PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES
PROCHAINE REUNION DE L'ASSEMBLEE CITOYENNE LE VENDREDI 26 JANVIER 2018 A FABREGUES A 19 HEURES

services publics, sécu, santé - 2026

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   mise en ligne le 12 janvier 2026

Montpellier : une pétition demande à la mairie et à la préfecture l’activation du plan Grand froid

Elian Barascud sur https://lepoing.net/

Ce lundi 12 janvier, une quarantaine de personnes s’est réunie devant la mairie de Montpellier pour tenter de remettre au maire une pétition demandant l’ouverture de lieux d’accueils pour abriter les personnes vivant à la rue dans ces périodes de grand froid

Les grilles de l’hôtel de ville se ferment alors qu’une quarantaine de personnes se rassemble devant le bâtiment. “On vient pour remettre une pétition au maire pour lui demander d’ouvrir des gymnases pour accueillir des personnes à la rue”, explique Samuel Forest, fondateur de l’association Solidarité Partagée, spécialisée dans l’ouverture de lieux pour loger des gens dans le besoin. Le texte, qui a récolté 600 signatures depuis le 7 janvier, exhorte “la préfecture et la mairie de Montpellier d’activer le plan grand froid. Cela comprend la réquisition des gymnases et autres lieux vacants pour qu’ils puissent servir d’hébergement temporaire et l’organisation d’un système d’accueil bien structuré et adapté pour toutes ces personnes en détresse.”

Depuis le 4 janvier, l’association manifeste quasiment quotidiennement devant la préfecture de l’Hérault. “Il y a urgence”, martèle Samuel Forest, en évoquant la mort d’un jeune homme de 28 ans dans les rues de Montpellier le 30 décembre dernier, à l suite d’une hypothermie. “La mairie à ouvert un gymnase de 55 places pendant quatre jours alors qu’on estime que 1 000 personnes dorment à la rue à Montpellier, ce n’est clairement pas assez, nous demandons la réquisition de lieux pour de l’hébergement”, précise-t-il.

Antoine, travailleur social syndiqué chez Sud Santé Sociaux, pointe quant à lui la responsabilité de l’État :“C’est la compétence de l’État de financer des structures qui permettent l’accompagnement pour l’hébergement d’urgence des personnes. Le Conseil départemental a la même compétence pour les mineurs, il est également responsable. Ils se renvoient tous la balle.”

A la fin du rassemblement, Fatima, une femme vivant à la rue, prend la parole au micro en se cachant derrière une grande écharpe. “C’est dur, je suis tombée malade, il nous faudrait une grande salle chauffée. J’ai beau appeler le 115 pour un hébergement d’urgence plusieurs fois par jour, c’est saturé, j’en ai marre.”

Venus pour rencontrer Michaël Delafosse, maire de Montpellier, les manifestants n’ont pas été reçus. Les organisateurs du rassemblements appellent à une réunion publique sur la question du sans-abrisme ce mercredi 14 janvier à 18 h 30 à la brasserie Le Dôme (arrêt de tram Saint-Denis, ligne 3.)


 

  mise en ligne le 9 janvier 2026

« Virage autoritaire sur le système de santé » : pourquoi les médecins
font grève (ou pas)

par Rachel Knaebel sur https://basta.media/

Les médecins ont lancé une grève de dix jours en début de semaine, pour protester contre un contrôle accru des arrêts maladie et des menaces de sanctions. Mais toutes les organisations professionnelles ne sont pas en accord avec ce mouvement.

ne grève des médecins, généralistes et spécialistes, a commencé lundi 5 janvier. Largement suivie, elle devrait durer dix jours. L’intersyndicale qui appelle à cette grève dénonce plusieurs mesures de la loi de finances de la Sécurité sociale, adoptée mi-décembre et qui sonnerait « le glas de la médecine libérale en France ».

Un de ses articles prévoit, par exemple, la fin du remboursement par l’Assurance-maladie des actes et prestations prescrits par les médecins dits « de secteur 3 », qui n’ont pas signé d’accord avec la Sécurité sociale et fixent librement leurs tarifs, souvent élevés. D’autres articles de cette loi donnent à l’Assurance-maladie le pouvoir de prononcer unilatéralement des baisses de remboursements, si les négociations avec les médecins n’ont pas abouti.

Un autre point prévoyait des sanctions financières, pouvant aller jusqu’à 10 000 euros par an, contre les médecins qui n’alimentent pas le dossier médical partagé (DMP), un carnet de santé numérique. Mais cet aspect a été invalidé par le Conseil constitutionnel à la toute fin du mois de décembre.

« Ça nous assimile à des fraudeurs »

Enfin, les médecins protestent contre un contrôle renforcé des arrêts maladie prescrits, prévu, non pas dans la loi de finances de la Sécu, mais dans un projet loi de lutte contre la fraude sociale et fiscale, étudié au Parlement depuis l’automne.

Depuis plusieurs années, les médecins subissent une pression de plus en plus forte de la part de l’État sur leurs prescriptions d’arrêts maladie. Car le nombre d’arrêts maladie augmente, tout comme le montant global d’indemnités journalières payées en cas d’arrêts. Pour l’Assurance-maladie, 60 % de cette hausse est due à l’augmentation de la population, à son vieillissement, et à l’augmentation des salaires, sur lesquels sont calculées les indemnités. L’Assurance-maladie en déduit donc que 40 % de l’augmentation du coût des indemnités vient directement des médecins, qui prescriraient trop d’arrêts.

« C’est une loi qui a vocation à lutter contre la fraude. Et dans cette loi, les parlementaires ont intégré la “mise sous objectifs”, un outil qui doit normalement permettre de réguler la prescription d’arrêts maladie. Ça nous assimile, de fait, à des fraudeurs. C’est nous prendre d’emblée pour des gens malhonnêtes », s’indigne Sébastien Adnot, médecin dans le Vaucluse et secrétaire général adjoint du syndicat de généralistes MG France.

Pour lui, la manière dont la Caisse nationale d’assurance-maladie (CNAM) sélectionne les médecins aujourd’hui contrôlés pour les arrêts de travail prescrits est opaque. « Si on écoute la Cnam, elle sélectionne par le biais d’un algorithme les médecins qui ont des prescriptions atypiques d’arrêts de travail. Mais l’algorithme, on ne sait pas comment il fonctionne. Et puis, si on est dans un secteur où il y a beaucoup d’ouvriers, avec des gens qui ont des troubles musculo-squelettiques, des douleurs lombaires, des problèmes de santé mentale, etc., comment voulez-vous que nous puissions atteindre des objectifs de réduction des arrêts maladie, alors qu’on donne simplement ce dont les patients ont besoin ? »

La « verticalité » plutôt que le dialogue

MG France conteste aussi les sanctions financières initialement prévues dans la loi de financement de la Sécu pour non-remplissage du dossier médical partagé. « Le dossier médical partagé, c’est une avancée qui peut être majeure. Nous n’en remettons pas en question l’utilité. Mais le DMP a été construit sans concertation avec les soignants et les médecins. Donc, on a un outil qui n’est pas adapté à notre pratique, et on ne l’utilise pas. Mais plutôt que de dire “on va travailler avec vous pour rendre l’outil plus ergonomique”, on nous menace d’amendes ! »

Plus largement, le médecin fustige « un virage autoritaire de l’État par rapport au système de santé, et une disparition de ce qui fonde normalement la relation entre les médecins et l’Assurance-maladie, qui est le dialogue conventionnel. Là, au contraire, on voit une verticalité qui s’installe. »

La composition de l’intersyndicale qui a appelé à la grève des médecins est large. Elle va d’organisations de généralistes, comme MG France, à celles des Jeunes médecins, la Fédération des médecins de France, le syndicat de chirurgiens et spécialistes Spé-Le Bloc… Mais tous les syndicats de médecins ne s’y sont pas joints.

Les « privilèges d’une corporation »

Le Syndicat de la médecine générale (SMG), orienté à gauche, se tient à l’écart de ce mouvement. « Sous couvert de défendre l’accès aux soins et le système de santé, ces organisations défendent surtout les privilèges d’une corporation et ses bénéfices, accuse le SMG au sujet de l’appel à la grève et des syndicats qui l’ont lancé. Ceux-ci « s’insurgent contre les limitations portées aux dépassements d’honoraires, contre le contrôle de l’augmentation injustifiée des profits réalisés dans certaines spécialités, et défendent bec et ongles un système libéral qui a désormais largement fait la preuve de son incapacité à remplir le service essentiel à la population que représentent les soins de santé », écrit aussi le SMG.

Pourtant, le Syndicat de la médecine générale partage une partie des revendications des médecins à l’initiative de la grève et dénonce aussi la pression exercée sur les arrêts maladie. « Nous militons pour défendre l’arrêt de travail comme un outil thérapeutique, et pour lutter contre les causes de l’augmentation de ces arrêts de travail », explique Ismaël Nureni Banafunzi, médecin à La Rochelle, au nom du Syndicat de la médecine générale, dont il est membre.

« Pour la suppression des dépassements d’honoraires »

Sur le dossier médical partagé, le SMG alerte de son côté depuis des années sur la sécurité des données et la nécessité du consentement des patients et des patientes. « Les moteurs de notre opposition ne sont pas les mêmes », résume le médecin au sujet de cette grève. « Notre objectif, c’est de réfléchir à l’organisation territoriale de santé, pas seulement avec les médecins, mais aussi avec les autres personnels de santé et les patients et les patientes, pour introduire de la démocratie dans la gouvernance de la Sécurité sociale, pour savoir où est-ce qu’on met l’argent et où est-ce qu’on le prend », défend Ismaël Nureni Banafunzi.Le SMG s’était par exemple fermement opposé à l’augmentation des restes à charge pour les patients, à l’origine prévue dans le projet de budget de la Sécu. Mesure qui a finalement été abandonnée, du moins pour cette année. « Nous militons pour la suppression des dépassements d’honoraires, ajoute le médecin du SMG. Et pour une nouvelle organisation territoriale de santé afin de lutter contre la désertification médicale en créant un système public de soins primaires et en instaurant une diversification sociologique du recrutement des étudiants en médecine. »

Au-delà des revendications des différentes organisations professionnelles, la grève actuelle des médecins fait ressortir une défiance envers les pouvoirs publics, dans un contexte où le budget de la Sécu a été adopté avec beaucoup de difficultés. « Le problème de la santé en France, c’est essentiellement un problème de choix politique, pas de dépenses qui seraient trop importantes, juge Sébastien Adnot. Qu’est-ce que la classe politique qui est en charge des affaires du pays est prête à faire pour assurer la santé des citoyens ? »

 mise en ligne le 8 janvier 2026

« Dehors, c’est l’enfer » :
dans un Paris glacial, des sans-abri accueillis en urgence

Par Emmanuel Clévenot sur https://reporterre.net/

Avec ses 300 lits de camp installés, le Carreau du Temple, à Paris, s’est transformé en centre d’hébergement d’urgence pour parer aux températures glaciales. « Dehors, c’est l’enfer », confie une sans-abri.

« J’ai traversé la mer avec ma fille de 5 ans, et j’ai accouché de lui en Italie. » D’une main délicate, Fatoumata, originaire du Mali, caresse la nuque d’un petit garçon en équilibre sur de fragiles gambettes. Les yeux rivés sur sa brique de jus, le bonhomme peine à y planter sa paille. « Il est tombé malade avec le froid, poursuit sa mère. J’ai dû l’amener à l’hôpital. » Arrivée en France il y a sept mois, la trentenaire se heurte depuis au labyrinthe administratif français. Sa demande d’asile lui a été refusée, précise-t-elle en sortant d’une pochette transparente ses documents. « J’arrive à peine à nourrir mes enfants correctement. L’hiver est rude pour nous. »

Dans le 3ᵉ arrondissement de Paris, le Carreau du Temple, ancien marché couvert aux grandes verrières, s’est métamorphosé en centre d’hébergement d’urgence depuis le 4 janvier. Pressée par la municipalité, la préfecture d’Île-de-France a déclenché entre Noël et le Jour de l’An un dispositif baptisé « Grand froid » visant à renforcer l’aide aux plus démunis. Trois cents lits de camp disposés côte à côte, pour que les personnes sans-abri puissent échapper à la neige et aux températures négatives ayant glacé la capitale.

Ici, se côtoient des adolescents isolés, des femmes seules avec leurs bambins et une poignée d’hommes. Dès l’ouverture, une mère s’est présentée avec un bébé de 1 mois et 10 jours, témoigne Aurélie El Hassak-Marzorati. Deux jours après, c’était au tour d’un père de franchir le seuil avec trois enfants. « La maman est décédée, poursuit la directrice générale de l’association CASP, chargée de l’organisation du site. Chez certains, des troubles psychiatriques se manifestent. Nous avons besoin que l’État nous accorde une aide médicale. »

« Je n’aurais pas tenu une nuit »

La veille, la crainte d’un renvoi immédiat à la rue s’est envolée pour toutes les personnes accueillies au Carreau du Temple. Censé s’achever le 7 janvier, le dispositif a été prolongé sept jours. « Je cogite toute la nuit, confie Virginie. On m’a mis à l’abri ici, mais pour combien de temps ? J’ai peur. Dehors, c’est l’enfer. » Avant d’obtenir un lit dans ce grand hall, l’Ivoirienne de 37 ans vivait sous un pont à Porte de la Chapelle. Le soir, elle se faufilait dans un bâtiment à la serrure défaillante. « Je n’aurais pas tenu une nuit avec un tel froid. »

Au décès de ses parents, Virginie a été menacée de mort par son oncle. « Il me déteste… alors j’ai fui. » À son arrivée à Paris, une âme charitable l’a hébergée. Puis exploitée. « Je travaillais pour elle, et dormais sur un minuscule bout de matelas. Si petit que je devais me recroqueviller. » Ses genoux douloureux en portent encore les séquelles. De retour à la rue, le curé d’une église l’a orienté vers une association humanitaire. Désormais, de liste d’attente en liste d’attente, elle attend que la chance lui sourie pour dénicher un toit.

À l’entrée du centre éphémère, une humanitaire note les noms et prénoms des nouveaux entrants. Une autre les interroge un à un pour comprendre leur situation et les orienter au mieux. Un gymnase du Crous, une crèche désaffectée et des salles de réunion de la préfecture ont aussi été réquisitionnées aux mêmes fins. « Il semble y avoir une véritable volonté de mettre tout le monde à l’abri de façon inconditionnelle. Ce qu’il faut saluer, observe Aurélie El Hassak-Marzorati. Seulement notre grande inquiétude, c’est la suite. Qu’adviendra-t-il de toutes ces personnes ? » La directrice regrette que les politiques d’austérité de l’État empêchent l’élaboration de stratégies plus durables.

Traversée en zodiac

Au Carreau du Temple, seuls les besoins primaires sont pris en charge : un toit, un lit et trois repas par jour. Ce jour-là, à midi, des barquettes de purée et poissons panés sont distribuées à la chaîne. Attablée avec son fils de 12 ans, Sabrina, décrit leur vie de misère de bouche de métro en chambre d’hôpital. « Le froid, le bruit et la peur nous privent de sommeil. J’en ai attrapé une hernie discale. » La Kabyle a fêté son 43e anniversaire le 25 décembre. Les larmes aux yeux, elle ajoute : « C’est difficile un petit peu. Le moral n’est pas bon. Et sans moral, rien ne va. »

La lueur d’espoir à laquelle elle s’accroche ? La scolarité de ses enfants. Son aînée a pu décrocher une carte de séjour grâce à l’obtention de son baccalauréat. Axel, son benjamin occupé à lécher jusqu’à la dernière trace de sa crème au caramel, est lui inscrit à l’école. « Nous avons fui la répression, poursuit Sabrina. Là-bas [en Algérie], nous n’avions pas de liberté d’expression. Si tu parles trop, tu finis… Comment dit-on en français ? » Terminant sa bouchée, l’adolescent complète : « En prison. »

À l’autre bout de la table, Sowé pianote sur son téléphone. Originaire de Gambie, le mineur a quitté seul son pays en quête d’un avenir meilleur. « La France est le pays de mes rêves depuis que je suis tout petit, dit-il d’un sourire pétillant. Je m’imaginais devenir footballeur professionnel. » À 17 ans, le garçon a déjà affronté bien des épreuves. Un voyage à travers le désert, le travail en Libye, la traversée de la mer en zodiac et le passage de la frontière franco-italienne. « Je grimpais inlassablement dans les trains à destination de Paris mais les contrôleurs me repérait facilement comme j’étais sale, poursuit-il en anglais. J’ai insisté encore et encore. » Jusqu’au jour où, enfermé dans les toilettes du wagon, il atteignit sa destination.

Électricien de formation, Sowé a abandonné en chemin ses rêves de star du ballon rond. Arrivé à la mi-décembre, il poursuit désormais un seul objectif : obtenir une place à l’école pour apprendre le français. « Je suis déterminé. J’apprends vite. En quelques mois, je connaîtrai votre langue par cœur, et je pourrai vivre comme vous. Je n’ai besoin que d’une main tendue. »

Quelques pas derrière lui, deux petits garçons assis à genoux sur un tapis rose sont plongés dans le dessin animé Potobot. Une histoire d’amitié entre Chloé et son robot arrivé tout droit d’une époque frappée de plein fouet par la crise climatique. Des adultes, emmitouflés dans d’épaisses couvertures, dorment à côté d’eux.

Maintenir un climat de dissuasion

Au total, quelque 1 450 lits ont été déployés à Paris, d’après le préfet Marc Guillaume : « Un effort sans précédent. » Aux yeux de Nikolaï Posner, l’État et les collectivités se gardent toutefois d’évoquer tous les sans-abri laissés sur le carreau. Le 6 janvier, sur LinkedIn, ce porte-voix d’Utopia 56 assurait qu’au moins 300 adolescents isolés avaient passé la nuit dehors sous des températures frôlant les -6 °C dans la capitale : « Parmi eux, il y a Seydou. Il a 17 ans et a quitté le Mali il y a environ un an. Chaque nuit, il se retrouve seul dans sa tente. Il tremble et ne dort pas. Dans la tente voisine, recouverte de neige, un autre jeune pleure. »

La campagne de communication autour du dispositif « Grand Froid » offre aux autorités le luxe de se donner bonne conscience, poursuit Nikolaï Posner : « Dans le monde réel, pour tous ces jeunes, comme pour de très nombreux demandeurs d’asile et réfugiés, il n’existe aucune solution. Non par manque de capacité, l’État français étant largement en mesure de mettre à l’abri quelques milliers de personnes, mais par la volonté délibérée de maintenir un climat de dissuasion, au nom de la rhétorique de l’appel d’air. » Autrement dit, « si tu viens en France, tu passeras par la rue, tu aura18 pts mal, tu auras peur ».

Sur le quai de l’Hôtel-de-Ville, dominé par la cathédrale Notre-Dame aux toits drapés d’un manteau blanc, un dépôt de sapins de Noël aux épines à moitié envolées jouxte des dizaines de tentes. Sous le poids de la neige, leurs toiles s’affaissent, voire se déchirent, laissant entrevoir les matelas qu’elles abritent. Sur le trottoir d’en face, des effluves de marmite s’échappent d’une grande tonnelle. Des rires avec. « Oh non, ce n’est pas pour les sans-abri, s’excuse un homme, talkie-walkie à la ceinture. C’est la cantine de notre équipe. On tourne un film de l’autre côté du pont. » Confus, l’assistant au bonnet de laine ajoute : « Le côté glamour de Paris… et juste à côté, des gens qui crèvent la dalle. »

Souleymane observe la scène. Un sac plastique dans la main, il trie des vêtements. Un pantalon tâché de peinture qu’il plie soigneusement. Une paire de gants intacte qu’il met de côté. Un sourire triste fend son visage, à demi dissimulé sous son écharpe. À 16 ans, ce Guinéen passe ses journées seul. Il survit. « J’ai obtenu une place dans un gymnase pour quelques jours », tente-t-il de se réjouir. Et après ? Sûrement reviendra-t-il ici, dans sa tente. « Quand il ne neigera plus, il pleuvra. Le froid sera toujours là. Et nous, nous dormirons dehors. »


 

   mise en ligne le 6 janvier 2026

Grève des médecins libéraux : l'échec de la solidarité territoriale

Christophe Prudhomme sur www.humanite.fr

Depuis plus de vingt ans, face au problème des déserts médicaux, les gouvernements successifs ont empilé des mesures d’incitation auprès des médecins libéraux pour tenter d’améliorer la situation. Au fil du temps, dans l’indifférence générale, les bilans d’échec s’accumulent au grand dam des patients qui trouver un médecin traitant.

La dernière invention, dite de « solidarité territoriale », consiste à demander à des médecins généralistes d’aller exercer jusqu’à deux jours par mois dans l’une des 151 zones en tension identifiées par le gouvernement, moyennant une indemnité de 200 euros par jour. Sauf que le bilan est maigre, seuls 250 volontaires se sont manifestés et, au fil du temps, les effectifs se réduisent. Ainsi, dans le Centre-Val de Loire, qui comporte 21 zones concernées, il n’y a que 3 médecins dans le dispositif sur les 16 médecins inscrits initialement.

À l’origine de cet échec, un effet d’annonce du gouvernement sans réelle concertation avec les médecins concernés dans un système de médecine libérale au bout du rouleau. À la veille des municipales, alors que la santé est une des premières préoccupations des Français, il paraissait difficile de laisser les communes tenter de trouver des réponses sous la pression de leurs citoyens dans un domaine qui ne relève pas de leur compétence.

Le mal est profond et nécessite des réponses dans l’intérêt des assurés sociaux et des professionnels de santé. En ce qui concerne ces derniers, leur mouvement de grève, du 5 au 15 janvier, traduit une insatisfaction et un mécontentement profond face à un budget de la Sécu qui leur demande notamment d’appliquer un certain nombre de mesures d’économies au détriment de leurs patients.

Cependant, il est dans l’intérêt des deux parties de réfléchir à l’avenir de notre système de santé et de la nécessité d’évolutions pour conserver un système public solidaire. Cela nécessite de poser la question des freins actuels que constituent à la fois la liberté d’installation et la rémunération à l’acte.

À trop vouloir s’arc-bouter sur des modalités d’exercice qui ne correspondent plus aux besoins de la population, ni aux aspirations de nombreux jeunes médecins, il ne faudrait pas donner des moyens supplémentaires aux néolibéraux pour basculer encore plus vite vers un système marchand financiarisé à l’américaine. Il s’agit de faire des choix et de gérer des transitions dans l’intérêt collectif de la population et des professionnels de santé.

En ce début d’année 2026, soyons exigeants pour un véritable débat sur ces questions. Bien entendu, il y aura des résistances, des oppositions, mais je crois que la majorité penchera en faveur des valeurs du service public, financé intégralement par une Sécurité sociale solidaire à qui il faudra assurer des moyens suffisants.

  mise en ligne le 4 janvier 2026

Au musée du Louvre,
une situation alarmante et
« un niveau d’obsolescence inquiétant »

Léo Schilling sur www.humanite.fr

Ce lundi 5 janvier 2026, les personnels de l’établissement public du musée du Louvre (EPML) se réunissent en assemblée générale pour décider de la suite à donner à leur mobilisation, trois semaines après une grève qui a duré du 15 au 18 décembre. « L’Humanité » a suivi Gary Guillaud, surveillant de salle et délégué CGT, à la découverte des failles du « musée le plus connu au monde ».

Ce n’est « même pas la peine d’essayer d’entrer côté pyramide », nous dit Gary Guillaud, face à la foule qui s’agglutine autour de l’entrée principale du musée à la mi-journée du dernier jour de l’année 2025. Nous ferons notre entrée passage Richelieu, où, là aussi, la file d’attente s’allonge et le personnel chargé du désengorgement s’active pour essayer de maintenir un semblant d’ordre.

Un premier symptôme des nombreux dysfonctionnements que connaît le Louvre, dans la tourmente depuis le vol des bijoux de la couronne de France, le 19 octobre. Ce cambriolage spectaculaire a révélé au monde entier les problèmes de sécurité et de sous-effectif sur lesquels alertent les syndicats depuis déjà plusieurs années, sans que la direction n’en tienne vraiment compte.

Presque un mois après le vol, le 17 novembre, la galerie Campana fermait ses portes au public à la suite de la détection de « faiblesses structurelles sur les planchers du deuxième étage » qui, en clair, menaceraient de s’effondrer. Dix jours plus tard, une fuite d’eau endommageait plusieurs centaines d’ouvrages de la bibliothèque des antiquités égyptiennes.

« La première fois que des conservateurs font grève »

Le 15 décembre, les employés du Louvre se mettaient massivement en grève. Une mobilisation qui a rassemblé la quasi-totalité du personnel. « Depuis 2003, c’est la première fois que des conservateurs viennent nous demander comment se mettre en grève. Je n’ai jamais vu une mobilisation d’une telle ampleur en plus de vingt ans », souligne Gary Guillaud. La surcharge de travail, conséquence d’une politique de réduction des effectifs, est au cœur des revendications des grévistes.

En dix ans, 190 postes de sureté-surveillance ont été supprimés, soit une baisse d’environ 15 %, selon la CGT. Du fait de ce qu’ils considèrent comme une surfréquentation (malgré une jauge maximale fixée à 30 000 visiteurs par jour par la présidente-directrice, Laurence des Cars), les agents de surveillance ne parviennent plus à effectuer leur travail correctement.

À mesure que l’on avance – lentement – à travers les différentes galeries, le surveillant de salle continue d’énumérer les difficultés. « Nous demandons à baisser encore la jauge de visiteurs journaliers, car, comme on peut le voir, on n’est pas sur ce qu’on pourrait appeler une visite fluide. » Effectivement, il faut se frayer un chemin parmi la foule, quand on ne piétine pas en attendant que le trafic reprenne.

Ce sont de véritables bouchons humains qui se forment dans les endroits les plus fréquentés du musée. Les effectifs sont si bas que de nombreuses salles se retrouvent fermées pendant les week-ends et les vacances, faute de pouvoir les surveiller, à des périodes où le Louvre est censé être ouvert en totalité.

Gary Guillaud nous guide vers les cours Marly et Puget et la crypte Girardon, symptomatiques des carences que le délégué syndical pointe du doigt. « Dans les salles que nous voyons ici, quand je suis arrivé (il y a plus de vingt ans, NDLR) , il y avait 16 agents de surveillance. Aujourd’hui, nous sommes huit ou neuf. Dans la cour Marly, nous sommes cinq, mais trois pendant les pauses, qui ont lieu toutes les trente minutes. Trois personnes pour quatre sorties de secours… c’est ingérable. »

Même son de cloche du côté de Julien Dunoyer, délégué syndical SUD culture Solidaires et également agent de surveillance, qui craint que les visiteurs puissent chuter depuis les parapets, et atterrir sur le sol en marbre vingt mètres plus bas : « Nous demandons aux agents de faire particulièrement attention, surtout aux enfants. Ça demande parfois de prioriser les choses, et donc de ne pas surveiller d’autres endroits, étant donné la taille de l’espace. »

Des salles fermées pour températures négatives

Le manque de personnel est tel que Gary Guillaud considère comme une « chance » le fait que le vol des bijoux de la couronne se soit déroulé le matin, autour de 9 h 30. « L’ensemble des équipes de surveillance étaient présentes, car les pauses n’avaient pas commencé. On a pu évacuer dans le calme, et tous les agents ont été félicités pour leur professionnalisme. Un quart d’heure plus tard, il y aurait eu deux agents au lieu de cinq, ça aurait été beaucoup plus compliqué. »

Le délégué syndical souligne également que l’intervention de l’agent qui a fait fuir les voleurs a sans doute permis d’éviter une catastrophe plus grande encore. S’ils avaient réussi à incendier la nacelle grâce à laquelle ils avaient accédé à la galerie, comme ils semblaient l’avoir prévu (des bidons d’essence ayant été retrouvés sur place), l’incendie aurait probablement gagné l’intérieur de cette partie du musée, essentiellement fabriquée en bois. « S’il y avait eu un départ de feu à cet endroit, le risque de morts et de destruction massive d’œuvres d’art était bien plus important que le vol en lui-même. »

Pendant la visite, les nombreuses galeries fermées au public se révèlent, parfois pour travaux, parfois à cause du manque de personnel, parfois pour cause de… températures négatives. « On a souvent des salles à – 2 degrés en hiver, ou à 32 degrés en été. La semaine dernière encore, une salle a dû fermer car il faisait trop froid pour accueillir le public et le personnel. C’est un problème récurrent. Si on remonte toutes les demandes d’intervention technique, on se rend compte que la climatisation n’a jamais fonctionné dans l’entièreté du musée. Pour le moment, aucun travail de rénovation n’est prévu à ce niveau », explique Gary Guillaud.

La rénovation en profondeur du Louvre est également l’une des revendications des personnels du musée. Les alertes sur la vétusté se sont multipliées ces dernières années, et des incidents ont régulièrement lieu, obligeant à condamner de nombreux espaces. En novembre 2023, une conduite d’eau a explosé dans le pavillon de l’Horloge, provoquant la fermeture d’une exposition temporaire.

Début 2025, des intempéries ont provoqué une infiltration d’eau dans la Grande Galerie, l’une des plus visitées du musée, conduisant les agents à décrocher certaines œuvres. En conséquence, la présidente, Laurence des Cars, a envoyé un courrier confidentiel à la ministre de la Culture, Rachida Dati, pointant « un niveau d’obsolescence inquiétant ». Des remontées qui n’ont pas empêché, donc, la fermeture de la galerie Campana, pas plus que la fuite d’eau ayant abîmé des ouvrages du département des antiquités égyptiennes en novembre 2025.

« Universalité bafouée »

Peu de temps après la lettre de Laurence des Cars, Emmanuel Macron annonçait le plan Nouvelle Renaissance du Louvre, qui a fait bondir les syndicats. En effet, ce plan est constitué de deux projets accolés l’un à l’autre : Louvre demain, censé rénover les bâtiments actuels et considéré comme nécessaire par le personnel, et Louvre grande colonnade, qui prévoit la construction d’une nouvelle entrée et d’une nouvelle salle pour la Joconde, et est « en décalage total avec les finances du musée », selon Julien Dunoyer.

Les syndicats demandent la priorisation du projet de rénovation sur celui du Louvre grande colonnade, ce que refuse pour l’instant le ministère. « Il faut se concentrer sur les missions de base, l’entretien du bâtiment, la conservation des œuvres déjà exposées. On ne construit pas une terrasse quand la maison est en train de s’écrouler », s’insurge Gary Guillaud.

Le prix des billets est un autre fer de lance des revendications syndicales. Alors que la CGT milite pour la gratuité des musées pour tous, le prix des billets pour les visiteurs non européens devrait augmenter de 10 euros dès le 14 janvier 2026. « L’universalité bafouée, la mise en place d’un obstacle pécuniaire, un tarif exorbitant tendant à devenir discriminant », selon un communiqué de la CGT culture.

Les discussions avec la direction du Louvre sont au point mort, selon les deux délégués syndicaux interrogés. À tel point que le préavis de grève du 15 décembre avait été envoyé au ministère et non à la hiérarchie du musée, car « tout le monde convient que nous n’obtiendrons rien du dialogue avec celle-ci », précise Julien Dunoyer.

Les propositions du ministère ne satisfont cependant pas plus les revendications du personnel : « Alors qu’on demandait notamment l’alignement de l’Isse (une prime mensuelle fixe) sur la médiane du ministère, car nous sommes très en dessous, on nous a proposé une prime annuelle non reconduite de 350 euros, à condition de lever le préavis de grève. Les agents ont refusé », poursuit-il.

« On est là pour alerter sur des conditions de travail et de gestion, pas pour quelques euros de plus », abonde Gary Guillaud. Ils ne constatent pas non plus de progrès du côté du recrutement. Le ministère s’est contenté de proposer l’embauche sans concours de 40 agents, ce qui ne compense même pas les départs à la retraite à venir.

L’assemblée générale de ce lundi sera décisive pour la suite du mouvement social. « Nous espérons une reprise de la grève, car nous souhaitons obtenir plus de réponses du ministère », explique Julien Dunoyer. Mais le délégué syndical reste ouvert : « Nous discuterons des modes d’action avec les agents, pour voir si la grève est le seul moyen de pression efficace. »

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