PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

Publié le 19/01/2021

 

 

Un jeune réfugié menacé d’expulsion à Fabrègues


 

Communiqué du Comité de Soutien


 

Souleymane, Guinéen de 24 ans, travaille depuis plus d’un an dans une boulangerie bio (l’association d’insertion Pain et Partage) de Fabrègues (Hérault).

Il est arrivé en France il y a 2 ans et bénéficiait jusqu’à maintenant d’une autorisation de travailler qui va bientôt prendre fin car le statut de demandeur d'asile lui a été finalement refusé. Il a alors fait une demande de carte de séjour salarié auprès de la Préfecture de l’Hérault, puis, après un premier refus, un recours gracieux ; à ce jour il n’a reçu aucune réponse si ce n’est une OQTF (obligation de quitter le territoire français).

Il est donc susceptible d’être expulsé à tout moment. Il ne comprend pas ce rejet de la part du seul pays où il a pu commencer à construire une vie digne et libre.

De plus, il se trouve dans une impasse complète et risque de devenir apatride puisque, menacé d'expulsion, il ne peut retourner dans son pays d’origine, la Guinée, car il n'a pas de passeport lui permettant de rejoindre ce pays qui ne l'acceptera pas sans papiers.

Il a donc déposé un recours devant le tribunal administratif de Montpellier qui statuera fin février.

 

L’itinéraire de Souleymane

 

En Guinée, Souleymane était victime de violences familiales tant physiques que psychologiques qui l’ont notamment empêché d’être scolarisé. Il garde de lourdes séquelles physiques de ces violences. C’est la raison qui l’a poussé à quitter son pays d’origine.

Au cours d’un itinéraire long et compliqué comme tous les migrants, il est passé par le Maroc où il est resté quelques mois, survivant difficilement et préparant son passage en Europe. Puis, il a traversé la Méditerranée sur un zodiac. Débarqué en Espagne, il y est resté quelques temps et est arrivé en France en décembre 2018.

Avec l’aide d’un avocat de Ligue des Droits de l’Homme (Me Sophie Mazas), il dépose alors une demande d'asile Réfugié. Le dépôt de cette demande lui permet d'obtenir un hébergement et l’accès à des cours de français, langue qu’il maîtrisaît très mal n’ayant pas été scolarisé.

 

Une bonne intégration…

 

Grâce à ses efforts personnels, il parle maintenant parfaitement notre langue, condition nécessaire pour son intégration professionnelle. Parallèlement, il entre en contact avec une association l’AHM (Association Humanitaire de Montpellier) qui lui apporte un soutien matériel et l’aide à s’insérer.

C’est ainsi que son intérêt pour le métier de boulanger peut se matérialiser. Il débute par des stages, puis un CDD et depuis fin 2020 il obtient un CDI dans l’atelier de fabrication de l’entreprise d’insertion Pain et Partage à Fabrègues. Cette boulangerie solidaire approvisionne en pain bio les cantines, collectivités et association humanitaires de la région de Montpellier. Par son sérieux et son professionalisme, il est devenu rapidement un élément essentiel de l’entreprise, assurant la production et formant les nouveaux embauchés qui restent peu de temps vu la difficulté du métier.

Cette stabilisation professionnelle lui fournit l’occasion de mieux s’établir : il achète un scooter et passe le brevet pour le conduire ce qui lui facilite grandement ses trajets vers son travail de nuit à Fabrègues car il est toujours hébergé à Montpellier.

En accord avec son employeur, il projette maintenant une formation en alternance pour un CAP boulangerie.

 

 ...balayée par la Préfecture

 

Mais le refus de l’administration française de lui délivrer un titre de séjour de salarié et l’ordre de quitter le territoire lui interdisent désormais tout travail.

Avec son avocat, Souleymane a déposé un recours contre la décision de la Préfecture auprès du Tribunal Administratif qui statuera fin février. En attendant, l’obligation de quitter le territoire est suspendue mais il y a toujours interdiction de travailler.

Plus que son équilibre personnel, si durement acquis, c'est son existence même d'homme libre qui est mise en péril, puisque interdit de séjour en France et empêché d'entrer en Guinée. Par ailleurs, le bon fonctionnement de l’entreprise d’insertion Pain et Partage est gravement menacé car il lui sera quasi impossible de remplacer Souleymane tant il est difficile de recruter et garder des salariés dans ce secteur où le travail est dur.


 

Le soutien s’organise

 

 

Nous avons organisé un premier rassemblement de soutien à Souleymane le vendredi 15 janvier devant la boulangerie. Plus de quarante personnes étaient présentes, notamment un des responsables de la Cimade et un représentant de la Ligue des Droits de l’Homme.

 

Lors de cette matinée, le député Patrick Vignal est venu rencontrer Souleymane et son employeur. P. Vignal a annoncé qu’avec sa collègue députée Muriel Ressiguier, ils allaient intervenir auprès de la Préfecture. Un adjoint au Maire de Montpellier nous a contactés pour concrétiser un soutien de la municipalité.

 

Une pétition demandant sa régularisation est disponible :

https://www.change.org/p/emmanuel-macron-contre-l-expulsion-de-souleyane-jeune-boulanger-guin%C3%A9en-en-cdi?recruited_by_id=860c06a0-4a7b-11eb-b7ac-d5254b44d8

 

Un nouveau rassemblement de soutien est prévu le samedi 23 janvier à 10h00 devant la boulangerie, 71 rue Mézière Christin (zone industrielle) à Fabrègues.


 

Pour contacter le Comité de Soutien : soutien.souleymane@yahoo.com

Publié le 16/01/2021

 

 

Schneider Electric : « On nous vire pour 400 000 euros de bénéfice »


Par Jérôme Duval sur rapportsdeforce.fr


 

Les salariés du site de Lattes, au sud de Montpellier, étaient en grève vendredi 8 janvier. Ce jour-là, ils se sont invités à la réunion du comité social et économique dont l’ordre du jour portait sur les conditions de la fermeture du site, annoncée le 16 septembre 2020 par Schneider Electric.


 

Il est 7 h du matin devant le site de l’usine. La nuit est glaçante. Une fumée blanche à peine éclairée par les phares de voitures coiffe la voie rapide. Une quarantaine de personnes résistent au froid autour d’un feu de palettes. Depuis l’annonce de la fermeture du site, le 16 septembre, les salariés sont en lutte. Ce jour-là, le groupe Schneider Electric actait la fermeture des sites de Saumur (Maine-et-Loire) et de l’un de ses deux sites à Lattes, spécialisé dans les ampoules à vide et disjoncteurs moyenne tension. La nouvelle, tranchante comme un couperet, avait noué les gorges, croisé les bras aux mains abîmées, noyé le regard dans le désespoir et l’amertume d’avoir été trahi. Encore une fois.

 

Depuis, cinq mois sont passés. Cinq mois durant lesquels la production tourne au ralenti, à 10 % de la normale selon un délégué syndical qui estime à deux mois le retard pris. Derrière cette décision, 80 personnes sont mises sur le carreau. Autant à Saumur où le maire Jackie Goulet a été averti par un appel de l’entreprise, la veille de l’annonce. Même pressenti de longue date, tout semble se précipiter. Le plan de restructuration prévoit l’arrêt définitif au second semestre 2021.

Compréhension et encouragement des automobilistes

Le jour pointe à l’horizon. Une bonne partie du groupe se dirige vers le rond-point le plus proche pour diffuser les tracts annonçant la mauvaise nouvelle. La file de voitures s’étire depuis l’autoroute et ralentit au gré des discussions entre automobilistes et grévistes. Malgré le ralentissement occasionné, l’accueil est plutôt chaleureux. Des chauffeurs routiers encouragent l’action après avoir immobilisé complètement leurs camions. L’ambiance est bonne et les tracts disparaissent, parfois en échange d’un sourire complice, quelques fois par un juron, une mine contrainte, crispée ou pas encore réveillée.

 

Pour les salariés de Lattes éreintés, il s’agit de la cinquième restructuration dans la région en moins de dix ans. Il y a d’abord eu la fermeture progressive dès 2013 de l’atelier de La Pompignane à Montpellier. Puis, les deux plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) de Fabrègues en 2015 et 2018 qui ont débouché sur la fermeture du site. Et enfin, Mudaison, fermé en 2017 pour transférer ses activités sur les sites de Mâcon (Saône-et-Loire) et d’Aubenas (Ardèche). Toutes ces fermetures successives ont fini par éroder la confiance. Les salariés ne croient plus aux belles paroles patronales.

Un groupe bénéficiaire qui détruit des emplois

Pourtant, avec un bénéfice net de 2,4 milliards d’euros en 2019, le groupe se porte bien. Et la crise du coronavirus ne semble pas affecter le cours de l’action qui a doublé en quelques mois, passant de 67 euros en mars dernier, en plein confinement, à 127 euros aujourd’hui. À la bourse, Schneider Electric signe même la deuxième meilleure performance du CAC 40 derrière Hermès, et termine l’année 2020 en hausse de 29,3 %. En mai 2020, malgré les appels à la retenue en période de crise, l’entreprise du PDG Jean-Pascal Tricoire verse un dividende à ses actionnaires en hausse de 8,50 % sur un an.

 

Si tout va bien pour les actionnaires, c’est la soupe à la grimace pour les salariés. Philippe, 54 ans, 28 ans d’ancienneté, syn- diqué Force Ouvrière, se prépare à un départ à la retraite. Il s’inquiète pour d’autres, plus jeunes que lui. « Nous n’en sommes pas à notre premier PSE. Où allons-nous aller ? Il n’y a plus de site Schneider dans la région à part Lattes et Alès. J’ai déjà vécu le GPEC (Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences) en 2014 à Pompignane. Nous étions 200 », explique-t-il. Le site a fermé. « Moi, le reclassement je ne pourrais pas, c’est 200 kilomètres minimum. C’est tout le système qu’il faut revoir. Ils investissent en Hongrie [12,5 millions d’euros selon la CFDT] avant même d’avoir finalisé le PSE, c’est dire ! »

 

L’alternative pour les salariés qui ont encore des années à tirer avant la retraite, est d’aller sur le site d’Aubenas à plus de 200 kilomètres, où seuls quinze postes leur sont proposés. Voire d’être reclassé plus loin encore comme à Grenoble… « Des humains qui massacrent d’autres humains pour le business. Et ce n’est pas fini », s’exclame un ouvrier qui nourrit le feu d’une nouvelle palette. « On arrive au bout d’un système, ils nous ont cramé. Les courants durs de la CGT ont sauté en premier, maintenant c’est plus facile pour dégraisser le personnel » explique Jean-Marc, élu CGT de 60 ans.

 

Pauline, 48 ans, assise sur une pile de palettes, bonnet vissé sur la tête et masque sur la bouche, regarde le feu la réchauffer, impassible. Elle fait partie des dernières arrivées, lors des embauches opérées en 2008. Elle a connu la fermeture de La Pompignane et le transfert de Mudaison vers Lattes en 2017. « J’ai le sentiment qu’on nous harcèle. Tous les trois ans, ils nous bougent. Là, c’est le terminus. J’ai encore plus de 20 ans à bosser. Je n’irai ni à Aubenas ni à Mâcon, Grenoble ou Alès. J’ai toute ma famille ici dans le bassin méditerranéen », lance-t-elle comme un défi avant d’asséner : « je ne sais pas où je vais atterrir, je suis perdue. Nous ne sommes que des numéros pour Schneider, que des « SESA », ces matricules que la boîte nous attribue. On a une colère monstre contre la direction et ça ne date pas d’hier. »

 

Un poids lourd s’arrête soudainement. « Mais, je dis quoi moi ? » s’exclame le livreur devant l’entrée de l’usine bloquée par le piquet de grève. « C’est pour un petit carton », tente-t-il de négocier en ouvrant son haillon. « T’as qu’à prendre une photo pour expliquer. C’est fermé ! On est en grève », lui rétorque-t-on. « Allez, bon courage les gars », lance-t-il finalement, tout en démarrant son camion au son de quelques pétards qui crépitent dans le feu. Olivier fume sa cigarette devant l’entrepôt. Il est chauffeur livreur pour l’entreprise américaine XPO Logistics. Son camion, garé à l’extérieur n’a pas pu livrer ni recevoir la marchandise prévue. Il a envoyé un message pour prévenir sa direction. Il attend, discute avec les grévistes, puis rallume une cigarette.

Délocalisations à marche forcée

Depuis le rachat des sites Areva par Schneider Electric en 2010, l’entreprise est en perpétuelle restructuration. Et aujourd’hui clairement à contre-courant des annonces ministérielles de relocalisation en France de productions sensibles. Le scénario se répète jusqu’à épuisement du tissu industriel français. Les dirigeants préfèrent implanter leurs usines à l’étranger pour profiter d’une main d’œuvre meilleure marché, aux dépens des travailleurs abandonnés ici ou sous-payés là-bas. Cette fois, l’activité de production des ampoules à vide de Lattes sera rapatriée sur les sites d’Aubenas et en Inde (Salt Lake City), les disjoncteurs délocalisés à Grenoble et en Turquie. « Pour Schneider Electric, la France n’a plus vocation à être un pays industriel » confie Éric Perrin, de la CGT. Les investissements sont dirigés vers la Chine, l’Inde, la Turquie et la Hongrie, des pays dont le modèle démocratique laisse à désirer.

Une réunion sous tension

Sur le piquet de grève, la quarantaine de présents se regroupent, puis forme un arc de cercle autour des délégués syndicaux, non loin du feu maintenant alimenté par des pneus. Le délégué syndical FO, Jean-Charles Bigotière, prend la parole. « On nous vire pour 400 000 euros de bénéfice espéré d’ici trois ans à Aubenas. Ils n’en ont rien à foutre de nous. » Une quinzaine de personnes décident d’accompagner les délégués syndicaux pour se rendre à la réunion du PSE, dans un hôtel à proximité. Un syndicaliste FO fait irruption dans la salle où un diaporama est exposé : « pour beaucoup ici, on a vécu trois PSE. Je suis écœuré de l’état des propositions avancées par l’entreprise. Des propositions en deçà de celles présentées à Fabrègues, indignes d’une structure comme Schneider Electric. Nous voulons une prime Covid, nous voulons une prime préjudice, prime qui existait auparavant. Révisez vos copies, vous verrez. »

 

La personne chargée des ressources humaines aux côtés du directeur Patrick Verne, tente de calmer la situation. « J’entends votre colère. Aujourd’hui, il y a des négociations, il y en aura deux autres la semaine prochaine. On ne fera pas de miracles… » Mais Jean-Luc, un ancien de la boîte, ne tient plus, il interrompt : « il y a 2 ans, on nous a promis la pérennité des emplois, on nous a bernés. Maintenant, il faut payer ! » Jean-Charles, assis à la table des négociations enchaîne : « maintenant, ça suffit, on va se mettre en grève de la faim si vous ne ramenez pas du concret ». Assis à quelques chaises de là, Éric Perrin, secrétaire du comité social économique (CSE) prévient : « j’espère que la direction a pris la mesure de la détresse des salariés qui subissent la pression des PSE successifs. » La petite délégation sort vite rejoint par les élus salariés du CSE. La direction a demandé une interruption de séance lui permettant de rendre compte de la situation à ses supérieurs et d’orienter le débat.

 

Pour Jean Charles, le sentiment de haine reste palpable à l’issue de cette réunion. « Les négociations démarrent au ras des pâquerettes. » Le reclassement d’une quinzaine de postes sur Aubenas en vue d’un bénéfice supposé de 400 000 euros d’ici trois ans, n’est que de la poudre aux yeux. « Il ne faut pas s’attendre à aller jusqu’à la retraite là-bas. Aubenas va subir le même sort. » La prochaine réunion devant sceller la destinée des salariés est fixée au 29 janvier, mais d’ici là deux réunions de négociations sont prévues les 12 et 15 janvier prochains. Deux nouvelles occasions pour les salariés de porter haut leurs revendications.

 

Publié le 11/01/2021

 

 

Fermeture de Schneider Electric près de Montpellier : "On sacrifie des talents, un savoir-faire"

 

Par Fabien ARNAUD sur www.midilibre.fr

 

 

Le groupe industriel a prévu de fermer son site de Lattes. Des salariés réagissent.

 

Réunis autour d’un feu, des salariés de Schneider Electric, à Lattes, occupaient l’entrée de leur usine, vendredi dernier.

 

Une action menée par les syndicats CGT et FO, alors que se tenait une réunion des partenaires sociaux et de la direction, dans le cadre du plan social qui frappe cette entité de 80 salariés. En septembre dernier, le groupe industriel a annoncé qu’il réorganisait son activité "moyenne tension", pour la concentrer sur trois pôles compétitifs à Mâcon, Aubenas et dans l’Isère.

 

L’arrêt de la production sur l’unité de Lattes, qui fabrique des ampoules à vide et des disjoncteurs, est prévu "pour le second semestre 2021", indique Schneider Electric.

 

 

Jean-Marc, depuis 32 ans dans l’entreprise

 

Parmi les manifestants, plusieurs anciens de l’entreprise dénoncent la fermeture progressive, ces dernières années, des sites de production présents sur Montpellier et sa région : La Pompignane, Fabrègues, et aujourd’hui, Lattes. "Avant, cela représentait 800 salariés", souligne Jean-Marc Prieur, élu au conseil social et économique, employé depuis 32 ans.

 

"L’entreprise appartenait à Alsthom, elle a été reprise par Areva, puis par Schneider en 2013. Ça a été le début des fermetures." "Depuis le rachat par Schneider, il y a eu trois PSE successifs, poursuit Didier, salarié cadre, secrétaire du syndicat FO Schneider Electric à l’union départementale. Le groupe a racheté l’activité moyenne tension d’Alsthom, tout ça pour nous fermer."

 

Amertume, parmi les salariés. "Notre site a toujours été bénéficiaire, rappelle l’un d’entre eux. À l’époque, on renflouait Alsthom, on développait nos propres produits, on vendait en Angleterre, au Mexique, en Arabie Saoudite." "Il y avait un vrai savoir-faire local", confirme Jean-Marc Prieur. Didier ressent lui aussi un gâchis : "On sacrifie des talents, un savoir-faire. Cette restructuration va faire beaucoup de dégâts."

 

Publié le 09/01/2021

 

Les fichiers de police - trop peu - recadrés par le Conseil d’Etat

 

(communiqué intersyndical CGT-FO-FSU- Solidaires-Syndicat des Avocats de France-Syndicat de la Magistrature-Groupe d’Information et de Soutien des Immigrés)-UNEF / 05 janvier 2021)

 

Saisi d’un recours en référé par les organisations syndicales CGT, FO, FSU, SAF, SM, Solidaires, l’Unef, ainsi que par l’association GISTI contre les décrets qui élargissent considérablement le champ de trois fichiers de police et de gendarmerie, le Conseil d’Etat vient malheureusement de rendre une décision de rejet.

 

Bien maigre consolation, la décision du Conseil d’État vient simplement préciser que la mention des opinions politiques, des convictions philosophiques, religieuses ou une appartenance syndicale ainsi que des « données de santé révélant une dangerosité particulière » ne sauraient constituer en tant que telles des catégories de données pouvant faire l’objet d’un fichage mais que, dans l’hypothèse où des activités seraient susceptibles de porter atteinte à la sécurité publique ou à la sûreté de l’État, il sera possible de ficher ces activités, même si elles font apparaître les opinions politiques, les convictions philosophiques, religieuses, l’appartenance syndicale ou des données de santé de la personne. La nuance est importante et interdit donc « un enregistrement de personnes dans le traitement fondé sur la simple appartenance syndicale ». Il est heureux que le Conseil d’État l’ait précisé et nous veillerons à ce que la CNIL soit particulièrement attentive à faire respecter ce point.

 

Toutefois, l’atteinte portée aux droits et libertés reste conséquente car ces informations pourront toujours assez facilement apparaître dans les fichiers concernés et ce d’autant plus que parmi ces fameuses « activités susceptibles de porter atteinte à la sécurité publique ou à la sûreté de l’Etat», peuvent désormais figurer les « habitudes de vie », notion particulièrement floue, ou encore l’activité d’une personne sur les réseaux sociaux.

 

En outre, ces fichiers peuvent avoir des conséquences directes sur la situation professionnelle d’un bon nombre de salarié.es. Ils sont directement consultés pour toutes les enquêtes administratives préalables aux recrutements, affectations, mutations, décisions d’agrément ou d’habilitation pour certains emplois (emplois publics ou privés relevant du domaine de la sécurité ou de la défense, l'accès à des zones protégées comme les sites nucléaires, les sites militaires, aéroports, emplois au sein d’une entreprise de transport public de personnes…). Ils sont aussi consultés par les préfectures à l’occasion des demandes de titres de séjour ou de naturalisation par les étrangers.

 

Il est donc évident que le combat ne peut s’arrêter là : nos organisations reviendront donc devant le Conseil d’Etat pour obtenir l’annulation des dispositions les plus inquiétantes des décrets contestés.

 

Publié le 31/12/2020

 

Qui sera le prochain ennemi ?

 

Par Serge Halimi (site monde-diplomatique.fr)

 

La carte de vœux de M. Anders Fogh Rasmussen n’a pas attendu la Saint-Sylvestre. L’ancien secrétaire général de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) a résumé ainsi la mission que celle-ci devrait remplir, selon lui, sitôt que M. Donald Trump aura quitté la Maison Blanche : « En 2021, les États-Unis et leurs alliés auront une occasion qui ne se présente qu’une fois par génération. Celle d’inverser le repli global des démocraties face aux autocraties comme la Russie et la Chine. Mais il faudra pour cela que les démocraties principales s’unissent (1). » Ce qu’ont fait nombre d’entre elles, il y a une génération, justement, en envahissant l’Afghanistan, puis l’Irak. Il est donc temps de s’attaquer à des adversaires plus puissants…

Mais par lequel commencer ? Puisque Washington entend assurer le « leadership » de la croisade démocratique — « L’Amérique est de retour, prête à diriger le monde », a proclamé M. Joseph Biden le 24 novembre 2020 —, les pays satellites feraient bien de comprendre que les Américains ne s’accordent plus sur l’identité de leur adversaire principal. Leurs raisons ont peu à voir avec la géopolitique mondiale, et tout avec leurs déchirements internes. Pour les démocrates, l’ennemi est d’abord russe, puisque, depuis quatre ans, les dirigeants de ce parti ont répété, à l’instar de Mme Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, qu’« avec Trump tous les chemins mènent à Poutine ». Côté républicain, dans le registre d’« un prêté pour un rendu » qui évoque les bousculades d’école maternelle, le slogan « Beijing Biden » tient lieu de réplique. Car le second fils du nouveau président, M. Hunter Biden, a fait des affaires en Chine ; et la mondialisation, imputée aux démocrates, a fait les affaires de la Chine. CQFD.

Le 10 décembre dernier, le secrétaire d’État Michael Pompeo s’est donc appliqué à creuser le fossé existant entre les deux pays. Invoquant, sans rire, son souci du respect de la vie privée, celui qui fut aussi directeur de la Central Intelligence Agency (CIA) a d’abord alerté le monde : « Xi Jinping a l’œil sur chacun d’entre nous. » Puis il s’est attaqué tour à tour aux 400 000 étudiants chinois envoyés aux États-Unis chaque année, dont une partie viendrait voler des secrets industriels et scientifiques ; aux universités américaines elles-mêmes, « très nombreuses à avoir été achetées par Pékin » ; enfin, aux produits de la société Huawei, dont chaque utilisateur se placerait « entre les mains de l’appareil de sécurité chinois » (2). Voilà le refrain que les républicains vont opposer à M. Biden. Il relaiera les quatre ans de paranoïa antirusse alimentée par les démocrates contre M. Trump. Mer de Chine, Taïwan, sort des Ouïgours, Hongkong : tout sera prétexte à tester la détermination antichinoise de la nouvelle administration.

M. Rasmussen a vu clair au moins sur un point : « Une file d’alliés inquiets attendent le président élu Joe Biden devant sa porte. » Mais, en demeurant dans une alliance que dirige une puissance mentalement ébranlée, ils ne vont pas recouvrer de sitôt leur tranquillité.

 

Serge Halimi

 Publié le 30/12/2020

ISF : Macron président des ultra-riches

 

(site politis.fr)

 

Au cours des débats autour du projet de Loi de finances pour 2021, les groupes de gauche ont une nouvelle fois réclamé un retour de l’ISF. En vain.

Avant de prendre leurs congés comme les scolaires, les députés devaient adopter le projet de Loi de finances pour 2021. Au cours des longs débats qui ont précédé cet ultime examen, les groupes de gauche ont une nouvelle fois réclamé un retour de l’ISF. En vain. Même pour pallier les conséquences économiques et sociales de l’épidémie de Covid-19, le gouvernement refuse toujours de faire contribuer davantage les plus fortunés à la solidarité nationale. Ils ont pourtant profité des réformes fiscales de 2017 – transformation de l’ISF en IFI et instauration du prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % sur les revenus du capital – dans des proportions considérables, que le deuxième rapport du comité d’évaluation de ces réformes a parfaitement documentées. Réalisé sous l’égide de France Stratégie, organe de prospective rattaché au Premier ministre, ce rapport constate que la suppression de l’impôt sur la fortune mobilière n’a pas été suivie d’une diminution des distributions de dividendes. Cet argument était avancé par les partisans de la suppression de l’ISF, qui devait, selon eux, augmenter les marges de manœuvre des entreprises pour investir ou rémunérer leurs salariés.

Au contraire, en 2018, les dividendes ont augmenté de 60 % pour atteindre en volume 23,2 milliards d’euros, révèle ce rapport. Il note en outre que la concentration de ces revenus tirés du capital est de plus en plus marquée : si, en 2017, 0,1 % des foyers fiscaux (38 000 personnes) percevait la moitié du total, la part du même groupe est passée aux deux tiers en 2018. « Les 0,1 % de Français les plus aisés sont un quart de fois plus riches que les 0,1 % de 2017 », constate l’étude. En seulement une année ! Et l’augmentation est encore plus importante pour les 0,01 % les plus fortunés (3 800 personnes). Emmanuel Macron n’est donc pas « le président des riches », comme nous l’avons qualifié en une d’un numéro de 2017, mais plus exactement le président des très, très riches. Il faut savoir reconnaître ses erreurs.

 

par Michel Soudais

Publoéle 29/12/2020

Droit de grève : à Marseille, une hirondelle ne fait pas le printemps

Stéphane Ortega (site rapportsdeforce.fr)

La nouvelle majorité municipale d’union de la gauche et des écologistes est la première en France à transcrire pour ses agents la limitation du droit de grève, prévue par la réforme de la fonction publique de 2019. Un accord a été signé entre plusieurs syndicats et la Mairie pour mettre fin aux grèves à répétition des « tatas », nom donné à Marseille aux ATSEM, en sous-effectifs chroniques, qui s’occupent des cantines scolaires.

 

« Les agents attendaient un geste fort sur la reconnaissance de la pénibilité de leur travail. Au lieu de cela, le dialogue social s’est ouvert dans l’urgence pour engager les organisations syndicales dans la signature d’un protocole d’accord sur le service minimum en cas de grève », déplore ensemble la CGT Ville de Marseille et la FSU Territoriale des Bouches-du-Rhône. Par contre, le plan général de la Mairie pour les écoles attendra 2021. Une première réunion n’étant prévue qu’au mois de janvier. Dans son programme, le Printemps Marseillais promettait des investissements, des embauches, et « de sortir le personnel de la précarisation ».

Mais avant de s’attaquer aux causes des difficultés récurrentes dans les écoles de la cité phocéenne, la municipalité commence par casser le thermomètre du malaise social qui y règne. Vendredi 11 décembre, elle a signé un accord prévoyant pour ses agents un délai de prévenance de 48H pour se déclarer en grève et l’obligation d’être en grève dès la première heure de service. Une façon d’empêcher les grèves d’une heure ou sur une partie de la journée de travail d’agents aux faibles revenus.

Soit finalement les dispositions contenues dans un amendement à loi de « transformation de la fonction publique », voté par la droite sénatoriale en juin 2019. Une mesure adroitement modifiée ensuite par la majorité présidentielle dans le texte de loi définitif. Celui-ci renvoie à des négociations locales permettant d’aboutir au même résultat, mais après discussion avec les partenaires sociaux. Les négociations ne devant pas excéder 12 mois, après quoi, en cas d’échec à trouver un accord, les mairies sont autorisées à mettre en place ces dispositions unilatéralement. Un « encadrement » des grèves en forme de recul, après une campagne médiatique aux relents anti-fonctionnaires à propos de leur temps de travail. Le tout, sur fond d’objectifs gouvernementaux de baisse des effectifs dans la fonction publique.

 

Une régression sociale de gauche

À ce jour, Marseille est la seconde ville à mettre en place cette limitation du droit de grève. Rennes, dirigée par Nathalie Appéré du Parti socialiste, l’a précédé, mais en devançant la loi en 2018. Un laboratoire en quelque sorte. Du coup, Marseille se trouve être la première ville à signer un accord sur le sujet. Pour une municipalité de gauche, écologiste et citoyenne, cela fait un peu tache. D’autant que le texte sur la transformation de la fonction publique n’imposait aucun caractère d’urgence à traduire localement la modification des obligations faites aux grévistes.

Chargée des négociations pour la Mairie, la quatrième adjointe à la ville Olivia Fortin considère l’accord comme une avancée. Interrogée par La Marseillaise, elle tente quand même de se justifier : « cet accord permet trois choses qui sont entièrement de gauche […] Permettre aux agents de retrouver un cadre de travail, assurer les parents de pouvoir travailler normalement et enfin permettre aux enfants de manger le midi ». Presque du Blanquer dans le texte. Pas sûr que les « tatas » marseillaises apprécient le caractère de gauche des déclarations de l’élue, également cheffe d’entreprise dans l’événementiel.

Pourtant, le conseil municipal entérinera l’accord en séance le 21 décembre, pour une application dès les fêtes de fin d’année passée : à la rentrée, le 5 janvier. Côté syndical, la CGT et la FSU considèrent que l’accord – qu’elles ne signeront pas – ne résout pas les problèmes. Elles préfèrent mettre l’accent sur d’autres urgences : « un manque structurel de personnel », qui a pour conséquence un faible niveau d’encadrement des enfants : un agent pour 25 élèves en maternelle et un pour 50 élèves en primaire. D’où, des « conditions de travail dégradées » et « des personnels en souffrance ». Une situation encore aggravée par la gestion de la Covid-19.

Ce qui n’a pas empêché trois organisations syndicales de parapher l’accord avec la nouvelle municipalité. Force ouvrière en tête, la première organisation syndicale chez les territoriaux marseillais. Pourtant, le syndicat, longtemps accusé de cogestion municipale avec le système Gaudin, avait en son temps déposé des préavis de grève dans les cantines pour les ATSEM. Du coup, malgré le passage à gauche de majorité municipale, ses pratiques d’accompagnement ne semblent guère évoluer. Autres signataires de l’accord, l’alliance électorale CGC-CFTC et l’Unsa qui dit prendre ses responsabilités dans un communiqué en date du 14 décembre.

Décidément, l’exercice du pouvoir municipal par la gauche ou par des coalitions de gauche, même teinté de liste citoyenne, n’empêche pas les mauvais coups pour les mouvements sociaux. Une réalité qui s’illustre encore une fois à Marseille, mais aussi à Saint-Denis ou à Grenoble.

Mise à jour 17 décembre : Le protocole d’accord ne sera finalement pas entériné lors du conseil municipal du 21 décembre. Son ordre du jour a été modifié après la démission de Michèle Rubirola.

 

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 Publié le 28/12/2020

2022 dans le viseur, Macron assume d’être le président de l’ordre

 

Cyprien Caddeo (site humanite.fr)

 

Dans la seconde partie de son entretien accordé à l’Express, le chef de l’État, toujours malade et à l’isolement, réaffirme son tournant sécuritaire et sa volonté d’incarner l’ordre face à ses opposants.

Après une première partie publiée le 22 décembre, l’Express a dévoilé, mercredi, l’intégralité de l’entretien fleuve que lui a accordé Emmanuel Macron, sobrement titré « Entretien exclusif : ce qu’il n’a jamais dit des Français ». Procès en autoritarisme, violences policières, libertés publiques… le chef de l’État en dit surtout beaucoup sur lui-même.

Ce n’est en effet pas un scoop : Emmanuel Macron est particulièrement sensible à la question de l’incarnation du pouvoir et de la nation que suppose la fonction de président de la V e République. À l’image de réformateur « start-up nation », qui a fait long feu avec le mouvement des gilets jaunes, il a substitué celle de chef de troupe. Au grand désordre néolibéral provoqué par ses réformes, et qu’il n’interroge évidemment pas, il oppose la nécessité d’un ordre républicain, fondé sur l’autorité de l’État.

Le ton change

Interrogé sur les reculs de l’État de droit et des libertés que certains lui reprochent, avec notamment les lois « séparatismes » et « sécurité globale », le président de la République répond à côté, invoquant le risque terroriste : « Nous avons à faire face au terrorisme et à une société de plus en plus violente. Nous devons apporter une réponse. Notre réponse est-elle disproportionnée ? Non. Elle s’est toujours faite sous le contrôle du juge. »

Ceux qui se réjouissaient de voir Emmanuel Macron admettre l’existence des « violences policières », il y a quelques semaines sur Brut, vont déchanter. Sans doute le président sait-il aussi à quel (é)lectorat il s’adresse, mais dans les colonnes de l’Express, le ton change. Sur les limitations au droit de manifester (durcissement du maintien de l’ordre, lois anticasseurs, usage de drones et d’armes sublétales), le président renvoie la responsabilité aux manifestants eux-mêmes, qui auraient, pour une part, basculé dans « une violence de rue inouïe ». « Le véritable débat démocratique à avoir ne porte pas sur l’organisation des policiers, balaie-t-il, mais sur les moyens et les façons d’éradiquer cette violence dans la société à laquelle les forces de police sont confrontées. »

Puis de poursuivre : « L’inacceptable dans notre société contemporaine, c’est le retour de la violence extrême qui consiste à blesser ou tuer celui ou celle qui est là pour défendre l’ordre républicain. Si on ne repense pas les choses en ces termes, c’est l’anéantissement de toute autorité légitime, de tout ordre et, par voie de conséquence, de toute liberté. »

L’agitation d’un ennemi de l’intérieur

À cette montée de la violence, le président de la République n’envisage pas comme explication sa propre gouvernance et la brutalité de ses propres réformes. Ni bien sûr le manque de débouchés politiques, lui qui a fait de la négation des vertus pacificatrices du clivage gauche-droite un des cœurs de son réacteur. Emmanuel Macron préfère une réponse clés en main, agitant un ennemi de l’intérieur : « Ont resurgi un mouvement d’extrême droite et plus encore dans notre pays un mouvement d’extrême gauche qui prône une violence anticapitaliste, antipolicière, avec un discours structuré, idéologisé, et qui n’est rien d’autre qu’un discours de destruction des institutions républicaines. » Peu importe que lesdits groupuscules restent largement minoritaires au sein des cortèges. En vue de 2022 et pour rallier le « bloc conservateur » sur lequel il mise, Emmanuel Macron sait qu’il doit convaincre que le désordre, c’est les autres.

 Publié le 27/12/2020

La culture comme priorité…

 

(site politis.fr)

 

Imaginons que le gouvernement décide d’un acte fort.

Imaginons. Une pandémie s’abat sur le monde. L’État français se voit dans l’obligation de prendre des mesures pour enrayer la propagation du virus. Des mesures pénibles, qui affectent les libertés individuelles, mais indispensables. Les courbes des infections et des hospitalisations fluctuent, montent, puis redescendent, pas autant que souhaité. Cependant, après un second confinement, le gouvernement, conscient des efforts faits par les Français, qui respectent dans leur immense majorité les gestes barrières, lâche du lest.

Là où on espère pouvoir à nouveau accueillir du public, les protocoles sont peaufinés afin que les mesures sanitaires soient scrupuleusement respectées. Partout les risques de clusters ont été écartés. L’exécutif le sait, qui garde un impératif face au nombre de contaminations encore trop élevé : continuer à contraindre les interactions sociales. Hormis les bars et les restaurants, qui resteront fermés car il est impossible d’y être masqué en permanence, des choix s’offrent malgré tout. Alors le gouvernement décide d’un acte fort.

Dans le pays de Molière et de Marguerite Duras, de Camille Claudel et des frères Lumière, d’Anne Sylvestre et de Pierre Boulez, les lieux d’art et de culture seront les premiers à rouvrir ! Ce n’est pas simplement une question de justice – ils ont été les derniers à être autorisés à reprendre leurs activités au terme du premier confinement, bien après le 11 mai.

Par ce geste, le gouvernement veut aussi affirmer la place prépondérante qu’occupe l’art dans la vie d’une population meurtrie, inquiète, déboussolée. L’art est source de joie et de vibrations sensuelles, mais aussi de catharsis et de questionnements stimulants ; il attise l’esprit critique quand il se fait frondeur, engage le dialogue entre l’intime et l’extérieur, influe sur la perception de soi et des autres, plonge dans l’inconnu pour y découvrir du nouveau, comme disait Baudelaire.

Bref, rien d’inessentiel – c’est le moins qu’on puisse dire : des échappées belles après les horizons bouchés, un besoin existentiel, individuel et collectif, une quête de sens dans une période troublée. Ça tombe bien : les répétitions n’ont pas cessé, les spectacles sont prêts, tous les personnels sont mobilisés, les films attendent en nombre pour éclairer les écrans, les musées et les centres d’art ont dépoussiéré leurs expositions subitement interrompues, les musiciens ont mille tournées en poche et plus de notes encore dans leur tête, ne demandant qu’à être jouées et chantées…

Oui, il suffit d’imaginer pour que tout cela soit réel, pour que la politique retrouve de sa superbe.

 

par Christophe Kantcheff

 Publié le 26/12/2020

À Valenciennes, Noël victorieux pour les salariées d’Onet

 

Stéphane Guérard (site humanite.fr)

 

Au bout d’une lutte longue de neuf mois, ces travailleuses du nettoyage, en première ligne face au Covid, sont en passe d’obtenir des CDI, un changement de convention collective plus en rapport avec leur profession et de meilleures rémunérations.

Ce beau cadeau de Noël, elles ne le doivent qu’à elles-mêmes. Mobilisées depuis fin mars contre des conditions de travail déplorables, des cadences infernales et des rémunérations au ras de pâquerettes, les 150 salariées du nettoyage de l’hôpital de Valenciennes, employées par Onet (97 % sont des femmes), sont en passe de signer un protocole de fin de mouvement social satisfaisant l’essentiel de leurs revendications. « Victoire ! Les filles d’Onet qui nettoient les chambres de l’hôpital de Valenciennes, viennent d’arracher une victoire importante : CDD transformé en CDI, prime de 800 euros, temps de travail en plus de temps pour nettoyer les chambres… bravo à vous toutes ! », s’est félicité, sur Twitter, Fabien Roussel, député PCF du Nord, qui a soutenu leur lutte.

Le sort de ces travailleuses avait suscité l’indignation après la diffusion d’un récent reportage de Cash Investigation. Ces femmes de chambre devaient réaliser en une heure le nettoyage quotidien de cinq chambres ou de trois chambres de fond en comble après la sortie d’un patient. Le tout sous la pression d’un directeur d’agence d’Onet, d’un chef d’exploitation et de multiples chefs d’équipe censés faire respecter ces cadences intenables. À l’issue du premier confinement, ces salariés aux tâches externalisées par la direction de l’hôpital en 2014 n’avaient pas eu droit à la prime Covid de 1 500 euros, alors qu’elles estimaient avoir pris les mêmes risques que les agents de service hospitalier.

Profession en « milieu sensible »

Après un premier mouvement de grève, la direction d’Onet leur avait consenti une prime de 150 euros. Une gratification vécue comme un affront par des femmes de chambre qui avaient alors organisé plusieurs autres journées de mobilisation et de grève afin d’obtenir, outre des augmentations de salaires, leur changement de convention collective afin de tenir compte de l’exercice de leur profession en « milieu sensible », ainsi que des requalifications de CDD en CDI. Elles revendiquaient de même de disposer des moyens pour exercer correctement leurs tâches, le reportage de Cash Investigation ayant mis en lumière un manque flagrant de balai, de serviettes propres…

Soutenues par des élus communistes, de la France insoumise (François Ruffin avait déposé au printemps dernier une proposition de loi pour « cesser la maltraitance » des femmes de chambre, les prenant pour exemple) et du Parti socialiste, les salariées d’Onet sont en passe d’avoir gain de cause sur toute la ligne.

 Publié le 25/12/2020

Le Conseil d’Etat suspend l’usage des drones en manifestation

 

Par Clément Le Foll et Clément Pouré (site meddiapart.fr)

 

La haute juridiction administrative a ordonné ce mardi 22 décembre au préfet de police de Paris Didier Lallement de cesser d’utiliser des drones pour surveiller les manifestations.

Nouveau coup dur pour la préfecture de police de Paris. Dans une ordonnance rendue en référé ce mardi, que Mediapart publie dans son intégralité, le Conseil d’État « enjoint au préfet de police de cesser, sans délai, de procéder aux mesures de surveillance par drone des rassemblements de personnes sur la voie publique ». La décision du Conseil d’État infirme un premier jugement du tribunal administratif de Paris daté du 4 novembre, qui avait été saisi par l’association La Quadrature du Net.

« Cette interdiction est une victoire sans précédent, se réjouit Bastien Le Querrec, membre de La Quadrature du Net. C’est un retournement du rapport de force. Jusqu’ici, la volonté gouvernementale était d’aller plus loin dans la surveillance en accumulant les textes sécuritaires. Cette ordonnance y met un frein. »

Dans un communiqué publié au moment du dépôt du recours le 26 octobre, l’association de défense des libertés publiques expliquait que « la police nationale et la gendarmerie utilisent de manière systématique les drones pour surveiller les manifestations ». Le même jour, Mediapart publiait un article documentant cette utilisation des drones par les forces de l’ordre au cours de plusieurs manifestations, en dépit d’une précédente décision du Conseil d’État pointant leur caractère illégal.

En avril 2020, une première enquête de Mediapart mettait en lumière l’utilisation massive de drones durant le confinement, en dépit d’une fragilité juridique. S’appuyant notamment sur nos révélations, la Quadrature du Net avait attaqué la préfecture de police de Paris. Le 18 mai, le Conseil d’État pointait l’absence de cadre juridique régulant leur utilisation et enjoignait, déjà, au préfet Lallement « de cesser, sans délai, de procéder aux mesures de surveillance par drone » dans le cadre des opérations de déconfinement en l’absence de nouveaux textes réglementaires ou de dispositif d’anonymisation des images.

Comme nous le révélions dans une précédente enquête, la préfecture décide alors d’anonymiser les images à l’aide d’un logiciel appelé Yolo4. Devant le tribunal administratif, elle fait valoir le dispositif comme répondant à l’ordonnance du 18 mai. La juridiction rejette alors le recours de la Quadrature du Net. Une décision infirmée aujourd’hui par le Conseil d’État, qui juge le dispositif insuffisant.

Dans son ordonnance du 22 décembre, l’institution met en avant le fait que la captation d’images par les drones, suivie de leur floutage, de leur retransmission et de leur visionnage au centre de commandement constitue bien un traitement de données personnelles.

Cet usage de données tombe donc sous le giron de la directive du 27 avril 2016, dite police justice. Ce texte européen, qui régit le droit des données personnelles, pose le principe que leur traitement doit à chaque fois prouver sa nécessité. Le Conseil d’État a estimé que ce n’était pas le cas pour l’usage des drones lors des manifestations.

La plus haute juridiction administrative française va même plus loin et remet en cause l’intérêt de l’usage des drones pour assurer la sécurité des citoyens. « Le ministre n’apporte pas d’élément de nature à établir que l’objectif de garantie de la sécurité publique lors de rassemblements de personnes sur la voie publique ne pourrait être atteint pleinement, dans les circonstances actuelles, en l’absence de recours à des drones », peut-on lire sur le communiqué de La Quadrature du Net.

Pour le Conseil d’État, la surveillance policière par drone ne peut pas être envisagée « sans l’intervention préalable d’un texte » qui l’autorise et en fixe les modalités d’utilisation. Dans le cas contraire, « il existe un doute sérieux sur la légalité » d’opérer cette surveillance.

Un camouflet pour le gouvernement, qui prévoit un élargissement de l’utilisation des drones à travers l’article 22 de la proposition de loi sécurité globale, qui doit repasser devant l’Assemblée nationale début 2021.

 Publié le 24/12/2020

« Veilleur, où en est la nuit ? », demande le prophète Ésaïe.

 

(sitela-bas.org)

 

Le veilleur est celui qui reste éveillé tandis que la ville est endormie, l’enfant contre sa mère et l’homme contre la femme. Et si l’un ou l’autre se réveille un instant, il demande à voix basse : « veilleur, où en est la nuit ? » Et le veilleur qui passe s’arrête et lui répond : « le matin va venir, et la nuit aussi viendra, si vous voulez poser des questions, posez-les, venez ! »

On peut parier qu’Edgar Morin se verrait bien dans la figure de ce veilleur. Celui qui a pour rôle de donner du sens à l’événement. Non pas comme un être supérieur, mais comme celui qui a acquis des savoirs au service de tous, non pas au service d’un pouvoir quelconque, économique, politique ou médiatique, et encore moins au service de soi-même. Mais dans le rôle de celui qui veille et qui éveille.

Et qui croit important de penser l’événement lorsqu’il surgit.

C’est plus tard, à froid, que les penseurs le penseront, que les historiens l’historiseront, mais c’est à chaud, le sang encore fumant, que le dictateur s’empare de la barre.

Tsunami, 11 Septembre, pandémie, par définition, l’événement est inattendu, bouleversant, sidérant, nous voici en état de choc en proie à toutes les tyrannies, tyrannisant nous-mêmes. Nous lançons des pogroms, nous tondons des femmes, nous n’entendons pas les Algériens qu’on noie dans la Seine, nous réclamons l’homme fort. Qui pour dire autre chose ? Nous sommes démunis. Nous sommes bien loin des « cours d’autodéfense intellectuelle » dont parlait Noam Chomsky et Normand Baillargeon.

Vous connaissez la métaphore du théâtre en feu ? Affolements, cris, hurlements. Et soudain, quelqu’un s’écrie « c’est par là ! » et tout le monde va par là. Personne ne sait et tout le monde suit. Celui qui donne la direction est rarement un bienfaiteur désintéressé. Le théâtre panique est une aubaine que ne manque jamais la caste des vampires.

Lorsque nous titubons sur le tranchant de la lame, entre le clair et l’obscur, quelle voix pour nous tenir la main ?

Après la première nuit, après la première vague de la pandémie, le déconfinement était comparable à ce jour qui vient, et nous ne pensions pas que la nuit reviendrait. Or, elle est revenue. Plus épaisse, plus décourageante. Et cette nuit, la mère qui ne dort pas à voix basse interpelle le veilleur qui passe. Elle se dit qu’avec les 99 ans qu’il a vécus, il sait peut-être quelque chose sur le bout du tunnel.

Daniel Mermet
(et le prophète Ésaïe)

 

 Publié le 23/12/2020

France raciste ?

 

(site regards.fr)

 

Alors que le racisme s’exprime de façon toujours plus décomplexé, le combat antiraciste semble avoir été abandonné. Désormais, c’est l’extrême droite qui donne le ton.

Quand le visage de l’extrême droite n’était encore qu’une vieille image, rance et nauséabonde, de Jean-Marie Le Pen, avec son passé, ses outrances, ses caricatures, ses dérapages contrôlés et ses procès, personne n’imaginait ses idées arriver un jour au pouvoir. Ses opposants politiques d’alors, de gauche et de droite, passaient leur temps à déconstruire ses discours stigmatisant, nourris de racisme et de xénophobie, avec une haine féroce de tout ce qui lui était étranger. Ces mêmes responsables politiques, principalement à gauche, assumaient dans le même temps, de plaider pour un accueil digne des étrangers et un renforcement du droit d’asile. De leur côté, les médias ne goûtaient que peu l’idée de recevoir le président du Front national et ses alliés au point que durant des dizaines d’années, le premier parti d’extrême droite a joué la carte de la victimisation, accusant les bien-pensants de vouloir les boycotter.

Aujourd’hui, l’extrême droite n’est plus la victime. Elle est au centre du jeu politique. Et elle donne le ton sur bien des sujets d’actualité – ou plutôt que l’on veut bien mettre au centre de l’actualité. Sous son quinquennat, Nicolas Sarkozy avait trouvé la parade avec son ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale. François Hollande, après avoir renoncé à l’une de ses propositions de campagne ouvrant le droit de vote des étrangers extracommunautaires aux élections locales, a tâché d’une marque indélébile son mandat en proposant la déchéance de nationalité pour les binationaux. Enfin, Emmanuel Macron, après sa promesse du en même temps, mène aujourd’hui une politique à droite, sécuritaire et autoritaire, tout en envoyant des signaux forts à l’électorat d’extrême droite. Désormais, ça n’est plus en combattant les idées de l’extrême droite que l’on mène la bataille contre la grande famille Le Pen, mais en reprenant leurs idées.

La crise du Covid-19 n’a rien arrangé. L’idée que les frontières sont devenues notre meilleur atout pour lutter contre le virus a largement irrigué la classe politique. Jusque dans les rangs de la gauche. « Je note quand même que ce qui est important aujourd’hui, c’est nos frontières et heureusement qu’elles étaient là pour pouvoir empêcher la propagation du virus. Nous devons avoir la même précaution, la même prévention, de ne pas ouvrir les frontières trop vite tant que nous n’avons pas réussi à véritablement endiguer le virus et l’épidémie », a ainsi lâché le secrétaire national du PCF le 14 mai dernier. Plus récemment, c’est le député François Ruffin qui a déclaré : « Je suis favorable au retour des frontières sur capitaux, marchandises et personnes […]. Je pense que les frontières ne sont pas quelque chose de négatif, les frontières permettent de se construire aussi ». Pourtant, pour l’épidémiologiste Antoine Flahaut : « Fermer les frontières n’est pas efficace, les virus n’ont pas de passeport ».

Les effets de la crise du Covid-19, notamment en matière économique, ont donné aussi de la matière et du relief aux idées de l’extrême droite. Alors que la crise est mondiale, tout le monde, ou presque, répond local. Ainsi le retour de la souveraineté/souverainisme fait de nouveaux adeptes – y compris à gauche. Il faudrait désormais protéger nos frontières et assumer une forme de « protectionnisme solidaire » pour les uns quand les autres plaident pour une « indépendance » voire en appellent à « la démondialisation ». Pourtant, les grands défis qui sont devant nous, qu’ils soient sanitaires, climatiques, numériques, peuvent-ils réellement se régler à l’échelle locale ? En avons-nous les capacités et surtout le local est-il vraiment l’enjeu ? Sans doute pour partie. Mais la réponse est largement insuffisante. De qui, de quoi avons-nous peur ? De quoi, de qui devons-nous nous protéger ? L’ennemi, l’adversaire, est-il toujours hors de nos frontières ?

Nous avons abandonné les batailles structurantes : lutter contre toutes les formes de discriminations et de racismes. Et ne pas se laisser intimider, voire renoncer, au prétexte que la lutte contre l’islamophobie servirait la soupe des islamistes et que le combat contre l’antisémitisme légitimerait l’annexion des territoires palestiniens.

Ce week-end, le déferlement antisémite qui s’est abattu sur April Benayoum, miss Provence, tout comme les propos haineux, à caractère raciste, à l’endroit de Rokhaya Diallo tenus par trois des trois participants d’une émission de débat sur Sud Radio – avec l’approbation de l’animateur (même s’il s’en est excusé depuis) –, sont des indices de plus du racisme ambiant, décontracté, souvent impuni, qui sévit au sein même de nos frontières. Ce climat inquiétant a été rendu possible parce que nous avons collectivement abandonné. Et cédé aux sirènes de l’ennemi extérieur. Le danger viendrait d’ailleurs. Nous avons détourné notre regard et abandonné les batailles structurantes : la lutte antiraciste. Lutter contre toutes les formes de discriminations et de racismes. Et ne pas se laisser intimider, voire renoncer – comme beaucoup de responsables politiques l’ont fait –, au prétexte que la lutte contre l’islamophobie servirait la soupe des islamistes et que le combat contre l’antisémitisme légitimerait l’annexion des territoires palestiniens. Ça n’a rien à voir. Le débat est biaisé. Tronqué. Pour le plus grand bonheur de l’extrême droite.

Et s’agirait peut-être de ne pas l’oublier : l’ennemi, c’est l’extrême droite. Et elle n’a pas de frontière.

 

Pierre Jacquemain

 Publié le 22/12/2020

Un putsch qui ne dit pas son nom contre le Printemps marseillais

 

(site regards.fr)

 

Michèle Rubirola n’est plus maire de Marseille. Elle échange sa place avec son numéro 2, le socialiste Benoît Payan.

À Marseille, le coup est rude pour les électeurs enthousiastes du 28 juin dernier : ils avaient voté pour Michèle Rubirola, une femme écologiste, une sorte d’esprit libre et courageux qui avait réussi à s’émanciper des organisations partisanes de la gauche et ils se retrouvent avec Benoît Payan, un apparatchik socialiste, comme maire. Institutionnellement, aux élections municipales, on vote pour une liste, pas pour une tête de liste : certes, il n’y a là aucune entorse à la loi, n’en déplaisent aux cadors de la droite marseillaise. Néanmoins, ils pointent à bon droit que les Marseillais ont été trompés sur la marchandise et s’en saisissent pour appeler à de nouvelles élections.

Dans la cité phocéenne, peut-être plus que dans beaucoup d’autres villes, le Parti socialiste n’était pas particulièrement en odeur de sainteté avant l’élection. Benoît Payan était alors crédité de moins de 10% dans les sondages. Qui peut dire que sa côte de popularité a augmenté aujourd’hui ? En un mot comme en cent : personne ne peut imaginer qu’il aurait pu gagner la ville de quelque manière que ce soit. La dynamique qui a permis le renouveau après la longue ère de Jean-Claude Gaudin est passée par le Printemps marseillais, une formation unique en son genre, qui avait réussi à susciter enthousiasme. Composé de manière équilibrée par des personnalités de la ville, d’écologistes, de communistes, d’insoumis et de socialistes, il s’était s’incarné dans la personne de Michèle Rubirola.

Mais la bataille pour le pouvoir à Marseille n’allait pas s’arrêter une fois le fameux troisième tour du 4 juillet dernier terminé : après avoir mis la main sur le cabinet de la maire, les amis de Benoît Payan ont fini par réussir à récupérer tout bonnement la tête de la mairie. Les conditions du départ de Michèle Rubirola restent on-ne-peut-plus floues : comment expliquer qu’elle devienne première adjointe alors que des raisons médicales sont avancées pour son retrait du poste de maire ? Un poste qui n’est assurément pas moins chronophage ou éprouvant. En revanche, être première adjointe est moins visible, glorieux et décisionnaire qu’être maire.

Sur les réseaux sociaux et dans les médias, toute la gauche salue le courage de Michèle Rubirola. Si la question est celle de sa maladie, applaudir un renoncement parait déplacé. En fait, ce qui est applaudi par ces belles âmes, c’est le fait qu’elle cède sa place. Mais qui se laissera prendre aux éléments de langage rodés pour expliquer que l’important, c’est le collectif et la dimension collégiale de la nouvelle majorité marseillaise ? On verra plutôt dans cette démission le parfum d’un putsch : pas forcément un putsch conscient de Benoît Payan ou du Parti socialiste mais un putsch presque de par-devers ceux qui maîtrisent les codes et les arcanes de la politique et du pouvoir contre l’espoir d’un renouveau démocratique et de gauche qui avait le nom de Printemps marseillais.

 

Pablo Pillaud-Vivien

 Publié le 21/12/2020

Misère du revenu universel

 

(site politis)

 

Mieux vaut augmenter et élargir les minima sociaux.

Pour marquer son territoiresur le marché politique, le politicien fait périodiquement paraître un livre dont les slogans sont ensuite martelés dans les médias. Benoît Hamon vient pour cela de publier un plaidoyer en faveur du revenu universel, intitulé Ce qu’il faut de courage. Le revenu inconditionnel et individuel d’existence y est présenté comme la face sociale d’un programme écologique. « Salaire du bonheur », il serait la « conquête sociale du XXIe siècle », « éradiquant la pauvreté », conférant à chacun « l’autonomie » et permettant de « modifier la hiérarchie du pouvoir » dans les entreprises. La fermeture des librairies pendant le deuxième confinement a pu empêcher le lecteur allergique à Amazon de juger sur pièces. Nous nous permettons de l’avertir de la démagogie des poncifs les plus charitables véhiculés, en restant le plus concret possible.

1) Le revenu universel serait versé à tous à la naissance, sans conditions de ressources. Il serait de 300 euros avant 15 ans et ensuite fixé autour de 850 euros mensuels. On saisit mal en quoi ce revenu de misère, restant dans une fourchette inférieure au seuil de pauvreté (60 % du revenu médian, lui-même de l’ordre de 1 800 euros), permettrait de vivre décemment sans travailler. Pour véritablement éradiquer la pauvreté, mieux vaut augmenter les minima sociaux au niveau du seuil de pauvreté, les élargir aux jeunes et éviter de les verser à tous ceux qui n’en ont pas besoin ! Cela ne coûterait pas plus de 30 milliards d’euros.

2) Alors que prévaut un chômage de masse (néanmoins peu préoccupant pour ceux qui considèrent le travail comme une aliénation), le revenu universel ne donne aucun pouvoir de négociation à ceux qui travaillent, à l’instar de l’actuelle prime pour l’emploi – permettant même aux entreprises de faire pression à la baisse sur les salaires, puisque l’État paie la différence.

3) Le diable se cache dans les détails du financement de la mesure. Son coût s’élève à près de 700 milliards d’euros, alors que l’ensemble des prestations des branches de la Sécurité sociale représente déjà 470 milliards (25 % du PIB). Comme il est impossible de financer simultanément les deux « conquêtes », il faudra choisir : le revenu universel ou la Sécurité sociale. En toute logique, le revenu universel se substituerait alors aux pensions de retraite et aux allocations familiales. Il couvrirait les dépenses médicales de chacun, à l’exception des gros risques. Il serait financé par l’impôt. Les cotisations sociales liées au travail disparaîtraient progressivement, allégeant le coût du travail et accroissant les profits. Pour combler le manque à gagner pour la santé et les retraites, la porte serait alors grande ouverte aux assurances privées.

4) Quant à l’impôt envisagé, la taxation des revenus financiers et la taxe sur les robots sont convoqués. L’auteur oublie que la première existe déjà à travers la « flat tax » sur les revenus du capital, échappant désormais au barème de l’impôt sur le revenu qui les frappait auparavant. La seconde est d’autant plus aberrante pour qui souhaite atténuer la peine au travail, car la réduction du temps de travail est le corollaire séculaire, socialement organisé, des gains de productivité engendrés par le progrès technique.

 

par Liêm Hoang-Ngoc

 Publié le 20/12/2020

Au Liban, l'enquête sur l'explosion du port de Beyrouth prend l'eau

 

Par Hala Kodmani — (site liberation.fr)

 

Plusieurs ministres, inculpés par le procureur Fadi Sawan, ont fait pression pour empêcher la découverte des responsables de l'explosion du 4 août.

L’annulation, pour cause de Covid, de sa visite prévue en début de semaine au Liban a sauvé Emmanuel Macron du «bien plus redoutable virus politique libanais», souligne un éditorialiste du quotidien local Nida al-Watan. Bien de nouvelles déceptions attendaient en effet le président français, dont tous les efforts depuis l’été pour sortir le Liban du ravin n’ont guère été couronnés de succès.

D’abord parce que les dirigeants libanais, qui ont «trahi leurs engagements», selon les mots de Macron, poursuivent depuis des semaines leurs marchandages absurdes pour la formation d’un gouvernement. Toutes les réformes urgentes exigées par la communauté internationale pour venir en aide au pays sont bloquées en l’absence d’un exécutif pour les mener. Dernier avatar en date, l’obstruction de l’enquête de la justice libanaise sur l’explosion qui a ravagé le port de Beyrouth le 4 août, faisant plus de 200 morts et des milliers de blessés.

Le procureur Fadi Sawan, chargé de l’enquête, a annoncé jeudi la suspension de toutes les procédures à la suite des demandes de récusation contre lui présentées par des ex-ministres. Il venait de les inculper en même temps que le Premier ministre démissionnaire, Hassan Diab, qui a refusé lui aussi de se présenter à la convocation du juge.

Respectivement anciens ministres des Finances et des Travaux publics, Ali Hassan Khalil et Ghazi Zeaïter, aujourd’hui députés, accusent le magistrat de violer la Constitution en engageant des procédures contre eux sans l’aval du Parlement. Ils réclament son remplacement pour suspicion légitime d’incompétence.

Jeu des communautés

La Cour de cassation doit se prononcer dans les dix jours sur la requête des deux inculpés, qui font partie du mouvement chiite Amal, dirigé par le président de la Chambre, Nabih Berri, l’une des personnalités politiques les plus puissantes du Liban. En attendant que son sort soit scellé, le juge reconnu comme honnête et intègre, se débat depuis le début de son enquête pour résister aux pressions politiques dans un pays où la justice n’échappe pas toujours au jeu des communautés comme à la corruption.

Désigné fin août à la lourde charge d’instruire l’enquête pour déterminer les responsabilités sur l’explosion de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium entreposées depuis plusieurs années dans le port de Beyrouth, le magistrat avait réussi à faire arrêter plusieurs responsables sécuritaires et portuaires ces dernières semaines.

Mais dès qu’il a procédé, le 10 décembre, aux premières inculpations d’hommes politiques du fait de «certains soupçons quant à la responsabilité de ces ministres et à leurs défaillances face à la gestion de la présence dans le port de nitrate d’ammonium», selon l’enquête, Fadi Sawan a dû faire face à une levée de boucliers de la classe politique.

Sans réponse

Le magistrat avait pris la précaution fin novembre, de réclamer dans une lettre officielle au Parlement – dont un organe est habilité à poursuivre les membres du gouvernement – l’ouverture d’une enquête sur plusieurs ministres et parlementaires, puisqu’il s’agit d’une affaire pénale où l’immunité ne devrait pas s’appliquer. Sa demande est demeurée sans réponse jusqu’à la dernière requête des ministres réclamant le remplacement du magistrat. Une démarche considérée comme un moyen, pour les personnalités politiques mises en cause, de gagner du temps.

Les responsables libanais avaient refusé l’idée d’une enquête internationale sur l’explosion du port, malgré les appels, au Liban et à l’étranger, à des investigations indépendantes. Cette affaire apparaît comme une désolante illustration de plus de l’incurie de la classe politique libanaise, pourtant insubmersible malgré son rejet par sa population et la défiance de la communauté internationale à son égard. Sur les réseaux sociaux, certains internautes libanais ont commenté, d’ailleurs, l’annulation de la visite d’Emmanuel Macron en raison du virus. Ils l’ont appelé à briser son isolement et à venir embrasser leurs dirigeants pour les contaminer.

 

Hala Kodmani

 Publié le 19/12/2020

Covid-19. Là où on risque le plus d'être contaminé selon l'Institut Pasteur

 

Maïwenn Furic (site humanite.fr)

 

Selon une étude menée par l’Institut Pasteur, c’est dans son entourage qu’on a le plus de risques d’être contaminé, mais aussi dans les bars, restaurants et salles de sport. Des résultats qui suscitent la polémique.

Les résultats de l’étude ComCor ont été publiés jeudi 17 décembre par l’Institut Pasteur. Très attendue, cette «  Étude des facteurs sociodémographiques, comportements et pratiques associés à l’infection par le SARS-CoV-2 » devait venir confirmer les mesures prises par le gouvernement pour endiguer l’épidémie.

Menée en partenariat avec Santé publique France, la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) et l’institut IPSOS, elle avait pour objectif, entre autres, de déterminer les lieux de contaminations au Covid-19 et les comportements à risques. Lancée en octobre, elle se poursuivra jusqu’en juin 2021. « Elle devrait permettre d’évaluer avec plus de précision, dans des conditions de fonctionnement plus classiques, quels lieux sont les plus risqués », affirme son auteur principal, Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l’Institut Pasteur et membre du Conseil scientifique qui guide le gouvernement.

Plus de contamination dans l’entourage

Ces travaux montrent que les contaminations ont surtout lieu au sein de l’entourage et plus particulièrement dans la famille. 44 % des personnes positives au Covid-19 « connaissent la personne qui les a infectées ». « Les risques d’infection sont plus importants lorsque les enfants vont chez une assistante maternelle ou lorsqu’ils sont à la crèche, en maternelle ou au collège », précise le Pr. Fontanet – battant en brèche, au passage, le discours officiel du ministère de l’Éducation nationale. Selon l’étude, les contaminations se font donc principalement lors des rassemblements familiaux et amicaux, « notamment lors des repas », indiquent les chercheurs. « À Noël, les gens seront sûrement tentés d’oublier les gestes barrières mais au contraire, il faut rester vigilant. S’il y a une personne à risque, il est par exemple possible de faire deux tables séparées et d’aérer la pièce. »

Des bars et restaurants clandestins ?

Les restaurants et bars sont également pointés du doigt et associés à une augmentation du risque de contamination. Mais il est difficile de savoir « quelle est la part réelle des restaurants et des bars dans la transmission » du virus, puisque la période de l’étude ne correspondait pas à leur fonctionnement normal. Selon l’étude, le risque augmente même davantage pendant le confinement que pendant le couvre-feu, ce qui semble paradoxal puisque les établissements étaient alors censés être totalement fermés. « Cela laisse entendre qu’il y a eu des bars et restaurants ouverts de façon clandestine pendant le confinement » et que les personnes qui s’y sont rendues, même moins nombreuses, « s’y sont beaucoup exposées », avance le Pr. Fontanet.

Ces conclusions sont vivement critiquées par quatre organisations professionnelles représentatives du secteur des hôtels, cafés et restaurants, qui dénoncent des affirmations « sans fondement ». « Cette étude vient dire ce que l’on veut lui faire dire, au moyen, s’il le faut, de déclarations purement scandaleuses et diffamatoires » ont précisé ces organisations dans un communiqué. « Les auteurs de l’étude reconnaissent qu’elle ne peut pas être considérée comme représentative. » Selon eux, l’étude n’apporte donc aucune justification scientifique à la fermeture des bars et restaurants.

Les transports en commun plus sûrs que le covoiturage

L’augmentation des risques est également associée à la fréquentation des salles de sport ou à la pratique du covoiturage. En revanche, ce n’est pas le cas pour les commerces ou les transports en commun. « Nous avons été très étonnés des résultats pour le métro notamment. Mais il faut tenir compte du fait que l’étude intervient dans une période de télétravail, où la fréquentation des transports est donc moindre. » Le lieu de travail est une autre source de contamination, ce malgré le télétravail mis en place. Les contaminations arrivent généralement durant les moments de restauration. « Nous savions déjà que les chauffeurs ou travailleurs sociaux étaient plus exposés. L’étude a révélé que les ouvriers et les cadres le sont aussi » souligne Arnaud Fontanet. Ce ne serait en revanche pas le cas des enseignants, ce qui suggère qu’ils « arrivent à se protéger efficacement contre les risques d’infection dans leur environnement professionnel », interprètent les auteurs. Ou alors, c’est peut-être que les profs ne mangent pas ?

 Publié le 18/12/2020

Notre ami le dictateur

 

(site politis.fr)

 

Égypte, Turquie, Libye… Derrière ces affaires croisées, il y a notre dépendance à l’industrie d’armement et une culture officielle crispée dans un monde qui bouge.

À l’occasion de la visite du président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, le protocole élyséen a inventé un genre nouveau de cérémonie : la remise clandestine de Légion d’honneur. Ou, si l’on préfère, la Légion d’honneur honteuse. Finalement révélé, l’événement a été particulièrement mal reçu en Italie, où l’on n’a pas oublié l’assassinat en 2016 du jeune sociologue Giulio Regeni, qui travaillait sur les syndicats égyptiens, et dont le corps mutilé a été retrouvé près du Caire une semaine après son enlèvement. Un cas parmi des dizaines d’autres, opposants au régime, journalistes, démocrates, militants des droits humains. Les geôles du maréchal Sissi comptent plus de soixante mille prisonniers politiques. Amnesty International parle aussi d’une « frénésie d’exécutions » : 57 pour les seuls mois d’octobre et de novembre. Tel est l’homme auquel Emmanuel Macron adressait de fraternelles tapes dans le dos. On a beau savoir depuis Saint-Just qu’« on ne gouverne pas innocemment », on est pris de nausée. Mais pourquoi cette Légion d’honneur et ces gestes empressés ? La première réponse qui vient est évidemment le juteux commerce des armes. L’Égypte possède le catalogue complet de la maison Dassault. On parle de sept milliards d’euros depuis 2009. Des avions de chasse Rafale et des missiles Crotale que l’Égypte n’a pas manqué d’utiliser pour tenter d’écraser la rébellion au Yémen et les populations alentour. Face à cela, que pèse le beau geste symbolique du journaliste et écrivain italien Corrado Augias, qui est allé à l’ambassade de France à Rome rendre sa Légion d’honneur ?

Mais, me direz-vous, rien de tout ça n’est très nouveau. Il y a donc autre chose qui nous ramène à des débats qui sont hélas dans notre actualité. La France entretient avec le monde musulman des relations conflictuelles, comme jamais peut-être depuis la guerre d’Algérie. Le projet de loi « antiséparatiste » est perçu, non sans raison, comme hostile à l’islam. Avec opportunisme, l’autocrate populiste turc Erdogan s’est empressé de prendre la tête de la fronde anti-française faisant ainsi coup double. Il se pose en héraut du monde musulman contre une France qui attire à elle tous les griefs, et il transfère sur un terrain idéologique un conflit dont l’enjeu est la possession de zones maritimes qu’il dispute à la Grèce en Méditerranée orientale. Avec, à la clé, d’importantes ressources gazières. Emmanuel Macron et son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian (« la gauche » de la macronie…) sont donc en quête de soutiens. Le maréchal Sissi fait l’affaire. Et ne soyons pas trop regardants ! Pire que les tapes dans le dos, il y eut même cet hallucinant échange pseudo-philosophique entre le président français et le dictateur égyptien devant la presse. Quoi de plus flatteur pour Sissi qu’une aimable conversation au pays des Lumières sur Dieu, l’Homme et l’organisation des sociétés humaines ? C’est peu dire que Macron est « égypto-dépendant ». Sans compter que le président français et le dictateur égyptien font cause commune dans un autre dossier, à haut risque. Ils soutiennent l’un et l’autre l’aspirant dictateur libyen Khalifa Haftar – un ami de Bachar Al-Assad – dans son entreprise militaire contre le gouvernement de Tripoli reconnu par l’ONU. Le soutien de Sissi à Haftar est officiel. Celui de Macron est plus discret, puisque la France a, « en même temps », reconnu le gouvernement de Tripoli. Et l’affaire est plutôt mal engagée depuis que… la Turquie a volé au secours de Tripoli. Cela fait beaucoup de zones de friction avec la Turquie. Au cours de l’été dernier, les navires français et turcs ont même joué à se faire peur en Méditerranée orientale, frôlant parfois l’incident.

Aujourd’hui, la France milite pour le renforcement des sanctions économiques. Sans grand succès, parce que l’Allemagne redoute qu’Erdogan pousse vers l’Europe, comme il l’a déjà fait, des dizaines de milliers de réfugiés syriens qu’il retient dans ses camps depuis le cynique pacte migratoire signé avec l’Union européenne en 2016. Nous voilà donc bien seuls ! Il n’y avait pourtant pas de fatalité pour que la France soit en première ligne face à l’ambitieux et belliqueux Erdogan. Pas de fatalité pour qu’elle s’isole de l’Union européenne. Derrière ces affaires croisées, il y a notre dépendance à l’industrie d’armement et une culture officielle crispée dans un monde qui bouge. Reconnaissons que tout, aujourd’hui, est plus compliqué. La Turquie est l’exemple même de ces nationalismes qui font et défont leurs alliances au gré de leurs intérêts immédiats. Membre de l’Otan, elle est désormais avec la Russie en Syrie ou dans le Caucase, mais s’oppose à elle en Libye où Poutine soutient Haftar… Quant à Erdogan, il emprisonne lui aussi ses opposants, et prête la main en toutes circonstances au massacre des Kurdes ou des Arméniens. S’il n’est donc pas question de le soutenir, il n’est pas utile non plus de lui fournir des prétextes. Enfin, on ne peut parler du Moyen-Orient sans dire un mot de la Palestine. Voilà que la France prend le parti d’ignorer la décision de la Cour européenne des droits de l’homme qui lui enjoint de reconnaître le droit au boycott des produits israéliens comme une liberté d’expression. La France choisit mal ses amis.

 

par Denis Sieffert

 Publié le 17/12/2020

Nouveau commissariat, des armes pour la municipale : les élus de Montpellier unis dans la répression

 

(site lepoing.net)

Des gendarmes mobiles devant le Polygone à Montpellier en décembre 2019 lors d'une manifestation

Le conseil municipal de Montpellier à majorité PS a donné son aval à deux propositions promettant de renforcer la police : un nouveau commissariat à La Paillade et le renouvellement des conventions permettant à la police municipale d’être armée. Youpi.

L’actualité française est dominée ces dernières semaines par les violences et le racisme dans la police, mais pas de quoi freiner la course au tout-sécuritaire à Montpellier. Le conseil municipal de ce lundi 14 décembre a validé la construction d’un nouveau commissariat à La Paillade, rassemblant polices municipale et nationale à l’horizon 2023. Tout en reconduisant la convention de coordination entre la ville de Montpellier et la direction départementale de la sécurité publique, mise en place sous l’administration de l’ancien maire, le macroniste Philippe Saurel. Ladite convention permettant à la municipale de « garder ses armes » dixit Sébastien Coste, délégué à la protection de la population et à la sécurité publique, affilié au groupe PS.

Des mesures non contestées par l’opposition « de gauche » incarnée par « Nous Sommes » d’Alenka Doulain, qui s’est abstenue au motif que la convention « aurait due être reconduite bien plus tôt ». On se demande pourquoi elle participe aux manifestations contre la loi « sécurité globale » dont l’article premier prévoit précisément le renforcement des prérogatives des polices municipales. Le concours du sosie de Darmanin reste ouvert…

Dans une ville proche, Béziers, Mohamed Gabsi a pu tâter des joies d’une police municipale renforcée : il est mort peu après son interpellation.
Depuis 1977, on compte 
676 personnes mortes à la suite d’interventions policières ou du fait d’un agent des forces de l’ordre, dont 412 par balles. Parmi ces 412 personnes, 235 n’étaient pas armées, et seulement 68 avaient au préalable attaqué la police… Sans compter les affaires passées à la trappe.

Pour le maire PS Michaël Delafosse, « la sécurité doit être une coproduction, en matière de politiques publiques, entre gendarmerie, police et justice ». La « gauche » qui, historiquement, relie avec justesse la question sociale et les phénomènes de délinquance (bien que les inégalités n’expliquent pas tout), se vautre une énième fois dans un tout-sécuritaire aussi liberticide qu’inefficace.

Comme l’expliquent ces participants à la mobilisation montpelliéraine contre la loi « sécurité globale », « la sécurité, c’est pouvoir faire des projets, avoir accès à un toit, à un travail, à la santé, aux loisirs. C’est ne pas avoir peur du futur. Le capitalisme est incapable de répondre aux besoins de parties croissantes de la population. Son système craque de partout. Mais il essaiera de se maintenir par tous les moyens disponibles, y compris par la terreur. Ce n’est pas un hasard si la surenchère sécuritaire va de paire avec la dégradation de nos conditions de vie. Les forces de sécurité, quelles qu’elles soient ont structurellement pour fonction de protéger la propriété privée, les intérêts des possédants et des exploitants. »

Il ne s’agit pas pour autant de mettre sous le tapis les problèmes de délinquance qui pourrissent véritablement la vie quotidienne de beaucoup de gens, la récente fusillade au pied de la tour d’Assas en témoigne. Mais donner des armes à feu à une police raciste et sexiste qui ressemble de plus en plus à une milice n’est jamais une solution. Pourquoi ne pas imaginer, à la base des états généraux de la sécurité, avec les associations de terrain, pour trouver des solutions populaires

 Publié le 16/12/2020

De quoi le « séparatisme » est-il le nom ?

 

(site politis.fr)

 

Egoitz Urrutikoetxea décèle dans l'usage de ce mot, comme de ceux de « République » ou « Laïcité », une dérive nationaliste.

Ces dernières semaines la notion de « séparatisme » est réapparue avec acuité dans le débat politique et médiatique. Le 4 septembre dernier lors de la célébration au Panthéon des 150 ans de la Troisième République, le Président Emmanuel Macron déclarait que « La République indivisible » ne pouvait admettre « aucune aventure séparatiste ». Que se cache-t-il derrière l’usage intempestif de ce terme ?

Egoitz Urrutikoetxea est membre de la fondation Iratzar. Doctorant en histoire, il est l'auteur de La politique linguistique de la Révolution française et la langue basque (PUPPA, ELKAR, Euskaltzaindia, 2018).

Selon le ministère de l’Intérieur, la France serait « malade de son communautarisme ». La France se trouverait au bord de la guerre civile. Le discours est alarmiste. Les mots sont forts. Le « remède » contre ces maux censés rendre « malade » la France se trouverait dans la proposition de loi qui vise à lutter contre les « séparatismes ».

Le choix des mots n’est pas innocent, ces derniers peuvent exagérer ou atténuer, mais surtout travestir la réalité. Dans L’Homme révolté, Albert Camus nous rappelle qu’il faut « s’efforcer au langage clair pour ne pas épaissir le mensonge universel ».

L’usage du mot « séparatisme » est critiquable à plus d’un titre puisque cela floute les repères historiques, laisse supposer des liens entre des mouvances actuelles et crée un amalgame.

Il a été historiquement interprété dans le droit comme la volonté de porter atteinte à l’intégrité et à l’unité du territoire national. Il a surtout été employé dans les années 60 pour désigner les luttes d’indépendance qui agitaient les colonies françaises. Ainsi, la lutte contre le séparatisme invoque la répression coloniale française qui se traduisit par la mise en place en 1963 de la Cour de sûreté de l’État, juridiction d’exception qui jugea jusqu’à sa dissolution en 1981, les indépendantistes, qu’ils soient guyanais, guadeloupéens, corses ou basques.

Le terme « séparatisme » n’est pas sans évoquer l’imaginaire français qui s’est construit sur des valeurs unitaires et sur l’idée d’une unité de l’État-nation. Rappelons au passage que la France « une et indivisible » s’est faite au forceps, ou « à coups d’épée », pour reprendre l’expression de Charles de Gaulle. Les méthodes utilisées jadis seraient tout à fait impensables de nos jours.

Une certaine idée de la « République » est devenue le prétexte pour stigmatiser et exclure « l’autre », celui qui par son origine, sa langue et sa culture, s’écartait trop de la norme du « bon français ». La réalité culturelle et linguistique française, incarnant un temps historique légitime et officiel, est présentée comme source de progrès, puisque naît d'une révolution progressiste. Alors que les cultures et langues périphériques, telles que le basque, le breton ou l'occitan, ont été cataloguées comme des sociétés « anciennes » et « statiques », foncièrement « conservatrices » et « réactionnaires ». Ce qui a induit la construction idéologique de deux espaces antagoniques: le premier représentant la société de progrès, moderne et centralisée; tandis que le second est identifié au monde primitif, n'ayant pas pu accéder à la modernité, car supposé figé dans un passé.

Depuis, toute référence à la prise en considération des langues, des cultures ou des peuples est assimilée à la résistance au progrès. En France seule l'échelle de l’État-nation est en capacité de représenter un idéal universel de liberté, d'égalité et de justice sociale. L'unité et l'indivisibilité de la Nation sont ainsi devenues les uniques prémisses de l'émancipation.

Cette volonté visant à réduire les humains à un seul modèle de pensée et d’action s’est vue consacrée pendant la Troisième République, au nom de la supériorité de la civilisation française. L’idée de rendre les humains conformes à un modèle « idéal », aussi bon soit-il, n’a pu se réaliser que dans la souffrance et la persécution : politique d’uniformisation à l’intérieur de l’Hexagone, et politique de colonisation à l’extérieur des frontières.

La République française n’a jamais été le signifiant d’un projet inclusif et universel. C’est le centralisme abstrait, à la fois insensible et oppresseur, qui a de tout temps caractérisé l’État républicain. L’histoire de l’État républicain nous enseigne la permanence de la tentation sécuritaire et autoritaire. Nombreux sont les massacres qui ont été commis au nom de l’ordre républicain, de la Commune de Paris aux grèves ouvrières brisées dans le sang, en passant par les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata en Algérie, qui débutèrent un 8 mai 1945…

Si la France est malade, c’est de son rapport complexe et conflictuel à l’altérité. Ce rapport conflictuel était jadis atténué grâce à l’ersatz de contrat social proposé par l’État républicain, au moyen duquel les citoyens français pouvaient espérer une amélioration de leur situation sociale et économique. Mais il y a belle lurette que l’État républicain a failli à ses missions de cohésion sociale et économique. Les services publics se réduisent comme peau de chagrin. L’État s’est détourné de la protection sociale de sa population. Elle veille désormais exclusivement à l’application scrupuleuse des normes économiques déstructurantes, malgré et contre la volonté de sa propre population.

Sous couvert des mots « Séparatisme », « République », « Laicité », dont nous retenons leur usage excluant et accusatoire, c’est bien à une dérive nationaliste que nous assistons. En faisant appel à la « sacro-sainte unité » de la nation française, l’État républicain espère détourner toute colère sociale légitime.

 

par Egoitz Urrutikoetxea

 Publié le 15/12/2020

Al-Sissi reçu à l'Elysée : l'écrivain italien Corrado Augias rend sa Légion d'honneur à la France

 

Par Eric Jozsef, correspondant à Rome — (site liberation.fr)

 

Le journaliste de 85 ans refuse de «partager cet honneur» avec le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, dont les services sont fortement soupçonnés d'être responsables de l'enlèvement et de l'assassinat au Caire, en 2016, de l'étudiant italien Giulio Regeni.

  • Al-Sissi reçu à l'Elysée : l'écrivain italien Corrado Augias rend sa Légion d'honneur à la France

Il ira personnellement restituer lundi sa légion d’honneur au Palais Farnèse, siège de l’ambassade de France en Italie. A 85 ans, l’écrivain et journaliste Corrado Augias refuse de «partager cet honneur» avec le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, décoré lundi de la grand-croix, à l’occasion de sa visite d’Etat en France. «A mon avis, le président Macron n’aurait pas dû concéder la Légion d’honneur à un chef d’Etat qui s’est objectivement rendu complice d’atroces criminels», détaille Corrado Augias, sorte de Bernard Pivot transalpin, dans une lettre publiée par le quotidien la Repubblica.

Le geste symbolique témoigne de l’indignation d’une grande partie de la presse et de l’opinion publique italiennes devant le tapis rouge déployé à Paris sous les pieds de l’ancien général, qui a jeté en prison près de 60 000 opposants politiques, et dont les services sont fortement soupçonnés d’être les responsables de l’enlèvement et de l’assassinat au Caire, en 2016, de Giulio Regeni. Le corps de cet étudiant italien de 28 ans avait été retrouvé sur une autoroute avec des signes évidents de torture : les os des pieds et des mains broyés, cinq dents disparues, les côtes, les bras et les jambes fracturées. Sa mère dira n’avoir reconnu son fils que grâce à la pointe de son nez.

 «La mesure du juste a été outragée»

Malgré les tentatives pour brouiller les pistes et le manque de collaboration des autorités du Caire, le parquet de Rome a demandé jeudi le renvoi devant les tribunaux de quatre officiers égyptiens dont un général. Le jour même où la presse italienne reprenait l’information de la «cérémonie cachée par l’Elysée» pour remettre la légion d’honneur à Al-Sissi, révélée la veille par le Quotidien.

«La mesure du juste a été dépassée voire outragée, dénonce Corrado Augias. L’assassinat de Giulio Regeni représente pour nous, les Italiens, une blessure sanglante, un affront, et j’aurais attendu de la part du président Macron un geste de compréhension sinon de fraternité, au nom de l’Europe qu’ensemble nous essayons si durement de construire.»

«Noble geste»

En 2016, après la découverte du corps de Giulio Regeni, l’Italie avait rappelé temporairement son ambassadeur en Egypte. Mais elle était restée isolée et, depuis, Rome a progressivement rétabli ses rapports avec Le Caire malgré les protestations de la famille de l’étudiant.

«La décision de Corrado Augias de rendre la Légion d’honneur est appréciable et significative», a commenté hier le président (Mouvement 5 étoiles) de la Chambre des députés, Roberto Fico, qui a ajouté : «L’Europe doit être unie et solidaire […] surtout lorsque sont en jeu les droits fondamentaux.» «La liste des personnalités italiennes décorées de la Légion d'honneur est longue. […] J’espère qu’à partir de demain, une longue queue se formera à l’extérieur de l’ambassade de France pour imiter le noble geste de Corrado Augias», a de son côté twitté Riccardo Noury, le porte-parole d’Amnesty International en Italie. L’ONG est très active pour demander en particulier la vérité pour Giulio Regeni et la libération de Patrick Zaky, un étudiant égyptien de l’université de Bologne emprisonné au Caire depuis février.

• Voici le verbatim de la lettre que remettra Corrado Augias à l’ambassade de France le 14 décembre :

«Monsieur l’Ambassadeur, je vous rends les insignes de la Légion d’honneur. Quand elle me fut accordée, le geste m’émut profondément. Ça donnait une sorte de consécration à mon amour pour la France, pour sa culture. J’ai toujours considéré votre pays comme une sœur aînée de l’Italie et comme ma seconde patrie, j’y ai vécu longtemps, je compte bien continuer à le faire. En juin 1940, mon père souffrit jusqu’aux larmes de l’agression de l’Italie fasciste contre une France déjà presque vaincue.

«Je vous remets donc ces enseignes avec douleur, j’étais fier de montrer le ruban rouge à la boutonnière de ma veste. Mais je ne partage pas cet honneur avec un chef d’Etat qui s’est fait objectivement complice de criminels.

«L’assassinat de Giulio Regeni représente pour nous, les Italiens, une blessure sanglante, un affront, et j’aurais attendu de la part du président Macron un geste de compréhension sinon de fraternité, au nom de l’Europe que – ensemble – nous essayons si durement de construire.

«Je ne veux pas vous paraître trop naïf. Je connais bien les mécanismes des affaires et de la diplomatie – mais je sais aussi qu’il y a une mesure et que, comme l’écrit le poète latin Horatio : "Sunt certi denique fines, quos ultra citraque nequit consistere rectum." Je crois que dans ce cas, la mesure du juste a été bien dépassée, voire outragée.

«Avec mes regrets les plus profonds.»

Eric Jozsef correspondant à Rome

 Publié le 14/12/2020

Dans l’Aude, une tombola de Noël pour les prisonniers politiques gilets jaunes

 

(site lepoing.net)

 

Dans le mouvement social aussi on prépare les fêtes ! Le collectif audois “Cool-actif 11 vous soutient”, créé pour organiser la solidarité avec les gilets jaunes emprisonnés, organise, comme l’an dernier, une tombola de Noël, le 26 décembre à 14h30.

Les billets sont proposés à un prix oscillant entre deux et cinq euros et l’intégralité des bénéfices sera reversé aux détenus, notamment les quatre personnes toujours derrière les barreaux, selon nos informations, dans l’affaire de l’incendie du péage de Narbonne-Sud (l’un serait sorti en octobre).

Près de deux milles euros avaient été récoltés via la cagnotte en ligne toujours active, mais début octobre, les caisses étaient quasiment vides, et pour cause. Le coût de la vie est estimé à deux cents euros par mois en détention selon l’Observatoire internationale des prisons. L’administration pénitentiaire ne fournit que le minimum : deux repas par jour – de qualité médiocre et pas toujours en quantité suffisante –, et des kits d’hygiène et d’entretien. La télévision est louée à 7,50 euros par mois, le réfrigérateur quatorze euros. Comptez soixante-dix euros par mois pour vingt minutes d’appels quotidien en utilisant les téléphones mis à disposition dans les cours de promenade (raison pour laquelle les détenus achètent souvent leur propre téléphone malgré un risque d’être placé en quartier disciplinaire).

Le collectif, qui ne peut plus tenir de brocantes de soutien en raison du confinement, a maintenant besoin de votre soutien. Pour participer à la tombola ou avoir plus d’informations, envoyez leur un message via leur page facebook ou leur mail : soutienincarcere11[at]gmail.com. La tombola se tiendra le 26 décembre à partir de 14h30, en direct sur facebook. Voici les lots :

  1. Une corbeille de Noël (toasts et délice de poivrons, pâté du dimanche au foi de canard, délice au foi de canard au vin blanc, confit de canard et ses marrons, confiture de pain d’épice, chocolats et pâtes de fruits de nougat, vin rouge et bulles, bon d’achat de 25€ à la boulangerie « Aux délices de Salléles » (à Sallèles-d’Aude) ;
  2. Panier de douceurs de la nature ;
  3. Boite de chocolats Rochers ;
  4. Tableau village de Sylvie ;
  5. Pochon de produits de soin naturels Just ;
  6. Tableau mer de Sylvie ;
  7. Chapeau garni de produits de beauté ;
  8. Tableau gilet jaune d’Hélène ;
  9. Sac organza avec des produits Just ;
  10. Sac organza avec des produits Just ;
  11. Petite glacière garnie de produits Just.

Entre novembre 2018 et mars 2019, près de deux mille gilets jaunes ont été condamnés par des tribunaux, dont 762 à du ferme, dont 313 qui n’ont pas eu le droit à un aménagement de peine et qui ont donc été derrière les barreaux, parfois pour plusieurs années, et dans des conditions souvent indignes. Et ces chiffres ne prennent pas en compte les condamnations en cours, pour des affaires remontant parfois aux premiers mois de la mobilisation.

Ne laissons pas les prisonniers du mouvement social isolés : face à la répression, la solidarité est notre arme !

 

 Publié le 13/12/2020

Grève chez EDF : qu’est-ce que le projet Hercule ?

 

Guillaume Bernard  (site rapportsdeforce.fr)

 

Après une grève très suivie le 26 novembre, une intersyndicale lance une nouvelle journée de grève le 10 décembre pour s’opposer au projet de réorganisation du groupe dit « projet Hercule ». Mais au fait, c’est quoi ?

On se souvient de la bataille du rail de 2018, les cheminots se mettant massivement en grève reconductible pour la défense de leur statut. Pourrait-il y avoir une bataille de l’énergie en 2021 ? A en croire les chiffres de grève, la menace que constitue le plan Hercule est prise très au sérieux par les salariés. Lors de la journée de grève du 26 novembre 31,6% des effectifs d’EDF avaient cessé le travail, selon la direction. Et pour cause le plan Hercule est vu par tous les syndicats de l’entreprise comme un plan de privatisation d’EDF – qui appartient encore aujourd’hui à 80% à l’Etat.

Mais qu’est-ce que le plan Hercule ? D’après les informations données par Reuters début octobre, il s’agit de réorganiser EDF en séparant l’entreprise publique en deux structures d’ici 2022. D’un côté EDF Bleue, détenue à 100 % par l’État et qui s’occuperait de la gestion du nucléaire et des barrages hydroélectriques. De l’autre : EDF Vert, dont 35% du capital n’appartiendrait pas à l’État mais à des investisseurs privés et qui s’occuperait des énergies renouvelables, de la commercialisation ou encore de la distribution.

« Il s’agit de livrer aux intérêts privés tout ce qui peut l’être, tout ce qui est potentiellement rentable, en écartant la partie nucléaire couvrant des risques financiers », alarme Sud énergie. En somme une manière de socialiser et les coûts et de privatiser les profits. En effet, le financement des vielles centrales nucléaires ainsi que le renouvellement des moyens de production est particulièrement couteux et EDF est endetté (61 milliards d’euros en fin 2019).

100% de la production d’énergie mise sur le marché

Un tel montage permettrait en outre d’augmenter encore la part de la production d’électricité qui peut être mise sur le marché. On vous explique : historiquement EDF assumait la totalité de de l’électrification de la société française. De sa production à sa distribution, sans aucune concurrence.

Ce monopole d’Etat se termine le 1er juillet 2011. Avec la loi NOME (Nouvelle Organisation du Marché de l’Électricité) la Commission Européenne impose à EDF d’ouvrir le marché de l’électricité. L’entreprise doit revendre 25% de sa production d’électricité d’origine nucléaire à un tarif règlementé. D’où l’arrivée sur le marché de fournisseurs d’électricité privés qui ne sont en aucun cas producteurs de cette énergie. Or avec le projet Hercule, cette part d’énergie privatisable passera de 25% à 100%. La position dominante de l’entreprise publique sur son secteur historique serait terminée.

 Publié le 12/12/2020

«Plus jamais ça»: huit mois après, où en sommes-nous?

 

(site blogs.mediapart.fr)

 

Dans une lettre ouverte aux parlementaires, 18 organisations syndicales, associatives et environnementales appellent à « mettre en place des mesures d’urgences et une politique de transformation en profondeur ». « Nos organisations ne peuvent se résigner au rétrécissement du cadre démocratique et à une crise sanitaire sur la durée, permettant de justifier la casse sociale et l’absence totale de politique ambitieuse de transition climatique. »

·  Le 27 mars dernier, 18 organisations appelaient, dans une tribune commune, le gouvernement à préparer « le jour d’après » en considérant que la crise sanitaire mettait au jour l’urgence sociale et environnementale et donc la nécessité d’une remise à plat totale des orientations politiques en France et dans le monde, tant en matière économique, sociale, qu’environnementale et démocratique.

Huit mois après, où en sommes-nous ?

Avec lucidité et sans résignation aucune, nous ne pouvons que constater qu’aucun enseignement n’a été tiré de la première phase de la Covid.

Nous sommes très loin du « Plus jamais ça » et d’un monde d’après qui serait si différent du monde d’avant. Partout les gouvernements ont continué à gérer ce qu’ils considéraient comme leurs priorités. La France ne fait malheureusement pas figure d’exception :

  • aucun lit d’hôpital n’a été réouvert, les personnels de santé et du médico-social sont épuisés faute de moyens matériels et humains. Pourtant des économies sont à nouveau demandées dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), ce qui conduira à de nouvelles coupes dans la protection sociale alors que les besoins explosent ;
  • les inégalités ont continué de se creuser : le nombre de pauvres a continué d’augmenter dans le monde au rythme de l’augmentation de la fortune des milliardaires. 300 000 SDF sont désormais dénombrés en France, un Français sur trois a subi une baisse de revenus dans la période, 900 000 chômeurs de plus sont attendus en 2020, les privations alimentaires augmentent et le nombre d’expulsions locatives va s’envoler ;
  • la crise climatique mondiale s’est aggravée à un rythme jamais connu : des incendies en Australie jusqu’en Californie en passant par l’Amazonie, les glaciers ont continué à fondre et les phénomènes climatiques extrêmes se sont multipliés. Il y a à peine quelques semaines, les vallées de la Roya et de la Vésubie ont été dévastées, alors même que l’ensemble des discussions internationales sur le climat et la biodiversité sont à l’arrêt ;
  • on évoque des relocalisations d’industries, alors que l’on continue de fermer des sites d’avenir avec des milliers de suppressions d’emplois à la clé. On vide de leur contenu les propositions de la Convention citoyenne pour le climat (CCC) pour entamer une transition climatique. Toutes les opportunités de mettre en place des outils politiques, économiques ou financiers de la transition sont balayées une à une. On continue à débattre de la future Politique agricole commune comme si rien n'avait changé, sans revoir ses fondements au regard des enjeux sociaux, alimentaires et climatiques mis en lumière lors de cette crise ;
  • les libertés publiques et l’État de droit sont de plus en plus systématiquement attaqués, en particulier à travers la loi sécurité globale et ses attaques au droit d'informer ou encore la loi séparatisme en préparation. Les violences policières se multiplient ;
  • la parole politique est de plus en plus décrédibilisée par le manque de cohérence, de visibilité et de stratégie dans la gestion de la crise de la Covid et le double langage politique permanent du président et de son gouvernement.

Il y a huit mois, nous demandions une rupture totale avec les dogmes qui nous ont conduits là où nous en sommes aujourd’hui.

Nous le revendiquons plus que jamais aujourd’hui.

Mesdames et Messieurs les parlementaires, comment ne pas voir que la crise sanitaire enseigne l’impérieuse utilité de l’action publique, avec des services publics renforcés sur tout le territoire, et d’une démocratie pleine et entière dans le respect de l’État de droit ?

Mesdames et messieurs les parlementaires, comment ne pas voir que la priorité absolue doit être accordée aux moyens d’existence : alimentation, santé, logement, environnement, culture ?

Mesdames et Messieurs les parlementaires, ce dont nous avons besoin n’est pas d’un plan de relance de l’économie d’hier, mais bel et bien d’un plan de transformation vers une société dans laquelle chacun puisse vivre dignement, sans mettre en péril les écosystèmes ni le climat.

C’est pourquoi nous vous renvoyons à nos 34 propositions qui demandent entre autres :

  • un plan d’urgence pour l’hôpital, l’éducation et l'ensemble des services publics : recrutements, formations, revalorisations ;
  • l’arrêt des plans sociaux et l'imposition de conditions sociales et environnementales en contrepartie de tout soutien public aux entreprises, et l'interdiction de verser des dividendes pour les entreprises bénéficiant d'aides de l'État pendant la crise ;
  • la stricte application de toutes les mesures proposées par la Convention citoyenne pour le climat et la mise en place d’un impôt sur la fortune climatique ;
  • un plan de transition écologique et de relocalisation de notre agriculture et de nos industries ;
  • la réduction et le partage du temps de travail pour lutter contre le chômage de masse, avec la semaine de 32 heures comme référence, sans perte de salaire ni flexibilisation.

Mesdames et Messieurs les parlementaires, à l'heure où se multiplient les luttes locales et où nous sommes des milliers à nous mobiliser pour demander le retrait de la loi sécurité globale, soyons à la hauteur des attentes et des enjeux !

Nos organisations ne peuvent se résigner au rétrécissement du cadre démocratique et à une crise sanitaire sur la durée, permettant de justifier la casse sociale et l’absence totale de politique ambitieuse de transition climatique.

Sans attendre la sortie de la crise actuelle, c’est dès maintenant qu’il faut, en collaboration avec l'ensemble de la population, mettre en place des mesures d’urgences et une politique de transformation en profondeur. Mesdames et messieurs les parlementaires, c’est aujourd’hui qu’il faut construire le monde d’après.

Signataires :

CGT,
FSU,
Solidaires,
les amis de la terre,
Greenpeace,
Oxfam,
Attac,
Confédération paysanne,
Youth For Climate France,
FNE,
MAN,
DAL,
La communauté de l'arche,
Convergence Nationale des Services Publics,
ActionAid France,
Reclaim Finance,
La Fondation Copernic

 

 Publié le 11/12/2020

Caricatures de démocrates

 

(site politis.fr)

 

Les députés LREM n’apprécient pas la publicité de leur vote.

Jacques Maire est un député chatouilleux. Sur son image. Comme plusieurs des 388 #députésdelahonte, ainsi qu’ont été qualifiés par La Revue dessinée les élus qui ont voté la proposition de loi « sécurité globale », ce parlementaire macronien des Hauts-de-Seine n’a pas apprécié de voir son portrait dessiné (lui dit « caricature ») diffusé sur les réseaux sociaux avec ce hashtag et collé sur quelques panneaux d’affichage libre de Meudon. Cela « relève de la stigmatisation publique classique pratiquée par l’extrême droite », s’est-il emporté le 1er décembre sur Twitter, en présentant copie de la plainte contre X qu’il venait de déposer au commissariat de cette ville. Une plainte pour « acte d’intimidation envers un élu public pour qu’il influence une autorité pour l’obtention de décision favorable » et « diffamation envers un dépositaire de l’autorité publique ». La seule mention inscrite sous son portrait est pourtant purement factuelle. Elle informe qu’il « a voté pour la loi sécurité globale ». Quant à y voir une « intimidation », c’est un pur procès d’intention.

Ce n’est pas la première fois que des députés LREM n’apprécient pas la publicité de leur vote. En octobre 2018, plusieurs d’entre eux s’étaient emportés contre François Ruffin quand le député LFI de la Somme avait annoncé dans l’hémicycle que les noms de tous les députés qui s’apprêtaient à rejeter une proposition de loi relative à l’inclusion des élèves en situation de handicap seraient publiés. « Ils circuleront à travers la France. Et ce vote, j’en suis convaincu, vous collera à la peau comme une infamie », leur avait-il lancé. Le président LREM de la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée, Bruno Studer, l’avait accusé de « faire son petit Robespierre » tandis que sa collègue Anne-Christine Lang fustigeait sur Twitter « des méthodes de voyous » et qualifiait le procédé de « délation » et d’« incitation à la haine ».

En ces temps troublés où la Macronie se pique de renforcer les principes républicains, il n’est pas inutile de rappeler à ses élus qu’ils exercent un mandat temporaire dont ils sont redevables auprès des électeurs, et non un job dont ils devraient s’acquitter auprès de l’employeur qui les a mis où ils sont. En clair, ce n’est pas à Emmanuel Macron qu’ils doivent rendre des comptes, mais bien aux citoyens. Si le vote des députés est public, consultable sur le site de l’Assemblée, c’est justement pour que les citoyens puissent savoir ce que votent leurs représentants. Ça s’appelle la transparence et la démocratie. Deux notions trop souvent méconnues des macroniens.

 

par Michel Soudais

 Publié le 10/12/2020

SNCF/RATP. Coup de frein exigé sur l’ouverture à la concurrence

Le conseil d’administration d’Île-de-France Mobilités a voté, mercredi, le calendrier de la libéralisation de certaines lignes du réseau francilien. Agents et cheminots ont manifesté leur colère, et dénoncé la casse du service public.

Rue de Châteaudun, Paris, 8 h 30. Alors que le jour se lève à peine, un cordon de gendarmes bloque l’entrée du siège d’Île-de-France Mobilités. Tandis que les administrateurs sont réunis pour décider du calendrier d’ouverture des réseaux ferroviaires franciliens à la concurrence, agents et cheminots de la SNCF et de la RATP ont décidé de donner de la voix.

À l’initiative de la CGT, puis de SUD plus tard dans la matinée, les salariés sont venus en nombre défendre leur service public de transport contre sa libéralisation, sur les rails depuis quelques années déjà. Il en va de la sécurité des agents et de la garantie de prestations de qualité, martèlent-ils. Christophe, syndiqué CGT, espère d’ailleurs que la mobilisation atteindra les usagers, afin qu’il comprennent que la privatisation dégradera le service, contrairement à ce qu’assure Valérie Pécresse, présidente (LR) de la région et d’Île-de-France Mobilités. « Les banlieues seront les premières laissées de côté. Là où les usagers doivent aujourd’hui attendre huit minutes pour prendre le métro, ils devront attendre vingt », craint l’agent rattaché au dépôt de bus RATP Paris Sud.

Pour tous, l’exemple du Royaume-Uni, de ses trains en retard et de ses chemins et fer en piteux état, fait redouter le pire pour l’avenir des transports franciliens. « L’histoire nous l’a appris, la libéralisation des réseaux de transports est une erreur. Ce qui a été débuté par Margaret Thatcher au outre-Manche s’est soldé par une renationalisation. À chaque fois qu’il y a privatisations, les opérateurs cherchent à faire des bénéfices avant d’offrir un service de qualité », dénonce la députée FI Clémentine Autain, présente aux côtés des salariés au pied du siège d’Île-de-France Mobilités.

En cas de privatisation, des employés moins protégés

Au-delà des usagers, c’est également leurs propres conditions de travail que les agents RATP et les cheminots sont venus défendre haut et fort. « Aujourd’hui, être employé à la SNCF ou à la RATP nous protège des licenciements économiques. C’est très précieux, surtout en ce moment, en période de crise, alors que les sociétés sont déficitaires. Mais on ne sera plus protégés comme cela en cas de privatisations », explique Jonathan Perrinet-Arraut, contrôleur RATP et représentant CGT. À quelques pas de lui, Karim, cheminot à la gare de l’Est depuis huit ans, craint également que l’ouverture à la concurrence des réseaux ne soit la porte ouverte à la dégradation de sa carrière. « On cherche à nous faire devenir des employés polyvalents, mais nos cœurs de métier sont très différents. On commence déjà à voir des changements, les primes baisses, il y a de nombreux départs », témoigne cet agent d’escale.

« C’est un retour en arrière catastrophique », dénonce de son côté Jacques Baudrier. Le communiste, administrateur d’Île-de-France Mobilités, est vent debout contre l’ouverture à la concurrence des réseaux ferroviaires et de bus, et entend bien faire reculer le conseil d’administration. « Ce qui se passe est extrêmement grave. Il s’agit de la vente à la découpe des activités de la SNCF. C’est un recul majeur à l’échelle de l’histoire de cette entreprise, créée en 1938. Valérie Pécresse nous propose un retour à Napoléon III, à l’époque où les compagnies de trains privées exploitaient chacune des lignes ferroviaires. Elle veut lancer des appels d’offres ligne par ligne, pour, à ter me, privatiser l’ensemble du réseau train et RER en Île-de-France. En termes fonctionnels, c’est une catastrophe. »

Alors que la mobilisation bat son plein, une délégation de syndicalistes a été reçue par le directeur général adjoint d’Île-de-France Mobilités. Pas suffisant toutefois pour convaincre une majorité des administrateurs. Ceux-ci ont validé, à l’issue de leur réunion, le lancement d’un appel d’offres sur un premier lot de lignes de tramways et de trains à la mi-2021, pour une désignation du nouvel exploitant en 2022. Malgré ce vote, pour Jacques Baudrier, « il est encore temps de stopper ce processus mortifère. Si la gauche remporte la région, elle pourra agir ». Pour lui, la question de la mobilité et du service public doit devenir l’un des grands enjeux de la campagne. En attendant, cinq syndicats de la RATP (Unsa, CGT, SAT, Solidaires et SUD) ont lancé un appel à la grève pour le 17 décembre.

 Publié le 08/12/2020

Souriez, vos opinions sont fichées

 

par Pierre Jacquemain (site regards.fr)

 

Un décret gouvernemental entend ficher les Français selon leurs opinions politiques, philosophiques ou religieuses, sous-couvert de lutte antiterroriste. Une atteinte de plus à la liberté.

En 2011, apparaissait sur les écrans britanniques la série Black Mirror, faisant référence aux sociétés d’écrans qui nous renvoient à notre propre image. Notre propre reflet. Le reflet d’une société en plein mouvement et dont les usages des nouvelles technologies modifient en profondeur nos comportements – à commencer par ceux et celles qui nous dirigent.

Une série aux allures futuristes qui envisage un futur proche, voire imminent. Un futur inquiétant où la surveillance de masse, le fichage, la notation humaine et sociale, ont remplacé les libertés les plus élémentaires. Depuis sa première diffusion au Royaume-Uni, la série a connu un grand succès, fait le tour du monde et sans doute inspiré bien des gouvernants.

Un décret du gouvernement français, passé inaperçu la semaine dernière, aurait pu inspirer les scénaristes de la série. Ce décret autorise désormais de ficher les personnes en fonction de leurs opinions politiques, de leurs convictions philosophiques et religieuses, ou de leur appartenance syndicale. Pour Anne-Sophie Simpere, chargée de plaidoyer Libertés pour Amnesty France : « Les activités politiques, religieuses ou syndicales pouvaient être fichées, maintenant seules les opinions suffisent, ainsi que les données de santé révélant une dangerosité particulière », prévient-elle sur Twitter. Et de préciser : « Toute personne morale ou groupement susceptibles de prendre part à des activités terroristes ou de porter atteinte aux institutions de la République pourront être fichées. »

Si pour le risque terroriste il existait déjà des fichiers, le risque de « porter atteinte aux institutions de la République » semble un peu plus ambiguë. Comme s’en inquiète Anne-Sophie Simpere, « c’est très large ». Bien trop large pour ne pas y voir une atteinte à la liberté d’opinion. De nombreuses données pourront ainsi être récoltées : les habitudes de vie, les déplacements, les activités, les photographies, la détention d’animaux dangereux, les signes physiques particuliers et objectifs, les éléments patrimoniaux. La liste n’est pas exhaustive. Elle est très longue. Anne-Sophie Simpere conclue sa succession de tweets, non sans ironie, par cette interrogation : « Jeu pour le week-end : combien d’entre nous pourraient être fichés selon ces critères ? »

Ainsi le gouvernement s’est-il saisit du contexte de crise sécuritaire – la menace terroriste persistant – pour surveiller plus encore ses opposants. Parce qu’ils sont nombreux à être dans le viseur du gouvernement. La véritable question se posera : que feront-ils de ces fichés-là ?

À entendre certains dirigeants de gauche, de droite, ceux du gouvernement – à l’instar de Jean-Michel Blanquer – pointer du doigt une partie de la gauche qui serait complaisante, voire complice, de l’islam politique pour les uns ou de terrorisme pour les autres, nul doute que la liste des fichés sera longue. Ainsi, une fois n’est pas coutume, le gouvernement s’est-il saisit du contexte de crise sécuritaire – la menace terroriste persistant – pour surveiller plus encore ses opposants. Et ses oppositions. Parce que de Mediapart à la LDH en passant par la France insoumise ou l’UNEF, ils sont nombreux à être dans le viseur du gouvernement. Bien sûr, ce dernier niera toute volonté de criminaliser les opinions de cette gauche-là, mais la véritable question se posera : qu’en feront-ils ? Que feront-ils de ces fichés-là ?

 

Pierre Jacquemain

 Publié le 07/12/2020

De la crise de la police à la crise politique

 

(site politis.fr)

 

Les affaires sont trop nombreuses pour que les causes ne soient pas à rechercher à l’étage d’au-dessus. La crise de l’institution policière est la conséquence de la crise politique, et en devient aujourd’hui un facteur aggravant.

Qui se souvient encore de Gérard Monate et de Bernard Deleplace ? Ces noms de syndicalistes policiers ne sont pas seulement oubliés, ils semblent n’avoir jamais existé. Ils étaient pourtant, il n’y a pas si longtemps – jusque dans les années 1990 –, les patrons d’une fédération de gauche, ultra-majoritaire dans la police. « De gauche », certes au sens mitterrandien du terme, mais quand même. Le premier a ensuite fait carrière dans la nébuleuse socialiste jusqu’à s’y perdre dans de fâcheuses affaires de financement du parti, et le second terminera préfet « de gauche ». On voit où je veux en venir. En 2017, un sondage réalisé au lendemain de la présidentielle a révélé que 54 % des policiers avaient voté Marine Le Pen au premier tour, contre 21 % pour l’ensemble de la population. Aujourd’hui, le syndicat Alliance, « classé à droite », comme on dit pudiquement dans les gazettes bien élevées, domine le paysage politico-syndical. Évidemment, avoir voté pour la candidate du Rassemblement national ne prédispose pas automatiquement à lyncher un homme seul, même noir, mais innocent de toute faute, et qui plus est dans un local privé. Mais il n’est pas interdit non plus de penser que la droitisation de la police n’est pas sans effet sur les comportements individuels.

D’où la question : que s’est-il passé en vingt ans pour qu’un corps de la fonction publique soit à ce point phagocyté par le Rassemblement national ? Ce n’est pas dans la police qu’il faut chercher la réponse. La corporation a suivi un processus de droitisation hélas assez général, en y ajoutant les caractéristiques de gens que l’on envoie en permanence dans la confrontation contre des catégories de plus en plus nombreuses de la population. Au cours des dernières années, les gouvernements leur ont demandé d’assurer l’ordre qu’ils s’appliquent eux-mêmes à miner, et d’affronter les conséquences de leurs politiques. Ils leur demandent de matraquer les manifestants qui protestent contre des réformes injustes, de descendre dans des cités abandonnées de tous les services publics, de pourchasser des migrants en perdition, ou – comble du ridicule – de créer une échauffourée pour quelques grammes de cannabis. On va leur demander à présent de courir après tous les téléphones portables et ceux qui les possèdent. La police, c’est un peu la voiture-balai de la politique gouvernementale. Et de surcroît, elle constitue, potentiellement, avec la gendarmerie mobile, une armée de guerre civile quand le climat social s’envenime, comme au moment des gilets jaunes. Tout cela fait assez pour que les syndicats de policiers considèrent, non sans raison, que le gouvernement leur est redevable. À tel point que le rapport de force semble parfois s’inverser. C’est sans doute ce qu’Emmanuel Macron a compris lorsqu’il a nommé le sarkozyste Gérald Darmanin au ministère de l’Intérieur. Voilà un homme qui allait reprendre en main la police, mais qui tiendrait son autorité de la flatterie à l’égard des hiérarchies et d’indéfectibles garanties d’impunité. Pour l’impunité, il devait y avoir la loi sur la « sécurité globale », le maintien en fonction du très problématique préfet Lallement, et un vocabulaire d’une insupportable légèreté quand il s’agit de qualifier les agresseurs de Michel Zecler, qui ne sont, dans la bouche du ministre, que des policiers qui « déconnent ».

On aura compris que je n’ai évidemment nulle indulgence pour ces policiers pires que des voyous, mais l’analyse du mal ne peut s’arrêter à leur niveau. Les affaires – dont certaines mettent en cause des gendarmes, comme pour Adama Traoré – sont trop nombreuses pour que les causes ne soient pas à rechercher à l’étage d’au-dessus. L’alibi de la formation défaillante est sans doute justifié, mais un peu court. La vérité, c’est que le pouvoir placé devant la nécessité d’imposer une politique d’affrontement est enfermé dans une surenchère. C’est vrai sur le terrain social. C’est vrai aussi dans le traitement de l’islam, radical ou non. La loi contre le séparatisme, annoncée pour la semaine prochaine au Conseil des ministres, va croiser dangereusement la loi de « sécurité globale ». Son article 25 ressemble étrangement à l’article 24 de la loi qui fait aujourd’hui débat, auquel il pourrait se substituer. Même volonté de faire taire et de dissimuler. Avec, en prime, des relents identitaires qui ne vont pas adoucir les mœurs policières. On ne sonne pas en permanence la charge contre tous les mécontents de la politique gouvernementale sans produire une psychologie collective de violence au sein du personnel d’exécution. La crise de l’institution policière est la conséquence de la crise politique, et en devient aujourd’hui un facteur aggravant.

Mais puisque j’évoquais en ouverture ces temps lointains où les syndicats de policiers étaient de gauche, je dois aussi rappeler que c’est en 1986 que le jeune Malik Oussekine a trouvé la mort, un soir de décembre, rue Monsieur-le-Prince. Dans l’affaire Zecler, dieu merci, il n’y a pas eu mort d’homme, même si ce n’est pas la faute des trois policiers qui se sont acharnés sur lui. Mais, en 1986, le projet de loi qui était à l’origine des manifestations a été retiré dès le lendemain du drame, et le ministre qui en avait la charge avait démissionné. Ce n’est pas, semble-t-il, le choix du gouvernement aujourd’hui, qui préfère s’obstiner, au risque de nous promettre d’autres violences.

 

par Denis Sieffert

 Publié le 06/12/2020

Racisme : quand des policiers gardois se lâchent sur Facebook

 

(site midilibre.fr)

 

  • Le média en ligne "Street press" cite deux policiers gardois. Des policiers gardois sans retenue sur un groupe facebook raciste.

La missive a été envoyée au président de la République, au ministre de l’Intérieur et au garde des Sceaux. Une lettre de plus sans doute du trublion nîmois Roland Veuillet.

Le syndicaliste, "gilet jaune", adepte de coups d’éclat et d’insoumission qui l’ont amené jusqu’en détention, a certes la plume facile. Il dénonce cette fois la présence, dans les locaux du commissariat de Nîmes, "d’un étendard sudiste américain sur lequel est inscrit le mot d’ordre suprémaciste "I ain’t coming down" (au sens premier "Je ne descends pas", ou "Je ne regrette pas"). Cet emblème est fréquemment employé par le Ku Klux Klan dans ses campagnes faisant l’apologie de l’esclavage et de la supériorité de la race blanche".

Le révolté nîmois assure en avoir fait signalement auprès de la hiérarchie policière nîmoise dès juin 2019. De nouveau auditionné dans la même pièce l’été dernier, il affirme avoir revu l’étendard. Contacté, le directeur de la sécurité publique du Gard hausse les épaules, en apportant peu de crédit aux allégations d’un Nîmois notoirement antiflic (et condamné pour outrage). "Je n’ai jamais été saisi et je n’ai connaissance de rien de tel !"

Jean-Pierre Sola met en exergue, en revanche, un engagement fort et des actions menées dans la prévention du racisme avec la Licra (ligue contre le racisme et l’antisémitisme). Telle une exposition annuelle et des interventions ciblées lors de l’arrivée de nouveaux policiers.

Propos racistes

Mais il en faudra en effet des interventions de la Licra pour convertir ces deux policiers gardois qui, eux, se lâchent sur le groupe privé Facebook, TN Rabiot. C’est le média en ligne Street Press qui révèle que ce forum qui réunit 8 000 policiers et gendarmes est toujours un condensé de propos racistes et injurieux.

En juin dernier, pourtant, le ministre Castaner avait saisi le Parquet, lequel avait ouvert une enquête. Celle-ci serait en cours, mais le groupe fonctionne plus que jamais. L’article de Street Press cite quelques posts édifiants, dont celui d’un commandant de police du Gard, qui suggère de "catapulter de l’autre côté de la Méditerranée" le journaliste d’extrême-gauche, Taha Bouhafs, ou encore celui d’un autre policier du Gard qui voit les migrants "comme des envahisseurs en situation irrégulière sur le sol français, aidés par des collabo-gauchos qui foutent le bordel sur notre sol et ce sont les policiers qui vont être emmerdés !"

Les bénévoles de la Licra ont du pain sur la planche !

Edith LEFRANC

 

 Publié le 05/12/2020

Bercy taille à la hache dans l’ONF

 

Par Thierry Gadault (site liberation.fr)

 

Le ministère des Finances veut imposer à l’Office national des forêts la filialisation des missions d’intérêt général et le transfert à la sous-traitance de leurs travaux forestiers. Ce qui induirait la suppression de plus de 600 emplois et une fragilisation de la protection environnementale. Avant le démantèlement de ce service public ?

  • Bercy taille à la hache dans l’ONF

Après avoir imposé cette année à l’Office national des forêts (ONF), l’établissement qui gère les forêts publiques, la filialisation de ses activités concurrentielles – la nouvelle filiale devrait voir le jour en début d’année prochaine –, le ministère des Finances veut franchir une nouvelle étape dans le démantèlement de l’établissement créé en 1966. Selon nos informations, Bercy exige que le prochain contrat d’objectifs et de performances pour la période 2021–2026 mette en œuvre la filialisation des missions d’intérêt général, cette fois, et la mise en sous-traitance au privé de leur activité.

Contactée par Libération, la direction de l’ONF a démenti tout projet de filialisation de ces missions. Le cabinet de Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie et des Finances a, lui, botté en touche en indiquant que le dossier «est géré au cabinet d’Amélie de Montchalin». Le cabinet de la ministre de la Transformation et de la Fonction publique s’est lui aussi défilé : «Nous vous informons que l’ONF est sous la tutelle du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Par ailleurs, les questions posées relèvent de leur périmètre ministériel.» 

Financées par l’Etat (35,7 millions d’euros en 2019), les missions d’intérêt général sont essentielles pour la préservation de l’environnement. Elles portent aussi bien sur la protection de la biodiversité ou du cordon dunaire atlantique que sur la veille incendie ou la restauration des terrains de montagne (RTM). Ce service, créé en 1860, a réalisé le reboisement des massifs montagneux, permettant de réduire significativement les risques naturels (inondations, éboulements, avalanches). «La filialisation et le transfert de l’activité à la sous-traitance reviennent à les fermer, alors que ces missions sont vitales», se scandalise un syndicaliste de l’ONF, qui soupçonne Bercy de vouloir mettre fin à ces missions.

Dégâts sociaux dévastateurs

D’autant que la justification avancée par Bercy pour imposer cette décision paraît surtout pécuniaire : le travail réalisé par les équipes de l’ONF coûterait trop cher. «En fait, en transférant le travail à la sous-traitance, Bercy va récupérer la TVA (soit 20% de la facture), diminuant ainsi le coût des missions d’intérêt général pour les finances publiques», explique une source proche du dossier.

Mais pour l’ONF, les dégâts sociaux seraient dévastateurs. Le transfert au privé de ces missions induirait la suppression de plus de 600 postes, notamment tous les ouvriers forestiers saisonniers qui travaillent pour le service RTM en dehors de la période hivernale, ou les agents spécialisés dans la prévention incendie, bien souvent des descendants de harkis. Serait-ce le réel objectif poursuivi par le ministère des Finances ? Justifier la poursuite de la baisse des effectifs de l’établissement public, alors que tous les experts, mais aussi les élus communaux, s’inquiètent de la disparition des effectifs sur le terrain ?

Bientôt la privatisation de la gestion forestière ?

Depuis une dizaine d’années, l’ONF a ainsi réduit ses effectifs de plus de 10 000 à 8 500 emplois. Mais sur ce total, 500 à 600 postes sont non pourvus à la suite de départs naturels, et devraient être supprimés au cours des prochaines années, la direction se refusant à recruter. Après la suppression de 200 emplois en 2020, le projet de budget pour 2021 prévoyait ainsi une nouvelle réduction des effectifs de 95 postes. Mais un amendement défendu par la députée LREM Anne-Laure Cattelot, autrice d’un rapport sur la forêt remis au gouvernement mi-septembre et aussitôt enterré, a annulé la mesure, grâce notamment aux voix de l’opposition. Une victoire temporaire au vu de nos informations.

Cette restructuration à la hache de l’ONF n’a, en revanche, pas permis d’améliorer la santé financière de l’établissement. Depuis une dizaine d’années et malgré les suppressions d’emplois, l’office est structurellement déficitaire d’une quarantaine de millions d’euros par an en raison du poids excessif du «compte d’affectation spécial des pensions» (le coût de la retraite des fonctionnaires) : une centaine de millions d’euros par an qui ont fait plonger les comptes dans le rouge depuis sa mise en œuvre.

Cette année, la situation s’est encore dégradée en raison de l’effondrement des prix du bois, à cause de la dégradation de la santé des forêts (attaques de scolytes, sécheresses) et des surcoûts de gestion générés par le changement climatique. Selon nos informations, les comptes de l’ONF seraient ainsi déficitaires, cette année, d’environ 100 millions d’euros. Et aucun redressement significatif n’est prévu pour l’année prochaine, la perte prévue pour 2021 s’établissant à 80 millions. Un niveau qui devrait permettre à Bercy de justifier d’autres coupes rases à l’ONF avec l’objectif ultime de fermer cet établissement public et de privatiser la gestion forestière.

Ajout le 30/11/2020 à 9h24: Dimanche en début de soirée, le ministère de l’Agriculture nous a indiqué que «les discussions sont en cours sur le COP [contrat d’objectifs et de performance, ndlr] et associent l’ensemble des parties-prenantes. Elles visent à pérenniser le modèle de l’ONF, y compris sa trajectoire financière.»

 

Thierry Gadault

 Publié le 04/12/2020

“C’est historique !” : les “pions” de l’Hérault font une entrée fracassante sur la scène sociale

 

Publié par Le poing (site le poing.net)

 

C’est une première : depuis la création de leur statut en 2003, les assistants d’éducation (AED), plus connus sous le nom de « pions », se sont mis en grève dans toute la France ce mardi 1er décembre. Le Poing vous propose une prise de température, depuis Montpellier, de ce mouvement inédit, vivifiant et prometteur.
Grève, chants et délégation au rectorat
Plusieurs dizaines d’AED se sont retrouvés ce 1er décembre devant le rectorat de Montpellier. Avec un sentiment de liesse palpable, entretenu à grand renfort de chants, et appuyé sur un incontestable succès. Des centaines d’établissements sont touchés par la grève en France, dont au moins une quarantaine sur le département de l’Hérault, avec des rassemblements à Montpellier et Béziers.
Organisé au sein d’un collectif autogéré récemment créé, Vie S’Colère 34, les grévistes ont porté leurs revendications (voir ci-dessous), hiérarchisées, auprès de rectorat de Montpellier. Lequel, tout en assurant de faire remonter les doléances, argue de son impuissance, tout en justifiant la précarité de la profession par la disparité des besoins selon les zones. Réponse bien acclamée d’un gréviste : « Que ce soit dans les établissements ruraux, urbains ou REP [Réseau d’Éducation Prioritaire], tout le monde est en grève, c’est bien que c’est la merde partout ! » Autre parade du rectorat : AED serait avant tout un job étudiant (comme si cela rendait la précarité plus tolérable), ce qui est faux. Le profil des AED s’est diversifié et les plus de trente ans n’y sont plus une espère rare depuis bien longtemps.
Le mouvement a aussi l’ambition d’intégrer les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) et les assistants pédagogiques (AP).
Multi-tout, toujours pauvre
Payés au SMIC, les chefs d’établissements font signer aux AED des contrats d’un an renouvelable, sans pouvoir exercer plus de six années d’affilée. Leur temps de travail est annualisé : ils travaillent 40 à 42 heures par semaine payés 35 heures, mais sont rémunérés pendant les vacances pour compenser (ils font office de banque en somme). « On nous demande d’être psy, médiateur, éducateur, standardiste, parfois gendarme, et toujours précaire ». C’est formule d’un gréviste résume bien le métier, pour lequel aucune formation n’est prévue. Les difficultés rencontrées changent d’un établissement à l’autre. « On me donne mon emploi du temps au dernier moment » témoigne l’un d’eux. « On ne me paye pas mes temps de repas alors que je surveille les élèves pendant que je mange » constate un autre. Un mépris entériné par l’absence de service dédié aux AED dans les rectorats.
S’ajoutent aux malaises les injonctions liées à la pandémie, qui ont tendance – manque de personnels oblige – à encore plus placer les AED dans une perspective disciplinaire, au détriment de leurs missions pédagogiques. « Les gosses se retrouvent parqués par classe entre quatre barrières » s’indigne un gréviste. Le climat post-attentat n’arrange pas les choses : des AED se sont vus demander de repérer les « mauvais » comportements.
Pressions de la direction
« On subit des pressions depuis le début de la mobilisation ! » s’insurge un gréviste. Ce n’est pas pour rien si cette profession était jusqu’alors peu mobilisée : la menace au non-renouvellement du contrat pèse lourdement sur la capacité à s’organiser, et la faible rémunération dissuade de se mettre en grève. Il en aura fallu de la détermination à ces oubliés de l’Éducation nationale pour se lancer dans la grande aventure d’un mouvement social ! Les chefs d’établissements ont manœuvré pour décourager la mobilisation, notamment en recourant à des agents territoriaux et des jeunes en service civique pour remplacer les grévistes. En toute illégalité. Ces personnels ne sont d’ailleurs pas couverts en cas de problème avec les élèves.
Qu’importe, la machine est lancée, et à en croire les échanges lors de l’assemblée générale place Candolle, pas facile désormais de décourager ces ardeurs toutes grisées de leur audace. Les syndicats locaux de l’éducation – CGT, FSU et Sud – sont venus apporter leur soutien, par un partage d’expérience, et une documentation fournie sur les droits des salariés sur leurs sites respectifs. Dans le respect de l’autonomie du mouvement. Autre arme de solidarité : les caisses de grève. « Sur Fontcarrade [collège montpelliérain], on a pu dédommager nos cinq grévistes et verser de l’argent à la caisse départementale », s’enthousiasme un participant à l’assemblée.
Enraciner la grève
Si tout ce beau monde met en place autant outils, c’est bien pour s’inscrire dans la durée. « En seulement dix jours, on a réussi à mobiliser comme jamais dans la profession. C’est historique ! On a les moyens d’engager un rapport de force dans la durée ! » clame un sétois. L’idée est donc de continuer à structurer le mouvement, de le faire vivre à travers des débats, agitations et rassemblements hors des temps de travail, et de contacter les AED d’autres régions. Avec comme perspective une nouvelle journée de grève, autour de la rentrée de janvier, potentiellement reconductible cette fois-ci. Les modalités concrètes de ce plan seront décidées le 9 décembre, dans la foulée d’une nouvelle action au rectorat de Montpellier liée à la campagne de Sud Éducation 34 pour l’obtention par les AED et AESH de la prime REP. Les « pions » mettront-ils en échec le roi Blanquer ? La suite au prochain épisode !

 Publié le 03/12/2020

Mort de Zineb Redouane : une reconstitution vidéo accuse la police

 

Par Romain Métairie (site liberation.fr)

 

Zineb Redouane avait été touchée par une grenade lacrymogène alors qu’elle fermait ses volets, en marge d’une manifestation des gilets jaunes à Marseille en décembre 2018. Photo Clement Mahoudeau. AFP

Alors que l'enquête officielle sur la mort de l'octogénaire en marge d'une manifestation des gilets jaunes à Marseille en décembre 2018 innocente la police, une contre-enquête menée par le média Disclose et l'agence Forensic Architecture prouve le contraire.

  • Mort de Zineb Redouane : une reconstitution vidéo accuse la police

La «mort accidentelle» de Zineb Redouane en est-elle vraiment une ? C’était le samedi 1er décembre 2018. En voulant fermer les fenêtres de son appartement du 1er arrondissement de Marseille, rue des Feuillants, en pleine manifestation des gilets jaunes à Marseille, Zineb Redouane, 80 ans, est frappée par une grenade lancée par les forces de l’ordre. Elle meurt à l’hôpital de la Conception le lendemain. 

Le dossier judiciaire, d’abord instruit à Marseille, avait été dépaysé à Lyon à l’été 2019. Le rapport d’expertise remis dans le cadre de l’enquête conclut en mai dernier que le tir de grenade lacrymogène a été effectué dans les règles et l’a atteint accidentellement. Il indique en outre que le CRS à l’origine du tir de grenade, identifié par la vidéosurveillance, a «nécessairement effectué un tir en direction de la façade de l’immeuble de la victime» mais que la grenade «a atteint la victime de manière totalement accidentelle». Sur cette base, les deux experts concluent que «l’arme a été utilisée selon les préconisations et les procédures d’emploi en vigueur dans la police nationale».

Faux, indiquent ce lundi le média d’investigation Disclose et le groupe de recherche Forensic Architecture. A l’aide «de documents inédits et d’une modélisation 3D des événements», ainsi que plusieurs vidéos issues des réseaux sociaux, ces derniers ont établi une contre-expertise qui apporte un nouvel éclairage sur les circonstances de la mort de l’octogénaire. Leur contre-enquête «contredit formellement cette conclusion, remettant ainsi en cause la défense adoptée par la hiérarchie policière depuis maintenant deux ans»

Dans cette vidéo d’une dizaine de minutes qui résume la contre-expertise, le fonctionnaire de police auteur du tir est équipé d’un lance-grenades de type cougar et se situe à une trentaine de mètres d’une rangée d’immeubles. La munition qu’il utilise est une grenade lacrymo de type MP7, munie d’un dispositif de propulsion à retard de type DPR100. «Comme son nom l’indique, le DPR100 est prévu pour atteindre un objectif situé à environ 100 mètres du tireur», précise la vidéo. Selon le texte encadrant l’usage de cet équipement, le tir tendu est strictement interdit afin d’éviter que des personnes ne soient directement touchées. Autrement dit, le tir «doit suivre une trajectoire parabolique, dite en cloche». Ce qui est impossible au vu de la position du policier. Il incombe également au porteur de l’arme «d’apprécier la trajectoire de la grenade et d’envisager le point d’explosion ou d’impact», indique le texte.

«Selon notre enquête, la responsabilité du tireur et de son superviseur dans la mort de Zineb Redouane reste clairement engagée», conclut la vidéo. L’affaire, devenue symbole des violences policières pendant le mouvement des gilets jaunes, pourrait prendre un nouveau tournant. D’autant que ces nouveaux éléments tombent quelques jours à peine après le tabassage par trois policiers d’un producteur noir, et alors que loi de «sécurité globale» continue de mobiliser.

 

Romain Métairie

 Publié le 02/12/2020

Parlons (Inter) Net

 

(site legrandsoir.info)

 

Et la France a plus peur de sa police que de ses voyous

 

Combien de policiers impassibles (dix, vingt ?) ont assisté dans la rue au passage à tabac de Michel Zecler, producteur de musique, et de ses très jeunes confrères par trois barbares armés payés par nous ?

Est-ce que l’un des dix ou vingt a essayé, au moins de la voix, de calmer les brutes assermentées ? Non. Chacun son job. Les uns tabassent des civils, les autres « sécurisent la zone », c’est-à-dire vont rosser le premier civil qui descendrait de chez lui en criant « Arrêtez ! Vous allez le tuer ! Il n’a rien fait ».

Et pas un civil ne montre son nez. On ne sort pas dans une rue où le pouvoir macronien a lâché sans muselière trois Rottweilers dressés à l’attaque et protégés par dix ou vingt Pitbulls.

Depuis novembre 2018, on a assisté tous les samedis, partout en France, à des lâchers de fauves affamés de gilets jaunes, dressés à mordre les crânes, à arracher des mains et des yeux sans que jamais un klebs de leur chenil ne fasse un geste pour les calmer.

Il faut bien en déduire que tous les keufs de la rue sont des Rottweilers.

Ne venez pas me chanter qu’il y a quelques brebis galeuses molosses enragés qui ternissent l’image d’une police nationale faite de chiens-chiens à sa mémère.

C’est structurel.

La gangrène gagne depuis 2017. Macron en a peur, il n’a plus la force de couper le membre pourri. Les pays étrangers disent que ça schlingue au « pays des Droits de l’Homme ».

Dans les tous premiers jours qui suivront la Libération (2022, j’espère) il faudra que, de haut en bas, les membres des « forces de l’ordre » (sic) comparaissent devant une IGPN restructurée qui établira qui doit comparaître devant un tribunal.

Pour que viennent ces jours heureux, je suis prêt à ne pas gaspiller mon bulletin de vote en considérations oiseuses et superfétatoires sur la couleur de la cravate de qui pourra s’emparer de l’Elysée.

Théophraste R. Poseur de la devinette : Que veut dire ALCA ?

Jean Ferrat et le bruit des bottes : https://youtu.be/sFJ5M6zCFm8

 Publié le 01/12/2020

Classement sans suite en faveur de Sabine, l’institutrice gilet jaune

 

(site lepoing.net)

 

Sabine Raynaud avait fait l’objet d’une brutale interpellation lors d’une opération de péage gratuit à Béziers, sur fond de dénonciation de la loi Blanquer.

Sabine n’est jamais seule dans l’action. Très implantée sur le rond-point montpelliérain de Prés d’Arènes, elle milite auprès de Convergences 34 et Force ouvrière. C’est ainsi qu’une bonne quarantaine de personnes, dont la députée LFI Muriel Ressiguier, l’entourait ce jeudi soir dans l’immeuble des syndicats montpelliérains, au ras d’Antigone. Le rassemblement se voulait en soutien, avant sa convocation au tribunal de Béziers le 1er décembre prochain.

Durant une action de péage gratuit et distribution de tracts à Béziers à la mi-juin 2019, en pleine effervescence gilets jaunes et lutte contre la réforme Blanquer du baccalauréat, Sabine Raynaud avait été violemment arrêtée pour dissimulation du visage (elle portait un simple foulard) et entrave à la circulation. Or la réunion de ce jeudi aura été celle d’un soulagement, puisque peu auparavant, le procureur biterrois a confirmé que l’affaire se solderait par un simple rappel à la loi, sans inscription au casier judiciaire donc. Annonce faite sous des vivats de victoire.

La militante n’en a pas moins rappelé le bien fondé de toutes les luttes engagées et à poursuivre en résistance aux destructions opérées par le gouvernement dans le service public. Elle a ironisé en espérant que l’énergie mise par la justice dans les poursuites à son encontre, se retrouverait aussi fermement investie dans l’étude des malversations du syndicat Avenir lycéen, soupçonné d’avoir été créé de toute pièce, et en tout cas très généreusement doté, par le ministre Blanquer. Toutes les personnes présentes se sont donné rendez-vous, en sa compagnie, samedi à 11 heures devant l’Hôtel de Ville de Montpellier, pour la manifestation contre la nouvelle loi de Sécurité globale.

 

 Publié le 30/11/2020

Violences policières : lettre ouverte d’Anouk Grinberg au gouvernement

 

(site humanite.fr)

« La nuit, pendant qu’on dort, le gouvernement fait passer des lois qui nous retirent l’oxygène de nos pensées, de nos libertés. » Comme le rappelle la comédienne et écrivaine : « Nous avons besoin de vérité », pas d’impunité.

Messieurs du gouvernement, qui voudriez empêcher la vérité de circuler,

On est des millions à avoir voté Macron, pas parce qu’on l’aimait, mais parce qu’il promettait de fabriquer, avec nous, une société un peu humaine. En tout cas plus humaine que le fascisme qui nous menaçait.

Et voilà qu’en quelques petites années au pouvoir, il se croit « Dieu le papa » et nous infantilise, nous divise, frappe les faibles, frappe les forts. Jour après jour, il creuse le lit d’un fascisme débutant au prétexte de nous protéger les uns les autres et les uns des autres. La nuit, pendant qu’on dort, le gouvernement fait passer des lois qui nous retirent l’oxygène de nos pensées, de nos libertés.

Voilà maintenant qu’il est interdit de filmer les policiers qui agissent en bêtes, en meute.

La violence a maintenant une solide coéquipière : l’impunité, le droit d’enfreindre le droit.

Messieurs du gouvernement, qui voudriez empêcher la vérité de circuler, ce ne sont pas les messagers des mauvaises nouvelles qui font les mauvaises nouvelles, c’est vous, dans l’exercice du pouvoir.

Débrouillez-vous pour qu’il n’y ait plus d’horreurs à filmer. Les journalistes seraient heureux de filmer l’humanité. Nos yeux sont faits pour voir. On n’est pas vos enfants. Le monde n’est pas à vous, vous le servez. On veut savoir ce que vous lui faites. Nous avons besoin de vérité autant que de manger.

La vérité du monde, c’est dur, mais le mensonge ou le déni sont toujours pires.

On veut être conscient pour être humain, pour rester reliés les uns aux autres. Alexandre Benalla, s’il n’y avait pas eu de caméras pour filmer sa sauvagerie sous un casque de policier, il serait peut-être toujours là à déchaîner périodiquement sa violence sur les gens.

L’homme qui meurt étouffé sous le genou du policier, s’il n’y avait pas eu d’image, ce serait juste un méchant homme qui meurt dans le caniveau.

Avec les images, on a vu des policiers torturer tranquillement un innocent et torturer l’humanité entière à travers cet homme seul. Car oui, nous sommes reliés.

Les policiers qui tabassent les exilés, les gens désespérés, les journalistes, agissent sous les ordres d’un ministre de l’Intérieur qui n’a plus aucune maîtrise de son intérieur, entièrement consumé par la folie du pouvoir. Et au-dessus de lui, dans le noir, Macron, le si jeune Macron, si séducteur il y a deux ans, lui confie ses instincts les plus bas et se dit « ce n’est pas moi, c’est lui ».

Mais quelle merde le pouvoir, quel gâchis ! Ça pourrait être si beau de faire un monde.

 Publié le 29/11/2020

Paradis fiscaux, des listes noires pas très claires...

 

Pierric Marissal (site humanite.fr)

 

Au vu du montant effarant de l’évasion fiscale – qui perdure, voire s’accroît –, on se doute que l’utilité des listes noires est limitée. Il faut dire que les « critères de sélection » élaborés par l’Union européenne ou l’OCDE sont à la fois laxistes et incohérents. Explications.

Celle dont on parle le plus est la liste noire dressée par l’Union européenne. Elle est accompagnée d’une liste grise qui, elle, n’a réellement aucun intérêt. L’OCDE a aussi la sienne, mais elle est désormais vide, à l’exception de Trinité-et-Tobago. Quant à certains pays, dont la France, ils en dressent une également, la nôtre reprenant peu ou prou celle de l’UE.

Entourloupes

« En 2017, ce qui nous avait intéressés lors de la mise en place de la liste européenne des paradis fiscaux, c’est qu’elle allait plus loin dans ses critères que celle de l’OCDE, qui ne regarde que la simple coopération fiscale », explique Quentin Parrinello, responsable chez Oxfam de la lutte contre les paradis fiscaux. « Ont été ajoutés à ce critère de coopération le respect des bonnes pratiques de Beps – l’accord fiscal décidé à l’OCDE – et le fait de ne pas avoir de pratique fiscale dommageable. Ce qui était, sur le papier, un progrès. »

En pratique, tout le monde a vite déchanté. Aujourd’hui, la liste noire des paradis fiscaux de l’UE ne comporte qu’une grosse dizaine de petits pays : les Samoa américaines, les Fidji, Guam, les Palaos, Panama, Samoa, les Seychelles, Trinité-et-Tobago, les îles Vierges américaines et le Vanuatu. En octobre, Anguilla et La Barbade y ont fait leur entrée, tandis que les îles Caïmans en sont sorties.

L’UE estime, en substance, qu’un pays a une politique fiscale dommageable lorsqu’il a des pratiques préférentielles. « Par exemple, l’île Maurice exonérait de 80 % d’impôt sur les sociétés les entreprises d’autres pays qui investissaient à l’étranger via son territoire, illustre Quentin Parrinello. Pour l’UE, c’était une pratique préférentielle, donc Maurice est rentrée sur la liste noire. Le gouvernement a juste appliqué l’exonération à tout le monde, et le pays n’a plus été considéré comme un paradis fiscal. »

Les gros n'y sont pas !

C’est avec le même genre d’entourloupe que les îles Caïmans sont sorties de la liste noire. Les abus de filiales sur leur territoire se résumant à une boîte aux lettres, mais générant des dizaines de millions de bénéfices, ne passaient pas. Chacune devra désormais compter 2 ou 3 salariés, et cela a suffi pour l’UE. Le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) pointe un autre problème dans les critères : celui d’appliquer le plan Beps, pensé par et pour les pays riches, à l’OCDE. « Beaucoup de pays du Sud n’appliquent pas ce plan hypercomplexe, dont ils n’ont même pas été autorisés à négocier les règles. Résultat, la Namibie a été listée comme paradis fiscal par l’UE pendant un temps, c’est effarant ! » dénonce Lison Rebhinder, du CCFD et coordinatrice de la plateforme.

Mais le vrai problème est que les gros paradis fiscaux n’y sont pas. Arbitrairement, il n’y a aucun pays européen. Malte, qui s’est encore fait épingler le mois dernier pour son absence de coopération, devrait clairement y figurer, selon les critères de l’UE. Quant aux gros paradis fiscaux – le Delaware, la City de Londres, Singapour, Hong Kong, les Pays-Bas –, ils sont « too big to blacklist », trop gros pour être dénoncés. Ainsi, moins de 2 % de l’évasion fiscale mondiale transitent par les paradis fiscaux présents sur la liste noire de l’UE, tandis que les pays européens non listés sont responsables de 36 %, le double si on ajoute le Royaume-Uni et son outre-mer. « Toute liste est éminemment politique, assure Raphaël Pradeau, porte-parole d’Attac. Les îles Caïmans, territoire britannique, entrent et sortent de la liste noire selon l’état des négociations sur le Brexit, plutôt que selon la réalité de leurs pratiques fiscales. »

« Name and Shame »

D’ailleurs, que risque un pays figurant sur la liste noire des paradis fiscaux ? Globalement, rien. Les États de l’UE peuvent chacun décider, par exemple, de geler les aides extérieures que ces pays pourraient recevoir, mais cela reste facultatif. Pour l’heure, le principe de la liste repose uniquement sur le « Name and Shame », le fait de pointer du doigt.

Pour Oxfam, il peut être utile de réformer les critères de cette liste noire et de réfléchir à de vraies sanctions. L’ONG a d’ailleurs dressé la sienne, qui comporte pas moins de 58 paradis fiscaux. D’autres préfèrent ne pas en faire une revendication. « Avec une vraie transparence, le reporting pays par pays et la taxation unitaire des multinationales, les listes noires perdraient de leur intérêt, explique Raphaël Pradeau. Mais on ne demande pas pour autant leur suppression. » Toutes les associations et tous les syndicats regroupés au sein de la plateforme de lutte contre les paradis fiscaux et judiciaires se retrouvent sur le fait que ces réformes structurelles sont les priorités. « Il y a certainement des pays qui ont modifié certaines de leurs législations dommageables grâce aux listes, et cela a sans doute fait progresser sur les questions de transparence, notamment bancaire, mais je doute que cela permette de lutter efficacement contre l’évasion fiscale des multinationales », pointe de son côté Lison Rebhinder.

Chaque mise à jour de cette liste noire, aussi inefficace soit-elle, reste néanmoins l’occasion de rappeler l’ampleur du fléau de l’évasion fiscale et de mettre en lumière les pratiques les plus dommageables.

 Publoé le 27/11/2020

L’« écocide » méritait mieux

 

(site politis.fr)

 

Le délit d’écocide créé par le gouvernement est très éloigné de l’ambition d’origine.

Qu’ils étaient fiers dans les pages du Journal du dimanche ! Barbara Pompili et Éric Dupond-Moretti étaient sûrs de leur coup d’éclat avec leur annonce tonitruante : la création d’un délit d’écocide ! Réactions instinctives : « Quelle audace ! », « Enfin des politiques qui veulent sauver la planète ! », « La Convention citoyenne pour le climat (CCC) est enfin écoutée ! » Après le réflexe, la réflexion. « Mais quèsaco le délit d’écocide ? » Bonne question. Pour l’association Wild Legal – soutien du groupe écocide de la CCC –, ce texte est « éloigné de l’ambition d’origine et se limite aux problématiques de pollutions locales au lieu de prendre la mesure des enjeux actuels et de la mise en péril des conditions de vie sur Terre due aux atteintes à l’équilibre des milieux naturels ». Encore un filtre qui ne dit pas son nom aux propositions de la CCC.

« Le gouvernement enterre le “crime d’écocide” au profit d’un “délit général de pollution” qui n’a aucun rapport. Sacré exercice de communication au passage : les ministres reprennent le terme d’écocide, mais c’est pour mieux l’abandonner et le remplacer par tout autre chose », tacle Arnaud Gossement, avocat spécialisé dans le droit de l’environnement. Emmanuel Macron était beaucoup plus vaillant la veille du G7 à Biarritz lorsqu’il déclarait qu’un « écocide est en train de se développer à travers l’Amazonie, et pas seulement au Brésil ». À cet instant t, le président français avait besoin de redorer son costume de leader international… Mais, aujourd’hui, l’Amazonie semble loin. Encore une fois, la vision court-termiste et non globale prime. De la poudre de perlimpinpin verte. Et ce tour de passe-passe risque d’occulter les bonnes nouvelles : la création d’un délit général de pollution et d’un délit de mise en danger de l’environnement. Tout le monde est d’accord pour dire que la répression pénale des atteintes à l’environnement est cruciale ! En espérant que les moyens humains, financiers, matériels suivront pour ne pas ajouter de la détresse sociale aux inspecteurs de l’environnement déjà en sous-effectif et burn-out…

 

par Politis

 Publié le 26/11/2020

États-Unis. Une équipe Biden chevronnée, sans le moindre flair de gauche

 

Bruno Odent (site humanite.fr)

 

Le président élu a présenté les piliers de sa future administration, dont un secrétaire d’État dépeint comme multilatéraliste et interventionniste.

Joe Biden avance dans la préparation de son arrivée au pouvoir après son entrée à la Maison-Blanche le 20 janvier 2021. En même temps que le président en exercice donnait finalement, lundi 23 novembre, son feu vert au processus de transfert du pouvoir, tout en se refusant toujours à reconnaître sa défaite, le président élu présentait les principales figures de sa future administration.

Recherche de consensus sur le front intérieur

Après un blocage de plus de deux semaines, unique dans l’histoire du pays, l’agence gouvernementale chargée de la transmission des dossiers sensibles à la nouvelle administration va pouvoir fonctionner. Et Joe Biden, qui a dévoilé quels en seront les piliers, va donc pouvoir plancher immédiatement avec son équipe sur l’entrée en fonction de son gouvernement. Les nominés du président élu révèlent une orientation privilégiant davantage de « multilatéralisme », mais alliée de façon préoccupante à une appétence « interventionniste » en politique extérieure. Quand le pedigree des nouveaux ministres illustre prudence et recherche de consensus sur le front de la politique intérieure. Sans surprise, les vieux briscards de l’administration Obama s’y taillent la part du lion.

Anthony Blinken, pressenti pour le secrétariat d’État, s’est prononcé en 2002 en faveur de l’invasion de l’Irak, puis en 2011 pour le bombardement de la Libye de Kadhafi.

Antony Blinken, pressenti pour le secrétariat d’État, fut numéro 2 au ministère des Affaires étrangères de Barack Obama. Il ne cache pas un certain goût pour les interventions militaires extérieures sous couvert de « défense des droits humains ». Comme le président élu, il s’est prononcé en 2002 en faveur de l’invasion de l’Irak, puis en 2011 pour le bombardement de la Libye de Kadhafi. Deux aventures militaires dont on ne cesse de mesurer les conséquences désastreuses. Surtout, le même futur secrétaire d’État a regretté ouvertement les réticences du président Obama à intervenir en Syrie. « Les superpuissances ne bluffent pas », avait-il alors lancé, affichant encore aujourd’hui, dans un entretien à la chaîne CBS, son amertume et ses regrets de ne pas avoir empêché « une terrible tragédie humaine ». Sur le dossier de l’Iran, le haut diplomate semble cependant porteur d’un retour états-unien à une démarche plus « négociée » avec Téhéran.

Au Trésor, une dévouée à Wall Street

Dans un registre plus réjouissant, c’est le très chevronné et francophile John Kerry (76 ans), lui-même ex-secrétaire d’État de Barack Obama, qui devrait être chargé de faire revenir immédiatement les États-Unis dans les accords de Paris sur le climat.

Une autre nominée de poids pour le département du Trésor, Janet Yellen, ne contribue pas à rassurer sur les intentions économiques et sociales de la nouvelle administration, une aile gauche démocrate qui flirta, un temps, avec l’espoir de voir arriver Elizabeth Warren à ce poste. Yellen (74 ans) fut à la tête de la Réserve fédérale, la banque centrale des États-Unis, entre 2014 et 2018. Elle y imprima une politique monétaire marquée par des compromis « bipartisans » et particulièrement dévouée sur le fond à Wall Street.

Une ancienne de la CIA au Renseignement

Parmi les autres futurs membres de l’administration, on ne trouve guère plus de fulgurances progressistes. Alejandro Mayorkas, ex-procureur fédéral, très prolixe sur sa qualité de réfugié cubain, doit prendre la tête du ministère de la Sécurité intérieure. Une femme, Avril Haines, ancienne cheffe adjointe de la CIA, accéderait pour la première fois au poste de directrice du Renseignement national.

Une diplomate africaine-américaine, Linda Thomas-Greenfield, représentera les États-Unis à l’ONU. Enfin, Jake Sullivan, benjamin à 43 ans de cette équipe chenue et ex-bras droit d’Hillary Clinton, est promu comme conseiller à la Sécurité nationale.

 Publié le 25/11/2020

Les godillots de l’Assemblée nationale adoptent la Loi de Sécurité Globale

 

La Mule (sitelamuledupape.com

 

On en attendait pas moins de la part d’une majorité LREM qui aura avalisé depuis deux ans tous les excès d’un gouvernement hors sol, qui gouverne le pays comme on gère une multinationale, sans culture de la démocratie, aveugle et sourd aux aspirations populaires, aux mouvements sociaux, au respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales. L’Assemblée Nationale a adopté par une majorité écrasante la controversée proposition de loi de Sécurité Globale, à 388 voix pour, 104 voix contre et 66 abstentions. On notera tout de même l’abstention de 30 députés LREM et 10 ayant voté contre, et le large soutien des députés LR. Les députés RN ont tous voté pour.

Le bruit des bottes et le silence des godillots

Extension des pouvoirs de la police municipale et de la sécurité privée, légalisation de la surveillance par drone, utilisation en direct des images des caméras piétons, reconnaissance faciale… Malgré les alertes des défenseurs des droits ou d’instances aussi bien nationales qu’internationales, l’Assemblée aura répondu à la déferlante de la peur dans un espace médiatique aux ordres du grand capital, et aux aspirations de syndicats de police devenus le dernier rempart entre le pouvoir et la gronde sociale qui court le pays depuis des années.

Ainsi de l’article 24, qui aura cristallisé les débats, autour de la notion des libertés de la presse et d’information, mesure qui viendra sanctionner la diffusion “malveillante” d’images de fonctionnaires de police ou de gendarmerie identifiables. Vu la lenteur des procédures judiciaires, il est à douter des garanties que ce texte prétend apporter à la police quant à la crainte de violences subies par les fonctionnaires hors de leurs heures de travail. Une disposition de pure démagogie, qui ne trouvera sans doute que très peu de traductions judiciaires dans les faits, l’intention de nuire étant difficilement caractérisable dans la plupart des faits, mais permettra surtout à la police, sur la base de simples présomptions, de remplir les geôles de garde-à-vue de journalistes indépendants et de citoyen·nes filmant les opérations de police, souvent en direct.

Une disposition dont les termes sur le papier cachent ainsi la réalité que refusent d’admettre Emmanuel Macron, son gouvernement et sa majorité parlementaire : celle d’une police complètement dépassée par ses excès sur le terrain face aux nouvelles technologies et à leur usage populaire, et qui s’est mise en branle pour remporter cette “guerre de l’image” où elle accumule les défaites dans l’opinion publique depuis des années. Une disposition dissuasive, qui permettra  d’écarter du terrain celles et ceux qui n’obéiront pas à cette injonction implicite de cesser de documenter la violence de l’autorité publique. Et dont on a à nouveau constaté le rôle primordial de vigies démocraties pas plus tard qu’hier soir.

Les députés REM se tirent une balle dans chaque pied

Si la législature macroniste a une nouvelle fois démontré son incapacité à écouter et comprendre la population dans son ensemble, comme à reconnaître la réalité des territoires qu’elle administre, la Loi n’en est pour autant pas définitivement adoptée ni applicable dès aujourd’hui. Elle doit d’abord passer par le Sénat à partir du mois de janvier, où il est prévisible qu’elle subira un certain nombre de modifications, avant de subir l’examen du Conseil constitutionnel dont le premier ministre Jean Castex a annoncé la saisine par ses soins. L’issue de ce passage devant la dernière instance est pour le moins incertaine tant la loi a suscité de réactions de toutes parts sur son caractère liberticide et son inconstitutionnalité.

Les parlementaires n’en ont donc pas fini d’essuyer les rafales téléphoniques et numériques, l’opprobre d’une partie immense et variée de la population et de sphères militantes plus remontées que jamais et prêtes à renouer avec la résistance malgré la période de crise sanitaire. Ni de devoir faire face aux polémiques qui ne manqueront pas d’être exacerbées dans l’espace médiatique chaque fois que des violences policières poindront, remettant en question le bienfondé d’une telle loi.

Que la proposition se traduise réellement ou non, les députés LREM viennent déjà d’enfoncer l’un des derniers clous du cercueil de leur (souvent bien courte) carrière politique, et le gouvernement Macron de se souiller définitivement en promouvant des mesures que le RN a applaudi des deux mains, qui ne peut que se réjouir de la validation de ses idées sécuritaires réactionnaires et rétrogrades en vue de 2022. La fin de ce mandat risque d’être fort mouvementée.

 Publié le 24/11/2020

Industrie. Ambiance électrique chez GE France

 

Marie Toulgoat (site humanite.fr)

 

Les salariés français de l’équipementier énergéticien entrent en grève ce lundi pour dénoncer une restructuration délétère et défendre leurs alternatives balayées par la direction.

«  Dans les ateliers, les ouvriers se disent, ça y est, la guerre est déclarée. Beaucoup ont pensé que c’était le moment d’agir, d’enfoncer le clou », rapporte Serge Paolozzi, délégué syndical CGT à Grid Solutions, branche de General Electric en charge des réseaux électriques. À Villeurbanne (Rhône), dans les locaux du géant américain, l’ambiance est tendue et les salariés prêts à en découdre. Réunis en assemblée générale, ils ont décidé de commencer, ce lundi, une grève reconductible. Le mot d’ordre : forcer la direction à faire marche arrière.

Une proposition de regroupement dans les locaux de Villeurbanne

Celle-ci s’est engagée dans une grande restructuration, menaçant plus de 630 emplois en France, selon l’intersyndicale CGT, CFDT, CFE-GCG, sur cinq établissements au total. À Villeurbanne, 285 salariés sur les 459 que compte le site seraient laissés sur le carreau. Nouvelle mouture d’un premier projet de plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) abandonné à cause du confinement, cette restructuration prévoit notamment de sabrer dans les activités de réseau électrique (Grid) en France en réduisant le budget alloué à la recherche et au développement, en taillant dans les fonctions support et en délocalisant une partie de la production et de l’ingénierie en Chine et en Inde. Mais l’obstination des patrons ne passe pas.

 « On a travaillé des mois sur des alternatives à ce plan de restructuration qui permettraient de faire des économies tout en préservant l’emploi », explique le délégué syndical Serge Paolozzi. Parmi celles-ci, l’intersyndicale a par exemple proposé de réunir les différents sites de la région lyonnaise dans les locaux de Villeurbanne. De quoi réduire les coûts de surface, tout en évitant le transfert des salariés des services en direction d’autres bassins d’emploi, les forçant au mieux à déménager, au pire à renoncer à leur poste. La direction a toutefois balayé d’un revers de manche toutes les solutions présentées par les syndicats, jeudi dernier, au cours d’un conseil social et économique central. « General Electric a refusé la grande majorité de nos alternatives sans les étudier, alors qu’elles font sens financièrement. La direction a tout de même annoncé vouloir sauver 35 postes, mais c’est du saupoudrage pour calmer la grogne », fulmine le cégétiste.

Menace pour la souveraineté énergétique de la France

Loin d’obtenir l’effet escompté, la direction est même parvenue à raviver la colère. Après un rassemblement devant leur usine, ce lundi matin, les salariés comptent à présent se rassembler mardi devant l’hôtel Mercure de Lyon-Perrache, alors que se tiendra la première négociation du volet social du PSE. La colère est d’autant plus vive que les plans sociaux qui s’enchaînent sont vécus comme de véritables pieds de nez. En 2014, alors qu’était acté le rachat de la branche énergie de son concurrent Alstom pour la somme de 12 milliards d’euros, General Electric s’était engagé à créer un millier emplois en France d’ici à 2018. Deux ans après l’échéance, le compte n’y est pas : la CFE-CGC a estimé à 3 000 le nombre d’emplois supprimés par le groupe dans l’Hexagone depuis 2015. Sans compter les plans sociaux en cours.

« On défend l’emploi, mais il y a aussi un enjeu stratégique à préserver les activités en France », fait valoir Serge Paolozzi. Pour le délégué syndical, au-delà de la casse sociale qui se profile, le plan de restructuration fait planer de lourdes menaces sur la souveraineté énergétique de la France. « Si les équipements de gestion des réseaux électriques partent en Chine, à la moindre panne, ce sera très difficile de trouver des solutions rapidement. Délocaliser cette activité essentielle, c’est prendre le risque de se retrouver dans la même situation que celle que l’on a connue pour les masques ou les respirateurs. » Et de plonger les salariés et la France dans le noir.

 Publié le 23/11/2020

Montpellier en colère contre la Loi de Sécurité Globale

 

La Mule (site lamuledupape.com)

 

Amorcée à Montpellier grâce à l’intense implication du tout récent collectif Danger Loi Sécurité Globale, réunissant de nombreux collectifs militants et des citoyen·nes, la mobilisation contre la proposition de loi sécuritaire très décriée pour ses mesures proprement liberticides a connu une franche réussite pour son premier acte, avec une manifestation où ont défilé plusieurs milliers de personnes.

Le cortège s’est dans un premier temps réuni devant l’Hôtel de Police, où des policiers nationaux avaient prévu une petite haie d’honneur voulue intimidante sur le parvis, craignant peut-être que de dangereux citoyen·nes ne prennent d’assaut le bâtiment… Avant de se mettre en route en direction du centre-ville, en s’étoffant à vue d’oeil et se déclinant sur tout le long du boulevard Voltaire.

On a pu constater la présence de très nombreux collectifs ou associations militant pour les droits comme la Ligue des droits de l’Homme, Droit au Logement, le Syndicat des Avocats de France, Haction, BDS, ou la Cimade, mais aussi écologistes tels qu’Arrêt du Nucléaire 34, ANV-Cop21, Extinction Rebellion ou la ZAD du LIEN, des partis politiques comme l’UCL, le NPA, LFI ou le PC. Ainsi qu’une multitude de visages inconnus et sans bannières : de très nombreux citoyen·nes inquiet·es par la radicalisation sécuritaire du gouvernement et soucieux de manifester leur désaccord à la proposition de loi. Les Gilets jaunes n’étaient pas en reste, puisque différents groupes étaient aussi présents. On pouvait également noter la présence du comité Justice pour Mohamed Gabsi.

Après avoir rejoint le centre-ville par la gare Saint-Roch, le cortège s’est un temps joint à l’action mené par le collectif féministe Nous Toutes sur la place de la Comédie, où quelques prises de paroles se sont tenues avant de rejoindre la Préfecture pour faire entendre aux oreilles de l’État la colère populaire. Les collectifs organisateurs de la marche se sont succédé pour discourir et dénoncer l’extrémisme sécuritaire du gouvernement, et la situation sociale explosive dans laquelle la succession de politiques néolibérales injustes et inégalitaires a mené le pays ces dernières décennies. Décriées étaient ces mesures venant répondre à la fronde sociale qui gronde depuis maintenant plusieurs années, et aux retombées que la misère engendre dans la société : surveillance par drones et reconnaissance faciale, extension des pouvoirs de la police municipale, possibilité pour les forces de sécurité privées de faire usage des armes dites sublétales, responsables de centaines de mutilations en France.

L’article 24, adopté hier par l’Assemblée Nationale, vient donner la possibilité à la police de tenter de criminaliser toute diffusion d’images d’agents identifiables, en laissant reposer la détermination postérieure du délit par les juges sur la notion floue de volonté “d’atteinte à [leur] intégrité physique ou psychique“. Une mesure qui entraverait largement la liberté de la presse et d’observation, permettant l’interpellation de journalistes comme de tout·e citoyen·ne “soupçonné·e” de répondre au délit. Une disposition légale qui rendrait ainsi possible à la police d’écarter les observateurs indiscrets.

Sous les yeux des gendarmes mobiles déployés autour de la Préfecture, les paroles ont été dures contre un gouvernement et sa majorité qui font la sourde oreille sur bien des aspects, aux aspirations de la société civile, et qui, incapables de faire face à l’urgence sociale, économique, ou climatique, activent le tout répressif en ouvrant un boulevard pour l’extrême droite. Et c’était bon à entendre, à voir, comme à ressentir le retour dans l’espace public de la chaleur humaine, du contact, des sourires et des éclats de rires, de l’écho des voix et des chants, bien que dissimulés par la multitude des masques, toujours libérés, sincères, et empreints d’espoir, de colère et de joie.

La batucada a ensuite dragué les manifestant·es pendant plusieurs dizaines de minutes avant que ne vienne l’heure des Gilets jaunes, et sa manifestation fantôme… (reportage à venir) Pour l’heure, la lutte contre la loi de Sécurité Globale ne fait que commencer, alors qu’elle doit entamer la navette avec le Sénat et peut-être subir le passage au Conseil Constitutionnel. Le collectif Danger Loi Sécurité Globale appelle ainsi à la mobilisation continue de toutes et tous.

 Publié le 22/11/2020

Fraude fiscale. L’arnaque à 427 milliards de dollars des champions du capital

 

Bruno Odent (site humanite.fr)

 

Les experts de l'ONG Tax Justice Network ont tracé l’argent déposé dans les paradis fiscaux de par le monde. Ils dévoilent où et comment des milliers de milliards échappent aux États. États dont les services de santé enregistrent aujourd’hui les plus terribles difficultés à faire face à la pandémie...

L’organisation Non Gouvernementale (ONG) Tax Justice Network (Réseau pour la justice fiscale) publie un rapport accablant sur le détournement massif de fonds organisé par les divers champions (multinationales, banques, grandes fortunes) du capital dans le monde. Ses experts ont passé aux cribles l’évasion fiscale pays par pays. Ils ont débusqué ses méthodes quasi institutionnalisées pour établir l’opacité autour de gigantesques flux financiers. Selon leur bilan quelque 427 milliards de dollars (385 milliards d’euros) seraient ainsi soustraits aux États.

L’addition prend aujourd’hui un goût particulièrement amer alors que les pouvoirs publics de par le monde souffrent de terribles retards d’investissements pour faire face à la pandémie de Covid-19 dans tous leurs services publics et singulièrement dans ceux de la santé.

Sans doute encore en-dessous de la réalité...

Tax Justice Network (TJN) souligne que ses recherches constituent une « première » pour tenter de lever le voile sur l’opacité d’un système global. L’ONG basée au Royaume Uni qui rassemble divers mouvements sociaux, des syndicalistes ou autres militants du développement a été lancé à l’initiative d’ATTAC au début des années 2000 pour se transformer à partir de 2013 en vaste réseau international indépendant en faveur de la justice fiscale.

Les chiffres publiés, aussi impressionnants soient-ils, sous-évaluent sans doute encore la réalité. Elles ont été recueillies en effet à partir de données officielles sur la base des déclarations des groupes multinationaux, des banques, publiés récemment par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Mais ces données datent déjà de 2016. Pour les particuliers, TJN a consulté des informations de dépôts bancaires disponibles auprès de la Banque des règlements internationaux (BRI) à partir de 2018.

L'équivalent du salaire annuel de 34 millions de soignants

Quoi qu’il en soit, le manque à gagner pour les finances publiques est colossal. Les experts de TJN ont calculé que les 427 milliards de dollars qui échappent à l’impôt, correspondent au salaire annuel de la bagatelle de 34 millions de soignants (infirmiers ou infirmières) dans les hôpitaux du monde. Leur rapport décortique comment les multinationales déplacent l’équivalent de 1 380 milliards de dollars de bénéfices non seulement vers les paradis fiscaux, mais aussi vers des pays riches qui ont mis au point leurs propres systèmes d’avantages fiscaux pour mieux drainer les capitaux vers leurs territoires.

Selon les évaluations de TJN quelque 184 milliards de dollars échapperaient au fisc en Europe et 95 milliards dans les pays d’Amérique du nord. Pour l’Amérique latine et l’Afrique les sommes sont moins considérables mais les pertes sont relativement bien plus lourdes puisqu’elles constituent, selon les calculs des auteurs du rapport, pas moins de 20,4 % des budgets santé de la première et 52,5 % de ses mêmes dépenses de soins pour la seconde.

Les systèmes « d’optimisation » des grandes puissances

Si les îles Caïmans (territoire d’outre mer du Royaume Uni) se taillent sans surprise la part du lion des évasions fiscales (16,5 %), le rapport des experts de TJN jette également une lumière crue sur les systèmes « d’optimisation » des grandes puissances. Le Royaume-Uni en capte ainsi 10 %. Dans l’UE les Pays-Bas en avalent 8,5 %, le Luxembourg 6,5 %.

Les États-Unis sont également en pointe avec 5,53 % de l’argent détourné de sa vocation publique par une énorme machine mise à disposition des champions de Wall street. Ainsi la monstrueuse société d’investissement BlackRock qui règne sur les places financières du pays et du monde et exerce ses activités à New York, dispose-t-elle de son siège social à Wilmington dans la capitale du paradis fiscal que constitue le micro-état du Delaware.

 Publié le 21/11/2020

Grande dépression

 

(site politis.fr)

 

Une société qui perd le discernement au point de ne plus pouvoir démêler le vrai du faux est vulnérable à toutes les démagogies. C’est le moment pour la gauche d’être responsable, et d’offrir de vraies perspectives unitaires.

Si l’on avait encore le droit de rire sans autorisation du gouvernement, je citerais volontiers le titre d’un sketch de Pierre Desproges : « Le doute m’habite ». L’humoriste jouait sur une ressemblance de sonorité un peu coquine qu’il n’est peut-être pas nécessaire de préciser ici. Mais le fait est que le doute nous habite. C’est même la marque de l’époque. Encore faut-il apprendre à ne pas douter de tout. Le doute se nourrit de peurs et d’incertitudes que personne n’est capable de dissiper. À quand la disparition de ce virus qui martyrise nos vies sociales et affectives ? Pour combien de temps encore le masque, l’isolement, le décompte quotidien des morts ? Signe des temps incertains, l’annonce de l’arrivée prochaine de vaccins a immédiatement suscité de nouveaux doutes : dans leur empressement concurrentiel, les grands labos ne vont-ils pas nous inoculer le poison ? Le pays de Descartes est celui qui, en Europe, manifeste le plus de craintes face à la performance annoncée des chercheurs. Une majorité de nos concitoyens refuseraient même de se soumettre à la fameuse petite piqûre. On peut pourtant imaginer que les labos jouent gros, et que leurs profits, cette fois, sont corrélés à la santé publique. Les sceptiques se classent en deux catégories : ceux qui se promettent d’attendre pour voir ; et ceux qui ne voudront pas de ce vaccin ni demain ni après-demain. La méfiance des premiers est compréhensible. Le soupçon perpétuel des seconds l’est moins. S’il était massif et durable, il pourrait finir par poser un problème à la collectivité.

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Car c’est l’une des singularités de cette crise sanitaire. Nos choix personnels engagent nos proches, et bien au-delà, en raison de la contagiosité et du caractère exponentiel du mode de diffusion de la maladie. De là à proclamer dès maintenant qu’il faudra rendre le vaccin obligatoire, comme l’a fait, Yannick Jabot, ce n’est peut-être pas le plus urgent… Une autre inquiétude, qui fait apparaître une potentielle opposition entre l’intérêt des labos et le bien de l’humanité, concerne les pays pauvres. Seront-ils servis aussi vite et aussi bien que nous autres ? Plus généralement, notre doute prend aussi une dimension sociale. Notre économie vacille. Les chiffres donnent le vertige. Des milliers de faillites, des centaines de milliers de chômeurs supplémentaires, des jeunes privés de tout, et auxquels on refuse le RSA, et trois cent mille sans-abri. Le coronavirus sera-t-il notre crise de 1929 ? Nous sommes au bord d’une grande dépression, dans tous les sens du mot, macroéconomique et psychique. Des économistes ont beau nous répéter qu’il ne s’agit pas, cette fois, d’une crise du « système », des conséquences irréversibles sont tout de même en train de semer la misère et de creuser les inégalités. D’où le cri d’alarme d’une centaine de maires qui soulignent la dégradation de la situation dans les quartiers populaires, « angle mort du plan de relance ». Le « quoi qu’il en coûte » macronien est loin du compte.

Que va-t-il sortir de cet épais brouillard ? La France est confrontée à une terrible crise de confiance. Il faut en chercher les causes quelques décennies en arrière. Le ralliement social-démocrate au néolibéralisme, les reniements du quinquennat Hollande, le confusionnisme politique d’Emmanuel Macron, la perpétuelle injustice à l’égard des catégories populaires, tout cela venant après les grands bouleversements géopolitiques de la fin des années 1980, ont creusé un gouffre d’incertitudes et de défiances. Certains de nos concitoyens en viennent à douter de tout, et à s’inventer d’étranges croyances. Le doute et la crédulité font parfois bon ménage.

À l’extrémité, cela donne le complotisme et cette vidéo à la fois grotesque et criminelle, qui va jusqu’à prétendre que le virus est une invention de l’Institut Pasteur. Un ton en dessous, cela donne la mise en doute de toutes les décisions du gouvernement. Il est vrai que celui-ci, après le mensonge des masques, s’est rendu coupable d’imprévision et d’impréparation, notamment dans les écoles, quand, au cœur de l’été, on a cru un peu vite « les jours heureux revenus ». Après quoi, on est bien obligés de subir ce reconfinement « light » et ces plans d’urgence sanitaire qui malmènent la démocratie. Et on assiste, impuissants, aux drames de ces petits commerces poussés au bord de la faillite, et aux atermoiements autour du télétravail (« qui n’est pas une option », comme dit Élisabeth Borne dans sa novlangue technocratique) qui n’est toujours pas encadré, comme le demandent les syndicats, et comme s’y refuse le patronat.

Le doute concerne aussi les lendemains politiques. À qui va profiter le virus ? Certains ministres semblent déjà préoccupés d’attirer les consciences sur le terrain identitaire pour échapper à la question sociale. Ceux-là contribuent à rendre l’humeur idéologique, comme aurait dit Bourdieu, encore plus inquiétante. Une société qui perd le discernement au point de ne plus pouvoir démêler le vrai du faux est vulnérable à toutes les démagogies. C’est le moment pour la gauche d’être responsable, de ne pas exciter des colères qui n’ont pas d’objectifs, de ne pas entonner en permanence l’air du soupçon, et d’offrir de vraies perspectives unitaires qui redonnent un peu de confiance au pays. N’oublions pas cette leçon des années 1930 : le doute et la peur finissent trop souvent par favoriser les partisans de régimes autoritaires.

 

par Denis Sieffert

 Publié le 20/11/2020

Climat. L’État sommé de ne plus faire de promesses en l’air

 

Marie-Noëlle Bertrand Latifa Madani (site humanite.fr)

 

Le Conseil d’État a rendu jeudi une décision inédite, demandant au gouvernement de prouver que son inaction climatique présente est compatible avec les engagements qu’il a pris pour l’avenir.

L’État sommé de rendre des comptes sur ses promesses ? Inédite, certains disent même historique, la décision rendue jeudi 19 novembre par le Conseil d’État laissera une trace dans le long cheminement de la justice climatique.

Amenée, pour la première fois, à se prononcer sur une affaire portant sur le respect des engagements de la France en matière de réduction de gaz à effet de serre, la haute juridiction demande à l’État de prouver qu’il sera en mesure de respecter sa parole climatique. Afin de répondre aux objectifs fixés par l’accord de Paris de limiter le réchauffement à au moins 2 °C, la France s’est engagée à réduire de 40 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 par rapport à 1990. Relevant un affaiblissement de ses efforts en la matière, le Conseil d’État demande à l’État de justifier que son inertie présente est compatible avec le respect de l’objectif à venir. Si, dans trois mois, les arguments ne sont pas au rendez-vous, une adjonction pourra lui être faite afin de le contraindre à prendre de nouvelles mesures, plus efficaces que celles à l’œuvre actuellement.

Tout est parti de la commune de Grande-Synthe, en 2019

Le Conseil d’État ne menace le gouvernement d’aucunes astreintes financières, ni ne l’accuse clairement de ne pas respecter ses engagements (lire l’entretien page 10). Sa décision ne s’en apparente pas moins à un coup de sifflet, sonnant, en substance, la fin de la récré.

Tout est parti d’un recours déposé en 2019 par Damien Carême, à l’époque encore maire (EELV) de Grande-Synthe, dans le Pas-de-Calais. Confrontée aux effets du changement climatique, entre autres ceux relatifs à la montée des eaux, la commune côtière s’estimait particulièrement vulnérable face au réchauffement. Elle jugeait, en outre, avoir agi autant qu’elle le pouvait pour s’adapter et même contribué, à son niveau, à la réduction des gaz à effet de serre, entre autres en agissant sur ses infrastructures de mobilité, sur le maintien d’une agriculture raisonnée ou encore sur l’installation de réseaux d’énergies renouvelables. Ce n’est en revanche pas le cas de l’État, estimait-elle, jugeant que celui-ci n’avait quant à lui pas actionné tous les leviers qui sont les siens – les mêmes, en substance, mais à l’échelle nationale.

En 2018, la commune et son maire lui avaient demandé solennellement de prendre des mesures supplémentaires pour infléchir la courbe des émissions de gaz à effet de serre. L’État les avait renvoyés dans les cordes. Damien Carême et sa ville avaient alors décidé de saisir le Conseil d’État. Ils lui demandaient, entre autres, d’annuler, « pour excès de pouvoir », le refus implicite de l’État de renforcer les actions de lutte contre le réchauffement, et de lui enjoindre de le mettre en œuvre sous six mois. Paris et Grenoble s’étaient joints à l’action, de même que les quatre grandes ONG (1) qui, dans la même période, venaient de lancer l’Affaire du siècle, vaste plainte portée à l’encontre de l’État, là encore au regard de son inaction climatique.

La décision de la haute juridiction reprend leurs arguments sur plusieurs points. D’abord, en jugeant la requête de Grande-Synthe recevable, « cette commune littorale de la mer du Nord étant particulièrement exposée aux effets du changement climatique ». En pointant, ensuite, que la France est loin, très loin de suivre une trajectoire convaincante.

Plutôt que d’accélérer sa transition, l’exécutif s’est donné du mou

Celle-ci s’élabore au fil d’une stratégie nationale, dite stratégie bas carbone (SNBC), rappelle le Conseil d’État. Elle fixe des objectifs intermédiaires de quatre ans en quatre ans. Pour chacune de ces périodes, un niveau de réduction des émissions est établi, de façon à atteindre, doucement mais sûrement, un total de – 40 % en 2030. La première période s’étalait entre 2015 et 2018. La France s’était fixé un plafond d’émissions impliquant de les réduire de 2,2 % par an : elle ne les a finalement réduites que de 1 % par an.

Face à ce constat d’échec, et plutôt que d’accélérer sa transition, le gouvernement s’est donné du mou : par un décret du 21 avril 2020, il a revu à la baisse l’objectif de réduction des émissions pour la période suivante, à savoir 2019-2023. « Une partie des efforts initialement prévus est ainsi reportée après 2023, souligne le Conseil d’État, ce qui imposera alors de réaliser une réduction des émissions en suivant un rythme qui n’a jamais été atteint jusqu’ici. »

Le rôle des ONG et des collectivités locales est essentiel

Dans ces conditions, la haute juridiction estime qu’elle « ne dispose pas des éléments nécessaires pour juger si le refus de prendre des mesures supplémentaires est compatible avec l’atteinte de l’objectif de 2030 ». Elle demande au gouvernement de lui fournir les justifications appropriées dans un délai de trois mois. Si à cette échéance elle juge celles-ci peu concluantes, elle pourra « alors faire droit à la requête de la commune de Grande-Synthe et annuler le refus (de l’État) de prendre des mesures supplémentaires permettant de respecter la trajectoire prévue pour atteindre l’objectif de – 40 % à l’horizon 2030 ».

Cette décision « rebat les cartes de la politique climatique de la France », commentent, à chaud, les organisations de l’Affaire du siècle. Selon elles, « en affirmant le caractère contraignant des objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre contenus dans la loi, la plus haute juridiction administrative met l’État face à ses responsabilités dans la crise climatique. C’est une véritable révolution en droit ».

Si le Conseil d’État va au bout de sa démarche, « cela transformera une loi programmatique en une obligation », explique Guillaume Hannotin, avocat des organisations. Le « droit mou » deviendra alors du « droit dur », illustre-t-il.

Cette décision confirme, par ailleurs, « le rôle essentiel que peuvent jouer des collectivités locales ou des ONG devant la justice », souligne, de son côté, Mathilde Dupré, de l’Institut Veblen pour les réformes économiques.

Le Conseil d’État se prononcera à nouveau en mars 2021, à la suite d’une nouvelle évaluation des engagements de l’État. Sa décision sera alors décisive. Le gouvernement, on le devine, va peaufiner ses arguments. La ville de Grande-Synthe et les organisations de l’Affaire du siècle aussi, lesquelles ont indiqué qu’elles feront appel à des experts pour déposer un nouveau mémoire.

(1) Oxfam, Fondation Nicolas-Hulot, Notre affaire à tous et Greenpeace.

 Publié le 19/11/2020

Prud’hommes. Viré pour avoir attrapé le Covid, il ne lâche rien

 

Stéphane Guérard (site humanite.fr)

 

Son employeur lui reproche d’avoir mis en danger ses collègues. L’affaire est renvoyée en février. En attendant, Sébastien Klem est le premier travailleur à avoir été licencié pour avoir contracté le Covid-19 bien qu'il en ait fait état à son employeur dès qu’il l’a su. Récit.

De conciliation il n’y eut pas, ce mardi au conseil des prud’hommes de ­Mulhouse, et les deux parties se sont quittées au bout de quelques minutes. Sébastien Klem demeure donc le premier travailleur à avoir été licencié pour avoir contracté le Covid-19 et en avoir fait état à son employeur dès qu’il l’a su. Le 2 février prochain, la juridiction alsacienne aura donc à se pencher sur cette affaire au ­retentissement national.

L’affaire remonte au cœur de l’été, lorsque ce gestionnaire de sinistres, employé par l’office HLM M2A de Mulhouse, sort d’un rendez-vous chez des locataires et, chemin faisant vers le bureau, tombe sur l’un de ces centres de dépistage qui commençaient alors à fleurir en France. « Par curiosité » pour ce service gratuit qui n’attirait alors pas les foules sur le parking d’un centre commercial où était donc installé ce « drive-in Covid », « par devoir de citoyen » aussi, expliquera-t-il ensuite, il effectue le test PCR, puis retourne travailler. En fin de journée, le laboratoire l’avertit qu’il est positif au coronavirus. Le salarié de 41 ans en informe immédiatement son supérieur hiérarchique, qui alerte à son tour sa direction. Cette dernière demande à tous ses collègues travaillant au même étage de respecter une « septaine » à domicile. ­Sébastien Klem fait de même durant quatorze jours, avant de partir en vacances.

« Pour le marché du travail, j’ai une étiquette d’assassin »

L’histoire aurait pu en rester là puisque aucun des salariés des HLM n’a déclaré la maladie. Mais, à son retour de congé, mi-août, il est convoqué pour un entretien préalable à son licenciement, prononcé en cinq minutes, pour faute grave, l’employeur lui reprochant d’avoir mis en danger ses collègues. « On ne fait pas un dépistage si on n’a pas de suspicion. On ne joue pas avec la vie des gens ! » assume début octobre la direction de M2A Habitat, alors que ce cas commence à faire grand bruit. Sébastien Klem avoue avoir eu une légère toux à l’époque des faits, sans faire de lien avec le virus. Il entend surtout se battre pour son honneur, comme il l’a expliqué hier à France 3 :  « D’abord, on apprend qu’on a le Covid. Ensuite, on prend un licenciement pour faute grave, ce qui est un gros choc. Enfin, on vous accuse médiatiquement que vous avez mis la vie des autres en danger. Ce qui est faux. Pour le marché du travail, j’ai une étiquette d’assassin et c’est très dur à vivre. » Son avocat demande l’annulation du licenciement et 10 000 euros d’indemnités.

 Publié le 18/11/2020

Convention pour le climat. Fin de partie pour les 150 citoyens ?

 

(site huùanite.fr)

 

Le vote solennel du projet de loi de finances, qui intervient ce mardi, signe l’enterrement d’une grande partie des propositions de la convention citoyenne pour le climat.

C’est le coup de grâce. Les propositions de la convention citoyenne pour le climat (CCC) devaient être ­reprises « sans filtre », promettait Emmanuel Macron. Aucune des ­mesures fiscales et budgétaires élaborées par les 150 ne figure dans le projet de loi de finances (PLF) 2021 soumis au vote solennel cet après-midi. « Elles ont été soit balayées, soit dévitalisées, alors que c’était le premier moment législatif qui permettait de mesurer la volonté réelle du gouvernement », commente Clément Sénéchal, de Greenpeace. Le Réseau Action Climat dénonce, lui, « la démission écologique du gouvernement ». L’association les 150, qui regroupe les citoyens, regrette « cette série de petits pas dans le reniement ».

Les exemples de ce reniement ne manquent pas. Les amendements sur une baisse de la TVA à 5,5 % sur les billets de train ont été rejetés. L’écotaxe sur l’aérien, elle, a été repoussée, Matignon expliquant avoir voulu préserver des équilibres en raison de la crise économique liée à la pandémie.

Un énième joker pour épargner les SUV et les grosses berlines

La proposition de malus au poids du ­véhicule, la seule sur laquelle le gouvernement s’appuyait pour prouver, un tant soit peu, sa bonne foi, a été vidée de sa substance. La CCC proposait que le malus s’applique au minimum aux véhicules neufs dont le poids dépasse 1 400 kg. Les recettes alors générées auraient permis de financer les aides à l’accès aux véhicules propres pour les ménages les plus précaires. Mais, encore une fois, le gouvernement a sorti un énième joker après le veto de Bercy. Le seuil a été relevé à 1 800 kg. Les véhicules de ce poids représentent moins de 2 % des ventes de voitures neuves, essentiellement des SUV et des berlines de constructeurs étrangers. Alors que la part sur le marché des 1,4 tonne est de 26 % au moins.

Les voitures électriques, dont la masse est plus importante du fait du poids de la ­batterie, seront exemptées, ainsi que les hybrides rechargeables avec une autonomie supérieure à 50 kilomètres. De fait, la quasi-totalité de la production française échapperait à cette nouvelle taxation selon l’analyse du Réseau Action Climat.

Autres jokers concédés à la filière automobile : le renvoi à 2022 de l’entrée en ­vigueur de la taxe et la réduction du « malus CO2 », à savoir le seuil d’émission de CO2 pour être soumis au malus écologique. Pour 2021, ce taux passe à 131 g de CO2 par kilomètre – contre 138 g en 2020 –, ce qui ne concerne qu’un tiers des voitures neuves.

La filière automobile a pesé, plaidant le manque à gagner en raison de la crise sanitaire. Le président de Renault, Jean-Dominique Senard, déclarait au Monde, le 23 octobre, que le malus au poids du véhicule était une « taxe complètement inutile ».

Le temps des promesses d’Emmanuel Macron est bien loin

« Ces arrangements avec les lobbies n’auront aucun impact sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre », constate amèrement Clément Sénéchal. « Le signal politique envoyé est désastreux : rien ne sera fait pour entraver les profits climaticides des industriels », ajoute-t-il.

Pour l’association les 150, le temps des promesses d’Emmanuel Macron paraît bien loin. Ils assistent, impuissants, à l’enterrement pur et simple des travaux de la convention. L’examen du projet de loi issu de leurs propositions, prévu cet automne, est reporté une nouvelle fois « avant la fin de la session parlementaire estivale », selon Marc Fesneau, ministre chargé des Relations avec le Parlement. L’idée d’un référendum pour intégrer dans l’article 1 de la Constitution la préservation de la biodiversité, de l’environnement et la lutte contre le dérèglement climatique a disparu des agendas. Si bien que Cyril Dion, un des garants de la convention citoyenne pour le climat, vient de lancer, comme une bouée à la mer, une pétition pour « qu’Emmanuel Macron respecte sa parole ».

 Publié le 17/11/2020

Crise. 105 maires de villes populaires interpellent Macron

 

Florent LE DU (site humanite.fr)

 

Dans une lettre ouverte, les élus demandent au président de la République d’agir en urgence pour réduire les inégalités dans les zones dites prioritaires. Ils réclament que 1 % des 100 milliards d’euros du plan de relance leur soit consacré.

Un cri d’alarme. Ce week-end, 101 maires – ainsi que des présidents de communauté de communes et d’association d’élus – ont adressé une lettre ouverte au président de la République, « pour l’égalité républicaine de nos quartiers prioritaires ». Constatant l’effroyable impact social de la crise sanitaire dans leurs villes, ils réclament à Emmanuel Macron que 1 % des 100 milliards d’euros prévus dans le plan de relance soit « consacré et sanctuarisé pour les territoires en décrochage ». Parmi les signataires, des représentants des communes de toutes tailles, de gauche comme de droite. « C’est aussi ça la force de cette lettre », observe le maire PCF de Grigny, Philippe Rio. Premier signataire, il en est à l’origine, avec ceux qui en 2017 avaient porté « l’appel de Grigny », pour protester notamment contre la suppression des contrats aidés. « Pour cette lettre, nous avons trois fois plus d’élus qu’en 2017, notamment parce que les convictions de certains ont volé en éclats. Il y a eu une réelle prise de conscience, avec le Covid-19, des inégalités à l’œuvre et du besoin de renforcer les services publics et le secteur associatif, qui ont tenu le pays », observe l’élu.

L’urgence à combattre le « virus du décrochage républicain »

Ces quartiers ont payé le prix fort de la crise sanitaire. Alors que les villes et quartiers populaires hébergent la majorité des « premiers de corvée », ils ont connu une très forte surmortalité liée au Covid-19 et sont les premiers à subir les conséquences sociales de l’épidémie. Chiffres à l’appui, les signataires expliquent que, « partout sur le terrain, les signaux sont au rouge » : les demandes d’aide alimentaire d’urgence et de RSA explosent et le chômage augmente fortement. Pour Philippe Rio, il y a urgence à combattre le « virus du décrochage républicain », c’est-à-dire « le sentiment de ne plus habiter la même nation, parce que les inégalités sont trop fortes. Lorsqu’il y a une crise, les habitants de ces quartiers la subissent en premier. Lorsqu’il y a un rebond, nous en bénéficions beaucoup plus tardivement. Avec cette lettre, nous ne quémandons pas de l’argent mais des moyens pour bâtir et réinventer la République ». Pour l’élu, cet appel s’inscrit aussi dans le contexte de menace terroriste, contre laquelle, selon lui, « l’égalité républicaine est la meilleur e arme, car le fascisme et l’islam radical se nourrissent de cette promesse républicaine qui n’est pas tenue.» Ce constat était partagé par Emmanuel Macron, lors de son discours à Tourcoing, le 14 novembre 2017. En réaction à l’appel de Grigny survenu un mois plus tôt, le président de la République avait annoncé un grand « plan de mobilisation nationale » pour les quartiers populaires. Confié à Jean-Louis Borloo, il prévoyait 48 mesures destinées à recréer une cohésion urbaine, sociale et républicaine pour lutter contre les inégalités, mais aussi contre « le risque de recroquevillement identitaire et de voir les ennemis de la République occuper le terrain ». Si Macron avait fini par désavouer publiquement le rapport Borloo, le gouvernement affirme aujourd’hui que 70 % de ce plan ont été mis en œuvre. Sauf que les élus locaux n’en constatent pas les effets. « Le discours de Tourcoing semblait engager une dynamique importante mais le soufflé est retombé, observe Joachim Moyse, maire PCF de Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime). Des choses ont été faites mais pas à la hauteur de l’enjeu qui est celui de la vie dans les quartiers populaires. Si des engagements ont été pris, on a oublié de les accompagner avec des moyens. »

C’est pourquoi les élus demandent l’octroi d’une enveloppe de 1 milliard d’euros, en expliquant comment elle pourra être justement répartie. Parmi les propositions, on trouve la mise en place de plusieurs fonds pour les associations, la « mobilisation des acteurs de l’emploi » et l’  « aide d’urgence », ou encore les créations de centres municipaux de santé et de  7 000 postes aidés en « médiation et tranquillité publique ».

Selon l’Élysée, « le président partage les inquiétudes et les objectifs des signataires » et « demande au gouvernement de recevoir ces élus et de travailler avec eux ». « Nous avons déjà entendu des beaux discours, des grands principes, mais il faut d’urgence changer de braquet, et ne pas nous prendre pour des idiots », conclut Philippe Rio.                                                                                 

 Publié le 16/11/2020

Présidentielle 2022 : Mélenchon peut-il dessiner une dynamique majoritaire ?

 

Par Catherine Tricot (site regards.fr)

 

Jean-Luc Mélenchon est candidat pour l’élection suprême. Il a atteint en quelques jours sa condition sine qua non : obtenir 150.000 parrainages citoyens. Reste maintenant à savoir si le leader de la France insoumise est en mesure de rallier une gauche désolée.

150.000 signatures ont d’ores et déjà été recueillies pour appuyer la candidature de Jean-Luc Mélenchon, comme il l’avait souhaité dimanche soir sur TF1. Le 12 novembre, un sondage réalisé par Elabe indique que Mélenchon est celui qui « incarne le mieux l’avenir de la gauche » pour 14% des Français et 26% des sympathisants de gauche. Si l’on additionne ceux qui le désignent en premier et second choix, les chiffres sont respectivement de 21 et 37%. Toutes les autres personnalités proposées à gauche sont loin derrière lui, même dans le groupe de ceux qui se disent sympathisants de gauche. Les points forts de l’attraction : les électeurs de Mélenchon en 2017 (61%), les moins de 25 ans (29%), les employés et les ouvriers (25%), les communes rurales (24%).

Les deux nouvelles ne peuvent que réjouir celui qui espère, à son tour, réussir à sa troisième tentative. Toutefois, selon Elabe, s’il est le plus crédible en l’état, son image reste peu attractive. Il est certes tenu pour « dynamique », mais jugé « autoritaire », « arrogant » et sa « présidentialité » est contestée, y compris à l’intérieur de la gauche.

Ce décalage contribue à expliquer ce qui peut apparaître comme une contradiction : Jean-Luc Mélenchon est la meilleure incarnation de la gauche, mais le potentiel électoral de la France insoumise aux régionales et de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle est en baisse sensible (4 à 5%) sur septembre 2019. Parmi les personnes interrogées, 20% affirment un vote « probable » ou « plutôt probable » (dont 8 et 7% annonçant un vote « tout à fait probable »). La propension au vote probable diminue avec l’âge (33% chez les moins de 25 ans, 9% chez les plus de 65 ans) et il est maximal chez les ouvriers (30%).

Si la réponse « tout à fait probable » dessine les contours d’un noyau électoral, il est de 8% pour Jean-Luc Mélenchon. 69% des proches de LFI retiennent ce choix, mais il ne l’est que par un quart de ceux qui, parmi les proches de LFI, se positionnent à gauche. Pour tous les autres courants, une majorité considèrent le vote JLM comme « pas du tout probable » (53% des Verts et 58% du bloc PS-Génération.s-PRG). À noter que c’est aussi le cas des « sans préférence partisane (81% de vote « pas probable » contre 17% de « probable »).

Passer de force d’opposition à alternative politique

L’ensemble de ces données s’inscrit dans les tendances apparues dans les sondages et les résultats électoraux depuis 2017. Jean-Luc Mélenchon aurait perdu un tiers de son potentiel électoral de 2017 sans mordre significativement sur les autres électorats de gauche. Le constat se retrouve dans les mêmes proportions quand on sonde les probabilités de vote en faveur de la France insoumise aux élections régionales. LFI apparaît comme une force installée autour d’un noyau électoral de 7 à 8%, disposant d’une capacité militante non négligeable, soudée autour de son leader. À quoi s’ajoute que, dans la dernière période, la France insoumise est apparue de façon croissante comme la seule force d’opposition à gauche et comme la deuxième derrière le Rassemblement national.

Dans le paysage d’une gauche désolée, cela constitue une force que nul ne peut ignorer. De là à dessiner une dynamique majoritaire… la marge est grande. Seul un gros tiers des sympathisants de gauche (37%) croient possible une victoire de Jean-Luc Mélenchon. De plus, à l’exception de la question des inégalités, une minorité des Français considèrent que le leader de LFI ferait mieux que le Président actuel.

Résumons : Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise sont reconnus comme une force d’opposition, pas vraiment comme une alternative politique… Or cette image est fondamentale pour qui veut accéder à la responsabilité institutionnelle suprême. Pour accéder à cette reconnaissance, la qualité des propositions et des programmes ne suffit pas : il faut apparaître comme un pivot crédible de rassemblement.

Jean-Luc Mélenchon est à ce jour le candidat le plus crédible pour une gauche malade. Mais, si tout reste en l’état, la bonne santé électorale paraît loin.

 

Catherine Tricot

 Publié le 15/11/2020

Sahara occidental. Les forces marocaines rallument le conflit

 

Gaël De Santis (site humanite.fr)

 

Le Front polisario, le mouvement de libération nationale sahraoui, a annoncé la rupture du cessez-le-feu avec le Maroc, en vigueur depuis 1991. Cette déclaration fait suite à l’invasion de la zone tampon démilitarisée de Guerguerat par Rabat.

L’armée marocaine a fait irruption vendredi 13 novembre dans la zone tampon de Guerguerat, en réponse à ce qu’elle appelle les «  provocations du Polisario », le mouvement qui se bat pour l’indépendance du Sahara occidental, envahi par le Maroc en 1976. Depuis le 21 octobre, des militants sahraouis bloquaient pacifiquement la route qui relie les territoires sahraouis occupés par le Maroc et la Mauritanie, empêchant le passage à deux cents poids lourds, bloqués de part et d’autre du poste-frontière. Cette protestation est qualifiée d’«  acte de banditisme » par Rabat qui dit vouloir rétablir «  la libre circulation civile et commerciale » entre le Maroc et la Mauritanie.

Cette attaque contre les zones tenues par le Front polisario par le Maroc vient mettre le feu aux poudres. Lundi dernier, le mouvement de libération nationale avait prévenu qu’en cas d’introduction de militaires ou civils dans la zone tampon appartenant à la République arabe sahraouie démocratique (RASD), l’accord de cessez-le-feu, conclu en 1991 prendrait fin. L’Armée de libération populaire sahraouie a riposté à l’invasion marocaine pour «  faire respecter la souveraineté de la République arabe sahraouie démocratique », faisait valoir hier le représentant en France du Front Polisario. «  La guerre a commencé. Le Maroc a liquidé le cessez-le-feu », a annoncé à l’AFP, le ministre des Affaires étrangères de la RASD, Mohamed Salem Ould Salek.

La question de la brèche du Guerguerat, à savoir la construction d’une route entre les territoires occupés par le Maroc et la Mauritanie, ne cesse de menacer la paix au Sahara occidental, ancienne colonie espagnole et territoire déclaré «  non autonome en attente de décolonisation » selon l’Organisation des Nations Unies. Un rapport de 2001, remis au secrétaire général des Nations Unies souligne déjà que «  la construction envisagée posait des problèmes délicats et que certaines des activités entreprises pourraient contrevenir à l’accord de cessez-le-feu ». Cela n’avait pas empêché Rabat d’édifier une route en 2016. Cela avait conduit, dans cette zone officiellement démilitarisée, à un face-à-face entre forces armées marocaines et indépendantistes sahraouies, contraignant la Minurso, la force de maintien de la paix, à être présente sur place, jusqu’à ce qu’en 2017, les forces marocaines ne quittent les lieux.

Le Maroc refuse un référendum d’autodétermination

Ce nouvel affrontement met en lumière le blocage sur le dossier sahraoui. Le Maroc se refuse toujours à organiser un référendum permettant aux Sahraouis de s’autodéterminer, sans faire l’objet de pression des chancelleries européennes pourtant toujours prêtes à donner des leçons en d’autres endroits d’Afrique. Son gouvernement, qui contrôle 80 % du territoire sahraoui, privilégie la création d’un territoire autonome «  sous contrôle » afin de conserver sa mainmise sur les ressources naturelles. Par ailleurs, le poste de représentant des Nations Unies au Sahara occidental est vacant depuis l’an dernier. De plus, ces derniers mois, plusieurs pays africains ont ouvert des représentations diplomatiques dans les territoires occupés par le Maroc, suscitant les critiques de la République arabe sahraouie démocratique, membre de l’Union africaine.

 Publié le 14/11/2020

Il y a urgence ! Le billet du Dr Christophe Prudhomme. Sacrifiés

 

Christophe Prudhomme (site humanite.fr)

 

Christophe Prudhomme est médecin au Samu 93.

La crise sanitaire liée au coronavirus est l’objet d’une dramatisation excessive de la part des pouvoirs publics, motivée essentiellement par leur volonté de masquer leur gestion erratique, dans un contexte de saturation hospitalière due aux fermetures massives de lits de ces dernières années.

Il ne s’agit pas de nier la gravité de la situation, mais de raison garder. Et surtout de comprendre qu’il s’agit, bien entendu, de limiter la propagation du virus, mais aussi de veiller à la santé de l’ensemble de la population, dans ses trois composantes physique, psychologique et sociale.

La stigmatisation de la jeunesse, focalisée sur des comportements inadaptés, est contre-productive. Qu’il soit licite de fermer les discothèques et de limiter les rassemblements festifs ne doit pas faire oublier que la jeunesse souffre de la situation. Les jeunes inscrits dans les formations de santé voient pour la deuxième fois leurs cours suspendus et sont utilisés comme substituts des personnels qui manquent sur le terrain. Ils servent ainsi de main-d’œuvre à bon marché pour effectuer des tâches pas toujours très valorisantes, et leur rémunération est ridiculement basse dans un contexte social très difficile pour eux.

En ce qui concerne les autres étudiants, leur formation est aussi très compliquée, avec des difficultés pour trouver des stages, du fait de la réduction de l’activité économique, et la perte très fréquente de petits boulots qui leur permettaient de boucler leur budget. Les conséquences sont déjà palpables, avec des difficultés psychologiques qui explosent dans un contexte d’isolement et de disparition des liens sociaux, très importants à cet âge. À moyen terme, les difficultés risquent de s’aggraver avec l’angoisse de ne pas pouvoir finir ses études, obtenir un diplôme et pouvoir intégrer un emploi, bref « s’installer dans la vie ».

La mission de l’État, donc du gouvernement, est de s’occuper des besoins de l’ensemble de sa population. Laisser de côté une classe d’âge va entraîner un fort ressentiment, qui aura des conséquences sur l’ensemble de notre société. Surtout quand il s’agit de la jeunesse, souvent désignée comme « l’avenir de la nation ».

 Publié le 13/11/2020

Une leçon de déontologie(sbert)

 

(site politis.fr)

 

FOG peut donner, lorsqu’il cède trop à ses penchants flagornifs, l’impression qu’il a zéro limite.

Alors toi, je ne sais pas, mais moi je n’ai jamais cru aux sornettes qui se racontent encore çà et là sur la « neutralité journalistique » – cette gigantesque plaisanterie. Mais tout de même : force est de reconnaître que d’aucun·es poussent des fois un peu loin, dans leur exercice du beau et noble métier de journaliste – nous parlons ici d’une profession qui a tout de même donné au monde Pascal Praud et Jean Quatremer –, l’affichage de leurs complaisances et connivences.

Un gars comme Franz-Olivier Giesbert, par exemple, peut facilement donner, lorsqu’il cède trop à ses penchants flagornifs (1), l’impression qu’il a zéro limite. Lorsqu’il était directeur de l’hebdomadaire Le Point, il a ainsi rédigé en décembre 2016 (et après s’être échauffé en tricotant ce que lui-même appelait « un article sympa sur Bernard Tapie », que nous retrouverons un peu plus loin) un éditorial qui recensait, c’était son titre, « 7 raisons + 1 d’aimer François Fillon ».

Il en ressortait, en substance, que l’intéressé, en lice pour l’élection présidentielle, n’était pas seulement très agréable à regarder – il « a l’œil qui frise », s’extasiait Giesbert –, mais qu’il était, par surcroît, supérieurement intelligent, et qu’il était par conséquent, et comme d’autres sont des gendres, le candidat idéal. (Juste après, François Fillon avait été promptement dégagé de cette élection par la révélation, notamment, que son épouse avait reçu ce qui ressemblait d’assez près à des salaires de complaisance payés par une publication appartenant à un ami de Franz-Olivier Giesbert – mais c’est une autre histoire.)

Quelque temps plus tard, Franz-Olivier Giesbert s’est vu confier, à Marseille, la direction éditoriale du quotidien La Provence, propriété du même Bernard Tapie à qui il avait auparavant consacré, comme on l’a dit, « un article sympa ». (Le monde est petit, en effet : je ne cesse de m’en ébaudir.) Une fois installé dans ces nouvelles fonctions, Franz-Olivier Giesbert a confectionné, en juillet 2019, un éditorial où il écrivait notamment que Martine Vassal, candidate de la droite marseillaise à l’élection municipale, avait, je cite : « Tout pour elle, la compétence, l’aura, l’expérience. » Puis d’assurer : « Il ne lui manque que le succès (à venir en 2020). » (Après quoi, Martine Vassal a été battue. Dans l’intervalle, on avait appris que la collectivité qu’elle présidait avait alloué de conséquentes aides à La Provence – mais c’est une autre histoire.)

Mais, heureusement, il reste aussi – et encore – dans ce pays quelques journalistes plus vigilant·es.

La semaine dernière, l’un de ces gardiens de la bienséance a, depuis le plateau de télévision où il commentait le scrutin présidentiel américain, adressé à une consœur selon lui trop rétive à la perspective d’une possible réélection de Donald Trump cet âpre rappel à l’ordre : « On ne fait pas notre boulot de journaliste lorsqu’on transforme un journal en torchon électoral ! »

Il s’agissait, bien sûr, de Franz-Olivier (Déontolo-)Giesbert.

(1) Pas encore dans le dico, mais je suis en pourparlers avec Larousse.

 

par Sébastien Fontenelle

 Publié le 12/11/2020

Urgence climatique : la Métropole de Montpellier lâche 150 000€ pour développer l’aéroport

 

La Mule (site lamuledupape.com)

 

Le 3 octobre dernier, à l’appel des organisations Alternatiba et ANV-COP21, des militant·es et citoyen·nes ont marché, partout en France, sur les aéroports pour dénoncer l’impact carbone démesuré de ce moyen de transport utilisé par une minorité de la population (les deux tiers des Français·es ne le prennent qu’une fois par an). A Montpellier, environ cent personnes avaient participé à l’opération et s’étaient rendues devant l’aéroport Montpellier-Méditerranée. Dix jours plus tard, le conseil de la Métropole votait une subvention de 150 000€ d’argent public pour participer au développement de ce dernier.

Un lobby bien implanté au sein des institutions

C’est l’organisation Greenpeace qui a levé le lièvre dans un article publié sur son site internet hier, qui révèle que ce financement découle de l’initiative de la “Commission tourisme aéroport” de la Métropole, groupe de travail dont la création a été impulsée par l’aéroport Montpellier-Méditerranée lui-même “afin de favoriser le développement de la plate-forme aéroportuaire“. C’est sous la forme d’une convention biannuelle avec le Comité Régional de Tourisme Occitanie que 400 000€ de subventions sont délivrées, dont 150 000€ provenant de la poche de la Métropole, dans le but de mettre en place des actions visant à développer l’aéroport.

Greenpeace dénonce des relations privilégiées entre les représentants de l’aérien et les acteurs politiques et institutions publiques, notant que le président de l’aéroport M. Brehmer a rencontré le nouveau maire Delafosse dès son élection à la mairie, et que les directeurs marketing des aéroports de Toulouse et Montpellier siègent à la Commission Régionale de l’Innovation Touristique, permettant une forme d’entrisme lobbyiste au coeur de l’institution vouée à obtenir le soutien public à l’activité aéroportuaire, “en faisant miroiter des retombées financières sur le territoire.

“Ce travail de lobbying débouche sur des aides publiques indispensables au fonctionnement du secteur aérien. Il s’agit parfois de subventions directes, comme dans le cas de l’affaire n°26, mais la majorité des aides se retrouvent sous la forme de réduction ou d’exonération de charges, permettant aux compagnies aériennes et aux aéroports de fonctionner avec des dépenses largement inférieures à leur coût réel, la différence étant compensée par le contribuable. L’absence de taxation sur le kérosène, la réduction des taxes foncières sur les aéroports, les exonérations de charge accordées à des compagnies low-cost sont autant de manque à gagner pour les caisses de l’état. Le coût de ces aides pour l’Etat est estimé à plus de 500 millions d’euros par an.”

Le secteur de l’aviation civile met toutefois en exergue des problématiques globales quant au dérèglement climatique, entre pollution croissante et inégalités sociales. L’aviation représente en effet 7,3% de l’empreinte carbone des Français·es, quand le trafic aérien subit un doublement de son activité tous les quinze ans et qu’en France une quinzaine de projets de nouvelles infrastructures aéroportuaires sont en cours.

Un vol Montpellier – Paris émet en effet l’équivalent d’environ 85 kg de CO2 par passager ! Par contre le train qui met 3h30 de Montpellier Saint Roch à Paris- Gare de Lyon, émet en moyenne par passager autour de 1,9 kg de CO2, soit plus de 40 fois moins !

Logiquement très touché par la crise du coronavirus, le secteur fait l’objet de financements publics pour compenser les pertes, alors que l’heure aurait pu être à une remise en question de ce mode de transport et au développement des alternatives moins polluantes. Air France a par exemple reçu 7,5 milliards d’euros d’argent public par l’État, avant de procéder au licenciement de 7500 postes trois mois plus tard. Si les financements publics abondent sur le secteur aéroportuaire, ce n’est cependant pas un fait nouveau et ces subventions doivent respecter un certain nombre de réglementations et notamment européennes. Greenpeace rappelle que “la région Languedoc-Roussillon s’est malheureusement illustrée plusieurs fois ces dernières années, dans des affaires mettant en jeu plusieurs millions d’euros d’argent public” :

En 2014, la compagnie RyanAir est condamnée à rembourser 6,4M€ d’aides publiques perçues par l’intermédiaire de l’aéroport de Nîmes (Source : Midi Libre).

En 2019, RyanAir est à nouveau condamnée à rembourser 8,5M€ d’aides d’état illégalement perçues via « l’Association de Promotion des Flux Touristiques et Economiques », financée par des fonds publics, dans le cadre d’un contrat visant à promouvoir l’aéroport de Montpellier (Source : Commission Européenne).

En Mars 2020, la Commission Européenne a ouvert une enquête approfondie sur des accords entre RyanAir (pour changer) et l’aéroport de Béziers, portant sur l’attribution d’aides d’Etat illégales perçues depuis 2007 (Source : France 3 Occitanie).

Quand on n’a de vert que la couleur

Revenant sur ce conseil métropolitain qui a permis l’attribution de financement, Greenpeace s’alarme du “soutien aveugle de nos élus locaux à un secteur très polluant. […] Les discussions concernant l’affaire 26 ont été très rapides“. Si des élu·es ont rappelé au cours du débat que “l’aérien doit faire l’objet d’un débat complet“, ils ne sont que dix conseillers à s’être opposés à ce financement, approuvé par le maire Delafosse qui a conclu “tristement la discussion en expliquant que les enjeux économiques sont trop importants et que la métropole doit être aux côtés de l’aéroport.

Ce vote est emblématique de l’impossibilité pour les politiques, malgré l’urgence climatique aujourd’hui très largement médiatisée grâce aux efforts des scientifiques, de changer de paradigme et de concevoir une société différente et adaptée aux enjeux planétaires auxquels nous faisons face dans cette décennie de la dernière chance. Ce sont des changements radicaux de logique dont nous avons besoin, en plaçant l’action écologique au-dessus de nécessités économiques fortement empreintes de l’idéologie néolibérale.

Le projet de développement de l’aéroport de Montpellier, qui souhaite passer sa capacité d’accueil de 2 à 3 millions d’usagers annuels d’ici cinq ans, s’inscrit en effet aux côtés de celui du développement de la Métropole, qui vise à attirer toujours plus de monde sur son territoire, provoquant la bétonisation galopante de celui-ci en dépit de taux de chômage et de pauvreté alarmants… Malgré l’urgence climatique et des problématiques écologiques toujours plus prégnantes entre multiplication des incendies, des inondations ou des phénomènes caniculaires, la majorité socialiste, qui affute pourtant son déguisement écolo à coup de greenwashing depuis quelques années, ne semble pas prête à revoir sa copie.

 Publié le 11/11/2020

"Vous allez souffrir": notre dévouement de soignant fait le lit de la politique de fermeture de lits du gouvernement

Ironie de l’histoire: à force de vouloir faire des économies sur l’hôpital, c’est l'hôpital qui va mettre en péril l’économie.

  • Madeleine Lhote Médecin généraliste, ancienne interne des Hôpitaux de Paris (site huffingtonpost.fr

“Vous allez souffrir, je le sais” avez-vous dit, Monsieur le Premier Ministre aux soignants… Quel désaveu! Quelle façon de baisser les bras! Vous savez, je n’ai pas fait médecine pour souffrir, bien que j’aie fini par accepter que ça puisse faire partie de mon métier. J’ai fait médecine pour soigner. Pour accompagner. Pour expliquer. Pour guérir. Près du lit de mes patients j’ai appris l’humilité. J’ai appris à comprendre que dans la difficulté, dans la maladie, dans la mort, le travail en équipe est la seule ressource dont nous disposons. J’ai hélas compris que notre vocation servait aussi de lit aux pouvoirs publics pour fermer des lits, nous priver de ressources pourtant indispensables aux soins, pour nous pressuriser tant et plus. La loi du “travailler plus” n’a jamais été aussi vraie qu’en médecine, tant en ville qu’à l’hôpital. 

Monsieur le Premier Ministre, vous n’avez pas le droit de nous abandonner à notre triste sort. Vous devez être le soignant et le garant du pays. Vous devez nous donner les moyens de soigner. Des lits. Des personnels. Des moyens financiers. Des gants, des masques, des curares. Vous n’avez pas le droit d’abdiquer ainsi. Votre rôle est de nous protéger. De nous soutenir. D’assumer vos responsabilités. Aurez-vous, Monsieur le Premier Ministre, le courage de dire aux Français ce qu’ils méritent d’entendre? Qu’en mars les masques étaient déclarés comme inutiles parce qu’ils étaient manquants? Qu’actuellement nous sommes en pénurie de gants, en pénurie de vaccins anti-grippe? Que des erreurs ont été commises dans la gestion de l’épidémie? 

Vous savez Monsieur le Premier Ministre, les Français ne sont pas des enfants, ils ne sont pas stupides, ils peuvent comprendre les choses, si tant est qu’on leur explique clairement. Nous voulons simplement être tenus au courant de vos réflexions, des données scientifiques actuellement à votre disposition, des options que vous étudiez “en conseil de défense”. Pourquoi d’autres pays seraient-ils capables de le faire et pas nous? 

La situation sanitaire s’est aggravée.

Nous sommes le pays des Lumières. Le pays des Droits de l’Homme. Et notre Histoire, somme toute compliquée, doit nous guider dans nos choix. Parce que oui, Monsieur le Premier Ministre, l’Histoire se répète: il y a tout juste un siècle de cela l’ancêtre du Covid-19 était la grippe espagnole. Espérons que l’histoire ne se répétera pas et que le Covid n’en reproduira pas la cataclysmique seconde vague… Malheureusement pour vous, il vous appartient de mettre tout en œuvre pour nous en protéger, malgré ses aléas, ses inconnus et ses difficultés. 

Bien sûr que nous comprenons la situation.

L’économie est à genoux.

Les inégalités sociales de santé sont plus nombreuses que jamais.

Les soignants ont les visages inquiets, fermés et graves devant les jours qui se présentent.

Les clivages de la population sont forts, latents, dangereux.

Tout le monde se regarde, se jauge, se juge, se jalouse et la violence pointe. 

Mais Monsieur le Premier Ministre, regardez aussi ce qui nous inquiète et combien les institutions sont malmenées. Le Sénat vote contre vos mesures sanitaires. Les Maires promulguent des arrêtés contre les décrets préfectoraux. Le Parlement s’enflamme. Vous désavouez votre porte-parole

Oui, la situation sanitaire s’est aggravée.

Oui, le nombre de patients est inquiétant. Drastiquement.

Oui, les généralistes, les services d’urgences, les réanimations vont se prendre de face une inéluctable seconde vague qui semble encore plus violente que la première. 

Mais, Monsieur le Premier Ministre, nous ne pouvons pas tout vous laisser faire ou dire.

Non, nous ne sommes pas prêts.

Non, nous n’avons pas appris de nos erreurs.

Non, l’enjeu sanitaire n’excuse pas que nos règles démocratiques soient malmenées, bafouées. 

Je ne suis personne vous savez, je ne suis qu’une modeste médecin généraliste. J’ai quitté les urgences en 2011 parce qu’elles étaient déjà à bout de souffle et que malgré cela, les restrictions budgétaires se sont amplifiées depuis, malgré les alertes des personnels soignants. Je ne suis personne, mais je suis aussi tous mes collègues, médecins, infirmiers, sages-femmes, aides-soignants, brancardiers, kinésithérapeutes, podologues, personnels de ménage, pompiers, policiers, caissiers, livreurs, agriculteurs, enseignants… nous, toutes ces petites fourmis du service public que vous saluiez il n’y a pas si longtemps mais que vous abandonnez aujourd’hui. 

Aujourd’hui, pour la première fois depuis la grippe espagnole, plus de la moitié des lits de réanimation sont occupés par une seule et même maladie.

Aujourd’hui plus que jamais nous craignons de ne pas pouvoir soigner tout le monde, à cause de cette même maladie.

Aujourd’hui cette maladie s’attaque aux fondements même de notre société: nous voulons soigner tout le monde, envers et contre tout.

Aujourd’hui, votre paradigme n’est plus le même: nous devrions essayer de soigner tout le monde, sans les moyens de le faire, et si possible, sans donner le coup de grâce à une économie sacrément écorchée.

Aujourd’hui le virus circule et il se délecte de nos errances. Lui qui ne semble connaître que sa loi, et n’être freiné par rien, nous narguerait-il du haut de sa toute-puissance? 

Nous sommes en pénurie de gants, en pénurie de vaccins anti-grippe.

Et voilà qu’en plus d’attaquer nos santés, il met à mal l’économie et nous devrions le laisser menacer nos démocraties? 

Pardonnez-moi de m’adresser directement à vous, Monsieur le Premier Ministre, mais laissez-moi vous dire: vous comptez des lits et des décès? Nous soignants, nous battons tous les jours pour des patients. Pour des vies. Pour des familles. Et croyez-moi, ce ne sont pas des chiffres. 

Quarante années de fermetures de lits, de gels des salaires, de restrictions budgétaires et nous voilà, à l’aube d’un second pic épidémique, à essayer de trouver un lit, des soignants, des moyens? Ironie de l’histoire: à force de vouloir faire des économies sur l’hôpital, c’est ce même hôpital qui va mettre en péril l’économie tout entière. Tel un colosse aux pieds d’argile, l’hôpital chancelle, vacille et tremble… et nous tremblons tous avec lui. 

“Et si ce virus avait beaucoup d’autres vertus, que celle de s’attaquer à nos poumons vulnérables?” interrogeait Grand Corps Malade… Ce virus chercherait-il à nous rappeler qui nous sommes? Sommes-nous encore le pays des Lumières Monsieur le Premier Ministre? Sommes-nous encore le pays qui a vu émerger la Révolution, les Penseurs et le Contrat Social? Si oui, alors Monsieur le Premier Ministre, il me semble que vous avez un devoir d’intervention plus fort que ce vous allez souffrir” condescendant. Faute de quoi, nous risquerions nous aussi de nous barricader de notre propre démocratie, comme les États-Unis, qui protègent leurs commerces suite aux violences redoutées… après une élection démocratique.

 Publié le 10/11/2020

Pénuries de médicaments : l'UFC-Que choisir alerte sur un «phénomène à la dynamique explosive»

 

Par Marlène Thomas (site liberation.fr)

 

Dans une étude publiée ce lundi, l'association pointe la «responsabilité criante des laboratoires» et réclame des mesures de l'Etat.

  • Pénuries de médicaments : l'UFC-Que choisir alerte sur un «phénomène à la dynamique explosive»

Depuis quelques années, il n’est plus rare de ressortir des officines, ordonnance en main, mais sans son traitement. Dans une étude publiée ce lundi, l’UFC-Que choisir relève l’étendue de ce «phénomène à la dynamique explosive» en France et souligne la «responsabilité criante des laboratoires». Particulièrement mises en lumière avec la pandémie, les pénuries de médicaments ont subi une forte croissance depuis une décennie. 405 ruptures étaient recensées en 2016, un chiffre qui a quasiment triplé pour atteindre 1 200 en 2019. Et ce chiffre pourrait bien doubler en seulement un an. «L’Agence nationale du médicament [ANSM] prévoit qu’en 2020, notamment en conséquence de la crise sanitaire, ce sont 2 400 ruptures qui seront constatées, six fois plus qu’en 2016», écrit l’association. En 2008, seules 44 ruptures de stock avaient été comptabilisées.

Une situation d’autant plus inquiétante qu’il s’agit de médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM) «pour lesquels une interruption de traitement peut être susceptible de mettre en jeu le pronostic vital des patients». Et dans près de deux tiers des cas, les solutions apportées par les industriels aux situations de pénuries «sont insuffisantes voire inacceptables». Après avoir étudié 67 lettres de laboratoires adressées aux professionnels de santé à la suite d’une rupture de stock, l’association conclut que dans seulement 37% des situations, «une solution acceptable» est proposée «en mettant dans le circuit français des produits initialement destinés à alimenter d’autres pays». Dans 30% des cas, les patients sont orientés vers une alternative thérapeutique. Une «solution parfois médiocre» mais aussi génératrice de stress, assure Que choisir, en citant les effets secondaires possibles de ces substitutions et le temps d’adaptation à la nouvelle posologie, notamment pour les personnes âgées.

Aucune solution alternative dans un cas sur cinq

«Plus révélateur encore du danger des pénuries, 12% des producteurs orientent les professionnels de santé vers des solutions de derniers recours, comme la diminution de la posologie.» Et dans près d’un cas sur cinq (18%), professionnels de santé et patients sont laissés sans aucune solution alternative. «Un report voire une annulation de traitement peut avoir des conséquences médicales lourdes, et accroît les risques de décès», souligne l’étude. Que choisir cite en appui la modification du protocole de traitement de la maladie de Hodgkin (forme de cancer du système lymphatique) : en 2009, la rupture de stock du médicament anciennement utilisé a entraîné «une baisse du taux de survie à deux ans (75% contre 88%), avec une chute à 60% dès la deuxième année passée».

La «coupable avidité» dont font preuve les laboratoires dans leur processus de production et d’approvisionnement est dénoncée : ces pénuries ne touchent en effet que rarement les molécules récentes les plus onéreuses. Sur la liste des 140 médicaments signalés en rupture de stock et en tension d’approvisionnement par l’ANSM au 15 juillet, les traitements indisponibles sont prioritairement des produits anciens (75% sont commercialisés depuis plus de vingt ans) et peu coûteux (les trois quarts coûtant moins de 25 euros et un quart moins de 4 euros). Les industriels semblent faire le choix de la rentabilité. 16% des pénuries résultent d’arrêts de commercialisation, «cause parfaitement prévisible par les industriels, et liée à leur manque d’intérêt économique pour certains médicaments». 37% sont liées aux difficultés d’approvisionnement en principes actifs. Une «conséquence des choix économiques des industriels» : 80% des principes actifs de médicaments proviennent d’un pays hors de l’Union européenne contre 20% il y a trente ans, selon l’EMA (Agence européenne du médicament).

Réponse «lacunaire» des pouvoirs publics

La réponse des pouvoirs publics est par ailleurs «lacunaire», pointe Que choisir. Seules deux sanctions aux «montants ridicules» ont été prononcées par l’ANSM pour rupture de stock contre des laboratoires l’an dernier (830 et 5 807 euros). Alors que les sénateurs débattent du projet de budget de la sécurité sociale pour 2021, l’UFC-Que choisir propose une série de mesures, dont un renforcement des sanctions envers les laboratoires mais aussi l’obligation pour ces derniers de constituer «des stocks suffisants pour répondre aux besoins des usagers du système de santé pour l’ensemble des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur». Elle réclame par ailleurs le développement d’une production publique de médicaments, «à même d’assurer la fabrication continue de ceux délaissés par les laboratoires». L’association réclame également que les relocalisations d’entreprises grâce à des financements publics «ne concernent que des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur, et prioritairement les plus anciens et concernés par des pénuries récurrentes».

 

Marlène Thomas

 Publié le 09/11/2020

 

Sanofi. Externalisation, fermeture d'usines, un document interne fait planer les menaces

 

Cécile Rousseau(site humanite.fr)

 

Le géant de l’industrie pharmaceutique se prépare à externaliser deux sites français fabriquant des principes actifs. Mais un document interne révèle que des menaces planent sur l’ensemble des usines chimiques du groupe en France.

Les grandes manœuvres sont en cours chez Sanofi. Alors que le mastodonte français affiche des résultats record grâce à la crise du Covid, avec une hausse du chiffre d’affaires de 5,7 % au troisième trimestre (à taux de change constant), les restructurations ne connaissent pas de répit. Le 5 novembre, en comité de groupe France, le géant de l’industrie pharmaceutique a présenté son projet « Pluton » d’externalisation de six usines européennes de fabrication de principes actifs, dont deux françaises (Saint-Aubin-lès-Elbeuf et Vertolaye). La nouvelle entreprise autonome, baptisée NewCo, verrait le jour en 2021 et serait introduite en Bourse en 2022. La moitié de sa production serait vendue à la big pharma et l’autre à des laboratoires concurrents. Vendredi, lors d’une conférence de presse, la CGT de Sanofi a fait part de son inquiétude quant à la viabilité de cette entité. « Il y a une interrogation sur les molécules cédées (produites dans ces usines - NDLR), estime Thierry Bodin, coordonnateur de la CGT au niveau du groupe. Elles génèrent une faible marge et les procédés de production seront difficiles à rendre plus rentables. On se pose donc la question de l’avenir de cet outil industriel. »

2 000 emplois directs seraient menacés à l’horizon 2024

Si Sanofi s’engage à préserver les emplois et à conserver 30 % de cette société, au moins 50 % des capitaux devront provenir du secteur privé. Rien n’est donc garanti à moyen terme selon le syndicat. « Dans ces cas-là, ce sont souvent des fonds d’investissement qui arrivent. Ils pressent le citron 3-4 ans et ensuite, tout est fini ! assure Manu Blanco, secrétaire général de la fédération CGT de la chimie (Fnic). Cela va aussi se traduire par une baisse des acquis sociaux et des salaires. » Avec 130 millions d’euros annuels de crédits alloués par l’État, soit 1,3 milliard en dix ans, les élus du personnel aimeraient que la puissance publique demande enfin des comptes au groupe. « On sait que pour NewCo, il va aussi y avoir versement d’argent public. Si la Banque publique d’investissement (BPI) met des deniers, elle doit avoir un pouvoir de décision », avance Jean-Louis Peyren, coordonnateur CGT.

D’autant que la firme envisage d’aller encore plus loin dans le désengagement productif en France. La CGT a reçu une lettre anonyme, un mémo classé confidentiel, faisant état d’un autre projet baptisé « Alastor ». Ce plan signerait ni plus ni moins la disparition des quatre sites chimiques de l’Hexagone (hors ceux cotés en Bourse) basés à Ploërmel, Mourenx, Aramon et Sisteron. 2 000 emplois directs seraient menacés à l’horizon 2024. « Quand nous avons interrogé la direction, elle nous a répondu que cette note était vraisemblablement fausse, rapporte Jean-Louis Peyren. C’est un peu light comme défense… »

Ces desseins s’inscrivent pourtant dans la droite ligne de la stratégie du groupe pharmaceutique. Avec 5 000 emplois supprimés ces 11 dernières années et treize sites rayés de la carte, ces sombres perspectives n’ont rien d’improbables selon la CGT. « Il y a un pilotage par la marge, abonde Manu Blanco. Un recentrage sur ce qui a une très forte valeur ajoutée. En parallèle, ils se désengagent des axes thérapeutiques où il y a des productions chimiques. » Reçus dans les prochains jours au ministère de l’Économie, les représentants des salariés exigeront des réponses. « Si l’État n’intervient pas, Sanofi deviendra le nouvel Alcatel ou Alstom, un gâchis industriel compromettant l’indépendance thérapeutique de la France et sa sécurité sanitaire », tranche Thierry Bodin.

 Publié le 08/11/2020

Une taxe exceptionnelle pour contraindre Amazon à la solidarité avec les commerces de proximité

 

Julia Hamlaoui (site humanite.fr)

 

Le sénateur communiste Eric Bocquet détaille la proposition d’une « contribution de solidarité » imposée aux « grands gagnants » de la crise qu’il a défendue au palais du Luxembourg cette semaine. Entretien.

Vous avez proposé cette semaine au gouvernement une taxe exceptionnelle sur Amazon. Quel serait son objectif ?

Eric Bocquet Il s’agit d’alimenter un fonds d’aide d’urgence aux commerces de proximité impactés par la pandémie. Car, à l’inverse de ces derniers, les grands groupes du numérique bénéficient du confinement, notamment Amazon s’agissant de la distribution de marchandises, les livres mais pas seulement. Les résultats d’Amazon sont absolument astronomiques cette année : 73 % de valorisation boursière depuis janvier 2020, pour atteindre les 1 650 milliards de dollars, l’équivalent du PIB de la Russie. Au premier trimestre, ses rentes ont augmenté de 26 %. L’idée est donc d’instaurer un principe de vases communicants. Une régulation est nécessaire : il faut solliciter la minorité de grands gagnants de cette pandémie pour soutenir la majorité de ceux qui en sont les perdants. Concrètement, il serait aisé pour l’État d’évaluer le chiffre d’affaires d’Amazon, puisqu’il paie la TVA. Il ne resterait qu’à définir un taux et une assiette pour mettre en œuvre cette contribution de solidarité que nous proposons.

La mobilisation s’accroît contre l’implantation de nouveaux entrepôts notamment dans le Grand Est. Quelle est l’ampleur de la distorsion par rapport au commerce de proximité ?

Eric Bocquet Le deuxième scandale est fiscal : les trois quarts des bénéfices d’Amazon ne sont soumis à aucune imposition parce que l’entreprise a implanté deux filiales au Luxembourg. Le tout, évidemment, avec l’accord bienveillant de ce pays qui pratique, au cœur de l’Europe, la concurrence fiscale à l’extrême. Amazon a d’ailleurs été désigné par les spécialistes comme l’entreprise du numérique qui a la politique fiscale la plus agressive. Comme l’Union européenne ne veut pas se mettre d’accord sur la taxation des Gafa et laisse chacun jouer son propre plan fiscal, on est de fait dans une logique de compétition pour attirer les capitaux, les grands groupes en proposant des montages scandaleux qui créent une distorsion incroyable. L’hypocrisie de l’UE touche à son comble avec beaucoup de discours sur cette question ou celle de la taxation des transactions financières, mais jamais rien qui avance. Le prétexte est toujours le même : ce serait trop compliqué. Les règles du jeu doivent changer, en particulier celle de l’unanimité. Sans remettre en cause la souveraineté fiscale des États, une majorité d’entre eux devrait pouvoir imposer des règles justes et équitables y compris aux multinationales. Il est plus que tant d’ouvrir le chantier de l’harmonisation fiscale, sans lequel la règle de la concurrence libre et non faussée restera de mise. Le résultat est là : les financiers sont gagnants, les États et les peuples, eux, sont perdants.

Le gouvernement répond qu’il travaille à une taxe Gafa au niveau européen, qui, à défaut d’accord, serait instaurée en France. Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, est même allé jusqu’à les considérer comme « des adversaires des États ». Pourquoi cela ne vous paraît pas suffisant ?

Eric Bocquet Il ne faudrait pas s’arrêter au discours. Les prises de position volontaristes de Bruno Le Maire, nous les avons déjà entendues : on allait voir ce qu’on allait voir. Mais quand l’Allemagne dit non et que les États-Unis menacent de rétorsions les exportations françaises, on capitule. L’OCDE n’y arrive pas, le G20 non plus, l’UE ne veut pas y arriver. Depuis 10-15 ans on nous raconte les mêmes sornettes et la situation s’aggrave. Il faut engager le rapport de force. L’opinion – le consommateur, le contribuable, l’électeur - doit s’emparer de ces sujets parce qu’on ne fera pas bouger les États sans volonté populaire forte d’avancer vers la justice fiscale. L’UE, et ses 500 millions d’habitants, n’est pas une petite entité dans le monde. Si elle décide d’entrer unie dans cette bagarre qu’est l‘économie, elle peut peser mais encore faut-il vouloir mener ce combat ensemble et dans l’intérêt général. Je suis en revanche d’accord avec Bruno Le Maire lorsqu’il dit que ces grands groupes sont dangereux pour les États. Amazon investit dans la santé, Google s’intéresse à l’éducation… Ces groupes-là ont la puissance financière de beaucoup de pays, l’étape politique suivante est un monde où les affaires de 7 milliards d’humains sont gérées en direct – et sans impôts - par une centaine de multinationales en fonction, bien sûr, de leurs intérêts et non pas de l’intérêt général. C’est un enjeu politique et démocratique de fond.

 

Entretien réalisé par Julia Hamlaoui

 Publié le 07/11/2020

Carrefour : le rapport interne qui alerte sur un projet de taylorisation à tous les rayons

 

Cyprien Boganda (site humanite.fr)

 

L’enseigne veut déployer une nouvelle organisation du travail, baptisée... TOP (pour Team Organization Project). À terme, ce projet pourrait modifier le quotidien de quelque 3 000 salariés au sein du groupe, selon les estimations du délégué CFDT. Cette organisation "va à l’encontre de l’amélioration des conditions de travail" dénonce pourtant un rapport commandé par la direction que l’Humanité s’est procuré. Explications.

En plein confinement, la pilule passe mal auprès des syndicats de Carrefour. La direction a décidé de poursuivre la mise en place d’une nouvelle organisation du travail dans l’ensemble de ses hypermarchés, baptisée du doux nom de TOP (pour Team Organization Project).

Pour les représentants de salariés, ce déploiement à marche forcée pose tout d’abord un problème de calendrier. « Réorganiser le travail, pourquoi pas, mais en le faisant correctement, peste Sylvain Macé, délégué syndical national CFDT. La période est difficile : la fermeture des rayons non essentiels sur fond de pandémie pose le problème de la réaffectation des salariés. Dans ce contexte où tout est chamboulé, comment veulent-ils que l’on gère un bouleversement supplémentaire ? »

À l’encontre de l’amélioration des conditions de travail

À terme, ce projet pourrait modifier le quotidien de quelque 3 000 salariés au sein du groupe, selon les estimations du délégué CFDT. Sur le papier, il s’agit de scinder les forces de travail en trois équipes, auxquelles seront assignées des tâches soigneusement délimitées.

L’équipe « Front » s’occuperait principalement de la mise en rayons ; l’équipe « Scan » (ou « Data ») de la gestion des étiquettes et des dates de péremption ; l’équipe « Back » de la réception et de la disposition des palettes en surface de vente. Décryptage de Frank Gaulin, délégué national CGT : « Jusqu’à présent, nous avions une certaine latitude au cours de la journée : on pouvait aller vérifier la réserve, gérer son propre rayon, souffler un peu… Là, il s’agit de remplacer la polyvalence par la taylorisation des tâches. Et de réduire au minimum les temps improductifs. »

C’est Charlie Chaplin dans les Temps modernes, sauf que ce sont des tonnes de marchandises que tu manipules ! Frank Gaulin Délégué national CGT

Le syndicaliste décrit le fonctionnement d’une journée type : « Une première équipe serait dévolue à la gestion des palettes en réserve. Dans un hyper comme le mien (Carrefour de Port-de-Bouc, dans les Bouches-du-Rhône – NDLR), tu as jusqu’à 60 palettes remplies de marchandises qui arrivent chaque nuit. Cette équipe apporterait les palettes dans l’allée centrale du magasin, avec interdiction de revenir ensuite dans les rayons. Ensuite, la deuxième équipe entrerait en jeu, avec pour mission d’éclater les palettes, c’est-à-dire de ranger leur contenu dans les bons rayons… Avec interdiction d’aller en réserve et obligation de mettre les bouchées doubles : en gros, tu ne fais plus que du dépotage et du remplissage à longueur de journée. C’est Charlie Chaplin dans les Temps modernes, sauf que ce sont des tonnes de marchandises que tu manipules ! Viendrait enfin la troisième équipe, chargée de contrôler les étiquettes. Deux à trois salariés s’occuperaient de contrôler tous les produits périmés du magasin, alors qu’il y a plusieurs milliers de références… »

« Ce mode d’organisation favorise l’apparition rapide de  TMS  »

Sylvain Macé partage les inquiétudes de son collègue : « Pour moi, une équipe risque d’être particulièrement exposée : celle qui s’occupera de décharger les palettes. Ce sont des gens qui vont passer leur temps à se plier en deux et à porter des charges… À long terme, ça peut être traumatisant. »

Les syndicats ne sont pas les seuls à s’inquiéter. La direction a commandé un rapport à un ergonome consultant, pour évaluer les conséquences sur la santé des salariés. Ce dernier s’est rendu dans le premier magasin du groupe à avoir testé la réorganisation, à Ormesson (Val-de-Marne). Daté du 18 septembre, le document jette un pavé dans la mare : « Cette organisation sur un nombre restreint de tâches va à l’encontre de l’amélioration des conditions de travail car elle induit des gestes répétitifs, dont on sait par toutes les études internationales sur les conditions de travail qu’elles sont péjoratives pour les articulations qui sont sursollicitées avec des gestes toujours identiques. Ce mode d’organisation favorise l’apparition rapide de TMS (troubles musculo-squelettiques) qui sont, pour mémoire, des destructions articulaires et périarticulaires définitives et qui, donc, conduisent le salarié touché à souffrir de pathologie chronique invalidante et handicapante pour la réalisation de ses tâches. »

Un « risque psychosocial lié à la baisse d’autonomie »

Plus loin, l’expert enfonce le clou : « Bien que l’organisation TOP puisse montrer un certain nombre d’avantages en matière d’optimisation du fonctionnement d’un rayon, il subsiste des points de vigilance quant à son impact sur la santé des salariés. (…) Le passage à une activité monotâche peut générer (…) une durée d’exposition à des postures contraignantes plus importantes. Il y a un risque d’augmentation de la charge mentale pour l ’équipe “data” lors notamment de la vérification des étiquettes. » Le rapport mentionne enfin le « risque psychosocial lié à la baisse d’autonomie » des salariés.

Au-delà du principe même de la réorganisation, les syndicats s’étonnent de la rapidité de sa mise en œuvre, une critique partagée par l’inspection du travail. Dans un courrier du 13 octobre que nous nous sommes procuré, la Direccte Île-de-France ne mâche pas ses mots : « Il est à noter que le CSE du magasin d’Ormesson a été informé et consulté sur le projet TOP, le 16 juillet, pour une mise en place le 22 ! Par ailleurs, dès le 7 septembre, soit avant la consultation du CSEC (CSE central) et la réalisation de l’étude de l’ergonome, l’entreprise a décidé d’élargir le “test” à 28 autres magasins. »

Depuis, la CFDT a réclamé à la direction de suspendre le projet de réorganisation. Quant à la CGT, elle a saisi le tribunal judiciaire d’Évry (Essonne) pour demander à la justice d’annuler la mise en place du projet dans les magasins déjà concernés, et de la suspendre dans les autres sites.

Contactée par l’Humanité, la direction de Carrefour assure de son côté qu’une « mission de suivi » des conséquences de la réorganisation sur la santé des salariés est en cours, « dont les conclusions devraient être rendues dans les prochaines semaines ». Par ailleurs, elle précise que les « retours » de ses « collaborateurs » comme ceux de ses « clients » sont « positifs ».

 Publié le 06/11/2020

Élections américaines : l’angoisse de Léa Salamé au moment du retour sur terre

Humeur

 

Par Jack Dion (site marianne.net)

 

Le résultat du match Trump-Biden a surpris les éditorialistes, qui s’attendaient à une déroute du Président sortant. Ce n’est pas la première fois que les médias bien-pensants sont pris au piège. Pour Jack Dion, ces tête-à-queue à répétition méritent réflexion.

Il fallait entendre la détresse de Léa Salamé, dans la matinale de France-Inter consacrée à l’analyse de la présidentielle américaine. Rien ne s’était déroulé comme prévu. Elle en était toute retournée, la pauvre. Donald Trump devait être battu à plate couture, Joe Biden devait être plébiscité, c’était couru d’avance, les sondages le disaient semaine après semaine, la presse mainstream le proclamait depuis l’arrivée de Trump à la Maison Blanche, on préparait déjà les lampions de sa défaite annoncée.

Boum, les deux candidats sont dans un mouchoir de poche.

Et Léa Salamé de demander d’une voix angoissée à tous les invités du service public : « Mais que s’est-il passé ? ».

La réponse tient dans l’énoncé même de la journée organisée sur la radio susdite : « France Inter à l’heure américaine ». En étant à l’heure des élites de New York ou de Californie, qui n’ont rien retenu de la défaite de Hillary Clinton en 2016, il y avait toutes les chances de ne rien comprendre au résultat d’un président qui a certes tout pour déplaire, mais qui dispose d’une base populaire qu’il faudrait étudier (et pas seulement le temps d’un scrutin), non mépriser.

Comme dans un western

Sans doute est-ce trop demander à des gens qui voient le monde en noir et blanc, comme dans un western, avec des Bons et des Méchants, sans la moindre nuance, sans analyse des problèmes qui traversent une société, sans prise en compte de réalités sociales et culturelles qui ne se résument pas aux schémas simplistes entendus en boucle sur les médias, en France et aux Etats-Unis.

Thomas Jefferson, qui fut le troisième président des Etats-Unis (de 1801 à 1809), disait : « Le peuple est à ma connaissance le dépositaire le plus sûr des pouvoirs ultimes de la société. » Le problème, c’est que les faiseurs d’opinion, à quelques rares exceptions, sont à des années-lumière du peuple, ce qui ne les empêche pas de prétendre parler en son nom, au risque de se retrouver pris au piège.

Voilà pourquoi le résultat électoral prend tout le monde médiatique à contre-pied. Ce n’est pourtant pas la première fois, et sans doute pas la dernière, des deux côtés de l’Atlantique.

Gens de biens contre gens de peu

Sans trop remonter en arrière dans le temps, rappelons-nous le triste spectacle vécu en 2005, quand le peuple osa dire « Non » au Traité Constitutionnel Européen (TCE). À l’époque, déjà, quiconque osait contester la logique du TCE était traité de populiste, ou de national-populiste (version plus sophistiquée), voire de fasciste en herbe. Quand Manuel Valls, qui avait d’abord pris parti pour le « Non » se rallia au « Oui », il le fit en expliquant, dans une tribune publiée par Le Monde, que l’Europe était menacée par une vague de « populisme ».

En somme, les Français n’avaient pas voté en connaissance de cause, mais par peur, par réflexe animal. Le débat européen était déjà ramené à un clivage entre les gens de biens, membres d’une avant-garde éclairée, et les gens de peu, ignorants, bêtes et revêches.

Depuis cette époque, la dénonciation du « populisme » revient comme un leitmotiv dans les discours des intellectuels médiatiques. Il est devenu le passeport idéologique qui permet de passer toutes les frontières en ayant la prétention d’expliquer n’importe quelle situation, nonobstant les données historiques, géographiques et politiques.

Les pincettes du mépris

On a pu le vérifier lors du Brexit. L’idée même de vouloir quitter le navire européen fut considérée comme un coup de poignard dans le dos, administré par un Boris Johnson transformé en ennemi public numéro 1. Certains allèrent même jusqu’à voir la main de Moscou dans le résultat du vote, tout comme ils l’avaient décelé dans la défaite de Hillary Clinton. Vu que Poutine, comme d’autres, est classé d’office dans le camp du Mal, on peut lui prêter toutes les intentions, même les plus maléfiques.

On en a eu un autre exemple lors du mouvement des « Gilets jaunes ». Faute de pouvoir en comprendre les raisons profondes, le discours médiatique a pris cette révolte populaire avec les pincettes du mépris.

À cette occasion, ont refleuri les raccourcis, les jugements à l’emporte-pièce, les conclusions hâtives, afin de transformer cette éruption populaire en un mouvement néo-poujadiste, raciste, voire préfasciste. Les « Gilets jaunes » ont aussitôt été assimilés au Rassemblement national, étant entendu que la percée de ce dernier n’est pas davantage analysée, sauf pour crier au loup d’extrême droite, sans jamais se demander comment enrayer son OPA sur une frange importante des couches populaires.

Et voilà comment tourne la roue d’une histoire qui échappe aux radars de la bien-pensance. À chaque fois, comme dans la bouche de Léa Salamé, on entend la petite voix qui demande, au lendemain d’une déroute politico-idéologique : « Mais que s’est-il passé ? »

 

Par Jack Dion

 Publié le 05/11/2020

Le New Deal hospitalier absent de la « relance » !

 

(site politis.fr)

 

La carte hospitalière a été redessinée en application de la logique de métropolisation.

Le système de santé est au bord de l’implosion. Le bilan de la politique menée depuis vingt ans doit être dressé. Au cours de cette période, les dépenses des administrations publiques de santé ont progressé en moyenne de 2,04 % par an, à un rythme supérieur au PIB (1,65 % par an). Cela est dû au coût de techniques médicales et au vieillissement de la population, induisant un nombre croissant de patients touchés par des maladies chroniques et polypathologiques. Pour « maîtriser » ces dépenses, la politique publique définit annuellement un objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam).

La carte hospitalière a été redessinée en application de la logique de métropolisation. Les pouvoirs publics entendent réorganiser le système autour d’un seul centre hospitalier par département, entouré d’« hôpitaux de proximité » dépourvus de blocs chirurgicaux, de services de réanimation et de maternités. Ces établissements sont, de fait, réduits à un rôle de dispensaires chargés de la gériatrie, de la médecine polyvalente et des soins de réadaptation. L’apparition de déserts médicaux, d’un côté, et l’afflux de patients vers les centres hospitaliers départementaux, de l’autre, en sont la conséquence. Cela a placé le personnel des centres sous tension, d’autant plus que la maîtrise des dépenses a eu pour corollaire la compression des effectifs médicaux et paramédicaux, ainsi que la fermeture de plus de 75 000 lits en vingt ans. Dans ce schéma, la tarification à l’activité a contraint le personnel soignant à la productivité et incité au développement du mode ambulatoire. Les patients, plus nombreux pour un nombre restreint de lits, sont pris en charge moins longtemps. Il en résulte un fonctionnement à flux tendu du système hospitalier, intenable lorsque survient une pandémie telle que celle du Covid-19.

À l’issue de la première vague, on pouvait espérer des mesures d’ampleur pour anticiper la deuxième vague, crainte par le corps médical. Las, aucune loi de financement rectificative de la Sécurité sociale n’était adoptée dans le cadre du « plan de relance » pour organiser immédiatement les ouvertures de lits et les recrutements de personnels nécessaires. Le Ségur de la santé fut une opération de communication, se soldant par une miette d’augmentation de 35 euros des infirmiers et aides-soignants, et une légère revalorisation des primes des praticiens hospitaliers. Le rapport de la Drees de juillet alertait pourtant sur les conséquences des 4 200 fermetures de lits intervenues en 2018. Pendant ce temps, le nombre de prises en charge, toutes disciplines confondues, continuait de croître. Avec la recrudescence de la pandémie, les services de réanimation ne pouvaient donc qu’être rapidement submergés, conduisant les hôpitaux à déprogrammer de nombreuses interventions.

Le projet de loi de finances de la Sécurité sociale (PLFSS) 2021, actuellement débattu au Parlement, ne programme toujours pas le New Deal indispensable pour remettre l’hôpital public sur ses pieds. Il prévoit de nouvelles coupes budgétaires et annonce certes des ouvertures temporaires de lits, mais sans le personnel supplémentaire nécessaire…

Liêm Hoang-Ngoc Maître de conférences à l’université de Paris-I.

 

par Liêm Hoang-Ngoc

 Publié le 04/11/2020

L’université de Kaboul frappée en plein cœur

 

Par Jean-Pierre Perrin (site mediapart.fr)

 

Alors que les discussions entre talibans et dirigeants afghans piétinent, trois assaillants ont tué lundi une vingtaine d’étudiants. Une semaine après l’attaque d’une école tuant une trentaine d’élèves.

L’université de Kaboul est depuis longtemps une cible pour les insurgés islamistes, d’autant plus que les étudiantes y sont nombreuses et qu’il n’y a pas de ségrégation entre filles et garçons. C’est pourquoi elle faisait l’objet d’une surveillance étroite des forces de sécurité afghanes, d’autant plus qu’une précédente attaque avait visé un centre éducatif, il y a une semaine, tuant plus de 40 personnes. Cela n’a pas empêché trois assaillants d’y pénétrer lundi en fin de matinée et d’y exécuter froidement au moins une vingtaine d’étudiants et de professeurs. Selon un bilan provisoire donné par les autorités, on compte également plus d’une vingtaine de blessés, certains dans un état critique.

Un premier assaillant a d’abord fait sauter sa ceinture d’explosifs à l’intérieur du campus. Ces deux comparses ont alors fait irruption dans les classes, tirant à bout portant sur les étudiants avant de se barricader dans une pièce avec une vingtaine d’autres, qu’ils ont pris en otages. Les images diffusées par les réseaux sociaux montrent des centaines de garçons et filles fuyant en criant dans toutes les directions, et d’autres les corps de leurs camarades foudroyés sur leurs chaises ou leurs tables de classes.

« Chaque étudiant cherchait à sauver sa peau et nous n’avions rien d’autre en tête », a indiqué un étudiant à l’agence Reuters. Un autre a raconté à une télévision locale qu’il avait pu s’enfuir par la fenêtre après avoir vu ses camarades assassinés.

Il a fallu plusieurs heures aux forces de sécurité pour venir à bout des deux hommes et l’appui de commandos américains – les dernières forces déployées par les États-Unis doivent se retirer en mai 2021.

Le groupe Émirat du Khorassan, considéré comme la branche de l’État islamique en Afghanistan, a rapidement revendiqué l’attaque dans un communiqué posté par son agence de propagande Aamaq. L’organisation djihadiste affirme avoir visé « des juges et des enquêteurs venant de terminer une formation ». C’est la seconde fois que le groupe attaque l’université : en 2018, un kamikaze avait déjà tué une vingtaine d’étudiants.

Les talibans ont pris soin de préciser qu’ils n’avaient pas participé à l’attaque sans pour autant se solidariser avec les victimes. De son côté, en annonçant une journée de deuil national, le président Achraf Ghani les a impliqués dans l’attentat mais sans apporter de précisions.

Le 24 octobre, un attentat suicide avait déjà tué plus de 30 personnes et blessé plus de 70 autres, des élèves et des jeunes adultes pour la plupart de la minorité hâzârâ, de confession chiite, dans un centre éducatif danois de l’ouest de Kaboul. L’Émirat du Khorassan avait là encore revendiqué l’attaque.

Le 12 mai, c’est la maternité Dasht-e Barchi, située elle aussi dans un quartier hâzârâ et l’un des plus pauvres de la capitale, qui avait été attaquée par un commando. Vingt-quatre mères, sages-femmes et bébés avaient alors été tués à bout portant. Le groupe Khorassan, là encore, avait fait figure d’accusé, même s’il n’a jamais revendiqué l’attentat.

Ces différentes attaques témoignent que le groupe Khorassan n’a pas perdu sa capacité de frapper le cœur même de la capitale afghane, pourtant protégé en permanence par des milliers de policiers et de soldats, alors que le gouvernement afghan a fait savoir, à plusieurs reprises, que le groupe avait été en grande partie anéanti. D’où la question que se posent nombre d’observateurs à Kaboul : bénéficie-t-il de soutien auprès des talibans les plus radicaux, en particulier du réseau Haqqani, qui est largement dominant dans toute cette partie de l’Afghanistan et a le quasi-monopole des attaques sur Kaboul, et n’a, semble-t-il, accepté le principe des négociations de paix, qui se sont traduites par un accord, le 29 février, avec les États-Unis, que sous la pression d’Islamabad.

L’attaque de lundi et celle de la semaine précédente surviennent alors que des discussions de paix entre les talibans et les représentants de Kaboul, les premières jamais engagées, se poursuivent à Doha, au Qatar, depuis la mi-septembre. Selon diverses sources, aucun progrès n’a été réalisé. Les négociations bloquent notamment sur le dossier des droits des femmes et sur celui de la charia pour remplacer l’actuelle constitution.

Les perspectives d’un cessez-le-feu, déjà très incertaines, semblent dès lors s’éloigner. Le 23 octobre, Zabiullah Mujahed, le porte-parole des talibans, a d’ailleurs fait savoir que son mouvement poursuivrait ses attaques et assassinats non seulement contre l’armée et la police afghanes, mais aussi contre toute personne employée par l’État : « Toutes les troupes et les employés au service de l’administration de Kaboul ont engagé une guerre contre les musulmans, ces vingt dernières années. Ce ne sont pas des gens ordinaires mais des bandes de criminels et de mercenaires qui s’opposent à l’islam même s’ils proclament leur foi. Leur assassinat n’est donc pas interdit. Aussi longtemps qu’ils ne se repentiront pas ni n’accepteront l’établissement d’un système islamique, ils doivent être tués et il n’y a aucune limitation à ce genre d’action. »

D’où, selon le think thank Afghan Analysts, une recrudescence exponentielle des assassinats de civils, d’employés de l’éducation, de la justice, des chefs tribaux, des maires, des fonctionnaires : déjà plus de 527 tués et 621 blessés parmi eux en 2020.

 Publié le 03/11/2020

15 milliards d’euros : pour faire quoi et sauver qui ?

 

Marie Toulgoat (site humanite.fr)

 

Annoncées ce jeudi par le ministre de l’Économie, les mesures de soutien aux entreprises se veulent plus généreuses qu’au printemps. Mais les 15 milliards d’euros par mois mis sur la table ne suffiront pas à éviter faillites et licenciements. Décryptage.

« Quoi qu’il en coûte. » Alors qu’il annonçait, mercredi dernier, le nouveau confinement pour l’ensemble du territoire, Emmanuel Macron de nouveau promit que l’État ne compterait pas ses dépenses pour permettre aux employeurs et salariés de garder la tête hors de l’eau. Ce jeudi, le ministre de l’Économie a voulu en faire la démonstration concrète, en annonçant des mesures de soutien s’élevant à 15 milliards d’euros par mois de confinement.

Si la somme mise sur la table est plus imposante qu’en mars et en avril, le dispositif n’est pas si différent. Le fonds de solidarité sera ouvert aux entreprises de moins de 50 salariés, contre uniquement celles de moins de 10 salariés au printemps. Les entreprises fermées administrativement et celles des secteurs fortement touchés (tourisme, événementiel, culture, sport) accusant une baisse de chiffre d’affaires de plus de 50 % pourront bénéficier d’une enveloppe allant jusqu’à 10 000 euros. Les entreprises des autres secteurs observant la même baisse de chiffre d’affaires auront le droit à 1 500 euros. En tout, ce dispositif devrait coûter 6 milliards d’euros par mois confiné, contre 6 à 7 milliards dépensés au total jusqu’à présent. Ces mêmes entreprises pourront prétendre, comme en mars, à une exonération de leurs cotisations sociales. Les prêts garantis par l’État sont maintenus jusqu’au 30 juin 2021, et les entreprises de moins de 50 salariés « sans solution de financement » pourront prétendre à un prêt direct de l’État, allant jusqu’à 10 000 ou 50 000 euros selon leurs effectifs. Nouveauté, les bailleurs qui acceptent de renoncer à un mois de loyer pourront percevoir un « crédit d’impôt de 30 % du montant des loyers abandonnés ». « Nous continuerons à soutenir notre économie, les entreprises, les commerces, les salariés. Nous ne voulons pas ajouter la crise sociale à la crise sanitaire », a assené le ministre de l’Économie, au cours de la conférence de presse dédiée au détail des dispositifs de soutien économique.

« Le dispositif est loin d’être complet »

Bien que les mesures aillent dans le bon sens et que les sommes mises sur la table soient « conséquentes », les aides proposées ne « seront absolument pas suffisantes pour empêcher la faillite probable d’un grand nombre de PME et de TPE déjà fragilisées par le premier confinement », tempère toutefois Dominique Plihon, économiste membre du conseil scientifique d’Attac. Une analyse que partage le Syndicat des indépendants, qui craint que ce nouveau tour de vis sanitaire ne porte un coup fatal à des milliers de professionnels. « Concernant le fonds de solidarité, même si le dispositif a été revu à la hausse, il est loin d’être complet pour les entreprises qui n’ont pas été contraintes de fermer », regrette son secrétaire général Marc Sanchez. Celui-ci réclame un doublement du plafond du fonds, de 1 500 à 3 000 euros. « On n’est plus dans le contexte du mois de mars, la situation s’est détériorée. Beaucoup d’indépendants ne peuvent plus se payer depuis des mois, or ils ont des loyers à payer, des familles à nourrir », poursuit-il.

Le système d’aides défini par Bruno Le Maire, très centralisé, risque par ailleurs de manquer sa cible, estime Dominique Plihon. « Il serait intéressant de faire une recension, au niveau local, de toutes les entreprises en difficulté, prêtes à mettre la clé sous la porte. Cela permettrait de traiter les besoins au cas par cas, et de ne pas verser d’aides à une entreprise qui n’en aurait pas besoin. Mais cela implique de recruter des agents publics pour assurer cette tâche, ce que Bercy n’est pas prêt à faire », explique l’économiste. Et d’ajouter qu’une politique d’aide aux entreprises ne pourrait pas être véritablement efficace sans conditionnalité à l’obligation de ne pas licencier et de ne pas polluer, et à l’interdiction du versement de dividendes.

 Publié le 02/11/2020

Monsieur le Président

 

Ariane Ascaride (site humanite.fr)

 

La lettre de l'actrice, Ariane Ascaride, en réaction aux annonces de reconfinement d’Emmanuel Macron.

Je sais que vous êtes au four et au moulin et ma lettre ne pèse pas bien lourd face à cette marée épidémique.

Mais je ne peux pas m’empêcher de l’écrire, Monsieur le Président. Hier soir, devant ma télé, je vous écoutais avec une grande attention, mon espoir bien avant l’allocution était réduit à néant, mais ce qui fait un trou à mon âme est l’absence dans votre discours du mot culture. Pas une fois il n’a été prononcé. 

Nous sommes la France, Monsieur, pays reconnu par le monde entier et envié par tous pour la présence de sa créativité culturelle, la peinture, la musique, la littérature, la danse, l’architecture, le cinéma, le théâtre, vous remarquez, je cite mon outil de travail en dernier. Tous ces arts sont dans ce pays des lettres de noblesse que les hommes et les femmes du monde admirent. C’est un pays où marcher dans les villes raconte l’histoire du monde, où la parole dans les cinémas et les théâtres apaise, réjouit, porte à la réflexion et aux rêves ces anonymes qui s’assoient dans le noir pour respirer ensemble un temps donné. Nous sommes indispensables à l’âme humaine, nous aidons à la soigner, je ne parle même pas de tout le travail que nous faisons avec les psychiatres.

Nous sommes des fous, des trublions mais tous les rois en ont toujours eu besoin. Et hier soir silence total…

Je pensais à Mozart hier soir, au fond le regard des dirigeants n’a pas tellement changé et ça me désespère. Nous faisons du bruit, nous parlons et rions fort, nous dérangeons certes mais sans nous l’expression de la vie est réduite à néant.

Aujourd’hui je suis perdue, je sais, je veux le croire, les lieux de cultures ouvriront à nouveau et on pourra retourner dans les librairies acheter un livre que l’on glissera dans la poche de son manteau comme un porte-bonheur, un porte-vie. Mais hier soir quelque chose s’est brisé dans mon cœur. Je ne sais pas bien quoi, peut-être l’espérance, et c’est terrible pour moi, car c’est l’espérance d’écrire un beau livre, de construire un bel édifice, de faire entendre un texte magnifique, de peindre l’aura des humains, de faire chanter et danser nos spectateurs, qui nous pousse tous à travailler comme des fous, à faire des sacrifices de salaire, des sacrifices familiaux, demandez à nos familles ce qu’elles acceptent parfois pour que nous puissions donner de la joie à ces anonymes.

Voilà, Monsieur le Président, je ne pouvais pas me taire, moi, votre silence m’a démolie. Mais je me reléverai et mes amis aussi. Je voulais juste que vous mesuriez avec cet oubli combien vous vous avez écorché les rêves de ceux qui font rêver et se sentir vivant.

Avec toutes mes salutations respectueuses

 

 Publié le 01/11/2020

Infirmiers formés, nombre de lits et de tests… Macron a-t-il menti ?

Florent LE DU (site humanite.fr)

 

Plusieurs chiffres avancés par le ­président de la République lors de son allocution ont surpris par leur ampleur. S’ils sont difficiles à vérifier, les personnels de santé les contestent.

Cherchant à se dédouaner des accusations d’impréparation de la deuxième vague, Emmanuel Macron a affirmé, mercredi soir, que la France avait anticipé en formant plus de personnel, en étant capable d’augmenter la capacité d’accueil en réanimation et en dépistant plus que nos voisins européens.

Mais les chiffres annoncés sont contestés, notamment en ce qui concerne les effectifs. « Nous avons formé près de 7 000 infirmiers et médecins pour pouvoir travailler en réanimation », a avancé ­Emmanuel Macron. « C’est impossible à vérifier mais ce qu’il ressort du terrain, dans les différents hôpitaux de France, c’est qu’il n’y a pas plus de personnel. Ce chiffre nous étonne énormément, pour nous c’est un mensonge », répond Rachid Digoy, président du collectif Inter-Blocs.

« Des formations assez sommaires, en une ­semaine »

Depuis avril et jusqu’à cet été, le ­ministère de la Santé a communiqué sur la formation express de « plusieurs centaines » d’infirmiers qui n’avaient aucune expérience en réanimation. « Il y a eu des formations assez sommaires, en une ­semaine alors qu’on estime qu’il faut entre six et douze mois de pratique pour être mobilisable, explique le Pr Marc Leone, chef du service d’anesthésie et réanimation à l’hôpital Nord de Marseille. Tout le monde est utile en ce moment, ils vont nous aider même s’il faudra bien sûr les encadrer par des infirmiers référents. » « En réanimation, la complexité est telle que les infirmiers ne peuvent pas être lancés ainsi dans les services, déplore toutefois Rachid Digoy. De plus, si certains ont eu cette formation express, c’était pendant la première vague, pas après. D’autres devaient l’avoir cet été mais ça ne s’est jamais fait. » Pour lui, faire croire que les effectifs ont augmenté « est une hérésie, quand on sait que des personnels à bout de souffle ont démissionné ou que des ­libéraux qui nous avaient rejoints au printemps ne le feront plus car ils n’ont eu aucune reconnaissance, pas de prime Covid, rien… ».

Or, si les effectifs sont réduits, l’augmentation du nombre de lits en réanimation sera fatalement limitée. Emmanuel Macron avance que « nos capacités, qui sont passées de 5 000 lits avant la première vague à 6 000 aujourd’hui, nous allons les porter au-delà de 10 000 lits en réanimation ». Est-ce vraiment réalisable ? Ce jeudi, les hôpitaux ont reçu des injonctions ministérielles les poussant à déprogrammer l’ensemble des opérations en dehors des urgences et des interventions qui ne peuvent être déplacées. Si cela va créer des problèmes graves, en termes de suivi de certains malades notamment, la déprogrammation va permettre de renflouer les effectifs des unités Covid, comme lors de la première vague. Mais au printemps le nombre de lits avait pu grimper jusqu’à 10 700, « parce que, quand on manquait de personnel, on en rapatriait des établissements des régions moins touchées. Là, on ne pourra pas le faire, car le Covid est partout », explique Frédéric Adnet, professeur en médecine d’urgence. Pour toutes ces raisons, beaucoup jugent l’objectif difficilement réalisable. Marc Leone se veut plus optimiste, estimant « qu’on pourra arriver à 10 000 lits, en s’organisant localement, avec une bonne collaboration entre les établissements ­publics et privés ».

Un autre chiffre avancé par Emmanuel Macron a surpris par son ampleur, celui de « 1,9 million de tests réalisés par semaine » qui ferait de la France « l’un des meilleurs pays d’Europe en la matière ». Les principaux syndicats de biologistes ne confirment ni n’infirment cette évaluation, mais s’agacent de voir le président de la République s’en féliciter. Il s’agit là certainement de montrer que notre pays, qui ne testait pratiquement pas jusqu’en mai, a rattrapé son retard. Jusqu’à tester trop ? Les laboratoires sont engorgés, particulièrement dans les grandes villes, ce qui a pour conséquence qu’il faut parfois plusieurs jours pour obtenir un rendez-vous (ou plusieurs heures de file d’attente). Le délai pour obtenir les résultats peut être de quelques journées supplémentaires. Une priorisation a été demandée en septembre mais elle semble difficile à appliquer pour les laboratoires. « On teste trop et mal, explique Thibault Massu, biologiste. Il n’y a pas de stratégie claire, tout le monde peut se faire tester plusieurs fois par jour sans être symptomatique, cas contacts ou personne à risque, la priorisation ne fonctionne pas. Si on veut continuer à tester autant, il faut vite mettre en place une vraie organisation. »

 Publié le 31/10/2020

Le mouvement contre le LIEN se pérennise malgré le coup de force du Département

 

Jude (site lamuledupape.com)

 

Au lendemain de l’expulsion de la Maison de l’Écologie et des Résistances (MÉR), le collectif de la ZAD contre le projet du LIEN au Nord de Montpellier avait prévenu, lors d’une conférence de presse tenue vendredi 23 octobre devant les grilles de la Préfecture de l’Hérault : le combat contre ce projet routier écocide, qui avec son homologue le COM viendra marquer la prochaine étape de l’expansion de Montpellier, est loin de s’arrêter. Et d’en fournir la preuve dès le jour suivant, avec un rassemblement sur le chantier qui aura réuni une cinquantaine de personnes, soucieuses de s’imprégner des somptueuses garrigues et paysages pastoraux qui vont être irrémédiablement balafrés par la 2×2 voies RD68.

La diversité des profils des personnes présentes au rassemblement vient contrebalancer l’image médiatique de zones à défendre irrémédiablement associées aux mouvances autonomes ou contestataires “d’ultra-gauche” : militant·es politiques ou écologistes, jeunes couples, gilets jaunes, étudiant·es, retraité·es, etc. Aujourd’hui, pour sauvegarder ce réservoir de nature et de biodiversité situé à l’orée de Montpellier, et que l’Automne est venu décliner de mille teintes, ce sont monsieur et madame Tout-le-monde qui se sont mobilisé·es.

Retour sur l’expulsion et la destruction choquantes de la MÉR

Alors que les membres du collectif prennent la parole pour dénoncer l’expulsion et la destruction immédiate de la MÉR par le Département, Me Sophie Mazas qui conseille le collectif, nous confirme qu’à ses yeux les pouvoirs publics ont agi illégalement en expulsant et faisant détruire la maison. Lors de la révélation de la ZAD, le lundi 19 octobre dernier, que nous avions filmée en direct, les gendarmes passés reconnaître l’occupation ont expressément refusé la clé USB présentée par les occupant·es des lieux, n’emportant que quelques documents. C’était pourtant celle-ci qui contenait tous les éléments de preuve de l’occupation de la MÉR depuis le 6 octobre 2020. Après ces discours résumant les derniers faits, et notamment concernant les trois gardes à vue et la perquisition d’une militante suite à l’expulsion façon commando par les gendarmes, un homme dans l’assistance prend la parole :

Quand tu dis que c’est disproportionné… en fait c’est proportionné à leurs objectifs. Qu’est-ce qu’ils font depuis quelques années ? Maintenant ils foutent la trouille, ils montrent les muscles, ils terrorisent pour que les gens ne réagissent pas, c’est ça leur politique. Il ne faut pas aller chercher plus loin. Ils instrumentalisent la police, pour eux c’est super important quand ils voient que des gens relèvent la tête, d’étouffer ça dans l’oeuf.” Ce “ils”, ce sont le Département socialiste, principal promoteur du projet, et l’État par le biais de la Préfecture de l’Hérault, qui ont mené main dans la main cette opération d’expulsion, bien en marge du droit au logement qui protégeait l’occupation.

Ce qu’il reste de la Maison de l’Écologie et des Résistances, expulsée, puis rasée par le Département ce jeudi 22 octobre

Le Département est tombé dans le piège médiatique

Le résultat, commente une membre du collectif SOS Oulala, à l’initiative de cette Maison de l’Écologie et des Résistances aux côtés de Greenpeace, Extinction Rebellion et ANV-Cop21 : “cela nous a fait énormément de com’, y’a plein de gens qui nous soutiennent, on reçoit des messages de soutien tous les jours. Vous êtes tous là aujourd’hui. Il y en a plein d’autres qui sont choqués par ce qui s’est passé. On est très triste de ne plus avoir ce lieu, auquel on était attaché, mais on est rejoint par des dizaines et des dizaines de personnes, du coup la prochaine occupation sera beaucoup plus forte. Cela n’a fait que nous remonter encore plus contre le Département, ça nous a montré ce qu’on avait en face, et maintenant il n’est plus question de dialogue, on va montrer qu’on est là et qu’on lutte contre ce projet.

En procédant de manière brutale, sans chercher un seul instant à ouvrir une voie de dialogue avec les citoyen·nes et militant·es qui avaient investi les lieux, le Département ne s’est-il pas pris les pieds dans le tapis en essayant d’en ôter l’épine qui y avait été plantée ? Toujours est-il que l’expulsion violente de la MÉR a choqué les esprits dans le milieu militant montpelliérain, qui s’est largement mobilisé en soutien de l’occupation, que ce soit de manière officielle ou officieuse, mais aussi chez certain·es riverain·es, et dans la population montpelliéraine. A l’approche des élections départementales, procéder de la sorte était un pari semble-t-il risqué, et il est certain que les premiers pas de la ZAD contre le LIEN auront un impact politique.

Depuis la route en contre-bas, des klaxons de soutien résonnent régulièrement, pendant que les personnes présentes se lancent dans des ballades naturalistes, animées par des membres du collectif de la ZAD et botanistes amateurs, passant entre les tipis disposés ça et là qui viennent signaler la présence persistante de la lutte aux riverain·es et aux automobilistes. D’autres participent aux ateliers de création visuelle, une petite bâtisse détruite sur cette portion déjà déforestée est repeinte aux couleurs d’un “Ici la ZAD“.

Du baume au coeur et du coeur à l’ouvrage

La zone à défendre se balise ainsi dans le paysage comme dans l’espace médiatique. En rasant de manière brutale la Maison de l’Écologie et des Résistances, le Département est tombé dans le piège qui lui était tendu, en remobilisant population et sphères militantes contre le projet du LIEN et la bétonisation galopante de la ceinture verte de Montpellier.

Assez rapidement, deux gendarmes sont venus reconnaître le rassemblement, prétextant vouloir compter le nombre de personnes présentes, qui respectaient port du masque et distanciation sociale, et ont tenu à lancer cet avertissement : “Nous vous conseillons de ne pas vous installer ici“, avant de repartir, sous des yeux teintés de malice.

Un peu plus tard, tout le monde était convié à assister à un spectacle de trapèze, mêlé aux chants de la chorale militante “Le Cri du Choeur”. Des plantes, des arbustes, étaient en vente à prix libre pour soutenir le collectif. Il régnait comme une bonne humeur, un enthousiasme, mêlés au sentiment de révolte et d’indignation, et un certain espoir aussi, de voir l’une des dernières poches de nature aux portes de la ville échapper à l’avenir que les pouvoirs publics lui destinent. La mobilisation contre le LIEN va donc probablement repartir de plus belle et le rapport de forces évoluer sous de nouvelles formes.

 Publié le 30/10/2020

Le gouvernement continue de supprimer des lits d’hospitalisation

 

par Rédaction (site bastamag.net)

 

Gouvernement et autorités sanitaires continuent de fermer des centaines de lits dans les hôpitaux, malgré la pandémie. Voici la carte des suppressions de lits à venir que nous publions en exclusivité.

On aurait pu penser qu’avec la première vague du Covid qui a déferlé au printemps, les autorités sanitaires, les Agences régionales de santé (ARS), les directions des hôpitaux auraient remis en question la politique de suppression de lits d’hôpitaux qui prime depuis des années. Il n’en est rien. Au moins treize hôpitaux vont continuer de perdre des places d’hospitalisation.

En septembre 2020, la direction du CHU de Besançon a annoncé la suppression d’un service entier de soins de suite et de réadaptation, soit 28 places d’hospitalisation en moins [1]. À l’hôpital psychiatrique du Rouvray, près de Rouen, il a été annoncé début octobre qu’au moins 80 lits seraient supprimés d’ici à 2022 « soit 20 % de la capacité d’hospitalisation », relève l’Union syndicale de la psychiatrie. C’est là, au Rouvray, que des soignants avaient fait une grève de la faim de deux semaines en 2018 pour demander des moyens afin de prendre en charge les patients. Ils avaient obtenu la promesse de créations de postes et de deux nouvelles unités. Ces engagements n’ont pas été tenus (lire notre article).

Au CHU de Nancy, comme Basta ! vous le racontait en avril, le Covid n’a pas non plus remis en cause le plan de suppression de 174 lits d’ici à 2024. Au CHU de Nantes, ce sont environ 100 lits qui ont été fermés depuis le début de la crise sanitaire, a comptabilisé Mediapart. En mai, des parlementaires alsaciens alertaient aussi sur un projet de leur agence régionale de santé de supprimer 20 lits de réanimation, surtout à Strasbourg, alors même que la région Grand Est sortait d’une phase très dure de Covid… [2] Partout, depuis des années, les hôpitaux français suppriment des places d’hospitalisations. Cette tendance se poursuit depuis mars 2020 comme en atteste la carte que nous publions ci-dessous.

Ce comité interministériel qui décide des suppressions de lits

3400 lits avaient déjà été supprimés en 2019, 4000 en 2018. Entre 2003 et 2017, plus de 69 000 places d’hospitalisation à temps complet ont disparu [3]. Ces dernières années, ces suppressions de lits passent par des décisions du Copermo, pour « Comité interministériel de performance et de la modernisation de l’offre de soins », une instance interministérielle créée en 2012 [4]. C’est le Copermo qui a décidé de supprimer 174 lits et des centaines de postes au CHU de Nancy. C’est aussi le Copermo qui veut transformer le CHU de Reims, en y supprimant des lits : 184 lits en moins d’ici à 2027, selon les chiffres annoncé par le maire (LR) de Reims, 210 lits selon la CGT de l’hôpital.

Le résultat en tout cas est clair : la capacité d’accueil des patients sera réduite [5]. Au CHU de Tours, le plan Copermo en cours avant la crise du Covid prévoit de fermer 350 lits [6].

 

Des considérations strictement financières

À Caen, c’est le projet de reconstruction de l’hôpital qui aboutira à supprimer 200 lits à l’horizon 2026 [7]. À Limoges, un projet de transformation du CHU adopté en 2018 devrait avoir pour conséquence la fermeture d’une centaine de lits [8]. À Nice, un « contrat de retour à l’équilibre financier » proposé par la direction du CHU en 2017 prévoit la disparition d’environ 200 lits [9].

Même chose à l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille où le projet de 2019 qui vise à fermer 230 lits est basé sur des considérations strictement financières : il s’agit de sortir les comptes du rouge [10]. Début octobre, en pleine deuxième vague du Covid, la chambre régionale des comptes d’Occitanie a publié un rapport préconisant, là encore, des suppressions de lits au CHU de Toulouse [11].

Il faut « sortir du dogme de la fermeture des lits » affirmait le ministre de la Santé en mai 2020

En région parisienne, les regroupements en cours de sites hospitaliers auront aussi pour conséquence de réduire les capacités d’hospitalisation. Les hôpitaux de Longjumeau, Juvisy et Orsay doivent par exemple fermer pour en ouvrir un nouveau à Saclay (notre reportage). Résultat : des centaines de lits en moins [12]. À Paris, ce sont les hôpitaux Bichat et Beaujon qui doivent disparaître au profit d’un nouvel hôpital à Saint-Ouen. Le nouveau site devrait abriter un quart de lits d’hospitalisation en moins que ceux qu’il est censé remplacer [13]. À Poitiers, la fusion prévue pour 2021 du CHU avec un groupement hospitalier « Nord Vienne » fait également craindre une diminution des places d’hospitalisation [14].

En mai, le ministre de la Santé Olivier Véran affirmait qu’il fallait « sortir du dogme de la fermeture des lits ». Cela fait cinq mois et rien n’a été fait en ce sens. La deuxième vague changera-t-elle la donne ? Les ARS, le gouvernement, les directions d’hôpitaux, écouteront-elles enfin ce que disent les soignants depuis plusieurs années : il faut arrêter de s’attaquer aux hôpitaux, on en a besoin pour soigner.

Rachel Knaebel

 

Notes

[1] Voir sur France Bleu.

[2] Voir sur France Bleu.

[3] Source : Drees, Les établissements de santé, édition 2019

[4] Le Copermo est composé du secrétaire général des ministères chargés des affaires sociales, du directeur général de l’offre de soins, du directeur de la Sécurité sociale, du directeur général des finances publiques, du directeur du budget, du directeur de la Caisse nationale d’assurance maladie.

[5] Voir l’article de Politis

[6] Voir sur France Bleu.

[7] Voir sur France Bleu.

[8] Voir cet article du Populaire.

[9] Voir cet article du site d’informations sur la santé APM.

[10] Voir cet article du Quotidien du médecin.

[11] Voir sur France 3.

[12] Voir sur France Bleu.

[13] Voir cet article du Parisien.

[14] Voir cet article de La nouvelle République.

 

 Publié le 29/10/2020

 

Silence dans les rangs !

 

(site politis.fr)

 

C’est l’une des caractéristiques de ce moment très étrange que nous vivons. Au nom d’une liberté d’expression sans cesse exaltée, on cherche surtout à faire taire toute voix dissidente.

C’est un classique de la vie politique, bien au-delà de nos frontières. Quand un événement tragique provoque une forte émotion populaire, il n’est pas facile pour un gouvernement de résister à la tentation d’en tirer profit. L’exemple le plus flagrant est celui du 11-Septembre 2001. Les néoconservateurs états-uniens avaient depuis huit ans déjà dans leur besace leur « choc des civilisations », et leur projet impérial de « Grand Moyen-Orient ». L’attentat eut pour eux comme un effet d’aubaine. Ils ont eu leurs guerres. Et ils ont obtenu en prime le « Patriot Act », cet arsenal juridique attentatoire aux libertés, donné pour provisoire, et qui fut évidemment pérennisé. Si l’on voulait citer un contre-exemple, c’est étonnamment en Israël qu’il faudrait le chercher, avec Yitzhak Rabin qui professait qu’il fallait « combattre le terrorisme comme s’il n’y avait pas de processus de paix, et poursuivre le processus de paix comme s’il n’y avait pas de terrorisme ». Il a payé cette phrase de sa vie. Quant à nous, deux semaines après l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty, nous sommes plutôt dans les pas de George W. Bush que dans ceux de Rabin. L’heure est à la folie vengeresse. L’extrémiste Gilles-William Goldnadel, qui a son rond de serviette sur une chaîne d’information en continu, appelle à « venger » Samuel Paty, sans que cette sorte d’invitation au pogrom émeuve les autorités. Au même moment, ou presque, le siège du Parti communiste était tagué d’un infâme « collabo ». L’extrême droite est de sortie.

Et nous avons nos néoconservateurs, une petite cohorte d’intellectuels bien connus qui demandent au gouvernement, dans une tribune publiée par Le JDD, de durcir la laïcité, et de « créer des moyens inédits » (sic). Et qui, sans trop de pudeur, somment le gouvernement de « remplacer ceux qui ont fait leur temps ». Dans le collimateur, mais à mots couverts, l’Observatoire de la laïcité, et spécialement son secrétaire général, Nicolas Cadène, sur la sellette pour cause grave de « laïcité d’apaisement » (dixit Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté). Signataire de la pétition, la philosophe Élisabeth Badinter met les points sur les « i » dans Tribune juive : « Cela ne peut plus se régler par le pacifisme », dit-elle. 

Et on tremble franchement pour la démocratie quand on entend le ministre de l’Éducation nationale accuser Jean-Luc Mélenchon de « trahison ». La référence martiale fait froid dans le dos. Le ministre rêve visiblement de faire marcher l’opposition au son du clairon. C’est l’une des caractéristiques de ce moment très étrange que nous vivons. Au nom d’une liberté d’expression sans cesse exaltée, on cherche surtout à faire taire toute voix dissidente. Le même ministre s’en prend ainsi à Edwy Plenel, qui, dit-il, prône « la haine collective de soi ». Une formule très connotée que l’on a beaucoup entendue pour stigmatiser les juifs qui critiquent la politique israélienne… Une sorte de militarisation du discours politique se met peu à peu en place. L’union nationale est requise.

À nos lectrices et nos lecteurs

Voici venu, comme chaque année, le moment d’aider votre journal préféré en profitant, via l’association Presse et Pluralisme, d’une défiscalisation. Notre indépendance est un bien précieux et rare. Protégeons-la ensemble. https://www.politis.fr/engage-soutenir/

Le vocabulaire guerrier n’est évidemment pas innocent. Il prépare à tous les états d’exception. Pour s’en convaincre, et s’en inquiéter, il n’est qu’à lire l’entretien de Gérald Darmanin dans Libé. Le ministre a décidé d’offrir la dissolution du Collectif contre l’islamophobie (CCIF) en gage à ses néoconservateurs. Pour cela, il n’hésite pas à malmener le droit. Le CCIF n’a évidemment aucun rapport avec l’attentat contre Samuel Paty, mais on a trouvé le numéro de téléphone de l’association sur l’agenda de l’auteur de la vidéo… C’est l’homme qui a vu l’homme qui a vu le musulman. Il envisage même d’interdire les rayons de viande halal. Lieu bien connu de complot terroriste. Il s’est d’ailleurs exposé à la critique d’un avocat de l’Hyper Casher, victime de l’attentat de 2015. Va-t-on aussi devoir fermer les rayons de produits casher ? Trêve d’hypocrisie : c’est bien une guerre aux musulmans qui s’engage. S’il s’agissait de viser les islamistes radicaux, porteurs effectivement de discours de haine, voire d’appel à la violence, il n’y aurait pas à s’en plaindre. Mais comme on pouvait le redouter, le spectre s’est rapidement élargi. L’offensive se mène aussi contre la sociologie qui a le défaut de réintroduire le facteur social. Manuel Valls ressurgit avec sa formule dont on pensait qu’il avait fini par en avoir honte : « Expliquer, c’est excuser. » C’est toute une stratégie qui se déploie. C’est un sociologue, Farhad Khosrokhavar, qui lui répond quand il rappelle que le séparatisme est le fait de la France contre les musulmans plutôt que l’inverse. Ce qu’en d’autres termes on appelle ghettoïsation et misère des services publics.

L’attitude du gouvernement donne prétexte au populiste Recep Tayyip Erdogan pour, à grands coups d’insultes, se construire aux dépens de la France une image de protecteur des musulmans. Et nous voilà, de surcroît, englués dans une campagne de boycott qui pourrait même nous brouiller avec nos amis saoudiens, grands consommateurs d’armes françaises. Finalement, c’est le président du Conseil français du culte musulman qui tente de nous ramener à la raison. Il nous rappelle le terme oublié de notre devise républicaine. C’est au nom de la fraternité qu’il demande que l’on cesse de montrer les caricatures de Mahomet dans les écoles. Peut-il encore être entendu ?

 

par Denis Sieffert

 Publié le 28/10/2020

Référendum au Chili : un grand oui pour enterrer Pinochet

 

Thomas Lemahieu (site humanite.fr)

 

Avec près de 80 % des suffrages, le peuple chilien abandonne la Constitution léguée par la dictature et entend se doter d’une nouvelle Loi fondamentale par le biais le plus démocratique. Mais la droite n’a pas dit son dernier mot.

Une page se tourne, mais la suite est loin d’être écrite au Chili. Dimanche, avec une participation plus élevée que lors des derniers scrutins, le peuple chilien a, avec plus de 78 % des suffrages exprimés, plébiscité l’enterrement de la Constitution héritée de Pinochet et des Chicago Boys, garantissant la perpétuelle reproduction au pouvoir des élites conservatrices et le transfert vers le privé de services publics aussi essentiels que l’éducation, la santé ou la protection sociale. Pour la remplacer, plutôt qu’une convention « mixte » faisant une large place aux parlementaires, donc aux partis dominants, les Chiliens ont approuvé, avec la même majorité écrasante (79 %), la création d’une réelle Assemblée constituante, composée exclusivement de citoyennes et de citoyens à parité qui devront être élus dans six mois, en parallèle d’élections déjà programmées dans les collectivités territoriales. « C’est absolument historique, analyse Franck Gaudichaud, politologue spécialiste du Chili, enseignant à l’université de Toulouse-Jean-Jaurès et président de France Amérique latine (FAL). Plus encore quand on remet les choses en perspective : il n’y avait jamais eu d’Assemblée constituante au Chili depuis deux siècles. »

Dans la capitale, Santiago, cette éclatante victoire a donné lieu à des scènes de liesse et d’euphorie sur la plaza Italia, rebaptisée pour l’occasion « place de la Dignité » après avoir été l’un des théâtres de la mobilisation sociale sans précédent de l’automne 2019. Déclenchée, au départ, par la hausse du prix du ticket de métro, la contestation s’était vite étendue aux politiques néolibérales et, plus globalement, au legs empoisonné de la dictature. Après avoir réprimé dans le sang cette explosion sociale, c’est pour finir de l’étouffer que Sebastian Pinera, le président conservateur, avec l’aval d’une bonne partie de la droite mais aussi du centre gauche, avait fini par proposer un référendum sur la Constitution.

Dans ce contexte, il s’agit, pour lui et les formations dominantes du Chili, de contrôler étroitement le processus. « Cet objectif demeure car si les mouvements sociaux ont imposé, au sein de l’Assemblée constituante, les principes de la parité ou encore de la représentation des peuples originels, le règlement reste dans les mains des partis représentés au Parlement, estime Franck Gaudichaud. La règle des deux tiers nécessaire pour adopter chaque article de la future Constitution risque d’avoir les effets mécaniques d’un véritable verrou face aux aspirations sociales. »

« Ce triomphe devrait obliger toute l’opposition à s’unir »

Divisée lors de la campagne, la gauche chilienne n’a pas réussi à se rassembler pour célébrer cette victoire, mais pour la suite, et en particulier pour la désignation des membres de l’Assemblée constituante, les appels à l’unité retentissent de toutes parts. Président du Parti communiste du Chili, Guillermo Teillier lance ainsi : « Ce triomphe devrait obliger toute l’opposition à s’unir. » Selon lui, ce vote trahit d’abord le rejet d’un « système qui a entraîné tant d’années d’inégalités, d’abus, de bas salaires, de retraites de misère, d’inégalités entre les hommes et les femmes, de mépris des droits des peuples autochtones ». « C’est le rejet d’une élite qui peut profiter de tous les atouts de ce pays et qui en prive la grande majorité de la population », insiste-t-il.

Ex-candidate du Front large (Frente Amplio) à la présidentielle, Beatriz Sanchez salue, elle, d’abord une victoire des forces sociales engagées sur le terrain : « Nous devons l’ouverture de ce processus à celles et ceux qui se battent depuis longtemps pour les changements dans notre pays. » Selon Franck Gaudichaud, le véritable défi est là, désormais : « Quelle place vont pouvoir occuper les indépendants, les acteurs des mouvements sociaux et de la société civile à qui l’on doit cette avancée dans le processus constituant ? Vont-ils pouvoir se présenter directement en démissionnant de leurs mandats dans leurs organisations ? Rien n’est garanti à ce stade car les partis détiennent toujours toutes les clés, même si certains, à gauche, s’engagent d éjà à laisser des places sur leurs listes… »

De l’espoir en Amérique latine

Pour l’ex-président bolivien Evo Morales, « un nouveau pacte social construira une société plus juste » qui passe notamment « par le bien-être et l’intégration de nos peuples ». Pour ses félicitations, le Vénézuélien Nicolas Maduro emprunte les mots de Salvador Allende, lors de son message radiodiffusé pendant l’assaut putschiste du 11 septembre 1973 : « Que les grandes avenues s’ouvrent pour construire une société meilleure ! »

 Publié le 27/10/2020

Monsieur Macron et la nation

 

(site politis.fr)

 

Les pauvres sont pauvres car ils sont paresseux et irresponsables, contrairement aux entreprises.

ous sommes en train de réapprendre à être pleinement une nation. C’est-à-dire qu’on s’était progressivement habitués à être une société d’individus libres. Nous sommes une nation de citoyens solidaires. » Ainsi s’exprimait M. Macron, le 14 octobre, laissant entendre pour justifier son couvre-feu que la solidarité valait bien des mesures liberticides. De quelle solidarité parle-t-il ? La différence de traitement entre la majorité silencieuse et les « premiers de cordée », entre travail et capital, n’a jamais été aussi flagrante.

Alors que le chômage augmente rapidement, que les bénéficiaires de l’aide alimentaire ont doublé depuis 2009 pour dépasser 5 millions de gens et que de nouvelles personnes sont concernées chaque jour, les différentes aides et les minima sociaux ne sont pas augmentés, malgré l’urgence. Les jeunes souffrent particulièrement, mais le revenu de solidarité active (RSA) ne sera pas étendu aux 18-25 ans et les allocations logement diminuent. Plus grave encore, une bonne partie de ces aides sont conditionnelles. Ceux qui bénéficient du RSA (presque 2 millions de personnes, pas loin de 4 millions en comptant les membres du foyer) sont obligés de justifier de toute une série de démarches et sont sanctionnés s’ils ne parviennent pas à les faire (baisse de l’allocation, voire radiation pure et simple). La même logique préside à la réforme des allocations-chômage, pour l’instant repoussée à janvier 2021, ainsi qu’au recours généralisé aux primes plutôt qu’aux hausses de salaires. Les pauvres sont pauvres car ils sont paresseux et irresponsables, ce qui ne peut être changé que par des mesures incitatives et punitives, la carotte et le bâton. De dignité il n’est pas question.

Dans le même temps, les firmes et les 5 % les plus riches bénéficient de cadeaux fiscaux et d’aides non conditionnelles. Depuis plusieurs décennies, les mesures en faveur du capital se sont accumulées. Dans ce contexte déjà très favorable, les aides aux entreprises pour limiter les effets de la crise sanitaire sont massives. Outre 300 milliards d’euros de prêts garantis et 76 milliards de report ou d’annulation de charges sociales et fiscales, les entreprises voient les salaires pris en charge par l’État grâce au chômage partiel (31 milliards), et les impôts de production baisseront de 20 milliards sur les deux prochaines années. Certaines grandes entreprises ont aussi été aidées directement : 7 milliards d’euros pour Air France, 5 milliards pour Renault… Ces centaines de milliards sont, eux, déboursés sans contrepartie aucune. Les firmes sont libres de continuer à distribuer de généreux dividendes, à supprimer des emplois, à polluer (1)… Pas besoin de mesures incitatives ici, encore moins punitives, puisque, contrairement aux salariés et aux chômeurs, les entreprises sont par définition responsables.

Les aides publiques sont ainsi à deux poids, deux mesures : quelques primes exceptionnelles sous conditions pour ceux qui sont solidaires, un fleuve de liquidités inconditionnelles pour ceux qui sont libres. Étrange conception d’une « nation de citoyens solidaires ».

(1) Observatoire des multinationales, « Allô Bercy ? Aides publiques : les corona-profiteurs du CAC 40 », octobre 2020.

 

par Hélène Tordjman

 Publié le 26/10/2020

Georges Ibrahim Abdallah : « L’écho de vos slogans passe outre les barbelés. »

Bruno Vincens (site humanite.fr)

 

Il entame sa 37e année de détention bien que libérable depuis 1999. Pour les centaines de manifestants, mobilisés samedi à Lannemezan, seul un rapport de force politique permettra la libération du militant de la cause palestinienne.

Lannemezan (Hautes-Pyrénées), envoyé spécial.

Pour la dixième année consécutive, une manifestation, de la gare à la centrale pénitentiaire de Lannemezan, a exigé samedi la libération de Georges Ibrahim Abdallah. Depuis 1984 l’horizon du militant communiste libanais se limite à de hauts murs d’enceinte et à des barbelés. 36 ans de détention ! Pour exprimer leur solidarité avec l’un des plus anciens prisonniers politiques d’Europe, près de six cents personnes venues de tout le sud de la France, de Bordeaux à Nice, ont formé un cortège coloré et bruyant, derrière la banderole de tête déclinant le mot liberté en français, en anglais et en arabe.

Georges Abdallah a été condamné pour complicité dans l’assassinat en 1982 d’un agent du Mossad israélien et d’un attaché militaire à l’ambassade des États-Unis à Paris. Des accusations qu’il a toujours réfutées. Mais c’est bel et bien son combat pour la Palestine et les Palestiniens qui vaut au cofondateur de la Fraction armée révolutionnaire libanaise (Farl) de croupir derrière les barreaux. Aussi le cortège s’est élancé au son de cette chanson de Dominique Grange : « Dis-moi ce qu’il y a derrière ce mur/Qui a coupé en deux nos vergers ». Aussi s’est élevé le slogan « Résister est un droit, occuper est un crime ».

Jean-Claude de Vita, militant PCF de Lannemezan, connaît bien Georges Abdallah pour le rencontrer chaque mois au parloir : « C’est un homme exceptionnel. Il ne parle pas de lui mais de la situation politique au Proche-Orient, au Liban. Il dit que si on veut bien vieillir, il faut toujours être dans la lutte. » Jean-Claude Lacombe, syndicaliste CGT du Tarn-et-Garonne, l’a aussi rencontré l’été dernier : « C’est un érudit, il s’informe, lit beaucoup, écrit. Georges ne baisse pas les bras. »

La manif atteint la centrale pénitentiaire aux cris de « Abdallah tes camarades sont là ! » Alors est donnée lecture, devant une foule soudain très attentive, d’une lettre que le prisonnier politique a pu transmettre depuis sa cellule : « Quelle émotion et quel enthousiasme de vous savoir si près ! Votre mobilisation me fait chaud au cœur. Elle ne laisse personne indifférent ici. L’écho de vos slogans passe outre les barbelés. » Il met l’accent sur les enjeux du moment : « Le combat contre la Covid 19 ne suspend pas la lutte des classes. » Il conclut : « Le capitalisme n’est plus que barbarie. Honneur à ceux qui s’y opposent dans la diversité de leurs expressions. » Longs applaudissements.

Georges Abdallah, 69 ans, est libérable depuis 1999 mais ses neuf demandes de remise en liberté ont été rejetées, suite aux pressions exercées par Israël et les États-Unis. Manuel Valls, alors qu’il était ministre de l’Intérieur, a refusé l’acte qui lui aurait permis de rentrer au Liban. « Il ne formulera pas une dixième demande », confie son avocat, Me Jean-Louis Chalanset. Le militant communiste libanais entreprend désormais des démarches pour une expulsion vers son pays d’origine. Mais les courriers de son défenseur au ministère de l’Intérieur restent lettres mortes. Me Chalanset en est persuadé : « C’est le rapport de force politique qui lui permettra de sortir de détention. »

Lu devant les grilles de la centrale pénitentiaire, le texte unitaire, signé par les nombreuses organisations appelant à cette manifestation, clame que « lutter avec Georges Abdallah, c’est être aux côtés des peuples partout dans le monde, aux côtés de la résistance palestinienne ». Les manifestants se sont séparés en espérant ne pas se retrouver ici même l’an prochain, signe que la libération de Georges Abdallah aurait enfin été obtenue. Plusieurs parlementaires d’horizons divers, se sont prononcés dans ce sens.

 Publié le 25/10/2020

Hécatombe sur le front de l'emploi:
Licenciements pour tous

La distanciation sociale devient une opportunité pour se débarrasser de salariés vus avant tout comme des coûts.

 

Par Christophe Coffinier (site altermidi.org)

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Crise sanitaire, crise économique, ou crise sociale ? Un peu des trois à vrai dire, puisque pendant la crise sanitaire, la « crise » économique continue et même s’aggrave, avec ses conséquences sociales. Les postures de l’État qui prétend prendre des mesures pour maintenir l’économie n’y changeront rien, les grandes entreprises ont décidé de maintenir leurs profits, et à ce titre-là l’emploi ne sera pas leur préoccupation mais une variable d’ajustement.


 

Si des secteurs comme la restauration, et plus largement le tourisme, semble bénéficier de l’attention de l’État, il en est où les salariés ont parfois été qualifiés de « héros » au vu de leur mobilisation pendant le confinement. On pense bien sûr aux soignants mobilisés le 17 octobre et qui, à Avignon, ont rencontré le président du département pour la partie médico-sociale et le directeur de l’hôpital psychiatrique de Montfavet pour la partie médicale.

 

La grande distribution en plein délestage

Mais il y a un secteur qui n’a pas été confiné, celui de la grande distribution, dont les salariés étaient en première ligne, qui a pu s’assurer un chiffre d’affaire conséquent car ils étaient les seuls lieux d’approvisionnement ouverts pendant toute la période du 15 mars au 11 mai. Et ce secteur est en pleine restructuration.

C’est pour mettre la question de l’emploi en général, et celui de la grande distribution en particulier, que les militants de la marche pour l’emploi et la dignité de la CGT, de passage à Avignon le 2 octobre dernier, se sont rendus sur la zone commerciale Avignon Nord du Pontet où, outre Auchan, on trouve de nombreuses enseignes du groupe Mulliez dans lesquelles de nombreux licenciements sont prévus, avant de continuer jusqu’à Paris où une manifestation devait rejoindre celle des « sans-papiers » partis aussi du Sud. Mais ces manifestations n’ont pas été autorisées à se rendre comme prévu jusqu’à l’Élysée.

 

Pluie d’argent public et licenciements en cascade

Pourtant la cause est solide : des entreprises importantes par la taille qui, depuis la crise sanitaire, ont bénéficié de milliards en crédits d’impôt en soutien financier, annoncent des licenciements par milliers. Au début de l’année, ce sont d’abord les annonces de Carrefour et Sanofi qui, malgré le CICE1, se débarrassent de 5000 salariés chacun. Puis c’est aujourd’hui le groupe Mulliez2 ; on l’a vu avec notamment la liquidation puis le rachat sans le passif d’Alinea, la marque qu’il a créée au Pontet. Ici, ce sont près de 1000 emplois qui seront supprimés afin d’augmenter les profits du groupe Auchan, situation dont se défend mal le dirigeant du groupe, Jean Baptiste Mulliez, interpellé par les salariés et la CGT alertés de sa venue au Pontet, où assure-t-il, les suppressions d’emploi ne concerneront pas le magasin originel.

Enfin, c’est le groupe Auchan qui, après l’ouverture du dimanche au Pontet, annonce 1475 suppressions d’emploi sur l’ensemble des magasins du pays, dont plus de 50 dans le secteur de vie (entendre l’ensemble des magasins de proximité).

 

Payés pour licencier…

Gavés d’argent public, les grands groupes réduisent leur masse salariale, profitant de la crise sanitaire pour justifier des manques à gagner. Face à cela, les syndicats, notamment la CGT ou encore Solidaires, tentent de révéler cette hécatombe d’emplois comme une volonté d’accumuler toujours plus de capital. D’autant que concernant Auchan, les branches déficitaires du groupe ont trouvé repreneur, comme en Chine avec le géant de l’e-commerce, Alibaba. Alors, crise ? Ou stratégie pour accompagner les usages industriels des progrès technologiques ?

Au tout début de l’année, un appel à soutien est lancé par les syndicats de Casino à Angers pour dénoncer le passage d’un grand magasin de la ville à l’automatisation de toutes ses caisses. L’affaire a fait un peu de bruit sur les réseaux sociaux, les salariés ont même occupé le magasin une journée et la direction du groupe a paru reculer. Mais dans le même temps à Avignon, un plus petit magasin subissait le même sort sans que cela ne s’ébruite tellement. Ce magasin, situé face à l’université, est désormais ouvert 7 jours sur 7 et 24h sur 24, avec quelques agents de sécurité pour surveiller jour et nuit. Lors de la balade avec la CGT dans les magasins du groupe Mulliez, on découvre qu’à Alinea, la moitié des caisses sont déjà automatisées, et qu’à Leroy Merlin c’est déjà la totalité des caisses qui se passent de personnel. En poursuivant dans ce sens, Auchan fait en ce moment la promotion de son option de paiement par smartphone. La distanciation sociale devient ainsi une opportunité pour se débarrasser de salariés vus avant tout comme des coûts, avec l’accentuation des conditions de crise par les choix gestionnaires.

 

Plus de 60 000 licenciements en préparation

Pour Mediapart, qui publie une carte des plans sociaux, « Aéronautique, automobile, transports, commerce et grande distribution, tous les secteurs sont concernés », et au moment ou nous écrivons ces lignes, il y a dans 70 départements et 219 entreprises 60 323 emplois condamnés ou menacés.

Les restrictions concernant les ouvertures tardives vont-elles aussi provoquer des choix drastiques en termes d’emploi ? On ne peut pas comparer le bistrot du coin à qui on impose des contraintes horaires avec des établissements — dépendant d’entreprises comprenant des milliers de salariés — ayant reçu des milliards d’euros d’argent public.

La réalité donne désormais raison à ceux qui dénonçaient les lois « travail », complétées par les lois Macron qui, en « assouplissant » le droit du travail, ont surtout facilité le délestage de salariés, les accords désavantageux pour ces derniers avec en prime un chantage à l’emploi permanent. Alors oui, il y a une crise, elle est sanitaire, économique, sociale, et il y a des responsables.

Christophe Coffinier

Notes:

  1. Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi était un avantage fiscal envers les entreprises soumises à un régime réel d’imposition et qui emploient des salariés. En 2019, le CICE sera supprimé et remplacé par un allégement de cotisations patronales sur les bas salaires.
  2. L’Association familiale Mulliez (AFM), à la tête d’une fortune de 28 milliards d’euros en 2020 et fondateur du groupe de distribution Auchan, est un groupe qui détient plusieurs centaines d’enseignes, parmi lesquelles le géant de la grande distribution, Décathlon, Leroy Merlin, Kiabi, Boulanger ou encore Flunch.

 

 Publié le 24/10/2020

L’extrême droite n’est pas le rempart mais la complice de l’islamisme

(site lepoing.net)

 

Dieudonné, humoriste antisémite, Axel Loustau, élu du Rassemblement national, Frédéric Chatillon, conseiller de Marine Le Pen, et Ginette Skandrani, soutien de Dieudonné, en janvier 2009, lors d’une manifestation pour Gaza, dans le cortège du Collectif Cheikh Yassine, créé en 2004 par Abdelhakim Sefrioui, mis en examen pour complicité de l'assassinat de Samuel Paty (photo de La Horde)

Le meurtre brutal du professeur Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine a relancé le débat sur l’islamisme en France. Bien sûr, l’extrême droite surfe sur l’émotion pour faire avancer ses idées et se présenter comme le dernier recours face au danger menaçant la nation. Vérité ou intox ? Quelques rappels historiques sur les convergences entre Islam radical et extrême droite ne feront pas de mal…

L’islamisme, c’est quoi ?

Rappelons que l’islamisme considère que la religion – l’Islam – doit diriger la société, que l’Etat et sa loi doivent suivre les principes du Coran. Chez les islamistes sunnites, le salafisme est un courant puissant. Les salafistes sont par nature réactionnaires, ils veulent revenir aux premiers temps de l’Islam, aux salaf salih. La majorité des salafistes en France sont« quiétistes », c’est-à-dire qu’ils ne cherchent pas à renverser l’Etat laïque : ils considèrent que celui-ci disparaitra par la volonté de Dieu.

Une minorité des salafistes, souvent issue du salafisme quiétiste, est jihadiste. Selon eux, il faut combattre les mécréants : le devoir des croyants serait de prendre les armes contre tout ce qui est taghut, contre les idoles, telles que la démocratie qui remplace le règne de Dieu par celui du peuple (certains intégristes catholiques pensent la même chose). Les jihadistes sont souvent appelé des takfiristes, c’est-à-dire des extrémistes considérant tous leurs opposants comme des mécréants à exterminer. Ces deux courants du salafisme se traitent mutuellement de déviants. Chaque courant s’appuie s’appuient sur des dalil (une sourate ou un verset du Coran) pour légitimer leur action. Le salafisme constitue une aqida, c’est-à-dire une croyance religieuse construite. On trouve également des islamistes shiites inspirés par la révolution iranienne et d’autres courants mêlant nationalisme et Islam.

Réacs de tous les pays, unissez-vous

Dès le 19° siècle, des intellectuels traditionalistes (comme René Guénon) s’intéressent à l’Islam pour y trouver une spiritualité virile opposée au monde moderne. Pendant la seconde guerre mondiale, les relations entre les pays fascistes et les musulmans évoluent et sont l’objet de beaucoup de travaux plus ou moins sérieux.  D’un côté, des alliances opportunistes se nouent, contre les intérêts franco-britanniques au Moyen-Orient notamment. D’un autre, il y a de vraies convergences idéologiques : le Grand Mufti de Jérusalem ne cache pas son antisémitisme et sa fascination pour l’Allemagne nazie. Le résultat sera la formation de trois divisions SS musulmanes dans les Balkans (les divisions Handschar, Kama et Skanderberg), ce qui est significatif mais ne représente qu’une anecdote dans le cadre du pire conflit qu’ait connu l’Humanité.

Ensuite, avec la décolonisation, le développement de forces anti-impérialistes soutenues par le camp communiste fait oublier ces phénomènes. Mais le monde change. La révolution islamique d’Iran (et le massacre des opposants marxistes) puis l’effondrement de l’URSS rebattent les cartes.

En Palestine la résistance progressiste recule au profit de mouvements islamistes. Lancé en 1987, le Hamas constitue la branche armée des Frères musulmans. Un processus similaire a lieu à la même époque en Afghanistan, en Iran, en Egypte ou au Maroc : la réaction islamiste progresse et les révolutionnaires et démocrates en paient le prix. Les premières actions des Talibans sont des descentes anticommunistes sur les campus de Kaboul. Logiquement, les nationalistes-révolutionnaires français applaudissent les progrès mondiaux de l’islamisme, vu comme un mouvement de résistance antimoderne, antisioniste et anti-américain.

Les meilleurs ennemis du monde

François Duprat (idéologue du Front National) défend alors un rapprochement tactique avec les mouvements islamistes sur la base d’un « antisionisme » partagé – en fait, une convergence antisémite et réactionnaire. L’idée est la suivante : passer du racisme à la « critique de l’Islam » à domicile, et, à l’international, soutenir tout ce qui s’oppose à la superpuissance américaine.

L’extrême droite française restait jusqu’alors obsédée par la perte de l’Algérie. Son racisme était dans la continuité du combat pour l’Algérie française. Mais avec les lois successives interdisant les discours ouvertement racialistes, le Front National s’adapte et remplace le rejet des populations non-européennes par un discours ciblant les musulmans. Sans changer en profondeur son logiciel intellectuel. Il faut dire que la « guerre contre le terrorisme » déclarée au niveau mondial suite aux attentats du 11 septembre 2001 et les massacres commis par des jihadistes durant les décennies suivantes offrent un boulevard à cette rhétorique. L’extrême droite décide donc de se placer dans l’ombre du pouvoir, adoptant le même discours tout en jouant la surenchère sécuritaire.

Les rapprochements entre islamistes et nationalistes ne s’arrêtent pas pour autant. Rappelons-nous les « Manifs pour Tous » de 2012, durant lesquelles des réactionnaires chrétiens et musulmans défilent côte à côte. Alain Soral et ses soutiens tentent également de mobiliser les « musulmans patriotes » en soutien au Front National : heureusement, les querelles interminables agitant cette mouvance conspirationniste de boutiquiers antisémites brisent l’élan des « jours de colère ».

Et aujourd’hui ?

L’actualité rappelle sans cesse le rôle trouble de l’extrême droite vis-à-vis de l’islamisme. Fort avec les faibles, elle se montre faible avec les forts. Ainsi, le trafiquant d’armes Claude Hermant, indic et militant identitaire, aurait vendu les armes pour l’attentat de l’Hypercasher. Les méthodes jihadistes inspirent plus largement des individus solitaires ou de petits groupes néonazis espérant accélérer le processus menant selon eux à une guerre civile sur des bases raciales ou religieuses – en somme, un objectif à court terme que partagent les jihadistes. Et ensuite, que le meilleur gagne… Au prix de morts sans nombre.

De manière moins spectaculaire mais beaucoup plus massive, le tournant expansionniste et guerrier du pouvoir islamique turc a reçu le soutien du Parti d’Action Nationaliste (le MHP), lié à la mafia d’extrême droite des Loups Gris. Cette dernière est très présente en France comme en Allemagne. Ses membres ont commis d’innombrables attaques contre les communautés alévie, kurde ou arménienne, et la politique extérieure d’Erdogan pourrait booster leur activisme.

Les différents courants islamistes constituent donc autant de visages actuels d’une extrême droite qui se moque des frontières et des croyances ; partout, les mêmes pratiques, les mêmes valeurs conservatrices et patriarcales, le même appui à des régimes dictatoriaux, la même répression des mouvements démocratiques ou révolutionnaires, la même oppression des minorités. Les premières victimes sont encore et toujours les classes populaires, le prolétariat. Et en première ligne face à ces réactionnaires ne se trouvent pas d’autres réactionnaires mais des antifascistes – comme au Kurdistan syrien, où les volontaires internationalistes partis combattre l’Etat islamique l’ont fait sous le signe de l’étoile rouge.

 Publié le 23/10/2020

 

Après l'attentat de Conflans. Arié Alimi : « On ne combat pas la violence par la violence »

 

Marion d'Allard (site humanite.fr)

 

Depuis l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine, les actes antimusulmans augmentent en France. Ils ont atteint, avec l’agression de deux jeunes femmes voilées à Paris, un niveau inquiétant.

Deux jours après la décapitation de Samuel Paty, deux femmes voilées étaient attaquées extrêmement violemment au couteau sur le Champ-de-Mars, à Paris. Coup sur coup cette semaine, une mosquée de Bordeaux a été dégradée et une de Béziers a été visée par des menaces explicites sur les réseaux sociaux. Loin de constituer des faits divers isolés, cela témoigne, selon Arié Alimi, avocat des victimes de l’agression parisienne et de la Ligue des droits de l’homme, d’une ambiance délétère, dans un contexte post-attentat.

« Nous sommes en train d’assister à un basculement des esprits du côté de l’obscurantisme », analyse l’avocat, qui n’hésite pas à parler de « déferlement raciste contre les musulmans ». Abdelaziz Manaa, vice-président de la mosquée Nour El Mohamadi de Bordeaux – la plus ancienne de la cité girondine –, abonde : « C’est la deuxième plainte que nous déposons, après celle de la semaine dernière. Les tags, ça ne date pas d’hier, on ne dépose pas plainte à chaque fois car on n’a jamais de nouvelles (…). Par contre, c’est la première fois qu’on a de la casse, ça commence à partir en vrac. » Attisé par les discours de certains responsables politiques – y compris des ministres en exercice –, ce « basculement » s’opère désormais largement dans l’opinion publique, note Arié Alimi. « Il ne s’agit plus seulement de l’extrême droite raciste. L’arc est beaucoup plus large, plus diffus. La majorité des forces politiques, y compris à gauche, sont en train de basculer dans cette stigmatisation », estime l’avocat.

Une agression grave « dont on ne peut pas nier le caractère raciste »

C’est cette violence dirigée contre les musulmans que Kenza et Amel ont subie dimanche dernier, alors que les deux jeunes femmes se promenaient en famille à Paris. Une agression grave « dont on ne peut pas nier le caractère raciste », martèle Arié Alimi. Ce jeudi, les deux agresseuses ont été mises en examen pour « violence volontaire » accompagnée de propos racistes. L’avocat des victimes, lui, veut faire requalifier les faits en tentative d’homicide volontaire. « Le premier coup de couteau a été porté à la tête, puis à l’abdomen et l’une des victimes a un poumon perforé. Il n’y a pas de doute possible sur l’intention de tuer. Les victimes ont été traitées de “sales Arabes” et leurs agresseuses se sont dirigées vers l’une d’elles pour lui arracher son voile », poursuit Arié Alimi. Pourtant, dénonce l’avocat, « la préfecture n’a pas communiqué sur le caractère raciste de l’agression. Elle a menti à la presse et une plainte va être déposée en ce sens ». « La police veut cacher aux yeux de la population française que ce climat délétère dans lequel nous sommes et qu’elle entretient alimente des actes racistes et va entraîner des drames », conclut Arié Alimi.

L’avocat des victimes appelle à l’apaisement

Au lendemain de l’hommage national au professeur d’histoire-géographie de Conflans-Sainte-Honorine, alors que l’union nationale ne fut qu’un vain mot et que l’exécutif s’apprête à durcir son projet de loi contre les séparatismes, l’avocat de la Ligue des droits de l’homme en appelle à l’apaisement. « On ne combat pas la violence par la violence. Il convient de prendre de la hauteur plutôt que de s’en prendre à des institutions qui sont totalement dévouées à la République depuis toujours comme l’Observatoire de la laïcité. Il faut faire un travail social, éducationnel, donner les moyens à ceux qui protègent la République, aux enseignants qui donnent l’esprit critique aux enfants. C’est comme cela que l’on traitera les germes du terrorisme. »

 Publié le 22/10/2020

La petite clinique qui a fait plier Ramsay

 

Nicolas De La Casinière (site rapportsdeforce)

 

Le personnel de la clinique psychiatrique nantaise n’en revient pas d’avoir tenu si longtemps, et d’avoir fait plier le groupe australien Ramsay.

Elles sont arrivées avec la pancarte du jour « Clinique du Parc, 35e jour de grève », en ajoutant un sous-titre oral « dont 29 consécutifs »… Ce n’était pas prévu, mais ce 15 octobre la soirée de soutien a aussi été l’annonce de la fin de conflit. Elles réclamaient 100 € d’augmentation, elles ont signé pour 60 € net, une prime « exceptionnelle » de 100 €, plus un accord sur la prime habillage/déshabillage, inscrite dans la convention collective, mais jamais versée, et une prime à l’intéressement.

« Physiquement, moralement et financièrement, ça commençait à être dur même si nous avons eu énormément de soutien. On en est à plus de 9000 messages sur notre groupe WhatsApp », note Fanny, secrétaire administrative depuis 11 ans. « Nous ne voulions pas un résultat clivant, excluant. C’était la même chose pour tout le monde, point barre : agents de service, administratifs, soignants, même le cadre qui n’a jamais été en grève… » Fini la musique sur le piquet de grève, les confettis, les délires au mégaphone.

Le collectif n’était pas préparé à une si longue grève. « Nous avons commencé le 16 juin et l’on tout de suite vu qu’on n’était pas entendues. Une prime de rentrée et des tickets resto, ce n’est pas ça qu’on voulait. À la rentrée nous sommes parties en grève reconductible, et nous avons eu aussitôt une forte mobilisation à tous les postes, administratif, agents hospitaliers, psychologues, infirmières, aide-soignantes » lâche Khadija, infirmière depuis un an.

Des salaires 300 à 400 € inférieurs au public

La lutte « pour une meilleure considération des soignants » demande aussi une revalorisation des salaires. Une aide-soignante touche par exemple 1150 € net par mois avec un week-end de garde malgré 5 ans d’expérience, une infirmière avec 15 ans d’expérience gagne 1500 € net par mois avec un week-end de garde également : « C’est 300 € à 400 € de moins que dans le public, alors que les gens sont persuadés que dans le privé on gagne mieux… », soupire Khadija. Exerçant en libéral, les médecins n’ont pas fait grève. Mais ils ont soutenu le mouvement, certains passant tous les jours voir les grévistes.

« Et puis là, surprise : la direction nous a réquisitionnées en nous envoyant des huissiers à domicile pour nous remettre la lettre… Même au personnel en arrêt de travail… » En fait, dans le privé, et sans notion de danger imminent, le personnel ne peut pas être légalement réquisitionné. « On a même tenté de me réquisitionner sur un contrat que je n’avais pas encore signé », rigole Olivier, infirmier en remplacement depuis trois ans et demi, en contrats d’un à trois jours. Le tout assorti d’intimidations : « On nous a dit qu’on risquait 6 mois de prison et 10 000 € d’amende. Il paraît que ça venait d’un courrier de l’ARS (Agence régionale de santé) qu’on a demandé à voir et qui ne nous a jamais été montré… »

« Quand la direction s’est rendu compte que la manœuvre avait échoué, décision a été prise de transférer les patients ailleurs, dans des villes aux alentours, mais jusqu’à Rennes et Laval à 110 et 135 km de Nantes. Nous ne pensions pas que la direction viderait la clinique. C’est de la psychiatrie, beaucoup d’écoute, d’entretiens, de relationnel… Nous connaissons nos patients. Le jour du ballet des ambulances, nous étions très tristes. C’était du gâchis… » Évidemment, la direction de Ramsay a tenté le grand classique de la culpabilisation en parlant de « vraie prise en otage des patients ».

Une grève exemplaire

Fanny n’en revient pas : « La solidarité a été formidable ». Syndicale, amicale, militante… Au B17, lieu autogéré nantais situé à 800 m de la clinique, la soirée de soutien est à l’initiative du groupe des Féministes révolutionnaires qui a fourni croissants et café et prêté son mégaphone très apprécié par le piquet de grève.

Dans cette clinique pratiquement sans syndiqué·es, les grévistes ont découvert que leurs déléguées du personnel ne s’investissaient pas dans la grève. Et comme la direction ne voulait parler qu’avec ces représentantes connues, beaucoup de temps a été perdu. Mais l’auto-organisation a plutôt bien fonctionné. Si le mouvement a été bien suivi, plusieurs facteurs y ont contribué : les personnels non remplacées (aide-soignante de nuit, responsable hospitalière, responsable qualité…) ont mis un surcroît de pression. La dégradation des conditions de travail, le sous-effectif, l’absence de formation, les salaires au ras des pâquerettes ont cristallisé une énergie qui couvait.

« Et puis la mauvaise foi, les coups bas de la direction ont bien aidé à renforcer la cohésion d’un groupe qui fonctionnait déjà bien ensemble, très soudé. La division n’a jamais pris. Même avec les médecins ça n’a pas marché quand la direction leur a raconté : “Vous ne savez pas ce que les grévistes disent sur votre compte…” La grève a resserré les liens. Nous avons prévu une fête de fin de grève. On va se prendre un week-end, en louant un gîte pour être entre nous… » La solidarité a été formidable. Bon, 60 € d’augmentation, ce n’est peut-être pas énorme… Elles parlent à la fois de victoire et de défaite : « Nous perdons une petite bataille, mais la guerre n’est pas finie ».

La clinique du parc est le seul établissement psychiatrique privé à Nantes. Une cinquantaine de salariées, à 90 % des femmes, pour un établissement du groupe Ramsay santé, filiale du groupe australien Ramsay Health Care qui a en 2014 racheté la Générale de Santé en partenariat avec Crédit Agricole Assurances. Le chiffre d’affaires annuel de Ramsay Santé a grimpé de 51,7 % au bilan de juin 2019, et de 44,4 % (1,93 milliard d’euros) lors de la publication des chiffres en févier dernier.

 Publiéle 21/10/2020

Pour lutter contre les terroristes qui s’en prennent à nos libertés, la droite propose de… restreindre nos libertés

 

Par Loïc Le Clerc (site regards.fr)

 

N’allons pas jusqu’à dire que leurs remèdes seraient pire que le mal... mais peut-on croire une minute qu’on éteint un feu en l’attisant ?

Comme un symbole. Vendredi 16 octobre, Marine Le Pen réagit sur Twitter à l’attentat de Conflans : « L’islamisme nous mène une guerre : c’est par la force que nous devons le chasser de notre pays. » Il faudra attendre quelques minutes, et un deuxième tweet, pour que la présidente du parti d’extrême droite vienne adresser ses « pensées aux proches de la victime et à la communauté enseignante ». La guerre prime.

D’ailleurs, ils sont tellement occupés à lutter contre le terrorisme, au Rassemblement national, qu’ils n’ont pas le temps pour participer aux manifestations. Au Figaro, l’entourage de Marine Le Pen s’explique : « Nos responsables sont dans l’action politique. Ils travaillent à quelque chose de plus concret et en ont un peu marre de la "politique de la bougie" ». Tiens, on pense la même chose chez Les Républicains, de la bouche du président du conseil régional de PACA, Renaud Muselier : « Ce n’est pas avec des bougies qu’on combat l’islamisme ».

Bien sûr, dans les rangs du RN et de LR, on voit avant toute chose dans cet attentat terroriste l’acte d’un étranger. D’où cette réponse simpliste : expulsez-les tous. Mais il est des propositions plus insidieuses, liberticides au possible, allant contre toute conception républicaine de la politique.

Froussards de la République

Prenez Éric Ciotti par exemple. Le député LR est fatigué que l’on ne puisse pas, au nom de la lutte contre le terrorisme, faire passer toute et n’importe quelle loi. Dans Le Figaro, il accuse le Conseil constitutionnel de « lâcheté », coupable à ces yeux de censures au nom des « libertés individuelles ». Pour enjamber les « Sages », et donc la Constitution, Éric Ciotti propose qu’on légifère en matière d’antiterrorisme par voie de référendum pour « mettre au cœur de notre République une laïcité exigeante ». Venant d’un élu dont la principale obsession politique est d’inscrire dans la Constitution les « racines chrétiennes de la France », on ne sait que penser. Éric Ciotti souhaite également l’interdiction du voile pour les usagers du service public. On a connu idée plus respectueuse de la laïcité. Voilà donc le programme de monsieur Ciotti, des propositions fourre-tout-identitaire dont on a du mal à percevoir le lien avec la lutte contre le terrorisme.

Le maire LR de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret, se place sur la même veine que son collègue des Alpes-Maritimes, proposant une « restriction de la liberté de pensée » (il parle du salafisme, notamment) et que l’on cesse d’y être empêché par « certains problèmes constitutionnels ». « Guerre ! Guerre ! Guerre à l’islamisme ! », scande-t-il. Ça n’a peut-être l’air de rien, mais niveau rejet de l’État de droit, des institutions et des principes fondateurs de la République, ils placent la barre très haut.

Xavier Bertrand est, lui aussi, très inspiré pour lutter contre le terrorisme. Sa proposition phare pour « entrer en guerre contre les islamistes » : la fin de l’anonymat sur internet, évoquant « l’imam Google ». De quoi faire trembler les djihadistes jusqu’à Mossoul. C’est aussi l’avis de la députée LREM Laetitia Avia, laquelle était rapportrice il y a quelques mois d’une loi contre la haine en ligne, loi très largement censurée par… le Conseil constitutionnel. Mais là encore, qu’importe les institutions républicaines, il faut revenir à la charge, avec les mêmes idées. Par ailleurs, Xavier Bertrand aimerait lui aussi toucher à la Constitution pour « consacrer le principe de laïcité au même niveau que l’égalité, la liberté, la fraternité ». S’il faut inscrire toutes les valeurs de la République dans sa devise, ça risque de nous coûter cher en réfection des frontons de bâtiments publics.

C’est que la sécurité est la première des libertés, non ? Mais alors, que serait une République où la sécurité viendrait restreindre, voire annihiler nos libertés ? N’est-ce pas là le premier objectif des terroristes ? Les Républicains cèdent. Ils cèdent leur peur au terrorisme. Ils proposent d’entrer dans la danse et de répondre coup pour coup. La peur à la peur, la haine à la haine, la guerre à la guerre. En plus d’être les deux faces d’une même pièce, ils ont le même calendrier. Si la droite parle à tout-va de référendum, c’est parce qu’au Sénat, ce lundi 19 octobre, on examine la proposition de loi constitutionnelle visant à garantir la prééminence des lois de la République. Hasard du calendrier, dira-t-on.

La guerre, c’est la paix

Depuis des années – au moins 2015 –, nous subissons. Attentat après attentat, nous nous rassemblons, nous nous indignons et nous pleurons tous ensemble. Et, à chaque fois, il ne faut pas attendre bien longtemps pour que d’aucuns, rarement présents dans les moments de communions populaires, distillent leur poison. À la guerre que les terroristes espèrent déclencher, ceux-là répondent toujours présents. Ils mènent une guerre… sur les plateaux de télévision ! Une guerre de communication, donc, mais une guerre sale, ambiguë.

Et ailleurs. Sur la gauche de l’échiquier, que se passe-t-il ? À chaque fois, la gauche appelle à l’union populaire, au commun plutôt qu’à la haine. En janvier 2015, Regards écrivait ceci : « Se sortir de la guerre et non pas chercher à la gagner ». En novembre 2015, nous écrivions « Se sortir de la guerre ». En mars 2016, nous écrivions « Guerre à la guerre : dix thèses contre la peur ». Nous voici désormais en ce mois d’octobre 2020 à écrire « La guerre civile menace »... Mais les va-t-en-guerre sont plus forts que nous.

Peut-être faut-il se relire pour comprendre comment nous en sommes arrivés-là : [1]

« L’obscurantisme prospère à la mesure du délitement social et de la faillite des grands idéaux politiques qui permettent de se projeter dans l’avenir. Ce dont nous avons besoin, c’est de moyens inédits pour renforcer la cohésion sociale par un investissement massif dans l’humain, c’est-à-dire dans les services publics, le monde éducatif et culturel, le tissu associatif. Il nous faut endiguer tous les phénomènes de relégation, les amalgames et les discriminations, et réinvestir un imaginaire émancipateur. Ce crédo sera assumé à gauche ou ne sera pas.

Inspirée par la droite et le FN, la réponse dominante aujourd’hui se situe sur le seul terrain sécuritaire, comme si surveiller tout le monde et stigmatiser une partie de la population allait permettre de faire reculer la menace terroriste. [...] Dans un climat de peur, des solutions aussi absurdes que dangereuses pour les droits humains s’imposent dans le paysage. Elles renforcent l’original et non la copie. À gauche, nous avons tout à y perdre.

Les manifestations sont aujourd’hui interdites, mais on peut continuer à faire ses courses dans une grande surface… C’est une victoire pour ceux qui veulent nous terroriser et atteindre notre vie démocratique. Si l’on prend et défend la liberté de boire un verre en terrasse et de se rendre à des concerts, pourquoi ne pourrions-nous pas descendre dans la rue pour le climat ou les sans-papiers ? La menace terroriste va durer. Il n’est pas question d’inviter à l’imprudence, d’exposer des militants et citoyens au risque terroriste, mais nous devons être vigilants afin de ne pas transformer notre démocratie en un grand espace de contrôle social et laisser l’État profiter de cette situation pour casser les reins des mobilisations sociales. »

« L’émotion, c’est étymologiquement ce qui met en mouvement. Loin de nous murer chacun-e devant notre poste de télévision, il nous faut ensemble défier la peur en nous retrouvant, en échangeant, en réfléchissant, en agissant pour la paix, la liberté, la démocratie.

J’ai lu avec effroi de nombreux commentaires, sur les réseaux sociaux, qui attisent la haine. Plus que jamais, nous devons faire entendre la voix du refus des amalgames, des réactions racistes ou stigmatisant les musulmans, du refus des interprétations complotistes et antisémites que ces actes visent à alimenter. Nous devons faire entendre la voix de la justice sociale et de la paix.

Place de la République à Paris, la statue est toujours debout. Elle nous dit que la liberté, l’égalité et la fraternité sont les valeurs qui nous unissent. »

 

Loïc Le Clerc

Notes

[1] Ces extraits sont issus d’articles de Clémentine Autain publiés ici et .

 

Publié le 20/10/2020

Covid: Les soignants répondent à Castex sur les lits en réanimation

 

(site huffingtonpost.fr)

 

Jean Castex a estimé que des lits supplémentaires en réanimation n’étaient pas la solution miracle pour faire face à la pandémie de coronavirus.

POLITIQUE - Couper court aux critiques pour appuyer la décision du président de la République d’instaurer un couvre-feu dans certaines zones. C’était l’objectif du début de discours du Premier ministre, Jean Castex ce jeudi 15 octobre.

Mobilisés au même moment devant les Invalides à Paris, les syndicats et collectifs hospitaliers exprimaient leur colère et leurs désillusions: manque de lits, manque de personnel, démissions, déficit d’attractivité des professions médico-sociales... les sujets ne manquent pas.

Au Premier ministre qui a expliqué en introduction de son propos que des lits supplémentaires n’étaient pas la solution miracle pour faire face à la pandémie et que la formation de personnel supplémentaire prendrait plusieurs années, ils répondent que des moyens auraient pu être pris en amont pour enrayer la crise de l’hôpital.

Des lits comme en Allemagne

Au micro du HuffPost, le modèle qui revient souvent pour justifier l’ouverture de lits, c’est celui de l’Allemagne. “Il suffit de regarder la situation là-bas et comparer le nombre de morts pour comprendre. Il suffit de comparer”, explique ainsi Carmen, une infirmière.  

En Allemagne, le gouvernement dénombre 28.000 lits en soins intensifs, soit 6 lits pour 1000 habitants. C’est l’un des taux les plus élevés des pays de l’OCDE, après le Japon et la Corée. Ce taux d’équipement est près de 2 fois plus élevé que celui de l’Italie et de la France. Environ 9800 personnes sont décédées du Covid en Allemagne contre 33.000 en France.

Des difficultés d’accueil “anticipables”

Quant à la formation du personnel soignant qui manque cruellement dans certains services, ces manifestants interrogés évoquent le manque d’anticipation. “Il y aurait eu le temps de former au moins du personnel paramédical” entre les deux vagues de l’épidémie, estime Hervé, aide-soignant en réanimation. “Le personnel des urgences manifestait pour plus de moyens et plus de lits bien avant la crise du coronavirus”, plaide Sophie, une soignante.

Pour Baptiste, cette crise ne met qu’en exergue les difficultés déjà existantes dans l’hôpital public. Selon un rapport de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) du 3 juillet dernier, près de 4200 lits ont été supprimés dans les établissements privés et publics en 2018. Pour autant, l’activité n’a jamais diminué notamment aux urgences, où des records de fréquentation ont été battus.

Le Ségur de la Santé dont les conclusions ont été rendues début septembre prévoit normalement une enveloppe de 50 millions d’euros supplémentaires pour l’ouverture de 4000 lits à la demande dans les hôpitaux français. Une mesure effective “dès le mois de décembre et avant s’il le faut”, avait annoncé Olivier Véran.

 Publié le 19/10/2020

Trump et le délire complotiste

 

(site politis.fr)

 

La question du 3 novembre ne se résume plus à la seule issue du scrutin. Il est fort possible que Trump soit battu, encore qu’une surprise est toujours possible. Mais la vraie question est d’ores et déjà celle de la trace que cet homme va laisser dans la société américaine, et dans le monde.

Connaissez-vous Marjorie Taylor Greene ? Cette femme de 46 ans appartient à ce qu’il est permis d’appeler la galaxie Trump. Le Président vient de saluer bruyamment sa victoire à la primaire républicaine de Géorgie. « Une future nouvelle star du Congrès », s’est-il réjoui. Cette trumpiste fervente coche toutes les cases de l’ultra-droite conservatrice états-unienne. Pro-armes, pro-life, raciste au-delà de l’imaginable, et proche du Ku Klux Klan… Mais elle présente de surcroît une particularité encore peu connue chez nous. Elle est une adepte du mystérieux réseau QAnon (« Q », initiale du gourou fondateur, et « anon » pour anonymous) qui fait de Trump le preux chevalier sauveur de l’Amérique et du monde contre un vaste complot médiatico-politico-pédophile. Pour Marjorie Greene, l’actuel Président est aux prises avec un « deep state », un État profond satanique dont les membres s’adonnent à des pratiques pédophiles. Les musulmans, qui ne sont évidemment pas épargnés dans ce monstrueux délire, sont accusés de vouloir envahir le gouvernement américain en important également des mœurs scandaleuses…

L’ennui, c’est que ce discours n’est plus marginal, loin s’en faut. Le logo « Q » envahit désormais les rassemblements pro-Trump. Et Marjorie Greene n’est pas la seule de sa secte à briguer un siège au Congrès lors des élections du 3 novembre. Une autre étoile montante des Républicains et de QAnon, Lauren Boebert, propriétaire d’un restaurant dont les serveurs portent l’arme à la ceinture, vient de remporter la primaire républicaine en Georgie, un État du Sud. Et quelques autres avec elles. L’influence de la nébuleuse s’étend bien au-delà de la sphère politique. Après beaucoup d’atermoiements, Facebook s’est décidé en août à supprimer un groupe réunissant plus de 200 000 personnes et 1 500 pages liées à QAnon, diffusant des contenus qualifiés de « violence potentielle ». Ce qui veut dire que les adeptes se comptent probablement en millions outre-Atlantique.

Le phénomène complotiste, démultiplié par les réseaux sociaux, ne date certes pas d’hier, mais il prend ici une dimension nouvelle. Et il nous dit quelque chose de l’ère Trump. Le caractère fantasque du personnage nous porte régulièrement à l’analyse psychologique. Mais, l’exercice, forcément réducteur, masque la dimension sociologique du « phénomène ». Lorsque Trump se présente à ses partisans depuis le balcon de la Maison Blanche, qu’il arrache son masque, et se frappe la poitrine, il n’est pas le matamore grotesque que l’on croit voir, nous autres encore un peu doués de raison, il est le « sauveur suprême » auquel le virus ne peut résister. Il ne mime pas Superman, il est Superman. Du moins pour des millions d’Américains.

À trois semaines de l’élection présidentielle, il n’est pas inutile de prendre la mesure du danger. Non que nous y puissions quoi que ce soit aux États-Unis, mais parce que le péril voyage vite et bien. La question du 3 novembre ne se résume plus à la seule issue du scrutin. Il est fort possible que Trump soit battu, encore qu’une surprise est toujours possible dans un système électoral qui défie toute logique démocratique. Mais la vraie question est d’ores et déjà celle de la trace que cet homme va laisser dans la société américaine, et dans le monde. Il n’est pas la cause du mal profond qui fracture ce pays ; il en est le symptôme, et un facteur aggravant. La première trace qu’il risque de laisser en cas de défaite, c’est une contestation des résultats, et la mobilisation sans aucun doute violente de ses partisans. Mais, au-delà même des prochaines semaines, le « trumpisme » n’est pas près de disparaître.

Beaucoup dans notre gauche – et ici même – ont peut-être trop analysé la victoire de Trump en 2016 à partir du seul facteur social. Celui-ci constitue évidemment la toile de fond.

Mais la prédominance raciale dans la motivation de ses électeurs s’en est trouvée minorée. La montée en puissance des super-complotistes de QAnon, dont le racisme est le fonds de commerce, nous invite à réajuster notre analyse. Une sorte de théorie du « grand remplacement », version états-unienne, est bien la marque de fabrique du trumpisme. Le parti de Marine Le Pen ne s’y trompe pas. Il vient d’envoyer une délégation en soutien au Président sortant. Le message est évidemment à destination de notre pays. Ce fantasme raciste ne peut être légitimé que par un rapport délirant à la vérité.

En 2016, beaucoup, à gauche, ont eu une petite faiblesse, discrète et passagère, pour Trump, au prétexte que le clan Clinton représentait tout ce que l’on déteste, d’arrogance et d’élitisme financier. Trop contents de voir la représentante du « système » mordre la poussière. Mais le remède Trump s’est vite révélé pire que le mal. Ce qui se passe aux États-Unis doit nous mettre en garde contre les tendances complotistes, même pour un profit politique de court terme. Elles ont toujours un contenu raciste. Nous savons par les bulletins météo que les vents comme les nuages viennent souvent de l’ouest… Les complotistes de QAnon ont déjà accosté en nombre, avec leur camelote. Même s’il est défait le 3 novembre, le « trumpisme » n’a pas fini de s’exporter.

 

par Denis Sieffert

Publié le 18/10/2020

Cuba est élu au Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU (pour la 5° fois)


de : joclaude (site bellaciao.org)
 

Source : Association France-Cuba-Paris Cuba a été élu au Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies, composé de 47 États membres et chargé de la promotion et de la protection des droits de l’homme dans le monde. Malgré les campagnes et les pressions des États-Unis, l’île détient un siège au sein de ce conseil, parmi les huit réservés aux États d’Amérique latine et des Caraïbes.

Cuba a été élu avec 170 voix, soit 88 % des membres de l’ONU, a déclaré le ministre des Affaires Etrangères Bruno Rodríguez Parrilla dans un message sur Twitter.

"Malgré la campagne de diffamation, les réalisations de Cuba ne peuvent être occultées", a déclaré le ministre des Affaires Étrangères.

Membre fondateur du Conseil des Droits de l’Homme, qui a remplacé l’ancienne Commission des droits de l’homme, Cuba est élu pour la cinquième fois membre de ce conseil intergouvernemental.

Dans son rapport sur l’élection, le ministère des Affaires Étrangères a noté que "fermement engagé dans la construction d’une société de plus en plus juste, avec le bien-être de l’être humain et la justice sociale, notre pays a obtenu le vote secret, direct et individuel de 170 membres de l’Assemblée générale des Nations Unies, en raison du respect et de l’admiration pour l’œuvre humaniste de la Révolution cubaine, principale garantie de la jouissance et de la protection des droits de l’homme sur l’île".

Le Ministère des Affaires Etrangères de Cuba a déclaré que cette mesure "honore l’autodétermination et la résistance du peuple cubain face aux graves obstacles et menaces causés par la politique unilatérale d’hostilité et d’agression ainsi que le blocus économique, commercial et financier imposé par les États-Unis, qui constitue une violation flagrante, massive et systématique des droits de l’homme et le principal obstacle à la réalisation d’objectifs plus élevés dans ce domaine".

Il s’agit également d’une reconnaissance - a ajouté le ministère des Affaires Etrangères dans une note - "des progrès significatifs que les Cubains et les Cubaines ont réalisés dans la jouissance de tous leurs droits et du bilan très complet du pays en matière de coopération internationale dans le domaine des Droits de l’Homme, démontrant par des faits concrets sa volonté sans équivoque d’engager un dialogue respectueux, franc et ouvert".

"Cuba entre au Conseil des Droits de l’Homme d’une manière constructive, avec son expérience de pays en développement qui défend le dialogue et la coopération, contrairement aux approches punitives et à la sélectivité, en faveur de la promotion et de la protection de tous les Droits de l’Homme pour tous", a souligné le ministère.

Source : Cuba Debate - Traduction : Romain Migus

 Publié le 17/10/2020

Communiqué de presse Ouverture dominicale du Polygone, injuste, irresponsable !

 

UD CGT Hérault

 

Communiqué de presse

Ouverture dominicale du Polygone, injuste, irresponsable !

L’Union Départementale vient de découvrir avec stupeur que le préfet de l’Hérault vient d’autoriser l’ouverture du Polygone le 18 octobre.

Comment comprendre cette décision en pleine alerte COVID et la semaine même de la mise en place du couvre-feu ?

Nous tenons à faire état de notre profonde colère.

Nous rappelons notre opposition aux ouvertures dominicales des magasins. Le dimanche doit être consacré à la vie familiale, à la vie culturelle, à la pratique sportive, aux repas en famille et entre amis…mais il est vrai que ces activités-là doivent être mises entre parenthèse et sont jugées dangereuses par le pouvoir… Les employeurs et les pouvoirs publics viennent de prendre une décision qui expose les salariés et les clients éventuels.

Nous appelons la population à faire preuve de civisme et de responsabilité, en ne se rendant pas dimanche au Polygone !

Nous rappelons en outre que :

Rien n’a été dit dans l’allocution présidentielle quant à la prise de mesures sanitaires répondant, d’une part, aux revendications des professionnels de la santé, du médico-social et de l’action sociale, en lutte ce jour partout en France – création de 100 000 emplois au niveau national pour les hôpitaux, 200 000 pour les Ehpad et 100 000 pour le secteur du médico-social et de l’action sociale, augmentation de salaire, ouverture de lits de réanimation dans les hôpitaux – et, d’autre part, à l’urgence de la situation avec une campagne de tests massive gratuits et des mesures protégeant le monde du travail prioritairement – masques gratuits fournis par les employeurs, réduction du temps d’exposition avec réduction du temps de travail.

En effet, sur les 357 nouveaux foyers de contamination recensés la semaine dernière, en France, plus du quart d’entre eux se trouvent sur les lieux de travail, dans les entreprises ! Viennent, ensuite, le milieu scolaire et surtout les universités dont on sait les conditions d’accueil des étudiants dans des amphithéâtres bondés. Et, en troisième position, les établissements de santé, hôpitaux et cliniques qui représentent une contamination sur dix. Ce qui montre à quel point il est urgent de supprimer le jour de carence des fonctionnaires qui, malades, se rendent au travail malgré tout, pour ne pas être pénalisés.

Aucune des mesures prises ne répond à cet état de fait. Alors que le Code de santé publique autorise déjà le ministre de la Santé à prendre des mesures d’urgence en cas d’épidémie, le Président fait de nouveau le choix de l’état d’urgence sanitaire généralisé à partir de vendredi à minuit, pour masquer les carences des pouvoirs publics, en matière de politique de santé.

L’État d’urgence, arrivé à son terme le 11 juillet dernier, est réactivé, en lieu et place d’une période transitoire qui devait courir jusqu’au 1er avril 2021. Alors que le Défenseur Des Droits qualifiait déjà cette mesure de disproportionnée, l’état d’urgence sanitaire va donner des pouvoirs exorbitants à l’exécutif et permettre la mise en place de mesures liberticides.

Dans ce contexte, la mise en œuvre d’un « couvre-feu » imposé aux résidents de huit grandes métropoles, en plus d’être une atteinte aux libertés individuelles et collectives, ne correspond pas aux mesures à prendre au préalable, concernant travail, milieux scolaire et médical.

Au lieu de faire planer la responsabilité des nombreuses contaminations sur les populations qui feraient prétendument passer leur liberté individuelle avant leur devoir de citoyen, le Gouvernement serait mieux avisé de répondre au besoin de renforcement de notre système de protection sociale solidaire.

 

 

Montpellier le 16 octobre

 Publié le 16/10/2020

Ordonnances pour l’hôpital

 

par Martine Bulard  (site monde-diplomatique.fr)

 

 «Afin de comptabiliser le nombre exact des éloges qui nous sont envoyés chaque année, pourriez-vous me communiquer chaque lettre de remerciements que vous recevez ? » La requête n’émane pas du patron d’une boutique de téléphones, mais d’une cadre des Hôpitaux de Paris - Assistance publique (AP-HP) chargée des relations avec les usagers… Une conception de l’hôpital-entreprise portée à son paroxysme. Le neurochirurgien Stéphane Velut raconte avec talent ces séminaires (obligatoires) sur la gestion, où de brillants experts de cabinets privés appointés à prix d’or n’hésitaient pas à expliquer qu’il « fallait désormais transformer l’hôpital de stock en hôpital de flux (1)  » — traduction : il faut plus de malades pendant moins longtemps.

Pas étonnant que les soignants soient vent debout. Certains ont rédigé un manifeste (2), traçant des pistes pour un « nouveau service public de santé » autour de cinq axes : « le service public de l’assurance-maladie ; [celui] des soins et de la prévention ; le service de la sécurité sanitaire et de la santé publique avec la création d’un établissement public du médicament ; [celui] de l’enseignement et de la formation continue ; [celui] de la recherche en santé ».

Ce manifeste aurait pu servir de base de discussions pour le « Ségur de la santé », dont les décisions apparaissent bien pâles : les personnels paramédicaux et non médicaux toucheront au mieux 183 euros net de plus par mois — la France est au vingt-troisième rang des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour le salaire des infirmiers (en parité de pouvoir d’achat). En parallèle, le gouvernement continue à pousser à la suppression de lits (250 à Caen, 600 à Bichat et Beaujon à Paris…)

Pour comprendre la nécessité de rompre avec ces choix et surtout de (re)bâtir un système de santé cohérent qui garantisse l’accès aux soins, l’ouvrage collectif dirigé par le diabétologue André Grimaldi et le sociologue Frédéric Pierru (3) tombe à pic. De la médecine de ville à l’hôpital, de la prévention à la chirurgie de pointe, des urgences à la prise en charge des maladies chroniques, les auteurs tirent les leçons de l’expérience et innovent. On découvre les pratiques développées dans les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) et les débats qu’elles suscitent, l’apport des « infirmières Asalée » (Action de santé libérale en équipe), le rôle des associations de patients, les problèmes de la fin de vie… Aucun sujet n’est écarté, y compris le mode de rémunération des médecins libéraux, et le « prix de la santé ». C’est sans doute l’un des ouvrages les plus stimulants pour la réflexion et l’action.

Il y manque cependant un volet : celui de l’industrie des équipements médicaux, rarement abordé par les spécialistes. L’économiste Jean-Pierre Escaffre, le syndicaliste de la Confédération générale du travail (CGT) Jean-Luc Malétras et l’ancien directeur d’hôpitaux publics Jean-Michel Toulouse comblent ce vide avec Des soins sans industrie (4). La pandémie a mis en évidence les conséquences de l’absence de production nationale de médicaments, de masques, de respirateurs, etc. Le constat des auteurs est sans appel : dans le domaine des « dispositifs médicaux » (imagerie, implants, machines et produits pour tests, logiciels…), la France dépend pour l’essentiel des États-Unis, de l’Allemagne et dans une moindre mesure du Japon.

Au-delà de l’aspect économique et des risques de pénurie, les équipements contribuent à modeler les pratiques. Ainsi, les machines en provenance des États-Unis sont liées à la conception américaine du patient qui n’est pas celle de la France. Même si elles sont adaptées moyennant finances, on est loin d’un dispositif qui aurait été pensé en amont, en coopération avec les soignants. C’est encore plus vrai pour la télémédecine et les nouvelles technologies qui supposent collecte de données de santé disparates, gestion de bases de données, etc. Pour ce secteur essentiel, les auteurs proposent de s’appuyer sur les petites et moyennes entreprises de pointe existantes, et sur de grands groupes comme Thales. Repenser le système de santé passe aussi par l’industrie.

 

Martine Bulard

(1) Stéphane Velut, L’Hôpital, une nouvelle industrie, Gallimard, coll. « Tracts », Paris, 2020.

(2) André Grimaldi avec Olivier Milleron, François Bourdillon et le Collectif inter-hôpitaux, « Santé : le programme des “jours heureux” », sur le site des éditions Odile Jacob, 4 juin 2020.

(3) André Grimaldi et Frédéric Pierru (sous la dir. de), Santé : Urgence, Odile Jacob, Paris, 2020, 290 pages, 23,90 euros.

(4) Jean-Pierre Escaffre, Jean-Luc Malétras et Jean-Michel Toulouse, Des soins sans industrie, publié à compte d’auteurs, 112 pages, 15 euros, à commander sur le site dessoinssansindustrie.fr

 Publié le 15/10/2020

 

Clémentine Autain : « Plutôt que casting, parlons contenu »

Diego Chauvet (site humanite.fr)

 

À gauche en sortant de l’hypermarché est le titre du nouveau livre de la députée FI, signataire d’un appel à une candidature commune en 2022. Entretien.

Pourquoi avoir choisi la figure de l’hypermarché pour votre livre ?

Clémentine Autain C’est un lieu qui symbolise « l’hyper marché ». Fruits de la société de consommation et du capitalisme triomphant au XXe siècle, les hypermarchés comme les centres commerciaux sont des mastodontes physiques qui incarnent à la fois la logique du profit, le gaspillage maximum et la déshumanisation des rapports au travail. La caissière, que l’on semble avoir découverte avec la crise sanitaire, est une figure emblématique du prolétariat contemporain. À travers ce lieu, on balaie toutes les pathologies de notre société. J’ai donc construit ce livre comme le parcours-client : du marketing en y entrant pour susciter la pulsion d’achat et l’étourdissement devant la marchandise au grand gaspillage des emballages dès que l’on rentre chez soi ranger les produits. Si j’ai choisi un lieu, c’est aussi parce que je crois profondément que lorsqu’on est attaché à la valeur d’égalité, il faut la penser sur un plan social, mais aussi territorial. Or, l’installation des hypermarchés a façonné les périphéries urbaines et participé activement à la désertification des centres-villes comme au tout-voiture.

Vous proposez de sortir de cette société « par la gauche ». C’est-à-dire ?

Clémentine Autain Déjà, ça veut dire ne pas en sortir par le projet d’Amazon, sans caisses et sous surveillance, ou par un système à double vitesse comme le hard-discount pour les uns et le bio pour les autres. Je propose d’imaginer comment, en sortant des normes néolibérales et de la folie marchande, on peut penser un modèle de développement qui parte de nos besoins pour organiser la société. C’est une sortie par la gauche parce qu’elle s’inscrit dans la tradition historique de quête d’émancipation humaine qui l’a façonnée. Il s’agit de répondre à nos besoins véritables, et non à ceux, artificiels, fabriqués par le capitalisme. C’est le fil qui permet de redonner du sens.

La gauche est-elle en mesure de proposer autre chose, de donner du sens ?

Clémentine Autain Oui. Ce que j’appelle « nouveau tout » est en train d’arriver à maturation, qui allie transformation sociale et écologie. Cet alliage est très fort pour bien saisir la société d’aujourd’hui et les transformations nécessaires. C’est notre force pour demain. Jusqu’ici, par exemple, à gauche, on porte la revendication de plus de pouvoir d’achat. Or, si on est cohérent avec le progrès véritable dont je parle dans mon livre, on devrait revendiquer du pouvoir-vivre. Si l’on veut augmenter les bas salaires, ce n’est pas pour pouvoir acheter plus, mais pour pouvoir vivre dans la dignité et pour faire vivre la justice sociale. La façon de présenter les choses peut dégager une nouvelle cohérence. L’intérêt des salariés et l’intérêt environnemental sont étroitement liés. Si la gauche est radicale, elle prend les problèmes à la racine. C’est pour cela que je ne crois absolument pas à un « capitalisme vert ».

D’autres, à gauche, croient au capitalisme vert. Vous êtes signataire de « l’appel des 1 000 » en faveur d’un rassemblement pour 2022. Peut-elle y parvenir malgré ce genre de divergences ?

Clémentine Autain On parle beaucoup de la stratégie de chaque parti et du casting. Mais commençons par le contenu politique. Les alliances nouvelles doivent se fonder sur un diagnostic partagé de ce qui n’a pas fonctionné lorsque la gauche était au gouvernement et sur les conséquences à en tirer pour demain. Oui, il faudra rassembler le plus largement possible, dans le pays et pas seulement entre les partis, pour changer vraiment les choses une fois au pouvoir. Pour y arriver, il faut un projet neuf de transformation en profondeur, c’est-à-dire qui prenne à la racine les problèmes.

 Publié le 14/10/2020

ÉDITO. Parce que c’est notre projet !

 

par Pierre Jacquemain (site regards.fr)

 

Ils le disent tous, dans tous les partis, toutes les assemblées, tous les plateaux de télévision, avant chaque élection : la gauche sera rassemblée ou ne sera pas. Le dire, c’est bien, mais le faire, c’est une autre paire de manches !

En l’espace de quelques jours, deux pétitions invitent au rassemblement. L’une revendique que l’Île-de-France mérite son « printemps » aux régionales de mars prochain – en référence à la victoire du printemps marseillais, coalition de gauche, des écologistes et de la société civile à Marseille. L’autre en appelle à une candidature unique de toute la gauche à la présidentielle de 2022. Tout le monde à gauche et chez les écologistes n’ont que ce mot à la bouche : rassemblement. Des semaines, des mois, des années que tout le monde le jure : plus-rassembleur-que-moi-tu-meurs. Tout le monde est d’accord pour dire que personne n’est en capacité de gagner seul. D’où la nécessaire unité. Certains voudraient même créer une « maison commune », c’est le cas des écologistes, quand d’autres à La France insoumise créeraient une « fédération populaire ». Un appel pour une fédération populaire en Ile-de-France vient même d’être lancée. Pourtant, élection après élection, du scrutin européen en passant par les municipales aux législatives partielles ou aux sénatoriales, la gauche part en ordre dispersé, à quelques exceptions près. Pourquoi, alors ce discours permanent sur l’union, le rassemblement ?

Sans doute parce que ce discours est attendu. Parce que la colère face au quinquennat que nous subissons chaque jour toujours plus – plus liberticide, plus autoritaire, plus conservateur et plus libéral encore que les quinquennats de Sarkozy et Hollande réunis – nécessite une riposte politique qui, à défaut de se faire dans la rue en ces temps-ci de crise sanitaire, doit s’imposer dans les urnes. Sans doute aussi que notre pensée arithmétique nous conduit à la conclusion que l’addition des intentions de vote d’une offre pléthorique de candidats de gauche sur la ligne de départ – qu’il s’agisse des élections régionales ou de la présidentielle – offriraient (enfin) de belles perspectives électorales. Et peut-être in fine de déjouer le duel Le Pen-Macron. Tout le monde, à gauche, en rêve. Le sondage du JDD de la semaine dernière nous livre ainsi quelques enseignements... qui font froid dans le dos. Certes un sondage à deux ans d’une échéance est critiquable. Et peut-être même contestable sur le plan démocratique. Certes on a vu passer et repasser les sondages de 2015 qui donnaient Juppé vainqueur pour l’élection de 2017. Certes, mais quand même…

La gauche et les écologistes, lorsqu’ils partent en solo avec cinq, voire six candidats pèsent globalement un peu moins de 30%. Première douche froide. Quand un candidat de rassemblement de toute la gauche et des écologistes est testé, il ne pèse plus que 13% (hypothèses Jadot ou Hidalgo) et 15% (hypothèse Mélenchon). De quoi s’interroger sur la stratégie de rassemblement. C’est 15 points de moins que l’addition de leurs scores s’ils étaient candidats, chacun, dès le premier tour. C’est beaucoup. Et c’est une seconde douche froide. En effet, une minorité des électeurs de Mélenchon, de Jadot ou d’Hidalgo seraient prêts à voter pour l’un de ces trois candidats. Cela accréditerait-il la thèse de Valls sur les deux gauches irréconciliables ? Pas sûr. Mais la gauche et les écologistes auraient tort de ne pas voir ce que révèle le sondage. Une fracture de taille. Et c’est sans doute là-dessus que le travail doit être mené pour espérer rassembler la gauche et les écologistes. Parce qu’il ne suffit pas de dire qu’il faut un projet de transformation sociale et écologique pour rassembler. Il y a sans doute infiniment plus de sujets d’accords qu’il n’y a de désaccords mais ça ne doit pas occulter ce qui fâche.

Pour l’heure, la gauche n’est pas prête pour 2022. C’est un euphémisme. La vérité c’est que ni la gauche ni les écologistes n’ont de projet.

Parce qu’il ne s’agit pas de « faire mieux » que Macron – ou les autres. Il s’agit de changer de paradigme. De penser différemment. Et surtout, de ne pas décevoir. Et ne pas décevoir c’est aussi ne pas céder aux compromis. Ces compromis qui ont tué la social-démocratie. Et l’Europe avec. La politique, c’est aussi du conflit. Un projet clair. Qui change radicalement la donne. Il y a un terrain d’entente là-dessus à gauche et chez les écologistes. Tout le monde a bien conscience que l’urgence sociale, écologique, démocratique nécessite de sortir de la politique du pas-à-pas. De la mesurette. Il faut des mesures fortes. Un changement profond de doctrine. Penser une société de la sobriété, comme le suggèrent les écologistes. Il y a consensus là-dessus. Mais sur bien d’autres sujets, difficile de faire force commune : la laïcité, l’Europe, la souveraineté, le protectionnisme, le rôle de l’État, le féminisme, la croissance (ou pas), la dette, l’immigration, la police, le racisme… Que faire de ces désaccords ? Que faire de ces fractures qui font mal à la gauche ? Et la fracasse parfois.

Certains affirment avoir déjà le projet pour 2022. Il suffirait de recycler le précédent projet en le réajustant à la marge. Pourtant, la crise que l’on vient de traverser et que l’on va traverser encore quelques mois – et ses effets sur la hausse spectaculaire des inégalités et la paupérisation aggravée de la société – ne nécessite-t-elle pas de tout revoir, de tout repenser, de tout reprendre et de repartir à zéro ? Pour l’heure, la gauche et les écologistes ne sont pas prêts pour 2022. C’est un euphémisme. La vérité c’est que ni la gauche ni les écologistes n’ont de projet. Peut-être après tout que les uns et les autres se disent que ça sera pour le coup d’après. Pour 2027. Ce serait un aveu terrible et un abandon impardonnable des personnes les plus vulnérables : celles qui qui subissent les injustices, les inégalités, le racisme, chaque jour.

C’est maintenant que le rassemblement doit s’opérer. Non pas pour faire campagne et poser sur les affiches mais pour travailler le projet. Parce que c’est bien d’un projet collectif, des quartiers populaires aux campagnes jusque dans les centres urbains, dont nous manquons. Et peut-être alors qu’un jour la gauche et les écologistes pourront le dire : parce que c’est notre projet !

 

[Pierre Jacquemain->http://www.regards.fr/auteur/pierre-jacquemain

 Publié le 13/10/2020

Pour une finance publique responsable

 

(site politis.fr)

 

Alors que se profilent les plans de relance après la crise du Covid-19, le secteur des banques de développement doit soutenir une réorientation de l’économie vers la transition écologique et sociale.

Dans un mois, Paris accueillera le sommet mondial des banques publiques de développement, appelé « Finance en commun », sous le haut patronage d’Emmanuel Macron. Quatre cent cinquante institutions financières publiques s’y réuniront ainsi que des chefs d’État. C’est une première, dont l’objectif affiché est de « répondre au besoin commun de construire de nouvelles formes de prospérité qui prennent soin des vivants de manière résiliente ».

Si ces banques dites de développement n’ont, contrairement à leurs homologues commerciales, pas pignon sur rue, leur rôle dans l’économie n’en est pas moins crucial. C’est d’autant plus le cas du fait de la pandémie de Covid-19 et de la crise sociale et économique qui en découle. Ces banques interviennent à toutes les échelles géographiques : internationale, régionale et locale. Elles détiennent 11 200 milliards de dollars d’actifs et représentent 10 % des investissements mondiaux. En France, elles sont incarnées par la Caisse des dépôts et consignations (CDC), la Banque publique d’investissement (BPI) et l’Agence française de développement (AFD).

Compte tenu de ce poids et de ce qu’elles ont engagé en réaction à la crise, ces institutions ont la capacité d’impulser une réorientation salutaire de l’économie, à condition qu’elles aient pour objectif la résilience sociale, sanitaire et climatique ainsi que les droits humains. Il est impossible, cependant, de ne pas ressentir une impression de déjà-vu. Ces derniers mois, selon l’ONG Oil Change International, près de 151 milliards de dollars ont déjà été dépensés en soutien aux énergies fossiles dans les plans de relance des pays du G20, contre seulement 89 milliards de dollars consacrés aux énergies propres.

Par ailleurs, l’histoire peut rendre sceptique. En effet, le caractère néfaste, socialement contre-productif et contraire aux droits humains de nombre des projets soutenus par ces banques publiques est de longue date établi par divers acteurs de la société civile à travers le monde. En outre, les catastrophes climatiques survenues ces dernières semaines démontrent la fragilité de toute relance faisant fi du changement climatique. Celui-ci agit d’ailleurs comme un multiplicateur de la crise actuelle, puisqu’il aggrave la détresse sociale et porte atteinte aux droits humains. Indexer les financements sur une réponse environnementalement et socialement juste est donc primordial. C’est une priorité diplomatique affichée de la prochaine COP, prévue en 2021 à Glasgow.

En matière de finance climatique, la France a l’ambition d’être première de cordée, mais beaucoup reste à faire. Depuis 2009, plus de 9 milliards d’euros ont financé des projets pétroliers et gaziers, via les garanties publiques au commerce extérieur de la BPI. Total en a ainsi bénéficié pour le mégaprojet gazier au Mozambique, par ailleurs hautement contesté. Tartufferie ultime, à quelques semaines du sommet « Finance en commun », le gouvernement s’apprêterait à soutenir à nouveau l’extension du projet gazier dans l’Arctique, lui aussi mené par Total.

Organisatrice de ce sommet prévu dans le cadre du Forum de Paris sur la paix, la France déploie un important effort diplomatique. Il est indispensable qu’elle soit exemplaire et alloue chaque euro d’argent public à une relance écologique et solidaire. En somme, ce sommet dit « pour la paix » doit évidemment se saisir de la question du changement climatique, puisque celui-ci alimente conflits, guerres et atteintes aux droits humains.

Pour un alignement véritable avec l’accord de Paris et le maintien de l’augmentation de la température mondiale à seulement 1,5 °C, il faudrait réduire les émissions de moitié avant 2030, puis totalement d’ici à 2050. Pour ce faire, il est impératif de cesser de financer « toute entreprise qui développe l’extraction de fossiles ou les infrastructures, ou qui explore de nouvelles réserves (1) ». C’est cela que nous souhaitons entendre en novembre, plutôt que de vagues promesses pour une « neutralité carbone d’ici à 2050 ». La finance façonne notre présent et détermine notre avenir. C’est pourquoi, depuis des années, le mouvement en faveur du désinvestissement fossile et pour la justice climatique pousse les citoyen·nes à se réapproprier ces enjeux et à exercer un réel contrôle, empêchant ainsi que ne se prolonge ce fatal statu quo.

(1) « Principles for paris-aligned financial institutions », Rainforest Action Network, sur www.ran.org

par Clémence Dubois Clémence Dubois Responsable France pour 350.org

 Publié le 12/10/2020

Pourquoi il est irresponsable de réclamer plus de moyens pour la police

 

(site lepoing.net)

 

Le 28 septembre, des élu·es de l’Hérault, dont la députée LFI Muriel Ressiguier, se sont entretenu·es avec le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. Conclusion de la réunion : une demi-compagnie de CRS débarque sur Montpellier. Comment la parlementaire insoumise, dont le parti est parfois critique envers la police, justifie une telle mesure ?

C’est Michaël Delafosse, maire PS de Montpellier, qui a fait des pieds et des mains pour que cette rencontre ait lieu. Il était accompagné de Jean-Pierre Grand, sénateur LR, Muriel Ressiguier, députée LFI, Jean-François Eliaou, Coralie Dubost, Nicolas Démoulin, Patricia Miralles et Patrick Vignal, député·es En Marche. L’entrevue a duré près de deux heures, avec ce résultat : trente policiers supplémentaires sont en poste à Montpellier depuis jeudi et jusqu’à samedi. Un dispositif reconductible « les prochaines semaines » a annoncé Gérald Darmanin, « au moins un mois » selon Patrick Vignal (Midi Libre, 30/9). Il faudra donc s’habituer à voir davantage de patrouilles dans la métropole en fin de semaine. Avec quelles perspectives ? Le Poing s’est entrenue avec Muriel Ressiguier pour en savoir plus.

Des renforts et du pouvoir

La députée insoumise précise d’emblée qu’elle souhaitait bel et bien trente policiers supplémentaires, mais que c’est « Patrick Vignal qui a pris l’initiative pour que ce soit des CRS », ce qui n’était pas son vœu. Il s’est aussi discuté de la possibilité, pour les policiers municipaux, de pouvoir consulter le fichier des personnes recherchées, « mais on a été un certain nombre a refusé ». En revanche, la police municipale pourra désormais fermer les établissements « qui nuisent à la tranquillité » et avoir accès au système d’immatriculation des véhicules, au système national des permis de conduire, et au fichier des objets et véhicules signalés. Des élus ont aussi réclamé que certains policiers municipaux puissent jouir du statut d’officier de police judiciaire, sans suite pour le moment.

Non, la police n’a pas besoin de moyens

Muriel Ressiguier assume la posture : « La sécurité, c’est une question sur laquelle je suis saisie quasiment quotidiennement, il ne faut pas laisser ce thème à l’extrême-droite, sinon on se retrouve avec des manifestations “contre la racaille”, comme à Palavas cet été. Il faut redéfinir les contours de l’insécurité, qui est certes sur la voie publique, mais aussi au travail, dans l’accès au logement, à la santé, aux services publics, etc. Avec Michaël Delafosse, on a insisté sur le sens du métier de policier, et la nécessité de moyens humains et d’une meilleure formation, notamment dans la prise en charge des plaintes pour violences sexistes. Il faut renouer avec la police de proximité. » Tout y est : moyens, formation, police de proximité ; le sacro-saint triptyque de la gauche.

Plus de moyens ? Le ministère de l’Intérieur se félicite d’une « augmentation historique de ses crédits de plus d’un milliard d’euros par rapport à l’an dernier ». Le budget de l’Intérieur n’a pas souffert des politiques d’austérité : en 2009, l’Intérieur représentait 13,5% des emplois de l’État contre 15% en 2019.
Plus de formations sur le racisme, la réception des plaintes pour violences sexistes, la gestion des manifestations ? Les policiers
votent massivement pour Le Pen. Le secrétaire héraultais d’Alliance police nationale, syndicat majoritaire, donne régulièrement des interviews à Lengadoc-info, un site tenu par un militant de La Ligue du Midi, groupe raciste et homophobe. Le secrétaire national de FO Police a déclaré, à propos d’un gilet jaune qui s’est fait arracher la main par une grenade : « C’est bien fait pour sa gueule ». Le site Paye ta police recense d’innombrables témoignages sur les dépôts de plainte pour viol : « Vous étiez habillée comment ? Ah, je comprends mieux. Et il a mis un ou deux doigts ? », « Ce n’est pas un vrai viol, c’est quoi cette mode de porter plainte ? Vous êtes un cas social », « À sa place, j’aurais fais pareil ! », etc. Dans ces conditions, la police n’a pas besoin de formations, mais d’une purge.

Quant à la fameuse police de proximité, c’est un concept creux, dont on ne voit pas vraiment à quoi il fait référence : elle n’a existé que cinq ans en France, entre 1998 et 2003, et n’a rien changé aux pratiques du maintien de l’ordre.

Affaiblir, désarmer, dissoudre

La revendication du renforcement des moyens et des formations sont partagées par l’ensemble du spectre politique institutionnel, de La France insoumise aux Républicains en passant par le Rassemblement national et le Parti socialiste. Cette revendication avalise l’idée selon laquelle il ne faudrait pas une rupture avec la police, mais un renforcement des politiques préexistantes. Mais les contrôles au faciès, les remarques sexistes, les mutilations et les atteintes inédites au droit de manifester, récemment dénoncées par Amnesty international dans un rapport, ne s’expliquent pas par un problème de moyens, mais de fins, d’idéologie, de culture. Même si l’on opte un point de vue républicain, comment tolérer que des policiers d’Alliance profèrent ce genre de menaces : « Si nos collègues venaient à être injustement condamnés [pour des faits commis lors du mouvement des gilets jaunes], nous saurons ce qui nous reste à faire… et notre colère, personne ne pourra la contenir ».

Les donneurs d’ordre comme de nombreux policiers « de terrain » ont conscience de leur rôle, et des brigades entières sont proactives, autonomes, dans le sens où elles décident largement de ce qu’elles font sans en rendre toujours compte, comme les brigades anticriminalité et, dans une moindre mesure, les compagnies départementales d’intervention. Ces bandes armées dans lesquelles l’idéologie d’extrême-droite prospère ne tolèrent pas qu’on remette en cause le moindre de leur pouvoir. Même Christophe Castaner a été jugé trop doux par les syndicats policiers, qui ont obtenu sa démission et le maintien de l’interpellation par étranglement après une mobilisation policière qui se voulait une réponse au mouvement Black Lives Matters.

Une organisation qui prétend renverser le capitalisme ne pourra pas faire l’économie d’une confrontation avec la police. Dès lors, mieux vaut travailler à faire émerger l’idée d’une rupture radicale avec la police dans l’opinion publique, plutôt que de se ranger derrière des revendications qui, au final, ne profiteront qu’à l’extrême-droite. Certes, La France Insoumise réclame toujours officiellement la dissolution des BAC, mais elle n’assume toujours pas un discours de rupture avec la police, et dédouane toujours les policiers sous prétexte qu’ils recevraient des ordres. Peut-être que ces pudeurs de gazelle s’expliquent par une volonté de respectabilité, d’éligibilité. Pourtant, avec les gilets jaunes, la répression, autrefois cantonnée à des « marges » de la société – les quartiers populaires, les hooligans, les militants – s’est maintenant démocratisée, et la sortie au cinéma d’Un pays qui se tient sage atteste de la centralité de la question policière.

Dans le sillage du mouvement insurrectionnel étasunien né après le meurtre de George Floyd, l’abolition de la police a pris une place majeure. Ce mouvement abolitionniste considère que toute réforme de la police ne vise qu’à la renforcer. Oui, il faut affaiblir la police, purger ses éléments racistes, sexistes, leur contester leur droit de débattre seul du maintien de l’ordre. Oui, il faut désarmer la police, détruire les LBD, les grenades, sans lesquels les gilets jaunes auraient probablement triomphé. Oui, il faut dissoudre la police nationale, née sous le régime de Vichy par un décret de Pétain, en commençant par la dissolution des BAC, CDI, BRAV et autres CSI. Il est absolument irresponsable de déléguer notre sécurité à des bandes armées acquises aux idées d’extrême-droite.

Une fois dit cela, la question de la lutte contre les crimes – qui demeurera une nécessité dans toute société – reste entière. En mars 2016, les anarchistes grecs d’Exarchia ont défilé armés pour lutter contre les dealers. L’un d’eux sera exécuté par la suite. Le crime organisé est toujours contre-révolutionnaire, et seule une répression structurée peut en venir à bout. Il n’est d’ailleurs pas inutile de se demander quelle est la position de la France vis-à-vis du trafic de drogue, quand on sait que le Maroc – grand ami de la France – produit l’essentiel du cannabis importé en Europe sans que cela ne soit jamais évoqué, et que la légalisation du cannabis n’est toujours pas à l’ordre du jour alors qu’elle déstabiliserait profondément le trafic. Sans évoquer la consanguinité entre les milieux criminels et les milieux d’affaires, ces derniers étant bien représentés dans les cercles de pouvoir. Petit bonus : le traçage des armes des frères Coulibaly remonte à Claude Hermant, un indicateur d’extrême-droite de la gendarmerie.

Pour ce qui est des faits rangés sous ce que l’on appelle délinquance, deux réflexions : d’une part la population doit s’organiser pour être en capacité de riposter collectivement face à des agressions verbales ou physiques de faible envergure (à l’image de cette association montpelliéraine renouant avec l’autodéfense féministe), et d’autre part, il faut réaffirmer l’idée selon laquelle l’ordre – économique, social, politique – est un tout, et qu’on peut donc légitimement s’attendre à ce qu’une révolution anticapitaliste fasse perdre de son attrait à toute une série de petits larcins.

« Je croirai n’ajouter rien de superflu, messieurs, en vous faisant remarquer que […] la police, par sa nature, est antipathique à toute liberté. » (Alphonse de Chateaubriand, Opinions et discours politiques, 1828)

« Comment dans un pays où tout doit marcher par les lois établir une administration dont la nature est de les violer toutes ? […]. Récompenser le crime, punir la vertu, c’est toute la police. » (Alphonse de Chateaubriand, De la monarchie constitutionnelle selon la Charte, 1816)

 Publié le 11/10/2020

Débat parlementaire:
IVG : débats houleux autour du vote de l’allongement du délai légal

L’Assemblée nationale vote l’allongement du délai légal de 12 à 14 semaines de grossesse

 

Par Jean-Marie DINH (site altermidi.org)

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Le texte qui allonge le délai légal d’accès à l’IVG de 12 à 14 semaines de grossesse (16 semaines d’aménorrhée), a été voté hier par 86 voix pour, 59 contre et 7 abstentions, la plupart des groupes politiques étant partagés. C’est désormais au tour du Sénat de s’en saisir.

Dix heures de débats et des pics de tension : l’Assemblée nationale a adopté en première lecture une proposition de loi visant à allonger le délai légal pour l’avortement, mais son examen a ravivé les passions sur ce sujet jugé « sensible » par le gouvernement, prudent face à la majorité.

Du fait d’un manque de praticiens et de la fermeture progressive de centres IVG, il s’écoule souvent plusieurs semaines entre le premier rendez-vous et l’intervention. Chaque année, entre 3 000 et 4 000 femmes « hors délai » partiraient avorter à l’étranger, selon un rapport parlementaire publié en 2000.

Le débat fait suite à un rapport parlementaire de la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée qui préconisait cette mesure. 116 amendements ont été déposés.

Huées, bronca ou à l’inverse salves d’applaudissements : les débats entre les partisans du texte et ses opposants, de la droite et d’ex-« marcheurs » comme Joachim Son-Forget et Agnès Thill, ont fait resurgir les fantômes des discussions sur la loi Veil, adoptée il y a 45 ans.

« Nous attendons que les femmes puissent vivre leur accès à l’avortement comme elles le souhaitent. Les entraves continuent dans notre pays », a tonné l’élue LREM Aurore Bergé.

« Personne ne remet en cause le droit à l’IVG », se sont défendus à plusieurs reprises les parlementaires de droite.

L’ex-LREM Matthieu Orphelin, président du groupe EDS (Écologie, démocratie, solidarité) qui avait mis ce texte à l’ordre du jour, s’est félicité d’avoir « tenu bon »: « Les combats pour les droits des femmes sont toujours difficiles face aux conservateurs ».

De la gauche à la droite, tous les députés ou presque ont invoqué les mânes de Simone Veil décédée en 2017, qui a fait adopter la loi dépénalisant le recours à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), pour défendre leurs positions.

Le ministre de la Santé Olivier Véran avait d’emblée qualifié le sujet de « sensible », voire « prématuré ».

Le gouvernement avait choisi d’avancer avec prudence sur un terrain qu’il juge trop miné pour être débattu lors d’une « niche » parlementaire. Un avis largement partagé à droite.

Portée par la députée EDS Albane Gaillot, la proposition de loi a obtenu un large soutien de LREM. Elle fait suite à un rapport parlementaire de la délégation aux Droits des femmes de l’Assemblée qui préconisait cette mesure sur le délai de l’IVG.

« La crise sanitaire et le confinement ont compliqué l’accès à l’IVG, alors qu’il existe déjà des résistances éthiques et des disparités territoriales », a indiqué Albane Gaillot.

Le droit à l’avortement est encore un droit fragile

Si les alliés de la majorité MoDem et Agir se sont montrés majoritairement opposés à la réforme, l’ensemble de la gauche a soutenu la proposition de loi. C’est d’ailleurs du groupe LFI que les plaidoyers furent portés avec le plus d’élan, à l’instar de Jean-Luc Mélenchon ou de Clémentine Autain, qui a raconté avoir elle-même avorté mais en se heurtant à une question de « délai ».

De la droite aux centristes, les opposants ont ferraillé à chaque article et critiqué des dispositions qu’ils jugent venir « déséquilibrer » la loi Veil, comme l’ont souligné Jean-Christophe Lagarde (UDI) ou Jean-Louis Bourlanges (MoDem).

Dans leur ligne de mire : la suppression de la clause de conscience spécifique pour les médecins et sages-femmes, qui maintient l’IVG « dans un statut à part » alors que « c’est un acte de santé comme un autre », selon Mme Gaillot. Une affirmation qui a hérissé les opposants.

« Ce texte ne représente pas un progrès mais une dérive purement idéologique », a tweeté la présidente du RN Marine Le Pen.

En France, le droit à l’avortement est encore un droit fragile avec la fermeture des centres CIVG, l’impossibilité pour les sages-femmes de pratiquer l’IVG instrumentale, et la double clause de conscience pour les médecins, estime l’association Osez le féminisme.

Pour le gouvernement, la partition est délicate. Olivier Véran a rappelé qu’il était essentiel d’attendre l’avis du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), que le gouvernement a saisi mardi, « pour faire un travail complet abouti » et éclairer les débats.

Celui-ci doit rendre son avis courant novembre, probablement avant le passage au Sénat.

Le taux de recours à l’avortement a légèrement augmenté en 2019, avec plus de 232 000 IVG pratiquées en France.

Le droit et l’accès à l’IVG sont loin d’être garantis dans toute l’Europe. Sous le slogan « les femmes décident », des dizaines d’associations à travers l’Europe réclament une harmonisation de ce droit.

Avec AFP

 

Jean-Marie DINH

 Publié le 10/10/2020

Santé publique:
PLFSS: Véran et le gouvernement actent la destruction de l’hôpital et des urgences

La destruction des urgences, de l’hôpital public et de notre système de santé, déjà exsangues, est parachevée par un budget de l'Assurance Maladie pour 2021 dans les faits en baisse, l'instauration d'un « forfait patient urgences » ou encore le refus de mettre en place la transparence sur les médicaments.

 

Redaction (site altermidi.org)

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La crise du COVID-19 a rendu encore plus criante la dépendance de l’État français aux industriels du médicament. Les exemples n’ont cessé de se multiplier depuis le début de la crise: Le 28 mai 2019, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a adopté une résolution historique favorisant la transparence sur les prix des médicaments, sans se donner les moyens de l’appliquer… Nous publions le communiqué de l’Observatoire pour la transparence dans les politiques du médicament, qui fait à juste titre le lien avec projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). 

L’Observatoire pour la transparence dans les politiques du médicament, s’est fixé pour mission de veiller à la mise en œuvre concrète de la résolution de l’OMS favorisant la transparence sur les prix des médicaments. Il s’implique pour proposer les mesures indispensables à cette transparence en France, et pour inciter les citoyens d’autres pays à faire de même, pour que le caractère contraignant dont cette résolution ne dispose pas le devienne.

 

Communiqué

 Le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale pour 2021 (PLFSS 2021) est présenté demain en Conseil des ministres. La destruction des urgences, de l’hôpital public et de notre système de santé, déjà exsangues, y est parachevée par un budget de l’Assurance Maladie (ONDAM) dans les faits en baisse, l’instauration d’un « forfait patient urgences » ou encore le refus de mettre en place la transparence sur les médicaments.

 

 Un hôpital public exsangue après 20 ans de mesures d’austérité

Le contexte est dramatique. Les hôpitaux recommencent à être saturés, risquant de confronter à nouveau à très court terme les équipes soignantes à des dilemmes impossibles quant à l’accueil des patient-es. En 6 mois, aucune leçon n’a été tirée par le gouvernement des erreurs commises au début de la crise sanitaire.

Olivier Véran et le gouvernement portent une lourde responsabilité dans la destruction de l’hôpital public et des urgences. Rapporteur général du budget de la Sécurité sociale jusqu’à 2019, Olivier Véran a défendu pendant trois ans des budgets d’austérité accélérant la destruction de l’hôpital public (moins 1,4 milliard d’euros en 2018 !). Il a ainsi soutenu sans réserve la politique dogmatique du gouvernement et ses conséquences sur les conditions de travail des personnels soignants et sur l’accès aux soins.

Cette politique met nos vies en danger. Inscrite dans la suite logique de 20 ans de mesures d’austérité [1], elle a mis en grève pendant plus d’un an les personnels hospitaliers et urgentistes, qui dénonçaient les conséquences sur l’hôpital public, et plus généralement notre système de santé solidaire. Le personnel paramédical fuit, les arrêts maladie explosent, illustrant la souffrance au travail, et ni le surtaux de suicides des personnels, ni la médiatisation des conditions d’accueil scandaleuses n’entraînent une prise de conscience de la part du gouvernement.

 

Baisse des moyens pour les hôpitaux et de la capacité de soins

Dans le PLFSS pour 2021 présenté demain en conseil des ministres, l’ONDAM (Objectif national des dépenses d’assurance maladie) est gonflé par la revalorisation salariale ; mais cette revalorisation ne compense même pas le gel du pouvoir d’achat des fonctionnaires et notamment des soignants hospitaliers.

Une fois cette revalorisation mise de côté, l’ONDAM est dans les faits au plus bas, ce qui signifie que les moyens pour les hôpitaux et la capacité de soins baissent encore. Les « mesurettes » instaurées dans le « Ségur de la santé » rattrapent donc à peine la perte de pouvoir d’achat gelé des hospitaliers, et servent à masquer une diminution des dépenses ailleurs.

 

Destruction des urgences et augmentation des « pertes de chances »

Les urgences sont quant à elles dans un état particulièrement inquiétant. La seule mesure censée réduire l’engorgement est la fixation d’un forfait patient pris en charge par les complémentaires, y compris pour les personnes qui étaient exonérées du ticket modérateur. Cela revient à un transfert encore plus systématique des dépenses sur le privé, le renforcement des logiques individuelles des assureurs contre le système de solidarité de la Sécurité sociale.

Pire, cette réforme de la tarification des urgences va décourager des personnes à les solliciter – l’objectif affiché est bien de désengorger ces services – alors qu’elles sont souvent devenues le premier recours du fait même des déserts médicaux et des insuffisances de la médecine de ville. Là où il faudrait des budgets conséquents, une réforme d’ampleur de l’hospitalo-centrisme et de l’articulation médecine de ville / médecine hospitalière / santé publique, Olivier Véran ne propose qu’une mesure qui s’apparentera à une pénalité financière, décourageant les personnes de les solliciter, alors que leur vie en dépend peut-être.

L’actuel ministre rendra-t-il des comptes sur les pertes de chance que sa politique ne manquera pas de provoquer ? Il ne pourra en tout cas plaider ni l’ignorance, ni l’impuissance. Olivier Véran sait où trouver l’argent disponible, mais refuse de le chercher.

 

Refus de la transparence et défense du lobby pharmaceutique

Depuis qu’il est ministre, il a en effet la possibilité de faire, par décret, toute la transparence sur les subventions publiques à la recherche octroyées aux grandes entreprises du médicament.

De telles informations seraient utiles pour évaluer la pertinence des prix qu’elles imposent à des produits qui ont en fait été découverts grâce à de l’argent public. Le régulateur aurait plus de pouvoir pour négocier les prix. Des milliards d’euros pourraient ainsi être pris des profits illégitimes que font les firmes pharmaceutiques pour être réorientés dans le financement de l’hôpital, des urgences et du système de soins. En refusant une telle mesure, Olivier Véran affiche clairement que pour lui, « l’argent magique » existe pour une poignée d’actionnaires, mais pas pour un service public hospitalier de qualité et accessible à tous.

Comme l’année dernière, notre Observatoire a proposé aux député-es divers amendements sur la transparence : transparence pour lutter contre les pénuries de médicaments, transparence pour développer une meilleure politique de tests dans le pays et transparence pour une meilleure utilisation des financements publics à la recherche et au développement et pour que notre système d’Assurance maladie ne paie pas deux fois, ou plus, pour les mêmes médicaments et produits de santé.

Depuis qu’il est ministre, incapable de prendre la mesure des dégâts liés à l’austérité, Olivier Véran, comme Agnès Buzyn avant lui, refuse de se battre pour des moyens supplémentaires nécessaires à un accueil digne et efficace à l’hôpital. L’absence de geste budgétaire fort a fait augmenter les pertes de chances et dégradé la prise en charge des patient-es vivant avec des pathologies lourdes en les éloignant de l’hôpital pendant le confinement. La diminution de fait de l’ONDAM, l’instauration du forfait patient pour les urgences et le refus de faire la transparence sur toute la chaine du médicament vont porter un coup fatal à notre système de santé, et sont autant de mesures indignes d’un ministre de la santé.

[1]

  • Entre 2003 et 2016, 64 000 lits ont été supprimés, soit 13 % du total, pendant qu’en parallèle, on assistait à une augmentation de 26 000 lits en hospitalisation partielle.
  • Le nombre de prises en charge aux urgences a doublé en 20 ans, passant, de 10 à 20 millions.
  • De 2005 à 2009, l’activité hospitalière a augmenté de 11 % quand l’emploi, lui, n’a augmenté que de 4 %.
  • De 2011 à 2016, les emplois, toutes activités confondues, ont augmenté de 2,3 % alors que le nombre total de séjours a augmenté lui de 3,5 %, le nombre de séancse (radio-ou chimiothérapies, dialyse, etc.) de 13,1 % et le nombre de passages aux urgences de 12,6 %.

 Publié le 09/10/2020

Depuis l'élection de Macron, les plus riches ont vu leurs revenus augmenter

Un rapport de France stratégies souligne que la suppression de l'ISF et l'instauration de la "flat tax" ont eu un effet direct sur les plus aisés.

 

Par Romain Herreros (site huffingtonpost.fr)

 

GONZALO FUENTES via Getty ImagesEmmanuel Macron lors d'une intervention à Bpifrance à Paris le 1er octobre. 

POLITIQUE - Voilà qui ne va pas forcément arranger son image de “président des riches”. Ce jeudi 8 octobre, France stratégies, un organisme de prospective et d’évaluation des réformes en cours rattaché à Matignon, a publié un rapport montrant que la politique fiscale mise en place depuis l’élection d’Emmanuel Macron a largement profité aux plus aisés. 

Plus précisément, la suppression de l’ISF et l’instauration du prélèvement forfaitaire unique (dit “flat tax” ou PFU) en début de mandat ont fait bondir les revenus des 0,1% des plus riches, via notamment une explosion de la distribution des dividendes, selon un comparatif des années 2017 et 2018. Ces deux réformes fiscales avaient été décidées dans le but de favoriser l’investissement en France et de limiter les départs des plus aisés à l’étranger.  

Mais ce qui est surtout observé, c’est une progression des dividendes de l’ordre de 62% d’une année sur l’autre, passant de 14,3 à 23,2 milliards. “Plusieurs éléments laissent clairement penser que la forte hausse des dividendes reçus par les ménages en 2018 est en partie causée par la réforme du PFU, même si cet effet causal n’est pas encore scientifiquement et formellement établi”, observent les auteurs du rapport.  

“Aucun effet significatif” sur l’économie

Autre observation, cette explosion des dividendes concerne une infime partie des contribuables, puisque “la hausse des dividendes est de plus en plus concentrée dans la population”, de l’ordre de 0,1% des foyers fiscaux. “Deux tiers des 23 milliards d’euros ont été reçus par 38.000 foyers (0,1 % des foyers), dont un tiers par 3800 foyers (0,01 % des foyers), alors que l’année précédente la moitié des 14 milliards avaient été reçus par 38.000 foyers, dont un petit quart par 3800 foyers”, détaille le document. 

Toujours selon le rapport, “le revenu moyen des 0,1 % des foyers fiscaux les plus aisés en 2018 est 27,5 % plus élevé que celui des 0,1 % les plus aisés de 2017”. France stratégies précise toutefois qu’il s’agit là de données économiques brutes, “et pas forcément [des] mêmes foyers présents d’une année à l’autre”.

Plus gênant pour l’exécutif, le rapport “n’observe aucun effet significatif” de ces réformes sur l’investissement, ce qui était pourtant le but poursuivi. “Pour l’heure, le comité est incapable de répondre par oui ou par non à la question de savoir si la réforme de 2018 a eu un impact positif sur l’économie”, explique le président du comité d’évaluation, Fabrice Lenglart, cité par Le Monde

Seul lot de consolation, les départs à l’étranger des ménages les plus riches observent une tendance à la baisse. France stratégies décompte ainsi 163 redevables de l’impôt sur la fortune immobilière ayant quitté le territoire en 2018, contre 376 redevables de l’ISF en 2017. Autre donnée positive sur ce sujet, les retours sur le national sont deux fois plus nombreux en 2018 que l’année précédente.

“Notons toutefois que les chiffres présentés pour les années 2017 et 2018 ne sont pas directement comparables. La comptabilisation des départs en 2018 n’intègre pas les éventuels départs en 2018 de foyers anciennement redevables de l’ISF mais qui ne sont pas redevables à l’IFI”, préviennent toutefois les auteurs rapport.

 Publié le 08/10/2020

Le capitalisme numérique, une question de taille

 

(site politis.fr

 

On ne bascule pas dans le capitalisme numérique, on s’enfonce dans le capitalisme tout court.

Le débat sur la 5G fait écho aux analyses nombreuses sur l’avènement du capitalisme numérique. La crise sanitaire aidant, les géants du numérique ont vu exploser leur chiffre d’affaires. Ce n’est que l’accélération d’un processus déjà à l’œuvre depuis quatre décennies, à savoir la numérisation des modes de production et de consommation. La critique sociale-démocrate de cette transformation dénonce la constitution de monopoles privés géants produisant inégalités et contournement des États sociaux. Pour elle, la numérisation productive ne pose pas de problème politique en tant que telle. La critique marxiste du capitalisme numérique pointe la capacité de ces plateformes à capter la valeur produite ailleurs. Ces entreprises numériques sont alors identifiées à des prédateurs qui prélèvent une valeur économique existante et créée par des entreprises classiques.

Ces deux critiques proposent la transformation de ces géants numériques en service public. Cette transformation protégera les travailleurs et limitera les productions inutiles. Ces analyses se limitent à la question de la propriété privée des plateformes sans questionner la signification politique de la transformation numérique. Celle-ci n’est pas simplement critiquable pour ses inégalités. Elle produit une aliénation vis-à-vis des systèmes numériques, dont les inégalités économiques ne sont qu’une dimension. Rappelons que cette numérisation du capitalisme n’est pas contingente, elle a pour objectif de rationaliser la production et la consommation. Elle se présente d’ailleurs comme cela : aller plus vite, plus loin, produire et consommer plus en moins de temps. Or, cette accélération s’appuie sur des systèmes de production déjà intégrés au niveau mondial, les chaînes globales de valeur, qui doivent alors s’étendre à toutes les sphères de la vie. Une part de plus en plus importante des entreprises numériques s’occupe de produire non plus des marchandises, mais des humains standardisés et performants, comme le montre la poussée numérique dans l’éducation et la santé.

Le capitalisme numérique, c’est l’intégration numérique de l’ensemble de la société sous le signe de la rationalisation. Il se définit par la cohérence technologique de trois types d’entités : l’infrastructure du réseau (entreprises télécoms), la collection et le traitement de l’information (algorithmes et IA) et les terminaux (entreprises d’informatique). Ces trois entités ont un codéveloppement technologique cohérent visant la rationalisation. Elles doivent toujours s’appuyer sur les autres entreprises industrielles qui produisent les valeurs d’usage. Les grandes entreprises automobiles, aéronautiques, textiles, pétrolières vont largement profiter de cette numérisation et en particulier du déploiement de la 5G. On ne bascule pas dans le capitalisme numérique, on s’enfonce dans le capitalisme tout court. Ces grands systèmes intégrés sont démesurés. Si l’on définit l’émancipation par la capacité des communautés à définir par elles-mêmes leur manière de produire et de consommer, alors la taille démesurée de ces grands systèmes numériques signifie que cette rationalisation est une aliénation.

 

par Mireille Bruyère

 Publié le 07/10/2020

La Sécu, un bien commun

 

(site politis.fr)

 

Ce fut, en 1945, une victoire politique du mouvement ouvrier que d’instaurer une socialisation d’une partie du salaire.

Le concept de bien commun a été réhabilité pour désigner à la fois les biens que la collectivité décide d’élever au statut de « communs » et la méthode démocratique pour les gérer collectivement. Mais, le plus souvent, ce concept concerne les biens que la dévastation écologique menée par le capitalisme productiviste menace, condamne et/ou privatise : l’eau, l’air, toutes les ressources naturelles, la terre, la préservation du climat, les connaissances, etc. En témoignent les nombreuses luttes qui sont menées par des communautés, des associations, partout dans le monde, pour en asseoir la légitimité et en assurer la pérennité.

Mais il est une institution à propos de laquelle il est rarement dit qu’elle relève du bien commun dans ses deux acceptions. Il s’agit de la Sécurité sociale, dont nous devrions célébrer le 75e anniversaire pour en rappeler le sens politique. D’une part, la Sécu réalise une mise en commun d’une partie de la valeur ajoutée par le travail, par le biais de la cotisation sociale calculée par un pourcentage du salaire. Ce fut, en 1945, une victoire politique du mouvement ouvrier, grâce à la pression de la CGT et du Parti communiste, que d’instaurer une socialisation d’une partie du salaire. Une socialisation qui est passée en quelques décennies de 0 à 40 % environ de ce salaire, cotisation incluse. Certes, cette avancée politique a été affaiblie idéologiquement par l’invention d’une trouvaille sémantique distinguant cotisation salariale et cotisation patronale, alors que c’est le travail qui paie tout (puisque, de toute façon, il crée toute la valeur économique). Il n’en reste pas moins que le principe de la Sécu est l’une des victoires sociales les plus impressionnantes du XXe siècle, au point d’avoir progressivement permis d’universaliser la protection sociale.

D’autre part, lors de sa création, la Sécu inaugurait un mode de gestion salarial, indépendant de l’État, qui faisait des travailleurs les artisans de leur émancipation grâce à la socialisation d’une partie du fruit de leur travail. L’attaque déclenchée par les forces du capital contre la Sécu a commencé par là : déposséder progressivement les travailleurs de la gestion de leur patrimoine ; depuis 1967, ils n’élisent plus leurs représentants à la Sécu. Ensuite sont venues de multiples érosions du financement de la Sécu par des exonérations de cotisations pour les employeurs, qui atteignent aujourd’hui 60 milliards d’euros par an. La fiscalité remplaçant les cotisations salariales est venue affaiblir encore davantage la visibilité du lien entre travail et protection sociale.

Pour couronner le tout, désormais, c’est le Parlement, donc le gouvernement dans les institutions lézardées de la Ve République, qui fixe le montant des recettes et des dépenses de la Sécu dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale, et qui en fait un outil de régulation de ladite dépense publique, au moment où l’idéologie libérale entend la réduire par tous les bouts.

L’enjeu des luttes sur la protection sociale est crucial, d’où leur âpreté, par exemple sur les retraites. Il y aurait beaucoup à gagner si le concept de bien commun n’était pas réservé à l’écologie mais étendu à l’ensemble des conditions de la vie sociale.

Jean-Marie Harribey Membre du conseil scientifique d'Attac.

 

par Jean-Marie Harribey

 Publié le 06/10/2020

Solidarités. Associations reçues à Matignon, un rendez-vous pour rien

 

(site humanite.fr)

 

Reçues à Matignon vendredi 2 octobre, les associations du collectif Alerte attendaient d’importantes mesures contre la pauvreté. Mais il faudra encore attendre.

C’était le rendez-vous « de la dernière chance ». Vendredi 2 octobre, le collectif Alerte, qui regroupe 35 associations de lutte contre la pauvreté et la précarité, rencontrait le premier ministre. En perspective : les annonces que le gouvernement doit faire, dans le cadre de « l’acte deux » de sa « stratégie pauvreté », le 17 octobre prochain, à l’occasion de la Journée mondiale de refus de misère.

Elles attendaient des mesures concrètes, mais devront pour cela attendre encore deux semaines. «  Ça fait des années qu’on attend que l’État mette en place des actions à la hauteur de la situation », déplore Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre. «  Aujourd’hui nous devons encore attendre, sans aucune garantie sur ce qui sera annoncé ».

Rien n’a été dévoilé quant aux décisions qui seront prises. «  Nous avons eu le sentiment d’être entendus », remarque Philippe de Botton, président de Médecins du Monde, «  mais il y a un décalage total entre ce que l’on voit dans nos associations et ce que pense le gouvernement ».

Pour rappel, les associations du collectif Alerte s’étaient indignées à la découverte du plan de relance, présenté par le gouvernement pour lutter contre la crise économique provoquée par l’épidémie de Covid-19. «  Les personnes qui sont dans la pauvreté et la précarité en sont les grands oubliés », rappelle Christophe Devys, président du collectif qui représente 9 millions des Français. «  C’était la réunion de la dernière chance. La pauvreté et l’exclusion augmentent de jour en jour, notamment avec la crise sanitaire. Le nombre de personnes ayant recours aux aides alimentaires a explosé. »

Principale attente, la revalorisation des minima sociaux

Cette rencontre a tout de même permis de rappeler les points sur lesquels il est urgent d’agir : «  Les mêmes que ceux que l’on répète depuis des années », estiment les associations. Parmi les attentes, la principale est la revalorisation des minima sociaux. Une demande faite depuis de nombreuses années, mais qui n’a jamais été satisfaite. «  Aujourd’hui, le RSA est situé en dessous du seuil de pauvreté qui est à 850 euros par mois pour une personne seule », souligne Véronique Fayet, du Secours catholique. «  On ne peut pas vivre dignement dans cette situation. »

De nombreuses demandes ont également été faites pour les jeunes, comme l’extension du RSA aux moins de 25 ans, et un accompagnement sur la durée pour les jeunes qui sortent du système scolaire sans diplôme. Une aide durable est également demandée pour les jeunes majeurs sortants de l’Aide sociale à l’enfance (ASE).

Nombreux sont ceux qui attendent en outre des mesures concernant les migrants. Pour la fondation Agir contre l’exclusion (FACE), «  la politique menée actuellement est cruelle. Nous avons un devoir de solidarité ». Une rencontre devrait avoir lieu avec Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur et Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, aux environs du 20 octobre prochain.

 

Maiwenn Furic

 Publié le 05/10/2020

Après un suicide, les étudiants dénoncent la précarité et la misère

 

(site politis.fr)

 

Doona, 19 ans, étudiante transgenre, a mis fin à ses jours le 23 septembre. Outre la transphobie, elle subissait de plein fouet la précarité, comme des milliers d’autres jeunes des universités.

C’était il y a presque un an. Anas, étudiant en science politique à l’université Lumière de Lyon, s’immole devant le Crous. Un geste désespéré pour dénoncer sa très grande précarité et celle de nombreux autres étudiants. Le 30 septembre, c’est aussi devant le siège social du Crous de Lyon-Saint-Étienne que syndicats et étudiants se sont rassemblés en hommage à Doona. « Je vous hais. Je me hais. (…) Je reviendrai vite, ou pas », avait-elle écrit dans un dernier tweet avant de commettre l’irréparable. Étudiants et syndicats dénoncent aujourd’hui la transphobie institutionnelle et la précarité étudiante. « On ne se sent absolument pas soutenus, ni écoutés », explique Aaron, étudiant trans présent au rassemblement.

« À 19 ans, on devrait avoir la vie devant soi »

Ses amis la décrivent comme une personne passionnée de jeux vidéo et toujours présente pour ses « sœurs ». Doona, 19 ans, était étudiante en licence de psychologie à l’université Paul-Valéry à Montpellier 3. Selon Daria (1), une de ses amies, Doona était victime de transphobie, sans compter sa situation précaire. « Elle était mégenrée, appelée “il” à la place de “elle” », explique-t-elle. Une situation pesante pour Doona qui, en raison de ses précédentes tentatives de suicide, était suivie par les services du Crous. Après une autre tentative de suicide, « il lui aurait été dit, lors de la réunion de ce mercredi 23 septembre, soit quelques heures avant son suicide, qu’elle ne pouvait pas recommencer sous peine d’être expulsée de son logement », explique le Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum), dans un courrier adressé à la direction du Crous. Ils accusent l’établissement de ne pas avoir suffisamment pris en considération la détresse psychologique et la précarité de l’étudiante.

Devant les portes du Crous, une urne a été déposée en hommage à Doona pour que chacun puisse y déposer des mots. « Crous responsable ! État coupable ! », scande la foule. Ils dénoncent les agissements transphobes de l’administration. Contacté, le Crous de Montpellier a répondu que « l’établissement est plus que jamais convaincu de la nécessité d’accompagner les étudiants en difficulté quelle que soit leur situation ».

La précarité étudiante tue encore

Selon une étude menée en 2019, près de 20 % des étudiants vivaient sous le seuil de pauvreté. « Un tiers des étudiants touche des aides sociales ce qui signifie que deux tiers sont obligés de se salarier », explique Helno Eyriey, vice-président de l’Unef. Avec la crise sanitaire, la situation a empiré laissant des étudiants en situation de précarité extrême. Certains ont perdu leur emploi, leur seule source de revenu. Helno Eyriey détaille :

Les étudiants précaires sont abandonnés à eux-mêmes, sous-alimentés, sans sources de revenus mais les loyers ne sont pas exonérés.

En réponse à cela, le Crous propose depuis la rentrée des repas à 1 euro pour les étudiants boursiers, et les bourses ont augmenté de… 1,17%. « Des mesures insuffisantes » pour l’Unef, qui réclame une réelle augmentation des bourses ou encore des logements adaptés aux étudiants. « Doona ne voulait plus aller au Crous sauf qu’avec une bourse à moins de 500 euros, c’est impossible de trouver un logement et c’est encore plus difficile d’être accepté lorsqu’on est trans », explique son amie Daria.

Des loyers non exonérés alors que certains étudiants vivent dans des chambres universitaires insalubres : des chambres infiltrées d’insectes, des moisissures, des toilettes délabrées, des chauffages qui ne fonctionnent pas. « Ce ne sont pas des conditions de vie décentes », s’insurge Daria. Selon le Scum, Doona avait été menacée d’expulsion. « Le bail en logement Crous n’est pas un bail de droit commun, ils ont le droit d’expulser n’importe quand », explique Louise, étudiante trans à Lyon. « Il est quand même très difficile d’être expulsé juste comme ça ; il y a des commissions qui se tiennent », soutient Helno Eyriey. Sur etudiant.gouv.fr, le portail des démarches et services étudiants, il est précisé que « le non-respect du règlement intérieur et tout acte contraire à la vie en société peuvent entraîner des sanctions allant jusqu’à l’exclusion ».

La santé mentale, peu abordée dans le milieu universitaire

Daria évoque la responsabilité du Crous dans le suicide de ces étudiants précaires. Anas (2) et Doona n’en sont pas les premières victimes. Après le suicide de Doona, le Crous a mis en place une cellule psychologique. Ils précisent qu’une réunion était organisée ce 30 septembre pour élaborer un plan de lutte contre les discriminations. « Un service après-vente des suicides », pointe Daria. Aujourd’hui, étudiants et syndicats réclament de vraies mesures pour l’accompagnement des étudiants fragiles et pointent le manque de formation du milieu universitaire sur ces questions. « Ils ont réussi à libérer une chambre mais à quel prix ? », questionne Daria.

Selon Stop Suicide, 69 % des jeunes trans auraient des pensées suicidaires régulières. Louise s’en émeut :

Toutes les femmes trans que je connais ont des pensées suicidaires, sont dépressives, sont sous antidépresseurs parce que la société est trop violente.

En 2019, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, se disait favorable à l’emploi du prénom d’usage pour les personnes trans. « Une quinzaine d’universités le reconnaissent déjà », précisait la ministre. Quid des chiffres pour 2020 ? « Si les étudiants étaient mieux accompagnés, à la fois financièrement mais aussi dans l’accompagnement social et mental, il n’y aurait pas de situation comme celle-ci », déclare Helno Eyriey. Aujourd’hui, organisations et étudiants ne veulent plus que des situations comme celles-ci se reproduisent. « J’étais là en novembre dernier, je suis encore là aujourd’hui, j’espère aujourd’hui que la prochaine fois ce sera pour crier victoire », conclut Louise au mégaphone devant le Crous, sous les applaudissements de la foule.


(1) Le prénom a été modifié.

(2) Après plusieurs mois dans le coma, Anas est sorti de l’hôpital le 14 juin dernier.

par Tania Kaddour-Sekiou

Publié le 04/10/2020

Pauvre Martin, pauvre Brassens...

 

Marie-José Sirach (site humanite.fr)

 

C’était il y a quelques jours. Le 22 septembre dernier. La maison Artcurial mettait en vente des originaux de Georges Brassens. Quelques pages détachées d’un cahier que possédait la famille de Fred Mella, le soliste des Compagnons de la Chanson. 

Vingt manuscrits de chansons, une lettre de l’auteur de “la Mauvaise réputation” ainsi qu’un portrait des Compagnons de Cocteau étaient “offerts”, c’est le terme de rigueur dans le jargon, aux enchères. Estimés entre 600 et 18 000 euros, toutes les pièces ont trouvé preneur. Artcurial avait déployé des trésors de superlatifs pour vanter la richesse poétique des manuscrits du poète libertaire qui révèlent “son attachement à une liberté de ton et d’esprit ainsi que son attachement aux femmes”. Tout est bon… dans le commerce.

La vente eut lieu ce mardi 22 septembre. Les prix se sont envolés, adjugés cinq fois leur estimation, pour la coquette somme de 377 650 euros.

Pourquoi le ministère de la Culture ne s’est-il pas manifesté? N’aurait-il pu préempter la vente et se porter acquéreur sans enchères ? Les chansons de Brassens font partie de notre patrimoine, on les étudie et les chantent à l’école. Des collèges, des lycées portent le nom de l’artiste disparu. Pour tous les épris de liberté, ses chants n’ont pas de prix. Ces manuscrits auraient pu rejoindre des fonds publics. Ils finiront à l’ombre des coffre-forts de quelques tristes amateurs éclairés fortunés…

 Publié le 02/10/2020

Le diplomate Macron, entre cynisme et naïveté

 

(site politis.fr)

 

Si j’osais être iconoclaste, je dirais que si « l’ingérence » macronienne pouvait atténuer les souffrances de ce pays en proie à tous les colonialismes, il faudrait passer par-dessus nos préventions. Il y a peu de chance hélas pour que ce soit le cas.

Avouons-le : quand on entend Emmanuel Macron dénoncer le « système crapuleux » qui règne sur le Liban, et les « jeux mortifères de la corruption » qui agitent sa classe politique, on a envie d’applaudir. Ce ne sont là que vérités. Et la diplomatie – si l’on peut encore employer ce mot ici – est peu coutumière d’une telle franchise. De même, on a tendance à approuver quand il dénonce les ambiguïtés du Hezbollah, à la fois « milice, groupement terroriste et force politique » en quête de respectabilité. Ces mots font du bien. Ils sont ceux que l’on entend dans Beyrouth ou Tripoli, la grande ville du nord du pays, depuis près d’un an qu’a commencé un mouvement de rue aux allures de révolution. C’est l’expression d’une colère populaire qui n’épargne plus personne, pas même le puissant parti chiite, et qui a redoublé depuis la terrible explosion du port de Beyrouth, le 4 août dernier. La catastrophe, après avoir éveillé tous les soupçons complotistes, avait fini par mettre simplement et tragiquement en évidence l’incurie criminelle du régime, incapable de sécuriser un entrepôt à haut risque. Voilà pour le soupir libératoire et pour la catharsis. Mais après ? L’engagement personnel, physique, du président français dans la crise libanaise pose de nombreuses questions qui freinent sérieusement le premier élan. On évitera ici le réflexe pavlovien qui consiste à dénoncer « l’ingérence coloniale ».

Entre la France et le Liban, le mot ingérence est en deçà de la vérité. N’oublions pas que c’est la France qui a « hérité » en 1920 de ce bout d’empire ottoman. Elle en a fait un bastion chrétien placé sous mandat jusqu’en 1943, et jalousement « protégé » ensuite, jusqu’à ce que la démographie rende anachronique l’organisation confessionnelle que Paris, « la laïque », avait parrainée. L’ironie veut que Macron semble aujourd’hui vouloir remettre en cause ce partage à la fois clanique et confessionnel du pouvoir, non sans rendre visite prioritairement aux écoles catholiques. Notre Président n’a pas oublié que les élites maronites ont longtemps servi de relais à la puissance mandataire. Mais la dénonciation coloniale est une tartufferie si elle ne vise que la France, dans un pays qui ne s’est jamais vraiment appartenu. La Syrie n’a pas cessé de revendiquer ce précieux littoral comme une partie d’elle-même, jusqu’à l’occuper militairement pendant près de trente ans. Le Hezbollah apparaît comme une dépendance iranienne avec tous les attributs afférents, politiques et militaires. Enfin, l’Arabie saoudite, avec laquelle nous faisons un juteux commerce d’armes, est omniprésente derrière le bout de pouvoir sunnite. Si j’osais être iconoclaste, je dirais que si « l’ingérence » macronienne pouvait atténuer les souffrances de ce peuple, dans ce pays en proie à tous les colonialismes, il faudrait passer par-dessus nos préventions. Il y a peu de chance hélas pour que ce soit le cas.

Certes, la présence du président français sur les lieux de l’explosion a momentanément fait du bien, alors que pas un seul ministre libanais n’osait se montrer. Mais sa tentative « dégagiste » contre la vieille classe politique a d’ores et déjà échoué. Le Premier ministre pressenti pour former un « gouvernement de mission », un certain Mustapha Adib, a jeté l’éponge. Et les indéboulonnables caciques du régime (Nabih Berri est président de la Chambre depuis bientôt trente ans…) se régalent toujours (voir l’excellent dessin d’Aurel page 12). On ne sait si, dans cette affaire, Macron est naïf ou cynique. Les deux, sans doute. Naïf, parce qu’une vraie révolution supposerait l’accord de tous les grands parrains régionaux qui sont derrière chaque communauté : Iran, Syrie, Arabie saoudite et, un peu plus loin, dans l’ombre, la Russie. Cynique, parce que le président français se livre à un calcul politique à notre attention, nous autres, pauvres électeurs français. Aux prises avec tant d’échecs ici, il est en quête de stature internationale. C’est du classique ! Et, accessoirement, il plaira à un électorat chrétien très attaché au sort du Liban. Après le Puy du Fou, Beyrouth…

Son interpellation violente du très illégitime président biélorusse Loukachenko, pour que celui-ci quitte le pouvoir, répond à la même préoccupation franco-française. Avec les mêmes chances de succès. Mais, au Liban, il fait surtout l’impasse sur la plus délicate des questions. Depuis au moins 1975, le pays est victime de l’onde de choc du conflit israélo-palestinien. Le premier chef spirituel du Hezbollah, Hussein Fadlallah, a avoué un jour que jamais le Hezbollah n’aurait existé si Israël n’avait pas envahi le Liban en 1982. Une invasion qui s’est répétée plusieurs fois par la suite, et dont la menace pèse perpétuellement sur le pays. La fameuse ambiguïté dénoncée par Macron réside en cela que le « parti de Dieu » joue à la fois les fantassins sanguinaires en Syrie, au profit d’Assad et de l’Iran, et les résistants face à Israël, en substitut d’une armée totalement défaillante. La paix du Liban est donc dépendante de la résolution de ce vieux conflit que l’on tente aujourd’hui d’oublier. Il semble que le président français soit moins fringant quand on aborde ce sujet. Emmanuel Macron constate donc une impuissance programmée. Il prend, de surcroît, le risque d’être recruté dans le camp israélo-états-unien contre l’Iran. Et, pire que tout, il va décevoir les Libanais, auxquels il a tant promis.

 

par Denis Sieffert

 Publié le 01/10/2020

 

Pauvreté en France : "Nous n'avons jamais vécu une situation pareille depuis la Seconde Guerre mondiale"

 

(site midilibre.fr)

 

Le Baromètre de la pauvreté Ipsos 2020 pour le Secours populaire a été publié ce mercredi 30 septembre et les chiffres sont inquiétants.

La crise sanitaire liée au Covid-19 a accentué les inégalités mais surtout a impacté bon nombre de Français.Et les chiffres sur la précarité annuels publiés ce mercredi 30 septembre par le Secours populaire ont de quoi inquiéter.

"Un chiffre absolument énorme. Nous n'avons jamais vécu une situation pareille depuis la Seconde Guerre mondiale, et il y a urgence", a annoncé Henriette Steinberg, la secrétaire générale du Secours populaire.

Un Français sur trois en perte de revenu

Selon le baromètre, un Français sur trois a subi une perte de revenus depuis le confinement, même si les dispositifs d’activité partielle et d’arrêts de travail pour garde d’enfants ont servi d’amortisseurs. Et une perte importante dans 16 % des cas.

Les actifs sont les plus exposés (dont les étudiants contraints de travailler) : plusieurs mois après le déconfinement, 43 % disent avoir perdu une partie de leurs revenus. Et 16 % des répondants enregistrent même une perte qu’ils qualifient "d'importante".

C'est le cas d'1/3 des ouvriers et de près d'1/4 des personnes au bas de l’échelle des revenus (moins de 1 200 euros nets par mois).

33 % des Français estiment que leurs revenus leur permettent juste de boucler leur budget et 18 % confient ne pas y parvenir.

Seuil subjectif de pauvreté : 1 228 € par mois

Selon le baromètre, les Français considèrent qu'une personne seule est pauvre si son revenu est inférieur à 1 228 euros net en sachant que le Smic menseul net en 2020 est de 1 219 euros. 

Ce seuil subjectif de pauvreté, exprimé par les personnes interrogées chaque année, vient non seulement de dépasser le Smic mais creuse désormais un écart de 165 euros au-dessus du seuil officiel de pauvreté (défini par l’Insee à 60 % du revenu médian).

Plus de la moitié des Français ont peur de basculer dans la pauvreté

57 % des Français ont craint de basculer dans la précarité, à un moment de leur vie. Ce niveau est supérieur de 3 points à celui enregistré en  2019. Il est en constante augmentation depuis 2007 (+ 12 points).

Les craintes sont encore plus fortes sur l’avenir des générations les plus jeunes : 81 % des personnes interrogées considèrent que le risque de pauvreté est plus élevé encore pour leurs enfants que pour eux-mêmes.

Le Secours populaire très sollicité

Pendant les deux mois du confinement, 1 270 000 personnes ont sollicité l'aide du Secours populaire dans ses permanences d'accueil – contre 3,3 millions sur toute l'année 2019. Parmi ces demandeurs, 45 % étaient jusque-là inconnus de l'association, indique le baromètre

Enquête réalisée par Ipsos par téléphone les 4 et 5 septembre 2020 sur un échantillon représentatif de 1002 Français âgés de 16 ans et plus.

 

LAURE DUCOS

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