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mise en ligne le 14 septembre 2026
Cécile Rousseau sur www.humanite.fr
À quelques mois de la présidentielle, syndicalistes et participants de la Fête refusent de voir détricoter leurs acquis et accentuent la résistance contre l’extrême droite.
« Unissons nos m26 ptains frémissantes/Sachons protéger notre pain/Nous bâtirons un lendemain qui chante. » Alors que la chanson Jeunesse interprétée par la chorale populaire de Paris vibre depuis l’Agora, la pancarte de Violette semble lui répondre en écho : « Nous appelons à manifester à Orléans en marge du congrès du RN le 24 octobre. Nous combattrons le fascisme en étant nombreux dans la rue, assène d’un débit mitraillette la jeune prof de français. On va leur montrer qu’ils ne pourront pas faire leur campagne tranquillement en 2027. Leur programme antisocial est un massacre pour les racisés, les précaires et tous ceux qui sortent de la norme. Pas question de les laisser passer ni de s’écraser comme pour la réforme des retraites en 2023 », tranche cette ex-élève de grande école dont le salaire à temps partiel ne lui permet pas de se payer une mutuelle.
Les porte-monnaie sont à sec
Entre le faux débat du rapprochement entre salaire brut et net instillé par les candidats libéraux à la présidentielle, la nouvelle attaque contre le niveau des retraites de la part du gouvernement, le public de la Fête a bien compris que notre modèle social était plus que jamais sur le gril. Croisée entre deux allers-retours entre le Forum social et le stand du Vaucluse, Mireille Paume, du bureau national de l’Union confédérale des retraités CGT, n’est pas surprise par ce millième coup bas les visant : « On voit bien que c’est l’hallali d’Emmanuel Macron : il nous passe dessus en mode TGV avant la fin de son mandat. En voulant économiser 6 milliards d’euros sur notre dos en 2027 en désindexant les pensions de l’inflation (ou en supprimant un abattement de 10 % – NDLR), il oublie que notre argent est directement réinjecté dans l’économie locale et ne grossit pas dans des paradis fiscaux comme celui des grands patrons », tacle-t-elle.
À force de taper sur les aînés, les porte-monnaie sont à sec. Les augmentations répétées des franchises médicales et des participations forfaitaires achèvent de briser leur accès aux soins. « De nombreux retraités ont l’angoisse de tomber malade et d’avoir un reste à charge trop élevé, constate l’Avignonnaise, certains envisagent même de vendre leur logement pour se mettre à l’abri financièrement en cas de tuile de santé. »
« Il faudrait qu’on reprenne nous-même le contrôle de assurance-maladie »
Alors que se profile une nouvelle cure d’économie dans le futur projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) présenté fin septembre, les infirmières Asalée, mobilisées contre la liquidation de leur association, ne comprennent pas les calculs d’apothicaires de la Cnam (Caisse nationale de l’assurance-maladie) qui leur a coupé les vivres. « Notre dispositif permet de faire économiser 30 euros à la Sécu pour chaque euro investi. Si on supprime Asalée, que les patients diabétiques sont moins bien suivis, ça va coûter encore plus cher à long terme. C’est une vision par le petit bout de la lorgnette. Si nous disparaissons, ces malades se retrouveront sans rien. Or, notre Sécu, créée en 1945, vise précisément à prendre en charge de tout le monde », soupire Carine Lentretien, paramédicale spécialisée dans la prévention et l’éducation thérapeutique, les pommettes recouvertes de paillettes pour masquer la fatigue d’un combat entamé depuis des mois.
« J’hallucine aussi de tous ces discours des candidats de droite autour de la baisse des cotisations sociales et de la TVA sociale. Il faudrait au contraire qu’on reprenne nous-même le contrôle de l’assurance-maladie, que les soignants et les patients aient enfin leur mot à dire. »
En écoutant justement Sophie Binet passer à la sulfateuse les projets du Medef, notamment celui de la retraite par capitalisation – un des temps forts de la Fête –, Thibault, thésard en géographie, est frappé : « La retraite ça me paraît loin. Je ne m’étais jamais posé la question de notre protection sociale avant d’habiter en Suisse. Depuis, je dois payer une assurance privée. Le moindre rendez-vous chez le médecin me coûte 100 euros. J’attends au maximum avant d’aller consulter ou je retourne en France. »
Tandis que la secrétaire générale de la CGT alertait : « Soyons vigilants, car le patronat va être omniprésent pendant cette campagne », dans le secteur du travail temporaire, aux avant-postes de la déréglementation : « On a l’impression qu’ils ont déjà complètement pété une durite, estime Laetitia Gomez, secrétaire générale de la CGT intérim. En négociation de branche, un employeur nous a sorti que si certains intérimaires mouraient au travail, c’est qu’ils n’étaient pas capables de tenir leur mission ! Sans compter qu’ils n’arrêtent pas de faire passer des textes régressifs : en 2027, les salariés permanents des agences pourront ainsi travailler le dimanche et la nuit pour répondre aux exigences des entreprises ! »
Au-delà du constat, la Fête est aussi la caisse de résonance des résistances. Sur l’Agora, les salariés de Novasco, société sidérurgique qui avait traîné leur actionnaire, le fonds d’investissement Greybull, et l’État, devant la justice, ont ainsi eu le droit à une vivifiante standing ovation.
Pour contrer cette lame de fond libérale boostée par la présidentielle, les mobilisations sociales à l’appel de la CGT sont déjà sur la rampe de lancement : le 15 septembre pour préserver les droits des énergéticiens et améliorer les conditions de travail du personnel de la santé, le 29 pour la préservation des services publics… Pour cette dernière date, Julien Hémon, secrétaire général CGT de l’Union départementale de la Vienne, a des ambitions plus larges : « Nous avons proposé aux salariés du privé de se joindre à nous. On va voir si le mot d’ordre est bien suivi. » Dans son entreprise, le centre d’appels Armatis, un des plus importants du coin, ses collègues, beaucoup de familles monoparentales, n’ont pas vu grimper leur pouvoir d’achat depuis des lustres.
« Chaque année, on demande des augmentations et on nous dit « non » alors que nos salaires sont à peine au-dessus du Smic, déplore le syndicaliste. C’est encore le cas en ce moment dans les négociations annuelles obligatoires (NAO). On espère que cette colère accumulée va inciter du monde à bouger pour les fins de mois mais aussi pour ne pas laisser flanquer par terre tous les acquis du Conseil national de la Résistance (CNR). »
mise en ligne le 14 septembre 2026
par Sarah Benhaïda et Ilyes Ramdani sur www.mediapart.fr
Nombreux étaient les électeurs de gauche à chercher de « l’espoir » au grand rassemblement annuel du journal communiste, à quelques mois d’une présidentielle marquée par la menace de l’extrême droite. Si des voix plaident encore pour des candidatures identitaires, l’appel au vote utile pour Jean-Luc Mélenchon gagne du terrain.
Le Plessis-Pâté (Essonne).– Après une demi-heure passée à causer politique, Caroline a une idée. « Tu ne veux pas que je te présente quelqu’un ? » Direction le stand voisin, quelques mètres parcourus pour passer de la section du Parti communiste français (PCF) de Morsang-sur-Orge à celle de l’Hurepoix, autour de Dourdan et Arpajon. Derrière le bar, « Caro », comme tout le monde l’appelle ici, nous présente une dame occupée à compter les sous. C’est Françoise, sa mère.
Chez elles comme chez tant de familles communistes, le lien au parti est une affaire collective. Françoise a pris sa première carte à la fin des années 1960. Son mari, occupé à cuire les croque-monsieur à quelques mètres de là, y était déjà. Et les filles ont forcément attrapé le virus : Murièle, qui travaille à la mairie communiste de Grigny (Essonne) depuis longtemps, « Caro », qui a été adjointe au maire de Morsang pendant deux décennies…
Si cette dernière a insisté pour qu’on rencontre sa mère, c’est parce que se joue au sein du noyau familial un condensé instructif des débats qui secouent la grande maison communiste depuis des mois. Françoise lève les yeux un instant de sa caisse : « On était tous ensemble dans la Creuse, cet été. On a évité le sujet, on n’allait quand même pas s’engueuler ! », sourit-elle. Dans la famille, le clivage est générationnel. Murièle et Caroline ont fait leur choix : en avril, elles voteront pour Jean-Luc Mélenchon.
Le candidat insoumis est tout sauf une évidence, pourtant, pour ces « cocos » pur jus. « Ça ne m’enchante vraiment pas de voter pour lui mais l’enjeu est trop grand, résume Murièle, cadre territoriale de la fonction publique. Se battre contre l’extrême droite, c’est l’essence du parti communiste. Y aller seuls, c’est une grosse connerie pour moi. » Quelques minutes plus tôt, « Caro » ne disait pas autre chose : « On vit une période tellement dangereuse que la gauche n’a pas d’autre choix que d’être unie. »
Pas de quoi faire flancher Françoise. Du haut de ses 81 ans, l’ancienne permanente du parti a un avis bien tranché sur l’élection à venir. « Si on n’a pas un candidat, on est absents de tout, explique-t-elle. Les idées communistes, on doit les entendre. Et puis, il nous insulte tout le temps. Comment faire confiance à quelqu’un qui passe son temps à nous tirer dans les pattes ? »
Un clivage générationnel
Dans les allées du grand rassemblement annuel de L’Humanité, l’argument de Françoise a son petit succès. La veille, c’était Georges que l’on croisait près de la grande scène. À notre demande, l’homme déroule son pedigree : 78 ans, cinquante ans de cartes au « Parti », comme disent les camarades, et cinquante et un à la CGT. Il a lâché quelques responsabilités en cours de route mais sa « capacité de révolte » n’a pas flanché, depuis Castetpugon (Pyrénées-Atlantiques), son village « de 200 âmes » au nord de Pau.
Georges l’assure : le péril de l’extrême droite, il a vécu assez longtemps pour en savoir quelque chose. « Chez moi, je me bats contre ceux qui veulent céder aux réponses simplistes qu’ils entendent à la télévision, raconte-t-il. Je leur dis “Putain, fais l’effort ! Tu crois vraiment qu’ils vont s’occuper de toi ? Sur les retraites, tu sais comment ils votent ?” Malheureusement, avec le temps qui passe, la mémoire de certaines choses a disparu. Et on risque de nous resservir des plats du passé qu’on ne voulait plus revoir. »
De ce raisonnement pourrait découler, comme chez d’autres, une forme de résignation à voter Jean-Luc Mélenchon. Mais non. « Il nous a laissé une note de 500 000 euros en 2012, je n’ai pas oublié », glisse-t-il, en référence à un vieux reproche du PCF datant de leur première présidentielle commune, une histoire de dépassement de frais de campagne dont le parti avait dû s’acquitter.
Georges tient à ce que le flambeau rouge continue de scintiller. « Si on n’amène pas un certain nombre d’idées dans le débat, elles vont s’affaiblir voire disparaître, pense-t-il. Alors oui, on ne sera pas au second tour. Mais c’est écrit où dans la Constitution que seuls quelques candidats peuvent se présenter ? On parle de démocratie, là, pas d’une course de chevaux. »
C’est Jean-Luc Mélenchon qui va faire le plus gros score et il a compris les enjeux écologiques. Pourquoi attendre le second tour ? Lise, 25 ans, militante non encartée
Si plus de 72 % des militant·es communistes ont voté pour que leur secrétaire national se présente à la présidentielle d’avril-mai, les trois jours de la Fête ont révélé la profondeur des interrogations qui traversent les rangs. Henri, ouvrier industriel et militant PCF en Moselle, y voit une question de générations. « Les anciens voteront Roussel, les jeunes voteront pour Jean-Luc Mélenchon », affirme le trentenaire.
« Je suis pour le vote utile, Jean-Luc Mélenchon est celui qui est le mieux placé à gauche, Fabien Roussel n’ira pas au second tour », explique celui qui a vu le Rassemblement national (RN) ravir en 2024 cinq des huit sièges de député·es de son département, désormais privé de représentant de gauche à l’Assemblée nationale.
Dans un territoire où l’extrême droite rafle la mise, il plaide pour « un vrai travail de terrain, pour expliquer aux gens que le RN ne va pas améliorer leur pouvoir d’achat, que l’extrême droite, ça reste la droite et donc qu’elle n’aide pas les travailleurs à faire avancer la lutte des classes ».
Elise, chargée de communication pour une organisation franco-allemande, elle, se dit « encore scotchée par la victoire de l’AfD [le parti d’extrême droite allemand – ndlr] en Saxe-Anhalt ». « Ça fait extrêmement peur », répète celle qui se dit « pas sûre que la multiplication des candidats soit une bonne chose, l’électorat va s’éparpiller ».
Son amie Katia, 39 ans, est « venue chercher de l’espoir après le pire été de l’histoire sans que l’idée qu’il faut changer semble infuser nulle part ». À la place, elle aperçoit « une campagne présidentielle qui s’annonce mal » et cherche encore « une gauche dans laquelle on pourrait se reconnaître et se retrouver ».
Cette juriste dans le service public assure n’avoir jusqu’ici aucune idée du candidat ou de la candidate qui pourrait emporter son vote. Mais pour elle, « le vrai problème en France, c’est le système présidentiel : tout le monde se mobilise pour la présidentielle, alors qu’on devrait se concentrer sur les législatives pour avoir des parlementaires qui votent des politiques de long terme ».
À un moment, il faudra faire un choix, mais pour le moment aucun·e candidat·e ne lui convient. « Mon petit frère est convaincu que la seule solution c’est Jean-Luc Mélenchon, mais pour moi il y a des choses trop problématiques, comme son hégémonie sur LFI par exemple », avance-t-elle.
Autour d’elle, dit-elle, « le peuple de gauche cherche des solutions mais on a tous du mal à voir l’avenir avec confiance ». « En tout cas, ici à la Fête de l’Huma, même si on n’est pas toujours d’accord, on pagaie tous dans le même sens », veut-elle croire.
De longs mois de discussions à venir
Dans une ambiance paisible, à l’exception de moments très brefs à fort écho numérique, le rassemblement de L’Huma a montré combien les questionnements stratégiques traversaient les partis de gauche autant que les cercles familiaux ou amicaux.
Blandine et Patrick viennent tous les ans depuis une vingtaine d’années, depuis leur village de Meurthe-et-Moselle. « Moi, je suis femme de ménage et je suis à fond pour François Ruffin parce qu’il est proche du peuple et qu’il comprend les petites gens », affirme d’emblée Blandine. Patrick, lui, encarté PCF et CGT pendant ses quarante-trois années à faire les trois-huit à l’usine jusqu’à sa récente retraite, votera pour Jean-Luc Mélenchon parce que « Fabien Roussel, tout le monde l’aime bien, mais il ne sera pas au second tour ».
Lise, 25 ans et récemment installée à Morsang-sur-Orge, « bataille avec [son] copain pour convaincre [leurs] ami·es de voter Mélenchon ». Pourtant pas membre de La France insoumise, elle a acquis au sein des manifestations pour le climat une urgence et une conviction : « C’est lui qui va faire le plus gros score et il a compris les enjeux écologiques. Pourquoi attendre le second tour ? »
Sous la tente de la fédération PCF de Charente, Audran raconte un militantisme de proximité assez similaire, chez lui à Rennes (Ille-et-Vilaine). « Il faut se dire qu’on a six mois pour convaincre, explique ce militant non encarté de 30 ans. C’est pour ça que venir ici nous fait du bien. On se rencontre, on prend un peu d’énergie et ensuite on y retourne pour convaincre les uns et les autres. Moi, je suis convaincu que c’est jouable pour la gauche. »
Louise a envie d’y croire mais elle pense immédiatement à ceux qui, dans son entourage, se pincent le nez à l’idée de soutenir Jean-Luc Mélenchon. « Ça provoque chez moi un peu de tristesse, souffle la femme de 27 ans, metteuse en scène à Poitiers (Vienne). Qu’est-ce qui fait qu’on ne se comprend pas ? Pourquoi on ne parvient pas à se retrouver avec des gens qui ont des valeurs aussi proches des miennes ? C’est comme si tout le monde n’avait pas la même conscience de l’urgence. »
Cyprien Caddeo sur www.humanite.fr
Communistes, insoumis et écologistes ont multiplié les propositions pour faire face à la crise sociale, en évitant de s’attaquer mutuellement. Les insoumis, qui espèrent encore rallier les électeurs des verts et du PCF, ont réservé leurs rares attaques au PS, apparu isolé.
Ceux qui se plaisaient à imaginer une Fête de l’Humanité tournant au pugilat, à sept mois de la présidentielle, sont repartis déçus. Consigne a été passée au sein des partis : dans une Fête où le mot union est toujours applaudi, communistes, insoumis, écologistes ont retenu leurs coups pour mieux les réserver à l’extrême droite et aux forces du capital.
Les différentes forces se sont respectées, même si le ton est monté et a montré la cornérisation de socialistes empêtrés dans leur primaire, dimanche, lors du débat des chefs de groupe à l’Assemblée. Le socialiste Boris Vallaud, soutien de Raphaël Glucksmann, a été rappelé par l’insoumise Mathilde Panot puis par le communiste Stéphane Peu à son pacte de non-censure avec le gouvernement macroniste, sous les huées. Mais Boris Vallaud a annoncé que, « vraisemblablement », le groupe socialiste censurerait, cette fois, le prochain budget au même titre que le reste de la gauche.
« La canicule que nous avons traversée est aussi une violence de classe »
Preuve que ce sont bien les questions économiques et sociales, avec une forte dimension de classe, qui ont structuré les débats, articulés à l’enjeu environnemental. « La canicule que nous avons traversée est aussi une violence de classe. Car ce ne sont pas les riches qui en meurent », a lancé Fabien Roussel sur la Grande Scène, pour son premier meeting depuis qu’il est candidat. Et le secrétaire national du PCF de mettre l’accent sur l’augmentation des salaires, la baisse des taxes sur l’essence et « l’abolition du privilège de classe de l’évasion fiscale ».
Rémunération et fiscalité ont aussi structuré le meeting du candidat LFI Jean-Luc Mélenchon, qui consacre sa rentrée aux questions économiques – annulation de la part de la dette française détenue par la BCE, hausse du Smic. L’insoumis est revenu sur les rires qu’il avait suscités au Medef en défendant cette dernière mesure, un mépris patronal « attentatoire à la dignité des Français ». Il a défendu « l’échelle mobile des salaires » pour les réajuster à l’inflation, et sa taxe de 100 % sur les héritages au-delà de 12 millions d’euros : « Je préfère un peuple qui hérite de la société que de faire une société d’héritiers ! »
Le sujet est revenu au premier plan, alors que la grande transmission du patrimoine des baby-boomers – 9 000 milliards d’euros vont aller d’une génération à l’autre d’ici à 2040, essentiellement via la propriété foncière et immobilière – va s’imposer comme l’un des phénomènes structurants des inégalités en France. C’est dans cette manne que veut aussi puiser l’écologiste Marine Tondelier, pour financer un « bouclier social et écologique » et assurer la baisse des coûts de l’alimentation et des transports.
« On va gagner » comme un slogan d’appel aux sympathisants de gauche
Souhaitant que la prochaine Fête de l’Humanité soit celle « où des ministres de gauche sont félicités pour leurs cent premiers jours qui ont changé la vie des Français », la candidate verte a de nouveau prêché l’union. Les insoumis aussi, mais à leur manière. En position de force dans les sondages, ils sont convaincus que l’unité se fera mécaniquement par le bas, du fait de leur forte dynamique qui les place au second tour face à Marine Le Pen. D’où une volonté d’apparaître rassembleurs lors de la Fête, en martelant « On va gagner » comme un slogan d’appel aux sympathisants de gauche de tous bords.
« Dans les moments importants, on ne se trompe pas d’adversaire », a fait savoir le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard, qui se projette déjà : « Si on gagne, l’objectif est d’avoir un gouvernement qui tient compte des différentes sensibilités à gauche », avec des ministres communistes et écologistes – la main n’est pas tendue au PS.
Les insoumis peuvent-ils arracher ainsi des retraits en leur faveur ? Ce n’est pas à l’ordre du jour côté verts, ni communiste – face à la presse, Fabien Roussel a assuré que, « bien sûr », il irait jusqu’au bout. Mais il y a, dans les deux formations, des voix qui poussent à se rapprocher de LFI. Au PCF, Stéphane Peu a alerté sur le risque de voir le groupe communiste « disparaître » de l’Assemblée, tandis que le courant minoritaire Alternative communiste, portée par la députée Elsa Faucillon, a évoqué auprès de l’Humanité une « assemblée générale » au 1er octobre sur le soutien à « un autre candidat » – sous-entendu, Jean-Luc Mélenchon.
Mais l’élue PCF de mettre aussi en garde LFI sur la « nécessité de faire naître une culture unitaire ». C’est que l’euphorie des insoumis, convaincus de « rouler sur le premier tour », selon l’expression de certains militants, exaspère parfois. Un optimisme performatif qui leur a valu quelques interpellations, dont celle du député François Ruffin, également candidat, qui a rappelé Mélenchon son « plafond de béton » : les sondages qui le donnent largement perdant face à Marine Le Pen.
Interrogé sur ce point, l’insoumis a simplement appelé « à faire campagne : expliquer, expliquer, convaincre, rassurer », pour renverser le rapport de force. Lucides, les forces de gauche savent la marche haute. Et se prononcent toutes, quoi qu’il arrive, pour un rassemblement aux législatives – dont le périmètre reste à débattre. « La gauche n’est pas majoritaire en France aujourd’hui », a rappelé Fabien Roussel. Il reste sept mois aux différents candidats pour réunir les propositions et les conditions pour qu’elle le soit.