PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

Publié le 21/04/2019

Notre-Dame : pourquoi la générosité des milliardaires et des multinationales pose question

par Olivier Petitjean (site bastamag.net)

Environ 700 millions de dons ont déjà été promis par plusieurs grandes fortunes et multinationales pour financer les réparations et reconstructions nécessaires suite au dramatique incendie qui a frappé la cathédrale parisienne, l’un des monuments les plus visités d’Europe. Ces dons, les ristournes fiscales dont ils pourraient bénéficier et les contreparties dont ces généreux donateurs pourraient profiter, font polémique. L’occasion de faire le point sur les questions et controverses que suscite le mécénat culturel prisé par les grandes fortunes françaises.

Après le spectaculaire incendie de Notre-Dame, les grandes fortunes et grands groupes français n’ont pas perdu de temps pour offrir leurs services. Bernard Arnault, PDG de LVMH, a promis 200 millions d’euros pour la rénovation du monument, de même que L’Oréal (propriété de la famille Bettencourt). La famille Pinault (groupe Kering) et le pétrolier Total ont annoncé 100 millions d’euros, l’afficheur JCDecaux 20 millions, la famille Bouygues 10 millions, la fondation du Crédit agricole 5 millions... [1] Autant de dons versés soit directement par les groupes, soit via leurs fondations d’entreprise, soit à titre individuel par leurs patrons. Les groupes de construction Vinci et Bouygues proposent également de mettre à disposition leurs employés et leurs compétences pour la reconstruction de Notre-Dame.

Cet élan de générosité fait déjà polémique. L’essentiel de ces promesses de dons seront ainsi défiscalisés à 60% pour une entreprise, à 66% pour un particulier, voire à 90% si le gouvernement décide de leur appliquer la ristourne prévue par la loi pour le mécénat relatif aux « trésors nationaux ». C’est ce qu’a demandé notamment l’ancien ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon – et conseiller de François Pinault – au lendemain de l’incendie.

Autrement dit, sur les 200 millions d’euros promis par L’Oréal ou par la famille Arnault, seule une petite partie sera effectivement à leur charge, le reste étant compensé par la réduction de leur ardoise fiscale [2]. Ce seront donc au final les pouvoirs publics qui acquitteront l’essentiel de ces sommes pour compenser les impôts perdus, pendant que les milliardaires et les multinationales pourront s’adjuger le mérite d’avoir facilité la restauration de la cathédrale – tout en ayant le pouvoir d’affecter les impôts qu’elles paient là ou elles le souhaitent. La famille Pinault, dont la fortune est estimée à 30,5 milliards d’euros, aurait cependant annoncé, suite à la controverse, qu’elle ne chercherait pas à bénéficier du dispositif.

Coût du mécénat culturel : presque un milliard d’euros par an

L’avalanche de générosité dont bénéficie la cathédrale parisienne intervient à un moment où les allégements fiscaux liés au mécénat culturel sont de plus en plus contestés. Le groupe LVMH et son PDG Bernard Arnault, dont la fortune est désormais estimée à 77,2 milliards d’euros, sont aujourd’hui l’objet d’une plainte, inspirée par un rapport au vitriol de la Cour des comptes, pour avoir abusé du dispositif lors de la construction de la Fondation Louis Vuitton. Inaugurée en 2016 dans le bois de Boulogne, ce lieu avait été présenté par Bernard Arnault comme un « cadeau à la France ». Selon les calculs de la Cour des comptes, son budget total de 790 millions d’euros a donné lieu à des déductions fiscales de 518 millions pour diverses sociétés du groupe du milliardaire. Les magistrats se sont aussi étonnés publiquement des factures hors normes affichées par LVMH et le maître d’œuvre du chantier, Vinci (lire notre article).

Une « Pinault Collection » doit ouvrir cette année dans le bâtiment de la Bourse du commerce, dans le 1er arrondissement de la capitale, où la famille Pinault exposera les œuvres acquises. Les Pinault, propriétaires du géant du luxe Kering – actuellement au centre d’un scandale d’évasion fiscale lié à sa filiale Gucci [3] – ont assuré qu’ils ne chercheraient pas à faire valoir leurs droits à une ristourne fiscale. L’opération n’en a pas moins été contestée, puisque la ville de Paris a acheté le bâtiment 86 millions d’euros, pour le louer ensuite à la famille milliardaire ses 3000 m2 pour seulement 60 000 euros par an (plus une redevance initiale de 15 millions d’euros). Une location quasiment cadeau au vu du prix de location moyen dans cet arrondissement [4].

Quelles « contreparties » pour les riches donateurs ?

La Cour des comptes estime que les réductions d’impôt liées au mécénat coûtent au total presque un milliard d’euros par an au fisc français, la plus grosse partie étant trustée par une poignée de grosses multinationales qui y voient une occasion de valoriser leur image et de faire oublier les scandales ou leurs impacts sur la planète (lire notre enquête sur le mécénat de Total).

Derrière la controverse fiscale, les dons promis pour Notre-Dame posent en filigrane une question supplémentaire, concernant l’avenir du monument lui-même. Un autre aspect souvent critiqué de la législation française sur le mécénat est la question des « contreparties ». En échange de leur générosité, les donateurs obtiennent, dans certaines limites, des avantages en nature comme des entrées gratuites pour leurs employés, ou encore la mise à disposition des lieux pour des événements.

Le château de Versailles illustre cette démarche : les grandes marques de luxe – celles des milliardaires qui se pressent aujourd’hui au chevet de la cathédrale de Paris – ont été les premières à en profiter. Elles y multiplient les opérations marketing, les séances de photos et les réceptions [5]. Le château avait aussi accueilli en 2016 l’anniversaire organisé pour sa femme par le PDG de Renault, Carlos Ghosn, dans le cadre d’une convention de mécénat entre Renault et l’établissement public. Une enquête de l’ Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières a été ouverte en France suite à l’incarcération de Ghosn au Japon.

Demain, une bâche publicitaire géante sur Notre-Dame ?

Le recours à des bâches publicitaires géantes – elles aussi l’apanage des marques du luxe – sur les chantiers des monuments parisiens fait aussi débat. L’association Résistance à l’agression publicitaire a même déposé plainte pour « violation de sépultures » pour dénoncer la bâche qui a entouré plusieurs mois la colonne de Juillet, place de la Bastille (la colonne est bâtie sur une nécropole abritant les morts de l’insurrection de juillet 1830). La perspective de publicités sur le chantier de Notre-Dame risque de susciter les envies.

Notre-Dame est le monument le plus fréquenté de la capitale, avec environ 13 millions de visiteurs par an. Placée sous l’égide du Centre des monuments nationaux, elle échappait encore à la logique commerciale de « monétisation » du patrimoine qui prévaut aujourd’hui à Versailles et, dans une moindre mesure, au Louvre. L’importante rénovation qui s’annonce pourrait changer la donne.

Olivier Ptitjean

Publié le 20/04/2019

Guillaume Apollinaire. « Entourée de flammes ferventes Notre-Dame m'a regardé »

Patrick Le Hyaric (site humanité.fr)

Par Patrick le Hyaric, directeur de l'Humanité. Comme face à un deuil, le pays entier et les millions de visiteurs qui ont foulé du pied le parvis de la cathédrale, ont été lundi soir envahis d’une infinie tristesse. Beaucoup ont réagi comme si un être cher succombait, révélant combien cette belle Dame trônant fièrement au cœur de la capitale était Nôtre, vivant dans l’intimité de millions de consciences, jusqu’aux plus rétives au dogme religieux. 

Ce n’est ni la religion ni la foi qui suscite chez nous cette émotion. Sans enlever aux catholiques une peine augmentée de leur foi bien compréhensible, nous pleurons aujourd’hui la destruction de pans entiers de cette manifestation rare du génie humain. 

Paris était si peu quand Notre-Dame s’élevait déjà, il y a près de mille ans au cœur de l’ile de la Cité. Ce splendide édifice n’est réductible à aucun homme, aucun architecte, aucun génie si ce n’est celui, collectif, de milliers d’artisans, apprentis et compagnons anonymes, femmes et hommes, ces « oeuvriers » comme on les appelait alors, qui mobilisèrent tous les savoirs des sciences, des arts et des techniques pour ériger vers le ciel et pour les siècles des piliers de calcaire monumentaux colorés de kaléidoscopes de verre qui ornent les rosaces, reliés par une immense charpente de bois qui défie les lois de la physique, solidement flanquée de ces arcs majestueux enracinés entre deux eaux.

Le lieu de culte s’est fondu avec l’histoire séculaire. Sans rien perdre de sa magie et de sa transcendance, il donne à l’athée matière à s’éblouir comme à penser les événements d’un millénaire. L’endroit a mêlé les enjeux de pouvoirs royaux, impériaux et républicains et une persévérante appropriation populaire comme l’a si brillamment montré Victor Hugo, et après lui Apollinaire ou Aragon. 

Si, comme le disait Jaurès  « l’humanité n’existe point encore ou elle existe à peine », peut-on risquer qu’elle soit parvenue à s’accomplir vraiment dans certaines œuvres de l’art et de l’esprit, dans ces créations où l’Homme a surpassé ses capacités et son imagination pour dire l’ineffable et inventer l’inconcevable, nourrissant la civilisation de culture mise en partage?

Pour notre grand soulagement, les pompiers héroïques de Paris ont réussi à circonscrire le sinistre et à préserver l’essentiel de la structure et des vitraux médiévaux. Le « trésor » et quelques une des merveilles du site ont également été sauvés du feu.

Notre imagination, notre capacité à inventer sans trahir, à prolonger sans renier, comme a su le faire à sa façon et en son temps Viollet le Duc au 19ème siècle, sont sollicitées pour trouver les formes nouvelles et contemporaines qui feront se tenir encore et toujours, fière et debout, cette belle Dame de Paris. 

https://www.humanite.fr/guillaume-apollinaire-entouree-de-flammes-ferventes-notre-dame-ma-regarde-671041

Publié le 19/04/2019

 

[Tribune] Coup de gueule d’une Toulousaine en colère

(site lemouvement.info)

On dit parfois que la colère n’est pas bonne conseillère. Mais quand celle-ci est fondée et légitime, il est sain de l’exprimer. C’est donc une saine colère que je souhaite exprimer dans cette déclaration.

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La manifestation à Toulouse samedi 13 avril n’a pas eu lieu. Cette manifestation appelée par de très nombreuses organisations syndicales, politiques et associatives, contre la loi dite « anti-casseurs », a de fait, été interdite.

Comme des milliers de manifestant-e-s gilets jaunes, syndicalistes, militant-e-s ou pas, j’ai été empêchée de manifester. C’est la première fois que cela m’arrive dans cette ville où je milite et où il m’est arrivé de battre le pavé des centaines de fois.

Je m’insurge d’avance : il n’est pas crédible que les autorités puissent prétendre avoir agi au nom de la sécurité des nos concitoyen-n-e-s. Il n’en est rien. Ce qui a occupé principalement les forces de police ce fut de rendre impossible la constitution du cortège initialement prévu. Dès que vous vouliez rejoindre ou essayer de rejoindre le cortège intersyndical et le pôle enseignant prévu pour cette manifestation, c’était physiquement impossible. J’ai pu le constater moi même lorsqu’un premier barrage entre les allées Jean Jaurès et la place Jeanne d’Arc m’a amenée à négocier avec les forces de l’ordre. La réaction de ces dernières fut plus qu’étonnantes. Le fait de discuter, de protester devant ce qui était clairement une remise en cause d’un droit élémentaire, celui de manifester, a suscité chez les CRS présents des réactions démesurées et disproportionnées : agressivité systématique dans les propos (il s’agit sic « d’obéir aux ordres », de « se taire » sous peine d’être embarqué, parfois les propos sont grossiers à l’encontre d’une jeune femme, « ta gueule conasse »), menaces d’être arrêté-e-s dès la première discussion, d’être filmé. Les mensonges vont bon train, un policier se permettant même d’affirmer que « la manifestation est interdite, car non déclarée », que « les boulevards sont interdits à la circulation (des piétons !) », d’autres refusent de rendre visible leur matricule quand on leur fait remarquer que celui-ci est dissimulé, prétextant contrairement à la loi, « qu’ils n’ont pas à le montrer lors d’un maintien de l’ordre » !

Afin d’apaiser les esprits, car les esprits finissent par s’échauffer, surtout quand cela fait deux, trois fois qu’on est repoussés, j’ai sorti ma carte d’élue régionale, évoquant la possibilité d’entrer en contact avec la préfecture, pour vérifier les dires des CRS présents.

Là aussi réactions assez significativement incorrectes : « c’est ça, t’as qu’à croire, t’as qu’à rêver ». Propos qui révèlent la toute-puissance dans laquelle croient pouvoir évoluer ces policiers soi-disant chargés du maintien de l’ordre et de notre sécurité.

Tout le reste est à l’avenant : malgré les efforts de retrouver les ami-e-s, camarades, militant-e-s avec qui j’avais prévu de manifester, cela s’avéra impossible. Nous fûmes gazés, bousculés, pris constamment dans des nasses. Le bruit devint assourdissant tellement étaient lancées de très nombreuses grenades de désencerclement par les policiers.

L’impression d’être en état de siège était un sentiment largement partagé autour de moi.

Alors que doit-on retenir de la stratégie choisie par les autorités et par le pouvoir, puisque la manifestation devait se dérouler dans le nouveau cadre répressif de la loi « anticasseurs » ?

Tout d’abord que le dispositif policier démentiel, n’avait absolument rien à voir avec le maintien de l’ordre et la sécurité puisque l’incendie allées Jean Jaurès et celui près de Jeanne d’Arc n’ont nullement été empêchés.
Visiblement ce n’était pas la priorité des escouades de CRS, des canons à eau et des blindés!

Non l’objectif était bien d’empêcher la manifestation d’avoir lieu avec un arsenal répressif indigne d’une démocratie.

Avec une stratégie toujours plus présente de la tension et de l’escalade de la violence. Tout a été fait pour irriter et pousser les manifestant-e-s à tenter de reconstituer un cortège systématiquement empêché.

Pour finir, il faut être très clair : ce qu’il s’est passé samedi à Toulouse est très grave. Un tournant a été pris, Toulouse a sans doute servi de laboratoire de la répression, dans le cadre de la loi nouvellement votée.

Dans notre pays un cap a été franchi : il ne s’agit plus de constater une dérive autoritaire du pouvoir, mais bien une tentation autoritaire qui remet en question les droits fondamentaux démocratiques comme ceux de manifester, de circuler et donc de s’exprimer quand on souhaite s’opposer à la politique du pouvoir Macron.

La démocratie est en danger et il est temps pour les organisations progressistes syndicales, politiques et associatives du département de poursuivre leur combat contre la répression.

Mais désormais devant la tentation autoritaire bien réelle, c’est d’un sursaut national dont nous avons besoin.

Myriam Martin,
conseillère régionale Occitanie
Ensemble ! France Insoumise

https://lemouvement.info/2019/04/16/tribune-coup-de-gueule-dune-toulousaine-en-colere/

 

Publié le 18/04/2019

Parlons (Inter) Net

Le clocher de Notre-Dame est digne de dix dons, dis-donc

 

(site legrandsoir.info)

ND c’est un peu Paris, un peu la France, un joyau de l’humanité et sonnez trompettes ! Et violons et grandes orgues...

La famille Pinault ayant décidé de débloquer 100 millions d’euros, LVMH et la famille Arnault y vont (dis-donc) d’un digne don de 200 millions d’euros.

En un an, Bernard Arnault s’est enrichi de 8,89 milliards d’€, soit 27 millions d’€ par jour, soit 1,13 millions d’€ par heure, soit 18 816€ par minute, soit 16 SMIC chaque minute.

Si les Français payés au SMIC, les bénéficiaires d’un RSA, les retraités impécunieux, les étudiants, les chômeurs veulent verser autant que lui, proportionnellement à leurs revenus, calculez combien de décimales après la virgule seront nécessaires pour en écrire le montant sur un chèque.
Calculez la réduction d’impôt auxquels donneront droit les dons (ceux de Pinault, Arnault et les vôtres).
Allez-y, allez-y, sortez vos calculettes : on vous lira ci-dessous.

Théophraste R. Théologien dissident (excommunié) auteur du Saint-Livre : « Si Dieu existait, il aurait d’abord fichu le feu à la dégoûtante meringue blanchâtre bâtie à Montmartre contre la Commune de Paris »).

Publié le 17/04/2019

Un collectif appelle à la création d’une « assemblée citoyenne » de « gilets citoyens »

La démarche est soutenue par le réalisateur Cyril Dion, l’économiste Laurence Tubiana ou encore une des figures médiatiques des « gilets jaunes » Priscillia Ludosky.

Par Aline Leclerc et Claire Legros (site lemonde.fr)

Ils ont décidé de changer de braquet et surtout de méthode. Sans attendre les annonces d’Emmanuel Macron censées clore le grand débat, un collectif lance la création d’une assemblée de citoyens tirés au sort, représentatifs de la société française.

Entreprise par Démocratie ouverte, une association de militants et praticiens de la démocratie participative, la démarche est soutenue par un collectif d’une centaine de personnes de tous horizons dont Cyril Dion, coréalisateur (avec Mélanie Laurent) du film Demain, l’actrice Marion Cotillard, très investie dans la défense de la planète, l’économiste Laurence Tubiana, négociatrice de la COP21, le professeur de science politique Loïc Blondiaux ou encore Priscillia Ludosky, l’une des figures médiatiques des « gilets jaunes ».

Baptisé Gilets citoyens, ce collectif avait déjà écrit le 23 janvier une lettre ouverte au président de la République pour recommander la mise en place d’une telle assemblée. Tout en « s’enthousiasmant » de l’idée du grand débat comme « occasion d’inventer collectivement de nouvelles pratiques démocratiques », les signataires y déploraient « la précipitation, le manque d’engagement et de transparence » du processus.

Lire aussi Après le grand débat, les « gilets jaunes » veulent maintenir la pression

La synthèse proposée lundi par le gouvernement a fini de les convaincre qu’il fallait agir pour que le processus démocratique amorcé « ne finisse pas en eau de boudin ».

« On entend dire “les Français ont dit que”, alors que moins de 2 % ont contribué au grand débat. On voit bien que ce n’est pas représentatif, remarque la coprésidente de Démocratie ouverte, Mathilde Imer. On risque par ailleurs de n’avoir pour résultat que des annonces de court terme alors qu’il faudrait aussi s’attaquer aux sujets de fond de long terme. »

Formés par des experts « de façon contradictoire »

Si elle voit le jour, cette assemblée citoyenne délibérative serait composée d’au moins 100 personnes, tirées au sort selon la méthode des quotas, afin d’être représentative de la société française. Elle devra travailler à chercher des solutions sur trois sujets : la mise en œuvre d’un référendum d’initiative citoyenne (RIC), la transition écologique et la justice fiscale. Ses membres seront formés par des experts « de façon contradictoire » pendant « au moins trois week-ends » avant de délibérer sur les propositions qui pourront ensuite être soumises à référendum.

« La création d’une assemblée citoyenne figurait parmi les premières revendications que nous avons portées sur notre page La France en colère, souligne Priscillia Ludosky. C’est ça qu’il aurait fallu créer en janvier, à la place du grand débat. »

Si une telle initiative est inédite en France à cette échelle, des expériences d’assemblées nationales citoyennes ont déjà été menées dans plusieurs pays, avec un certain succès. En Irlande, un processus de ce type a conduit à modifier deux articles de la Constitution en faveur du mariage homosexuel et de l’avortement.

« Le processus y a aussi commencé par une assemblée citoyenne organisée à l’initiative de la société civile, souligne Cyril Dion. Et c’est à l’issue des débats que le gouvernement s’est engagé. Il a bien vu l’intérêt de ce dispositif sur des sujets conflictuels pour lesquels il n’avait pas vraiment de solution. »

Lire l’entretien avec Cyril Dion : « Le grand débat, ce n’était pas vraiment de l’intelligence collective »

Des « lignes rouges »

De nombreuses inconnues demeurent. Quelle sera la réaction des personnes contactées par tirage au sort ? Pour les conférences régionales organisées dans le cadre du grand débat, les organisateurs se sont heurtés à de nombreux refus. Et surtout, quel rôle voudront jouer les pouvoirs publics dans la démarche ? Les membres du collectif ont proposé à Emmanuel Macron d’accompagner le dispositif, qui nécessite un budget de « plus de 1 million d’euros ». Dans la foulée de leur lettre de janvier, ils ont été reçus par des conseillers de l’Elysée.

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Mais le collectif tient à ce que des « lignes rouges » soient respectées : la représentativité de l’assemblée, un temps de discussion minimum et l’absence « d’interférence gouvernementale dans le choix des sujets comme des garants ». « Si le processus est tordu ou altéré, nous en sortirons », prévient Cyril Dion.

Le collectif des Gilets citoyens lance dès aujourd’hui un appel à la « mobilisation la plus large possible » en faveur de son projet, pour inciter l’exécutif à soutenir le processus. En cas de refus, le collectif prévoit de lancer un appel à financement participatif au début de l’été. « On ira, quelle que soit la réponse du gouvernement, affirme Mathilde Imer. On a les premiers financements, on a la méthodologie, on est prêts. » Le tirage au sort est prévu en août pour un premier week-end de travail de cette assemblée à l’automne.

 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/04/13/un-collectif-appelle-a-la-creation-d-une-assemblee-citoyenne-de-gilets-citoyens_5449760_823448.html

 

Publié le 16/04/2019

L’arrestation d’Assange est scandaleuse

Noam CHOMSKY (site legrandsoir.info)

L’arrestation d’Assange est scandaleuse à plusieurs égards. L’un d’entre eux est l’effort déployé par des gouvernements – non seulement le gouvernement des États-Unis. Les Britanniques coopèrent. L’Équateur, bien sûr, coopère actuellement. La Suède, auparavant, avait coopéré. Les efforts pour faire taire un journaliste qui publiait des documents que les gens au pouvoir ne voulaient pas que la foule de gueux connaissent. C’est essentiellement ce qui s’est passé. WikiLeaks publiait des choses que les gens devraient savoir sur ceux qui sont au pouvoir. Les gens au pouvoir n’aiment pas ça, il faut donc le faire taire. C’est le genre de chose, le genre de scandale qui se produit, malheureusement, encore et encore.

Pour prendre un autre exemple, juste à côté de l’Équateur, au Brésil, où les événements qui se sont produits sont extrêmement importants. C’est le pays le plus important d’Amérique latine, l’un des plus importants au monde. Sous le gouvernement Lula, au début de ce millénaire, le Brésil était le pays le plus respecté, peut-être le plus respecté au monde. C’était la voix du Sud sous la direction de Lula da Silva. Remarquez ce qui s’est passé. Il y a eu un coup d’État, un coup d’État soft, pour éliminer les effets jugés néfastes du Parti des travailleurs. Ces effets sont décrites par la Banque mondiale - pas par moi, la Banque mondiale - comme la "décennie d’or" de l’histoire du Brésil, avec une réduction radicale de la pauvreté, une extension massive de l’inclusion des populations marginalisées, une grande partie de la population - afro-brésilienne, autochtone - qui a été intégrée dans la société, un sentiment de dignité et d’espoir pour la population. Ce qui était intolérable.

Après le départ de Lula, il y eut un autre "coup d’État" soft - je n’entrerai pas dans les détails, mais la dernière mesure, en septembre dernier, a été de prendre Lula da Silva, le personnage principal, le plus populaire du Brésil, qui allait presque certainement gagner les élections, pour le mettre en prison, à l’isolement, essentiellement une peine capitale, 25 ans de prison, interdit de lire la presse et des livres et, surtout, de faire une déclaration publique – contrairement à des tueurs dans le couloir de la mort. Ceci dans le but de faire taire la personne qui était susceptible de gagner l’élection. C’est le prisonnier politique le plus important du monde. Vous en avez entendu parler ?

Eh bien, Assange est un cas similaire : Il faut faire taire cette voix. Examinons l’histoire. Certains d’entre vous se rappelleront peut-être quand le gouvernement fasciste de Mussolini a mis Antonio Gramsci en prison. Le procureur a dit : "Nous devons faire taire cette voix pendant 20 ans. Je ne peux pas le laisser parler." C’est Assange. C’est Lula. Il y a d’autres cas. C’est un scandale.

L’autre scandale, c’est la portée extraterritoriale des États-Unis, ce qui est choquant. Pourquoi les États-Unis auraient-ils le droit de contrôler ce que d’autres font ailleurs dans le monde ? Aucun autre État ne pourrait le faire. C’est une situation bizarre. Et ça n’arrête pas. On ne le remarque même plus. Du moins, il n’y a aucun commentaire à ce sujet.

[...]

Noam Chomsky

Traduction "ce bon vieux Noam..." par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

https://www.legrandsoir.info/l-arrestation-d-assange-est-scandaleuse.html

 

Publié le 15/04/2019

L’État vous consulte : quel avenir pour nos plages ?

Gil MartinIl (site le-metropolitain.fr)

 

L'Etat propose aux citoyens de donner leur avis sur les règles à mettre en place pour la gestion des plages

Jusqu’au 16 mai, l’Etat propose aux Héraultais de se prononcer sur les règles à mettre en place pour la gestion et la préservation des plages, propriété inaliénable de l’Etat, dont la vocation est d’être un espace de liberté pour les citoyens. Alors, aux armes citoyens : prononcez-vous ! Sous les pavés, la plage…

« Donnez votre avis sur la plage de demain dans l’Hérault » : non, il ne s’agit pas d’un Fake, ni d’une mesure intégrée in extremis dans le Grand Débat National d’Emmanuel Macron… Ce travail de l’Etat sur les plages était prévu depuis longtemps : « Les propositions retenues seront présentées en juin 2019 en vue d’aboutir, à l’été, à la publication d’une stratégie de gestion durable du domaine public maritime naturel (DPMn) dans l’Hérault », précise la préfecture de l’Hérault.

Les plages, mieux au naturel ?

« Cette consultation a pour objectif d’associer le grand public à l’élaboration des futures règles concernant la gestion et l’utilisation de ces espaces », confirme l’Etat qui cite quelques questions : les plages doivent-elles être plus équipées ? Manque-t-il de services à leurs abords ? Ou bien doivent-elles demeurer plus naturelles ? Doit-on ou non dédier des zones à des usages spécifiques ? On peut aussi s’interroger sur la place des paillotes, qui morcellent la plage et sur leur impact sur l’environnement…

Trouver des points d’équilibre

Les 90 km de côtes qui forment le littoral héraultais sont concernés, 140 km avec la bordure des étangs : « Il s’agit d’un patrimoine remarquable qui concentre de multiples activités, notamment économiques, liées au tourisme, à la pêche, la conchyliculture, les activités nautiques et une forte activité portuaire », rappelle l’Etat qui organise cette consultation « pour trouver les points d’équilibre entre tous les usages ».

Généralement, lorsqu’un enjeu environnemental et un enjeu économique sont en concurrence, l’activité humaine est toujours privilégiée…

Donner votre avis

Difficile de dire si ce document, au final, permettra de protéger efficacement les plages, mais les citoyens sont au moins invités à donner leur avis : « Citoyens, collectivités, professionnels et associations sont consultés pour élaborer, avec les services de l’Etat, une vision prospective et partagée de la plage de demain », insiste l’Etat.

Vous avez 40 jours pour donner votre avis sur https://monterritoireendebat.fr

Publié le 14/04/2019

SOS Méditerranée. Lettre ouverte à M. Castaner

(site lamarseillaise-encommun.org)

Lors de la conférence de presse clôturant la réunion des ministres de l’intérieur du G7, la déclaration de M.Castaner évoquant “une réelle collusion, à certains moments, entre les trafiquants de migrants et certaines ONG” est inacceptable pour l’association SOS Méditerranée, qui réagit ce jour dans une lettre ouverte que nous publions ci-dessous. Alors que la France est un des pays européens les moins touchés par l’immigration, on peut en effet s’interroger sur la nature politique de cette intervention. Les propos exprimés par le ministre de l’intérieur relaient de graves accusations sur l’ensemble des ONG sans qu’elles soient étayées par la moindre preuve. Une intervention d’autant plus hérissante que M Castaner se positionne en donneur de leçon :  “Les ONG doivent avoir une attitude responsable.” sic

 

Lettre ouverte à M. Castaner

Ministre de l’Intérieur
Place Beauvau 75008 Paris

Marseille, le 9 avril 2019

Monsieur le Ministre,

 

Nous avons pris connaissance de vos déclarations concernant les ONG de sauvetage en mer, lors de la conférence de presse clôturant la réunion des ministres de l’intérieur du G7, vendredi 5 avril.

A la question suivante d’un journaliste : « Nous savons que M. le Ministre italien Matteo Salvini, a une position très claire concernant le rôle des ONG en mer Méditerranée, c’est-à-dire que les ONG aident les filières de passeurs. Je voudrais savoir si sur ce point en particulier il y a un accord entre les pays européens au sein du G7 ? », vous avez répondu :

« Vous semblez découvrir une réalité documentée et évoquée depuis juillet 2017. (…) Ce que nous savons, c’est que les ONG jouent un rôle essentiel pour apporter une aide aux migrants, cela ne fait aucun doute. Toutefois, en Méditerranée centrale, on a observé de façon tout à fait documentée, je vous le dis, une réelle collusion, à certains moments, entre les trafiquants de migrants et certaines ONG. On a observé que certains navires d’ONG étaient ainsi en contact téléphonique direct avec des passeurs qui facilitaient le départ des migrants depuis les côtes libyennes dans des conditions effroyables, souvent au péril de leur vie. Les ONG, dans ce cas-là, ont pu se faire complices des passeurs. Les ONG doivent avoir une attitude responsable.»

Ces propos relaient de graves accusations à l’encontre des ONG de sauvetage en mer, dont l’action a été attaquée en Italie dès le début de l’année 2017, dans un climat politique délétère. Or à notre connaissance il ne s’agit que de rumeurs : aucune de ces accusations n’a jamais été démontrée ni étayée par la moindre preuve. Aucune des procédures judiciaires entamées n’a abouti. Aucune de ces allégations ne peut viser SOS MEDITERRANEE.

Parce que vos déclarations portent atteinte à leur honneur et à leur considération et jettent un discrédit général sur les acteurs du sauvetage en mer, dont l’action est plus que jamais aujourd’hui entravée en Méditerranée centrale, nous vous demandons instamment des précisions, des preuves, à l’appui de ces allégations.

Nous vous demandons également de rétablir les faits concernant les ONG de sauvetage, telles que SOS MEDITERRANEE, qui travaillent systématiquement dans le respect absolu du droit maritime international, en toute transparence et en totale coordination avec les autorités maritimes, ce que vous n’ignorez pas. Nous n’avons jamais eu et n’aurons jamais le moindre contact avec les passeurs et trafiquants d’êtres humains dont nous sommes les premiers à condamner les agissements criminels.

Nous vous rappelons que la mer Méditerranée centrale reste l’axe migratoire le plus mortel au monde où plus de 18.000 personnes ont perdu la vie ces cinq dernières années. Pourtant, le droit y est bafoué depuis le mois de juin 2018, avec la fermeture des ports italiens et le transfert des responsabilités du sauvetage aux garde-côtes libyens. Depuis, aucun mécanisme de débarquement des rescapés conforme au droit maritime n’a été mis en place par les Etats européens.

Pour conclure, Monsieur le Ministre, vous demandez que les ONG aient une attitude responsable. Nous en appelons à votre responsabilité pour faire cesser les attaques infondées, et protéger les acteurs du sauvetage en mer injustement incriminés. Car, alors que l’Union européenne a progressivement abdiqué son devoir d’assistance en Méditerranée centrale, il est de votre responsabilité et de celle des autres Etats européens de faire appliquer le droit.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de notre haute considération.

 

Francis Vallat                                                           Sophie Beau

Président                                                       Cofondatrice et directrice générale

 

 

SOS MEDITERRANEE France

https://www.lamarseillaise-encommun.org/2019/04/09/sos-mediterranee-lettre-ouverte-a-m-castaner/

 

Publiéle 13/04/2019

Parlons (Inter) Net

La triplette désopilante : Macron, Chevalier et Laspalès

C’est Macron qui a voulu que soit filmée et diffusée cette vidéo où éclate son génie présidentiel : « On met un pognon de dingue dans les minima sociaux, les gens sont quand même pauvres. On n’en sort pas ! Les gens qui naissent pauvres, ils restent pauvres... »

Hélas, il avait été devancé. Chevalier et Laspalès : « Moi je ne donne plus à la Croix Rouge, ça ne sert à rien. Avant hier, j’ai donné un paquet de riz, hier j’allume ma télé : il y en avait qui avait encore faim !
Hier je donne 100 € à l’institut Pasteur contre les verrues plantaires : ce matin, en sortant de la douche, j’en avais encore plein les pieds ! Donc, ça ne sert à rien de donner ! »

Théophraste R. Taggueur : « Travail, famine pates riz ».

https://www.legrandsoir.info/

Publié le 12/04/2019

Tribune] Déclaration des Gilets Jaunes de l’Hérault, et de la Commission Convergence34

(site lemouvement.info)

 

Nous, Gilets Jaunes de l’Hérault et de la Commission Convergence34, constatons que 50 associations et syndicats, ainsi que de nombreux partis politiques, ont décidé d’appeler à une manifestation le 13 avril partout en France, contre toutes les mesures répressives et pour instaurer un État de Droit. Les associations et syndicats appellent, en effet, le peuple de France à manifester contre la répression, et aussi contre la Loi dites « Anti casseurs ».

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Le jour de la semaine choisi n’est pas anodin : un samedi, jour où nous, Gilets Jaunes, nous manifestons, de nombreuses organisations choisissent de manifester à nos côtés. Nous nous félicitons de ce choix.

Certes, la loi « Anti-casseurs » vient d’être partiellement retoquée, par le Conseil Constitutionnel. Celui-ci a censuré l’article 3 (ex article 2), jugé non constitutionnel. En effet, il suffit de prendre connaissance de l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, annexé à notre constitution. Cependant, ce n’est pas le principe d’interdiction de manifester par le préfet qui est anti constitutionnel, mais sa portée jugée trop générale. Il est donc possible que l’article en question puisse voir le jour sous une autre forme dans une prochaine loi.

Les autres dispositions de cette loi restent cependant valables et sont donc maintenant applicables. Le climat de répression est plus que jamais à l’ordre du jour.

Cette loi, faite dans le but d’empêcher toute critique, toute opinion contraire, qui veut museler tous ceux qui auraient l’outrecuidance de penser différemment et de l’exprimer publiquement en manifestant, viole les principes les plus fondamentaux d’un État de Droit. Cette loi est le début d’un autoritarisme qui ne peut que nous inquiéter tou.te.s.

Alors que nous comptons plus de 10 000 arrestations pour la plupart arbitraires de GJ, quelques milliers de gardes- à-vue, des centaines d’incarcérations pour la plupart injustifiées, des centaines de mutilés à vie, 23 éborgnés, 5 mains arrachées, des personnes dans le coma, 12 morts dont une directement la cause des forces de l’ordre ; nous constatons que toutes les plaintes contre l’État ont été classées « sans suite », et que le nombre officiel d’enquêtes ouvertes au sein des forces de l’ordre est de 209. Un chiffre qui nous apparaît bien en deçà des exactions commises par celles-ci, en exécutant les ordres du gouvernement macron. Nous constatons et dénonçons le fait que les forces de l’ordre soient souvent en exercice sans matricule visible, ce qui est hors-la-loi.

Nous profitons de la présente occasion, pour porter, à l’attention de tou.te.s, que les chiffres annoncés concernant la mobilisation de GJ dans tout le pays sont largement sous-estimés. Le gouvernement macron use et abuse de mensonges et manipulations d’informations de manière grossière.

Voilà le climat dans lequel nous sommes actuellement.

Nous réclamons que les Droits de l’Homme soient appliqués et que Justice soit faite.

Pendant ce temps-là, Monsieur Macron, reçoit en grande pompe le Prince d’Arabie Saoudite, bien connu, nous le savons tou.te.s, pour son grand respect, et militantisme en faveur, des Droits de l’Homme dans son pays et le monde entier.

Pour toutes ces raisons, manifestons comme tous les samedis, Tou.te.s Ensemble ce samedi 13 avril, à 14h00 pour exiger la fin de la répression et le retrait de toutes les lois liberticides.

Ceux qui sont dans la rue le savent : nous sommes déterminés comme jamais. Nous sommes chaque jour plus fort.e.s, nous le savons : nous allons gagner.

Pour le Droit à manifester et contre toutes les atteintes des lois liberticides, ce samedi et tous les samedis Tou.te.s Ensemble… On ne lâche rien !

Pour la Commission Convergence 34 de l’AG du Peyrou

Pour les Gilets Jaunes de Montpellier, de l’Hérault

 

https://lemouvement.info/2019/04/09/tribune-declaration-des-gilets-jaunes-de-lherault-et-de-la-commission-convergence34/

 

 

Publié le 11/04/2019

Montpellier, liberté de manifester : appel à la mobilisation samedi 13 avril à 14h00

Jean-Philippe Vallespir (site lemuvement.info)

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L’appel à manifestation de ce 13 avril à 14h00, Place de la Comédie à Montpellier sera peut-être le point de départ d’une nouvelle convergence des mobilisations et des luttes sociales.

Une union sacrée, mais aussi naturelle pour défendre un droit sacré : la liberté de manifester. À Montpellier syndicats, associations et partis politiques marquent un temps fort en choisissant de porter une manifestation commune, à l’heure et au lieu habituels du rendez-vous du mouvement des Gilets Jaunes qui en sera ce samedi 13 avril 2019 à son acte XXII.

Une convergence qui vient peut-être enrayer la communication de l’Élysée

Alors que le gouvernement a presque réussi une communication « pédagogique » et anesthésiante, avec 12 millions d’euros investis dans le Grand Débat, et une prise de parole présidentielle de 92 heures, alors que pataugent les experts et les garants du débat “humbles” remplaçants de Chantal Jouanno qui avait renoncé à sa mission le 8 janvier dernier, en raison du niveau de son salaire (14.709 € brut par mois), qui aurait pu nuire à la sérénité du débat, mais qui en filigrane avançait ses doutes face au silence de l’Élysée quant au respect des conclusions de ce débat, alors que lundi 8 avril vingt minutes suffisent à Édouard Philippe pour éclairer les Français sur la restitution du Grand Débat National, alors que le gouvernement rêve d’un acte II du quinquennat, acte rénovateur de l’image et de l’action d’un Emmanuel Macron qui souhaiterait se projeter en dirigeant bienveillant, une nouvelle convergence des luttes vient peut-être enrayer la communication de L’Élysée.

Maintien de l’ordre ou menaces sur la démocratie ?

Copie à revoir, l’article 3 de la loi anticasseurs censuré jeudi 4 avril par le Conseil constitutionnel fait marcher à plein régime toutes les méninges disponibles à Beauvau et à Matignon. Un article très contesté qui permettait aux préfets de prononcer des interdictions administratives de manifester. Mais il n’y a pas que ce point là, de la loi dite « anti-casseurs », adoptée le 12 mars par le Parlement qui dérange.

Pour les syndicats, associations et partis politiques qui ont annoncé ensemble ce mardi, la manifestation commune de samedi 13 avril à Montpellier, cette loi autorise clairement des mesures liberticides et subjectives. Avec une volonté de maintien de l’ordre, n’y a-t-il pas de réelles menaces sur la démocratie ?

« Stopper cette escalade autoritaire »

Pour Jaqueline Duquin de la Fédération nationale de la libre pensée la réponse est une évidence : « nous demandons très solennellement au gouvernement et au Parlement d’abandonner cette loi … devant cette dérive autoritaire nous considérons que la situation est extrêmement dangereuse. Il y a une escalade depuis quelque temps, et je ne parle pas des 9000 personnes placées en garde à vue, je ne parle pas des 2000 condamnations, je ne parle pas des centaines de blessés, je ne parle pas des 9 mains arrachées, je ne parle pas des 21 personnes éborgnées, je ne parle pas du sort qui a été réservé à Madame Geneviève Legay porte-parole d’Attac, je ne parle pas du recours à l’armée, chose que l’on n’avait pas vue depuis 1948 […] L’appel que nous faisons aujourd’hui, c’est pour que les citoyens viennent nombreux défendre la démocratie, et stopper cette escalade autoritaire …

Jean-Jacques Gandini de la Ligue des droits de l’homme section de Montpellier propose ce samedi un happening pour faire comprendre les dérives de cette loi : « dès que l’on a le visage couvert même partiellement, on pourra être poursuivi. Je propose donc que chacun vienne avec un foulard, et que l’on soit tous partiellement couverts pour montrer justement, qu’il y a là une atteinte arbitraire à la liberté de manifester. Cette part d’appréciation totale accordée au préfet doit être stigmatisée… »

Pascal Lacince membre de la France insoumise confirme la présence des militants et des différents GA du mouvement LFI, nationalement comme localement avec la possible présence de la députée de l’Hérault Muriel Ressiguier.

Laurent Martin responsable à la CGT Union Locale Montpellier précise : « laisser aux préfets le pouvoir d’interdire à une personne de manifester, de plus sans qu’elle ait connaissance de cette interdiction, c’est porter atteinte à un droit essentiel dans une démocratie : celui de manifester […] Ils (le gouvernement) veulent répondre par des lois sécuritaires, non pas au désordre qui est dans la rue et qu’ils ont contribué à mettre en place, mais ils veulent répondre par la violence, y compris juridique, à des revendications sociales, c’est ça qui est en train de se passer… »

Sandra Houée membre des Gilets Jaunes Convergence 34 exprimera ainsi le ressenti de cette convergence : « avec cet appel du 13 avril, on se sent un peu moins seul depuis tous ces samedis où l’on souhaite une convergence qui nous semble essentielle… » Pour Jo, elle aussi membre des Gilets Jaunes, et de la commission Convergence34 de l’AG du Peyrou : « nous nous félicitons de voir que pour la première fois depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes dans le département, un spectre aussi large d’organisations diverses, portant un message unitaire, soient réunies pour une conférence de presse commune. »

Un appel à une mobilisation nationale, et une convergence qui vit certainement sa phase la plus significative, face à cette loi « anti-casseurs ». Une convergence qui révèle aussi, une fois de plus, que les revendications sociales exprimées par tous sont les mêmes pour tous.

Les signataires de l’appel à Manifestation de ce samedi 13 avril à 14h00 Place de la Comédie à Montpellier invitent les citoyens à venir nombreux.

Syndicats : Union Locale CGT Montpellier, Fédération Syndicale Unitaire (FSU), Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier (SCUM), Comité Etudiant Indépendant (CEI), CNT ESS34… Associations : Ligue des Droits de l’Homme, Fédération Unie de la Libre Pensée, Campagne BDS France Montpellier, Union Juive Française pour la Paix (UJFP), Collectif Citoyens pour la climat, Le Collectif Migrants Bienvenue 34, Le Mouvement de la Paix… Partis : Europe Ecologie Les Verts (EELV), Parti de Gauche (PG), La France Insoumise (GA Aiguelongue-Boutonnet 1 et 2), Parti Communiste Français (PCF), Parti Ouvrier Indépendant (POI).

 

 

Publié le 10/04/2019

CGT : un député LREM veut dissoudre l’union départementale des Bouches-du-Rhône

29 mars 2019 (site rapportsdeforce.fr)

 

Les verrous démocratiques sont-ils appelés à tomber les uns après les autres ? Il semblerait que oui si l’on se fie au député de la majorité présidentielle de la 11e circonscription des Bouches-du-Rhône. Celui-ci ne réclame rien de moins que la dissolution de l’union départementale CGT. Par voie de communiqué, Mohamed Laqhila explique qu’il va demander à Édouard Philippe et au ministre de l’Intérieur « d’examiner dans quelle mesure la dissolution de l’antenne départementale de cette association est envisageable ».

En cause la perturbation mercredi soir d’un meeting du député par des salariés de l’usine de charbon de Gardanne, en grève depuis plus de trois mois. Ces derniers réclament un moratoire ainsi qu’un projet industriel. « Sous couvert de liberté syndicale, certains utilisent l’intimidation et appellent à la violence », argumente le député qui cible la CGT du département en expliquant que « ces agissements sont comparables […] à ceux de groupuscules extrémistes violents ». Haro sur les redblock donc !

Le député n’est certes pas le premier à attaquer en des termes très virulents la CGT. Avant lui, le patron du Medef Pierre Gattaz l’avait qualifié de terroriste pendant la loi El-Khomry. Cependant, une demande de dissolution : même lui ne s’y était pas risqué. En effet, une telle mesure a déjà été prise par un gouvernement en France. Il concernait même l’ensemble de la confédération. Mais il s’agissait du régime de Vichy en 1940.

Avec cette demande, le député envoie encore un signal inquiétant. Un de plus, avec l’intégration de l’opération sentinelle dans le dispositif de maintien de l’ordre lors de l’acte 19 des gilets jaunes. Un signal aussi frappant que celui dispensé avec les déclarations du gouverneur militaire de Paris le vendredi 22 mars en assurant que les soldats pourraient aller jusqu’à ouvrir le feu en cas de menace. Cela commence à faire beaucoup.

 

Publié le 09/04/2019

A Saint-Nazaire, l’idée d’un «printemps jaune» éclôt

 

7 avril 2019 Par Pierre-Yves Bulteau et Lucie Delaporte

 

Après trois jours de réflexion, cette AG des AG a voulu inscrire le mouvement des « gilets jaunes » dans la durée. Pour remobiliser des troupes parfois épuisées par près de cinq mois de mobilisation, le principe d’une « semaine jaune » a été adopté.

  « Bonjour la France, bonjour les gilets jaunes. » Dans la grande salle de la Maison du peuple de Saint-Nazaire, près de 700 gilets jaunes se pressent pour le début de l’assemblée plénière de la deuxième « AG des AG » du mouvement. Deux mois après le succès de l’AG de Commercy, qui a initié ces rendez-vous nationaux rassemblant les délégations de toute la France, le nombre de délégations présentes a plus que triplé. « On a dû refuser du monde », se félicite Jo, un des organisateurs de Saint-Nazaire.

« La prochaine équipe qui organisera l’AG des AG, vous prenez un lieu pour 5 000 personnes ! », s’enthousiasme-t-il au micro. « L’Élysée ! » crie une participante. « L’Assemblée nationale ! », relance un délégué.

Que le nombre de manifestants sur toute la France soit en net reflux, ce samedi 6 avril, n’entame en rien la motivation des participants. « On est à un moment de structuration, de maturation du mouvement », confie Ludovic Arnaud, un des maîtres d’œuvre de l’AG de Saint-Nazaire. « On croyait qu’on était parti pour un sprint, en fait on est parti pour un marathon et il faut se préparer », reconnaît à la tribune un participant.

Un marathon réflexif, fait d’ateliers et de plénières, qui a pu se dérouler ces trois jours, sans accroc, notamment grâce à une organisation sans faille. Si, en amont, le choix du lieu d’accueil de cette deuxième assemblée des assemblées a laissé place à quelques tensions (lire ici notre article), une fois la Maison du peuple choisie, tout s’est déroulé au millimètre près.

Chapiteaux, food trucks militants, tente médias… Jamais, les 700 personnes présentes tout au long de ces trois journées ne se sont marchées sur les pieds. Les trois voitures de police, positionnées aux abords du boulevard de Maupertuis, en ont été réduites à observer ce manège bon enfant, frein à main jamais desserré. Un petit air de festival alternatif, sauf qu’à la place de la musique, ce sont des échanges à foison qui sortaient de la sonorisation.

« L’enjeu principal de ce week-end, c’est de rassembler l’extraordinaire diversité dont tous les délégués sont porteurs, affirme Ludovic Arnaud. Il faudra voir ce qui fait l’unanimité entre nous, ce qu’il faudra exprimer de manière forte et aussi tout ce qui fait débat entre nous et qui devra faire l’objet de nouvelles discussions dans les assemblées locales. »

Sur un mur une pancarte proclame : « Personne n’a la solution mais tout le monde en a un morceau. »

Alors que la première AG des AG à Commercy avait beaucoup tourné autour des questions de procédures et de légitimité de la structuration, pour conserver une organisation horizontale et démocratique, les participants de Saint-Nazaire avaient à cœur d’avancer tant sur l’organisation concrète du mouvement et les actions à mettre en place que sur le front des revendications.

Comment inscrire le mouvement dans la durée ? Résister au sentiment d’usure ? La plupart des délégations sont confrontées aux mêmes problèmes : moins de monde présent sur les ronds-points, dans les cabanes. Et, après cinq mois de mobilisation, la fatigue commence à gagner, même chez les plus déterminés. Beaucoup évoquent aussi des tensions internes, des crispations essentiellement dues à l’hétérogénéité des parcours et des cultures politiques.

La violente répression du mouvement a aussi fait fuir des gilets jaunes de la première heure. « Sur mon rond-point, il y en a plein qui ne viennent plus parce qu’ils ont peur », nous confie un participant.

Un symbole de cette volonté d’inscrire le mouvement dans le temps : les délégués ont approuvé l’idée de passer des cabanes éphémères aux Maisons du peuple, en dur, un peu partout sur le territoire. Certains réfléchissent à l’achat de terrain en commun ou aux possibilités de location de locaux.

Autre point crucial pour le mouvement : ne pas se recroqueviller sur lui-même. « Bien sûr on craint un rétrécissement du mouvement sur une base de militants professionnels. On fait donc tout un travail pour se reconnecter avec les “vrais” gilets jaunes. C’est un enjeu très important », précise à Mediapart Ludovic Arnaud qui ne cache pas sa longue expérience militante.

Au cours d’ateliers, généralement fermés à la presse, sont évoquées des pistes pour continuer à communiquer en direction d’un large public. « Le mouvement des gilets jaunes est un mouvement inclusif qui doit s’articuler avec des luttes locales et travailler avec des associations », lance un participant. L’idée d’aller bloquer Carrefour qui mène un vaste plan de licenciements est aussi évoquée tout comme la mise en place d’actions concrètes comme les jardins partagés ou les marchés citoyens pour court-circuiter la grande distribution.

Au moment d’arrêter les revendications, lors de la plénière de dimanche, « l’arrêt de la casse sociale et écologique», la nécessité de « pouvoir vivre dignement avec ou sans travail » ou la justice fiscale avec une TVA à 0 % pour les produits de première nécessité et de 30 % pour les produits de luxe, ne font pas débat. Idem pour par « socialisation des banques » ou la renationalisation des aéroports et des autoroutes. Faut-il appeler à « sortir du capitalisme » ? La question est en revanche âprement débattue.

Panneaux près de la Maison du peuple de Saint-Nazaire. © LD

Un participant relève que, sémantiquement, cela n’a pas grand sens : « On sort du capitalisme ou on n'en sort pas, mais on ne demande pas », explique-t-il, en substance, estimant qu’une telle formulation pourrait décrédibiliser le mouvement. Sur un plan stratégique, un autre délégué assure qu’une telle revendication ne correspond pas à la diversité des gilets jaunes. « Il y a beaucoup de gens qui ne sont pas arrivés à cette conclusion-là. Il n’y a pas que des anticapitalistes dans les gilets jaunes », insiste-t-il.

À nos côtés, un homme opine du chef. « Moi j’ai acheté ma maison et j’ai travaillé durement pour ça. Je ne suis pas anticapitaliste », s’agace cet ouvrier dans la maintenance.

Une formulation est finalement adoptée au forceps consistant à écrire que pour tous les changements espérés « il sera nécessaire de sortir du capitalisme ».

« trois semaines pour mobiliser, remobiliser et converger »

« Nous sommes aussi là pour réfléchir à l’après-Commercy et Saint-Nazaire, lance Ludovic Arnaud, cheville ouvrière de ces trois jours. Pour définir le fonctionnement de l’AG des AG. » « Dans ce que nous allons vous proposer, nous avons essayé d’être les plus consensuels possible », rapporte la gilet jaune, porte-parole des 150 délégués qui ont travaillé, tout le samedi, sur cet acte fondateur.

Alors que la discussion démarre à peine, un autre gilet jaune demande le micro. « Je suis mandaté par le 94 pour vous faire la proposition d’inscrire à notre charte constitutive, la création d’un comité de liaison national, constitué d’assemblées régionales, et chargé d’organiser la troisième assemblée. Ce qu’a fait Saint-Nazaire est extraordinaire, mais il nous semble compliqué de confier l’ensemble d’une telle logistique à un seul groupe local. »

Reste donc aux délégués à valider les six points fondateurs de la fameuse charte. Dont « l’indépendance de l’AG des AG vis-à-vis des partis » qui lance vraiment le débat. « Sur ce point-là, pourquoi ne parle-t-on pas aussi des syndicats ? Est-ce un oubli ? » interroge un délégué. « Ce point n’a pas fait consensus », répond la mandataire. Un « Inscrire à notre charte, l’indépendance vis-à-vis des syndicats pose la question de la convergence », fuse de la salle. Un « Cela n’a aucun rapport avec des rapprochements locaux possibles », rebondit, en écho. « L’essentiel, c’est d’élargir notre lutte sur les lieux de travail, pas forcément avec les syndicats mais avant tout avec les salariés », ricoche un troisième avis. « Et les chômeurs ! Il ne faut pas oublier les chômeurs dans l’instauration du rapport de force », hurle presque un quatrième.

« On vote, on vote ! » s’impatientent certains qui voient le temps filer. Au bout du compte, l’assemblée décide d’inscrire la mention « d’indépendance vis-à-vis des partis politiques et des organisations syndicales » à cette charte de « l’AG des AG », en cours d'élaboration. Les échanges autour de la création « d’une plateforme numérique nationale, sécurisée et destinée à regrouper l’ensemble des réflexions et propositions locales à destination de l’AG des AG » font davantage consensus. Comme celle de « refuser que cette assemblée ne serve de tremplin médiatique et politique à des leaders autoproclamés ».

Sur la stratégie et l’action aussi, les débats ont été passionnés. Après une introduction en forme de mea culpa à propos d’orientations manquantes dans le document de synthèse, la rapportrice de l’atelier « stratégie » se lance. « Pour durer, il nous a semblé intéressant de réfléchir à des actions à court et long terme. » Et la gilet jaune de dérouler le programme : « Dans un premier temps, nous vous proposons trois semaines pour mobiliser, remobiliser et converger. Trois semaines pour faire masse et établir un réel rapport de force. Au choix de chaque assemblée locale qui connaît son territoire mieux que nous, précise la jeune femme. Cela peut aussi bien se faire grâce à des opérations de tractage, de rencontres citoyennes ou

Trois semaines de remobilisation dont l’objectif principal est l’organisation d’« une semaine jaune ». « Il y a un an, Emmanuel Macron invitait des start-uppers franciliens à “penser printemps”, lance une déléguée. Eh bien, nous, pour les deux ans de son accession à l’Élysée, du 1er au 4 mai, nous allons lui offrir un “printemps jaune” ! » Le point de départ d’un calendrier d’actions qui s’étendra jusqu’à l’automne. « Même si nous n’allons pas valider, ici, toutes ces dates, sachez que nous envisageons sérieusement une action d’envergure à l’occasion de la tenue du G7 de l'environnement, les 4 et 5 mai, à Metz. »

Parti prendre l’air, sous les éclaircies de ce dimanche après-midi, Ludovic Arnaud a le sourire des bons jours. « Bien sûr que tenir sur la durée, parier sur l’organisation régulière d’“AG des AG”, reste un défi. Mais, franchement, vous en conviendrez : en quatre mois, quelle maturité ! Pendant ces trois jours, les “on lâche rien” que l’on a l’habitude d’entendre une manif ne sont pas restés à l’état de mots. À Saint-Nazaire, comme ailleurs, ils sont devenus des actes au quotidien. »

 

Publié le 08/04/2019

L’art est public

(site journalzibeline.fr)

 

La Fédération nationale des arts de la rue lançait en 2011 un appel1 qui invitait le monde de la culture et des arts à rompre clairement avec « des politiques publiques enfermées entre les dogmes du marché concurrentiel et de l’académisme administré ». L’art est public : le slogan convient parfaitement à l’initiative lancée par des enseignants et étudiants de l’École supérieure d’art d’Aix-en-Provence (ESAAix), autour du mur construit à Marseille sur la place Jean Jaurès, communément appelée La Plaine.

Rappel des faits : Suite à la forte opposition populaire au projet de rénovation de la place, onéreux, inadapté, et décidé sans mesures efficaces de concertation, la municipalité opte fin octobre 2018 pour un passage en force2 et construit une immense palissade de béton encerclant ses 2,5 hectares. Coût initial de l’opération : 340 000€. Depuis le chantier perdure, occasionnant d’intenses manifestations contre la Ville de Marseille et la Soleam (Société locale d’équipement et d’aménagement de l’aire métropolitaine, chargée de la requalification) et de fréquentes échauffourées entre riverains, vigiles, et policiers. Tandis que les habitants déplorent la perte de leur marché, que les commerces du pourtour accusent une énorme baisse de revenu, le « mur de la honte » se couvre de slogans, affiches ironiques, graffitis rageurs. Dans cette ville que ses élus ne cessent de refuser à sa population pour mieux attirer les touristes, visible comme le nez au milieu de la figure, il constitue désormais une attraction paradoxale, l’opprobre des politiques publiques maintes fois photographiée et partagée sur Instagram.

Défouloir artistique

Paradoxale car les grands pans gris s’avèrent un défouloir, frustrant certes, pour qui rêve de les abattre, mais néanmoins support de créativité. C’est ainsi que très vite est né dans l’esprit d’une enseignante de l’ESAAix, résidant à Marseille, l’envie de proposer à ses élèves et confrères toute une réflexion sur cette opération urbaine ahurissante. Évidemment en lien avec le drame de la rue d’Aubagne : le traumatisme des immeubles effondrés le 5 novembre, tuant 8 personnes, n’en finit pas de s’amplifier, et la disproportion de moyens mis en œuvre se retrouve sur les banderoles lors des marches communes : « 20 millions pour détruire La Plaine, pas une thune pour sauver Noailles ! ».

Plus d’une trentaine d’étudiants s’impliquent dans un projet transversal, sans distinction entre les 1res années ou les suivantes, accompagnés par huit artistes-enseignants. Ils alternent les rassemblements à l’école puis sur le site même, assistent aux rendez-vous de l’Assemblée de La Plaine3, invitent des intervenants tels que la philosophe Joëlle Zask, venue parler de son dernier ouvrage Quand la place devient publique (critique à lire sur https://www.journalzibeline.fr/critique/la-place-est-publique/). « On sentait la parole se développer de manière horizontale, et une volonté d’action en ébullition ; parler de politique, d’art, de communs, sur le terrain, sans crédits et sans notes est passionnant », précise l’initiatrice du projet. Son confrère renchérit : « une réunion au Bar de La Passerelle, ça vaut trois mois de pédagogie ! ». La direction de l’établissement leur « fait confiance », et tous consacrent beaucoup d’énergie et de temps à ce processus atypique.

Faire ensemble

La question sociale est au cœur de leur réflexion. « Artistes, étudiants, tout le monde se reconnaît dans les mobilisations actuelles, avec les gilets jaunes. Nous aussi sommes frappés de précarité, et l’urgence est particulièrement sensible à Marseille. » De manière saisissante, « les jeunes vont de plus en plus sur le terrain politique, et nous on y retourne ». Ces créateurs, en devenir ou chevronnés, ont envie de se fédérer, d’amener aux luttes leurs aptitudes, leur imagination.

D’où une série d’actions conçues pour « renforcer la position des gens de La Plaine, car on pense la même chose qu’eux : on nous bouffe tout l’espace commun dans cette ville ». Après des heures, des jours, voire des nuits ! consacrés à la mise au point d’une idée née dans l’esprit d’une élève, suite à un brainstorming fécond, toute l’équipe s’est ainsi retrouvée le dimanche 10 février dernier à repeindre en gris plusieurs mètres carrés du mur. L’objectif : dégager un espace pour coller de fausses prises d’escalade en polyuréthane. Un pied de nez coloré à la pathétique barrière, revendiqué par le collectif des Infiltrés4, nom que se sont donné nos activistes de l’art (de situation, comme dirait Guy Debord…).

La réaction de la Mairie ne s’est pas fait attendre : dès le lundi, les prises étaient arrachées.

À cela, les Infiltrés répondent : « Certes, nous sommes tristes que notre œuvre ait duré si peu de temps. Mais si elle a été enlevée aussi vite, c’est qu’elle dérangeait. Ce qui compte, c’est d’avoir fait quelque chose de beau ensemble. Nous avons vécu cela, comme la construction collective de la cabane offerte par ceux de la Zad5, et c’est le plus important ». Les élèves et professeurs de l’école d’art d’Aix-en-Provence, alliés à celle de Luminy, ont d’autres tours dans leur sac. Sur l’enceinte grise fleurissent des vulves pédagogiques ; lors du Carnaval de La Plaine, 20 ans cette année, le collectif a distribué des citations de Bertold Brecht (« …Car moi qui suis joyeux, je vais renverser tes écriteaux, tes règlements et tes murs… ») ; des cartes postales seraient en préparation, des films d’animations ont été réalisés…

Vous allez continuer, alors ? « Il n’y a pas de délai. Jusqu’à ce que le mur tombe ? »

GAËLLE CLOAREC

1 « L’art est public », appel du 10 juillet 2011 à la « mobilisation pour une politique culturelle réinventée ». Historique et documentation sur lartestpublic.fr

2 Lire notre article Les indiens de La Plaine

3 Assemblée des habitués et des habitants de La Plaine : assembleedelaplaine.free.fr

4 Les concepteurs du mur d’escalade ont souhaité rester anonymes : après avoir réfléchi à adopter tous un prénom non genré comme Camille ou Dominique, ils ont choisi une appellation collective.

5 Le 20 octobre 2018, des habitants de la Zad de Notre-Dame des Landes (Loire Atlantique) sont venus offrir une de leurs cabanes emblématiques, le Gourbi VIII, à La Plaine. Elle a été détruite très rapidement par les pouvoirs publics.

 

Publié le 06/04/2019

Gouvernement-Medef veulent tout détruire !!!

Jojo LE GILET JAUNE a lancé cette pétition adressée à Organisations syndicales

Pour faire face aux politiques réactionnaires opposons un front populaire !!!

Emmanuel MACRON, son gouvernement et sa majorité, ne cachent plus leurs intentions de détruire notre modèle social et l'ensemble des conquis sociaux constituant les droits et garanties individuels et collectifs du monde du travail et des populations.

Pour satisfaire l'appétit des marchés financiers et des actionnaires tout doit y passer.

La rigueur financière est de mise et tout ce qui entrave le profit doit disparaître au bénéfice du grand patronat. De concert avec l'Union Européenne, tous les moyens sont mis pour satisfaire le Medef :

- casse du droit du travail,
- casse de la Fonction Publique,
- mise en concurrence et privatisation des secteurs publics,
- casse de la Sécurité Sociale,
- casse de notre système de retraite solidaire par répartition,
- casse de nos industries,
- plans de licenciements massifs dans de nombreux secteurs.

Ces politiques ont des conséquences dramatiques sur nos conditions de travail et de vie. Elle n'épargne personne, salariés du privé et du public, retraités, jeunes, chômeurs et précaires, tous subissent les effets des choix politiques réactionnaires à l'œuvre dans le pays.

Face à cela de nombreuses luttes sont menées dans les entreprises et administrations. Elles portent le rejet de ces mauvais coups et l'exigence d'autres solutions porteuses de progrès social et débouchent parfois sur des victoires. Les revendications portées par ces luttes sont souvent identiques à celles portées par des centaines de milliers de gilets jaunes depuis 4 mois maintenant, en particulier sur les injustices sociales et fiscales, sur l'exigence d'une autre répartition des richesses, sur le besoin de Services Publics, sur les questions environnementales etc...

Tous ces mouvements illustrent concrètement la volonté d'une grande majorité de travailleurs, retraités, chômeurs, jeunes, d'en finir avec les logiques du capital d'accaparation des richesses au bénéfice de quelques privilégiés, de mise en concurrence des travailleurs et des peuples, de saccage de la planète, de toutes ces logiques qui rendent chaque jour la vie plus difficile et l'avenir incertain.

En guise de réponse, le président de la République, son gouvernement et le patronat usent de la répression d'un côté et de la manipulation de l'autre.

Le grand débat d'Emmanuel MACRON n'apportera rien de bon à celles et ceux qui subissent ses politiques, il n'y a rien à attendre d'un pouvoir aux ordres du patronat qui s'apprête à rendre toute contestation impossible en interdisant les manifestations.

Les choses sont claires, ce que nous obtiendrons sera le fruit du rapport de force que nous saurons créer. De ce point de vue, la situation interpelle l'ensemble des organisations syndicales, associatives et politiques du pays qui composent le camp progressiste, tout comme celles et ceux qui, depuis 4 mois, luttent avec les gilets jaunes quant aux solutions à mettre en œuvre pour faire émerger un mouvement social capable de mettre un coup d'arrêt aux politiques de régression sociale en cours dans le pays.

Sans avoir de solutions toutes faites, il nous faut partir de quelques constats évidents :

- tout d'abord l'attaque est globale et concerne donc tous les secteurs, toutes les catégories de travailleurs et toutes les générations,
- l'ensemble du camp réactionnaire est mobilisé et uni pour imposer ses choix. A l'unisson, La République En Marche, la droite, l'extrême droite et le patronat, travaillent à rendre inéluctable les sacrifices qu'on nous impose. Pour cela, ils œuvrent à la culpabilisation, au fatalisme et à la division de ceux qui auraient intérêt à s'unir pour changer les choses. Cela, avec l'appui des grands médias qu'ils possèdent quasiment tous.

A ce jour, la division des organisations progressistes, l'éparpillement des luttes dans et hors de l'entreprise, pèsent sur nos capacités collectives à élever le rapport de force. Or, si l'attaque est globale, la riposte pour être à la hauteur doit l'être aussi.

Pour cela, il nous faut agir ensemble, dans l'unité la plus large, afin de conforter et faire converger toutes les luttes en cours et donner envie, courage et détermination au plus grand nombre afin d'élever le mouvement social à la hauteur des enjeux. Cela doit se faire par un dialogue entre nos organisations et les gilets jaunes partout, à tous les niveaux et déboucher sur des revendications communes nous permettant de fédérer et de mettre en mouvement le plus grand monde. Les sujets ne manquent pas et les solutions non plus, les questions d'emplois, des salaires et pensions, la justice fiscale,etc...

Dans l'intérêt général, ce qui nous rassemble doit primer sur ce qui nous divise et nous sommes persuadés qu'en construisant ensemble une plateforme revendicative en rupture avec les logiques du capital, porteuse de perspectives de progrès, nous pouvons y arriver. Les moyens existent pour le faire, il nous faut aller chercher ensemble les richesses que nous produisons et qu'on nous vole.

Parce que la victoire et possible, parce qu'ensemble nous pouvons le faire, les organisations et les signataires appellent l'ensemble des organisations syndicales, associatives, politiques, les gilets jaunes, toutes celles et ceux qui refusent la dictature du capital, à s'engager dans la réussite d'une grande mobilisation nationale à Paris le 27 avril prochain.

D'ici là, créons partout les conditions de la réussite de toutes les actions et manifestations en semaine et les samedis.

 

Organisations signataires au 30 mars: FÉDÉRATIONS ET UNIONS DÉPARTEMENTALES CGT : FNIC, Commerce, UD 94, 04, 59, 41, 66, 95, 18, 13.

 

Signez la pétition en suivant ce lien :

http://chng.it/GFNCjPdsHs

Publié le 04/04/20019

Récidive : le Macron de 2018, c’est le Daladier de 1938 !

 

lefillefil    Le Fil culture  (site lefildescommuns.fr)

 

Emmanuel Macron, c’est Edouard Daladier et nous sommes en 2018 dans la même situation qu’en 1938 : c’est, peu ou proue, la thèse que Michaël Fœssel développe dans Récidive, publié aux Presses universitaires de France ; c’est, peu ou proue, la raison principale pour laquelle le philosophe a empiété sur les platebandes des historiens (sans le faire vraiment) pour se ressaisir de l’avant Deuxième guerre mondiale.

Ce qui est raconté, c’est donc le glissement progressif, c’est-à-dire observable (notamment dans la presse), quoique très rapide, d’un Etat de droit vers un autoritarisme sécuritaire qui a fini par offrir la France à Adolf Hitler sur un plateau.

Et tout commence par la demande, le 6 avril 1938, des pleins pouvoirs de Léon Blum, alors président du conseil pour la deuxième fois : elle est rejetée par les radicaux-socialistes du Sénat et c’est une coalition emmenée par Edouard Daladier qui finit par prendre les rennes du pouvoir grâce à une alliance de circonstances avec les conservateurs. En réalité, c’est le de circonstances qui va intéresser le philosophe.

Et ces circonstances, ce sont celles d’une course en avant de la pensée alors dominante qui ne peut plus « s’attard[er] en des controverses qui compromettent son avenir », pour citer Daladier le 21 août 1938. Outre le fait qu’on croirait entendre du Macron dans le texte, c’est dans ce genre d’assertion que la récidive pointe son nez : plus la démocratie, française en l’occurrence, est affaiblie, plus on cherche à l’affaiblir – et surtout lorsqu’on est du centre droit, de droite ou d’extrême droite. Pour ce qui est de la fin des années 1930, on sait quand la démocratie a été définitivement mise à mort. Pour ce qui est d’aujourd’hui, on en est fort heureusement au stade où on le redoute encore.

Ainsi, quand l’auteur nous parle des mesures qui limitent les occupations d’usine, on ne peut que penser aux mesures prises il y a peu qui ont fait entrer dans le droit commun l’état d’urgence. Quand il énumère les discours de fermeté vis-à-vis des étrangers, c’est au poison du Rassemblement national que cela ressemble. Certaines lois sont même carrément les mêmes ! Ainsi de la déchéance de nationalité, votée sous le gouvernement Daladier et voulue par François Hollande, ou de celle instituant le délit d’entraide, auquel on a fort heureusement échappé en 2018 grâce à notre Conseil Constitutionnel (une fois n’est pas coutume).

Bref, tout ce qu’observe, raconte, développe et analyse Michaël Fœssel dans la presse de 1938 fait flipper car on en connaît la funeste issue. Alors l’auteur aura beau user de sa naïveté de philosophe qui regarde le monde avec circonspection et s’étonne à chacune des ses découvertes qui ne sont que des étapes successives vers l’abolition de la démocratie et des droits fondamentaux, l’hypothèse analogique n’en demeure pas moins forte. Et troublante.

« L’hypothèse finale de ce livre est que la politique Daladier, faite d’assouplissement économique et de reprise en main autoritaire, est aux régimes totalitaires qu’elle combat ce que les politiques néolibérales menées depuis plus d’une décennie sont au nationalisme autoritaire qui menace de venir dans nombre de pays européens » conclut le philosophe. Encore une version soft pour dire que Macron, c’est Daladier. Et qu’il va sérieusement penser à se réveiller de notre torpeur si l’on veut éviter le pire.

Lola-Valérie Buissard

 

Publié le 03/04/2019

Montpellier : des élus métropolitains vont porter plainte contre Philippe Saurel

 

Cédric Nithard (site le-metropolitain.fr)

 

Des maires et des conseillers métropolitains des communes de Castelnau-Le-Lez, Grabels, Lattes, Le Crès, Montaud, Montpellier, Murviel-lès-Montpellier, Pignan et Vendargues ont annoncé leur intention de porter plainte contre Philippe Saurel.

Dans un communiqué, ils annoncent une conférence de presse jeudi au cours de laquelle ils détailleront, en présence de leur avocat Me Maxime Rosier associé du cabinet CGCB Avocats, « les poursuites judiciaires qu’ils ont décidé d’entamer suite à la note d’information (du 18/02/2019) distribuée aux habitants de certaines communes, et aux propos tenus à leur encontre par le président de Montpellier Méditerranée Métropole ».

Le 31 janvier dernier, plusieurs maires et conseillers de douze communes avaient décidé de voter contre le budget primitif lors du conseil de Métropole (59 pour, 21 contre et 8 abstentions) avec comme point de crispation principale la méthode utilisée par Philippe Saurel illustrée par l’absence de concertation autour du nouveau stade régulièrement dénoncée par les élus. C’est ainsi que huit des trente-et-une communes de la Métropole s’étaient opposées à ce budget 2019.

Une lettre qui met le feu

Quelques jours plus tard, les habitants de ces communes aux représentants récalcitrants recevaient la missive de Philippe Saurel leur détaillant les projets auxquels ils s’étaient opposés en votant contre l’ensemble du budget 2019. La « note d’information » du président de la Métropole pointe ainsi « le refus des projets communs qui sont au cœur de vos attentes et de vos quotidiens ».

Et d’énumérer comme s’ils avaient précisément voté contre : la non augmentation des impôts, la ligne 5 de tramway, l’extension de la ligne 1 de tramway, l’augmentation du cadencement des dessertes de bus, le programme de réfection de la voirie de certaines communes, le contournement ouest et la déviation est, la lutte contre les inondations, le maintien du prix de l’eau, l’accessibilité pour les personnes handicapées, la téléalarme pour les personnes âgées et vulnérables, le cimetière intercommunal multiconfessionnel, le conservatoire à rayonnement régional et le Moco, le nouveau stade Louis Nicollin et la réhabilitation du stade de la Mosson… en concluant que par leur vote ils seraient contre « la biodiversité, l’agroécologie et la préservation de l’environnement ». Un procédé qui a étonné certains habitants et qui passe mal au près des maires visés.

Depuis, ces derniers ont fait entendre leur mécontentement dans la presse, sur les réseaux sociaux et lors des conseils de métropole suivant. Philippe Saurel y voyant là une réaction des vices-présidents déchus, les échanges furent souvent tendus. La voie judiciaire devra maintenant déterminer si durant cet épisode le président de la Métropole a dépassé le cadre du terrain politique.

 

Publié le 02/04/2019

Fake news. La présidence Macron dans l’engrenage du mensonge

Laurent Mouloud (site humanite.fr)

Les révélations récentes dans les affaires Geneviève Legay et Ismaël Emelien démontrent, chacune à leur manière, à quel point le mensonge et la manipulation sont usités au plus haut niveau de l’État pour se protéger. Une pratique irresponsable qui brise la confiance dans les institutions.

Et dire que le candidat Emmanuel Macron avait promis de « moraliser » la vie politique… De la démission en cascade de ses ministres (dont le garde des Sceaux) jusqu’à l’affaire Benalla en passant par la gestion des gilets jaunes, ces – bientôt – deux années de mandat auront été, sur ce point, un contre-exemple des plus navrants pour le chef de l’État. Mais avec lui, malheureusement, le pire semble toujours à venir. Pour preuve, ces deux affaires récentes – Geneviève Legay et Ismaël Emelien – dont les derniers rebondissements démontrent, chacun à leur manière, à quel point le mensonge et la manipulation sont usités au plus haut niveau de l’État Macron.

La gestion du cas de Geneviève Legay, cette militante d’Attac blessée à la tête après avoir chuté lors de l’acte XIX des gilets jaunes, le 23 mars à Nice (Alpes-Maritimes), est accablante pour le pouvoir. Lundi 25 mars, le procureur de la République, Jean-Michel Prêtre, était affirmatif : non, la septuagénaire au drapeau arc-en-ciel n’avait « pas été touchée par des policiers ». En dépit de plusieurs vidéos troublantes, ce magistrat du parquet, lié hiérarchiquement à la chancellerie, va répéter qu’ « il n’y a eu aucun contact direct entre un policier et cette dame ». Idem pour le préfet Georges-François Leclerc, qui reprend cette version. Tout comme Emmanuel Macron qui, sans aucune forme de prudence, assure dans les colonnes de Nice Matin du 25 mars que « cette dame n’a pas été en contact avec les forces de l’ordre ». Avant de faire la morale à la militante de la paix : « Pour avoir la quiétude, il faut avoir un comportement responsable (…). Je lui souhaite un bon rétablissement et une certaine forme de sagesse »

Des conseils qu’il devrait s’appliquer à lui-même. Car, comme l’a révélé jeudi soir Médiapart, le procureur de la République et a fortiori le chef de l’État ne pouvaient ignorer, au moment où ils se sont exprimés, que l’hypothèse qu’un policier ait poussé Geneviève Legay était tout à fait possible. Selon le site d’information, dès le samedi 23 mars, à 19 h 05, le procès-verbal d’un officier de police judiciaire mentionnait : « Selon les premiers éléments recueillis, la septuagénaire aurait été bousculée par un homme qui portait un bouclier, sans plus de précisions [sic].  » Au cours de son audition, un autre policier précise : « Nous avons chargé, donc effectivement nous avons poussé les personnes devant nous. (…) C’est après la charge en me retournant que j’ai constaté qu’une femme était à terre. »

Comment, avec ces éléments en main et les multiples vidéos accusatrices diffusées sur les réseaux sociaux ( l’Humanité du 27 mars), le procureur, le préfet et le chef de l’État ont-ils pu être aussi péremptoires et empressés de disculper les forces de sécurité ? Deux solutions  : soit ils ignoraient ces premiers retours de l’enquête, auquel cas ils se sont exprimés avec une partialité et une légèreté coupables  ; soit, et c’est le plus probable, ils savaient que le doute pouvait exister, mais ils ont préféré mentir pour dédouaner les forces de sécurité de toute responsabilité et protéger l’exécutif. Dans les deux cas, c’est gravissime. Et on songe aux méthodes de Nicolas Sarkozy, dont les dénégations dans les heures qui ont suivi la mort de Zyed et Bouna, à Clichy-sous-Bois, en 2005, ont attisé la colère des habitants.

« On est face à un mensonge d’État très clair, estime pour sa part Raphaël Pradeau, porte-parole d’Attac. Et il est fou de voir que c’est grâce au travail journalistique que, heureusement, cela peut éclater. À quoi ça tient… » Vendredi, le procureur de la République a été obligé de faire volte-face et de reconnaître que Geneviève Legay a bien été heurtée par un policier, annonçant dans la foulée l’ouverture d’une information judiciaire. Non sans continuer à s’arranger avec les faits. En conférence de presse, Jean-Michel Prêtre a expliqué que c’était un fonctionnaire de police « isolé et dépourvu de bouclier [qui] avait écarté du bras, vers sa droite, madame Legay, provoquant ainsi la chute de cette dernière ». Traduction ? C’est ce policier – et lui seul – qui a commis une faute professionnelle. L’agent en question a exprimé hier de « sincères regrets » à la victime. Mais refuse de jouer les boucs émissaires  : « Il tient à rappeler qu’il n’a agi que dans le strict respect des ordres donnés par sa hiérarchie », glisse son avocat.

« On voit bien qu’ils vont essayer de le charger au maximum pour épargner les donneurs d’ordres, notamment celui à l’origine de la violente charge, reprend Raphaël Pradeau. Le procureur remplace un mensonge par un autre mensonge. C’est pour ça que l’on réclame le dépaysement de cette affaire, qui est loin d’être finie… » Les avocats de la famille Legay ont déjà déposé plainte contre X pour « violence volontaire en réunion avec arme par personnes dépositaires de l’autorité publique et sur personne vulnérable » et pour « subornation de témoin ». Ils pourraient désormais ajouter « faux et usage de faux » ou « faux témoignage ».

« C’est tout un système qui est en cause, souligne Raphaël Pradeau. Et qui va jusqu’à celui qui explique que les gilets jaunes sont des ennemis de l’intérieur, des factieux et qu’il convient de les réprimer largement. » En clair, Emmanuel Macron qui, cette fois, ne s’est pas précipité pour rectifier son mensonge. Pas un mot jusqu’ici. Après le changement de version du procureur, M e Arié Alimi, avocat de Geneviève Legay, en a souri sur Twitter : « La famille est soulagée. Souhaitons qu’Emmanuel Macron ait “une forme de sagesse” et lui adresse ses excuses » Sait-on jamais  ?

Mais le président est sûrement déjà très occupé. Notamment à préparer de nouveaux éléments de langage pour parer l’autre affaire du week-end qui le touche, encore une fois, de très près. Et où les mêmes mécanismes de manipulation et de dissimulation apparaissent clairement. Depuis des mois, le chef de l’État, initiateur d’une loi anti-« fake news », aime à se faire le promoteur de la transparence sur les réseaux sociaux. Lors de sa rencontre avec les intellectuels, le 18 mars, il a encore appelé à lever une « certaine forme d’anonymat », réclamant que l’on sache « d’où les gens parlent et qui ils sont ». C’est beau. Mais vendredi, patatras !, le retour à la réalité de sa pratique du pouvoir est brutal : Ismaël Emelien, son proche conseiller qui a démissionné de l’Élysée le 11 février, est épinglé par le Monde pour avoir propagé de fausses nouvelles sur Internet afin de soutenir Alexandre Benalla…

Celui que l’on présentait comme le « cerveau » du président avait déjà dû s’expliquer, mi-janvier, devant la « police des polices » pour avoir récupéré illégalement et diffusé des images de vidéosurveillance policière datées du 1 er mai 2018 et tendant à disculper Alexandre Benalla. On y voyait un jeune couple en train de lancer des bouteilles sur les policiers, place de la Contrescarpe, mais également un homme, très agité, poursuivre un policier, chaise à la main. Ce qui laissait entendre que le butor de l’Élysée avait dû faire face à une personne très violente, justifiant ainsi son intervention musclée. Or, l’homme à la chaise n’est pas celui attrapé par Benalla. Cette scène a tout simplement été ajoutée par Ismaël Emelien, depuis le palais présidentiel !

Bidouillant des vidéos qu’Alexandre Benalla lui aurait envoyées, le spécialiste de la communication de crise, passé par l’agence Havas, a joint le tout dans un fichier et expédié son montage à Pierre Le Texier, un salarié de LaREM chargé du numérique, et qui anime des comptes Twitter pro-Macron et anonyme tel que @FrenchPolitic… La vidéo trafiquée est postée le 18 juillet avec ce message : «  OK, même si ce n’était pas à #Alexandre Benalla de le faire, ne faisons pas passer cet étudiant pour un garçon bien sous tous rapports. C’était un individu violent qui était sciemment venu place de la Contre-escarpe pour casser du flic. » Jeudi dernier, interrogé sur France 5, Ismaël Emelien, en pleine promotion de son livre  Le progrès ne tombe pas du ciel (Fayard), a assuré qu’il ne savait pas que l’homme « à la chaise » n’était pas celui de la Contrescarpe… Quant à l’utilisation de comptes anonymes  ? «  Sur Twitter, c’est un peu la règle. » « Y compris à l’Élysée ? », demande le journaliste Patrick Cohen. «  Non, pas directement », s’embrouille l’ex-conseiller…

Mensonge public du chef de l’État, manipulation grossière de la vérité par l’un de ses plus proches collaborateurs… En quelques jours, le tableau de la présidence s’est encore assombri. M e Arié Alimi, avocat de Geneviève Legay et habitué des affaires de violences policières, n’est même pas surpris. « Il a toujours existé des secrets d’État et des méthodes pour les dissimuler – les fameux arcana imperii . Mais aujourd’hui, les pouvoirs font face à une plus grande exigence de transparence. Et pour le coup, on voit que le réseau institutionnel du président Macron est plus fragile que celui de ses prédécesseurs. Beaucoup de révélations viennent de l’intérieur, de gens qui ne supportent plus ces abus et dérives actuelles. »

Comme beaucoup, l’avocat redoute l’impact de ces paroles mensongères. « Cela détruit la confiance dans la parole institutionnelle, prévient-il. Or, ce lien de confiance entre la population et ses institutions est primordial pour maintenir la cohérence de notre société. » En janvier dernier, le Centre d’études de la vie politique française se montrait très pessimiste quant au niveau de défiance actuel de la population. « Jamais la confiance n’a été aussi basse dans l’institution présidentielle, dans le gouvernement depuis dix ans, mais aussi dans les assemblées, l’exécutif évidemment », constatait le politologue, Bruno Cautrès, parlant d’une « tendance extrêmement lourde ». Malheureusement, Emmanuel Macron ne semble pas en avoir pris conscience.

Geneviève Legay « plongée dans le noir total »

« Notre mère est plongée dans le noir total, placée sous morphine. Elle a mal aux yeux. Et de violents maux de tête », a expliqué samedi l’une des trois filles de Geneviève Legay, blessée lors d’une charge des policiers à Nice à l’occasion de l’acte XIX des gilets jaunes. Delphine Parent a livré ces nouvelles de sa mère tandis que le XX e acte niçois du mouvement faisait une halte en solidarité avec la militante d’Attac devant l’hôpital où elle est soignée. Si Geneviève Legay n’a jamais été dans le coma, comme ses proches l’avaient un temps redouté, elle souffre, rappelle Attac, de plusieurs fractures du crâne, d’hématomes sous-duraux et de cinq côtes cassées. Elle devrait cependant pouvoir quitter les soins intensifs en milieu de semaine, afin d’être admise en convalescence.

 

Publié le 01/04/2019

Ping tong et camping : Agnès Varda sur nos plages

Par Pablo Pillaud-Vivien (site regards.fr)

Aujourd’hui, Agnès Varda est morte. Pablo Pillaud-Vivien a décidé de lui écrire une lettre.

Chère Agnès Varda,

C’est con que tu sois morte parce que justement, le printemps revenait. Comme tous les ans, c’est vrai. Un instant ce matin, j’ai presque cru qu’il allait partir avec toi, le printemps, mais finalement, il fait encore plus chaud qu’hier.

Seulement, tu n’es plus là et j’ai l’impression que je vais devoir regarder le monde tout seul. Et ça me peine. Parce qu’avec toi, j’avais appris que le regard était aussi un combat. Poser ton regard sur une fresque bariolée, sur les châteaux de la Loire en été ou sur une femme qui ramasse des fruits, c’étaient autant de luttes que tu avais réussi à gagner.

Et, ce qui faisait ta force plus qu’aucune et aucun autre, c’est que ces luttes, tu les avais gagnées avec tous et pour tous. En étreignant par tes mots et des yeux toutes les beautés du monde, tu avais fini de me persuader que l’émancipation des cœurs et des corps était un horizon auquel on pouvait sincèrement croire.

« Les noirs sont maintenant conscients que leur apparence est belle, ils en sont fiers » dit cette femme qui appartient aux Black Panthers dans le film éponyme. Tu n’en as probablement jamais douté mais tu l’as aussi rendu visible. Tu l’as permis.

Itou pour les glaneurs, les veuves, les déshérités, les pêcheurs, les ours en peluche et beaucoup de ceux qu’on a trop souvent arrêté de regarder, d’écouter et de penser. Au bord des routes, il y a tous ces gens que tu as filmés. Ceux qui font le monde. Tu ne les as jamais oubliés et tu en as fait des héros.

De toutes ces vies que tu as embrassées dans tes films, tu en as fait un grand collectif. Un cinéma-monde peuplé de grandes âmes et petites gens. Non : tu as raconté le monde en imaginant jusqu’au bout que nous avions tous notre place dans la grande Histoire.

Les femmes d’abord. « Une des seules femmes de la Nouvelle Vague », lit-on partout. Oui, bien sûr, et tu en avais pleinement conscience. Tu avais fait des femmes, non plus des objets de désir mais des sujets de désirs. Tu avais signé le manifeste des 343 femmes qui ont eu le courage de dire, en 1971, « je me suis fait avorter ». Tu avais même appelé directement le gouvernement en 2018, à appliquer les lois sur l’égalité salariale.

« Dès que les hommes ont du pouvoir, ils oppressent les pauvres et les femmes », avais-tu dit. Et du coup, tu le leur avais retiré et tu l’avais donné directement aux pauvres et aux femmes. Mais encore mieux, cette possibilité de transcendance que tu arrivais à donner à tous, tu avais même aussi réussi à la donner aux murs, aux rues vides, aux fruits abîmés et aux paysages. Et ça, c’est encore plus fort parce qu’il est certain aussi que, dès que les hommes ont du pouvoir, ils oppressent les pauvres, les femmes et les paysages.

Et tu t’es toujours battue pour leur redonner une dignité. La route est encore longue, c’est vrai. Mais on sait dans quel sens on doit combattre. Et surtout, que l’arme la plus puissante entre toutes, c’est le regard qu’on pose sur le monde, sur les choses, sur les femmes et sur les hommes. Le tout avec la promesse du rire malicieux de la jeunesse éternelle.

Alors maintenant que tu es morte, ton silence infini de veuve qui regarde, je te jure, on te jure tous, on va essayer d’en faire quelque chose.

 

Pablo Pillaud-Vivien

 

Publié le 31/03/2019

L’Appel d’artistes à rejoindre les Gilets jaunes

Art, Démocratie, Mouvement citoyen (site lamarseillaise-encommun.org)

Venu de loin, des profondeurs de la société, un mouvement social et politique a revêtu le gilet jaune et s’est rendu visible, de jour comme de nuit, pour ceux qui espéraient son irruption comme pour ceux qui la conjuraient depuis des années.

Certains, parmi nous, ont rejoint les Gilets Jaunes dès l’Acte I. D’autres ont eu besoin de temps pour regarder, comprendre et se faire leur opinion. Comment pouvait-il en être autrement pour nous, artistes, auteurs, musiciens, metteurs en scène, réalisateurs, comédiens et techniciens du spectacle, qui accordons tant d’attention à la représentation du monde et qui avons tant de mal à le représenter, face à un mouvement qui se méfie, pour lui-même, des formes anciennes de représentation et qui est scandalisé par la manière dont il est représenté dans les médias.

Après treize actes, trois mois de manifestations et d’investissement de ronds-points, le temps n’est plus à observer. C’est d’abord l’indignation qui nous saisit. Nous assistons, chaque week-end, à des scènes de guerre contre le peuple avec son cortège de blessés et de mutilés. Combien de corps estropiés, visages éborgnés, mains amputées…des milliers de garde à vue et, samedi dernier, nous venons de dépasser les 10 000 tirs de LDB. Alors que les grenades GLI F4 sont interdites partout en Europe, le Ministre de l’Intérieur parle de la nécessité d’épuiser les stocks disponibles. Le président Macron et son ministre Castaner en portent la lourde responsabilité. Nous n’oublions pas que cela arrive après les lois contre les réfugiés et l’invention du délit de solidarité, les contrôles au faciès, la répression des militants syndicaux dans les entreprises, les perquisitions d’opposants politiques et d’un organe de presse, les lycéens humiliés à genoux, les arrestations au nombre de 5000, les inculpations massives de manifestants et la loi anti-manifestants. Nous n’aurions pas pensé voir cela dans la France des Droits de l’Homme. La répression et la violence d’État doivent cesser! Arrêt des perquisitions aux sièges des opposants et des organes de presse! Retrait de la loi anti-manifestants!

Les Gilets Jaunes créent une situation inédite. En se rencontrant et en découvrant leur conditions d’existence commune, ils se donnent les moyens de dépasser la culpabilité face à tout ce qu’on ne peut faire pour soi et les siens et se constituent en collectif, nourri de leurs diversités. C’est là qu’apparaît la politique… la constitution d’une conscience qui nous génère objectivement. Nos représentations sont communes. Ces conditions matérielles d’existence peuvent générer des sentiments communs: Fraternité, solidarité… Alors qu’en face on nous oppose : charité, dons, mécénats… Si l’on arrive à formuler cette opposition, nous faisons “politique”.

Depuis longtemps en France, il n’y eut jamais tant de débats. Nous parlons de celui qui se déroule depuis trois mois sur les ronds-points et dans les Assemblées citoyennes, qui a permis que ce mouvement parti d’une révolte contre une hausse du gasoil revendique la justice sociale, fiscale et climatique — la démocratie. Cela faisait longtemps que nous n’avions senti une telle détermination dans une lutte mettant en cause le capitalisme et l’oligarchie.

Nous avons nous aussi nos raisons propres d’entrer dans ce mouvement social et politique

Le marché, la société policée rendent invisibles les artistes ainsi que leurs œuvres ou les réduit, dans l’implacable logique capitaliste, à l’état de simples marchandises. Derrière le spectacle mis en scène de manière répétitive et obscène de quelques hiérarques, avides de décorations, de célébrités culturelles coupées du monde, les conditions de vie de la majorité d’entre nous, artistes et techniciens, sont faites de précarité. Trop peu parmi nous vivent dignement de leur métier. Nos droits, nos statuts, nos protections, nos outils, nos conditions de rémunération et d’exercice de notre travail sont attaqués.

Le mouvement des Gilets Jaunes demande le rétablissement et l’élargissement des services publics. Ici, c’est une poste qui est défendue, là une maternité ou une école. Ce sont des revendications identiques aux nôtres, lorsque nous exigeons le maintien d’un théâtre ou de la production radiophonique. Nous pensons qu’il faut regagner un service public de l’art et de la culture digne de ce nom alors que les gouvernements nous rabâchent : “vous n’avez pas trouvé votre économie” et nous imposent les mots du libéralisme: public “ciblé” ou “captif”, voire “clients”, “marge artistique”, “taux de remplissage”…

Pour ceux et celles qui veulent bien ouvrir les yeux, le mouvement des Gilets Jaunes renouvelle les formes de la lutte sociale, crée et invente. Il en va ainsi de l’expérimentation d’un mouvement qui tente de s’organiser et se coordonner sans structure verticale, de la réinvention de la manifestation et de l’occupation de l’espace public, du saisissement du plus grand dénominateur populaire pour se le ré-approprier en signe distinctif ou des cabanes, de leur architecture et de la vie qu’elles suscitent. Et bien d’autres choses que nous sommes loin de saisir ou même de voir.

Nous voulons traverser la rue vers le rond-point pour nous retrouver ensemble, échanger ensemble, penser ensemble, nous battre ensemble. D’autant que se noue et progresse une convergence entre d’autres forces de la société. Ainsi, dans des localités, dans des départements, s’écrivent des initiatives communes entre Gilets Jaunes et syndicats, et défilent côte à côte ou successivement des stylos rouges, des blouses blanches et roses, des robes noires et des gilets de toutes les couleurs.

Nous voulons défendre tous les droits collectifs, Sécurité sociale, protection contre le chômage, conventions collectives, droit à la retraite… que les générations précédentes ont conquis par leur bataille. C’est une question de civilisation. Nous sommes convaincus aussi que peut se jouer un nouveau monde à inventer et construire en commun. L’occasion ne se présente pas si souvent. Cela se joue maintenant.

Nous appelons donc à nous rejoindre. Les soussignés appellent leurs collègues, leurs amis à participer aux Assemblées citoyennes et à entrer dans l’action avec les Gilets Jaunes et les syndicats qui participent au mouvement.

Vous pouvez rejoindre l’appel en envoyant votre accord à : michel.sidoroff@yahoo.fr et klajnbauml@gmail.com

 

Liste des premiers signataires

Christian Benedetti (comédien et metteur en scène), Laurent Klajnbaum, Michel Sidoroff (auteur et réalisateur radiophonique), Alain Macé (comédien), Alexandre Charlet (acteur), Alexandre Vittori (batteur), Amandine Dewasmes (comédienne), Andrea Cristal (chanteuse), Anne Cantineau, (comédienne), Ariane Dreyfus (poète), Armande Berlottier (comédienne et metteur en scène), Arnaud Bédouet (auteur, comédien et réalisateur), Arthur Declercq (musicien), Arthur Levivier (réalisateur), Audrey Ginestet (monteuse, musicienne, cinéaste) Aurélie Pigeon (technicienne), Aurélie Youlia (comédienne et auteure), Ben Guyot (musicien), Bénédicte Rossignol (comédienne, Benoit Maestre (cinéaste),Bérengère Deméautis (comédienne), Bernard Menez (comédien), Bob Boisadan (compositeur arrangeur), Brigitte Renaud (chanteuse et musicienne), Bruno Ducol (compositeur), Caroline Chomiènne (cinéaste), Caroline Mangin, (clown et conteuse) Cédric Dumont (comédien), Céline Astrié (autrice, metteur en scène), Charles Pestel (comédien), Charlie Nelson (comédien), Christian Nochumson (artiste peintre), Christian Prigent (écrivain, poète), Christian Vialaret (réalisateur et monteur),Christophe Anglade (comédien), Christophe Dauphin (poète, essayiste, directeur de la revue Les Hommes sans épaules), Claire Gimatt (auteur compositeur interprète), Claire Richard (danseuse), Claude Semal (acteur et chanteur), Coco Felgeirolles (comédienne), Cyril Maddalena (Chef opérateur, animateur volume), Daniel Krellenstein (comédien, magicien), David Ayala (comédien), David Réveillault (administrateur de production), Dominique Castinel (auteur et réalisateur), Dominique Rousseau (musicienne), Elies Moutillon (musicien), Elisabeth Marie (comédienne), Emmanuèle Stochl (comédienne), Enrico Di Giovanni (comédien), Etienne Luneau (comédien, metteur en scène), Eva Darlan (comédienne), Franck Guilbert (comédien), François Blumenfeld (comédien), François Gallix (musicien), Frédéric Stochl (musicien), Frédérique Cambreling (harpiste), Géraldine Szajman (comédienne), Gildas Malassinet-Tanno (artiste Lightpainter), Gilles Ascaride (écrivain, comédien), Gilles Perret (réalisateur), Giovanni Colletti (contrebassiste), Hannah Volf (chanteuse, musicienne), Hélène Labarrière (contrebassiste), Hugues Leforestier (comédien), Isabelle Bourgueil (réalisatrice), Isabelle Gonzalez (artiste chorégraphique),  Isabelle Luccioni (metteur en scène), Ivan Stochl (clarinettiste),Jacques Patron (comédien, auteur, metteur en scène), Jean Kaplan (responsable culturel retraité), Jean Marie Retby (comédien, metteur en scène), Jean-Luc Debattice (comédien et musicien), Jérome Quintard (comédien), Joséphine Serre (comédienne, metteur en scène), Julien Lucas (comédien), Juliette Morel (danseuse, comédienne), Kazem Shahryari (auteur, metteur en scène), L’1consolable (rappeur), Laetitia Moreau (comédienne), Laura Campagnet, conteuse, Laurence Boute (artiste de cirque), Laurent Bouhnik (cinéaste), Laurent de Richemond (comédien), Léa  Le Bricomte (artiste),Louis Berthélémy (comédien), Luc Quinton (plasticien), Lucien Marchal (comédien), Marc Madoré (musicien, compositeur), Marc Saez (comédien), Marc-Henri Boisse (comédien), Marc Soriano (metteur en scène),Marie Céline Daubagna, Marie Micla (comédienne), Marie-Hélène Rives (comédiennemarionnettiste), Marie-Pierre Genard (artiste chorégraphique),Marion Raïevski (artiste dramatique), Martine Costes Souyris (comédienne), Michel Mathieu (metteur en scène), Monica Passos (musicienne, chanteuse), Mouss Zouheyri (comédien), Muriel Pelca (musicienne), Naama Van Lent (plasticienne et cinéaste), Nadège Perriolat (comédienne, metteur en scène), Natacha Zervas (chorégraphe, réalisatrice, auteur/ compositeur/ interprète), Nicolas Contant (directeur de la photographie), Nicolas Djermag (comédien), Nicolas Struve (comédien), Nicole Sigal (comédienne et écrivain), Nikola Krimniac (comédien), Nina-Paloma Polly (comédienne), Noelle Cazenave, Olga Papp (créatrice costumes), Olivier Peigné (comédien), Olivier Vallecalle (bassiste) Pascale Vollant (claveciniste) Patrick Chamblas Rêveil (chanteur), Patrick Fradet (guitariste, compositeur) Philipp Weissert (comédien), Philippe Borrel (auteur-réalisateur de films documentaires), Philippe Cambreling, chef d’orchestre, Philippe Effe, Philippe Lacomblez (technicien cinéma/TV décorateur), Pierre Mathiaut (constructeur de décors), Pierre Puy (comédien, metteur en scène), Pierre-Marie Baudoin (comédien et metteur en scène), Pit Goerdert (comédien), Quentin Dulieu (chargé de production), Rachel Garcia (créatrice costume/scénographe), Reda Kateb (comédien), Ricardo da Bahia (musicien percussioniste),Roland Timsit (comédien et metteur en scène), Romain Duverne (plasticien marionnettiste), Sandra de Boerdère (comédienne-marionnettiste), Sarah Freynet (metteuse en scène), Sharon Evans (musicienne), Sonia Bouré (perruquière, coiffeuse et maquilleuse),Sonia Masson (comédienne), Sonia Rekis (accordéoniste, compositrice), Sophie Daull (comédienne, auteur), Stéphane Grouard (régisseur son), Sylvain Kassap (clarinettiste et compositeur), Sylvie Cousin (chargée de production), Vanda Benes (comédienne), Xavier Czapla (comédien), Ze Lauro Azevedo (comédien/musicien),

 

Publié le 30/03/2019

Symbole du mariage entre le journalisme et le pouvoir, Bernard Guetta, qui fut journaliste au Monde, directeur de la rédaction du Nouvel Observateur et, surtout chroniqueur de France Inter pendant plus d’un quart de siècle, vient de confirmer les soupçons de ceux qui l’accusaient de partialité politique : il rejoint, avec la certitude d’être élu, la liste européenne du parti d’Emmanuel Macron. L’occasion de confronter son célèbre théorème à la réalité de l’Union.

Le théorème de Guetta

par Pierre Rimbert  (site monde-diplomatique.fr)

 

Sitôt qu’un événement — diplomatique, économique, voire sismique (1) — implique l’Union européenne, l’interprétation qu’en donne Bernard Guetta sur France Inter se rapporte à coup sûr à l’une de ces trois propositions : toute réussite s’explique par l’Europe ; tout échec est imputable au manque d’Europe ; toute réussite et tout échec appellent davantage d’Europe.

Au surlendemain du sommet qui réunissait à Paris, le 4 octobre, les dirigeants allemand, français, italien et britannique ainsi que MM. José Manuel Barroso et Jean-Claude Trichet, Bernard Guetta s’esbaudit : « Pour la première fois dans l’histoire de l’Union, des gouvernements se sont concertés au plus haut niveau sur un problème économique — la crise financière en l’occurrence, non seulement entre eux mais également avec le président de la Banque centrale européenne. » Hélas ! quelques heures avant que le journaliste ne salue ce « moment dans l’histoire de l’Union », Berlin repoussait l’idée d’un plan de sauvetage concerté et déplafonnait unilatéralement la garantie des dépôts d’épargne. A peine la chronique achevée, la Bourse de Paris saluait les « importantes décisions » européennes par... un effondrement de plus de 9 %.

Lundi suivant, 13 octobre, Bernard Guetta est à son poste : « L’Europe est en train de se dépasser, de se réinventer », elle « relève le défi » après la réunion de l’Eurogroupe organisée la veille à Paris. Toutefois — géopoliticien échaudé craint l’eau froide —, l’enthousiasme laisse poindre un soupçon de prudence : « Les Bourses n’en repartiront pas forcément à la hausse dès ce matin. Il serait même surprenant, non pas exclu, mais étonnant, que cela se produise avant un bon moment encore tant le système financier mondial est ébranlé, mais il s’est passé, hier, quelque chose de fort en Europe. » Moins de quarante minutes après cette déclaration, les cambistes faisaient flamber les cours, et le CAC 40 affichait en clôture une hausse historique de 11,18 %.

Au fait, quand « les règles de la concurrence et de l’orthodoxie monétaire ont été contournées » (Bernard Guetta, 6 octobre), quand l’Union européenne doit « surfer entre ses [propres] obstacles institutionnels et politiques pour opposer un front uni à la crise financière » (Bernard Guetta, 13 octobre), doit-on conclure à un triomphe de l’Europe ? Ou admettre qu’au moyen d’une classique coopération intergouvernementale, des Etats aiguillonnés par la terreur d’un effondrement bancaire ont brisé en moins de deux semaines les entraves à l’action publique nouées par un demi-siècle de « construction européenne » ?

Pierre Rimbert

 

Publié le 29/03/2019

MACRON, LES FRAGILES T’EMMERDENT !

Un texte de Daniel Mermet (site la-bas.org)

 

Charge de CRS samedi à Nice, Geneviève, 73 ans, militante pacifiste, est jetée à terre. Grave fracture du crâne, ses jours sont en danger. Les images circulent partout. Déclaration de Macron : « quand on est fragile, qu’on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans les lieux qui sont définis comme interdits [1]. »

En somme pour Macron, cette femme qui risque de mourir c’est de sa faute. C’est comme une femme qui se fait violer, au fond elle l’a bien cherché.

Macron, les fragiles t’emmerdent.

Les trop vieux, les trop jeunes, les trop noirs, les trop pauvres, les trop petits, les trop gros, les aveugles, les cul-de-jatte, les manchots, on t’emmerde Macron, on a pas peur de se faire bousculer par tes flics, on a pas peur de venir dans les lieux que tu interdis, on a plus peur, Macron.

Samedi, à Nice donc, Geneviève LEGAY, 73 ans, militante d’ATTAC, manifestait pour la liberté de manifester, les manifestations étant interdites à Nice ce jour-là. Geneviève manifestait le plus pacifiquement du monde. Or à la suite d’une charge, elle tombe grièvement, blessée au crâne. Son état est jugé très sévère et il faudra une longue attente pour apprendre qu’elle va survivre sans savoir quelles seront les suites. Une enquête est aussitôt ouverte et sa famille dépose une plainte [2] ainsi que la direction d’ATTAC. Les images de la vieille dame ensanglantée qu’un CRS enjambe circulent partout.

« Moi je me bats pour mes petits enfants ». À une télé quelques instants avant, Geneviève disait : « J’ai 73 ans, qu’est-ce qu’il peut m’arriver ? Cinquante ans que je suis sur le terrain, et voir ce que je vois aujourd’hui, c’est à pleurer ! [3] » Ancienne éducatrice spécialisée, militante CGT, porte-parole d’ATTAC, c’est à elle, avec ses multiples fractures du crâne sur son lit d’hôpital que le suffisant petit Macron fait la leçon en lui adressant un message « de sagesse ».

De plus, avant même d’avoir le moindre résultat de l’enquête, Macron affirme que Geneviève « n’a pas été en contact avec les forces de l’ordre » [4] Il n’en sait rien.

On se souvient de Robert Pandraud ministre de la Sécurité en 1986, lors de la mort de Malik Oussekine frappé à mort par des policiers dans une manif contre la loi Devaquet. Là aussi, la « fragilité » avait été évoquée. «  Si j’avais un fils sous dialyse je l’empêcherais de faire le con la nuit [5]. »

Bien sûr, on le sait, Macron n’est qu’un paratonnerre qui est là pour protéger l’oligarchie dont il est le fondé de pouvoir, n’empêche qu’une fois rétablie, on verrait bien Geneviève venir lui foutre une paire de giffles.
Nous l’accompagnerons.

 

Publié le 28/03/2019

Acte XIX à Montpellier : des policiers se sont bien déguisés en “gilets jaunes”

(site midilibre.fr)

 

Plusieurs centaines de personnes ont assisté à une scène surréaliste, samedi 23 mars, lors de l’acte XIX des “gilets jaunes”, au beau milieu de la place de la Comédie. "Cette stratégie a été mise en place ce samedi pour la première fois à Montpellier", confirme Rémy Alonso, du syndicat Alliance police.

Plusieurs centaines de personnes ont assisté à une scène surréaliste, samedi 23 mars, lors de l’acte XIX des “gilets jaunes”, au beau milieu de la place de la Comédie, à Montpellier. Alors que casseurs - côté Esplanade - et forces de l’ordre - côté Opéra-Comédie - échangeaient projectiles et gaz lacrymogènes, un mouvement inattendu s’est produit. Des “gilets jaunes” et des individus en civil ont surgi au milieu des manifestants et menotté un homme vêtu de sombre. Le groupe a ensuite traversé la place avant de se mettre à l’abri derrière les gendarmes mobiles.

Une matraque à la main

Ces six hommes aux accoutrements très variés (tee-shirt, bermuda, chapeau de paille, sac à dos...) étaient en fait des policiers ! Trois portaient des gilets jaunes et cinq avaient le visage masqué. L’un d’entre eux avait une matraque télescopique en main. Ils venaient d’interpeller un casseur.

"Cette stratégie a été mise en place ce samedi pour la première fois à Montpellier, confirme Rémy Alonso, du syndicat Alliance police. Elle était destinée à mieux cibler les casseurs et a d’ailleurs permis d’en interpeller plusieurs en flagrant délit, dont l’un pour destruction de mobilier urbain. Les casseurs se greffent chaque samedi pour pourrir les manifestations. Ils ne forment plus un grand groupe mais sont divisés en petits groupes disséminés dans la foule. Il faut donc trouver une réponse appropriée. Avoir des collègues infiltrés parmi eux permet des interpellations plus rapides et moins dangereuses."

Une priorité

Pour le policier, ce dernier argument est une priorité dans le contexte actuel. "Samedi, les gendarmes mobiles placés à côté de l’Opéra-Comédie ont été chargés par les casseurs. Ils ont reçu une centaine de gros projectiles en quelques minutes, des pavés, des pots de fleurs, des morceaux de plaques de béton... Un CRS qui avait la visière de son casque relevée en a reçu un en pleine tête."

Reste que la tactique de l’infiltration a aussi ses limites. "L’objectif n’est pas de la généraliser mais de l’utiliser de façon ponctuelle, précise Rémy Alonso. On est conscient que des photos de nos collègues policiers circulent..." Sur l’une d’entre elles, prise lors de cette fameuse interpellation, un policier en civil tient dans sa main un marteau. Ce qui a suscité des dizaines de commentaires sur les réseaux sociaux, assimilant les policiers à des casseurs...

Les policiers sont exposés et le savent

"Quand un casseur est interpellé avec un marteau, la première chose à faire est de le lui retirer, précise Rémy Alonso. Il faut écarter tous les objets dangereux ou utiles à l’enquête. Tout le reste n’est qu’interprétation. Les policiers sont exposés et le savent. Des sanctions judiciaires et administratives existent."

Sur les vingt personnes interpellées samedi dernier, quatorze ont été placées en garde à vue. Seules cinq étaient jugées en comparution immédiate, ce lundi après-midi. Quant à l’acte XX des “gilets jaunes”, samedi 30 mars, il risque d’être placé sous le signe de la méfiance dans les rangs des casseurs...

Interpellés en marge de l’acte XIX

L’appel à la fermeté requis par le procureur Antoine Wolff ne sera pas resté lettre morte dans le prétoire montpelliérain. Au surlendemain d’un nouveau samedi émaillé de violences dans les rues du Clapas, cinq prévenus étaient présentés en comparution immédiate, ce lundi après-midi, pour des faits survenus en marge de l’acte XIX.

Deux d’entre eux ont écopé de peines de prison ferme assorties d’un mandat de dépôt. Le premier, reconnu coupable d’avoir lancé un projectile sur un CRS (blessé à la mâchoire), était alcoolisé au moment de son interpellation, 1,14 mg d’alcool par litre d’air expiré. Il aura pourtant farouchement nié tout lien avec les faits reprochés, allant jusqu’à clamer son opposition aux actes de violence et à marteler bien haut : "Moi aussi, j’en ai marre, autant que tout le monde", des manifestations des “gilets jaunes”. In fine, le tribunal a tranché, prononçant une peine de huit mois détention avec mandat de dépôt, 800 € de dommages et intérêts et 400 € au titre de l’article 475-1.

Plus tôt, l’avocate de parties civiles avait insisté : "Deux fonctionnaires de police sont formels, ils l’ont vu jeter le projectile, faire des doigts d’honneur et danser de joie" quand un CRS a été touché d’une pierre au visage.

Lui aussi passablement ivre au moment de son interpellation, un SDF de 37 ans a été condamné à trois mois de détention avec mandat de dépôt. En passant à proximité d’un cordon de CRS, il avait insulté et menacé de mort un fonctionnaire, promettant : "Je vais te retrouver et te faire la peau." L’homme a reconnu les faits, regrettant amèrement "avoir prononcé ces phrases stupides". Il a été condamné à trois mois de détention avec mandat de dépôt, 250 € de dommages et intérêts.

Tout juste majeur, à la barre du tribunal, un jeune a reconnu avoir lancé des projectiles en direction des forces de l’ordre. Il avait également insulté les fonctionnaires lors de son interpellation. En cause, une douloureuse clé de bras, défend-il : "Avant que je sois impoli, c’était abusif !" Reconnu coupable, il a été condamné à six mois de prison, dont quatre mis à l’épreuve.

Lundi, deux autres de ces prévenus ont demandé un renvoi de l’audience afin de préparer au mieux leur défense. L’un des deux restera en détention jusqu’à la date du renvoi fixée au 29 avril. L’autre, bénéficiant de solides garanties de représentations, comparaîtra le 20 mai.

 

GUILLAUME RICHARD et JÉRÔME MOUILLOT

 

 

Publié le27/03/2019

Quand Patrick Cohen calomniait une invitée de la matinale de France Inter

par Sabrina Ali Benali, (site acrimed.org)

 

Nous publions ci-dessous, sous forme de tribune [1], un extrait du livre de Sabrina Ali Benali, médecin et auteure de La révolte d’une interne. Ce texte revient sur les suites de son passage à la matinale de France Inter, alors animée par Patrick Cohen. Interne de l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), elle était invitée pour témoigner sur le manque de moyen et l’épuisement des personnels de l’institution, suite au succès viral d’une vidéo où elle interpellait la ministre de la Santé. Mais le lendemain de cette interview, suite à l’intervention du directeur de l’AP-HP, Sabrina Ali Benali va être mise en cause de manière mensongère par l’animateur de la matinale. Un épisode qui témoigne de la mauvaise foi et de l’impunité de certains médiacrates... (Acrimed)

Le 18 janvier 2017, je suis invitée par Léa Salamé à intervenir dans la matinale de Patrick Cohen sur France Inter. L’interview se passe sans encombre. Avant de quitter le studio, je croise Manuel Valls dans les couloirs, qui dit me connaître. Étrange sentiment. Le Premier ministre a donc été informé de l’existence de ma vidéo. Elle a été relayée jusqu’aux plus hautes sphères de l’État. Tant mieux, pour une fois, la réalité vient toquer à la porte des puissants.

Le soir même, je reçois un appel d’un membre de l’équipe de la matinale. Il m’informe que Martin Hirsch, directeur de l’AP-HP, invité le même jour dans l’émission « Le téléphone sonne », affirme que je n’exerce pas dans un hôpital de l’AP-HP. Mon interlocuteur me demande des explications à ce sujet. Martin Hirsch a raison : je travaille dans le service d’urgences d’un hôpital privé à but non lucratif (établissement de santé privé d’intérêt collectif, ESPIC) conventionné avec l’AP-HP pour les stages d’internes et d’externes. Les internes changent de stage tous les six mois et exercent dans des hôpitaux appartenant à l’AP-HP ou conventionnés avec elle.

Mais la raison de cette précision m’échappe un peu, puisque je ne mentionnais à aucun moment l’AP-HP ni dans ma vidéo ni dans mon interview. J’y dénonce un climat délétère sur tout le territoire, pas seulement à Paris.

Le membre de l’équipe m’explique alors que Patrick Cohen m’a présentée comme « interne en médecine au sein de l’AP-HP ». Idem pour la bannière d’information de l’interview en ligne. C’est ce qui les dérange. Je le rassure. Effectuant mon stage dans un hôpital conventionné avec l’AP-HP, je dépends bien de cette institution. Si Patrick Cohen souhaite faire a posteriori la distinction entre « interne au sein de l’APHP » et « interne de l’AP-HP au sein d’un l’établissement conventionné », ce qui est tout à son honneur en matière de rigueur journalistique, cela ne me pose aucun problème.

Mon interlocuteur me demande quand même de lui transmettre mes fiches de paie pour prouver qu’elles émanent de l’AP-HP. Je m’exécute et lui envoie également le lien vers le livret en ligne des internes de l’AP-HP, qui référence les établissements conventionnés avec elle, dont le mien.

Mais, lorsqu’il souhaite rendre public le nom de l’hôpital dans lequel j’exerce, je refuse, évidemment. Ma vidéo évoque des histoires de patients et, même s’ils ne sont pas clairement identifiés, il est trop risqué pour eux de dévoiler l’établissement exact. De plus, il est hors de question que la direction de mon service ou de mon hôpital soit tout particulièrement pointée du doigt alors que le problème est structurel et lié aux politiques nationales.

Au réveil le lendemain, café à la main, encore dans les vapes, un immense flot de messages apparaît sur l’écran de mon téléphone. Des notifications de réseaux sociaux par centaines. « Quelle bassesse ! », « Ne t’inquiète pas, on va te défendre ! », « Le chien de garde est à l’oeuvre », etc. De quoi s’agit-il ?

Je finis par cliquer sur le lien duquel émanent toutes ces notifications et tombe sur cette chronique de Patrick Cohen, datée du matin même :

Bienvenue dans la matinale de France Inter.

Patrick Cohen : Avec, ce matin, le sentiment de s’être un peu fait avoir… par l’invitée d’hier matin de 7 h 50. Vous savez, la jeune interne militante du Parti de gauche qui dénonce la grande misère de l’hôpital public dans des vidéos à plusieurs millions de vues. On l’avait présentée comme une salariée de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris et pour cause...

Extrait de mes vidéos : “Bonjour madame Marisol Touraine, ministre de la Santé, je suis interne en dernière année de médecine à l’Assistance publique des hôpitaux de Paris.”

Patrick Cohen : En fait, non, mea culpa, nous aurions dû vérifier. Mise au point de Martin Hirsch, le directeur de l’AP-HP, hier soir au “Téléphone sonne” de Nicolas Demorand.

(Voix de Martin Hirsch.) “En fait, elle n’est pas à l’AP-HP, donc elle a été présentée ou elle s’est laissé présenter comme une interne de l’AP-HP. Comme tous les internes, elle peut passer par des hôpitaux de l’AP. Là, elle est dans une cli… (Il hésite.) Dans un hôpital privé à but non lucratif qui est tout à fait respectable et j’espère qu’il se porte bien.”

(Voix de Nicolas Demorand.) “Donc elle n’est pas de l’AP-HP ?”

(Voix de Martin Hirsch.) “Non, elle y est de temps en temps si je puis dire, mais depuis son semestre-là et ce qu’elle évoquait en disant ’la semaine dernière j’ai vécu cela’ ne s’est pas passé dans les hôpitaux de l’AP-HP.”

Patrick Cohen : Sabrina Ali Benali est donc affectée actuellement à un hôpital privé du 12e arrondissement de Paris où il n’y a pas de service d’urgences, ce qu’elle disait pourtant dans sa vidéo précisément, c’était ceci.

Extrait de mes vidéos : “Moi, je suis interne en ce moment aux urgences et, la semaine dernière, je devais transférer une dame qui s’est présentée avec une insuffisance cardiaque assez sévère, une dame de 75 ans, qu’il fallait transférer vers une unité de soins intensifs cardiologiques assez rapidement.” […]

Je suis frappée d’aphasie devant mon écran. Le pire, c’est qu’il a l’air de prendre du plaisir à me remettre en cause. Je réécoute sa chronique une deuxième fois comme pour prendre conscience que tout cela est bien réel.

La fatigue de ces derniers jours extrêmement chargés et la décharge de stress font ruisseler un torrent ininterrompu de larmes sur mon visage. J’éprouve un profond sentiment de trahison. Un coup de poignard dans le dos, gratuit, mensonger et tellement injuste. Je suis dévastée. Mettre toute mon énergie à défendre simplement les personnels soignants et les patients, pour finir par être calomniée… Je me bats pour que tous les citoyens, des gens comme lui ou ses proches, ne passent pas quarante-huit heures sur un brancard. Il me dégoûte.

Je passe à nouveau la bande et ne comprends pas. Ce n’est qu’un tissu de mensonges. Primo, je suis bien salariée de l’AP-HP puisque je reçois mes fiches de paie de sa part. Ils le savent puisque je les leur ai envoyées la veille. Deuzio, pas d’urgences dans l’hôpital où je travaille ? Aurais-je depuis trois mois des hallucinations sur le service dans lequel j’officie ? Bien sûr que je suis aux urgences. Du moins, c’est écrit à l’entrée du service et sur mon badge. Tertio, mon hôpital n’est pas dans le 12e arrondissement de Paris mais dans le 20e. Et enfin, d’où provient cet extrait où je me présente comme interne de l’AP-HP ? Je regarde une nouvelle fois ma vidéo « du buzz ». Je n’y prononce jamais les mots d’AP-HP. Je visionne également le replay de mon interview de la veille sur leur antenne. Rien non plus. Soudain, cela me revient et je comprends. Il s’agit de la phrase d’introduction de ma toute première vidéo d’octobre 2016. À l’époque, étant au sein même d’un hôpital de l’AP-HP, je m’étais évidemment présentée comme telle. Ils ont ainsi procédé à un montage sur mon ancienne vidéo, sans le préciser, pour passer à l’antenne cette phrase isolée afin d’abonder leur propos. Je suis autant énervée qu’effrayée par ces procédés abjects, a fortiori pour une grande radio de service public. Patrick Cohen, à défaut de faire une correction, a donc délibérément préféré aligner les mensonges les uns derrière les autres, tentant de me faire discréditer et de se faire passer pour une victime qui s’est fait « un peu avoir » par son invitée. Sacrée performance.

J’imaginais les millions d’auditeurs de cette émission me prendre maintenant pour une menteuse. D’ailleurs, les premiers médias mainstream s’en donnaient déjà à cœur joie : « La fausse interne qui a piégé France Inter », etc. La veille, c’était le conseiller du cabinet de la ministre de la Santé, Gabriel Attal, devenu depuis député LREM, qui avait tweeté : « Quand une prétendue interpellation citoyenne apolitique se révèle être une manipulation politicienne. »

En arrivant à l’hôpital, mes collègues ont tout de suite vu mon visage déconfit. Mais très vite, chacun m’a épaulée, outré par les derniers événements. Des chefs des étages descendaient aux urgences pour simplement m’apporter leur soutien : « Sabrina, ce qui s’est passé est absolument innommable ! » L’une de mes collègues ne s’en remettait pas : « Mon conjoint a failli balancer la radio par la fenêtre. France Inter, quand même, c’est pas possible ! »

Toute la journée, la ligne téléphonique des urgences a été inondée d’appels de journalistes qui voulaient vérifier si je travaillais bien dans ce service. En mentionnant le 12e arrondissement, Patrick Cohen avait facilement permis aux journalistes de retrouver la structure principale hospitalière dans laquelle j’exerçais. J’étais mal à l’aise vis à‑vis de mes collègues. Avec l’accord de mes supérieurs, je répondais au flot d’appels. Par chance, comme un coup de pouce du destin, le rythme, ce jour-là, était relativement calme aux urgences. À croire que les patients voulaient me laisser le temps de me défendre. J’expliquais tout aux journalistes. Eux-mêmes estimaient que cette histoire était innommable et ne faisait pas honneur à leur profession.

Plusieurs journaux n’ont pas tardé à rétablir la vérité, parmi lesquels Libération, Le Monde, Mediapart, Le Huffington Post, qui a publié ma lettre de réponse à Patrick Cohen. Gabriel Attal, lui, bancal dans ses bottes, avait déjà supprimé son tweet.

Mais la divulgation, par la radio, d’une antenne de la structure dans laquelle j’exerçais a eu inévitablement des conséquences en interne. Une preuve supplémentaire de l’irresponsabilité de ces « journalistes » qui ne se soucient pas plus du respect que du devoir de réserve, et qui n’ont que faire des répercussions de leurs révélations sur les personnels, les patients concernés et leurs familles.


Sabrina Ali Benali


Épilogue : Dans la suite de son livre, Sabrina Ali Benali explique comment elle a été contactée par la Société des journalistes de France Inter, afin de constituer un dossier pour la direction juridique de France Inter, et contraindre Patrick Cohen à reconnaître son erreur et s’excuser. Mais, soutenu par la direction, Patrick Cohen a refusé. Le démenti n’aura jamais lieu. Pire : le médiateur de Radio France s’est enfoncé un cran dans la bassesse, en évoquant notamment les « mensonges de l’interne » et en expliquant que « France Inter (et d’autres médias) a été abusée. Patrick Cohen a eu l’honnêteté de le reconnaître. Mais une vérification aurait dû être opérée en amont. ». Sabrina Ali Benali explique n’avoir eu ni le temps, ni l’énergie de faire un procès, mais avoir pu compter sur le soutien chaleureux de ses collègues et de nombreux internautes.


Extraits tirés de La révolte d’une interne
© le cherche midi, 2018. Tous droits réservés

Publié le 26/03/2019

Les « casseurs »ne forment pas un groupe homogène

Martin Gausseran (site humanité.fr)

De l’incendie du Fouquet’s aux kiosques brûlés, l’acte XVIII aura été marqué par des scènes de violences. Mais qui sont vraiment ces « casseurs » dont les images ont envahi les réseaux sociaux et les télévisions ?

Les images de la mise à sac des Champs-Élysées, largement relayées sur les réseaux sociaux, auront profondément marqué ce XVIIIe acte des gilets jaunes : encagoulés, vêtus de noir ou d’un gilet jaune, ils étaient plusieurs centaines, ce 16 mars, à s’être donné rendez-vous sur les Champs-Élysées. Certains entamaient des chants anticapitalistes, quand d’autres attaquaient les façades des boutiques de « la plus belle avenue du monde ». Mais qui sont les auteurs de ces violences ?

D’après Alexandre Langlois, de la CGT police, difficile de dresser un profil type. « Ce qu’on sait, c’est que leur nombre augmente, explique-t-il. On parle d’environ 1 500 individus sur Paris, greffés autour d’un noyau dur de 300 personnes. » Parmi eux, on retrouve un certain nombre de black blocs : majoritairement des anarchistes, mais aussi des libertaires, des autonomes, des maoïstes et des trotskistes. « Les black blocs ne sont pas une seule et même unité. Il y a beaucoup de profils différents, explique Paolo Stuppia, sociologue et politiste à l’université Paris-Nanterre. Tout se joue au niveau des individus, et leur identification lors de ces rassemblements est rendue très difficile du fait que tous sont habillés en noir et dissimulent leur visage. »

Ce climat n’est pas sans lien avec les violences sociales et policières des dernières semaines

Le sociologue insiste également : « La violence des black blocs n’est dirigée que vers des biens qui sont les symboles du capitalisme et du pouvoir qui les ignore. Elle n’est aucunement adressée à des personnes, excepté lorsqu’elles sont dépositaires de l’autorité publique. » D’après le chercheur, ce climat n’est pas sans lien avec les violences sociales et policières des dernières semaines. « On se souvient des images d’interpellation violentes lors de manifestations de gilets jaunes. Ce qui ressort publiquement, c’est que le mépris vis-à-vis des contestataires est profond », estime-t-il. Et devant le statu quo imposé par l’État, le mode opératoire des « blocs » séduit parfois parmi les gilets jaunes.

C’est le cas de Patrice, gilet jaune et sympathisant des blocs. Partisan « d’une idéologie de gauche », il a gagné la rue pour défendre « les conditions de vie des retraités et des actifs, le trop grand écart entre les classes sociales, le manque de représentativité et le grand décalage entre élus et citoyens ». Il explique n’avoir jamais manifesté avant le début du mouvement des gilets jaunes et considérait que les manifestations pacifiques « sandwichs-merguez » ne menaient à rien. « Mais lorsque j’ai vu les premières actions directes place de l’Étoile, avec des citoyens qui ne lâchaient rien, j’ai décidé de commencer à manifester. » Sur place, il raconte avoir vu la répression des forces de l’ordre sur les gilets jaunes pacifiques et les « bloceux aller au mastic » en venant en aide aux gilets jaunes et, à l’inverse, des forces de l’ordre « s’en prendre à tout le monde, medics compris ». « Mon choix était vite fait », ajoute-t-il. « Le degré de violences policières est tel que les participants acceptent ces ripostes de la part des activistes parce que le reste des manifestants a été accueilli par des tirs de LBD et de lacrymo, analyse Paolo Stuppia. C’est perçu par l’immense majorité comme une injustice profonde : la violence des forces de l’ordre paraît dirigée vers une colère légitime. Et répliquer par la force peut rapidement être perçu comme la seule alternative. » Une réponse confirmée par Patrice, pour qui les premières mesures en faveur du pouvoir d’achat sont apparues « après les premiers jets de pavés ».

martin gausseran

Publié le 25/03/2019

« Le moment populiste et les gilets jaunes »

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Une conférence intitulée « Le moment populiste et les gilets jaunes » s’est tenue la semaine dernière à l’université Paul Valéry de Montpellier en présence d’une trentaine de participants. Celle-ci était organisée par le cercle de Montpellier du nouveau média d’opinion indépendant « Le Vent Se Lève », qui tenait sa première réunion la semaine précédente. La présentation de cette conférence interroge les récentes évolutions des mouvements sociaux en France comme en Europe, alors que les gilets jaunes font réapparaître les questions autour de la définition du peuple, de sa place, de son rôle mais aussi de son pouvoir.

La crise politique des démocraties parlementaires, liée à la crise économique du système capitaliste, a ainsi différents effets. La première question abordée lors de la conférence est celle de la définition du populisme. Cette catégorie est souvent employée dans les médias dominants ou par les principaux responsables politiques pour délégitimer et critiquer leurs opposants, notamment les mouvements de contestation accusés de porter une critique simpliste des « élites » et du « système ».

Mais existe-t-il des partis populistes ? Il est rappelé que tous les candidats à l’élection présidentielle française de 2017 ont prétendu parler au nom de la majorité du peuple et se sont présenté en opposant au système, en définissant ce dernier de manière très différente. Il n’existerait en réalité que des « stratégies populistes », certaines exclusives et fondées sur le rejet d’une minorité du peuple (comme le fait l’extrême droite), d’autres inclusives et ciblant les classes dominantes (comme le font Podemos en Espagne ou la France insoumise en France). C’est en tout cas sur cette analyse que s’appuie la stratégie des penseurs du « populisme de gauche », tels qu’Ernesto Laclau et Chantal Mouffe.

La conférence est également l’occasion de discuter des limites de ces stratégies – incapacité à renverser les politiques d’austérité en Grèce, ou même à dépasser la gauche de gouvernement décrédibilisée par la crise en Espagne. Le mouvement des gilets Jaunes est au cœur de la présentation puis des débats qui s’ensuivent : s’agit-il d’un mouvement représentant les classes populaires en lutte, comme le défend Gérard Noiriel, ou plutôt d’une révolte de la « classe moyenne », comme le pense Alain Badiou ? Comment d’ailleurs définir cette « classe moyenne » qui semble avoir bien peu de contenu matériel ? Les gilets jaunes sont-ils porteurs d’un contenu progressiste, sur lequel pourraient s’appuyer des forces politiques – soit pour se faire élire en cooptant le mouvement, soit pour renforcer un pouvoir populaire émergent ?

Ces questions stratégiques et ces analyses ont permis un riche débat où ont été évoqués l’expérience des gauches européennes mais également latino-américaines, les nouvelles formes prises par la social-démocratie, les stratégies de communication politique à l’œuvre et les liens entre question sociale et question nationale, notamment en Catalogne. Les intervenants s’accordent sur le fait que nous assistons aujourd’hui à la fin d’une séquence politique après la longue décrue des mouvements sociaux traditionnels dirigés par les syndicats, de 2006 à 2016, et que nous voyons aujourd’hui émerger une autre forme de contestation de masse qui bouscule les étiquettes et les modes d’action existant auparavant en portant une intelligence collective et un renouveau des tactiques qui commencent à peine à être analysés.

Publié le 24/03/2019

Gilets jaunes : a Montpellier, les policiers détestent être surveillée

Stéphane Ortega (site rapportsdeforce.fr)

La Ligue des droits de l’homme a rendu public jeudi 21 mars son rapport sur « les obstructions exercées par les forces de maintien de l’ordre sur les observateurs LDH » pendant les manifestations des gilets jaunes. L’association de défense des droits et libertés y dénonce les intimidations, les menaces, aussi que des violences verbales et physiques dont auraient été victimes les membres de sa Legal Team à Montpellier.

 

Cachez ce maintien de l’ordre que je ne saurais voir. À la lecture du rapport de la LDH, c’est la philosophie qui semble dominer au sein de certaines unités de police à Montpellier. Depuis le mois de décembre, l’association a donné à plusieurs de ses membres des missions d’observation du respect du droit constitutionnel de manifester. Ils vérifient que l’usage de la force par la police reste proportionné et n’attente pas à la dignité des personnes. Une mission qui vaut à ces observateurs une virulente inimitié de la part d’un certain nombre de policiers.

« Connasse ! Espèce de gaucho ! Anarchiste ! Gauchiste ! Tu es contre la démocratie toi ! Casse-toi ! » font partie des mots fleuris, figurant sur une vidéo postée en ligne qu’un policier encagoulé de la brigade anticriminalité de Montpellier adresse à une membre de la « Legal Team » le samedi 16 février. Avant de la menacer d’un passage par le commissariat. La militante a porté plainte pour injure publique et fait un signalement à l’IGPN. Mais cet épisode qui a été relayé dans la presse n’est pas un fait isolé, selon le rapport qui précise détenir des vidéos et photos pour appuyer ses dires.

Plaintes et signalements en abondance

En tout, quatre plaintes auprès du procureur de la République et cinq signalements à la police des polices ont été effectués par les membres de la mission d’observation de la LDH entre le 19 janvier et le 3 mars 2019. La première concerne la journée de veille du 16 janvier. Deux membres de la « Legal Team » ont été fouillés par des policiers de la Bac ne portant pas de numéro de matricule, pourtant obligatoire. Une opération jugée abusive par les observateurs qui signalent la confiscation d’un talkie-walkie leur appartenant, suivie d’injures et de coups pour les empêcher de filmer la scène. Le rapport fait état d’intimidations à de nombreuses reprises visant ses membres, les samedis de manifestation de gilets jaunes. Pourtant, ils se présentent au début de chaque manifestation auprès du commandement en charge du maintien de l’ordre.

L’observatrice ayant filmé un membre de la Bac en train de l’insulter fait l’objet d’un « traitement de faveur » : son nom ou prénom hurlé en pleine rue par des policiers, prises de photos à distance, injonction à retourner « dans son village », laissant entendre que son domicile est connu, et autres pressions de toutes sortes. Des intimidations et un harcèlement policier qui selon le rapport toucheraient également un « Street medic ». Celui-ci ayant produit une attestation pour une plainte devant le Conseil d’État concernant des personnes blessées à la tête par un « usage injustifié » de tirs de lanceurs de balles de défense (LBD 40). « Le but est que nous arrêtions d’observer, de saisir l’IGPN et d’avoir des documents attestant de ce que nous voyons », assure Sophie Mazas, l’ex-présidente de la LDH, aujourd’hui avocate de plusieurs blessés.

Le rapport de la LDH documente d’autres entraves à la mission d’observation. Ainsi, contrôles d’identité et fouilles ne cessent de se reproduire. Par exemple, une circulaire de 2008 sur le droit de filmer les policiers est confisquée après une fouille et un contrôle d’identité. Le même jour, deux observateurs se voient menacer d’interpellation. Une semaine plus tard, un policier asperge de gaz lacrymogène à bout portant le visage d’une membre de la « Legal Team ». Trois heures plus tard, un autre agent des forces de l’ordre frappe puis jette à terre une observatrice. Nouvelles plaintes déposées et nouveaux signalements à l’IGPN. Et ainsi de suite, semaine après semaine, jusqu’à arriver au nombre de quatre plaintes et cinq signalements au 3 mars.

L’improbable désescalade

Avec ce rapport, la Ligue des droits de l’homme espère influencer le cours de la prochaine manifestation du samedi 23 mars à Montpellier, qui s’annonce au moins régionale. À cette fin, elle a alerté le préfet sur les agissements de la police à son égard et demandé a être reçue de façon urgente. Son objectif : garantir la présence de ses observateurs afin d’éviter des interventions hors de contrôle des forces de l’ordre contre les gilets jaunes. Par là, elle souhaite que le nombre de blessés et de mutilés baisse en réduisant au maximum les usages disproportionnés de la force de la part de certaines unités de police.

Peine perdue ? En tout cas, pour l’heure, le préfet n’a pas répondu favorablement à cette demande d’entrevue, et il est peu probable qu’il y réponde. En effet, après l’acte 18 du mouvement, l’air du temps est plutôt à la surenchère verbale et répressive pour contenir le mouvement des gilets jaunes.

Les interdictions de manifester pleuvent déjà dans les centres-ville de Toulouse, Bordeaux, Nice, et dans les quartiers de l’Étoile, de la Concorde, et des Champs-Élysées à Paris. De son côté, Christophe Castaner a demandé au nouveau préfet de police de Paris de ne pas avoir la main qui tremble samedi prochain.

De plus en plus troublant et inquiétant : les militaires de l’opération Sentinelle seront mobilisés pour l’acte 19, et le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur a affirmé qu’il considérerait comme émeutier toute personne bravant l’interdiction de manifester. À coup sûr, les lanceurs de balles de défense sont promis à une utilisation massive samedi prochain. Quant aux observateurs et autres « Legal Team », leur tache de surveillance de l’action de la police devrait être particulièrement difficile.

Publié le 23/03/2019

Macron, nouveau packaging et vieilles recettes

Par Guillaume Liégard (site regards.fr)

C’est le printemps, les idées bourgeonnent au gouvernement même s’il faut reconnaître qu’elles ne sont pas toutes de première fraîcheur. Allongement de l’âge de départ à la retraite, nouvelle journée de « solidarité »… les salariés sont dans le viseur.

Ce devrait être le prochain grand chantier du gouvernement d’Emmanuel Macron : la réforme du système de retraites. Après celle de 2003 qui devait garantir la pérennité de notre système par répartition avec une nette augmentation de la durée de cotisations. Après celle de 2010 qui devait, elle aussi, garantir notre système, etc. Avec, au passage, un relèvement de l’âge légal de départ de 60 à 62 ans, nous avons déjà obtenu de travailler plus longtemps pour toucher moins. C’est un bon point de départ pour le gouvernement.

Comme toujours dans les périodes qui précèdent le semblant de concertation qui va être organisé, c’est le moment des ballons d’essai, plus ou moins provocateurs, plus ou moins annonciateurs des pistes de travail. C’est Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, qui a posé la première mine. Interrogée au « Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI » sur un éventuel allongement de l’âge de départ à la retraite, elle a ainsi déclaré :« Je n’y suis pas hostile ». Mais attention, hein, la ministre a tenu à préciser qu’elle s’exprimait « à titre personnel ». Comme chacun le sait bien, il est tout à fait habituel qu’un ministre invité à une importante émission politique puisse lâcher une bombe à fragmentation uniquement de son cru, parce qu’il le sentait bien, comme ça, et puis c’est tout.

Mais l’argumentation de la ministre vaut aussi son pesant de cacahuètes. N’oublions pas que le candidat Emmanuel Macron s’était engagé à ne pas toucher à l’âge du départ à la retraite durant la campagne présidentielle de 2017. C’est évidemment un sérieux caillou dans la chaussure, oui, mais voyez vous, les Français le demandent : « Ce que j’ai dit, c’est que j’ai vu ces propositions remonter du "Grand débat". À partir du moment où les Français l’évoquent, c’est sur la table. À partir du moment où toutes les propositions qui sont amenées par le "Grand débat" vont être étudiées, nous étudierons celle-là comme les autres », précise donc la ministre. À qui se demandait à quoi pourrait bien servir le « Grand débat », nous voilà rassurés. Enfin, pas vraiment.

Le retour de Houdini le magicien

Rappelez-vous, c’était il y a un peu plus d’un an, le 1er janvier 2018 le gouvernement augmentait le taux de CSG de 1,7 point. Officiellement, il s’agissait d’encourager le travail (humour de droite). Si les salariés du privé ont bien obtenu un très léger gain avec la baisse des cotisations chômage et maladie, ce fut une opération blanche pour les salariés du public et une perte de revenus parfois importantes pour les retraités.

Oui mais voilà, il faut aussi trouver de l’argent pour financer la dépendance des personnes âgées. L’état des EPHAD, le caractère fort lucratif pour quelques groupes privés des maisons de retraite qu’elles soient médicalisées ou non, nécessiteraient une remise à plat de l’ensemble du système. Un service public du quatrième âge ? Vous n’y pensez pas. Par contre, dans le cadre du « Grand débat national », La République en marche a eu une idée : travailler un jour férié gratuitement – pour faire poli, dire « journée de solidarité ». Il convient d’abord d’apprécier à sa juste valeur, l’originalité de la mesure : en 2004, après une canicule meurtrière, Jean-Pierre Raffarin avait instauré une première journée de solidarité qui a rapporté, en 2018, 2,4 milliards d’euros consacrés à la dépendance des personnes âgés ou handicapés. Seulement voilà, travailler gratuitement pendant une journée, au Moyen-âge cela s’appelait une corvée et concrètement cela veut dire une baisse du salaire horaire. Pour qui voulait encourager le travail ce n’est guère fameux.

Résumons. Premier acte : on pénalise les retraités parce qu’il faut récompenser le travail. Deuxième acte : c’est terrible, il faut trouver des crédits pour financer la dépendance, on propose donc de supprimer un jour férié – en clair : on pénalise donc le travail. Arrivé à ce point, il suffit de retourner à l’acte I, car il n’y a pas de raison. Normalement, en un ou deux quinquennats, il ne devrait plus rester que Noël et le 14-Juillet de libre.

Parangons de la modernité affichée, revendiquée, le gouvernement Macron cache bien mal, sous ses atours publicitaires, la vieille politique de la droite libérale. Organisant le creusement des inégalités et le démantèlement des acquis sociaux, cette politique appliquée depuis des décennies n’a eu pour seul effet qu’une montée quasi-continue de l’extrême droite en France comme en Europe. Trouver les voies pour imposer, enfin, une défaite majeure à ce gouvernement est plus que jamais une urgence.

 

Guillaume Liégard

 

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Parlons (Inter) Net

(site lrgrandsoir.info)

 

L’ivresse décime

Pour dire qu’elle souffre, une partie du pays s’expose, tous les samedis depuis 18 semaines, aux énucléations, amputations, fractures, plaies, gazages, matraquages, gardes à vue, procès expéditifs, emprisonnements. La majorité des citoyens la soutient, en dépit d’un autre matraquage, incessant par des « grands » médias qui ont lâché leurs chiens. Les animateurs, éditorialistes, politologues, « philosophes » (sic) aboient. L’un dit que l’armée devrait tirer, l’autre qu’il faut mettre les meneurs jaunes en état d’arrestation.

Les mauvaises langues racontent que, rentré précipitamment de La Mongie, Macron a engueulé Castaner (qui lui conseillait d’enlever ses après-skis). « Et toi, ferme ta braguette » aurait-il répliqué sèchement avant de faire filmer une réunion de crise où, livide, les traits durcis, il a averti chacun qu’en matière de gestion du problème, « on n’y est pas ».
Traduisez, non pas « Il faut céder à ceux qui ont faim », mais « Il faut taper plus fort sur Jojo, les analphabètes-alcooliques-fainéants-fouteurs-de-bordel qui ne sont rien et qui nous les gonflent avec leur histoire de fin de mois ».

Bref, il faut remplir les prisons et les hôpitaux. Les morgues, peut-être.

Edouard Philippe, qui pense que son heure approche (Macron étant fini), se pencha sur Nicole Belloubet (défaite comme si elle venait de se découvrir dans un miroir) pour lui chuchoter un petit poème irrévérencieux qui résumait le désarroi macronien :

« Le Fouquet’s, symbole de la République
Est incendié par les CRS.
Brigitte, la muse érotique
Est restée seule sur le tire-fesse ».

Théophraste R. Auteur du mémoire (en cours) : « Le méprisant de la République peut-il finir en prison ? » et du pamphlet (déchiré et poubellisé dès le premier chapitre) : « Le jour où la foule haineuse s’empara de Mussolini ».

 

Publié le 21/03/2019

Un message de Lula, prisonnier politique de l’Empire

(blog Jean Luc Mélenchon)

Je mets mon point d’honneur à publier dans ce blog la lettre que l’ex-président Lula, prisonnier politique dans son pays, vient d’adresser aux militants et sympathisants de sa cause (avec mes remerciements pour la traduction de Monica Passos). On se souvient que Lula a fait les frais en grande dimension de la politique de criminalisation des militants et de judiciarisation de la politique qui est désormais celle des droites et de leurs médias dans le monde. Sa voix n’en est que plus émouvante après que le président de droite extrême, Bolsonaro ait affirmé que Lula « pourrira en prison » et qu’il ait nommé comme ministre de la justice le juge qui l’a condamné sans preuve… Les modèles de madame Belloubet et de Macron qui emprisonnent, inculpent et persécutent à grande échelle les militants écolos et politiques sont là.  

« Mes amies et mes amis,

 Tout d’abord, je tiens à remercier la solidarité et l’affection que j’ai reçues du peuple brésilien et des dirigeants d’autres pays au cours de ce presque un an de ma prison inéquitable. Je suis particulièrement reconnaissant aux camarades de la veillée à Curitiba, qui me réconfortent tous les jours, aux compagnons qui constituent les comités de Lula Livre au Brésil et ailleurs, aux avocats, juristes, intellectuels et citoyens démocrates qui se sont manifestés pour ma libération.

La force qui me fait résister à cette épreuve vient de vous et de la conviction que je suis innocent. Mais je résiste surtout parce que je sais que j’ai encore une mission importante à remplir en ce moment où la démocratie, la souveraineté nationale et les droits du peuple brésilien sont menacés par de puissants intérêts économiques et politiques, y compris des puissances étrangères.

Comme je l’ai toujours fait dans ma vie de plus de 45 ans d’activité syndicale et politique, je considère cette mission comme un défi collectif. La lutte que je mène pour un procès équitable, pour que mon innocence soit reconnue face à des preuves irréfutables de la défense, n’a de sens que si elle est comprise dans le cadre de la défense de la démocratie, du rétablissement de l’état de droit et du projet de développement à inclusion sociale que le pays veut reconstruire.

Chaque jour qui passe, il est de plus en plus clair pour la population et pour l’opinion publique internationale que j’ai été condamné et emprisonné pour la seule raison que, libre et candidat, j’aurais été élu président par la grande majorité de la population. Ma candidature était la réponse du peuple à la soumission devant les puissances étrangères, à l’abandon des programmes sociaux, au chômage, au retour de la faim, à tout le mal implanté par le coup d’État. C’est un combat que nous devons mener ensemble, au nom de tous.

 Pour me sortir des élections, ils ont monté une farce judiciaire avec la couverture des principaux médias, avec Rede Globo devant. Ils ont empoisonné la population avec des heures et des heures d’informations mensongères, où la Lava Jato m’accusait et ma défense était méprisée, quand elle n’était pas tout simplement censurée. La Constitution et les lois ont été ignorées, comme s’il y avait un code pénal d’exception, uniquement pour Lula, dans lequel mes droits étaient systématiquement bafoués.

Comme si cela ne suffisait pas de m’arrêter pour des crimes que je n’ai jamais commis, il m’a été interdit de participer aux débats du processus électoral ; ma candidature interdite, contrairement à la loi et contrariant l’ONU ; on m’a interdit de donner des interviews, on m’a interdit jusqu’à aller à la veillée funèbre de mon frère aîné. Ils veulent que je disparaisse, mais ce n’est pas de moi qu’ils ont peur mais plutôt du peuple, qui s’identifie à notre projet et a vu dans ma candidature l’espoir de retrouver le chemin d’une vie meilleure.

Il y a quelques jours, alors que je disais au revoir à mon cher petit-fils Arthur, je sentais tout le poids de l’injustice qui frappait ma famille. Le petit Arthur a été victime de discrimination à l’école parce qu’il était mon petit-fils et en a beaucoup souffert. Je lui ai donc promis que je ne me reposerais pas tant que mon innocence ne serait pas reconnue dans le cadre d’un procès équitable.

Dans l’excitation du moment, je me souviens d’avoir dit: « Je vais vous montrer que ce sont les vrais voleurs qui m’ont condamné. » Peu de temps après, le journaliste Luís Nassif a révélé au public l’accord illégal et secret entre les procureurs de Lava Jato, la 13eme Cour fédérale de Curitiba, le gouvernement américain et la Petrobras, pour un montant de 2,5 milliards de rais.

Ce montant a été pris à la plus grande entreprise brésilienne par un tribunal de New York, sur la base des allégations qui leur avaient été faites par les procureurs du Brésil.

Et ils se sont rendus aux États-Unis, avec la couverture du procureur général de l’époque, pour affaiblir davantage une entreprise victime de la cupidité internationale. En échange de cette fortune, Lava Jato s’est engagée à livrer les secrets et les informations stratégiques de notre Petrobras à l’étranger. Ce ne sont pas seulement des convictions, mais des faits appuyés par des preuves concrètes : documents signés, actes d’office des autorités publiques. Ces « moralistes » sans moralité occupent maintenant de hautes fonctions dans le gouvernement nouvellement élu car ils ont empêché ma candidature. Mais qui est en prison ? C’est Lula, qui n’a jamais possédé d’ appartement ou de ferme, qui n’a jamais signé des contrats Petrobras, qui n’a jamais eu de comptes secrets comme cette fondation qui a été découverte maintenant.

 Plutôt que de manifester mon indignation devant ces faits, je tiens à vous dire que le temps est en train de révéler la vérité. Que nous ne pouvons pas perdre espoir, que la vérité va gagner, car elle est de notre côté. C’est la raison pour laquelle j’exhorte chacun d’entre nous à renforcer de plus en plus notre lutte pour la démocratie et la justice. Et nous ne pourrons atteindre ces objectifs qu’en défendant les droits du peuple et la souveraineté nationale, car c’est contre ces valeurs que le coup d’État a été commis et pour ça qu’ils sont intervenus dans les élections. C’était pour livrer nos richesses et renverser les conquêtes sociales. Que les comités de Lula Livre puissent le savoir très clairement pour agir de plus en plus dans la société, dans les réseaux sociaux, dans les écoles et dans les rues.

J’ai la foi en Dieu et la confiance en notre organisation pour affirmer avec une grande certitude : nous serons réunis à nouveau. Et le Brésil peut rêver encore d’un avenir meilleur pour tous.

 Merci beaucoup, et nous allons nous battre, camarades et compagnons. Je vous embrasse.

 Luiz Inácio Lula da Silva »

Publié le 20/03/2019

Montpellier. Gilets jaunes et marcheurs pour le climat : tous ensemble, ou pas

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Marche du siècle pour le climat, acte XVIII des gilets jaunes et marche des solidarités contre les violences policières et le racisme d’État : les trois mobilisations se sont croisées ce samedi 16 mars à Montpellier, dans des ambiances variées, à la croisée des chemins entre convergence et cloisonnement des luttes.

 

Entre fraternité et rejet mutuel

 

À l’initiative du collectif « Migrants Bienvenue 34 », une centaine de personnes ont partagé un repas tiré du sac vers midi dans les jardins du Peyrou. Les militants ont ensuite formé un cortège pour rejoindre le rassemblement des gilets jaunes sur la place de Comédie, avec en tête l’idée de pousser à la convergence avec la marche contre le réchauffement climatique, initialement appelée à deux pas de là, sur l’esplanade Charles de Gaulle. Va s’en suivre une sorte de chassé-croisé entre les deux défilés, entre moments de fraternité, d’indifférence ou de rejets mutuels.

 

À 14h, les 2500 gilets jaunes massés autour de la statue des Trois grâces commencent à s’exciter d’impatience, un sentiment dont les premiers « Ahou » se font déjà l’écho. La mobilisation du 16 mars, la dix-huitième, a été annoncée comme une journée-clé pour le mouvement, et les premières images des Champs-Élysées évoquent les scènes insurrectionnelles du premier décembre… Pendant ce temps-là, à Montpellier, les gilets jaunes scrutent la marche pour le climat autour de l’Esplanade. Le pari des écolos est réussi : plus de huit mille manifestants discutent, dansent ou chantent au rythme des fanfares et des chorales. Un nombre non négligeable d’entre eux, éparpillés dans le rassemblement, portent le fameux gilet et s’égosillent à coups de « Macron démission » pour tuer le temps. Cette impatience les poussera à partir vers la préfecture, dans la direction opposée à celle de la marche pour le climat !

 

Première division donc, même si les deux cortèges se retrouvent finalement au boulevard du Jeu de Paume, après un bref et traditionnel affrontement entre gilets jaunes et gendarmes mobiles au niveau de la préfecture. Cette seconde rencontre des gilets jaunes et des écolos est pour le moins paradoxale : de part et d’autres, des manifestants scandent « Tous ensemble », tandis qu’un individu couvert de pancartes bariolées s’efforce de convaincre les gilets jaunes de ne pas emboîter le pas au défilé vert : « Nous, on n’est pas des casseurs, on ne veut pas de vous ici ! ». Une petite rivière de gilets jaunes, déjà lassés de la tranquillité des marcheurs pour le climat, se dirigent vers la gare Saint-Roch, à contre-courant de la marée verte. Malgré cette divergence, la liesse et le bonheur de se retrouver s’expriment dans une confusion relative, et les deux cortèges maintenant emboîtés occupent maintenant tout le boulevard, totalisant environ dix mille personnes.

 

 

L’irrésistible appel de l’émeute

 

L’objectif des organisateurs de la marche pour le climat est de rejoindre le parc Montcalm, où se tient une édition du village des alternatives, avec stand de bouffes, animations et présentation des « alternatives concrètes » qui prétendent soulager un peu, ici et maintenant, les maux de notre planète. Entre l’avenue Clémenceau et celle de Toulouse, ce charmant programme perd soudainement en attrait aux yeux des gilets jaunes. « Où est-ce qu’il nous emmène, la police municipale nous encadre, c’est une humiliation, il faut faire demi-tour, il y a des gilets jaunes qui nous attendent à la gare ! » peut-on entendre dans la foule. Ni une, ni deux, les gilets jaunes ne résistent pas longtemps à ce goût de la confrontation qui les caractérise, comme aimantés à l’idée de partir à l’assaut de l’Écusson bourgeois. Des street-médics font tourner le mot que le groupe initialement parti à la gare est ensuite remonté vers la préfecture, il s’agit donc de les rejoindre.

 

Seulement voilà, la police pointe le bout de son nez avec une stratégie bien nette : coller les manifestants sans répit, tonfas au poing, jusqu’à les disperser complètement, et rapidement, pour éviter toute dégradation. Vers 17h, les forces de l’ordre stationnées en haut de la rue Saint-Guilhem chargent en distribuant généreusement des coups de matraques. Une personne est interpellée, l’air se charge en lacrymogène. Au Peyrou, plusieurs fourgons de gendarmes mobiles bloquent l’accès au Jeu de Paume. Une dame présente une main enflée, stigmate de la précédente charge. D’un coup, des gendarmes foncent dans le tas, nouvelle interpellation d’un manifestant, traîné au sol. Stressés par les montées d’adrénaline successives et pressés par les policiers, les manifestants se divisent dans les rues de l’Ecusson en prenant le soin de ne pas se jeter dans les bras des agents de la brigade anti-criminalité. Des tentatives de se retrouver sur la Comédie sont aussitôt avortées par les grenades lacrymogènes. Restent environ deux cents personnes, traqués par plusieurs dizaines d’agents de la BAC. Un petit groupe de gilets jaunes ayant réussi à semer ces policiers si détestés les toisent. Un manifestant blessé par un éclat de grenade au crâne fait son apparition.

 

 

La journée se termine par un étrange face-à-face sur l’Esplanade entre les forces de l’ordre, dont leur chef Christophe Barret, procureur de la République, et quelques manifestants perdus et frustrés de cette fin de mobilisation prématurée. Entre sympathie et invectives, les échanges fusent. On se remémore cette drôle de journée, marquée par une convergence partielle avec les écolos, et un échec à déborder le dispositif policier, et on se rappelle les prochains rendez-vous : mardi prochain, pour la manifestation syndicale interprofessionnelle qui partira à 14h d’Antigone, et bien évidemment, samedi prochain pour l’acte XIX des gilets jaunes.

 

Publié le 18/03/2019

Réponse du syndicat CGT Santé Privé à linvitation des « Gilets Jaunes » pour une rencontre le 19 mars au Peyrou après la manif :

 

Chers amis, chers camarades,

 

Nous avons bien reçu votre appel « appel des gilets jaunes du 34 aux syndicats ». Notre syndicat Santé Privée Est Hérault  a décidé lors d’une assemblée générale le 11 Mars de répondre positivement à votre proposition de se retrouver ensemble après la manifestation du 19 mars au Peyrou.

 

Notre syndicat regroupant des militants de la santé, syndiqués des EHPAD, de clinique privée, condamnons, comme vous le faites, la politique destructrice de ce gouvernement

 

Il est temps de dire NON à :

 

  • la marchandisation de notre système de santé,
  • La répression policière
  • La reforme de la retraite à points
  • La reforme de l’assurance chômages
  • Les inégalités fiscales

 

Nous sommes déterminés à défendre nos acquis, nos droits, d’améliorer nos conditions de travail et de prise en charge de nos résidents d’Ehpad, de nos patients dans les hôpitaux.  Nous voulons vivre et travailler dignement !

 

Ensemble, gilets jaunes, syndiqués, soyons unis, devant ce gouvernement qui nous méprise !!!

 

 

 

 

Publié le 17/03/2019

 

Parlons (Inter) Net

 

Lu sur le site legrandsoir.info

 

 

« Abstention piège à cons ! ». Je répète : « Abstention piège à cons ! »

Un lecteur qui signe AF30 (ça vole haut) avance une idée (sévère) sur l’abstention.

Beaucoup a été dit sur le sujet : « Si le vote servait, ILS l’auraient interdit », « Elections, piège à cons », etc. Ainsi, le dégoût du politique, le désintérêt pour la chose publique, la flemme, l’amour immodéré du sport, l’oubli d’aller se faire inscrire à la mairie ou la perte de sa carte d’électeur (non obligatoire), sont des prétextes idéologiques qui ligotent les exploités (les plus nombreux) en laissant les exploiteurs se précipiter en masse dans les bureaux de vote.

Les jours d’élections, l’addition des voix des enfumeurs avertis et des enfumés hypnotisés fait élire des Macron sous l’œil désolé des opprimés militants, mais pas assez nombreux.

Et c’est là que le lecteur AF30 porte une cruelle estocade en prétendant que l’abstention est la manifestation « d’individus qui ont une si haute idée d’eux-mêmes qu’ils ne trouvent aucune proposition susceptible de correspondre à l’immensité de leur pureté ».

Méditez et dites à vos amis abstentionnistes qu’un poète a magnifiquement parlé d’eux et de ceux qui agissent (1).

Théophraste R.
Destructeur de pièges à électeurs en gilets jaunes et poseur de mines avenue Foch.

Aragon :
« On sourira de nous pour le meilleur de l’âme
On sourira de nous d’avoir aimé la flamme
Au point d’en devenir nous-mêmes l’aliment
Et comme il est facile après coup de conclure
Contre la main brûlée en voyant sa brûlure
On sourira de nous pour notre dévouement
Quoi je me suis trompé cent mille fois de route
Vous chantez les vertus négatives du doute
Vous vantez les chemins que la prudence suit
Eh bien j’ai donc perdu ma vie et mes chaussures
Je suis dans le fossé je compte mes blessures
Je n’arriverai pas jusqu’au bout de la nuit… ».

Publié le 16/03/2019

Montpellier. Acte 17 : un gilet jaune écroué, trois condamnés à du ferme aménageable, un à du sursis

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Policiers de la brigade anti-criminalité présents sur la place de la Comédie de Montpellier dès le début de l'acte XVII des gilets jaunes (crédits photo : Carlos de Brito)

Les séances de comparution immédiate se suivent et se ressemblent. Selon nos informations, seize personnes ont été interpellées samedi dernier à Montpellier lors de l’acte XVII des gilets jaunes, dont treize placées en garde à vue, et six déférées lundi dernier en comparution immédiate :

1) Un plombier, qui a reconnu avoir tiré des feux d’artifice pendant la manifestation, a été condamné pour violence sur une personne dépositaire de l’autorité publique n’ayant pas entraîné plus de huit jours d’interruption temporaire de travail (ITT) et participation à un attroupement en vue de commettre des violences ou des dégradations à un an de prison ferme avec mandat de dépôt, dont huit avec sursis, plus 800€ d’amende pour le policier qui affirme avoir été blessé, et une interdiction de porter une arme. Pour rappel, une peine de prison ferme avec mandat de dépôt signifie que vous partez immédiatement en détention, à la différence d’une peine de prison ferme « simple », à l’issue de laquelle vous passez devant un juge d’application des peines, qui décide d’un éventuel aménagement (bracelet électronique, jours-amende, travail d’intérêt général, semi-liberté…)

2) Un apprenti carreleur, blessé à l’issue de son interpellation comme l’attestent des certificats médicaux, a reconnu avoir cassé des distributeurs de billets et des horodateurs, et a été condamné pour dégradation, détention d’un engin incendiaire (cocktail molotov) et participation à un attroupement en vue de commettre des violences et des dégradations à huit mois de prison ferme aménageable.

3) Un intérimaire préparateur de commande, qui a reconnu s’en être pris au McDonald’s, a été condamné pour dégradation à dix mois de prison ferme aménageable dont huit avec sursis, plus une interdiction de paraître à Montpellier et des indemnités à verser à McDonald’s dont le montant reste à chiffrer.

4) Un livreur, qui a reconnu s’en être pris au mobilier de la TAM, a été condamné pour détériorations et participation à un attroupement en vue de commettre des violences et des dégradations à dix mois de prison ferme aménageable, dont huit avec sursis, plus deux ans de mise à l’épreuve et une interdiction de paraître à Montpellier les samedis.

5) Un marin-pompier, qui a reconnu avoir détenu une pierre dans sa poche, a été condamné pour participation à un attroupement en vue de commettre des violences et des dégradations à six mois de prison avec sursis, plus deux ans de mise à l’épreuve.

6) Un gérant de food trucks, qui dément avoir jeté des projectiles sur les policiers, a été relaxé pour violence sur une personne dépositaire de l’autorité publique, un témoin attestant de sa version des faits selon laquelle le projectile aurait été jeté par quelqu’un d’autre.

Publié le 15/03/2019

 

Acte 17 des gilets jaunes - Scènes de chaos à Montpellier

Échaudée par une présence policière agressive dès le rassemblement, la manifestation a finalement dégénéré dans la casse et les affrontements violents.

Place de la Comédie, samedi 9 mars 2019. Une foule de gilets jaunes scintillent sous la caresse brutale du soleil tandis que les premiers coups de tambour se mettent à retentir. Deux mille personnes se massent autour de l’Oeuf, bavardant gaiement en attendant que la manifestation commence, dix septième acte de ce mouvement atypique, inédit dans l’histoire contemporaine, que représentent les gilets jaunes. Pour un départ, il y a grand monde. Beaucoup de pancartes où les revendications laissent massivement place aux protestations contre les violences policières et la répression du gouvernement. De plus en plus de cheveux blancs et toujours plus de jeunes, venus en nombre grossir les rangs de la manifestation après un seizième acte très sportif, où des affrontements violents ont eu lieu entre le black bloc et la BAC notamment.

Il est à peine 14h30 que la foule rugit déjà. Que se passe-t-il donc ? Un mouvement de course entraîne plusieurs centaines de manifestants vers le Monoprix, devant lequel un escadron de la BAC s’était posté, faisant crânement face à l’assistance. Le black bloc, déjà rassemblé, se lance dans une énorme charge sous les “ahou” qui retentissent, et de laquelle ne se tirent les agents de la BAC que par le concours de leurs collègues CRS, qui les exfiltrent sous les vivats. La foule fait face à ceux-ci et s’insurge contre une présence policière inédite en début de manifestation. Plusieurs agents de la BAC s’infiltrent rapidement et procèdent à l’interpellation éclair d’une manifestante casquée et masquée. Des gens tentent de s’interposer, une femme et un homme âgé tombent à terre, aussitôt assistés par les médics. La foule enrage et fait reculer petit à petit les CRS en contrebas de l’opéra. Lorsque la présence policière est réduite à néant, le cortège se rassemble de lui-même et se met en route.

Passant par les petites rues de l’Écusson, il s’allonge et s’épaissit pourtant à vue d’œil, débouche sur le boulevard Louis Blanc dans l’intention de remonter vers la place de la Comédie par l’escalier du Corum. Tout se déroule d'abord dans une ambiance bon enfant. Mais au loin, au sommet, des lignes de CRS empêchent l'itinéraire. On longe donc le Corum pour faire un petit tour par l'arrière du Polygone, où des poubelles sont brûlées et les vitres de l’arrêt de tram explosées sous l’indifférence des manifestants. Les chants et slogans anti-Macron retentissent. La foule est immense, impressionnante, contredit la version donnée par les média dominants qui reprennent les chiffres préfectoraux sans être, de toute évidence, présents sur le terrain. La tête de cortège doit à de nombreuses reprises s’arrêter pour laisser les derniers combler leur retard.

On remonte vers la Comédie par le petit passage longeant le Polygone. Des CRS sont déjà présents pour accueillir la foule. La présence policière enrage celle-ci et notamment le black-bloc, dont des membres se ruent sur le MacDo et en détruisent le rideau de fer à coup de pieds. Les CRS arrivent rapidement pour protéger le symbole capitaliste visé, mais essuient des tirs de projectiles : bouteilles, pierres, mais aussi un “cacatov” qui manque sa cible et s’écrase au sol. Pluie de lacrymo. Un petit chien qui porte un gilet jaune court innocemment derrière les palets. La dispersion n’a même pas encore eu lieu. Il reste plusieurs milliers de personnes sur la Comédie qui reprennent leur route vers l’habituelle place de la Préfecture, sous les gaz.

Le dispositif policier est plus important qu’auparavant. Plusieurs groupes de CRS cernent les petites rues en plus des sempiternelles lignes barrant l’accès à la Préfecture. Un "cacatov" s'écrase vite aux pieds d'un escadron de la BAC présent à côté du Gibert, le mettant en fuite immédiate. Quelques quolibets, une ou deux bouteilles et pétards jetés, suffisent ensuite à provoquer une très rapide dispersion au gaz lacrymogène et à la lance à eau. Les insultes fusent, et comme toujours, “tout le monde déteste la police”. La manif sauvage s’engage dans la rue Foch alors que la foule se disperse petit à petit. Un millier de personnes se déplace vers le jardin du Peyrou, non sans insulter copieusement les équipes de la BAC qui cernent les ruelles. Devant le Peyrou, un mouvement de foule déclenche une charge de la tête de cortège, qui toute de noire revêtue, se jette très violemment contre les CRS présents qui la repoussent à coups de tonfa et en profitent pour récupérer la bannière de tête. La lacrymo pleut à nouveau et fait redescendre la foule vers le boulevard Henri IV.

C'est là que commence une véritable course poursuite entre un gros millier de manifestants résistants, dont l'immense majorité est pacifique et ne se prête à aucune dégradation, mais cautionne les efforts des "casseurs" pour détruire tout panneau publicitaire, toute caméra de surveillance, et toute banque sur leur passage. Le cortège, qui enchaîne entre pas rapides et course folle, redescend vers les Arceaux et s'engage sur Gambetta sous la poursuite des palets de lacrymogène. On observe une grande solidarité entre le black bloc et les néophytes qui se sont retrouvés un peu là par hasard. Tout le monde se refile du sérum physiologique, se donne des conseils, avertit de la présence d'un escadron de la BAC au bout d'une petite rue... Plusieurs tentatives de dispersion échouent successivement malgré le nombre très important de policiers, sur l'avenue Clémenceau et le boulevard Renouvier. Nouveau passage sur Gambetta, avec à nouveau de la casse sur les arrêts de bus, les panneaux publicitaires. Les voitures de la BAC filent dans les petites rues. L'une d'entre elles prendra, en sens inverse, de pleine face une voiture au pied de l'avenue de Toulouse. Et dispersion finale sur Renouvier, dans un grand mouvement de panique. Une partie du cortège parviendra à retourner sur la place de la Comédie où de nouveaux affrontements avec les forces de l'ordre auront lieu. Bilan de la journée, quinze interpellations, trois policiers blessés, des blessés parmi les manifestants. Des "cacatov", mais aussi de véritables cocktails molotov.

Chemin terrible que prend cette mobilisation, malgré les efforts du gouvernement et des média de masse pour en contester l’amplification et le réduire à des stéréotypes. Approchant de l’acte 18, pour lequel les gilets jaunes projettent une déferlante humaine sur Paris, le gouvernement a-t-il voulu taper fort, pour dissuader ? Toujours est-il, comme nous avons déjà eu l’occasion de le démontrer dans nos précédents articles, c’est le comportement des forces de l’ordre qui détermine le niveau de violence des manifestations. Par une présence policière massive, vécue comme un harcèlement par les manifestants, cet acte 17 à Montpellier est parti sur les chapeaux de roues, avec des participants particulièrement échaudés par l’attitude de la BAC et des CRS. L’issue de cette manifestation en est un exemple probant, avec un niveau de participation record à cette poursuite “sauvage” et une casse ayant touché tout le pourtour du centre, des affrontements répétés entre les membres du black bloc et les forces de l’ordre.

D’ailleurs, dans ce “black bloc”, qui sont-ils ? Des militants d’extrême-gauche bien sûr, qui font un peu office de guides pour tous les autres : des jeunes, étudiants ou travailleurs, des couples, des groupes de potes, des gens comme tout le monde. Ceux-ci n’appliquent d’ailleurs pas parfaitement les codes du black bloc, la plupart reste souvent très reconnaissable et ne s’adonne à aucune dégradation ni violence, peut se contenter de renvoyer les palets de lacrymo qu’elle reçoit vers les policiers. La plupart se contente de courir et faire bloc. Difficile pour les plus vieux de suivre le rythme de cette manif sauvage, pourtant certains sont encore là. Ils y tenaient, révoltés par l’encadrement policier du mouvement. A la fin de la dispersion, des manifestants sont rattrapés par les forces de police et fouillés. Parmi eux, pas une seule capuche noire…

On peut toujours jouer les moralistes et ne condamner que les violences contre les forces de l’ordre, les dégradations, tenter de réduire ce mouvement à une horde mal éduquée qui refuse d’accepter le grand jeu du monde. Toujours est-il qu’à la vérité, comme une verrue, plus on le gratte et plus il grossit. Plus les forces de l’ordre jouent le jeu de la sévérité, et plus les manifestations dégénèrent et accumulent de participants en même temps. C’est un jeu dangereux auquel se prête le gouvernement, à trop tâcher de discréditer le mouvement en le manipulant par cette violence policière et le poussant à se radicaliser, il en récolte au final une mobilisation qui ne cesse de s’accroître dans le Sud, en dépit des chiffres ridicules communiqués toutes trompettes hurlantes dans les média.

Alors cherche-t-il le point de rupture ? Encourage-t-il cette violence - n'a-t-il pas le pouvoir de la restreindre à son minimum ? - pour qu’elle aboutisse à la mort, d’un manifestant ou d’un policier ? Dans un cas ou dans l'autre, cela aboutirait nécessairement à la montée de la violence dans les deux camps. Ce samedi, on n’est pas passé loin de véritables scènes de lynchage. Les forces de l’ordre sont à bout, de plus en plus agressives. La tension était immense entre elles et l’ensemble des manifestants. Pourtant, il y a fort à parier qu’en l’absence des forces de l’ordre au début du rassemblement, celui-ci se serait passé de manière bien plus calme et pacifique, la casse serait comme toujours intervenue après la dispersion, et beaucoup de gilets jaunes authentiques n’auraient pas vécu ce sentiment d’injustice qui est à la base de l’amplification du mouvement. Il est fort probable que malgré le rendez-vous donné à Paris pour l’acte 18, samedi prochain promette de nouvelles scènes de violences à Montpellier.

Publié le 14/03/2019

Pour le Défenseur des droits, le recul des services publics «sape la cohésion sociale»

Par Jérôme Hourdeaux  (site mediapart.fr)

Entre privatisation, décentralisation, dématérialisation et réductions budgétaires, le rapport d’activité annuel du Défenseur des droits dénonce les effets néfastes de « l’évanescence croissante des services publics sur les personnes pour lesquelles ils constituent souvent le principal recours ».

 Le Défenseur des droits Jacques Toubon dresse, dans son rapport d’activité 2018 publié mardi 12 mars, un tableau sombre des services publics français, de plus en plus réduits, éloignés des citoyens, complexes et difficiles d’accès.

Avec 55 785 plaintes, un chiffre en hausse de 10,3 % sur un an, les « relations avec les services publics » représentent plus de la moitié des quelque 100 000 saisies du Défenseur des droits. « Ces réclamations font du Défenseur des droits un lieu d’observation privilégié des difficultés rencontrées par les usagères et usagers des services publics et des atteintes portées à leurs droits fondamentaux, mais aussi, à travers elles, des inégalités et des maux de la société dont elle est le reflet », explique le rapport.

Ces maux ne datent pas d’hier et « renvoient souvent à des problèmes plus profonds, d’ordre systémique. Ils constituent les “signaux faibles” émis par la société française, souvent “invisibles” des responsables politiques et administratifs nationaux, faute d’être appréhendés de manière globale ». La réduction du périmètre des services publics, les réductions budgétaires d’un côté et la progression de la pauvreté et de l’exclusion de l’autre ont des effets dévastateurs sur la cohésion sociale. Résultat, « en 2018, le Défenseur des droits a constaté, une fois encore, (…) les effets néfastes de l’évanescence croissante des services publics sur les personnes pour lesquelles ils constituent souvent le principal recours ».

Cette évanescence est tout d’abord le fruit d’une réduction du « périmètre des services publics » par « la privatisation des services organisés en réseau, tels que la poste, les télécommunications, l’eau, le gaz, l’électricité, les services urbains ou les transports publics ».

Parallèlement à cette privatisation, l’État s’est également déchargé de ses obligations en déléguant « certains services publics, en particulier dans le domaine de l’action sociale et de l’aide à domicile des personnes en perte d’autonomie » à « des associations à but non lucratif de plus en plus mises en concurrence avec des sociétés privées dans le cadre de procédures d’appel d’offres où les critères financiers s’avèrent prédominants ».

Les services publics restant sous le giron de l’État ont quant à eux été « confrontés à une restriction de leurs moyens budgétaires, y compris dans le domaine social, couplée à une transformation de leurs modes d’intervention appelés à être plus efficients ».

Affaiblis par la réduction de leur périmètre et de leurs budgets, les services publics ont cependant dû faire face « au développement des inégalités, de l’exclusion de la pauvreté », explique le rapport. « Les personnes “exclues” sont apparues massivement dans les services publics : non seulement aux guichets des services sociaux et des organismes de logement, mais également dans les services de santé, d’éducation, dans la justice, etc., tous sont confrontés à la multiplication de situations d’urgence. »

Et beaucoup d’administrations n’ont pas les moyens de faire face à l’afflux de demandes. « Confrontés à l’essor de la pauvreté, les services publics, en particulier sociaux, ont tenté de faire face à l’afflux des demandes en développant le traitement de masse de dossiers, explique le rapport. La standardisation des modes de traitement des demandes de prestation d’allocations ou de pensions, alliée au souci de performance des différents opérateurs évalués à partir d’objectifs quantifiables et statistiques, fait obstacle au traitement individualisé des dossiers. Or les situations individuelles des personnes les plus précaires, qui constituent des cas d’urgence majeurs, sont souvent complexes. »

Le rapport cite particulièrement l’exemple « des réformes successives des régimes de retraite mises en œuvre à partir de 1993. Les évolutions législatives se sont enchaînées à un rythme soutenu. Elles ont systématiquement entraîné une augmentation du nombre de départs à la retraite et des demandes de pension que de nombreux organismes n’ont pas été en mesure de gérer dans des délais raisonnables (…). Des personnes assurées sont ainsi restées dans l’attente de la liquidation effective de leur avantage vieillesse plusieurs mois après leur cessation d’activité, ce qui, pour celles à revenus modestes, a pu poser des difficultés insurmontables ».

Le rapport du Défenseur des droits s’inquiète également d’une « répartition géographique des services publics décorrélée des besoins des usagers ». « Derrière la logique budgétaire et le souci de rationalisation qui conduisent à la fermeture de guichets de services publics dont dépend l’accès aux droits des personnes les plus précaires, se profilent de nombreuses situations individuelles », prévient-il.

Le Défenseur des droits s’inquiète notamment du projet de loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice qui prévoit « la suppression des tribunaux d’instance » qui « poserait des difficultés d’accès au juge, en particulier, pour les populations les plus vulnérables. Ces tribunaux traitent des litiges du quotidien et notamment des matières touchant les personnes les plus fragiles (mesures de protection, surendettement, baux d’habitation, crédits à la consommation…) ».

Le rapport s’inquiète également du développement des « “déserts médicaux” dont les effets sur le droit fondamental à la santé sont indéniables ». Le Défenseur des droits a été saisi de « témoignages, des “appels à l’aide” qui émanent d’usagères et d’usagers ne parvenant pas à trouver un nouveau médecin traitant, un ou une spécialiste, un infirmier ou une infirmière à domicile ».

La réduction des services publics, leur éloignement, leur complexité et leur dématérialisation contribuent à un sentiment d’abandon, une « fatigue d’être usager », des citoyens les plus défavorisés qui, de plus en plus, renoncent même à faire valoir leurs droits. « En s’effaçant peu à peu, les services publics qui, en France, constituent un élément essentiel du consentement à l’impôt, hypothèquent la redistribution des richesses et le sentiment de solidarité, sapant progressivement la cohésion sociale », prévient le Défenseur des droits.

 

Publié le 13/03/2019

Montpellier. Peu à peu, la CGT et les gilets jaunes apprennent à travailler ensemble

par Le Poing (site le poing.net)

 

Dégoûtés par la corruption et les traîtrises des politiciens, les gilets jaunes se sont d’abord montrés hostiles aux syndicats. Les militants de base n’ont jamais été pointés du doigt, mais leurs drapeaux n’étaient pas les bienvenus dans les cortèges. Peu à peu, la situation a changé : constatant qu’un certain nombre de syndicalistes étaient présents sur les ronds-points et que les blocages partiels ne suffisaient pas à faire plier le gouvernement, la question de la grève s’est posée, et les gilets jaunes se donc intéressés aux positions des syndicalistes. À Montpellier, les chasubles rouges et les gilets jaunes se sont rassemblés ensemble devant les locaux du Medef ce matin, et ils ont pour la première fois tenu une conférence de presse commune.

 

L’occasion manquée du 5 février

 

Le 10 janvier, plusieurs dizaines de gilets jaunes se sont invités dans la maison des syndicats de Montpellier pour leur demander de se positionner clairement sur le mouvement et les violences policières. À cette occasion, les gilets jaunes ont rencontré des représentants de la CGT, FSU, SUD et ont discuté longuement avec un délégué de FO, mais rien de concret n’est sorti de ces entretiens. Pas rancuniers, les gilets jaunes ont rejoint par milliers la manifestation intersyndicale du 5 février, mais le service d’ordre de la CGT a tout fait pour reléguer en arrière les gilets jaunes, qui n’ont même pas officiellement été invités en amont à prendre la parole.

 

Une convergence timide mais bien réelle

 

Ce matin, cette fameuse convergence est devenue un peu plus palpable : parmi la cinquantaine de personnes présentes devant les locaux du Medef, on comptait plusieurs dizaines de gilets jaunes, et des échanges ont pu avoir lieu, même s’ils ont parfois tourné à l’empoignade. Les gilets jaunes auraient préféré une action plus virulente – raison pour laquelle ils ont érigé une petite barricade –, et ils n’ont pas compris pourquoi la CGT a toléré la présence d’un policier des renseignements territoriaux parmi eux. Mais le fait est que cette conférence de presse commune s’est tenue, permettant ainsi au secrétaire de l’union départementale de la CGT et à deux gilets jaunes mandatés par la commission convergence de l’assemblée du Peyrou de parler d’une même voix. Tous dénoncent la vie chère, le chômage, la précarité, « le scandale de ces six millions de personnes privées totalement ou partiellement d’emploi », « le choix du patronat de verser des dividendes plutôt que d’investir dans la recherche », « la suppression de quatre milliards d’impôts pour les plus riches alors que dans le même temps on demande quatre milliards d’efforts pour les plus pauvres », « le fait que certains n’arrivent pas à vivre dignement du fruit de leur travail », « la responsabilité du gouvernement pour les 204 blessés à la tête, les 21 éborgnés, les 5 mains arrachées, les plus de 5000 blessés, les 8700 gardes à vue, les 1800 condamnations et les centaines d’incarcérations ». Tous réclament « l’augmentation des salaires en allant chercher l’argent dans les caisses du patronat », « la suppression des cadeaux fiscaux aux multinationales », « le retrait du lanceur de balles de défense » ou bien encore « l’arrêt de la privatisation des services publics ».

C’est en revanche sur la question de la manière d’obtenir la satisfaction de ces revendications que les divergences apparaissent. Les deux gilets jaunes ont invité le secrétaire syndical à se joindre « à la grande rencontre qui aura lieu le 19 mars au Peyrou à l’occasion de la journée de grève et de manifestation intersyndicale », mais il a décliné l’invitation : « notre priorité pour le 19 mars, c’est de maintenir le cadre intersyndical, et nous ne participerons donc pas à cette assemblée » a-t-il précisé, avant de proposer aux gilets jaunes « un débat sur la justice fiscale et sociale ». « Avec les syndicats, nous avons une colonne vertébrale de revendications communes, mais il faut maintenant s’entendre sur l’organisation concrète, au quotidien. » a reconnu l’une des deux gilets jaunes. Optimiste, le représentant de la CGT a noté que « les contacts avec les gilets deviennent réguliers, et c’est une évolution importante face à un gouvernement qui parie sur l’usure de toutes celles et ceux qui s’opposent à lui ». Si les chasubles rouges, les gilets jaunes et les blacks blocs parvenaient à s’unir, le gouvernement pourrait bien finir par en voir de toutes les couleurs.

Publié le12/03/2019

Parlons (Inter) Net

(site legrandsoir.net)

 

Comment fatiguer 90 000 policiers sans sortir de chez soi

 

Une « journaliste » (sic) de France 24 traite les GJ « d’écurie de branquignols ». Apeurée par les réactions furieuses sur les réseaux sociaux, la chaîne appelle la police qui envoie 10 cars de CRS en protection.

Sachant que les « journalistes » (resic) vedettes qui salissent sur différents médias les GJ sont au moins 100, si chacun a besoin de 10 cars contenant, disons 20 CRS, les GJ peuvent, sans mettre le nez dehors, mobiliser 20 000 CRS pour protéger les enfumeurs.

Voyons maintenant les députés LREM. Ils sont 300. Un déchaînement des réseaux sociaux va mobilier 60 000 CRS.

Voyons aussi les ministres et secrétaires d’Etat. Ils sont 30 pour lesquels il faudrait au moins 6000 CRS.

Ajoutons modestement une vingtaine de juges macronistes : ça nous fait 4000 CRS.

On arrive au total de 90 000 policiers mobilisés par les GJ en des endroits précis, hors des manifestations.

A vos claviers (pantoufles aux pieds jusqu’à samedi) !

Théophraste R. (Distributeur de sacs en papier qui éclatent en faisant « Poum ! »).

 

Publié le 11/03/2019

 

Zineb Redouane: sa famille s'étonne du «silence politique» après sa mort

Par Louise Fessard (site mediapart.fr)

Zineb Redouane est décédée à 80 ans, à la suite d'un arrêt cardiaque au bloc opératoire à Marseille le 2 décembre 2018, après avoir reçu une grenade lacrymogène au visage dans son appartement, en marge d'une manifestation contre le mal-logement. Alors qu'une information judiciaire est en cours, sa fille s’étonne du « silence médiatique et politique » entourant sa mort.

·  Les yeux rougis, Milfet Redouane remonte le temps et le fil de ses échanges avec sa mère Zineb sur la messagerie instantanée Messenger. Son doigt parcourt des images de bouquets de fleurs, de café, de ses petits-enfants, des chansons… jusqu’à cette date du 2 décembre 2018 où Zineb est morte au bloc opératoire, après avoir reçu une grenade lacrymogène au visage, en marge d'une marche contre l’habitat indigne à Marseille, à laquelle se mêlaient des Gilets jaunes.

Le samedi 1er décembre, les deux femmes, très proches, avaient passé toute la journée au téléphone. « Elle aimait beaucoup rigoler », se souvient sa benjamine, 42 ans, qui vit à Birkhadem, dans la banlieue sud d’Alger, et qui s'est entretenue avec Mediapart à l'occasion d'un hommage rendu à sa mère, à Marseille, début mars.

À 80 ans, Zineb Redouane avait rapidement pris en main l’application Messenger pour communiquer avec ses six enfants de l’autre côté de la Méditerranée. Deux de ses filles vivent en Égypte et Tunisie, les autres enfants à Alger. Zineb avait aussi neuf petits-enfants et trois arrière-petits-enfants.

Surnommée « Mama Zina », elle est née le 6 juillet 1938 en Tunisie, d’un père commerçant algérien et d’une mère turque qui s’étaient rencontrés en Syrie. Enfant, elle fréquente la grande mosquée de Zitouna à Tunis où elle apprend l’arabe et la religion.

Ses proches décrivent une femme, issue de la petite bourgeoisie algérienne, qui lisait beaucoup, intéressée par la religion et l’histoire, à l’affût de l’actualité. « Elle n’a pas fait d’études, c’est mon père qui lui a appris à écrire en français, dit sa fille. Elle aimait explorer. »

Dans les années 1980, son mari, imprimeur à Alger, s’installe à Paris où il gère un hôtel et une librairie. Puis il revend l’hôtel parisien pour acquérir l’hôtel Beau Séjour sur le Vieux-Port et le Rex près de la gare Saint-Charles. Zineb Redouane, qui a abandonné ses salons de coiffure pour élever les enfants, multiplie les allers-retours entre la France et l’Algérie.

L’été, les enfants viennent passer les vacances à Paris. « C’était une petite fille très gâtée par ses parents puis par son mari, dit Milfet. Elle a beaucoup voyagé. Elle a participé à des concours de coiffure L’Oréal aux États-Unis. »

Après le décès de son mari en 1996, Zineb Redouane prend son relais et gère l’hôtel Rex. L’année suivante, c’est son fils de 30 ans qui meurt d’un arrêt cardiaque à Alger. « Mama Zina » a été enterrée près de lui le 25 décembre au cimetière de Birkhadem. « C’était sa seule volonté, mettez-moi dans la tombe de mon fils. » La famille a mis vingt-deux jours à obtenir l’autorisation de rapatriement du corps. Il a été à nouveau autopsié à son arrivée en Algérie.

Ayant perdu son hôtel en 2002, Zineb trouve un petit appartement à Noailles, au coin de la Canebière, qu’elle loue 565 euros. En bas, des épiceries à petit prix, la pizzeria familiale Charly Pizza et le marché des Capucins, avec ses vendeurs de cigarettes à la sauvette. Zineb vivait de la réversion de la pension de son époux.

Marquée par la mort de son fils, « Mama Zina » développe du diabète et des problèmes cardiaques – elle porte un stimulateur. Mais « elle ne donnait pas l’air d’avoir 80 ans, dit son amie Imen Souames, 51 ans. Elle était très courageuse, elle aimait sortir et s’amuser. » Depuis son pèlerinage à la Mecque en 2004, elle portait un foulard.

Sa fille renchérit : « Elle avait une mémoire incroyable et une excellente vision de près comme de loin. Sur le balcon à Alger, elle voyait arriver son petit-fils avant moi. » Zineb aimait aussi beaucoup la mer, face à laquelle elle prenait le café avec ses petits-enfants à Alger. « Parfois, on prenait des sandwichs et on passait des heures sur la plage à Marseille », se souvient Imen Souames.

Originaire de Skikda en Algérie, Imen Souames est assistante d’éducation dans les écoles marseillaises. À son arrivée en France en 1999, elle loge à l’hôtel Rex où elle se liera d’amitié avec Zineb qu’elle « aide dans sa paperasse ».

Zineb Redouane avec son petit-fils. © DR

Les deux femmes allaient régulièrement boire le café dans un bar turc du cours Belsunce, comme ce samedi 1er décembre, où Zineb avait insisté pour qu’Imen la rejoigne dès le midi contrairement à leurs habitudes. « Elle n’était pas bien, elle était stressée, dit Imen. Elle devait refaire sa carte de résidente de dix ans et elle devait rentrer pour le mariage de son petit-fils. On a parlé jusqu’à 15 heures, puis je l’ai accompagnée au centre Bourse où elle voulait prendre un autre café. » Le temps de repasser au café turc pour acheter deux baklavas – son péché mignon –, Zineb était de retour chez elle vers 16h15.

Ce samedi-là, pour la troisième fois depuis l’effondrement de la rue d’Aubagne, une marche contre l’habitat indigne réunit des milliers de personnes sur la Canebière, aux cris de « Gaudin assassin » et demandant « la réquisition des logements vides ». Des gilets jaunes sont également présents en ville pour l’acte III. Dispersée par la police sur le Vieux-Port, la manifestation dégénère en émeute avec des barricades, une voiture de police incendiée et des magasins pillés.

À son retour, Zineb trouve Nadjia Takouche, sa voisine du troisième étage, mal en point. Une grenade lacrymogène a éclaté à ses pieds alors qu’elle se promenait sur le Vieux-Port avec son fils et ses petits enfants. Zineb lui fait descendre une bouteille de lait par l’ascenseur pour calmer sa gorge. La manœuvre fait rire sa fille Milfet, toujours au téléphone.

Peu après, une autre de ses filles, Soumia, 55 ans, l’appelle d’Alger, inquiète au sujet des gilets jaunes. Sa mère la rassure. Elle ne sortira pas, elle va annuler le dîner prévu avec Imen. « Donc on pensait qu’elle était en sécurité chez elle, j’étais loin d’imaginer qu’elle puisse être touchée au quatrième étage », soupire Milfet.

«  Il m’a visée, le policier m’a visée »

La jeune femme était au téléphone avec sa mère en mode haut-parleur à 18h57 quand cette dernière a été touchée au visage par un tir de grenade lacrymogène. « On préparait à manger, elle faisait sa soupe de légumes, on rigolait. Elle m’a dit en arabe : “Attends, ne coupe pas, je ferme la fenêtre.” Elle a tendu la main pour fermer la fenêtre, le téléphone est tombé. J’ai entendu un coup et elle a crié. Elle a éteint les étincelles avec ses pieds, puis elle a repris le téléphone et m’a dit : “Il m’a visée, le policier m’a visée. J’ai croisé le regard des deux policiers, il a tiré, puis ils sont partis dans la voiture.” » Propos qu'elle répètera le lendemain matin à l'hôpital devant son amie Imen et sa voisine Nadjia.

Ce serait le corps d’une grenade lacrymogène MP7, tirée depuis un lance-grenade, qui l’aurait blessée. La MP7 libère, après sa mise à feu, sept capsules diffusant dans un rayon d’une vingtaine de mètres « un nuage à haut pouvoir lacrymogène et neutralisant ». Le dispositif de propulsion peut aller de 50 à 200 mètres selon le modèle utilisé. Lundi 3 décembre au matin, les enquêteurs ont retrouvé « deux palets mais pas la douille », selon Imen qui les a accompagnés dans l’appartement.

Le 1er décembre, des policiers étaient postés sur la Canebière devant le magasin C&A. Le journaliste marseillais Pierre Isnard-Dupuy, qui a observé la scène depuis le balcon de son appartement sur la Canebière, décrit « un déluge de lacrymogènes et de grenade de désencerclement ». « Les palets de lacrymogènes étaient tirés à travers le feuillage des platanes, écrit-il dans Reporterre. Certains montaient plus haut que les immeubles, d’autres ricochaient sur les façades. »

« C’était la première fois que nous voyions ça, dit Laura, membre du collectif du 5 novembre, créé par des habitants et sinistrés de Noailles. Nous avons été vraiment choqués par ces tirs rendus très aléatoires, par les rebonds tombant au hasard sur nos têtes alors que nous étions à très bonne distance du barrage de police, et mettant aussi en danger les résidents de la Canebière. »

La face à face entre manifestants et policiers le 1er décembre 2018 sur la Canebière filmé par le réalisateur Gérard Chargé. © Gérard Chargé

Selon les proches de Zineb, les marins pompiers, dont la caserne est juste en face, ont mis plus d’une heure à arriver après plusieurs appels. L’appartement est envahi par une fumée noire. Réfugiée sur le palier, Zineb contient les saignements avec des serviettes. « Elle a beaucoup saigné, mais elle était forte, elle parlait bien », dit Imen. Selon deux témoignages, un policier, accompagnant les pompiers, lui a alors demandé ses clefs. Zineb a d’abord refusé, mais le policier aurait alors menacé de casser sa porte.

À l’hôpital de la Timone vers 23h30, Imen est choquée de la découvrir « défigurée » : dix points de suture lui barrent le côté droit du visage du nez à la joue, des bleus et un gros hématome sur la poitrine. « Je n’ai rien fait, j’étais en train de parler à Milfet, ils m’ont visée. Ils pensaient peut-être que je filmais  », aurait-elle déclaré à son amie. Cette dernier en est persuadée : « Si elle était restée vivante, elle aurait su les reconnaître. » La maxillaire est déplacée, et à 4 heures du matin la vieille dame est transférée à La Conception pour une opération.

Zineb a été emmenée au bloc vers 14h, selon Imen. Elle est victime d’« un arrêt cardiaque sur la table d’opération », comme l’a indiqué par la suite le procureur de la République, précisant que l’autopsie avait révélé que le « choc facial n’était pas la cause du décès ». Selon ses proches, Zineb était certaine qu’elle sortirait sans encombre de l’opération.

Imen raconte : « Avant de partir [au bloc – ndlr], elle m’a dit : “ Quand je sors, il faut que tu m’aides à savoir pourquoi ils ont tiré.” Ils l’ont anesthésiée, mais ils n’ont pas eu le temps de commencer l’opération. À 14h45, ils sont venus me dire qu’elle avait fait des arrêts cardiaques et qu’ils avaient redémarré le cœur. Je suis restée avec elle en réanimation, j’ai mis le téléphone sur son oreille pour que sa fille Milfet lui parle. À 22h30, ils ont déclaré la mort. »

L’IGPN (Inspection générale de la police nationale) a été saisie et une information en recherche des causes de la mort a été ouverte par le procureur de la République de Marseille le 5 décembre 2018, selon le parquet. Elle a été confiée à un juge d’instruction de la section générale.

Avant même la justice, c’est « la vérité » qui importe à Milfet, qui n’a pas encore été entendue par les enquêteurs et se pose de nombreuses questions sur les circonstances du tir ainsi que les soins apportés à sa mère. Mais elle les réserve à la justice en qui elle a confiance. « Je donnerai n’importe quoi pour connaître la vérité, mettre toute la lumière sur son décès, depuis le coup jusqu’à sa mort à l’hôpital. Il n’y a pas de justice sans vérité. »

En visite à Marseille, les 7 et 8 mars, le ministre de l’intérieur Christophe Castaner a à peine évoqué Zineb Redouane au détour d'un entretien à La Provence, visant surtout à condamner la violence des « casseurs » : « Il y a une enquête en cours, elle est décédée d'un choc opératoire mais c'est lié aussi à cette manifestation. Je pense que chaque blessé, qu'il soit un gilet jaune ou un képi bleu, est un blessé de trop ».

Sa fille est bouleversée par le « silence médiatique et politique » qui a entouré son décès. « À Marseille, j’ai croisé des personnes qui n’avait pas entendu parler de Zineb », dit-elle. Seuls des gilets jaunes blessés, ayant perdu un œil ou une main, l’ont contactée sur les réseaux sociaux. Pour Laura, membre du collectif du 5 novembre sur le logement, cette invisibilisation tient aussi à « un cumul de stigmates sociaux : femme, algérienne, musulmane, âgée, vivant dans un quartier populaire ».

Le 28 janvier, Emmanuel Macron avait affirmé que parmi les « 11 concitoyens français » décédés depuis le début du mouvement des gilets jaunes, « aucun d’entre eux, aucun, n’a été la victime des forces de l’ordre ». Jean-Luc Mélenchon, député LFI à Marseille, a ensuite regretté que le président de la République ait « nié purement la mort de Mme Redouane ».

Une centaine de personnes ont rendu hommage à la vieille dame le 2 mars sur la Canebière. En France, depuis le 9 février, pour préparer cet hommage, Milfet suit à distance les manifestations hostiles à une cinquième candidature du président Bouteflika en Algérie. « Je suis venue pour les gilets jaunes, et là, il se passe la même chose chez moi à Alger. Manifester est un droit légal. Pour l’instant, le peuple est pacifique, il faut que cela continue comme cela. »

Publié le 10/02/2019

La fin de l’ensilencement de la jeunesse algérienne

Reportage par Reda Merida (site regards.fr)

Le peuple algérien manifeste son refus d’un nouveau mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Aux premiers rangs des cortèges : les jeunes - qui n’ont souvent connu que l’actuel président à la tête de leur pays. Le point avec notre correspondant en Algérie, Reda Merida.

Alger un 5 mars, son brouhaha, ses façades toujours aussi blanches, son ciel bleu et son printemps précoce. Une odeur différente de celle d’iode et de pollution qui imbibe d’habitude la ville : c’est celle de l’ébullition politique que connait le peuple depuis maintenant plusieurs semaines.

Dès le 22 février, lorsque Abdelaziz Bouteflika avait annoncé sa candidature pour un cinquième mandat malgré son état de santé détérioré, les jeunes Algériens étaient en première ligne et sur tous les fronts pour exprimer leur exaspération et envie de changement : manifestations dans plusieurs wilayas, mobilisation sur les réseaux sociaux, grèves, etc. La validation du dossier du candidat du Front de libération nationale (FLN) par le Conseil constitutionnel dimanche dernier a été considérée comme l’humiliation de trop et n’a fait qu’intensifié la contestation.

La rue algérienne, espace de contestation

Ce mardi encore, ils ont afflué par milliers des universités vers le centre de la capitale pour poursuivre leur lutte avant d’être rejoints par les lycéens, et ce, malgré l’important dispositif dissuasif mis en place par les forces de l’ordre (barrages filtrants, fermeture de métro et des trains qui desservent la capitale, enfermement des étudiants dans les universités…).

« Système dégage ! », « Algérie libre et démocratique. », « Y en a marre, y en a marre ! », « Pacifique, pacifique ! » ont scandé toute la journée les dizaines de milliers de jeunes filles et garçons, amassés sur la place Maurice Audin et la Grande Poste.

« Je veux juste ne plus avoir envie de quitter mon pays » explique Faïza, 24 ans et étudiante ingénieure qui manifeste pour la première fois. « Ce n’est pas que Bouteflika qui doit dégager, c’est lui, ses frères, ses généraux et toute sa clique, continue-t-elle, l’Algérie a besoin d’un changement radical, d’une deuxième indépendance ! ». Elle se réjouit par ailleurs de la forte présence des femmes dans les mobilisations, que cela soit dans la rue ou sur les réseaux sociaux, « notre voix est entendue autant que celle des hommes, c’est normal, nous sommes les petites-filles de Djamila après tout » dit-elle en riant.

Une jeunesse sacrifiée

Comme elle, Ghani, étudiant en biologie, est présent au rassemblement des étudiants depuis 10h, « ils ont gagné le silence de nos parents en utilisant la menace d’une deuxième guerre civile, ça ne marche plus avec nous, estime-t-il, eux [les parents] se contentaient du minimum de vie du moment qu’ils avaient la paix, nous on veut le maximum de vie et la paix ! ». Il se dit tiraillé entre une énorme colère d’une part de voir comment le pouvoir nargue le peuple en ignorant ses doléances actuelles, et un profond bonheur d’autre part de voir toute la société crier d’une seule voix son ras-le-bol : « Je n’ai jamais vu ça en 23 ans, même les profs nous ont rejoint aujourd’hui ! ». Les enseignants de l’université des sciences et de la technologie Houari-Boumédiène à Bab Ezzouar, la plus grande université du pays, ont déserté les amphithéâtres et annoncé le gel des cours pour rejoindre le mouvement de contestation.

En Algérie, la jeunesse rêve d’un ailleurs pour son avenir. “Faire ses démarches”, c’est-à-dire s’atteler à effectuer les procédures administratives pour aller étudier à l’étranger, est quasiment devenu la suite logique du cursus universitaire de l’étudiant algérien. En octobre 2017, les photos de l’impressionnante foule de jeunes venus des quatre coins du pays entourant l’Institut français pour s’inscrire à au test de français, nécessaire pour “les démarches”, avaient fait le tour des médias nationaux, jusqu’à faire réagir le ministre de l’éducation. D’autre part, en plus du chômage et du manque d’opportunités et de perspectives, l’accès à l’étranger reste très limité, ne serait-ce que pour des raisons touristiques, entre un système de visas contraignants et une monnaie dévaluée.

Bouteflika comme unique horizon ?

Amira-Nour et Flora, 18 et 19 ans, ont un point en commun : elles n’ont connu que Bouteflika comme président depuis leur naissance. Aujourd’hui elles sont décidées à tourner cette page de l’histoire de leur pays. « L’Algérie c’est 50 % de jeunes de moins de trente ans, donc s’il faut provoquer un changement, c’est bien les jeunes qui doivent le commencer ! » assure Amira-Nour, étudiante à l’Ecole Polytechnique d’Architecture et d’Urbanisme d’Alger et qui participe à toutes les manifestations étudiantes depuis le début des événements. « C’est assez compliqué de vivre sa jeunesse en Algérie, il y un manque de motivation. », c’est ainsi qu’elle décrit l’état d’esprit général de sa génération.

Flora, étudiante en commerce international, se dit s’être sentie obligée de participer car « ils nous prennent pour des débiles » dit-elle, elle se réjouit surtout du bon déroulement des protestations, dans le calme et le civisme. La particularité de cette mobilisation réside dans le fait qu’elle ne soit pas portée par un parti ou une organisation politique, elle est le fruit de nombreuses années d’accumulation de frustration et d’une jeunesse hyper-connectée, comme partout en Afrique.

« Ici personne n’a de carte de parti ou de carte d’électeur, assure Ghani, mais tout le monde en a assez du système. Ce n’est pas un printemps arabe, c’est une révolution populaire et spontanée ! » Vendredi prochain, comme depuis plusieurs semaines, une marche s’organise à Alger et dans toutes les grandes villes du pays pour demander la chute du système : le système FLN est-il en train de vaciller ?

Publié le 08/03/2019

Évasion fiscale. L’UE prête « à blanchir » neuf paradis fiscaux

Clotilde Mathieu (site humanite.fr)

Oxfam révèle que l’Union européenne pourrait exclure neuf pays, impliqués dans différents scandales fiscaux, de sa liste. Entretien avec Quentin Parrinello, porte-parole de l’ONG.

Vous révélez que les Bahamas, les Bermudes, Guernesey, Hong Kong, l’île de Man, les îles Caïman, les îles Vierges britanniques, Jersey et le Panama s’apprêteraient à sortir de la liste des paradis fiscaux de l’Union européenne. Comment cette marche arrière est-elle possible ?

quentin parrinello Pour parvenir à cette conclusion, nous avons pris les critères définis par l’Union européenne : transparence, équité fiscale, meilleure pratique fiscale. Mais il apparaît que ceux-ci s’avèrent trop faibles, puisqu’ils passent outre de nombreuses pratiques fiscales dommageables. C’est le cas, par exemple, pour Hong Kong, qui avait deux taux d’imposition, l’un pour les activités réalisées dans le pays et un autre pour celles réalisées en dehors. Ce qui est considéré comme un traitement différentiel et discriminatoire. Pour sortir de la liste, Hong Kong a mis un taux à 0 % pour toutes les activités, tout en empirant ces pratiques fiscales dommageables. Par ailleurs, l’Union européenne exclut de fait les pays membres de sa liste. En appliquant les critères, cinq pays devraient ainsi y figurer : Chypre, l’Irlande, Malte, le Luxembourg et les Pays-Bas. Or, les paradis fiscaux sont les premiers maillons de l’évasion fiscale. Et cette liste permet de nommer les responsables. Cela pose un problème de fond quant à l’ambition posée. Alors que ces pratiques sont de plus en plus répandues en Europe, les gouvernements se refusent à agir avec fermeté contre les paradis fiscaux situés à l’intérieur des frontières de l’Union européenne. Il est temps que les gouvernements de l’UE balaient devant leur porte.

En est-il de même avec la taxe sur les Gafa présentée hier par le gouvernement français ?

quentin parrinello Nous constatons en effet un grand écart entre les discours politiques et les actes. Car si la taxe Gafam (voir notre édition du lundi 4 mars), présentée hier en Conseil des ministres, a le mérite de pointer les failles du système, le résultat est extrêmement symbolique. Bruno Le Maire a annoncé des recettes de 500 millions d’euros de cette taxe de 3 % d’ici à 2021. C’est un grain de sable au regard de l’évasion fiscale, estimée entre 80 et 100 milliards d’euros par an. D’autant que les géants du numérique sont loin d’être les seuls à pratiquer l’évasion fiscale.

En ce moment, des négociations fiscales sont en cours au sein de l’OCDE auxquelles les ONG sont particulièrement attentives. Quels sont les enjeux ?

quentin parrinello Deux réformes fiscales sont en effet actuellement sur la table. L’une s’attache à la manière dont les profits des grandes entreprises sont taxés. Et l’autre consiste à établir un taux minimal d’imposition effectif. Ces deux réformes négociées par 127 pays pourraient donner lieu à un big bang fiscal. Reste à savoir quelles seront les mesures retenues. Il est possible, par exemple, qu’in fine on se retrouve avec un taux dérisoire, compris entre 5 % et 10 %. Cela n’aurait aucun impact.

À l’approche des élections européennes, la lutte contre l’évasion fiscale apparaît comme une priorité. Quelles sont les mesures prioritaires que vous souhaiteriez voir apparaître dans les programmes des candidats ?

quentin parrinello Si la révision des critères apparaît comme une nécessité à la création d’une liste ambitieuse, la mise en place de sanctions contre les pays l’est tout autant. L’amélioration de la transparence est également un enjeu de taille pour construire une réforme de l’impôt sur les sociétés. Combien d’impôts paie une entreprise comme LVMH ou Coca-Cola pays par pays ? Personne n’est en capacité de répondre. Ce reporting fiscal, bloqué depuis un an et demi, est indispensable pour taxer là où l’activité est réalisée. Il est impératif que cette mesure soit reprise par le futur Parlement pour faire pression sur la Commission et le Conseil européen. Le mouvement des gilets jaunes a montré une fois de plus l’attente citoyenne sur la lutte contre l’évasion fiscale. En 2015, les multinationales ont transféré quelque 600 milliards de dollars (soit 526 milliards d’euros) de bénéfices vers des paradis fiscaux, dont un tiers se trouve au sein même de l’Union européenne. Pour la France, l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne, le coût humain est d’environ 35 milliards d’euros pour la seule année 2015. Si cet argent avait été investi dans les soins de santé publics, il aurait pu réduire jusqu’à 28 % de la facture des soins médicaux pour les contribuables.

Entretien réalisé par Clotilde Mathieu

Publié le 07/03/2019

Appel des Gilets Jaunes 34 à la solidarité, aux syndicats et à leurs militant.es :

 

Cher.es ami.es, et nous pourrions dire, cher.es camarades,

 

Il est grand temps qu'ensemble, nous arrêtions Macron et sa politique !

 

Depuis trois mois sans relâche, nous battons le pavé. Nos revendications qui peuvent paraître très diverses car elles sont celles du peuple, recoupent les vôtres. Nous sommes soutenu.es par la population dans sa grande majorité car nous nous battons pour arrêter le gouvernement de Macron dans son œuvre d’injustice sociale, de baisse du pouvoir d’achat, de refus de prendre en compte la moindre de nos revendications, de répression et de calomnie comme seules réponses à nos aspirations.

 

Nous nous battons pour le pouvoir d'achat, dont l'une des solutions est l'augmentation des salaires. C'est aussi votre combat, à vous militants engagés des organisations syndicales. Vous vous battez dans vos entreprises, publiques ou privées, pour enrayer cette même mécanique d’austérité au service de la finance, des puissants, des patrons.

 

Nous sommes conscient.es que notre mouvement fonctionne autrement que le vôtre. Jeune, spontané, exprimant le ras le bol de la population, il se structure peu à peu, se fédéralise de plus en plus et nous cherchons la convergence avec vous, car nous avons les mêmes buts et les mêmes adversaires. La solidarité s’impose car divisé.es nous sommes faibles, mais ensemble nous pouvons gagner.

 

A Montpellier et dans l'Hérault, nous avons commencé à nous parler entre syndicalistes et gilets jaunes, à nous rencontrer, à nous réunir parfois, des cortèges syndicaux sont présents ces derniers samedis dans nos manifestations et nous avons été très nombreux les gilets jaunes, avec vous dans la rue lors de la grève du 5 février. Il n'est plus possible d'attendre.

 

Nous ne voulons pas prendre la place des syndicats, ni que les syndicats prennent le contrôle de notre mouvement des gilets jaunes, mais dans le respect des cadres de chacun, nous devons nous solidariser.

 

Macron fait comme si de rien n'était. Il organise un débat pour faire la promotion de sa politique et de sa petite personne. Il fait voter une loi dangereuse pour la démocratie quand dix-huit d'entre nous ont perdu un œil et que les blessés se comptent en milliers. Il réunit chaque semaine son conseil des ministres et continue. Rien ne l'arrêtera, sauf si nous décidons ensemble de l'arrêter.

 

Nous nous adressons à vous solennellement : nous devons ensemble bloquer le pays pour arrêter ce manège. Bloquer le pays pour que les revendications qui nous sont communes soient satisfaites, pour qu'enfin le peuple reprenne son avenir en main, dans la tradition qui est celle de notre pays.

 

Dans ce but, nous vous proposons, à vous, responsables des syndicats, militants dans les entreprises et sur les ronds-points, syndiqués et citoyens de nous rencontrer lors d’une Rencontre ouverte à toutes et à tous où nous débattrons sur le thème :

 

« La Convergence : Comment faire ensemble ? »

Grande Rencontre Gilets Jaunes et syndicalistes

MARDI 19 MARS à la suite de la manifestation

(lieu à determiner )

tour de parole : 3/4 minutes par intervenant)

 

A la suite nous fêterons cette étape pour aller plus loin ensemble !

 

Ami.es, camarades à très bientôt donc pour la prochaine étape vers la victoire.

 

Voté par l'Assemblée Générale Gilet Jaunes du Peyrou ce dimanche 3 mars.

Publié le 06/03/2019

Les gilets jaunes s’enlisent-ils ? – Entretiens avec des manifestants de Montpellier

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Depuis le 17 novembre, le Poing vous livre les récits des journées des manifestations des gilets jaunes sur Montpellier et ses alentours. Mais pour vous dire la vérité, l’exercice est devenu de moins en moins plaisant au fil du temps : marre d’écrire qu’on a gueulé « Macron tête de con », qu’on s’est fait gazer devant la préfecture avant de se faire pourchasser par la BAC. Il faut se le dire : les samedis se répètent et se ressemblent. L’irruption populaire de masse s’est finalement ritualisée et banalisée, provoquant un sentiment d’enlisement. « Est-ce vraiment utile de se faire gazer tous les samedis sans voir la prochaine étape ? », « Quel est l’issue du mouvement ? »… : c’est avec ce genre de questions que j’ai abordé quelques gilets jaunes parmi les deux milles manifestants présents à Montpellier samedi dernier lors de l’acte XVI. Extraits.

 

« Une autre stratégie est possible »

 

« C’est toujours la même chose mais on est toujours là ! » me répond une dame déterminée. Son amie nuance le propos : « Alors, il y a la moitié des gilets jaunes qui pensent comme toi, et d’autres qui continuent à venir le samedi, moi-même je vais te le dire, je viens prendre ma dose de gazage ! Après c’est sûr, il fallait qu’on garde nos blocages – que ce soit la raffinerie ou les ronds points –, mais ça n’a pas marché. Du coup on se retrouve là pour manifester le samedi. On est là ! »

 

« Une issue politique ? » répète un homme d’une cinquantaine d’années après ma question. « L’issue, c’est un grand bordel sans nom si le seize mars, à la fin du grand débat, les mesures qui sont demandées par les gilets jaunes ne sont pas prises en compte. Je crains que mai 68 ne soit qu’une rigolade dans l’histoire de France. C’est encore utile d’être là tous les samedis, de battre le fer tant qu’il est chaud. Il n’y a aucun avantage qui a été gagné dans l’histoire sans qu’on sorte dans la rue. Le blocage, c’était bien quand on était sur les ronds points, mais on ne peut plus le faire parce qu’il y a une nouvelle loi qui est passée concernant le trouble et l’entrave à la circulation. C’est une loi qui existait déjà, mais elle a été renforcée : maintenant, dès qu’il y a un blocage, le préfet envoie les forces de l’ordre. Maintenant on est hors-la-loi à partir du moment où on bloque ou on filtre les voitures, donc on est plus sur les ronds points mais en manif’. »

 

Le cortège se perd dans l’Écusson, et Françoise, la cinquantaine, accepte de me donner son avis : « Je pense qu’une autre stratégie est possible. Il faut réfléchir à des actions sur la durée pour faire peur à Macron. Des actions un peu moins prévisibles, un peu moins ordonnées, comme au début du mouvement parce que c’est ça qui lui fichait la trouille à Macron. La manif’, c’est visible, mais on voit bien comment ils font là-haut : ils truquent les chiffres… Et quitte à fatiguer les forces de l’ordre, il faut les fatiguer aussi le dimanche et la semaine ! »

 

« Maintenant il faut faire quelque chose qui impulse la révolution »

 

« Le gouvernement est têtu, mais le mouvement aussi m’affirme Mila, la vingtaine, alors qu’on se dirige vers Albert Ier. Il ne faut pas dire que le mouvement a perdu parce qu’il a déjà gagné quelque chose de plus fort que mille vitrines pétées ou mille flics à l’hôpital : on a déjà gagné le fait que la politisation et la conscientisation reprennent dans la population et sortent des cercles gauchistes habituels, et ça c’est déjà une grosse victoire ! Maintenant, il faut faire quelque chose qui impulse la révolution, parce qu’au point où en est le mouvement, il n’y aura pas de RIC ou de réformes à la con. Le mouvement ne peut que mourir ou devenir la révolution. »

 

Deux royalistes avec un drapeau fleur de lys semblent s’être perdu dans la manifestation et se font huer par une partie du cortège qui gueule : « royalistes cassez-vous » ! Je poursuis mes entretiens avec une trentenaire : « Alors, aujourd’hui on est moins nombreux mais c’est parce qu’il y a un appel à manifester à Alès. Mais oui, j’aimerais bien faire d’autre chose que des manifs, mais quoi ? Elle est là la question. Retourner sur les ronds points ? Bloquer ? Moi, je ne voulais pas bloquer parce que je trouve que ce n’est pas s’attirer l’opinion favorable des gens. Je me suis imaginée bloquée avec mon gamin de quatre ans dans la bagnole, et ça m’aurait juste fait péter une durite en fait. Donc non, moi j’allais plus ouvrir les péages, mais maintenant même les ronds-points on ne peut plus les bloquer parce qu’on a une répression de ouf. On ne peut rien faire en fait, donc à part manifester le samedi, je ne vois pas quoi faire… »

 

Félix, gilet jaune depuis le début, prend le relais : « Quand il y a des milliers de gens dans la rue à l’échelle du territoire entier ça signifie quelque chose, ça montre bien qu’il y a une détermination et une volonté de montrer cette opposition à Macron. Après, effectivement, je pense qu’il faut avoir une discussion un peu plus stratégique sur comment être le plus efficace possible, comment on élargit les rangs des manifestations pour devenir encore plus nombreux dans les rues et se lier à certains secteurs, aux travailleurs, aux grandes corporations qui ne sont pas encore dans le mouvement, alors que Macron, malgré les manifs tous les samedis, il est en train de réaliser son programme, il se sert du grand débat pour ça, il va aller plus loin dans la casse du service public en supprimant des fonctionnaires et en touchant à leur statut, plus une réforme des retraites qui va plonger tous les retraités dans la misère, et justement le mouvement des gilets jaunes ça signifie ça, c’est un mouvement contre la vie chère ! Donc je pense qu’il y a une nécessité de prendre conscience que le programme de Macron est en train de se développer, et il faut formaliser une réelle opposition au gouvernement, pas juste ‘‘Macron démission’’. Il faut combattre les directions syndicales qui, malgré tout, savent ce qui est en train de se passer mais continuent d’aller discuter avec le gouvernement. À partir du moment où ces directions syndicales diront ‘‘stop ça suffit maintenant on répond tous ensemble’’, ça posera les bases d’une convergence qui permettra d’affronter le gouvernement. Si on n’arrive pas à dépasser ces samedis d’entre-soi et à se fédérer autour d’une opposition au gouvernement avec les syndicalistes de base contre les directions syndicales, on arrivera peut-être à une démoralisation. Après, ce n’est pas rien d’être toujours des milliers à sortir le samedi, être là à se faire gazer, flashballer… C’est une détermination qui est incroyable ! Je dis que c’est peut être juste le moment de regarder ce qui est en train de se passer politiquement, et de réfléchir des axes stratégiques efficaces pour affronter Macron et surtout, pour élargir le mouvement à d’autres secteurs. »

Publié le 05/03/2019

La BAC de Montpellier en roue libre

par Le Poing (site lepoing.net)

 

Policiers de la BAC de Montpellier, le 16 février 2019 lors de l'acte XIV des gilets jaunes (crédits photo : Giacomo Itln).

Depuis le 17 novembre 2018, le mouvement des gilets jaunes a pris une ampleur sans précédent, déclenchant une répression féroce de l’État. Les violences policières et les atteintes au droit de manifester et aux libertés publiques ont pris de telles proportions qu’elles ont attiré les critiques de l’ONU et de l’Union européenne.(1) Parmi les unités de police les plus décriées, les détachements d’action rapide (DAR) sont accusés d’être à l’origine de la majorité des violences infligées aux manifestants. Mis en place depuis le 8 décembre, les DAR sont composés de la brigade anti-criminalité (BAC) et de la brigade de recherche et d’intervention (BRI), cette dernière unité étant spécialisée dans la lutte contre le grand banditisme et le terrorisme.(2) À Montpellier comme ailleurs, ces policiers en habits civils et souvent cagoulés sont devenus tristement célèbres pour leur violence sans modération.

 

Tirs à l’aveugle

 

À Montpellier, une grande partie des gilets jaunes touchés par des tirs de LBD40 (version « moderne » du flashball) ont été blessés au visage, partie du corps censé être proscrite de la zone de tir. Le 29 décembre, lors de l’acte VII, à Montpellier, les « baceux » – surnom donné aux policiers de la BAC – ont transformé la manifestation en une scène de guerre : au moins quatre gilets jaunes ont été mutilés. Parmi eux, Yvan, huit points de suture à l’arcade – « j’ai été touché alors que je sortais de la gare et que j’allais là où les policiers nous disaient d’aller » –, et Kaïna, sept points de suture au crâne – « j’étais en train de sortir de la gare ».(3) Lors de l’acte X, le 19 janvier à Montpellier, rebelote, Axel reçoit un tir de LBD40 au milieu du front lui infligeant quinze points de suture : « j’étais pourtant pacifique, j’étais au moins en quinzième ligne ».(4) Toutes ces tragédies sont imputables à la BAC de Montpellier.


Personnes blessées à Montpellier par des tirs de LBD40 lors des manifestations des gilets jaunes.

De son côté, la BRI de Montpellier s’est fait remarquer pour avoir déployé et utilisé des fusils à pompe, munies de cartouches réputées non létales, contre des manifestants le 12 janvier lors de l’acte IX. Sur la base de ces informations révélées par le Poing, Médiapart a contacté la police, qui a déclaré avoir demandé le 18 janvier un retrait de cette arme sur les mouvements de gilets jaunes, « pour ne pas qu’il y ait de confusion [avec une arme à balles réelles – ndlr], car c’est une arme impressionnante ».(5) Il aura tout de même fallu que des journalistes s’en mêlent pour que la police prenne conscience qu’il est indécent d’employer des armes de guerre face à une population civile.

 

Vengeances ciblées

 

La BAC de Montpellier s’illustre aussi par ses coups de pression envers ceux qui dénoncent leurs violences. Le 16 janvier à Montpellier, lors de l’acte XIV, une observatrice de la Ligue des droits de l’Homme munie d’une chasuble siglée LDH s’est fait insulter par un policier de la BAC sans brassard ni numéro de matricule visible. Filmé par la caméra de l’observatrice, ce policier – bien connu des militants anticapitalistes de la ville – « pète les plombs » : « Connasse ! Espèce de gaucho ! Anarchiste, gauchiste ! » Interrogé par France info, Rémy Alonso, secrétaire départemental du syndicat policier Alliance, prend la défense de son confrère : « Les collègues sont à bout […] On ne sait pas exactement ce qu’il se passe avant ». Et concernant l’absence de brassard orange, il a une excuse qui tombe à pic : « les collègues ont tous leur brassard, sauf qu’ils sont parfois trop larges et peuvent tomber ».(6)

 

Même topo : interrogé par Midi Libre, Alain affirme s’être fait prendre à partie par un policier le 23 février à Montpellier, lors de l’acte XV, pour avoir diffusé sur internet la photo d’un policier de la BAC muni d’un LBD40 lors de l’acte VII au cours duquel plusieurs manifestants ont été blessés : « Il m’a appelé par mon pseudo sur facebook et m’a tutoyé. Il a mis la main sur mon cou et m’a menacé : ‘‘Si je te retrouve dans la manif, je te sers. De toute façon, je vais te convoquer ou on viendra chez toi’’ »(7)

 

Interpellation et contrôles d’identité dans un local associatif

 

Toujours le 16 février, des policiers de la BAC se sont introduits dans le local associatif montpelliérain « Le Barricade », qui a notamment accueilli des réunions des commissions de l’assemblée locale des gilets jaunes. Dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux, le collectif résume la scène : « une vingtaine de policiers de la BAC dont certains sans brassard a déboulé dans notre local associatif pour interpeller un jeune de 17 ans, qui s’était réfugié terrorisé dans nos toilettes. […] Ils ont pénétré avec violence, dégradant le lieu et poussant ses occupants. » Une semaine plus tard, le 23 février en début d’après-midi, lors de l’acte XV, la BAC est retourné dans le local pour procéder à des contrôles d’identité : les associatifs précisent que les policiers ont « refusé de donner le motif et le fondement juridique du contrôle, ce qui permet de faire sérieusement douter de sa légalité. »

 

L’insigne n’excuse rien

 

Pour justifier ces comportements, les médias relayent souvent l’argument des syndicats policiers selon lequel les forces de l’ordre seraient avant tout des humains, particulièrement esquintés et mises en danger par ces journées de manifestation à répétition. Au-delà du fait qu’il est préoccupant d’estimer que la part d’humanité de chacun réside dans sa capacité à se montrer violent, l’argument de la dangerosité et de la fatigue n’est pas entendable. Selon les statistiques officielles, les policiers sont nombreux à juger leurs conditions de travail néfastes pour la santé, mais selon ces mêmes statistiques, si l’on se réfère au nombre de morts et d’accidents au travail, le métier de policer n’est pas considéré comme dangereux en comparaison avec les autres professions (8 policiers décédés en 2016 contre 120 ouvriers du BTP). Certes, les policiers subissent souvent des horaires décalés, mais c’est aussi le cas d’innombrables autres ouvriers et employés – infirmiers, ouvriers à la chaîne, auxiliaire de vie, etc. – qui, eux, ne peuvent pas se permettre de « péter les plombs » sans subir de sévères sanctions, voire un licenciement.(8)(9)(10)

 

Les violences policières documentées précédemment sont toutes imputables à la BAC de Montpellier, c’est-à-dire à une petite partie des effectifs de police, au mieux une vingtaine d’agents, bien identifiés ou parfaitement identifiables. On ne voit pas en quoi ils seraient plus fatigués que leurs collègues CRS ou gendarmes mobiles, et si leur manière d’exprimer leur mal-être est de mutiler des manifestants, on ne peut que trop leur conseiller de se mettre en arrêt-maladie. Peut-être que ces policiers de la BAC agissent ainsi tout simplement car ils se sentent couverts par les institutions ? Malgré la forte médiatisation des méfaits de la BAC de Montpellier cités précédemment, aucun agent n’a été traîné devant un tribunal, alors que les peines de prison tombent à la pelle sur les gilets jaunes. On n’a décidément pas fini d’entendre le slogan « Tout le monde déteste la police » résonner chez les manifestants de Montpellier, de France et de Navarre.

 

Publié le 04/03/2019

Assurance-chômage. Un échec orchestré par le patronat et le gouvernement

Cécile Rousseau (site humanité.fr)

La dixième séance de négociation Unédic s’est achevée sur un désaccord. Les syndicats dénoncent les blocages patronaux sur le bonus-malus mais pointent également du doigt le cadre trop contraint imposé par le gouvernement.

Un fiasco attendu. Hier, au siège du Medef, la dixième et dernière séance de négociation sur l’assurance-chômage a rapidement abouti à un constat d’échec cinglant mais prévisible. Comme le résume Denis Gravouil, de la CGT : « Il n’y a pas eu d’accord possible car le patronat n’a jamais voulu discuter des moyens de moduler la précarité, c’était un refus total. » Depuis novembre, les débats avaient pris la forme d’un mauvais vaudeville ou d’une lente agonie du dialogue social. Le Medef, la CPME et l’U2P refusant farouchement tout bonus-malus, cette modulation des cotisations en fonction de l’utilisation des contrats courts. Face à l’insistance d’Emmanuel Macron de mettre sur la table sa promesse de campagne, le patronat avait même quitté les discussions fin janvier avant de revenir avec des propositions loin de convaincre les syndicats. Ainsi, la dernière mesure présentée hier consistait en une contribution forfaitaire de 5 euros à chaque fin de CDD d’usage afin d’abonder un fonds de sécurisation des parcours professionnels. Une bien maigre contrepartie face aux baisses de droits envisagées pour les chômeurs. Pour Éric Couportin, de la CFTC : « C’était presque ubuesque, le patronat nous a dit : “Ce qu’on va vous présenter ne vous conviendra pas.” Ils savaient que ça ne tenait pas la route. Je ne vois pas à quoi rime ce simulacre de négociation. »

Un naufrage programmé par le gouvernement

Au contraire, Hubert Mongon, du Medef, a, lui, « le sentiment que nous sommes allés au bout de ce que nous pouvions proposer. Nous avons souhaité prendre la question des contrats courts à bras-le-corps, avec une philosophie qui était différente de celle des organisations syndicales. Le contexte a pesé sur les analyses et les positions de chacun ». À la suite de cette réunion, une concertation tripartite a été demandée par le patronat et certains syndicats auprès du ministère du travail.

Dans ce naufrage, l’exécutif a également sa part de responsabilité. Le pouvoir avait imposé cette deuxième négociation assurance-chômage moins d’un an après la signature de la dernière convention. Il avait aussi fixé une lettre de cadrage contraignante, avec des économies astronomiques de 3,9 milliards d’euros sur trois ans. Pour Michel Beaugas, de FO : « On avait demandé au gouvernement de desserrer l’étau sur cette lettre de cadrage. On peut se poser la question de l’avenir du paritarisme professionnel tel qu’on l’a conçu jusqu’ici. » Car de la suppression de la cotisation salariale au profit de la CSG pour financer le régime à cette négociation avortée, le paritarisme apparaît encore affaibli. Pour Marylise Léon, de la CFDT : « On entre dans une nouvelle ère. Il y avait quand même un acteur fantôme, le gouvernement, et ça a pesé dans les discussions. Quel est maintenant le rôle de l’État dans le régime ? » Avant la séance, la ministre du Travail avait d’ailleurs mis un ultime coup de pression hier, annonçant que l’État reprendrait la main par décret en cas d’échec. « S’ils n’aboutissent pas, eh bien ce sera à nous de revoir les règles de l’assurance-chômage », avait déclaré Muriel Pénicaud.

C’est désormais une autre bataille qui commence. Comme le souligne Denis Gravouil : « Il va falloir empêcher que la lettre de cadrage s’applique. Il n’est pas question de laisser le gouvernement baisser les droits des chômeurs par décret au 1er juillet. Le contexte est singulièrement différent avec les gilets jaunes. On va donc continuer à faire un maximum de bruit, notamment lors de la journée interprofessionnelle du 19 mars. »

Cécile Rousseau

Publié le 03/03/2019

5e mandat : des centaines de milliers d’Algériens dans les rues contre la candidature de Bouteflika le 3 mars

(site rapportsdeforce.fr)

Les manifestations se succèdent en Algérie pour réclamer qu’Abdelaziz Bouteflika ne se représente pas pour un cinquième mandat lors des élections présidentielles du 18 avril prochain. Déjà, vendredi dernier, des centaines de milliers de personnes étaient descendues dans les rues selon des militants des droits de l’homme. Mardi 26 février, des dizaines de milliers d’étudiants avaient organisé des marches dans tout le pays.

Des artistes jouant une pièce de théâtre contre le 5e mandat arrêtés par la police dans la matinée à Constantine, avant le début des marches de l’après-midi, voilà tout un symbole. Celui d’un pouvoir qui tente de contenir un tsunami protestataire à coups de mesures sécuritaires. Déjà, la veille, une quinzaine de journalistes qui manifestaient contre la censure ont été arrêtés pendant de longues heures. Aujourd’hui vers 13 h, des policiers tentent d’arracher leur drapeau algérien aux premiers contestataires qui se rassemblent sur la place Maurice Audin à Alger. Moins d’une heure plus tard, ils sont submergés par la foule. Les places de la Grande Poste et du Premier mai se remplissent également.

Dès le matin, des cortèges se sont formés dans plusieurs localités du pays à Bouira, Tiaret, M’Chedallah, Annaba ou Ghardaïa. En début d’après-midi à Alger, malgré l’interdiction des manifestations, les places du Premier mai et de la Grande Poste se remplissent. Des cortèges se forment. Certains se rejoignent sur la Place Maurice Audin noire de monde. Des manifestants se dirigent vers la Présidence et sont repoussés à coup de gaz lacrymogène par la police. Un peu plus tard, la foule emplit le Boulevard Mohamed V.

 Combien sont-ils ? Des milliers ou des dizaines de milliers selon les journalistes présents au milieu du défilé, bien en peine de procéder à un décompte exact entre deux tweets discrets. En effet, le gouvernement a donné pour consigne aux différents médias de ne pas relayer les manifestations en direct. Ce sont donc des chiffres approximatifs et parcellaires qui émergent. Pour autant, la mobilisation ne faiblit pas selon les observateurs présents sur place.

Des manifestations massives partout

 

La liste est longue des villes ayant connu des défilés ce vendredi 1er mars. Là encore, difficile d’estimer le nombre de manifestants. Cependant, les villes de Tizi Ouzou, Constantine, Annaba ou Oran ont été marquées par des manifestations d’au moins plusieurs milliers de personnes chacune. Certains manifestants évoquent sur les réseaux sociaux des chiffres en dizaine de milliers, mais sans qu’il soit possible sur les photos ou vidéos circulant sur internet d’avoir une estimation fine. D’autres manifestions importantes se sont déroulées à Bejaïa, Sétif, Bouira, Batna, Chlef et bien d’autres localités.

Toujours est-il que pour Alger, selon la correspondante de RFI Leïla Beratto, le défilé d’aujourd’hui a dépassé celui de la semaine dernière. Dimanche, Abdelaziz Bouteflika est censé déposer sa candidature pour un cinquième mandat pour les élections présidentielles du 18 avril prochain. Actuellement en Suisse pour des examens médicaux, rien n’indique s’il rentrera réellement en Algérie dans deux jours ou si le pouvoir algérien sortira du chapeau une candidature alternative dans le but de faire redescendre la pression de la rue. Le nom de Ramtane Lamamra, un diplomate algérien, circule depuis plusieurs jours.

En tout cas, aujourd’hui comme vendredi dernier, les slogans hostiles des manifestants s’adressaient à l’ensemble du gouvernement et au « système » au pouvoir depuis des dizaines d’années.

Publié le 01/03/2019

« Gilets jaunes » : comment s’en débarrasser ?

Gilets jaunes : antisémites aujourd’hui, pédophiles demain

(site la-bas.org)

Oh, bien sûr, pas tous évidemment

par Daniel Mermet

C’est un évêque avec un gilet jaune.

Un évêque qui se met en civil et qui décide de mettre un gilet jaune pour participer au mouvement. Le voilà tout guilleret dans la manif. Mais soudain, la police charge, le voilà gazé, le voilà nassé, arrêté, embarqué. Il proteste, il dit qu’il est évêque. « Et moi je suis le pape », dit un flic. Et voilà l’évêque placé en garde à vue et le voilà en comparution immédiate. Et là, catastrophe, on découvre que l’évêque est poursuivi pour agression sexuelle sur mineur. Scandale ! Un scoop, une bombe, une explosion sur les réseaux. On trouve une vidéo compromettante. Surenchère d’indignations vertueuses, témoignages poignants, tweet présidentiel, appel à la vigilance, faillite de notre époque, décadence de l’Empire romain, cellule psychologique, pétition, appel à une marche blanche de la République à l’Arc de triomphe.

Oh, bien sûr, il ne faut pas faire d’amalgame mais les braves petites gens qui se sont mobilisées au début ont été infiltrées par toutes sortes d’extrémistes et de manipulateurs. Et ce scandale le montre. La pédophilie n’est pas seulement au Vatican ou dans l’Église, c’est une pratique courante chez ces gens-là, souvenez vous, l’affaire d’Outreau et l’affaire Dutroux et bien d’autres qui sont passées sous silence. Oh, bien sûr, tous les « gilets jaunes » ne sont pas comme ça, bien sûr.

Depuis le mois de novembre, grands experts et grands médias nous ont appris que les « gilets jaunes » sont des beaufs incultes, racistes, homophobes, violents et fascistes. Oh, sans vouloir généraliser, bien sûr, il y en a des braves, comme cette petite dame tellement authentique avec son accent picard, et d’autres personnages hauts en couleur et pleins de bon sens populaire. Des gens sincères au départ mais qui ont été dépassés par les extrémistes et les casseurs. Comment leur faire comprendre qu’ils sont dans une impasse ? Car ils sont toujours là, on a beau leur arracher les yeux et les mains, tous les samedis ils reviennent. Comment s’en débarrasser ? Car depuis trois mois, selon les sondages, la majorité de l’opinion continue de les soutenir malgré tous les efforts déployés pour « informer », comme on dit chez BFMTV.

L’augmentation des actes antisémites et les insultes contre l’académicien Alain Finkielkraut viennent de fournir des prétextes pour accuser les « gilets jaunes » d’antisémitisme. Une aubaine. Rien n’est plus efficace que cette accusation pour salir et anéantir ceux qui n’ont pas la chance de vous plaire. Nul besoin de preuve ni d’enquête. La vigilance vous en dispense. Très vite, partout, le souffle court, la gorge sèche, devant les caméras, manifestez toute votre indignation devant ces crimes qui rappellent les jours les plus sombres de notre histoire. Rien d’aussi efficace ? Sauf la pédophilie. Antisémites aujourd’hui, pédophiles demain. Oh, bien sûr, pas tous évidemment.

Mais laisseriez-vous garder vos enfants par un baby-sitter « gilet jaune » ?

Daniel Merm

Publié le 27/02/2019

Un grand débat ou un « cause toujours » ?

Diego Chauvet (site humanité.fr)

 

Lancé le 15 janvier, « le grand débat » révèle, malgré un questionnaire très orienté, des revendications toujours aussi fortes sur les plans sociaux et démocratiques. À rebours des intentions d’Emmanuel Macron, qui veut maintenir le cap... au risque d’accentuer la crise politique.

Le 15 mars, les contributions seront clôturées, et des experts se pencheront sur le flot de propositions arrivées tant sur le site Internet que lors des initiatives sur le terrain. Ils tenteront alors d’établir une « carte » des revendications des Français. Le garant du grand débat national, le politologue Pascal Perrineau, annonçait d’ailleurs un « défi » : « La masse de données est absolument impressionnante. Mais il y a un ­savoir-faire de la part de tas d’entreprises de la civic tech pour traiter ces données extrêmement importantes. »

Mais il n’y a pas que dans le traitement des données qu’il y a du « savoir-faire ». Lors de l’annonce de l’organisation de ce « grand débat », Emmanuel Macron s’était déjà montré acrobate. D’un côté, il annonçait vouloir consulter les Français dans la foulée du mouvement des gilets jaunes, qui contestent sa politique. De l’autre, il annonçait fermement ne pas vouloir changer de cap. Le questionnaire rapide mis en ligne sur le site officiel du grand débat résume assez bien cette stratégie, tout particulièrement dans la section la plus sensible : celle sur la « fiscalité et dépenses publiques ». En matière de « cause toujours » érigé en consultation populaire, il s’agit d’un cas d’école. Dès la première question, tout est verrouillé : « Afin de réduire le déficit de la France, qui dépense plus qu’elle ne gagne, pensez-vous qu’il faut avant tout… » S’ensuivent les « alternatives » laissées au citoyen interrogé : réduire la dépense publique ; augmenter les impôts ; faire les deux en même temps ; ou… ne pas se prononcer. Voilà qui répond aux questions posées sur les ronds-points depuis le 17 novembre. La deuxième question ne s’embarrasse pas non plus de langue de bois : « Afin de baisser les impôts et réduire la dette, quelles dépenses publiques faut-il réduire en priorité ? » Là encore le citoyen a le choix : les dépenses de l’État ; les dépenses sociales ; les dépenses des collectivités territoriales ; ou… ne pas se prononcer, bien entendu. Quant aux dépenses de l’État et des collectivités qui seraient à réduire, elles sont listées dans l’ordre : l’éducation et la recherche ; la défense ; la sécurité ; les transports ; l’environnement ; la politique du logement. Cette fois, il est possible d’en saisir d’autres supplémentaires.

Rien sur le rétablissement de l’ISF

Dans cette section, on est donc loin des revendications qui occupent le devant de la scène depuis trois mois. Rien sur le rétablissement de l’ISF, rien sur le niveau des salaires. Quant aux revendications démocratiques des gilets jaunes, elles sont soit tournées à l’avantage du programme du président de la République (par exemple, réduire le nombre de parlementaires), soit très affadies : avoir « davantage » recours au référendum sur le plan national ou local, introduire une « dose » de proportionnelle aux élections législatives, régionales ou départementales. Quant au chapitre « vie citoyenne », il se résume à une seule grande question : « Diriez-vous que l’application de la laïcité en France est aujourd’hui… satisfaisante, à améliorer ou à modifier profondément ? »

Pour sortir du débat sur les seules bases de la République en marche, il faut donc se pencher sur les contributions. Un mois après le lancement du grand débat, le premier ministre en comptait environ 250 000. Ce qui démontre une réelle volonté de participer et de se faire entendre. Mais de la part de tout le monde… partisans comme opposants à la politique gouvernementale. Cette fois, on voit apparaître des revendications de « fiscalité plus juste » : « Augmenter la fiscalité des grands groupes internationaux » ; « Égalité fiscale » ; « Réforme fiscale équitable » ; « Taxer les profits des multinationales »… Le contenu est beaucoup plus divers que celui proposé par le questionnaire. Les revendications de clarté, de simplicité et la lutte contre la fraude fiscale sont en bonnes places, tandis qu’au milieu fleurissent quelques attaques contre les privilèges des élus et le train de vie de l’État. En matière démocratique, les revendications foisonnent également, conformes à ce qui peut être entendu dans le mouvement des gilets jaunes : la représentativité des élus, davantage de démocratie directe, prise en compte du vote blanc, « constituante citoyenne ». 40 000 personnes avaient déposé une contribution dans cette section au 15 février.

Il est impossible pour l’instant de les quantifier. Mais on pourra compter sur la « civic tech » de Pascal Perrineau pour faire un tri. Et sur Emmanuel Macron pour continuer à réduire le déficit de cette France qui « dépense plus qu’elle ne gagne », soit les politiques néolibérales d’austérité. Cette volonté affichée de rester sourd tout en écoutant fait déjà son effet. Un nouveau site Internet intitulé le Vrai Débat (le-vrai-debat.fr) a été lancé par des gilets jaunes. Il compte déjà plusieurs milliers de participants. Difficile là encore d’en évaluer une « représentativité » à l’échelle du mouvement lui-même. Les partisans du « Frexit », à voir le nombre de leurs contributions qui restent pourtant marginales sur les ronds-points, semblent particulièrement mobilisés.

« on nous monte les uns contre les autres »

Le grand débat mobilise… Pour Emmanuel Macron, c’est une manière de se remettre en selle, avec les élections européennes en ligne de mire. Mais la restitution risque d’être compliquée. Car, sur le terrain, le fossé se creuse. Les gilets jaunes restent mobilisés. Le 5 février, une première « convergence » avait lieu avec des syndicalistes. Et l’idée semble faire son chemin dans les têtes. Interrogé le 13 février dans une vidéo publiée sur Facebook à ce sujet, le gilet jaune Jérôme Rodrigues répondait : « Les gens qui nous arrêtent dans la rue et qui ne sont pas gilets jaunes ont un point de convergence avec nous : un mal-être », et de souligner que les « gens en banlieue qui ont du mal à joindre les deux bouts ne peuvent que converger avec nous ». Le gilet jaune cite également la lutte des cheminots l’an dernier. « Les gens étaient prêts à leur cracher dessus », dit-il à propos de leur grève. « C’est ça le problème. Quarante ans de divisions, où, au lieu de dire on veut la même chose qu’eux, on va se battre pour le leur enlever… Moi, je ne suis pas pour qu’on enlève des primes aux cheminots, je suis pour avoir la même chose. Ils ont 200 balles en plus, et on est en train de nous monter les uns contre les autres pour leur enlever ces 200 balles. Non, moi je veux la même chose. Je veux que, dans les cités, les gens gagnent la même chose. » Encore une question que n’avait pas prévue le grand débat national !

diego chauvet

Publié le 26/02/2019

Roland Leroy l’élégance et l’humanité

Patrick Le Hyaric (site humanité.fr)

 

Par Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité.

C’est avec un immense chagrin que nous apprenons, au lendemain de notre grande soirée de mobilisation pour l’Humanité, le décès de Roland Leroy. Son parcours est celui du cheminot communiste, du Résistant qu’il fut dès l’âge de 15 ans, du dirigeant devenu directeur de l’Humanité durant vingt années intenses (de 1974 à 1994), tout au long d’une période historique et marquante pour la gauche. Il fut encore un député réélu à plusieurs reprises, un membre du secrétariat et du bureau politique du Parti communiste. Il fut aussi un homme généreux et passionné, menant une vie tournée vers les autres, au service de son pays, animée par la solidarité internationale. Une vie qu’il avait voulue orientée par « la quête du bonheur », le  titre de l’un de ses livres.

 

Roland incarnait l’élégance et l’intelligence, le raffinement dans l’analyse et l’écriture. Ami de Picasso, de Louis Aragon et d’Elsa Triolet, des plus grands artistes, il aimait « la culture au présent ». Il fut longtemps le lien actif méthodiquement construit entre le Parti communiste et le monde de la culture et de la création. 

 

Directeur de l’Humanité, Il fit franchir à notre presse d’importants pas vers sa modernisation, en faisant de l’organe central du parti communiste un journal communiste plus ouvert à d’autres courants de pensée de la gauche sociale, intellectuelle et politique. Il créa notamment les pages « Idées » tout en renforçant l’attention au monde de la création et de la culture. Il ouvrit également la fête de l’Humanité à des espaces de débats, faisant preuve d’audace, notamment avec la programmation d’un défilé de mode sur la grande scène. Il aura mis l’Humanité au service de grands combats : celui du rassemblement et de la réussite de la gauche, tout en alertant sur la nécessité de mobilisations populaires, celui de la libération de Nelson Mandela ou encore du débat et du vote contre le traité de Maastricht. Roland avait le souci de permettre aux lectrices et lecteurs de l’Humanité d’accéder aux dirigeants de plusieurs pays au monde, réalisant lui-même un certain nombre de grands entretiens. Il continuait toutes ces dernières années à être proche de l’Humanité, de sa fête. A l’occasion du centenaire de notre journal, il dirigea un remarquable travail historique, conclu par la publication d’un livre intitulé un Siècle d’Humanité. Roland aura été un extraordinaire militant, un pilier du Parti communiste, un beau et fort directeur de L’Humanité, un député du peuple dont les populations de Seine-Maritime continuent de se souvenir. l’Humanité porte le deuil. 

 

A sa femme Danièle, à toute sa famille, nous présentons notre sympathie affectueuse et nos condoléances attristées.

 

Publié le 24/02/2019

[TRIBUNE] Lettre ouverte à la jeune gauche

(site regards.fr)

Alors que les élections européennes approchent à grands pas, les partis de gauche semblent incapables de se dépasser pour s’unir. Au risque d’avoir cinq listes de gauche en dessous des 10%. Regards publie cette tribune des "Jeunes génération.s" : « pour une victoire européenne de la gauche et des écologistes ».

Cher.es camarades communistes, écologistes, insoumis.e.s et socialistes sincères,

Dans quelques semaines, les citoyen.nes européen.nes se rendront dans les urnes pour constituer un nouveau parlement européen. Alors que 77% des sympathisant.es de gauche se déclarent favorables à la votation citoyenne proposée par Benoît Hamon, la gauche et les écologistes abordent la campagne électorale de façon désordonnée. Derrière cet éclatement se profile une lourde défaite pour le camp de celles et ceux qui aspirent à une autre Europe.

Finir le 26 mai prochain le plus riche du cimetière ne servira personne.

 Urgence écologique, déclassement social, déliquescence de la démocratie, montée de l’extrême droite… Tant de raisons qui laissent la jeunesse européenne en proie au doute quant à la possibilité d’un avenir meilleur. La sociale-démocratie n’a pas tenu la promesse d’une société plus juste, ni en France, ni en Europe. Bien au contraire, elle a laissé le néo-libéralisme dérouler paisiblement son agenda politique austéritaire et remporter la bataille des idées.

Face à ces périls, la sortie des réflexes d’appareils pour unir la grande famille de la gauche et des écologistes est un devoir. Nous ne sommes pas de ceux qui pensent qu’il existerait des gauches irréconciliables. Pourvu qu’elles s’accordent à refuser l’ordre établi et à faire de la question sociale et écologique une priorité, les composantes de la gauche font partie d’une grande et unique famille. Un cycle de reconquête politique et intellectuelle doit s’ouvrir, dans lequel un dialogue et un travail commun seront essentiels.

Les points de convergences sont nombreux. Nous critiquons toutes et tous avec vigueur l’orientation néolibérale de l’Union Européenne et l’objectif de démantèlement des solidarités qui l’anime. Toutes nos organisations réclament le rétablissement de l’ISF en France et le combat pour le porter à l’échelon européen.

De même nous avons pris la mesure de l’urgence climatique et sommes persuadé.e.s de l’existence d’un lien inaltérable entre la question écologiste et la question sociale. C’est la raison pour laquelle nous avons pris part aux mobilisations de la jeunesse européenne pour le climat qui doivent aboutir à une révolution fiscale européenne, mettant à contribution les multinationales plutôt que de faire reposer la transition énergétique sur celles et ceux qui ont le moins.

Sortons des réflexes boutiquiers. Unissons-nous autour de nos ressemblances et n’ayons pas peur de laisser le peuple de gauche trancher nos différences.

Enfin, nous partageons des combats communs pour lutter contre les tentatives des libéraux, partout en Europe, de réserver le bien commun de l’enseignement supérieur aux seules élites.

C’est maintenant à la jeune garde, impertinente et subversive, de pousser nos aîné.e.s et nos mouvements respectifs à prendre leurs responsabilités. Sortons des réflexes boutiquiers. Unissons-nous autour de nos ressemblances et n’ayons pas peur de laisser le peuple de gauche trancher nos différences. Faisons en sorte qu’au soir du 26 mai, une Europe citoyenne, sociale et écologiste redonne espoir à la jeunesse européenne.

Thibaud Eychenne, Coordinateur national des Jeunes Génération.s

 

Publié le 23/02/2019

La « bulle Macron » de 2017 a éclaté

Stéphane Guérard (site humanité.fr)

 

Publié ce mardi, le baromètre Confiance et bien-être 2019 MGEN Solidaris montre une dégradation globale des ressentis économiques, sociaux et environnementaux des Français. Inquiétant.

Passé le shoot de mieux être, habituellement enregistré à chaque année d’élection présidentielle, vient le temps de la descente. Celle enregistrée pour 2018 est particulièrement abrupte. C’est ce que nous signifie la nouvelle édition du Baromètre confiance et bien-être Mgen-Solidaris publié ce mardi. Pour sa troisième édition, cette étude déclarative qui a enregistré en septembre et octobre le ressenti de 1076 personnes représentatives de la société interrogées sur plus de deux cents items, offre un panorama social sombre.

 

Un an après l’élection d’Emmanuel Macron, le « dégonflement de la bulle » est à l’œuvre, comme le souligne l’étude.  « 2017 avait connu une sorte de shoot démocratique avec un regain de confiance en l’avenir. Cette éclaircie est finie et c’est particulièrement inquiétant, souligne Roland Berthilier président du groupe Mgen. Jouer avec les aspirations des Français, c’est dangereux. Mais à jouer aussi avec les désarrois des gens, on peut perdre gros. »

 

Si l’indice bien être et confiance, calculé à partir de six dimensions (conditions de vie objective, santé physique et psychique, image de soi, rapport aux autres et qualité du relationnel), ne baisse que de 0,8 point par rapport à l’étude 2017, la chute est particulièrement marquée dans certaines catégories de la population. C’est le cas pour les femmes, dont le ressenti des inégalités de genre (travail, rémunérations…) est plus marqué qu’avant, tout comme leur perception d’une dégradation de leur santé physique. Idem pour les 40-59 ans, qui considèrent que leurs conditions de vie se sont altérées, tout comme pour les retraités, dont le rapport à la société est en berne. Sans doute une conséquence des mesures prises par la majorité qui leur sont défavorables (désindexation de leurs pensions, augmentation de la CSG…).

 

Même décrochage chez les non ou peu diplômés, dont le sentiment d’exclusion s’accroit sévèrement entre 2017 et 2018. Quant aux ruraux, ils ont clairement le sentiment de s’en sortir moins bien que les urbains en ce qui concerne leurs revenus, leurs mobilités (transport) et leur accès aux soins et à la santé. D’où là aussi un fort sentiment d’exclusion.

 

Plus globalement, « les inégalités sont jugées insupportables par toutes les catégories de la population. Le sentiment de ne pas être écouté est aussi prépondérant. La confiance dans les corps intermédiaires recule », souligne Delphine Ancel, de l’institut Solidaris. Si la défiance vis-à-vis des partis politiques, des gouvernants, des syndicats comme des entreprises ou des banques côtoyait déjà les plus bas dans les baromètres précédents, elle touche désormais aussi des corps intermédiaires comme la Sécurité sociale, les mutuelles et les associations qui y échappaient jusque-là». La confiance en notre démocratie sort elle aussi affaiblie. Et le local, la famille, sont plus que jamais des valeurs refuges et les derniers lieux d’engagement citoyen. Tout cela se traduit dans un sentiment généralisé d’évoluer dans une société cloisonnée qui n’offre plus l’espoir de vivre mieux que nos aînés.

 

« Ce baromètre est préoccupant et aurait pu être prémonitoire du mouvement des Gilets jaunes s’il avait été publié dès septembre et octobre, au moment de sa réalisation, souligne le sociologue Michel Viewiorka. Il montre qu’il ne faut plus parler de crise économique, sociale, environnementale, mais de mutation : on ne sait pas vers quel monde nous allons, mais ces changements ont déjà leurs laissés pour compte. D’où le constat global d’une perte de confiance. »

 

« La fin d’un cycle est toujours violent. Celle-ci se fait dans une grande violence sociale, admet Jean-Pascal Labille, secrétaire général de Solidaris. Le vieux monde se meurt, mais le nouveau peine à arriver. Les gens sont dans la défiance de tout ce qui constitue la charpente de notre Etat social. Il va falloir traiter les questions sociales à la racine. Sinon, les colères sourdes vont aller vers les mauvaises réponses identitaires. C’est donc vers un nouveau pacte social et environnemental que nous devrions nous orienter. »

 

Document à télécharger: 

resultats_barometre_mgen_2019.pdf

 

Stéphane Guérard

Publié le 22/02/2019

Communication de Jacques BONNET

Ami(e)s,

l'Humanité, notre journal est dans une situation périlleuse. C'est une lourde menace pour tous nos combats. Je situe le caractère urgent de cette situation: mise sous la protection du tribunal de commerce de Bobigny, l'Huma a six mois pour se redresser valablement. Soit: gagner 10000 abonnements, rentrer des dons conséquents, et apporter la preuve d'un soutien populaire fort. Nous avons formé un collectif de travail pour mener l'affaire sur Montpellier et autour. Avec des communistes, du PCF et d'ailleurs, des amis de la Carmagnole, des amis de l'Huma tout simplement. Ce collectif a besoin de gagner en nombre et en diversité. Pour gagner en idées et en capacité de contacts. Il se réunit tous les mardis à partir de 10h à Gazette Café, rue Levat près de la gare. (>Mais on pourra changer si...) Je te propose de rejoindre ce collectif. En attendant le compte-rendu de notre dernière réunion, très bientôt, voici quelques données: nous préparons une grande soirée de soutien à l'Huma pour le 31 mars à Gazette café. Avec des journalistes de l'Huma, des artistes, des chanteurs, des poètes... Un gros truc. Et nous voulons que la préparation de cette soirée donne lieu à de multiples initiatives, dans les rues, à la Carmagnole, à de multiples témoignages (de syndicalistes, associatifs, intellectuels, jeunes...) , et concerne aussi d'autres zones du département...etc...etc...

Donc, on a sans doute besoin de toi, pour un contact, une idée, un lien, un coup de main... Voilà. Prochaine réunion: mardi 26 à 10h.  Merci. Amitié. jacques.

Dons à l'Huma: libeller le chèque à l'ordre de "Presse et pluralisme "Souscription Humanité" et retourner le coupon (portant nom, prénom, adresse, email, tél) et le chèque à L'Humanité; Secrétariat du directeur, 5, rue Pleyel, immeuble Calliope. 93528 Saint-Denis Cedex. (déduction fiscale de 66%)

Abonnement: acheter un numéro et trouver le mode. Ou m'envoyer vos coordonnées.

jcjbonnet@wanadoo.fr

Publié le 21/02/2019

Quand un auditeur analyse les infos

Pour France Inter, « gilets jaunes » et antisémitisme ne font qu’un

(site la-bas.org)

 « Qu’ils se servent de leurs armes une bonne fois [1] ! » C’est à Luc Ferry que reviendra le mérite d’avoir lancé le mot d’ordre désespéré d’une oligarchie prise de panique devant le soulèvement des « gilets jaunes ». Mais les forces de l’ordre ne sont pas seulement policières, il y a aussi des forces de l’ordre intellectuelles et médiatiques, au moins aussi violentes et qui s’exercent sans le moindre risque, en toute impunité.

Sauf, malgré tout, quand un auditeur prend le temps d’analyser une tranche d’info. Il met alors en évidence la pratique de l’insinuation et de l’amalgame confusionnel qui vise à accuser les « gilets jaunes » d’antisémitisme, sans la moindre preuve. Utiliser cette arme revient à banaliser l’antisémitisme et donc à banaliser les actes antisémites. Voici le texte intégral que nous a adressé cet AMG, Olive Laporte.

Un « journalisme » d’insinuations

par Olive Laporte

Mardi 12 février, le journal de 8 heures de France Inter, présenté par Laurence Thomas, annonce en premier titre « la hausse spectaculaire des actes antisémites en France, + 74 % en 2018 ». Si l’on est révolté par toute forme de racisme, on écoutera le sujet avec beaucoup d’attention. Et l’on constatera, non sans surprise, qu’il s’agit en réalité d’un reportage sur l’antisémitisme et le mouvement des « gilets jaunes ».

On sait qu’il peut arriver à un certain journalisme de l’à-peu-près de se contenter d’insinuations sans jamais que l’auteur ne se sente obligé d’étayer son propos. Ce qui est dit doit alors être tenu pour vrai, et l’auditeur auquel on présente des analyses et des accusations explicites – si graves soient-elles – n’a pas à attendre la moindre preuve ou le moindre élément à charge : il devra juste croire sur parole. L’ouverture du journal de 8 heures ce matin-là sur France Inter est un cas d’école en la matière.

Laurence Thomas envoie son premier sujet après les titres : il sera donc question d’antisémitisme. Elle énumère : « le portrait de Simone Veil barré d’une croix gammée, un tag « Juden » écrit en lettres jaunes sur la vitrine d’un restaurant à Paris, ou encore l’arbre en mémoire d’Ilan Halimi scié dans l’Essonne. » Des faits alarmants, révoltants, auxquels aucun humaniste ne peut rester insensible. On tendra donc l’oreille, révulsé par ces horreurs, dans l’espoir d’un éclairage sérieux sur ce fléau, car il est manifestement en pleine expansion. Laurence Thomas enchaîne, sans sourciller : « à l’heure d’Internet au mouvement des "gilets jaunes", des universités aux cités de banlieue, le phénomène s’étend et prospère ».

Le chapô est dit, il mérite qu’on s’y arrête un instant. Résumons : Internet, les « gilets jaunes », les universités et les cités de banlieue. Voici nommées de façon très explicite les pouponnières de ce mal insidieux. On attend donc la suite de la démonstration avec impatience. Car lorsqu’on manifeste tous les samedis avec les « gilets jaunes » pour plus de justice sociale et qu’on n’a encore jamais entendu le moindre propos antisémite, ni dans les cortèges, ni sur les ronds-points, on peut légitimement espérer être informé de ce à côté de quoi on est aveuglément passé jusqu’alors.

C’est Yann Gallic qui signe le premier reportage : « des insultes, des menaces, des tags et des graffitis, mais aussi des agressions physiques ou des homicides, 541 actes antisémites ont été recensés l’an passé dans notre pays. » Bien sûr, ça fait froid dans le dos, mais on attend toujours le lien avec les « gilets jaunes » annoncé en introduction. Il arrive. Et tenez-vous bien : la source annoncée sera tout ce qu’il y a de plus officielle. Car voici Yann qui continue : « cette haine anti-juive de plus en plus décomplexée et insidieuse semble se banaliser, elle s’est même accentuée ces dernières semaines avec le mouvement des "gilets jaunes" selon le gouvernement… » Ah, si c’est le gouvernement qui le dit, on va avoir des informations fiables. On peut du moins l’espérer ; et ça se précise : « …d’où l’inquiétude de Christophe Castaner », nous dévoile le redoutable journaliste d’investigation qui tend alors le micro au ministre de l’Intérieur. Cette fois, plus aucun doute, on va l’avoir, notre acte d’accusation en bonne et due forme.

Mais le ministre qui dénonce grosso modo l’antisémitisme comme une attaque contre la République n’ira pas plus loin, et on reste parfaitement frustré. En quatre lignes, la source très officielle n’a aucun exemple à donner qui serait issu du mouvement des « gilets jaunes ». Il ne fait aucune référence à l’idée d’un lien entre les deux phénomènes. Le mot « gilet jaune » n’est même pas prononcé. Pour une démonstration imparable, c’est ballot. Car n’en doutons pas, si Castaner avait eu le moindre fait antisémite à exposer, imputable au mouvement ici accusé, il ne s’en serait pas privé. Mais rien. Juste une légitime indignation et aucun mot qui renvoie à l’insurrection du moment. La responsabilité des « gilets jaunes », à ce point, n’est donc toujours pas acquise à qui cherche à savoir le vrai : elle n’est pas même évoquée par « le gouvernement », comme le promettait pourtant notre reporter quelques secondes auparavant. Alors on écoute encore, espérant que tout ça va sûrement être mis en lumière.

Yann Gallic enchaîne et, parlant d’un « antisémitisme aux multiples visages », il passe la parole à Frédéric Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT. Avec un titre pareil, c’est assurément une source fiable qui va enfin nous éclairer sur la responsabilité des « gilets jaunes » dans cette inquiétante haine montante. Écoutons-le : « moi j’y vois la résurgence d’une extrême droite violente, une extrême droite virulente, sur les réseaux sociaux, sur Internet, mais qui aujourd’hui n’hésite plus à passer à l’acte. Et quand je dis passer à l’acte, c’est dans la rue, c’est sur des pancartes, c’est sur des banderoles. » Nous y voilà. Les pancartes, les banderoles : les « gilets jaunes » ne sont pas loin. On les tient presque. Les antisémites vont montrer leur vrai visage…

Le problème est que, là encore, aucun exemple concret ne viendra étayer les accusations sous-jacentes. Celui qui passe ses samedis dans la rue et ses soirées sur les ronds-points pourrait très légitimement demander à voir les pancartes et les banderoles antisémites en question. Il ne les verra pas. Il n’entendra pas un slogan, pas un témoignage. Pas un mot, pas une trace. Pas même l’ombre d’une trace. Le journalisme d’investigation, c’est tout un art.

« Parfois les choses, d’ailleurs, sont assez signées, continue le délégué interministériel, quand sur le portrait de Simone Veil, vous avez des croix gammées, je crois qu’il n’y a pas tellement beaucoup de doutes sur les auteurs de ce type de pratiques. » Aucun doute, ça, on est d’accord : l’extrême droite n’en est pas à son premier fait d’armes. Bien. Mais les « gilets jaunes », dans tout ça ? On nous avait promis leur culpabilité… quoi de tangible jusqu’à présent ? Encore un effort, on veut la démonstration !

Laurence Thomas reprend l’antenne et marque quelques points dans ce sens. « Haine des Juifs, haine de la démocratie : depuis le début de la crise des "gilets jaunes", on enregistre plus de 80 dégradations de permanences parlementaires ». Enfin du chiffre, du tangible, du mesurable : 80 dégradations !

Notons juste que les dégradations en question n’ont rien d’antisémites : ce sont des dégradations de permanences parlementaires, elle l’a dit elle-même. On est donc encore loin du sujet… mais qu’importe, le reportage se déroule, l’air de rien. Jusqu’à présent, il n’est montré aucune intention d’étayer les accusations, si graves soient-elles, et l’auditeur curieux reste toujours sur sa faim. Mais continuons, ça va sûrement arriver.

C’est donc à présent un reportage de Delphine Evenou qu’annonce la présentatrice : « dans ce petit village breton de Calanhel, dans les Côtes-d’Armor, à une demi-heure de route de Motreff, où la maison de Richard Ferrand a failli être incendiée, les 230 habitants se sont réveillés dimanche matin avec des séries de tags injurieux sur fond de revendications politiques ». C’est à l’auditeur de faire le rapprochement : où il y a de la revendication politique, l’antisémitisme n’est sûrement pas très loin. Et notre éminente reportrice nous guide dans cette réflexion : « ISF », « RIC », « élus tous pourris », « collabo : LaREM = corruption », Delphine Evenou a méticuleusement relevé tous les tags et les énumère un à un, appuyée par un témoin de choix, le maire du village en personne. C’est de l’info brute, de la réalité de terrain, du direct dans son expression la plus crue. Et Delphine n’hésite pas à nous livrer tels quels ces éléments nouveaux, d’autant plus terrifiants qu’ils sont cette fois-ci parfaitement concrets : « ISF », « RIC », « élus tous pourris », « collabo : LaREM = corruption » voilà mot à mot ce que l’on peut lire sur les murs de ce pourtant très paisible petit village breton. Pareilles inscriptions se passent sans doute de commentaires, et l’auditeur éclairé devra lui-même en décrypter savamment le caractère antisémite, car on ne lui en dira pas plus. C’est que l’investigation doit avancer : ce sont à présent les coupables qu’on recherche et si ça va trop vite pour vous, vous n’aurez qu’à réécouter le podcast. Alors concentrons-nous, la suite sera sûrement édifiante.

C’est Delphine qui continue, pétrie de cette imparable quête du vrai qui caractérise les journalistes émérites de la très respectable radio de service public : elle tend son micro aux habitants choqués, c’est vous dire si elle n’a peur de rien. Et voici donc l’habitant choqué qui vient à s’indigner dans le poste qu’on salisse à ce point des élus respectables, des gens du cru, des gens proches du peuple qui « ne méritaient pas ça ».

On irait volontiers de sa petite larme, mais on attend toujours, à ce point-là, qu’on nous explique en quoi le mouvement des « gilets jaunes » est antisémite. On nous l’a promis plusieurs fois dans l’article et vu la gravité de l’accusation, il serait tout de même surprenant d’arriver au bout sans qu’on nous donne ne serait-ce qu’un ou deux éléments à charge. Restons à l’affût, donc, ça va sûrement venir.

Car Delphine ose tout. Elle a su se frayer un chemin dans la jungle des campagnes sordides où il faut se battre pour aller chercher l’information. « Au bout de la rue, deux hommes, plus taiseux : ils ont leur petite idée sur les tagueurs », nous déclare-t-elle le front encore en sueur. L’intrépide journaliste de terrain est en première ligne, elle tend son micro au peuple rural, soyons attentifs. C’est une voix bourrue estampillée locale, un des deux taiseux du bout de la rue, donc, qui va effectivement dévoiler la petite idée en question : « moi, je vois ça plus des "gilets jaunes". » Transcrit tel quel, syntaxe incluse. Il n’en dira pas plus. Le micro est déjà reparti. Inutile d’en dire plus de toute façon, la démonstration est faite. L’étau se resserre sur le coupable. L’investigation est une science redoutable.

Car la messe est dite : c’est bien eux. De la voix même du peuple, et vous l’avez entendue : c’est bien eux, les « gilets jaunes », et plus rien ne permet d’en douter. Que la presque évidence vaillamment soutirée au taiseux local n’ait strictement aucun lien avec quelque haine des Juifs que ce soit ne doit poser aucun problème : vous êtes toujours dans le sujet d’ouverture du journal de 8 heures de ce mardi 12 février 2019 sur France Inter, consacré à la hausse inquiétante des actes antisémites en France, et cela doit vous suffire.

Nul besoin d’étayer, de prouver ou même d’enquêter : un simple cheminement hypothético-déductif suffira car France Inter ne prend pas ses auditeurs pour des imbéciles. « Gilets jaunes » = tags = haine de la démocratie = haine des Juifs. Donc : « gilets jaunes » = antisémitisme, CQFD, et que vous faut-il de plus ? De la nuance ? Aucun problème, le journalisme sérieux et objectif sait répondre aux légitimes exigences du métier. Ça se fait à la fin, en général. À présent que la « démonstration » est faite, qui a cloué l’insurrection des « gilets jaunes » à l’infamant pilori de l’antisémitisme, il ne reste plus, dans un louable souci d’honnêteté intellectuelle, qu’à nuancer. C’est l’indispensable cachet de crédibilité et nos procureurs du jour, en vrais journalistes professionnels, le savent bien. Alors ils vont nuancer, et ça clôturera parfaitement ce sujet d’ouverture rondement menée.

C’est encore Delphine – décidément très scolaire et appliquée – qui s’y colle. Elle continue son tour du village, en quête d’une nuance. Très professionnelle, elle trouvera sans difficulté : « son gilet jaune, Anne-Sophie-quarante-et-un-ans le porte fièrement depuis le 17 novembre. Elle tient un rond-point tous les week-ends à quelques kilomètres, et elle est très remontée. » Très remontée, bigre… voilà un parfait sujet à nuance ou je ne m’y connais pas.

Delphine a eu du flair, c’est donc Anne-Sophie-quarante-et-un-ans qui va incarner la cerise sur le gâteau de cette édifiante leçon de journalisme nuancé : elle sera l’indispensable exception qui confirme la règle. Écoutons-la : « on restera pacifiques, on est un groupe plus que pacifique et là, je trouve inadmissible d’avoir fait ça, parce ça discrébilise (sic) notre mouvement. Je suis persuadée que ça ne vient pas forcément des "gilets jaunes" », affirme haut et fort la nuance de service, avec ce soupçon de syntaxe hasardeuse qui rend si charmants les départements reculés de notre grand pays. Une chose est sûre en tout cas, ce n’est ni elle, ni ses proches camarades militants qui ont saccagé les murs du village. Voilà qui détend tout le monde : les « gilets jaunes » ne sont donc pas tous pétris de cette « haine des Juifs, haine de la démocratie » qu’annonçait l’introduction de ce reportage fort heureusement nuancé. Et pour parfaire cette touche d’optimisme dans un monde d’antisémites, Delphine n’a plus qu’à conclure avant de rendre l’antenne : « vendredi soir, un grand débat est organisé dans le canton. Anne-Sophie ira, le maire Cyril Jobic aussi, et tous les deux se parleront, comme ils disent l’avoir déjà fait très cordialement lors d’une première réunion la semaine dernière. »

Après quatre minutes et six secondes d’un sujet qui a implacablement associé l’antisémitisme et les « gilets jaunes », Laurence Thomas peut reprendre l’antenne et passer au titre suivant la conscience tranquille : nous sommes tous rassurés de savoir que même si ce mouvement est évidemment antisémite, on peut quand même encore prouver, pour peu qu’on ose battre la campagne profonde, qu’il y en a des bien, comme dit la chanson.

Olive Laporte

 

Publié le 20/02/2019

Nous sommes juifs et nous sommes antisionistes

mardi 19 février 2019 par Coordination nationale de l’UJFP

Nous sommes juifs, héritiers d’une longue période où la grande majorité des Juifs ont estimé que leur émancipation comme minorité opprimée, passait par l’émancipation de toute l’humanité.

Nous sommes antisionistes parce que nous refusons la séparation des Juifs du reste de l’humanité.

Nous sommes antisionistes parce que la Nakba, le nettoyage ethnique prémédité de la majorité des Palestiniens en 1948-49 est un crime qu’il faut réparer.

Nous sommes antisionistes parce que nous sommes anticolonialistes.

Nous sommes antisionistes parce que nous sommes antiracistes et parce que nous refusons l’apartheid qui vient d’être officialisé en Israël.

Nous sommes antisionistes parce que nous défendons partout le « vivre ensemble dans l’égalité des droits ».

Au moment où ceux qui défendent inconditionnellement la politique israélienne malgré l’occupation, la colonisation, le blocus de Gaza, les enfants arrêtés, les emprisonnements massifs, la torture officialisée dans la loi …
préparent une loi liberticide assimilant l’antisémitisme qui est notre histoire intime à l’antisionisme, 

Nous ne nous tairons pas.

La Coordination nationale de l’UJFP, le 18 février 2019

 

Publié le 18/02/2019

Lettre de prison de Cesare Battisti

(site pcf.fr)

Bonjour Gérard, Comme c’est bon d’écouter la voix de cette inoubliable France qui fait chaud au cœur (excuse le mauvais français, j’ai un peu oublié depuis !). Je suis heureux de l’initiative des vieux camarades polardeux, il n’y a pas de mot pour vous remercier tous.

Je trouve précieuse cette aide à caractère international, sans compter que ma petite famille est toujours parisienne. Vous pourriez peut-être élargir votre pétition à des auteurs italiens en passant par le camarade Valerio Evangelisti de Bologne ou aussi la faire arriver au Brésil en l’envoyant au mail suivant, à l’attention de Magno de Carvalho : sintusp@sintusp.org.br.

Je dois vous expliquer un peu ce qui s’est passé après que Fux, le ministre de la Cour suprême fédérale, s’est honteusement vendu au fasciste Bolsonaro, autorisant ainsi mon extradition. Étant avisé de cette possibilité par avance, j’ai pris contact avec le gouvernement bolivien avant de passer la frontière vers ce pays. Là j’ai été accueilli par du personnel de la chancellerie et logé dans un local appartenant au gouvernement, en attendant que ma demande de refuge (d’asile ? GS) soit discutée par le CONARE (Comité national des réfugiés).

Quatre semaines ont passé pendant lesquelles, aujourd’hui c’est une évidence, l’Italie et le Brésil faisaient pression sur le gouvernement bolivien en agitant surtout la question économique et ses conséquences sur le pays. Bref, samedi 13 (12 ? GS), j’ai été enlevé manu militari, me privant ainsi d’être jugé régulièrement par un procès d’extradition selon les lois boliviennes (procès que j’aurais gagné puisque en prescription depuis 15 ans). On m’a amené de pure force à l’embarquement.

Et voilà où les bandits du gouvernement d’extrême droite italien exécutent leur sale jeu : il y avait sur la piste un avion brésilien qui aurait dû me transporter jusqu’à Brasilia et, de là, m’embarquer dans un avion italien pour Rome. J’étais en train de monter dans l’avion brésilien lorsqu’un contre-ordre nous a fait faire demi-tour.

Et voici que commence une discussion animée entre les autorités des trois pays en question. Finalement c’est l’Italie qui gagne le tour et on m’embarque dans leur propre avion dans un vol sans escale jusqu’à Rome. Pourquoi ? Simple : les salauds ont évité le Brésil pour ne pas appliquer l’accord d’extradition brésilien qui interdit la perpète et oblige l’Italie à la concession de remise de peine. Résultat : un enlèvement pur et proprement criminel pour m’infliger en toute illégalité une peine cruelle exclue par le traité d’extradition.

Je ne sais pas si j’ai été clair. C’était pour vous donner quelques éléments en plus. Bien sûr les avocats sont en train de faire tomber les effets de cette action mercenaire mais, comme vous le savez, toute aide dans le sens de l’info est de vitale importance.

Je vous embrasse.

Cesare

PS : Avez-vous des nouvelles de Fred Vargas ?

Cesare Battisti - Casa circonlariale S. Soro - Loc. Pedriaxiu - Massama - 09170 Oristano

Signez la pétition

Publié le 17/02/2019

Le parlement européen condamne l’usage des armes de guerre.
de : JO
(site bellaciao.fr)

 

Le Parlement européen condamne l’usage des LBD par les forces de l’ordre Source© AFP 2018 Zakaria ABDELKAFI via sputnik-International 16:13 14.02.2019(mis à jour 17:51 14.02.2019) NDLR . : Mais en macronnie le parlement vote POUR une loi scélérate ! Ce pouvoir est maudit, vite l’UNION POPULAIRE pour le chasser et qu’il aille en prison à la place de nos Gilets !

Suite à un débat animé au sein du Parlement européen, les eurodéputées ont adopté jeudi une résolution qui condamne l’usage « disproportionné » des lanceurs de balles de défense (LBD) par les forces de l’ordre de certains pays membres de l’Union.

Sans désigner directement la France où plusieurs personnes ont été victimes des LBD lors de manifestations des Gilets jaunes, les députés européens ont largement condamné l’utilisation de cette arme par les forces de l’ordre des pays membres de l’Union européenne.

Votée par 438 voix pour, 78 contre et 87 abstentions, la résolution du Parlement européen « condamne le recours à certains types d’armes à létalité réduite par les forces de police contre des manifestants pacifiques, comme les projectiles à impact cinétique et les grenades lacrymogènes instantanées ».

La résolution condamne également le recours par les forces de l’ordre « aux gaz lacrymogènes, aux canons à eau, aux pistolets à impulsions électriques et aux autres dispositifs » compte tenu que leur usage peut être « à l’origine de blessures graves dont les répercussions se feront sentir toute la vie durant ». Des policiers avec des LBD lors d’une manifestation des Gilets jaunes à Paris (image d’illustration) © AFP 2018 Valery HACHE LBD et grenades lacrymogènes explosives sont « incompatibles avec le droit de manifester »

Rappelons que le débat sur le sujet a été lancé par une coalition regroupant l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D), les Verts et la Gauche unitaire européenne (GUE) et se déroulaient en particulier autour de la situation en France avec les manifestations des Gilets jaunes.

Lundi, l’eurodéputée Génération.s Isabelle Thomas a tenu à souligner à Strasbourg que depuis trois mois en France « un mouvement social populaire fait l’objet d’une répression systématique et disproportionnée ».

Elle a également rappelé que les États européens à l’exception de la France, de la Pologne et de la Grèce avaient banni l’usage des LBD et des grenades lacrymogènes explosives qui causent, selon elle, « des blessures de guerre ».

Selon les chiffres officiels rapportés par l’AFP, plus de 3.000 personnes, Gilets jaunes et membres des forces de l’ordre, ont été blessées depuis le 17 novembre. Le collectif « Désarmons-les » donne le chiffre de 20 personnes qui ont été gravement blessées à l’œil, la plupart éborgnées, par la police depuis le début du mouvement.

Publié le 16/02/2019

Portrait et destin des gilets jaunes

  • (site legrandsoir.info)

Les gilets jaunes (qui s’appellent tous Jojo) sont d’extrême gauche, d’extrême droite, récupérés par La France Insoumise, antisémites, anti-migrants, homophobes, misogynes, violents, fumeurs de clopes, manifestants sans autorisation, incendiaires, casseurs, liquidateurs de petits commerces, consommateurs de diésel, énergivores, complotistes, manipulés par les Russes et chiatiques.

Les médias vous ont servi ce désastreux portrait, pas vrai ?

Or, en vérité, les gilets jaunes sont intercepteurs de balles de flash-ball avec leurs yeux ou leurs mâchoires, bloqueurs de grenades avec leurs mains ou leurs pieds, réceptionnistes des matraques avec leur tête, leurs jambes, leurs épaules, leur dos, enfileurs de menottes, gros consommateurs de colliers serflex, amateurs de gaz qui pique aux yeux et aux poumons, peinturlureurs de pavés à l’hémoglobine, voyageurs sans billet dans des fourgons à gyrophare, dormeurs oisifs dans des cellules gratuites, futurs pensionnaires de Fleury-Mérogis où ils ne croiseront ni Benalla, ni les Balkany, ni Guéant.

L’histoire mondiale retiendra cependant qu’ils ont affronté jusqu’à 90 000 policiers (dotés d’armes quasiment létales) pour dire la haine des pauvres envers un président-roitelet, ivre d’orgueil, trop petit pour son palais de l’Elysée d’où il commande qu’on le sauve en frappant, gazant, amputant, condamnant, emprisonnant.

La question est de savoir si les policiers désormais armés de fusils d’assaut tireront sur les manifestants en croyant défendre la République ou bien s’ils mettront crosse en l’air pour ne plus servir un president devenu l’ennemi de son peuple.

Théophraste R. Corédacteur du mémoire (à paraître)  : « Condamnations des policiers de terrain après la chute de Macron. »

 

<< Nouvelle zone de texte >>

Publié le 14/02/2019

2019 : LE SENS D’UN ENGAGEMENT CITOYEN

(site lamarseillaise-encommun.org)

Avec le mouvement des gilets jaunes les médias de masse démontrent une nouvelle fois au grand jour leur complicité avec le pouvoir. Cette forme de violence qui s’ignore produit en retour une violence qui s’exprime aveuglément à l’encontre des journalistes [*] : ” Je hais les journalistes et les citoyens justement parce qu’ils pensent à beaucoup de choses en même temps, parce qu’ils disent tout et n’importe quoi, et je les hais d’autant plus qu’ils me sont vraiment nécessaires. Parce qu’ils refusent fondamentalement d’être traités comme des marchandises “

Note * :
[*] : On considère trop souvent sans distinction journaliste et média. C’est comme confondre la qualité du spiritueux avec le fût dans lequel il se conserve, même si, à force d’y séjourner, le liquide peut en prendre le goût.

À l’heure où les citoyens s’étirent sur les bretelles des autoroutes nous suivons de près cette contestation qui pose la question de l’avenir de notre démocratie. Cette colère mais aussi ce bon sens populaire, nous interpellent et nous poussent à nous questionner sur ce que créer un média citoyen régional veut dire. Le contexte de défiance et les rencontres que nous multiplions avec les acteurs de terrain renforcent chaque semaine notre volonté et nos propositions.

Ils révèlent l’envergure de notre projet de presse coopératif. Car il ne s’agit pas de coucher simplement sur le papier une ligne éditoriale mais de la faire surgir progressivement en associant le travail des journalistes avec celui des acteurs régionaux de la société civile. L’association LMEC n’est rien d’autre que le laboratoire de cette conjugaison. L’expérience en cours est politique, sans être partisane. Elle vise à faire naître une avancée, un support novateur dans le domaine de l’information interrégionale.

Lorsque l’on parle de médias, en général deux types de jugement surgissent. Le premier exprime notre goût et notre avis à propos du traitement de certains sujets. On apprécie plus ou moins l’angle d’approche, la capacité à nous informer, à nous faire comprendre une situation, à nous faire sourire…

Le second serait plus culturel, plus politique. Dans ce cas, le contenu s’apprécie plutôt en fonction de nos connaissances, de nos implications, de notre intérêt pour les sujets traités. Autrement dit, nous ne jugeons pas un média en fonction du contexte de l’actualité mais selon la manière dont il l’approche. Ce qui explique sans doute la chute préoccupante de confiance qui frappe les citoyens à l’égard des informations officielles et des médias qui s’en nourrissent.

En réalité, pour les médias les choses sont encore plus complexes. Parce qu’il faut inclure le point non négligeable de son équilibre économique et celui de ses propriétaires, des actionnaires à qui ils appartiennent. Ceux qui hantent bien souvent de manière plus où moins apparente le théâtre de l’info à la manière des marionnettistes.

Le média que nous lancerons dans le cadre de l’ESS [1] ne relève pas de la supercherie. Il se fera avec des gens qui mettent leurs moyens et leur volonté au service de projets alternatifs. Avec les citoyens qui revendiquent un changement profond de système et une meilleure répartition du pouvoir et des richesses. Avec des citoyens qui ne refusent pas de payer des impôts mais ne se voient pas seulement comme des contribuables.

Par leur succès, les projets dans lesquels des milliers de gens s’investissent et agissent sur leur quotidien sans attendre le bon vouloir de quiconque prouvent une chose simple : il est possible de faire autrement dès maintenant en s’organisant. Et si nos choix vous paraissent hasardeux nous vous invitons à rejoindre le labo pour les enrichir et à ne pas oublier que nous sommes responsables, donc volontaires, même si nous n’en avons pas explicitement conscience. Cela se définit par l’échange, la souplesse et la continuité d’action.

Nous avons un vœu à partager avec vous en 2019 :

CONTINUER À CONSTRUIRE ENSEMBLE.LM

Publié le 13/02/2019

Montpellier : un dispositif anti-SDF épinglé par la Fondation Abbé-Pierre

Cédric NithardIl  (site metropolitain.fr)

 

La Fondation Abbé-Pierre récompensera « satiriquement » lors de la cérémonie des Pics d’or qui se tiendra mercredi à Paris, des équipements destinés à empêcher les personnes les plus démunis de s’abriter ou de se poser. Du prix du dispositif le plus décomplexé au plus agressif, en passant par le plus fourbe, le plus contradictoire, le prix de l’arrêté anti-mendicité ou encore le prix international, « la Fondation entend dénoncer par l’humour des pratiques inhumaines ».

Un dispositif à Montpellier

Montpellier figure dans la triste liste des nommés de la catégorie du Pic le plus agressif avec L’oursin, situé au 9 boulevard Sarrail au pied de l’immeuble Le Sarrail. Constitué de petits pics métalliques, le dispositif se présente comme un véritable de tapis de fakir.

Pour la fondation Abbé-Pierre, ces dispositifs anti-sdf « donnent ainsi à voir combien la société repousse ses exclus toujours plus loin des regards ». À Toulouse, l’association Droit au Logement a décidé de poursuivre localement l’idée des Pics d’or en délivrant son Pic violet pour « le mobilier urbain le plus beau, le plus génial, le plus anti-humain ».

143’000 personnes sans domicile en France en 2012

Les nommés, comme les lauréats, ont été choisis par un jury d’experts parmi les nombreux dispositifs recensés sur le site soyonshumains.fr. En décembre 2017, la Fondation Abbé Pierre avait lancé cette opération afin d’alerter les citoyens sur l’indignité des équipements anti-sdf.

Les Pics d’or est une nouvelle manière de mettre en lumière cette situation. À l’issue de la cérémonie, à laquelle participeront Guillaume Meurice, Blanche Gardin et Chris Page, une opération de collage sera menée dans les rues de Paris.

La Fondation Abbé-Pierre rappelle que « plus de 143 000 personnes étaient sans domicile en France en 2012 selon l’Insee, qu’elles vivent à la rue, dans les bois ou dans un centre d’hébergement d’urgence, un chiffre en augmentation de 50 % en 10 ans » et souligne qu’ « il est pourtant possible de mettre fin à ce scandale grâce à la mise en place d’une véritable stratégie de « Logement d’abord » qui considère que tout le monde mérite d’être logé, sans condition ni préalable ».

Les nommés

« Fallait oser », le Pic du dispositif le plus décomplexé

Place Unique – Biarritz, avenue d’Anglet

Les Couleuvres – Nancy, gare

L’âge de Pierre – Paris, porte de la Chapelle

La surenchère – Paris, Denfert-Rochereau

« Faites ce que je dis, pas ce que je fais », le Pic du dispositif le plus contradictoire

Les limites de l’hospitalité – Paris, 10e

Classe éco – Toulouse, place Jeanne d’Arc

Oh my god – Lyon, 7e

La cour des miracles – arrêté anti-mendicité

« Ni vu ni connu », le Pic du dispositif le plus fourbe

Le pot aux roses – Toulouse, rue Bayard

À l’étroit – Nantes, chemin de la Censive

Discorde à Concorde – Paris, station Concorde

La mauvaise pente – Toulouse, avenue Etienne Billières

« Bouge de là », le Pic de l’arrêté anti-mendicité

Défense de stationner – Besançon

Mise à l’amende – Nice

La récidive – La Roche-sur-Yon

« C’est pas mieux ailleurs », le Pic international

Permis de mendier – Suède

La double peine – Royaume-Uni

Jour sans faim – Belgique

Sans toi ni droit – Hongrie

« Le clou », le Pic du dispositif le plus agressif

Violence ordinaire – Paris, 2e

Métal Hurlant – Marseille, cours Belsunce

L’Oursin – Montpellier, boulevard Sarrail

La barricade – Paris, 9e

Publié le 12/02/2019

Parlons (Inter) Net (site legrandsoir.info)

Un scoop que Le Grand Soir a hésité à diffuser

 

Notre ami et correspondant à Caracas, Thierry Deronne, un Belge devenu Vénézuélien, envoie au Grand Soir, en s’amusant à le titrer en anglais (« Very good news »), un scoop si incroyable que legrandsoir.info hésite depuis deux jours à le diffuser.

Le Grand Soir contacte alors, (Thierry le lui pardonnera, il sait ce qu’est l’obsession du vrai) un journaliste, Marseillais d’adoption, qui se trouve ces jours-ci (et ce n’est pas par hasard) à Caracas. Il s’agit de Romain Migus, un autre collaborateur du GS qui a vécu dix ans au Venezuela.

Bing, bang ! Thierry et Romain citent leur source. Irréfutable. Elle est signée Diosdado Cabello, fidèle collaborateur de Chavez, puis de Maduro, aujourd’hui président de l’Assemblée Nationale Constituante du Venezuela.

Et que nous apprend-il sur son blog ? Du 10 au 15 février, la Russie et la Chine participeront, avec l’armée vénézuélienne, à des manoeuvres militaires pour préparer les troupes à faire face à toute tentative d’agression par une puissance étrangère.

C’est surtout la participation de l’armée Chinoise dans ces manœuvres qui étonnait.

Du coup, l’hypothèse (quasi certaine ces derniers jours) d’une invasion du Venezuela fait un bond en arrière. Même Macron, on l’imagine, ne souhaite pas un affrontement armé des trois plus grandes puissances nucléaires pour installer au pouvoir Juan Guaido, traître à sa patrie (1).

Le bain de sang est, pour le moins, reporté. Very good news !

Théophraste R. Auteur de la thèse (en cours) : « L’extraordinaire essor de la démocratie dans les pays pétroliers libérées par les USA ».

Note (1). Nos correspondants à Caracas voient sur place ce qui se passe sans le truchement de nos médias. Pour eux, le putsch de Guaido a échoué. Même au plan international, les pays qui le soutiennent sont minoritaires et désavoués (ONU).
C’est pourquoi Guaido sort sa dernière carte : l’armée US sur le sol de son pays.

 

Publié le 11/02/2019

« Gilets jaunes » : «l’incompréhension» de deux hommes jugés sans même avoir manifesté

Par Cécile Bouanchaud (site lemonde.fr)

Interpellés de façon « préventive », ils sont poursuivis pour « groupement en vue de la préparation de violences ou de dégradations ».

Par Cécile Bouanchaud

 « Ça me paraît un peu démesuré tout ça. » A la barre, Arthur T., traducteur breton au pull marin et à l’allure solide, a un ton lapidaire qui trahit son incompréhension. Mardi 29 janvier, le jeune homme de 29 ans comparaissait aux côtés de son ami Théo*, 21 ans, devant le tribunal correctionnel de Nanterre pour « groupement en vue de la préparation de violences ou de dégradations » et « transport sans motif d’arme de catégorie D ». Pour avoir refusé de se soumettre à une demande de relevé d’empreintes, Arthur T. était aussi jugé pour « refus de signalétique ».

Comme des centaines d’autres individus à travers la France, les deux hommes ont été interpellés le 8 décembre, lors de la quatrième journée de mobilisation des « gilets jaunes ». Contrairement aux manifestants interpellés sur les lieux du rassemblement parisien, et généralement poursuivis pour des faits de rébellion ou de violences contre les forces de l’ordre, Arthur T. et Théo n’ont pas mis un pied à la manifestation.

« Barre de fer »

C’est à la suite d’un contrôle routier que les deux hommes sont interpellés le 8 décembre vers 9 heures, à Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine). Leur voiture présentant un feu défaillant, les policiers demandent les papiers du véhicule avant d’apercevoir, au pied du passager, « une bonbonne de peinture chromée et une barre de fer », relate la présidente du tribunal, précisant que les forces de l’ordre n’ont pas pris la peine « d’effectuer une fouille en bonne et due forme du véhicule ».

La barre de fer en question, qui sera un point central de ce procès, est en réalité une biellette de direction – une pièce de mécanique automobile ressemblant à une barre de fer. « On s’obstine à appeler cela une barre de fer, cela permet de faire vivre ce dossier, alors que c’est une biellette de direction », insistera Me Xavier Courteille, l’avocat de Théo, lors de sa plaidoirie. Considérée comme une « arme de catégorie D » par les policiers, cette pièce mécanique avait justifié le placement en garde à vue de ces deux hommes au casier judiciaire vierge. Car à l’intérieur du véhicule, les policiers n’avaient aperçu ni masque respiratoire, ni gants, ni casque… pas même un gilet jaune.

Entendus séparément lors de leur garde à vue, Arthur T. et Théo avaient livré une version similaire : partis de Rennes la veille, les deux amis, qui venaient de passer la nuit à Paris, cherchaient une boulangerie avant de prendre la route, direction Lille. Théo, cheveux rasés et allure élancée, avait précisé aux fonctionnaires que la voiture appartenait à la mère d’une amie. Arthur, lui, avait assuré qu’ils n’avaient aucunement l’intention de se rendre à la mobilisation des « gilets jaunes ». En garde à vue, Théo s’était dit « consterné par l’absurdité de la situation », évoquant son « incompréhension totale ». Arthur T., lui, avait dénoncé « un délit d’autorité », justifiant, selon lui, son refus de se soumettre aux relevés d’empreintes.

 « Hystérisation collective »

Devant la présidente, Théo, qui jongle entre ses études à Lille et des petits boulots en intérim, ne s’exprimera pas davantage. Arthur, vivant à Rennes, où il travaille ponctuellement comme traducteur pour une chaîne de télévision locale, se dit « stupéfait par l’ampleur de cette procédure » et déplore avoir « fait l’objet d’un placement sous contrôle judiciaire » l’empêchant de se rendre en Ile-de-France.

Alors que le procureur estime dans son réquisitoire que « les faits sont établis », demandant d’entrer en voie de condamnation « de façon très mesurée », c’est-à-dire avec des peines de sursis, l’avocat d’Arthur T. a tenu à rappeler dans sa plaidoirie « le contexte d’hystérisation collective » dans lequel s’inscrit de dossier.

Le 8 décembre, 1 082 personnes ont été interpellées à Paris, un chiffre record, inégalé depuis le début du mouvement, le 17 novembre. Dénonçant « des dommages collatéraux », MKempf rappelle alors la circulaire prise par la ministre de la justice, et envoyée à tous les procureurs, pour « les inciter à réaliser des contrôles préventifs massifs, voire industriels ».

Pointant « un dossier vide », Me Courteille fustige dans sa plaidoirie « une affaire construite sur la présomption de culpabilité, où l’on estime que les prévenus comptaient se rendre à la mobilisation des “gilets jaunes”, sans avoir cherché une seule seconde à le démontrer ». Réclamant, comme son confrère, la relaxe de son client, MCourteille rappelle, non sans ironie, que « la seule infraction tenable » contre son client aurait pu être « celle de ne pas avoir de gilet jaune dans le véhicule ». Le délibéré est attendu le 18 février.

* Le prénom a été modifié à la demande de l’intéressé.

 

Publié le 10/02/2019

Fac de droit de Montpellier: le doyen et un professeur sanctionnés

Par Antton Rouget (site mediapart.fr)

C’était en mars 2018. Une vidéo publiée par Mediapart montrait le doyen de la faculté de droit de Montpellier applaudir l’évacuation très musclée d’un amphi par des hommes cagoulés. Une procédure administrative lui interdit désormais d’enseigner pendant cinq ans.

Avant que la justice se prononce sur l’implication d’enseignants et du doyen de la faculté de droit de Montpellier dans l’évacuation manu militari d’un amphi de la fac de droit, en mars 2018, les sanctions administratives sont tombées : Philippe Pétel, 59 ans, doyen de la faculté à l'époque des faits est interdit d’enseigner pendant cinq ans et Jean-Luc Coronel de Boissezon, 51 ans, professeur d’histoire du droit a été radié. Ils ont la possibilité de faire appel de ces sanctions. Dans le volet pénal de l’affaire, ces deux hommes sont mis en examen, avec quatre autres protagonistes.

Nous republions ci-dessous l’article dans lequel nous révélions notamment une vidéo montrant le doyen en train d’applaudir les agresseurs juste après leur assaut sur les étudiants.

Montpellier (Hérault), envoyé spécial.- Les grilles de la faculté de droit de Montpellier sont encore restées baissées, ce mercredi 28 mars. Pour le cinquième jour consécutif, Philippe Augé, le président de l’Université, a prolongé la fermeture administrative de l’UFR qui a été le théâtre d’une violente attaque contre des étudiants la semaine dernière. L’établissement ne devrait pas rouvrir avant le mardi 3 avril.

Dans la nuit du jeudi 22 au vendredi 23 mars, un groupe d’hommes cagoulés et armés de planches en bois a fait irruption dans les locaux pour déloger les occupants mobilisés contre la réforme de l’accès à l’université, envoyant trois personnes à l’hôpital. La communauté universitaire est encore sous le choc. Elle attend que les autorités administratives et judiciaires fassent la lumière sur les circonstances de l’intervention de ce groupuscule non identifié, alors que les étudiants ont voté le blocage « illimité » de l’Université Paul-Valéry (sciences humaines et de lettres).

Depuis vendredi, les plaintes s’empilent sur le bureau du procureur de la République de Montpellier, Christophe Barret. Six étudiants ont saisi la justice dès le lendemain de l’agression. Mais, selon nos informations, le nombre de plaignants s’élève désormais à neuf. Pour la plupart d’entre elles, les plaintes concernent des faits de violences volontaires, avec les circonstances aggravantes qu’elles auraient été commises avec arme et en réunion. Les étudiants doivent être examinés jeudi par un médecin légiste pour évaluer leur incapacité totale de travail (ITT), même si aucun d’entre eux ne présente de séquelles physiques majeures. Tous restent en revanche profondément marqués par cette expédition punitive dans une faculté logée au cœur de la ville.

Près d’une semaine après les faits, les étudiants souhaitent à tout prix que les enquêtes en cours – administrative et judiciaire – n’occultent pas le rôle des responsables de l’UFR présents sur les lieux, dont le doyen Philippe Pétel. Ce professeur de droit aguerri et jusqu'ici bien considéré par ses pairs, à la tête de la faculté depuis juin seulement, a démissionné de ses fonctions de doyen samedi après avoir tout juste reconnu une erreur de « communication » dans le traitement des événements.

Pourtant, il semblerait que les problèmes liés à sa gouvernance ne se limitent pas à un déficit d’information : une vidéo que révèle Mediapart montre en effet le doyen en train d’applaudir les agresseurs juste après leur assaut sur les étudiants.

Il est un peu plus de minuit, dans la nuit de jeudi à vendredi, quand la scène a été tournée. En quelques minutes, le groupe d’hommes armés est parvenu à repousser les quelques dizaines d'occupants de l’amphithéâtre A en dehors des murs de la faculté. Les grilles se referment. Et les assaillants se retirent à l’intérieur du hall d’entrée, cagoules sur la tête et planches de bois à la main, sous le regard bienveillant d’étudiants et professeurs anti-occupation qui étaient sur place depuis plusieurs heures. 

Des extraits de cette séquence montrant la fin de l’agression ont déjà été diffusés dans l’émission Quotidien. Mais le fichier source – en intégralité et de meilleure qualité – que nous publions ici permet d’identifier les personnes qui se sont massées autour des agresseurs pour… les féliciter vigoureusement une fois les grilles fermées. On y voit notamment le doyen Philippe Pétel, mais aussi plusieurs membres du personnel de la faculté (service administratif et corps enseignant) applaudir des deux mains les assaillants.

Invité à commenter ces images accablantes, Philippe Pétel n’a pas répondu à nos multiples sollicitations (voir boîte noire). Selon Le Point, l’ex-doyen de la fac de droit, qui est la cible de menaces depuis plusieurs jours, a déposé une plainte pour diffamation. « Alors que le résultat de l’enquête n'est pas connu, Philippe Pétel est mis sur le pilori du tribunal 2.0 », dénonce, dans les colonnes de l’hebdomadaire, Me Romain Subirats, enseignant à la fac de droit et ancien élu au conseil de l’UFR.

Le président de l’Université, Philippe Augé, a lui accepté de répondre à nos sollicitations par écrit. Il affirme que « ce n'est pas (son) rôle » de commenter les vidéos et les messages diffusés sur les réseaux sociaux. « Je dois assurer la stabilité de l'université et la continuité du service public. Mon souci est avant tout d'apaiser et de revenir à un climat le plus serein possible à la réouverture », poursuit-il. À propos des caméras évoquées plus haut, il nie leur existence. Il n'y en aurait, d'après lui, ni dans les bâtiments, ni sur les parkings. « La manière dont les assaillants ont pu pénétrer dans la faculté fait partie des questions auxquelles l'enquête devra répondre, de même que celle de l'identité des agresseurs », indique-t-il.

© Document Mediapart

Cette nouvelle vidéo renforce les soupçons sur la proximité des agresseurs avec des représentants de la faculté. Vendredi, devant les caméras de France 3, Philippe Pétel avait déjà laissé entendre qu’il avait a minima cautionné cette intervention : « Les étudiants ont voulu se défendre, je ne peux pas les en blâmer. Les étudiants en droit qui étaient là étaient tous contre l’occupation. (...) Je suis assez fier de mes étudiants. Je les approuve totalement. »

L’ancien doyen n’a en revanche jusqu’ici pas levé le voile sur les coulisses de l’intervention de ces personnes masquées. « Tout cela a l’air diablement organisé. Cela ne me semble pas être seulement une réaction épidermique de quelques étudiants ou enseignants à une occupation qu’ils contestaient », relève Me Jean-Louis Demersseman, qui défend huit des neuf plaignants. « Un enseignant n’a pas un Taser et une cagoule dans son matériel quotidien », ajoute l'avocat, qui préside par ailleurs la commission « accès au droit » du SAF (Syndicat des avocats de France).

D’autres étudiants ont confirmé à Mediapart le côté « militaire » et « préparé » de l’opération. Deux plaignants, Pierre et Olivier, en master en sciences humaines à l’Université Paul-Valéry-Montpellier, étaient en bas de l’amphithéâtre, assis au bureau, quand ils ont vu les assaillants investir les lieux, aux cris de « Cassez-vous ! », « Dégagez ! » « Deux d’entre eux sont descendus par les escaliers de droite pour faire remonter les étudiants vers l’entrée opposée, celle de gauche, où d’autres agresseurs attendaient. Là, ça tapait fort ! » racontent-ils. Des vidéos diffusées dès vendredi sur les réseaux sociaux confirment ce scénario. Par contre les témoignages fluctuent sur le nombre d’agresseurs en cagoule, armés de planches de palette de bois : de quatre à sept hommes, selon les témoins et plaignants rencontrés. 

Pierre et Olivier expliquent aussi avoir repéré la personne qui aurait tenu la porte de l’amphithéâtre aux assaillants. Son identité, selon eux ? Le doyen Philippe Pétel en personne. José Luis Torres, 45 ans, secrétaire départemental « Solidaires » présent lors du blocage, soutient la même version : « J’étais en haut de l’amphi, à quelques mètres de l’entrée. Et je suis formel : Pétel tenait la porte pour les agresseurs, il était à l’embrasure de la porte », expose-t-il à Mediapart, après avoir, lui aussi, déposé une plainte mardi matin.

Un autre point taraude les manifestants : qui a fait entrer les hommes armés et cagoulés dans l’enceinte de la faculté ? L’accès principal au hall d’accès était occupé par des étudiants et du personnel de sécurité. Et toutes les autres issues avaient été condamnées dans la journée par l'administration avec chaînes et cadenas. « On ne pouvait donc pas accéder au hall d'entrée sans intervention d’un responsable de la faculté », expose M. Torres. 

Publié le 09/02/2019

 

« Ségrégation, Privation de libertés, Non respect des droits »

Selon Catalina Devandas Aguilar, Rapporteure spéciale Handicap de l’ONU au sujet de la France

Voici comment l'ONU a qualifiée la situation des personnes handicapées en France, en 2018 !

 

Stop handiphobie, validisme, capacitisme,

Oui à la Convention ONU et à la vie autonome et Rien pour nous sans nous !

 

Le 11 février 2005 a été votée la Loi pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. 14 ans après, cette loi n'est toujours pas appliquée!

Tout comme la Convention des Droits des Personnes Handicapées (CDPH) de l'ONU entrée en vigueur en 2010.

 

Depuis toujours nos droits fondamentaux sont bafoués, et nos situations deviennent de plus en plus intenables. Mis à l'écart, exclu(e)s, confiné(e)s dans la misère et la solitude, enfermé(e)s dans des institutions maltraitantes, on ne parle de nous que pour des élans de charité dont nous ne voyons jamais les bénéfices.

 

Nous sommes pourtant des êtres humains au même titre que les autres, bien plus handicapables qu'handicapé(e)s, qui désirons les mêmes choses : vivre, aimer, rire, travailler, être respecté(e)s, avoir le choix et le contrôle de nos vies !

 

De nombreuses personnes handicapées ont rejoint et sont actives dans le mouvement des gilets jaunes, car nous avons comme tous les citoyens mobilisés, des revendications communes. Et pourtant celles nous concernant restent méconnues. Par ignorance, par habitude : nous sommes les éternel(le)s oublié(e)s.

 

Nous sommes près de 10 millions !

Et nous aussi, nous sommes en colère !!

 

Pour exiger le respect de nos droits et l'application des lois et conventions internationales.

Pour un revenu d'existence décent pour tou(te)s, sans prise en compte de celui du conjoint.

Pour l'autonomie, une réelle compensation du handicap, la fin des maltraitances, le respect.

Pour l'accessibilité pleine et entière.

Pour la fermeture des institutions ghettos, et des moyens pour vivre en milieu ordinaire.

Pour que nous soyons représenté(e)s par nous-mêmes et non par des profiteurs.

Pour un accès égal à l'éducation, à l'emploi, à la formation, au logement, aux soins, ….

Gilets jaunes, syndicalistes, associations, simple citoyens, venez nous soutenir !

Et comme pour les manifestations pour les droits des femmes, vous vous mettrez derrière nous.

 

Nous n'aurons que ce que nous prendrons !

 

 

 

« Les z’handi en colère »

 

 

Publié le 09/02/2019

Postiers de Montpellier en Action

 

 

Nous avons enfin trouvé une issue au conflit mais la route est encore longue !

 

Nous avons obtenu:

- L'embauche de 8 CDI

- Une organisation sans renfort ni sécable

- Un aménagement d'horaires des samedi pour les tournées finissant après 17h

- Une prime de 450€ et une autre de 150€

- Un regard sur les rééquilibrages de tournées avec des moyens pour y travailler

 

Nous restons soudés et déterminés car nous sommes conscients que ce n'est qu'une première victoire dans la lutte pour nos conditions de travail et pour un service public de qualité.

 

TOUS ENSEMBLE !

 

Publié le 08/02/2019

Liberté de la presse, de manifester, de l’action syndicale : l’inquiétante dérive autoritaire de Macron

par Ivan du Roy (site bastamag.net)

Avec la tentative de perquisition dont a fait l’objet Mediapart, une nouvelle ligne rouge a été franchie par le pouvoir. En coulisse, Emmanuel Macron rêve même d’une forme de mise sous tutelle de la presse, sous prétexte de respect d’une pseudo « neutralité ». La tentation autoritaire actuelle ne se manifeste pas seulement à l’encontre des journalistes : elle s’est déjà concrétisée dans la rue, avec le maintien de l’ordre très agressif depuis le début du mouvement des gilets jaunes, et au sein des entreprises, où les effets des ordonnances-travail se font sentir.

Même après les révélations sur l’affaire Cahuzac, le gouvernement de l’époque n’avait pas osé gratifier Mediapart d’une tentative de perquisition. Six ans plus tard, cette ligne rouge vient d’être franchie : ce 4 février en fin de matinée, deux procureurs du parquet de Paris accompagnés de trois policiers se sont présentés devant la rédaction du quotidien en ligne pour perquisitionner ses locaux. Motif : « Atteinte à l’intimité de la vie privée de l’ancien collaborateur du chef de l’État Alexandre Benalla et/ou de son acolyte, le gendarme Vincent Crase », explique la rédaction. Cette tentative de perquisition intervient après la diffusion d’enregistrements d’une conversation entre les deux hommes, montrant qu’en se rencontrant, ils ont violé le contrôle judiciaire auquel ils étaient astreints, et apportant des éléments sur l’implication d’Alexandre Benalla, intime d’Emmanuel Macron, dans un contrat passé avec un sulfureux oligarque russe.

Plutôt que de se saisir de ces nouveaux éléments sur une question qui concerne l’intérêt général, le parquet de Paris – placé, rappelons-le, sous l’autorité de la Garde des Sceaux Nicolle Belloubet – a donc préféré tenter d’identifier par quels moyens Mediapart s’est procuré les enregistrements. Le ministère public porte ainsi atteinte à la protection des sources, pourtant garantie par la Convention européenne des droits humains : « Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontière » (article 10). La rédaction de Mediapart s’est opposée à la perquisition – ce que tout mis en cause peut faire dans le cadre d’une enquête préliminaire et tant qu’aucun mandat n’a été délivré par un juge. L’équipe de Bastamag, qui travaille régulièrement avec ses consœurs et confrères de Mediapart, leur apporte bien évidemment toute sa solidarité.

Velléité de mise sous tutelle de la presse

Reste que cette intimidation est un nouveau signe inquiétant de la tentation autoritaire d’Emmanuel Macron. Se confiant à quelques éditorialistes triés sur le volet, la semaine dernière, le président de la République a fait part de sa volonté d’une forme de mise sous tutelle de la presse afin d’assurer sa « neutralité » et « la vérification de l’information ». Cet échange est rapporté par le magazine Le Point, qui n’hésite pas à critiquer un « fantasme macronien » visant à instaurer un « service d’information d’État délégué à des journalistes stipendiés ». « Prenant conscience de la sagesse infinie de notre infaillible Jupiter, les journaux décideront spontanément de lui confier la détermination de la vérité via un système financé par lui, et ce, pour le plus grand bonheur du peuple », ironise Le Point.

Le rapport à la vérité d’Emmanuel Macron consiste sans doute à évacuer sans vergogne certains problèmes. Comme il l’a fait lors du grand débat du 1er février avec les élus d’Outre-mer, à propos du chlordécone, un insecticide épandu sur les plantations de bananes aux Antilles, qui a des conséquences dévastatrices sur la santé des habitants. « Non, les enfants ! », a-t-il alors lancé aux élus de Guadeloupe, de Martinique ou de La Réunion, comme le raconte le chroniqueur Samuel Gontier, on ne questionne pas la vérité présidentielle... L’exercice – un président, seul face à plusieurs dizaines de maires et d’élus, distribuant le micro et monologuant pendant des heures sur la ruralité, l’Outre-mer ou les banlieues – illustre une conception ultra-centralisé et personnalisée du pouvoir. Nous sommes beaucoup plus proches de l’image du PDG venant, d’en haut, remotiver ses collaborateurs que de la pratique d’états généraux ou de « Grenelle » où les différents acteurs débattent d’une question sur un pied d’égalité.

Management et maintien de l’ordre agressifs

Sur d’autres sujets, la tentation autoritaire a dépassé le stade du fantasme pour se matérialiser très concrètement. Dans la rue déjà, face au mouvement des gilets jaunes, avec une stratégie de maintien de l’ordre au bilan toujours plus lourd et de plus en plus contestée : 175 personnes blessées à la tête, 17 éborgnées et 4 mains arrachées depuis le 17 novembre. Sans oublier plus de 5300 gardes à vue. Ce mouvement a été l’occasion de passer en vitesse une nouvelle loi « anti-casseur » qui permettra aux représentants de l’État d’interdire arbitrairement, sans recours à un juge, à des personnes de manifester.

Dans les entreprises, les effets des ordonnances travail, décrétées dans la foulée de l’élection présidentielle, se font déjà sentir. Les contre-pouvoirs aux directions d’entreprises et aux logiques financières qu’incarnaient les représentants du personnels, en particulier au sein des comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) autrefois capables de diligenter des expertises indépendantes sur les conditions de travail et la santé des salariés, se fragilisent ou disparaissent progressivement, laissant le management agressif régner en maître. Agressif certes, mais infaillible, comme le Président.

 

Publié le 07/02/2019

Gilets jaunes : « La grève générale illimitée, c’est la seule façon de gagner dans l’Histoire »

par Simon Gouin (site bastamag.net)

Quelles revendications mettre en avant ? Comment s’organiser ? Entre les marches du samedi, les actions coup de poing et les discussions internes, les gilets jaunes normands tentent de se structurer autour de François Boulo, une figure locale et nationale, qui semble faire l’unanimité. L’avocat très médiatisé ne voit désormais qu’une possibilité pour faire avancer le mouvement et obtenir de nouvelles élections : la grève générale illimitée. Récit d’un débat hors du « grand débat national », alors que l’exaspération des gilets jaunes est de plus en plus forte. « Il y a beaucoup de manifestants qui, aujourd’hui, tendent à une fermeté d’action et de propos, alors qu’à la base, ce n’était pas le cas », s’inquiète l’un d’eux.

« Est-ce que le président de la République a un cœur qui bat ? Des oreilles qui entendent notre détresse ? On ne peut pas gouverner contre le peuple. Il faut revenir aux urnes. Pour le contraindre, nous n’avons qu’une stratégie : la grève générale illimitée. » Les applaudissements fusent après les mots de François Boulo. Cet avocat de 32 ans est devenu une figure des gilets jaunes normands. C’est autour de lui qu’ils se sont rassemblés, ce samedi, dans la Maison de quartier, au milieu des petites tours HLM du quartier La Pierre-Heuzé, au nord de Caen. « La grève générale illimitée, c’est la seule façon de gagner dans l’Histoire », estime François Boulo qui appelle à soutenir en parallèle les commerces proximité. De brefs « Macron, démission » sont lancés, avant que les débats ne reprennent.

L’avocat rouennais arrive d’Évreux, où se déroulait ce samedi 26 janvier une manifestation régionale. 300 gilets jaunes l’accueillent sous les applaudissements. À 100 mètres, sept cars de CRS sont positionnés autour de l’entrée principale du quartier, au bord du périphérique de Caen. Entre l’église Saint-Bernard et la salle, une équipe de « médics » est assise sur un banc, après la désormais traditionnelle manifestation du matin, pendant qu’à l’intérieur, les prises de parole se succèdent. À quelques kilomètres, le mémorial de la Seconde Guerre mondiale accueille un concours international de plaidoiries pour les droits humains. Pendant que les élèves avocats et les avocats y défendent la cause des opprimés, dans la Maison de quartier, c’est le « peuple » qui s’exprime directement. Parfois avec éloquence, parfois sans filtre, toujours avec énergie et conviction.

Où va l’argent ?

« Ça fait des années que nous sommes gentils, débute un homme. La répression continue. Le gouvernement est contre les gens modestes, ça ne cesse pas. On ne peut pas être gentils quand on est réprimés. Les élus ont accepté les délocalisations et M. Macron est le représentant du patronat. Des moyens pour vivre, il y en a des milliards, et ils se promènent ! Il faut aller les chercher ! » Une femme précise que les petits patrons « sont avec nous et prêts à mettre la clé sous la porte ». « Le patronat n’est pas homogène », ajoute le conseiller départemental Antoine Casini, proche du PS, hôte de la rencontre et animateur du débat.

Le Smic à 2000 euros ; limiter les écarts de revenus ; augmenter les ouvriers quand les dirigeants s’augmentent ; pas de retraités avec moins de 1000 euros : un homme avance ses priorités tandis qu’un cahier de doléance circule dans la salle. Les questions économiques et sociales sont au cœur des débats. « Tous les services essentiels sont en train de s’effondrer : la justice, les hôpitaux, l’éducation, s’indigne François Boulo. On a toujours de la croissance mais les impôts ne baissent jamais. Où va l’argent ? Dans la poche des 1 % voire des 0,1 %. 150 à 170 milliards d’euros sont captés par les riches, chaque année. Et le budget de l’État, c’est 240 milliards d’euros ! » [1]

« Il y a 26 milliardaires qui foutent les gens dans la merde »

« Que fait-on si on récupère cet argent ? », s’interroge une femme. « On va le donner aux services publics, pas aux grandes entreprises », répond un autre. « En 2008, on a inventé un concept : on a payé à la place des banques, reprend François Boulo. L’Islande, elle, a choisi de ne pas payer pour les banques. » Un jeune homme de Lutte ouvrière (extrême gauche) s’exprime : « Le grand patron, c’est un tique. Il te suce le sang, et comment tu t’en débarrasses ? Tu lui coupes la tête. Il y a 26 milliardaires qui foutent les gens dans la merde. Il faut prendre les usines par l’occupation. Il faut changer nos modes de consommation. » Un gilet jaune dénonce « cette société mondialiste ». « On n’en veut plus. Mais il va falloir d’abord se coordonner. La convergence des luttes est indispensable. Les femmes, les demandeurs d’asile, les syndicats, on est tous travailleurs. »

Un gilet jaune interrompt les débats pour les annonces de la semaine. Une mobilisation devant l’inspection académique, une intervention en même temps qu’un débat public... Problème : la prochaine assemblée citoyenne a été fixée en même temps que le goûter du dimanche après-midi, « qui est organisé à la même heure, depuis un mois. Ce n’est pas possible ! » s’exclame une gilet jaune. « On ne fait pas la révolution avec un goûter », lui répond un autre, déclenchant les rires de l’assemblée. Les deux personnes doivent se retrouver ensuite pour harmoniser l’agenda.

« Taper sur les lobbys, les multinationales »

C’est aussi l’un des objectifs de ces rassemblements : structurer progressivement les gilets jaunes, à l’échelle locale et régionale, et parvenir à une meilleure organisation. « Nous avons besoin d’une tête », avance quelques jours plus tôt Ludivine, 21 ans, licenciée en philosophie. Celle qui a arrêté ses études pour régler ses problèmes financiers a découvert le mouvement des gilets jaunes au rond-point à côté du MacDo dans lequel elle travaillait. « J’avais perdu la foi en la solidarité de l’humain, dit-elle. Sur le rond-point, une mini-société, d’entraide, s’est créée. On a bloqué la raffinerie pendant deux semaines. » Pour la jeune femme, l’important « est de taper sur les lobbys, les multinationales qui font du tord aux petits commerçants ». « Aujourd’hui, ce serait égoïste de faire des enfants sachant le monde qu’on leur propose, suggère-t-elle. François Boulo fait l’unanimité. Fly Rider [Maxime Nicolle] divise. Mais on a besoin de la popularité de ces têtes, qu’on les aime ou pas. »

Cette nécessité d’avoir des représentants « fidèles et loyaux », Timoléon Cornu la partage. Pour cette figure des gilets jaunes du Calvados, régulièrement invité par les médias, « les gens ont peur qu’on retombe dans cette trahison de nos représentants. On ressent toujours cette méfiance par rapport au système pyramidal. Nous devons nous organiser et définir ensemble notre propre représentation, afin qu’elle soit différente par rapport au modèle actuel. » Le jeune homme dont le contrat en intérim n’a pas été renouvelé après une blessure à la cheville sur un terrain de football, est en faveur d’un vrai dialogue avec l’État. « Du grand débat, j’en attends beaucoup », avance-t-il quelques jours avant la rencontre de samedi, en rappelant que cette idée de débat faisait partie des revendications des gilets jaunes. « J’espère que ça peut permettre d’appliquer une démocratie directe. Le problème, c’est que le grand débat n’est pas indépendant du pouvoir exécutif. »

« Je suis inquiet par la situation actuelle »

Timoléon Cornu voit dans le mouvement des gilets jaunes une occasion de recréer du lien social. « Je suis inquiet par la situation actuelle, explique-t-il. S’il y a un mort, on ne pourra plus faire machine arrière. Car le sang appelle le sang. Et il y a beaucoup de manifestants qui, aujourd’hui, tendent à une fermeté d’action et de propos, alors qu’à la base, ce n’était pas le cas. Mais ils se dressent et disent : stop, c’est bon ! Le gouvernement a réussi son jeu. » « J’ai vu des mamies devant les barricades, raconte de son côté Chloé Tessier, autre figure du mouvement local. Il y a une réelle colère quand les forces de l’ordre vous insultent. Mais quand Luc Ferry dit : "Il faut en finir une fois pour toute", pourquoi n’est-il pas poursuivi pour incitation à la haine et au meurtre ? Ce n’est pas pour autant que la violence est bien, mais je peux la comprendre. Les forces de l’ordre visent la tête : est-ce pour tuer ? »

Dans les discours de nombreux gilets jaunes, l’État n’est plus légitime. « Les représentants de l’’État peuvent parler, ils ne sont plus légitimes. Ce sont des facteurs déclenchant d’insurrection et d’actions beaucoup plus fortes. Quand les gilets jaunes sont violents, pas forcément physiquement mais aussi contre certains symboles, ils ne se considèrent pas comme violents, car ce sont eux qui estiment avoir la légitimité », explique Alban Raymond, qui mène des recherches sociologiques et anthropologiques à partir d’entretiens avec les gilets jaunes [2].

« Le vrai débat se fait sur les ronds points »

Pourtant, c’est bien de l’État que les gilets jaunes attendent malgré tout un geste. Quelles mesures pourraient apaiser les tensions ? Des « réformes institutionnelles » ; « la mise en place du RIC », le référendum d’initiative citoyenne (lire ici) ; « la baisse des salaires des députés » ; « la fin des violences policières » ; « la diminution de la TVA sur les produits de première nécessité », avancent entre autres les gilets jaunes que nous avons interrogés. Le grand débat ? « On se fout de notre gueule », exprime l’une d’entre elles. « Macron débat avec des gaz lacrymogènes et des matraques, dit Ludivine. On n’est pas dupes, même s’il nous prend pour des idiots. Le vrai débat se fait sur les ronds-points, pas dans les salles avec des petits fours. »

Participer à l’élection européenne offrirait-il une porte de sortie ? Dans la maison de quartier de La Pierre-Heuzé, ce samedi, l’initiative menée par Ingrid Levavasseur, une aide-soignante gilet jaune, est sévèrement critiquée par le jeune avocat. « Le Parlement européen n’a presque aucun pouvoir. On va aller renforcer le parti au pouvoir. Désormais, ces gilets jaunes se sont exclus du mouvement. Ils sont allés contre nos avis, donc ils ne font plus partis du mouvement. » L’avocat estime qu’il « faut sortir de la concurrence libre et non faussée » imposée par l’Union européenne.

« Il y a trois fois plus de lobbyistes que de parlementaires »

L’Union européenne est souvent pointée du doigt. « Aujourd’hui, nous ne sommes plus en démocratie, mais dans une dictature, estime un gilet jaune. La France est dans l’Europe, et est obligée de mettre en place une politique décidée par la Commission européenne qui n’est pas élue, mais désignée. Il y a trois fois plus de lobbyistes que de parlementaires. » Un homme raconte que son entreprise a construit une unité dans un pays de l’Est, où la concurrence des salaires est déloyale. « Il faut sortir de l’Europe », conclut un autre. « Viser les étrangers comme étant la source de nos malheurs, c’est une erreur, prévient une femme. Les gros patrons sont très contents qu’on se batte entre nous. Depuis que je suis en France, je n’ai que quelques miettes qui me permettent même pas de survivre. La place des femmes dans le mouvement est essentiel. Elles nous permettent d’être empathiques et d’élargir notre lutte. »

« Autant abandonner le capitalisme », avance un jeune homme quelques minutes plus tard avant qu’une gilet jaune interroge, à la volée : « Vous en pensez quoi, vous, des obligations de vacciner ? Le gouvernement sait-il l’impact que cela peut avoir sur les bébés ? » Pour un autre gilet jaune, la priorité est celle de la limitation de vitesses à 80 km/h. « Je suis prêt à organiser un truc là-dessus. » Un homme propose d’abandonner le gilet jaune contre un « foulard rouge » et de se rendre sur les ronds-points. Une action commune est annoncée le soir-même, au sud de la ville. Elle sera révélée au dernier moment avec les gens présents sur place, et finalement empêchée par les forces de l’ordre.

« La politique doit servir à tout le monde », conclut François Boulo après deux heures d’échanges. Le porte-parole des gilets jaunes avance trois mesures prioritaires : la mise en place d’un impôt basé sur la nationalité - « si vous êtes Français, vous payez votre impôt en France » -, des peines planchers pour les fraudeurs fiscaux, et amorcer la transition écologique en discutant de la répartition des richesses. « Nous ne pouvons plus augmenter la croissance. On doit répartir les parts du gâteau autrement. » Une minute de silence est observée pour les blessés du mouvement. Jérôme Rodrigues, un gilet jaune médiatisé, blessé à l’œil à Paris, est dans tous les esprits. Une « marche blanche en hommage aux blessés et aux mutilés, victimes de la violence policière » se déroulera d’ailleurs à Paris, ce samedi 2 février. La grève générale, elle, sera testée le mardi 5 février, avec le ralliement de plusieurs organisations syndicales, dont la CGT et Solidaires, à l’appel de gilets jaunes.

Simon Gouin

Notes

[1] Les ressources nettes du budget général de l’État s’élèvent à 242,9 milliards d’euros en 2018, voir le détail ici.

[2] Pour son étude, Alban Raymond cherche des gilets jaunes à interviewer dans le cadre d’entretiens privés. Si vous êtes intéressés, vous pouvez écrire à stephen.descola@gmail.com.

 

Publié le 06/02/2019

Espagne 1936-1939 : une « guerre civile » ?

Jean Ortiz (site humanité.fr)

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé.

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"Ce concept de « guerre civile » peut se révéler, pour traiter de l’Espagne des années 1930, réducteur, voire instrumentalisable par « les vainqueurs », qui mettent l’accent sur une « égalité des responsabilités » dans la Guerre d’Espagne."

L’expression « guerre civile » est en quelque sorte devenue, en Espagne, une facilité, une habitude de langage, que la plupart des historiens , y compris les plus progressistes, utilisent pour parler de la période 1936-1939. Tuñón de Lara, Espinosa, Moreno, Casanova, Viñas ... ne sont pas pour autant des « révisionnistes » et nous savons combien leurs travaux sont indispensables. Toutefois, ce concept de « guerre civile » peut se révéler, pour traiter de l’Espagne des années 1930, réducteur, voire instrumentalisable par « les vainqueurs », qui mettent l’accent sur une « égalité des responsabilités » dans la Guerre d’Espagne. Une façon aussi pour certains de ne pas reconnaître les crimes franquistes commis pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des crimes contre l’humanité. Donc imprescriptibles ; la plupart des grandes forces politiques espagnoles actuelles, les « libéraux » de droite et « de gauche », se retranchent derrière la fausse loi d’« amnistie » de 1977 (bourreaux et victimes « équidistants ») pour refuser d’ouvrir le procès, qui n’a pas encore eu vraiment lieu, du franquisme, et sanctuariser une monarchie imposée, donc illégitime.

 

On sait qu’une tendance lourde de l’historiographie actuelle sur la guerre d’Espagne consiste à renvoyer dos-à-dos « terreur rouge » et « terreur noire », fascistes et Républicains. Les « deux camps » seraient « tous coupables », d’où la notion frelatée, perverse, « d’ équilibre de la mémoire ». En criminalisant l’adversaire, on rend de fait plus dure et paradoxelemnt plus acceptable aussi la répression (ici l’anéantissement) et en quelque sorte on la légitime . On retrouve ces tactiques à l’œuvre dans les conflits actuels.

 

Pourquoi nous sommes réticents à parler de « guerre civile ? Dans une grande partie de l’Espagne, ce qu’il est convenu d’appeler « guerre civile » englobe plusieurs éléments : des révolutions sociales localisées (surtout en Catalogne, Aragon, Andalousie ), le premier affrontement  démocratie / fascisme, une guerre « internationale », une guerre de classe, une répression « exemplaire »... Le violentissime « golpe » (coup d’Etat) permit aux factieux d’appliquer très vite un « plan d’extermination » . En premier lieu du prolétariat urbain et rural. Pour les franquistes, il ne s’agissait pas seulement de gagner la guerre mais d’éradiquer, pour l’éternité, « le marxisme », la « révolution », considérés aussi comme des maladies à « nettoyer », à « épurer ». Les villes et les régions rurales de l’intérieur furent ravagées, essentiellement par les troupes coloniales, aguerries, féroces, que Franco fit atterrir en Andalousie et qui remontèrent vers Madrid en « colonne de la mort », pratiquant la stratégie de la « terre brûlée », l’écrasement de toute arrière-garde. D’où une « épuration » féroce. Des ondes de « Radio Séville », le chef factieux Queipo de Llano appelait chaque soir les légionnaires, les « coloniaux », à « se comporter en vrais mâles, pas des (...) comme les républicains, à violer les femmes « rouges» pour défendre « la race ». Les fascistes menaient une « croisade », une guerre de libération contre « les rouges » : le mal absolu. D’ailleurs, les cartes des fosses communes coïncident le plus souvent avec les bastions républicains, les endroits qui résistèrent le plus...

 

Comment dormir apaisé lorsque, par exemple, l’on est Cordouan et que l’on sait que dans les deux grands cimetières de la ville gisent encore plus 4000 corps de républicains « disparus », fusillés par les putschistes et jetés, entassés dans des « fosses du silence ».

 

« Nous avons décidé de ne pas parler du passé », confia au journal « El País » du 20 avril 2001, Felipe Gonzalez, l’ex-chef des gouvernements « démocratiques » de l’après-Franco (14 ans). Dans ces années-là, son numéro deux, Alfonso Guerra,  qualifiait le travail de mémoire de « poussiéreux », de « pure archéologie ». Le 20 novembre 2002, le Congrès espagnol adopta une motion minimaliste qui condamnait du bout du bout des lèvres, le franquisme sans mentionner le coup d’Etat militaire, et en réduisant la Guerre à un « affrontement civil entre les Espagnols ». Depuis, l’investissement mémoriel de nombreuses associations a contribué à une sorte de « retour de mémoire ». Et ce, plus particulièrement à partir 1996.

 

Les gouvernements socialistes ont beaucoup participé à la perte de mémoire, par calcul politique, pour préserver entre autres la monarchie, alors que le moment était opportun pour mener une offensive mémorielle sur la République et la Guerre, pour que recule le révisionnisme. Et « récupérer » au passage ( !) des valeurs que Franco pensait avoir enfouies à tout jamais. Et cela dure encore... Le PSOE a lâché la République. Mais le procès du franquisme reste à réaliser. Le 27 12 2007, un texte du gouvernement Zapatero, la loi 52 /2007, se posait faussement en « loi de mémoire », sans toutefois répondre véritablement aux enjeux. Aucun de ses articles ne comporte le mot « République » ; elle ne porte pas une condamnation claire du franquisme, etc. Le parti populaire n’en a même pas profité pour se démarquer (« desvincularse ») du franquisme, dont il est l’héritier politique. Il assume.

 

Le 20 novembre 2008, José Luis Zapatero, au palais de la Moncloa, plaida pour l’oubli, tout en ajoutant : « bien qu’il y ait des gens plus enclins à oublier que d’autres ». D’où la tentation de botter en touche sur l’aide aux associations de récupération de la mémoire historique. Le PP, lui, là où il gouverne n’a pas accordé (à ma connaissance) la moindre subvention conséquente pour l’exhumation des fosses communes. Il faut des géologues, des archéologues, des médecins légistes ; des avocats, des tests ADN... Tout cela a un prix : le prix de la justice, de la vérité, de la mémoire. Alors, prenons garde au révisionnisme sémantique... Ne nous laissons voler ni les maux, ni les mots.

Publié le 05/02/2019

Disparition. Josette Audin, une vie à rendre justice

 

Maud Vergnol (site humanite.fr)

 

Elle avait consacré son existence à ce que la vérité soit faite sur l’assassinat de son mari et la pratique de la torture pendant la guerre d’Algérie. Josette Audin est décédée samedi matin à l’âge de 87 ans.

 

Une grande dame s’est éteinte. Josette Audin est décédée samedi à l’âge de 87 ans, emportant avec elle l’histoire intime de la grande Histoire, celle qu’elle aura contribué à écrire par sa persévérance et son courage. Nous n’oublierons pas son merveilleux sourire, le 13 septembre dernier, lorsque le président de la République est venu chez elle lui demander pardon, « au nom de la République ». Josette aura vécu ce moment avant de s’en aller. Cette reconnaissance officielle de l’assassinat de Maurice Audin par l’armée française, elle y a travaillé plus de soixante ans, affrontant les lâchetés politiques et les mensonges de la Grande Muette. Par amour. Mais aussi pour tous les Algériens victimes de la torture. Car si sa vie a été indissociablement liée au nom de son mari, Josette Audin était une militante communiste, anticolonialiste, dont l’engagement ne s’est jamais affadi. Ces derniers mois, en dépit de la maladie, elle trouvait la force d’être là où son combat devait la mener. Le 12 décembre, elle était au premier rang de l’amphithéâtre de l’Institut Poincaré, pour la cérémonie de remise du prix de mathématiques Maurice-Audin. Le 14 septembre, elle avait tenu à venir à la Fête de l’Humanité, pour partager avec les siens la formidable victoire politique de la reconnaissance, la veille, du crime d’État par Emmanuel Macron. Le public de la Fête le lui avait bien rendu, par un de ces instants magiques où l’émotion n’a plus besoin de mots. À l’Agora, sa frêle silhouette avait soulevé l’admiration et le respect d’un public qui a partagé son engagement pendant toutes ces années. Celui qui a permis que le nom de Maurice Audin ne tombe pas dans l’oubli.

Le 11 juin 1957, un commando de parachutistes l’arrache au bonheur

Sa vie a basculé en 1957. Josette a 25 ans. Militante du Parti communiste algérien (PCA), elle a rencontré Maurice Audin cinq ans plus tôt, à la faculté d’Alger. Ils partagent l’amour des mathématiques, de l’Algérie et de son peuple. Un pays où elle est née et a grandi, dans le quartier de Bab El Oued. « On était conscient des risques qu’on prenait, expliquait Josette Audin, mais nous étions révoltés par le colonialisme. On ne supportait pas de voir des gosses algériens cirer les chaussures dans les rues, au lieu d’aller à l’école. Au marché, si le vendeur était arabe, tout le monde le tutoyait. Nous ne l’acceptions pas ».  Au mois de juin 1957, l’un des plus meurtriers de la bataille d’Alger, le jeune couple héberge des militants clandestins dans son appartement de la rue Flaubert, dans le quartier du Champ-de-Manœuvre. C’est ici que, vers 23 heures, le 11 juin 1957, des parachutistes tambourinent à leur porte, derrière laquelle dorment leurs trois enfants : Michèle, 3 ans, Louis, 18 mois, et Pierre, un mois. « Quand est-ce qu’il va revenir ? » demande Josette Audin, alors que son mari est enlevé par l’armée. « S’il est raisonnable, il sera de retour dans une heure », lui répond un capitaine. « Occupe-toi des enfants », a le temps de lui lancer Maurice Audin. Ce seront les derniers mots qu’elle entendra de lui, qui n’est jamais revenu. Et Josette n’a jamais cru à la thèse de l’évasion avancée par les autorités. « Jamais », assurait-elle. « Il aurait tout fait pour prendre contact avec moi .».Depuis ce jour où un commando de parachutistes l’a arrachée au bonheur, Josette ne s’est jamais résignée.

Josette Audin n’a jamais renoncé, ne s’est jamais résignée

« Mon mari s’appelait Maurice Audin. Pour moi il s’appelle toujours ainsi, au présent, puisqu’il reste entre la vie et la mort qui ne m’a jamais été signifiée », écrivait-elle en 2007 dans un courrier adressé à Nicolas Sarkozy, publié dans nos colonnes, resté lettre morte. Inflexible, pendant plus de soixante ans, Josette n’a jamais renoncé à sa quête de vérité. Dès le 4 juillet 1957, elle porte plainte contre X pour homicide volontaire. La famille de Maurice Audin est la seule à l’épauler dans ces semaines pénibles, où les soutiens se font rares. Les collègues de la faculté ne se précipitent pas pour l’aider. Quant aux camarades, « c’était trop dangereux pour eux de me contacter ». L’instruction de l’affaire, commencée en juillet 1957 à Alger, est transférée à Rennes en 1960. Deux ans plus tard, un premier non-lieu sera prononcé pour « insuffisance de charges ». Mais Josette Audin ne baisse pas les bras. C’est une battante, une militante. Elle décide de rester vivre en Algérie et, après l’indépendance, elle fait le choix de devenir fonctionnaire algérienne, quitte à perdre beaucoup de salaire. Ce n’est qu’à l’été 1966, après le coup d’État de Boumédiène, qu’elle se résout à partir en France, pour protéger sa famille. « On a annoncé à tout le monde, aux voisins, qu’on allait passer l’été dans le sud de l’Algérie. Ma mère avait tout organisé. On a atterri pour une autre vie à Étampes », raconte Pierre Audin, son plus jeune fils, lui aussi mathématicien. « Pas de chance, le proviseur du lycée où ma mère enseignait était au FN. Donc on est partis vivre à Argenteuil… » Quelques semaines après son arrivée en France, en décembre 1966, la Cour de cassation déclare l’affaire « éteinte ». Mais les plaies sont toujours ouvertes. « Ma mère n’en parlait jamais. C’était son jardin secret, et on l’a respecté, confie Pierre Audin. Il y avait son portrait partout, je me doutais que c’était un héros, mais je ne savais pas pourquoi. Un jour, je suis tombé sur un livre dans la bibliothèque, intitulé l’Affaire Audin… »

La reconnaissance par Macron, une victoire personnelle et politique

Les années passent, et chaque nouvelle étape de l’affaire replonge Josette Audin dans ce deuil impossible. Elle ne s’est jamais remariée. Au début des années 2000, alors que les tortionnaires soulagent leur conscience dans la presse française, Josette remonte au front et dépose une nouvelle plainte contre X pour séquestration, qui aboutira encore à un non-lieu. Elle refuse de rencontrer en privé la famille des assassins de son mari : « Si la vérité doit advenir, explique-t-elle, il faut que cela soit devant tout le monde, devant la justice de la République. » L’espoir, la lassitude, la colère… En janvier dernier, à l’Assemblée nationale, à 87 ans, elle était venue redire, avec une incroyable dignité, qu’elle espérait toujours que « la France, pays des droits de l’homme, condamne la torture, ceux qui l’ont utilisée, et ceux qui l’ont autorisée ». Ce jour-là, le mathématicien Cédric Villani est à ses côtés. Le député LaREM en est convaincu : Emmanuel Macron doit reconnaître ce crime d’État. Simultanément, l’Humanité publie des témoignages d’appelés qui racontent l’horreur de la torture et remettent dans le débat public les pratiques de l’armée française pendant la guerre d’Algérie. Une lettre ouverte adressée au président de la République, signée par de nombreuses personnalités, est également publiée dans nos colonnes. « Des deux côtés de la Méditerranée, les mémoires algérienne et française resteront hantées par les horreurs qui ont marqué cette guerre, tant que la vérité n’aura pas été dite et reconnue », affirme le texte. Trois mois plus tard, grâce au geste historique du chef de l’État, la France regarde en face l’une des pages les plus sombres de la colonisation. Car le sort d’un homme révéla tout un système : celui de la pratique généralisée de la torture pendant la guerre d’Algérie.

Le 13 septembre dernier, dans le salon de Josette, où Maurice Audin est partout, éternel jeune homme de 25 ans immortalisé par des clichés posés sur les étagères du salon, une page d’histoire s’est écrite. Un dialogue entre Emmanuel Macron et Josette Audin en dit long : « Je vous remercie sincèrement », lui dit-elle. « C’est à moi de vous demander pardon, donc vous ne me dites rien. On restaure un peu de ce qui devait être fait », répond Emmanuel Macron. « Oui, enfin, je vous remercie quand même ! » lui rétorque Josette Audin d’un air malicieux. Le président : « Je vois que l’indiscipline continue »… L’insoumission, l’indocilité plutôt. Le combat de Josette Audin, exemplaire, lui survivra. Nous y veillerons. Pendant soixante ans, nos colonnes ont tenté de l’accompagner dans son juste combat. C’est dire si les équipes de l’Humanité ont du chagrin aujourd’hui. À ses enfants, Michèle et Pierre, ses petits-enfants, et toute sa famille, elle adresse ses condoléances les plus chaleureuses.

Publié le 04/02/2019

Gilets jaunes à Montpellier - Acte XII, chute de tension

A Montpellier, la stratégie des forces de l'ordre, sous un temps pluvieux, a évolué dans une retenue sans doute corrélée à l'inévitable enracinement du sujet des violences policières et des mutilés dans l'actualité médiatique.

Aujourd'hui, c'est sous un temps pluvieux que s'est réunie ce samedi 2 février 2019 la manifestation des gilets jaunes à Montpellier. Exploit tout à fait surprenant en ces conditions météorologiques, entre 1500 et 2000 personnes se rejoignent entre la place de la Comédie et la Préfecture et forment un cortège qui quitte aussitôt le centre-ville en évitant la gare. La foule s'étale sur les boulevards et file vers le quartier du Millénaire dans une ambiance joyeuse et musicale malgré la légère bruine. Les gens bavardent, échangent leurs idées sur le mouvement, sur l'actualité politique. Foule protéiforme, où l'on peut croiser tout ce qu'est la France de chez nous, les héraultais. Même si Montpellier est devenue une métropole, qu'elle s'est embourgeoisée et gentrifiée, peuplée de néos venus d'horizons divers, et qu'elle est comme toujours traversée par son cortège national mouvant d'étudiants, c'est ce peuple là que l'on retrouve d'abord dans toute sa diversité : des profs, des retraités, des jeunes, des étudiants, des artisans, des employés, des fonctionnaires, mais des gens d'ici. Ils vivent à Montpellier, ou à Lodève, Clermont-l'Hérault, Aniane, Sommières, Cournonterral, Quissac, Soubès, Béziers, Agde, et j'en passe. C'est comme retrouver cette ambiance de l'été dans les villages où chante notre accent, des promenades et des bronzettes à Palavas, des encierros à Mauguio, des après-midi à la rivière ou au Pic Saint Loup. Tout le monde est là, tout le monde se mêle, dans une heureuse harmonie.

Gilets Jaunes Acte 12 Montpellier - Manifestation [Part 1] © La mule du pape

Le cortège rejoint le centre commercial Odysseum, œuvre monumentale héritée de Frêche et de sa folie des grandeurs, nouvel épicentre économique auto-proclamé en grande pompe par la feu agglomération montpelliéraine, vitrine fourre-tout entre marques pseudo-luxueuses, Géant Casino, Apple, Ikéa, Starbucks et autres franchises par dizaines. Comme un pied-de-nez, le cortège se fait plus bruyant, dans les allées tantôt couvertes tantôt bruinées, où les échos encouragent les chants. Les "ahou" retentissent, cri hérité de la culture du black bloc et qui se répand aujourd'hui dans l'usage commun de la manifestation, entonné par tous. Les gens qui adoptent cette technique de manifestation sont parallèlement aujourd'hui de plus en plus nombreux dans la foule et se tiennent prêts à décliner en actes toutes les possibilités (résistante violente contre les forces de l'ordre, dégradations de symboles de l’État ou du capitalisme, et majoritairement résistance passive et pacifique) permises par la démarche sans forcément se revendiquer anarchistes ou affiliés à un courant de pensée politique. En outre, une grande partie des personnes présentes est venue avec un masque et des lunettes, surtout les jeunes. La jeunesse éclairée, en lutte, est très représentée, et s'imprègne petit à petit de ces nouveaux codes qui lui permettent de défier le système par la rue. Je discute avec deux jeunes hommes issus des mouvements de squat montpelliérain, qui ne cessent de rebondir sur les précédentes violences policières et redoutent l'issue de la manifestation. "En même temps, qu'est-ce que tu veux, c'est la BAC... des repris de justice... Il y en a qui sont ok, mais y en a plein c'est des racailles, ils vont les chercher en prison et les enrôlent en passant l'ardoise sur leur casier..."

Mais jusque là, aucune présence policière, la manifestation se déroule sans connaître le moindre souci et finit par reprendre le chemin du centre-ville en bloquant les voies rapides qui joignent Montpellier à ses plages, sous des tonnerres de klaxons sympathiques. Dans ce bouchon monumental, contrairement aux premières semaines de blocages routiers, personne ne s'agace, rien ne détonne ni ne dément la réelle popularité du mouvement des gilets jaunes dans la région. Car aujourd'hui, en réalité, un peu tout le monde s'y retrouve, ou à minima, connaît quelqu'un qui en est.

Après la traversée d'Antigone, autre verrue héritée de Frêche avec l'aimable participation néo-néo-classique de l'architecte Ricardo Bofill, on retrouve finalement cet écusson médiévalo-haussmannien, où le cortège intrépide vient, après avoir joyeusement fendu la Comédie, se rassembler sur la place de la Préfecture, sous la même pluie légère qui n'a cessé de l'accompagner. Sur les lieux, les commerces, cafés et restaurants se hâtent de rentrer leurs terrasses, parfois avec l'aide bienvenue de gilets jaunes. Comme d'habitude, les CRS sont là, postés sur leur éternelle ligne barrant l'accès de la place du marché aux Fleurs et de la rue de l'Université.

 Le sempiternel rituel cérémonieux et théâtral s'est perpétué, mais peut être bridé par la pluie, le froid et le long parcours. Les manifestants les plus audacieux se sont massés, tous rutilants de discours et d'invectives, contre les lignes de CRS, où de petites vagues se sont succédées pendant quelques dizaines de minutes. Inhabituellement longues. Pourtant, depuis le terre-plein des ultras, des pétards ont éclaté, quelques feux d'artifices, quelques bouteilles ont volé contre les boucliers des CRS, sans réaction. Puis de molles sommations ont eu lieu et une ou deux lacrymogènes maladroitement lancées à la main n'ont suffi à disperser qui que ce soit. Mais ceux qui hésitaient à rester ont fini par partir petit à petit. Tout le monde attend, mais rien ne s'ensuit.

J'en profite pour discuter avec un type qui vient se blottir près de moi sous un auvent, s'abritant pour rouler avec difficulté un joint humide. Il vient d'arriver, en retard comme toujours avoue-t-il, car comme tous les samedis il accompagnait auparavant ses fils à leur tournoi de foot. Habitant les environs d'Agde, ce trentenaire travaillant dans l'artisanat alimentaire, a tenu à faire tout de même le déplacement, comme chaque week-end. Bien que vêtu d'un sweat à capuche noire, masque et lunettes à portée de main, il n'est pas là pour casser et se revendique pacifiste, mais engagé. "Je continue de venir parce qu'il y a trop d'injustices. Les gens galèrent et le pouvoir ne veut rien voir alors il faut faire du bruit." Le jeune homme sera là pour tenir les rues face aux forces de l'ordre. Il s'est investi dans le mouvement dès son commencement, en occupant notamment le péage de Bessan (43 personnes interpelées après qu'il fut finalement incendié le 18 décembre) avant de participer aux cortèges de Béziers, Nîmes et Montpellier. Il évoque une femme présente sur le péage, placée en détention provisoire après l'incendie, alors qu'elle a cinq enfants à charge.

Gilets Jaunes Acte 12 Montpellier - Dispersion et affrontements [Part 2] © La mule du pape

Un curieux grabuge finit par nous interrompre. Un ligne de CRS apparaît dans la rue Saint-Guilhem, attenante à la place, et provoque un mouvement de foule soudain. Les plus rompus craignent un effet de nasse et entraînent lentement le cortège vers la place Jean Jaurès où vient tout de suite faire barrage, mais sans violence, un nouvel escadron. Pas de tirs de LBD, ni de lacrymo sur cette place qui est habituellement l'un des premiers épicentres des affrontements. Tous ceux qui n'ont pas pu passer descendent par les petites ruelles, sans heurts ni aucune dégradation. Il est à noter qu'il y a un changement clair dans l'attitude des forces de l'ordre, qui n'ont pas cherché à disperser violemment la manifestation sur la place de la Préfecture ni dans les rues attenantes comme à l'accoutumée, à l'aide de moult grenades lacrymogènes et assourdissantes. Changement, qui se retrouve dans la gestion globale de cette fin de manifestation.

Dans cette descente progressive vers la place de la Comédie, les forces de l'ordre sont d'abord restées extrêmement passives et ont joué un rôle strictement géostratégique en avançant par petites lignes et sectionnant le trajet de redescente pour obliger les manifestants à emprunter les ruelles qui ne se prêtent ni aux affrontements ni aux dégradations. Il ne reste plus que cinq ou six cent personnes, des contestataires, et la partie restante de la manif. Tout le monde se retrouve progressivement rue de la Loge, en aval des troupes cette fois. Les black bloc offensifs se rassemblent en première ligne, des feux d'artifices, quelques bouteilles, fusent, et derrière eux ce qui reste de la manifestation fait soutien de près par des chants et des invectives. Mais la violence n'est vraiment pas extrême, pas de pavés lancés, pas de dégradations, de poubelles brûlées ni de vitrines explosées. Au bout de quelques chants, entonnés par toute la foule, les premières vraies salves de grenades lacrymogènes fusent enfin et expulsent tout le monde sur la Comédie, dans la panique. Cela a pour effet de disperser les derniers qui se hasardaient encore là sans conviction et d'isoler les protestataires en sécurisant la place. Une ligne de CRS arrive rapidement depuis la gare et vient quadriller un axe habituellement chaotique. Mais toujours pas de LBD, ni de grenades défensives...

Les forces de l'ordre temporisent et laissent à nouveau une partie des manifestants quitter les lieux. Bientôt, l'intervention finale sera rapide et nette. Une grande partie des manifestants se disperse après le timide assaut de la Comédie. Celle qui reste se rassemble à l'entrée de l'Esplanade, environ 200 personnes, dont une grande partie ne manifeste aucune violence physique, mais juste des invectives et des insultes. De plus, même parmi les plus virulents, personne n'a eu le temps de faire ni d'emporter de pavés ou autres projectiles. D'autres sont restés là en observateurs, tel ce couple de quadras venus de Clermont-l'Hérault, très impliqués dans le mouvement local, et qui commentent d'un œil inquiet l'avancée progressive des forces de l'ordre tandis que la BAC veille sur les côtés de la place, en renfort. Bientôt, plusieurs fourgons et une très grande ligne de CRS viennent isoler le noyau dur de la contestation, soixante à quatre vingt personnes, et le prendre en chasse sous une rafale de lacrymogènes un peu disproportionnée. Bilan deux interpellations. Jusqu'à cette dispersion, aucun dégât dans le centre-ville, pas de feux, pas de blessure grave, pas de scènes d'affrontements chaotiques à distance, pas de vitrines brisées. Un épisode qui contraste donc avec les précédentes semaines de contestation.

Le rendez-vous du samedi récolte-t-il les "fruits" de sa persistance ? Le gouvernement, qui semblait jouer à fond la carte de la peur en optant pour une stratégie de maintien de l'ordre agressive, misant sur l'essoufflement hivernal de ce mouvement clivé sur sa propre violence, est-il en train de réaliser la sous-estimation de son potentiel inné ? La blessure à l’œil de Jérôme Rodrigues, figure pacifiste des gilets jaunes, le week-end dernier, a sans doute contribué à l'obligatoire fixation sociétale et médiatique sur la question des violences policières. Mais avec une mobilisation qui devient pluriforme et parvient à adhérer toutes les classes sociales du quotidien, celles qui se côtoient, et s'acceptent, vivent ensemble au sein d'un même territoire, n'était-ce pas couru d'avance ?

Avec cet acte XII, à Montpellier, on peut constater un changement à la fois dans l'attitude des forces de l'ordre et des manifestants. Il est certain que les premières ont attendu de longues minutes et réagi mollement à l'agglutinement final de la manifestation, ce qui contraste avec la réaction sévère qui eut lieu lors des précédents épisodes. En temporisant leurs charges et leur gestion des lieux, avec une BAC beaucoup moins présente, un usage plus raisonnable des lacrymogènes et des grenades défensives, elles ont entraîné une altération progressive du nombre des manifestants contestataires plutôt que d'entraîner l'ensemble de la manifestation au milieu d'un déchaînement répressif.

En écho, la réponse des black bloc - dont les éléments violents étaient sans doute moins nombreux - et manifestants engagés dans une forme de "résistance" s'est aussi montrée graduelle et n'a pas entraîné de dégradations majeures ni d'effet de foule violent. Car comme les récents mouvements sociaux en France semblent le démontrer, la majorité de manifestants qui se mue en contestataires n'apparaît pas forcément comme systématiquement violente, mais comme une force solidaire engagée pour ses convictions politiques et cependant prête à cautionner sans forcément soutenir l'usage de la violence par d'autres. Il est certain que face à cette attitude la réaction des forces de l'ordre est primordiale et peut agir comme détonateur lorsqu'elles-mêmes envoient un message qui est compris comme "violent" par tous. Trop souvent ces dernières semaines, en témoignent les épisodes de casse, on put constater que l'occasion fit le larron. En réaction à ce qui fut perçu comme une injustice (l'empêchement par une répression agressive de manifester sur la voie publique), la manifestation se muait plus naturellement et massivement en une contestation violente et débridée. Aujourd'hui, la retenue des forces de l'ordre semble avoir pondéré cette aspiration qui semblait inévitable, au grand étonnement des manifestants qui se sont souvent demandé quand tout allait enfin partir en drame.

A moins que ce ne soit la pluie ?

Publié le 03/02/2019

La mobilisation pour sauvegarder l’Humanité prend corps

Patrick Apel-Muller (site humanité.fr)

Le tribunal de commerce de Bobigny rendra son délibéré le 7 février. Les manifestations d’attachement à notre journal se multiplient.

Les juges ont examiné hier matin la situation économique du journal, entendu le directeur et le représentant des salariés. L’Humanité s’était placée sous la protection du tribunal de commerce de Bobigny. Celui-ci rendra son jugement en délibéré le 7 février.

Dès l’annonce de cette procédure et la publication lundi de l’appel à la « Mobilisation générale pour l’Humanité » signée de son directeur, Patrick Le Hyaric, les réactions de solidarité se sont multipliées. Celles de nos lecteurs d’abord, qui jugent « impossible » de perdre leur journal et égrènent ce qu’ils y trouvent et qu’on ne leur présente nulle part ailleurs. Sur les réseaux sociaux, des parlementaires s’engagent et relaient des appels à la mobilisation : André Chassaigne, Sébastien Jumel, Éliane Assassi ou Fabien Gay. Des élus LaREM, LR, radicaux de gauche ou socialistes disent aussi que, quels que soient les désaccords qu’ils peuvent avoir avec des prises de position du journal, celui-ci doit absolument exister. Le député LR du Lot Aurélien Pradié annonce même qu’il a souscrit un abonnement. « Le journal de Jaurès ne peut disparaître », est-il insisté.

« C’est un quotidien qui fait des choix »

Samedi, le conseil national du PCF a appelé dans une motion à se mobiliser sans délai : « Tous les journaux connaissent de sérieux problèmes financiers. La plupart d’entre eux peuvent combler leur déficit parce qu’ils sont adossés à de grands groupes industriels et financiers, au prix d’une concentration de la presse et des médias entre quelques mains. L’Humanité, composante historique du pluralisme de la presse française et des combats progressistes, ne peut compter que sur l’engagement de ses équipes, le militantisme, ses lectrices et lecteurs, ses amis, les diffuseurs de l’Humanité Dimanche. » Et d’ajouter : « Qu’il s’agisse des luttes sociales, de celles pour la préservation de la planète, des confrontations politiques et culturelles nécessaires en démocratie, de la solidarité internationale et de la paix, dans tous ces domaines, l’Humanité joue un rôle original et utile. Tout commande de le revaloriser. Quand les médias rencontrent une telle crise de confiance, l’engagement de l’Humanité aux côtés des milieux populaires, des “invisibles”, des penseurs qui contestent le système, constitue un atout pour le journalisme et un atout précieux pour la démocratie. »

Faire un don en ligne              Télécharger le bulletin de souscription

De son côté, Pascal Franchet, président du Comité pour l’abolition des dettes illégitimes, écrit tout son « soutien », et ajoute : « Votre quotidien est un outil indispensable pour celles et ceux qui luttent contre ce monde absurde. » Éric Toussaint, porte-parole du CADTM international, membre du conseil scientifique d’Attac France, estime qu’« aucun autre quotidien ne peut remplacer l’action d’information réalisée par l’Humanité ». Le journaliste et producteur Édouard Zambeaux écrit : « Il faut soutenir l’Humanité au nom du pluralisme évidemment, mais aussi et surtout car c’est souvent un bon journal, un quotidien qui fait des choix, propose des angles, fait entendre des paroles précieuses, raconte des combats méprisés… et que son nom lui-même devrait nous inspirer plus souvent. »

Tony Hautbois, secrétaire général de la fédération des ports et docks CGT, joint le geste à la parole : « Au-delà de notre abonnement, nous faisons parvenir à l’Humanité un don d’un montant de 1 000 euros afin d’apporter notre soutien et solidarité pour que vive la presse indépendante mais surtout progressiste. » Depuis le début de la semaine, le rythme des dons à la souscription exceptionnelle s’est accéléré. Il doit encore s’intensifier en urgence.

Des soutiens en mots, en vidéos...

Les soutiens émanent aussi d’artistes créateurs ou de journalistes : Xavier Durringer, François Busnel, Jean-Pierre Kalfon, Jack Dion, Didier Varrod, Lionel Thompson et le SNJ-CGT de Radio France, Aude Lancelin, Ali Rebeihi, Catherine Sinet, Antonio Fischetti de Charlie, Pouria Amirshahi, Laurent Delahousse, la compagnie Jolie Môme. Corinne Masiero, l’actrice des Invisibles et du Capitaine Marleau, a enregistré une vidéo maison en récitant le Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? et en appelant à soutenir le journal. De très nombreuses personnalités ont annoncé leur présence à la grande soirée de mobilisation et de solidarité pour notre journal qui se tiendra le 22 février à la Bellevilloise à Paris. Beaucoup le feront savoir par une vidéo. Quant à Michel Drucker, il a affiché son soutien en posant avec la une de l’Humanité en compagnie d’Olivier Dartigolles. Le geste pourrait bien devenir viral…

Vous trouverez régulièrement dans nos colonnes les échos de cette mise sous protection populaire de notre journal, de votre journal.

Patrick Apel-Muller

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