PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

Publié le 10/12/2018

Parlons (Inter) Net

 

La violence selon Jean Jaurès (pacifiste) (site legrandsoir.info)

 

Violence du peuple
Ah ! les conditions de la lutte sont terriblement difficiles pour les ouvriers ! La violence, pour eux, c’est chose visible […] Oui, la violence c’est une chose grossière, palpable, saisissable chez les ouvriers : un geste de menace, il est vu, il est retenu. Une démarche d’intimidation est saisie, constatée, traînée devant les juges.

Violences des riches
Ah ! Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huit clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclat de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers … ».

Violence policière
« Ce [que les classes dirigeantes] entendent par le maintien de l’ordre, ce qu’elles entendent par la répression de la violence, c’est la répression de tous les écarts, de tous les excès de la force ouvrière ; c’est aussi, sous prétexte d’en réprimer les écarts, de réprimer la force ouvrière elle-même et laisser le champ libre à la seule violence patronale. [...].

Violence d’Etat
De même que l’acte de la violence ouvrière est brutal, il est facile au juge, avec quelques témoins, de le constater, de la frapper, de le punir ; et voilà pourquoi tout la période des grèves s’accompagne automatiquement de condamnations multipliées. » (Jean Jaurès, 9 juin 1906, discours à la Chambre des députés).

Théophraste R. (ou plutôt Jean Jaurès, assassiné par un fanatique que les juges français ont acquitté et que des anarchistes espagnols ont exécuté à Ibiza. N’allez pas le répéter, mais j’ai pris deux fois de la paella en l’apprenant).

« Le Capital épuise deux choses : le travailleur et la nature » (Karl Marx).

 

 

Publié le 09/12/2018

Le nouveau président mexicain réduit son salaire de 50% et quitte la résidence présidentielle

(site français.rt..com)

Investi le 1er décembre, Andrés Manuel Lopez Obrador, nouveau président mexicain, a décidé de diviser son salaire par deux, de vendre l'avion présidentiel et de transformer la luxueuse résidence d'Etat en centre culturel ouvert au public.

Le nouveau président du Mexique, qui a prêté serment le 1er décembre, a tenu à marquer le début de son mandat par de forts symboles. Andres Manuel Lopez Obrador dit en effet vouloir en finir avec les privilèges et, pour ce faire, semble avoir voulu commencer par abolir ceux réservés à sa fonction. Il a donc pris la décision hautement symbolique de réduire son salaire de plus de moitié et de vendre le luxueux avion présidentiel qui avait coûté 218 millions de dollars au pays.

Alors que le chef d’Etat gagnait jusque là un peu plus de 209 000 pesos mexicains par mois, Andres Manuel Lopez Obrador gagnera lui 108 000 pesos, équivalents à un peu plus de 4 700 euros par mois. Ce sera d'ailleurs le salaire maximum autorisé dans la fonction publique selon la nouvelle loi sur les rémunérations des fonctionnaires publiée le 3 décembre, deux jours après l'investiture du nouveau président socialiste.

Andrés Manuel Lopez Obrador, surnommé «Amlo», va vendre l'avion présidentiel comme il l'avait promis lors de sa campagne et compte emprunter les lignes aériennes commerciales pour ses déplacements. Il a en outre allégé sa garde rapprochée car il considère que «le peuple le protège».

En outre, la somptueuse résidence d'Etat appelée Los Pinos, que son prédécesseur Enrique Pena Nieto habitait encore, sera transformée en centre culturel à destination du public mexicain. En attendant, la demeure est d'ores et déjà ouverte au public qui peut la visiter. Quatorze fois plus grande que  la Maison Blanche, cette bâtisse pharaonique est située dans un vaste parc de 5,6 hectares.

Andrés Manuel Lopez Obrador, le premier président de gauche de l'histoire récente du Mexique, a officiellement pris ses fonctions le 1er décembre après avoir été élu le 1er juillet, promet de lutter contre la corruption, véritable fléau dans ce pays, en menant une transformation «profonde et radicale» du pays. «Cela peut paraître prétentieux, mais aujourd'hui commence non seulement un nouveau gouvernement, mais un nouveau régime politique», a-t-il déclaré devant le Congrès mexicain et des chefs d’Etat étrangers ou représentants diplomatiques réunis à Mexico pour son investiture.

«A partir de maintenant, une transformation pacifique et ordonnée mais profonde et radicale va être réalisée car nous allons en finir avec la corruption et l'impunité qui empêchent la renaissance du Mexique», a promis celui qui considère que «la politique économique néolibérale a été un désastre, une calamité pour le pays». Le nouveau président mexicain s'est engagé à gérer de façon rigoureuse les finances publiques, afin de lancer divers programmes sociaux et une augmentation du salaire minimum.

Une investiture chargée en symboles

Le 1er décembre, «Amlo» a été intronisé par un représentant des peuples indigènes mexicains qui lui a remis un bâton de commandement lors d'un rituel de purification au milieu des effluves d'encens et de plantes traditionnelles – une première pour un chef d'Etat mexicain. «Je réaffirme mon engagement à ne pas mentir, ne pas voler ni trahir le peuple mexicain», a lancé solennellement Amlo à la foule, en tenant à la main le fameux bâton. 

La cérémonie a eu lieu au milieu d'une foule impressionnante sur la place centrale du Zocalo, où est situé le Palais national. «Amlo» compte y installer ses nouveaux bureaux.

De nombreux présidents d'Amérique latine, le roi d'Espagne Felipe VI, le vice-président américain Mike Pence et Ivanka Trump, la fille du président américain, étaient notamment présents. Le président vénézuélien Nicolas Maduro est arrivé pour le déjeuner qui suivait la cérémonie.

Après son investiture, le nouveau président a rejoint le Palais national à bord de son habituelle Volkswagen Jetta blanche, encadré par une sécurité limitée.

Meriem Laribi

Publié le 08/12/2018

Rendez nous l’argent que vous nous avez volé !

Jean Ortiz

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé.

 

Ah, ils étaient droits dans leurs bottes, les fiers à bras au service du CAC 40 , Messieurs Macron et Philippe, le « couple exécutif », toisant de haut le petit peuple de ceux qui ont si peu ou rien, et qui ont pris les rues et les rond-point, criant : « on n’en peut plus ! » Ils ont crevé l’écran, ces sans culotte d’aujourd’hui, ces neuf millions de Français « en-dessous du seuil de pauvreté », ces six millions de chômeurs, ces retraités paupérisés, ces femmes doublement exploitées, sous-payées... Trop c’est trop, voleurs !

Et ce, dans un pays où l’argent ruisselle, où le président se permet de donner les milliards à la pelle aux plus riches, de multiplier les cadeaux fiscaux à 1% de la population (le crédit d’impôt, c’est 40 milliards... pour les riches !). Depuis 40 ans, ils en bavent ceux de « la France d’en bas », au milieu d’un océan de fric... Ces milliards sonnants et trébuchants leur passent sous le nez ... Eux qui précisément créent les richesses.

 

Pas de quoi s’étonner si pour eux, la question des questions, reste celle du pouvoir d’achat, du SMIC, des exigences sociales, des services publics... Et sur le pouvoir d’achat : rien de concret et de durable après trois semaines de rage et de sacrifices. (Ne pas s’étonner si le mouvement continuait de plus belle !). Par contre, l’impôt sur les grandes fortunes faisait tâche, « vieux pays »... Jupiter l’a supprimé ; il rapportait 4,5 milliards d’euros.

 

C’est pas bien de faire payer nos amis et bienfaiteurs les riches. Il faut les cajoler, les enrichir toujours plus, pour que, gavés, ils vomissent quelques miettes sur le peuple. Pour eux, c’est de l’indigestion coutumière. Pour les millions de salariés, de chômeurs, de précaires , affaire de survie. Ces milliards, drainés vers l’oligarchie, relèvent du racket, du vol !!! Rendez nous l’argent que vous nous avez volé ! Voleurs ! Rendez nous l’argent ! L’ex banquier financier devenu président par défaut (18% des inscrits au premier tour), n’a même pas pris quelques minutes pour « s’adresser au pays ». Nous n’en valons pas la peine. Tu te fous de qui, Manu ?

 

Ces gens là, Monsieur, dirigent un pays comme on « manage » une banque.

 

« On ne cèdera pas » , répétaient hautains ces gardiens du temple capitaliste, crâneurs... Pas question de bouger... Et tant pis pour le chaos, les morts. Les télés en continu se chargeront de discréditer, de diviser, de criminaliser les « gilets jaunes », et « leurs casseurs » ; les violences y tournent en boucle. A qui la faute ? A qui la faute de l’inacceptable violence ?

 

Et finalement, ces cerbères du capital ont dû concéder des premières ouvertures, des premiers acquis, certes limités, mais à mettre au compte des gilets jaunes et de l’exceptionnel soutien populaire. Jupiter a dû commencer à manger son chapeau !

 

Il faut remonter loin dans l’histoire de notre pays pour trouver une telle situation de soulèvement populaire inédit, novateur, massif, face à un pouvoir dur, autoritaire, méprisant, dominateur. Oui, ce mouvement inédit restera bien un moment historique. Ils ont une peur bleue.

 

Macron et la Macronie ont dû lacher du lest, dû opérer un premier recul en « suspendant » (pas en annulant) les trois mesures fiscales qui allaient intervenir le premier janvier 2019. « Suspension », on engrange... sans être dupe... « pour six mois » de bla-bla, en espérant un reflux populaire... Un délai de six mois qui se terminera juste après les élection européennes. Ah, les coquins !! Mais le peuple a compris le calcul politicien ... « Trop peu, trop tard ». Macron s’est coupé du peuple. Ce pouvoir est illégitime.

 

Aucun pouvoir ne peut tenir longtemps face à un peuple en colère, déterminé, rassemblé, qui n’a rien à perdre. Mais ne croyons pas qu’ils ont « ouvert les yeux » tout seuls. Ils ne sont pas de notre monde, ils ne connaissent pas la France. Ils ont plié parce que le rapport de forces les y a obligés. La lutte, camarades !

 

Les colères et les fractures demeurent béantes. Continuons de plus belle à crier : rétablissez l’ISF !!! Rendez nous l’argent que vous nous avez volé !! Assez de colmatages à la petite semaine, c’est tout le système, les institutions, la Constitution, qu’il faut repenser et changer. Une situation grave, mais porteuse de rupture, et d’avenir. Ne la gâchons pas.

 

 

Publié le 07/12/2018

Piscine, vaisselle et salle des fêtes : en six mois, les Macron ont dépensé plus d’un million d’euros

Par Loïc Le Clerc (site regards.fr)

Difficile d’être le "Président des riches" sans sortir le chéquier à tout bout de champ. Entre plaisir égoïste et prestige de la France, Emmanuel et Brigitte Macron ne sont jamais à court d’idées quand il s’agit de dépenser.

Vous vous souvenez du coup de la vaisselle de l’Elysée ?

En juin dernier, Le Canard enchaîné dévoilait que le "Palais" avait passé commande à la manufacture de Sèvres : 1200 pièces de vaisselle pour la coquette somme de 500.000 euros. Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement – qui n’est donc pas du tout porte-parole de la présidence – justifiait alors cette dépense en ces termes :

« Le président de la République procède à une commande publique qui permet de recevoir à la hauteur des personnalités qui défilent à l’Elysée […] Une commande a été faite pour changer le service dans sa totalité, cela n’avait pas été fait depuis le président René Coty. »

Fake news !, comme dirait un célèbre animateur de téléréalité américain, car Jacques Chirac avait déjà procédé au remplacement de la faïence élyséenne. 

Vous vous souvenez du coup de la piscine du fort de Brégançon ?

Fin juin dernier, le couple présidentiel préférant l’eau chlorée au sel de mer, l’Elysée a déboursé 34.000 euros pour faire installer une piscine dans son refuge estival. Tout ça pour qu’Emmanuel Macron sorte à un badaud quelques semaines plus tard : « Je n’aime pas les piscines, je préfère mille fois la mer ». Le mépris, définition.

Macron, réfection !

Et depuis ? Eh bien, le 23 novembre dernier, Emmanuel Macron a décidé de faire quelques réfections dans la salle des fêtes de l’Elysée, mais aussi dans le jardin d’hiver et le salon Napoléon III. Coût des travaux : 500.000 euros. Une bagatelle quand on s’appelle France ! À Libération, l’Elysée justifie ces dépenses :

« C’était difficile de prendre la décision de fermer pendant un mois cette salle, de ne pas pouvoir l’utiliser, mais les travaux étaient absolument nécessaires. Le président a pris cette responsabilité. Ce qui aujourd’hui coûte plusieurs centaines de milliers d’euros aurait coûté demain le double. »

Précision importante faite par Le Figaro : « La nouveauté décorative sera de taille : rideaux et moquette version 2019 puiseront dans des teintes gris et beige nettement plus contemporaines et, surtout, plus lumineuses ». Au journal Le Monde, c’est Brigitte Macron qui y va de son commentaire : « On va alléger, épurer. Il faut que la lumière entre. »

Nous, on ne résiste pas à l’idée de ressortir des fagots cette citation d’Emmanuel Macron himself :

« On met un pognon de dingue dans les minimas sociaux et les gens ne s’en sortent pas. Les gens pauvres restent pauvres, ceux qui tombent pauvres restent pauvres. »

Surtout n’y voyez aucun rapport avec les gilets jaunes.

 

Loïc Le Clerc

 

Publié le 06/12/2018

Un autre Macron est possible

par Pierre Rimbert    ( site : monde-diplomatique.fr)

 

Il a 39 ans, des diplômes clinquants, un regard habité et des envies de changement. Entouré de jeunes chefs d’entreprise et de « porteurs de causes » issus de la « société civile », il lance un « mouvement politique » destiné à « sauver les démocraties libérales » menacées par l’« insurrection populiste ». Parce que c’est notre projet, exhorte-t-il, « à nous, désormais, de marcher ».

Après la formation de M. Emmanuel Macron, voici Place publique, fondée en novembre par l’essayiste Raphaël Glucksmann. L’un domine le centre droit ; l’autre investit le centre gauche, où la désintégration du Parti socialiste laisse un vide et des classes moyennes cultivées désemparées. D’où va-t-on désormais proclamer que rien ne va plus et qu’il faut tout changer — sauf l’essentiel : les structures économiques et sociales ? Avec Les Enfants du vide (Allary Éditions), livre-manifeste publié cet automne, Glucksmann a d’un coup comblé la béance. De L’Obs à L’Humanité en passant par Mediapart, on s’arrache l’homme providentiel. Il est chez lui sur France Inter, louangé permanent au Monde, en « une » de Libération, en couverture de Politis. Des personnalités socialistes, écologistes ou communistes projettent sur son visage souriant leurs aspirations ravalées. Glucksmann a compris que son public cible n’aimait rien tant que battre sa coulpe, triturer sa mauvaise conscience, ruminer ses échecs et y remédier au moyen de recettes toujours identiques, mais ripolinées aux couleurs du jour — le vert, en l’occurrence. Cela tombe bien : Raphaël, qui s’est souvent trompé, met en scène confessions et conversion. À L’Obs (4 octobre 2018), il confie : « Je dois réapprendre à m’oublier. » Ambitieux programme.

Lui qui fut tour à tour admirateur de M. Nicolas Sarkozy en 2008, animateur de la revue néoconservatrice Le Meilleur des mondes, conseiller du président géorgien néolibéral et atlantiste Mikheïl Saakachvili, lui qui admettait volontiers : « Ça ne m’a jamais fait vibrer de manifester pour les retraites » (M Le magazine du Monde, 22 mars 2014) et se déclarait au printemps 2017 « fier » de l’élection de M. Macron, revendique à présent Occupy Wall Street et dit « nous » quand il parle de la gauche. « On a zappé complètement la question sociale », admet-il. « Mon logiciel de pensée a contribué à former l’impasse dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui » (Mediapart, 14 novembre 2018). La mise à jour dudit « logiciel » copie-colle les constats effectués depuis des lustres par ceux que combattait hier Raphaël : « On voit les entreprises multinationales refuser les lois des nations et chercher à leur imposer les leurs. On voit les banques sauvées par l’argent public maquiller leurs comptes et cacher leurs fonds dans des paradis fiscaux. » À tout cela s’ajoute la menace d’un anéantissement de la planète par le réchauffement climatique.

Alors, que faire ? Contre « les anciennes idéologies, les vieux partis, les antiques structures », contre les inégalités et le gaz carbonique, Glucksmann propose plus de participation citoyenne, plus d’écologie, plus d’Europe. « Nous assumons l’horizon d’une République européenne », écrit-il. Des « porteurs de causes » aussi frétillants que MM. Valéry Giscard d’Estaing, François Bayrou, Daniel Cohn-Bendit et Bernard-Henri Lévy ânonnent les éléments de ce credo depuis bientôt quatre décennies. Les papys du vide ont trouvé leur héritier.

Pierre Rimbert

 

Publié le 05/12/2018

A qui la faute ?

Jean Ortiz

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé.

Lui envoyer un mail

 

A qui la faute ? Comment a-t-on pu en arriver à ce point de violence ? La majorité des Français a répondu et répond : la faute à Macron et sa politique délétère de classe, brutale, qui écrase et même affame des milliers de familles, les traitant comme des moins que rien, des abrutis, engraissant toujours plus les nantis, les « élites », ceux qui bénéficient de toutes les largesses fiscales ; qui plus est, sans contrôle ni contrepartie.

La faute à la politique anti-salariés, anti-syndicats de lutte, anti-retraités, anti-chômeurs, anti-services publics... et : tout pour les riches, ceux qui « s’enrichissent en dormant ». La faute aussi à la morgue, au mépris, à l’insulte, à l’arrogance, au cynisme d’un président qui gouverne comme il a appris dans le domaine bancaire et financier... Une sorte d’eugénisme social qui consiste à rayer de la carte les plus démunis, les « classes dangereuses »... Comme si un pays était une banque... Et tant pis si ça saigne ! Ce ne sont que dégâts collatéraux.

 

Alors oui, la situation d’hier portait des germes d’insurrection populaire, de « ¡basta ya ! » des gueux. Prioriser les affrontements (certes ahurissants) de Paris comme le font les médias relève de la crapulerie politique. On parle beaucoup de la violence du fleuve, dit un jour un grand intellectuel allemand, mais jamais on ne parle de la violence des rives qui emprisonnent son cours. Oui, il y a eu une poignée de casseurs, qui ont commis des actes inacceptables... ; mais manipulés par qui ? Par le fait, sans doute, que le pouvoir laisse pourrir la situation et compte sur les violences pour discréditer le mouvement. Le 1er décembre 2018 restera historique, parce que partout en France, des milliers d’hommes et de femmes ont relevé la tête, et ont dit : « Non, ça suffit ! », dans toutes les villes et les villages de France. Qu’en disent les médias ?

 

Le 1er décembre 2018 restera historique, parce que, souvent, des groupes de « gilets jaunes » ont participé aux manifestations syndicales de la CGT, sur précisément la question sociale, la question des questions. Début de convergence ?

 

Depuis 40 ans, ce sont toujours les mêmes qui sont tondus. Comment s’étonner dès lors du désespoir et de la colère de « ceux d’en bas » ? Jusqu’à présent, le pouvoir ne leur oppose que paroles, bla bla et culpabilisation. Rien de concret. La situation aujourd’hui a largement dépassé le cadre des taxes sur les carburants : c’est toute une politique, tout un système qu’il faut remettre à plat. Le mouvement est en attente de réponses concrètes, oui, concrètes. Macron ne pourra pas en faire l’impasse. La gravité de la crise exige courage, sens des responsabilités, sensibilité et réponses sociales et politiques.

 

Quelle tristesse ! Quelle tragédie ! Que, dans cette situation, de grosses potentialités populaires, la « gauche » soit incapable, alors que le « peuple d’en bas » le demande, de contribuer à une alternative de rupture, citoyenne, anticapitaliste ! Assez, assez, assez ! Nul n’est dupe. « Fou qui fait le délicat » face aux cris de colère du peuple, fou qui se livre à des calculs politiciens, lunaires, à « l’heure des brasiers », fou qui s’accroche à sa « boutique » et à de petits calculs misérables, alors que la situation exige du souffle, du rassemblement, de la radicalité, de l’initiative politique. A force de tout dépolitiser, le système était parvenu à anesthésier ses victimes. Le réveil s’avère difficile, dangereux, mais enthousiasmant.

 

P.S. : Pour l’heure, nous nous félicitons de la déclaration du gouvernement vénézuélien qui demande à Macron, Philippe et Castaner de ne pas réprimer les « gilets jaunes » (politique fiction ?)

 

Jean Ortiz

 

Publié le 01/12/2018

Le sens des colères….

(site : ensemble-fdg.org)

Le temps est venu des justes colères. Elles viennent enfin perturber le sinistre ordre des choses. En rage contre la vie chère et contre des dirigeants qui les méprisent, les « gilets jaunes » les expriment de manière forte et originale. Infirmières, retraités, ouvriers, étudiants, #NousToutes ne sont pas en reste, manifestant à leur manière. Toutes ces révoltes légitimes traduisent différentes facettes des maux contemporains. Aucune ne devrait être privilégiée. C’est leur jonction, et non leur séparation, qu’il faut penser et nourrir. C’est par la politique que se dira le sens de ces colères, si elles se prolongent ou non en issues émancipatrices.

Le rejet de la macronie est en marche, ouvrant une crise politique majeure. À mesure que l’exaspération s’exprime par tous les pores de la société, Emmanuel Macron plonge dans des abîmes d’impopularité. Il apparaît désormais pour ce qu’il est : un arrogant président des riches, maître d’œuvre des vieilles recettes politiques des années 1990, avec un mépris du monde populaire totalement décomplexé. Soyons lucides : le rejet ne fait pas une issue progressiste. Les colères contemporaines donnent le ton mais ne portent pas en soi de cohérence. Les « gilets jaunes » sont de ce point de vue tout à fait symptomatiques. La revendication concrète contre la taxe sur les carburants ou l’expression d’un « ras-le-bol » général disent beaucoup des failles contemporaines, béantes, mais ne donnent pas le sens de l’alternative à Macron. Deux logiques peuvent être prolongées à partir de cet élan contestataire. Faut-il remettre en cause l’impôt et les taxes ou cibler l’injustice fiscale ? Faut-il marginaliser le défi environnemental ou prendre à bras le corps l’impératif écologique dans un esprit d’égalité sociale et territoriale ? Du choix opéré sur ces questions comme sur d’autres dépend la façon de faire société.

C’est pourquoi, sur la scène politique, l’heure doit être à la confrontation des visions du monde. La politique s’invente et se fabrique en lien avec les rapports de force à l’œuvre en termes d’hégémonie culturelle et de conflictualité sociale. Elle donne à voir et à choisir des interprétations de ces colères et des façons de les agencer avec un ensemble de solutions qui offre une direction, ou une autre.

Notre séquence historique est marquée par un fait qu’il ne fait pas sous-estimer : l’extrême droite avance ses pions. Sans doute croit-elle son heure arrivée. La vague Trump, Bolsonaro et autres Salvini lui donne évidemment des ailes. Il n’est pas question de leur donner le point, ni de sous-estimer nos potentialités qui sont réelles, mais mesurons bien la pugnacité et le rassemblement nécessaire pour que le brun recule dans notre pays et ailleurs.

Pour cela, ma conviction est qu’il ne faut rien céder sur le fond, rien concéder à leurs présupposés, rien accepter de confusions ou de connivences avec cette gangrène réactionnaire, autoritaire, xénophobe, sexiste, homophobe, étrangère à l’écologie et faussement sociale car toujours au final adepte des lois du marché C’est donc par une cohérence de projet, de discours, de symboles, contre leur cohérence de projet, de discours, de symboles que nous ferons reculer l’extrême droite. Elle n’est d’aucun combat contre les géants de la finance et pour le droit du travail, nous devons affirmer sans relâche que les catégories précaires et modestes, avec la société tout entière, ne peuvent vivre mieux sans une mise en cause du pouvoir du capital et une extension des droits et protections. Elle se moque du partage des richesses, opposons-lui toujours plus fortement ce parti pris. Elle est climato-sceptique ou étrangère à l’ambition environnementale, nous devons sans relâche affirmer notre volonté de changer radicalement de modèle de développement pour préserver l’écosystème et lutter contre le réchauffement climatique. Elle pointe les immigrés comme le mal absolu, nous devons défendre fièrement le devoir d’humanité. Elle prône le repli sur les frontières nationales, assumons notre internationalisme qui porte, loin du repli, l’exigence d’un monde plus juste et, loin de la globalisation, le désir de mondialité. Elle est du côté de l’ordre et de la surveillance généralisée, mettons en avant notre attachement viscéral aux libertés et à la démocratie. Elle est comme un poisson dans l’eau dans la manif pour tous, redoublons d’implication en faveur de l’égalité entre les sexes et les sexualités. Elle n’hésite pas à dresser le peuple contre les intellectuels, nourrit les thèses complotistes, affirmons le lien nécessaire entre production intellectuelle, artistique, et transformation sociale. Elle a pour terreau le ressentiment, ayons conscience que notre moteur est l’espérance.

En 2005, lorsque nous avons défendu le “Non” au référendum sur le Traité Constitutionnel Européen, nous étions déjà face à la difficulté du Non choisi par l’extrême-droite. Nous avions alors réussi à prendre l’hégémonie culturelle en mettant en mouvement de façon autonome, sur nos bases, des forces sociales, politiques et culturelles. Nous avons gagné.

Aujourd’hui, la contestation est mordante et grandissante, les solutions se cherchent mais les repères sont bousculés et les cadres traditionnels de médiation essoufflés. Le groupe parlementaire insoumis, dans lequel je siège, pose jour après jour à l’Assemblée nationale les jalons de cette vision cohérente d’ensemble, sociale et écologiste – je note que les députés communistes agissent globalement dans la même direction. Nous avons besoin de ce fil à plomb et de l’obsession visant à fédérer les forces sociales, politiques, culturelles qui s’en réclament.

Clémentine Autain

 

Publié le 30/11/2018

Radio France vante les productions israéliennes… et oublie la colonisation

par Frédéric Lemaire, Pauline Perrenot, (site : acrimed.org)

La pastille radiophonique « En direct du monde » de France Info propose, tous les jours à 5h16 et à 10h56, des sujets d’actualité concernant différents pays du monde, élaborés par les correspondants de la radio publique présents sur place. Le 22 novembre, elle portait sur les mérites des avocats (les fruits) israéliens. Problème : l’émission omet certains « détails », comme le fait qu’une partie substantielle des fruits sont produits dans les colonies israéliennes, et finit par prendre des allures de publicité. Un tropisme récurrent à en croire un autre reportage que la radio publique a consacré aux technologies hydrauliques israéliennes, en septembre dernier.

En écoutant « En direct du monde » ce jeudi 22 novembre, on en apprendra beaucoup sur la production d’avocats : sur leurs variétés, leurs atouts et leurs qualités [1], mais aussi sur le fait que la France « est un marché fondamental pour Israël », et, enfin, que « la production se fait essentiellement dans la vallée du Jourdain, en Cisjordanie, ou dans la plaine côtière en Israël ».

Dans ce qui s’apparente à une présentation promotionnelle détaillée, le journaliste omet de préciser un… détail : le fait qu’une part significative de cette production se fait dans les territoires palestiniens occupés, en exploitant des terres colonisées au profit de l’État d’Israël [2]. Des règlements européens disposent par ailleurs que cette production ne peut se revendiquer d’une origine israélienne. Cela a d’ailleurs conduit Jean-Guy Greilsamer, membre de la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanction (BDS) et de l’Union juive française pour la paix (UJFP) à envoyer une lettre ouverte à la médiatrice de Radio France [3].

Mais tout cela n’est visiblement pas le propos du journaliste, qui choisit comme seuls intervenants un producteur du kibboutz Regavim (situé en Israël) et un membre de « la gigantesque coopérative Granot », dont on apprendra les prouesses (conditionnement, exportation) [4]. Vous avez dit sens du détail ?

Ce n’est pas la première fois que le contexte colonial est escamoté sur les chaines de Radio France et dans les « reportages » d’actualité économique ou internationale concernant l’État d’Israël ou les territoires palestiniens [5]. Le 6 septembre dernier, le « Zoom de la rédaction » de France Inter mettait en valeur un reportage du même Étienne Monin intitulé « L’eau, trésor d’Israël », également commenté en présence de son auteur dans la pastille « En direct du monde » de France Info le même jour. Sur France Inter, le lancement en grande pompe du patron de la matinale, Nicolas Demorand, donnait le ton :

Et comment développer un pays sans véritable ressource en eau ? La question devient centrale avec le réchauffement climatique. L’OMS estime que dans sept ans, la moitié de la population mondiale vivra dans un secteur ou l’eau risque de manquer. Allons voir comment Israël est devenu un pays en pointe qui mise sur la production et l’optimisation de l’eau avec des techniques qui s’exportent, vous allez le voir, dans le monde entier.

Comme on le comprendra assez vite, ce « comment » se réduira à une description – teintée d’admiration – techniciste des entreprises israéliennes et de la performance de leurs innovations, affranchie de toute mise en perspective historique et politique, quand bien même le reportage affirme en avoir la prétention.

La première partie du sujet se focalise en effet sur l’entreprise Netafim et sur les techniques d’irrigation « au compte-gouttes » que cette dernière a développées dans le kibboutz Hatzerim (désert du Néguev). Inutile de préciser que l’auditeur n’apprendra rien sur le développement de cette entreprise – hormis qu’elle est « devenue une multinationale » – et certainement pas qu’elle faisait partie des sociétés visées par le Haut-Commissaire aux droits de l’homme à l’ONU, qui adressa en septembre dernier à ces dernières des courriers leur rappelant que leurs activités se développaient en violation du droit international [6]. Inutile de dire, également, que la célébration de ces « performances hydrauliques » et la libre parole laissée à un « chercheur qui tente de faire parler les amandiers » laisseront d’autres paroles et d’autres types de « performances » dans l’angle mort du reportage, comme par exemple l’extrême pénurie et la crise sanitaire liée à l’eau dans la bande de Gaza (sous blocus israélien), située à quelques dizaines de kilomètres seulement du lieu principal de reportage… [7]

Mais peut-être ces informations furent-elles jugées trop « périphériques » pour un format de 3 minutes. Laissons en tout cas à la radio publique le bénéfice du doute… jusqu’à la deuxième partie du reportage. Car, tout en prétendant « remonter aux origines pour comprendre l’histoire de l’eau en Israël » et répondre ainsi à la question initiale de Nicolas Demorand, le journaliste se paiera le luxe de ne pas mentionner un seul mot du contexte colonial et de ses conséquences pourtant déterminantes pour quiconque chercherait à comprendre « l’histoire ancienne » de cette ressource dans la région, son appropriation, sa gestion et sa répartition – parfaitement inégalitaire – entre les territoires palestiniens occupés et l’État d’Israël [8].

Le minimum journalistique pour un reportage prétendument soucieux des perspectives historiques aurait pourtant été de rappeler, par exemple, que « dès 1967, l’eau des territoires occupés a été placée par Israël sous contrôle militaire, et les résidents arabes se sont vu interdire de creuser de nouveaux puits, tandis que les colonies juives en foraient sans restriction. Selon la Banque mondiale, 90% de l’eau de la Cisjordanie est utilisée au profit d’Israël, les Palestiniens ne disposant que des 10% restants. » [9]

Suite à de « nombreux » signalements regrettant une telle absence de contextualisation, la médiatrice de Radio France, Emmanuelle Daviet, adressait en septembre dernier une réponse aux auditeurs. Précisant d’abord que « nul n’ignore en effet que la gestion de l’eau entre Israël et les territoires palestiniens est un sujet éminemment politique et géostratégique », la médiatrice plaide ensuite en défense du reportage, invoquant le « choix journalistique » que constitue un traitement « sous l’aspect technique et environnemental ». Une réponse peu convaincante, a fortiori quand on rappelle la prétention du reportage à vouloir « comprendre l’histoire de l’eau en Israël », ce qui est censé, même en journalisme, inclure des aspects un tant soit peu… historiques. Et de poursuivre :

Les relations israélo-palestiniennes sont largement traitées. Pour votre complète information, notez que la pénurie d’eau dans plusieurs villages palestiniens et les tensions qui en résultaient ont déjà fait l’objet d’un reportage que [le journaliste] a signé et que vous pouvez retrouver ici : « En Cisjordanie, la pénurie de l’eau échauffe les esprits. »

Si ce court article existe bel et bien, nous noterons qu’il date… du 15 juillet 2016. La médiatrice de radio France a-t-elle été à ce point noyée sous le « large traitement » de ses antennes qu’elle fut contrainte de déterrer un articulet vieux de plus de deux ans ?

 

***


Loin d’être « anecdotiques », ces différents reportages disent en réalité beaucoup de la qualité de l’information délivrée par les médias dominants sur l’État d’Israël et sur ses relations avec les territoires palestiniens occupés. Une information faite de biais systématiques, dont le plus criant consiste à « occulter presque totalement ce qui est pourtant l’essentiel de la vie quotidienne des Palestiniens et l’un des nœuds du « conflit » : l’occupation civile (colonies) et militaire (armée) des territoires palestiniens », et leurs conséquences sur l’organisation politique, économique et sociale des deux acteurs [10]. Faute de mentionner ce contexte, les articles et pseudo-reportages ne pourront prétendre délivrer une information rigoureuse et complète aux lecteurs/auditeurs, et contribueront plus largement à la normalisation de la colonisation israélienne.


Pauline Perrenot et Frédéric Lemaire

 

Jean Ortiz

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé.

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Après une tournée locale chez « les gilets jaune vif ». Réflexions...

 « A partir du 15 du mois, béni soit le café au lait qui « nourrit » toute la famille ».

Il fait froid mais Angèle (involontaire) n’en finit pas de raconter ses galères devant un brasero et une nuée de papillons jaune fluo. Les nuits sont assez tranquilles au bord de l’A 64.

« Les flics viennent parler avec nous. » Qui sont-ils ces nouveaux acteurs sociaux qui nous bousculent, nous inquiètent ?

Je connais bien le monde militant dans le « grand sud »... mais parmi ces nouveaux acteurs, co-organisés, je retrouve peu de visages de ce « monde militant traditionnel »...

Beaucoup de nos camarades militants sont presque tétanisés devant ces « gilets jaunes » maladroits, directs, peu habitués au discours, au militantisme, à la rhétorique... La majorité de ces « pestiférés » porte des fringues communes, des gants de deuxième main, des semelles en souffrance (attention au misérabilisme !)... Si les « jaune fluo » sont, c’est parce qu’il y a un besoin vital à satisfaire... et qui n’a pas été pris en compte avant qu’il n’explose. Les jaunes-fluo sont majoritairement des gens de peu, cela se voit, s’écoute, se lit, et rien de neuf ne pourra être fait, ou plutôt être arraché, sans eux, « los de abajo ». Il faut donc « retourner » au peuple d’en bas, que nous n’aurions jamais dû abandonner ; il est encore temps de « prendre le train en marche »... Pour « être avec » les « gilets jaunes », pas seulement pour accompagner, de plus ou moins loin, mais pour « être dans » ; sans camouflage ni récupération. Contribuer à élargir, élargir ce combat de classe... Assez de réduction au silence, à la résignation... et à l’humiliation. Pour les classes dominantes, ces « classes dangereuses » doivent être contrôlées, criminalisées, saignées jusqu’au dernier globule, et, surtout, rester bien à leur place, invisibilisées.

Dans les milieux ouvriers, précaires, chômeurs, pauvres (nouveaux ou anciens), bas salaires, peu de diplômes... nous, les cocos, nous y étions jadis comme poisson (bleu) dans l’eau.

Non, la classe ouvrière n’a pas disparu. Elle a muté, s’est transformée... La colère des plus démunis, aux racines anciennes et profondes, plongées dans le sentiment d’injustice sociale croissante, la souffrance sociale ne peut retomber tant que le pouvoir ne comprendra pas qu’il s’agit d’autre chose « qu’un ras-le-bol-les-taxes » cantonné à des petites gens manipulées. La plupart des « gilets jaunes » travaillent mais ne peuvent pas subvenir dignement à leurs besoins à force d’injustes et obstinés « grignotages » de leur pouvoir d’achat, etc. Ce que revendiquent les « gilets jaunes », c’est que dignité leur soit rendue ; il n’ont que faire ( quoique...) du mépris de classe et de la fin de non-recevoir brutale, méprisante, que Macron pourri de fric, et ses acolytes millionnaires, ne cessent de leur opposer.

Ils ne veulent aucunement de mesurettes, insiste Angèle, au cas pas cas, territoire par territoire, d’un « chèque énergie » pour les plus démunis, que le pouvoir leur claque au visage et qu’ils ressentent comme une aumône pour nécessiteux volontairement marginalisés. La charité capitaliste au lieu de la dignité de l’humain, en quelque sorte.

Comment décolérer, si quelques provocateurs de Mouvement national tentent de détourner le cri, la révolte des « gilets jaunes », et offrent au pouvoir la possibilité de dévier la charge du taureau ? Un peu facile, messieurs ! Tous les épouvantails de rigueur : montée des nationalismes, du populisme, etc. ne permettront pas longtemps au pouvoir de se voiler hypocritement la face. Ca va péter !!

Comment décolérer, si au lieu de « désamorcer », Macron s’enferre et s’enfonce dans un semblant de méprisante méprise de l’étendue et de la gravité de la situation ? On entend en fond comme une petite ritournelle : s’ils n’ont pas de pain, proposons-leur des brioches... On connaît la suite ! A renverser les têtes. Ça va péter !!! Avec tous les dangers et débordements que cela suppose, mais aussi les grandes potentialités que cela peut générer.

Mais ajoutons, à quoi bon une colère qui nulle part ne s’ancre ? Comment passer de la colère à des forces de proposition larges, rassemblées, diverses, pour davantage de justice sociale, de pouvoir d’achat, de services publics... vraiment ? Notre place, nous les communistes, nous l’avons dit, est « dans » les mouvements sociaux, dans celui des gilets jaunes, rouges, toutes les couleurs de la lutte des classes... « A côté » ne nous paraît pas suffire. La nature, et c’est scientifiquement prouvé, ayant horreur du vide... si nous n’occupons pas notre place, d’autres le feront, avec, peut-être des revendications de tout autre nature.

 

Publié le 28/11/2018

N’abandonnons pas Julian Assange aux mains de ses bourreaux
 

(Site :bellaciao.org)

Julian Assange, informaticien et cybermilitant australien, fondateur, rédacteur en chef et porte-parole de WikiLeaks - dont l’objectif est de publier des documents pour partie confidentiels ainsi que des analyses politiques et sociales à l’échelle mondiale afin de donner une audience aux lanceurs d’alertes - se meurt en ce moment même à Londres dans les oubliettes de l’ambassade de l’Équateur où il s’est réfugié en juin 2012.

Il dépérit de jour en jour avant d’être, tôt ou tard, extradé vers les États-Unis où il risque d’être détenu sans limite de durée, sans procès et donc sans défense.

Les menaces qui pèsent sur lui - s’il devait être extradé - vont d’un emprisonnement à Guantánamo Bay en passant par la torture, une condamnation à 45 ans de prison en quartier de haute sécurité voire la peine de mort.

Son crime ?

Avoir été un courageux lanceur d’alerte afin que nous soyons informés et avertis des invraisemblables abus des maîtres du Monde.

Allons nous oublier Julian Assange ?

Allons nous l’abandonner aux mains de ses bourreaux ?

« Le moment est venu de dire ça suffit ! Nous ne resterons pas les bras croisés et ne regarderons pas mourir ce courageux journaliste », lance aujourd’hui Christine Assange, sa mère, aux citoyens épris de démocratie, de justice et de liberté.

Une pétition a été mise en ligne.

Merci de la signer et de la faire tourner si vous partagez le texte suivant :

Nous, signataires de la présente pétition, exigeons avec Christine Assange que soit mis fin à cette persécution politique qui frappe Julian Assange ;

Nous, signataires de la présente pétition, en appelons avec Christine Assange à tous les journalistes pour qu’ils se mobilisent, parce Julian est leur collègue et parce qu’ils seront les prochains si rien n’enraye le processus de destruction mis en œuvre ;

Nous, signataires de la présente pétition, en appelons avec Christine Assange à tous les politiciens – toutes opinions et tendances confondues - pour qu’ils se dressent contre cet assassinat d’État programmé ;

Nous, signataires de la présente pétition, en appelons avec Christine Assange à tous les militants qui soutiennent les droits de l’homme, les réfugiés, l’écologie et qui sont opposés à la guerre, à se dresser maintenant parce que WikiLeaks a servi les causes qu’ils défendent,

Nous, signataires de la présente pétition, en appelons avec Christine Assange, à tous les citoyens attachés à la liberté, à la démocratie et à la justice et leur demandons instamment de mettre de côté leurs divergences politiques, de s’unir et de se mobiliser avant qu’il ne soit trop tard,

Nous, signataires de la présente pétition, exigeons avec Christine Assange la libération immédiate et sans condition du journaliste lanceur d’alerte Julian Assange.

Vous pouvez signer ici

 

Publié le 25/11/2018

À Hiroshima, la Belgique promeut son engagement contre les armes nucléaires

(site : rtbf.be)

Le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders s'est rendu mercredi à Hiroshima. Dans cette cité martyre, théâtre de la première attaque nucléaire de l'histoire, il a mis en avant l'un des engagements qui tient à cœur de la Belgique à la veille de ses deux années au Conseil de sécurité des Nations unies, celui de la lutte contre la prolifération des armes nucléaires.

La ville est devenue un symbole de la lutte en faveur du désarmement nucléaire. Elle est l'un des fers de lance de l'association des maires pour la paix, dont fait partie, en Belgique, la ville d'Ypres. Le chef de la diplomatie belge a rendu visite au Mémorial de la Paix et s'est entretenu avec le maire, Kazumi Matsui, ainsi qu'avec Keiko Ogura, une "hikabusha" -survivante de l'explosion-, écolière au moment du drame.

"Nous allons veiller à conserver cet esprit d'Hiroshima durant les deux années à venir", a assuré le ministre. L'engagement belge s'inscrit dans une actualité régulièrement marquée par l'aventure nucléaire nord-coréenne et les tensions qu'elle suscite dans la région. Aux yeux de la diplomatie belge, les discussions en cours doivent s'inscrire dans un cadre multilatéral, plus particulièrement le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICEN).

Le texte impose aux États de ne pas procéder à des explosions expérimentales d'armes nucléaires. Adopté par l'Assemblée générale de l'ONU en septembre 1996, le traité a été signé par 183 pays mais doit encore être ratifié par huit États détenteurs de la technologie nucléaire (Chine, Etats-Unis, Inde, Pakistan, Iran, Israël et Corée du nord) pour entrer en vigueur. Il contient un dispositif de vérification reposant sur 300 stations de mesure sismique dans le monde.

Avec l'Irak, la Belgique est l'une des copromotrices du traité durant deux ans. La cause progresse, estime le ministre. L'ensemble des pays de l'Association des pays du sud-est asiatique a aujourd'hui ratifié le texte."J'ai la conviction que l'adhésion de la Corée du nord au TICEN sera une étape cruciale vers une dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible de la péninsule coréenne et devrait, en tant que telle, être l'une des conditions de tout futur accord", a expliqué M. Reynders.

Pour y arriver, les autres pays devront également rejoindre le mouvement. "Si tout le monde n'avance pas, ce sera difficile de convaincre la Corée du nord", a-t-il ajouté.

En revanche, la Belgique n'entend toujours pas adhérer au traité d'interdiction de l'arme atomique adopté en 2017 et qui a valu à la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN) le prix Nobel de la Paix. A ce jour, aucune puissance nucléaire n'en fait partie, a rappelé le chef de la diplomatie belge, et le traité ne repose pas sur un dispositif de vérification comme celui du TICEN. La Belgique n'entend pas non plus se distancier des obligations contractées dans le cadre de l'OTAN. Elle a d'ailleurs décidé d'acquérir des chasseurs-bombardiers F-35 dont le développement futur prévoit une capacité d'emport nucléaire.

"Une démilitarisation de manière unilatérale n'a pas de sens. Nous faisons partie d'une alliance dont l'un des piliers est la dissuasion qui repose à la fois sur des armes conventionnelles et des armes nucléaires", a fait remarquer M. Reynders.

 

Publié le 24/11/2018

Felipe Gonzalez préfère Franco à la République

Jean Ortiz

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé.

C’est désormais clair : il l’a explicitement dit. Felipe Gonzalez a tenu des propos ahurissants. Pour un « grand » dirigeant socialiste, devenu une sorte d’ambassadeur de la contre-révolution pour le compte de Washington, cela couvait et coule de source. De 1982 à 1996, il dirigea le gouvernement espagnol avec majorité absolue du PSOE, donc les mains libres, notamment pour pouvoir « défranquiser », s’il l’avait voulu. Tout s’éclaire maintenant... Il préféra créer des groupes paramilitaires, le GAL (Groupes Anti-terroristes de Libération), pour abattre des militants basques sur le sol français.

Son dernier mandat s’est terminé dans la corruption totale ; son épouse a même été « citée » dans le cadre du scandale des « Panama Papers ».

Après la démission de Rajoy, au nom de « la stabilité », Felipe choisit de soutenir le Parti populaire, « assassinant » au passage le chef actuel du gouvernement, « plus à gauche », Pedro Sanchez. Felipe Gonzalez a un bureau au Venezuela, où il œuvre de concert, et ne s’en cache pas, avec la CIA, pour renverser le président Maduro, qu’il insulte régulièrement. Il est conseiller du candidat libéral Henrique Capriles, ainsi que de plusieurs multinationales. Une sorte de barbouze du fric internationale.

Felipe Gonzalez a déclaré qu’il préfère « 800 millions de fois le roi, et même Franco, plutôt que la République que « Podemos » exige » (Eldiario.com, 16/11/2008). Aucun « démocrate » espagnol n’est jamais allé aussi loin ! Felipe Gonzalez ajoute que sur les attentes basques, il craint un processus d’autodétermination à la bolivienne qui déboucherait sur un Etat plurinational. Sur la Catalogne, il a joué un rôle particulièrement néfaste. Aujourd’hui le voilà qui s’insurge une nouvelle fois contre ceux qui mettent en cause (« une charge de cavalerie ») contre « l’institution monarchique ».

Dans un autre quotidien (periodistadigital.com du 17/11/2018), il traite Pedro Sanchez métaphoriquement d’occupant illégitime de La Moncloa. Il y a des lunes que Gonzalez s’est rallié à l’ultralibéralisme, et aujourd’hui, il n’a de cesse d’accuser Pedro Sanchez de déstabiliser le pays. Ou plus exactement d’accuser Pablo Iglesias, de « Podemos », de vouloir liquider la monarchie, et Pedro Sanchez d’être complice en le laissant dire et faire. Gonzalez rue comme animal en rut lorsque l’on remet en cause la monarchie, qui dispose en lui d’un incroyable paladin.

Un jour le roi d’Espagne père (Juan Carlos) interrompit Chavez, emporté dans un discours de haut vol, d’un « ¿Por qué no te callas ? », qu’il croyait cinglant. On pourrait retourner le compliment à Gonzalez...

 

Publié le 23/11/2018

#NOUSTOUTES : le 24 novembre, manifestons contre les violences sexistes et sexuelles !

(Site : cgt.fr)

 

Partie prenante dans le mouvement #NOUSTOUTES, la CGT appelle à toutes les mobilisations unitaires du samedi 24 novembre 2018, dans les territoires et les entreprises.

Les chiffres sont édifiants : 8 viols ou tentatives de viol ont lieu, chaque jour, sur les lieux de travail, tandis que 80 % des femmes salariées considèrent que, dans le travail, les femmes sont régulièrement confrontées à des attitudes ou comportements sexistes. Face à ce phénomène grave et massif, la CGT fait des propositions pour produire du changement et agir, à commencer par l’obtention d’une obligation de négocier sur cette question.

Ainsi, la CGT œuvre :

- pour refuser le sexisme quotidien, issu de stéréotypes et préjugés véhiculés tant par les hommes que par les femmes. Les propos sexistes ont pour conséquences d’entretenir la différenciation et la hiérarchie des sexes ;

- pour garantir un environnement de travail non sexiste,  où les images dégradantes, calendriers ou fonds d’écran, qui font de la femme un objet sexuel, n’ont pas leur place ;

- pour lutter contre les violences, qui voient chaque année des milliers de femmes victimes de harcèlement sexuel, d’agressions sexuelles ou de viol sur leur lieu de travail ;

- pour protéger les victimes, qui ont de graves séquelles physiques et psychiques. Pour elles, c’est la double peine : après les violences, la perte du boulot. Il est donc indispensable de les protéger pour garantir leur droit au travail.

La CGT demande la mise en place d’une norme de l’organisation internationale du travail (OIT) pour protéger toutes les femmes du monde contre les violences sexistes et sexuelles. Le 25 novembre a lieu la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. Ces violences constituent l’une des violations des droits de l’homme les plus répandues, les plus persistantes et les plus dévastatrices dans le monde.

 

Publié le 22/11/2018

Accord au PCF pour que Fabien Roussel succède à Pierre Laurent

Julia Hamlaoui (site : l’humanité.fr)

À quelques jours du congrès du PCF, sa commission des candidatures a acté ce matin de proposer une liste rassemblant Fabien Roussel, présenté comme secrétaire national, et Pierre Laurent, qui pourrait devenir président de son conseil national.

Pas de bataille rangée en vue pour la tête du parti. À trois jours de l’ouverture du congrès du PCF, la commission des candidatures, réunie ce mardi, a voté à l’unanimité la présentation d’une liste commune emmenée par Fabien Roussel comme secrétaire national, avec une haute responsabilité pour Pierre Laurent, qui pourrait devenir président du conseil national. Sauf surprise, le député du Nord devrait donc succéder dimanche prochain au sénateur de Paris, répondant ainsi à l’attente de renouvellement exprimée par les communistes. Le binôme pourrait aussi rassembler des communistes dont l’unité a été mise à mal depuis quelques semaines.

 

En effet, début octobre, un vote inédit des adhérents de la formation avait placé en tête, avec 42 % des voix, un texte « alternatif » (« Pour un manifeste du Parti communiste du XXIe siècle ») à celui proposé par la direction sortante (38 %). À l’issue de ce scrutin, pour la première fois également, deux candidats s’étaient déclarés pour le poste de secrétaire national. Une issue a donc été trouvée ce mardi, sur la base de la proposition formulée la veille, dans nos colonnes, par Pierre Laurent. Prenant acte que le « désaccord ne (s’était) pas résorbé », « je fais une nouvelle proposition : que nous partagions la conduite de cette liste, avait-il annoncé. L’un de nous deux sera secrétaire national et l’autre pourra occuper une fonction de premier plan à ses côtés. Personnellement, j’accepterai le choix de la commission et du congrès sur la répartition proposée ».

Le risque de division n’est pas totalement écarté

« Que l’on soit unis avec une seule liste qui nous rassemble était une exigence importante de beaucoup de communistes », a réagi Fabien Roussel. « On n’a pas les moyens d’être divisés. Même si nous ne sommes pas assez visibles et audibles, pas à la hauteur de notre réelle influence, jusqu’à maintenant nous avons su être unis et il est essentiel que nous le restions. C’est notre force, c’est grâce à cela que nous sommes encore présents dans le paysage politique », insiste-t-il. Pierre Laurent s’est lui aussi « félicit(é) que la commission des candidatures ait acté la possibilité que Fabien et moi travaillions en commun à la conduite d’une liste unique pour la direction de notre parti. C’est la décision la plus responsable face au débat qui le traverse et à la situation politique », a jugé le sénateur de Paris.

 

Mais le risque de division n’est pas totalement écarté. Après la proposition de la commission des candidatures, la possibilité demeure ouverte pour les congressistes de déposer une liste « alternative » à l’ouverture du congrès vendredi. Les signataires du texte « Pour un printemps du communisme », qui avait recueilli 12 % des votes en octobre, n’écartent pas pour l’heure cette hypothèse. « On y réfléchit encore. La difficulté, c’est que beaucoup de signataires du Printemps ont l’impression que les dés sont jetés, et que le congrès est réglé avant d’avoir eu lieu », explique l’historien Frédérick Genevée, animateur du texte. « Cette liste unique ne nous convient pas. C’est la double impasse du statu quo et du retour en arrière », estime-t-il.

 

De leur côté, Pierre Laurent comme Fabien Roussel espèrent parvenir au rassemblement. Le premier plaidant pour que « cette liste associe l’ensemble de la diversité (des communistes) quels qu’aient été les votes des uns et des autres ». Le second appelant de ses vœux cette unité « pour travailler dans la fraternité, dans le respect des idées des uns et des autres et surtout dans le respect des choix des militants ». Au cœur des crispations, des désaccords de fond ont aussi été exprimés sur le texte adopté en octobre et discuté ce week-end. Le chantier de l’unité semble avancer sur ce front-là aussi. « Des réécritures sont proposées et réintroduisent nombre de nos innovations récentes sur les mutations du travail, la révolution numérique, l’écologie, le féminisme », s’est félicité Pierre Laurent. Le texte « est vraiment enrichi, avec des idées nouvelles, des paragraphes qui ont été précisés, réécrits. L’effort d’amendements a été fait. On est en train de construire une direction à l’image de ce texte », estime de son côté Fabien Roussel, qui précise toutefois : « Il reste encore du travail. Car le risque c’est de changer la tête sans que rien ne change derrière. »

Publié le 21/11/2018

Armes Européennes chez Daesch : Des langues se délient !
de : JO
(site bellaciao.org)

Des eurodéputés « choqués » par le volume d’armes européennes chez les terroristes syriens © Source :Sputnik -France -NDLR : Il paraît que Daesch nous dit-on encore est l’ennemi à abattre, avec nos armes de quel côté ?

Un groupe de députés du Parlement européen propose de mener une enquête pour élucider la provenance des armes européennes retrouvées chez les terroristes syriens et irakiens en quantités « choquantes ».

Syrie © SPUTNIK . MIKHAIL VOSKRESENSKY Moscou : les armes US en Syrie sont majoritairement entre les mains des terroristes Le volume des armes en provenance de l’Union européenne entre les mains des terroristes en Irak et en Syrie nécessite une enquête spéciale, selon un projet de résolution mis au point par un groupe de députés européens, dont Sputnik a pris connaissance. Le document, déjà approuvé par la commission des Affaires étrangères (AFET), souligne que le Parlement européen est « choqué par le volume des armes et munitions de fabrication européenne retrouvées chez Daech* en Syrie et en Irak ».

Daech, destinataire final des armes US livrées en Syrie ? Dans le même temps, le projet de résolution propose d’obliger les membres de l’UE à ne pas délivrer de licence d’exportation en cas de risque évident de réexportation des technologies ou équipements en question. « Le PE appelle les pays membres à renoncer à l’avenir aux transferts similaires, notamment vers les États-Unis et l’Arabie saoudite », indique le document.

Tout le long du conflit syrien, les officiers des forces gouvernementales ont à plusieurs reprises fait état de la découverte d’importantes quantités d’armes, munitions et matières explosives de fabrication américaine et européenne dans les zones libérées des terroristes.

 

Publié le 20/11/2018

 

ESPAGNE, Un jour viendra où fleuriront tous les oliviers

DEUXIEME PARTIE.

Jean Ortiz

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé.

 

Même mort -: « sur le papier » -  grommèle le fidèle camarade Valdo, de Santander... Franco ou plutôt sa momie, n’en finissent pas de défrayer la chronique.

Le bourreau de l’Espagne républicaine « repose » au mausolée public, fasciste et monumental, du « Valle de los Caídos », (la Vallée des morts)..., entretenu aux frais de l’Etat.

Le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez a publié  un « royal décret » par lequel il s’est engagé à améliorer la loi dite « de Mémoire historique » (qui grosso modo, renvoie dos-dos franquistes et républicains), et à régler, avec la famille et la justice, le problème définitif de l’exhumation du Valle des restes du tyran. Lesquels devaient sortir du Valle de los Caídos (monument à la gloire du « Caudillo »), à terme d’un mois et demi. Cinq mois sont passés et les autorités font un surplace préoccupant. Pedro Sanchez, toujours entre deux eaux. Assez tergiversé ! Les Associations de la Mémoire républicaine, de réprimés, de disparus, d’enfants volés..., soutenus par la gauche, appellent à un rassemblement le premier décembre, sur l’esplanade de la cathédrale madrilène de La Almudena, pour crier : « ¡Ni Valle ni Almudena ! » Qu’on enterre Franco comme tout un chacun... ou qu’il aille au diable !

Aux Cortès, les députés du « Parti populaire » de Pablo Casado et ceux de « Cuidadanos », d’Albert Rivera bloquent par leurs manœuvres, les interminables amendements, la nouvelle version du texte de Mémoire historique, qui permettra d’exhumer Franco. Le Parti populaire en fait une lutte hautement symbolique. Franquisme, quand tu nous tiens.. ! Ils bloquent la nouvelle loi, ainsi que le budget, afin de provoquer des élections anticipées. Pedro Sanchez rappelle que le mandat de Rajoy devait terminer en 2019-2020.

L’extrême droite crée un climat anxiogène ; elle ressuscite tous les poncifs franquistes. Santiago Abascal, le leader de VOX, flatte « le génie de la race espagnole » et appelle à une nouvelle « Reconquête » pour en finir avec les Arabes, les Gitans, les homosexuels, les communistes, les Juifs... Pas question, par exemple, que la cathédrale de Cordoue soit aussi une mosquée, ni que la momie de Franco « dégage » du Valle !

Dans tout cet « ajiaco » (soupe cubaine), le PSOE ne sait plus à quel mentor se vouer. Ses promesses ne sont-elles que des stratagèmes électoralistes ?

Les Associations mémorielles sont au bout de leur crédit de patience. L’Eglise, l’hypocritasse, gémit à « l’inviolabilité du site » du Valle, au respect du « concordat de 1979 » avec le Vatican. La Fondation Franco, (subventionnée par l’Etat et légale, oui, monsieur ! Elle a même pignon sur rue...), la famille, la majorité de la droite, proposent que les restes dictatoriaux soient « ennichés » à Madrid, en plein centre officiel de la capitale, dans la Cathédrale de la ALMUDENA. Cela équivaudrait à un troquer un lieu de célébration par un autre... plus central ! Les positions de la gauche, des associations mémorielles, tiennent dans le slogan : « ¡Ni Valle, ni Almudena ! ». Que la famille en fasse ce qu’elle voudra...

Hors sujet ?

La banque espagnole a déjà gagné (depuis 2012) de quoi rembourser le rachat des banques par l’Etat, lors du grand crack. Le coût du sauvetage s’élève à la pacotille de 62.754 millions d’euros au 31 décembre 2016. En janvier déjà, les banques avaient dégagé 63.690 millions d’euros...

En Espagne, trois travailleurs sur 10 gagnent moins de 1.230 euros par mois. Tout est donc lié : bataille de la mémoire historique, politiques européennes assassines, et « ruissellement » de fric pour les banques et les classes dominantes... Qui a dit que la lutte des classes n’existait plus

 

Publiéle 19/11/2018

Nouvelles d’ESPAGNE. DES ESPAGNE. Première partie

Jean Ortiz

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé.

 

 

Tout çà pour çà ? Si l’on votait aujourd’hui de l’Andalousie au Pays-Basque, selon un récent sondage, 2-7 novembre 2018, (avec toutes les réserves d’usage) pour la très sérieuse et tout autant conservatrice « La Vanguardia », les socialistes espagnols l’emporteraient.

Le PSOE (parti socialiste ouvrier espagnol), avec 26,61% et 109 députés (85 en 2016) gagnerait les élections générales et progresserait pour devenir la première force politique, profitant de la chute libre du Parti Populaire, qui pourtant a lui aussi ripoliné sa façade en choisissant Pablo Casado pour le diriger. Le fringant Pablo Casado joue au « plus jeune loup que moi, tu meurs » avec Pedro Sanchez. P. Sanchez, le nouveau chef du PSOE veut donner de lui une image « de gauche » mais oublie souvent ses promesses, cafouille, notamment sur l’exhumation des restes de Franco; il est en train cependant de réussir son opération de cosmétique politique. On connaît les heurts et malheurs des législatures précédentes qui s’achevèrent, avec Zapatero et le néo-franquiste Rajoy, démissionné, dans la gadoue et la corruption, dans les ravages des politiques austéritaires...

Si l’on votait donc aujourd’hui, Casado arriverait en second : le parti populaire (droite bien de droite), crédité de 22,71% des intentions de vote et 75 sièges (137 en 2016), y laisserait des plumes... « Ciudadanos » ; (droite franquiste recyclée), obtiendrait lui aussi autour de 22% , talonnant « l’autre droite, le PP ». « Unidos-Podemos » (coalition de « Izquierda Unida », où militent les communistes, et de « Podemos » de Iglesias), se trouve crédité d’un honorable 21,1% et 48 sièges (71 en 2016 ).

Le « renouveau » du PSOE, les atavismes, le « vote utile », « rassurant », les divisions de « Podemos », un accord fantasmé de gouvernement de « Podemos » avec le PSOE (s’avère peu crédible pour l’heure), tout cela affaiblit électoralement la « vraie gauche ». Les petits partis « nationaux » ne passent le plus souvent pas la barre des 3% (seul l’ERC, la gauche républicaine catalaniste, aurait 9 élus). La montée soudaine d’une extrême droite, VOX (créée en 2013), inquiète l’opinion. Les Espagnols croyaient en avoir fini avec les fachos-fachos... L’extrême droite se retrouvait au sein du PP. Désormais, elle sort à visage découvert. C’est que la « transition » fut « une réforme » et non « une rupture » avec le franquisme.

Des milliers de moutons ont envahi le centre de Madrid... Mais nul Don Quichotte pour les toréer. Le gouvernement pourtant vient de renouveler à la tauromachie la qualité de tradition culturelle. Les moutons, eux, célébraient la fête d’une transhumance circulaire.

 

 

Publié le 17/11/2018

LA TERRE EN SURCHAUFFE …

LE PRIX DE L’EAU FLAMBE !

L’EAU RARE

Tous les continents sont concernés, les conflits et crises territoriales se multiplient entraînant des problèmes majeurs d’approvisionnements en eau pour les populations.

LA FRANCE

Notre pays est confronté régulièrement à un manque d’eau, les causes sont multiples liées à la marchandisation de l’eau.  Nous défendons l’accès à l’eau garanti à tous et inscrit dans notre constitution.

NOTRE BASSIN DE VIE

Nous venons de recevoir nos factures d’eau potable et d’assainissement  et nous constatons une nouvelle hausse du prix.

Ainsi, nous payons le mètre cube toutes taxes comprises 4,43 € à Sète, 4,39 € à Marseillan, 4,51 € à Gigean, 4,16 € à Frontignan et Vic la Gardiole …

 

LES CAUSES

Ces hausses sont l’aboutissement de décennies de gestion privée confiée à VEOLIA (Compagnie Générale des Eaux), SUEZ (Lyonnaise des Eaux) dont les missions d’entretien des réseaux ont été catastrophiques. Seulement 0,5% à 1% de rénovations des canalisations par an !

LE MONOPOLE

SUEZ  est en position de monopole : L’Eau d’Issanka à Sète, Syndicat d’Adduction d’Eau Potable du Bas Languedoc, Sète Agglopôle Méditerranée pour les eaux usées. VEOLIA conservant la concession d’eau potable du Syndicat d’Adduction d’Eau Potable de Frontignan (Frontignan, Balaruc-Les-Bains, Balaruc-Le- Vieux).

LES EFFETS

Les abonnements sont en hausse sur nos factures entre 16 et 30% du prix, ils devraient servir à financer les investissements, l'entretien du patrimoine, nous en doutons au regard des résultats constatés. En 2016 les pertes cumulées d’eau potable sur l’ensemble des réseaux de l’agglomération étaient de 6 532 822 m3 soit la desserte en eau potable de 85 000 à 95 000 habitants, fuites que nous payons…

LA SOLUTION

 

Le retour en régie publique garantit de payer le juste prix, des investissements réguliers sur les réseaux, la préservation de la ressource sans enrichir les actionnaires des sociétés privées.

 

 COMITE DES USAGERS DU BASSIN DE THAU DU CYCLE DE L’EAU - Adhésion et contact : usagers.eaubassindethau@gmail.com

Publié le 16/11/2018

Prix de l’essence, taxes et impôts : faire reculer Emmanuel Macron

(site :l’humanité.fr)

Déclaration commune :  Ensemble !, Gauche démocratique et sociale, Génération.s, Nouveau Parti Anticapitaliste, Nouvelle Donne, Parti communiste français, Parti de Gauche, République et Socialisme.

Prix de l’essence, taxes et impôts : faire reculer Emmanuel Macron, président des riches, et proposer des mesures pour la transition écologique.

La hausse du prix de l’essence provoque une colère massive. Le gouvernement « pro-riches » Macron-Philippe aura tout fait pour provoquer une haine de l’impôt, par des injustices scandaleuses.

Le quinquennat Macron a commencé par une liste de cadeaux aux plus fortunés : suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), de la progressivité des impôts sur les gros revenus, doublement de la baisse des cotisations sociales en 2019 avec 40 milliards sans créer d’emplois, aucune mesure pour empêcher la fraude fiscale massive des grands groupes et grandes fortunes. Le groupe Total, qui vend du pétrole et de l’essence, triche avec l’impôt sur les sociétés, encaisse pourtant de gigantesque profits (9 milliards en 2017). Il engraisse ses actionnaires (plus de 11% de rentabilité de l’action).

Les cadeaux aux plus fortunés et aux entreprises sont payés par des politiques alourdies contre les plus modestes : hausse de la CSG, gel des APL, retraites augmentées en dessous de l’inflation, blocage des salaires, austérité généralisée. La taxe et la TVA sur l’essence, c’est 60% du prix du litre. Et pour les entreprises du secteur, c’est 10% de marge. Les taxes à la consommation, comme la TVA et la taxe essence, sont des impôts totalement injustes qui pénalisent bien plus les plus pauvres que les riches.

Ce sont les prélèvements injustes sur les ménages qui financent les cadeaux aux riches, au lieu d'une fiscalité progressive et d'une taxation du capital. L’austérité budgétaire, la dégradation des services publics (hôpitaux, rail, bureaux de poste…) s’imposent à la majorité de la population. Ce sont les plus modestes qui trinquent !

Il faut inverser cette politique !

Les salarié-es, les chômeurs, les jeunes sont contraints d’utiliser une voiture, dans les zones rurales ou urbaines éloignées des centres villes. Rien n’est fait pour développer les transports en commun moins polluants, ou pour proposer des tarifs sociaux incitatifs. La prime à l’achat de nouvelles voitures moins consommatrices n’a qu’un effet dérisoire.

Nous faisons des propositions alternatives :

1-      Augmenter les salaires, les retraites, les indemnités de chômage, les minimas sociaux,  et lutter contre l’évasion et l’optimisation fiscales.

2-      Taxer avant tout les compagnies pétrolières et les grandes entreprises du transport routier ou aérien, ou gestionnaires d'infrastructure (autoroutes), et notamment le groupe Total dont les bénéfices 2017 ont bondi de 39%, qui s’enrichit sur le dos des automobilistes.

3-      Taxer le kérosène (qui ne l‘est pas du tout !) pour empêcher que l’avion, très pollueur, ne concurrence le train. Supprimer l’exonération scandaleuse des taxes carburant pour le transport routier afin de développer le fret ferroviaire. Affecter l'essentiel des ressources de la taxe sur les carburants (TICPE) au développement de transports et de sources d'énergie écologiques, avec un contrôle démocratique.

4-      Arrêter la fermeture des petites lignes de chemins de fer (9000 km sont menacés), qui transforme les campagnes en déserts. Investir massivement dans les transports en commun de qualité accessibles à tous.

5-      Baisser fortement la TVA pour tous les produits de première nécessité.

6-      Contraindre les constructeurs à fabriquer des véhicules propres et sécurisés ; interdire la production et l’importation de véhicule diésel.

7-      Engager sur ces bases de justice sociale la transition écologique

Tous ensemble, agissons avec les forces de gauche et écologistes, les syndicats, les associations environnementales, les usagers des transports.  Pour sortir de la pauvreté, de la pollution, des bas salaires, de la dégradation des services publics, il faut une autre politique ! 

Publié le 15/11/2018

Une semaine après, voici les vrais résultats des midterms et ils sont mauvais pour Trump

(site lejdd.fr)

Finalement, les résultats des midterms sont pires que prévu pour les républicains. Un signal dangereux pour Donald Trump à deux ans de l'élection présidentielle de 2020.

Une semaine après les élections de mi-mandat aux Etats-Unis, les résultats commencent à s'affiner et une chose apparaît désormais certaine : Donald Trump, malgré ses dires, sort affaibli de cette séquence électorale. Les démocrates s'orientent en effet vers une victoire assez large à la Chambre des représentants et pourraient même limiter la casse au Sénat. A deux ans de l'élection présidentielle, ces résultats démontrent que les démocrates sont en bonne position pour 2020, notamment dans les Etats du Midwest. Voici les trois leçons à tirer de ces élections de mi-mandat.

1 - La victoire est plus large que prévue pour les démocrates

Presque un grand chelem. Selon les dernières prévisions du site de statistiques FiveThirtyEight, les démocrates devraient réussir à obtenir 38 sièges supplémentaires à la chambre des représentants. On s'oriente donc vers une large victoire pour les démocrates. Au lendemain de l'élection, Donald Trump avait pourtant revendiqué un "immense succès". En 2006, le président républicain W. Bush avait, lui, concédé une "raclée" après avoir perdu 30 sièges à la Chambre des représentants.

Les démocrates ont également réussi à remporter davantage de sièges de gouverneurs que les républicains (les démocrates en ont gagné 7 alors que les Républicains en ont perdu 6), selon les chiffres du New York Times. Seul bémol, les démocrates n'ont pas réussi à gagner la majorité au Sénat (51 sièges républicains sur 100, 47 démocrates). Mais il pourrait limiter les pertes dans cette chambre puisque des opération de recomptage sont encore en cours en Floride (où le républicain est en tête de 13.000 voix, soit 0,15%) et un deuxième tour est prévu dans le Mississippi.Ouverture dans 3

2 - Les démocrates ont été très performants dans les Etats qui ont permis à Trump de devenir président en 2016

C'est la meilleure nouvelle de la semaine pour les démocrates : les Etats qui ont permis à Donald Trump de devenir président en 2016 sont de nouveau des bastions bleus. En effet, si Donald Trump a réussi a remporter le collège électoral en 2016, c'est parce qu'il a battu Hillary Clinton dans 3 Etats : Pennsylvanie, Wisconsin et Michigan. Alors qu'Hillary Clinton était majoritaire en voix (elle devançait Trump de 3 millions de bulletins), elle a perdu ces 3 Etats de 77.000 voix (44.000 en Pennsylvanie, 23.000 dans le Wisconsin 10.000 dans le Michigan). Si elle les avait remportés, elle serait actuellement présidente des Etats-Unis.

Or, les résultats des midterms montrent que les démocrates se sont beaucoup mieux comportés dans ces Etats. Selon les calculs de Five Thirty Eight, les démocrates ont remporté de 7 points le vote populaire dans le Michigan, de 8 points dans le Wisconsin et de 10 points en Pennsylvanie. Si les résultats de la chambre des représentants étaient appliqués à la carte électorale de la présidentielle, les démocrates auraient obtenu une victoire facile dans le collège électoral (314 grands électeurs contre 224 pour les républicains).

Surtout, les démocrates ont réussi à davantage attirer les habitants des suburbs (banlieues américaines), une de leur traditionnelle faiblesse. Ils ont aussi augmenté leur avance dans l'électorat féminin (19 points d'écart) et chez les jeunes entre 18 et 29 ans (35 points d'écarts) dans un contexte de forte participation.

3 - Rien n'est toutefois perdu pour le président américain

Malgré ces bonnes nouvelles pour les démocrates, il est bien trop tôt pour enterrer Donald Trump. D'une part, sa tactique de cliver avant l'élection en insistant sur le sujet de l'immigration a plutôt bien fonctionné. Sa base lui est globalement fidèle. D'autre part, les démocrates vont devoir trouver un candidat alors que Donald Trump a, lui, déjà entamé sa campagne électorale pour sa réélection.

Dominée pour l'instant par de célèbres septuagénaires, la liste des aspirants potentiels démocrates ne respire pour le moment pas le renouvellement. L'ancien vice-président Joe Biden (78 ans en 2020), l'ex-candidat à la présidentielle Bernie Sanders (79 ans en 2020) et la sénatrice Elizabeth Warren (71 ans en 2020) sont notamment sur les rangs.

Nouveau visage porté par un immense enthousiasme, le candidat démocrate au Sénat Beto O'Rourke aurait été une option évidente s'il avait gagné contre Ted Cruz dans le Texas. Mais il a perdu de peu. Pas forcément un handicap insurmontable, s'amuse le politologue Larry Sabaton cité par l'AFP : "Il existe un autre type qui a perdu son élection au Sénat et a été élu président deux ans plus tard. Un homme appelé Abraham Lincoln."

La solution pourrait venir du Midwest, cette immense région agricole et industrielle décisive dans la victoire de Donald Trump en 2016. "Plus impressionnant encore" que le résultat de Beto O'Rourke : "La solide victoire du sénateur Sherrod Brown pour sa réélection dans l'Ohio", remarque la stratège démocrate Dena Grayson, qui "le place en excellente position pour lancer une campagne présidentielle".

Publié le 11/11/2018

Carburants : en fait, la hausse des taxes ne va que très peu financer la transition écologique

Par Aude Le Gentil (site lejdd.fr)

Pour défendre la hausse des taxes sur les carburants, le gouvernement s’appuie sur l’argument écologique. Mais selon plusieurs membres de l’opposition, ces nouvelles recettes ne servent pas à financer la transition écologique. Ils ont plutôt raison.

 

Le prix d’un litre de diesel a augmenté de plus de 20% en un an. (Sipa)

Un "matraquage fiscal", une "taxe punitive"… Face à la flambée des prix à la pompe, les élus de l’opposition ont multiplié leurs critiques envers le gouvernement. Ce dernier a, en effet, augmenté les taxes sur le carburant et le fioul, au nom de l’écologie. Depuis peu, une autre petite musique affleure : la fiscalité verte ne servirait pas à financer la transition écologique, mais seulement à colmater le déficit budgétaire. C’est ce qu’a affirmé, par exemple, le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure mardi sur Europe 1. Pour lui, "le gouvernement fait les poches des Français, non pas pour de bonnes raisons, mais parce qu'en réalité il cherche à compenser les cadeaux fiscaux qu'il a faits par ailleurs".

Même lexique du côté de Christian Jacob, président du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale : "Tout ça, c’est du baratin", a-t-il dénoncé jeudi dernier sur Europe1. "Aujourd’hui, où va cet argent? Est-ce qu’il sert aux énergies renouvelables?"

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adikteevAlors, qu'en est-il réellement? En clair, si la hausse des taxes augmente les recettes de l'Etat, le montant alloué directement à la transition énergétique reste, lui, quasiment stable. Même si cela n'empêche pas le gouvernement d'utiliser le reste de l'enveloppe pour sa politique écologique... 

TICPE, composante carbone... De quoi parle-t-on?

Pour le comprendre, voici tout d'abord un rappel des points clés : le passage à la pompe coûte de plus en plus cher aux automobilistes français. En un an, le prix d’un litre de diesel a augmenté de plus de 20% et celui de l’essence de 14%. La faute, essentiellement, à la hausse du prix du pétrole, mais aussi à une fiscalité plus élevée. Car, en janvier dernier, la taxe intérieure sur la consommation de produits énergétiques (TICPE) a augmenté : +7,6 centimes pour le prix du litre de gazole et +3,9 centimes pour le litre de super.

Et ça ne va pas s’arrêter. Le projet de loi de finances 2019 prévoit une nouvelle hausse : +6,5 centimes sur le diesel et +2,9 centimes pour le super en janvier prochain. Le gouvernement veut également supprimer le taux réduit de TICPE pour les routiers et continuer d’aligner la fiscalité du diesel sur celle de l’essence. Au total, 3,9 milliards d’euros de plus iront dans la poche de l’Etat grâce à la fiscalité verte.

Pour être plus précis, la hausse de la TICPE provient de l’augmentation de la composante carbone. Adoptée en 2014, aussi appelée "contribution climat-énergie" ou "taxe carbone", elle touche les carburants (TICPE), le gaz naturel (TICGN) et le charbon (TICC) en fonction de leurs émissions de CO2.

Au départ, les taux devaient augmenter progressivement, pour atteindre 56 euros la tonne de CO2 en 2020 et 100€/t CO2 en 2030. Mais l’année dernière, le gouvernement est allé plus loin en adoptant une trajectoire plus rapide et plus ambitieuse. La loi de finances 2018 prévoit un taux de 65,4€/t en 2020. C'est pourquoi, par ricochet, la TICPE a fortement progressé.

19% des recettes consacrées à la transition énergétique

Comment alors sont utilisées ces recettes? Pour le savoir, il faut se plonger dans le projet de loi de finances, résumé dans ce rapport de l'Assemblée nationaleEn 2019, la TICPE devrait rapporter 37,7 milliards d’euros, décomposés comme suit :

  • 17 milliards pour le budget général de l’Etat ;
  • 7,246 milliards pour le compte d’affectation spéciale "Transition écologique" (utilisé pour financer les énergies renouvelables et le bio méthane et rembourser la dette contractée auprès d’EDF pour des achats d’électricité renouvelable) ;
  • 5,9 milliards pour les Départements ;
  • 5,8 milliards pour les Régions ;
  • 1,2 milliard pour l’Agence de financement des infrastructures des transports de France.

L’augmentation du prix du carburant profite au budget général de l’Etat

On le voit dans ce tableau, les recettes de la TICPE attendues en 2019 sont bien en hausse, de 3,9 milliards d’euros. Sur cette somme, l’Etat en récupérera 3,7 milliards. Le montant alloué au compte d’affectation spéciale "Transition énergétique" (CAS) est, lui, quasiment stable par rapport à 2018 (7,2 milliards d'euros, en légère hausse de 80 millions d'euros). Mais en proportion, cette part va donc baisser : en 2019, 19% des recettes de la TICPE seront directement dédiées à l’écologie, contre 21% en 2018 et 20% en 2017.

A noter que l’Etat peut dépenser les 17 milliards d’euros reçus sur plein d'autres postes, et donc aussi rediriger cet argent vers le ministère de la Transition écologique. Cette année, son budget va augmenter d’1 milliard d’euros pour passer à 34,2 milliards d’euros.

Quant à la composante carbone elle-même, difficile de savoir avec précision comment ses revenus sont employés. Un rapport du Sénat sur les recettes de 2016 donne un éclaircissement. "Sur les 4 milliards d'euros de recettes supplémentaires attendues de la composante carbone en 2016, écrivent les parlementaires, 3 milliards d'euros sont 'restitués' aux entreprises, au titre du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), et 1 milliard d'euros aux ménages, au travers des taux réduits de TVA applicables aux travaux de rénovation énergétique des logements et en faveur du logement social et du logement intermédiaire."

Verdict de la chambre haute : "La hausse de la taxe carbone est donc avant tout mise en œuvre dans une logique de rendement budgétaire."

Flécher, ou pas, les recettes de la fiscalité verte

En réalité, cette question interroge la philosophie de la fiscalité verte. Pour plusieurs associations environnementales, ces taxes devraient avoir un double effet positif :

  • En amont, une incitation à réduire sa consommation de carburants, via des prix plus élevés ;
  • en aval, des recettes utilisées pour financer des projets écologiques et/ou redistribuer l’argent collecté pour aider les ménages et petites entreprises à faire face.

Ces associations, comme la Fondation pour la nature et l’homme (ex-Fondation Hulot) et le Réseau Action Climat, ont réclamé que ces recettes soient fléchées et plus transparentes, sous peine de paraître illégitimes. Le gouvernement a bien augmenté l’enveloppe consacrée au chèque énergie (+23% de crédits) et celle destinée à la prime à la conversion (+50%), mais, selon elles, le compte n’y est pas.

Plusieurs députés En Marche ont tenté d'aller en ce sens. Dans un récent rapport sur la fiscalité écologique, la députée de LREM de l'Allier Bénédicte Peyrol insistait sur l’importance de la transparence. "La fiscalité ne peut se développer si elle reste perçue comme un moyen de couvrir des impasses budgétaires", écrivait-elle. Mais elle ne juge pas nécessaire de flécher 100% des recettes vers l’écologie. Elles pourraient être utilisées, par exemple, pour baisser d’autres impôts et taxes.

Publié le 10/11/2018

Sur France Inter, Nicolas Demorand dorlote Dominique Reynié

par Mathias Reymond (site acrimed.org)

Quand l’animateur de la matinale de France Inter « oublie » de dévoiler le curriculum vitae complet de son invité. 

Comme chaque année, Nicolas Demorand recevait, le 2 novembre 2018, Dominique Reynié dans sa matinale de France Inter [1]. Lorsqu’il le présente - « politologue, professeur des universités à Sciences Po, directeur général de la Fondation Fondapol » - l’animateur ne signale pas, comme chaque année, que la fondation a été créée avec le soutien financier de l’UMP, puis il omet de préciser, comme chaque année, que son invité fut tête de liste de la formation présidée alors par Nicolas Sarkozy (UMP devenue LR) lors des élections régionales de 2015 en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. Une inclinaison à droite qui aurait pu éclairer les auditeurs sur la teneur des analyses de Dominique Reynié, d’autant que ce dernier est un grand habitué des médias [2].

Durant l’entretien, tout en complaisance, Dominique Reynié ne manque pas de critiquer dans la même phrase l’extrême droite de Jair Bolsonaro, Steve Bannon (proche de l’extrême droite et directeur de la campagne présidentielle de Donald Trump), Marine Le Pen et… Jean-Luc Mélenchon [3], sans que Demorand ne trouve à redire. Reynié n’ajoute pas alors à sa liste son ami Laurent Wauquiez, ainsi que le lui fera remarquer plus tard un auditeur.

Lors des questions des auditeurs, justement, quand l’un d’entre eux s’indigne de l’attaque contre Mélenchon, la réponse de Dominique Reynié est implacable : « Mélenchon appartient à la catégorie des populistes. Il s’en réclame d’ailleurs. […] C’est un populisme de gauche. Ils ont en commun une coupure sommaire entre le peuple et les élites, et je définis la différence entre les deux : le populisme de droite ajoute une coupure radicale entre le peuple d’ici et le peuple de l’extérieur. » 

Le même auditeur signale aussi que Demorand avait omis de rappeler la candidature de Reynié aux élections régionales de 2015 sous l’étiquette LR. Embarrassé, l’invité précise qu’il avait bien pris sa carte à LR à l’époque mais qu’il ne l’a pas reprise après son échec. [4

Nicolas Demorand et Dominique Reynié, qui avaient fait ouvertement campagne pour le Traité constitutionnel européen en 2005 sous couvert de journalisme [5], communient dans l’adhésion à l’euro. Ainsi, « si l’euro est fragilisé et chancelle, indique Reynié, il n’y aura plus rien, ce sera la grande vague. S’il saute, on peut vraiment craindre le pire. »

Par la suite, Nicolas Demorand, qui vient d’inviter un menteur caractérisé (au comportement violent [6]), rendu célèbre pour ses manipulations en rafale [7], se désole de « l’impuissance du journalisme : que peut une démocratie quand on n’est plus d’accord sur les faits ? » Une séquence de flagornerie que Demorand conclut en présentant à nouveau Dominique Reynié, militant et propagandiste de droite et auteur d’un livre haineux contre la gauche (Le Vertige social-nationaliste : la Gauche du Non et le référendum de 2005), comme « politologue, professeur des universités à Sciences Po, directeur général de la Fondation Fondapol. » En tout « accord sur les faits », et en toute transparence « démocratique ».


Mathias Reymond (avec la transcription de Serge)

Publié le 09/11/2018

 

« Ceux qu’ont l’pognon, c’est pour eux qu’on crève ». 14-18 dans les archives de Là-bas

NI PÉTAIN, NI AUCUN !

(site : la-bas.org)

Ni Pétain, ni les autres. En honorant nos brutes galonnées, Macron ne fait que rabâcher le vieux mensonge des maitres et de leurs larbins : historiens, militaires et politiciens. Faire croire que, du poilu au maréchal, ils ont héroïquement donné leur sang pour nous autres et pour la France. Des Résistants en somme. Mais qui peut croit encore à ça ?

« Ils se battirent pour que la France restent la France ». Des sanglots dans la voix Macron repeint les poilus en résistants et en héros qui seraient morts pour sauver la France. Mais la France depuis un siècle rejette ce mensonge des maitres et des brutes galonnées. Non, ils ne se sont pas sacrifiés, ils ont été sacrifiés. Le Chemin des Dames n’est pas le Vercors. Non, ils n’ont pas consenti, ils ont été contraints. Chacun en France a un grand-père qui fut un morceau de cette chair à canon. Sous ces quatre années de commémoration insipide la mémoire a fait son chemin souterrain malgré tout. Une lettre retrouvée, un nom sur du marbre, un dessin sur un carnet, un bout de soulier, des silences. Rien de glorieux dans ces silences mais des souffrances sans fond, sans nom. Un hébètement. En faire des résistants est une insulte à leur mémoire tout comme à la mémoire des résistants du Limousin ou de l’affiche rouge. Fous de peur, de poux et de pinard, la gueule arrachée dans la boue des tranchées, jamais la chair à canon n’a accepté d’être de la chair à canon. Jamais. Le poilu, ce héros, c’est la figure que l’oligarchie impose depuis un siècle, de commémorations en représentations, de films en livres scolaires, de recherches savantes en bandes dessinées. Pour Macron et son vieux monde il s’agit d’effacer ce que disait Anatole France « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels ». Voilà pourtant bien de quoi débattre âprement aujourd’hui. Cette guerre fut la matrice de la violence totalitaire mais aussi le moyen d’amputer la force ouvrière et paysanne. Le chauvinisme a servi à détruire le profond mouvement social du début du 20eme siècle. Dans les neufs premiers mois de la guerre, 500 000 petits français furent tués. Par consentement ? Pour que la France reste la France ? Oui, celle de Nivelle, de Foch, de Mangin, de Pétain, des banques et de la grande industrie, et du monde politique à leur service, c’est à dire le monde de Macron, le beau monde avec du sang de pauvre sur ces gants blancs, le beau monde qui porte l’entière responsabilité de ce massacre, le beau monde criminel. « Un massacre entre des gens qui ne se connaissent pas au profit des gens qui se connaissent et ne se massacrent pas » disait Paul Valéry. Est-ce là, une manière de voir a posteriori, après la bataille en somme ? Non. En 1915, depuis la prison où elle était enfermée pour incitation à la désobéissance, Rosa Luxembourg écrivait dans son journal :

« La guerre entre les nations est venue imposer la lutte des classes, le combat fratricide du prolétariat, massacre d’une ampleur sans précédent. Ces millions de morts, nefs sur dix sont des ouvriers et des paysans, c’est une guerre inédite, industrielle, déclenchée au nom du nationalisme mais menée pour la domination des marchés. Cette guerre ouvre en vérité la voie à la mondialisation du capital, à la conversion de toute richesse , de tout moyen de production en marchandise et en action boursière. Elle transforme les êtres en matériel humain. C’est l’avenir d’un socialisme humaniste que cette guerre est en train de détruire ».

Nous, nos héros, nos résistants, sont les 15 000 qui désertèrent chaque année, ce sont d’abord les mutins, les milliers de mutins qui mirent la crosse en l’air, les 3 700 qui furent condamnés, les 953 fusillés pour l’exemple, nos héros sont aussi les mutilés volontaires et tout ceux qui fredonnaient la chanson de Craonne, quitte à se faire casser les dents à coups de crosse. Oui, ceux là « se battirent pour que la France reste la France ». La nôtre. Celle de Georges Mermet, mon père. Pas un héros non plus celui là, mais « de la viande », une de ses expressions quand il nous racontait le Chemin des Dames, la Somme, l’Italie, « On était de la viande ». Né en mai 1897, mon père, apprenti orfèvre de Belleville, mobilisé au début de 1916 fut de tous les fronts et de toutes les blessures jusqu’au bout. Éventré, brûlé, traumatisé, il n’a pas fait ça pour votre France monsieur Macron. Je ne veux pas parler à sa place, on n’ouvre pas une boutique dans un cimetière mais, en hommage à sa mémoire je veux juste évoquer ce 13 mai 1993, lors de son enterrement dans l’église de notre banlieue rouge. Discours, fleurs et recueillement, lorsque deux messieurs s’approchèrent et déployèrent un drapeau tricolore sur le cercueil. De la part de la mairie ? De la part d’une organisation d’anciens combattants ? Toujours est-il qu’aussitôt, à la demande de notre mère, l’un d’entre nous se glissa jusqu’à eux et leur demanda d’enlever immédiatement ce bout de tissu. Ce qu’ils firent aussitôt, lentement, laissant apparaître le beau bois blond du cercueil, blond comme la chevelure de Georges lorsqu’il avait vingt ans au Chemin des Dames.

Daniel MERMET

Publié le 08/11/2018

Communiqué Pérols

Marc Pansu, un migrant venu de l’Isère, département des Burgondes et des Allobroges, arrivé à Pérols par la terre quand d’autres débarquent de la mer, va présenter son livre « Mutualisme – Les liens de l’Homme au fil des temps » le 10 Novembre prochain à la médiathèque de Pérols. Méfiez-vous de lui, il peut vous embrouiller la tête, vous faire confondre un romain, un cathare ou un parpaillot. Il y a eu tant de Dieux depuis 50 000 ans. Pourquoi doit-on tant à ces civilisations de l’Orient, de l’Afrique et de l’Amérique des sauvages avant leur soumission ? Imaginant des récits empruntés à différents lieux et époques, ce livre peut vous faire voyager plus loin que le bateau d’Ulysse ou le club Med. Il vous dévoilera peut-être des liens mystérieux, entre l’âge de la pierre taillée et l’âge du silicium, le foyer des anciennes cavernes et celui des centrales nucléaires, les grands animaux déifiés et les missiles tueurs, le roseau taillé et internet, la sécurité alimentaire et la guerre… Et pourquoi cette concurrence certes productive mais si belliqueuse et destructrice, loin du mutualisme rassembleur des activités autour du vieux foyer ? Vous êtes cordialement invités à la présentation à trois voix du livre « Mutualisme – Les liens de l’Homme au fil des temps » (voir site Edilivre) le Samedi 10 Novembre à 11h à la médiathèque Jean Giono, Place Georges Brassens à Pérols (tram Pérols centre). Votre voix aussi sera précieuse lors du débat. Ceux qui le désirent pourront prolonger la matinée par une séance de dédicace et un apéritif offert au domicile de l’auteur, 90 Grand Rue ou 3 rue Kléber à Pérols.

Publié le 07/11/2018

Des Insoumis déçus appellent à "préserver" le programme de Mélenchon

(Site : lejdd.fr)

TRIBUNE - Dans le JDD, des (ex)-militants et cadres de La France insoumise s'alarment de l'attitude de la direction du mouvement qui, à leur yeux, a été "happée par la politique institutionnelle et le jeu médiatique". Pour réfléchir à la suite, ils vont lancer un site internet et organiser des conférences thématiques.

La tribune de ces (ex)-militants et cadres de La France insoumise : "Lors de l'élection présidentielle, La France insoumise avait bâti son succès populaire et électoral en mettant sur pied un véritable mouvement d’éducation populaire. L’élaboration d’un programme éco-socialiste et républicain cohérent, l’Avenir en commun et, dans son sillage, la rédaction des livrets thématiques, avaient permis au candidat Jean-Luc Mélenchon et aux orateurs nationaux de LFI de ramener vers la politique des catégories d’électeurs qui avaient déserté la vie démocratique, monopolisée par des appareils partisans devenus de simples agences de placement de professionnels de la politique et d’aspirants au métier politique. De fait, l’électorat de Jean-Luc Mélenchon a été le plus trans-classe et le plus jeune, alors que celui de Macron était dominé par les CSP supérieures et les personnes âgées et que celui du FN fut le symétrique populaire de ce dernier. LFI avait su mobiliser par et pour les idées dans toutes les franges de la population. Hélas, une fois les élections de 2017 passées, ses porte-paroles et élus ont été happés par la politique institutionnelle et le jeu médiatique, délaissant ce qui a fait son succès : l’action programmatique.

Nous observons avec regret que le travail de fond est délaissé au profit d’opérations de communication, parfois dévastatrices

Nous, orateurs nationaux, responsables de volets thématiques du programme, anciens candidats aux élections législatives, candidats démissionnaires de la liste européenne, membres de l’espace politique ou du comité électoral, militants féministes, syndicaux et associatifs, citoyens, observons avec regret que le travail de fond est délaissé au profit d’opérations de communication, parfois dévastatrices. Les groupes d’action constatent que le pouvoir, au sein du mouvement, est confisqué par une équipe d’animation et un comité électoral constitués sans transparence. Les militants découvrent que des accords électoraux sont conclus sans débat, ni mandat préalables. Les organisations parties prenantes du mouvement sont mises devant le fait accompli de la suppression de l’espace politique au sein duquel elles dialoguaient fraternellement. Cette verticalisation, assortie d’une centralisation et d’une personnalisation extrême du mouvement, contraires aux principes horizontaux annoncés, compromet la capacité de LFI à rassembler toutes les bonnes volontés, individuelles ou organisées.

Un grave problème de crédibilité

En l’état, il est peu probable que LFI, qui souffre d’un grave problème de crédibilité, parvienne à briser le plafond de verre et à incarner l’alternative politique à la pensée unique. De nombreuses forces citoyennes, pour l’heure éclatées, sont pourtant disponibles. Elles finiront, à plus ou moins long terme, par œuvrer ensemble, en bonne intelligence et dans le respect mutuel, à un rassemblement des forces du peuple. Le désastre écologique qui s’annonce et l’anomie sociale qui sévit nous commandent dès à présent de faire œuvre utile. Nous appelons les Insoumis, les militants syndicalistes, associatifs et politiques, les intellectuels et tous les citoyens ayant une sensibilité éco-socialiste et républicaine à se mettre en réseau pour constituer un espace de débat, "Préservons l’avenir en commun", ayant pour vocation de réfléchir aux modalités concrètes de la mise en œuvre de ce programme. Un site internet rendra accessibles nos contributions. Des conférences publiques seront organisées sur des sujets-clés : l’avenir de notre modèle social, l’Europe, l’égalité, les dérives de la finance, la transition écologique, le féminisme, les mouvements de population, la politique extérieure de la France, etc. Ce travail sur le fond a pour vocation de façonner la boussole théorique et programmatique que nous mettrons à la disposition d’un "nous" politique qui ne manquera pas d’émerger, demain ou après-demain, autour d’un nouveau programme en commun.

Car la recomposition du paysage politique ne fait que commencer. Les clivages traditionnels ont volé en éclat, sous l’effet de la conversion au libéralisme économique des gouvernements qui se sont succédé depuis 1983. L’ordo-libéralisme est devenu la doctrine officielle de l’actuelle Union européenne, mise sur pied par les démocrates-chrétiens et les sociaux-démocrates, en coalition ou en alternance selon les Etats membres. En France, La République en marche rassemble désormais dans un même mouvement les libéraux des deux bords, issus de la gauche girondine et de la droite orléaniste. Ayant bradé son passé gaulliste, la droite s’en trouve réduite à sa portion congrue légitimiste, poreuse avec l’extrême droite poujadiste. En face, la défiance envers le PS et la marginalisation du PCF ont rendu caduque la traditionnelle stratégie d’union de la gauche. Pour sa part, l’écologie politique, bienvenue pour traiter l’urgence environnementale, s’est compromise dans des exécutifs ayant appliqué (ou appliquant) des politiques ordo-libérales. Dans ce paysage éclaté, le peuple est orphelin d’une représentation politique à même de faire prévaloir l’intérêt général face aux méfaits écologiques et sociaux du capitalisme financier.

L’avènement rapide au pouvoir d’un nouveau bloc réactionnaire [est plausible], en l’absence de l’alternative au macronisme que La France Insoumise aurait pu incarner

La possibilité d’une alternative populiste, reposant sur la coagulation, entre autres, des luttes environnementales, sociales et sociétales a été théorisée par Chantal Mouffe. Nous ne partageons cependant pas toutes les prémisses de cette analyse. En effet, le peuple en soi n’est pas une multitude désincarnée. Bien qu’éclaté dans une économie segmentée et tertiairisée, le peuple au 21e siècle est formé à 90% par le salariat. Ceci contredit également l’hypothèse faite par les promoteurs du revenu universel, qui remettent en cause la centralité du travail salarié. Tant que la durée du travail pour tous est susceptible d’être abaissée a minima à mesure que la productivité croît, le travail peut rester le principal vecteur de l’intégration sociale et des droits sociaux qui lui attachés. Derrière le salariat, se trouve posée la question sociale de la maîtrise du surplus engendré par le travail, qu’il convient évidemment de désaliéner. C’est pourquoi l’éco-socialisme, entendu comme la maîtrise collective par la République sociale de la production et de la répartition des richesses, en faveur du progrès social et de la réconciliation de l’être humain avec la nature, est d’une brûlante actualité, en ce siècle où les inégalités explosent et où le dérèglement climatique sévit. Parce que le cadre actuel de la construction européenne entrave l’émergence d’une telle alternative, la renégociation des textes européens est indispensable pour en permettre l’avènement. Ce plan A ne saurait aboutir sans la menace crédible d’un plan B. Ce dernier doit par conséquent être solidement préparé et déclenché en cas d’échec des négociations.

Pour mobiliser le peuple, réclamer l’unité des gauches impliquées dans les politiques ayant entraîné ces désastres et désavouées par nos concitoyens est devenu inutile. Ces combats ne sont pas plus portés par la droite conservatrice et à l’extrême droite. Leur porosité rend néanmoins plausible l’avènement rapide au pouvoir d’un nouveau bloc réactionnaire, en l’absence de l’alternative au macronisme que La France Insoumise (LFI) aurait pu incarner.

Devant la précarité et la misère sociale, nous n’avons d’autre choix que de nous engager et de nous rassembler, d’investir les rues, les urnes et de tenter de développer la conscience collective. Nous avons tous une responsabilité dans ce combat. Nous sommes tous dotés d’un potentiel de lutte, de résistance, de solidarité et de partage. Puisse cette fraternité, au service de l’égalité, permettre au peuple de jouir enfin de la liberté."

Les signataires : 

André Campagne, animateur du groupe d’action Sud Comminges
Laurent Courtois, syndicaliste SUD-Rail, ex-candidat aux élections législatives dans la 12e circonscription du Nord
David Garcia, ex-candidat aux élections législatives dans la 6e circonscription de l'Hérault
Ninon Gillet, militante féministe, candidate démissionnaire de la liste LFI aux élections européennes
Lilian Guelfi, ex-membre du comité électoral
Liêm Hoang Ngoc, ancien député européen,  ex-orateur national, chargé du chiffrage du programme présidentiel, ex-candidat aux élections législatives dans la 4e circonscription de Haute-Garonne
Mehdi Kemoune, ex-secrétaire général de la CGT Air France, ex-orateur national, ex-candidat aux élections législatives dans la 15e circonscription de Paris
Frédéric Lebaron, sociologue
Sophie Lechat, militante syndicale et associative, ex-candidate aux élections législatives dans la 8e circonscription de Haute-Garonne
Marianne Nedyj, ex-membre du comité électoral
Frédéric Pierru, sociologue, ex-orateur national, rédacteur du livret Santé
Olivier Spinelli, ex-membre du comité électoral et de l'espace politique, ex-candidat aux élections législatives dans la 5e circonscription de la Somme
Dominique Théo, ex-tête de liste départementale de la Somme aux élections régionales dans les Hauts de France
Damien Thomas, directeur des Rencontres pour une culture populaire de Bordeaux, animateur du groupe d’action des Insoumis du centre-ville de Bordeaux, contributeur au livret Culture
Joël Villain, ex-président de l’Assurance Mutuelle des Motards, contributeur au livret Education

* Les exergues et intertitre sont de la rédaction

Publiéle 06/11/2018

Le Figaro et France Inter interpellent leur jeune public : roulez en Rolls-Royce !

par Pauline Perrenot (site acrimed.org)

Quand le publi-reportage sert le journalisme de classe dans des médias privés et de service public.

S’il y a bien deux domaines dans lesquels excelle Le Figaro, ce sont ceux du publi-reportage et du journalisme de classe. Le quotidien nous en donne des exemples réguliers dans ses colonnes papier et internet, en assurant la promotion de produits de luxe dans des articles qui renvoient directement aux sites marchands concernés, ou en vantant les armes de guerre de son propriétaire, le groupe Dassault, dont la communication d’entreprise trouve souvent dans les pages du quotidien une véritable chambre d’écho.

Le 22 octobre, ce n’est pas Dassault Aviation mais un autre acteur du grand capital qui a reçu les faveurs du Figaro et de son supplément « Le Figaro et vous », qui s’ouvrait ainsi :


Orange ? Non, l’entreprise sur la page d’à-côté, Rolls-Royce, dont le nouveau 4x4 a fait l’objet d’une « une » et d’un article « d’information » qui n’ont rien à envier à la pleine page d’encart publicitaire dont bénéficie l’entreprise de télécommunication. D’emblée, Le Figaro cible son lectorat (sa clientèle), en titrant « pour les jeunes » ou « pour séduire les jeunes » selon la version internet de l’article, se calquant ainsi sur la communication de l’entreprise. Il aurait toutefois pu ajouter « pour les jeunes… riches », car au vu du prix annoncé à la page suivante (318 000 €, excusez du peu), nombre de « jeunes » ne verront la couleur du 4x4 qu’à travers les pages du Figaro.

Une semaine plus tôt, le quotidien de Dassault s’alarmait [1] :

Cinq millions de Français vivent avec moins de 855 euros par mois. La première édition du Rapport sur la pauvreté, réalisé par l’Observatoire des inégalités, présente deux tendances claires : la pauvreté ne diminue plus en France, et les plus jeunes sont en première ligne. Le constat est alarmant.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Le Figaro ne s’est pas alarmé très longtemps… et a choisi son camp.

Le journalisme d’élite embarqué

C’est en tout cas l’impression que nous donne le rédacteur de l’article, qui ne semble pas non plus alarmé par le fait de confondre son métier avec celui de publicitaire. Le grand frisson, scénarisé à outrance sous la plume du journaliste, commence… majestueusement :

La scène se passe dans le film The Queen (2006). Élisabeth II, incarnée par Helen Mirren, franchit au volant d’un Land Rover Defender un ruisseau bordé de pierraille autour du château de Balmoral, l’une des résidences estivales de la famille royale. La reine tombe en panne. […] Sa Majesté n’aurait plus aujourd’hui à devoir emprunter un assez rustique engin pour traverser son domaine. Elle roulerait en Rolls-Royce Cullinan. Et la caméra nichée derrière le pare-brise aurait automatiquement surélevé de quelques centimètres la garde au sol de sa voiture afin d’éviter d’abîmer son soubassement.

Si le journaliste venait à perdre son emploi, sa reconversion dans une start-up spécialisée en spots publicitaires pour produits de luxe serait toute trouvée. Florilège :

- « Le luxe est tangible dans tous les aspects de l’habitacle, sans être ostentatoire. »
- « Bien sûr, parmi les innombrables possibilités de décoration, on pourra opter pour un recours massif au bois précieux si on tient à recréer l’atmosphère d’un salon anglais. »
- « Le Cullinan offre une technologie honnêtement moderne, qui ne se démodera pas trop vite. Pour reprendre un mot cher à la marque : suffisante. Quelques aménagements et options pourront faire encore grimper la note, tel un extraordinaire ensemble audio facturé plus de 20.000 €. »
- « Le Cullinan est l’une des Rolls les moins chères, même si son tarif demeure insensé pour le commun des mortels. Mais il ne rebutera pas ceux qui sont à la recherche d’un véhicule mondialement statutaire. Du reste, la production de 2019 est déjà vendue. »
- « Dans la Silicon Valley comme en Chine, où se trouvent les grands bataillons d’amateurs de voitures de luxe, les fortunes s’établissent plus tôt : on est riche plus jeune dans notre monde globalisé. »


En attendant les prochaines alarmes du Figaro sur l’écologie ou la hausse de la pauvreté, les lecteurs pourront donc se délecter du road-trip du journaliste « Lifestyle », dont on aimerait savoir qui, de l’État via les aides à la presse qu’il verse au Figaro [2] ou de Rolls-Royce, a financé son escapade dans le Wyoming pour « tester » le 4x4 :

Nous n’avons pas résisté très longtemps à l’idée d’aller maculer la belle carrosserie de notre Cullinan sur les chemins boueux ou enneigés du Wyoming, où nous sommes partis pour le tester. Nous avons remonté une piste de ski, dévalé des pentes, circulé à vive allure sur des routes terreuses bourrées d’ornières piégeuses. Notre voiture de 2,6 tonnes s’est tirée de toutes ces épreuves avec le flegme d’un vieux lord anglais, aidé par une transmission intégrale extrapolée de celle du BMW X5 (Rolls-Royce appartient à la firme munichoise). La suspension pneumatique nous a permis de retrouver sur route le fameux effet Magic Carpet (« tapis magique »).

Si ce n’est l’indépendance et la qualité de l’information, Le Figaro garantit au moins une chose à ses lecteurs : ses rédacteurs prennent du bon temps. Un temps qu’ils mettent au service de la communication et de l’agenda promotionnel d’une entreprise privée, en lui offrant publi-reportage et dépliant publicitaire :

« France Inter, la différence »

La promotion de la Rolls-Royce par Le Figaro n’est en tout cas pas tombée dans l’oreille d’un sourd : le même matin (22 octobre) sur France Inter, Ali Baddou s’empressait de faire de cette information le sujet de la pastille qu’il anime dans la matinale de Nicolas Demorand, soit « 80 secondes » de carte blanche. Et de remettre une pièce dans la machine à pub :

80 secondes pour vous parler d’un article édifiant à lire dans Le Figaro ce matin : gros titre pour saluer un tout nouveau modèle dans l’univers des voitures très haut de gamme, une Rolls 4x4 pour les jeunes, […] conçue pour séduire les quadras. […] Le Figaro rappelle que notre monde globalisé, on est riche de plus en plus jeune et c’est notamment le cas dans la Silicon Valley ou en Chine. […] On retrouve bien sûr dans la « Cullinan » tout ce qui fait une Rolls : les matériaux, la finition, la calandre rappelle toujours un temple grec, « la voiture évolue dans un silence de cathédrale, même sous la pluie ». Sachez quand même que c’est d’abord un SUV pratique, familial et qui sera conduit par son propriétaire plutôt que par le chauffeur. Dernière précision : cette Rolls pour les jeunes est l’une des moins chères : 318 000 €. Seulement.

Le 22 octobre, à heure de grande écoute sur une radio se service public, le journalisme le plus « édifiant » n’avait donc rien d’autre à signaler dans la presse que la promotion d’une voiture de luxe, publiée chez un confère du privé.


Pauline Perrenot


Post-scriptum. Il n’y a pas que chez Dassault que l’on s’enthousiasme pour les petites merveilles produites par Rolls-Royce. Un certain quotidien vespéral, naguère considéré comme un journal « de référence », y est lui aussi allé de son publi-reportage, dans son édition datée du 23 octobre. Mais, pluralisme oblige, il a choisi un tout autre angle que Le Figaro :


 


Les jeunes ou les familles ? Le débat est lancé !

 

 

Publié le 08/11/2018

Inédit, grave, inacceptable

 

Hervé Bokobza (Montpellier) - Olivier Jospin (Nyons) – 24 octobre 2018

 

 

Comment accepter que dans un régime dit démocratique, le pouvoir politique se retrouve en quelques heures détenteur de toute l’histoire, des correspondances, des échanges de mails, des noms et adresses de militants appartenant à un mouvement politique républicain ?

 

Comment dès lors ne pas penser qu’une perquisition, mobilisant une centaine de policiers au siège du principal mouvement d’opposition et aux domiciles d’une quinzaine de ses dirigeants et collaborateurs n’ait pas été instrumentalisée par le pouvoir politique ?

 

La centaine de policiers mobilisés, équipés de gilets pare-balles, craignaient–ils de se voir mitraillés par des tireurs d’élite insoumis postés aux fenêtres … ?

 

Comment ne pas s’inquiéter devant la toute puissance du parquet (et donc du Ministère de la Justice) dans une affaire où aux dires même de la Procureur de la République : «  nous n’en sommes pas encore aux indices graves et concordants » pour ordonner une instruction judiciaire !!

 

Comment ne pas penser que ces mesures disproportionnées et arbitraires n’aient pas pour objectif de déstabiliser et d’abattre un homme, un mouvement politique ?

Comment ne pas s’étonner que la plupart des grands médias aient omis de mettre cette grave atteinte aux libertés démocratiques au centre de leurs articles d’information et commentaires ?

 

Nous avons été impressionnés par la pugnacité dont a fait preuve Jean-Luc Mélenchon en diffusant sur les réseaux sociaux la perquisition en cours à son domicile, en tentant de surmonter son humiliation, avec une très forte émotion.

Sa déclaration au seuil du mouvement de la France Insoumise, sur le caractère sacré des représentants du peuple ne nous a pas gênés, elle était de circonstance.

 

Sa grandiloquence est contestée. Mais c’est la façon d’être de cet homme, on peut détester ou peut-être en sourire ou ne pas comprendre les références historiques. Mais, cela change du langage codé de nos gestionnaires et autres manieurs de langue de bois.

 

C’est réconfortant pour certains, insupportable pour d’autres, de voir ensuite  un homme politique de notre temps donner de sa personne et de sa voix, au coude à coude avec ses amis députés, pour forcer le passage et avoir accès au local de son mouvement qu’on voulait lui interdire de façon illégitime.

 

Comment comprendre que nous avons entendu à longueur de journée des débats à n’en plus finir centrés principalement sur le comportement de JL Mélenchon !!

Fallait-il par tous les moyens masquer le fond de cette affaire, c’est-à-dire une grave atteinte aux libertés démocratiques ?

 

Nous ne sommes pas d’accord avec Jean-Luc Mélenchon lorsqu’il lance aux journalistes de la cellule d’investigation France Info/Inter qu’ils sont des abrutis. Cela ne correspond sûrement pas à la réalité. Ce sont des gens intelligents. On doit supposer que leur enquête à charge sur Madame Chikirou était déjà prête et qu’il manquait seulement le bon créneau pour la diffuser.

Quoi de mieux en effet que le lendemain des perquisitions ?

Dire que ces journalistes sont des menteurs ou des tricheurs ne pourra être acceptable qu’une fois les preuves apportées que les surfacturations n’existent pas.

 

Les chauds énervements de Jean-Luc Mélenchon nous choquent bien moins que ceux, glacés, d’Emmanuel Macron qui répond agacé qu’il suffit de « traverser la rue pour trouver un emploi » ou qui s’emporte sur « le pognon de dingue » dépensé dans le secteur social.

 

Au total, sans donner notre assentiment tout ce que dit ou fait Jean-Luc Menchon, nous comprenons sa cole, respectons son courage politique et voulons manifester notre solidarit.

Publié le 04/11/2018

Les indiens de La Plaine

(Site : journalzibeline.fr)

Rentabilité vs humanité. La bataille de La Plaine à Marseille, ou comment une rationalité froide, visant l’efficacité brute, s’oppose aux riverains et usagers de la place.

La Mairie de Marseille a confié à la Soleam (Société locale d’équipement et d’aménagement de l’aire métropolitaine) la requalification de la vaste place Jean Jaurès, communément appelée La Plaine, dans le cadre de l’Opération Grand Centre-Ville. Un projet très coûteux (20 millions d’euros), prévu sur trois ans, dévastateur pour l’équilibre et la vitalité du quartier, imposé par la force à des riverains qui auraient préféré une rénovation douce. Les 300 forains du marché trihebdomadaire, à qui une rotation avait été promise le temps du chantier, ont été délocalisés sans vergogne, au dernier moment : autant de personnes dont le revenu est compromis. Le 16 octobre, 20 cars de CRS ont débarqué sur la place, pour permettre aux bûcherons du groupe NGE de commencer à abattre des arbres en pleine force de l’âge.

Vitalité du quartier

Gérard Chenoz1 avait promis qu’on « n’entendrait pas le bruit des tronçonneuses », que les tilleuls seraient transplantés. Il n’est plus à un parjure près. L’inconséquence de la Mairie qui, après avoir bâclé des simulacres de concertations publiques, lance un tel chantier au mépris de toutes les règles, sans seulement songer à le sécuriser, est étonnante même pour les marseillais, habitués aux procédures irresponsables. Peut-être les élus ont-ils été surpris par la vitalité de l’opposition. Car si nombre d’habitants pleuraient à chaudes larmes quand les premiers arbres sont tombés, ils ont aussi hurlé leur colère, déplacé des blocs de béton pesant 800 kg, chanté à pleins poumons des airs de révolte, et affronté des cohortes armées.

Les plus ardents n’étaient pas forcément de jeunes encapuchonnés. Ainsi cette dame aux cheveux gris déclarait un sourire malicieux aux lèvres : « C’est super d’être vieille, maintenant je m’en fous de gueuler sur la police alors que plus jeune j’avais peur. Je pense qu’on n’aura bientôt plus le choix, il va peut-être falloir passer à la lutte armée si on veut garder un environnement vivable pour ceux qui viendront après nous. Je vais prendre des cours de tir ». Ou le conteur Jean Guillon, avec sa belle moustache blanche, juché dans un alisier pour le protéger, fustigeant les pandores dans un langage châtié.

Diversité des stratégies : d’autres manifestants, paisiblement, pour information, ont déposé devant les bottes des CRS un arrêté préfectoral daté du 24 septembre 2018, déclarant l’état de vigilance sécheresse sur l’ensemble du département des Bouches-du-Rhône, valable jusqu’au 31 octobre, et demandant spécifiquement d’adapter les plantations aux conditions climatiques de la région. Vu le carnage d’arbres dont l’ombrage opulent profitait à tous, on imagine bien les poches de chaleur lors des futurs étés caniculaires, amenés à se multiplier… (lire notre article Y aura-t-il de la neige à Noël ?, analysant le rapport du Groupe régional d’experts sur le climat en Provence-Alpes-Côte d’Azur).

Violences policières

Le bilan des blessures, arrestations et contraventions grossit chaque jour. Selon un communiqué de l’Assemblée de la Plaine2 du 17 octobre : une femme au bras cassé, une autre restée sur le carreau, inconsciente, avant d’être emmenée à l’hôpital, une autre blessée à l’œil… La journaliste qui signe ce papier a elle-même dû se réfugier dans un hall d’immeuble, pour éviter le déchaînement des forces de l’ordre lors de la manifestation du 13 octobre, avec une dizaine de personnes. Dont un enfant de 8 ou 9 ans, qui suffoquait de panique, les adultes maintenant à grand peine la porte fermée, derrière laquelle pleuvaient les coups de matraque.

Lors des face-à-face, certains des CRS faisaient pourtant grise mine. L’un d’eux souffle : « Moi non plus je ne suis pas d’accord avec ça. Mais c’est mon boulot. » Même son de cloche chez les intérimaires chargés de l’abattage, appelés à faire valoir leur droit de retrait : « On ne peut pas, on va se faire virer, on a une famille à nourrir. » Résultat, pour traverser La Plaine -ce qui est encore possible, tant que le chantier n’est pas fermé au public, et puisque les barrières dressées le jour sont systématiquement abattues la nuit par la population- on doit slalomer entre des CRS armés de fusils mitrailleurs, comme si une menace terroriste planait sur la place.

Sur la télévision marseillaise Primitivi, qui couvre au jour le jour la mobilisation, une dame s’insurge : « Pour faire une place aseptisée, où les riches vont pouvoir boire leur café tranquille, ils détruisent tout ! Aujourd’hui, dans cet État, c’est la chasse aux pauvres. On rabote l’emploi, on baisse les retraites, on détruit les quartiers populaires. C’est eux les terroristes ! »

Politiques nécrophiles

Devant la disproportion des forces en présence, revient en mémoire Rémi Fraisse, ce paisible botaniste spécialiste des renoncules, tué à Sivens par une grenade offensive projetée dans son dos par un gendarme. Faut-il adopter le ton faussement neutre de l’auteur anonyme de la dépêche AFP qui, pour justifier le plan de requalification de La Plaine, parle d’une place « souvent jonchée de détritus » ? Comme s’il allait de soi que son nettoyage passe par l’abattage de ses arbres… Alors qu’en réalité, le nettoyage vise essentiellement la population du quartier, et celle qui le fréquente les jours de marché ou de carnaval.

Face aux êtres humains défendant leurs lieux de vie, on reconnaît souvent l’expression d’une même structure de pouvoir. Afin de laminer ce qui leur résiste, de grands décideurs (hommes politiques et/ou hommes d’affaires) conçoivent un projet hors-sol, en confient la réalisation à des bureaucrates, cadres du privé ou fonctionnaires, lesquels recrutent ensuite du personnel subalterne pour en assurer l’exécution en usant de la « violence physique légitime » (monopole que s’attribue l’État selon Max Weber).

On peut y voir aussi l’expression d’une même logique mortifère, celle propre au monde capitaliste. Le philosophe et psychanalyste Erich Fromm avait parlé de nécrophilie pour caractériser la propension de ce « système » à substituer le mort au vivant, l’inerte à l’animé, les machines aux hommes. Le Capital hait la vie, ou plus précisément, toute forme de vie, humaine, animale, végétale, qui échappe au règne de la marchandise.

Certes, on ne saurait assimiler les familiers de la Plaine à des Guarani, et ses tilleuls à la forêt amazonienne. Mais de la part de ceux qui détiennent les rênes du pouvoir, ce n’est qu’une question d’échelle. Alèssi Dell’Umbria, l’historien de Marseille, rappelle que, en 1839, les autorités municipales commandèrent l’arrachage des ormes du Cours Belsunce pour en chasser une population jugée dangereuse. À l’époque dite Belle, les habitants interlopes des faubourgs étaient désignés comme des « apaches ».

Aujourd’hui tout se passe comme si la Mairie considérait le quartier de la place Jean Jaurès tel un territoire livré à des « sauvages », auquel il convient d’appliquer la politique de la terre brûlée pour le conquérir, en chasser ses usagers, avant de le confier à des promoteurs, des spéculateurs… des « responsables » qui sauront l’assujettir à la loi de la valeur. Le détruire pour pouvoir en faire un espace à leur image, froid, sans âme, ni poésie.

Dressée devant leur rouleau compresseur, sur La Plaine, une dérisoire et fière banderole proclame : « Il est trop tard pour être calme ».

GAËLLE CLOAREC

Publié le 03/11/2018

Minorité niée: 30 jeunes emprisonnés à Montpellier

Plusieurs dizaines de mineurs isolés étrangers emprisonnés pendant des mois à Montpellier, accusés par l'ASE d'avoir menti sur leur âge pour être pris en charge. Plusieurs ont ensuite fait la preuve de leur minorité. Mineurs et innocents, en prison !

·  MINORITE NIEE : 30 JEUNES EMPRISONNES A MONTPELLIER

L'histoire d'Ali qui a fait trois mois de prison (voir texte paru hier) n'est pas un cas unique. Au RESF Montpellier, depuis 2015, plus de 90 jeunes sont venus nous rencontrer à nos permanences. En 2017, l'aide sociale à l'enfance accueillait 487 jeunes migrants (dont 218 entrés en 2017). C’est donc près d'un jeune accueilli sur cinq qui a fait la démarche de rencontrer RESF à cause de difficultés dans son parcours. En particulier, un peu plus de la moitié des jeunes suivis par RESF attendent  durant de long mois – pendant que l'enquête de la police aux frontières sur leur minorité suit « paisiblement » son cours--  l’ordonnance judiciaire de placement qui leur permettra d'être réellement pris en charge par l’aide sociale à l’enfance  au niveau santé, éducation, insertion.

L'autre moitié (39 des jeunes suivis par RESF) a simplement été exclue de l'aide sociale à l’enfance. Puis, poursuivis par la justice, la moitié de ces jeunes exclus, soit une vingtaine, ont été condamnés à une peine de prison ferme ; les autres ont fui le foyer et sont en situation d'errance. Ces chiffres montent encore lorsque l'on recense tous les mineurs en prison, qu’ils aient été suivis par RESF ou pas. Ainsi, depuis 2016, 30 mineurs isolés ont été incarcérés dans le quartier adulte de la maison d’arrêt de Villeneuve les Maguelone.

Les motifs d’incarcération sont l'usurpation d’identité, l'usage de faux documents, l'escroquerie à l’État. A charge : les documents d'identité, actes de naissance ou jugements supplétifs lorsque la naissance n'a pas été déclarée officiellement immédiatement, comme cela arrive souvent dans certains pays africains. Ces documents sont pourtant parfois authentifiés par leur Ambassade et attestent de leur minorité. L’enquête s'appuie quasi-systématiquement sur les résultats de tests osseux pratiqués sur ces jeunes. Les âges inférés sont pourtant très peu précis avec ces méthodes (marge d'erreur de 2 ans alors que la majorité des jeunes dont la minorité est contestée déclarent avoir entre 16 et 18 ans) et la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme sur la situation des mineurs isolés étrangers, le Haut Conseil de la Santé Publique et le Défenseur des droits ont tous dénoncé l'imprécision de ces tests et condamné le détournement de leur usage médical pour un usage policier.

Les jeunes sont condamnés en moyenne à 4 mois de détention (mais l’un d’eux a été condamné à 12 mois). Depuis 2017, les condamnations sont systématiquement assorties d’une ITF1 de 5 ans et d'une OQTF[1]. Plusieurs jeunes ont pu faire appel de ces verdicts, prouver leur minorité, et sortir après 8 à 10 semaines. Pourtant, peu font appel car on ne leur propose qu'un avocat commis d'office, non spécialiste de ces questions de minorité, et des agents du SPIP3 leur conseillaient de ne pas faire d'appel afin de bénéficier d'une remise de peine. Ce renoncement à l'appel est dramatique car les jeunes perdent en même temps leur minorité et leur état civil, puisque leurs documents d'identités sont jugés faux. Ils y perdent aussi la possibilité d’une régularisation ultérieure car leur casier judiciaire leur sera reproché.

En conclusion, dans l'Hérault aujourd'hui, la présomption de minorité ne prévaut plus. La quasi-totalité des jeunes subissent une enquête sur leur minorité et doivent attendre des mois avant de bénéficier d'une réelle prise en charge au niveau santé, éducation. Les textes officiels stipulent que, du fait de son imprécision, l’expertise médicale de l’âge ne peut intervenir qu’en cas de doute persistant et en dernier recours. Pourtant, la quasi-totalité des jeunes subissent ces tests, parfois alors même qu'ils ont déjà été évalués comme mineurs dans un autre département. Enfin, ils encourent de lourdes peines de prison, alors qu'aucun texte de loi n'oblige le procureur à punir aussi drastiquement les jeunes migrants accusés d'avoir bénéficié de l'aide sociale à l'enfance à leur arrivée en France. Nous dénonçons cette situation et demandons qu’un accueil bienveillant soit réservé à tous et qu’au minimum l’accès à la scolarité leur soit accordé dès leur arrivée.

[1] Interdiction du territoire français

2 Obligation de Quitter le Territoire français

3 Service pénitentiaire d’insertion et de probation

Publié le 02/11/2018

Salaire brut, salaire net

Philippe ARNAUD (site legrandsoir.info)

J’ai entendu ce qui suit au journal de France 2 de 13 h présenté par Marie-Sophie Lacarrau :

C’est une bonne nouvelle pour les salariés de cette entreprise. Ce mois-ci, une ligne disparaît sur leur fiche de paie : les cotisations pour l’assurance chômage, qui représentait une ponction de 0,95% sur le salaire brut. Un gain de pouvoir d’achat. La centaine de salariés découvre la nouveauté, accompagnée d’une note explicative de leur employeur, pour leur permettre de mieux déchiffrer leur bulletin de salaire. "J’ai une différence de 40 euros, je suis ravi de voir que j’ai un peu plus d’argent sur ma fiche de paie à la fin du mois", explique Hugo Benoit, l’un des salariés de l’entreprise. Une hausse de salaire qui peut varier d’une dizaine à une centaine d’euros selon le poste occupé.

Promesse de campagne d’Emmanuel Macron pour doper le pouvoir d’achat des Français, la fin des cotisations salariales s’est faite en deux temps. Les cotisations pour l’assurance maladie avaient disparu en janvier, celles concernant l’assurance chômage sont supprimées au mois d’octobre. En France, le revenu net de tous les salariés va augmenter, avant un prochain bouleversement sur la fiche de paie, avec la mise en place du prélèvement à la source, dès le 1er janvier 2019.

J’avais abordé ce sujet le 1er octobre, lors de l’annonce de la suppression de cette cotisation. Et j’en disais déjà ceci :

"Comment un journaliste peut-il prononcer une telle phrase sans se poser de questions, sans regimber, sans envoyer paître son rédacteur en chef ?

Remarque 1. La cotisation chômage n’est pas une indemnité de guerre versée à un pays ennemi qui s’appelle Assurance chômage. La vocation de la cotisation chômage n’est pas de disparaître dans un trou sans fond mais de revenir au salarié lorsque celui-ci perd son emploi.

Remarque 2. Du fait que la cotisation chômage repose sur le principe de la mutualisation, la somme que touche le salarié devenu chômeur est très supérieure à ces 14 euros mensuels. C’est le principe même de la mutualisation : être un grand nombre à payer de façon modique pour permettre au petit nombre de ceux qui sont frappés par le malheur d’obtenir bien plus qu’ils n’auraient pu obtenir avec leur épargne. Du coup, si la cotisation disparaît, l’indemnisation disparaît aussi. Où est alors l’avantage, pour le salarié d’avoir 14 euros de plus sur sa fiche de paye mensuelle (ce qui représente 50 centimes par jour, une demi-baguette...) si, le premier mois où il tombe au chômage... il touche zéro euro ?

Remarque 3. C’est ce qui risque de se passer si la disparition de cette cotisation n’est pas compensée par une autre rentrée d’argent. Or d’où peut venir cette rentrée : de l’ISF ? Il a été supprimé. Des tranches supérieures de l’impôt sur le revenu ? Leur taux a été fortement diminué. De l’impôt sur les sociétés ? Il est raboté. De la chasse efficace à la fraude et à l’évasion fiscales (de 60 à 80 milliards d’euros) ? On peut toujours rêver...

Remarque 4. Si l’indemnisation chômage ne passe pas à la trappe, c’est que son financement aura été compensé par autre chose. Mais si on ne ponctionne ni les hauts revenus ni les sociétés, sur qui reposera le financement ? Sur ce qui reste : sur les salariés et sur les retraités, et essentiellement sur ceux qui figurent dans les 9 premiers déciles des revenus, c’est-à-dire sur à peu près tout le monde (en dehors des riches). Ce financement viendra de l’augmentation de taxes directes et indirectes, fiscales et parafiscales (sur la TVA, le gaz, l’essence, la CSG - impôt proportionnel, donc injuste - etc.) dont la diversité et le nombre sont tels qu’il sera difficile pour le salarié d’établir le solde entre la disparition de sa cotisation chômage, d’une part, et l’augmentation de tout le reste, d’autre part. Mais on ne perdrait pas grand chose à parier que ce solde sera négatif...

Remarque 5. Si l’indemnisation des chômeurs ne passe plus par la cotisation, cela veut dire qu’elle sera décorrélée du salaire (et ne sera donc plus considérée comme partie intégrante de celui-ci). Elle pourra être fiscalisée ou versée comme une aide (une charité...), mais on habituera les salariés à la dissocier de leur paye, à ne plus la considérer comme un droit indissociable attaché à leur statut. On leur mettra dans la tête qu’elle n’a qu’un caractère précaire et qu’elle peut être "avantageusement" remplacée par une assurance privée facultative. Bien plus chère, cela va sans dire..."
Je n’ai rien à ajouter à ce que j’ai dit, sauf que les journalistes aggravent leur cas en disant : Assurance-chômage : la fin des cotisations fait augmenter les salaires. [Et en explicitant, un peu plus loin : tous les salariés vont voir leur revenu net augmenter].
Remarque 6. Non ! Le salaire perçu par le salarié n’est pas le salaire net, c’est le salaire brut (c’est-à-dire celui qui comprend les cotisations destinées à la retraite, à la santé, au chômage et aux prestations sociales - par exemples les allocations familiales). C’est cette somme, versée par l’employeur, qui constitue un salaire différé (je souligne) que le salarié perçoit (je souligne encore) quand il est malade, quand il a des enfants, quand il tombe au chômage, quand il bénéficie de sa retraite. Dans les pays (montrés en exemple par la droite, le patronat et les ultralibéraux) où ces cotisations ne sont ni obligatoires, ni d’un niveau convenable ni perçues par un organisme public, (je souligne toujours) le salarié qui cesse de travailler - parce qu’il est malade, au chômage ou à la retraite - soit n’a plus que ses yeux pour pleurer, soit doit cotiser à des caisses d’assurances privées (je souligne derechef) qui lui coûtent l’épiderme du bas du dos...

Remarque 7. Depuis ma précédente chronique est intervenue la déclaration de Jean-Luc Mélenchon (qui lui a valu bien des attaques) selon lequel les journalistes du service public seraient des "abrutis". Dans la mesure où je n’ai entendu sur aucune des chaînes du service public (radio comme télévision) un seul journaliste dénoncer – ou même seulement relever – l’entourloupe qui consiste à présenter une baisse du salaire brut comme une "bonne nouvelle" [sic] pour les salariés, ne peut-on être tenté de lui donner raison ? A moins que les journalistes n’aient à ce point intégré l’idéologie des classes dominantes qu’ils ne s’en rendent même plus compte...

Remarque 8. Cette façon mirifique de présenter une manœuvre de bas étage contre les salariés (en pariant sur leur naïveté ou sur leur manque de jugeote) me rappelle un apologue rapporté par mon livre de philo : "A l’occasion du 2e anniversaire d’un bambin, la famille invite un arrière-grand-père à la fois très riche et très avare, en se demandant ce qu’il va offrir à son lointain descendant. L’aïeul s’assied face à l’enfant et, à la stupéfaction générale, sort de son portefeuille un billet de 500 euros (j’ai transcrit, à l’époque, c’étaient des francs) et le tend à l’enfant. Puis, presque simultanément, il sort un superbe sucre d’orge aux multiples couleurs (valeur : 5 ou 6 euros) et dit à l’enfant : "Choisis !". Et le philosophe de conclure : "A deux ans, l’homme, encore empirique, choisit le sucre d’orge"...

Seulement à deux ans ?

Publié le 01/11/2018

Cultiver la mémoire des peuples, c’est résister

Jean Ortiz (site l’humanité.fr)

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé.

Cette intervention d’hommage aux Républicains et antifascistes espagnols à PAU, a été prononcée le 27/10/2018 devant une foule nourrie, et François Bayrou, dont les oreilles ont dû siffler.

Notre campagne pour une rue destinée aux Républicains espagnols à Pau, dans le quartier « ghetto rouge » où ils vivaient, Le Hédas, nous a conduits à enrichir notre niveau en occitan ! La municipalité a lâché le tiers d’une rue importante : (comte) de Guiche. Nous inaugurons donc un « bout » de rue aux Républicains, un bout « un troç », mais une victoire, et un symbole. Un bout de rue, certes... mais il n’y a pas de petite victoire sur le chemin des peuples... « Reposez en paix camarades... Nous sommes là pour rappeler qui vous étiez »

 

Cultiver la mémoire des peuples, c’est résister,

 

au présent, c’est sortir du récit victimaire, c’est faire vivre, aujourd’hui, les valeurs de cette 2ième République espagnole, si modérée mais si insupportable aux nantis, qui y perdaient quelques privilèges. Les riches organisèrent la revanche sociale, exécutèrent méthodiquement, systématiquement, un plan « d’épuration », d’extermination... afin d’écraser définitivement l’Espagne des prolétaires, des ouvriers agricoles, anarchistes, socialistes, communistes, azagnistes »,« négrinistes », des Basques, des Catalans, qui, avec la République gagnèrent leur statut d’autonomie.

 

Face à cet « holocauste » (Paul Preston), revendiquons les mots, les concepts que les fascistes espagnols ont enterré, avec plus de 130.000 républicains « disparus »... fusillés et encore entassés dans des fosses communes de l’oubli imposé, des enfants volés par les « vainqueurs de la croisade », des prisonniers politiques esclaves qui bâtirent l’insultante Basilique-mausolée célébrant au Valle de los Caídos la victoire franquiste...

 

Commémorer c’est rendre le passé éclairant pour le présent, pour les travailleurs, les sans papiers, les exclus, les « sans rien », les migrants,  les exploités,  rappeler les « camps de la honte », Barcarès, Argelès, Gurs..., l’infâme accueil des nôtres par la Troisième République, sous le statut « d’indésirables » Daladier se lança dans la chasse aux « mauvais étrangers ». IL FAUT LE RAPPELER SANS CESSE : LES ENJEUX DE MEMOIRE SONT POLITIQUES. La « défaite » fut un choix de classe des élites. Mieux valait Franco que les « rouges ».

 

C’est cela commémorer, contextualiser les conflits, éclairer leurs causes, leurs enjeux, leurs protagonistes, au-delà des rituels commémoratifs, le plus souvent vides de contenu politique.

 

Ces rituels peuvent désarmer la mémoire populaire, l’instrumentaliser, la neutraliser... Par exemple en oubliant que c’est parce que le « golpe » a échoué qu’il y a eu guerre. Ou en « patriotisant » les guérilleros espagnols. Ces derniers menaient un combat antifasciste, par internationalisme, avec pour priorité la reconquête de leur pays, des libertés, mais aussi de leurs avancées sociales, sociétales, certes insuffisantes mais considérables pour l’époque.

 

Je crois finalement qu’être fils (fille) ou petit-fils (fille) de républicain, d’antifasciste espagnol, cela se gagne, en prolongeant aujourd’hui les combats libérateurs d’hier. Alors, ¡¡Palante !!

Je crois qu’être né de l’exil républicain doit conduire à lutter pour la Troisième République, à refuser une monarchie illégitime tant qu’il n’y aura pas eu de référendum, une République plurielle, sociale, fédérale, anticapitaliste...

 

Les Républicains espagnols ont vécu de profondes déchirures dans leur propre camp, mais ils étaient tous pour ce qu’ils appelaient la « révolution », les changements sociaux, culturels, démocratiques, profonds.

 

Jamais les Républicains ne se rendirent. En Béarn, au-dessus de Louvie-Juzon, à Pédéhourat, ils constituèrent le premier MAQUIS de la région (« chantier-maquis fin 1942 »). La Dixième Brigade de guérilleros UNE-FFI s’y installa, camouflée en charbonniers et bûcherons.

 

Malgré la défiance, l’exil républicain très politisé, s’intégra, majoritairement, par le travail et le sang versé, mais toujours le regard tourné vers l’Espagne. Après la Guerre, il féconda le bâtiment, les TP, mais aussi l’enseignement, les arts, les langues, l’espadrille, le syndicalisme... Beaucoup pensaient l’exil provisoire : mais une nouvelle fois, le « monde libre » choisit Franco.

Commémorer, quelles que soient les difficultés , c’est considérer que le chemin compte autant que l’étoile.

Les « révisionnistes » accusent les antifascistes d’être aussi coupables de la violence que les franquistes. Ils renvoient ainsi dos-à- dos victimes et bourreaux, avec leur « tous coupables » ignoble. Ils ânonnent les lieux communs de l’histoire officielle franquiste C’est parce qu’il n’y a pas eu totalement  rupture avec le franquisme que les nostalgiques, encore soutenus par les « piliers » de la société, l’Eglise, la Banque, les monopoles, l’armée... bloquent par exemple la reconversion du fasciste Valle de los Caídos en lieu de mémoire démocratique, bloquent la recherche des 130.000 disparus, républicains jetés dans des fosses communes, etc.

 

En terminant, je voudrais rappeler, non pas par pour la gloriole, mais par les temps qui courent, il est bon de répéter que les « maquis » espagnols sont nés plusieurs mois avant ceux de leurs frères français, que les premiers résistants furent des « étrangers », que les guérilleros espagnols n’attendirent pas le « Jour J » l’arme au pied ; (prenons par exemple l’embuscade espagnole à des aviateurs nazis du PONT-LONG, le 29 janvier 1944, qui provoqua l’ire de la Résistance française).

 

Ils pratiquèrent contre Hitler, Franco et Vichy le harcèlement permanent,

ils ne luttaient pas seulement pour la « liberté », mais aussi pour « la révolution ».

Il ne saurait y avoir de liberté pleine et entière

Tant que les besoins des peuples seront sacrifiés sur l’autel de la finance.

Alors oui, la nostalgie reste bien un rêve d’avenir. ¡¡P’alante compañeros !! ¡A por la Tercera !

Publié le 31/10/2018

L'Inra mange son chapeau bio

(site politis.fr)

Une étude sur l'alimentation et les cancers, fruit de sept années d'observation d'un large échantillon de la population, montre que pour éviter certains cancers il est préférable de manger bio.

Le rapport sur l’influence d’une consommation importante d’alimentation bio sur l’occurrence des cancers est passionnant car il vient à l’appui de ce qu’expliquent depuis des années les écologistes et de nombreux nutritionnistes. Mais il est permis de faire deux remarques sur cette étude réalisée conjointement par l’Inra (Institut national pour la recherche agronomique) et l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale).

D’abord on peut se demander pourquoi il a été publié dans une revue spécialisée américaine (1) et non en France, pays où les produits garantis sans pesticides font l’objet de contestations permanente par la FNSEA (Fédération nationale des exploitants agricoles) et les producteurs de produits chimiques destinés à la pratique agricole. Ensuite, on ne peut que se féliciter de cette (bien tardive) prise de conscience de l’Inra dont des spécialistes se sont efforcés pendant des années de conforter les affirmations de partisans de l’agriculture intensive. Ceux qui expliquent, par exemple, qu'il leur est impossible de se passer d’un désherbant comme le glyphosate, alors que les 40 000 agriculteurs bio recensés en France en 2018 prouvent chaque jour le contraire.

Une étude rigoureuse

Cette étude se révèle incontestable puisqu’elle a porté sur l’observation épidémiologique d’un échantillon de 68 946 personnes dont les pratiques alimentaires et la santé ont été soigneusement étudiées pendant sept ans de façon à éliminer tous les biais possibles. Qu’ils soient liés à leurs antécédents médicaux où à leur environnement socio-économique ou leur niveau de revenu. De plus les constatations portent essentiellement sur les consommateurs réguliers de produits alimentaires sans pesticides et elles ont été comparées aux destins médicaux de ceux qui n’en consomment que de façon occasionnelle ou bien n’ont jamais recours à ce type d’alimentation.

La première leçon tirée par les chercheurs de l’Inra et de l’Inserm n’est pas seulement un indice mais une certitude statistique. En effet, chez les adeptes du bio il n’a été enregistré et validé, au cours de l’étude, qu’une occurrence de 1 340 nouveaux cancers, toutes formes confondues. Ce qui représente une diminution de 25 % par rapport à une population livrée à l’alimentation issue de l’agriculture intensive. Le chiffre est d’autant plus énorme qu’en ce qui concerne le cancer du sein chez les femmes ménopausées, la diminution enregistrée est de 34 % ; elle monte à 76 % pour les lymphomes, un cancer qui s’attaque au système lymphatique des hommes comme des femmes.

Des conclusions confortées par la recrudescence constatée des cancers de la prostate et des différentes affections dont sont victimes les agriculteurs qui manipulent et épandent en permanence tous ces intrants chimiques dont de faibles doses se retrouvent dans une partie de notre alimentation non bio. Il semble que cette résistance des consommateurs réguliers de bio aux cancers (et à d’autres affections) est liée à la présence de résidus de pesticides synthétiques dans les « produits ordinaires » ; mais aussi à des teneurs en antioxydants, de polyphénols ou de vitamines C dans les fruits et légumes bio comme dans les préparations faites avec des produits bénéficiant du label bio. Remarque qui valide notamment le caractère « plus nourrissant » des fruits et légumes issus de l’agriculture biologique.

Le bio ne guérit pas, il protège

Cette étude, une des premières de ce type, ne prétend pas que le bio peut guérir ou éviter les cancers mais les auteurs signalent que le recours plus systématique à une alimentation bio et exempte de résidus chimiques pourrait être une « prometteuse stratégie de prévention de nombreux cancers ». Même si chaque Français est également exposé à d’autres produits cancérigènes dans la vie quotidienne. D’ailleurs une étude publiée le même jour par l’UFC-Que Choisir rappelle qu’un quart des additifs alimentaires autorisés par l’Union européenne devrait être interdits en raison des risques de cancer qu’ils induisent.

(1) JAMA International Medecine publié par l’Université du Colorado accessible en anglais sur le site du même nom

par Claude-Marie Vadrot

Publié le 29/10/2018

 

Pour l'égalité de tous les citoyens en Israël

Le 19 juillet 2018, le Parlement israélien adoptait la loi définissant Israël comme Etat-nation du peuple juif.

Cette loi est le concentré, l’aboutissement, de la politique de la droite et de l’extrême-droite israélienne. En une douzaine de points :   elle affirme la prédominance ethnique juive en Israël ;   elle encourage la colonisation juive, présentée comme valeur nationale, et confirme l’annexion de Jérusalem déclarée unilatéralement capitale d’Israël ;  elle précise explicitement que le peuple juif est le seul à exercer le droit à l’autodétermination en Israël sans préciser les frontières de celui-ci ;  elle retire même à la langue arabe le statut de langue officielle désormais réservé exclusivement à la langue hébraïque.

Ainsi le postulat d’une inégalité fondamentale, inscrite dans le droit et pas seulement dans les faits, est établi entre les citoyens d’un même pays, d’un côté les citoyens juifs ou d’origine juive et de l’autre côté les citoyens arabes et non juifs qui deviendraient juridiquement des citoyens de seconde catégorie.

C’est dire que cette loi renie ouvertement la promesse de la Déclaration d'indépendance du 14 mai 1948 selon laquelle le nouvel Etat « assurera une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de croyance, de race ou de sexe ». Contrairement à la loi fondamentale de 1992 « sur la dignité de l’homme et sa liberté », elle ne fait plus aucune référence ni à la démocratie ni à l’égalité.

Autant de violations des fondements d’un Etat démocratique et autant de violations du droit international.

De nombreuses personnalités, juives et non-juives, se sont élevées contre cette loi. Le président du Congrès juif mondial a fermement critiqué la politique poursuivie par le gouvernement israélien, les lois récemment adoptées et spécifiquement cette loi Etat-nation. 

En Israël, des manifestations importantes, regroupant des dizaines de milliers d’israéliens, de toutes origines et de toutes confessions, ont eu lieu à plusieurs reprises contre cette loi qui institue une discrimination entre les citoyens.

Nous appelons à se tenir aux côtés des progressistes israéliens – sans distinction d’origine ethnique – pour exiger :   l’abolition de cette loi inique ;  l’égalité de droit de tous les citoyens israéliens ;  que cessent les atteintes de plus en plus graves aux libertés démocratiques et aux droits humains.

A l’initiative de :  Robert Kissous, économiste ; Gilles Manceron, historien ; Bernard Ravenel, historien ; Michel Tubiana, avocat ; Dominique Vidal, journaliste et historien 

Premiers signataires : Wadih Al-Asmar, président du réseau Euromed droits ; Gadi Algazi, historien, Tel Aviv ; Arié Alimi, avocat ; Tauba Alman, membre du Bureau de l'UJRE (Union des Juifs pour la Résistance et

l’Entraide) ; Jean-Christophe Attias, universitaire ; Bertrand Badie, professeur émérite ; Esther Benbassa, directrice de recherches ; Pierre Barbancey, grand reporter ; Françoise Basch, professeur émérite ; Patrick Baudouin, président d’honneur de la FIDH ; Sophie Bessis, historienne ; Bernard Bloch, écrivain, metteur en scène et comédien ; Rony Brauman, exprésident de MSF, enseignant, essayiste ; Barbara Cassin, philosophe ; Monique Cerisier ben Guiga, sénatrice honoraire ; Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des universités ; Denis Charbit, universitaire (Israël) ; Monique Chemillier-Gendreau, professeur émérite de droit public et science politique ; Alice Cherki, psychiatre et essayiste ; Dimitris Christopoulos, président de la FIDH ; Martine Cohen, sociologue émérite au CNRS ; Sylvain Cypel, journaliste ; Michel Dreyfus, historien ; Jean-Pierre Dubois, professeur d’université ; Françoise Dumont, présidente d’honneur de la LDH ; Dominique Eddé, écrivaine ; Bernard Frederick, journaliste, rédacteur en chef de la Presse nouvelle magazine (PNM) ; Jean Giard, ancien député ; Mohammed Harbi, historien ; Christiane Hessel ; Marcel Hipszman, retraité ; Eva Illouz, directrice d'études EHESS ; Kamel Jendoubi, ancien ministre, ancien président d’Euromed droits ; Daniel Kupferstein, réalisateur ; Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité ; Henri Leclerc, avocat ; Pascal Lederer, co-animateur d'Une Autre Voix Juive ; Catherine Lévy, sociologue du travail ; Jacques Lewkowicz, président de l’UJRE ; Danièle Lochak, universitaire ; Michael Löwy, directeur de recherches émérite ; Gérad Maarek, urbaniste retraité ; Gustave Massiah, ingénieur et économiste ; Fabienne Messica, sociologue ; Jean-Luc Nancy, professeur émérite ; Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue ; Gilles Perrault, écrivain ; Catherine Sackur, écrivaine ; Jean Louis Sackur, metteur en scène ; Marc Sackur, retraité de l'Éducation nationale ; Malik Salemkour, président de la LDH ; Abraham Ségal, cinéaste documentariste ; Denis Sieffert, journaliste ; Bernard Stiegler, philosophe ; Pierre Tartakowsky, président d’honneur de la LDH ; Jacques Testart, biologiste et essayiste ; Enzo Traverso, historien ; Robert Zimmerman, éditeur

 

Pour signer l’appel en ligne :  http://pouregalitecitoyensisrael.wesign.it/fr# 

 

Contact : pouregalitecitoyensisrael@gmail.com 

Publié le 27/10/2018

 

Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation

 

Le lundi 5 novembre, à 20 heures, salle Guillaume de Nogaret, Espace Pitot, conférence-débat avec Éric Toussaint  : « Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation  ».

Co-organisé avec ATTAC, Collectif Montpelliérain de solidarité avec le peuple grec, Comité Thomas Sankara et avec le soutien de Survie.

De l’Amérique latine à la Chine en passant par la Grèce, la Tunisie et l’Égypte, la dette a été utilisée comme une arme de domination et de spoliation. Le recours à l’endettement extérieur et l’adoption du libre-échange constituent à partir du XIXe siècle un facteur fondamental de la mise sous tutelle d’économies entières par les puissances capitalistes. La Grèce des années 2010 est un exemple supplémentaire d’un pays et d’un peuple privés de liberté sous le prétexte de rembourser une dette illégitime.
Cette dictature de la dette n’est pas inéluctable. En deux siècles, plusieurs États ont annulé leurs dettes avec succès. L’auteur analyse les répudiations réalisées par le Mexique, les États-Unis, Cuba, le Costa Rica et la Russie des soviets. Il met en lumière et actualise la doctrine de la dette odieuse.

Éric Toussaint est historien et docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris 8 ; il est porte-parole du CADTM international (Comité pour l’abolition des dettes illégitimes) et membre du conseil scientifique d’ATTAC.

 

Publié le 26/10/2018

Châteaubriant Soixante-dix-sept ans après, toujours présents !

Pierre Duquesne (site l’humanité.fr)

Un hommage aux 27 fusillés aura lieu le dimanche 21 octobre dans la carrière de la Sablière, à Châteaubriant, à 13 h 30, rond-point Fernand-Grenier.

Cela s’est déroulé le 20 octobre 1941. Il est environ 8 heures lorsque la Résistance abat le lieutenant-colonel Hotz, à Nantes. Les représailles de l’occupant seront terribles. Le général von Stülpnagel, commandant militaire en France, annonce que 50 otages seront tués dans la journée, et le choix laissé au gouvernement de Vichy sur une liste comprenant essentiellement des communistes. Vingt-sept otages sont fusillés le jour même à Châteaubriant, dont le lycéen Guy Môquet, âgé de 17 ans, seize otages sont assassinés à Nantes, et cinq autres au Mont-Valérien. Mais, au lieu de dresser la population contre les résistants, ces massacres renforcent au contraire le rejet de l’Occupation. Pour rendre hommage aux 48 martyrs, le Comité du souvenir des fusillés de Châteaubriant, Nantes, Mont-Valérien et de la Résistance en Loire-Inférieure organisent une veillée qui se déroulera le vendredi 19 octobre à 17 h 45 devant le monument aux 50-Otages à Nantes. Un hommage aux 27 fusillés aura lieu le dimanche 21 octobre dans la carrière de la Sablière, à Châteaubriant, à 13 h 30, rond-point Fernand-Grenier. Sont prévus un spectacle des Tréteaux de France avec les enfants d’une école locale et une allocution d’Isabelle de Almeida, présidente du conseil national du PCF. P. Du.

 

Publié le 25/10/2018

Assemblée Une plaque installée sur le siège de Jaurès, 104 ans après sa mort

Tania Meller (site l’humanité.fr)

Le 7 novembre, une plaque en l’honneur de Jean Jaurès sera apposée sur le siège qu’il occupait dans l’Hémicycle

Le 7 novembre, une plaque en l’honneur de Jean Jaurès sera apposée sur le siège qu’il occupait dans l’Hémicycle, aujourd’hui attribué à Hubert Wulfranc (numéro 585). Les députés communistes « se réjouissent de participer à cet hommage enfin rendu à un grand député, fondateur de l’Humanité ». Jean Jaurès a occupé plusieurs sièges au Palais-Bourbon ; il entre en politique à 26 ans, d’abord comme candidat républicain dans le Tarn, et devient pour la première fois député aux élections législatives de 1885. Il revient une deuxième fois à l’Assemblée sous l’étiquette socialiste en 1893, se faisant notamment le défenseur des mineurs de Carmaux. Jean Jaurès sera ensuite député de 1902 à 1914, année de son assassinat. Peu de sièges sont ainsi identifiés dans l’Hémicycle, un honneur d’abord réservé aux 45 députés morts pour la France, puis aux anciens présidents et premiers ministres, élargi maintenant aux grandes figures de l’Assemblée. T. M.

Publié le 19/10/2018

COQUIN DE MACRON ! UNE MACRONADE DE PLUS ! Et toujours le même cap: l'ultra-libéralisme à tout crin.

Blog de Jean ORTIZ (site l’humanité.fr 

Sous ta rigidité, ta morgue, ton arrogance, ta condescendance, ta suffisance, tu nous caches un polichinelle. Tu en as mis du temps, pour accoucher d’une telle merveille de gouvernement ! Tu dois avoir l’embarras du choix ! Il en a fallu, du temps, pour peser l’apport des uns et des autres, pour t’assurer de leur conformité avec les normes financières, de leur « éthique » à toute épreuve...

Plusieurs « ex » sont sur le grill : des amis de Bayrou ... qui continue à soutenir ce gouvernement de nantis cyniques. C’est vrai, la plupart des impétrants sont des inconnus ; peu importe, l’essentiel, ce sont les orientations qu’ils vont suivre. Et là, même les médias-mensonges s’en inquiètent, « pas de changement », la voie reste la même, suicidaire : à droite toute, écrasement des classes populaires, la saignée définitive, pour qu’elles ne constituent plus un danger. Ultra-libéralisme, en veux-tu, en voilà ! Dans cet attelage, on a même embauché un « valsiste ».

 

Le ministère de l’intérieur échoie à l’ancien porte-parole du gouvernement, le « sympa » et « consensuel », paraît-il, Castaner. C’est le grand pote , dit-on, de Philippe qui adore, on vient de le voir, son patron Macron. Cet assemblage de bric et de broc n’a aucun avenir, parce que sa politique est vomie par tout un peuple, et la crise imminente.

 

Pour le moment, les luttes restent poussives, et le paysage politique ressemble plutôt à un champ de ruines. Mais les forces sont là, écœurées, en colère, en attente d’une perspective unitaire de rupture, de construction d’un mouvement populaire partant d’en bas et bousculant le système. A qui faudra-t-il donner de grands coups de pied au cul pour non assistance à peuple en danger ?

 

Publié le 18/10/2018

18 octobre 1961, la presse choisit son camp

Olivier Morin(site l’humanité.fr)

Au lendemain de la manifestation pacifiste des Algériens, réprimée dans le sang, seuls l’Humanité et Libération dénoncent cette nuit de massacre.

«Ray Charles pourra chanter ce soir. Après le passage du service de désinfection, le Palais des sports a retrouvé son aspect habituel. » C’est une des annonces que fait placidement France-Soir, dans son édition parue trois jours après l’assassinat de près de 300 Algériens, le 17 octobre 1961 à Paris. Avec le parc des expositions et le stade Coubertin, le Palais des sports avait été transformé en lieu de détention où la police avait parqué des Algériens dans des conditions inhumaines.

Les policiers se livrent à une véritable chasse à l’homme

Ce soir du 17 octobre, répondant à l’appel du FLN, 30 000 « Français musulmans d’Algérie » manifestent sous la pluie dans les rues de Paris. Celles-ci leur sont interdites depuis l’infamant couvre-feu décrété par les autorités françaises douze jours plus tôt, avec l’aval du premier ministre, Michel Debré. Le caractère pacifique du rassemblement est garanti par les organisateurs, qui vont jusqu’à fouiller les manifestants. Sur ordre de l’ancien fonctionnaire de Vichy Maurice Papon, devenu depuis préfet de police de Paris, les policiers vont pourtant se livrer à une véritable chasse à l’homme. Papon exige aussi qu’aucun journaliste ne soit présent sur les lieux, contraignant ces derniers à ne disposer que des sources officielles, notamment les informations délivrées par la préfecture. Au total, près de 14 000 manifestants seront arrêtés. Près de 300 d’entre eux seront jetés à la Seine ou exécutés. Le lendemain, dans la presse, la majeure partie des titres vont appuyer ou relayer la version officielle tandis que d’autres journaux, plus rares, dont l’Humanité, refusent de fermer les yeux.

Ainsi le Figaro se fend d’un article retraçant le fil de la journée heure par heure et dans lequel on peut lire dès les premières lignes qu’« il y a eu des heurts, mais (que), grâce à la vigilance et à la prompte action de la police, le pire – qui était à craindre – a pu être évité ». Il ne manque pas d’y adjoindre le communiqué officiel de la police après avoir titré en une : « Violentes manifestations de musulmans algériens hier soir à Paris ».

« Sur le trottoir, sept corps étaient allongés »

Dans les kiosques, le quotidien à grand tirage Paris-Jour barre sa une d’un titre alarmiste : « 20 000 Algériens maîtres de la rue à Paris durant trois heures ! », tandis que l’éditorialiste accable les Algériens qui « ont pu défiler en plein cœur de la capitale sans avoir demandé l’autorisation et en narguant ouvertement les pouvoirs publics et la population ». Pour l’historien Alain Ruscio, la majeure partie de la presse de l’époque se faisait nécessairement l’écho de la méfiance « et même du racisme vis-à-vis de la communauté algérienne », entretenu dans la population. « Mais des journaux comme Libération et l’Humanité dénoncent tout de suite les exactions de la police. Le journal France nouvelle, édité par le PCF, parle même de pogrom », souligne l’historien.

L’Humanité, souvent troué de grands carrés blancs depuis le début de la guerre d’Algérie, décrit la situation au début de la manifestation dans son édition du 18 octobre : « Il y avait des femmes qui scandaient des youyous, il y avait des enfants que les travailleurs algériens avaient amenés avec eux. Mais en plusieurs endroits les policiers et les CRS ont chargé et tiré. » Le journal, qui précise ne pas pouvoir tout dire à cause de la censure gaulliste, titre en une : « Plus de 20 000 Algériens ont manifesté dans Paris. Combien de morts ? » En page 7, le journal communiste décrit ce qui se passe peu de temps après, à deux pas de son siège, situé à l’époque rue du Faubourg-Poissonnière, dans le 9e arrondissement, lorsque le cortège d’Algériens se retrouve face à un car d’agents de police. « Il y eut un moment d’hésitation, puis le chauffeur du véhicule descendit sur la chaussée et tira un coup de feu en l’air : ce fut le signal. Aussitôt, les agents descendirent du car et vidèrent les chargeurs sur les manifestants qui tentaient de trouver refuge dans le restaurant et l’immeuble contigu. » Et l’Humanité de poursuivre la description macabre : « Sur le trottoir, devant le restaurant, sept corps étaient allongés », remettant en cause les chiffres fournis par l’AFP. Le Parisien libéré annonce lui aussi sept morts tout en décrivant un Paris envahi par « les meneurs et les tueurs ». Des qualificatifs utilisés à l’époque par la droite populiste qui ne manque pas de pointer la seule responsabilité du FLN. Même dans le Monde, pourtant plus mesuré dans sa description de la sanglante nuit, Jacques Fauvet pointera du doigt le FLN « puisque, ici et là, c’est le terrorisme musulman qui est à l’origine de ces drames ». Et dans le quotidien l’Aurore, pro-Algérie française, les journalistes n’hésitent pas à dénoncer « la lâcheté habituelle » des meneurs qui « mettaient les femmes et les enfants en avant comme à Bizerte ».

Des dizaines de cadavres d’Algériens repêchés dans la Seine

Le lendemain de la manifestation, Libération, journal issu de la Résistance et dirigé par Emmanuel d’Astier de la Vigerie, tentera d’envoyer un reporter pour pénétrer dans le parc des expositions, où il entendra des cris de douleur et d’effroi. C’est aussi à partir de ce jour que des dizaines de cadavres d’Algériens seront repêchés dans la Seine. Le travestissement de la vérité n’est alors plus possible et un consensus gagne alors la presse, même réactionnaire. Dans le même temps, celle-ci chassera petit à petit le drame de ses colonnes, comme pour faire disparaître les Algériens une seconde fois.

Oliver Morin

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Publié le 16/10/2018

Les HLM en mode survie

Manuel Domergue (site alternatives-economiques.fr)

A l’heure où s’achève le congrès annuel de l’Union sociale pour l’habitat (USH), jeudi 11 octobre, les débats du monde HLM ont tourné cette année sur la capacité des bailleurs sociaux à survivre aux coups de massue budgétaires assénés depuis un an par le gouvernement.

Pour mémoire, le gouvernement a décidé à l’automne 2018 de prélever 1,5 milliard d’euros par an sur les bailleurs sociaux, appelés à participer au désendettement de la France. Cette ponction prend la forme d’une baisse de loyers imposée aux bailleurs sur leurs locataires touchant les APL, afin de compenser les coupes dans les APL de ces locataires pauvres et modestes. C’est ce que le gouvernement appelle la « réduction de loyer de solidarité » (RLS). Elle est d’un montant de 850 millions d’euros en 2018 et 2019, avant une montée en charge à 1,5 milliard par an à partir de 2020. Elle s’accompagne d’une hausse de la TVA sur les bailleurs sociaux de 5,5 à 10 %, alourdissant la ponction annuelle de 700 millions…

Saignée

Face à cette saignée d’une ampleur inédite, représentant 7 % des revenus locatifs, vivement contestée l’an dernier par les bailleurs et associations, le gouvernement a promis que diverses compensations (prêts de haut de bilan, rallongement de la durée des prêts, baisse des taux d’emprunt, facilités de trésorerie et ventes HLM) rendraient la RLS indolore.

La Caisse des dépôts vient de publier une étude sensible, qui n’avait pas été publiée l’année dernière

Dans ce contexte tendu, la Caisse des dépôts vient de publier son étude annuelle consacrée aux perspectives financières à long terme des bailleurs sociaux. Un document tellement sensible qu’il n’avait pas été publié l’an dernier, pour cause de big bang en cours dans le secteur… A première vue, cette note au ton rassurant vient confirmer les assurances du gouvernement. Certes, « le résultat récurrent généré par l’activité locative se dégraderait fortement au cours des 20 prochaines années, du fait de la RLS qui pèse sur les recettes locatives et de la charge de la dette ». Mais heureusement « la production et la rénovation de logements sociaux se maintiendraient toutefois à court terme à un niveau élevé, grâce à une situation financière initiale solide, aux mesures d’accompagnement (…) et au doublement des ventes de logements sociaux ». Bref, tout va bien.

Les HLM survivront mais les constructions de nouveaux HLM vont nettement baisser

Mais si l’on regarde de plus près les conclusions de cet organisme public, il y a de quoi s’inquiéter, non pas sur la survie des bailleurs, mais sur leur capacité à répondre efficacement à la crise du logement. Car le niveau « élevé » de production dont se félicite la Caisse s’apparente en réalité, dans son scénario le plus optimiste, à une baisse continue de la production HLM. Celle-ci passerait ainsi sous la barre des 100 000 à partir de 2020, puis se situerait à une moyenne de 63 000 entre 2027 et 2055. Bien loin des objectifs de 150 000 HLM à construire chaque année, objectif annuel (jamais atteint) lors du précédent quinquennat. Les HLM survivront mais, pour reprendre les termes de l’étude, « au prix d’un repli substantiel de la production de logements à moyen terme ». La construction dans ce scénario est donc prévue pour « diminuer (-38 % d’ici vingt ans) ». A noter que les réhabilitations seraient elles aussi orientées à la baisse, passant de 115 000 à 90 000 par an.

Une baisse continue de la production HLM

Volume de production, réhabilitation, vente et destruction de logements sociaux

Source : Caisse des dépôts

Rappelons que, avec 113 000 HLM financés en 2017, le niveau de production actuel est déjà largement insuffisant, et orienté à la baisse : -10 % en 2017, sans doute -5 % encore en 2018, en raison de la chute des aides à la pierre de l’Etat et de la mise en œuvre de la RLS.

HLM : des constructions déjà orientées à la baisse

Nombre de logements sociaux financés (France métropolitaine hors ANRU)

Source : ministère de la Cohésion des Territoires

De plus, ce scénario, déjà inquiétant, est basé sur une hypothèse plus qu’optimiste de réduction continue des frais d’exploitation des bailleurs qui diminuerait de 0,3 % par an pendant des décennies, sans expliquer comment y parvenir sans dégrader la qualité de la gestion de proximité. En effet, aujourd’hui, à l’heure de la paupérisation et du vieillissement des habitants des HLM, la tendance est inverse, avec une hausse régulière de ces frais (+0,5 point de loyer de plus par an).

Au final, cette note montre sans surprise que les HLM ne feront pas mieux avec moins. Et que, à l’heure où la France compte 1,9 million de demandeurs de logement social et plus de 200 000 personnes sans-domicile, il sera d’autant plus difficile de les mobiliser pour venir à bout du sans-abrisme, pour accompagner les personnes sans-domicile ou prévenir les expulsions. D’ailleurs, ces thématiques ont été largement absentes des trois journées de débat du Congrès…

Manuel Domergue est directeur des études de la fondation Abbé Pierre

Publié le 14/10/2018

Potere Al Popolo : interview

(site ensemble-fdg.org)

10 mois après sa création, 6 mois après une campagne électorale presque totalement improvisée, Potere al Popolo s’apprête à tenir, les 20 et 21 octobre à Rome, son Assemblée Nationale Constituante. A cette occasion, Lorenzo Trapani, membre de la Coordination Nationale, nous décrit la situation politique italienne, les luttes en cours et la construction de Potere al Popolo.

Comment peux-tu décrire la situation politique italienne, 6 mois après l’élection du gouvernement Lega/Mouvement 5 Etoiles (M5S) ?

Le gouvernement italien a prétendu, dès sa mise en place, qu’il serait le « gouvernement du changement ». Mais il a été clair, immédiatement, qu’il n’en a rien été. En réalité, on peut dire qu’il y a trois « gouvernements ». Celui de la Lega, de Salvini, qui est directement lié au fascisme, dans ce sens que Salvini a des liens directs avec Casapound, , la partie dirigée par le M5S, qui est plus légaliste et qui crée le substrat pour l’option fasciste, mais, par-dessus tout, il y a la troisième composante du gouvernement, « les professeurs ». Il s’agit de Tria, le ministre de l’Economie, et du Président de la République Mattarella, qui joue un rôle essentiel. C’est lui, directement, qui a permis la mise en place de ce gouvernement, en s’opposant à la nomination de Savona, comme Ministre de l’Economie, au prétexte qu’il était trop « euro-sceptique ». Ainsi, en analysant ces trois composantes, on peut voir quelle est la ligne de continuité sur l’austérité et sur les décisions dictées par l’Union Européenne.

Comment analyses-tu le rôle de l’Union Européenne ?

Potere al Popolo a caractérisé, dans diverses assemblées, l’UE comme une cage. Nous n’avons pas encore décidé s’il fallait la transformer ou la rompre, nous n’avons pas encore pris de positions officielles sur la question PlanA/Plan B, mais le fait qu’il s’agisse d’une cage est extrêmement clair pour nous, comme nous l’avions indiqué dans notre Manifeste. Pour en revenir à l’austérité, il est évident qu’il ne s’agit que d’un « instrument ». Depuis quand parle-t’-on de l’austérité ? Depuis la crise de 2008, à partir du moment où ont été lancées toutes ces politiques de « boucherie sociale ». En réalité, ces politiques ont accéléré les processus déjà à l’œuvre dans le continent européen.

Donc, 6 mois après l’élection, on peut dire que si nous sommes partis de trois composantes (Lega, M5S et professeurs) perçus comme dans un équilibre relatif, maintenant c’est différent. Le M5S est totalement soumis au projet de la Lega , en ce sens que la Lega dicte l’agenda des réformes « à coût zéro », et la Lega et le M5S sont totalement soumis aux « professeurs », comme nous le verrons à propos de la Loi de Finances.

Comment se déroule la bataille politique autour de ce projet de budget ?

Le document de présentation de la loi de Finances a été rendu public il y a trois jours. On y lit des orientations générales sur les retraites, la flat tax, le revenu de citoyenneté. Mais il n’y a pas encore de données chiffrées. Ce que nous savons, c’est qu’il s’agit d’une manœuvre à coût zéro. Aucune redistribution des richesses, mais réallocation des ressources. On peut illustrer ce point par la question des retraites. On parle beaucoup de cette fameuse « quote 100 » (mesure qui permettrait de partir en retraite au moment où la somme de son âge et des années de cotisation atteindrait 100, à 62 ans par exemple si on a cotisé 38 ans), que Salvini et Di Maio vendent comme une avancée pour les travailleurs, qui pourraient finalement partir plus tôt que dans les conditions actuelles, imposées par le gouvernement Monti. En réalité, cette réforme est née d’une rencontre avec la Confindustria (le Medef italien). Les patrons font face à un vieillissement de la force de travail et souhaitent donc éliminer les plus âgés du marché du travail, ceux qui ont les salaires les plus élevés, les contrats avec les garanties les plus solides, pour les remplacer par des travailleurs plus jeunes et plus précaires. Et donc, pour mettre en retraite ceux qui sont encore en poste, il est plus que probable que le niveau des pensions sera remis en cause. De cette façon, le gouvernement peut faire de grandes démonstrations sur le fait qu’il y aura plus de retraités et plus de jeunes au travail, mais le niveau des droits et des garanties aura baissé pour tous. C’est un exemple de ce que nous appelons des réformes à coût zéro. On voit comment la Lega peut en tirer bénéfice dans les sondages, sur le plan de la propagande, mais qu’en réalité, cela ressemble à ce qui se faisait sous le gouvernement Renzi. Et on se demande comment le M5S pourra continuer à faire croire qu’il met en œuvre son programme d’abolition de la pauvreté…

Mais tout de même, la réaction de l’UE a été violente ?

C’est vrai que l’Europe dicte toujours les critères et l’ordre du jour. Cela s’est vu quand Tria est venu à Bruxelles présenter la loi de Finances et que Juncker a menacé l’Italie du sort de la Grèce. Mais je veux revenir sur la question de la propagande, sur les migrants et sur le revenu de citoyenneté. La question des migrants a été exploitée par l’aile fasciste de ce gouvernement comme une arme de distraction massive. Si l’on regarde les faits, depuis 6 mois, Salvini n’a rien mis en place de nouveau. Il a simplement utilisé toutes les dispositions des lois Miniti (ministre de l’intérieur de Renzi), qui avaient déjà diminué massivement les protections et les garanties pour les migrants. Maintenant Salvini veut faire passer un décret, le décret « Sécurité-Immigration » qui va créer une nouvelle bombe sociale. En supprimant un des statuts protecteurs des étrangers et réfugiés en Italie, il va créer des dizaines de milliers de personnes qui n’auront plus le droit de travailler, qui seront des quasi clandestins, mais qui n’auront pas l’obligation de quitter le territoire italien. Dans le même temps, les crédits destinés aux structures d’accueil seront fortement diminués. Encore une mesure à coût zéro.

On peut faire le même type de démonstration sur le revenu de citoyenneté.

Dans ces conditions, la dette de l’Italie n’augmenterait pas sensiblement ?

La dette n’augmentera que très peu. On parle d’un montant total de 28 milliards, sur lesquels plus de la moitié sont consacrés à des mesures de couvertures déjà engagées pour l’an prochain. Il ne reste donc, dans la confrontation avec l’UE, qu’une enveloppe de 14,5 milliards qui seront saupoudrées sur diverses réformes. Quelle que soit l’issue des débats avec l’UE, que la loi de Finances soit adoptée ou non, les grandes lignes de l’austérité européennes seront respectées et le gouvernement pourra dire soit voyez comme nous forts et puissants, nous avons réussi à faire plier l’UE (pour 14,5 Milliards !), soit voyez comme la souveraineté a été battue en brèche et comment vous, peuple italien devez-nous soutenir. Malgré la rhétorique de Juncker, la situation de l’Italie n’est pas celle de la Grèce.

Quel type de campagne politique peut-on alors mener pour s’opposer à cette propagande ?

Il faut mettre en place une dynamique totalement différente. Prenons le revenu de citoyenneté. Nous ne sommes pas contre le revenu de citoyenneté. Mais la question est : soit il y a du travail, soit il y a un revenu de substitution. Le revenu de citoyenneté, comme il est conçu par le M5S, vient en remplacement de toutes les allocations qui existent déjà. Légèrement améliorées grâce à une partie de ces 14 Milliards dont nous parlons. Alors, si les chiffres de Di Maio sont justes, ce revenu de citoyenneté consistera à donner 100 euros par mois à 6 millions de personnes ! Il nous faut donc déplacer l’attention de la question du revenu de citoyenneté vers celle du travail. Et du travail, il n’y en a pas. Et c’est le résultat d’une vision de l’UE dans laquelle l’Italie doit être désindustrialisée, privatisée, externalisée, etc. C’est pourquoi nous préparons une grande manifestation pour le 20 Octobre à Rome, sur le thème « Nationalisations ici et maintenant », en insistant sur le fait que le seul qui puisse créer de l’emploi c’est l’Etat, le service public, un point c’est tout. Nous réclamons la renationalisation, le retour au service public, de toutes les entreprises stratégiques, de l’Alitalia à l’Ilva, et surtout de tous les secteurs des services à la personne : logistique, accueil des immigrants, et plus directement, santé, éducation, soutien scolaire… A ce contrôle public, nous, Potere al Popolo, lui ajoutons le contrôle populaire.

Le contrôle populaire ?

C’est l’instrument d’activation mentale que nous expérimentons à petite échelle, par lequel les personnes qui sont habituées à une passivité permanente, à une délégation permanente peuvent assumer collectivement un contrôle sur l’institution. C’est particulièrement important dans le Sud de l’Italie, face au poids des diverses mafia. Un exemple : dans le Sud, lors des élections locales, il y a des représentants des mafias qui demandent pour qui on a voté et qui exercent des pressions. Les camarades de Naples, lors d’élections locales ont commencé à mettre en place des groupes de contrôle populaire dans les bureaux de vote. Pour le premier tour, ils n’étaient que quelques dizaines, mais pour le second tour, ils ont dû imprimer 500 T shirts pour tous ceux qui voulaient exercer ce contrôle dans leurs bureaux. Il s’agit là d’une question de « citoyenneté active ».

Sur toutes ces questions, il nous faut faire changer le point de vue. La question du revenu de citoyenneté n’est pas importante en soi, c’est un aspect collatéral du manque de travail. De même les immigrants qui nous « envahissent » comme dit Salvini, c’est un faux problème. En Italie, il y a un peu moins de 5 millions d’étrangers. En même temps, hors d’Italie, il y a un peu plus de 5 millions d’italiens émigrés. Alors on peut dire : quand tu sors de chez toi, tu croises des personnes de couleur. Mais quand tu rentres chez toi, tu n’as plus ton fils, ton frère, ton père… Pourquoi ? Parce qu’il a dû partir travailler en Serbie, faire le serveur à Londres ou étudier au Canada. Nous devons démonter les narrations toxiques et nous concentrer sur les réalités concrètes. Il nous faut indiquer de manière très claire qui sont nos ennemis : le Parti Democratique, est une opposition de droite au gouvernement de droite, et nous ne devons pas laisser penser que l’unique opposition au gouvernement soit le fait de ces européistes convaincus. Nous devons indiquer clairement que l’ordo libéralisme de l’UE est un ennemi.

C’est une position que partage l’ensemble de PaP ?

Comme je l’ai dit, en mai, PaP a accepté la définition de l’UE comme celle d’une cage. PaP est né d’une initiative de l’exOpg de Naples, à laquelle ont adhéré le réseau Eurostop et la revue Contropiano, Rifondazione Comunista, le PCI (qui en est sorti depuis) et Sinistra Anticapitalista. Ils ont été rejoints immédiatement par la cinquième composante de PaP. Tous ceux qui n’avaient jamais, jamais été des militants politiques. Ou des camarades qui avaient cessé de faire de la politique à l’époque de la chute du Mur de Berlin. Et c’est là toute la question. Potere al Popolo concentre un énergie militante qui ne se voyait plus depuis l’an 2000, où il n’y avait plus de secteurs sociaux en lutte, de corps étudiant en lutte, de secteurs de la classe ouvrière. Alors, même si la classe ouvrière existe toujours, il nous a semblé plus efficace de parler des « exploités », de parler du peuple. Cela permet de recréer un « Nous ». Ensuite, avec notre subjectivité communiste, nous pouvons agir sur ce « Nous ». C’est dans ces conditions que se joue notre capacité à être ou non acteurs de la situation politique. Il y a un sujet majeur en Europe, c’est l’Union Européenne. Le point central de la bataille n’est jamais mis en question. Ca n’est pas tant une sous-évaluation de l’adversaire, que le fait qu’il n’est jamais nommé. Ce que nous devons faire, en Italie et au-delà, notamment avec le Manifeste de Lisbonne, c’est reconstruire une vision autonome de classe, des exploités, hors des schémas imposés par on ne sait qui, par exemple celui qui veut que sur la question européenne, tu sois avec Macron ou avec Orban. Pour donner vie à un projet de ce genre, l’unique moyen est de repartir de la vie des personnes, c’est-à-dire des contradictions concrètes qui se présentent dans leurs vies. Les questions d’environnement en sont un exemple : transformer les luttes contre les décharges publiques, les incinérateurs dans tel ou tel village, en luttes contre ceux qui profitent des ces incinérateurs ou de ces décharges publiques. Ici ou là, on s’oppose travaux inutiles etc, mais il y a bien quelqu’un qui veut cette autoroute, ce tunnel, qui en tire profit.

Tu parlais de la campagne pour les nationalisations, tu as d’autres exemples ?

En Italie, on peut déposer une proposition de loi d’initiative populaire, si elle a recueilli 50000 signatures. Nous faisons campagne pour recueillir les signatures pour deux lois. La première demande le retrait ou la réécriture de l’article 81 de la Constitution qui oblige à l’équilibre budgétaire. Et avec certaines composantes de Potere al Popolo, comme Eurostop, demandent un referendum sur les traités européens. Sur ces deux sujets, nous pouvons poser la question de la souveraineté populaire. Nous avons la responsabilité d’arracher à la droite cette notion. Souverainiste est devenu une insulte, mais pour nous, la souveraineté signifie que les personnes reprennent le contrôle de leur propre vie

Quelques mots sur les élections européennes ?

Au début, Potere al Popolo a été créé en tant que cartel électoral, mais maintenant ce n’est plus le cas. Le 20 et 2 octobre, nous tiendrons notre première Assemblée Nationale constituante. On y adoptera les satuts et on élira la nouvelle Coordination Nationale. PaP est né il y a seulement dix mois et toutes les questions politiques d’orientation et d’organisation ne sont pas encore tranchées. La campagne d’adhésion, qui s’est provisoirement close le 30 septembre, et qui reprendra après les votes du statut et l’Assemblée nationale, a vu près de 10 000 personnes adhérer et cotiser à PaP.

Au sein, de PaP, le débat sur le statut a vu émerger deux sensibilités. Les camarades qui souhaitent construire un nouveau sujet politique autonome, sur la base d’une personne, une idée, une voix, tout en gardant la possibilité de double appartenance avec les organisations qui ont participé à la création de PaP. Et les camarades qui souhaitent conserver le caractère de cartel et insérer PaP dans un « quatrième pôle » de la politique italienne, une force qui réunirait tous ceux qui sont à gauche du PD. C’est dans le cadre de ce débat que les positions pour les européennes ne sont pas totalement arrêtées. Potere al Popolo a signé l’appel de Lisbonne, mais il y a d’autres forces en Italie qui tenteront de jouer un rôle dans les élections européennes : Lugi de Magistris, le maire de Naples est un des animateurs de Diem 25, l’Altra Europa, qui était le cartel présent lors des élections de 2014, animé par Rifondazione… Mais Potere al Popolo ne s’engagera pas dans des alliances qui ne garantirait pas une complète autonomie vis-à-vis de ceux qui ont mis en place les traités européens et leurs conséquences.

Propos recueillis par Mathieu Dargel.

Publié le 13/10/2018

La guerre des ours en Béarn

Jean ORTIZ (site l’humanité.fr)

C’est la guerre des ours en Béarn. Il pleut des ours comme tombent les premières neiges.

Les différents gouvernements ont tellement bien fait les choses qu’ils ont créé un inextricable pataquès et porté l’agressivité, la fracture, entre « pros » et « antis» (faux débat) au paroxysme... Pourquoi Macron premier n’a-t-il pas poussé le courage jusqu’à venir arbitrer sur place ? Et tenir ses engagements ?

Les si belles vallées d’Aspe et d’Ossau sont devenues dangereuses... comme lors de la construction du ruineux tunnel du Somport. Des sortes de « milices » en treillis, ont tenu une conférence de presse armée ; elles patrouillent en toute impunité, barrent routes et chemins, fouillent les camions... Je voudrais m’adresser à tous ceux qui, salariés ; ont l’habitude de manifester et fraternisent souvent avec les matraques des CRS : la  FNSEA constitue la meilleure garantie pour/contre la chienlit. Aucun CRS ne tapera sur un possible futur ministre de l’Agriculture.

Ces miliciens, le plus souvent bergers ou éleveurs, élus des villages, excédés par les prédations de l’ours, abandonnés par les pouvoirs publics, « trahis par l’Etat », organisent des battues pour effaroucher et faire fuir les tout récents ours « étrangers » introduits. Des ours slovènes. Dans ce climat pourri, un coup de feu part vite, tout seul... Tout le monde se souvient du chasseur qui, « apeuré », tua l’un des derniers plantigrades des Pyrénées béarnaises. L’ours n’eut pas droit à la légitime défense. Il faut comprendre cette colère légitime, mais aller plus loin.

D’ailleurs, de quoi se plaignent-ils ces immigrés slovènes ? On les a introduits en hélicoptère (bonjour le stress). Comme des stars. L’Hélico hélitreuillait un long filet terminé par une cage. A travers les mailles du filet chaque ourse se la pétait... Comme il fallait le faire clandestinement, sans bruit, l’hélico était peint en vert et les saluts des ourses effectués par gueulophone. Tout pour passer inaperçus. Avant de disparaître, les deux ourses serrèrent les paluches des huiles. La comm. je vous dis... La comm.

On raconte en vallée que Jean Lassalle vi-conte de Lourdios, farouche opposant, demanda lui aussi à être largué d’un hélico sur le Pic du Midi d’au saut du lit, en chantant « Aquèras montanhas ». Quant au rusé Bayrou, il se réclame de l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme, qui a vu l’ours. Il prie pour que les deux femelles ne soient pas « pleines ». On l’a aperçu dimanche à la « fête du fromage » à Laruns, que les manifestants ont investi... Bayrou recyclé dans le fromage ? On verra... Dimanche, il enquêtait sur la nocivité climatique de l’atome de chèvre.

Cela fait 40 ans qu’il est question de repeupler, en préparant le terrain, en aidant éleveurs  et bergers. Cela fait 14 ans que la décision de réintroduction fut prise par l’IPHB, l’Office de l’ours. Les paperasses jaunirent longtemps dans les placards. Les chercheurs, les spécialistes et l’opinion publique (hors vallées et montagnes) prétendent que « la cohabitation est possible... » O combien de réunions, de séminaires, de rencontres, consacrés à l’ours. Combien de blabla ? Une ré-introduction, cela se prépare, se suit...

L’homme et l’ours peuvent vivre ensemble ? Cela se construit... Feu l’ourse Cannelle et les quatre ours qui restent après réintro dans les Pyrénées béarnaises ; ils demeurent un symbole fort de biodiversité. Les sondages donnent 58,1% de citoyens béarnais favorables à l’ours dans les Pyrénées Atlantiques... OUI... mais surtout en ville.

Le 9 mai 2018, enfin le « plan ours » fut rendu  public. Il était donc temps de remettre à niveau le cheptel ! Les macroniens sont « contents. Suis content ! » . Ils ont marqué  des points, disent-ils. Ils ont même grillé l’hégérie Hulot. De Rugy, lui, on le sait, ne cherche aucun dividende politique, ni de carrière. Il rugit en silence. Qui verra vivra ! Toute cette faune politicienne instrumentalise l’ours pour se débarrasser de la question sociale.

Pour terminer...Ils me gonflent tous !! Aucun ne met en cause la politique de Bruxelles. L’Union Européenne, la Pac, voilà les véritables prédateurs. Qu’en pensent les uns et les autres ? Motus et bouche cousue ! A bien y réfléchir, ce ne sont pas les ours qui se foutent de notre poire !

Publié le 11/10/2018

Justice. Avocats et magistrats refusent en bloc la réforme Belloubet

Alexandre Fache(site l’humanité.fr)

La discussion du projet de loi débute ce mardi, au Sénat. Professionnels et élus de gauche dénoncent un texte qui ne fait qu’adapter la justice à la pénurie de moyens, en limitant l’accès des citoyens au droit.

«Rendre plus effectives les décisions des magistrats, donner plus de sens à leurs missions et rétablir la confiance de nos concitoyens dans la justice. » Qui ne souscrirait pas aux objectifs du projet de loi de « programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice » que s’apprête à défendre, à partir de ce mardi, devant le Sénat, la garde des Sceaux Nicole Belloubet ? Présenté en avril en Conseil des ministres, le texte n’avait pu être examiné avant l’été, victime de l’affaire Benalla. La mobilisation des acteurs judiciaires, qui se sont donné rendez-vous ce midi devant la Haute Assemblée, pourra-t-elle contrecarrer à son tour une réforme jugée « inaboutie », voire « dangereuse » ?

Avec 6 995 juges, l’Hexagone fait figure de cancre européen

Les insatisfactions des avocats, magistrats et personnels de justice restent en tout cas aussi vives que lors du printemps, qui avait vu les robes noires crier leur colère sur les parvis des tribunaux. « Ce texte adapte la justice à la pénurie de moyens, et ce, sur le dos des justiciables », résume Laurence Roques, la présidente du Syndicat des avocats de France (SAF), une des sept organisations (avec le Syndicat de la magistrature, la CGT ou l’Observatoire international des prisons) à appeler au rassemblement de ce midi, dont les participants rejoindront ensuite la manifestation parisienne interprofessionnelle entre Montparnasse et place d’Italie. Et ce ne sont pas les maigres assouplissements, promis il y a peu par la chancellerie, qui risquent de modifier la note de l’élève Belloubet. « L’économie de la réforme demeure, ainsi que ses conséquences délétères, écrit ainsi le Syndicat de la magistrature (SM). La logique de rationnement perdure : il n’est toujours question que de supprimer des garanties, de créer des obstacles à la saisine de la justice, d’harmoniser à la baisse, de mutualiser… dans le seul but de concilier à tout prix la misère assumée de l’institution judiciaire avec un certain niveau de productivité. »

Même la majorité de droite au Sénat souscrit en partie à ce constat, notamment sur le volet financier du texte. « La priorité des priorités, c’est de remettre à niveau le budget de la justice », a beau jeu d’estimer le président (LR) de la commission des Lois, Philippe Bas, qui juge « pas à la hauteur » l’effort de 24 % d’augmentation sur cinq ans promis par le gouvernement. En commission, les sénateurs ont d’ailleurs voté une progression plus importante des crédits, de 33,8 % sur cinq ans, qui porterait le budget du secteur à 9 milliards d’euros en 2022.

De quoi rattraper le « retard structurel dans l’investissement », pointé le 4 octobre par la Commission européenne, pour l’efficacité de la justice ? Pas sûr. Selon cet organisme qui dépend du Conseil de l’Europe, la France a investi 65,90 euros par habitant dans son système judiciaire en 2016, un chiffre dans la moyenne continentale, mais loin de ceux des pays à ressources comparables comme l’Allemagne (121,90 euros), la Suède (118,60) ou l’Espagne (79,10 euros). Avec 6 995 juges professionnels, soit 10,4 juges pour 100 000 habitants, l’Hexagone fait même figure de cancre européen, la moyenne des États membres du Conseil de l’Europe s’établissant à plus du double (21,5).

« De vrais reculs dans l’accès des citoyens à la justice »

« Non seulement on est loin du compte sur le plan budgétaire, mais en plus, ce texte comporte de vrais reculs dans l’accès des citoyens à la justice », estime aussi la sénatrice (EELV) Esther Benbassa, qui regrette en particulier « la suppression des tribunaux d’instance », « la dématérialisation des dépôts de plainte », ou « le recours à des opérateurs privés pour certaines procédures de médiation ». Laurence Roques, elle, alerte aussi sur la mise en place d’une « plateforme nationale des injonctions de payer qui va déséquilibrer les rapports entre les justiciables, d’un côté, les banques et organismes de crédit, de l’autre, qui vont pouvoir faire passer sans contrôle des demandes de paiement pas toujours justifiées ou régulières ».

Le volet pénal n’est guère plus rassurant. Le SAF comme le SM déplorent « l’extension systématique des dispositions dérogatoires au droit commun », comme « le recours généralisé à la visio-audience », « la comparution différée », procédure à mi-chemin entre comparution immédiate et information judiciaire, ou encore « la fin quasi systématique de la collégialité » des décisions. Le vote solennel de la réforme est prévu le 23 octobre au Sénat, avant son examen en novembre à l’Assemblée.

En lien

communiqué du SAF et de l'intersyndicale de la justice

l'accès au droit pour tous en question 

Alexandre Fache

Publié le 10/10/2018

PCF. Les communistes rebattent les cartes à un mois de leur congrès

Julia Hamlaoui et Maud Vergnol (site l’humanité.fr)

Les militants ont préféré le « Manifeste pour un parti communiste du XXIe siècle » au texte présenté par la direction nationale. Une situation inédite dans l’histoire du parti, face à laquelle chacun appelle au « rassemblement ».

Les répliques du séisme politique de 2017 n’en finissent plus de se faire sentir. Cette fois, c’est au Parti communiste que se manifestent les secousses. Pour la première fois dans l’histoire de la formation, le texte présenté par la direction nationale en vue du congrès extraordinaire, qui se tiendra fin novembre, n’est pas arrivé en tête. Avec 42,15 % des suffrages exprimés, c’est « Pour un manifeste du Parti communiste du XXIe siècle », emmené notamment par le député André Chassaigne, qui a obtenu samedi le meilleur score. Il devient ainsi « la base commune » pour la suite du congrès, devançant de 1 258 voix la proposition de la direction du PCF, qui enregistre 37,99 % (lire le détail des ­résultats en encadré). « J’en prends acte », a réagi Pierre Laurent dès samedi soir, notant que « les résultats sont très partagés », et qu’il n’existe « pas de majorité à ce stade pour avancer ».

« Ce n’est pas une surprise, mais on ne pensait pas que le Manifeste réaliserait un tel score », confie de son côté André Chassaigne, pour qui le résultat représente « un formidable signal d’espoir et témoigne d’une nouvelle ­ambition politique pour notre parti ». Pour le député du Puy-de-Dôme, ce vote exprime la volonté de « rompre avec la spirale de l’effacement, et de mettre en œuvre rapidement une nouvelle dynamique qui assure au PCF une place dans le paysage politique ». Une analyse qu’est loin de partager l’historien Frédérick Genevée. « Ce résultat est une très mauvaise nouvelle », estime celui qui a milité pour un autre texte, « Pour un printemps du communisme ». « Le parti est profondément divisé et sans majorité claire, déplore-t-il. Mais surtout, c’est le signe d’une forme de repli, d’une affirmation nostalgique alors que ce besoin d’une nouvelle radicalité communiste nécessite au contraire de s’appuyer sur des idées modernes. » Ce texte alternatif, défendu également par la députée Elsa Faucillon, a réuni samedi 11,95 % des exprimés, avec 3 607 voix, soit 3 300 de moins qu’en 2016. « Le nombre des adhérents cotisants s’est réduit de 7 % en deux ans, dont un grand nombre se serait porté sur notre texte », explique Frédérick Genevée. Et puis le vote « utile » contre le repli identitaire a joué en faveur de la base commune, estime l’historien, pour qui « l’effet référendum anti-Mélenchon a aussi joué ».

« L’envie de tourner une page douloureuse »

L’année électorale de 2017 a en effet concentré les insatisfactions des communistes, certains exigeant un « bilan » du soutien à la candidature de Jean-Luc ­Mélenchon pour la présidentielle. Un vote qui avait déjà divisé le PCF en 2016, puisque ce choix l’avait emporté d’une courte majorité (53,6 %).

« Ce qui s’est exprimé dans le vote, c’est d’abord l’envie de tourner une page douloureuse et d’ouvrir une période de transformation du parti et de notre stratégie, analyse Sébastien Laborde, secrétaire fédéral de Gironde. La façon dont les communistes ont vécu les campagnes législatives et présidentielle, l’échec du Front de gauche… tout ça a beaucoup pesé. » « La situation nationale comme internationale est extrêmement difficile. Nous sommes confrontés à des enjeux d’ampleur, une lutte de classe très vive, abonde Nathalie Simonnet, dirigeante de Seine-Saint-Denis. Face au défi du rassemblement, pour ne pas se replier sur nous-mêmes, nous avons besoin de réfléchir aux difficultés des alliances que nous avons menées. Cela ne remonte pas seulement au Front de gauche, mais bien avant. »

Le résultat du vote suscite aussi beaucoup d’inquiétude. « Des dangers mortels sont à écarter de manière radicale, explique Céline Brulin, secrétaire départementale de Seine-Maritime. Ceux de l’isolement et du repli, de la nostalgie d’un paysage politique qui n’existe plus, et puis surtout d’être autocentrés dans les semaines qui viennent alors que nous avons beaucoup de combats à livrer, à commencer mardi dans les manifs et aux côtés des retraités. » Pour la jeune sénatrice, « rassembler des insatisfactions et des mécontentements, ce n’est pas très compliqué, écrire une orientation opérante dans la situation actuelle, c’est autrement plus difficile ». Mais celle dont la fédération a envoyé trois députés à l’Assemblée nationale en 2017 reste confiante : « Le PCF ne retrouvera un élan que s’il est utile à nos concitoyens. C’est la boussole que nous ne devons jamais quitter. Dans notre département, on expérimente quotidiennement le fait qu’on puisse être complètement communiste et ­complètement rassembleur. Et c’est dans cette voie-là qu’il faut qu’on s’engage pleinement. »

Les jours à venir seront décisifs. D’abord parce que le débat est amené à se poursuivre, le texte adopté ayant vocation à être discuté et amendé localement puis au niveau des départements avant le rendez-vous national de fin novembre. « L’idée même de “base commune”, c’est de choisir un texte pour pouvoir l’enrichir, le transformer, souligne Nathalie Simonnet. Ce n’est pas le choix des communistes de Seine-Saint-Denis mais c’est le résultat de la démocratie et on va faire en sorte que la qualité de nos débats permette de modifier la base commune, en particulier sur la question de l’Europe. » Et pour certains, il y a urgence. « Entre ceux qui pensent qu’il faut que nous prenions une ligne de sortie de l’Europe et ceux qui pensent qu’il faut jouer dans les institutions européennes la conquête d’un pouvoir et d’une réorientation de la BCE, notre campagne n’est pas la même », rappelle Fabien Guillaud-Bataille, responsable du Val-de-Marne. Mais pour Frédéric Boccara, l’un des initiateurs du « Manifeste » : « Le texte choisi porte une orientation qui a sa cohérence, par exemple en refusant d’opposer rassemblement et développement de nos idées. Sur l’Europe, nous voulons mener une grande bataille sur la banque centrale européenne pour les services publics, c’est au cœur de notre texte et cela unit tous ses signataires, et bien au-delà. Le débat n’est pas sortir ou rester dans l’Europe, ça c’est celui que Macron veut imposer. Mais quelle bataille menons-nous et avec quelles perspectives. »

« On n’est pas là pour couper des têtes »

Côté partisans du « Printemps », « nous allons continuer de jouer le jeu du congrès, de défendre nos idées, explique Frédérick Genevée. Nous allons déployer des efforts accrus pour convaincre les communistes de la nécessité d’une profonde transformation de notre organisation. Nous sommes aussi décidés à nous adresser à toutes celles et tous ceux qui ont le communisme au cœur, à commencer par celles et ceux qui sont ou ont été adhérents ».

En attendant les prochaines assemblées locales, deux rendez-vous nationaux sont prévus dans les jours à venir. Lundi, l’exécutif du PCF doit se retrouver avant le conseil national du week-end prochain, où les premières candidatures aux élections européennes devaient être examinées. Mais la question des directions sera également posée avec un point d’étape de la commission en charge des candidatures. « On n’est pas là pour couper des têtes et s’enfermer dans un débat de personnes qui handicaperait le débat de fond. À partir des lignes définies ensemble, on parlera des visages qui porteront cette politique. C’est au secrétaire national de prendre acte des résultats, à lui de s’exprimer sur la manière dont il envisage l’avenir », estime André Chassaigne.

Une volonté farouche de rassembler tous les communistes

Pourtant, chez certains militants, la question se fait parfois plus pressante et le nom de Fabien Roussel, député du Nord, comme postulant à la tête du PCF circule déjà. Pour Sébastien Laborde, s’il existe un « sentiment que la direction nationale dysfonctionne, il n’y a pas de volonté de dégagisme ».

Reste le spectre d’une possible division des communistes, avec un texte qui n’emporte pas de majorité absolue. Sans compter que, sur le territoire, les résultats ne sont pas homogènes. Dans 40 fédérations du PCF, le « Manifeste » est arrivé en tête (avec une majorité absolue dans 24 d’entre elles) mais dans 49 c’est « Le communisme est la question du XXIe siècle », proposé par le conseil national du PCF, qui se classe premier (avec une majorité absolue dans 29). Ce sont sans doute les plus grosses fédérations (celles qui comptent plus de 1 000 votants) qui font la bascule, puisque trois d’entre elles (le Nord, qui s’était prononcé en 2016 pour une candidature ­Mélenchon, le Pas-de-Calais et le Val-de-Marne, qui optaient pour un candidat communiste) ont donné une majorité absolue au « Manifeste », contre seulement deux (les Bouches-du-Rhône et la Seine-Saint-Denis) pour la proposition du conseil national.

« Cette phase est toujours un peu clivante. Maintenant, je crois que tout le monde a la responsabilité de travailler au rassemblement des communistes. Quand je vois les déclarations, visiblement il y a une volonté de le faire », assure Sébastien Laborde. En effet, depuis samedi, André Chassaigne rappelle que ce vote n’est qu’une étape. « Le débat continue, assure-t-il. Il doit se faire dans l’écoute et le respect mutuel, dans la construction collective de ce qu’on va mettre en œuvre. Cela exige de chacun beaucoup de modestie et une volonté farouche de rassemblement. » « Nous avons devant nous un immense débat à poursuivre sur nos choix et un immense défi à relever pour la construction commune, l’unité et le rassemblement des communistes jusqu’au congrès, rappelle de son côté Pierre Laurent. Les semaines qui viennent nous appellent toutes et tous au travail commun. J’y mettrai toute mon énergie. »

Julia Hamlaoui et Maud Vergnol

Les résultats du vote

Sur les 30 172 suffrages exprimés ce week-end, 11 461 se sont portés sur la proposition de « base commune » du conseil national du PCF, « Le communisme est la question du XXIe siècle », soit 37,99 %. Celle-ci a été devancée par « Pour un manifeste du Parti communiste du XXIe siècle » qui recueille 12 719 voix, soit 42,15 %. « Se réinventer ou disparaître ! Pour un printemps du communisme » totalise 3 607 suffrages, soit 11,95 %. Enfin, « PCF : reconstruire le parti de classe, priorité au rassemblement dans les luttes » enregistre 2 385 votes, soit 7,90 %.

 

Publié le 07/10/2018

Loi Pacte : « intérêt social » de l’entreprise et administrateurs salariés, une diversion

(site politis.fr)

TRIBUNE. Christopher Swaim et Cyril Zekri montrent que les dispositions du projet de loi Pacte sur « l’intérêt social » de l’entreprise et les administrateurs salariés n'amélioreront pas la situation des travailleurs.

Le projet de loi « relatif à la croissance et la transformation des entreprises » ou « Pacte », en cours d’examen au Parlement, entend transformer le « modèle d’entreprise français pour l’adapter aux réalités du XXIe siècle ». Deux de ses dispositions portent sur l’objet et le gouvernement de l’entreprise et s’inspirent des recommandations du rapport « L’entreprise, objet d’intérêt collectif » réalisé par Nicole Notat et Jean-Dominique Senard.

La première (article 61) prévoie notamment de remplacer la référence du Code civil au seul « intérêt commun des associés » par une référence à « l’intérêt social » de l’entreprise et aux « enjeux sociaux et environnementaux de son activité ».

La deuxième (article 62), augmente le nombre des administrateurs salariés dans les conseils d’administration ou de surveillance des sociétés de plus de 1 000 salariés en France ou 5 000 salariés en France et à l’étranger.

On peut noter que la reformulation de l’objet de l’entreprise n’entraînera aucune contrainte juridique pour ses dirigeants. Quant aux conseils d’administration, la place que le projet de loi entend y réserver aux représentants des salariés apparait en deçà de ce qui prévaut dans le système allemand dit de « codécision ».

Niveaux records de dividendes

Mais le choix même de s’attacher à l’objet de l’entreprise et à la composition du conseil d’administration n’est pas de nature à « favoriser une prise en compte sur le long terme » non seulement des intérêts des actionnaires, mais aussi « des salariés et des parties prenantes de l’entreprise » (lettre de mission du gouvernement à Nicole Notat et Jean-Dominique Senard).

La primauté accordée aujourd’hui à la rémunération de actionnaires, qui se traduit par des niveaux records de dividendes, ne résulte en effet pas de contraintes juridiques relatives à l’objet de l’entreprise.

À propos des conseils d’administration, il faut rappeler que les entreprises sont dirigées par des dirigeants, investisseurs, banquiers d’affaires, qui, du fait de leur nombre restreint, se passent d’un cadre formel pour délibérer et arbitrer entre eux. À moins peut-être d’une parité entre administrateurs tirant leur légitimité de l’assemblée générale des actionnaires et administrateurs issus de la représentation des salariés, les conseils d’administration demeureront les chambres d’enregistrement des décisions prises par ces milieux d’affaires.

Enfin et surtout, les recommandations du rapport Notat-Senard et les articles 61 et 62 du projet gouvernemental interviennent alors que les « ordonnances Macron » parachèvent le recentrage des entreprises sur les seuls milieux d’affaires entrepris sous la présidence de François Hollande.

Moins d’heures de délégation pour les CE et CHSCT

Les dispositions du Code civil sur l’objet de l’entreprise et celle du Code du commerce sur son gouvernement sont en effet complétées par celles du Code du travail. Celui-ci prévoit des institutions représentatives des salariés auxquelles sont reconnues des attributions économiques, sociales et sur les conditions de travail, conformément aux aspirations du programme du Conseil national de la Résistance. Les comités d’entreprise (CE), dès 1946, et, à partir de 1982, les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), se sont notamment vu reconnaître le droit de diligenter leurs propres experts, avec des pouvoirs d’investigation étendus : réalisation d’entretiens avec les salariés et observation directe sur les lieux de travail pour les experts des CHSCT ; accès à l’ensemble de la documentation existante pour les experts des CE, qu’il s’agisse d’analyser la stratégie mondiale d’une groupe ou le détail d’écarts de rémunération.

Certes les attributions des CE et des CHSCT sont demeurées pour l’essentiel consultatives. Mais, loin de lever cette limite, les gouvernements se sont attachés depuis 2012 à défaire les acquis contenus dans le Code du travail. La loi sur la sécurisation de l'emploi en 2013, celle relative au dialogue social et à l’emploi en 2015, la loi travail en 2016, puis les « ordonnances Macron » de 2017 ont remis en cause en cause les attributions des CE et des CHSCT. En 2013 et en 2015, déjà, cela s’accompagnait d’une augmentation du nombre de représentants des salariés au sein des conseils d’administration.

En 2019 au plus tard, les CE et les CHSCT seront remplacés par des comités sociaux et économiques. Les salariés auront désormais moins de représentant, lesquels auront moins d’heures de délégation et une moindre présence sur les lieux de travail. Quant au droit à l’information à travers les experts du CE et du CHSCT, tout (délais, financement, possibilités de contestation et d’interférence pour l’employeur…) a été prévu pour qu’il ne puisse être pleinement exercé.

Alors que s’accomplit le projet énoncé en 2007 par Denis Kessler, ancien vice-président du Medef, de « sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance », les dispositions du projet de loi Pacte sur « l’intérêt social » de l’entreprise et les administrateurs salariés relèvent d’une bien dérisoire manœuvre de diversion.

Christopher Swaim est consultant

Cyril Zekri est avocat

Publié le 06/10/2018

Non à la régression sociale en grève et en manifestation le 09 octobre

Montpellier10h00 Peyrou

Béziers 10h00 Bourse du travail

 

Toutes et tous mobilisé·e·s, imposons :

L’augmentation des salaires, des pensions, des minimas sociaux.

Le SMIC à 1 800 euros.

L’égalité salariale et professionnelle entre les femmes et les hommes.

La retraite à 60 ans et la reconnaissance de la pénibilité.

Une politique industrielle créatrice d’emplois.

Le maintien et le développement des services publics et de la protection sociale.

L’abrogation des loi travail

 

Pour la CGT, l’heure est une nouvelle fois à la mobilisation.

 

La CGT Hérault lance une campagne pour les salaires, le pouvoir d’achat et les pensions et appelle à la mobilisation en grève et en manifestation l’ensemble des salarié·e·es , des retraité·e·s, des jeunes le 9 octobre.

 

Alors que le président de la République, son gouvernement et sa majorité, sont empêtrés dans des affaires qui confirment la dérive autoritariste du pouvoir. Alors que tous les indicateurs sont au rouge sur le front de l’emploi et de la croissance. 

Le gouvernement vient de réaffirmer sa volonté d’aller encore plus loin dans la casse sociale en confirmant les suppressions de postes dans la fonction publique et leur remise en cause pure et simple, en poursuivant sa politique de cadeaux fiscaux pour les plus riches, les plus puissants, en annonçant son intention de réformer notre régime de retraite. 

La retraite par point est généralisée avec pour conséquence directe pour TOU·TE·S les salarié-e-s, des pensions en baisse, un âge de départ en retraite augmenté avec les conséquences que l’on connaît déjà pour la santé des travailleurs. 

 

Pourtant, cet été, une nouvelle fois, la France a battu un nouveau record en matière de dividendes versés aux actionnaires. Près de 51 milliards ! Du jamais vu en France !Et on nous parle de crise, et on nous martèle de faire des efforts et de rogner sur nos droits et nos garantis collectives ! De qui se moque-t-on ? 

 

Ils engrangent chaque jour un pognon de dinguetandis que le chômage et la précarité frappent chaque famille. N’est-il pas temps d’exiger des conditions de vie et de travail décentes ? D’exiger que le travail soit mieux rémunéré en lieu et place de la finance ? D’exiger le respect de toutes celles et tous ceux qui sont à la retraite après une vie de travail, d’exiger des perspectives d’avenir pour la jeunesse ?

Publié le 05/10/2018

Aquarius : SOS Méditerranée appelle à manifester en orange le 6 octobre

(site midilibre.fr)

 

Alors que son navire, l'Aquarius, navigue toujours dans les eaux internationales au large de Malte sans pavillon, SOS Méditerranée appelle à une mobilisation citoyenne, samedi 6 octobre, à l'échelle européenne afin d'interpeller l'UE sur la crise migratoire en Méditerranée.

En partenariat avec Médecins sans Frontières (MSF), l'association organisera ce jour-là des manifestations dans différentes villes d'Europe, en Allemagne (Berlin), en Italie (Palerme) et en France (Paris, Marseille, Lyon, Nantes, Toulouse...).

Un rassemblement à Montpellier

A Montpellier, un rassemblement est prévu à 14 h 30 devant l'opéra-Comédie. Afin de soutenir les valeurs d'humanité portées par SOS Méditerranée et MSF, chaque citoyen est appelée à descendre dans la rue avec un tee-shirt orange, la couleur des gilets de sauvetage et de l'Aquarius. "Les citoyens, marins, humanitaires, secouristes, artistes, intellectuels, associations, entreprises, mouvements religieux, syndicats et collectivités publiques sont invités à rejoindre les rassemblements pacifiques et apolitiques avec comme seul signe distinctif un t-shirt orange", soulignent les responsables de l'association qui demandent aux états de "faire respecter le devoir d'assistance aux personnes en détresse en mer et d'assumer leurs responsabilités en établissant un véritable modèle de sauvetage en Méditerranée".

Une pétition en ligne

Pour lancer la mobilisation, une pétition baptisée "Sauvons l'Aquarius et le sauvetage en mer" est également en ligne sur la plate-forme WeMove. Elle sera accompagnée d'une campagne digitale où chaque citoyen sera invité à se filmer ou à se photographier avec les hashtags #SaveAquarius et #SaveRescueAtSea. Depuis quatre ans, plus de 15 000 hommes, femmes et enfants sont morts noyés en Méditerranée en tentant la traversée sur des embarcations de fortune.

 

 

Publié le 04/10/2018

Lettre de Salah HAMOURI après sa libération.

Cher·e·s ami·e·s,

Me voici enfin libéré, après 13 mois de détention, dans une sombre prison de l’occupation. 13 mois sans jamais connaître le motif de ma détention. 13 mois sans savoir quand je retrouverai la liberté.

Je connais bien les prisons de l’occupant et son système carcéral mais cette nouvelle détention m’a confortée dans le fait que l’occupation s’acharne à briser des hommes, des femmes et des enfants. La prison est un moyen d’isoler collectivement les Palestinien·ne·s. Dans ces prisons, tout est fait pour nous enlever notre humanité. Nous sommes coupé·e·s du monde, coupé·e·s de nos proches. L’occupation restreint l’accès à la presse, aux chaînes de télévision afin que nous ne puissions pas nous informer correctement sur ce qui se passe dehors. Nous ne pouvons pas non plus librement étudier ni recevoir des livres ni aucun courrier. Nous y sommes coupé·e·s de nos familles, une seule visite par mois nous permet de voir nos parents de premier degré uniquement, pendant 45 minutes, derrière une vitre, par l’intermédiaire de téléphones, nos conversations personnelles étant minutieusement écoutées et analysées, afin d’exercer des pressions sur nous. Certain·e·s détenu·e·s se voient parfois privés de cette visite, arbitrairement. Pour ma part, j’étais privé de ma femme et mon fils pendant ces 13 longs mois, une véritable torture psychologique pour nous trois.

Mais dans la pénombre de cette prison, il m’arrivait des rayons de soleil qui me réchauffaient le cœur. Mes avocat·e·s et parents me tenaient informés durant les parloirs de la mobilisation en France, en Belgique et même plus loin dans le monde. De retour dans ma cellule, j’en informais mes codétenus.

Je tiens à vous remercier tous et toutes très chaleureusement pour votre mobilisation, vos actions diverses et variées, les rassemblements, les débats, les projections de film, les nombreuses affiches collées, pétitions signées, tracts distribués, les interpellations du gouvernement, les propositions de se constituer otage en échange de ma liberté, tout ce que vous avez fait m’a profondément touché. Je dois vous le dire aujourd’hui.

Merci aux citoyen·ne·s, aux militant·e·s des partis politiques, d’associations et de syndicats, aux avocat·e·s, aux artistes, aux intellectuel·le·s qui ont plaidé en ma faveur durant tout ce temps et qui n’ont absolument rien lâché.

Merci aux élu·e·s qui ont porté mon nom et l’exigence de liberté dans les villes, les départements, les régions, à l’Assemblée Nationale, au Sénat et jusqu’au Parlement européen, dans les hémicycles comme sur les frontons des édifices publics, qui m’ont fait citoyen d’honneur.

Sachez que c’est également un honneur pour moi d’être ainsi défendu par le peuple français et ses représentant·e·s.

Merci aux rares médias et journalistes qui ont parlé de ma détention, alors que la majorité de leurs confrères a préféré m’enfermer dans une seconde prison, celle du silence et de l’indifférence. Vous rendez honneur à votre profession, vous qui agissez malgré les pressions, préférant la vérité à votre confort personnel.

Enfin, merci au noyau dur de ce Comité qui a sans relâche organisé les évènements et fait vivre la campagne, aux côtés d’Elsa et de Jean-Claude. Vous avez toujours tenu la ligne, malgré les obstacles et les mauvais jours, je sais à quel point votre action a été importante aussi bien sur le plan politique qu’humain.

C’est votre action collective qui a permis de contraindre la diplomatie française à bouger, alors qu’elle aurait préféré laisser ce dossier dans un tiroir. C’est votre action collective qui a permis d’envoyer un message clair à l’occupant : les peuples solidaires du monde ne laisseront pas faire et ils marcheront le temps qu’il faudra aux côtés du peuple palestinien pour qu’il accède à ses droits légitimes de liberté et d’indépendance, comme tous les peuples du monde. C’est ensemble que nous écrirons cette page de l’histoire, nous Palestinien·e·s et vous solidaires du monde entier.

Encore une fois, mille mercis à toutes et tous.

J’espère pouvoir venir très prochainement en France, d’abord pour retrouver ma femme et mon fils dont je suis privé depuis maintenant 16 mois, et ensuite pour venir vous remercier et pour continuer le combat pour mes nombreux camarades encore incarcérés et pour défendre sans relâche les droits fondamentaux de mon peuple.

A très bientôt cher·e·s ami·e·s !

Salah Hamouri
Mercredi 3 octobre 2018, Jérusalem

Publié le02/10/2018

Palestine. Salah Hamouri, la liberté (enfin) retrouvée

Pierre Barbancey (site l’humanité.fr)

 

Après treize mois de détention administrative, l’avocat franco-palestinien est sorti de prison. La vigilance reste de mise pour qu’il puisse bénéficier de toute sa liberté de mouvement.

La nouvelle est tombée, hier, en fin de matinée. « Salah Hamouri est libre ! » L’avocat franco-palestinien était incarcéré depuis treize mois. Pour quelles raisons ? Nul ne le sait puisqu’il était enfermé sous le régime de la détention administrative. C’est-à-dire qu’aucune charge ne lui a été signifiée. Ni à lui ni à ses défenseurs. Un dossier secret qui l’a privé de liberté et dont on peut se demander si, en réalité, il contenait quelque chose.

L’arbitraire et le caractère coercitif de la détention administrative apparaissent au grand jour. Car, enfin, soit un individu représente « une menace pour la sécurité d’Israël », selon une assertion récurrente dans ce pays qui se voudrait preuve, et alors les charges doivent être divulguées et un procès ouvert. C’est ce qu’on appelle un État de droit. Soit les services de renseignements israéliens et les « juges » n’ont rien entre les mains. Dans ce cas, on aimerait savoir ce qui a conduit au renouvellement de la détention administrative de Salah Hamouri. Le ministre de la Défense en personne, l’homme d’extrême droite et ancien videur de boîte de nuit Avigdor Lieberman, a signé les ordres d’incarcération. D’abord six mois, puis quatre mois et enfin trois mois. Treize mois d’enfermement, de privation de liberté. Pour rien. Sinon, on peut être sûr que Salah Hamouri croupirait encore en prison.

Mais si les autorités israéliennes ont dû procéder à l’élargissement de Salah, c’est aussi parce que, depuis le 23 août 2017, date de son arrestation à son domicile de Jérusalem-Est, la solidarité s’est développée. Un comité pour sa libération, avec, à sa tête, Elsa Hamouri-Lefort, l’épouse de Salah, a été créé, qui a multiplié les initiatives publiques, les rassemblements, les appels, au niveau ­national comme au niveau local. Des comités ont vu le jour, dont la caracté­ristique a été la large ­re­présentation : des personnalités, des élus de tous bords, des citoyens de toutes confessions, voire non-croyants… « Une grande diversité s’est rassemblée, s’est élargie et est restée unie pour cette cause fondamentale : celle de la liberté », souligne Elsa dans un communiqué publié quelques minutes seulement après la libération de son époux. Elle ajoute : « En ce moment tout particulier, je tiens à vous remercier chaleureusement, en mon nom bien sûr, mais aussi au nom de Salah, et nous tenons à vous assurer de notre plus profonde et sincère reconnaissance. Nous n’oublierons pas ce moment de forte solidarité humaine. »

Ni les parents ni l’épouse de Salah Hamouri n’ont été reçus à l’Élysée

Les autorités françaises, de leur côté, ont eu une attitude peu claire. Certes, il a bien été dit qu’Emmanuel Macron est intervenu à deux reprises auprès de Benyamin ­Netanyahou pour demander la libération de Salah Hamouri. Mais pour quel résultat ? Contrairement à ce qui a été le cas pour les familles d’autres Français détenus à l’étranger, ni les parents ni l’épouse de Salah Hamouri n’ont été reçus à l’Élysée. Le seul rendez-vous prévu, fin août, a été annulé sans explication. En revanche, mi-septembre, Meyer Habib, député « Les Constructifs » des Français de l’étranger, homme-lige de Netanyahou en France, qui avait insulté Salah ­Hamouri dans l’Hémicycle, a été accueilli par le président de la République. Il y a quelques jours encore, aucune indication n’était donnée à la famille Hamouri, les autorités françaises expliquant qu’elles ne « savaient pas » ce qu’il adviendrait le 30 septembre.

Cette attitude française n’est pas anecdotique. Elle est, au contraire, la marque du type de relations qu’elle entretient avec Israël. Il y a des prises de position mais jamais les moyens pour les faire respecter. Ainsi en va-t-il du droit international, que Tel-Aviv bafoue sans vergogne. Ainsi en va-t-il de cette détention administrative qu’utilisaient les Britanniques en Irlande contre ceux qui luttaient pour leur indépendance et l’apartheid sud-africain contre ceux qui combattaient le régime raciste. Ce n’est sans doute pas un hasard. Sur les plus de 5 500 prisonniers politiques palestiniens – parmi lesquels des dirigeants politiques de premier plan comme Marwan Barghouti et Ahmed Saadat, actuellement dans les geôles israéliennes, 350 sont des enfants et 450 sont enfermés dans le cadre de la détention administrative.

Les autorités israéliennes n’ont pas renoncé à le harceler

Bien que libéré, Salah Hamouri ne doit participer à « aucune célébration (notamment de sa libération) pendant trente jours », a indiqué son avocat, Me Mahmoud Hassan. Il lui est également interdit de prendre part à des activités militantes pendant cette période, a ajouté Me Hassan, qui a précisé qu’une caution de 20 000 shekels (environ 4 700 euros) avait été payée. Preuve que les autorités israéliennes n’ont pas renoncé à harceler Salah Hamouri. Elsa et leur bébé n’ont pas le droit d’entrer en Israël (passage obligé pour se rendre dans les territoires palestiniens). En conséquence, il ne les a pas vus depuis plus de treize mois. C’est dire si les comités de soutien à Salah Hamouri vont rester vigilants. Pour être certain que l’avocat franco-palestinien conserve toutes ses libertés. Dont celle de pouvoir se déplacer en France et de rentrer à ­Jérusalem. 

Pierre Barbancey

Publié le 29/09/2018

Gauche antimigrants, une fable médiatique

par Pierre Rimbert  (site monde-diplomatique.fr) 

Un spectre hante Jean-Jacques Bourdin : « J’ai vu l’émergence en Allemagne — ça m’interroge, d’ailleurs — de cette extrême gauche anti-immigrés ! », s’exclame le journaliste le 4 septembre 2018 sur RMC. Ce jour-là, à Berlin, Mme Sahra Wagenknecht, députée de Die Linke (La Gauche), accompagnée de personnalités issues des Verts et du Parti social-démocrate, présente à la presse Aufstehen (Debout). Inspiré de La France insoumise, ce mouvement espère mobiliser les déçus de la politique et réunir une coalition majoritaire « pour le désarmement et la paix, pour de meilleurs salaires, de meilleures retraites, une fiscalité plus juste et plus de sécurité ; pour plus d’investissements publics dans la formation et les infrastructures », selon l’appel fondateur (1).

Mais, comme Bourdin, la presse française raconte une tout autre histoire : « Allemagne : un mouvement de gauche s’empare du créneau antimigrants » (Agence France-Presse, 4 septembre) ; « Allemagne, une gauche antimigrants émerge » (Le Monde, 4 septembre) ; « Debout, le nouveau parti allemand, se veut de gauche et antimigrants » (RT, 4 septembre) ; « création d’une force de gauche antimigrants en Allemagne » (France Inter, 5 septembre) ; « Allemagne : naissance d’un nouveau mouvement de gauche anti-immigration » (Les Échos, 5 septembre) ; « Vers une nouvelle gauche antimigrants en Europe ? » (La Vie, 6 septembre) ; « Aufstehen, un mouvement de gauche hostile à l’immigration » (Le Figaro, 8-9 septembre) ; « une dirigeante d’extrême gauche crée un parti antimigrants » ; (L’Obs, 13 septembre) ; « un mouvement antimigrants » (Politis, 13 septembre), etc.

Problème : le texte fondateur d’Aufstehen ne contient pas la moindre considération hostile aux migrants. Si les auteurs tiennent pour « irresponsable la manière dont le gouvernement de Mme Merkel traite les défis de l’immigration », ils appellent à « garantir le droit d’asile pour les réfugiés ». Et, surtout, ils parlent d’autre chose. De « renationalisations », de « démocratie directe », d’écologie. La question migratoire ? « Ce n’est pas notre sujet central », a insisté Mme Wagenknecht lors de la conférence de presse du 4 septembre. « Notre approche commune consiste à remettre les questions sociales à l’ordre du jour. »

Un tel objectif contredit frontalement le récit auquel médias et partis dominants aimeraient réduire le débat public. Celui d’une Europe clivée entre méchants populistes et gentils libéraux — tous adeptes du marché. Chaque proposition politique qui échappe à cette fausse dichotomie y sera rattachée de force par une glu de « faits alternatifs ». Quand, au Royaume-Uni, M. Jeremy Corbyn réoriente le Labour à gauche, la presse le soupçonne d’antisémitisme parce qu’il soutient la cause palestinienne. Quand, en Allemagne, Mme Wagenknecht annonce la création d’Aufstehen, Laurent Joffrin l’accuse dans Libération (10 septembre) d’« imiter le discours de l’extrême droite ». En matière migratoire, la cofondatrice d’Aufstehen milite à la fois pour un renforcement du droit d’asile et pour une régulation de l’immigration de main-d’œuvre : elle s’oppose à l’ouverture totale des frontières. Cette position alimente un vif débat au sein de la gauche. Minoritaire au sein de Die Linke, elle rejoint celle de M. Bernie Sanders aux États-Unis — « Ouverture des frontières ? C’est une proposition de droite [qui] rendrait chacun en Amérique plus pauvre ! », a-t-il expliqué (Vox, 28 juillet 2015).

Les journalistes qui feignent l’indignation à l’écoute de Mme Wagenknecht ne peuvent ignorer que la plupart des partis européens appuient une politique beaucoup plus restrictive. En 2017, le candidat Emmanuel Macron promettait d’« accueillir dignement les réfugiés qui ont droit à la protection de la France. Les autres seront reconduits sans délai vers leur pays afin qu’ils ne deviennent pas des immigrés clandestins (2)  ». Aucun média français n’avait alors décrit En marche ! comme un « mouvement antimigrants ». Et Libération titrait en « une » (6-7 mai 2017) : « Faites ce que vous voulez, mais votez Macron ».

Pierre Rimbert

Publié le 28/09/2018

Pierre Laurent « Notre parti doit redevenir celui de tous les exploités et dominés »

Julia Hamlaoui et Maud Vergnol (site l’humanité.fr)

Congrès. En pleine offensive macroniste et à sept mois des prochaines élections européennes, le secrétaire national du Parti communiste, Pierre Laurent, s’explique sur les enjeux du congrès du PCF qui aura lieu du 23 au 25 novembre.

Après avoir frappé vite et fort pendant la première année du quinquennat, le pouvoir macroniste montre des signes de faiblesse. Le rapport de forces politique s’annonce-t-il plus favorable pour contrer les coups, notamment sur la réforme des retraites à venir ?

pierre laurent Oui, le pouvoir est fragilisé, bien qu’il soit toujours aussi arrogant. Il perd peu à peu son soutien populaire. Les Français comprennent qu’avec Macron ce sont toujours les dividendes qui gagnent, jamais les salaires, jamais les services publics, et que dans leur immense majorité ils seront toujours les perdants de cette politique. Les luttes peuvent s’intensifier. Pour qu’elles se renforcent et remportent des victoires, nous allons travailler à faire grandir des solutions progressistes dans ces luttes. Pour les retraites par exemple, qui vont être une bataille majeure, nous démontrerons que les richesses existent pour permettre à chacun d’accéder à 60 ans à une retraite digne. Qui sait que les revenus financiers des entreprises et des banques, 342 milliards d’euros en 2017, ne paient aucun euro au financement de la protection sociale ? Qui sait que, si on appliquait réellement l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, on résoudrait durablement le problème du financement des retraites pour les décennies à venir ?

Les élections européennes, premier scrutin depuis la présidentielle, seront décisives face à la poussée de l’extrême droite. Comment le PCF aborde cette échéance ?

pierre laurent Nous refusons le piège dans lequel on veut nous enfermer : ou Macron, ou Le Pen. Macron, c’est l’homme des politiques européennes actuelles : la mise en concurrence des travailleurs qui tirent sans cesse les conditions sociales vers le bas pour servir les appétits de profits des grands groupes, avec déréglementation et privatisation à la clé. Ces politiques provoquent un rejet de l’idée européenne que les extrêmes droites essayent d’exploiter. Mais Orban et Salvini, ce n’est pas la sortie du libéralisme ! C’est le libéralisme sans la démocratie, avec plus de guerres entre les peuples : ce qu’ils appellent eux-mêmes l’« illibéralisme ». Nous combattrons les uns comme les autres. Nous mènerons campagne contre les logiques de dumping social au cœur des traités européens. Macron ne subit pas ces politiques, il est, comme ses prédécesseurs, un des décisionnaires. Et, là encore, nous proposerons des solutions. À la Fête de l’Humanité, j’ai annoncé la tenue début 2019 d’états généraux du progrès social et écologique en Europe. Nous ne laisserons pas tuer l’idée de la coopération et du progrès partagé, car c’est l’avenir pour les peuples et la planète. Nous voulons élire le maximum de députés qui se battent sur ces bases, et pour cela unir les gauches européennes au Parlement européen.

Ces états généraux s’adressent-ils aussi à la gauche française ?

pierre laurent Nous sommes entrés dans cette campagne en désignant un chef de file communiste, Ian Brossat, avec la volonté de faire gagner des idées qui desserrent l’étau dans lequel Macron veut nous enfermer. Nous mènerons cette campagne en tendant la main à toutes les forces de gauche qui veulent construire avec nous ces solutions, en France comme en Europe. Donc oui, les états généraux seront ouverts à toutes les forces de la gauche française.

Le PCF tient son congrès extraordinaire dans moins de deux mois, après une séquence électorale qui a balayé une grande partie du paysage politique. Dans un tel contexte, quel est l’état de vos forces et quelle est l’ambition générale de ce congrès ?

pierre laurent Les forces militantes du PCF sont intactes. Elles ont traversé la tempête politique de 2017 et fait la démonstration dans l’année écoulée de leur capacité à être présentes dans toutes les mobilisations sociales. Le succès exceptionnel de la Fête de l’Humanité est aussi le résultat de cette énergie militante. Mais l’enjeu de notre congrès n’est pas de préserver cette force, c’est de la remettre à l’offensive dans la nouvelle période politique. Nous voulons remettre à plat toutes les conditions de notre bataille, pour nous redonner un cap clair et durable. Le congrès doit avancer dans trois directions. D’abord celui d’une initiative communiste renouvelée, avec de la confiance dans nos idées. Nous savons souvent anticiper sur le diagnostic des crises capitalistes, mais nous devons mieux travailler avec la société pour construire des solutions de progrès social et écologique. Ensuite, notre stratégie n’a de valeur que si elle allie l’initiative communiste à une grande capacité de rassemblement, l’œil rivé sur le mouvement du peuple lui-même. Enfin, nous devons faire preuve de novation et d’audace, car il y a des défis nouveaux qui prennent une ampleur considérable : l’écologie, la révolution numérique, les migrations, la libération mondiale des femmes. Nous avons besoin de transformations de la pensée et de l’activité des communistes. Certains camarades privilégient plutôt un de ces aspects sur l’autre. Pour ma part, je pense que nous ne retrouverons une place majeure dans la vie politique nationale qu’en étant capables d’articuler ces trois dimensions.

« Communisme de nouvelle génération », « communisme du XXIe siècle », « écommunisme »… de nombreuses formules ont cherché ces derniers temps à redéfinir le projet communiste… En quoi « le communisme est la question du XXIe siècle », comme vous l’affirmez ?

pierre laurent Il y a effectivement beaucoup d’effervescence et d’idées autour de cette question du communisme, et c’est d’ailleurs nouveau que notre congrès y consacre autant de temps. On observe aussi que le retour de Marx, celui des idées de mise en commun n’ont jamais été autant d’actualité dans la société et une partie de la jeunesse. Pour ma part, j’affirme que le XXIe siècle posera la question d’un nécessaire dépassement du système actuel. Le capitalisme se montre aujourd’hui incapable de répondre aux grands défis de l’humanité. Ce système ne tombera pas comme un fruit mur, il peut perdurer en générant plus de chaos, d’inégalités, d’inhumanités. Il peut même entraîner la planète à la catastrophe écologique. C’est pourquoi des millions de gens se poseront la question d’inventer un autre mode de développement. Nous sommes dans ce moment historique où les anticipations de Marx sur le dépassement du système capitaliste trouvent une actualité toute particulière. Être capable de dire ce que nous entendons par communisme dans ce moment historique, et que peut-être d’autres appellent autrement, peut permettre de créer des convergences et des rapports de forces capables de changer progressivement le cours du monde.

Explosion du salariat, ubérisation, chômage de masse, précariat… La « classe ouvrière » ne semble plus être un concept opérant pour penser et organiser la lutte des classes. Comment le PCF compte faire évoluer son logiciel idéologique ?

pierre laurent La lutte de classes n’a jamais été aussi vive. La concentration extrême du capital, permise conjointement par la mondialisation du capital et la mainmise sur la révolution numérique, conduit à l’exploitation concurrentielle de tous les travailleurs du monde. Les exploités sont sans cesse plus nombreux et plus divers, ce sont les ouvriers, mais aussi quantité de travailleurs des services, des travailleurs intellectuels. Pour asseoir leur domination, les capitalistes jouent à fond des divisions entre les travailleurs. Le Parti communiste doit mettre au cœur de son projet la reconstruction de l’unité politique du salariat, de la conscience des conditions d’exploitation et de l’indispensable dimension internationaliste de ce combat. Si nous voulons, par exemple, faire de la révolution numérique un objet d’émancipation et non un objet de domination piloté par les Gafam, il faudra faire travailler ensemble des scientifiques, des créateurs de start-up, des ouvriers, des techniciens, des ubérisés, des salariés et des citoyens utilisateurs, pour produire des idées nouvelles sur l’utilisation de ces technologies. J’ajoute que les luttes contre les dominations étendent sans cesse leur champ d’action, écologie, féminisme, marchandisation du vivant… Nous ne sommes plus seulement le parti de la classe ouvrière mais le parti de tous les exploités et de tous les dominés en France, en Europe et dans le monde.

Les enjeux de ce congrès suscitent de nombreux débats internes, portant notamment sur la stratégie. La séquence électorale de 2017 cristallise beaucoup de mécontentements. Quels enseignements en tirez-vous ?

pierre laurent Depuis la présidentielle de 2017, la crainte existe d’un effacement du PCF et cela soulève un débat sur la conduite de notre stratégie de rassemblement. Prenons cette question, puisqu’elle fait débat. D’abord, ne sous-estimons pas le combat de nos adversaires pour organiser notre effacement. Université d’été, Fête de l’Humanité, journées parlementaires… ces trois événements de nature différente mais tous réussis subissent le même traitement : ils sont passés sous silence par les décideurs du monde politique et médiatique. Nous devons riposter unis à ce déni de démocratie. Ensuite, il y a ce qui tient à nos propres responsabilités. Nous avons construit le Front de gauche parce que nous avions compris après 2005 qu’une nouvelle gauche à vocation majoritaire devait naître. La faillite du quinquennat Hollande nous a donné raison. Notre ambition était et reste une gauche nouvelle qui construit son combat sur les questions sociales et écologiques dans un affrontement déterminé avec les logiques du capital. Le Front de gauche a ouvert une voie et sans cela nous serions peut-être dans la situation de l’Italie. Mais c’est vrai aussi que l’idée dégagiste a été plus forte pour le moment que l’idée de la reconstruction d’un projet unitaire de changement. Or le dégagisme n’est pas un ciment d’espoir, surtout quand cette idée est aussi utilisée par Macron et Le Pen. C’est vrai que cela doit nous conduire à mieux lier le contenu de l’initiative communiste à la construction de fronts d’unité populaire, sans lâcher ni l’un ni l’autre. Ce débat stratégique est sain et nécessaire.

Plusieurs dirigeants communistes rappellent depuis quelques semaines « l’esprit unitaire » de vos adhérents. Craignez-vous des divisions ?

pierre laurent Les communistes sont intelligents, ils comprennent parfaitement que dans cette situation se diviser serait impardonnable. Aboutir à des choix clairs en préservant notre unité, c’est l’exigence majeure qu’ont exprimée les communistes lors de la consultation préparatoire à notre congrès. Le conseil national de notre parti a souhaité pour cela une base commune ouverte, non pas pour arriver au congrès avec des choix mi-chèvre mi-chou mais pour permettre à la discussion des communistes d’aboutir à du commun dans l’unité. Le vote, début octobre, pour choisir, parmi les quatre proposés, le texte sur lequel nous travaillerons jusqu’au congrès sera important de ce point de vue.

Vous avez dit votre disponibilité pour rester à la tête du PCF, pourquoi souhaitez-vous un nouveau mandat ?

pierre laurent Quand je suis devenu secrétaire national, c’est avec l’ambition de refaire du Parti communiste une force majeure. Depuis huit ans, je mesure chaque jour combien c’est possible, car la disponibilité est grande dans le parti et dans la société. Mais je mesure aussi les difficultés et la ténacité dont il faut faire preuve. J’ai envie de me consacrer encore pleinement à cette bataille, en ayant conscience de ce qu’il faut corriger ou carrément changer, notamment dans le fonctionnement de la direction nationale. Conduire dans la durée l’effort de redressement du PCF, son renouvellement nécessaire, tout en garantissant l’unité des communistes, c’est le sens que je donne à cette disponibilité. Maintenant, ce sont les communistes qui décideront, sur cela comme sur le reste. À eux de choisir.

Entretien réalisé par Julia Hamlaoui et Maud Vergnol

Publié le 27/09/2018

150 personnalités signent le Manifeste pour l’accueil des migrants

Les rédactions de Regards, Politis et Mediapart s’associent afin de lancer le Manifeste Pour l’accueil des migrants signé par 150 intellectuels, artistes, militants associatifs, syndicalistes et personnalités de la société civile.

Regards, Politis et Mediapart ont aussi lancé une pétition : signez-la et partagez-la !

 

Partout en Europe, l’extrême droite progresse. La passion de l’égalité est supplantée par l’obsession de l’identité. La peur de ne plus être chez soi l’emporte sur la possibilité de vivre ensemble. L’ordre et l’autorité écrasent la responsabilité et le partage. Le chacun pour soi prime sur l’esprit public.

Le temps des boucs émissaires est de retour. Oubliées au point d’être invisibles, la frénésie de la financiarisation, la ronde incessante des marchandises, la spirale des inégalités, des discriminations et de la précarité. En dépit des chiffres réels, la cause de nos malheurs serait, nous affirme-t-on, dans la « pression migratoire ». De là à dire que, pour éradiquer le mal-être, il suffit de tarir les flux migratoires, le chemin n’est pas long et beaucoup trop s’y engagent.

Nous ne l’acceptons pas. Les racines des maux contemporains ne sont pas dans le déplacement des êtres humains, mais dans le règne illimité de la concurrence et de la gouvernance, dans le primat de la finance et dans la surdité des technocraties. Ce n’est pas la main-d’œuvre immigrée qui pèse sur la masse salariale, mais la règle de plus en plus universelle de la compétitivité, de la rentabilité, de la précarité.

Nous ne ferons pas à l’extrême droite le cadeau de laisser croire
qu’elle pose de bonnes questions. Nous rejetons ses questions, en même temps que ses réponses. 

Il est illusoire de penser que l’on va pouvoir contenir et a fortiori interrompre les flux migratoires. À vouloir le faire, on finit toujours par être contraint au pire. La régulation devient contrôle policier accru, la frontière se fait mur. Or la clôture produit, inéluctablement, de la violence… et l’inflation de clandestins démunis et corvéables à merci. Dans la mondialisation telle qu’elle se fait, les capitaux et les marchandises se déplacent sans contrôle et sans contrainte ; les êtres humains ne le peuvent pas. Le libre mouvement des hommes n’est pas le credo du capital, ancien comme moderne.

Dans les décennies qui viennent, les migrations s’étendront, volontaires ou contraintes. Elles toucheront nos rivages et notre propre pays, comme aujourd’hui, aura ses expatriés. Les réfugiés poussés par les guerres et les catastrophes climatiques seront plus nombreux. Que va-t-on faire ? Continuer de fermer les frontières et laisser les plus pauvres accueillir les très pauvres ? C’est indigne moralement et stupide rationnellement. Politique de l’autruche… Après nous le déluge ? Mais le déluge sera bien pour nous tous !

Il ne faut faire aucune concession à ces idées, que l’extrême droite a imposées, que la droite a trop souvent ralliées et qui tentent même une partie de la gauche. Nous, intellectuels, créateurs, militants associatifs, syndicalistes et citoyens avant tout, affirmons que nous ne courberons pas la tête. Nous ne composerons pas avec le fonds de commerce de l’extrême droite. La migration n’est un mal que dans les sociétés qui tournent le dos au partage. La liberté de circulation et l’égalité des droits sociaux pour les immigrés présents dans les pays d’accueil sont des droits fondamentaux de l’humanité.

Nous ne ferons pas à l’extrême droite le cadeau de laisser croire qu’elle pose de bonnes questions. Nous rejetons ses questions, en même temps que ses réponses.

Les 150 signataires :

Christophe AGUITON sociologue, Christophe ALEVEQUE humoriste et auteur, Pouria AMIRSHAHI directeur de Politis, Ariane ASCARIDE comédienne, Jean-Christophe ATTIAS universitaire, Geneviève AZAM économiste, Bertrand BADIE politiste, Sébastien BAILLEUL DG du CRID, Josiane BALASKO comédienne, Étienne BALIBAR philosophe, Ludivine BANTIGNY historienne, Pierre-Emmanuel BARRE auteur, humoriste, Lauren BASTIDE journaliste, féministe, Christian BAUDELOT sociologue, Edmond BAUDOIN auteur, dessinateur de BD, Alex BEAUPAIN auteur, compositeur, interprète, François BEGAUDEAU écrivain, Yassine BELATTAR humoriste, Hourya BENTOUHAMI philosophe, Alain BERTHO anthropologue, Pascal BLANCHARD historien, Romane BOHRINGER comédienne, Benoît BORRITS chercheur militant, Patrick BOUCHAIN architecte, Alima BOUMEDIENE-THIERY avocate, Rony BRAUMAN médecin, cofondateur de MSF, Michel BROUE mathématicien, Valérie CABANES juriste internationale, Hélène CABIOC’H présidente de l’Ipam, Julia CAGE économiste, Robin CAMPILLO réalisateur, Aymeric CARON écrivain, journaliste François CHAIGNAUD chorégraphe, Patrick CHAMOISEAU écrivan, Paul CHEMETOV architecte, Monique CHEMILLIER-GENDREAU juriste, Mouhieddine CHERBIB Respect des libertés, Jean-Louis COHEN historien, Cristel CORNIL enseignante-chercheuse, Marie COSNAY écrivaine, Annick COUPE syndicaliste, Alexis CUKIER philosophe, Jocelyne DAKHLIA historienne, Jean-Michel DAQUIN architecte, Françoise DAVISSE réalisatrice, Philippe DE BOTTON président de Médecins du monde, Laurence DE COCK historienne, Catherine DE WENDEN politologue, Christine DELPHY féministe, Christophe DELTOMBE président de la Cimade, Rokhaya DIALLO journaliste, écrivaine, Georges DIDI-HUBERMAN philosophe, Bernard DREANO président du Cedetim, Michel DRU anesthésiste-réanimateur, Françoise DUMONT présidente d’honneur de la LDH, Annie ERNAUX écrivaine, Éric FASSIN sociologue, anthropologue, Corentin FILA comédien, Geneviève FRAISSE philosophe, Bernard FRIOT économiste et philosophe, Isabelle GARO philosophe, Amandine GAY réalisatrice, Raphaël GLUCKSMANN essayiste, Yann GONZALEZ réalisateur, Robert GUEDIGUIAN réalisateur, Nacira GUENIF sociologue et anthropologue, Janette HABEL politologue, Jean-Marie HARRIBEY économiste, Serge HEFEZ psychanalyste, Cédric HERROU militant associatif, Christophe HONORE réalisateur, Eva HUSSON réalisatrice, Thierry ILLOUZ auteur et avocat pénaliste, Pierre JACQUEMAIN rédacteur en chef de Regards, Geneviève JACQUES militante associative, Chantal JAQUET philosophe, JULIETTE chanteuse parolière et compositrice, Gaël KAMILINDI pensionnaire de la Comédie-Française, Pierre KHALFA syndicaliste et coprésident de la Fondation Copernic, Cloé KORMAN écrivaine, Bernard LAHIRE professeur de sociologie à l’ENS de Lyon, Nicole LAPIERRE anthropologue et sociologue, Mathilde LARRERE historienne, Henri LECLERC président d’honneur de la LDH, Raphaël LIOGIER sociologue et philosophe, Isabelle LORAND chirurgienne, Germain LOUVET danseur étoile de l’Opéra de Paris, Gilles MANCERON historien, Philippe MANGEOT enseignant, Patrice MANIGLIER philosophe, Philippe MARLIERE politologue, Roger MARTELLI historien et directeur de la publication de Regards, Christiane MARTY ingénieure-chercheuse, Corinne MASIERO comédienne, Gustave MASSIAH altermondialiste, Nicolas MAURY comédien, Marion MAZAURIC éditrice, Caroline MECARY avocate, Philippe MEIRIEU pédagogue, Phia MENARD jongleuse performeuse et metteure en scène, Céline MERESSE présidente du CICP, Guillaume MEURICE auteur et humoriste, Pierre MICHELETTI médecin et écrivain, Jean-François MIGNARD secrétaire général de la LDH, Véronique NAHOUM-GRAPPE anthropologue, Stanislas NORDEY directeur du Théâtre national de Strasbourg, Ludmila PAGLIERO danseuse étoile à l’Opéra de Paris, Willy PELLETIER sociologue, Nora PHILIPPE auteure et réalisatrice, Thomas PIKETTY économiste, Edwy PLENEL journaliste et cofondateur de Mediapart, Emmanuel POILANE président du CRID, Thomas PORCHER économiste, Didier PORTE humoriste, Mathieu POTTE-BONNEVILLE philosophe, Olivier PY auteur metteur en scène et directeur du Festival d’Avignon, Bernard RAVENEL historien, Éric REINHARDT écrivain, Prudence RIFF co-présidente du FASTI, Michèle RIOT-SARCEY historienne, Vanina ROCHICCIOLI présidente du Gisti, Paul RODIN directeur délégué du festival d’Avignon, Marguerite ROLLINDE politologue spécialiste du Maghreb, Alexandre ROMANES cofondateur du cirque Romanès, Délia ROMANES confondatrice du cirque Romanès, Paul RONDIN directeur délégué du Festival d’Avignon, Alain RUSCIO historien, Malik SALEMKOUR président de la LDH, Sarah SALESSE avocate, Christian SALMON écrivain, Odile SCHWERTZ-FAVRAT ex-présidente de la Fasti, Denis SIEFFERT président de la SAS Politis, Catherine SINET directrice de la rédaction de Siné Mensuel, Evelyne SIRE-MARIN magistrat, Romain SLITINE enseignant à Sciences Po, Pierre TARTAKOWSKY président d’honneur de la LDH, Lilian THURAM fondation Lilian Thuram-Éducation contre le racisme, Sylvie TISSOT sociologue, Michel TOESCA acteur et réalisateur, Marie TOUSSAINT militante associative et présidente de Notre affaire à tous, Assa TRAORE comité Adama, Enzo TRAVERSO historien, Catherine TRICOT architecte-urbaniste, Aurélie TROUVE altermondialiste et agronome, Fabien TRUONG sociologue, Michel TUBIANA président d’honneur de la LDH, Dominique VIDAL-SEPHIHA journaliste, Jean VIGREUX historien, Thierry VILA écrivain, Arnaud VIVIANT écrivain et critique littéraire, Sophie WAHNICH historienne, Jacques WEBER comédien, Serge WOLIKOW historien.

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Assemblée citoyenne des originaires de Turquie (ACORT), Auberge des migrants, Bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants (BAAM), CCFD - Terre solidaire 93, Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale (CEDETIM), Centre international de culture populaire (CICP), Coalition internationale des sans-papiers et migrants (CISPM), Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT), Coordination 75 des sans-papiers, Coordination 93 de lutte pour les sans-papiers, CSP92, DIEL, Fédération des associations de solidarité avec tous·te·s les immigré·e·s (Fasti), Fédération des tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), Gisti, Initiatives pour un autre monde (IPAM), La Cimade, Ligue des droits de l’homme, Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie, Roya citoyenne, Syndicat des avocats de France (SAF), Union juive française pour la paix (UJFP), Utopia 56

Publié le 26/09/2018

Impôts, pouvoir d’achat, emploi : les contre-vérités de Benjamin Griveaux

Sur LCI, le porte-parole du gouvernement a défendu bec et ongles ses choix politiques. Quitte à verser dans l’intox.

Par Adrien Sénécat (site lemonde.fr)

L’exécutif fait « les choses dans l’ordre », a affirmé Benjamin Griveaux sur LCI, vendredi 21 septembre. Le secrétaire d’Etat et porte-parole du gouvernement a défendu tout au long de son interview la politique économique menée depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Mais certains de ses arguments sont contestables, voire erronés. Retour sur trois d’entre eux.

1. Certains impôts ont bien augmenté en 2018

Ce qu’il a dit

Interrogé sur le pouvoir d’achat des retraités, Benjamin Griveaux a défendu le calendrier des réformes, évoquant le fait qu’après la hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) au début de 2018, une bonne partie des retraités bénéficierait de la baisse d’un tiers de la taxe d’habitation en octobre 2018.

« Vous avez d’abord augmenté les impôts et maintenant vous dites qu’on va les baisser ? », demande alors le journaliste de LCI Christophe Jakubyszyn. « C’est inexact, on n’a augmenté aucun impôt. Aucun », lui rétorque Benjamin Griveaux. Et « la CSG ? », l’interpelle le journaliste. Le porte-parole du gouvernement justifie alors la politique économique du gouvernement, qui vise selon lui à ce que « le travail paie mieux ».

POURQUOI C’EST FAUX

Benjamin Griveaux joue ici sur les mots : quoi qu’on en pense, le gouvernement a bien augmenté certaines taxes ou impôts. La hausse du taux normal de la contribution sociale généralisée de 1,7 point au début de 2018 en est un exemple. Mais on peut aussi citer la hausse de la fiscalité des carburants, certes décidée pour des considérations environnementales, ainsi que celle du prix du tabac, légitimée par des impératifs de santé publique. « On augmente les impôts sur ce qui pollue », a d’ailleurs déclaré la ministre des transports, Elisabeth Borne, vendredi sur Europe 1 au sujet du prix des carburants.

Au crédit du porte-parole du gouvernement, on peut néanmoins noter que le taux de prélèvements obligatoires devrait baisser en 2018 par rapport en 2017, passant de 44,7 % à 44,3 %, selon les prévisions gouvernementales. S’il est faux d’affirmer qu’aucun impôt n’a augmenté, il est vrai que les impôts, au sens large, devraient diminuer.

Lire aussi :   A la hausse ou à la baisse, 24 mesures du gouvernement qui affectent votre pouvoir d’achat

2. Un argument contestable sur le pouvoir d’achat

Ce qu’il a dit

Le journaliste de LCI a cité, au cours de l’interview, une étude de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE, un organisme de prévision et d’évaluation des politiques publiques), selon laquelle la somme des mesures prises par le gouvernement en 2018 aurait un effet nul sur le pouvoir d’achat, avant une hausse de celui-ci en 2019.

Un point contesté par Benjamin Griveaux à plusieurs reprises : « Cela ne peut pas être zéro en 2018 », a-t-il tranché. Et de citer les principales dispositions du gouvernement en faveur du pouvoir d’achat : baisse des cotisations salariales ; baisse d’un tiers de la taxe d’habitation pour 80 % des contribuables ; hausse du minimum vieillesse… En matière de pouvoir d’achat, « il faut faire le total » des mesures favorables et défavorables, a-t-il estimé.

POURQUOI C’EST CONTESTABLE

L’OFCE a publié jeudi une étude sur l’effet des mesures prises par le gouvernement sur le pouvoir d’achat en 2018 et en 2019. L’effet total de celles-ci serait ainsi quasi nul pour l’année en cours (+ 0,1 milliard), mais plus notable à partir de l’année 2019 (+ 3,5 milliards).

Contrairement à ce qu’affirme Benjamin Griveaux, ces prévisions tiennent compte de l’ensemble des annonces gouvernementales. Ainsi, l’OFCE estime que la fiscalité directe baisserait de 4,3 milliards d’euros en 2018 et de 9,4 milliards d’euros en 2019. Elle juge aussi que les prestations sociales augmenteront de 1 milliard d’euros en 2018, mais baisseront de 2,3 milliards d’euros en 2019 (principalement à cause de la désindexation des pensions de retraite, d’autres mesures étant par ailleurs favorables au pouvoir d’achat).

Il ne s’agit bien sûr que de prévisions, et il faudra encore patienter plusieurs mois pour pouvoir analyser avec certitude l’évolution du pouvoir d’achat. D’autant que certains points font l’objet de controverses, comme la hausse de la fiscalité du tabac : le gouvernement estime que l’OFCE, tout comme l’Insee, surestime son effet sur le portefeuille des ménages en sous-estimant la baisse induite de la consommation de cigarettes.

Lire aussi :   Comment la hausse du prix du tabac pèse sur les prévisions de pouvoir d’achat

Cependant, Benjamin Griveaux occulte une réalité de taille : les deux mesures les plus fortes en matière de pouvoir d’achat du gouvernement en 2018 sont la réforme de la taxe d’habitation (+ 3 milliards, selon l’OFCE) et la « transformation » de l’impôt sur la fortune (ISF, + 3,2 milliards). Or, la seconde ne profitera qu’aux quelque 330 000 ménages fortunés redevables de l’ISF jusqu’à présent, qui sont les grands gagnants du premier budget du quinquennat.

Si l’on exclut la baisse de l’ISF, la balance du pouvoir d’achat en 2018 pour les foyers français vire au rouge. Il ne s’agit bien sûr que d’un constat d’ensemble, qui cache des situations extrêmement variables, mais qu’on ne peut balayer d’un revers de la main.

3. Une intox sur les emplois non pourvus

Ce qu’il a dit

Interrogé sur l’échange entre Emmanuel Macron et un jeune horticulteur au chômage le 15 septembre, au cours duquel le chef de l’Etat lui a recommandé de postuler dans l’hôtellerie, la restauration ou le bâtiment, le porte-parole du gouvernement a affirmé ceci :

« Moi, ce que je veux dire suite à l’épisode du week-end dernier que vous mentionnez, [c’est que] l’an dernier en France, il y a 300 000 offres d’emploi où il n’y a jamais eu de personne en face à proposer. »

POURQUOI C’EST FAUX

On ne peut pas affirmer, comme le fait Benjamin Griveaux, que 300 000 offres d’emploi n’auraient pas fait l’objet de ne serait-ce qu’une candidature en 2017 en France.

Ce chiffre est en fait tiré d’une enquête de Pôle emploi publiée en décembre 2017 (à défaut d’être exhaustive, il s’agit de la plus vaste sur la question). Selon cette dernière, 2,9 millions des 3,2 millions d’offres d’emploi « déposées à Pôle emploi sur une année » ont été pourvues. Restent donc 300 000 offres d’emploi qui n’ont pas trouvé preneur. Mais il est faux d’affirmer que ce serait par absence totale de candidature.

En réalité, ce chiffre englobe 97 000 recrutements annulés parce que le besoin d’embauche avait disparu (par exemple lorsque l’employeur n’a plus le budget) et 53 000 pour lesquels le recrutement se poursuivait au moment de l’étude. Les 150 000 offres restantes sont, elles, étiquetées comme « abandon de recrutement faute de candidats ».

Mais attention : dans 87 % des cas, l’employeur potentiel a bien reçu des candidatures avant de renoncer à recruter. Il les aura simplement écartées, les jugeant insatisfaisantes. Dans « la moitié des cas, l’offre a recueilli entre une et cinq candidatures », précise Pôle emploi. Le cas des offres qui n’ont fait l’objet d’aucune candidature, évoqué par Benjamin Griveaux, ne concerne à l’arrivée non pas 300 000 offres mais 19 500, selon cette étude. Soit environ 0,6 % de l’ensemble des offres d’emploi.

Publié le 25/09/2018

« Cadeau fiscal » : un langage d’ « ultra-gauche » selon Éric Brunet

par Pauline Perrenot, (site acrimed.org)

Dans un précédent article, Monique Pinçon-Charlot relatait son expérience en tant qu’invitée sur le plateau de « Questions directes » (France 2), consacré ce jour-là à « l’égoïsme des riches ». Sans appel, sa critique du dispositif de l’émission montre combien le service public sabote le débat d’idées et rend particulièrement laborieux le développement d’analyses qui remettent en cause l’idéologie et les intérêts des dominants. Laborieux, tant les contraintes de l’émission – notamment le nombre et le statut des invités – pèsent sur l’expression de la sociologue forte pourtant de décennies d’enquêtes, et tant les rappels à l’ordre de l’éditocratie à l’encontre de la plus petite déviation politique sont véhéments. Au cours de cette émission, Éric Brunet en donnait un très bon exemple, qui nous rappelle à quel point le langage est un enjeu de lutte politique dans la sphère médiatique.

Une fois n’est pas coutume, Éric Brunet aboyait en plateau de « Questions directes » contre un collègue animateur-éditocrate, successeur de David Pujadas au 20h de France 2, Julian Bugier. En cause ? Un écart de langage particulièrement déplaisant aux oreilles d’Éric Brunet, qui donnera lieu à un échange entre les deux journalistes dont nous vous livrons l’intégralité :

- Julian Bugier : C’est vrai qu’il y a une colère sociale, on entendra tout à l’heure, qui seront avec nous, des retraités, des travailleurs précaires, des chômeurs, Isabelle est là aussi pour en témoigner. Il y a une colère aujourd’hui sociale parce que la politique du gouvernement est tournée vers les riches : 10 milliards, je crois, de cadeaux fiscaux, dit la France Insoumise, sur le budget 2018…
- Éric Brunet : Mais pourquoi utilisez-vous ce mot du « cadeau fiscal » ? Non, non, non… [Ironique :] J’aime bien ce mot moi de « cadeau fiscal »… C’est pas un cadeau fiscal !
- Julian Bugier : C’est un élément de langage, vous le savez Éric !
- Éric Brunet : Non, non, non, juste une chose parce que, quand même… L’honnêteté nous oblige quand même à dire que les grosses boîtes étaient beaucoup plus fiscalisées en France que dans le reste de l’Europe et que Hollande, à la fin, à travers le CICE, et Macron désormais, ont baissé la fiscalité. Vous, vous vous permettez de reprendre une terminologie utilisée par l’ultra-gauche qui dit « c’est un cadeau fiscal ».
- Julian Bugier : C’est pour ça que je cite la France Insoumise !
- Éric Brunet : Vous interrogez beaucoup de chefs d’entreprises, ils vous diront pas « c’est un cadeau fiscal », c’est la fiscalité qui ne s’est même pas encore alignée sur les autres fiscalités…
- Julian Bugier : Bon, c’est ma fête ce soir…
- Éric Brunet : Non mais laissez-moi terminer. La fiscalité des entreprises françaises ne s’est même pas encore alignée sur le niveau moyen des entreprises européennes donc il y a beaucoup de gens qui n’utilisent pas le mot de « cadeau fiscal ».


Anecdotique ? Pas tellement. Car cet extrait montre à quel point les tenants de l’idéologie libérale, déguisés en éditorialistes, ne cèdent pas une once de terrain sur la question du langage, et ne tolèrent qu’aucun discours n’empiète un tant soit peu sur le pré-carré lexical – et donc politique – qu’ils déroulent en permanence dans les grands médias. Éric Brunet aurait plutôt dû se réjouir du cadeau qui lui fut gracieusement offert par le service public et qui lui permit de tranquillement distiller sa haine… de l’impôt à une heure de grande écoute, aux frais du contribuable.

Mais parler de « cadeau fiscal » induit une vision du monde qui n’est évidemment pas celle promue par Éric Brunet. C’est précisément ce que l’éditocrate dénonce en rappelant Julian Bugier à l’ordre et en expliquant publiquement à quel point cette expression est « située » politiquement. Lequel plaide coupable avant de se justifier. D’abord en arguant que c’est un « élément de langage » puis en expliquant à quel point l’expression est effectivement connotée politiquement : « c’est pour ça que je cite la France Insoumise ». On attend avec impatience du présentateur du JT qu’il apporte à l’avenir autant de clarifications lorsqu’il reprendra les « éléments de langage » du gouvernement pour parler, au hasard, des futures réformes de santé ou de « l’assurance chômage ».

Passé ce préambule, Éric Brunet tente de rétablir sur cette question un discours qu’il estime plus adéquat. Un discours tout aussi politique, mais qu’il ne va, évidemment, pas décrire comme tel. Car en prétendant rétablir une « vraie » et « honnête » description des réalités sociales à travers un langage « neutre », ou en sous-entendant opposer le « réel » dépouillé de toute connotation politique à ce qui relèverait de la « propagande », Éric Brunet ne fait qu’opposer un langage tout aussi engagé… à droite, et respectueux de la vision du monde et du point de vue… des patrons d’entreprises.

L’enjeu de la bataille médiatique réside précisément dans la naturalisation de la doxa libérale dans la bouche des éditocrates, et, plus largement, des dominants. Que dire des désormais canoniques « plans sociaux » ou « plans de sauvegarde de l’emploi » ? Du fameux « dialogue social », de la « masse salariale », du « coût du travail » et autres « charges sociales » ? Autant d’expressions largement connotées qui se sont imposées comme les seules possibles – tout à la fois normales et neutres – à force d’avoir été rabâchées dans les médias dominants et qui, par leur omniprésence, ont contaminé les discours et les représentations du monde social [1].

Sur toutes les questions, les dominants ont en effet forgé un lexique à l’image de leur vision du monde et de leur politique ayant largement colonisé les grands médias – que l’on pense à l’immigration, à la culture, à la politique internationale, aux conditions de travail, aux relations entre les femmes et les hommes, etc. C’est précisément parce que la question du langage est à ce point transversale et qu’elle participe des phénomènes de domination à l’œuvre dans les médias que notre association cherche à la décortiquer. Un travail que nous mettons en valeur dans nos propres « lexiques », qu’ils concernent la vie politique, les mobilisations sociales, l’Europe, les guerres, mais également à travers de nombreux articles.

Une manière de ne pas céder aux injonctions des grands pontes de l’espace médiatique, qui s’arrogent le droit de décréter ce qu’il est possible de penser, et en quels termes…


Pauline Perrenot

 

Publié le 23/09/2018

Solidarité. 25 000 associations ont mis la clé sous la porte en 2017

Ixchel Delaporte (site l’humanité.fr)

Selon une étude parue ce jeudi, le nombre d’associations en France, pour la première fois, n’a pas progressé par rapport à l’année précédente. En cause : une fragilité financière accentuée par la suppression des emplois aidés.

Dans le monde associatif, l’inquiétude règne quant à la pérennité des structures. Le rapport sur « la France associative en mouvement », publié hier par le réseau Recherches & Solidarités, révèle un chiffre marquant : la disparition pour l’année 2017 de quelque 25 000 associations par rapport à l’année précédente. Pour la première fois, la différence entre les créations et les fermetures n’est pas positive et le nombre d’associations, en constante progression depuis une décennie, stagne autour de 1,3 million.

Pour Frédérique Pfrunder, déléguée générale du Mouvement associatif, ce constat n’est pas une surprise : « Face aux grandes associations plus stables financièrement, ce sont hélas les petites et moyennes, aussi créatrices d’emplois, qui trinquent jusqu’à disparaître complètement. La suppression progressive des emplois aidés, auxquels elles avaient recours, les a achevées. Cela fragilise l’ensemble du tissu associatif local et attaque la dynamique d’un territoire. »

Les secteurs du sport et de la culture souffrent particulièrement

Sur le plan de l’emploi, le secteur associatif marque également le pas. Après quatre années de croissance, dans un contexte pourtant peu favorable, les effectifs sont en légère régression en 2017 (- 0,1 %). Entre 2012 et 2016, environ 10 800 associations en moyenne, chaque année, cessaient d’employer des salariés. On en a compté près de 12 500 dans ce cas en 2017. Inversement, à peine 6 500 associations sont devenues employeurs l’année dernière, alors qu’elles étaient près de 8 000 en moyenne au cours des quatre années précédentes… « Alors que le secteur privé se porte bien et progresse de 0,9 %, l’emploi associatif dégringole », déplore Cécile Bazin, directrice de Recherches & Solidarités.

Les secteurs du sport et de la culture souffrent particulièrement. Le premier « a connu une petite alerte (- 0,8 %), qui tranche avec l’évolution positive depuis de nombreuses années », précise le rapport. Le second, manifestement en péril, a enregistré, lui, une baisse importante de ses effectifs (- 3,3 %, soit 1 800 salariés). Entre 2014 et 2017, les associations culturelles auront ainsi subi un retrait particulièrement douloureux, correspondant à la perte de plus de 6 600 salariés. Outre cette baisse des effectifs salariés, 2 400 employeurs associatifs dans le champ de la culture ont mis la clé sous la porte entre 2016 et 2017.

Résultat : nombre de dirigeants d’associations culturelles sont inquiets pour leur survie à court terme. Ils sont proportionnellement les plus nombreux à se préoccuper des questions financières, des moyens matériels, du nombre d’adhérents et des relations avec les collectivités territoriales. Mêmes interrogations dans le secteur sportif. « Les associations sportives jouent un rôle crucial dans le développement des pratiques. C’est un moyen d’éducation populaire trop négligé. Et c’est aussi là que se repèrent les futurs professionnels. Les acteurs de ce secteur ne sont pas assez reconnus alors qu’ils jouent un rôle essentiel dans la société », précise Frédérique Pfrunder.

La qualité des emplois dans le champ associatif s’est également dégradée. Le secteur privé propose deux fois plus de CDI que le secteur associatif. Et la proportion des contrats de moins d’un mois, proposés par les associations et destinés essentiellement à des remplacements ou à des événements ponctuels, est passée de 65 % en 2001 à 84 % en 2017.

Pour pallier le manque de moyens, les associations demandent aux volontaires un engagement plus intense. Le très fort niveau de bénévolat est d’ailleurs la seule vraie bonne nouvelle de cette étude. « L’envie d’engagement ne se dément pas et la vitalité associative reste très forte », se félicite Cécile Bazin. Entre 2010 et 2016, la proportion de personnes qui donnent du temps pour les autres est passée de 36 % à 39 %. Parmi les différentes formes d’engagement, le bénévolat en association est celui qui progresse le plus (de 22,6 % à 25 % des Français), notamment chez les moins de 35 ans et les 35-50 ans.

Malgré ce regain, le constat d’un mouvement associatif en danger reste la clé de voûte de ce rapport. Et Frédérique Pfrunder de s’interroger : « Les acteurs contribuent dans tous les domaines de la vie à l’amélioration de notre société. Beaucoup de projets reposent sur leur implication. À quand une reconnaissance de cet engagement ? À quand un véritable plan de la politique associative ? »

Un avenir soumis aux appels d’offres

Interrogés sur l’avenir de leurs structures, les dirigeants associatifs ne manquent pas de projets. Un signe de bonne santé ? En réalité, « les appels d’offres et les innombrables “concours” en tout genre les poussent vers une course effrénée pour constituer des dossiers parfois éloignés de leurs projets », fustige le rapport du réseau R&S, qui regrette que les associations soient « condamnées à en faire toujours plus pour subsister ».

Ixchel Delaporte

 

Publié le 21/09/2018

A Montpellier, la nouvelle gare, déserte, est un fiasco

 Par Benjamin Téoule (Le D'Oc – site mediapart.fr)

Depuis son ouverture le 7 juillet dernier, rien ne va. Avec sept trains par jour, dont seulement deux TGV, l’équipement honore son surnom de « gare fantôme ». Le coût du projet s’élève pourtant à plus de 100 millions d'euros. Ses opposants dénoncent une gare « excentrée du centre-ville » et « inutile ».

En ce début septembre, le soleil tape encore fort sur le bitume montpelliérain. Mais l’unique arrêt de bus qui dessert la nouvelle gare TGV Sud de France, ouverte le 7 juillet, n’est pas assez grand pour accueillir les voyageurs. Les valises débordent de l’abri et les personnes patientent debout en plein cœur d’Odysseum, un centre ludo-commercial situé au sud-est de la capitale héraultaise. Après un quart d’heure d’attente sous la chaleur, précédé d’un trajet d’une vingtaine de minutes en tramway depuis la gare Saint-Roch du centre-ville, la trentaine de passagers peut enfin monter dans la navette. Le véhicule de la Tam (Transports de l’agglomération de Montpellier) est surchargé. 

« Je suis parti de Sète [à 33 km de Montpellier – ndlr] à midi en TER pour rejoindre la gare Saint-Roch. Là, j’ai dû prendre le tramway puis le bus », soupire une maman accompagnée de ses deux enfants, qui va embarquer dans le Ouigo de 16 h 15 vers la région parisienne (Marne-la-Vallée et Roissy-Charles-de-Gaulle). Pourquoi alors s’infliger une telle galère ? « C’est l’argument du prix. Avec le Ouigo, on peut trouver des tickets à partir de 16 € l’aller, précise-t-elle. Le père des enfants ne vit pas encore ici, donc c’est compliqué. »

Et si elle avait fait appel à un taxi pour réduire son temps de trajet entre les deux gares montpelliéraines, elle aurait dû payer 20 € la course (30 € après 19 heures), soit quasiment le prix unitaire de son voyage vers la capitale. C’est l’un des problèmes majeurs de la gare Sud de France : exurbanisée, excentrée du centre-ville de Montpellier, elle ne possède aucun raccordement aux correspondances du TER, ni aucune liaison directe en transports collectifs depuis la gare Saint-Roch.

Résultat : depuis son ouverture le 7 juillet dernier, rien ne va. Avec sept trains par jour, dont seulement deux TGV, l’équipement honore son surnom de « gare fantôme ». Le coût du projet s’élève pourtant à 135 millions d'euros ; il pourrait même dépasser les 180 millions d'euros.

Face à toutes ces complications, certains préfèrent se déplacer à la gare TGV en voiture. Là encore, des difficultés persistent. L’accès au seul parking se réalise en sens unique. Ce qui peut provoquer d’importants embouteillages. D’autant que rien n’a été prévu pour faciliter le voyageur, contraint, au milieu des véhicules, d’enjamber un talus avec ses valises pour rejoindre la gare. Du coup, une équipe de la police municipale intervient afin de réguler le trafic.

Depuis son ouverture le 7 juillet, c’est pratiquement chaque jour le même foutoir. Les touristes ou tous ceux qui ne connaissent pas Montpellier débarquent dans un véritable no man’s land. Pour sortir de l’enceinte ferroviaire et rejoindre l’esplanade principale, ils doivent descendre un large escalier, bagages à la main ou sur le dos, car l’escalator n’assure que la montée… Autour d’eux : de vastes champs. Ils n’en reviennent pas : « Mais où est la ville ? On nous avait dit que Montpellier, c’était un peu comme Bordeaux », s’interrogent trois étudiantes qui finiront par regagner leur destination finale en stop. La gare Sud de France a en effet été construite entre deux autoroutes, contribuant à grignoter les terres agricoles du Pays de l’Or, à six kilomètres de la célèbre place de la Comédie.

Passé 16 h 30, une fois le flux de voyageurs exfiltré du site, la gare Sud de France se transforme en un décor bien singulier. Celui d’une gare fantôme. Dans la journée, entre 6 heures et 23 heures, à peine sept trains sont affichés au départ, dont seulement deux TGV vers Paris Gare-de-Lyon. Loin des espérances de Réseaux ferrés de France (RFF) qui pendant longtemps espérait le passage de plus de 30 TGV par jour. Par conséquent, l’immense hall, moderne et lumineux, est vide la plupart du temps. 

Sur place, on ne peut pas acheter de billets à du personnel de la SNCF. Il faut utiliser les bornes automatiques. Il n’y a aucun kiosque à journaux, pas de brasserie, ni commerces ou autres boutiques de souvenirs. Normal : hormis quelques agents d’une société de sécurité et de la SNCF, il n’y a vraiment personne. Les terrasses extérieures sont désertes. Les quais qui séparent les voies aussi. Tout comme les salles d’attente. Ou les tables qui permettent de brancher du matériel électrique, notamment pour charger son téléphone ou son ordinateur.  Au centre de la gare, un piano attend un musicien. En vain.

À côté, un petit Relay H propose la vente de boissons, de chips et de confiseries. Mais il n’est accessible qu’entre 9 h 30 et 10 h 30, 12 heures et 13 h 15, et de 14 h 30 à 16 h 30. Dans les allées, un photographe shoote son modèle qui pose dans un environnement lunaire. Pour atteindre les toilettes, on passe devant un distributeur d’histoires courtes.

Pas certain que l’automate ne raconte l’histoire du fiasco de cette gare qui n’a même pas encore été inaugurée, la ministre des transports, Élisabeth Borne, ayant annulé son déplacement au dernier moment. Histoire certainement d’éviter un sujet ultra-sensible qui a coûté si cher. Son prix s’élève à 135 M€ d’argent public. Un budget réparti entre l’État, la SNCF, la Région Occitanie et la métropole de Montpellier. Le conseil régional a, lui, décidé de geler sa participation de 33 M€. Pour les voyageurs, « le compte n’y est pas », estimait alors la présidente socialiste Carole Delga, en octobre 2016.

Mais la note pourrait grimper davantage. La prolongation du tramway jusqu’à la gare est évaluée à plus de 47 millions d'euros. Soit une facture totale de 182 millions.

Interrogée lundi sur RMC et BFM à propos de cette « catastrophe », la ministre Élisabeth Borne a répondu laconiquement : « La gare, elle est là, il faut que le tramway arrive, il faut que la desserte de cette gare arrive. »

Autour de la gare, un nouveau quartier pour « une révolution urbaine »

Aujourd’hui, il règne un sentiment d’incompréhension, comme si rien n’avait été anticipé. Or le projet d’une deuxième gare à Montpellier n’est pas récent. Il date de la fin des années 1980. À l’origine, l’idée était d’intégrer le fret sur une nouvelle ligne à grande vitesse qui contournerait Nîmes et Montpellier en allant jusqu’à Perpignan. L’objectif était de décharger la gare du centre-ville de Montpellier. Dans un second temps, la volonté d’y greffer les voyageurs a émergé.

La construction d’une deuxième gare est alors impulsée par Georges Frêche, le président défunt de l’agglomération, puis poursuivie par les gouvernances successives. En complément, il est envisagé la naissance d’un nouveau quartier d’affaires, prolongeant ainsi le développement de la ville vers la mer. Le maire actuel, Philippe Saurel, soutien d’Emmanuel Macron à la dernière présidentielle, emboîte le pas. « Le quartier Oz justifie la gare », déclarait l'ancien socialiste en tout début de mandature après avoir fait campagne contre le principal promoteur du projet, le socialiste Jean-Pierre Moure. Désormais, l’édile a décidé de rebaptiser le quartier du nom de Cambacérès.

Philippe Saurel compte y implanter des bureaux et des logements. Le déménagement d’une partie des locaux de l’université Paul-Valéry semble abandonné. Mais il s’engage sur la Halle French Tech, la business school, un futur stade de foot et un nouveau palais des sports. Comme l’indiquent de nombreuses affiches publicitaires, il s’agit de développer un quartier « à portée du monde » et qui incarnerait « la révolution urbaine ».

Les dysfonctionnements de la gare TGV risquent toutefois d’entraver cette ambition. « Je suis confronté à un héritage que j’assume », répète le maire. Néanmoins, on ne l’entendra pas « hurler jusqu’à l’autre bout de la Méditerranée » comme il a déjà pu le glisser à certains de nos confrères. En regrettant tout de même que « comme cela se passe à Montpellier, c’est de ma faute. Or nous sommes le plus petit partenaire [10 M€ sans la prolongation de la ligne du tramway – ndlr] ».

Un avis que ne partage pas Alex Larue, conseiller municipal d’opposition à la Ville de Montpellier. « Pour moi, il ne fallait pas se précipiter tant que nous n’avions pas de certitudes sur le trafic des trains. Il était donc urgent d’attendre. Le maire m’a répondu que l’on s’exposait à des pénalités de deux milliards mais je n’en ai jamais eu la garantie, déclare-t-il. Cela révèle un certain amateurisme. »

Le socialiste Michaël Delafosse, favorable à cette gare TGV, va dans le même sens. « Il faut savoir se faire respecter, mener un dialogue correct mais ferme vis-à-vis de l’État et de la SNCF », plaide le conseiller municipal d’opposition et conseiller départemental. Et de proposer : « Il faut non seulement renforcer les bus mais créer une ligne directe vers la gare du centre, quitte à ce qu’ils circulent sur des voies du tramway comme cela se fait dans d’autres quartiers de la ville. »

De leur côté, Europe Écologie-Les Verts (EELV) font de la gare Sud de France un enjeu national, en vue notamment des municipales. Les responsables montpelliérains du parti multiplient les actions coups de poing et envahissent les réseaux sociaux sur le sujet. Ils préparent aussi une consultation citoyenne sur le transfert des TGV de la gare Saint-Roch vers la nouvelle gare, alors même que la première a été rénovée en 2014 pour un montant de 50 M€.

 « Nous défendons la gare du centre-ville, desservie par quatre lignes de tramway différentes. Nous pensons aussi aux travailleurs qui font les trajets jusqu’à Paris. Si les TGV quittent la gare centrale, on va leur compliquer la vie. Ils gagneront dix minutes de gare à gare mais perdront du temps sur le trajet domicile-gare », estime Manu Reynaud qui convoite la mairie pour EELV. De plus, selon lui, « Sud de France est une aberration écologique, un aspirateur à voitures. Et sur le plan financier, la SNCF perdra 3 M€ par an durant les 15 prochaines années ». Manu Reynaud pointe la responsabilité du maire dans ce dossier : « Il aurait pu bloquer son financement et reporter les travaux de voiries qui permettent l’accès à la gare TGV. »

Si l’été a démontré l’absurdité du fonctionnement de la gare TGV tel qu’il s’organise aujourd’hui, l’automne pourrait révéler d’autres carences. En effet, depuis plusieurs années, il existe un débat sur le caractère inondable de la gare. En cause, la présence d’un ruisseau, le Nègue-Cats.

Philippe Saurel, comme d’autres décideurs, a toujours réfuté ce risque. Le maire de Montpellier s’appuie sur le maître d’ouvrage qui a conçu plusieurs bassins de rétention d’eau. La gare, elle, a été construite sur une plate-forme surélevée. Pourtant, plusieurs experts hydrauliques affirment le contraire. En réalité, ce serait le parking, le parvis et une grande partie des accès à l’équipement qui pourraient être submergés par les crues. Plusieurs spécialistes redoutent même que les traditionnels orages cévenols n'apportent rapidement une réponse. Pour la SNCF et les pouvoirs publics, le fiasco serait alors total et unique en France.

> Relire notre série d'été, de La Ciotat à Saint-Pierre-des-Corps, en passant par Cerbère et Paris-Nord: Histoires de gares

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Publié le 20/09/2018

À Vintimille, comment faire preuve de solidarité avec les migrants sans se faire expulser de la ville

par Lisa Desjobert (L’âge de faire) (site bastamag.net)

La mairie aimerait se débarrasser d’eux, mais ils continuent d’apporter aux exilés de passage un soutien non seulement moral mais aussi matériel. A Vintimille, ville italienne située à la frontière avec la France, environ 200 bénévoles venus d’Italie, de France et du reste de l’Europe s’activent au sein de l’association Eufemia ou de plusieurs collectifs. Malgré l’hostilité de certains habitants, l’élan de solidarité est réel : de plus en plus de personnes s’engagent, de plus en plus de dons parviennent à l’association. Un reportage sur place de notre partenaire L’Âge de faire.

« Ici, c’est un peu le Calais de l’Italie. » Alexis Cicciù nous montre l’emplacement d’un ancien camp de migrants, sous un pont, entre l’embouchure de la Roya et un chemin de fer. Nous sommes à Vintimille, en Italie. Il y a quelques mois encore, cet espace abritait plus d’une centaine de réfugiés. Il est maintenant désert. « C’était comme un village. Avec des quartiers différents, des petits magasins, même une mosquée. Quand la police est arrivée, ils ont tout détruit avec des bulldozers. » Au sol, on trouve encore des vêtements, des sardines de tentes, des couvertures déchirées. « Mes grands-parents ont traversé la même frontière dans les années cinquante, alors forcément, je pense aussi à eux », poursuit Alexis, qui a rejoint l’association Eufemia au mois de février. L’association offre le nécessaire aux migrants, afin de leur assurer les conditions d’un transit convenable.

« On distribue des chargeurs de téléphones et un accès internet, avec quatre ordinateurs pour communiquer avec les familles », explique Luca*, un autre membre d’Eufemia. « On travaille aussi avec l’ASGI, (Associazione per gli studi giuridici sull’immigrazione, ndlr), une association d’avocats bénévoles qui offre des conseils juridiques, car la plupart des migrants, mineurs ou pas, ne savent pas qu’ils peuvent demander l’asile ni quels sont leurs droits. L’ASGI reste en contact avec chaque personne pendant son voyage en Italie, ils font un vrai suivi. » Eufemia distribue aussi des cartes Sim internationales prépayées, qui fonctionnent hors du pays et sans surtaxe, ainsi que des vêtements pour toutes les saisons, des kits sanitaires, des affaires de voyage comme des tentes ou des sacs de couchages.

« Une loi interdit de donner à manger et à boire aux migrants dans la rue »

Il est 20 heures. Alexis participe à la distribution du repas, sur un parking près de l’ancien campement. Une file d’une quarantaine de personnes se crée. « Nous, on vient donner un coup de main à Kesha Niya, et on leur amène de la nourriture pour qu’ils préparent leurs prochains repas. » Kesha Niya est un collectif international de jeunes gens qui se sont installés du côté français de la frontière. Ils préparent des repas végans – sans aucun aliment d’origine animale – pour respecter tous les types de régimes, et les amènent à Vintimille. « Nous, on ne peut pas distribuer de la nourriture dans notre local parce que ce n’est pas un espace commercial, explique Luca. Et une loi est passée l’année dernière, qui interdit de donner à manger et à boire aux migrants dans la rue. Au moindre faux pas, on risque d’être expulsés de la ville ! »

La « cellphone tower » : « On distribue des chargeurs de téléphones et un accès internet, avec quatre ordinateurs pour communiquer avec les familles »

Opposé à l’accueil des demandeurs d’asile, le maire de Vintimille, Enrico Ioculano (Parti démocrate, centre-gauche), ne laisse rien passer à Eufemia et aux autres associations solidaires des migrants, étroitement surveillées par l’Agence sanitaire locale (ASL) et par la police. « Ceux qui distribuent de la nourriture risquent de recevoir un ordre d’expulsion de Vintimille et de onze petites villes alentour, pendant trois ans », poursuit Luca. Avec Kesha Niya, c’est différent. « Ils font ça depuis tellement longtemps… La police voit bien que, même si elle les en empêche, ils reviennent par un autre moyen. Mais maintenant, ils sont obligés de distribuer toujours au même endroit, sous les yeux de la police. »

« En Libye, je n’étais jamais sûr de rentrer en vie »

Parmi les exilés, il y a Saleh, qui accepte de nous parler. Il a 32 ans, est né au Soudan, a déménagé à l’âge de 7 ans en Arabie Saoudite. Fuyant la guerre à 24 ans, il part pour la Libye où il passe quatre années. « Pour vivre en Libye, il faut que les autorités pensent que tu es libyen. Pendant un an, j’ai vécu caché pour apprendre l’accent et savoir comment me tenir dans la rue. Après, j’ai pu sortir et trouver un travail. Mais je n’étais jamais sûr de rentrer en vie. Dans la rue, je voyais la police braquer ses armes sur des enfants. Et les enfants sortaient des plus grosses armes que la police. Il faut s’adapter pour survivre là-bas. »

Après avoir accumulé assez d’argent, il arrive à embarquer sur un bateau qui l’emmène vers l’Italie. « J’avais une jambe sur le bateau et une jambe dans l’eau. Je regardais l’horizon et j’étais serein. » Saleh garde le sourire : « Ça ne sert à rien de penser à la mort tout le temps. Je suis parti parce que je voulais être heureux, et ça, ce n’est pas triste, si ? Saleh, en soudanais, ça veut dire "ce qui est éternel", alors je n’ai pas peur. » Il est désormais étudiant en Italie. Il lui reste quatre ans pour obtenir ses papiers.

À côté de lui, il y a Abdel*. Abdel est afghan, il a été embauché comme traducteur par l’armée américaine. En échange de son aide, on lui avait promis une vie aux États-Unis, des papiers, une maison : « Mais bien sûr, quand ils n’ont plus eu besoin de moi, ils m’ont jeté. Alors, j’étais en danger dans mon pays. J’ai laissé toute ma famille et je suis parti. » Abdel est toujours traducteur, il vient aider ses amis à Eufemia quand il n’est pas au travail. Il parle une dizaine de langues, et peut donc communiquer facilement avec une grosse majorité des migrants qui passent par le lieu d’accueil nommé « Info point ».

« Il est nécessaire de voir les choses de ses propres yeux »

On entre à Info Point comme dans n’importe quelle boutique, sauf qu’ici, il n’y a rien à vendre. Les murs sont couverts de textes dans toutes les langues pour les voyageurs, des mots d’encouragement, des messages personnels. À l’arrière, une petite salle pour les bénévoles, des enceintes qui diffusent des musiques du monde entier, des rangements pour les affaires à distribuer et surtout, la « cellphone tower », une tour géante où s’agglutinent des dizaines de chargeurs de téléphones, ces biens précieux qui permettent aux voyageurs de s’organiser et de rester en contact avec leurs familles.

Nous parlons avec Luca et Clara*. Luca est membre d’Eufemia depuis un an et forme aujourd’hui Clara, dont c’est le premier jour. Elle nous raconte comment elle a découvert l’association : « La plupart des volontaires ici étudient les sciences politiques et sociales, c’est comme ça que j’en ai entendu parler. Je viens de Milan, et chez moi aussi il y a des camps de migrants, mais je ne m’étais jamais impliquée pour les aider. On entend beaucoup de choses à la télé, et très vite, on peut avoir des préjugés. Je pense que c’est nécessaire d’être dans l’action et d’adopter un point de vue critique, de voir les choses de ses propres yeux. »

De plus en plus de bénévoles actifs

Des membres de l’association ont commencé à s’investir dès 2015, pour répondre à une nécessité immédiate, au moment où les exilés venus d’Italie se sont trouvés bloqués à la frontière. Après les attaques terroristes en France, le contrôle de la police aux frontières s’est renforcé, mais le pays n’a pas respecté les accords de Schengen qui limitaient à deux ans la durée maximale de cette mesure. La France a continué bien au-delà, et aujourd’hui, le renforcement des contrôles est devenu la norme. De nombreuses personnes se sont retrouvées bloquées, complètement démunies, aux frontières. « Nous sommes venus en urgence par camions depuis différentes villes italiennes, explique Luca. C’était vraiment du secourisme basique, plus pour aider les migrants à survivre qu’autre chose. Maintenant, on les aide à continuer leur voyage. »

L’organisation d’Eufemia est simple : « Nous sommes un projet indépendant. Ici, il n’y a pas de hiérarchie. Tout le monde peut participer. Des fois, c’est beaucoup de travail, surtout quand il faut former les nouveaux arrivants, et vu qu’ils sont de plus en plus nombreux, il y a beaucoup d’explications à donner. Depuis l’été dernier, Eufemia s’est agrandie. Il y a maintenant environ 200 bénévoles qui viennent de différentes villes d’Italie ou d’Europe. » En plus des bénévoles, Eufemia recueille beaucoup de dons : « Oui, trop même ! », rigolent-ils. « Nous travaillons avec plein d’autres associations, comme Médecins sans frontières qui nous donne des couvertures, des sacs de couchages, etc. Certains de nos entrepôts sont remplis. »

« Ce sont des images qui font penser à l’Histoire »

Luca a vécu à Vintimille quand le camp était encore installé sous le pont. Il connaît bien la ville, sa population, et les relations compliquées que celle-ci entretient avec les exilés : « Les habitants de Vintimille n’aimaient pas le camp. Ils venaient tout le temps nous dire à quel point c’était dangereux. Depuis son démantèlement, les migrants ont dû aller à la Croix rouge mais là-bas, ils sont obligés de donner leurs empreintes, alors certains refusent. Ceux-là sont envoyés à Taranto, au sud de l’Italie. Mais ils reviennent toujours. Ils font des allers-retours infinis entre le nord et le sud. C’est complètement inutile de les envoyer dans le sud, c’est juste pour polir l’apparence de la ville. Les habitants se sentent plus en sécurité, mais rien n’a changé. »

Les bénévoles de Vintimille sont les premiers informés des flux migratoires. « On se rend compte que les gens restent en moyenne deux mois ici avant de passer la frontière. Ceux qui échouent ne sont pas renvoyés directement dans leur pays, ils peuvent parfois rester quelque temps dans des CIE [Centres pour l’identification et l’expulsion, ndlr]. » [1]

Marco, un bénévole, a été marqué par les violences policières subies par les exilés : « On voit beaucoup de gens revenir de France avec des bleus et des traces de coups. En Italie, je n’ai jamais vu la police frapper des migrants, mais ils les empêchent d’arriver jusqu’à la distribution de nourriture. » Pour Luca, « ce qui était dur au début, c’était de voir ces gens qui attendent la nourriture, alignés par centaines. Forcément, ce sont des images qui nous font penser à l’Histoire. Et puis tu vois des enfants, sans famille, dormir dans des tentes en plein hiver et se faire expulser à la frontière sans avoir aucune idée de leurs droits. »

Lisa Desjobert

*Ces noms ont été modifiés.

Publié le 19/09/2018

Non à la régression sociale en grève et en manifestation le 09 octobre

Montpellier10h00 Peyrou

Béziers 10h00 Bourse du travail

 

Toutes et tous mobilisé·e·s, imposons :

L’augmentation des salaires, des pensions, des minimas sociaux.

Le SMIC à 1 800 euros.

L’égalité salariale et professionnelle entre les femmes et les hommes.

La retraite à 60 ans et la reconnaissance de la pénibilité.

Une politique industrielle créatrice d’emplois.

Le maintien et le développement des services publics et de la protection sociale.

L’abrogation des loi travail

 

Pour la CGT, l’heure est une nouvelle fois à la mobilisation.

 

La CGT Hérault lance une campagne pour les salaires, le pouvoir d’achat et les pensions et appelle à la mobilisation en grève et en manifestation l’ensemble des salarié·e·es , des retraité·e·s, des jeunes le 9 octobre.

 

Alors que le président de la République, son gouvernement et sa majorité, sont empêtrés dans des affaires qui confirment la dérive autoritariste du pouvoir. Alors que tous les indicateurs sont au rouge sur le front de l’emploi et de la croissance. 

Le gouvernement vient de réaffirmer sa volonté d’aller encore plus loin dans la casse sociale en confirmant les suppressions de postes dans la fonction publique et leur remise en cause pure et simple, en poursuivant sa politique de cadeaux fiscaux pour les plus riches, les plus puissants, en annonçant son intention de réformer notre régime de retraite. 

La retraite par point est généralisée avec pour conséquence directe pour TOU·TE·S les salarié-e-s, des pensions en baisse, un âge de départ en retraite augmenté avec les conséquences que l’on connaît déjà pour la santé des travailleurs. 

 

Pourtant, cet été, une nouvelle fois, la France a battu un nouveau record en matière de dividendes versés aux actionnaires. Près de 51 milliards ! Du jamais vu en France !Et on nous parle de crise, et on nous martèle de faire des efforts et de rogner sur nos droits et nos garantis collectives ! De qui se moque-t-on ? 

 

Ils engrangent chaque jour un pognon de dinguetandis que le chômage et la précarité frappent chaque famille. N’est-il pas temps d’exiger des conditions de vie et de travail décentes ? D’exiger que le travail soit mieux rémunéré en lieu et place de la finance ? D’exiger le respect de toutes celles et tous ceux qui sont à la retraite après une vie de travail, d’exiger des perspectives d’avenir pour la jeunesse ?

Publié le 18/09/2018

Elsa Lefort. « Israël veut que Salah Hamouri quitte la Palestine, mais il ne cédera pas »

(site l’humanité.fr)

Arrêté le 23 août 2017, le Franco-Palestinien Salah Hamouri est toujours détenu sans jugement. Sa libération fin septembre dépend du bon vouloir des autorités israéliennes. Ses soutiens se mobilisent à la Fête de l’Humanité pour exiger l’intervention de l’élysée. Entretien avec son épouse, Elsa Lefort.

L’indignation grandit chez les nombreux soutiens de l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri, détenu arbitrairement en Israël depuis une année. Son épouse, Elsa Lefort, dénonce l’inertie de l’Élysée et du Quai d’Orsay, qui n’agissent pas pour exiger du gouvernement Netanyahou sa libération.

Avez-vous des nouvelles de Salah, a-t-il le moral ?
Oui, nous avons des nouvelles par ses avocats ou quand sa mère lui rend visite, une fois par mois. Il va bien, il a le moral, mais il compte les jours évidemment, car tout cela commence à durer. Le fait d’avoir déjà subi deux renouvellements de peine le plonge dans l’incertitude. Il espère à chaque fois que ce sera la dernière, tout en gardant en tête que ça peut continuer… Nous n’avons malheureusement aucune garantie que ce sera la dernière.

D’autant qu’il y a aussi le peu d’empressement à agir du côté des autorités françaises…
L’Élysée prétend qu’Emmanuel Macron s’est saisi du sujet. Il faut croire alors que c’est en catimini, car le cas de Salah n’a jamais été publiquement évoqué. Il n’y a apparemment aucune volonté de montrer que l’on s’inquiète du sort d’un citoyen français incarcéré arbitrairement. Aucune volonté d’envoyer un message fort aux Israéliens, de réagir à cet enfermement complètement illégal. Si message il y a, il est plutôt très négatif : l’arbitraire dont est victime Salah ne préoccupe pas vraiment l’Élysée et le Quai d’Orsay. Les autorités israéliennes sont tout à fait tranquilles.

Emmanuel Macron en aurait, dit-on, parlé à Netanyahou, mais en vain. Pourquoi la France s’accommode-t-elle d’un tel camouflet ?
Oui, la France s’en accommode, d’autant plus que par ailleurs elle redouble de signaux positifs envers le gouvernement Israélien. Macron a reçu deux fois Netanyahou à Paris en l’espace de six mois. Une fois en décembre dernier et une fois en juin, à l’occasion du lancement de la saison culturelle croisée France-Israël, c’est-à-dire une série de manifestations dans chacun des deux pays qui visent à promouvoir les bonnes relations et qui entretiennent surtout une image hautement positive d’Israël. La France ne cesse de donner des gages à ce dernier. Tout à fait par conviction, à l’évidence. La libération de Salah est loin de figurer parmi les attentes.

L’acharnement qu’il subit s’explique-t-il par le fait que Salah soit devenu avocat et qu’il est à présent en mesure de renforcer la défense des prisonniers palestiniens ?
Il y a de cela, mais pas seulement. L’objectif central est en réalité de le contraindre à quitter la Palestine. Tout est fait dans ce sens depuis sa libération en 2011. Il y a eu les ordres militaires l’empêchant de se rendre en Cisjordanie, qui ont compliqué ses études, il y a eu mon expulsion du territoire israélien alors que j’étais enceinte. Et puis il y a eu son arrestation et sa « détention administrative ». Depuis deux ans et demi, Salah vit loin de moi et de notre fils. Tout est fait pour qu’il s’épuise et qu’il renonce à rester en Palestine. Certes, il représente quelqu’un qui, du coup, connaît le droit, le droit international et peut plaider la cause des prisonniers et des Palestiniens plus largement, notamment en France, car il est français. Mais le fond de l’acharnement c’est de le forcer à partir.

Salah est-il déterminé à rester, à ne pas leur céder ?
Tout à fait, car c’est son droit d’habiter chez lui à Jérusalem, en Palestine. Peu importe les intimidations et les menaces, même si au plan personnel, c’est difficile aussi bien pour lui que pour nous. Mais d’un point de vue politique, il est hors de question pour lui de baisser les bras et de quitter sa terre. Il y a là un véritable enjeu : il est de Jérusalem, et les Israéliens font tout pour que les Palestiniens quittent Jérusalem. Chaque Palestinien qui s’en va constitue pour eux une victoire.

Quel appel lancez-vous à tous les soutiens de Salah, notamment à l’occasion de la Fête de l’Humanité ?
Il est important de rester mobilisé et de redoubler d’efforts dans ce sens. Voilà un an que la diplomatie française est censée s’occuper de ce dossier et elle n’a strictement rien obtenu. Les contacts que nous avons avec l’Élysée ne donnent aucun signe positif pour l’avenir. On s’arrête au constat de l’absence de réaction de la part d’Israël. C’est une fatalité. Il n’y a aucune remise en question. La question demeure sans réponse : pourquoi la diplomatie française est à ce point incapable de faire cesser cet arbitraire à l’égard de l’un de ses ressortissants ? Le président se doit de venir en aide à tous les Français de par le monde. Et il n’y aucune raison que le monde s’arrête à la frontière d’Israël.

Entretien réalisé par Nadjib touaibia

Publié le 16/09/2018

Montpellier : la Carmagnole se veut être un lieu d’échanges participatif

(site midilibre.fr)

Il ouvrira officiellement après travaux en septembre mais rassemble déjà ses visiteurs.

C’est un chant révolutionnaire qui pourra bientôt être fredonné au sein de l’ancienne école de danse d’Anne-Marie Porras, rue Haguenot, La Carmagnole devrait ouvrir en septembre, après travaux, mais déjà l’esprit se répand à l’envie.

Ils sont trois, au départ, à avoir initié ce projet d’un lieu culturel alternatif et populaire : Alain Chaignon, cadre socio-éducatif au CHU, Denis Brouillet, prof de psycho à Paul-Valéry, Hervé Bokotza, psychiatre. Rejoints par d’autres ! “On cherchait un endroit afin de fédérer des projets culturels, dans un quartier populaire, de façon à ce que ça puisse s’enraciner", explique Laurence.

"De rencontres en rencontres, cela a cumulé un certain nombre de gens intéressés, curieux, qui avaient envie de partager cette aventure ; cette idée commune d’en faire un endroit convivial, de générosité, de fête ; vivant, ouvert à tous dans le respect de la charte des coopérateurs.”

L’idée est “qu’à travers la pratique de tous, on puisse construire quelque chose de commun ; où tout le monde peut s’approprier l’endroit, participer, envisager un concert, une conférence, une expo, du théâtre…”

Un terrain alternatif dans son fonctionnement et socioculturel, démocratique, écologiste… “Un lieu de mobilisation ; revendiqué de combat politique et de solidarité”, est-il écrit dans la charte qui dit encore que La Carmagnole “est un pôle de résistance et d’alternative au système oligarchique dominant”.

“Toute personne qui veut initier quelque chose est la bienvenue”

La structure repose sur les coopérateurs, ils sont déjà une centaine, à raison de 5 € par mois et sur les Amis de la Carmagnole (5 € par an). “On a reçu 300 adhésions en deux mois, ce qui nous montre qu’on avait vu juste dans le besoin de se fédérer.”

Denis, de compléter : “On a déjà quelques années derrière nous et, il y a trente ans, quarante ans, et personnellement, j’étais sûr que la société allait évoluer pas comme elle évolue aujourd’hui et, quand on regardait derrière notre épaule, on se disait : “Mais ce n’est pas possible, ce en quoi on a cru, ça ne marche pas ; pourquoi ne pas tenter quelque chose ?” Et on s’aperçoit que ça accroche.”

“Je considère qu’on est dans un monde ou l’accès à la critique, à la pensée, devient difficile ; il est interdit de rêver, de penser qu’un autre monde est possible ; et ici, on peut avoir accès à une émancipation populaire.”

Le lieu de toutes les insoumissions comme il est écrit dans la charte. “Il n’y a pas qu’un choix, qu’une alternative. Et ceux qui viennent le sentent. Il n’y a pas de tâche noble ou ignoble ; on peut proposer une conférence et passer le balai à la fin et ranger les chaises ; il y a ce partage-là où les gens ont le sentiment d’habiter une maison et habiter un lieu collectivement, c’est aussi un acte politique”, reprend Laurence.

La Carmagnole propose déjà des repas associatifs à midi, des rencontres pour faire connaître le lieu, pendant les travaux de mise aux normes et d’insonorisation. La cour intérieure ouverte sur la cuisine et le bar, une large salle au rez-de-chaussée - une autre au parquet dansant à l’étage - permettra de circuler, ici et là, comme pour les idées.

La Carmagnole, 10 rue Haguenot. Mail : lacarmagnole.mtp@gmail.com.

NATHALIE HARDOUIN

Publié le 14/09/2018

 

MAURICE AUDIN : LE CRIME D’ÉTAT ENFIN RECONNU !

Maud Vergnol (site l’humanité.fr)

Emmanuel Macron se rend aujourd’hui chez Josette Audin et publie une déclaration pour reconnaître le crime d’État commis sur son mari. En 1957, en pleine bataille d’Alger, l’armée française avait torturé et assassiné ce jeune mathématicien communiste anticolonialiste. Justice lui est enfin rendue. Après un demi-siècle de déni, avec ce geste historique, la France regarde en face l’une des pages les plus sombres de la colonisation. 

61 ans, 3 mois et 2 jours… C’est le temps qu’il aura fallu à l’État français pour reconnaître que Maurice Audin a bien été torturé et assassiné par l’armée. La déclaration d’Emmanuel Macron et sa visite, cet après-midi, à Josette Audin, représentent une formidable victoire. Un bonheur inestimable pour sa famille, d’abord. Car Josette Audin, qui a aujourd’hui 87 ans, s’est battue sans relâche pendant plus de soixante ans pour que la vérité soit faite sur l’assassinat de son mari. Elle l’a fait pour lui, mais aussi pour tous les Algériens, victimes de cette sale guerre que les autorités françaises refusaient jusqu’à présent de regarder en face. Ce geste historique du Président de la République marque la fin d’un demi-siècle de déni. Il va permettre à la société française d’affronter plus sereinement les pages les plus sombres de son histoire coloniale. Car le sort d’un homme révéla tout un système : celui de la pratique généralisée de la torture pendant la guerre d’Algérie. C’est aussi une précieuse victoire pour tous les progressistes qui n’ont jamais abandonné Maurice Audin, devenu un symbole de l’anticolonialisme et de la lutte contre la torture. Et le combat fut long ! Des lois d’amnistie à l’omerta de la Grande Muette, tout a été fait pour que l’« affaire » tombe dans l’oubli. Mais plusieurs générations d’historien(ne)s, de militant(e)s communistes, de mathématicien(ne)s et de journalistes ont continué à se passer le témoin, jusqu’à cet heureux dénouement. L’Humanité n’a jamais renoncé, depuis l’arrestation de Maurice Audin en juin 1957, jusqu’à l’appel publié le 29 mai dernier dans nos colonnes, auquel s’était associé Cédric Villani, à faire vivre ce combat pour la vérité et la justice (lire « Un long combat d’Humanité »). Sa rédaction n’a jamais oublié le visage de Maurice Audin, éternel jeune homme de 25 ans, le regard tourné vers l’avenir. Un grand journaliste,  Henri Alleg, disparu en 2013, qui fut lui aussi victime de la torture, n’a cessé d’y veiller : « N’oubliez jamais Maurice. » 

 

Une déclaration de grande portée historique et politique

« C’est historique », se réjouit le mathématicien et député Cédric Villani, qui a beaucoup porté ce combat auprès d’Emmanuel Macron. Pour lui, « cette reconnaissance est l’aboutissement d’une question posée il y a soixante et un ans par le mathématicien Laurent Schwartz. Ce qui est important, c’est le combat individuel autour de Maurice Audin, mais aussi le symbole beaucoup plus large de ceux qui ont subi l’arbitraire, qui ont disparu, dans tous les camps, dans une guerre qui à l’époque ne disait pas son nom. Le plus important, c’est la souffrance familiale à laquelle il a été répondu. Cette déclaration se place du côté des droits fondamentaux des êtres humains. »

Cette victoire est en effet d’autant plus importante que la déclaration d’Emmanuel Macron, qui sera rendu publique intégralement cet après-midi, est à la hauteur des attentes. Le président de la République y engage la responsabilité de l’État en soulignant que la mort de Maurice Audin « a été rendue possible par un système légalement institué : le système « arrestation-détention », mis en place à la faveur des pouvoirs spéciaux qui avaient été confiés par voie légale aux forces armées à cette période ». C’est la première fois que la République reconnaît que les exactions et la torture ont été commises avec l’aval des autorités politiques de l’époque, parmi lesquelles François Mitterrand qui joua un rôle déterminant en tant que ministre de la Justice de Guy Mollet, jusqu’au 12 juin 1957. « C’est une très belle nouvelle, de grande portée historique, estime Pierre Laurent. L’occultation de la responsabilité de l’État, le mensonge sur la torture étaient une tache au fronton de la République. Cette déclaration va permettre d’ouvrir une nouvelle page. C’est une victoire pour tous ceux qui ont mené ce combat sans relâche pendant plus de soixante ans, rappelle le secrétaire national du PCF, une preuve que la détermination était juste et nécessaire. » « C’est un pas en avant considérable, se félicite également l’historien Benjamin Stora (voir entretien). C’était d’ailleurs la revendication depuis le début, notamment de Pierre Vidal-Naquet, qui avait toujours insisté pour que cet assassinat soit bien interprété comme représentatif du système colonial. » En 2014, François Hollande avait fait un premier pas en reconnaissant publiquement le caractère mensonger de la thèse de l’évasion, défendue par l’armée pour camoufler son crime. Mais il n’avait pas eu le courage de s’attaquer à la responsabilité de l’État. Un rendez-vous manqué qui permet aujourd’hui à Emmanuel Macron d’accomplir ce geste politique qui fera date. Comme celui qu’avait réalisé Jacques Chirac en 1995 concernant la rafle du Vél’d’Hiv, reconnaissant la responsabilité de la France dans la déportation et l'extermination de juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. « Cette déclaration s’inscrira dans le combat contre la torture comme outil de répression et de terreur partout où elle est pratiquée dans le monde », se félicitent Josette Audin et ses enfants, Michèle et Pierre, « sensibles » à la visite du président de la République venant leur remettre cette déclaration. 

 

Cette déclaration aidera-t-elle à mettre un point final à l’affaire Audin ?

Emmanuel Macron devrait appeler également les derniers témoins à parler. En effet, si la reconnaissance est essentielle, Josette Audin ne connaît toujours pas les circonstances précises de la mort de son mari, ni la confirmation du nom de ses meurtriers. Décès sous la torture, d’un étranglement par le lieutenant Charbonnier ou d’une exécution par un commando de l’équipe d’Aussaresses… plusieurs hypothèses continuent de coexister, faute de preuves écrites. La vérité achoppe encore sur le silence ou le mensonge de témoins clés, qui ont toujours fait obstruction à l’enquête. Mais la famille Audin espère que « l’ouverture des archives et l’appel à témoignage du président de la République sera entendu par tous les témoins survivants et tous ceux qui détiennent des archives privées susceptibles de permettre de connaître les circonstances exactes de la mort de Maurice Audin et de tous ceux qui ont subi le même sort ». Ils attendent également que le corps de leur père et mari soit recherché, et « puisse enfin recevoir une sépulture ». Jusqu’à présent, les autorités algériennes n’ont jamais donné suite aux requêtes de la famille Audin d’engager des fouilles dans les lieux désignés par des témoins, où pourrait se trouver le corps. « Comme dans toutes les disparitions, l’absence de corps de la victime empêche d’y mettre un point final et rend impossible la cicatrisation des plaies de ceux que la disparition a fait souffrir », rappelle l’historienne Sylvie Thénault, qui a beaucoup œuvré, par ses travaux scientifiques, à cette reconnaissance. Cette déclaration aidera-t-elle à mettre un point final à l’affaire Audin ? Des archives viendront-elles confirmer le nom de ses assassins ? Nul ne le sait. Mais le geste accompli aujourd’hui ouvre une nouvelle page. Et commence à panser les mémoires blessées de la guerre d’Algérie.

Publié le 13/09/2018

Gauche. Dans la cité phocéenne, la recomposition va bon train

Christophe Deroubaix (site l’humanité.fr)

L’université de rentrée de la plateforme Nos causes communes d’Emmanuel Maurel (PS) a réuni ce week-end socialistes, insoumis, communistes, écologistes... Au programme, le fond des affaires du monde, mais aussi de possibles alliances.

Divisée, émiettée, la gauche, dans la diversité de ses composantes, s’est au moins parlé ce week-end à Marseille. Socialistes, de tous courants, communistes, écologistes et insoumis ont en effet participé à l’université de rentrée de la plateforme Nos causes communes, fondée par l’eurodéputé PS Emmanuel Maurel. Les acteurs de la gauche ont débattu du fond des affaires du monde (le sort de la planète, le travail, le chômage). Mais ce sont évidemment les échanges sur la stratégie à adopter qui ont capté la lumière médiatique. Le « mariage » Maurel-Mélenchon avait été annoncé. « Je ne suis pas venu vous séduire », a posé d’entrée le second lors de son intervention, hier matin. « Nous ne sommes pas dans les roucoulades mais dans les convictions », a abondé le premier. Le député de Marseille n’en a pas moins appelé les participants à « bifurquer (leurs) chemins » afin de rendre possible une jonction. L’élection européenne du printemps prochain pourrait constituer la première étape de cette confluence. Dès le début de cette université, Jean-Luc Laurent, président du Mouvement républicain et citoyen (MRC), avait appelé à la création d’« une liste d’union de la gauche qui réunit la gauche du non mais aussi ceux qui ont pris conscience de l’échec de l’UE ».

« Que reste-t-il du clivage gauche-droite ? »

Sur le fond de la problématique européenne, les discours des deux orateurs ont dégagé de claires convergences : impossibilité de mener des politiques alternatives dans le cadre des traités actuels, sortie de l’Otan. « Tous ceux qui promettent le progrès social dans le cadre des traités sont des faussaires », a synthétisé un troisième intervenant, Bastien Faudot, porte-parole du MRC. Jean-Luc Mélenchon a ajouté un préalable sur le chemin de la constitution d’une « base commune » : « On ne peut pas s’entendre tant qu’il y a le PSE (Parti socialiste européen – NDLR) dans le paysage. La liberté de combat est au prix de cette rupture. » Mais le rapprochement est tel que le candidat insoumis de la dernière élection présidentielle a pu lancer, sous forme de boutade : « La crise du leadership populaire est réglée. Me voici. »

En début de matinée, l’atelier « Que reste-t-il du clivage gauche-droite ? » avait permis l’expression d’approches stratégiques différentes. « Il reste la droite… » a répondu, dans une provocation assumée, Pierre Dharréville. « Elle gouverne la France. Elle gouverne l’Europe, a poursuivi le député (PCF) des Bouches-du-Rhône. De l’autre côté, la gauche est en miettes. Le quinquennat écoulé n’y est pas pour rien. On ne s’est pas retrouvé très fier de se revendiquer de gauche, si la gauche, c’était ça. » Devant une telle charge, Rachid Temal, dirigeant du PS, a légèrement pris la mouche, pour rétorquer : « J’ai eu des critiques à faire mais le bilan du quinquennat est rempli de mesures de gauche. Je pourrais en citer des dizaines. » En élargissant le champ de la profondeur historique, il a ajouté : « La social-démocratie a tenu sa promesse. Mais elle n’a pas su, au nouvel âge du capitalisme, formuler une nouvelle promesse. » Nombre de militants proches d’Emmanuel Maurel et de Marie-Noëlle Lienemann en étaient estomaqués. « On est encore dans le déni. C’est incroyable, on n’a tiré aucune leçon. Je ne vois plus d’autre solution désormais que de quitter le PS », commentait, à chaud, l’un d’entre eux. Au terme de ces deux jours de rencontres, il semble que la décision collective de ne pas rester au sein du parti qui fut longtemps dominant à gauche sera prochainement mise en application. Pour rejoindre directement la France insoumise ? Ou constituer une organisation autonome, en capacité de s’allier avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon ? Ce dernier a peut-être livré un indice hier en assurant qu’il ne proposait pas un « asile politique ». À échéance plus lointaine, il a également annoncé que le programme « l’Avenir en commun » serait rediscuté début 2021 et que cette discussion sera ouverte à « tous ceux qui le souhaitent ». La stratégie populiste n’est pas reniée mais elle semble s’adapter à la persistance du clivage gauche-droite.

Christophe Deroubaix

Publié le 12/09/2018

Radio France : Attention, un coach peut en cacher un autre (SNJ-CGT)

(site acrimed.org)

Nous publions ci-dessous un communiqué du SNJ-CGT (initialement publié le 17 juillet 2018) qui donne des nouvelles du management, un des maîtres-mots de la direction de Radio France, appliqué cette fois-ci aux cas de souffrance au travail. (Acrimed)

Vous et vos collègues avez des doutes sur ce qui vous est demandé de faire, il y a des cas de souffrance au travail dans votre service ? Vous et votre service êtes mis en difficulté faute de moyens et d’effectifs pour réaliser le travail demandé, et vous le manifestez ?

La direction a des idées pour répondre à tout cela : le coaching collectif !

 

Souffrance au travail ? faites appel au coach !

Depuis quelques mois, on voit se multiplier ces coachs qui débarquent dans un service pour une raison ou pour une autre. Ils s’installent et prétendent répondre à tous les problèmes posés qu’ils soient de l’ordre de la souffrance au travail, d’une défaillance d’encadrement, de l’expression légitime de manque d’effectifs. Quelle que soit la cause, leur réponse est unique : l’accompagnement au changement.

Cette nouvelle philosophie s’est installée progressivement à Radio France. D’abord par des formations classiques au titre de la formation professionnelle. On y prêche l’adhésion au changement considéré comme forcément positif par des objectifs pédagogiques comme ceux-ci : « comprendre les mécanismes du changement pour l’accepter », « transformer les contraintes en opportunité », « accepter l’incertitude pour gagner en flexibilité »… Certains cadres ont tenté d’y envoyer les fortes têtes pour les remettre dans le droit chemin.

 

Et maintenant le coaching de groupe !

Mais la formation individuelle ne suffit plus. Il s’agit maintenant de corriger les collectifs de travail, au risque d’aggraver des situations déjà très tendues.
On est alors passé au coaching de groupe. Ces coachs sont de différentes obédiences, méthodes « agiles » (DNM, Mouv’, documentation), méthode « changement émergent de Madeleine Laugeri » (Rédaction de France Culture). Quelle que soit la chapelle, ils visent à faire plier les collectifs de travail et ils provoquent des dégâts considérables. A ces méthodes s’ajoutent quelques clichés de psychothérapie. On a assisté à des déclarations du type « c’est normal que les choses aillent plus mal depuis notre arrivée, cela est indispensable à un rebond vers une amélioration » !

Sous prétexte d’assister les collectifs de travail à l’aide de différentes techniques dont de la prétendue psychothérapie de groupe, ou la technique des post it (!) l’objectif est de rendre responsable le collectif de travail de dysfonctionnements et de convaincre les salarié-es qu’il est indispensable de participer aux changements imposés par la direction pour plus de performances.
Comment ? En convaincant les salarié-es de trouver eux-mêmes les solutions pour travailler plus avec moins de moyens. Cette philosophie inspirée du Lean Management crée à l’origine pour améliorer la rentabilité de l’industrie automobile (!) a fait ses preuves, elle est responsable d’une explosion des risques psychosociaux, les salarié-es s’imposant à eux-mêmes des méthodes de travail impossibles à supporter.

 

La psychologie de comptoir n’a pas sa place à Radio France

Une totale liberté étant accordée par la direction à ces nouveaux coachs dont on ne connaît pas vraiment les qualifications, on voit arriver des intervenants prétendument à l’écoute, sans aucun principe de fonctionnement, faisant fi de la nécessaire confidentialité pour les salarié-es, laissant la violence s’installer sous prétexte qu’elle a besoin d’être exprimée ! La psychologie de comptoir n’a pas sa place à Radio France, elle est dangereuse.

Le constat : causes des souffrances au travail volontairement éludées, collectifs de travail mis en danger, risques psychosociaux aggravés, arrêts maladie en hausse.

Ces coachings doivent être immédiatement stoppés car basés sur des présupposés erronés. Les salarié-es ne sont pas opposé-es au changement par principe. Mais ils s’interrogent sur le sens et les conditions qui accompagnent les réorganisations en cours. Ils ont leur libre arbitre, manifester leur désaccord ne veut pas dire qu’ils n’ont pas compris et qu’il est nécessaire de les convaincre du contraire par tous les moyens, toute modification des méthodes de travail n’est pas forcément acceptable.

La direction doit prendre ses responsabilités en assumant sa politique sans obliger les salarié-es à le faire à sa place.


Paris, le 17 Juillet 2018

 

Publié le 09/09/2018

Sète : "Rester des jours sans courrier, ce n’est pas acceptable..."

Site midilibre.fr

 

La distribution, notamment à l’Île de Thau, aurait été pour le moins irrégulière ces derniers mois, et plus encore cet été, assure François Liberti. Qui invite les élus sétois à réagir...

A la fin du mois de juillet, le cabinet du Premier ministre accusait réception d’un courrier dans lequel vous dénonciez des dysfonctionnements récurrents. Ce qui n’est pas si nouveau...

Non, c’est vrai. Et ce constat n’est pas cantonné à l’Île de Thau. En revanche, dans ce quartier très dense de quelque 1 500 logements, le moindre dysfonctionnement se voit très vite.

En fait, la situation s’est détérioriée dès 2010, quand la Poste a supprimé une des deux tournées qui étaient en place sur le quartier, confiant la tournée restante à un facteur remplaçant. Une situation qui avait, en plus, coïcindé avec une modification des adressages par la ville : nous étions arrivés à 800 lettres non distribuées par jour ! A l’époque, on s’était battus pour que la situation revienne à la normale.

Avec quels résultats ?

La Poste avait, dans un premier temps, rattrapé le retard. Puis nous avions démarché les administrations pour qu’elles lèvent les diverses pénalités et radiations (impôts, Pôle Emploi, Caf...) conséquentes à la masse de courrier qui n’était pas arrivée dans les boîtes à lettres. 

Nous avions aussi obtenu que la tournée soit assurée par un titulaire ayant une bonne connaissance du quartier.

Quelles sont les raisons qui vous ont conduit à remonter au créneau cette année ?

La situation n’a fait que se détériorer depuis. Chaque année, en période de congés notamment, l’agent titulaire est remplacé soit par un non-titulaire, soit pas remplacé du tout. Abonné à plusieurs quotidiens, je les reçois par paquets de trois, parfois par paquets de six !

Ce qui veut dire que durant plusieurs jours, aucun facteur n’a mis les pieds dans le secteur. En décembre et janvier derniers, nous sommes restés 14 jours sans courrier. Et ça, ce n’est pas acceptable. Il y a également eu des ruptures dans la distribution cet été.

Entrevoyez-vous un début de solution ?

Il y a quelques mois, j’avais rencontré le directeur du groupement (de la Poste, NDLR), et j’ai bien compris qu’il ne s’agissait là que d’une histoire de rentabilité financière. Et les facteurs nous le disent : tous les six mois, des turn-over donnent lieu à la suppression d’une ou deux tournées, la charge de travail se répartissant ensuite sur l’effectif restant, qui se retrouve forcément sous pression.

On leur donnerait alors pour consigne de ne pas perdre de temps, par exemple, sur les recommandés, ce que tout le monde peut constater. Il semble que, finalement, la direction de la Poste ait pour ambition de rendre le facteur anonyme, sans réel lien avec l’usager. Pour gagner du temps. Quand je pense que la Poste française était une référence mondiale ! Aujourd’hui, son état de délabrement est catastrophique.

Quant à la solution, elle ne peut passer que par la mobilisation des élus locaux. Or, je constate hélas que cette situation laisse nombre d’entre eux indifférents.

Du côté de la Poste : une explication au bug du mois d'août

Du côté de La Poste, on se refuse à admettre un "problème structurel au niveau de la Poste de Sète".

En revanche, on concède "effectivement, au mois d’août, du fait d’un problème de santé inopiné d’une factrice titulaire, le courrier n’a pas été distribué durant quatre jours, à l’Île de Thau. Mais pas quatre jours consécutifs. Nous nous débrouillons toujours, en pareil cas, pour qu’un facteur affecté à une autre tournée vienne, un jour sur deux par exemple, pallier l’absence du titulaire."

A ce jour, 55 factrices et facteurs travaillent quotidiennement pour assurer les 21 tournées de la ville de Sète. Et la Poste assure être particulièrement attentive à tout dysfonctionnement, même si "le risque zéro n’existe pas".

PA. C.

Par Loïc Le Clerc | (site regards.fr)

Appel pour la planète : le gouvernement au pied du mur

Une tribune pour sauver la planète, c’est bien. Demander aux politiques d’agir, c’est bien. Mais ne les laissons pas agir seuls. Réagissons !

 « Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité », ni plus, ni moins. Voilà le titre de la tribune publiée ce lundi 3 septembre dans Le Monde, signée par 200 personnalités de la société civile. Un texte aussi bref que fort. Un texte à portée internationale, car ce combat contre la destruction de la planète ne saurait se gagner à une moindre échelle.

La démission de Nicolas Hulot, la semaine dernière, de son poste de ministre de la Transition écologique aura eu l’effet d’un électrochoc. « Le pouvoir politique doit agir fermement et immédiatement », écrivent les signataires. On serait tenté d’ajouter : la société doit réagir. Car la démission de Hulot est aussi le signal de l’impuissance politique, l’affaiblissement du rôle politique des ministères, mais aussi de l’absence de volonté politique face à la puissance des lobbys.

Car nous sommes bien face à un « cataclysme planétaire ». Si l’humanité persiste à vivre comme elle le fait, tout sera anéanti. « Il ne restera presque plus rien ». « L’effondrement est en cours », peut-on lire. Des mots, des alertes, que l’on rabâche régulièrement sans que rien ne change réellement. Les lobbys continuent d’être les véritables maîtres des horloges. Le politique a plié il y a longtemps face au pouvoir de l’argent.

NOUS sauverons la planète

Si cette tribune est nécessaire – comme le seront les prochaines, malheureusement –, il faut tout de même émettre une critique. Cette phrase : « Nous proposons le choix du politique – loin des lobbys – et des mesures potentiellement impopulaires qui en résulteront ».

Quelles mesures impopulaires ? Ce n’est pas précisé… Alors, au hasard, proposons de mieux isoler les logements afin d’éviter le gaspillage énergétique (et les factures élevées) : impopulaire ? Développer plus encore les transports en commun, les rendre gratuits : impopulaire ? Faire en sorte que les pollueurs, les vrais, arrêtent de nous tuer à petit feu : impopulaire ?

Une chose est sûre, si nous laissons la planète entre les mains seules de nos politiques, la partie est perdue d’avance. Soyons le lobby. Allons-les chercher. Pourquoi ne pas commencer samedi 8 septembre, à l’occasion de la Marche pour le climat ? Chiche ?

 

Publié le 07/09/2018

Par Loïc Le Clerc | (site regards.fr)

Un an en Macronie : trois mises en examen, six enquêtes en cours et deux affaires classées sans suite

On vous aurait bien fait un Top 10 des macronistes confrontés à la justice, mais ils sont déjà treize.

S’il fallait ne retenir qu’une seule promesse du candidat Macron, la "moralisation" décrocherait assurément la palme. Au final, la "grande" loi portée par François Bayrou n’aura été qu’une réponse à l’affaire Fillon. Un fait divers, une loi.

Par la suite, la "morale" macronienne n’aura été qu’une suite d’affaires. À se croire dans l’Ancien Monde. Un peu plus d’un an à peine après l’élection d’Emmanuel Macron, prenons le temps de revenir sur les déboires de la Macronie, .

Trois mises en examen

Alexandre Benalla et Vincent Crase

Faut-il encore présenter le feuilleton de l’été ? Alors qu’Emmanuel Macron profitait de sa piscine à 34.000 euros à Brégançon, une vidéo montrant son homme de main élyséen molestant des manifestants le 1er-Mai venait assombrir le ciel estival macroniste.

Alexandre Benalla n’est pas seulement un barbouze. Il intervient comme bon lui semble, en marge des manifestations, brassard "police" autour du bras. La loi, c’est lui. Le jeune homme de 26 ans dispose aussi d’une voiture (avec chauffeur) équipée de gyrophares, d’un badge lui permettant de se rendre dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale et et de porter des armes à feu. À ce propos, ces armes étaient conservées dans un coffre-fort au domicile de Benalla. Depuis que la justice s’est saisie de l’affaire, le coffre-fort a disparu.

Pour la première fois du quinquennat, Emmanuel Macron est pris de court. Sa communication s’avère catastrophique. Lui et ses sbires accusent les journalistes de ne pas chercher la « vérité ». Même les plus conservateurs des syndicats de police s’offusqueront de voir Benalla invité du JT de TF1. Eux n’ont pas droit à autant de considération.

L’Assemblée et le Sénat tenteront de jouer leur rôle de contre-pouvoir face à un super-Président. Le Palais-Bourbon, aux mains de LREM, abdiquera rapidement, se félicitant d’avoir fait la lumière sur cette affaire, alors que le ministre de l’Intérieur, le préfet de police ou encore Patrick Strzoda, directeur de cabinet du président de la République, ont menti sous serment.

Un scandale d’Etat que les marcheurs qualifieront de « tempête dans un verre d’eau ». L’Elysée aurait mis à pied Benalla 15 jours, après le 1er mai, avant de le licencier une fois l’affaire rendue public. Un « fait-divers » qui poussera Macron à réorganiser l’Elysée.

Alexandre Benalla a été mis en examen le 22 juillet pour violences volontaires, immixtion dans l’exercice d’une fonction publique, port public et sans droit d’insignes réglementés, recel de détournement d’images issues d’un système de vidéo-protection et recel de violation du secret professionnel. Vincent Crase, un gendarme réserviste salarié du parti LREM, a lui aussi été mis en examen pour les mêmes faits.

De plus, Mediapart révèle que Ismaël Emelien, conseiller spécial d’Emmanuel Macron, devrait se voir lui aussi inquiété dans cette affaire. Il est accusé d’avoir détenu le CD montrant les images volées de la vidéosurveillance des violences du 1er mai.

 

M’Jid El Guerrab

Le 31 août 2017, M’Jid El Guerrab, alors député LREM, frappe violemment à coups de casque Boris Faure, un cadre du PS. Deux coups qui causeront un traumatisme crânien au socialiste. Pour sa défense, il accuse Boris Faure d’« insultes racistes ».

Depuis, M’Jid El Guerrab a exclu du groupe LREM à l’Assemblée nationale. Il a aussi été mis en examen pour violences volontaires avec arme. L’instruction est toujours en cours.

Six enquêtes en cours

Laura Flessel

Le 4 septembre, quelques heures avant le remaniement post-Hulot, la ministre des Sports Laura Flessel annonce sa démission pour des « raisons personnelles ». Il n’aura pas fallu 24 heures pour que Mediapart révèle ces "raisons" : « Le fisc a récemment saisi la Commission des infractions fiscales (CIF) de Bercy, en vue d’une possible plainte pénale pour fraude, après avoir découvert des manquements déclaratifs de la ministre concernant une société de droit à l’image », peut-on lire. Plusieurs dizaines de milliers d’euros d’impôt seraient en jeu.

Françoise Nyssen

Avant d’être nommée ministre de la Culture, Françoise Nyssen dirigeait la maison d’édition Actes Sud. C’est à la tête de cette dernière qu’elle s’est permis quelques écarts avec les règles élémentaires d’urbanisme. En 1997, lors de l’agrandissement des locaux parisiens – un immeuble classé – , Françoise Nyssen avait fait réaliser les travaux « sans autorisation », ni « déclaration au fisc  », écrit Le Canard enchaîné. Le journal satirique révèle également d’autres "irrégularités" dans des travaux au siège d’Actes Sud, dans le centre classé d’Arles, effectués en 2011. Une « négligence », tente d’expliquer la ministre.

Le parquet de Paris a ouvert jeudi 23 août une enquête préliminaire.

Alexis Kohler

Outre son rôle dans l’affaire Benalla – Alexis Kohler, secrétaire général de l’Elysée, avait eu connaissance des agissements violents dès le mois de mai et n’a rien fait savoir à la justice, à l’instar de l’Intérieur et de l’Elysée – ce proche d’Emmanuel Macron est embourbé dans une affaire de conflit d’intérêts.

Alexis Kohler a été directeur financier d’août 2016 à mai 2017 de l’armateur italo-suisse MSC, fondé par des membres de sa famille. Or, depuis 2010, il a aussi représenté l’Agence des participations de l’Etat auprès des Chantiers de l’Atlantique/STX France, dont MSC est client. Il siégeait également au conseil de surveillance du Grand Port maritime du Havre.

Selon Mediapart, avec cette double (triple !) casquette, Alexis Kohler a ainsi pu conclure en 2011 des contrats entre MSC et le port du Havre. Le beurre, l’argent du beurre et la crémière.

Anticor a porté plainte pour « prise illégale d’intérêt », « corruption passive » et « trafic d’influence ». Début juin 2018, le parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête à l’encontre du secrétaire général de l’Elysée.

Muriel Pénicaud

22 mai 2018, la ministre du Travail est entendue comme témoin assisté par le pôle financier du Tribunal de Paris. La justice enquête sur le rôle de Business France – société qui eut pour directrice générale Muriel Pénicaud – dans l’organisation d’une soirée à Las Vegas en janvier 2016 pour le candidat Macron.

Une information judiciaire a été ouverte pour des soupçons de favoritisme en juillet 2017, mois au cours duquel Muriel Pénicaud a déclaré qu’elle n’avait « rien à se reprocher ».

Richard Ferrand

Au printemps 2017, Richard Ferrand fut, l’espace d’un mois, ministre de la Cohésion des territoires. En juin 2017, le parquet de Brest a ouvert une enquête préliminaire sur son passé à la tête des Mutuelles de Bretagne de 1998 à 2012. Le ministre fut remercié et devint président du groupe LREM à l’Assemblée.

En 2011, Richard Ferrand a favorisé la société immobilière de sa compagne Sandrine Doucen pour l’obtention d’un marché lors de la location d’un local commercial par les Mutuelles de Bretagne.

Après avoir été classée sans suite en octobre 2017, l’affaire est relancée en janvier 2018 avec l’ouverture par le PNF d’une information judiciaire pour prise illégale d’intérêts.

François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard

Mai 2017. Emmanuel Macron commence tout juste son mandat. Trois membres du MoDem font partie du gouvernement, à des postes majeurs : François Bayrou à la Justice, Marielle de Sarnez aux Affaires européennes et Sylvie Goulard aux Armées.
François Bayrou aura tout juste le temps de porter sa "grande" réforme de « moralisation ».

En juillet 2017, le parquet de Paris ouvre une information judiciaire pour abus de confiance, recel d’abus de confiance et escroqueries concernant des soupçons d’emplois fictifs d’assistants au Parlement européen.

Deux affaires classées sans suite

Gérald Darmanin

Fin 2017, le ministre des Comptes publics est accusé de viol et d’abus de faiblesse par deux femmes. En février et mai 2018, les affaires sont classées sans suite.

Le 31 août dernier, Gérald Darmanin a obtenu un non-lieu définitif pour une de ces affaires, au motif que « le défaut de consentement ne suffit pas à caractériser le viol. Encore faut-il que le mis en cause ait eu conscience d’imposer un acte sexuel par violence, menace, contrainte ou surprise », a expliqué le juge. La plaignante a fait appel.

L’avocat du ministre a, quant à lui, annoncé l’intention de ce dernier de porter plainte pour « dénonciation calomnieuse ».

Nicolas Hulot

En 2008, une plainte pour viol a été déposée à l’encontre de Nicolas Hulot. Plainte classée sans suite la même année, mais dévoilée en 2018 par le journal Ebdo.

Agnès Buzyn

La ministre de la Santé a frôlé le conflit d’intérêts, ce dont son secteur d’activité n’a pas besoin pour être au centre de moultes théories du complot.

À peine nommée, elle s’est vu privée de la tutelle sur l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), car celui-ci est dirigé par son mari, Yves Lévy, depuis juin 2014. Visiblement peu perturbé par la perspective d’un conflit d’intérêts, ce dernier laissait planer le doute, encore en juin dernier, qu’il pourrait briguer un nouveau mandat à la tête de l’institut.

Il aura fallu attendre juillet 2018 et l’indignation de la communauté scientifique pour qu’Yves Lévy abandonne l’idée.

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Publié le 06/092018

Communiqué des élus dopposition de Villeneuve-lès-Maguelone

 

Les avis d’impôts locaux sont arrivés. Dire qu’ils sont d’un haut niveau sur notre commune est non exagéré. On nous annonce la fin de la taxe d’habitation pour bientôt, mais comment les communes vont-elles faire face aux besoins immédiats des résidents? Compensation de la part de l’Etat lorsque l’on sait que les transferts de charges des différentes décentralisations n’ont pas été compensés! Augmentation de la taxe foncière, baisse des actions d’intérêt général, services publics cédés au secteur privé avec encore une fois une facturation qui frappera les personnes les plus en difficultés? Autant d’interrogations pour les élus que nous sommes, mais il en va de la vigilance de tous et d’une mobilisation pour une véritable réforme du système d’imposition. L’impôt est une manière de répartir les richesses et permet de se doter de moyens permettant à chacun de vivre ensemble. Travailler à une juste répartition des richesses dans une société c’est oeuvrer pour plus de justice plus de services publics. Renvoyer à des propositions dites de capitalisation individuelle c’est creuser les écarts encore et toujours, c’est refuser de penser sa vie en collectif c’est casser notre protection sociale c’est pour les communes s’enfermer dans la course aux économies drastiques. Nous nous plaçons dans une autre perspective en tant qu’élu(e)s penser la chose publique , “la République”.

 

lLes élus  du groupe d’opposition Vivre Villeneuve ensemble

 

Publié le 05/09/2018

Par Loïc Le Clerc | (site regards.fr)

Appel pour la planète : le gouvernement au pied du mur

Une tribune pour sauver la planète, c’est bien. Demander aux politiques d’agir, c’est bien. Mais ne les laissons pas agir seuls. Réagissons !

 « Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité », ni plus, ni moins. Voilà le titre de la tribune publiée ce lundi 3 septembre dans Le Monde, signée par 200 personnalités de la société civile. Un texte aussi bref que fort. Un texte à portée internationale, car ce combat contre la destruction de la planète ne saurait se gagner à une moindre échelle.

La démission de Nicolas Hulot, la semaine dernière, de son poste de ministre de la Transition écologique aura eu l’effet d’un électrochoc. « Le pouvoir politique doit agir fermement et immédiatement », écrivent les signataires. On serait tenté d’ajouter : la société doit réagir. Car la démission de Hulot est aussi le signal de l’impuissance politique, l’affaiblissement du rôle politique des ministères, mais aussi de l’absence de volonté politique face à la puissance des lobbys.

Car nous sommes bien face à un « cataclysme planétaire ». Si l’humanité persiste à vivre comme elle le fait, tout sera anéanti. « Il ne restera presque plus rien ». « L’effondrement est en cours », peut-on lire. Des mots, des alertes, que l’on rabâche régulièrement sans que rien ne change réellement. Les lobbys continuent d’être les véritables maîtres des horloges. Le politique a plié il y a longtemps face au pouvoir de l’argent.

NOUS sauverons la planète

Si cette tribune est nécessaire – comme le seront les prochaines, malheureusement –, il faut tout de même émettre une critique. Cette phrase : « Nous proposons le choix du politique – loin des lobbys – et des mesures potentiellement impopulaires qui en résulteront ».

Quelles mesures impopulaires ? Ce n’est pas précisé… Alors, au hasard, proposons de mieux isoler les logements afin d’éviter le gaspillage énergétique (et les factures élevées) : impopulaire ? Développer plus encore les transports en commun, les rendre gratuits : impopulaire ? Faire en sorte que les pollueurs, les vrais, arrêtent de nous tuer à petit feu : impopulaire ?

Une chose est sûre, si nous laissons la planète entre les mains seules de nos politiques, la partie est perdue d’avance. Soyons le lobby. Allons-les chercher. Pourquoi ne pas commencer samedi 8 septembre, à l’occasion de la Marche pour le climat ? Chiche ?

 

Publié le 04/09/2018

A Marseille, la maintenance en question après le déraillement d'un TGV

Marion d'Allard (site l’humanité.fr)

Le déraillement du Paris-Marseille vendredi 24 août en gare Saint-Charles met une nouvelle fois en lumière la question de la maintenance des installations ferroviaires. La CGT dénonce les baisses d'effectifs et l'externalisation des travaux. 

Le trafic est revenu à la normale, ce week-end à Marseille. Mais le déraillement d’un TGV reliant Paris à la citée phocéenne, vendredi 24 août, à son entrée en gare Saint Charles, laisse derrière lui une série de questions. 

A faible vitesse et sans qu’aucun blessé ne soit à déplorer, les rames du TGV sont « sorties de leur voie » explique la SNCF. Dans la foulée, les premières investigations révèlent que le rail était « cassé en deux endroits », information confirmée par l’entreprise ferroviaire. « Mais pour l’heure, nul ne peut affirmer si le rail cassé a provoqué le déraillement ou bien l’inverse » explique Natacha Malet, secrétaire CGT cheminots du secteur de Marseille. Appareils de voie endommagés, défaut électrique au niveau de l’aiguillage, défaut sur le matériel roulant… si les différentes enquêtes ouvertes devraient trancher sur les causes réelles de l’incident, la question de la maintenance, des installations ferroviaires comme des trains, se pose inévitablement. Et c’est cela, qui met en « colère » les cheminots. « Ça fait des années que les travaux de maintenance sur les voies sont externalisés, que les effectifs des brigades (cheminots chargés de la surveillance et des interventions - ndlr) diminuent inexorablement, que les savoirs-faire disparaissent » enrage Natacha Malet. Et pour cause. Six cheminots composent aujourd’hui la brigade de la gare Saint-Charles quand en 2000, deux brigades de 14 agents chacune été encore affectées sur ce seul secteur. Conséquences, « lorsqu'il a fallut effectuer les opérations de relevage des rames TGV qui avaient déraillé, l'entreprise a fait appel à une trentaine d'agents de Nîmes et de Lyon pour venir en renfort » poursuit la syndicaliste. 

Mais alors que le relevage du TGV a mis au jour trois voies endommagées par le déraillement, la SNCF a choisi de mandater deux entreprises ferroviaires privées (ESAF et DELAVAL) pour les travaux en gare alors mêmes que des agents SNCF étaient disponibles. En sommes, résume Natacha Malet, « quand on a des ressources en interne, on ne les utilise pas ». Une logique que semble assumer la direction territoriale de SNCF Réseau. Elle confirme que durant toute la durée des travaux en gare Saint-Charles, « 45 cheminots et 15 salariés d'entreprises privées se sont relayés en 3/8 sur le site », refusant toutefois de répondre sur la question des baisses d'effectifs et de leurs conséquences en matière de dégradation du service. 

 

La recherche systématique de la baisse des coûts de production cumulée à la politique dit « du risque calculé » (qui vise à remplacer le plus tard possible les appareils de voies vieillissants) engendre pourtant une désorganisation profonde du service que dénonce la CGT pointant les dangers en matière de sécurité des circulations. « Avant, les brigades assuraient la surveillance des installations ferroviaires et intervenaient en cas d'anomalies » explique Natacha Malet. « Mais aujourd'hui, lorsqu'il s'agit d'intervenir, l'entreprise sous-traite les travaux et les cheminots n'ont plus qu'un rôle de veille sur leur bon déroulement », poursuit la syndicaliste. Et il en va de la maintenance des voies comme de celles des trains. En PACA, le nombre de cheminots affectés à la maintenance du matériel roulant est passé de 925 agents en 2008 à 681 en 2018, avec, en sus, un plan de suppression de 30 postes d'ici la fin de l'année, précise la CGT. 

« On ne peut pas assurer un service ferroviaire avec une telle politique. La direction s'assoit sur la sécurité et augmente considérablement les pas de maintenance. C'est la logique de faire plus avec moins » enrage Natacha Malet. 

Et alors que le pacte ferroviaire d'Edouard Philippe consacre l'ouverture à la concurrence du service public ferroviaire, « la question, conclut la syndicaliste, est de savoir si nous voulons avoir une entreprise performante qui fait circuler des trains en toute sécurité et qui répondent aux besoins des usagers, ou attendre que des catastrophes se produisent ». 

Marion d'Allard

Publié le 03/09/2018

A neuf mois des élections européennes, l'Europe continue à se fracturer autour du dossier des migrants. Des divergences qui laissent penser qu'une nouvelle recomposition européenne est possible.

Malik Miktar(site tv5monde.com)

A l'occasion d'une rencontre au sommet ce mardi 28 août, le ministre de l'intérieur italien Matteo Salvini et le premier ministre hongrois, Viktor Orban ont choisi de désigner Emmanuel Macron comme cible. Un rôle que le Président français a accepté d’endosser et une posture qui démontre, un peu plus, les dissensions au sein de l’Europe. Les enjeux sont pourtant multiples et les prochaines élections risquent de déboucher sur une nouvelle configuration européenne. Retour sur une situation incertaine avec Beligh Nabli, spécialiste des questions européennes et internationales à l’Institut des Relations internationales et stratégiques (IRIS).
 

TV5MONDE : Quel état des lieux faites-vous des dynamiques européennes ? On a l’impression que depuis le Brexit, une vague populiste emporte tout sur son passage…

 

Beligh Nabli : Difficile pour moi de parler de populisme. C’est un mot fourre-tout, mais il y a une montée en puissance de forces politiques structurées en nouveaux partis. Ces derniers se sont engagés à participer à un projet politique qui va à l’encontre des valeurs de la construction européenne.

On a tendance à mettre des pays comme la Grande-Bretagne, l’Italie et la Hongrie, dans le même sac, mais c’est un peu plus complexe. On pourrait les décomposer avec la Hongrie, membre du groupe Visegrad qui réunit des États d’Europe de l’Est et d’Europe centrale. Il y a l’identification d’un élément fort au sein de ce groupe : la volonté de fortifier les frontières extérieures de l’Europe et de ces pays, par rapport aux flux migratoires. C’est moins la question du libre-échange, au sens commercial, qui est mise en avant.

De l’autre, côté, si l’on prête attention à la montée en puissance du parti britannique pro-Brexit, ou même du mouvement 5 étoiles en Italie, c'est plutôt la question du libre échangisme sans régulation qui prédomine. Difficile donc de mettre ces forces dans le même mouvement. Plutôt que populisme, il faudrait, selon moi, parler de "démocraties illibérales et identitaires".

 

TV5MONDE : Est-ce que l’on se dirige vers une nouvelle Europe ?  

 

Beligh Nabli : Ce qui est donc fondamental, c’est que l’on observe une déconstruction de l’Europe. On pourrait assister à une reconfiguration politique européenne avec des forces souverainistes en position de force, pas forcément majoritaires d’un côté. De l’autre, l’avènement d’une 3ème force politique très forte, qui viendrait bouleverser l’équilibre européen traditionnel entre le PPE (centre-droit) et le PSE (centre-gauche). Après avoir fait éclater le système européen, je pense qu’Emmanuel Macron va tenter de faire éclater le système européen en faisant émerger cette 3ème force politique, qui deviendra peut-être la première. Mais il est difficile, pour le moment, de se projeter.

En toile de fond, il y a un enjeu idéologique fondamental : quel sens prendra le projet européen ? Va-t-il y avoir une remise en cause des principes libéraux, au sens économique mais surtout au sens des droits de l’Homme ou alors va-t-on assister à une sorte de sursaut avec une défaite des partis anti-européens ? Ces questions se posent dans un contexte géopolitique particulier. Il interroge l’Europe dans sa capacité à se constituer comme un pôle de puissance, à s’autonomiser d’un point de vue stratégique au vu de l’éloignement des Etats-Unis avec l’administration Trump d’un côté, les Russes, mais aussi une forme de spectre chinois de l’autre.

Il est certain que les partis auront du mal à vendre cela lors des prochaines élections européennes, mais les futurs responsables européens devront se pencher là-dessus. Ils vont, par exemple, devoir répondre à la question de la création d’une force européenne et d’une diplomatie européenne digne de ce nomLes Européens sont condamnés à prendre conscience de la nécessité de mieux se coordonner… Je n’ose même plus le mot "s’unir", au vu de la division actuelle. C’est une question de vie ou de mort du projet européen.

 

TV5MONDE : Que pensez-vous de la récente joute verbale qui a opposé le couple Viktor Orban-Matteo Salvini à Emmanuel Macron ?

 

Beligh Nabli : Tout cela est très caricatural car si on s’en tient aux derniers échanges entre Emmanuel Macron, Matteo Salvini et Viktor Orban, on ne peut pas s’en tenir à l’idée qu’Emmanuel Macron incarnerait une politique d’ouverture à l’immigration voire l’immigration clandestine ! Il y a une politique migratoire très stricte en vigueur en France qui n’a rien à voir avec la représentation qui se dégage des déclarations de Salvini et Orban. On est dans une logique de postures, que tous ces acteurs politiques ont intérêt, aujourd’hui, à cristalliser. On ne doit pas oublier que cette séquence a lieu à l’aune des élections européennes de 2019.

Les acteurs politiques ont intérêt à faire en sorte qu’il y ait d’un côté des leaders anti européens. Ceux-ci ont l’impression d’être dans un rapport de force favorable et cherchent donc à le rendre visible en multipliant les alliances en vu de l’arbitrage électoral que constituent les européennes de 2019. De l’autre côté, on a un Président français qui prend acte de l’état de faiblesse des institutions de l’Union Européenne avec un président Juncker à la commission qui est inaudible et invisible, mais aussi un président du Conseil européen inexistant.

A côté de cela, on a Angela Merkel qui tente de s’en sortir avec une situation politique interne, au sein de sa propre coalition, qui ne lui permet pas de parler avec force. Il est donc difficile d’avoir une ligne très claire et Emmanuel Macron tente de profiter de ce vide pour incarner une alternative politique, qui devra se traduire par la création d’une nouvelle force politique européenne puisqu’il ne compte pas adhérer aux deux existantes.

 

TV5MONDE : La multiplication des visites d’Emmanuel Macron, notamment vers les pays dits nordiques, participe-t-elle de la constitution de cette nouvelle force européenne ?

 

Beligh Nabli : Oui, elle reflète la volonté d’Emmanuel Macron de constituer un bloc qui aille au-delà du traditionnel moteur franco-allemand qui est devenu relativement impuissant. Avec ces visites, il essaye d’établir un diagnostic en vue d’incarner une alternative. Mais même de ce côté là, rien n’est joué. Il était récemment au Danemark. Lorsque l’on connaît la politique migratoire de ce pays, on peut se dire qu’il n’y a pas de volonté particulière de répondre au souhait de redistribution des réfugiés, par quotas, au sein des Etats membres.

On voit d’ailleurs, concrètement, l’échec des Européens lorsqu’il s’agit du principe de solidarité entre les pays européens, fondamental dans les traités, qui peine pourtant à être appliqué.

 

TV5MONDE : Cette multiplication de visites n’est-elle pas aussi, pour Emmanuel Macron, une façon d’échapper au climat national qui lui est de plus en plus hostile ?

 

Beligh Nabli : Non, je ne pense pas, car les enjeux nationaux et européens sont profondément imbriqués. Il n’y a pas d’un côté l’Europe et de l’autre, la France. Tous les problèmes sont interdépendants. Son action européenne est donc également une manière d’agir sur le plan national et de réaliser son propre programme. Il a besoin du lobby européen et inversement, l’Europe a besoin de la France pour pouvoir évoluer et avancer le projet européen. Emmanuel Macron pourra, par ailleurs, tirer le premier bilan de son action, après ces élections européennes.

 

Publié le 02/09/2018

Agnès Saal: une promotion peut en cacher une autre

Laurent Mauduit (site mediapart.fr)

La presse s’est fait l’écho de la promotion d’Agnès Saal au poste de haute fonctionnaire à l'égalité, la diversité et la prévention des discriminations auprès du ministère de la culture. Mais personne n’a relevé que l’ex-patronne controversée de l’INA a aussi profité d’un autre arrêté très avantageux en sa faveur.

 L’information a été amplement commentée et a fait le tour des réseaux sociaux : l'ex-patronne de l'Institut national de l'audiovisuel (Ina) Agnès Saal, qui avait été suspendue pour des frais de taxis indus, a été nommée haute fonctionnaire à l'égalité, la diversité et la prévention des discriminations auprès du secrétaire général du ministère de la culture, selon un arrêté publié au Journal officiel.

C’est le Bulletin quotidien qui l’a révélé, jeudi 30 août, et l’AFP a aussitôt répercuté l’information, ce qui a suscité de nombreux commentaires, le plus souvent indignés. On en connaît la cause, que l’agence résume de la manière suivante : « Directrice générale du centre Pompidou de 2007 à 2014, puis présidente de l'Ina de mai 2014 à avril 2015, elle avait dû démissionner après des révélations sur ses dépenses excessives en taxis (près de 24 000 euros à l'Ina et près de 24 000 euros au Centre Georges-Pompidou), qui lui ont valu 6 mois de suspension sans solde et une condamnation à trois mois de prison avec sursis et une double amende. Elle avait réintégré le ministère de la Culture à l'été 2016, en tant que chargée de mission auprès du secrétariat général pour piloter les démarches de labellisation Afnor sur l'égalité professionnelle et la diversité. »

Mais en fait, et cela personne ne l’a relevé, ce n’est pas une mais deux promotions dont Agnès Saal a profité dans le courant de ce mois d’août. Elle figure aussi, en effet, dans la liste très restreinte des hauts fonctionnaires qui, par un arrêté du 3 août 2018 signé par le premier ministre, ont été inscrits à compter du 1er janvier 2018, donc rétroactivement, au tableau d’avancement à l’échelon spécial du grade d’administrateur général. Cette autre promotion retient d’autant plus l’attention qu’elle n’est en rien automatique, ni ne découle des procédures ordinaires d’avancement dans la fonction publique : la décision n’est pas de droit mais à la décision de l’employeur, en l’occurrence la ministre de la culture.

Et la promotion n’est pas qu’honorifique ; elle a aussi une contrepartie financière qui est importante. Cet « échelon spécial » permet aux administrateurs qui y accèdent d’arriver au sommet de la catégorie D de la fonction publique, soit juste en dessous de la catégorie E, qui regroupe la crème de la crème de la haute fonction publique, c’est-à-dire les directeurs ou les inspecteurs des finances. En accédant à cet « échelon spécial », le fonctionnaire concerné profite d’une hausse de son traitement qui, selon nos informations, peut alors atteindre jusqu’à 6 138 euros par mois, indemnité de résidence à Paris comprise, soit au total près de 74 000 euros de traitement par an, c’est-à-dire + 10 % environ. S’y ajoute un supplément sous forme d’indemnité qui peut aussi être amélioré du fait du passage à la « hors échelle D ». Cette augmentation du traitement a aussi pour avantage, à terme, d’augmenter sa retraite d’environ 10 % également le moment venu.

À vingt-trois jours d’intervalle, Agnès Saal a donc profité de deux décrets très avantageux en sa faveur. C’est dire que la République – et surtout le ministère de la culture – est bonne fille avec les siens ! Même quand ils ont été sanctionnés par la justice. Mais peut-être cette augmentation de sa rémunération permettra-t-elle à l’intéressée de se renflouer plus rapidement de l’amende et des remboursements des courses de taxi auxquels elle a procédé – si c’est bien le cas ? – auprès de ses employeurs successifs. Ce constat pourrait être la morale – ironique – de cette histoire !

Publié le 31/08/2018

Que se lèvent les « Gaulois réfractaires » contre le président des très riches !

Gérard Le Puill (site l’humanité.fr)

Dans un pays ou la consommation représente 55% du produit intérieur brut, le quasi blocage des pensions de retraite, des allocations familiales et de l’APL en 2019 et 2020 va appauvrir des millions de gens et produire un effet récessif qui fera augmenter le chômage. Tous ces Français ont de bonnes raisons de se conduire en « Gaulois réfractaires » fustigés hier par Emmanuel Macron au Danemark pour justifier sa politique au service des nantis. 

 

Dans l’entretien accordé par le Premier ministre au Journal du Dimanche daté du 26 août, deux extraits ont souvent été relevés mais peu analysés par les commentateurs. Ils méritent pourtant d’être vus comme porteurs de contradictions au delà de la volonté d’enfumage de ce gouvernement. Edouard Philippe nous informe que « dès le 1er septembre 2019, les cotisations salariales sur les heures supplémentaires seront supprimées pour tous les salariés dans le privé comme dans le public. Pour une personne payée au SMIC, cette mesure représentera en moyenne plus de 200€ supplémentaires par an», dit-il.

Le Premier ministre ne précise pas combien d’heures supplémentaires seront nécessaires chaque semaine pour que la suppression des cotisations salariales du smicard sur ces heures-là lui donne un peu plus de 16 € par mois en moyenne. Mais on sait que cela ne coûtera pas un centime à son employeur qui empochera la plus-value produite par ces heures supplémentaires. Car le gouvernement paiera la différence via nos impôts. Dans le même entretien, Edouard Philippe précise aussi que certaines prestations « augmenteront de  0,3% par an en 2019 et en 2920 : l’aide personnalisée au logement, les allocations familiales, les pensions de retraite».

Ce que perdra le smicard sur l’APL et les allocations familiales

Prenons le cas du smicard mis en exergue par le Premier ministre. Si son employeur lui propose des heures supplémentaires défiscalisées, ce sera seulement à partir d’octobre 2019. Si ce smicard est locataire d’un logement HLM  et bénéficie de l’Aide Personnalisée au Logement (APL) en raison de ses revenus modestes, l’augmentation de 0,3% de l’APL en 2019 et 2020 ne couvrira pas l’augmentation du loyer calée sur la moyenne de l’inflation. A supposer qu’un loyer mensuel de 600€ augmente de 2% en 2019 et en 2020, cela se traduira par une hausse de la dépense de 144€ pour 2019 et un peu plus pour 2020. A supposer que l’APL couvrait en 2018 le tiers de ce loyer mensuel, sa  hausse de 0,3%  seulement les deux années suivantes fera monter sensiblement le reste à charge pour le locataire.

Si le smicard, ou la  smicarde, pouvant percevoir une moyenne de 16€ de plus par mois via les heures supplémentaires à partir d’octobre 2019,  est aussi parent de plusieurs enfants, la même personne perdra beaucoup sur ses allocations familiales. Elles s’élèvent à 299,20€ mensuels en 2018 pour trois enfants. Revalorisées de 2% en 2019 pour tenir compte de l’inflation, elles auraient pu augmenter de près de 72€ sur l’année. Avec 0,3% d’augmentation, elles augmenteront de 10,44€ et guère davantage en 2020. Sur deux ans, le manque à gagner atteindra 123€ environ.

Macron veut réduire les retraites de 10% en cinq ans

Evoquons maintenant la situation des 16 millions de retraités que compte le pays. Ils ont perdu plusieurs points de pouvoir d’achat sous les présidences de Nicolas Sarkozy et François Hollande, du fait de plusieurs reports des dates de revalorisation des pensions et du changement du mode de calcul en ne prenant plus en compte l’inflation dans sa totalité. Mais les choses empirent comme jamais depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée. Le prélèvement de 1,7% sur les pensions brutes dès janvier 2018 a réduit les pensions nettes de 1,83%. Alors que la hausse des prix a été de 2% sur un an de la fin du printemps 2017 à celle de 2018, les retraités ont perdu 4% de pouvoir d’achat depuis l’installation de Macron à l’Elysée.

A supposer que la hausse moyenne des prix soit de 1,8% en 2019 et en 2020, la revalorisation des pensions de seulement 0,3% durant chacune de ces prochaines années fera perdre 3% de pouvoir d’achat aux retraité. A ce rythme, ils pourraient perdre 10% de leur pouvoir d’achat durant le quinquennat de l’actuel président de la République. Alors que la pension brute moyenne était de 1.389€ en 2016 et qu’elle a baissé depuis du fait de l’augmentation de la CSG, la perte mensuelle sur la pension moyenne pourrait être de 138€ par mois à la fin du quinquennat! C’est du vol au regard des droits acquis par une vie de cotisations mensuelles !       

En France, la consommation représente près de 55% du produit intérieur brut, le fameux PIB évoqué à tout bout de champs pour booster la croissance économique, qui fait rentrer des recettes fiscales dans les caisses de l’Etat. Cette croissance n’a été que de 0,2%  au cours du second trimestre 2018. Que deviendra-t-elle en 2019 et 2020 dès lors que, des retraités aux locataires en passant par les familles avec enfants, plus de la moitié de la population française subira une baisse sensible de son pouvoir d’achat? Un tel recul de pouvoir d’achat fera progresser le chômage et donc le nombre des inactifs tandis que la progression globale des heures supplémentaires délestées du salaire différé réduira les recettes de la Sécurité sociale et des caisses de retraite !

L’homme qui palpait 140 fois le smic mensuel chez  Rothschild

Déterminé à poursuivre sa politique au service des plus riches, Emmanuel Macron a déclaré hier devant la petite communauté française installée au Danemark en évoquant ce que l’on appelle la « flexisécurité » dans ce pays : « Il ne s’agit pas d’être naïf, ce qui est possible est lié à une culture, un peuple marqué par son histoire. Ce peuple luthérien, qui a vécu les transformations de ces dernières années, n’est pas exactement le Gaulois réfractaire au changement !», que serait le citoyen français. Plus tard, devant le patronat danois, le même homme a déclaré : « Vous verrez, la France transformée par son peuple, les gens changent d’état d’esprit, ils sont beaucoup plus ouverts au risque».

Lors de sa dernière année passée à la banque Rothschild sur un total de quatre, le cadre bancaire Emmanuel Macron a empoché la somme de 2 millions d’euros en salaire, en actions gratuites et en primes. On ignore quelle fut la part des heures supplémentaires pour acquérir ce pactole. Sachant que le SMIC net est aujourd’hui 1.153,82 euros mensuel, Macron empocha en 2011 l’équivalent de 140 SMIC par mois. Fort de cette expérience, il estime que tout doit revenir aux « premiers de cordée ». Il reste à savoir comment vont réagir les « Gaulois réfractaires »

Publié le 04/08/2018

Parlons (Inter) Net

Les mensonges journalistiques par les contre-plongées et les plans serrés

La plupart des photos et des vidéos des médias mainstream nous montrent Macron dans des foules serrées et chaleureuses. Sauf qu’il s’agit souvent de militants triés et presque toujours de prises de vue qui ne montrent que les premiers rangs, derrière lesquels est le vide. Pour cela, il suffit aux enfumeurs médiatiques de prendre des gros plans en se baissant. On voit alors, au-dessus du président, le haut des immeubles et le ciel. Cela s’appelle la contre-plongée.
Voir cette désopilante et
édifiante vidéo de Russia Today, chaîne diabolique qui ose filmer en plongée. Si vous pensez, comme Macron, que RT ne fait rien qu’à mentir, nous avons aussi en rayon pour vous cet article avec photos d’un témoin toulousain.

Théophraste R. (Détourneur d’expressions populaires. Exemple « Sale comme une image »).

Les photos du logo ont été trouvées, parmi d’autres également démystificatrices, sur le compte Twitter d’Olivier Berruyer, crypto-poutiniste sans doute.

Publié le 26/07/2018

Le maillot de l'équipe de France à deux étoiles coûte moins de 3 euros à produire en Thaïlande

Par Loic Grasset, envoyé spécial, Bangkok (Thailande) (site lejdd.fr)

En Thaïlande, la production de masse du maillot de l'équipe de France à deux étoiles a commencé. Il coûte moins de 3 euros à produire pour l'équipementier américain Nike.

Les maillots de l'équipe de France ne seront pas livrés avant août en France. (Reuters)

Dimanche dernier, sous le coup de minuit, il ne faisait pas bon être français à Bangkok. Des militaires en armes, positionnés devant le Revolucion, le QG des très nombreux supporters français, avaient décrété une extinction générale des feux quelques minutes à peine après le coup de sifflet final. À Sukhumvit, autre haut lieu de la vie nocturne, les regards étaient carrément mauvais pour tous ceux qui arboraient du bleu, blanc, rouge, de nombreux Thaïlandais ayant parié sur une victoire de la Croatie.

Nike a délocalisé sa base industrielle de la Chine vers l'Asie du Sud-Est

Depuis, le royaume a retrouvé son légendaire sourire. Car la victoire de l'une ou l'autre des deux équipes aurait profité à l'économie thaïlandaise. Le pays va donc produire l'essentiel des maillots aux deux étoiles. Depuis une dizaine d'années, l'équipementier américain Nike a délocalisé sa base industrielle de la Chine (ou les salaires sont devenus trop élevés pour la firme) vers l'Asie du Sud-Est. L'Indonésie (39 usines et 200.000 ouvriers) et le Vietnam (91 usines et 410.000 ouvriers) fournissent les chaussures, des articles textiles et tous les tissus et matières premières nécessaires à la fabrication des produits Nike. Avec 30 usines et 37.000 ouvriers, la Thaïlande traite les produits plus techniques, dont les fameux maillots de football.

"Comme toujours, une infime partie sera fabriquée en Pologne ou en Turquie pour ne pas priver le marché des premières demandes. Mais le gros des tuniques sera made in Asia et sans doute made in Thailand pour des raisons de coûts de production", explique Nayla Ajaltouni, coordinatrice d'Éthique sur l'étiquette, une ONG qui diligente de nombreux audits et études sur les conditions de travail dans les usines des grands équipementiers du sport mondial.

Les premiers lots arriveront en France après 3 semaines de bateau

On imagine mal, en effet, malgré les premières rumeurs et échos, les usines polonaises (270 employés) ou turques (2.000 ouvriers) produire les huit millions de maillots frappés des deux étoiles vendus 140 euros pièce. Comme toujours, la firme à la virgule, sollicitée via ses sièges français, thaïlandais et asiatiques, s'est refusée à tout commentaire. "Nous n'avons aucune obligation de vous répondre", réagissait un représentant de Nike à Bangkok. Même discrétion dans les unités de fabrication du groupe. À Phetkasem, en grande banlieue de la capitale, à la sortie des usines de Nanyang ­Garment Co, un très gros sous-­traitant de Nike, à l'heure de la sortie des usines, les ouvrières passent leur chemin, bouche cousue. Selon Noi Supalai, ancienne petite main chez l'équipementier en Thaïlande devenue l'icône de la condition ouvrière, la firme impose des règles très strictes à ses employés : interdiction de communication extérieure ou même d'adhésion à un syndicat.

Très soucieuse de son image et des éventuelles attaques sur le non-respect des conditions élémentaires de travail, Nike a entièrement sous-traité sa production. En Thaïlande, deux ­sociétés, Nanyang Garment et Nice ­Apparel, se partagent la fabrication des maillots de football. Elles ont transféré leurs usines principales dans le nord-est du pays. Les salaires (180 euros par mois) y sont inférieurs à ceux de la capitale (autour de 250 euros). Selon l'ONG Clean Clothes, les méthodes de production sont optimisées en permanence : "réduction des minutes passées par ouvrier sur chaque maillot, automatisation et flux ultra-tendus", appuie-t‑elle. C'est dans la ville de Khon Kaen, située dans le nord-est du pays, qu'a commencé dès dimanche dernier la production des maillots des Bleus.

Il faudra ensuite compter trois semaines de bateau (pour un coût unitaire de moins de 3 euros, taxes douanières incluses) pour que les premiers lots arrivent en France. En attendant, au MBK ou sur Khao San Road, deux temples du faux de la capitale thaïlandaise, les premières copies frappées des deux étoiles sont en vente depuis mardi pour la modique somme de 8 euros.

Publié le 10/07/2018

Sécu : projet de hold-up sur nos cotisations…

L'information est semble-t-il passée complètement sous les radars la semaine dernière.

 « L’État pourrait récupérer jusqu'à 24 milliards EUR d'excédents de la Sécu en 2022 »

Pourtant, il y aurait beaucoup à dire car voici qu'après nous avoir asséné durant des années le fameux « trou de la Sécu » pour justifier toutes les mesures de déremboursements, les reculs de la protection sociale et notamment la branche retraite on nous annonce désormais, selon une  dépêche de l'AFP du 5 juin dernier, une « Sécu "quasiment à l'équilibre" avant les grandes réformes ».

La Cour des Comptes  annonce que « les excédents dégagés par les administrations de Sécurité Sociale seront "plafonnés" à partir de 2019, le surplus devant servir à réduire le déficit de l'État pour un montant qui pourrait atteindre 24 milliards d'euros en 2022.

Ainsi la Cour des Comptes  nous annonce  un véritable hold-up sur nos cotisations à la Sécurité Sociale.

Le pire de ce hold-up auquel il fallait s'attendre depuis que Bercy et Matignon ont la haute main sur la Sécu, est que le retour à l'équilibre s'explique surtout par les économies drastiques au détriment de l’accès aux soins et de leur qualité. « Peut-on se satisfaire d’un résultat comptable alors que l’actualité fait état de dysfonctionnements majeurs liés au manque de moyens ?

Qu'on se réjouisse de ces excédents mais que l'on s'offusque des déficits des hôpitaux publics a quelque chose d'indécent. Que l'on renonce à satisfaire des besoins de protection sociale nouveaux ou non couverts, pour ristourner cet argent aux entreprises et aux plus fortunés relève d'une spoliation. Et l'on voit bien de quel ruissellement on nous rebat les oreilles.

En clair, Macron va faire payer les milliards de cadeaux aux plus riches, les primes aux premiers de cordée, l'abandon de l'ISF en piquant l'argent de la protection sociale.

Bernard PROVINS (Assemblée Citoyenne 1 & 8)

 

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