis le début de la grève et annonce un plan drastique de réduction des coûts à court terme, la pilule ne passe pas. « Tout cela nous choque, poursuit Bérenger Cernon, après les différentes annonces de la direction sur des économies et des cessions d’actifs à faire pour se serrer la ceinture ».

De son côté, la direction du groupe persiste et signe. Renvoyant tout de même la responsabilité à des « managers locaux », elle assume parfaitement« l’attribution de primes exceptionnelles à certains agents qui se sont mobilisés sur une période particulièrement longue pour assurer la continuité du service public pendant la grève ». Laurent Brun, lui, a immédiatement annoncé que son syndicat allait engager des procédures. Ulcéré, le secrétaire général de la CGT des cheminots, dénonce les méthodes d’un « patronat (qui) met les moyens des entreprises au service de la politique du gouvernement ».

 

Publié le 01/02/2020

Écologie : des liaisons dangereuses

 

(site journalzibeline.fr)

 

« On s’évertue à entretenir voire à réanimer un modèle économique marchand qui est la cause de tous ces désordres », tranchait Nicolas Hulot pour légitimer sa démission du Gouvernement d’Edouard Philippe. Même son de cloche du côté du photographe et documentariste Yann Artus-Bertrand pour lequel « le capitalisme est en train de détruire la planète complètement ». L’un et l’autre ne sont ni marxistes, ni anticapitalistes, loin s’en faut. Ils affirment pourtant publiquement et sans tergiverser que le néolibéralisme n’est pas compatible avec l’urgence écologique et climatique. Une évidence qui ne semble pas l’être aux yeux de certains représentants de l’écologie politique. Particulièrement ceux qui incarnent l’ambition électoraliste d’Europe Écologie – Les Verts pour le scrutin municipal de mars. À Paris, c’est une tête de liste EELV qui propose, en décembre dernier, une « large coalition » avec un député LREM et candidat macroniste prétendument dissident. Si le nouveau secrétaire national du parti labellisé écologiste a on ne peut plus clairement balayé l’éventualité d’une telle alliance, son ancien chef de file aux européennes maintient l’idée de rapprochements de circonstance et à géométrie variable selon les villes. Au premier tour, l’autonomie, dans le but quasi-avoué de se compter plutôt que de rassembler, reste la principale consigne. Au second, le tabou pourrait bien être levé et la ligne rouge franchie d’union avec des soutiens du président de la République voire d’une main tendue aux Républicains et alliés, enfonçant ainsi le clou de la dépolitisation des luttes écologiques. « Gérard Collomb a été un temps le maire qu’il fallait à Lyon, comme Chirac et Delanoë ont été celui qu’il fallait à Paris, comme Chaban-Delmas et Juppé ont été celui qu’il fallait à Bordeaux », a déclaré Yannick Jadot. Son score à deux chiffres aux élections européennes a suffi à le transformer en lider maximo du calcul politicien. Pire, en artisan d’une recomposition politique reposant sur une opération de greenwashing résolument libérale. À Marseille Sébastien Barles, représentant officiel d’EELV, n’a cessé ses appels du pied à l’égard d’un député En Marche jusqu’à ce que ce dernier rentre dans le giron du candidat adoubé par l’Élysée. Basses manœuvres qui n’honorent pas la politique. Heureusement, Michèle Rubirola -suspendue d’EELV en représailles- affirme les valeurs sociales de l’écologie et donne la priorité au rassemblement, portant les couleurs du Printemps marseillais, arc-en-ciel politique, social et citoyen des forces progressistes. Mais ces valeurs de gauche sont-elles encore écolo-compatibles ? Jusqu’où peuvent aller leurs liaisons dangereuses ? L’exemple le plus glaçant nous vient d’un pays de l’Union européenne. Un accord de gouvernement a été conclu en Autriche, entre la droite conservatrice et le parti dit écologiste. Le nouveau chancelier, précédemment allié avec l’extrême-droite, déclare de manière décomplexée vouloir protéger à la fois le climat et les frontières. Or justices sociale et environnementale sont deux enjeux fondamentaux indissociables, répondant ensemble à une exigence d’émancipation humaine en harmonie avec la planète. L’exacte antithèse du dessein libéral.

 

LUDOVIC TOMAS

Publié le 31/01/2020

Plan Trump : un plan de liquidation de la cause palestinienne, un alignement indigne de la France

 

(site afps@france-palestine.org)

 

>> Signer la pétition "Nous ne laisserons pas la Palestine disparaitre de la carte !"

 

Quel spectacle révoltant nous ont offert ce 28 janvier Trump et Nétanyahou, qui prétendaient présenter ensemble un « plan de paix » concernant au premier chef les Palestiniens …sans la moindre présence palestinienne. Ces deux individus, tous deux sous le coup de poursuites pour des actes commis dans le cadre de leur activité politique, tous deux obnubilés par l’échéance électorale à venir, unis par leurs conceptions racistes et suprémacistes.

Une seule réalité : Trump fait un cadeau électoral à Nétanyahou en lui donnant sa bénédiction à l’annexion de toutes les colonies et de la Vallée du Jourdain. Cynique jusqu’au bout, il l’adosse à la promesse d’un supposé État palestinien fractionné et dépouillé de sa capitale Jérusalem et de toutes ses ressources…
L’annexion ? C’est dès que vous voulez, dit-il aux Israéliens.
Le supposé État de Palestine, même dépouillé de tout pouvoir et de toute ressource ? C’est pour dans 4 ans si vous êtes sages.
Pas besoin d’en dire plus, on avait compris depuis longtemps : il s’agit d’aller toujours plus loin dans la dépossession des Palestiniens de leurs terres, de leurs ressources et de leurs lieux emblématiques, de perpétuer le régime d’apartheid, de maintenir les Palestiniens sous occupation.

En entendant liquider la cause palestinienne, ce n’est pas seulement toute perspective de paix que Trump enterre, c’est une conception des relations internationales fondée sur le droit. Ce n’est pas seulement en Israël et Palestine que la paix est menacée : le suprémacisme est à l’œuvre, il mine nos démocraties, il menace la paix dans le monde entier.

La voie de la paix est toute autre : elle passe d’abord par la reconnaissance de l’Autre, de l’injustice et des torts qui lui ont été faits, elle passe par le respect du droit à l’autodétermination du peuple palestinien et du droit au retour des réfugiés palestiniens, elle passe par la fin de l’occupation, de la colonisation, du blocus de Gaza. Ce n’est que sur cette base-là, celle du Droit que Palestiniens et Israéliens pourront inventer leur avenir commun.

La première réaction de la France est de « saluer les efforts du président Trump » ! C’est indigne ! La seule réaction possible au « plan Trump » de la France, de l’Europe, de tous les États qui affirment refuser la loi de la jungle et la loi du plus fort, est un rejet clair et net, sans détour, assorti de menaces de sanctions si l’État d’Israël s’avisait de le mettre en œuvre. Il est inconcevable que la France se rende ainsi complice d’un tel plan. C’est une solution basée sur le droit qui doit s’imposer.

Le Bureau national, 29 janvier 2020

>> Signer la pétition "Nous ne laisserons pas la Palestine disparaitre de la carte !"

Que dit la France officielle ?

Plan de paix du président des Etats-Unis d’Amérique – déclaration de la porte-parole (29.01.2020)

Déclaration de la porte-parole du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères

La France salue les efforts du président Trump et étudiera avec attention le plan de paix qu’il a présenté. Elle exprime sa conviction que la solution des deux Etats, en conformité avec le droit international et les paramètres internationalement agréés, est nécessaire à l’établissement d’une paix juste et durable au Proche-Orient. Elle continuera d’agir en ce sens en lien avec les Etats-Unis, ses partenaires européens et tous ceux qui peuvent contribuer à la réalisation de cet objectif. Elle restera attentive au respect et à la prise en compte des aspirations légitimes des Israéliens comme des Palestiniens.

Publié le 30/01/53

Grève des profs : Menaces, chantage, appel à la délation

La lettre stupéfiante du recteur d’Aix-Marseille aux proviseurs

 

paru dans lundimatin#226, (site lundi.am)

 

Depuis le début de la semaine, les lycéens français sont censés bucher sur l’une des nouvelles dispositions de la réforme du baccalauréat : les épreuves communes de contrôle continu (E3C). Mais c’était sans compter sur l’agacement certain qui frappe le milieu des professeurs de l’Éducation nationale.

Fortement mobilisés contre la réforme des retraites, ces derniers sont tout aussi peinés par la réforme du baccalauréat. Dans de nombreux établissements, des rumeurs de blocage des épreuves ou de refus de corriger les copies bruissent depuis plusieurs jours. Rien de plus légal pour des travailleurs que de se mettre en grève pour bloquer la production. Ce n’est pourtant pas l’avis de M. Bernard Beignier, recteur de l’académie d’Aix-Marseille. Dans un courrier que nous nous sommes procurés, ce haut-fonctionnaire à qui le gouvernement vient d’offrir un 13e mois de 51 000 euros au même titre que tous ses co-recteurs, s’adresse aux chefs d’établissements. Cette lettre que nous avons choisi de publier in extenso est proprement stupéfiantes : menaces de sanctions disciplinaires pour les grévistes, pénales pour qui voudrait bloquer son établissement et appels à la délation des professeurs entrés selon lui « dans une logique de rébellion ». Pas certain que la « fermeté (laquelle est le sel de toute vraie pédagogie) » dont se prévaut M. Beignier produise les effets pédagogiques escomptés

Mesdames et Messieurs les chefs d’établissements de lycées,

Il est superflu de vous décrire l’ambiance qui règne dans plusieurs de vos établissements, au sujet des E3C.
Comme je sais que vous y œuvrez, il est essentiel de maintenir le dialogue avec les personnels de vos établissements
Néanmoins, lors de vos échanges avec les professeurs, quelques rappels simples doivent être faits.
En premier, les enseignants, de par leur statut, doivent participer à l’intégralité du déroulement des E3C : choix des sujets, surveillance, correction...
Un refus est, au minimum, un acte de grève. Il faut, si besoin, le rappeler et dire que le calcul des jours de grève ne peut que se faire selon les prescriptions du Code de l’Education. Il n’est pas plusieurs manières légales de le faire.
Mais un refus peut aussi engendrer une faute professionnelle avec toutes les conséquences disciplinaires qui en découlent. Cela touche spécialement le refus de correction, ainsi que la falsification des notes.
La manipulation des élèves (tracts, classes transformées en réunions syndicales…) est une faute caractérisée et une violation de la déontologie de l’enseignant.
Je ne veux envisager, que par pure hypothèse, des actes comme la participation (ou l’incitation) au blocage ou à l’invasion d’un établissement. Dans de tels cas, l’on quitterait le Code de l’Education pour le Code pénal.
Compte-tenu du contexte, je vous demande, dans les jours prochains, à titre préventif, de rappeler, avec pédagogie mais si besoin avec fermeté (laquelle est le sel de toute vraie pédagogie), ces principes dont certains semblent ignorés de divers enseignants entrés dans une logique de rébellion qui est la négation complète du statut de fonctionnaire. Soyez attentifs aux plus jeunes, moins expérimentés et qui peuvent, eux-aussi, être manipulés par d’autres plus âgés et qui, avec l’âge peuvent perdre et la sagesse et le courage. Qu’ils ne se mettent pas dans des situations inextricables.
Je vous demande également de nous informer (le directeur de cabinet) de tous les indices laissant présager, dans votre établissement, des tentatives de sabotage des examens. Mieux vaut une alerte vaine qu’une trop tardive.
Dans tous les cas, le jour des contrôles, vous serez d’une particulière vigilance, tôt le matin.
J’espère vivement que la raison l’emportera. Vous savez combien je suis attentif au dialogue social. Je recevrai, comme je le fais toujours, les audiences qui me seront réclamées. Je passerai le temps nécessaire à écouter une profession, dont je fais partie, et qui vit des tensions et des angoisses. Ma mission est là.
Je sais aussi compter sur votre lucidité et votre détermination. Je mesure la charge qui est la vôtre, la fatigue et même la lassitude d’être remis en cause dans votre action républicaine par ceux qui sont, d’abord, votre « équipe pédagogique ». Si la certitude de vous sentir épaulés, soutenus et relayés par votre hiérarchie peut être source de courage : je forme ce voeu.
Enfin vous savez, d’ores et déjà, que les IA-IPR, derrière leur doyen qui me tient au courant chaque jour de la situation, sont là pour vous seconder dans le choix des sujets comme ils le seront dans l’harmonisation des notes.

Soyez assurés, Mesdames et Messieurs les Proviseurs, de mes sentiments dévoués et très cordiaux,

Bernard Beignier

Publié le 29/01/2020

Muriel Penicaud ment aux femmes à la radio

À l’interpellation d’une auditrice, choquée de la suppression des huit trimestres accordés aux femmes au titre de la maternité, dans le projet de loi sur les retraites, Muriel Pénicaud, invitée de la matinale de France Inter, a affirmé qu’il fallait avoir eu trois enfants pour bénéficier de droits dans le système actuel, ce qui est faux.

 Elle était l’invitée de la matinale de France Inter le vendredi 24 janvier, pour défendre le projet de loi Macron sur les retraites, le jour où il était présenté en conseil des ministres, et où une large intersyndicale appelait à la mobilisation contre la retraite à points.

https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-24-janvier-2020

Muriel Pénicaud a alors affirmé que : “90% femmes vont gagner dans ce système, elles auront en moyenne 5% de plus”.

En réponse à une auditrice, qui s’est dite choquée, à la fois de la suppression des droits des mères en termes de trimestres, mais aussi de la réduction de la bonification de 10% pour les mères de trois enfants à 2%, Muriel Pénicaud n’a rien répondu sur la suppression des bonifications en termes de trimestres -sujet soigneusement effacé de la communication-, mais elle a osé affirmer que, dans le système actuel, “il fallait avoir trois enfants pour que les enfants soient pris en compte” (18’)

Ali Badou, qui a eu un doute, mais ne connaissait malheureusement pas précisément le sujet, a relancé la question: “ce n’était pas compté dès le premier enfant?”, à quoi la ministre a répondu: “non, c’était au troisième”.

Dans le système actuel, les femmes salariées du privé bénéficient automatiquement de quatre trimestres au titre de la maternité, et en plus de quatre trimestres au titre de l’éducation des enfants, qui peuvent être attribués au père ou à la mère, et ce, dès le premier enfant.

https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F16336

Les 5% de droits accordés dans le nouveau système à points ne sont en réalité pas un droit nouveau, un avantage de plus, pour les mères, ils ne sont que la traduction en pourcentage de ce qui était accordé en termes de trimestres. Comme 5% correspondent à la décote par année de retraite anticipée avant l’âge d’équilibre, il y aura bien une perte pour toutes les femmes, puisqu’elles ne bénéficieront plus que d’un avantage correspondant à quatre trimestres, au lieu de l’équivalent de huit  trimestres (qui correspondrait à 10%). Par ailleurs, la perte est plus importante pour les mères de trois enfants, lesquelles perdent en plus 8% de droits. Un coup dur pour les femmes qui avaient choisi de mettre leurs carrières pour un temps entre parenthèses, soit en travaillant à temps partiel, soit en repoussant à plus tard le fait de choisir des postes plus ambitieux et plus rémunérateurs, le temps d’élever leurs jeunes enfants, comptant alors sur cette solidarité qui leur était promise.

Muriel Pénicaud affirme, en outre, que “les femmes ne seront plus obligées d’aller jusqu’à 67 ans pour avoir le taux plein”, ce qui est jouer sur les mots, puisque la notion de “taux plein” disparaît dans le projet de retraite à points. La notion de taux plein n’a, en effet, de sens que dans un système où le droit à la retraite est calculé en pourcentage d’un salaire de référence (les 25 meilleurs années dans le privé). Dans le système de retraite à points, les droits ne sont plus calculés en référence au salaire, mais en référence aux points acquis tout au long de la carrière. Aussi, dans le projet de loi Macron sur les retraites, la notion de taux plein est remplacée par la notion d’âge d’équilibre, qui opère une décote, si vous partez à partir de l’âge légal, 62 ans, et avant l’âge d’équilibre, qui serait de 65 ans pour la génération 75, âge d’équilibre qui augmenterait ensuite. La décote de 5% par an, soit dit en passant, vous retirera des droits que vous avez pourtant acquis en achetant des points... alors que dans le système actuel, la décote se justifie au regard des années où vous n’avez pas cotisé.

A propos de six cas présentés par Le Parisien dans son édition du 24 janvier, qui sont tirés de la version intermédiaire de l’étude d’impact publiée par le gouvernement, et qui révèlent que que: “le nouveau système par points, dans de nombreux cas, sera moins favorable aux mères de famille, si elles prennent leur retraite entre 62 et 65 ans, voire 66 ans”, Muriel Pénicaud affirme que les cas sont faux. L’étude d’impact, dans sa version définitive publiée le 24 janvier efface curieusement les cas de femmes avec enfants. Et ce, malgré le fait que les autres cas publiés et validés sont eux-mêmes faux et truqués pour faire apparaître artificiellement la retraite à points comme avantageuse. Que penser, comment s’informer et débattre, si le gouvernement publie des cas qui sont faux, qu’il dénonce lui-même ses propres études de cas quand elles révèlent que les effets de la loi seront le contraire de ce qu’il dit, puis qu’il efface tout simplement ces cas de son étude d’impact, quand il devient trop difficile même de les truquer?

https://www.kiosque.leparisien.fr/data/30152/reader/reader.html?t=1579948008314#!preferred/0/package/30152/pub/37968/page/4/alb/489244

https://twitter.com/nosretraites?lang=fr

Les femmes qui ont des carrières hachées seraient particulièrement gagnantes, nous dit-on, mais comment? Les femmes ne sont pas touchées par les inégalités salariales uniquement parce qu’elles sont mères, ce sont elles qui subissent aussi le plus les temps partiels imposés. Alors que le système actuel ne prend en compte que les vingt cinq meilleures années des salariées du privé, pour calculer le montant des pensions, ce qui compense en partie les plus mauvaises années, le calcul sur la base de l’ensemble de la carrière ne peut qu’être défavorable à toutes.

“Ne pas faire la réforme, ce serait sacrifier les jeunes et les femmes” déclare enfin Muriel Pénicaud, pour éviter de répondre à une question sur le coût de la réforme.

Rappelons qu’avant l’élection d’Emmanuel Macron, le COR estimait que le système était à l’équilibre, le candidat le rappelait lui-même dans son programme de campagne présidentielle: “ Après plus de vingt ans de réformes successives, le problème des retraites n’est plus un problème financier. Les travaux du Conseil d’Orientation des Retraites, qui font référence, le montrent : pour la première fois depuis des décennies, les perspectives financières permettent d'envisager l'avenir avec « une sérénité raisonnable » selon le Comité de Suivi des Retraites. L’enjeu aujourd'hui n’est donc pas de repousser l’âge ou d'augmenter la durée de cotisation.” Or le projet Macron sur les retraites risque de coûter trois cent milliards d’euros, d’après Ali Badou; ce que Muriel Pénicaud n’a pas contredit. Elle n’a rien dit sur ce chiffre. Elle a justifié qu’il faudrait supporter un coût de transition. Mais pour quoi faire? Pour détruire un système qui fonctionne, que l’on peut améliorer pour celles et ceux qui y sont actuellement défavorisés, sans mettre en péril les retraites de tous et de toutes? Est-ce ainsi, en mettant grandement en péril l’équilibre financier du système général, par la réduction de ses recettes et par l’augmentation de ses charges, est-ce en organisant la baisse des pensions et l’allongement de la durée de travail, que l’on va assurer l’avenir des jeunes générations et des femmes?

Alors, soit Muriel Pénicaud et le gouvernement défendent un dossier qu’ils ne connaissent pas, et c’est terrifiant, non? Soit ils nous mentent délibérément, jouant sur la confusion, l’approximation, l’occultation d’informations, et alors, c’est terrifiant, non?

Publié le 28/01/2020

Assange est sorti de l’isolement dans une prison britannique

 

AAP (site legrandsoir.info)

 

Le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, a été sorti de l'isolement dans une prison britannique après une série de pétitions de son équipe juridique et de ses codétenus, indique son organisation.

L’Australien est détenu presque au secret avec de sévères restrictions sur son accès aux visiteurs dans la prison de Belmarsh près de Londres depuis avril, alors qu’il attend son procès d’extradition étasunien qui doit commencer le 24 février.

L’ambassadeur de Wikileaks, Joseph Farrell, affirme que l’Australien de 48 ans a été transféré vendredi de l’aile médicale à une autre aile avec 40 autres détenus.

Il affirme que cette avancée a eu lieu après que son équipe juridique et trois pétitions distinctes de détenus au gouverneur de la prison ont déclaré que son traitement était injuste et inéquitable.

Après des réunions entre les autorités de la prison, l’équipe juridique d’Assange et les détenus, il a été transféré.

"Ce transfert est une énorme victoire pour l’équipe juridique d’Assange et pour les militants qui insistent depuis des semaines pour que les autorités de la prison mettent fin au traitement punitif d’Assange", a déclaré M. Farrell dans une déclaration à l’AAP.

Assange doit être jugé le mois prochain pour déterminer s’il doit être extradé vers les États-Unis, où il est accusé de 17 chefs d’accusation d’espionnage et d’un chef d’accusation de complot pour intrusion informatique.

Les accusations portent sur des allégations selon lesquelles Assange aurait tenté d’aider l’ancienne analyste du renseignement de l’armée des EU Chelsea Manning à protéger son identité numérique alors qu’elle accédait à des fichiers classifiés du Pentagone sur les guerres d’Irak et d’Afghanistan.

WikiLeaks a contribué à la publication de milliers de ces fichiers, dont certains ont révélé des crimes de guerre étasuniens dans les deux pays. Son cas est largement considéré comme un test décisif pour la protection des sources des journalistes.

M. Farrell a déclaré que le transfert d’Assange hors de l’isolement après neuf mois est une petite victoire étant donné qu’il n’a toujours pas accès à ses avocats.

Lors d’une récente audience de gestion de l’affaire, l’avocat Gareth Pierce a déclaré que l’équipe de défense n’avait eu droit qu’à trois heures avec Assange pour discuter de l’affaire.

"Il se voit toujours refuser un accès adéquat à ses avocats, comme l’a reconnu le juge lors d’une audience de gestion de l’affaire au tribunal de Westminster", a déclaré M. Farrell.

"Et les militants continuent d’insister sur le fait qu’Assange ne devrait pas être en prison du tout, et encore moins dans la prison de haute sécurité de Belmarsh."

 

Traduction : Romane

Publié le 27/01/2020

Ironique ? La CFDT condamnée pour abus de pouvoir et intimidation contre ses militants

(site francais.rt.com)

 

Alors que le patron de la CFDT, Laurent Berger, fustigeait fermement l'intrusion d'opposants au QG du syndicat le 17 janvier, la centrale a été condamnée pour un coup de force similaire à l'encontre de ses propres militants au sein d'une section. Un couac pour la CFDT. Le Canard enchaîné révèle le 22 janvier que le syndicat dit réformiste qu'est la CFDT a été condamné le 16 janvier pour violence envers ses militants. «Des gros bras», précise le journal, avaient en 2015 «fracturé les portes des locaux du syndicat des Grands magasins pour le placer sous administration provisoire et faire, au passage, main basse sur ses comptes bancaires». Lire aussi L'ensemble des syndicats étaient dans la rue lors des mobilisations de 1995. Syndicats «réformistes» vs «contestataires», une lutte qui sert Macron, le patronat et la CFDT ? Le tort de ces militants aux yeux de la CFDT ? S'être opposés à des directives nationales du syndicat, notamment sur le travail du dimanche, selon Le Canard enchaîné. D'ailleurs, leurs prises de position publiques contre la CFDT n'auraient pas du tout plu à Laurent Berger, selon Le Figaro. Après l'épisode des gros bras, les syndicalistes ont de fait décidé de porter plainte contre leur centrale. Le 16 janvier, quatre ans après les faits, la cour d'appel de Paris a donné raison aux militants de la section. Dans son jugement, il est précisé que «La CFDT a outrepassé les pouvoirs qu’elle tient de ses statuts» et qu'il «ne ressort pas des statuts de la CFDT ni de son règlement intérieur dans sa version en vigueur à l’époque des faits que la confédération avait le pouvoir de mettre un syndicat confédéré sous administration provisoire ou sous tutelle». Ironie de l'histoire, au lendemain de ce jugement, le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger dénonçait l'intrusion, au QG du syndicat, de militants opposés à la CFDT et à la réforme des retraites. Laurent Berger avait ainsi dénoncé dans un tweet l'«agression» verbale et physique dont auraient été victimes les salariés de la CFDT. «Nous condamnons cet acte et nous ne nous laisserons pas intimider», a-t-il ajouté.
 

La section, qui a obtenu gain de cause, s'est exprimée après le jugement en raillant l'attitude de Laurent Berger : «Ce que Laurent Berger dénonce dans les médias est le strict reflet de ce que nous avons vécu avec la CFDT.»
 

La procédure de ces anciens cédétistes ne semble en outre pas terminée, puisque ceux-ci exigent que la CFDT «rende tous les documents qu’elle nous a volés, sous peine d’astreinte.

 

Publiéle 26/01/2020

350 000 à Paris. « L’"essoufflement" du mouvement ? C’est un truc de journalistes »

 

Cyprien Boganda (site humanite.fr)

 

Au moins 350 000 personnes ont manifesté dans Paris ce vendredi contre le projet de réforme des retraites. Un cortège festif, dense et éclectique, bien décidé à poursuivre la mobilisation jusqu’au retrait.   

 

Yann, 51 jours de grève au compteur, n’a toujours pas l’intention de reprendre le travail. « Un mois et demi de mobilisation, ça commence à tirer sur les finances, reconnait néanmoins ce conducteur de la ligne 13. Mais ma volonté de combattre la réforme est intacte. La grève était connue depuis longtemps, donc j’ai eu le temps de m’organiser financièrement. Et puis, il y a la famille et les amis, ça aide… » Partis de la place de la République en fin de matinée avec la tête du cortège, Yann et ses collègues marquent un temps d’arrêt à mi-parcours, avant d’obliquer vers Châtelet. Un cheminot passe dans les rangs en tenant une caisse de grève, antique boite de fer recouverte d’autocollants qu’on se transmet de génération en génération. Un passant fend la foule et jette quelques pièces dans la boite, aussitôt accueilli par des « hourras » enthousiastes. John, chauffeur de bus à Saint-Denis, a dû arrêter la grève la mort dans l’âme : « Financièrement, ce n’était plus possible, avec un crédit à rembourser et deux enfants à nourrir. Mais je participerai à toutes les grosses journées de mobilisation. Et ce qui me rassure, c’est que d’autres secteurs commencent à prendre le relais… »

Autant dire que dans la foule, l’ambiance n’est pas franchement au renoncement. Cheminots, enseignants, avocats ou fonctionnaires, tous martèlent le pavé dans la joie et la bonne humeur, malgré le froid piquant – le thermomètre affiche un timide 4 degrés. Dans le cortège, une pancarte affirme avec humour qu’il vaut « mieux être pris en otage que pour des cons ». Comme souvent, les slogans rivalisent d’imagination, depuis le classique « Dégager Macron et sa réforme », jusqu’au plus audacieux «Le lycée Maurice Ravel en a ras le Boléro. » Un petit nouveau a émergé pour l’occasion, brandi par les enseignants : « je suis 0,1% », en riposte à une sortie du ministre Jean-Michel Blanquer affirmant que « 99,9% des enseignants étaient d’accord avec lui ». Marine, 31 ans, est prof de sciences économiques et sociales (SES) dans les Yvelines : « La réforme des retraites est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, mais les enseignants ont beaucoup de raisons d’être en colère. Les réformes s’empilent, les moyens ne font que baisser…A titre personnel, je suis prof principale et j’ai 80 élèves à gérer, dont certains en réelles difficultés. Comment voulez-vous qu’on s’en sorte ? »

Amélie, maîtresse de conférence en économie à l’ENS, défile contre la réforme pour la première fois. « J’ai donné 500 euros aux caisses de grève, dit-elle, comme pour s’excuser. J’avais l’impression que la mobilisation dans les transports commençait à se tarir, et c’est pour ça que je suis là aujourd’hui. Il faut que nous prenions le relai, qu’on montre qu’on est présents. »

« L’essoufflement du mouvement, c’est un truc de journalistes, renchérit Ludovic, jeune thésard en sociologie, qui avance sur le boulevard la clope au bec. Au bout de 50 jours, il était normal qu’il évolue, qu’il se donne de nouvelles formes. A titre personnel, je ne suis pas sûr que Macron retire son projet…Mais tout ce qui se passe en ce moment laissera forcément des traces. Des graines ont été semées pour l’avenir. »

C’est un peu l’avis de Serge, 72 ans, appareil photo autour du cou, qui regrette que la plupart des actions militantes passent sous les radars médiatiques. Il a participé à une retraite aux flambeaux la veille au soir, dans les rues de Palaiseau (Essonne) et n’en revient toujours pas : « On était au moins 400 à défiler, un truc qui ne s’était pas produit depuis 25 ans ! L’ambiance était joyeuse, festive. Il se passe quelque chose dans la société, les gens prennent conscience qu’on ne peut plus continuer comme ça. Un exemple parmi d’autre. J’appartiens à un photo club d’une soixantaine de personnes, dans ma ville. Cela fait quinze ans que j’y suis, et c’est la première fois que les gens commencent à parler de politique, spontanément. »

Les syndicats ont déjà pris rendez-vous : la prochaine manifestation est prévue pour le 29 janvier. 

 

CB

<Publié le 25/01/2020

Féminismes : Les nouvelles voix

Depuis le mouvement #MeToo, une nouvelle vague de féministes s’allie aux anciennes pour éviter un ressac des acquis sociaux.

(site politis.fr)

L e patriarcat est un juge qui nous reproche d’être nées. Notre punition, ce sont les féminicides, le viol. Le coupable, ce n’est ni moi, ni mes fringues, ni l’endroit. Le violeur, c’est toi. » Les yeux bandés, une chorégraphie synchronisée, les voix à l’unisson… Des centaines de femmes ont entonné ce chant de révolte contre la culture du viol au Chili en novembre dernier. Frisson mondial immédiat. L’hymne Un violeur sur ton chemin a été repris en Colombie, en Espagne, en France, en Australie, au Canada, en Turquie, créant une passerelle tonitruante entre toutes ces femmes qui osent parler, qui veulent se faire entendre, pour elles et toutes les autres. Une sensation de puissance qui ne cesse de grandir depuis que le mouvement #MeToo a mis un terme au silence inhérent à des siècles d’oppression et d’agressions.

Il y a deux ans, le meurtre d’une femme par son compagnon – ou son ex – était qualifié de « crime passionnel ». Un producteur d’Hollywood et bien des hommes de pouvoir pouvaient harceler et agresser des femmes dans un silence total. Des prises de parole d’une Catherine Deneuve ou d’une Élisabeth Lévy se présentant comme féministes véhiculaient l’idée d’un féminisme blanc et bourgeois omnipotent. En 2002, l’Assemblée nationale ne comptait que 18 % de femmes. Il y a une quinzaine d’années, on pensait encore que les femmes étaient dotées d’un point G à l’intérieur du vagin, clé miraculeuse des orgasmes. Aujourd’hui, le terme « féminicide » a fait son apparition, le plafond de verre se fissure dans la sphère politique et le clitoris est admis comme l’organe de référence du plaisir féminin.

Une nouvelle vague de féministes s’allie aux anciennes dans un continuum de luttes ininterrompues pour éviter un ressac néfaste qui guette chaque acquis. Les nouvelles voix de ces luttes ne sont plus les mêmes, leurs origines sociales non plus. Dans la sphère privée et dans la société tout entière, le patriarcat a pris un sérieux coup dans les parties. Cette nouvelle ère est celle du point F. Comme « femmes », mais surtout comme « féminismes ».

Pour aller plus loin

Sorcières. La puissance invaincue des femmes, Mona Chollet, Zones, 2018.

Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique, Mona Chollet, Zones, 2015.

Violences conjugales. Du combat féministe à la cause publique, Pauline Delage, Presses de Sciences Po, 2017.

Un autre regard, Emma, Massot Éditions, 2017.

Reclaim. Recueil de textes écoféministes, Émilie Hache, Cambourakis, 2016.

Libérées ! Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale, Titiou Lecoq, Fayard, 2017.

Écoféminisme, Maria Mies et Vandana Shiva, L’Harmattan, 1999.

_Quel monde voulons-nous ?__Starhawk, Cambourakis, 2019.

MLF, psychanalyse et politique, 1968-2018, Des femmes-Antoinette Fouque, 2018.

Olympe de Gouges, roman graphique, José-Louis Bocquet et Catel, Casterman, 2013.

La Vie domestique, film d’Isabelle Czajka, 2013.

Ni les femmes ni la terre ! film de Marine Allard, Lucie Assemat et Coline Dhaussy, 2018.

Les Féministes blanches et l’Empire, Félix Boggio Éwanjé-Épée et Stella Magliani-Belkacem, La Fabrique, 2012.

Trouble dans le genre, Judith Butler, La Découverte, 2006.

Femmes, race et classe, Angela Davis, Des Femmes-Antoinette Fouque, 2007.

Du pain et des roses. Appartenance de genre et antagonisme de classe sous le capitalisme, Andrea D’Atri, Éd. Communard.e.s, 2019.

La France, tu l’aimes ou tu la fermes ? Rokhaya Diallo, Textuel, 2019.

La Révolution féministe, Aurore Koechlin, Amsterdam, 2019.

« Nous disons révolution », article de Paul B. Preciado, Libération, 20 mars 2013.

Un féminisme décolonial, Françoise Vergès, La Fabrique, 2019.

Noire n’est pas mon métier, ouvrage collectif, Seuil, 2018.

Culottées. Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent, Pénélope Bagieu, bandes dessinées, tomes I et II, Gallimard, 2016.

Kiffe ta race, podcast de Grace Ly et Rokhaya Diallo, sur Binge Audio.

Intérieur Queer, podcast d’Hugo Combe, Camille Mati, Gabriel Debray, Flora Bernard, France Inter, 2019.

La Bibliothèqueer, compte Instagram.

Ouvrir la voix, documentaire d’Amandine Gay, 2017.

Féminisme pour les 99 %, C. Arruzza, T. Bhattacharya et N. Fraser, La Découverte, 2019.

Violences sexistes et sexuelles en politique,Esther Benbassa (dir.), CNRS Éditions, 2018.

_Beyoncé est-elle féministe ? Et autres questions pour comprendre le féminisme,_Margaux Collet et Raphaëlle Rémy-Leuleu, First, 2018.

_Sexe, genre et sexualités,_Elsa Dorlin, PUF, 2008.

_Le Capitalisme patriarcal,_Silvia Federici, La Fabrique, 2019.

_Une culture du viol à la française,_Valérie Rey-Robert, Libertalia, 2019.

_Retourne à la maison ! Les femmes politiques face au sexisme ordinaire,_Charlotte Rotman, Robert Laffont, 2016.

_Un podcast à soi,_Charlotte Bienaimé, Arteradio.

_Ni vues, ni connues. Panthéon, histoire, mémoire : où sont les femmes ?_Collectif Georgette Sand, Hugo Doc, 2017.

_Les Glorieuses,_newsletter de la révolution féministe.

Histoire des femmes en Occident (5 tomes), Georges Duby, Michelle Perrot, Perrin, 1992-2002.

Trois guinées, Virginia Woolf, 1938.

Jouir. En quête de l’orgasme féminin, Sarah Barmak, Zones, 2019.

Marre de souffrir pour ma contraception, Sabrina Debusquat, Les Liens qui libèrent, 2019.

King Kong Théorie, Virginie Despentes, Grasset, 2006.

Les Gros Mots. Abécédaire joyeusement moderne du féminisme, Clarence Edgard-Rosa, Hugo Doc, 2016.

Politique du clitoris, Delphine Gardey, Textuel, 2019.

Le Mythe de la virilité. Un piège pour les deux sexes, Olivia Gazalé, Pocket, 2019.

The Myth of The Vaginal Orgasm, Anne Koedt, 1970.

Les Antiféminismes. Analyse d’un discours réactionnaire, sous la direction de Diane Lamoureux et Francis Dupuis-Déri, Éd. du Remue-ménage, coll. « Observatoire de l’antiféminisme », 2019.

Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe, Chimamanda Ngozi Adichie, Gallimard, 2017.

L’Origine du monde, Liv Strömquist, Rackham, 2016.

Une chambre à soi, Virginia Woolf, 1929.

Les Couilles sur la table, podcast de Victoire Tuaillon sur Binge audio.

My Dear Vagina, compte Instagram.

The Vulva Gallery, compte Instagram.

Les Mâles du siècle, documentaire de Camille Froidevaux-Metterie et Laurent Metterie, sortie en juin 2020.

 

par Agathe Mercante et Vanina Delmas

Publié le 24/01/2020

Énergie, transports, éducation… la mobilisation franchit un nouveau cap

 

Cyprien Boganda et Olivier Chartrain (site humanite.fr)

 

Le gouvernement espérait en avoir fini avec la contestation sociale, mais sur le terrain, les salariés en décident autrement. Dans de nombreux secteurs, les actions se multiplient, avant la journée d’action de demain.

Les salariés de l’énergie ont décidé de mettre les bouchées doubles. La centrale hydroélectrique de Grand’Maison (Isère), la plus grosse de France, se retrouve à l’arrêt depuis mardi soir, bloquée par des employés grévistes. Une action inédite, du moins depuis les grandes grèves de 1995, qui traduit la volonté de franchir un cap supplémentaire dans la mobilisation. « Les salariés sont particulièrement remontés, assure Laurent Hérédia, de la fédération mines-énergie de la CGT. Cette usine produit 1 800 mégawatts d’électricité, soit l’équivalent de deux réacteurs nucléaires. C’est un quart de la consommation d’électricité d’Île-de-France. L’idée n’est pas de planter le réseau, mais bien de nous faire entendre… »

Laurent Hérédia fait la liste des actions en cours actuellement dans l’énergie : « Entre les baisses de production régulières dans les centrales nucléaires, l’occupation de sites de stockage d’outils utilisés par Enedis (ex-ERDF), ou encore le blocage de sites de stockage de gaz, il se passe beaucoup de choses. »

« Le préavis de grève illimitée n’est pas levé, mais nous avons décidé de changer de stratégie »

Depuis quelques jours, on a un peu l’impression que les salariés du secteur de l’énergie prennent le « relais » des transports en commun, où la grève a diminué en intensité. Néanmoins, la journée de demain devrait être massivement suivie à la RATP et à la SNCF, selon les syndicalistes : «  Le préavis de grève illimitée n’est pas levé, mais nous avons décidé de changer de stratégie, précise Bertrand Hammache, secrétaire général de la CGT RATP. Nous collons davantage aux journées de mobilisation interprofessionnelle : la journée de demain sera vraisemblablement très suivie chez nous. »

Même son de cloche à la SNCF, où les grévistes ont, eux aussi, fait évoluer leur stratégie : le 24 janvier, « la mobilisation va repartir à la hausse, assure Béranger Cernon, secrétaire général du syndicat CGT des cheminots de la gare de Lyon (France Info). Le gouvernement ne va pas pouvoir tenir comme ça pendant des semaines. Il va bien falloir qu’il réponde aux revendications des grévistes et plus largement de sa population. »

D’autres secteurs seront toujours mobilisés ce vendredi, à l’image de l’éducation, au grand dam du gouvernement. Répondant mardi à une députée qui réclamait une vraie concertation sur le nouveau bac, le ministre Jean-Michel Blanquer s’est enfoncé dans le mensonge comme un touriste dans les sables mouvants du Mont-Saint-Michel : « Il n’y a pas de désordre particulier, en dehors des désordres créés par ceux qui parlent de désordre. » Et le problème pour lui, c’est qu’en dépit de ses dénis, la marée monte. Dans l’enseignement scolaire, c’est la surchauffe : entre hier et aujourd’hui, selon un décompte du SNUipp-FSU, près de 200 initiatives contre la réforme des retraites et/ou celle du bac : murs de vieux manuels devant les rectorats, jets de cartables, retraites aux flambeaux ou simples rassemblements annoncent une mobilisation toujours forte dans ce secteur demain. Dans l’enseignement supérieur et la recherche, l’approche de la loi de programmation sur la recherche (LPPR) renforce une colère restée moins visible jusqu’ici. Le rassemblement au Trocadéro, mardi, pour les vœux de la ministre Frédérique Vidal, où un jeune chercheur a été sérieusement blessé, révèle un début de bouillonnement. Un collectif de facs en lutte s’est constitué, des AG interfacs ont déjà eu lieu : si la mobilisation contre la LPPR s’inscrit dans la durée, elle sera déjà visible dans les cortèges vendredi.

 

Cyprien Boganda et Olivier Chartrain

<Publié le 23/01/2020

Philippe Martinez, Cécile Duflot, Jean-François Julliard... Leur appel pour la justice sociale et le climat

 

(site lejdd.fr)

 

Dans une tribune, huit responsables d'associations environnementales et de syndicats comme la CGT, Oxfam France, Attac France ou encore Greenpeace France appellent à "répondre à la double urgence climatique et sociale". "Une autre vision du monde que celles des élites de Davos existe", ajoutent-ils, quelques jours avant l'ouverture du Forum économique mondial.

Face à la montée des températures et des inégalités sociales, huit responsables d'associations environnementales et de syndicats s'allient pour appeler à "répondre à la double urgence climatique et sociale". Avant la tenue du Forum économique mondial de Davos (Suisse), du 21 au 24 janvier, ils disent rejeter la vision du monde portée par cet événement. Voici leur tribune : "Alors que s’ouvre la 50e édition du Forum économique de Davos, la planète brûle. Et jamais le système économique et financier mondial, inégalitaire et climaticide, symbolisé par ce rassemblement des élites économiques et politiques, n’a été autant remis en question.

Scientifiques et économistes sont chaque jour plus nombreux à tirer la sonnette d’alarme. Marches et grèves des jeunes pour le climat, mouvement des Gilets jaunes, manifestations pour défendre nos retraites en France : ces derniers mois, ici comme dans de nombreux pays dans le monde, les mouvements sociaux et environnementaux portent des exigences communes et tentent de construire des projets de société plus égalitaires, démocratiques et fondés sur la justice sociale et la préservation des ressources de notre planète.

Les crises sociale et écologique puisent leurs racines dans des décennies de politiques d’affaiblissement des acquis sociaux

En France, les crises sociale et écologique puisent leurs racines dans des décennies de politiques d’affaiblissement des acquis sociaux et des services publics, de soumission à des doctrines économiques productivistes inefficaces et destructrices, de toute-puissance du secteur financier et de cadeaux fiscaux aux multinationales les plus polluantes.

Comment peut-on accepter que le lobbying d’entreprises comme Total permette de contourner la loi avec le soutien du gouvernement et de conserver une niche fiscale pour l’huile de palme alimentant la déforestation à l’autre bout du monde? Comment peut-on accepter que des entreprises comme Amazon échappent à leurs obligations fiscales, imposent des conditions de travail indignes à leurs salariés et détruisent davantage d’emplois qu’elles n’en créent, là encore avec le plein soutien du gouvernement? Comment peut-on accepter que les très riches émettent 40 fois plus de carbone que les plus pauvres, et qu’en plus ces derniers paient, en proportion de leurs revenus, une taxe carbone quatre fois plus chère?

Malgré les forts mouvements de résistance, Emmanuel Macron poursuit la mise en place de réformes néolibérales, sources d’accroissement des inégalités et de destruction des conquêtes sociales qui structurent notre pays, et ne prend aucune mesure ambitieuse pour faire face au changement climatique et la destruction de la biodiversité. C'est pourtant bien la perspective d’un changement de société qui est en jeu. En tant qu’acteurs des mouvements sociaux, écologistes et syndicaux, nous ne pouvons nous résigner à vivre encore des années de reculs sociaux, alimentés par les politiques des gouvernements successifs, et d’inaction face à l'urgence écologique. Face au sentiment grandissant d’exaspération et de crainte pour l’avenir, nous ne pouvons accepter que la seule alternative dans les prochaines années soit des politiques plus autoritaires, discriminantes et xénophobes.

Nous appelons dans les prochains mois à débattre et bâtir un projet émancipateur du 21ème siècle

Il n'y aura pas de résolution à la crise d'aujourd'hui avec les solutions d'hier ou le repli sur soi. Nous, acteurs de la société civile, syndicats, associations, ne détenons pas la recette miracle pour inverser cette tendance. Mais nous affirmons ici une volonté de reconstruire des perspectives de transformation radicale de la société, écologique, solidaire et démocratique, fondées sur l’accès aux droits pour toutes et tous et le rejet de toute discrimination de genre, d’origine, de classe et d’orientation sexuelle. Nous appelons à une véritable transition énergétique, agricole et industrielle, c’est-à-dire une transformation profonde des façons de produire et de consommer qu'imposent les crises écologique et climatique. Nous aspirons à un meilleur partage des richesses passant par une vraie justice fiscale, l'élargissement des droits sociaux, la fin de la toute-puissance des marchés financiers et de l'influence des multinationales sur le politique. En somme, l'opposé de ce qui attire à Davos une élite économique et politique qui cherche avant tout à préserver ses privilèges et ses intérêts au détriment de conditions dignes de vie pour l’immense majorité.

C’est dans cette perspective que nous appelons dans les prochains mois à débattre et bâtir un projet émancipateur du 21ème siècle.

Il n'y aura pas d'emplois sur une planète morte

Ce projet ne saurait irriguer la société s'il ne parle pas aussi aux personnes les plus concernées, les plus précaires, celles qui subissent le plus durement la violence du système néolibéral actuel et de toutes ses retombées. Ce projet doit être relié à notre quotidien, à ce qui se vit au travail, dans les difficultés d’accès aux services publics comme la santé, l’éducation, le logement, les transports… Il doit s'ancrer dans des expériences et des luttes collectives déjà menées ou en cours, être débattu dans tous les cercles, en premier lieu les entreprises qui doivent évoluer pour faire face aux enjeux de demain. Il doit montrer concrètement comment, par des politiques nationales et locales alternatives, soutenant d'autres régulations internationales, d’autres formes d’entreprises, d'autres formes de gestion des communs, nous pouvons cesser de subir l'injustice sociale et la catastrophe écologique. Parce qu'il n'y aura pas d'emplois sur une planète morte, il doit montrer comment l’industrie, les services, l’agriculture doivent, elles aussi, se soucier de protéger les ressources offertes par la nature.

C'est à ce chantier immense que nous voulons nous attaquer dans les mois à venir, en même temps que nous voulons barrer la route, collectivement, aux projets du gouvernement qui s'y opposent : de la casse du système de retraites et de l'assurance chômage à la fermeture des lignes de fret ferroviaire, des privatisations en cascade aux signatures d'accords de libre-échange climaticides…

Notre initiative n'est pas une fin mais bien le début d'un processus ouvert à tous les acteurs qui comprennent que notre système est à bout de souffle. Il doit nous amener à réfléchir ensemble et à produire, à partir de situations réelles, ancrées dans le quotidien du plus grand nombre, des propositions concrètes pour répondre à la double urgence climatique et sociale. Et ainsi montrer à nos concitoyens qu'une autre vision du monde que celle des élites de Davos existe."

 

Liste des signataires : Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France ; Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT ; Aurélie Trouvé, porte-parole d'Attac France ; Cécile Duflot, directrice générale d'Oxfam France ; Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre ; Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne ; Cécile Gondard-Lalanne, porte-parole de l'Union syndicale Solidaires ; Benoit Teste, secrétaire général de la FSU.

 

Publié le 22/01/2020

Jean Ortiz

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé.

Lui envoyer un mail

Lettre à Georges Ibrahim Abdallah

 

(site humanite.fr)

 

Lettre à Georges Ibrahim Abdallah, militant révolutionnaire libanais, pro-palestinien, incarcéré abusivement à Lannemezan, libérable depuis plus de vingt ans. Il se revendique du communisme. Aucun communiste ne saurait rester indifférent au sort d’un camarade qui a déjà lourdement payé ses engagements et les formes de lutte choisies. Nous pouvons être en désaccord sur tel ou tel aspect, mais l’internationalisme ne supporte aucune exception. Être solidaire doit être un exercice mené en toute lucidité, sans inconditionnalité, mais sans claudiquer non plus.

 

Georges,

Je ne t’ai jamais rencontré... T’as la gueule du révolutionnaire des années 60, mais toujours bien mis, d’un naturel gentil, affable... (ça, c’est pour tromper les geôliers de la maison d’arrêt de Lannemezan ; Mezan, dites-vous ?) et ta cellule est ton camp de base... Tu t’imposes tous les matins une gym olympique, pour être au top lorsque tu sortiras. Mais sortiras-tu un jour ?

Tu hantes mes nuits bouts de chandelle, et tournent en rond, tournent en rond, tournent en rond des interrogations déchirantes sur les activistes et les groupes « gauchistes » (pour faire vite) des années 1960-70 ; tu aurais, ce que tu as toujours nié, tué un officier nord-américain et un diplomate israélien de haut rang, paraît-il, dans le Mossad. Bon, quand bien même, et c’était l’époque où les drones n’existaient pas..., les communistes combattent les systèmes oppresseurs, exploiteurs, pas les hommes ou les femmes en tant qu’individus.

Mettons-nous d’accord, c’est parole contre parole. Même si tu as vraiment tué, tu as depuis longtemps payé : tu aurais dû être libéré depuis 1999, mais tes 9 demandes de libération conditionnelle ont toutes été rejetées, par des gouvernements aussi bien de droite que socialiste.

Il y a quelque chose que je ne comprends pas. Comment peut-on garder en prison, au pays prétendument des Droits de l’Homme (des éborgneurs plutôt, oui, ces derniers temps) un homme qui a accompli la peine que la justice lui avait infligé, un homme qui ne représente aucun danger, ni de récidive, ni de « terrorisme », ce mot-valise qui sert si bien tous les faux-culs de droite comme de gauche.

 Georges, j’en suis venu à me dire que tu es d’une catégorie humaine supérieure à la nôtre. Tu es enfermé, privé de liberté, et tu apparais plus libre, plus courageux, que nous tous. Georges, il est des hommes, comme Fidel et le Che, qui épousent l’exigence humaine et politique jusqu’à s’engager à la vie à la mort dans des projets qu’ils considèrent libérateurs. Tu es de ceux-là, Georges. Le seul fait de te savoir en prison m’insupporte, et me rassure à la fois. Ils ont accumulé tant de haine et de rancœur contre toi qui te dis communiste... S’ils veulent une mise à mort silencieuse, à petit feu, c’est que tu leur fais peur, c’est que tu es plus grand que tout ce petit personnel de valets et de collabos.

Georges, je te l’ai déjà dit, en tant que militant communiste français, qui te considère comme un frère, comme un internationaliste, en ces jours où un fadingue fascisant menace la paix du monde, les vrais terroristes sont à la Maison Blanche, pendant qu’à Paris, on se tait, on s’agenouille, on suit...

Georges, tes lettres me font du bien, me stimulent. Nous vivons un affrontement de classe intense, inédit depuis la Libération. Dedans, dehors, peu importe, quand le droit est bafoué ; et cette semaine, tu seras avec nous.

Je ne te dis pas « bonne année » parce qu’elle sera, grosso modo, ce que nous en ferons.

<Publié le 21/01/2020

Macron, l’exfiltré 

 

(site la-bas.org)

 

Quand le théâtre est dans la rue

Comment faire sortir le théâtre du cercle étroit des initiés ? Comment atteindre le grand public avec des pièces qui le concernent et des mises en scènes qui le touchent ? À ces questions mille fois posées dans le monde de la culture, le spectacle donné hier soir au théâtre des Bouffes du Nord a apporté une réponse éclatante.

En voici le déroulement.

Un couple présidentiel vient assister incognito à une pièce de théâtre contemporain. Assis trois rangs derrière, un jeune journaliste français assiste au spectacle. Avant le lever du rideau, ce jeune homme fait un tweet sur son portable : « Je suis actuellement au théâtre des Bouffes du Nord, trois rangées derrière le président de la République. Des militants sont quelque part dans le coin et appellent tout le monde à rappliquer. Quelque chose se prépare… la soirée risque d’être mouvementée »

La pièce va sortir de sa cage et se mettre en prise avec l’actualité.

Sur le trottoir, dans la circulation, sous le métro aérien, des dizaines de manifestants scandent des slogans hostiles au chef de l’État et demandent le retrait du projet de réforme des retraites « pour l’honneur des travailleurs et pour un monde meilleur ». D’autres se réfèrent à la Révolution française, « Louis seize, on l’a décapité, Macron, Macron, ça peut recommencer ! »

Quelques personnes tentent de pénétrer dans le théâtre, mais des CRS parfaitement joués par des intermittents, les repoussent fermement. Il y a un petit air de panique qui monte de l’orchestre. D’autres forces de l’ordre prennent position, afin d’assurer l’exfiltration peu glorieuse du couple présidentiel dans le fond du décor par une porte dérobée comme des sans-papiers à la fin du service.
Il y a des huées, des « Macron démission » des « Grèves générales » et aussi des « On est là » à quelques mètres du président et de son épouse.

Acteur ou spectateur, comme jamais chacun ressent la tension dramatique et la dimension politique du spectacle. Le théâtre est sorti de sa sclérose culturelle pour reprendre toute sa vie et toute sa force dans la rue.
On reste encore puis on s’égaie dans la ville encore toute étourdie.
Dans la nuit les images se disséminent à l’infini sur les réseaux sociaux.
Dans les rédactions, les chiens de garde se lèchent les babines.

Sur le trottoir devant le théâtre désert, un type affamé passe et se demande quel goût ça peut bien avoir, cette bouffe du nord ?

Ailleurs dans Paris, dans le commissariat du cinquième arrondissement, un jeune homme de 22 ans commence à trouver le temps long. C’est ce jeune journaliste qui a envoyé le tweet.
Il s’appelle Taha Bouhafs. Il est journaliste chez nous, à Là-bas si j’y suis. Le motif de la garde vue, selon l’AFP : « participation à un groupement formé en vue de commettre des violences ou des dégradations ». Taha était au théâtre. Il a informé, comme n’importe quel journaliste l’aurait fait, qu’il se trouvait dans la même salle que le président de la République et que des manifestants se trouvaient à l’extérieur. C’est ce qui caractérise, selon la police, « un groupement formé en vue de commettre des violences ».

Il y a deux choses que nous conseillons au président de la République Française s’il veut ramener la concorde et la prospérité en France tout en emmenant tranquillement sa charmante épouse au théâtre : la première chose c’est de retirer au plus vite sa réforme des retraites, la seconde c’est de libérer Taha immédiatement.

Daniel Mermet

Publié le 20/01/2020

Municipales à Montpellier : Clothilde Ollier lâchée par les Verts

 

(site midilibre.fr)

 

INFO MIDI LIBRE - Coup de tonnerre sur la campagne électorale. "Midi Libre" révèle, dans la soirée du samedi 19 janvier, en exclusivité, que malgré le très bon sondage qui donne sa candidate favorite du scrutin municipal montpelliérain, le bureau exécutif d'Europe Ecologie Les Verts (EELV) a décidé d'écarter Clothilde Ollier. La fracture avec les militants et adhérents du parti à Montpellier était devenue trop grande.BARASCUD

Clothilde Ollier n'est plus la candidate d'Europe Ecologie Les Verts à Montpellier. Désignée tête de liste au mois d'octobre, à l'issue d'une primaire ouverte qu'elle avait remportée face à Jean-Louis Roumégas, elle a été "suspendue à titre conservatoire" par le bureau exécutif du parti ce samedi soir.

Elle ne peut utiliser le logo sur son matériel de campagne municipale, ni se prévaloir du soutien d'EELV dans le cadre de la campagne, ni s'exprimer au nom d'EELV

"Elle ne peut utiliser le logo sur son matériel de campagne municipale, ni se prévaloir du soutien d'EELV dans le cadre de la campagne, ni s'exprimer au nom d'EELV", confirme en exclusivité à "Midi Libre", l'un des membres de ce bureau exécutif. Une décision incroyable, certainement historique, à l'heure où elle caracolait en tête dans les sondages.

Coup de tonnerre

Depuis plusieurs semaines, un fossé s'était creusé entre la candidate et un nombre important de militants verts montpelliérains. La faute au rapprochement opérée par Clothilde Ollier avec plusieurs formations politiques, et surtout le mouvement Confluence composé de nombreux Insoumis. L'ex-maire de Murles a même choisi, ces derniers jours, de bouleverser son équipe de campagne, en confiant la direction à Jean-Yves Dormagen, au détriment de Manu Reynaud, son binôme dans la primaire.

La faute au rapprochement opéré avec plusieurs formations politiques

Ce fut la goutte d'eau qui a fait déborder le vase vert. Et la médiation entamée par trois membres du bureau exécutif, descendus jeudi de Paris, n'y a rien fait. Décision a été prise ce samedi soir d'écarter la candidate. "Il revient au groupe d'animation de Montpellier, avec l'assistance du bureau exécutif régional, d'organiser l'assemblée générale qui décidera de la stratégie et des candidats EELV pour les élections municipales des 15 et 22 mars 2020", communique encore le bureau exécutif.

Cette campagne ne manque décidément pas de rebondissement.

LUDOVIC TRABUCHET  

 

Communiqué des soutiens de Clothilde OLLIER :

Chères et chers signataires,

 

Vous l'avez sans doute appris aujourd'hui dans la presse locale, suite aux divisions internes d'EELV à Montpellier, une délégation est venue de Paris cette semaine et le bureau national a décidé de suspendre à titre conservatoire sa candidate Clothilde Ollier.

 

Cela est évidemment ahurissant, après une victoire aux primaires organisées par EELV et l'affirmation d'une ambition de rassemblement
large qui permettrait d'envisager une victoire à Montpellier, autour d'un projet écologiste ambitieux qui n'oublie pas les problématiques sociales.

Mais les divisions et les ambitions personnelles ont manifestement eu raison pour l'heure de cette ambition d'une écologie "en commun".

Pour notre part, nous estimons que rien ne remet en cause la légitimité et la pertinence du processus engagé vers une Ecologie en Commun.

Demain, Clothilde Ollier donnera une conférence de presse au cours de laquelle elle affirmera sa détermination à continuer. Soyons
nombreux.ses pour témoigner de notre présence à ses côtés afin de défendre une vision sociale et démocratique de l'écologie pour ces Municipales 2020 :

Toutes et Tous au Dôme à 18h lundi 20 !

 

L'équipe d'animation

 

Publié le 19/01/2020

Il y a cent ans, l’assassinat de Rosa Luxemburg

(

site lamarseillaise-encommun.org)

 

Le 15 janvier 1919, la militante et théoricienne marxiste allemande était abattue par les corps francs chargés, par le ministre SPD de la défense, d’écraser l’insurrection spartakiste. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention. Pacifiste intransigeante, elle se défiait de l’autoritarisme léniniste et condamnait la terreur bolchevique. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d’une guerre impérialiste qu’ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l’exploitation et dont elle s’était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Cent ans après son assassinat, la femme reste à ­découvrir pour la force singulière de son engagement.
 

A l’occasion de ce triste anniversaire nous publions un texte de Florence Delmotte Docteur en sciences politiques, ainsi qu’un extrait de l’article de Rosa Luxemburg sur « l’œuvre posthume de Karl Marx ».

 Par Florence Delmotte*

À travers son œuvre écrite comme à travers sa vie politique – qu’il est probablement erroné de vouloir démêler, mais aussi difficile d’aborder tout ensemble, étant donné la richesse de l’une et de l’autre et les conflits d’interprétation qui les entourent – Rosa Luxemburg a défendu l’indissociabilité absolue de la révolution socialiste, du programme politique du marxisme, et de la démocratie. Pas de socialisme, entendu comme projet d’émancipation radicale des travailleurs ou des masses, ou de communisme, pour reprendre le terme de Marx, sans démocratie. Pousser le plus loin possible le développement des libertés publiques est en effet la condition de l’un et de l’autre, et cela passe au besoin, selon le contexte, par la défense des droits, des libertés et autres institutions de la démocratie prétendument bourgeoise. Cette conviction, qu’il est dangereux mais aussi profondément irréaliste de dissocier le fond ou le contenu social de la démocratie de ses formes et institutions, de négliger voire de sacrifier la question des moyens au profit de celle des fins, est une des plus constantes de la pensée et du parcours, pourtant accidenté, et marqué par le pragmatisme, de Rosa Luxemburg. La démocratie socialiste passe en effet par l’apprentissage et la pratique la plus étendue possible de toutes les formes de libertés publiques par les masses. Cela n’empêche nullement Luxemburg de considérer le rôle important du parti, de défendre le parlementarisme dans certains contextes et dans d’autres de le condamner au profit du pouvoir des “conseils”. Précisément, la pensée de Rosa Luxemburg, sa vigilance, consiste à se tenir seule sur une ligne de crête ou de mener double front : contre la trahison, par la social-démocratie allemande, des objectifs révolutionnaires du socialisme au profit de la bureaucratisation et de la conquête de l’appareil d’État ; contre la dictature du parti bolchevique en Russie. Avec La Révolution russe, brochure écrite en prison et qui n’était pas destinée à être publiée, on lui doit la première critique marxiste de la révolution russe d’Octobre et l’un des textes les plus importants du marxisme sur la démocratie selon la plupart des spécialistes. Toujours actuel, ce texte contribue surtout à penser le socialisme comme pouvoir “par en bas”, mais dont il importe de penser l’organisation et le contenu, ce que négligeraient à l’heure actuelle la plupart des mouvements spontanés de transformation sociale.

*Florence Delmotte, est Docteure en sciences politiques (Université libre de Bruxelles). – Chercheuse au Centre d’études sociologiques des Facultés universitaires Saint-Louis à Bruxelles.

A l’école du socialisme”*

par Rosa Luxemburg

D’un certain point de vue, l’économie politique constitue une exception parmi toutes les sciences, le seul exemple d’une discipline à qui il est défendu d’écrire sa propre histoire. Dans ce cas en effet, la condition première de l’historiographie est la connaissance du rapport entre le processus social et son reflet théorique, dont l’absence même constitue la base scientifique de l’économie politique bourgeoise et de ses méthodes. De ce fait résulte l’étrange réalité que l’économie politique est dans l’obscurité en ce qui concerne son objet d’étude, sa matière même, alors que ses historiens érudits cherchent désespérément les débuts de ses théories à l’aube de l’histoire humaine, dans l’Orient classique, presque chez les hommes-singes, en un mot, partout où il est aussi peu probable de la trouver que de découvrir son unique et véritable objet : le mode de production capitaliste. La représentation de l’économie politique comme science absolue et éternelle en regard du passé répond logiquement à la représentation de la société bourgeoise comme forme sociale absolue et éternelle en regard de l’avenir. Il ressort de ces deux faits que l’histoire de l’économie politique ne pouvait être écrite que par un socialiste, plus exactement du seul point de vue de Marx. […] Dans un strict parallélisme à ses mutations politiques, la bourgeoisie demeure, en économie politique également, porteuse de la recherche scientifique tant qu’elle se tourne contre la société féodale, et tombe immédiatement dans le vulgaire et l’apologétique dès qu’elle se trouve face à la classe ouvrière grandissante. Et si l’histoire théorique du socialisme se développe dans le sens de l’utopie vers la science, Marx nous décrit pour la première fois l’histoire de l’économie bourgeoise de la science vers l’utopie – de la connaissance des lois de mouvement internes de la société bourgeoise à la théorie apologétique de l’immortalisation de cette société contre ses propres lois de mouvement. […]

Bien entendu, le rapport entre une histoire critique de l’économie politique bourgeoise et le combat quotidien de la social-démocratie semble difficile à saisir au premier abord, d’autant plus que, ces derniers temps, la vivacité même du sentiment pour l’importance de la théorie n’apparaît pas assez clairement dans le flot formidablement élargi du mouvement prolétarien. Sans aucun doute, tout le combat de la social-démocratie est animé par les vues de Marx sur les conditions et les visées sociales, tel un train en route sur des rails bien définis qui suit la direction prescrite par la seule loi de l’inertie. Mais le travail de fourmi de la pratique et les escarmouches économiques et politiques quotidiennes menacent de plus en plus de reléguer à l’arrière-plan le processus conscient et incontournable de transformation, de réévaluation de l’ensemble de la pensée du prolétariat dans l’esprit de la conception révolutionnaire du monde chez Marx. […]

*Extraits de À l’école du socialisme, tome II des Œuvres complètes, Editions Agone & Smolny, 2012, p. 90-99.

Publié le 18/01/2020

Santé. « Le ministère nous demande de produire, nous, on veut soigner »

 

Alexandre Fache (site humanite.fr)

 

Plus de 1 200 médecins hospitaliers ont menacé, hier, de démissionner de toutes leurs fonctions administratives si le ministère n’engageait pas des négociations sur les salaires et le budget. Un coup de force inédit.

Ils sont déterminés, fatigués, et pour certains, très émus. À l’image des avocats qui ont jeté leurs robes noires devant Nicole Belloubet, ministre de la Justice, la semaine dernière, pour protester contre la réforme des retraites, plus de 1 200 médecins, chefs de service hospitaliers ont décidé, eux aussi, de remiser symboliquement leurs blouses blanches pour dénoncer l’asphyxie de l’hôpital public. Un étranglement financier dont la cause est bien connue : l’austérité imposée via l’Ondam (Objectif national de dépenses d’assurance-maladie), sorte de budget de la santé, dont la progression, chaque année, depuis dix ans, est deux fois inférieure à l’évolution des besoins. Résultat : 8,5 milliards d’euros d’économies sur cette période, soit 800 millions par an, qui «  remettent en cause la qualité des soins et menacent la sécurité des patients », alertent les professionnels dans une lettre adressée à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn .

La démission collective, nouvelle étape après la grève du « codage »

Mardi, une vingtaine de ces praticiens, les blouses encore sur le dos, sont venus expliquer leur démarche dans les locaux de la faculté de médecine de la Pitié-Salpêtrière, à Paris (13e arrondissement). « Si nous menaçons aujourd’hui de démissionner de toutes nos fonctions administratives, on ne changera rien à nos soins et à l’accueil des patients », précise le Pr Stéphane Dauger, chef de service de réanimation pédiatrique à l’hôpital Robert-Debré (Paris 19e). Cette menace constitue une nouvelle étape après la décision prise par plusieurs centaines de cadres hospitaliers, il y a trois mois, de pratiquer la grève du « codage », c’est-à-dire de ne plus transmettre informatiquement les éléments nécessaires à la facturation des actes réalisés à l’hôpital. « Il s’agissait de bloquer le système (…) pour alerter nos directions et le ministère, explique Stéphane Dauger.  Mais ce geste politique fort, totalement inédit, ne nous a pas permis d’être entendus. Il fallait aller plus loin. »

« Pas entendus » sur leurs revendications (revalorisation significative des salaires, hausse de l’Ondam de 600 millions, en plus des 200 promis en novembre, fin de la tarification à l’activité), c’est sûr. Mais la grève du « codage » n’est pas pour autant passée inaperçue… « Certaines directions ont essayé de forcer les secrétaires à transmettre les codes dans le dos des médecins. Dans d’autres, on assurait que cet arrêt du codage allait mettre en péril l’accès à des traitements coûteux. L’intimidation est allée assez loin », constate le Dr Sophie Crozier, neurologue à la Pitié-Salpêtrière. « Pas plus tard que ce lundi, Martin Hirsch, le directeur de l’AP-HP, a expliqué que les financements à venir ne seraient donnés qu’aux structures reprenant le codage. On est donc bien dans des mesures de rétorsion », témoigne aussi le Pr Xavier Mariette, chef de service de rhumatologie de l’hôpital Bicêtre (Val-de-Marne).

Pas de quoi toutefois faire plier les médecins, qui assurent n’être qu’au « début de leur mouvement ». S’ils demandent à être reçus par Agnès Buzyn, pour que celle-ci engage des « négociations » sur le budget et les salaires, les professionnels se sont d’ores et déjà donné rendez-vous le 26 janvier, avec les collectifs en lutte (Inter-Hôpitaux, Inter-Urgences…), pour discuter de nouvelles formes de mobilisation. « Vous allez encore entendre parler de nous », assurait, hier, le Dr Olivier Milleron, cardiologue à l’hôpital Bichat (Paris 18e). Car la crise est profonde, autant que le ressentiment de ces médecins. « À Marseille, 50 chefs de service ont proposé leur démission, soit 25 % des effectifs, et même 80 % en pédiatrie », indiquait le Pr Jean-Luc Jouve, chirurgien à La Timone. « Car comment expliquer à une famille, cinq minutes avant l’intervention prévue sur un enfant, que celle-ci est annulée, faute de moyens ? C’est déjà arrivé 60 fois dans notre service de réanimation pédiatrique… »

Au bord des larmes, la Pr Agnès Hartemann, diabétologue à la Pitié, a sans doute livré le témoignage le plus émouvant. « En traversant mon hôpital pour venir vous parler, je me suis souvenue de l’honneur que c’était de devenir chef de service. Sauf que, aujourd’hui, j’ai l’impression de venir à un enterrement… » Pour cette spécialiste, qui gère l’accueil de patients victimes de complications graves (abcès, gangrènes…), la transformation de l’hôpital en entreprise ne passe pas. « On nous demande, graphiques à l’appui, de “produire du séjour”, plutôt que de soigner. C’est insupportable. »

 

Alexandre Fache

Publié le 17/01/2020

Ouf ! Enfin, nous sommes rassurés !

 Jean Ortiz (site humanite.fr)

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé.

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« Désertion en pleine bataille », « trahison », « double jeu », « coup de poignard dans le dos », « défense à tout prix du système... »

 

La « direction » de la CFDT, roue de secours des marchés, fidèle à elle-même (accompagnement et soutien des politiques néolibérales) en négociant trois cacahuètes, généreusement accordées par les « maîtres de l’argent », n’a pas changé de cap. Elle n’aura fait que semblant de bouder un temps les politiques néolibérales sous la poussée des salariés, afin de rejoindre pendant quelques heures, en trompe l’œil, les milliers de citoyens qui luttent depuis plus d’un mois contre un recul social et sociétal majeur : la retraite à points. Comme à la Loterie. Ils ont déjà privatisé la Française des Jeux !

 

Pour ne pas enterrer une « réforme » et un projet de société, au plus haut point conservateurs, les salariés ont dans leur majorité compris la grosse manœuvre Berger-Philippe, compris que seul le coude à coude, le tous ensemble pouvaient faire plier un gouvernement si haineux et méprisant envers eux, envers « ceux d’en bas », un gouvernement qui applique une politique de classe, quel qu’en soit le prix à payer. La conscience citoyenne, syndicale, politique vient d’effectuer un bond en avant remarquable, malgré ses insuffisances pour le moment. Face à un patronat et à des classes dominantes assoiffées de profit, la lutte pour faire céder les vampires continue.

 

Après la désertion des directions CFDT et UNSA qui n’en finissent pas de « négocier », de jouer les faux résistants, de faire du cinéma en public tout en se couchant en coulisse, rien n’est réglé malgré les astuces ... sémantiques. La « réforme » demeure et reste à jeter aux orties. Il n’est pas dit que l’attitude « victorieuse » à l’excès de Berger fasse l’unanimité « chez lui » ... On raconte que, rentrant de Munich, et face à la foule qui l’attendait, Daladier murmura : « Les cons, s’ils savaient ! »

 

L’intersyndicale appelle à consolider , élargir, le front uni CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES; la résistance unie de la majorité des travailleurs, y compris des nombreuses bases de la CFDT. Ceux qui ont fait le calcul d’en finir avec les syndicats de classe, et dans l’immédiat de tirer quelques dividendes d’une situation volontairement chaotisée, segmentarisée... se trompent.

 

Ils se sont eux aussi enfumés, et cela peut leur retomber sur le coin de la figure...

Publié le 16/01/2020

Les vœux de Georges Ibrahim Abdallah

 

(site ujfp.org)

 

Pour la nouvelle année, Georges Ibrahim Abdallah nous a envoyé ce magnifique poème de Samih al-Qasim, palestinien de 1948 (1939-2014). Ce poème, c’est ce qui anime Georges. Et c’est la Palestine.

Je résisterai

Je perdrai peut-être – si tu le désires – ma subsistance

Je vendrai peut-être mes habits et mon matelas

Je travaillerai peut-être à la carrière comme portefaix, balayeur des rues

Je chercherai peut-être dans le crottin des grains

Je resterai peut-être nu et affamé

Mais je ne marchanderai pas

O ennemi du soleil

Et jusqu’à la dernière pulsation de mes veines

Je résisterai

Tu me dépouilleras peut-être du dernier pouce de ma terre

Tu jetteras peut-être ma jeunesse en prison

Tu pilleras peut-être l’héritage de mes ancêtres.

Tu brûleras peut-être mes poèmes et mes livres

Tu jetteras peut-être mon corps aux chiens

Tu dresseras peut-être sur notre village l’épouvantail de la terreur

Mais je ne marchanderai pas

O ennemi du soleil

Et jusqu’à la dernière pulsation de mes veines

Je résisterai

Tu éteindras peut-être toute lumière dans ma vie

Tu me priveras peut-être de toute tendresse de ma mère

Tu falsifieras peut-être mon histoire

Tu mettras peut-être des masques pour tromper mes amis

Tu élèveras peut-être autour de moi des murs et des murs

Tu me crucifieras peut-être un jour devant des spectacles indignes

O ennemi du soleil

Je jure que je ne marchanderai pas

Et jusqu’à la dernière pulsation de mes veines

Je résisterai

 

Samih al-Qasim

Publié le 15/01/2020

Édouard Philippe et Laurent Berger nous prennent-ils pour des imbéciles ?

 

(site rapportsdeforce.fr) 

 

La CFDT crie victoire pendant que l’exécutif répète en boucle le terme compromis pour qualifier l’annonce du Premier ministre de suspendre l’âge pivot aux travaux d’une conférence sur l’équilibre et le financement des retraites. Pourtant à y regarder de près, il n’y a ni réelle victoire ni réel compromis.

Un compromis « constructif et de responsabilité » pour Emmanuel Macron, « transparent et solide » pour Édouard Philippe, « qui revitalise le dialogue social » pour la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye. Cependant, il ne suffit pas de rabâcher le mot compromis pour qu’il devienne une réalité. Même s’il est vrai que sur ce point, le gouvernement a bien été aidé dans sa communication par la CFDT et l’UNSA. « Nous avons obtenu le retrait de l’âge pivot, une victoire pour la CFDT », a twitté Laurent Berger, son secrétaire général hier après-midi, sans scrupule vis-à-vis des salariés en grève depuis le 5 décembre.

Vraiment ? Certes, Édouard Philippe a annoncé dans son courrier aux syndicats du 11 janvier la mise en place d’une conférence sur l’équilibre et le financement des retraites, réclamée par la CFDT. D’ici la fin du mois, les partenaires sociaux sont invités à se réunir pour remettre leurs propositions avant la fin du mois d’avril. D’ici là, le Premier ministre dit faire un geste de confiance en retirant « la mesure de court terme (…) consistant à converger progressivement à partir de 2022 vers un âge d’équilibre de 64 ans en 2027 ». Il était question que chaque année à partir de 2022, quatre mois de travail supplémentaires soient requis pour bénéficier d’une retraite à taux plein, sans décote. Une mesure qui s’appliquait à l’ensemble des actifs partant à la retraite à partir de 2022.

Un âge pivot peut en cacher un autre

Pour autant, dans le même courrier, Édouard Philippe précise que « le projet de loi prévoira que le futur régime universel comporte un âge d’équilibre ». Ainsi pour le gouvernement, il n’y a pas un, mais deux âges pivots. Le premier représentant une mesure paramétrique dont l’objectif est d’arriver à l’équilibre financier en 2027, et s’appuyant sur les projections de déficit du Conseil d’orientation des retraites (COR), le second relevant d’un paramètre systémique dans le cadre du futur régime unique à points. Le « compromis » annoncé hier ne porte que sur le premier. De fait, avec le nouveau régime de retraite, il faudra travailler plus longtemps à l’avenir, comme l’ont martelé le chef de l’État et le Premier ministre tout au long de l’année 2019.

De quoi grandement relativiser la « victoire » de la CFDT qui avait dit que tout allongement de la durée de travail représentait pour elle une ligne rouge. D’autant qu’Édouard Philippe a clairement exclu, pour les mesures budgétaires de court terme, toute proposition alternative à l’âge pivot consistant à augmenter les cotisations ou à baisser les pensions. Ainsi, il ne reste plus beaucoup de leviers. Les dernières options sont des mesures consistant à reculer d’une façon ou d’une autre l’âge de départ à la retraite ou à utiliser une partie des 30 milliards d’euros du fonds de réserve des retraites. Mais même si gouvernement, patronat et syndicats favorables à la réforme s’accordaient sur le fait de vider les caisses pour éviter des mesures d’âges immédiates, un âge d’équilibre subsisterait dans le projet de loi final.

Le cadre est donc très contraint pour les discussions qui vont s’ouvrir à la fin du mois sur des mesures d’équilibre. Ce n’est pas sans rappeler la lettre de cadrage du gouvernement lors des négociations impossibles sur l’assurance chômage. Là aussi, en cas d’échec, le gouvernement reprendra la main. Le risque d’un retour intégral de l’âge pivot dès le mois de mai n’est donc pas totalement exclu. Depuis le rapport Delevoye en juillet dernier, l’exécutif tente de passer en force l’ensemble des éléments de sa réforme. Ce serait une déroute pour la CFDT.

<Publié le 14/01/2020

Bourse. L’année 2019, le meilleur cru des actionnaires du CAC 40

 

Gaël De Santis (site humanite.fr)

 

Les quarante plus grandes entreprises françaises ont versé plus de 60 milliards à leurs actionnaires en 2019, dévoile la Lettre Vernimmen. Un record qui dépasse celui de 2007… juste avant la crise financière.

Le Conseil d’orientation des retraites (COR) estime qu’il faut entre 7 et 17 milliards d’euros pour combler le déficit du régime des retraites d’ici à 2025. Le chiffre peut donner le vertige. Il apparaît faible quand on le compare à un autre  : les entreprises du CAC 40, l’indice phare de la Bourse de Paris, ont versé 60,2 milliards d’euros à leurs actionnaires en 2019. Un chiffre record dévoilé jeudi par le quotidien économique les Échos, qui s’appuie sur une étude publiée sur la Lettre Vernimmen.

Ce chiffre se divise entre les dividendes versés aux actionnaires, soit 49,2 milliards d’euros, et les rachats d’actions par les entreprises, 11 milliards d’euros. Champion hors catégorie, le groupe pétrolier Total a versé 8,6 milliards d’euros à ses propriétaires l’an passé. Jamais autant de dividendes n’avaient été versés dans l’histoire du CAC 40, qui a passé la barre des 6 000 points en décembre dernier pour la première fois depuis 2007. Ils bondissent de 15 % par rapport à 2018. Ces versements dépassent le record établi à la veille de la crise financière, en 2008, quand les actionnaires n’avaient reçu « que » 43 milliards d’euros de dividendes.

Une manne qui ne sert pas à l’investissement productif

Côté rachat d’actions par l’entreprise, une pratique qui vise à doper le cours de l’action, les chiffres donnent également le vertige : seules les années 2007 (19,2 milliards d’euros) et 2008 (11,2 milliards) ont été meilleures. Cette manne ne sert pas à l’investissement productif et manque au financement d’activités ou revenus nécessaires à la société. « Nous proposons d’imposer fortement les revenus des ménages provenant des dividendes, et les dividendes que se versent entre elles les entreprises », explique ainsi Frédéric Boccara, économiste et dirigeant du PCF. Ces 60 milliards d’euros, pour les seules entreprises du CAC 40, les quarante entreprises les plus riches cotées en Bourse en France, sont l’arbre qui cache la forêt. Au total, les revenus financiers des entreprises sont de 300 milliards d’euros. Les taxer permettrait de financer les retraites ou les services publics, et surtout d’affaiblir la domination du capital financier.

 

Gaël De Santis

Publié le 13/01/2020

Décès de notre ami Manu DELFOSSE :

 

Notre camarade Manu est décédé. Il aura marqué de son empreinte par sa disponibilité de tous les instants, les débats et les actions qui ont été au coeur de nos luttes. Manu par  son rôle dans le mouvement des GJ ,et le souci de l'organisation qui fut le sien sur le rond point du Zenith, forcent l'admiration et le plaisir que nous avons eu de militer avec lui. Manu c'était aussi un homme debout qui jusqu'au bout aura été présent  aux côtés de ceux qui luttent .Homme de rassemblement le plus large sans rien lâcher sur le fond. L'intensité de ce que nous ressentons, la violence de son décès, révèlent l'espace qu'il avait conquis dans chacun et chacune d'entre nous. Merci Manu pour tout ce que tu nous as laissé, sois sans crainte nous ne lâchons rien. 

 

Ses obsèques auront lieu le mercredi  15 janvier à 11 H 30 au funérarium de Gramont

Publié le 12/01/2020

Retraite. L’Institut de la Protection Sociale alerte sur les conséquences de la réforme:

 

Contributions, Droits des femmes, Pauvreté, Retraites (site lamarseillaise-encommun.org)

 

Poursuivant son travail d’analyse en l’illustrant au travers de cas techniques, l’IPS alerte une fois encore sur les conséquences de la réforme engagée. Les experts financiers, juridiques et fiscaux de l’IPS  se sont penchés sur le sort que réserve le futur système des retraites aux – Femmes, parents, cadres supérieurs, grand-père. Les projections laissent notamment apparaître une baisse de retraite programmée pour de nombreuses femmes qui atteint des proportions exceptionnelles pour les mères de famille qui feront liquider leur retraite à partir de 2025.

« En faisant le choix d’un régime universel uniforme calculé sur la base de 3 plafonds annuels de la sécurité sociale, le projet Delevoye commet une erreur majeure de conception dont découle tout le reste. » affirme le Président de l’Institut de la Protection Sociale, Bruno Chrétien, à partir d’études de cas détaillées.

L’Institut de la Protection Sociale avait déjà présenté le 17 septembre 2019 une analyse approfondie du Rapport Delevoye en distinguant les points positifs du projet, ceux posant de solides difficultés techniques de ceux devant être repoussés. La seconde phase de concertation est maintenant ouverte. A cette occasion, le HCRR a précisé un certain nombre de points techniques qui conduisent à approfondir ou revoir certaines simulations.

L’IPS a choisi d’apporter son éclairage sur l’impact des changements apportés à quatre situations :

• Les parents ayant un ou plusieurs enfants.

Les précisions apportées par le HCRR permettent d’évaluer les gains aussi bien que les pertes du nouveau dispositif proposé. Les pertes notamment sont d’une ampleur que le Rapport Delevoye ne laissait pas soupçonner.

• Les cadres dont les salaires annuels sont compris entre 121 572 € et 324 192 € (soit 3 et 8 fois le plafond annuel de sécurité sociale).

Pour ceux qui veulent souscrire une retraite supplémentaire afin de retrouver les droits perdus, l’addition s’avère particulièrement coûteuse.

• Les bénéficiaires de la pension de réversion.

Ce dispositif bénéficie essentiellement aux femmes. Il sera totalement refondu et les nouvelles règles apporteront une réelle simplification. Mais elles entraînent des défauts de garantie qu’il convient de prendre en compte.

• L’entrée dans le dispositif avec la clause dite du grand-père.

Au-delà de sa pertinence, la mise en place de la réforme aux seuls nouveaux entrants dans le marché du travail créerait des difficultés pour les entreprises et rendrait encore plus compliqué les futurs réformes financières.

 

Voir L’étude l’Institut de la Protection Sociale

Publié le 11/01/2020

 

En Vendée, un service d'urgences ferme une nuit entière faute de personnel

 

Avec un seul médecin de garde disponible, la direction de l'hôpital des Sables-d'Olonne a pris la décision de garder portes closes dans la nuit du 27 au 28 décembre.

 

Par Paul Guyonnet (sitehuffingtonpost.fr)

 

SANTÉ - Neuf heures sans service d’urgences, et une illustration saisissante des problèmes avec lesquels doivent composer les personnels de santé en France. Comme le rapporte France Bleu Loire Océan ce jeudi 2 janvier, dans la nuit du 27 au 28 décembre, les urgences d’un hôpital de Vendée ont dû rester fermées, par manque de personnel. 

Aux Sables-d’Olonne, les difficultés s’accumulent en effet depuis des mois. Une mutation, des mobilités internes, un départ à la retraite non compensé ont notamment affaibli de manière considérable le service. Et le point de saturation a été atteint avec les départs en vacances durant les fêtes de Noël. 

Ainsi, le soir du vendredi 27 décembre, à partir de 23 heures, il n’y avait plus qu’un seul médecin de garde qui pouvait être mobilisé. Peu expérimenté en plus. Trop peu évidemment pour assurer toutes les consultations, ce qui a poussé la direction et le chef de service à prendre une décision radicale.

 

Des jeunes médecins qui choisissent l’intérim plutôt que l’hôpital public

 

Comme l’explique encore France Bleu, cela fait des mois que la dizaine d’offres de poste de médecin restent sans réponse, et qu’aucun jeune diplômé ne cherche à rejoindre l’hôpital des Sables-d’Olonne. Interrogé par la chaîne de radio publique, le chef de service des urgences, Christophe Le Gal explique que les débutants choisissent aujourd’hui un autre mode de vie, qu’il juge “indécent”, celui de l’intérim. 

Pour lui, les jeunes médecins “choisissent délibérément de faire ce qu’on appelle de l’intérim médical et ne vivent que de l’intérim.” Avec des nuits pouvant être rémunérées jusqu’à 2.000 euros l’une. Une situation que le médecin attribue à un manque d’attractivité de la part de l’hôpital public.

Le fait de pouvoir vivre très correctement de l’intérim médical fait naître des convoitises parmi les jeunes praticiens qui préfèrent en effet choisir une rémunération bien supérieure et des établissements où l’activité est moindre. Ça leur permet d’avoir plus de temps libre, que de pourvoir à des postes vacants dans les hôpitaux”, regrette-t-il, toujours au micro de France Bleu Loire Océan.

 

Publié le 10/01/2020

Montpellier : 15 000 personnes manifestent contre la réforme des retraites

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Le Poing l’avait bien dit : l’année 2020 s’annonçait surréaliste. 2019, rappelons-le, s’est achevée pour nous de la plus curieuse des manières : par le partage d’un de nos articles par Christine Boutin sur Twitter. Ce qui ne pouvait signifier qu’une chose : la fin est proche.

La masse est à la masse

09 janvier 2019, 14h, place Zeus : un cortège interprofessionnel et inter-luttes assez massif (environ 15.000 personnes), s’ébranle, mené par d’irréductibles gilets jaunes (bien plus souvent vêtus de noir que de jaune fluo, désormais), d’étudiants en lutte, de lycéens, et de syndicalistes autonomisés de leurs bureaucraties.

Banderole déployée par des manifestants boulevard de Strasbourg, le long du parcours de la

Le cœur y est, l’énergie un peu moins. Comme si ces sempiternelles promenades hors du centre-ville négociées entre la préfecture et les dirigeants de la CGT locale tournaient un peu en rond… Quelques moments viendront tout de même animer l’atmosphère, principalement les diverses anicroches à distance avec les flics – on a notamment pu entendre le slogan « Justice pour Cédric », en hommage au livreur tué par la police à Paris cette semaine, qui a doucement glissé vers un « Vengeance pour Cédric ».

Autre moment un peu surréaliste : se retrouver nez à nez avec cinq militants d’Action Française, probablement venus montrer les muscles après avoir vu deux de leurs recrues se faire bolosser par des antifas, mardi dernier, en marge de la manifestation des cheminots. Mais aussitôt mis en déroute par le cortège, les apprentis-chevaliers du Roy sont allés se réfugier pronto derrière une ligne de CRS d’où ils ont pu arroser leurs ennemis de copieux doigts d’honneur. Leur courage et leur ténacité faisait plaisir à voir.

La divergence des luttes

Le clou du spectacle restera ce moment à l’Arc de Triomphe où le cortège de tête a vainement essayé d’entrainer la foule vers la rue Foch, la Préfecture et le reste du centre-ville. Tandis que les gilets jaunes s’amassaient en haut, l’intersyndicale continuait son chemin par-dessous en direction de Louis Blanc, d’abord sous les appels à rejoindre les « sauvages » rassemblés au-dessus de leurs têtes, appels bientôt remplacés par des quolibets et des insultes, réciproques, qui ont culminé par des jets de pétards et de projectiles légers, de la part de quelques gilets jaunes frustrés par la situation.

La manifestation est ensuite allée se disperser au Corum, tandis que les gilets jaunes, suivant bon an mal an le reste du cortège, ont tenté une nouvelle percée vers le centre-ville. Un groupe assez conséquent s’est finalement retrouvé sur la comédie, où bac, CDI, CRS et autres bleusailles les attendaient, prêtes à en découdre, maintenant que les classes moyennes étaient rentrées se mettre au chaud. Après quelques fugaces tentatives de nassage et une errance dans les rues de l’Ecusson, la manif sauvage s’est rapidement dispersée.

Arrivée du cortège au Corum, où la CGT appelle à la dispersion.

Bilan ? Une grande mobilisation, des secteurs jusque-là peu visibles venus montrer leur force – notamment les avocats avec leurs ballons noirs – et toujours cette sempiternelle frustration que rien ne déborde, que le centre-ville reste hors de portée (voire même hors d’imaginaire). La manifestation du samedi 11 janvier, au cours de laquelle intersyndicale et gilets jaunes se côtoieront de nouveau – cette fois-ci sur le terrain de jeux des seconds – sera sans doute très intéressante à scruter.

Publiéle 08/01/2020

Maternelles privées, l’État plus généreux que prévu

En vigueur depuis septembre, l’abaissement à 3 ans de l’instruction obligatoire contraint les communes à financer les maternelles privées. Le gouvernement précise par décret que toutes les municipalités verront finalement la hausse de leurs dépenses compensée par l’État.

  • Denis Peiron, (site la-croix.com)

 

La loi Blanquer, rendant « la petite école » obligatoire, contraint les communes à financer à la même hauteur la scolarité de leurs élèves de maternelle, qu’ils soient accueillis dans le public ou dans le privé.  FREDERIC CHARMEUX/PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI/MAXP

  •  

En vertu des principes de la loi Debré de 1959, les mairies sont tenues de verser la même somme pour la scolarité de chaque écolier, qu’il soit inscrit dans le public ou dans le privé sous contrat. Ce principe de parité – souvent source de contentieux – valait jusqu’ici à partir de l’élémentaire, le CP coïncidant avec l’entrée, à 6 ans, dans l’instruction obligatoire.

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Mais la loi Blanquer votée en juillet bouscule cet équilibre : en rendant « la petite école » obligatoire, elle contraint les communes à financer à la même hauteur la scolarité de leurs élèves de maternelle, qu’ils soient accueillis dans le public ou dans le privé. Avec, en conséquence, un surcroît de dépenses pour beaucoup de mairies.

Un geste d’apaisement avant les municipales

Le gouvernement avait toujours affirmé que l’État compenserait l’augmentation des forfaits communaux mais exclusivement pour les municipalités qui, jusqu’ici, n’attribuaient aucun financement aux maternelles privées. Un traitement inique, avaient réagi de nombreux élus. « Et il faut croire que notre lobbying a payé », se félicite Agnès Le Brun, maire DVD de Morlaix (Finistère) et porte-parole de l’Association des maires de France. Car un décret publié le 30 décembre étend le dispositif : pourront aussi bénéficier d’une compensation les communes qui versaient déjà un forfait à ces établissements sans respecter la parité avec le public.

Exemple : une mairie octroyait 300 € par an et par élève à une maternelle privée. Elle devra désormais débourser 1 200 €, somme qu’elle verse par élève du public au titre des dépenses de fonctionnement. Alors que l’État ne devait initialement rien lui accorder, il lui octroiera 900 €. Une compensation pérenne mais qui ne tiendra pas compte des évolutions ultérieures du forfait. Surtout, les communes qui versaient déjà un forfait complet n’y auront pas droit.

Il n’empêche, cet infléchissement peut être perçu comme un geste d’apaisement à l’approche des élections municipales. Un changement de position qui aura pour effet d’alourdir la facture. Le ministère de l’éducation avait évalué la hausse des dépenses communales liées à la maternelle obligatoire à 100 millions d’euros par an (50 millions pour le public, 50 millions pour le privé). à ce stade, indique-t-il, l’enveloppe, intégrée au budget 2021, serait inchangée. Mais la majeure partie bénéficierait au privé, les hausses de dépenses n’augmentant guère pour les maternelles publiques qui dans un contexte démographique peu dynamique n’accueilleront pas massivement de nouveaux enfants.

Des forfaits complets partout dès cette année ?

Ce décret devrait aussi conduire l’Enseignement catholique à infléchir sa stratégie. « Nous envisagions de réclamer dès cette année la totalité du forfait de maternelle aux communes qui, jusqu’ici, ne nous accordaient aucun financement ; et d’étaler sur deux ans la remise à niveau pour celles qui nous versaient déjà un forfait partiel parce qu’elles devaient supporter seules cette hausse », indique Philippe Delorme, son secrétaire général. Comme l’État a choisi de compenser toutes les dépenses nouvelles liées à l’instruction obligatoire dès 3 ans, l’Enseignement catholique pourrait exiger partout des forfaits de maternelle complets dès cette année.

 

Publié le 08/01/2020

Comité des Usagers du Bassin de Thau du Cycle de l’Eau

 

Déclaration en date du 06 janvier 2020

 

Certains, s’étonnent à la lecture des données de l’Institut National des Statistiques et des Etudes Economiques (INSEE) du recul démographique de la Commune de Sète en 2017 (- 1370 habitants par rapport à 2012)  revenant à la population de 2007 soit

43 796 habitants.

 

Ces chiffres confirment l’étude démographique réalisée en 2016 par le Comité des Usagers du Bassin de Thau du Cycle de l’Eau lors de la présentation d’un projet alternatif à la proposition de l’agglomération Thau Agglo pour la construction de la station d’épuration des Eaux Blanches à Sète.

 

Le  projet initial prévoyait un système d’épuration pour 210 000 équivalents habitants, la préconisation du comité était de 165 000 équivalents habitants, ne retenant pas le procédé de méthanisation concernant le traitement des boues, investissement au coût prohibitif soumis à déclaration en fonction de la dangerosité de l’installation en entrée de commune.

 

Aujourd’hui, la réalité nous donne raison mais les usagers de l’agglomération du Bassin de Thau vont payer au prix fort une station d’épuration qui « vieillira mal » avec des coûts d’entretien importants liés au procédé d’épuration.

 

Des dysfonctionnements pouvant être connus en fonction du faible apport d’eau à traiter par rapport à la capacité de traitement de la station d’épuration des eaux usées.

 

Pour l’instant, le seul gagnant de l’opération est SUEZ qui bénéficie d’un pont d’or de 200 millions d’euros dans des conditions qui restent malgré tout à éclaircir, SUEZ ayant été la seule entreprise à déposer un dossier pour la construction et l’exploitation de la station d’épuration des eaux blanches et une concession service pour l’ensemble des installations d’eaux usées de l’agglomération.

 

Pour comparaison, le montant de l’apport d’eau brute sur le Bassin de Thau par l’intermédiaire de AQUA DOMITIA est de 250 millions d’euros, on peut donc s’interroger en tant que citoyen/usager sur le montant de la concession service offerte à SUEZ!

 

Nous persistons dans nos affirmations, la construction de la station d’épuration des eaux usées des Eaux Blanches dans la configuration actuelle est une ineptie économique et écologique, un gouffre à  argent pour la population du Bassin de Thau.

 

Chacun doit mesurer l’importance de la décision politique et économique dans ce dossier.

 

Ecouter les citoyens, leurs organisations et associations est certainement la façon intelligente pour « boucler » un projet environnemental sensible.

Que cette expérience serve d’exemple.

 

Le Président

Henri LOISON

Publié le 07/01/2020

Féminismes : Les nouvelles voix

Depuis le mouvement #MeToo, une nouvelle vague de féministes s’allie aux anciennes pour éviter un ressac des acquis sociaux.

(site politis.fr)

L e patriarcat est un juge qui nous reproche d’être nées. Notre punition, ce sont les féminicides, le viol. Le coupable, ce n’est ni moi, ni mes fringues, ni l’endroit. Le violeur, c’est toi. » Les yeux bandés, une chorégraphie synchronisée, les voix à l’unisson… Des centaines de femmes ont entonné ce chant de révolte contre la culture du viol au Chili en novembre dernier. Frisson mondial immédiat. L’hymne Un violeur sur ton chemin a été repris en Colombie, en Espagne, en France, en Australie, au Canada, en Turquie, créant une passerelle tonitruante entre toutes ces femmes qui osent parler, qui veulent se faire entendre, pour elles et toutes les autres. Une sensation de puissance qui ne cesse de grandir depuis que le mouvement #MeToo a mis un terme au silence inhérent à des siècles d’oppression et d’agressions.

Il y a deux ans, le meurtre d’une femme par son compagnon – ou son ex – était qualifié de « crime passionnel ». Un producteur d’Hollywood et bien des hommes de pouvoir pouvaient harceler et agresser des femmes dans un silence total. Des prises de parole d’une Catherine Deneuve ou d’une Élisabeth Lévy se présentant comme féministes véhiculaient l’idée d’un féminisme blanc et bourgeois omnipotent. En 2002, l’Assemblée nationale ne comptait que 18 % de femmes. Il y a une quinzaine d’années, on pensait encore que les femmes étaient dotées d’un point G à l’intérieur du vagin, clé miraculeuse des orgasmes. Aujourd’hui, le terme « féminicide » a fait son apparition, le plafond de verre se fissure dans la sphère politique et le clitoris est admis comme l’organe de référence du plaisir féminin.

Une nouvelle vague de féministes s’allie aux anciennes dans un continuum de luttes ininterrompues pour éviter un ressac néfaste qui guette chaque acquis. Les nouvelles voix de ces luttes ne sont plus les mêmes, leurs origines sociales non plus. Dans la sphère privée et dans la société tout entière, le patriarcat a pris un sérieux coup dans les parties. Cette nouvelle ère est celle du point F. Comme « femmes », mais surtout comme « féminismes ».

Pour aller plus loin

Sorcières. La puissance invaincue des femmes, Mona Chollet, Zones, 2018.

Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique, Mona Chollet, Zones, 2015.

Violences conjugales. Du combat féministe à la cause publique, Pauline Delage, Presses de Sciences Po, 2017.

Un autre regard, Emma, Massot Éditions, 2017.

Reclaim. Recueil de textes écoféministes, Émilie Hache, Cambourakis, 2016.

Libérées ! Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale, Titiou Lecoq, Fayard, 2017.

Écoféminisme, Maria Mies et Vandana Shiva, L’Harmattan, 1999.

_Quel monde voulons-nous ?__Starhawk, Cambourakis, 2019.

MLF, psychanalyse et politique, 1968-2018, Des femmes-Antoinette Fouque, 2018.

Olympe de Gouges, roman graphique, José-Louis Bocquet et Catel, Casterman, 2013.

La Vie domestique, film d’Isabelle Czajka, 2013.

Ni les femmes ni la terre ! film de Marine Allard, Lucie Assemat et Coline Dhaussy, 2018.

Les Féministes blanches et l’Empire, Félix Boggio Éwanjé-Épée et Stella Magliani-Belkacem, La Fabrique, 2012.

Trouble dans le genre, Judith Butler, La Découverte, 2006.

Femmes, race et classe, Angela Davis, Des Femmes-Antoinette Fouque, 2007.

Du pain et des roses. Appartenance de genre et antagonisme de classe sous le capitalisme, Andrea D’Atri, Éd. Communard.e.s, 2019.

La France, tu l’aimes ou tu la fermes ? Rokhaya Diallo, Textuel, 2019.

La Révolution féministe, Aurore Koechlin, Amsterdam, 2019.

« Nous disons révolution », article de Paul B. Preciado, Libération, 20 mars 2013.

Un féminisme décolonial, Françoise Vergès, La Fabrique, 2019.

Noire n’est pas mon métier, ouvrage collectif, Seuil, 2018.

Culottées. Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent, Pénélope Bagieu, bandes dessinées, tomes I et II, Gallimard, 2016.

Kiffe ta race, podcast de Grace Ly et Rokhaya Diallo, sur Binge Audio.

Intérieur Queer, podcast d’Hugo Combe, Camille Mati, Gabriel Debray, Flora Bernard, France Inter, 2019.

La Bibliothèqueer, compte Instagram.

Ouvrir la voix, documentaire d’Amandine Gay, 2017.

Féminisme pour les 99 %, C. Arruzza, T. Bhattacharya et N. Fraser, La Découverte, 2019.

Violences sexistes et sexuelles en politique,Esther Benbassa (dir.), CNRS Éditions, 2018.

_Beyoncé est-elle féministe ? Et autres questions pour comprendre le féminisme,_Margaux Collet et Raphaëlle Rémy-Leuleu, First, 2018.

_Sexe, genre et sexualités,_Elsa Dorlin, PUF, 2008.

_Le Capitalisme patriarcal,_Silvia Federici, La Fabrique, 2019.

_Une culture du viol à la française,_Valérie Rey-Robert, Libertalia, 2019.

_Retourne à la maison ! Les femmes politiques face au sexisme ordinaire,_Charlotte Rotman, Robert Laffont, 2016.

_Un podcast à soi,_Charlotte Bienaimé, Arteradio.

_Ni vues, ni connues. Panthéon, histoire, mémoire : où sont les femmes ?_Collectif Georgette Sand, Hugo Doc, 2017.

_Les Glorieuses,_newsletter de la révolution féministe.

Histoire des femmes en Occident (5 tomes), Georges Duby, Michelle Perrot, Perrin, 1992-2002.

Trois guinées, Virginia Woolf, 1938.

Jouir. En quête de l’orgasme féminin, Sarah Barmak, Zones, 2019.

Marre de souffrir pour ma contraception, Sabrina Debusquat, Les Liens qui libèrent, 2019.

King Kong Théorie, Virginie Despentes, Grasset, 2006.

Les Gros Mots. Abécédaire joyeusement moderne du féminisme, Clarence Edgard-Rosa, Hugo Doc, 2016.

Politique du clitoris, Delphine Gardey, Textuel, 2019.

Le Mythe de la virilité. Un piège pour les deux sexes, Olivia Gazalé, Pocket, 2019.

The Myth of The Vaginal Orgasm, Anne Koedt, 1970.

Les Antiféminismes. Analyse d’un discours réactionnaire, sous la direction de Diane Lamoureux et Francis Dupuis-Déri, Éd. du Remue-ménage, coll. « Observatoire de l’antiféminisme », 2019.

Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe, Chimamanda Ngozi Adichie, Gallimard, 2017.

L’Origine du monde, Liv Strömquist, Rackham, 2016.

Une chambre à soi, Virginia Woolf, 1929.

Les Couilles sur la table, podcast de Victoire Tuaillon sur Binge audio.

My Dear Vagina, compte Instagram.

The Vulva Gallery, compte Instagram.

Les Mâles du siècle, documentaire de Camille Froidevaux-Metterie et Laurent Metterie, sortie en juin 2020.

 

par Agathe Mercante et Vanina Delmas

Publié le 0501/2020

Rupture conventionnelle : ces trois nouveaux décrets qui liquident le statut de fonctionnaire

Alors que les fonctionnaires et en premier lieu les enseignants sont massivement mobilisés contre la réforme des retraites, des décrets viennent détruire la fonction publique en ce début 2020 : rupture conventionnelle, abrogation des indemnités de départ volontaire et ouverture de postes de direction aux non-fonctionnaires

.

Anna Ky (site revolutionpermanente.fr)

 

La loi de « transformation du service public » adoptée en août 2019 est une véritable entreprise de destruction du service public. Alors que des pans entiers de la fonction public sont mobilisés depuis le 5 décembre contre la réforme des retraites, et en première ligne les enseignants qui dénoncent également des conditions de travail qui se dégradent considérablement, trois décrets issus de cette loi viennent d’entrer en vigueur.

Si dans ce contexte de polarisation croissante le gouvernement avait cherché à éviter de mettre de l’huile sur le feu en repoussant l’entrée en vigueur de la réforme des APL, il signe une véritable déclaration de guerre avec ces nouveaux décrets. En effet, depuis le 1er janvier, les administrations de l’État, des collectivités territoriales et des établissements hospitaliers peuvent désormais avoir recours à des « ruptures conventionnelles », jusqu’alors uniquement en vigueur dans le privé. Une phase de test qui court jusqu’au 31 décembre 2025 et qui ouvre la possibilité de licenciements massifs dans la fonction publique, sous couvert de rupture de contrat « à l’amiable ».

Dans la théorie, la rupture conventionnelle permet au salarié et son employeur de convenir, d’un commun accord, d’une rupture du contrat de travail. Mais cette définition part d’un principe d’égalité entre patron et employé, alors que dans les faits, évidemment, il n’en est rien. Cette nouvelle arme dans l’arsenal des employeurs ouvre en réalité la voie à une pression et un harcèlement croissant sur les travailleurs de la fonction publique pour qu’ils « acceptent » ce type de rupture de contrat. La loi en elle-même attaque au cœur le statut de fonctionnaire, facilite l’externalisation, la privatisation et les licenciements.

Ces mesures, nouvellement en vigueur, réduisent aussi considérablement les indemnités de départ volontaire qui étaient envisageables dans les services en restructuration. Jusqu’alors, l’indemnité de départ volontaire était envisageable dès 5 ans d’ancienneté avec 12 mois de salaire brut et jusqu’à 26 mois de salaire brut pour les carrières allant au delà de 25 ans d’ancienneté. Avec la rupture conventionnelle, l’indemnité de rupture conventionnelle sera désormais de 25% de rémunération mensuelle brute par année d’ancienneté : autrement dit, avec 5 ans d’ancienneté, l’indemnité de rupture équivaudra à 1,25 mois de salaire brut ! Elle sera de plus plafonnée à maximum 24 mois de salaire brut pour les carrières au delà de 25 ans d’ancienneté.

Elles ouvrent aussi les postes de direction à des non-fonctionnaires, sont une véritable provocation à l’encontre des travailleurs de la fonction publique. Le néo-management à la France Télécom s’insère par la force dans la fonction publique : les fonctionnaires pourront donc être gérés par des manager, n’ayant passé aucun concours, ni prêter allégeance au service public. Il s’agit d’une attaque en règle du statut de fonctionnaire, à l’heure où les enseignants mais aussi les travailleurs de l’hôpital, dénoncent des conditions de travail dramatiques et qui ne cessent de se dégrader.

Avec ces nouveaux décrets, Macron et le gouvernement ont clairement désigné leurs cibles, puisqu’on notera que les fonctionnaires dans les domaines régaliens, et en particulier les policiers, sont encore une fois épargnés par ces mesures. Cette attaque, après les vœux de Macron, est un nouveau signe que le gouvernement compte mener coûte que coûte l’agenda de ses contre-réformes.

Alors que les travailleurs de l’éducation nationale se sont massivement mobilisés au côté notamment des grévistes de la RATP et de la SNCF depuis le 5 décembre, ces nouvelles attaques d’ampleur doivent être combattues au même titre que la réforme des retraites. Il s’agit de nouvelles mesures qui visent à niveler par le bas l’ensemble de nos conditions de travail, et d’une nouvelle preuve du mépris du gouvernement. Les prochains jours seront déterminants dans le conflit engagé contre Macron et son monde, et l’ensemble du monde du travail doit peser de toutes ses forces pour enfin mettre un coup d’arrêt à ce gouvernement des riches.

Publié le 04/01/2020

 

Patrick Vignal reçoit les syndicats : réaction de Serge Ragazzacci, et explications du député marcheur

Par

Jean-Philippe Vallespir (site lemouvement.info)

-

 

Patrick Vignal, le député LaREM a, semble-t-il, souhaité jouer les conciliateurs, le samedi 28 décembre dans sa permanence de Montpellier avec une délégation de plusieurs représentants syndicaux, pour parler grève, et réforme des retraites.

Contexte : le candidat à la mairie de Montpellier affichant toujours sa bonne volonté à comprendre, et à faire remonter les informations à Paris, aurait demandé selon le Midi Libre : « une note écrite des revendications, » aux représentants des syndicats, après plus d’une heure d’entretien. Bref, après l’oral, l’écrit.

23 revendications de Gilets Jaunes en 2018

Un peu comme pour les Gilets Jaunes qu’il avait reçus en décembre 2018 dans cette même permanence, et qui lui avaient laissé 23 revendications. Quid de celles-ci plus d’un an après ? Et quid de l’intérêt de lui laisser une note écrite, aujourd’hui en 2019 ?

VOIR AUSSI : Patrick Vignal, député LREM, a reçu les gilets jaunes samedi 1er décembre 2018 : « arrêtons de parler de pédagogie, des actes »

Mais l’entretien qu’a eu Patrick Vignal avec les syndicats ce week-end aura eu pour effet une présence TV matinale, dès le lendemain dimanche 29 décembre 8h20, alors que « son » président Emmanuel Macron est en repos au fort de Brégançon. Sur BFM, le député montpelliérain, parle de « mondes parallèles » en introduction. Comme à son habitude, sourire, bonne humeur et compliments à tout va, sont au rendez-vous, mais lorsqu’il s’agit d’éclaircir la notion de capitalisation grâce à une question de fond de la journaliste Perrine Storme, sur la relation entre la réforme des retraites, et la loi PACTE, le candidat aux municipales 2020 botte plutôt en touche. En effet, la Loi PACTE (Plan D’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises) est aussi l’opportunité d’une réforme importante de tous les dispositifs d’épargne retraite supplémentaire. Des dispositions visant à améliorer l’épargne retraite, l’épargne salariale, le plan d’épargne en actions et l’assurance vie y sont prévues, et entreront en vigueur normalement, en 2020.

« Une posture politique qui est malsaine… »

Selon Métropolitain, le député aurait eu ces affirmations étonnantes : « il y a une posture politique qui est malsaine, des syndicats qui veulent se refaire la cerise, car les Gilets Jaunes leur ont volé la vedette, et d’ailleurs la base ne soutient plus les responsables […] la démocratie sort abimée. » Et peut-être plus maladroit : « Avec la CGT, je ne vois pas comment on pourra recoller les morceaux. » Même partition jouée par le secrétaire d’État chargé des Transports Jean-Baptiste Djebbari, avec Philippe Martinez, Secrétaire général de la CGT. Puis, en mode méthode Coué : « progressivement, nos enfants auront un système à points qui fonctionnera ». On pourrait aussi y voir ici une forme de PNL, Programmation Neuro Linguistique, « formidable » méthode de communication et de thérapie brève. En mêlant la notion d’enfant, qu’évidemment l’on souhaite tous protéger, et l’idée d’une réussite avec un système qui fonctionnera plus tard, l’orateur installe l’idée que la réforme est une réforme juste pour l’avenir, et simplement incomprise par des Français trop « roumégaïs », comme il dit. Comprendre ronchonneurs.

Est-ce que vouloir résumer un désaccord fondamental à du mauvais caractère, ne ressemblerait pas à une forme de mauvaise fois contrôlée, pour servir une astucieuse communication ? Est-ce qu’il suffit d’affirmer des choses avec sympathie, pour donner aux paroles un bon sens, qu’elles n’ont peut-être pas ?

Interrogations légitimes qui nécessitent dans un souci d’équilibre d’interviewer le secrétaire départemental de la CGT, et de questionner le député marcheur.

Questions à Serge Ragazzacci, secrétaire départemental de la CGT UD34 : 

Le député a-t-il fait preuve d’ouverture, et de compréhension pour montrer son envie de jouer un vrai rôle de médiateur ?

Je dois dire que, j’ai été assez surpris des suites données à cette discussion qui a eu lieu samedi à Montpellier. Effectivement, quand il a su que nous organisions un rassemblement, il a proposé de recevoir une délégation. Ce qui est plutôt positif. Ce que nous constatons c’est une situation de blocage dans le pays, avec le gouvernement.

Comme cela s’est fait partout en France, la CGT a voulu rencontrer les députés pour mettre sur la table nos propositions de façon à sortir de cette situation de blocage. Ce qui nous a étonnés c’est la suite qu’il a donnée à cette discussion […] il a jugé qu’il n’y avait pas à discuter avec la CGT […] Je croyais qu’il était issu d’une majorité qui s’était pourtant promis de mettre des passerelles entre les mondes parallèles. Car à l’époque, quand Emmanuel Macron parlait de déconnexion, il parlait de déconnexion avec les élus, avec les élites et le peuple. Et il y avait bien une promesse d’écouter ce qui se passait sur le terrain. Donc les déclarations de Patrick Vignal nous étonnent très fortement… Et je trouve cela vraiment choquant de la part d’un député de la République.

Pourquoi selon vous, Patrick Vignal joue à distribuer le rôle de mauvais élève à la CGT, et s’amuse à donner en quelques sortes des bons points aux autres syndicats ?

Écoutez, je crois qu’il s’égare dans ses propos. Quand il dit : on ne peut pas discuter avec la CGT. Nos positions : elles sont connues et nos engagements sont constants. Nous ne sommes pas sur des positions opportunistes ni versatiles. On a connu un Patrick Vignal beaucoup plus enclin à être un peu plus pondéré, dans la majorité Macron, mais également quand il était encore socialiste. On peut s’interroger sur la conjoncture, est ce que le fait d’avoir eu l’investiture le pousse à jouer sur le CGT Bashing ? En tous cas, ce n’est pas une bonne idée qu’a eue Patrick Vignal.

Y a-t-il quelque chose à retenir dans cette posture de fin d’année d’un député LaRem de l’Hérault, et à quoi servirait de lui laisser une note écrite des revendications, alors qu’il semble fabriquer avec efficacité du marketing politique ?

Ce qui m’inquiète dans cette fin d’année 2019, c’est l’absence d’écoute de la part d’un gouvernement, de ses représentants et en particulier des députés. Ce qui veut dire que ce conflit va se prolonger […] Ils ne vont pas s’en sortir par des pirouettes.

Et après, pour la posture de Patrick Vignal, il va avoir une réponse écrite de la CGT. On va la rendre publique. Je considère qu’en démocratie, on ne peut pas manquer de respect à un syndicat et à ses engagements. Je rappelle notre préoccupation, les années 2020 et 2021 vont être ponctuées de rendez-vous électoraux. Ce qui nous inquiète, et qui guette notre pays, faute de perspectives sociales, c’est la montée de l’extrême droite et du fascisme. On ne peut pas jouer avec ça. On va lui rappeler un certain nombre de choses. Je ne me suis pas couché un soir socialiste, et réveillé le lendemain matin ultra-libéral. S’il y a quelqu’un avec qui on peut discuter, c’est la CGT parce qu’on est fidèle dans nos engagements.

Je l’invite à revoir sa tonalité. Ce n’est pas très correct, ni très honnête, alors que c’est lui qui a souhaité recevoir une délégation, et ensuite l’utiliser à des fins politiciennes de cette façon. C’est important de mettre un peu plus de hauteur. […] Et ce qu’il oublie Patrick Vignal, c’est que l’ensemble des propositions de tous les syndicats sont sur la table depuis de nombreux mois, et que le gouvernement en a pleinement connaissance.

Ce n’est pas le rôle d’un homme politique que de faire des petites phrases pour essayer de masquer la réalité. Aujourd’hui, il y a un gouvernement qui a décidé de passer en force avec ce projet, et qui n’écoute pas l’ensemble des représentants des organisations syndicales.


Questions à Patrick Vignal, député de la 9e circonscription de l’Hérault

On peut dire que vous avez fait un peu de « CGT bashing » ? Vous avez aussi demandé aux représentants des syndicats présents de vous remettre une note écrite. Que deviendra-t-elle ?

D’abord je n’ai pas fait de « CGT Bashing. »  Je suis le seul député de l’Hérault à les avoir reçus. Parce que j’estime que dans cette période difficile, c’est mon devoir de recevoir les gens […] on a eu un dialogue apaisé, on n’est pas d’accord […] moi j’estime que la réforme à points est importante, elle est universelle, après il lui faut des aménagements…

Alors on reçoit les gens, mais il n’y a pas d’écrits […] Je m’engage à écrire pour les enseignants à Blanquer, et à envoyer effectivement à mon gouvernement les retours de la CGT. Et je le ferai, parce que je suis un homme de parole.

Le gouvernement commence à céder pour certaines professions, comme par exemple les policiers, et pas pour d’autres, cette situation de blocage peut donc sembler justifiée ?

Je suis désolé, ce n’est pas céder. Comment, on peut passer de 42 régimes différents à un seul régime comme ça, d’un coup de baguette ? Il faut du temps, et je le dis dans ma majorité, et je veux bien d’ailleurs que l’on revienne sur l’âge pivot […] Je trouve, et j’en prends ma part, qu’on ne sait pas assez dialoguer, il faudra du temps.

Alors, oui vous dites vouloir dialoguer, mais à l’antenne de BFMTV vous affirmez « on est dans des mondes parallèles avec la CGT »…

Aujourd’hui la CGT dit : vous retirez le système à points. Moi je leur dis non : on peut avoir le système à points, et comment voulez-vous qu’on l’amende ? Donc, c’est vrai qu’on est dans deux mondes différents. Et je vois bien les positions de Philippe Martinez, pour eux : c’est niet. Et moi, je donne un signal à ma majorité, on pourrait continuer à dialoguer, et voir les chemins de convergence qu’on peut avoir avec la CGT.

Justement votre travail en tant que député, c’est aussi de fabriquer la loi. Est-ce qu’on peut s’attendre à un amendement « Vignal », sur le projet de loi de la réforme des retraites ?

Écoutez, moi je leur ai dit clairement. On ne peut pas réformer la France en ayant tous les syndicats dos à dos, c’est impossible […] Moi, je peux vous dire que ça va bouger, qu’on est un groupe de députés, et qu’on ne peut pas réformer contre tout le pays. Donc nous allons demander qu’il y ait des aménagements, et je l’assume.

 

<Oublié le 02/01/2020

Voeux présidentiels : Macron inflexible, généraliser la grève pour 2020 !

Dans son allocution de fin d’année, Emmanuel Macron a affirmé sa fermeté pour imposer sa réforme des retraites. Pas de surprise bien sûr, dans un discours qui ne manquera pas d’attiser la colère. Pas de compromis possible, généralisons la grève !

 

Julian Vadis (site revlutionpermanente.fr)

 

Silencieux depuis le début de la bataille contre la réforme des retraites, Emmanuel Macron été attendu au tournant pour le traditionnel discours présidentiel du 31 décembre. Sans surprise, le président a tenu la ligne défendu par le gouvernement depuis le début de la mobilisation.

Commençant son discours par une ode aux militaires, aux policiers ou encore aux pompiers, Emmanuel Macron a embrayé sur une première provocation. Alors que les Gilets jaunes comptent des milliers de blessés et de mutilé, Macron a osé parler d’un « dialogue respectueux et républicain », en référence à son one man show tout autour de l’hexagone, sous le sigle du Grand Débat. Sur le terrain de l’emploi, Macron a cherché à défendre son bilan, osant même parler « d’usines qui rouvre » : Les salariés de Ford ou de Whirlpool apprécieront…

« La réforme des retraites sera mené à son terme » : On parie ?

Reprenant au quasi-mot près la propagande du gouvernement, Emmanuel Macron a déclaré la guerre aux travailleurs : « La réforme des retraites sera mené à son terme »a t-il affirmé, ressortant une série de mot clé répété jusqu’à plus soif par les ministres et députés macronistes, enchaînant les fakes news, sur la question des retraites des femmes, des commerçants ou bien encore des agriculteurs et sur une réforme garantissant « l’égalité » et « l’équité ».

En soi, le discours de Macron a alterné entre une posture de fermeté totale et une série de « punchline », si l’on peut dire, sur la question de l’unité nationale, cherchant à dénoncer les prétendus « mensonges » des grévistes et appelant à « l’apaisement » et à des négociations pour trouver un compromis, quand dans le même temps la répression frappe fort sur les piquets de grève, en particulier à la RATP.

« Je ne céderai rien au pessimiste » a affirmé Macron, martelant ne pas avoir « le droit de céder à la fatalité ». Le message est clair : Le président reste droit dans ses bottes, et entend continuer de jouer la carte du pourrissement pour passer en force. Au final, nous ne pouvons être d’accord avec une phrase de Macron. « Nous n’avons pas le droit de céder à cette fatalité » : Message reçu, « pour l’honneur des travailleurs, et pour un monde meilleur », amplifions la grève et poursuivons le combat jusqu’au retrait de la réforme !

<Publié le 01/01/2020

Afrique de l’ouest. « Avec l’eco de Macron et Ouattara, seul le nom change »

 

Rosa Moussaoui (site humanite.fr)

 

Pour l’économiste sénégalais Demba Moussa Dembele, le glissement annoncé du franc CFA vers l’eco perpétue la tutelle économique et monétaire de Paris sur ses ex-colonies d’Afrique de l’Ouest.
Demba Moussa Dembele

Demba Moussa Dembele

Économiste, directeur du Forum africain des alternatives

Que change, pour les pays d’Afrique de l’Ouest qui l’utilisent, le remplacement du franc CFA par une nouvelle monnaie, l’eco, annoncé par Emmanuel Macron et Alassane Ouattara le 21 décembre à Abidjan ?

DEMBA MOUSSA DEMBELE Ce que Macron et Ouattara ont entériné à Abidjan diffère de ce que les chefs de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ont décidé le 29 juin 2019 à Abuja, au Nigeria, en s’accordant sur l’objectif, pour 2020, d’une monnaie unique baptisée eco, avec un taux de change flexible, excluant toute tutelle extérieure, qu’elle soit le fait d’un pays ou d’une institution. Il s’agissait alors de donner corps à une monnaie souveraine, placée sous le contrôle des quinze pays de la Cédéao. L’annonce des présidents français et ivoirien est tout autre : elle ne concerne pour l’heure que les huit pays de l’actuelle zone franc. L’eco tel qu’ils le conçoivent serait arrimé à l’euro, avec un taux de change fixe, comme c’est actuellement le cas pour le franc CFA. Enfin, la France conserverait le rôle de garant de cette monnaie, ce qui la place en position de dicter aux pays concernés leurs politiques économiques.

Le Ghana vient d’exprimer sa volonté de rejoindre cette future zone eco : il en serait alors la première économie, devant la Côte d’Ivoire. Dans une telle configuration, cette nouvelle monnaie ne se limiterait plus au « pré carré français »…

DEMBA MOUSSA DEMBELE Alassane Ouattara affirme lui-même que seuls les huit pays de l’actuelle zone franc CFA sont pour l’heure appelés à rejoindre son eco. Nous verrons bien ce que fera le Ghana. Pour l’instant, aucun pays, à l’exception, dit-on, du Togo, n’est en mesure de remplir les critères de convergences qu’exigerait l’adoption de cette monnaie unique : déficit inférieur à 3 % du PIB, dette publique en dessous de 70 % du PIB.

Le franc CFA est arrimé à l’euro selon une parité fixe décidée par la France, qui apporte à cette monnaie une garantie de convertibilité illimitée. En contrepartie, les pays de la zone franc ont l’obligation de déposer 50 % de leurs réserves de change au Trésor français. Cette garantie, reconduite avec l’eco, fonctionne-t-elle dans les faits ?

DEMBA MOUSSA DEMBELE Cette garantie est censée permettre à un pays en mal de réserve de changes de continuer à commercer avec le reste du monde. Dans les faits, cette garantie ne s’est exercée que sur une très brève période, avant la dévaluation de 50 % imposée par Paris en 1994. Ce rôle de « garant » dont se prévaut la France lui donne surtout un droit de regard sur les choix économiques des pays de la zone franc. Le vrai problème, c’est que l’on cherche à diviser les pays de la Cédéao. Pour l’instant, le Nigeria se méfie de ce glissement du franc CFA vers l’eco, dans les conditions posées par Ouattara et Macron. Or ce pays représente 70 % du PIB de la Cédéao. Quel sens aurait cette monnaie si elle n’incluait pas la première économie de la région ?

Qu’implique cet arrimage à l’euro ?

DEMBA MOUSSA DEMBELE Les fondamentaux ne changent pas. La garantie du Trésor français, le taux de change fixe, l’arrimage à l’euro ; ma liberté de transfert des capitaux entre nos pays et la France restent les piliers de cette « coopération » qui nous prive de souveraineté monétaire. Le taux de change fixe avec l’euro implique que la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bcéao) suive les politiques de la Banque centrale européenne (BCE) en donnant la priorité à la lutte contre l’inflation. Ce qui est absurde : le fonctionnement de nos économies, les défis qui leur sont posés ne sont pas ceux des économies européennes ! Nous avons besoin de bâtir des capacités de production, d’investir, de créer des emplois pour les jeunes qui prennent, pour l’heure, le chemin de l’exil et se noient en Méditerranée. Avec ce passage annoncé du franc CFA à l’euro, seul le nom change. Les mêmes politiques, celles qui entravent le développement de nos pays, seront reconduites.

Comment imaginer alors une transition vers une monnaie commune débarrassée des tutelles extérieures, maîtrisée par les pays d’Afrique de l’Ouest ?

DEMBA MOUSSA DEMBELE Le projet de monnaie unique initialement porté par la Cédéao visait la souveraineté monétaire et le développement des échanges entre les pays de la région, qui compte aujourd’hui huit monnaies différentes. Il s’agissait de renforcer l’intégration sous-régionale pour aller vers des politiques communes d’investissement sur les terrains industriel, agricole, énergétique. Un tel processus aurait été utile à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest, mais aussi du continent entier. Tout n’est pas encore joué : des négociations se mènent, la pression populaire reste forte pour rompre avec la servitude monétaire et la tutelle française que perpétuerait l’eco voulu par Macron et Ouattara.

 

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui

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