PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

Publié le 16/06/2019

Comment soutenir le référendum contre la privatisation d'ADP

Coralie DELAUME

Bonjour à tous, 

Le site officiel permettant de soutenir l'organisation d'un référendum sur la privatisation d'ADP est désormais actif. Vous pouvez y accéder en cliquant sur ce lien : https://www.referendum.interieur.gouv.fr/

La présente pétition n'a en effet pas de valeur officielle. C'est bien sur le site du ministère de l'Intérieur qu'il faut s'enregistrer. Cela nécessite d'être inscrit sur les listes électorales et de se munir de sa carte d'identité. 

L'usage du site est difficile. Il semble fait pour décourager. Plusieurs médias ont donc réalisé des tutoriels. Voici quelques adresses où la marche à suivre est expliquée : 

- Premier tuto : CLICK

- Deuxième tuto : CLICK

- Troisième tuto : CLICK

Si vous connaissez des personnes qui n'ont pas accès à Internet, sachez aussi qu'il est également possible de s'inscrire via un formulaire papier (Cerfa) à demander et à remplir en mairie. 

Bon courage, si on s'y met tous on peut l'avoir, notre référendum ! 

 

Publié le 15/06/2019

Parlons (Inter) Net

 

Lula Da Silva avait aussi été condamné par les médias

 

Vite fait, mal fait, trouvé sur mon moteur de recherche ces perles des médias mainstream, datées de 2018, à comparer avec ce qu’en disait le Grand Soir :

Courrier International, 22 septembre 2016 : « Les procureurs estiment que les sommes indues perçues par M. Lula s’élèveraient à 3,7 millions de reais (environ 1 million d’euros)… ».
Sommes perçues (on le sait, donc) et non sommes qui auraient été perçues. Le conditionnel intervient ensuite pour indiquer le doute sur... le montant.

Challenges, 19 décembre 2017 : « ... Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), menacé d’inéligibilité à la présidentielle de 2018 pour avoir reçu un triplex en échange de services rendus à un autre groupe de BTP ».
Il a donc reçu un triplex, pas de doute.

L’Express, 1er mars 2018 : « Brésil : l’ex-président Lula "innocent" et plus que jamais candidat ».
Notez les guillemets ironiques à « innocent ».

Valeurs Actuelles, 9 avril 2018 : « … Or, non seulement sa condamnation est motivée mais elle risque bien de ne pas être unique… ». Sans commentaire.

Libération, 19 août 2018 : « L’ancien chef de l’Etat est détenu pour corruption et blanchiment d’argent ».
Notez qu’il n’est pas détenu sous l’accusation de corruption, mais pour corruption.

France Soir, 25 Janvier 2018 : « La "combine", aussi classique qu’efficace, résidait dans des largesses attribuées au président… ».
Notez que la combine résidait dans et non pas aurait résidé ou résidait selon l’accusation.

Valeurs Actuelles, 25 janvier 2018 : « La condamnation en juillet 2017 n’était pas inscrite sur du vent, le juge Sergio Moro avait rendu son verdict en motivant sa décision dans un rapport de 218 pages. »
Condamnation de béton, quoi !

Amis lecteurs, à vous de continuer la cueillette, si le cœur vous en dit. J’ajouterai vos trouvailles ici.

Théophraste R. (lanceur d’alerte vers le Decodex sourd et aveugle du Monde).

AJOUT : Ne pas manquer SVP cette courte vidéo (2mn45) du 8 avril 2018 :

 

Publié le 14/06/2019

Pétition. Contre la dégressivité du chômage

(site lamarseillaise-encommun.org)

 

Le gouvernement a annoncé la dégressivité et le plafonnement des allocations chômage pour les cadres. Concrètement, cela signifie que pour celles et ceux qui ne retrouveront pas immédiatement de travail, le montant des allocations chômage baissera et ne leur permettra plus de maintenir leur niveau de vie.

Cadres ou non, cette situation nous concerne tous et toutes car une fois expérimentée, n’en doutons pas, la dégressivité sera étendue à tous les autres salariés au prétexte de l’équité.

Pour justifier cette mesure, le gouvernement prétend que les cadres sont des favorisés, et que le montant « trop généreux » de leurs allocations chômage ne les incite pas à chercher un travail. Stigmatiser les cadres alors qu’on refuse de rétablir l’Impôt Sur la Fortune, la ficelle est un peu grosse.

Mais c’est surtout complètement faux. Le gouvernement a déjà mis en place depuis janvier la suspension des allocations chômage après 2 refus d’une offre d’emploi, y compris si les emplois proposés étaient à un salaire bien inférieur à celui perçu antérieurement et très éloignés géographiquement. Donc la pression est déjà énorme et les mécanismes existent déjà pour forcer les personnes privées d’emploi à accepter n’importe quoi.

C’est aussi « oublier » que les cadres étant peu au chômage, leurs cotisations représentent 42% des ressources du régime et leurs allocations comptent seulement pour 15% des dépenses. La dégressivité et le plafonnement des allocations des cadres dégagera donc peu d’économies. Par contre, les chiffrages de l’UNEDIC démontrent que mettre à contribution les cadres dirigeants et instaurer des cotisations chômage sur la part des salaires supérieurs à 13 500€ permettrait de dégager 700 millions d’euros de recettes supplémentaires et concernerait d’abord les grandes entreprises qui concentrent les plus hauts salaires.

L’enjeu, c’est la conception même du régime d’assurance chômage et cela concerne l’ensemble des salariés.

En plafonnant les allocations, on passe d’un régime donnant droit au maintien du niveau de vie des salariés à un système de filet de sécurité minimum avec des indemnités plafonnées et conditionnées. Résultat : pour maintenir leur niveau de vie, celles et ceux qui en ont les moyens financiers seront renvoyés vers les assureurs. On passe ainsi de droits acquis par les cotisations et dus aux salariés à des aides sociales consenties au nom de la solidarité nationale et devant être « méritées » donc conditionnées. Cadres, retraités ou fonctionnaires, les plus gros contributeurs seront aussi ceux qui bénéficieront le moins du système. C’est ainsi que l’on organise le « ras le bol fiscal » et que l’on fabrique l’« assistanat ». Rien de tel pour diviser le salariat.

Cadres, nous refusons de servir de boucs émissaires et de poissons pilotes pour déstructurer le régime. Nous voulons continuer à financer et bénéficier d’un système de protection sociale solidaire ! Salariés, nous signons cette pétition pour défendre notre modèle de protection sociale solidaire, qui protège mieux les plus démunis parce qu’il est financé et bénéficie par l’ensemble du salariat.

Signez la Pétition. Non à la dégressivité des allocations chômage

Assurance Chômage

Publié le 13/06/2019

Santé. Agnès Buzyn et la politique de la chaise vide

Sylvie Ducatteau (site humanite.fr)

Alors que le mécontentement gagne tous les services hospitaliers publics, en grève hier, à l’appel d’une intersyndicale CGT, FO et SUD, la ministre de la Santé n’a pas daigné recevoir la délégation des soignants et urgentistes venus de toute la France pour la rencontrer.

Rassemblés devant le ministère de la Santé, les personnels hospitaliers espéraient un geste d’Agnès Buzyn. Une rencontre, en face-à-face, au moins, avec leurs organisations syndicales et le collectif Inter-Urgences, ce qui depuis le début du conflit, il y a quatre mois, ne s’est jamais produit. Comme jeudi dernier, pour les urgentistes, non seulement la ministre était absente mais aucune des revendications des soignants n’a été satisfaite, juste une petite concession, sans certitude d’ailleurs, est envisagée sur le montant d’une prime de risque pour les agents des urgences. Le gouvernement promettait 90 euros, ce devrait être un peu plus. « La ministre veut nous diviser. Pour les uns, c’est la prime de risque, pour les autres, la prime de pratiques avancées, enfin pour d’autres encore, c’est une prime de coopération », déplorait le responsable du syndicat SUD, à sa sortie du ministère. Déception également partagée par la CGT et Force ouvrière. « Rien contre l’indigence salariale », a commenté FO, rappelant qu’en matière de salaire infirmier la France se place au 26e rang sur les 29 pays de l’OCDE. La CGT, qui demande l’organisation de « Grenelles sur les effectifs » qui concerneraient tous les secteurs : hôpitaux, Ehpad, psychiatrie et soins à domicile, a également déploré « qu’aucune réponse tangible n’ait été apportée à (sa) demande d’un moratoire contre les fermetures de lits hospitaliers ».

Les manifestants étaient venus défendre trois mesures d’urgence : la création de 100 000 emplois dans les hôpitaux publics, dont 10 000 aux urgences et 40 000 dans les Ehpad ; l’arrêt des suppressions de lits dans les services ; et une augmentation des salaires de 300 euros, soit l’équivalent de 60 points d’indice, quasi gelés depuis des années. « Je comprends que ce soit une reconnaissance. Mais quand la préoccupation est purement salariale alors que ça dysfonctionne… Sincèrement, les problèmes ne vont pas se régler parce que je paye davantage », a déclaré Agnès Buzyn, lundi soir sur BFMTV. Ces propos ont fait sortir de ses gonds Sandrine, infirmière à Mantes-la-Jolie (Yvelines). « Dire que nous percevons une prime de risque alors que c’est faux. Ou encore tenter de rassurer les patients en expliquant qu’ils n’ont rien à craindre car nous avons l’obligation de soins, c’est désolant. Ces mots m’ont blessée. Je ne suis pas syndiquée et je suis venue au rassemblement car il m’était impossible de rester chez moi. J’avais besoin d’être là. » La jeune femme, en blouse bleue et masque autour du cou, brandit timidement une toute petite pancarte. « C’est ma fille qui me l’a faite », précise-t-elle, un large sourire aux lèvres. Mais il disparaît lorsqu’elle évoque les 300 patients accueillis par jour dans son service. 45 000 à l’année par une équipe, dans des locaux prévus pour 17 000. « Très régulièrement, 10 ou 12 patients sont hospitalisés dans les couloirs où ils restent des heures. Nous perdons notre humanité. Et puis les erreurs de diagnostic sont inévitables. Nous et les médecins courons pour prendre en charge au plus vite un maximum de patients », regrette-t-elle. Des études montrent en effet que les erreurs sont plus nombreuses aux urgences qu’ailleurs. Jusqu’à 5 % des diagnostics posés.

« On nous prépare une crise sanitaire »

Hier, une centaine de services d’urgences étaient en grève touchant toutes les régions : Bretagne, Normandie, Centre et Midi de la France, l’Île-de-France. Des délégations avaient rejoint la capitale, venues de Marseille, de Vierzon, du Jura… Le mouvement gagnant d’autres secteurs : « Notre système de santé est à bout de souffle. Les urgences sont un iceberg », expliquait un aide-soignant de l’hôpital Cochin à Paris. Dans cet établissement, les services de gastro-entérologie et d’hématologie sont en grève, le premier depuis une semaine, le second depuis quinze jours. « Il faut stopper l’ambulatoire. On en est au point où on attend les décès pour récupérer des lits », a-t-il poursuivi au mégaphone. En attendant le retour de la délégation, les témoignages se sont succédé, à faire froid dans le dos des patients. Un aide-soignant des urgences psychiatriques de l’hôpital du Kremlin-Bicêtre évoque un malade écarté de l’un des rares lits de cardiologie encore libre car jugé « trop âgé ». Ou encore une dame centenaire hospitalisée quatre jours sur un brancard. « J’aime mon métier mais là… » conclut-il. « On nous prépare une crise sanitaire », s’inquiétait Maryvonne Roux, de Vierzon, où la maternité a été sauvée in extremis de la fermeture, le 11 juin 2018, il y a tout juste un an. « Stop à l’usine à humains », le slogan tracé au feutre sur le tee-shirt de Nathalie, infirmière urgentiste, venue avec quatre de ses collègues de l’hôpital Sainte-Musse à Toulon (Var) venait en écho aux propos de l’aide-soignant et en dit long sur la profonde exaspération des hospitaliers. Aucun n’est prêt à accepter des demi-mesures. Celles de la ministre de la Santé. Celles également du directeur général de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP) d’où est partie la grève, promettant des créations de postes dans les services en surchauffe. « Il faut sortir des plans d’économies «. À l’AP-HP, ce sont 800 à 1 000 emplois par an pendant quatre ans qui devraient être supprimés. » Comment tenir ? «, a commenté Rose May Rousseau, secrétaire de l’Usap-CGT.

Sylvie Ducatteau

Publié le 11/06/2019

France télécom. « Je ne suis pas d’accord sur ce mot de souffrance »

Cécile Rousseau (site humanite.fr)

Un mois après le début du procès, certains prévenus et ex-dirigeants de l’opérateur ont enfin versé quelques larmes, mais refusent toujours de reconnaître la moindre responsabilité dans la crise sociale qui a eu lieu entre 2007 et 2010.

«Vous pleurez ou voustoussez Lombard ? » demande la juge Cécile Louis-Loyant. En fin de semaine dernière, certains prévenus du procès France Télécom ont exprimé pour la première fois de l’émotion, un mois après le début des audiences au tribunal correctionnel de Paris. « Je pleure (…) On pense que je n’ai pas de cœur, mais ce n’est pas vrai », s’étouffe l’ancien PDG, Didier Lombard, à la barre. En octobre 2009, l’ex-dirigeant avait visité le site de Cahors et avait alors confirmé aux salariés que celui-ci ne serait pas fermé. C’est bien le souvenir de « ces gentils mails » envoyés deux Noël de suite « par des dames » qui font jaillir ses larmes.

Cette période de l’été-automne 2009 correspond pourtant à l’acmé de la crise sociale. La tension est à son comble. La chronologie glaçante des suicides replonge l’assemblée dans cet enfer. Michel Deparis met fin à ses jours le 14 juillet 2009, laissant une lettre très explicite : « Je me suicide à cause de mon travail chez France Télécom, c’est la seule cause », écrit-il employant le qualificatif de « management par la terreur ». Son geste sera un tournant dans la prise de conscience de l’ampleur du phénomène. Même s’il faudra attendre le CNSHSCT (instance de coordination des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) du 10 septembre pour que les mobilités soient suspendues.

Pas de regrets ni de remise en question du management

Cette crise, Louis-Pierre Wenès, l’ancien numéro 2, se souvient l’avoir vécue « avec beaucoup d’émotion. Cela me touche au plus profond de moi-même ». Mais il a aussi ressenti « un profond sentiment d’injustice à cause du retentissement médiatique ». Alors que les drames humains de France Télécom viennent juste d’être égrenés, c’est sans gêne que l’ancien numéro 2 confie sa « blessure » d’avoir dû quitter le navire en octobre 2009.

Ces manifestations de sentiments des deux hauts dirigeants du groupe, qu’elles soient sincères ou faisant partie d’une stratégie de défense, ne vont pas de pair avec des regrets et encore moins une remise en question. Le déni de leurs responsabilités dans ces troubles qui ont agité le groupe entre 2007 et 2010 continue bel et bien. Pour Olivier Barberot, l’ancien DRH : « Oui, c’est une crise sociale, mais une interaction terrible se met en route (avec les médias – NDLR) », tente-t-il de se dédouaner.

Quant à Louis-Pierre ­Wenès, il refuse tout net de parler de malaise généralisé chez France Télécom. Il le répétera de manière tranchée à plusieurs reprises lors des deux dernières audiences. « Je ne suis pas d’accord sur ce mot de souffrance », explique-t-il, provoquant une réaction épidermique dans le public le jeudi. Avant d’enfoncer le clou le lendemain : « Je ne serai jamais d’accord avec ça, qu’on globalise, qu’on parle de la souffrance de l’entreprise (…) J’avais le sentiment d’avoir construit avec des équipes quelque chose de formidable, ce qui aurait pu être un moment glorieux s’est transformé en autre chose. »

Pourtant, les alertes n’ont pas manqué en interne. En 2007, le CNSHSCT émet un droit d’alerte. Quant à l’Observatoire du stress et des mobilités forcées fondé par SUD et la CFE-CGC, il fait état d’une situation inquiétante, alors qu’une « écoute salariés », menée à l’initiative de la direction, donne des résultats beaucoup plus contrastés. Sans compter que les articles de presse locale font également état de suicides. En septembre 2009, un rapport dénonce des « mises au placard ». Mais aucun des prévenus ne connaît ce document. « J’avais d’autres problèmes à régler », déclarera Louis-Pierre Wenès. « Vous aviez conscience qu’il y aurait de la souffrance pour certains des collaborateurs ? » interroge la présidente. « Oui, répond l’ex-numéro 2, il y a différentes graduations, tout le monde n’était pas dans la souffrance. »

Didier Lombard monte, lui, encore d’un cran dans la justification du plan Next de 22 000 suppressions d’emplois et s’enfonce dans le refus de la réalité. « Si on n’avait pas fait ça aujourd’hui, il n’y aurait plus de France Télécom (…) Un groupe en malaise généralisé ne produit pas les résultats que nous avons eus. Les meilleurs datent de décembre 2009 », ose-t-il alors que l’ensemble des indicateurs étaient dans le rouge dans l’entreprise. Reprise de l’audience aujourd’hui.

Cécil  Rousseau

Publié le 10/06/2019

L’art de la provocation

par Serge Halimi  (site monde-diplomatique.fr)

   

Un État qui, sans motif réel, dénonce un accord international de désarmement qu’il a longuement négocié peut-il ensuite menacer d’agression militaire un autre État signataire ? Peut-il ordonner à tous les pays de s’aligner sur ses positions capricieuses et belliqueuses, faute de quoi eux aussi subiront des sanctions exorbitantes ? Quand il s’agit des États-Unis, la réponse est « oui ».

En somme, il est parfaitement inutile de perdre son temps à étudier les raisons invoquées par la Maison Blanche pour justifier son escalade contre l’Iran. On imagine que M. John Bolton, conseiller à la sécurité nationale du président Donald Trump, et M. Michael Pompeo, secrétaire d’État, ont confié aux diplomates et aux services de renseignement américains une mission du genre : « Cherchez des prétextes, je me charge de la guerre. »

M. Bolton ne manque ni d’expérience ni de suite dans les idées. En mars 2015, alors que son fanatisme en faveur de l’invasion de l’Irak a amoindri son influence, il publie dans le New York Times une tribune intitulée : « Pour arrêter la bombe iranienne, il faut bombarder l’Iran ». Après avoir prétendu que Téhéran ne négocierait jamais la fin de son programme nucléaire, il conclut : « Les États-Unis pourraient effectuer un travail soigné de destruction, mais seul Israël peut faire ce qui est nécessaire. (…) L’objectif sera le changement de régime à Téhéran (1).  »

Quelques mois plus tard, un accord nucléaire avec l’Iran était signé par toutes les grandes puissances, États-Unis compris. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, Téhéran en a respecté scrupuleusement les termes. Pourtant, M. Bolton n’en démord pas. En 2018, devançant les positions va-t-en-guerre du gouvernement israélien et de la monarchie saoudienne, il tient toujours autant à son « changement de régime » : « La politique officielle des États-Unis, écrit-il alors, devrait être la fin de la révolution islamique iranienne avant son quarantième anniversaire. Cela laverait la honte d’avoir eu nos diplomates retenus comme otages pendant quatre cent quarante-quatre jours. Et ces anciens otages pourraient couper le ruban lors de l’inauguration d’une nouvelle ambassade à Téhéran (2).  »

L’actuel président des États-Unis a fait campagne contre la politique des « changements de régime », c’est-à-dire des guerres d’agression américaines. Le pire n’est donc pas encore certain. Mais la paix doit être bien fragile pour qu’elle semble ainsi dépendre de la capacité de M. Trump à maîtriser les conseillers enragés qu’il a nommés. En asphyxiant économiquement l’Iran avec le concours des capitales et des grandes entreprises occidentales (contraintes et soumises), Washington prétend que son embargo obligera Téhéran à capituler. En réalité, MM. Bolton et Pompeo n’ignorent pas que cette même stratégie a échoué en Corée du Nord et à Cuba. Ils escomptent donc plutôt une réaction iranienne qu’ils présenteront ensuite, triomphalement, comme une agression appelant une « riposte » américaine.

Intoxications, falsifications, manipulations, provocations : après l’Irak, la Libye et le Yémen, les néoconservateurs ont désigné leur proie.

Serge Halimi

 

Publié le 08/06/2019

Guerre économique pour l’hégémonie US et risques de guerre

Par Robert Kissous, militant associatif.

Huawei et la 5G

Le 16 mai 2019, les Etats-Unis décidaient d’interdire les liens entre les entreprises américaines et Huawei et 70 entreprises affiliées : après un délai d’avertissement de 3 mois, le groupe Huawei ne pourra plus utiliser des composants et logiciels américains (Google, Intel, Qualcomm …) et les compagnies américaines ne pourront se fournir auprès de Huawei. Cette mesure n’est pas un simple prolongement de la hausse des tarifs douaniers sur des importations de Chine, c’est une rupture sérieuse dans la logique instaurée il y a plus de 30 ans avec la mondialisation.

Si les EU s’étaient fait les champions de la « concurrence libre et non faussée » celle-ci devait leur permettre d’affirmer et développer l’hégémonie de leur économie et de leurs transnationales. Après la chute du mur de Berlin et l’implosion de l’URSS, les EU imaginaient construire un monde unipolaire sous domination absolue du représentant du Bien, eux bien sûr, contre toute velléité d’axe du Mal, c’est-à-dire tout pays qui s’oppose à leur autorité.

Les choses n’ont pas suivi tout à fait ce chemin, c’est le moins que l’on puisse dire. Si les EU sont encore la première puissance mondiale sa domination sur le plan économique est néanmoins fortement bousculée. Le cas de Huawei en est un exemple flagrant.

Avec la 5G nous sommes dans la très haute technologie, celle qui va jouer un rôle fondamental dans de très nombreux domaines : voiture autonome, objet interconnectés, processus industriels, médecine … Des secteurs d’activité seront redéfinis et de nouveaux apparaitront. Il s’agit d’une mutation technologique et économique profonde.

Or Huawei a pris une avance incontestable sur la 5G et dispose de nombreux brevets, il faut donc l’abattre pour que les EU restent maîtres de la haute technologie. Ne pouvant convoquer sans paraîtres ridicules l’idéologie de la libre concurrence, les EU invoquent la sécurité nationale : les équipements de réseaux 5G seraient un moyen pour la Chine d’espionner le « monde libre ». En fait les EU accusent la Chine de ce qu’ils pratiquent déjà y compris et surtout à l’égard de leurs propres alliés. Des moyens techniques considérables d’Etat (NSA, FBI, CIA…) sont utilisés, au nom de l’anti-terrorisme bien entendu, pour asseoir leur domination et celle de leurs transnationales comme l’a révélé Snowden. On se souvient notamment de la manière dont ce fut utilisé pour l’absorption de l’activité énergie d’Alstom par GE. Autre exemple, l’entreprise Fedex de messagerie express, partenaire commercial de Huawei, a livré à plusieurs reprises « par erreur » des colis, dont Huawei était destinataire, aux Etats-Unis. Une simple erreur, pas de l’espionnage évidemment... Les autorités chinoises ont ouvert une enquête et somment Fedex de s’expliquer. On voit là les limites du discours idéologique sur le libéralisme et la non-intervention de l’Etat dans le domaine économique.

Si les EU utilisent abondamment le pillage de serveurs informatiques et de moyens de communication, ils n’ont jamais fourni la moindre preuve de l’espionnage par la Chine. Aussi nombre de pays s’intéressent au 5G de Huawei, craignant sinon de prendre du retard dans les mutations qui en découleraient. Mais les pressions - économiques, financières, militaires - des EU s’intensifient sur leurs alliés et leurs entreprises.

Mais le message est difficile à faire accepter parce que ni Huawei ni la Chine n’entendent céder. Huawei a déjà commencé à produire son propre Android à partir du noyau open source, les sanctions contre l’équipementier chinois ZTE en 2018 étaient déjà un avertissement. On voit mal les producteurs de composants boycotter Huawei alors que la Chine représente 75% de la demande mondiale de semi-conducteurs. Une anecdote : alors que courait la rumeur de rupture des livraisons de Panasonic à Huawei, Panasonic démentait préférant conserver son chiffre d’affaires colossal avec Huawei (3,6 Mds $ en 2018). La position des EU conduirait à la rupture de chaînes mondialisées de production, approvisionnement et commercialisation. Pas si simple. D’autant que la Chine est le premier marché de téléphonie mobile au monde, qu’elle est en position de créer son propre internet si elle n’a pas d’autre solution et qu’elle a les moyens de résister aux menaces et sanctions des EU. Ce que l’agence de presse chinoise Xinhua traduit en ces termes imagés : « l'usine du monde est également le marché du monde » ou « l'économie chinoise est une mer, non un petit étang ». Et la Chine, à son tour, a commencé à établir une liste des « entités peu fiables ».

La volonté hégémonique des EU ne s’adresse pas uniquement à la Chine.

Les EU ont mis depuis longtemps en place un « droit » qui met en oeuvre pleinement leur hégémonie : la possibilité de prendre des sanctions extraterritoriales. Les EU s’octroient le droit d’ingérence dans la politique d’autres états, niant leur souveraineté en imposant leurs décisions hors de leur territoire à des entités non-américaines en contradiction avec le droit international[1]. Toutes les entreprises qui ont des liens avec eux, sous quelque forme que ce soit, sont passibles de sanctions. Par exemple de manière extravagante si une entreprise a des courriels qui transitent par des serveurs informatiques aux EU elle est considérée comme liée aux EU. Et plus sérieusement c’est aussi le cas si l’entreprise utilise le dollar dans des transactions « interdites » alors que le dollar est la monnaie internationale aujourd’hui prédominante. Au total les entreprises ont payé aux EU plusieurs dizaine de milliards de dollars à ce jour. Certains observateurs craignent de voir ce chiffre multiplié par dix à l’avenir. C’est une nouvelle forme de prédation. Les entreprises pourraient contester ces mesures mais alors l’accès au marché des EU leur serait fermé, les actionnaires américains devraient retirer leurs capitaux, le système financier EU leur serait interdit etc. L’économie des EU étant la première au monde on mesure les énormes difficultés auxquelles les « contestataires » devraient faire face. Mais réciproquement les EU seraient bien en difficulté de voir se détricoter tous les liens financiers, commerciaux, industriels.

Une politique agressive lourde de risques de guerre

Alors que l’accord sur le nucléaire iranien signé sous la présidence Obama et validé par le Conseil de Sécurité de l’ONU a permis le début des levées de sanctions contre l’Iran, la victoire de Trump a tout remis en cause avec le soutien d’Israël, de l’Arabie Saoudite et ses alliés. Toute entreprise qui achète du pétrole iranien sera interdite sur le marché américain. Huit pays avaient obtenu une dérogation provisoire des EU - oui vous avez bien lu ce sont les EU qui prétendent en décider - laquelle est maintenant tombée. Pour ne pas se voir refuser l’accès au marché EU tous les projets d’investissement, d’exportation, d’importation ont été suspendus par les entreprises européennes Total, Airbus, Renault, Peugeot … Boeing a dû annuler une commande de 110 avions. La Chine et la Russie n’ont pas suivi ces démissions, la Chine ayant même remplacée Total dans sa participation au projet gazier South Pars. L’UE a mis en place un système de troc pour éviter l’utilisation du dollar mais ce système complexe qui de plus ne prévoit pas les transactions sur le pétrole : un échec total. L’Iran a donné deux mois à l’UE pour trouver une solution conforme aux engagements initiaux.

Il en est de même pour le blocus contre Cuba[2] : aucun produit cubain ne doit être incorporé dans les exportations vers les EU : par exemple pas de sucre cubain dans les produits Danone. Avec une spécificité pour Cuba : l’application pour la première fois du titre III de la loi Helms-Burton, concernant le blocus de Cuba, qui autorise des personnes physiques ou morales à saisir les tribunaux des États-Unis en vue de récupérer des biens dont ils estiment avoir été dépossédés par la révolution cubaine. Ainsi des centaines de plaintes sont susceptibles d’être déclenchées y compris contre des entreprises européennes (Pernod attaqué par des fonds vautours, Accor, Melia …).

Puis le Venezuela qui ne peut vendre son pétrole librement avec des tentatives avortées de coups d’état à répétition.

Et maintenant le Mexique est visé : une augmentation de 5% des tarifs douaniers par mois est annoncée jusqu’à atteindre 25% en octobre 2019. Le prétexte : l’immigration que le Mexique ne bloque pas. L'immigration est un prétexte pour attirer le soutien à sa politique des xénophobes et des naïfs qui croient que ça donnera plus d’emplois aux nationaux.

Puis l’Inde est accusée de profiter de la générosité des EU pour engranger des excédents, modestes par ailleurs.

Faire front contre l’hégémonisme des Etats-Unis

Le but visé par Trump et la fraction de l'impérialisme US aux commandes : démanteler les circuits de production et approvisionnement actuels pour les reconstruire autour et sous la domination des Etats-Unis. C'est la fin de la mondialisation sous sa forme actuelle, un aveu d'échec cinglant de la "concurrence libre et non faussée" lorsque celle-ci ne tourne pas à l'avantage de l'impérialisme dominant.

Trump a mis l’économie au service d’ambitions hégémoniques, sans partage ni multilatéralisme. Pour assurer la domination incontestée des EU dans l’économie mondiale et récupérer au maximum les richesses créées : pourquoi l’impérialisme dominant devrait-il partager la plus-value alors que « America is back » et « Make America great again » avec l’appui de sa puissance militaire et du dollar ?

Cette politique agressive est grosse de dangers. C’est un puissant encouragement à la montée des nationalismes et à une politique de tensions et de troubles fomentés pour imposer la domination des EU.

L’UE reste bien effacée dans cette situation. Elle entérine les sanctions contre l’Iran en voyant toutes ses entreprises quitter ce pays. Elle reste en arrière-plan en espérant voir le boulet du canon passer au loin. D’autant que l’Allemagne, avec ses excédents visés, a grandement peur pour son industrie automobile.

Il y a pourtant une autre voie, celle qui consiste à imposer le multilatéralisme en coopérant avec les pays émergents contre la montée des exigences hégémoniques des EU qui ne feront que s’accentuer si on n’y met fin. Les exigences de Trump conduiront-elles à ce sursaut ou à celui de la capitulation ? La lutte pour la paix est aussi à ce prix : le sursaut.

[1] Voir le rapport du Sénat pour plus de détails http://www.senat.fr/rap/r18-017/r18-0176.html
ou http://www.leclubdesjuristes.com/sanctions-secondaires-extraterritoriales-pour-la-fin-de-linnocence/

[2]https://www.mesopinions.com/petition/politique/stop-blocus-cuba/65573

 

Publié le 07/06/2019

Nutella fait son beurre sur les noisettes récoltées par des enfants et des réfugiés en Turquie

Stéphane Ortega  (site rapportsdeforce.fr)

Alors qu’en France Nutella a été récemment placé sous les projecteurs à l’occasion d’une grève reconductible dans son plus grand site de production, la marque de pâte à tartiner se voit accusée dans une enquête du New York Times de profiter de l’exploitation des enfants et des réfugiés syriens dans le nord de la Turquie.

« Il en faut de l’énergie pour être un enfant ». Le slogan publicitaire de Nutella ne manque pas de cynisme. Les noisettes, un des ingrédients essentiels de la marque de pâte à tartiner, proviennent en partie de l’exploitation d’enfants qui travaillent dix à douze heures par jour en Turquie. C’est ce que révèle un long article du New York Times en date du 29 avril 2019.

Pour sa marque Nutella, le groupe italien Ferrero s’approvisionne en Turquie pour les noisettes, pays où il a implanté cinq usines. La Turquie produit 70 % de la totalité du marché mondial du fruit à coque qui pèse 6 % de l’économie et 1,8 milliard de dollars. Une part non négligeable des saisonniers est composée de réfugiés syriens ayant fui la guerre et l’avancée de Daesh. Ils seraient 200 000 hommes, femmes et enfants à participer à la récolte dès la fin de l’été, selon l’article du New York Times. Nombre d’entre eux n’ont pas de permis de travail, et donc ni contrat ni aucune protection, dans les quelques 600 000 petites exploitations agricoles, essentiellement dans le nord du pays près de la mer Noire.

La plupart des exploitations comptent moins de 50 salariés, ce qui les dispense de respecter le code de travail turc. Une exception appliquée au secteur agricole. Selon l’ONG Fair Labor, les saisonniers travailleraient 11 à 12 heures par jour et 7 jours sur 7 : les jours non travaillés n’étant pas rémunérés. Des conditions de travail pénibles, mais aussi dangereuses, sur des terrains très accidentés, qui s’appliquent aussi à des enfants âgés de moins de 15 ans pour certains. Le tout pour un salaire journalier de 9 euros duquel les travailleurs doivent déduire la rémunération d’intermédiaires qui mettent en relation agriculteurs et saisonniers. Une commission allant de 8 à 10 % du salaire.

En Turquie, plus d’un enfant sur cinq travaille

 Face à ces allégations, le groupe dirigé par Giovanni Ferrero, dont la fortune personnelle s’élève à 22,3 milliards de dollars selon le classement Forbes, se défend. Réagissant à l’article du New York Times, l’entreprise met en avant sa collaboration avec l’Organisation internationale du travail et l’obtention de résultats pour la protection des réfugiés syriens. Sans donner plus de détails. Elle assure également « prendre la situation des travailleurs de la filière noisettes très au sérieux et avoir pris plusieurs engagements ces dernières années pour garantir des conditions de travail plus sûres et décentes ».

Un optimisme que ne partage pas l’ONG Fair Labor qui avance que 99 % des saisonniers travaillent 7 jours sur 7 et que 72 % d’entre eux estiment avoir à peine assez d’argent pour s’en sortir. « En six ans de suivi, nous n’avons jamais trouvé en Turquie une seule exploitation de noisetiers dans laquelle toutes les normes du travail décent sont respectées », assure Richa Mittal, la directrice de l’innovation et de la recherche de la Fair Labor Association. Pour ce qui est du travail des mineurs, le ministère du Travail turc a lancé en 2018 un plan d’action contre l’exploitation et le travail des enfants, évoquant un contrôle strict. Mais surveiller 600 000 exploitations agricoles, pour la seule production des noisettes, s’avère peu réaliste.

En 2012, 890 000 enfants travaillaient, dont 292 000 âgés de 6 à 14 ans, selon l’institut de statistiques TÜIK. Une situation qui n’a pas franchement évolué favorablement. En 2017, le pourcentage de mineurs de 15 et 17 ans travaillant pour subvenir aux besoins de leur famille était de 20,3 %. Il a augmenté en 2018 pour atteindre 21,1 % selon l’agence de presse gouvernementale Anadolu. Et ce, malgré le plan d’action du ministère du Travail. Une réalité que semble préférer ignorer Ferrero et Nutella.

Publié le 06/06/2019

Que nous reste-il ?

Jean Ortiz (site humanite.fr)

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé

Que nous reste-il ? L’essentiel : la conviction partagée par des millions d’hommes et de femmes que le capitalisme menace aujourd’hui non seulement la société humaine mais aussi son biotope, ses écosystèmes, que la course au profit met en danger le climat autant que les relations humaines. Que sans un formidable virage à 180°, on ne va pas dans le mur, on y est déjà ! Comme dit Evo Morales : « c’est le capitalisme qu’il faut changer, pas le climat ! »

Les communistes portent des valeurs universelles et d’avenir, oui, d’avenir : le partage, les communs, la socialisation, le service public, la fraternité humaine, la solidarité, l’internationalisme... Une fois de plus, nous avons manqué de lisibilité, de crédibilité. « Y’a le feu à la maison ! » comme on dirait familièrement. Et si nous sommes à 2,5%, talonnés par le parti animalier ( !), il est trop facile d’en attribuer la faute à d’autres que nous. Mettre l’homme au centre, il n’y a pas plus beau concept, encore faut-il que ce ne soit pas des paroles en l’air... Les mêmes pratiques, sectaires et étroites, et finalement réformistes, conduisent aux mêmes résultats. Avoir renoncé jusqu’au terme de « révolution » ne nous a pas vraiment réussi. Avant, nous apparaissions comme « différents » ; aujourd’hui, nous sommes assimilés aux magouilles du monde politicien, à un parti « comme les autres ». Donc rejeté, avec double et triple peine pour nous, après le Mur de Berlin et tout le reste. Voilà ce qui m’est insupportable. Parce que la majorité des communistes restent différents, altruistes, désintéressés, idéalistes, ne s’engagent pas par souci de réussite ou d’affirmation sociale. Les grosses voitures et tout le tralala, il y en a peut-être quelques-unes égarées, mais ce n’est pas la norme chez nous.

Que nous reste-il ? L’essentiel. Les constats partagés, les ravages, la primauté accordée au fric, à la mondialisation « libérale ». Nous sommes nombreux à être d’accord avec le bilan délétère, homicide, liberticide, du capitalisme. Ma génération a beaucoup donné et a connu d’autres étiages. Nos changements ont souvent été perçus comme des zigzag, des adaptations opportunistes, comme un affaiblissement de nos valeurs. La question est celle d’une « mutation » effectuée trop tard, ou timidement, ou sur la défensive, souvent sous les pressions idéologiques et médiatiques pour nous dépouiller du parti révolutionnaire, donc à contre-courant, dont nous avons besoin.

Et dire que la colère populaire reste très forte précisément au moment où le PCF est menacé dans son existence même. Etre critique m’apparaît salutaire, si l’objectif est d’ouvrir avec toutes celles et ceux qui convergent sur la nécessité d’une rupture avec le système actuel. Je suis convaincu d’une chose : sans le PCF, la bourgeoisie peut dormir sur ses quatre oreilles.

 

 

Publié le 04/06/2019

Tout va (toujours) bien au pays des puissants
 

de : Julien (site bellaciao.org)
 

Alors que de plus en plus de Français se serrent la ceinture, à l’autre extrémité de l’échelle sociale, les gros patrons, eux, font de nouveaux trous dans la leur. François-Henri Pinault, Jean-Pierre Denis, Ronan Le Moal… : portrait de ces dirigeants à l’appétit insatiable.

Après plus de six mois de mouvement des «  gilets jaunes  », l’heure n’est toujours pas à la «  sobriété heureuse  » chez les puissants. Certes, il faudrait être bien naïf pour imaginer que la grogne sociale des Français qui n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois ait eu quelque répercussion que ce soit sur le train de vie des élites et «  premiers de cordée  » tricolores. Mais avec la «  saison  » des assemblées générales des grands groupes qui bat son plein s’ouvre aussi celle de l’annonce des rémunérations de leurs dirigeants. Et force est de constater que ces derniers n’ont retenu aucune leçon des mois passés  ; pire, certains d’entre ces «  grands  » patrons se gavent plus que jamais.

À commencer par François-Henri Pinault, le PDG de l’empire du luxe Kering, numéro deux mondial du secteur. Un empire, soit dit en passant, directement hérité de son père, l’entrepreneur breton François Pinault : pas vraiment le meilleur exemple de la méritocratie à la française, tant vantée par nos dirigeants politiques... Qu’à cela ne tienne : comme Les Echos l’ont récemment rapporté, Pinault Junior vient de s’accorder une rémunération record au titre de l’exercice 2018, celle-ci atteignant le montant astronomique de 21,8 millions d’euros, contre «  seulement  » 2,7 millions d’euros l’année précédente.

Comment expliquer un tel bond en douze mois  ? Si le salaire de François-Henri Pinault reste stable, à 1,2 million d’euros, et si sa part variable annuelle n’augmente «  que  » de 38 %, pour atteindre 1,944 million, c’est la rémunération variable pluri-annuelle du patron de Kering qui s’est véritablement envolée, à quelque 18,6 millions d’euros. Une somme qui correspond à plus de 20 000 «  KMU  », des unités monétaires propres au groupe, indexées sur son cours en Bourse, cours qui a été multiplié par 3,5 depuis 2014. Et voilà comment celui qui déclarait en fin d’année dernière «  comprendre  » la colère des «  gilets jaunes  » s’arroge l’une des plus pharaoniques rémunérations de tout le CAC 40... Indécent, tout simplement.

L’indécence est une « qualité » amplement partagée dans les hautes sphères du capitalisme. Et ce n’est pas Jean-Pierre Denis — un autre Breton, décidément — qui dira le contraire. Son nom n’est sans doute pas très connu  ; et pour cause : notre PDG dirige la banque Arkéa, un établissement relativement modeste en comparaison des mastodontes français que sont BNP Paribas, la Société Générale ou encore le Crédit Mutuel — Crédit Mutuel dont Arkéa n’est, d’ailleurs, qu’une simple filiale. À ce titre, comme on peut le lire sur le dernier «  document de référence  » de la banque, Jean-Pierre Denis a reçu la bagatelle de 1,6 million d’euros pour l’année 2018. Son numéro deux, Ronan Le Moal, n’est pas en reste, et émarge à près de 1,3 million d’euros.

Pas mal, très bien même, pour une «  petite  » banque quasiment inconnue du grand public. Mais Jean-Pierre Denis et son directeur général sont des habitués de ces «  rémunérations hallucinantes  », comme les qualifie Laurent Mauduit, de Mediapart. En 2016 et 2017 déjà, les deux hommes avaient engrangé respectivement 1,6 et 1,3 million d’euros. Soit davantage que les PDG de multinationales comme Stéphane Richard (Orange) ou Lakshmi Mittal (ArcelorMittal). Sommes auxquelles il convient encore d’ajouter les innombrables «  jetons de présence  » que Jean-Pierre Denis touche au titre de sa participation à quantité de conseils d’administration, dont Nexity (31 406 euros en 2016) et... Kering (104 842 euros). Indécence, toujours et encore.

Mais cela pourrait aller encore plus loin. Les dirigeants d’Arkéa sont, en effet, enlisés dans un conflit sans fin avec le Crédit Mutuel, dont ils souhaitent quitter le giron. Le moyen, pour eux, de conserver leur «  indépendance  »  ; l’astuce, surtout, pour continuer de s’attribuer de si mirobolants salaires sans avoir de comptes à rendre à quiconque, et surtout pas à leurs propres sociétaires, leur projet de désaffiliation visant prioritairement à faire d’Arkéa une banque capitalistique classique, et non plus un établissement mutualiste et coopératif. Voire de l’introduire en Bourse, avec la complicité du petit milieu de la finance parisienne, dont le fonds d’investissement Tikehau Capital — où siège, surprise, un certain... Jean-Pierre Denis qui y côtoie François Fillon.

La rapacité des grands patrons n’est, évidemment, pas le lot des seuls dirigeants français, qui font presque figure de petits joueurs face à leurs homologues américains. À l’image de Mark Zuckerberg, dont la fortune — théorique, car elle aussi indexée sur le cours en Bourse de Facebook — a bondi de 20 milliards de dollars depuis le début de l’année. Idem pour Jeff Bezos, le tout-puissant PDG d’Amazon, qui en une seule semaine a gagné 3,2 milliards de dollars, une paille au sein d’une fortune estimée à près de 158 milliards. Et la liste continue : en tout, cinq milliardaires américains ont gagné 13 milliards de dollars en une seule semaine.

Tout va donc (toujours) très bien au pays des puissants, merci pour eux.

Publié le 03/06/2019

Tentation hégémonique. EELV, en deuxième position du « ni droite ni gauche »

Audrey Loussouarn et Marie-Noëlle Bertrand (site humanite.fr)

Pour les écologistes, la politique française se jouerait désormais entre eux, le RN et LaREM. Leur électorat attend néanmoins qu’ils se positionnent plus clairement sur leurs valeurs, alors qu’ils devancent une gauche au tapis.

Yannick Jadot fut aussi bref qu’enflammé. La tête de liste d’EELV réélue au Parlement européen s’est réjouie dimanche soir de cette « vague verte » européenne et de son score (13,4 %) qui place les écologistes en troisième force du scrutin. Pour lui, une responsabilité incombe désormais à ses troupes : mettre en œuvre « la construction d’une alternative, d’un projet puissant », compatible avec les enjeux climatiques et sociaux et faisant barrage aux velléités des extrêmes droites européennes. Le chef de file prend un « engagement », celui de « mettre sur pied un comité citoyen d’initiative et de surveillance sur l’Europe qui réunira les acteurs de la société civile, les syndicats, les scientifiques, les entreprises et les citoyens » afin d’évaluer le travail des parlementaires et « d’en rendre compte chaque mois ».

« L’écologie, ce n’est pas la gauche »

Ce soir-là, Yannick Jadot n’a pas une seule fois attaqué frontalement le système libéral et capitaliste, maintenant ainsi l’ambiguïté autour d’un « ni droite ni gauche » et d’une adhésion à « la libre entreprise et l’économie de marché », entretenues tout au long de la campagne. EELV, favorable aux traités européens, est pourtant sommé de clarifier les valeurs politiques que ses élus entendent désormais défendre à Bruxelles. C’est que les attentes sur la question climatique se sont clairement affichées dimanche soir. Sans compter que le parti, boosté par les nombreuses mobilisations pour le climat, arrive en tête des votes des 18-24 ans (22,1 %), qui risquent de l’attendre au tournant. Répondra-t-il par exemple aux sirènes de LaREM, qui, d’après la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, compte bien se rapprocher des écologistes ? « Il n’est pas question de faire des alliances contre nature, mais de construire des rapports de forces autour des batailles à gagner, estimait dimanche soir Damien Carême, maire de Grande-Synthe (Nord) et troisième candidat de la liste. À chaque fois qu’il s’agira de remporter des bagarres, nous continuerons à chercher des coalitions avec tous ceux qui sont prêts à se battre avec nous, qu’il s’agisse de Pascal Canfin ou de Pascal Durand. » Soit deux anciennes figures d’EELV désormais macronistes.

« L’écologie, ce n’est pas la gauche », tranchait il y a peu Yannick Jadot, qui dimanche soir n’a pas une seule fois fait allusion à cette partie de l’échiquier politique. Le parti, qui a payé un long effacement – alliances gouvernementales et à la présidentielle avec le PS –, est parti très vite en campagne, adoptant même sa liste, et donc sa stratégie, dès juillet dernier. Son pari : se refaire une santé, après la perte de ses groupes au Parlement composés de 18 députés et de 10 sénateurs. Son but désormais se résume à rassembler davantage les acteurs et citoyens qui se rejoignent sur les combats écologiques. « Nous ne voulons pas reconstruire la gauche. Il y a trois forces en France : l’extrême droite, les conservateurs et nous. Nous sommes dorénavant la charpente principale dans un champ de ruines », estime Julien Bayou, porte-parole d’EELV. Une tentation hégémonique – qui a un air de déjà-vu –que confirmait hier Yannick Jadot : « Les écologistes représentent le seul projet d’avenir. Ce n’est pas la recomposition de la gauche plurielle de 1997 qui fait se mobiliser la jeunesse. Se mettre autour d’une table entre partis politiques, c’est fini. »

Audrey Loussouarn avec Marie-Noëlle Bertrand

Publié le 02/06/2019

 

J’ai reçu une lettre de Julian Assange

 

Dans ses premiers commentaires publics aux partisans depuis son arrestation, Julian Assange, fondateur et éditeur de WikiLeaks, a détaillé les conditions répressives auxquelles il fait face dans la prison britannique de Belmarsh et a appelé à une campagne contre sa menace d’extradition vers les États-Unis.

Les commentaires d’Assange ont été formulés dans une lettre adressée au journaliste britannique indépendant Gordon Dimmack, qui a décidé de la rendre publique à la suite de l’annonce faite jeudi dernier par le ministère US de la Justice de nouvelles accusations contre Assange en vertu de la loi sur l’espionnage.

J’ai été privé de toute capacité de préparer ma défense, sans ordinateur, sans Internet, pas de bibliothèque jusqu’à présent, et même si j’y avais accès, ce ne serait qu’une fois par semaine et pour une demi-heure avec tous les autres [détenus]. Pas plus de deux visites par mois et il faut des semaines pour inscrire quelqu’un sur la liste des visiteurs à condition de fournir toutes leurs coordonnées pour faire l’objet d’une enquête de sécurité. Ensuite, tous les appels, à l’exception de ceux des avocats, sont enregistrés et d’une durée maximale de 10 minutes dans une période limitée de 30 minutes par jour, pendant laquelle tous les détenus se disputent le téléphone. Et le crédit ? Juste quelques livres sterling par semaine et personne ne peut appeler de l’extérieur.

En face ? Une superpuissance qui se prépare depuis 9 ans et qui a consacré de centaines de personnes et dépensé des millions sur cette affaire. Je suis sans défense et je compte sur vous et d’autres personnes de valeur pour me sauver la vie.

Je suis toujours debout, mais littéralement entouré de meurtriers. Mais l’époque où je pouvais lire, parler et m’organiser pour me défendre, défendre mes idéaux et mon équipe est révolu jusqu’à ce que je retrouve ma liberté. Ce sont tous les autres qui doivent prendre ma place.

Le gouvernement américain ou plutôt les éléments regrettables qui le composent et qui abhorrent la vérité, la liberté et la justice, cherchent par n’importe quel moyen à obtenir mon extradition et ma mort au lieu de laisser le public entendre la vérité pour laquelle j’ai remporté les plus hautes distinctions en journalisme et été nominé sept fois pour le prix Nobel de la paix.

En fin de compte, tout ce que nous avons est la vérité.

 

Julian Assange

 

Traduction "s’ils comprennent un jour, ils comprendront trop tard" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

Source de la transcription de la lettre ici : https://www.wsws.org/en/articles/2019/05/25/assa-m25.html avec ajout d’un petit bout manquant en déchiffrant les images de la lettre ici : https://www.thecanary.co/feature/2019/05/24/as-us-seeks-to-crush-media...

URL de cet article 34952
https://www.legrandsoir.info/j-ai-recu-une-lettre-de-julian-assange.html

Publié le 30/05/2019

 

Parlons (Inter) Net

 

 

Rantanplan crée la surprise aux élections européennes

 

Les fachos (23,31%) ont dépassé leur concurrent, LREM (22,41%), ce patchwork fait de droitiers et de renégats de tous bords (sauf les communistes : Brahouezec et Hue ayant été refusés).

Avec 13,47%, EELV, dont les candidats avaient prévenu par avance qu’ils trahiraient, sitôt élus, devance largement LFI (6,31%), talonnée par le PS-Place Publique-Nouvelle Donne (6,19%).

Mais le plus intellectuellement désolant est le score du parti animaliste, 2,17%, soit presque le double que l’UPR (1,17%) et bien plus que LO (0,9%).

Avec 2,49%, le PCF, disposant d’un appareil, de militants, de milliers d’élus et d’un candidat qui a mené une bonne campagne, obtient à peine 0,32% de plus qu’un mouvement dont le credo était la photo d’une tête de clebs sur un panneau électoral.

Vu l’état d’abêtissement par les médias du corps électoral, le PCF aurait dû présenter le célébrissime et si aimé Pif le Chien pour distancer Rantanplan.

 

Théophraste R.

Auteur du pamphlet rageur (en cours de relecture) : « Si les Français sont des veaux, ils devraient se méfier des coyotes et des giens boliziers de raze Perchers Allemands ».

Publié le 29/05/2019

 

Désordre - Discussion avec Leslie Kaplan

« Ça suffit la connerie ! »

 

Paru dans lundimatin#192 (site lundi.am)

 

Leslie Kaplan vient de publier Désordre aux éditions P.O.L.. C’est un petit comte très drôle, peut-être pas pour les enfants mais en tous cas pour aujourd’hui. Tout commence un printemps, une vague de crimes inédite et a priori incompréhensible se répand sur tout le territoire. Un instituteur étouffe son inspecteur avec l’éponge du tableau, un employé de banque balance un coffre sur la tête de son directeur, un chauffeur de maître envoie le PDG qu’il conduit dans le décor. Des dizaines, puis des centaines, des milliers d’homicides incongrus commis par des assassins qui ne prennent pas la fuite et ne se connaissent pas. Des meurtres sans phrase, sans préméditation, sans explications ou presque ; après avoir poussé un député sous un autobus (il proposait de voter une loi pour recalculer les heures supplémentaires), un fraiseur commente son geste : « Ça suffit la connerie ! ». Les médias, les sociologues, les commentateurs n’y comprennent rien pendant que la population se divise entre celles et ceux qui sont pour ou contre les assassins.

Aussi enthousiaste du Désordre que nous, Nathalie Quintane s’est entretenue avec Leslie Kaplan.

 

Nathalie Quintane : D’abord, j’aimerais savoir à quel moment vous est venue cette idée de crimes en série ?

Leslie Kaplan : En février… Ça faisait un moment qu’il y avait tout un tas de bêtises qui étaient dites sur ce qui était en train de se passer, sur la violence… Je voulais que ce soit publié assez vite… C’est un texte écrit sur le moment. Ça me paraissait logique, de l’écrire et de le publier dans la foulée. 

Les criminels usent tous d’outils, des outils qu’ils ont sous la main — car les crimes ne sont pas prémédités —, et qui renvoient à leur travail.

Je voulais que ces personnes viennent de partout, dans la société… Une petite qui travaille dans un grand magasin au rayon maquillage aussi bien qu’un paysan, qu’un instit’… Les outils venaient avec… L’instituteur qui étouffe son inspecteur avec l’éponge du tableau !

Vous soulignez que tous ces meurtres sont individuels, marqués par l’individualisme… enfin, vous dîtes d’abord qu’ils sont « impersonnels », puis « individuels », puis qu’ils gagnent en abstraction… Avec beaucoup d’ironie, vous écrivez que c’était « de l’ordre du travail bien fait, du devoir accompli »…

Je trouvais amusant et pertinent qu’il y ait un décalage avec la réalité. Ce n’était pas un mouvement, mais des crimes individuels, ce qui me permettait ensuite d’insister sur l’idée de crimes de classe — il n’y a aucun grief directement personnel, sauf qu’à chaque fois, on est concerné… C’était une façon de parler de l’implication de chacun. Par exemple, il est dit que le patron était « très gentil », qu’il « aimait la petite puce », son employée ; on peut croire que c’est un rapport d’empathie alors qu’en fait c’est un rapport patriarcal comme il y en a plein. Quant à l’abstraction grandissante des crimes, c’est que la question politique s’impose de plus en plus. Le premier « ça suffit la connerie », la première fois que cette phrase est prononcée, arrive à propos d’un député qui veut revenir sur les heures supplémentaires… C’est plus abstrait qu’un rapport direct entre un ouvrier et un patron. 

Le livre commence par la phrase : « Il y eut ce printemps-là une série de crimes particuliers, rapidement nommés dans la presse "crimes du XIXe siècle ". » Tout le texte tient un peu dans ce début, ce partage entre les actes et la manière dont ils sont rapportés dans les médias…

La question de la lutte des classes, on essaye de l’effacer au maximum… Donc on renvoie au XIXe siècle, comme si c’était archaïque… Le terme qu’on trouve pour qualifier ces crimes, c’est le « mauvais esprit »… 

Ah oui, ça, c’est génial, c’est très drôle !

C’est très bourgeois aussi, ça se veut neutre… Et ça fait sentir la force de l’idéologie, de la société… On ne peut pas se cacher que c’est à la fois très bête et très puissant. 

 

Dans Mathias et la révolution, paru chez P.O.L. en janvier 2016, vous écriviez « On n’a pas encore trouvé la suite. » Ces crimes (ou quelque chose de cet ordre-là) sont-ils une suite possible, voire obligée ? 

(rires) Soyons clair : ce qui est écrit est écrit ; ce qui est commis, c’est pas pareil ! Il n’est absolument pas interdit de penser, c’est une chose de base ; tout est possible au niveau de la pensée mais tout n’est pas possible au niveau des actes. C’est dit dans le livre d’ailleurs : est-ce que les criminels trouvaient un caractère exemplaire à leur crime ? Et il est répondu : non. Ne mélangeons pas… 

La forme que vous avez choisie, une sorte de conte, laisse jouer à plein l’implicite. Le narrateur-trice semble toujours du bon côté du manche, celui des dominants ; il n’y a que des indices brefs de ce que ça cafouille (la rareté des gares, par exemple)… Jamais la révolte actuelle, celle des Gilets Jaunes, n’est nommée — et pourtant elle est tout le temps là ; jamais la domination (médias, gouvernants, gros entrepreneurs…) n’apparaît nommément non plus — pourtant on les reconnaît. 

C’était prendre un point de vue "objectif", "neutre"… Choisir une position d’extériorité me semblait efficace. C’est l’une des formes de l’humour : on est dehors, devant l’absurde des événements qui se déroulent. Ça permet d’accentuer l’absurde. 

Pouvez-vous revenir sur l’importance "du détail, du saut et du lien" [1] dans Désordre. Vous avez dit que c’étaient des points importants dans votre pratique de l’écriture...

Quand on écrit et qu’on cherche à « attraper le réel », c’est toujours le détail qui compte, parce que le détail est une condensation d’une quantité incroyable de choses. L’outil utilisé comme une arme… Le saut, c’est la fameuse phrase de Kafka : « Ecrire, c’est sauter en dehors de la rangée des assassins »… La fiction et l’écriture en général impliquent ce saut. Ce qui est écrit ou pensé n’est pas la même chose que ce qui est agi. Le lien, c’est avec tout ce qui se passe, dans le monde aussi bien que dans l’histoire ou la littérature. Les Gilets Jaunes ont mis le doigt sur plein de choses diverses, différentes, qui font lien avec plein de choses qu’on a dans la tête… ce qu’on a vécu … 68… les Nuits debout, etc. Évidemment, les Gilets Jaunes, c’est très différent de 68 : ça n’a pas démarré avec les étudiants, il n’y a pas d’occupations d’usines et pas de grève générale. Mais c’est un mouvement populaire qui est parti d’un détail minuscule… En 68, c’était les étudiants à Nanterre, la question des chambres des filles et des garçons… et crac, ça a mis en cause le fonctionnement universitaire, le savoir, la maîtrise… Les Gilets Jaunes sont partis de la question du prix de l’essence et puis se sont mis à parler de la démocratie, de comment on est représenté, qu’est-ce que ça veut dire, qu’est-ce que c’est que cette forme de démocratie qu’on connaît depuis longtemps, est-ce que ce n’est pas à bout de souffle, etc. Et la question de la parole, ça j’y tiens. Comment, lorsqu’il y a un mouvement, on se met à parler dans tous les sens, sans hiérarchie, à dire ce qu’on pense, à avoir une pensée associative et en même temps porteuse de vérités et de pertinence ; et puis on trouve à qui parler, on trouve des interlocuteurs. On est allé en famille, avec les petits-enfants, à Commercy, et c’était incroyable… Les gens parlaient de choses à la fois minuscules et fondamentales. Il y avait 75 délégations ! Et une volonté de clarifier les choses, concernant les accusations de racisme ou de sexisme...

Désordre est venu d’ailleurs juste après L’assemblée des assemblées, fin janvier.

 

Dans Mai 68, le chaos peut être un chantier (P.O.L., 2018), vous écrivez que le déni est une forme de silence, une façon de faire taire, par des couches de discours…

Je pense au 1er mai… à la Salpêtrière… on était à la manif… Quel mensonge grotesque… Là, c’est autre chose qu’un déni, c’est un mensonge flagrant. 

J’y étais. J’ai bien cru qu’on allait s’écraser sur ces grilles… Heureusement, il y a deux trois jeunes qui ont eu le bon réflexe, d’y grimper et de tout faire pour les ouvrir. Ce qui m’a étonnée, c’est que la plupart des gens autour de moi n’avaient pas du tout de protection, même pas un foulard…

Ils ne se méfient pas. C’est le premier mai, merde ! On était entourés de gens qui venaient simplement manifester le premier mai. Les gens manifestent, et en même temps ils savent ce qui peut se passer, mais ils se disent que ça ira … C’est compliqué…

« Ça suffit la connerie » : c’est le bandeau qui attire l’œil sur votre livre, dans les librairies. C’est aussi la phrase que se mettent à reprendre les criminels au moment de l’action, et qui s’oppose à celle des médias : « Mais ce n’est pas politique »… « Ça suffit la connerie », c’est la réponse du peuple, des citoyens, une réponse au déni du politique ?

Le bandeau et la quatrième, c’est une idée de P.O.L. Dans le livre, la phrase vient d’un ouvrier fraiseur au chômage : il pousse sous un camion un député qui veut proposer une loi sur les heures supplémentaires… pour plus de compétitivité, etc… le discours néo-libéral absolu. Cette phrase, « ça suffit la connerie », c’est une réponse politique, et quand on ne veut pas voir que c’est une réponse politique, on est aussi dans le déni de ce que c’est que le politique. Le politique, ce n’est pas « en plus », ce n’est pas « à côté », ça traverse n’importe qui depuis toujours, depuis qu’on parle, depuis qu’on vit ensemble. Ça ne définit pas un programme. Mais c’est certainement une phrase politique.

Mathias, Mai 68, Désordre… on a une trilogie… Il y a comme un retour assez puissant de la question de la révolution (au-delà des reprises du mot qui s’acharnent à le relativiser ou le détourner de son rôle de levier politique).

La révolution, c’est comme la question du politique… elle est toujours là. Depuis mon premier livre, paru en 1982, L’excès-l’usine, où d’ailleurs il n’y a pas un mot sur 68… La révolution, c’est un point de vue. Il faut juste faire attention, quand on écrit, à ne pas en faire un mot creux. Ce n’est pas un ’retour’, en ce qui me concerne, dans la mesure où la question du changement du cadre de pensée a toujours été là… comment changer le cadre de pensée. L’excès-l’usine partait de la banalité de l’usine ; l’enjeu, c’était de montrer que c’était le summum de l’horreur. Le mot révolution n’est pas dans ce livre. Dans Le psychanalyste, là, ça concerne des individus… Tout d’un coup, il peut y avoir un tremblement de terre intérieur, quand tu entends quelqu’un te dire : « Oui, mais c’est peut-être le contraire ». C’est peut-être le contraire de ce qu’on pense. Comment, chez quelqu’un, s’ouvre la possibilité de penser autre chose que ce qu’il pense habituellement. Dans l’écriture, c’est ce qui m’a toujours intéressé. Mathias ou la révolution partait de cette envie de parler de la révolution française, de la manière dont elle peut avoir un impact aujourd’hui… et juste après la parution du livre…Nuit debout. Louise elle est folle, écrit sous Sarkozy, résonne vraiment maintenant. 

Est-ce que vous vous sentez parfois portée par ce qui se passe… Il m’arrive d’avoir des bouffées d’enthousiasme…

L’enthousiasme, c’est toujours bien, c’est archi-important. Il y a des choses qui bougent, oui… Mais regardez par ailleurs comme ils sont forts… Bolsonaro, Trump… 

 

Quels films et quels livres récents vous semblent à la hauteur de l’époque ?

La guerre des pauvres, d’Eric Vuillard, c’est bien. Le titre fait écho à ce qui se passe. Ça apprend des choses, ça fait réfléchir. Après, c’est à chacun d’en faire quelque chose… ça laisse une grande liberté au lecteur. L’ordre du jour, ça a plu aux gens du Goncourt… j’imagine que ce n’est pas pour les mêmes raisons qu’à moi ça m’a plu. Papiers, de Violaine Schwartz, c’est très bien, très simple… une transcription d’entretiens et la folie de l’administration, la bureaucratie. Quant au cinéma, Serge Daney, le fondateur de la revue Trafic, continue encore aujourd’hui à m’aider à penser, à tout penser, le monde, la société, le cinéma. P.O.L. a réédité tous ses articles, j’en relis régulièrement, par exemple, « Marché de l’individu et disparition de l’expérience ».  J’veux du soleil de François Ruffin c’est un bon documentaire sur le mouvement des Gilets Jaunes. Mais j’ai vraiment eu un choc en voyant récemment tous les épisodes de La Flor, de Mariano Llinas, c’est un film extraordinaire, 4 fois 3 heures, comment à partir de la fiction on peut TOUT penser. Ça se passe en Amérique Latine, dans les années 80, chez les guérilleros, chez les espions, à l’Est, à l’Ouest, et c’est complètement actuel, terrible, poignant, comique, renversant.

[1] Voir l’excellent dossier sur le travail de Leslie Kaplan https://remue.net/Leslie-Kaplan-Le-detail-le-saut-et-le-lien

 

Publié le 26/05/2019

Un sursis pour les propriétaires des cabanes des Aresquiers à Frontignan ?

 

Par Elisabeth Badinier, France Bleu Hérault (site francebleu.fr)

La justice vient de donner un espoir aux propriétaires des cabanes des Aresquiers à Frontignan qui sont sous la menace d'une expulsion, car situé en zone rouge, la préfecture va devoir reprendre tout le dossier à zéro.

La préfecture va devoir reprendre le dossier à zéro si elle veut expulser les propriétaire des cabanes des Aresquiers © Maxppp -

Les Aresquiés, Frontignan, France

Peut-être un espoir pour les habitants des cabanes des Aresquiers à Frontignan. Une trentaine d'habitants entre l'étang et le canal sont sous la menace d'un arrêté d'expulsion et d'une destruction de leurs maisons situées en zone inondable depuis 2016. Depuis plusieurs années, ils multiplient les recours pour obtenir le droit de rester dans leurs maisons.  Et la justice vient de leur donner une petite ouverture en estimant que les cabanes des Aresquiers n'étaient pas construites sur le domaine public de l'État mais sur le domaine privé de l'État. 

Pour expulser les habitants, la préfecture va devoir reprendre le dossier à zéro

C'est très technique mais ça change tout. Jusque là, toutes les décisions de justice pour faire partir les habitants des Aresquiers s'appuyaient sur le fait que les maisons étaient construites sur le domaine public. La cour administrative d'appel de Marseille estime aujourd'hui qu'elles sont sur le domaine privé de l'Etat. L'arrêté d'expulsion de la préfecture de l'Hérault est donc à présent caduc. 

Si la préfecture persiste dans sa volonté de faire partir les habitants des cabanes des Aresquiers, elle va devoir reprendre le dossier à zéro, sans doute plusieurs années de procédure. C'est donc déjà un énorme sursis.

Les habitants pourront prétendre à des indemnisations ce qui n'était pas le cas jusque-là

D'autre part, si à terme la justice se prononçait de nouveau pour la destruction des maisons, alors l'Etat devra indemniser les propriétaires. Jusque là, rien n'était envisagé, l'arrêté préfectoral prévoyait d'expulser puis de raser les maisons sans aucune compensation financière. Les occupants n'étaient même pas considérés comme les propriétaires de leur maison. Rappelons que la préfecture estime que ces constructions sont en zone inondable, en zone rouge. Les habitants qui vivent là pour certains depuis 30 ans, n'ont jamais vu d'eau dans leur maison.

La préfecture peut encore déposer un recours devant le conseil d'Etat

Le président de l'association des riverains du canal des Aresquiers,  Jacky Campla reste très prudent après cette décision de justice d'autant que la préfecture de l'Hérault peut encore déposer un recours devant le conseil d'Etat. Pour l'avocat de l'association maître Fabrice Di Frennas, il s'agit malgré tout d'une première victoire "on a gagné un combat mais pas la guerre" 

Publié le 25/05/2019

Lettre ouverte d’Odette Niles à Daniel Riolo

(site humanite .fr)

 

Monsieur,

 

À bientôt 96 ans, j'écoute encore la radio, c'est un compagnon fidèle de mes journées. Ces jours-ci, je l’écoute d’autant plus qu’elle me permet de suivre les émissions de mon candidat, le candidat du Parti communiste, mon cher Ian Brossat.

Je vous écoutais donc ce matin, je ne connaissais pas vos opinions, j’ignorais jusqu’à votre nom. Et je vous ai entendu parler de la résistance. En vous entendant rire, ce matin, j’ai eu un haut le cœur. Comment avons-nous pu en arriver à cela aujourd’hui, comment certains peuvent ils parler d'un temps qu'ils n'ont pas vécu avec autant de mépris ou de raccourcis ?

 

Il y a quelques mois encore, je me rendais dans les écoles pour que vive la mémoire de la résistance, pour que les générations qui nous survivront ne puissent jamais oublier l’histoire.

 

En vous écoutant tout à l'heure, je me suis dit combien j’aurais aimé pouvoir vous rencontrer, vous rencontrer enfant, vous rencontrer dans votre école pour partager avec vous ce que fut la réalité.

 

J’aurais aimé pouvoir vous parler de ces femmes et de ces hommes communistes que j'ai rencontrés, que j’ai aimés, qui ont donné leur jeunesse ou pour certains, versé leur sang pour notre pays. J’aurais aimé pouvoir vous dire ce qu’était leur vie, leur joie, leur espoir. Parmi eux, il y avait un être qui me fut cher : Guy Môquet. Le connaissez-vous seulement ?

 

Mes jambes me manquent aujourd’hui pour aller d’école en école, il ne me reste plus que l’écrit et mes souvenirs encore clairs de cette période de ma jeunesse.

 

Jusqu’à mon dernier souffle, j’aurais à cœur de me battre pour que notre mémoire vive et qu’elle ne soit ni trahie ni salie.

 

C’est l’inculture qui conduit à l’ignorance, l’ignorance qui conduit à l’oubli. Le négationnisme commence toujours ainsi : par un rire, par une moquerie. On explique alors qu’il ne s’agit que d’un détail de l’histoire.

 

Je ne peux plus me déplacer mais je peux encore témoigner et donc vous rencontrer : si vous l'acceptiez, je vous invite à venir chez moi afin que nous puissions échanger et parler et que je puisse vous dire les yeux dans les yeux ce que furent ma vie et mes engagements. Guy Moquet, à 17 ans, a su écrire, "vous qui restez soyez dignes de nous les 27 qui allons mourrir", je serai toujours digne et je vous enjoins de respecter cette dignité de ce jeune qui nous laisse un message porteur pour l'avenir et non un message de peur face à la mort. Auriez- vous eu cette dignité à 17 ans ? L'histoire avant d'être écrite, doit être vécue !

 

Je vous prie de croire en l’expression de mes salutations distinguées.

 

Odette Nilès,

Ancienne internée du camp de Choisel à Chateaubriant

Officier de la Légion d'honneur

Publié le 23/05/2019

L’Europe, entre Erasmus et jungle capitaliste

(site lamarseillaise-encommun.org)

S’il est une réalité politique difficile à appréhender, encore plus que celle des Etats-nations qui la composent, c’est bien celle de « l’Europe », comme ils disent.


Comme ils disent parce qu’il faudrait déjà passer des heures à dissiper la confusion médiatique (savamment entretenue ?) entre l’Europe (« De L’Atlantique à l’Oural » comme disait un personnage célèbre) et l’Union européenne, construction relativement récente, élargie à 28 pays depuis 2013. Dans cette entreprise de démystification, la dernière nécessité en date serait de déjouer le piège de l’opposition fallacieuse entre « progressistes » (Macron-Nathalie Loiseau, défense de rire) et nationalistes. D’autres s’y emploient dans certaines formations politiques. On ne s’y attardera donc pas ici.


Jusqu’ici, force est de constater que le beau rêve européen (après tout, Victor Hugo appelait déjà de ses vœux la réalisation des « Etats Unis d’Europe ») s’est plutôt transformé en cauchemar. Et que la désillusion n’est pas pour rien dans la désaffection que subit ce scrutin électoral, même si la proportionnelle offre à davantage de courants la possibilité d’être représentés à l’assemblée de Strasbourg. Et ceux qui « à gauche » ont choisi, dès les années 1980, « l’Europe d’abord » plutôt que le social, de Maastricht (1992) au référendum sur le Traité constitutionnel européen (2005), ont sacrifié à la fois l’idée européenne (tout au moins celle susceptible de dépasser les nationalismes) et les avancées sociales. L’Europe sociale sans cesse renvoyée aux calendes grecques (une pensée émue pour les citoyens et citoyennes de Grèce sacrifiés sur l’autel de l’austérité), cela nous a donné Salvini, Orban, la percée de « Vox » en Espagne et même celle de formations nationalistes dans des pays que l’on croyait presque immunisés contre un tel fléau (Suède, Finlande, Danemark…). Preuve de la faillite de la social-démocratie scandinave. Qui leur a ouvert la voie, si ce n’est tous les fanatiques du libéralisme économique décomplexé, insensibles aux souffrances et aux détresses qui se disent dans toutes les langues européennes ?

L’aveu de Juncker

Et il faudrait laisser le champ libre à ces apprentis sorciers, à un Jean-Claude Juncker qui a osé dire que les traités étaient plus importants que les votes démocratiques ?(1) Loin de la légende rose sur l’Union européenne, les mots de Juncker ont valeur d’aveu. Dans leurs mains, « l’Europe » est un outil de mise au pas des peuples et l’avant-garde de l’inscription dans le marché capitaliste planétaire. La perversité du travail détaché (des salariés venus de Pologne et d’ailleurs pour participer à des chantiers en France sans les garanties sociales du « pays d’accueil ») est telle que tout est fait pour provoquer des réactions de rejet plus que des réflexes de solidarité envers les moins bien lotis des salariés. Dans un contexte de concurrence exacerbée, ceux qui plaident pour l’égalité des droits sociaux ont peu de chances de se faire entendre.

Alors, tout serait à jeter dans la « construction européenne » ? « Et la paix entre les pays membres de l’U.E », s’indignent les belles âmes ? Certes, qui pourrait regretter l’absence de conflit armé avec nos voisins, après des siècles d’histoire européenne meurtrière ? Pourtant, de François Hollande à Emmanuel Macron, est martelée l’idée d’une « défense européenne commune ». Pour se défendre de quels ennemis ? En guise de grand dessein pour l’Europe, on peut rêver mieux.

Qui pourrait regretter le fait que certaines dispositions de l’U.E. en matière d’environnement soient plus avancées que les lois nationales ? Qui jetterait à bas le programme « Erasmus » qui permet à des étudiant-e-s de poursuivre leur cursus dans d’autres universités européennes ? Pour ceux qui ont la chance de partir en vacances à l’étranger, qui regrette le casse-tête du change d’antan avec la Lire, la Peseta ou le Deutschmark ?

La question est de savoir ce que pèsent ces dispositions face à une logique générale qui a tout du pousse-au-crime. Où sont les harmonisations sociales et fiscales ? Où est la lutte contre le dérèglement climatique qui n’a que faire des frontières ? Au fond, il n’y a peut-être que sur le dos des migrants que « l’Europe » est capable de faire cause commune. Macron et Salvini réunis. Pour que chacun se sente pleinement « européen », il faudrait commencer par en finir avec l’arrogance des premiers de cordée.

Morgan G.

Publié le 22/05/2019

Appel des profs aux citoyen·ne·s encore debout

Les enseignant.e.s en lutte contre la loi Blanquer se sont dotés d'un outil de coordination nationale : le site internet www.bloquonsblanquer.fr. Elles et ils lancent un appel à tous les citoyen·ne·s concerné.e.s par la question de l'école publique à les soutenir médiatiquement et financièrement (via leurs caisses de grève). Voici le texte de cet appel.

Nous avons lu l’appel “Nous ne sommes pas dupes” des 1400 artistes déclarant soutenir la cause des gilets jaunes.

Nous avons lu la tribune de Joël Pommerat disant :

“Je pense que l’école est le lieu propice pour une rencontre [entre l’art et les jeunes] et même qu’il s’agit de sa mission. A titre personnel, j’ai pu constater les bénéfices extrêmement concrets de ces enseignements artistiques tels qu’ils ont été pensés et mis en place il y a environ trente ans. Bien sûr, on pourrait faire encore mieux, mais ce qui m’inquiète aujourd’hui c’est le risque qu’on fasse moins bien.” (Joël Pommerat, Tribune “Monsieur Blanquer, votre réforme du lycée va dégrader la qualité des enseignements artistiques”, Le Monde, 11 mai 2019)

 A tout.e.s ceux et celles qui ne sont pas dupes et qui soutiennent les gilets jaunes dans leur lutte pour “une démocratie plus directe”, en lien avec l’état d’urgence écologique :

Nous, personnels de l’éducation engagé.e.s dans la lutte pour la survie de l’école de la République, nous disons qu’il y a urgence à s’opposer à des projets et des lois qui, de Parcoursup’ à la confiance obligatoire dès trois ans, en passant par la fin du bac et la destruction du lycée professionnel, sont en train de donner forme à une école de l’obéissance.

Mise en concurrence des élèves, des profs et des établissements entre eux, fin de la liberté pédagogique, suppression de rien moins que la liberté de choisir sa formation et son avenir (!), limitation des instances démocratiques permettant de donner son avis de prof ou de parent sur l’école… La liste est longue et non exhaustive, des articles qui, cachés derrière des mesures techniques, un jargon juridique et une communication lénifiante, visent à former des citoyen.ne.s aux ordres.

Le gouvernement est dans une logique de mensonge quand il prétend “moderniser” l’école. En réalité, il prépare un projet de loi dont les effets prévisibles sont l’instauration d’une école à deux vitesses, la marchandisation de l’éducation nationale et la fin de l’école conçue comme le lieu de la pensée critique et de l’émancipation des enfants, nos futur.e.s citoyen.ne.s.

« (...) Par leur engagement et leur exemplarité, les personnels de la communauté éducative contribuent à l’établissement du lien de confiance qui doit unir les élèves et leur famille au service public de l’éducation. Ce lien implique également le respect mutuel entre les membres de la communauté éducative, notamment le respect des élèves et de leur famille à l’égard de l’institution scolaire et de l’ensemble de ses personnels. »

L’article 1 de cette loi prévoit d’imposer, dans un langage tout orwellien, une «école de la confiance» dans laquelle les parents pourront dénoncer les enseignants et les enseignants pourront dénoncer les parents. Cet article vise à faire taire toute forme de contestation. Il n’est même pas encore adopté que partout en France, des enseignant.e.s, des lycéen.ne.s et des étudiant.e.s sont réprimé.e.s avec une sévérité qui n’a d’autre logique que de faire définitivement baisser la tête à tous ceux et celles osant encore lever les yeux et rêver d’une société vraiment juste et émancipée.

Partout en France, depuis deux ans, des profs, des parents et des jeunes se lèvent pour dire non à cette ignominie. Notre voix est étouffée, nos jeunes mis à genoux. Nous résistons. Pour combien de temps ?

Face à cette logique, les voeux pieux ne suffisent plus.

La guerre est déclarée à tous les cancres de Prévert et autres Tistou les pouces verts. Pour les défendre, il nous faut une stratégie - nous l’avons. Il lui faut des moyens – nous avons besoin d’aide.

Si dans chaque école parisienne, deux parents donnaient 10 euros, tou.te.s les profs en grève à Paris pourraient tenir cinq jours, précisément le temps d’organiser une semaine sans école dans la capitale.

Si c’est dans chaque classe qu’un parent nous soutient, c’est toute l’Ile de France qui peut tenir.

On vous laisse imaginer si notre appel est entendu dans dans toute la France...

Artistes, intellectuel.le.s, journalistes : aidez-nous à mettre des mots et des images sur ce qui est en train de se passer, utilisez notre site internet, contactez-nous pour organiser des spectacles et des ventes aux enchères au profit de nos caisses de grève, diffusez cet appel.

Et si vous avez les moyens, donnez :

https://bloquonsblanquer.fr/caissesdegreve/

Qui ne connaît pas un enfant, de la maternelle à l’université ? Nous sommes tout.e.s concerné.e.s par ces réformes iniques, car l’école de l’esprit critique et créatif est le dernier rempart de notre démocratie, le terrain fertile qui nous a rendu capables aujourd’hui de nous lever et de dire “non”.

Notre lutte gênera. Répression, désinformation outrancière  : tout est et sera documenté sur le site www.bloquonsblanquer.fr -  son formulaire de contact attend vos messages ; ses caisses de grève vos soutiens. 

Pour l’avenir de nos enfants, c’est maintenant ou jamais !

L’Assemblée Générale 1er degré des profs en lutte Paris

Et pour ajouter votre signature à cet appel, c'est ici : Signer l'appel des profs aux citoyen.ne.s encore debout

 

Publié le 21/05/2019

 

Parlons (Inter) Net

Dupond et Dupont, pièges à c…

 

Ils n’ont jamais résolu un problème, accablent les innocents et laissent filer les coupables. Confiez-leur le volant de l’Etat, ils s’emplâtrent contre un platane, ils cassent la mécanique et font couler le sang. Ils s’appellent Dupond-Dupont ou LREM-RN.

Depuis 6 mois, la France exprime tous les samedis une colère qui a surpris la classe politico-médiatique du monde entier. Le déferlement jaune faiblit, s’essouffle et ne tarit pas. Mais ne rallie pas les millions de pauvres, de chômeurs...

Le 26 mai, les électeurs vont surtout se prononcer pour ou contre Macron. Les sondages (certes bidons, truqués, auto-réalisateurs, mais…) prévoient que la principale force d’opposition de gauche aux Dupond-Dupont ne recueillera pas (loin s’en faut) 20% des voix.

La maison brûle, les Dupond-Dupont, crèvent les pneus des pompiers, les milliardaires qui possèdent les principaux médias versent de l’essence et, ô déception, ô désespoir ! nos amis Tintin, Tournesol et Haddock choisissent d’aller écouter la Castafiore à la Scala de Milan. C’est pas eux qui ont mis le feu à Moulinsart, hein, alors, bon… Si, disent-ils tous, les seaux d’eau pouvaient éteindre les incendies, Rome n’aurait pas brûlé et le toit d’une cathédrale de Paris non plus.

Le jour des élections européennes, les sans-dents, les gens de rien, ligotés dans le slogan « Elections piège à cons » confieront, paraît-il, le volant aux Dupond-Dupont.

Comment est-ce possible ?

Théophraste R. Electeur, auteur de l’opuscule (quasi achevé) : « Marie-Chantal et Charles Edouard iront voter le 26 mai, ainsi que Marlène Schiappa, Aurore Bergé, Eric Brunet, Christophe Castaner, tous les cops cogneurs-éborgneurs, les casernes de poulagas, les couvents, la dynastie Rothschild, le Comité national du MEDEF, la famille Trogneux, Stéphane Bern et les époux Balkany ».

 

Publié le 19/05/2019

« L’Émission politique » boycottée, si France 2 ne change pas ses règles du débat, prévu le 22 mai

Par La Rédaction (site lemouvement.info)

 

Certaines têtes de liste aux élections européennes peuvent boycotter un débat sur France 2 et France Inter prévu le 22 mai. Objet : ils dénoncent une « mascarade » à quatre jours du scrutin.

« Si France 2 et France Inter refusent de changer les règles du débat, nous ne participerons pas à cette parodie de débat », ont déclaré, dans un communiqué commun, les têtes de liste Jean-Christophe Lagarde (UDI), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), et Benoît Hamon (Génération•S), en appelant « les autres listes à ne pas servir d’alibi à cette mascarade ».

« Ce n’est pas au service public de l’audiovisuel de choisir les bonnes ou les mauvaises listes. Ce choix appartient souverainement aux citoyennes et aux citoyens par leur vote », estiment-ils. Interrogé par l’AFP, Thomas Sotto, coprésentateur de « L’Émission politique », a repoussé ces arguments : « sur le fond, on a respecté rigoureusement et scrupuleusement les critères de représentativité du CSA ».

« On protège qui dans cette affaire ? »

Conférence de presse commune devant le bâtiment de France TV avec Jean-Christophe Lagarde, Benoît Hamon, et Nicolas Dupont-Aignan. Benoit Hamon confirme : « s’ils ne changent pas leurs règles, je ne participerai pas à ce simulacre de débat. L’Europe, la démocratie, les concitoyens méritent mieux. »

Nicolas Dupont-Aignan dénonce lui : « le scandale démocratique de l’organisation arbitraire du débat. » Pour Jean-Christophe Lagarde : « on protège qui dans cette affaire ? Ce n’est pas le rôle de la télévision publique payée par nos impôts que de dissimuler ou d’orienter un scrutin. J’ai honte du service public qui n’est pas capable d’organiser ce débat dans des conditions démocratiques… »

France 2 assume pour des raisons de clarté

Dans le cadre de « l’Émission politique » ce débat devrait réunir dans un premier temps six candidats ou chefs de partis : Stanislas Guérini (LREM) et Marine Le Pen (RN) qui font la course en tête flirtant avec les 22%, Laurent Wauquiez (LR), Raphaël Glucksmann (PS/PP), Yannick Jadot (EELV), Manon Aubry (LFI). Bellamy, Loiseau et Bardella sembleraient, étant « écartés » de ce casting, pas assez « costauds » pour affronter Glucksmann, Jadot et Aubry ?

Mais dans un deuxième temps, dans la foulée en deuxième partie de soirée et c’est là que ça coince, sont prévus Nicolas Dupont-Aignan (DLF), Ian Brossat (PCF), Jean-Christophe Lagarde (UDI), François Asselineau (UPR), Francis Lalanne (Gilets jaunes), Dominique Bourg (écolo), Florian Philippot (Patriotes), Nathalie Arthaud (LO) et Benoît Hamon (Génération•S), tous estimés en dessous des 5% d’intentions de vote.

La tête de liste du PCF Ian Brossat a annoncé saisir le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et compte « suspendre » sa participation à un débat, qui selon ses mots : « veut faire l’élection à la place des électeurs ». Pour Florian Philippot c’est « une marque incroyable d’irrespect » envers les électeurs.

Deux parties ou deux divisions ? Un choix assumé pour des raisons de clarté par France TV. Et pour justifier la présence de chefs de partis en remplacement de têtes de liste, la direction assume des dispositions offertes pour faciliter des problèmes d’agenda. En effet les têtes de liste Bellamy, Loiseau et Bardella devaient participer à des meetings ce soir-là.

22 mai donc « L’Émission politique », et le dernier grand débat télévisé de la campagne doit avoir lieu le lendemain, le 23 mai, sur BFMTV.

(Note : la journaliste Léa Salamé est provisoirement en retrait de « L’Émission Politique » de France 2. La raison : Raphaël Glucksmann est son compagnon. Un choix qu’ont dû faire avant elle Anne Sinclair, Béatrice Schönberg, ou Audrey Pulvar, toutes journalistes et compagnes de dirigeants politiques.)

Publié le 17/05/2019

Répression. « Pour ma fille, les valeurs de la République sont parties en fumée »

Lola Ruscio (site humanite.fr)

À Mantes-la-Jolie (Yvelines), jeunes et familles portent les stigmates des interpellations humiliantes du 6 décembre 2018. Cinq mois plus tard, ils racontent les répercussions douloureuses de ces violences policières.

À 15 ans, Camélia a joué récemment au théâtre un drôle de personnage : une gardée à vue. L’histoire d’une jeune fille qui se retrouve dans une geôle avec une amie, et un policier leur apporte à manger… « Je me suis dit que ça pouvait être bien, comme la prof voulait évoquer les discriminations », glisse l’adolescente. Ce rôle a été, pour elle, bien plus qu’un jeu. Ce fut l’occasion d’exprimer devant ses camarades de classe sa douloureuse expérience lors de l’intervention policière humiliante de Mantes-la-Jolie (Yvelines), le 6 décembre 2018.

Ce jour-là, les policiers ont interpellé 151 jeunes, la plupart mineurs, à proximité des établissements publics Jean-Rostand et Saint-Exupéry. Une vidéo, mise en ligne par un agent, les montre alignés en rangs, genoux à terre, en silence, mains derrière la nuque ou le dos, tête baissée, encadrés par des agents, debout, armés de matraques et de boucliers. « Voilà une classe qui se tient sage », lâche un des policiers. Les jeunes seraient restés parqués ainsi durant des heures. Avant qu’une majorité d’entre eux se retrouve placée en garde à vue où, là encore, ils auraient subi violences verbales et physiques. La plupart sont ressortis avec un simple rappel à la loi. Mais l’expérience a laissé des traces profondes.

Camélia, elle, avait couru pour échapper aux policiers et s’était fait cueillir avec d’autres dans un local des Restos du Cœur. Elle a vécu l’interminable arrestation, le stress, l’angoisse, la garde à vue. « J’avais peur que mes parents ne viennent jamais me chercher au commissariat », se souvient-elle. Quand on évoque ces événements, Camélia retient ses larmes. Son père, Valentin, un ouvrier préparateur de commandes, est tout aussi ému : « C’est un jour gravé à vie dans ma mémoire. Je n’imaginais pas que ça puisse arriver en France. La vie continue, mais c’est impossible d’oublier. »

Depuis cinq mois, jeunes et familles pansent ainsi les blessures, chacun à leur manière. Les uns préfèrent tourner la page, découragés face à la procédure judiciaire fastidieuse, ou par crainte de représailles de la part des agents. Les autres parlent, témoignent, engagent des poursuites pénales (lire ci-contre). Pour tous, le traumatisme est réel. Et les mêmes questions reviennent : comment ces violences ont-elles pu se produire ? Ces arrestations massives et arbitraires sont-elles un simple dérapage, ou le témoignage d’un nouveau durcissement du maintien de l’ordre ? Et surtout, comment réparer les dégâts dans la tête de ces jeunes ?

« Ma fille a complètement lâché son bac, s’inquiète Malika, maman d’Imen. Elle était pourtant sérieuse, ses notes étaient bonnes au premier trimestre. Du jour au lendemain, elle me raconte que les professeurs ne sont pas là… La CPE m’a appelée pour ses absences à répétition. » Le 6 décembre, la jeune Imen s’est fait fouiller, puis a été obligée de regarder, debout, ses camarades agenouillés au sol. C’était la première fois que l’adolescente avait affaire à la police. Bouleversée, elle a dû consulter un psychologue. « Depuis, un basculement a eu lieu dans son esprit, assure Malika. Tout ce qu’on lui a appris à l’école sur les valeurs de la République est parti en fumée. Elle n’y croit plus. »

Le jour des interpellations, les policiers n’ont pas discerné les quelques fauteurs de troubles, les lycées mobilisés pour leur éducation et les simples curieux. Tous ont été traités de la même manière, rabaissés. Pour Michel Chastan, syndiqué FSU (1) au lycée Saint-Exupéry, cette violence psychologique a eu des répercussions indélébiles : « Ça a choqué les esprits. Pour les remettre au travail dans un climat sain, c’est compliqué. Certains ont zéro motivation, des absences, des résultats médiocres, ou ne sont jamais revenus. » Le lien de confiance, souvent ténu, entre l’institution scolaire et les élèves a encore été fragilisé. « La mission du service public d’éducation a été humiliée à travers les paroles de ces policiers !  s’indigne Nathalie Cosse, professeure d’histoire-géographie, membre de la Ligue des droits de l’homme. Notre objectif n’est pas de les mettre à genoux, mais de faire en sorte que ces jeunes prennent leur place dans la société, c’est aussi leur apprendre ce qu’est le droit d’expression et républicain. Tout ce travail a été totalement battu en brèche. »

Quant aux autorités éducatives, certains estiment qu’elles n’ont pas apporté tout le soutien nécessaire dans les jours qui ont suivi. Au lycée Saint-Exupéry, la cellule psychologique n’est restée que deux jours. « On a été en deçà de ce qu’on aurait pu faire pour accompagner les élèves, reconnaît Michel Chastan. La douleur morale peut remonter après. Au retour des vacances, en janvier, on est repartis comme si de rien n’était… »

Anas, 17 ans, a vécu une période difficile après l’interpellation. Il n’arrivait plus à retourner en cours, de peur d’être à nouveau interpellé sans raison et de revivre ces brutalités. Le 6 décembre, il assure avoir été humilié, s’être pris un coup de matraque, puis avoir passé 24 heures en garde à vue au commissariat de Houilles (Yvelines). Les jours suivants, Anas a dû consulter un médecin pour des troubles du sommeil et des angoisses. « Je suis resté chez moi à déprimer pendant un bon mois, raconte-t-il. Je ne voulais plus sortir avec mes potes : j’avais peur de me faire arrêter par les flics si quelqu’un avait quelque chose sur lui. Moi, ce jour-là, je n’avais rien fait, mais on m’a embarqué au commissariat. » Cette crainte du policier, la jeune Imen l’a également ressentie : « Au début, je baissais la tête quand je les croisais. J’avais peur que tout dérape au moindre regard. »

Chez Lenny, 16 ans, l’image du policier a changé du tout au tout. Lui aussi dit avoir reçu des menaces, du gaz lacrymogène, des coups de pied de CRS. Cette expérience douloureuse a durci son opinion : « Ma mère me répétait que les policiers qui agissent mal étaient une minorité. Je le croyais. Mais là, franchement, j’ai du mal : à chaque fois que je les croise, c’est la même chose. C’est des cons qui en ont rien à foutre de nous, ils veulent juste se sentir supérieurs. » La diffusion de la vidéo, filmée par un agent et diffusée sans floutage à l’insu des adolescents, en est, pour lui, un exemple flagrant : « C’est de l’humiliation publique, ni plus ni moins, comme s’ils avaient voulu se venger de quelque chose. »

Au-delà des brutalités, tous ces jeunes ont dû aussi affronter l’impact médiatique et le regard des autres. Des adolescents ont essuyé des moqueries, des remarques malveillantes de camarades, voire de professeurs. « Quelques-uns disaient qu’on l’avait bien cherché, on n’avait qu’à ne pas être là, comme si tout était de notre faute », rapportent certains. Lenny se souvient des images diffusées en boucle sur BFMTV : « Ça m’a ennuyé de passer pour un fouteur de merde devant tout le monde. Je pensais surtout à mes parents, j’espérais que personne ne leur fasse de remarque au boulot. »

Tourner la page est d’autant plus difficile pour les jeunes de Mantes-la-Jolie que le temps judiciaire est long. « Cela joue contre nous, redoute Malika, la mère d’Imen. Plus le temps passe, plus la douleur s’ancre, ça peut démotiver. » Valentin, le père de Camélia, abonde : « On aimerait que ça avance vite, car tant que le dossier est en cours, on reste en suspens. » Sa fille, elle, nourrit peu d’espoirs : « Ça va rien changer, parce qu’il s’agit de policiers. Ils ne sont jamais condamnés. Eux, ils font la loi et ont le dernier mot. »

Malgré tout, ils sont nombreux à ne pas vouloir baisser les bras. La solidarité les y aide. Certains ont rejoint le Collectif de défense des jeunes du Mantois, un espace de discussions entre familles et avec les avocats. Des plaintes à l’IGPN ont été déposées. Dont, mercredi dernier, celle de Lenny et de son père. « Ça me fait du bien de ne pas être seul et de pouvoir me défendre », confie l’adolescent. « Sans le groupe, on n’aurait pas su comment faire pour poursuivre les policiers. On aurait laissé tomber », confirme Valentin, le papa de Camélia. De son côté, Malika refuse l’idée d’abandonner la lutte judiciaire. « On a la rage de subir des coups parce qu’on est Arabes ou Noirs, vivant dans un quartier ! lance la mère de famille. Comment construire les adultes de demain si on les tape ? Je ne veux pas que ça se reproduise. Espérons que notre combat porte ses fruits. »

Lola Ruscio

Publié le 16/05/2019

Ne boudons pas notre plaisir. Nous sommes le pays de « l’art de vivre à la française ». Cette macronade, il fallait la trouver !

Jean Ortiz (site humanite.fr)

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé.

 

Qu’ils sont mauvais ces salariés ! Je n’en ai rencontré aucun qui soit « classe », qui cultive patriotiquement l’art de vivre à la française.

Chez Rubio, Gaconi, Fernandez, Doumergue, Kapresky, Ounawa, Pallanque, Beltramp, Saaviki... les couloirs sont dénudés. Manque de goût ! Aucun tableau de maître, aucune pièce d’artisanat guatémaltèque ou asiatique... Ah si, j’allais oublier... quasiment partout le calendrier à chatons « du facteur » et celui, rouge, des pompiers. L’opéra, le théâtre, jamais. Mais la pétanque, ça alors...

Léon, si sous saviez : la pétanque... Et tire-moi cette boule. Qu’ils sont vulgaires ! Et jamais les deux à la fois... Après la partie, ils cachent leurs boules dans des casiers qu’ils appellent « niches ».

Ces analphabètes, ces dangereux de début de cordée, ne comprennent pas que le Français, le vrai, vit un art de vivre « à la française ». Vivement vivant... Les moyens, ce n’est qu’un prétexte !

Réveil... par la radio la plus classe : BFMC. Cinq heures. Fréhel... Le vrai français cultive l’art de se lever à cinq heures pour arriver à l’usine, à l’étable, au bureau, le plus tôt possible, pour croiser un clone du patron. Le tôlier, quant à lui, préserve son sommeil sur conseil des dormologues.

Le vrai Français aime « sortir », boire un apéro exotique, se faire un bon restau , se taper un billard, un hockey gazon frais... les salariés, les pingres, rejettent ce art de vivre pour économiser trois sous pour se tremper 48h en août à Port Vendres. Ces gagne-petit croient vivre la double peine. Ils gagnent peu et préfèrent s’en tenir à l’art de vivre bas de gamme, discount, leader, les carrefours jaunes... ou pas de gamme du tout... L’art de vivre à la française implique de ne pas compter et eux, ils sautent sur la moindre pièce tombée sur le trottoir.

On le leur répète souvent, l’art de vivre à la française suppose de changer souvent de couverts. Mais Dieu qu’ils sont sauvages et têtus ces salariés, ces mauvais Français, ils ne comprennent rien à rien, dénigrent le sauvetage du savoir-faire faïencier de Sèvres, et discréditent tout un patrimoine, tout un pays. La populace s’en tape, pardonnez-moi la vulgarité, de notre si connu art de vivre à la française. Et pourtant, nous n’avons pas besoin de « serrano », de processions qui, chaque année, font prendre l’air aux mille Christ et Vierge... L’autre jour, l’un de ces Français de mauvais goût a osé dire à Madame Chabut : « Passe-moi le sauciflard ». Comment voulez-vous, Léon, promouvoir notre art de vivre si justement aristo ? Les gueux, lorsqu’ils font croire qu’ils survivent, transforment notre très cher art de vivre, si précieux à nos corsets bleus, en lard ou en cochon.

Avant-hier, un hirsute vêtu de jaune (pour se faire remarquer, sans doute) prétendait que lui et ses casseurs de copains étaient « harts » (las) de tirer le diable par la queue. Oui, Monsieur Léon, il a osé : par la queue !

Les vrais Français, eux, ne se plaignent jamais. Ne doléancent jamais. Ils encaissent. Et çà crève les yeux. Comme un LBD !

Alors oui, il est temps d’imposer le même art de vivre à tous, le même art de cogner, d’ouvrir un espace à la limitation de la liberté de chacun. Il a raison, le ludion de l’Elysée. Lui au moins, il domine à merveille l’art exquis de l’enfumage.

 

Publié le 15/05/2019

 

Livraisons à vélo à Montpellier : "Bosser dix heures par jour pour un Smic, c’était invivable"

(site midilibre.fr)

“Les Coursiers montpelliérains”, cinq jeunes bien décidés à créer leur propre réseau. GUILLAUME RICHARD

Convaincues par les avantages du transport à bicyclette, de plus en plus d’associations, de coopératives ou d’entreprises pédalent pour leur propre compte. Elles redonnent du sens à un métier dont l'image a été ternie par les grosses plateformes internet.

La révolte gronde dans le petit monde des coursiers. Fatigués de la dégradation du marché, cinq jeunes ont décidé de créer une association, “Les Coursiers montpelliérains”. "On a tous travaillé pour Deliveroo, Uber Eats ou Stuart, expliquent Paul Ferreira et Alexandre Le Ret. C’était compliqué car on était dépendant malgré notre statut d’indépendant. Avec leur système, si on veut bosser à temps plein, il faut travailler le week-end." 

Bosser dix heures par jour pour gagner un Smic, c’était devenu invivable. "On voulait retrouver la maîtrise de notre travail. On est tous montpelliérains, on connaît la ville, les restaurants, le métier, on est passionné de vélo. On s’est dit qu’on pouvait créer une alternative aux grosses plateformes." 

On travaille en exclusivité avec des restos qui ne voulaient pas entendre parler de Deliveroo ou Uber Eats

Après avoir mûri leur projet cet automne, ils ont déposé leur dossier il y a trois mois. "Nous avons consacré beaucoup de temps et d’énergie à ce projet. On a créé une association qui se transformera en coopérative quand nos revenus seront réguliers. On mettra les revenus en commun et on se paiera au prorata des heures." 

Les cinq amis ont investi dans une dizaine de tablettes pour permettre aux restaurants de recevoir les commandes. "Nous avons commencé le 1er mai et nous travaillons déjà avec sept enseignes. On espère arriver à vingt d’ici fin mai. L’objectif, c’est d’avoir 50 commandes par jour dans six mois. Si c’est le cas, on pourra se payer tous les cinq au Smic." 

"Il y a une hypocrisie énorme"

Il suffit de parler avec des coursiers, sur la Comédie, pour comprendre que rien ne va plus pour eux. "Au début, on était payé 15 € de l’heure et on arrivait à se faire un bon smic. Aujourd’hui, on n’arrive même plus à 10 € de l’heure." Le constat dressé par Paul et Alexandre est unanime. "Avant, on avait beaucoup de primes qui nous encourageaient, mais elles ont disparu, explique Alexander. Et il y a de plus en plus de livreurs et donc de moins en moins de courses."

"Au début, on n’était que des fous du vélo, témoigne Pierre Guéguen. Mais ça a changé. Peu à peu, on a vu apparaître des vélos électriques puis des scooters sans licence qui sont bruyants, polluants et dangereux pour les piétons." 

"Sur Facebook, beaucoup louent leur compte à ceux qui ne peuvent pas en avoir, les taxant jusqu’à 50 % de leurs revenus, reprennent les Coursiers montpelliérains. D’autres optent pour la moto alors qu’ils n’ont pas la licence, ce qui leur permet d’aller plus vite et plus loin. Il y a une hypocrisie énorme. Uber Eats et Deliveroo trouvent toujours des gens pour faire le travail. Et se moquent complètement du reste."

Mais la réussite de leur entreprise passera aussi par la constitution d’une "base client de 1 000 à 2 000 personnes". Pour l’instant, "l’objectif est de se faire connaître. On travaille en exclusivité avec des restaurants qui ne voulaient pas entendre parler de Deliveroo ou Uber. On connaît les enseignes qui travaillent bien. On veut développer notre propre réseau, avec une image éthique. Avec nous, le client ne passe pas par une plateforme téléphonique à l’étranger. C’est nous qui répondons au téléphone et c’est nous qui livrons." 

À terme, Paul, Alexandre et leurs collègues Simon, Vincent et Yannick veulent "livrer autre chose que des repas. On est notamment en contact avec le réseau Biocoop. On trouve que ça va bien avec l’image du vélo." Et c’est avec optimisme qu’ils envisagent l’avenir. "Dans toutes les autres grandes villes, il y a déjà des alternatives à Deliveroo et Uber. Sauf à Montpellier. Il y a un marché à prendre, surtout avec tous les étudiants."

Du pire au meilleur

À Montpellier, des centaines de livreurs pédalent comme des fous pour livrer des repas à domicile. Ils ne sont pas salariés, mais auto-entrepreneurs. Dépourvus de protection sociale, ils n’empochent que quelques euros à chaque livraison. Les grands gagnants du système sont Deliveroo et U ber Eats, qui exploitent cette maind’œuvre. Maîtrisant les algorithmes, ils paient de moins en moins bien et imposent des distances plus longues. Au bout du rouleau, les livreurs abandonnent, laissant la place à encore plus précaires qu’eux.

Certains contournent la loi en sous-louant leur compte ou en effectuant leurs livraisons à scooter sans la licence qui va avec. Mais dans ce contexte bien sombre, des acteurs cherchent à se réapproprier leur travail ou à offrir un service utile sans exploiter leur maind’œuvre. Tout en redonnant aux livraisons à vélo l’image qu’elles méritent, celle d’un service écologique et économique. Nous donnons aujourd’hui la parole à ces acteurs apparus récemment.

GUILLAUME RICHARD

 

https://www.midilibre.fr/2019/05/14/livraisons-a-velo-a-montpellier-bosser-dix-heures-par-jour-pour-un-smic-cetait-invivable,8199000.php

Publié le 14/05/2019

Syndicat. À l’heure des gilets jaunes, le syndicalisme face à ses défis

Clotilde Mathieu (site humanite.fr)

Le 52e congrès de la CGT s’ouvre ce lundi. Les mobilisations de ces derniers mois interrogent et intiment aux centrales de se réinventer pour coller au plus près du salariat.

«Trop politisés », « trop éloignés des réalités », « inefficaces », « tous pourris », les mots lancés sur les ronds-points à l’encontre des syndicats sont violents. Loi travail, ordonnances Macron, privatisation de la SNCF… les réformes passent malgré les mobilisations et le monde du travail souffre. Il en va de même au niveau local, quand, malgré les grèves, sites industriels, services hospitaliers et autres bureaux de poste ferment. Depuis le 17 novembre, la colère accumulée jaillit. ­Salariés, chômeurs, autoentrepreneurs, assistantes maternelles, retraités, fonctionnaires, équipés de leur gilet jaune s’organisent, sans les syndicats, en portant souvent les mêmes revendications : hausse des salaires, des pensions, développement des services publics, justice fiscale. Deux mondes du travail qui ne se côtoient pas. Si la CGT, Solidaires et la FSU tentent la convergence, de part et d’autre, la méfiance demeure. Au fil du temps, les stratégies des entreprises n’ont eu de cesse de flexibiliser le travail en fragmentant le salariat, en mettant en concurrence les salariés afin de détruire tout collectif de travail. L’individualisme a pris le dessus chez les salariés, mais aussi dans les syndicats. À cela s’ajoute, « une division syndicale hystérisée qui fait que les salariés se détournent de ces organisations », estime Jean-Marie Pernot, politologue à l’Ires. « Avec l’offensive de mise au pas, cela ne peut être compris », poursuit ce spécialiste du mouvement syndical.

Alors que s’ouvre le 52e congrès de la CGT, qui se tient toute la semaine à Dijon, le mouvement des gilets jaunes sonne comme une piqûre de rappel. Le syndicalisme est en crise. Un Français sur quatre fait confiance aux syndicats, selon un sondage OpinionWay datant de janvier. Et la participation aux élections professionnelles est en chute libre : 42,8 % dans le privé, 7,3 % dans les entreprises privées de moins de 10 salariés, 49 % dans la fonction publique. Le désamour est général et aucune confédération n’y échappe. Pas même la CFDT qui, bien qu’étant parvenue à détrôner la CGT, perd des adhérents. Selon les derniers chiffres, les cédétistes comptaient 623 802 adhérents contre 860 243, selon les dernières données officielles. Soit moins que les 664 350 adhérents de la CGT. Depuis 2012, « nous avons réalisé 240 000 adhésions, soit 30 000 à 35 000 par an », constate le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, lors d’une rencontre organisée par l’Association des journalistes sociaux. Mais, « nous avons perdu 40 000 adhérents ». Une lente érosion généralisée. Ainsi, si, en 1950, 30 % des salariés adhéraient à un syndicat, ils ne sont plus que 11 % aujourd’hui, soit 2,3 millions en total.

« Une dynamique explosive »

La mobilisation des gilets jaunes est apparue comme « le reflet de tous les déserts syndicaux ». C’est, dit Philippe Martinez, « la première leçon qu’on doit tirer de ce mouvement ». Et de déplorer que son organisation soit un « panier percé ». Selon le rapport d’activité de la confédération, 75 % des démarches Internet ne peuvent se traduire en adhésions effectives. « Parce que la CGT n’a pas les structures pour accueillir ces salariés, pointe Jean-Marie Pernot. Si bien qu’émergent, en marge de la “clientèle possible”, tout un tas de salariés qui, bien que voulant s’engager, ne trouvent pas de lieu pour le faire. Cette dynamique est explosive », alerte-t-il. Les syndicats se cherchent. La CFDT, partenaire privilégié des gouvernements, a perdu avec l’arrivée d’Emmanuel Macron sa stratégie de lobbying, même si depuis son congrès elle tente les alliances en dehors du champ syndical, en privilégiant l’écologie et en relayant le social au second plan. FO, elle, essaye de ne pas imploser.

« Des militants à part entière »

À chaque congrès de la CGT, les idées fusent et les solutions ne manquent pas (voir page 5), de la création de syndicats de site au lancement de vastes campagnes de syndicalisation envers les salariés précaires, les ubérisés, les laissés-pour-compte. La CGT tente, sans y parvenir. Et les orientations prises pour coller au salariat d’aujourd’hui ne sont que très rarement suivies d’effet. « Cela donne l’impression que les votes de congrès n’engagent pas vraiment les responsables : le congrès passé, chacun rentre chez soi, analyse Jean-Marie Pernot. Si le secrétaire général incarne des valeurs, une orientation, chacun en réalité fait ce qu’il veut dans son coin. » Or, note Valérie Petit-Lesage, si Philippe Martinez assume sa part « de responsabilité » et son manque de « persuasion », la CGT a « collectivement loupé un virage qui ne date pas d’hier », assure la secrétaire générale de l’Urif CGT. Malgré les attentes de nombreux militants en matière de refonte structurelle de la centrale de Montreuil, le texte qui sera soumis au vote des délégués ne contient qu’une seule annexe touchant aux structures territoriales à l’échelle régionale. « Cette fois encore, la montagne accouche d’une souris », se désole le secrétaire général. Au-delà des structures, Fabrice David, secrétaire général de l’UD de Loire-Atlantique, pointe une CGT « débordée à tous les échelons ». « Entre la préparation des réunions, la multiplication des négociations dans les entreprises et les discussions pour faire fonctionner nos structures », le travail de terrain, le contact direct avec les salariés, est trop souvent laissé de côté.

La proximité est pourtant la clé, martèlent les responsables syndicaux. Or, depuis les ordonnances Macron, avec la mise en place des CSE, le nombre d’élus, leurs moyens dans les entreprises sont en chute libre. Chez Renault, les syndicats perdront fin juin 50 % de leurs élus et 35 à 40 % de leurs moyens, alerte le délégué syndical central, Fabien Gâche. « Cela exige de réinterroger nos pratiques syndicales, afin que les syndiqués redeviennent des militants à part entière, formés, capables d’aller à la discussion avec les salariés, pour que l’activité syndicale ne se résume pas aux seuls élus », argumente le syndicaliste. Ce qui, selon Valérie Petit-Lesage, nécessite d’« impulser des formations ».

« De nouvelles attaques prévues »

De son côté, le secrétaire général de la fédération des cheminots, après avoir analysé l’ensemble des « conflits nationaux » dont l’échec du mouvement de 2018 dans le ferroviaire, s’interroge, dans une lettre adressée à plusieurs secrétaires généraux de fédération, sur la « manière dont nous pouvons sortir de la nasse dans laquelle le mouvement social se trouve actuellement ». Car, analyse Laurent Brun, « si la lutte ne s’étend pas à d’autres secteurs, le mouvement pourrit ». Or, alerte-t-il, dans les mois qui viennent, « de nouvelles attaques sont prévues, d’une ampleur inégalée ». Et le gouvernement a « prévu un calendrier qui permet un étalement des conflits ». « Si nous restons piégés dans ce calendrier, le résultat sera le même. » Reconnaissant que les réponses ne « sont pas évidentes », le cheminot souhaite « alimenter la réflexion du congrès dans une dynamique positive, non pas d’incantation ou de lamentation, mais bien de construction ».

Indispensable lieu d’échanges et de réflexion collective, le congrès confédéral devrait le permettre. Même si des oppositions s’organisent pour défendre une CGT « révolutionnaire » et font circuler un texte d’orientation alternatif, celui-ci n’a pas recueilli beaucoup d’échos, de l’avis même de Romain Altmann (Info’Com-CGT), qui explique qu’une trentaine de syndicats ont signé le texte, sur plus de 36 000 syndicats et sections syndicales. De la même manière, la pétition exigeant le retrait de la CGT de la Confédération européenne des syndicats n’a pas non plus rencontré un franc succès.

En attendant, Philippe Martinez espère que les 1 000 congressistes soulèveront les vraies questions. « Pour enfin se projeter vers l’avenir », espère Valérie Petit-Lesage.

Clotilde Mathieu

 

https://www.humanite.fr/syndicat-lheure-des-gilets-jaunes-le-syndicalisme-face-ses-defis-672071

Publié le 13/05/2019

 

SAMEDI 11 MAI 2019. CA CONTINUE SUR LE ROND-POINT DE LAVERUNE ! AVEC TOUT PLEIN DE NOUVELLES IDEES A CONCRETISER...

 

RENDEZ-VOUS  SAMEDI PROCHAIN A PARTIR DE 10H30 ! NOUS SEMERONS ENSEMBLE LE TOURNESOL...

Publié le 13/05/2019

 

Samedi 11 et Dimanche 12 : Le Festival Jaune de Grabels :

 

Publié le 12/05/2019

 

France Inter : l’impossible mea culpa sur la Pitié-Salpêtrière

 

Par Pauline Perrenot, mercredi 8 mai 2019

 

Au lendemain du 1er mai, les médias dominants ont allègrement contribué à la « désinformation générale » au sujet de la présence de manifestants dans la cour de la Pitié-Salpêtrière. France Inter n’a pas fait exception, relayant les fausses informations concernant une « attaque » de l’hôpital. Cet épisode aurait dû conduire la radio de service public, si prompte à s’emballer, à reconnaître ses erreurs de manière tout aussi rapide… C’est pourtant loin d’avoir été le cas.

Depuis l’emballement médiatique au sujet de l’« attaque » de la Pitié-Salpêtrière, on observe différentes réactions au sein des médias : certains journalistes tentent de classer l’affaire ou reprennent à leur compte la défense du gouvernement, dans un énième élan de suivisme vis-à-vis des autorités ; d’autres s’entendent pour cibler uniquement Christophe Castaner, de manière à minorer le rôle des médias – devenus « victimes du ministre » – dans la fabrication de l’information, et en l’occurrence ici, d’une fausse information.

Une défausse bien commode, donc [1]. Car sans médias pour visibiliser et relayer de façon massive et unanime, la « fake-news », quand bien même « venue de l’Intérieur », serait restée lettre morte. Si les médias dominants prenaient au sérieux le rôle démocratique qu’ils s’attribuent, cet épisode médiatique aurait suscité ici, une véritable autocritique sur leur rôle de premier plan dans l’emballement, et là, des excuses nettes et précises – du genre de celles que les meilleurs éditorialistes exigent des manifestants concernant tel ou tel agissement à leurs yeux « condamnable ».

Mais cela n’a pas été le cas. Le milieu de « l’élite » journalistique se pense-t-il et se vit-il au-dessus de la critique ? C’est du moins ce que semble montrer l’exemple de France Inter, durant les jours qui ont suivi cette spectaculaire « fake-news » médiatique. Florilège.

 

Acte 1 – 3 mai, Nicolas Demorand : « Je ne peux pas vous laisser dire ça »


Dans le 7/9 du 3 mai, Nicolas Demorand reçoit Régis Debray dans le « grand entretien ». À cette occasion, un auditeur va mettre les pieds dans le plat, provoquant un premier échange que nous transcrivons in extenso :

- Auditeur : Je voulais demander à monsieur Debray en tant que spécialiste des médias aussi, avec ses Cahiers de la médiologie, j’aimerais savoir ce qu’il pense de l’émergence comme source d’information des réseaux sociaux. Le développement récent de l’actualité nous montre que, pour ce qui est de la propagation des fake-news, il y a eu une forme d’inversion sur l’histoire de la Pitié-Salpêtrière. Et on voit bien que les réseaux sociaux ne sont pas uniquement des machines à propager des fake-news. Et voilà, France Inter a pris sa part dans la propagation de la fake-news de la Pitié-Salpêtrière par exemple… [Coupé]

- Nicolas Demorand : Alors je ne peux pas vous laisser dire ça Nicolas, mais ce serait trop long de vous l’expliquer donc je vous laisse finir. Mais il faut quand même que je le dise, réécoutez les journaux.

- Auditeur : Monsieur Demorand, je vous écoute tous les matins… [Nicolas Demorand, le coupant : Bah voilà, réécoutez ceux d’hier, les mots sont importants !] et je vous ai écouté hier matin propager… faire la propagande de ce que monsieur Castaner a relayé tout de suite sans aucune information, et sans que vous… [Coupé]

- Nicolas Demorand : Les mots, Nicolas, sont importants [Auditeur : Oui, les mots sont importants…], propagande, propagation de fake-news. Réécoutez s’il vous plaît, tout est en ligne, les journaux d’information. On fait de l’information, donc réécoutez les journaux d’information et voyez bien le choix des mots qui a été fait. Voilà. Mais ça je vous le dis, maintenant, je vous écoute.

- Régis Debray : Il pose une bonne question.

- Nicolas Demorand : Bah évidemment qu’il « pose une bonne question », dit Régis Debray. Bon, on vous donne la parole Régis Debray, vous pouvez dialoguer avec Nicolas. Évidemment que c’est une bonne question, je demande juste factuellement qu’on regarde bien ce qu’on a fait hier.

C’est d’ailleurs sans doute parce que c’est une si « bonne question » que l’auditeur a eu tellement de mal à la poser, d’emblée coupé par Nicolas Demorand [2]. Mais là n’est sans doute pas le pire. À pas moins de cinq reprises, le patron de la matinale somme son/ses auditeurs de « réécouter » les journaux d’information publiés la veille, et s’empresse ainsi d’allumer un contre-feu censé déminer l’affirmation selon laquelle France Inter aurait mis sa pierre à l’édifice de la fake-news.

Malheureusement pour Nicolas Demorand, il se trouve qu’un autre auditeur coriace a, précisément, écouté ce que France Inter a fait la veille au matin, ainsi que l’avant-veille (soit, le 1er mai au soir). Il a compilé sur son compte Twitter (@achabus) le jour même dix extraits de journaux consacrés aux événements, n’hésitant pas à aller à la source pour prendre le matinalier aux mots. Le résultat est éloquent [3] :

https://youtu.be/p_NblR_ulek


Le 1er mai, dans le journal de 19h, un premier journaliste use de conditionnels, qui disparaissent illico dans la bouche du présentateur du journal. Ce dernier parle quant à lui d’« infiltration », de « pas mal de dégradations » et reprend à son compte les déclarations de Martin Hirsch : « Pour le patron des hôpitaux Martin Hirsch, ces manifestants ont effectivement tenté d’attaquer le service de réanimation de l’hôpital avant d’être finalement tous interpellés par la police. » Avant de poursuivre : « On ne sait pas encore s’il y a un lien avec la présence du CRS qui avait reçu un pavé dans la tête un peu plus tôt. » Quand « on ne sait pas encore », autant éviter d’en insinuer quand même l’idée dans un journal à heure de grande écoute, non ?

Dans l’édition de 22h, Martin Hirsch, Christophe Castaner et la directrice de l’hôpital, Marie-Anne Ruder, sont respectivement cités. On parle de « vidéos édifiantes » à l’appui de ce qui est présenté comme un « coup de force ».

Le lendemain, à 5h30, les journalistes ne font pas de lien avec les charges de la police. À 6h, on apprend que des manifestants sont « entrés à l’intérieur de l’hôpital » – ce qui peut très bien laisser penser que des manifestants seraient entrés, non pas sur le terre-plein de l’hôpital, mais dans les locaux… Les déclarations de Christophe Castaner sont à nouveau diffusées et présentées sans le moindre recul comme des « explications », tandis qu’une journaliste évoque l’hôpital comme une « cible » des manifestants, au même titre que les banques. Hôpital qui, s’étonne-t-elle, n’est pourtant « pas vraiment [un] symbole du capitalisme ». Face à son invité qui l’invite à la prudence, elle fait mine de rétropédaler : « Bon, on enlève l’hôpital ! » Mais l’hôpital est quand même revenu par la grande porte, puisque quelques minutes plus tard, un autre journaliste parle d’ « entrée en force » et d’individus « introduits violemment ».

À 7h, Nicolas Demorand en personne lance une journaliste sur les « débordements » du 1er mai ; journaliste qui, pour sa part, est formelle à propos de la Pitié-Salpêtrière : « Ce sera l’une des images marquantes de ce 1er mai 2019 » avant de dramatiser : « le pire a pu être évité ». À 7h30, une fausse nouvelle en cache une autre : les journalistes parlent d’une « intrusion de casseurs à l’intérieur de l’hôpital » avant de détailler davantage. « 315 personnes sont en garde-à-vue à Paris et notamment une trentaine de casseurs qui ont forcé une grille de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière selon le personnel soignant qui a réussi à bloquer la porte du service réanimation. » Notons qu’une partie de la « trentaine de casseurs » s’est depuis exprimée, notamment lors d’une conférence de presse, qui en dit long sur l’information et la qualification de France Inter [4]. Au journal de 13h, les propos seront tempérés par la présentation de « nouveaux témoignages » : « Attaque délibérée ou intrusion sous le coup de la panique ? »

« Les mots sont importants » tance à trois reprises Nicolas Demorand, qui conteste le fait que France Inter ait fait une erreur – et à son auditeur, le droit de critiquer la chaîne. Les mots sont importants, assurément, mais il y a de quoi rester sans voix devant tant de mauvaise foi… Et ce n’est pas fini. Après que Régis Debray a invité à « ralentir et [à] ne pas être dupe de ce temps haché menu où on finit par n’y comprendre plus rien », Nicolas Demorand tente une conciliation :

- Nicolas Demorand : Ça vous convainc Nicolas, vous avez votre réponse ?

- Auditeur : Oui, je vous remercie monsieur Debray, vous avez raison, il faut ralentir, et je pense que c’est une adresse intelligente aux médias qui courent un peu trop vite derrière un pouvoir qui lui n’a pas du tout l’intention de ralentir.

- Nicolas Demorand : Écoutez, on essaye de ralentir, on l’entend en tout cas, on écoute Régis Debray comme vous avec le même intérêt. Mais je vous le dis, il faudrait qu’on prenne le temps d’exploiter ce que vous venez de dire en détail, et qu’on prenne le temps d’en débattre. Je pense que ça doit être tout à fait possible de l’organiser.

Nicolas Demorand serait prêt à débattre publiquement de critique des médias ? Dont acte… En attendant, constatons que le débat n’aura pas lieu pendant la matinale.

 

Acte 2 – 3 mai : la revue de presse de Frédéric Pommier
 

Nous avions mentionné dans notre précédent article la revue de presse du 2 mai, au cours de laquelle Frédéric Pommier s’appuyait sur les propos de la directrice de la Pitié-Salpêtrière pour qualifier de « crétins » les manifestants. Contrairement à Nicolas Demorand, le journaliste présente ses excuses dans sa revue de presse le lendemain : « Pan sur les doigts, mea culpa, mea maxima culpa… » Une confession limitée cependant, puisque Frédéric Pommier parle en son nom propre et non au nom de la rédaction de la chaîne, qu’il dédouane aussitôt :

Non, contrairement à ce qu’a affirmé Christophe Castaner, l’hôpital parisien n’a pas été pris d’assaut et dégradé par des manifestants le 1er mai. Non, il n’y a pas eu d’attaque. Les vidéos et les témoignages publiés ces dernières 24 heures ont infirmé la thèse du gouvernement. Et comme cela fut dit dès hier soir sur France Inter, les manifestants qui ont pénétré dans l’enceinte de l’hôpital souhaitaient se protéger des gaz lacrymogènes lancés par les forces de l’ordre.

Là encore, au vu de la tonalité des journaux diffusés au soir du 1er mai, et le lendemain matin, c’est pour le moins vite dit.

 

Acte 3 – 6 mai : les contorsions de Thomas Legrand
 

« Salpêtrière : retour sur nos responsabilités ». Tel est le titre de l’édito de Thomas Legrand le 6 mai, épinglé le matin même par Daniel Schneidermann, et qui laissait présager un semblant de dignité retrouvée pour la chaîne publique [5]. L’éditorialiste de France Inter ayant bien appris « l’importance des mots » grâce à Nicolas Demorand, il parle de « retour d’expérience » plutôt que de « mea culpa ». Point trop n’en faut.

Le début de la chronique ne porte pas sur les journalistes mais sur Christophe Castaner, « le premier responsable ». Là encore, si l’idée n’est évidemment pas pour nous de dédouaner le ministre de l’Intérieur, force est de constater qu’il n’a pas écrit les chroniques ni les scripts des journaux à la place des journalistes, pas plus qu’il n’a animé des débats sur les chaînes d’information en continu. C’est également avec une modération toute particulière que Thomas Legrand parle d’« incompétence communicationnelle patente » plutôt que de fake-news, au sujet des déclarations du ministre. Là encore, point trop n’en faut, et il faut bien avouer qu’en matière d’« incompétence communicationnelle », Thomas Legrand s’y connaît.

Mais venons-en au « retour d’expérience ». Sans aller jusqu’à pointer nommément France Inter, l’éditorialiste englobe plutôt la station dans un vaste tout qui n’a pas correctement fait son travail. Un épisode qui lui inspire une leçon :

En revanche pour les journalistes, la bataille de l’établissement des faits devrait primer. Ça n’a pas été le cas dans les premières heures. Nous nous sommes laissés entraîner par le commentaire précipité des politiques. Beaucoup de médias ont relayé sans assez de distance Christophe Castaner qui commentait des faits pourtant non établis. C’est une piqûre de rappel pour nous, les journalistes. Un communiqué de la police n’est pas une info fiable en elle-même ! Le ministre de l’Intérieur n’est pas le procureur. C’est un ministère très politique (donc par nature partial).

Un début d’autocritique certes, mais qui est loin d’être rassurant, comme l’exprimait à très juste titre Daniel Schneidermann dans son billet précédemment cité :

Mais même un procureur, cher Thomas Legrand, faut-il le croire sur parole ? Fallait-il croire sur parole le procureur de Nice dans l’affaire Geneviève Legay ? Croire sur parole le procureur de Creil après la mort d’Adama Traoré ? Dans les premiers jours d’une enquête, le procureur n’est que le porte-voix en robe de la vérité policière. Et s’il ne faut pas croire le ministre de l’Intérieur car « c’est un ministre très politique », cela signifie-t-il que les autres ministres ne le sont pas, politiques ? Le ministre de la Défense n’est pas politique ? Le ministre de l’Agriculture n’est pas politique ?

Bref, le mea culpa n’est décidément pas le fort des stars de France Inter ! Le reste de la chronique en est l’illustration : d’une part, Thomas Legrand se concentre sur les chaînes d’information comme si elles étaient les principales coupables ; et d’autre part, il théorise le règne d’une ère du « soupçon » [6], et la « mécanique infernale » dans laquelle seraient pris l’ensemble des journalistes à leurs dépens.

Thomas Legrand oublie de mentionner que des journalistes, souvent indépendants des grands médias, réussissent pourtant régulièrement à s’extraire de cette pseudo « sale spirale de diabolisation et d’autodénigrement national »… en faisant tout simplement leur travail correctement : en mettant à distance les propos des autorités, en recoupant leurs sources, en prenant le temps, et en évitant de basculer dans l’invective gratuite voire dans l’insulte. Un travail de terrain qui n’est décidément pas le fort de l’éditorialiste, qui propose en guise de conclusion de sa chronique un bilan sans appel du 1er mai :

Il nous faut redescendre sur terre et constater... que... quelle chance, nous sommes en France ! État de droit. Imparfait, certes... mais de droit. Et que les manifestations, ce 1er mai, se sont, en réalité globalement, sur tout le territoire, très bien passées.

Dans Mythologies, Roland Barthes développe la notion de « mythe » : « il sort du mythe comme un tableau harmonieux d’essences. Une prestidigitation s’est opérée, qui a retourné le réel, l’a vidé d’histoire et l’a rempli de nature […]. La fonction du mythe, c’est d’évacuer le réel. » Une définition qui caractérise bien la conclusion de l’éditorialiste : on s’émerveillera en effet du mythe selon lequel se sont « très bien passées » des manifestations au cours desquelles, pêle-mêle, la police a nassé des milliers de personnes à Paris suscitant des scènes de panique inédites, un policier a jeté un pavé sur la foule, un autre a introduit sa matraque dans le caleçon d’une personne interpellée, un autre encore a giflé un manifestant, de nouveaux blessés ont été comptés par dizaines, 34 personnes ont été gardées-à-vue et confrontées – comme elles l’affirment lors de leur conférence de presse – à des vices de procédures, des violences psychologiques et des humiliations, des militants de la CGT ont été chargés par la police, et en dernière instance, une fake-news médiatique s’est propagée de manière massive autour d’une prétendue « attaque » d’un hôpital.

Mais qu’on se rassure, Thomas Legrand est formel : c’est la France, et dans l’ensemble, tout va pour le mieux.

 

Épilogue : En attendant la médiatrice…


À l’heure où nous écrivons ces lignes, la médiatrice de Radio France, Emmanuelle Daviet, n’a pas encore répondu aux messages d’internautes et d’auditeurs critiques du traitement de France Inter – entre autres – qui ont, à n’en pas douter, été portés à sa connaissance. « Le rendez-vous de la médiatrice », hébergé par l’émission « L’Instant M » une fois par mois, sera, sans nul doute encore, l’occasion de compenser les trois mea culpa ratés de la chaîne publique. En attendant, aucun « Instant M », pourtant dédié au « traitement de l’info, au poids des petites phrases et au choc des images », ni aucun « édito M », présenté lors de la matinale de France Inter, ne sont revenus sur la désinformation de la chaîne concernant la Salpêtrière. Patience, donc…

 

***


France Inter n’est évidemment pas le seul média à concevoir les excuses et l’auto-critique médiatiques comme un exercice difficile voire… impossible. Les 2 et 3 mai, LCI sous-titrait par exemple ses débats en plateau « Salpêtrière : une fausse polémique ? » et, sans point d’interrogation, « Salpêtrière : la polémique politique ». Reste que France Inter est une station de service public, et se doit à cet égard, plus encore que les autres, de rendre des comptes à ses auditeurs. Ces derniers ont cependant eu droit au mépris de Nicolas Demorand, aux excuses – individuelles – d’un journaliste dédouanant du même coup sa maison et sa rédaction et aux élucubrations d’un éditorialiste persuadé que tout s’est très bien passé. Une nouvelle preuve de ce que le « service public » ne se distingue en rien de ses concurrents privés. Unis par des méthodes managériales identiques, médias publics et médias privés ont donné à voir les mêmes travers : une production et un traitement de l’information lacunaires, versant dans la course, le spectaculaire, et dominé par le suivisme vis-à-vis des autorités, le tout rythmé par des éditorialistes à la pensée insignifiante mais qui se vivent en premiers de cordée.

Publié le 11/05/2019

Qui a gagné le 1er mai ?

Un promeneur commente la rencontre

paru dans lundimatin#190 (site lundi.am)

 

Les néo-parisiens et leurs homologues étrangers doraient aux terrasses des cafés, en ce 1er mai radieux. La très légère ivresse que procure la consommation de potins à longues rasades se laissait à peine troubler par le grésillement des talkies-walkies. Les vendeurs de muguet aux coins des rues faisaient un agréable ménage avec les policiers en civils qui se déplaçaient par essaims, butinant tour à tour les sacs des passants non-homologués « VIe arrondissement ».

L’un ou l’autre disparaissait de temps à autre, pour une destination inconnue, dans des voitures banales, mais à la conduite incroyablement sportive. On appréciait, malgré leur vrombissement d’enfer, toutes ces escouades de motards équipés pour la guerre du XXIe siècle, surgissant de nulle part, se positionnant en rang serré, toutes motos bien parallèles, grillant une clope malgré la cagoule, et repartant précipitamment cinq minutes plus tard, vrombissant à nouveau, sans plus de raison de repartir qu’ils n’en avaient eu de se poser là, l’air toujours si affairé et si concentré, malgré leur si manifeste oisiveté. Et puis, par intermittence, prises dans une urgence insensée, au milieu de toute cette suractivité sans objet de jour férié, les colonnes traçantes, comme il est des balles traçantes, de bolides remplis à ras bord d’hommes de Brigade Anti-Criminalité harnachés en gladiateurs pour les jeux d’un cirque qui n’aurait pas lieu. C’était donc Paris, en ce 1er mai 2019 - Paris qui ressemblait de plus en plus à une ville sous occupation depuis que ses clefs en avaient été remises à Lallement.

A 14 heures, comme prévu, la manifestation syndicale s’ébranlait boulevard du Montparnasse, mais elle s’ébranlait à contre-sens, en reculant. Elle refluait lentement vers son point de départ théorique, sous l’effet des gaz et des incursions arbitraires de la CRS. On comprit à ce petit détail que la journée ne se passerait pas comme annoncé. Le dérèglement du climat politique, ces dernières années, a atteint ce point de non-retour : il n’y a plus de 1er Mai. Il y a autre chose, mais nous n’avons ni les mots ni les catégories pour dire ce que c’est. Si nous avions été le drone de la préfecture qui nous toisait depuis ses cinquante mètres d’altitude, nous aurions vu ceci : un cortège de tête chamarré de jaune, de noir, de rouge et de toutes les couleurs s’étirant sur des kilomètres et, coincé à la fin, tout au fond, perclus dans ses propres contradictions, une queue de cortège syndicale avec ses gros ballons et sa vieille sono braillarde. À un certain point, vers la fin du boulevard Saint-Marcel, quand le service d’ordre de la CGT confronté aux gendarmes mobiles a commencé à les gazer au spray taille familiale, on aurait été fondé à pester contre ces staliniens qui trouvent toujours le moyen de foutre le bordel avec leurs escarmouches de fin de manif, juste pour se faire remarquer.

Ce qui s’est passé le 1er Mai à Paris ? Une manifestation syndicale désertée non seulement par les troupes, mais même par moments par les directions. Un cortège de tête qui n’est plus la tête de rien, le corps ayant disparu. Des black blocs sans black bloc. Du jaune pissentlit disséminé partout, indifféremment, échappant à toute catégorisation, effrangeant toutes les identités politiques connues et reconnues, défaisant toutes les territorialités paranoïaques de la politique classique. La satisfaction martiale affichée brièvement, au soir du 1er Mai, par Castaner et Lallement quant à leur « gestion de la manifestation », reprise unanimement et docilement par tous les media, avec une mention spéciale pour le devin de Libération, témoignait d’un triomphalisme d’aveugle. Là où Lallement devrait s’inquiéter que le « black bloc » ait atteint ce point d’intelligence tactique qu’il a su ne pas se regrouper en phalange compacte, mais s’éclater dans toute la manifestation en une prolifération de petits détachements tantôt vêtus de noir tantôt non, il se félicitait au contraire de l’avoir « empêché de se former » grâce à sa « doctrine de percution immédiate ». Là où le commissariat du 13e arrondissement se faisait attaquer au cocktail molotov, il plastronnait sur ses 18 000 fouilles préventives. Là où pas moins de trois manifestations sauvages avaient réussi à s’extraire du dispositif policier, il se vantait d’avoir parfaitement contrôlé la situation. Là où le parcours avait été méticuleusement élaboré pour permettre de nasser à tout moment la tête de cortège et dérouter sans encombre le reste de la manifestation, les émeutiers ont su doser leur effort avec assez de finesse pour déjouer ce piège.

Là où Castaner pensait pouvoir refaire au bluff le coup de l’hôpital Necker, il appuyait sur l’aspect le plus charonnard de la nouvelle technique du maintien de l’ordre : nasser, gazer et charger dans le tas. Dans les dix dernières années, on peut dire que la doctrine policière en vigueur concernant le maintien de l’ordre se résumait à « en éborgner un pour en dissuader cent ». Avec les gilets jaunes, cette louable prétention pédagogique a dû muter, passant au stade du « en traumatiser cent pour en dissuader dix mille ». C’est cela qui s’est passé place de la République le 20 avril, et à nouveau boulevard de l’Hôpital ce 1er Mai. À ce rythme, Lallement en sa Kommandantur ne va pas tarder à rejoindre le stade Papon de la gloire policière. On oublie trop souvent qu’en 1960 Maurice Papon signait un petit bréviaire de management judicieusement intitulé « L’ère des responsables ».


Dans la gestion politico-policière de ce 1er Mai, il y a d’abord le grotesque : inventer de toutes pièces un cataclysme émeutier pour pouvoir se flatter de l’avoir empêché ; s’empresser de diffuser des communiqués de victoire en espérant étouffer par là tout autre récit de la journée, les media ayant relayé lesdits communiqués ne pouvant ensuite s’ouvrir à d’autres voix sans se dédire. Et puis, il y a le pitoyable : le retournement de l’« affaire de la Pitié-Salpétrière » a éventé une technique. Contre chaque manifestation du mouvement réel depuis novembre dernier, le régime a eu recours à une manœuvre sans cesse répétée : sélectionner dans la journée une anecdote à scandale sortie de son contexte pour la retourner contre la totalité de ce qui s’est passé. Ce fut l’Arc de Triomphe le 1er décembre, puis la quenelle, puis Finkielkraut, puis les « suicidez-vous ! » et, pour finir en beauté, l’« attaque de la Pitié-Salpétrière ». Le soir de la manifestation donc, avec une régularité invariable, l’exécutif offre aux media l’os à ronger qu’il a choisi et ceux-ci avec leur servilité bien connue ne parlent plus que de cela durant une semaine. On en fait le lundi la Une des journaux, le mercredi le titre des hebdomadaires et partout ailleurs un sujet de bavardage indigné qui ruisselle des plateaux-télé vers le quotidien des citoyens-consommateurs. Cela permet de tenir une petite semaine dans le déni et l’écrasement symbolique du mouvement en cours jusqu’au samedi suivant, d’en rajouter dans le chantage moral pour mettre de son côté tous ceux qui restent devant leur télé ou croient avoir intérêt à l’ordre en place. Avec le coup de la Pitié-Salpétrière, cette technique gouvernementale est parvenue à son point de rupture : les media ont dû se retourner contre le ministre de l’Intérieur pour faire oublier leur propre fonction dans son dispositif. La ficelle politico-médiatique devenait trop visible, le parti-pris trop flagrant, l’inversion du réel trop ostensible : ce qui se fait passer pour de l’information relevait trop évidemment de la guerre psychologique pour ne pas avoir à se décharger sur quelque responsable. Après tout, les chefs, ça sert aussi à ça.

C’est ainsi, par sa simple et paisible persistance, que le mouvement rend folle la sagesse de ce monde. Qu’il rend visiblement hystériques les gouvernants. Qu’il leur fait perdre leurs moyens. Qu’il met à nu, aux yeux de tous, la nature du pouvoir en place et produit des effets de voyance sans retour. Tout le monde finira par détester la police. Macron en est à dialoguer sous pseudo sur des forums de black bloc. Castaner cite lundi.am comme ultime caution de vérité. Eux sont finis, mais nous, par où commençons-nous ?

https://lundi.am/Qui-a-gagne-le-1er-mai

Publié le 10/05/2019

Nous accusons!

(site lamarseillaise-encommun.org)

Face à la dérive autoritaire du gouvernement, un très large collectif d’universitaires et de membres de la société civile s’insurge contre la «criminalisation» de toute personne s’opposant «à ses lois et à ses politiques funestes» et contre une «violence d’État» servie par l’usage d’armes de guerre. Ils appellent l’ensemble des citoyens «à se joindre au mouvement social».

Depuis le 17 novembre 2018, plusieurs centaines de milliers de citoyen·ne·s expriment leur inquiétude face à un pouvoir sourd à leurs revendications. Ils trouvent la force et le courage de prendre la parole en disant haut et clair qu’ils en ont assez et ne subiront plus les effets des politiques néfastes qui depuis plusieurs décennies pillent impunément leur travail et les biens communs.

Les voix des gilets jaunes ont permis de mettre à nu les mensonges et les pseudo-justifications « scientifiques » données par le pouvoir et la meute de ses courtisans pour couvrir l’ampleur et l’importance de la prédation. Leur soulèvement a montré le vrai sens d’une politique qui a sciemment organisé le transfert des biens laborieusement accumulés par 95 % de la population vers les 5 % des couches les plus aisées. Leur force a été de faire prendre conscience de la duplicité d’un pouvoir, osant se féliciter d’avoir multiplié par quatre les énormes richesses détenues par une infime minorité. Avec la grande majorité des Français.es, nous nous sommes reconnu.e.s dans la prise de conscience des gilets jaunes. Chacun.e de nous a pu constater que, dans tous les secteurs de la société, nous étions confronté.e.s aux effets des mêmes politiques qui tendent à aggraver constamment les inégalités sociales.

D’emblée, les demandes et les attentes de changement nées avec ce soulèvement populaire ont été clairement développées. Elles se sont aussitôt heurtées à un pouvoir qui n’a cessé d’en ignorer le contenu pour en affadir la portée déstabilisante. Ce fut d’abord le silence assourdissant d’un président et de sa cour, murés dans leur palais. Ce fut ensuite la tentative de duper la foule avec les fausses promesses et les petites aumônes concédées en faisant encore payer les moins aisés et les services publics. Ce fut aussi la mise en place d’un simulacre de consultation d’où l’on avait avait très savamment extirpé toute possibilité d’interaction et de débat. Ce fut, surtout, la décision claire et réfléchie d’empêcher par tous les moyens l’expression publique des demandes et des revendications.

Tout a été fait pour réduire au silence les manifestants. Dès les premiers actes, le pouvoir a choisi la violence en demandant aux forces de l’ordre de dégager les péages d’autoroutes, les ronds-points, de bloquer l’accès aux points de convergence des manifestations et, surtout, d’intervenir avec « fermeté ». Nous avons tou.te.s vu la traduction de ces ordres sur le terrain : nous avons constaté de nos yeux les filtrages et les arrestations arbitraires aux entrées des villes, empêchant les manifestations de se dérouler et la parole de s’exprimer. Nous avons vu les cabanes des ronds-points détruites et toujours courageusement reconstruites. Les techniques d’intervention policière consciemment choisies (nassage, lancement de gaz lacrymogène dès le début des manifestations, tirs de LBD sans sommation) provoquaient elles-mêmes les rares actes de violence en cherchant délibérément l’affrontement avec les manifestants.

Semaine après semaine, cette technique meurtrière et liberticide a été appliquée avec une intensité croissante. Protégées par le pouvoir et couvertes par l’omerta d’une grande partie des médias, des troupes policières épuisées par le travail se laissent aller aux pires exactions. Des centaines d’hommes et de femmes manifestant pacifiquement ont été attaqué.e.s sans aucune raison et très souvent avec un acharnement insensé. Depuis le mois de décembre, le nombre des blessés graves augmente sans cesse : les personnes ayant subi de graves traumatismes se comptent par centaines. Aucune parole n’a été prononcée par le président de la République ou son gouvernement à l‘égard des victimes, et en particulier de Zineb Redouane, tuée après avoir été atteinte alors même qu’elle fermait sa fenêtre. Rien ne semble plus pouvoir arrêter cette dramatique escalade et nous avons honte de devoir assister à la mise en scène des autofélicitations du pouvoir censé contenir une « foule haineuse ».

Le choix de la répression violente contre toutes celles et ceux qui osent se lever pour prendre la parole contre ces agissements n’est certes pas nouveau, il a notamment été mis en pratique dans les quartiers populaires et contre des groupes vulnérables comme les migrant.e.s et les roms ou encore contre les mouvements sociaux, mais depuis novembre 2018 un seuil a été franchi. Cette stratégie de la répression violente a trouvé son apogée lors de la manifestation du 1er mai 2019 : non seulement on a assisté au déploiement de tout l’éventail de l’arsenal répressif de l’État, mais le gouvernement s’est rendu coupable une fois de plus de mensonge avéré en criant au scandale d’une supposée « attaque » de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière par des manifestant.e.s venu.e.s trouver refuge. Ce mensonge d’État est le mensonge de trop. Il révèle l’état de fébrilité et de panique d’un pouvoir aux abois.

Il faut que s’arrête cette violence d’État !

Nous accusons le ministère de l’Intérieur de provoquer sciemment les réactions de violence dans nos villes, sur les ronds-points et les lieux de discussions publiques, afin de criminaliser toute personne qui s’oppose à ses lois et à ses politiques funestes.

Nous accusons le gouvernement d’employer contre des civils des armes de guerre bannies dans l’ensemble des pays occidentaux en ignorant les mises en garde répétées de plusieurs organismes internationaux.

Nous accusons la hiérarchie de la magistrature d’avoir accepté de couvrir cette politique néfaste en appliquant aveuglément et servilement les ordres donnés par le pouvoir exécutif.

Nous accusons l’Inspection Générale de la Police Nationale d’avoir diligenté des enquêtes de façade et qui, à notre connaissance, n’ont débouché sur l’interpellation d’aucun membre des forces de « maintien de l’ordre ».

Nous accusons celles et ceux de la presse et des médias télévisuels qui ont accepté de se transformer en porte-voix du ministère de l’Intérieur et de la préfecture sans accomplir aucun contrôle sur leurs sources.

Nous appelons l’ensemble des citoyens à se joindre au mouvement social pour dénoncer la dérive autoritaire du gouvernement et nous exigeons la démission de M. Castaner ainsi que l’ouverture d’une commission d’enquête indépendante afin de faire la lumière sur les dérives des vrais responsables de sorte qu’ils soient traduits en justice.

Publié sur le blog des invités de Médiapart

Publié le 09/05/2019

Hôpital Pitié-Salpêtrière 1er mai : le témoignage de Johann Maheut

 

Johann Maheut était présent lors de « l’attaque » de l’hôpital Pitié-Salpêtrière dans l’après-midi du 1er mai. Il raconte.


Je suis l’une des 32 personnes interpellée mercredi 1er mai dans l’enceinte de l’hôpital de la La Pitié-Salpêtrière, pour participation à un groupement en vue de commettre des dégradations ou des violences. Après 30h de garde à vue au Palais de justice de Paris, je découvre l’ampleur de ce qu’il s’est passé et la récupération politique largement relayé par certains médias. Voici donc de l’intérieur, ce que j’ai vécu.

Vers 16h, je suis avec des amis aux abords de l’hôpital, la manifestation est calme, nous sommes bloqués depuis quelques minutes, attendant de pouvoir continuer vers la place d’Italie. Nous supposons le cordon de CRS plus loin, hors de notre champs de vision.

Sans aucune explication ni sommation

Soudain et sans aucune explication, ni sommation, une pluie de palets lacrymogène s’abat sur l’ensemble de la foule compacte, pas moyen de reculer ni de fuir, nous subissons les lacrymogènes et ses effets. Autour de moi, pas de casseurs ni de supposés « blacks blocs », seulement des gens ordinaires de tous âges.

Alors que les gaz se dissipent, j’aperçois une amie soutenant une femme âgée (80 ans?) qui suffoque et crache, comme la plupart des personnes autour de moi et moi y compris. Elle me demande de prendre en charge cette femme pendant qu’elle essaie de retrouver ses lunettes perdues dans la panique générale. Je dirige cette femme à l’écart sur le trottoir, et je vois des dizaines de personnes se réfugier dans ce qui ressemble à l’entrée d’un complexe d’immeubles, d’un parking.

Une inconnue me propose du sérum physiologique pour l’administrer sur le visage et les yeux de la femme âgée, qui semble déjà aller mieux. Autour de moi ce ne sont que simples manifestants pacifistes qui tentent de reprendre leurs esprits, personne n’est masqué ou cagoulé. Mes amis arrivent et se réfugient eux-aussi dans cet espace, alors qu’à l’extérieur le camion à eau asperge les derniers manifestants qui tentent de fuir, les forces de police tirent au LBD à vue sur tout le monde et matraquent les personnes à leur portée.

Un responsable de la sécurité (reconnaissable au badge qu’il porte à sa veste) ainsi qu’une femme dont il dépend (après recherches, il s’agit de la directrice de l’hôpital Marie-Anne Ruder), devant le terrible « spectacle » auquel ils assistent eux-aussi, affirment au petit groupe qui s’est formé autour d’eux et dont je fais parti, que nous pouvons rester ici (ce que nous comprenons alors être l’enceinte de l’hôpital) à l’abri le temps que « ça se calme ». En leur présence quelques aides soignants sont descendus porter secours au manifestants apporter du sérum physiologique et prendre en charge les personnes les plus touchées par les gaz, la femme âgée a sans doute été prise en charge à ce moment car je ne l’ai plus revue par la suite, une infirmière donne un morceau de sparadrap à mon amie pour qu’elle répare ces lunettes brisées.

Je vois des personnes se faire gazer et matraquer

Quelques minutes passent, pendant lesquelles nous assistons aux violences gratuites des forces de l’ordre à l’extérieur, quand une ligne de CRS se forme au niveau de la grille du lieu où nous nous sommes réfugiés. La charge des force de l’ordre fait fuir tout le monde, je cours et j’entends dans mon dos des tirs de LBD. Je rappelle que personne n’est masqué ou cagoulé, il n’y a atour de moi que des manifestants pacifiques de tout âge. Tout le monde court et cherche à fuir dans le sens opposé de la charge, mais face à nous d’autres CRS apparaissent ainsi que les voltigeurs à moto, matraques et LBD à la main.

De chaque côté de ma fuite je vois des personnes se faire gazer et matraquer, jeter à terre et rouées de coups. Sous la panique, la seule issue semble cet escalier que d’autres ont déjà commencé à gravir, et donc je commence à gravir cet escalier mais sans vraiment réaliser où il mène. La peur m’incite à monter. J’entends les infirmiers parlementer avec les premières personnes arrivées devant la porte, aucune agressivité n’est proféré, seulement de la peur et de la panique.

D’en bas, les motards nous mettent en joue avec les LBD et hurlent de redescendre les mains sur la tête. Depuis la petite plate-forme de l’escalier, nous assistons encore au spectacle de personnes se faisant gazer, matraquer, alors qu’elles essaient de sortir les mains en l’air. Un CRS fera redescendre tout le monde, alors que j’arrive au bas de l’escalier, une partie de notre groupe ainsi formé est allongé au sol face contre terre, les mains sur la tête.

Commence alors notre interpellation et toutes les humiliations qui vont avec. Nous remettons nos pièces d’identité, puis la palpation commence, un par un. La fouille ne donne rien, pas même un masque à gaz, tout juste quelques flacons de sérum physiologique, sans doute ce qu’un des aides soignants était venu offrir aux manifestants quelques minutes avant la charge. Les forces de l’ordre semblent déçues, elles n’ont pas affaire aux dangereux casseurs tant attendus.

Un policier : « Je tiens à vous dire que je suis choqué, dégoûté »

Très vite l’ensemble de la brigade se disperse pour discuter, s’allumer une cigarette et plaisanter. Celui qui semble être leur chef dit très clairement : « Vous m’embarquez tout ça pour participation à un groupement ! » puis discute calmement avec le responsable de la sécurité de l’hôpital et sa supérieure. Un des motard voltigeur casque à la main s’approche et nous dit : « Je tiens à vous dire que je suis choqué, dégoûté, on voit bien vu vos profils que ça ne sert à rien de vous interpeller. On mobilise cinquante personnes pour vous surveiller alors que dehors 300 blacks blocks sont en train de tout détruire et qu’on a besoin de nous en renfort ailleurs. »

Effectivement, la vingtaine de motos des voltigeurs est alignée bien tranquillement le long du mur, les hommes ont retiré leurs casques et attendent. Ils resteront là comme cela une bonne demi-heure, jusqu’à ce que nous soyons emmenés dans un bus à l’ancien palais de Justice de Paris, quai de l’Horloge, sur l’île de la Cité. Dans le bus, l’ambiance est détendue même si chacun se demande ce qu’il va nous arriver, nous n’imaginons pas encore la garde à vue.

Mon voisin Jacques est un homme de 67 ans, celui que l’on voit sur la vidéo de l’aide soignant en train de parlementer et dire qu’ils souhaitent qu’ont les laisse rentrer parce qu’ils ont peur de la police. Comme vous le voyez sur ma photo de l’intérieur du bus, le profil des interpellés est loin de la description faite par M. Castaner. Je n’ai jamais eu affaire aux services de police, et apparemment je ne suis pas le seul, tout le monde se demande ce qu’il va se passer, les rumeurs vont bon train alors chacun écrit le nom et le numéro de téléphone d’un avocat ou d’un proche au stylo sur ses avant bras…

Pour ceux qui le demandent je peux également relater le déroulé des 30 h de garde à vue.

Johann

https://yetiblog.org/archives/17204

 

Publié le 08/05/2019

L'auberge et la forteresse

(site politis.fr)

La pensée sur l'immigration doit-elle se résumer à « maîtriser ou subir » ?, s'indigne l'Auberge des migrants, qui vient de lancer sa marche solidaire 2019. Tous les candidats aux européennes ont-il renoncé à une réflexion collective sur l'accueil ?

L'immigration sera-t-elle vraiment un thème central des européennes ? Et si elle parvient à s'imposer ne faut-il pas redouter que ce soit sous l'angle de la chasse aux migrants ?

Le 28 avril, la Marche solidaire pour les migrants 2019 a quitté Vintimille en direction de Calais dans une relative indifférence. La première édition, en 2018, avait duré plusieurs semaines avant de s'achever à Londres. Politis s'en était fait l'écho en ouvrant un blog dédié (à retrouver sur politis.fr). Cette année, cette marche est concentrée en dix jours et s'arrêtera du côté français du tunnel sous la manche, le 8 mai. Elle ne passera pas par Paris mais par le parc national des Écrins, Maisons-lès-Chaource, Soissons... « Le but de la marche est aussi de lier les valeurs humanistes d'accueil et d'asile à la fierté de l'héritage naturel et patrimonial de notre pays », défend l'Auberge des migrants. En ces temps de campagne électorale, l'association calaisienne à l'origine de la marche alerte : « L'immigration est dans le collimateur et les verbes d'action entre lesquels choisir sont alarmants : maîtriser ou subir. »

La France mobilisée par cette marche, c'est celle qui a combattu la très régressive loi Asile et immigration du 10 septembre 2018. Celle qui se reconnaît dans le Manifeste pour l'accueil des migrants lancé le 26 septembre par Mediapart, Politis et Regards. Celle de citoyens qui secourent, nourrissent, hébergent, soignent, entourent, scolarisent des migrants. Des Cédric Herrou, des « 7 de Briançon », des Pierre-Alain Mannoni, des Martine Landry, des Chantal Raffanel aussi, du nom de cette militante du Réseau éducation sans frontières qui comparait le 6 mai devant le tribunal de grande instance d'Avignon pour avoir aidé un mineur étranger isolé à s'inscrire à l'école. Que va-t-elle voter aux européennes, cette France-là ? Que propose l'Europe en matière d'accueil alors que les migrants réfugiés en Italie fuient par les montagnes les lois répressives de Matteo Salvini, quand d'autres ouvrent de nouvelles voies dans le Pays basque, ou s'entassent à Paris ?

Anne Hidalgo a lancé le 24 avril un appel à l’État avec douze autres maires pour « construire collectivement une réponse au défi que pose l'accueil des réfugiés ». Quelque 140 millions de personnes pourraient migrer d'ici à 2050 du fait du réchauffement climatique. En attendant, il n'y a pas de « ruée vers l'Europe », rappelle le démographe Hervé Le Bras dans un entretien aux Échos (26 avril). L'appel d'air est un mythe, et la théorie du grand remplacement une arnaque d'extrême droite.

La pensée identitaire à l'attaque

Mais elle a ses adeptes, et ses prosélytes. Le 9 avril, l'essayiste Renaud Camus a annoncé sa candidature aux européennes avec Karim Ouchikh, président du Siel (Souveraineté, identités et libertés). Leur liste baptisée « La ligne claire » surfe allègrement sur le concept de « remigration » : clé de voûte de la pensée identitaire qui repose sur le déplacement forcé de populations entières. « L’Europe, il ne faut pas en sortir, il faut en sortir l’Afrique », assènent-ils.

Cette liste a peu de chances de passer le cap du dépôt des candidatures qui prend fin le 3 mai. Mais la remigration n'en creuse pas moins ses galeries dans un pays où le Président lui-même s'érige en soldat de la forteresse assiégée jusque sur l'île de Mayotte, qu'il entend fermer davantage aux malheureux naufragés des Comores.

Le 26 avril, les États généraux des migrations ont envoyé aux candidats aux européennes une dizaine d’engagements pour une « politique migratoire européenne et solidaire ». Des rassemblements sur ce thème s'organisent dans toute l'Europe le 5 mai. Mais qu'est devenue la liste « Pour une Europe migrante et solidaire », publiée sous forme de manifeste le 13 novembre ?

Du reste, dans le pays du « principe de fraternité », un groupe raciste constitué sur Facebook par des étudiantes de la fac de Metz a perduré plusieurs semaines avant qu'un membre ne fasse fuiter ses contenus, le 28 avril. Une indignation s'est-elle fait entendre depuis dans les sphères dirigeantes ? Et quelles forces politiques se sont indignées de la validation des tests osseux par le Conseil constitutionnel pour évaluer l'âge des mineurs isolés ? Et qui s'insurge contre le nouveau fichage de ces enfants « non accompagnés » ? À la veille de l'échéance électorale du 26 mai, l'accueil ne relève plus de la question politique mais de l'impensé collectif.


par Ingrid Merckx

https://www.politis.fr/articles/2019/05/lauberge-et-la-forteresse-40365/

Publié le 07/05/2019

Le sort de Camelia, militante enceinte arrêtée le 1 mai et menacée d'expulsion, suscite l'émoi

(site français.rt.com)

La décision de la Préfecture de police d'expulser du territoire une ressortissante espagnole vivant en France depuis 17 ans, interpellée en marge des manifestations du 1er mai, a suscité de vives réactions. Elle a fait appel de cette décision.

Plusieurs personnalités politiques et militants se sont émus du sort dévolu à Camelia, 34 ans, militante pacifiste habituée à participer à des manifestations avec une grande pancarte indiquant : «Fin du monde, fin du mois, même combat».

Enceinte de deux mois, la ressortissante espagnole qui réside en France depuis 17 ans a été interpellée le 1er mai 2019 à Paris alors qu'elle se rendait à un pique-nique «climatique, social et démocratique» organisé à 12h30 place Montparnasse, au départ de la manifestation des Gilets jaunes et des syndicats (organisée pour 14h30). 

A l'issue d'une garde-à-vue de 34 heures, la militante s'est vue adresser une obligation de quitter le territoire français (OQTF) par la préfecture et a été immédiatement placée en centre de rétention administrative, dans l'attente de son expulsion vers son pays d'origine. 

Selon Libération, la Préfecture accuse la jeune femme d'avoir participé à «un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations et port d’arme». L'arme en question serait un bouclier portant l'inscription «Je suis une utopiste pacifiste».

Outre les milieux militants, le sort de la jeune femme a indigné plusieurs responsables politiques de gauche. «Cette atteinte de plus à nos libertés est inacceptable», a notamment dénoncé l'élu La France insoumise (LFI) de Paris Danielle Simonnet. 

 

Danielle Simonnet @Simonnet2

Je l’ai vu à nombre de marches #GiletsJaunes avec son bouclier slogan, toujours pacifique. Elle a été interpellée le 1er mai, espagnole et enceinte, elle est menacée d'expulsion. Cette atteinte de plus à nos libertés est inacceptable !

 

«Une femme enceinte qui protège son ventre est donc une menace pour l’ordre public», s'est de son côté interrogé le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure.

Olivier Faure  @faureolivier

Une femme enceinte qui protège son ventre est donc une menace pour l’ordre public. Ce qui suppose de lui faire perdre son emploi, l’éloigner de son compagnon alors qu’elle vit en France depuis 17 ans !? Contre l’avis de la justice?

 

Menace à «l’ordre public»

Camelia, toujours selon le Libération, a fait l'objet d'une mesure d’expulsion car elle «représente une menace à l’ordre public», selon la préfecture et qu'elle constituerait «une charge déraisonnable pour l’Etat français». 

La préfecture précise que Camelia ne peut justifier d'«aucune assurance maladie » en France ou en Espagne et ne bénéficie pas de «ressources suffisantes ». Le droit européen permet en effet aux Etats membres de procéder à ce genre de mesure si un citoyen européen représente une menace et/ou une charge trop importante sur le système social du pays d’accueil. 

L'intéressée et ses soutiens nient ces arguments au titre que la jeune femme vit en France depuis 17 ans, y a accompli ses études, y a travaillé et qu'elle est employée en CDI depuis 2017, ce qui lui fait bénéficier automatiquement de la sécurité sociale. Quand au délit supposé dont elle serait responsable, il est jugé dérisoire par ses soutiens, au regard de la sévérité de la mesure prise à l'encontre de la jeune femme. 

La jeune femme a été libérée le 5 mai à 18h après qu'un juge des libertés et de la détention (JDL) a jugé irrégulier son placement en centre de rétention, mais elle fait toujours l'objet d'une obligation de quitter le territoire. Elle a fait appel de la décision, un recours qu'un juge administratif doit désormais examiner. 

https://francais.rt.com/france/61813-sort-camelia-militante-espagnole-enceinte-arretee-1er-mai--menacee-expulsion-suscite-emoi

Publié le 06/05/2019

 

Industrie. Les salariés d’Ascoval tiennent enfin leur victoire

Lola Ruscio (site humanite.fr)

Jeudi, le tribunal de Strasbourg a confié l’avenir des 270 employés de l’aciérie nordiste au repreneur British Steel.

L’horizon s’éclaircit enfin pour les 270 salariés d’Ascoval. La chambre commerciale du tribunal de grande instance (TGI) de Strasbourg a confié, jeudi, la reprise de l’aciérie nordiste de Saint-Saulve au sidérurgiste British Steel. Cette cession est effective au « 15 mai 2019 à minuit », a précisé le greffe du TGI.

Après quatre années de combats haletants, les employés peuvent souffler. « C’est un soulagement ! Cette victoire est le fruit des mobilisations des salariés qui n’ont rien lâché pour préserver leur outil de travail. Ce n’était pas simple, beaucoup ont voulu abandonner et démissionner », se réjouit Nacim Bardi, délégué CGT de l’aciérie.

Le plan prévoit la reprise des 270 employés « avec l’ensemble de leurs droits acquis » et « un certain nombre de compensations liées au passif social », ont indiqué dans un communiqué commun Ascoval et British Steel. « Nous sommes heureux et soulagés de passer sous l’étendard British Steel, qui compte parmi les principaux fabricants d’acier en Europe et spécialistes des produits longs », a réagi le patron de l’aciérie, Cédric Orban. Quant au directeur du groupe britannique, Roland Junck, il dit avoir « pu apprécier la modernité des équipements de l’aciérie de Saint-Saulve, son emplacement stratégique qui facilite l’interaction avec les marchés européens ». Nacim Bardi prévient que la CGT sera attentive aux salaires et aux conditions de travail des ouvriers embauchés par le groupe britannique. « Le plus dur reste à faire, il faut remplir le carnet de commandes », souligne le syndicaliste.

L’importance d’un réel suivi

Bercy a immédiatement « salué » la décision de justice, marquant « le succès » des discussions en cours depuis des semaines « pour apporter une solution pérenne aux difficultés d’Ascoval ». Dans un communiqué, Bruno Le Maire a assuré veiller « à la bonne application des volets social et industriel du projet de reprise ». Comme pour surfer sur l’heureuse nouvelle, le ministre de l’Économie a fait le déplacement jeudi sur le site, en présence de Xavier Bertrand, président (ex-LR) du conseil régional des Hauts-de-France, de Laurent Degallaix, maire (UDI) de Valenciennes, et de Cédric Orban, patron de l’aciérie. De son côté, Philippe Verbeke, coordinateur national CGT sidérurgie, a estimé que cette bataille victorieuse oblige à « relancer les capacités de production de l’acier en France ». Avant la décision de justice, la fédération CGT de la métallurgie a quant à elle insisté sur l’importance de mettre en place un réel « suivi par les pouvoirs publics des engagements pris par le repreneur et de la stratégie menée ».

 

Lola Ruscio

Publié le 05/05/2019

LE GILET JAUNE PLIE MAIS NE ROND POINT !

 

Samedi à Lavérune, le Gilet Jaune a peut-être même pris racine sur le rond-point de « chez Paulette ». Sur l'herbe ! Parmi les pins ! Un nouvel endroit ! Un de plus !

 

Une quarantaine de personnes ont, dans le calme, la convivialité et le respect des usagers habituels d'un des plus fréquentés ronds-points du Montpelliérain, continué à DIRE NON A MACRON. Et aussi remercié la moitié des Français qui soutient toujours le mouvement... Malgré le trompe-l’œil de son prétendu Grand Débat, malgré les mensonges (heureusement éventés) de ses ministres, malgré la désinformation répétée, malgré les menaces et la répression !

 

Et tous se sont donnés rendez-vous SAMEDI PROCHAIN pour un nouveau pique-nique. A partir de 10h30 sur le rond-point de Lavérune. N'hésitons pas à les rejoindre !

Publié le 04/05/2019

« Neuf vagues de grenades, ce n’est plus une erreur  »

Pierric Marissal (sitee humanite.fr)

La préfecture a beau s’en défendre, la police a chargé la CGT, le 1er Mai, à Paris. Une situation anormale qui a commencé avant le début du défilé.

«Castaner se targue d’œuvrer à la liberté de manifester, ce n’est pas ce qu’on a ressenti du côté de la CGT. On a plutôt pensé qu’ils voulaient qu’on annule la manifestation. » L’Humanité a recueilli et croisé plusieurs témoignages et récits de membres de services d’ordre syndicaux, qui tiennent à rester anonymes, pour tirer au clair ce qui s’est passé ce 1er Mai dans la capitale. Et tous concordent : la police s’en est bel et bien pris à la CGT. Présents dans le défilé, des journalistes de l’Humanité l’ont aussi constaté. Un membre du service d’ordre de la centrale tient le décompte : « On a dénombré sur le carré de tête au minimum neuf gazages plus le canon à eau, et on a subi au moins deux charges avec matraquage, ça fait beaucoup. » De son côté, la préfecture répète en boucle que « la CGT n’a jamais été la cible des policiers et gendarmes qui ont assuré leur mission avec détermination face à des casseurs violents ».

Sauf que le service d’ordre de la CGT compte à lui seul une dizaine de blessés, dont trois par des tirs de LBD, qu’ils soient directs ou non. « Cela fait plusieurs manifestations qu’on prend systématiquement des grenades, témoigne l’un d’eux. À chaque fois, on nous dit qu’on n’est pas la cible. Alors, soit les policiers visent vraiment très mal, soit ce ne sont pas que des erreurs… Et neuf vagues de grenades dans le carré de tête, ce n’est plus une erreur. »

« Des policiers bloquaient toutes les rues perpendiculaires »

Les tensions ont commencé vers midi, ce 1er Mai. Les syndicats ont déjà eu des difficultés pour atteindre la manifestation. « La quasi-totalité du service d’ordre de la CGT est arrivée à pied, après avoir subi quatre contrôles et fouilles différents de la part de CRS et de gendarmes… Ce qui nous étonne toujours quand on voit que certains arrivent à apporter des projectiles », déclare, amer, l’un de ses membres. Comme le défilé pour le climat n’a pas pu manifester le matin au départ du Panthéon, les syndicats se sont décalés pour lui laisser de l’espace en vue qu’ils organisent leur pique-nique sur la place du 18-Juin-1940, à Montparnasse. Vers 13 heures, alors que les premiers véhicules des syndicats arrivent enfin à se mettre en ordre et qu’un carré de tête commence à se dessiner, les premières échauffourées commencent. « Il y avait des policiers partout, le long des murs, ils bloquaient toutes les rues perpendiculaires, mais aussi l’avant du cortège, par là où les premiers gilets jaunes voulaient commencer à défiler », explique un membre du service d’ordre. Ces derniers voulaient prendre la tête de la manifestation, devant les cortèges syndicaux, mais les policiers ne les laissaient pas avancer. « C’est là, avant 14 heures, que trois gars ont lancé des bouteilles d’eau sur les CRS. Alors les policiers ont attaqué tous azimuts. Il n’y a pas d’autres mots, ils ont attaqué le cortège syndical où se mettaient en place les dirigeants nationaux, raconte un militant au brassard SO qui faisait partie du cortège. On se met en position de tortue, puis, à force de crouler sous les gaz et les grenades de désencerclement, on décide d’aller se mettre à l’abri. »

« Il y a eu une interpellation très musclée devant moi »

Une vidéo montre bien cette charge contre le service d’ordre de la CGT, bien identifié. Un autre témoin poursuit : « L’un des nôtres, avec son brassard SO, s’est fait matraquer au sol, ils ont même tenté de l’embarquer, je ne comprends pas ! » Un troisième raconte ce même moment, vécu d’un autre point où il se trouvait : « Il y a eu une interpellation très musclée devant moi, je m’identifie bien au policier, lui montre mon brassard siglé SO, mais il me gaze la seconde d’après. »

Alors que les dirigeants syndicaux se mettent sur le côté, « une poignée de fascistes en noir, je n’ai pas d’autres mots, se mettent à insulter Philippe Martinez (le secrétaire général de la CGT) et à lui jeter des projectiles, déplore un témoin. La manif n’était même pas partie ».

C’est plus loin, après le départ du cortège, vers le métro Raspail, qu’un semblant d’intersyndicale avec la CGT, Solidaires et l’Unef s’est reformé dans le carré de tête. Le défilé a repris un peu de joie et a ressemblé à nouveau à une traditionnelle marche du 1er Mai, même si l’essentiel des familles et plusieurs syndicats avaient déjà renoncé à manifester.

À l’heure d’un premier bilan, alors que le gouvernement se félicite du peu de casse matérielle, les membres du service d’ordre de la CGT restent amers. « Les chiffres annoncés par la préfecture du nombre de black blocs nous ont semblé très surestimés, je ne sais même pas s’ils étaient 500, en tout cas beaucoup moins que l’année dernière, dit l’un d’eux. Cela a créé beaucoup de fantasmes pour pas grand-chose. Alors oui, il y a eu peu de casse, mais le nombre de blessés et de personnes qui se sont senties agressées par les gaz lacrymogènes est énorme. »

Pierric Marissal

Photos de la manifestation du 1er Mai à Montpellier

 

Publié le 02/05/2019

Publié le01/05/2019

Fédération du Peuple ; chiche !

(site lefildescommuns.fr)

J’ai lu avec attention la longue interview donnée par Jean-Luc Mélenchon au quotidien Libération. En exergue, une proposition nouvelle du leader a sonné comme un bougé stratégique : Jean-Luc Mélenchon met en débat la création d’une Fédération populaire que la France Insoumise pourrait proposer au lendemain des élections européennes. Il s’adresse au peuple et aux autres forces de gauche, si l’on suit le fil des questions de Laurent Joffrin et des réponses de Jean-Luc Mélenchon.

Tout le monde perçoit bien le problème : une gauche autour de 30 % et dispersée, cela ne fait pas le compte pour rassembler le peuple et ouvrir une perspective de changement social et écologiste. Il faut donc recomposer, mais comment ?

Je suis totalement favorable à l’idée de franchir une nouvelle étape de rassemblement après les élections européennes. Nous le devons pour faire grandir l’espoir d’une alternative politique émancipatrice. Après la chute du PCF, l’effondrement du PS traduit une atomisation profonde du champ politique à gauche. Les partis issus du mouvement ouvrier, qui ont structuré la gauche au XXe siècle, ne sont plus des outils populaires suffisants pour penser et agir aujourd’hui. Il faut donc faire du neuf, sur le fond et sur la forme. Avec la conviction qu’à l’échelle de l’histoire, cette entreprise de refondation ne peut se mettre en œuvre en deux coups de cuillères à pot. Je pense qu’il est raisonnable d’assumer en la matière un peu d’humilité.

Sur ces décombres, c’est bien la France Insoumise qui a fait irruption avec les 19,5% obtenus par Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle. Dans un champ de ruines, dont le PS porte la dernière responsabilité avec l’ère Hollande, la FI est apparue comme un mouvement neuf. Mélenchon candidat ne considérait pas le mot gauche comme un sésame, à raison, mais sut alors énoncer une proposition et faire vivre un profil politique à la fois moderne et ancré dans cette tradition émancipatrice.

Pour comprendre ce qui peut nous propulser demain, il faut déjà comprendre ce qui a fonctionné en 2017. Jean-Luc Mélenchon a réussi à faire le plein des voix de la gauche radicale, ravivant les anciens bastions communistes, tout en attirant un électorat plus modéré, notamment de centres urbains, de nombreux déçus du PS. Cette martingale n’était pas acquise, elle méritait d’être consolidée. Par la suite, « le bruit et la fureur », aussi poétique soit la formule, n’a semble-t-il pas permis de maintenir l’attractivité de la FI auprès d’une partie de ses électeurs sans pour autant attirer un nouvel électorat. La FI se situe aujourd’hui dans les différentes enquêtes d’opinion en-dessous des 10%. On peut toujours discuter le travail des sondeurs mais difficilement contester le fait que la FI n’a pas connu l’ascension irrésistible que l’on aurait pu espérer, même si la FI reste pour l’heure en tête à gauche, ce qui lui donne en effet des responsabilités, comme le rappelle à juste titre Jean-Luc Mélenchon dans l’interview de Libération – et la FI peut bien sûr hisser plus haut que prévu son score avec Manon Aubry le 26 mai.

Il me semble que le chemin de l’espérance peut s’ouvrir si l’on retrouve, pour commencer, ce qui a fait la force de la campagne de Jean-Luc Mélenchon en 2017. Je suis également convaincue que le rassemblement que nous avons à construire ne peut advenir qu’à la condition d’assumer pleinement le pluralisme et de penser un fonctionnement démocratique qui ne soit pas le copié-collé des mécaniques pyramidales des partis du XXe siècle. Si le fonctionnement des partis d’hier ne doit pas être reproduit, il faut tout de même inventer des modalités démocratiques, sans lesquelles toute organisation risque de péricliter. En période de campagne électorale, un mouvement se doit de faire corps et d’agir sans avoir le nez rivé sur ce qui divise ou fait problème. Mais le reste du temps doit être celui de la consolidation d’un collectif qui est forcément traversé de nuances, de débats voire de conflits. Imaginer les médiations pour y faire face me paraît indispensable si l’on veut mettre en action durablement une force militante et ajuster sans cesse les options stratégiques et programmatiques. Le pluralisme et la démocratie ne sont pas que des cadres institutionnels, ils sont aussi des éléments de culture politique sans lesquels on ne peut agréger dans la durée, et donc gagner.

Pour être concrète, je veux dire un mot de l’idée que je me fais d’une éventuelle Fédération populaire. Dans feu le Front de Gauche, je me suis battue pour des adhésions individuelles, en vain. Au sein de la FI, je me suis à plusieurs reprises exprimée en faveur d’instances qui permettent d’inclure la pluralité politique et de mieux identifier les modalités de la prise de décision. Un mouvement politique peut-il sérieusement assumer de ne pas avoir de direction ? Je ne le crois pas, même si je plaide pour une direction polycentrique et non pyramidale, dans laquelle il pourrait y avoir différentes légitimités directionnelles et non une seule au sommet. La démocratie, dans le mouvement politique comme dans la société, ne peut se passer de médiations. Le PCF a payé cher la tentation de l’hégémonisme et un fonctionnement qui contredisait le parti pris démocratique du projet. Nous pouvons apprendre d’erreurs passées.

Ainsi j’imagine que la Fédération populaire dont nous avons besoin permettrait une implication individuelle, c’est-à-dire une adhésion directe possible pour chacune et chacun au tout que représenterait ce grand mouvement. Cette Fédération permettrait également aux différentes sensibilités politiques, sociales, citoyennes, culturelles d’y avoir leur place en tant que tel. Il faut associer et non vassaliser. Toute logique hégémonique débouche sur une perte d’impact dans la société parce que l’émetteur devient trop homogène. La tentation d’une centralité dominante se traduit aussi par un moins-disant sur le terrain de la réflexion collective car le pluralisme est une richesse, dans la mesure bien sûr où elle ne contrarie pas fondamentalement la cohérence d’ensemble.

Je reprends ici la formulation de Fédération populaire mais je la sais ambigüe. En effet, il est important de ne pas confondre le rassemblement à vocation majoritaire, ce qu’ont été le Front populaire et l’Union de la gauche en leur temps, et la force politique capable d’impulser cette dynamique. La confusion pourrait laisser entendre qu’il suffirait d’une seule force pour gagner la majorité, comme si une composante pouvait à elle seule représenter toute la gauche et le peuple.

Nous savons que le travail de reformulation d’un projet social et écologiste n’est pas abouti puisque nous n’avons pas encore gagné dans les têtes, dans la rue, dans les urnes. Pour mener ce travail, qui est en cours et qui ne part pas de rien, je suis convaincue qu’il faut ouvrir largement les portes et les fenêtres, sans arrogance ni mépris, avec convictions et recherche de cohérences nouvelles.

Clémentine Autain 

https://lefildescommuns.fr/2019/04/29/federation-du-peuple-chiche/

 

Publié le 30/04/2019

Intervention d’une enseignante avant la manif samedi 27 avril

« Depuis 5 mois, un mouvement social puissant, tenace, et inventif se déploie dans tout le pays. Les gilets jaunes manifestent, occupent, revendiquent. Ils s’organisent, débattent, se fédèrent sur les ronds-points, dans les villages, les villes. Ils essuient une répression sans précédent, condamnée par l’ONU, dans laquelle le gouvernement utilise sans limite les pouvoirs des médias, de la police et de la justice qui lui obéissent tous. Malgré cette répression, malgré l’absence de réponse politique sérieuse à nos revendications, les gilets jaunes continuent à avoir le soutien de la population, et ils ne lâchent rien.

Le grand débat n’a été qu‘une honteuse mise en scène pour nous duper. Ils n’ont aucune honte : même l’incendie de Notre Dame de Paris est l’occasion pour eux de redorer leur blason et d’en appeler à l’union sacrée.

Pourtant rien n’y fait, ils y croient, pas nous.

Quelles sont ces revendications ? Un revenu décent pour tous, la fin des injustices sociales et fiscales, la lutte pour l’urgence climatique, l’accès pour tous à des services publics restaurés comme la santé, l’éducation, la justice, et une démocratie réelle pour mettre à bas l’autoritarisme du gouvernement et parvenir à ces objectifs

Alors quand les lois Blanquer sur l’éducation sont adoptés en février, la colère qui grondait déjà est montée d’un cran.

Que cachent ces lois honteusement baptisées pour l’école de la confiance ?: des suppressions de postes, la liquidation de nombreux contenus des programmes, la création d’expérimentations et de diplômes locaux qui accentuent les inégalités, la sélection dans l’accès à l’université avec le dispositif Parcoursup. Ce que Blanquer promet à l’école c’est la même catastrophe que connaît aujourd’hui l’hôpital public. Une dégradation supplémentaire de notre école, celle de nos enfants et de nos enseignants.

Et cette attaque s’ajoute aux autres mesures qui accroissent les inégalités.

C’est donc logiquement, naturellement que depuis plusieurs semaines, le combat contre les lois Blanquer rejoint celui des gilets jaunes .Nous avons en commun la même prétendue fatalité qui nous est imposée : la dégradation progressive de tous les services publics, dont nous avons tous besoin pour vivre au quotidien. Les gilets jaunes soutiennent les actions des parents et des enseignants mobilisés ; les parents et les enseignants, eux même gilets jaunes ou pas, soutiennent les actions de gilets jaunes. Cette convergence s’additionne aux autres, avec les travailleurs et les retraités du public et du privé, avec les jeunes, les syndicats, les précaires, les sans abri, les sans emploi, les sans papiers.

C’est aussi naturellement que les militants gilets jaunes se retrouvent dans les assemblées générales pour aider au rassemblement de ceux qui veulent mettre un coup d’arrêt à la politique de Macron et à son gouvernement de parvenus médiocres.

Naturellement les gilets jaunes, les enseignants, les syndicats convergent malgré la politique des dirigeants qui ont voulu nous opposer, ce qui arrangeait Macron.

Aujourd’hui je suis en noir, pour alerter et lutter contre le cancer qui ronge notre école publique, le cancer des lois Blanquer. Et je suis en gilet jaune aussi pour lutter contre le saccage des autres services publics, leur privatisation, la répression politique démesurée et le mépris de classe envers nous gilets jaunes, la logique libérale et autoritaire qui détruit les travailleurs en les réduisant au rôles d’exécutants et en conduit de plus en plus au suicide. 25ème suicide cette année parmi les forces de de police, qui n’est pas du au hasard, mais à la pression mise sur les forces de l’ordre pour chaque samedi réprimer le mouvement des gilets jaunes , suicide des enseignants qui souffrent en silence des pressions et du mépris de leur hiérarchie.

Souvent dans notre mouvement nous parlons de la question de la grève générale, de bloquer le pays. Nous y sommes : la grève et l’unité avec les gilets jaunes, voilà ce qui les terrorise, voilà ce qu’il nous faut renforcer en chaque occasion. »

S.

et le lien:
https://www.francebleu.fr/infos/economie-social/loi-blanquer-des-enseignants-et-des-gilets-jaunes-enterrent-l-education-nationale-1555776374

Publié le 29/04/2019

J’veux du soleil !, sur les ronds-points !

par L’équipe de Fakir (site fakirpresse.info)

Vous avez vu J’veux du soleil ? Vous allez le voir bientôt ? Et vous souhaitez voir la suite ?

Un proche de Macron confie son angoisse au Parisien : « Je ne vois pas comment on sort de ça. Avec les beaux jours, les Gilets Jaunes vont revenir et installer des barbecues sur les ronds-points… »
Voilà ce qui les effraie : la merguez révolutionnaire !
L’apéro Facebook géant !

Des groupes de gilets jaunes, à Caen, à Rungis, dans le Béarn, dans le Var, dans le Midi, ont déjà lancé cette action : des barbecues sur leur rond-point, le samedi 4 mai, pour fêter les deux ans de Macron à l’Élysée.

Excellente initiative : la reconquête des ronds-points par la convivialité. Nous souhaitons apporter notre pierre pour généraliser à tout le pays. 157 groupes de Gilets Jaunes nous ont demandé à diffuser « J’veux du soleil » (et il nous reste plus de 300 mails à ouvrir).

Eh bien, durant « la semaine jaune » (votée à St Nazaire, qui va du 1er au 4 mai) nous proposons de libérer les droits du film (sur une version remaniée, raccourcie).
Il vous suffit d’envoyer un courriel à : rondpoint@fakirpresse.info et nous vous enverrons un lien.

Pour certains, la diffusion se déroulera sur le rond-point, pour d’autres dans une salle de fêtes, sur une place publique, qu’importe. À des endroits, ça se fera le samedi 4 mai au soir, ailleurs, le vendredi 3, ou le jeudi 2 mai…
C’est vous qui connaissez votre terrain.

En revanche, le but poursuivi est unique, uniforme dans tout le pays : ramener du monde sur les ronds-points le samedi 4 mai. Faire sa fête à Macron avec une saucisse au bout d’une pique.
Retrouver de la convivialité, de la proximité, du nombre, des visages, des sourires…Pour un joli mois de mai qui verra refleurir l’espoir.
Cet hiver, les Gilets Jaunes ont écrit une belle page de notre histoire.
À nous, tous ensemble, d’écrire un chapitre entier ce printemps !

Ils ont l’argent, on a les gens !
Et à la fin, c’est nous qu’on va gagner !

https://www.fakirpresse.info/j-veux-du-soleil-sur-les-ronds-points

 

Publié le 27/04/2019

Parlons (Inter) Net

Les tripes viciées de la Rossinante de Macron

 

(site legrandsoir.info)

Bribri a été une mauvaise prof de théâtre pour le lycéen Emmanuel. Il fixe la caméra, il lit le prompteur, il est froid, il est vide, il est sans émotion. Il joue faux, il est faux.

Les professeurs imbus de l’ENA ne lui ont pas appris que l’intelligence n’est pas que la capacité à raisonner vite et à mouliner des mots. C’est l’intelligence collective du peuple qui fait la grandeur d’une nation et qui dessine son destin. « Ce sont les masses qui font l’Histoire » (Karl Marx).

La France est un immense hall de gare qui n’existerait même pas sans ceux qui « ne sont rien » et où ceux « qui ont réussi » ne mettraint pas les pieds puisqu’il n’y aurait ni trains, ni rails, ni conducteurs.

La France sans les sans-dents, c’est la planète terre à ses débuts, décrite par le loubard d’un sketch de Coluche : « Il n’y avait rien, pas un troquet, pas une mobylette ».

Macron peut parler, on ne l’écoute plus et si on l’écoute, on ne le croit plus. Il est le cycliste qui pédale comme un fou alors que la chaîne de son vélo a sauté. Surplace et effet comique. Chute ?

Pis, les Gaulois réfractaires, les alcoolos et les analphabètes, les fouteurs de bordel, cherchent à débusquer l’embrouille, le coup bas, l’entourloupe derrière chacune des concessions de l’homme qui prétendait naguère « Je ne reculerai pas devant les fainéants ».

« Timeo Danaos et dona ferentes » («  Je crains les Danaéens [les Grecs] même lorsqu’ils font des cadeaux »). Avis donné aux Troyens devant le cheval de bois farci de soldats ennemis.

A notre époque, le cheval de Macron est une vieille et moche Rossinante gonflée, non de gaz méphitiques (certes, on peut confondre), mais de journaleux, éditocrates, politologues, experts, politiciens prêts à tout pour entrer dans la ville.

J’écris ces lignes quelques heures avant que l’éborgneur se livre à une conférence de presse pédagogique qui nous sera expliquée ad nauseam par les pédagogues accrédités, ravis et étonnés par l’ampleur des réformes annoncées (1).

Théophraste R. (Distributeur d’antivirus cérébral).

Note (1). On le verra plusieurs fois attendre (et trouver) l’approbation de la plupart des journalistes assis sagement devant lui (et plus bas, à leur place). Parions que s’il dit  : « Comment allez-vous yau de poêle ? » ou « Soyez les bienvenus, on a vérifié l’état des extincteurs et des alarmes incendie », ils vont tous se bidonner en cascades obscènes dans une surenchère de « Ha ! Ha ! » de larbins essayant de se faire remarquer par le roitelet.

 

Publié le 26/04/2019

Fédération populaire : comment ça marche ?

(site melenchon.fr)

Les commentaires que je lis à propos de mon entretien avec Laurent Joffrin dans Libération me montrent qu’un malentendu peut exister dans l’esprit de certains analystes à propos de ma proposition de « fédération populaire ». Sans doute est-ce le poids des routines intellectuelles de certains commentateurs mais aussi de mes propres limites à m’exprimer aussi clairement qu’il le faudrait. Certains ont donc pensé que je proposais une reprise de l’ancienne union de la gauche. Ce n’est pas le cas. Je veux donc donner ici quelques précisions qui, je l’espère, éclaireront ceux que l’idée intéresse.

Commençons par dire qu’il s’agit d’une idée neuve. En effet une telle formule n’a jamais été mise en œuvre. Neuve mais pas nouvelle venant de moi car il s’agit de constituer ce que dans de nombreux textes antérieurs et dans le livre L’Ère du peuple j’avais appelé « le front du peuple », puis il y a un an dans le même journal Libération le « nouveau Front populaire ».

Le constat de base est que l’implosion des anciennes structures sociales de notre pays sous la pression des politiques néolibérales s’est combinée avec l’effondrement des formes traditionnelles de la représentation politique populaire. L’idée est donc que ce n’est pas en partant des anciens partis et de leur coalition que l’on parviendra à construire une majorité populaire sur un projet alternatif pour notre société. En tous cas pour un projet à la hauteur des transformations du mode de production et d’échange que la crise climatique, notamment, met à l’ordre du jour. L’idée centrale tourne autour du mot « fédérer ».

L’autre idée est que le processus visé n’est pas seulement électoral. Il engage pour les élections, certes. Mais le reste du temps, il engage pour l’action concrète dans la société en appui aux mouvements sociaux qui travaillent celle-ci. C’est donc en partant du travail de fédération des revendications écologiques et sociales et des mouvements qui les portent que l’on construit une nouvelle majorité. Les partis qui le veulent se mettent au service de la réussite de ce processus. Ils aident à sa construction, ils se rassemblent sous un label commun en vue de le soutenir.

Prenons un exemple de ce processus de fédération populaire. Les élections municipales. Le programme doit venir de l’action des collectifs citoyens dont les revendications doivent être réunies et inscrites dans la perspective globale écologique et sociale qui lui donne son sens. Les partis sont présents à travers leurs militants de terrain agissant dans ces collectifs et non « au nom du parti ». Ils se fédèrent sous un label commun pour appuyer la liste et soutenir sa campagne. La liste n’est donc pas celle des partis ou du personnage providentiel qui est tête de liste mais une fédération populaire de collectifs et de citoyens notoirement engagés dans les mouvements sociaux urbains. Voila pour les élections. Au fond c’est la méthode qui a prévalu pour la formation de la liste insoumise aux élections européennes : un mix de personnalités engagées syndicalistes, associatifs et militants politiques.

Autre versant de la construction d’une fédération populaire : l’action. La encore, le modèle est dans la vie elle-même. C’est la participation personnelle d’une part et le soutien collectif d’autres part à des actions comme celle des assises de Commercy ou l’appel à la marche du 27 avril prochain par des organisations syndicales, des gilets jaunes et des organisations politiques.

J’espère que ces précisions éclairent mon propos et permettent un débat entre ceux qui se sentiront concernés par cette proposition de fédération populaire, sans la confondre avec autre chose.

https://melenchon.fr/2019/04/24/federation-populaire-comment-ca-marche/

 

Publié le 25/04/2019

Gilets jaunes: «C'est une révolte?» - «Non sire, c'est une révolution»

Pourquoi les Gilets Jaunes font-ils si peur au gouvernement et aux grands media ? Pourquoi ont-ils obtenu plus (même si les 10 milliards lâchés en décembre par Macron sont quelque peu gonflés) que des années de manifestations, qui réunissaient parfois plus d'un million de personnes, comme sur la loi travail ? Et quelle suite au mouvement ?

Ce mouvement social tranche à bien des égards avec les mouvements « classiques », normalisés en quelque sorte, dont le scénario est inscrit à l'avance. C'est un mouvement spontané qui vient de la profondeur du pays, de couches sociales qui souffrent en silence depuis plusieurs décennies de la violence sociale résultant de la mondialisation libérale, méprisées par les classes dominantes et éloignées de la politique. L'arrogance de Macron, ses cadeaux éhontés aux plus riches, la multiplication des contre-réformes, ont apporté la touche qu'il fallait pour que le couvercle saute, à l'occasion d'une injustice de plus, la taxe sur les carburants.

Le gilet jaune est le signe de ralliement pour celles et ceux qui veulent par l'occupation des rond-points afficher leur visibilité et leur droit au respect, et prétendent à être des acteurs et actrices avec lesquel.le.s il faudra désormais compter. Elles/ils le font avec leur langage, invoquant – comme souvent dans les grands mouvements – les mânes du passé, des moments historiques forts lors desquels les dominés ont relevé la tête et imposé leur volonté aux dominants. Ces moments, c'est la grande Révolution française de 1789, non pas celle aseptisée de l'imagerie dominante, mais celle des sans-culottes avec son drapeau synonyme de liberté, égalité et fraternité, et depuis longtemps dévoyé ; c 'est aussi la Résistance, accouchant du programme du Conseil National de la Résistance qui a permis les réformes sociales à la Libération. Les Gilets Jaunes s'inscrivent ainsi dans le fil des mouvements d'émancipation des opprimé.e.s, adoptant également les modes démocratiques de décision et d'action des conseils ouvriers. Entrés en lutte par le bout de la justice fiscale, ils ont su – ce qui était fondamental – élargir leur vision et commencent à embrasser tous les champs de la vie sociale. Cette inscription dans l'histoire, vue du côté des opprimés, résonne dans la société, elle a largement contribué au soutien, qui ne se dément pas, de la majorité de la population.

Les nombreux témoignages de participant.e.s racontent la jubilation ressentie par les Gilets Jaunes dans les échanges et les partages sur les rond-points, le plaisir d'être, de décider et d'agir ensemble, laissant au vestiaire leur appartenance à une association ou à un parti politique : ils et elles sont là comme « simples » citoyen.ne.s, éléments du peuple souverain. Une expérience d'entrée en politique qui, au vu des doléances et des propositions, se pose en rupture avec la société de marché où l'argent vaut plus que l'être humain et le monde vivant, ce qui donne au mouvement un caractère clairement progressiste.

Loin de se limiter aux manifestations du samedi - dont le gouvernement et les grands media comptent goulûment le nombre de participant.e.s, espérant y trouver l'indice d'un recul voire d'une fin proche – le mouvement des Gilets Jaunes s'inscrit dans la durée. Il a entrepris, à travers les Assemblées d'assemblées initiées à Commercy, d'élaborer de manière démocratique un projet issu de la base.

C'est pour toutes ces raisons que le gouvernement a peur. Mais le « Grand débat », supposé enterrer doucement le mouvement, a fait « flop », tant il était téléguidé et biaisé. De même que les tentatives de présenter les gilets jaunes comme des violents et des racistes, pour détourner leurs soutiens. Il s'est lancé dans une répression féroce du mouvement, appliquant des méthodes déjà rodées dans les banlieues populaires, testant de nouvelles armes, s'attaquant au droit de manifester par la loi dite « anti-casseurs », en fait anti Gilets Jaunes. On peut penser que cette répression va encore s'accentuer, si l'on en juge par les propos du Premier Ministre considérant les résultats du Grand débat comme une validation de la politique du gouvernement.

Et maintenant ? Il apparaît que le gouvernement ne peut ni ne veut satisfaire les demandes du mouvement, car elles vont à l'encontre des intérêts des classes qui l'ont porté au pouvoir. Il veut poursuivre sa politique mortifère, protégé par une majorité de députés godillots et par sa police. Mais le roi est nu.

Le mouvement des Gilets Jaunes se poursuit avec détermination. Sa transversalité lui donne une responsabilité particulière pour la convergence des luttes. Sa présence aux manifestations sur le climat, sur le logement, dans des manifestations syndicales, les initiatives des femmes gilets jaunes, sa présence dans les banlieues populaires, son fonctionnement de démocratie d'assemblée, doivent lui donner un rôle particulier pour articuler les revendications multiples issues des différents mouvements dans un projet populaire, écologique et sociale. Aux autres mouvements aussi de faire le pas.

https://blogs.mediapart.fr/jean-lafont/blog/110419/gilets-jaunes-cest-une-revolte-non-sire-cest-une-revolution

Publié le 24/04/2019

Pour le Medef, il faut travailler plus longtemps en étant moins bien payé

La rédaction (site rapportsdeforce.fr)

En France, on n’a pas de pétrole, mais on a le Medef. Et des idées, il n’en manque pas. Cette semaine Geoffroy Roux de Bézieux, le patron des patrons a été prolixe en propositions. Alors que le gouvernement souffle le chaud et le froid sur un possible allongement de l’âge de départ à la retraite, le patronat ne tergiverse pas. Jeudi, Geoffroy Roux de Bézieux a proposé de reculer à 64 ans l’âge légal pour partir à la retraire d’ici 2028. Selon le Medef, cela dégagerait 17 milliards d’économies qui pourraient être utilisées pour financer la dépendance des personnes âgées. Ainsi le patron des patrons a lâché deux bombes en une : travailler plus longtemps et utiliser le système assurantiel des retraites pour financer autre chose que les pensions.

Pas à court d’idées, le Medef a aussi des propositions pour répondre au chômage des plus de 50 ans et surtout au « sous-emploi » des 60-64 ans. Seulement 29,2 % des plus de 60 ans travaillent, une proportion ramenée à 53 % des 55-64 ans. Geoffroy Roux de Bézieux imagine un dispositif pour embaucher les seniors ou les maintenir dans l’emploi : les payer moins que dans leur emploi précédent. La différence serait payée par l’assurance chômage jusqu’au départ à la retraite. Ainsi, les coûts de main-d’œuvre seraient transférés vers la collectivité. Une idée qui n’a pas laissé insensible la ministre du Travail Muriel Pénicaud qui a déclaré sur les ondes de RTL que c’était « un bon sujet, à discuter avec les partenaires sociaux ».

https://rapportsdeforce.fr/breves/pour-le-medef-il-faut-travailler-plus-longtemps-en-etant-moins-bien-paye-04203565

 

Publié le 22/04/2019

CGT, France insoumise, « gilets jaunes »... Appel à l’union pour une « grande mobilisation » sociale le 27 avril
 

(site bellaciao.org)

Les organisations ont annoncé s’être mises d’accord sur des revendications communes, comme l’arrêt des « cadeaux fiscaux » et le rétablissement de l’ISF

Plusieurs organisations ont appelé ce mardi à une « grande mobilisation nationale » le samedi 27 avril à Paris. Objectif : constituer un « front commun » avec « tous les acteurs du mouvement social » face à un gouvernement qui « veut tout détruire ».

Des organisations CGT (fédérations, unions départementales), la France insoumise et des « gilets jaunes » veulent « conforter et faire converger toutes les luttes en cours ». « Nous voulons voir cette date du 27 avril comme un tournant majeur dans les mobilisations en cours depuis des mois et des mois, dans la rue, sur les ronds-points, dans les entreprises », a dit Emmanuel Lépine (CGT chimie). « Il est grand temps de coordonner nos luttes respectives », a-t-il ajouté, affirmant que « le 27 avril n’est pas une fin en soi, mais bien la construction d’un processus de mobilisation qui doit aller crescendo. »

« Une bonne base » pour le 1er-Mai

« C’est un appel à l’union autour d’un message clair, la justice sociale et la meilleure répartition des richesses », a déclaré de son côté Amar Legha (fédération CGT commerces et services). Cette action a aussi le soutien du PCF, du NPA, de la fédération CGT des services publics, de la journaliste Aude Lancelin ou de la « gilet jaune » Priscillia Ludosky.

Les organisateurs prévoient une manifestation de Concorde à Nation. « Si on a un 27 avril réussi, ce sera une bonne base de lancement pour le 1er mai », a jugé Cédric Quintin, de l’union départementale CGT Val-de-Marne. Pour Olivier Mateu, de l’union départementale Bouches-du-Rhône, « l’objectif de cette mobilisation ce n’est pas le congrès de la CGT » qui se déroulera en mai, « mais d’être tous ensemble pour aller au combat contre ce gouvernement ».

« Nous n’attendons pas des annonces d’Emmanuel Macron une modification majeure de la politique menée actuellement », a encore dit Emmanuel Lépine. Il a ajouté qu’« une base commune de revendications » a été établie qui prévoit l’augmentation immédiate de 300 euros des salaires, traitements et minimas sociaux, « l’arrêt des cadeaux fiscaux », le rétablissement de l’ISF, la baisse de la TVA sur les produits de première nécessité ou « l’arrêt de la casse de la Sécurité sociale et des systèmes de retraite ». « Ces revendications sont parfaitement réalisables, de manière rapide, leur mise en place ne dépend que de choix politiques », a-t-il affirmé.

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article161690

Publié le 21/04/2019

Notre-Dame : pourquoi la générosité des milliardaires et des multinationales pose question

par Olivier Petitjean (site bastamag.net)

Environ 700 millions de dons ont déjà été promis par plusieurs grandes fortunes et multinationales pour financer les réparations et reconstructions nécessaires suite au dramatique incendie qui a frappé la cathédrale parisienne, l’un des monuments les plus visités d’Europe. Ces dons, les ristournes fiscales dont ils pourraient bénéficier et les contreparties dont ces généreux donateurs pourraient profiter, font polémique. L’occasion de faire le point sur les questions et controverses que suscite le mécénat culturel prisé par les grandes fortunes françaises.

Après le spectaculaire incendie de Notre-Dame, les grandes fortunes et grands groupes français n’ont pas perdu de temps pour offrir leurs services. Bernard Arnault, PDG de LVMH, a promis 200 millions d’euros pour la rénovation du monument, de même que L’Oréal (propriété de la famille Bettencourt). La famille Pinault (groupe Kering) et le pétrolier Total ont annoncé 100 millions d’euros, l’afficheur JCDecaux 20 millions, la famille Bouygues 10 millions, la fondation du Crédit agricole 5 millions... [1] Autant de dons versés soit directement par les groupes, soit via leurs fondations d’entreprise, soit à titre individuel par leurs patrons. Les groupes de construction Vinci et Bouygues proposent également de mettre à disposition leurs employés et leurs compétences pour la reconstruction de Notre-Dame.

Cet élan de générosité fait déjà polémique. L’essentiel de ces promesses de dons seront ainsi défiscalisés à 60% pour une entreprise, à 66% pour un particulier, voire à 90% si le gouvernement décide de leur appliquer la ristourne prévue par la loi pour le mécénat relatif aux « trésors nationaux ». C’est ce qu’a demandé notamment l’ancien ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon – et conseiller de François Pinault – au lendemain de l’incendie.

Autrement dit, sur les 200 millions d’euros promis par L’Oréal ou par la famille Arnault, seule une petite partie sera effectivement à leur charge, le reste étant compensé par la réduction de leur ardoise fiscale [2]. Ce seront donc au final les pouvoirs publics qui acquitteront l’essentiel de ces sommes pour compenser les impôts perdus, pendant que les milliardaires et les multinationales pourront s’adjuger le mérite d’avoir facilité la restauration de la cathédrale – tout en ayant le pouvoir d’affecter les impôts qu’elles paient là ou elles le souhaitent. La famille Pinault, dont la fortune est estimée à 30,5 milliards d’euros, aurait cependant annoncé, suite à la controverse, qu’elle ne chercherait pas à bénéficier du dispositif.

Coût du mécénat culturel : presque un milliard d’euros par an

L’avalanche de générosité dont bénéficie la cathédrale parisienne intervient à un moment où les allégements fiscaux liés au mécénat culturel sont de plus en plus contestés. Le groupe LVMH et son PDG Bernard Arnault, dont la fortune est désormais estimée à 77,2 milliards d’euros, sont aujourd’hui l’objet d’une plainte, inspirée par un rapport au vitriol de la Cour des comptes, pour avoir abusé du dispositif lors de la construction de la Fondation Louis Vuitton. Inaugurée en 2016 dans le bois de Boulogne, ce lieu avait été présenté par Bernard Arnault comme un « cadeau à la France ». Selon les calculs de la Cour des comptes, son budget total de 790 millions d’euros a donné lieu à des déductions fiscales de 518 millions pour diverses sociétés du groupe du milliardaire. Les magistrats se sont aussi étonnés publiquement des factures hors normes affichées par LVMH et le maître d’œuvre du chantier, Vinci (lire notre article).

Une « Pinault Collection » doit ouvrir cette année dans le bâtiment de la Bourse du commerce, dans le 1er arrondissement de la capitale, où la famille Pinault exposera les œuvres acquises. Les Pinault, propriétaires du géant du luxe Kering – actuellement au centre d’un scandale d’évasion fiscale lié à sa filiale Gucci [3] – ont assuré qu’ils ne chercheraient pas à faire valoir leurs droits à une ristourne fiscale. L’opération n’en a pas moins été contestée, puisque la ville de Paris a acheté le bâtiment 86 millions d’euros, pour le louer ensuite à la famille milliardaire ses 3000 m2 pour seulement 60 000 euros par an (plus une redevance initiale de 15 millions d’euros). Une location quasiment cadeau au vu du prix de location moyen dans cet arrondissement [4].

Quelles « contreparties » pour les riches donateurs ?

La Cour des comptes estime que les réductions d’impôt liées au mécénat coûtent au total presque un milliard d’euros par an au fisc français, la plus grosse partie étant trustée par une poignée de grosses multinationales qui y voient une occasion de valoriser leur image et de faire oublier les scandales ou leurs impacts sur la planète (lire notre enquête sur le mécénat de Total).

Derrière la controverse fiscale, les dons promis pour Notre-Dame posent en filigrane une question supplémentaire, concernant l’avenir du monument lui-même. Un autre aspect souvent critiqué de la législation française sur le mécénat est la question des « contreparties ». En échange de leur générosité, les donateurs obtiennent, dans certaines limites, des avantages en nature comme des entrées gratuites pour leurs employés, ou encore la mise à disposition des lieux pour des événements.

Le château de Versailles illustre cette démarche : les grandes marques de luxe – celles des milliardaires qui se pressent aujourd’hui au chevet de la cathédrale de Paris – ont été les premières à en profiter. Elles y multiplient les opérations marketing, les séances de photos et les réceptions [5]. Le château avait aussi accueilli en 2016 l’anniversaire organisé pour sa femme par le PDG de Renault, Carlos Ghosn, dans le cadre d’une convention de mécénat entre Renault et l’établissement public. Une enquête de l’ Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières a été ouverte en France suite à l’incarcération de Ghosn au Japon.

Demain, une bâche publicitaire géante sur Notre-Dame ?

Le recours à des bâches publicitaires géantes – elles aussi l’apanage des marques du luxe – sur les chantiers des monuments parisiens fait aussi débat. L’association Résistance à l’agression publicitaire a même déposé plainte pour « violation de sépultures » pour dénoncer la bâche qui a entouré plusieurs mois la colonne de Juillet, place de la Bastille (la colonne est bâtie sur une nécropole abritant les morts de l’insurrection de juillet 1830). La perspective de publicités sur le chantier de Notre-Dame risque de susciter les envies.

Notre-Dame est le monument le plus fréquenté de la capitale, avec environ 13 millions de visiteurs par an. Placée sous l’égide du Centre des monuments nationaux, elle échappait encore à la logique commerciale de « monétisation » du patrimoine qui prévaut aujourd’hui à Versailles et, dans une moindre mesure, au Louvre. L’importante rénovation qui s’annonce pourrait changer la donne.

Olivier Ptitjean

Publié le 20/04/2019

Guillaume Apollinaire. « Entourée de flammes ferventes Notre-Dame m'a regardé »

Patrick Le Hyaric (site humanité.fr)

Par Patrick le Hyaric, directeur de l'Humanité. Comme face à un deuil, le pays entier et les millions de visiteurs qui ont foulé du pied le parvis de la cathédrale, ont été lundi soir envahis d’une infinie tristesse. Beaucoup ont réagi comme si un être cher succombait, révélant combien cette belle Dame trônant fièrement au cœur de la capitale était Nôtre, vivant dans l’intimité de millions de consciences, jusqu’aux plus rétives au dogme religieux. 

Ce n’est ni la religion ni la foi qui suscite chez nous cette émotion. Sans enlever aux catholiques une peine augmentée de leur foi bien compréhensible, nous pleurons aujourd’hui la destruction de pans entiers de cette manifestation rare du génie humain. 

Paris était si peu quand Notre-Dame s’élevait déjà, il y a près de mille ans au cœur de l’ile de la Cité. Ce splendide édifice n’est réductible à aucun homme, aucun architecte, aucun génie si ce n’est celui, collectif, de milliers d’artisans, apprentis et compagnons anonymes, femmes et hommes, ces « oeuvriers » comme on les appelait alors, qui mobilisèrent tous les savoirs des sciences, des arts et des techniques pour ériger vers le ciel et pour les siècles des piliers de calcaire monumentaux colorés de kaléidoscopes de verre qui ornent les rosaces, reliés par une immense charpente de bois qui défie les lois de la physique, solidement flanquée de ces arcs majestueux enracinés entre deux eaux.

Le lieu de culte s’est fondu avec l’histoire séculaire. Sans rien perdre de sa magie et de sa transcendance, il donne à l’athée matière à s’éblouir comme à penser les événements d’un millénaire. L’endroit a mêlé les enjeux de pouvoirs royaux, impériaux et républicains et une persévérante appropriation populaire comme l’a si brillamment montré Victor Hugo, et après lui Apollinaire ou Aragon. 

Si, comme le disait Jaurès  « l’humanité n’existe point encore ou elle existe à peine », peut-on risquer qu’elle soit parvenue à s’accomplir vraiment dans certaines œuvres de l’art et de l’esprit, dans ces créations où l’Homme a surpassé ses capacités et son imagination pour dire l’ineffable et inventer l’inconcevable, nourrissant la civilisation de culture mise en partage?

Pour notre grand soulagement, les pompiers héroïques de Paris ont réussi à circonscrire le sinistre et à préserver l’essentiel de la structure et des vitraux médiévaux. Le « trésor » et quelques une des merveilles du site ont également été sauvés du feu.

Notre imagination, notre capacité à inventer sans trahir, à prolonger sans renier, comme a su le faire à sa façon et en son temps Viollet le Duc au 19ème siècle, sont sollicitées pour trouver les formes nouvelles et contemporaines qui feront se tenir encore et toujours, fière et debout, cette belle Dame de Paris. 

https://www.humanite.fr/guillaume-apollinaire-entouree-de-flammes-ferventes-notre-dame-ma-regarde-671041

Publié le 19/04/2019

 

[Tribune] Coup de gueule d’une Toulousaine en colère

(site lemouvement.info)

On dit parfois que la colère n’est pas bonne conseillère. Mais quand celle-ci est fondée et légitime, il est sain de l’exprimer. C’est donc une saine colère que je souhaite exprimer dans cette déclaration.

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La manifestation à Toulouse samedi 13 avril n’a pas eu lieu. Cette manifestation appelée par de très nombreuses organisations syndicales, politiques et associatives, contre la loi dite « anti-casseurs », a de fait, été interdite.

Comme des milliers de manifestant-e-s gilets jaunes, syndicalistes, militant-e-s ou pas, j’ai été empêchée de manifester. C’est la première fois que cela m’arrive dans cette ville où je milite et où il m’est arrivé de battre le pavé des centaines de fois.

Je m’insurge d’avance : il n’est pas crédible que les autorités puissent prétendre avoir agi au nom de la sécurité des nos concitoyen-n-e-s. Il n’en est rien. Ce qui a occupé principalement les forces de police ce fut de rendre impossible la constitution du cortège initialement prévu. Dès que vous vouliez rejoindre ou essayer de rejoindre le cortège intersyndical et le pôle enseignant prévu pour cette manifestation, c’était physiquement impossible. J’ai pu le constater moi même lorsqu’un premier barrage entre les allées Jean Jaurès et la place Jeanne d’Arc m’a amenée à négocier avec les forces de l’ordre. La réaction de ces dernières fut plus qu’étonnantes. Le fait de discuter, de protester devant ce qui était clairement une remise en cause d’un droit élémentaire, celui de manifester, a suscité chez les CRS présents des réactions démesurées et disproportionnées : agressivité systématique dans les propos (il s’agit sic « d’obéir aux ordres », de « se taire » sous peine d’être embarqué, parfois les propos sont grossiers à l’encontre d’une jeune femme, « ta gueule conasse »), menaces d’être arrêté-e-s dès la première discussion, d’être filmé. Les mensonges vont bon train, un policier se permettant même d’affirmer que « la manifestation est interdite, car non déclarée », que « les boulevards sont interdits à la circulation (des piétons !) », d’autres refusent de rendre visible leur matricule quand on leur fait remarquer que celui-ci est dissimulé, prétextant contrairement à la loi, « qu’ils n’ont pas à le montrer lors d’un maintien de l’ordre » !

Afin d’apaiser les esprits, car les esprits finissent par s’échauffer, surtout quand cela fait deux, trois fois qu’on est repoussés, j’ai sorti ma carte d’élue régionale, évoquant la possibilité d’entrer en contact avec la préfecture, pour vérifier les dires des CRS présents.

Là aussi réactions assez significativement incorrectes : « c’est ça, t’as qu’à croire, t’as qu’à rêver ». Propos qui révèlent la toute-puissance dans laquelle croient pouvoir évoluer ces policiers soi-disant chargés du maintien de l’ordre et de notre sécurité.

Tout le reste est à l’avenant : malgré les efforts de retrouver les ami-e-s, camarades, militant-e-s avec qui j’avais prévu de manifester, cela s’avéra impossible. Nous fûmes gazés, bousculés, pris constamment dans des nasses. Le bruit devint assourdissant tellement étaient lancées de très nombreuses grenades de désencerclement par les policiers.

L’impression d’être en état de siège était un sentiment largement partagé autour de moi.

Alors que doit-on retenir de la stratégie choisie par les autorités et par le pouvoir, puisque la manifestation devait se dérouler dans le nouveau cadre répressif de la loi « anticasseurs » ?

Tout d’abord que le dispositif policier démentiel, n’avait absolument rien à voir avec le maintien de l’ordre et la sécurité puisque l’incendie allées Jean Jaurès et celui près de Jeanne d’Arc n’ont nullement été empêchés.
Visiblement ce n’était pas la priorité des escouades de CRS, des canons à eau et des blindés!

Non l’objectif était bien d’empêcher la manifestation d’avoir lieu avec un arsenal répressif indigne d’une démocratie.

Avec une stratégie toujours plus présente de la tension et de l’escalade de la violence. Tout a été fait pour irriter et pousser les manifestant-e-s à tenter de reconstituer un cortège systématiquement empêché.

Pour finir, il faut être très clair : ce qu’il s’est passé samedi à Toulouse est très grave. Un tournant a été pris, Toulouse a sans doute servi de laboratoire de la répression, dans le cadre de la loi nouvellement votée.

Dans notre pays un cap a été franchi : il ne s’agit plus de constater une dérive autoritaire du pouvoir, mais bien une tentation autoritaire qui remet en question les droits fondamentaux démocratiques comme ceux de manifester, de circuler et donc de s’exprimer quand on souhaite s’opposer à la politique du pouvoir Macron.

La démocratie est en danger et il est temps pour les organisations progressistes syndicales, politiques et associatives du département de poursuivre leur combat contre la répression.

Mais désormais devant la tentation autoritaire bien réelle, c’est d’un sursaut national dont nous avons besoin.

Myriam Martin,
conseillère régionale Occitanie
Ensemble ! France Insoumise

https://lemouvement.info/2019/04/16/tribune-coup-de-gueule-dune-toulousaine-en-colere/

 

Publié le 18/04/2019

Parlons (Inter) Net

Le clocher de Notre-Dame est digne de dix dons, dis-donc

 

(site legrandsoir.info)

ND c’est un peu Paris, un peu la France, un joyau de l’humanité et sonnez trompettes ! Et violons et grandes orgues...

La famille Pinault ayant décidé de débloquer 100 millions d’euros, LVMH et la famille Arnault y vont (dis-donc) d’un digne don de 200 millions d’euros.

En un an, Bernard Arnault s’est enrichi de 8,89 milliards d’€, soit 27 millions d’€ par jour, soit 1,13 millions d’€ par heure, soit 18 816€ par minute, soit 16 SMIC chaque minute.

Si les Français payés au SMIC, les bénéficiaires d’un RSA, les retraités impécunieux, les étudiants, les chômeurs veulent verser autant que lui, proportionnellement à leurs revenus, calculez combien de décimales après la virgule seront nécessaires pour en écrire le montant sur un chèque.
Calculez la réduction d’impôt auxquels donneront droit les dons (ceux de Pinault, Arnault et les vôtres).
Allez-y, allez-y, sortez vos calculettes : on vous lira ci-dessous.

Théophraste R. Théologien dissident (excommunié) auteur du Saint-Livre : « Si Dieu existait, il aurait d’abord fichu le feu à la dégoûtante meringue blanchâtre bâtie à Montmartre contre la Commune de Paris »).

Publié le 17/04/2019

Un collectif appelle à la création d’une « assemblée citoyenne » de « gilets citoyens »

La démarche est soutenue par le réalisateur Cyril Dion, l’économiste Laurence Tubiana ou encore une des figures médiatiques des « gilets jaunes » Priscillia Ludosky.

Par Aline Leclerc et Claire Legros (site lemonde.fr)

Ils ont décidé de changer de braquet et surtout de méthode. Sans attendre les annonces d’Emmanuel Macron censées clore le grand débat, un collectif lance la création d’une assemblée de citoyens tirés au sort, représentatifs de la société française.

Entreprise par Démocratie ouverte, une association de militants et praticiens de la démocratie participative, la démarche est soutenue par un collectif d’une centaine de personnes de tous horizons dont Cyril Dion, coréalisateur (avec Mélanie Laurent) du film Demain, l’actrice Marion Cotillard, très investie dans la défense de la planète, l’économiste Laurence Tubiana, négociatrice de la COP21, le professeur de science politique Loïc Blondiaux ou encore Priscillia Ludosky, l’une des figures médiatiques des « gilets jaunes ».

Baptisé Gilets citoyens, ce collectif avait déjà écrit le 23 janvier une lettre ouverte au président de la République pour recommander la mise en place d’une telle assemblée. Tout en « s’enthousiasmant » de l’idée du grand débat comme « occasion d’inventer collectivement de nouvelles pratiques démocratiques », les signataires y déploraient « la précipitation, le manque d’engagement et de transparence » du processus.

Lire aussi Après le grand débat, les « gilets jaunes » veulent maintenir la pression

La synthèse proposée lundi par le gouvernement a fini de les convaincre qu’il fallait agir pour que le processus démocratique amorcé « ne finisse pas en eau de boudin ».

« On entend dire “les Français ont dit que”, alors que moins de 2 % ont contribué au grand débat. On voit bien que ce n’est pas représentatif, remarque la coprésidente de Démocratie ouverte, Mathilde Imer. On risque par ailleurs de n’avoir pour résultat que des annonces de court terme alors qu’il faudrait aussi s’attaquer aux sujets de fond de long terme. »

Formés par des experts « de façon contradictoire »

Si elle voit le jour, cette assemblée citoyenne délibérative serait composée d’au moins 100 personnes, tirées au sort selon la méthode des quotas, afin d’être représentative de la société française. Elle devra travailler à chercher des solutions sur trois sujets : la mise en œuvre d’un référendum d’initiative citoyenne (RIC), la transition écologique et la justice fiscale. Ses membres seront formés par des experts « de façon contradictoire » pendant « au moins trois week-ends » avant de délibérer sur les propositions qui pourront ensuite être soumises à référendum.

« La création d’une assemblée citoyenne figurait parmi les premières revendications que nous avons portées sur notre page La France en colère, souligne Priscillia Ludosky. C’est ça qu’il aurait fallu créer en janvier, à la place du grand débat. »

Si une telle initiative est inédite en France à cette échelle, des expériences d’assemblées nationales citoyennes ont déjà été menées dans plusieurs pays, avec un certain succès. En Irlande, un processus de ce type a conduit à modifier deux articles de la Constitution en faveur du mariage homosexuel et de l’avortement.

« Le processus y a aussi commencé par une assemblée citoyenne organisée à l’initiative de la société civile, souligne Cyril Dion. Et c’est à l’issue des débats que le gouvernement s’est engagé. Il a bien vu l’intérêt de ce dispositif sur des sujets conflictuels pour lesquels il n’avait pas vraiment de solution. »

Lire l’entretien avec Cyril Dion : « Le grand débat, ce n’était pas vraiment de l’intelligence collective »

Des « lignes rouges »

De nombreuses inconnues demeurent. Quelle sera la réaction des personnes contactées par tirage au sort ? Pour les conférences régionales organisées dans le cadre du grand débat, les organisateurs se sont heurtés à de nombreux refus. Et surtout, quel rôle voudront jouer les pouvoirs publics dans la démarche ? Les membres du collectif ont proposé à Emmanuel Macron d’accompagner le dispositif, qui nécessite un budget de « plus de 1 million d’euros ». Dans la foulée de leur lettre de janvier, ils ont été reçus par des conseillers de l’Elysée.

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Mais le collectif tient à ce que des « lignes rouges » soient respectées : la représentativité de l’assemblée, un temps de discussion minimum et l’absence « d’interférence gouvernementale dans le choix des sujets comme des garants ». « Si le processus est tordu ou altéré, nous en sortirons », prévient Cyril Dion.

Le collectif des Gilets citoyens lance dès aujourd’hui un appel à la « mobilisation la plus large possible » en faveur de son projet, pour inciter l’exécutif à soutenir le processus. En cas de refus, le collectif prévoit de lancer un appel à financement participatif au début de l’été. « On ira, quelle que soit la réponse du gouvernement, affirme Mathilde Imer. On a les premiers financements, on a la méthodologie, on est prêts. » Le tirage au sort est prévu en août pour un premier week-end de travail de cette assemblée à l’automne.

 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/04/13/un-collectif-appelle-a-la-creation-d-une-assemblee-citoyenne-de-gilets-citoyens_5449760_823448.html

 

Publié le 16/04/2019

L’arrestation d’Assange est scandaleuse

Noam CHOMSKY (site legrandsoir.info)

L’arrestation d’Assange est scandaleuse à plusieurs égards. L’un d’entre eux est l’effort déployé par des gouvernements – non seulement le gouvernement des États-Unis. Les Britanniques coopèrent. L’Équateur, bien sûr, coopère actuellement. La Suède, auparavant, avait coopéré. Les efforts pour faire taire un journaliste qui publiait des documents que les gens au pouvoir ne voulaient pas que la foule de gueux connaissent. C’est essentiellement ce qui s’est passé. WikiLeaks publiait des choses que les gens devraient savoir sur ceux qui sont au pouvoir. Les gens au pouvoir n’aiment pas ça, il faut donc le faire taire. C’est le genre de chose, le genre de scandale qui se produit, malheureusement, encore et encore.

Pour prendre un autre exemple, juste à côté de l’Équateur, au Brésil, où les événements qui se sont produits sont extrêmement importants. C’est le pays le plus important d’Amérique latine, l’un des plus importants au monde. Sous le gouvernement Lula, au début de ce millénaire, le Brésil était le pays le plus respecté, peut-être le plus respecté au monde. C’était la voix du Sud sous la direction de Lula da Silva. Remarquez ce qui s’est passé. Il y a eu un coup d’État, un coup d’État soft, pour éliminer les effets jugés néfastes du Parti des travailleurs. Ces effets sont décrites par la Banque mondiale - pas par moi, la Banque mondiale - comme la "décennie d’or" de l’histoire du Brésil, avec une réduction radicale de la pauvreté, une extension massive de l’inclusion des populations marginalisées, une grande partie de la population - afro-brésilienne, autochtone - qui a été intégrée dans la société, un sentiment de dignité et d’espoir pour la population. Ce qui était intolérable.

Après le départ de Lula, il y eut un autre "coup d’État" soft - je n’entrerai pas dans les détails, mais la dernière mesure, en septembre dernier, a été de prendre Lula da Silva, le personnage principal, le plus populaire du Brésil, qui allait presque certainement gagner les élections, pour le mettre en prison, à l’isolement, essentiellement une peine capitale, 25 ans de prison, interdit de lire la presse et des livres et, surtout, de faire une déclaration publique – contrairement à des tueurs dans le couloir de la mort. Ceci dans le but de faire taire la personne qui était susceptible de gagner l’élection. C’est le prisonnier politique le plus important du monde. Vous en avez entendu parler ?

Eh bien, Assange est un cas similaire : Il faut faire taire cette voix. Examinons l’histoire. Certains d’entre vous se rappelleront peut-être quand le gouvernement fasciste de Mussolini a mis Antonio Gramsci en prison. Le procureur a dit : "Nous devons faire taire cette voix pendant 20 ans. Je ne peux pas le laisser parler." C’est Assange. C’est Lula. Il y a d’autres cas. C’est un scandale.

L’autre scandale, c’est la portée extraterritoriale des États-Unis, ce qui est choquant. Pourquoi les États-Unis auraient-ils le droit de contrôler ce que d’autres font ailleurs dans le monde ? Aucun autre État ne pourrait le faire. C’est une situation bizarre. Et ça n’arrête pas. On ne le remarque même plus. Du moins, il n’y a aucun commentaire à ce sujet.

[...]

Noam Chomsky

Traduction "ce bon vieux Noam..." par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

https://www.legrandsoir.info/l-arrestation-d-assange-est-scandaleuse.html

 

Publié le 15/04/2019

L’État vous consulte : quel avenir pour nos plages ?

Gil MartinIl (site le-metropolitain.fr)

 

L'Etat propose aux citoyens de donner leur avis sur les règles à mettre en place pour la gestion des plages

Jusqu’au 16 mai, l’Etat propose aux Héraultais de se prononcer sur les règles à mettre en place pour la gestion et la préservation des plages, propriété inaliénable de l’Etat, dont la vocation est d’être un espace de liberté pour les citoyens. Alors, aux armes citoyens : prononcez-vous ! Sous les pavés, la plage…

« Donnez votre avis sur la plage de demain dans l’Hérault » : non, il ne s’agit pas d’un Fake, ni d’une mesure intégrée in extremis dans le Grand Débat National d’Emmanuel Macron… Ce travail de l’Etat sur les plages était prévu depuis longtemps : « Les propositions retenues seront présentées en juin 2019 en vue d’aboutir, à l’été, à la publication d’une stratégie de gestion durable du domaine public maritime naturel (DPMn) dans l’Hérault », précise la préfecture de l’Hérault.

Les plages, mieux au naturel ?

« Cette consultation a pour objectif d’associer le grand public à l’élaboration des futures règles concernant la gestion et l’utilisation de ces espaces », confirme l’Etat qui cite quelques questions : les plages doivent-elles être plus équipées ? Manque-t-il de services à leurs abords ? Ou bien doivent-elles demeurer plus naturelles ? Doit-on ou non dédier des zones à des usages spécifiques ? On peut aussi s’interroger sur la place des paillotes, qui morcellent la plage et sur leur impact sur l’environnement…

Trouver des points d’équilibre

Les 90 km de côtes qui forment le littoral héraultais sont concernés, 140 km avec la bordure des étangs : « Il s’agit d’un patrimoine remarquable qui concentre de multiples activités, notamment économiques, liées au tourisme, à la pêche, la conchyliculture, les activités nautiques et une forte activité portuaire », rappelle l’Etat qui organise cette consultation « pour trouver les points d’équilibre entre tous les usages ».

Généralement, lorsqu’un enjeu environnemental et un enjeu économique sont en concurrence, l’activité humaine est toujours privilégiée…

Donner votre avis

Difficile de dire si ce document, au final, permettra de protéger efficacement les plages, mais les citoyens sont au moins invités à donner leur avis : « Citoyens, collectivités, professionnels et associations sont consultés pour élaborer, avec les services de l’Etat, une vision prospective et partagée de la plage de demain », insiste l’Etat.

Vous avez 40 jours pour donner votre avis sur https://monterritoireendebat.fr

Publié le 14/04/2019

SOS Méditerranée. Lettre ouverte à M. Castaner

(site lamarseillaise-encommun.org)

Lors de la conférence de presse clôturant la réunion des ministres de l’intérieur du G7, la déclaration de M.Castaner évoquant “une réelle collusion, à certains moments, entre les trafiquants de migrants et certaines ONG” est inacceptable pour l’association SOS Méditerranée, qui réagit ce jour dans une lettre ouverte que nous publions ci-dessous. Alors que la France est un des pays européens les moins touchés par l’immigration, on peut en effet s’interroger sur la nature politique de cette intervention. Les propos exprimés par le ministre de l’intérieur relaient de graves accusations sur l’ensemble des ONG sans qu’elles soient étayées par la moindre preuve. Une intervention d’autant plus hérissante que M Castaner se positionne en donneur de leçon :  “Les ONG doivent avoir une attitude responsable.” sic

 

Lettre ouverte à M. Castaner

Ministre de l’Intérieur
Place Beauvau 75008 Paris

Marseille, le 9 avril 2019

Monsieur le Ministre,

 

Nous avons pris connaissance de vos déclarations concernant les ONG de sauvetage en mer, lors de la conférence de presse clôturant la réunion des ministres de l’intérieur du G7, vendredi 5 avril.

A la question suivante d’un journaliste : « Nous savons que M. le Ministre italien Matteo Salvini, a une position très claire concernant le rôle des ONG en mer Méditerranée, c’est-à-dire que les ONG aident les filières de passeurs. Je voudrais savoir si sur ce point en particulier il y a un accord entre les pays européens au sein du G7 ? », vous avez répondu :

« Vous semblez découvrir une réalité documentée et évoquée depuis juillet 2017. (…) Ce que nous savons, c’est que les ONG jouent un rôle essentiel pour apporter une aide aux migrants, cela ne fait aucun doute. Toutefois, en Méditerranée centrale, on a observé de façon tout à fait documentée, je vous le dis, une réelle collusion, à certains moments, entre les trafiquants de migrants et certaines ONG. On a observé que certains navires d’ONG étaient ainsi en contact téléphonique direct avec des passeurs qui facilitaient le départ des migrants depuis les côtes libyennes dans des conditions effroyables, souvent au péril de leur vie. Les ONG, dans ce cas-là, ont pu se faire complices des passeurs. Les ONG doivent avoir une attitude responsable.»

Ces propos relaient de graves accusations à l’encontre des ONG de sauvetage en mer, dont l’action a été attaquée en Italie dès le début de l’année 2017, dans un climat politique délétère. Or à notre connaissance il ne s’agit que de rumeurs : aucune de ces accusations n’a jamais été démontrée ni étayée par la moindre preuve. Aucune des procédures judiciaires entamées n’a abouti. Aucune de ces allégations ne peut viser SOS MEDITERRANEE.

Parce que vos déclarations portent atteinte à leur honneur et à leur considération et jettent un discrédit général sur les acteurs du sauvetage en mer, dont l’action est plus que jamais aujourd’hui entravée en Méditerranée centrale, nous vous demandons instamment des précisions, des preuves, à l’appui de ces allégations.

Nous vous demandons également de rétablir les faits concernant les ONG de sauvetage, telles que SOS MEDITERRANEE, qui travaillent systématiquement dans le respect absolu du droit maritime international, en toute transparence et en totale coordination avec les autorités maritimes, ce que vous n’ignorez pas. Nous n’avons jamais eu et n’aurons jamais le moindre contact avec les passeurs et trafiquants d’êtres humains dont nous sommes les premiers à condamner les agissements criminels.

Nous vous rappelons que la mer Méditerranée centrale reste l’axe migratoire le plus mortel au monde où plus de 18.000 personnes ont perdu la vie ces cinq dernières années. Pourtant, le droit y est bafoué depuis le mois de juin 2018, avec la fermeture des ports italiens et le transfert des responsabilités du sauvetage aux garde-côtes libyens. Depuis, aucun mécanisme de débarquement des rescapés conforme au droit maritime n’a été mis en place par les Etats européens.

Pour conclure, Monsieur le Ministre, vous demandez que les ONG aient une attitude responsable. Nous en appelons à votre responsabilité pour faire cesser les attaques infondées, et protéger les acteurs du sauvetage en mer injustement incriminés. Car, alors que l’Union européenne a progressivement abdiqué son devoir d’assistance en Méditerranée centrale, il est de votre responsabilité et de celle des autres Etats européens de faire appliquer le droit.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de notre haute considération.

 

Francis Vallat                                                           Sophie Beau

Président                                                       Cofondatrice et directrice générale

 

 

SOS MEDITERRANEE France

https://www.lamarseillaise-encommun.org/2019/04/09/sos-mediterranee-lettre-ouverte-a-m-castaner/

 

Publiéle 13/04/2019

Parlons (Inter) Net

La triplette désopilante : Macron, Chevalier et Laspalès

C’est Macron qui a voulu que soit filmée et diffusée cette vidéo où éclate son génie présidentiel : « On met un pognon de dingue dans les minima sociaux, les gens sont quand même pauvres. On n’en sort pas ! Les gens qui naissent pauvres, ils restent pauvres... »

Hélas, il avait été devancé. Chevalier et Laspalès : « Moi je ne donne plus à la Croix Rouge, ça ne sert à rien. Avant hier, j’ai donné un paquet de riz, hier j’allume ma télé : il y en avait qui avait encore faim !
Hier je donne 100 € à l’institut Pasteur contre les verrues plantaires : ce matin, en sortant de la douche, j’en avais encore plein les pieds ! Donc, ça ne sert à rien de donner ! »

Théophraste R. Taggueur : « Travail, famine pates riz ».

https://www.legrandsoir.info/

Publié le 12/04/2019

Tribune] Déclaration des Gilets Jaunes de l’Hérault, et de la Commission Convergence34

(site lemouvement.info)

 

Nous, Gilets Jaunes de l’Hérault et de la Commission Convergence34, constatons que 50 associations et syndicats, ainsi que de nombreux partis politiques, ont décidé d’appeler à une manifestation le 13 avril partout en France, contre toutes les mesures répressives et pour instaurer un État de Droit. Les associations et syndicats appellent, en effet, le peuple de France à manifester contre la répression, et aussi contre la Loi dites « Anti casseurs ».

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Le jour de la semaine choisi n’est pas anodin : un samedi, jour où nous, Gilets Jaunes, nous manifestons, de nombreuses organisations choisissent de manifester à nos côtés. Nous nous félicitons de ce choix.

Certes, la loi « Anti-casseurs » vient d’être partiellement retoquée, par le Conseil Constitutionnel. Celui-ci a censuré l’article 3 (ex article 2), jugé non constitutionnel. En effet, il suffit de prendre connaissance de l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, annexé à notre constitution. Cependant, ce n’est pas le principe d’interdiction de manifester par le préfet qui est anti constitutionnel, mais sa portée jugée trop générale. Il est donc possible que l’article en question puisse voir le jour sous une autre forme dans une prochaine loi.

Les autres dispositions de cette loi restent cependant valables et sont donc maintenant applicables. Le climat de répression est plus que jamais à l’ordre du jour.

Cette loi, faite dans le but d’empêcher toute critique, toute opinion contraire, qui veut museler tous ceux qui auraient l’outrecuidance de penser différemment et de l’exprimer publiquement en manifestant, viole les principes les plus fondamentaux d’un État de Droit. Cette loi est le début d’un autoritarisme qui ne peut que nous inquiéter tou.te.s.

Alors que nous comptons plus de 10 000 arrestations pour la plupart arbitraires de GJ, quelques milliers de gardes- à-vue, des centaines d’incarcérations pour la plupart injustifiées, des centaines de mutilés à vie, 23 éborgnés, 5 mains arrachées, des personnes dans le coma, 12 morts dont une directement la cause des forces de l’ordre ; nous constatons que toutes les plaintes contre l’État ont été classées « sans suite », et que le nombre officiel d’enquêtes ouvertes au sein des forces de l’ordre est de 209. Un chiffre qui nous apparaît bien en deçà des exactions commises par celles-ci, en exécutant les ordres du gouvernement macron. Nous constatons et dénonçons le fait que les forces de l’ordre soient souvent en exercice sans matricule visible, ce qui est hors-la-loi.

Nous profitons de la présente occasion, pour porter, à l’attention de tou.te.s, que les chiffres annoncés concernant la mobilisation de GJ dans tout le pays sont largement sous-estimés. Le gouvernement macron use et abuse de mensonges et manipulations d’informations de manière grossière.

Voilà le climat dans lequel nous sommes actuellement.

Nous réclamons que les Droits de l’Homme soient appliqués et que Justice soit faite.

Pendant ce temps-là, Monsieur Macron, reçoit en grande pompe le Prince d’Arabie Saoudite, bien connu, nous le savons tou.te.s, pour son grand respect, et militantisme en faveur, des Droits de l’Homme dans son pays et le monde entier.

Pour toutes ces raisons, manifestons comme tous les samedis, Tou.te.s Ensemble ce samedi 13 avril, à 14h00 pour exiger la fin de la répression et le retrait de toutes les lois liberticides.

Ceux qui sont dans la rue le savent : nous sommes déterminés comme jamais. Nous sommes chaque jour plus fort.e.s, nous le savons : nous allons gagner.

Pour le Droit à manifester et contre toutes les atteintes des lois liberticides, ce samedi et tous les samedis Tou.te.s Ensemble… On ne lâche rien !

Pour la Commission Convergence 34 de l’AG du Peyrou

Pour les Gilets Jaunes de Montpellier, de l’Hérault

 

https://lemouvement.info/2019/04/09/tribune-declaration-des-gilets-jaunes-de-lherault-et-de-la-commission-convergence34/

 

 

Publié le 11/04/2019

Montpellier, liberté de manifester : appel à la mobilisation samedi 13 avril à 14h00

Jean-Philippe Vallespir (site lemuvement.info)

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L’appel à manifestation de ce 13 avril à 14h00, Place de la Comédie à Montpellier sera peut-être le point de départ d’une nouvelle convergence des mobilisations et des luttes sociales.

Une union sacrée, mais aussi naturelle pour défendre un droit sacré : la liberté de manifester. À Montpellier syndicats, associations et partis politiques marquent un temps fort en choisissant de porter une manifestation commune, à l’heure et au lieu habituels du rendez-vous du mouvement des Gilets Jaunes qui en sera ce samedi 13 avril 2019 à son acte XXII.

Une convergence qui vient peut-être enrayer la communication de l’Élysée

Alors que le gouvernement a presque réussi une communication « pédagogique » et anesthésiante, avec 12 millions d’euros investis dans le Grand Débat, et une prise de parole présidentielle de 92 heures, alors que pataugent les experts et les garants du débat “humbles” remplaçants de Chantal Jouanno qui avait renoncé à sa mission le 8 janvier dernier, en raison du niveau de son salaire (14.709 € brut par mois), qui aurait pu nuire à la sérénité du débat, mais qui en filigrane avançait ses doutes face au silence de l’Élysée quant au respect des conclusions de ce débat, alors que lundi 8 avril vingt minutes suffisent à Édouard Philippe pour éclairer les Français sur la restitution du Grand Débat National, alors que le gouvernement rêve d’un acte II du quinquennat, acte rénovateur de l’image et de l’action d’un Emmanuel Macron qui souhaiterait se projeter en dirigeant bienveillant, une nouvelle convergence des luttes vient peut-être enrayer la communication de L’Élysée.

Maintien de l’ordre ou menaces sur la démocratie ?

Copie à revoir, l’article 3 de la loi anticasseurs censuré jeudi 4 avril par le Conseil constitutionnel fait marcher à plein régime toutes les méninges disponibles à Beauvau et à Matignon. Un article très contesté qui permettait aux préfets de prononcer des interdictions administratives de manifester. Mais il n’y a pas que ce point là, de la loi dite « anti-casseurs », adoptée le 12 mars par le Parlement qui dérange.

Pour les syndicats, associations et partis politiques qui ont annoncé ensemble ce mardi, la manifestation commune de samedi 13 avril à Montpellier, cette loi autorise clairement des mesures liberticides et subjectives. Avec une volonté de maintien de l’ordre, n’y a-t-il pas de réelles menaces sur la démocratie ?

« Stopper cette escalade autoritaire »

Pour Jaqueline Duquin de la Fédération nationale de la libre pensée la réponse est une évidence : « nous demandons très solennellement au gouvernement et au Parlement d’abandonner cette loi … devant cette dérive autoritaire nous considérons que la situation est extrêmement dangereuse. Il y a une escalade depuis quelque temps, et je ne parle pas des 9000 personnes placées en garde à vue, je ne parle pas des 2000 condamnations, je ne parle pas des centaines de blessés, je ne parle pas des 9 mains arrachées, je ne parle pas des 21 personnes éborgnées, je ne parle pas du sort qui a été réservé à Madame Geneviève Legay porte-parole d’Attac, je ne parle pas du recours à l’armée, chose que l’on n’avait pas vue depuis 1948 […] L’appel que nous faisons aujourd’hui, c’est pour que les citoyens viennent nombreux défendre la démocratie, et stopper cette escalade autoritaire …

Jean-Jacques Gandini de la Ligue des droits de l’homme section de Montpellier propose ce samedi un happening pour faire comprendre les dérives de cette loi : « dès que l’on a le visage couvert même partiellement, on pourra être poursuivi. Je propose donc que chacun vienne avec un foulard, et que l’on soit tous partiellement couverts pour montrer justement, qu’il y a là une atteinte arbitraire à la liberté de manifester. Cette part d’appréciation totale accordée au préfet doit être stigmatisée… »

Pascal Lacince membre de la France insoumise confirme la présence des militants et des différents GA du mouvement LFI, nationalement comme localement avec la possible présence de la députée de l’Hérault Muriel Ressiguier.

Laurent Martin responsable à la CGT Union Locale Montpellier précise : « laisser aux préfets le pouvoir d’interdire à une personne de manifester, de plus sans qu’elle ait connaissance de cette interdiction, c’est porter atteinte à un droit essentiel dans une démocratie : celui de manifester […] Ils (le gouvernement) veulent répondre par des lois sécuritaires, non pas au désordre qui est dans la rue et qu’ils ont contribué à mettre en place, mais ils veulent répondre par la violence, y compris juridique, à des revendications sociales, c’est ça qui est en train de se passer… »

Sandra Houée membre des Gilets Jaunes Convergence 34 exprimera ainsi le ressenti de cette convergence : « avec cet appel du 13 avril, on se sent un peu moins seul depuis tous ces samedis où l’on souhaite une convergence qui nous semble essentielle… » Pour Jo, elle aussi membre des Gilets Jaunes, et de la commission Convergence34 de l’AG du Peyrou : « nous nous félicitons de voir que pour la première fois depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes dans le département, un spectre aussi large d’organisations diverses, portant un message unitaire, soient réunies pour une conférence de presse commune. »

Un appel à une mobilisation nationale, et une convergence qui vit certainement sa phase la plus significative, face à cette loi « anti-casseurs ». Une convergence qui révèle aussi, une fois de plus, que les revendications sociales exprimées par tous sont les mêmes pour tous.

Les signataires de l’appel à Manifestation de ce samedi 13 avril à 14h00 Place de la Comédie à Montpellier invitent les citoyens à venir nombreux.

Syndicats : Union Locale CGT Montpellier, Fédération Syndicale Unitaire (FSU), Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier (SCUM), Comité Etudiant Indépendant (CEI), CNT ESS34… Associations : Ligue des Droits de l’Homme, Fédération Unie de la Libre Pensée, Campagne BDS France Montpellier, Union Juive Française pour la Paix (UJFP), Collectif Citoyens pour la climat, Le Collectif Migrants Bienvenue 34, Le Mouvement de la Paix… Partis : Europe Ecologie Les Verts (EELV), Parti de Gauche (PG), La France Insoumise (GA Aiguelongue-Boutonnet 1 et 2), Parti Communiste Français (PCF), Parti Ouvrier Indépendant (POI).

 

 

Publié le 10/04/2019

CGT : un député LREM veut dissoudre l’union départementale des Bouches-du-Rhône

29 mars 2019 (site rapportsdeforce.fr)

 

Les verrous démocratiques sont-ils appelés à tomber les uns après les autres ? Il semblerait que oui si l’on se fie au député de la majorité présidentielle de la 11e circonscription des Bouches-du-Rhône. Celui-ci ne réclame rien de moins que la dissolution de l’union départementale CGT. Par voie de communiqué, Mohamed Laqhila explique qu’il va demander à Édouard Philippe et au ministre de l’Intérieur « d’examiner dans quelle mesure la dissolution de l’antenne départementale de cette association est envisageable ».

En cause la perturbation mercredi soir d’un meeting du député par des salariés de l’usine de charbon de Gardanne, en grève depuis plus de trois mois. Ces derniers réclament un moratoire ainsi qu’un projet industriel. « Sous couvert de liberté syndicale, certains utilisent l’intimidation et appellent à la violence », argumente le député qui cible la CGT du département en expliquant que « ces agissements sont comparables […] à ceux de groupuscules extrémistes violents ». Haro sur les redblock donc !

Le député n’est certes pas le premier à attaquer en des termes très virulents la CGT. Avant lui, le patron du Medef Pierre Gattaz l’avait qualifié de terroriste pendant la loi El-Khomry. Cependant, une demande de dissolution : même lui ne s’y était pas risqué. En effet, une telle mesure a déjà été prise par un gouvernement en France. Il concernait même l’ensemble de la confédération. Mais il s’agissait du régime de Vichy en 1940.

Avec cette demande, le député envoie encore un signal inquiétant. Un de plus, avec l’intégration de l’opération sentinelle dans le dispositif de maintien de l’ordre lors de l’acte 19 des gilets jaunes. Un signal aussi frappant que celui dispensé avec les déclarations du gouverneur militaire de Paris le vendredi 22 mars en assurant que les soldats pourraient aller jusqu’à ouvrir le feu en cas de menace. Cela commence à faire beaucoup.

 

Publié le 09/04/2019

A Saint-Nazaire, l’idée d’un «printemps jaune» éclôt

 

7 avril 2019 Par Pierre-Yves Bulteau et Lucie Delaporte

 

Après trois jours de réflexion, cette AG des AG a voulu inscrire le mouvement des « gilets jaunes » dans la durée. Pour remobiliser des troupes parfois épuisées par près de cinq mois de mobilisation, le principe d’une « semaine jaune » a été adopté.

  « Bonjour la France, bonjour les gilets jaunes. » Dans la grande salle de la Maison du peuple de Saint-Nazaire, près de 700 gilets jaunes se pressent pour le début de l’assemblée plénière de la deuxième « AG des AG » du mouvement. Deux mois après le succès de l’AG de Commercy, qui a initié ces rendez-vous nationaux rassemblant les délégations de toute la France, le nombre de délégations présentes a plus que triplé. « On a dû refuser du monde », se félicite Jo, un des organisateurs de Saint-Nazaire.

« La prochaine équipe qui organisera l’AG des AG, vous prenez un lieu pour 5 000 personnes ! », s’enthousiasme-t-il au micro. « L’Élysée ! » crie une participante. « L’Assemblée nationale ! », relance un délégué.

Que le nombre de manifestants sur toute la France soit en net reflux, ce samedi 6 avril, n’entame en rien la motivation des participants. « On est à un moment de structuration, de maturation du mouvement », confie Ludovic Arnaud, un des maîtres d’œuvre de l’AG de Saint-Nazaire. « On croyait qu’on était parti pour un sprint, en fait on est parti pour un marathon et il faut se préparer », reconnaît à la tribune un participant.

Un marathon réflexif, fait d’ateliers et de plénières, qui a pu se dérouler ces trois jours, sans accroc, notamment grâce à une organisation sans faille. Si, en amont, le choix du lieu d’accueil de cette deuxième assemblée des assemblées a laissé place à quelques tensions (lire ici notre article), une fois la Maison du peuple choisie, tout s’est déroulé au millimètre près.

Chapiteaux, food trucks militants, tente médias… Jamais, les 700 personnes présentes tout au long de ces trois journées ne se sont marchées sur les pieds. Les trois voitures de police, positionnées aux abords du boulevard de Maupertuis, en ont été réduites à observer ce manège bon enfant, frein à main jamais desserré. Un petit air de festival alternatif, sauf qu’à la place de la musique, ce sont des échanges à foison qui sortaient de la sonorisation.

« L’enjeu principal de ce week-end, c’est de rassembler l’extraordinaire diversité dont tous les délégués sont porteurs, affirme Ludovic Arnaud. Il faudra voir ce qui fait l’unanimité entre nous, ce qu’il faudra exprimer de manière forte et aussi tout ce qui fait débat entre nous et qui devra faire l’objet de nouvelles discussions dans les assemblées locales. »

Sur un mur une pancarte proclame : « Personne n’a la solution mais tout le monde en a un morceau. »

Alors que la première AG des AG à Commercy avait beaucoup tourné autour des questions de procédures et de légitimité de la structuration, pour conserver une organisation horizontale et démocratique, les participants de Saint-Nazaire avaient à cœur d’avancer tant sur l’organisation concrète du mouvement et les actions à mettre en place que sur le front des revendications.

Comment inscrire le mouvement dans la durée ? Résister au sentiment d’usure ? La plupart des délégations sont confrontées aux mêmes problèmes : moins de monde présent sur les ronds-points, dans les cabanes. Et, après cinq mois de mobilisation, la fatigue commence à gagner, même chez les plus déterminés. Beaucoup évoquent aussi des tensions internes, des crispations essentiellement dues à l’hétérogénéité des parcours et des cultures politiques.

La violente répression du mouvement a aussi fait fuir des gilets jaunes de la première heure. « Sur mon rond-point, il y en a plein qui ne viennent plus parce qu’ils ont peur », nous confie un participant.

Un symbole de cette volonté d’inscrire le mouvement dans le temps : les délégués ont approuvé l’idée de passer des cabanes éphémères aux Maisons du peuple, en dur, un peu partout sur le territoire. Certains réfléchissent à l’achat de terrain en commun ou aux possibilités de location de locaux.

Autre point crucial pour le mouvement : ne pas se recroqueviller sur lui-même. « Bien sûr on craint un rétrécissement du mouvement sur une base de militants professionnels. On fait donc tout un travail pour se reconnecter avec les “vrais” gilets jaunes. C’est un enjeu très important », précise à Mediapart Ludovic Arnaud qui ne cache pas sa longue expérience militante.

Au cours d’ateliers, généralement fermés à la presse, sont évoquées des pistes pour continuer à communiquer en direction d’un large public. « Le mouvement des gilets jaunes est un mouvement inclusif qui doit s’articuler avec des luttes locales et travailler avec des associations », lance un participant. L’idée d’aller bloquer Carrefour qui mène un vaste plan de licenciements est aussi évoquée tout comme la mise en place d’actions concrètes comme les jardins partagés ou les marchés citoyens pour court-circuiter la grande distribution.

Au moment d’arrêter les revendications, lors de la plénière de dimanche, « l’arrêt de la casse sociale et écologique», la nécessité de « pouvoir vivre dignement avec ou sans travail » ou la justice fiscale avec une TVA à 0 % pour les produits de première nécessité et de 30 % pour les produits de luxe, ne font pas débat. Idem pour par « socialisation des banques » ou la renationalisation des aéroports et des autoroutes. Faut-il appeler à « sortir du capitalisme » ? La question est en revanche âprement débattue.

Panneaux près de la Maison du peuple de Saint-Nazaire. © LD

Un participant relève que, sémantiquement, cela n’a pas grand sens : « On sort du capitalisme ou on n'en sort pas, mais on ne demande pas », explique-t-il, en substance, estimant qu’une telle formulation pourrait décrédibiliser le mouvement. Sur un plan stratégique, un autre délégué assure qu’une telle revendication ne correspond pas à la diversité des gilets jaunes. « Il y a beaucoup de gens qui ne sont pas arrivés à cette conclusion-là. Il n’y a pas que des anticapitalistes dans les gilets jaunes », insiste-t-il.

À nos côtés, un homme opine du chef. « Moi j’ai acheté ma maison et j’ai travaillé durement pour ça. Je ne suis pas anticapitaliste », s’agace cet ouvrier dans la maintenance.

Une formulation est finalement adoptée au forceps consistant à écrire que pour tous les changements espérés « il sera nécessaire de sortir du capitalisme ».

« trois semaines pour mobiliser, remobiliser et converger »

« Nous sommes aussi là pour réfléchir à l’après-Commercy et Saint-Nazaire, lance Ludovic Arnaud, cheville ouvrière de ces trois jours. Pour définir le fonctionnement de l’AG des AG. » « Dans ce que nous allons vous proposer, nous avons essayé d’être les plus consensuels possible », rapporte la gilet jaune, porte-parole des 150 délégués qui ont travaillé, tout le samedi, sur cet acte fondateur.

Alors que la discussion démarre à peine, un autre gilet jaune demande le micro. « Je suis mandaté par le 94 pour vous faire la proposition d’inscrire à notre charte constitutive, la création d’un comité de liaison national, constitué d’assemblées régionales, et chargé d’organiser la troisième assemblée. Ce qu’a fait Saint-Nazaire est extraordinaire, mais il nous semble compliqué de confier l’ensemble d’une telle logistique à un seul groupe local. »

Reste donc aux délégués à valider les six points fondateurs de la fameuse charte. Dont « l’indépendance de l’AG des AG vis-à-vis des partis » qui lance vraiment le débat. « Sur ce point-là, pourquoi ne parle-t-on pas aussi des syndicats ? Est-ce un oubli ? » interroge un délégué. « Ce point n’a pas fait consensus », répond la mandataire. Un « Inscrire à notre charte, l’indépendance vis-à-vis des syndicats pose la question de la convergence », fuse de la salle. Un « Cela n’a aucun rapport avec des rapprochements locaux possibles », rebondit, en écho. « L’essentiel, c’est d’élargir notre lutte sur les lieux de travail, pas forcément avec les syndicats mais avant tout avec les salariés », ricoche un troisième avis. « Et les chômeurs ! Il ne faut pas oublier les chômeurs dans l’instauration du rapport de force », hurle presque un quatrième.

« On vote, on vote ! » s’impatientent certains qui voient le temps filer. Au bout du compte, l’assemblée décide d’inscrire la mention « d’indépendance vis-à-vis des partis politiques et des organisations syndicales » à cette charte de « l’AG des AG », en cours d'élaboration. Les échanges autour de la création « d’une plateforme numérique nationale, sécurisée et destinée à regrouper l’ensemble des réflexions et propositions locales à destination de l’AG des AG » font davantage consensus. Comme celle de « refuser que cette assemblée ne serve de tremplin médiatique et politique à des leaders autoproclamés ».

Sur la stratégie et l’action aussi, les débats ont été passionnés. Après une introduction en forme de mea culpa à propos d’orientations manquantes dans le document de synthèse, la rapportrice de l’atelier « stratégie » se lance. « Pour durer, il nous a semblé intéressant de réfléchir à des actions à court et long terme. » Et la gilet jaune de dérouler le programme : « Dans un premier temps, nous vous proposons trois semaines pour mobiliser, remobiliser et converger. Trois semaines pour faire masse et établir un réel rapport de force. Au choix de chaque assemblée locale qui connaît son territoire mieux que nous, précise la jeune femme. Cela peut aussi bien se faire grâce à des opérations de tractage, de rencontres citoyennes ou

Trois semaines de remobilisation dont l’objectif principal est l’organisation d’« une semaine jaune ». « Il y a un an, Emmanuel Macron invitait des start-uppers franciliens à “penser printemps”, lance une déléguée. Eh bien, nous, pour les deux ans de son accession à l’Élysée, du 1er au 4 mai, nous allons lui offrir un “printemps jaune” ! » Le point de départ d’un calendrier d’actions qui s’étendra jusqu’à l’automne. « Même si nous n’allons pas valider, ici, toutes ces dates, sachez que nous envisageons sérieusement une action d’envergure à l’occasion de la tenue du G7 de l'environnement, les 4 et 5 mai, à Metz. »

Parti prendre l’air, sous les éclaircies de ce dimanche après-midi, Ludovic Arnaud a le sourire des bons jours. « Bien sûr que tenir sur la durée, parier sur l’organisation régulière d’“AG des AG”, reste un défi. Mais, franchement, vous en conviendrez : en quatre mois, quelle maturité ! Pendant ces trois jours, les “on lâche rien” que l’on a l’habitude d’entendre une manif ne sont pas restés à l’état de mots. À Saint-Nazaire, comme ailleurs, ils sont devenus des actes au quotidien. »

 

Publié le 08/04/2019

L’art est public

(site journalzibeline.fr)

 

La Fédération nationale des arts de la rue lançait en 2011 un appel1 qui invitait le monde de la culture et des arts à rompre clairement avec « des politiques publiques enfermées entre les dogmes du marché concurrentiel et de l’académisme administré ». L’art est public : le slogan convient parfaitement à l’initiative lancée par des enseignants et étudiants de l’École supérieure d’art d’Aix-en-Provence (ESAAix), autour du mur construit à Marseille sur la place Jean Jaurès, communément appelée La Plaine.

Rappel des faits : Suite à la forte opposition populaire au projet de rénovation de la place, onéreux, inadapté, et décidé sans mesures efficaces de concertation, la municipalité opte fin octobre 2018 pour un passage en force2 et construit une immense palissade de béton encerclant ses 2,5 hectares. Coût initial de l’opération : 340 000€. Depuis le chantier perdure, occasionnant d’intenses manifestations contre la Ville de Marseille et la Soleam (Société locale d’équipement et d’aménagement de l’aire métropolitaine, chargée de la requalification) et de fréquentes échauffourées entre riverains, vigiles, et policiers. Tandis que les habitants déplorent la perte de leur marché, que les commerces du pourtour accusent une énorme baisse de revenu, le « mur de la honte » se couvre de slogans, affiches ironiques, graffitis rageurs. Dans cette ville que ses élus ne cessent de refuser à sa population pour mieux attirer les touristes, visible comme le nez au milieu de la figure, il constitue désormais une attraction paradoxale, l’opprobre des politiques publiques maintes fois photographiée et partagée sur Instagram.

Défouloir artistique

Paradoxale car les grands pans gris s’avèrent un défouloir, frustrant certes, pour qui rêve de les abattre, mais néanmoins support de créativité. C’est ainsi que très vite est né dans l’esprit d’une enseignante de l’ESAAix, résidant à Marseille, l’envie de proposer à ses élèves et confrères toute une réflexion sur cette opération urbaine ahurissante. Évidemment en lien avec le drame de la rue d’Aubagne : le traumatisme des immeubles effondrés le 5 novembre, tuant 8 personnes, n’en finit pas de s’amplifier, et la disproportion de moyens mis en œuvre se retrouve sur les banderoles lors des marches communes : « 20 millions pour détruire La Plaine, pas une thune pour sauver Noailles ! ».

Plus d’une trentaine d’étudiants s’impliquent dans un projet transversal, sans distinction entre les 1res années ou les suivantes, accompagnés par huit artistes-enseignants. Ils alternent les rassemblements à l’école puis sur le site même, assistent aux rendez-vous de l’Assemblée de La Plaine3, invitent des intervenants tels que la philosophe Joëlle Zask, venue parler de son dernier ouvrage Quand la place devient publique (critique à lire sur https://www.journalzibeline.fr/critique/la-place-est-publique/). « On sentait la parole se développer de manière horizontale, et une volonté d’action en ébullition ; parler de politique, d’art, de communs, sur le terrain, sans crédits et sans notes est passionnant », précise l’initiatrice du projet. Son confrère renchérit : « une réunion au Bar de La Passerelle, ça vaut trois mois de pédagogie ! ». La direction de l’établissement leur « fait confiance », et tous consacrent beaucoup d’énergie et de temps à ce processus atypique.

Faire ensemble

La question sociale est au cœur de leur réflexion. « Artistes, étudiants, tout le monde se reconnaît dans les mobilisations actuelles, avec les gilets jaunes. Nous aussi sommes frappés de précarité, et l’urgence est particulièrement sensible à Marseille. » De manière saisissante, « les jeunes vont de plus en plus sur le terrain politique, et nous on y retourne ». Ces créateurs, en devenir ou chevronnés, ont envie de se fédérer, d’amener aux luttes leurs aptitudes, leur imagination.

D’où une série d’actions conçues pour « renforcer la position des gens de La Plaine, car on pense la même chose qu’eux : on nous bouffe tout l’espace commun dans cette ville ». Après des heures, des jours, voire des nuits ! consacrés à la mise au point d’une idée née dans l’esprit d’une élève, suite à un brainstorming fécond, toute l’équipe s’est ainsi retrouvée le dimanche 10 février dernier à repeindre en gris plusieurs mètres carrés du mur. L’objectif : dégager un espace pour coller de fausses prises d’escalade en polyuréthane. Un pied de nez coloré à la pathétique barrière, revendiqué par le collectif des Infiltrés4, nom que se sont donné nos activistes de l’art (de situation, comme dirait Guy Debord…).

La réaction de la Mairie ne s’est pas fait attendre : dès le lundi, les prises étaient arrachées.

À cela, les Infiltrés répondent : « Certes, nous sommes tristes que notre œuvre ait duré si peu de temps. Mais si elle a été enlevée aussi vite, c’est qu’elle dérangeait. Ce qui compte, c’est d’avoir fait quelque chose de beau ensemble. Nous avons vécu cela, comme la construction collective de la cabane offerte par ceux de la Zad5, et c’est le plus important ». Les élèves et professeurs de l’école d’art d’Aix-en-Provence, alliés à celle de Luminy, ont d’autres tours dans leur sac. Sur l’enceinte grise fleurissent des vulves pédagogiques ; lors du Carnaval de La Plaine, 20 ans cette année, le collectif a distribué des citations de Bertold Brecht (« …Car moi qui suis joyeux, je vais renverser tes écriteaux, tes règlements et tes murs… ») ; des cartes postales seraient en préparation, des films d’animations ont été réalisés…

Vous allez continuer, alors ? « Il n’y a pas de délai. Jusqu’à ce que le mur tombe ? »

GAËLLE CLOAREC

1 « L’art est public », appel du 10 juillet 2011 à la « mobilisation pour une politique culturelle réinventée ». Historique et documentation sur lartestpublic.fr

2 Lire notre article Les indiens de La Plaine

3 Assemblée des habitués et des habitants de La Plaine : assembleedelaplaine.free.fr

4 Les concepteurs du mur d’escalade ont souhaité rester anonymes : après avoir réfléchi à adopter tous un prénom non genré comme Camille ou Dominique, ils ont choisi une appellation collective.

5 Le 20 octobre 2018, des habitants de la Zad de Notre-Dame des Landes (Loire Atlantique) sont venus offrir une de leurs cabanes emblématiques, le Gourbi VIII, à La Plaine. Elle a été détruite très rapidement par les pouvoirs publics.

 

Publié le 06/04/2019

Gouvernement-Medef veulent tout détruire !!!

Jojo LE GILET JAUNE a lancé cette pétition adressée à Organisations syndicales

Pour faire face aux politiques réactionnaires opposons un front populaire !!!

Emmanuel MACRON, son gouvernement et sa majorité, ne cachent plus leurs intentions de détruire notre modèle social et l'ensemble des conquis sociaux constituant les droits et garanties individuels et collectifs du monde du travail et des populations.

Pour satisfaire l'appétit des marchés financiers et des actionnaires tout doit y passer.

La rigueur financière est de mise et tout ce qui entrave le profit doit disparaître au bénéfice du grand patronat. De concert avec l'Union Européenne, tous les moyens sont mis pour satisfaire le Medef :

- casse du droit du travail,
- casse de la Fonction Publique,
- mise en concurrence et privatisation des secteurs publics,
- casse de la Sécurité Sociale,
- casse de notre système de retraite solidaire par répartition,
- casse de nos industries,
- plans de licenciements massifs dans de nombreux secteurs.

Ces politiques ont des conséquences dramatiques sur nos conditions de travail et de vie. Elle n'épargne personne, salariés du privé et du public, retraités, jeunes, chômeurs et précaires, tous subissent les effets des choix politiques réactionnaires à l'œuvre dans le pays.

Face à cela de nombreuses luttes sont menées dans les entreprises et administrations. Elles portent le rejet de ces mauvais coups et l'exigence d'autres solutions porteuses de progrès social et débouchent parfois sur des victoires. Les revendications portées par ces luttes sont souvent identiques à celles portées par des centaines de milliers de gilets jaunes depuis 4 mois maintenant, en particulier sur les injustices sociales et fiscales, sur l'exigence d'une autre répartition des richesses, sur le besoin de Services Publics, sur les questions environnementales etc...

Tous ces mouvements illustrent concrètement la volonté d'une grande majorité de travailleurs, retraités, chômeurs, jeunes, d'en finir avec les logiques du capital d'accaparation des richesses au bénéfice de quelques privilégiés, de mise en concurrence des travailleurs et des peuples, de saccage de la planète, de toutes ces logiques qui rendent chaque jour la vie plus difficile et l'avenir incertain.

En guise de réponse, le président de la République, son gouvernement et le patronat usent de la répression d'un côté et de la manipulation de l'autre.

Le grand débat d'Emmanuel MACRON n'apportera rien de bon à celles et ceux qui subissent ses politiques, il n'y a rien à attendre d'un pouvoir aux ordres du patronat qui s'apprête à rendre toute contestation impossible en interdisant les manifestations.

Les choses sont claires, ce que nous obtiendrons sera le fruit du rapport de force que nous saurons créer. De ce point de vue, la situation interpelle l'ensemble des organisations syndicales, associatives et politiques du pays qui composent le camp progressiste, tout comme celles et ceux qui, depuis 4 mois, luttent avec les gilets jaunes quant aux solutions à mettre en œuvre pour faire émerger un mouvement social capable de mettre un coup d'arrêt aux politiques de régression sociale en cours dans le pays.

Sans avoir de solutions toutes faites, il nous faut partir de quelques constats évidents :

- tout d'abord l'attaque est globale et concerne donc tous les secteurs, toutes les catégories de travailleurs et toutes les générations,
- l'ensemble du camp réactionnaire est mobilisé et uni pour imposer ses choix. A l'unisson, La République En Marche, la droite, l'extrême droite et le patronat, travaillent à rendre inéluctable les sacrifices qu'on nous impose. Pour cela, ils œuvrent à la culpabilisation, au fatalisme et à la division de ceux qui auraient intérêt à s'unir pour changer les choses. Cela, avec l'appui des grands médias qu'ils possèdent quasiment tous.

A ce jour, la division des organisations progressistes, l'éparpillement des luttes dans et hors de l'entreprise, pèsent sur nos capacités collectives à élever le rapport de force. Or, si l'attaque est globale, la riposte pour être à la hauteur doit l'être aussi.

Pour cela, il nous faut agir ensemble, dans l'unité la plus large, afin de conforter et faire converger toutes les luttes en cours et donner envie, courage et détermination au plus grand nombre afin d'élever le mouvement social à la hauteur des enjeux. Cela doit se faire par un dialogue entre nos organisations et les gilets jaunes partout, à tous les niveaux et déboucher sur des revendications communes nous permettant de fédérer et de mettre en mouvement le plus grand monde. Les sujets ne manquent pas et les solutions non plus, les questions d'emplois, des salaires et pensions, la justice fiscale,etc...

Dans l'intérêt général, ce qui nous rassemble doit primer sur ce qui nous divise et nous sommes persuadés qu'en construisant ensemble une plateforme revendicative en rupture avec les logiques du capital, porteuse de perspectives de progrès, nous pouvons y arriver. Les moyens existent pour le faire, il nous faut aller chercher ensemble les richesses que nous produisons et qu'on nous vole.

Parce que la victoire et possible, parce qu'ensemble nous pouvons le faire, les organisations et les signataires appellent l'ensemble des organisations syndicales, associatives, politiques, les gilets jaunes, toutes celles et ceux qui refusent la dictature du capital, à s'engager dans la réussite d'une grande mobilisation nationale à Paris le 27 avril prochain.

D'ici là, créons partout les conditions de la réussite de toutes les actions et manifestations en semaine et les samedis.

 

Organisations signataires au 30 mars: FÉDÉRATIONS ET UNIONS DÉPARTEMENTALES CGT : FNIC, Commerce, UD 94, 04, 59, 41, 66, 95, 18, 13.

 

Signez la pétition en suivant ce lien :

http://chng.it/GFNCjPdsHs

Publié le 04/04/20019

Récidive : le Macron de 2018, c’est le Daladier de 1938 !

 

lefillefil    Le Fil culture  (site lefildescommuns.fr)

 

Emmanuel Macron, c’est Edouard Daladier et nous sommes en 2018 dans la même situation qu’en 1938 : c’est, peu ou proue, la thèse que Michaël Fœssel développe dans Récidive, publié aux Presses universitaires de France ; c’est, peu ou proue, la raison principale pour laquelle le philosophe a empiété sur les platebandes des historiens (sans le faire vraiment) pour se ressaisir de l’avant Deuxième guerre mondiale.

Ce qui est raconté, c’est donc le glissement progressif, c’est-à-dire observable (notamment dans la presse), quoique très rapide, d’un Etat de droit vers un autoritarisme sécuritaire qui a fini par offrir la France à Adolf Hitler sur un plateau.

Et tout commence par la demande, le 6 avril 1938, des pleins pouvoirs de Léon Blum, alors président du conseil pour la deuxième fois : elle est rejetée par les radicaux-socialistes du Sénat et c’est une coalition emmenée par Edouard Daladier qui finit par prendre les rennes du pouvoir grâce à une alliance de circonstances avec les conservateurs. En réalité, c’est le de circonstances qui va intéresser le philosophe.

Et ces circonstances, ce sont celles d’une course en avant de la pensée alors dominante qui ne peut plus « s’attard[er] en des controverses qui compromettent son avenir », pour citer Daladier le 21 août 1938. Outre le fait qu’on croirait entendre du Macron dans le texte, c’est dans ce genre d’assertion que la récidive pointe son nez : plus la démocratie, française en l’occurrence, est affaiblie, plus on cherche à l’affaiblir – et surtout lorsqu’on est du centre droit, de droite ou d’extrême droite. Pour ce qui est de la fin des années 1930, on sait quand la démocratie a été définitivement mise à mort. Pour ce qui est d’aujourd’hui, on en est fort heureusement au stade où on le redoute encore.

Ainsi, quand l’auteur nous parle des mesures qui limitent les occupations d’usine, on ne peut que penser aux mesures prises il y a peu qui ont fait entrer dans le droit commun l’état d’urgence. Quand il énumère les discours de fermeté vis-à-vis des étrangers, c’est au poison du Rassemblement national que cela ressemble. Certaines lois sont même carrément les mêmes ! Ainsi de la déchéance de nationalité, votée sous le gouvernement Daladier et voulue par François Hollande, ou de celle instituant le délit d’entraide, auquel on a fort heureusement échappé en 2018 grâce à notre Conseil Constitutionnel (une fois n’est pas coutume).

Bref, tout ce qu’observe, raconte, développe et analyse Michaël Fœssel dans la presse de 1938 fait flipper car on en connaît la funeste issue. Alors l’auteur aura beau user de sa naïveté de philosophe qui regarde le monde avec circonspection et s’étonne à chacune des ses découvertes qui ne sont que des étapes successives vers l’abolition de la démocratie et des droits fondamentaux, l’hypothèse analogique n’en demeure pas moins forte. Et troublante.

« L’hypothèse finale de ce livre est que la politique Daladier, faite d’assouplissement économique et de reprise en main autoritaire, est aux régimes totalitaires qu’elle combat ce que les politiques néolibérales menées depuis plus d’une décennie sont au nationalisme autoritaire qui menace de venir dans nombre de pays européens » conclut le philosophe. Encore une version soft pour dire que Macron, c’est Daladier. Et qu’il va sérieusement penser à se réveiller de notre torpeur si l’on veut éviter le pire.

Lola-Valérie Buissard

 

Publié le 03/04/2019

Montpellier : des élus métropolitains vont porter plainte contre Philippe Saurel

 

Cédric Nithard (site le-metropolitain.fr)

 

Des maires et des conseillers métropolitains des communes de Castelnau-Le-Lez, Grabels, Lattes, Le Crès, Montaud, Montpellier, Murviel-lès-Montpellier, Pignan et Vendargues ont annoncé leur intention de porter plainte contre Philippe Saurel.

Dans un communiqué, ils annoncent une conférence de presse jeudi au cours de laquelle ils détailleront, en présence de leur avocat Me Maxime Rosier associé du cabinet CGCB Avocats, « les poursuites judiciaires qu’ils ont décidé d’entamer suite à la note d’information (du 18/02/2019) distribuée aux habitants de certaines communes, et aux propos tenus à leur encontre par le président de Montpellier Méditerranée Métropole ».

Le 31 janvier dernier, plusieurs maires et conseillers de douze communes avaient décidé de voter contre le budget primitif lors du conseil de Métropole (59 pour, 21 contre et 8 abstentions) avec comme point de crispation principale la méthode utilisée par Philippe Saurel illustrée par l’absence de concertation autour du nouveau stade régulièrement dénoncée par les élus. C’est ainsi que huit des trente-et-une communes de la Métropole s’étaient opposées à ce budget 2019.

Une lettre qui met le feu

Quelques jours plus tard, les habitants de ces communes aux représentants récalcitrants recevaient la missive de Philippe Saurel leur détaillant les projets auxquels ils s’étaient opposés en votant contre l’ensemble du budget 2019. La « note d’information » du président de la Métropole pointe ainsi « le refus des projets communs qui sont au cœur de vos attentes et de vos quotidiens ».

Et d’énumérer comme s’ils avaient précisément voté contre : la non augmentation des impôts, la ligne 5 de tramway, l’extension de la ligne 1 de tramway, l’augmentation du cadencement des dessertes de bus, le programme de réfection de la voirie de certaines communes, le contournement ouest et la déviation est, la lutte contre les inondations, le maintien du prix de l’eau, l’accessibilité pour les personnes handicapées, la téléalarme pour les personnes âgées et vulnérables, le cimetière intercommunal multiconfessionnel, le conservatoire à rayonnement régional et le Moco, le nouveau stade Louis Nicollin et la réhabilitation du stade de la Mosson… en concluant que par leur vote ils seraient contre « la biodiversité, l’agroécologie et la préservation de l’environnement ». Un procédé qui a étonné certains habitants et qui passe mal au près des maires visés.

Depuis, ces derniers ont fait entendre leur mécontentement dans la presse, sur les réseaux sociaux et lors des conseils de métropole suivant. Philippe Saurel y voyant là une réaction des vices-présidents déchus, les échanges furent souvent tendus. La voie judiciaire devra maintenant déterminer si durant cet épisode le président de la Métropole a dépassé le cadre du terrain politique.

 

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