PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
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Libeté, répression, discrimination 2026

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mise en ligne le 13 janvier 2026

Régulièrement
interdit de manifester, BDS Montpellier
saisit la CEDH

Yunnes Abzouz et Samia Dechir sur www.mediapart.fr

Le collectif Boycott, désinvestissement et sanctions de l’Hérault dénonce depuis deux ans et demi un acharnement de la préfecture. Se défendant de tout antisémitisme, le mouvement de soutien à la Palestine compte sur la Cour européenne des droits de l’homme pour rétablir ses droits.

Depuis l’été 2025, la place de la Comédie leur est interdite. Ce lieu central de Montpellier était le point de rendez-vous privilégié des manifestations organisées par BDS France/Urgence Palestine (BDSF/UP). Ce collectif local est issu du mouvement international Boycott, désinvestissement et sanctions. Lancé en 2005 pour faire pression sur Israël contre la colonisation des territoires palestiniens, le mouvement appelle à boycotter les produits israéliens et les entreprises accusées de soutenir l’État israélien, comme Carrefour ou Axa.

Depuis sa création en 2009, le collectif BDS Montpellier a été particulièrement actif mais, depuis le 7 octobre 2023, il lui est devenu difficile, voire impossible, de manifester. 

En deux ans, Mediapart a recensé pas moins de vingt-cinq interdictions de manifester prononcées par la préfecture de l’Hérault pour risques de trouble à l’ordre public. « C’est une volonté de nous faire taire, de faire en sorte qu’on ne puisse pas s’exprimer pour dénoncer le génocide », accuse José-Luis Moraguès, l’un des animateurs de BDSF/UP. À plusieurs reprises, le tribunal administratif de Montpellier a pourtant donné raison au collectif, et annulé les arrêtés préfectoraux, considérés comme des « atteintes graves et illégales » à la liberté de manifester.

Mais le 3 septembre, la préfecture interdit de nouveau une manifestation prévue trois jours plus tard « contre le génocide à Gaza et ses complices ». Cette fois, le tribunal administratif approuve la décision préfectorale. BDS Montpellier porte l’affaire devant le Conseil d’État, en vain. Depuis, chaque demande de manifestation est systématiquement refusée au collectif propalestinien.

En tant que déclarant de la manifestation, José-Luis Moraguès a donc porté l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Le 7 janvier, ses avocats ont déposé un recours pour dénoncer la violation des articles 10 et 11 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui protègent la liberté d’expression, de réunion et d’association.

Le boycott dans le viseur de la préfecture

Pour justifier son interdiction, la préfecture reproche notamment au collectif plusieurs actions de boycott : celles régulièrement organisées dans des centres commerciaux Carrefour des environs sans déclaration préalable, et une autre organisée en juin 2025 dans le McDonald’s de la place de la Comédie, au cours de laquelle les militant·es ont appelé à ne plus commander de menus de l’enseigne de fast-food, et mis au sol des tables et des chaises de la terrasse. La préfecture accuse le collectif d’avoir « depuis plus d’un an, [...] multiplié les violences et les provocations », ce que José-Luis Moraguès conteste fermement. 

Âgé de 80 ans, le militant assure n’avoir jamais fait l’objet d’aucune condamnation. « On est non violents, précise-t-il d’emblée. Dans nos actions, par exemple à Carrefour, c’est rare qu’il n’y ait pas eu des gens qui adressent des propos racistes aux femmes voilées en leur disant “Retourne dans ton pays”. On forme les gens à ne pas réagir à ce genre de situation. » BDSF/UP Montpellier se dit au contraire victime de violences de la part des vigiles de plusieurs supermarchés Carrefour. En décembre, trois militant·es ont porté plainte après des blessures qui leur ont valu des incapacités totales de travail allant de trois à huit jours. 

Si le collectif se tourne aujourd’hui vers la CEDH, c’est aussi parce que sa jurisprudence pourrait lui être favorable. En juin 2020, dans l’affaire Baldassi, la Cour européenne a condamné la France à verser plus de 100 000 euros à onze militant·es du mouvement BDS, sanctionné·es par la justice française pour une action de boycott de produits israéliens dans un hypermarché d’Illzach (Haut-Rhin). La justice européenne a ainsi reconnu la légalité du boycott, tant qu’il n’appelle pas à la discrimination et à la haine.

Toutes les décisions précédentes disent que le boycott est légal.                                             Salim, membre de l’association Nidal

Un véritable revers pour le gouvernement israélien, qui n’a pas ménagé ses efforts pour réduire l’impact de la décision européenne dans les tribunaux français, au prix d’un intense travail de lobbying documenté par Mediapart. « Dans son arrêté, le préfet nous dit : “Vous appelez au boycott de McDo, donc il y a un risque de trouble à l’ordre public”, rapporte Théo Gauthier, l’un des avocats de José-Luis Moraguès. C’est contraire à l’arrêt Baldassi qui dit qu’un simple appel au boycott n’est pas une infraction pénale. » 

Le recours de José-Luis Moraguès devant la CEDH a reçu le soutien de l’association Nidal, qui a notamment pour but la défense juridique des voix palestiniennes. Salim* tient d’emblée à préciser que le recours déposé auprès de la CEDH n’est pas seulement une action symbolique, mais qu’il s’agit bien de faire appliquer le droit. « Toutes les décisions précédentes disent que le boycott est légal. Les accusations de violence ne sont fondées sur rien, ce n’est que la continuation de la répression du mouvement de soutien à la Palestine qu’on connaît depuis des décennies et qui s’est accélérée depuis deux ans et demi », s’indigne ce militant de Nidal qui préfère garder l’anonymat.

Acharnement judiciaire

Les interdictions de manifester sont loin d’être les seuls démêlés judiciaires auxquels sont confrontés le collectif BDS de Montpellier et l’antenne locale de l’association La Libre Pensée, co-organisatrice de plusieurs manifestations de soutien au peuple palestinien. 

Depuis sa création, le collectif BDS semble faire l’objet d’un acharnement répressif de la préfecture et du parquet, qui n’ont à ce jour pas donné suite aux questions de Mediapart. En plus de vingt-cinq interdictions de manifestation, Mediapart a recensé au moins treize contraventions et procès-verbaux, ainsi que quatre amendes. Le collectif n’ayant pas de personnalité juridique propre, elles sont systématiquement adressées à José-Luis Moraguès.

En septembre et octobre 2024, le préfet de l’époque, François-Xavier Lauch, lui écrit personnellement à deux reprises, pour lui reprocher d’avoir pris part à des manifestations propalestiniennes place de la Comédie, dont il n’était pas l’organisateur. « Cette pratique opportuniste constitue un détournement de procédure qui peut être lourd de conséquences », menace le préfet, qui demande explicitement à José-Luis Moraguès de ne plus se rendre place de la Comédie avec les membres de son collectif.

Une pratique pour le moins inhabituelle, s’étonne Damia Taharraoui, l’une des avocates de José-Luis Moraguès. « C’est fait en dehors de tout cadre légal, ça n’a aucune valeur. Ça traduit un acharnement personnel, qui est incompréhensible et inquiétant. »

Sur le plan pénal, le collectif doit aussi se défendre de plusieurs plaintes, dans des affaires où l’attitude du parquet est tout aussi surprenante. En avril 2024, José-Luis Moraguès relaie une affiche réclamant des sanctions « contre Israël et ses complices » accusés de génocide. Sur ce visuel, dont il n’est pas l’auteur, on peut voir la photo de personnalités internationales mais aussi locales, dont Carole Delga, présidente de la région, Hussein Bourgi, sénateur, Kléber Mesquida, président du département, et Michaël Delafosse, maire de Montpellier, .

Sans plainte de leur part, le parquet décide de sa propre initiative d’engager des poursuites pour diffamation contre José-Luis Moraguès, convoqué devant un officier de police judiciaire. « C’est rarissime en droit de la presse », précise Damia Taharraoui. Parmi les quatre élu·es socialistes visé·es par l’affiche, trois ont finalement porté plainte. Contactée par Mediapart, Carole Delga dénonce une « accusation d’une gravité extrême [qui] l’expose publiquement à la vindicte, nourrissant des réactions haineuses ».

Le sénateur Hussein Bourgi, quant à lui, ne comprend pas ce qui lui vaut d’être accusé de complicité de génocide, ce qu’il estime « outrancier, faux, injuste et infamant » (lire l’intégralité des réponses de Carole Delga et Hussein Bourgi en annexes de cet article). En mai 2025, José-Luis Moraguès est relaxé, mais le parquet fait appel, tout comme Carole Delga. « C’est tellement rare que l’avocat général s’en est étonné au cours de l’audience » et a lui-même plaidé pour une nouvelle relaxe. 

Lorsque des militants s’expriment pour la défense du peuple palestinien, les curseurs changent. On n’apprécie plus la liberté d’expression de la même manière.                            Damia Taharraoui, avocate

En avril 2025, José-Luis Moraguès fait de nouveau l’objet de deux plaintes pour la publication sur les réseaux sociaux d’une vidéo dans laquelle son collectif dénonce l’organisation à Montpellier de la 48e Journée de Jérusalem, qui célèbre la ville comme « capitale une et indivisible de l’État d’Israël ». Michèle Bensoussan, présidente du centre culturel juif Simone-Veil et organisatrice de l’événement, porte plainte pour diffamation, ainsi que Perla Danan, présidente du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) Languedoc-Roussillon.

Une nouvelle fois, José-Luis Moraguès est convoqué devant un officier de police judiciaire, le 19 février prochain, une démarche là encore « rarissime » en matière de diffamation, rappelle Damia Taharraoui. L’avocate dénonce une volonté de limiter l’expression du collectif, qui ne serait pas étrangère à la cause qu’il défend. « Lorsque des militants s’expriment pour la défense du peuple palestinien, les curseurs changent. On n’apprécie plus la liberté d’expression de la même manière. »

Alban Desoutter, secrétaire départemental de La Libre Pensée de l’Hérault, a lui aussi été visé par une plainte en diffamation déposée par le préfet. Sont visés des propos tenus dans la presse et lors d’une audience au tribunal administratif où il dénonçait la collusion entre le préfet et « les complices des génocidaires ». Selon nos informations, le parquet a classé sans suite la plainte du préfet. « C’est la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale que notre association est inquiétée judiciairement par la préfecture, s’indigne Alban Desoutter. La préfecture cherche à nous intimider. »

Tous les collectifs propalestiniens se heurtent à la même accusation : un antisémitisme maquillé en antisionisme. Ainsi, parmi les justifications aux multiples interdictions de manifester, la préfecture invoque un attentat perpétré le 24 août 2024 contre la synagogue de La Grande-Motte, dont l’auteur n’a pourtant aucun lien avec le mouvement BDSF/UP. 

« On nous associe à quelque chose qui nous est complètement étranger. Ça montre la volonté de créer des amalgames complètement artificiels, en dehors de toute réalité, pour nous salir », s’agace José-Luis Moraguès. Quelques semaines après l’attentat, le préfet s’inquiète ainsi d’une « multiplication des actions et manifestations à l’encontre de la communauté juive et de ses représentants [qui] pourrait inciter certains individus à passer à l’acte ». Un argumentaire relayé par le Crif Languedoc-Roussillon et par l’Organisation juive européenne (OJE) devant le tribunal administratif de Montpellier pour plaider en faveur des interdictions de manifester contre La Libre Pensée.

Tout comme la préfecture, le Crif accuse les organisations propalestiniennes de « tentatives répétées d’importation du conflit israélo-palestinien », arguant qu’elles « donnent fréquemment lieu à la tenue d’actes et de propos antisémites ». Des propos très mal vécus par José-Luis Moraguès. « On se bat pour des motifs politiques, contre la colonisation. On n’attaque pas les personnes, on n’attaque pas les juifs », précise le militant, qui se dit « sali » par ces accusations d’antisémitisme, et espère obtenir auprès de la CEDH une forme de réhabilitation auprès de l’opinion publique. 

À la tribune du rassemblement contre l’antisémitisme organisé après l’attentat contre la synagogue de La Grande-Motte, le préfet François-Xavier Lauch a affirmé qu’il continuerait à interdire les manifestations propalestiniennes sur la place de la Comédie, même s’il n’obtenait pas « gain de cause devant les tribunaux administratifs ».

« Les pratiques de la préfecture s’inscrivent dans un contexte de dégradation extrême des libertés fondamentales dans l’Hérault », s’insurge Sophie Mazas, avocate montpelliéraine et présidente de la section locale de la Ligue des droits de l’homme (LDH). Et de citer les coups de pression par courrier dont l’ancien préfet était coutumier ou la répression policière violente dont a fait l’objet le mouvement social du 10 septembre. « Les entraves à manifester ont commencé à viser les militants de la cause palestinienne car ils sont les plus faciles à attaquer et s’étendent aujourd’hui bien au-delà à tous les mouvements sociaux. » 

  mise en ligne le 1er janvier 2026

L’Arcom tance CNews pour des propos discriminatoires à l’égard des personnes musulmanes ou d’origine immigrée

Marie Turcan sur www.mediapart.fr

Le régulateur français de l’audiovisuel a mis en demeure la chaîne de Vincent Bolloré pour deux séquences diffusées début 2025, estimant qu’elles génèrent une « stigmatisation de nature à encourager des comportements discriminatoires » envers les personnes d’origine immigrée et de confession musulmane.

Le gendarme français de l’audiovisuel a mis en demeure la chaîne d’extrême droite CNews pour des propos tenus en direct pouvant inciter à la discrimination envers les populations immigrées ou les personnes musulmanes. L’information a été repérée par l’Agence France-Presse (AFP) après avoir été publiée au Journal officiel le 30 décembre et alors même que CNews célèbre des audiences record.

Dans la décision prise par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), le 17 décembre, sont mis en cause deux extraits d’émissions de la chaîne du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré, que Mediapart a retrouvés en intégralité.

« Pas des Français de souche »

La première vidéo date du 29 janvier 2025, dans le segment « La grande interview », présenté par Sonia Mabrouk. L’invitée, Marie-Hélène Thoraval, maire divers droite de Romans-sur-Isère (Drôme), est interrogée sur une récente attaque au couteau. Elle généralise alors : « Je crois qu’on dénombre à peu près 120 attaques au couteau par jour [...] et généralement, on retrouve les mêmes typologies d’auteurs derrière ces faits. » « C’est-à-dire ? », demande la présentatrice. « Bien souvent des personnes qui ne sont pas, je vais dire entre guillemets, “Français de souche”, mais qui vont avoir des origines qui sont plus liées avec… une certaine forme de… tout simplement, un lien avec l’islam. »

Dans sa mise en demeure, l’Arcom note que l’animatrice « n’a pas réagi », ce qui contrevient au principe selon lequel un éditeur (ici, une chaîne) doit être « responsable du contenu des émissions qu’il diffuse » et doit conserver « en toutes circonstances la maîtrise de son antenne ». En l’occurrence, les propos de la maire « imputent aux personnes d’origine immigrée et de confession musulmane, dans leur ensemble, des comportements graves, voire pénalement répréhensibles », estime le régulateur.

L’Arcom poursuit : « Une telle stigmatisation, associant les personnes d’origine immigrée et de confession musulmane à des personnes dangereuses, dominatrices et menaçantes et n’ayant suscité aucune réaction de la part de l’animatrice présente en plateau, est de nature à encourager des comportements discriminatoires à leur égard en raison de leur nationalité, leur origine ou leur religion. »

« Ce sont des masses »

Deuxième séquence, le 20 mars 2025 dans l’émission « Morandini Live », de Jean-Marc Morandini – la veille de la condamnation en appel du présentateur pour corruption de mineurs. Jordan Florentin, collaborateur du média d’extrême droite Frontières et dont la carte de presse a été refusée en 2025, intervient à propos de l’installation d’un centre d’accueil pour demandeurs d’asile dans un village : « Vous dites ce sont des individus […], c’est là où vous vous trompez. Déjà, de façon terrible, c’est que ce sont des masses. Monsieur, ce sont des masses. » Avant de dire : « C’est des personnes qui ne peuvent pas forcément s’acclimater avec nos valeurs, nos mœurs et notre culture. C’est ça le problème. »

En face, le journaliste Mathias Leboeuf s’indigne : « On parle d’individus, de gens qui sont demandeurs d’asile, on parle pas de pestiférés. Vous vous rendez compte de comment on parle d’une population ? » Jordan Florentin ajoute plus tard : « Vous haïssez les Blancs… »

Quelques minutes après, il enchaîne : « Sans immigration, il ne se serait pas passé ce qu’il s’est passé à Crépol et vous le savez » – un discours que propagent les médias du groupe Bolloré depuis le meurtre de Thomas Perotto dans cette commune de la Drôme en 2023, alors même que l’enquête judiciaire a pour l’heure écarté l’hypothèse d’un « meurtre anti-Blanc ».

L’Arcom estime que « ces propos véhiculent de nombreux stéréotypes particulièrement infamants à l’égard des personnes immigrées dans leur ensemble, de nature à encourager des comportements discriminatoires à leur égard en raison de leur nationalité ou de leur origine ». Là aussi, le régulateur retient comme circonstance aggravante le fait que le présentateur de CNews Jean-Marc Morandini a « pris le parti de la personne » qui a tenu les propos mis en cause, Jordan Florentin, au lieu de le recadrer.

Et après la mise en demeure ?

Contacté par Mediapart, l’Arcom a précisé ne pas avoir de « commentaire particulier » à faire sur ce sujet. La mise en demeure fait partie des actions à disposition du régulateur français, dont l’objectif est « de prévenir avant de sanctionner », comme l’indique son site officiel. L’organisme peut, s’il constate un manquement auprès d’un éditeur audiovisuel, envoyer d’abord une lettre de rappel, une lettre de mise en garde ou une mise en demeure, la réponse la plus forte.

Si la chaîne ne se conforme pas à la mise en demeure – ou si elle est à nouveau épinglée pour des faits similaires –, la route est encore longue : le directeur de l’Arcom doit informer un rapporteur indépendant nommé par le Conseil d’État, qui décide ensuite si l’ouverture d’une procédure de sanction est justifiée ou non. Si oui, il peut proposer une sanction, que l’Arcom peut choisir de prononcer ou non.

Par le passé, l’organisme a déjà sanctionné CNews. En novembre 2024, le gendarme de l’audiovisuel a par exemple infligé 100 000 euros d’amende après que le présentateur d’une émission en février a décrit l’avortement comme « la première cause de mortalité dans le monde » et qu’il n’avait « fait l’objet d’aucune contradiction de la part des autres personnes présentes en plateau »

En mai 2024, CNews a aussi reçu une amende de 50 000 euros de l’Arcom, pour des propos tenus par Geoffroy Lejeune, directeur du Journal du dimanche (également propriété de Vincent Bolloré), reliant la surpopulation carcérale à « l’immigration arabo-musulmane ».

CNews contourne les règles de pluralisme

CNews n’a en revanche encore jamais été sanctionnée pour manquement aux règles du pluralisme. Or la chaîne d’extrême droite fait l’objet, depuis quelques semaines, de vives critiques à ce sujet.

Reporters sans frontières (RSF) a dévoilé en novembre comment elle a contourné, en mars 2025, les règles de temps d’exposition des courants politiques, en diffusant les paroles de gauche et du centre majoritairement la nuit. L’extrême droite, elle, est de loin la plus représentée sur les heures de grande écoute (7 heures-10 heures et 18 heures-21 heures).

L’Arcom a, dans un premier temps, balayé ces résultats, en affirmant au Point n’avoir vu « aucun problème particulier » et même « tomber des nues sur l’idée selon laquelle les temps de nuit seraient utilisés pour contourner la règle de pluralisme ».

Ce démenti se heurte toutefois aux constats successifs de Libération et Mediapart, qui ont enquêté dans la lancée de RSF et sont arrivés à un constat similaire. Mediapart a ainsi visionné et comptabilisé les prises de parole politique sur CNews pendant trois mois – de janvier à mars 2025 – et révélé certaines manipulations grossières de la chaîne d’information en continu. La chaîne de Vincent Bolloré peut par exemple, au cours d’une même nuit, diffuser une dizaine de fois le même extrait d’un discours d’une personnalité de gauche, afin de gonfler artificiellement son temps de parole à l’antenne.

Contactée à ce sujet avant la sortie de l’enquête, l’autorité de régulation a indiqué ne pas pouvoir fournir une réponse précise avant plusieurs semaines.

De son côté, CNews semble loin d’être ébranlée par ces récents rebondissements. La chaîne vient de célébrer son plus grand accomplissement à ce jour : passer devant BFMTV et devenir la « première chaîne d’information » – ou plutôt d’opinion – de France avec 3,4 % de parts d’audience (0,6 point de plus que BFM), selon l’institut Médiamétrie. Elle a ainsi « multiplié son audience par 5,7 en neuf ans », s’est vantée Virginie Grandclaude, directrice de communication de la chaîne, sur son compte X. « Merci aux citoyens », a-t-elle ajouté.


 

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