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mise en ligne le 8 fevr 2026
Clément Le Foll sur www.mediapart.fr
Près de 450 personnes se sont réunies samedi 7 février près de Verdun pour demander aux pouvoirs publics de fermer La taverne de Thor, lieu de rassemblement historique des néonazis français et européens.
Combres-sous-les-Côtes (Meuse).– Jamais Combres-sous-les-Côtes n’a connu un tel dispositif policier. Samedi 7 février, une dizaine de camionnettes de gendarmerie bloque l’accès de La taverne de Thor, hangar agricole planté à la lisière de ce village meusien d’une centaine d’âmes, situé à une vingtaine de kilomètres de Verdun.
Le calme autour de ce bâtiment gardé comme une forteresse tranche avec la festivité de la manifestation qui se tient dans la rue principale. Plus de quatre cents personnes déambulent coiffées de chapeaux, perruques et autres déguisements, reprenant en chœur le slogan : « Pas de facho dans les villages, pas de hangar pour les fachos. »
Organisé par le collectif « Fermez-la ! » et le Réseau antifasciste du Grand Est, cet événement voulu comme un carnaval réclame la fermeture de ce lieu de ralliement de néonazis français et européens. Une journée à laquelle se sont associées de nombreuses organisations dont le drapeau flotte au-dessus du cortège : antennes locales de La France insoumise, du PCF, des écologistes, du NPA, de Solidaires ou de la CGT.
Un local indissociable des Hammerskins
Installée au début des années 2010 à Toul, La taverne de Thor déménage en 2015 à Combres-sous-les-Côtes après une fermeture administrative. Le local appartient, depuis, à un Lorrain de 43 ans, Jérémy Flament, adepte de MMA et figure française des Hammerskins.
Implanté dans de nombreux pays européens, ce groupe criminel est né aux États-Unis en 1988, où il est notamment lié à une tuerie raciste de masse. En guise de piqûre de rappel, les organisateurs disposent le long de la manifestation des petites silhouettes noires frappées du nom de personnes tuées par les Hammerskins au cours des dernières décennies.
« Il ne faut pas oublier la violence extrême de ce groupe. Notre objectif n’est pas uniquement de fermer La taverne, mais de bannir les Hammerskins de France », précise Christophe Renel, porte-parole de SUD Rail, qui prend l’exemple de l’Allemagne, qui a interdit l’organisation depuis 2023.
Pendant plusieurs années, La taverne de Thor a revendiqué son affiliation à ce groupe criminel : les lettres LHS, acronyme de League of Hammerskins, ont un temps été inscrites sur la façade jaunâtre du bâtiment. Aujourd’hui, Jérémy Flament affirme avoir rompu tout contact avec le groupe criminel.
« Mon local est appelé abusivement “La taverne de Thor”… Depuis fin 2017, il n’a plus rien à voir avec les Hammerskins. Moi-même, je n’ai plus rien à voir avec les Hammerskins. Et les Hammerskins n’ont plus rien à voir avec Combres. Nos chemins se sont séparés », a-t-il indiqué à L’Est républicain la veille de la manifestation.
Jérémy Flament y explique que son local serait aujourd’hui une simple salle de pratique de sport de combat. « C’est donc un lieu d’entraînement qui peut rassembler des jeunes de toute la région, avec le risque que cela soit un moyen de les faire rentrer dans ces mouvements », s’inquiète Olivier Guckert, secrétaire fédéral du Parti socialiste en Meuse.
Si Jérémy Flament assure avoir pris ses distances avec la mouvance néonazie depuis 2017, son hangar demeure un lieu de rassemblement. Le 15 juin 2024, plusieurs centaines de militant·es d’extrême droite venu·es de plusieurs pays d’Europe s’y sont retrouvé·es pour un gala clandestin de MMA.
Derrière l’organisation de cet événement – que la gendarmerie n’avait pu empêcher –, Tomasz Szkatulski, figure de la mouvance néonazie. Ancien des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (le groupe de Serge Ayoub dissous en 2013 par le gouvernement après le meurtre de Clément Méric), de la Losc Army (des hooligans du club de football lillois), il dirige une boutique en ligne de vente de matériel sportif et de vêtements néonazis Pride France.
Szkatulski a été condamné à deux reprises pour des agressions commises sur des personnes sans domicile fixe, à Lille, en 2006 et 2008, et il est mêlé à des attaques de bars associatifs et LGBT dans la capitale des Flandres, en 2012 et 2013. Il est aussi proche de skinheads un temps mis en cause dans l’affaire dite des « noyés de la Deûle », une série de cinq meurtres irrésolus dans ce canal du Nord en 2010 et 2011.
« Ces gens sont les mêmes que ceux qui ont agressé les membres de Young Struggle France en criant “Paris est nazi”. Les mêmes qui ont assassiné le rugbyman Federico Aramburú. Leur idéologie tue et continue de tuer », alerte Thomas Portes.
Le 16 décembre, le député La France insoumise a d’ailleurs adressé une question gouvernementale au ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, à propos de la fermeture de La taverne de Thor. Sans réponse. Samedi, il a dénoncé « l’inaction politique, notamment au plus haut sommet de l’État ».
Son collègue insoumis à l’Assemblée nationale Christophe Bex, originaire de la Meuse, a rappelé « la nécessité pour les élus de gauche de réinvestir le terrain rural », dans une région Grand Est où l’influence du Rassemblement national est grandissante.
Les organisateurs ont quant à eux pointé du doigt l’attitude de la préfecture de la Meuse. Selon eux, elle ne ferait rien pour fermer l’établissement malgré une pétition signée plusieurs dizaines de milliers de fois dès 2015. Vendredi, L’Humanité indiquait que la préfecture avait néanmoins déposé un signalement au procureur de la République concernant La taverne de Thor, sans donner plus de détails.
Mais les critiques ont également fusé sur le dialogue avec la préfecture en marge de l’organisation de la manifestation. « Ils n’ont rien fait pour favoriser la tenue de l’événement », souffle un membre de l’antenne locale du PCF, évoquant notamment les multiples contrôles de police aux alentours du village.
Dans la matinée, les organisateurs ont souhaité tenir la conférence de presse sur le parvis de la mairie de Combres-sous-les-Côtes, dont les volets verts étaient fermés. Une référence à l’absence de la maire, Cynthia Pector, « qui a refusé tout dialogue avec [eux] et a déserté son village, ce qu’elle n’a pas fait lorsque trois cents néonazis se sont réunis pour un gala de MMA », a regretté Angélique, membre de « Fermez-la ! ».
Peur des représailles
Si le collectif s’est félicité de la mobilisation du jour, peu d’habitant·es de Combres-sous-les-Côtes se sont joint·es au cortège ou sur le lieu de rassemblement installé devant la mairie. Durant l’intégralité de la journée, les volets des maisons sont restés clos. Quelques curieux ont observé le passage du cortège depuis leur perron ou discrètement derrière un carreau ou un rideau.
Les quelques riverains interrogés par Mediapart expriment leur « soutien aux revendications de la manifestation » aussi bien que leur agacement face à l’agitation occasionnée par le rassemblement. « Les habitants sont derrière nous, mais ils ont peur des représailles. C’est un petit village, tout le monde se connaît », assurait-on du côté du collectif « Fermez-la ! », composé notamment d’habitant·es des villages alentour.
Parmi les simples citoyens présents, Franck et son ami Hoang sont venus accompagnés de leurs enfants respectifs. « C’est important de leur montrer que le nazisme, ce n’est pas que dans les livres d’histoire, que certains lieux y restent affiliés aujourd’hui », témoigne Franck, avant de s’interrompre, voyant que les forces de police barrent la route à une partie du cortège voulant s’approcher de La taverne de Thor. « La voilà, la symbolique : ce sont les policiers qui protègent ce hangar. »
mise en ligne le 8 février 2026
Léo Rosell sur www.humanite.fr
Fondée par les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 puis par la loi de mai 1946, la Sécurité sociale est une avancée sans précédent dans la société française. Une conquête due entre autres à l’influence du PCF et de la CGT, ainsi qu’aux actions conjuguées de Pierre Laroque et d’Ambroise Croizat. En dépit des oppositions, ils ont réussi à imposer son caractère égalitaire et autogestionnaire.
En octobre 2025, la Sécurité sociale fête ses 80 ans. En effet, cette institution, devenue fondamentale dans notre quotidien, est née en 1945, au sortir de la guerre, dans une France où tout était à reconstruire. À ce moment-là, son ambition était révolutionnaire : elle visait la réalisation d’un « ordre social nouveau ». Elle devait mettre l’ensemble de la population « à l’abri du besoin », pour en finir avec « la peur du lendemain ». Chacune et chacun, de la naissance à la mort, devaient ainsi être pris en charge face aux aléas de la vie, par un système fondé sur la solidarité nationale.
Portée par un contexte politique inédit, la création de la « Sécu » est favorisée par l’hégémonie des forces progressistes à la Libération, à travers une alliance entre les communistes, les socialistes, la CGT réunifiée et, dans une moindre mesure, les démocrates-chrétiens du MRP. Le patronat est largement discrédité par la collaboration. Au contraire, l’implication massive des militants de la CGT, lors de la mise en œuvre de la « Sécu » sur le terrain, est à l’origine d’une idée très présente dans les mémoires militantes : celle d’une « conquête ouvrière ».
Pour autant, sans doute faut-il rappeler que tout ne s’est pas créé en 1945. Depuis la fin du XIXe siècle, des lois ont commencé à organiser un embryon de protection sociale, mais ces législations se sont révélées insuffisantes et inefficaces, de telle sorte que, dans la Résistance, un consensus émerge autour de la nécessité de les réformer en profondeur.
Un projet dans la Résistance
Afin de s’imposer comme le chef incontestable de la France libre, le général de Gaulle cherche à rallier à lui la Résistance intérieure. Pour ce faire, dès 1942, il associe dans ses discours la « sécurité nationale » à la « sécurité sociale ». Plus important encore, le programme du Conseil national de la Résistance (CNR), élaboré dans la clandestinité, prévoit un « plan complet de sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ».
Si ce texte symbolise une recherche de consensus au sein de la Résistance, son adoption a néanmoins été le fruit d’un long processus. Après un premier texte des socialistes, puis un second de la CGT, le programme proposé en novembre par le communiste Pierre Villon (1901-1980) sert de base de discussion. Après une série de modifications de la part des autres tendances de la Résistance, le programme est adopté par le bureau du CNR le 15 mars 1944.
Le CNR s’arrête donc sur une formulation minimale, susceptible d’être acceptée par ses différents courants. Les questions encore débattues, comme celle du financement ou de la répartition des pouvoirs dans le système, devront donc être tranchées plus tard. Néanmoins, l’importance prise par les communistes et les socialistes dans la Résistance explique les tendances socialisantes de ce programme.
À la Libération, un contexte politique inédit
À la Libération, un souffle de liberté et d’espoir traverse la France. La démocratie libérale s’élargit à la démocratie sociale, et la solidarité dans la Résistance se traduit dans l’aspiration à une solidarité sociale. Un enthousiasme révolutionnaire imprègne les discours de l’époque, en particulier du côté des forces issues du CNR.
Concernant la Sécurité sociale, dès octobre 1944, un haut fonctionnaire, Pierre Laroque, prend la tête de la direction des Assurances sociales, qui regroupaient plusieurs caisses privées. Il est ainsi chargé par le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Alexandre Parodi, de préparer un plan français de sécurité sociale. Laroque, qui s’était spécialisé dans la question des assurances sociales depuis le début des années 1930, avant de rejoindre Londres en 1943, affiche des convictions progressistes et un attachement aux grandes figures du « vieux socialisme français ».
En parallèle, l’Assemblée consultative provisoire, qui représente l’ensemble des forces de la Résistance, déménage d’Alger à Paris en novembre 1944. Elle confie alors la présidence de sa commission du Travail et des Affaires sociales à Ambroise Croizat. Ce dernier, ouvrier dès l’âge de 13 ans, secrétaire de la puissante fédération des métaux de la CGT depuis 1928, avait été élu député communiste sous le Front populaire. En février 1943, après avoir passé la guerre en prison, il est nommé délégué de la CGT clandestine dans cette Assemblée. Mais il faut attendre le printemps 1945 pour que le processus politique conduisant à la création de la Sécurité sociale s’accélère.
La Sécurité sociale, réforme ou révolution ?
Dans un discours prononcé le 23 mars 1945, Pierre Laroque inscrit la future Sécurité sociale dans notre histoire révolutionnaire, en cherchant à renouer avec « cette foi qui a été et restera à la base de toutes nos révolutions : car c’est une révolution qu’il faut faire et c’est une révolution que nous ferons ». En concluant son discours par cette formule, le haut fonctionnaire témoigne de la portée qu’il souhaite insuffler à la Sécurité sociale.
D’ailleurs, ses paroles ne sont pas sans rappeler celles de Jean Jaurès, qui écrivait en 1906, soit une quarantaine d’années plus tôt, que l’assurance sociale, « en donnant à tous les prolétaires plus de sécurité et de liberté d’esprit, (…) leur permettra de mieux préparer l’ordre social nouveau ». Le plan exposé par Laroque évoque ainsi un élément structurant dans la pensée de Jaurès, à savoir le réformisme révolutionnaire : l’idée d’une transformation certes progressive de l’ordre social, mais dont l’horizon révolutionnaire doit faire advenir la République sociale.
En 1945, une telle réforme révolutionnaire est nécessairement une réalisation collective. Elle s’appuie sur un compromis original entre une haute fonction publique modernisatrice, attachée à une conception émancipatrice de l’État social, et un mouvement ouvrier puissant au sortir de la guerre, organisé autour d’une CGT revendiquant 5 millions d’adhérents et capable de conquérir une position centrale dans la démocratie sociale naissante.
L’administration est donc chargée de rédiger un texte, mais elle doit encore solliciter l’avis de l’Assemblée consultative, dont le soutien politique est nécessaire pour donner davantage de légitimité à la réforme. Croizat joue alors un rôle en s’assurant que la commission qu’il préside apporte un soutien ferme au projet. Le rapport de la commission est présenté par Georges Buisson, fin connaisseur des assurances sociales au sein de la CGT et membre quant à lui de la tendance socialiste.
Il est adopté le 31 juillet 1945 par 190 voix pour et une seule voix contre, celle du député conservateur Joseph Denais. Les membres de la CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens) et du MRP (Mouvement républicain populaire), démocrate-chrétien, s’abstiennent. Par cette attitude ambiguë, ils manifestent leurs réserves, sans pour autant assumer une obstruction plus franche, en raison du coût politique qu’elle impliquerait.
Ce vote est décisif dans le processus qui mène à la signature des ordonnances du 4 et du 19 octobre 1945, portant création de la Sécurité sociale. La première prévoit une réorganisation complète du système des anciennes Assurances sociales, autour d’une caisse unique réunissant l’ensemble des risques sociaux – la maladie, la vieillesse, les accidents du travail ou encore la maternité – et gérée selon des principes de démocratie sociale, à travers des administrateurs désignés par les syndicats. La seconde ordonnance, plus consensuelle, améliore considérablement le régime des prestations et entre en vigueur dès le 1er janvier 1946.
Lors des élections de l’Assemblée constituante, le 21 octobre 1945, le programme du CNR se voit reconnaître une forte légitimité démocratique, étant donné que les trois partis qui s’en réclament obtiennent environ les trois quarts des suffrages. Le PCF, avec un peu plus de 26 % des voix, devient le premier parti de France, devant le MRP (23,9 %) et la SFIO, la Section française de l’Internationale ouvrière, qui deviendra le PS (23,5 %). Fort de ce résultat, le PCF voit sa présence renforcée dans le gouvernement formé le 21 novembre. Il passe de deux à cinq ministères, dont celui du Travail, attribué à Ambroise Croizat.
« Cette révolution, excusez-moi cette formule, est attendue par tout le pays »
Si la Sécurité sociale ne fait pas encore explicitement partie de ses attributions, Croizat clarifie les choses dès son discours de prise de fonction : la Sécurité sociale sera l’une de ses priorités. Il faut dire qu’au même moment cette compétence est revendiquée par Robert Prigent, ministre de la Population et membre du MRP. On comprend l’enjeu : si les démocrates-chrétiens en ont la charge, la réforme risque d’être vidée de sa substance.
D’ailleurs, en décembre, le MRP dépose une proposition de loi remettant en question l’ordonnance du 4 octobre. Finalement, à la faveur de la démission du général de Gaulle, Croizat est reconduit comme ministre du Travail et de la Sécurité sociale le 26 janvier 1946.
Dès lors, cet ancien métallo s’investit pleinement dans la mise en œuvre du régime général de la Sécurité sociale, d’autant plus qu’il sait que le temps est compté. Il défend publiquement, devant l’Assemblée, la presse et les groupes d’intérêt, les différents projets de loi sur la Sécurité sociale. La plus importante est celle du 22 mai 1946, dite loi Croizat. Elle devait permettre à l’ensemble de la population de bénéficier de ce nouveau régime.
Quelques jours avant son vote, Croizat déclare : « Cette révolution, excusez-moi cette formule, est attendue par tout le pays. (…) L’association de tous les Français sans exception à cette œuvre de solidarité nationale prouvera au monde le caractère hautement social de cette nouvelle république que nous voulons vraiment démocratique, forte et indépendante. »
Les grands principes du régime général
Ce régime repose sur quatre principes fondamentaux. Le premier est celui de l’universalité. La Sécurité sociale constitue un droit fondamental et universel, fondé sur la solidarité nationale. Elle doit donc couvrir l’ensemble de la population française, de la naissance à la mort. La caisse unique constitue le deuxième principe : cela signifie qu’une seule caisse primaire par département remplace la multitude de caisses du système précédent. Les caisses primaires sont réunies dans des caisses régionales, elles-mêmes regroupées dans une caisse nationale, chargée d’assurer l’équilibre du système.
Troisièmement, la cotisation s’impose comme le mode de financement privilégié, car, contrairement à la fiscalité, elle est censée garantir l’autonomie de la Sécurité sociale vis-à-vis des arbitrages budgétaires de l’État. La Sécurité sociale devient ainsi une institution de socialisation du salaire, directement financée par la valeur produite dans le monde du travail, sur le mode de la répartition et non plus de la capitalisation.
Enfin, le dernier principe, certainement le plus original, est celui de la démocratie sociale, la fameuse gestion par les intéressés eux-mêmes. Les conseils d’administration des caisses sont en effet composés à 75 % de représentants des salariés, contre 25 % pour le patronat. Les représentants sont d’abord désignés selon le principe de la représentativité – au profit de la CGT, huit fois plus représentative que la CFTC –, puis élus à partir de 1947. L’État conserve néanmoins une fonction importante de contrôle et de règlement.
Grâce à la combinaison de ces quatre principes, la protection sociale n’est plus une affaire de paternalisme, qu’il soit religieux, patronal ou étatique, pour devenir au contraire un puissant outil d’émancipation, individuelle et collective. Ambroise Croizat en parle même comme de « l’instrument de tous les progrès sociaux qui doivent, dans l’avenir, se réaliser », dans un discours prononcé le 8 août 1946, à l’Assemblée.
Une révolution inachevée ?
Néanmoins, force est de constater que ces grands principes vont être progressivement remis en question par les opposants au régime général de la Sécurité sociale. Le patronat, les démocrates-chrétiens, la Mutualité, les cadres, les médecins libéraux et les assureurs vont tour à tour obliger Ambroise Croizat et Pierre Laroque à négocier certains points, par pragmatisme, pour sauvegarder l’essentiel de l’édifice. 1947 marque ainsi un tournant, avec l’éviction des ministres communistes du gouvernement le 4 mai, l’entrée dans la logique de guerre froide et la scission syndicale entre la CGT et Force ouvrière. Désormais, cégétistes et communistes font de la « défense de la Sécurité sociale » une thématique centrale de leur opposition aux gouvernements successifs, qu’ils dénoncent comme étant « réactionnaires ».
Dans les décennies suivantes, on peut distinguer trois principales évolutions. La première renvoie à l’amélioration progressive des conditions de vie jusqu’aux années 1970, grâce aux effets protecteurs, mais aussi redistributifs, de la Sécurité sociale. Dans le même temps, le libéralisme opère un retour en force à la fin des années 1960 et surtout à partir des années 1970, alors même qu’il avait été discrédité au lendemain de la guerre. La libéralisation de la protection sociale, qui en fait un marché très lucratif, va de pair avec une troisième dynamique, celle de l’étatisation de la Sécurité sociale.
D’ailleurs, le prétendu « trou de la Sécurité sociale » est imposé dans le débat public à partir de 1967, par le premier ministre Georges Pompidou, pour justifier les ordonnances Jeanneney prises par son gouvernement. La démocratie sociale originelle disparaît ainsi au profit d’un paritarisme favorable au patronat dans les caisses et d’une reprise en main par l’État de la « gouvernance » de la Sécurité sociale. Ces ordonnances répondent d’ailleurs à la totalité des revendications du CNPF, l’ancêtre du Medef.
Entre-temps, la logique initiale de financement de besoins, garantissant des droits sociaux considérés comme universels, s’est peu à peu effacée au profit d’une exigence de réduction des dépenses. Ce nouveau paradigme budgétaire s’exprime par un assèchement des recettes de la Sécurité sociale, notamment par des exonérations de cotisations patronales, la « maîtrise des dépenses » étant par ailleurs encouragée par la réglementation européenne. Ces évolutions ne sont donc que la conséquence d’arbitrages politiques, eux-mêmes pris dans des rapports de force institutionnels, dont témoigne l’instauration des projets de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) par Alain Juppé en 1996.
En parallèle de ces transformations, des mémoires conflictuelles se sont développées autour de la Sécurité sociale. Certaines vont jusqu’à opposer les figures d’Ambroise Croizat et de Pierre Laroque. Insistons au contraire sur leur complémentarité, sur la défense de leur héritage commun et sur le fait que, malgré leurs origines très différentes, ils ont su travailler ensemble et parler le même langage : celui de l’intérêt général et de la justice sociale. Leur ambition d’« en finir avec la peur du lendemain » reste à ce titre d’une étonnante actualité et appelle à renouer avec de nouvelles conquêtes.
mise en ligne le 7 février 2026
Tom Demars-Granja sur www.humanite.fr
Face aux propositions insuffisantes de la Méridionale, de la Corsica Linea et du ministère des Transports, les marins marseillais ont décidé de poursuivre leur grève, en cours depuis le début de semaine. Les élus syndicaux restent dans l'« attente d’engagements écrits pour défendre l’emploi maritime français » face aux escales sous pavillon italien de Corsica Ferries, annonce Frédéric Alpozzo, secrétaire général CGT des marins de Marseille.
Les marins de Marseille ne comptent pas plier face à la précarisation de leur secteur. En grève, ces derniers poursuivent leur « lutte contre le dumping social » et la défense du pavillon français en Méditerranée. Leur mouvement social a été reconduit jusqu’à ce vendredi 6 février, dans la matinée.
Ces derniers restent dans l’« attente d’engagements écrits pour défendre l’emploi maritime français », résume Frédéric Alpozzo, secrétaire général CGT des marins de Marseille. « On n’est pas satisfait des propositions faites par l’État et les compagnies », ajoute-t-il.
Le transport maritime de passagers sous pavillon français affecté
La CGT souhaite qu’un plan commun sur la desserte en Algérie entre la Corsica Linea et La Méridionale, depuis Sète et Marseille, soit mis en place. De plus, le syndicat prône une exonération de la taxe carbone pour les déplacements insulaires. Les organisations syndicales revendiquent enfin « l’arrêt des autorisations d’escale de Corsica Ferries sous pavillon international italien entre Sète et les ports de Corse », « l’interdiction du pavillon italien international sur les lignes territoriales françaises à passagers » et « l’engagement écrit de l’État garantissant le financement des délégations de service public (DSP) jusqu’en 2030 ».
Une réunion de conciliation s’est tenue un jour plus tôt, à la préfecture des Bouches-du-Rhône, avec les syndicats (SAMMM, STC la Méridionale et CGT marins Corsica Linea et la Méridionale), les directions de la Méridionale et de la Corsica Linea et un membre du cabinet du ministère des Transports. Lors de ces échanges, les représentants du personnel ont insisté sur la situation affectant le transport maritime de passagers sous pavillon français.
En réaction, le ministre des Transports, Philippe Tabarot – coutumier des attaques envers le droit de grève -, a désigné, jeudi 5 février, Bernard Mazuel et François Lambert comme nouveaux interlocuteurs. Respectivement consultant en économie portuaire et maritime, membre de l’Académie de marine et directeur général de l’École nationale supérieure maritime, ces derniers sont chargés « d’animer une consultation (…) pour définir des axes structurants donnant des perspectives concrètes sur le court et moyen terme aux acteurs concernés ».
Ce travail « devra produire des conclusions rapides, dans un délai de six à huit semaines », avec de premiers contacts entre les parties « dès la semaine prochaine », a ajouté Philippe Tabarot. La CGT Marins lui avait dressé, ainsi qu’au patron de la CMA CGM, le milliardaire Rodolphe Saadé, une lettre pour dénoncer la « concurrence déloyale » opérée par les compagnies Corsica Ferries et GNV, sous pavillon italien.
Les élus syndicaux dénoncent aussi, annonçait le quotidien local, la Provence, mercredi 4 février, que la Méridionale se soit séparée de son navire nommé le Kalliste, vendu en Turquie et voué à la destruction. Deux navires de la Corsica Ferries ont été déroutés, jeudi, vers Propriano et L’Île-Rousse, après avoir été empêchés d’accoster à Ajaccio et Bastia par des marins grévistes de la Corsica Linea.
mise en ligne le 7 février 2026
Jessica Stephan sur www.humanite.fr
La pétition citoyenne contre la loi du sénateur Les Républicains, qui a récolté plus de deux millions de signatures, sera examinée le 11 février à l’Assemblée nationale. Plus de 80 ONG et syndicats appellent à des mobilisations les 7, 8 et 11 février, dans un contexte de recul des normes de protection de l’environnement.
L’opposition à la désormais tristement célèbre loi Duplomb se poursuit. Les députés doivent examiner le 11 février la pétition citoyenne, qui a réuni plus de deux millions de signatures contre ce texte déjà promulgué. 80 organisations ont appelé à des mobilisations les 7 et 8 février en France, et le 11 devant l’Assemblée nationale.
À l’origine de cet appel aux mobilisations « pour protéger notre santé, l’environnement et les paysans », des ONG de protection de la nature telles Greenpeace, WWF, le Réseau Action Climat ou Notre Affaire à Tous, des associations de protection de la santé, des scientifiques, mais aussi des syndicats, comme la Confédération paysanne.
La loi du sénateur Les Républicains Laurent Duplomb, en faveur d’une agriculture industrielle, met à mal la protection de l’environnement. Le texte prévoyait notamment la ré-autorisation de l’acétamipride, un pesticide interdit en France. Si le Conseil constitutionnel avait censuré cette mesure à l’été 2025, Laurent Duplomb persiste et signe une nouvelle proposition de loi pour réintroduire ce néonicotinoïde.
Période illimitée d’utilisation de pesticides dangereux
Outre le texte du sénateur, ces mobilisations interviennent dans un contexte global d’évolutions législatives et réglementaires autour de l’agriculture. D’abord au niveau national, avec un projet de loi à venir que dénoncent les signataires de l’appel à mobilisations : « L’annonce d’une loi d’urgence agricole par Sébastien Lecornu ne répond qu’aux exigences de la FNSEA. » Au détriment d’une agriculture durable.
À rebours de cette conception de l’agriculture, une proposition de loi du groupe Écologiste et Social visant à protéger l’eau potable des pesticides doit être discutée en séance publique par les députés le 12 février, « un levier majeur de protection de l’environnement et de la santé publique » selon les quelque 80 organisations autrices de la tribune.
Mais le mouvement de recul sur les normes environnementales se déploie aussi au niveau européen, alors que l’un des paquets de mesures Omnibus, dites de « simplification », prévoit l’autorisation de périodes illimitées d’utilisation pour certains pesticides dangereux. « Si cette liste de substances s’avérait confirmée, il s’agirait d’une atteinte très grave à la santé des Européens et de l’environnement », prévient Pauline Cervan, toxicologue chez Générations Futures, l’une des ONG signataire de l’appel à mobilisations.
Dans leur tribune, les 80 ONG et syndicats demandent « la garantie d’un revenu digne aux agriculteurs, aux agricultrices, aux éleveuses et aux éleveurs, tout en protégeant notre environnement et notre santé ». Une carte interactive répertorie les rendez-vous de manifestations contre la loi Duplomb sur le territoire.
mise en ligne le 6 février 2026
Vadim Kamenka sur www.humanite.fr
Les Vingt-Sept ont fait le choix de multiplier les sources d’approvisionnement en terres rares, sans se soucier des conséquences climatiques et humaines. Pour l’eurodéputée Lynn Boylan, il faut développer le recyclage et réduire la demande.
« Les menaces des États-Unis d’annexer le Groenland poussent cette mentalité à l’extrême, mais fondamentalement, les deux approches reposent sur une vision du monde qui accorde peu d’importance aux droits et au développement économique durable des pays qui détiennent ces ressources », explique Lynn Boylan.
Cette course effrénée pour les terres rares vous
inquiète-t-elle au niveau européen au moment où les États-Unis se disent prêts à annexer le Groenland ?
Lynn Boylan , Députée européenne du parti irlandais du Sinn Féin, membre du groupe de la Gauche : La recherche par l’UE de terres rares et d’autres matières premières critiques a été dominée par des préoccupations économiques, sans que l’on accorde beaucoup d’attention à la durabilité, aux droits humains ou à la justice internationale. La politique de l’UE consiste à donner priorité à l’accès de l’industrie européenne à ces matières premières, en mettant en place un modèle extractiviste néocolonial qui ignore les violations des droits humains tout au long des chaînes d’approvisionnement de ces matières.
Les menaces des États-Unis d’annexer le Groenland poussent cette mentalité à l’extrême, mais fondamentalement, les deux approches reposent sur une vision du monde qui accorde peu d’importance aux droits et au développement économique durable des pays qui détiennent ces ressources.
Les zones d’exploration se multiplient partout en réponse à la demande, avec des investissements massifs. Quels sont les risques de cette guerre des enchères ?
Lynn Boylan : Les plus importants concernent l’environnement local et les droits des populations locales. En tant que députée européenne, je suis régulièrement contactée par des collectivités qui subissent les conséquences de la ruée mondiale vers les matières premières critiques. De la Birmanie au Brésil en passant par la République démocratique du Congo, j’ai rencontré des militants et des responsables qui voient leur environnement et leurs ressources en eau pollués par une exploitation minière non réglementée, souvent menée par des multinationales peu soucieuses de rendre des comptes.
Ces atteintes à l’environnement s’accompagnent souvent de violations des droits humains et d’attaques contre ceux qui tentent de défendre leurs foyers. Ces problèmes sont très peu pris en compte dans la stratégie de l’UE sur les matières premières critiques, d’autant plus que l’UE revient sur sa propre législation en matière de droits de l’homme. Il existe également un risque géopolitique majeur. Comme pour les combustibles fossiles, les matières premières critiques pourraient devenir une source de conflit. L’UE ne doit pas reproduire sa dépendance vis-à-vis des puissances étrangères pour les combustibles fossiles lorsqu’il s’agit de terres rares.
L’Union européenne qui veut diversifier ses importations se préoccupe-t-elle de l’impact écologique ?
Lynn Boylan : La politique actuelle de l’UE n’est pas suffisamment axée sur l’impact environnemental de l’extraction. Nous constatons une accélération des processus d’octroi de permis pour les projets miniers « stratégiques », ce qui limite la capacité des autorités locales et des ONG à défendre leur environnement dans le cadre du processus de planification. Afin de minimiser l’extraction, nous devons nous concentrer davantage sur le recyclage des matières premières critiques.
Ce qui manque complètement, c’est l’accent mis sur la réduction de la demande. Il est important de rappeler que la politique de l’UE en termes de matières premières critiques ne se concentre pas uniquement sur celles nécessaires à la transition énergétique, mais aussi sur celles jugées importantes à des fins de défense. Nous ne devrions pas soutenir des projets miniers nuisibles dans le but d’accroître la production d’armes.
mise en ligne le 6 février 2026
Tom Demars-Granja sur www.humanite.fr
Ex-coordinateur pour Médecins sans frontières à Gaza, Abu Abed Moughaisib a documenté son quotidien dans de courts textes, rassemblés pour « Gaza Hell@ » (éditions Manifeste !). Réfugié en Irlande depuis septembre 2025, il revient pour « l’Humanité magazine » sur ces deux années à survivre au génocide commis par le pouvoir israélien.
Abu Abed Moughaisib conserve les marques du stress. Lorsque nous le rencontrons, en décembre dernier, dans les locaux de Médecins sans frontières (MSF) à Paris, l’ancien coordinateur de l’ONG à Gaza et en Cisjordanie reste sonné par son expérience du soir précédent. L’exilé palestinien, réfugié en Irlande après avoir survécu à presque deux ans de génocide à Gaza, était sur la scène du Zénith de la Villette, à l’occasion de l’initiative Together for Palestine. Près de 40 artistes et militants s’y sont relayés, entre discours et performances, afin de récolter 50 000 euros, reversés à MSF.
Moins d’un mois plus tard, 37 organisations humanitaires – dont MSF – étaient interdites d’accès à Gaza, à partir du 1er janvier 2026, par les forces d’occupations israéliennes. Au mépris du droit international, Tel-Aviv conditionnait l’autorisation d’accès à la divulgation des noms de leurs employés palestiniens. De sa vie dans la bande de Gaza à ses conditions d’exil, Abu Abed Moughaisib revient sur son parcours pour « l’Humanité magazine ».
Est-ce que vous vous attendiez à ce que les forces d’occupation israéliennes franchissent l’étape de l’interdiction totale des ONG internationales dans la bande de Gaza ?
Abu Abed Moughaisib : Je m’y attendais. Mais je refuse de l’accepter. Le système de santé de Gaza dépend de nous. Nous soutenions les hôpitaux qui restaient. Nous avions des établissements de campagne, des cliniques et un système de distribution d’eau sur place. La décision d’Israël punit l’entièreté de la population, dont nos collègues palestiniens. Avec cette décision, il redouble de cruauté. Avant mon exil, dès que nous commencions à travailler dans un hôpital, l’armée israélienne nous ordonnait de quitter les lieux.
Nous avons été obligés de nous déplacer quatorze fois en deux ans. Quinze de nos collègues ont été tués. Certains d’entre eux se tenaient debout, attendant dans une zone identifiée qu’un bus de MSF vienne les chercher. Ils ont été pris pour cible. Et à chaque fois, l’excuse donnée par Israël est qu’il s’agissait d’une erreur technique. Des enquêtes ont été promises, mais nous n’avons jamais eu de retour.
Malgré les bombardements, les tirs et la famine, vous avez continué à remplir votre mission de coordinateur pour MSF…
Abu Abed Moughaisib : Nous devions survivre. Je suis resté à Gaza pendant sept cent douze jours. Après cinq mois de guerre, j’ai eu la chance de pouvoir évacuer ma femme et mes enfants au Caire, en Égypte. En attendant de les rejoindre, je devais continuer à travailler avec MSF. Ce qui m’a permis de tenir a été de voir mes amis et mes collègues dont les familles étaient toujours à Gaza se battre. Je me répétais sans cesse : « Je suis seul, je dois être plus fort qu’eux. » Nous étions affamés.
Les deux derniers mois, nous avons eu du mal à trouver de la nourriture. Il a aussi fallu se battre pour obtenir de l’eau. Nous faisions la queue pour remplir des bidons, ne serait-ce que pour aller aux toilettes. C’était très difficile. Et puis, vous voyez des patients et vous vous dites : « Ils survivent dans des conditions bien pires. » C’est ce qui nous a donné l’énergie de continuer. Si les médecins, les infirmières ou le personnel médical, qui sont épuisés, affamés, stressés et effrayés, s’en vont, il n’y aura plus personne.
Vous mentionnez, dans vos chroniques publiées sur les réseaux sociaux, la disparition de Gaza. Pensez-vous l’avoir perdue pour toujours ?
Abu Abed Moughaisib : C’est une question très difficile. En tant que Palestiniens, nous avons cette sorte de résilience qui nous permet de nous relever encore et toujours. C’est une puissance qui est dans notre histoire. En réalité, si on regarde les événements de manière logique, sans émotion, on constate la destruction d’un peuple et la démolition de Gaza, des rues au réseau électrique, en passant par l’approvisionnement en eau, les bâtiments, les écoles, les universités, les hôpitaux.
Même nos maisons – avec nos meubles, nos objets précieux, nos souvenirs – sont perdues. Il faudra des années, voire des décennies, pour tout reconstruire. Nous sommes brisés. Le génocide est parfois une description trop douce de la situation à Gaza.
C’est-à-dire ?
Abu Abed Moughaisib : Toutes les atrocités se sont produites en même temps. Nous avons été placés dans une petite région côtière comme dans une sorte de camp de concentration. Israël nous a affirmé que nous y serions en sécurité, avant de bombarder la zone, de sorte que les personnes qui y ont été tuées sont plus nombreuses que dans les zones de combat. Nous avons connu la famine provoquée par l’homme. L’approvisionnement en nourriture a été bloqué pour nous affamer.
Prétendument pour punir le Hamas. Mais le Hamas ne boit pas de lait pour bébé. Il est destiné aux enfants, pas aux combattants. Il est évident que c’est une excuse. Nous condamnons le 7-Octobre, car nous sommes opposés aux meurtres de civils. Mais la réaction d’Israël n’est pas liée au Hamas. Les Israéliens ont tué la plupart de ses dirigeants et continuent la guerre. Ils veulent chasser les Palestiniens, les détruire mentalement, physiquement, spirituellement et effacer Gaza de la carte.
Entre ces conditions inhumaines et le manque de réaction de la communauté internationale, peut-on encore croire en une quelconque justice ?
Abu Abed Moughaisib : Droit international, crime de guerre, humanitaire… Toutes ces boussoles ont disparu. Les Nations unies auraient pu arrêter la guerre, mais ses membres n’étaient pas disposés ou pas en capacité de contraindre Israël. Comment penser que les Palestiniens croient toujours au droit international après tous ces mensonges ? Par exemple, les Nations unies et les pays occidentaux se targuent de lutter pour les droits des femmes. À Gaza, elles ne peuvent pas trouver de kits d’hygiène, n’ont pas de toilettes convenables, ont été déplacées, blessées, violées, tuées.
Il y a plus de 15 000 veuves à Gaza. Quand les Palestiniens voient des manifestations à Londres, à Paris, à Barcelone, cela leur donne le sourire. Je ne dirais pas de l’espoir, car il est fragile. Nous savons que la population nous soutient, mais nous savons aussi que les gouvernements ne nous soutiennent pas. Je ne veux pas comparer les guerres, mais les frontières sont ouvertes pour tous les Ukrainiens à travers le monde. Pour Gaza, elles n’étaient déjà pas très ouvertes et elles se sont encore refermées. Les gens comprennent cela.
Dans un court texte daté du 9 juillet 2025, vous annoncez ne pas vouloir, comme nombre de vos proches, célébrer le cessez-le-feu de début octobre présenté par les États-Unis. Quel a été votre sentiment lors de son annonce officielle ?
Abu Abed Moughaisib : Nous avons célébré ces annonces pendant quelques heures. Puis nous nous sommes rendu compte qu’il n’y avait rien à retrouver. Beaucoup de proches sont retournés dans le Nord ; ils n’ont plus de maison. Il n’y a que du sable. La première chose dont ils se souviendront, c’est qu’ils ont tous perdu un parent proche, un ami, un collègue ou un voisin.
Chacun d’entre nous à Gaza a perdu quelqu’un. Nous avons besoin de nous en remettre. Les Gazaouis souffrent de dépression, de stress, d’anxiété, d’insomnie. Ce trouble global va mettre du temps à s’estomper après le cessez-le-feu. Les bombardements sont ancrés dans nos cerveaux. Si vous appelez quelqu’un à Gaza maintenant, vous entendrez toujours le bruit des drones.
Plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer une nouvelle forme de colonisation validée par les Nations unies.
Abu Abed Moughaisib : Israël a annoncé que nous garderons les nouvelles frontières, délimitées par une ligne jaune. Cela représente 50 % de ce qu’était la bande de Gaza avant la guerre. Deux millions de personnes y sont concentrées. C’est la population la plus dense au monde dans une aussi petite région. Les forces d’occupation vont nous contrôler à l’entrée et nous n’aurons une maison que si elles estiment que nous ne sommes pas du Hamas.
C’est une accusation facile à porter. Les Israéliens pourront toujours dire : « Vous êtes du Hamas parce que vous les soutenez, parce que vous avez souri à l’un de ses membres, parce que vous avez un ami du Hamas. » Nous sommes des familles élargies. Tout le monde se connaît.
Pour revenir sur votre jeunesse, vécue au sein d’une famille d’exilés, quelle place la Palestine, sa culture et son histoire politique y ont-elles occupé ?
Abu Abed Moughaisib : Mon père est originaire de Beersheba, une cité aujourd’hui considérée comme étant dans le sud d’Israël. Ma mère est originaire d’Al-Majḍal, une cité du nord de la Palestine, qui s’appelle aujourd’hui Ashkelon en Israël. En 1948, ils ont été poussés avec leurs familles vers Gaza. À la fin des années 1950, ma mère et mon père ont quitté l’enclave. Mon père est parti en Irak et ma mère au Liban, dans le cadre de leurs études. Ils se sont rencontrés et mariés au Koweït, où ils travaillaient. Nous sommes nés sur place avec ma sœur et mes deux frères. Quand nous étions enfants, mon père et ma mère nous disaient que nous étions palestiniens. Ils rappelaient sans cesse que nous sommes d’origine bédouine.
Cette histoire familiale, est-elle ce qui vous a motivé à vous installer à Gaza ?
Abu Abed Moughaisib : Après mon enfance au Koweït, je suis parti étudier la médecine à Riga, en Lettonie. Une fois mes études terminées, je voulais aller à Gaza. Mes parents, qui vivaient alors aux Émirats arabes unis, m’ont dit qu’ils n’avaient pas de maison, pas de terre là-bas. J’ai répondu que j’irai de toute façon, que c’était mon choix.
Et vous y êtes resté pendant près de vingt-cinq ans.
Abu Abed Moughaisib : J’y suis entré en 2000. À cette époque, Israël contrôlait déjà les frontières. Il fallait donc demander un visa pour visiter Gaza. Je me souviens avoir obtenu un passe d’un mois pour rendre visite à ma sœur. Je ne suis jamais ressorti. J’ai rencontré ma femme, me suis marié, ai fondé une famille là-bas. Je n’aurais jamais pensé quitter Gaza, car j’y étais bien malgré la situation difficile. Gaza était toujours bouclée, soumise à des restrictions, en proie à des conflits incessants entre le Hamas et Israël. Malgré cela, la vie se poursuivait.
J’ai travaillé pendant deux ans avec l’ONG locale Palestinian Medical Relief Society, avant de rejoindre MSF en 2003. J’ai pu travailler en Grèce, en France et en Syrie. Puis j’ai occupé les postes de chef de l’équipe médicale et de coordinateur médical adjoint à Gaza et en Cisjordanie pendant près de quinze ans. Au final, je me rends compte que ce qui m’importait vraiment était de voir mes enfants grandir à Gaza. Là-bas, vous gardez la maison pour la famille, donc quand vous avez des enfants, qu’ils se marient, vous construisez un nouvel étage pour eux, puis un autre et ainsi de suite. Tout cela est tombé en ruines.
Comment s’est organisé votre exil ?
Abu Abed Moughaisib : Je ne m’attendais pas à être évacué vers l’Irlande. Au début, ils essayaient de m’envoyer en France, car je travaillais pour une ONG française depuis plus de vingt ans. Mais il n’y a plus aucune possibilité de venir. J’ai perdu espoir. La France est un bon pays, avec de la diversité et des soutiens. Hélas, le gouvernement bloque l’entrée de Palestiniens sur son territoire. Mes contacts à MSF m’ont dit de tenter le Royaume-Uni et l’Irlande. J’ai réussi à réaliser ma demande en ligne, malgré un réseau instable. Vous faites votre demande un jour, vous devez la rouvrir un autre jour – si elle peut s’ouvrir –, et ainsi de suite.
Finalement, j’ai pu télécharger tous les documents requis pour l’ambassade d’Irlande. Ils m’ont répondu rapidement et m’ont vraiment aidé. J’ai pu inclure ma famille, alors en sûreté au Caire, et ils ont même accepté de déclarer mes deux fils, âgés de 23 et 22 ans, comme dépendants. J’ai reçu la validation lundi 15 septembre. J’étais avec deux agents de sécurité, des Palestiniens, qui travaillaient avec moi au bureau local de MSF. Quand j’ai reçu le message, j’ai commencé à crier et à avoir les larmes aux yeux. Ils m’ont demandé ce que j’avais. J’ai répondu : « Je vais partir. » Nous nous sommes embrassés et nous avons commencé à pleurer.
Avez-vous pu garder une trace de votre vie à Gaza ?
Abu Abed Moughaisib : Je n’ai pu conserver que ce que je portais : mon tee-shirt, mon jean, mon téléphone portable, un chargeur et un peu d’argent liquide. Tout le reste était interdit. Les Israéliens ont même spécifié que prendre du sable avec soi est proscrit. En tant que Palestinien, Israël ne veut pas que nous conservions le moindre souvenir.
Gaza Hell@, d’Abu Abed Moughaisib, Manifeste !, 160 pages, 12 euros
mise en ligne le 5 février 2026
Par Guénolé Carré sur https://reporterre.net/
La multinationale a été jugée le 3 février pour homicide involontaire, après la mort d’un agent d’une société sous-traitante lors d’un accident, en 2019, dans une raffinerie près du Havre. Le verdict sera rendu le 19 février.
Le Havre (Seine-Maritime), reportage
« Ça fait sept ans que l’on attendait d’avoir des réponses. » À la barre du tribunal judiciaire du Havre le 3 février, Carole M., dont l’époux Cédric M. est mort dans un accident survenu le 15 février 2019 à la raffinerie de Gonfreville-l’Orcher, a eu du mal à retenir sa colère : « Ce sont des entreprises qui brassent des milliards [d’euros], pour eux ça n’a pas d’incidence mais nous, notre vie est brisée. »
Ce jour-là, son mari âgé de 38 ans, agent d’une société sous-traitante de TotalEnergies, a chuté d’une hauteur de près de 8 mètres après le décrochement d’une barrière amovible à laquelle il venait d’accrocher un tuyau destiné à remplir un réservoir de sable. Gravement blessé, il est mort le soir même, laissant derrière lui quatre enfants.
« Notre vie est brisée »
Chose rare, c’est pour homicide involontaire que comparaissait le 3 février TotalEnergies, ainsi que la société Bataille, pour qui travaillait Cédric M. Une qualification retenue par le parquet en raison d’une présumée « violation délibérée d’une obligation fondamentale de sécurité ».
Dans l’actualité récente, seule une poignée de grandes sociétés ont été condamnées pour ce chef, comme Saipol en mars 2025, spécialisée dans la transformation du colza et du tournesol, et Eiffage en juillet, respectivement à des amendes de 250 000 et 200 000 euros.
Total nie toute responsabilité
Devant la cour, les avocats de TotalEnergies et son sous-traitant ont nié en bloc toute responsabilité, avançant que Cédric M. et son collègue présent à ce moment n’auraient pas dû réaliser cette opération, mais la laisser à une autre société sous-traitante. Pourtant, a rappelé la juge, il n’y avait dans tous les cas aucune indication que la barrière était amovible et pouvait se décrocher si elle était tirée vers le haut.
Appelé à son tour, le représentant de TotalEnergies, le haut cadre Yves Houilliez, a tenté de faire bonne figure, mais assailli de questions, l’homme aux sévères lunettes cerclées de noir et aux cheveux grisonnants a fini par admettre : « Malheureusement, ce risque n’a pas été perçu et il n’a pas été mentionné ni identifié. S’il l’avait été, ce garde-corps aurait été verrouillé pour éliminer le risque à la source. »
« Malheureusement, ce risque n’a pas été perçu et il n’a pas été mentionné ni identifié »
Derrière cette affaire, c’est le recours massif à la sous-traitance qui est dénoncé. D’après Alexis Antonioli, le secrétaire général de la CGT plateforme Normandie de TotalEnergies, les salariés d’entreprises externes seraient entre 1 500 et 2 000 à intervenir à la raffinerie de Gonfreville-l’Orcher, contre 1 500 employés de Total.
Une façon pour la multinationale de réaliser des économies, selon lui. « La maintenance du site repose quasi exclusivement sur des sous-traitants sur lesquels Total vient appuyer en négociant toujours à la baisse les budgets de maintenance, alors que notre site vieillit de plus en plus », a-t-il déclaré.
De son côté, Me Elsa Marcel a encore enfoncé le clou. « Ce dossier, c’est un cas d’école parfait d’à quoi sert la sous-traitance pour des entreprises comme Total, a dit l’avocate de la CGT Total Normandie, qui s’est portée partie civile aux côtés de la veuve de Cédric M., de leurs quatre enfants, et du collègue de Cédric M., qui a vécu un traumatisme psychologique. C’est évidemment économique, c’est idéologique parce que ça permet de diviser les travailleurs selon leur statut. Mais c’est aussi juridique, parce que ça permet de dire, quand il y a un accident grave, que ce n’est de la faute de personne. »
« Il est assez rare qu’on ait autant d’éléments pour caractériser un homicide involontaire »
En 2023, TotalEnergies avait déjà été condamné à 120 000 euros d’amende en appel à la suite d’une explosion survenue en 2016 dans la même raffinerie et qui avait blessé cinq sous-traitants. En octobre 2021, encore dans la même raffinerie, c’est un autre employé d’une entreprise détachée qui est mort lors d’une opération de maintenance en scaphandre dans une tour de vapocraquage, utilisée pour faire réagir les hydrocarbures à haute température avec de la vapeur d’eau. Aucun procès n’a, pour l’heure, eu lieu.
Pour le cas de Cédric M., « il est assez rare qu’on ait autant d’éléments pour caractériser un homicide involontaire », a lancé sans ambages la procureure. Celle-ci a requis une amende de 150 000 euros à l’encontre de TotalEnergies et de 50 000 euros pour la société Bataille. Une réquisition bien maigre, de l’aveu même de la magistrate, au regard des bénéfices monstres du pétrolier qui a réalisé un bénéfice de 15 milliards d’euros en 2025. Le verdict de cette affaire, mise en délibéré, sera rendu le 19 février.
mise en ligne le 5 février 2026
par Stéphane Ortega sur https://basta.media/
Le Rassemblement national mise sur la conquête de dizaines de villes dans le cadre des municipales de mars. Une perspective inimaginable pour de nombreux collectifs citoyens, associations, syndicats et mouvements de gauche mobilisés.
« Avant décembre, on n’identifiait pas forcément Marseille comme pouvant basculer vers le RN. » Les choses ont changé depuis. Floraine Jullian, porte-parole de Victoires populaires, un mouvement citoyen de gauche qui souhaite valoriser la justice sociale, l’écologie et le renouveau démocratique, voit aujourd’hui un risque.
Dans la cité phocéenne, le candidat du Rassemblement national, Franck Allisio (ex-UMP), a rallié à lui plusieurs élus marseillais de droite. Il est aujourd’hui crédité par les sondages de 30 % d’intentions de vote au premier tour, au coude-à-coude avec le maire sortant de gauche Benoît Payan.
Au second tour, une quadrangulaire est envisageable (avec quatre listes potentiellement en concurrence, deux à gauche avec Benoît Payan et Sébastien Delogu pour LFI, la liste de l’union de la droite et celle du RN). Un accord entre le RN et la liste de droite conduite par Martine Vassal n’est pas totalement à écarter, malgré les récentes dénégations de cette dernière.
Le RN présente 650 listes aux municipales
Marseille n’est pas la seule ville que le RN ambitionne de conquérir. Le parti à la flamme a annoncé qu’il présenterait près de 650 listes pour les élections municipales des 15 et 22 mars. C’est bien plus que lors du scrutin de 2020, où le parti avait aligné des candidats dans moins de 400 localités.
Cette fois-ci, le Rassemblement national espère l’emporter dans « plusieurs dizaines de communes », aux dires de son président Jordan Bardella. Il y a six ans, il n’en n’avait conquises ou conservées qu’une quinzaine, sous l’étiquette du RN ou avec le soutien du parti d’extrême droite. Cette année, le RN entend renforcer son implantation locale, mais aussi se constituer un vivier d’élus.
Un enjeu stratégique en vue des élections sénatoriales de septembre, au cours desquelles la moitié des sièges seront renouvelés par les grands électeurs – principalement des conseillers municipaux. Ces sénatoriales pourraient permettre au parti de former pour la première fois un groupe au Sénat.
Inquiétude dans de nombreuses villes
Les prétentions affichées par le RN suscitent l’inquiétude dans de nombreuses villes où l’extrême droite a réalisé des scores importants aux législatives de juin 2024. C’est le cas de Sète (45 000 habitants), dans l’Hérault. Dans cette ville, un collectif s’est constitué en 2024 pour lutter contre l’extrême droite. Il rassemble une trentaine d’associations, de syndicats, de partis politiques et des citoyens.
« On s’est dit qu’il fallait qu’on mène un combat par rapport aux municipales, parce que la ville est prenable par le RN », explique Daniel, l’un de ses membres, qui se rappelle la stupeur inspirée par la victoire, dès le premier tour des législatives, du candidat RN Aurélien Lopez-Liguori sur sa circonscription, avec 51,6 % des voix.
Pour le collectif local, il s’agit de mener « un combat à long terme pour réduire les idées d’extrême droite qui sont bien ancrées dans une partie de la population », indique le militant. À cette fin, un journal a vu le jour : La Vigie. Tiré à 2000 exemplaires et vendu sur les marchés, il propose de « dire les faits et les méfaits de l’extrême droite au plus près de nous, à commencer par notre député », précise Daniel.
Le temps de la campagne des municipales, les membres du collectif iront distribuer des tracts et diffuser leur journal sur les marchés de Sète, mais aussi d’Agde et de Frontignan, également prenables par le RN. « Nous allons expliquer comment cela se passe dans des villes RN comme Beaucaire, Perpignan ou Béziers pour répondre aux gens qui disent “on ne les a jamais essayés”. Nous allons dénoncer leur imposture sociale en montrant comment ils mentent aux gens entre ce qu’ils disent et ce qu’ils votent », annonce Daniel.
Promouvoir l’inscription sur les listes
À 500 kilomètres de là, en Gironde, c’est la commune de Blaye (5000 habitants) qui semble la plus menacée par le vote pour l’extrême droite. Ici, Edwige Diaz, la vice-présidente à la formation au Rassemblement national, l’avait emporté au premier tour des législatives avec 53,3 % des voix. Dans ce département, deux autres circonscriptions avaient manqué de peu de basculer RN.
« On avait remarqué qu’il fallait donner un but et de l’espérance à nos syndiqués qui peuvent se sentir isolés sur certains territoires », note Catherine Dudes, cosecrétaire de la FSU. Avec une vingtaine d’associations et de syndicats sur le département, elle participe à une assemblée « interorga » contre l’extrême droite, créée en 2024.
De façon unitaire, « nous avons proposé des réunions de secteurs pour nos adhérents et adhérentes respectifs. On a maillé le territoire et ciblé les zones où le RN était fort », détaille l’enseignante et syndicaliste. En janvier, la réunion à Blaye a débouché sur « la création d’un collectif Haute-Gironde pour que ces terres restent des terres de solidarité », se félicite Catherine Dudes. Samedi 31 janvier, le nouveau collectif local présentait sur le marché ses vœux alternatifs à ceux de la députée RN prévus le lendemain. Objectif : sensibiliser la population et promouvoir l’inscription sur les listes électorales.
Mouvements de jeunesses mobilisés
Mus également par un sentiment de danger imminent, une quinzaine de groupes issus de mouvements de jeunesse (antifascistes, insoumis…) se sont rencontrés le 10 janvier à Lyon. Ils ont décidé de lancer la campagne « Éteignons la flamme », une mobilisation contre le RN le temps des élections municipales. Celle-ci se déploie aujourd’hui dans 21 villes, parmi lesquelles certaines présentant des risques de bascule à l’extrême droite, comme Toulon, Marseille, Béthune ou Nîmes.
« Nous voulons mettre en lumière leurs moindres faits et gestes sur le racisme ou la corruption », expose Césaria, porte-parole du mouvement. En plus des collages d’affiches et d’autocollants « pour occuper le terrain », qu’ils multiplient dans chacune des communes où ils sont implantés, les groupes souhaitent aussi organiser des conférences dans les semaines qui viennent.
Parallèlement, ils déploient une activité sur les réseaux sociaux pour dénoncer les candidats ayant ouvertement tenu des propos racistes ou s’étant rendu coupable de malversations. « Mobiliser la jeunesse autour de la question de l’antifascisme est hyper important », appuie Césaria, qui considère que la campagne Éteignons la flamme leur « aura au moins fait faire une répétition générale pour 2027 ».
Faire gagner les listes de gauche
Pour l’ensemble de ces collectifs, il s’agit plus de faire campagne contre le RN que pour les listes qui lui font face. À l’inverse, le mouvement Victoires populaires, qui avait organisé la primaire populaire en 2022 et s’était mobilisé pendant les législatives de 2024, est pleinement lancé dans la bataille électorale.
Son objectif : faire gagner les listes de gauche sans prendre parti lorsque plusieurs candidatures de gauche sont en concurrence. Puis faire pression entre les deux tours pour que les listes se rassemblent, surtout dans les villes où elles font face au Rassemblement national.
« Nous avons 36 groupes locaux et une vingtaine sont en création pour cette campagne », rapporte Floraine Jullian, la porte-parole du mouvement. Ce dernier revendique une base de données de 500 000 sympathisants, dont 150 000 actifs et 15 000 engagés qui donnent de leur temps pour une action en ligne ou sur le terrain. La première mission de Victoires populaires a été de lutter contre la mal-inscription sur les listes électorales : d’après ses estimations, sept millions de personnes ne pourraient pas voter les 15 et 22 mars à cause d’un défaut d’inscription.
mise en ligne le 4 février 2026
La rédaction sur www.humanite.fr
Quatorze exilés ont été tués mardi 3 février au soir après la collision de leur embarcation avec un bateau des gardes-côtes grecs au large de l’île de Chios, en mer Égée.
Une nouvelle catastrophe en mer dont les circonstances et responsabilités seront à éclaircir. « Quatorze personnes sont mortes après la collision d’un patrouilleur de la police portuaire avec une vedette à grande vitesse », a une responsable de la police portuaire grecque à l’AFP mardi 3 février au soir. Les autorités grecques n’ont fourni, dans un premier temps, aucune précision sur les causes du drame qui a impliqué une embarcation d’exilés au large de l’île de Chios, en mer Égée, à proximité des côtes de la Turquie voisine.
Vingt-cinq migrants ont pu être secourus. Parmi les blessés transférés à l’hôpital général de Chios figurent sept enfants et une femme enceinte, selon la chaîne publique ERT et l’agence de presse grecque ANA. Deux membres des gardes-côtes grecs y ont également été envoyés. Les gardes-côtes et l’armée de l’air grecque avec un hélicoptère participent à l’opération de recherche en cours, selon la même source.
Responsabilités à déterminer
Si selon ERT, le patrouilleur de la police portuaire qui avait repéré auparavant le bateau de migrants a émis des signaux sonores avant que ce dernier n’effectue des manœuvres pour lui échapper, les responsabilités restent à déterminer alors que les interventions des garde-côtes ont fait l’objet à plusieurs reprises de mises en cause sur le continent ces dernières années. En témoigne, le procès vendredi 30 janvier six membres de la police et des garde-côtes italiens accusés d’être intervenus trop tard pour secourir un bateau d’exilés en 2023, dont le naufrage a coûté la vie à au moins 94 personnes.
En Grèce, début décembre, 17 personnes avaient été retrouvées mortes après le naufrage de leur embarcation au large de la Crète (sud) et 15 autres portées disparues. Seules deux personnes avaient survécu. En 2023, plus de 600 personnes avaient perdu la vie dans le naufrage de l’Adriana, un petit chalutier parti de Tobrouk en Libye qui a coulé au large de Pylos, sur la côte ouest du Péloponnèse.
Le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR), une agence de l’ONU, avait recensé en novembre un total de plus de 1 700 personnes mortes ou portées disparues en 2025 sur les voies migratoires de Méditerranée et au large de l’Afrique de l’ouest, dans l’Atlantique. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) des Nations unies a ajouté le 26 janvier que des centaines de migrants auraient disparu ou seraient morts en Méditerranée lors de plusieurs naufrages durant le premier mois de 2026.
Mathilde Weibel sur https://blogs.mediapart.fr/
Mardi 3 février, quinze personnes ont été tuées lors d’un pushback au large de l’île grecque de Chios. Parties de Turquie sur un bateau de fortune, elles tentaient de rejoindre l'Europe. Ces morts ne sont pas « accidentelles ». Au contraire, elle sont nécessaire à la survie de l’illusion de la civilisation occidentale, qui vit dans le « rêve hallucinatoire de la communauté sans étrangers ».
Lesbos. Hier soir, mardi 3 février, quinze personnes ont été tuées lors d’un pushback au large de l’île grecque de Chios. Parties de Turquie sur un bateau de fortune, elles tentaient de rejoindre l'Europe. Onze hommes, quatre femmes dont deux enceintes, et deux enfants sont morts. Il y a au moins vingt-cinq blessés : sept hommes, sept femmes dont une enceinte et onze enfants.
Dans cette mer Égée devenue cimetière, les corps indésirables sont assassinés alors qu’ils tentent d’aller vers la vie. Michel Agier écrit : « les puissances occidentales […] font de la frontière un spectacle, […] sous la forme des murs, mais aussi des naufrages, voire de la mort, aboutissement ultime de l’indésirabilité mais aussi preuve bien sordide de l’étanchéité des frontières » (Michel Agier, La peur des autres. Essai sur l’indésirabilité, Payot&Rivages, p. 52).
La frontière est devenue « un gouffre et un enfer » pour celles et ceux qui sont nés du mauvais côté de la distribution injuste des privilèges et de la mort, et qui cherchent juste à survivre – quelle audace. « Le lieu du naufrage est très exactement le cœur de la frontière, le lieu du Gouffre lui-même » (p. 58). En arabe, rappelle Agier, on utilise le mot barzakh برزخ: « l’« entre-monde », l’espace-frontière entre les mondes matériel et spirituel, [mais] aussi les limbes entre la vie et la mort, une sorte d’état liminal où se trouvent en effet toutes celles et tous ceux qui ne savent pas s’ils vont vivre ou mourir » (p. 64). C’est en tentant de traverser ce barzakh, d’atteindre l’autre rive d’un Achéron qui mènerait non vers la mort mais vers la vie, qu’ils et elles ont été tué.e.s, englouti.e.s par les eaux. Le Gouffre les a avalé.e.s, et avec eux leurs rêves et leurs espoirs.
Dans un des derniers épisodes de La Série Documentaire (LSD) diffusé ce lundi sur France Culture (et que je vous conseille vivement d’écouter ici, Marie-Josée Tubiana, grande spécialiste du Soudan, rappelle : « Tous ceux qui s’enfuient de chez eux, ce n’est pas le désir d’avoir une vie meilleure. C’est le désir d’avoir une vie tout court ». Hier soir, celles et ceux qui croyaient pouvoir braver la violence des nécropolitiques européennes sont mort.e.s, assassiné.e.s par cette frontière liquide et par les hommes qui croyaient la défendre. Inutile d'ajouter que les garde-côtes nient, comme d’habitude, toute responsabilité.
Les survivant.e.s sont isolé.e.s, on leur interdit de parler aux journalistes, et leurs téléphones sont confisqués, pour éviter que ne fuitent des vidéos ou des photos qui pourraient prouver l’implication des garde-côtes dans ces crimes. Rien de tout cela n’est nouveau. Lors du naufrage de Pylos aussi (le 14 juin 2023), les survivant.e.s avaient eu interdiction de parler aux journalistes, et les garde-côtes avaient nié toute responsabilité dans la catastrophe au cours de laquelle plus de 600 personnes avaient perdu la vie (on en avait parlé ici, et sur le rôle des garde-côtes ici.
Ces morts ne sont pas « accidentelles ». Au contraire, elle sont nécessaire à la survie de l’illusion de la civilisation occidentale, qui vit dans le "rêve hallucinatoire […] de la « communauté sans étrangers » » (Achille Mbembe, Politiques de l’inimitié, La Découverte, p. 15).
Assez.
Quand pourrons-nous cesser d’annoncer les morts et les naufrages,
Quand pourrons-nous enfin nous occuper de la vie ?
mise en ligne le 4 février 2026
Naïm Sakhi sur www.humanite.fr
Plus de 1 000 cégétistes sont visés par des procédures disciplinaires ou judiciaires. Face à cette dérive liberticide, qui s’est accélérée depuis le mouvement contre la réforme des retraites, la CGT organise un meeting ce 4 février, à son siège de Montreuil, en présence de nombreuses personnalités dont Sophie Binet, Jacques Toubon, Guillaume Meurice et des responsables d’organisations et de syndicats.
Une secrétaire confédérale, Myriam Lebkiri, convoquée par la gendarmerie, après une action contre la réforme des retraites. Le licenciement d’une déléguée syndicale à Airbus Atlantic, à Nantes, pour « non-respect grave et répété des règles de l’entreprise ». Une condamnation à deux ans de prison avec sursis pour deux militants CGT, à la suite d’un jet de pétard, lors d’un rassemblement contre la fermeture de la centrale de Cordemais, etc.
Pas un mois ne passe sans qu’un nouveau cas de répression antisyndicale ne soit révélé. Preuve en est la mise en examen de Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, pour avoir qualifié les patrons de « rats qui quittent le navire » à propos de la vague de désindustrialisation.
Au total, depuis le 1er avril 2023, la confédération dénombre plus de 1 000 militants et cadres de la CGT inquiétés par des poursuites judiciaires ou disciplinaires, dont cinq dirigeants nationaux. Face à ces entraves à l’action syndicale, la CGT tient, ce mercredi à 19 heures, un meeting à son siège de Montreuil en Seine-Saint-Denis (voir encadré). Le syndicat doit y dévoiler une liste noire des militants CGT poursuivis, ainsi qu’une carte de France des Bourses du travail menacées.
“Nous avons été le moteur social et médiatique de la contestation contre la réforme des retraites”
Dans cette vague sans précédent,« le mouvement de 2023 contre la réforme des retraites a fait l’office d’accélérateur », assure Gérard Ré, secrétaire confédéral CGT. L’ampleur des procédures pénalisant des militants de la Fédération nationale des mines et de l’énergie (FNME-CGT) en est le révélateur. Durant le mouvement social, les gaziers et électriciens de la CGT se sont illustrés par des actions « Robin des bois » afin de rendre l’électricité gratuite pour des services publics, petits commerces ou familles précaires.
« Nous sommes ciblés parce que nous avons été le 2 500 militants CGT contre la répression
La CGT lance une campagne nationale pour les libertés syndicales à l’occasion du meeting national, organisé à son siège de Montreuil (Seine-Saint-Denis), ce mercredi 4 février, à partir de 19 heures. Présenté et animé par l’humoriste Guillaume Meurice, l’événement sera l’occasion pour la confédération de présenter une liste noire des militants poursuivis et une carte des bourses du travail menacées de fermeture. De nombreux invités et organisations ont confirmé leur présence, dont l’ancien garde des Sceaux Jacques Toubon, Assa Traoré, le président de la CFE-CGC, François Hommeril, le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France, la Ligue des droits de l’homme, Luc Triangle, secrétaire général de la Confédération syndicale internationale, ou encore le chanteur Gauvain Sers. La soirée sera clôturée par un discours de Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. L’inscription est obligatoire.moteur social et médiatique de la contestation contre la réforme des retraites, mesure Laurence Casasreales, en charge de la discrimination syndicale à la FNME-CGT. Jusqu’à présent, les plaintes contre X étaient classées sans suite. Désormais, elles s’accompagnent, dans un second temps, de la délation de noms et numéros de téléphone de militants CGT par les employeurs. » La FNME dénombre 395 adhérents entendus par les forces de l’ordre et 55 en proie à des procédures disciplinaires consécutives à des actions de grève, selon un décompte tenu depuis 2020.
La CGT assume le « name and shame » visant les employeurs
Par ailleurs, le comité confédéral national (CCN) de la CGT doit également adopter un plan d’action visant à identifier les cas de répression, accompagner et outiller les cégétistes ciblés et médiatiser les affaires. « Nous assumons la logique de name and shame afin de dénoncer les principaux artisans de cette répression », insiste Gérard Ré.
D’autant que les mandats ne sont plus nécessairement un facteur de protection de l’action syndicale. « Les procédures de licenciement contre des délégués syndicaux se multiplient », observe-t-il. À Bordeaux, le licenciement de Kamala Rama, une aide-soignante en Ehpad, a été validé par l’inspection du travail, malgré son statut de salariée protégée. Une affaire similaire est également à déplorer du côté d’Amazon, avec le licenciement d’une élue Solidaires.
« La répression s’accélère depuis la réforme des retraites. Dès qu’une section syndicale s’implante, elle doit faire face à une radicalisation de l’employeur », confirme Tayeb Khouira, secrétaire national de l’union Solidaires. Dans la fonction publique, Caroline Chevé, secrétaire générale de la FSU, observe un « climat austéritaire défavorable aux actions syndicales et qui tend les relations au travail ».
2 500 militants CGT contre la répression
La CGT lance une campagne nationale pour les libertés syndicales à l’occasion du meeting national, organisé à son siège de Montreuil (Seine-Saint-Denis), ce mercredi 4 février, à partir de 19 heures. Présenté et animé par l’humoriste Guillaume Meurice, l’événement sera l’occasion pour la confédération de présenter une liste noire des militants poursuivis et une carte des bourses du travail menacées de fermeture. De nombreux invités et organisations ont confirmé leur présence, dont l’ancien garde des Sceaux Jacques Toubon, Assa Traoré, le président de la CFE-CGC, François Hommeril, le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France, la Ligue des droits de l’homme, Luc Triangle, secrétaire général de la Confédération syndicale internationale, ou encore le chanteur Gauvain Sers. La soirée sera clôturée par un discours de Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. L’inscription est obligatoire.
Cécile Rousseau sur www.humanite.fr
Après la grève historique en 2022 à l’Ehpad du château de Neuville, l’ex-représentante de la CGT a vécu l’enfer. Cette battante est toujours poursuivie par son ancien employeur pour diffamation.
Hasard du calendrier, Siham Touazi comparaîtra devant la justice le même jour que le meeting organisé par la CGT sur les libertés syndicales. Depuis la grève de 133 jours à l’Ehpad du château de Neuville (Val-d’Oise) entamée en janvier 2022, la plus longue jamais menée dans le département, l’infirmière est tombée dans un vortex de procédures. Mercredi 4 février, elle sera devant la cour d’appel de Versailles (Yvelines) pour diffamation contre son ex-employeur Epinomis.
« On me reproche, entre autres, d’avoir dit que je travaillais dans une société « néoféodale ». Lors du premier procès, il a fallu que je me justifie à la barre, que j’explique ce qu’était la lutte des classes », hallucine encore la dynamique cégétiste. En première instance, la soignante avait obtenu gain de cause. Fait rare, l’entreprise avait même été condamnée à verser 10 000 euros pour procédure abusive. « La justice a considéré que c’était une procédure-bâillon. Mon ex-direction ne peut pas supporter que moi, femme racisée issue d’un milieu populaire et travaillant dans le milieu du soin, je ne me laisse pas faire. »
« À l’intérieur, tout était violence »
Lors de la grève, les infirmières et aides-soignantes ont dénoncé les conditions d’accueil dégradées des pensionnaires dans cet Ehpad niché au cœur d’un château dont le loyer mensuel peut atteindre 7 000 euros. La mobilisation a débuté le 3 janvier 2022, quinze jours avant la sortie du livre choc de Victor Castanet, les Fossoyeurs, motivée par des plannings impossibles et une accumulation de problèmes.
« Il n’y avait pas assez de protections pour tout le monde, la nourriture était rationnée, on ne pouvait pas prendre le temps de discuter avec les résidents, énumère-t-elle. On avait vraiment l’impression de faire un sale travail. Une collègue avait eu une retenue sur salaire car elle avait mangé un quignon de pain. À l’intérieur, tout était violence. »
En juillet 2025, avec six de ses collègues, elle obtient une éclatante victoire devant les prud’hommes de Pontoise (Val-d’Oise). La société est reconnue coupable de harcèlement moral, discrimination syndicale et manquements à son obligation de sécurité. Outre le paiement des jours de grève d’un montant de 67 000 euros, Epinomis est condamnée à leur verser 295 000 euros de dommages et intérêts. L’entreprise a depuis fait appel.
Malgré les décisions en sa faveur, pour Siham, le prix à payer a été exorbitant. « J’ai été bousillée, résume-t-elle. L’impact de la discrimination se mesure sur le corps. J’ai obtenu la reconnaissance de qualité de travailleur handicapé (RQTH) à cause d’un syndrome post-traumatique. Avant même la grève, on me surveillait via mon badgeage, via les caméras. J’ai développé une forme d’hypervigilance. »
À cette époque, la secrétaire du comité social et économique CGT a déjà été mise à pied et victime de deux tentatives de licenciement, « dont une fois parce que j’avais dit à un résident qu’il n’y avait plus de fruit. On a estimé que j’étais déloyale ».
Divorcée de son mari qui « en avait marre de vivre avec Che Guevara », la quinquagénaire, devenue maman solo, ne regrette pourtant rien : « Je referai la même chose, peut-être avec un peu moins de naïveté, tranche-t-elle. Depuis, j’ai compris que le système était profondément inégalitaire. »
« Il est resté entre nous quelque chose de l’ordre de la sororité »
Après des années de galère, la paramédicale allergique à l’arbitraire a sorti la tête de l’eau et retrouvé un poste de nuit. Mais ce qui lui a permis de tenir, envers et contre tout, c’est son militantisme couplé à une forme de résilience. « Je suis au conseil municipal de ma ville, très engagée pour la Palestine et dans le collectif égalité femmes-hommes de la CGT au niveau local », s’enthousiasme-t-elle.
Ce 4 février, la battante, désormais reconnue lanceuse d’alerte par le Défenseur des droits, pourra compter sur les fils de la solidarité tissés durant cette lutte historique : « Devant la cour d’appel, mes ex-collègues seront là en soutien. Même si on ne se voit pas tous les jours, il est resté entre nous quelque chose de l’ordre de la sororité. »
Elle se réjouit de voir que leur mobilisation épique a infusé aux alentours. « Dans la zone, on sait que d’autres structures ont pu négocier des augmentations plus facilement. Dans notre ancien établissement (seuls les murs appartiennent encore à Epinomis, NDLR), ce qu’on avait négocié a été appliqué. Les conditions de travail sont plus vertueuses », se satisfait-elle.
Pour la soignante, qui a également contesté devant le tribunal administratif la validation de son licenciement par le ministère du Travail (refusé par l’inspection du travail), pas question donc de lâcher. « Au début des procédures, j’avais dit à mon avocat, « j’ai commencé, je termine ». J’ai perdu des plumes, mais eux ont perdu de l’argent. »
Naïm Sakhi sur www.humanite.fr
Le délégué syndical du grossiste alimentaire Metro de Bourg-en-Bresse (Ain) conteste devant les prud’hommes une mise à pied de huit jours, après qu’un collègue a fait usage d’un stylo siglé du logo du syndicat.
La scène paraît banale. Au printemps 2025, un salarié de Metro de Bourg-en-Bresse (Ain), un grossiste alimentaire, doit signer un bon interne. Sans réfléchir, l’employé sort le premier stylo de sa poche, siglé de la CGT. Loïc Althamor, délégué syndical, a, selon ses termes, « l’habitude de distribuer des goodies » du syndicat à ses collègues. Sauf que ce stylo n’est pas du goût d’une adjointe de caisse qui « exige de mon collègue qu’il mette un bout de scotch pour cacher le logo », rapporte Loïc.
Réaction en chaîne : aussitôt alerté, l’élu syndical se fend d’un courriel à la direction pour se plaindre de cette discrimination syndicale. « L’adjointe en question était en copie. Mon mail lui aurait provoqué un prétendu « choc émotionnel ». On m’accuse d’atteinte à la vie d’une personne, ce que je réfute », insiste Loïc Althamor.
Le délégué syndical hérite d’une mise à pied de huit jours. Une sanction qu’il conteste désormais devant les prud’hommes. Ce 3 février, le cégétiste était d’ailleurs convoqué pour un entretien préalable pouvant aller jusqu’au licenciement.
Qualifié de « déficient » en conclusion de son entretien professionnel
Entré à Metro en 2010 à l’âge de 20 ans, après une première expérience professionnelle dans la pâtisserie, Loïc Althamor s’engage syndicalement sur le tard. « J’ai toujours défendu les gens face à l’injustice. Mais, au travail, je le faisais sans outils et j’en prenais plein la tête », confesse-t-il.
En 2019, ses collègues le poussent à se présenter aux élections. Dès le dépôt de la liste, la répression commence. « Ils ont tenté de bloquer notre liste au prétexte que j’ai été mandaté par l’union locale et non le délégué syndical central. Nous avons tenu bon. » Par la suite, Loïc Althamor déclare avoir été « ostracisé » : « La direction disait aux collègues qu’il ne fallait pas venir me parler. »
L’affaire du stylo découle, selon lui, de cette « haine manifeste contre la CGT ». Fin 2025, « durant un arrêt de travail pendant lequel je vivais le deuil de mon père, le directeur m’a écrit sur ma boîte mail personnelle pour me demander d’effectuer une tâche professionnelle ».
Cet épisode a marqué Loïc Althamor. « Dans ces moments-là, on ne parle plus seulement de droit du travail, mais de respect humain. » Le syndicaliste précise d’ailleurs que l’employeur s’est permis de le qualifier de « déficient », en conclusion de son dernier entretien professionnel. Contacté, Metro n’a pas donné suite à nos questions.
mise en ligne le 3 février 2026
Marti Blancho sur www.mediapart.fr
Plus d’un demi-million de personnes devraient obtenir un titre de séjour, surtout pour des raisons économiques, et donc utilitaristes. La mesure marque la victoire d’une initiative citoyenne, bloquée un temps au Parlement avant que le gouvernement de Pedro Sánchez ne se l’approprie.
Barcelone (Espagne).– Elle a fini par arriver. La régularisation dite extraordinaire des personnes sans papiers était abandonnée entre les bancs du Parlement espagnol depuis plus d’un an. L’exécutif socialiste s’est décidé à la sortir de la léthargie. Mardi 27 janvier, le gouvernement de Pedro Sánchez a annoncé un décret qui permettra aux étrangers et étrangères en situation irrégulière d’obtenir un permis de séjour, après une longue mobilisation citoyenne ayant permis d’obtenir 700 000 signatures pour déposer une proposition de texte dans le cadre de l’« initiative populaire des lois » (ou IPL).
« C’est un jour historique pour notre pays, s’est targuée Elma Saiz, ministre de l’inclusion, de la sécurité sociale et des migrations. Nous ne voulons pas seulement être un phare, mais aussi le germe d’une lutte contre la vague d’extrême droite. » Ces belles paroles ne viennent pas de nulle part, soulignait en octobre dernier Silvana, membre du mouvement Regularización Ya (« Régularisation maintenant »), à l’origine de cette mesure. « L’Espagne fait ça parce qu’on a poussé pour imposer cette idée. L’initiative vient de nous. Les personnes migrantes sont allées dans la rue pour obtenir les signatures des citoyens, on a mis nos problématiques au cœur des discussions », rappelait-elle.
840 000 personnes, dont 91 % de Latino-Américain·es, résident en Espagne sans papiers, selon les dernières estimations, et pourraient donc bénéficier de cette régularisation. Elle concerne les personnes arrivées jusqu’au 31 décembre 2025, et celles qui ont demandé l’asile avant 2026, lorsqu’elles justifient d’une résidence sur le territoire pendant au moins cinq mois au moment de la requête. Ces critères permettent sans doute au gouvernement d’anticiper les accusations d’« appel d’air », théorie infondée d’extrême droite banalisée par des responsables politiques de droite et du centre au sein des pays européens, dont la France. Celle-ci laisse entendre que des régularisations massives pourraient inciter d’autres exilé·es à venir en Europe.
Un titre de séjour d’un an sera attribué aux concernés en Espagne, à condition de présenter également un casier judiciaire vierge. Les enfants mineurs sans papiers bénéficieront de la mesure simultanément à leurs parents, et pour une durée de cinq ans. « Il s’agit simplement de régulariser la situation des personnes qui vivent et travaillent déjà ici mais n’existent pas aux yeux de l’administration », nuance Redwan Baddouh, 21 ans, laissant entendre qu’il n’y a peut-être rien d’exceptionnel à cela. Né aux Canaries d’un père immigré, il est l’un des porte-parole de Regularización Ya.
Si elle s’inscrit à rebours des politiques migratoires européennes qui ne visent qu’à éloigner toujours plus les exilé·es, la décision est surtout, pour l’exécutif espagnol, l’occasion de faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’État. En effet, le travail jusqu’alors dissimulé sera progressivement remplacé par de l’emploi dûment déclaré. Chaque salarié·e désormais en règle pourrait rapporter jusqu’à 4 000 euros net par an aux finances du royaume, sans augmenter les dépenses publiques. Les personnes sans papiers régularisées cotisent en effet plus qu’elles ne coûtent à l’État.
Arguments économiques
C’est ce que constate Joan Monràs, professeur-chercheur en économie à l’université Pompeu-Fabra, en analysant les recettes fiscales et dépenses dérivées de la dernière régularisation massive en 2005, sous le gouvernement du socialiste José Luis Rodríguez Zapatero. « Les immigrés qui arrivent sont déjà scolarisés et formés. Ils ont entre 20 et 25 ans en moyenne et ont donc moins recours aux services de santé. Et une fois âgés, un certain nombre rentrent dans son pays d’origine. Ils contribuent donc plus à l’État-providence qu’ils n’en profitent », explique l’auteur d’un des articles scientifiques utilisés par le gouvernement pour mesurer l’opportunité de la régularisation. Joan Monràs n’a d’ailleurs constaté aucun effet d’« appel d’air » : « La mesure n’a eu aucune influence sur les flux migratoires. »
La ministre de l’inclusion le répète à foison, reprenant les arguments économiques qui aujourd’hui sonnent mieux que celui de l’humanité ou du droit à circuler librement pour justifier une telle mesure : « 10 % des recettes de la Sécurité sociale proviennent des immigrés en situation régulière, alors qu’ils ne représentent que 1 % des dépenses. » Les ONG, ou encore la fondation PorCausa, reprennent elles aussi ces arguments, conscientes de leur poids dans un contexte politique mondial peu favorable aux migrations.
Pour Redwan Baddouh, « cette mesure va enfin garantir des droits au travail » aux concerné·es. « Ils pourront exiger un contrat, une journée de huit heures et le revenu minimum au lieu des quinze heures par jour et le salaire de misère qu’ils reçoivent. » La mesure les aidera aussi à accéder à des emplois plus qualifiés. Les emplois jusqu’ici occupés par la population étrangère extracommunautaire s’inscrivaient dans l’hôtellerie, l’agriculture et la construction, mais aussi les métiers du soin, des plus précaires.
La régularisation annoncée permet ainsi de mettre fin à une politique hypocrite visant à se servir des travailleuses et travailleurs sans papiers sans leur offrir les droits auxquels ils devraient pouvoir prétendre. « Il n’y a rien qu’un citoyen espagnol puisse faire sans une personne immigrée, rappelle Redwan Baddouh. Il y en a certainement derrière le café que vous buvez le matin, par exemple : celui ou celle qui le sert, qui le transporte, qui le conditionne… Si les migrants s’arrêtent, l’Espagne s’arrête. »
Mais la démarche reste purement utilitariste et rattachée au travail, légitimant une vision de l’immigration qui ne pourrait être acceptée et acceptable que lorsqu’elle apporte une plus-value (souvent économique et financière) au pays d’accueil. Que se passerait-il si, demain, l’Espagne estimait ne plus avoir besoin de main-d’œuvre étrangère ? Leur titre de séjour sera-t-il renouvelé sans difficulté dans la durée ?
Dans la même logique, les immigré·es apparaissent tout aussi « nécessaires » pour contrebalancer le déclin démographique et ses conséquences sur la protection sociale – une petite musique qui revient régulièrement dans des pays comme la France, l’Espagne, l’Italie ou l’Allemagne. « Entre fin 2020 et le quatrième trimestre 2024, les flux migratoires ont apporté à l’Espagne plus d’un million et demi d’actifs, malgré la baisse de la population native », calcule la banque centrale espagnole.
Même la très conservatrice Conférence épiscopale espagnole (CEE) a soutenu la régularisation, et ce dès le début. La hiérarchie ecclésiastique a fait pression sur le Parti populaire (PP, droite) pour qu’il accepte la première étape du parcours législatif de l’initiative, en avril 2024. « C’est une reconnaissance de la dignité humaine », a célébré l’archevêque Luis Argüello, président de la CEE, après l’annonce de la décision, en rappelant néanmoins la « nécessité de réguler les flux migratoires ».
Droite et extrême droite opposées au décret
Dans un contexte de grande polarisation de la vie politique, le Parti populaire (PP, droite) et Vox (extrême droite) se sont opposés au décret de régularisation porté par les gauches. La position du PP confirme le durcissement du parti sur ces questions, alors que son leadeur Alberto Núñez Feijóo avait soutenu du bout des lèvres, en avril 2024, le fait que l’initiative citoyenne en faveur de la régularisation, portée notamment par de nombreux collectifs catholiques, devait déboucher sur un texte à débattre au sein du Congrès. À l’époque, seul Vox s’y était opposé.
Le PP n’a, cette fois, pas hésité à reprendre cette semaine des rumeurs infondées, alimentées par Vox, selon lesquelles la coalition des gauches au pouvoir a lancé cette vague de régularisations avec l’objectif principal de modifier les listes électorales, d’ici aux prochaines élections générales. En clair, une manière pour Pedro Sánchez, sous couvert de bonnes intentions « humanistes », de sauver sa peau dans les urnes. Pedro Sánchez « n’a pas le droit d’accroître la population en droit de voter de 800 000 personnes », a lancé Alberto Núñez Feijóo mercredi lors d’un meeting près de Saragosse.
Face à la polémique, le PP a fait marche arrière en fin de semaine : le parti, par la voix d’Alma Ezcurra, l’une de ses vice-présidentes, a reconnu que la régularisation ne donnait pas accès, mécaniquement, au droit de vote. En règle générale, il faut attendre environ cinq ans, pour les sans-papiers qui ont obtenu un permis de résidence, et qui sont originaires d’un pays signataire d’accords avec l’Espagne, pour qu’ils et elles puissent voter, et ce, uniquement aux élections municipales.
L’affaire a d’ailleurs fait l’objet d’un affrontement, sur les réseaux sociaux, entre Elon Musk, propriétaire de X, et Pedro Sánchez. Alors que le premier a réagi, avec indignation, au message d’un abonné laissant entendre que les socialistes espagnols trafiquaient les listes électorales du pays (« Wow »), le second lui a répondu : « Mars peut attendre. L’humanité, non. » Depuis quelques jours, Vox sature certains réseaux sociaux d’une campagne contre ce décret, à partir d’images réalisées avec l’intelligence artificielle, et un seul slogan, repris notamment par son leadeur Santiago Abascal : « Non à l’invasion ! L’invasion tue. »
Le PP a par ailleurs encaissé un autre revers tactique dans la semaine. Alberto Núñez Feijóo a d’abord fait savoir qu’il allait paralyser le décret du gouvernement, en arguant de son incompatibilité avec la batterie de textes décidés au niveau européen et rassemblés sous le nom de « pacte migratoire ». Mais le commissaire européen aux affaires intérieures et aux migrations, l’Autrichien Magnus Brunner, lui a rétorqué dès jeudi que la Commission européenne n’avait rien à dire sur le sujet, la régularisation de sans-papiers constituant une compétence exclusive des États membres.
C’était la première étape, garantir des droits fondamentaux. Il faut désormais mettre un terme à la politique migratoire criminelle de l’UE. Redwan Baddouh, porte-parole de Regularización Ya
En Espagne, le combat devra désormais se porter sur d’autres fronts. Les résidents et résidentes étrangères gagnent 30 % de moins que les Espagnol·es (une différence de 19 % en France), d’après une étude publiée dans la revue Nature en juillet 2025. Pour Unai Sordo, secrétaire général du syndicat Commissions ouvrières, il est indispensable que les immigré·es « ne deviennent pas une main-d’œuvre bon marché » et que soit garantie « la bonne application des conventions collectives ».
La régularisation annoncée par l’exécutif socialiste n’est pas exceptionnelle. L’Espagne en a mené une dizaine depuis les années 1980, autant sous des gouvernements de droite que de gauche. « Mon père a été régularisé en 2000, grâce à une mesure de José María Aznar [alors président (PP) du gouvernement – ndlr] », confie Redwan Baddouh, rappelant les contradictions d’un Parti populaire toujours plus xénophobe.
Le porte-parole de Regularización Ya prévient : « La régularisation était la première étape, garantir des droits fondamentaux. Il faut désormais réformer le droit des étrangers et mettre un terme à la politique migratoire criminelle de l’Union européenne. » S’il reconnaît que l’Espagne est à contre-courant, il espère voir surgir des mouvements similaires dans d’autres pays européens pour enfin changer le cap. En France, la régularisation des sans-papiers de manière dite massive est réclamée par les principaux concernés et leurs soutiens sans qu’ils ne soient entendus. Pire, les derniers chiffres de l’immigration montrent une baisse de 10 % en 2025, conséquence de la circulaire Retailleau.
mise en ligne le 3 février 2026
Émilien Urbach sur www.humanite.fr
Alors que le syndicat Alliance Police appelle la population à manifester à ses côtés ce samedi 31 janvier pour demander plus de moyens, le fondateur de l’association Police République et Citoyenneté (PRC), Jean-Louis Arajol, Major de police à la retraite, appelle à un sursaut républicain du syndicalisme policier.
À l’appel du syndicat Alliance Police, une mobilisation est prévue ce samedi 31 janvier. L’organisation sollicite le soutien de la population et a même lancé une pétition en ligne. Si cette stratégie interroge, pour Jean-Louis Arajol, ancien secrétaire général du Syndicat Général de la Police SGP-FO et de la Fédération autonome des syndicats de police (FASP), fondateur de l’association Police République et Citoyenneté (PRC), il ne s’agit pas d’une nouveauté tactique. Dans un contexte de dérive réactionnaire de l’institution policière, il appelle les forces progressistes à investir le terrain pour ne pas l’abandonner à l’influence de l’extrême droite.
Vous plaidez pour que le syndicalisme policier républicain retrouve sa voix. Pourquoi cette parole est-elle devenue inaudible ?
Jean-Louis Arajol : Le syndicalisme policier a changé. À l’époque du SGP-FO et de la FASP, nous avions une approche de proximité avec le mouvement social, une forme de garantie citoyenne. Aujourd’hui, nous assistons à une déviance corporatiste. Les principales organisations syndicales représentatives copient Alliance dans une course à l’échalote toujours plus droitière.
On a même vu disparaître le sigle SGP, jusqu’ici porte-étendard de la police républicaine. Une forme de « syndicratie » de permanents s’est, en outre, installée et a coupé les liens avec le terrain. Il n’y a plus de relais républicains dans les brigades qui, comme en 1968 ou lors de l’affaire Makomé (en 1993, Makomé M’Bowolé, un garçon de 17 ans, était tué d’une balle dans la tête par un inspecteur alors qu’il se trouvait en garde à vue dans un commissariat parisien, N.D.L.R.), savaient faire passer des messages de discernement. Livrée à elle-même, la base se laisse bercer par l’appel du vide.
Cette dérive s’est-elle généralisée à toute la police ?
Jean-Louis Arajol : Les choses ne sont pas aussi symétriques qu’il n’y paraît. Si la direction d’Alliance est ouvertement à droite, il reste dans leurs rangs des policiers républicains, des antifascistes, parfois même parmi leurs cadres locaux. Le problème, c’est que l’ensemble des syndicats représentatifs sont devenus des wagons et non plus la locomotive : ils suivent la base au lieu de l’instruire.
« Depuis les années Sarkozy, nous subissons les effets du modèle ultralibéral calqué sur celui des États-Unis. »
Quand, il y a quelques années, le ministre Castaner rappelle que tout acte raciste doit être puni et que des syndicalistes appellent, eux, à jeter les menottes par solidarité avec ceux qui tiennent des propos extrémistes, on marche sur la tête. Aujourd’hui, les deux principaux blocs syndicaux, qui représentent 70 % des policiers, rouleraient les yeux fermés pour l’extrême droite si elle arrivait au pouvoir. Pourtant, elle ne défend pas la police, elle l’utilise.
Cette situation est également liée à des choix politiques en matière de sécurité…
Jean-Louis Arajol : Depuis les années Sarkozy, nous subissons les effets du modèle ultralibéral calqué sur celui des États-Unis. Cela se traduit par la paupérisation du service public au profit du « technosolutionnisme », avec l’installation de caméras partout, et du tout-carcéral. On stigmatise certaines catégories de population et certains quartiers pour un résultat nul en matière d’élucidation.
C’est aussi le modèle défendu par l’ultra-droite. Prenez Louis Aliot à Perpignan : il a multiplié les caméras et les policiers municipaux, et il détient le record d’évolution de la délinquance avec + 50 % en un an. Si ce modèle fonctionnait, je me tairais. Mais c’est un fiasco total qui ne sert qu’à alimenter l’insécurité sociale.
Craignez-vous une « américanisation » du système répressif en France ?
Jean-Louis Arajol : C’est une vague mondiale. Dans mon livre Police en péril, j’imaginais par anticipation une police spécifique de l’immigration, des zones de sécurité différenciées selon la richesse des citoyens et un recours massif à la technologie. Nous y sommes.
C’est un modèle aux antipodes de la République. Le drame, c’est que cette dérive a parfois été cautionnée par des politiques présumées de gauche. Si l’extrême droite arrive au pouvoir, elle trouvera même, comme Trump aux États-Unis, des miliciens de dernière minute pour faire la sale besogne. La population ne se rend pas compte de la gravité de la situation.
Comment se comporter face à l’appel à manifester du syndicat Alliance ?
Jean-Louis Arajol : Il ne faut pas laisser le terrain aux fascistes. Si les élus républicains et le peuple de gauche ne se mobilisent pas, qui prendra la parole ? Les maires d’extrême droite se feront un plaisir de relayer leur discours de haine dans le mainstream médiatique en disant : « Nous, on défend la police. »
Il faut occuper le terrain pour défendre le service public de sécurité. C’est une bataille culturelle. Si on abandonne la masse silencieuse des policiers républicains qui essaient de ne pas céder aux thèses fascisantes, on les livre pieds et poings liés à l’extrême droite.
Qu’attendez-vous concrètement des partis de gauche dans cette bataille ?
Jean-Louis Arajol : La gauche ne peut pas se contenter de dénoncer une « police fasciste ». Quand on stigmatise l’institution dans son ensemble, on renforce l’extrême droite. Je demande aux responsables politiques d’avoir un discours clair : défendre la police républicaine et l’État de droit. Il faut se battre pour un service public rigoureux et unifier le mouvement social sur l’essentiel : l’extrême droite est aux portes du pouvoir. Rassemblons-nous pour sauver la République.
par Christophe BEX, député LFI Nouveau Front Populaire sur https://blogs.mediapart.fr/
A l’appel du syndicat policier Alliance, des manifestations ont eu lieu ce samedi 31 janvier dans plusieurs villes françaises afin de réclamer plus de moyens.
Oui, plus de moyens pour le service public, pour les services publics, c’est indéniable ! Ce n’est pas nouveau, c’est récurrent, et ce n’est pas faute de manifester sur cette revendication depuis des dizaines années, de solliciter des budgets, d’amender les projets de lois de finances…mais les gouvernements passent et continuent de couper dans le budget de l’état et celui de la sécurité sociale.
Oui il manque des professeurs, des policiers et des infirmières, c’est souvent ces trois professions qui sont mises en avant par les médias, les éditorialistes et même par l’opinion publique. Mais c’est oublier les personnels administratifs, techniques, de l’entretien, des bibliothèques, ingénieurs, sociaux, de la santé…ils et elles sont trop souvent invisibilisé·es et sacrifié·es mais indispensables pour le bon fonctionnement du service au public.
Que seraient les comédiens au Théâtre sans les décorateurs, les scénographes, les accessoiristes, les créateurs lumières, les régisseurs, les machinistes, les maquilleuses, les costumières, les habilleuses, les gestionnaires, les administrateurs, les ouvreuses, les ouvreurs…
Je n’ai pas la mémoire courte, je me souviens de la Révision Générale des politiques publiques (RGPP) une des réformes administratives de grande ampleur lancée sous la présidence de Nicolas Sarkozy. L’ancien chef de l’Etat est responsable et comptable d’une baisse de 13.000 postes dans les effectifs de police et de gendarmerie pendant son mandat. Quand je vois aujourd’hui Laurent Wauquiez et Valérie Pécresse communiquer des lettres de soutien au mouvement Policier, c’est d’une grossière hypocrisie. Lors du mandat de Nicolas Sarkozy, il et elle ont soutenu les réductions d’effectifs. Aujourd’hui encore et toujours à l’assemblée Nationale pour Laurent Wauquiez et à la Région ile de France pour Valérie Pécresse il et elle stigmatisent les fonctionnaires, demandent à réduire le périmètre de la fonction publique et du service au public, à voter des coupes budgétaires. Il et elle prônent la dérégulation, la libéralisation et la privatisation.
Aujourd’hui le syndicat policier Alliance, qui se dit Apolitique sur les réseaux sociaux, est accompagné par toutes les nuances de l’extrême droite française. Etonnant, je n’ai jamais vu l’extrême droite manifester pour la défense des services publics et à l’assemblée le Rassemblement National est un fervent promoteur de la privatisation et de la sous-traitance. L’extrême droite ne défend pas la police, elle l’utilise. Les motifs de cet appel à manifester sont d’une autre nature, il suffit de voir les pancartes, ils souhaitent renforcer les pouvoirs de la Police, augmenter les moyens pour le contrôle de la population, pour la répression du mouvement social, humaniste, citoyen et écologique. Paradoxal, quand nous irons manifester pour de meilleures conditions de travail, des recrutements, des moyens conséquents (revendications du syndicat policier Alliance aujourd’hui) nous serons plus fortement réprimés.
Il y a également cette Proposition de Loi visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, dans l’exercice de leurs fonctions qui n’a pas pu être entièrement examinée à l’assemblée, mais le gouvernement a la possibilité de réinscrire ce texte à l’ordre du jour. Cette loi va renforcer encore le recours à l’arme pour la police, alors même que l’état actuel du droit est extrêmement favorable au recours à l’arme. L’analyse de la situation par la police sera présumée être la bonne. Ce sera au parquet de prouver que la police n’a pas agi dans le sens des articles du Code de la Sécurité Intérieure. Par conséquent, cette présomption aura pour objet de renforcer l’analyse subjective de la situation par la police, et donc de donner un nouveau signal « de liberté » dans le recours à l’arme létale.
Les policiers et les policières souhaitent être respectées, c’est légitime, mais au préalable ils et elles doivent être respectables auprès de la population sans aucune discrimination, acte raciste et violence injustifiée dans leurs activités, quand on représente la loi, on doit plus que les autres la respecter.
La République a besoin d’une justice, mais également d’une police qui lui soit loyale, et qui soit attachée aux principes de l’état de droit. La police doit agir pour la protection des libertés individuelles et collectives. Pour la défense de la police républicaine et de l’État de droit.
Ce qui se déroule aux Etats Unis doit nous alerter, en France la POLICE ne doit pas perdre ses trois premières lettres.
mise en ligne le 2 février 2026
dèle Cailleteau sur www.mediapart.fr
Vingt et une personnes physiques et trois entreprises sont jugées à partir du 2 février au tribunal de Bobigny pour avoir fait travailler des salariés sans papiers dans la construction du village des athlètes des Jeux de Paris. L’Urssaf estime son préjudice à 8 millions d’euros.
GrosGros groupe du bâtiment, entreprises sous-traitantes, dirigeants de fait et dirigeants de paille vont se retrouver côte à côte sur le banc des prévenus. À partir de ce lundi 2 février, et pour trois semaines, vingt et une personnes physiques et trois sociétés sont jugées au tribunal judiciaire de Bobigny (Seine-Saint-Denis), notamment pour des faits de travail dissimulé en bande organisée et d’emploi d’étrangers non munis d’une autorisation de travail en bande organisée.
Un procès qui s’annonce complexe mais emblématique, puisqu’il concerne les chantiers de construction olympiques. À commencer par le plus symbolique d’entre eux : le village des athlètes, construit à cheval sur les communes de Saint-Denis, Saint-Ouen et l’Île-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).
L’affaire éclate en janvier 2022. La société GCC, positionnée « parmi les dix premières entreprises » du BTP selon ses dires, est alors chargée de construire six bâtiments dans ce haut lieu des Jeux de Paris 2024. Comme d’usage dans le secteur, elle fait appel à plusieurs entreprises sous-traitantes pour y réaliser les travaux.
Abou (prénom d’emprunt) explique avoir travaillé pour plusieurs d’entre d’elles, alors qu’il n’avait pas de papiers. Il raconte ne pas avoir été payé pour toutes les heures effectuées, et avoir eu un accident de travail non signalé ni indemnisé. « Tout le temps où tu es blessé, tu ne travailles pas et tu n’es pas payé », résume-t-il. Retourné sur le chantier avant d’être rétabli, il ajoute : « Si on réclame des choses, ils nous menacent de nous virer. Il faut qu’on accepte toutes les conditions. »
Abou ainsi qu’une douzaine de travailleurs sans papiers exerçant pour différents sous-traitants ont contacté la CGT à Bobigny. Alertée de la situation, l’inspection du travail se rend en mars 2022 sur le chantier du village olympique. Les agents de contrôle constatent que des ouvriers ne sont pas déclarés, tandis que d’autres n’ont pas de titre de travail.
« Ils se ressemblent tous »
Les inspecteurs auditionneront ensuite, à leur demande, quatre travailleurs sans papiers, qui expliquent s’être cachés dans le sous-sol du chantier durant le contrôle, sur ordre de leur chef. Selon eux, pas de doute, il s’agissait de dissimuler qu’ils étaient sans papiers.
Auditionné dans le cadre de l’enquête, leur responsable a nié en bloc. « Avec moi, il y avait trois ou quatre Maliens avec leurs papiers, et moi je ne peux pas savoir qui, ils se ressemblent tous », a-t-il assuré, estimant qu’« ils font les malins pour avoir leurs papiers ». Mis en cause en tant que dirigeant de fait de deux entreprises sous-traitantes, l’homme assure qu’il n’est que commercial et responsable de chantier, mais en aucun cas gérant, et qu’il ne peut donc pas être tenu pour responsable.
Sur le papier, le gérant de l’une de ces entreprises sous-traitantes était âgé à l’époque de 28 ans. Aux policiers, il a expliqué ne rien savoir de cette société et ne s’être même jamais rendu dans les bureaux : « J’ai mis mon nom en tant que gérant de la société sur la demande d’un ami à mon père », a-t-il assuré.
Un « dirigeant de paille », selon la CGT de Bobigny, comme on en retrouve d’autres dans cette affaire. Rodés à la défense des travailleurs sans papiers, les syndicalistes ont décortiqué un montage complexe, organisé autour de la sous-traitance en cascade et de l’intérim.
Au total, ils ont identifié vingt-six sociétés impliquées dans ce que le syndicat nomme le « réseau turc » : la plupart des personnes impliquées ont un lien avec la Turquie, et en particulier avec la ville de Yapraklı, connue pour être un haut lieu de l’extrême droite et du mouvement ultranationaliste des Loups gris.
Échapper à l’impôt
Autre point commun : « Ce sont des entreprises éphémères, explique Jean-Albert Guidou, ancien inspecteur des impôts désormais responsable du collectif francilien Travailleurs sans papiers du syndicat. Avec des gérants de paille, des entreprises de domiciliation, un capital social faible d’environ 1 000 euros et une durée de vie de quelques années, on est sur le stéréotype d’entreprises dont le but est d’échapper au paiement des impôts et des cotisations sociales. »
Les enquêteurs ont mené des investigations sur onze entreprises, qui ont depuis presque toutes été radiées du registre du commerce ou sont en cours de liquidation. Des procédures qui, pour certaines, sont intervenues juste avant le début de démarches entamées par dix anciens travailleurs des chantiers olympiques aux prud’hommes. « On casse une branche mais le réseau demeure, puisqu’il suffit de recommencer avec une autre boîte », regrette Jean-Albert Guidou.
L’un des enjeux du procès sera d’identifier le degré de responsabilité de GCC, groupe qui affiche son ambition « d’avoir un impact positif en favorisant l’entrepreneuriat, l’actionnariat salarié et l’emploi durable ». Un fait en particulier intrigue les enquêteurs : en novembre 2021, la société a signé un contrat de sous-traitance d’un montant de 842 000 euros avec un prestataire ne disposant officiellement que d’un seul salarié.
Interrogé sur ce point, le président de GCC, Jacques Marcel, a rejeté la responsabilité du choix des sous-traitants sur le directeur de chantier, qui se trouve être mort en 2022.
Tout aussi embarrassant pour GCC, celui qui était son chef de chantier sur le village des athlètes entre juillet 2021 et avril 2022 s’est contredit pendant l’enquête. Lors de sa première audition, en tant que témoin, il expliquait ne pas connaître certains dirigeants des sociétés incriminées. Placé en garde à vue et auditionné une seconde fois, après perquisitions par les enquêteurs et exploitation de son téléphone, il a reconnu avoir menti.
Selon le quotidien L’Équipe, il a expliqué aux policiers que « le juriste de GCC » lui avait demandé « de ne pas [s]’éloigner de GCC dans [ses] réponses », « de ne pas parler des personnes qui ne font pas partie du dossier », « de ne parler que du village des athlètes, ne pas parler des personnes qu’on connaît ».
Huit millions de préjudice pour l’Urssaf
Sollicitée, GCC n’a pas souhaité s’exprimer. Mais l’entreprise a contesté auprès de nos confrères avoir donné toute consigne pouvant gêner l’enquête et indique avoir porté plainte contre un des sous-traitants en mai 2022, parce qu’elle s’estime victime de ce système.
Au total, trois personnes travaillant chez GCC à l’époque des faits sont mises en cause dans la procédure, aux côtés de l’entreprise en tant que personne morale, pour « recours aux services d’une personne exerçant un travail dissimulé » et « recours aux services d’un employeur d’un étranger non autorisé à travailler ».
Pour une source proche du dossier, le réseau mis au jour à l’occasion de cette procédure est une illustration de pratiques courantes dans le bâtiment : « Le régime sous lequel ont été construites ces infrastructures olympiques est un révélateur de la norme sociale dans le BTP. Ça apparaît au grand jour parce qu’ils ont été un peu gourmands en allant s’attaquer à des chantiers particulièrement scrutés. »
En se penchant sur ce dossier, l’Urssaf a estimé son préjudice à 8 millions d’euros au total. Une somme importante, alors même que la CGT estime que la procédure ne cible qu’une partie du réseau. Toutes les entreprises identifiées par le syndicat n’ont en effet pas été examinées durant l’enquête.
« Cela continue sans doute », déplore Jean-Albert Guidou. Il espère que les travailleurs sans papiers concernés, qui ont depuis été régularisés, pourront être placés au centre de l’audience. À la veille du procès, seulement dix-huit d’entre eux avaient été identifiés comme victimes. L’avis officiel leur signalant l’audience a été envoyé moins d’une semaine avant le début des débats.
mise en ligne le 2 février 2026
Lina Sankari sur www.humanite.fr
32 Palestiniens sont morts dans une série de frappes, ce week-end. La campagne israélienne se poursuit malgré l’entrée dans la phase 2 du plan Trump, qui prévoit notamment un retrait progressif des forces de Tel-Aviv et l’installation d’une force internationale de stabilisation.
Depuis l’entrée en vigueur de la trêve à Gaza, des civils palestiniens sont tués presque quotidiennement. Ce 31 janvier, la série de frappes qui a visé le commissariat de Cheikh-Radouane (nord), des appartements de Gaza-ville et le campement de tentes de Khan Younès (sud) a provoqué l’un des pires bilans humains depuis octobre, et fait au moins 32 morts, selon la défense civile.
Ils viennent s’ajouter aux 500 personnes tuées par l’armée israélienne en l’espace de trois mois et demi. L’Égypte et le Qatar, médiateurs entre Israël et le Hamas, n’ont pu que condamner les « violations répétées » de la trêve. Selon Doha, les bombardements constituent « une menace directe pour le processus politique en cours ».
Sous couvert de cessez-le-feu, Israël n’a pas renoncé à ses projets et le génocide se poursuit malgré l’entrée dans la deuxième phase cruciale du plan Trump. Cette dernière prévoit le désarmement des groupes armés, auquel le Hamas n’est pas disposé, et le retrait progressif des forces israéliennes hors de l’enclave palestinienne mais le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, assure qu’il n’était pas question de se désengager au-delà d’une zone tampon, en territoire palestinien, pour encercler totalement la bande de Gaza.
Israël viole les recommandations de la CIJ
L’accord table également sur la mise en place d’un mécanisme de gouvernance intérimaire, la reconstruction, l’augmentation de l’aide humanitaire entre autres et une force internationale de stabilisation, qui devrait être officialisée cette semaine. Selon la chaîne publique israélienne Kan, cette force devrait être placée sous le commandement du général de division états-unien Jasper Jeffers, déjà chargé du comité de surveillance du cessez-le-feu au Liban, régulièrement violé par l’armée israélienne. On ne sait pour l’heure si la Turquie, qui avait fait acte de candidature au grand dam d’Israël, enverra des troupes.
Tel-Aviv devait en outre commencer, ce dimanche, à rouvrir de manière très limitée le point de passage de Rafah uniquement pour les Palestiniens, dans les deux sens, et dans des conditions draconiennes. « Une autorisation sécuritaire préalable » des autorités israéliennes sera nécessaire, en coordination avec l’Égypte et sous la supervision de la mission de l’Union européenne dite Eubam Rafah, selon le communiqué du Cogat, l’organisme de défense chargé de l’entrée de l’aide. Le nombre de Palestiniens autorisés à transiter n’a pas été précisé. Les journalistes, eux, ne peuvent toujours pas pénétrer.
Israël continue donc de restreindre l’accès à l’aide, aux secours et aux équipements permettant de réparer les infrastructures vitales, violant ainsi plusieurs recommandations de la Cour internationale de justice (CIJ). Dans le même mouvement, Israël a mis fin, ce 1er février, aux activités de Médecins sans frontières (MSF) dans la bande de Gaza, qui doit quitter le territoire d’ici au 28 février pour avoir refusé de fournir la liste de ses employés palestiniens.
Au moins 71 769 Palestiniens ont été tués depuis le début de la guerre génocidaire entamée par Israël contre la population de Gaza, selon le ministère de la Santé de Gaza. Les Nations unies jugent ces chiffres fiables et la presse israélienne affirmait, le 30 janvier, que l’armée validait ce bilan. L’institution a immédiatement démenti.