PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

luttes sociales - 2026

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   mise en ligne le 27 mars 2026

Ensemble, faisons digue contre l’extrême droite

Tribune sur www.humanite.fr

Nous publions cet appel signé par des associations et des syndicats en soutien à la mobilisation citoyenne du 28 mars pour une résistance démocratique.

Les États-Unis de Trump, la Russie de Poutine, l’Italie de Meloni, mais aussi le Chili, l’Argentine, la Hongrie, la Slovaquie… Le constat est brutal : la démocratie et les droits humains sont en recul dans le monde, et ce recul s’accélère. Partout où l’extrême droite et les populistes illibéraux passent, les contre-pouvoirs sont attaqués, les droits régressent, à commencer par ceux des plus vulnérables : les immigrés, les minorités, les LGBTQ +, et ceux des femmes. Là où ses idées gagnent du terrain, l’autoritarisme s’installe.

Partout, l’internationale réactionnaire met ses immenses ressources à disposition de celles et ceux qui partagent ses idées. Cette mutualisation crée une force de frappe sans précédent.

Ce samedi 28 mars, de grandes manifestations sont prévues dont une journée « No Kings » contre les politiques du gouvernement Trump dans plus de 2000 villes aux États-Unis et une grande mobilisation contre les politiques du gouvernement Meloni en Italie.

Ces appels à la résistance démocratique sont inspirants pour tous ceux, toutes celles, qui veulent défendre une démocratie qui inclut. Elle est inspirante pour les citoyens engagés dans les combats de l’égalité et de la solidarité, pour la préservation du climat. Les pierres de la digue à construire contre les extrêmes droites se taillent chaque jour, partout, dans ses résistances.

En appelant à un rendez-vous citoyen ce même 28 mars, nous affirmons notre solidarité avec celles et ceux qui sont en lutte pour la défense de l’état de droit et les libertés fondamentales. Nous réaffirmons la force universelle des principes démocratiques et notre engagement aux côtés de toutes celles et ceux qui défendent la démocratie, les droits des travailleurs.euses, les droits de toutes et tous.

Solidaires avec les mobilisations dans les autres pays, nous sommes aussi conscients du risque désormais très plausible d’une bascule électorale qui mènerait la France à rejoindre la cohorte des gouvernements illibéraux et fascistes. Des signes sont là, toujours présents avant chaque bascule : saturation médiatique reprenant comme des évidences les idées de lʼextrême droite avec le rejet de tout ce qui fait la diversité de nos sociétés, glissements sécuritaires au détriment des libertés fondamentales élémentaires, attaques contre les droits et contre lʼégalité pour lʼaccès aux droits pour toutes et tous.

Lʼagenda de lʼextrême droite ne doit pas s’imposer, avec ses mots, ses obsessions discriminatoires. La France est dans cet entre-deux inquiétant, où les menaces sur la démocratie et lʼétat de droit se multiplient, mais où nous pouvons nous organiser pour la défendre. Et, face au non-respect de lʼétat de droit, nous pouvons en appeler aux juridictions, en gagnant. Si rien n’est perdu, il y a de quoi appréhender les secondes dʼun compte à rebours qui peut s’avérer délétère. Nous pouvons encore empêcher le pire, à condition de nous mobiliser et de nous engager.

Plus que jamais, nous devons défendre la démocratie et les droits humains et toutes celles et ceux qui, ici comme ailleurs, voient leurs droits et leur dignité menacés par la montée de l’illibéralisme et du fascisme.


 

Signataires :

Pouria Amirshahi, Président de la Digue

Nathalie Tehio, Présidente de la Ligue des Droits de l’Homme

Adèle Tellez et Karl Ghazi, Co-secrétaires de la CGT Paris

Anne Savinel, Présidente d’Amnesty International France

Youlie Yamamoto, Porte-parole d’Attac France

Caroline Chevé, Secrétaire Générale de la FSU

Julie Ferrua et Murielle Guilbert, Co-déléguées générales de Solidaires

Judith Allenbach, Présidente du Syndicat de la magistrature

Ada Shen, Porte-parole des Indivisible Paris

 mise en ligne le 27 mars 2026

Pourquoi les 2000 infirmières du réseau Asalée travaillent sans être payées depuis deux mois

par Sophie Chapelle sur https://basta.media/

Les infirmières de l’association Asalée améliorent la prise en charge des malades chroniques. Or, l’Assurance maladie a coupé brutalement les financements depuis décembre. Sans salaire, les infirmières se mobilisent ce 26 mars pour leur avenir.

Depuis deux mois, Mélanie Molis, infirmière à Alès (Gard), va soigner ses patients sans être payée. « Ce jeudi 26 mars, ça fera 57 jours sans salaire », confie t-elle à basta!. Mélanie fait partie des 2050 infirmières de l’association Asalée qui ne perçoivent plus de salaire depuis fin janvier. En cause : la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), qui finance les missions de l’association Asalée à hauteur de 100 millions d’euros par an, a suspendu la subvention depuis décembre dernier.

« Financièrement, c’est dur, et il y a aussi beaucoup de colère », témoigne Mélanie qui travaille au sein de l’association depuis 2019. « Cette suppression des financements, ce n’est pas entendable. Nous avons été hyper présents pendant le Covid. Avec Asalée, on a réussi à maintenir du lien avec le territoire, on n’a pas lâché nos patients. Et là, on a l’impression de se faire cracher dessus. »

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Prendre du temps avec les patients

Le dispositif Asalée, acronyme de « Action de santé libérale en équipe », est né en 2004 dans les Deux-Sèvres, à l’initiative d’un médecin généraliste. Ce dernier faisait face à l’afflux de patients atteints de maladies chroniques comme le diabète, les risques cardiovasculaires ou les broncho-pneumopathies. Le dispositif a consisté à mettre en place un binôme médecin-infirmière pour améliorer la prise en charge des patients atteints de maladies chroniques. Cet accompagnement en équipe, qui n’était à l’origine qu’une expérimentation, est d’abord devenu un dispositif régional, puis national depuis quatorze ans. Il regroupe désormais 2050 infirmiers et 9000 médecins à travers la France.

« On suit aussi le surpoids de l’enfant, on repère les troubles cognitifs », ajoute Mélanie Molis. Installée avec quatre médecins libéraux, elle reçoit les patients à son cabinet. La spécificité de son travail, c’est le temps passé avec les patients. « Je bloque des créneaux horaires de 50 minutes par rendez-vous, illustre l’infirmière. C’est de là que découle l’efficacité du travail. Les gens ont le temps de parler d’eux, d’aller au fond des choses. Un lien thérapeutique se met en place. » Avant de rejoindre Asalée, elle travaillait aux urgences.

Mélanie a désormais davantage le temps d’aider le patient à comprendre son traitement, à l’accompagner lors d’un arrêt du tabac ou dans un changement de régime alimentaire. Elle prend le temps d’expliquer et de répondre aux questions que les patients n’osent pas toujours poser aux médecins.

Les consultations sont variées pour une prise en charge globale et personnalisée. Certaines infirmières du réseau Alisée organisent par exemple des marches, des ateliers de remise en mouvement ou des ateliers pour la mémoire.

Pourquoi l’Assurance maladie a coupé les fonds ?

L’association Asalée est financée à 95 % par l’Assurance maladie au travers de conventions conclues entre l’association, la Caisse nationale d’assurance maladie et la CPAM79 (Caisse primaire d’assurance maladie des Deux-Sèvres, département d’implantation historique de l’association). Et ce, depuis dix ans. Mais le 28 janvier dernier, dans un courrier à l’association, le directeur général de la Cnam annonce brutalement la suspension du versement des subventions de décembre 2025. En parallèle, la convention qui lie l’assurance maladie à l’association Asalée n’est pas renouvelée pour l’année 2026.

Se basant sur un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) de juillet 2025, la Cnam reproche à Asalée des dysfonctionnements de gouvernance (absence de pilotage financier, opacité comptable), des irrégularités multiples et des conflits d’intérêts relatifs aux prestataires choisis. Ces dysfonctionnements seraient incompatibles avec la poursuite d’un financement public. Le rapport listait 38 recommandations à mettre en place d’ici fin 2025 pour assainir la gestion de l’association.

Or, « plus de six mois après la remise du rapport de l’Igas, nous ne pouvons que constater que l’association n’est pas à jour du paiement de ses cotisations sociales, ne s’est pas mise en situation de respecter les règles élémentaires de la commande publique comme celles liées à la prévention des conflits d’intérêts », accuse la Caisse nationale d’Assurance maladie dans son courrier de janvier 2026.

Deux versions s’affrontent

L’association Asalée, présidée par le médecin Margot Bayart, ancienne vice-présidente du syndicat de généralistes MG France, estime pourtant avoir répondu aux demandes de l’Igas. Surveillée par un commissaire aux comptes indépendant, l’association réfute les soupçons de conflit d’intérêts dans les marchés. Lors d’une conférence de presse en ligne, il y a deux semaines, Margot Bayart a rappelé que l’association s’était vu imposer un comité de surveillance à partir de 2021, au risque, dans le cas contraire, de ne pas voir sa convention renouvelée.

Or, la gouvernance de ce comité était majoritairement assurée par l’Assurance maladie, avec six voix sur huit (Cnam, CPAM79, direction de la Sécurité sociale). « Jamais ce comité n’a approuvé nos comptes puisqu’il ne s’est jamais réuni et maintenant, on nous reproche de ne pas les avoir publiés. C’est une inversion accusatoire », dénonce Margot Bayart. Ce comité de surveillance a d’ailleurs été dissous le 23 décembre 2025, à la demande de l’Igas qui pointait son inefficacité.

« On marche sur la tête, regrette Mélanie Molis qui tente de comprendre le conflit. Comment la Cnam peut-elle reprocher des dysfonctionnements à notre association alors même qu’elle avait des pouvoirs dans le comité de surveillance ? Ils se foutent de nous ! » dénonce l’infirmière.

Concilier prévention et rentabilité ?

Mélanie peine à comprendre cet acharnement. « Notre système est rentable. Les études réalisées ont montré que pour 1 euro investi dans Asalée, 30 euros sont économisés sur les dépenses de santé », insiste l’infirmière. En accompagnant à l’arrêt du tabac, à la reprise d’exercice physique, à la prévention sur la malbouffe, les infirmières de l’association réalisent un travail de prévention qui permet des gains à la Sécurité sociale. « Quelqu’un qui est en meilleure santé, c’est quelqu’un qui est mieux dans sa famille, dans son travail, partout. La prévention, c’est la base d’une population qui va bien », défend l’infirmière.

La mise en cessation de paiement de l’association début mars fait redouter à Mélanie « des volontés de récupération du système Asalée au profit de groupes financiers ». Jusqu’à maintenant, Asalée est sous le statut d’association loi 1901, avec une gouvernance aux mains des soignants. « Je n’ai jamais eu de meilleure condition de travail que depuis que j’ai rejoint l’association. Je suis écoutée, je suis soutenue dans ce que je fais, j’ai le temps avec mes patients, je suis en collaboration avec des médecins qui me font confiance », résume la professionnelle de santé. Salariée à 35 heures, elle perçoit 2500 euros nets mensuels, après 25 ans de carrière comme infirmière et sept ans dans l’association.

Le fonctionnement de gouvernance horizontale de l’association est également pointé du doigt dans le rapport de l’Igas qui considère « l’organisation mal adaptée (...) à une structure nationale de taille intermédiaire quasi intégralement financée par des fonds publics ». Un projet de transformation en société coopérative d’intérêt collectif (Scic) est porté par des membres de l’association pour sortir de la dépendance au financement par l’Assurance maladie et conforter cette gouvernance aux mains des soignants.

Audience le 27 mars

Afin que les salaires des 2050 professionnelles de santé soient versés, l’association Asalée avait déposé un premier référé pour obtenir le déblocage du financement du mois de décembre 2025, puis lancé une autre procédure pour assurer la continuité de ses activités en janvier et février. En vain.

Le 5 mars, l’association a finalement déposé une cessation des paiements et saisi le tribunal des activités économiques de Paris afin d’obtenir l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire. La présidente d’Asalée a précisé auprès de l’AFP que cette procédure visait à « obtenir la nomination d’un administrateur pour faire le point sur notre situation, sur les créances de la part de la Caisse d’assurance maladie et les dettes de l’association », et pour « protéger les salariés ». En obtenant le placement en redressement judiciaire, la procédure doit permettre, via le fonds de garantie des créances des salariés, de payer les 2000 infirmières et infirmiers de l’association. L’audience doit avoir lieu ce vendredi 27 mars.

Dans un communiqué du 6 mars, la Caisse nationale d’assurance maladie se dit « prête à reprendre le chemin d’une contractualisation qui permettrait la nouvelle attribution d’une subvention pluriannuelle, dès lors que les conditions » rappelées dans le courrier du 19 janvier « le permettront ».

« Une vision du soin »

Interrogée à l’Assemblée nationale, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a répondu le 24 mars que le paiement des salaires « devrait intervenir très rapidement » après l’audience du 27 mars. « Si des difficultés de paiement devaient survenir, des solutions d’accompagnement sont d’ores et déjà étudiées pour ces professionnels en difficulté », a t-elle précisé, tout en assurant vouloir « assurer la continuité du dispositif Asalée », qui a été « médicalement évalué et est efficace ».

Les infirmières du réseau Asalée ont prévu de se mobiliser ce 26 mars à Paris. « Des délégations vont essayer d’aller rencontrer les autorités qui sont censées répondre de notre salaire et de notre fonctionnement », explique Mélanie Molis. Une pétition en soutien à Asalée est également en ligne. Elle demande la signature d’une convention pluriannuelle afin d’assurer un financement stable et pérenne.

Mélanie Molis s’interroge sur la suite. « Que va t-il se passer si on sauve le dispositif tout en réformant l’association ? J’ai plein de collègues qui disent : moi, si c’est pas Asalée, je vais changer de métier. Personnellement, je me pose la question. Je me suis tellement fait broyer... Là, je suis bien avec mes patients, je vois des résultats. Ce n’est pas seulement un emploi que nous défendons, c’est une vision du soin. »

 

   mise en ligne le 26 mars 2026

100 000 emplois menacés ou supprimés : ArcelorMittal, Vencorex, Bosch,
Arc France… Le gouvernement piégé par la crise de l’industrie

Cyprien Boganda sur www.humanite.fr

Ce jeudi, la CGT organise ses assises du made in France, au Pont-de-Claix (Isère). L’occasion de dresser un premier bilan de l’action du ministre de l’Industrie face à la casse sociale, près de six mois après son entrée en fonction.

Personne ne pourra l’accuser de ne pas mouiller la chemise. On a vu Sébastien Martin, ministre de l’Industrie depuis octobre dernier, faire la tournée des usines en crise, porter plainte contre un fonds vautour anglais, marteler son amour de l’industrie sur les plateaux de télé ou sonner le tocsin face à la concurrence déloyale. Tous les observateurs nous l’ont confirmé : l’énergie déployée par le ministre tranche avec cette désinvolture teintée de morgue qui était l’apanage de son prédécesseur.

« Quand on parle avec Martin, on a face à nous quelqu’un qui s’intéresse à l’industrie, résume une syndicaliste. Ça nous change de Marc Ferracci (en poste de septembre 2024 à l’automne 2025, NDLR), qui ne cachait pas son peu d’intérêt pour la chose ! »

« En novembre, j’ai sollicité le ministre de l’Économie, Roland Lescure, pour avoir un rendez-vous, raconte Laurent Indrusiak, secrétaire général de la CGT de l’Allier. Cinq minutes plus tard, il me renvoyait un SMS. Dans le quart d’heure, j’avais un collaborateur au bout du fil et, au bout d’une heure, j’obtenais un rendez-vous au ministère de l’Industrie. Côté réactivité, il n’y a rien à dire… »

100 000 emplois menacés ou supprimés

Mais si l’actuel ministre donne le sentiment d’être sur le pont en pleine tempête, il reste à savoir s’il a vraiment l’intention (ou le pouvoir) de peser sur le gouvernail pour imprimer un changement de cap au navire. Il y a pourtant urgence. Depuis des mois, les annonces de plans de restructuration pleuvent : ArcelorMittal, Vencorex, Bosch, Arc France, SEB, Erasteel…

À la fin de l’année dernière, la CGT recensait plus de 100 000 emplois menacés ou supprimés depuis 2023, tous secteurs confondus, dont près de la moitié dans l’industrie. Le syndicat nous a transmis ses dernières données, mises à jour en mars. Plus de 60 000 emplois sont désormais concernés dans l’industrie.

De son côté, le cabinet Trendeo note que, l’année dernière, le nombre de fermetures d’usines a largement dépassé celui des ouvertures, avec un solde négatif (– 63) jamais atteint en France depuis 2013.

À qui la faute ? Une étude du cabinet d’expertise 3E Consultants, commandée par la CGT, liste les facteurs explicatifs : des stratégies financières court-termistes et opportunistes des grands groupes « qui plombent littéralement l’économie française », une demande finale en berne du fait de l’inflation post-Covid, l’instabilité politique tricolore, les secousses géopolitiques, la hausse des prix de l’énergie…

Une chose est sûre, l’avalanche de faillites prend à rebours les discours triomphalistes d’Emmanuel Macron, sauveur de l’industrie autoproclamé. Au vu de l’ampleur de la crise, on ne voit pas bien ce que le camp macroniste pourra se mettre sous la dent en 2027 quand il s’agira de défendre son bilan.

Nous sommes dans une nouvelle phase de désindustrialisation”

Enseignant au Cnam spécialiste de l’industrie, Olivier Lluansi redoute même que la poursuite des tendances actuelles fasse faire un bond de dix ans en arrière au pays. « Nous sommes bien dans une nouvelle phase de désindustrialisation, dont on peut penser qu’elle pourrait durer trois ans, à cause de l’inaction de l’année électorale de 2027 et du temps que prennent généralement les mesures de réindustrialisation pour se mettre en place, nous explique-t-il. À ce rythme, cela signifierait que l’on retomberait fin 2028 au point bas historique atteint en 2016-2017, en termes de nombre d’emplois dans le secteur manufacturier (soit 2,6 millions contre 3,6 millions en 2020). »

Comme toujours, la crise fait le malheur du plus grand nombre mais profite à quelques-uns. C’est le cas des fonds de retournement (spécialisés dans la reprise de boîtes en difficulté), qui profitent de l’orage pour racheter des entreprises à vil prix, avec la bienveillance des tribunaux de commerce et, souvent, une forme de laxisme des pouvoirs publics.

C’est pourtant contre l’un de ces fonds que le gouvernement a tapé du poing sur la table en début d’année : l’État a annoncé son intention de porter plainte contre Greybull, accusé d’avoir abandonné l’aciériste Novasco sans avoir respecté ses engagements (il promettait d’injecter 15 millions d’euros dans l’entreprise), alors même que les pouvoirs publics avaient subventionné la société. Au passage, Greybull n’en est pas à sa première casserole.

Créé par un duo de Français fortunés, le fonds a suscité une émotion quasi nationale en Grande-Bretagne avec la liquidation de British Steel, en 2019 (5 000 salariés), une société rachetée pour une bouchée de pain, à laquelle il a facturé des dizaines de millions de livres d’honoraires.

Le retour de l’Etat “gendarme” ?

« La procédure engagée contre Greybull est aujourd’hui en cours, et il appartient désormais à la justice d’en établir précisément les responsabilités, nous explique-t-on dans l’entourage du ministre. Mais, au-delà de l’aspect juridique, cette décision envoie un signal politique très fort. L’État ne restera pas passif lorsque des comportements sont susceptibles de fragiliser durablement un outil industriel et les emplois qui y sont attachés. »

Rarissime, cet acte d’autorité signerait-il le retour de l’État « gendarme » dans la jungle du marché ? Ce serait aller un peu vite en besogne. Sur le fond, l’exécutif reste fidèle à sa ligne libérale de non-intervention. Exemple parmi d’autres, le ministre de l’Industrie a balayé d’un revers de main le projet de nationalisation d’ArcelorMittal, expliquant sans ciller : « Je ne souhaite pas que l’on perde du temps avec un tel sujet. »

« Le gouvernement porte un intérêt réel aux entreprises en difficulté, mais il s’agit surtout d’un accompagnement social de la crise, regrette Baptiste Talbot, secrétaire confédéral CGT. Cela ne suffit pas à définir une politique industrielle. Tant que l’État persistera à ne pas vouloir intervenir dans l’économie, le capital financiarisé continuera à produire des ravages sur le tissu économique. »

« Martin fait plutôt bien un boulot ingrat, renchérit un bon connaisseur des dossiers industriels. Il incarne une sorte d’État pompier, qui essaie d’éteindre les incendies : quand une grosse boîte se casse la figure, il va sur le terrain, fait preuve d’empathie… C’est mieux que rien, mais ça ne suffit pas. »

En 24h, 5 millions d’euros de promesses d’investissement levés

En première ligne, salariés et élus locaux se battent comme ils peuvent, avec parfois, le sentiment de vider l’océan à la petite cuillère. Surtout lorsque les projets de reprise finissent étouffés dans l’œuf. « En 2025, à peine une trentaine d’entreprises en difficulté ont été reprises par leurs salariés », sur près de 70 000 faillites, relève la Fondation Jean-Jaurès dans une note parue début mars, qui souligne le peu d’empressement des pouvoirs publics à mettre la main à la poche. Même dans les dossiers les plus emblématiques, comme Duralex, reprise en coopérative.

La fondation rappelle que cette dernière a levé, en vingt-quatre heures, 5 millions d’euros de promesses d’investissement, « preuve de l’attachement des citoyens à notre patrimoine industriel ». Mais que la Scop n’avait obtenu que 750 000 euros de prêt de l’État à sa création, en 2024, après négociation d’un taux d’intérêt exorbitant, fixé initialement à 14 %.

De fait, c’est lorsque les questions de gros sous se posent que l’État temporise. « Dans l’Allier, nous épaulons les salariés d’Erasteel dans leur projet de reprise, raconte Laurent Indrusiak. Depuis novembre, nous avons une réunion de travail par semaine avec les collaborateurs de Sébastien Martin sur le sujet. Ils ont l’air sincèrement intéressés. Mais, dès qu’il s’est agi de demander à l’État une prise de participation financière dans le projet de coopérative montée par les salariés, ils ont fermé la porte ! »

Interrogé par l’Humanité, l’entourage du ministre assure suivre les dossiers de près : « Les projets de reprise portés par les salariés sont toujours considérés avec attention, car ils traduisent un engagement fort en faveur de l’emploi et du maintien de l’activité industrielle. Mais il faut être très clair sur le cadre : ce ne sont pas l’État ni le ministre qui choisissent les repreneurs, ce sont les tribunaux des affaires économiques, en toute indépendance. » Avec, trop souvent, de la casse en bout de course.


 

Made in France : une journée pour construire un avenir

Ce jeudi 26 mars, la CGT organise ses « assises du made in France », à proximité du site de Vencorex, au Pont-de-Claix (Isère). La journée est conçue en deux temps. Le matin, un temps de discussion est prévu avec les fédérations CGT de l’industrie, autour des batailles et projets portés par le syndicat. À 14 heures, la secrétaire générale de la confédération, Sophie Binet, débattra de l’avenir industriel avec le ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, Gisèle Rossat-Mignod, directrice du Réseau de la Banque des territoires et administratrice de Bpifrance, et un représentant du patronat.

mise en ligne le 26 mars 2026

Montpellier : un nouvel appel à la réquisition
des logements vides
pour sortir les sans-ari
de la rue

Elian Barascud sur https://lepoing.net/

À l’approche de la fin de la trêve hivernale et après une première pétition en janvier, un collectif citoyen contre le sans-abrisme a lancé un appel à la réquisition des logements vacants. Soutenu par une soixantaine de personnes et d’organisations, il entend mettre la pression sur les pouvoirs publics face à une situation jugée « inadmissible »

« Plus personne à la rue à Montpellier. » C’est le mot d’ordre martelé par le collectif citoyen contre le sans-abrisme, qui organisait une conférence de presse ce mercredi 25 mars au bar Le Dôme. Derrière cet appel, une soixantaine de signataires issus du monde associatif, médical, culturel ou militant, qui exigent des mesures immédiates pour faire face à l’urgence.

Alors que la fin de la trêve hivernale approche, le collectif alerte sur une aggravation de la situation. À Montpellier, environ 2 800 personnes vivraient à la rue selon les estimations avancées, dont de nombreux enfants. « Que quelqu’un puisse mourir de froid à deux pas d’un lieu d’hébergement saturé, voilà qui est inadmissible », écrivent les signataires, appelant à l’ouverture de places d’hébergement d’urgence mais aussi à la mise en place de solutions pérennes.

Au cœur de leurs revendications : la réquisition de logements et de bâtiments vides, qu’ils appartiennent à l’État ou aux collectivités locales. « Des bâtiments vides et des logements vides, ce n’est pas ce qui manque », insiste l’appel, qui défend une intervention directe des pouvoirs publics pour répondre à ce qu’il qualifie de « droit humain inaliénable ».

Une colère née de morts à la rue

La mobilisation trouve son origine dans plusieurs drames récents. « Cet appel fait suite à un premier qu’on avait lancé début janvier après la mort d’un SDF juste à côté d’un centre d’hébergement d’urgence le 30 décembre dernier », rappelle Claude Dubois, militant au NPA. « On est là pour crier notre colère. » Même constat du côté de Gilles, membre du collectif : « On a créé le collectif après la mort d’un jeune homme dans les rues de Montpellier. » Selon lui, 34 personnes seraient mortes à la rue en 2025 dans la ville. Le collectif avait déjà organisé un hommage le 7 mars sur la place de la Comédie. Pour ces militants, la question du sans-abrisme ne peut être dissociée d’autres luttes. « Cette lutte va de pair avec le combat des sans-papiers, exilés et demandeurs d’asile », souligne encore Claude Dubois.

Des dispositifs jugés insuffisants

Sur le terrain, les acteurs associatifs décrivent une saturation chronique des dispositifs existants. Samuel Forest, président de l’association Solidarité Partagée, évoque un hiver « très compliqué ». « Je suis encore des familles à la rue qui appellent le 115 tous les jours sans succès », témoigne-t-il. Il raconte aussi le parcours de Léa, 21 ans, rencontrée à Montpellier avant qu’elle ne parte à Grenoble : « Elle est morte dans la rue. Ça aurait pu être ici. Cela ne devrait pas arriver. »

Son association avait hébergé des familles dans un lieu d’accueil avant leur expulsion en octobre dernier. « Une semaine de campement devant la mairie et de rassemblements quotidiens ont été nécessaires pour obtenir leur relogement, dans des logements provisoires », explique-t-il. Aujourd’hui, il cherche un nouveau site, évoquant notamment des bâtiments vacants comme une ancienne école à Celleneuve.

Mettre la pression sur les institutions

Le collectif entend désormais structurer la mobilisation. Une formation sur les réquisitions de logements vides est prévue le 16 avril avec le porte-parole du Droit au logement (DAL), tandis qu’une rencontre inter-collectifs est annoncée en juin. Objectif : partager les expériences et amplifier le rapport de force. « On est là pour fédérer les associations et organisations qui travaillent au contact des sans-abri », explique Gilles.

Les militants comptent également demander un rendez-vous à la mairie de Montpellier et interpeller l’ensemble des pouvoirs publics — municipaux, départementaux et préfectoraux. Faute de réponse, ils préviennent : ils soutiendront « toutes les initiatives » visant à ouvrir des lieux vacants.

 mise en ligne le 25 mars 2026

Foodora et ses dirigeants condamnés à 200 000 euros d’amende ont plaidé coupable pour travail dissimulé

Pierric Marissal sur www.humanite.fr

La Présidente du tribunal correctionnel de Paris a homologué ce 25 mars midi la peine pour travail dissimulé que la plateforme et ses dirigeants avaient négocié avec le parquet, dans le cadre d’une comparution avec reconnaissance préalable de culpabilité. Foodora échappe à un vrai procès public, au détriment des victimes.

Ce n’est clairement pas ainsi que les milliers de livreurs, qui ont pédalé pour Foodora de 2015 à 2018 en France, auraient voulu que cela se déroule. Le procès de la plateforme de livraison de repas pour travail dissimulé, pour avoir employé des auto-entrepreneurs sous contrat commercial alors qu’ils relevaient du salariat, devait se tenir pendant une dizaine de jours à partir de ce 30 mars.

Il a été évacué en une grosse heure ce mercredi midi, sans qu’aucun des travailleurs n’ait pu témoigner. En outre, la peine négociée : 200 000 euros d’amende pour la plateforme, reste en deçà du maximum, 375 000 euros, qui avait été obtenu contre Deliveroo. « C’est 30 euros par livreur exploité » a dénoncé à la barre l’avocat de 231 d’entre eux, Kevin Mention.

Même l’Urssaf fait des rabais

Les deux anciens dirigeants de Foodora, Boris Mittermüller et Stéphane Mac Millan, ont négocié leur amende à respectivement 50 000 et 20 000 euros chacun. Qu’on se rassure pour eux, le premier est cadre dirigeant du Bon Coin, le second, qui vient de lever 20 millions d’euros pour sa nouvelle startup, serait devenu un « chef d’entreprise vertueux » assure son avocate.

Outre l’amende, l’enjeu pour la défense était que la peine d’interdiction de diriger une société pendant trois ans, soit bien assortie de sursis. Quant à la prison, requise en première instance pour les dirigeants de Deliveroo, il n’en a pas été question.

Au chapitre des rabais, l’Urssaf, qui était aussi représenté à l’audience pour réclamer près de 5 millions d’euros d’arriérés de cotisation à la plateforme, s’est aussi dit prêt à faire des efforts. L’organisme avait pourtant déjà fait un beau cadeau à Foodora, en ne calculant son redressement que sur 2 ans, alors que la société a été active plus de 3 ans et demi en France…

Les avocats des parties civiles, Me Stephano et Mention ont plaidé contre l’homologation de cette peine négociée. Ce n’est pas tant que les amendes soient faibles au regard des milliers des livreurs exploités, mais pour la reconnaissance des victimes. « Certains témoignent encore les larmes aux yeux 8 ans après les faits et souffrent des conséquences d’accidents graves qu’ils ou eu, ou de troubles musculosquelettiques » a rappelé Me Mention.

Chose peu commune, le dispositif de la comparution avec reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) fait que les représentants des victimes se sont retrouvés face à une alliance de circonstance entre la procureure et la défense des prévenus, ces derniers acquiesçant vigoureusement de la tête quand le parquet défendait « une amende qui reste quand même à un montant de plus de 50 % du maximum possible ».

La défense a même menacé de se battre contre la reconnaissance de culpabilité, si la peine négociée n’était pas homologuée, arguant -en évitant de regarder les quelques livreurs qui avaient pu venir à l’audience – que « les plateformes comme Foodora permettent d’insérer un public très en difficulté ». Des déclarations qui ont beaucoup choqué dans la salle.

Une forme de Fast Justice

Pour Kevin Mention, cette audience a montré que la reconnaissance de culpabilité est peu bien sincère, d’ailleurs Delivery Hero (Glovo, Food Panda…) poursuit ses activités sous la même forme dans d’autres pays et a réalisé près de 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025. L’important pour eux était de limiter au maximum la publicité d’un procès. Cela, les avocats de la défense l’ont clairement rappelé, jetant des regards noirs aux quelques journalistes présents dans la salle.

Les représentants des parties civiles ont aussi questionné la légitimité d’une CRPC pour cette affaire. C’est une forme de Fast Justice : les deux parties rappellent qu’elles sont d’accord, le juge homologue la peine préalablement négociée, et en 20 minutes tapantes, le prévenu ressort avec sa condamnation imprimée et dûment tamponnée sur place. « Et si vous payez en moins d’un mois vous avez droit à une réduction de 20 % » doit même chaque fois rappeler le juge.

Mais dans cette affaire Foodora, il y a entre 4500 et 6000 parties civiles potentielles, et les avocats n’ont été prévenus que quelques jours avant l’audience. Ils pourront néanmoins, en contactant le parquet, réclamer à la plateforme et ses anciens dirigeants français des indemnités pour préjudice moral et financier, lors d’une prochaine audience le 23 septembre.

 mise en ligne le 18 mars 2026

Des ouvriers et techniciens sous-payés et une directrice à 177 000 euros :
les salariés d’Eau de Paris
se mettent en grève

Léo Schilling sur www.humanite.fr

À l’appel de la CGT, une cinquantaine de salariés de l’établissement public chargé de l’approvisionnement en eau de la capitale se sont mis en grève illimitée mardi 17 mars et exigent des revalorisations salariales pour les postes d’ouvriers et de techniciens. Le syndicat pointe du doigt une « fracture salariale » et demande la garantie d’une « évolution de carrière plus juste et plus équilibrée ».

Ils sont une quinzaine, parmi la cinquantaine de grévistes, à être présents à proximité de l’Hôtel de ville ce mardi matin. Déjà en grève en juillet 2024, en plein durant les Jeux Olympiques, pour protester contre des conditions de travail qu’ils jugeaient indécentes, les salariés d’Eau de Paris ont remis le couvert entre les deux tours des élections municipales. Cette fois, les salariés, soutenus par la CGT, s’indignent à propos de salaires qu’ils jugent insuffisants.

Au cœur de leurs revendications, à la fois « des disparités de rémunération » injustifiables entre techniciens et cadres aux responsabilités parfois similaires, mais également des « sauts de rémunération clairement insuffisants entre certaines catégories ». « On a constaté en étudiant les grilles salariales que les ouvriers et techniciens sont sous-rémunérés par rapport au reste des employés », observe Romaric Montbobier, technicien de maintenance et délégué CGT Eau de Paris.

Des grilles salariales incohérentes

Pour bien faire comprendre les enjeux, il montre une fiche présentant les différents échelons de rémunération, allant de B1, pour les ouvriers, à D2 pour les postes les plus élevés. « On s’est rendu compte que des techniciens managers (échelon C2), ayant plusieurs personnes sous leur responsabilité, sont sous-rémunérés par rapport à l’échelon supérieur. Les cadres à l’échelon D1, avec une expertise proche et parfois sans fonction managériale, touchent quarante-deux euros supplémentaires par jour. À l’échelle d’une carrière, c’est un gouffre. » Le délégué syndical insiste sur le fait que « ce n’est pas un combat contre les cadres ».

L’indignation de la CGT vient du fait que le passage de l’échelon C1 à C2, preuve d’une certaine expertise et qui s’accompagne d’une augmentation des responsabilités, n’est que très peu rémunéré : moins de cinq euros supplémentaires par jour. « Pas même un sandwich », est-il écrit sur le tract distribué par le syndicat. « Quelqu’un qui passe cadre gagne environ 9 000 euros supplémentaires par an. Pour l’échelon inférieur, c’est seulement entre 1 000 et 2 000 euros supplémentaires », résume Romaric Montbobier.

La CGT fustige l’évolution d’une « entreprise à deux vitesses : d’un côté des populations dont le pouvoir d’achat est très protégé, de l’autre, des salariés ouvriers et techniciens qui ne bénéficient pas de la même protection tout au long de leur carrière ». Une impression renforcée par le nombre de cadres dans l’entreprise : 250 salariés sur les 900 que compte Eau de Paris seraient concernés par ce statut. C’est donc presque « un tiers de la population qui gagne beaucoup mieux sa vie face à l’indice des prix à la consommation », d’après Romaric Montbobier, qui fait le constat que les grilles ouvrières et techniciennes peinent à couvrir l’inflation, quand les échelons supérieurs sont largement au-dessus.

Polémique autour du salaire de la directrice

La CGT demande donc de « ne plus utiliser les grilles B1 et B2 », jugées insuffisantes, de « repositionner les salariés en C1 sur la grille C2 », et de faire passer en C2 +, une grille intermédiaire assurant une meilleure rémunération, les « managers non-cadres et salariés reconnus pour leur expertise technique ». Cette révision des grilles permettrait également aux salariés présents depuis longtemps, aux salaires plafonnés, de gagner « quatre à huit ans d’augmentation ».

Le mécontentement des salariés provient également du fait que la nouvelle directrice générale d’Eau de Paris a vu son salaire revalorisé, portant celui-ci à 177 000 euros par an (dont une variable de 10 000 euros). Après l’augmentation du directeur précédent, qui était passé de 145 000 à 167 000 euros, les salariés sont dans l’incompréhension, alors que la direction fait jusqu’alors la sourde oreille à leurs revendications salariales. La CGT demande également des précisions sur la prime du directeur général, indexée sur l’atteinte d’objectifs et « entourée de la plus grande opacité ».

Contactée, la direction d’Eau de Paris précise qu’elle « souhaite pouvoir aborder toutes les questions de rémunération dans le cadre de la négociation annuelle obligatoire », prévue en septembre, dans le cadre « du calendrier social d’Eau de Paris présenté aux organisations syndicales au moment de la prise de fonction de la nouvelle directrice générale », en janvier 2026.

D’autre part, la direction explique qu’il n’y a pas eu « d’augmentation de salaire de la directrice générale », mais une « rémunération votée par le conseil d’administration au moment de la prise de fonction, sur proposition du comité de rémunération de la ville de Paris », rémunération fixée « en fonction du profil du directeur ou de la directrice ».

 mise en ligne le 13 mars 2026

Contre le racisme et les fascistes,
c'est maintenant !

Par Marche des Solidarités sur https://blogs.mediapart.fr/

Samedi 14 mars, plus de 100 manifestations sont annoncées. Alors que le RN et Reconquête menacent de gagner certaines villes, que la droite veut s'allier aux fascistes pour faire « barrage républicain », nous serons des centaines de milliers à prendre la rue contre le racisme, les fascistes et les violences d’État.

D’où que l’on vienne, où que l’on soit né·e, Notre pays s’appelle Solidarité

Samedi 14 mars, nous serons des centaines de milliers à prendre la rue à travers tout le pays contre le racisme, les fascistes et les violences d’État à l'appel de plus de 360 organisations qui ont répondu à l'initiative lancée par la Marche des Solidarités et le Réseau d'Entraide Vérité et Justice.

Dans les villes comme Marseille et Nice directement menacées par le RN, à Lyon où 3000 fascistes ont manifesté il y a quelques semaines, à Nantes où la droite la plus raciste pourrait gagner en s'alliant aux fascistes pour faire barrage à la gauche, dans les villages du Finistère, des Cévennes, de l'Ariège et d'ailleurs, partout nous prenons la rue, nous décidons de nous unir, de résister, de riposter, et de construire la solidarité comme un moyen et comme un objectif.

A Paris, le parcours demandé par les organisateur.rices a été autorisé par la préfecture, la manifestation commencera à 14H00 Place de la Nation, passera dans le 20ème arrondissement pour rendre hommage à El Hacen Diarra à Père Lachaise et à la lutte des mineur.e.s isolé.e.s à Couronnes (occupation de la Maison des Métallos pour résister aux expulsions pendant les Jeux Olympiques de Paris en 2024) pour finir Place de la République où il y aura de la nourriture et des boissons pour rompre le jeune.

Voir ci-dessus la conférence de presse des collectifs organisateurs de la mobilisation (Marche des Solidarités, Réseau Entraide Vérité et Justice, collectifs de sans-papiers et mineur.e.s isolé.e.s en lutte avec la participation de la famille de Djamel Bandjaballah, de El Hacen Diarra et des représentant.e.s des cadres unitaires de mobilisation à Lyon, Marseille et Audierne (29 - Finistère)

Pour cette campagne, 8000 affiches ont été imprimées sur la région parisienne, des dizaines de milliers de tracts, des banderoles, des panneaux... La Marche des Solidarités n’a pas de subvention. Nous lançons un appel à toutes celles et ceux qui reconnaissent que ce que fait la Marche est utile et qu’il faudrait faire plus à nous soutenir financièrement. Ensemble, on va gagner ! Voilà le lien de la cagnotte : https://www.we-solidaire.com/fr/collecte/plateforme-marche-des-solidarites

Retrouvez-dessous : 

  • La liste des 102 villes où des mobilisations sont annoncées - à retrouver aussi ici : https://www.antiracisme-solidarite.org/14-mars-2026-plus-que-jamais-lutter-contre-le-fascisme

  • Le texte du tract qui sera diffusé dans la manifestation à Paris pour appeler à une assemblée publique place de la République lundi 16 mars à 18H30 pour réagir aux résultats du 1er tour des élections et nous organiser, sur nos quartiers, dans nos lieux de travail, avant le second tour. Pour bloquer la route aux fascistes, pour faire entendre nos exigences d’égalité et de solidarité.

 

Montpellier  - 14h30 - Place de la Comédie

Sète - 12h - Place de la mairie

 


Texte du tract qui sera diffusé dans la manifestation du samedi 14 mars à Paris

Au premier, au second tour comme dans le monde entier,

Non au fascisme, Non à la guerre

Ouvrons les frontières !

Nous sommes des centaines de milliers dans le pays. Nous manifestons, ensemble, ce 14 mars dans des dizaines et des dizaines de villes et communes dans tout le pays.

En solidarité avec les immigré.es, en solidarité avec les musulman.es, contre le racisme, contre le fascisme. Pour l’égalité des droits de toutes et tous, l’accès égal au logement, à l’éducation, à la santé, à la culture, au travail. Pour la régularisation des sans-papiers et la fin des violences policières.

Nous étions déjà des centaines de milliers le 8 mars. Pour l’égalité des droits, déjà. Ni les sionistes, ni les fascistes de Némésis n’ont pu marcher ce jour-là. A Paris le collectif Némésis a dû se réfugier dans le 16è arrondissement et n’a réuni que 200 personnes.

A Marseille les sionistes de Nous Vivrons ont été bloqués malgré le renfort de la candidate de la droite et du gouvernement, celle qui a repris la devise de Pétain, « travail, famille, patrie ».

Nous appelons à nous réunir ce lundi, au lendemain du premier tour des élections municipales. Pour réagir aux résultats et nous organiser, sur nos quartiers, dans nos lieux de travail, avant le second tour. Pour bloquer la route aux fascistes, pour faire entendre nos exigences d’égalité et de solidarité.

Assemblée publique à Paris

Place de la République

Lundi 16 mars – 18H30

(Avec Ftour – Rupture du jeun)

Et pour préparer à la journée de mobilisation internationale du samedi 28 mars.Dans toutes les villes des Etats-Unis des millions manifesteront à l’appel du mouvement No Kings et de Minneapolis. Contre Trump, en solidarité avec les migrant.es, contre ICE et contre la guerre.

De Londres à Athènes, comme à Rome, Madrid et Barcelone, des centaines de milliers vont défiler contre le racisme et le fascisme.

Dans le monde entier, comme en France, des millions célèbreront la Journée de la Terre aux côtés du peuple palestinien.

Faisons donc du 28 mars une journée mondiale de manifestation contre le fascisme et contre la guerre avec tous les peuples notamment les peuples d’Iran et du Liban. 

 

Plate-forme de la MARCHE DES SOLIDARITÉS :

https://antiracisme-solidarite.org // site

https://blogs.mediapart.fr/marche-des-solidarites // blog

https://www.youtube.com/@AntiracismeEtSolidarite // youtube

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https://twitter.com/MSolidarites // twitter

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 mise en ligne le 12 mars 2026

« Ce qu’on défend, c’est une manière de soigner et de travailler ensemble » :
à la clinique psychiatrique de la Borde, une grève inédite pour des embauches et de la transparence

Eugénie Barbezat sur www.humanite.fr

Le célèbre établissement créé par Jean Oury en 1953 à Cour-Cheverny dans le Loir-et-Cher, est le théâtre de tensions sociales. Le syndicat CGT réclame l’ouverture de négociations sur les embauches et davantage de transparence de la part des héritiers du fondateur qui gèrent l’établissement.

Pour la première fois de son histoire, la clinique psychiatrique de La Borde, institution emblématique de la psychothérapie institutionnelle fondée en 1953 par le psychiatre Jean Oury, connaît un mouvement de grève. Depuis le 20 février, une partie des salariés proteste contre ce qu’ils décrivent comme un manque de transparence de la direction et une absence de dialogue sur la gestion de l’établissement. Environ un quart des 60 à 70 soignants a participé à ce mouvement, initié par le tout jeune syndicat CGT du site.

Un lieu « mythique » confronté à des tensions internes

La clinique de La Borde occupe une place singulière dans le paysage psychiatrique français. L’établissement privé, fondé sur les principes de la psychothérapie institutionnelle, défend une organisation du travail relativement horizontale, où infirmiers, aides-soignants, cuisiniers, psychologues ou éducateurs participent conjointement à l’accompagnement des pensionnaires.

« La Borde reste un lieu exceptionnel et une poche de résistance dans le climat actuel du soin », explique Clara Cumer, infirmière dans l’établissement depuis six ans et secrétaire du syndicat CGT récemment créé. Dans cette approche, les statuts professionnels comptent moins que la participation collective au soin. « Le matin, je fais souvent le même travail que mes collègues, qu’ils soient aides-soignants, psychologues ou ergothérapeutes », souligne-t-elle.

Des conditions de travail dégradées

Mais selon plusieurs salariés, cet équilibre serait fragilisé depuis quelques années, notamment par « une politique de recrutement qui favorise les contrats précaires », selon l’infirmière. En effet, si la directrice adjointe, Flore Pulliero‑Vitez, évoque « un nombre de soignants en équivalent temps plein globalement stable ces dernières années », les équipes constatent une dégradation progressive des conditions de travail. Cela se traduit notamment par une augmentation du turnover, des arrêts maladie plus fréquents et des difficultés à recruter.

« Les plus anciens salariés nous disent qu’il y a une dizaine d’années ce n’était pas le cas. La clinique avait alors un taux d’arrêts maladie très inférieur à la moyenne nationale, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Au printemps dernier, c’était l’hécatombe… », précise la syndicaliste.

Le problème salarial est également pointé. « Une infirmière récemment partie travailler à l’hôpital voisin gagne environ 300 euros de plus par mois. L’écart s’est creusé avec d’autres structures, déplore Clara Cumer. Nos collègues en contrats précaires sont à peine plus payées que le SMIC, et encore, c’est grâce à la « prime Ségur ». »

Pour faire face à la pénurie d’infirmiers, la direction a instauré une prime spécifique destinée à ces professionnels. Mais cette décision, prise sans concertation, a suscité des tensions. Dans une clinique où les équipes revendiquent un fonctionnement égalitaire, cette mesure a été perçue comme une source de division. « Habituellement, dans notre structure, les primes sont partagées équitablement entre tous les salariés. Je comprends la nécessité de recruter des infirmiers et infirmières, car leur présence sur le site est requise légalement 24 heures/24, mais cette manière de faire rompt avec les principes fondateurs de notre clinique », pointe encore Clara Cumer.

De son côté, la directrice adjointe revendique « la responsabilité de tenir ensemble exigence clinique, cadre juridique et contraintes économiques, pour préserver un projet de soin qui s’adresse à des personnes atteintes de troubles sévères et souvent très vulnérables ».

La non‑pérennisation de contrats précaires, élément déclencheur

La contestation sociale a été déclenchée par le non-renouvellement de CDD de plusieurs salariés. L’éviction de l’une d’entre eux, présente depuis 18 mois et impliquée notamment dans le fonctionnement du club thérapeutique — un dispositif central dans la psychothérapie institutionnelle — a été vécue comme une forme de « mépris » par l’équipe soignante. « Nous avions formé cette collègue pendant un an et demi. Elle travaillait bien. Nous demandions simplement qu’elle puisse rester. De plus, pour la continuité du soin, dans un lieu qui met en avant le travail au long cours, étant donné la chronicité des pathologies des personnes prises en charge, des embauches pérennes sont cruciales », explique Clara Cumer.

La direction invoquait dans un premier temps une politique interne limitant la durée des CDD à 18 mois… une justification balayée par le syndicat, car cette « règle » ne correspond à aucune obligation légale. D’ailleurs, deux des trois personnes en CDD ont finalement vu leurs contrats renouvelés, mais la secrétaire du club thérapeutique a dû quitter son poste en février, ce qui a été le déclencheur de la grève. « Mais on veille à ne pas perturber l’organisation des soins. Ce qu’on défend, c’est une manière de soigner et de travailler ensemble », précise Clara Cumer.

La création d’un syndicat dans une institution atypique

Alors que les tensions commençaient à apparaître, un groupe de salariés a décidé de créer un syndicat CGT en juillet dernier. Une initiative inédite dans l’établissement. Leurs revendications portent notamment sur les salaires, mais pas seulement. « C’est le fonctionnement de la structure qu’il faut améliorer, car elle ressemble de moins en moins à ce qu’elle était du temps de Jean Oury. Lui, en tant que médecin, travaillait toute la journée à la clinique avec les pensionnaires. Il y a désormais une séparation nette entre la direction et les salariés », développe la jeune infirmière.

Pour pallier ce manque de démocratie, les cégétistes demandent la création d’une commission d’embauche associant direction et soignants, ainsi que la transparence sur les informations économiques et sociales de l’établissement. En effet, selon les salariés, les documents financiers fournis au comité social et économique (CSE) sont difficiles à interpréter et ne permettent pas de comprendre clairement la situation de la clinique.

De fait, la clinique de La Borde est une société privée à but lucratif, dirigée aujourd’hui par Marino Pulliero, gendre de Jean Oury, tandis que la direction adjointe est assurée par Flore Pulliero‑Vitez, sa petite‑fille. Selon cette dernière, le dialogue social fait historiquement partie de la vie de l’établissement.

Elle rappelle toutefois que le syndicat CGT récemment créé ne dispose pas encore de représentants élus au CSE. « Cela ne disqualifie pas l’expression syndicale, mais constitue un élément de contexte important », indique celle qui se défend de tout écart par rapport aux objectifs de son aïeul. « Cette filiation ne m’oblige pas à figer un modèle, mais à préserver une exigence : maintenir vivant un projet de soin capable d’évoluer sans renier ses fondements », assure‑t‑elle.

L’incertitude autour de l’avenir de la clinique dans un contexte de crise de la psychiatrie

En parallèle de ces tensions sociales, la clinique fait face à une autre question majeure : celle de son autorisation d’exercer en tant qu’établissement de soins. Dans le cadre d’une réorganisation nationale du secteur psychiatrique, l’Agence régionale de santé (ARS) réexamine les autorisations d’activité de plusieurs établissements du département. « La tendance est aux fermetures de lits », déplore la syndicaliste.

Dans ce cadre, il a été proposé à la clinique de La Borde de devenir un établissement à caractère médico‑social. Un changement majeur pour cet établissement comptant 107 lits d’hospitalisation complète et 30 places d’hôpital de jour, que ni la direction ni les salariés ne souhaitent. « Dans le médico‑social, explique l’infirmière, c’est la Maison départementale des personnes handicapées qui choisit les dossiers des gens et décide qui va où, alors qu’à La Borde il y a une commission d’admission composée de médecins et de soignants qui choisissent ensemble les personnes accueillies, après réception d’une lettre de motivation des futurs pensionnaires. » Les soignants comme la direction semblent attachés à ce fonctionnement qui mise sur l’agentivité des personnes soignées.

C’est pourquoi la direction travaille actuellement en concertation avec l’ARS « à un projet visant à consolider le modèle de soins de la clinique tout en l’adaptant aux nouvelles exigences ». Parmi les pistes évoquées figure notamment la création d’appartements thérapeutiques permettant d’accompagner certains patients vers davantage d’autonomie.

« Notre responsabilité est donc de tenir ensemble exigence clinique, cadre juridique et contraintes économiques, pour préserver un projet de soin qui s’adresse à des personnes atteintes de troubles sévères et souvent très vulnérables », affirme Flore Pulliero‑Vitez. Une ambition que ne renient pas les grévistes, à condition de ne pas en faire les frais.

 mise en ligne le 7 mars 2026

L’égalité : un enjeu
social et démocratique

Maryse Dumas sur www.humanite.fr

Ancré dans l’histoire depuis plus d’un siècle et pourtant toujours en adéquation avec les aspirations de son temps, le 8 mars accompagne depuis 116 ans le mouvement d’émancipation des femmes. Dénommé « Journée internationale de lutte pour les droits des femmes », il lui arrive souvent que l’un ou l’autre de ses qualificatifs passe à la trappe, le plus souvent celui de lutte. Cette dimension a même failli disparaître, avalée par la dimension institutionnelle donnée au 8 mars, par l’ONU d’abord, puis par la présidence Mitterrand. L’officialisation du 8 mars a eu pour effet d’élargir sa surface, ce qui est positif, mais aussi d’estomper son caractère subversif et de luttes, ce qui l’est moins. Fort heureusement, la CGT, le parti communiste et un certain nombre d’associations proches, dont le 8 mars est resté l’apanage quasi exclusif jusqu’aux années 1970, ont su ne pas céder aux sirènes institutionnelles.

Ainsi le 8 mars a-t-il permis chaque année à des générations successives de travailleuses d’exprimer leurs exigences : de la reconnaissance pleine et entière de leur droit au travail à l’égalité dans tous les domaines, en premier lieu professionnel jusqu’au mitan du XXe siècle, puis, à partir des années 1960, celles de leur droit à enfanter « si je veux quand je veux ». Enfin, l’exigence de liberté des femmes quant à leur corps a ouvert la phase actuelle de refus de toute violence sexiste et sexuelle. À chaque étape, les enjeux et les formes de mobilisations s’en sont trouvés infléchis ou enrichis. Depuis le début des années 2000, une nouvelle génération féministe rencontre le combat historique et donne de nouvelles couleurs à ce rendez-vous, en convergence, en particulier, avec la CGT. Ainsi, ces dernières années, et en 2026 aussi, les mobilisations de rues voient-elles défiler ensemble des organisations syndicales et des associations féministes. Ce qui était impensable quelques années auparavant.

Mais, rançon du succès, depuis 2019, l’association féminine (pas féministe) d’extrême droite Némésis perturbe les manifestations. Elle s’infiltre dans les cortèges syndicaux, voire veut en prendre la tête. Elle y déploie des mots d’ordre et pancartes à caractère raciste. Protégée par des militants, hommes, de groupuscules d’extrême droite, elle cherche à provoquer dans les manifestations des réactions violentes qui pourront lui servir à se victimiser sur les réseaux sociaux, voire au-delà, et à affaiblir le message à la fois féministe et internationaliste du 8 mars. Cette méthode a été récemment employée à Lyon. On en a vu l’épouvantable résultat. Pour ces raisons, la CGT, plusieurs syndicats et associations ont demandé en commun au ministre de l’Intérieur la dissolution de cette association.

Quoi qu’il en soit, la portée féministe du 8 mars n’en sera pas affaiblie. Hier comme aujourd’hui l’émancipation des femmes se joue autour de deux enjeux fondamentaux et étroitement liés l’un à l’autre : l’égalité et la liberté. Un troisième en est le trait d’union : la dignité. Or, même si d’immenses progrès ont été accomplis, aucun n’est ni complètement, ni définitivement acquis. C’est pourquoi il ne faut rien lâcher. La lutte contre les violences sexistes et sexuelles complète celle pour l’égalité professionnelle, elle ne s’y substitue pas. C’est ce que rappelle en substance le communiqué commun à toutes les organisations syndicales qui fait de l’enjeu d’égalité un enjeu social et démocratique de premier plan à porter ce 8 mars 2026.


 


 

8 mars – Les droits des femmes migrantes
ne se négocient pas
dans les urnes

La Cimade sur https://blogs.mediapart.fr/

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, La Cimade alerte sur une réalité trop souvent passée sous silence : les droits des femmes migrantes sont quotidiennement bafoués.

Alors que les femmes représentent près de la moitié des personnes migrantes dans le monde, elles restent peu visibles et ont trop rarement la parole. En France comme en Europe, elles subissent un cumul de discriminations : racistes et xénophobes en tant qu’étrangères, sexistes en tant que femmes, mais aussi spécifiques à leur situation de femmes étrangères, à l’intersection de ces rapports de domination.

Précarité administrative, difficultés d’accès au logement, à l’emploi, à la santé, exposition accrue aux violences, dépendance liée au titre de séjour : pour beaucoup, les droits proclamés restent théoriques. En France, le statut administratif conditionne encore l’accès à des droits fondamentaux.

Dans une semaine auront lieu les élections municipales. Les communes sont en première ligne : accès aux services publics locaux, hébergement d’urgence, scolarisation des enfants, action sociale, prévention des violences, vie associative. Les choix municipaux ont des conséquences directes sur la vie des femmes migrantes.

Quelles garanties concrètes pour l’accès effectif aux droits, sans discrimination liée à la nationalité ou au statut administratif ? Quels moyens pour protéger les femmes migrantes victimes de violences ? Quelle politique municipale pour favoriser l’autonomie, l’accès à l’information, l’accompagnement social et juridique ?

Selon Violaine Husson, directrice des pôles thématiques de La Cimade, les femmes migrantes vivent, travaillent, participent à la richesse sociale et économique de nos villes. « Beaucoup des femmes sont exclues du débat démocratique et privées de la possibilité même de voter. Cela impose une responsabilité accrue aux élu·es locaux : gouverner pour toutes, sans exception », souligne Violaine Husson.

À quelques jours du scrutin, La Cimade affirme que la dignité et les droits des femmes migrantes ne sont pas des variables d’ajustement électoral. Ils constituent un test démocratique. Ignorer ou restreindre ces droits ne fragilise pas seulement les femmes concernées : cela nourrit le terrain de la division et favorise la montée des extrêmes. Une ville qui protège les plus vulnérables et garantit l’égalité pour toutes est une ville plus juste, plus solidaire et plus résiliente face aux idéologies d’exclusion.

En cette journée, les équipes de la Cimade se mobilisent. Ce 8 mars ne doit pas être une journée de déclarations symboliques. Il doit marquer un engagement clair : faire des droits des femmes migrantes une priorité politique locale, immédiate et mesurable. Sans relâche, nous nous battrons, ensemble, pour que chaque personne, d’où qu’elle vienne, puisse espérer jouir de ses droits, vivre dignement et sereinement en France.

Pour aller plus loin :

  • 18 propositions de la Cimade pour un accès effectif aux droits des femmes étrangères

  • Quizz Cimade : testez vos connaissances sur la situation des femmes étrangères en France

  • 12 Recommandations pour lutter contre les discriminations liées à l’emploi

  • Découvrez notre podcast « Toute cette bravoure qui était en moi » : 4 épisodes donnant la parole à des femmes victimes de violences, accompagnées dans notre permanence spécialisée. Disponible dès le 8 mars sur notre site et les plateformes d’écoute.

   mise en ligne le 6 mars 2026

« 8 mars : féministes,
faisons front contre l’extrême droite
et les soutiens du génocide ! »

sur https://www.politis.fr/

À l’approche du 8 mars, dans un contexte marqué par la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran et par une offensive réactionnaire en France, des organisations féministes appellent à un 8 mars antifasciste, antiraciste et anti-impérialiste.

Ce 8 mars aura lieu dans un contexte politique inédit. Sur le terrain international, les États-Unis et Israël ont déclenché avec les bombardements contre l’Iran la plus grande offensive militaire au Moyen Orient depuis la guerre d’Irak en 2003. En France, depuis la mort de Quentin Deranque, militant néofasciste, à Lyon, une grande campagne de criminalisation de la gauche radicale et de l’antifascisme et de dédiabolisation de l’extrême droite est en cours. Elle se déroule avec la complicité du régime, qui a organisé une minute de silence à l’Assemblée et entend profiter de la situation pour avancer dans son offensive autoritaire, de la même manière que Donald Trump a utilisé la mort de Charlie Kirk aux États-Unis.

Pendant que des groupuscules défilent à Lyon avec l’aval du gouvernement, lors d’un « hommage » aux allures de parade fasciste, d’autres attaquent des bars de gauche, des permanences LFI ou menacent des organisations syndicales comme la CGT et Solidaires. Alors que ces dernières années, toutes les grandes mobilisations féministes nationales ont été marquées par des provocations de l’extrême droite, ce 8 mars est voué à être impacté par cette situation, et il est fondamental de s’y préparer.

D’ores et déjà, le groupuscule Némésis, qui se retrouve sous le feu des projecteurs après avoir joué un rôle central dans les événements à Lyon, a annoncé sa volonté de participer une nouvelle fois à la mobilisation. Ses méthodes de provocation sont connues : happening racistes, slogans réactionnaires, défense des expulsions de masse et de la chasse aux immigrés… Pour le collectif proche d’organisations néo-nazies comme Audace Lyon, il s’agit d’instrumentaliser le féminisme pour faire la promotion de ses idées d’extrême droite.

« Cette année, ce combat est encore plus d’actualité »

Le même type de provocation réactionnaire se prépare du côté du collectif pro-Israël Nous Vivrons, qui entend venir à la marche pour pouvoir ensuite accuser les féministes pro-palestiniennes d’antisémitisme, comme il le fait depuis plus de deux ans. Nous Vivrons est un soutien inconditionnel de la colonisation et de l’oppression du peuple palestinien, qui harcèle a gauche et les anticolonialistes, il n’a rien à faire dans nos manifestations.

Ce 8 mars, nous, organisations, collectifs et militant-es féministes et LGBTI, appelons à refuser de façon unitaire la présence de forces réactionnaires qui défendent le racisme, l’islamophobie et le génocide en Palestine dans nos cortèges. Nous défendons un féminisme antifasciste, antisioniste et antiraciste, un féminisme qui se bat contre notre impérialisme et contre la course à la guerre. Dans le contexte actuel de répression de l’antifascisme et alors que les procès des soutiens de la Palestine continuent à s’enchaîner, il est primordial de le réaffirmer !



Il y a un an, le ministre de l’Intérieur avait tenté d’interdire la manifestation parisienne féministe radicale de nuit avant de chercher à imposer la présence de Némésis et Nous Vivrons dans nos cortèges le lendemain. Le 8 mars, toutes les organisations de la manifestation féministe parisienne avaient cependant décidé de ne pas défiler avec Némésis et Nous Vivrons. Malgré une répression sans précédent pour un rassemblement féministe et de multiples charges policières, notre unité nous a permis d’obtenir une importante victoire politique en obtenant que ces deux collectifs ne marchent pas avec nous.

Cette année, ce combat est encore plus d’actualité. Il est la condition pour un 8 mars qui refuse toute tentative de récupération réactionnaire par l’extrême droite ou le fémonationalisme, qui reconnaît que les attaques contre les droits des femmes sont le fait d’un système d’oppression et d’exploitation à renverser, qui affirme que la solidarité inconditionnelle du mouvement féministe avec les peuples palestinien, iranien, kurde, ainsi qu’avec tous les groupes opprimés, est la condition essentielle pour défendre nos droits et nos libertés et en arracher des nouveaux. À l’heure d’une attaque historique contre l’Iran, justifiée notamment par une propagande sur la libération des femmes et du peuple iranien, le mouvement féministe a le devoir de s’opposer à l‘offensive impérialiste des États-Unis et d’Israël au Moyen-Orient !

Nous appelons à refuser la présence de forces réactionnaires qui défendent le racisme, l’islamophobie et le génocide en Palestine dans nos cortèges.

Face à un gouvernement dont les politiques pavent la voie à l’extrême droite, ce 8 mars, défendons un féminisme qui se dresse contre les violences patriarcales, contre le gouvernement qui protège les riches et réprime les populations immigrées et racisées, contre les politiques qui privent des millions de personnes de soins, de logement, de vie digne et épanouie. Il ne peut y avoir de féminisme qui hiérarchise, qui reproduit les oppressions du patriarcat, du capitalisme, de l’impérialisme, qui ne lutterait pas pour l’égalité, la libération et l’autodétermination des corps et des peuples.

Ce 8 mars, il nous faudra dénoncer les violences patriarcales et celles faites aux enfants, défendre la libération totale de la Palestine, revendiquer la liberté de circulation et la régularisation de toutes les personnes sans papiers, et exiger des investissements massifs dans les services publics. Rendez-vous le 8 mars dans la rue, afin de le crier haut et fort : fémonationalistes et sionistes, hors de nos manifs féministes ! 

Personnalités et organisations signataires voir sur www.politis.fr

 


 


 

« Némésis hors du 8 mars » : après les appels des organisations féministes et syndicales, le groupuscule se replie dans le 16e arrondissement de Paris

Stéphane Guérard sur www.humanite.fr

Némésis ne troublera pas le cortège parisien « Nous toutes » du 8 mars. Dimanche, le collectif d’extrême droite se rassemblera dans un petit coin de Paris, au fin fond du 16e arrondissement. De quoi donner satisfaction aux nombreuses militantes qui avaient signé un appel initié par l’Humanité, demandant « solennellement au ministre de l’Intérieur d’interdire sa présence dans et aux abords des manifestations organisées à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes ».

Les tribunes et appels, dont celui lancé par l’Humanité ce jeudi 5 mars, contre la présence de Némésis à la manifestation parisienne du 8 mars pour la journée internationale des droits des femmes, ont payé. Némésis ne prendra pas part au cortège mis en place par les organisations féministes et les syndicats, qui s’élancera de la place Stalingrad à partir de 14 heures, dimanche, pour rejoindre la place de la République.

Le collectif d’extrême droite organisera son propre rassemblement « statique » place Jean-Lorrain, dans le très bourgeois et préservé 16e arrondissement de Paris, selon un message transmis par sa présidente Alice Cordier à l’AFP. Corroborant l’information, la préfecture de police de Paris a expliqué que cette décision avait été prise à l’issue d’un « dialogue avec les organisateurs des différents rassemblements (…) afin de concilier la liberté de manifester et la sécurité de l’ensemble des publics ».

Dissolution du collectif identitaire

La mise à l’écart de Némésis intervient après les révélations de l’Humanité sur les liens entre les fémonationalistes et d’autres groupuscules d’extrême droite pour planifier de véritables traquenards visant à attirer les militants antifascistes dans des guets-apens. Des voix se sont élevées à gauche, dans le mouvement syndical et les organisations féministes, pour réclamer la dissolution de ce collectif identitaire.

Jeudi 26 février dernier, une lettre ouverte signée par la CGT, la CFDT, l’Unsa, Solidaires, la FSU, le Planning familial ou encore Osez le féminisme, demandait l’interdiction de Némésis de participer à la manifestation, dénonçant, par la voie du collectif Osez le Féminisme « les intrusions répétées de militantes de Némésis dans des rassemblements, des manifestations et des événements féministes », leurs « accointances avec des groupuscules identitaires » et une « instrumentalisation du discours féministe à des fins racistes » qui est, selon l’organisation, « la définition du fémonationalisme ».

Ce jeudi, l’Humanité a elle aussi demander à mettre « Némésis hors du 8 mars ! », dans un appel très largement signé par des militantes féministes. Le voici :


 

APPEL

« Ce collectif fémonationaliste appartient aux forces réactionnaires. Nous demandons solennellement au ministre de l’Intérieur d’interdire sa présence dans et aux abords des manifestations organisées à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes.

Depuis sa fondation en 2019, le collectif identitaire d’extrême droite Némésis multiplie les provocations et s’emploie à perturber des événements et des manifestations féministes pour y installer un climat de tension et de violence verbale, voire physique. Au carrefour des multiples courants de l’extrême droite française, ses militantes fémonationalistes, qui entretiennent des liens étroits avec les mouvances néofascistes et néonazies, gravitent dans l’orbite du Rassemblement national et de Reconquête. Elles instrumentalisent la lutte contre les violences sexistes et sexuelles pour tenter d’imposer leur rhétorique raciste, islamophobe, avec le soutien actif des médias de la galaxie Bolloré. Leurs discours dirigés contre les immigrés contribuent à banaliser des positions xénophobes sous couvert de protection des femmes.

Leurs actions « coups de poing » bénéficient le plus souvent de complaisances policières, alors qu’elles visent sciemment à perturber l’ordre public dans l’espoir de provoquer des réactions violentes. Némésis est un acteur structuré de l’extrême droite identitaire, qui tente de détourner les codes du féminisme pour semer la haine, la division, la violence.

Complaisance policière

Ce collectif appartient aux forces réactionnaires qui nient le droit des femmes à disposer de leur corps, qui prônent leur retour à la maison au nom de prétendues valeurs traditionnelles, qui répandent des discours masculinistes décomplexés, qui combattent toutes les politiques en faveur de l’égalité. Ses militantes ne peuvent en aucune manière se réclamer de la cause féministe.

Elles n’ont rien à faire dans les manifestations féministes organisées le 8 mars à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Nous demandons solennellement au ministre de l’Intérieur d’interdire la présence de ce collectif dans et aux abords de ces manifestations. »


 

Les signataires :

Elsa Abderhamani, autrice et dessinatrice

Léane Alestra, journaliste et autrice

Isabelle Alonso, autrice

Melissa Amneris, vidéaste et chroniqueuse

Irène Ansari, coordinatrice de la Ligue des femmes iraniennes pour la démocratie

Juliette Arnaud, actrice, scénariste, autrice

Ariane Ascaride, actrice

Camille Besse, dessinatrice

Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT

Manon Bril, historienne et youtubeuse

Caroline Chevé, secrétaire générale de la FSU

Mona Chollet, essayiste

Ekin Cudi, porte-parole du mouvement des femmes kurdes

Typhaine D, autrice, comédienne et militante féministe

Emmanuelle Dancourt, journaliste indépendante, présidente de MeTooMedia

Sophie Darcq, autrice de bande dessinée

Violaine De Filippis-Abate, avocate

Florence Dupré la Tour, autrice de bande dessinée

Sarah Durocher, présidente du Planning familial

Giulia Foïs, journaliste

Mathilde Forget, écrivaine et compositrice

Hélène Frappat, écrivaine et traductrice

Murielle Guilbert et Julie Ferrua, codéléguées générales de Solidaires

Florence Loiret Caille, actrice

Lisa Mandel, autrice de bande dessinée

Lumi, vidéaste et chroniqueuse

Anna Margueritat, autrice et féministe

Corinne Masiero, actrice

Marie-Christine Ménard-Chevalier, présidente de la Fédération nationale des CIDFF

Florence Mendez, autrice et comédienne

Fanny Michaëlis, autrice BD et illustratrice

Mélodie Molinaro, comédienne et fondatrice de l’association Derrière le rideau

Manon Moret, secrétaire général de l’Unef

Modiie, vidéaste et streameuse

Clémence Pajot, directrice générale de la Fédération nationale des CIDFF

Delphine Panique, autrice de BD

Anne Pauly, écrivaine

Anouk Ricard, autrice BD

Soph’, dessinatrice

Suzy Rojtman, cofondatrice du Collectif féministe contre le viol

Blanche Sabbah, activiste et autrice

Anne Simon, autrice BD

Fanny Taillandier, écrivaine

Christelle Taraud, historienne et féministe

Elene Usdin, autrice de bande dessinée

Catherine Weil Sinet, éditrice de Siné Mensuel

Youlie Yamamoto, militante féministe, porte-parole d’Attac et cofondatrice du collectif des Rosies

 mise en ligne le 4 mars 2026

« Patron voleur, on veut notre argent ! » : en grève illimitée, des coiffeuses du boulevard de Strasbourg à Paris occupent leur salon

Naïm Sakhi sur www.humanite.fr

Des coiffeuses occupent depuis le 3 mars leur salon, dans le 10e arrondissement parisien, pour protester contre le racket dont elles se disent victimes. Une lutte de travailleuses étrangères, parfois sans papiers, qui fait écho à un précédent combat mené entre 2014 et 2016.

Devant la bourse du travail de Paris, ce mardi 3 mars, une vingtaine de militants CGT convergent. Il est 9h30, l’heure des croissants. Entre deux bouchées, ces cégétistes attendent le feu vert pour envahir un salon de coiffure africain, à quelques encablures.

C’est Bintou, l’une des coiffeuses, qui le leur donne. « Nous touchons 1 300 euros par mois et les vacances, comme les congés maladie ou maternité ne sont pas payés, assure la salariée de 32 ans. Et nous travaillons six jours sur sept. » Sans compter que « le service pouvait durer jusqu’à 2 heures du matin, selon les clients », jusqu’à ce que la mairie rende obligatoire la fermeture à 20 heures.

Quarante-cinq minutes plus tard, le salon situé au 65, boulevard de Strasbourg, dans le 10e arrondissement, est occupé. Les drapeaux CGT y sont déployés. « Patron voleur, on veut notre argent ! » s’exclament alors les travailleurs immigrés. Une poignée de la vingtaine de coiffeuses était dans la confidentialité de cette opération coup de poing. Les autres, d’abord surprises, prennent part à l’action. Certaines se prêtent au jeu des vidéos avec leurs familles : « On fait la grève ! »

Des salariées qui se disent rackettées

Le gérant du salon use d’un stratagème inédit pour exploiter ces salariées, la plupart sans papiers. « Tous les mois, pour recevoir nos fiches de paie, nous devons payer en cash 250 euros », affirme Diaye. Or, les fiches de paie sont nécessaires pour constituer les dossiers permettant d’obtenir un titre de séjour auprès de la préfecture. « À ma connaissance, ce racket est une première, note le sénateur PCF Ian Brossat, venu les soutenir. C’est un scandale, le patron abuse sans vergogne de la vulnérabilité de ces femmes. Raison de plus pour les régulariser. »

Au 65, boulevard de Strasbourg, l’exploitation des salariées a atteint un point de non-retour. En plus du racket dont elles se disent victimes, certaines d’entre elles ne sont plus payées. Bintou, la leadeuse, assure ne pas recevoir de rémunération depuis quatre mois. « Je ne veux plus parler avec mon patron », tranche Diaye, qui enchaîne par ailleurs les journées de dix heures sans pause.

Assise sur un fauteuil et chasuble rouge sur les épaules, Fofana, elle, dispose d’un titre de séjour depuis peu et n’est plus soumise au racket. Pour autant, la coiffeuse assure que, depuis sa régularisation, « mon patron ne me déclare que deux heures par jour ». Touchant ainsi un salaire de… 379 euros mensuels, malgré des semaines complètes.

« J’ai peur des conséquences des produits toxiques »

Responsable du collectif Migrants de l’union départementale (UD) CGT de Paris, Cécile Boulai confirme que l’ensemble des rémunérations de ce salon « sont en deçà de la convention collective ». Selon la cégétiste, « ce salon a fait l’objet d’un contrôle de l’inspection du travail et les règles élémentaires d’hygiène et de sécurité ne sont pas respectées ».

Devant son plan de travail, Fadimatou, ongulaire, montre volontiers les produits chimiques qu’elle estime dangereux pour sa santé. « Je souhaite avoir un enfant, mais avec ces conditions de travail… j’ai peur des conséquences des produits toxiques », confie celle qui s’occupe de soigner les ongles depuis quatre ans dans ce salon. Les protections individuelles ? De simples masques chirurgicaux qui ne filtrent pas l’air respiré. La hotte aspirante ? Absente. La climatisation ? « On ne sait même pas si elle fonctionne. »

Mi-décembre, quelques salariées du salon ont bravé leurs peurs et ont poussé la porte de l’union locale CGT du 10e arrondissement. Le syndicat a planifié l’opération, en accord avec les travailleurs immigrés. « Nous sommes organisés pour rester jour et nuit sur place pour que le patron paie ce qu’il doit à ses salariées », tranche Adèle Tellez, secrétaire générale de l’UD. Au total, selon Hélène Bidard, adjointe à la maire de Paris en charge de l’égalité femmes-hommes, « une centaine de salons et plus de 1 000 salariées sont potentiellement à la merci de patrons voyous », dans la capitale.

Entre mai 2014 et novembre 2015, la grève des « coiffeuses du 57 », du même boulevard, avait débouché sur la condamnation du gérant pour traite d’êtres humains. Figure de ce mouvement, Élie Joussellin assure « ne pas être surpris qu’un tel mouvement reparte ». Selon l’élu PCF du 10e arrondissement, « le boulevard de Strasbourg est une zone de non-droit social ».

 mise en ligne le 21 février 2026

« Nos salaires sont les plus bas du secteur » : le ras-le-bol des agents des bibliothèques du Muséum d’histoire naturelle, en grève depuis un mois

Hayet Kechit sur www.humanite.fr

Les 82 agents des bibliothèques du Muséum d’histoire naturelle de Paris se battent depuis un mois pour obtenir une rémunération décente, alignée sur celle de leurs collègues de l’Enseignement supérieur et de la recherche. La direction de l’établissement se retranche derrière le manque de moyens alloués par le ministère.

Il en fallait de la détermination, ce samedi 14 février, pour affronter le froid mordant qui s’est soudain abattu sur la capitale. Pendant quatre heures, une vingtaine d’agents des bibliothèques du Muséum national d’histoire naturelle (5e arrondissement) ont pourtant tenu ainsi, debout devant le portail fermé de leur établissement, rue Geoffroy Saint-Hilaire, en ce troisième samedi de grève.

Difficile d’imaginer que, derrière les murs du petit bâtiment historique à la façade grise, à l’ombre du jardin des Plantes, se niche un des trois fonds les plus importants au monde sur les sciences naturelles et la biodiversité. Un patrimoine unique qui doit en grande partie sa préservation et sa diffusion à ses 82 agents, pourtant fort malmenés.

Comme chaque samedi depuis un mois, ils sont donc là, drapeaux de la CGT au vent, pour alerter sur leurs conditions de rémunération, symptomatiques, à leurs yeux, d’une injustice devenue intolérable. « Le Muséum est l’établissement qui paie le moins bien ses agents par rapport aux autres bibliothèques de l’enseignement supérieur. Cela fait des années qu’on alerte. En vain. Il y a un ras-le-bol général », résume Nicoleta Boukercha-Mindru, représentante CGT et bibliothécaire assistante spécialisée.

200 euros mensuels en moins

Le décalage est tout aussi important avec les bibliothèques dépendant du ministère de la Culture. La syndicaliste en veut pour preuve ces cas aberrants : « Des collègues qui travaillaient à la Bibliothèque nationale de France avaient passé un concours qui les a fait passer de la catégorie C à B. En arrivant au Muséum, ils gagnaient moins ici en catégorie B, qu’en catégorie C à la BnF ! »

Comment expliquer ces disparités entre des fonctionnaires dont les rémunérations devraient être alignées en fonction de leur catégorie et de leur grade ? L’explication tient en quatre lettres : IFSE. Si le salaire d’un agent est constitué d’une partie fixe, dépendante de son indice, il existe aussi, depuis la loi de 2014 sur les salaires de l’enseignement supérieur, une partie variable, dite « IFSE ». À savoir, une prime… laissée à la discrétion de chaque établissement.

« Au Muséum, je perds environ 200 euros par mois, par rapport à ce que je gagnerais au même poste dans un autre établissement de l’enseignement supérieur », confie Nicoleta qui, en catégorie B, avec quinze ans d’ancienneté, atteint à peine 2 000 euros nets mensuels. Les salaires, jusqu’à 2019, étaient même en dessous du seuil légal, avant une revalorisation de l’IFSE de 25 euros par mois pour les catégories C et de 45 euros pour les catégories B et A (à l’exception des conservateurs).

Le symbole d’un service public qui s’effrite

« Mais ça reste très bas », assène la syndicaliste. Et ce n’est pas sans conséquences sur la stabilité des équipes et leurs conditions de travail : « Il y a un turn-over permanent et des difficultés à recruter. Personne n’a envie de venir d’une autre bibliothèque pour perdre jusqu’à 400 euros par mois. »

Face à cette mobilisation, « la direction renvoie la balle au Muséum qui renvoie la balle au ministère », déplore une militante FSU, qui a voulu garder l’anonymat. Contacté par l’Humanité, le service de presse du Muséum confirme « une situation indemnitaire défavorable par rapport à la moyenne des établissements de l’Enseignement supérieur et de la recherche » et assure « porter une attention aux plus bas salaires ».

La direction met toutefois en avant l’impossibilité, pour des raisons « d’équité entre tous les agents du Muséum », « d’accorder une revalorisation salariale aux seuls agents des bibliothèques », ajoutant n’avoir « pas les moyens d’une mesure collective et transversale ». Elle propose cependant « de leur accorder une prime exceptionnelle ». Qui serait d’un montant de 250 euros, en une fois, selon des sources syndicales.

Pas sûr que cela suffise à éteindre la colère : « C’est la première fois qu’on se mobilise de façon aussi unie à la bibliothèque. Nous continuerons jusqu’à obtenir gain de cause », affirment les grévistes interrogés, qui se sont donné une nouvelle fois rendez-vous le samedi 21 février.

Pour la militante de la FSU, l’enjeu dépasse la question des salaires : « les personnels ne sont plus une priorité au Muséum. Ce mépris pour nos conditions de travail est le symbole d’un service public qui s’effrite. On est là, tous soudés, afin d’apporter un savoir pour tous de façon gratuite, mais on démobilise de plus en plus les gens qui sont au cœur de ces missions. »

mise en ligne le 12 février 2026

“On a peur qu’un drame arrive” : à Montpellier,
le lycée Léonard de Vinci alerte sur le
manque de moyens

Elian Barascud sur https://lepoing.net/

Ce jeudi 12 février, les enseignants du lycée professionnel Léonard de Vinci, situé dans le quartier de la Paillade, étaient en grève. Face à une augmentation des violences au sein de l’établissement, ils demandent des embauches d’un CPE et de trois assistants d’éducation, ainsi qu’une baisse du nombre d’élèves par classes

Sur une soixantaine d’enseignants et de personnel de l’établissement, ils sont quarante en grève, ce jeudi 12 février. Depuis la rentrée, le lycée professionnel Léonard de Vinci, situé dans le quartier de la Paillade, à Montpellier, a connu trente conseils de discipline. “Il est arrivé des choses très graves”, décrit Matthieu Brabant, enseignant en maths-sciences et syndiqué à la CGT : “Agressions sexuelles, intrusions d’armes ou de drogues et de personnes extérieures à l’établissement, bagarres, incivilités, menaces et insultes quotidiennes envers toute la communauté éducative… On est en grève aujourd’hui pour alerter, on a peur qu’un drame arrive”, complète Sylvain Marchand, un autre enseignant du lycée, en faisant référence à l’attaque au couteau d’une enseignante d’un collège de Sanary-sur-Mer par l’un de ses élèves le 3 février dernier.

Les moyens ne cessent de baisser”

Il y a des choses qui se passent dans ce quartier qui se répercutent sur l’établissement, mais le manque de moyens ne fait qu’aggraver la situation, cela fait des années qu’on le dit mais on n’est pas entendu. Moi par exemple, des fois, je n’ai pas assez de chaises dans ma salle pour faire assoir tous mes élèves”, raconte Matthieu Brabant. Actuellement, un conseiller principal d’éducation (CPE) et six assistants d’éducation s’occupent de 600 élèves. “Trois AED sont destinés à l’internat, et avec les repos, on se retrouve parfois avec un seul assistant d’éducation en poste dans la journée, voire même avec une vie scolaire fermée”, décrit l’enseignant, pour qui supprimer l’internat afin de récupérer des heures d’encadrement la journée n’est pas une solution. “Nous demandons des classes de 24 élèves maximum que l’on peut dédoubler et l’embauche d’un CPE et de 3 AED”, énumère-t-il. Le sujet sera bien entendu à l’ordre du jour du conseil d’administration de l’établissement, qui devrait se tenir la semaine prochaine.

 mise en ligne le 12 février 2026

Négociations annuelles obligatoires :
plus de discussions,
moins d’augmentations

Léa Darnay sur www.humanite.fr

Lors des négociations annuelles obligatoires, les patrons ont de plus en plus tendance à refuser les hausses générales de salaires, préférant opter pour des augmentations individuelles qui fracturent les collectifs de travail. En face, la colère sociale gagne du terrain.

Les piquets de grève se multiplient aux quatre coins de l’Hexagone depuis la fin de l’année 2025. À Clermont-Ferrand, les salariés de Michelin ont déclenché une grève illimitée face au « 0 % » proposé par la direction. Chez KFC, après quatre ans sans la moindre augmentation salariale, des débrayages massifs se sont mis en place. Partout, les intersyndicales s’organisent : Crédit agricole, Veolia, Thales, etc.

À l’origine de cette montée de tension, les négociations annuelles obligatoires (NAO), ouvertes depuis septembre 2025. Le Centre études et data du Groupe Alpha a analysé les accords déjà conclus pour 2026 et disponibles début janvier sur la base Légifrance. Sur 1 285 accords salariaux, 800 ont été jugés « exploitables », couvrant environ 430 000 salariés d’entreprises de toutes tailles et de tous secteurs.

44 % des entreprises ne prévoient aucune augmentation du salaire de base

Premier constat : si le nombre d’accords signés augmente par rapport à la même période 2023 et 2024, les hausses de salaires, elles, reculent nettement. 44 % des entreprises ne prévoient aucune augmentation du salaire de base, contre 33 % l’an dernier.

Autrement dit, près d’un salarié sur deux est exclu de toute hausse pérenne. « C’est l’austérité dans le public et dans le privé, c’est la même stratégie, d’une gravité sans nom. Nos vies se détériorent avec un risque énorme de récession », alerte Thomas Vacheron, secrétaire confédéral de la CGT.

Chez Michelin, où les salariés sont en grève illimitée, « la direction est arrivée avec sa proposition qu’elle n’a pas voulu négocier derrière. Ça fait plusieurs années que le dialogue social est rompu », témoigne Romain Baciak, secrétaire général de la CGT Michelin. Pourtant, en 2025, le fabricant de pneumatiques a versé à ses actionnaires plus de 1,6 milliard d’euros sous forme de dividendes et de rachats d’actions. Cela représente 87 % du résultat net 2024.

Les budgets d’augmentation fondent, passés en général de 4,6 % en 2023 à 1,73 % en 2026. Trois années consécutives de baisse. Les hausses de cette année dépassent l’inflation, mais ne suffisent pas à rattraper le manque à gagner des années précédentes : seules 30 % des pertes de 2022-2023 ont été compensées. « Concrètement, les salariés n’ont pas retrouvé leur niveau de vie d’avant le Covid », reprend Thomas Vacheron.

À l’image du Crédit agricole, où une grève historique a été lancée fin janvier avec des débrayages dans au moins 35 des 39 caisses régionales de la banque aux 78 000 salariés. « L’année dernière, on avait eu une augmentation de 0,6 % et on nous propose seulement 0,5 % cette année en nous renvoyant pour le reste vers des négociations individuelles dans les caisses locales », peste Geoffrey Vizot, secrétaire du syndicat SUDcam.

« On remplace l’augmentation générale des salaires par des miettes au mérite »

Les négociations individuelles ont en effet explosé au détriment des augmentations générales. Pour la première fois, elles sont à la fois plus fréquentes et plus élevées. « Cela traduit une priorité donnée à la performance individuelle et à la correction des écarts de rémunération en lien avec la transparence salariale et le tassement des salaires, et contribue en partie à la baisse des budgets totaux d’augmentation », note le rapport. « Ce sont souvent les mêmes salariés qui bénéficient des hausses, déplore le syndicaliste du Crédit agricole. On n’a pas notre mot à dire sur qui en bénéficie. »

En l’espace de quatre ans, la proportion d’entreprises accordant des hausses générales à leurs salariés non cadres s’est effondrée de plus de 20 points, passant de 85 % à seulement 62 %. Dans le même temps, la part des hausses individuelles grimpait de 38 % à 65 %.

Même logique chez les cadres : 70 % d’augmentations individuelles aujourd’hui, contre 53 % en 2022. « On remplace l’augmentation générale des salaires par des miettes au mérite. Ça divise les salariés et ça renforce le pouvoir patronal », résume Thomas Vacheron.

Pour « compenser » l’absence d’augmentation pérenne, les directions multiplient les mesures dites « périphériques » : primes, jours de congé, dispositifs de qualité de vie au travail. Sur 800 accords, 353 contiennent seulement ce type de mesures.

Celles concernant la complémentaire santé ont par ailleurs explosé. 15 % des accords l’abordent en 2026, plus du double de l’an dernier. Dans 60 % des cas, l’employeur augmente sa prise en charge ; ailleurs, les organismes sont mis en concurrence ou les contrats renégociés.

La Sécurité sociale affiche moins de 5 % de frais de gestion, contre plus de 20 % pour les mutuelles et assurances privées. « Alors qu’on vient de fêter les 80 ans de la Sécu, qui permet de socialiser une partie de l’économie et de la mettre à l’abri du marché et des requins du privé, ils provoquent des phénomènes d’accoutumance et de substitution à notre Sécurité sociale, qui n’a plus les moyens de soigner, déplore l’élu CGT. On substitue des primes ou de l’assurantiel au salaire brut. Or, ce sont les cotisations qui financent la Sécurité sociale. »

La nécessité du rapport de force

Face à cette mécanique, « la mobilisation paie, assure Thomas Vacheron. La CGT conseille de s’organiser en syndicat, de construire des revendications et de se mobiliser par la grève. Ça fonctionne, regardez Secan ! » À Gennevilliers, plus de 90 % des 200 salariés de cette entreprise de l’aéronautique ont tenu dix-sept jours de grève. La direction proposait 1 %, les salariés réclamaient 6,5 %. Au total, 95 % de la production était bloquée.

Sous-traitant de Dassault, Safran et Thales, l’entreprise a vu ses clients s’inquiéter et les chaînes menacées de rupture. « Ils ont tenté de nous balader avec des primes conditionnelles. On a tenu, raconte Frédéric Hease, secrétaire général CGT. Résultat, on a obtenu 160 euros brut mensuels pour tout le monde, en fixe, quel que soit le salaire, et 80 % des jours de grève payés. »

« La question du droit du travail y compris sur les salaires est très méconnue, souligne encore Thomas Vacheron, qui annonce le lancement prochain d’une campagne pour des augmentations salariales dans les entreprises. Même s’il n’a pas de clause de revoyure, tout salarié peut faire une demande à la direction. Il faut que tout le monde le sache : quand il y a du rapport de force, on peut gagner des choses. »


 

Les salaires, déjà au cœur des grèves en 2024

En 2024 déjà, salaires et conditions de travail sont redevenus le principal moteur des grèves. « Les revendications portant sur les rémunérations citées par 56 % des entreprises vivant au moins une grève dans l’année voient leur poids s’accroître de 13 points par rapport à 2023. Ce motif demeure largement mentionné dans un contexte d’inflation certes en baisse, mais encore élevée au début de 2024 », souligne un rapport de la Dares publié en février.

Après une année 2023 dominée par la lutte contre la réforme des retraites, ce retour au premier plan des demandes de hausses de salaires concerne tous les secteurs.

Les conditions de travail constituent le deuxième motif de conflit et sont mises en avant dans 34 % des entreprises touchées par une grève, soit presque deux fois plus qu’en 2023. Arrive ensuite le temps de travail, invoqué dans 14 % des cas. Toujours présentes, les grèves contre la réforme des retraites n’ont plus touché que 13 % des entreprises. Dans 12 % des cas, l’emploi a été au cœur des demandes des grévistes.


 


 

À Onnaing, chez CAT France, après une augmentation de salaire dérisoire de 1 %,
FO et la CGT
poursuivent la grève

Ludovic Finez sur www.humanite.fr

La CGT et FO ont appelé à reconduire la grève chez CAT France, spécialiste de la logistique de transport automobile, à l’occasion des négociations salariales. Reportage sur le site d’Onnaing, dans le Nord, voisin de l’usine Toyota.

Onnaing (Nord), correspondance particulière.

« On a un sentiment de mépris, de ne pas avoir été pris en considération. » Joint mercredi matin sur le piquet de grève du site CAT France d’Onnaing (Nord), Yannick Balard, élu FO au comité social et économique (CSE), digère mal l’accord signé la veille par la CFE-CGC et la CFTC.

Il prévoit 1 % d’augmentation générale pour les ouvriers, employés et agents de maîtrise, 0,4 % pour les deux premiers niveaux de cadres (sur quatre) et une « prime Macron » de 500 euros pour les salaires inférieurs à 50 000 euros par an.

Dans un communiqué interne, la direction, qui n’a pas répondu aux sollicitations de l’Humanité, vante « un compromis pragmatique (…) dans un environnement économique contraint », résultat de « plusieurs semaines d’échange » et « d’un dialogue social mené dans un esprit de responsabilité au bénéfice de l’ensemble des salariés et de la performance durable de l’entreprise ».

La garderie, la cantine, les courses…

Avec une cinquantaine d’implantations en France, un peu moins de 2 300 salariés et une flotte de 400 camions, CAT est spécialisé dans le transport de voitures neuves, par route ou voie ferroviaire, notamment pour livrer les concessionnaires automobiles.

Certains sites travaillent directement pour une usine automobile, comme Toyota à Onnaing ou Renault à Douai. Devant la faiblesse des propositions patronales lors des négociations annuelles obligatoires (NAO) démarrées en décembre, la CGT et FO ont appelé à la grève à partir du lundi 9 février.

Les syndicats réclamaient 4 % d’augmentation générale, revendication finalement ramenée à 3 %. À Onnaing, qui compte 130 CDI et une centaine d’intérimaires, la grève a été reconduite mercredi matin. La CGT et FO mettent en avant les 43 millions d’euros de bénéfices de 2024 et les 20 millions d’euros prévus pour 2025. « Après les résultats exceptionnels de 2024, nous n’avions eu que 1,2 % d’augmentation pour 2025 », souligne Ludovic Marquette, délégué CGT.

Rencontrés mardi sur le piquet de grève d’Onnaing, Jessy et Dylan travaillent ici depuis sept ans, dont trois ans d’intérim pour le premieret six mois pour le second. Ils gagnent respectivement 1 680 et 1 800 euros net. Une somme que Dylan trouve trop juste face au coût de la vie : « J’ai un crédit pour la maison, une fille qui va à la crèche, les factures d’électricité à régler, les courses pour trois personnes, l’assurance de la voiture. »

« Nous sommes six à la maison », confie de son côté Claire (prénom modifié), qui jongle entre « le gaz et l’électricité qui ne font qu’augmenter, les courses, la cantine pour les enfants ». Pour mettre un peu d’argent de côté, ils comptent surtout sur la prime d’intéressement. « Cette année, elle était à 2 200 euros brut, soit 1 600 euros net. C’est grâce à ça qu’on peut partir en vacances, explique Dylan. Mais avec les nouveaux objectifs (que la direction veut mettre en place), on craint qu’elle soit divisée par deux ou trois. » « Cela fait quatre ans que j’ai acheté ma maison, cette somme me permet d’y faire des travaux », abonde Claire.

Des injustices en cadeau

Les grévistes se plaignent également d’injustices. Jessy et Dylan sont « chauffeurs jockeys », chargés de déplacer les véhicules. Il leur arrive de remplacer un « chef navette », dont le rôle est de récupérer les chauffeurs. Mais, embauchés à un niveau différent, le premier touche dans ce cas une prime quotidienne de 2,50 euros, contre 9 euros pour le second. « Et pourtant on fait le même boulot », commente Jessy.

Travaillant à l’extérieur, les deux collègues voyaient d’un bon œil la « prime événements climatiques » de 2,50 euros par jour, revendiquée par la CGT et FO en cas d’intempéries, de froid ou de chaleur. Elle ne figure pas dans l’accord signé par la CFE-CGC et la CFTC.

Dans ces négociations, les constructeurs comme Renault ou Toyota, parmi les principaux donneurs d’ordres de CAT France, sont les grands absents. « S’ils font appel à de la sous-traitance, c’est pour des raisons financières. C’est d’abord le fric qui les intéresse », estime Éric Pecqueur, délégué CGT à Toyota Onnaing.

Il sait également que « (sa) direction suit de très près ce type de grève », attentive au risque de contagion dans sa propre usine. Avec 418 millions d’euros de bénéfices nets l’année dernière pour Toyota Onnaing, les salariés n’ont touché que 1 % d’augmentation générale.

Quant à la décision de Renault de stopper son contrat avec CAT France pour son usine de Maubeuge et de le confier à un concurrent norvégien, elle a évidemment influé sur les négociations salariales chez son ancien sous-traitant.

   mise en ligne le 10 février 2026

Chez Ubisoft, une grève contre les « méthodes trumpiennes » de la direction

par Guillaume Bernard sur https://basta.media/

L’ensemble des syndicats d’Ubisoft appelle à trois jours de grève. En cause : des dizaines de suppressions de poste, une modification imposée des conditions de travail et la crainte d’une vente à la découpe du pionnier français des jeux vidéos.

« Ce sont des méthodes trumpiennes », dénonce Pierre-Etienne Marx, directeur technique « narration » chez Ubisoft, en charge du scénario des jeux, et militant au STJV (Syndicats des travailleurs et travailleuses du jeu vidéo). Le 21 janvier en fin de journée, Yves Guillemot, PDG et cofondateur d’Ubisoft, annonce par mail un plan d’économies de 200 millions d’euros sur les deux prochaines années. Quelques jours plus tard, la direction de l’entreprise, pionnière du jeu vidéo en France, chiffre le coût humain de la mesure : 200 suppression de postes sur les 1100 que comptent le siège de Saint-Mandé (Val-de-Marne). Elles devraient se faire via des ruptures conventionnelles collectives.

Dans ce même mail, le PDG évoque « un vrai retour sur le floor ». Comprendre : un encadrement bien plus strict du télétravail. Un sujet qui déchaîne les passions chez Ubisoft puisqu’il avait contribué au déclenchement de trois jours de grève en octobre 2024. « Ce mail montre bien la manière dont le groupe est géré : des décisions autoritaires, qui tombent n’importe quand et que personne ne peut discuter », abonde Pierre-Etienne Marx.

Le 26 janvier, décidés à ne pas se laisser faire, l’ensemble des syndicats d’Ubisoft (STJV, CFE-CGC, CGT, et Printemps écologique), ont appelé à trois journées de grève, du 10 au 12 février. La holding Ubisoft Entertainment étant constituée de 4000 salariés et d’une douzaine de sites en France, des piquets de grève devraient être installés devant les sites de Bordeaux, Montpellier, Villeurbanne et Annecy le 10 février. La grève se veut également « internationale » puisque le groupe dispose de nombreux studios à l’étranger. Outre des économies « réalisées uniquement sur le dos des salariés », les syndicats dénoncent le « contrôle coercitif des conditions de travail » et les « décisions jupitériennes » de la direction.

Contactée, la direction d’Ubisoft n’a pour l’heure pas réagi à cette annonce de grève.

Le télétravail cristallise les conflits

Alexis* est gameplay programmer chez Ubisoft, spécialisé dans l’intelligence artificielle. Dans les jeux de course automobile par exemple, c’est lui qui programme le comportement de vos adversaires non humains. Il travaille dans le jeu vidéo depuis 25 ans et chez Ubisoft depuis 2020. Non syndiqué, il se dit cependant favorable à l’action des syndicats et se mettra en grève ce 10 février, « surtout sur la question du télétravail ».

« Quand je suis arrivé dans la boîte, j’étais très content. Il y a une bonne ambiance, les gens s’impliquaient beaucoup dans leur travail. Je savais qu’il y avait des affaires sous-jacentes (ndlr : des cadres d’Ubisoft ont été condamnés en juillet 2025 pour des faits de harcèlement moral et sexuel, ainsi que pour une tentative d’agression sexuelle) mais elles ne concernaient pas directement les équipes où je travaillais. » Embauché en pleine pandémie de Covid-19, Alexis* prend également l’habitude de télétravailler. Alors que la pandémie s’estompe, il reste « à 90% en télétravail ».

Début 2025, la direction envisage un « retour au 100% présentiel » des salariés. « J’habite à 1h30 du bureau, sur un RER qui a tout le temps des problèmes et j’ai deux enfants dont un avec un handicap. Retourner au bureau tous les jours, ça voulait dire ne plus avoir de vie de famille, être plus fatigué et finalement bosser moins bien », estime le programmeur.

S’il ne se dit pas fondamentalement opposé à cette décision, « la manière dont elle a été annoncée a été assez terrible ». Il précise : « Quand on reçoit un mail en juillet pour nous dire que tout va changer au 1er septembre, on ne part pas en vacances l’esprit tranquille ». Alexis* n’est pas le seul à s’inquiéter. Dans un sondage lancé par les syndicats du studio Ubisoft de Paris, 60% des salariés, dont nombre habitent loin de leur lieu de travail, indiquent être prêts à quitter l’entreprise si un retour à trois jours de présence obligatoire est imposé.

Cette nouvelle décision « jupitérienne » n’a toutefois été qu’en partie appliquée. Après la mobilisation d’octobre 2024 et un référendum d’entreprise, un accord est signé à Ubisoft Paris (basé à Montreuil) permettant deux jours de télétravail hebdomadaires « avec une possibilité de négocier plus dans certains cas », explique Pierre-Etienne Marx. Cet accord ne s’applique pas sur tous les sites Ubisoft car ils constituent des entreprises indépendantes les unes des autres et disposent chacun de Comité social et économique (CSE) spécifiques et d’accords d’entreprises propres. « Un accord a aussi été trouvé au siège de Saint-Mandé mais pas ailleurs, à ma connaissance, où l’employeur décide donc seul », poursuit le syndicaliste. De son côté, Alexis* obtient la possibilité de télétravailler trois jours par semaine.

Vers une vente à la découpe d’Ubisoft ?

Ce sont ces accords et compromis sur le télétravail qui sont, notamment, à nouveau remis en cause par le mail d’Yves Guillemot du 21 janvier. Les syndicats établissent un lien direct entre cette remise en cause et les 200 suppressions d’emploi annoncées par rupture conventionnelle : « Plutôt que d’assumer financièrement des licenciements, on préfère nous pousser vers la sortie en rendant nos conditions de travail insupportables », écrit l’intersyndicale d’Ubisoft Paris. En clair, du côté de la direction, il s’agirait d’éviter des licenciements économiques – synonymes d’un plan social potentiellement coûteux – et de miser sur la fin du télétravail pour pousser les salariés mécontents à signer individuellement une rupture conventionnelle.

S’il est un constat sur lequel les syndicats et le PDG d’Ubisoft s’entendent, c’est sur la nécessité de dépasser les récents échecs commerciaux du groupe. En 2025, Ubisoft a trop peu vendu ses nouveaux jeux comme Star Wars Outlaw ou Assassin’s Creed Shadows.

La direction souhaite un « recentrage », notamment sur la création de « jeux d’aventure en monde ouvert », confie-t-elle dans un communiqué du 21 janvier. En attendant, elle a arrêté le développement de six de ces jeux, dont le remake d’un de ses jeux phare : Prince of Persia The Sands of Time. Le « recentrage » passe aussi par la mise en place d’une organisation nouvelle, en « creative houses », des entités regroupant les salariés de la production et de la distribution qui se consacrent aux mêmes jeux.

« La direction souhaite changer les draps alors qu’on a un problème de sommier. On ne saisit pas bien l’intérêt de cette réorganisation, si ce n’est que cela facilitera la vente de l’entreprise à la découpe, jeu par jeu, si besoin. Cela rejoint des craintes que nous avons depuis longtemps », estime Pierre-Etienne Marx du STJV.

La créativité des salariés étouffée

Pour mettre fin aux échecs commerciaux, les syndicats revendiquent de leur côté remettre les producteurs de jeux vidéo au centre du processus créatif. Alexis* acquiesce : « Quand on commence à travailler sur un nouveau jeu, on part avec beaucoup d’enthousiasme. On pense à plein de nouvelles fonctionnalités. Mais tout ce qui est novateur est peu à peu tué pour des raisons budgétaires et on finit par sortir globalement le même jeu qu’avant. »

Alors que le terme de créativité est au centre des discours d’Yves Guillemot, le salarié se sent au contraire dépossédé de tout pouvoir de décision. « On a l’impression que la direction ne fait plus confiance à ceux qui connaissent véritablement le jeu et les joueurs », continue-t-il.

Confronté à cet arbitraire patronal, les syndicats de l’industrie du jeu vidéo tentent de se structurer depuis plusieurs années pour peser. Le STJV a atteint les 1000 adhérents en 2025 – sur 10 000 à 14 000 travailleurs du jeu vidéo en France – et a lancé sa première grève nationale la même année.

Pour cette grève qui débute le 10 février, « notre travail est avant tout de lutter contre la résignation. En face on a des gens qui aiment bien manier ce vocabulaire de l’absence d’alternatives, de la décision rationnelle et inévitable. Il faut sans cesse rappeler que c’est faux, qu’il y a beaucoup d’irrationnel dans leurs décisions », estime Pierre-Etienne Marx. « Les salariés connaissent le métier et doivent être entendus. »

mise en ligne le 8 fevr 2026

Dans la Meuse, des centaines de manifestants réclament la fermeture d’un repaire néonazi

Clément Le Foll sur www.mediapart.fr

Près de 450 personnes se sont réunies samedi 7 février près de Verdun pour demander aux pouvoirs publics de fermer La taverne de Thor, lieu de rassemblement historique des néonazis français et européens. 

Combres-sous-les-Côtes (Meuse).– Jamais Combres-sous-les-Côtes n’a connu un tel dispositif policier. Samedi 7 février, une dizaine de camionnettes de gendarmerie bloque l’accès de La taverne de Thor, hangar agricole planté à la lisière de ce village meusien d’une centaine d’âmes, situé à une vingtaine de kilomètres de Verdun. 

Le calme autour de ce bâtiment gardé comme une forteresse tranche avec la festivité de la manifestation qui se tient dans la rue principale. Plus de quatre cents personnes déambulent coiffées de chapeaux, perruques et autres déguisements, reprenant en chœur le slogan : « Pas de facho dans les villages, pas de hangar pour les fachos. »

Organisé par le collectif « Fermez-la ! » et le Réseau antifasciste du Grand Est, cet événement voulu comme un carnaval réclame la fermeture de ce lieu de ralliement de néonazis français et européens. Une journée à laquelle se sont associées de nombreuses organisations dont le drapeau flotte au-dessus du cortège : antennes locales de La France insoumise, du PCF, des écologistes, du NPA, de Solidaires ou de la CGT.

Un local indissociable des Hammerskins

Installée au début des années 2010 à Toul, La taverne de Thor déménage en 2015 à Combres-sous-les-Côtes après une fermeture administrative. Le local appartient, depuis, à un Lorrain de 43 ans, Jérémy Flament, adepte de MMA et figure française des Hammerskins. 

Implanté dans de nombreux pays européens, ce groupe criminel est né aux États-Unis en 1988, où il est notamment lié à une tuerie raciste de masse. En guise de piqûre de rappel, les organisateurs disposent le long de la manifestation des petites silhouettes noires frappées du nom de personnes tuées par les Hammerskins au cours des dernières décennies.

« Il ne faut pas oublier la violence extrême de ce groupe. Notre objectif n’est pas uniquement de fermer La taverne, mais de bannir les Hammerskins de France », précise Christophe Renel, porte-parole de SUD Rail, qui prend l’exemple de l’Allemagne, qui a interdit l’organisation depuis 2023.

Pendant plusieurs années, La taverne de Thor a revendiqué son affiliation à ce groupe criminel : les lettres LHS, acronyme de League of Hammerskins, ont un temps été inscrites sur la façade jaunâtre du bâtiment. Aujourd’hui, Jérémy Flament affirme avoir rompu tout contact avec le groupe criminel.

« Mon local est appelé abusivement “La taverne de Thor”… Depuis fin 2017, il n’a plus rien à voir avec les Hammerskins. Moi-même, je n’ai plus rien à voir avec les Hammerskins. Et les Hammerskins n’ont plus rien à voir avec Combres. Nos chemins se sont séparés », a-t-il indiqué à L’Est républicain la veille de la manifestation.

Jérémy Flament y explique que son local serait aujourd’hui une simple salle de pratique de sport de combat. « C’est donc un lieu d’entraînement qui peut rassembler des jeunes de toute la région, avec le risque que cela soit un moyen de les faire rentrer dans ces mouvements », s’inquiète Olivier Guckert, secrétaire fédéral du Parti socialiste en Meuse.

Si Jérémy Flament assure avoir pris ses distances avec la mouvance néonazie depuis 2017, son hangar demeure un lieu de rassemblement. Le 15 juin 2024, plusieurs centaines de militant·es d’extrême droite venu·es de plusieurs pays d’Europe s’y sont retrouvé·es pour un gala clandestin de MMA. 

Derrière l’organisation de cet événement – que la gendarmerie n’avait pu empêcher –, Tomasz Szkatulski, figure de la mouvance néonazie. Ancien des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (le groupe de Serge Ayoub dissous en 2013 par le gouvernement après le meurtre de Clément Méric), de la Losc Army (des hooligans du club de football lillois), il dirige une boutique en ligne de vente de matériel sportif et de vêtements néonazis Pride France.

Szkatulski a été condamné à deux reprises pour des agressions commises sur des personnes sans domicile fixe, à Lille, en 2006 et 2008, et il est mêlé à des attaques de bars associatifs et LGBT dans la capitale des Flandres, en 2012 et 2013. Il est aussi proche de skinheads un temps mis en cause dans l’affaire dite des « noyés de la Deûle », une série de cinq meurtres irrésolus dans ce canal du Nord en 2010 et 2011.

« Ces gens sont les mêmes que ceux qui ont agressé les membres de Young Struggle France en criant “Paris est nazi”. Les mêmes qui ont assassiné le rugbyman Federico Aramburú. Leur idéologie tue et continue de tuer », alerte Thomas Portes.

Le 16 décembre, le député La France insoumise a d’ailleurs adressé une question gouvernementale au ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, à propos de la fermeture de La taverne de Thor. Sans réponse. Samedi, il a dénoncé « l’inaction politique, notamment au plus haut sommet de l’État ».

Son collègue insoumis à l’Assemblée nationale Christophe Bex, originaire de la Meuse, a rappelé « la nécessité pour les élus de gauche de réinvestir le terrain rural », dans une région Grand Est où l’influence du Rassemblement national est grandissante. 

Les organisateurs ont quant à eux pointé du doigt l’attitude de la préfecture de la Meuse. Selon eux, elle ne ferait rien pour fermer l’établissement malgré une pétition signée plusieurs dizaines de milliers de fois dès 2015. Vendredi, L’Humanité indiquait que la préfecture avait néanmoins déposé un signalement au procureur de la République concernant La taverne de Thor, sans donner plus de détails. 

Mais les critiques ont également fusé sur le dialogue avec la préfecture en marge de l’organisation de la manifestation. « Ils n’ont rien fait pour favoriser la tenue de l’événement », souffle un membre de l’antenne locale du PCF, évoquant notamment les multiples contrôles de police aux alentours du village.

Dans la matinée, les organisateurs ont souhaité tenir la conférence de presse sur le parvis de la mairie de Combres-sous-les-Côtes, dont les volets verts étaient fermés. Une référence à l’absence de la maire, Cynthia Pector, « qui a refusé tout dialogue avec [eux] et a déserté son village, ce qu’elle n’a pas fait lorsque trois cents néonazis se sont réunis pour un gala de MMA », a regretté Angélique, membre de « Fermez-la ! ».

Peur des représailles

Si le collectif s’est félicité de la mobilisation du jour, peu d’habitant·es de Combres-sous-les-Côtes se sont joint·es au cortège ou sur le lieu de rassemblement installé devant la mairie. Durant l’intégralité de la journée, les volets des maisons sont restés clos. Quelques curieux ont observé le passage du cortège depuis leur perron ou discrètement derrière un carreau ou un rideau. 

Les quelques riverains interrogés par Mediapart expriment leur « soutien aux revendications de la manifestation » aussi bien que leur agacement face à l’agitation occasionnée par le rassemblement. « Les habitants sont derrière nous, mais ils ont peur des représailles. C’est un petit village, tout le monde se connaît », assurait-on du côté du collectif « Fermez-la ! », composé notamment d’habitant·es des villages alentour. 

Parmi les simples citoyens présents, Franck et son ami Hoang sont venus accompagnés de leurs enfants respectifs. « C’est important de leur montrer que le nazisme, ce n’est pas que dans les livres d’histoire, que certains lieux y restent affiliés aujourd’hui », témoigne Franck, avant de s’interrompre, voyant que les forces de police barrent la route à une partie du cortège voulant s’approcher de La taverne de Thor. « La voilà, la symbolique : ce sont les policiers qui protègent ce hangar. »

 mise en ligne le 8 février 2026

80 ans de la Sécu : une réforme révolutionnaire que les capitalistes tentent d’abattre depuis ses débuts

Léo Rosell sur www.humanite.fr

Fondée par les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 puis par la loi de mai 1946, la Sécurité sociale est une avancée sans précédent dans la société française. Une conquête due entre autres à l’influence du PCF et de la CGT, ainsi qu’aux actions conjuguées de Pierre Laroque et d’Ambroise Croizat. En dépit des oppositions, ils ont réussi à imposer son caractère égalitaire et autogestionnaire.

En octobre 2025, la Sécurité sociale fête ses 80 ans. En effet, cette institution, devenue fondamentale dans notre quotidien, est née en 1945, au sortir de la guerre, dans une France où tout était à reconstruire. À ce moment-là, son ambition était révolutionnaire : elle visait la réalisation d’un « ordre social nouveau ». Elle devait mettre l’ensemble de la population « à l’abri du besoin », pour en finir avec « la peur du lendemain ». Chacune et chacun, de la naissance à la mort, devaient ainsi être pris en charge face aux aléas de la vie, par un système fondé sur la solidarité nationale.

Portée par un contexte politique inédit, la création de la « Sécu » est favorisée par l’hégémonie des forces progressistes à la Libération, à travers une alliance entre les communistes, les socialistes, la CGT réunifiée et, dans une moindre mesure, les démocrates-chrétiens du MRP. Le patronat est largement discrédité par la collaboration. Au contraire, l’implication massive des militants de la CGT, lors de la mise en œuvre de la « Sécu » sur le terrain, est à l’origine d’une idée très présente dans les mémoires militantes : celle d’une « conquête ouvrière ».

Pour autant, sans doute faut-il rappeler que tout ne s’est pas créé en 1945. Depuis la fin du XIXe siècle, des lois ont commencé à organiser un embryon de protection sociale, mais ces législations se sont révélées insuffisantes et inefficaces, de telle sorte que, dans la Résistance, un consensus émerge autour de la nécessité de les réformer en profondeur.

Un projet dans la Résistance

Afin de s’imposer comme le chef incontestable de la France libre, le général de Gaulle cherche à rallier à lui la Résistance intérieure. Pour ce faire, dès 1942, il associe dans ses discours la « sécurité nationale » à la « sécurité sociale ». Plus important encore, le programme du Conseil national de la Résistance (CNR), élaboré dans la clandestinité, prévoit un « plan complet de sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ».

Si ce texte symbolise une recherche de consensus au sein de la Résistance, son adoption a néanmoins été le fruit d’un long processus. Après un premier texte des socialistes, puis un second de la CGT, le programme proposé en novembre par le communiste Pierre Villon (1901-1980) sert de base de discussion. Après une série de modifications de la part des autres tendances de la Résistance, le programme est adopté par le bureau du CNR le 15 mars 1944.

Le CNR s’arrête donc sur une formulation minimale, susceptible d’être acceptée par ses différents courants. Les questions encore débattues, comme celle du financement ou de la répartition des pouvoirs dans le système, devront donc être tranchées plus tard. Néanmoins, l’importance prise par les communistes et les socialistes dans la Résistance explique les tendances socialisantes de ce programme.

À la Libération, un contexte politique inédit

À la Libération, un souffle de liberté et d’espoir traverse la France. La démocratie libérale s’élargit à la démocratie sociale, et la solidarité dans la Résistance se traduit dans l’aspiration à une solidarité sociale. Un enthousiasme révolutionnaire imprègne les discours de l’époque, en particulier du côté des forces issues du CNR.

Concernant la Sécurité sociale, dès octobre 1944, un haut fonctionnaire, Pierre Laroque, prend la tête de la direction des Assurances sociales, qui regroupaient plusieurs caisses privées. Il est ainsi chargé par le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Alexandre Parodi, de préparer un plan français de sécurité sociale. Laroque, qui s’était spécialisé dans la question des assurances sociales depuis le début des années 1930, avant de rejoindre Londres en 1943, affiche des convictions progressistes et un attachement aux grandes figures du « vieux socialisme français ».

En parallèle, l’Assemblée consultative provisoire, qui représente l’ensemble des forces de la Résistance, déménage d’Alger à Paris en novembre 1944. Elle confie alors la présidence de sa commission du Travail et des Affaires sociales à Ambroise Croizat. Ce dernier, ouvrier dès l’âge de 13 ans, secrétaire de la puissante fédération des métaux de la CGT depuis 1928, avait été élu député communiste sous le Front populaire. En février 1943, après avoir passé la guerre en prison, il est nommé délégué de la CGT clandestine dans cette Assemblée. Mais il faut attendre le printemps 1945 pour que le processus politique conduisant à la création de la Sécurité sociale s’accélère.

La Sécurité sociale, réforme ou révolution ?

Dans un discours prononcé le 23 mars 1945, Pierre Laroque inscrit la future Sécurité sociale dans notre histoire révolutionnaire, en cherchant à renouer avec « cette foi qui a été et restera à la base de toutes nos révolutions : car c’est une révolution qu’il faut faire et c’est une révolution que nous ferons ». En concluant son discours par cette formule, le haut fonctionnaire témoigne de la portée qu’il souhaite insuffler à la Sécurité sociale.

D’ailleurs, ses paroles ne sont pas sans rappeler celles de Jean Jaurès, qui écrivait en 1906, soit une quarantaine d’années plus tôt, que l’assurance sociale, « en donnant à tous les prolétaires plus de sécurité et de liberté d’esprit, (…) leur permettra de mieux préparer l’ordre social nouveau ». Le plan exposé par Laroque évoque ainsi un élément structurant dans la pensée de Jaurès, à savoir le réformisme révolutionnaire : l’idée d’une transformation certes progressive de l’ordre social, mais dont l’horizon révolutionnaire doit faire advenir la République sociale.

En 1945, une telle réforme révolutionnaire est nécessairement une réalisation collective. Elle s’appuie sur un compromis original entre une haute fonction publique modernisatrice, attachée à une conception émancipatrice de l’État social, et un mouvement ouvrier puissant au sortir de la guerre, organisé autour d’une CGT revendiquant 5 millions d’adhérents et capable de conquérir une position centrale dans la démocratie sociale naissante.

L’administration est donc chargée de rédiger un texte, mais elle doit encore solliciter l’avis de l’Assemblée consultative, dont le soutien politique est nécessaire pour donner davantage de légitimité à la réforme. Croizat joue alors un rôle en s’assurant que la commission qu’il préside apporte un soutien ferme au projet. Le rapport de la commission est présenté par Georges Buisson, fin connaisseur des assurances sociales au sein de la CGT et membre quant à lui de la tendance socialiste.

Il est adopté le 31 juillet 1945 par 190 voix pour et une seule voix contre, celle du député conservateur Joseph Denais. Les membres de la CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens) et du MRP (Mouvement républicain populaire), démocrate-chrétien, s’abstiennent. Par cette attitude ambiguë, ils manifestent leurs réserves, sans pour autant assumer une obstruction plus franche, en raison du coût politique qu’elle impliquerait.

Ce vote est décisif dans le processus qui mène à la signature des ordonnances du 4 et du 19 octobre 1945, portant création de la Sécurité sociale. La première prévoit une réorganisation complète du système des anciennes Assurances sociales, autour d’une caisse unique réunissant l’ensemble des risques sociaux – la maladie, la vieillesse, les accidents du travail ou encore la maternité – et gérée selon des principes de démocratie sociale, à travers des administrateurs désignés par les syndicats. La seconde ordonnance, plus consensuelle, améliore considérablement le régime des prestations et entre en vigueur dès le 1er janvier 1946.

Lors des élections de l’Assemblée constituante, le 21 octobre 1945, le programme du CNR se voit reconnaître une forte légitimité démocratique, étant donné que les trois partis qui s’en réclament obtiennent environ les trois quarts des suffrages. Le PCF, avec un peu plus de 26 % des voix, devient le premier parti de France, devant le MRP (23,9 %) et la SFIO, la Section française de l’Internationale ouvrière, qui deviendra le PS (23,5 %). Fort de ce résultat, le PCF voit sa présence renforcée dans le gouvernement formé le 21 novembre. Il passe de deux à cinq ministères, dont celui du Travail, attribué à Ambroise Croizat.

« Cette révolution, excusez-moi cette formule, est attendue par tout le pays »

Si la Sécurité sociale ne fait pas encore explicitement partie de ses attributions, Croizat clarifie les choses dès son discours de prise de fonction : la Sécurité sociale sera l’une de ses priorités. Il faut dire qu’au même moment cette compétence est revendiquée par Robert Prigent, ministre de la Population et membre du MRP. On comprend l’enjeu : si les démocrates-chrétiens en ont la charge, la réforme risque d’être vidée de sa substance.

D’ailleurs, en décembre, le MRP dépose une proposition de loi remettant en question l’ordonnance du 4 octobre. Finalement, à la faveur de la démission du général de Gaulle, Croizat est reconduit comme ministre du Travail et de la Sécurité sociale le 26 janvier 1946.

Dès lors, cet ancien métallo s’investit pleinement dans la mise en œuvre du régime général de la Sécurité sociale, d’autant plus qu’il sait que le temps est compté. Il défend publiquement, devant l’Assemblée, la presse et les groupes d’intérêt, les différents projets de loi sur la Sécurité sociale. La plus importante est celle du 22 mai 1946, dite loi Croizat. Elle devait permettre à l’ensemble de la population de bénéficier de ce nouveau régime.

Quelques jours avant son vote, Croizat déclare : « Cette révolution, excusez-moi cette formule, est attendue par tout le pays. (…) L’association de tous les Français sans exception à cette œuvre de solidarité nationale prouvera au monde le caractère hautement social de cette nouvelle république que nous voulons vraiment démocratique, forte et indépendante. »

Les grands principes du régime général

Ce régime repose sur quatre principes fondamentaux. Le premier est celui de l’universalité. La Sécurité sociale constitue un droit fondamental et universel, fondé sur la solidarité nationale. Elle doit donc couvrir l’ensemble de la population française, de la naissance à la mort. La caisse unique constitue le deuxième principe : cela signifie qu’une seule caisse primaire par département remplace la multitude de caisses du système précédent. Les caisses primaires sont réunies dans des caisses régionales, elles-mêmes regroupées dans une caisse nationale, chargée d’assurer l’équilibre du système.

Troisièmement, la cotisation s’impose comme le mode de financement privilégié, car, contrairement à la fiscalité, elle est censée garantir l’autonomie de la Sécurité sociale vis-à-vis des arbitrages budgétaires de l’État. La Sécurité sociale devient ainsi une institution de socialisation du salaire, directement financée par la valeur produite dans le monde du travail, sur le mode de la répartition et non plus de la capitalisation.

Enfin, le dernier principe, certainement le plus original, est celui de la démocratie sociale, la fameuse gestion par les intéressés eux-mêmes. Les conseils d’administration des caisses sont en effet composés à 75 % de représentants des salariés, contre 25 % pour le patronat. Les représentants sont d’abord désignés selon le principe de la représentativité – au profit de la CGT, huit fois plus représentative que la CFTC –, puis élus à partir de 1947. L’État conserve néanmoins une fonction importante de contrôle et de règlement.

Grâce à la combinaison de ces quatre principes, la protection sociale n’est plus une affaire de paternalisme, qu’il soit religieux, patronal ou étatique, pour devenir au contraire un puissant outil d’émancipation, individuelle et collective. Ambroise Croizat en parle même comme de « l’instrument de tous les progrès sociaux qui doivent, dans l’avenir, se réaliser », dans un discours prononcé le 8 août 1946, à l’Assemblée.

Une révolution inachevée ?

Néanmoins, force est de constater que ces grands principes vont être progressivement remis en question par les opposants au régime général de la Sécurité sociale. Le patronat, les démocrates-chrétiens, la Mutualité, les cadres, les médecins libéraux et les assureurs vont tour à tour obliger Ambroise Croizat et Pierre Laroque à négocier certains points, par pragmatisme, pour sauvegarder l’essentiel de l’édifice. 1947 marque ainsi un tournant, avec l’éviction des ministres communistes du gouvernement le 4 mai, l’entrée dans la logique de guerre froide et la scission syndicale entre la CGT et Force ouvrière. Désormais, cégétistes et communistes font de la « défense de la Sécurité sociale » une thématique centrale de leur opposition aux gouvernements successifs, qu’ils dénoncent comme étant « réactionnaires ».

Dans les décennies suivantes, on peut distinguer trois principales évolutions. La première renvoie à l’amélioration progressive des conditions de vie jusqu’aux années 1970, grâce aux effets protecteurs, mais aussi redistributifs, de la Sécurité sociale. Dans le même temps, le libéralisme opère un retour en force à la fin des années 1960 et surtout à partir des années 1970, alors même qu’il avait été discrédité au lendemain de la guerre. La libéralisation de la protection sociale, qui en fait un marché très lucratif, va de pair avec une troisième dynamique, celle de l’étatisation de la Sécurité sociale.

D’ailleurs, le prétendu « trou de la Sécurité sociale » est imposé dans le débat public à partir de 1967, par le premier ministre Georges Pompidou, pour justifier les ordonnances Jeanneney prises par son gouvernement. La démocratie sociale originelle disparaît ainsi au profit d’un paritarisme favorable au patronat dans les caisses et d’une reprise en main par l’État de la « gouvernance » de la Sécurité sociale. Ces ordonnances répondent d’ailleurs à la totalité des revendications du CNPF, l’ancêtre du Medef.

Entre-temps, la logique initiale de financement de besoins, garantissant des droits sociaux considérés comme universels, s’est peu à peu effacée au profit d’une exigence de réduction des dépenses. Ce nouveau paradigme budgétaire s’exprime par un assèchement des recettes de la Sécurité sociale, notamment par des exonérations de cotisations patronales, la « maîtrise des dépenses » étant par ailleurs encouragée par la réglementation européenne. Ces évolutions ne sont donc que la conséquence d’arbitrages politiques, eux-mêmes pris dans des rapports de force institutionnels, dont témoigne l’instauration des projets de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) par Alain Juppé en 1996.

En parallèle de ces transformations, des mémoires conflictuelles se sont développées autour de la Sécurité sociale. Certaines vont jusqu’à opposer les figures d’Ambroise Croizat et de Pierre Laroque. Insistons au contraire sur leur complémentarité, sur la défense de leur héritage commun et sur le fait que, malgré leurs origines très différentes, ils ont su travailler ensemble et parler le même langage : celui de l’intérêt général et de la justice sociale. Leur ambition d’« en finir avec la peur du lendemain » reste à ce titre d’une étonnante actualité et appelle à renouer avec de nouvelles conquêtes.

 mise en ligne le 7 février 2026

« On n’est pas satisfait des propositions faites par l’État et les compagnies » :
les marins marseillais poursuivent leur grève,
le gouvernement nomme
deux médiateurs

Tom Demars-Granja sur www.humanite.fr

Face aux propositions insuffisantes de la Méridionale, de la Corsica Linea et du ministère des Transports, les marins marseillais ont décidé de poursuivre leur grève, en cours depuis le début de semaine. Les élus syndicaux restent dans l'« attente d’engagements écrits pour défendre l’emploi maritime français » face aux escales sous pavillon italien de Corsica Ferries, annonce Frédéric Alpozzo, secrétaire général CGT des marins de Marseille.

Les marins de Marseille ne comptent pas plier face à la précarisation de leur secteur. En grève, ces derniers poursuivent leur « lutte contre le dumping social » et la défense du pavillon français en Méditerranée. Leur mouvement social a été reconduit jusqu’à ce vendredi 6 février, dans la matinée.

Ces derniers restent dans l’« attente d’engagements écrits pour défendre l’emploi maritime français », résume Frédéric Alpozzo, secrétaire général CGT des marins de Marseille. « On n’est pas satisfait des propositions faites par l’État et les compagnies », ajoute-t-il.

Le transport maritime de passagers sous pavillon français affecté

La CGT souhaite qu’un plan commun sur la desserte en Algérie entre la Corsica Linea et La Méridionale, depuis Sète et Marseille, soit mis en place. De plus, le syndicat prône une exonération de la taxe carbone pour les déplacements insulaires. Les organisations syndicales revendiquent enfin « l’arrêt des autorisations d’escale de Corsica Ferries sous pavillon international italien entre Sète et les ports de Corse », « l’interdiction du pavillon italien international sur les lignes territoriales françaises à passagers » et « l’engagement écrit de l’État garantissant le financement des délégations de service public (DSP) jusqu’en 2030 ».

Une réunion de conciliation s’est tenue un jour plus tôt, à la préfecture des Bouches-du-Rhône, avec les syndicats (SAMMM, STC la Méridionale et CGT marins Corsica Linea et la Méridionale), les directions de la Méridionale et de la Corsica Linea et un membre du cabinet du ministère des Transports. Lors de ces échanges, les représentants du personnel ont insisté sur la situation affectant le transport maritime de passagers sous pavillon français.

En réaction, le ministre des Transports, Philippe Tabarot – coutumier des attaques envers le droit de grève -, a désigné, jeudi 5 février, Bernard Mazuel et François Lambert comme nouveaux interlocuteurs. Respectivement consultant en économie portuaire et maritime, membre de l’Académie de marine et directeur général de l’École nationale supérieure maritime, ces derniers sont chargés « d’animer une consultation (…) pour définir des axes structurants donnant des perspectives concrètes sur le court et moyen terme aux acteurs concernés ».

Ce travail « devra produire des conclusions rapides, dans un délai de six à huit semaines », avec de premiers contacts entre les parties « dès la semaine prochaine », a ajouté Philippe Tabarot. La CGT Marins lui avait dressé, ainsi qu’au patron de la CMA CGM, le milliardaire Rodolphe Saadé, une lettre pour dénoncer la « concurrence déloyale » opérée par les compagnies Corsica Ferries et GNV, sous pavillon italien.

Les élus syndicaux dénoncent aussi, annonçait le quotidien local, la Provence, mercredi 4 février, que la Méridionale se soit séparée de son navire nommé le Kalliste, vendu en Turquie et voué à la destruction. Deux navires de la Corsica Ferries ont été déroutés, jeudi, vers Propriano et L’Île-Rousse, après avoir été empêchés d’accoster à Ajaccio et Bastia par des marins grévistes de la Corsica Linea.


 

 mise en ligne le 5 février 2026

Un procès rare : TotalEnergies jugé
pour homicide involontaire
après la mort d’un ouvrier

Par Guénolé Carré sur https://reporterre.net/

La multinationale a été jugée le 3 février pour homicide involontaire, après la mort d’un agent d’une société sous-traitante lors d’un accident, en 2019, dans une raffinerie près du Havre. Le verdict sera rendu le 19 février.

Le Havre (Seine-Maritime), reportage

« Ça fait sept ans que l’on attendait d’avoir des réponses. » À la barre du tribunal judiciaire du Havre le 3 février, Carole M., dont l’époux Cédric M. est mort dans un accident survenu le 15 février 2019 à la raffinerie de Gonfreville-l’Orcher, a eu du mal à retenir sa colère : « Ce sont des entreprises qui brassent des milliards [d’euros], pour eux ça n’a pas d’incidence mais nous, notre vie est brisée. »

Ce jour-là, son mari âgé de 38 ans, agent d’une société sous-traitante de TotalEnergies, a chuté d’une hauteur de près de 8 mètres après le décrochement d’une barrière amovible à laquelle il venait d’accrocher un tuyau destiné à remplir un réservoir de sable. Gravement blessé, il est mort le soir même, laissant derrière lui quatre enfants.

« Notre vie est brisée »

Chose rare, c’est pour homicide involontaire que comparaissait le 3 février TotalEnergies, ainsi que la société Bataille, pour qui travaillait Cédric M. Une qualification retenue par le parquet en raison d’une présumée « violation délibérée d’une obligation fondamentale de sécurité ».

Dans l’actualité récente, seule une poignée de grandes sociétés ont été condamnées pour ce chef, comme Saipol en mars 2025, spécialisée dans la transformation du colza et du tournesol, et Eiffage en juillet, respectivement à des amendes de 250 000 et 200 000 euros.

Total nie toute responsabilité

Devant la cour, les avocats de TotalEnergies et son sous-traitant ont nié en bloc toute responsabilité, avançant que Cédric M. et son collègue présent à ce moment n’auraient pas dû réaliser cette opération, mais la laisser à une autre société sous-traitante. Pourtant, a rappelé la juge, il n’y avait dans tous les cas aucune indication que la barrière était amovible et pouvait se décrocher si elle était tirée vers le haut.

Appelé à son tour, le représentant de TotalEnergies, le haut cadre Yves Houilliez, a tenté de faire bonne figure, mais assailli de questions, l’homme aux sévères lunettes cerclées de noir et aux cheveux grisonnants a fini par admettre : « Malheureusement, ce risque n’a pas été perçu et il n’a pas été mentionné ni identifié. S’il l’avait été, ce garde-corps aurait été verrouillé pour éliminer le risque à la source. »  

« Malheureusement, ce risque n’a pas été perçu et il n’a pas été mentionné ni identifié »

Derrière cette affaire, c’est le recours massif à la sous-traitance qui est dénoncé. D’après Alexis Antonioli, le secrétaire général de la CGT plateforme Normandie de TotalEnergies, les salariés d’entreprises externes seraient entre 1 500 et 2 000 à intervenir à la raffinerie de Gonfreville-l’Orcher, contre 1 500 employés de Total.

Une façon pour la multinationale de réaliser des économies, selon lui. « La maintenance du site repose quasi exclusivement sur des sous-traitants sur lesquels Total vient appuyer en négociant toujours à la baisse les budgets de maintenance, alors que notre site vieillit de plus en plus », a-t-il déclaré.

De son côté, Me Elsa Marcel a encore enfoncé le clou. « Ce dossier, c’est un cas d’école parfait d’à quoi sert la sous-traitance pour des entreprises comme Total, a dit l’avocate de la CGT Total Normandie, qui s’est portée partie civile aux côtés de la veuve de Cédric M., de leurs quatre enfants, et du collègue de Cédric M., qui a vécu un traumatisme psychologique. C’est évidemment économique, c’est idéologique parce que ça permet de diviser les travailleurs selon leur statut. Mais c’est aussi juridique, parce que ça permet de dire, quand il y a un accident grave, que ce n’est de la faute de personne. »

« Il est assez rare qu’on ait autant d’éléments pour caractériser un homicide involontaire »

En 2023, TotalEnergies avait déjà été condamné à 120 000 euros d’amende en appel à la suite d’une explosion survenue en 2016 dans la même raffinerie et qui avait blessé cinq sous-traitants. En octobre 2021, encore dans la même raffinerie, c’est un autre employé d’une entreprise détachée qui est mort lors d’une opération de maintenance en scaphandre dans une tour de vapocraquage, utilisée pour faire réagir les hydrocarbures à haute température avec de la vapeur d’eau. Aucun procès n’a, pour l’heure, eu lieu.

Pour le cas de Cédric M., « il est assez rare qu’on ait autant d’éléments pour caractériser un homicide involontaire », a lancé sans ambages la procureure. Celle-ci a requis une amende de 150 000 euros à l’encontre de TotalEnergies et de 50 000 euros pour la société Bataille. Une réquisition bien maigre, de l’aveu même de la magistrate, au regard des bénéfices monstres du pétrolier qui a réalisé un bénéfice de 15 milliards d’euros en 2025. Le verdict de cette affaire, mise en délibéré, sera rendu le 19 février.

 mise en ligne le 4 février 2026

 

1 000 militants visés par des procédures : la CGT s’attaque au fléau de la répression antisyndicale

Naïm Sakhi sur www.humanite.fr

Plus de 1 000 cégétistes sont visés par des procédures disciplinaires ou judiciaires. Face à cette dérive liberticide, qui s’est accélérée depuis le mouvement contre la réforme des retraites, la CGT organise un meeting ce 4 février, à son siège de Montreuil, en présence de nombreuses personnalités dont Sophie Binet, Jacques Toubon, Guillaume Meurice et des responsables d’organisations et de syndicats.

Une secrétaire confédérale, Myriam Lebkiri, convoquée par la gendarmerie, après une action contre la réforme des retraites. Le licenciement d’une déléguée syndicale à Airbus Atlantic, à Nantes, pour « non-respect grave et répété des règles de l’entreprise ». Une condamnation à deux ans de prison avec sursis pour deux militants CGT, à la suite d’un jet de pétard, lors d’un rassemblement contre la fermeture de la centrale de Cordemais, etc.

Pas un mois ne passe sans qu’un nouveau cas de répression antisyndicale ne soit révélé. Preuve en est la mise en examen de Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, pour avoir qualifié les patrons de « rats qui quittent le navire » à propos de la vague de désindustrialisation.

Au total, depuis le 1er avril 2023, la confédération dénombre plus de 1 000 militants et cadres de la CGT inquiétés par des poursuites judiciaires ou disciplinaires, dont cinq dirigeants nationaux. Face à ces entraves à l’action syndicale, la CGT tient, ce mercredi à 19 heures, un meeting à son siège de Montreuil en Seine-Saint-Denis (voir encadré). Le syndicat doit y dévoiler une liste noire des militants CGT poursuivis, ainsi qu’une carte de France des Bourses du travail menacées.

Nous avons été le moteur social et médiatique de la contestation contre la réforme des retraites”

Dans cette vague sans précédent,« le mouvement de 2023 contre la réforme des retraites a fait l’office d’accélérateur », assure Gérard Ré, secrétaire confédéral CGT. L’ampleur des procédures pénalisant des militants de la Fédération nationale des mines et de l’énergie (FNME-CGT) en est le révélateur. Durant le mouvement social, les gaziers et électriciens de la CGT se sont illustrés par des actions « Robin des bois » afin de rendre l’électricité gratuite pour des services publics, petits commerces ou familles précaires.

« Nous sommes ciblés parce que nous avons été le 2 500 militants CGT contre la répression

La CGT lance une campagne nationale pour les libertés syndicales à l’occasion du meeting national, organisé à son siège de Montreuil (Seine-Saint-Denis), ce mercredi 4 février, à partir de 19 heures. Présenté et animé par l’humoriste Guillaume Meurice, l’événement sera l’occasion pour la confédération de présenter une liste noire des militants poursuivis et une carte des bourses du travail menacées de fermeture. De nombreux invités et organisations ont confirmé leur présence, dont l’ancien garde des Sceaux Jacques Toubon, Assa Traoré, le président de la CFE-CGC, François Hommeril, le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France, la Ligue des droits de l’homme, Luc Triangle, secrétaire général de la Confédération syndicale internationale, ou encore le chanteur Gauvain Sers. La soirée sera clôturée par un discours de Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. L’inscription est obligatoire.moteur social et médiatique de la contestation contre la réforme des retraites, mesure Laurence Casasreales, en charge de la discrimination syndicale à la FNME-CGT. Jusqu’à présent, les plaintes contre X étaient classées sans suite. Désormais, elles s’accompagnent, dans un second temps, de la délation de noms et numéros de téléphone de militants CGT par les employeurs. » La FNME dénombre 395 adhérents entendus par les forces de l’ordre et 55 en proie à des procédures disciplinaires consécutives à des actions de grève, selon un décompte tenu depuis 2020.

La CGT assume le « name and shame » visant les employeurs

Par ailleurs, le comité confédéral national (CCN) de la CGT doit également adopter un plan d’action visant à identifier les cas de répression, accompagner et outiller les cégétistes ciblés et médiatiser les affaires. « Nous assumons la logique de name and shame afin de dénoncer les principaux artisans de cette répression », insiste Gérard Ré.

D’autant que les mandats ne sont plus nécessairement un facteur de protection de l’action syndicale. « Les procédures de licenciement contre des délégués syndicaux se multiplient », observe-t-il. À Bordeaux, le licenciement de Kamala Rama, une aide-soignante en Ehpad, a été validé par l’inspection du travail, malgré son statut de salariée protégée. Une affaire similaire est également à déplorer du côté d’Amazon, avec le licenciement d’une élue Solidaires.

« La répression s’accélère depuis la réforme des retraites. Dès qu’une section syndicale s’implante, elle doit faire face à une radicalisation de l’employeur », confirme Tayeb Khouira, secrétaire national de l’union Solidaires. Dans la fonction publique, Caroline Chevé, secrétaire générale de la FSU, observe un « climat austéritaire défavorable aux actions syndicales et qui tend les relations au travail ».

2 500 militants CGT contre la répression

La CGT lance une campagne nationale pour les libertés syndicales à l’occasion du meeting national, organisé à son siège de Montreuil (Seine-Saint-Denis), ce mercredi 4 février, à partir de 19 heures. Présenté et animé par l’humoriste Guillaume Meurice, l’événement sera l’occasion pour la confédération de présenter une liste noire des militants poursuivis et une carte des bourses du travail menacées de fermeture. De nombreux invités et organisations ont confirmé leur présence, dont l’ancien garde des Sceaux Jacques Toubon, Assa Traoré, le président de la CFE-CGC, François Hommeril, le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France, la Ligue des droits de l’homme, Luc Triangle, secrétaire général de la Confédération syndicale internationale, ou encore le chanteur Gauvain Sers. La soirée sera clôturée par un discours de Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. L’inscription est obligatoire.


 

 


 

Scandale des Ehpad : « J’ai été bousillée, l’impact de la discrimination se mesure sur le corps », Siham Touazi, soignante et lanceuse d’alerte

Cécile Rousseau sur www.humanite.fr

Après la grève historique en 2022 à l’Ehpad du château de Neuville, l’ex-représentante de la CGT a vécu l’enfer. Cette battante est toujours poursuivie par son ancien employeur pour diffamation.

Hasard du calendrier, Siham Touazi comparaîtra devant la justice le même jour que le meeting organisé par la CGT sur les libertés syndicales. Depuis la grève de 133 jours à l’Ehpad du château de Neuville (Val-d’Oise) entamée en janvier 2022, la plus longue jamais menée dans le département, l’infirmière est tombée dans un vortex de procédures. Mercredi 4 février, elle sera devant la cour d’appel de Versailles (Yvelines) pour diffamation contre son ex-employeur Epinomis.

« On me reproche, entre autres, d’avoir dit que je travaillais dans une société « néoféodale ». Lors du premier procès, il a fallu que je me justifie à la barre, que j’explique ce qu’était la lutte des classes », hallucine encore la dynamique cégétiste. En première instance, la soignante avait obtenu gain de cause. Fait rare, l’entreprise avait même été condamnée à verser 10 000 euros pour procédure abusive. « La justice a considéré que c’était une procédure-bâillon. Mon ex-direction ne peut pas supporter que moi, femme racisée issue d’un milieu populaire et travaillant dans le milieu du soin, je ne me laisse pas faire. »

« À l’intérieur, tout était violence »

Lors de la grève, les infirmières et aides-soignantes ont dénoncé les conditions d’accueil dégradées des pensionnaires dans cet Ehpad niché au cœur d’un château dont le loyer mensuel peut atteindre 7 000 euros. La mobilisation a débuté le 3 janvier 2022, quinze jours avant la sortie du livre choc de Victor Castanet, les Fossoyeurs, motivée par des plannings impossibles et une accumulation de problèmes.

« Il n’y avait pas assez de protections pour tout le monde, la nourriture était rationnée, on ne pouvait pas prendre le temps de discuter avec les résidents, énumère-t-elle. On avait vraiment l’impression de faire un sale travail. Une collègue avait eu une retenue sur salaire car elle avait mangé un quignon de pain. À l’intérieur, tout était violence. »

En juillet 2025, avec six de ses collègues, elle obtient une éclatante victoire devant les prud’hommes de Pontoise (Val-d’Oise). La société est reconnue coupable de harcèlement moral, discrimination syndicale et manquements à son obligation de sécurité. Outre le paiement des jours de grève d’un montant de 67 000 euros, Epinomis est condamnée à leur verser 295 000 euros de dommages et intérêts. L’entreprise a depuis fait appel.

Malgré les décisions en sa faveur, pour Siham, le prix à payer a été exorbitant. « J’ai été bousillée, résume-t-elle. L’impact de la discrimination se mesure sur le corps. J’ai obtenu la reconnaissance de qualité de travailleur handicapé (RQTH) à cause d’un syndrome post-traumatique. Avant même la grève, on me surveillait via mon badgeage, via les caméras. J’ai développé une forme d’hypervigilance. »

À cette époque, la secrétaire du comité social et économique CGT a déjà été mise à pied et victime de deux tentatives de licenciement, « dont une fois parce que j’avais dit à un résident qu’il n’y avait plus de fruit. On a estimé que j’étais déloyale ».

Divorcée de son mari qui « en avait marre de vivre avec Che Guevara », la quinquagénaire, devenue maman solo, ne regrette pourtant rien : « Je referai la même chose, peut-être avec un peu moins de naïveté, tranche-t-elle. Depuis, j’ai compris que le système était profondément inégalitaire. »

« Il est resté entre nous quelque chose de l’ordre de la sororité »

Après des années de galère, la paramédicale allergique à l’arbitraire a sorti la tête de l’eau et retrouvé un poste de nuit. Mais ce qui lui a permis de tenir, envers et contre tout, c’est son militantisme couplé à une forme de résilience. « Je suis au conseil municipal de ma ville, très engagée pour la Palestine et dans le collectif égalité femmes-hommes de la CGT au niveau local », s’enthousiasme-t-elle.

Ce 4 février, la battante, désormais reconnue lanceuse d’alerte par le Défenseur des droits, pourra compter sur les fils de la solidarité tissés durant cette lutte historique : « Devant la cour d’appel, mes ex-collègues seront là en soutien. Même si on ne se voit pas tous les jours, il est resté entre nous quelque chose de l’ordre de la sororité. »

Elle se réjouit de voir que leur mobilisation épique a infusé aux alentours. « Dans la zone, on sait que d’autres structures ont pu négocier des augmentations plus facilement. Dans notre ancien établissement (seuls les murs appartiennent encore à Epinomis, NDLR), ce qu’on avait négocié a été appliqué. Les conditions de travail sont plus vertueuses », se satisfait-elle.

Pour la soignante, qui a également contesté devant le tribunal administratif la validation de son licenciement par le ministère du Travail (refusé par l’inspection du travail), pas question donc de lâcher. « Au début des procédures, j’avais dit à mon avocat, « j’ai commencé, je termine ». J’ai perdu des plumes, mais eux ont perdu de l’argent. »


 


 

Répression antisyndicale : pour un stylo CGT, « on m’accuse d’atteinte à la vie d’une personne », déplore Loïc Althamor

Naïm Sakhi sur www.humanite.fr

Le délégué syndical du grossiste alimentaire Metro de Bourg-en-Bresse (Ain) conteste devant les prud’hommes une mise à pied de huit jours, après qu’un collègue a fait usage d’un stylo siglé du logo du syndicat.

La scène paraît banale. Au printemps 2025, un salarié de Metro de Bourg-en-Bresse (Ain), un grossiste alimentaire, doit signer un bon interne. Sans réfléchir, l’employé sort le premier stylo de sa poche, siglé de la CGT. Loïc Althamor, délégué syndical, a, selon ses termes, « l’habitude de distribuer des goodies » du syndicat à ses collègues. Sauf que ce stylo n’est pas du goût d’une adjointe de caisse qui « exige de mon collègue qu’il mette un bout de scotch pour cacher le logo », rapporte Loïc.

Réaction en chaîne : aussitôt alerté, l’élu syndical se fend d’un courriel à la direction pour se plaindre de cette discrimination syndicale. « L’adjointe en question était en copie. Mon mail lui aurait provoqué un prétendu « choc émotionnel ». On m’accuse d’atteinte à la vie d’une personne, ce que je réfute », insiste Loïc Althamor.

Le délégué syndical hérite d’une mise à pied de huit jours. Une sanction qu’il conteste désormais devant les prud’hommes. Ce 3 février, le cégétiste était d’ailleurs convoqué pour un entretien préalable pouvant aller jusqu’au licenciement.

Qualifié de « déficient » en conclusion de son entretien professionnel

Entré à Metro en 2010 à l’âge de 20 ans, après une première expérience professionnelle dans la pâtisserie, Loïc Althamor s’engage syndicalement sur le tard. « J’ai toujours défendu les gens face à l’injustice. Mais, au travail, je le faisais sans outils et j’en prenais plein la tête », confesse-t-il.

En 2019, ses collègues le poussent à se présenter aux élections. Dès le dépôt de la liste, la répression commence. « Ils ont tenté de bloquer notre liste au prétexte que j’ai été mandaté par l’union locale et non le délégué syndical central. Nous avons tenu bon. » Par la suite, Loïc Althamor déclare avoir été « ostracisé » : « La direction disait aux collègues qu’il ne fallait pas venir me parler. »

L’affaire du stylo découle, selon lui, de cette « haine manifeste contre la CGT ». Fin 2025, « durant un arrêt de travail pendant lequel je vivais le deuil de mon père, le directeur m’a écrit sur ma boîte mail personnelle pour me demander d’effectuer une tâche professionnelle ».

Cet épisode a marqué Loïc Althamor. « Dans ces moments-là, on ne parle plus seulement de droit du travail, mais de respect humain. » Le syndicaliste précise d’ailleurs que l’employeur s’est permis de le qualifier de « déficient », en conclusion de son dernier entretien professionnel. Contacté, Metro n’a pas donné suite à nos questions.

   mise en ligne le 2 février 2026

Le travail dissimulé des Jeux olympiques de Paris 2024 face à la justice

dèle Cailleteau sur www.mediapart.fr

Vingt et une personnes physiques et trois entreprises sont jugées à partir du 2 février au tribunal de Bobigny pour avoir fait travailler des salariés sans papiers dans la construction du village des athlètes des Jeux de Paris. L’Urssaf estime son préjudice à 8 millions d’euros.

GrosGros groupe du bâtiment, entreprises sous-traitantes, dirigeants de fait et dirigeants de paille vont se retrouver côte à côte sur le banc des prévenus. À partir de ce lundi 2 février, et pour trois semaines, vingt et une personnes physiques et trois sociétés sont jugées au tribunal judiciaire de Bobigny (Seine-Saint-Denis), notamment pour des faits de travail dissimulé en bande organisée et d’emploi d’étrangers non munis d’une autorisation de travail en bande organisée.

Un procès qui s’annonce complexe mais emblématique, puisqu’il concerne les chantiers de construction olympiques. À commencer par le plus symbolique d’entre eux : le village des athlètes, construit à cheval sur les communes de Saint-Denis, Saint-Ouen et l’Île-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

L’affaire éclate en janvier 2022. La société GCC, positionnée « parmi les dix premières entreprises » du BTP selon ses dires, est alors chargée de construire six bâtiments dans ce haut lieu des Jeux de Paris 2024. Comme d’usage dans le secteur, elle fait appel à plusieurs entreprises sous-traitantes pour y réaliser les travaux.

Abou (prénom d’emprunt) explique avoir travaillé pour plusieurs d’entre d’elles, alors qu’il n’avait pas de papiers. Il raconte ne pas avoir été payé pour toutes les heures effectuées, et avoir eu un accident de travail non signalé ni indemnisé. « Tout le temps où tu es blessé, tu ne travailles pas et tu n’es pas payé », résume-t-il. Retourné sur le chantier avant d’être rétabli, il ajoute : « Si on réclame des choses, ils nous menacent de nous virer. Il faut qu’on accepte toutes les conditions. »

Abou ainsi qu’une douzaine de travailleurs sans papiers exerçant pour différents sous-traitants ont contacté la CGT à Bobigny. Alertée de la situation, l’inspection du travail se rend en mars 2022 sur le chantier du village olympique. Les agents de contrôle constatent que des ouvriers ne sont pas déclarés, tandis que d’autres n’ont pas de titre de travail.

« Ils se ressemblent tous »

Les inspecteurs auditionneront ensuite, à leur demande, quatre travailleurs sans papiers, qui expliquent s’être cachés dans le sous-sol du chantier durant le contrôle, sur ordre de leur chef. Selon eux, pas de doute, il s’agissait de dissimuler qu’ils étaient sans papiers.

Auditionné dans le cadre de l’enquête, leur responsable a nié en bloc. « Avec moi, il y avait trois ou quatre Maliens avec leurs papiers, et moi je ne peux pas savoir qui, ils se ressemblent tous », a-t-il assuré, estimant qu’« ils font les malins pour avoir leurs papiers ». Mis en cause en tant que dirigeant de fait de deux entreprises sous-traitantes, l’homme assure qu’il n’est que commercial et responsable de chantier, mais en aucun cas gérant, et qu’il ne peut donc pas être tenu pour responsable.

Sur le papier, le gérant de l’une de ces entreprises sous-traitantes était âgé à l’époque de 28 ans. Aux policiers, il a expliqué ne rien savoir de cette société et ne s’être même jamais rendu dans les bureaux : « J’ai mis mon nom en tant que gérant de la société sur la demande d’un ami à mon père », a-t-il assuré.

Un « dirigeant de paille », selon la CGT de Bobigny, comme on en retrouve d’autres dans cette affaire. Rodés à la défense des travailleurs sans papiers, les syndicalistes ont décortiqué un montage complexe, organisé autour de la sous-traitance en cascade et de l’intérim.

Au total, ils ont identifié vingt-six sociétés impliquées dans ce que le syndicat nomme le « réseau turc » : la plupart des personnes impliquées ont un lien avec la Turquie, et en particulier avec la ville de Yapraklı, connue pour être un haut lieu de l’extrême droite et du mouvement ultranationaliste des Loups gris.

Échapper à l’impôt

Autre point commun : « Ce sont des entreprises éphémères, explique Jean-Albert Guidou, ancien inspecteur des impôts désormais responsable du collectif francilien Travailleurs sans papiers du syndicat. Avec des gérants de paille, des entreprises de domiciliation, un capital social faible d’environ 1 000 euros et une durée de vie de quelques années, on est sur le stéréotype d’entreprises dont le but est d’échapper au paiement des impôts et des cotisations sociales. »

Les enquêteurs ont mené des investigations sur onze entreprises, qui ont depuis presque toutes été radiées du registre du commerce ou sont en cours de liquidation. Des procédures qui, pour certaines, sont intervenues juste avant le début de démarches entamées par dix anciens travailleurs des chantiers olympiques aux prud’hommes. « On casse une branche mais le réseau demeure, puisqu’il suffit de recommencer avec une autre boîte », regrette Jean-Albert Guidou.

L’un des enjeux du procès sera d’identifier le degré de responsabilité de GCC, groupe qui affiche son ambition « d’avoir un impact positif en favorisant l’entrepreneuriat, l’actionnariat salarié et l’emploi durable ». Un fait en particulier intrigue les enquêteurs : en novembre 2021, la société a signé un contrat de sous-traitance d’un montant de 842 000 euros avec un prestataire ne disposant officiellement que d’un seul salarié.

Interrogé sur ce point, le président de GCC, Jacques Marcel, a rejeté la responsabilité du choix des sous-traitants sur le directeur de chantier, qui se trouve être mort en 2022.

Tout aussi embarrassant pour GCC, celui qui était son chef de chantier sur le village des athlètes entre juillet 2021 et avril 2022 s’est contredit pendant l’enquête. Lors de sa première audition, en tant que témoin, il expliquait ne pas connaître certains dirigeants des sociétés incriminées. Placé en garde à vue et auditionné une seconde fois, après perquisitions par les enquêteurs et exploitation de son téléphone, il a reconnu avoir menti.

Selon le quotidien L’Équipe, il a expliqué aux policiers que « le juriste de GCC » lui avait demandé « de ne pas [s]’éloigner de GCC dans [ses] réponses », « de ne pas parler des personnes qui ne font pas partie du dossier », « de ne parler que du village des athlètes, ne pas parler des personnes qu’on connaît ».

Huit millions de préjudice pour l’Urssaf

Sollicitée, GCC n’a pas souhaité s’exprimer. Mais l’entreprise a contesté auprès de nos confrères avoir donné toute consigne pouvant gêner l’enquête et indique avoir porté plainte contre un des sous-traitants en mai 2022, parce qu’elle s’estime victime de ce système.

Au total, trois personnes travaillant chez GCC à l’époque des faits sont mises en cause dans la procédure, aux côtés de l’entreprise en tant que personne morale, pour « recours aux services d’une personne exerçant un travail dissimulé » et « recours aux services d’un employeur d’un étranger non autorisé à travailler ».

Pour une source proche du dossier, le réseau mis au jour à l’occasion de cette procédure est une illustration de pratiques courantes dans le bâtiment : « Le régime sous lequel ont été construites ces infrastructures olympiques est un révélateur de la norme sociale dans le BTP. Ça apparaît au grand jour parce qu’ils ont été un peu gourmands en allant s’attaquer à des chantiers particulièrement scrutés. »

En se penchant sur ce dossier, l’Urssaf a estimé son préjudice à 8 millions d’euros au total. Une somme importante, alors même que la CGT estime que la procédure ne cible qu’une partie du réseau. Toutes les entreprises identifiées par le syndicat n’ont en effet pas été examinées durant l’enquête.

« Cela continue sans doute », déplore Jean-Albert Guidou. Il espère que les travailleurs sans papiers concernés, qui ont depuis été régularisés, pourront être placés au centre de l’audience. À la veille du procès, seulement dix-huit d’entre eux avaient été identifiés comme victimes. L’avis officiel leur signalant l’audience a été envoyé moins d’une semaine avant le début des débats.

 mise en ligne le 21 janvier 2026

Novasco : l’État et les salariés portent plainte contre l’ancien propriétaire de l’aciérie

Khedidja Zerouali sur www.mediapart.fr

L’État porte plainte contre Greybull, le groupe britannique qui détenait Novasco. L’exécutif reproche au fonds d’investissement de ne pas avoir respecté ses engagements et d’avoir ainsi précipité la fermeture des usines. De leur côté, des licenciés vont engager une plainte commune. 

Lundi 19 janvier, l’État a annoncé engager des poursuites contre Greybull, ancien propriétaire de l’aciériste Novasco (ex-Ascométal). C’est que le groupe britannique, qui a repris le métallurgiste à l’été 2024, n’a jamais tenu ses promesses d’investissements, ce qui a mené au redressement judiciaire de la société puis à la fermeture de trois des quatre sites et, in fine, au licenciement de 531 salarié·es sur 696. Un véritable fiasco industriel. 

Dans le détail, l’État porte plainte devant le tribunal des activités économiques de Paris avec « une assignation en réparation du préjudice causé par les fautes contractuelles et quasi délictuelles » du fonds d’investissement, précise son avocat, Bernard Grelon. Et d’invoquer sa « déloyauté », estimant qu’il a « trompé » l’État « en faisant croire à un redressement pour, finalement, annoncer une situation catastrophique alors qu’un mois avant, le contraire était indiqué ».

Par ailleurs, le ministre délégué chargé de l’industrie, Sébastien Martin, a effectué un signalement au parquet pour des faits pouvant révéler de l’escroquerie. « Il y a un État qui a tenu ses engagements, qui a, de manière récurrente, demandé à l’investisseur de tenir les siens, et ce dernier a systématiquement menti », tempête-t-il, devant un parterre de journalistes. Et de juger que l’État « ne peut accepter que la collectivité paye le prix de la défaillance de ce fonds d’investissement ».

Pour rappel, Greybull a racheté Novasco en juillet 2024, ce qui faisait de lui le sixième repreneur depuis 1999.  Alors que le fonds d’investissement avait promis d’injecter 90 millions d’euros dans les usines, « dont 15 millions sans condition » comme le martèle sans cesse Yann Amadoro, responsable CGT de l’entreprise, ces sommes n’ont jamais été versées. Seul 1,5 million a finalement été investi par le nouvel acquéreur. « Dès qu’ils ont repris la société et qu’on a vu le plan de financement, on a tout de suite mesuré le risque », souffle le représentant syndical lors de la conférence de presse. 

Sites liquidés

L’État, pour sa part, a rempli son engagement d’investir 85 millions, mais cela n’a pas été suffisant pour sauver les usines et les emplois, faisant dire au ministre que le fonds d’investissement devait « aux salariés, aux habitants d’Hagondange et à tout ce territoire 88,5 millions d’euros ».

Pour se défendre, Greybull a estimé que « l’état réel de l’entreprise – et en particulier l’état de l’aciérie d’Hagondange – s’[était] avéré bien plus préoccupant qu’anticipé ». « C’est leur métier, a rétorqué Christophe Clerc, l’avocat des salarié·es, lors de la conférence de presse. Dire “je ne savais pas”, c’est invoquer sa propre incompétence pour défense, ça ne peut pas fonctionner. » Et de noter que l’acquéreur aurait pu se retourner vers le tribunal du commerce, après le rachat, en se rendant compte que les usines n’étaient pas dans l’état escompté pour renégocier le contrat. « Mais ils ne l’ont pas fait, sans doute parce qu’ils ne voulaient pas se confronter au tribunal de commerce », analyse encore l’avocat. 

Sébastien Martin, le ministre délégué chargé de l’industrie, a qualifié l’actionnaire et ses équipes de « gens qui se comportent comme des voyous ».

Depuis, les usines Novasco ont été contraintes de se mettre à l’arrêt, en l’été 2025, puis en redressement judiciaire dans la foulée. Le Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri), logé à Bercy, a travaillé pour trouver des repreneurs, en vain.

Le 17 novembre, le couperet est tombé. La chambre commerciale du tribunal judiciaire de Strasbourg a décidé d’une cession très partielle de l’entreprise. Seule l’usine de Leffrinckoucke, près de Dunkerque (Nord), sera reprise par une PME des Ardennes, Métal Blanc. Les trois autres sites devraient être liquidés : Saint-Étienne (Loire), Custines (Meurthe-et-Moselle) et surtout l’usine centenaire d’Hagondange (Moselle). Sur les 696 personnes encore employées par l’entreprise, 531 ont été licenciées pour motif économique.

Réaction tardive de l’État 

Si, lundi 19 janvier, le ministre délégué a fait montre de sévérité à l’endroit de Greybull, si la démarche, rare pour l’État, de porter plainte contre un repreneur bonimenteur a été saluée de toutes et tous, d’aucuns pourraient reprocher à l’exécutif de n’avoir agi que bien trop peu et bien trop tard. 

En effet, alors que les salarié·es et leurs représentant·es s’inquiétaient, dès l’été 2024, des plans financiers du nouvel acquéreur, ce n’est qu’en novembre 2025, quelques heures avant la décision du tribunal de commerce, que le gouvernement a pris clairement position contre l’actionnaire. 

Dans une interview à l’Agence France-Presse (AFP) le 17 novembre au matin, Sébastien Martin a qualifié pour la première fois l’actionnaire et ses équipes de « gens qui se comportent comme des voyous ». Au même moment sur TF1, le ministre de l’économie Roland Lescure enfonçait le clou, annonçant qu’il serait « aux côtés des salariés » et confirmant vouloir « saisir la justice ». Jusqu’alors, le gouvernement était resté très mesuré, évitant de prendre position, et ce bien que la situation soit connue des services du ministère. 

Les licenciés ont non seulement perdu leurs emplois mais ont aussi dû quitter Novasco avec des indemnités légales minimales.

Interrogé sur ce délai et sur le suivi, par l’État, des reprises industrielles, Sébastien Martin se défend : « Je ne laisserai pas dire que nos services dans cette affaire n’ont pas été attentifs à la situation et n’ont pas été sur le dos du repreneur. Et je ne laisserai pas inverser la responsabilité… Il y a sans doute des enseignements à tirer mais, je le redis, celui qui n’a pas tenu ses engagements, il s’appelle Greybull, il ne s’appelle pas l’État. » 

Par ailleurs, l’hypothèse de la nationalisation n’a jamais été étudiée sérieusement. Et ce alors qu’une clause du contrat de reprise signé par Greybull en 2024 prévoyait que si le fonds ne remplissait pas ses engagements d’investissement, l’État « récupére[rait] l’ensemble des actifs ». Selon nos informations, la CGT a demandé à plusieurs reprises que le gouvernement agisse pour faire respecter cette clause, causant un certain embarras à Bercy. 

En novembre 2025, nous avions demandé des précisions sur ce point à plusieurs reprises à Bercy, sans réponse. Le ministre délégué ne nous a pas plus répondu lors de cette conférence de presse, évitant d’aborder le sujet de cette clause. Et de balayer : « Nous avons toujours préféré envisager la possibilité pour un repreneur de se positionner. » 

De leur côté, les 531 licencié·es ne comptent pas attendre que les démarches judiciaires de l’exécutif aboutissent. D’autant que le ministre prévient : « Vu la complexité du dossier, la décision sur le fond arrivera dans un an au minimum. » Elles et eux aussi ont choisi de porter l’affaire en justice. 476 des licencié·es ont mandaté les avocats du conseil social et économique (CSE) pour porter plainte en leur nom devant quatre tribunaux différents, ceux situés à proximité de chacune de leurs usines. 

Et leur avocat, Christophe Clerc, de lister les préjudices subis : « Il y a un préjudice moral. Pour certains, c’est leur quatrième redressement judiciaire. Cette incertitude est pesante, et elle est déstructurante pour la vision de l’avenir qu’on peut avoir. Le deuxième chef de préjudice, c’est la perte de chance d’avoir pu conserver son emploi. Et puis le troisième préjudice, c’est que le plan social a été adopté avec des fonds extrêmement limités, puisque l’obligation d’abonder n’avait pas été respectée. »

En effet, les licencié·es ont non seulement perdu leur emploi mais ont aussi dû quitter Novasco avec des indemnités légales minimales. « Ce que les salariés n’ont pas obtenu dans la bataille sociale, ils comptent bien l’obtenir dans la bataille judiciaire », promet Yann Amadoro, le responsable CGT de l’entreprise. 

 mise en ligne le 18 janvier 2026 

« Ils savaient qu’on n’avait pas de papiers et qu’on ne pouvait pas se plaindre » : Sepur, le mastodonte de la collecte des déchets sur le banc des accusés

Marie Toulgoat sur www.humanite.fr

La société de collecte de déchets est accusée de complicité d’emploi de personnes sans autorisation de travail. L’audience, ce lundi 19 janvier, pourrait être l’aboutissement de la lutte de ces travailleurs étrangers et précaires, employés en intérim, qui s’étaient mobilisés contre leur exploitation en 2021.

La plupart d’entre eux ont quitté les poids lourds de ramassage des ordures de Sepur depuis de nombreux mois, ont retrouvé un travail, parfois en CDI, et ont obtenu leur régularisation. Mais ils n’ont pas tourné la page de leur expérience chez Sepur, ce mastodonte du ramassage des déchets qui rafle les marchés publics.

Ce lundi 19 janvier, en effet, une vingtaine d’anciens ripeurs (éboueurs) et conducteurs témoigneront contre la société, ainsi que deux entreprises d’emploi temporaire, Drop Intérim et Mistertemp, au tribunal correctionnel de Versailles (Yvelines). Les deux sociétés d’intérim et leurs dirigeants devront répondre d’accusations d’emploi d’étrangers non munis d’une autorisation d’emploi. Sepur, auprès de qui ces travailleurs étaient mis à disposition, et son président Youri Ivanov sont accusés de complicité pour ces mêmes faits, révélés notamment par des enquêtes de l’Humanité.

« Pour ces employés, cette procédure est une question de dignité », rapporte Cathy Farran, avocate des parties civiles, dont fait aussi partie l’Urif CGT. « Ils se sentent exploités, ils sont mis en danger. Pendant le Covid, ils ont été des salariés de première ligne sans que les règles de sécurité soient respectées. » C’est notamment ce sentiment d’exploitation qui avait poussé une partie des intérimaires sans papiers de Sepur à entamer une grève, en octobre 2021.

« Mon chef d’équipe m’a demandé de changer d’alias »

« J’étais censé faire des semaines de 35 heures pour un salaire moyen de 1 400 euros par mois, mais ça arrivait souvent qu’on me demande de rester plus longtemps… Ces heures supplémentaires n’étaient pas toujours payées. On peut faire des semaines de 50 heures sans que ça se voie sur le bulletin de paie. Si tu réclames, ils ne te donnent plus de travail : ils savent qu’on n’a pas de papiers et qu’on ne peut pas aller se plaindre », détaillait alors Mahamadou, jeune éboueur malien. Lui comme ses collègues réclamaient alors leur régularisation. Les 59 grévistes l’ont obtenue.

Cheick Camara, alors éboueur sur le dépôt des Pavillons-sous-Bois, était aux avant-postes de ce mouvement social d’ampleur. Il sera entendu par le tribunal comme victime. « Sepur m’a surexploité, a volé mes heures de travail, ne m’a pas fourni les EPI (équipement de protection individuelle) dont j’avais besoin. Ils ont joué avec ma santé et je veux qu’ils soient sanctionnés », martèle-t-il.

Comme beaucoup d’autres travailleurs, il confie avoir été recruté directement par des chefs d’équipe de Sepur, sans jamais entrer en contact avec les sociétés d’intérim qui étaient pourtant ses employeurs légaux. Ces cadres avaient connaissance de son statut administratif, assure-t-il. « Début 2021, mon chef d’équipe m’a même demandé de changer d’alias pour passer outre le délai de carence entre missions d’intérim. J’ai dû me démerder pour trouver une nouvelle identité, j’ai travaillé pendant six mois avec ce nouvel alias. Administrativement, l’intérimaire avait changé, mais sur le terrain, c’était toujours moi qui travaillais », raconte-t-il. Régularisé après le mouvement de grève, Cheick Camara occupe désormais un emploi stable « qui n’a rien à voir avec Sepur », où ses « droits sont respectés ».

Sepur s’estime victime d’escroquerie

Certains de ses camarades se seraient même fait racketter par des chefs d’équipe. « Ils demandaient 10 % de leur salaire en contrepartie de missions de 35 heures par semaine. Si les ripeurs ne payaient pas, ils n’étaient pas réembauchés. Ces chefs d’équipe ont clairement profité de la faiblesse des travailleurs », détaille Cheick Camara. Ce sont ces pratiques présumées d’extorsion qui ont poussé une petite dizaine d’intérimaires à porter plainte contre deux chefs d’équipe de Sepur, qui seront également jugés ce 19 janvier. La procédure a ensuite été liée à celle initiée par l’enquête de l’inspection du travail et du parquet, en 2022, pour emploi de personne dépourvue d’autorisation de travail.

Sur le banc des accusés, Sepur nie toutefois fermement avoir joué un quelconque rôle dans l’emploi de travailleurs étrangers sans autorisation de travail. Pire, selon une plainte contre X qu’elle a déposée en janvier 2022 et que l’Humanité a consultée, la société estime avoir été victime d’escroquerie.

« Pour contourner (l’)interdiction (d’emploi de personnes sans papiers), des personnes étrangères en situation irrégulière ont volontairement produit d’authentiques titres de séjour appartenant à des tiers. (…) L’usurpation de la qualité d’étranger en situation régulière avait pour but de tromper Sepur. (…) Sepur a ainsi subi un préjudice financier certain du fait de ces agissements », peut-on y lire.

Pour l’entreprise et son dirigeant, qui effectuent des délégations de service public auprès des collectivités, la responsabilité de contrôler l’identité des travailleurs reposait entièrement sur les sociétés d’intérim. « Cette plainte est toujours pendante devant le juge d’instruction », précise l’entreprise par la voix de son service de presse.

Dans les dépôts, jusqu’à 92 % d’intérimaires

Pourtant, les témoignages de travailleurs, de syndicalistes et même les observations de l’inspection du travail racontent une tout autre histoire. « Ces travailleurs sans papiers se font embaucher au cul du camion directement par des chefs d’équipe de Sepur. Leur situation est ensuite régularisée par des sociétés d’intérim, dont certaines sont entièrement dématérialisées », détaille le défenseur syndical CGT Richard Bloch.

Si l’embauche directe par l’entreprise destinataire de missions d’intérim n’est pas illégale, cet usage peut mettre en lumière les responsabilités de Sepur dans l’embauche de ces travailleurs étrangers, estime-t-il. D’autant que ce procédé a été entaché de nombreuses irrégularités.

Un constat d’huissier effectué à la demande de la CGT, que l’Humanité a pu consulter, établit que certains salariés intérimaires ont reçu par voie postale leurs contrats de travail plusieurs semaines après la fin de leurs missions. Celles-ci, à chaque fois, ne duraient que quelques jours. « La première fois que j’ai entendu parler de Sepur, c’est lorsqu’un salarié s’est présenté à ma permanence juridique en 2019. Il avait moins de cinq ans d’ancienneté et avait enchaîné plus de 350 missions d’intérim », ajoute Richard Bloch.

Bien qu’aucun des prévenus, sur les bancs du tribunal, n’aura à répondre d’une utilisation abusive de l’intérim, ces agissements seraient bel et bien au cœur d’un « système Sepur » qui profite à la société aux dépens des travailleurs, estiment les parties civiles. « Le recours à l’intérim et l’embauche de travailleurs sans papiers sont très liés, l’un permet l’autre. Lors de ses contrôles, l’inspection du travail a observé que dans certains dépôts, le taux d’employés intérimaires s’élevait à 92 % », détaille l’avocate Cathy Farran.

Contactée, l’entreprise conteste l’existence d’un « système Sepur ». « Pour ce qui est des alias (vrais papiers mais porteurs usurpateurs) c’est en réalité un problème dont Sepur est la première victime, comme beaucoup d’autres entreprises. Certains syndicats poussent d’ailleurs des sans-papiers à commettre ces escroqueries dans l’espoir d’une régularisation ultérieure. »

Une économie de 7 000 euros par an et par intérimaire

Richard Bloch, qui a accompagné de nombreux travailleurs aux prud’hommes faire requalifier leurs missions d’intérim en CDI, considère que ce recours massif au travail temporaire est volontaire de la part de Sepur, et qu’il permet à la société de casser ses prix. « Si je suis ripeur intérimaire chez Sepur, on me propose plusieurs courtes missions par semaine qui représentent moins d’heures que si j’étais en CDI, même avec les heures supplémentaires. On ne me paiera pas non plus de 13e mois, ni de prime d’ancienneté, je n’irai jamais chez le médecin du travail », illustre-t-il.

Une économie que le syndicaliste estime à plus de 7 000 euros par an et par intérimaire pour l’entreprise de ramassage des ordures. « Si nous ne parlons pas de ce système et du gain économique qu’il représente pour Sepur, nous ne pouvons pas nous attaquer aux causes réelles de l’emploi de travailleurs sans papiers », ajoute-t-il. Il fera valoir au tribunal l’application scrupuleuse de l’amende prévue par la loi de 3 750 euros (et 7 500 en cas de récidive) par salarié intérimaire œuvrant sur un emploi permanent. Celle-ci pourrait dissuader durablement Sepur d’entretenir ce « système », pense-t-il. Cette économie permettrait en effet à Sepur d’être très concurrentiel par rapport à des concurrents dans la bataille pour les marchés publics.

Sepur et son dirigeant Youri Ivanov, présumés innocents, contestent les faits qui leur sont reprochés. « Nous choisissons ce système de recrutement de ripeurs car nous avons un absentéisme de 14 % et j’ai besoin de 600-800 personnes par jour, la seule solution est les sociétés de travail temporaire », expliquait ainsi le président dans son audition de police, en mai 2025. La société a même attaqué pour diffamation plusieurs médias – dont l’Humanité – s’étant fait écho des faits qui lui sont reprochés. Tous ont été relaxés.

En cas de condamnation, le dirigeant encourt, lui, une peine de cinq ans de prison et une amende de 30 000 euros par personne étrangère illégalement employée. La société Sepur pourrait aussi être condamnée à une interdiction de marché public pendant cinq années.


 


 

Emploi de sans-papiers et recours abusif à l’intérim : le « système Sepur » au tribunal

Adèle Cailleteau sur www.mediapart.fr

Plus de 250 collectivités territoriales ont délégué la gestion de leurs ordures à l’entreprise. Elle est jugée le 19 janvier, aux côtés de deux entreprises d’intérim, pour emploi et complicité d’emploi d’étrangers non autorisés à travailler. Deux chefs d’équipe sont aussi jugés pour extorsion.

C’est en mars 2019 que Camara commence à travailler en intérim pour la société de collecte de déchets Sepur, à Pantin (Seine-Saint-Denis). Il nettoie les rues et les trottoirs du quartier des Quatre-Chemins, où ses 2,02 mètres lui facilitent la tâche face à des usagers de drogues et des vendeurs de cigarettes à la sauvette qui « viennent parfois [le] chercher avec les couteaux ».

En janvier 2021, après plus d’un an et demi à travailler comme intérimaire, « le chef d’équipe dit qu’il faut que tout le monde ramène de nouveaux papiers à cause des carences », relate Camara. Étranger sans titre de séjour en France, il avait fourni les documents d’identité d’un ami en situation régulière pour pouvoir travailler. Pour contourner la réglementation du travail temporaire qui impose des délais de carence entre deux missions, il change donc d’« alias », tout en gardant exactement les mêmes missions, au même endroit.

Pour les salariés concernés, il n’y a aucun doute : Sepur savait qu’ils n’avaient pas d’autorisation de travail. Cette question sera au cœur de l’audience, lundi 19 janvier, au tribunal judiciaire de Versailles, où l’entreprise et son PDG vont être jugés pour complicité d’emploi d’étrangers non autorisés à travailler. Les deux sociétés d’intérim par lesquelles passait l’embauche des travailleurs sont aussi mises en cause pour l’emploi d’étrangers non munis d’une autorisation de travail.

Deux chefs d’équipe seront aussi jugés pour extorsion. Moussa, un autre ex-travailleur sans papiers, explique en effet que son chef de dépôt à Villejust (Essonne) exigeait de recevoir 10 % de son salaire pour lui donner des missions.

Sur son téléphone, le travailleur malien montre quelques échanges de messages. « On ne peut plus te faire travailler à cause de ta bêtise mais tu sais ce que tu dois quand même non ???? », lui écrit par exemple ce chef. Quand Moussa répond qu’il ne comprend pas, son interlocuteur précise : « Le wari » – l’argent, en bambara. Alors chaque mois, de juillet 2020 à octobre 2021, il lui a donné entre 150 et 200 euros. Comme sept autres ex-salariés, il a porté plainte. « Si les faits reprochés à certains employés de Sepur venaient à être confirmés par la justice, Sepur prendra immédiatement les sanctions les plus fermes qui soient à leur encontre », affirme l’entreprise à Mediapart.

Camara et Moussa, désormais en CDI dans des structures où les conditions de travail n’ont « rien à voir », se rendront à l’audience et vont se constituer parties civiles, comme la CGT et une vingtaine d’autres anciens travailleurs sans papiers de Sepur. En octobre 2021, ils faisaient partie des 59 travailleurs sans papiers, majoritairement venus du Mali en traversant la Méditerranée, à tenir un piquet de grève sur le parvis de l’hôtel de ville de Bobigny pour demander leur régularisation, qu’ils ont finalement obtenue.

La CGT dénonce un « système » 

Juste avant le début de leur mobilisation, des inspecteurs du travail s’étaient rendus sur cinq sites Sepur en Île-de-France. Plus de quatre ans plus tard, le procès-verbal qu’ils ont transmis au parquet est au cœur du dossier pénal. Confirmant les récits des anciens manifestants, il indique que les travailleurs se rendaient directement sur les sites Sepur pour trouver du travail et que les sociétés d’intérim ne rencontraient pas les salariés, ne vérifiaient pas leurs pièces d’identité et ne faisaient qu’enregistrer formellement les embauches via des procédures dématérialisées.

« Le rôle essentiel joué par Sepur dans le processus de recrutement des salariés en fournissant aide et assistance aux entreprises de travail temporaire en toute connaissance de cause permet de caractériser sa complicité », résume le procès-verbal, rappelant que l’entreprise connaît pourtant bien le sujet, pour avoir déjà été confrontée à plusieurs mobilisations sociales de travailleurs sans papiers (en 2013 et 2018, puis de nouveau en 2021 et 2023).

Placé en garde à vue et auditionné dans le cadre de l’enquête, le PDG de la société Sepur, Youri Ivanov, n’a pas reconnu les faits et s’est dédouané de toute responsabilité. « Je ne recrute pas car je ne suis pas l’employeur », a-t-il indiqué aux enquêteurs. « Si des salariés n’ont jamais vu la boîte d’intérim, c’est leur responsabilité […]. Il s’agit d’un dysfonctionnement des boîtes d’intérim », a-t-il insisté avant de préciser, preuves à l’appui, avoir « fait un rappel des obligations qui incombaient aux sociétés de travail temporaire » en 2022.

Son service de communication renchérit auprès de Mediapart : « Sepur n’a strictement aucun intérêt (financier, social, réputationnel) à employer des sans-papiers. » Selon son avocat Olivier Baratelli, Sepur se réserve d’ailleurs la possibilité « de donner des suites judiciaires […] dès lors que serait affirmé que Sepur ne respecterait pas la loi, aurait des pratiques illicites, aurait mis en place un système ou une pratique habituelle ».

La société assure être « la première victime, comme beaucoup d’autres entreprises », des travailleurs qui empruntent une autre identité. Les patrons des deux entreprises d’intérim mises en cause ont assuré auprès des policiers avoir toujours respecté les règles, et n’ont pas répondu aux questions de Mediapart.

Du côté des parties civiles, le discours est bien différent. La CGT dénonce un « système Sepur », pensé et organisé pour réduire les coûts et remporter les appels d’offres lancés par les collectivités territoriales – Sepur dessert plus de 250 collectivités territoriales, au bénéfice de 13 millions d’habitants. Le tout grâce à un rouage simple, assure le syndicat : le recours massif à l’intérim.

Si le PDG de Sepur n’a parlé lors de son audition que de « six cents intérimaires par jour » nécessaires pour faire face à l’« absentéisme », des documents internes à son entreprise mettent en évidence qu’en 2022 et 2023, 40 % des 3 500 salarié·es de l’entreprise étaient des intérimaires.

Habituée des tribunaux

Le procès-verbal de l’inspection du travail indique aussi que « le travail intérimaire représente plus de 94 % des salariés inscrits sur le registre unique du personnel » du site de Pantin (Seine-Saint-Denis), 92 % à Villejust , 88 % à Wissous (Essonne) et 46 % à Sarcelles (Val-d’Oise). Des chiffres « totalement faux », rétorque l’entreprise, qui s’indigne de ne pas avoir eu accès au document.

Sepur a néanmoins déjà été sanctionnée à plusieurs reprises pour l’irrégularité de son recours à des travailleurs intérimaires : au moins une quinzaine de décisions de justice (conseils des prud’hommes et cours d’appel) ont condamné la société à requalifier des CDD d’intérimaires en CDI.

Richard Bloch, défenseur syndical à la CGT, déposera prochainement trois nouveaux dossiers qui concernent au total 1 250 contrats de travail. Pour lui, qui a pris l’habitude d’accompagner d’anciens intérimaires de Sepur aux prud’hommes, c’est évident : « S’il n’y avait pas ce modèle économique, il n’y aurait pas de travailleurs sans papiers, ni de racket. »

« On peut mettre une pression énorme sur un travailleur sans papiers. A fortiori sur un intérimaire sans papiers », insiste Jean-Albert Guidou, coordinateur du pôle régional CGT « Travailleurs migrants », qui a accompagné la grève d’octobre 2021.

Camara confirme, expliquant avoir dû s’acheter des bottes à sa taille pour travailler et n’avoir pas été payé pour toutes les heures effectuées. « Tu te plains, tu expliques mais à un moment donné le chef d’équipe essaie de te remplacer, donc tu es obligé de te taire, raconte-t-il. C’est de la surexploitation. »

Il suffirait d’une pression des collectivités locales pour que Sepur se mette dans les clous.       Jean-Albert Guidou, coordinateur du pôle régional CGT

De mémoire de syndicaliste, le procès qui s’ouvre relève de l’exceptionnel. La CGT espère que le recours abusif à l’intérim, défini par le Code du travail, sera reconnu, et que l’audience contribuera à dissuader les collectivités territoriales d’octroyer de nouveaux marchés à Sepur.

« On ne peut pas confier des missions de service public à des entreprises qui ne respectent pas la loi. Il suffirait d’une pression des collectivités locales pour que Sepur se mette dans les clous ou disparaisse », insiste Jean-Albert Guidou.

L’entreprise est habituée des tribunaux, et pas seulement en matière de droit du travail : en 2022, la société menait (et perdait) une procédure-bâillon contre quatre médias (Politis, Le Monde, L’Humanité et France Inter), qui avaient relaté les faits pour lesquels l’entreprise est aujourd’hui jugée.

Au même moment, elle a aussi porté plainte pour escroquerie, avec dans le viseur les travailleurs sous alias. « Certains syndicats poussent des sans-papiers à commettre ces escroqueries dans l’espoir d’une régularisation ultérieure », prétend l’entreprise. Elle indique que la procédure est toujours entre les mains d’un juge d’instruction. 

Quatre ans plus tard, c’est bien Sepur qui devra rendre des comptes. Outre les sanctions pénales, elle risque une exclusion des marchés publics pour cinq ans, alors que son activité repose principalement sur la délégation au privé de la gestion des déchets par les collectivités territoriales.

 mise en ligne le 16 janvier 2026

LVMH : les salariés des grandes maisons de Champagne, privés de prime de participation, se mettent en grève

Pierric Marissal sur www.humanite.fr

Juste avant la clôture des comptes de LVMH, la CGT appelle les salariés champenois à la mobilisation ce jeudi 15 janvier pour réclamer leur participation aux bénéfices, dont ils sont privés pour la première fois.

Quand on est employé par un géant du luxe comme LVMH, la prime de participation peut représenter entre 15 et 30 % du revenu annuel. Pour la première fois, depuis soixante ans que le groupe existe sous cette forme, ses salariés vont être privés de cette part variable de revenu, comme ils l’ont été de prime de fin d’année. La direction le justifie par des résultats en baisse, pour la deuxième année d’affilée. Un argument difficilement entendable, car « LVMH a pourtant versé à ses actionnaires un acompte de dividendes identique à celui de l’année dernière, et c’est nous seuls, les salariés qui produisons la valeur, qui devons-nous serrer la ceinture ! » conteste Alexandre Rigaud, délégué CGT chez Moët & Chandon, le « M » de LVMH.

Alors, le syndicat dans son ensemble – ouvriers, employés, techniciens et cadres – organise une deuxième journée de mobilisation ce jeudi 15 janvier. Une première avait suivi l’annonce de la suppression des primes, le 5 décembre, et la CGT avait rassemblé près de 600 salariés en colère à Epernay (Marne), devant les caves de Moët.

Cette fois ce sera à Reims, devant la maison de la Veuve Clicquot Ponsardin, également propriété de LVMH. « Il s’agit de mettre la pression avant la clôture des comptes, le 19 janvier », précise Alexandre Rigaud. Des salariés de toutes les autres maisons du groupe, Moët, Ruinard, Mercier, Dom Pérignon et Krug, tous concernés par la baisse des revenus, seront mobilisés.

1 200 postes en moins sur trois ans

Le contexte social est morose dans la branche vins et spiritueux du géant du luxe. Les menaces de scission du groupe ont été quelque peu apaisées par l’arrivée du fils du patron, Alexandre Arnault, comme n° 2 de LVMH l’année dernière : « C’est au moins la preuve que le champagne et le cognac importent encore à Bernard Arnault », estimaient alors les syndicats. L’alcool pèserait sur l’image de marque de la multinationale de luxe, dans certains pays. « C’est vrai qu’en termes de chiffre d’affaires, on pèse moins que Sephora, mais les bonnes années on réalise 30 % de marge, c’est important pour les résultats du groupe », grince le délégué CGT.

La mesure phare de la nouvelle direction reste l’annonce d’une baisse d’effectifs de 1 200 postes sur trois ans. « Déjà, 450 départs n’ont pas été remplacés, principalement au siège ou dans les services techniques, précise Alexandre Rigaud. Chez nous, à la production, ce sont surtout les précaires, les CDD et les intérimaires, qui font les frais des mesures d’économie. » La ligne est en tout cas celle-là : couper dans les coûts, mais pas de réorientation stratégique. Pour écouler ses stocks accumulés et maintenir des prix élevés, LVMH mise sur le marketing et surtout une baisse de la production.

En champagne, les volumes récoltés pour l’AOC sont votés chaque année par les producteurs. La multinationale de Bernard Arnault, qui représente environ 30 % des volumes et 50 % de la valeur du champagne, a donc pu imposer à tous une baisse de rendement, en passant de 12 000 kg de raisins récoltés en 2024 à moins de 11 000 kg l’année suivante. Alors les vendanges 2025, bien qu’elles furent bonnes, donneront près de 60 millions de bouteilles de champagne en moins qu’il y a trois ans.

 mise en ligne le 16 janvier 2026

« Ils ont tout fait pour nous enterrer » :
chez Erasteel, le fonds d’investissement licencie
la quasi-totalité des ouvriers… et tourne le dos à une filière rentable

Eugénie Barbezat sur www.humanite.fr

Alors que l’aciérie s’est réinventée en créant une activité pérenne dans le recyclage en 2016, le fonds d’investissement qui l’a rachetée en 2023 choisit de la couler. Au prix d’une catastrophe sociale et environnementale.

Des centaines d’emplois sacrifiés, une entreprise historique dépecée, une commune sinistrée. Sur fonds de rapacité financière, la direction d’Erasteel (leader européen des aciers rapides), rachetée il y a deux ans par un fonds de pension, a annoncé le 3 novembre 2025 la suppression de 190 emplois à la « Forge » de Commentry. Soit la quasi-totalité des 240 salariés que compte cette aciérie alliéroise, vieille de presque deux siècles, située dans cette ancienne cité minière de 6 000 habitants.

Elle produit des lingots d’acier rapide, ce métal très résistant destiné à la fabrication d’outils de coupe à haute vitesse ou des aiguilles d’injecteur pour les moteurs automobiles et s’est lancée depuis 2016 dans le recyclage de batteries et catalyseurs pétroliers.

« Ils ont tout fait pour nous enterrer »

Les premiers salariés partiront en avril 2026, selon le calendrier présenté par la direction, mais en attendant « la production continue, dans une ambiance morose, mais avec une volonté de préserver l’outil de travail et de ménager la possibilité d’une reprise de l’entreprise », souligne Dorian Durban, délégué syndical CGT du site de Commentry. Pour les syndicats, la « quasi-fermeture » de l’entreprise n’est pas étrangère à la vente d’Erasteel, ancienne filiale d’Eramet, au fonds d’investissement belge Syntagma Capital, en 2023.

« À partir de là, ça a été le début de la décadence, on voyait la trésorerie s’effriter, on a lancé des alertes on perdait un à deux millions d’euros chaque mois. La direction a ordonné la délocalisation d’une part de la production de Commentry dans un autre site de notre groupe en Suède », décrit Dorian Durban, entré en 2016 comme technicien de maintenance dans l’entreprise où son père travaille depuis 36 ans.

Face à ce « sabotage », les syndicats ont mandaté une expertise dont les conclusions ont été sans appel : les décisions de la direction n’étaient ni justifiées ni rentables. Néanmoins, pointe le syndicaliste, « ils savaient qu’ils allaient manger de l’argent, mais ils ont maintenu leurs choix, car quand Syntagma a racheté, c’est clair que seules les usines suédoises et leur acier en poudre, très rentable, intéressaient ces financiers. Ils ont donc tout fait pour nous enterrer. »

La direction de l’entreprise ne dément pas explicitement. La société « souhaite se recentrer sur les aciers rapides élaborés par métallurgie des poudres » où elle est leader (49 % des parts de marché), et stopper ses autres activités pour « garantir la pérennité » de l’activité, a fait valoir une porte-parole auprès de l’AFP.

Si les représentants des salariés de Commentry ne nient pas la meilleure rentabilité de l’acier en poudre, ils accusent la direction de l’entreprise d’avoir une vision « essentiellement financière » de leur entreprise et de refuser de prendre en compte leur seconde activité, le recyclage, un secteur dans lequel le site de Commentry est en pointe.

« Depuis 2016, nous sommes précurseurs et seuls en France à faire du recyclage de piles et de catalyseurs pétroliers. Pour nous c’est la partie qu’il faut qu’on garde absolument, car c’est un secteur d’avenir et rentable », assure Dorian Durban, qui avec ses camarades interpelle les pouvoirs publics afin qu’ils les aident à trouver un repreneur qui garderait et développerait cette activité en préservant plus d’une certaine d’emploi, dans un premier temps, sur le site selon le projet présenté par représentants des salariés.

Le maintien d’une activité résiduelle pour échapper à la dépollution du site

Ceux-ci ont été reçus à Bercy et sont soutenus par les élus locaux, mais leur pouvoir, comme celui du ministre de l’industrie est limité « ils ne peuvent pas influer sur les décisions des dirigeants d’une entreprise privée », regrette le syndicaliste.

De fait, la direction de l’entreprise souhaite conserver uniquement à Commentry un atelier de tréfilerie, qui produit des fils d’acier en réimportant de la matière semi-transformée des usines suédoises, et qui n’emploie qu’une petite trentaine d’ouvriers. Les syndicats, qui ne croient absolument pas à la pérennité de cette activité, voient dans son maintien à Commentry une manœuvre pour ne pas avoir à dépolluer le site de l’usine si elle était totalement fermée.

« Cette aciérie est au même endroit depuis 1846, elle pollue les sols les depuis des décennies, autant vous dire que dépolluer un tel site comme coûte énormément d’argent », explique Dorian Durban. Des sommes considérables que les financiers belges ne sont pas prêts à dépenser, préférant trouver un moyen de fuir leurs responsabilités.

Un futur « un exemple de volonté politique au service de l’industrie et des territoires » ?

En attendant, il reste moins d’un mois aux représentants du personnel pour négocier le PSE et arracher des conditions de départ dignes à ceux dont les emplois sont supprimés. Alors que le député François Ruffin était sur place ce 15 janvier, l’intersyndicale de l’aciérie appelle « solennellement l’État à prendre ses responsabilités, à s’impliquer pleinement dans la recherche d’une solution industrielle durable et à permettre par tous les moyens que le projet alternatif porté par les salariés soit lancé. L’issue de ce dossier dira beaucoup de la crédibilité des engagements politiques en matière d’industrie, d’emploi et de transition écologique. La Forge de Commentry ne doit pas devenir un symbole de plus des promesses non tenues. »

Elle peut, au contraire, espèrent les ouvriers, devenir « un exemple de volonté politique au service de l’industrie et des territoires. » Un discours que le maire de Commentry, Sylvain Bourdier s’engage à marteler auprès du ministère de l’industrie. « Je vais insister pour que notre territoire soit inscrit parmi ceux désignés par le ministère comme pouvant intégrer le dispositif ” France Rebond ”, mais le mieux serait que l’outil industriel existant, que nous avons contribué à rendre efficient, puisse trouver un repreneur à court terme », martèle le maire.

Pour lui, le plan proposé par les salariés est viable, la culture du risque sur ce site classé Seveso haut risque est gérée, et « ne manque peut-être qu’un petit délai ». Celui-ci pourrait être accordé pour quelques mois via une invalidation du PSE par les services de l’État qui permettrait à d’éventuels repreneurs du secteur du recyclage d’avoir le temps de se manifester.

    mise en ligne le 13 janvier 2026

« La victoire judiciaire contre Auchan couronne une lutte syndicale de 10 ans » : le décryptage de
Damien Condemine, avocat de la CGT

Hayet Kechit sur www.humanite.fr

Après l’annulation par la cour administrative d’appel de Douai (Nord) du plan de licenciements d’Auchan, Damien Condemine, avocat de la CGT, revient sur la portée historique de cette décision. En reconnaissant l’existence d’un groupe Mulliez, propriétaire de l’enseigne, la justice ouvre la voie à une convergence des luttes entre les salariés des 130 entreprises de cet empire commercial, qui détient 20 % de l’économie française.

La décision judiciaire d’invalider le plan de licenciements d’Auchan, le 7 janvier, a ouvert une brèche que la CGT ne compte pas laisser se refermer. Au-delà de la possibilité pour les quelque 2 400 salariés licenciés de réclamer des dommages et intérêts, elle couronne en effet une lutte de plus de dix ans visant à faire reconnaître l’existence d’un groupe Mulliez.

Damien Condemine, avocat de la CGT, à la manœuvre durant cette procédure judiciaire, décrypte les enjeux de cette décision qualifiée « d’historique » et annonce les batailles à venir pour faire valoir les droits des salariés dans les 130 autres entreprises (dont Decathlon, Jules, Boulanger, Saint-Maclou…) aux mains de la richissime association familiale Mulliez (AFM).

Vous avez qualifié l’invalidation du PSE d’Auchan de « victoire historique ». Pouvez-vous expliquer pourquoi ?

Damien Condemine : C’est historique parce que c’est le couronnement d’une lutte de dix ans pour la reconnaissance de l’existence d’un groupe Mulliez. Nous avions mené ce combat pour Flunch, pour Happy Chic, pour Top Office (des propriétés de la famille Mulliez – NDLR), mais les juridictions administratives avaient systématiquement opposé une fin de non-recevoir à nos arguments. Jusqu’à ce dossier Auchan, par lequel nous avons emporté l’adhésion des juges en introduisant la notion de « contrôle conjoint ».

Le tribunal administratif de Lille, puis la cour administrative d’appel de Douai, en répondant « non » à la question de savoir si les CSE (comités sociaux et économiques – NDLR) concernés par le PSE d’Auchan ont été correctement informés et consultés sur la totalité des activités de la famille Muliez, et pas seulement sur la société Suraumarché qui gère les supermarchés, ont de fait retenu l’argument que nous leur avons soumis : celui d’un contrôle conjoint exercé par trois autres sociétés de l’empire Mulliez, à savoir Acanthe, Valorest et Cimofat. Les CSE avaient bien un droit de regard sur l’ensemble de ces entités.

L’arrêté de la cour d’appel a bien identifié le fait que ces trois sociétés ont les mêmes instances dirigeantes, des sièges sociaux à la même adresse, des objets sociaux similaires et que les statuts de chacune de ces trois sociétés prévoient que les actionnaires ne peuvent être que des descendants de Louis et Marguerite Mulliez-Lestienne. Le credo de cette famille a toujours été de nier l’existence d’un groupe sous leur domination, notamment en compartimentant ses activités.

Pourquoi cela gêne-t-il autant les Mulliez ? Et quelles perspectives cela ouvre-t-il pour les salariés ?

Damien Condemine : Les Mulliez n’ont pas envie que le client arrivant dans un centre commercial doté d’un Flunch, d’un Auchan, d’un Norauto, d’un Kiloutou, d’un Décathlon… sache qu’il dépense son argent au profit d’une même famille. Pas plus qu’ils ne souhaitent voir les salariés de Boulanger prendre conscience que les autres salariés qui travaillent chez Auchan, dans la même galerie commerciale, ont le même patron que lui. Les Mulliez n’ont pas envie d’apparaître comme une gigantesque pieuvre de commerçants. Il faut savoir qu’à elle seule, cette famille détient 20 % de l’économie française.

La grande victoire réside dans les perspectives ouvertes par cette décision judiciaire : désormais quand il y aura un PSE, par exemple chez Norauto, il faudra aussi que les CSE aient une visibilité sur les moyens présents chez Decathlon, chez Flunch, chez Kiloutou… La direction sera soumise à une obligation de transparence sur la totalité de ses activités.

On peut imaginer que la lutte ne va pas s’arrêter là, d’autant qu’Auchan a annoncé porter l’affaire devant le Conseil d’État… Redoutez-vous une décision défavorable ?

Damien Condemine : Je n’ai pas de grandes craintes sur ce sujet. Le Conseil d’État n’a pas vocation à revenir sur le fond de l’affaire ni sur l’analyse des faits, il vérifie que le droit a bien été appliqué. Et, finalement, la reconnaissance de l’existence d’un contrôle conjoint des sociétés Acanthe, Valorest et Cimofat sur la société Suraumarché et toutes les autres holdings de secteurs de la famille Mulliez, c’est là une appréciation souveraine du juge.

La prochaine bataille consistera donc à faire reconnaître le comité de groupe en nous saisissant de toutes les implications de l’arrêt rendu par la justice. Après cette officialisation, les salariés ne seront plus uniquement rattachés à une entreprise, mais à l’ensemble du groupe Mulliez, avec tous les droits supplémentaires que cela implique, notamment le reclassement dans une autre société en cas de PSE. Le but, à terme, est de créer une communauté de salariés beaucoup plus importante, avec une convergence des luttes et des revendications sociales.

   mise en ligne le 12 janvier 2026

Montpellier : une pétition demande à la mairie et à la préfecture l’activation du plan Grand froid

Elian Barascud sur https://lepoing.net/

Ce lundi 12 janvier, une quarantaine de personnes s’est réunie devant la mairie de Montpellier pour tenter de remettre au maire une pétition demandant l’ouverture de lieux d’accueils pour abriter les personnes vivant à la rue dans ces périodes de grand froid

Les grilles de l’hôtel de ville se ferment alors qu’une quarantaine de personnes se rassemble devant le bâtiment. “On vient pour remettre une pétition au maire pour lui demander d’ouvrir des gymnases pour accueillir des personnes à la rue”, explique Samuel Forest, fondateur de l’association Solidarité Partagée, spécialisée dans l’ouverture de lieux pour loger des gens dans le besoin. Le texte, qui a récolté 600 signatures depuis le 7 janvier, exhorte “la préfecture et la mairie de Montpellier d’activer le plan grand froid. Cela comprend la réquisition des gymnases et autres lieux vacants pour qu’ils puissent servir d’hébergement temporaire et l’organisation d’un système d’accueil bien structuré et adapté pour toutes ces personnes en détresse.”

Depuis le 4 janvier, l’association manifeste quasiment quotidiennement devant la préfecture de l’Hérault. “Il y a urgence”, martèle Samuel Forest, en évoquant la mort d’un jeune homme de 28 ans dans les rues de Montpellier le 30 décembre dernier, à l suite d’une hypothermie. “La mairie à ouvert un gymnase de 55 places pendant quatre jours alors qu’on estime que 1 000 personnes dorment à la rue à Montpellier, ce n’est clairement pas assez, nous demandons la réquisition de lieux pour de l’hébergement”, précise-t-il.

Antoine, travailleur social syndiqué chez Sud Santé Sociaux, pointe quant à lui la responsabilité de l’État :“C’est la compétence de l’État de financer des structures qui permettent l’accompagnement pour l’hébergement d’urgence des personnes. Le Conseil départemental a la même compétence pour les mineurs, il est également responsable. Ils se renvoient tous la balle.”

A la fin du rassemblement, Fatima, une femme vivant à la rue, prend la parole au micro en se cachant derrière une grande écharpe. “C’est dur, je suis tombée malade, il nous faudrait une grande salle chauffée. J’ai beau appeler le 115 pour un hébergement d’urgence plusieurs fois par jour, c’est saturé, j’en ai marre.”

Venus pour rencontrer Michaël Delafosse, maire de Montpellier, les manifestants n’ont pas été reçus. Les organisateurs du rassemblements appellent à une réunion publique sur la question du sans-abrisme ce mercredi 14 janvier à 18 h 30 à la brasserie Le Dôme (arrêt de tram Saint-Denis, ligne 3.)


 

 mise een ligne le 12 janvier 2026

Symbole du libre-échange, le port de Bayonne bloqué par des agriculteurs

Par Chloé Rébillard sur https://reporterre.net/

Une intersyndicale paysanne a bloqué le port de Bayonne, le 12 janvier, barrant la route à l’entreprise Maïsica, qui exporte et importe des grains. Les agriculteurs dénoncent le traité de libre-échange avec le Mercosur et la gestion de la dermatose bovine.

Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), reportage

La colère agricole ne retombe pas malgré la pression accrue de l’État. Après trois jours de blocage de l’autoroute A63 par un groupe d’agriculteurs baptisé les Ultras de l’A63, qui a fortement perturbé la circulation des poids lourds dans l’agglomération de Bayonne, la préfecture des Pyrénées-Atlantiques a haussé le ton le 12 janvier : « Le préfet a décidé d’interdire toute manifestation non déclarée dans le secteur à Bayonne au regard du risque avéré de paralysie totale de la circulation. »

Une interdiction bravée dans la matinée par quelques centaines de personnes au niveau du port industriel de Bayonne-Tarnos, à l’appel des Confédérations paysannes du Béarn et des Landes, ainsi que du Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef) et du syndicat basque Euskal Herriko Laborarien Batasuna (ELB).

Ils dénoncent le traité de libre-échange avec les pays sud-américains du Mercosur — dont la signature est prévue le 17 janvier au Paraguay — et l’abattage total des troupeaux en cas de dermatose nodulaire contagieuse, une maladie grave qui touche les bovins.

L’accord UE-Mercosur au cœur du ressentiment

Positionnés au port industriel, les dizaines de tracteurs et leurs soutiens se sont divisés en deux groupes. Leur cible ? Des immenses silos dominant l’embouchure de l’Adour et appartenant à l’entreprise Maïsica, qui exporte et importe des grains depuis le sud-ouest de la France. Postés sur les accès toute la matinée, ils ont filtré la circulation, bloquant le ballet des poids lourds qui entrent et sortent du site.

Un lieu érigé en symbole du libre-échange, explique Mélanie Martin, présidente du Modef des Landes : « Maïsica contribue à creuser les inégalités entre les agriculteurs. » Or, elle constate que ce modèle exportateur des grandes coopératives céréalières est défavorable aux petits paysans. « Les Landes sont l’un des départements où les revenus agricoles sont les plus bas. »

« La crise agricole est une crise des revenus, mais les politiques font paravent en montrant du doigt les normes environnementales et sociales », précise Julien Iladoy, venu d’Aramits (Pyrénées-Atlantiques) où il élève des vaches, et porte-parole de la Confédération paysanne du Béarn. Dans son viseur notamment, des parlementaires français récemment ralliés à l’opposition à l’accord avec le Mercosur. L’éleveur dénonce leur « double discours » : « On demande de la cohérence. Nous, cela fait trente ans que nous luttons contre une agriculture dédiée à l’exportation. Nous voulons des échanges internationaux basés sur la solidarité et non pas sur la compétition. »

Julen Perez, représentant d’ELB, élève quant à lui des canards gras au Pays basque. Il craint les conséquences du traité du Mercosur sur un territoire où la densité paysanne a mieux résisté qu’ailleurs. Néanmoins, le Pays basque ne fait pas exception : ici comme ailleurs, l’érosion du nombre de paysans est au centre des préoccupations du monde agricole. Et le Mercosur attise ses inquiétudes : « Le Brésil est un producteur de viande colossal. Si demain les collectivités locales ou les restaurants ont le choix entre nos viandes qui coûteront deux fois plus cher et celles qui viennent du Brésil, on perdra des parts de marché. »

En début d’après-midi, les tracteurs ont quitté le port pour retourner dans les fermes. Peut-être pas pour longtemps. D’ici à la signature de l’accord, les agriculteurs ont d’ores et déjà prévu de continuer à se mobiliser. Reste à savoir quelle forme prendra la lutte. En parallèle des blocages, d’autres initiatives émergent. Au Pays basque, une soixantaine de communes ont signé une charte à l’initiative du syndicat ELB contre le traité de libre-échange et s’affichent désormais en « communes hors-Mercosur ».

  mise en ligne le 9 janvier 2026

« Virage autoritaire sur le système de santé » : pourquoi les médecins
font grève (ou pas)

par Rachel Knaebel sur https://basta.media/

Les médecins ont lancé une grève de dix jours en début de semaine, pour protester contre un contrôle accru des arrêts maladie et des menaces de sanctions. Mais toutes les organisations professionnelles ne sont pas en accord avec ce mouvement.

ne grève des médecins, généralistes et spécialistes, a commencé lundi 5 janvier. Largement suivie, elle devrait durer dix jours. L’intersyndicale qui appelle à cette grève dénonce plusieurs mesures de la loi de finances de la Sécurité sociale, adoptée mi-décembre et qui sonnerait « le glas de la médecine libérale en France ».

Un de ses articles prévoit, par exemple, la fin du remboursement par l’Assurance-maladie des actes et prestations prescrits par les médecins dits « de secteur 3 », qui n’ont pas signé d’accord avec la Sécurité sociale et fixent librement leurs tarifs, souvent élevés. D’autres articles de cette loi donnent à l’Assurance-maladie le pouvoir de prononcer unilatéralement des baisses de remboursements, si les négociations avec les médecins n’ont pas abouti.

Un autre point prévoyait des sanctions financières, pouvant aller jusqu’à 10 000 euros par an, contre les médecins qui n’alimentent pas le dossier médical partagé (DMP), un carnet de santé numérique. Mais cet aspect a été invalidé par le Conseil constitutionnel à la toute fin du mois de décembre.

« Ça nous assimile à des fraudeurs »

Enfin, les médecins protestent contre un contrôle renforcé des arrêts maladie prescrits, prévu, non pas dans la loi de finances de la Sécu, mais dans un projet loi de lutte contre la fraude sociale et fiscale, étudié au Parlement depuis l’automne.

Depuis plusieurs années, les médecins subissent une pression de plus en plus forte de la part de l’État sur leurs prescriptions d’arrêts maladie. Car le nombre d’arrêts maladie augmente, tout comme le montant global d’indemnités journalières payées en cas d’arrêts. Pour l’Assurance-maladie, 60 % de cette hausse est due à l’augmentation de la population, à son vieillissement, et à l’augmentation des salaires, sur lesquels sont calculées les indemnités. L’Assurance-maladie en déduit donc que 40 % de l’augmentation du coût des indemnités vient directement des médecins, qui prescriraient trop d’arrêts.

« C’est une loi qui a vocation à lutter contre la fraude. Et dans cette loi, les parlementaires ont intégré la “mise sous objectifs”, un outil qui doit normalement permettre de réguler la prescription d’arrêts maladie. Ça nous assimile, de fait, à des fraudeurs. C’est nous prendre d’emblée pour des gens malhonnêtes », s’indigne Sébastien Adnot, médecin dans le Vaucluse et secrétaire général adjoint du syndicat de généralistes MG France.

Pour lui, la manière dont la Caisse nationale d’assurance-maladie (CNAM) sélectionne les médecins aujourd’hui contrôlés pour les arrêts de travail prescrits est opaque. « Si on écoute la Cnam, elle sélectionne par le biais d’un algorithme les médecins qui ont des prescriptions atypiques d’arrêts de travail. Mais l’algorithme, on ne sait pas comment il fonctionne. Et puis, si on est dans un secteur où il y a beaucoup d’ouvriers, avec des gens qui ont des troubles musculo-squelettiques, des douleurs lombaires, des problèmes de santé mentale, etc., comment voulez-vous que nous puissions atteindre des objectifs de réduction des arrêts maladie, alors qu’on donne simplement ce dont les patients ont besoin ? »

La « verticalité » plutôt que le dialogue

MG France conteste aussi les sanctions financières initialement prévues dans la loi de financement de la Sécu pour non-remplissage du dossier médical partagé. « Le dossier médical partagé, c’est une avancée qui peut être majeure. Nous n’en remettons pas en question l’utilité. Mais le DMP a été construit sans concertation avec les soignants et les médecins. Donc, on a un outil qui n’est pas adapté à notre pratique, et on ne l’utilise pas. Mais plutôt que de dire “on va travailler avec vous pour rendre l’outil plus ergonomique”, on nous menace d’amendes ! »

Plus largement, le médecin fustige « un virage autoritaire de l’État par rapport au système de santé, et une disparition de ce qui fonde normalement la relation entre les médecins et l’Assurance-maladie, qui est le dialogue conventionnel. Là, au contraire, on voit une verticalité qui s’installe. »

La composition de l’intersyndicale qui a appelé à la grève des médecins est large. Elle va d’organisations de généralistes, comme MG France, à celles des Jeunes médecins, la Fédération des médecins de France, le syndicat de chirurgiens et spécialistes Spé-Le Bloc… Mais tous les syndicats de médecins ne s’y sont pas joints.

Les « privilèges d’une corporation »

Le Syndicat de la médecine générale (SMG), orienté à gauche, se tient à l’écart de ce mouvement. « Sous couvert de défendre l’accès aux soins et le système de santé, ces organisations défendent surtout les privilèges d’une corporation et ses bénéfices, accuse le SMG au sujet de l’appel à la grève et des syndicats qui l’ont lancé. Ceux-ci « s’insurgent contre les limitations portées aux dépassements d’honoraires, contre le contrôle de l’augmentation injustifiée des profits réalisés dans certaines spécialités, et défendent bec et ongles un système libéral qui a désormais largement fait la preuve de son incapacité à remplir le service essentiel à la population que représentent les soins de santé », écrit aussi le SMG.

Pourtant, le Syndicat de la médecine générale partage une partie des revendications des médecins à l’initiative de la grève et dénonce aussi la pression exercée sur les arrêts maladie. « Nous militons pour défendre l’arrêt de travail comme un outil thérapeutique, et pour lutter contre les causes de l’augmentation de ces arrêts de travail », explique Ismaël Nureni Banafunzi, médecin à La Rochelle, au nom du Syndicat de la médecine générale, dont il est membre.

« Pour la suppression des dépassements d’honoraires »

Sur le dossier médical partagé, le SMG alerte de son côté depuis des années sur la sécurité des données et la nécessité du consentement des patients et des patientes. « Les moteurs de notre opposition ne sont pas les mêmes », résume le médecin au sujet de cette grève. « Notre objectif, c’est de réfléchir à l’organisation territoriale de santé, pas seulement avec les médecins, mais aussi avec les autres personnels de santé et les patients et les patientes, pour introduire de la démocratie dans la gouvernance de la Sécurité sociale, pour savoir où est-ce qu’on met l’argent et où est-ce qu’on le prend », défend Ismaël Nureni Banafunzi.Le SMG s’était par exemple fermement opposé à l’augmentation des restes à charge pour les patients, à l’origine prévue dans le projet de budget de la Sécu. Mesure qui a finalement été abandonnée, du moins pour cette année. « Nous militons pour la suppression des dépassements d’honoraires, ajoute le médecin du SMG. Et pour une nouvelle organisation territoriale de santé afin de lutter contre la désertification médicale en créant un système public de soins primaires et en instaurant une diversification sociologique du recrutement des étudiants en médecine. »

Au-delà des revendications des différentes organisations professionnelles, la grève actuelle des médecins fait ressortir une défiance envers les pouvoirs publics, dans un contexte où le budget de la Sécu a été adopté avec beaucoup de difficultés. « Le problème de la santé en France, c’est essentiellement un problème de choix politique, pas de dépenses qui seraient trop importantes, juge Sébastien Adnot. Qu’est-ce que la classe politique qui est en charge des affaires du pays est prête à faire pour assurer la santé des citoyens ? »

 mise en ligne le 7 janvier 2026

« Le harcèlement est presque un rite de passage » : des salariés d’un Biocoop en grève

Par Pablo Patarin sur https://reporterre.net/

Depuis le 3 janvier, les salariés de Biocoop Place des Fêtes à Paris sont en grève pour dénoncer le management et leurs conditions de travail. Ils espèrent la mise en place d’une charte sociale commune à l’ensemble des magasins.

Dès 7 h 30, malgré le froid et la neige, une trentaine de personnes se sont retrouvées devant le Biocoop Place des Fêtes, à Paris, pour installer un piquet de grève, samedi 3 janvier. Au total, 16 des 20 salariés de l’équipe se sont mobilisés. « Ceux qui ne sont pas là sont trop précaires pour se joindre à nous », explique un employé, alors que les intérimaires et alternants s’affairent pour préparer l’ouverture du magasin. Mais celle-ci n’a finalement pas eu lieu.

En cause ? Des pratiques managériales jugées « toxiques, malveillantes et destructrices » de la part de la gestionnaire et propriétaire du magasin. « On a vu partir beaucoup d’employés ces dernières années à cause de ses propos déplacés », affirme Bastien [*], délégué du personnel.

Interrogée, la gérante n’a pas souhaité répondre aux questions de Reporterre.

Arrivée il y a deux ans, Justine abonde : « Chaque magasin Biocoop fonctionne comme une franchise. Chaque patron fait sa propre politique au niveau social. Notre patronne est toute-puissante. Il y a des soucis de harcèlement moral au travail sur beaucoup de collègues, des violences verbales, des pressions psychologiques… »

Les salariés évoquent un climat de défiance généré par l’interdiction faite à son adjointe d’entretenir des relations amicales avec le personnel. Cette dernière aurait particulièrement été prise pour cible par la gérante, qui l’aurait menacée de la « griller » auprès d’autres magasins du réseau.

« Le harcèlement est presque un rite de passage, surtout pour les nouveaux. Ça ne laisse pas d’autre choix que le rapport de force », résume Thierry, employé polyvalent.

Surcharge de travail et climat de peur

Les équipes du magasin, principalement composées de jeunes travailleurs, évoquent une surcharge de travail, un climat de peur, un manque de reconnaissance et l’opacité des décisions managériales. Côté rémunération, les salariés rappellent que Biocoop recommande une base de salaire équivalente au Smic majoré de 10 %. Une règle qui ne serait pas respectée dans le magasin, selon plusieurs témoignages.

Ils dénoncent également « une incompétence managériale » et des soucis au niveau de la gestion du planning, dont les conséquences retomberaient systématiquement sur les équipes.

Tout au long de la matinée, les soutiens affluent sur le piquet de grève : militants de la CGT Paris 19, collectifs de quartier, mais aussi l’élue communiste du 19ᵉ arrondissement Gwenaëlle Austin, puis La France insoumise et le NPA plus tard dans la journée. De nombreux clients et habitants du quartier, étonnés de la situation, témoignent aussi de leur soutien.

Après une tentative de dialogue à l’été dernier, qui avait permis une « accalmie très temporaire » selon plusieurs salariés, l’idée d’une grève s’était imposée ces dernières semaines. Prévenue la veille, à la suite d’un collage effectué dans le quartier pour annoncer le mouvement de grève, la gérante, présente au magasin dès le matin, a finalement décidé de fermer les lieux jusqu’à nouvel ordre. Elle enjoignait les grévistes à une discussion en fin de matinée.

Parmi les revendications évoquées lors de la réunion : des renforts d’effectifs, des revalorisations salariales, des changements de management, mais surtout son départ de la gestion du magasin. « Quand autant de salariés acceptent de perdre des jours de salaire, c’est que le problème est sérieux, estime Gwenaëlle Austin. Le management toxique, on ne s’attend pas à le trouver dans une entreprise qui se réclame de l’économie sociale et solidaire. Mais derrière le vernis bienveillant, c’est parfois pire. »

Le modèle Biocoop en question

« Beaucoup d’entre nous ont rejoint Biocoop pour ses valeurs humaines et sociales, confie Améline, employée au rayon sec. C’est triste de voir ce qu’elles deviennent dans la réalité. »

Le cas du Biocoop Place des Fêtes n’est en effet pas isolé. Ces dernières années, plusieurs magasins de l’enseigne ont connu des mouvements sociaux — à Paris, Marseille et Strasbourg à l’été 2020 — dénonçant des situations de mal-être au travail et de pressions managériales. Un paradoxe pour un réseau qui promeut un engagement social et démocratique dans sa charte, mais dont le fonctionnement semble favoriser des dérives proches de celles des supermarchés conventionnels.

Pour Adèle Tellez, secrétaire générale de l’union locale CGT Paris 19, « les salariés de ce magasin ont fait preuve de patience, mais le système Biocoop rend le rapport de force difficile. Les responsabilités sociales sont diluées, il y a peu de représentants du personnel… » Un modèle de plus en plus calqué sur la grande distribution, alors que l’enseigne affiche l’objectif d’atteindre 900 magasins d’ici 2029, posant la question de la compatibilité entre croissance rapide et engagements sociaux.

Alors que les discussions devraient se poursuivre entre les salariés et la direction lundi 5 janvier, Biocoop a transmis un court communiqué : « La coopérative est composée de 740 magasins indépendants. Chaque magasin du réseau est autonome dans la gestion de son personnel, dont il est seul employeur. La coopérative, attentive aux problématiques exprimées, met tout en œuvre pour favoriser un dialogue constructif entre les parties concernées, dans le respect du cadre légal. » La gérante a quant à elle fait appel à un médiateur extérieur, et assure à Reporterre espérer une « issue rapide et constructive à cette situation ».

Déjà soutenus par d’autres Biocoop parisiens, les grévistes de Place des Fêtes espèrent, au-delà de la satisfaction de leurs revendications locales, la mise en place d’une « charte sociale commune à l’ensemble des magasins franchisés », « le droit à une organisation syndicale commune » ou encore « un engagement ferme à ne pas sanctionner les salarié·es grévistes ». Avec l’espoir que le mouvement puisse essaimer ailleurs.

  mise en ligne le 4 janvier 2026

Au musée du Louvre,
une situation alarmante et
« un niveau d’obsolescence inquiétant »

Léo Schilling sur www.humanite.fr

Ce lundi 5 janvier 2026, les personnels de l’établissement public du musée du Louvre (EPML) se réunissent en assemblée générale pour décider de la suite à donner à leur mobilisation, trois semaines après une grève qui a duré du 15 au 18 décembre. « L’Humanité » a suivi Gary Guillaud, surveillant de salle et délégué CGT, à la découverte des failles du « musée le plus connu au monde ».

Ce n’est « même pas la peine d’essayer d’entrer côté pyramide », nous dit Gary Guillaud, face à la foule qui s’agglutine autour de l’entrée principale du musée à la mi-journée du dernier jour de l’année 2025. Nous ferons notre entrée passage Richelieu, où, là aussi, la file d’attente s’allonge et le personnel chargé du désengorgement s’active pour essayer de maintenir un semblant d’ordre.

Un premier symptôme des nombreux dysfonctionnements que connaît le Louvre, dans la tourmente depuis le vol des bijoux de la couronne de France, le 19 octobre. Ce cambriolage spectaculaire a révélé au monde entier les problèmes de sécurité et de sous-effectif sur lesquels alertent les syndicats depuis déjà plusieurs années, sans que la direction n’en tienne vraiment compte.

Presque un mois après le vol, le 17 novembre, la galerie Campana fermait ses portes au public à la suite de la détection de « faiblesses structurelles sur les planchers du deuxième étage » qui, en clair, menaceraient de s’effondrer. Dix jours plus tard, une fuite d’eau endommageait plusieurs centaines d’ouvrages de la bibliothèque des antiquités égyptiennes.

« La première fois que des conservateurs font grève »

Le 15 décembre, les employés du Louvre se mettaient massivement en grève. Une mobilisation qui a rassemblé la quasi-totalité du personnel. « Depuis 2003, c’est la première fois que des conservateurs viennent nous demander comment se mettre en grève. Je n’ai jamais vu une mobilisation d’une telle ampleur en plus de vingt ans », souligne Gary Guillaud. La surcharge de travail, conséquence d’une politique de réduction des effectifs, est au cœur des revendications des grévistes.

En dix ans, 190 postes de sureté-surveillance ont été supprimés, soit une baisse d’environ 15 %, selon la CGT. Du fait de ce qu’ils considèrent comme une surfréquentation (malgré une jauge maximale fixée à 30 000 visiteurs par jour par la présidente-directrice, Laurence des Cars), les agents de surveillance ne parviennent plus à effectuer leur travail correctement.

À mesure que l’on avance – lentement – à travers les différentes galeries, le surveillant de salle continue d’énumérer les difficultés. « Nous demandons à baisser encore la jauge de visiteurs journaliers, car, comme on peut le voir, on n’est pas sur ce qu’on pourrait appeler une visite fluide. » Effectivement, il faut se frayer un chemin parmi la foule, quand on ne piétine pas en attendant que le trafic reprenne.

Ce sont de véritables bouchons humains qui se forment dans les endroits les plus fréquentés du musée. Les effectifs sont si bas que de nombreuses salles se retrouvent fermées pendant les week-ends et les vacances, faute de pouvoir les surveiller, à des périodes où le Louvre est censé être ouvert en totalité.

Gary Guillaud nous guide vers les cours Marly et Puget et la crypte Girardon, symptomatiques des carences que le délégué syndical pointe du doigt. « Dans les salles que nous voyons ici, quand je suis arrivé (il y a plus de vingt ans, NDLR) , il y avait 16 agents de surveillance. Aujourd’hui, nous sommes huit ou neuf. Dans la cour Marly, nous sommes cinq, mais trois pendant les pauses, qui ont lieu toutes les trente minutes. Trois personnes pour quatre sorties de secours… c’est ingérable. »

Même son de cloche du côté de Julien Dunoyer, délégué syndical SUD culture Solidaires et également agent de surveillance, qui craint que les visiteurs puissent chuter depuis les parapets, et atterrir sur le sol en marbre vingt mètres plus bas : « Nous demandons aux agents de faire particulièrement attention, surtout aux enfants. Ça demande parfois de prioriser les choses, et donc de ne pas surveiller d’autres endroits, étant donné la taille de l’espace. »

Des salles fermées pour températures négatives

Le manque de personnel est tel que Gary Guillaud considère comme une « chance » le fait que le vol des bijoux de la couronne se soit déroulé le matin, autour de 9 h 30. « L’ensemble des équipes de surveillance étaient présentes, car les pauses n’avaient pas commencé. On a pu évacuer dans le calme, et tous les agents ont été félicités pour leur professionnalisme. Un quart d’heure plus tard, il y aurait eu deux agents au lieu de cinq, ça aurait été beaucoup plus compliqué. »

Le délégué syndical souligne également que l’intervention de l’agent qui a fait fuir les voleurs a sans doute permis d’éviter une catastrophe plus grande encore. S’ils avaient réussi à incendier la nacelle grâce à laquelle ils avaient accédé à la galerie, comme ils semblaient l’avoir prévu (des bidons d’essence ayant été retrouvés sur place), l’incendie aurait probablement gagné l’intérieur de cette partie du musée, essentiellement fabriquée en bois. « S’il y avait eu un départ de feu à cet endroit, le risque de morts et de destruction massive d’œuvres d’art était bien plus important que le vol en lui-même. »

Pendant la visite, les nombreuses galeries fermées au public se révèlent, parfois pour travaux, parfois à cause du manque de personnel, parfois pour cause de… températures négatives. « On a souvent des salles à – 2 degrés en hiver, ou à 32 degrés en été. La semaine dernière encore, une salle a dû fermer car il faisait trop froid pour accueillir le public et le personnel. C’est un problème récurrent. Si on remonte toutes les demandes d’intervention technique, on se rend compte que la climatisation n’a jamais fonctionné dans l’entièreté du musée. Pour le moment, aucun travail de rénovation n’est prévu à ce niveau », explique Gary Guillaud.

La rénovation en profondeur du Louvre est également l’une des revendications des personnels du musée. Les alertes sur la vétusté se sont multipliées ces dernières années, et des incidents ont régulièrement lieu, obligeant à condamner de nombreux espaces. En novembre 2023, une conduite d’eau a explosé dans le pavillon de l’Horloge, provoquant la fermeture d’une exposition temporaire.

Début 2025, des intempéries ont provoqué une infiltration d’eau dans la Grande Galerie, l’une des plus visitées du musée, conduisant les agents à décrocher certaines œuvres. En conséquence, la présidente, Laurence des Cars, a envoyé un courrier confidentiel à la ministre de la Culture, Rachida Dati, pointant « un niveau d’obsolescence inquiétant ». Des remontées qui n’ont pas empêché, donc, la fermeture de la galerie Campana, pas plus que la fuite d’eau ayant abîmé des ouvrages du département des antiquités égyptiennes en novembre 2025.

« Universalité bafouée »

Peu de temps après la lettre de Laurence des Cars, Emmanuel Macron annonçait le plan Nouvelle Renaissance du Louvre, qui a fait bondir les syndicats. En effet, ce plan est constitué de deux projets accolés l’un à l’autre : Louvre demain, censé rénover les bâtiments actuels et considéré comme nécessaire par le personnel, et Louvre grande colonnade, qui prévoit la construction d’une nouvelle entrée et d’une nouvelle salle pour la Joconde, et est « en décalage total avec les finances du musée », selon Julien Dunoyer.

Les syndicats demandent la priorisation du projet de rénovation sur celui du Louvre grande colonnade, ce que refuse pour l’instant le ministère. « Il faut se concentrer sur les missions de base, l’entretien du bâtiment, la conservation des œuvres déjà exposées. On ne construit pas une terrasse quand la maison est en train de s’écrouler », s’insurge Gary Guillaud.

Le prix des billets est un autre fer de lance des revendications syndicales. Alors que la CGT milite pour la gratuité des musées pour tous, le prix des billets pour les visiteurs non européens devrait augmenter de 10 euros dès le 14 janvier 2026. « L’universalité bafouée, la mise en place d’un obstacle pécuniaire, un tarif exorbitant tendant à devenir discriminant », selon un communiqué de la CGT culture.

Les discussions avec la direction du Louvre sont au point mort, selon les deux délégués syndicaux interrogés. À tel point que le préavis de grève du 15 décembre avait été envoyé au ministère et non à la hiérarchie du musée, car « tout le monde convient que nous n’obtiendrons rien du dialogue avec celle-ci », précise Julien Dunoyer.

Les propositions du ministère ne satisfont cependant pas plus les revendications du personnel : « Alors qu’on demandait notamment l’alignement de l’Isse (une prime mensuelle fixe) sur la médiane du ministère, car nous sommes très en dessous, on nous a proposé une prime annuelle non reconduite de 350 euros, à condition de lever le préavis de grève. Les agents ont refusé », poursuit-il.

« On est là pour alerter sur des conditions de travail et de gestion, pas pour quelques euros de plus », abonde Gary Guillaud. Ils ne constatent pas non plus de progrès du côté du recrutement. Le ministère s’est contenté de proposer l’embauche sans concours de 40 agents, ce qui ne compense même pas les départs à la retraite à venir.

L’assemblée générale de ce lundi sera décisive pour la suite du mouvement social. « Nous espérons une reprise de la grève, car nous souhaitons obtenir plus de réponses du ministère », explique Julien Dunoyer. Mais le délégué syndical reste ouvert : « Nous discuterons des modes d’action avec les agents, pour voir si la grève est le seul moyen de pression efficace. »

    mise en ligne le 2 janvier 2026

Tous mes vœux
de conquête !

Jadran Svrdlin sur https://blogs.mediapart.fr/

Syndiquez-vous, encartez-vous, militez… Faites ce que vous voulez mais (ne faites pas que) voter. Rendons ainsi possibles nos bonheurs, réussites et (surtout) la santé. Car ces choses-là ne s'invoquent pas mais se conquièrent. 

Plein de bonheur, de réussite et de santé ! Les vœux du Nouvel An participent-ils de notre impuissance collective ? Comment en finir avec leur condition incantatoire pour en faire des instruments de véritables conquêtes en vue notre accès au bonheur, à la réussite et à la santé ?

Bonne année, meilleurs vœux, plein de bonheur, de réussites… et enfin et surtout la santé ! D’aussi loin que je me souvienne, en rédigeant de tels vœux j’ai l’impression de souhaiter à mes proches une chance de joueur de loto et d’œuvrer ainsi à ma manière à leur maintien dans l’addiction. En participant à cette tradition je fais ma part dans notre maintien collectif dans l’impuissance. C’est cette impuissance qui est pourtant le meilleur garant que rien ne change et que notre condition ne cesse de se dégrader. Que nos chances de connaitre ce bonheur, ces réussites, et (surtout !) la santé continuent de tendre vers ce zéro inexorable.

Si nous prenons cette dernière, la santé, se la souhaiter bonne relève de pure incantation sachant que notre environnement est de plus en plus néfaste, que ce soit à travers l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons ou la malbouffe que nous ingurgitons, et sans même considérer les environnements de travail et leur lot de facteurs de risques psycho-sociaux et autres situations pathogènes.

Souhaiter la réussite à des examens scolaires alors que nous connaissons depuis des décennies le poids du déterminisme social tout comme son accroissement délibéré par des politiques éducatives qui se dispensent de plus en plus des apparences émancipatrices pour assumer leur objectif de production de ressources humaines prêtes à se mettre au service des entreprises ? Là aussi, il s’agit de paroles d’une inconséquence totale.

Le bonheur lui-même étant une construction exogène aux individus et étant fabriqué par les rouages de la société de consommation mais aussi de soumission à la fatalité selon laquelle chacun a selon ses mérites, se le souhaiter revient faire siens les désirs du capital.

Ressentir de la joie lorsque, après avoir été dirigé vers une filière précise par le système éducatif qui répondait en cela à un besoin des entreprises de mon « bassin d’emplois » et après avoir réussi à y vendre ma force de travail contre une rémunération assez haute pour me sentir plus « chanceux » que les privés d’emploi et utiliser celle-là pour financer une industrie de tourisme intensif qui ne cesse de dégrader nos conditions de vie, c’est ce qu’on pourrait appeler se contenter de peu.

Mettre fin à cette aliénation qui nous fait endurer et accepter les pires humiliations tout en nous imposant des récompenses répondant à des besoins économiques (car oui, la plupart de joies sont liées à des consommations) est plus qu’urgent. Cette aliénation nous présente comme véritables acteurs là où nous ne sommes que figurants devant nous contenter du simple prestige de faire partie de cette histoire. Le rôle d’acteurs de l’Histoire doit à tout prix être récupéré car il en va de notre survie.

Ceux qui façonnent la société entière selon leurs profits n’ont d’autre critère que la taille de ces derniers. L’habitabilité même de la planète leur importe moins que la compétitivité préservée au prix des exploitations fossiles dont le caractère mortifère n’est plus à démontrer. Tout comme la capacité de soigner de notre système de santé importe moins que la contribution de celui-ci aux efforts de désendettement.

Tout cela n’est pas une fatalité ou le résultat d’une évolution naturelle du cours des choses mais le résultat du rapport de forces dominée depuis fort longtemps par le capital au détriment des classes laborieuses. Et ce résultat est en tant que tel une contingence. Ce qui veut dire qu’un autre rapport de forces aurait abouti à une tout autre société. Plus saine, habitable ou joyeuse ?

Puisque nous allons dans le mur et que l’année 2026 ne pourra, dans l’état actuel du rapport des forces, nous apporter qu’un lot supplémentaire de créations de conditions de futures catastrophes, ce qui importerait ici c’est bien d’agir sur ce rapport de forces lui-même. Car nos bonheurs, réussites et (surtout) la santé dépendent de notre capacité à influer sur le cours des choses.

Alors plutôt que de faire de vœux incantatoires rendons nous simplement compte que le génie capable d’exaucer des vœux existe. Il s’agit de notre puissance collective. On peut continuer à morceler et à inhiber celle-ci en poursuivant chacun nos carottes individuelles ou en traquant les boucs émissaires que nos geôliers ne cessent d’agiter à nos consciences irrationnelles.

On peut donc nous souhaiter de la clairvoyance, de la détermination et de la persévérance dans les luttes que nous devrions être sur le point d’engager afin de retrouver notre statut d’acteurs, de sujets, de citoyens.

Exhortons-nous à regagner notre puissance collective car sans elle il n’y a point d’espoir de bonheur, de réussite ni de santé.

Petite précision qui peut paraitre superflue mais qui reste nécessaire : cette puissance collective ne s’acquiert pas dans un isoloir. C’est là que les représentants des classes dominantes aiment la confiner, c’est à nous de l’en sortir. Alors investissez des outils d’organisation qui existent et sont à notre disposition.

Syndiquez-vous, encartez-vous, militez… Et pour ne pas se retrouver encore une fois obligés de subir les exhortations de Libé : faites ce que vous voulez mais (ne faites pas que) voter.

Rendons ainsi possibles nos bonheurs, réussites et (surtout) la santé. Car ces choses-là ne s'invoquent pas mais se conquièrent. 

mise en ligne le 1er janvier 2026

Crolles : les salariés de Teisseire mobilisés,
même le soir du Nouvel An

Matis Caron sur https://www.francebleu.fr

Il y a deux mois, le fabricant de sirops Teisseire a décidé de fermer son usine de Crolles. Ses salariés sont donc en grève, et même pendant les fêtes, ils bloquent le site. Certains vont même passer la soirée du nouvel an sur le piquet de grève.

Déjà deux mois qu'ils bloquent tous les jours l'entrée de l'usine Teisseire de Crolles, près de Grenoble, mais la mobilisation a une saveur particulière pendant les fêtes, pour les salariés du site. "C'est important, même dans cette période. C'est pas possible de rester chez soi, on doit être solidaires et ne rien lâcher" martèle un des grévistes, qui entretient un grand feu de palettes. Même pendant la soirée du Nouvel An, ils seront là. Une dizaine de salariés se relaie pour garder une présence sur le site, et envoyer un message à la direction de Teisseire, qui souhaite le fermer d'ici avril. "Il faut que la production reprenne ici, que les 205 emplois sont maintenus. Teisseire, c'est Crolles, c'est Grenoble. Des milliers de personnes ont travaillé ici pendant des décennies. Ils ne peuvent pas tout arrêter" résume un autre gréviste.

Pour tenir, les salariés peuvent compter sur un bon esprit de camaraderie, et sur la générosité des commerçants et des habitants de Crolles. "On nous a déposé des huîtres, et ça nous aide à nous mettre dans l'ambiance du réveillon, malgré tout. C'est super gentil, et tout ce soutien, ça montre que notre combat est légitime", explique l'un des travailleurs mobilisés, qui joue les écaillers pour ses collègues. Les passants font également des dons d'argent, cuisinent des gâteaux ou klaxonnent devant le piquet de grève, pour soutenir la mobilisation.

Les grévistes envisagent de bloquer le site jour et nuit, à partir de lundi.


 


 

Teisseire. Le tribunal de Grenoble stoppe
la fabrication au Havre :
"une bataille gagnée"
pour la CGT

Caroline THERMOZ-LIAUDY sur https://mesinfos.fr/

En cette fin d'année, le tribunal judiciaire de Grenoble a ordonné l'arrêt de la production de sirops Teisseire par un sous-traitant au Havre. Il a suivi la requête des syndicats et du CSE qui dénonçaient une atteinte au droit de grève.

Alors que l'usine Teisseire de Crolles en Isère, doit fermer ses portes en avril 2026 si aucun repreneur ne se fait connaître d'ici là, le tribunal judiciaire de Grenoble a ordonné la suspension de la fabrication des sirops au Havre. En effet, le groupe Carlsberg, propriétaire de la marque de sirops isérois, avait initié un plan de continuation pour permettre la poursuite de la production en Seine Maritime.

Syndicats de Teisseire : "La marque est Grenobloise et doit le rester !"

La décision a donc été jugée illégale par le TJ de Grenoble, qui a retenu le 23 décembre dernier, la requête portée à la fois par la CGT et le CSE (Comité social et économique), qui avaient dénoncé l'absence d'information préalable avant la décision de mise en œuvre du plan de continuation. Une mesure qui selon les plaignants, serait de nature à porter atteinte au droit de grève alors que les salariés isérois sont mobilisés depuis le 9 octobre 2025.

Dans un communiqué publié le 29 décembre, la fédération CGT Agroalimentaire évoque "une bataille gagnée". Le syndicat précise que la direction de Carlsberg : "a illegalement fait produire pendant la grève les sirops de la marque Teisseire chez un sous-traitant, Slaur-Sardet, au Havre […] Les élus CGT au CSE ont contesté cet acte de voyous au tribunal judiciaire de Grenoble. Le tribunal leur a donné raison […] Les sirops Teisseire doivent donc être produits à Crolles et à aucun autre endroit. La marque est Grenobloise et doit le rester !"

Teisseire : le groupe Carlsberg condamné à des astreintes

Selon différents médias, la suspension du plan de continuation doit être effective d'ici le samedi 3 janvier 2026, sous peine d'une astreinte fixée par le tribunal à 10 000 euros par jours. La société Teisseire aurait aussi été condamnée à verser 3 000 euros au CSE et 3 000 euros à la CGT.

Le site de Crolles emploie 300 salariés dont une très grande partie est menacée.

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