PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

Publié le 17/02/2019

Le parlement européen condamne l’usage des armes de guerre.
de : JO
(site bellaciao.fr)

 

Le Parlement européen condamne l’usage des LBD par les forces de l’ordre Source© AFP 2018 Zakaria ABDELKAFI via sputnik-International 16:13 14.02.2019(mis à jour 17:51 14.02.2019) NDLR . : Mais en macronnie le parlement vote POUR une loi scélérate ! Ce pouvoir est maudit, vite l’UNION POPULAIRE pour le chasser et qu’il aille en prison à la place de nos Gilets !

Suite à un débat animé au sein du Parlement européen, les eurodéputées ont adopté jeudi une résolution qui condamne l’usage « disproportionné » des lanceurs de balles de défense (LBD) par les forces de l’ordre de certains pays membres de l’Union.

Sans désigner directement la France où plusieurs personnes ont été victimes des LBD lors de manifestations des Gilets jaunes, les députés européens ont largement condamné l’utilisation de cette arme par les forces de l’ordre des pays membres de l’Union européenne.

Votée par 438 voix pour, 78 contre et 87 abstentions, la résolution du Parlement européen « condamne le recours à certains types d’armes à létalité réduite par les forces de police contre des manifestants pacifiques, comme les projectiles à impact cinétique et les grenades lacrymogènes instantanées ».

La résolution condamne également le recours par les forces de l’ordre « aux gaz lacrymogènes, aux canons à eau, aux pistolets à impulsions électriques et aux autres dispositifs » compte tenu que leur usage peut être « à l’origine de blessures graves dont les répercussions se feront sentir toute la vie durant ». Des policiers avec des LBD lors d’une manifestation des Gilets jaunes à Paris (image d’illustration) © AFP 2018 Valery HACHE LBD et grenades lacrymogènes explosives sont « incompatibles avec le droit de manifester »

Rappelons que le débat sur le sujet a été lancé par une coalition regroupant l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D), les Verts et la Gauche unitaire européenne (GUE) et se déroulaient en particulier autour de la situation en France avec les manifestations des Gilets jaunes.

Lundi, l’eurodéputée Génération.s Isabelle Thomas a tenu à souligner à Strasbourg que depuis trois mois en France « un mouvement social populaire fait l’objet d’une répression systématique et disproportionnée ».

Elle a également rappelé que les États européens à l’exception de la France, de la Pologne et de la Grèce avaient banni l’usage des LBD et des grenades lacrymogènes explosives qui causent, selon elle, « des blessures de guerre ».

Selon les chiffres officiels rapportés par l’AFP, plus de 3.000 personnes, Gilets jaunes et membres des forces de l’ordre, ont été blessées depuis le 17 novembre. Le collectif « Désarmons-les » donne le chiffre de 20 personnes qui ont été gravement blessées à l’œil, la plupart éborgnées, par la police depuis le début du mouvement.

Publié le 16/02/2019

Portrait et destin des gilets jaunes

  • (site legrandsoir.info)

Les gilets jaunes (qui s’appellent tous Jojo) sont d’extrême gauche, d’extrême droite, récupérés par La France Insoumise, antisémites, anti-migrants, homophobes, misogynes, violents, fumeurs de clopes, manifestants sans autorisation, incendiaires, casseurs, liquidateurs de petits commerces, consommateurs de diésel, énergivores, complotistes, manipulés par les Russes et chiatiques.

Les médias vous ont servi ce désastreux portrait, pas vrai ?

Or, en vérité, les gilets jaunes sont intercepteurs de balles de flash-ball avec leurs yeux ou leurs mâchoires, bloqueurs de grenades avec leurs mains ou leurs pieds, réceptionnistes des matraques avec leur tête, leurs jambes, leurs épaules, leur dos, enfileurs de menottes, gros consommateurs de colliers serflex, amateurs de gaz qui pique aux yeux et aux poumons, peinturlureurs de pavés à l’hémoglobine, voyageurs sans billet dans des fourgons à gyrophare, dormeurs oisifs dans des cellules gratuites, futurs pensionnaires de Fleury-Mérogis où ils ne croiseront ni Benalla, ni les Balkany, ni Guéant.

L’histoire mondiale retiendra cependant qu’ils ont affronté jusqu’à 90 000 policiers (dotés d’armes quasiment létales) pour dire la haine des pauvres envers un président-roitelet, ivre d’orgueil, trop petit pour son palais de l’Elysée d’où il commande qu’on le sauve en frappant, gazant, amputant, condamnant, emprisonnant.

La question est de savoir si les policiers désormais armés de fusils d’assaut tireront sur les manifestants en croyant défendre la République ou bien s’ils mettront crosse en l’air pour ne plus servir un president devenu l’ennemi de son peuple.

Théophraste R. Corédacteur du mémoire (à paraître)  : « Condamnations des policiers de terrain après la chute de Macron. »

 

<< Nouvelle zone de texte >>

Publié le 14/02/2019

2019 : LE SENS D’UN ENGAGEMENT CITOYEN

(site lamarseillaise-encommun.org)

Avec le mouvement des gilets jaunes les médias de masse démontrent une nouvelle fois au grand jour leur complicité avec le pouvoir. Cette forme de violence qui s’ignore produit en retour une violence qui s’exprime aveuglément à l’encontre des journalistes [*] : ” Je hais les journalistes et les citoyens justement parce qu’ils pensent à beaucoup de choses en même temps, parce qu’ils disent tout et n’importe quoi, et je les hais d’autant plus qu’ils me sont vraiment nécessaires. Parce qu’ils refusent fondamentalement d’être traités comme des marchandises “

Note * :
[*] : On considère trop souvent sans distinction journaliste et média. C’est comme confondre la qualité du spiritueux avec le fût dans lequel il se conserve, même si, à force d’y séjourner, le liquide peut en prendre le goût.

À l’heure où les citoyens s’étirent sur les bretelles des autoroutes nous suivons de près cette contestation qui pose la question de l’avenir de notre démocratie. Cette colère mais aussi ce bon sens populaire, nous interpellent et nous poussent à nous questionner sur ce que créer un média citoyen régional veut dire. Le contexte de défiance et les rencontres que nous multiplions avec les acteurs de terrain renforcent chaque semaine notre volonté et nos propositions.

Ils révèlent l’envergure de notre projet de presse coopératif. Car il ne s’agit pas de coucher simplement sur le papier une ligne éditoriale mais de la faire surgir progressivement en associant le travail des journalistes avec celui des acteurs régionaux de la société civile. L’association LMEC n’est rien d’autre que le laboratoire de cette conjugaison. L’expérience en cours est politique, sans être partisane. Elle vise à faire naître une avancée, un support novateur dans le domaine de l’information interrégionale.

Lorsque l’on parle de médias, en général deux types de jugement surgissent. Le premier exprime notre goût et notre avis à propos du traitement de certains sujets. On apprécie plus ou moins l’angle d’approche, la capacité à nous informer, à nous faire comprendre une situation, à nous faire sourire…

Le second serait plus culturel, plus politique. Dans ce cas, le contenu s’apprécie plutôt en fonction de nos connaissances, de nos implications, de notre intérêt pour les sujets traités. Autrement dit, nous ne jugeons pas un média en fonction du contexte de l’actualité mais selon la manière dont il l’approche. Ce qui explique sans doute la chute préoccupante de confiance qui frappe les citoyens à l’égard des informations officielles et des médias qui s’en nourrissent.

En réalité, pour les médias les choses sont encore plus complexes. Parce qu’il faut inclure le point non négligeable de son équilibre économique et celui de ses propriétaires, des actionnaires à qui ils appartiennent. Ceux qui hantent bien souvent de manière plus où moins apparente le théâtre de l’info à la manière des marionnettistes.

Le média que nous lancerons dans le cadre de l’ESS [1] ne relève pas de la supercherie. Il se fera avec des gens qui mettent leurs moyens et leur volonté au service de projets alternatifs. Avec les citoyens qui revendiquent un changement profond de système et une meilleure répartition du pouvoir et des richesses. Avec des citoyens qui ne refusent pas de payer des impôts mais ne se voient pas seulement comme des contribuables.

Par leur succès, les projets dans lesquels des milliers de gens s’investissent et agissent sur leur quotidien sans attendre le bon vouloir de quiconque prouvent une chose simple : il est possible de faire autrement dès maintenant en s’organisant. Et si nos choix vous paraissent hasardeux nous vous invitons à rejoindre le labo pour les enrichir et à ne pas oublier que nous sommes responsables, donc volontaires, même si nous n’en avons pas explicitement conscience. Cela se définit par l’échange, la souplesse et la continuité d’action.

Nous avons un vœu à partager avec vous en 2019 :

CONTINUER À CONSTRUIRE ENSEMBLE.LM

Publié le 13/02/2019

Montpellier : un dispositif anti-SDF épinglé par la Fondation Abbé-Pierre

Cédric NithardIl  (site metropolitain.fr)

 

La Fondation Abbé-Pierre récompensera « satiriquement » lors de la cérémonie des Pics d’or qui se tiendra mercredi à Paris, des équipements destinés à empêcher les personnes les plus démunis de s’abriter ou de se poser. Du prix du dispositif le plus décomplexé au plus agressif, en passant par le plus fourbe, le plus contradictoire, le prix de l’arrêté anti-mendicité ou encore le prix international, « la Fondation entend dénoncer par l’humour des pratiques inhumaines ».

Un dispositif à Montpellier

Montpellier figure dans la triste liste des nommés de la catégorie du Pic le plus agressif avec L’oursin, situé au 9 boulevard Sarrail au pied de l’immeuble Le Sarrail. Constitué de petits pics métalliques, le dispositif se présente comme un véritable de tapis de fakir.

Pour la fondation Abbé-Pierre, ces dispositifs anti-sdf « donnent ainsi à voir combien la société repousse ses exclus toujours plus loin des regards ». À Toulouse, l’association Droit au Logement a décidé de poursuivre localement l’idée des Pics d’or en délivrant son Pic violet pour « le mobilier urbain le plus beau, le plus génial, le plus anti-humain ».

143’000 personnes sans domicile en France en 2012

Les nommés, comme les lauréats, ont été choisis par un jury d’experts parmi les nombreux dispositifs recensés sur le site soyonshumains.fr. En décembre 2017, la Fondation Abbé Pierre avait lancé cette opération afin d’alerter les citoyens sur l’indignité des équipements anti-sdf.

Les Pics d’or est une nouvelle manière de mettre en lumière cette situation. À l’issue de la cérémonie, à laquelle participeront Guillaume Meurice, Blanche Gardin et Chris Page, une opération de collage sera menée dans les rues de Paris.

La Fondation Abbé-Pierre rappelle que « plus de 143 000 personnes étaient sans domicile en France en 2012 selon l’Insee, qu’elles vivent à la rue, dans les bois ou dans un centre d’hébergement d’urgence, un chiffre en augmentation de 50 % en 10 ans » et souligne qu’ « il est pourtant possible de mettre fin à ce scandale grâce à la mise en place d’une véritable stratégie de « Logement d’abord » qui considère que tout le monde mérite d’être logé, sans condition ni préalable ».

Les nommés

« Fallait oser », le Pic du dispositif le plus décomplexé

Place Unique – Biarritz, avenue d’Anglet

Les Couleuvres – Nancy, gare

L’âge de Pierre – Paris, porte de la Chapelle

La surenchère – Paris, Denfert-Rochereau

« Faites ce que je dis, pas ce que je fais », le Pic du dispositif le plus contradictoire

Les limites de l’hospitalité – Paris, 10e

Classe éco – Toulouse, place Jeanne d’Arc

Oh my god – Lyon, 7e

La cour des miracles – arrêté anti-mendicité

« Ni vu ni connu », le Pic du dispositif le plus fourbe

Le pot aux roses – Toulouse, rue Bayard

À l’étroit – Nantes, chemin de la Censive

Discorde à Concorde – Paris, station Concorde

La mauvaise pente – Toulouse, avenue Etienne Billières

« Bouge de là », le Pic de l’arrêté anti-mendicité

Défense de stationner – Besançon

Mise à l’amende – Nice

La récidive – La Roche-sur-Yon

« C’est pas mieux ailleurs », le Pic international

Permis de mendier – Suède

La double peine – Royaume-Uni

Jour sans faim – Belgique

Sans toi ni droit – Hongrie

« Le clou », le Pic du dispositif le plus agressif

Violence ordinaire – Paris, 2e

Métal Hurlant – Marseille, cours Belsunce

L’Oursin – Montpellier, boulevard Sarrail

La barricade – Paris, 9e

Publié le 12/02/2019

Parlons (Inter) Net (site legrandsoir.info)

Un scoop que Le Grand Soir a hésité à diffuser

 

Notre ami et correspondant à Caracas, Thierry Deronne, un Belge devenu Vénézuélien, envoie au Grand Soir, en s’amusant à le titrer en anglais (« Very good news »), un scoop si incroyable que legrandsoir.info hésite depuis deux jours à le diffuser.

Le Grand Soir contacte alors, (Thierry le lui pardonnera, il sait ce qu’est l’obsession du vrai) un journaliste, Marseillais d’adoption, qui se trouve ces jours-ci (et ce n’est pas par hasard) à Caracas. Il s’agit de Romain Migus, un autre collaborateur du GS qui a vécu dix ans au Venezuela.

Bing, bang ! Thierry et Romain citent leur source. Irréfutable. Elle est signée Diosdado Cabello, fidèle collaborateur de Chavez, puis de Maduro, aujourd’hui président de l’Assemblée Nationale Constituante du Venezuela.

Et que nous apprend-il sur son blog ? Du 10 au 15 février, la Russie et la Chine participeront, avec l’armée vénézuélienne, à des manoeuvres militaires pour préparer les troupes à faire face à toute tentative d’agression par une puissance étrangère.

C’est surtout la participation de l’armée Chinoise dans ces manœuvres qui étonnait.

Du coup, l’hypothèse (quasi certaine ces derniers jours) d’une invasion du Venezuela fait un bond en arrière. Même Macron, on l’imagine, ne souhaite pas un affrontement armé des trois plus grandes puissances nucléaires pour installer au pouvoir Juan Guaido, traître à sa patrie (1).

Le bain de sang est, pour le moins, reporté. Very good news !

Théophraste R. Auteur de la thèse (en cours) : « L’extraordinaire essor de la démocratie dans les pays pétroliers libérées par les USA ».

Note (1). Nos correspondants à Caracas voient sur place ce qui se passe sans le truchement de nos médias. Pour eux, le putsch de Guaido a échoué. Même au plan international, les pays qui le soutiennent sont minoritaires et désavoués (ONU).
C’est pourquoi Guaido sort sa dernière carte : l’armée US sur le sol de son pays.

 

Publié le 11/02/2019

« Gilets jaunes » : «l’incompréhension» de deux hommes jugés sans même avoir manifesté

Par Cécile Bouanchaud (site lemonde.fr)

Interpellés de façon « préventive », ils sont poursuivis pour « groupement en vue de la préparation de violences ou de dégradations ».

Par Cécile Bouanchaud

 « Ça me paraît un peu démesuré tout ça. » A la barre, Arthur T., traducteur breton au pull marin et à l’allure solide, a un ton lapidaire qui trahit son incompréhension. Mardi 29 janvier, le jeune homme de 29 ans comparaissait aux côtés de son ami Théo*, 21 ans, devant le tribunal correctionnel de Nanterre pour « groupement en vue de la préparation de violences ou de dégradations » et « transport sans motif d’arme de catégorie D ». Pour avoir refusé de se soumettre à une demande de relevé d’empreintes, Arthur T. était aussi jugé pour « refus de signalétique ».

Comme des centaines d’autres individus à travers la France, les deux hommes ont été interpellés le 8 décembre, lors de la quatrième journée de mobilisation des « gilets jaunes ». Contrairement aux manifestants interpellés sur les lieux du rassemblement parisien, et généralement poursuivis pour des faits de rébellion ou de violences contre les forces de l’ordre, Arthur T. et Théo n’ont pas mis un pied à la manifestation.

« Barre de fer »

C’est à la suite d’un contrôle routier que les deux hommes sont interpellés le 8 décembre vers 9 heures, à Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine). Leur voiture présentant un feu défaillant, les policiers demandent les papiers du véhicule avant d’apercevoir, au pied du passager, « une bonbonne de peinture chromée et une barre de fer », relate la présidente du tribunal, précisant que les forces de l’ordre n’ont pas pris la peine « d’effectuer une fouille en bonne et due forme du véhicule ».

La barre de fer en question, qui sera un point central de ce procès, est en réalité une biellette de direction – une pièce de mécanique automobile ressemblant à une barre de fer. « On s’obstine à appeler cela une barre de fer, cela permet de faire vivre ce dossier, alors que c’est une biellette de direction », insistera Me Xavier Courteille, l’avocat de Théo, lors de sa plaidoirie. Considérée comme une « arme de catégorie D » par les policiers, cette pièce mécanique avait justifié le placement en garde à vue de ces deux hommes au casier judiciaire vierge. Car à l’intérieur du véhicule, les policiers n’avaient aperçu ni masque respiratoire, ni gants, ni casque… pas même un gilet jaune.

Entendus séparément lors de leur garde à vue, Arthur T. et Théo avaient livré une version similaire : partis de Rennes la veille, les deux amis, qui venaient de passer la nuit à Paris, cherchaient une boulangerie avant de prendre la route, direction Lille. Théo, cheveux rasés et allure élancée, avait précisé aux fonctionnaires que la voiture appartenait à la mère d’une amie. Arthur, lui, avait assuré qu’ils n’avaient aucunement l’intention de se rendre à la mobilisation des « gilets jaunes ». En garde à vue, Théo s’était dit « consterné par l’absurdité de la situation », évoquant son « incompréhension totale ». Arthur T., lui, avait dénoncé « un délit d’autorité », justifiant, selon lui, son refus de se soumettre aux relevés d’empreintes.

 « Hystérisation collective »

Devant la présidente, Théo, qui jongle entre ses études à Lille et des petits boulots en intérim, ne s’exprimera pas davantage. Arthur, vivant à Rennes, où il travaille ponctuellement comme traducteur pour une chaîne de télévision locale, se dit « stupéfait par l’ampleur de cette procédure » et déplore avoir « fait l’objet d’un placement sous contrôle judiciaire » l’empêchant de se rendre en Ile-de-France.

Alors que le procureur estime dans son réquisitoire que « les faits sont établis », demandant d’entrer en voie de condamnation « de façon très mesurée », c’est-à-dire avec des peines de sursis, l’avocat d’Arthur T. a tenu à rappeler dans sa plaidoirie « le contexte d’hystérisation collective » dans lequel s’inscrit de dossier.

Le 8 décembre, 1 082 personnes ont été interpellées à Paris, un chiffre record, inégalé depuis le début du mouvement, le 17 novembre. Dénonçant « des dommages collatéraux », MKempf rappelle alors la circulaire prise par la ministre de la justice, et envoyée à tous les procureurs, pour « les inciter à réaliser des contrôles préventifs massifs, voire industriels ».

Pointant « un dossier vide », Me Courteille fustige dans sa plaidoirie « une affaire construite sur la présomption de culpabilité, où l’on estime que les prévenus comptaient se rendre à la mobilisation des “gilets jaunes”, sans avoir cherché une seule seconde à le démontrer ». Réclamant, comme son confrère, la relaxe de son client, MCourteille rappelle, non sans ironie, que « la seule infraction tenable » contre son client aurait pu être « celle de ne pas avoir de gilet jaune dans le véhicule ». Le délibéré est attendu le 18 février.

* Le prénom a été modifié à la demande de l’intéressé.

 

Publié le 10/02/2019

Fac de droit de Montpellier: le doyen et un professeur sanctionnés

Par Antton Rouget (site mediapart.fr)

C’était en mars 2018. Une vidéo publiée par Mediapart montrait le doyen de la faculté de droit de Montpellier applaudir l’évacuation très musclée d’un amphi par des hommes cagoulés. Une procédure administrative lui interdit désormais d’enseigner pendant cinq ans.

Avant que la justice se prononce sur l’implication d’enseignants et du doyen de la faculté de droit de Montpellier dans l’évacuation manu militari d’un amphi de la fac de droit, en mars 2018, les sanctions administratives sont tombées : Philippe Pétel, 59 ans, doyen de la faculté à l'époque des faits est interdit d’enseigner pendant cinq ans et Jean-Luc Coronel de Boissezon, 51 ans, professeur d’histoire du droit a été radié. Ils ont la possibilité de faire appel de ces sanctions. Dans le volet pénal de l’affaire, ces deux hommes sont mis en examen, avec quatre autres protagonistes.

Nous republions ci-dessous l’article dans lequel nous révélions notamment une vidéo montrant le doyen en train d’applaudir les agresseurs juste après leur assaut sur les étudiants.

Montpellier (Hérault), envoyé spécial.- Les grilles de la faculté de droit de Montpellier sont encore restées baissées, ce mercredi 28 mars. Pour le cinquième jour consécutif, Philippe Augé, le président de l’Université, a prolongé la fermeture administrative de l’UFR qui a été le théâtre d’une violente attaque contre des étudiants la semaine dernière. L’établissement ne devrait pas rouvrir avant le mardi 3 avril.

Dans la nuit du jeudi 22 au vendredi 23 mars, un groupe d’hommes cagoulés et armés de planches en bois a fait irruption dans les locaux pour déloger les occupants mobilisés contre la réforme de l’accès à l’université, envoyant trois personnes à l’hôpital. La communauté universitaire est encore sous le choc. Elle attend que les autorités administratives et judiciaires fassent la lumière sur les circonstances de l’intervention de ce groupuscule non identifié, alors que les étudiants ont voté le blocage « illimité » de l’Université Paul-Valéry (sciences humaines et de lettres).

Depuis vendredi, les plaintes s’empilent sur le bureau du procureur de la République de Montpellier, Christophe Barret. Six étudiants ont saisi la justice dès le lendemain de l’agression. Mais, selon nos informations, le nombre de plaignants s’élève désormais à neuf. Pour la plupart d’entre elles, les plaintes concernent des faits de violences volontaires, avec les circonstances aggravantes qu’elles auraient été commises avec arme et en réunion. Les étudiants doivent être examinés jeudi par un médecin légiste pour évaluer leur incapacité totale de travail (ITT), même si aucun d’entre eux ne présente de séquelles physiques majeures. Tous restent en revanche profondément marqués par cette expédition punitive dans une faculté logée au cœur de la ville.

Près d’une semaine après les faits, les étudiants souhaitent à tout prix que les enquêtes en cours – administrative et judiciaire – n’occultent pas le rôle des responsables de l’UFR présents sur les lieux, dont le doyen Philippe Pétel. Ce professeur de droit aguerri et jusqu'ici bien considéré par ses pairs, à la tête de la faculté depuis juin seulement, a démissionné de ses fonctions de doyen samedi après avoir tout juste reconnu une erreur de « communication » dans le traitement des événements.

Pourtant, il semblerait que les problèmes liés à sa gouvernance ne se limitent pas à un déficit d’information : une vidéo que révèle Mediapart montre en effet le doyen en train d’applaudir les agresseurs juste après leur assaut sur les étudiants.

Il est un peu plus de minuit, dans la nuit de jeudi à vendredi, quand la scène a été tournée. En quelques minutes, le groupe d’hommes armés est parvenu à repousser les quelques dizaines d'occupants de l’amphithéâtre A en dehors des murs de la faculté. Les grilles se referment. Et les assaillants se retirent à l’intérieur du hall d’entrée, cagoules sur la tête et planches de bois à la main, sous le regard bienveillant d’étudiants et professeurs anti-occupation qui étaient sur place depuis plusieurs heures. 

Des extraits de cette séquence montrant la fin de l’agression ont déjà été diffusés dans l’émission Quotidien. Mais le fichier source – en intégralité et de meilleure qualité – que nous publions ici permet d’identifier les personnes qui se sont massées autour des agresseurs pour… les féliciter vigoureusement une fois les grilles fermées. On y voit notamment le doyen Philippe Pétel, mais aussi plusieurs membres du personnel de la faculté (service administratif et corps enseignant) applaudir des deux mains les assaillants.

Invité à commenter ces images accablantes, Philippe Pétel n’a pas répondu à nos multiples sollicitations (voir boîte noire). Selon Le Point, l’ex-doyen de la fac de droit, qui est la cible de menaces depuis plusieurs jours, a déposé une plainte pour diffamation. « Alors que le résultat de l’enquête n'est pas connu, Philippe Pétel est mis sur le pilori du tribunal 2.0 », dénonce, dans les colonnes de l’hebdomadaire, Me Romain Subirats, enseignant à la fac de droit et ancien élu au conseil de l’UFR.

Le président de l’Université, Philippe Augé, a lui accepté de répondre à nos sollicitations par écrit. Il affirme que « ce n'est pas (son) rôle » de commenter les vidéos et les messages diffusés sur les réseaux sociaux. « Je dois assurer la stabilité de l'université et la continuité du service public. Mon souci est avant tout d'apaiser et de revenir à un climat le plus serein possible à la réouverture », poursuit-il. À propos des caméras évoquées plus haut, il nie leur existence. Il n'y en aurait, d'après lui, ni dans les bâtiments, ni sur les parkings. « La manière dont les assaillants ont pu pénétrer dans la faculté fait partie des questions auxquelles l'enquête devra répondre, de même que celle de l'identité des agresseurs », indique-t-il.

© Document Mediapart

Cette nouvelle vidéo renforce les soupçons sur la proximité des agresseurs avec des représentants de la faculté. Vendredi, devant les caméras de France 3, Philippe Pétel avait déjà laissé entendre qu’il avait a minima cautionné cette intervention : « Les étudiants ont voulu se défendre, je ne peux pas les en blâmer. Les étudiants en droit qui étaient là étaient tous contre l’occupation. (...) Je suis assez fier de mes étudiants. Je les approuve totalement. »

L’ancien doyen n’a en revanche jusqu’ici pas levé le voile sur les coulisses de l’intervention de ces personnes masquées. « Tout cela a l’air diablement organisé. Cela ne me semble pas être seulement une réaction épidermique de quelques étudiants ou enseignants à une occupation qu’ils contestaient », relève Me Jean-Louis Demersseman, qui défend huit des neuf plaignants. « Un enseignant n’a pas un Taser et une cagoule dans son matériel quotidien », ajoute l'avocat, qui préside par ailleurs la commission « accès au droit » du SAF (Syndicat des avocats de France).

D’autres étudiants ont confirmé à Mediapart le côté « militaire » et « préparé » de l’opération. Deux plaignants, Pierre et Olivier, en master en sciences humaines à l’Université Paul-Valéry-Montpellier, étaient en bas de l’amphithéâtre, assis au bureau, quand ils ont vu les assaillants investir les lieux, aux cris de « Cassez-vous ! », « Dégagez ! » « Deux d’entre eux sont descendus par les escaliers de droite pour faire remonter les étudiants vers l’entrée opposée, celle de gauche, où d’autres agresseurs attendaient. Là, ça tapait fort ! » racontent-ils. Des vidéos diffusées dès vendredi sur les réseaux sociaux confirment ce scénario. Par contre les témoignages fluctuent sur le nombre d’agresseurs en cagoule, armés de planches de palette de bois : de quatre à sept hommes, selon les témoins et plaignants rencontrés. 

Pierre et Olivier expliquent aussi avoir repéré la personne qui aurait tenu la porte de l’amphithéâtre aux assaillants. Son identité, selon eux ? Le doyen Philippe Pétel en personne. José Luis Torres, 45 ans, secrétaire départemental « Solidaires » présent lors du blocage, soutient la même version : « J’étais en haut de l’amphi, à quelques mètres de l’entrée. Et je suis formel : Pétel tenait la porte pour les agresseurs, il était à l’embrasure de la porte », expose-t-il à Mediapart, après avoir, lui aussi, déposé une plainte mardi matin.

Un autre point taraude les manifestants : qui a fait entrer les hommes armés et cagoulés dans l’enceinte de la faculté ? L’accès principal au hall d’accès était occupé par des étudiants et du personnel de sécurité. Et toutes les autres issues avaient été condamnées dans la journée par l'administration avec chaînes et cadenas. « On ne pouvait donc pas accéder au hall d'entrée sans intervention d’un responsable de la faculté », expose M. Torres. 

Publié le 09/02/2019

 

« Ségrégation, Privation de libertés, Non respect des droits »

Selon Catalina Devandas Aguilar, Rapporteure spéciale Handicap de l’ONU au sujet de la France

Voici comment l'ONU a qualifiée la situation des personnes handicapées en France, en 2018 !

 

Stop handiphobie, validisme, capacitisme,

Oui à la Convention ONU et à la vie autonome et Rien pour nous sans nous !

 

Le 11 février 2005 a été votée la Loi pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. 14 ans après, cette loi n'est toujours pas appliquée!

Tout comme la Convention des Droits des Personnes Handicapées (CDPH) de l'ONU entrée en vigueur en 2010.

 

Depuis toujours nos droits fondamentaux sont bafoués, et nos situations deviennent de plus en plus intenables. Mis à l'écart, exclu(e)s, confiné(e)s dans la misère et la solitude, enfermé(e)s dans des institutions maltraitantes, on ne parle de nous que pour des élans de charité dont nous ne voyons jamais les bénéfices.

 

Nous sommes pourtant des êtres humains au même titre que les autres, bien plus handicapables qu'handicapé(e)s, qui désirons les mêmes choses : vivre, aimer, rire, travailler, être respecté(e)s, avoir le choix et le contrôle de nos vies !

 

De nombreuses personnes handicapées ont rejoint et sont actives dans le mouvement des gilets jaunes, car nous avons comme tous les citoyens mobilisés, des revendications communes. Et pourtant celles nous concernant restent méconnues. Par ignorance, par habitude : nous sommes les éternel(le)s oublié(e)s.

 

Nous sommes près de 10 millions !

Et nous aussi, nous sommes en colère !!

 

Pour exiger le respect de nos droits et l'application des lois et conventions internationales.

Pour un revenu d'existence décent pour tou(te)s, sans prise en compte de celui du conjoint.

Pour l'autonomie, une réelle compensation du handicap, la fin des maltraitances, le respect.

Pour l'accessibilité pleine et entière.

Pour la fermeture des institutions ghettos, et des moyens pour vivre en milieu ordinaire.

Pour que nous soyons représenté(e)s par nous-mêmes et non par des profiteurs.

Pour un accès égal à l'éducation, à l'emploi, à la formation, au logement, aux soins, ….

Gilets jaunes, syndicalistes, associations, simple citoyens, venez nous soutenir !

Et comme pour les manifestations pour les droits des femmes, vous vous mettrez derrière nous.

 

Nous n'aurons que ce que nous prendrons !

 

 

 

« Les z’handi en colère »

 

 

Publié le 09/02/2019

Postiers de Montpellier en Action

 

 

Nous avons enfin trouvé une issue au conflit mais la route est encore longue !

 

Nous avons obtenu:

- L'embauche de 8 CDI

- Une organisation sans renfort ni sécable

- Un aménagement d'horaires des samedi pour les tournées finissant après 17h

- Une prime de 450€ et une autre de 150€

- Un regard sur les rééquilibrages de tournées avec des moyens pour y travailler

 

Nous restons soudés et déterminés car nous sommes conscients que ce n'est qu'une première victoire dans la lutte pour nos conditions de travail et pour un service public de qualité.

 

TOUS ENSEMBLE !

 

Publié le 08/02/2019

Liberté de la presse, de manifester, de l’action syndicale : l’inquiétante dérive autoritaire de Macron

par Ivan du Roy (site bastamag.net)

Avec la tentative de perquisition dont a fait l’objet Mediapart, une nouvelle ligne rouge a été franchie par le pouvoir. En coulisse, Emmanuel Macron rêve même d’une forme de mise sous tutelle de la presse, sous prétexte de respect d’une pseudo « neutralité ». La tentation autoritaire actuelle ne se manifeste pas seulement à l’encontre des journalistes : elle s’est déjà concrétisée dans la rue, avec le maintien de l’ordre très agressif depuis le début du mouvement des gilets jaunes, et au sein des entreprises, où les effets des ordonnances-travail se font sentir.

Même après les révélations sur l’affaire Cahuzac, le gouvernement de l’époque n’avait pas osé gratifier Mediapart d’une tentative de perquisition. Six ans plus tard, cette ligne rouge vient d’être franchie : ce 4 février en fin de matinée, deux procureurs du parquet de Paris accompagnés de trois policiers se sont présentés devant la rédaction du quotidien en ligne pour perquisitionner ses locaux. Motif : « Atteinte à l’intimité de la vie privée de l’ancien collaborateur du chef de l’État Alexandre Benalla et/ou de son acolyte, le gendarme Vincent Crase », explique la rédaction. Cette tentative de perquisition intervient après la diffusion d’enregistrements d’une conversation entre les deux hommes, montrant qu’en se rencontrant, ils ont violé le contrôle judiciaire auquel ils étaient astreints, et apportant des éléments sur l’implication d’Alexandre Benalla, intime d’Emmanuel Macron, dans un contrat passé avec un sulfureux oligarque russe.

Plutôt que de se saisir de ces nouveaux éléments sur une question qui concerne l’intérêt général, le parquet de Paris – placé, rappelons-le, sous l’autorité de la Garde des Sceaux Nicolle Belloubet – a donc préféré tenter d’identifier par quels moyens Mediapart s’est procuré les enregistrements. Le ministère public porte ainsi atteinte à la protection des sources, pourtant garantie par la Convention européenne des droits humains : « Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontière » (article 10). La rédaction de Mediapart s’est opposée à la perquisition – ce que tout mis en cause peut faire dans le cadre d’une enquête préliminaire et tant qu’aucun mandat n’a été délivré par un juge. L’équipe de Bastamag, qui travaille régulièrement avec ses consœurs et confrères de Mediapart, leur apporte bien évidemment toute sa solidarité.

Velléité de mise sous tutelle de la presse

Reste que cette intimidation est un nouveau signe inquiétant de la tentation autoritaire d’Emmanuel Macron. Se confiant à quelques éditorialistes triés sur le volet, la semaine dernière, le président de la République a fait part de sa volonté d’une forme de mise sous tutelle de la presse afin d’assurer sa « neutralité » et « la vérification de l’information ». Cet échange est rapporté par le magazine Le Point, qui n’hésite pas à critiquer un « fantasme macronien » visant à instaurer un « service d’information d’État délégué à des journalistes stipendiés ». « Prenant conscience de la sagesse infinie de notre infaillible Jupiter, les journaux décideront spontanément de lui confier la détermination de la vérité via un système financé par lui, et ce, pour le plus grand bonheur du peuple », ironise Le Point.

Le rapport à la vérité d’Emmanuel Macron consiste sans doute à évacuer sans vergogne certains problèmes. Comme il l’a fait lors du grand débat du 1er février avec les élus d’Outre-mer, à propos du chlordécone, un insecticide épandu sur les plantations de bananes aux Antilles, qui a des conséquences dévastatrices sur la santé des habitants. « Non, les enfants ! », a-t-il alors lancé aux élus de Guadeloupe, de Martinique ou de La Réunion, comme le raconte le chroniqueur Samuel Gontier, on ne questionne pas la vérité présidentielle... L’exercice – un président, seul face à plusieurs dizaines de maires et d’élus, distribuant le micro et monologuant pendant des heures sur la ruralité, l’Outre-mer ou les banlieues – illustre une conception ultra-centralisé et personnalisée du pouvoir. Nous sommes beaucoup plus proches de l’image du PDG venant, d’en haut, remotiver ses collaborateurs que de la pratique d’états généraux ou de « Grenelle » où les différents acteurs débattent d’une question sur un pied d’égalité.

Management et maintien de l’ordre agressifs

Sur d’autres sujets, la tentation autoritaire a dépassé le stade du fantasme pour se matérialiser très concrètement. Dans la rue déjà, face au mouvement des gilets jaunes, avec une stratégie de maintien de l’ordre au bilan toujours plus lourd et de plus en plus contestée : 175 personnes blessées à la tête, 17 éborgnées et 4 mains arrachées depuis le 17 novembre. Sans oublier plus de 5300 gardes à vue. Ce mouvement a été l’occasion de passer en vitesse une nouvelle loi « anti-casseur » qui permettra aux représentants de l’État d’interdire arbitrairement, sans recours à un juge, à des personnes de manifester.

Dans les entreprises, les effets des ordonnances travail, décrétées dans la foulée de l’élection présidentielle, se font déjà sentir. Les contre-pouvoirs aux directions d’entreprises et aux logiques financières qu’incarnaient les représentants du personnels, en particulier au sein des comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) autrefois capables de diligenter des expertises indépendantes sur les conditions de travail et la santé des salariés, se fragilisent ou disparaissent progressivement, laissant le management agressif régner en maître. Agressif certes, mais infaillible, comme le Président.

 

Publié le 07/02/2019

Gilets jaunes : « La grève générale illimitée, c’est la seule façon de gagner dans l’Histoire »

par Simon Gouin (site bastamag.net)

Quelles revendications mettre en avant ? Comment s’organiser ? Entre les marches du samedi, les actions coup de poing et les discussions internes, les gilets jaunes normands tentent de se structurer autour de François Boulo, une figure locale et nationale, qui semble faire l’unanimité. L’avocat très médiatisé ne voit désormais qu’une possibilité pour faire avancer le mouvement et obtenir de nouvelles élections : la grève générale illimitée. Récit d’un débat hors du « grand débat national », alors que l’exaspération des gilets jaunes est de plus en plus forte. « Il y a beaucoup de manifestants qui, aujourd’hui, tendent à une fermeté d’action et de propos, alors qu’à la base, ce n’était pas le cas », s’inquiète l’un d’eux.

« Est-ce que le président de la République a un cœur qui bat ? Des oreilles qui entendent notre détresse ? On ne peut pas gouverner contre le peuple. Il faut revenir aux urnes. Pour le contraindre, nous n’avons qu’une stratégie : la grève générale illimitée. » Les applaudissements fusent après les mots de François Boulo. Cet avocat de 32 ans est devenu une figure des gilets jaunes normands. C’est autour de lui qu’ils se sont rassemblés, ce samedi, dans la Maison de quartier, au milieu des petites tours HLM du quartier La Pierre-Heuzé, au nord de Caen. « La grève générale illimitée, c’est la seule façon de gagner dans l’Histoire », estime François Boulo qui appelle à soutenir en parallèle les commerces proximité. De brefs « Macron, démission » sont lancés, avant que les débats ne reprennent.

L’avocat rouennais arrive d’Évreux, où se déroulait ce samedi 26 janvier une manifestation régionale. 300 gilets jaunes l’accueillent sous les applaudissements. À 100 mètres, sept cars de CRS sont positionnés autour de l’entrée principale du quartier, au bord du périphérique de Caen. Entre l’église Saint-Bernard et la salle, une équipe de « médics » est assise sur un banc, après la désormais traditionnelle manifestation du matin, pendant qu’à l’intérieur, les prises de parole se succèdent. À quelques kilomètres, le mémorial de la Seconde Guerre mondiale accueille un concours international de plaidoiries pour les droits humains. Pendant que les élèves avocats et les avocats y défendent la cause des opprimés, dans la Maison de quartier, c’est le « peuple » qui s’exprime directement. Parfois avec éloquence, parfois sans filtre, toujours avec énergie et conviction.

Où va l’argent ?

« Ça fait des années que nous sommes gentils, débute un homme. La répression continue. Le gouvernement est contre les gens modestes, ça ne cesse pas. On ne peut pas être gentils quand on est réprimés. Les élus ont accepté les délocalisations et M. Macron est le représentant du patronat. Des moyens pour vivre, il y en a des milliards, et ils se promènent ! Il faut aller les chercher ! » Une femme précise que les petits patrons « sont avec nous et prêts à mettre la clé sous la porte ». « Le patronat n’est pas homogène », ajoute le conseiller départemental Antoine Casini, proche du PS, hôte de la rencontre et animateur du débat.

Le Smic à 2000 euros ; limiter les écarts de revenus ; augmenter les ouvriers quand les dirigeants s’augmentent ; pas de retraités avec moins de 1000 euros : un homme avance ses priorités tandis qu’un cahier de doléance circule dans la salle. Les questions économiques et sociales sont au cœur des débats. « Tous les services essentiels sont en train de s’effondrer : la justice, les hôpitaux, l’éducation, s’indigne François Boulo. On a toujours de la croissance mais les impôts ne baissent jamais. Où va l’argent ? Dans la poche des 1 % voire des 0,1 %. 150 à 170 milliards d’euros sont captés par les riches, chaque année. Et le budget de l’État, c’est 240 milliards d’euros ! » [1]

« Il y a 26 milliardaires qui foutent les gens dans la merde »

« Que fait-on si on récupère cet argent ? », s’interroge une femme. « On va le donner aux services publics, pas aux grandes entreprises », répond un autre. « En 2008, on a inventé un concept : on a payé à la place des banques, reprend François Boulo. L’Islande, elle, a choisi de ne pas payer pour les banques. » Un jeune homme de Lutte ouvrière (extrême gauche) s’exprime : « Le grand patron, c’est un tique. Il te suce le sang, et comment tu t’en débarrasses ? Tu lui coupes la tête. Il y a 26 milliardaires qui foutent les gens dans la merde. Il faut prendre les usines par l’occupation. Il faut changer nos modes de consommation. » Un gilet jaune dénonce « cette société mondialiste ». « On n’en veut plus. Mais il va falloir d’abord se coordonner. La convergence des luttes est indispensable. Les femmes, les demandeurs d’asile, les syndicats, on est tous travailleurs. »

Un gilet jaune interrompt les débats pour les annonces de la semaine. Une mobilisation devant l’inspection académique, une intervention en même temps qu’un débat public... Problème : la prochaine assemblée citoyenne a été fixée en même temps que le goûter du dimanche après-midi, « qui est organisé à la même heure, depuis un mois. Ce n’est pas possible ! » s’exclame une gilet jaune. « On ne fait pas la révolution avec un goûter », lui répond un autre, déclenchant les rires de l’assemblée. Les deux personnes doivent se retrouver ensuite pour harmoniser l’agenda.

« Taper sur les lobbys, les multinationales »

C’est aussi l’un des objectifs de ces rassemblements : structurer progressivement les gilets jaunes, à l’échelle locale et régionale, et parvenir à une meilleure organisation. « Nous avons besoin d’une tête », avance quelques jours plus tôt Ludivine, 21 ans, licenciée en philosophie. Celle qui a arrêté ses études pour régler ses problèmes financiers a découvert le mouvement des gilets jaunes au rond-point à côté du MacDo dans lequel elle travaillait. « J’avais perdu la foi en la solidarité de l’humain, dit-elle. Sur le rond-point, une mini-société, d’entraide, s’est créée. On a bloqué la raffinerie pendant deux semaines. » Pour la jeune femme, l’important « est de taper sur les lobbys, les multinationales qui font du tord aux petits commerçants ». « Aujourd’hui, ce serait égoïste de faire des enfants sachant le monde qu’on leur propose, suggère-t-elle. François Boulo fait l’unanimité. Fly Rider [Maxime Nicolle] divise. Mais on a besoin de la popularité de ces têtes, qu’on les aime ou pas. »

Cette nécessité d’avoir des représentants « fidèles et loyaux », Timoléon Cornu la partage. Pour cette figure des gilets jaunes du Calvados, régulièrement invité par les médias, « les gens ont peur qu’on retombe dans cette trahison de nos représentants. On ressent toujours cette méfiance par rapport au système pyramidal. Nous devons nous organiser et définir ensemble notre propre représentation, afin qu’elle soit différente par rapport au modèle actuel. » Le jeune homme dont le contrat en intérim n’a pas été renouvelé après une blessure à la cheville sur un terrain de football, est en faveur d’un vrai dialogue avec l’État. « Du grand débat, j’en attends beaucoup », avance-t-il quelques jours avant la rencontre de samedi, en rappelant que cette idée de débat faisait partie des revendications des gilets jaunes. « J’espère que ça peut permettre d’appliquer une démocratie directe. Le problème, c’est que le grand débat n’est pas indépendant du pouvoir exécutif. »

« Je suis inquiet par la situation actuelle »

Timoléon Cornu voit dans le mouvement des gilets jaunes une occasion de recréer du lien social. « Je suis inquiet par la situation actuelle, explique-t-il. S’il y a un mort, on ne pourra plus faire machine arrière. Car le sang appelle le sang. Et il y a beaucoup de manifestants qui, aujourd’hui, tendent à une fermeté d’action et de propos, alors qu’à la base, ce n’était pas le cas. Mais ils se dressent et disent : stop, c’est bon ! Le gouvernement a réussi son jeu. » « J’ai vu des mamies devant les barricades, raconte de son côté Chloé Tessier, autre figure du mouvement local. Il y a une réelle colère quand les forces de l’ordre vous insultent. Mais quand Luc Ferry dit : "Il faut en finir une fois pour toute", pourquoi n’est-il pas poursuivi pour incitation à la haine et au meurtre ? Ce n’est pas pour autant que la violence est bien, mais je peux la comprendre. Les forces de l’ordre visent la tête : est-ce pour tuer ? »

Dans les discours de nombreux gilets jaunes, l’État n’est plus légitime. « Les représentants de l’’État peuvent parler, ils ne sont plus légitimes. Ce sont des facteurs déclenchant d’insurrection et d’actions beaucoup plus fortes. Quand les gilets jaunes sont violents, pas forcément physiquement mais aussi contre certains symboles, ils ne se considèrent pas comme violents, car ce sont eux qui estiment avoir la légitimité », explique Alban Raymond, qui mène des recherches sociologiques et anthropologiques à partir d’entretiens avec les gilets jaunes [2].

« Le vrai débat se fait sur les ronds points »

Pourtant, c’est bien de l’État que les gilets jaunes attendent malgré tout un geste. Quelles mesures pourraient apaiser les tensions ? Des « réformes institutionnelles » ; « la mise en place du RIC », le référendum d’initiative citoyenne (lire ici) ; « la baisse des salaires des députés » ; « la fin des violences policières » ; « la diminution de la TVA sur les produits de première nécessité », avancent entre autres les gilets jaunes que nous avons interrogés. Le grand débat ? « On se fout de notre gueule », exprime l’une d’entre elles. « Macron débat avec des gaz lacrymogènes et des matraques, dit Ludivine. On n’est pas dupes, même s’il nous prend pour des idiots. Le vrai débat se fait sur les ronds-points, pas dans les salles avec des petits fours. »

Participer à l’élection européenne offrirait-il une porte de sortie ? Dans la maison de quartier de La Pierre-Heuzé, ce samedi, l’initiative menée par Ingrid Levavasseur, une aide-soignante gilet jaune, est sévèrement critiquée par le jeune avocat. « Le Parlement européen n’a presque aucun pouvoir. On va aller renforcer le parti au pouvoir. Désormais, ces gilets jaunes se sont exclus du mouvement. Ils sont allés contre nos avis, donc ils ne font plus partis du mouvement. » L’avocat estime qu’il « faut sortir de la concurrence libre et non faussée » imposée par l’Union européenne.

« Il y a trois fois plus de lobbyistes que de parlementaires »

L’Union européenne est souvent pointée du doigt. « Aujourd’hui, nous ne sommes plus en démocratie, mais dans une dictature, estime un gilet jaune. La France est dans l’Europe, et est obligée de mettre en place une politique décidée par la Commission européenne qui n’est pas élue, mais désignée. Il y a trois fois plus de lobbyistes que de parlementaires. » Un homme raconte que son entreprise a construit une unité dans un pays de l’Est, où la concurrence des salaires est déloyale. « Il faut sortir de l’Europe », conclut un autre. « Viser les étrangers comme étant la source de nos malheurs, c’est une erreur, prévient une femme. Les gros patrons sont très contents qu’on se batte entre nous. Depuis que je suis en France, je n’ai que quelques miettes qui me permettent même pas de survivre. La place des femmes dans le mouvement est essentiel. Elles nous permettent d’être empathiques et d’élargir notre lutte. »

« Autant abandonner le capitalisme », avance un jeune homme quelques minutes plus tard avant qu’une gilet jaune interroge, à la volée : « Vous en pensez quoi, vous, des obligations de vacciner ? Le gouvernement sait-il l’impact que cela peut avoir sur les bébés ? » Pour un autre gilet jaune, la priorité est celle de la limitation de vitesses à 80 km/h. « Je suis prêt à organiser un truc là-dessus. » Un homme propose d’abandonner le gilet jaune contre un « foulard rouge » et de se rendre sur les ronds-points. Une action commune est annoncée le soir-même, au sud de la ville. Elle sera révélée au dernier moment avec les gens présents sur place, et finalement empêchée par les forces de l’ordre.

« La politique doit servir à tout le monde », conclut François Boulo après deux heures d’échanges. Le porte-parole des gilets jaunes avance trois mesures prioritaires : la mise en place d’un impôt basé sur la nationalité - « si vous êtes Français, vous payez votre impôt en France » -, des peines planchers pour les fraudeurs fiscaux, et amorcer la transition écologique en discutant de la répartition des richesses. « Nous ne pouvons plus augmenter la croissance. On doit répartir les parts du gâteau autrement. » Une minute de silence est observée pour les blessés du mouvement. Jérôme Rodrigues, un gilet jaune médiatisé, blessé à l’œil à Paris, est dans tous les esprits. Une « marche blanche en hommage aux blessés et aux mutilés, victimes de la violence policière » se déroulera d’ailleurs à Paris, ce samedi 2 février. La grève générale, elle, sera testée le mardi 5 février, avec le ralliement de plusieurs organisations syndicales, dont la CGT et Solidaires, à l’appel de gilets jaunes.

Simon Gouin

Notes

[1] Les ressources nettes du budget général de l’État s’élèvent à 242,9 milliards d’euros en 2018, voir le détail ici.

[2] Pour son étude, Alban Raymond cherche des gilets jaunes à interviewer dans le cadre d’entretiens privés. Si vous êtes intéressés, vous pouvez écrire à stephen.descola@gmail.com.

 

Publié le 06/02/2019

Espagne 1936-1939 : une « guerre civile » ?

Jean Ortiz (site humanité.fr)

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé.

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"Ce concept de « guerre civile » peut se révéler, pour traiter de l’Espagne des années 1930, réducteur, voire instrumentalisable par « les vainqueurs », qui mettent l’accent sur une « égalité des responsabilités » dans la Guerre d’Espagne."

L’expression « guerre civile » est en quelque sorte devenue, en Espagne, une facilité, une habitude de langage, que la plupart des historiens , y compris les plus progressistes, utilisent pour parler de la période 1936-1939. Tuñón de Lara, Espinosa, Moreno, Casanova, Viñas ... ne sont pas pour autant des « révisionnistes » et nous savons combien leurs travaux sont indispensables. Toutefois, ce concept de « guerre civile » peut se révéler, pour traiter de l’Espagne des années 1930, réducteur, voire instrumentalisable par « les vainqueurs », qui mettent l’accent sur une « égalité des responsabilités » dans la Guerre d’Espagne. Une façon aussi pour certains de ne pas reconnaître les crimes franquistes commis pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des crimes contre l’humanité. Donc imprescriptibles ; la plupart des grandes forces politiques espagnoles actuelles, les « libéraux » de droite et « de gauche », se retranchent derrière la fausse loi d’« amnistie » de 1977 (bourreaux et victimes « équidistants ») pour refuser d’ouvrir le procès, qui n’a pas encore eu vraiment lieu, du franquisme, et sanctuariser une monarchie imposée, donc illégitime.

 

On sait qu’une tendance lourde de l’historiographie actuelle sur la guerre d’Espagne consiste à renvoyer dos-à-dos « terreur rouge » et « terreur noire », fascistes et Républicains. Les « deux camps » seraient « tous coupables », d’où la notion frelatée, perverse, « d’ équilibre de la mémoire ». En criminalisant l’adversaire, on rend de fait plus dure et paradoxelemnt plus acceptable aussi la répression (ici l’anéantissement) et en quelque sorte on la légitime . On retrouve ces tactiques à l’œuvre dans les conflits actuels.

 

Pourquoi nous sommes réticents à parler de « guerre civile ? Dans une grande partie de l’Espagne, ce qu’il est convenu d’appeler « guerre civile » englobe plusieurs éléments : des révolutions sociales localisées (surtout en Catalogne, Aragon, Andalousie ), le premier affrontement  démocratie / fascisme, une guerre « internationale », une guerre de classe, une répression « exemplaire »... Le violentissime « golpe » (coup d’Etat) permit aux factieux d’appliquer très vite un « plan d’extermination » . En premier lieu du prolétariat urbain et rural. Pour les franquistes, il ne s’agissait pas seulement de gagner la guerre mais d’éradiquer, pour l’éternité, « le marxisme », la « révolution », considérés aussi comme des maladies à « nettoyer », à « épurer ». Les villes et les régions rurales de l’intérieur furent ravagées, essentiellement par les troupes coloniales, aguerries, féroces, que Franco fit atterrir en Andalousie et qui remontèrent vers Madrid en « colonne de la mort », pratiquant la stratégie de la « terre brûlée », l’écrasement de toute arrière-garde. D’où une « épuration » féroce. Des ondes de « Radio Séville », le chef factieux Queipo de Llano appelait chaque soir les légionnaires, les « coloniaux », à « se comporter en vrais mâles, pas des (...) comme les républicains, à violer les femmes « rouges» pour défendre « la race ». Les fascistes menaient une « croisade », une guerre de libération contre « les rouges » : le mal absolu. D’ailleurs, les cartes des fosses communes coïncident le plus souvent avec les bastions républicains, les endroits qui résistèrent le plus...

 

Comment dormir apaisé lorsque, par exemple, l’on est Cordouan et que l’on sait que dans les deux grands cimetières de la ville gisent encore plus 4000 corps de républicains « disparus », fusillés par les putschistes et jetés, entassés dans des « fosses du silence ».

 

« Nous avons décidé de ne pas parler du passé », confia au journal « El País » du 20 avril 2001, Felipe Gonzalez, l’ex-chef des gouvernements « démocratiques » de l’après-Franco (14 ans). Dans ces années-là, son numéro deux, Alfonso Guerra,  qualifiait le travail de mémoire de « poussiéreux », de « pure archéologie ». Le 20 novembre 2002, le Congrès espagnol adopta une motion minimaliste qui condamnait du bout du bout des lèvres, le franquisme sans mentionner le coup d’Etat militaire, et en réduisant la Guerre à un « affrontement civil entre les Espagnols ». Depuis, l’investissement mémoriel de nombreuses associations a contribué à une sorte de « retour de mémoire ». Et ce, plus particulièrement à partir 1996.

 

Les gouvernements socialistes ont beaucoup participé à la perte de mémoire, par calcul politique, pour préserver entre autres la monarchie, alors que le moment était opportun pour mener une offensive mémorielle sur la République et la Guerre, pour que recule le révisionnisme. Et « récupérer » au passage ( !) des valeurs que Franco pensait avoir enfouies à tout jamais. Et cela dure encore... Le PSOE a lâché la République. Mais le procès du franquisme reste à réaliser. Le 27 12 2007, un texte du gouvernement Zapatero, la loi 52 /2007, se posait faussement en « loi de mémoire », sans toutefois répondre véritablement aux enjeux. Aucun de ses articles ne comporte le mot « République » ; elle ne porte pas une condamnation claire du franquisme, etc. Le parti populaire n’en a même pas profité pour se démarquer (« desvincularse ») du franquisme, dont il est l’héritier politique. Il assume.

 

Le 20 novembre 2008, José Luis Zapatero, au palais de la Moncloa, plaida pour l’oubli, tout en ajoutant : « bien qu’il y ait des gens plus enclins à oublier que d’autres ». D’où la tentation de botter en touche sur l’aide aux associations de récupération de la mémoire historique. Le PP, lui, là où il gouverne n’a pas accordé (à ma connaissance) la moindre subvention conséquente pour l’exhumation des fosses communes. Il faut des géologues, des archéologues, des médecins légistes ; des avocats, des tests ADN... Tout cela a un prix : le prix de la justice, de la vérité, de la mémoire. Alors, prenons garde au révisionnisme sémantique... Ne nous laissons voler ni les maux, ni les mots.

Publié le 05/02/2019

Disparition. Josette Audin, une vie à rendre justice

 

Maud Vergnol (site humanite.fr)

 

Elle avait consacré son existence à ce que la vérité soit faite sur l’assassinat de son mari et la pratique de la torture pendant la guerre d’Algérie. Josette Audin est décédée samedi matin à l’âge de 87 ans.

 

Une grande dame s’est éteinte. Josette Audin est décédée samedi à l’âge de 87 ans, emportant avec elle l’histoire intime de la grande Histoire, celle qu’elle aura contribué à écrire par sa persévérance et son courage. Nous n’oublierons pas son merveilleux sourire, le 13 septembre dernier, lorsque le président de la République est venu chez elle lui demander pardon, « au nom de la République ». Josette aura vécu ce moment avant de s’en aller. Cette reconnaissance officielle de l’assassinat de Maurice Audin par l’armée française, elle y a travaillé plus de soixante ans, affrontant les lâchetés politiques et les mensonges de la Grande Muette. Par amour. Mais aussi pour tous les Algériens victimes de la torture. Car si sa vie a été indissociablement liée au nom de son mari, Josette Audin était une militante communiste, anticolonialiste, dont l’engagement ne s’est jamais affadi. Ces derniers mois, en dépit de la maladie, elle trouvait la force d’être là où son combat devait la mener. Le 12 décembre, elle était au premier rang de l’amphithéâtre de l’Institut Poincaré, pour la cérémonie de remise du prix de mathématiques Maurice-Audin. Le 14 septembre, elle avait tenu à venir à la Fête de l’Humanité, pour partager avec les siens la formidable victoire politique de la reconnaissance, la veille, du crime d’État par Emmanuel Macron. Le public de la Fête le lui avait bien rendu, par un de ces instants magiques où l’émotion n’a plus besoin de mots. À l’Agora, sa frêle silhouette avait soulevé l’admiration et le respect d’un public qui a partagé son engagement pendant toutes ces années. Celui qui a permis que le nom de Maurice Audin ne tombe pas dans l’oubli.

Le 11 juin 1957, un commando de parachutistes l’arrache au bonheur

Sa vie a basculé en 1957. Josette a 25 ans. Militante du Parti communiste algérien (PCA), elle a rencontré Maurice Audin cinq ans plus tôt, à la faculté d’Alger. Ils partagent l’amour des mathématiques, de l’Algérie et de son peuple. Un pays où elle est née et a grandi, dans le quartier de Bab El Oued. « On était conscient des risques qu’on prenait, expliquait Josette Audin, mais nous étions révoltés par le colonialisme. On ne supportait pas de voir des gosses algériens cirer les chaussures dans les rues, au lieu d’aller à l’école. Au marché, si le vendeur était arabe, tout le monde le tutoyait. Nous ne l’acceptions pas ».  Au mois de juin 1957, l’un des plus meurtriers de la bataille d’Alger, le jeune couple héberge des militants clandestins dans son appartement de la rue Flaubert, dans le quartier du Champ-de-Manœuvre. C’est ici que, vers 23 heures, le 11 juin 1957, des parachutistes tambourinent à leur porte, derrière laquelle dorment leurs trois enfants : Michèle, 3 ans, Louis, 18 mois, et Pierre, un mois. « Quand est-ce qu’il va revenir ? » demande Josette Audin, alors que son mari est enlevé par l’armée. « S’il est raisonnable, il sera de retour dans une heure », lui répond un capitaine. « Occupe-toi des enfants », a le temps de lui lancer Maurice Audin. Ce seront les derniers mots qu’elle entendra de lui, qui n’est jamais revenu. Et Josette n’a jamais cru à la thèse de l’évasion avancée par les autorités. « Jamais », assurait-elle. « Il aurait tout fait pour prendre contact avec moi .».Depuis ce jour où un commando de parachutistes l’a arrachée au bonheur, Josette ne s’est jamais résignée.

Josette Audin n’a jamais renoncé, ne s’est jamais résignée

« Mon mari s’appelait Maurice Audin. Pour moi il s’appelle toujours ainsi, au présent, puisqu’il reste entre la vie et la mort qui ne m’a jamais été signifiée », écrivait-elle en 2007 dans un courrier adressé à Nicolas Sarkozy, publié dans nos colonnes, resté lettre morte. Inflexible, pendant plus de soixante ans, Josette n’a jamais renoncé à sa quête de vérité. Dès le 4 juillet 1957, elle porte plainte contre X pour homicide volontaire. La famille de Maurice Audin est la seule à l’épauler dans ces semaines pénibles, où les soutiens se font rares. Les collègues de la faculté ne se précipitent pas pour l’aider. Quant aux camarades, « c’était trop dangereux pour eux de me contacter ». L’instruction de l’affaire, commencée en juillet 1957 à Alger, est transférée à Rennes en 1960. Deux ans plus tard, un premier non-lieu sera prononcé pour « insuffisance de charges ». Mais Josette Audin ne baisse pas les bras. C’est une battante, une militante. Elle décide de rester vivre en Algérie et, après l’indépendance, elle fait le choix de devenir fonctionnaire algérienne, quitte à perdre beaucoup de salaire. Ce n’est qu’à l’été 1966, après le coup d’État de Boumédiène, qu’elle se résout à partir en France, pour protéger sa famille. « On a annoncé à tout le monde, aux voisins, qu’on allait passer l’été dans le sud de l’Algérie. Ma mère avait tout organisé. On a atterri pour une autre vie à Étampes », raconte Pierre Audin, son plus jeune fils, lui aussi mathématicien. « Pas de chance, le proviseur du lycée où ma mère enseignait était au FN. Donc on est partis vivre à Argenteuil… » Quelques semaines après son arrivée en France, en décembre 1966, la Cour de cassation déclare l’affaire « éteinte ». Mais les plaies sont toujours ouvertes. « Ma mère n’en parlait jamais. C’était son jardin secret, et on l’a respecté, confie Pierre Audin. Il y avait son portrait partout, je me doutais que c’était un héros, mais je ne savais pas pourquoi. Un jour, je suis tombé sur un livre dans la bibliothèque, intitulé l’Affaire Audin… »

La reconnaissance par Macron, une victoire personnelle et politique

Les années passent, et chaque nouvelle étape de l’affaire replonge Josette Audin dans ce deuil impossible. Elle ne s’est jamais remariée. Au début des années 2000, alors que les tortionnaires soulagent leur conscience dans la presse française, Josette remonte au front et dépose une nouvelle plainte contre X pour séquestration, qui aboutira encore à un non-lieu. Elle refuse de rencontrer en privé la famille des assassins de son mari : « Si la vérité doit advenir, explique-t-elle, il faut que cela soit devant tout le monde, devant la justice de la République. » L’espoir, la lassitude, la colère… En janvier dernier, à l’Assemblée nationale, à 87 ans, elle était venue redire, avec une incroyable dignité, qu’elle espérait toujours que « la France, pays des droits de l’homme, condamne la torture, ceux qui l’ont utilisée, et ceux qui l’ont autorisée ». Ce jour-là, le mathématicien Cédric Villani est à ses côtés. Le député LaREM en est convaincu : Emmanuel Macron doit reconnaître ce crime d’État. Simultanément, l’Humanité publie des témoignages d’appelés qui racontent l’horreur de la torture et remettent dans le débat public les pratiques de l’armée française pendant la guerre d’Algérie. Une lettre ouverte adressée au président de la République, signée par de nombreuses personnalités, est également publiée dans nos colonnes. « Des deux côtés de la Méditerranée, les mémoires algérienne et française resteront hantées par les horreurs qui ont marqué cette guerre, tant que la vérité n’aura pas été dite et reconnue », affirme le texte. Trois mois plus tard, grâce au geste historique du chef de l’État, la France regarde en face l’une des pages les plus sombres de la colonisation. Car le sort d’un homme révéla tout un système : celui de la pratique généralisée de la torture pendant la guerre d’Algérie.

Le 13 septembre dernier, dans le salon de Josette, où Maurice Audin est partout, éternel jeune homme de 25 ans immortalisé par des clichés posés sur les étagères du salon, une page d’histoire s’est écrite. Un dialogue entre Emmanuel Macron et Josette Audin en dit long : « Je vous remercie sincèrement », lui dit-elle. « C’est à moi de vous demander pardon, donc vous ne me dites rien. On restaure un peu de ce qui devait être fait », répond Emmanuel Macron. « Oui, enfin, je vous remercie quand même ! » lui rétorque Josette Audin d’un air malicieux. Le président : « Je vois que l’indiscipline continue »… L’insoumission, l’indocilité plutôt. Le combat de Josette Audin, exemplaire, lui survivra. Nous y veillerons. Pendant soixante ans, nos colonnes ont tenté de l’accompagner dans son juste combat. C’est dire si les équipes de l’Humanité ont du chagrin aujourd’hui. À ses enfants, Michèle et Pierre, ses petits-enfants, et toute sa famille, elle adresse ses condoléances les plus chaleureuses.

Publié le 04/02/2019

Gilets jaunes à Montpellier - Acte XII, chute de tension

A Montpellier, la stratégie des forces de l'ordre, sous un temps pluvieux, a évolué dans une retenue sans doute corrélée à l'inévitable enracinement du sujet des violences policières et des mutilés dans l'actualité médiatique.

Aujourd'hui, c'est sous un temps pluvieux que s'est réunie ce samedi 2 février 2019 la manifestation des gilets jaunes à Montpellier. Exploit tout à fait surprenant en ces conditions météorologiques, entre 1500 et 2000 personnes se rejoignent entre la place de la Comédie et la Préfecture et forment un cortège qui quitte aussitôt le centre-ville en évitant la gare. La foule s'étale sur les boulevards et file vers le quartier du Millénaire dans une ambiance joyeuse et musicale malgré la légère bruine. Les gens bavardent, échangent leurs idées sur le mouvement, sur l'actualité politique. Foule protéiforme, où l'on peut croiser tout ce qu'est la France de chez nous, les héraultais. Même si Montpellier est devenue une métropole, qu'elle s'est embourgeoisée et gentrifiée, peuplée de néos venus d'horizons divers, et qu'elle est comme toujours traversée par son cortège national mouvant d'étudiants, c'est ce peuple là que l'on retrouve d'abord dans toute sa diversité : des profs, des retraités, des jeunes, des étudiants, des artisans, des employés, des fonctionnaires, mais des gens d'ici. Ils vivent à Montpellier, ou à Lodève, Clermont-l'Hérault, Aniane, Sommières, Cournonterral, Quissac, Soubès, Béziers, Agde, et j'en passe. C'est comme retrouver cette ambiance de l'été dans les villages où chante notre accent, des promenades et des bronzettes à Palavas, des encierros à Mauguio, des après-midi à la rivière ou au Pic Saint Loup. Tout le monde est là, tout le monde se mêle, dans une heureuse harmonie.

Gilets Jaunes Acte 12 Montpellier - Manifestation [Part 1] © La mule du pape

Le cortège rejoint le centre commercial Odysseum, œuvre monumentale héritée de Frêche et de sa folie des grandeurs, nouvel épicentre économique auto-proclamé en grande pompe par la feu agglomération montpelliéraine, vitrine fourre-tout entre marques pseudo-luxueuses, Géant Casino, Apple, Ikéa, Starbucks et autres franchises par dizaines. Comme un pied-de-nez, le cortège se fait plus bruyant, dans les allées tantôt couvertes tantôt bruinées, où les échos encouragent les chants. Les "ahou" retentissent, cri hérité de la culture du black bloc et qui se répand aujourd'hui dans l'usage commun de la manifestation, entonné par tous. Les gens qui adoptent cette technique de manifestation sont parallèlement aujourd'hui de plus en plus nombreux dans la foule et se tiennent prêts à décliner en actes toutes les possibilités (résistante violente contre les forces de l'ordre, dégradations de symboles de l’État ou du capitalisme, et majoritairement résistance passive et pacifique) permises par la démarche sans forcément se revendiquer anarchistes ou affiliés à un courant de pensée politique. En outre, une grande partie des personnes présentes est venue avec un masque et des lunettes, surtout les jeunes. La jeunesse éclairée, en lutte, est très représentée, et s'imprègne petit à petit de ces nouveaux codes qui lui permettent de défier le système par la rue. Je discute avec deux jeunes hommes issus des mouvements de squat montpelliérain, qui ne cessent de rebondir sur les précédentes violences policières et redoutent l'issue de la manifestation. "En même temps, qu'est-ce que tu veux, c'est la BAC... des repris de justice... Il y en a qui sont ok, mais y en a plein c'est des racailles, ils vont les chercher en prison et les enrôlent en passant l'ardoise sur leur casier..."

Mais jusque là, aucune présence policière, la manifestation se déroule sans connaître le moindre souci et finit par reprendre le chemin du centre-ville en bloquant les voies rapides qui joignent Montpellier à ses plages, sous des tonnerres de klaxons sympathiques. Dans ce bouchon monumental, contrairement aux premières semaines de blocages routiers, personne ne s'agace, rien ne détonne ni ne dément la réelle popularité du mouvement des gilets jaunes dans la région. Car aujourd'hui, en réalité, un peu tout le monde s'y retrouve, ou à minima, connaît quelqu'un qui en est.

Après la traversée d'Antigone, autre verrue héritée de Frêche avec l'aimable participation néo-néo-classique de l'architecte Ricardo Bofill, on retrouve finalement cet écusson médiévalo-haussmannien, où le cortège intrépide vient, après avoir joyeusement fendu la Comédie, se rassembler sur la place de la Préfecture, sous la même pluie légère qui n'a cessé de l'accompagner. Sur les lieux, les commerces, cafés et restaurants se hâtent de rentrer leurs terrasses, parfois avec l'aide bienvenue de gilets jaunes. Comme d'habitude, les CRS sont là, postés sur leur éternelle ligne barrant l'accès de la place du marché aux Fleurs et de la rue de l'Université.

 Le sempiternel rituel cérémonieux et théâtral s'est perpétué, mais peut être bridé par la pluie, le froid et le long parcours. Les manifestants les plus audacieux se sont massés, tous rutilants de discours et d'invectives, contre les lignes de CRS, où de petites vagues se sont succédées pendant quelques dizaines de minutes. Inhabituellement longues. Pourtant, depuis le terre-plein des ultras, des pétards ont éclaté, quelques feux d'artifices, quelques bouteilles ont volé contre les boucliers des CRS, sans réaction. Puis de molles sommations ont eu lieu et une ou deux lacrymogènes maladroitement lancées à la main n'ont suffi à disperser qui que ce soit. Mais ceux qui hésitaient à rester ont fini par partir petit à petit. Tout le monde attend, mais rien ne s'ensuit.

J'en profite pour discuter avec un type qui vient se blottir près de moi sous un auvent, s'abritant pour rouler avec difficulté un joint humide. Il vient d'arriver, en retard comme toujours avoue-t-il, car comme tous les samedis il accompagnait auparavant ses fils à leur tournoi de foot. Habitant les environs d'Agde, ce trentenaire travaillant dans l'artisanat alimentaire, a tenu à faire tout de même le déplacement, comme chaque week-end. Bien que vêtu d'un sweat à capuche noire, masque et lunettes à portée de main, il n'est pas là pour casser et se revendique pacifiste, mais engagé. "Je continue de venir parce qu'il y a trop d'injustices. Les gens galèrent et le pouvoir ne veut rien voir alors il faut faire du bruit." Le jeune homme sera là pour tenir les rues face aux forces de l'ordre. Il s'est investi dans le mouvement dès son commencement, en occupant notamment le péage de Bessan (43 personnes interpelées après qu'il fut finalement incendié le 18 décembre) avant de participer aux cortèges de Béziers, Nîmes et Montpellier. Il évoque une femme présente sur le péage, placée en détention provisoire après l'incendie, alors qu'elle a cinq enfants à charge.

Gilets Jaunes Acte 12 Montpellier - Dispersion et affrontements [Part 2] © La mule du pape

Un curieux grabuge finit par nous interrompre. Un ligne de CRS apparaît dans la rue Saint-Guilhem, attenante à la place, et provoque un mouvement de foule soudain. Les plus rompus craignent un effet de nasse et entraînent lentement le cortège vers la place Jean Jaurès où vient tout de suite faire barrage, mais sans violence, un nouvel escadron. Pas de tirs de LBD, ni de lacrymo sur cette place qui est habituellement l'un des premiers épicentres des affrontements. Tous ceux qui n'ont pas pu passer descendent par les petites ruelles, sans heurts ni aucune dégradation. Il est à noter qu'il y a un changement clair dans l'attitude des forces de l'ordre, qui n'ont pas cherché à disperser violemment la manifestation sur la place de la Préfecture ni dans les rues attenantes comme à l'accoutumée, à l'aide de moult grenades lacrymogènes et assourdissantes. Changement, qui se retrouve dans la gestion globale de cette fin de manifestation.

Dans cette descente progressive vers la place de la Comédie, les forces de l'ordre sont d'abord restées extrêmement passives et ont joué un rôle strictement géostratégique en avançant par petites lignes et sectionnant le trajet de redescente pour obliger les manifestants à emprunter les ruelles qui ne se prêtent ni aux affrontements ni aux dégradations. Il ne reste plus que cinq ou six cent personnes, des contestataires, et la partie restante de la manif. Tout le monde se retrouve progressivement rue de la Loge, en aval des troupes cette fois. Les black bloc offensifs se rassemblent en première ligne, des feux d'artifices, quelques bouteilles, fusent, et derrière eux ce qui reste de la manifestation fait soutien de près par des chants et des invectives. Mais la violence n'est vraiment pas extrême, pas de pavés lancés, pas de dégradations, de poubelles brûlées ni de vitrines explosées. Au bout de quelques chants, entonnés par toute la foule, les premières vraies salves de grenades lacrymogènes fusent enfin et expulsent tout le monde sur la Comédie, dans la panique. Cela a pour effet de disperser les derniers qui se hasardaient encore là sans conviction et d'isoler les protestataires en sécurisant la place. Une ligne de CRS arrive rapidement depuis la gare et vient quadriller un axe habituellement chaotique. Mais toujours pas de LBD, ni de grenades défensives...

Les forces de l'ordre temporisent et laissent à nouveau une partie des manifestants quitter les lieux. Bientôt, l'intervention finale sera rapide et nette. Une grande partie des manifestants se disperse après le timide assaut de la Comédie. Celle qui reste se rassemble à l'entrée de l'Esplanade, environ 200 personnes, dont une grande partie ne manifeste aucune violence physique, mais juste des invectives et des insultes. De plus, même parmi les plus virulents, personne n'a eu le temps de faire ni d'emporter de pavés ou autres projectiles. D'autres sont restés là en observateurs, tel ce couple de quadras venus de Clermont-l'Hérault, très impliqués dans le mouvement local, et qui commentent d'un œil inquiet l'avancée progressive des forces de l'ordre tandis que la BAC veille sur les côtés de la place, en renfort. Bientôt, plusieurs fourgons et une très grande ligne de CRS viennent isoler le noyau dur de la contestation, soixante à quatre vingt personnes, et le prendre en chasse sous une rafale de lacrymogènes un peu disproportionnée. Bilan deux interpellations. Jusqu'à cette dispersion, aucun dégât dans le centre-ville, pas de feux, pas de blessure grave, pas de scènes d'affrontements chaotiques à distance, pas de vitrines brisées. Un épisode qui contraste donc avec les précédentes semaines de contestation.

Le rendez-vous du samedi récolte-t-il les "fruits" de sa persistance ? Le gouvernement, qui semblait jouer à fond la carte de la peur en optant pour une stratégie de maintien de l'ordre agressive, misant sur l'essoufflement hivernal de ce mouvement clivé sur sa propre violence, est-il en train de réaliser la sous-estimation de son potentiel inné ? La blessure à l’œil de Jérôme Rodrigues, figure pacifiste des gilets jaunes, le week-end dernier, a sans doute contribué à l'obligatoire fixation sociétale et médiatique sur la question des violences policières. Mais avec une mobilisation qui devient pluriforme et parvient à adhérer toutes les classes sociales du quotidien, celles qui se côtoient, et s'acceptent, vivent ensemble au sein d'un même territoire, n'était-ce pas couru d'avance ?

Avec cet acte XII, à Montpellier, on peut constater un changement à la fois dans l'attitude des forces de l'ordre et des manifestants. Il est certain que les premières ont attendu de longues minutes et réagi mollement à l'agglutinement final de la manifestation, ce qui contraste avec la réaction sévère qui eut lieu lors des précédents épisodes. En temporisant leurs charges et leur gestion des lieux, avec une BAC beaucoup moins présente, un usage plus raisonnable des lacrymogènes et des grenades défensives, elles ont entraîné une altération progressive du nombre des manifestants contestataires plutôt que d'entraîner l'ensemble de la manifestation au milieu d'un déchaînement répressif.

En écho, la réponse des black bloc - dont les éléments violents étaient sans doute moins nombreux - et manifestants engagés dans une forme de "résistance" s'est aussi montrée graduelle et n'a pas entraîné de dégradations majeures ni d'effet de foule violent. Car comme les récents mouvements sociaux en France semblent le démontrer, la majorité de manifestants qui se mue en contestataires n'apparaît pas forcément comme systématiquement violente, mais comme une force solidaire engagée pour ses convictions politiques et cependant prête à cautionner sans forcément soutenir l'usage de la violence par d'autres. Il est certain que face à cette attitude la réaction des forces de l'ordre est primordiale et peut agir comme détonateur lorsqu'elles-mêmes envoient un message qui est compris comme "violent" par tous. Trop souvent ces dernières semaines, en témoignent les épisodes de casse, on put constater que l'occasion fit le larron. En réaction à ce qui fut perçu comme une injustice (l'empêchement par une répression agressive de manifester sur la voie publique), la manifestation se muait plus naturellement et massivement en une contestation violente et débridée. Aujourd'hui, la retenue des forces de l'ordre semble avoir pondéré cette aspiration qui semblait inévitable, au grand étonnement des manifestants qui se sont souvent demandé quand tout allait enfin partir en drame.

A moins que ce ne soit la pluie ?

Publié le 03/02/2019

La mobilisation pour sauvegarder l’Humanité prend corps

Patrick Apel-Muller (site humanité.fr)

Le tribunal de commerce de Bobigny rendra son délibéré le 7 février. Les manifestations d’attachement à notre journal se multiplient.

Les juges ont examiné hier matin la situation économique du journal, entendu le directeur et le représentant des salariés. L’Humanité s’était placée sous la protection du tribunal de commerce de Bobigny. Celui-ci rendra son jugement en délibéré le 7 février.

Dès l’annonce de cette procédure et la publication lundi de l’appel à la « Mobilisation générale pour l’Humanité » signée de son directeur, Patrick Le Hyaric, les réactions de solidarité se sont multipliées. Celles de nos lecteurs d’abord, qui jugent « impossible » de perdre leur journal et égrènent ce qu’ils y trouvent et qu’on ne leur présente nulle part ailleurs. Sur les réseaux sociaux, des parlementaires s’engagent et relaient des appels à la mobilisation : André Chassaigne, Sébastien Jumel, Éliane Assassi ou Fabien Gay. Des élus LaREM, LR, radicaux de gauche ou socialistes disent aussi que, quels que soient les désaccords qu’ils peuvent avoir avec des prises de position du journal, celui-ci doit absolument exister. Le député LR du Lot Aurélien Pradié annonce même qu’il a souscrit un abonnement. « Le journal de Jaurès ne peut disparaître », est-il insisté.

« C’est un quotidien qui fait des choix »

Samedi, le conseil national du PCF a appelé dans une motion à se mobiliser sans délai : « Tous les journaux connaissent de sérieux problèmes financiers. La plupart d’entre eux peuvent combler leur déficit parce qu’ils sont adossés à de grands groupes industriels et financiers, au prix d’une concentration de la presse et des médias entre quelques mains. L’Humanité, composante historique du pluralisme de la presse française et des combats progressistes, ne peut compter que sur l’engagement de ses équipes, le militantisme, ses lectrices et lecteurs, ses amis, les diffuseurs de l’Humanité Dimanche. » Et d’ajouter : « Qu’il s’agisse des luttes sociales, de celles pour la préservation de la planète, des confrontations politiques et culturelles nécessaires en démocratie, de la solidarité internationale et de la paix, dans tous ces domaines, l’Humanité joue un rôle original et utile. Tout commande de le revaloriser. Quand les médias rencontrent une telle crise de confiance, l’engagement de l’Humanité aux côtés des milieux populaires, des “invisibles”, des penseurs qui contestent le système, constitue un atout pour le journalisme et un atout précieux pour la démocratie. »

Faire un don en ligne              Télécharger le bulletin de souscription

De son côté, Pascal Franchet, président du Comité pour l’abolition des dettes illégitimes, écrit tout son « soutien », et ajoute : « Votre quotidien est un outil indispensable pour celles et ceux qui luttent contre ce monde absurde. » Éric Toussaint, porte-parole du CADTM international, membre du conseil scientifique d’Attac France, estime qu’« aucun autre quotidien ne peut remplacer l’action d’information réalisée par l’Humanité ». Le journaliste et producteur Édouard Zambeaux écrit : « Il faut soutenir l’Humanité au nom du pluralisme évidemment, mais aussi et surtout car c’est souvent un bon journal, un quotidien qui fait des choix, propose des angles, fait entendre des paroles précieuses, raconte des combats méprisés… et que son nom lui-même devrait nous inspirer plus souvent. »

Tony Hautbois, secrétaire général de la fédération des ports et docks CGT, joint le geste à la parole : « Au-delà de notre abonnement, nous faisons parvenir à l’Humanité un don d’un montant de 1 000 euros afin d’apporter notre soutien et solidarité pour que vive la presse indépendante mais surtout progressiste. » Depuis le début de la semaine, le rythme des dons à la souscription exceptionnelle s’est accéléré. Il doit encore s’intensifier en urgence.

Des soutiens en mots, en vidéos...

Les soutiens émanent aussi d’artistes créateurs ou de journalistes : Xavier Durringer, François Busnel, Jean-Pierre Kalfon, Jack Dion, Didier Varrod, Lionel Thompson et le SNJ-CGT de Radio France, Aude Lancelin, Ali Rebeihi, Catherine Sinet, Antonio Fischetti de Charlie, Pouria Amirshahi, Laurent Delahousse, la compagnie Jolie Môme. Corinne Masiero, l’actrice des Invisibles et du Capitaine Marleau, a enregistré une vidéo maison en récitant le Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? et en appelant à soutenir le journal. De très nombreuses personnalités ont annoncé leur présence à la grande soirée de mobilisation et de solidarité pour notre journal qui se tiendra le 22 février à la Bellevilloise à Paris. Beaucoup le feront savoir par une vidéo. Quant à Michel Drucker, il a affiché son soutien en posant avec la une de l’Humanité en compagnie d’Olivier Dartigolles. Le geste pourrait bien devenir viral…

Vous trouverez régulièrement dans nos colonnes les échos de cette mise sous protection populaire de notre journal, de votre journal.

Patrick Apel-Muller

Publié le 02/02/2019

La CGT appelle à la grève le 05 février

UD CGT Hérault

Montpellier Manifestation départementale 14h esplanade du Peyrou

Publié le 01/02/2019

Montpellier, une grève illimitée débute ce matin à La Poste

(Site lamarseillaise-encommun.org)

Usager ou client ?

Contrôle de cadence de tri délirant avec des tableurs dans lesquels on enregistre le nombre de pas du personnel, la restructuration de la poste n’en finit plus et les comportements managériaux mettent à mal les conditions de travail des factrices et des facteurs sur tout le territoire depuis plusieurs années. Les effets pour les usagers sont connus. Détérioration continue de la qualité du service public et augmentation tout aussi régulière des tarifs.

«  les facteurs de Montpellier sont très très inquiets », et ils n’auront bientôt « plus les moyens d’assurer la distribution du courrier à partir du 21 janvier ». Un préavis de grève illimitée a été déposé. Le mouvement débute ce matin au centre de tri Rondelet. Il exprime le refus de la suppression de 20% des tournées des 97 à 101 tournées existantes du bureau de poste de Rondelet,  soit près de 35 emplois pour les syndicalistes de SUD PTT 34 et CGT FAPT 34. Concrètement, cela se traduit par un rallongement des tournées existantes et une nouvelle organisation basée sur une gestion informatisée, « totalement décorrélés de toute réalité du terrain » soulignent les facteurs. Si la pression sur les objectifs commerciaux et la productivité pèse lourdement sur le moral, le mouvement ne se veut pas corporatiste. Il entend faire prendre conscience aux usagers qu’on « demande de faire plus avec moins ». Pour mémoire, entre 2008 et 2015, 49 700 postes de fonctionnaires (soit 1 sur 3) et 22 000 CDD ou CDI (1 sur 6) ont été supprimés.

Pour la direction, cette nouvelle organisation se justifie par une baisse importante du volume de courrier justifiant « une déprofessionnalisation du métier de facteur », propos intolérable pour les syndicalistes. La hausse des prix du timbre et des autres services postaux a pourtant permis de compenser pleinement la baisse du volume de courrier. L’activité courrier-colis pesait encore près de la moitié des 23 milliards d’euros de chiffre d’affaires de La Poste en 2016. Avec 24,11 milliards d’euros de CA en 2017, le groupe à capitaux publics dégage des bénéfices en hausse.

Pour les syndicalistes, les « agents sont conscients des perturbations que cette mobilisation va engendrer, mais ne rien faire serait accepter cette réorganisation catastrophique aussi bien pour la qualité de service rendue aux usagers que pour les conditions de travail des agents. De nombreux collègues sont déjà touchés par des inaptitudes en lien avec le travail et cette nouvelle organisation ne fera qu’empirer les choses. »

La nouvelle organisation du travail devrait impacter durablement les contrats les plus précaires et les facteurs les plus âgés du bureau montpelliérain, qui a pourtant déjà connu trois tentatives de suicide depuis 2015. Face à cette situation critique au bureau de poste de Rondelet, « et à la demande majoritaire des agents, un préavis de grève illimitée est déposé par les organisations syndicales SUD et CGT à partir du 21 janvier 2019. » Ils devraient être rejoints dès le 21 par le bureau de Pézenas et le 24 par celui de Lattes.

Ce qui se passe à La Poste, et notamment à la distribution, est inacceptable. Cela produira certainement une source de mécontentement pour les clients qui râleront sur les employés en augmentant leur stress. Cela peut aussi interpeller les usagers qui sont susceptibles d’entendre le mal-être des postier·e·s et de les soutenir humainement, tout en défendant les principes d’un service public de qualité.

JMDH

Soutient aux postiers de Montpellier Rondelet en grève

On a besoin du soutien solidaire du plus grand nombre tant au niveau financier qu'au niveau moral. Chacun participe comme il le souhaite mais pour nous aider financièrement suivez le lien ci-dessous.

Merci d'avance. Hasta la Victoria !

 

https://www.leetchi.com/c/soutient-aux-postiers-de-montpellier-rondelet-en-greve?fbclid=IwAR1sRYPn0M-kjyTpxEoX0G5sJ_1GuqGWTHfkJsp0HGmTBvrdkca32gMG4gQ

 

Publié le 31/01/2019

 

Montpellier : à Groupama, conflit sur le temps de travail

(Site midilibre.fr)

 

Une grève très suivie par les cinq sites de Groupama Méditerranée ce mardi 29 janvier.

"Vous savez quand on fait grève ici, c’est un événement. La dernière remonte à 2011." Les cinq sites de Groupama Méditerranée ont été touchés par un mouvement de contestation très suivi ce mardi 29 janvier.

À Montpellier, siège de la direction administrative, plus de 300 personnes se sont retrouvées à l’extérieur des locaux de Chaptal ; des rassemblements ont également eu lieu à Aix-en-Provence, Perpignan et Avignon.

Présente sur toute la façade méditerranéenne, la compagnie Groupama emploie aujourd’hui environ 1 500 salariés, dont environ la moitié a manifesté son soutien au mouvement selon les organisations syndicales (CFDT, FO, Unsa et CGT). Le sujet principal de crispation concerne le temps de travail, avec la volonté de la direction de revoir les rythmes négociés en 2011.

"On n’est pas nanti, loin de là"

"On n’est pas demandeur de cette négociation. On a un équilibre entre vie privée et vie professionnelle. On n’est pas nanti, loin de là", indique Élisabeth Hacquin (FO), selon laquelle les rythmes et le nombre de jours de RTT obtenus ont été compensés par le gel des salaires et la diminution des effectifs.

Michel Boyer (CFDT), déplore, de son côté, "l’obsession à faire baisser les frais généraux", dont la masse salariale. "La direction prétend qu’elle va présenter des négociations mais après quatre séances, on ne sait pas ce qu’elle propose", ajoute Jeanne Belmonte (Unsa).

40 % d’absence chaque jour en raison de RTT ou congés

Voilà cinq mois que les discussions ont été engagées, jusqu’à ce mouvement de grève plus ou moins attendu par Michel Penet, le directeur général de Groupama Méditerranée. "Aujourd’hui, sur 1 500 personnes, j’ai chaque jour 40 % d’absence, pour des raisons non pas d’absentéisme mais de congés, de RTT. On est dans une entreprise de services qui travaille pour ses clients. Forcément, la négociation est conditionnée par le fait que je demande aux salariés de travailler un peu plus", précise le responsable.

Il assure que le gel des salaires n’a plus cours depuis 2017. "Le niveau de rémunération est dans celui du marché", insiste Michel Penet, qui assure que le mouvement d’hier ne changera pas sa "détermination" à revoir le temps de travail. "Il faudra quand même qu’on arrive à trouver un équilibre" prévient un salarié.

Guy TRUBUIL

 

 

Publié le 20/01/2019

Gilets roses : les assistantes maternelles sonnent l'alerte sur la réforme du cumul emploi-chômage

(site politis.fr)

Inquiètes par la réduction de leur complément d'activité qui se profile à l'issue des négociations à l'Unédic, ces professionnelles qui gardent les jeunes enfants appellent à une mobilisation nationale le 2 février.

Elles sont environ 330 000 en France. Elles démarrent leurs journées avant les autres, et les terminent souvent après les autres. Elles gagnent environ 3 euros de l'heure. Elles travaillent parfois le samedi. Leurs semaines de travail peuvent durer de 45 à 60 heures, et elles font majoritairement des journées de huit heures. Elles sont souvent isolées chez elles. Peu syndiquées. Leur travail n'est pas assez considéré, alors qu'elles permettent à de nombreux jeunes parents, mères en tête, de reprendre le travail ou tout simplement d'aller travailler. Les assistantes maternelles sonnent l'alerte.

Un texte de loi défendu par la ministre du Travail Muriel Pénicaud prévoit de « modifier les mesures d'application relatives [...] à l'activité réduite ». C'est-à-dire de limiter, dans le temps en tout cas, voire de réduire les allocations chômage de professionnels à activité réduite, comme les assistantes maternelles, les aides à domiciles ou les auxiliaires de vie, qui cumulent plusieurs employeurs.

« Au départ, nous avions même compris que Muriel Pénicaud voulait supprimer nos compléments d'activité. Il semblerait maintenant que le projet consiste à les réduire », témoigne Florence Cazenave. Cette assistante maternelle en Gironde est l'une des cinq administratrices des Gilets roses, groupe Facebook constitué en octobre par des professionnelles (ce sont en majorité des femmes) qui ne se reconnaissent pas forcément dans le mouvement des gilets jaunes mais s'en inspirent pour porter leurs revendications et, partant, celles de tous les travailleurs à activité réduite.

« Nous n'avons pas de statistiques officielles sur notre profession mais environ la moitié des assistantes maternelles doivent garder quatre enfants à temps plein. Disons huit heures par jour. Ce qui leur fait quatre employeurs différents avec quatre contrats de travail de 700 euros par exemple, explique Florence Cazenave. Si une famille déménage ou que l'un des enfants rentre à l'école, l'assistante maternelle perd un contrat et voit son salaire passer de 2 300 euros net à 1 600 euros net dans ce cas de figure. Pour compenser, elle perçoit une allocation chômage jusqu'à ce qu'elle trouve un nouvel enfant et une nouvelle famille employeur. Cette allocation (ARE) varie de 57 % à 75 % de ce qu'elle percevait. Ça permet de tenir. Mais si cette allocation baisse, comment va-t-on faire ? », interroge-t-elle. Dans les zones urbaines en tension, retrouver une famille peut aller assez vite, mais en zone rurale ?

Les Gilets roses organisent une mobilisation le 2 février qui devrait être suivie dans plus de 75 % des départements, avec le soutien de la CGT et de FO en Gironde. «Non à la réforme du cumul emploi-chômage en cas d'activité réduite ! », clame l'appel.

« Liberté de choisir son avenir professionnel »

En arrière-plan de ce mouvement, la loi du 5 septembre 2018 « pour la liberté de choisir son avenir professionnel », qui a d'abord permis au gouvernement de changer les règles par décret, sans qu'il ait estimé nécessaire de dévoiler ses intentions. Puis sa décision en septembre de rouvrir les négociations sur l'assurance chômage un an avant l'échéance de l'actuelle convention Unédic. Ces négociations sont actuellement en cours entre les partenaires sociaux. Elles devaient prendre fin initialement fin janvier mais les mouvements sociaux de cet hiver, notamment autour des Gilets jaunes, reportent le terme des discussions à fin février. Si les négociations échouent, le gouvernement reprendra la main.

Une lettre de cadrage du 25 septembre 2018 envoyée par le gouvernement aux organisations entend imposer à l'Unédic 3,9 milliards d’euros d’économies en trois ans, soit 1,3 milliard par an. « Cela signifierait une perte moyenne considérable de 3,5 % sur les allocations, pour des personnes dont le revenu moyen est de 1 200 euros par mois, traduit Denis Gravouil de la CGT. Cette lettre de cadrage vise particulièrement les travailleurs précaires, celles et ceux dits “en activité réduite”, c’est-à-dire 800 000 personnes parmi les 2,2 millions inscrites dans les catégories B et C des chiffres mensuels du chômage. Elle exige de revoir à la baisse le calcul des allocations lorsqu’il y a “cumul” – en fait, alternance – de périodes de travail, généralement en CDD courts, et de chômage indemnisé, de revoir la durée de ce cumul, ou encore sa possibilité même ; par exemple lorsqu’une assistante maternelle, qui peut garder jusqu’à trois enfants, n’en garde plus qu’un ou deux. (…) Nombre de personnes pourraient ainsi perdre 10 % à 30 % de leur allocation, soit 100 à 200 euros par mois, voire ne plus percevoir d’allocations du tout. »

Le groupe Facebook des Gilets roses réunit aujourd'hui plus de 9 000 membres.


par Ingrid Merckx
publié le 25 janvier 2019

Publié le 29/01/2019

Jean Ortiz

Toujours un poing levé et une main tendue, Jean Ortiz est un internationaliste assumé.

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28 janvier 1939, la « Retirada »

Lundi, 28 Janvier, 2019 (site humanité.fr)

Rappel de quelques éléments souvent oubliés sur l’exode vers la frontière française de plus de 450.000 Républicains espagnols, vaincus par le fascisme, mais pas détruits.

Au milieu des célébrations, commémorations (nombreuses) d’une défaite : la « Retirada », il convient de souligner que cette victoire du fascisme en Espagne fut délibérément organisée par une sorte de « front antirépublicain » très large. Pour ce front, non désigné comme tel, l’ennemi reste les communistes, l’URSS, les révolutionnaires et la « révolution sociale »... que l’URSS ne souhait pas en Espagne.

 

La fin des années 1930, très convulsive, produit en Europe une sorte de climat de psychose, notamment anti-étrangers. Georges Bonnet, ministre français des Affaires Etrangères du gouvernement du « radical » Daladier, collabore à Paris ouvertement avec le représentant de Franco, Quiñones de León, avant même la fin du conflit... Le gouvernement français se précipite d’ailleurs pour reconnaître le « gouvernement putschiste de Burgos » et son chef, Franco, le 27 février 1939 (Accords Bérard-Jordana), avec l’Angleterre, et bloquera en France notamment le dernier envoi d’armes soviétiques aux Républicains espagnols. Daladier « offrira » à Franco l’or de la République, déposé à Mont-de-Marsan, qu’il avait précédemment refusé aux gouvernements républicains pourtant légitimes.

 

Et si toute cette Guerre, suivie de la Deuxième mondiale, ne fut « qu’une immense erreur d’intentions et de réalités » ? s’interrogeait le journaliste espagnol Eduardo Haro Tecglen. Une lettre de Roosevelt du 8 novembre 1942 s’adresse à Franco en ces termes : « L’Espagne n’a rien à craindre des Etats-Unis, mon Général, je suis votre ami sincère ».

 

Winston Churchill, quant à lui, avait pris les devants, en déclarant le 14 août 1938 au journal « La Nation » de Buenos Aires  : « Franco a entièrement raison, parce qu’il aime sa patrie. Franco défend en outre l’Europe du péril communiste. (...) Mais je préfère le triomphe des autres, parce que Franco peut être un bouleversement, ou une menace pour les intérêts britanniques, alors que les autres non ». Et Franco admirait beaucoup Churchill... Sans compter qu’une haine viscérale de l’URSS rapprochait la plupart des protagonistes.

 

Le 6 janvier 1938, Juan Negrín, chef socialiste du dernier gouvernement républicain, adressa un télégramme à Roosevelt, dans lequel il écrivait : « L’histoire sera inexorable envers tous les hommes d’Etat qui ont fermé les yeux face aux évidences ». La guerre d’Espagne, c’est l’histoire de classes, d’une « trahison ». La République s’était attaquée, timidement, aux inégalités structurelles de l’Espagne, aux déséquilibres, aux injustices d’un système de classe aux relents féodaux.

 

La fin de la Guerre Espagne sous forme de coup d’Etat (le 5 mars 1939) contre le dernier gouvernement républicain, présidé par Juan Negrín, considéré aujourd’hui par de nombreux historiens comme un homme d’Etat particulièrement avisé, et la plus fantasmée que réelle « hégémonie communiste » précipitèrent la défaite totale, le chaos, et rendirent impossible l’évacuation de milliers de Républicains qui continuaient le combat dans la « poche » de la zone centre (Valence, Alicante, etc.). Negrín, après avoir passé la frontière française fin janvier, comme tous, était retourné en Espagne, dans la zone centrale, pour tenter d’éviter le pire, et sauver le plus grand nombre de vies. Des milliers d’hommes et de femmes y refusaient encore d’admettre la défaite. Cela s’avéra impossible ; les bateaux français et anglais, les « bateaux de la liberté », restèrent, en France comme en Angleterre, à quai, ou bien encore au loin, au large.

 

Les promoteurs de ce coup d’Etat de la « junte » du Colonel Sigismundo Casado pensaient obtenir de Franco une « paix des braves », notamment en donnant comme gage l’emprisonnement à Madrid des dizaines de communistes. Franco exigea de Casado, et des autres, une « reddition inconditionnelle ».

 

Le 10 janvier 1939, le ministre de Negrín, Alvarez del Vayo, à la tribune de la Société des Nations, déclarait, s’adressant aux Anglais, aux Français, aux Américains : « Le jour viendra où vous vous souviendrez de nos avertissements, et vous comprendrez... »

 

Il faut rappeler que la « Retirada », le 28 janvier 1939, ne fut pas la fin de la guerre. Franco proclama pompeusement sa « victoire » le premier avril 1939. Ce dernier reçut un télégramme du Pape Pie XII : « Nous adressons nos sincères remerciements à Votre Excellence pour la victoire de l’Espagne catholique ».

 

La répression franquiste qui marqua la Guerre d’Espagne fut organisée, méthodiquement planifiée, avec l’appui des autorités civiles et militaires, de la Guardia civil et avec la bénédiction active de l’Eglise. Franco voulait l’anéantissement de toute opposition, l’écrasement définitif du prolétariat espagnol des campagnes et des villes. Il fallait donc « nettoyer, purifier le pays », des expressions que l’on retrouve aujourd’hui dans la bouche de Bolsonaro.

 

Les Républicains espagnols réfugiés en France seront placés par le « pays des Droits de l’Homme » au cœur des processus d’exclusion et de répression de la Troisième République, et au cœur du Statut « d’indésirables » (à partir du printemps 1938, de nombreuses lois, décrets, sont imprégnés de l’esprit sécuritaire, raciste et xénophobe, anti-classe ouvrière). Un esprit de « Croisade », de « guerre froide » (qui pourtant ne commencera officiellement qu’en 1948) soufflait également sur une partie de la France ; les classes dominantes voulaient une revanche, en France comme en Espagne, sur les Fronts populaires.

 

Pour les antifascistes espagnols exilés en France, dont 10% environ d’entre eux résistèrent, il s’agissait pour eux d’un même combat antifasciste, et leurs guerrilleros furent parmi les premiers à prendre les armes, à verser leur sang, contre le fascisme, essentiellement par internationalisme.

 

Nous rappelons tous ces faits, parce que la Guerre d’Espagne est souvent l’objet d’une insupportable réécriture. Les commémorations ne sauraient se limiter à de l’émotionnel ; il convient de leur donner le contenu politique qu’elles méritent, et exigent.

 

Publié le 28/01/2019

Publié le 27/12/2019

A Montpellier, la police a tiré au fusil à pompe avec des munitions en plastique

Par Louise Fessard (site mediapart.fr)

Lors d’échauffourées ayant eu lieu durant l’acte IX des gilets jaunes, le samedi 12 janvier à Montpellier, la brigade de recherche et d’intervention (BRI), une unité spécialisée de la police, a tiré au fusil à pompe des munitions en plastique, dites « bean bags », sur des manifestants.

 C'est une étape de plus dans l'escalade de la répression policière face aux gilets jaunes. Lors d’échauffourées ayant eu lieu durant l’acte IX des gilets jaunes, le samedi 12 janvier à Montpellier, la brigade de recherche et d’intervention (BRI), une unité spécialisée de la police, a tiré au fusil à pompe des munitions en plastique, dites « bean bags », sur des manifestants.

Capture d'écran d'une vidéo filmée par un commerçant à Montpellier, le 12 janvier 2019. L'agent de la BRI armé d'un fusil à pompe apparaît en pantalon de treillis à droite. © DR

C’est le site Montpellier Poing Info qui s’est le premier interrogé sur une vidéo filmée par un commerçant montpelliérain, montrant la présence dans le centre-ville, au milieu de policiers en civil de la brigade anticriminalité (Bac), d’un agent casqué en treillis portant un fusil à pompe, sans brassard de police. Le site a également publié des photos d’une cartouche verte de calibre 12 de marque Fiocchi recueillie par un manifestant ce jour-là et retranscrit le témoignage d'un manifestant ayant vu le fusil à pompe. « Des policiers “d’élite” se sont-ils servis d’un fusil à pompe contre des manifestants le samedi 12 janvier à Montpellier lors de l’acte IX des gilets jaunes ? », demande Jules Panetier, rédacteur au Poing et militant anticapitaliste, le 23 janvier sur la page Facebook du journal local.

Contacté, le Sicop (Service d'information et de communication de la police nationale) confirme l’information. Selon la police nationale, deux fusils à pompe de marque américaine Kel-Tec ont bien été engagés sur la manifestation des gilets jaunes le 12 janvier par la BRI de Montpellier, « qui a cette arme en dotation collective ». Et une vingtaine de tirs ont eu lieu « a priori lors de violences contre les policiers de la Bac et de la BRI », sans que l’on ne sache si des personnes ont été blessées. Aucune interpellation n’a eu lieu, selon la police nationale.

Il s’agit d’une première depuis le début du mouvement des gilets jaunes, marquant une escalade inquiétante dans sa répression par les forces de l'ordre. Cette arme et ces munitions, dont seules les unités spéciales de la police (comme le Raid et les BRI) sont équipées, sont habituellement réservées à des interventions contre le grand banditisme ou des opérations antiterroristes. « C’est a priori une arme et une munition plutôt utilisées pour maîtriser un individu très violent sur une scène d’une grande violence », explique le Sicop.

Dépendant de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), les BRI ne sont pas spécialisées dans le maintien de l’ordre. Mais elles ont été appelées en renfort, comme d’autres unités spéciales, depuis le début du mouvement des gilets jaunes, notamment pour effectuer des interpellations. Il s’agit d’unités qui peuvent à la fois réaliser des actes d’enquête judiciaire (du type surveillances) et des interventions spéciales, lors de prises d’otage par exemple.

Fusil à pompe vendu sur le site du fabricant américain Kel-Tec. © DR

En quoi la manifestation du 12 janvier à Montpellier justifiait-elle l'utilisation de fusils à pompe ? Les vidéos tournées par un commerçant rue de l’Aiguillerie, où apparaît un agent doté du fusil à pompe, montrent des échanges de projectiles entre des policiers et des manifestants, pour certains équipés de gilets jaunes. D’un côté, des jets de bâtons et d’un cocktail Molotov, de l’autre des policiers qui tirent au flashball. Le niveau de violence côté manifestants ne dépasse donc pas, a priori, ce que l’on a pu voir lors de précédents rassemblements, notamment à Paris. Pourquoi la BRI a-t-elle alors fait usage du fusil à pompe ? « Ils l’ont utilisée, car ils l’ont en dotation », nous répond le Sicop. Ce qui montre le danger de recourir lors de mouvements sociaux à des unités non spécialisées dans le maintien de l'ordre.

France Bleu Hérault indique de son côté : « La manifestation du samedi 12 janvier a réuni environ un millier de gilets jaunes. Un itinéraire déclaré, mais aussi mieux organisé que les fois précédentes : une poignée de manifestants a assuré un cordon de sécurité. » Le site précise que « le climat s'est tendu en début de soirée devant la préfecture de l'Hérault où quelques gilets jaunes se sont retrouvés. Des poubelles ont été incendiées et la police a dispersé des gaz lacrymogènes ». Là encore, des dégradations, mais rien d’insurrectionnel…

Photo des douilles trouvées le 12 janvier 2019 à Montpellier, prise par un militant montpelliérain au syndicat Sud étudiant. © DR

Léon*, 21 ans, cité par le journal Le Poing, nous décrit ainsi la manifestation : « Comme toutes les manifestations qui se sont mal déroulées, le rassemblement a commencé place de la Comédie puis s’est dirigé vers la préfecture où il a stagné. Il y a eu quelques jets de projectiles, des tirs de gaz lacrymogène, de flashball puis les CRS nous ont repoussés jusqu’à la place de la Comédie. » C’est alors qu’un autre manifestant lui a remis deux douilles vertes, ramassées dans une proche ruelle.

Paul*, 23 ans, également cité par Le Poing, a quant à lui aperçu en fin de manifestation « un civil en treillis sans brassard » équipé d’une arme et d’un casque qui l’ont intrigué, car « ils ne correspondaient pas à ceux de la Bac », nous explique-t-il. C’est plus tard, en voyant sur Facebook les images de l’agent en civil sur la vidéo ainsi que de la douille verte, qu’il a fait le rapprochement et compris qu’il s’agissait d’un fusil à pompe.

Photo des douilles trouvées le 12 janvier 2019 à Montpellier, prise par un militant montpelliérain au syndicat Sud étudiant. © DR

Quelle est la dangerosité de ces munitions ? Il s’agit de munitions de calibre 12, inférieur au diamètre des balles en caoutchouc tirées par les LBD 40, communément appelés flashballs. Ces munitions sont donc potentiellement plus pénétrantes. « C’est plus petit que les balles des LBD 40 [de diamètre 4 cm – ndlr], donc l’impact est traumatisant, mais c’est un filet granuleux donc c’est moins dur », répond le Sicop.

Sur le site de l’armurier italien Fiocchi, ces cartouches vertes, rangées dans la catégorie « less than lethal » réservée aux forces de l’ordre, peuvent contenir trois types de projectiles, en gomme ou en plastique, dont des « granulés de plastique »

La police nationale nous indique qu’à la suite de cette utilisation d’un fusil à pompe contre des manifestants, la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) a demandé le 18 janvier un retrait de cette arme sur les mouvements de gilets jaunes. Et ce « pour ne pas qu’il y ait de confusion [avec une arme à balles réelles – ndlr], car c’est une arme impressionnante ». L’Inspection générale de la police nationale a pour sa part été saisie d’une « évaluation sur les conditions d’usage de cette arme ». Il ne s’agit pas d’une enquête administrative, mais de préparer le nouveau « schéma national de l’ordre public », précise la police nationale.

Le premier ministre a en effet demandé début janvier au ministre de l’intérieur Christophe Castaner de procéder à une « actualisation du schéma national d'ordre public ». S’agit-il d’envisager l’usage de ces fusils à pompe en maintien de l’ordre, ce qui constituerait une évolution très inquiétante ? L’emploi en manifestation d’armes permettant de viser des personnes, comme les flashballs ou fusils à pompe, va à contre-courant d’une conception du maintien de l'ordre fondée, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en France, sur la mise à distance des protagonistes du conflit sans frapper les corps.  

Le 3 décembre, le syndicat de police Vigi Île-de-France, minoritaire et issu de la CGT Police, avait réclamé sur Twitter « une évolution de la doctrine d’emploi » avec « l’utilisation de gomme-cogne en calibre 12 ». « Ça serait une bonne chose d’en venir à ce genre de munitions avec des fusils à pompe, car c’est beaucoup plus petit et précis que le LBD, justifie François Chaillet, délégué du syndicat en charge des CRS. Ça ne traverse pas, ça ne fait que des bleus. » Plusieurs sources policières, spécialisées en maintien de l’ordre, se disent très surprises de l’utilisation de fusils à pompe à Montpellier. « Je suis très étonné, je n’ai jamais vu ça déployé sur le terrain », reconnaît également François Chaillet. 

Certaines unités de sécurité publique de la police nationale, comme les Bac, utilisaient dans les années 1990 des fusils à pompe avec des balles en caoutchouc de calibre 12, dites gomme-cogne, dans les quartiers populaires. Mais ces armes ont depuis été remplacées par les flashball.

Dans un entretien en 1999 avec le sociologue Laurent Bonelli, un commissaire, en poste dans un secteur sensible, décrivait ainsi son travail dans les cités : « [Les gardiens de la paix] utilisent des fusils à pompe. Les balles sont certes en caoutchouc, mais pour le policier, le principal geste est fait : braquer quelqu'un avec un fusil à pompe. Avant, ces armes collectives ne sortaient pas des armureries, ou alors, pour des missions très ponctuelles et encadrées. […] Cela vient des consignes de tenir le terrain à tout prix, même en sous-effectif. » Mouvement des gilets jaunes en 2019, mêmes causes, mêmes effets ?

Publié le 25/01/2019

Marche pour le climat

UD CGT Hérault

 

Communiqué de la CGT Hérault

La CGT Hérault appelle à manifester à Montpellier le 27 janvier à 14 heures au Peyrou lors de la marche pour le climat.

Pour notre syndicalisme, les questions environnementales et l’urgence climatiquesont complémentaires de nos combats pour le progrès et la justice sociale.

La CGT rappelle que le capital, sa financiarisation et la marchandisation del’économie, sont les causes de la crise. C’est pour servir ses intérêts que le travail et l’environnement sont mis sous sa coupe. Pour la CGT, la transition écologique passepar une vraie réflexion sur l’industrie, les transports, le logement et l’instauration ducontrôle des aides publiques.

Les propositions de la CGT :

  • Assurer un accès universel aux biens et services publics mondiaux,notamment l’eau ;
  • L’accès pour toutes et tous à un logement sans discrimination de nationalité ou de situation sociale ;
  • Un développement et une amélioration des transports collectifs sur tout le territoire dans une approche multimodale et complémentaire des modes de transport, en respectant des critères sociaux et environnementaux ;
  • Développer une politique industrielle cohérente conjuguant les enjeux sociaux et environnementaux ;
  • Engager la réindustrialisation locale en réhabilitant une politique industrielle capable de favoriser les circuits courts ;
  • Contrôler et évaluer les aides publiques et demander leur restitution sileur efficacité n’est pas démontrée.

Pour toutes ces raisons, nous serons aux côtés des associations et des citoyen-nes mobilisé-es pour le climat, dimanche à Montpellier. Nous appelons nos adhérent-e-s à se retrouver derrière la banderole syndicale.

Montpellier, le 24 janvier 2019

Publié le 24/01/2019

SIX GILETS JAUNES CONDAMNÉS À DE LA PRISON AVEC SURSIS À MONTPELLIER

(site lepoing.net – page facebook)

Huit personnes interpellées le samedi 19 janvier lors de l’acte X des gilets jaunes ont été déférées ce lundi 21 janvier au tribunal de grande instance de Montpellier et présentées devant un juge sous le régime de la comparution immédiate. Pour soutenir les inculpés et dénoncer les violences policières, des gilets jaunes se sont réunis en début d’après-midi devant le tribunal en faisant une haie d’honneur avec les portraits de manifestants blessés par des policiers. L’audience a commencé à 14h et s’est terminée vers 22h30. Le Poing fait le point :

1) Le premier prévenu est un postier-coursier trentenaire. Deux chefs d’inculpation lui sont reprochés : participation à un groupement en vue de commettre des dégradations et des violences, et violence sur personne dépositaire de l’autorité publique. Il aurait reconnu pendant la garde à vue l’accusation de violence. Il accepte de se faire juger pendant l’audience, mais l’avocat du policier considéré comme une victime dans cette affaire demande un report pour permettre à son client de se constituer partie civile. Le procès est renvoyé au 25 février. En attendant, le prévenu est placé sous contrôle judiciaire : pointage hebdomadaire au commissariat et interdiction de manifester à Montpellier et aux alentours le samedi.

2) Le second prévenu est un jeune chômeur. Deux chefs d’inculpation lui sont reprochés : participation à un groupement en vue de commettre des dégradations et des violences, et violence sur deux personnes dépositaires de l’autorité publique. Le prévenu demande un délai pour préparer sa défense. Il affirme ne pas avoir été à la manifestation : « j’étais chez mon père toute la journée, je suis sorti pour retirer des sous, et j’ai été interpellé. Il y a des caméras partout, il suffit de regarder les images ! » Son avocat acquiesce : « pendant la garde à vue, mon client a donné les coordonnées de son père à l’officier de police judiciaire, mais il n’a pas jugé utile de le contacter pour vérifier ses propos ! Et les caméras de vidéosurveillance n’ont pas été exploitées ! » Le procès est renvoyé au 25 février. En attendant, il est placé sous contrôle judiciaire : pointage hebdomadaire au commissariat et interdiction de manifester à Montpellier et aux alentours le samedi. Le juge demande aussi un supplément d’instruction pour auditionner son père et exploiter les caméras.

3) Le troisième prévenu est un jeune étudiant. Il accepte de se faire juger immédiatement. Deux chefs d’inculpation lui sont reprochés : participation à un groupement en vue de commettre des dégradations et des violences, et violence sur personne dépositaire de l’autorité publique. « Les CRS venaient vers nous, j’ai renvoyé un palet de lacrymogène, mais les policiers étaient trop loin pour que je puisse les toucher ». Aucun policier n’a porté plainte contre lui, mais le juge et la procureur affirment qu’il voulait en découdre avec la police car il était équipé d’un masque de ski et d’un casque de vélo. La procureur s’indigne : « À l’entendre, on dirait que les manifestants sont attaqués par des hordes de CRS toute la journée. Mais il faut rappeler que les tirs de lacrymogènes sont effectuées après des sommations. Les policiers ont des consignes strictes et claires ! » L’avocat du prévenu fait remarquer qu’il n’y a dans cette affaire ni victime, ni préjudice. Le juge le reconnaît coupable des deux chefs d’inculpation et le condamne à quatre mois de prison avec sursis assortis d’une obligation d’effectuer un travail d’intérêt général de 35h sous 18 mois. Il doit aussi s’acquitter de 127€ de frais de procédure. « Si vous payez dans le mois, vous avez une réduction de 20% ! » conclut le juge.

4) Le quatrième prévenu est un agent de maintenance, proche de la trentaine. Il accepte de se faire juger immédiatement. Deux chefs d’inculpation lui sont reprochés : participation à un groupement en vue de commettre des dégradations et des violences, et violence sur personne dépositaire de l’autorité publique. Il conteste ces accusations. Selon les témoignages identiques de deux policiers, il faisait partie d’un « groupe de caillasseurs » et il aurait été identifié en train de jeter une pierre qui, de l’aveu même des policiers, n’a atteint personne. Il a été interpellé au niveau du square Planchon : « j’aidais une personne à escalader la grille » affirme-t-il. Dans son sac à dos, les policiers retrouvent des équipements de protection : masque de ski, masque en tissu blanc et lunettes de protection. Pendant la garde à vue, le médecin a constaté un hématome au crâne : « je pense que c’est un coup de matraque » déclare le prévenu pendant l’audience. La procureur s’attarde sur les convictions politiques du prévenu : « il déclare être un militant anti-corrida, mais ces militants sont censés être non violents, notamment envers les animaux, et là il fait preuve de violence envers des policiers, ce n’est pas cohérent ! » L’avocat du prévenu remet en cause l’authenticité des procès-verbaux des policiers : « les heures des procès-verbaux ne tiennent pas et c’est toujours le même policier qu’on retrouve dans tous les dossiers ! » Le juge le reconnaît coupable des deux chefs d’inculpation et le condamne à cinq mois de prison avec sursis assortis d’une obligation d’effectuer un travail d’intérêt général de 35h sous 18 mois, plus 127€ de frais de procédure.

5) Le cinquième prévenu est un carrossier d’une trentaine d’années. Il accepte de se faire juger immédiatement. Deux chefs d’inculpation lui sont reprochés : participation à un groupement en vue de commettre des dégradations et des violences, et violence sur personne dépositaire de l’autorité publique. Il s’est fait interpeller en possession d’équipements de protection – masque à gaz, lunettes – et de trois pierres : « les pierres étaient dans ma poche, je ne sais pas si je les ai jetées, il y avait du gaz partout, j’étais dans un entonnoir, les CRS étaient devant et derrière et ils faisaient tout pour qu’on ne sorte pas ». Le juge reproche au prévenu d’être resté à la manifestation jusqu’en soirée : « Vous saviez que ça allait dégénérer ! Les policiers ne veulent pas aller à l’affrontement, ils font des sommations, et laissent les gens partir quand il y a un ordre de dispersion ». L’avocat note que le procès-verbal d’ambiance, censé retranscrire les événements de la manifestation, a été rédigé à 9h du matin, soit cinq heures avant le départ du cortège. L’avocat clame aussi qu’avoir des équipements de protection sur soi ne présume pas d’intentions malveillantes : « tout le monde était équipé ce jour-là, s’il fallait tous les présenter devant un juge, nous serions des centaines dans la salle d’audience ! Par ailleurs, le fameux délit de ‘‘participation à un groupement en vue de commettre des dégradations et des violences’’ a fait l’objet d’une circulaire, celle du 16 mars 2010, qui insiste sur la nécessité de caractériser les faits matériels de l’accusation. Si les manifestants sont présentés individuellement aujourd’hui, et non collectivement, cela prouve bien qu’ils ne faisaient pas partie du même groupement, alors de quel groupement parle-t-on ? Jusqu’à preuve du contraire, la manifestation des gilets jaunes ne constitue pas un groupement illégal ! Quant aux violences qu’on reproche à mon client : où, quand, comment, qui, de quel fait dommageable parle-t-on ? On ne sait pas. » Malgré cette plaidoirie efficace, le juge reconnaît le prévenu coupable des deux chefs d’inculpation et le condamne à cinq mois de prison avec sursis assortis d’une obligation d’effectuer un travail d’intérêt général de 35h sous 18 mois, plus 127€ de frais de procédure. « Il faut faire attention à ce qu’on dit aux policiers. En garde à vue, vous avez reconnu avoir jeté une pierre ! » conclut le juge.

6) Le sixième prévenu est un fonctionnaire d’État d’une quarantaine d’années. Il accepte de se faire juger immédiatement. Un chef d’inculpation lui est reproché : participation à un groupement en vue de commettre des dégradations et des violences. Selon des policiers, il faisait partie d’un « groupe de casseurs » et il aurait été identifié en train de casser des blocs de pierres pour en faire des plus petites, et en train de jeter des pierres sur les policiers, qui, de leurs propres aveux, n’ont atteint personne. Il a été interpellé au niveau du square Planchon : « Il y avait des CRS qui venaient de la gare et d’autres de la Comédie. On m’a aidé à escalader la grille du square, alors moi aussi j’ai aidé quelqu’un à la franchir, et j’ai été interpellé ». Il conteste les faits qui lui sont reprochés : « je n’ai jeté aucun projectile sur qui que ce soit et je n’ai pas cassé de pierre, je n’ai rien cassé du tout ». Les policiers retrouvent dans son sac à dos des équipements de protection – masque, lunettes – et ils affirment aussi avoir trouvé « deux caillasses ». En garde à vue, le prévenu affirme que « ces pierres ont été mises par quelqu’un d’autre, peut-être des policiers ». Pendant l’audience, il réaffirme ne pas avoir mis ces pierres dans son sac. « J’ai compris lors des auditions de garde à vue que ma position serait inaudible lors de l’audience. Je sais qu’il aurait mieux valu ‘‘avouer’’ plutôt que de dire la vérité. Mais la vérité, c’est que quand j’ai été interpellé, les policiers m’ont mis au sol, ils ont fouillé mon sac, et ils m’ont montré des pierres qu’ils avaient dans la main ». « Les policiers ne font pas ça » réplique le juge. L’avocat du prévenu reprendra les éléments de défense évoqués pour les affaires précédentes : « l’accusation de ‘‘participation à un groupement en vue de commettre des dégradations et des violences’’ n’est pas caractérisé : ni l’intention, ni le groupement ne sont définis. » Le juge reconnaît le prévenu coupable du chef d’inculpation et le condamne à trois mois de prison avec sursis sans inscription au casier judiciaire, plus 127€ de frais de procédure.

7) Le septième prévenu est un intérimaire d’une vingtaine d’années. Il accepte de se faire juger immédiatement. Deux chefs d’inculpation lui sont reprochés : participation à un groupement en vue de commettre des dégradations et des violences, et dégradation d’un bien par incendie. Selon des policiers, il faisait partie d’un groupe « parmi les plus véhéments ». Identifié par une caméra de vidéosurveillance, il reconnaît pendant l’audience avoir « alimenté un feu » devant le cinéma Gaumont. Il aurait été suivi par des policiers, et il a été interpellé sur l’Esplanade. Les policiers retrouvent sur lui des allume-feux en cube et en gel : « la boîte était fermée, je ne m’en suis pas servi » se défend le prévenu. Son avocat rappelle que « rien dans la procédure ne l’accuse d’avoir allumé le feu, il l’a attisé, ce n’est pas pareil ». Le juge reconnaît le prévenu coupable des deux chefs d’inculpation et le condamne à six mois de prison avec sursis assortis d’une mise à l’épreuve de deux ans consistant en une obligation de travailler ou d’être en formation, et une interdiction d’être dans le centre-ville de Montpellier le samedi après-midi, plus 127€ de frais de procédure.

8) Le huitième prévenu est un jeune homme d’une vingtaine d’années titulaire d’un CAP zingueur en reconversion professionnelle. Il accepte de se faire juger immédiatement. Trois chefs d’inculpation lui sont reprochés : participation à un groupement en vue de commettre des dégradations et des violences, violence sur personne dépositaire de l’autorité publique, et provocation à la rébellion. Il aurait été vu par des policiers comme étant « particulièrement actif et violent » pendant la manifestation, et suivi pendant plus d’une heure et demie. Il aurait été identifié par des caméras de vidéosurveillance, mais les images ne sont pas claires. Le juge montre au prévenu d’autres images de vidéosurveillance datant des manifestations du 5 et du 12 janvier, et le prévenu se reconnaît dessus. Pendant la garde à vue, le prévenu reconnaît la plupart des faits qui lui sont reprochés, excepté la provocation à la rébellion. « À la base, je ne suis pas parti en manif’ pour ça, c’était pour se faire entendre, mais j’ai vu des tirs policiers et des gens suffoquer sur la place de la Comédie… » Son avocat dénonce un dossier « fait n’importe comment. Encore une fois, je rappelle que le procès-verbal d’ambiance a été rédigé à 9h du matin, ce qui ne semble choquer personne. On nous dit que les policiers l’ont suivi pendant plus d’une heure, ils n’avaient vraiment que ça à faire ? Permettez-moi d’en douter. Et pourquoi vous ressortez de vieilles photos ? Vous ne le poursuivez pas pour des faits antérieurs, alors je ne vois pas pourquoi on en parle aujourd’hui ! Et de quelle violence parle-t-on ? Où est l’atteinte physique et psychologique ? Qui a porté plainte ? Personne ! Nous sommes ici pour faire du droit, pas de la politique ! Quant à la provocation à la rébellion, les propos censés l’incriminer ne sont tout simplement pas qualifiés dans la procédure ! » Le juge relaxe le prévenu pour l’accusation de provocation à la rébellion mais le reconnaît coupable des deux autres chefs d’inculpation et le condamne à un an de prison avec sursis avec une mise à l’épreuve de deux ans consistant en une obligation de travailler ou d’être en formation, une interdiction d’être dans le centre-ville de Montpellier le samedi après-midi et une interdiction de porter une arme. En réponse à l’avocat, le juge affirme que peut être considéré comme une violence « tout acte de nature à créer un choc émotif, sans avoir besoin de définir ce choc ».

Publié le 22/01/2019

« Le pouvoir des femmes renversera le pouvoir » : focus sur la marche féminine des gilets jaunes à Montpellier

(site lepoing.net)

À Montpellier, un gros cortège très alerte ce samedi pour l’acte IX ; mais parfois déboussolé entre féminisme assumé et pacifisme supposé propre aux femmes.

C’est carré. C’est direct : « Le pouvoir des femmes renversera le pouvoir » lit-on sur une banderole brandie ce samedi 12 janvier dans les rues de Montpellier. Interjection d’un homme militant : « Alors magnez-vous, les femmes, parce que nous, ce pouvoir, on n’en peut plus ! » Il n’a pas manqué de tonalités réjouissantes dans ce cortège des gilets jaunes au féminin. Ni d’ambiguïtés.

Il fallait éclaircir cette idée d’une manifestation dont les femmes seraient le slogan d’affichage, mais qui ne serait pas féministe, alors même que le mouvement enclenché mi-novembre a toujours compté avec une très forte composante féminine. Les idées sont fortes. C’est un trait de ce mouvement. À nouveau sur cette question.

« Les femmes sont souvent aux postes les plus précaires » dénonce Annick. « Les femmes retraitées sont les plus misérables. Les actives subissent la différence des salaires, les temps partiels non choisis, les métiers sociaux, la santé, qui sont magnifiques mais sous-valorisés ». Dans cette logique, ce rassemblement féminin est finalement « pourquoi pas, féministe » conclut Marylène. Grosso modo, une première partie du cortège est à forte dominante féminine, selon la consigne. Particulièrement énergique. Un carton en tête avertit : « Pour l’avenir de leurs enfants, les femmes se transforment en lionnes sauvages ».

Tout un groupe venu de Saint-Hippolyte-du-Fort, hélas sans la sono adéquate, s’est ingénié à actualiser la Marseillaise. Extrait : « Allons enfants de la patrie, grondant de rage face au profit, la bêtise et la tyrannie, menaçant la terre et nos vies… Entendez-vous dans les campagnes le bruit des faux communicants qui viennent jusqu’au fond de nos crânes, semer leurs recettes, leurs salades ».

Combative, euphorique, est la tonalité majeure. s’entend à pleins poumons, avec une joie rayonnante à continuer de tenir tête contre la violence de la propagande qui voudrait ne plus dépeindre qu’un mouvement en voie d’essoufflement dans une radicalisation ultra-minoritaire. Car voilà une autre dimension sous-jacente du rassemblement. Magaly, la quarantaine, accompagnée de son ado, ne le cache pas : « J’ai toujours soutenu les gilets jaunes du fond du cœur. Mais c’est ma première participation à un cortège. J’avais trop peu des coups. J’espère que l’élément féminin permettra de me protéger ».

L’argument n’est pas idiot, pour saper l’un des pans du story-stelling médiatique, qui, sous le jaune momentané, ne verrait que l’ombre black-block la plus noire. Mais l’argument, qui assigne aux femmes l’essence d’une posture d’agneaux sans défense, est fort ambigu. Marie-Claude, la soixantaine, râle : « Je me suis battue toute ma vie pour une pleine égalité, et il faudrait en revenir à l’idée que les femmes sont tout à fait à part ! » Et sur le parvis de l’hôtel de ville, Thierry joint au téléphone un camarade sur la Comédie : « J’ai peur qu’il y ait de la division dans cette histoire, entre les gentils manifestants regroupés avec les femmes d’un côté, et les mauvais déterminés à saccager le centre ville de l’autre ».

On ne veut y penser qu’à moitié, quand le cortège s’ébranle à huit cents, peu après 14 heures, et se retrouve plus du double au carrefour du lycée Mermoz. Il est alors ragaillardi par la jonction avec ceux de la Comédie descendus jusque-là à leur rencontre. Une banderole s’y distingue, on ne peut plus claire : « Résistance populaire contre les violences capitalistes ». Et hop. On atteint les deux mille personnes. Mais la fatigue se fait sentir, après un trajet incroyablement lent, sur les trajectoires tarabiscotées des artères des quartiers du Lez et d’Antigone.

Ce maintien loin du centre-ville, dans des zones peu fréquentées, ne manque pas d’opérer son effet diluant. Les autorités qui ont imposé pareil parcours ne sont pas naïves. Le service d’ordre du cortège, où certains ne dédaignent pas de surjouer leur mental viriliste, s’applique à canaliser la foule dans cette logique. Or une foule a son intelligence, qui recoupe celle des territoires géographiques.

Dilemme au croisement du boulevard d’Antigone et de l’allée de la Citadelle. On y est à deux minutes de la Comédie. Mais non : l’ordre pacifiste officiel est de descendre la voie rapide vers le Corum. Les troupes se divisent. Trois quarts de légitimistes acceptent ce nouveau détour interminable. Mais chassez le naturel… Que faire dans le non-lieu des croisements des voies de tram ? Remonter les escaliers de l’Esplanade, pardi. Rejoindre la Comédie, évidemment. Y hésiter quelques instants. S’y redire la société là qu’on n’en veut pas. Et donc reprendre la direction du symbole du pouvoir qui la verrouille : cap sur la Loge et les Martyrs de la Résistance. « Résistance ! Résistance ! »

Une étrange banderole est de ce parcours. Énorme. Belle. Colorée. Benjamin assure ne l’avoir terminée qu’à 23h dans la nuit. Cela au terme d’une semaine de réflexion, pour avoir pris des coups dans les affrontements du samedi passé. Il veut croire en la régénération pacifique de la lutte. Il a écrit : « Femmes, hommes tous unis, protégeons nos forces, pour une révolution juste, respect des différences, une lutte joyeuse, forte, douce, paix, unité ». Ça part dans tous les sens. C’est plein de bonnes intentions. De quoi paver, sinon l’enfer, du moins les parcours de manifs.

Publié le 20/01/2019

 

Fiorina, une jeune femme de 20 ans, quel courage, quelle détermination et quelle lucidité
de : nazairien (site bellaciao.org)

Fiorina L., 20 ans, a perdu un œil dans une manifestation des gilets jaunes, le 8 décembre dernier, après avoir reçu une grenade lacrymogène lancée par un policier. Elle raconte et analyse les faits au micro de Boulevard Voltaire.

Comment allez-vous, aujourd’hui ?

Ça va de mieux en mieux. La fatigue est encore là, mais je me remets tout doucement.

Pouvez-vous rappeler au lecteur de Boulevard Voltaire les circonstances de votre blessure ?

Nous étions en haut des Champs-Élysées, aux alentours de 14 h. C’était assez calme jusqu’au moment où les casseurs ont commencé à vandaliser une boutique de l’autre côté de l’avenue. Les policiers ont alors commencé à charger afin de laisser passer les pompiers pour éteindre le feu qui avait été déclenché par les casseurs. Nous étions une centaine de gilets jaunes à la gauche des policiers. C’était très calme de notre côté. Ils ont commencé à lancer des gaz lacrymogènes. Je n’ai plus trop de souvenirs, mais je me suis pris un tir tendu de grenade lacrymogène dans l’œil gauche. À ce moment-là, je me suis complètement écroulée.

Dans quel état d’esprit êtes-vous, aujourd’hui ?

Je ne suis pas en colère contre les policiers, mais un peu contre le policier qui a tiré volontairement. Ils se sont préparés pendant cinq minutes avant de charger. Ce n’était donc pas un tir décidé au dernier moment, dans l’urgence. J’estime que c’était volontaire et réfléchi. En revanche, contre la police en général, je ne suis pas en colère. Certes, un policier a peut-être mal fait son travail, mais son geste ne représente pas toute la police.

Une cagnotte a été ouverte en ligne pour couvrir vos soins et vous permettre de continuer votre vie. Comment avez-vous accueilli cette initiative ?

Au début, je n’ai pas trop réalisé. Cette initiative m’a surprise sur le moment. Je remercie vraiment tous les participants. Cela me touche profondément. Cette cagnotte m’a, pour l’instant, servi à régler les frais engendrés pour me rendre à l’hôpital en taxi et en ambulance. Les frais doivent être avancés avant d’être remboursés. Je suis vraiment très touchée par ces dons. Je pense faire un don, grâce à cette cagnotte, pour la recherche médicale.

Après ce que vous avez vécu, vous sentez-vous encore gilet jaune ? Le combat continue-t-il encore ?

Je me sens davantage gilet jaune qu’avant. Je suis, aujourd’hui, réellement concernée et indignée de voir tous ces blessés. Il faut continuer la lutte pacifiquement et ne pas baisser les bras. Je ne peux pas imaginer que toutes ces personnes soient blessées pour rien. Il faut vraiment continuer le combat tous ensemble.

Vous avez malheureusement perdu un œil suite à ce tir de grenade lacrymogène. Aviez-vous conscience, en vous rendant à cette manifestation, que de telles violences pouvaient vous arriver ?

C’était ma toute première manifestation. J’y avais pensé, mais pas à ce point-là. J’ai été étonnée. Je savais que, lors des manifestations, il y avait toujours des dangers, mais je ne pensais pas à ce point-là. Je ne m’attendais pas à perdre un œil, surtout venant de la police. Je partais quand même avec l’idée qu’il pouvait y avoir de la bagarre. J’ai été très surprise par la violence.

Publié le 18/01/2018

Initiatives citoyennes

Les doléances des gilets jaunes

 Ce qu'en pensent les citoyens (site montpellier-infos.fr)

Après avoir recensé de façon quasi exhaustive les revendications qui circulent sur les ronds-points et sur les pages Facebook des Gilets Jaunes de l’Hérault, Thau-infos a proposé à ses lecteurs un sondage en ligne leur permettant de s’exprimer sur ces revendications et de les classer par ordre de priorité.  Cette enquête d'opinion s'est déroulée entre le 16 décembre 2018 et le 9 janvier 2019. Un seul vote était autorisé par internaute identifié par son adresse I.P .
Compte-tenu du succès rencontré par cette enquête d’opinion, avec 17.837 réponses, le résultat de la présente étude pourrait préfigurer ce qui ressortira du grand débat national que s’apprête à lancer le gouvernement.
Bien que portant sur un territoire limité, cette étude montre que les oppositions comme le pouvoir actuel ont intérêt à permette cette libre expression populaire au plan national et à ne pas chercher  à l’instrumentaliser à leur profit.

 Principaux enseignements

 Les 8 thèmes reflétant les préoccupations des citoyens tels qu’elles ressortent de cette enquête recoupent bien les sujets mis en avant par les grands medias nationaux mais leurs importances relatives montrent aussi quelques surprises. Ainsi  le pouvoir d’achat est certes un sujet prioritaire pour les participants à cette évaluation mais le fonctionnement de l’État, la fiscalité et les inégalités sont des thèmes jugés plus importants encore. L’éducation, la santé, le social, l’environnement et l’immigration nourrissent également le débat mais à un degré moindre qu’attendu. Enfin, de façon surprenante, l’économie et l’emploi sont peu mis en avant alors qu’ils ont des implications fortes sur tous les sujets abordés et notamment le pouvoir d’achat

 Les thèmes et leurs importances relatives
(Base statistique : 17.837 réponses)

fonctionnement de l'état

24%

fiscalité et inégalités

22%

pouvoir d'achat

16%

aménagement du territoire

11%

éducation, santé, social

8%

environnement

7%

immigration

6%

économie et emploi

6%
___

 

100%

 Principales préoccupations

La présente analyse porte sur les 83 revendications (ou propositions) qui ont recueillies, pour chaque thème, au moins 1%  des votes.
Ces revendications ou propositions peuvent, pour certaines, paraître contradictoires, incompatibles, sectorielles ou encore irréalistes mais la pondération qui en est faite par l’échantillon populaire que représentent les lecteurs de Thau-infos, conduit malgré tout à une vision rationnelle des français pris dans leur ensemble.

Fonctionnement de l’État

Les français souhaitent un fonctionnement de l’État beaucoup plus transparent et plus sobre de l’ensemble des institutions. Ils demandent de façon récurrente une diminution significative du nombre des élus.

Par ailleurs, un escalier se balayant en commençant par le haut, ils exigent un comportement exemplaire des élus et des hauts fonctionnaires et un encadrement de leur rémunération. Ils souhaitent enfin remettre en cause plusieurs de leurs avantages considérés comme des privilèges. 

Fiscalité et inégalités

Au delà d’un rejet de la pression fiscale, l’enquête montre que les inégalités de traitement devant l’impôt constituent une forte cause du mécontentement actuel. C’est aussi une des raisons de l’affaiblissement préoccupant de la cohésion sociale.

Comme on pouvait s’y attendre, le rétablissement de l’ISF apparaît comme une demande forte mais elle n’intervient néanmoins qu’en troisième position après l’exigence d’une imposition des GAFA opérant en France et  d’une répression accrue de la fraude fiscale, notamment celle des ultra-riches (ceux du « 1% »).

L’enquête fait également ressortir une demande de progressivité pour l’imposition des entreprises au profit des PME, TPE et artisans.

Par ailleurs le souhait d’une solidarité plus forte envers les plus faibles et notamment des personnes handicapées transparait dans certaines des mesures plébiscitées.

 Pouvoir d’achat

Le prix des carburant à l’origine du mouvement des gilets jaunes reste une préoccupation mais les revendications principales portent à présent sur des mesures plus globales comme l’Indexation des salaires, des retraites et des allocations sur l’inflation ou encore l’instauration d’un minimum mensuel de 1250 euros net pour les retraites, les pensions de réversion et les pensions des handicapés. De nombreuses demandes catégorielles sont par ailleurs exprimées notamment en faveurs des personnels de santé  et du secteur de l’aide à la personne. Enfin il est demandé aux banques de modérer les frais bancaires et plus particulièrement les agios pour les découverts.

Aménagement du territoire et infrastructures

Pour l’essentiel, l’enquête fait ressortir les préoccupations de la France « rurale » : mettre fin à la fermeture des écoles, des bureaux de poste, des maternités, des  petites lignes ferroviaires.  Nombre de citoyens exigent par ailleurs  la fin de la vente des « biens de la République » comme par exemple les aéroports.  Le « racket » des sociétés d’autoroute est également fortement dénoncé et beaucoup souhaitent que l’argent des péages aille à l’entretien des routes et à la sécurité routière.  Enfin beaucoup souhaitent que soit privilégié le commerce de centre-ville plutôt que les centres commerciaux périphériques.

Education, santé, social

Les réponses sur ce thème reflètent la population vieillissante du bassin de Thau avec son taux élevé de retraités : davantage d’infirmières et d’aides-soignantes dans les hôpitaux et les cliniques, traiter humainement les personnes âgées, etc.  En matière d’éducation l’accent est mis sur l’encadrement (25 élèves l’effectif par classe de la maternelle à la terminale) et à la formation des plus modestes.

Environnement

Développer le transport de marchandises par rail est la mesure la plus souvent mentionnée suivie de la taxation des transports aériens et maritimes (malgré la difficulté probable d’appliquer une telle taxation sans un consensus international). Deux autres actions sont fortement préconisées : d’une part l’augmentation des aides à la reconversion vers les énergies renouvelables et d’autre part le lancement d’un plan d’isolation des logements.

Immigration

 Le sujet divise les français au plan national et l’analyse du sondage mené pour cette étude montre qu’il en est de même en pays de Thau. Toutefois un consensus semble se dégager : limiter sérieusement l’immigration  mais dans le même temps  bien traiter les demandeurs d’asiles acceptés avec une réelle politique d’intégration : cours de langue française, d’histoire de France, éducation civique, école pour les mineurs, logement, etc. Un renforcement de la l’action au plan international est par ailleurs souhaitée pour supprimer les causes des migrations forcées et pour que des camps d’accueil soient ouverts de par le monde pour les demandeurs d’asile en attente de l’instruction de leur dossier.

Economie et emploi

Peu de doléances liées à l’économie et à l’emploi si ce n’est indirectement au travers des revendications et propositions des autres thèmes abordés. Toutefois quelques points montrent clairement que ce sujet n’est pas évacué avec des demandes précises : favoriser les circuits courts, protéger l’industrie française en pénalisant les entreprises qui délocalisent, limiter davantage le recours aux CDD et favoriser les CDI,  etc.

 

 

 

Verbatim

Parmi les commentaires recueillis par Thau-infos dans le cadre de cette enquête, oralement ou par email, les quelques exemples ci-dessous illustrent l’état d’esprit de ceux qui expriment des doléances sur les ronds-points ou sur les réseaux sociaux.
 

Fonctionnement de l’état

« Le cas Chantal Jouano révèle, s'il en était besoin, l'existence de ces organismes, dont l'efficacité première n'apparaît pas, mais qui permettent à certains de toucher de confortables rémunérations. Ce sont des fromages, nourris au lait du troupeau qu'on traite sans vergogne et qu'on tond allègrement. R.F. : République Fromagère »

« La vraie démocratie serait de revenir à une représentation proportionnelle dans toutes les assemblées élues, en particulier à l'assemblée nationale. ».

« Il est pas acceptable que les politiques, droite comme de gauche, vivent comme des rois, alors qu'une grande partie de la population se serre la ceinture. Ça suffit ! »

« Nous avons réduit le nombre de régions et de cantons, nous avons regroupé les communes, nous avons créé des agglomérations, etc. Sur le principe c’est bien sauf que, au global, le nombre d’élus n’a pas diminué pour autant : il a même augmenté. En France le nombre d’élus dépasse à présent les 600.000, soit environ 1 mandat électif pour 100 habitants y compris les bébés. Est-ce bien raisonnable de payer autant de monde pour nous gérer ? »

« Ne pourrait-on pas vendre l'Hôtel de Région pharaonique que Georges Frêche a construit à Montpellier puisque la région Languedoc-Roussillon a disparue après sa fusion avec Midi-Pyrénées? -Cela pourrait financer des maisons de retraite. »

Fiscalité et inégalité

« A quand la chasse aux patrons voyous qui abusent du travail au noir et ne payent pas les cotisations sociales...des milliards d'euros... qui sont les parasites de la société ? »

« la fraude, l’évasion fiscale et la défiscalisation abusive doivent être sévèrement combattues. »

« On parle de justice fiscale mais je n'ai jamais entendu qui que soit soulever ce problème de l'impôt sur l'impôt qu'est la CSG. Prenez votre bulletin de paye et regarder les 2 zones revenu imposable de l'année et montant imposable du mois. On déclare plus aux impôts que ce que l'on gagne mensuellement. Artifice fiscal : on paye un impôt sur une partie de la CSG qu'on nous retire et donc sur de l'argent que l'on ne touche pas ! Commençons par payer nos impôts sur ce que l'on gagne réellement. »

« Plutôt que de baisser la TVA, ne faudrait-il pas être beaucoup plus sélectif : baisser fortement la TVA pour les produits courants et les produits locaux mais à l'inverse augmenter la TVA sur les produits de luxe dont beaucoup sont importés de pays exploitant leurs travailleurs et parfois même les enfants. »

" On ne paye plus les intérêts de la dette et pendant dix ans on ne paye plus la dette. Ils se sont assez gavés. Nos écoles, hôpitaux, etc. Retrouveront une belle santé. Et les très riches se trouveront raccourcis de quelques mètres de bateaux, quelques hectares à Saint-Tropez. Si rien n’est fait, le raccourcissement risque bien d’être un peu plus physique… Historiquement, 230 ans entre les révolutions, c’est un compte rond."

Pouvoir d’achat

« Il faut faire respecter la loi fixant les salaires minima. Dans certains métiers, il existe encore des personnes qui ne touchent même pas le SMIC et travaillent à temps plein pour une rémunération qui les laisse en dessous du seuil de pauvreté. »

« Les retraité en ont marre d’être ciblés pour financer la gabegie de l’état »

« Le gouvernement veut remettre la taxe d’habitation pour le riches… Selon lui être riche commence à 2500 euros par mois… J’aimerai bien qu’on s’occupe des vrais riches : ceux qui représentent le 1% ou le 0,1% dans l’échelle des revenus »

Aménagement du territoire

« Les péages d’autoroute ne cessent d’augmenter sans raison valable autre que celle de faire des bénéfices.  On devrait les obliger à réinvestir l’argent gagné sur notre dos pour améliorer les petites routes »

« L’état devrait obliger les sociétés d’autoroute à financer la  lutte contre l’insécurité routière.»

« J’ai 2h30 de trajet par jour, et 200 € par mois de gasoil. Ce n est pas moi qui ai décidé de m’installer loin de mon travail, c’est mon employeur qui a déménagé, ne me laissant aucun choix. »

« Je ne peux plus faire mes démarches administratives : la mairie, les impôts, la poste sont tous fermés à l’heure de mon retour du boulot. »

« Réaménager les territoires aiderait à régler le problème du pouvoir d'achat et d’environnement : si le travail et les services publics se trouvaient reparti sur tout le territoire, nous réduirons notre consommation de gasoil et nous polluerions moins. »

«  Si les commerces et les services publics ne fuyaient pas nos villages, nous ne serions pas obligés de faire 30 km pour aller faire nos achats ou régler nos problèmes administratifs. »

 « Médecins et spécialistes, ne veulent pas venir en campagne, mais si nos gros villages de 5.000 habitants étaient dotés des mêmes services et commerces, qu’en ville, ils viendraient s’installer. La clientèle est là : par exemple, il faut quasiment un an pour obtenir un rendez-vous chez l’ophtalmo à 25 km de chez moi, »

Social, santé, éducation

« Les prestations du chômage ne sont pas des aides sociales mais des droits acquis et cotisés mensuellement par le salarié et son employeur contrairement au RSA.»

« Il y a un moment, quand on a plus rien à perdre où si peu ... ou on se laisse mourir, ou on se bat. J'ai fait mon choix. »

Environnement

« L'énergie doit faire l'objet d'un grand projet national: recherche dans les énergies nouvelles, éoliennes, solaires, etc. et résoudre le problème du nucléaire risqué et cause de prolifération d’éléments radioactifs dans la nature. »

Immigration

« On est plus chez nous… »

« Les immigrés sont une richesse s’ils s’intègrent… »

« Nous sommes pour  beaucoup des descendants d’immigrés, il faut bien traiter les  réfugiés et en faire des français comme nous : ceci n’est possible que s’ils ne sont pas trop nombreux ».

« On en a marre de s’agenouiller devant les islamistes.»

 

Economie et emploi

"Travailleurs détachés : il est anormal qu’une personne qui travaille sur le territoire français ne bénéficie pas du même salaire et des même droits. Toute personne étant autorisée à travailler sur le territoire français doit être à égalité avec un citoyen français et son employeur doit cotiser à la même hauteur qu’un employeur français. »

« Il y a des patrons et des administration qui ne fonctionnent qu’avec des CDD ou des intérimaires : personne ne dit rien. »

« Trump a réussi a garder les emplois chez lui, pourquoi pas nous ? Sommes nous trop bons trop cons ?»

 

 

 

Conclusions

 L’extraordinaire taux de réponse à l’enquête d’opinion menée par Oc-infos montre l’intérêt des citoyens pour s’exprimer sur les revendications et propositions des « gilets jaunes ».

Les gilets jaunes sont toujours soutenus par plus de la moitié de la population et ce taux  remonte après les annonces sur le retour de la taxe d’habitation pour les classes moyennes et le lancement de la réforme de la fonction publique : d’après le baromètre oc-infos : 53% le 11 janvier contre 50% le 3 janvier.

Ce soutien perdure malgré les violences qui ont déjà occasionné une dizaine de morts sans compter ceux à venir qui vont résulter de la remontée de la mortalité routière suite à la mise hors services des radars par quelques excités. Il ne faiblit pas non plus malgré les dégradations, les pertes pour l’économie et les menaces que le mouvement fait peser sur l’emploi. Ce constat montre qu’une situation insurrectionnelle s’installe  dans le pays.

Pour éviter l’anarchie et les risques qu’une période révolutionnaire implique, il nous faut redonner du poids à la démocratie participative. Le salut ne viendra pas d’en haut. Dans le contexte actuel, le pouvoir descendant à sens unique ne peut que récolter la révolte ascendante.  Nos représentants ne sont pas tous pourris, beaucoup sont mêmes compétents et animés de nobles sentiments mais ils ne sont pas magiciens, pas plus que ceux qui, en embuscade, promettent la lune s’ils parviennent à les remplacer.

C’est au peuple de redéfinir le sens du bien commun et c’est au peuple d’identifier ce  à quoi tous les citoyens tiennent. Ce débat peut être une occasion inespérée de retrouver le sens du bien commun et de réussir pacifiquement la révolution qui s’annonce. Nous avons l’opportunité de redéfinir notre société et d’expliciter les raisons pour lesquelles nous formons un tout.

Cela implique que chacun joue vraiment le jeu. Le pouvoir comme les oppositions doivent comprendre que les antagonismes simplistes ne mènent à rien. Des gens convaincus de détenir à eux seuls la vérité seraient de piètres acteurs d’un théâtre tragique : des méchants qui refusent aux gentils ce à quoi ils pensent avoir droit, des décideurs qui jugent le peuple trop ignare pour comprendre où se trouve son intérêt, des affreux qui sentent le soufre, avec lesquels on ne peut dialoguer et qu’il faut envoyer au goulag. Il ne suffit pas d’avoir raison pour imposer son point de vue. Il faut pouvoir le confronter à d’autres et le soumettre à l’épreuve du débat pour qu’il devienne un élément du socle commun des idées et des valeurs à partager. La décision condescendante qui vient d’en haut n’a pas plus sa place dans un tel débat que le «  y a qu’à, faut qu’on » si répandu chez les démagogues et les irresponsables civiques.

De même, recueillir l’assentiment de la majorité ne donne pas le droit d’ignorer voire d’opprimer la minorité. Notre idée du vivre ensemble et du lien social ne repose pas que sur des lois et des règles fiscales, elle suppose l’adhésion à des valeurs communes et à des principes comme le respect de l’autre ou l’acceptation du pluralisme politique.

Le peuple est parfaitement capable de croiser les points de vue et de fertiliser les idées des uns et des autres. Si le débat annoncé est mené avec l’aide d’élus transparents et d’experts capables d’apporter un éclairage de réalisme, le peuple de France saura retrouver et définir le sens du bien commun pour ne pas avancer en arrière.

Prompt à s’indigner et à s’opposer à l’injustice, le peuple de France n’est cependant pas idiot et ne s’engagera pas dans une voie qui l’amènerait vers des lendemains qui déchantent. Si son génie l’amène parfois à rêver l’utopie, il a su démontrer dans son histoire que rêver à plusieurs est souvent le début de la réalité.

Jacques Carles – Jean-Marie Philipon

 

cliquez sur ce lien pour
télécharger l'étude complète

 

 

 

 

Publié le 17/01/2018

 

Bonjour à toutes et tous,

 

Le collectif MB34 appelle à un

RASSEMBLEMENT pour un droit d'asile effectif

et en soutien aux personnes menacées d'expulsion dans le cadre du règlement "Dublin"

JEUDI 17 janvier à 17h devant la préfecture (coté marché aux fleurs).

 

En effet, une délégation du collectif sera reçue à ce moment là suite aux dépot collectif de 43 dossiers le 3 décembre . Nous avions alors demandé au préfet  que ces personnes soient requalifiées en procédure normale et que leur demande d'asile puisse être examinée en France. Jeudi 17/01, le prefet s'est engagé à nous fournir les réponses .

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Contrairement aux 2 dépots collectifs précédents (qui avaient permis de requalifier une proportion non négligeable de personnes), il semblerait qu'à ce jour (sans préjuger des réponses qui seront données jeudi),  sur les 43 dossiers déposés, seules 3 personnes aient été dédublinées . D'autres part au moins 2 personnes ont été expulsées.

Avant cette audience,   il est important que nous ayons les informations les plus à jour possibles. Si votre filleul.le a été dédubliné.e,  ou si vous souhaitez transmettre d'autres infos , merci de nous les faire remonter .

 

Et merci d'avance de diffuser largement autour de vous l'appel au rassembleme

 

Publié le 16/01/2019

Exigeons l’amnistie des Gilets Jaunes : Signez la pétition

#AmnistiePourLesGJ

paru dans lundimatin#174, (site lundi.am)

 

Une pétition vient de paraître afin d’exiger l’amnistie de centaines de gilets jaunes condamnés ou poursuivies depuis le début du mouvement. On trouve parmi les premiers signataires le philosophe Alain Badiou, le gilet jaune Eric Drouet, le prix Goncourt Eric Vuillard ou encore Assa Traoré du comité Adama.
Pour signer cette pétition il suffit de se rendre sur la page
Amnistiegj.fr qui compte déjà plus de 26 000 signataires. Nous la reproduisons ici.

Ils n’étaient pas venus à Paris, Bordeaux, Toulouse, et tant d’autres villes, pour en découdre avec les forces de l’ordre. Ils étaient venus pour défendre leurs vies menacées, dégradées par la précarité, mises en joue par un pouvoir prêt à faire les poches de leurs parents retraités comme de leurs enfants étudiants, afin de valoriser le patrimoine financier des plus riches. Ils étaient venus pour protéger leurs droits fondamentaux, et aussi une certaine conception de la justice sociale, qui a longtemps fait l’honneur de la France.

La stratégie de la tension, délibérément choisie par le pouvoir, ne leur a pas laissé la chance d’une protestation pacifique. Gazage, nassage et brimades en tout genre, puis au fil des semaines, matraquages, tirs de flashballs et grenades mutilantes, pour la première fois de leur existence, beaucoup de « Gilets jaunes » ont été confrontés à des brutalités policières indignes d’une démocratie, que des organisations comme Amnesty international ont elles-mêmes dénoncées.

On ne compte désormais plus le nombre de manifestants, au casier vierge, mis en garde à vue, condamnés en comparution immédiate, ou aujourd’hui en instance de jugement. Certains connaîtront la prison, qui détruit, qui humilie. D’autres ne retrouveront jamais d’emploi. Un grand nombre d’entre eux verront leurs vies brisées à jamais. Nous ne pouvons accepter qu’une protestation contre une politique massivement rejetée par la population détruise ainsi des êtres pris pour boucs émissaires. Nous ne pouvons accepter qu’un pouvoir, qui a sciemment fait le choix de la confrontation, se serve d’eux pour intimider tout un peuple. Nous ne pouvons accepter l’idée d’une vengeance d’Etat.

C’est pourquoi nous appelons le Président de la République, Emmanuel Macron, et son Premier Ministre, Edouard Philippe, à mettre à l’ordre du jour une loi d’amnistie en faveur des hommes et des femmes aujourd’hui persécutés, mis en examen, ou détenus pour avoir participé à ce mouvement social d’ampleur historique. C’est pourquoi nous appelons dès aujourd’hui à l’arrêt des procédures en cours, à l’effacement des peines prononcées, et à ce qu’une réponse enfin politique, et pas seulement sécuritaire et judiciaire, soit donnée aux événements hors du commun que la France est en train de vivre.

Une telle amnistie est prévue par l’article 133-9 du Code pénal et légitimée par la tradition française, de nombreuses lois d’amnistie ayant ainsi été votées depuis le début de la 5e République, notamment dans le cadre d’activités protestataires.

Un tel geste serait seul en mesure de commencer à rendre au pays l’apaisement qu’il ne saurait retrouver sur fond de persécutions pour l’exemple. « Nous ne reprendrons pas le cours de nos vies », disiez-vous Monsieur le Président, le 10 décembre 2018. Nous ne reprendrons pas le cours de nos vies tant que nos concitoyens n’auront pas pleinement retrouvé la leur.

Les Premiers Signataires

(Pour signer cette pétition, se rendre sur https://amnistiegj.fr/.

  • Isabelle Alonso (militante féministe, romancière)
  • Alain Badiou (philosophe)
  • François Bégaudeau (écrivain)
  • Juan Branco (avocat)
  • Stéphane Brizé (réalisateur)
  • Mathieu Burnel (ex-inculpé dans l’affaire Tarnac)
  • Annick Coupé (secrétaire générale d’Attac)
  • Eric Drouet (gilet jaune)
  • Annie Ernaux (écrivain)
  • Gérard Filoche (membre de la CGT, Attac, fondation Copernic)
  • Bernard Friot (sociologue et économiste)
  • Thomas Guénolé (politologue)
  • Eric Hazan (éditeur)
  • Anasse Kazib (délégué Sud Rail)
  • Zoé Konstantopoulou (avocate, ex-présidente du parlement grec)
  • David Koubbi (avocat)
  • Mourad Laffitte (réalisateur)
  • Aude Lancelin (directrice de publication Le Média)
  • Franck Lepage (éducateur populaire)
  • David Libeskind (avocat, collectif « robe noire et gilet jaune »)
  • Henri Maler (fondateur d’Acrimed)
  • Jean-Claude Michéa (philosophe)
  • Gérard Mordillat (réalisateur)
  • Maxime Nicolle (gilet jaune)
  • Gérard Noiriel (historien)
  • Osons causer (YouTuber)
  • Gilles Perret (réalisateur)
  • Thomas Portes (PCF, syndicaliste CGT-cheminots)
  • Bernard Stiegler (philosophe)
  • Assa Traoré (comité Adama)
  • Eric Vuillard (écrivain)
  • Joseph Andras (écrivain)
  • Fabien Archambault (historien)
  • Dorian Astor (philosophe)
  • Marc Belissa (historien)
  • Yves Bernanos (réalisateur)

 

Publié le 15/01/2019

Montpellier. 200 gilets jaunes participent à la cinquième assemblée générale du mouvement

 

Montpellier Poing Info, (sitelepoing.net)

 

Après l’action, l’organisation. Plus de 200 personnes ont participé hier dans le froid à la cinquième assemblée générale (AG) des gilets jaunes, place des Grands-hommes, dans le centre commercial d’Odysseum. Pour quelques heures, ce temple de la consommation s’est transformé en un laboratoire d’expérimentation démocratique et révolutionnaire.

Gilets jaunes et chasubles rouges, même combat ?

Le modèle d’organisation de l’AG est calqué sur celui du mouvement contre la loi travail « Nuit Debout » de 2016 : respect du tour de parole, intervention limitée à trois minutes, vote à main levée des propositions et animation de l’AG assumée par des personnes différentes chaque semaine. Après un retour des commissions street-médic, communication et action, les gens ont pu librement prendre la parole pour dire ce qu’ils avaient sur le cœur et faire des propositions. Les discussions sont foisonnantes. « Ce qui me plaît dans ce mouvement, c’est la vitesse à laquelle il se transforme » note un intervenant. Le rapport aux syndicats a notamment beaucoup évolué : écartés au début du mouvement pour éviter toute récupération, ils sont maintenant interpellés par les gilets jaunes pour venir le renforcer. La sono de l’AG est prêtée par le syndicat Sud Solidaires, qui se dit prêt à mettre à disposition son matériel d’impression, et l’intervention d’un syndicaliste de la CGT contre les réformes Macron a été très applaudie.

« Les vrais casseurs, c’est la police ! »

L’AG n’a pas échappé au traditionnel débat sur « les casseurs », marronnier éternel des mouvements sociaux. « Les vrais casseurs, c’est le gouvernement et sa police ! » tranche un gilet jaune, tandis qu’un jeune affirme qu’« on a raison de se défendre quand la police nous attaque ! » De son côté, un cheveu blanc se dit « profondément convaincu que la non-violence est la solution ». Consensuelle, l’animatrice de l’AG – qui a elle aussi attendu son tour de parole – propose « de ne pas diviser artificiellement les ‘‘téméraires’’ et ceux qui sont derrière, on est tous ensemble ! » Des gilets jaunes à l’affût repèrent des policiers des renseignements territoriaux en train d’espionner l’AG : un « bouh » général suffira à les faire partir.

Départ de la Paillade pour l’acte X

Plusieurs personnes ont insisté sur la nécessité de mobiliser les habitants des quartiers populaires pour renforcer la lutte, et il a été décidé de se donner rendez-vous le samedi 19 janvier à 13h à la Paillade pour le départ de l’acte X. Les commissions se sont organisées pour la semaine :
– Réunion de la commission street-médic mardi 15 janvier à 18h30 au bar « Game Taverne » (22 rue de Candolle, Montpellier) ;
– Réunion de la commission communication mercredi 16 janvier à 17h au local associatif « Le Barricade » (14 rue Aristide Ollivier, Montpellier)
– Réunion de la commission action mercredi 16 janvier à 19h30 à la librairie « La Mauvaise Réputation » (20 rue Terral, Montpellier).

Il a aussi été prévu qu’une avocate en lien avec l’assemblée de Montpellier contre les violences d’État et pour les libertés prenne la parole lors de la prochaine AG pour rappeler les bons comportements à adopter en garde à vue et en comparution immédiate pour minimiser les chances de finir en prison. Un rendez-vous a été donné ce lundi 14 janvier à 14h devant le tribunal de grande instance de Montpellier (place Pierre Flotte) pour soutenir les inculpés, et ce jeudi 17 janvier à 14h devant le commissariat central de Montpellier (206 rue du Comté de Melgueil, arrêt de tram Voltaire, ligne 3) pour soutenir une personne convoquée par la police. Prochaine AG : dimanche 20 janvier à 14h place des Grands-hommes.

Publié le 14/01/2019

 

Déclaration de la CGT34

Par UD CGT Hérault

 

Les dividendes versés aux actionnaires des groupes du CAC 40 à hauteur de 57,4 milliards d'euros l'an dernier, soit une progression de 12% en un an et de 62% sur 10 ans, montre combien le partage des richesses créées dans ce pays est injuste. 

Les questions de l’urgence sociale restent pleinement posées en ce début d’année 2019. Le gouvernement et le Président Macron n’ont en aucune manière répondu aux revendications des syndicats exprimées lors de plusieurs journées d’actions et de multiples grèves dans les entreprises, pas plus qu’elles ne répondent aux attentes exprimées par le mouvement des gilets Jaunes. 

L’annonce du durcissement de l’arsenal répressif annoncé par le 1erministre est une provocation irresponsable. La CGT rappelle que de nombreuses lois liberticides ont été précédemment adoptées. La seule solution pour une sortie par le haut, c’est l’ouverture sans plus tarder de réelles négociations pour l’augmentation du SMIC, de l’ensemble des salaires, pensions et minima sociaux.

La répression du mouvement syndical et du mouvement gilets jaunes n’éteindra aucune colère. 

 

Quand les actionnaires du CAC 40 et les plus riches de ce pays voient leurs fortunes et leur patrimoine augmenter année après année. 

Durcir le contrôle vis à vis des privé-es d’emplois, vouloir réduire de 4 milliards les prestations versées, engager un plan social dans la fonction publique, maintenir le gel du point d’indice et des pensions est inacceptable et sont des sujets de conflit social. Ne pas vouloir rétablir l’intégralité de l’ISF est une faute morale, et un choix de classe. 

 

Les gouvernements successifs qui ont refusé d’entendre les syndicats, les associations et les citoyen-es mobilisé-es, sur de multiples sujets avec souvent un large soutien de l’opinion publique. Le patronat qui n’a pas cessé d’engranger de l’argent public sans créer les emplois promis, sans augmenter les salaires tout en conduisant à précariser les salarié-e-s et à réduire leurs droits et ceux de leurs représentants syndicaux –loi travail- portent une responsabilité politique pleine et entière de la colère qui s’exprime. 

 

Le refus de prendre en compte les situations d’urgence sociale dans un pays frappé aussi gravement par le chômage et la précarité est une violence sociale subie par les salarié-e-s, les jeunes, les retraité-e-s et privé-e-s d’emploi au quotidien. Cela conduit une partie des citoyen-es au désespoir et fait le terreau de l’extrême droite et de ses idées racistes que nous rejetons de toutes nos forces.

 

Pour éviter à notre pays le sort que connaissent nos voisins italiens ou nos camarades brésiliens, nous déclarons notre intention de poursuivre nos mobilisations pour en finir avec la misère et la pauvreté.

 

La Commission Exécutive de la CGT 34 :

 

Appelle ses syndicats à construire les actions, et grèves nécessaires à l’obtention des cahiers revendicatifs sur les salaires sans attendre.

 

Appelle ses syndicat à réunir les syndiqué-e-s et les salarié-e-es en Assemblée Générale pour débattre avec eux et construire une journée de grève de 24h massive pour mettre l’appareil de production à l’arrêt. Initiative proposée par notre Confédération à l’ensemble du mouvement syndical.

 

Appelle à poursuivre la campagne « Contre la vie chère Augmenter les salaires »

 

Appelle à renforcer l’action des retraité-e-s du 31 janvier

 

Appelle nos Unions Locales à organiser partout les débats du progrès social à partir des revendications portées par la CGT – augmentation des salaires et des pensions, 32h, retraite à 60 ans, protection sociale, services publics, réforme fiscale-

 

Appelle l’ensemble des organisations syndicales à construire dans l’unité les prochaines mobilisations

 

Appelle à manifester le 27 janvier pour le climat à Montpellier pour faire converger les luttes environnementales et sociales.

 

Appelle les organisations syndicales héraultaises à rédiger un appel commun pour le 27 janvier.

 

Dit sa disponibilité pour poursuivre le débat engagé avec les groupes de gilets jaunes qui souhaitent poursuivre la lutte et l’action avec les syndicats dans le respect des prérogatives de chacun et de l’autonomie de décision.

 

La CGT Hérault rappelle son engagement dans la lutte et sa volonté de mettre en œuvre ses propositions pour permettre aux salarié-e-s, aux jeunes, aux retraité-e-s et privée-es  d’emploi pour « pouvoir vivre et travailler dignement » dans l’Hérault.  

 

 

 

Montpellier le 11 janvier 2019

 

Publié le 13/01/2019

Les gilets jaunes de Montpellier font pression sur les syndicats pour appeler à une grève générale

Montpellier Poing Info –

 Plusieurs dizaines de gilets jaunes se sont invités dans la maison des syndicats de Montpellier, ce jeudi 10 janvier, pour leur demander de se positionner clairement sur le mouvement des gilets jaunes, les violences policières, et la question de la grève générale. Les gilets jaunes ont notamment discuté avec des représentants de la CGT, FSU et SUD.

À l’issue d’une longue réunion avec des gilets jaunes et des représentants de FO, le délégué FO est resté figé sur sa position : il ne pourrait pas prendre de décision avant le 22 janvier pour des raisons de « démocratie interne ».

Devant la maison des syndicats, les gilets jaunes ont repris à leur compte l’appel des gilets jaunes de Lille : « Nous demandons aujourd’hui aux organisations syndicales de se positionner clairement du côté des exploité·e·s, de soutenir notre lutte et d’y prendre part en appelant à une grève générale reconductible dès janvier 2019 afin de permettre à tous les salarié·e·s d’exercer leur droit de grève. » Les syndicats ont maintenant deux solutions : saisir cette main tendue, ou se la prendre en pleine face.

 

Publié le 12/01/2019

Usines à Charbon, diesel, pétrole... Licenciements « écolos » : la dernière crasse 

Cyprien Boganda (site humanité.fr)

Pour réussir la « transition écologique », il faudra en finir à terme avec les industries polluantes. Toute la question est de savoir qui pilotera la transformation : si c’est le marché, ce sera un désastre pour l’emploi... Les grandes manœuvres ont déjà commencé.

La transition écologique, tout le monde est pour ! Du moins sur le papier… C’est quand il s’agit de confronter les beaux discours aux dures réalités que les choses se corsent. L’art de la prospective n’est pas une science exacte, et en économie encore moins qu’ailleurs, mais tout le monde s’accorde à dire que la transition énergétique peut constituer, à terme, un formidable vivier d’emplois (voir plus bas). Mais d’ici là, des secteurs entiers risquent de voir leurs effectifs fondre aussi vite que des calottes glacières. La décision du gouvernement de fermer les 4 centrales à charbon de l’Hexagone d’ici à 2022 plonge ainsi des milliers de salariés dans l’inquiétude (voir page 26). De même, la baisse programmée du diesel risque de se traduire par une casse sociale massive (voir page 27). Et rien ne dit que l’éventuel remplacement des moteurs thermiques – essence et diesel – par des moteurs électriques permette de compenser les destructions de postes. « Il faut six fois plus de salariés pour réaliser un moteur à essence qu’un moteur électrique, rappelle Denis Bréant, responsable automobile à la fédération CGT métallurgie. Pour une raison simple : dans un moteur électrique, vous ne trouverez ni soupapes, ni culasses, ni carburateurs. Qui dit moins de composants dit moins de main-d’œuvre. Le passage à l’électrique occasionnera une casse sociale. » En Allemagne, le syndicat IG Metall a essayé de « chiffrer » la casse en question. Selon son estimation, le déploiement de l’électrique pourrait menacer entre 75 000 et 100 000 emplois outre-Rhin d’ici à 2030 dans les secteurs de la fabrication de moteurs et de boîtes de vitesses. Soit près de 10 % de l’emploi total de l’industrie automobile allemande…

Évidemment, rien ne dit que le boom de l’électrique advienne aussi vite que l’espèrent ses défenseurs, d’autant que son aspect « écolo » relève en bonne partie du mirage (extraction de métaux rares pour la fabrication des moteurs, recyclage des batteries, consommation d’énergie pour produire l’électricité, etc.).

plannification et reconversion : l’urgence

Nul doute cependant que les constructeurs annonceront dans les années qui viennent des suppressions de postes par dizaines de milliers, le tout dans l’intérêt de la planète… Dans les « licenciements écolos », il est difficile de savoir ce qui relève de l’impréparation crasse ou du calcul cynique. Les industriels se retrouvent-ils réellement au pied du mur, faute d’avoir anticipé, ou bien se servent-il de l’argument écologique pour justifier des réductions d’effectifs déjà programmées ?

Pour ce qui est de l’automobile, les constructeurs tricolores n’ont pas attendu la disgrâce du diesel pour fermer des sites en France et délocaliser la production des petits véhicules dans les pays « à bas coûts ». « Il y a quinze ans, Renault produisait encore en France plus de 50 % de sa production destinée à l’Europe, contre moins de 20 % aujourd’hui, relève Denis Bréant. Le diesel servira de prétexte pour liquider de nouveaux emplois, mais les constructeurs n’ont pas attendu pour mettre en concurrence les salariés européens entre eux. »

Une chose est sûre : si le pilotage de la transition écologique est confié au marché ou à des gouvernements inconséquents, il y a fort à parier que le bilan social sera désastreux. « Selon l’orthodoxie libérale, il suffirait de laisser faire les entreprises et les individus pour que s’enclenche un processus vertueux, souligne l’économiste Florence Jany-Catrice, spécialiste des nouveaux indicateurs de richesse. Dans ce schéma, les politiques publiques se réduisent à des dispositifs de signaux prix (on augmente le prix pour faire baisser la consommation – NDLR), à l’image de la taxe carbone, mais ces dispositifs sont à la fois injustes et insuffisants. En réalité, l’État devrait planifier la transition écologique, à l’image de ce qu’il a su mettre en œuvre au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour reconstruire le pays. Il n’est pas question de planification autoritaire, mais plutôt de fixer de grands objectifs à partir d’un diagnostic partagé. »

Dans un rapport publié en 2017 (1), une quinzaine d’ONG et syndicats (dont Attac, les Amis de la Terre, Solidaires…) estimaient possible de créer 1 million d’emplois net à court terme grâce à la transition écologique. Les destructions de postes dans les secteurs critiques (automobile, énergies non renouvelables, fret routier, etc.) seraient largement compensées par les créations dans les industries d’avenir (rénovation des bâtiments, énergies renouvelables, transports en commun, etc.). Même si les chiffres annoncés paraissent optimistes, surtout à une échéance aussi rapide, la logique est difficilement contestable. Le rapport insiste par ailleurs sur la nécessaire reconversion des travailleurs concernés : « Rendre le projet de la transition écologique attirant signifie offrir un futur à tous les salariés des secteurs concernés qui vont être amenés à voir leurs activités diminuer ou changer, voire disparaître, à cause de leur caractère polluant et/ou énergivore : le transport routier et aérien, les centrales au gaz et au charbon, l’agriculture intensive, etc. Offrir un futur alternatif passe à la fois par une évolution des formations initiales et continues, des propositions de reconversion adaptées aux personnels concernés (leurs compétences, les limitations en termes de mobilité, etc.) sur leur territoire. Cette offre doit se constituer dès maintenant et s’adresser aux branches concernées de manière anticipée pour éviter des situations de gestion de crises. » Ce ne sont pas les idées qui font défaut, c’est la volonté politique !

(1) Rapport disponible sur https ://france.attac.org/IMG/pdf/1_million_emplois_pour_le_climat_. pdf

Cyprien Boganda

Publié le 11/01/2019

Amnistie pour les gilets jaunes, liberté pour les prisonniers !

(site lepoing.net)

Depuis le début du mouvement des gilets jaunes, plusieurs milliers de manifestants ont été interpellés, et au moins 216 incarcérés.(1) Le 2 décembre, la ministre de la justice Nicole Belloubet s’est déplacée au tribunal de grande instance de Paris pour réclamer « une réponse pénale tout à fait ferme » contre les gilets jaunes interpellés lors de l’acte III(2) – nouvelle preuve s’il en fallait qu’en France, l’indépendance de la justice n’existe pas. Le 4 octobre, lors d’un discours devant le Conseil constitutionnel, Emmanuel Macron se justifiait même d’avoir influencé la nomination du procureur de Paris : « n’en déplaise à certains, [le] lien [du parquet] avec le pouvoir exécutif, même assorti de robustes garanties, ne saurait être totalement rompu [car] la politique pénale, comme l’ensemble des politiques publiques, est déterminée par le gouvernement, qui en est responsable devant le Parlement. »(3) Autrement dit, Emmanuel Macron assume d’être le chef des procureurs. Et comme il a promis de construire 7 000 places de prison supplémentaires sous son quinquennat(4), ses réquisitions contre les gilets jaunes et les classes jugées « dangereuses » sont connues d’avance : la prison.

Face à la répression, la solidarité est notre arme

Au tribunal de grande instance de Montpellier, selon les informations du Poing, un gilet jaune a été incarcéré, deux ont pris du ferme aménageable, trois du sursis, et quatre attendent leur procès.(5) La multiplication des condamnations judiciaires a conduit un certain nombre de gilets jaunes à réclamer une loi d’amnistie. André Chassaigne, chef de file des députés communistes, a demandé au président de la République d’annoncer cette amnistie lors de son allocution du 31 décembre.(6) Emmanuel Macron n’a pas donné suite à cette requête, et il s’est même permis, lors de cette allocution, de parler des gilets jaunes comme d’une « foule haineuse ».(7) Ce ton guerrier annonce la couleur : d’autres gilets jaunes seront jetés en prison dans les semaines à venir. Le combat anti-carcéral prend donc tout son sens. À Montpellier, l’assemblée contre les violences d’État et pour les libertés mène ce combat depuis plusieurs années. Créée en 2013 pour réclamer l’abrogation de l’état d’urgence, cette assemblée est ensuite devenue la commission anti-répression des militants inquiétés par les autorités dans le cadre du mouvement social contre la loi travail et ce collectif a désormais vocation, dans la mesure de ses moyens, à se mettre au service des gilets jaunes. C’est d’ailleurs à l’appel de cette assemblée qu’une cinquantaine de personnes, dont de nombreux gilets jaunes, se sont rassemblées devant la prison de Villeneuve-lès-Maguelone au soir du réveillon pour soutenir les détenus.

Prison pour tous

Au-delà de la nécessité de s’organiser collectivement pour lutter contre la répression se pose la question de la place de la prison dans la société d’une manière générale. On entend souvent ici et là, et parfois même chez des gilets jaunes, que les juges seraient laxistes et les prisonniers bien traités. Ces allégations ne résistent pas à l’étude des faits. Un récent rapport élaboré par l’université de Lausanne a établi que la population carcérale a augmenté d’un quart en France entre 2005 et 2015(8), alors que la population française n’a évidemment pas augmenté d’un quart dans la même période. L’incarcération reste donc la peine de référence en France, et les pauvres sont les premiers touchés : 47% des pères de détenus sont ouvriers, 20% des détenus déclarent ne pas avoir de logement stable à leur entrée en prison, et 13,6% n’ont aucune protection sociale.(9) À Montpellier, deux SDF ont été condamnés à six mois de prison ferme pour avoir volé une part de pizza(10) ; deux précaires, un homme et une femme enceinte, ont respectivement été condamnés à huit et quatre mois de prison ferme pour avoir volé une paire de chaussettes(11) ; etc. À chaque séance de comparution immédiate, des pauvres – condamnés par de riches juges – sont envoyés en prison, souvent pour des broutilles. De plus, de nombreuses personnes sont incarcérées sans même avoir été jugées : au 1er janvier 2018, on comptait, selon les chiffres publiés par le ministère de la justice, 19 815 détenus non encore jugés ou dont la peine est frappée d’appel, soit 28,7% des détenus. Parmi les détenus définitivement condamnés, 45% purgent une peine de moins d’un an. En France, en 2019, à moins d’être haut placé, personne n’est à l’abri de se retrouver un jour incarcéré.

La vieille arnaque de la surpopulation

La massification de l’incarcération explique pourquoi le principe de l’encellulement individuel, proclamé en 1875(12), est constamment bafoué. Toujours selon les chiffres du ministère de la justice, on compte 59 765 places dans les établissements pénitentiaires pour 79 785 personnes écrouées, soit un taux de surpopulation carcérale supérieur à 130%. Dans un témoignage publié par le Poing, un ancien détenu de la prison de Villeneuve-lès-Maguelone racontait qu’ils étaient cinq à se partager une cellule de 9 m², soit 1,8 m² par personne. Au nom de la lutte contre la surpopulation carcérale, les gouvernements successifs construisent toujours plus de prisons. Le préfet de l’Hérault Pierre Pouëssel et le maire de Montpellier Philippe Saurel étaient d’ailleurs fiers d’annoncer, le 1er octobre 2018, la construction d’une nouvelle prison dans le quartier Euromédecine pour, selon le directeur interrégional adjoint des services pénitentiaires de Toulouse, « traiter partiellement les problèmes de surpopulation pénale au sein de la région ».(13) Mais, comme le rappelle l’Observatoire international des prisons (OIP), « les plans de construction de nouvelles prisons qui se sont succédé depuis les années 1990 n’ont rien changé » au problème.(14) En réalité, les autorités feignent de ne pas comprendre une équation pourtant simple : plus on construit de prison, plus on enferme la population.

On n’humanise pas un cimetière

L’autre problème qui revient toujours en boucle – en plus de la surpopulation carcérale – c’est celui des conditions de détention, jugées indignes, à juste titre. Dans les prisons françaises, on compte en moyenne un décès tous les deux jours, la plupart du temps par suicide,(15) et 33 prisons ont déjà été condamnées par des tribunaux français pour exposer les détenus à des « traitements inhumains ou dégradants »,(16) sans que cela n’y change jamais rien. L’exposition aux maladies mentales est également préoccupante : le taux de pathologies psychiatriques est vingt fois plus élevé en prison que dans la population générale.(17) En 2006, le Comité consultation national d’éthique s’alarmait déjà du fait que l’ « on assiste à un déplacement de l’hôpital psychiatrique vers la prison ».(18) Et les constructions de nouvelles prisons dites « modernes » ne règlent pas le problème : « une des principales caractéristiques de ces lieux mortifères modernes, c’est l’isolement, torture raffinée » tranche la brochure 15 000 bonnes raisons de ne plus se révolter. « À l’intérieur, l’isolement prend différentes formes. Sensoriel : les murs épais ne laissent entendre aucun bruit de la vie dehors et entravent les discussions […] Relationnel : les systèmes de surveillance s’automatisent, la gestion de la détention se bureaucratise. […] Dans tous les cas, une cage reste une cage »

La peine alternative : une double-peine

Face à l’horreur carcérale, de nombreuses personnes considèrent qu’il faut généraliser les peines alternatives : travail d’intérêt général, mise à l’épreuve, placement sous surveillance électronique ou bien encore placement à l’extérieur. La tendance est effectivement à la généralisation de ces peines à exécuter en dehors de la prison. Le problème, c’est que ces peines ne remplacent pas les peines d’incarcération, mais s’y ajoutent : « Depuis le début des années 1980, le nombre de personnes suivies en milieu ouvert a progressé de 140.5% (171 320 au 1er janvier 2016), tandis que sur la même période le nombre de personnes détenues a augmenté de 80.6%, sans évolution corollaire de la délinquance. » note l’OIP.(19) Ces peines créent un effet d’appel d’air pour les juges : par exemple un détenu autrefois condamné à six mois de prison avec sursis fera aujourd’hui six mois de bracelet électronique ; ou bien, autre exemple, un détenu autrefois incarcéré pendant un an sera aujourd’hui également incarcéré pendant un an, sauf qu’il sera placé en semi-liberté pendant les six mois suivant sa détention. Dans ces conditions, la généralisation des peines dites alternatives n’est pas une solution pour réduire l’incarcération.

Un business macabre

Le penchant sécuritaire et carcéral de notre société pourrait bien s’expliquer par les gains générés par cette industrie de l’enfermement. « Où peut-on rémunérer légalement des salariés 3 euros de l’heure [sans contrat de travail, ndlr] ? En Roumanie ? En Chine ? Non, nul besoin de délocaliser : il suffit de solliciter les ateliers pénitentiaires, où des détenus travaillent pour des sous-traitants de grandes entreprises françaises (L’Oréal, Bouygues, EADS, Yves Rocher, BIC, etc.). D’autres, à l’instar de Sodexo et de GDF Suez, cogèrent une trentaine de prisons françaises [celle de Villeneuve-lès-Maguelone est gérée par Sodexo, ndlr] au travers de leurs filiales respectives (Siges, Gepsa) » constatent les auteurs du livre Le travail en prison : enquête sur le business carcéral. Les auteurs de la brochure 15 000 bonnes raisons de ne plus se révolter dénoncent quant à eux le « business de la réinsertion » : « Les formations professionnelles en prison et les ‘‘accompagnements à la réinsertion professionnelle’’ pour les sortant·e·s sont effectués en échange de thunes de l’État aussi bien par des associations caritatives que par des multinationales. Des entreprises embauchent celui ou celle qui sort suite à un aménagement de peine à un tarif compétitif : tu bosses pareil que tout le monde mais pour moins cher ». L’insertion par la prison et l’exploitation, voilà le beau projet de vie que nous promet cette société de consommation.

La prison n’est pas la solution, c’est le problème

Les problèmes exposés précédemment ne règlent pas une question épineuse : que faire des personnes dangereuses, des meurtriers, des voleurs de sacs-à-mains, etc ? Dans la région du Chiapas, au Mexique, qui a connu la révolution zapatiste, une toute autre forme de justice est en voie d’expérimentation. Un article d’Alternative libertaire détaille le projet : « Il s’agit d’une justice de médiation qui réunit les parties, les écoute et enquête lorsque c’est nécessaire, puis les invite à trouver un accord permettant de parvenir à une réconciliation. La chercheuse mexicaine Paulina Fernández Christlieb a longuement étudié ce système qui consiste à ‘‘raisonner avec les personnes, les prendre en compte […] afin que les deux parties soient satisfaites’’ et qu’ainsi la situation soit ‘‘résolue’’. Il est clair que ce rôle médiateur repose sur une légitimité reconnue par toutes et tous et sur une autorité morale incitant puissamment à rechercher un accord. Les instances en charge de la justice n’ont pas pour logique de déterminer des délits et des peines, mais de ‘‘trouver une bonne solution pacifique’’ aux problèmes portant atteinte à la vie collective, en pansant la blessure. D’où une critique radicale de la prison, qui ne résout rien et aggrave les problèmes – elle affecte la vie de toute une famille et constitue une école du crime. S’il arrive qu’une personne puisse être enfermée lorsqu’elle met en danger autrui (si elle est en état d’ébriété par exemple) ou pendant l’enquête la concernant, il n’existe pas de condamnation à une peine de prison. Dans une logique de réconciliation, on recherche une réparation, acceptée comme telle par la ou les victimes : une restitution, ou une compensation du dommage subi. Celle-ci, compte tenu du souci de restreindre le recours à l’argent, consiste le plus souvent en jours de travail, au bénéfice des victimes ou de la communauté. En cas d’homicide, le coupable doit céder une terre à la famille du défunt ou travailler pour elle durant des années. »

Ces expérimentations peuvent paraitre utopistes, mais il ne faut pas perdre de vue qu’elles ont été menées dans le cadre d’une insurrection sociale et populaire, propice à la création de nouvelles formes de vie en collectivité. À l’heure où les gilets jaunes questionnent les fondements même de notre société – la démocratie, la répartition des richesses, le rôle de la police – il ne serait pas inutile de remettre en cause le principe même de la prison, qui, à bien des égards, n’est pas la solution – 63 % des personnes condamnées à une peine de prison ferme sont réincarcérées dans les cinq ans(20) –, mais le problème.

Notes et sources :

(1) « ‘‘Gilets jaunes’’ : 216 personnes incarcérées, un record pour un mouvement social », RTL, 3 janvier 2019.
(2)
« ‘‘Gilets jaunes’’ : Nicole Belloubet considère qu’il y a ‘‘d’autres solutions’’ que le retour à l’état d’urgence », Europe 1, 2 décembre 2018.
(3)
« Emmanuel Macron estime que le lien entre le parquet et l’exécutif ‘‘ne saurait être totalement rompu’’ », Le Journal du Dimanche, 5 octobre 2018.
(4)
« Réforme pénitentiaire: Macron annonce l’interdiction des peines de prison d’un mois », BFM TV, 6 mars 2018.
(5) « Gilets jaunes déférés au tribunal de Montpellier : compte-rendu des cinq audiences », Le Poing, 1er janvier 2019. / « ‘‘Gilets jaunes’’ à Montpellier : deux manifestants condamné et l’un d’eux écroué », Midi Libre, 24 décembre 2018. / « Un gilet jaune condamné à 5 mois de prison avec sursis par le tribunal de grande instance de Montpellier », Le Poing, 22 décembre 2018.
(6)
« ‘‘Gilets jaunes’’ : le député communiste André Chassaigne demande une loi d’amnistie pour les manifestants condamnés », France Info, 29 décembre 2018.
(7)
« Dans ses vœux, Emmanuel Macron fustige ‘‘les porte-voix d’une foule haineuse’’ », France Culture, 1er janvier 2019.
(8)
« Prisons : le nombre de détenus en France a augmenté de près de 25 % en une décennie », Le Monde, 4 décembre 2018.
(8)
« Dans les prisons, c’est d’abord la misère qu’on enferme », L’Humanité, 28 mai 2014.
(9)
« 6 mois de prison ferme pour avoir volé une part de pizza », Le Poing, 22 mai 2017.
(10)
« Chronique de la guerre aux pauvres », Le Pressoir, 5 mars 2017.
(11)
« L’encellulement individuel, serpent de mer depuis 140 ans », Europe 1, 20 septembre 2016.
(12)
« Prison : une structure d’accompagnement des détenus en 2022 à Montpellier », France 3, 1er octobre 2018.
(13)
« Montpellier : une nouvelle prison prévue pour 2022 à Euromédecine », Le Poing, 3 octobre 2018.
(14)
« Décès en détention et suicides », OIP.
(15)
« 37 prisons condamnées pour conditions de détention indignes », OIP.
(16)
« Santé mentale », OIP.
(17)
« Avis n°94 du Comité Consultatif National d’Ethique pour les Sciences de la Vie et de la Santé », 21 novembre 2006.
(18)
« Alternative à l’incarcération », OIP.
(19) Annie Kensey, Abdelmalik Benaouda, Les risques de récidive des sortants de prison. Une nouvelle évaluation, Cahiers d’Études Pénitentiaires et Criminologiques, 2011.

Publié le 08/01/2019

À Montpellier, le fiasco d’une usine de traitement des déchets gérée par Suez

par Mehdi Boudarene (site bastamag.net)

L’usine de transformation des déchets de la métropole de Montpellier cumule les déboires depuis sa mise en service. Elle doit transformer les ordures ménagères en biogaz énergétique. Le principe, qui allie recyclage et production d’énergie verte, a sur le papier tout pour plaire. Mais l’usine, construite par Vinci et gérée par Suez, peine à remplir les objectifs qu’elle s’était fixés. Elle a également coûté à la collectivité beaucoup plus cher que prévu, et expose salariés et riverains à des nuisances importantes. Son procédé technique, autrefois vanté par les écologistes, est désormais totalement décrié.

C’est un projet qui avait tout pour plaire. Une usine de traitement des déchets ajoutant au recyclage l’autosuffisance énergétique. Mais à l’usine Ametyst, construite à Montpellier par Vinci et gérée via une délégation de service publique par l’entreprise Suez, l’idée d’une industrie des déchets vertueuse n’a pas résisté à l’épreuve du réel. Depuis son ouverture en 2008, le projet oscille entre fiasco financier, défauts de fonctionnement et nuisance pour les riverains.

« La filière économique du compost, c’est du vent ! Ametyst est une entreprise de démolition écologique », dénonce François Vasquez, président de l’association de riverains de la zone d’activité Garosud, installée au sud de Montpellier. Sur le papier, le principe de l’usine est ambitieux : transformer les ordures ménagères résiduelles, les déchets qui restent après les collectes sélectives, en ressource énergétique, grâce à la méthanisation. Les ordures ménagères sont transformées en biogaz, capté afin de produire ensuite de l’électricité et de la chaleur. En fin de chaîne, les ordures qui demeurent finissent en compost pour l’agriculture. Voilà pour la théorie. Dans la pratique, les usines fonctionnant sur ce procédé qui a émergé il y a une vingtaine d’années en France n’ont pas fait illusion bien longtemps.

Autrefois promu et subventionné par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), le procédé sur lequel se basent ces usines, le « tri mécano-biologique » a finalement disparu des lignes budgétaires après la loi de transition énergétique de 2015. Aujourd’hui, les projets de ce type sont presque systématiquement attaqués au tribunal administratif par des riverains ou des associations écologistes comme à Romainville en 2015. À Angers, c’est l’agglomération qui a décidé de fermer l’usine de traitement des déchets quatre ans seulement après sa mise en service.

Plus de nuisances que de résultats

L’usine Suez de Montpellier aussi est loin des ambitions affichées au lancement. Un simple chiffre suffit pour comprendre ce fiasco : seuls 10 % des déchets qui entrent dans les tuyaux sont valorisés par l’usine Ametyst. C’est encore pire concernant la production de compost : 9000 tonnes selon le rapport d’activité pour l’année 2016, très loin de l’objectif de 33 000 tonnes affiché dans le cahier des charges. Ametyst s’en sort mieux concernant la production d’électricité, mais une partie est absorbée en interne, pour faire tourner l’usine.

Depuis sa mise en service, il y a dix ans, le site a en outre connu divers incidents, dont un incendie, le 13 septembre 2010, qui a fortement réduit l’activité pendant 18 mois. De nombreuses nuisances ont aussi été constatées pour les riverains : odeurs pestilentielles, invasion d’insectes volants et rampants, sans compter le bruit causé par les turbines. L’usine a été construite dans une zone d’activité concertée (Zac), Garosud, à proximité immédiate de nombreuses habitations.

La résidence « Le clos la Massane » se trouve à quelques dizaines de mètres. Elle en est séparée par un simple talus. « Les premières années, c’était une horreur, on ne pouvait pas manger à l’extérieur », rapporte Pascal Martin. Ce patron d’une entreprise de gestion de patrimoine de 53 ans habite l’une de ces maisons depuis plus de vingt ans, héritée de son arrière grand-père. Ce dernier possédait lui-même des vignes à l’endroit où se trouve aujourd’hui la Zac. Des commerces sont également touchés : un restaurant a notamment dû fermer ses portes à cause de la recrudescence des mouches, fatales au commerce. La métropole avait pourtant certifié que l’usine ne produirait aucune nuisance, justifiant le choix d’un site en pleine ville.

Conditions de travail « déplorables »

Du côté du personnel d’Ametyst, un rapport de l’inspection du travail cité par la Cour des comptes en 2017 fait état de conditions de travail « déplorables » [1]. En cause, des « émanations nocives d’ammoniac dépassant les valeurs limites réglementaires et l’exposition des salariés à des dangers mettant en cause leur santé et leur sécurité », souligne la Cour. Des failles dans la sécurité de certains bâtiments ont provoqué plusieurs incidents, notamment la chute d’un ouvrier dans une cuve d’acide.

Dans ce même rapport, la Cour des comptes alerte sur le « dérapage financier » que représente l’usine. Au lancement du projet, en 2003, elle devait coûter 57 millions d’euros. « Puis les réserves émises lors de la réception de l’ouvrage, ainsi que les difficultés de fonctionnement résultant de son défaut de conception, ont nécessité d’importants travaux supplémentaires », écrit la Cour. Au final, Ametyst a coûté 90 millions d’euros, financés par la collectivité. Même ainsi, l’usine ne parvient toujours pas à remplir ses objectifs. « Du fait des limites de la capacité de l’outil livré par le constructeur, la métropole a tenté de compenser les préjudices d’exploitation allégués par son délégataire par le biais d’avenants : pas moins de dix avenants au contrat initial ont été conclus entre juillet 2008 et juin 2013 », ajoutent les magistrats de la Cour des comptes. Or, ces avenants ont pesé sur le bilan financier de l’exécution du contrat de délégation de service public. En clair, la collectivité a payé Suez deux fois plus cher que prévu, parce que l’usine avait été mal conçue.

« Il n’y a pas d’autre solution que le tri sélectif »

Pour Raymond Gimlio, ancien ingénieur en biologie et président de l’Observatoire indépendant des déchets et de l’environnement de la métropole de Montpellier, les conclusions de la Cour des comptes « valident ce que nous dénonçons depuis dix ans : cette usine a été mal conçue. Une usine de méthanisation peut bien marcher à condition que la métropole gère bien le tri des déchets. » Un constat partagé par Jean-Louis Roumégas, député Europe écologie-Les Verts jusqu’en 2017, qui avait pourtant initialement soutenu le projet. « Notre ambition était de monter une filière complète des déchets avec du tri en amont, pour une valorisation qui ne mélange pas les matières », dit-il. Cet ancien président de l’agglomération, entre 2001 et 2008, regrette que ses vœux n’aient pas été suivis d’effets, la métropole n’ayant selon lui pas suffisamment investi pour mettre en place une filière de tri complète. « Il n’y a pas d’autre solution que le tri sélectif. Avec le traitement mécano-biologique des déchets, on déresponsabilise les citoyens. C’est un mauvais choix qui ne permettra pas d’aller vers l’excellence », ajoute l’écologiste.

 « Si vous ne triez pas vos déchets, vos biodéchets vont se mélanger à vos déchets résiduels qui incluent des substances médicamenteuses, des produits toxiques détenus dans les détergents, critique encore le riverain François Vasquez. Tout cela va bien gentiment macérer dans la poubelle grise, parce que maintenant les collectes ne se font qu’une fois par semaine. Une fois arrivé à Ametyst, ce joyeux mélange déjà corrompu va encore macérer pendant trois jours dans un hall de maturation avant d’être trié. Le compost qui en sort n’est pas un produit, ça ne peut pas être vendable. » Selon la direction de l’usine, ce compost normé à travers des critères agronomiques et sanitaires est pourtant écoulé auprès de vignerons de la région qui se déclarent satisfaits. La direction d’Ametyst refuse néanmoins de communiquer la liste des bénéficiaires et n’était pas en mesure de répondre à nos questions. Elle continue cependant de vanter les performances de la méthode « avant-gardiste » de l’usine, présentée comme un « centre d’excellence technique ».

La collecte sélective serait-elle la solution pour que ce type d’usine de transformation des déchets fonctionne réellement ? Un audit de l’Ademe sur plusieurs sites indiquait en 2013 que le compost produit à partir de biodéchets est de meilleure qualité par rapport au traitement bio-mécanique [2]. Mais à quel coût ? À Paris, la collecte de déchets triés représente moins de sept kilos par habitant et par an, alors que le poids total de déchets par habitant est d’environ 50 kilos. Pour Jean-Louis Roumégas, une meilleure gestion des déchets passe donc forcément par une reprise en main de la collectivité, qui dans ce domaine, a tendance à « se débarrasser du problème en déléguant aux industriels ». Or, selon l’élu vert, « on ne peut pas faire confiance totalement à l’industrie dans un partenariat public-privé. Ce n’est pas la solution. Il faut que la métropole garde le contrôle. »

Mehdi Boudarene

Publié le 06/01/2019

L’ancien condamné à mort Mumia Abu-Jamal à deux doigts de pouvoir faire appel

Gaël De Santis (Site humanité.fr)

Un jugement intervenu jeudi permet à la défense de Mumia Abu-Jamal de faire appel de sa condamnation pour le meurtre d’un policier sous trente jours. Toutefois, le procureur de Philadelphie, Larry Krasner, peut encore faire appel de cette décision. Les soutiens du prisonnier politique noir-américain saluent l’avancée survenue cette semaine.

Pour Mumia Abu-Jamal, l’appel est à portée de main. Le magistrat de Philadelphie Leon Tucker a jugé, jeudi qu’il y avait eu un biais dans la procédure. Journaliste radio, militant dans la communauté noire-américaine de Philadelphie, Mumia Abu Jamal avait été condamné à mort pour le meurtre d’un policier en 1982 au terme d’un procès inique : certaines personnes de couleurs noire avaient été écartées du jury par le sinistre juge Sobo qui avait promis à l’accusation « je les aiderai à frire ce nègre ». En 2011, la peine de Mumia Abu-Jamal avait été commuée en prison à vie, sans jugement.

 

Cette année, la défense de Mumia Abu-Jamal, 64 ans, avait relevé le rôle du juge Ronald Castille à plusieurs étapes de la procédure visant le journaliste, une fois comme procureur adjoint, puis comme juge à la Cour suprême d’État. Leon Tucker a estimé, hier, qu’il aurait dû se récuser. Ne pas l’avoir fait suggère un « biais », juge-t-il, relativisant sa décision : Ronald Castille n’aurait pas joué un rôle primordial d’abord comme procureur puis juge.

 

L’avenir judiciaire de Mumia-Abu Jamal est désormais dans les mains du procureur de district Larry Krasner, élu en 2017 et connu pour ses positions progressistes. Ce dernier a encore la faculté de faire appel de la décision du juge Leon Tucker, qui permet à la défense de Mumia d’interjeter appel sous trente jours.

 

« C’est une victoire légale inédite. C’est la meilleure chance que nous avons de libérer Mumia depuis des décennies », s’est réjoui Rachel Wolkenstein, avocate et militante de la cause de Mumia Abu-Jamal. Aux États-Unis, cette avancée dans le dossier Mumia est saluée par ses proches.

 

« C’est un formidable succès, mais la suite n’est pas écrite », salue Jacky Hortaut, coanimateur du comité du collectif français Libérons Mumia. L’heure est à la mobilisation.

Lire le communiqué du collectif français LIBERONS MUMIA

 

Gaël De Santis

 

Publié le 05/01/2019

Gilets jaunes déférés au tribunal de Montpellier : compte-rendu des cinq audiences

Montpellier Poing Info, (site lepoing.net)

Une centaine de gilets jaunes se sont rassemblés hier après-midi devant le tribunal de grande instance de Montpellier pour soutenir cinq gilets jaunes présentés devant un juge sous le régime de la comparution immédiate :

1) Le premier a été interpellé pendant la manifestation du 29 décembre à Montpellier. Il a été condamné à 7 mois de prison avec sursis et 1800€ d’amende (600€ pour 3 policiers) pour des faits reconnus avoir été commis pendant la manifestation du 29 décembre : violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique n’ayant pas entraîné d’interruption temporaire de travail (ITT), violence involontaire sur un passant ayant entraîné 3 jours d’ITT (le passant s’est pris une pierre par hasard mais il a finalement refusé de se constituer partie civile et de demander des indemnités lors de l’audience) et participation à un attroupement en vue de commettre des violences et des dégradations. L’accusé a reconnu les faits, et il aurait été identifié à cause d’une vidéo de Midi Libre, et d’une autre prise par un gilet jaune et diffusée sur youtube : attention aux vidéos prises lors de manifestations tendues, elles peuvent se retourner contre les manifestants !

2) Le second, accusé de participation à un attroupement en vue de commettre des dégradations et des violences lors de la manifestation du 29 décembre à Montpellier, n’a pas été jugé pendant l’audience pour des raisons médicales et a été placé sous contrôle judiciaire en attendant son procès qui aura lieu le 21 janvier à 14h : interdiction de manifester et obligation de pointer une fois par semaine au commissariat. Contrairement à une rumeur qui a circulé, le prévenu n’a pas été interné à l’hôpital suite à l’audience.

3) Le troisième, interpellé le 29 décembre dans la matinée aux abords du Polygone, est accusé de détention de stupéfiants et de participation à un attroupement en vue de commettre des dégradations et des violences lors de la manifestation du 29 décembre à Montpellier. Il n’a pas été jugé pendant l’audience car son casier judiciaire n’est pas identifié sous le même nom qui est inscrit sur sa carte d’identité. Son avocat a dénoncé ce report comme n’étant pas au bénéfice du prévenu : il a été placé sous contrôle judiciaire – obligation de pointer une fois par semaine au commissariat et interdiction de manifester sur les communes de Mauguio, Balaruc-les-Bains et Montpellier – en attendant son procès qui aura lieu le 4 février à 14h.

4/5) Le quatrième et le cinquième ont été jugés ensemble. Ils sont accusés d’avoir, dans la nuit du 27 au 28 décembre, à Clermont l’Hérault, brûlé le transformateur électrique de la zone commercial de la Salamane. Ils ont reconnu les faits. Ils ont été condamnés à 8 mois de prison ferme sans mandat de dépôt : cela signifie qu’ils n’ont pas été incarcérés mais qu’ils passeront devant un juge d’application des peines qui décidera de leur aménagement de peine. Il existe différents types d’aménagements de peines : placement sous surveillance électronique (dispositif électronique installé à domicile relié au bracelet électronique du condamné pour vérifier qu’il n’est pas hors de chez lui en dehors d’une plage horaire déterminée), semi-liberté (le condamné est rattaché à un établissement pénitentiaire qu’il est autorisé à quitter durant une plage horaire déterminée), placement extérieur (peine relativement similaire à la semi-liberté à la différence que le condamné peut être surveillé par des agents pénitentiaires lors de ses déplacements autorisés). Ils passeront devant le tribunal civil de Montpellier le 15 avril qui déterminera le montant de l’amende, qui sera entre 9 000 et 75 000€.

 

publié le 04/01/2019

Chômeurs : une mauvaise année commence !

 Stéphane Ortega (site rapportdeforce.net)

Décret accentuant le contrôle et les sanctions à l’égard des chômeurs, négociations sur l’assurance chômage exigeant des économies risquant de toucher à l’indemnisation des demandeurs d’emploi, courbe du chômage qui ne baisse que marginalement : l’année à venir se présente mal pour les chômeurs.

C’est un drôle de cadeau que le gouvernement réserve aux chômeurs en cette période des vœux de bonne année. Dimanche 30 décembre, la veille des vœux du président de la République, un décret d’application de la loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel », votée cet été et promulguée le 5 septembre, est paru au journal officiel. Il stipule dans son volet sanction, applicable au 1er janvier, qu’un chômeur refusant à deux reprises une « offre raisonnable d’emploi » verra son indemnité supprimée pendant un mois. En cas de nouveau refus, la peine passera à deux mois, puis quatre lors d’un troisième rejet d’une proposition. Le refus d’actualisation du projet personnalisé d’accès à l’emploi, celui qui définit les critères de l’offre dite raisonnable, conduit aux mêmes sanctions. « La suppression des droits est une nouveauté, jusqu’ici lorsqu’un chômeur était radié, ses droits étaient récupérés ultérieurement », se scandalise Thomas, syndicaliste CGT à Pôle emploi.

Pourtant avant le vote de la loi « avenir professionnel » au Parlement, le gouvernement avait rassuré que la suppression des droits des chômeurs n’interviendrait pas lors d’un premier refus de deux « offres raisonnables d’emploi », mais la fois suivante. Une erreur de communication ou un mensonge malheureux alors que le chef de l’État dans son allocation du 31 décembre a fait de la vérité un des trois piliers de ses vœux pour 2019. Sans nommer le mouvement des gilets jaunes, Emmanuel Macron a exhorté le pays à se protéger « des fausses nouvelles, des manipulations et des intoxications ». Pour l’exemplarité donnée par le gouvernement, c’est raté ! D’autant que les sanctions qui devaient être réduites à 15 jours de radiation à Pôle emploi pour un rendez-vous raté avec un conseiller, seront là aussi plus lourdes qu’annoncées. Ce sera un mois.

Haro sur les chômeurs

En pleine crise des gilets jaunes, au moment où un sondage Harris interactive de début d’année fait passer le pouvoir d’achat au premier rang des préoccupations des Français, devant le terrorisme, ce coup porté aux chômeurs et le reniement de la parole donnée sont un peu aventureux. De plus, la finalité de la mesure interroge. Comme ne manquent pas de le rappeler les syndicats de l’organisme public de recherche d’emploi, seuls 8 % des chômeurs indemnisés ne seraient pas en recherche active de travail, selon les chiffres divulgués par Pôle emploi lui-même. De quoi alimenter la suspicion qu’un autre but est recherché : celui de pousser les chômeurs à prendre n’importe quel travail. Et ainsi de pousser à la baisse de la rémunération du travail.

« Le fond du problème demeure le manque d’emplois de qualité pour les six millions d’inscrits à Pôle emploi », rappelait début 2018 Sabina Issehnane, maître de conférence en économie à l’université Rennes 2. Un problème qui persiste avec une conjoncture économique peu flamboyante. De ce fait, le chômage ne baisse pas vraiment : -1,2 % pour les inscrits à Pôle emploi en catégorie A, mais +0,6 % toutes catégories confondues en 2018. Du coup, la tentation est grande pour l’exécutif de pousser les chômeurs à prendre n’importe quel travail en s’appuyant sur l’obligation d’accepter les « offres raisonnables d’emploi ». Celles-ci étaient, jusqu’à cette année, définies par des critères déterminés lors du contrat passé entre Pôle emploi et l’allocataire : le projet personnalisé d’accès à l’emploi (PPAE).

Ainsi y était fixés le secteur d’activité, la rémunération attendue, la distance entre le lieu de travail et le domicile, ou encore le type de contrat. Mais si le demandeur d’emploi ne retrouvait pas une activité rapidement, les critères du PPAE étaient néanmoins élargis et les prétentions de la personne en recherche de travail amoindries. « Le marché du travail étant tellement dégradé, par réalisme, les conseillers poussent naturellement les demandeurs d’emploi à revoir à la baisse les critères », explique Laurent, syndicaliste à Pôle emploi. Si cela ne suffisait pas, le décret du 30 décembre modifie maintenant les règles. Ainsi, « la personne en recherche d’emploi sera tenue d’accepter un salaire moyen dans sa branche et sa région sans aucune référence, comme aujourd’hui, avec son ancien salaire perdu », dénonce la CGT Pôle emploi.

Le pire est à venir

Les chômeurs ne sont pas au bout de leurs peines en cette année 2019. En plus d’un chômage persistant et de sanctions renforcées, ils devront compter avec la réforme de l’assurance chômage dont les négociations, débutées à l’automne dernier, reprennent à partir du 9 janvier. Là encore, des sacrifices sont au programme. Le gouvernement a donné une lettre de cadrage aux représentants des chefs d’entreprises et des salariés qui fixe à 3,9 milliards, le montant des économies à réaliser pour les trois années à venir. Plus d’un milliard par an pour « assainir » les caisses de l’Unedic.

Pour atteindre ce résultat, l’exécutif et le patronat ne manque pas d’idées à agiter sous le nez des syndicats : durcissement des règles de l’activité réduite permettant de cumuler un petit emploi et le chômage, baisse de la durée d’indemnisation, plafonnement de celle-ci ou encore mise en place d’une dégressivité. Tout est sur la table. Le Medef a même ressorti le dossier des intermittents du spectacle, tout en souhaitant de son côté ne rien céder sur celui du bonus-malus pour les contrats courts. Rien de très réjouissant pour les demandeurs d’emploi qui pourraient voir le fruit de leurs cotisations passées, à savoir leurs allocations, baisser sensiblement d’ici la fin de l’année.

Le gouvernement n’a « aucun tabou » avait prévenu la ministre du Travail au mois de septembre. À la lecture du décret d’application du 30 décembre, il semble n’avoir pas plus de scrupule. De même, les mots du Président le soir de la Saint-Sylvestre évoquant un capitalisme ultralibéral « qui touche à sa fin » ou son « empathie à l’égard des plus fragiles » sonnent faux. À force de dire une chose et, en même temps, faire son contraire, le gouvernement prend le risque de raviver et étendre la colère. Les chômeurs pourraient alors traverser la rue, mais pour rejoindre un rond-point et former cette « foule haineuse » qu’à fustigé Emmanuel Macron dans son discours de fin d’année.

 

Publié le 03/01/2019

Pour l’assemblée des assemblées !
Deuxième appel de Commercy

par Gilets jaunes de Commercy (site lavoiedujaguar.net)

Notre deuxième appel s’adresse à tous les gilets jaunes, à toutes celles et ceux qui ne portent pas encore le gilet mais qui ont quand même la rage au ventre.

Cela fait désormais plus de six semaines que nous occupons les ronds-points, les cabanes, les places publiques, les routes et que nous sommes présents dans tous les esprits et toutes les conversations.

Nous tenons bon.

Cela faisait bien longtemps qu’une lutte n’avait pas été aussi suivie, aussi soutenue, ni aussi encourageante.

● Encourageante, car nos gouvernants ont tremblé et tremblent encore sur leur piédestal.
● Encourageante, car ils commencent à concéder quelques miettes.
● Encourageante, car nous ne nous laissons désormais plus avoir par quelques os à ronger.
● Encourageante, car nous apprenons toutes et tous ensemble à nous respecter, à nous comprendre, à nous apprécier par et dans notre diversité : des liens sont tissés, des modes de fonctionnement sont essayés et ça, ils ne peuvent plus nous l’enlever.
● Encourageante aussi, car nous autres nous avons compris qu’il ne faut plus nous diviser face à l’adversité. Nous avons compris que nos véritables ennemis ce sont les quelques détenteurs d’une richesse immense qu’ils ne partagent pas : les cinq cents personnes les plus riches de France ont multiplié par trois leurs fortunes depuis la crise financière de 2008 pour atteindre six cents milliards d’euros. Les cadeaux fiscaux et sociaux faits aux plus grandes sociétés s’élèvent également à plusieurs centaines de milliards d’euros par an. C’est intolérable.
● Encourageante, enfin, car nous avons compris que nous étions capables de nous représenter nous-mêmes, sans tampon entre les puissants et le peuple, sans partis qui canalisent les idées à leur seul profit, sans corps intermédiaires davantage destinés à amortir les chocs, à huiler le système plutôt qu’à nous défendre.

Nous sommes aujourd’hui les victimes de la répression : plusieurs morts et des dizaines de blessés graves. Maudits soient ceux qui ont permis cela. Mais sachant que notre détermination est intacte, bien au contraire !

Nous sommes fiers de ce chemin accompli et de toutes ces prises de conscience qui sont autant de victoires sur le système écrasant, et nous sentons très bien que cette fierté est partagée par énormément de gens.

Comment pourrait-il en être autrement alors que ce système et ce gouvernement qui le représente n’ont de cesse de détruire les acquis sociaux, les liens entre les gens et notre chère planète ?

Il nous faut donc continuer, c’est vital. Il nous faut amplifier ces premiers résultats sans hâte, sans nous épuiser mais sans nous décourager non plus. Prenons le temps, réfléchissons autant que nous agissons.

Nous appelons donc toutes celles et ceux qui partagent cette rage et ce besoin de changement, soit à continuer à porter fièrement le gilet jaune, soit à l’enfiler sans crainte.

Il faut désormais nous rassembler partout, former des assemblées citoyennes populaires à taille humaine où la parole et l’écoute sont reines.

Des assemblées dans lesquelles, comme à Commercy, chaque décision est prise collectivement, où des délégués sont désignés pour appliquer et mettre en musique les décisions. Pas l’inverse ! Pas comme dans le système actuel. Ces assemblées porteront nos revendications populaires, égalitaires, sociales et écologiques.

Certains s’autoproclament représentants nationaux ou préparent des listes pour les futures élections. Nous pensons que ce n’est pas le bon procédé. Tout le monde le sent bien : la parole, notre parole, va se perdre dans ce dédale ou être détournée comme dans le système actuel.

Nous réaffirmons ici, une fois de plus, l’absolue nécessité de ne nous laisser confisquer notre parole par personne.

Une fois ces assemblées démocratiques créées dans un maximum d’endroits, elles ouvriront des cahiers de revendications.

Le gouvernement a demandé aux maires de mettre en place des cahiers de doléances dans les mairies. Nous craignons qu’en faisant ainsi nos revendications soient récupérées et arrangées à leur sauce et qu’à la fin elles ne reflètent plus notre diversité. Nous devons impérativement garder la main sur ces moyens d’expression du peuple. Pour cela nous appelons donc à ce qu’ils soient ouverts et tenus par les assemblées populaires !

Qu’ils soient établis par le peuple et pour le peuple !

Depuis Commercy nous appelons maintenant à une grande réunion nationale des comités populaires locaux.

Fort du succès de notre premier appel, nous vous proposons de l’organiser démocratiquement en janvier, ici, à Commercy, avec des délégués de toute la France pour rassembler les cahiers de revendications et les mettre en commun.

Nous vous proposons également d’y débattre tous ensemble des suites de notre mouvement.

Nous vous proposons enfin de décider d’un mode d’organisation collectif des gilets jaunes, authentiquement démocratique, issu du peuple et respectant les étapes de la délégation.

Ensemble créons l’assemblée des assemblées, la commune des communes.

C’est le sens de l’histoire, c’est notre proposition.

Vive le pouvoir au peuple, par le peuple et pour le peuple !

Le 29 décembre 2018,
Les Gilets jaunes de Commercy
La cabane des gilets jaunes
place Charles-de-Gaulle
55200 Commercy

 

Publié le 02/01/2019

Ces petites victoires qui contribuent à améliorer les fins de mois et à retarder la fin du monde

par Rédaction (site bastamag.net)

Si, si, des luttes sociales et écologistes remportent des succès ! Forêt sauvée, salaires augmentés, projet d’autoroute annulé... Passage en revue de ces mobilisations que les journalistes de Basta ! ont accompagnées pour vous les raconter, et qui ont contribué à améliorer les fins de mois, ou retardé l’échéance de la fin du monde.

Mouvements sociaux, grèves, revendications, « zone à défendre »… Ces mobilisations ne se contentent pas de « contester » et n’incarnent pas seulement une « grogne » – terme à la mode chez les commentateurs télévisés. Elles proposent, et arrivent même à changer concrètement la vie des gens, sur le court comme sur le moyen terme. Passage en revue de certaines de ces mobilisations gagnantes, que Basta ! a pu accompagner ces derniers mois.

Une autoroute en moins, au profit d’un renforcement du service ferroviaire

Des fermes détruites, une biodiversité menacée, des terres arables livrées au béton : telles étaient les conséquences attendues du projet d’autoroute A45, entre Lyon et Saint-Étienne. Le projet, relancé en 2016 par le président du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez (LR), devait venir doubler une autoroute existante... La concession devait revenir à Vinci – l’entreprise en charge de la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, lui aussi abandonné un an plus tôt. C’était sans compter la coordination des opposants à l’A45, qui s’est constituée dès l’automne 2016, avec des paysans, des naturalistes et des habitants des territoires concernés.

En juillet 2016, Basta ! publie une première enquête sur le sujet, puis relaie régulièrement les initiatives de la coordination. A l’été 2017, cette dernière mobilise 10 000 personnes contre le projet autoroutier. Trois mois plus tard, celui-ci est abandonné. « Si ce projet était simple et consensuel, l’autoroute A45 serait réalisée depuis longtemps. On ne peut pas ignorer le prélèvement de terres agricoles, l’impact environnemental », explique la ministre des Transports Élisabeth Borne.

L’enveloppe budgétaire prévue par l’État pour l’A45 servira finalement à renforcer l’offre ferroviaire entre Lyon et Saint-Étienne, avec notamment la création de nouvelles haltes. C’est exactement ce que demandait la coordination dans ses propositions d’alternatives à l’autoroute. La région Auvergne Rhône-Alpes, le département de la Loire et la ville de Saint-Étienne, tous à majorité LR, ont cependant déposé un recours auprès du Conseil d’État.

Une forêt millénaire préservée, 450 millions de tonnes de CO2 épargnées

En Allemagne, à Hambach, les mobilisations écologistes sont parvenues à sauver de la destruction programmée une forêt millénaire de 4200 ha. Le bois se trouve à deux pas d’une immense mine de charbon à ciel ouvert exploitée par le groupe allemand RWE, qui souhaitait agrandir l’exploitation, et pour cela raser la forêt. Ici aussi, c’était sans compter la création d’une « zone à défendre » (Zad), avec ses cabanes perchées dans les arbres. Dès 2015, Basta ! réalise un reportage sur les dévastations provoquées par l’extension des mines de charbon. Ce combustible est, de surcroît, la source d’énergie qui émet le plus de gaz à effet de serre et déstabilise fortement le climat.

En décembre 2017, nous publiions également une enquête montrant que des investissements publics français, en particulier via le fonds de réserve pour les retraites – alimentées par les cotisations payées par l’ensemble des salariés – contribuent au financement du projet d’agrandissement de la mine. A l’automne 2018, nous nous rendions sur place pour vous raconter l’importante mobilisation pour protéger la forêt.

Depuis, un tribunal allemand a ordonné l’arrêt des travaux de destruction suite à une plainte déposée par l’association environnementale Bund, la branche allemande des Amis de la terre. La forêt est pour l’instant préservée. Et le mouvement allemand pour une sortie rapide du charbon est toujours très actif. Si le projet d’agrandissement minier venait cependant à se réaliser, 450 millions de tonnes de CO2 supplémentaires seront émises dans l’atmosphère pendant les 25 prochaines années, par le fait de brûler le charbon extrait. Soit l’équivalent de ce qu’émet un pays comme le Royaume-Uni en une année.

Une ferme pionnière en agroécologie temporairement sauvée

La ferme expérimentale de la Durette, près d’Avignon (Vaucluse), spécialisée en agroécologie était menacée par une décision de la majorité départementale (Les Républicains). Celle-ci a envisagé, en novembre, de récupérer les terres au profit d’activités industrielles ou d’agriculture intensive, comme Basta ! vous le racontait. Trois jeunes agriculteurs devaient s’installer durablement sur la ferme, approvisionner plusieurs dizaines de familles en paniers de légumes et fruits bios, tout en améliorant la biodiversité. Finalement, les élus ont décidé d’étudier sérieusement la proposition de rachat des surfaces, portée par l’association Terres de liens. La ferme est donc – au moins temporairement – sauvée.

Hôpitaux : des grèves dures, pour obtenir des embauches au compte-goutte

Sur le front social aussi, quelques petites victoires ont été obtenues, malgré un contexte de dégradations générales des conditions de travail, d’augmentation des inégalités, et de refus catégorique d’augmenter les salaires. Basta ! vous a notamment raconté les grèves dures menées au sein des hôpitaux psychiatriques, où les infirmiers, débordés, se sentent « comme dans une tranchée en temps de guerre ». « On a parfois besoin d’isoler des enfants. Mais avant, on restait avec eux, tout simplement. Désormais, on les abandonne dans la chambre d’isolement, et on court s’occuper des autres, c’est horrible », racontait ainsi une infirmière rennaise.

Il a fallu un mouvement social pour que l’hôpital obtienne un lent déblocage de moyens supplémentaires et d’embauches, encore jugés insuffisants. Après une dizaine de jours de grève déclenchée le 6 novembre dernier, le personnel en lutte de l’hôpital psychiatrique Roger-Prévot de Moisselles (Val d’Oise) a également arraché à l’autorité régionale de santé la création de six postes d’infirmiers, de trois postes d’ouvriers techniques et l’ouverture de deux équipes d’hospitalisation à domicile. En juin dernier, des soignants de l’hôpital psychiatrique de Rouen avaient également obtenu la création des postes escomptés après deux mois de grève, et 18 jours de grève de la faim.

Femmes de ménage et travailleurs ubérisés : des avancées

Idem du côté des femmes et hommes de ménage travaillant dans des hôtels. A Paris, en début d’année, les femmes de chambre de l’hôtel Holiday Inn de la Porte de Clichy ont dû mener 111 jours de grève pour pouvoir négocier et obtenir satisfaction. A Marseille, six salariées d’une société de nettoyage sous-traitante d’un hôtel de luxe ont obtenu une augmentation de salaire de 9 % après quatre jours de grève et l’enregistrement de leurs heures supplémentaires pour que celles-ci soient payées. Du côté du palace Park Hyatt Vendôme à Paris, où nous nous sommes rendu au mois d’octobre, le personnel a également remporté une belle victoire : des garanties ou des améliorations sur les salaires, ainsi que le maintien de représentants « de proximité » pour les salariés en sous-traitance, alors que les ordonnances Macron devaient permettre à leur direction de s’en passer. Il leur a fallu, pour cela, pas moins de 87 jours de grève et d’occupation de la devanture de cet hôtel de luxe.

Depuis trois ans, Basta ! vous raconte aussi la réalité des conditions de travail au sein de la pseudo « économie de partage » qui se développe avec les plateformes de type Uber, Deliveroo ou Foodora, et le modèle que leur système sous-tend. Le 28 novembre, la Cour de cassation, la plus haute juridiction française, a décidé de requalifier en CDI le contrat commercial d’un ancien livreur d’une start-up de livraison de repas, ouvrant la porte à d’autres procédures. En Espagne, la plateforme Deliveroo a finalement reconnu le récent jugement d’un tribunal qui a estimé qu’un livreur enregistré sur son application bénéficiait de fait du statut de salarié. Un mois plus tôt, des coursiers indépendants se sont réunis à Bruxelles afin de construire une stratégie commune à l’échelle européenne et internationale. Une première dans le monde de l’« uberisation » !

Enfin, last but not least, dans la bataille judiciaire que nous impose Bolloré, nous avons remporté une 4ème manche consécutive, face à la seconde plainte en diffamation déposée par le groupe. La 5ème manche devrait se dérouler en 2019 (lire : Face aux poursuites-bâillons ou au « secret des affaires », participez à notre travail d’information).

Sophie Chapelle, Rachel Knaebel, Ivan du Roy, Nolwenn Weiler

Publié le 01/01/2019

Violence d’État, un système

(Site politis.fr)

Toutes légitimes qu’elles puissent être, les exigences salariales des forces de l'ordre ne doivent cependant pas masquer l’autre question : la violence policière.

Ils sont épuisés, les bleus. Courir après les lycéens, affronter la furie d’une partie des gilets jaunes, traquer un assassin à Strasbourg… Les syndicalistes en uniforme préviennent du ras-le-bol, invoquent les vingt millions d’heures supplémentaires non payées et, à leur tour… appellent leurs ouailles à suivre l’exemple des mouvements en cours qui, des infirmières aux routiers, exigent de meilleures conditions de travail. Les observateurs étrangers ne manquent pas de gloser sur cet étonnant pays où même les flics participent de l’extension du domaine de la lutte, mais pour nous, c’est presque normal : même celui qui fait goûter du bâton et du gaz lacrymogène aux citoyens a droit de revendiquer pour bien faire son travail… Passons là-dessus, cela nous conduirait à écrire un sketch à l’humour noir so british et pourtant bien français.

Toutes légitimes qu’elles puissent être, leurs exigences salariales ne doivent cependant pas masquer l’autre question : la violence policière, qu’on ne peut seulement imputer à l’émergence de groupes de casseurs encagoulés ultra organisés. Il est des violences policières qui, loin de se résumer à des dérapages individuels, sont le résultat d’un système qui les permettent : le surarmement inouï des forces dites de l’ordre, le recours à la BAC dans les tactiques de gestion de foules, les stratégies d’intimidation dans les contrôles d’identité dont sont victimes les Français noirs et maghrébins… sont d’autant plus inquiétants que les policiers, en effet fatigués par l’utilisation intensive qu’en fait le pouvoir, sont de plus en plus nombreux à risquer la perte de discernement. Perdre une main, un œil n’est pas admissible. Ce qui l’est encore moins, c’est de considérer qu’il s’agit de dégâts collatéraux, et donc excusés à ce titre.

En France, malgré les corps d’inspection, les violences continuent d’êtres couvertes. Ce qu’a résumé Amnesty International dans son enquête publiée le 17 décembre, dans le cadre des manifestations des gilets jaunes : « Si les autorités ont – de manière tout à fait légitime – condamné à maintes reprises les actes de violence commis par des manifestants, elles n’ont pas exprimé d’inquiétudes concernant le recours excessif à la force par des policiers. » Dans l’affaire des lycéens de Mantes-la-Jolie par exemple, quand le Défenseur des droits a ouvert une enquête « sur les conditions dans lesquelles se sont déroulées les interpellations », le préfet a fait de même pour retrouver… celui qui a diffusé ces images. Cherchez l’erreur.


 

par Pouria Amirshahi
 

 

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