PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
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Démocratie, élections, extrème-droite - 2026

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mise en ligne le 15 janvier 2026

Symboles nazis dans des lycées d’Occitanie :
Carole Delga interpellée sur la montée de
l’extrême droite à l’école

Elian Barascud sur https://lepoing.net/

Croix celtiques, slogans suprémacistes, intimidations : le syndicat SUD Collectivités territoriales interpelle Carole Delga après la découverte répétée de symboles néo-nazis dans plusieurs lycées d’Occitanie, tandis que syndicats de l’Éducation nationale et parents d’élèves alertent sur une montée de l’extrême droite à l’école

Croix celtiques taguées dans les sanitaires, slogans suprémacistes gravés sur les murs, autocollants de groupuscules identitaires aux abords des établissements : dans plusieurs lycées d’Occitanie, des symboles d’extrême droite ont été découverts ces derniers mois. Une situation jugée suffisamment grave pour que le syndicat SUD collectivités territoriales région Occitanie adresse une lettre ouverte à la présidente de Région, Carole Delga, rendue publique le 8 janvier.

Parmi les faits signalés figure la présence répétée de tags fascistes au lycée Georges-Pompidou de Castelnau-le-Lez, où des croix celtiques et le slogan « Europe Jeunesse Révolution » ont été retrouvés dans les toilettes des élèves. Selon le syndicat, une croix celtique a même été apposée directement sur le logo de la Région avant d’être effacée par les services, sans que la question d’un dépôt de plainte ne soit clairement tranchée. D’autres établissements sont cités, comme le lycée Le Garros à Auch, où des gravures de croix celtiques ont également été relevées.

« Dog whistle »

Dans un communiqué diffusé sur Instagram, des lycéens de Georges-Pompidou parlent d’« attaques répétées » menées depuis le mois octobre par « l’extrême droite néo-nazie ». « Ce n’est pas du vandalisme, c’est une offensive idéologique », écrivent-ils, dénonçant une stratégie d’intimidation et de marquage du territoire. Ils appellent à ne pas banaliser ces actes et à refuser « le silence complice ».

Si certains de ces signes peuvent sembler anodins ou obscurs, leur signification est pourtant bien documentée. Selon le site Indextrême, spécialisé dans les symboles repris par l’extrême droite, la croix celtique — à l’origine un symbole ancien mêlant roue solaire préchrétienne et croix chrétienne — a été progressivement détournée par les mouvances nationalistes et néonazies au XXᵉ siècle. Utilisée dès l’entre-deux-guerres par des courants collaborationnistes et reprise après 1945 par des groupes d’extrême droite radicale comme Jeune Nation ou Occident, elle est aujourd’hui un marqueur central du suprémacisme blanc et du néonazisme. En France comme en Europe, la croix celtique sert de « dog whistle » : un signe de reconnaissance compris des initiés, mais suffisamment ambigu pour passer inaperçu ou être minimisé.

« Climat de banalisation du racisme »

SUD CT alerte aussi sur un climat plus large de banalisation du racisme et des discriminations, évoquant des propos racistes entre personnels, des organisations du travail jugées discriminantes et une tendance persistante au « pas de vague ». Le syndicat rappelle avoir déjà signalé des menaces visant le lycée Joffre de Montpellier, ciblé le 16 décembre dernier par un groupuscule identitaire violent qui promettait de dégager un blocus lycéen en soutien à la Palestine. Si le blocage s’est déroulé sans incidents ce jour-là, le 18 septembre, lors d’une journée de mobilisation dans le cadre du mouvement « Bloquons tout », des élèves du lycées avaient subi des intimidations et insultes sexistes de la part d’un groupe d’extrême droite, qui a commis plusieurs exactions durant cette journée.

Lors d’une rencontre le 15 décembre dernier, Carole Delga avait assuré vouloir agir avec fermeté et aborder la question avec les proviseurs début 2026, selon Sud CT, qui dit désormais attendre des actes concrets : enquêtes administratives, dépôts de plainte systématiques et travail avec les syndicats et la communauté éducative. « Quand les bâtiments scolaires deviennent les supports de propagande raciste, la collectivité doit réagir », insiste le syndicat.

« Des saluts nazis dès le collège »

Ce constat de banalisation du racisme et des idéologies d’extrême droite, Christine Saint-Joannis, représentante héraultaise de la FSU, le dresse aussi : « Depuis quelques années, les collègues font remonter à notre syndicat de plus en plus de problèmes, voire de conseils de disciplines, liés à les élèves qui affichent une idéologie d’extrême droite. On en a vu faire des saluts nazis au collège… »

« Quand j’ai dis à mes élèves que le travail de groupe permettait de progresser, un élève de troisième m’a cité l’exemple de Goebbels comme d’une réussite individuelle car il est devenu cadre du IIIe Reich tout en ayant un handicap physique… », raconte de son côté Jordan Homps délégué syndical et enseignant dans un collège héraultais.

Une question que la section héraultaise de la FCPE, principale fédération d’association de parents d’élèves, dit prendre au sérieux : « C’est un phénomène très nouveau, et d’autant plus étonnant que la plupart du temps, les familles des élèves concernées sont surprises au moment où elles apprennent les agissements de leurs enfants », analyse Marie Nikichine, présidente de la FCPE 34, qui fait un lien avec « les vidéos masculinistes très populaires sur les réseaux sociaux ». L’association de parents d’élèves entend d’ailleurs alerter le rectorat sur cette problématique pour tenter de trouver des solutions.

Un « pôle académique valeurs » en réponse

Rectorat qui, contacté, affirme que « le nombre d’atteintes aux valeurs de la République — qui inclue les propos ou actes racistes et antisémites — demeure stable au sein de l’académie de Montpellier depuis deux ans. Il reflète les évolutions de la société ». Pour faire face à ces problématiques, les responsables de l’Académie de Montpellier évoquent notamment un « pôle académique Valeurs » pour prévenir et traiter ces situations, en coordonnant « référents laïcité, équipes mobiles de sécurité et acteurs éducatifs ». Le rectorat met également en avant un plan de formation lancé en 2021, avec un parcours de neuf heures destiné à l’ensemble des personnels jusqu’en 2029, axé notamment sur « l’esprit critique, l’éducation aux médias et le climat scolaire », avec l’aide d’un réseau de 100 formateurs académiques.

Un dispositif jugé insuffisant pour Christine Saint-Joannis, qui y voit surtout « une énième communication pour dire qu’il y a eu une réaction après la mort de Samuel Paty ». Selon elle, « 100 personnes sur toute l’Académie, c’est trop peu pour traiter ces problèmes. Il nous faut avant tout des moyens pédagogiques pour discuter avec nos élèves.

mise en ligne le 15 janvier 2026

Dans les municipales,
oser la politique

par Catherine Tricot sur www.regards.fr

À 60 jours des élections municipales, le paysage commence à se stabiliser et de premières études d’opinion laissent entrevoir des tendances.

Ces élections constituent un enjeu en tant que tel pour notre avenir quotidien. Les villes sont en première ligne dans le sport, l’enfance, la solidarité, les pratiques culturelles. Elles sont devenues des actrices de premier plan dans la transition écologique et l’adaptation au réchauffement climatique, le logement et, de plus en plus, la santé. Elles fabriquent nos vies et façonnent notre idée de la vie et du futur.

Mais elles sont aussi un creuset politique. Autant que le sexe, la religion, la classe sociale, le lieu de vie façonne le positionnement politique. C’est dire qu’à moins d’un an de la présidentielle, elles sont décisives. Dans les villes de plus de 100 000 habitants, 17 sont dirigées par la droite, 14 par le PS, 8 par des écologistes, 2 par le PCF et 1 par le RN.

L’enjeu politique ne se réduit évidemment pas aux seules grandes villes. Le RN compte bien conforter son implantation dans les campagnes et le péri-urbain. Les gauches vont chercher à conforter leur unité de terrain. Mais, au-delà du local, des leçons politiques seront tirées.

D’ores et déjà on peut voir à quel point la droite est cul par-dessus tête. Que le Modem et Emmanuel Macron soutiennent, à Paris, la candidate qui se la joue comme Donald Trump – et qui est mise en examen pour corruption de centaines de milliers d’euros –, laisse les bras ballants. Que Gabriel Attal apporte son soutien au fils Sarkozy, candidat à Menton et qui n’exclut pas une alliance avec le RN et Reconquête, débecte tout autant. Toute morale a volé en éclat. Pour le moment, la très grande part des candidats de droite disent vouloir refuser les alliances de second tour avec l’extrême droite, sans distinction entre RN et Reconquête. Ce n’était pas gagné.

À gauche, à quelques exceptions près, les partis qui dirigeaient les villes ont renouvelé leur union en excluant LFI… qui n’avait nullement l’intention de se joindre à eux. Quelques villes de Seine-Saint-Denis font exception avec des alliances PCF-LFI. Pour le moment, cette alliance des gauches semble plébiscitée : les électeurs de gauche confirment au niveau local leur attente de voir la gauche surmonter ses divisions.

Les listes conduites par LFI ne semblent pas engranger à la hauteur de l’influence du parti de Jean-Luc Melenchon. C’est en particulier le cas dans les villes où il y a un risque de bascule à droite, voire à l’extrême droite, comme à Paris ou Marseille. Les sondages – mais ce ne sont que des instantanés – les donnent plutôt en repli. Manuel Bompard, coordinateur de LFI, tente de redresser le discours : là où La France insoumise arrivera en tête de la gauche au premier tour des municipales, elle proposera une fusion à l’ensemble des autres listes de gauche afin de battre la droite et l’extrême droite. Là où elle ne sera pas en tête, il reviendra à la liste de gauche arrivée en première position de décider si elle souhaite ou non fusionner avec LFI. On s’éloigne des discours clivants refusant de voir réélire un maire socialiste ou proclamant vouloir nettoyer la ville socialiste de la corruption.

La petite hype des listes d’union de la gauche ne suffit pas à rassurer. La gauche n’a pas partie gagnée. Son unité répond à une forte attente, jamais démentie dans les sondages. Ses dissensions pèsent ; la gauche est morose. Il faudra aux listes de gauche trouver le dynamisme nécessaire à la victoire. Pas facile quand les choix politiques nationaux sont si divergents ; quand les partis et les militants sont si divisés sur la stratégie. Pourtant, l’examen des études d’opinion montre une petite remobilisation à gauche, un début d’espoir que quelque chose peut être possible, que la déroute n’est pas inéluctable. Les équipes candidates ont la charge de l’ électeurs de gauche attendent, c’est une vision commune par-delà les différentes sensibilités amplifier. Elles en auront besoin. On en aura besoin.

La richesse et la qualité des programmes seront un élément de cette mobilisation mais ce que les électeurs de gauche attendent, c’est une vision commune par-delà les différentes sensibilités. Pour emballer, les discours développés lors de ces élections municipales ne peuvent se contenter d’un catalogue de propositions. Nos villes ne sont pas coupées du monde. Et c’est aussi cela qui nous obsède.

mise en ligne le 10 janvier 202+6

Procès en appel du RN : Jordan Bardella,
un candidat made in Le Pen
prêt à prendre la relève

Florent LE DU sur www.humanite.fr

Le procès en appel de l’affaire des assistants parlementaires des eurodéputés FN/RN, qui s’ouvre le 13 janvier, devrait décider du candidat du parti d’extrême droite en 2027. Loin du fantasme d’une rivalité entre les deux figures du RN, Marine Le Pen a façonné depuis huit ans le produit politique Jordan Bardella, désormais favori dans la course à l’Élysée.

Les municipales des 15 et 22 mars prochains pourraient être historiques pour l’extrême droite. Le Rassemblement national et ses alliés espèrent un « raz-de-marée » avec ses 700 listes – un record – pour bâtir l’ancrage local qui lui manque encore et conquérir de grandes villes comme Toulon, Menton, Nice voire Marseille. Pourtant, il ne s’agit pas de l’enjeu principal du parti, en ce début d’année 2026.

Car leur cheffe, Marine Le Pen, jouera son avenir politique à la cour d’appel de Paris, du 13 janvier au 12 février, dans l’affaire des assistants parlementaires des eurodéputés FN/RN. À son issue, les juges pourraient confirmer la peine de cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire prononcée en première instance, qui la disqualifierait pour l’élection présidentielle de 2027. « Je suis convaincue que la cour va entendre ce que je dis, c’est-à-dire que les faits reprochés ne participent pas d’une qualification pénale », a-t-elle répété sur CNews, le 18 décembre.

Il faudra sans doute à Marine Le Pen une autre ligne de défense pour répondre à la foule d’éléments retenus contre elle en première instance, et qui a poussé les juges à conclure que « l’existence d’un système mis en place pour rémunérer, sous couvert de contrats fictifs, des personnes qui travaillent en réalité pour le parti ou pour ses dirigeants ne fait, selon le tribunal, pas de doute ».

Depuis, Marine Le Pen ne cesse de dénoncer un « procès politique » visant à « priver les Français d’une candidate à la présidentielle ». Un argument qui ne tient plus, car depuis cette condamnation du 31 mars 2025, Jordan Bardella se prépare. Le « plan B » assure au RN sa place dans la course à l’Élysée.

Le candidat RN le plus probable

La tournée promotionnelle de son deuxième livre, Ce que veulent les Français, paru chez Fayard, propriété de Vincent Bolloré, démarrée le 29 octobre et toujours en cours début janvier, a des allures de précampagne. Des interviews à la pelle pour occuper l’espace médiatique et des dédicaces partout en France pour mesurer – et mettre en scène – sa popularité : Jordan Bardella prépare bien la présidentielle de 2027.

Dans les longues files qui se créent systématiquement, trois fois par semaine, à l’occasion de ces signatures de livres, l’idée que l’eurodéputé remplace sa patronne comme candidat à l’Élysée a été parfaitement intégrée par les militants : « Ce serait injuste pour Marine parce qu’elle n’a rien fait mais elle a perdu trois fois, elle a montré ses limites, Jordan va gagner », nous confiait Sophie, drapeau tricolore sur les épaules, après une bise échangée avec son favori, à Joigny (Yonne), début novembre.

Le président du RN a réussi en quelques mois à s’imposer – du moins auprès de son électorat, des observateurs politiques et des instituts de sondage, ces derniers préférant désormais tester sa candidature plutôt que celle de Marine Le Pen –, comme le candidat le plus probable pour le parti d’extrême droite. Un crime de lèse-majesté ?

Déjà, à l’automne 2024, avec la sortie de son premier livre coïncidant avec le procès en première instance de Marine Le Pen, l’idée d’une fracture, voire d’une trahison à venir, se répand dans la presse. Le Monde parle alors de « turbulences », Marianne évoque l’idée d’un « putsch », l’Express d’une « guerre de leadership ».

« Ni les épaules, ni les soutiens, ni l’intérêt de faire un putsch »

Deux sorties du jeune loup, à qui on prête de longues dents, ont pu accréditer la thèse d’une lente rupture. En février 2023, dans l’Opinion, Jordan Bardella, dénonce « une naïveté collective à l’égard des ambitions de Vladimir Poutine ». Difficile de ne pas y voir un tacle à Marine Le Pen, fervente soutien du président russe, au moins jusqu’à l’invasion de l’Ukraine, et une volonté de tester son nouveau pouvoir de chef de parti.

La triple candidate à la présidentielle assoit son autorité seulement deux jours plus tard, via une lettre dans laquelle elle esquive toute critique contre Vladimir Poutine et concentre ses griefs sur les partisans d’un soutien à l’Ukraine. La ligne du parti est ainsi tracée et Jordan Bardella, renvoyé à ses chères études, ne récidivera pas. Si ce n’est en novembre 2024.

Interrogé sur les « brebis galeuses » du RN, l’eurodéputé explique sur BFM TV exiger « un casier judiciaire vierge pour être candidat du RN », au moment même où Marine Le Pen se trouvait devant le tribunal correctionnel.

Trahison ou maladresse ? Pierre-Stéphane Fort, qui a enquêté sur le président du RN, tranche pour la seconde option : « Jordan Bardella n’a ni les épaules, ni les soutiens, ni l’intérêt de faire un putsch. Il est isolé en interne, son écurie, c’est son cabinet, c’est tout. Il sait aussi ce qu’il s’est passé pour Bruno Gollnisch ou Florian Philippot. Il ne fera pas la même erreur. »

Bardella : produit marketing

Pour l’auteur du livre-enquête le Grand Remplaçant. La face cachée de Jordan Bardella (StudioFact, 2024), la supposée concurrence entre les deux figures de la formation d’extrême droite ne serait qu’une construction journalistique.

Selon lui, l’agenda de l’eurodéputé visant à le rendre présidentiable aurait même été dicté par la cheffe : « Cela fait presque dix ans qu’elle prépare ce procès et, même si au RN envisager à haute voix que Marine Le Pen puisse être condamnée et empêchée en 2027 était proscrit, c’est notamment en prévision d’une possible inéligibilité qu’elle a fait monter Jordan Bardella. »

C’est d’ailleurs toute l’histoire politique du natif de Drancy (Seine-Saint-Denis). Celle d’une fabrication voulue par Marine Le Pen. « Il a l’immense avantage d’être très jeune donc, dans l’esprit de Marine Le Pen, plus malléable, le profil idéal pour renforcer son offre électorale sans la menacer en interne », raconte Pierre-Stéphane Fort. Elle va mettre trois hommes au service de son poulain dans le but de « concevoir un produit marketing », insiste le journaliste.

Jean-Lin Lacapelle, ancien directeur marketing de L’Oréal, se charge de la stratégie globale et d’inventer le « storytelling » autour de Jordan Bardella  Philippe Vardon, ex-responsable du Bloc identitaire, écrit les discours et les éléments de langage, répétés ad nauseam par son protégé jusqu’à aujourd’hui. Et Pascal Humeau, ancien présentateur télé, se charge d’un « media training » poussé, jusqu’à façonner un nouveau sourire, éclatant, au futur cadre du RN que le communicant qualifie de « coquille vide ».

Un entraînement médiatique qui s’est poursuivi après l’élection de Jordan Bardella comme eurodéputé en 2019, mais cette fois aux frais du Parlement européen. Selon le Canard enchaîné, dans un article de novembre 2025, 133 300 euros issus des fonds de formation attribués à son groupe auraient servi à rémunérer la société de Pascal Humeau. Ces séances n’auraient pas eu pour objet l’actualité européenne, comme l’exige le Parlement, mais de préparer sa présidentielle 2022, ce qui pourrait constituer un détournement de fonds publics.

Un investissement qui a porté ses fruits

L’investissement de Marine Le Pen a porté ses fruits. Jordan Bardella a conduit deux campagnes européennes victorieuses en affichant une image rajeunie de l’extrême droite, lisse, souriante, participant grandement à la stratégie de dédiabolisation du parti.

Alors même qu’il n’a jamais caché son admiration pour Jean-Marie Le Pen – dont il estime qu’il n’était « pas antisémite ». Que son vide idéologique a été rempli par Philippe Vardon, qui a fait ses gammes auprès de groupes de rock néonazis.

Qu’il doit une partie de sa carrière au néofasciste Frédéric Chatillon, « envers qui il reste redevable », assure Pierre-Stéphane Fort. Ou que son directeur de cabinet, François Paradol, a été membre du mouvement antisémite d’Alain Soral Égalité et Réconciliation, comme l’a révélé Mediapart le 13 décembre dernier.

Un entourage qui, jusqu’à aujourd’hui, n’a pas ébranlé Jordan Bardella, que Marine Le Pen continue à soutenir et à couver. Depuis l’échec relatif des législatives de 2024, où Bardella a échoué à s’imposer à Matignon mais où le RN a gagné des sièges, une dernière étape reste à franchir : le rendre présidentiable.

Dans cette optique, la (vraie) patronne du RN lui laisse plus de champ sur le plan programmatique. Alors que l’annonce de nouvelles mesures dans les médias était la chasse gardée de l’héritière de Montretout, son poulain les a enchaînées ces derniers mois.

C’est lui, officiellement, qui a ajouté au corpus du RN le rétablissement du service militaire, la renégociation « par branche » des trente-cinq heures pour relever le temps de travail hebdomadaire ou l’abandon d’un âge légal de départ à la retraite.

Au service des grands patrons

Une simple question de mise en scène ou la preuve que Jordan Bardella impose ses propres idées ? La question se pose en particulier sur le plan économique. Le député européen incarne une ligne libérale assumée. Il affirme être « pro-business », enchaîne les rendez-vous avec les patrons, fait du zèle auprès du Medef et écrit en septembre dernier une « lettre aux entrepreneurs » pour leur jurer que son parti « incarne le véritable garant de la stabilité économique »… Sous cette impulsion, le RN a mis, de manière plus explicite, son projet économique au service des riches et du grand patronat.

Jordan Bardella incarne sans sourciller les nouveaux points du programme comme « l’allégement massif des impôts de production, afin de les réduire de 20 % », une cure d’austérité avec 100 milliards d’euros de baisse des dépenses publiques sur cinq ans et le rejet d’une fiscalité ambitieuse des plus riches.

Un discours qui rassure riches et patrons tandis que Marine Le Pen, avec une campagne axée sur le pouvoir d’achat en 2022 – même sans proposition ambitieuse –, était parvenue à se créer une image « sociale ». « Tout cela découle de la même stratégie de ratisser au plus large, c’est une manipulation politique. Les réelles convictions de Bardella, à part la xénophobie, il n’y en a pas beaucoup », tranche Pierre-Stéphane Fort.

Paradoxalement, c’est au contraire pour attirer une partie des classes populaires que Marine Le Pen a choisi Jordan Bardella comme nouvelle figure montante de son parti, avec un prénom marqué socialement et une enfance fragmentée entre les quartiers populaires de Seine-Saint-Denis et la banlieue huppée de Montmorency auprès de son père chef d’entreprise.

« Un récit a été bâti autour d’une enfance modeste, sa mère vivant avec quelques pièces sur la table, les trafiquants cagoulés qu’ils voyaient à l’entrée de l’immeuble… Une histoire largement exagérée que Bardella a ensuite apprise par cœur. » Cette narration lui sert aussi de réponse magique au procès en incompétence et en inexpérience qui lui est régulièrement opposé.

15 mois pour rappeler la dangerosité de l’extrême droite

Nombreuses sont les séquences télévisées dans laquelle sa méconnaissance des dossiers et la faiblesse de son logiciel idéologique sont apparues au grand jour.

« J’y vois une forme de mépris social », a-t-il l’habitude de répliquer. À l’image des casseroles judiciaires de Marine Le Pen qui renforcent son image « antisystème », Jordan Bardella retourne le stigmate : s’il n’est pas au niveau de ses concurrents, c’est qu’il n’est pas issu du même moule que les « élites médiatiques et politiques » qu’il prétend combattre, tout en leur prêtant allégeance.

« Le RN et singulièrement son président bénéficient d’une telle dynamique que leur base électorale, solide, va faire corps y compris lors de séquences qui leur sont moins favorables », avance Luc Rouban, politologue au Cevipof. Toutefois, les difficultés rencontrées par Jordan Bardella lors de la campagne des législatives de 2024 ont été identifiées comme une des causes de l’échec relatif du RN au second tour.

Une baudruche médiatique peut exploser en vol. Certes les études d’opinion montrent qu’aujourd’hui une majorité de Français semble prête à mettre au pouvoir une candidate condamnée en première instance à un détournement de fonds publics de 4,1 millions d’euros ou un candidat aux manques politiques criants. Mais l’élection présidentielle n’a lieu que dans quinze mois. Quinze mois pour rappeler la dangerosité de l’extrême droite, pour l’État de droit, les minorités et les classes populaires, mais aussi révéler ses mensonges électoralistes.

  mise en ligne le 10 janvier 2026

Les plus hauts magistrats français s’élèvent contre les « vents mauvais »
qui menacent les juges

Fabrice Arfi sur www.mediapart.fr

À l’occasion de la rentrée solennelle de la Cour de cassation, son président Christophe Soulard et son procureur général Rémy Heitz ont dénoncé avec force, vendredi 9 janvier, les attaques contre la justice en marge des affaires Sarkozy et Le Pen et pointé le faible soutien de l’exécutif.

Alors que l’année 2025 a été marquée, en France, par des attaques d’une rare violence contre la justice après les condamnations de Marine Le Pen et de Nicolas Sarkozy dans deux affaires distinctes d’atteintes à la probité et tandis que des pays étrangers continuent de martyriser le droit international pour les besoins de leur politique extérieure (la Russie en Ukraine, Israël à Gaza, les États-Unis au Venezuela, etc.), les deux plus hauts magistrats français ont décidé de sonner l’alarme.

La scène s’est déroulée, vendredi 9 janvier, sous les ors de la grande chambre de la Cour de cassation, dans l’atmosphère compassée et protocolaire de l’audience solennelle de rentrée de la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire.

Le premier président de la cour, Christophe Soulard, et Rémy Heitz, son procureur général, ont tous deux livré, dans des styles différents, des discours offensifs et ombrageux devant un parterre d’officiel·les venu·es pour l’occasion : le premier ministre Sébastien Lecornu, le ministre de la justice Gérald Darmanin et les deux président·es du Parlement, Yaël Braun-Pivet pour l’Assemblée nationale et Gérard Larcher pour le Sénat.

Emmanuel Macron, qui devait initialement être présent, s’est finalement décommandé en début de semaine, l’Élysée ayant annoncé que le président de la République avait décidé de se rendre à la cérémonie d’hommage aux victimes du drame de Crans-Montana, en Suisse.

Le faible soutien du pouvoir exécutif 

Le chef de l’État n’aura donc pas entendu le procureur général Heitz s’inquiéter des « vents mauvais qui remettent en cause l’État de droit et cherchent à saper la légitimité des juges ». Des vents qui « soufflent », a-t-il dit, « avec une force inégalée ».

Le président de la République n’aura pas pu constater avec le plus haut procureur de France que « l’institution [judiciaire – ndlr] a fait l’objet d’attaques d’une ampleur inédite au cours de l’année écoulée ». « S’il est admis qu’un justiciable puisse maudire ses juges pendant vingt-quatre heures, pour reprendre la formule de Beaumarchais, la liberté d’expression n’autorise pas à porter le discrédit sur l’institution judiciaire », a affirmé Rémy Heitz.

Plaidoyer pour l’indépendance des procureurs

« Le temps presse. » C’est par ces mots que le procureur général Rémy Heitz a réclamé, devant le premier ministre, le ministre de la justice et les deux président·es des chambres haute et basse du Parlement qu’une réforme en faveur de l’indépendance des procureur·es français·es soit remise sur l’établi législatif.

En France, les procureur·es sont hiérarchiquement soumis·es au pouvoir exécutif et leur nomination dépend du garde des Sceaux, après l’émission d’un avis du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) qui n’est que consultatif. En rendant cet avis « conforme », la réforme pourrait parer certains risques, a estimé Rémy Heitz.

Le magistrat a évoqué une réforme « modeste mais indispensable », parce que « l’avenir est incertain et parce que l’histoire nous enseigne que, partout où l’État de droit est attaqué, l’indépendance de la justice est la première cible ».

« Si, à l’avenir, demain, un gouvernement décidait de nommer aux postes du parquet, y compris les plus sensibles, des magistrats ne présentant pas l’expérience et des garanties d’indépendance suffisantes, aucun garde-fou ne permettrait de s’y opposer. Cela ouvrirait la voie au soupçon d’une justice politisée », a-t-il ajouté, parlant d’une « faille dans la Constitution ».

« Les enjeux sont trop grands, les risques trop élevés », a-t-il conclu.

« Or, ces derniers mois, certaines décisions de justice ont été présentées comme l’expression tantôt d’un “coup d’État judiciaire”, tantôt d’un “acharnement”, voire d’une “vengeance” », a-t-il précisé, faisant référence aux « mots excessifs et sans fondement » qui ont saturé le débat public après les déboires judiciaires de Marine Le Pen (en mars) et Nicolas Sarkozy (en septembre). Ce dernier a même personnellement récidivé dans son Journal d’un prisonnier (Fayard), publié après vingt et un jours d’incarcération à la suite de sa condamnation pour association de malfaiteurs dans l’affaire des financements libyens.

Pendant sa (brève) détention, l’ancien président, déjà deux fois condamné définitivement dans d’autres affaires (Bismuth et Bygmalion), avait reçu la visite à la prison de la Santé de Gérald Darmanin, qui a manifestement préféré faire primer son amitié sur les exigences de sa fonction.

Un juge de la CPI sous sanctions

Les affaires Le Pen et Sarkozy ont en commun le fait que les différentes présidentes de chambre correctionnelle qui ont condamné la cheffe de file de l’extrême droite, dans un cas, et l’ancien président de la République, dans l’autre, ont toutes deux reçu des menaces de mort considérées comme suffisamment sérieuses pour que des enquêtes judiciaires soient ouvertes.

Autre point commun entre les deux dossiers : ils seront l’un·e et l’autre jugé·es en appel en 2026 – en janvier et février pour l’affaire des emplois fictifs du Rassemblement national au Parlement européen ; entre mars et juin pour le scandale libyen du clan Sarkozy. Un calendrier judiciaire qui promet un nouveau déchaînement de populisme antijudiciaire, avec l’accélérateur de particules que représente aujourd’hui, sur le terrain médiatique, l’empire Bolloré (CNews, Le Journal du dimanche, Europe 1…).

Il faut aujourd’hui du courage pour juger des affaires politico-financières. Le procureur général Rémy Heitz Le procureur général Rémy Heitz

Emmanuel Macron n’aura donc pas entendu, non plus, la demande formulée par le procureur Heitz d’un « véritable soutien moral de la part des pouvoirs publics », qu’il a jugé insuffisant dans la période de croisade politico-médiatique que les juges doivent endurer contre leur indépendance. « On aimerait parfois que ce soit plus », avait d’ailleurs confié, la veille, devant quelques journalistes, le président de la Cour de cassation, Christophe Soulard, qui a dit attendre des pouvoirs publics qu’ils « rappellent que l’indépendance de la justice est l’assurance-vie de la démocratie ».

« Il faut aujourd’hui du courage pour juger des affaires politico-financières sensibles ou pour traiter des procédures de narcotrafic », s’est ému Rémy Heitz, qui a affirmé que les magistrat·es « méritent la reconnaissance de la nation et des pouvoirs publics pour le rôle qu’ils tiennent dans notre société ».

Lors de son discours, le président Soulard a de son côté rappelé que « l’Europe s’est construite par le droit mais le modèle qu’elle représente est aujourd’hui menacé ». Or, a-t-il observé, « la première de ces menaces vise l’institution judiciaire, dont la solidité conditionne tout le reste ». Mais Emmanuel Macron n’était pas là pour l’entendre.

En revanche, un homme présent dans la salle a reçu les hommages conjoints des deux hauts magistrats de la Cour de cassation. Il s’agit du juge français de la Cour pénale internationale (CPI) Nicolas Guillou, dont Le Monde a raconté l’enfer administratif qui est le sien (interdit bancaire sur une bonne partie du globe, comptes Amazon, Airbnb ou PayPal paralysés, visas refusés, etc.) depuis qu’il a été placé sous sanctions par l’administration Trump pour avoir fait partie des magistrats ayant autorisé l’émission d’un mandat d’arrêt contre le chef du gouvernement israélien, Benyamin Nétanyahou.

Le procureur général Heitz a salué un juge « sanctionné pour avoir simplement exercé, en toute indépendance, ses éminentes fonctions », tandis que le président Soulard a dit « le courage qui doit être celui des magistrats lorsqu’ils sont amenés à prendre des décisions difficiles tant notre époque semble vivre un retour de la force brute contre le droit ».


 

  mise en ligne le 1er janvier 2026

L’Arcom tance CNews pour des propos discriminatoires à l’égard des personnes musulmanes ou d’origine immigrée

Marie Turcan sur www.mediapart.fr

Le régulateur français de l’audiovisuel a mis en demeure la chaîne de Vincent Bolloré pour deux séquences diffusées début 2025, estimant qu’elles génèrent une « stigmatisation de nature à encourager des comportements discriminatoires » envers les personnes d’origine immigrée et de confession musulmane.

Le gendarme français de l’audiovisuel a mis en demeure la chaîne d’extrême droite CNews pour des propos tenus en direct pouvant inciter à la discrimination envers les populations immigrées ou les personnes musulmanes. L’information a été repérée par l’Agence France-Presse (AFP) après avoir été publiée au Journal officiel le 30 décembre et alors même que CNews célèbre des audiences record.

Dans la décision prise par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), le 17 décembre, sont mis en cause deux extraits d’émissions de la chaîne du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré, que Mediapart a retrouvés en intégralité.

« Pas des Français de souche »

La première vidéo date du 29 janvier 2025, dans le segment « La grande interview », présenté par Sonia Mabrouk. L’invitée, Marie-Hélène Thoraval, maire divers droite de Romans-sur-Isère (Drôme), est interrogée sur une récente attaque au couteau. Elle généralise alors : « Je crois qu’on dénombre à peu près 120 attaques au couteau par jour [...] et généralement, on retrouve les mêmes typologies d’auteurs derrière ces faits. » « C’est-à-dire ? », demande la présentatrice. « Bien souvent des personnes qui ne sont pas, je vais dire entre guillemets, “Français de souche”, mais qui vont avoir des origines qui sont plus liées avec… une certaine forme de… tout simplement, un lien avec l’islam. »

Dans sa mise en demeure, l’Arcom note que l’animatrice « n’a pas réagi », ce qui contrevient au principe selon lequel un éditeur (ici, une chaîne) doit être « responsable du contenu des émissions qu’il diffuse » et doit conserver « en toutes circonstances la maîtrise de son antenne ». En l’occurrence, les propos de la maire « imputent aux personnes d’origine immigrée et de confession musulmane, dans leur ensemble, des comportements graves, voire pénalement répréhensibles », estime le régulateur.

L’Arcom poursuit : « Une telle stigmatisation, associant les personnes d’origine immigrée et de confession musulmane à des personnes dangereuses, dominatrices et menaçantes et n’ayant suscité aucune réaction de la part de l’animatrice présente en plateau, est de nature à encourager des comportements discriminatoires à leur égard en raison de leur nationalité, leur origine ou leur religion. »

« Ce sont des masses »

Deuxième séquence, le 20 mars 2025 dans l’émission « Morandini Live », de Jean-Marc Morandini – la veille de la condamnation en appel du présentateur pour corruption de mineurs. Jordan Florentin, collaborateur du média d’extrême droite Frontières et dont la carte de presse a été refusée en 2025, intervient à propos de l’installation d’un centre d’accueil pour demandeurs d’asile dans un village : « Vous dites ce sont des individus […], c’est là où vous vous trompez. Déjà, de façon terrible, c’est que ce sont des masses. Monsieur, ce sont des masses. » Avant de dire : « C’est des personnes qui ne peuvent pas forcément s’acclimater avec nos valeurs, nos mœurs et notre culture. C’est ça le problème. »

En face, le journaliste Mathias Leboeuf s’indigne : « On parle d’individus, de gens qui sont demandeurs d’asile, on parle pas de pestiférés. Vous vous rendez compte de comment on parle d’une population ? » Jordan Florentin ajoute plus tard : « Vous haïssez les Blancs… »

Quelques minutes après, il enchaîne : « Sans immigration, il ne se serait pas passé ce qu’il s’est passé à Crépol et vous le savez » – un discours que propagent les médias du groupe Bolloré depuis le meurtre de Thomas Perotto dans cette commune de la Drôme en 2023, alors même que l’enquête judiciaire a pour l’heure écarté l’hypothèse d’un « meurtre anti-Blanc ».

L’Arcom estime que « ces propos véhiculent de nombreux stéréotypes particulièrement infamants à l’égard des personnes immigrées dans leur ensemble, de nature à encourager des comportements discriminatoires à leur égard en raison de leur nationalité ou de leur origine ». Là aussi, le régulateur retient comme circonstance aggravante le fait que le présentateur de CNews Jean-Marc Morandini a « pris le parti de la personne » qui a tenu les propos mis en cause, Jordan Florentin, au lieu de le recadrer.

Et après la mise en demeure ?

Contacté par Mediapart, l’Arcom a précisé ne pas avoir de « commentaire particulier » à faire sur ce sujet. La mise en demeure fait partie des actions à disposition du régulateur français, dont l’objectif est « de prévenir avant de sanctionner », comme l’indique son site officiel. L’organisme peut, s’il constate un manquement auprès d’un éditeur audiovisuel, envoyer d’abord une lettre de rappel, une lettre de mise en garde ou une mise en demeure, la réponse la plus forte.

Si la chaîne ne se conforme pas à la mise en demeure – ou si elle est à nouveau épinglée pour des faits similaires –, la route est encore longue : le directeur de l’Arcom doit informer un rapporteur indépendant nommé par le Conseil d’État, qui décide ensuite si l’ouverture d’une procédure de sanction est justifiée ou non. Si oui, il peut proposer une sanction, que l’Arcom peut choisir de prononcer ou non.

Par le passé, l’organisme a déjà sanctionné CNews. En novembre 2024, le gendarme de l’audiovisuel a par exemple infligé 100 000 euros d’amende après que le présentateur d’une émission en février a décrit l’avortement comme « la première cause de mortalité dans le monde » et qu’il n’avait « fait l’objet d’aucune contradiction de la part des autres personnes présentes en plateau »

En mai 2024, CNews a aussi reçu une amende de 50 000 euros de l’Arcom, pour des propos tenus par Geoffroy Lejeune, directeur du Journal du dimanche (également propriété de Vincent Bolloré), reliant la surpopulation carcérale à « l’immigration arabo-musulmane ».

CNews contourne les règles de pluralisme

CNews n’a en revanche encore jamais été sanctionnée pour manquement aux règles du pluralisme. Or la chaîne d’extrême droite fait l’objet, depuis quelques semaines, de vives critiques à ce sujet.

Reporters sans frontières (RSF) a dévoilé en novembre comment elle a contourné, en mars 2025, les règles de temps d’exposition des courants politiques, en diffusant les paroles de gauche et du centre majoritairement la nuit. L’extrême droite, elle, est de loin la plus représentée sur les heures de grande écoute (7 heures-10 heures et 18 heures-21 heures).

L’Arcom a, dans un premier temps, balayé ces résultats, en affirmant au Point n’avoir vu « aucun problème particulier » et même « tomber des nues sur l’idée selon laquelle les temps de nuit seraient utilisés pour contourner la règle de pluralisme ».

Ce démenti se heurte toutefois aux constats successifs de Libération et Mediapart, qui ont enquêté dans la lancée de RSF et sont arrivés à un constat similaire. Mediapart a ainsi visionné et comptabilisé les prises de parole politique sur CNews pendant trois mois – de janvier à mars 2025 – et révélé certaines manipulations grossières de la chaîne d’information en continu. La chaîne de Vincent Bolloré peut par exemple, au cours d’une même nuit, diffuser une dizaine de fois le même extrait d’un discours d’une personnalité de gauche, afin de gonfler artificiellement son temps de parole à l’antenne.

Contactée à ce sujet avant la sortie de l’enquête, l’autorité de régulation a indiqué ne pas pouvoir fournir une réponse précise avant plusieurs semaines.

De son côté, CNews semble loin d’être ébranlée par ces récents rebondissements. La chaîne vient de célébrer son plus grand accomplissement à ce jour : passer devant BFMTV et devenir la « première chaîne d’information » – ou plutôt d’opinion – de France avec 3,4 % de parts d’audience (0,6 point de plus que BFM), selon l’institut Médiamétrie. Elle a ainsi « multiplié son audience par 5,7 en neuf ans », s’est vantée Virginie Grandclaude, directrice de communication de la chaîne, sur son compte X. « Merci aux citoyens », a-t-elle ajouté.


 

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